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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Le probl&#232;me &#224; trois corps du capitalisme</title>
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		<dc:date>2026-04-14T15:57:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Romaric Godin</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-02-17</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>

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&lt;p&gt;La maison d'&#233;dition La d&#233;couverte offre sur son site la lecture de l'introduction du livre de Romaric Godin. Nous la reproduisons donc ci-dessous. &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.editionsladecouverte.fr/le_probleme_a_trois_corps_du_capitalisme-9782348087752 &lt;br class='autobr' /&gt; Introduction Les trois corps de la crise &lt;br class='autobr' /&gt;
Puisque notre &#233;poque aime tant les histoires, en voici une pour commencer. Ce matin-l&#224;, plusieurs dizaines d'hommes et de femmes politiques et d'&#233;conomistes parmi les plus r&#233;put&#233;s de la plan&#232;te re&#231;urent tous, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Livres-et-periodiques-" rel="directory"&gt;Livres et p&#233;riodiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-02-17-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-02-17&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L138xH150/le_problemes_a_trois_coprs_romaric_godin-a7bb8.png?1771347504' class='spip_logo spip_logo_right' width='138' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La maison d'&#233;dition La d&#233;couverte offre sur son site la lecture de l'introduction du livre de Romaric Godin. Nous la reproduisons donc ci-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editionsladecouverte.fr/le_probleme_a_trois_corps_du_capitalisme-9782348087752&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.editionsladecouverte.fr/le_probleme_a_trois_corps_du_capitalisme-9782348087752&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction
Les trois corps de la crise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Puisque notre &#233;poque aime tant les histoires, en voici une pour commencer. Ce matin-l&#224;, plusieurs dizaines d'hommes et de femmes politiques et d'&#233;conomistes parmi les plus r&#233;put&#233;s de la plan&#232;te re&#231;urent tous, au m&#234;me moment, un &#233;trange cadeau. Un casque, sans connexions ni c&#226;bles, d'une couleur argent&#233;e. Aucun mot n'accompagnait cet envoi. Aucun desti- nataire n'&#233;tait signal&#233;. Ce casque &#233;tait l&#224; et voil&#224; tout. Ceux qui os&#232;rent le porter furent d&#233;plac&#233;s dans une r&#233;alit&#233; &#233;trange, &#233;trangement r&#233;elle. Une ville au bord d'un fleuve s'offrait &#224; eux. Une foule immense vaquait &#224; des occupations que ces esprits brillants ne tard&#232;rent pas &#224; identifier comme archa&#239;ques. Tout cela ressemblait &#224; la Chine ancienne. Parfois, parmi cette masse indiff&#233;rente &#224; la pr&#233;sence des nouveaux arrivants, on distinguait des humains &#171; modernes &#187;, sans doute celles et ceux qui avaient &#233;galement plac&#233; le casque sur leurs yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un d'eux, richement v&#234;tu, s'avan&#231;a hors de la foule et salua solennellement : &#171; Soyez les bienvenus, vous avez &#233;t&#233; s&#233;lectionn&#233;s pour votre savoir afin d'aider le roi Sun Hao &#224; gouverner ce pays. Il vous attend dans son palais. &#187; Deux gardes ouvrirent alors la route vers un immense palais, peupl&#233; de soldats et de serviteurs. Les plus sinophiles d'entre les &#171; &#233;lus &#187; pouvaient deviner que cette sc&#232;ne &#233;tait cens&#233;e se passer &#224; la fin du iiie si&#232;cle de notre &#232;re, dans le royaume chinois de Wu, un des trois royaumes issus de la d&#233;sint&#233;gration de l'Empire des Han en 220. Sun Hao, le dernier roi de Wu, arriva au pouvoir en 276. R&#233;put&#233; pour ses exc&#232;s et sa cruaut&#233;, il tenta tout de m&#234;me pendant quelques mois, au d&#233;but de son r&#232;gne, de r&#233;gler l'instabilit&#233; de Wu. Puis son &#233;chec et sa folie conduisirent le royaume &#224; sa perte, avant qu'il ne soit conquis en 280 par les Jins, une dynastie du Nord qui r&#233;alisa &#224; nouveau, et pour peu de temps, l'unit&#233; de la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela s'apparentait &#224; un classique jeu vid&#233;o de gestion politico-militaire o&#249; l'on doit produire et doser les ressources rationnellement pour l'emporter. Rien de bien passionnant, et qui ne soit &#224; la hauteur de personnages aussi remarquables que ceux qui avaient re&#231;u le casque. Mais l'&#233;tranget&#233; du proc&#233;d&#233;, le r&#233;alisme de l'exp&#233;rience, le sentiment de r&#234;ve &#233;veill&#233;, tout cela m&#233;ritait bien qu'on tente l'exp&#233;rience. D'autant que ceux qui avaient &#233;t&#233; choisis n'&#233;taient pas insensibles au fait d'avoir vu leurs m&#233;rites reconnus, c&#233;dant parfois &#224; la vanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une vol&#233;e de marches, les &#171; &#233;lus &#187; p&#233;n&#233;tr&#232;rent dans une grande salle orn&#233;e de troph&#233;es et d'&#233;tendards o&#249;, sur un podium, tr&#244;nait Sun Hao. Ce dernier se leva et expliqua enfin l'objet de cette &#233;tonnante aventure virtuelle : &#171; Lorsque mon a&#239;eul Sun Quan ouvrit une nouvelle &#232;re, il le fit &#224; regret, pouss&#233; par la n&#233;cessit&#233;. Il chercha sans cesse &#224; r&#233;tablir l'ordre ancien du monde, celui qui &#233;tait stable. Mais le chaos s'est empar&#233; du pays et la discorde s'est saisie de notre famille. Je viens de retrouver le tr&#244;ne de mon malheureux p&#232;re, l'empe- reur Wen, sauvagement assassin&#233; par des usurpateurs. Il est d&#233;sormais temps de r&#233;tablir l'ordre, la stabilit&#233; et la prosp&#233;rit&#233; de Wu. On m'a dit grand bien de votre sagesse. Prouvez que vos talents peuvent &#234;tre utiles. C'est tout. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le roi se tut, il fallut se retirer. Chu He livra alors les cl&#233;s du probl&#232;me : &#171; La richesse de Wu ne progresse plus. L'argent manque partout. Les riches vivent dans un luxe ind&#233;cent et accaparent le peu de richesses encore produites. Mais le roi craint de les taxer ou de confisquer leurs biens, car ils tiennent les terres et les paysans &#224; leur merci et peuvent, &#224; tout moment, se soulever contre lui. Dans les campagnes comme dans les villes, le peuple est m&#233;content. Les r&#233;voltes se font fr&#233;quentes et certains en viennent &#224; esp&#233;rer que le roi de Jin conqui&#232;re Wu. &#192; cela s'ajoutent des d&#233;sastres naturels r&#233;p&#233;t&#233;s et constants : le fleuve inonde champs et villes, et l'&#201;tat est incapable de financer les travaux n&#233;cessaires pour endiguer les effets de ces inondations. Les s&#233;cheresses d&#233;vas- tatrices succ&#232;dent aux pluies diluviennes et les glissements de terrain sont fr&#233;quents et ravageurs. La nature semble en furie contre notre royaume et nous sommes impuissants. Seule votre sagesse pourra nous aider. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le jeu se r&#233;v&#233;lait donc plus riche que ce que la plupart de nos savants &#233;conomistes et doctes politiques avaient anticip&#233;. Il ne s'agissait pas de g&#233;rer des ressources avec des param&#232;tres basiques pour rendre un pays puissant capable de conqu&#233;rir ses voisins. Il s'agissait plut&#244;t d'assurer sa stabilit&#233; en lui permettant de retrouver la croissance &#233;conomique dans un contexte de tension sociale et de crise environnementale. Les param&#232;tres &#233;taient multiples et complexes, le r&#233;alisme stup&#233;fiant. Le pays de Wu &#233;tait &#233;maill&#233; de manufactures, de terres agricoles et de mines, et tourn&#233; vers le commerce ext&#233;rieur. Derri&#232;re le pittoresque de la Chine du iiie si&#232;cle, il y avait l&#224; quelque chose qui ressemblait &#224; une &#233;conomie moderne et diversifi&#233;e. Aucun des &#171; &#233;lus &#187; ne pouvait d&#233;cem- ment refuser un tel d&#233;fi. Le but de la science &#233;conomique n'est-il pas pr&#233;cis&#233;ment de trouver des solutions &#224; ce genre de probl&#232;me ? Le but du politique n'est-il pas de trouver des traductions concr&#232;tes aux recommandations des &#233;conomistes pour parvenir &#224; assurer le bonheur commun ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi chacun d'eux se mit-il &#224; la t&#226;che. Rapidement, des nuances se firent jour parmi les &#171; &#233;lus &#187;, mais tous &#233;taient d'accord sur l'essentiel : la solution consistait &#224; renouer avec la croissance &#233;conomique qui, seule, pouvait donner du travail au peuple et renflouer les caisses de l'&#201;tat. Une fois cet objectif atteint, la stabilit&#233; irait de soi. Pour y parvenir, les moyens &#233;taient nombreux et vari&#233;s. Certains pr&#244;naient la taxation des plus riches. D'autres pensaient au contraire qu'il fallait baisser les imp&#244;ts pour encourager les riches &#224; d&#233;penser davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres encore estimaient que Wu devait d&#233;velopper des march&#233;s libres dans son &#233;conomie pour que les prix soient justes et que chacun soit pay&#233; &#224; hauteur de ce qu'il produisait. On en trouvait enfin qui pr&#233;tendaient qu'il valait mieux &#233;duquer les enfants du royaume afin que celui-ci devienne un foyer d'inno- vation dans des technologies permettant de favoriser la produc- tion mais aussi de prot&#233;ger les terres des calamit&#233;s naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous d&#233;pos&#232;rent au pied de Sun Hao leurs projets et leurs plans, leurs rapports et leurs recommandations, s&#251;rs d'avoir trouv&#233; la cl&#233; de l'&#233;nigme pos&#233;e par le roi. Les recomman- dations furent test&#233;es les unes apr&#232;s les autres. Et rien ne se passa comme pr&#233;vu. Tous furent alors plong&#233;s dans le noir, avant que ce vers de Li Bai, &#233;crit pr&#232;s de cinq si&#232;cles plus tard, ne s'inscrive lentement devant leurs yeux : &#171; Ici fut le palais antique du roi de Wu. L'herbe fleurit en paix sur ses ruines 1. &#187; L'exp&#233;rience virtuelle &#233;tait termin&#233;e. Aucune solution n'avait permis de trouver une solution au probl&#232;me pos&#233;. Et aucun retour en arri&#232;re n'&#233;tait plus possible. Cette petite fable est inspir&#233;e d'un best-seller de science- fiction, Le Probl&#232;me &#224; trois corps, &#233;crit par un auteur chinois, Liu Cixin 2. Dans ce livre publi&#233; en 2006 et depuis adapt&#233; en s&#233;rie, des extraterrestres sont soumis aux mouvements chaotiques et impr&#233;visibles de trois soleils tournant autour de la plan&#232;te Trisolaris. Ces &#234;tres recourent au proc&#233;d&#233; du casque-jeu pour tenter de faire comprendre aux savants de la Terre que leur situation est intenable. Mais ces derniers &#233;chouent &#233;galement &#224; d&#233;terminer les mouvements &#224; venir des trois astres pour une raison simple : c'est un probl&#232;me physique insoluble. Les extraterrestres n'ont alors d'autre solution que de quitter la sph&#232;re d'attraction des trois astres pour se r&#233;fugier sur une plan&#232;te plus stable, la Terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se d&#233;fendue dans ce livre est que c'est &#224; un probl&#232;me similaire que notre monde est confront&#233;. Pour le comprendre, il nous faut nous pencher sur la situation qui est la n&#244;tre au milieu des ann&#233;es 2020. Au moment o&#249; ces lignes sont &#233;crites, le pays le plus puissant du monde, dot&#233; d'un arsenal militaire capable de d&#233;truire la plan&#232;te en quelques secondes, est gouvern&#233; par Donald Trump, un homme haineux et clownesque qui, en s'appuyant sur une politique autoritaire et violente, a promis un &#171; nouvel &#226;ge d'or &#187; aux &#201;tats-Unis. Tout cela t&#233;moigne de la fragilisation de ce pays malade cherchant &#224; se prot&#233;ger gr&#226;ce &#224; un retour d&#233;sesp&#233;r&#233; vers son glorieux pass&#233;. Puissance h&#233;g&#233;monique cr&#233;pusculaire, les &#201;tats-Unis semblent pr&#234;ts &#224; tout pour conserver leur domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car celle-ci est contest&#233;e de toutes parts. &#192; commencer par la Chine, devenue en trente ans, avec l'appui du capita- lisme &#233;tatsunien, la plus grande &#233;conomie de la plan&#232;te 3. Les tensions ne cessent de se multiplier en mer de Chine, autour de Ta&#239;wan, formellement reconnue internationale- ment comme une partie de la R&#233;publique populaire, mais qui est le premier rideau d&#233;fensif des &#201;tats-Unis dans le Pacifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la Chine ne brille gu&#232;re non plus par sa stabilit&#233;. La croissance y ralentit fortement, plomb&#233;e par une crise immobili&#232;re engag&#233;e en 2021 avec la faillite d'un des plus grands promoteurs du pays, Evergrande, et qui se poursuit cinq ans plus tard. Le pays doit faire face aux limites de son d&#233;veloppement, alors que P&#233;kin promet une prosp&#233;- rit&#233; toujours croissante. Cette situation rend la rivalit&#233; sino- &#233;tasunienne de plus en plus aigu&#235;, chacun tentant de gagner du terrain sur l'autre pour ne pas perdre pied dans son propre pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette rivalit&#233; n'&#233;puise pas la situation. Aucune h&#233;g&#233;monie mondiale n'&#233;tant plus capable de s'imposer, les app&#233;tits des puissances secondaires qui, elles-m&#234;mes, tentent d'&#233;chapper au ralentissement de la croissance s'aiguisent. Les conflits de haute intensit&#233; se multiplient donc, faisant des dizaines de milliers de morts et des centaines de milliers de d&#233;plac&#233;s. Au Moyen-Orient, en Ukraine, au Soudan, en R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo, les populations s'enfoncent dans des conflits longs et violents, sans r&#233;elles perspectives de solutions durables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces secousses g&#233;opolitiques se refl&#232;tent aussi dans la profonde instabilit&#233; int&#233;rieure des soci&#233;t&#233;s modernes. En Occident, les paysages politiques se fracturent et, souvent, s'atomisent, rendant le gouvernement des &#201;tats de plus en plus complexe. La France, pays dont le r&#233;gime politique a &#233;t&#233; construit en 1958 et 1962 pour donner des majorit&#233;s aux chefs de l'&#201;tat, se retrouve ainsi confront&#233;e &#224; une instabilit&#233; end&#233;mique. Les col&#232;res sociales r&#233;pondent &#224; l'impuissance des politiques. Une vague identitaire, x&#233;nophobe et autoritaire &#233;merge en r&#233;ponse &#224; ce chaos politique et social, sans &#233;videmment parvenir &#224; r&#233;soudre les crises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays du &#171; Sud global &#187;, nouveau terme forg&#233; pour dessiner en creux ce qui n'appartiendrait pas &#224; un Occident encore attach&#233; &#224; l'h&#233;g&#233;monie &#233;tatsunienne, n'&#233;chappent pas &#224; cette instabilit&#233;. Depuis 2019, du Chili au Kenya en passant par le Sri Lanka, le Nigeria, l'Indon&#233;sie ou le Bangladesh, les r&#233;voltes sont fr&#233;quentes et parfois violentes. Il est vrai que le ralentissement de la croissance mondiale et le retour de l'inflation ont mis un frein au &#171; rattrapage &#187; de ces &#233;conomies. Comme le soulignait en 2024 un rapport du Programme des nations unies pour le d&#233;veloppement (PNUD), les &#233;carts se creusent &#224; nouveau entre pays d&#233;velopp&#233;s et pays du Sud global en termes de d&#233;veloppement humain 4. La Zambie, le Sri Lanka, l'&#201;thiopie et d'autres ont d&#233;j&#224; fait d&#233;faut sur le remboursement de leurs dettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cerise sur le g&#226;teau, cette instabilit&#233; est renforc&#233;e et entretenue par une acc&#233;l&#233;ration de la crise &#233;cologique, l'&#233;l&#233;- ment structurant de notre modernit&#233;. Les d&#233;sastres naturels li&#233;s &#224; cette crise semblent s'acc&#233;l&#233;rer depuis 2020, tandis que le r&#233;chauffement de la plan&#232;te et la d&#233;gradation de la bio di- versit&#233; d&#233;passent d&#233;j&#224; les pronostics les plus pessimistes. La vie dans les oc&#233;ans recule, les limites plan&#233;taires sont franchies les unes apr&#232;s les autres. Les d&#233;sastres r&#233;guliers &#8211; inondations catastrophiques, s&#233;cheresses g&#233;n&#233;ralis&#233;es, canicules &#224; r&#233;p&#233;tition, d&#233;gradation globale du cadre de vie &#8211; rappellent le caract&#232;re particulier de la crise actuelle, tout en renfor&#231;ant l'instabilit&#233; g&#233;n&#233;rale. L'avenir s'annonce sombre et incertain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, ni les crises ni l'instabilit&#233; mondiale ne sont des nouveaut&#233;s, mais ce qui frappe, au d&#233;but de cette seconde moiti&#233; des ann&#233;es 2020, c'est le cocktail de crises diverses et nombreuses qui se succ&#232;dent &#224; un rythme soutenu, d'absence de r&#233;els p&#244;les de stabilit&#233; et d'un total sentiment d'impuis- sance. Pendant la guerre froide, par exemple, des crises se produisaient, cr&#233;ant parfois des situations fort dangereuses, mais il &#233;tait possible de retrouver une forme d'&#233;quilibre parce que les grandes puissances &#233;taient relativement stables et que la confiance globale dans le progr&#232;s permettait de construire des compromis sociaux, g&#233;opolitiques et &#233;cono- miques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela a disparu au profit d'un chaos global o&#249; toute r&#233;solution semble impossible, y compris, comme dans le cas pays pauvres &#187;, Mediapart, 17 mars 2024. Le rapport publi&#233; en 2025 a confirm&#233; cette tendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;de la crise &#233;cologique, lorsque le constat est tr&#232;s largement (mais pas universellement) partag&#233;. Pire, les solutions appor- t&#233;es semblent avoir pour cons&#233;quence d'ouvrir de nouveaux fronts dans la crise. On n'en citera ici que quelques exemples, avant d'aborder ce sujet plus en d&#233;tail par la suite. Les confinements et le soutien massif apport&#233; par l'&#201;tat aux entreprises et aux salari&#233;s pendant la pand&#233;mie ont permis de &#171; mettre sous cloche &#187; l'&#233;conomie pour la pr&#233;server de la crise sanitaire de 2020. Mais cette politique a rapide- ment ouvert de nouvelles difficult&#233;s sociales et &#233;conomiques &#8211; notamment une reprise de l'inflation &#8211; qui ont &#224; leur tour d&#233;stabilis&#233; les &#201;tats aux &#233;chelles nationale et internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, la volont&#233; d'acc&#233;l&#233;rer la transition &#233;cologique dans le cadre &#233;conomique existant a entra&#238;n&#233; son lot de nouvelles crises, par exemple dans le secteur de l'automobile ou dans la mani&#232;re dont l'extr&#234;me droite a instrumentalis&#233; le m&#233;contentement des consommateurs face &#224; ce qu'elle appelle l'&#171; &#233;cologie punitive &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre monde ressemble donc &#224; celui de notre petite fable en ouverture de ce livre : un chaos g&#233;n&#233;ralis&#233; coupl&#233; &#224; une incapacit&#233; de l'autorit&#233; politique &#224; ramener un semblant de stabilit&#233; rappelant l'&#171; ancien monde &#187; id&#233;alis&#233;. De fait, derri&#232;re leurs discours volontaristes ou pr&#233;tendument protec- teurs, les classes dirigeantes de notre &#233;poque masquent de plus en plus mal leur impuissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de la pand&#233;mie de Covid 19, au moment o&#249; la Russie a attaqu&#233; l'Ukraine, un des intellectuels les plus en vue du moment, Adam Tooze, a tent&#233;, dans un article du Financial Times, de caract&#233;riser ce moment en utilisant le vieux concept de &#171; polycrise &#187;. Il y d&#233;crivait un monde o&#249; les &#171; chocs sont disparates mais interagissent entre eux, de sorte que l'ensemble est encore plus insurmontable que l'ensemble des parties 5 &#187;. Selon lui, il n'est pas possible d'isoler une cause &#224; ce chaos, et chaque tentative de r&#233;gler les crises conduit &#224; ouvrir de nouveaux fronts : &#171; Plus nous r&#233;ussis- sons &#224; faire face, plus les tensions montent. &#187; En 1993, d&#233;j&#224;, Edgar Morin avait d&#233;crit une &#171; crise g&#233;n&#233;rale de la plan&#232;te &#187; se r&#233;alisant en une s&#233;rie de crises &#171; qui s'entre-stimulent les unes les autres &#187;6. Le principe de la &#171; polycrise &#187;, selon Morin, se r&#233;sume de cette fa&#231;on : &#171; Ainsi on ne saurait d&#233;tacher un probl&#232;me num&#233;ro un, qui subordonnerait tous les autres ; il n'y a pas un seul probl&#232;me vital, mais plusieurs probl&#232;mes vitaux, et c'est cette inter-solidarit&#233; complexe des probl&#232;mes, antagonismes, crises, processus incontr&#244;l&#233;, crise g&#233;n&#233;rale de la plan&#232;te, qui constitue le probl&#232;me vital num&#233;ro un 7. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La polycrise serait alors proche du probl&#232;me &#224; trois corps, un probl&#232;me si complexe que l'action sur le r&#233;el devient impossible, voire n&#233;faste, engendrant un sentiment d'impuis- sance politique. Certes, Edgar Morin proposait de prendre l'enchev&#234;trement des crises comme le probl&#232;me lui-m&#234;me mais, concr&#232;tement, si les solutions mises en place deviennent de nouveaux fronts de crise, la seule option possible consiste &#224; limiter les d&#233;g&#226;ts et &#224; se prot&#233;ger &#224; l'&#233;chelle individuelle, nationale ou r&#233;gionale. La cons&#233;quence logique de la polycrise, c'est donc la &#171; r&#233;silience &#187; &#8211; autre concept &#224; la mode depuis un quart de si&#232;cle &#8211;, autrement dit la capacit&#233; &#224; survivre et &#224; endurer les chocs sans chercher &#224; agir sur leurs causes, puisque ces derni&#232;res sont ni&#233;es. Se montrer r&#233;silient, c'est renoncer &#224; agir sur le monde, c'est essayer de s'en prot&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de polycrise pr&#233;serve l'ordre &#8211; ou plut&#244;t le d&#233;sordre &#8211; du monde en se contentant de le d&#233;crire et de s'y adapter. Rien d'&#233;tonnant &#224; ce qu'elle rencontre un grand succ&#232;s chez les puissants de notre monde. La compagnie d'assurance suisse Zurich, par exemple, vante &#224; ses clients la &#171; bonne nouvelle de la polycrise &#187; pour leurs investissements 8. Couronnement supr&#234;me, la session 2023 du Forum de Davos a fait de ce concept son sujet de discussion. Quant &#224; la notion de r&#233;silience, elle a d&#233;sormais pignon sur rue et devient une forme de passage oblig&#233; pour la communication politique et &#233;conomique contemporaine. Emmanuel Macron en a fait un usage particuli&#232;rement grossier apr&#232;s la pand&#233;mie, l'utili- sant dans chacun de ses discours et de ses plans de relance. Bruxelles a &#233;galement lanc&#233;, apr&#232;s la crise du Covid-19, son propre &#171; plan de relance et de r&#233;silience &#187; ; quant &#224; la Mairie de Paris, elle promettait en 2024 &#224; ses administr&#233;s une &#171; ville plus r&#233;siliente &#187; pour 2060&#8230; Il faut dire que la passivit&#233; impliqu&#233;e par les notions de polycrise et de r&#233;silience fait quelques heureux : ceux qui, d'ores et d&#233;j&#224;, se montrent fort r&#233;silients face &#224; toutes les crises que traverse le monde et dont les profits ne cessent de grimper. Ceux-l&#224; ont toutes les raisons de se r&#233;jouir que l'on ne fasse presque jamais le lien entre leurs activit&#233;s et le d&#233;sordre ambiant. Pour eux, la limitation du r&#244;le du politique &#224; la gestion du d&#233;sastre est synonyme de &#171; raison &#187; et de &#171; mod&#233;ration &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons au roman de Liu Cixin. L'auteur y d&#233;crit la mani&#232;re &#233;trange dont les extraterrestres survivent &#224; la marche instable de leurs trois soleils. Lorsqu'une p&#233;riode de crise survient, leurs corps se dess&#232;chent enti&#232;rement avant de se r&#233;hydrater lors des p&#233;riodes de stabilit&#233;. La m&#233;thode rel&#232;ve sans nul doute d'une forme de &#171; r&#233;silience &#187; : organis&#233; par les autorit&#233;s de la plan&#232;te, ce mode de survie permet de pr&#233;server l'ordre social malgr&#233; des pertes consid&#233;rables dues &#224; l'impr&#233;visibilit&#233; des crises. Mais cette &#171; r&#233;silience &#187; n'est qu'un pis-aller qui finit par bloquer l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, et les Trisolariens se rendent bient&#244;t compte que la seule solution pour &#233;chapper &#224; la destruction est de migrer vers la Terre. C'est ici que se situe le point de d&#233;part de ce livre. Si les Trisolariens peuvent tenter de s'&#233;chapper, c'est parce qu'ils ont compris l'origine du chaos dans lequel leur plan&#232;te est plong&#233;e. Cette d&#233;couverte a &#233;t&#233; le fruit d'une enqu&#234;te qui a permis d'en finir autant avec les croyances d'une solution &#171; magique &#187; et incantatoire qu'avec les illusions de la r&#233;silience. Et c'est ce que le vrai-faux jeu vid&#233;o envoy&#233; aux savants terrestres leur a enseign&#233; : il est impossible de chercher &#224; g&#233;rer ce qui n'est pas g&#233;rable. Le probl&#232;me &#224; trois corps est insoluble, mais il ne l'est pas sans raison : il l'est par l'effet conjugu&#233; de la gravit&#233; sur les trois corps. &#201;chapper au probl&#232;me passe donc par la sortie du champ de gravit&#233; de ces trois &#233;toiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre entend suivre une d&#233;marche analogue. Il partage le constat d'une situation critique complexe et insoluble, en tentant de saisir la source de cette absence de solution. Il entend donc remettre en cause les conclusions issues des th&#233;ories de la polycrise et de la r&#233;silience, th&#233;ories non seule- ment conservatrices, mais dangereuses 9 : elles renoncent en effet &#224; saisir la logique d'ensemble des crises, fermant ainsi la porte &#224; toute solution durable alors m&#234;me que la viabi- lit&#233; de la plan&#232;te est aujourd'hui en jeu. C'est parce qu'elle s'enferme dans un refus de remettre en cause ce cadre que la politique est profond&#233;ment impuissante, r&#233;duite &#224; un choix entre deux fausses solutions : la fuite en avant technologique et la nostalgie r&#233;actionnaire. Le citoyen est somm&#233; de choisir entre ces deux &#171; options &#187;, sans espoir de voir une solution s&#233;rieuse se mettre en place. Il y a fort &#224; parier que quiconque est r&#233;guli&#232;rement invit&#233; &#224; voter a d&#233;j&#224; &#233;prouv&#233; ce sentiment d'impuissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En prenant le contre-pied du diagnostic d'absence de principe directeur &#224; la &#171; polycrise &#187;, ce livre propose d'en identifier un afin de mettre en place des strat&#233;gies efficaces contre le chaos. C'est en cela que le probl&#232;me &#224; trois corps se distingue de la polycrise : il repose sur une cause matri- cielle, un principe organisant le chaos, et t&#233;moigne ainsi du caract&#232;re soluble du probl&#232;me, m&#234;me &#224; un co&#251;t &#233;lev&#233;. Selon nous, Adam Tooze se trompe lorsqu'il d&#233;nonce comme simpliste toute tentative d'identifier une cause principielle &#224; la polycrise 10. De fait, un tel principe n'exclut pas la complexit&#233; des crises, de leurs relations et de leurs d&#233;veloppements. Il montre au contraire leur caract&#232;re sophistiqu&#233; et insoluble. Pourtant, ce livre refuse l'impuissance et la r&#233;signation : s'il confirme l'impasse de la gestion actuelle du globe, il entend montrer qu'il existe une voie de sortie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il faut reconna&#238;tre les limites de l'analogie entre notre probl&#232;me &#224; trois corps et celui de l'astrophysique : c'est un probl&#232;me qui n'est pas ext&#233;rieur &#224; l'humanit&#233;, mais est au contraire le produit de l'organisation sociale en vigueur en ce d&#233;but de xxie si&#232;cle. Il n'est donc pas possible de s'en extraire physiquement pour trouver un refuge et construire un monde nouveau ailleurs. Certains esprits d&#233;rang&#233;s, mais aux porte- feuilles bien garnis, s'imaginent partir bient&#244;t sur la Lune ou sur Mars &#224; coups de milliards de dollars pour &#233;chapper aux d&#233;sordres de notre monde et en fa&#231;onner un autre &#224; leur image. Mais ils se paient de mots. D'abord, bien s&#251;r, parce que cela est actuellement techniquement infaisable (et cela le restera sans aucun doute encore longtemps). Mais surtout parce que le probl&#232;me n'est pas technologique. Partout o&#249; ces milliardaires iront, ils y emm&#232;neront les crises parce qu'ils reproduiront &#224; l'identique les conditions qui ont conduit &#224; la crise actuelle. Et parce qu'ils sont une part notable de ces probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sans doute d'ailleurs ce qui rend la situation des Terriens plus complexe encore que celle des Trisolariens. Mais c'est aussi ce qui ouvre une possibilit&#233;. Si la cause du probl&#232;me est le fruit d'un mode d'organisation de l'humanit&#233;, sa solution devient envisageable, quand bien m&#234;me elle se r&#233;v&#233;lerait hautement difficile. &#192; la diff&#233;rence des Trisolariens, les humains peuvent agir ici et maintenant pour sortir de l'impasse. Mais pour cela, il faut saisir les raisons de l'inso- lubilit&#233; du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans La Bonne &#194;me du Se-Tchouan, Bertolt Brecht met en sc&#232;ne une prostitu&#233;e, Shen T&#233;, qui accepte d'h&#233;berger les &#171; trois dieux &#187;. Ces derniers saluent sa &#171; bonne &#226;me &#187; et lui demandent de pers&#233;v&#233;rer dans le &#171; bien &#187;. Mais elle s'inter- roge : &#171; Comment faire le bien quand tout est si cher ? &#187; La r&#233;ponse des divinit&#233;s est imm&#233;diate : &#171; L&#224;, malheureu- sement, nous ne pouvons rien faire, nous ne pouvons pas nous immiscer dans ce qui touche l'&#233;conomie ! &#187; Pour aider Shen T&#233;, les trois dieux doivent donc passer par les &#171; lois de l'&#233;conomie &#187; et cr&#233;er un &#233;change marchand : ils lui accordent mille dollars en paiement de leur nuit&#233;e. Car tout don est impossible : &#171; Nous ne pourrons pas en r&#233;pondre l&#224;-haut &#187;, affirme l'un de ces dieux impotents 11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce m&#234;me impossible que sont enferm&#233;s les th&#233;oriciens de la polycrise et la plupart des dirigeants de la plan&#232;te. Selon eux, m&#234;me les puissances les plus hautes sont soumises aux lois de l'&#233;conomie. Le chaos que d&#233;crivent ces th&#233;ories se produit dans un cadre pr&#233;cis que les crises elles-m&#234;mes ne conduisent pas &#224; remettre en cause. Les hi&#233;rarchies internationales ou nationales peuvent bien &#234;tre boulevers&#233;es, les d&#233;sastres ravager la plan&#232;te et les r&#233;voltes surgir un peu partout, les r&#232;gles du jeu de l'&#233;conomie, elles, ne changent pas. Les mouvements que d&#233;crivent ces th&#233;ories ne sont que les ph&#233;nom&#232;nes engendr&#233;s par ces lois intangibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision se traduit souvent par une sorte d'ing&#233;- nuit&#233;. &#192; chaque crise, on entend la m&#234;me rengaine : l'&#233;co- nomie va souffrir ! Une pand&#233;mie se d&#233;clenche ? Il faut prot&#233;ger l'&#233;conomie ! La Russie attaque l'Ukraine ? Chacun se demande quelles seront les cons&#233;quences sur l'&#233;conomie ! L'extr&#234;me droite arrive au pouvoir ? Les articles s'interrogent sur les &#171; suites &#233;conomiques &#187; de l'&#233;v&#233;nement. Des inonda- tions catastrophiques ? Il faut reconstruire l'&#233;conomie. L'&#233;conomie appara&#238;t comme une sorte de havre de paix et d'harmonie relevant de lois intangibles et frapp&#233; r&#233;guli&#232;- rement par ce que les sp&#233;cialistes appellent des &#171; externa- lit&#233;s &#187; &#224; cause de l'outrecuidance des humains et de leur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d&#233;sir de s'en m&#234;ler. C'est &#224; cause d'eux, et non des lois de l'&#233;conomie, qu'&#233;clatent de nouvelles crises. L'&#233;conomie est per&#231;ue comme ext&#233;rieure au monde, comme une force qui soumet le chaos &#224; ses propres r&#232;gles et se venge si on les ignore. Elle semble au-dessus des dieux m&#234;mes, comme dans la pi&#232;ce de Brecht.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc temps de r&#233;int&#233;grer l'&#233;conomie dans l'ordre mat&#233;riel et humain, autrement dit de montrer qu'elle fait partie du probl&#232;me et est responsable du chaos actuel. L'&#233;conomie n'est pas une simple &#171; victime &#187; de crises externes, elle fait partie du probl&#232;me. Elle est m&#234;me notre principal probl&#232;me. Si on reconna&#238;t que la pand&#233;mie, les crises politiques, les catastrophes climatiques ont une origine &#233;conomique, alors notre approche du probl&#232;me change. Si on se refuse &#224; int&#233;grer l'action de l'&#171; &#233;conomie &#187; dans la polycrise, c'est bien parce que cette derni&#232;re est consid&#233;r&#233;e comme sup&#233;rieure &#224; toutes les autres. Autrement dit, derri&#232;re la m&#233;taphysique pu&#233;rile que l'on vient de d&#233;crire, peut se deviner l'aveu que c'est l&#224; que se situe le principe organisationnel de la soci&#233;t&#233;, et donc des crises qui la secouent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions sont celles qui ont amen&#233;, au milieu du xixe si&#232;cle, Karl Marx &#224; engager le chantier colossal de sa &#171; critique de l'&#233;conomie politique &#187; sous le titre du Capital. Les th&#233;oriciens de la complexit&#233; actuels s'inscrivent parfaite- ment dans l'h&#233;ritage des courants de la pens&#233;e &#233;conomique qui, d'Adam Smith &#224; David Ricardo, sont alors dans le viseur de Marx. Ils observent un monde model&#233; par l'&#233;conomie et consid&#232;rent que ce modelage r&#233;sulte de lois intangibles. La t&#226;che de la science &#233;conomique, ce que Marx appelle l'&#171; &#233;conomie politique &#187;, consiste &#224; examiner et d&#233;couvrir ces lois, au m&#234;me titre que la t&#226;che de la science physique est de d&#233;couvrir les lois r&#233;gissant le monde mat&#233;riel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des grandes avanc&#233;es de Marx, qui le place en dehors de tout courant de la science &#171; &#233;conomique &#187;, est d'avoir remis en cause cette vision. Pour lui, les rapports de produc- tion capitalistes ne sont pas des &#171; cat&#233;gories &#233;ternelles 12 &#187;, ils sont le produit de conditions historiques pr&#233;cises. En tant que tels, ils sont aussi transitoires que ceux du pass&#233; ; autre- ment dit, ils sont vou&#233;s &#224; dispara&#238;tre lorsque les conditions de leur validit&#233; seront abolies. En 1938, le philosophe Karl Korsch fait du &#171; premier des principes fondamentaux &#187; de la pens&#233;e de Marx celui de la &#171; sp&#233;cification historique de tous les rapports sociaux &#187;13. Il montre ainsi que la critique marxienne porte sur l'effacement de ce &#171; caract&#232;re sp&#233;ci- fique &#187; par l'&#233;conomie et, plus largement, par les d&#233;fenseurs de l'ordre &#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx lui-m&#234;me a parfaitement r&#233;sum&#233; sa d&#233;marche : &#171; Il y a l&#224; une conception essentiellement diff&#233;rente des &#233;conomistes bourgeois, prisonniers eux-m&#234;mes des concep- tions capitalistes et qui voient certes comment se d&#233;roule la production au sein du rapport capitaliste, mais non pas comment ce rapport se produit lui-m&#234;me et simultan&#233;ment produit les propres conditions de sa dissolution, par quoi est liquid&#233;e sa justification historique en tant que forme n&#233;ces- saire du d&#233;veloppement &#233;conomique, de la production de la richesse sociale 14. