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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>La r&#233;duction du temps de travail : une question vitale !</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-reduction-du-temps-de-travail-une-question-vitale</link>
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		<dc:date>2021-10-19T06:34:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Horman</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Belgique</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-10-19</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#171; Leurs profits&#8230;Nos vies. Pour une r&#233;duction collective et radicale du temps de travail &#187;, c'est le titre du livre que notre camarade Denis Horman a publi&#233;, il y a quelques mois, aux Editions CouleurLivres. &lt;br class='autobr' /&gt; Publi&#233; sur le site Gauche anticapitaliste 17 octobre 2021 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Denis Horman &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce livre, il pr&#233;sente, de fa&#231;on claire et argument&#233;e, les principaux enjeux du combat pour la r&#233;duction collective du temps de travail. &lt;br class='autobr' /&gt;
Gauche anticapitaliste : Ces derni&#232;res ann&#233;es, bon nombre de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Belgique-+" rel="tag"&gt;Belgique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-10-19-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-10-19&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH75/arton49981-4640c.jpg?1781240985' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Leurs profits&#8230;Nos vies. Pour une r&#233;duction collective et radicale du temps de travail &#187;, c'est le titre du livre que notre camarade Denis Horman a publi&#233;, il y a quelques mois, aux Editions CouleurLivres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; sur le site Gauche anticapitaliste&lt;br class='autobr' /&gt;
17 octobre 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Denis Horman&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6063 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/livre-leurs-profits-nos-vies-674x1024.jpg?6063/7f3950f1361ab5e625607bc680e5f54a7ca7b175a2f8b55b5c1032b5df306d41&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH760/7f3950f1361ab5e6-aad32880-afd38.jpg?1781240985' width='500' height='760' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans ce livre, il pr&#233;sente, de fa&#231;on claire et argument&#233;e, les principaux enjeux du combat pour la r&#233;duction collective du temps de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gauche anticapitaliste : Ces derni&#232;res ann&#233;es, bon nombre de publications sont parues sur la r&#233;duction du temps de travail. Qu'est-ce qui t'a motiv&#233; &#224; &#233;crire ce bouquin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Denis Horman : J&lt;/strong&gt;e suis parti de questions que j'entends autour de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. Pourquoi tant de travailleurs/euses disent &#171; vivement la pension ; on ne pourra jamais bosser jusqu'&#224; 60, 65 ans, alors a fortiori jusqu'&#224; 66, 67 ans &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. Pourquoi, dans de nombreux secteurs, avec des intensit&#233;s diff&#233;rentes, les conditions de travail se d&#233;gradent-elles ? Pourquoi les cas de burn-out se multiplient-ils, ainsi que les maladies professionnelles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. Pourquoi cette &#171; souffrance au travail &#187;, cette sensation de &#171; perdre sa vie &#224; la gagner &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. Pourquoi de plus en plus de personnes, qui ont, comme on dit, la chance d'avoir encore un boulot, doivent-elles travailler plus vite, le stress au ventre, et de surcroit mal pay&#233;es, au moment o&#249; des milliers de jeunes sont en recherche d'emploi, butant sur le blocage d'une embauche ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. Pourquoi les gains de productivit&#233; li&#233;s &#224; l'augmentation de l'intensit&#233; du travail, se traduisent-ils par d'avantage d'exclusion et de pr&#233;carit&#233;, au lieu de servir &#224; r&#233;duire le temps de travail contraint, &#224; lib&#233;rer du temps libre pour permettre &#224; chacun/e de s'&#233;panouir, de mieux concilier vie professionnelle et vie familiale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re question nous interpelle d'autant plus qu'en fait &#8211; et ce n'est pas un scoop- dans nos soci&#233;t&#233;s hautement d&#233;velopp&#233;es techniquement, quelques heures de travail par jours suffiraient pour produire les biens et services dont nous avons &lt;strong&gt;r&#233;ellement &lt;/strong&gt; besoin, dans des conditions dignes et conformes &#224; la nature humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je le signale dans mon livre, d&#233;j&#224;, au XVIII&#232;me si&#232;cle, Paul Lafargue, le gendre de Marx, plaidait pour la journ&#233;e des 3 heures. En 1930, dans sa &lt;i&gt;Lettre &#224; nos petits- enfants,&lt;/i&gt; J.M. Keynes, qui &#233;tait loin d'&#234;tre un &#233;conomiste marxiste, pr&#233;conisait, &#171; dans les pays de progr&#232;s, pour &#171; &#233;viter le ch&#244;mage technologique &#187;, la r&#233;duction de la journ&#233;e de travail &#224; 3 heures, et les 15 heures par semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions et ces positions r&#233;sument bien les principaux enjeux du combat pour une r&#233;duction collective et radicale du temps de travail. C'est un combat central et d'actualit&#233;, comme je le d&#233;veloppe dans la troisi&#232;me partie de mon livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GA : Pr&#233;cis&#233;ment, avant de d&#233;velopper cette troisi&#232;me partie, tu as commenc&#233;, dans une premi&#232;re partie de ton livre, intitul&#233;e &#171; Au c&#339;ur de l'exploitation capitaliste &#187; par pr&#233;senter le fonctionnement du mode de production capitaliste. Est-ce pour mieux &#233;clairer l'enjeu du combat pour la r&#233;duction du temps de travail ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DH &lt;/strong&gt; : Ne tournons pas autour du pot : c'est le mode de production capitaliste, c'est l'organisation capitaliste de nos soci&#233;t&#233;s qui dressent un obstacle &#224; cette aspiration l&#233;gitime d'en finir avec cette souffrance physique et psychique au travail, &#224; la r&#233;partition du travail entre toutes les mains, &#224; la lib&#233;ration du temps libre, indispensable &#224; l'&#233;panouissement de chacun.e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut comprendre le conflit autour de la r&#233;duction du temps de travail sans en examiner la racine, &#224; savoir l'extraction de la plus-value au c&#339;ur du proc&#232;s de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re partie du livre, qui couvre une bonne part de celui-ci, je prends la peine de d&#233;monter ce mode de production capitaliste et pourquoi celui-ci pousse, de fait et malgr&#233; lui, &#224; une large alliance entre les salari&#233;.e.s de tous les secteurs, du priv&#233; et du public, soumis fondamentalement &#224; la m&#234;me surexploitation de la &#171; force de travail &#187; et, d'une mani&#232;re ou d'une autre, au stress, &#224; la p&#233;nibilit&#233;, &#224; la d&#233;gradation des conditions de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GA : Dans ton livre, tu parles d'exploitation dissimul&#233;e. Que veux-tu dire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DH&lt;/strong&gt; : C'est gr&#226;ce &#224; Sherlock-Marx, assist&#233; de Watson-Engels, que nous pouvons d&#233;chirer, avec eux, le voile qui camoufle cette &#171; exploitation dissimul&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre autre, sur cette rengaine que nous bassinent, encore aujourd'hui, le patronat et ses acolytes sur le &#171; co&#251;t du travail &#187;, sur les salaires qui seraient, pour eux, bien trop &#233;lev&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette supercherie dissimule, &#224; dessein, le fait que ce sont les travailleurs et les travailleuses qui produisent les richesses et qui ram&#232;nent quotidiennement aux employeurs bien plus de valeur qu'ils et elles n'en per&#231;oivent en salaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui-ci correspond, aujourd'hui comme hier, &#224; plus ou moins une demi-journ&#233;e de travail. La deuxi&#232;me partie de la journ&#233;e s'ouvre sur du travail forc&#233;, non pay&#233;. Ce &#171; suppl&#233;ment &#187;, c'est pr&#233;cis&#233;ment la plus-value, source du profit pour les entreprises capitalistes et des dividendes pour les actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce d&#233;but de XXI&#232;me si&#232;cle, le vol de temps de travail effectu&#233; au d&#233;triment des salari&#233;.e.s &#8211; cette partie du temps de travail forc&#233;, gratuit, le &#171; surtravail &#187;- a pris l'ampleur d'un braquage mondial. Et, le plus r&#233;voltant, c'est le fait que la &#171; souffrance au travail &#187;, la surexploitation, le &#171; surtravail &#187; servent &#224; alimenter et booster la fortune d'une infime couche de rentiers, en l'occurrence les actionnaires des grandes soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GA : Dans la deuxi&#232;me partie de ton livre, tu retraces &#171; le long combat pour la r&#233;duction du temps de travail &#187;, au niveau international et en Belgique. :&lt;br class='autobr' /&gt;
De 1880 &#224; 1975, le mouvement ouvrier s'est battu de fa&#231;on continue, parfois dans un climat quasi insurrectionnel, pour la r&#233;duction du temps de travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce combat a perdu de sa vigueur depuis une trentaine d'ann&#233;es. On en est toujours &#224; la loi sur les 38 heures par semaine vot&#233;e en 2001.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et surtout, comme tu le d&#233;cris dans ton livre, la contre-offensive lib&#233;rale des ann&#233;es 1980 nous ram&#232;ne, en ce qui concerne l'organisation du travail, pr&#232;s d'un demi-si&#232;cle en arri&#232;re.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DH&lt;/strong&gt; : On en revient au syst&#232;me capitaliste et &#224; son mode de production qui engendre des crises internes, pay&#233;es cash par le monde du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui s'est encore pass&#233; fin des ann&#233;es 1970, d&#233;but 80.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le profit, c'est le carburant du mode de production capitaliste. Son logiciel est format&#233; pour produire d'abord et avant tout. Car, la transmutation de la plus-value en profit se fait, in fine, via la vente des marchandises. Aussi, les capitalistes sont saisis d'une grosse fringale&lt;strong&gt; productiviste &lt;/strong&gt; : produire pour produire, vendre pour vendre, pousser &#224; la (sur)consommation, dop&#233;e par la publicit&#233;, pay&#233;e cash par le consommateur. Cela se fait dans le cadre d'une concurrence &#224; couteaux tir&#233;s. Cela aboutit in&#233;vitablement &#224; une suraccumulation de marchandises qui ne trouvent plus d'acqu&#233;reurs&lt;strong&gt; solvables&lt;/strong&gt;. Et cela provoque surtout une baisse sensible du taux de profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but des ann&#233;es '80, le tocsin a sonn&#233; pour une offensive g&#233;n&#233;ralis&#233;e et muscl&#233;e du Capital contre le Travail. Le meilleur combustible pour relancer la machine &#224; profits, c'est encore et toujours la main-d'&#339;uvre humaine, la (sur)exploitation de la &#171; force de travail &#187;, sous l'instigation du patronat et la collaboration active des gouvernements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que les mesures antisociales se sont multipli&#233;es. : sauts d'index, gel des salaires, licenciements, fermeture d'entreprises, m&#234;me rentables&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'offensive du capital atteint aujourd'hui de telles proportions que la tendance &#224; la baisse du temps de travail, observ&#233;e partout dans le monde depuis plus d'un si&#232;cle et demi, semble devoir progressivement s'inverser, alors qu'elle paraissait in&#233;luctable. On en revient &#224; l'allongement de la journ&#233;e de travail, &#224; l'annualisation du temps de travail, &#224; la flexibilisation des horaires, &#224; l'addition des heures suppl&#233;mentaires, non r&#233;cup&#233;rables et m&#234;me parfois non pay&#233;es, &#224; la prolongation de l'&#226;ge l&#233;gal de la retraite, &#224; 66, puis 67 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des objectifs principaux, poursuivi &#224; travers ces mesures antisociales, est l'allongement de la partie du temps de travail non pay&#233;, le temps de travail &#171; extra &#187;, pour augmenter le taux d'exploitation, la plus-value dont la plus grande part est empoch&#233;e par les actionnaires, propri&#233;taires des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces mesures antisociales sont grav&#233;es dans le marbre, dans la loi sur &#171; le travail faisable et maniable &#187; que fit voter, en f&#233;vrier 2017, le gouvernement Michel. Et cela, en d&#233;pit du fait que, depuis les ann&#233;es 1990, et plus r&#233;cemment encore, la revendication d'une r&#233;duction collective et radicale du temps de travail figure dans les programmes syndicaux, tant au niveau national interprofessionnel que dans plusieurs centrales syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GA : Tout cela nous ram&#232;ne, en ce qui concerne l'organisation du travail, pr&#232;s d'un demi-si&#232;cle en arri&#232;re. Mais, que fait le mouvement syndical, fort de pr&#232;s de 3, 5 millions de syndiqu&#233;.e.s, une force potentielle qui devrait normalement &#234;tre capable d'arr&#234;ter cette offensive capitaliste, men&#233;e sous l'&#233;gide du n&#233;olib&#233;ralisme et la participation active des diff&#233;rents gouvernements ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DH&lt;/strong&gt; : Depuis les ann&#233;es '80, les organisations syndicales sont sur la d&#233;fensive. Elles sont, pourrait-on dire, comme t&#233;tanis&#233;es devant les coups de boutoir du capital, la &#171; strat&#233;gie du choc &#187; des entreprises multinationales qui placent les salari&#233;.e.s et leurs organisations syndicales devant le fait accompli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour limiter la &#171; casse &#187;, les syndicats saisissent la bou&#233;e de sauvetage des &#171; plans sociaux &#187;, largement support&#233;s par la collectivit&#233;, notamment via la s&#233;curit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations sans lendemain, la concertation sociale, qui tourne quasiment &#224; vide, cr&#233;ent &#224; la longue un sentiment d'impuissance chez les travailleurs/euses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des combats, des gr&#232;ves continuent, ici ou l&#224;, sans pouvoir d&#233;crocher des victoires significatives, en grande partie &#224; cause de leur dispersion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, ce qui hypoth&#232;que en plus un changement de situation, c'est le productivisme, la productivit&#233;, l'imp&#233;ratif de la croissance sans limites et de la &#171; comp&#233;titivit&#233; &#187;, inh&#233;rents au syst&#232;me de production capitaliste, qui contaminent les appareils syndicaux et impr&#232;gnent les esprits dans les rangs syndicaux. Tout cela au nom de la pr&#233;servation de l'emploi, qui est pourtant malmen&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GA : Cela ne fait pas r&#234;ver &#224; des &#171; lendemains qui chantent &#187;. Et, dans tout &#231;a, la r&#233;duction collective et radicale du temps de travail va-t-elle &#234;tre renvoy&#233;e aux calendes grecques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DH : Seule la r&#233;duction du temps de travail, telle qu'elle est formul&#233;e et port&#233;e par une s&#233;rie de centrales, de secteurs du mouvement syndical, des organisations sociales et culturelles, des partis politiques de gauche est &#224; m&#234;me de r&#233;ponde &#224; une s&#233;rie de revendications l&#233;gitimes et aux attentes pressentes des salari&#233;.e.s. C'est ce que je d&#233;veloppe dans la troisi&#232;me partie de mon livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'abord d'une r&#233;duction&lt;strong&gt; collective&lt;/strong&gt; du temps de travail (RCTT). La souffrance au travail, physique et/ou psychologique, la flexibilit&#233;, l'augmentation de l'intensit&#233; du travail, cette