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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>F&#233;monationalisme/lesbonationalisme : c'est pas du f&#233;minisme ! Nemesis hors de nos rues</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Femonationalisme-lesbonationalisme-c-est-pas-du-feminisme-Nemesis-hors-de-nos-69691</link>
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		<dc:date>2026-03-17T06:30:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jules Falquet</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-03-17</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En, 1975, Christine Delphy publiait un texte d&#233;capant intitul&#233; &#171; Nos amis et nous. &#192; propos des fondements cach&#233;s de quelques discours pseudo-f&#233;ministes &#187;. Elle parlait d'hommes pseudo-f&#233;ministes. Aujourd'hui, ce sont des femmes, carr&#233;ment fascistes, qui essaient de d&#233;tourner et de capter les luttes f&#233;ministes pour leur projet naus&#233;abond. Pincez-moi je r&#234;ve ! Pas question de les laisser faire&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt; 27 f&#233;vrier 2026 | tir&#233; du blogue de l'autrice | Illustration 1 : Henrique Campos / Hans Lucas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-03-17-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-03-17&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-mouvement-des-femmes-dans-le-monde-+" rel="tag"&gt;Le mouvement des femmes dans le monde&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/nemesis-0b766.png?1781494149' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En, 1975, Christine Delphy publiait un texte d&#233;capant intitul&#233; &#171; Nos amis et nous. &#192; propos des fondements cach&#233;s de quelques discours pseudo-f&#233;ministes &#187;. Elle parlait d'hommes pseudo-f&#233;ministes. Aujourd'hui, ce sont des femmes, carr&#233;ment fascistes, qui essaient de d&#233;tourner et de capter les luttes f&#233;ministes pour leur projet naus&#233;abond. Pincez-moi je r&#234;ve ! Pas question de les laisser faire&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;27 f&#233;vrier 2026 | tir&#233; du blogue de l'autrice | Illustration 1 : Henrique Campos / Hans Lucas via HP&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/jules-falquet/blog/270226/femonationalismelesbonationalisme-c-est-pas-du-feminisme-nemesis-hors-de-nos-rues&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/jules-falquet/blog/270226/femonationalismelesbonationalisme-c-est-pas-du-feminisme-nemesis-hors-de-nos-rues&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Qu'est-ce que le f&#233;monationalisme /lesbonationalisme ? Le concept dit bien ce qu'il veut dire : c'est du nationalisme, port&#233; par des femmes ou des lesbiennes. Le terme a &#233;t&#233; forg&#233; par des f&#233;ministes et des lesbiennes pour nommer et d&#233;noncer les tentatives de r&#233;cup&#233;ration de leurs luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Car chaque fois que le f&#233;minisme a le vent en poupe, comme aujourd'hui, on assiste &#224; deux types d'attaques :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; de l'ext&#233;rieur, le retour de b&#226;ton ou &#171; backlash &#187;, avec toutes sortes d'accusations port&#233;es contre le f&#233;minisme et le lesbianisme&lt;/li&gt;&lt;li&gt; les tentatives de r&#233;cup&#233;ration ou de retournement de l'int&#233;rieur, lorsque de groupes r&#233;actionnaires pr&#233;tendent red&#233;finir le f&#233;minisme&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt; En fait, ces deux types d'attaques se combinent. Un petit retour sur l'histoire nous aidera &#224; le comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#232;s 1991, la journaliste &#233;tats-unienne Susan Faludi &#233;crivait Backlash, la guerre froide contre les femmes, un livre retentissant, rapidement traduit en fran&#231;ais. Elle y expliquait notamment le r&#244;le central des m&#233;dias dans cette tentative de ridiculiser les avanc&#233;es gagn&#233;es de haute lutte par les f&#233;ministes, de culpabiliser les femmes qui seraient &#171; all&#233;es trop loin &#187;, pour les ramener vers des pr&#233;occupations plus &#171; f&#233;minines &#187; : lutter contre les rides et les kilos, plaire aux hommes, s'occuper des enfants et de leur int&#233;rieur, s'habiller &#171; sexy &#187; et non pas &#171; pro &#187;. Certains m&#233;dias invent&#232;rent m&#234;me la notion &#171; d'horloge biologique &#187; pour mettre une &#233;norme pression sur celles qui voudraient ou devraient d'abord gagner leur vie avant de penser &#224; procr&#233;er. Et on vit fleurir les discours (confusionnistes, d&#233;j&#224;) selon lesquels le v&#233;ritable ennemi des femmes &#233;tait&#8230; le f&#233;minisme ! Les attaques ext&#233;rieures, id&#233;ologiques et m&#234;mes psychiques furent massives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais le mal venait de plus loin : de l'int&#233;rieur m&#234;me du mouvement. D&#232;s 1980, Monique Wittig analysait avec lucidit&#233; le fait que le MLF soit rapidement devenu le &#171; mouvement des femmes &#187;, sans l'id&#233;e de lib&#233;ration. Elle rappelait que dans le MLF, loin d'une &#171; sororit&#233; &#187; radieuse, il y avait des courants bien distincts et que le sien, le courant dit &#171; radical &#187;, luttait contre l'oppression des femmes par les hommes. Au m&#234;me moment d'ailleurs, aux Etats-unis, le Combahee River Collective, un groupe f&#233;ministe Noir radical, se levait carr&#233;ment contre quatre syst&#232;mes qu'elles jugeaient &#233;troitement imbriqu&#233;s : raciste, patriarcal, capitaliste et h&#233;t&#233;rosexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans un article fameux (&#171; On ne na&#238;t pas femme &#187;), Wittig soulignait que le terme f&#233;minisme lui-m&#234;me, n&#233; avec les premi&#232;res luttes de la fin du XIX&#232;me si&#232;cle, en reprenant le terme de femme, produisait une ambigu&#239;t&#233;. En effet, pour certaines, le f&#233;minisme signifie : lutter pour toutes les femmes, car les femmes sont toutes unes, elles partagent une nature (maternelle), une identit&#233; (f&#233;minine), injustement d&#233;valoris&#233;e, &#233;cras&#233;e. En France, Wittig attaquait alors le courant d'Antoinette Fouque, Psyk&#233;po. Aux Etats-unis, ce serait le f&#233;minisme culturel. Finalement, pour les unes comme pour les autres, le probl&#232;me est dans les mentalit&#233;s, dans la culture, c'est le machisme. C'est psychologique, puisque ce n'est pas mat&#233;riel. Et c'est souvent &#171; les autres &#187; qui portent cette &#171; culture machiste &#187; d&#233;fectueuse, retardataire. De l&#224; &#224; penser qu'il s'agit d'une culture autre, &#233;trang&#232;re, il n'y a qu'un pas et le supr&#233;macisme blanc ou le nationalisme (f&#233;mo, lesbo) et l'islamophobie ne sont pas loin&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour d'autres, comme pour Wittig, le f&#233;minisme est une lutte contre l'oppression : celle des femmes, par les hommes, qui sont leur groupe antagoniste parce qu'ils tirent b&#233;n&#233;fice, concret, imm&#233;diat, de l'oppression des femmes. Ce n'est pas du tout le m&#234;me projet. Il ne s'agit pas de d&#233;fendre une nature des femmes, mais de combattre des logiques politiques d'oppression, o&#249; ceux qui veulent &#234;tre les ma&#238;tres enferment les autres, apr&#232;s les avoir baptis&#233;es &#171; femmes &#187;, dans des r&#244;les et des identit&#233;s qui leur sont utiles, en y ajoutant une bonne dose d'id&#233;ologie de l'amour (sacrificiel, maternel et h&#233;t&#233;rosexuel). Quand on comprend les choses de cette mani&#232;re, il n'est pas question de d&#233;fendre quiconque d&#233;fend les r&#244;les et les identit&#233;s cr&#233;&#233;es pour opprimer les femmes. M&#234;me si ce sont des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De plus, si on adh&#232;re &#224; l'id&#233;e de l'imbrication de plusieurs syst&#232;mes, on sait bien que tous les hommes n'exercent pas la m&#234;me oppression sur toutes les femmes, et que toutes les femmes ne sont pas opprim&#233;es de la m&#234;me mani&#232;re. Par exemple, les bourgeois blancs oppriment davantage &#8212;et autrement&#8212; les femmes prol&#233;taires et racis&#233;es qu'ils ne le font avec les femmes blanches de la classe moyenne. Et ces femmes de la classe moyenne blanche sont tout &#224; fait capables d'opprimer d'autres femmes, mais aussi des hommes prol&#233;taires et/ou racis&#233;s. Nous sommes face, en fait, &#224; une cascade d'oppressions entrecrois&#233;es, et si on veut vraiment r&#233;soudre le probl&#232;me, il faut toutes les attaquer simultan&#233;ment. Le racisme (et ses origines coloniales), le patriarcat (et ses racines h&#233;t&#233;rosexuelles) et le capitalisme (et ses rejetons n&#233;olib&#233;raux et illib&#233;raux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Alors, face aux attaques conjugu&#233;es de l'ext&#233;rieur et de l'int&#233;rieur, et face &#224; l'ampleur de la t&#226;che des f&#233;ministes et des lesbiennes, il faut des alli&#233;&#183;es. Mais pas les femmes qui veulent devenir ou rester les braves femmes que le patriarcat h&#233;t&#233;rosexuel encense. Pas les femmes de droite et encore moins d'extr&#234;me droite, pas les f&#233;monationalistes ni les lesbonationalistes. Elles nous ha&#239;ssent et nous n'avons rien en commun avec elles. Nous avons beaucoup plus en commun, peut-&#234;tre, avec les hommes dont ces femmes-l&#224; se m&#233;fient. Surtout s'ils luttent, comme c'est bien probable, contre le racisme, et m&#234;me peut-&#234;tre contre le capitalisme. On a des choses &#224; faire ensemble &#8212;et on les fait d&#233;j&#224;. Et c'est &#231;a le f&#233;minisme, le lesbianisme. Construire des alliances larges, non pas sur des bases identitaires (ni de sexe, ni nationales) mais &#224; partir d'une conscience partag&#233;e de ce que le fonctionnement social actuel est radicalement injuste, oppressif, odieux, insupportable en un mot. Et qu'il nous m&#232;ne droit dans le mur. Alors que tant d'autres mondes sont possibles&#8230;&lt;/p&gt;
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		<title>La combinatoire straight</title>
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		<dc:date>2025-09-16T08:00:09Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jules Falquet</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-09-16</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;O&#249; on cause avec Jules Falquet ! Pour revenir sur ce d&#233;j&#224; classique du f&#233;minisme qu'est le livre La combinatoire straight. Colonialisme, violences sexuelles et B&#226;tard&#183;es du capital de Jules Falquet (Amsterdam, 2025). On revient sur le fonctionnement de cette combinatoire et du monde complexe qu'elle permet d'expliquer pour comprendre ce qui se joue autour de la cr&#233;ation d'enfants, des alliances et des antialliances, de colonialit&#233;, de race, de genre et de classe. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de You tube &lt;br class='autobr' /&gt;
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		</description>


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;O&#249; on cause avec Jules Falquet ! Pour revenir sur ce d&#233;j&#224; classique du f&#233;minisme qu'est le livre La combinatoire straight. Colonialisme, violences sexuelles et B&#226;tard&#183;es du capital de Jules Falquet (Amsterdam, 2025). On revient sur le fonctionnement de cette combinatoire et du monde complexe qu'elle permet d'expliquer pour comprendre ce qui se joue autour de la cr&#233;ation d'enfants, des alliances et des antialliances, de colonialit&#233;, de race, de genre et de classe.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;841&#034; height=&#034;473&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/BtJmzi4hxhM&#034; title=&#034;La combinatoire straight, un outil pour le monde &#8211; Causerie avec Jules Falquet&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=BtJmzi4hxhM&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;You tube&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre chez son &#233;diteur : &lt;a href=&#034;https://www.editionsamsterdam.fr/la-c..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.editionsamsterdam.fr/la-c..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On cite notamment : &lt;br class='autobr' /&gt;