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette longue citation souligne les limites de l'&#233;conomie politique, qui sont aussi celles des penseurs de la polycrise aujourd'hui. Elle en met au jour la dimension m&#233;ta phy- sique, selon laquelle les lois du capital sont n&#233;cessaires et conformes &#224; la nature humaine, c'est-&#224;-dire anhistoriques. Elles forment un cadre dont on ne peut pas sortir. Dans ce cadre, lorsque le chaos advient, la seule r&#233;ponse possible est celle de la &#171; r&#233;silience &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital et ses effets constituent donc l'impens&#233; des th&#233;ories de la crise contemporaines. C'est d'autant plus frappant que la crise est globale et que cette globalit&#233; co&#239;ncide avec une autre globalit&#233;, celle du capitalisme. Ce dernier est en effet d&#233;sormais chez lui partout. Aucune zone de la plan&#232;te n'&#233;chappe plus &#224; son contr&#244;le, et son empire est inter- connect&#233;. Les cha&#238;nes de valeur sont complexes et globales et elles ont pour fonction d'alimenter des march&#233;s mondiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde est donc model&#233; en profondeur par le capitalisme : comment, d&#232;s lors, la crise pourrait-elle y &#234;tre &#233;trang&#232;re ? Nous voyons ainsi que la critique de l'&#233;conomie politique est plus que jamais n&#233;cessaire. Elle passe par la conscience de ce qu'est le capitalisme et de sa sp&#233;cificit&#233; historique, c'est- &#224;-dire &#224; la fois sa sp&#233;cificit&#233; en tant que capitalisme, mais aussi celle de la p&#233;riode actuelle du capitalisme. C'est cette sp&#233;cificit&#233; qui va nous permettre de comprendre l'impasse actuelle, mais aussi de confirmer qu'il existe une porte de sortie passant par la remise en cause du cadre historique actuel, c'est-&#224;-dire de la domination du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; notre hypoth&#232;se : le capital, force directrice de l'&#233;conomie, est le n&#339;ud du probl&#232;me, l'&#233;quivalent de la gravit&#233; pour notre probl&#232;me &#224; trois corps. Tant que les hommes consid&#233;reront que cette force est aussi indiscutable et incontournable que la gravit&#233;, aucune solution ne sera possible. Mais s'ils prennent conscience de l'aspect construit et historique du capitalisme, alors une derni&#232;re chance s'ouvre &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour avancer, il nous faut toutefois clarifier les termes employ&#233;s. Les notions de capital et de capitalisme sont tr&#232;s largement utilis&#233;es, mais leur sens n'est pas universellement compris de la m&#234;me mani&#232;re, ce qui rend les discussions difficiles, voire impossibles. Si on ne saisit pas la nature r&#233;elle de la force qui conduit le monde &#224; l'instabilit&#233;, on peinera &#224; construire des strat&#233;gies de sortie. Commen&#231;ons par un truisme : le capitalisme est le mode d'organisation sociale domin&#233; par le capital. On parle souvent de &#171; mode de production &#187;, mais cette notion laisse parfois entendre que le capitalisme ne serait qu'un r&#233;gime &#233;conomique. Or il est bien plus que cela : il est le pouvoir g&#233;n&#233;ralis&#233; du capital, qui se traduit par celui de l'&#233;conomie, sur l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. C'est cela sa sp&#233;cificit&#233; historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa r&#233;flexion sur la naissance du capitalisme, l'historien J&#233;r&#244;me Baschet souligne qu'on ne peut d&#233;finir le capitalisme par la seule existence du capital, c'est-&#224;-dire d'une somme d'argent vou&#233;e &#224; s'autovaloriser 15. Il existe des activit&#233;s du capital dans des modes de production pourvus de logiques d'ensemble &#8211; Karl Korsch dirait des &#171; sp&#233;cifications histo- riques &#187; &#8211; enti&#232;rement diff&#233;rentes du capitalisme. Ces activit&#233;s jouent un r&#244;le dans ces p&#233;riodes historiques, mais elles ne sont pas motrices ni organisatrices de la totalit&#233; sociale : elles sont subordonn&#233;es et encastr&#233;es dans d'autres logiques. La particularit&#233; du capitalisme est donc la centralit&#233; du capital et de sa force motrice, son besoin infini d'accumu- lation, dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e. Lorsque na&#238;t le capita- lisme, l'organisation sociale s'organise autour de cette force, modifiant profond&#233;ment les rapports sociaux. Bien s&#251;r, comme dans les modes de production pr&#233;c&#233;dents, souligne J&#233;r&#244;me Baschet, &#171; ce n'est pas que la soci&#233;t&#233; soit enti&#232;rement model&#233;e par l'imp&#233;ratif de l'accumulation du capital [&#8230;], c'est plut&#244;t qu'elle est largement inform&#233;e, et de plus en plus profond&#233;ment, par la n&#233;cessit&#233; de reproduire un monde dans lequel l'exigence de l'accumulation peut se reproduire 16 &#187;. Le capital devient donc une force tut&#233;laire sur l'ensemble des rapports sociaux, et m&#234;me ce qui lui &#233;chappe directe- ment ne peut r&#233;ellement l'ignorer. On peut donc d&#233;crire, avec J&#233;r&#244;me Baschet, le capitalisme comme le &#171; monde de l'&#201;conomie &#187; : &#171; Dans aucun autre syst&#232;me socio-historique, l'&#233;conomie n'avait &#233;merg&#233; comme sph&#232;re autonome mue par ses propres r&#232;gles et tendant &#224; imposer sa logique &#224; l'ensemble du monde social 17. &#187; On reprendra volontiers cette d&#233;finition, en ayant &#224; l'esprit que, deux si&#232;cles apr&#232;s son &#233;mergence, le capitalisme est parvenu &#224; &#171; imposer sa logique &#187; non seule- ment sur une part immense de la vie sociale, mais aussi sur l'ensemble de la plan&#232;te. Ce qui en fait une raison suffisante pour y voir un moteur central du chaos actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois devenu central dans la soci&#233;t&#233;, le capital est davantage qu'une simple somme d'argent &#224; valoriser : il devient un rapport social. Mais ce terme m&#233;rite qu'on s'y arr&#234;te. Le capital a, par nature, vocation &#224; se valoriser, c'est-&#224;-dire &#224; augmenter sa valeur mon&#233;taire. Pour r&#233;aliser ce ph&#233;nom&#232;ne d'accumulation qui est la force interne et la raison d'&#234;tre du capital, il a recours &#224; la marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cette raison m&#234;me que Marx d&#233;bute Le Capital avec l'&#233;tude de la marchandise, &#171; forme &#233;l&#233;mentaire 18 &#187; de la richesse des soci&#233;t&#233;s capitalistes. Or, pour produire de la valeur, la marchandise doit se pr&#233;senter sous une &#171; double nature &#187; : une valeur d'usage et une valeur d'&#233;change. La premi&#232;re permet l'&#233;change en r&#233;pondant &#224; un besoin, la seconde permet la valorisation en donnant lieu &#224; un &#233;change mon&#233;taire. Cette s&#233;paration n'est possible que si elle s'appuie sur une autre : celle entre le travail concret, l'activit&#233; qui r&#233;alise une t&#226;che concr&#232;te, et le travail abstrait, c'est-&#224;-dire du travail quantifi&#233; en argent qui permettra de valoriser la marchandise et de cr&#233;er la survaleur n&#233;cessaire au processus d'accumulation du capital 19. Cette s&#233;paration d&#233;tache le travail de sa r&#233;alit&#233; et de son but. Il d&#233;poss&#232;de le travailleur du produit concret de son travail au b&#233;n&#233;fice d'un &#233;quiva- lent mon&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences sociales de ce processus consid&#233;rables. Sous la pression du capital, le travailleur produit des marchan- dises destin&#233;es &#224; &#234;tre valoris&#233;es pour favoriser l'accumulation et jamais pour son propre usage. Il produit donc pour une raison ext&#233;rieure &#224; ses propres besoins : les besoins du capital. Pour satisfaire ses besoins &#224; lui, il lui faut aller acheter des biens et des services sur un march&#233; qui permet de donner une valeur d'&#233;change aux marchandises. Ainsi les relations humaines sont-elles m&#233;diatis&#233;es par la marchandise, c'est- &#224;-dire par des objets. C'est, pour reprendre une formule de Marx, un &#171; monde renvers&#233; 20 &#187; : le pouvoir r&#233;side dans les objets produits pour le capital, et les hommes se soumettent aux lois de cette logique puisqu'ils en ont besoin pour survivre. Cette soumission, qui s'inscrit dans un &#171; syst&#232;me de domination impersonnelle, abstraite 21 &#187;, et que Marx appelle le &#171; f&#233;tichisme de la marchandise &#187;, explique la vision des &#233;conomistes, des politiques et des th&#233;oriciens de la polycrise. Mais elle explique aussi notre aveuglement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet aveuglement ne rel&#232;ve pas d'une &#171; id&#233;ologie &#187; dans laquelle seraient enferm&#233;s les &#233;conomistes. L'id&#233;ologie de la naturalisation des lois capitalistes est une cons&#233;quence de la relation sociale capitaliste. Et un des enjeux de la pens&#233;e de Marx est de briser ce f&#233;tichisme pour pouvoir r&#233;tablir des relations humaines non m&#233;diatis&#233;es. Mais il y a &#233;videmment davantage. Ce renversement confirme que la domination du capital sur la soci&#233;t&#233; n'est pas qu'une question quantitative &#8211; autrement dit le probl&#232;me n'est pas qu'une pr&#233;sence crois- sante de la logique du capital. Il induit un changement quali- tatif majeur qui cristallise une vision du monde particuli&#232;re. Lorsque toute relation avec les autres et avec la nature est m&#233;diatis&#233;e par la marchandise, l'&#234;tre humain devient &#233;tranger &#224; son propre monde, il ne le voit plus qu'&#224; travers cette marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devient alors aussi &#233;tranger &#224; lui-m&#234;me. C'est le ph&#233;no- m&#232;ne d'ali&#233;nation, dont on maintiendra ici qu'il est &#233;troite- ment li&#233; &#224; celui de f&#233;tichisme 22. Bien s&#251;r, dans le capitalisme, on l'a dit, tous les rapports humains ne sont pas soumis au capital et &#224; cette m&#233;diation de la marchandise. Mais tous sont sous l'influence ultime de cette logique qui permet &#224; la soci&#233;t&#233; de fonctionner et de se reproduire. Autrement dit, la m&#233;diation sociale de la marchandise est bien la force sociale dominante. Et c'est, en retour, ce qui permet de comprendre pourquoi les crises actuelles, et notamment la crise &#233;colo- gique, ne sont pas prises au s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bref et tr&#232;s sch&#233;matique r&#233;sum&#233; se limite &#224; ce dont on a besoin, pour l'instant, pour continuer notre propos. On peut le r&#233;sumer bri&#232;vement ainsi : le capitalisme est le r&#233;gime de domination du capital qui transforme ce dernier en rapport social central et produit une organisation sociale fond&#233;e sur l'ali&#233;nation et le f&#233;tichisme marchand. On ajoutera que, cette domination &#233;tant une domination sociale, elle se fait dans des contextes culturels et historiques diff&#233;rents et peut donc prendre des formes vari&#233;es selon les pays, les r&#233;gions et les &#233;poques. Comme on le verra, le processus d'accumulation conna&#238;t des difficult&#233;s historiques et locales qu'il convient d'identifier. Mais ces difficult&#233;s prennent toujours leur sens dans une situation globale. Et c'est donc par cette derni&#232;re qu'il faut d&#233;buter les investigations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon notre d&#233;finition, on remarquera par ailleurs que le capitalisme n'est pas un simple r&#233;gime de domination des &#171; riches &#187;, pas davantage qu'une simple forme de g&#233;n&#233;ralisa- tion du &#171; commerce &#187;. Il a exist&#233; dans l'histoire humaine des formes de richesse mat&#233;rielle non capitaliste dont la domina- tion a &#233;t&#233; violente, et la simple existence du commerce dans une soci&#233;t&#233; ne suffit pas &#224; la structurer. Comme on le verra dans la derni&#232;re partie, cette vision ne relativise pas l'impor- tance de la lutte de classes ; elle l'int&#232;gre dans un cadre plus g&#233;n&#233;ral de domination sociale du capital et donne donc &#224; cette lutte une fonction plus large de lutte contre cette domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en terminera ici par un dernier d&#233;tour avant de poser le tableau de notre probl&#232;me &#224; trois corps. Une telle d&#233;fini- tion du capital et du capitalisme permet &#8211; en faisant de la lutte contre certains aspects du capitalisme une lutte contre le capitalisme et sa logique &#8211; d'&#233;viter quelques &#233;cueils. Elle montre que, si la lutte est interne, si les modifications vis&#233;es concernent les modalit&#233;s de la domination du capital, mais non la force centrale de cette domination, alors il s'agit in fine de d&#233;fendre et de renforcer la centralit&#233; du capital sous une forme jug&#233;e plus acceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience &#171; sovi&#233;tique &#187; illustre bien ce fourvoiement. Ce r&#233;gime a aboli formellement la propri&#233;t&#233; des moyens de production &#8211; que son id&#233;ologie consid&#233;rait comme centrale dans la d&#233;finition du capitalisme &#8211; mais il a conserv&#233; la n&#233;ces- sit&#233; de produire de la valeur. Ainsi les travailleurs sont rest&#233;s s&#233;par&#233;s de leur production et le march&#233; a &#233;t&#233; remplac&#233; par une planification fond&#233;e sur l'extraction de valeur par le travail et g&#233;r&#233; par une &#171; classe de substitution &#187;, la bureaucratie, g&#233;rant la domination du capital et assurant son accumulation. Dans les ann&#233;es 1920 et 1930, le r&#244;le de la loi de la valeur dans le syst&#232;me sovi&#233;tique a fait l'objet de longues controverses tranch&#233;es par Staline lui-m&#234;me, qui a d&#233;clar&#233; en 1936 que &#171; nos entreprises ne peuvent ni ne doivent se passer de la loi de la valeur 23 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de fait, dans ces r&#233;gimes, &#224; travers la planification m&#234;me, la domination abstraite du capital et la n&#233;cessit&#233; de son accumulation ont non seulement &#233;t&#233; maintenues, mais ex&#233;cut&#233;es par des voies autoritaires. En 1920, Trotski r&#233;sumait ainsi cette vision du socialisme, qu'il partageait : &#171; Les travailleurs qui concourent plus que les autres au bien commun acqui&#232;rent le droit de recevoir une part plus grande du produit social que les fain&#233;ants et les d&#233;sorganisateurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce &#171; bien commun &#187; restait mesur&#233; par la &#171; productivit&#233; du travail &#187; et l'&#171; &#233;mulation dans la production &#187;, c'est-&#224;-dire par la n&#233;cessit&#233; de r&#233;aliser l'accumulation de la valeur 24. La n&#233;cessit&#233; du travail soulign&#233;e par Trotski &#233;tait bien la n&#233;ces- sit&#233; du travail abstrait. Ce &#171; socialisme &#187;-l&#224; produisait donc aussi de la marchandise, mais de fa&#231;on centralis&#233;e et &#233;tatis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oukase de Staline a &#233;videmment surv&#233;cu &#224; la d&#233;stalini- sation et sign&#233; l'arr&#234;t de mort &#224; moyen terme d'un syst&#232;me qui s'&#233;chinait &#224; faire du capitalisme par des moyens &#171; moins efficients &#187; du point de vue du capital. La question de la r&#233;alit&#233; des prix et de la d&#233;termination de la production devait finir par rattraper une telle exp&#233;rience. Mais son caract&#232;re profond&#233;ment capitaliste est devenu fort clair apr&#232;s l'effon- drement de ces r&#233;gimes au d&#233;but des ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'a montr&#233; Branko Milanovic 25 dans la foul&#233;e des travaux de l'historien Moshe Lewin 26, le syst&#232;me sovi&#233;- tique a &#233;chou&#233; dans les pays o&#249; le capitalisme &#233;tait d&#233;j&#224; bien implant&#233;, comme en Allemagne de l'Est, en Tch&#233;coslovaquie ou en Hongrie, mais il a permis de former une accumulation initiale de capital dans les pays encore encastr&#233;s dans d'anciens syst&#232;mes f&#233;odaux qui bloquaient cette accumulation, comme en Russie ou en Chine, par exemple. Dans ces pays, au-del&#224; des diff&#233;rences de gestion, le syst&#232;me sovi&#233;tique a assur&#233; l'int&#233;- gration de la soci&#233;t&#233; au capitalisme parce qu'il l'a soumise &#224; la loi de la marchandise. Une fois le r&#233;gime politique sovi&#233;tique aboli, les anciens bureaucrates sont devenus les nouveaux gestionnaires du capital, souvent avec succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces faits conduisent &#224; trois conclusions. La premi&#232;re est que l'objection paresseuse selon laquelle la pens&#233;e de Marx a &#233;t&#233; disqualifi&#233;e par l'&#233;chec du sovi&#233;tisme ne fonctionne pas. En effet, en s'appuyant sur Marx, on a pu construire une d&#233;finition du capitalisme radicalement oppos&#233;e &#224; celle sur laquelle les &#171; r&#233;publiques socialistes &#187; se sont construites. La deuxi&#232;me est que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, tout comme l'existence d'un march&#233; formel ou de fortes disparit&#233;s de richesses ne sont pas des crit&#232;res suffi- sants pour d&#233;finir le capitalisme. Et partant, leur disparition formelle n'assure pas le d&#233;passement dudit capitalisme. C'est bien davantage la logique de la domination par le processus de valorisation du capital qui doit &#234;tre centrale si l'on ne veut pas retomber dans les erreurs du pass&#233;. Ce point n'est pas anecdotique : il concerne directement notre &#233;poque. Si, comme on tentera de le montrer, le capital est le moteur de la crise actuelle, la tentation d'une &#171; am&#233;lioration &#187; de sa domination par des moyens jug&#233;s plus acceptables ne permettra pas de sortir du probl&#232;me, et, selon la logique de la polycrise, ne viendra qu'aggraver la situation. Par exemple, beaucoup estiment que l'enjeu est de sortir de la forme actuelle du capitalisme, domin&#233;e par la logique de la valeur actionnariale et la financiarisation, au profit d'une forme plus &#171; sociale &#187; ou d'une forme de &#171; n&#233;o-fordisme &#187;. Toutes ces tentatives maintiendront intacte la centralit&#233; du capital dans les rapports sociaux et donc les fondements de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, une derni&#232;re conclusion vient, cette fois, contredire le constat de Branko Milanovic, qui voit dans la chute des r&#233;gimes sovi&#233;tiques le requiem de toute alternative au capita- lisme 27. Un constat qui n'est pas sans rappeler la fameuse &#171; fin de l'histoire &#187; proclam&#233;e par le penseur lib&#233;ral Francis Fukuyama dans les ann&#233;es 1990. Si le r&#233;gime mis en place&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; par l'URSS et d&#233;ploy&#233; ailleurs manu militari pr&#233;servait le c&#339;ur de la domination capitaliste, alors la fin de l'histoire n'est pas encore &#224; l'ordre du jour. Le capitalisme n'a pas &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;, et sa domination n'est pas le fruit d'une victoire sur son contraire. C'est bien plut&#244;t un jeu dialectique interne qui a permis d'asseoir sa domination. D&#232;s lors, le renoncement g&#233;n&#233;ralis&#233; auquel on assiste face &#224; un syst&#232;me dysfonctionnel et dangereux n'est plus de mise &#8211; et l'humanit&#233; n'est pas condamn&#233;e &#224; la gestion du d&#233;sastre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que ce cadre a &#233;t&#233; pos&#233;, il nous faut revenir &#224; notre probl&#232;me &#224; trois corps. On a vu que la vision polycentrique et chaotique de la crise actuelle n'&#233;tait pas satisfaisante. En identifiant la force du capital comme centrale dans cette crise, on peut tenter de rationaliser la situation pr&#233;sente. Un premier effort a &#233;t&#233; effectu&#233; par trois chercheurs travaillant au Royaume-Uni en 2024, dans un article qui a inspir&#233; ce livre 28. Cet article d&#233;crit un trilemme, autrement dit un probl&#232;me &#224; trois entr&#233;es insolubles ensemble : la crise &#233;conomique, la crise sociale et la crise &#233;cologique. L'objet de cet article est de montrer que la d&#233;mocratie lib&#233;rale, au sens politique du terme, se retrouve dans l'impossibilit&#233; de g&#233;rer ce trilemme aujourd'hui, ce qui explique l'instabilit&#233; politique de notre &#233;poque. Cette impossibilit&#233; tient &#224; ce que les auteurs appellent la &#171; directionnalit&#233; du capital &#187;. Ce livre reprend cette id&#233;e du trilemme en essayant &#224; la fois de la d&#233;velopper et d'en pr&#233;ciser les contours et les enjeux selon une lecture propre. Il s'agit de reprendre la critique de la domination du capital pour expliquer comment s'organise ce qui ressemble bel et bien au &#171; probl&#232;me &#224; trois corps &#187; de notre &#233;poque. Encore faut-il pouvoir expliquer pourquoi, au milieu du chaos, ces trois crises peuvent, sous l'effet de la dynamique d'accumulation du capital, rendre le syst&#232;me enti&#232;rement instable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois crises ne tombent pas du ciel. Elles sont intimement li&#233;es au syst&#232;me capitaliste tel qu'on vient de le pr&#233;senter. Comme on l'a dit, le capital a pour force motrice son accumulation, c'est-&#224;-dire son autovalorisation croissante et permanente. Le capitalisme, c'est le &#171; monde de l'&#201;conomie &#187;, et, logiquement, le centre de son action est &#233;conomique. L'&#233;tat de l'accumulation du capital, de ses moyens et de ses obstacles est donc le point de d&#233;part de toute r&#233;flexion sur ce syst&#232;me. Or la lecture d&#233;fendue ici est que, depuis les perturbations du d&#233;but des ann&#233;es 1970 et encore davantage depuis la grande crise financi&#232;re de 2008, le capital est en sous-r&#233;gime : la croissance ralentit. Ce qui l'oblige &#224; prendre des mesures de plus en plus violentes pour assurer l'accumulation : pillage de l'&#201;tat, renforcement de la discipline dans le travail, fuite en avant technologique. C'est le premier soleil noir de la crise, le plus massif, de notre terre devenue Trisolaris : la crise &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une lecture marxienne, on se souviendra cependant que rien n'est possible pour le capital sans deux facteurs essentiels : le travail humain, qui suppose le contr&#244;le des rapports sociaux, et la nature, dont la transformation pour satisfaire les besoins constitue le c&#339;ur de la production. Cette transformation repose sur le &#171; m&#233;tabolisme de la nature &#187; et du travail. Cette notion de m&#233;tabolisme 29, emprunt&#233;e aux sciences naturelles, d&#233;crit le m&#233;canisme de transformation et d'&#233;quilibre permettant &#224; un organisme biologique de maintenir les m&#233;canismes vitaux en &#233;tat. Mais chez Marx, le m&#233;tabolisme d&#233;signe l'empreinte mat&#233;rielle des soci&#233;t&#233;s humaines sur leur environnement pour se reproduire ; et d'apr&#232;s lui, l'exigence d'accumulation ind&#233;finie du capital est venue briser un &#233;quilibre m&#233;tabolique entre la nature et les humains. L'&#233;quilibre m&#233;tabolique a &#233;t&#233; rompu, et cette rupture a d&#233;bouch&#233; sur un conflit ouvert entre le capital et la nature. C'est la crise &#233;cologique, la crise la plus dangereuse car elle a d&#233;cha&#238;n&#233; des forces d&#233;passant le capital lui-m&#234;me. Ce deuxi&#232;me soleil noir est le plus puissant et le plus instable. Il est celui qui menace d'engloutir tous les autres et qui, depuis quelques ann&#233;es, prend une ampleur in&#233;dite. Le capitalisme n'est pas qu'un mode de gestion de l'&#233;co- nomie. C'est l'&#233;conomie faite soci&#233;t&#233;, et m&#234;me faite homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit : le moteur de la domination du capital, c'est la r&#233;ification des rapports sociaux, leur m&#233;diation par la marchandise. Ce ph&#233;nom&#232;ne induit que les rapports entre les hommes sont fa&#231;onn&#233;s par leur d&#233;pendance au capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du capital est donc aussi une crise sociale. Mais elle est aussi plus profond&#233;ment une crise anthropologique. En effet, le capital s'impose socialement par la construction de besoins sp&#233;cifiques &#224; sa propre exigence d'accumulation, de besoins qui sont le produit de sa propre exigence vitale. Ainsi les humains sont de plus en plus d&#233;pendants de besoins qui leur sont &#233;trangers et les &#233;loignent de leurs propres besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise ne peut donc se comprendre comme une simple aggravation des in&#233;galit&#233;s et de la paup&#233;risation : il s'agit d'une crise interne &#224; l'homme lui-m&#234;me, dans laquelle se d&#233;ploient des contradictions permanentes li&#233;es aux besoins, et dont le prix humain, &#233;cologique et social est de plus en plus &#233;lev&#233;. Cette troisi&#232;me crise repr&#233;sente notre troisi&#232;me soleil noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir de planter notre d&#233;cor, il nous faut pr&#233;ciser un dernier &#233;l&#233;ment : ces trois crises ont leur propre dynamique et ont &#233;galement des interactions qui se d&#233;veloppent au gr&#233; de ces dynamiques. La crise environnementale p&#232;se sur la croissance et les modes de vie. La crise &#233;conomique contraint les soci&#233;t&#233;s et les mesures de protection de la nature. La crise sociale et anthropologique emp&#234;che toute adaptation &#224; la crise climatique et rend l'&#233;quation &#233;conomique plus d&#233;licate &#224; r&#233;soudre. Un des objets de ce livre sera de montrer la r&#233;alit&#233; et l'interp&#233;n&#233;tration de ces trois crises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier point pourra &#233;tonner le lecteur. Une des manifestations les plus inqui&#233;tantes de la polycrise, ce sont ses cons&#233;quences g&#233;opolitiques et politiques. Autrement dit, les conflits au niveau international et la d&#233;stabilisation politique de plusieurs pays, notamment dans les d&#233;mocraties occidentales. N'y aurait-il pas l&#224; un autre &#171; p&#244;le &#187; de la crise ? Dans ce cas, les trois p&#244;les d&#233;crits ci-dessus ne seraient-ils pas le signe d'un &#171; &#233;conomicisme &#187; r&#233;ducteur ? Ce livre assume parfaitement ce biais, si on entend par l&#224; que le monde dans lequel nous vivons est domin&#233; par le capital et par sa logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, que le monde dans lequel nous vivons est bien le &#171; monde de l'&#201;conomie &#187;. Encore une fois, ceci ne signifie pas que la totalit&#233; de la r&#233;alit&#233; se r&#233;sume &#224; l'&#233;conomie, mais bien que cette dynamique &#233;conomique constitue le c&#339;ur des rapports sociaux. D&#232;s lors, les relations g&#233;opolitiques et politiques se construisent dans le cadre de l'action du capital qui, par ailleurs, comme on vient de le voir, est multiple et diverse : &#233;conomique, anthropologique, sociale et &#233;cologique. Ce livre rejette ainsi consciemment, en se fondant sur une approche mat&#233;rialiste, l'id&#233;e que les rapports entre les nations sont le fruit de &#171; rivalit&#233;s s&#233;culaires &#187;, de &#171; traits &#233;ternels &#187; des peuples ou, &#171; mieux &#187; encore, de l'humeur et de la volont&#233; de &#171; grands hommes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela, il n'est pas question de pr&#233;tendre que les guerres ou les crises politiques sont des ph&#233;nom&#232;nes secondaires. Ce sont, au contraire, des ph&#233;nom&#232;nes essentiels qui maltraitent les soci&#233;t&#233;s et les hommes. Mais le cadre de leur d&#233;clenche- ment se situe dans l'&#226;ge qui est le n&#244;tre et se structure autour de la domination du capital. Laquelle, on l'a dit, prend des formes historiques et r&#233;gionales vari&#233;es. Vouloir lire l'histoire du monde ind&#233;pendamment du cadre structurant la soci&#233;t&#233; rel&#232;ve d'une forme de na&#239;vet&#233; et d'un reste de m&#233;taphysique que l'on rejettera ici. Aussi revendiquera-t-on de voir dans ces crises majeures les cons&#233;quences du trilemme ici mis en sc&#232;ne. Le fait que ces crises soient pens&#233;es comme des cons&#233;- quences ne r&#233;duit pas leur importance et n'est en rien un d&#233;ni de la souffrance de leurs victimes. Bien au contraire, notre but est de trouver des cl&#233;s pour stopper les dynamiques qui m&#232;nent &#224; ces chocs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt ans apr&#232;s la parution en Chine du Probl&#232;me &#224; trois corps, la plan&#232;te dont la stabilit&#233; apparente fait r&#234;ver les Trisolariens du roman &#224; 400 ann&#233;es-lumi&#232;re de distance est devenue toujours plus dangereuse et hors de contr&#244;le. C'est que la politique r&#232;gne, mais ne gouverne pas. Ce qui gouverne est une force plus irr&#233;sistible qui, si l'on ne rejette pas sa domination, finira par emporter tout sur son passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***********&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Notes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1. Po&#233;sies de l'&#233;poque des Thang, 1977, Ivr&#233;a, p. 119.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Liu Cixin, Le Probl&#232;me &#224; trois corps, Actes Sud, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Voir &#224; ce sujet Benjamin B&#252;rbaumer, Chine/&#201;tats-Unis, le capitalisme contre la mondialisation, La D&#233;couverte, 2024. Les &#201;tats-Unis conservent la pr&#233;&#233;minence en termes de PIB nominal, c'est-&#224;-dire en monnaie courante. Mais lorsqu'on calcule en PIB constant et en parit&#233; de pouvoir d'achat, c'est-&#224;-dire corrig&#233; du niveau des prix et des taux de change, la Chine est la premi&#232;re &#233;conomie du monde depuis 2016. Selon la Banque mondiale, le PIB chinois affichait en 2023 un niveau sup&#233;rieur de 26,6 % &#224; celui des &#201;tats-Unis avec cette m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Le PNUD indique que, entre 2020 et 2023, l'&#233;cart entre l'indice de d&#233;veloppement humain &#8211; qui regroupe non seulement le PIB par habitant, mais aussi l'indice de scolarisation et l'esp&#233;rance de vie &#224; la naissance &#8211; des pays riches et celui des pays les plus pauvres s'est creus&#233;, pour la premi&#232;re fois en trente ans, et si fortement que cet &#233;cart est revenu &#224; son niveau de 2015. Cf. Romaric Godin, &#171; Les in&#233;galit&#233;s se creusent entre pays riches et&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Adam Tooze, &#171; Welcome to the world of polycrisis &#187;, Financial Times, 28 octobre 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Edgar Morin, Terre Patrie, Seuil, 1993, p. 110.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Cf. l'article du 9 mars 2023 sur le site Internet de Zurich Insurance, &#171; The good news hidden inside today's &#8220;polycrisis&#8221; &#187;, qui se termine par un appel &#224; &#171; construire la r&#233;silience &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Une premi&#232;re critique de ces notions avait &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e dans Romaric Godin, &#171; Vive la polycrise ! &#187;, Revue du crieur, 23 avril 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Le 6 septembre 2025, Adam Tooze a critiqu&#233; sa propre position sur la polycrise dans un article publi&#233; dans le Financial Times : &#171; Polycrisis, is this the sequel ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Bertolt Brecht, La Bonne &#194;me du Se-Tchouan, L'Arche, 2014, p. 19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Karl Marx, Mis&#232;re de la philosophie, in &#338;uvres, tome 1, &#171; Pl&#233;iade &#187;, Gallimard, 1963, p. 123.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Karl Korsch, Karl Marx, Ivr&#233;a, 2002, p. 37.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Karl Marx, Le Chapitre VI. Manuscrits de 1863-1867. Le Capital, livre I, Les &#201;ditions sociales, 2010, p. 251.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. J&#233;r&#244;me Baschet, Quand commence le capitalisme ?, Crise &amp; Critique, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Ibid., p. 146.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Ibid., p. 121.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Karl Marx, Le Capital, livre I, Les &#201;ditions sociales, p. 39.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale, Mille et une Nuits, 2009, p. 221.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. Karl Marx, Introduction &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel, in : tome 3, &#171; Pl&#233;iade &#187;, Gallimard, 1982, p. 382.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale, op. cit., p. 188.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. Cf. Istvan M&#233;sz&#225;ros, Marx's Theory of Alienation, Merlin Press, 2005 [1970], p. 20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. Cit&#233; par Paul Mattick, in Marx et Keynes, Gallimard, 2010 (1972), p. 375.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. Ibid., p. 386.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25. Branko Milanovic, Le Capitalisme sans rival, La D&#233;couverte, 2020, p. 97-110.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26. Moshe Lewin, La Grande Mutation sovi&#233;tique, La D&#233;couverte, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27. Branko Milanovic, Le Capitalisme sans rival, op. cit., p. 219.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28. Ilias Alami, Jack Copley et Alexis Moraitis, &#171; The &#8220;wicked trinity&#8221; of late capitalism. Governing in an era of stagnation, surplus humanity and environnemental breakdown &#187;, Geoforum, n&#176; 153, juillet 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29. Sur cette notion, voir Kohei Saito, Marx in the Anthropocene, Cambridge University Press, 2022, p. 13-38.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; La force fondamentale du capitalisme le pousse vers le n&#233;ofascisme &#187;</title>
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		<dc:date>2026-03-16T11:34:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Romaric Godin</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-03-10</dc:subject>
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		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>

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&lt;p&gt;Dans son dernier livre, Romaric Godin revient sur les crises provoqu&#233;es par la domination du capital sur nos soci&#233;t&#233;s. Il estime, dans un entretien &#224; &#171; Reporterre &#187;, que le basculement n&#233;ofasciste en cours en est la cons&#233;quence. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans Le probl&#232;me &#224; trois corps du capitalisme (&#233;d. La D&#233;couverte, 2026), Romaric Godin, journaliste &#233;conomique &#224; Mediapart, analyse pourquoi la domination du capital dans nos soci&#233;t&#233;s ne peut qu'aboutir aux d&#233;sastres que nous observons. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le besoin d'accumulation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH102/romaric_godin-2-e8ca3.png?1773142503' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='102' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans son dernier livre, Romaric Godin revient sur les crises provoqu&#233;es par la domination du capital sur nos soci&#233;t&#233;s. Il estime, dans un entretien &#224; &#171; Reporterre &#187;, que le basculement n&#233;ofasciste en cours en est la cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans Le probl&#232;me &#224; trois corps du capitalisme (&#233;d. La D&#233;couverte, 2026), Romaric Godin, journaliste &#233;conomique &#224; Mediapart, analyse pourquoi la domination du capital dans nos soci&#233;t&#233;s ne peut qu'aboutir aux d&#233;sastres que nous observons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le besoin d'accumulation infinie du capital le pousse dans une fuite en avant mortif&#232;re, acc&#233;l&#233;rant les trois crises, &#233;conomique, &#233;cologique et anthropologique [*] qui s'entrem&#234;lent et nous m&#232;nent vers le pr&#233;cipice. L'ouvrage, passionnant, conclut que le basculement n&#233;ofasciste en cours est la cons&#233;quence in&#233;luctable de cette impasse capitaliste, qui entre dans une nouvelle phase, autoritaire et hybrid&#233;e &#224; l'&#201;tat, qu'il nomme &#171; capitalisme d'&#233;tat d'urgence &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;5 mars 2026 | tir&#233; de reporterre.et | Photo : Romaric Godin, journaliste &#233;conomique &#224; mediapart, - Carole Lozano / La D&#233;couverte&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://reporterre.net/La-force-fondamentale-du-capitalisme-le-pousse-vers-le-neofascisme&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://reporterre.net/La-force-fondamentale-du-capitalisme-le-pousse-vers-le-neofascisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reporterre &#8212; Comment analysez-vous la violente campagne de diabolisation men&#233;e contre La France insoumise, depuis la mort du militant n&#233;ofasciste Quentin Deranque ? Peut-on y voir une illustration de la radicalisation du camp du capital, que vous d&#233;crivez dans votre ouvrage ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Romaric Godin &lt;/strong&gt; &#8212; Compl&#232;tement. On voit bien &#224; quel point l'id&#233;e d'une gestion du capitalisme bas&#233;e sur le partage et la lutte contre les in&#233;galit&#233;s, ce qui &#233;tait le fonctionnement du capitalisme dans les ann&#233;es d'apr&#232;s-guerre [avec, par exemple, la mise en place de la S&#233;curit&#233; sociale], est devenu aujourd'hui inadmissible pour le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en a d'ailleurs vu des illustrations bien avant les &#233;v&#232;nements que vous mentionnez : dans les d&#233;bats autour de la taxe Zucman, on a cherch&#233; &#224; d&#233;l&#233;gitimer Gabriel Zucman, &#224; le pr&#233;senter comme un &#233;conomiste d'extr&#234;me gauche, alors qu'il en est quand m&#234;me tr&#232;s loin. Il appartient plut&#244;t &#224; une &#233;cole qui vise &#224; mieux g&#233;rer le capitalisme pour le sauver&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout projet visant &#224; limiter les in&#233;galit&#233;s est devenu inacceptable pour le capital, qui n'admet aujourd'hui plus qu'un seul d&#233;bat : celui entre n&#233;olib&#233;raux et capitalisme autoritaire. C'est-&#224;-dire entre deux extr&#234;mes d'un continuum capitaliste qui s'accorde sur l'essentiel : il faut tout faire pour soutenir l'accumulation du taux de profit pour les capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour bien comprendre les enjeux, il faut saisir pourquoi la qu&#234;te d'accumulation croissante et infinie de profits est une n&#233;cessit&#233; vitale pour le capitalisme. Comment expliquer simplement cette n&#233;cessit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le besoin d'accumulation croissante et constante est ce qui diff&#233;rencie le capitalisme de toutes les autres formes d'exploitation et de domination. Les capitalistes n'investissent pas dans la production de marchandises pour les marchandises en elles-m&#234;mes, mais pour produire de la plus-value, c'est-&#224;-dire plus de capital. Le capital a pour objectif de se reproduire en s'&#233;largissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le taux de profit doit toujours &#234;tre en augmentation, sinon, c'est la crise. D'une part, parce que si cette promesse d'accumulation, qui est le moteur de l'investissement, s'arr&#234;te, alors l'investissement s'arr&#234;te, il y a une panne g&#233;n&#233;rale du syst&#232;me. D'autre part, dans un contexte concurrentiel, la lutte pour amasser des parts du g&#226;teau devient toujours de plus en plus forte car le besoin d'accumulation cro&#238;t plus vite que le g&#226;teau. &#199;a met sous pression les capitalistes et &#231;a entretient ce v&#233;ritable moteur du syst&#232;me qu'est la qu&#234;te d'accumulation du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais cette voracit&#233; provoque ses propres crises. En vous appuyant sur Marx et les &#233;conomistes qui l'ont suivi, vous expliquez comment le capitalisme scie lui-m&#234;me la branche sur laquelle il est assis&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour produire toujours plus de capital, il faut des gains de productivit&#233; permanents. C'est-&#224;-dire produire plus avec moins de travail et donc d&#233;gager plus de plus-value. Cela passe notamment par la m&#233;canisation de la production. Mais cela implique une tension entre la production qui peut sembler capable de se d&#233;velopper &#224; l'infini et le processus de valorisation. Car l'enjeu, ce n'est pas de produire plus, mais d'augmenter en permanence le taux de profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, plus l'&#233;conomie est m&#233;canis&#233;e, plus ces machines repr&#233;sentent une forte masse de capitaux &#224; investir, et plus cela rend difficile d'assurer cette croissance du taux de profit. C'est pour cette raison que dans le capitalisme tardif, les gains de productivit&#233; d&#233;clinent et que les taux de profit issus de la production classique de valeur sont sous pression permanente.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; La crise actuelle de l'&#233;conomie est en r&#233;alit&#233; la crise de 2008 dont nous ne sommes toujours pas sortis &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cela provoque des crises r&#233;guli&#232;res. La crise actuelle de l'&#233;conomie est en r&#233;alit&#233; la crise de 2008 dont nous ne sommes toujours pas sortis. Pour ma part, je d&#233;fends l'id&#233;e que le capitalisme est en sous-r&#233;gime depuis les ann&#233;es 1970. Pour lutter contre cette baisse tendancielle, le capital a tent&#233; de lancer des contre-tendances favorisant l'accumulation. C'est notamment pass&#233; par la mondialisation, par la financiarisation de l'&#233;conomie et l'accumulation de dettes, mais ces contre-tendances se sont compl&#232;tement effondr&#233;es depuis la crise de 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les grandes dynamiques &#224; l'&#339;uvre un peu partout dans le monde (imp&#233;rialismes, guerres et destruction de l'&#201;tat social), sont-elles, pour le capital, autant de tentatives de trouver de nouvelles &#171; contre-tendances &#187;, de nouvelles sources d'accumulation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exactement. &#192; partir du moment o&#249; le capital est en sous-r&#233;gime, il ne peut plus se permettre de faire de concessions. Il entre en conflit avec tout, avec les besoins de service publics, avec les besoins humains, avec la nature. Il doit donc tenir la soci&#233;t&#233; sous cloche et devenir de plus en plus autoritaire. La force fondamentale qui pousse le capitalisme le pousse aujourd'hui vers une gestion autoritaire, violente, que j'appelle n&#233;ofasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous expliquez que la particularit&#233; de la crise actuelle du capitalisme est d'&#234;tre dans une triple impasse. Une crise &#233;conomique, une crise &#233;cologique, et une crise anthropologique [*], qui sont insolubles : tenter d'en r&#233;sorber une en aggrave une autre, du moins dans le cadre du capitalisme&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a parl&#233; de la crise &#233;conomique. La crise &#233;cologique est &#233;vidente, et vous savez bien &#224; Reporterre &#224; quel point le capitalisme dit vert est incapable de la r&#233;soudre. La crise anthropologique est aussi provoqu&#233;e par le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corollaire du besoin permanent d'accumulation, c'est le besoin d'&#233;couler toujours plus de marchandises. Une fois que l'essentiel des besoins des gens sont satisfaits, le capital doit donc continuer de leurs imposer de nouveaux besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit bien, par exemple, comment un produit qui n'existait pas il y a vingt ans, comme le smartphone, est aujourd'hui devenu presque indispensable dans notre soci&#233;t&#233;. Guy Debord appelle cela la &#171; survie augment&#233;e &#187; au sein de &#171; la soci&#233;t&#233; du spectacle &#187;, qui est la forme contemporaine du capitalisme. Celui-ci maintient les individus en comp&#233;tition entre eux pour satisfaire ces nouveaux besoins et atomise compl&#232;tement la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fr&#233;n&#233;sie mondiale autour de l'intelligence artificielle peut-elle &#234;tre per&#231;ue comme une tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e du capital de trouver une nouvelle source d'accumulation, et de r&#233;soudre le probl&#232;me &#224; trois corps ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux grandes promesses dans l'IA. La premi&#232;re est d'enfin r&#233;aliser une relance des gains de productivit&#233;. Notamment en m&#233;canisant les services. Mais, d'une part, il n'est pas du tout dit que l'IA augmente la productivit&#233;. Et d'autre part, m&#234;me si elle le faisait, cela ne ferait que repousser le probl&#232;me et en cr&#233;erait d'autres, notamment avec des d&#233;placements d'emplois vers des secteurs faiblement productifs et des suppressions massives d'emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lire aussi &lt;/strong&gt; : &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/Ruee-sur-l-intelligence-artificielle-une-dangereuse-illusion-au-service-de-la-Big-Tech&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ru&#233;e sur l'intelligence artificielle : une dangereuse illusion au service de la Big Tech&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde promesse, c'est celle de l'ali&#233;nation totale. L'IA g&#233;n&#233;rative pense &#224; votre place, fait des choix &#224; votre place et d&#233;cide de vos besoins &#224; votre place. Et &#233;videmment, elle oriente ces besoins dans l'int&#233;r&#234;t du syst&#232;me capitaliste. Cette double promesse de gains de productivit&#233; et d'ali&#233;nation de la soci&#233;t&#233; est tr&#232;s all&#233;chante pour les capitalistes d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, l'IA ne peut r&#233;gler aucune de ces trois crises. La crise de l'emploi sera aussi une crise &#233;conomique. L'usage de l'IA va aggraver la crise &#233;cologique et rendre encore plus vive la tension anthropologique caus&#233;e par le capital. C'est une fuite en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les investissements autour de l'IA comme dans le d&#233;mant&#232;lement des services publics ou dans la mont&#233;e de l'autoritarisme, on voit se dessiner ce que vous nommez &#171; l'hybridation de l'&#201;tat et du capital &#187;, c'est-&#224;-dire un &#201;tat de plus en plus contr&#244;l&#233; par le capital et pr&#234;t &#224; tout pour le sauver. Cette nouvelle phase que vous nommez &#171; capitalisme d'&#233;tat d'urgence &#187; nous entra&#238;ne-t-elle vers la guerre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre est une contre-tendance &#224; la baisse tendancielle du taux de profit, que le capital sait utiliser quand il en a besoin. La Premi&#232;re Guerre mondiale a suivi la grande d&#233;pression de la fin du XIX&#7497; si&#232;cle, et la Seconde Guerre mondiale a suivi la crise de 1929. Le capitalisme s'adapte dans les crises et cherche toujours des contre-tendances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le r&#233;armement n'est pas que le fruit de tensions g&#233;opolitiques mais aussi une mani&#232;re pour le capital de gonfler ses profits via cette source de production industrielle. Et &#233;videmment, plus on produit des armes, plus on est pouss&#233; &#224; s'en servir. Cela accompagne bien la logique de plus en plus pr&#233;datrice des capitalismes nationaux, en r&#233;ponse &#224; leur difficult&#233; croissante &#224; accumuler via les logiques concurrentielles de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le capitalisme ne s'effondrera pas tout seul si on ne lutte pas contre lui &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il est important, cependant, de souligner que rien n'est in&#233;luctable. D'un c&#244;t&#233;, le capitalisme cr&#233;e lui-m&#234;me les conditions de son affaiblissement mais il ne s'effondrera pas tout seul si on ne lutte pas contre lui. De l'autre c&#244;t&#233;, le pire n'est pas non plus certain. J'ai voulu montrer dans ce livre qu'il &#233;tait impossible de sortir de cette triple impasse en restant dans le cadre du capitalisme. Mais il est tr&#232;s compliqu&#233;, depuis l'int&#233;rieur du capitalisme o&#249; nous sommes, d'imaginer un monde qui en soit lib&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est impossible d'avoir une solution cl&#233; en main, ou bien il faut s'en m&#233;fier. La construction d'autre chose ne peut se faire qu'en marchant. Le d&#233;passement du capitalisme commence par la compr&#233;hension que le capitalisme est un syst&#232;me total. Et par la prise de conscience de l'enjeu d'un combat total contre la centralit&#233; du capital.&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; la source de l'impasse politique fran&#231;aise, la crise &#233;conomique</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/A-la-source-de-l-impasse-politique-francaise-la-crise-economique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/A-la-source-de-l-impasse-politique-francaise-la-crise-economique</guid>