r&#233;alit&#233; intersectorielle implique une g&#233;n&#233;ralisation de cette RCTT. Motivant ainsi l'ensemble des travailleurs/euses dans une lutte commune, elle favorise la construction d'un rapport de force indispensable entre les salari&#233;.e.s et le patronat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;duction&lt;strong&gt; radicale &lt;/strong&gt; du temps de travail est indispensable pour faire reculer le ch&#244;mage, pour ouvrir l'embauche de milliers de jeunes, pour permettre aux femmes de sortir de la logique du travail partiel contraint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction collective et radicale du temps de travail &#8211; les 32 heures/ semaine en 4 jours- pr&#244;n&#233;es par plusieurs centrales syndicales et organisations sociales et politiques- est indispensable pour permettre &#224; chacun.e de se r&#233;aliser dans une multitude de domaines que les contraintes horaires, l'ali&#233;nation au travail maintiennent hors d'atteinte. Le &#171; r&#232;gne de la libert&#233; &#187; ouvre la possibilit&#233; concr&#232;te aux d&#233;lib&#233;rations collectives sur et en dehors des lieux de travail, &#224; la convivialit&#233;, pour prendre notre sort en main et ne pas le laisser, sans contr&#244;le, dans les mains des &#171; experts &#187; et des politiciens professionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La RCTT est aussi une revendication essentielle dans la bataille contre le r&#233;chauffement climatique. L'urgence climatique exige de produire moins, travailler moins, partager plus. C'est une rupture avec l'engrenage surproduction-surconsommation, croissance-comp&#233;titivit&#233;, au c&#339;ur du mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GA : La revendication d'une RCTT, telle qu'elle est avanc&#233;e, s'inscrit donc dans un combat anticapitaliste. Elle implique de fait une opposition frontale aux int&#233;r&#234;ts des d&#233;tenteurs du pouvoir &#233;conomique, une autre r&#233;partition des richesses entre le capital et le travail. On est loin d'une telle d&#233;marche d'affrontement, avec des organisations syndicales sur la d&#233;fensive et des travailleurs/euses qui, en l'absence d'une strat&#233;gie de combat interprofessionnel, et avec la sensation de &#171; perdre leur vie &#224; la gagner &#187; en arrivent &#224; rentrer dans des op&#233;rations &#171; win-win &#187;(donnant-donnant !) : accepter une r&#233;duction du temps de travail, sans embauche, avec blocage ou m&#234;me perte de salaire, avec une augmentation du rythme de travail et de la productivit&#233;, ou encore, ce qui est dans l'air, accepter la semaine de 4 jours, sans r&#233;duction du temps de travail et des journ&#233;es allong&#233;es, entrainant une perturbation de la vie familiale, un partage des t&#226;ches encore plus in&#233;gal et une partie du week-end pass&#233;e &#224; r&#233;cup&#233;rer de la fatigue&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DH&lt;/strong&gt; : C'est une r&#233;flexion tr&#232;s pertinente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La RCTT s'inscrit effectivement dans un combat anticapitaliste. Elle ne peut faire l'impasse sur une mobilisation g&#233;n&#233;rale et unitaire du monde du travail, ce qui ne se fera pas avec une baguette magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais souligner un &#233;l&#233;ment qui peut dynamiser la lutte pour la RCTT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la rengaine du patronat sur le &#171; co&#251;t salarial &#187;, l'imp&#233;ratif de la &#171; croissance &#187;, de la &#171; comp&#233;titivit&#233; &#187; peut semer, dans les rangs syndicaux l'illusion sur l'imp&#233;ratif productiviste, il faut cependant oser dire : ce n'est pas une baisse drastique des dividendes distribu&#233;s aux propri&#233;taires des grandes entreprises, les actionnaires &#171; rentiers &#187; et parasites, qui mettrait en p&#233;ril la &#171; comp&#233;titivit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces sangsues pompent la majorit&#233; et parfois la totalit&#233; des b&#233;n&#233;fices de leurs entreprises et elles excellent dans le placement d'une grande partie de leurs fortunes dans les paradis fiscaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, comme le soulignait un des documents de la FGTB wallonne, lors de son congr&#232;s de mai 2010 : &#171; &lt;i&gt; Il s'agit pour les travailleurs/euses de r&#233;cup&#233;rer la part des richesses, qui a surtout r&#233;tribu&#233; les actionnaires, pour financer la r&#233;duction collective du temps de travail, des politiques industrielles, la transition vers de nouveaux mod&#232;les de productions, l'augmentation des salaires bruts, le rel&#232;vement de la pension l&#233;gale, le rattrapage et la liaison des allocations sociales&#8230;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les le&#231;ons de la Commune de Paris, 1871</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-lecons-de-la-Commune-de-Paris-1871</link>
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		<dc:date>2021-03-23T07:27:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Horman</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-03-16</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;150&#232;me anniversaire de la Commune de Paris ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 18 mars 1871, six mois apr&#232;s la chute du Second Empire de l'Empereur Louis-Napol&#233;on Bonaparte (Napol&#233;on III) et la cr&#233;ation de la Troisi&#232;me R&#233;publique, l'arm&#233;e prussienne assi&#232;ge et affame Paris. &lt;br class='autobr' /&gt; Gauche anticapitaliste 11 mars 2021 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Denis Horman &lt;br class='autobr' /&gt;
Les le&#231;ons de la Commune de Paris, 1871 &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Oui mais ! &#199;a branle dans le manche Les mauvais jours finiront Et gare &#224; la revanche Quand tous les pauvres s'y mettront (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-Monde-" rel="directory"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-03-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-03-16&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH75/arton47247-a61ff.jpg?1781240985' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;150&#232;me anniversaire de la Commune de Paris !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 mars 1871, six mois apr&#232;s la chute du Second Empire de l'Empereur Louis-Napol&#233;on Bonaparte (Napol&#233;on III) et la cr&#233;ation de la Troisi&#232;me R&#233;publique, l'arm&#233;e prussienne assi&#232;ge et affame Paris.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Gauche anticapitaliste&lt;br class='autobr' /&gt;
11 mars 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Denis Horman&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les le&#231;ons de la Commune de Paris, 1871&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Oui mais !&lt;br class='autobr' /&gt; &#199;a branle dans le manche&lt;br class='autobr' /&gt; Les mauvais jours finiront&lt;br class='autobr' /&gt; Et gare &#224; la revanche&lt;br class='autobr' /&gt; Quand tous les pauvres s'y mettront&lt;br class='autobr' /&gt; Quand tous les pauvres s'y mettront &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chanson, La Semaine sanglante, &#233;crite, en juin 1871, par Jean-Baptiste Cl&#233;ment, journaliste communard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement r&#233;publicain est domin&#233; par les classes poss&#233;dantes &#8211; grands propri&#233;taires et capitaines d'industrie capitalistes. Il est pr&#233;sid&#233; par Adolphe Thiers qui &#233;choue &#224; imposer sa domination sur une population parisienne r&#233;volt&#233;e. Adolphe Thiers manque de troupes s&#251;res. Sa tentative de r&#233;cup&#233;rer les fusils, et surtout les canons, aux mains de la Garde Nationale avorte. Il est contraint d'abandonner la capitale &#224; la population en armes. Avec son gouvernement, il se r&#233;fugie &#224; Versailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Paris, 170.000 gardes nationaux, &#233;quip&#233;s de canons et de fusils, assurent une base mat&#233;rielle au nouveau pouvoir, le Comit&#233; Central de la Garde Nationale. Ce pouvoir est incontestablement celui des ouvriers, des artisans, des petits commer&#231;ants, qui composent la tr&#232;s grande majorit&#233; de la Garde Nationale. Mais, ind&#233;cis et peu conscient de sa force, ce nouveau pouvoir part aussit&#244;t &#224; la recherche, non de la victoire militaire, mais de la l&#233;galit&#233; r&#233;publicaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28 mars, la Commune de Paris est proclam&#233;e. Le Comit&#233; central de la Garde Nationale se retire en sa faveur, mais garde ses pouvoirs militaires. La Commune de Paris ! Ce nom incarne le mouvement r&#233;volutionnaire avec son propre gouvernement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On observe alors deux pouvoirs parall&#232;les : d'un c&#244;t&#233;, le pouvoir bourgeois, celui du gouvernement de la Troisi&#232;me R&#233;publique, pr&#233;sid&#233; par Adolphe Thiers ; de l'autre, celui de la Commune de Paris, premi&#232;re R&#233;publique sociale, premi&#232;re grande tentative de pouvoir prol&#233;tarien dans l'histoire moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune s'installe &#224; l'H&#244;tel de Ville. Elle va d&#233;velopper son programme et poser les bases &#233;conomiques de son pouvoir. Mais elle ne durera que deux mois, du 28 mars au 28 mai. La bourgeoisie et le gouvernement d'Adolphe Thiers, install&#233;s &#224; Versailles et qui ont eu le temps de se r&#233;armer, vont remporter sur la Commune, non une victoire &#233;lectorale, mais une &#233;crasante victoire militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En enfouissant la Commune sous des milliers de cadavres, en fusillant, en torturant, en d&#233;portant les communards, la bourgeoisie fran&#231;aise ne s'y &#233;tait pas tromp&#233;e. Elle a bien per&#231;u que cette premi&#232;re R&#233;publique prol&#233;tarienne &#233;tait un danger mortel pour le vieux monde fond&#233; sur l'asservissement et l'exploitation. Il fallait l'&#233;craser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a 150 ans seulement que s'&#233;bauchait la premi&#232;re R&#233;publique prol&#233;tarienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, parmi ceux et celles qui f&#234;tent son 150&#232;me anniversaire, il y en a qui souligneront, &#224; juste titre, l'h&#233;ro&#239;sme des Communards, des F&#233;d&#233;r&#233;s de la Garde Nationale compos&#233;e majoritairement d'ouvriers et d'artisans ; mais ils/elles seront tent&#233;.e.s de fixer d&#233;finitivement la Commune dans l'image de la d&#233;faite et de l'&#233;crasement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres, bourgeois et r&#233;formistes, n'h&#233;siteront pas tirer un trait sur la possibilit&#233; de r&#233;volutions victorieuses, pr&#233;f&#233;rant de loin les r&#233;volutionnaires morts aux r&#233;volutionnaires vivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres encore, et nous sommes de ceux-l&#224;, f&#234;teront cet anniversaire, en n'oubliant pas les le&#231;ons du soul&#232;vement insurrectionnel de Paris, aid&#233;s en cela par Karl Marx et Friedrich Engels, qui &#233;taient aux c&#244;t&#233;s des Communards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un si&#232;cle et demi apr&#232;s, la Commune incarne toujours l'espoir de grands changements r&#233;volutionnaires. Cet espoir fut port&#233; par le peuple de Paris et quelques grandes figures comme Louise Michel, Eug&#232;ne Varlin ou Jules Vall&#232;s qui a d&#233;di&#233; son livre, l'Insurg&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Aux morts de 1871, &#224; tous ceux qui, victimes de l'injustice sociale,&lt;br class='autobr' /&gt; prirent les armes contre un monde mal fait et form&#232;rent,&lt;br class='autobr' /&gt; sous le drapeau de la Commune, la grande f&#233;d&#233;ration des douleurs &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le plus grand &#233;v&#233;nement r&#233;volutionnaire du XIX&#232;me si&#232;cle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des r&#233;volutions fran&#231;aises de 1789, 1793, 1830, 1848, le peuple de Paris avait fait la R&#233;publique pour les autres, pour les bourgeois et les petits-bourgeois. En mars 1871, il la fit pour lui-m&#234;me. Pour une R&#233;publique sociale, qui d&#233;fend ses propres int&#233;r&#234;ts et ceux de l'ensemble des exploit&#233;.e.s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jetons d'abord un coup de projecteur sur les principaux &#233;v&#232;nements avant-coureurs de ce soul&#232;vement insurrectionnel de la Commune de Paris.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution fran&#231;aise (1789-1794)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ne pas mentionner d'abord le premier mouvement r&#233;volutionnaire en France, la R&#233;volution fran&#231;aise (1789 &#8211; 1794), qui a mis en branle des millions d'hommes et de femmes dans les villes et les campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 juillet 1789, face &#224; une monarchie de droit divin, avec Louis XVI, et qui entendait ne rien c&#233;der de son Etat absolutiste, le peuple parisien s'empare de la Bastille, l'arsenal royal. Cet &#233;v&#232;nement provoque le d&#233;but de l'effondrement du pouvoir royal et marque le d&#233;but de la R&#233;volution fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise fut principalement une r&#233;volution bourgeoise-capitaliste(1). Les dirigeants radicaux de cette R&#233;volution &#233;taient, dans leur grande majorit&#233;, des petits-bourgeois, et pour certains des aristocrates d&#233;class&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Jacobins, club politique de la fraction la plus r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie (Robespierre, Saint-Just&#8230;), jou&#232;rent un r&#244;le dirigeant, en s'appuyant sur les masses populaires, paysans pauvres, artisans et ouvriers des villes, les &#171; sans-culottes &#187; portant le pantalon par opposition &#224; la culotte aristocratique ou bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 ao&#251;t 1792, Paris allait connaitre, avec le concours des Jacobins et des &#171; sans-culottes &#187; sa premi&#232;re Commune insurrectionnelle. C'est le d&#233;but de la premi&#232;re R&#233;publique, avec l'arrestation du roi Louis XVI guillotin&#233; en janvier 1793.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re populaire de la Commune et les id&#233;es radicales qu'elle porte font de celle-ci l'institution des &#171; sans-culottes &#187;. Elle exprime, parfois confus&#233;ment, des revendications qui pr&#233;figurent le socialisme r&#233;volutionnaire du XIX&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;claration des droits de l'homme et du citoyen (26 ao&#251;t 1789), le partage des richesses, le droit au travail, la souverainet&#233; populaire, avec la d&#233;mocratie directe et les mandats r&#233;vocables, etc&#8230;, ces revendications et le fonctionnement de cette premi&#232;re Commune insurrectionnelle de 1792 furent des sources d'inspiration pour Marx, pour son concept de &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit dans ses articles sur la R&#233;volution fran&#231;aise : pour lui, loin de se personnifier dans un parti d'avant-garde, la dictature du prol&#233;tariat doit &#234;tre l'expression de la force politique du prol&#233;tariat, structur&#233;e dans des conseils d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 1793, les Jacobins lancent une politique dite de Terreur qui vise initialement les royalistes et les sp&#233;culateurs, mais qui frappera finalement les Communards que Robespierre ne contr&#244;lait plus. Il finit par r&#233;primer et museler la Commune. A son tour, en juillet 1794, il est arr&#234;t&#233; par la Convention, l'assembl&#233;e gouvernante, et guillotin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut la fin de la R&#233;volution fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1830 : deuxi&#232;me r&#233;volution, les &#171; Trois Glorieuses &#187;, les trois journ&#233;es insurrectionnelles, les 27, 28, et 29 juillet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la r&#233;volution de juillet 1830, les insurg&#233;s parisiens dressent des barricades, aid&#233;s par des r&#233;publicains, des gardes nationaux arm&#233;s, et une partie de la bourgeoisie. C'est un soul&#232;vement contre la politique r&#233;actionnaire du roi Charles X.