Combahee River Collective, &#034;D&#233;claration du Combahee River Collective&#034;, traduit par Jules Falquet, Les Cahiers du CEDREF, 14, 2006. URL : &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/cedref.415&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/cedref.415&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Falquet Jules, &#034;La combinatoire straight. Race, classe, sexe et &#233;conomie politique : analyses mat&#233;rialistes et d&#233;coloniales, Cahiers du Genre, 2016, HS n&#176; 4, p. 73-96. URL : &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/cdge.hs04.0073&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/cdge.hs04.0073&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lugones Maria, La colonialit&#233; du genre, traduit par Javiera Coussieu-Reyes et Jules Falquet, Les Cahiers du CEDREF, 23, 2019. URL : &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/cedref.1196&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/cedref.1196&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un entretien de Jules Falquet avec H&#233;l&#232;ne Hernandez &#224; propos de La Combinatoire Straight. Colonialisme, violences sexuelles et B&#226;tard-e-s du capital, sur Femmes Libres, Radio Libertaire (2 avril 2025) : &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/redirect?even..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/redirect?even..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre, encore plus p&#233;dagogique, La p'tite Blan, Du poil sous les bras, radio Saint-Ferr&#233;ol, 02/06/25 : &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/redirect?even..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/redirect?even..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le site de Jules Falquet : &lt;a href=&#034;https://julesfalquet.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://julesfalquet.com/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour suivre Jules sur instagram (tout nouveau profil) : / juliosorro&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vid&#233;o o&#249; je cause de La combinatoire straight : &#8226; Un classique du f&#233;minisme ! La combinatoir...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le patriarcat au centre des migrations : une analyse structurelle et imbricationniste</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-patriarcat-au-centre-des-migrations-une-analyse-structurelle-et</link>
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		<dc:date>2022-05-03T07:22:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jules Falquet</dc:creator>


		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-05-03</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait s&#233;lectionn&#233;s par Camille Bruneau, CADTM Belgique, du texte de Jules Falquet, sociologue et enseignante-chercheuse &#224; l'Universit&#233; de Paris. &lt;br class='autobr' /&gt; tir&#233; des Autres voix de la plan&#232;te, 1er trimestre 2021 &lt;br class='autobr' /&gt;
Trop d'analyses de la mondialisation restent [...] encore affaiblies par un profond biais androcentrique - c'est-&#224;-dire qu'elles sont focalis&#233;es sur les &#234;tres humains de sexe masculin, leurs centres d'int&#233;r&#234;ts et les relations qu'ils &#233;tablissent entre eux (Mathieu, 1991). Fort (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-Monde-" rel="directory"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-05-05-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-05-03&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton52686-79ca6.jpg?1781494149' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait s&#233;lectionn&#233;s par Camille Bruneau, CADTM Belgique, du texte de Jules Falquet, sociologue et enseignante-chercheuse &#224; l'Universit&#233; de Paris.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; des&lt;i&gt; Autres voix de la plan&#232;te,&lt;/i&gt; 1er trimestre 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trop d'analyses de la mondialisation restent [...] encore affaiblies par un profond biais androcentrique - c'est-&#224;-dire qu'elles sont focalis&#233;es sur les &#234;tres humains de sexe masculin, leurs centres d'int&#233;r&#234;ts et les relations qu'ils &#233;tablissent entre eux (Mathieu, 1991). Fort heureusement, d&#232;s les ann&#233;es 1990, au croisement de la sociologie, de la sociologie du travail, des sciences politiques et de l'&#233;conomie, diff&#233;rents travaux f&#233;ministes, souvent en lien &#233;troit avec les mouvements sociaux, ont propos&#233; des perspectives alternatives. [...] Je propose dans ce court article de lire ensemble l'&#233;volution des oppor&#173;tunit&#233;s n&#233;olib&#233;rales de &#171; travail &#187; pour les femmes et les hommes non-privil&#233;gi&#233;-e-s par la race-nationalit&#233; et/ou la classe, en pensant dialectiquement ce que j'ai appel&#233; la &#171; paire fatale &#187; des &#171; hommes en armes &#187; et des&#171; femmes de services &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;2006, &#171; Hommes en armes et femmes &#034;de service&#034; : tendances n&#233;olib&#233;rales (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les &#171; femmes de services &#187; nouvelles &#171; femmes globales &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la fin des ann&#233;es 1980, les th&#233;oriciennes f&#233;ministes approfondissent leur critique de la s&#233;paration arbitraire entre activit&#233;s dites &#171; productives &#187; et &#171; reproductives &#187;, remettant s&#233;rieusement en cause la &lt;br class='autobr' /&gt;
discipline &#233;conomique et le &#171; grand r&#233;cit &#187; dominant de l'histoire du capitalisme. Maria Mies propose de reconsid&#233;rer le poids des rapports patriarcaux dans l'accumulation &#224; l'&#233;chelle mondiale (1986), tandis que Marilyn Waring conteste les logiques m&#234;mes de la comptabilit&#233; internationale, de la mesure du Pm et de la croissance (1988). En 1991, Saskia Sassen est l'une des premi&#232;res &#224; analyser le nouveau ph&#233;nom&#232;ne de la &#171; globalisation &#187;, en &#233;tudiant les Global Cities o&#249; les couples engag&#233;s &#224; plein temps dans les activit&#233;s de la haute finance par exemple et donc &#171; sans &#233;pouse &#187;, &#171; externalisent &#187; de nombreuses t&#226;ches &#171; reproduc&#173;tives &#187; vers une main-d'&#339;uvre bon march&#233;, principalement constitu&#233;e de femmes, souvent migrantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mondialisation n&#233;olib&#233;rale : des effets d&#233;l&#233;t&#232;res pour les femmes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 1990, de nombreuses &#233;tudes sur l'impact des plans d'ajustement structurels r&#233;v&#232;lent que la crise &#233;conomique, la mont&#233;e du ch&#244;mage et le creusement des in&#233;galit&#233;s ont particuli&#232;rement affect&#233; et appauvri les femmes, tant dans l'absolu que par rapport aux hommes (en fran&#231;ais : Hirata et Le Doar&#233;, 1998 ; Wichterich, 1999, ATTAC, 2002, Bisilliat, 2003).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir montr&#233; comment le Welfare state avait partiellement lib&#233;r&#233; les femmes du&#171; patriarcat priv&#233; &#187; [&#8230;] Silvia Walby (1990) souligne que l'ajustement structurel conduit &#224; une re-familialisation de nombreuses t&#226;ches et place les femmes dans la d&#233;pendance d'un nouveau &#171; patriarcat priv&#233; &#187;, en leur faisant jouer sans vergogne le r&#244;le d'&#171; amortisseuses &#187; de la crise (1997). Une &#233;quipe autour d'Eleonore Kofmann (2001) a mis en &#233;vidence que[...] les transformations des politiques sociales en Europe avaient &#233;t&#233; accompagn&#233;es de politiques plus ou moins d&#233;cid&#233;es d'importation de main-d'&#339;uvre f&#233;minine de pays du Sud global pour assurer les t&#226;ches que l'&#201;tat abandonnait, alors que beaucoup d'hommes refusent obstin&#233;ment de les r&#233;aliser et que les femmes ne parviennent plus gu&#232;re &#224; les &#171; conci&#173;lier &#187; avec le reste - les Accords de Lisbonne exigeant qu'au moins 60 % des femmes de l'OCDE entrent sur le march&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le capitalisme n&#233;olib&#233;ral, alli&#233; des femmes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des recherches, un constat s'impose : au Sud comme au Nord, la mondialisation a pouss&#233; de nombreuses femmes sur le march&#233; du travail [...] - souvent du fait de la destruction de leurs modes d'existence ant&#233;rieurs. D'aucun-e-s s'en sont r&#233;joui-e-s, estimant que l'acc&#232;s des femmes au travail salari&#233; per-&#173; mettait leur autonomisation &#233;conomique, cl&#233; d'une plus grande &#233;galit&#233; des sexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nancy Fraser (2013) a [...] sugg&#233;r&#233; qu'il existait une certaine convergence d'int&#233;r&#234;ts entre une partie du mouvement f&#233;ministe et le capitalisme - soit que le march&#233;, avant tout assoiff&#233; de main-d'&#339;uvre se montre aveugle aux pr&#233;jug&#233;s sociaux, soit que son int&#233;r&#234;t bien compris le pousse &#224; recruter pr&#233;f&#233;rentiellement une main-d'&#339;uvre f&#233;minine. Pourtant, la mise au travail des femmes est loin d'&#234;tre syst&#233;matiquement positive. En effet, le d&#233;mant&#232;lement syst&#233;matique des lois du travail les touche particuli&#232;rement - d'autant que la majorit&#233; &#233;tait d&#233;j&#224; concentr&#233;e dans des secteurs d'activit&#233; d&#233;valoris&#233;s et mal prot&#233;g&#233;s : les r&#233;formes n&#233;olib&#233;rales les pr&#233;carisent et flexibilisent plus encore (Talahite, 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les nouvelles modalit&#233;s du travail requi&#232;rent des &#171; qualit&#233;s typiquement f&#233;minines &#187; (acceptation du temps partiel et infiniment extensible &#224; la fois, polyvalence et implication &#171; totale &#187;, notamment &#233;motionnelle), qui dessinent des formes de servilit&#233; normalis&#233;es et g&#233;n&#233;ralis&#233;es. Ainsi, seule une fraction des femmes acc&#232;de &#224; de&#171; bons &#187; emplois, proches des standards de l'emploi masculin et on assiste &#224; une dualisation croissante de l'emploi f&#233;minin (Sassen, 2010 ; Kergoat, 2012). C'est pourquoi l'analyse en termes de genre ne peut se passer d'une analyse simultan&#233;e en termes de classe et de &#171; race &#187;, comme les f&#233;ministes Noires du Combahee River Collective ont &#233;t&#233; les premi&#232;res &#224; l'affirmer d&#232;s 1979. J'ai moi-m&#234;me tent&#233; de montrer avec le concept des &#171; vases communicants &#187; (2014), qu'obtenir des avanc&#233;es &#171; pour les femmes &#187;, n'avait aucun int&#233;r&#234;t si c'&#233;tait pour faire subir des reculs aux prol&#233;taires ou aux personnes racis&#233;es (dont de surcro&#238;t la moiti&#233; sont des femmes). Cela semble pourtant &#234;tre la strat&#233;gie de l'OCDE : l&#233;gitimer la mondialisation par l'id&#233;e de progr&#232;s en termes d'&#233;galit&#233; des sexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Nouveaux &#187; emplois f&#233;minins et migrations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tournant des ann&#233;es 2000, Barbara Ehrenreich et Arlie Russel Hochschild mettent en &#233;vidence trois figures de la nouvelle &#171; femme globale &#187;, les nounous, les bonnes et les travailleuses du sexe (2003). Si jadis, il s'agissait d&#233;j&#224; de &#171; provinciales &#187; migrantes, beaucoup sont aujourd'hui des migrantes internationales, souvent&#171; postcoloniales &#187; (Moujoud et Falquet, 2010). Nounous et bonnes, mais aussi aides-soignantes pour les malades et les personnes &#226;g&#233;es (chaque fois plus nombreuses et moins prises en charge par les pouvoirs publics), sont devenues essentielles dans un v&#233;ritable processus d'internationalisation de la reproduction sociale. [...] Les travaux de Nakano Glenn (2009 [1992]), en insistant sur la mani&#232;re dont, aux &#201;tats-Unis, certains secteurs sociaux ont &#233;t&#233; historiquement forc&#233;s &#224; dispenser du care (les esclaves, les femmes, les femmes esclaves puis les femmes racis&#233;es et migrantes), ouvrent une perspective plus crue sur les contraintes qui se d&#233;veloppent aujourd'hui pour obliger certain-e-s &#224; se charger des autres, &#224; bas prix de surcro&#238;t. Parmi ces contraintes, les plus frappantes sont les r&#233;formes l&#233;gislatives extr&#234;mement restrictives dans le domaine du travail, mais aussi des migrations. Pour la plupart des femmes non privil&#233;gi&#233;es, les options migratoires et de &#171; carri&#232;re &#187; se r&#233;duisent : &#224; suivre-rejoindre-trouver rapidement dans la r&#233;gion d'arriv&#233;e un mari, s'inscrire dans des programmes officiels d'importation de main-d'&#339;uvre de &#171; service &#187;, ou s'ins&#233;rer dans le domaine du &#171; travail du sexe &#187; pour faire face aux co&#251;ts exorbitants de la migration ill&#233;galis&#233;e. r...l J'ai propos&#233; de les regrouper dans la cat&#233;gorie de &#171; femmes de services &#187;, en montrant comment leur croissance allait de pair avec la multiplication des &#171; hommes en armes &#187;, sugg&#233;rant que leur d&#233;veloppement dialectique constituait l'un des paradigmes de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale (Falquet, 2006).