		<dc:date>2025-09-09T10:36:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Romaric Godin</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-09-09</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le r&#233;cit dominant tente de faire de l'&#233;conomie fran&#231;aise une victime innocente de la crise politique. Elle est en r&#233;alit&#233; la source de l'instabilit&#233; politique et de la profonde crise d&#233;mocratique que traverse le pays. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res 5 septembre 2025 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Romaric Godin &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour son premier journal de 20 heures, lundi 1er septembre, la journaliste de France 2 L&#233;a Salam&#233; avait invit&#233; Michel-&#201;douard Leclerc. Le patron de la distribution &#233;tait venu se lamenter des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-240-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH103/capture_d_e_cran_le_2025-09-08_a_14.56_15-2b9d5.png?1757414452' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='103' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le r&#233;cit dominant tente de faire de l'&#233;conomie fran&#231;aise une victime innocente de la crise politique. Elle est en r&#233;alit&#233; la source de l'instabilit&#233; politique et de la profonde crise d&#233;mocratique que traverse le pays.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
5 septembre 2025&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Romaric Godin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour son premier journal de 20 heures, lundi 1er septembre, la journaliste de France 2 L&#233;a Salam&#233; avait invit&#233; &lt;a href=&#034;https://www.franceinfo.fr/economie/crise/crise-de-la-dette/ce-n-est-pas-la-peur-que-provoque-la-dramaturgie-autour-de-la-dette-qui-va-mobiliser-les-francais-affirme-michel-edouard-leclerc_7467433.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Michel-&#201;douard Leclerc&lt;/a&gt;. Le patron de la distribution &#233;tait venu se lamenter des effets n&#233;fastes de &#171; &lt;i&gt;l'incertitude politique&lt;/i&gt; &#187; sur l'&#233;conomie. &lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-7-10&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le 3 septembre&lt;/a&gt;, Thierry Cotillard, le patron d'Intermarch&#233;, abondait dans ce sens au micro de France Inter. La veille, &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/09/01/pour-la-rentree-les-nuages-s-amoncellent-sur-la-consommation-des-francais_6637975_3234.html?utm_source=chatgpt.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; avait entonn&#233; ce m&#234;me refrain, voyant dans les troubles politiques une source de &#171; &lt;i&gt;fragilisation&lt;/i&gt; &#187; de l'&#233;conomie fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce ne sont l&#224; que quelques exemples parmi une montagne de sujets identiques. Car la figure est d&#233;sormais classique. &#192; chaque menace sur le gouvernement, l'&#233;conomie est pr&#233;sent&#233;e comme la victime innocente des d&#233;boires de la politique fran&#231;aise. Cette forme n'est pas innocente : elle participe &#224; la construction d'un imaginaire o&#249; la politique serait une force autonome, ind&#233;pendante de la situation &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les forces &#233;conomiques, elles, seraient imm&#233;diatement d&#233;gag&#233;es de toute responsabilit&#233;. Mais c'est un discours &#233;trange qui vient se lamenter sur un potentiel &#171; d&#233;crochage &#187; de la croissance pour raison politique en feignant d'ignorer que le d&#233;crochage de la croissance a pr&#233;c&#233;d&#233; la crise politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; La France en pleine crise &#233;conomique&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, ce discours s'accompagne en permanence d'un autre : celui d'une &#233;conomie fran&#231;aise &#171; &lt;i&gt;qui ne va pas si mal&lt;/i&gt; &#187;. Alors m&#234;me que, &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/300725/aux-etats-unis-comme-en-europe-la-croissance-reste-sans-elan&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;au premier semestre&lt;/a&gt;, l'acquis de croissance n'est que de 0,5 % avec une contribution des stocks, c'est-&#224;-dire une production non vendue qui a apport&#233; 1,1 point de PIB&#8230; C'est ce qu'on pourrait appeler une croissance largement fictive qui sera compens&#233;e &#224; un moment ou &#224; un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, il suffit d'observer un graphique de l'&#233;volution du PIB fran&#231;ais pour comprendre que le pays tend &#224; la stagnation. &lt;a href=&#034;https://data.worldbank.org/indicator/NY.GDP.PCAP.PP.KD?locations=FR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Selon la Banque mondiale&lt;/a&gt;, le PIB par habitant fran&#231;ais en dollars constants et en parit&#233; de pouvoir d'achat a progress&#233; de 8,59 % entre 2007 et 2024. C'est 3,5 fois moins que l'augmentation des dix-sept ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, entre 1990 et 2007, qui &#233;tait de 29,75 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ralentissement s&#233;v&#232;re s'est accompagn&#233; d'une d&#233;gradation des gains de productivit&#233; : &lt;a href=&#034;https://www.banque-france.fr/fr/publications-et-statistiques/publications/une-mesure-de-lefficacite-dans-lutilisation-des-ressources-en-main-doeuvre-au-dela-de-la&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;selon la Banque de France&lt;/a&gt;, les gains de productivit&#233; calcul&#233;s sur la population en &#226;ge de travailler sont pass&#233;s de 1,5 % en moyenne entre 1998 et 2007 &#224; 0,4 % entre 2019 et 2023.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_52354 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/photo_no_1-27.jpg?52354/b3a0fb627735c7d1b3e500f0b1746e4eda8196c594e5928ce83bc735bedbaf99&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH402/b3a0fb627735c7d1-95d7b33b-638fd.jpg?1757414452' width='500' height='402' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le discours dominant inverse donc la r&#233;alit&#233;. La crise politique fran&#231;aise ne peut se comprendre ind&#233;pendamment des conditions de ce qui constitue le mouvement fondamental qui organise les soci&#233;t&#233;s capitalistes, l'accumulation du capital. Le ralentissement de cette accumulation conduit &#224; des perturbations qui, n&#233;cessairement, ont des impacts politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pays, comme, du reste, l'&#233;conomie mondiale, ne s'est jamais remis de la crise de 2007-2008. Le &#171; g&#226;teau &#187; augmentant d&#233;sormais de plus en plus lentement, le combat pour son partage est n&#233;cessairement plus &#226;pre. Pendant les ann&#233;es 2010, les politiques mon&#233;taires et la radicalisation des politiques n&#233;olib&#233;rales permettent d'assurer une redistribution favorable au capital. Les alternances de cette &#233;poque, en 2012 et 2017, sont alors de pure forme : la politique poursuivie est celle de l'affaiblissement du monde du travail (r&#233;formes du march&#233; du travail), le soutien direct au capital (r&#233;formes fiscales de 2018) et la pression sur l'&#201;tat social (sant&#233;, retraite, ch&#244;mage).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la croissance ne repart pas davantage que la productivit&#233;. La crise sanitaire et ses suites inflationnistes ach&#232;vent alors d'affaiblir la capacit&#233; des &#233;conomies &#224; produire de la valeur dans le cadre n&#233;olib&#233;ral, c'est-&#224;-dire dans celui du march&#233; concurrentiel international. Au sein du capital, cette nouvelle &#233;tape dans la crise conduit naturellement &#224; une fragmentation, selon plusieurs lignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La d&#233;pendance aux exportations&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re ligne de fracture est la d&#233;pendance au soutien de l'&#201;tat. Comme l'a montr&#233; &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/200625/comment-l-etat-francais-ete-capte-par-le-capital&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une &#233;tude r&#233;cente&lt;/a&gt;, l'&#201;tat fran&#231;ais avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; mis tr&#232;s largement au service du capital durant les ann&#233;es n&#233;olib&#233;rales. Des transferts massifs ont &#233;t&#233; organis&#233;s vers le secteur priv&#233; d&#232;s les ann&#233;es 1990. Mais au d&#233;but des ann&#233;es 2020, le mouvement s'acc&#233;l&#232;re et s'amplifie avec de grands plans de relance et de nouvelles exon&#233;rations fiscales. Certains secteurs deviennent hautement d&#233;pendants de ces aides comme l'industrie et le commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me ligne de fracture est la d&#233;pendance aux exportations. Certains secteurs, dans le cas fran&#231;ais les plus grandes entreprises, profitent de leur exposition aux march&#233;s internationaux. Ils n'ont donc aucun int&#233;r&#234;t &#224; une politique de d&#233;fense du march&#233; int&#233;rieur. Le patron de LVMH, Bernard Arnault, a ainsi pris la d&#233;fense de l'accord commercial entre l'Union europ&#233;enne et les &#201;tats-Unis &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/280725/l-union-europeenne-capitule-pour-eviter-une-guerre-commerciale-avec-trump&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sign&#233; fin juillet&lt;/a&gt;, mais, en parall&#232;le, la concurrence internationale fragilise des pans entiers de l'&#233;conomie fran&#231;aise qui r&#233;clament davantage de protections.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_52355 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/photo_no_2-22.jpg?52355/73cb9650cc700f4009f512a55ba48c637f968989345d9916685d8e957730ae18&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH223/73cb9650cc700f40-56812c0e-753a8.jpg?1757414453' width='500' height='223' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me ligne de fracture est la capacit&#233; &#224; &#233;chapper &#224; la concurrence par la mise en place de rentes. Ces rentes peuvent prendre des formes diverses. On trouve des oligopoles classiques, comme dans la finance, la distribution ou l'&#233;nergie, mais aussi des formes plus modernes fond&#233;es sur l'abonnement qui permet d'imposer une vente ind&#233;pendamment de la consommation r&#233;elle de biens et de services. L'existence de ces secteurs est devenue &#233;vidente avec l'inflation des ann&#233;es 2022-2024, qui a principalement &#233;t&#233; caus&#233;e par la hausse des profits dans certains secteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; est encore plus complexe que ce qui est d&#233;crit ici, mais, globalement, la fragmentation des int&#233;r&#234;ts du capital est un ph&#233;nom&#232;ne classique en cas de crise structurelle du capitalisme. Dans son ouvrage sur la crise &#233;conomique allemande des ann&#233;es 1930, &lt;i&gt;&#214;konomie und Klassenstruktur des deutschen Faschismus &lt;/i&gt; (Suhrkamp, 1973, &#224; para&#238;tre en fran&#231;ais prochainement sous le titre &lt;i&gt;Industrie et national-socialisme &lt;/i&gt; aux &#233;ditions La Temp&#234;te), le philosophe et historien allemand Alfred Sohn-Rethel d&#233;crit comment la crise de 1929 avait conduit &#224; fragmenter l'&#233;conomie allemande en deux camps : le camp monopoliste favorable &#224; l'autarcie qu'il appelle le &#171; &lt;i&gt; camp du Harzburg &lt;/i&gt; &#187;,du nom de l'alliance entre les nazis et les conservateurs, et le camp exportateur qu'il appelle le &#171; &lt;i&gt; camp de Br&#252;ning&lt;/i&gt; &#187;, du nom du chancelier aust&#233;ritaire qui a gouvern&#233; de 1930 &#224; 1932.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_52356 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/photo_no_3-10.jpg?52356/135802cba513e5a8c699694548a4df5abe28bec5dd46bf114ddd1c0173c2738b&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH363/135802cba513e5a8-c196e785-a5478.jpg?1757414452' width='500' height='363' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un ph&#233;nom&#232;ne comparable se produit dans la France des ann&#233;es 2020, mais la question centrale y est celle du budget de l'&#201;tat. Ce dernier doit soutenir massivement des secteurs entiers, alors m&#234;me que la fin du soutien des banques centrales aux march&#233;s conduit le secteur financier &#224; demander des garanties aux &#201;tats pour assurer sa rente. Globalement, les secteurs rentiers appellent &#224; r&#233;duire le r&#244;le de l'&#201;tat parce qu'ils pr&#233;tendent &#224; la remplacer et qu'ils font de la baisse des imp&#244;ts leur priorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un conflit autour du budget au sein du capital devient donc in&#233;vitable. En sch&#233;matisant, le secteur financier r&#233;clame une r&#233;duction rapide du d&#233;ficit pour garantir leurs actifs, tandis que plusieurs secteurs, du commerce &#224; l'industrie, r&#233;clament la poursuite des aides massives. Pour l'&#233;conomie fran&#231;aise, une telle contradiction est hautement dangereuse. Le mod&#232;le &#233;conomique fran&#231;ais repose sur deux p&#244;les oppos&#233;s : une mince couche de &#171; champions &#187; de l'exportation et une profonde financiarisation. Ce sont pr&#233;cis&#233;ment ces p&#244;les qui s'opposent sur le budget.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La strat&#233;gie unitaire du capital&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conserver leur position de d&#233;fenseurs du camp du capital, les anciens n&#233;olib&#233;raux, c'est-&#224;-dire ce que les observateurs politiques ont appel&#233; le &#171; bloc central &#187;, tentent de maintenir co&#251;te que co&#251;te la coh&#233;rence interne du capitalisme fran&#231;ais. C'est d'ailleurs une diff&#233;rence notable avec &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/economie/article/2012/11/26/bruning-l-austerite-et-la-montee-du-nazisme_1795883_3234.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la strat&#233;gie de Br&#252;ning&lt;/a&gt; qui, en 1930-1932, assumait, dans sa politique de soutien aux exportateurs, le conflit interne au capital. Sauf que, dans la France de 2020, ce sont les deux secteurs qui soutenaient jadis le chancelier qui sont en opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette coh&#233;rence interne du capital peut alors se fonder sur une poursuite de la logique n&#233;olib&#233;rale, c'est-&#224;-dire sur l'ajustement du monde du travail et de l'&#201;tat social aux besoins du capital. L'accord propos&#233; est donc simple : on maintient le transfert de fonds de l'&#201;tat vers le secteur priv&#233;, tout en r&#233;duisant le d&#233;ficit par une contribution croissante du travail et des services publics. Bref, c'est une aust&#233;rit&#233; cibl&#233;e sur le travail, ennemi commun des deux camps oppos&#233;s du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ce principe que les budgets ont &#233;t&#233; construits depuis 2022. Et c'est aussi pour cette raison que la situation budg&#233;taire s'est d&#233;grad&#233;e. Cette politique n'a, en effet, pas pour fonction d'augmenter les recettes fiscales ou la croissance, mais de maintenir &#224; flot une partie du capitalisme fran&#231;ais. Alfred Sohn-Rethel r&#233;sumait ce type de politique par cette formule : il s'agit de g&#233;rer une &#233;conomie en ruine en la perp&#233;tuant dans cet &#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, le d&#233;ficit public ne peut que rester tr&#232;s &#233;lev&#233; et le &#171; rendement &#187; de la d&#233;pense publique, c'est-&#224;-dire son impact sur la croissance, doit rester tr&#232;s faible. Mais, d&#232;s lors, cette gestion de la ruine d&#233;ploie sa propre logique : au fil du temps, la pression pour r&#233;duire le d&#233;ficit par la destruction de l'&#201;tat social ne peut que cro&#238;tre. Et plus on d&#233;truit l'h&#244;pital, l'&#233;cole, les transports, l'assurance-ch&#244;mage, plus il faut aller loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, en parall&#232;le, la situation des m&#233;nages ne cesse de se d&#233;grader et rend la pression de cette politique intenable. Les in&#233;galit&#233;s se creusent, la pauvret&#233; progresse et les salaires stagnent. Selon la Dares et l'Insee, les salaires nominaux ont ainsi progress&#233; de 13 % entre mars 2021 et mars 2025, soit un peu moins que les prix sur la m&#234;me p&#233;riode (+ 13,7 %). En quatre ans, la r&#233;mun&#233;ration r&#233;elle des travailleurs a ainsi &lt;i&gt;grosso modo &lt;/i&gt; stagn&#233;. Mais, en r&#233;alit&#233;, cela signifie que, depuis quatre ans, leur niveau de vie est rest&#233; d&#233;grad&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s concr&#232;tement, les m&#233;nages, et en particulier les plus modestes, sont les principales victimes de la stagnation de l'&#233;conomie fran&#231;aise. Si le PIB stagne et qu'il faut continuer, par l'interm&#233;diaire de l'&#201;tat, de soutenir le taux de rendement du capital, la cons&#233;quence in&#233;vitable est que la masse de la population doit voir sa part du g&#226;teau se r&#233;duire. On se souviendra, &#224; cet &#233;gard, que &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/270521/les-services-publics-et-la-secu-participent-fortement-la-baisse-des-inegalites&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'Insee avait soulign&#233; en 2021&lt;/a&gt;combien l'acc&#232;s aux services publics et la s&#233;curit&#233; sociale participaient &#224; la baisse des in&#233;galit&#233;s r&#233;elles dans le pays. Les attaquer de front, c'est donc mener une guerre sociale pour le compte du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; L'impasse du &#171; bloc central &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Logiquement, la strat&#233;gie unitaire du capital du &#171; bloc central &#187; est extr&#234;mement impopulaire. Elle ne regroupe, au mieux, qu'un petit tiers de l'&#233;lectorat et, au fil du temps et du d&#233;ploiement de cette logique, cette part recule. Le maintien au pouvoir du &#171; bloc central &#187; repose alors uniquement sur la division ind&#233;passable des oppositions entre gauche et extr&#234;me droite. Mais c'est un pouvoir qui n'a plus de base d&#233;mocratique solide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien pour cette raison que, depuis 2022, il a perdu toute chance d'obtenir une majorit&#233; &#224; l'Assembl&#233;e nationale et que, partant, les budgets doivent passer en force depuis lors. Soit &#224; coups de 49-3 comme en 2022 et 2023, soit apr&#232;s une motion de censure pour le budget de cette ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation conduit in&#233;vitablement &#224; une crise d&#233;mocratique. Le r&#233;gime institutionnel est incapable de r&#233;gler la r&#233;alisation politique de la crise &#233;conomique, c'est-&#224;-dire l'opposition radicale entre la strat&#233;gie d'unit&#233; du capital et les v&#339;ux de la population. Le &#171; bloc central &#187; est incapable de g&#233;rer une telle opposition puisque sa priorit&#233; reste l'unit&#233; du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le capital fran&#231;ais peut alors faire un choix cynique : puisqu'il existe une opposition entre d&#233;mocratie et capitalisme, il faut sacrifier la d&#233;mocratie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute r&#233;duction des aides aux entreprises, toute remise en cause des r&#233;formes fiscales de 2018 ou tout renoncement &#224; r&#233;duire le budget pourraient satisfaire en partie la demande d&#233;mocratique, mais provoqueraient une fragmentation interne au capital qui affaiblirait le mod&#232;le &#233;conomique du pays et la fonction sociale du &#171; bloc central &#187;. C'est aussi pour cette raison que tout compromis r&#233;el est impossible avec la gauche. Quant &#224; l'extr&#234;me droite, elle se pr&#233;sente, on le verra, comme une alternative au &#171; bloc central &#187; pour le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impasse est donc totale. Et dans ce cadre, la strat&#233;gie de Fran&#231;ois Bayrou se comprend, mais elle est d&#233;risoire. La dramatisation de la dette publique en la r&#233;duisant aux effets de la d&#233;pense sociale permet de trouver une justification morale et financi&#232;re au maintien de la strat&#233;gie d'unit&#233; du capital. Mais c'est en r&#233;alit&#233; un d&#233;sastre. La culpabilisation d'une population qui a un sentiment justifi&#233; de perte de contr&#244;le d&#233;mocratique et de perte de niveau de vie conduit &#224; creuser encore le foss&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie du &#171; bloc central &#187; est donc un &#233;chec d&#233;mocratique. Certes, il peut encore survivre en d&#233;tachant une partie de la gauche pour l'int&#233;grer dans la strat&#233;gie d'unit&#233; du capital. Il peut encore jouer sur la &#171; &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/260825/bayrou-et-macron-tentent-de-relancer-le-chantage-aux-marches-financiers&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;menace des march&#233;s&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &#187; pour imposer sa politique au centre-gauche. Mais le probl&#232;me est que ce transfert ne peut se faire qu'au prix d'un suicide politique tant cette strat&#233;gie est impopulaire. Ce n'est donc qu'un report temporaire du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Quelles portes de sortie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Globalement, deux r&#233;solutions semblent possibles &#224; la crise fran&#231;aise. La premi&#232;re est celle d'une reprise du mouvement social pour briser la politique favorable au capital. Mais la situation du capitalisme fran&#231;ais est telle qu'aucune solution de compromis de classes ne semble possible. Les PME fran&#231;aises sont hautement d&#233;pendantes des grandes entreprises et de la pression sur le co&#251;t du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le mouvement social veut &#234;tre une porte de sortie, il doit donc assumer de penser une autre organisation sociale. Dans le cas contraire, il ne peut qu'&#234;tre &#233;ph&#233;m&#232;re et st&#233;rile politiquement comme cela a &#233;t&#233; le cas pour le mouvement Nuit debout, celui des &#171; &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/dossier/gilets-jaunes-six-mois-de-revolte-des-oublies&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;gilets jaunes&lt;/a&gt; &#187; ou celui contre &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/dossier/economie-et-social/six-mois-de-mobilisation-record-et-apres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la r&#233;forme des retraites de 2023&lt;/a&gt;. Pour le moment, cette hypoth&#232;se est donc quasiment purement th&#233;orique. En attendant le 10 septembre, du moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre hypoth&#232;se est, l&#224; encore, d&#233;crite avec pr&#233;cision par Alfred Sohn-Rethel : l'extr&#234;me droite se pr&#233;sente comme une alternative pour certains secteurs du capital en s'appuyant sur le m&#233;contentement populaire. Dans le cas allemand des ann&#233;es 1930, l'&#233;conomie de guerre nazie permettait de r&#233;gler (temporairement et au prix de la guerre) le probl&#232;me global de valorisation de l'&#233;conomie de ruine et donc de nombreux secteurs victimes de la crise. Mais elle a suppos&#233; d'int&#233;grer de gr&#233; ou de force en son sein le secteur exportateur partisan de Br&#252;ning.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas fran&#231;ais, l'extr&#234;me droite n'a aucune strat&#233;gie &#233;conomique claire. Mais elle a un atout : sa capacit&#233; &#224; mobiliser une partie de l'opinion. Face &#224; l'&#233;chec du &#171; bloc central &#187;, le capital fran&#231;ais peut alors faire un choix cynique : puisqu'il existe une opposition entre d&#233;mocratie et capitalisme, il faut sacrifier la d&#233;mocratie. Un r&#233;gime autoritaire permettrait alors d'appliquer la strat&#233;gie d'unit&#233; du capital de fa&#231;on plus efficace et plus violente, avec la mise en place de discriminations, de d&#233;r&#233;gulations sociales et environnementales, de baisses massives d'imp&#244;ts sur le capital et de mise &#224; mort de l'&#201;tat social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les faits, la traduction politique de ce choix serait la fusion entre le bloc central et son id&#233;ologie et l'extr&#234;me droite et ses m&#233;thodes. Une fusion qui est d&#233;j&#224; en cours et dont les capitalistes fran&#231;ais, petits et grands, constituent le fondement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette option est aujourd'hui une &#233;p&#233;e de Damocl&#232;s sur le pays. C'est pour cette raison que beaucoup peuvent encore faire le choix du &#171; moindre mal &#187; du &#171; bloc central &#187;. Mais plus celui-ci reste au pouvoir, plus sa situation se fragilise et plus sa pratique tend vers l'autoritarisme. Aussi y a-t-il urgence &#224; sortir des illusions na&#239;ves d'une &#233;conomie victime de la politique et encore capable de sauver le pays. Et de comprendre que la source de la crise actuelle est avant tout la crise structurelle de l'&#233;conomie fran&#231;aise qui n'est qu'une part de celle du capitalisme contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Romaric Godin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P.-S.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &#171; &#192; la source de l'impasse politique, la crise &#233;conomique &#187;. Mediapart, 5 septembre 2025 &#224; 18h11 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/050925/la-source-de-l-impasse-politique-la-crise-economique&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/050925/la-source-de-l-impasse-politique-la-crise-economique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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		<title>L'immobilier reste une &#233;pine dans le pied de P&#233;kin</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-immobilier-reste-une-epine-dans-le-pied-de-Pekin</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Romaric Godin</dc:creator>


		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2025-09-02</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'ancien g&#233;ant du d&#233;veloppement immobilier Evergrande va &#234;tre radi&#233; de la Bourse de Hong Kong. Son d&#233;faut en 2021 a fait plonger la Chine dans une crise immobili&#232;re dont elle n'est toujours pas sortie, mais qui devient de plus en plus une priorit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Europe solidaire sans fronti&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#232;s de quatre ans apr&#232;s ses premi&#232;res difficult&#233;s financi&#232;res, le groupe de d&#233;veloppement immobilier chinois Evergrande sera officiellement radi&#233; de la Bourse de Hong Kong le 25 ao&#251;t. L'annonce est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Asie-Proche-Orient-423-+" rel="tag"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Chine-+" rel="tag"&gt;Chine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-09-02-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-09-02&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/capture_d_e_cran_le_2025-09-01_a_19.31_43-19913.png?1756820402' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'ancien g&#233;ant du d&#233;veloppement immobilier Evergrande va &#234;tre radi&#233; de la Bourse de Hong Kong. Son d&#233;faut en 2021 a fait plonger la Chine dans une crise immobili&#232;re dont elle n'est toujours pas sortie, mais qui devient de plus en plus une priorit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article76009&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire sans fronti&#232;re&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de quatre ans apr&#232;s ses premi&#232;res difficult&#233;s financi&#232;res, le groupe de d&#233;veloppement immobilier chinois Evergrande sera officiellement radi&#233; de la Bourse de Hong Kong le 25 ao&#251;t. L'annonce est tr&#232;s largement symbolique puisque le titre &#233;tait suspendu depuis un an et demi. Mais c'est la confirmation que la crise immobili&#232;re continue de marquer le quotidien des Chinois et de peser sur l'&#233;conomie de la R&#233;publique populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evergrande a &#233;t&#233; fond&#233; en 1996 &#224; Guangzhou par Xu Jiayin qui deviendra un temps la deuxi&#232;me personne la plus riche d'Asie. Apr&#232;s la lib&#233;ralisation des ventes de terrain et de propri&#233;t&#233; en 1998, l'entreprise se lance dans des projets immobiliers de grande ampleur. La demande semble alors infinie compte tenu de la rapidit&#233; de l'urbanisation du pays : voici trente ans, un tiers des Chinois vivait en ville, c'est le cas aujourd'hui de deux tiers d'entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour acc&#233;l&#233;rer sa croissance, Evergrande va avoir massivement recours &#224; la dette. Comme ses clients ach&#232;tent les appartements &#224; l'avance, il disposait en th&#233;orie de liquidit&#233;s pour assurer les remboursements et pouvoir s'endetter toujours plus. &#192; partir de 2015, la situation s'emballe. P&#233;kin met un coup de frein &#224; sa surproduction industrielle et trouve dans l'immobilier un relais de croissance r&#234;v&#233; qui permet &#224; la fois de soutenir l'activit&#233; int&#233;rieure et d'offrir un d&#233;bouch&#233; pour sa production de ciment et d'acier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cr&#233;dit immobilier est donc encourag&#233;, ainsi que les ventes de terrain par les administrations locales. Une cha&#238;ne de la dette se met en place : de plus en plus de Chinois s'endettent pour acheter des logements d&#233;velopp&#233;s par des groupes qui, eux aussi, s'endettent toujours plus pour lancer de nouveaux projets. Une logique de bulle s'installe : des acheteurs se pr&#233;sentent uniquement dans l'optique de la revente au prix fort. Cette sp&#233;culation entretient l'inflation des prix et celle des projets port&#233;s par les d&#233;veloppeurs qui s'endettent toujours plus, notamment sur les march&#233;s financiers, en esp&#233;rant rembourser gr&#226;ce &#224; la hausse des prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &lt;a href=&#034;https://amcham-shanghai.glueup.cn/resources/protected/organization/1682/event/33929/dd5395f4-eb4b-4d6e-9ccd-88c95998f5ea.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;2019&lt;/a&gt;, l'immobilier repr&#233;sente environ 30 % du PIB en prenant en compte ses effets indirects et pr&#232;s de 80 % de la richesse des m&#233;nages est li&#233;e &#224; l'immobilier. La valeur globale du march&#233; immobilier chinois atteint alors 52 000 milliards de dollars, soit le double du march&#233; &#233;tats-unien. &#192; ce moment, Evergrande est le principal d&#233;veloppeur chinois. Sa capitalisation boursi&#232;re a d&#233;pass&#233; les 50 milliards de dollars en 2017. Mais son succ&#232;s a fait des petits : des dizaines de d&#233;veloppeurs proposent de nouveaux projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une crise de grande ampleur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2020, la crise sanitaire r&#233;duit les revenus et l'acc&#232;s aux cr&#233;dits. Les entr&#233;es de liquidit&#233;s commencent &#224; ralentir et mettent le secteur en danger. Au m&#234;me moment, le gouvernement commence &#224; prendre des mesures de r&#233;gulation pour r&#233;duire l'envol&#233;e des prix et assurer le maintien d'un acc&#232;s au logement pour tous. Xi Jinping proclame alors que l'immobilier doit servir &#171; &#224; se loger et non &#224; sp&#233;culer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux &#233;l&#233;ments conduisent &#224; un ass&#232;chement des ressources pour les grands d&#233;veloppeurs qui entrent dans une spirale infernale : les avances des clients sont utilis&#233;es pour payer les dettes, mais les projets n'avancent plus et les fonds s'&#233;puisent. Evergrande doit faire d&#233;faut sur une obligation en dollars en d&#233;cembre 2021. Rapidement, il appara&#238;t que le groupe est parfaitement insolvable.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_52239 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH322/33ca435a1ce20e6f-21cde8cf-7c8cf.png?1756820402' width='500' height='322' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est un coup de tonnerre qui frappe alors l'ensemble du secteur. La confiance dispara&#238;t, les clients se font rares et plus personne ne veut pr&#234;ter aux d&#233;veloppeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Evergrande, Country Garden et Sunac font aussi d&#233;faut sur leur dette. Les constructions s'arr&#234;tent net, plongeant de nombreux m&#233;nages dans le d&#233;sarroi : l'appartement pour lequel ils ont pay&#233; ne sera pas termin&#233;. Les acheteurs disparaissent alors logiquement du march&#233; pour &#233;viter ce genre de d&#233;convenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bulle &#233;clate et les prix de l'immobilier commencent &#224; chuter. Les milliers d'appartements destin&#233;s &#224; la sp&#233;culation ne trouvent pas preneurs. L'&lt;a href=&#034;https://www.bloomberg.com/news/articles/2025-08-14/china-mulls-asking-firms-run-by-central-government-to-buy-homes?srnd=homepage-europe&amp;sref=fo6OHuy7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;agence Bloomberg&lt;/a&gt; estimait, en mai 2024, que 400 millions de m&#232;tres carr&#233;s et 60 millions d'appartements &#233;taient vides et invendus, alors qu'un nombre incalculable de projets &#233;taient arr&#234;t&#233;s net avant d'avoir &#233;t&#233; achev&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La baisse des prix et la d&#233;gradation de la conjoncture caus&#233;e par cette crise frappent de plein fouet les m&#233;nages qui s'&#233;taient endett&#233;s pour acheter leur logement ou sp&#233;culer, ce qui entra&#238;ne des ventes de panique qui accentuent encore la baisse des prix. Quatre ans plus tard, la situation est loin de s'&#234;tre apais&#233;e. En juillet, les ventes de logement ont affich&#233; un recul de 25 % sur un an et la demande de nouveaux logements est en recul de 75 % par rapport &#224; son niveau de 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; la recherche d'une solution...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette situation, P&#233;kin a cherch&#233; &#224; &#233;viter un sc&#233;nario &#224; la Lehman Brothers. Outre une ligne de financement de 200 milliards de yuans offerts aux d&#233;veloppeurs, la banque centrale, les banques et les autorit&#233;s locales sont invit&#233;es &#224; soutenir le march&#233; immobilier par tous les moyens. Cette m&#233;thode permet d'&#233;viter l'effet de souffle &#224; la Lehman avec une perte g&#233;n&#233;rale de confiance dans le secteur bancaire et un effondrement du cr&#233;dit. D'autant qu'en parall&#232;le, P&#233;kin investit massivement dans de nouveaux secteurs, notamment technologiques et &#171; verts &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le secteur immobilier, lui, continue malgr&#233; tout sa chute libre. Au second semestre, le secteur de la construction s'est contract&#233; de 0,6 % sur un an selon les &lt;a href=&#034;https://www.stats.gov.cn/english/PressRelease/202507/t20250728_1960507.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chiffres officiels du PIB&lt;/a&gt; publi&#233;s mi-juillet. En tout, les d&#233;veloppeurs ont fait d&#233;faut, &#224; ce jour, sur 150 milliards de dollars de dettes. Dans le cas d'Evergrande, le &lt;a href=&#034;https://www.bloomberg.com/news/articles/2025-08-13/china-s-property-crisis-hits-new-low-with-evergrande-delisting?sref=fo6OHuy7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cabinet Deloitte&lt;/a&gt; a estim&#233; que seulement 3,53 % du montant des cr&#233;ances pourraient &#234;tre recouverts. L'annonce de la radiation du groupe de la Bourse de Hong Kong met fin &#224; tout espoir de redressement rapide du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_52238 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH307/d3cd8497feacfd19-8c5c3d3a-3b5ed.png?1756820402' width='500' height='307' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Reste que la poursuite de la d&#233;gradation de la situation sur le front de l'immobilier, m&#234;me si elle est cach&#233;e par la fuite en avant technologique du pays dans les statistiques de la croissance, est un probl&#232;me pour P&#233;kin car la crise immobili&#232;re continue de peser sur les revenus des m&#233;nages, l'emploi et la consommation. L'achat immobilier a longtemps &#233;t&#233; vu en Chine comme une forme d'assurance-retraite de substitution. Mais avec des prix en baisse, il devient n&#233;cessaire de compenser par une augmentation de l'&#233;pargne de pr&#233;caution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une urgence strat&#233;gique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, avec l'hostilit&#233; croissante de Washington, P&#233;kin a entam&#233; un tournant de politique &#233;conomique, faisant du soutien &#224; la demande int&#233;rieure une priorit&#233;. Dans ces conditions, le r&#232;glement de la crise immobili&#232;re est devenu &#233;galement une urgence. Une initiative forte devrait &#234;tre annonc&#233;e ce mois-ci : le gouvernement central, et non plus les administrations locales, devrait d&#233;sormais organiser, selon &lt;a href=&#034;https://www.bloomberg.com/news/articles/2025-08-14/china-mulls-asking-firms-run-by-central-government-to-buy-homes?srnd=homepage-europe&amp;sref=fo6OHuy7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bloomberg&lt;/a&gt;, le rachat des logements invendus pour permettre de remettre le secteur &#224; flot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che sera n&#233;anmoins d&#233;licate et rien ne dit qu'elle pourra r&#233;ellement se faire, mais, d&#233;sormais, l'enjeu est de r&#233;tablir la confiance. Et vite. Car le pays est toujours menac&#233; par la d&#233;flation. Depuis f&#233;vrier 2025, la hausse annuelle des prix n'a pas &#233;t&#233; positive et, entre janvier et juin, les profits ont recul&#233; de 1,8 % apr&#232;s une baisse de 1,1 % sur le semestre pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise immobili&#232;re n'est pas pour rien dans cette situation : les pertes enregistr&#233;es sur le prix des appartements et le recours &#224; l'&#233;pargne p&#232;sent sur la demande et sur les prix. Et, dans ces conditions, les entreprises sont incapables d'imposer des prix suffisants pour &#234;tre rentables. D'autant que, en parall&#232;le, la fuite en avant gouvernementale a cr&#233;&#233; une surproduction qui fait plonger les prix de production. En juillet, ces derniers &#233;taient &#224; &#8722; 3,6 % sur un an et ne sont pas entr&#233;s en territoire positif depuis un an et demi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;kin ne cesse de faire des annonces pour tenter de relancer la demande des m&#233;nages. Apr&#232;s les &lt;a href=&#034;https://www.bbc.com/news/articles/c776xgex02jo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;3 600 yuans&lt;/a&gt; (environ 239 euros) par an et par enfant de moins de trois ans, apr&#232;s les &lt;a href=&#034;https://www.ft.com/content/2fc33585-0a51-4101-a483-728aeafad925&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;subventions aux &#233;changes&lt;/a&gt; de certains produits anciens contre des produits neufs, le gouvernement vient d'annoncer que les pr&#234;ts &#224; la consommation jusqu'&#224; 50 000 yuans (environ 5 980 euros) verront leur taux r&#233;duit d'un point, ce dernier &#233;tant pris en charge par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces mesures ne pourront &#234;tre efficaces que si la crise immobili&#232;re est r&#233;ellement r&#233;gl&#233;e. L'&#233;tat d&#233;plorable du march&#233; laisse entendre que cela prendra du temps. Ce temps manque d&#233;sormais &#224; P&#233;kin qui doit pouvoir renforcer l'autonomie de sa croissance sans perdre de dynamisme. La solution &#224; cette &#233;quation est encore loin d'&#234;tre trouv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romaric Godin&lt;/p&gt;
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		<title>Un capitalisme en crise, pr&#233;dateur et autoritaire. Entretien avec Romaric Godin</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Un-capitalisme-en-crise-predateur-et-autoritaire-Entretien-avec-Romaric-Godin</link>