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup comptent sur une restauration de la R&#233;publique. Finalement le roi est renvers&#233;. Mais une majorit&#233; de d&#233;put&#233;s de son gouvernement placent sur le tr&#244;ne un nouveau roi : Louis-Philippe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1848 : troisi&#232;me r&#233;volution fran&#231;aise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1848, quelques jours avant que la France n'entame sa troisi&#232;me r&#233;volution, Karl Marx et Friedrich Engels publient le Manifeste du Parti communiste, avec son appel f&#233;d&#233;rateur : &#171; Prol&#233;taires de tous les pays, unissez-vous. &#187; Le Manifeste commence par cette phrase proph&#233;tique : &#171; Un spectre hante l'Europe : le spectre du communisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement parisien, une r&#233;volte ouvri&#232;re et bourgeoise, balaye une nouvelle fois la monarchie et son roi, Louis-Philippe. Le 22 f&#233;vrier, la deuxi&#232;me R&#233;publique est proclam&#233;e. C'est Louis Bonaparte qui en devient le premier Pr&#233;sident. Mais les couches ouvri&#232;res veulent une R&#233;publique &#171; sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du 22 au26 juin, Paris revit une insurrection r&#233;volutionnaire, avec la r&#233;apparition des barricades, dress&#233;es cette fois contre la bourgeoisie et non plus seulement contre l'aristocratie. La majorit&#233; conservatrice du gouvernement ordonne la fermeture des Ateliers nationaux, un acquis social de la r&#233;volution de f&#233;vrier 1948(2). Ce fut l'&#233;l&#233;ment d&#233;clencheur de cette insurrection. Ces journ&#233;es r&#233;volutionnaires seront &#233;cras&#233;es dans le sang : elles feront des milliers de victimes du c&#244;t&#233; des insurg&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt; Pour la premi&#232;re fois la bourgeoisie montrait jusqu'&#224; quelle folle cruaut&#233; dans la vengeance, elle peut se hausser, sit&#244;t que le prol&#233;tariat ose l'affronter, comme classe distincte, ayant ses propres int&#233;r&#234;ts et ses propres revendications. Et pourtant 1848 ne fut encore qu'un jeu d'enfant compar&#233; &#224; la rage de la bourgeoisie de 1871.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Friedrich Engels, Introduction &#224; la Guerre civile en France, 1871, de Karl Marx. Editions sociales Paris, 1963, p.16.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le soul&#232;vement social des Canuts de Lyon&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'une des grandes r&#233;voltes sociales du d&#233;but de l'&#232;re de la grande industrie. Les canuts de Lyon, ce sont des artisans tisserands, travailleurs &#224; domicile pour les marchands de la soie qui leur fournissent la mati&#232;re premi&#232;re. Ils/elles travaillent &#224; la commande, pay&#233;.e.s &#224; la pi&#232;ce, avec des journ&#233;es de 14 heures et parfois 18 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1831, les tisserands se mettent en gr&#232;ve pour exiger un tarif minimum d&#233;cent et une am&#233;lioration de leurs conditions de travail. Ils d&#233;cident de se r&#233;unir en association, balayant la Loi le Chapelier (1791) qui avait dissout les corporations ouvri&#232;res et artisanes et limit&#233; le droit d'expression des travailleurs. C'est une gr&#232;ve insurrectionnelle, avec l'&#233;rection de barricades, la prise du contr&#244;le de la ville de Lyon et le soutien d'une partie de la Garde nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s trois jours de r&#233;volte, le Roi Louis-Philippe envoie 20.000 soldats pour en finir avec ce mouvement de gr&#232;ve. En 1834, les canuts repartent en gr&#232;ve contre les baisses de salaires, une gr&#232;ve r&#233;prim&#233;e dans le sang. Le ministre de l'Int&#233;rieur de Louis-Philippe, un certain Adolphe Thiers, fait donner la troupe. On comptera plus de 600 morts et 10.000 arrestations, au cours de la &#171; semaine sanglante &#187; du 9 au 15 avril 1934. Pr&#233;lude &#224; la &#171; semaine sanglante &#187; qui mettra un terme &#224; la Commune de Paris, en 1871. Ordonn&#233;e par le m&#234;me Adolphe Thiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1848, s'op&#232;re encore un nouveau et dernier sursaut des canuts de Lyon : ils prennent les armes lors des &#171; journ&#233;es r&#233;volutionnaires &#187; de f&#233;vrier 1848, o&#249; le prol&#233;tariat parisien impose la deuxi&#232;me R&#233;publique. Ce n'est que bien plus tard que furent sign&#233;es, entre n&#233;gociants et canuts, quelques am&#233;liorations salariales. Le soul&#232;vement des canuts eut un retentissement national et international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; C'est nous les canuts, nous sommes tout nus&lt;br class='autobr' /&gt; Mais notre r&#232;gne arrivera&lt;br class='autobr' /&gt; Quand votre r&#232;gne finira&lt;br class='autobr' /&gt; Nous tisserons le linceul du vieux monde&lt;br class='autobr' /&gt; Car on entend d&#233;j&#224; la r&#233;volte qui gronde &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les Canuts, chanson &#233;crite par Aristide Bruant (1894).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les pr&#233;misses de la Commune de Paris de 1871&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une s&#233;rie de facteurs pouss&#232;rent au soul&#232;vement de Paris. La guerre engag&#233;e par Louis Napol&#233;on contre la Prusse et la d&#233;b&#226;cle fran&#231;aise &#224; Sedan, en septembre 1870, entrain&#232;rent la capitulation de la France, la fin du second Empire de Louis Napol&#233;on et la proclamation de la 3&#232;me R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition et les tensions entre le gouvernement, pr&#233;sid&#233; par Adolphe Thiers et compos&#233; presque uniquement de bourgeois d'une part, et, d'autre part, le prol&#233;tariat arm&#233; de la capitale, n'allaient pas tarder &#224; &#233;clater. Afin d'assurer la d&#233;fense de Paris, tous les Parisiens en &#233;tat de porter les armes &#233;taient entr&#233;s dans la Garde nationale : les ouvriers en constituaient maintenant la grande majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occupation d'une partie de la capitale par l'arm&#233;e prussienne , la faim et le ch&#244;mage grandissant dans la classe ouvri&#232;re, la ruine de la petite bourgeoisie, l'indignation des masses contre les classes sup&#233;rieures, la composition r&#233;actionnaire du gouvernement r&#233;publicain et de l'Assembl&#233;e nationale&#8230;, cette s&#233;rie de facteurs, parmi d'autres, pouss&#232;rent &#224; la r&#233;volution du 18 mars 1871.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la d&#233;fense de Paris contre l'envahisseur prussien, la Garde nationale compte cent quatre-vingt mille hommes arm&#233;s. Le peuple parisien remit le pouvoir entre les mains de celle-ci et de son comit&#233; central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adolphe Thiers tente en vain de d&#233;sarmer la Garde nationale, de lui reprendre ses fusils et ses canons. Il se r&#233;fugie &#224; Versailles, avec son gouvernement, son administration, ses troupes, sa police et l'Assembl&#233;e nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 mars, le comit&#233; central de la Garde nationale organise des &#233;lections parisiennes, avan&#231;ant un argument redoutable : &#171; Le droit de la Cit&#233; est aussi imprescriptible que celui de la Nation ; la Cit&#233; doit avoir, comme la Nation, une assembl&#233;e qui s'appelle indistinctement assembl&#233;e municipale, ou communale, ou commune &#187;(3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28 mars, la Commune est proclam&#233;e devant, dit-on, une foule de cent mille personnes. Le comit&#233; central de la garde nationale se retire en faveur de la Commune, mais il garde ses pouvoirs militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Commune ne vivra que 72 jours, du 28 mars au 28 mai 1871.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re exp&#233;rience de pouvoir ouvrier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1871, la g&#233;n&#233;ration des r&#233;volutionnaires de juin 1848 reprend le pav&#233; l&#224; o&#249; elle l'avait laiss&#233; vingt-trois ans auparavant, en vivant cette fois la premi&#232;re exp&#233;rience de pouvoir ouvrier. Le 30 mai 1871, &#224; peine deux jours apr&#232;s le massacre des communards, Marx &#233;crit un long texte &#171; La guerre civile en France, 1871 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une Adresse au Conseil g&#233;n&#233;ral de l'Association Internationale des Travailleurs (AIT), premi&#232;re Internationale cr&#233;&#233;e &#224; Londres en 1864.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre civile en France, 1871 &#187;(4) est l'exemple in&#233;gal&#233; d'une analyse marxiste appliqu&#233;e au plus grand &#233;v&#232;nement r&#233;volutionnaire du XIX&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#233;tait conscient de l'impr&#233;paration de cette insurrection. Comme l'a soulign&#233; L&#233;nine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt; Marx, en septembre 1870, six mois avant la Commune, avait directement averti les ouvriers fran&#231;ais : l'insurrection sera une folie, d&#233;clara-t-il dans la fameuse Adresse de l'Internationale. Il d&#233;non&#231;a d'avance les illusions nationalistes sur la possibilit&#233; d'un mouvement dans l'esprit de 1792&#8230;Mais, quand les masses se soul&#232;vent, Marx voulut marcher avec elles, s'instruire en m&#234;me temps qu'elles dans la lutte, et non seulement donner des le&#231;ons bureaucratiques(&#8230;). Marx met au-dessus de tout le fait que la classe ouvri&#232;re, h&#233;ro&#239;quement, avec abn&#233;gation et initiative, &#233;labore l'histoire du monde (&#8230;). Marx savait voir aussi qu'&#224; certains moments de l'histoire, une lutte d&#233;sesp&#233;r&#233;e de masses, m&#234;me pour une cause perdue d'avance, est indispensable pour l'&#233;ducation ult&#233;rieure de ces masses elles-m&#234;mes, pour les pr&#233;parer &#224; la lutte future.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L&#233;nine, Pr&#233;face &#224; la traduction russe des Lettres &#224; Kugelmann, de Marx, in &#338;uvres compl&#232;tes de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;mocratie directe et repr&#233;sentative&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'espace de deux mois, du 18 mars au 28 mai, le peuple parisien exerce un type in&#233;dit de d&#233;mocratie, conciliant contr&#244;le direct &#224; la base et suffrage universel. L'Assembl&#233;e de la Commune &#233;tait compos&#233;e de d&#233;l&#233;gu&#233;s municipaux des divers arrondissements de Paris, &#233;lus au suffrage &#171; universel &#187; de tous les citoyens. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;taient responsables et r&#233;vocables &#224; tout moment, et contr&#244;l&#233;s en permanence. Cette r&#233;vocabilit&#233; valait &#233;galement pour les fonctionnaires de toutes les autres branches de l'administration, y compris les chefs de la Garde nationale. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; l'Assembl&#233;e avaient un mandat imp&#233;ratif(5). L'Assembl&#233;e &#233;tait de composition essentiellement populaire. Elle comptait une majorit&#233; d'ouvriers, d'artisans, des employ&#233;s, des journalistes, des instituteurs, des artistes, quelques avocats, m&#233;decins et petits patrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune associait, dans un m&#234;me combat, des socialistes &#171; marxistes &#187; &#8211; mais le terme n'existait pas encore- membres de la premi&#232;re Internationale, des jacobins, des r&#233;publicains sociaux, des blanquistes(6), des proudhoniens de gauche (7). Le pouvoir r&#233;volutionnaire garantissait le multipartisme. L'assembl&#233;e de la R&#233;publique autonome de Paris mit &#233;galement en place une organisation coll&#233;giale des services, pratiquement des &#171; minist&#232;res &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix commissions fonctionnaient : militaire, affaires &#233;trang&#232;res, s&#251;ret&#233; g&#233;n&#233;rale, justice, finances, enseignement, subsistances, services publics, Travail et Commission ex&#233;cutive. Le drapeau de la Commune &#233;tait celui de la &#171; R&#233;publique universelle &#187;. Des &#233;trangers &#233;lus &#224; l'Assembl&#233;e de la Commune occupaient des postes importants. Ainsi, Leo Frankel militant ouvrier hongrois &#233;tabli en France, membre de la premi&#232;re Internationale, ami de Marx, &#233;tait animateur de la commission du Travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; suffrage universel &#187; pour &#233;lire les d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; l'Assembl&#233;e de la Commune ne concernait que les citoyens, les femmes en &#233;taient exclues. Le droit de vote ne leur fut accord&#233; qu'en 1944 ! Il n'emp&#234;che que lors des insurrections pr&#233;c&#233;dentes et &#224; fortiori dans la d&#233;fense de la Commune de Paris, elles s'organis&#232;rent dans &#171; l'Union des femmes pour la d&#233;fense de Paris et les soins aux bless&#233;.e.s &#187;. Elles s'adress&#232;rent &#224; la Commission ex&#233;cutive de la Commune afin de porter fi&#232;rement, haut et fort, leurs principales revendications : l'&#233;galit&#233; des sexes et l'abolition de l'antagonisme entre exploiteurs et exploit&#233;.e.s. Elles n'&#233;taient pas seulement ambulanci&#232;res, soignantes ou cantini&#232;res ; elles &#233;taient &#233;galement sur les barricades lors de la &#171; semaine sanglante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Drapeau rouge en t&#234;te, les femmes &#233;taient pass&#233;es ; elles avaient leur barricade place Blanche. Il y avait l&#224;, Elisabeth Dmitrief, madame Lemel, Malvina Poulain, Blanche Lefebvre, Excoffons. Andr&#233;e Leo &#233;tait &#224; celles des Batignolles. Plus de dix mille femmes aux jours de mai, &#233;parses ou ensemble, combattirent pour la libert&#233; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Louise Michel, grande figure de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le premier &#171; gouvernement ouvrier &#187; de la plan&#232;te&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son Adresse du Conseil g&#233;n&#233;ral de l'Association Internationale des Travailleurs, Marx pointe le v&#233;ritable secret de la Commune :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait essentiellement un gouvernement de la classe ouvri&#232;re, le r&#233;sultat de la lutte de la classe des producteurs contre la classe des appropriateurs, la forme politique enfin trouv&#233;e qui permettait de r&#233;aliser l'&#233;mancipation &#233;conomique du travail(&#8230;). La Commune devait donc servir de levier pour renverser les bases &#233;conomiques sur lesquelles se fonde l'existence des classes, donc la domination de classe(&#8230;). La Commune entendait abolir cette propri&#233;t&#233; de classe, qui fait du travail du plus grand nombre la richesse de quelques-uns. Elle visait &#224; l'expropriation des expropriateurs(&#8230;). La grande mesure sociale de la Commune, ce fut sa propre existence et son action. Ses mesures particuli&#232;res ne pouvaient qu'indiquer la tendance d'un gouvernement du peuple par le peuple.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La Guerre Civile en France 1871, ibid, p.67.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soulignons les principales mesures du programme de la Commune, celui qu'elle vote, celui qu'elle tente d'appliquer dans le peu de temps et avec le peu de moyens dont elle dispose. Le d&#233;cret le plus important de la Commune instituait une organisation de la grande industrie et m&#234;me de la manufacture, qui devait non seulement reposer sur l'association des travailleurs dans chaque fabrique, mais aussi r&#233;unir toutes ces associations coop&#233;ratives dans une grande f&#233;d&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre mesure de cet ordre fut la remise aux associations d'ouvriers, sous r&#233;serve du payement d'une indemnit&#233;, de tous les ateliers et fabriques qui avaient ferm&#233;, abandonn&#233;s par la bourgeoisie en fuite. Telles furent aussi l'interdiction de certains travaux de nuit, dont celui des boulangers, le blocage du prix du pain, la suppression des monts-de-pi&#233;t&#233; qui exploitaient le cr&#233;dit des Parisiens, la remise des loyers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune d&#233;cr&#233;ta la s&#233;paration de l'Eglise et de l'Etat et la suppression du budget du culte, ainsi que la transformation de tous les biens eccl&#233;siastiques en propri&#233;t&#233; nationale. Elle instaura l'instruction primaire et professionnelle. Friedrich Engels, dans son Introduction &#224; La guerre civile en France 1871 de K. Marx, &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Le philistin social-d&#233;mocrate a &#233;t&#233; r&#233;cemment saisi d'une terreur salutaire en entendant prononcer le mot de dictature du prol&#233;tariat. Eh bien, messieurs, voulez-vous savoir de quoi cette dictature a l'air ? Regardez la Commune de Paris. C'&#233;tait la dictature du prol&#233;tariat. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; F. Engels, ibid. p.25.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187; n'est rien d'autre que la d&#233;mocratie ouvri&#232;re.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De par son fonctionnement et son &#233;bauche programmatique, la Commune de Paris a jet&#233; les bases d'institutions &#233;tatiques d'un type diff&#233;rent de celui de l'Etat bourgeois : des institutions avec une croissance qualitative de la d&#233;mocratie directe, &#224; l'oppos&#233; de la d&#233;mocratie indirecte et repr&#233;sentative. Et aussi des institutions fond&#233;es sur des conseils de travailleurs, souverains, d&#233;mocratiquement &#233;lus et centralis&#233;s dont la Commune a jet&#233; les bases. Ainsi, il y eut &#233;lection de tous les d&#233;l&#233;gu&#233;s repr&#233;sentant les travailleurs dans les institutions d'Etat, &#233;lection de tous les fonctionnaires, juges, dirigeants de milices ouvri&#232;res. La Commune a &#233;tabli la r&#233;vocabilit&#233; des &#233;lus au gr&#233; des &#233;lecteurs, le transfert croissant des fonctions administratives &#224; des organes directement constitu&#233;s par les travailleurs, la limitation du revenu de tous les d&#233;l&#233;gu&#233;s dans les institutions d'Etat&#8230; &#224; celui d'un ouvrier qualifi&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