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les &#171; hommes en armes &#187;, la guerre et la croissance n&#233;olib&#233;rale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Regardons donc maintenant du c&#244;t&#233; de ces &#171; hommes en armes &#187;, &#224; savoir les soldats, mercenaires, gu&#233;rilleros ou terroristes, policiers, membres de gangs ou d'organisations criminelles, gardiens de prison ou vigiles, entre autres - qui exercent dans le secteur public, semi-public, priv&#233; ou ill&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un &#233;tat de guerre et de contr&#244;le g&#233;n&#233;ralis&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme &#224; l'&#233;poque de la premi&#232;re mondialisation, qui d&#233;bouche sur la Premi&#232;re Guerre mondiale [...] , on assiste aujourd'hui &#224; une comp&#233;tition internationale f&#233;roce et militaris&#233;e pour s'attribuer les ressources, les march&#233;s et le contr&#244;le des forces productives. [...] Le nouveau cadre g&#233;n&#233;ral de cette comp&#233;tition est la guerre &#171; anti-terroriste &#187; men&#233;e par les principales puissances n&#233;olib&#233;rales contre diff&#233;rents pays du Sud global. &#192; tr&#232;s grands traits, elle se d&#233;cline en guerres ouvertes dans diff&#233;rents pays moyen-orientaux, en interventions militaro-humanitaires sur le continent africain notamment (Federici, 2001), en guerre contre la migration&#171; ill&#233;gale &#187; dans les pays de l'OCDE et en &#171; guerre contre la drogue &#187; sur le continent latino-am&#233;ricain. [...J Analyser le contr&#244;le s&#233;curitaire, la militarisation et l'&#233;tat de guerre g&#233;n&#233;ralis&#233;e que nous traversons, dans une perspective de genre, est particuli&#232;rement r&#233;v&#233;lateur. Ainsi, les &#171; droits des femmes &#187; sont de plus en plus souvent invoqu&#233;s comme justification des interventions (Delphy, 2002 ; Eisenstein, 2010). Pourtant dans presque tous les cas, les violences contre les femmes provoqu&#233;es par ces guerres sont consid&#233;rables [...] et plus g&#233;n&#233;ralement de destruction du syst&#232;me &#233;conomique et social, appauvrissant drastiquement les femmes. [...] Le renforcement du complexe carc&#233;ro-industriel employant et enfermant des millions de personnes, ainsi que de camps destin&#233;s &#224; contenir la migration, est &#233;galement notable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les complexes militaro-industriels et la militarisation, cl&#233;s de l'&#233;conomie n&#233;olib&#233;rale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les ann&#233;es 1980, &#233;mergent deux lignes d'analyses f&#233;ministes du militarisme global. [...] Cynthia Enloe (1989, 2000) a signal&#233; notamment les liens entre l'implantation de bases militaires &#233;tats-uniennes et le d&#233;veloppement de la prostitution, puis du tourisme sexuel en Asie -ce qui permet de replacer dans une perspective historique la croissance du &#171; travail du sexe &#187; que d'aucun-e-s pr&#233;sentent parfois un peu vite comme une simple alternative&#171; naturelle &#187; et fort r&#233;mun&#233;ratrice pour les femmes pauvres. De nombreux &#233;tats du Sud, encourag&#233;s &#224; d&#233;velopper le tourisme et vivant en partie des envois d'argent des migrant-e-s, sont pouss&#233;s &#224; fermer les yeux. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sa part [...] la sociologue fran&#231;aise Andr&#233;e Michel (2013 [1985]) [...] montre que l'organisation du travail des industries de l'armement [...] exacerbe la division sexuelle (mais aussi &#171; raciale &#187; et sociale) du travail : aux jeunes femmes prol&#233;taires et du Sud, les emplois pr&#233;caires dans les usines d'assemblage, notamment &#233;lectroniques, aux hommes de classe moyenne les emplois d'ing&#233;nieurs stables et bien r&#233;mun&#233;r&#233;s ou de d&#233;veloppeurs informatiques de la Silicon Valley. Ensuite, une part consid&#233;rable des fonds publics pour la recherche est mise au service des SMI (syst&#232;mes militaro-industriels), au d&#233;triment de secteurs comme la sant&#233; et l'&#233;ducation. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel souligne &#233;galement combien la vente d'armes enrichit les cinq membres permanents du conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU tandis que l'achat de ces m&#234;mes armes creuse la dette de nombreux pays du Sud &#8212;l'ac&#173;tuelle dette grecque &#233;tant notamment caus&#233;e par la course aux armements face &#224; la Turquie. Ce syst&#232;me nourrit l'apparition de toutes sortes de dictateurs en puissance, propagateurs de rh&#233;toriques guerri&#232;res nationalistes ou ethnicistes dont les femmes sont souvent les premi&#232;res &#224; faire les frais. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les nombreux travaux men&#233;s dans une perspective de genre mais surtout d'imbrication des rapports sociaux, permettent une compr&#233;hension plus compl&#232;te de la mondialisation. Ils interrogent avec insistance l'&#233;conomie dominante et sa s&#233;paration arbitraire, id&#233;ologique, entre travail consid&#233;r&#233; comme productif et travail consid&#233;r&#233; comme reproductif. Ils soulignent que l'une des dynamiques centrales de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale se joue autour de la r&#233;organisation de la reproduction sociale tout autant que des syst&#232;mes militaro-industriels. Enfin, si l'on observe l'histoire longue, il est permis de penser que l'on assiste aujourd'hui &#224; une nouvelle phase d'accumulation primitive (Federici, 2014 [2004]), gr&#226;ce au durcissement simultan&#233; des rapports sociaux de sexe, de &#171; race &#187; et de classe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;2006, &#171; Hommes en armes et femmes &#034;de service&#034; : tendances n&#233;olib&#233;rales dans l'&#233;volution de la division sexuelle et internationale du travail &#187;, Cahiers du Genre, Travail et mondialisation, Confrontations Nord/Sid. No. 40, pp.15-381.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pourquoi d&#233;noncer les violences sexuelles ? Retour sur l'affaire Strauss Kahn</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Pourquoi-denoncer-les-violences-sexuelles-Retour-sur-l-affaire-Strauss-Kahn</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Pourquoi-denoncer-les-violences-sexuelles-Retour-sur-l-affaire-Strauss-Kahn</guid>
		<dc:date>2022-03-15T07:54:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jules Falquet</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-03-15</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alors qu'un nouveau scandale &#233;clate concernant l'attitude de certains policiers face aux femmes qui tentent de d&#233;noncer des violences sexuelles dans les commissariats de France, nous f&#234;tons l'anniversaire des dix ans de l'affaire dite &#171; du Carlton de Lille &#187;. Y &#233;tait impliqu&#233; le fameux &#233;conomiste et ex-directeur du FMI Dominique Strauss Kahn [1], qui s'&#233;tait rendu c&#233;l&#232;bre comme agresseur sexuel un an auparavant, en mai 2011, dans l'affaire dite &#171; du Sofitel de New York &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-03-15-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-03-15&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L100xH150/arton51791-09978.jpg?1781494150' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors qu'un nouveau scandale &#233;clate concernant l'attitude de certains policiers face aux femmes qui tentent de d&#233;noncer des violences sexuelles dans les commissariats de France, nous f&#234;tons l'anniversaire des dix ans de l'affaire dite &#171; du Carlton de Lille &#187;. Y &#233;tait impliqu&#233; le fameux &#233;conomiste et ex-directeur du FMI Dominique Strauss Kahn [1], qui s'&#233;tait rendu c&#233;l&#232;bre comme agresseur sexuel un an auparavant, en mai 2011, dans l'affaire dite &#171; du Sofitel de New York &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/08/pourquoi-denoncer-les-violences-sexuelles-retour-sur-laffaire-strauss-kahn/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre les lignes et les mots&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; le 8 mars 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappel : le matin du 14 mai 2011, dans la suite pr&#233;sidentielle d'un Sofitel de New York, Mr Strauss Kahn, alors au fa&#238;te de son pouvoir, s&#233;questre et viole la femme venue faire le m&#233;nage de sa chambre. Il part ensuite tranquillement d&#233;jeuner avec sa fille, devant ensuite prendre un avion pour aller rencontrer Angela Merkel. Mais au lieu de se taire et de se mettre &#224; nettoyer la chambre en silence, la travailleuse parle, d&#233;nonce, et ses sup&#233;rieur-e-s appellent la police. Commence alors une s&#233;quence absolument in&#233;dite de visibilisation m&#233;diatique et internationale de la parole de cette femme agress&#233;e &#8211; qui ouvre un nouveau cycle dans les luttes contre les agressions sexuelles des hommes envers les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le mouvement Me too a &#233;t&#233; lanc&#233; en 2006 par Tarana Burke, travailleuse sociale afro-&#233;tatsunienne, il ne prend une ampleur mondiale qu'une dizaine d'ann&#233;es plus tard, en 2017, lorsqu'Alyssa Milano accuse Harvey Wenstein de viol. Entre les deux, l'affaire Strauss Kahn constitue en quelque sorte le cha&#238;non manquant : elle a contribu&#233; &#224; structurer les luttes et les analyses f&#233;ministes contre l'impunit&#233; de la violence des hommes. C'est pourquoi il vaut la peine d'y revenir aujourd'hui, avec le recul permis par ces dix ann&#233;es &#233;coul&#233;es : &#171; d&#233;noncer &#187; les violences sexuelles : oui. Mais que se passe-t-il apr&#232;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chronique d'une impunit&#233; et ressorts d'une &#171; solidarit&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord qu'en mai 2011, directeur du FMI, Dominique Strauss Kahn &#233;tait donn&#233; comme probable vainqueur des futures &#233;lections pr&#233;sidentielles en France. Le jour o&#249; il agresse sexuellement Mme Diallo, il s'appr&#234;te &#224; partir pour l'Europe afin de &#171; r&#233;gler le cas &#187; de la Gr&#232;ce, que les recettes du FMI ont pr&#233;cipit&#233;e dans une crise terrible. Cependant, loin du traitement indolent ou carr&#233;ment insultant jusqu'&#224; aujourd'hui r&#233;serv&#233; en France aux d&#233;nonciations de violences sexuelles, la police new-yorkaise agit avec une telle rapidit&#233; et efficacit&#233; que Mr Strauss-Kahn est arr&#234;t&#233; sur le tarmac de l'a&#233;roport. Apr&#232;s un passage par l'unit&#233; sp&#233;ciale qui enqu&#234;te sur les crimes &#224; caract&#232;re sexuel, il est transf&#233;r&#233; au d&#233;p&#244;t du palais de justice de Manhattan. Puis, se voyant refuser la lib&#233;ration sous caution, il passe 4 nuits en d&#233;tention dans la prison de Rikers Island. Le monde entier le d&#233;couvre du jour au lendemain menott&#233; comme un quelconque d&#233;linquant, d&#233;fait et hagard. Il se voit contraint de renoncer &#224; la pr&#233;sidence du FMI. Imm&#233;diatement pourtant, sa d&#233;fense s'organise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sorti fin 2020 sur Netflix, le documentaire &#171; Chambre 2806 &#187; retrace l'encha&#238;nement des &#233;v&#233;nements et permet de revoir ou de d&#233;couvrir celles et ceux qui ont fait bloc sans un instant d'h&#233;sitation autour de Mr Strauss Kahn pour le d&#233;fendre becs et ongles. On y voit ainsi que lors d'une nouvelle audience, le 19 mai, son principal avocat souligne fort d&#233;licatement qu'il poss&#232;de un million de dollars sur un compte aux Etats unis et qu'il peut compter sur l'entier soutien de son &#233;pouse Anne Sinclair, ancienne pr&#233;sentatrice vedette de la t&#233;l&#233;vision fran&#231;aise, dont l'avocat affirme qu'elle est encore beaucoup plus riche que lui. Strauss Kahn est aussit&#244;t lib&#233;r&#233; et plac&#233; en r&#233;sidence surveill&#233;e sous bracelet &#233;lectronique &#8211; contre une caution d'un million de dollars assortie d'un d&#233;p&#244;t de garantie de 5 millions, dont un million en esp&#232;ces. Suite &#224; quoi, gr&#226;ce aux intenses activit&#233;s de soutien d&#233;ploy&#233;es en France comme aux Etats-Unis par les ami-e-s et avocats de Strauss Kahn, le 1er juillet, &#224; l'issue d'une audience de dix minutes, son assignation &#224; r&#233;sidence est annul&#233;e. L'int&#233;gralit&#233; de l'argent lui est &#233;galement rendue : le procureur aurait trouv&#233; des &#233;l&#233;ments entachant la cr&#233;dibilit&#233; de la plaignante et une prochaine audience est fix&#233;e mi juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce retournement de situation pousse la journaliste Tristane Banon, jusque l&#224; h&#233;sitante, &#224; accuser formellement Strauss-Kahn pour une autre tentative de viol, commise contre elle en 2003. Le 8 juillet, en France, une enqu&#234;te pr&#233;liminaire est ouverte suite &#224; sa plainte. Face &#224; l'issue de plus en plus incertaine du proc&#232;s p&#233;nal, le 8 ao&#251;t, l'avocat de Mme Diallo &#233;largit sa strat&#233;gie et porte plainte au civil. Le 11 juillet, l'avocat de Mr Strauss Kahn est oblig&#233; de reconna&#238;tre que du sperme de son client a &#233;t&#233; retrouv&#233; dans la chambre, tandis que le 16 ao&#251;t, le rapport m&#233;dical de la plaignante est rendu public : il impute bien ses blessures &#224; un viol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouveau coup de