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		<dc:date>2025-06-10T12:46:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Romaric Godin</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2025-06-10</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le capitalisme est en crise profonde, avec des taux de croissance faibles (en particulier en Europe), et marqu&#233; par la remise en cause par la Chine de la domination des &#201;tats-Unis. C'est le support de politiques r&#233;solument antisociales, de plus en plus autoritaires et pr&#233;datrices, un aspect particuli&#232;rement visible lors des premiers mois de la pr&#233;sidence Trump. Dans cet entretien publi&#233; par la revue Inprecor, le journaliste &#233;conomique Romaric Godin revient sur la stagnation du capitalisme et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-International-101-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-846-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-06-10-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-06-10&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH95/capture_d_e_cran_le_2025-06-09_a_19.38_42-245f3.png?1749559619' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='95' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le capitalisme est en crise profonde, avec des taux de croissance faibles (en particulier en Europe), et marqu&#233; par la remise en cause par la Chine de la domination des &#201;tats-Unis. C'est le support de politiques r&#233;solument antisociales, de plus en plus autoritaires et pr&#233;datrices, un aspect particuli&#232;rement visible lors des premiers mois de la pr&#233;sidence Trump. Dans cet entretien publi&#233; par la revue Inprecor, le journaliste &#233;conomique Romaric Godin revient sur la stagnation du capitalisme et ses effets politiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/capitalisme-crise-predateur-autoritaire-entretien-romaric-godin/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lorsque nous t'avions contact&#233;, le point de d&#233;part de notre questionnement &#233;tait la situation &#233;conomique en Europe. Depuis, l'arriv&#233;e de Trump contraint &#224; observer la situation plus globalement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation europ&#233;enne se comprend dans un contexte beaucoup plus global. C'est une particularit&#233; de l'&#233;poque : il y a encore des forces de dissociation assez fortes au sein du capitalisme m&#234;me si on sort d'une p&#233;riode de mondialisation et d'interd&#233;pendance de tous les capitalismes. Il est assez difficile de comprendre de fa&#231;on autonome les dynamiques dans chaque r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que peut-on dire sur la situation &#233;conomique de l'Europe, la croissance, ou plut&#244;t la quasi-r&#233;cession qui la touche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardons les dynamiques &#224; long terme de la croissance pour ensuite revenir sur ce qui se passe actuellement. Il y a un ralentissement de la croissance mondiale sur les cinq derni&#232;res d&#233;cennies. Dans les ann&#233;es 1960, la croissance mondiale calcul&#233;e par la Banque mondiale &#233;tait de 6,2 % par an en moyenne. Aujourd'hui, elle est autour de 3 %. En un demi-si&#232;cle, la croissance mondiale a &#233;t&#233; divis&#233;e par deux, selon la Banque mondiale. &#199;a veut dire tr&#232;s concr&#232;tement que le rythme d'accumulation capitaliste a &#233;t&#233; divis&#233; par deux. Il faut souligner cet &#233;l&#233;ment peu discut&#233;, parce qu'&#224; gauche on se focalise souvent sur l'accroissement des richesses de la classe capitaliste, et &#224; droite on se rassure en consid&#233;rant que la croissance se poursuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la dynamique de fond est celle d'un ralentissement de la croissance, dans les pays avanc&#233;s et particuli&#232;rement en Europe occidentale. Dans cette derni&#232;re, elle se situe autour de 1 % (l'Espagne &#233;tant un cas particulier). Le rythme de la croissance a &#233;t&#233; divis&#233; par 6, c'est un ralentissement extr&#234;mement fort et continu : lors de la premi&#232;re crise des ann&#233;es 1970, on passe de 6 % &#224; 3-4 %, il y a une petite r&#233;acc&#233;l&#233;ration &#224; la fin des ann&#233;es 90, et on descend autour de 2 % avant la crise de 2008. Depuis la crise de 2008 &#8211; avec des diff&#233;rences selon les pays &#8211; on est entre 0 et 1 %. En France, la derni&#232;re fois qu'on a d&#233;pass&#233; les 2 % de croissance, c'&#233;tait 2017 et c'&#233;tait la seule ann&#233;e entre 2008 et 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc de niveaux de croissance historiquement faibles. 1 % de croissance pour une &#233;conomie comme la France, c'est proche de la stagnation et c'est d'autant plus vrai qu'on ne voit pas de dynamique de reprise, m&#234;me si on a pu y croire apr&#232;s la crise sanitaire. Mais dans la plupart des pays occidentaux et en Europe occidentale en particulier, le PIB r&#233;el est maintenant en dessous de la tendance d'avant la crise sanitaire et encore plus par rapport &#224; la crise de 2008. Pour la France, on se retrouve &#224; 14 % en dessous de la tendance d'avant 2008. Pour les pays de l'OCDE, le d&#233;calage est de 9,5 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un tableau extr&#234;mement important, parce que &#231;a signifie que toutes les promesses qui reposent sur un red&#233;marrage de la croissance, et toutes les politiques qui ont &#233;t&#233; men&#233;es pour faire red&#233;marrer la croissance &#8211; les politiques de r&#233;pression sociale et les politiques de soutien &#224; l'activit&#233;, les subventions directes au secteur priv&#233;, les politiques mon&#233;taires &#8211; n'ont permis en r&#233;alit&#233; que de freiner la d&#233;c&#233;l&#233;ration, mais ne l'ont pas arr&#234;t&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation europ&#233;enne est donc celle d'une croissance extr&#234;mement faible, y compris en termes de PIB par habitant &#8211; et l&#224; c'est valable y compris pour l'Espagne, qui a actuellement une croissance de 3 %, mais une stagnation de son PIB par habitant depuis dix ans. Il n'y a pas de cr&#233;ation intrins&#232;que de valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes donc dans une situation de quasi-stagnation et certains pays sont carr&#233;ment en stagnation. C'est le cas de l'Allemagne &#8211; la premi&#232;re &#233;conomie de la zone euro et la troisi&#232;me &#233;conomie mondiale &#8211; quasiment en stagnation depuis 2018, soit 7 ans. Son PIB r&#233;el a augment&#233; de 0,7 % sur cette p&#233;riode. C'est le fruit d'un mouvement de fond g&#233;n&#233;ral propre au capitalisme mondial et le capitalisme europ&#233;en se situe &#224; l'avant-poste de ce ralentissement mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines &#233;conomies s'en sortent un peu mieux parce qu'elles profitent de quelques avantages. Les technologies permettent aux &#201;tats-Unis de capter un peu plus de valeur et leur puissance imp&#233;rialiste leur donne acc&#232;s &#224; des march&#233;s. La Chine utilise la puissance de son &#201;tat pour investir sur des technologies nouvelles et des infrastructures, et le co&#251;t du travail y est encore tr&#232;s faible. Certains pays, comme l'Indon&#233;sie, combinent un faible co&#251;t du travail et la pr&#233;sence de mati&#232;res premi&#232;res. Il y a donc encore des zones en croissance, mais cette croissance est souvent insuffisante pour les pays en question, et d'autres zones en p&#226;tissent : c'est comme si le g&#226;teau ne grossissait plus suffisamment vite&#8230; cela conduit &#224; des probl&#232;mes dans la r&#233;partition des parts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se retrouve dans cette situation de quasi-stagnation, avec des perspectives de croissance quasi inexistantes. Quels seraient les moteurs aujourd'hui de la croissance europ&#233;enne et fran&#231;aise ? En France, l'impact de l'industrie, contrairement &#224; ce que raconte le gouvernement, reste extr&#234;mement faible. C'est une niche, centr&#233;e sur quelques secteurs qui peuvent doper les chiffres comme les plomber. Il y a le transport ferroviaire &#8211; quelques TGV sont vendus mais le secteur devient extr&#234;mement concurrentiel, avec la pr&#233;sence de la Chine, de l'Espagne et de l'Italie &#8211; ou la construction de paquebots, mais c'est tr&#232;s limit&#233;, la moindre livraison produit une embellie conjoncturelle qui donne la possibilit&#233; au gouvernement de pr&#233;tendre que sa politique fonctionne. Dans l'a&#233;ronautique, il y a une vraie dynamique, mais avec les cons&#233;quences environnementales que l'on sait.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_51808 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH397/03d2f6f8bbf4b82e-3b16f7b1-99987.png?1749559594' width='500' height='397' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel de l'&#233;conomie fran&#231;aise aujourd'hui, c'est 55 % de consommation et 80 % de services marchands qui d&#233;pendent la plupart du temps de la consommation des m&#233;nages. La tr&#232;s faible croissance est achet&#233;e par l'&#201;tat via des subventions, des baisses d'imp&#244;ts massives &#8211; entre 160 et 200 milliards par an &#8211; pour subventionner des embauches &#8211; donc un peu de redistribution de pouvoir d'achat &#8211; et de l'investissement qui souvent, parce qu'on est dans une &#233;conomie tertiaris&#233;e, ne d&#233;bouche pas sur des gains de productivit&#233;. C'est le point essentiel, qui est g&#233;n&#233;ral au capitalisme contemporain mais tr&#232;s probl&#233;matique pour l'Europe : ce ralentissement de la croissance a comme sous-jacent le ralentissement de la productivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux fa&#231;ons de faire de la plus-value : la plus-value relative et la plus-value absolue. Si la plus-value relative est faible, c'est-&#224;-dire si la productivit&#233; ne s'accroit pas &#8211; et en l'occurrence en France, en Allemagne, en Italie, il n'y a quasiment plus de gains de productivit&#233; &#8211;, la seule fa&#231;on d'avoir, de produire de la plus-value est d'augmenter la plus-value absolue, c'est-&#224;-dire augmenter le temps de travail, d&#233;grader les conditions de travail, faire baisser le salaire horaire, etc. Le mantra de nos dirigeants, qui est de &#171; travailler plus &#187;, vise ainsi &#224; augmenter le temps de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me &#231;a ne suffira pas, parce que les gains de productivit&#233; ainsi cr&#233;&#233;s sont extr&#234;mement faibles. Pour faire du profit, les solutions sont alors l'aide directe de l'&#201;tat, la pr&#233;dation des services publics, la pr&#233;dation via des syst&#232;mes de rente (c'est ce qu'on voit par exemple avec les technologies o&#249; on vous fait payer l'utilisation de vos propres donn&#233;es) mais aussi tout ce qu'on appelle en anglais les utilities (les services aux collectivit&#233;s, l'eau, l'&#233;lectricit&#233;, l'&#233;nergie&#8230;). La rente, ce sont ces pratiques qui consistent &#224; vendre des abonnements pour n'importe quoi. On vous fait payer pour des choses que vous ne voulez pas acheter parce qu'on essaye de contourner le recours au march&#233; pour avoir un acc&#232;s direct &#224; l'argent. Le but est de contourner en quelque sorte le sch&#233;ma de production de valeur traditionnel car il n'est plus capable de produire suffisamment de plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;veloppement du capitalisme de rente, cette pr&#233;dation sur l'&#201;tat dans des &#233;conomies comme les &#233;conomies europ&#233;ennes, qui d&#233;pendent beaucoup &#224; la fois des transferts sociaux, des salaires, contribue &#224; affaiblir la demande des m&#233;nages et &#224; les ins&#233;curiser. Ceux-ci voient leurs d&#233;penses contraintes augmenter, se tournent vers une &#233;pargne de pr&#233;caution et r&#233;duisent leur consommation &#171; arbitrable &#187;, ce qui a pour cons&#233;quence, en retour, de r&#233;duire encore plus la croissance, en un cercle vicieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, les investissements sont faibles et surtout de tr&#232;s mauvaise qualit&#233;. Le suppos&#233; boom de l'investissement qu'on observe dans les statistiques fran&#231;aises entre 2018 et 2022 concerne quasiment exclusivement des investissements de maintenance, sans effets durables. C'est un des c&#339;urs du probl&#232;me du capitalisme contemporain : la r&#233;volution technologique des ann&#233;es 1980 &#224; 2000 n'a pas produit de gains de productivit&#233;. Lorsque les investissements ne produisent pas de productivit&#233;, vous vous retrouvez avec des d&#233;penses qui ne produisent pas de valeur, vous vous &#234;tes endett&#233; et vous n'avez m&#234;me pas les moyens de rembourser les dettes. C'est un peu la situation l&#224; dans laquelle on est maintenant, avec le d&#233;veloppement de ce qu'on appelle les &#171; entreprises zombies &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me &#233;l&#233;ment tr&#232;s important, en particulier pour ce qui concerne l'Europe, c'est le cas de la dette, la dette publique comme la dette priv&#233;e dont on vient de parler. Comme la dette priv&#233;e finance des investissements non productifs au sens propre du terme &#8211; c'est-&#224;-dire qu'ils n'am&#233;liorent pas ou pas assez les gains de productivit&#233; &#8211;, elle ne peut pas &#234;tre rembours&#233;e et c'est donc la dette publique qui sert &#224; soutenir une activit&#233; quasi factice. Cela existait depuis 2008 mais c'est devenu &#233;norme avec la crise sanitaire : un soutien aux entreprises inconditionnel et g&#233;n&#233;ral a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; &#8211; un v&#233;ritable soutien direct &#224; leur taux de profit &#8211; et une partie du capital est devenue d&#233;pendante de ce soutien. Ce soutien se substitue &#224; la production de valeur, il ne vient pas favoriser la production de valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, il ne permet pas de nouvelles entr&#233;es fiscales. Les revenus fiscaux sont donc insuffisants pour faire face aux d&#233;penses. C'est ainsi que la dette publique augmente et que la pression des march&#233;s financiers se renforce sur les pays occidentaux, et singuli&#232;rement sur la France. On entre l&#224; aussi dans un cercle vicieux, avec une aust&#233;rit&#233; qui freine encore la croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on voit est un &#233;chec absolu des politiques n&#233;olib&#233;rales, de la promesse n&#233;olib&#233;rale selon laquelle en lib&#233;ralisant le march&#233; du travail on allait produire &#224; la fois de l'emploi et de la croissance. En r&#233;alit&#233; on a produit de l'emploi mal pay&#233;, subventionn&#233; et tr&#232;s peu productif. Avec des emplois &#224; faible productivit&#233;, vous ne pouvez pas augmenter les salaires. Et lorsque vous avez une pression sur les transferts de fonds de l'&#201;tat vers le secteur priv&#233;, une pression de la conjoncture ou n'importe quelle autre pression des march&#233;s financiers sur la dette priv&#233;e ou publique, c'est l'effondrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous vous retrouvez avec des emplois qui sont pr&#233;caires non seulement dans le sens o&#249; on l'entend g&#233;n&#233;ralement, mais plus fondamentalement parce qu'ils d&#233;pendent d'un contexte o&#249; ces emplois ont un probl&#232;me d'existence propre, li&#233; &#224; leur manque de rentabilit&#233;. &#192; l'inverse de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente, pendant laquelle la cr&#233;ation d'emplois industriels cr&#233;ait des emplois extr&#234;mement productifs, qui d&#233;multipliaient la plus-value. Aujourd'hui la plus-value extraite sur chaque emploi est extr&#234;mement faible, c'est pour cela que tous les emplois sont subventionn&#233;s, et c'est pour cela que ceux qui nous dirigent disent qu'il faut baisser ce qu'ils appellent les charges &#8211; les salaires socialis&#233;s, les imp&#244;ts &#8211; et qu'ils exigent que l'&#201;tat paie m&#234;me une partie du salaire ! On a connu &#231;a durant la crise sanitaire, o&#249; les &#201;tats les payaient directement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe est une version caricaturale de cette situation, mais c'est un probl&#232;me qu'on peut retrouver aux &#201;tats-Unis, au Japon &#8211; d&#233;j&#224; avant la crise &#8211;, d'une certaine fa&#231;on en Chine&#8230; C'est un &#233;l&#233;ment commun au capitalisme mondial, un capitalisme de stagnation qui se met en place. Des &#233;conomistes indiquent que les rythmes de croissance actuels sont sup&#233;rieurs &#224; ceux de la fin du 19e si&#232;cle. Mais depuis, l'accumulation s'est acc&#233;l&#233;r&#233;e et revenir en arri&#232;re fragilise l'int&#233;gralit&#233; du syst&#232;me, qui est fait pour acc&#233;l&#233;rer en permanence et non pour ralentir. Le r&#234;ve des &#233;conomistes n&#233;o-classiques de &#171; se poser en douceur &#187; est impossible : dans le syst&#232;me capitaliste il n'y a pas d'&#233;quilibre possible, c'est un syst&#232;me de fuite en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; la fin du 19e si&#232;cle il y avait la possibilit&#233; de la pr&#233;dation coloniale, qui s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; une grande vitesse, et cela n'existe plus de la m&#234;me mani&#232;re aujourd'hui.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exactement. &#192; la fin du 19e si&#232;cle, il y a eu une grande crise entre 1873 et 1896. La r&#233;ponse qui a &#233;t&#233; apport&#233;e par le capitalisme d'alors a &#233;t&#233; la pr&#233;dation imp&#233;rialiste. Mais il y a eu, en parall&#232;le, une vraie r&#233;volution technologique, &#224; la fin des ann&#233;es 1890, le moteur &#224; explosion et l'&#233;lectrification. Cela a mis 60 &#224; 70 ans &#224; se d&#233;velopper, jusqu'au d&#233;veloppement des march&#233;s de masse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le capitalisme survit parce qu'il y a, &#224; un moment, un coup de dynamisme donn&#233; &#224; la productivit&#233; par un changement technique ou plusieurs qui se combinent. C'&#233;tait le grand r&#234;ve des n&#233;olib&#233;raux avec l'ordinateur et internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais l&#224;, &#231;a ne fonctionne pas&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#231;a avait fonctionn&#233;, on aurait des gains de productivit&#233; qui seraient au moins &#233;quivalents &#224; ceux du moment o&#249; on a eu l'&#233;lectrification et le moteur &#224; explosion. Peut-&#234;tre pas les 6 ou 7 % des ann&#233;es 1970, mais au moins des gains de productivit&#233; de 4 ou 5 %. Actuellement, des gains de productivit&#233; existent, mais ils sont limit&#233;s &#224; l'industrie et sont plut&#244;t faibles. Mais le probl&#232;me est qu'en parall&#232;le, ce sont les secteurs les moins productifs qui se d&#233;veloppent le plus rapidement et, d&#232;s lors, les gains de productivit&#233; globaux sont en baisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses explications sont possibles. Aaron Benanav (L'Automatisation et le futur du travail, &#233;ditions Divergences, Quimperl&#233; 2022) estime que c'est pr&#233;cis&#233;ment la tertiarisation qui entra&#238;ne ces baisses de gain de productivit&#233;. Jason E. Smith (Les capitalistes r&#234;vent-ils de moutons &#233;lectriques ? &#201;ditions Grevis, Caen 2021) distingue les services productifs et les services non productifs et place cette baisse de productivit&#233; dans une logique de r&#233;duction globale du taux de profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;veloppement des services non productifs est une r&#233;ponse directe &#224; l'affaiblissement de la croissance globale. Quand vous avez de moins en moins de croissance, vous avez deux formes de r&#233;ponse possibles : la surveillance des clients et des travailleurs d'une part, et ce qu'il appelle la sph&#232;re de la circulation (le marketing, la publicit&#233;&#8230;), d'autre part. Ce sont des services compl&#232;tement non productifs qui se payent sur la productivit&#233; que vous allez d&#233;gager &#171; gr&#226;ce &#224; eux &#187;. Mais c'est un poids pour le capital et ils conduisent, dans les faits, &#224; une baisse de la productivit&#233;, qui pousse &#224; d&#233;velopper ces services encore davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans entrer dans les d&#233;tails et dans les d&#233;bats th&#233;oriques, la question est de savoir si cette baisse est une tendance lourde et irr&#233;versible ou &#8211; je sais que vous aimez bien Mandel &#8211; si on est dans une onde longue descendante et qu'une innovation technologique (par exemple l'IA) ou un autre facteur non directement &#233;conomique est susceptible de faire repartir les gains de productivit&#233; au niveau &#233;conomique g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; o&#249; j'ai des doutes. Parce que m&#234;me si vous remplacez des juristes d'entreprise ou des conseillers commerciaux et financiers par de l'IA, vous rompez avec une promesse du capitalisme selon laquelle les salari&#233;&#183;es monteraient en gamme, que l'ouvrier dont le travail est m&#233;canis&#233; allait entrer dans un bureau. Aujourd'hui, la seule chose que les capitalistes ont &#224; proposer comme d&#233;bouch&#233;, ce sont pr&#233;cis&#233;ment des emplois tertiaires bas de gamme. Par ailleurs, au niveau purement &#233;conomique, comme tous ces emplois ne sont pas intrins&#232;quement tr&#232;s productifs, il est peu probable qu'on gagne beaucoup en productivit&#233;. C'est un &#233;l&#233;ment important parce que les libertariens, les trumpistes et ce qui reste de n&#233;olib&#233;raux vont essayer de nous faire croire qu'il y a encore un avenir dans le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_51809 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH334/1901d3546e05055a-a898b460-fadf6.jpg?1749559594' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment analyses-tu la vague de licenciements de novembre-d&#233;cembre dernier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est extr&#234;mement simple : apr&#232;s le Covid, il y a eu une augmentation de l'emploi assez importante, mais sans croissance, dans le cadre d'une d&#233;gradation de la productivit&#233;. Ces emplois ne sont tenables que si, &#224; un moment, vous avez une acc&#233;l&#233;ration de la croissance. Ils ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s gr&#226;ce aux aides publiques, et la vague d'inflation qui, dans beaucoup de secteurs &#8211; notamment les secteurs de la distribution &#8211;, a permis de compenser la baisse des volumes par une augmentation des prix et donc une augmentation de leur marge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu donc eu une possibilit&#233; d'embaucher plus de gens que n&#233;cessaire, des salari&#233;&#183;es qui ne correspondaient pas du tout &#224; la production. Certains employeurs ont d&#251; vouloir profiter de l'aubaine des aides publiques pour am&#233;liorer l'outil au cas o&#249; il y aurait une acc&#233;l&#233;ration de la demande suite &#224; la crise sanitaire. En 2021, une grande partie des gens y croyait : on avait 6 % de croissance, on s'imaginait un retour aux ann&#233;es folles d'il y a un si&#232;cle, Bruno Le Maire nous disait que &#231;a allait &#234;tre formidable. Il ne faut pas exclure la possibilit&#233; que les capitalistes croient dans leurs propres discours et donc qu'ils aient anticip&#233; une croissance forte. Mais cette croissance forte n'est jamais arriv&#233;e, les aides publiques doivent &#234;tre red&#233;ploy&#233;es pour des raisons budg&#233;taires, la demande est quasi atone et tous ces emplois constituent un poids sur la rentabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'&#233;tait des centaines de milliers de licenciements en France&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;norme mais c'est logique : cette surembauche &#233;tait une anomalie. Le taux de ch&#244;mage anormalement bas au regard de l'activit&#233; globale du pays s'est traduit par une baisse de la productivit&#233; du pays et cette baisse de la productivit&#233; n'est tenable que si vous avez en contrepartie dans les ann&#233;es qui suivent une hausse &#233;quivalente ou sup&#233;rieure. Cette hausse n'arrivant pas, vous avez des licenciements et une forme de retour &#224; la normale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avec une r&#233;organisation de la main-d'&#339;uvre au passage, parce qu'ils ont recrut&#233; des plus jeunes et l&#224; ils vont virer les vieux&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, on lisse : on retire les gros salaires et on garde les plus bas. Leur obsession est la plus-value absolue. Donc il faut prendre des gens avec des salaires horaires plus faibles et avec des contrats plus pr&#233;caires ou en tout cas plus souples. Quand vous embauchez aujourd'hui compte tenu des r&#233;formes du droit du travail qui ont eu lieu, c'est plus facile &#224; g&#233;rer que des gens qui ont pass&#233; des contrats il y a 20 ans ou 30 ans.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_51810 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH328/293b1c3b2a7132fd-df68b95a-38242.png?1749559594' width='500' height='328' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces suppressions d'emplois ont lieu dans l'industrie, l'automobile, le commerce&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrie est la plus touch&#233;e car elle a &#233;t&#233; beaucoup aid&#233;e. Le commerce est frapp&#233; de plein fouet aussi parce que la situation est d&#233;sastreuse : les ventes dans le commerce de d&#233;tail ont &#233;t&#233; catastrophiques en 2022-2023 et se sont tr&#232;s peu am&#233;lior&#233;es en 2024, il y a eu une s&#233;rie de faillites et ce n'est pas fini. Dans la grande distribution, ils avaient embauch&#233; gr&#226;ce &#224; l'augmentation des prix&#8230; mais cette &#171; inflation par les profits &#187; a des limites et ils ont &#233;t&#233; oblig&#233;s d'arr&#234;ter de jouer l&#224;-dessus, leurs profits sont donc maintenant sous pression. Et puis les entreprises ont commenc&#233; &#224; r&#233;duire les commandes &#224; leurs fournisseurs, donc tous les services aux entreprises vont &#234;tre touch&#233;s. Les m&#233;nages frapp&#233;s par le ch&#244;mage, ne vont plus avoir recours &#224; des services aux personnes &#8211; les gardes d'enfants, etc. &#8211; et cela repr&#233;sente beaucoup de postes d'emploi en France&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La France, l'Allemagne, l'Italie sont les trois r&#233;gions les plus touch&#233;es, non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne est tr&#232;s touch&#233;e alors qu'elle est encore au milieu de sa crise d'origine industrielle. La structure &#233;conomique de l'Allemagne est compl&#232;tement diff&#233;rente de la structure fran&#231;aise : l'industrie c'est encore en Allemagne 20 &#224; 25 % du PIB, et cela repr&#233;sente tout un tissu &#233;conomique. Une vague de licenciements a commenc&#233;, m&#234;me si finalement Volkswagen n'a pas ferm&#233; d'usine. Le pays a perdu 100 000 emplois industriels en un an. En Allemagne, les gens sont extr&#234;mement inquiets parce que le mod&#232;le du pays repose sur l'industrie tr&#232;s haut de gamme qui fournit &#224; la fois beaucoup de plus-value et des salaires &#233;lev&#233;s qui arrosent ensuite tout le reste du pays, notamment les services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de l'Allemagne est particulier parce que c'est une crise li&#233;e &#224; la mont&#233;e en gamme de l'&#233;conomie chinoise. L'Allemagne a &#233;vit&#233; la crise europ&#233;enne pendant tr&#232;s longtemps parce qu'elle fournissait &#224; la Chine les moyens de sa croissance, notamment les machines-outils (et &#233;videmment les voitures de luxe). Quand la Chine organise son plan de relance apr&#232;s la crise de 2008 pour sauver le capitalisme mondial, les commandes &#224; l'industrie allemande repartent tr&#232;s vite d&#232;s la mi-2009 parce qu'ils envoient des machines-outils en Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est que la Chine est en train de changer de mod&#232;le &#233;conomique en montant en gamme. Elle fabrique moins cher des marchandises que l'Allemagne produisait. Leur qualit&#233; commence &#224; se rapprocher de plus en plus de la qualit&#233; allemande et donc un march&#233; de la production allemande est en train de dispara&#238;tre. De plus, des concurrents chinois prennent des parts dans le march&#233; mondial, par exemple dans le solaire. L'Allemagne avait une industrie florissante dans ce domaine et puis la Chine a commenc&#233; &#224; vendre moins cher la m&#234;me chose et a rafl&#233; tout le march&#233;. Elle pratique un peu de dumping : elle surproduit, baisse les prix tr&#232;s fortement, et les industriels allemands ne peuvent pas suivre, puisque, &#224; qualit&#233; &#233;gale ou l&#233;g&#232;rement inf&#233;rieure, les prix chinois sont 30 % en dessous. L'Allemagne a vraiment compl&#232;tement rat&#233; le train et s'est content&#233;e d'innovations &#224; la marge pour justifier ses prix &#233;lev&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, entre 1997 et 2013, il y a eu un dumping salarial allemand &#8211; une stagnation des salaires &#8211; qui a compl&#232;tement ravag&#233; tous leurs concurrents europ&#233;ens et ils se sont retrouv&#233;s face &#224; des industriels chinois qui n'avaient que l'industrie allemande comme fournisseurs possibles. C'est termin&#233;. Le cas le plus &#233;vident est la voiture &#233;lectrique : pendant que les constructeurs allemands essayaient de truquer les tests sur les moteurs diesel, l'&#201;tat chinois a subventionn&#233; les voitures &#233;lectriques &#8211; et quand la voiture &#233;lectrique est devenue un produit de masse, les Allemands n'&#233;taient pas du tout pr&#234;ts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour reparler de Mandel, il est vrai que nous consid&#233;rons en g&#233;n&#233;ral que le retour &#224; une onde longue de croissance est li&#233; &#224; des facteurs exog&#232;nes, soit des grandes d&#233;couvertes technologiques soit des facteurs exog&#232;nes politiques&#8230; &#199;a change la focale, mais comment analyses-tu les initiatives de Trump, les droits de douane, la volont&#233; d'annexions et ses attaques contre l'appareil d'&#201;tat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vraiment la question. Pour &#234;tre un peu sur cet espace th&#233;orique et faire le lien avec Trump : si vous avez effectivement un syst&#232;me d'onde longue, et si nous sommes dans le creux de la vague, pour aller vite, on va avoir une guerre et puis &#231;a va remonter parce qu'il va falloir reconstruire. Mais le probl&#232;me est que la tendance actuelle est celle d'un affaiblissement &#224; tr&#232;s long terme, ce qui fait que m&#234;me si on repart par des facteurs exog&#232;nes &#8211; ou endog&#232;nes &#8211;, la dynamique interne du capitalisme est tellement affaiblie que je ne suis pas s&#251;r qu'on puisse repartir tr&#232;s haut. C'est finalement ce qu'on a pu constater avec la crise sanitaire, m&#234;me si l'outil productif avait &#233;t&#233; pr&#233;serv&#233;. Le rattrapage a &#233;t&#233; rapide et les tendances &#224; l'affaiblissement sont redevenues importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a pose encore plus le probl&#232;me en termes politiques : m&#234;me ceux qui ont des id&#233;es pour maintenir leur rythme d'accumulation vont se retrouver quoi qu'il arrive face &#224; une tendance forte sous-jacente qui tire l'accumulation vers le bas. Par exemple en Ukraine, apr&#232;s la guerre, vous allez avoir une reconstruction et le PIB ukrainien va bondir, c'est logique. Mais en r&#233;alit&#233; si l'Ukraine devient un lieu de production bon march&#233; en Europe occidentale, elle va prendre la place d'un autre pays. C'est la logique du g&#226;teau qui ne grandit plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Seconde Guerre mondiale a fait repartir le capitalisme, parce qu'il y avait aussiun changement technologique, un changement d'&#233;chelle de la production, la deuxi&#232;me r&#233;volution industrielle qu'il s'agissait de diffuser. Et la guerre a acc&#233;l&#233;r&#233; cette diffusion. Et parce qu'il y avait, en parall&#232;le, la possibilit&#233; d'un d&#233;veloppement de la consommation de masse, qui a commenc&#233; &#224; la fin du 19esi&#232;cle mais ne s'est d&#233;velopp&#233; r&#233;ellement qu'apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, d'ailleurs en grande partie pour des raisons politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; des dynamiques internes au capital et la dynamique externe a permis de faire repartir le tout. Aujourd'hui il n'y a m&#234;me pas &#231;a : il y a quelque chose qui est de l'ordre de la baisse tendancielle du taux de profit et qui est li&#233; &#224; la question de la productivit&#233;. &#192; un moment vous avez une force qui tire cette productivit&#233; vers le bas, qui est ce qu'on appelle la composition organique du capital : vous avez atteint un certain niveau de productivit&#233; alors que votre capital co&#251;te tr&#232;s cher et que les gains que vous r&#233;alisez ne vous permettent plus de gagner suffisamment de plus-value. L'int&#233;r&#234;t de l'investissement productif d&#233;cline et la seule fa&#231;on d'avoir une croissance est d'augmenter la plus-value absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, on entend dire que leur 2,5 % de croissance est formidable, mais ce n'est pas du tout les taux de croissance qu'ils faisaient dans les ann&#233;es 1950-1960 ou m&#234;me 1980. De m&#234;me l'Espagne fait 3 % mais elle faisait 4 % ou 5 % dans les ann&#233;es 2000. Et notre gouvernement nous dit qu'on est les champions quand on fait 0,8 %&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'une grande partie, voire la totalit&#233; du capital, est consciente de cette situation et c'est pour &#231;a qu'&#224; mon avis on est en train de sortir du n&#233;olib&#233;ralisme. Ils ont compris qu'un d&#233;veloppement des march&#233;s et leur lib&#233;ralisation, &#231;a ne fonctionne pas. &#199;a peut servir &#224; d&#233;velopper certaines politiques publiques, justifi&#233;es avec les vieux arguments &#8211; la r&#233;forme des retraites, les lib&#233;ralisations &#224; venir du march&#233; du travail, etc. &#8211; mais ce n'est plus le c&#339;ur du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le c&#339;ur du probl&#232;me est en fait double. D'un c&#244;t&#233;, une partie du capital &#8211; notamment le capital productif, les services marchands et beaucoup d'industries &#8211; d&#233;pend aujourd'hui de l'aide directe des &#201;tats &#8211; subventions, baisses d'imp&#244;ts, etc. Si vous supprimez cette aide, ils n'ont plus rien, il n'y a plus de profits, il n'y a plus d'activit&#233;. Et &#231;a c'est vrai aussi en Chine, parce qu'on est dans une quasi-crise de surproduction industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, il y a une autre strat&#233;gie qui consiste &#224; dire que, puisqu'on a beaucoup de mal &#224; produire de la valeur de fa&#231;on classique &#224; partir du travail, on va contourner ce syst&#232;me et produire de la valeur au travers de la rente. Tout un secteur vise pr&#233;cis&#233;ment ce syst&#232;me de rente, ce syst&#232;me de pr&#233;dation &#224; la fois des ressources et des march&#233;s. &#192; titre de capitaliste individuel c'est parfait : vous pouvez encaisser toutes les baisses du taux de profit global si, de votre c&#244;t&#233;, votre profit personnel d&#233;pend juste de l'obligation qu'ont les gens de vous payer pour pouvoir vivre normalement. C'est en fait un leurre car cet argent lui-m&#234;me d&#233;pend du taux de profit global. Mais c'est une illusion forte dans ces secteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas une division stricte, des secteurs &#8211; comme par exemple la finance &#8211; ont un pied dedans et un pied dehors, parce que le cr&#233;dit d&#233;pend &#233;videmment de l'activit&#233;, mais une partie de la finance est compl&#232;tement d&#233;connect&#233;e du syst&#232;me productif. On a donc, grosso modo, ces deux strat&#233;gies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la th&#233;orisation politique de ces deux strat&#233;gies ? Pour les secteurs productifs, la traduction politique est un &#201;tat qui d&#233;truit tant l'&#201;tat social que les conditions de travail pour disposer d'un maximum de ressources afin de subventionner le secteur priv&#233;. &#199;a implique une politique d'aust&#233;rit&#233; sociale et une politique de transfert &#8211; ce qu'on a connu avec le covid : une &#171; politique de s&#233;curit&#233; sociale des profits des entreprises &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les secteurs rentiers, ce qui les int&#233;resse, ce n'est pas d'&#234;tre aid&#233; par l'&#201;tat parce qu'aujourd'hui ils sont quasiment &#224; des niveaux &#233;tatiques, donc en concurrence avec les &#201;tats. Les Big Tech et les grandes entreprises extractivistes sont concurrentes de l'&#201;tat, qui entrave leur d&#233;veloppement : il faut obtenir des droits de forage quand vous &#234;tes un p&#233;trolier, il y a des probl&#232;mes de r&#233;glementation quand vous &#234;tes dans la technologie&#8230; L'id&#233;e est donc de vider l'&#201;tat de sa substance, de ne garder que ce dont on a besoin au minimum et de remplacer l'&#201;tat par des entreprises. C'est le r&#233;gime &#171; minarchique &#187; [&#171; &#201;tat minimal &#187;] ou anarcho-capitaliste, qui remplace l'&#201;tat par des entreprises qui font du profit et se substituent &#224; ses grandes fonctions. C'est exactement ce qui est en train de se passer aux &#201;tats-Unis : Elon Musk arrive avec ces jeunes blancs-becs de la Silicon Valley qui n'ont comme exp&#233;rience que celle des entreprises de rente et qui prennent l'&#201;tat am&#233;ricain, le d&#233;sossent pour garder seulement ce qui int&#233;resse le capital rentier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cependant des points de jonction entre les deux grandes strat&#233;gies : les r&#233;ductions des imp&#244;ts, la destruction des protections pour les travailleurs et de l'&#201;tat social&#8230; Autrement dit, la r&#233;pression sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc une forme d'acc&#233;l&#233;ration du ph&#233;nom&#232;ne n&#233;olib&#233;ral, mais aussi une fuite en avant : pour compenser cet affaiblissement continuel de la croissance, il va y avoir une mise &#224; sac de l'&#201;tat. Pour les entreprises industrielles, c'est probl&#233;matique parce que si vous n'avez plus les transferts de l'&#201;tat vous avez un probl&#232;me de survie. Et aussi un probl&#232;me de d&#233;pendance vis-&#224;-vis des secteurs rentiers parce que les entreprises industrielles d&#233;pendent des entreprises technologiques, des entreprises de fourniture d'&#233;lectricit&#233;, d'eau etc. donc elles deviennent une forme de sous-secteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette concurrence &#224; l'int&#233;rieur du capital peut &#234;tre r&#233;gl&#233;e dans certains cas par la r&#233;pression sociale qui arrange un peu tout le monde &#8211; c'est un peu aujourd'hui la politique de Macron : on maintient les aides aux entreprises en faisant de la r&#233;pression sociale, et grosso modo comme on n'augmente pas les imp&#244;ts les entreprises renti&#232;res sont elles aussi satisfaites. C'est possible en France parce que ce sont principalement des services marchands qui font l'&#233;conomie, qu'il n'y a pas de g&#233;ant de la Tech. C'est un peu diff&#233;rent aux &#201;tats-Unis : du fait de la place des g&#233;ants de la Tech dans le mod&#232;le &#233;conomique am&#233;ricain, il va y avoir un conflit beaucoup plus fort entre les deux parties. La politique protectionniste peut tenter de trouver un compromis interne au capital, mais certaines Big Tech ont des plumes &#224; y perdre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'une main Trump les impose et de l'autre il les annule&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re lecture est que ces droits de douane sont du protectionnisme classique visant &#224; d&#233;fendre l'int&#233;gralit&#233; du capital national contre les capitaux &#233;trangers en vue de relocaliser la production aux &#201;tats-Unis. Et gr&#226;ce au revenu des droits de douane l'&#201;tat baisse les imp&#244;ts et tout le monde est content en interne. C'est ce qu'ont fait les &#201;tats-Unis dans la premi&#232;re phase de leur d&#233;veloppement apr&#232;s la guerre de S&#233;cession : ils se sont d&#233;velopp&#233;s &#224; l'abri des droits de douane massifs et c'est la r&#233;f&#233;rence de Trump.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de cette hypoth&#232;se est qu'il y a une contradiction dans les termes. Les droits de douane doivent dissuader l'importation des produits aux &#201;tats-Unis. Or Trump va baisser les imp&#244;ts gr&#226;ce au produit des droits de douane. Donc, si la relocalisation se r&#233;alise, le revenu des droits de douane diminue et la baisse des imp&#244;ts ne peut &#234;tre financ&#233;e. Par ailleurs, pour relocaliser, il faut des droits de douane suffisamment &#233;lev&#233;s pour compenser les diff&#233;rentiels de co&#251;t du travail. Entre un travailleur mexicain et un travailleur &#233;tatsunien, la diff&#233;rence aujourd'hui est de l'ordre de 1 &#224; 6 %, pas 25 %. Si vous relocalisez, vous allez donc avoir des augmentations de prix. Et comme le march&#233; du travail &#233;tatsunien est d&#233;j&#224; tendu, vous allez avoir des augmentations de salaires, donc une pression sur le taux de profit des entreprises industrielles qui n'est pas forc&#233;ment tenable en l'&#233;tat et va se traduire par une augmentation des prix qui sera beaucoup plus importante que les 25 % d'augmentation des droits de douane&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re hypoth&#232;se ne doit pas &#234;tre compl&#232;tement &#233;vacu&#233;e. Il est possible que ce soit le projet de Trump. On serait alors sur un plan &#224; la Macron : essayer de faire la paix au sein du capital en donnant en m&#234;me temps aux industriels une protection et au capital rentier les baisses d'imp&#244;ts qu'il veut. Mais c'est vou&#233; &#224; l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me hypoth&#232;se est que ces choix sont en r&#233;alit&#233; politiques. Les &#201;tats-Unis ont un probl&#232;me : leur mod&#232;le &#233;conomique est fond&#233; sur une &#233;conomie de services marchands &#224; 80 %, avec un secteur technologique haut de gamme extr&#234;mement rentable, extr&#234;mement puissant et en avance sur tous les autres. C'est une toute petite partie de l'&#233;conomie &#233;tatsunienne mais c'est une partie extr&#234;mement importante parce qu'elle produit &#233;norm&#233;ment de valeur. Le probl&#232;me est qu'aujourd'hui la Chine est en train de les rattraper &#8211; on l'a vu avec l'IA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fais une petite parenth&#232;se que je trouve int&#233;ressante : depuis des ann&#233;es on nous vend l'id&#233;e (notamment les macronistes) que pour innover il faut des baisses d'imp&#244;ts des entrepreneurs, il faut les caresser, leur apporter le caf&#233;, il ne faut pas que les gens soient trop pay&#233;s, il faut des aides publiques, il faut des commandes, etc. Mais en r&#233;alit&#233;, c'est compl&#232;tement faux : c'est quand vous avez des contraintes que vous innovez, c'est quand il y a quelque chose qui vous bloque que vous devez trouver une solution. C'est exactement ce qui s'est pass&#233; en Chine : les chercheurs se sont dit &#171; on n'a pas les microprocesseurs, on ne peut pas avoir cette strat&#233;gie (une strat&#233;gie par ailleurs d&#233;lirante sur le plan &#233;cologique qui est d'augmenter les capacit&#233;s de calcul) donc on va trouver une solution pour faire avec ce qu'on a &#187;. Le cauchemar am&#233;ricain c'est que les Chinois soient capables aujourd'hui d'innover moins cher avec une qualit&#233; quasi &#233;quivalente et vont donc leur prendre des march&#233;s partout, m&#234;me sur l'IA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici la strat&#233;gie des &#201;tats-Unis pour maintenir leur h&#233;g&#233;monie &#233;tait de se d&#233;porter un peu partout, avec la guerre en Irak, en Afghanistan, des troupes en Europe, etc. Maintenant c'est de construire un vrai empire, c'est-&#224;-dire avec des r&#233;seaux de vassaux qui vont venir consommer leurs produits, notamment leurs produits tech, leur p&#233;trole ou leur gaz liqu&#233;fi&#233;. Et qui n'auront pas le choix.&lt;br class='autobr' /&gt;