H&#233;sitations et erreurs fatales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt; La classe ouvri&#232;re de Paris, n'ayant pas de parti &#224; elle qui l'aurait guid&#233;e et e&#251;t r&#233;alis&#233; sa dictature, a commis de nombreuses fautes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Elle n'a pas poursuivi l'ennemi sans le laisser souffler, mais lui a permis de batte en retraite et de s'organiser &#224; Versailles ; elle ne s'est pas empar&#233;e de la Banque de France ; elle n'a pas su cr&#233;er avec la paysannerie le lien qu'elle aspirait &#224; &#233;tablir ; elle s'est montr&#233;e g&#233;n&#233;reuse avec l'ennemi de classe qu'il faut supprimer quand il ne se rend pas&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire de la Commune montre qu'en p&#233;riode r&#233;volutionnaire, alors que le &#171; pouvoir ouvrier &#187; se met peu &#224; peu en place, le pouvoir bourgeois ne disparait pas pour autant. A Paris, la machine d'Etat bourgeois n'&#233;tait plus l&#224;, comme dans des villes de province, dans une moindre mesure. Mais le pouvoir centralis&#233; de l'Etat bourgeois &#233;tait toujours bien l&#224;, pas tr&#232;s loin, &#224; Versailles, avec son gouvernement, son Assembl&#233;e nationale, son arm&#233;e permanente, sa police, sa bureaucratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune arm&#233;e aurait pu, d&#232;s le d&#233;but, &#224; Paris-m&#234;me, neutraliser tout cet appareil, et probablement sans effusion de sang. On aurait pu faire prisonniers tous les ministres, avec Thiers en t&#234;te et sans effusion de sang. Personne n'aurait lev&#233; la main pour les d&#233;fendre. Elle aurait pu, avec les communards arm&#233;s, briser l'appareil d'Etat bourgeois, tout au d&#233;but de son installation &#224; Versailles. Il y a des h&#233;sitations qui co&#251;tent tr&#232;s cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretemps, le gouvernement du sinistre Thiers a pu r&#233;organiser son arm&#233;e, y compris en n&#233;gociant avec Bismarck, son ennemi d'hier, la lib&#233;ration de 100.000 soldats fran&#231;ais faits prisonniers. La Commune fit encore d'autres erreurs : elle ne s'est pas empar&#233;e de la Banque de France, ce qui aurait priv&#233; Thiers de toute capacit&#233; financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;La Banque renfermait : num&#233;raire 77 millions ; billets de banque 166 millions ; portefeuille 899 millions ; valeurs en garantie d'avance 120 millions ; lingots 11 millions ; bijoux en d&#233;p&#244;t 7 millions ; titres d&#233;pos&#233;s 900 millions : soit 2 milliards 180 millions (&#8230;) Le Comit&#233; Central avait fait une grande faute en laissant filer l'arm&#233;e versaillaise ; la Commune en commit une cent fois plus lourde. Toutes les insurrections s&#233;rieuses ont d&#233;but&#233; par saisir le nerf de l'ennemi, la caisse. La Commune est la seule qui ait refus&#233;. Elle abolit le budget des cultes qui &#233;tait &#224; Versailles et resta en extase devant la caisse de la haute bourgeoise qu'elle avait sous la main. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Prosper-Olivier Lissagaray, communard, a &#233;crit, quelques ann&#233;es apr&#232;s 1871, l'Histoire de la Commune de 1871. Ed. La D&#233;couverte/ Syros, Paris 2000, 525 pp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune n'a pas su non plus coordonner les &#171; communes &#187; des villes de province, Lyon, Marseille, St- Etienne, Narbonne, Toulouse, Limoges, Dijon, Le Creuset, &#8230; o&#249; les ouvriers tent&#232;rent &#233;galement de s'emparer du pouvoir, de proclamer la Commune et d'aller d&#233;livrer Paris ; elle n'a pas appel&#233; la paysannerie &#224; la r&#233;volte ; elle se perdit en querelles entre ses diverses composantes&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un carnage comme jamais Paris n'en avait vu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'&#233;tait pas question pour les Versaillais de laisser le temps et la possibilit&#233; &#224; la Commune de jeter et consolider les bases de la premi&#232;re R&#233;publique prol&#233;tarienne. La Commune n'avait pas encore eu le temps de se mettre &#224; l'&#339;uvre que le gouvernement de Thiers, soutenu par toute la bourgeoisie, attaquait Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce furent d'abord des escarmouches, l'arm&#233;e de Versailles n'h&#233;sitant pas &#224; fusiller les communards faits prisonniers, alors que la Commune s'&#233;tait montr&#233;e jusque- l&#224; tr&#232;s, trop indulgente avec ses adversaires. Puis, apr&#232;s avoir mat&#233; les &#171; communes &#187; des villes de province (Lyon, Marseille&#8230;), les Versaillais se d&#233;cha&#238;n&#232;rent sur la population parisienne, lors de la &#171; Semaine Sanglante &#187; du 21 au 28 mai. Pr&#232;s de 30.000 Parisiens furent massacr&#233;s par la soldatesque, pr&#232;s de 45.000 furent arr&#234;t&#233;s, dont beaucoup devaient &#234;tre ex&#233;cut&#233;s par la suite. Des milliers furent envoy&#233;s au bagne ou d&#233;port&#233;s. Au total, Paris perdit environ 100.000 combattant.e.s, et parmi eux les meilleurs ouvriers de toutes les professions(8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune n'est pas morte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Tout &#231;a n'emp&#234;che pas, Nicolas&lt;br class='autobr' /&gt; Qu'la Commune n'est pas morte&lt;br class='autobr' /&gt; Ils sentiront dans peu, nom de Dieu&lt;br class='autobr' /&gt; Qu'la Commune n'est pas morte &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chanson compos&#233;e par Eug&#232;ne Pottier, auteur de l'Internationale, en mai 1886. Il a particip&#233; aux combats de la &#171; Semaine Sanglante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Le Paris des ouvriers de 1871, le Paris de la Commune sera &#224; jamais c&#233;l&#233;br&#233; comme le haut fait avant-coureur d'une soci&#233;t&#233; nouvelle &#187;, &#233;crivait Marx, au lendemain de la &#171; semaine sanglante &#187;. 40 ans plus tard, L&#233;nine, le principal dirigeant de la r&#233;volution russe, &#233;crivait : &#171; La cause de la Commune est celle de la r&#233;volution sociale, celle de l'&#233;mancipation politique et &#233;conomique totale des travailleurs, celle du prol&#233;tariat de l'univers. Et, en ce sens, elle est immortelle.&lt;/i&gt; &#187;(9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; peine quelques six ans apr&#232;s l'&#233;crasement de la Commune, alors que nombre de ses combattants languissaient encore au bagne ou en exil, le mouvement ouvrier renaissait d&#233;j&#224; en France. La nouvelle g&#233;n&#233;ration socialiste, enrichie par l'exp&#233;rience de ses a&#238;n&#233;s et nullement d&#233;courag&#233;e par leur d&#233;faite, s'empara du drapeau tomb&#233; des mains des combattants de la Commune et le porta en avant avec assurance et intr&#233;pidit&#233; aux cris de &#171; Vive la r&#233;volution sociale &#187;. Moins de cinquante ans apr&#232;s la Commune, une nouvelle r&#233;volution sociale, cette fois-ci victorieuse, se d&#233;roulait en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, le principal animateur de cette r&#233;volution avait, entre-temps, tir&#233; les le&#231;ons du massacre des Communards. Face &#224; la sauvagerie des ennemis de la Commune, Marx et Engels en avaient d&#233;j&#224; d&#233;gag&#233; les deux principales le&#231;ons pour les r&#233;volutions &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain de la d&#233;faite de la Commune, Marx indique une t&#226;che fondamentale au cours de la r&#233;volution : &#171; Le prol&#233;tariat ne peut pas simplement mettre la main sur une machine d'Etat &#171; toute faite &#187;, mais doit briser la machine militaire et bureaucratique de l'Etat et instaurer la &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187;. Cette &#171; dictature &#187; exige, d'une part, la destruction de l'appareil d'Etat bourgeois, de son appareil de r&#233;pression et, d'autre part, elle se fonde et s'exerce sur base de la d&#233;mocratie ouvri&#232;re, telle que nous l'avons vue dans le fonctionnement de la Commune de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me le&#231;on : la &#171; spontan&#233;it&#233; r&#233;volutionnaire &#187; du prol&#233;tariat ne peut suffire pour remporter la victoire sur la bourgeoisie centralis&#233;e, impitoyable, dot&#233;e du pouvoir &#233;conomique. Le fait que les Bolcheviks de 1917 aient r&#233;ussi ce que les communards ont manqu&#233;, met en pleine lumi&#232;re le r&#244;le primordial d'un parti r&#233;volutionnaire. Octobre 1917 ne fut pas le r&#233;sultat d'un complot, d'un &#171; coup d'Etat &#187; par une poign&#233;e d'agitateurs professionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt; L'insurrection d'Octobre n'est pas tomb&#233;e du ciel, telle une foudre rouge qui aurait pris tout le monde de court. Elle fut l'aboutissement d'un long d&#233;veloppement politique au cours duquel les partis, et surtout les forces sociales, se sont affront&#233;s. Chacune dans leur camp, classes populaires et classes dominantes ont radicalis&#233; leurs positions sur la base des &#233;preuves qui les opposaient pour la prise du pouvoir.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Olivier Besancenot, Que faire de 1917 ? Une contre-histoire de la r&#233;volution russe. Ed. Autrement, Paris 2017, p.77.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;volution victorieuse fut le r&#233;sultat d'une combinaison strat&#233;gique entre le parti bolchevique et un soul&#232;vement populaire port&#233; principalement par les Soviets, ces assembl&#233;es populaires regroupant ouvriers, paysans et soldats. Cette r&#233;volution n'aurait pu r&#233;ussir sans cette convergence entre, d'une part, l'auto-organisation du prol&#233;tariat russe, et, d'autre part, le parti bolchevique, avec sa vitalit&#233; d&#233;mocratique interne(10), son implantation militante dans tous les secteurs de la soci&#233;t&#233;, en particulier dans les Soviets, et son maintien du cap, contre vents et mar&#233;es, sur la prise du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; peine quelques mois apr&#232;s la r&#233;volution, &#233;clatait, pour casser cette r&#233;volution, une guerre civile, foment&#233;e et organis&#233;e par les grandes puissances capitalistes avec le soutien des troupes monarchistes russes. Une guerre qui dura presque cinq ann&#233;es, d&#233;vastant le pays, le laissant pratiquement exsangue. Une guerre qui a d&#233;cim&#233; les militants autogestionnaires d'Octobre '17 et ouvert la porte &#224; des mesures liberticides, &#224; l'int&#233;rieur du fonctionnement du parti bolchevique et sur le terrain politique : la fin des tendances et des fractions (congr&#232;s de 1921), la suppression du pluralisme politique, la confusion entretenue, d&#232;s la prise du pouvoir, entre l'Etat, le parti et la classe ouvri&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des mesures liberticides, prises par le pouvoir bolchevique, se sont multipli&#233;es aussi au niveau de la soci&#233;t&#233; : la mise au pas des soviets, confirmant la pr&#233;dominance du parti sur l'autogestion. En r&#233;primant, de mani&#232;re sanglante, le soviet de Kronstadt, en mars 1921, &#8211; un soul&#232;vement qui &#233;tait d'abord l'expression de la r&#233;volte sociale et politique qui grondait au sein du camp sovi&#233;tique-, le pouvoir bolchevique venait de d&#233;vitaliser la vie d&#233;mocratique des soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'issue de la guerre civile, la m&#233;canique de la substitution se met en place : le parti se substitue au peuple, la bureaucratie au parti, l'homme &#171; providentiel &#187; &#224; l'ensemble. Les dirigeants bolcheviques d'Octobre '17 avaient trop longtemps sous-estim&#233; &#171; l'ennemi secondaire &#187;, la bureaucratie, qui les minait de l'int&#233;rieur et finit par les d&#233;vorer. Peu de temps avant sa mort en janvier 1924, dans son testament, L&#233;nine propose d'&#233;carter Staline de son poste de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du parti bolchevique. Celui-ci avait d&#233;j&#224; entam&#233; la construction d'un pouvoir personnel absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au d&#233;but des ann&#233;es 1930, que ce nouveau pouvoir bureaucratique est consolid&#233;, veillant, par tous les moyens, &#224; la pr&#233;servation de ses propres int&#233;r&#234;ts, ses privil&#232;ges mat&#233;riels, monopolisant l'appareil d'Etat, coupant court &#224; toute vell&#233;it&#233; autogestionnaire, et rompant d&#233;finitivement avec la r&#233;volution d'Octobre. Une rupture attest&#233;e par des millions et des millions de morts de faim, de d&#233;port&#233;s, de victimes des proc&#232;s et des purges. La terreur bureaucratique liquide ce qui survit de l'h&#233;ritage d'Octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des cadres et des dirigeants de la p&#233;riode r&#233;volutionnaire sont d&#233;port&#233;s ou ex&#233;cut&#233;s. Il s'agit d'une contre-r&#233;volution, dirig&#233;e par Staline(11). Le stalinisme, dans des circonstances historiques concr&#232;tes, renvoie &#224; une tendance plus g&#233;n&#233;rale &#224; la bureaucratisation, &#224; l'&#339;uvre dans toutes les soci&#233;t&#233;s modernes. On retrouve le ph&#233;nom&#232;ne bureaucratique, de mani&#232;re plus ou moins prononc&#233;e dans les partis, les organisations du mouvement ouvrier, les mouvements sociaux&#8230; Cette tendance s'est accentu&#233;e avec la sp&#233;cialisation des t&#226;ches centrales, la division sociale du travail entre activit&#233;s manuelles et intellectuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait de pouvoir s'extraire de l'exploitation ali&#233;nante du travail, pour des fonctions bien plus gratifiantes dans les organisations ouvri&#232;res, peut engendrer des r&#233;flexes et des proc&#233;dures pour pr&#233;server et consolider un tel statut, voire m&#234;me inciter les appareils syndicaux &#224; contr&#244;ler et r&#233;cup&#233;rer des mobilisations sociales pour ne pas mettre en p&#233;ril les m&#233;canismes de concertation sociale. Le ph&#233;nom&#232;ne bureaucratique s'est install&#233; &#233;galement dans la professionnalisation de la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de la Commune de Paris de 1871 nous parle &#224; travers le temps, en nous pr&#233;sentant quelques moyens de d&#233;-professionnaliser le pouvoir et la politique. La limitation du cumul et du renouvellement des mandats &#233;lectifs, ainsi que la limitation du salaire de l'&#233;lu(e) au niveau de l'ouvrier(e) qualifi&#233;(e) ou de l'employ&#233;(e) des services publics contribueraient grandement &#224; restreindre la personnalisation et la professionnalisation du pouvoir. L'&#233;lection et la r&#233;vocabilit&#233; des mandataires, qui exercent des t&#226;ches politiques, administratives ou judiciaires, devraient &#234;tre op&#233;rationnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; collective de pouvoir s'exprimer &#224; travers un processus &#233;lectoral libre, quelles que soient ses formes institutionnelles, combinant d&#233;mocratie participative directe et d&#233;mocratie repr&#233;sentative, ne peut &#234;tre ind&#233;finiment diff&#233;r&#233;e. L'organisation et l'autogestion des luttes, impliquant la construction d'un syndicalisme de combat et d&#233;mocratique, doivent relever des salari&#233;(e)s, m&#234;me si cela ne va pas de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;marche, concr&#233;tis&#233;e dans les ann&#233;es 1970 par les travailleurs de Glaverbel-Gilly, reste un exemple quasiment unique dans l'histoire sociale de la Belgique(12). Cette d&#233;mocratie int&#233;grale, li&#233;e &#224; des exp&#233;riences autogestionnaires et &#224; la prise en charge par les travailleur/euse/s de leur propre sort, ne peut s'&#233;panouir en faisant l'&#233;conomie d'un syst&#232;me capitaliste o&#249; le travail de tous est accapar&#233; par une infime minorit&#233; de rentiers d&#233;tenteurs des grands moyens de production et d'&#233;change, o&#249; les gouvernements et les appareils d'Etat leur font all&#233;geance en comprimant nos libert&#233;s d&#233;mocratiques, en d&#233;voilant leur profil autoritaire et r&#233;pressif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tout cela d&#233;coule la n&#233;cessit&#233; et l'urgence de construire des organisations politiques anticapitalistes, capables de se r&#233;approprier toute l'exp&#233;rience des mouvements d'&#233;mancipation du XIX&#232;me et du XX&#232;me si&#232;cle. Des organisations implant&#233;es, capables de saisir le sens possible des &#233;v&#232;nements, d'approfondir et d'orienter, dans une direction r&#233;volutionnaire, les dynamiques d'auto-organisation et de politisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des organisations capables de prendre des d&#233;cisions tactiques hardies et de formuler un projet strat&#233;gique faisant le lien entre les aspirations imm&#233;diates au changement et les transformations radicales que suppose l'av&#232;nement d'une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e des rapports d'exploitation et d'oppression(13).