th&#233;&#226;tre : le 23 ao&#251;t, suivant le r&#233;quisitoire du procureur, le juge abandonne en bloc toutes les poursuites (au p&#233;nal) contre Mr Strauss Kahn. Le choc est consid&#233;rable, m&#234;me si cette impunit&#233; &#233;tait en quelque sorte &#233;crite. Le dossier au civil suit malgr&#233; tout son cours pendant plus d'un an et demi. Finalement, le 10 d&#233;cembre 2012, suite &#224; un accord confidentiel, en &#233;change de l'abandon des poursuites, Mr Strauss Kahn verse 1,5 millions de dollars &#224; Mme Diallo. Selon l'avocat de cette derni&#232;re, Strauss Kahn accepte cet accord juste avant que ne soient appel&#233;es &#224; t&#233;moigner d'autres femmes affirmant qu'il les a agress&#233;es sexuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette s&#233;quence, ce qui frappe peut-&#234;tre le plus, apr&#232;s que des femmes l'aient accus&#233; de violences sexuelles &#8211; actes graves et visiblement r&#233;p&#233;t&#233;es &#8211;, c'est le d&#233;ploiement autour de Mr Strauss Kahn de moyens financiers d&#233;mesur&#233;s et la mobilisation imm&#233;diat de son &#233;pouse, de sa famille politique, ainsi que d'une grande partie du monde m&#233;diatique et du monde &#171; intellectuel &#187; fran&#231;ais, qui semble communier dans une certaine conception de la sexualit&#233; masculine et du pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jalons de la carri&#232;re d'un &#233;conomiste brutal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons maintenant quelques &#233;l&#233;ments de la carri&#232;re professionnelle de Dominique Strauss Kahn, &#233;conomiste, avocat et politicien. Acteur-cl&#233; de la n&#233;olib&#233;ralisation du Parti socialiste, il a puissamment contribu&#233; &#224; conduire celui-ci vers l'affairisme, en tendant de nombreux ponts entre la gauche social-d&#233;mocrate et la grande bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suit d'abord (presque) sans faute un parcours de jeune homme tr&#232;s privil&#233;gi&#233; : n&#233; au Maroc en 1949, il &#233;tudie &#224; Monaco, au Lyc&#233;e Carnot &#224; Paris, entre &#224; HEC puis &#224; Sciences Po, puis ayant &#233;chou&#233; au concours d'entr&#233;e de l'ENA, il obtient l'agr&#233;gation d'&#233;conomie et devient tr&#232;s rapidement ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; Nanterre, o&#249; il travaille d&#232;s le d&#233;but de sa carri&#232;re avec Denis Kessler (qui devient par la suite le vice-pr&#233;sident du MEDEF). Ils &#233;crivent ensemble un ouvrage d'&#233;conomie au titre r&#233;trospectivement &#233;vocateur, L'&#233;pargne et la retraite, qui para&#238;t &#224; la fin des ann&#233;es 70. Au long des ann&#233;es 80, il se lance en politique au sein du Parti Socialiste, obtient un si&#232;ge de d&#233;pute et se construit au fil de la d&#233;cennie une place de choix en tant qu'&#233;conomiste le plus en vue du parti. En 1991, il &#233;pouse en troisi&#232;mes noces la richissime vedette du journal t&#233;l&#233;vis&#233; Anne Sinclair. Ayant perdu son si&#232;ge de d&#233;put&#233;, il cr&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 90 un cabinet d'avocats, puis monte avec le PDG de Renault (Raymond L&#233;vy &#224; l'&#233;poque), un &#171; Cercle de l'industrie &#187;, financ&#233; par Bruxelles, dont il devient vice-pr&#233;sident. Ces activit&#233;s l'am&#232;nent &#224; c&#244;toyer la cr&#232;me du patronat fran&#231;ais, notamment, d&#233;j&#224;, Vincent Bollor&#233;. C'est &#224; lui que l'on doit ensuite, en tant que maire de Sarcelles, la cr&#233;ation des emplois jeunes et des zones franches en banlieue. Devenu Ministre de l'&#233;conomie, des finances et de l'industrie du gouvernement Jospin de 1997, c'est encore lui qui conduit de nombreuses privatisations, comme celle de France T&#233;l&#233;com &#8211; on se souvient que c'est le gouvernement Jospin qui a men&#233; le plus de privatisations jusqu'&#224; aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 2000 voient sa mont&#233;e en puissance dans une perspective toujours plus n&#233;olib&#233;rale. En 2006, il se prononce tr&#232;s clairement en faveur d'une r&#233;forme du syst&#232;me universitaire fran&#231;ais et pr&#233;conise de fomenter la concurrence entre les universit&#233;s. Briguant cette m&#234;me ann&#233;e l'investiture du PS pour les pr&#233;sidentielles, il est conseill&#233; notamment par le jeune&#8230; Isma&#235;l Emelien. C'est Sarkozy, dont il est un ami, quoique concurrent politique, qui le fait nommer &#224; la pr&#233;sidence du FMI en 2007. Lors du d&#233;bat sur la r&#233;forme des retraites de 2010, qui met dans la rue des millions de personnes, il affirme qu'il n'y a pas de &#171; dogme &#187; de la retraite &#224; 60 ans, tandis que le FMI (qu'il pr&#233;side) pr&#233;conise de lancer une grande r&#233;forme des retraites, en commen&#231;ant par repousser l'&#226;ge du d&#233;part &#224; la retraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, comme politicien et comme &#233;conomiste, Dominique Strauss Kahn a puissamment et avec une grande constance, contribu&#233; &#224; fa&#231;onner la r&#233;alit&#233; (n&#233;olib&#233;rale, patriarcale, raciste-coloniale) dans laquelle nous vivons, en attaquant le service public, le syst&#232;me universitaire et le syst&#232;me des retraites par exemple &#8211; sans parler de son activit&#233; &#224; la t&#234;te du FMI, o&#249; il s'est montr&#233; impitoyable envers les pays endett&#233;s, de la Gr&#232;ce jusqu'&#224; la Guin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mettre en lumi&#232;re le caract&#232;re violent et d&#233;lictueux des pratiques sexuelles de Mr Strauss Kahn &#233;claire d'un jour nouveau le personnage public. On voit ici &#224; quel point entre priv&#233; et public, deux sph&#232;res artificiellement s&#233;par&#233;es pour les besoins du patriarcat, existe en r&#233;alit&#233; une grande continuit&#233;. Dans le cas de cet homme, c'est le sentiment de toute-puissance, mais aussi la brutalit&#233;, qui font lien entre ses comportements publics et ses comportements priv&#233;s : ils forment un continuum. Se pose, du coup, la question de savoir si mettre fin &#224; cette toute-puissance et &#224; cette brutalit&#233; &#224; une extr&#233;mit&#233; du continuum, en rappelant les r&#232;gles, ou la loi, et en sanctionnant les comportements qui les foulent aux pieds, peut influer sur le comportement &#224; l'autre extr&#233;mit&#233;. Se pose aussi la question de ce que tout le monde y gagnerait.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un c&#244;t&#233;, l'impunit&#233;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; pr&#233;sent aux effets de l'affaire du Sofitel, en France. D&#232;s que l'accusation contre Strauss Kahn est connue, on assiste &#224; une vague de justifications de son comportement comme individu, plus largement &#224; une d&#233;fense en r&#232;gle de la &#171; gauloiserie &#187; et du &#171; libertinage &#187; suppos&#233;ment bien fran&#231;ais, et en g&#233;n&#233;ral, &#224; une avalanche de propos minimisant les violences sexuelles des hommes, surtout lorsqu'elles sont commises contre des travailleuses &#171; domestiques &#187;. Tr&#232;s vite aussi, les relais m&#233;diatiques activ&#233;s par son &#233;pouse et ses ami-e-s politiques, ainsi que les co&#251;teux avocats &#233;tats-uniens engag&#233;s pour le d&#233;fendre, dressent un mur de rumeurs malveillantes contre la plaignante, accus&#233;e d'affabuler, puis quand des traces de sperme de l'accus&#233; sont bel et bien retrouv&#233;es dans la chambre, d'avoir agi par int&#233;r&#234;t financier, quand on ne pr&#233;tend pas qu'elle aurait tent&#233; de &#171; pi&#233;ger &#187; DSK afin de saboter sa carri&#232;re, &#224; l'instigation du pr&#233;sident Sarkozy (bien qu'avec la t&#234;te froide, on imagine mal comment un tel &#171; complot &#187; aurait bien pu &#234;tre mis sur pied avec Mme Diallo).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, loin de l'agitation m&#233;diatico-politique de l'&#233;poque, l'examen attentif de l'ensemble des informations d&#233;sormais disponibles ne laisse aucune place au doute et dresse un panorama accablant pour DSK. Celui-ci a agi avec toute l'inconscience et le sentiment de toute-puissance d'un homme de pouvoir, multimillionnaire, qui a d&#233;j&#224; eu &#224; l'&#233;poque plusieurs occasions de constater qu'il pouvait agir en toute impunit&#233; (aussi bien pour des affaires sexuelles que de corruption) et qui a su construire autour de lui un tel r&#233;seau de complicit&#233;s amicales et politiques qu'il parvient toujours &#224; passer entre les gouttes. Certes, il a finalement r&#233;gl&#233; 1,5 millions de dollars &#224; Mme Diallo, apr&#232;s avoir reconnu &#224; la t&#233;l&#233;vision, en septembre 2011, avoir commis &#171; une faute &#187; dans la chambre 2806 [2] &#8211; mais il n'est pas condamn&#233; au p&#233;nal. Certes, son agression sexuelle sur Tristane Banon a &#233;t&#233; reconnue comme telle par la justice, mais elle &#233;tait prescrite. Quant &#224; sa relation sexuelle extra-conjugale avec Mme Piroska Nagy, sa coll&#232;gue &#233;conomiste au FMI, elle aussi clairement &#233;tablie, mais tant son &#233;pouse que le FMI ont officiellement accept&#233; de passer l'&#233;ponge sur les faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc l'impunit&#233; qui domine : de fait, aujourd'hui, DSK n'a toujours pas le moindre casier judiciaire et n'a &#233;t&#233; condamn&#233; dans aucune des nombreuses affaires o&#249; il &#233;tait mis en cause &#8211; pas plus pour celles concernant les violences sexuelles que pour celles ayant trait au prox&#233;n&#233;tisme, au financement politique, &#224; la fraude fiscale ou &#224; la corruption &#8211; il est pourtant mentionn&#233; jusque dans les Panama Papers de 2016 et dans les Pandora Papers de 2021. Or l'impunit&#233;, on l'a vu et cela a &#233;t&#233; largement prouv&#233;, bien au-del&#224; du simple cas de Mr Strauss Kahn, est l'&#233;l&#233;ment-cl&#233; qui autorise la r&#233;it&#233;ration des comportements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'autre, les f&#233;ministes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette logique d'impunit&#233; dans les hautes sph&#232;res de la justice, de la politique et des m&#233;dias, le mouvement f&#233;ministe n'est pas rest&#233; inactif. Mais peut-&#234;tre se situe-t-il &#171; ailleurs &#187;. En effet, une des grandes questions qui traversent le mouvement concerne la finalit&#233; de la &#171; d&#233;nonciation &#187; des violences sexuelles. Que signifie &#171; d&#233;noncer &#187; : s'agit-il de parler, de se plaindre, de livrer un agresseur en p&#226;ture aux autorit&#233;s, de lui faire honte, d'exiger r&#233;paration ? Autrement dit : aupr&#232;s de qui souhaitons-nous rendre visibles les violences sexuelles, et dans quel but ? Je proposerai ici &#224; peine quelques &#233;l&#233;ments de r&#233;flexion pour alimenter ce d&#233;bat qui est particuli&#232;rement complexe, en soulignant surtout la diversit&#233; des pratiques politiques qu'on a pu observer &#224; l'&#233;poque des faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord que d&#232;s le 22 mai, &#224; peine l'affaire connue, pr&#232;s de 2000 personnes &#8211; essentiellement des femmes &#8211; se retrouvaient pr&#232;s de Beaubourg pour protester, &#224; l'appel de plusieurs groupes, dont la Barbe Paris, Paroles de femmes et Osez le f&#233;minisme. Ces diff&#233;rentes organisations &#233;galement lanc&#232;rent une p&#233;tition intitul&#233;e &#171; Sexisme : ils se l&#226;chent, les femmes trinquent &#187;, qui recueillait tr&#232;s rapidement plusieurs dizaines de milliers de signatures, tant individuelles que de nombreuses associations. [3] Le mouvement s'est montr&#233; bien pr&#233;sent, et r&#233;actif. Cependant, d&#232;s le d&#233;but, plusieurs lignes se dessinent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines d&#233;noncent tout particuli&#232;rement &#171; le d&#233;ferlement de sexisme &#187; qui a suivi la d&#233;nonciation de Mme Diallo, plus que ce qui s'est pass&#233; &#224; New York. C'est notamment le cas de f&#233;ministes et d'organisations proches du PS, comme Osez le f&#233;minisme (OLF), dont Caroline de Haas est alors porte-parole [4]. Certes, la pr&#233;somption d'innocence doit jouer, d'autant qu'&#224; ce moment-l&#224;, les faits ne sont pas encore pleinement &#233;tablis et que les m&#233;dias entretiennent la plus grande confusion. Mais du coup, les violences sexuelles concr&#232;tes qui ont mis le feu aux poudres, et plus encore Strauss Kahn lui-m&#234;me, &#233;chappent en bonne partie &#224; l'analyse. Certaines estiment d'ailleurs qu'une attaque ad hominem de Mr Strauss Kahn pourrait r&#233;veiller l'antis&#233;mitisme toujours tr&#232;s pr&#233;sent dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Il s'agit ainsi d'une sorte de d&#233;nonciation sans coupable particulier. De plus, elle s'adresse en quelque sorte &#171; &#224; la cantonade &#187; et vise essentiellement &#224; visibiliser&#8230; celles qui d&#233;noncent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre courant appara&#238;t &#233;galement, pour qui ce sont d'autres caract&#233;ristiques socio-politiques de Strauss Kahn qui sautent aux yeux : sa position de classe et son immense pouvoir &#233;conomique et politique &#8211; &#224; l'&#233;poque o&#249; il dirige encore le FMI, il est pr&#233;sent&#233; comme l'un des dix hommes les plus puissants du monde. Cette configuration s'oppose radicalement au clich&#233; anti-f&#233;ministe de la lutte contre la violence &#8211; tout comme &#224; son d&#233;tournement anti-f&#233;ministe. En effet, on &#233;vite la situation o&#249; une femme blanche de classe moyenne, f&#233;ministe et/ou lesbienne, serait amen&#233;e &#224; accuser un homme prol&#233;taire et/ou racis&#233;, de m&#234;me que celle o&#249; une femme ou d'une lesbienne racis&#233;e ou de classe populaire accuserait un homme racis&#233; et/ou prol&#233;taire. Car dans ces situations, d&#233;noncer la violence &#8211; tout au moins, aupr&#232;s des autorit&#233;s &#8211;, risque de renforcer le discours raciste et classiste. Non seulement la femme agress&#233;e affronte un dilemme particuli&#232;rement complexe, mais avant m&#234;me de l'avoir tranch&#233;, elle se retrouve souvent plac&#233;e elle-m&#234;me sur le banc des accus&#233;-e-s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, rien de tel : c'est une jeune femme migrante, Noire, prol&#233;taire, sans militance connue, oser affronter presque seule un repr&#233;sentant arch&#233;typique de la tr&#232;s grande bourgeoisie. Il y a l&#224;, assur&#233;ment, de quoi alimenter les analyses f&#233;ministes de la violence, surtout celles qui soulignent l'imbrication des rapports sociaux. Comme je l'ai &#233;crit &#224; l'&#233;poque, en attaquant cette femme, Dominique Strauss Kahn a profit&#233; tout &#224; la fois de son positionnement dominant dans les rapports sociaux de sexe, de classe et de race. Positionnement privil&#233;gi&#233; dont il a partiellement h&#233;rit&#233; puis qu'il a continu&#233; &#224; construire avec soin tout au long de sa vie professionnelle et politique. Positionnement qu'il a b&#226;ti, surtout, au d&#233;triment de personnes comme Mme Diallo, qu'il a contribu&#233; par ses d&#233;cisions comme &#233;conomiste, &#224; renvoyer du c&#244;t&#233; des emplois f&#233;minins de service les plus humbles et de la migration forc&#233;e, o&#249; sont surrepr&#233;sent&#233;es les femmes racis&#233;es et des pays des Suds. [5]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il faut pr&#233;senter une autre initiative qui n'a eu qu'une visibilit&#233; tr&#232;s r&#233;duite, alors m&#234;me qu'elle a permis de d&#233;velopper des analyses et des positions particuli&#232;rement int&#233;ressantes &#8211; j'en ai moi-m&#234;me &#233;t&#233; nourrie, y ayant particip&#233; activement. Il s'agit de l'initiative d'une centaine de femmes qui, outr&#233;es par l'impunit&#233; dont b&#233;n&#233;ficiait Mr Strauss Kahn, se sont r&#233;unies en Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale spontan&#233;e, le 5 septembre, &#224; la Bourse du travail de Paris. La lib&#233;ration de la parole entre femmes dans cet espace non-mixte, l'avalanche de t&#233;moignages &#224; la premi&#232;re personne sur les violences, la col&#232;re et l'indignation qui s'y r&#233;v&#233;l&#232;rent, conduisirent les pr&#233;sentes &#224; proposer de se retrouver chaque semaine pour continuer &#224; &#233;changer et penser un ensemble d'actions &#224; mener. De fait, cette AG s'est poursuivie pendant plusieurs mois et a lanc&#233; de nombreuses actions, jusqu'au printemps de l'ann&#233;e suivante. Si on y trouvait, bien s&#251;r, un certains nombre de militantes f&#233;ministes et lesbiennes plus aguerries, l'AG a &#233;galement mobilis&#233; de nombreuses femmes sans exp&#233;rience ant&#233;rieure d'activisme, mais pour beaucoup, directement par le v&#233;cu des violences sexuelles exerc&#233;es par des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des caract&#233;ristiques de cette AG a &#233;t&#233; de se centrer sur les femmes elles-m&#234;mes, sans chercher n&#233;cessairement la l&#233;gitimation ou la reconnaissance &#171; ext&#233;rieure &#187; par les institutions sociales dominantes, qu'il s'agisse des m&#233;dias, du monde politique, de la justice ou de la police. L'AG a consacr&#233; une partie de son &#233;nergie &#224; travailler vers l'int&#233;rieur, &#224; faire &#233;merger des paroles personnelles et des analyses collectives de la violence, et l'autre partie, &#224; organiser des actions visant avant tout &#224; exprimer leur propre fa&#231;on de penser, sans demander au corps policier ni &#224; l'Etat une &#171; protection &#187; ou une justice qu'ils n'&#233;taient manifestement pas dispos&#233;s &#224; garantir. Ainsi, elles organis&#232;rent d'abord, d&#232;s le 11 septembre, un rassemblement en musique sous les fen&#234;tres du domicile de Mr Strauss Kahn, dans le tr&#232;s beau cadre de place des Vosges o&#249; elles prirent un plaisir &#233;vident &#224; faire entendre leurs tambours et leurs cris de d&#233;nonciation, plusieurs heures durant. Le 18 septembre, elles se donnaient rendez-vous pr&#232;s du p&#233;riph&#233;rique, au pied de l'immeuble de TF1, o&#249; Mr Strauss Kahn pr&#233;sentait au m&#234;me moment sa version des &#233;v&#233;nements au journal de 20h, pour une intervention tout aussi sonore dont elles esp&#233;raient qu'elle parvienne jusque aux fen&#234;tres du studio d'enregistrement. Elles manifest&#232;rent &#224; nouveau le 24 septembre devant le Palais de Justice de Paris (en fait, place du Ch&#226;telet car le palais de justice &#233;tait interdit d'acc&#232;s par un fort dispositif policier), convergeant avec l'appel de Tristane Banon, puis se rendirent &#224; Sarcelles, ancien fief de Mr Strauss Kahn, et manifest&#232;rent &#224; nouveau le 5 novembre. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, leurs pancartes, leurs chants, leurs sifflets, leurs instruments de percussions et leurs slogans s'adressaient directement aux autres femmes et lesbiennes, aux personnes pr&#233;sentes dans l'espace public et aussi, aux responsables des actes de violences &#8211; plus qu'aux institutions &#233;tatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, en se r&#233;unissant chaque semaine de longues heures et en ouvrant un espace de parole, d'abord tr&#232;s spontan&#233; puis de plus en plus organis&#233;, l'AG a permis de travailler l'expression des violences et leur analyse par les femmes et les lesbiennes directement concern&#233;es, qu'elles poss&#232;dent ou non des instruments th&#233;oriques pour ce faire. Il s'agissait plut&#244;t de produire ensemble de nouvelles grilles d'interpr&#233;tation et des propositions de r&#233;ponse &#224; partir des sentiments et des &#233;motions de chacune &#8211; sans passer n&#233;cessairement par la d&#233;nonciation aupr&#232;s des institutions polici&#232;res ou judiciaires. Ce type de d&#233;marche &#233;voque notamment, &#224; la m&#234;me p&#233;riode, la dynamique mise en place au Guatemala par un ensemble de femmes, de f&#233;ministes et d'organisation de d&#233;fense des droits humains, pour rendre visibles et affronter les cons&#233;quences jusque dans le pr&#233;sent, des violences sexuelles massives commise par l'arm&#233;e contre les femmes autochtones au plus fort du conflit arm&#233; interne, au d&#233;but des ann&#233;es 80 [6]. Il s'agissait en effet pour elles, avant tout, de rendre visibles ces violences et de faire appara&#238;tre une v&#233;rit&#233; historique jusque l&#224; ni&#233;e, afin de r&#233;parer le tissu social et de permettre un r&#233;tablissement personnel et collectif des femmes &#8211; et non pas d'aller en justice, une justice blanche-occidental, bourgeoise et patriarcale dont les femmes autochtones rurales sont particuli&#232;rement &#233;loign&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les premiers temps, les actions de rue, tout &#224; la fois ludiques et montrant la puissance et la d&#233;termination collective des participantes de l'AG parisienne, galvanisent ses participantes. Mais apr&#232;s quelques semaines enivrantes, la realpolitk refait surface. Il devient bient&#244;t manifeste que l'AG ne se transformera pas en cartel d'organisations et peine &#224; se structurer comme un groupe en lui-m&#234;me. De plus, les membres d'organisations f&#233;ministes &#233;tablies, qui participent &#224; titre individuel, rechignent &#224; l'action directe. Enfin, plus il devint clair que Strauss Kahn restera impuni, plus la question se pose de savoir comment continuer. Faut-il s'ouvrir largement &#224; d'autres cas et s'attaquer &#224; d'autres agresseurs dont les noms bruissent dans la presse ? La question se pose notamment de d&#233;noncer des hommes racis&#233;s (un rappeur, en l'occurrence). La majorit&#233; se refuse &#224; risquer d'alimenter le racisme &#8211; qu'elles estiment d&#233;j&#224; suffisamment fort. Pas question de participer, en tant que f&#233;ministes ou lesbiennes, &#224; une quelconque convergence avec les discours du gouvernement ou de la droite. Alors, continuer &#224; viser plut&#244;t des hommes dominants ? Malheureusement, malgr&#233; les exhortations internes de l'AG, force est de constater qu'il est difficile que les femmes blanches de classe moyenne ou sup&#233;rieure d&#233;noncent les violences commises contre elles par les hommes blancs de leur classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;bats s'enlisent donc progressivement, achoppant notamment autour du choix du nom, &#171; AG f&#233;ministe et lesbienne contre l'impunit&#233; des violences masculines &#187;, qui fait l'objet d'&#226;pres discussions. Beaucoup craignent que la visibilisation des lesbiennes et plus encore, des analyses qu'elles peuvent mener, ne fasse fuir les femmes les plus nouvelles dans la lutte ou ne discr&#233;dite le groupe. En parall&#232;le, la tendance &#224; la mise en vedette m&#233;diatique de certaines des participantes &#224; l'AG plut&#244;t que du collectif, constitue une autre source de friction. En effet, des collectifs comme La Barbe et plus encore OLF, jouent &#224; fond la m&#233;diatisation mais quittent les rassemblements aussit&#244;t les cam&#233;ras parties, tandis que Tristane Banon fonctionne plut&#244;t en solo. Or dans l'esprit de nombreuses membres de l'AG, l'important est de d&#233;velopper un accueil collectif et f&#233;ministe de la parole de chacune, en vue de renforcer une conscience, une analyse et des luttes elles aussi collectives. En d'autres termes, il s'agit moins de construire un capital politique ou m&#233;diatique que de travailler &#224; une transformation imm&#233;diate des rapports de sexe et de permettre &#224; chacune de (re)prendre sa vie en mains, en dehors des m&#233;diations institutionnelles mais gr&#226;ce au collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'AG s'&#233;tiole, la nouvelle mise en cause de Strauss Kahn dans le scandale dit du Carlton conduit le petit noyau de participantes encore actives &#224; publier un dernier communiqu&#233;, le 21 f&#233;vrier 2012. Dans ce texte long et dense, elles font le lien entre les diff&#233;rentes facettes &#171; personnelles &#187; et &#171; politiques &#187; du personnage de DSK [7]. Ce sera cependant le chant du cygne de l'AG : elle cesse finalement de se r&#233;unir et chacune reprend son chemin. La plupart, pourtant, continuent &#224; &#339;uvrer dans le domaine des violences masculines contre les femmes. Certaines s'orientent vers l'attention psychologique aux femmes ayant v&#233;cu des violences masculines, que ce soit dans des groupes de r&#233;flexions, des syndicats ou en exer&#231;ant comme th&#233;rapeutes, d'autres retournent au travail universitaire sur les violences, d'autres encore d&#233;veloppent des contributions dans le domaine m&#233;diatique ou encore &#224; travers l'enseignement de l'auto-d&#233;fense f&#233;ministe.