On retrouve ce que je disais sur la rente : l'enjeu aujourd'hui d'une partie du capitalisme &#233;tatsunien est d'&#233;viter la concurrence, donc de construire non pas un grand march&#233; transatlantique et transpacifique comme au temps du n&#233;olib&#233;ralisme, mais un empire : un centre et des p&#233;riph&#233;ries o&#249; chacune a un r&#244;le &#224; jouer vis-&#224;-vis du centre. Aujourd'hui &#233;videmment ce n'est pas le cas : l'Europe passe des accords de libre-&#233;change avec des d'autres pays. Mais si le but des &#201;tats-Unis est que chaque pays soit au service de la m&#233;tropole, du c&#339;ur de l'empire, les droits de douane sont un moyen de pression. C'est une explication du jeu actuel de Trump : il les met, il les retire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il les retire on dit que c'est un clown. C'est peut-&#234;tre un clown mais il envoie le message aux Mexicains et aux Canadiens : je peux les retirer mais &#233;videmment il va falloir accepter des conditions, sinon je vais les remettre. Ces conditions, cela va &#234;tre l'acc&#232;s au march&#233;, par exemple en Europe. On sait bien ce qu'il vise : la suppression de toutes les r&#233;glementations sur la technologie, le monopole du gaz liqu&#233;fi&#233;, l'acc&#232;s au march&#233; des industries de la d&#233;fense (et donc quand il dit qu'il faut consacrer 5 % du PIB &#224; la d&#233;fense, c'est pour acheter aux &#201;tats-Unis)&#8230; On peut m&#234;me imaginer qu'ils mettent d'accord tout le capital &#233;tatsunien en disant &#224; sa p&#233;riph&#233;rie : on a des produits industriels qu'on veut vendre et vous allez vous inscrire dans notre cha&#238;ne logistique, &#224; nos conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les droits de douane auraient alors vocation &#224; faire pression sur les pays p&#233;riph&#233;riques de l'empire pour les vassaliser encore plus. C'est quelque chose qui peut para&#238;tre compl&#232;tement contre-intuitif, mais en fait il vise ses alli&#233;s avant de viser ses ennemis parce qu'il est en train de constituer un bloc imp&#233;rial et quand ce bloc imp&#233;rial sera constitu&#233;, il pourra aller &#224; l'affrontement avec la Chine (la Chine qui est en train de faire exactement la m&#234;me chose, sous des formes moins violentes et moins clownesques, avec les &#171; nouvelles routes de la soie &#187; qui sont des formes d'influence et de d&#233;pendance &#224; la dette). Mais l&#224; aussi, c'est tr&#232;s risqu&#233; : l'influence que vont avoir ces droits de douane sur la croissance mexicaine ou colombienne peut conduire le Mexique et la Colombie &#224; aller chercher des appuis chinois par exemple&#8230; mais si la Chine met les deux pieds au Mexique ou en Colombie, cela devient extr&#234;mement dangereux. Donc il ne faut pas &#233;vacuer non plus le caract&#232;re dangereux du personnage&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliques-tu que le Wall Street Journal ait publi&#233; un &#233;ditorial extr&#234;mement agressif contre ce choix de Trump sur les taxes &#8211; c'est quand m&#234;me le journal du capital financier &#8211; et la chute de l'indice Dow Jones face &#224; ces annonces ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve la discussion qu'on avait pr&#233;c&#233;demment : on a affaire &#224; des gens qui tentent par tous les moyens de sauvegarder leur taux de profit mais qui se confrontent &#224; des contradictions permanentes. Musk est confront&#233; au fait qu'il a d&#233;localis&#233; une partie de sa production en Chine, que le march&#233; chinois est important pour lui et c'est ce qui provoque un recul de l'action Tesla. Sous l'impulsion de Trump &#224; la fin des ann&#233;es 2010, le capitalisme am&#233;ricain s'est structur&#233; pr&#233;cis&#233;ment autour du Mexique et de la fourniture de produits mexicains &#8211; mais aujourd'hui, avec les droits de douane, la cha&#238;ne logistique du capitalisme industriel am&#233;ricain risque d'&#234;tre compl&#232;tement rompue. Ce n'est pas logique et d'ailleurs la r&#233;action du Wall Street Journal montre que ces milieux sont confront&#233;s &#224; une contradiction de ce point de vue. Mais c'est aussi ce qui explique que c'est tr&#232;s politique. Si c'&#233;tait un choix purement &#233;conomique, la promesse de Trump que les pertes de Wall Street seront compens&#233;es par la garantie d'une acc&#233;l&#233;ration, la croissance serait cr&#233;dible. En r&#233;alit&#233;, la v&#233;ritable promesse est celle de la constitution d'un empire centralis&#233; dont les gains &#233;conomiques restent incertains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;tat est la repr&#233;sentation des int&#233;r&#234;ts collectifs de la bourgeoisie parce que, n'&#233;tant qu'une somme de capitaux, elle n'arrive pas &#224; exprimer ses int&#233;r&#234;ts collectifs&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exactement. Et alors quand &#8211; comme c'est le cas aujourd'hui &#8211; il s'agit d'int&#233;r&#234;ts qui sont divergents entre les secteurs (et je n'ai mentionn&#233; que deux grands aspects contradictoires, mais en fait on peut trouver des dizaines d'int&#233;r&#234;ts divergents &#224; l'int&#233;rieur des secteurs), ce qui est int&#233;ressant c'est que ces int&#233;r&#234;ts divergents traduisent aussi ces contradictions, c'est-&#224;-dire les limites de la capacit&#233; qu'ils ont aujourd'hui &#224; venir contrer la tendance de fond &#224; l'affaiblissement de la rentabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence d'un fou &#224; la direction de l'&#201;tat permet aussi de prendre des d&#233;cisions radicales, m&#234;me si une partie de la bourgeoisie ne les estime pas pertinentes &#224; l'instant T. Il faut un peu d'audace&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grande partie du discours capitaliste dominant essaye de nous cacher la gravit&#233; de la situation et de nous faire croire qu'il n'y a pas d'alternative. Mais la situation est tellement critique qu'ils ne peuvent tenter de s'en sortir qu'en prenant des d&#233;cisions radicales qui vont avoir des cons&#233;quences pour certains membres de leur classe. Il y a un aspect de d&#233;sespoir, c'est aussi le sympt&#244;me de la crise du r&#233;gime capitaliste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sans parler de la crise &#233;cologique&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'on est en crise de r&#233;gime capitaliste parce que le n&#233;olib&#233;ralisme, qui &#233;tait le mode de gestion du capitalisme jusqu'ici, est &#233;puis&#233; et il faut donc trouver un nouveau mode de gestion et un nouveau mode d'h&#233;g&#233;monie. C'est l&#224; o&#249; l'empire remplace le march&#233;, et peut-&#234;tre que &#231;a ne fonctionnera pas. Dans les p&#233;riodes de crise, il y a toujours des t&#226;tonnements : au cours de la crise de 1929, il y a une p&#233;riode de protectionnisme qui ne fonctionne pas vraiment, puis le New Deal est en r&#233;alit&#233; constitu&#233; de trois phases : apr&#232;s des avanc&#233;es et des arr&#234;ts, une nouvelle crise conduit &#224; l'id&#233;e que la seule solution c'est de produire des chars&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les p&#233;riodes de crise, il y a naturellement beaucoup de confusion parce qu'on tente des solutions et que ces solutions ne se r&#233;v&#232;lent pas toujours efficaces et parfois &#233;chouent carr&#233;ment. Aujourd'hui, comme il n'y a que le capitalisme, seuls les capitalistes tentent des choses. Mais si par exemple, dans un monde id&#233;al, les travailleurs se mettaient &#224; tenter des choses, tout ne se ferait pas du jour au lendemain, il y aurait des &#233;checs,1 on reviendrait en arri&#232;re, on avancerait&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vraie singularit&#233; de la crise actuelle est &#224; mon avis son caract&#232;re multiforme : il y a cette crise &#233;conomique dont on a beaucoup parl&#233; mais qui &#8211; comme tu l'as dit &#8211; vient en fait se rajouter &#224; une crise &#233;cologique qui est le produit du mode de production. On voit clairement que Trump va mettre &#224; la poubelle toutes les maigres concessions faites &#224; l'&#233;cologie et &#224; l'environnement. Pour tenter de sauver le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans l'article &#171; Strat&#233;gie &#233;cosocialiste en p&#233;riode de turbulences &#187;, Martin Lallana Santos dit que les sorties de crise du capitalisme n&#233;cessitent en g&#233;n&#233;ral un d&#233;cuplement de la production &#233;nerg&#233;tique&#8230;2&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment. Et encore une fois n'oublions pas que la r&#233;f&#233;rence de Trump, c'est la fin du 19e si&#232;cle : des puits de p&#233;trole partout. Ce qui est certain, c'est qu'il va mettre &#224; bas les normes &#233;cologiques, et pas seulement aux &#201;tats-Unis. Il va faire pression pour qu'il y ait la m&#234;me chose en Europe, en Am&#233;rique latine et dans tous les pays qui d&#233;pendent des &#201;tats-Unis. D'ailleurs les dirigeants europ&#233;ens commencent d&#233;j&#224; &#224; dire qu'ils sont all&#233;s trop loin, qu'il y a trop de normes. En r&#233;alit&#233;, derri&#232;re, c'est la destruction &#233;cologique parce qu'il ne faut pas oublier que la crise &#233;cologique ce n'est pas seulement le r&#233;chauffement. C'est la destruction de la biodiversit&#233; et la viabilit&#233; de notre esp&#232;ce qui est en cause. La crise &#233;cologique est ni&#233;e parce que la priorit&#233; est donn&#233;e &#224; l'accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi la crise sociale, soci&#233;tale et anthropologique. La vague r&#233;actionnaire ne vient pas de nulle part. Elle vient du fait que la soci&#233;t&#233; capitaliste est malade de ce qu'elle a produit, c'est-&#224;-dire de la surconsommation, qui n'a pas que des effets d&#233;l&#233;t&#232;res sur l'environnement, elle en a aussi sur les &#234;tres humains qui sont en permanence appauvris par cette surconsommation : plus vous consommez, et plus vous manquez de quelque chose. Ce qu'on a connu avec la crise inflationniste est extr&#234;mement int&#233;ressant de ce point de vue. Cette frustration de ne pas pouvoir &#234;tre dans cette folie consommatrice permanente rend les gens malheureux et en panique. Aux &#201;tats-Unis, la croissance se fait par l'augmentation des rentes, donc des d&#233;penses contraintes, notamment dans la sant&#233;. La marchandisation de la sant&#233; est la preuve que croissance et bien-&#234;tre deviennent des &#233;tats divergents. C'est un &#233;l&#233;ment qui a en partie d&#233;termin&#233; le r&#233;sultat de l'&#233;lection am&#233;ricaine : les d&#233;mocrates ont fait campagne en s'appuyant sur une croissance &#224; 3 %, dans le New York Times Paul Krugman nous expliquait toutes les semaines que les &#201;tats-Unis &#233;taient tr&#232;s prosp&#232;res et qu'il n'y avait aucune raison de se plaindre&#8230; mais les gens devaient faire face &#224; ces d&#233;penses contraintes qui augmentent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus globalement, l'injonction &#224; la consommation est fondamentalement insatisfaisante. Trump est cette tentative de sauvegarder un mode de vie intenable avec la fausse promesse qu'elle est un gage de bonheur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant longtemps le capitalisme occidental a pu dire que le niveau de vie augmentait et que la qualit&#233; de vie s'am&#233;liorait parce que la production pouvait se concentrer sur la satisfaction de besoins &#233;vidents. Et puis &#224; la fin des ann&#233;es 1960 ou au d&#233;but des ann&#233;es 1970 o&#249; on avait &#224; peu pr&#232;s rempli tous les besoins basiques des gens, et m&#234;me un peu plus, il a fallu quand m&#234;me continuer &#224; vendre des marchandises. C'est le moment o&#249; les besoins des individus sont construits par le capital pour sa propre reproduction. Les besoins des individus sont donc en permanence identifi&#233;s aux besoins du capital. C'est ce qui provoque &#224; la fois un d&#233;sir permanent, de la frustration, et une profonde solitude. Les soci&#233;t&#233;s vont mal, y compris quand la croissance r&#233;siste, et peut-&#234;tre m&#234;me surtout quand la croissance r&#233;siste ! C'est quelque chose qui fait partie pour moi de la crise globale, un troisi&#232;me p&#244;le de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelque chose qui est un peu d&#233;sesp&#233;rant : quand vous essayez de r&#233;gler un des p&#244;les de la crise, vous augmentez les deux autres. Si vous essayez de r&#233;gler la crise &#233;conomique, comme Trump et les autres dirigeants europ&#233;ens, vous d&#233;cuplez la crise &#233;cologique et les besoins technologiques pour rendre les gens encore plus d&#233;pendants et encore plus neurasth&#233;niques&#8230; Vous essayez de r&#233;gler la crise &#233;cologique ? Alors l&#224; vous pouvez oublier votre croissance et votre accumulation du capital. Vous essayez de r&#233;gler la crise sociale ? Vous mettez fin &#224; la consommation de masse&#8230; En fait vous vous retrouvez dans une esp&#232;ce d'impasse continuelle et tout &#231;a est li&#233; &#224; un fait central : la soci&#233;t&#233; est domin&#233;e par le besoin d'accumulation du capital et donc est d&#233;pendante des clowns que nous fournit le capital : les Trump, les Macron&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a me conforte en tout cas dans le fait que nous sommes entr&#233;s &#8211; c'est Tom Thomas qui utilise ce terme &#8211; dans une phase de s&#233;nilit&#233; du capitalisme : on est dans un syst&#232;me qui fonctionne de plus en plus mal mais qui survit parce qu'il nous enferme dans des choix impossibles. Les gens envisagent plus la fin du monde que la fin du capitalisme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a connu dans le dans le pass&#233; de l'humanit&#233; la d&#233;cadence de syst&#232;mes sociaux &#8211; Rome bien &#233;videmment, mais aussi la R&#233;publique nobiliaire polonaise aux 16e-18e si&#232;cle &#8211; mais &#224; chaque fois c'&#233;tait centr&#233; sur une r&#233;gion. Mais l&#224; on a un syst&#232;me qui a &#233;t&#233; r&#233;ellement mondialis&#233;, c'est le capitalisme partout m&#234;me si ses r&#233;gimes politiques sont un peu diff&#233;rents. Il y a aussi une tendance du lib&#233;ralisme &#224; &#234;tre de plus en plus oppresseur, de moins en moins d&#233;mocratique, et le syst&#232;me chinois, qui n'est pas un syst&#232;me d&#233;mocratique et ne l'a jamais &#233;t&#233;. Dans cette situation il y a des capitaux qui sont au-del&#224; de l'&#201;tat, il y a des guerres qui sont loin d'&#234;tre uniquement locales &#8211; Ukraine, Palestine/Isra&#235;l, Congo &#8211; mais pour l'instant ce n'est pas un affrontement g&#233;n&#233;ralis&#233;. Est-ce que tu penses qu'on peut aller vers un affrontement g&#233;n&#233;ralis&#233; pour sortir des contradictions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux choses dans ce que tu dis sur lesquelles j'aimerais bien revenir. La premi&#232;re, qui est importante, c'est la fin du capitalisme d&#233;mocratique. Pendant longtemps, on nous a dit que la d&#233;mocratie a besoin du capitalisme et on n'envisageait pas l'un sans l'autre. Mais l'histoire nous a appris que capitalisme et d&#233;mocratie, ce n'est pas du tout la m&#234;me chose, et c'est m&#234;me parfois contradictoire. Dans un syst&#232;me en crise g&#233;n&#233;ralis&#233;e, dans une impasse globale, la d&#233;mocratie est un frein &#224; l'accumulation et on voit partout aujourd'hui qu'on essaie de contourner la d&#233;mocratie, on essaie d'en faire une coquille vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour des raisons historiques &#231;a ne prend pas &#8211; pas encore &#8211; les formes traditionnelles de la dictature classique, mais on vide la d&#233;mocratie de son sens. Ce que fait Musk est assez int&#233;ressant de ce point de vue : ils ne vont pas supprimer les &#233;lections, ils vont d&#233;truire l'&#201;tat de droit, prendre le contr&#244;le des m&#233;dias, faire une d&#233;mocratie formelle vid&#233;e de son sens. Le mod&#232;le le plus avanc&#233;, c'est la Russie avec un r&#233;gime qui devient de plus en plus oppressif. On ne peut donc pas exclure que cela d&#233;bouche sur une dictature classique. Il y a deux choses qui vont dans ce sens. La premi&#232;re est la logique de rente, qui est une logique quasi f&#233;odale : ce n'est pas une logique o&#249; les gens choisissent, o&#249; les individus sont des citoyens, c'est une logique o&#249; on doit payer pour des services rendus indispensables&#8230; La seconde, c'est la R&#233;publique populaire de Chine. C'est un capitalisme non d&#233;mocratique et le seul succ&#232;s capitaliste de notre &#233;poque. Je ne suis m&#234;me pas s&#251;r qu'il y ait quelque chose d'&#233;quivalent &#224; la Chine dans l'histoire du capitalisme. Les gens disent donc : si notre probl&#232;me c'est l'accumulation, on a un exemple sous nos yeux d'un pays qui a r&#233;alis&#233; l'accumulation dans des conditions extraordinaires, c'est la Chine, un pays &#224; parti unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant la question des guerres : si, effectivement, dans ce r&#233;gime de basse croissance, le g&#226;teau grossit moins vite, que les parts sont plus difficiles &#224; distribuer et que l'on entend avoir une logique pr&#233;datrice sur le peu de valeur cr&#233;&#233;e, alors il faut pouvoir contr&#244;ler politiquement un plus grand nombre de parts. Quand en Chine il y avait une croissance de 10 %, la question du contr&#244;le territorial n'&#233;tait pas importante. Mais quand la croissance est tomb&#233;e &#224; 5 % officiellement, et peut-&#234;tre en r&#233;alit&#233; &#224; 2 ou 3 %, et que la promesse du Parti communiste chinois, c'est le plein-emploi et un niveau de vie &#233;quivalent &#224; l'Occident &#224; l'horizon 2050, vous ne pouvez plus vous contenter de votre croissance interne. Il faut donc assurer des ressources et des march&#233;s qui ne soient pas soumis aux al&#233;as de la concurrence. Il faut alors en prendre possession. Cette logique imp&#233;rialiste c'est le chemin de la Chine, et c'est exactement la m&#234;me chose pour les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le retour d'un imp&#233;rialisme brutal, celui de la fin du 19e si&#232;cle : le contr&#244;le exclusif du territoire est la cl&#233; et l'obsession de Trump pour le Groenland et le canal du Panama, c'est la recherche du contr&#244;le exclusif de ces richesses. On ne peut pas dire que le Danemark soit un danger pour les &#201;tats-Unis ni un s&#233;rieux concurrent, mais Trump ne veut pas prendre de risque et veut un contr&#244;le exclusif. Quand vous &#234;tes dans cette logique de contr&#244;le exclusif, l'affrontement est in&#233;vitable&#8230; Est-ce que &#231;a d&#233;bouchera sur un conflit g&#233;n&#233;ralis&#233; ? Si on suit la logique globale selon laquelle la guerre est la seule chose qui fonctionne pour relancer l'accumulation, pourquoi pas. En tout cas, les conflits r&#233;gionaux sont d&#233;j&#224; l&#224;. Et l'Europe est au centre du probl&#232;me. Si le vieux continent devient un simple g&#226;teau &#224; se partager entre Washington et Moscou, alors les conflits risquent d'&#234;tre tr&#232;s violents. L'abandon de l'OTAN par les &#201;tats-Unis et la soumission d'une garantie de s&#233;curit&#233; &#233;tatsunienne &#224; une vassalisation peut ouvrir la voie &#224; une expansion russe et &#224; de nouveaux conflits en Europe orientale. Aujourd'hui il n'y a plus de s&#233;curit&#233; internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne dis pas que l'OTAN c'&#233;tait formidable. C'&#233;tait une autre forme d'imp&#233;rialisme. Mais l&#224;, on est dans autre chose, la seule s&#233;curit&#233; que vous avez, c'est d'&#234;tre un vassal de la m&#233;tropole et de remplir votre r&#244;le pour la prosp&#233;rit&#233; de cette m&#233;tropole. C'est ce que Trump dit au Danemark et au Canada : il dit &#224; deux pays alli&#233;s : &#171; vous me donnez un morceau de votre territoire sinon j'envoie mes troupes &#187;, ou &#171; si vous voulez &#234;tre tranquilles, vous rentrez et vous ferez partie du centre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l'Europe dans tout &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne voit pas comment l'Europe serait capable de construire quelque chose qui soit capable de contrebalancer la puissance am&#233;ricaine et le chantage am&#233;ricain, parce que l'Europe est en train de payer la facture de son n&#233;olib&#233;ralisme d&#233;brid&#233; : elle s'est mise &#224; d&#233;couvert, elle s'est d&#233;sindustrialis&#233;e, elle s'est affaiblie. Elle a tout mis&#233; sur son alliance avec les &#201;tats-Unis et se retrouve aujourd'hui face &#224; Trump qui lui met le pistolet sur la tempe. Avec une autre puissance imp&#233;rialiste &#224; ses portes, la Russie, qui va profiter du moindre faux pas pour se jeter sur elle. Et la Chine imp&#233;rialiste qui n'attend que de r&#233;cup&#233;rer le march&#233; europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est dans une situation complexe, sans dynamique &#233;conomique, des soci&#233;t&#233;s compl&#232;tement fractur&#233;es, des partis d'extr&#234;me droite qui jouent pour les Am&#233;ricains ou pour les Russes, ou pour les deux. On est clairement dans une phase de d&#233;clin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 f&#233;vrier 2025. Propos recueillis par Antoine Larache et Jan Malewski.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;!--End mc_embed_signup&gt;&lt;/p&gt;
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		<title>Un capitalisme en crise, pr&#233;dateur et autoritaire</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Un-capitalisme-en-crise-predateur-et-autoritaire</link>
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		<dc:date>2025-04-15T12:27:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Antoine Larrache, Jan Malewski, Romaric Godin</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-03-04</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lorsque nous avons pris contact, le point de d&#233;part de nos questions &#233;tait la situation &#233;conomique en Europe. Depuis, l'arriv&#233;e de Trump nous a oblig&#233;s &#224; regarder la situation plus globalement. La situation europ&#233;enne peut &#234;tre comprise dans un contexte beaucoup plus global. C'est une particularit&#233; de notre &#233;poque : il y a encore des forces de dissociation assez fortes au sein du capitalisme, m&#234;me si nous sortons d'une p&#233;riode de mondialisation et d'interd&#233;pendance de tous les capitalismes. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH131/romaric_godin-37216.png?1741092598' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='131' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lorsque nous avons pris contact, le point de d&#233;part de nos questions &#233;tait la situation &#233;conomique en Europe. Depuis, l'arriv&#233;e de Trump nous a oblig&#233;s &#224; regarder la situation plus globalement. La situation europ&#233;enne peut &#234;tre comprise dans un contexte beaucoup plus global. C'est une particularit&#233; de notre &#233;poque : il y a encore des forces de dissociation assez fortes au sein du capitalisme, m&#234;me si nous sortons d'une p&#233;riode de mondialisation et d'interd&#233;pendance de tous les capitalismes. Il est assez difficile de comprendre la dynamique de chaque r&#233;gion s&#233;par&#233;ment.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;01 mars 2025 | Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://vientosur.info/un-capitalismo-en-crisis-depredador-y-autoritario/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Viento Sur&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Interview publi&#233;e dans Inprecor num&#233;ro 730 de mars 2025&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que dire de la situation &#233;conomique en Europe, de la croissance ou, plut&#244;t, de la r&#233;cession qui se profile &#224; l'horizon ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons la dynamique &#224; long terme de la croissance, puis nous revenons &#224; ce qui se passe actuellement. La croissance mondiale ralentit depuis cinq d&#233;cennies. Dans les ann&#233;es 1900, la croissance mondiale calcul&#233;e par la Banque mondiale &#233;tait, en moyenne, de 6,2 %. Actuellement, il se situe autour de 3 %. En un demi-si&#232;cle, selon la Banque mondiale, la croissance mondiale a diminu&#233; de moiti&#233;. Concr&#232;tement, cela signifie que le taux d'accumulation capitaliste a &#233;t&#233; divis&#233; par deux. Ce fait doit &#234;tre soulign&#233;, car &#224; gauche, il est souvent ax&#233; sur l'augmentation de la richesse de la classe capitaliste, et &#224; droite, il croit que la croissance continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la dynamique de fond est celle d'un ralentissement de la croissance, dans les pays avanc&#233;s et en particulier en Europe occidentale, o&#249; la croissance se situe autour de 1 % (l'Espagne est un cas particulier). Le taux de croissance a &#233;t&#233; divis&#233; par 6, avec un ralentissement extr&#234;mement brutal et continu : lors de la premi&#232;re crise des ann&#233;es 70, la croissance est tomb&#233;e de 6 % &#224; 3-4 %, &#224; la fin des ann&#233;es 90 il y a eu une l&#233;g&#232;re acc&#233;l&#233;ration et, par la suite, le taux est tomb&#233; &#224; environ 2 % avant la crise de 2008. Depuis cette ann&#233;e-l&#224;, avec des diff&#233;rences d'un pays &#224; l'autre, nous sommes entre 0 et 1 %. En France, la derni&#232;re fois que nous avons d&#233;pass&#233; les 2 % de croissance, c'&#233;tait en 2017 : la seule ann&#233;e entre 2008 et 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, nous parlons de niveaux de croissance historiquement bas. Une croissance de 1 % pour une &#233;conomie comme celle de la France est proche de la stagnation, et c'est d'autant plus vrai qu'il n'y a aucun signe de dynamique de reprise, m&#234;me s'il y en a eu un soup&#231;on apr&#232;s la crise &#233;conomique. Mais dans la plupart des pays occidentaux, et en Europe occidentale en particulier, le PIB r&#233;el est aujourd'hui inf&#233;rieur &#224; la tendance d'avant la crise sanitaire et encore plus apr&#232;s la crise de 2008. Dans le cas de la France, nous sommes 14 % en dessous de la tendance d'avant 2008. Pour les pays de l'OCDE, l'&#233;cart est de 9,5 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un tableau extr&#234;mement important, car il signifie que toutes les promesses fond&#233;es sur une reprise de la croissance et toutes les politiques mises en place pour la relancer &#8211; politiques de r&#233;pression sociale et de soutien &#224; l'activit&#233;, subventions directes au secteur priv&#233;, politiques mon&#233;taires &#8211; n'ont en r&#233;alit&#233; fait que ralentir le ralentissement, mais ne l'ont pas arr&#234;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, la situation en Europe est celle d'une croissance extr&#234;mement faible, m&#234;me en termes de PIB par habitant &#8211; et cela s'applique m&#234;me &#224; l'Espagne, qui conna&#238;t actuellement une croissance de 3 %, mais qui a vu son PIB par habitant stagner au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es. Il n'y a pas de cr&#233;ation intrins&#232;que de valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes donc dans une situation de quasi-stagnation, et m&#234;me certains pays stagnent d&#233;j&#224;. C'est le cas de l'Allemagne &#8211; la plus grande &#233;conomie de la zone euro et la troisi&#232;me plus grande au monde &#8211; qui stagne pratiquement depuis 2018, c'est-&#224;-dire depuis 7 ans. Son PIB r&#233;el a augment&#233; de 0,7 % au cours de cette p&#233;riode. C'est le r&#233;sultat d'une tendance g&#233;n&#233;rale du capitalisme mondial, et le capitalisme europ&#233;en est &#224; l'avant-garde de ce ralentissement mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines &#233;conomies s'en sortent un peu mieux parce qu'elles b&#233;n&#233;ficient de certains avantages. Les technologies permettent aux &#201;tats-Unis de capturer un peu plus de valeur, et leur puissance imp&#233;rialiste leur donne acc&#232;s aux march&#233;s. La Chine utilise le pouvoir de l'&#201;tat pour investir dans les nouvelles technologies et les infrastructures, et les co&#251;ts de main-d'&#339;uvre restent tr&#232;s bas. Certains pays, comme l'Indon&#233;sie, combinent le faible co&#251;t de la main-d'&#339;uvre avec la pr&#233;sence de mati&#232;res premi&#232;res, il y a donc encore des zones qui se d&#233;veloppent, mais cette croissance est souvent insuffisante pour les pays en question, et d'autres zones en subissent les cons&#233;quences : c'est comme si le g&#226;teau ne grossissait plus assez vite... ce qui pose des probl&#232;mes dans leur distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes dans une situation de quasi-stagnation, avec pratiquement aucune perspective de croissance. Quels sont les moteurs actuels de la croissance europ&#233;enne et fran&#231;aise ? En France, contrairement &#224; ce que dit le gouvernement, l'impact de l'industrie reste extr&#234;mement faible. Il s'agit d'une niche, ax&#233;e sur quelques secteurs qui peuvent faire grimper les chiffres ou les faire baisser. Il y a le transport ferroviaire - certains TGV ont &#233;t&#233; vendus, mais le secteur devient extr&#234;mement concurrentiel, avec la pr&#233;sence de la Chine, de l'Espagne et de l'Italie - ou la construction de bateaux de croisi&#232;re, mais il est tr&#232;s limit&#233;, m&#234;me si toute vente produit une reprise conjoncturelle qui permet au gouvernement d'affirmer que sa politique fonctionne. Dans l'a&#233;ronautique il y a une vraie dynamique, mais avec les cons&#233;quences environnementales que l'on sait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel de l'&#233;conomie fran&#231;aise est aujourd'hui constitu&#233; de 55 % de consommation et de 80 % de services marchands, dont l'essentiel d&#233;pend de la consommation des m&#233;nages. Le tr&#232;s faible niveau de croissance est achet&#233; par l'&#201;tat par des subventions, des baisses d'imp&#244;ts massives &#8211; entre 160 000 et 200 000 millions par an &#8211; pour subventionner l'embauche &#8211; c'est-&#224;-dire un peu de redistribution du pouvoir d'achat &#8211; et des investissements qui souvent, parce qu'ils sont dans une &#233;conomie tertiaire, ne se traduisent pas par des gains de productivit&#233;. C'est le point essentiel, qui est g&#233;n&#233;ral au capitalisme contemporain, mais qui devient tr&#232;s probl&#233;matique pour l'Europe : ce ralentissement de la croissance est en fait un ralentissement de la productivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe deux fa&#231;ons de g&#233;n&#233;rer de la valeur ajout&#233;e : la valeur ajout&#233;e relative et la valeur ajout&#233;e absolue. Si la valeur ajout&#233;e relative est faible, c'est-&#224;-dire si la productivit&#233; n'augmente pas &#8211; et en France, en Allemagne et en Italie, les augmentations de productivit&#233; sont pratiquement inexistantes &#8211; la seule fa&#231;on d'obtenir et de produire de la valeur ajout&#233;e est d'augmenter la valeur ajout&#233;e absolue, c'est-&#224;-dire d'augmenter le temps de travail, d'aggraver les conditions de travail, en baissant les salaires horaires, etc. Le mantra de nos dirigeants, &#171; travailler plus &#187;, vise &#224; augmenter le temps de travail. Le mantra de nos dirigeants, &#171; faites. Il faut plus de travail &#187;, vise &#224; augmenter le temps de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me cela ne suffira pas, car les gains de productivit&#233; ainsi cr&#233;&#233;s sont extr&#234;mement faibles. Pour obtenir des b&#233;n&#233;fices, les solutions sont les aides directes de l'&#201;tat, la d&#233;pr&#233;dation des services publics, la d&#233;pr&#233;dation par les syst&#232;mes de location (c'est ce que l'on voit, par exemple, avec les technologies o&#249; l'on vous facture l'utilisation de ses propres donn&#233;es), mais aussi tout ce qu'on appelle les utilities (services aux collectivit&#233;s, eau, &#233;lectricit&#233;, &#233;nergie, etc.). La location est la pratique de vendre pour n'importe quoi. Ils vous font payer pour des choses que vous ne voulez pas acheter parce qu'ils essaient de contourner le march&#233; pour obtenir de l'argent directement. L'objectif est de contourner, pour ainsi dire, le syst&#232;me traditionnel de production de valeur parce qu'il n'est plus capable de produire suffisamment de plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;veloppement du capitalisme rentier, cette d&#233;pr&#233;dation de l'&#201;tat dans des &#233;conomies comme l'Europe, qui d&#233;pendent en grande partie des transferts sociaux et des salaires, contribue &#224; affaiblir la demande des m&#233;nages et &#224; les pr&#233;cariser. Dans un cercle vicieux, les m&#233;nages voient leurs d&#233;penses forc&#233;es augmenter et ont recours &#224; l'&#233;pargne pr&#233;ventive, r&#233;duisant ainsi leur consommation arbitraire, ce qui r&#233;duit encore plus la croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, les investissements sont faibles et, surtout, de tr&#232;s mauvaise qualit&#233;. Le suppos&#233; boom des investissements montr&#233; par les statistiques fran&#231;aises entre 2018 et 2022 se rapporte presque exclusivement &#224; des investissements de maintenance, sans effets durables. C'est l'un des probl&#232;mes centraux du capitalisme contemporain : la r&#233;volution technologique des ann&#233;es 1980 &#224; 2000 n'a pas produit de gains de productivit&#233;. Lorsque les investissements ne produisent pas de gains de productivit&#233;, vous vous retrouvez avec des d&#233;penses qui ne produisent pas de valeur, vous vous endettez et vous n'avez m&#234;me pas les moyens de rembourser vos dettes. C'est &#224; peu pr&#232;s la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement, avec le d&#233;veloppement de ce qu'on appelle des entreprises zombies [des entreprises qui font faillite mais qui sont maintenues &#224; flot artificiellement].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me &#233;l&#233;ment tr&#232;s important, notamment en ce qui concerne l'Europe, est le cas de la dette, qu'il s'agisse de la dette publique ou de la dette priv&#233;e dont nous venons de parler. Parce que la dette priv&#233;e finance des investissements qui ne sont pas productifs au sens propre du terme &#8211; c'est-&#224;-dire qui n'am&#233;liorent pas, ou pas suffisamment, les gains de productivit&#233; &#8211; elle ne peut pas &#234;tre rembours&#233;e et c'est donc la dette publique qui sert &#224; soutenir une activit&#233; quasi fictive. C'est ce qui se passe depuis 2008, mais cela s'est &#233;norm&#233;ment amplifi&#233; avec la crise sanitaire : un soutien inconditionnel et g&#233;n&#233;ral aux entreprises s'est d&#233;velopp&#233; &#8211; v&#233;ritable soutien direct &#224; leur taux de profit &#8211; et une partie du capital est d&#233;pendante de ce soutien. Ce soutien se substitue &#224; la production de valeur ; Il ne favorise pas la production de valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, il n'y a pas de nouvelles recettes fiscales. Par cons&#233;quent, les recettes fiscales sont insuffisantes pour couvrir les d&#233;penses. De ce fait, la dette publique augmente et la pression des march&#233;s financiers se fait de plus en plus sentir dans les pays occidentaux, notamment en France. L&#224; aussi, nous entrons dans un cycle dangereux, avec l'aust&#233;rit&#233; qui freine encore plus la croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous voyons, c'est l'&#233;chec total des politiques n&#233;olib&#233;rales, de la promesse n&#233;olib&#233;rale selon laquelle la lib&#233;ralisation du march&#233; du travail produirait &#224; la fois des emplois et de la croissance. En r&#233;alit&#233;, nous avons cr&#233;&#233; des emplois mal r&#233;mun&#233;r&#233;s, subventionn&#233;s et improductifs. Avec des emplois improductifs, vous ne pouvez pas augmenter les salaires, et lorsqu'il y a une pression sur le transfert de fonds de l'&#201;tat vers le secteur priv&#233;, une pression de l'&#233;conomie, ou toute autre pression des march&#233;s financiers sur la dette priv&#233;e ou publique, l'effondrement se produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous finissons par avoir des emplois pr&#233;caires non seulement au sens o&#249; on l'entend g&#233;n&#233;ralement, mais plus fondamentalement parce qu'ils d&#233;pendent d'un contexte dans lequel ces emplois ont un probl&#232;me qui leur est propre, li&#233; &#224; leur manque de rentabilit&#233;. Contrairement &#224; la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente, o&#249; la cr&#233;ation d'emplois industriels g&#233;n&#233;rait des emplois extr&#234;mement productifs, qui multipliaient la valeur ajout&#233;e, aujourd'hui la valeur ajout&#233;e extraite de chaque emploi est extr&#234;mement faible, c'est pourquoi tous les emplois sont subventionn&#233;s, et pourquoi ceux qui nous dirigent disent qu'il faut r&#233;duire ce qu'ils appellent des charges - les salaires socialis&#233;s, imp&#244;ts &#8211; et exiger que l'&#201;tat paie ne serait-ce qu'une partie du salaire ! On l'a vu lors de la crise sanitaire, lorsque les gouvernements les ont pay&#233;s directement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe est la caricature de cette situation, mais c'est un probl&#232;me que l'on peut trouver aux &#201;tats-Unis, au Japon &#8211; m&#234;me avant la crise &#8211; et dans une certaine mesure en Chine... C'est une caract&#233;ristique commune du capitalisme mondial : un capitalisme de stagnation est en train de s'imposer. Les &#233;conomistes indiquent que les taux de croissance actuels sont plus &#233;lev&#233;s que ceux de la fin du XIXe si&#232;cle. Mais depuis lors, l'accumulation s'est acc&#233;l&#233;r&#233;e, et le retour en arri&#232;re affaiblit l'ensemble du syst&#232;me. Un syst&#232;me con&#231;u pour acc&#233;l&#233;rer en permanence, pas pour ralentir. Le r&#234;ve des &#233;conomistes n&#233;oclassiques d'un atterrissage en douceur est impossible : dans le syst&#232;me capitaliste, il n'y a pas d'&#233;quilibre possible, c'est un syst&#232;me en plein essor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; la fin du XIXe si&#232;cle, il y avait la possibilit&#233; d'une pr&#233;dation coloniale, qui s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; grande vitesse, et qui n'existe plus de la m&#234;me mani&#232;re aujourd'hui.