&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt;Notes[&#8722;]&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8593;1 Jean-Philippe Div&#232;s, R&#233;volution fran&#231;aise (1789-94), Une immense r&#233;volution bourgeoise et &#171; avant-courri&#232;re &#187;, in Europe Solidaire sans Fronti&#232;res, 1/3/2014.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8593;2 Les Ateliers Nationaux, coop&#233;ratives de production, sans patrons, assurant une activit&#233; aux ch&#244;meurs parisiens. Plus de 100 000 personnes y sont inscrites. Leur fermeture suscite la r&#233;volte ouvri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8593;3 Jacques Rongerie, Paris insurg&#233;, la Commune de 1871. Ed. Gallimard, 1995, p.32.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8593;4 Karl Marx, La Guerre civile en France 1871, ibid.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8593;5 &#171; Autant la r&#233;vocabilit&#233; est la cons&#233;quence de la responsabilit&#233; de l'&#233;lu devant ses &#233;lecteurs, autant le mandat imp&#233;ratif aboutit &#224; paralyser la d&#233;lib&#233;ration d&#233;mocratique. Si le mandataire n'est que le porte-parole de l'int&#233;r&#234;t particulier de ses mandants, sans possibilit&#233; de modifier son point de vue en fonction de la discussion, aucune volont&#233; g&#233;n&#233;rale ne peut &#233;merger, l'addition des int&#233;r&#234;ts particuliers se neutralise, et la st&#233;rilit&#233; du pouvoir constituant finit par faire le lit d'une bureaucratie qui s'&#233;l&#232;ve au-dessus de cette volont&#233; en miettes en pr&#233;tendant incarner l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. &#187; Daniel Bensa&#239;d, La Commune, l'Etat et la R&#233;volution, in La Gauche, journal de la LCR &#8211;ancien nom de la Gauche Anticapitaliste-, 1/7/2007.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8593;6 Louis-Auguste Blanqui (1805-1881), partisan d'une r&#233;volution op&#233;r&#233;e par le &#171; coup de force &#187; de petits groupes bien d&#233;cid&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8593;7 Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), pr&#233;curseur du Socialisme libertaire. Eug&#232;ne Varlin, proudhoniste dissident, &#233;tait un des principaux animateur de la Commune.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8593;8 L&#233;nine, A la m&#233;moire de la Commune, avril 1911, &#338;uvres, tome 17.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8593;9 L&#233;nine, ibid.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8593;10 Alexander Rabinowitch , Les bolcheviks prennent le pouvoir, La r&#233;volution 1917, Petrograd. Ed. La Fabrique 2016.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8593;11 Daniel Bensa&#239;d, Communisme contre stalinisme, Une r&#233;ponse au Livre noir du communisme, 1997. Voir : danielbensa&#239;d.org&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8593;12 Andr&#233; henry, L'Epop&#233;e des Verriers du Pays noir. Ed. Luc Pire et Formation L&#233;on Lesoil, 2013.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8593;13 Daniel Bensa&#239;d, Ugo Palheta, Julien Salingue, Strat&#233;gie et parti. Ed. Les Prairies ordinaires, 2016.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Covid-19, Capital, Travail</title>
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		<dc:date>2020-09-29T07:21:56Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Horman</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
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		<dc:subject>Edition du 2020-09-29</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La pand&#233;mie de Covid-19 est &#224; la fois le r&#233;v&#233;lateur et l'acc&#233;l&#233;rateur d'une crise globale, sanitaire, &#233;conomique, sociale, &#233;cologique, en somme une crise syst&#233;mique, engendr&#233;e et inh&#233;rente &#224; la nature et au fonctionnement du capitalisme mortif&#232;re. Le caract&#232;re de cet &#233;v&#233;nement hors-norme ressort clairement de l'origine du virus, de son mode de propagation et de ses effets sociaux. &lt;br class='autobr' /&gt; Paru sur le site Gauche anti-capitaliste 24/09/2020 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Denis Horman &lt;br class='autobr' /&gt;
Crise sanitaire &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Covid-19, une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Belgique-+" rel="tag"&gt;Belgique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-09-29-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-09-29&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton44812-d571c.jpg?1781240985' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La pand&#233;mie de Covid-19 est &#224; la fois le r&#233;v&#233;lateur et l'acc&#233;l&#233;rateur d'une crise globale, sanitaire, &#233;conomique, sociale, &#233;cologique, en somme une crise syst&#233;mique, engendr&#233;e et inh&#233;rente &#224; la nature et au fonctionnement du capitalisme mortif&#232;re. Le caract&#232;re de cet &#233;v&#233;nement hors-norme ressort clairement de l'origine du virus, de son mode de propagation et de ses effets sociaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Paru sur le site Gauche anti-capitaliste&lt;br class='autobr' /&gt;
24/09/2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Denis Horman&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crise sanitaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Covid-19, une mal&#233;diction, une fatalit&#233;, une catastrophe naturelle ? Des virologues, des &#233;pid&#233;miologistes, des biologistes&#8230; s'accordent pour identifier ce virus, et bien d'autres, comme des zoonoses, des maladies infectieuses atteignant les animaux et qui peuvent &#234;tre transmises aux humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destruction des milieux naturels d'esp&#232;ces sauvages, sous les coups de la d&#233;forestation, le commerce et la consommation de ces animaux poussent au rapprochement d'esp&#232;ces animales sauvages avec les animaux d'&#233;levage et les humains. Le Covid-19 est une pand&#233;mie du n&#233;olib&#233;ralisme, un produit de cette phase n&#233;olib&#233;rale mondialis&#233;e du capitalisme(1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les multiples pratiques destructrices de la nature par l'extractivisme et le productivisme &#8211; induits par l'accumulation illimit&#233;e du Capital-, la d&#233;forestation &#8211; pour satisfaire les app&#233;tits de l'industrie du bois ou des promoteurs immobiliers-, l'&#233;levage industriel intensif hors sol, le confinement d'animaux (&#233;levage de volailles, porcs&#8230;) dans des conditions quasi carc&#233;rales &#8211; rentabilit&#233; et profit imm&#233;diat et maximum obligent- qui sont un terreau de cette pand&#233;mie, comme de bien d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois quart des nouvelles maladies zoonotiques (maladies circulant des animaux vers les humains) sont apparues depuis les ann&#233;es 1960 (Ebola, sida, Coronavirus&#8230;). La pand&#233;mie de Covid-19 s'est r&#233;pandue comme une train&#233;e de poudre du fait de l'extension et de l'intensification des &#233;changes &#233;conomiques transnationaux, de la mondialisation du Capital. Ainsi, la d&#233;localisation et la concentration de pans entiers de la production sanitaire (masques, appareils respiratoires, m&#233;dicaments&#8230;) dans des &#171; Etats &#233;mergents &#187; (la Chine et l'Inde notamment), ne sont finalement que le r&#233;sultat de la concurrence aigu&#235; et f&#233;roce que la &#171; mondialisation &#187; du capital op&#232;re au sein des grands groupes pharmaceutiques. Une concurrence implacable qui s'appuie sur une surexploitation sans vergogne de la main d'&#339;uvre locale et une rentabilit&#233; maximale allant jusqu'&#224; sacrifier la qualit&#233; de la production aux profits escompt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pand&#233;mie de Covid-19 projette un large &#233;clairage sur la r&#233;alit&#233; du syst&#232;me capitaliste : un syst&#232;me mortif&#232;re, et, faut-il le pr&#233;ciser, port&#233; et pilot&#233; par une infime minorit&#233; de la population mondiale. Ce syst&#232;me est, intrins&#232;quement, incapable de garantir, de prot&#233;ger la vie, la sant&#233;, le bien-&#234;tre de larges couches des populations. Quand bien m&#234;me le virus disparaitrait (il peut revenir !), quand bien m&#234;me un vaccin serait mis au point, d'autres pand&#233;mies surviendront aussi longtemps que les m&#233;canismes qui sont responsables de celles-ci n'auront pas &#233;t&#233; &#233;radiqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il pour autant se croiser les bras ? Bien au contraire ! La lutte contre le Covid-19 a fait monter en premi&#232;re ligne le personnel de la sant&#233; dans les h&#244;pitaux, les maisons de repos, les soins &#224; domicile, les maisons m&#233;dicales&#8230;, ainsi que dans tous les m&#233;tiers de la sant&#233;, ce qui comprend autant les services technique, ouvrier, administratif que soignant. Tous ces m&#233;tiers sont subitement apparus comme essentiels pour garantir un des droits humains universels : le droit &#224; la sant&#233;. Et pourtant, la plupart de ces m&#233;tiers, pratiqu&#233;s majoritairement par des femmes, sont loin d'&#234;tre reconnus &#224; leur juste valeur, &#224; leur fonction essentielle, tant sur le plan social que financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en assumant le mieux possible sa t&#226;che, le personnel hospitalier et des soins de sant&#233; n'en a pas moins exprim&#233; sa l&#233;gitime col&#232;re en l'absence ou l'insuffisance de mat&#233;riel de protection, du trop peu de personnel, de son hyper-flexibilit&#233; forc&#233;e, sans oublier l'absence d'une revalorisation salariale pour tous ces m&#233;tiers. Ce personnel a surtout d&#233;nonc&#233; les politiques n&#233;olib&#233;rales, port&#233;es depuis plusieurs ann&#233;es par des gouvernements mettant &#224; mal des secteurs sociaux vitaux, en l'occurrence celui de la sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la p&#233;riode 2012-2018, les deux gouvernements f&#233;d&#233;raux successifs (Di Rupo et Michel) ont r&#233;alis&#233; des coupes sombres pour plus de 20 milliards d'euros dans la s&#233;curit&#233; sociale et les services publics, dont plus de 9 milliards uniquement dans les soins de sant&#233;(2). Les gouvernements Michel I et II (qui comptait notre actuelle Premi&#232;re ministre comme ministre du Budget) ont &#233;voqu&#233; le &#171; manque d'efficience &#187; et la &#171; surcapacit&#233; de l'offre &#187; pour justifier les coupes draconiennes dans le domaine de la sant&#233; (902 millions d'euros) susceptibles de contribuer &#224; &#171; l'&#233;quilibre budg&#233;taire &#187; digne d'une &#171; bonne gouvernance. &#187;(3)&lt;br class='autobr' /&gt;
Crise &#233;conomique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coronavirus ne contamine pas un organisme sain, mais un organisme d&#233;j&#224; atteint de maladies chroniques(4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans remonter bien loin, fin des ann&#233;es 1970, le syst&#232;me capitaliste fut &#224; nouveau rong&#233; de l'int&#233;rieur par une nouvelle crise &#233;conomique end&#233;mique &#8211; en quelque sorte, une crise &#171; classique &#187; du syst&#232;me capitaliste- dont la baisse g&#233;n&#233;ralis&#233;e du taux de profit en est le signal le plus alarmant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le profit est bien au c&#339;ur du processus d'ensemble de la production capitaliste, c'est &#224; travers la vente des marchandises que la plus-value (sur-travail gratuit extorqu&#233; aux salari&#233;.e.s), op&#232;re sa transmutation en profit. Alors, quoi d'&#233;tonnant &#224; ce que les grands groupes industriels et financiers priv&#233;s, soient pris d'une grosse fringale productiviste. Le logiciel de l'&#233;conomie de march&#233; est format&#233; pour produire, produire pour produire, vendre pour vendre et pousser &#224; la surconsommation pour un profit imm&#233;diat et maximum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il arrive un moment o&#249; le m&#233;canisme se grippe. La concurrence &#224; couteaux tir&#233;s &#224; laquelle se livrent ces groupes priv&#233;s &#8211; concurrence inh&#233;rente au fonctionnement du syst&#232;me capitaliste -, d&#233;bouche sur une accumulation de marchandises. Alors, se d&#233;clenche l'in&#233;luctable engrenage de la surproduction de marchandises qui ne trouvent plus de march&#233;s, ni d'acqu&#233;reurs solvables. Cette crise de surproduction n'a rien &#224; voir avec une saturation des besoins sociaux, qui, eux, sont loin d'&#234;tre satisfaits. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'en est suivie, au cours des ann&#233;es 1970, une nouvelle crise &#233;conomique, avec la r&#233;cession, le ralentissement de la production, la concentration du Capital dans les entreprises multinationales les plus performantes, entrainant la destruction de forces productives et ses d&#233;flagrations : les fermetures d'entreprises, les licenciements, l'accroissement du ch&#244;mage&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le concours du pouvoir politique, des diff&#233;rents gouvernements, le syst&#232;me capitaliste d&#233;clencha une offensive g&#233;n&#233;ralis&#233;e, Capital contre Travail : la consigne &#233;tant le r&#233;tablissement au plus vite et &#224; tout prix du taux de profit. Le meilleur combustible pour relancer la machine &#224; profit, c'est encore et toujours la main-d'&#339;uvre humaine, une exploitation aggrav&#233;e des travailleur/euse/s. La recette ? Des mesures antisociales fortes : sauts d'index ; gel des salaires ; flexibilit&#233; du travail ; cadeaux fiscaux aux grandes entreprises et aux grosses fortunes ; all&#232;gement des cotisations patronales -quitte &#224; aggraver le d&#233;ficit public- avec, comme cons&#233;quence, une augmentation de la dette publique, des coupes sombres dans de nombreux services publics, dans la s&#233;curit&#233; sociale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements Martens &#8211; Gol des ann&#233;es &#8216;80 allaient, sans &#233;tat d'&#226;me, utiliser les pouvoirs sp&#233;ciaux et donner un fameux coup de main au patronat. C'est ainsi que les profits reprirent assez vite de belles couleurs. Si on n'en a pas tellement vu la couleur pour des investissements productifs, par contre, les CEO (directeurs g&#233;n&#233;raux) et surtout les gros actionnaires des multinationales touch&#232;rent le pactole. Les grosses fortunes allaient, de plus belle, prendre le chemin des paradis fiscaux. On y est all&#233; all&#232;grement pour des op&#233;rations financi&#232;res largement sp&#233;culatives, des placements bancaires douteux. On nous faisait croire &#224; un miracle profane quotidien par lequel une croissance de 2%, 3% peut &#171; cr&#233;er &#187; une plus-value boursi&#232;re de 15%, 50% et m&#234;me 100% par an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fallait-il s'&#233;tonner, qu'en 2008, les bulles financi&#232;res sp&#233;culatives aient &#233;clat&#233; avec leurs milliards d'euros partis en fum&#233;e. L'effondrement de ce &#171; capital fictif &#187; risquait bien d'entra&#238;ner l'ensemble des &#233;conomies dans sa chute. Heureusement pour les capitalistes, ce sont les pouvoirs publics (avec l'argent de la collectivit&#233;) qui se sont, comme d'habitude, port&#233;s &#224; leur secours pour colmater leurs op&#233;rations irresponsables et criminelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Belgique, ce sont pr&#232;s de 26 milliards d'euros que l'Etat belge a vers&#233; aux trois grandes banques (Fortis, Dexia, KBC) et l'assureur Ethias pour les remettre &#224; flot. Ce sauvetage a jou&#233; un r&#244;le d&#233;terminant dans l'augmentation de la dette publique et pouss&#233; les gouvernements successifs &#224; gonfler la liste des mesures antisociales(5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s son entr&#233;e en fonction (d&#233;cembre 2011), le gouvernement, dirig&#233; par le socialiste francophone Elio Di Rupo, proc&#233;dait &#224; une r&#233;forme du ch&#244;mage avec deux mesures : les exclusions du ch&#244;mage et la d&#233;gressivit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e des allocations de ch&#244;mage, des mesures qui allaient faire plonger une majorit&#233; de ch&#244;meur/euse/s sous le seuil de pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement qui lui a succ&#233;d&#233; en octobre 2014, dirig&#233; par le lib&#233;ral francophone Charles Michel, y a mis toute la gomme. Il s'est montr&#233; tr&#232;s cr&#233;atif dans l'all&#233;gement des cotisations patronales &#224; la s&#233;curit&#233; sociale. Il a fait passer le projet de loi, concoct&#233; par le ministre de l'Economie et de l'Emploi, Kris Peeters, sur &#171; le travail faisable et maniable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette loi nous ram&#232;ne quasiment un demi-si&#232;cle en arri&#232;re : allongement du temps de travail, flexibilit&#233; &#224; outrance au d&#233;triment de la sant&#233;, d&#233;gradation des conditions de travail, contournement des syndicats pour la n&#233;gociation individuelle salari&#233;.e.s-employeurs, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Crise sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le coronavirus n'est pas venu contaminer un organisme sain mais un organisme atteint de maladies chroniques, il n'en reste pas moins vrai que cette crise n'est pas une crise &#171; classique &#187; du syst&#232;me capitaliste. La sp&#233;cificit&#233; de cette crise, c'est qu'elle est provoqu&#233;e, aliment&#233;e et approfondie par un &#233;l&#233;ment &#171; ext&#233;rieur &#187;, un virus, le Covid-19. Encore que cette pand&#233;mie, comme nous l'avons soulign&#233;, renvoie aux effets de l'agriculture productiviste sur les &#233;cosyst&#232;mes et l'intense circulation des marchandises &#224; travers la plan&#232;te, dans un capitalisme mondialis&#233;. Mais sa principale caract&#233;ristique sans pr&#233;c&#233;dent est l'imbrication entre une crise sanitaire et une crise &#233;conomique sous le signe du confinement(6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de mesurer la brutalit&#233; et l'ampleur de cette &#171; crise sanitaire &#187;. Elle n'a pas &#233;t&#233;, comme en 2008, d&#233;clench&#233;e dans la sph&#232;re financi&#232;re. Elle s'est directement r&#233;percut&#233;e dans ce qu'on appelle l'&#233;conomie &#171; r&#233;elle &#187;, au c&#339;ur-m&#234;me de la production, du fonctionnement du syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la seconde moiti&#233; du mois de mars, plus de 3 milliards de personnes &#233;taient somm&#233;es au &#171; confinement &#187;. Un confinement impossible pour la majorit&#233; des gens (en Asie, Afrique, Am&#233;rique latine..) qui doivent se d&#233;brouiller au jour le jour sans filet social de s&#233;curit&#233;. D&#233;but juillet, le Covid-19 avait d&#233;j&#224; provoqu&#233; pr&#232;s de 600 000 d&#233;c&#232;s dans le monde. D&#233;but ao&#251;t, l''Organisation mondiale de la sant&#233; (OMS) signalait que la plan&#232;te devait se pr&#233;parer &#224; une tr&#232;s longue pand&#233;mie : plus 17,6 millions de personnes &#233;taient contamin&#233;es dans le monde et plus de 680 000 en sont d&#233;j&#224; mortes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les &#233;tudes montrent que les classes populaires sont les principales victimes de la pand&#233;mie. Celle-ci a encore davantage &#233;clair&#233; les in&#233;galit&#233;s sociales. Sur une population active de 3,3 milliards de personnes, plus de 4 personnes sur 5 ont &#233;t&#233; touch&#233;es par la fermeture totale ou partielle de lieux de travail, selon les estimations de l'Organisation internationale du travail (OIT).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe, la part du ch&#244;mage &#171; &#233;conomique &#187; a explos&#233;. En Afrique, en Am&#233;rique latine et en Asie (jusqu'&#224; 90% en Inde), une part importante de la main &#8211; d'&#339;uvre, travaillant dans l'&#233;conomie informelle, a avec la pand&#233;mie perdu emplois et revenus. De plus, elle n'a pratiquement aucune protection sociale et peu d'acc&#232;s aux services de sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on pense que, sous l'injonction du Fonds mon&#233;taire international (FMI), les pays d'Afrique sub-saharienne d&#233;pensent plus dans le service de leur dette que pour des secteurs essentiels comme la sant&#233; et l'&#233;ducation ! Dans ces pays et bien d'autres (en Asie, en Am&#233;rique latine et m&#234;me aux Etats-Unis), des millions de personnes sont forc&#233;es de choisir entre la faim ou s'exposer au Covid-19, vu les carences criminelles de protection sanitaires, les coupes sombres dans un secteur vital comme la sant&#233; publique ou encore l'absence de s&#233;curit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Belgique, environ un tiers de l'&#233;conomie &#233;tait en confinement. Plus d'un million de travailleur/euse/s ont &#233;t&#233; mis en ch&#244;mage temporaire, soit 30% des effectifs salari&#233;s, hors administrations publiques et &#233;ducation. Plus de 300 000 ind&#233;pendant.e.s (4 sur 10) ont d&#251; arr&#234;ter leur activit&#233;. Plus de 20% des ch&#244;meur/euse/s temporaires pourraient &#234;tre licenci&#233;.e.s si les entreprises ne b&#233;n&#233;ficiaient plus des mesures politiques actuelles (ch&#244;mage &#171; coronavirus &#187; pour les salari&#233;.e.s) et droit passerelle pour les ind&#233;pendants (allocation financi&#232;re mensuelle). Entre faillites et licenciements, plus de 200 000 personnes pourraient rejoindre les 476 000 demandeur/euse/s d'emploi inoccup&#233;.e.s, enregistr&#233;.e.s l'an dernier. On peut s'attendre &#224; une vague de licenciements, dont une partie &#233;tait d&#233;j&#224; programm&#233;e, avant la crise sanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des entreprises n'h&#233;siteront pas &#224; profiter du choc de cette pand&#233;mie et son maquillage en catastrophe &#171; naturelle &#187; pour se refaire un peu de sant&#233; avec les recettes d'exploitation de la force de travail. La seule &#171; sant&#233; &#187; qui compte pour le syst&#232;me capitaliste est celle de l'accumulation des profits, du taux de croissance capitaliste &#8211; l'augmentation du produit int&#233;rieur brut -, celle de la comp&#233;titivit&#233;, de la vigueur concurrentielle, celle des march&#233;s, de la finance, de la Bourse. Cette &#171; sant&#233; &#187; du capitalisme, d&#233;j&#224; bien malmen&#233;e, avec le d&#233;clanchement, d&#232;s les ann&#233;es 1970, d'une longue crise end&#233;mique, s'est d&#233;grad&#233;e &#224; grande vitesse de mars &#224; mai 2020, bien plus rapidement et bien plus fortement que lors de la d&#233;cennie pr&#233;c&#233;dente avec la grande crise financi&#232;re de 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pand&#233;mie de Covid-19 et le &#171; grand confinement &#187; ont d&#233;clench&#233; une mise &#224; l'arr&#234;t de pans entiers de l'&#233;conomie. Le PIB mondial, qui avait recul&#233; de 0,5% en 2009, devrait chuter de 6% cette ann&#233;e. Pour l'ensemble de l'OCDE, la baisse est estim&#233;e &#224; 7,5% et m&#234;me de 11,5% pour les pays de la zone euro. Pour la Belgique, le Bureau du Plan estime le recul du PIB de 8%, cette ann&#233;e. La Banque nationale de Belgique (BNB) entrevoit un repli de 9% de l'activit&#233; &#233;conomique en 2020, sa plus forte contraction depuis la seconde guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la crise sanitaire, on vient d'assister &#224; un v&#233;ritable bouleversement. Comme &#224; chaque crise capitaliste, mais bien plus qu'en 2008, les Etats et les institutions financi&#232;res internationales ont jet&#233; aux orties tous leurs principes(7). Le dogme de l'&#233;conomie dominante (&#171; n&#233;o-classique &#187;) et les r&#232;gles &#171; lib&#233;rales &#187; qu'elle a inspir&#233;es (l'&#233;quilibre budg&#233;taire : pas question de d&#233;ficit d&#233;passant les 3% ; ind&#233;pendance de la banque centrale&#8230;) ont vol&#233; en &#233;clats. La plupart des r&#232;gles de l'orthodoxie budg&#233;taire a &#233;t&#233; abandonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu partout, les gouvernements ont d&#233;vers&#233; des sommes consid&#233;rables pour endiguer la pand&#233;mie et surtout att&#233;nuer ses effets &#233;conomiques, dans les PME et chez les petits ind&#233;pendants en particulier, pour maintenir, tant bien que mal, le revenu des salari&#233;s et restaurer au plus vite l'activit&#233; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce propos, on se souviendra longtemps de la r&#233;flexion de l'Administrateur-d&#233;l&#233;gu&#233; de la FEB, Pieter Timmermans, d&#233;non&#231;ant, d&#233;but mars, les &#171; mesures disproportionn&#233;es &#187; de la lutte contre le Covid-19, et poussant &#224; une reprise g&#233;n&#233;ralis&#233;e du travail : &#171; L'endroit o&#249; vous travaillez est peut-&#234;tre le plus s&#251;r pour ne pas &#234;tre contamin&#233; &#187;. Belle illustration de l'analyse de K.Marx : &#171; Le travailleur (et la travailleuse) sont, avec la terre, les deux sources d'o&#249; jaillit toute richesse &#187;. Et le profit de l'entreprise d&#233;pend de l'exploitation de la force de travail ! Une grande enqu&#234;te Coronavirus, r&#233;alis&#233;e par l'Universit&#233; d'Anvers, allait indiquer que plus de la moiti&#233; des personnes ayant contract&#233; le Covid-19 a vraisemblablement &#233;t&#233; contamin&#233;e au travail, un grand nombre travaillant dans le secteur des soins de sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commission europ&#233;enne en arrive pour la Belgique &#224; un trou budg&#233;taire de 8,9% du PIB. Et le Bureau du Plan estime que le d&#233;ficit public 2020 pourrait tourner autour de 9%. Celui-ci se chiffrerait &#224; plus de 45 milliards d'euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gros des d&#233;penses s'est concentr&#233; sur le ch&#244;mage temporaire qui pourrait co&#251;ter &#224; lui seul plus de 4 milliards d'euros. Arr&#234;tons-nous un instant sur cette d&#233;pense. C'est bien la s&#233;curit&#233; sociale (financ&#233;e &#224; plus de 80% par les salari&#233;.e.s ) qui paie ce ch&#244;mage &#171; temporaire &#187;, sans aucune intervention des employeurs. Il y a m&#234;me des entreprises commerciales qui ont mis du personnel en ch&#244;mage temporaire et qui lui demandait quand m&#234;me de travailler depuis la maison. D'autres entreprises mettaient (y compris r&#233;troactivement) du personne malade en ch&#244;mage temporaire pour ne pas payer le mois de salaire garanti(8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les finances publiques et celles de la S&#233;curit&#233; sociale, d&#233;j&#224; consid&#233;rablement d&#233;t&#233;rior&#233;es par la r&#233;duction des cotisations patronales &#224; la S&#233;curit&#233; sociale ainsi que tout le dispositif des aides et cadeaux fiscaux octroy&#233;s aux entreprises par le pouvoir politique (le gouvernement Michel fut un des plus serviles !) vont plonger dans le rouge. L&#226;cher occasionnellement la bride sur l'&#233;quilibre budg&#233;taire et donner du lest au d&#233;ficit budg&#233;taire pour pr&#233;server un tant soit peu le &#171; pouvoir d'achat &#187; n'est- ce pas une mesure temporaire clairvoyante pour &#233;viter de possibles explosions sociales ! Mais la question est plus que jamais d'actualit&#233; : qui va combler cet &#233;norme d&#233;ficit public et la r&#233;duction d'une dette publique que l'on annonce &#224; plus de 110% du PIB ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Crise &#233;cologique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La plan&#232;te Terre &#8211; la cr&#233;ation, le monde dans lequel la civilisation s'est d&#233;velopp&#233;e, le monde avec les normes climatiques que nous connaissons et avec les plages oc&#233;aniques stables -, est en danger imminent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'urgence de la situation s'est cristallis&#233;e seulement au cours des derni&#232;res ann&#233;es. Nous avons maintenant des preuves &#233;videntes de la crise (&#8230;). La surprenante conclusion, c'est que la poursuite de l'exploitation de tous les combustibles fossiles de la terre menace non seulement les millions d'esp&#232;ces de la plan&#232;te, mais aussi la survie de l'humanit&#233; elle-m&#234;me &#8211; et les d&#233;lais sont plus courts que ce que nous pensions &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce qu'&#233;crivait dans son livre, publi&#233; en 2009, l'ex-directeur du Goddard Institute de la NASA aux Etats-Unis, un des plus grands sp&#233;cialistes mondiaux sur la question du changement climatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; En ce d&#233;but du XXI&#232;me si&#232;cle, le train de la civilisation capitaliste n'a fait qu'acc&#233;l&#233;rer sa course vers l'ab&#238;me, un ab&#238;me qui s'appelle catastrophe &#233;cologique. Il importe de prendre la mesure de son acc&#233;l&#233;ration vertigineuse. En fait, la catastrophe a d&#233;j&#224; commenc&#233;, et nous sommes dans une course contre la montre pour tenter de contenir, puis d'arr&#234;ter cette fuite en avant &#187;(9)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La crise du Covid-19 est un avertissement. Alors que nous sommes au bord du gouffre climatique et que s'acc&#233;l&#232;re l'extinction des esp&#232;ces, elle nous montre comment les dirigeants g&#232;rent une catastrophe quand ils ne peuvent plus en ignorer l'existence (&#8230;). &#171; Sous des formes diff&#233;rentes, tous leurs projets poursuivent le m&#234;me objectif fondamental qui &#233;puisent les deux seules sources de toute richesse, la Terre et le travail humain (&#8230;). &#171; La cause est ce mode de production accro au &#171; toujours plus &#187;, toujours plus consommer pour pouvoir toujours plus produire (&#8230;). &#171; Les ma&#238;tres du monde ne font rien. Pourquoi ? Parce que tous sont soumis aux diktats absurdes de l'accumulation du capital. En particulier ceux des multinationales de l'&#233;nergie fossile, dont l'objectif n'est pas le passage aux &#233;nergies renouvelables pour le bien de l'humanit&#233; et de la nature, mais le profit avant tout &#187; (10).