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quels enseignements pour l'action aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tr&#232;s rapide retour sur une affaire qui d&#233;fraya particuli&#232;rement la chronique nous montre en premier lieu que si les luttes contre les violences exerc&#233;es par les hommes contre les femmes semblent faire aujourd'hui bien plus qu'il y a dix ans, l'objet d'un consensus tr&#232;s large, ce consensus cache des compr&#233;hensions vari&#233;es des causes de cette violence et des solutions &#224; y apporter. Faire appel &#224; la police et/ou &#224; la justice pose au moins deux s&#233;ries de probl&#232;mes : d'une part, leur peu ou pas d'efficacit&#233;, selon les pays, les p&#233;riodes et les positions sociales respectives de accus&#233;s et des plaignantes. D'autre part, comme on le sait, de nombreuses f&#233;ministes et lesbiennes refusent de faire appel &#224;, et de cautionner le syst&#232;me p&#233;nitentiaire et souvent m&#234;me le syst&#232;me judiciaire et &#224; plus forte raison, la police, pour leur caract&#232;re raciste, classiste et patriarcal. D'o&#249; l'importance de rappeler l'histoire d'autres exp&#233;riences, o&#249; les femmes se placent elles-m&#234;mes au centre de l'action et reprennent en main la question de savoir ce que signifie pour elles la violence, la justice, la r&#233;paration, et tentent collectivement de transformer leur r&#233;alit&#233; quotidienne et plus largement, le monde, en se pla&#231;ant volontairement en dehors des m&#233;diations sexistes, racistes et capitalistes de l'Etat. Les discussions, complexes, se poursuivent, mais il est vital de rappeler que le f&#233;minisme est loin d'&#234;tre unanimement en faveur d'une analyse victimiste, d'une r&#233;ponse exclusivement punitive et plus encore, d'une r&#233;solution strictement proc&#233;durale, p&#233;nale et carc&#233;rale des violences masculines contre les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jules Falquet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/jules-falquet/blog/240222/pourquoi-denoncer-les-violences-sexuelles-retour-sur-laffaire-strauss-kahn&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/jules-falquet/blog/240222/pourquoi-denoncer-les-violences-sexuelles-retour-sur-laffaire-strauss-kahn&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Pour m&#233;moire, en f&#233;vrier 2012, la police interrogeait Mr Strauss Kahn sur sa participation et son r&#244;le dans l'organisation de rencontres collectives entre hommes de pouvoir et travailleuses sexuelles dans l'exercice de leurs fonctions &#8211; dont certaines d&#233;non&#231;aient par ailleurs avoir endur&#233; des violences sexuelles durant ces r&#233;unions. Outre Strauss Kahn, on trouvait parmi les clients un commissaire divisionnaire de la s&#251;ret&#233; de Lille, ainsi qu'un salari&#233; de la multinationale du b&#226;timent Eiffage, qui se faisait rembourser les frais (environ 50 000 euros) par son entreprise au titre de la &#171; repr&#233;sentation &#187;. &#171; Juste retour des choses &#187; si l'on peut dire, puisqu'Eiffage avait b&#233;n&#233;fici&#233; du march&#233; public du grand stade de Lille, construit en 2008 et 2012 pour un montant de 325 millions d'euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le 18 septembre 2011, lors du journal t&#233;l&#233;vis&#233; de 20 heures de TF1 (pr&#233;sent&#233; par une proche de son &#233;pouse), Dominique Strauss Kahn a dit lui-m&#234;me au sujet de ses actes : &#171; Ce qui s'est pass&#233; ne comprend ni violence, ni contrainte, ni agression, ni aucun acte d&#233;lictueux. C'est le procureur qui le dit, ce n'est pas moi. Ce qui s'est pass&#233; &#233;tait une relation non seulement inappropri&#233;e, mais plus que &#231;a, une faute. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &lt;a href=&#034;https://www.zinfos974.com/Affaire-DSK-Petition-d-associations-feministes_a28883.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.zinfos974.com/Affaire-DSK-Petition-d-associations-feministes_a28883.html&lt;/a&gt;, sign&#233;e notamment par le Planning Familial, Mix-Cit&#233;, le Laboratoire de l'Egalit&#233;, les Chiennes de Garde, la Maison des Femmes de Montreuil, Le Collectif de Pratiques et de R&#233;flexions F&#233;ministes &#171; Ruptures &#187;, le R&#233;seau F&#233;ministe &#171; Ruptures &#187;, Bagdam Espace lesbien, SOS Les mamans, Association la Lune, l'ANEF, l'Espace Simone de Beauvoir, la Ligue du Droit International des Femmes, Choisir la Cause des Femmes, la CLEF, l'inter-LGBT, ainsi que par Audrey Pulvar, Florence Foresti, Cl&#233;mentine Autain, Virginie Despentes, Christine Ockrent, Florence Montreynaud, Marie-Fran&#231;oise Colombani, Agn&#232;s Bihl, Annie Ernaux, Genevi&#232;ve Fraisse, Julien Bayou, Patric Jean, Dominique M&#233;da, Annick Coup&#233;, Caroline Mecary, Giulia Fo&#239;s, Fran&#231;oise H&#233;ritier, Yvette Roudy, Christine Ockrent, Isabelle Alonso&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] &#171; Pr&#232;s de 2000 personnes ont r&#233;pondu &#224; l'appel lanc&#233; par plusieurs organisations f&#233;ministes dont Parole de femmes et La barbe et se sont rassembl&#233;es pr&#232;s de du centre Georges Pompidou. D'une voix forte, la porte-parole d'Osez le f&#233;minisme, Caroline de Haas, a d&#233;clar&#233; que le probl&#232;me n'&#233;tait pas ce qui s'&#233;tait pass&#233; &#224; New York mais bien &#171; le d&#233;ferlement de sexisme &#187; qui a suivi. &#187; Khadija Moussou, &#171; Manifestation f&#233;ministe contre le sexisme tenu autour de l'affaire DSK &#187;, article de non dat&#233; mais probablement du 22 mai 2011, Elle : &lt;a href=&#034;https://www.elle.fr/Societe/News/Manifestation-feministe-contre-le-sexisme-tenu-autour-de-l-affaire-DSK-1591742&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.elle.fr/Societe/News/Manifestation-feministe-contre-le-sexisme-tenu-autour-de-l-affaire-DSK-1591742&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Jules Falquet, &#171; DSK ou le continuum entre les violences masculines et les violences n&#233;olib&#233;rales &#187; :&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/jules-falquet/blog/090216/dsk-ou-le-continuum-entre-les-violences-masculines-et-les-violences-neoliberales&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/jules-falquet/blog/090216/dsk-ou-le-continuum-entre-les-violences-masculines-et-les-violences-neoliberales&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Falquet, Jules, 2018, &#171; Violences contre les femmes et (d&#233;)colonisation du &#171; territoire-corps &#187;. De la guerre &#224; l'extractivisme n&#233;olib&#233;ral au Guatemala &#187;, in Cirstocea, Ioana et Al. (coords.), Le genre globalis&#233; : mobilisations, cadres d'actions, savoirs, PUR, pp 91-112.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] &lt;a href=&#034;https://luttennord.wordpress.com/2012/02/24/affaire-dsk-ag-contre-limpunite-des-violences-masculines-nous-ne-nous-tairons-pas/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://luttennord.wordpress.com/2012/02/24/affaire-dsk-ag-contre-limpunite-des-violences-masculines-nous-ne-nous-tairons-pas/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Trente ans de lutte pour l'avortement au Mexique, la victoire enfin !</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Trente-ans-de-lutte-pour-l-avortement-au-Mexique-la-victoire-enfin</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Trente-ans-de-lutte-pour-l-avortement-au-Mexique-la-victoire-enfin</guid>
		<dc:date>2021-09-14T07:13:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jules Falquet</dc:creator>


		<dc:subject>Mexique</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-09-14</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un premier &#171; ballon d'essai &#187; avait eu lieu avec une d&#233;p&#233;nalisation de l'avortement au Chiapas en 1991&#8230; Cet article historique permet de mesurer le chemin parcouru et la pr&#233;cocit&#233; des luttes qui ont permis cette victoire. Et comme &#224; l'&#233;poque, la question des st&#233;rilisations forc&#233;es contre les femmes Indiennes reste enti&#232;re, tout comme celle des conditions pour exercer dignement la maternit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots Publi&#233; le 13 septembre 2021 &lt;br class='autobr' /&gt;
L'avortement au Mexique. Coup (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Mexique-+" rel="tag"&gt;Mexique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-09-14-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-09-14&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton49453-c2000.jpg?1781494150' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un premier &#171; ballon d'essai &#187; avait eu lieu avec une d&#233;p&#233;nalisation de l'avortement au Chiapas en 1991&#8230; Cet &lt;strong&gt; article historique&lt;/strong&gt; permet de mesurer le chemin parcouru et la pr&#233;cocit&#233; des luttes qui ont permis cette victoire. Et comme &#224; l'&#233;poque, la question des st&#233;rilisations forc&#233;es contre les femmes Indiennes reste enti&#232;re, tout comme celle des conditions pour exercer dignement la maternit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/09/13/trente-ans-de-lutte-pour-lavortement-au-mexique-la-victoire-enfin/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre les lignes et les mots&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Publi&#233; le 13 septembre 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'avortement au Mexique. Coup de tonnerre dans un ciel serein&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 Octobre 1990, dans le plus grand secret, les d&#233;put&#233;-e-s de l'Etat le plus &#171; marginalis&#233; &#187; de la R&#233;publique mexicaine, le Chiapas, votent la d&#233;p&#233;nalisation de l'avortement. Quand la nouvelle appara&#238;t finalement dans la presse, plus d'un mois plus tard, c'est la stupeur g&#233;n&#233;rale. Le Gouverneur pr&#233;tend avoir r&#233;pondu aux pressions en faveur de l'avortement d'un groupe de femmes chiapan&#232;que, le GAM [1], mais celui-ci d&#233;ment aussit&#244;t. En effet, le scandale s'annonce : alors que diff&#233;rents groupes f&#233;ministes du pays (particuli&#232;rement de Mexico) s'empressent de saluer dans la presse cette &#171; victoire &#187; et souhaitent que l'ensemble des Etats mexicains d&#233;p&#233;nalisent &#224; leur tour l'avortement, la puissante hi&#233;rarchie catholique s'&#233;trangle et appelle la population &#224; manifester en masse contre ce &#171; crime &#187;, bient&#244;t appuy&#233;e par la branche mexicaine de la puissante organisation nord-am&#233;ricaine &#171; Pro-Vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 31 D&#233;cembre, courageusement, les d&#233;put&#233;-e-s suspendent la loi et sollicitent un avis de la Commission Nationale des Droits de l'Homme (r&#233;cemment cr&#233;e par le gouvernement f&#233;d&#233;ral, et qui n'a aucun pouvoir de d&#233;cision). Il s'agit surtout de gagner du temps pour pr&#233;parer tranquillement les prochaines &#233;lections qui vont avoir lieu en Ao&#251;t 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un an apr&#232;s : le flou.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin Ao&#251;t 1991, la situation est stationnaire. Deux groupes s'affrontent sous l'oeil cynique des pouvoirs publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis huit mois, les femmes et les f&#233;ministes se sont organis&#233;es. Les premi&#232;res r&#233;actions sont rapides, aussi bien &#224; Mexico que dans le Chiapas, mais les diff&#233;rents groupes n'ont gu&#232;re l'habitude de la question de l'avortement, puisque le th&#232;me &#233;tait quasiment tabou jusque-l&#224;. Rapidement, se d&#233;gage le concept fondamental de leur strat&#233;gie : la &#171; maternit&#233; volontaire &#187;, qui s'articule autour de trois dimensions fondamentales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; droit des femmes &#224; contr&#244;ler leur f&#233;condit&#233; par tous les moyens n&#233;cessaires, droit &#224; la contraception et &#224; l'avortement libre et gratuit, droit &#224; une &#233;ducation sexuelle compl&#232;te&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; responsabilisation des hommes en mati&#232;re de contraception et de paternit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; responsabilisation des pouvoirs publics : droit &#224; la maternit&#233; dans de bonnes conditions de sant&#233;, services collectifs pour les m&#232;res et les enfants (cr&#232;ches, garderies, &#233;coles&#8230;) et non-discrimination des m&#232;res et des femmes enceintes &#224; l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur perspective est donc clairement celle du droit, du droit des femmes &#224; choisir la maternit&#233; dans un cadre de libre exercice de leur corps et de leur sexualit&#233;. Elles font appel &#224; la soci&#233;t&#233; dans son ensemble pour cr&#233;er un climat favorable &#224; la maternit&#233;, comme &#224; la non-maternit&#233;, et au libre d&#233;veloppement des femmes comme personnes de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale. On en est h&#233;las bien loin&#8230; Bien entendu, la lutte se d&#233;veloppe dans le Chiapas, mais aussi au niveau de la R&#233;publique tout enti&#232;re, dans l'espoir de r&#233;ussir &#224; faire &#233;tendre le droit &#224; l'avortement &#224; tout le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant en premi&#232;re ligne, les femmes chiapan&#232;ques sont les premi&#232;res &#224; mettre sur pied une structure adapt&#233;e, qui inclut les trois groupes f&#233;ministes de San Cristobal [2], ainsi que des organisations politiques et syndicales (PRT, UGOCEP, syndicat d&#233;mocratiques de enseignant-e-s) : le Front Chiapan&#232;que pour la maternit&#233; volontaire appara&#238;t d&#232;s f&#233;vrier 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plan national, les structures f&#233;ministes qui existaient ant&#233;rieurement (le r&#233;seau contre la violence) sont inadapt&#233;es. L'id&#233;e appara&#238;t imm&#233;diatement de former un Front National pour la Maternit&#233; Volontaire, mais elle n'est concr&#233;tis&#233;e que tardivement, &#224; la suite du Forum national pour la Maternit&#233; volontaire de Tuxtla Gutierrez en juin 1991. Ce retard s'explique par l'immensit&#233; du pays, les difficult&#233;s de communication et le manque chronique de moyens qui