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exactement. &#192; la fin du XIXe si&#232;cle, il y a une grande crise entre 1873 et 1896. La r&#233;ponse du capitalisme de l'&#233;poque &#233;tait la pr&#233;dation imp&#233;rialiste. Mais en m&#234;me temps, il y a eu une v&#233;ritable r&#233;volution technologique, &#224; la fin des ann&#233;es 1890 : le moteur &#224; combustion interne et l'&#233;lectrification. Son d&#233;veloppement a dur&#233; entre 60 et 70 ans, jusqu'&#224; ce que les march&#233;s de masse s'&#233;tablissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme survit parce que, &#224; un moment donn&#233;, la productivit&#233; est stimul&#233;e par un ou plusieurs changements techniques. C'&#233;tait le grand r&#234;ve des n&#233;olib&#233;raux avec l'ordinateur et Internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais cela n'a pas fonctionn&#233;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cela avait fonctionn&#233;, nous aurions eu des gains de productivit&#233; au moins &#233;quivalents &#224; ceux de l'&#232;re de l'&#233;lectrification et du moteur &#224; combustion interne. Peut-&#234;tre pas les 6 ou 7 % des ann&#233;es 70, mais au moins les augmentations de productivit&#233; de 4 ou 5 %. &#192; l'heure actuelle, il y a des augmentations de productivit&#233;, mais elles sont limit&#233;es &#224; l'industrie et sont plut&#244;t faibles. Le probl&#232;me, c'est que, dans le m&#234;me temps, ce sont les secteurs les moins productifs qui se d&#233;veloppent le plus rapidement, de sorte que les gains de productivit&#233; globaux ont tendance &#224; diminuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a beaucoup d'explications possibles [&#224; cette situation]. Aaron Benanav (L'Automatisa-tion et le futur du travail, &#233;ditions Diversit&#233;s, Quimperl&#233; 2022) estime que c'est pr&#233;cis&#233;ment la tertiarisation qui est &#224; l'origine de ces baisses des gains de productivit&#233;. Jason E. Smith (Les capitalistes r&#234;vent-ils de moutons &#233;lectriques ? &#201;ditions Grevis, Caen 2021) distingue les services productifs et non productifs, et replace cette baisse de productivit&#233; dans le contexte d'une baisse globale du taux de profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;veloppement des services non productifs est une r&#233;ponse directe au d&#233;clin de la croissance mondiale. Quand on a de moins en moins de croissance, il y a deux r&#233;ponses possibles : la surveillance des clients et des travailleurs, d'une part, et ce qu'il appelle la sph&#232;re de circulation (marketing, publicit&#233;, etc.), d'autre part. Ce sont des services compl&#232;tement improductifs qui sont pay&#233;s avec la productivit&#233; qui sera g&#233;n&#233;r&#233;e gr&#226;ce &#224; eux. Mais ils p&#232;sent sur le capital et, dans la pratique, provoquent une baisse de la productivit&#233;, ce qui stimule davantage le d&#233;veloppement de ces services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans entrer dans les d&#233;tails et les d&#233;bats th&#233;oriques, la question est de savoir si ce d&#233;clin est une tendance forte et irr&#233;versible ou &#8211; je sais que vous aimez Mandel &#8211; si nous sommes dans une longue vague d&#233;pressive et qu'une innovation technologique (par exemple, l'IA) ou un autre facteur non directement &#233;conomique peut ramener les gains de productivit&#233; au niveau &#233;conomique g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que j'ai des doutes. Parce que m&#234;me si vous remplacez les avocats internes ou les conseillers commerciaux et financiers par l'IA, vous brisez la promesse du capitalisme selon laquelle les employ&#233;s monteront en grade, que l'ouvrier dont le travail est m&#233;canis&#233; d&#233;m&#233;nagera dans un bureau. Aujourd'hui, la seule chose que les capitalistes ont &#224; offrir comme issue, ce sont pr&#233;cis&#233;ment les emplois tertiaires bas de gamme. De plus, sur un plan purement &#233;conomique, parce que tous ces emplois ne sont pas intrins&#232;quement tr&#232;s productifs, il est peu probable que nous gagnions beaucoup en termes de productivit&#233;. C'est un point important, parce que les libertariens, les trumpistes et ce qui reste des n&#233;olib&#233;raux vont essayer de nous faire croire qu'il y a encore un avenir dans le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment analysez-vous la vague de licenciements [en France] en novembre-d&#233;cembre dernier ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tr&#232;s simple : apr&#232;s le covid il y a eu une augmentation tr&#232;s importante de l'emploi, mais pas de croissance dans un contexte de d&#233;t&#233;rioration de la productivit&#233;. Ces emplois ne peuvent &#234;tre maintenus que si, &#224; un moment donn&#233;, la croissance s'acc&#233;l&#232;re. Ils ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s gr&#226;ce aux aides publiques et &#224; la vague inflationniste qui, dans de nombreux secteurs &#8211; notamment dans la distribution &#8211; leur a permis de compenser la baisse des volumes [de vente] en augmentant les prix et, donc, leurs marges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'opportunit&#233; s'est pr&#233;sent&#233;e d'embaucher plus de personnes que n&#233;cessaire, des personnes qui n'&#233;taient pas du tout adapt&#233;es &#224; la production. Certains entrepreneurs auront voulu profiter des aides publiques pour am&#233;liorer leurs installations en cas d'acc&#233;l&#233;ration de la demande apr&#232;s la crise sanitaire. En 2021, un grand nombre de personnes croyaient que nous avions 6 % de croissance, que nous revenions aux ann&#233;es folles d'il y a un si&#232;cle, avec Bruno Le Maire qui nous disait que &#231;a allait &#234;tre fantastique. Nous ne pouvons pas exclure la possibilit&#233; que les capitalistes aient cru &#224; leur propre rh&#233;torique et aient donc anticip&#233; une forte croissance. Mais cette forte croissance n'a jamais eu lieu, les aides publiques doivent &#234;tre redistribu&#233;es pour des raisons budg&#233;taires, la demande ne varie pratiquement pas et tous ces emplois p&#232;sent sur la rentabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a eu des centaines de milliers de licenciements en France...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;norme, mais c'est logique. C'&#233;tait une anomalie. Le taux de ch&#244;mage anormalement bas par rapport &#224; l'activit&#233; globale du pays s'est traduit par une baisse de la productivit&#233; du pays, et cette baisse de la productivit&#233; ne peut &#234;tre durable que si, en contrepartie, il y a une croissance similaire ou sup&#233;rieure dans les ann&#233;es suivantes. Lorsque cette croissance ne se produit pas, les licenciements et le retour &#224; la normale arrivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avec une r&#233;organisation de la main-d'&#339;uvre entre les deux, parce qu'ils ont embauch&#233; des jeunes et maintenant ils vont licencier les anciens...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, on le gratte : on abolit les gros salaires et on garde les petits. Leur obsession est la valeur ajout&#233;e absolue. Il est donc n&#233;cessaire d'embaucher des personnes avec des salaires horaires plus faibles et des contrats plus pr&#233;caires ou du moins plus flexibles. Aujourd'hui, avec les r&#233;formes du droit du travail qui ont eu lieu, un nouveau contrat est plus facile &#224; g&#233;rer que des personnes qui ont sign&#233; des contrats il y a 20 ou 30 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces suppressions d'emplois ont lieu dans l'industrie, le secteur automobile, le retail...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrie est la plus touch&#233;e car elle a re&#231;u beaucoup d'aides. Le secteur du commerce de d&#233;tail a &#233;galement &#233;t&#233; durement touch&#233; car la situation est catastrophique : les ventes au d&#233;tail ont &#233;t&#233; catastrophiques en 2022-2023 et se sont &#224; peine am&#233;lior&#233;es en 2024, il y a eu un certain nombre de faillites, et ce n'est pas fini. Dans les supermarch&#233;s, ils ont continu&#233; &#224; embaucher gr&#226;ce &#224; la hausse des prix... Mais cette inflation par les profits a ses limites et ils ont &#233;t&#233; contraints d'arr&#234;ter de jouer avec, de sorte que leurs b&#233;n&#233;fices sont toujours sous pression. Et les entreprises ont commenc&#233; &#224; r&#233;duire les commandes de leurs fournisseurs, de sorte que tous les services aux entreprises seront affect&#233;s. Les m&#233;nages touch&#233;s par le ch&#244;mage ne pourront plus compter sur les services &#224; la personne &#8211; garde d'enfants, etc. &#8211; et cela repr&#233;sente une perte d'emplois importante. - et cela repr&#233;sente beaucoup de pertes d'emplois en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La France, l'Allemagne et l'Italie sont les trois r&#233;gions les plus touch&#233;es, n'est-ce pas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne a &#233;t&#233; durement touch&#233;e, bien qu'elle soit toujours en pleine crise industrielle. La structure &#233;conomique de l'Allemagne est compl&#232;tement diff&#233;rente de celle de la France. En Allemagne, l'industrie repr&#233;sente encore 20 &#224; 25 % du PIB, soit tout un tissu &#233;conomique. Une vague de licenciements a commenc&#233;, m&#234;me si Volkswagen n'a ferm&#233; aucune usine. Le pays a perdu 100 000 emplois industriels en un an. En Allemagne, les gens sont tr&#232;s inquiets car le mod&#232;le du pays est bas&#233; sur une industrie de tr&#232;s haut niveau, qui apporte &#224; la fois beaucoup de valeur ajout&#233;e et des salaires &#233;lev&#233;s qui profitent ensuite au reste du pays, en particulier au secteur des services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de l'Allemagne est particulier car il s'agit d'une crise li&#233;e &#224; l'&#233;conomie chinoise en plein essor. L'Allemagne a longtemps &#233;chapp&#233; &#224; la crise europ&#233;enne parce qu'elle a fourni &#224; la Chine les moyens de se d&#233;velopper, notamment les machines-outils (et, bien s&#251;r, les voitures de luxe). Lorsque la Chine a organis&#233; son plan de relance apr&#232;s la crise de 2008 pour sauver le capitalisme mondial, les commandes de l'industrie allemande ont red&#233;coll&#233; tr&#232;s rapidement &#224; partir de mi-2009 parce qu'elle envoyait des machines-outils en Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me, c'est que la Chine est en train de changer de mod&#232;le &#233;conomique. Elle produit &#224; des prix inf&#233;rieurs &#224; ceux de l'Allemagne. Sa qualit&#233; commence &#224; se rapprocher de plus en plus de celle de l'Allemagne, de sorte qu'un march&#233; pour la production allemande dispara&#238;t. De plus, les concurrents chinois prennent une part du march&#233; mondial, par exemple dans l'industrie solaire, o&#249; l'Allemagne avait une industrie florissante, mais la Chine a commenc&#233; &#224; vendre la m&#234;me chose &#224; un prix inf&#233;rieur et a pris le contr&#244;le de l'ensemble du march&#233;. Ils se sont d&#233;barrass&#233;s de leurs produits, ont baiss&#233; les prix de mani&#232;re drastique et les fabricants allemands n'ont pas pu les suivre, car les prix chinois &#233;taient 30 % plus bas pour la m&#234;me qualit&#233; ou l&#233;g&#232;rement inf&#233;rieurs. L'Allemagne a compl&#232;tement rat&#233; le coche et s'est appuy&#233;e sur des innovations marginales pour justifier ses prix &#233;lev&#233;s. De plus, entre 1997 et 2013, il y a eu un dumping salarial allemand &#8211; une stagnation des salaires &#8211; qui a compl&#232;tement sap&#233; tous leurs concurrents europ&#233;ens, et ils ont &#233;t&#233; confront&#233;s &#224; des fabricants chinois qui n'avaient que l'industrie allemande comme fournisseurs possibles. Maintenant, tout est fini. L'exemple le plus flagrant est celui de la voiture &#233;lectrique : alors que les constructeurs allemands essayaient de truquer les essais de moteurs diesel, l'&#201;tat chinois subventionnait les voitures &#233;lectriques... Et lorsque la voiture &#233;lectrique est devenue un produit de consommation, les Allemands n'&#233;taient pas du tout pr&#233;par&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour reparler de Mandel, il est vrai qu'en g&#233;n&#233;ral le retour &#224; une longue vague de croissance est li&#233; &#224; des facteurs exog&#232;nes, qu'il s'agisse de grandes avanc&#233;es technologiques ou de facteurs politiques exog&#232;nes... Cela change la perspective, mais comment analysez-vous les initiatives de Trump, les tarifs douaniers, le d&#233;sir d'annexions et ses attaques contre l'appareil d'&#201;tat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vraiment la question. Pour &#234;tre un peu th&#233;orique et faire le lien avec Trump : si vous avez un syst&#232;me &#224; ondes longues, et si on est en bas de la vague, pour le dire rapidement, on va avoir une guerre et ensuite &#231;a va reprendre parce qu'il va falloir reconstruire. Mais le probl&#232;me, c'est que la tendance actuelle est &#224; l'affaiblissement &#224; tr&#232;s long terme, ce qui signifie que m&#234;me si nous recommen&#231;ons avec des facteurs exog&#232;nes &#8211; ou endog&#232;nes &#8211;, la dynamique interne du capitalisme est tellement affaiblie que je ne suis pas s&#251;r que nous puissions commencer tr&#232;s haut. C'est finalement ce que nous avons vu avec la crise sanitaire, malgr&#233; le fait que la base productive ait &#233;t&#233; pr&#233;serv&#233;e. Nous avons rapidement rattrap&#233; notre retard et la tendance &#224; l'affaiblissement a de nouveau &#233;t&#233; significative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela rend le probl&#232;me plus politiquement renouvel&#233; : m&#234;me ceux qui ont des id&#233;es pour maintenir leur taux d'accumulation vont se retrouver face &#224; une forte tendance sous-jacente qui tire l'accumulation vers le bas. Prenez l'Ukraine, par exemple, apr&#232;s la guerre, la reconstruction viendra et le PIB ukrainien va exploser, ce qui est logique. Mais en r&#233;alit&#233;, si l'Ukraine devient un centre de production bon march&#233; en Europe, elle prendra la place d'un autre pays. C'est la logique du taryta qui ne pousse plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Seconde Guerre mondiale a provoqu&#233; la reprise du capitalisme, parce qu'il y a eu aussi un changement technologique, un changement dans l'&#233;chelle de la production, la deuxi&#232;me r&#233;volution industrielle, qui devait &#234;tre diffus&#233;e. Et la guerre a acc&#233;l&#233;r&#233; cette propagation. Et parce qu'il existait, en m&#234;me temps, la possibilit&#233; de d&#233;velopper la consommation de masse, qui a commenc&#233; &#224; la fin du XIXe si&#232;cle mais ne s'est vraiment d&#233;velopp&#233;e qu'apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, en grande partie pour des raisons politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait une dynamique interne du capital et la dynamique externe a permis &#224; tout de red&#233;coller. Aujourd'hui, il n'y a m&#234;me pas cela : il y a quelque chose de l'ordre d'une tendance &#224; la baisse du taux de profit, qui est li&#233;e &#224; la question de la productivit&#233;. &#192; un moment donn&#233;, il y a une force qui tire cette productivit&#233; vers le bas, c'est ce qu'on appelle la composition organique du capital : vous avez atteint un certain niveau de productivit&#233; lorsque votre capital est tr&#232;s cher et que la plus-value que vous obtenez ne vous permet plus de gagner suffisamment de plus-value. La valeur de l'investissement productif diminue et la seule fa&#231;on d'atteindre la croissance est d'augmenter la valeur ajout&#233;e absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, nous entendons dire que leur taux de croissance de 2,5 % est fantastique, mais il est loin des taux de croissance qu'ils avaient dans les ann&#233;es 1950-1960 ou m&#234;me en 1980. De m&#234;me, l'Espagne passe &#224; 3 %, mais elle allait &#224; 4 % ou 5 % dans les ann&#233;es 2000. Et notre gouvernement nous dit que nous sommes les champions quand nous passons &#224; 0,8 %...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'une grande partie du capital, si ce n'est la totalit&#233;, est consciente de cette situation et c'est pourquoi je pense que nous sommes en train de nous &#233;loigner du n&#233;olib&#233;ralisme. Ils ont compris que le d&#233;veloppement et la lib&#233;ralisation des march&#233;s ne fonctionnent pas. Elle peut servir &#224; d&#233;velopper certaines politiques publiques, justifi&#233;es par les vieux arguments &#8211; r&#233;forme des retraites, lib&#233;ralisation prochaine du march&#233; du travail, etc. &#8211; mais ce n'est plus le c&#339;ur du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le c&#339;ur du probl&#232;me est, en fait, double. D'une part, une partie du capital &#8211; en particulier le capital productif, les services marchands et de nombreuses industries &#8211; d&#233;pend d&#233;sormais des aides directes de l'&#201;tat &#8211; subventions, abattements fiscaux, etc. Si vous enlevez ces aides, elles n'ont plus rien, il n'y a plus de b&#233;n&#233;fices, il n'y a plus d'activit&#233;. Et c'est aussi vrai pour la Chine, car nous sommes dans une crise virtuelle de surproduction industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, il y a une autre strat&#233;gie qui consiste &#224; dire que, puisqu'il est tr&#232;s difficile de produire de la valeur de mani&#232;re traditionnelle &#224; partir du travail, on va contourner ce syst&#232;me et produire de la valeur par la rente. Tout un secteur s'adresse pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce syst&#232;me de rente, &#224; ce syst&#232;me de pr&#233;dation des ressources et des march&#233;s. En tant que capitaliste individuel, c'est parfait : vous pouvez r&#233;sister &#224; toutes les baisses du taux de profit global si, de votre c&#244;t&#233;, votre profit personnel ne d&#233;pend que de l'obligation que les gens ont de vous payer pour vivre normalement. En r&#233;alit&#233;, c'est une illusion, car cet argent d&#233;pend &#224; son tour du taux de profit global. Mais c'est une illusion puissante dans ces secteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas d'une division stricte ; Certains secteurs &#8211; comme la finance &#8211; ont un pied dedans et l'autre dehors, car le cr&#233;dit d&#233;pend &#233;videmment de l'activit&#233;, mais une partie de la finance est compl&#232;tement d&#233;connect&#233;e du syst&#232;me productif. Donc, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, nous avons ces deux strat&#233;gies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la th&#233;orisation politique de ces deux strat&#233;gies ? Pour les secteurs productifs, la traduction politique est un &#201;tat qui d&#233;truit &#224; la fois l'&#201;tat-providence et les conditions de travail afin d'avoir le maximum de ressources pour subventionner le secteur priv&#233;. Cela implique une politique d'aust&#233;rit&#233; sociale et une politique de transferts comme celle que nous avons vue avec le covid : une politique de garantie des b&#233;n&#233;fices des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les secteurs rentiers, ce qui les int&#233;resse n'est pas d'&#234;tre aid&#233;s par l'&#201;tat, car aujourd'hui ils sont pratiquement au niveau de l'&#201;tat, et donc en concurrence avec les &#201;tats. Les Big Tech et les grandes entreprises extractives sont en concurrence avec l'&#201;tat, ce qui freine leur d&#233;veloppement : il faut obtenir des droits de forage quand on est p&#233;trolier, il y a des probl&#232;mes r&#233;glementaires quand on est dans le secteur de la technologie... Il s'agit donc de vider l'&#201;tat de son contenu, de le r&#233;duire au minimum qui leur serait n&#233;cessaire et de remplacer l'&#201;tat par des entreprises. C'est le r&#233;gime minarchique ou anarcho-capitaliste, qui remplace l'&#201;tat par des entreprises &#224; but lucratif qui assument leurs fonctions principales. C'est exactement ce qui se passe aux &#201;tats-Unis : Elon Musk arrive avec ces jeunes blancs de la Silicon Valley qui n'ont d'exp&#233;rience que dans les entreprises renti&#232;res, et qui reprennent l'&#201;tat am&#233;ricain et le d&#233;mant&#232;lent pour ne garder que ce qui int&#233;resse le capital rentier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe cependant des points de convergence entre les deux grandes strat&#233;gies : la r&#233;duction des imp&#244;ts, la destruction de la protection des travailleurs et de l'&#201;tat-providence... En d'autres termes, la r&#233;pression sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc une sorte d'acc&#233;l&#233;ration du ph&#233;nom&#232;ne n&#233;olib&#233;ral, mais aussi une pr&#233;cipitation : pour compenser cet affaiblissement continu de la croissance, l'&#201;tat va &#234;tre pill&#233;. Pour les entreprises industrielles, c'est probl&#233;matique, car si elles n'ont plus de transferts de l'&#201;tat, elles ont un probl&#232;me de survie. Il y a aussi un probl&#232;me de d&#233;pendance vis-&#224;-vis des secteurs rentiers, car les entreprises industrielles d&#233;pendent des entreprises technologiques, des soci&#233;t&#233;s de fourniture d'&#233;lectricit&#233;, des soci&#233;t&#233;s de distribution d'eau, etc., de sorte qu'elles deviennent une forme de sous-secteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette concurrence au sein du capital peut, dans certains cas, &#234;tre att&#233;nu&#233;e par la r&#233;pression sociale, ce qui est dans l'int&#233;r&#234;t de tous dans une certaine mesure &#8211; c'est en cela la politique de Macron aujourd'hui : maintenir l'aide aux entreprises par la r&#233;pression sociale, et d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, puisque les imp&#244;ts ne sont pas augment&#233;s, les entreprises renti&#232;res sont &#233;galement satisfaites. Cela est possible en France car l'&#233;conomie est principalement constitu&#233;e de services commerciaux, et il n'y a pas de g&#233;ants de la tech. Aux &#201;tats-Unis, c'est un peu diff&#233;rent : en raison de la place des g&#233;ants de la technologie dans le mod&#232;le &#233;conomique am&#233;ricain, il va y avoir un conflit beaucoup plus fort entre les deux camps. Les politiques protectionnistes peuvent tenter de trouver un engagement interne envers le capital, mais certaines grandes entreprises technologiques ont beaucoup &#224; perdre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'une main Trump les impose et de l'autre il les annule...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re lecture est que ces tarifs sont un protectionnisme classique visant &#224; d&#233;fendre la totalit&#233; du capital national contre le capital &#233;tranger en vue de d&#233;localiser la production aux &#201;tats-Unis. Et gr&#226;ce aux revenus des tarifs, l'&#201;tat baisse les imp&#244;ts et tout le monde est content &#224; l'int&#233;rieur. C'est ce que les &#201;tats-Unis ont fait dans la premi&#232;re phase de leur d&#233;veloppement apr&#232;s la guerre civile : ils se sont d&#233;velopp&#233;s sous le couvert de droits de douane massifs, et c'est ce que Trump a l'intention de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me avec cette hypoth&#232;se, c'est qu'il y a une contradiction dans les termes : les tarifs douaniers devraient d&#233;courager l'importation de produits aux &#201;tats-Unis, mais Trump va baisser les imp&#244;ts gr&#226;ce aux revenus des tarifs. Par cons&#233;quent, si la d&#233;localisation a lieu, les recettes provenant des tarifs diminueront et la r&#233;duction d'imp&#244;t ne pourra pas &#234;tre financ&#233;e. De plus, pour se d&#233;localiser, les tarifs doivent &#234;tre suffisamment &#233;lev&#233;s pour compenser les diff&#233;rences de co&#251;ts de main-d'&#339;uvre. Aujourd'hui, la diff&#233;rence entre un travailleur mexicain et un travailleur am&#233;ricain se situe entre 1 et 6 %, et non 25 %. Donc, s'il est d&#233;plac&#233;, il y aura des augmentations de prix. Et comme le march&#233; du travail am&#233;ricain est d&#233;j&#224; mis &#224; rude &#233;preuve, des augmentations de salaires vont &#234;tre g&#233;n&#233;r&#233;es, c'est-&#224;-dire : une pression sur le taux de profit des entreprises industrielles, qui est difficile &#224; g&#233;rer, et qui se traduira par une augmentation des prix qui sera bien sup&#233;rieure &#224; l'augmentation de 25 % des droits de douane...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re hypoth&#232;se n'est pas totalement &#233;cart&#233;e. C'est peut-&#234;tre le plan de Trump. On serait alors dans un plan &#224; la Macron : essayer de faire la paix avec le capital en prot&#233;geant les industriels et en donnant en m&#234;me temps au capital rentier les baisses d'imp&#244;ts qu'il veut. Mais il est vou&#233; &#224; l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me hypoth&#232;se est qu'en r&#233;alit&#233;, il s'agit d'options politiques. Les &#201;tats-Unis ont un probl&#232;me : leur mod&#232;le &#233;conomique repose &#224; 80 % sur une &#233;conomie de services commerciaux, avec un secteur technologique haut de gamme extr&#234;mement rentable, extr&#234;mement puissant et en avance sur tous les autres. C'est une tr&#232;s petite partie de l'&#233;conomie am&#233;ricaine, mais c'est une partie extr&#234;mement importante parce qu'elle produit beaucoup de valeur. Le probl&#232;me, c'est que la Chine est en train de rattraper son retard, comme on l'a vu avec l'IA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais faire une parenth&#232;se que je trouve int&#233;ressante : pendant des ann&#233;es, on nous a vendu l'id&#233;e (notamment par les macronistes) que pour innover il faut des r&#233;ductions d'imp&#244;ts pour les entrepreneurs, qu'il faut les chouchouter, les servir sur un plateau, que les gens ne doivent pas &#234;tre bien pay&#233;s, qu'il faut des aides publiques, commandes, etc. Mais en r&#233;alit&#233;, c'est compl&#232;tement faux : c'est quand on a des limites, quand on innove, c'est quand il y a quelque chose qui vous bloque qu'on est oblig&#233; de trouver une solution. C'est exactement ce qui s'est pass&#233; en Chine : les chercheurs ont dit &#171; nous n'avons pas de microprocesseurs, nous ne pouvons pas avoir cette strat&#233;gie (une strat&#233;gie qui est aussi folle d'un point de vue &#233;cologique, qui est d'augmenter la capacit&#233; de calcul), donc nous allons trouver une solution pour faire avec ce que nous avons &#187;. Le cauchemar am&#233;ricain est que les Chinois sont maintenant capables d'innover moins cher avec pratiquement la m&#234;me qualit&#233;, et donc de leur arracher des march&#233;s partout, y compris dans l'IA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, la strat&#233;gie des &#201;tats-Unis pour maintenir leur h&#233;g&#233;monie consistait &#224; se d&#233;placer un peu partout : guerre en Irak, en Afghanistan, troupes en Europe, etc. Il s'agit maintenant de construire un v&#233;ritable empire, avec des r&#233;seaux de vassaux qui viendront consommer ses produits, notamment ses produits technologiques, son p&#233;trole ou son gaz liqu&#233;fi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On revient ici &#224; ce que je disais &#224; propos des revenus : ce qui est en jeu aujourd'hui pour une partie du capitalisme am&#233;ricain, c'est d'&#233;viter la concurrence et, donc, non pas de construire un grand march&#233; transatlantique et transpacifique comme &#224; l'&#233;poque n&#233;olib&#233;rale, mais un empire ; Un centre et des p&#233;riph&#233;ries o&#249; chacun a un r&#244;le &#224; jouer devant le centre. &#201;videmment, ce n'est pas le cas aujourd'hui : l'Europe a des accords de libre-&#233;change avec d'autres pays. Mais si l'objectif des &#201;tats-Unis est que chaque pays serve la m&#233;tropole, le c&#339;ur de l'empire, alors les tarifs douaniers sont un moyen de pression. Cela explique un peu le jeu actuel de Trump : il les met dedans et les retire. Quand il les enl&#232;ve, les gens disent que c'est un clown. C'est peut-&#234;tre un clown, mais il envoie un message aux Mexicains et aux Canadiens : vous pouvez les enlever, mais &#233;videmment en &#233;change de l'acceptation de ses conditions, sinon je les remettrai en place. Ces conditions seront, par exemple, en Europe, l'acc&#232;s au march&#233;. Nous savons tous ce qu'il veut : l'abolition de toutes les r&#233;gulations sur la technologie, le monopole du gaz liqu&#233;fi&#233;, l'acc&#232;s au march&#233; pour l'industrie de d&#233;fense (et donc, quand il dit qu'il faut d&#233;penser 5 % du PIB pour la d&#233;fense, c'est pour acheter les &#201;tats-Unis)... On peut m&#234;me imaginer qu'il obtienne l'accord de tout le capital am&#233;ricain pour dire &#224; la p&#233;riph&#233;rie : nous avons des produits industriels que nous voulons vendre, et vous allez rejoindre notre cha&#238;ne d'approvisionnement, &#224; nos conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les tarifs visent &#224; faire pression sur les pays p&#233;riph&#233;riques de l'empire pour les soumettre encore plus. C'est quelque chose qui peut sembler compl&#232;tement irr&#233;fl&#233;chi, mais c'est en fait orient&#233; vers ses alli&#233;s plut&#244;t que vers ses ennemis, parce qu'il est en train de construire un bloc imp&#233;rial, et quand ce bloc imp&#233;rial sera construit, il sera capable de s'attaquer &#224; la Chine (la Chine, avec les nouvelles routes de la soie, qui est un moyen d'influencer et de cr&#233;er de la d&#233;pendance par la dette, est en train de faire exactement la m&#234;me chose, de mani&#232;re moins violente et moins clownesque,). Mais c'est tout de m&#234;me tr&#232;s risqu&#233; : l'influence que ces droits de douane auront sur la croissance mexicaine ou colombienne pourrait conduire le Mexique et la Colombie &#224; chercher le soutien de la Chine, par exemple... mais si la Chine met les deux pieds au Mexique ou en Colombie, cela devient extr&#234;mement dangereux. Il ne faut donc pas non plus &#233;carter le danger de ce personnage...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliqueriez-vous que le &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt;, journal du capital financier, publie un &#233;ditorial extr&#234;mement agressif contre l'option fiscale de Trump sur la chute de l'indice Dow Jones en r&#233;ponse &#224; ces annonces ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous revenons &#224; la discussion de tout &#224; l'heure : ce sont des gens qui font tout leur possible pour sauvegarder leur taux de profit, mais qui font face &#224; des contradictions permanentes. Musk est confront&#233; au fait qu'il a d&#233;localis&#233; une partie de sa production en Chine, que le march&#233; chinois est important pour lui et que c'est ce qui fait chuter le cours de l'action Tesla. Sous l'impulsion de Trump &#224; la fin de l'ann&#233;e 2010, le capitalisme am&#233;ricain s'est structur&#233; pr&#233;cis&#233;ment autour du Mexique et de l'approvisionnement en produits mexicains... Mais aujourd'hui, avec les droits de douane, la cha&#238;ne logistique du capitalisme industriel am&#233;ricain risque de s'effondrer compl&#232;tement. Ce n'est pas logique, et la r&#233;action du Wall Street Journal montre que ces milieux sont confront&#233;s &#224; une contradiction de ce point de vue. Mais cela explique aussi pourquoi il s'agit d'une d&#233;cision tr&#232;s politique. S'il s'agissait d'une d&#233;cision purement &#233;conomique, la promesse de Trump selon laquelle les pertes de Wall Street seraient compens&#233;es par une garantie de croissance plus rapide serait cr&#233;dible. En r&#233;alit&#233;, la vraie promesse est celle de la constitution d'un empire centralis&#233; dont les gains &#233;conomiques restent incertains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;tat est la repr&#233;sentation des int&#233;r&#234;ts collectifs de la bourgeoisie parce que, n'&#233;tant rien d'autre qu'une somme de capitaux, il est incapable d'exprimer ses int&#233;r&#234;ts collectifs...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exactement. Et puis, lorsque, comme c'est le cas aujourd'hui, il y a des int&#233;r&#234;ts divergents entre les secteurs (et je n'ai mentionn&#233; que deux aspects contradictoires majeurs, mais en fait il y a des dizaines d'int&#233;r&#234;ts divergents &#224; l'int&#233;rieur des secteurs), ce qui est int&#233;ressant, c'est que ces int&#233;r&#234;ts divergents refl&#232;tent aussi ces contradictions, c'est-&#224;-dire les limites de leur capacit&#233; actuelle &#224; contrer la tendance de fond &#224; l'affaiblissement de la rentabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pr&#233;sence d'un fou &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat permet aussi de prendre des d&#233;cisions radicales, m&#234;me si certains membres de la bourgeoisie ne les consid&#232;rent pas pertinentes &#224; ce moment-l&#224;. Il faut un peu d'audace...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grande partie du discours capitaliste dominant tente de nous cacher la gravit&#233; de la situation et de nous faire croire qu'il n'y a pas d'alternative. Mais la situation est si critique qu'ils ne peuvent essayer de s'en sortir qu'en prenant des d&#233;cisions radicales qui auront des cons&#233;quences pour certains membres de leur classe. Il y a un certain d&#233;sespoir et, aussi, c'est un sympt&#244;me de la crise du r&#233;gime capitaliste...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sans parler de la crise &#233;cologique...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que nous sommes dans une crise de la domination capitaliste parce que le n&#233;olib&#233;ralisme, qui a &#233;t&#233; la fa&#231;on de g&#233;rer le capitalisme jusqu'&#224; pr&#233;sent, s'est &#233;puis&#233;, et il est n&#233;cessaire de trouver une nouvelle fa&#231;on de le g&#233;rer et une nouvelle forme d'h&#233;g&#233;monie. C'est l&#224; que l'empire remplace le march&#233;, et il se peut qu'il ne fonctionne pas. En p&#233;riode de crise, il y a toujours des t&#226;tonnements : lors de la crise de 1929, il y a eu une p&#233;riode de protectionnisme qui n'a pas vraiment fonctionn&#233;, et puis le New Deal s'est en fait fait compos&#233; de trois phases : apr&#232;s des avanc&#233;es et des revers, une nouvelle crise a conduit &#224; l'id&#233;e que la seule solution &#233;tait de produire des chars...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, en temps de crise, il y a beaucoup de confusion parce que les solutions sont essay&#233;es, mais elles ne fonctionnent pas toujours, et parfois elles &#233;chouent carr&#233;ment. Aujourd'hui, puisque seul le capitalisme existe, seuls les capitalistes essaient des choses. Mais si, par exemple, dans un monde id&#233;al, les ouvriers commen&#231;aient &#224; essayer des choses, tout ne se ferait pas du jour au lendemain, il y aurait des &#233;checs, on reculerait, on avancerait...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vraie singularit&#233; de la crise actuelle est, &#224; mon avis, son caract&#232;re multiforme : il y a la crise &#233;conomique, dont nous avons beaucoup parl&#233;, mais &#224; laquelle &#8211; comme vous l'avez soulign&#233; &#8211; s'ajoute la crise &#233;cologique qui est le produit du mode de production. On voit bien que Trump va jeter par-dessus bord toutes les quelques concessions faites &#224; l'&#233;cologie et &#224; l'environnement. Dans le but d'&#233;conomiser du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans l'article &#171; &lt;a href=&#034;https://vientosur.info/estrategia-ecosocialista-en-tiempos-turbulentos/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Strat&#233;gie &#233;cosocialiste en p&#233;riode de turbulences&lt;/a&gt; &#187;, Martin Lallana affirme que la sortie de crise du capitalisme n&#233;cessite, en g&#233;n&#233;ral, une multiplication par dix de la production d'&#233;nergie...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vrai. Et encore une fois, n'oublions pas que la r&#233;f&#233;rence de Trump est la fin du 19e si&#232;cle : des puits de p&#233;trole partout. Ce qui est certain, c'est qu'il passera outre toutes les normes &#233;cologiques, et pas seulement aux &#201;tats-Unis. Il va faire pression pour que la m&#234;me chose se produise en Europe, en Am&#233;rique latine et dans tous les pays qui d&#233;pendent des &#201;tats-Unis. D'ailleurs, les dirigeants europ&#233;ens commencent d&#233;j&#224; &#224; dire qu'ils sont all&#233;s trop loin, qu'il y a trop de r&#232;gles. En r&#233;alit&#233;, c'est la destruction &#233;cologique, car nous ne devons pas oublier que la crise &#233;cologique n'est pas seulement le r&#233;chauffement climatique, mais la destruction de la biodiversit&#233; et de la viabilit&#233; de notre esp&#232;ce. La crise &#233;cologique est ni&#233;e parce que la priorit&#233; est donn&#233;e &#224; l'accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi la crise sociale, soci&#233;tale et anthropologique. La vague r&#233;actionnaire ne vient pas de nulle part. Elle vient du fait que la soci&#233;t&#233; capitaliste en a marre de ce qu'elle a produit, c'est-&#224;-dire de la surconsommation, qui a non seulement des effets d&#233;l&#233;t&#232;res sur l'environnement, mais aussi sur les &#234;tres humains qui s'appauvrissent en permanence par cette surconsommation : plus on consomme, plus on manque. Ce que nous avons vu avec la crise inflationniste est extr&#234;mement int&#233;ressant de ce point de vue. La frustration de ne pas pouvoir faire partie de cette folie consum&#233;riste permanente rend les gens malheureux et paniqu&#233;s. Aux &#201;tats-Unis, la croissance se fait en augmentant les revenus et, par cons&#233;quent, en for&#231;ant les d&#233;penses, notamment en mati&#232;re de sant&#233;. La marchandisation de la sant&#233; est la preuve que la croissance et le bien-&#234;tre deviennent des &#233;l&#233;ments divergents, et c'est l'un des facteurs qui ont en partie d&#233;termin&#233; le r&#233;sultat des &#233;lections am&#233;ricaines : les d&#233;mocrates ont fait campagne sur la base de 3 % de croissance, et dans le New York Times Paul Krugman nous expliquait chaque semaine que les &#201;tats-Unis &#233;taient tr&#232;s prosp&#232;res et qu'il n'y avait pas de raison de se plaindre... Mais les gens ont d&#251; faire face &#224; des d&#233;penses obligatoires croissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, l'obligation de consommer est fondamentalement insatisfaisante. Trump est cette tentative de sauvegarder un mode de vie insoutenable avec la fausse promesse que c'est une garantie de bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant longtemps, le capitalisme occidental a pu dire que le niveau de vie augmentait et que la qualit&#233; de vie s'am&#233;liorait parce que la production pouvait &#234;tre concentr&#233;e sur la satisfaction de besoins &#233;vidents. Et puis, &#224; la fin des ann&#233;es 60 ou au d&#233;but des ann&#233;es 70, lorsque nous avons plus ou moins satisfait tous les besoins fondamentaux des gens, et m&#234;me un peu plus, nous avons d&#251; continuer &#224; vendre des biens. C'est le moment o&#249; les besoins des individus sont construits par le capital pour sa propre production. Les besoins des gens sont identifi&#233;s en permanence avec les besoins du capital. C'est ce qui fait na&#238;tre le d&#233;sir permanent, la frustration et la solitude profonde. Les soci&#233;t&#233;s sont mauvaises, m&#234;me lorsque la croissance r&#233;siste, et peut-&#234;tre m&#234;me surtout lorsque la croissance r&#233;siste ! Pour moi, cela fait partie de la crise mondiale, un troisi&#232;me p&#244;le de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelque chose d'un peu intimidant : quand on essaie de r&#233;soudre l'un des p&#244;les de la crise, on augmente les deux autres. Si vous essayez de r&#233;soudre la crise &#233;conomique, comme Trump et les autres dirigeants europ&#233;ens, vous multipliez par dix la crise &#233;cologique et les besoins technologiques, rendant les gens encore plus d&#233;pendants et encore plus neurasth&#233;niques... Essayez-vous de r&#233;soudre la crise &#233;cologique ? Alors, oubliez votre croissance et votre accumulation de capital. Voulez-vous r&#233;soudre la crise sociale ? En finir avec la consommation de masse... En fait, vous &#234;tes continuellement dans une sorte d'impasse et tout cela est li&#233; &#224; un fait central : la soci&#233;t&#233; est domin&#233;e par la n&#233;cessit&#233; d'accumuler du capital et d&#233;pend donc des clowns que le capital nous fournit : les Trump, les Macron...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, cela me conforte dans l'id&#233;e que nous sommes entr&#233;s &#8211; c'est Tom Thomas qui utilise ce terme &#8211; dans une phase de s&#233;nilit&#233; du capitalisme : nous sommes dans un syst&#232;me qui fonctionne de plus en plus mal mais qui survit parce qu'il nous enferme dans des choix impossibles. Les gens voient la fin du monde plus clairement que la fin du capitalisme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous avons assist&#233; &#224; la d&#233;cadence des syst&#232;mes sociaux dans le pass&#233; de l'humanit&#233; &#8211; Rome, bien s&#251;r, mais aussi la noble r&#233;publique polonaise aux XVIe et XVIIIe si&#232;cles &#8211; mais &#224; chaque fois, elle s'est concentr&#233;e sur une seule r&#233;gion. Aujourd'hui, nous avons ici un syst&#232;me qui s'est v&#233;ritablement mondialis&#233;. Le capitalisme est partout, m&#234;me si leurs r&#233;gimes politiques sont un peu diff&#233;rents. Il y a aussi une tendance pour le lib&#233;ralisme &#224; &#234;tre de plus en plus oppressif, de moins en moins d&#233;mocratique ; D'autre part, il y a le syst&#232;me chinois, qui n'est pas un syst&#232;me d&#233;mocratique et qui ne l'a jamais &#233;t&#233;. Dans cette situation il y a des capitales qui vont au-del&#224; de l'&#201;tat, il y a des guerres qui sont loin d'&#234;tre seulement locales &#8211; l'Ukraine, la Palestine/Isra&#235;l, le Congo &#8211; mais pour l'instant nous ne sommes pas face &#224; une confrontation g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Pensez-vous que l'on peut aller vers une confrontation g&#233;n&#233;ralis&#233;e pour sortir de ces contradictions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux choses que vous dites que j'aimerais aborder. La premi&#232;re, qui est importante, est la fin du capitalisme d&#233;mocratique. Pendant longtemps, on nous a dit que la d&#233;mocratie avait besoin du capitalisme et que nous ne pouvions concevoir l'un sans l'autre. Mais l'histoire nous a appris que le capitalisme et la d&#233;mocratie ne sont pas du tout la m&#234;me chose, et parfois m&#234;me contradictoires. Dans un syst&#232;me en crise g&#233;n&#233;ralis&#233;e, dans une impasse mondiale, la d&#233;mocratie est un frein &#224; l'accumulation, et aujourd'hui nous voyons partout que l'on tente de contourner la d&#233;mocratie, d'en faire une coquille vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour des raisons historiques, [le capitalisme] n'adopte pas encore la forme traditionnelle de la dictature classique, mais il vide la d&#233;mocratie de son sens. Ce que fait Musk est assez int&#233;ressant de ce point de vue : il ne va pas abolir les &#233;lections, il va d&#233;truire l'&#201;tat de droit, il va prendre le contr&#244;le des m&#233;dias, il va vider une d&#233;mocratie formelle de son sens. Le mod&#232;le le plus avanc&#233; est celui de la Russie, avec un r&#233;gime de plus en plus oppressif. Il n'est donc pas exclu que tout cela se termine par une dictature classique. Il y a deux choses qui pointent dans cette direction. La premi&#232;re est la logique des rentes, qui est une logique presque f&#233;odale : ce n'est pas une logique dans laquelle les gens choisissent, dans laquelle les gens sont citoyens, c'est une logique dans laquelle il faut payer pour des services qui sont des bases essentielles... Le second est la R&#233;publique populaire de Chine. C'est un capitalisme antid&#233;mocratique et le seul succ&#232;s capitaliste de notre &#233;poque. Je ne suis pas s&#251;r qu'il y ait quelque chose d'&#233;quivalent &#224; la Chine dans l'histoire du capitalisme. Alors les gens disent : si notre probl&#232;me est l'accumulation, nous avons sous les yeux un exemple d'un pays qui a r&#233;ussi &#224; accumuler dans des conditions extraordinaires, et c'est la Chine, un pays &#224; parti unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la question des guerres : en effet, si dans ce r&#233;gime de faible croissance le g&#226;teau cro&#238;t plus lentement, sa distribution devient plus difficile et qu'il y a une logique pr&#233;datrice sur le peu de valeur cr&#233;&#233;e, alors il est n&#233;cessaire de contr&#244;ler politiquement une plus grande partie du g&#226;teau. Lorsque la Chine connaissait une croissance de 10 %, la question du contr&#244;le territorial n'avait pas d'importance. Mais quand la croissance est officiellement tomb&#233;e &#224; 5 %, et peut-&#234;tre m&#234;me &#224; 2 ou 3 %, et que la promesse du Parti communiste chinois est le plein emploi et un niveau de vie &#233;quivalent &#224; celui de l'Occident d'ici 2050, on ne peut plus se contenter de la seule croissance int&#233;rieure. Cette logique imp&#233;rialiste est la voie de la Chine, et c'est exactement la m&#234;me chose pour les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un retour &#224; un imp&#233;rialisme brutal, celui de la fin du XIXe si&#232;cle : le contr&#244;le exclusif du territoire est la cl&#233; et l'obsession de Trump pour le Groenland et le canal de Panama consiste &#224; obtenir le contr&#244;le exclusif de ces richesses. On ne peut pas dire que le Danemark est un danger pour les &#201;tats-Unis ou un concurrent s&#233;rieux, mais Trump ne veut pas prendre de risques et veut le contr&#244;le exclusif. Lorsque cette logique de contr&#244;le exclusif est suivie, la confrontation est in&#233;vitable... Cela conduira-t-il &#224; un conflit g&#233;n&#233;ralis&#233; ? Si nous suivons la logique mondiale selon laquelle la guerre est la seule chose qui fonctionne pour stimuler l'accumulation, pourquoi pas ? Quoi qu'il en soit, les conflits r&#233;gionaux sont d&#233;j&#224; l&#224;. Et l'Europe est au c&#339;ur du probl&#232;me. Si le vieux continent devient un simple g&#226;teau &#224; partager entre Washington et Moscou, il est probable que les conflits seront tr&#232;s violents. L'abandon de l'OTAN par les &#201;tats-Unis et la condition de la garantie de la s&#233;curit&#233; am&#233;ricaine &#224; la vassalit&#233; pourraient ouvrir la voie &#224; l'expansion russe et &#224; de nouveaux conflits en Europe de l'Est. Aujourd'hui, il n'y a pas de s&#233;curit&#233; internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne dis pas que l'OTAN &#233;tait formidable. C'&#233;tait une autre forme d'imp&#233;rialisme. Mais c'est autre chose. La seule s&#233;curit&#233; que vous avez est d'&#234;tre un vassal de la m&#233;tropole et de remplir votre r&#244;le pour la prosp&#233;rit&#233; de cette m&#233;tropole. C'est ce que Trump dit au Danemark et au Canada. &#192; ces deux alli&#233;s, il a dit : &#171; Donnez-moi une partie de votre territoire ou j'enverrai mes troupes &#187;, ou &#171; si vous voulez vivre en paix, int&#233;grez-vous [aux &#201;tats-Unis] et vous ferez partie du centre &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; est l'Europe dans tout cela ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit mal comment l'Europe pourra construire quoi que ce soit qui puisse contrer la puissance et le chantage am&#233;ricains, car l'Europe paie le prix de son n&#233;olib&#233;ralisme d&#233;brid&#233; : elle est devenue surendett&#233;e, d&#233;sindustrialis&#233;e et affaiblie. Il a tout mis&#233; sur son alliance avec les &#201;tats-Unis et se retrouve aujourd'hui face &#224; Trump, qui pointe une arme sur lui. Avec une autre puissance imp&#233;rialiste &#224; ses portes, la Russie, qui profitera du moindre faux pas pour se jeter sur elle, et la Chine imp&#233;rialiste, qui n'esp&#232;re que r&#233;cup&#233;rer le march&#233; europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous trouvons dans une situation complexe, sans dynamique &#233;conomique, avec des soci&#233;t&#233;s compl&#232;tement fractur&#233;es et des partis d'extr&#234;me droite qui agissent en faveur des &#201;tats-Unis ou de la Russie, ou des deux. Nous sommes clairement dans une phase de d&#233;clin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4/02/2025&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Romaric Godin&lt;/i&gt; est journaliste &#224; &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; et ancien r&#233;dacteur en chef adjoint du quotidien &#233;conomique fran&#231;ais &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt;. Il co-&#233;dite la collection &#171; &lt;i&gt; &#201;conomie politique&lt;/i&gt; &#187; avec C&#233;dric Durand &#224; La D&#233;couverte et est l'auteur de &lt;i&gt;La guerre sociale en France&lt;/i&gt;, Aux sources &#233;conomiques de la d&#233;mocratie autoritaire (2019, 2022) paru aux &#233;ditions La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Contre le trumpisme et ses avatars, passer &#224; l'offensive</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Contre-le-trumpisme-et-ses-avatars-passer-a-l-offensive</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Contre-le-trumpisme-et-ses-avatars-passer-a-l-offensive</guid>