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie du choc&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; strat&#233;gie du choc &#187;, selon le c&#233;l&#232;bre ouvrage de la journaliste canadienne, Noami Klein, est une belle opportunit&#233; pour surfer sur la pand&#233;mie de Covid-19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cette &#171; strat&#233;gie du choc &#187;, il s'agit, pour le patronat et les Etats inf&#233;od&#233;s au capitalisme, d'utiliser l'&#233;clatement d'une crise &#233;conomique profonde, d'une catastrophe &#171; dite &#187; naturelle ou encore d'un attentat de grande envergure, et, suite &#224; ces chocs, de profiter de la peur et la d&#233;sorientation de la population, de la faiblesse relative de la r&#233;sistance sociale, de la d&#233;t&#233;rioration constante des rapports de force du Travail au profit du Capital pour faire passer des mesures antisociales fortes. Sans oublier des atteintes aux droits d&#233;mocratiques, sous pr&#233;texte de situations exceptionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait tout &#224; fait justifi&#233; que le pouvoir &#233;conomique, financier, responsable, au premier chef, de par sa nature et son fonctionnement, de cette crise sanitaire et &#233;conomique, d'en payer l'&#233;norme co&#251;t financier, social, humain. Il serait tout &#224; fait illusoire de compter sur le pouvoir politique, responsable des d&#233;cennies de d&#233;mant&#232;lement n&#233;olib&#233;ral de la sant&#233; publique, de &#171; l'Etat-providence &#187; pour le faire payer au patronat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, il ne fait aucun doute que &#171; nos &#187; gouvernements vont tenter de profiter du choc &#233;conomique, financier, social, psychologique de la &#171; crise sanitaire &#187; pour prolonger et accentuer la mise en &#339;uvre de leurs politiques antisociales. Tout indique que l'on s'achemine, &#224; nouveau, vers des dispositifs qui feront encore de la masse salariale l'une des principales variables d'ajustements permettant de r&#233;tablir la profitabilit&#233; des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hausse des in&#233;galit&#233;s, destruction de nos acquis sociaux, gel et r&#233;duction des salaires, allongement de la dur&#233;e du travail, flexibilit&#233; tous azimuts, automatisation acc&#233;l&#233;r&#233;e, relance de l'&#233;conomie en r&#233;duisant au maximum les effectifs, licenciements, fermetures d'entreprises, soutien (avec l'argent de la collectivit&#233;) de &#171; nos &#187; entreprises dans la lutte concurrentielle, d&#233;mant&#232;lement programm&#233; des services publics, augmentation du co&#251;t de la vie, renforcement du racisme dans toutes ses formes, ravage du patriarcat, destruction de la nature, les droits humains bafou&#233;s, en particulier dans la politique migratoire, odeurs rances d'Etat fort avec les exactions polici&#232;res&#8230; tous les indices sont d&#233;j&#224; l&#224; pour en revenir au business as usual.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le t&#233;l&#233;travail ! Quelle sera donc l'incidence de cette nouvelle forme de flexibilit&#233; accept&#233;e ou impos&#233;e ? Pendant le confinement, pr&#232;s de 50% de la population active &#233;tait en t&#233;l&#233;travail. Selon une enqu&#234;te de l'Union wallonne des entreprises (juin 2020), 9 employeurs sur 10 veulent continuer &#224; offrir &#224; leurs collaborateurs la possibilit&#233; de faire du t&#233;l&#233; travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette forme de travail est d&#233;j&#224; d&#233;velopp&#233;e, de mani&#232;re significative, au niveau europ&#233;en. Un rapport Eurofound (2017) laisse appara&#238;tre la nature ambivalente des effets de cette nouvelle forme de travail sur la vie, la sant&#233;, l'&#233;quilibre entre vie priv&#233;e et professionnelle des travailleurs/euse/s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pour certains, la flexibilit&#233; spacio-temporelle rendue possible par l'utilisation des nouvelles technologies favorise la conciliation entre vie priv&#233;e et vie professionnelle. Pour d'autres par contre, cette tendance &#224; l'accomplissement des t&#226;ches ind&#233;pendamment du lieu et &#224; un horaire fixe entra&#238;ne n&#233;cessairement le risque d'intensification du travail. En ce sens, l'extension de l'utilisation des appareils mobiles, ainsi que l'expansion de l'Internet, renforcent la possibilit&#233; d'une connexion permanente, la prolongation de journ&#233;e de travail (parfois jusqu'&#224; tard le soir ou le week-end), et donc les risques professionnels associ&#233;s &#224; l'augmentation de la disponibilit&#233; temporaire des travailleurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux t&#233;moignages sur le t&#233;l&#233;travail provenant de diff&#233;rents pays europ&#233;ens d&#233;crivent d&#233;j&#224; cette r&#233;alit&#233;-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous pr&#233;texte d'adoucir les cons&#233;quences &#233;conomiques de la crise du Coronavirus, avec la volont&#233; d'avoir &#171; davantage de personnes au travail pour assurer la continuit&#233; des entreprises &#187;, le gouvernement Wilmes, muni des pouvoirs sp&#233;ciaux &#187; avait d&#233;j&#224; pris une s&#233;rie de mesures ayant de quoi r&#233;jouir les employeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on en juge ! Augmentation des heures suppl&#233;mentaires jusqu'&#224; 220 heures, au-del&#224; de ce qui est d&#233;j&#224; autoris&#233; actuellement, sans sursalaire, sans aucun droit au repos compensatoire ; possibilit&#233; pour les employeurs de mettre leur propre personnel &#224; la disposition d'autres employeurs, sans concertation sociale, avec une perte de revenu possible, sans aucune garantie de protection suffisante dans le nouvel environnement social ; contrats courts &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e sans limitation ; autorisation du travail &#233;tudiant, de fa&#231;on illimit&#233;, &#224; bon march&#233;, sans cotisations sociales ; activation acc&#233;l&#233;r&#233;e de demandeurs d'asile, sans pour autant proc&#233;der &#224; leur r&#233;gularisation&#8230; sans oublier la belle opportunit&#233; pour des entreprises, qui &#233;taient d&#233;j&#224; dans le &#171; rouge &#187; avant la crise sanitaire, de mettre leur personnel en ch&#244;mage temporaire. Ch&#244;mage qui, dans bien des cas, s'est d&#233;j&#224; traduit et se traduira, par la suite, en licenciements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons que la plupart de ces mesures &#233;taient d&#233;j&#224; inscrites dans la loi Peeters.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'urgente n&#233;cessit&#233; de &#171; changer le monde &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes confront&#233;s &#224; un syst&#232;me, le capitalisme, un syst&#232;me injuste, irrationnel, criminel, mortif&#232;re, fonctionnant sur l'exploitation d'une majorit&#233; de la population mondiale au profit d'une petite minorit&#233; qui &#233;tale au grand jour, sans scrupule, son opulence, b&#226;tie sur l'exploitation et &#171; en &#233;puisant en m&#234;me temps les deux seules sources d'o&#249; jaillit toute richesse : la Terre et le travailleur &#187; (Marx, Le Capital, Livre I, chapitre XV)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son dernier ouvrage, Trop tard pour &#234;tre pessimistes ! Ecosocialisme ou effondrement, Daniel Tanuro souligne, &#224; juste titre, que le capitalisme n'est pas transformable : &#171; On ne change pas un glouton en mouton &#187;, &#233;crit-il, n'h&#233;sitant pas &#224; comparer ce syst&#232;me &#224; un carnivore au corps massif et aux m&#226;choires puissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il en fait d&#233;couler : &#171; il faut changer de syst&#232;me, liquider la soci&#233;t&#233; capitaliste et fonder une nouvelle civilisation, port&#233;e par de nouvelles valeurs&#8230; &#187;(11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette imp&#233;rieuse n&#233;cessit&#233; s'illustre bien en revenant, par exemple, sur &#171; la crise sanitaire &#187; et ses implications :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La crise sanitaire est le produit de l'organisation sociale et des choix pr&#233;c&#233;dents que les poss&#233;dants utiliseront pour amplifier toujours plus durement l'ordre n&#233;olib&#233;ral, car c'est dans la logique interne du syst&#232;me capitaliste. Nous sommes dans une situation o&#249; la r&#233;alisation de la moindre revendication sociale implique donc des affrontements majeurs. Pour imposer &#224; la classe dominante des d&#233;cisions qui sauvent des vies et emp&#234;chent que les crises ne tuent autant, il faut qu'existent des forces de contestation du syst&#232;me assez cr&#233;dibles pour pouvoir l'emporter. L'heure est donc &#224; la reconstruction d'une alternative politique qui s'affirme explicitement comme menace pour les int&#233;r&#234;ts des poss&#233;dants, et redonne esp&#233;rance en la possibilit&#233; d'un monde meilleur, permettre l'intensification des luttes men&#233;es par les exploit&#233;.e.s et les opprim&#233;.e.s. C'est sur ces questions qu'il faut travailler aujourd'hui &#187; (12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En posant les jalons d'une alternative &#224; l'effondrement qui vient, le livre de Daniel Tanuro apporte une importante contribution au d&#233;bat sur ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dernier chapitre de son ouvrage, intitul&#233; La catastrophe grandissante et les moyens de l'arr&#234;ter, il commence par pr&#233;senter l'alternative de soci&#233;t&#233; &#171; &#233;cosocialiste pour ensuite brosser les grandes lignes du type de plan qui pourrait y mener. Et il termine, en soumettant &#224; la discussion, la mani&#232;re dont l'id&#233;e de ce plan pourrait grandir et son contenu se pr&#233;ciser dans les luttes concr&#232;tes. En pr&#233;cisant toutefois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous sommes parfaitement conscients du fait que l'alternative que nous proposons est extr&#234;mement minoritaire, et m&#234;me marginale. Mais nous sommes convaincus du fait qu'elle peut sortir de sa marginalit&#233;, car elle a le m&#233;rite qui s'attache aux choses qui sont vraiment n&#233;cessaires &#187;(13).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se r&#233;jouir, qu'au-del&#224; d'une &#171; petite minorit&#233; &#187;, portant quasiment l'ensemble de ce plan, des couches plus larges, dans la gauche politique, syndicale, sociale&#8230;, mettent en avant certains &#233;l&#233;ments de cette alternative de soci&#233;t&#233;, et cela dans des programmes, des revendications, des manifestes, des appels, sans toutefois les porter ouvertement et de mani&#232;re cons&#233;quente dans des luttes concr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a n&#233;cessit&#233; et urgence de lier des revendications imm&#233;diates (par exemple sur les salaires et l'emploi, revendications justifi&#233;es et indispensables, mais toujours susceptibles d'&#234;tre &#171; r&#233;cup&#233;rables &#187;) &#224; des revendications &#171; dites transitoires &#187;. Il s'agit, comme le souligne Daniel Tanuro &#171; de casser le productivisme capitaliste en attaquant le probl&#232;me &#224; la racine : la concurrence pour le profit maximum par l'exploitation maximale qui entra&#238;ne la destruction (sociale et &#233;cologique) maximale &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, c'est l'occasion d'illustrer les r&#233;flexions qui pr&#233;c&#232;dent, en revenant sur la &#171; crise sanitaire &#187;. Il ressort clairement de la lutte contre le Covid-19 la n&#233;cessit&#233; de mettre fin &#224; l'aust&#233;rit&#233; criminelle dans le secteur des soins de sant&#233;, l'urgence d'un refinancement, la r&#233;&#233;valuation des traitements, la r&#233;duction et le partage du temps de travail, accompagn&#233;s d'une embauche de personnel&#8230; Il ressort &#233;galement dans la lutte contre le Covid-19 et d'autres &#233;pid&#233;mies, la n&#233;cessit&#233; de porter une autre revendication : l'expropriation et la socialisation de l'industrie pharmaceutique, afin que les vaccins, les masques, les tests, les m&#233;dicaments&#8230; soient trait&#233;s comme des biens publics mondiaux et non des marchandises destin&#233;es &#224; une demande solvable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les grands groupes pharmaceutiques priv&#233;s, la course au vaccin n'est pas d'abord stimul&#233;e par la sant&#233; de milliards de personnes. Leur v&#233;ritable objectif, avec le concours de l'argent public (notre argent !), c'est de gagner cette course aux brevets avec, &#224; la cl&#233;, des millions et milliards d'euros, et surtout de plantureux dividendes pour leurs actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, se pose aujourd'hui, avec une acuit&#233; bien plus grande, la socialisation de l'industrie pharmaceutique. Cet objectif implique un v&#233;ritable affrontement avec ces multinationales qui tiennent dans leurs griffes notre sant&#233; et nos vies. Il s'agit &#233;galement, et &#231;a va de pair, d'organiser de larges mobilisations et luttes unitaires contre &#171; nos &#187; gouvernements soumis aux int&#233;r&#234;ts capitalistes, &#224; la loi du profit.&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt;Notes [ - ]&lt;br class='autobr' /&gt;
1. &#8593; Paul S&#233;billotte, Rendre le pangolin familier, Pour une lecture anticapitaliste des pand&#233;mies, Contretemps (&lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.contretemps.eu&lt;/a&gt;), avril 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
2. &#8593; ACIDE (Plate-forme pour un audit citoyen de la dette publique), Va-t-on nous rejouer le mauvais sc&#233;nario de 2008 ?, Le Soir du 7/5/2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
3. &#8593; Bruno Fr&#232;re, Prendre le temps du soin politique, in Politique (revue belge d'analyse et de d&#233;bat),Covid-19, Tout repenser, N&#176; sp&#233;cial juillet 2020, p. 27.&lt;br class='autobr' /&gt;
4. &#8593; Michel Husson, Economie, le n&#233;olib&#233;ralisme contamin&#233;. Alencontre (&lt;a href=&#034;http://www.alencontre.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.alencontre.org&lt;/a&gt;), mars 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
5. &#8593; Olivier Bonfond, Et si on arr&#234;tait de payer ? 10 questions/r&#233;ponses sur la dette publique belge et les alternatives &#224; .l'aust&#233;rit&#233;. Co&#233;dition Aden/Cadtm/Cepag, 2012, pp. 52-67.&lt;br class='autobr' /&gt;
6. &#8593; Michel Husson, Le capitalisme sur le fil du rasoir. Contretemps, 12/07/2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
7. &#8593; M.H, ibid.&lt;br class='autobr' /&gt;
8. &#8593; Felipe Van Keirsbilck, Coronavirus-Tsunami, premier regards sur le d&#233;sastre. P&#233;riodique Ensemble, (In)justice du travail, n&#176;102, juin 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
9. &#8593; Michael L&#246;wy, Qu'est-ce que l'&#233;cosocialisme ?Le temps des Cerises, &#233;diteurs, 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
10. &#8593; Daniel Tanuro, Trop tard pour &#234;tre pessimistes ! Ecosocialisme ou effondrement. Ed. Textuel, 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
11. &#8593; D.Tanuro, ibid., p.249.&lt;br class='autobr' /&gt;
12. &#8593; Patrick Le Moal, L'omnipr&#233;sence du CNR (Conseil national de la R&#233;sistance) : un substitut &#224; la r&#233;flexion sur une situation imm&#233;diate. Contretemps, ao&#251;t 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
13. &#8593; Tanuro, ibid. p.13.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La dette &#171; ill&#233;gitime &#187; des pays du Nord doit aussi &#234;tre annul&#233;e</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-dette-illegitime-des-pays-du-Nord-doit-aussi-etre-annulee</link>
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		<dc:date>2011-07-19T08:23:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Horman, &#201;ric Toussaint</dc:creator>


		<dc:subject>Dette</dc:subject>
		<dc:subject>Dette</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2011-07-12</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Interview r&#233;alis&#233; par Denis Horman pour le journal La Gauche de la LCR Belgique &lt;br class='autobr' /&gt;