affecte les groupes de femmes. Plus profond&#233;ment, il existe ind&#233;niablement des tensions entre les groupes de la capitale et la province. Les femmes de Mexico ont souvent une plus longue exp&#233;rience f&#233;ministe, et surtout une tradition plut&#244;t universitaire et davantage d'influences du f&#233;minisme &#171; international &#187; qui n'est pas n&#233;cessairement adapt&#233; et en phase avec le Mexique &#171; profond &#187;, rural-populaire. Ainsi, la consigne de &#171; maternit&#233; volontaire &#187; n'est pas toujours comprise des femmes des secteurs populaires, qui la confondent avec la consigne de Pro-Vida. Les femmes chiapan&#232;ques sont dans la situation d&#233;licate de devoir affronter avec peu de moyens et peu de tradition organisative un probl&#232;me particuli&#232;rement &#233;pineux comme l'est l'avortement dans un pays profond&#233;ment contr&#244;l&#233; par l'Eglise. L'appui des f&#233;ministes de Mexico, &#224; la fois pr&#233;cieux et souhait&#233;, arrive parfois mal &#224; propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dot&#233;es de structures ad&#233;quates et d'un axe de travail, les femmes se lancent dans des activit&#233;s tous azimuths : collecte de signatures en faveur de l'avortement, manifestations locales et dans la capitale (le 15 janvier elles organisent une manifestation vers la Commission Nationale des Droits Humains, le 8 mars entre 5 et 8000 femmes d&#233;filent pour la maternit&#233; volontaire dans la capitale, du 19 au 22 juin des femmes de tout le pays se rassemblent devant la repr&#233;sentation nationale du gouvernement chiapan&#232;que &#224; Mexico pour exiger la d&#233;p&#233;nalisation pendant qu'une centaine de femmes bravent l'opprobre provinciale et les injures en manifestant &#224; Tuxtla Gutierrez), entretiens avec le Gouverneur du Chiapas, forums, d&#233;bats, conf&#233;rences, campagne de presse dans la revue f&#233;ministe &#171; Fem &#187; et dans le suppl&#233;ment f&#233;ministe bimensuel &#171; La Doble Jornada &#187; du quotidien &#171; La Jornada &#187;, graffitage sauvage des respectables murs provinciaux de San Cristobal de Las Casas. Elles font aussi appel &#224; la solidarit&#233; f&#233;ministe internationale, pour que celle-ci les appuie (campagne de t&#233;l&#233;grammes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les difficult&#233;s sont nombreuses. Les frictions b&#233;nignes ou plus profondes entre les f&#233;ministes de la capitale et les chiapan&#232;ques nuisent &#224; l'organisation de rencontres nationales. Certains groupes regrettent de s'&#234;tre lanc&#233;s si totalement dans la bataille, en d&#233;laissant leur travail propre ou leur consolidation, voire m&#234;me en mettant en p&#233;ril leur r&#233;putation durement acquise (quelque fois en expulsant gentiment les lesbiennes et autres m&#232;res c&#233;libataires). Le gouvernement chiapan&#232;que joue une guerre d'usure, et effectivement le mouvement des femmes a tendance &#224; s'essouffler. Le manque de moyens financiers n'arrange pas les choses. Surtout, les groupes f&#233;ministes se trouvent &#224; l'heure actuelle dans le creux de la vague : elles n'ont pas encore eu le temps de faire un r&#233;el travail en profondeur avec les femmes des secteurs populaires, qui leur permette d'avoir un appui franc et massif dans la population, alors que les plus enthousiastes des premi&#232;res heures se d&#233;&#231;oivent de la lenteur du processus et s'inqui&#232;tent de la violence de la r&#233;action de l'Eglise et des Pro-Vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des opposant-e-s &#224; l'avortement, les r&#233;actions ont &#233;t&#233; promptes et violentes. Les &#233;v&#234;ques et archev&#234;ques conservateurs sont les premiers &#224; monter au cr&#233;neau, d&#232;s d&#233;cembre 90. Ils appellent les fid&#232;les &#224; descendre dans la rue. En janvier, des associations de m&#233;decins prennent le relais. Tr&#232;s rapidement, c'est Pro-Vida qui prend le relais. Pro-Vida existait d&#233;j&#224; au Mexique, r&#233;alisant pr&#233;ventivement des campagnes contre l'avortement (affiches). Depuis l'&#171; affaire &#187;, l'association d&#233;ploie toutes ses ressources. Le fameux film &#171; le cri silencieux &#187; est copieusement diffus&#233; dans les paroisses et les foyers, &#224; tel point que les f&#233;ministes ont d&#233;cid&#233; de d&#233;noncer ce proc&#233;d&#233; comme un viol de la conscience des enfants qu'on oblige &#224; visionner ce grossier &#171; document &#187;. Force est de constater que Pro-Vida dispose de beaucoup d'argent et ne recule devant rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation se complique &#224; l'approche des &#233;lections l&#233;gislatives et s&#233;natoriales d'ao&#251;t 91. Ces &#233;lections conduisent &#224; renouveler les diff&#233;rentes assembl&#233;es des Etats, dont pr&#233;cis&#233;ment celle du Chiapas, qui a vot&#233; la loi. Une partie du Front Chiapan&#232;que rencontre le Gouverneur pour tenter d'obtenir l'assurance que la question soit r&#233;gl&#233;e par les d&#233;put&#233;-e-s avant leur renouvellement. Celui-ci promet tout ce qu'on veut, en esp&#233;rant ainsi emp&#234;cher que l'avortement et la probl&#233;matique des femmes ne se transforment en th&#232;mes de campagne, ce qui embarrasserait &#233;norm&#233;ment le PRI. Parall&#232;lement aux rencontres avec les f&#233;ministes, le Gouverneur n&#233;gocie avec la hi&#233;rarchie catholique pour tenter d'obtenir l'appui &#233;lectoral de l'Eglise. Au bout du compte, la question de l'avortement &#233;merge comme th&#232;me central de la campagne &#233;lectorale. D'un c&#244;t&#233; le Front National pour la Maternit&#233; Volontaire obtient l'appui inconditionnel du PRT (trotskiste, qui pr&#233;sente notamment plusieurs candidates f&#233;ministes, une lesbienne et une prostitu&#233;e, toutes clairement en faveur de l'avortement), du PRD (parti card&#233;niste &#171; de gauche &#187;, dont certain-e-s candidat-e-s appuient l'avortement et d'autres cherchent &#224; &#233;viter de se mouiller), ainsi que d'un petit nombre de femmes du PRI (qui traditionnellement cherche &#224; contr&#244;ler les mouvements de femmes au travers de ses organisations f&#233;minines et de ses &#171; oeuvres &#187;. De l'autre, Pro-Vida se lance dans une virulente campagne de d&#233;nonciation des partis-avorteurs. L'association va jusqu'&#224; lancer une campagne massive d'affichage o&#249; elle d&#233;nonce les trois partis avorteurs (PRT, PRD, PFCRN, &#224; la gauche du P&#232;re) et appuie les trois partis anti-avortement (PAN, d'extr&#234;me droite n&#233;o-lib&#233;ral, et deux satellites du PRI, &#224; la droite du P&#232;re). Le plus symptomatique est la place qu'elle r&#233;serve au PRI, au milieu de l'affiche, avec un point d'interrogation. Ceux ou celles qui y voient le signe d'un arrangement crapuleux et souterrain du PRI avec Pro-Vida ne sont que des mauvaises langues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette campagne &#233;lectorale a eu le m&#233;rite d'obliger les partis &#224; prendre position ou &#224; mettre en &#233;vidence leur l&#226;chet&#233;, elle a &#233;t&#233; l'occasion pour les f&#233;ministes de se faire entendre davantage, non seulement sur l'avortement mais aussi plus g&#233;n&#233;ralement sur la situation des femmes et leurs revendications. Mais elle n'a pas &#233;t&#233; utilis&#233;e &#224; plein, surtout dans la mesure o&#249; les femmes et les f&#233;ministes ne sont pas encore en mesure de s'imposer comme un groupe social (une classe ?) dont le vote massif puisse d&#233;cider de l'issue d'un scrutin, et parce qu'il n'existe pas de consensus ni m&#234;me de majorit&#233; massive de femmes r&#233;solument en faveur de l'avortement. Pour l'heure, il existe encore une forte proportion de femmes qui ont recours aux tisanes les plus vari&#233;es, ou aux curetages &#171; maison &#187; pour faire passer le sixi&#232;me enfant impossible &#224; avoir, tout en niant qu'elles avortent. R&#233;alisme du corps qui proteste malgr&#233; le poids du conditionnement religieux et de la d&#233;sapprobation sociale, familiale, maritale, et en m&#234;me temps la culpabilit&#233; &#233;touffante : beaucoup de femmes jonglent avec la schizophr&#233;nie et finissent par la noyer dans les vapeurs d'encens et l'eau des b&#233;nitiers. Un certain nombre d'hommes soutiennent l'avortement. Plut&#244;t peu au bout du compte. Certains parce que &#231;a leur &#233;vite de mettre un pr&#233;servatif, jug&#233; &#224; 99% inconciliable avec la virilit&#233; machiste mexicaine. D'autres par conscience politique ou parce qu'ils savent pertinemment qu'ils n'ont aucune envie d'assumer des enfants. Les derniers, les plus cyniques, et qui sont aussi ceux qui peuvent faire pencher la balance, soutiennent l'avortement pour ob&#233;ir au FMI. Le Pr&#233;sident Salinas est de ceux-l&#224;, que les conf&#233;rences internationales de d&#233;mographes ont convaincu que le sous-d&#233;veloppement vient du sur-peuplement et que pour r&#233;duire le nombre de pauvres le plus simple c'est de les emp&#234;cher de se reproduire. C'est tr&#232;s probablement pourquoi, comme Pr&#233;sident et dirigeant du PRI, il a lanc&#233; un ballon d'essai &#224; travers le vote de l'assembl&#233;e PRIiste chiapan&#232;que de d&#233;-p&#233;nalisation de l'avortement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'essai de la d&#233;-p&#233;nalisation de l'avortement dans le Chiapas n'est que le dernier avatar d'une politique d&#233;mographique qui vise &#224; abaisser drastiquement le taux de croissance de la population (de 4% &#224; 1% pour le d&#233;but du troisi&#232;me mill&#233;naire, condition pos&#233;e noir sur blanc par le FMI pour laisser le Mexique jouer dans la cour des grands et lui faire la faveur de l'int&#233;grer dans le grand march&#233; unique Canada-USA-Mexique). Cette politique d&#233;marre sur les chapeaux de roue dans les ann&#233;es soixante-dix, avec la st&#233;rilisation forc&#233;e de femmes indiennes, relativement massive, notamment&#8230;dans les hautes terres du Chiapas. Elle se poursuit avec la mise en place, par en haut, de politiques de &#171; Planning Familial &#187;, avec distribution massive de st&#233;rilets de seconde zone, souvent pos&#233;s sans le consentement des femmes et dans des conditions d'hygi&#232;ne notoirement insuffisantes (en g&#233;n&#233;ral dans la foul&#233;e des accouchements), les injections d'hormones contraceptives &#224; doses chevalines (interdites dans les pays riches), et surtout la promotion de la ligature des trompes comme moyen privil&#233;gi&#233; de contraception, avec le minimum d'information sur les cons&#233;quences (mais si elle est souvent pratiqu&#233;e sans consultation r&#233;elle de la femme, elle est refus&#233;e aux femmes qui la sollicitent sans permis &#233;crit du mari). Dans ces conditions, les f&#233;ministes se doutent bien que le droit &#224; l'avortement, si elles l'obtiennent, n'est pas un cadeau. Si le PRI d&#233;cide finalement de prendre son courage &#224; deux mains pour imposer cette mesure que les f&#233;ministes &#224; elles seules n'ont pas encore eu la capacit&#233; de populariser, il leur restera &#224; le transformer en conqu&#234;te des femmes, en instrument r&#233;ellement lib&#233;rateur et contr&#244;l&#233; par elles. Or pour l'instant, elles n'en prennent gu&#232;re encore le chemin, puisqu'elles r&#233;clament un avortement d'Etat, m&#233;dicalis&#233;, que l'Etat mexicain ne se donnera probablement pas les moyens financiers d'assumer (la dette est tellement plus importante, et le FMI a tellement plus les moyens d'exiger que les femmes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'issue, donc, est incertaine. L'autre inconnue majeure est l'&#233;tat d'avancement des tractations entre le PRI et l'Eglise catholique. Les deux &#233;v&#234;ques progressistes mexicains eux-m&#234;mes, dont celui de Chiapas, se sont prononc&#233;s clairement contre l'avortement, bien qu'en faveur d'une maternit&#233; et d'une paternit&#233; plus responsables, de moins de machisme et de plus de justice sociale, politique et &#233;conomique. L'&#233;glise va m&#234;me jusqu'&#224; se proposer pour impartir des cours d'&#233;ducation sexuelle (dans le cadre que la morale approuve, bien entendu, et c'est l&#224; que cela devient vraiment presque surr&#233;aliste). Par ailleurs, depuis la venue de Jean Paul II au Mexique en 90 (et pr&#233;cis&#233;ment dans le Chiapas), les relations entre le Vatican et Salinas se r&#233;chauffent dangereusement. Oubli&#233;e, la brouille, la s&#233;paration constitutionnelle de l'Eglise et de l'Etat, la belle la&#239;cit&#233; r&#233;volutionnaire ! Lors de sa r&#233;cente tourn&#233;e en Europe, pour vendre le pays aux gentils investisseurs de la CEE, Salinas est all&#233; embrasser Jean Polski sur la bouche entre deux avions. Dans une si belle amiti&#233; patriarcale, que p&#232;se une indienne avec dix enfants &#224; nourrir ? Que p&#232;se une petite paysanne de quinze ans enceinte ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Espoir ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vraie-fausse alerte de la d&#233;-p&#233;nalisation de l'avortement dans le Chiapas aura au moins eu le m&#233;rite de faire &#233;clater au grand jour le scandaleux fait que deux millions de femmes sont transform&#233;es en criminelles chaque ann&#233;e, et que beaucoup y laissent leur peau ou leur sant&#233;. Elle aura aussi raviv&#233; et donn&#233; de nouvelles perspectives aux femmes et aux f&#233;ministes mexicaines, ainsi que pas mal de maux de t&#234;te. Elle aura permis aux diff&#233;rents partis de se positionner plus clairement sur la question des femmes et de se situer par rapport au patriarcat. Il est trop t&#244;t pour dire si les femmes sauront transformer en avanc&#233;e la perverse manipulation dont elles ont &#233;t&#233; victimes dans cette affaire, manipulation dont le PRI a le secret, et qui consiste &#224; d&#233;pouiller pr&#233;ventivement les mouvements sociaux de leurs objectifs. Avortement ou pas, les f&#233;ministes mexicaines ont beaucoup de travail devant elles, entre le machisme, l'&#233;glise, le patriarcat n&#233;o-lib&#233;ral, la crise &#233;conomique qui n'en finit pas de s'approfondir et l'imp&#233;rialisme d&#233;brid&#233; du grand vampire yankee. On leur souhaite f&#233;ministement bon courage parce que &#231;a ne va gu&#232;re mieux par chez nous. Mais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Feminismo o muerte : VENCEREMOS !