		<dc:date>2025-02-18T13:47:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Romaric Godin</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-02-18</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le combat contre l'extr&#234;me droite en voie de trumpisation ne peut pas s'enfermer dans une simple logique d&#233;fensive. Comme il y a 80 ans, la r&#233;sistance au nouvel autoritarisme doit r&#233;fl&#233;chir aux causes du d&#233;sastre pour proposer les conditions d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique renouvel&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res 13 f&#233;vrier 2025 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le choc est &#233;videmment terrible. Les &#201;tats-Unis, jusqu'&#224; peu pr&#233;sent&#233;s comme l'exemple absolu du lien ind&#233;fectible entre d&#233;mocratie et capitalisme, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-Monde-" rel="directory"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-02-18-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-02-18&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Etats-Unis-279-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Etats-Unis-231-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH97/trump_et_musk-9fd4e.png?1739886536' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='97' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le combat contre l'extr&#234;me droite en voie de trumpisation ne peut pas s'enfermer dans une simple logique d&#233;fensive. Comme il y a 80 ans, la r&#233;sistance au nouvel autoritarisme doit r&#233;fl&#233;chir aux causes du d&#233;sastre pour proposer les conditions d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique renouvel&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
13 f&#233;vrier 2025&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choc est &#233;videmment terrible. Les &#201;tats-Unis, jusqu'&#224; peu pr&#233;sent&#233;s comme l'exemple absolu du lien ind&#233;fectible entre d&#233;mocratie et capitalisme, basculent en ce d&#233;but d'ann&#233;e 2025 dans un autre monde. Les premiers actes de l'administration Trump trahissent un coup d'&#201;tat&lt;i&gt; de facto&lt;/i&gt; visant &#224; rendre caduque la Constitution des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'irruption d'un r&#233;gime &#224; caract&#232;re n&#233;ofasciste dans la principale puissance militaire et &#233;conomique du monde cause une sid&#233;ration naturelle et entra&#238;ne un r&#233;flexe bien compr&#233;hensible : celui de tenter de sauvegarder &#171; le monde d'avant &#187; qui, naturellement, para&#238;t plus cl&#233;ment que celui promis par Donald Trump et Elon Musk. On s'efforce donc l&#224;-bas de sauvegarder les cadres de l'&#201;tat de droit et ici, en Europe, de sauvegarder ce m&#234;me &#201;tat de droit des griffes des thurif&#233;raires et des fond&#233;s de pouvoir du nouveau r&#233;gime &#233;tats-unien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est &#233;videmment hautement n&#233;cessaire et urgent. Mais ce mouvement de r&#233;sistance ne doit pas se contenter d'une simple posture d&#233;fensive ou nostalgique. Il ne doit pas viser le retour &#224; une forme de &lt;i&gt;statu quo ante&lt;/i&gt; id&#233;alis&#233;. Pour vaincre le retour de l'hydre autoritaire de fa&#231;on efficace et durable, il faut analyser les conditions de sa r&#233;&#233;mergence et proposer une alternative d&#233;mocratique cr&#233;dible, c'est-&#224;-dire capable d'&#233;viter la r&#233;p&#233;tition du pire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;f&#233;rence ici doit ainsi &#234;tre la R&#233;sistance qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, tout en menant la lutte, partout, contre les fascismes allemand, italien et japonais, a men&#233; la r&#233;flexion pour construire un monde lib&#233;r&#233; des conditions d'&#233;mergence du fascisme. Et une fois celui-ci vaincu, le combat s'est poursuivi pour construire une soci&#233;t&#233; nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, le Conseil national de la r&#233;sistance (CNR) a pris acte que la source du p&#233;ril fasciste &#233;tait l'abandon des populations face aux crises capitalistes. La lutte antifasciste a donc d&#233;bouch&#233; sur la mise en place d'un &#201;tat social qui a profond&#233;ment modifi&#233; la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peine aujourd'hui &#224; en prendre conscience, mais la France d'apr&#232;s 1945 est en rupture totale avec celle de l'avant-guerre, qui avait un filet de s&#233;curit&#233; sociale parmi les plus r&#233;duits d'Occident. Ce changement a &#233;t&#233; le produit d'une lutte contre les racines de la guerre et du fascisme autant que contre le fascisme lui-m&#234;me. Et c'est cette d&#233;marche qui doit d&#233;sormais hanter celles et ceux qui entendent s'&#233;lever contre la puissance du capitalisme autoritaire contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Les racines &#233;conomiques du trumpisme&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour y parvenir, il faut donc commencer par identifier les racines du coup d'&#201;tat actuel. Elles se trouvent dans les besoins des &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/190125/les-big-tech-basculent-l-extreme-droite-c-est-l-economie-idiot&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;secteurs rentiers&lt;/a&gt;de l'&#233;conomie &#233;tats-unienne et, au premier chef, de celui de la technologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, rappelons-le, le produit d'une histoire plus longue, celle d'un ralentissement de l'&#233;conomie mondiale apr&#232;s la crise de 2008, qu'aucune mesure n'a &#233;t&#233; capable de conjurer et qui a donn&#233; lieu &#224; des m&#233;thodes pr&#233;datrices dont la conclusion naturelle est la prise de contr&#244;le de l'&#201;tat &#233;tats-unien. Incapable de produire de la valeur par les moyens habituels, le capital s'est r&#233;fugi&#233; dans les secteurs rentiers, o&#249; l'on capte la valeur sans passer par les march&#233;s. Mais ces secteurs, pour poursuivre leur accumulation, ont besoin de contr&#244;ler la soci&#233;t&#233; dans son ensemble, de la soumettre &#224; la pseudo-r&#233;alit&#233; de leurs algorithmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici que la violence antid&#233;mocratique et imp&#233;riale trumpiste prend sa source.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les observateurs &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; qui, jusqu'ici, se complaisaient dans l'apologie d'un capitalisme qu'ils croyaient source de libert&#233; et de d&#233;mocratie se retrouvent stup&#233;fi&#233;s face &#224; l'&#233;mergence, pour eux soudaine, d'une &#171; &lt;i&gt;oligarchie &lt;/i&gt; &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/idees-et-debats/opinions/loligarchie-trumpiste-par-serge-july-20250210_TMWPNV5HUZBG5IKHOZOQ6PBR5A/?redirected=1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;comme l'&#233;crit Serge July dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Mais il est important de noter combien cette stupeur m&#234;me est le produit d'une erreur. La position apolog&#233;tique du capitalisme, valid&#233;e par le rejet de tout &#171; &#233;conomicisme &#187;, a conduit &#224; un aveuglement sur les forces &#224; l'&#339;uvre depuis un demi-si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le premier &#233;cueil est de croire que le capitalisme n&#233;olib&#233;ral serait l'antidote &#224; la bascule fascisante d'un Trump.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui ont d&#233;fendu la contre-r&#233;volution n&#233;olib&#233;rale qui, pr&#233;cis&#233;ment, a cherch&#233; &#224; mettre &#224; bas les effets de la lutte antifasciste de l'apr&#232;s-guerre, s'&#233;tonnent aujourd'hui de la &#171; contre-r&#233;volution &#187; trumpiste, comme le &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/international/article/2025/02/11/les-revolutions-de-trump-ii-pour-changer-le-visage-des-etats-unis_6541237_3210.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;titrait &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;&lt;/a&gt;du 11 f&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette rupture est la cons&#233;quence logique de la pr&#233;c&#233;dente. Puisque le r&#234;ve n&#233;olib&#233;ral d'un march&#233; encadr&#233; parfait et efficace a d&#233;bouch&#233; sur le d&#233;sastre de 2008 et s'est r&#233;v&#233;l&#233; incapable de redresser la productivit&#233; et la croissance, les gagnants de ce march&#233; ont pris les choses en main et tentent de construire un monde soumis &#224; leurs int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier &#233;cueil de l'&#233;poque est donc de croire que le capitalisme n&#233;olib&#233;ral serait l'antidote &#224; la bascule fascisante d'un Trump. La tentation peut &#234;tre r&#233;elle d'id&#233;aliser le r&#233;gime pr&#233;c&#233;dent, non seulement parce qu'il &#233;tait d&#233;mocratique et moins violent, mais aussi parce qu'on pourrait penser que pour lutter contre les oligarques de la tech, la concurrence et le march&#233; seraient une r&#233;ponse adapt&#233;e. On relancerait donc l&#224; le mythe du &#171; capitalisme d&#233;mocratique &#187;, o&#249; le fonctionnement d'une &#233;conomie de march&#233; encadr&#233;e serait le socle de la d&#233;mocratie lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ennui, c'est que c'est bel et bien ce &#171; capitalisme d&#233;mocratique &#187; qui a enfant&#233; de la monstruosit&#233; trumpo-muskienne. La sacro-sainte &#171; &#233;conomie de march&#233; &#187; qui, depuis quarante ans, est par&#233;e de toutes les vertus par les intellectuels &#224; la mode est en r&#233;alit&#233; dans une crise permanente qui ne pouvait d&#233;boucher que sur une conclusion autoritaire et monopolistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les march&#233;s &#171; disciplin&#233;s &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concurrence, pr&#233;sent&#233;e comme une solution &#224; tous les maux de la soci&#233;t&#233; par les n&#233;olib&#233;raux, n'est jamais qu'une solution temporaire. Elle d&#233;bouche in&#233;vitablement sur des concentrations, par le jeu m&#234;me des march&#233;s, et les grands groupes issus de ce ph&#233;nom&#232;ne n'ont alors qu'une obsession : pr&#233;server leurs positions. Lorsque la croissance est de plus en plus faible, comme aujourd'hui, ils le font par la prise du pouvoir politique et la mise au pas de la soci&#233;t&#233;. Lutter contre le trumpisme en r&#233;activant les illusions n&#233;olib&#233;rales serait d&#232;s lors la plus funeste des erreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait oublier que les populations se sont tourn&#233;es vers l'extr&#234;me droite en grande partie parce que les n&#233;olib&#233;raux ont &#233;chou&#233;, parce qu'ils n'ont pas tenu leurs promesses d'am&#233;lioration des conditions de vie et n'ont pas h&#233;sit&#233;, lorsque le besoin s'en est fait sentir, &#224; recourir &#224; des m&#233;thodes muscl&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;gradation de la d&#233;mocratie lib&#233;rale et sa r&#233;duction croissante &#224; une formalit&#233; &#233;lectorale ne sont pas une nouveaut&#233; trumpiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;chec n&#233;olib&#233;ral est le berceau m&#234;me de la x&#233;nophobie et du racisme de l'extr&#234;me droite.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 1980, les n&#233;olib&#233;raux s'acharnent &#224; r&#233;duire le r&#244;le des syndicats, &#224; r&#233;duire le r&#244;le du collectif dans le travail, &#224; marchandiser les rapports sociaux, &#224; coloniser les imaginaires &#224; coups d'h&#233;ro&#239;sation des &#171; entrepreneurs &#187;. Le but de ce mouvement est &#233;videmment de contr&#244;ler les votes pour &#233;viter toute remise en cause de l'ordre social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si cela ne suffisait pas, les n&#233;olib&#233;raux n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; verrouiller la d&#233;mocratie en inscrivant dans le droit constitutionnel ou dans les trait&#233;s internationaux les fondements de leur doctrine. En cas de besoin, la &#171; discipline de march&#233; &#187; venait frapper les soci&#233;t&#233;s, &#224; l'image de ce qui s'est produit en Gr&#232;ce depuis 2010. Et, pour finir, le r&#233;gime n&#233;olib&#233;ral n'h&#233;sitait pas &#224; avoir recours &#224; la r&#233;pression. Des mineurs britanniques aux &#171; gilets jaunes &#187;, la matraque a souvent eu le dernier mot face &#224; la contestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette politique, par ailleurs inefficace, a pav&#233; la voie &#224; l'horreur trumpiste comme pr&#233;c&#233;demment &#224; la dictature de Vladimir Poutine en Russie, et comme elle a affaibli les d&#233;mocraties europ&#233;ennes face aux extr&#234;mes droites. Elle a pr&#233;par&#233; les esprits &#224; la violence, au d&#233;ni de d&#233;mocratie, aux situations d'exception, en un mot &#224; la soumission de la soci&#233;t&#233; aux int&#233;r&#234;ts du capital. Logiquement, lorsque l'extr&#234;me droite propose une politique sur mesure pour les ploutocrates, une grande partie de la population ne s'en &#233;meut gu&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'&#233;chec n&#233;olib&#233;ral est le berceau m&#234;me de la x&#233;nophobie et du racisme de l'extr&#234;me droite. Pour deux raisons. D'abord, parce que, depuis 2008, en voulant se maintenir au pouvoir, les partis n&#233;olib&#233;raux n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; se saisir du th&#232;me de l'immigration et &#224; l'instrumentaliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas d'Emmanuel Macron qui, par ailleurs, aime &#224; se pr&#233;senter comme un &#171; anti-Trump &#187;, est &#233;loquent. Depuis 2017, le pr&#233;sident fran&#231;ais joue avec les th&#232;mes de l'extr&#234;me droite, jusqu'&#224; la fameuse loi immigration de fin 2023, avec pour seul r&#233;sultat de faire de cette m&#234;me extr&#234;me droite &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/200622/emmanuel-macron-l-idiot-utile-de-l-extreme-droite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la premi&#232;re force du pays&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, parce qu'en &#233;chouant &#224; faire rebondir productivit&#233; et croissance, les n&#233;olib&#233;raux ont construit une &#233;conomie de &#171; jeu &#224; somme nulle &#187; o&#249; les enjeux de redistribution sont d&#233;sormais des enjeux de concurrence au sein m&#234;me de la soci&#233;t&#233;. Pour obtenir plus, les groupes sociaux doivent pr&#233;tendre &#171; prendre &#187; aux autres. Et comme les n&#233;olib&#233;raux refusent toute redistribution du haut vers le bas et ont, pour ce faire, d&#233;truit tout sentiment de classe sociale, ce sont logiquement les appartenances ethniques ou raciales qui ont repris le dessus. Et ceux qui proposent une redistribution sur ces bases, ce sont les partis d'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On con&#231;oit alors la folie que repr&#233;senterait une r&#233;sistance au trumpisme qui chercherait &#224; pr&#233;server les conditions de l'&#233;mergence de cet autoritarisme ploutocratique. Sa seule ambition serait de gagner un peu de temps avant que l'in&#233;vitable bascule se produise &#224; nouveau. C'est pourtant le c&#339;ur de la politique d&#233;fensive qui est men&#233;e dans les pays occidentaux depuis des ann&#233;es : &#171; faire barrage &#187; &#224; l'extr&#234;me droite sans chercher &#224; s'attaquer aux sources de son succ&#232;s, et attendre la prochaine &#233;ch&#233;ance avec angoisse. Chacun semble se retrouver dans la peau de la du Barry r&#233;clamant, avant son ex&#233;cution : &#171; &lt;i&gt;Encore un instant, monsieur le bourreau.&lt;/i&gt; &#187; C'est de cette funeste logique qu'il faut sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;mocratie comme antidote&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sortir de cette orni&#232;re, il faut prendre conscience que le c&#339;ur du probl&#232;me est dans l'&#233;volution r&#233;cente du capitalisme. Progressivement, le capitalisme d&#233;mocratique s'est vid&#233; de son sens. La d&#233;mocratie est devenue un obstacle &#224; l'accumulation du capital. Et cela n'est pas seulement vrai pour les g&#233;ants de la tech, mais aussi pour le reste du capitalisme, qui entend imposer des politiques qu'il juge n&#233;cessaires, quoi qu'il arrive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun secteur du capital ne viendra au secours de la d&#233;mocratie. Ceux qui d&#233;pendent des aides publiques pour maintenir leur taux de profit entendent imposer une aust&#233;rit&#233; sur les d&#233;penses sociales et les salaires, sans se soucier d'aucune validation populaire. C'est ce que le d&#233;bat budg&#233;taire fran&#231;ais a clairement montr&#233; r&#233;cemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, la t&#226;che de la r&#233;sistance est, comme voici quatre-vingts ans, de proposer les conditions nouvelles d'existence de la d&#233;mocratie. En 1945, il &#233;tait devenu &#233;vident que la d&#233;mocratie ne pouvait pas subsister sans une forme d'&#201;tat social agissant comme une protection pour les citoyens et citoyennes. L'enjeu aujourd'hui est de comprendre quelles sont les conditions sociales capables de soutenir une d&#233;mocratie r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est indispensable de red&#233;finir les besoins des individus au regard non plus des besoins de l'accumulation, mais des besoins sociaux et environnementaux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ce que le trumpisme, comme le melonisme, nous apprend, c'est bien ceci : la forme d&#233;mocratique r&#233;duite au vote n'est pas la d&#233;mocratie r&#233;elle. Celle-ci doit pouvoir s'appuyer sur une soci&#233;t&#233; civile forte elle-m&#234;me fond&#233;e sur la diversit&#233;, le respect des minorit&#233;s, des d&#233;bats de fond, une libert&#233; individuelle consciente de ses limites sociales et environnementales. Autrement dit, les conditions sociales de production du vote sont plus importantes que le vote lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut continuer &#224; croire que d&#233;mocratie et capitalisme sont indissociables en s'appuyant sur un capitalisme r&#233;gul&#233; et encadr&#233;. Mais dans le capitalisme actuel, de telles r&#233;gulations ressemblent &#224; des leurres. La course &#224; l'accumulation risque d'emporter ces barri&#232;res avec ce qu'il reste de d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;duire la puissance des plus riches est une n&#233;cessit&#233;, mais est-elle suffisante pour freiner le d&#233;sastre ? Rien n'est moins s&#251;r, parce que les besoins du capital resteront centraux dans la soci&#233;t&#233;. Si le Conseil national de la R&#233;sistance (CNR) peut &#234;tre un mod&#232;le de m&#233;thode, il faut toujours avoir &#224; l'esprit que les conditions de r&#233;alisation de son projet r&#233;gulateur ne sont pas celles d'aujourd'hui. Le moment historique actuel demande sans doute un pas plus ambitieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le capitalisme est la source du trumpisme et de ses avatars d'extr&#234;me droite, alors le combat de la r&#233;sistance doit porter sur une red&#233;finition de la d&#233;mocratie lib&#233;r&#233;e de la logique d'accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie que les conditions de cr&#233;ation des opinions doivent &#234;tre lib&#233;r&#233;es des exigences du capital. Pour y parvenir, il est indispensable de red&#233;finir les besoins des individus au regard non plus des besoins de l'accumulation, mais des besoins sociaux et environnementaux. Et les conditions de cette red&#233;finition r&#233;sident dans l'&#233;largissement de la d&#233;mocratie elle-m&#234;me, notamment aux sph&#232;res de la production et de la consommation. Ce sont les conditions de l'&#233;mergence d'une conscience dont l'absence conduit le monde au d&#233;sastre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la &#171; libert&#233; d'expression &#187; brandie par l'extr&#234;me droite, qui n'est que la libert&#233; de se soumettre aux ordres du capital et de leurs algorithmes, la r&#233;sistance nouvelle doit proposer une libert&#233; plus authentique, qui se r&#233;alise dans une solidarit&#233; renouvel&#233;e et une conscience des limites plan&#233;taires et sociales. C'est &#224; cette condition que la d&#233;mocratie pourra &#224; nouveau avoir un sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela peut et doit faire l'objet de discussions. Le CNR est aussi le produit d'un d&#233;bat intense dans la R&#233;sistance. Mais ce qu'il faut conserver &#224; l'esprit, c'est que, s'il est normal et l&#233;gitime, en cette p&#233;riode sombre, de chercher &#224; sauver ce qui peut l'&#234;tre, ce n'est qu'une partie de la t&#226;che de la r&#233;sistance nouvelle. Cette t&#226;che d&#233;fensive ne doit faire oublier l'autre, essentielle, celle de se projeter vers l'avenir. Pour passer, enfin, &#224; l'offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Romaric Godin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P.-S.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Mediapart, 13 f&#233;vrier 2025 &#224; 12h14 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/130225/contre-le-trumpisme-et-ses-avatars-passer-l-offensive&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.mediapart.fr/journal/international/130225/contre-le-trumpisme-et-ses-avatars-passer-l-offensive&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les articles de Romaric Godin sur Mediapart :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/biographie/romaric-godin-0&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.mediapart.fr/biographie/romaric-godin-0&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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		<title>Au Japon, des &#233;lections sans illusions</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Au-Japon-des-elections-sans-illusions</link>
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		<dc:date>2024-10-29T10:39:11Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Romaric Godin</dc:creator>


		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Japon</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2024-10-29</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le nouveau premier ministre, Shigeru Ishiba, nomm&#233; fin septembre, cherche une nouvelle l&#233;gitimit&#233; dans des l&#233;gislatives pr&#233;vues le 27 octobre. Pris entre les courants internes, une opinion sans illusions et une &#233;conomie stagnante, il devrait &#234;tre confirm&#233;, mais affaibli. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Europe solidaire sans fronti&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour la premi&#232;re fois depuis 2009, le Parti lib&#233;ral-d&#233;mocrate du Japon (PLD) pourrait perdre sa majorit&#233; absolue &#224; la Chambre des repr&#233;sentants, la chambre basse du Parlement, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Asie-Proche-Orient-423-+" rel="tag"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Japon-+" rel="tag"&gt;Japon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2024-10-29-+" rel="tag"&gt;Edition du 2024-10-29&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH81/capture_d_e_cran_le_2024-10-28_a_16.06_16-d7593.png?1730198404' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='81' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le nouveau premier ministre, Shigeru Ishiba, nomm&#233; fin septembre, cherche une nouvelle l&#233;gitimit&#233; dans des l&#233;gislatives pr&#233;vues le 27 octobre. Pris entre les courants internes, une opinion sans illusions et une &#233;conomie stagnante, il devrait &#234;tre confirm&#233;, mais affaibli.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article72368&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire sans fronti&#232;re&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la premi&#232;re fois depuis 2009, le Parti lib&#233;ral-d&#233;mocrate du Japon (PLD) pourrait perdre sa majorit&#233; absolue &#224; la Chambre des repr&#233;sentants, la chambre basse du Parlement, lors des &#233;lections anticip&#233;es pr&#233;vues le 27 octobre. Ce ne sont pas seulement les sondages qui le pr&#233;disent, mais le premier ministre nippon lui-m&#234;me, Shigeru Ishiba, qui a d&#233;clar&#233; que son objectif &#233;tait d'obtenir une majorit&#233; avec son alli&#233; traditionnel, le K&#333;meit&#333;, un parti issu du mouvement bouddhiste japonais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourtant Shigeru Ishiba qui a appel&#233; ce &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/fil-dactualites/091024/le-premier-ministre-dissout-la-chambre-basse-du-parlement-pour-creer-un-nouveau-japon&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;scrutin anticip&#233;&lt;/a&gt; apr&#232;s sa &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/fil-dactualites/270924/japon-shigeru-ishiba-nouveau-chef-du-parti-au-pouvoir-et-prochain-premier-ministre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;signation surprise&lt;/a&gt;, dans un vote interne au PLD, comme premier ministre en remplacement de Fumio Kishida, en poste depuis 2021. Ce dernier avait d&#251; &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/fil-dactualites/140824/japon-le-premier-ministre-fumio-kishida-va-quitter-le-pouvoir&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;missionner&lt;/a&gt; mi-ao&#251;t apr&#232;s un scandale de corruption au sein du parti. Pour renforcer sa l&#233;gitimit&#233; douteuse et effacer les effets de ces malversations, le nouveau chef du gouvernement a d&#233;cid&#233; de dissoudre la Chambre des repr&#233;sentants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e &#233;tait d'incarner un &#171; nouveau PLD &#187; au pouvoir. Au Japon, ce parti a gouvern&#233; soixante-cinq des soixante-neuf derni&#232;res ann&#233;es, perdant le pouvoir deux fois seulement, tr&#232;s temporairement, entre 1993 et 1994 et entre 2009 et 2012. Les &#171; alternances &#187; se font donc aussi au sein m&#234;me du PLD. Shigeru Ishiba a, sur le papier, tout pour repr&#233;senter cette forme d'alternance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier ministre japonais Shigeru Ishiba, &#224; Kagawa, le 16 octobre 2024. &#169; Photo Makoto Kondo / The Yomiuri Shimbun via AFP&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant longtemps, il a &#233;t&#233; dans l'opposition interne au parti, notamment &#224; Shinz&#333; Abe qui, en 2012, l'avait battu pour la pr&#233;sidence du PLD. Fin septembre, il l'a emport&#233; en outsider, et en d&#233;fendant des positions originales, tant sur le plan &#233;conomique, avec un soutien &#224; la politique de resserrement mon&#233;taire de la Banque du Japon (BoJ), la banque centrale du pays, que sur le plan international, o&#249; il pr&#244;nait une politique de r&#233;armement agressif du Japon et la cr&#233;ation d'un &#171; Otan asiatique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Shigeru Ishiba n'a remport&#233; l'&#233;lection interne que gr&#226;ce au rejet de sa principale concurrente, Sanae Takaichi, h&#233;riti&#232;re autoproclam&#233;e de Shinz&#333; Abe. Sa victoire a &#233;t&#233; courte et n'a pas &#233;t&#233; un vote d'adh&#233;sion des barons du parti &#224; ses positions. Autrement dit, le nouveau premier ministre a une tr&#232;s faible base au sein m&#234;me du PLD et il lui faut, en r&#233;alit&#233;, mener deux campagnes parall&#232;les : une pour rassurer les rangs du PLD, l'autre devant les &#233;lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;quilibrisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chemin est &#233;troit. Dans son discours de politique mon&#233;taire devant la Di&#232;te, Shigeru Ishiba s'est montr&#233; extr&#234;mement prudent, &#233;vitant de prendre des positions tranch&#233;es et d'annoncer quoi que ce soit de concret. Un signe qu'il lui faut trouver des &#233;quilibres internes d&#233;licats. R&#233;sultat : l'homme qui pouvait renouveler le PLD semble se contenter de se mettre dans les pas de son pr&#233;d&#233;cesseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un mode de scrutin mixte qui favorise le PLD&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parlement japonais s'appelle la Di&#232;te et est constitu&#233; de deux chambres : la Chambre des repr&#233;sentants et la Chambre des conseillers. C'est la premi&#232;re qui est renouvel&#233;e le 27 octobre et devant laquelle le gouvernement est responsable. Elle est &#233;lue pour quatre ans, mais fait r&#233;guli&#232;rement l'objet de dissolutions. La derni&#232;re chambre a &#233;t&#233; &#233;lue en 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;lection des 465 d&#233;put&#233;s se d&#233;roule en une journ&#233;e selon deux modes : un majoritaire et un proportionnel. 289 d&#233;put&#233;s sont &#233;lus dans des circonscriptions selon un syst&#232;me majoritaire uninominal &#224; un tour, sur le mod&#232;le britannique ou &#233;tats-unien. 176 si&#232;ges sont ensuite r&#233;partis &#224; la proportionnelle dans onze grands &#171; blocs r&#233;gionaux &#187;. Chaque &#233;lecteur dispose de deux bulletins de vote, un pour chacun de ces modes de d&#233;signation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mode de scrutin et le d&#233;coupage des circonscriptions favorisent tr&#232;s largement les aires rurales, traditionnellement conservatrices, ainsi que les grands partis, &#224; commencer bien s&#251;r par le PLD. En 2021, ce dernier a ainsi obtenu 55,7 % des si&#232;ges, soit 259 &#233;lus, avec 34,7 % des voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre signe de cette prudence, le nouveau premier ministre n'a exclu que douze d&#233;put&#233;s du parti impliqu&#233;s dans le scandale de corruption. Mais il n'a satisfait personne. Beaucoup d'&#233;lus PLD n'ont gu&#232;re appr&#233;ci&#233; ces exclusions r&#233;alis&#233;es sur des crit&#232;res opaques, tandis qu'une grande partie de l'opinion a jug&#233; le &#171; nettoyage &#187; principalement cosm&#233;tique. L'image du PLD, m&#234;me men&#233;e par Shigeru Ishiba, reste donc entach&#233;e par ce scandale dans l'opinion et cela va se traduire par un recul dans les urnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan international, d&#232;s son arriv&#233;e au pouvoir, Shigeru Ishiba a, l&#224; aussi, d&#251; mettre de l'eau dans son vin. Son id&#233;e d'Otan asiatique a &#233;t&#233; tr&#232;s fra&#238;chement re&#231;ue dans la r&#233;gion et semble d&#233;j&#224; plus ou moins enterr&#233;e. Et alors qu'il avait appel&#233; &#224; une &#171; r&#233;ponse dure &#187; envers P&#233;kin apr&#232;s la violation de l'espace a&#233;rien nippon par un avion de surveillance chinois, il s'est montr&#233; plus flexible lors de sa rencontre le 10 octobre avec son homologue chinois Li Qiang, pr&#244;nant une &#171; relation mutuellement b&#233;n&#233;ficiaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au reste, si le PLD doit compter sur son alliance avec le K&#333;meit&#333; pour obtenir sa majorit&#233;, il y a fort &#224; parier que les bouddhistes profiteront de leur position cl&#233; pour peser davantage sur la politique &#233;trang&#232;re. Traditionnellement, ce parti est oppos&#233; &#224; la rh&#233;torique nationaliste et &#224; toute politique de r&#233;armement massif. L'apaisement pr&#244;n&#233; par le premier ministre avec P&#233;kin entre plut&#244;t dans ce cadre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'absence de politiques &#233;conomiques convaincantes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette volte-face se voit aussi sur le plan &#233;conomique. Shigeru Ishiba a longtemps d&#233;fendu un durcissement mon&#233;taire afin de sortir de la politique de taux n&#233;gatifs dans laquelle la BoJ s'est engag&#233;e dans les ann&#233;es 2010 pour accompagner la politique de Shinz&#333; Abe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/190324/la-banque-du-japon-releve-ses-taux-et-c-est-historique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mars 2024&lt;/a&gt;, la BoJ a relev&#233; une premi&#232;re fois ses taux mais a, pour l'instant, mis en suspens de nouvelles hausses. D&#232;s le 4 octobre, Shigeru Ishiba a d&#233;clar&#233; que &#171; l'&#233;conomie japonaise n'&#233;tait pas en mesure de supporter de nouvelles hausses de taux &#187;. Ce commentaire a provoqu&#233; un vent de panique sur les march&#233;s qui y ont vu l'annonce d'un changement de politique mon&#233;taire. Le yen a perdu 2 % en une journ&#233;e, obligeant le premier ministre &#224; corriger ses d&#233;clarations et &#224; jurer qu'il accepterait les choix futurs de la BoJ. L'&#233;pisode a prouv&#233; la confusion dans laquelle le leader du PLD m&#232;ne cette campagne &#233;lectorale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, Shigeru Ishiba semble avoir choisi la voie de la continuit&#233; avec son pr&#233;d&#233;cesseur. Comme lui, il a promis, dans son premier discours devant le Parlement, de &#171; mettre fin &#224; la d&#233;flation &#187;, autrement dit &#224; la logique de stagnation alli&#233;e &#224; de l'inflation faible qui r&#232;gne dans le pays depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1990. Car m&#234;me si le Japon a connu un &#233;pisode inflationniste comme le reste du monde entre 2022 et 2023, la logique d&#233;flationniste continue de menacer avec la faiblesse des salaires r&#233;els et une croissance plus que jamais poussive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le PIB japonais a nettement rebondi au deuxi&#232;me trimestre avec une &lt;a href=&#034;https://www.reuters.com/world/asia-pacific/japan-revises-down-q2-gdp-annualised-29-growth-2024-09-09/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;hausse trimestrielle de 0,8 %&lt;/a&gt;, mais il s'agissait largement d'un rattrapage apr&#232;s une baisse de 0,6 % au trimestre pr&#233;c&#233;dent. Et les derniers chiffres disponibles ne sont gu&#232;re encourageants. Les &lt;a href=&#034;https://www.bloomberg.com/news/articles/2024-10-16/japan-exports-unexpectedly-slip-for-first-time-in-10-months?sref=fo6OHuy7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;exportations&lt;/a&gt; ont recul&#233; de 1,7 % en septembre sur un an, effa&#231;ant la hausse de 1,1 % du mois d'ao&#251;t qui constituait &lt;a href=&#034;https://asia.nikkei.com/Economy/Japan-s-GDP-up-annualized-0.2-in-August-JCER&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le seul moteur de la croissance&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, en prenant un peu de recul, on constate que, malgr&#233; la m&#233;thode Cou&#233; du gouvernement pr&#233;c&#233;dent et de la BoJ, le pays reste dans une stagnation profonde. Le PIB du deuxi&#232;me trimestre 2024 &#233;tait ainsi sup&#233;rieur de 0,2 % &#224; celui du deuxi&#232;me trimestre de 2019. Autrement dit, en cinq ans, il n'a quasiment pas boug&#233;. On constate aussi que le PIB du deuxi&#232;me trimestre 2024 est presque 10 % inf&#233;rieur &#224; ce qu'il aurait &#233;t&#233; si la tendance d&#233;j&#224; faible des ann&#233;es 1994-2008 s'&#233;tait poursuivie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une opposition &#233;clat&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu du mode de scrutin, un des avantages structurels du PLD dans les &#233;lections japonaises r&#233;side dans la division de l'opposition. Dans les ann&#233;es 2000, le Parti d&#233;mocrate du Japon (PDJ) avait r&#233;ussi &#224; concentrer une grande partie des courants d'opposition et avait fini par remporter les &#233;lections de 2009. Mais apr&#232;s le d&#233;sastre de la gestion du PDJ, marqu&#233; notamment par la catastrophe de Fukushima en 2011, il a perdu beaucoup de cr&#233;dibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les h&#233;ritiers du PDJ sont le Parti d&#233;mocrate constitutionnel (PDC), plut&#244;t social-lib&#233;ral, et le Parti d&#233;mocrate du peuple (PDP), plus conservateur et plus marginal. Le PDC n'a cependant jamais plus repr&#233;sent&#233; une menace directe pour l'alliance PDJ-K&#333;meit&#333;. En 2021, le PDC a obtenu 99 d&#233;put&#233;s et 20 % des voix au scrutin proportionnel. De son c&#244;t&#233;, le PDP a obtenu 2,4 % des voix et 11 si&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che du PDC est encore rendue plus compliqu&#233;e par l'&#233;mergence du Parti de l'innovation, appel&#233; Ishin no Kai ou simplement Ishin, qui a obtenu 14 % des voix en 2021 et 41 si&#232;ges. Ce parti d&#233;fend une ligne libertarienne et a r&#233;ussi &#224; s'implanter solidement dans la r&#233;gion de Kyoto et Osaka. Il refuse toute alliance avec le PDC, mais s'est r&#233;cemment dit pr&#234;t &#224; aider le PLD &#224; gouverner, si besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le dernier grand parti japonais d'opposition est le Parti communiste du Japon (PCJ) qui, gr&#226;ce &#224; une &#233;volution pr&#233;coce d'ind&#233;pendance vis-&#224;-vis de Moscou et de P&#233;kin, a r&#233;ussi &#224; conserver des positions fortes. En 2021, il a obtenu 6,8 % des voix et 11 si&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les salaires n'ont pas r&#233;ellement rebondi. Le salaire r&#233;el a recul&#233; pendant vingt-six mois jusqu'en juin 2024 et, apr&#232;s deux mois de hausse modeste, il a, &#224; nouveau, baiss&#233; en ao&#251;t. Sans surprise, la demande des m&#233;nages est donc atone. La croissance d&#233;pend tr&#232;s largement des entreprises exportatrices, lesquelles sont sous la pression du ralentissement de leur principal march&#233;, la Chine. Ces derni&#232;res ont donc d&#233;j&#224; fait savoir qu'elles pr&#233;f&#233;reraient freiner les hausses de salaires. Et d&#233;j&#224;, la derni&#232;re proposition des syndicats dans les n&#233;gociations salariales pour les grandes entreprises a &#233;t&#233; plus modeste qu'attendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette situation, la BoJ est prise au pi&#232;ge. Est-il temps de resserrer encore les taux alors que l'&#233;conomie reste aussi fragile ? Faut-il, au contraire, maintenir un soutien mon&#233;taire et budg&#233;taire ? Le faux pas de Shigeru Ishiba trahit les doutes qui, en r&#233;alit&#233;, sont ceux de tout le monde au Japon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute de mieux, le nouveau premier ministre en est donc r&#233;duit &#224; s'en remettre aux m&#234;mes recettes qu'auparavant. Shigeru Ishiba, qui avait tant critiqu&#233; la politique de Shinz&#333; Abe, a donc annonc&#233; ce que tout nouveau premier ministre doit annoncer : un plan de relance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'arme de la relance semble &#233;mouss&#233;e, comme l'arme mon&#233;taire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa taille sera annonc&#233;e apr&#232;s l'&#233;lection, ce qui est, l&#224; encore, la preuve de la prudence extr&#234;me et du flou que la nouvelle administration entretient. Mais on sait d&#233;j&#224; que son originalit&#233; sera de se concentrer sur le d&#233;veloppement r&#233;gional. Ce n'est certainement pas une mauvaise id&#233;e dans la mesure o&#249; l'essentiel de la faible croissance nipponne se concentre dans les m&#233;tropoles, laissant les r&#233;gions plus modestes et isol&#233;es &#224; l'abandon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'emp&#234;che : l'arme de la relance semble &#233;mouss&#233;e, comme l'arme mon&#233;taire. Entre 2021 et 2023, les trois plans r&#233;alis&#233;s par Fumio Kushida se sont &#233;lev&#233;s &#224; 188 000 milliards de yens, soit environ 116 milliards d'euros. Sans effets de reprise notable sur la productivit&#233; et la croissance. Et c'est ainsi depuis trente ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la raison pour laquelle la dette publique est la plus importante du monde : elle atteint 255 % du PIB. Ce niveau s'explique ais&#233;ment : l'action publique a certes garanti d'&#233;viter un effondrement, mais elle n'a pas permis de redresser la croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, Shigeru Ishiba marche sur des &#339;ufs. La BoJ normalisant sa politique mon&#233;taire, le taux d'int&#233;r&#234;t de la dette japonaise va remonter. La charge de la dette pourrait donc venir alourdir la facture et affaiblir le pays &#224; terme, sauf si, cette fois, la relance fonctionne. Mais cette hypoth&#232;se semble tr&#232;s hasardeuse : le Japon est une &#233;conomie structurellement vieillissante, peu productive. Une &#233;conomie qui d&#233;pend trop de son secteur exportateur, lequel a besoin d'un yen faible et de salaires r&#233;els comprim&#233;s, donc d'une demande int&#233;rieure an&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Japon est donc pris dans des injonctions contradictoires. Comme l'illustre l'appel du nouveau premier ministre &#224; mettre fin &#224; la d&#233;flation, sans r&#233;ellement avoir de solutions concr&#232;tes &#224; mettre en &#339;uvre. On comprend donc le peu d'enthousiasme des Japonais devant la proposition de Shigeru Ishiba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'opposition est extr&#234;mement divis&#233;e et s'est largement discr&#233;dit&#233;e par ses exp&#233;riences de gestion pass&#233;es. Le PLD devrait donc garder le pouvoir avec l'appui du K&#333;meit&#333; ou, dans le pire des cas, du parti libertarien Ishin. Shigeru Ishiba gardera donc son poste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel est ailleurs. Ni le PLD, ni l'opposition, ni m&#234;me la BoJ ne semblent aujourd'hui en mesure de r&#233;gler les probl&#232;mes fondamentaux de l'&#233;conomie japonaise. Les autorit&#233;s naviguent &#224; vue, tentant d'&#233;viter les &#233;cueils les plus &#233;vidents. Mais le Japon, tomb&#233; &#224; la quatri&#232;me place &#233;conomique mondiale l'an dernier, reste un paquebot &#224; la d&#233;rive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romaric Godin&lt;/p&gt;