La Gauche : le dernier ouvrage collectif du CADTM, qui vient de para&#238;tre, a pour titre &#171; La dette ou la vie &#187;. Un titre qui met d'embl&#233;e en lumi&#232;re l'aspect mortif&#232;re de la dette publique ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Eric Toussaint : Il y a un choix &#224; faire entre privil&#233;gier la vie, les droits humains fondamentaux et, d'autre part, rembourser la dette. La dette, c'est une question centrale. Si on veut maintenir des droits conquis par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-International-101-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Dette-225-+" rel="tag"&gt;Dette&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Dette-+" rel="tag"&gt;Dette&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2011-07-12-+" rel="tag"&gt;Edition du 2011-07-12&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L102xH150/arton7646-e4310.png?1781240986' class='spip_logo spip_logo_right' width='102' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Interview r&#233;alis&#233; par Denis Horman pour le journal La Gauche de la LCR Belgique&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Gauche : le dernier ouvrage collectif du CADTM, qui vient de para&#238;tre, a pour titre &#171; La dette ou la vie &#187;. Un titre qui met d'embl&#233;e en lumi&#232;re l'aspect mortif&#232;re de la dette publique !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eric Toussaint :&lt;/strong&gt; Il y a un choix &#224; faire entre privil&#233;gier la vie, les droits humains fondamentaux et, d'autre part, rembourser la dette. La dette, c'est une question centrale. Si on veut maintenir des droits conquis par les luttes, stopper des mesures de r&#233;gression sociale, sans pr&#233;c&#233;dent dans les pays de l'Union europ&#233;enne, et aussi am&#233;liorer l'acc&#232;s &#224; toute une s&#233;rie de droits fondamentaux, il faut une solution radicale concernant la dette publique, en commen&#231;ant par annuler la dette ill&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Gauche : le CADTM (Comit&#233; pour l'annulation de la dette du tiers monde), cr&#233;&#233; en 1990, a r&#233;alis&#233; pendant une 20 aine d'ann&#233;es, une expertise rigoureuse sur la dette qui frappe les pays du Sud, plaidant pour une annulation inconditionnelle de cette dette publique. Cette nouvelle publication montre, &#224; travers une s&#233;rie de contributions, l'autre visage de la dette, celui &#224; l'oeuvre au Nord. Y a-t-il des points communs entre la dette publique des pays en d&#233;veloppement et la dette publique au Nord ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eric Toussaint :&lt;/strong&gt; Aujourd'hui, la dette publique au Nord est le pr&#233;texte tout trouv&#233; pour justifier l'application de plans d'aust&#233;rit&#233; sur le mod&#232;le des plans d'ajustement structurel support&#233;s, d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1980, par les pays du Sud de plan&#232;te. A ce propos, je voudrais signaler que, pendant les ann&#233;es 1980, en Belgique, la dette des communes, tout particuli&#232;rement &#224; Anvers et Li&#232;ge, fut d&#233;j&#224; le pr&#233;texte pour l'application de plans d'aust&#233;rit&#233; tr&#232;s durs contre le personnel communal et les services &#224; la population. A Li&#232;ge, de 1983 &#224; 1989, il y eu des mobilisations et des gr&#232;ves tr&#232;s dures face &#224; cette offensive d'aust&#233;rit&#233; men&#233;e &#224; l'&#233;poque par une majorit&#233; communale PS-Ecolo. L'engrenage de la dette communale r&#233;sulta d'une flamb&#233;e des taux d'int&#233;r&#234;t li&#233;s &#224; cette dette. Ainsi, un des emprunts, l' &#171; emprunt Guy Mathot &#187; avait &#233;t&#233; contract&#233; &#224; un taux d'int&#233;r&#234;t de 15%. C'est une des raisons pour laquelle, en 1986, notre organisation politique, le POS-SAP, avait lanc&#233; une campagne pour l'annulation de la dette de la Ville de Li&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, r&#233;cemment, le CADTM s'est pench&#233; sur la r&#233;alit&#233; de l'endettement public des pays du Nord, ceux de l'Union europ&#233;enne en particulier, c'est que, depuis l'&#233;clatement, en 2007-2008, de la crise la plus importante depuis 1929, ces pays sont confront&#233;s aux m&#234;mes politiques d'ajustement structurel qu'ont subi et subissent toujours les pays du Sud. Sous la f&#233;rule de la &#171; Tro&#239;ka &#187; - le FMI, l'Union Europ&#233;enne et la Banque Centrale Europ&#233;enne-, les pays p&#233;riph&#233;riques de l'UE (Roumanie, Lettonie, Hongrie), puis la Gr&#232;ce, l'Irlande, le Portugal, l'Espagne et, d&#233;j&#224; dans une moindre mesure actuellement, la France, l'Allemagne, la Belgique&#8230;) sont soumis &#224; une r&#233;gression sociale sans pr&#233;c&#233;dent. Les mesures sont partout les m&#234;mes : r&#233;duction des salaires dans la fonction publique, licenciements, non remplacement du personnel partant &#224; la retraite, allongement de l'&#226;ge pour la pension, privatisations, etc. Nous assistons &#224; une nouvelle phase de l'offensive du capital contre le Travail. La &#171; Tro&#239;ka et les gouvernements ne con&#231;oivent pas d'autres voies pour r&#233;duire l'endettement et les d&#233;ficits publics, qui ont atteint un seul insoutenable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On constate un peu partout une augmentation de l'endettement des Etats. Mais, posons-nous la question : pourquoi une telle situation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais &#233;voquer trois aspects de l'explosion de l'endettement public au Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but des ann&#233;es 1980, les taux d'int&#233;r&#234;ts, au Sud et au Nord, ont explos&#233;, &#224; partir d'une d&#233;cision prise &#224; Washington.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1990-2000 ont vu l'application en Europe de politiques n&#233;o-lib&#233;rales se cristallisant sur des contre-r&#233;formes fiscales, avec une r&#233;duction des recettes fiscales due &#224; une diminution importante des imp&#244;ts sur les b&#233;n&#233;fices des soci&#233;t&#233;s priv&#233;es et sur les revenus des m&#233;nages les plus riches. Les Etats ont palli&#233; partiellement &#224; cette situation par l'augmentation des imp&#244;ts indirects, la TVA, par l'augmentation de la fiscalit&#233; chez les travailleur-euse-s et par le recours &#224; de nouveaux emprunts aupr&#232;s des plus riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, il y eu, en octobre 2008, dans toute une s&#233;rie de pays du Nord, le sauvetage des banques priv&#233;es, qui avaient pris des risques inconsid&#233;r&#233;s, s'adonnant &#224; la sp&#233;culation financi&#232;re. Un sauvetage &#224; coup de centaines de milliards de dollars et d'euros, par les Etats, avec l'argent des contribuables. En Belgique, c'est plus de 20 milliards d'euros que l'Etat a inject&#233;s pour &#171; sauver &#187; Fortis, KBC, Dexia et Ethias. Un sauvetage des banques qui a jou&#233; un r&#244;le d&#233;terminant dans l'augmentation de la dette publique belge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces &#233;l&#233;ments m'am&#232;ne &#224; taxer d'ill&#233;gitime une partie de la dette publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Gauche : Pr&#233;cis&#233;ment, dans son travail sur la dette frappant les pays du Sud, le CADTM a mis en lumi&#232;re les concepts de dette odieuse, ill&#233;gitime et ill&#233;gale, appuy&#233;s sur une argumentation, y compris juridique, et justifiant ainsi la revendication de suspension du remboursement de la dette publique, voire de son annulation et sa r&#233;pudiation. Le CADTM pr&#244;ne-t-il &#233;galement l'annulation de la dette publique des pays du Nord ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eric Toussaint :&lt;/strong&gt; Le CADTM pr&#244;ne l'annulation de la partie ill&#233;gitime de la dette publique. Il y a d'ailleurs diff&#233;rentes conventions internationales, la Charte des Nations unies, la D&#233;claration universelle des droits de l'Homme, la D&#233;claration de l'ONU sur le droit au d&#233;veloppement, les pactes internationaux de 1966 sur les droits &#233;conomiques sociaux et culturels, etc., sur lesquelles on peut s'appuyer pour justifier qui l&#233;gitiment la suspension et la r&#233;pudiation/annulation de la dette publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept d'ill&#233;gitimit&#233; comprend notamment les dettes odieuses et ill&#233;gales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dettes contract&#233;es aupr&#232;s du FMI, de la Commission europ&#233;enne, de la Banque Centrale europ&#233;enne ou encore sur les march&#233;s financiers et qui justifient, pour ces instances, l'application de politiques d'ajustement structurel ou d'aust&#233;rit&#233;, en violation des droits &#233;conomiques, sociaux, culturels, civils et politiques peuvent &#234;tre qualifi&#233;es de dettes odieuses. Les plans d'aust&#233;rit&#233; brutaux, appliqu&#233;s dans des pays comme la Roumanie, la Hongrie, la Lettonie, puis en Gr&#232;ce, en Irlande, au Portugal pour &#233;ponger la dette et les d&#233;ficits publics, entra&#238;nent la violation des droits humains fondamentaux. La dette li&#233;e &#224; ces plans d'ajustement structurel peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme odieuse et doit &#234;tre annul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aujourd'hui une autre cat&#233;gorie de pays, la France, la Grande-Bretagne, la Belgique et d'autres pays de l'Union europ&#233;enne, qui ont contract&#233; des dettes pouvant &#234;tre qualifi&#233;es d'ill&#233;gitimes. Dans ces pays, les gouvernements ont sciemment appliqu&#233; des politiques injustes socialement et qui ont entra&#238;n&#233; une augmentation de la dette publique &#224; travers des mesures favorables &#224; la classe capitaliste. C'est ce que j'ai d&#233;j&#224; expliqu&#233; en pr&#233;sentant les raisons principales de l'endettement de ces Etats : les contre-r&#233;formes fiscales au profit des soci&#233;t&#233;s priv&#233;es et des hauts revenus, le sauvetage des banques avec l'argent de la collectivit&#233;, etc. Trente ans de politique n&#233;o-lib&#233;rale marquent d'ill&#233;gitime cette partie de la dette publique, qui r&#233;alise, au-del&#224; de toutes les esp&#233;rances du capital, un transfert gigantesque de richesses vers les banques et les fonds de placements financiers aux d&#233;pens des salari&#233;s. Cette dette ill&#233;gitime devrait &#234;tre annul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Gauche : Une des contributions de l'ouvrage collectif du CADTM, intitul&#233;e &#171; L&#224; o&#249; le Sud montre la voie &#187;, pr&#233;sente une s&#233;rie d'exemples, en Equateur et ailleurs, prouvant qu'il est possible de briser l'engrenage mortif&#232;re de la dette. Ces exemples pourraient-ils, selon toi, &#234;tre un r&#233;f&#233;rent pour des d&#233;marches semblables dans les pays du Nord ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eric Toussaint :&lt;/strong&gt; Une des exp&#233;riences les plus avanc&#233;es se situe en Equateur o&#249;, suite &#224; de grandes mobilisations sociales, un nouveau pr&#233;sident, Rafa&#235;l Correa, fut &#233;lu fin 2006. C'est lui qui a impuls&#233;, en juillet 2007, la mise sur pied d'une commission d'audit de la dette, compos&#233;e de 18 experts, dont j'ai fait partie pour le CADTM. Le mandat donn&#233; &#224; cette commission fut d'auditer 30 ann&#233;es d'endettement public, tant externe qu'interne. Apr&#232;s 14 mois de travail, la commission d'audit est arriv&#233;e &#224; la conclusion qu'une grande partie de la dette analys&#233;e &#233;tait marqu&#233;e d'ill&#233;gitimit&#233;. En novembre 2008, le gouvernement, prenant appui sur le rapport de la commission, a d&#233;cid&#233; de suspendre le remboursement des titres de la dette, venant &#224; &#233;ch&#233;ance les uns en 2012, les autres en 2030. Apr&#232;s 8 mois de suspension de payement, le gouvernement de ce petit pays de 13 millions d'habitants est sorti vainqueur d'une &#233;preuve de force avec les banquiers nord-am&#233;ricains, d&#233;tenteurs de ces titres de la dette &#233;quatorienne. Il a rachet&#233; pour 900 millions de dollars des titres valant 3,2 milliards de dollars. Si on prend en compte les int&#233;r&#234;ts que l'Equateur ne devra pas verser, puisqu'il a rachet&#233; des titres qui arrivaient &#224; &#233;ch&#233;ance en 2012 ou en 2030, le tr&#233;sor public &#233;quatorien a &#233;conomis&#233; en tout environ 7 milliards de dollars. Cela a permis de d&#233;gager de nouveaux moyens financiers pour des d&#233;penses sociales dans la sant&#233;, l'&#233;ducation, l'aide sociale, etc. Certes, ce ne fut pas une r&#233;pudiation de la dette ill&#233;gitime, mais un pas extr&#234;mement important dans la bonne direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe, il ya aussi des pas importants dans cette direction. Dans plusieurs pays aujourd'hui, apr&#232;s la France, en Gr&#232;ce, au Portugal, en Espagne&#8230;, on assiste &#224; une mont&#233;e en puissance de mobilisations sociales. On peut dire que la Gr&#232;ce est l'&#233;picentre d'une r&#233;action massive sur le th&#232;me de la dette et cela, dans le contexte de mobilisations sociales, de gr&#232;ves de plus en plus dures. Encore, ce dimanche 5 juin, 200 000 personnes se retrouvaient sur la place de la Constitution &#224; Ath&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 2010, plus d'une centaine de personnalit&#233;s grecques et internationales lan&#231;aient un appel public en faveur de la cr&#233;ation d'une commission d'audit de la dette publique. En d&#233;cembre 2010, une d&#233;put&#233;e ind&#233;pendante, Sofia Sakorafa, faisait une intervention remarqu&#233;e au Parlement grec, en proposant la mise sur pied d'une telle commission. Quatre d&#233;put&#233;s ont rompu avec le PASOK (le parti socialiste grec), refusant de voter pour le budget 2010 et le m&#233;morandum impos&#233; &#224; la Gr&#232;ce par le FMI. A l'instar de d&#233;put&#233;s de la gauche radicale grecque, ces d&#233;put&#233;s ont demand&#233; et appuy&#233; la mise sur pied d'un comit&#233; grec contre la dette qui s'est constitu&#233; et qui est soutenu par des organisations syndicales, plusieurs partis politiques et de nombreux intellectuels. Ce comit&#233; va proc&#233;der &#224; un audit pour que l'on sache quelle partie de la dette grecque est odieuse, ill&#233;gitime et ill&#233;gale. Bien &#233;videmment, &#224; l'inverse de l'Equateur, une telle d&#233;marche ne peut, en Gr&#232;ce, s'appuyer sur un gouvernement social-lib&#233;ral qui impose une aust&#233;rit&#233; brutale aux travailleur-euse-s et &#224; la population. D'o&#249; l'importance d'appuyer cette d&#233;marche par des mobilisations sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Gauche : La CADTM a souvent attir&#233; l'attention sur le fait qu'une r&#233;duction radicale de la dette publique est une condition n&#233;cessaire mais pas suffisante pour mettre en place une politique &#233;conomique et sociale au service des populations. Qu'est-ce &#224; dire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eric Toussaint : &lt;/strong&gt; A ce propos, je voudrais faire une premi&#232;re r&#233;flexion. Jusqu'il y a peu, au niveau europ&#233;en, une grande partie de la gauche du mouvement syndical et m&#234;me de la gauche radicale consid&#233;rait que la r&#233;sistance sociale aux attaques du patronat et des gouvernements n'impliquait pas n&#233;cessairement de faire de la question de la dette publique un des &#233;l&#233;ments centraux de cette r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, certaines organisations de la gauche radicale, prenant une position radicale pour l'annulation/r&#233;pudiation de la dette publique, estimait inutile et superflu un audit sur la dette, puisqu'il s'agit de rejeter en bloc cette dette. On a connu cela dans certaines organisations de la gauche en Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou encore, un autre secteur de la gauche, m&#234;me radicale attirait l'attention sur les cons&#233;quences d'une remise en cause du payement de la dette, disant : &#171; attention, une telle position aura un effet boomerang sur le pays et sa population. Cela entra&#238;nera des mesures de r&#233;torsion ; on ne pourra plus payer les fonctionnaires, les retraites&#8230; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, les choses commencent &#224; changer dans la prise de conscience et l'importance vitale d'une r&#233;duction radicale de la dette publique, voire d'annulation de la dette ill&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien &#233;videmment, une telle op&#233;ration, si l'on veut que les salari&#233;-e-s, les allocataires sociaux n'en fassent pas les frais, doit &#234;tre combin&#233;es avec des mesures pour une v&#233;ritable justice fiscale, pour que chacun, soci&#233;t&#233; et individu, paie ses imp&#244;ts selon sa capacit&#233; contributive. C'est ce que demande, depuis des ann&#233;es en Belgique, le r&#233;seau pour la justice fiscale (RJF), qui regroupe une 40aine d'organisations, associations dont les deux grandes organisations syndicales, la FGTB et la CSC.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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