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		<title>La Chine change de strat&#233;gie pour relancer sa croissance</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-Chine-change-de-strategie-pour-relancer-sa-croissance</link>
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		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
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		<dc:subject>Edition du 2024-10-01</dc:subject>
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&lt;p&gt;La banque centrale chinoise a annonc&#233; une s&#233;rie de mesures mon&#233;taires de grande ampleur pour soutenir le cr&#233;dit, le secteur immobilier et les march&#233;s financiers. Le signe d'une forme de panique de P&#233;kin face &#224; l'affaiblissement de la croissance et &#224; l'&#233;puisement de son mod&#232;le &#233;conomique. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Europe solidaire sans fronti&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Trois ans apr&#232;s la faillite du plus grand promoteur immobilier chinois Evergrande, P&#233;kin sort le &#171; bazooka &#187; mon&#233;taire pour tenter de stopper l'affaiblissement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-846-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Chine-+" rel="tag"&gt;Chine&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_le_2024-09-30_a_00.00_37-15c97.png?1727779373' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La banque centrale chinoise a annonc&#233; une s&#233;rie de mesures mon&#233;taires de grande ampleur pour soutenir le cr&#233;dit, le secteur immobilier et les march&#233;s financiers. Le signe d'une forme de panique de P&#233;kin face &#224; l'affaiblissement de la croissance et &#224; l'&#233;puisement de son mod&#232;le &#233;conomique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article72067&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire sans fronti&#232;re&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois ans apr&#232;s la faillite du plus grand &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie/091221/le-groupe-immobilier-chinois-evergrande-officiellement-en-defaut-de-paiement&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;promoteur immobilier chinois Evergrande&lt;/a&gt;, P&#233;kin sort le &#171; bazooka &#187; mon&#233;taire pour tenter de stopper l'affaiblissement continu de son &#233;conomie. Mardi 24 septembre 2024, la Banque populaire de Chine (BPC), la banque centrale du pays, a annonc&#233; une s&#233;rie de mesures de soutien massif &#224; l'&#233;conomie dans une mise en sc&#232;ne particuli&#232;rement rare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouverneur de la BPC, Pan Gongsheng, a convoqu&#233; une conf&#233;rence de presse inopin&#233;e pour d&#233;rouler son plan. D'abord, une baisse du taux de refinancement &#224; sept jours des banques, l'&#233;quivalent du taux directeur chinois, de 1,7 % &#224; 1,5 %. Cette mesure devrait conduire &#224; un recul des taux &#224; moyen et long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, et pour la premi&#232;re fois, la BPC a doubl&#233; cette baisse des taux par une baisse des r&#233;serves obligatoires des banques de 1 000 milliards de yuans (environ 128 milliards d'euros) et par une baisse du taux de cr&#233;dit immobilier pour les cr&#233;dits en cours. Cette derni&#232;re mesure devrait, selon Pan Gongsheng, soutenir les revenus de 150 millions de personnes &#224; hauteur de 150 milliards de yuans (environ 19,1 milliards d'euros).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan de la BPC inclut &#233;galement le soutien direct aux rachats des terrains des soci&#233;t&#233;s d'immobilier en difficult&#233; par le secteur priv&#233;, venant compl&#233;ter les 300 milliards de yuans (environ 38,2 milliards d'euros) &lt;a href=&#034;https://www.scmp.com/business/china-business/article/3263127/china-property-beijing-launches-us41-billion-fund-buy-unsold-homes-major-drive-rescue-housing-market?module=inline&amp;pgtype=others&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;accord&#233;s en mai&lt;/a&gt; aux autorit&#233;s locales pour racheter les logements non vendus. Les mesures prises en 2021 par le gouvernement central pour freiner la sp&#233;culation immobili&#232;re, notamment la surcharge sur les rachats de r&#233;sidences secondaires, sont abolies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la BPC a annonc&#233; qu'elle mettait en place un programme de liquidit&#233; de 500 milliards de yuans, soit environ 63,8 milliards d'euros, pour les acteurs des march&#233;s financiers chinois, compagnies d'assurance, fonds de gestion, courtiers. Ces acteurs pourront venir piocher dans cette facilit&#233; en pla&#231;ant des actions en garantie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pan Gongsheng a d'ores et d&#233;j&#224; promis que, si cette mesure &#233;tait un succ&#232;s, 500 milliards de yuans suppl&#233;mentaires pourraient &#234;tre d&#233;bloqu&#233;s. Et pour faire bonne mesure, les autorit&#233;s chinoises ont annonc&#233; discuter d'un &#171; fonds de stabilisation &#187; pour &#171; soutenir le march&#233; financier &#187;. En tout, ce serait l&#224; encore 1 000 milliards de yuans qui seraient inject&#233;s dans le syst&#232;me financier chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ampleur de la crise chinoise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces mesures ont logiquement r&#233;joui les op&#233;rateurs boursiers chinois et, plus largement, asiatiques. L'indice CSI de Shanghai a bondi de 4,3 %, par exemple. Mais l'ampleur de l'annonce, que ce soit en termes de fonds inject&#233;s comme en termes de diversit&#233; des mesures, semble surtout montrer qu'une forme de panique s'est empar&#233;e des autorit&#233;s de P&#233;kin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis trois ans, la crise immobili&#232;re p&#232;se lourdement sur la croissance chinoise. Avec la fuite en avant du pays dans la sp&#233;culation immobili&#232;re, qui s'est acc&#233;l&#233;r&#233;e en 2015-2016 lorsqu'il a d&#251; prendre des mesures contre la surproduction industrielle, construction et immobilier ont repr&#233;sent&#233; jusqu'&#224; 30 % du PIB chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faillite d'Evergrande &#224; l'automne 2021 s'est propag&#233;e aux autres grands promoteurs ayant le m&#234;me mod&#232;le &#233;conomique (payer les constructions en cours avec les paiements des constructions futures) a logiquement donn&#233; un coup d'arr&#234;t aux programmes immobiliers. Beaucoup d'acheteurs se sont retrouv&#233;s sans fonds et sans logements, conduisant &#224; une baisse des ventes, soit faute de moyens, soit par pr&#233;caution. Les prix se sont alors effondr&#233;s, conduisant &#224; de nouvelles faillites qui ont fini par peser sur le secteur de la construction.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_47770 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH428/72c956e22040a5d4-aa0544b6-0c4fd.png?1727779373' width='500' height='428' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pendant longtemps, P&#233;kin a pris des mesures de stabilisation minimales et les autorit&#233;s se sont toujours refus&#233;es &#224; reconna&#238;tre le s&#233;rieux de la situation. L'effet n&#233;gatif sur les revenus et la confiance des m&#233;nages s'est diffus&#233; et a commenc&#233; &#224; peser sur la demande int&#233;rieure. La baisse des prix a alors commenc&#233; &#224; se g&#233;n&#233;raliser. En 2023, le d&#233;flateur du PIB, c'est-&#224;-dire l'&#233;volution des prix s'appliquant &#224; l'ensemble de l'&#233;conomie, a recul&#233; de 0,5 %. Cette amorce de d&#233;flation a pes&#233; sur la rentabilit&#233; du secteur priv&#233; chinois, ce qui a conduit &#224; une demande encore plus faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour contrer le ph&#233;nom&#232;ne, les autorit&#233;s de P&#233;kin ont r&#233;pondu en acc&#233;l&#233;rant les investissements dans les technologies de pointe et en relan&#231;ant le moteur des exportations. La Chine a cherch&#233; &#224; tirer profit de ses tensions internes en exportant sa surcapacit&#233; &#224; des co&#251;ts tr&#232;s bas. La strat&#233;gie a partiellement fonctionn&#233; : les exportations chinoises ont, selon le &lt;a href=&#034;https://www.imf.org/en/Blogs/Articles/2024/09/12/trade-balances-in-china-and-the-us-are-largely-driven-by-domestic-macro-forces&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fonds mon&#233;taire international&lt;/a&gt; (FMI), gagn&#233;, en 2023, 1,5 point de part de march&#233; par rapport &#224; la p&#233;riode 2017-2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ennui, c'est que ces gains de part de march&#233; affaiblissent la demande des autres &#233;conomies, par exemple l'Allemagne en Europe, sans r&#233;gler les probl&#232;mes internes, puisqu'ils se font &#224; des prix bas. En parall&#232;le, les investissements massifs dans les technologies de pointe peinent &#224; produire des effets macro&#233;conomiques concrets : ce secteur ne peut pas &#234;tre un moteur de l'activit&#233; globale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'affaiblissement de la croissance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat : la croissance n'a cess&#233; de s'affaiblir. Au &lt;a href=&#034;https://www.stats.gov.cn/english/PressRelease/202407/t20240715_1955620.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;deuxi&#232;me trimestre 2024&lt;/a&gt;, le PIB chinois a progress&#233; de 4,7 % sur un an, bien en de&#231;&#224; des attentes des &#233;conomistes &#224; 5,1 %. Ce niveau met en doute l'objectif gouvernemental de 5 % pour l'ensemble de l'ann&#233;e. La croissance est tr&#232;s fortement port&#233;e par les investissements publics dans les transports et les infrastructures, mais l'investissement priv&#233;, lui, est pratiquement stagnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation n'est pas tenable en l'&#233;tat. La croissance repose sur la construction publique de capacit&#233;s d&#233;j&#224; exc&#233;dentaires dans les infrastructures et l'industrie. L'effet d'entra&#238;nement de ces mesures est quasiment inexistant : elles permettent tout juste de maintenir une forme de statu quo qui, dans le contexte chinois, signifie une croissance de 5 %. Le chiffre du deuxi&#232;me trimestre vient m&#234;me prouver que cette stabilisation n'est pas acquise. Certains &#233;conomistes pr&#233;disent une croissance qui n'exc&#233;dera pas 4 % cette ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_47769 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH393/9ce1f005260a97a2-4fe75a35-d7f72.png?1727779373' width='500' height='393' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un tel d&#233;crochage est inadmissible pour le pouvoir central chinois, dont l'objectif est de rejoindre les puissances occidentales en termes de PIB par habitant. Aujourd'hui, ce ratio en parit&#233; de pouvoir d'achat repr&#233;sente, en Chine, 30 % de celui des &#201;tats-Unis. P&#233;kin ne peut donc esp&#233;rer rattraper son retard avec une croissance de 4 %, sup&#233;rieure de 1,5 point &#224; celle des &#201;tats-Unis. Autrement dit : pour sortir du &#171; &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/210824/le-modele-de-developpement-du-sud-global-est-confronte-une-impasse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pi&#232;ge du revenu moyen&lt;/a&gt; &#187; que Xi Jinping redoute depuis son arriv&#233;e au pouvoir, il faut maintenir un taux de croissance &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif semble de moins en moins tenable. Ce m&#234;me Xi Jinping a d&#251; m&#234;me implicitement reconna&#238;tre ce fait le 12 septembre dans un &lt;a href=&#034;https://www.scmp.com/economy/policy/article/3278341/president-xi-jinping-tones-down-focus-chinas-growth-targets-headwinds-mount?module=top_story&amp;pgtype=section?module=inline&amp;pgtype=article&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;symposium &#224; Lanzhou&lt;/a&gt;. Il n'y a pas &#233;voqu&#233; l'objectif des 5 %, mais a indiqu&#233; que la Chine devait &#171; aspirer &#224; remplir les objectifs et les t&#226;ches de d&#233;veloppement &#233;conomique et social pour l'ann&#233;e &#187;. Ce changement s&#233;mantique subtil a beaucoup inqui&#233;t&#233; les observateurs. Il traduisait sans doute une forme de panique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_47768 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH401/136be93645747f14-72df6d12-ece16.png?1727779374' width='500' height='401' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le risque est que la spirale d&#233;flationniste s'acc&#233;l&#232;re et que l'ensemble du secteur priv&#233; chinois tombe en r&#233;cession. Les remont&#233;es du terrain sont fort inqui&#233;tantes. Ainsi, le quotidien de Hong Kong &lt;a href=&#034;https://www.scmp.com/business/china-evs/article/3279679/chinas-car-dealers-struggle-us20-billion-losses-amid-price-war?module=top_story&amp;pgtype=homepage&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;South China Morning Post&lt;/a&gt; relate, mardi 24 septembre, la situation critique du secteur de la distribution chinoise d'automobiles. Le secteur est pris dans une logique de demande faible, de baisses agressives de prix et de surstockage. 138 milliards de yuans (environ 18 milliards d'euros) seraient d&#233;j&#224; perdus par les entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'instant, la demande publique permet de r&#233;duire les effets sur l'emploi, mais le ch&#244;mage des jeunes ne cesse d'augmenter. Malgr&#233; un changement de mode de calcul destin&#233; &#224; r&#233;duire le taux de ch&#244;mage des 16-24 ans, celui-ci a &lt;a href=&#034;https://www.cnbc.com/2024/08/20/chinas-youth-unemployment-soars-above-17percent-in-july.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;bondi en ao&#251;t &#224; 17,4 %, contre 13,2 % en juin&lt;/a&gt;. Plus la d&#233;flation sera forte, plus le maintien de l'emploi sera difficile. Or, ici, l'enjeu devient politique : le Parti communiste chinois s'appuie sur une promesse de prosp&#233;rit&#233; et d'emploi qui semble de plus en plus difficile &#224; tenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Panne de mod&#232;le &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que P&#233;kin a d&#233;cid&#233; de changer de strat&#233;gie et de reconna&#238;tre le caract&#232;re s&#233;rieux de la situation. Les mesures annonc&#233;es par la BPC visent &#224; soutenir le secteur priv&#233; et &#224; mettre fin aux difficult&#233;s du secteur immobilier. L'ambition principale est de cr&#233;er un &#171; choc de confiance &#187; qui permette aux entreprises et aux consommateurs de reprendre leurs d&#233;penses et de les financer par l'acc&#232;s au cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le papier, ce r&#233;veil peut para&#238;tre bienvenu. Mais la r&#233;ussite de la nouvelle strat&#233;gie chinoise reste tr&#232;s incertaine. Le probl&#232;me de la Chine est plus structurel que conjoncturel, c'est un probl&#232;me de mod&#232;le &#233;conomique. La Chine reste plus que jamais l'atelier d'un monde en surproduction industrielle et son rythme de croissance d&#233;pend de la d&#233;pense publique, qui elle-m&#234;me repose sur le succ&#232;s des exportations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour maintenir son rythme d'accumulation du capital, les succ&#232;s &#224; l'export ne suffisent pas. La solution n'est-elle pas alors de soutenir la consommation des m&#233;nages en augmentant les salaires ? En r&#233;alit&#233;, cette option, qui a longtemps &#233;t&#233; un objectif, est difficilement r&#233;alisable pour le capitalisme chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gains de productivit&#233; du pays sont trop faibles pour basculer vers un r&#233;gime domin&#233; par la consommation des m&#233;nages. La hausse de la consommation pourrait certes temporairement venir &#233;ponger la surcapacit&#233; industrielle, mais elle menacerait la comp&#233;titivit&#233; externe du pays, qui repose encore largement sur les co&#251;ts et conduirait &#224; ajuster la d&#233;pense publique. En d&#233;finitive, la croissance s'affaiblirait. C'est un ph&#233;nom&#232;ne bien connu en Occident dans les ann&#233;es 1970 : l'aboutissement du d&#233;veloppement de la consommation de masse a &#233;t&#233; la d&#233;sindustrialisation et l'affaiblissement du r&#233;gime de croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sortir de cette contradiction, la Chine a d&#233;j&#224; essay&#233; la bulle immobili&#232;re, ce qui a encore aggrav&#233; la situation. L'id&#233;e de Xi Jinping de &#171; d&#233;velopper les nouvelles forces productives &#187;, c'est-&#224;-dire de faire de la Chine le centre des nouvelles technologies, a connu de beaux succ&#232;s, mais il est illusoire de penser que ce secteur puisse se substituer aux secteurs traditionnels pour fournir des emplois et des revenus &#224; la masse de la population. Le risque, l&#224; aussi, est de se retrouver face &#224; une bulle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'annonce de Pan Gongsheng laisse presque penser que la BPC esp&#232;re d&#233;velopper un r&#233;gime de croissance fond&#233; sur la financiarisation et le cr&#233;dit. Mais l&#224; encore, faute de perspectives concr&#232;tes, la seule possibilit&#233; est celle d'une bulle financi&#232;re qui, comme la bulle immobili&#232;re, viendra, in fine, rajouter une crise &#224; la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On compare souvent la situation actuelle de la Chine &#224; celle du Japon des ann&#233;es 1990. La comparaison est en partie valable et conduit &#224; douter du succ&#232;s du &#171; bazooka &#187; mon&#233;taire. Au Japon, l'assouplissement mon&#233;taire n'a pas mis fin &#224; la d&#233;flation, bien au contraire, pr&#233;cis&#233;ment parce que les salaires &#233;taient sous la pression de comp&#233;titivit&#233; externe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la crise chinoise est encore plus complexe, dans la mesure o&#249; la Chine n'a pas achev&#233; son d&#233;veloppement capitaliste et se retrouve face &#224; des impasses qui sont celles des pays occidentaux avanc&#233;s, comme la surcapacit&#233; industrielle, l'&#233;puisement de la financiarisation et les limites de la croissance technologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chine avait r&#233;ussi &#224; d&#233;jouer toutes les crises depuis sa transition vers le capitalisme dans les ann&#233;es 1980. Elle avait &#233;vit&#233; le sort des pays de l'ex-URSS, n'avait pas &#233;t&#233; emport&#233;e par les crises de 2001 et 2008. Mais depuis une dizaine d'ann&#233;es, elle est rattrap&#233;e par la crise du capitalisme global, dont elle est devenue un maillon essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vitesse de son d&#233;veloppement a donc un revers : celui d'arriver plus rapidement, et bien trop t&#244;t au go&#251;t de ses dirigeants, dans l'impasse o&#249; se trouvent les pays avanc&#233;s. Le besoin continuel de croissance du capital s'oppose, en Chine comme ailleurs, aux conditions de sa r&#233;alisation. Il ne reste alors plus que la fuite en avant, pratiqu&#233;e ici comme ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romaric Godin&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>France. &#171; La crise des finances publiques est d'abord l'&#233;chec de la politique de l'offre men&#233;e depuis sept ans &#187; par Bruno Le Maire</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/France-La-crise-des-finances-publiques-est-d-abord-l-echec-de-la-politique-de-l</link>
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		<dc:date>2024-09-17T10:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Romaric Godin</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-09-17</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Bruno Le Maire [ministre d&#233;missionnaire des Finances] entrera dans l'histoire, c'est une certitude. D'abord parce qu'il aura &#233;t&#233; le plus long titulaire du minist&#232;re des Finances depuis plus de deux si&#232;cles. Mais, en politique, record ne signifie pas succ&#232;s et entrer dans l'histoire ne signifie pas y laisser une marque positive. Avec ces sept ans et quelques mois &#224; Bercy [site du minist&#232;re de l'Economie, des Finances et de la Souverainet&#233; industrielle et num&#233;rique], notre recordman ne peut (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2024-09-17-+" rel="tag"&gt;Edition du 2024-09-17&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH105/lemaire_et_macron-3d127.png?1726569770' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='105' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Bruno Le Maire [ministre d&#233;missionnaire des Finances] entrera dans l'histoire, c'est une certitude. D'abord parce qu'il aura &#233;t&#233; le plus long titulaire du minist&#232;re des Finances depuis plus de deux si&#232;cles. Mais, en politique, record ne signifie pas succ&#232;s et entrer dans l'histoire ne signifie pas y laisser une marque positive. Avec ces sept ans et quelques mois &#224; Bercy [site du minist&#232;re de l'Economie, des Finances et de la Souverainet&#233; industrielle et num&#233;rique], notre recordman ne peut pas &#233;chapper aux cons&#233;quences de ses actes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;10 septembre 2024 | tir&#233; du site alencontre.org&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://alencontre.org/europe/france-la-crise-des-finances-publiques-est-dabord-lechec-de-la-politique-de-loffre-menee-depuis-sept-ans-par-bruno-le-maire.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://alencontre.org/europe/france-la-crise-des-finances-publiques-est-dabord-lechec-de-la-politique-de-loffre-menee-depuis-sept-ans-par-bruno-le-maire.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se revendiquant &#233;crivain de talent, Bruno Le Maire [auteur, entre autres, de La Fugue am&#233;ricaine, de L'Ange et la b&#234;te&#8230;] a tent&#233; de forger un r&#233;cit qui a longtemps tourn&#233; dans la sph&#232;re m&#233;diatique : celui du &#171; bon bilan &#233;conomique &#187;. Ce r&#233;cit est bancal d&#232;s le d&#233;part et n'a jamais convaincu qu'une sph&#232;re restreinte et non la masse des Fran&#231;ais et Fran&#231;aises qui, &#224; plusieurs reprises, ont sanctionn&#233; le gouvernement pour son bilan &#233;conomique. La r&#233;industrialisation est une chim&#232;re, l'attractivit&#233; un miroir aux alouettes et la croissance &#233;conomique s'est affaiblie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, depuis quelques mois, notre conteur est rattrap&#233; par la r&#233;alit&#233;. La d&#233;gradation des comptes publics n'est, en effet, pas l'effet d'une orgie de d&#233;penses du syst&#232;me social ou d'un pr&#233;tendu financement de la paresse des travailleurs fran&#231;ais comme le discours aust&#233;ritaire le pr&#233;tend d&#233;j&#224;. Sa source est d'abord et avant tout l'&#233;chec monumental et complet de la politique m&#234;me de Bruno Le Maire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ministre est, reconnaissons-lui ce caract&#232;re, un homme de conviction. Rien ne le fera d&#233;vier de ses certitudes : l'imp&#244;t sur les plus riches est un mal absolu, la fiscalit&#233; sur les entreprises doit &#234;tre abaiss&#233;e et le capital, toujours et partout, doit &#234;tre aid&#233;. La seule &#171; politique raisonnable &#187; pour lui est la politique de l'offre [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en a, au reste, re&#231;u l'hommage appuy&#233; et &#233;mouvant du Mouvement des entreprises de France (Medef) lors de leur derni&#232;re universit&#233; d'&#233;t&#233;, fin ao&#251;t 2024. Patrick Martin, le patron des patrons, l'a f&#233;licit&#233;, tutoiement &#224; la cl&#233;, comme on f&#233;licite un employ&#233; z&#233;l&#233; : &#171; Tu as &#233;t&#233; un artisan d&#233;terminant et d&#233;termin&#233; de la politique pro-entreprise. &#187; Et c'est d'ailleurs la seule explication plausible de sa long&#233;vit&#233; &#224; Bercy, car il est, sur ce point, en accord parfait avec Emmanuel Macron, qui a bien fait comprendre &#224; chacun cet &#233;t&#233; que la d&#233;mocratie ne pouvait remettre en cause cette orientation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une politique qui ne profite qu'aux d&#233;tenteurs de capital&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ennui, c'est que ce sont ces convictions m&#234;mes qui ont conduit &#224; la d&#233;gradation du d&#233;ficit public. Les chiffres sont sans appel : ce ne sont pas &lt;strong&gt;les d&#233;penses&lt;/strong&gt; qui sont responsables de l'&#233;tat des finances, &lt;strong&gt;ce sont&lt;/strong&gt; bel et bien &lt;strong&gt;les recettes&lt;/strong&gt;. Ces derni&#232;res sont, depuis deux ans, en chute libre par rapport aux pr&#233;visions, ou plut&#244;t devrait-on dire, aux promesses du gouvernement. Or ce fait est un d&#233;saveu de toute la politique de l'offre, c'est-&#224;-dire de la politique dite du &#171; ruissellement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons bri&#232;vement la logique de cette politique. Elle repose sur l'id&#233;e que la croissance est entrav&#233;e par des &#171; blocages &#187; qui emp&#234;chent les entreprises d'investir. Ces blocages, pour aller vite, c'est tout ce qui r&#233;duit la rentabilit&#233; des entreprises. On y trouve donc les salaires, et c'est l'objet des r&#233;formes du march&#233; du travail, mais aussi la fiscalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En baissant les imp&#244;ts sur le capital au sens large, c'est-&#224;-dire tant sur les entreprises que sur les propri&#233;taires des entreprises, on permettrait une augmentation du potentiel de croissance. Et comme la croissance augmente, les recettes doivent suivre et, en cons&#233;quence, venir r&#233;duire le d&#233;ficit public. Telle est la promesse des politiques men&#233;es par Bruno Le Maire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or cette belle m&#233;canique ne fonctionne pas. Le soutien au taux de profit ne se traduit pas par une acc&#233;l&#233;ration de la croissance parce que, pr&#233;cis&#233;ment, la rentabilit&#233; ne progresse que gr&#226;ce au soutien public et &#224; la mod&#233;ration salariale. L'affaiblissement des gains de productivit&#233; et la tertiarisation de l'&#233;conomie rendent de plus en plus difficile de d&#233;gager de la plus-value. Il est donc peu attrayant d'investir, alors m&#234;me que les structures productives demandent de plus en plus de moyens (on le voit notamment avec les d&#233;penses d'informatique qui ont absorb&#233; l'essentiel de l'investissement comptable ces derni&#232;res ann&#233;es).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, la financiarisation de l'&#233;conomie permet de placer ces profits accumul&#233;s de fa&#231;on attrayante, d'autant que la r&#233;forme de 2018 en France a abaiss&#233; l'imp&#244;t sur les revenus du capital. En d'autres termes : cette politique ne profite qu'aux d&#233;tenteurs de capital qui, pour maintenir leur rythme d'accumulation, doivent toujours faire pression sur les salari&#233;&#183;e&#183;s, les consommateurs et l'Etat. Il n'y en a jamais assez puisque la croissance n'est pas suffisante pour maintenir &#171; naturellement &#187; l'accumulation. Il faut donc toujours r&#233;duire les imp&#244;ts en voyant toujours les d&#233;ficits se creuser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pers&#233;v&#233;rer dans l'erreur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du passage &#224; Bercy de Bruno Le Maire [en fonction depuis mai 2017] pourrait ainsi se r&#233;sumer &#224; une suite de propositions de nouvelles baisses d'imp&#244;ts &#224; laquelle s'est ajout&#233;e une suite de subventions toujours croissante au secteur priv&#233;. Le tout pour une croissance d&#233;clinante. En r&#233;sum&#233;, le capital co&#251;te de plus en plus cher et rapporte de moins en moins &#224; l'Etat. Qui peut alors s'&#233;tonner que le d&#233;ficit reste abyssal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiffres pour prouver ce pi&#232;ge o&#249; la politique de l'offre a plong&#233; les finances publiques ne manquent pas. On en citera un. En termes nominaux, le PIB fran&#231;ais a augment&#233; de 101 milliards d'euros environ entre 2018 et 2023. Les d&#233;penses de l'Etat ont progress&#233; de 100 milliards d'euros, soit une &#233;volution proche de celui du PIB. Mais les recettes de l'Etat, elles, ont progress&#233; de seulement 10,8 milliards d'euros, soit dix fois moins. C'est que tout est absorb&#233; par les compensations d'exon&#233;rations, donc par le financement des baisses de cotisations et d'imp&#244;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la preuve que le capital co&#251;te plus cher que ce que son aide ne rapporte. Et c'est ainsi que l'on se retrouve avec ce que beaucoup estiment &#234;tre un &#171; paradoxe &#187; mais qui n'en est un qu'en apparence : &lt;strong&gt;la France affiche &#224; la fois un d&#233;ficit consid&#233;rable et des services publics qui se d&#233;gradent.&lt;/strong&gt; C'est simplement parce que le d&#233;ficit n'est pas li&#233; aux d&#233;penses li&#233;es au service public, mais &#224; un Moloch, la politique de l'offre, qui engloutit les milliards et appauvrit tout le monde, sauf les plus fortun&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce d&#233;sastre, Bruno Le Maire n'a pas boug&#233; d'un iota ses convictions. Tout &#233;crivain qu'il est, le ministre est enkyst&#233; dans ce qu'il faut bien appeler une id&#233;ologie, c'est-&#224;-dire une conviction qui ne saurait &#234;tre modifi&#233;e par le r&#233;el. Aussi, lorsque l'&#233;chec de sa politique est devenu impossible &#224; dissimuler, il a d&#233;cid&#233; de lancer un nouveau r&#233;cit, fort classique au demeurant, celui de l'aust&#233;rit&#233; et de la destruction de l'Etat social. On a ainsi vu le bourreau des finances publiques se mettre &#224; son chevet et r&#233;clamer qu'on prenne au plus t&#244;t des mesures de &#171; redressement &#187; fond&#233;es in&#233;vitablement sur des &#233;conomies massives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre ministre-&#233;crivain s'est alors livr&#233; &#224; une v&#233;ritable bouffonnerie. D&#232;s f&#233;vrier, il a annonc&#233; en grande pompe un coup de rabot de 10 milliards d'euros sur le budget qu'il avait enti&#232;rement con&#231;u et fait passer par le levier de l'article 49-3. Depuis, Bruno Le Maire passe son temps &#224; en r&#233;clamer plus et &#224; se draper dans les habits neufs de combattant du d&#233;ficit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mensonge, irresponsabilit&#233;, incomp&#233;tence, d&#233;ni ? Ces hypoth&#232;ses ne peuvent &#234;tre &#233;cart&#233;es, bien s&#251;r. Bruno Le Maire, malgr&#233; le record de long&#233;vit&#233; dont il est si fier, s'efforce depuis des mois de reporter la faute de la situation actuelle sur les autres, des syndicats &#224; l'administration en passant par les oppositions. Mais il faut aussi rappeler que ces deux discours, politique de l'offre et aust&#233;rit&#233;, quoique, en apparence, contradictoires, se compl&#232;tent parfaitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vers l'aust&#233;rit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aust&#233;rit&#233; sert &#224; la fois &#224; ne pas remettre en cause le probl&#232;me de la politique de l'offre en concentrant le bl&#226;me du d&#233;ficit sur les d&#233;penses, et &#224; d&#233;truire l'Etat social, ce qui, directement et indirectement, contribue &#224; faire avancer la marchandisation de la soci&#233;t&#233; et ouvre de nouveaux march&#233;s pour le capital. En r&#233;alit&#233;, l'aust&#233;rit&#233; est aussi une politique de l'offre qui vise &#224; ramener la demande au niveau de l'offre en maintenant le soutien au capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre ministre d&#233;missionnaire n'a donc aucune raison de prendre aucune responsabilit&#233; ni de devoir faire face &#224; ses contradictions. Il est, &#224; sa fa&#231;on, logique. &lt;strong&gt;Pour lui, la soci&#233;t&#233; est au service du capital et elle doit payer le prix de cette subordination&lt;/strong&gt;. Si le capital financier r&#233;clame des gages et que le capital industriel veut conserver son flux d'argent public, ce sera au pays de s'ajuster.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc moins de l'aveuglement qu'une constance remarquable dans une politique de classe dont Bruno Le Maire n'a jamais d&#233;vi&#233; et que le nouveau premier ministre ne semble pas vouloir remettre en cause. Michel Barnier, &#171; l'Europ&#233;en &#187; [d&#233;sign&#233; &#224; la fonction de Premier ministre par Emmanuel Macron, le 5 septembre 2024], ne reviendra sans doute pas sur les nouvelles r&#232;gles budg&#233;taires europ&#233;ennes, aussi absurdes fussent-elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce week-end [7-8 septembre], en visite &#224; l'h&#244;pital Necker de Paris, le nouveau premier ministre a repris la vieille chanson selon laquelle les maux du syst&#232;me de sant&#233; tenaient moins aux moyens qu'&#224; son organisation. Un discours qui a toujours accompagn&#233; la r&#233;duction des moyens pour l'assurance-maladie. Quant &#224; ses promesses de &#171; justice fiscale &#187;, avanc&#233;es vendredi 6 septembre dans sa premi&#232;re intervention t&#233;l&#233;vis&#233;e en tant que chef du gouvernement, elles sont d'autant plus douteuses qu'Emmanuel Macron a refus&#233; tous les candidats &#224; Matignon qui entendaient aller dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France se dirige donc vers une &lt;strong&gt;cure d'aust&#233;rit&#233;&lt;/strong&gt; qui s'annonce particuli&#232;rement douloureuse. Le dernier point de conjoncture de l'Insee souligne ainsi que la demande int&#233;rieure est au plus faible et que les m&#233;nages, inquiets, renforcent leur &#233;pargne. D&#233;sormais, les entreprises signalant des probl&#232;mes de demande sont plus nombreuses que celles signalant des probl&#232;mes d'offres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se lancer dans ces conditions dans une politique de contraction de la d&#233;pense publique, un des derniers piliers de la croissance fran&#231;aise, pour maintenir une politique d'offre inefficace, ne peut que provoquer un choc n&#233;gatif sur l'&#233;conomie nationale, alors m&#234;me que la situation politique et sociale est tendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le &#171; bloc central &#187; et ses soutiens m&#233;diatiques semblent avancer vers l'ab&#238;me en chantant, assurant qu'il n'y a pas d'autres options que la r&#233;duction des d&#233;penses. On se croirait revenu en 2009, au moment des discours sur &#171; l'aust&#233;rit&#233; expansive &#187;. Bruno Le Maire, qui m&#232;ne la procession, voulait rester dans &#171; les m&#233;moires &#187; comme un Chateaubriand moderne, mais son nom pourrait ne venir s'ajouter qu'&#224; la liste d&#233;j&#224; longue des id&#233;ologues inconscients dont les folies conduisent au d&#233;sastre. (Article publi&#233; par Mediapart le 9 septembre 2024)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[1] Le 2 mai 2021, Romaric Godin, &#224; l'occasion d'un entretien avec l'&#233;conomiste Gilles Raveaud, &#233;conomiste &#224; l'Universit&#233; Paris VII et auteur de Economie : on n'a pas tout essay&#233; ! (Ed. du Seuil 2018), pr&#233;sentait ainsi les lignes de force de la politique de l'offre : &#171; Depuis des d&#233;cennies, le n&#233;olib&#233;ralisme s'est empar&#233; des &#171; politiques de l'offre &#187; pour projeter sa propre vision de la production. S'appuyant sur l'id&#233;e que l'offre devait &#234;tre guid&#233;e par les demandes du march&#233;, ces politiques ont eu pour ambition premi&#232;re de favoriser l'adaptation des entreprises au march&#233; et d'attirer les investissements par la perspective de rendements plus &#233;lev&#233;s. D'o&#249; les &#171; r&#233;formes structurelles &#187;, la demande de &#171; flexibilit&#233; &#187;, les partenariats public-priv&#233; et la baisse continue des imp&#244;ts pour les entreprises et les plus riches. &#187; (R&#233;d.)&lt;/p&gt;
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