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques chiffres froids :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre d'enfants moyen par femme mexicaine : 6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salaire &#171; minimum &#187; : 1200 F par mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre d'avortements clandestins par an : 2 millions, parmi les femmes concern&#233;es, 1,7 million sont catholiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;76% des femmes qui avortent sont &#171; de faibles ressources &#233;conomiques &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;63% d'entre elles sont mari&#233;es ou vivent en union &#171; libre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque ann&#233;e 1 million de mineures sont enceintes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque ann&#233;e les h&#244;pitaux re&#231;oivent 780 000 femmes qui souffrent de complications graves &#224; la suite d'avortements clandestins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avortement est la 5&#176; cause de mortalit&#233; maternelle au Mexique : ce sont 50 000 soeurs qui nous quittent chaque ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jules Falquet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/jules-falquet/blog/080921/trente-ans-de-lutte-pour-lavortement-au-mexique-la-victoire-enfin&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/jules-falquet/blog/080921/trente-ans-de-lutte-pour-lavortement-au-mexique-la-victoire-enfin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le GAM est un groupe d'appui aux victimes de violence sexuelle. Il existe deux autres groupes de femmes, la COMAL Citlalmina, qui travaille dans les domaines de l'&#233;ducation sexuelle et de l'organisation de femmes, et Antsetik, groupe universitaire de recherche sur la probl&#233;matique des femmes. Aucun des trois groupes n'avait jamais pos&#233; publiquement le probl&#232;me de l'avortement, le consid&#233;rant trop d&#233;licat encore dans un pays aussi catholique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] GAM, qui n'existe que depuis deux ans et se trouve en processus de d&#233;finition, sans vouloir se lancer &#224; plein dans la &#171; sulfureuse &#187; question de l'avortement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antsetik, groupe universitaire de recherche, qui n'est gu&#232;re plus int&#233;ress&#233; par l'avortement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;COMAL Citlalmina, groupe qui n'existe que depuis un an, &#224; peine consolid&#233;, et dans lequel certaines lesbiennes s'inqui&#232;tent de voir passer la question de l'avortement avant tout le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adresse e-mail :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Collective lesbienne-f&#233;ministe salvadorienne de la Media Luna : fragments d'histoire</title>
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		<dc:date>2021-02-09T07:25:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jules Falquet</dc:creator>


		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-02-02</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#034;Cet article pr&#233;sente, sous forme de r&#233;cit, un fragment d'histoire lesbienne, celle des d&#233;buts de la Media Luna, depuis sa naissance en 1992 jusqu'&#224; mon d&#233;part du pays, en 1994. Il s'inscrit dans un effort de plus de vingt ans pour contribuer &#224; documenter le mouvement lesbien, auquel j'ai particip&#233; activement des deux c&#244;t&#233;s de l'Atlantique.&#034;(4) &lt;br class='autobr' /&gt; Contretemps 2 f&#233;vrier 2021 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Jules Falquet &lt;br class='autobr' /&gt;
Souvenirs, souvenirs&#8230; Le parc Balboa des Planes de Renderos, o&#249; nous &#233;tions, je crois, 6 ou 7, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH92/arton46642-bf5ef.jpg?1781417907' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#034;Cet article pr&#233;sente, sous forme de r&#233;cit, un fragment d'histoire lesbienne, celle des d&#233;buts de la Media Luna, depuis sa naissance en 1992 jusqu'&#224; mon d&#233;part du pays, en 1994. Il s'inscrit dans un effort de plus de vingt ans pour contribuer &#224; documenter le mouvement lesbien, auquel j'ai particip&#233; activement des deux c&#244;t&#233;s de l'Atlantique.&#034;(4)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Contretemps&lt;br class='autobr' /&gt;
2 f&#233;vrier 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Jules Falquet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvenirs, souvenirs&#8230; Le parc Balboa des Planes de Renderos, o&#249; nous &#233;tions, je crois, 6 ou 7, plus les enfants de Tere [1]. Nous nous regardions sans trop savoir comment commencer. Nous avions choisi ce lieu comme &#224; la fois discret, s&#251;r et &#171; neutre &#187; par rapport aux diff&#233;rentes forces de l'ancienne gu&#233;rilla du FMLN[2]. En effet, Victoria, une ex-guerill&#232;re, avait organis&#233; une premi&#232;re r&#233;union dans le local du Groupe de femmes n&#176;1 (li&#233; &#224; l'un des partis du FMLN), o&#249; elle travaillait, en invitant deux syndicalistes qu'elle savait lesbiennes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, Delia, ex-gu&#233;rill&#232;re d'une autre force du FMLN, n'&#233;tait pas venue. Je l'avais retrouv&#233;e ensuite dans les locaux du Groupe 2 (li&#233; &#224; cette autre force du FMLN), o&#249; elle travaillait comme avocate et cette fois-l&#224;, les autres avaient rat&#233; le rendez-vous. Aux Planes de Renderos, en ce mois de juin 1992, c'&#233;tait la premi&#232;re fois que nous &#233;tions &#171; toutes &#187; l&#224; et que, alors qu'il n'y avait encore aucun mouvement &#171; LGBT[3] &#187;, naquit ce qui allait devenir le premier groupe lesbien du Salvador, la Colectiva l&#233;sbica-feminista salvadore&#241;a de la Media Luna, famili&#232;rement appel&#233;e la Collective ou la Media Luna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article pr&#233;sente, sous forme de r&#233;cit, un fragment d'histoire lesbienne, celle des d&#233;buts de la Media Luna, depuis sa naissance en 1992 jusqu'&#224; mon d&#233;part du pays, en 1994. Il s'inscrit dans un effort de plus de vingt ans pour contribuer &#224; documenter le mouvement lesbien, auquel j'ai particip&#233; activement des deux c&#244;t&#233;s de l'Atlantique[4]. Cependant, cette-fois-ci, mon travail prend un tour plus personnel. En effet, il fait suite &#224; plusieurs sollicitations de la jeune g&#233;n&#233;ration d'universitaires et/ou militant-e-s LGBTQI+ du Salvador, aujourd'hui curieuse des d&#233;buts du mouvement[5]. Apr&#232;s m'avoir motiv&#233;e &#224; scanner l'un des rares exemplaires encore existant du premier bulletin du groupe qui attendait dans mes cartons l'heure de passer &#224; la post&#233;rit&#233; num&#233;rique, c'est la curiosit&#233; de ces jeunes militant-e-s qui, en me faisant intervenir comme &#171; enqu&#234;t&#233;e &#187;, m'encourage &#224; poursuivre cet effort de constitution et de partage d'archives, en prenant le temps de &#171; fixer &#187; par &#233;crit mon propre r&#233;cit. Je travaillerai donc ici &#224; partir de l'exploration de ma propre m&#233;moire, en m'inspirant de certaines m&#233;thodes de l'auto-ethnographie, particuli&#232;rement la re-souvenance (Dub&#233;, 2016). Je m'appuierai aussi sur les deux premiers exemplaires du bulletin de la Media Luna, ma propre th&#232;se de doctorat datant de 1997 et plusieurs articles que j'avais publi&#233;s &#224; l'&#233;poque dans la presse militante[6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'inscris depuis longtemps dans la perspective &#233;pist&#233;mologique du point de vue situ&#233;. Les sp&#233;cificit&#233;s du mouvement lesbien (dans sa diversit&#233; et sa complexit&#233;) me paraissent le justifier plus encore que l'&#233;tude d'autres mouvements. Il s'agit en effet d'un mouvement fragile et t&#233;nu, qui fuit en partie la visibilit&#233; et brouille souvent les pistes volontairement, tant par s&#233;curit&#233; que par d&#233;sir d'&#233;chapper aux lectures patriarcales et acad&#233;miques dominantes, d'autant plus qu'il rec&#232;le un consid&#233;rable potentiel de radicalit&#233;[7]. Ces caract&#233;ristiques devraient conduire &#224; utiliser pour l'&#233;tudier, aussi bien des outils de recueil de donn&#233;es qu'une grille d'analyse et une &#233;pist&#233;mologie particuli&#232;res &#8212;les r&#233;cits &#224; la premi&#232;re personne de militantes apparaissant d'une grande importance politique face &#224; l'effacement permanent et aux interpr&#233;tations r&#233;ductrices qui le menacent. J'apporterai au fil du texte un certain nombre d'&#233;l&#233;ments parfois tr&#232;s personnels qui visent moins &#224; me situer classiquement dans les rapports sociaux de pouvoir de classe, sexe et race, qu'&#224; donner &#224; voir mon histoire politique-personnelle qui constitue un filtre d&#233;terminant dans la fa&#231;on dont je restitue ces fragments d'histoire. De plus, il me semble que ma position de &#171; premi&#232;re-mondiste-europ&#233;enne &#187;, redouble et &#171; &#233;crase &#187; quelque peu les autres rapports de pouvoir : elle m&#233;rite d'&#234;tre pens&#233;e sp&#233;cifiquement. Or, elle s'inscrit &#224; son tour dans un cadre plus vaste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, il existe depuis plusieurs ann&#233;es et notamment &#224; partir du concept de colonialit&#233; du genre de Mar&#237;a Lugones (2008) des controverses autour de l'id&#233;e qu'on assisterait d&#232;s 1492 &#224; un plaquage-imposition occidentale-(n&#233;o)coloniale sur le continent, d'une conception du &#171; genre &#187; et de la sexualit&#233; &#171; modernes-coloniales &#187;. Dans une perspective th&#233;orique quelque peu diff&#233;rente, la proposition de Jasbir Puar (2007) de l'homonationalisme et les analyses qui se sont d&#233;velopp&#233;es dans son sillage sugg&#232;rent l'imposition dans les Suds, de modes de vie, sexualit&#233;s et &#171; cultures &#187; LGBTQI+ lib&#233;rales-occidentales. La &#171; visibilit&#233; &#187; et le &#171; coming out &#187; (sortie du placard) constitueraient tout particuli&#232;rement des paradigmes impos&#233;s, de m&#234;me que l'adoption d'identit&#233;s stables d&#233;finies selon des crit&#232;res, et m&#234;me des termes, occidentaux. Cette imposition existerait aussi bien au niveau des lectures occidentales qui sont faites de ces identit&#233;s et mouvements sociaux, qu'&#224; celui de la construction de ces mouvements et identit&#233;s (par l'intervention directe, financi&#232;re notamment, de r&#233;seaux internationaux et institutions bas&#233;-e-s dans le Nord et par l'action concr&#232;te de militant-e-s individuel-le-s). Ces analyses rejoignent en partie la critique port&#233;e d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 90 par le courant f&#233;ministe &#171; autonome &#187; du f&#233;minisme latino-am&#233;ricain et des Cara&#239;bes, de l'ONGisation et des tentatives de r&#233;cup&#233;ration et instrumentalisation du mouvement f&#233;ministe par les institutions internationales, premi&#232;res promotrices de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale (Bedregal et Al. 1993 ; Pisano et Al. 1996 ; Falquet 2011)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s convaincantes pour les mouvements f&#233;ministe et LGBTQI+, ces lectures m&#233;ritent des nuances concernant le mouvement lesbien-f&#233;ministe et tout particuli&#232;rement pour l'Am&#233;rique latine et les Cara&#239;bes. En effet, m&#234;me si le continent a historiquement constitu&#233; un terrain d'exp&#233;rience des pratiques de gouvernance et de contr&#244;le Etats-uniennes, il poss&#232;de &#233;galement une forte tradition politique propre et une longue histoire de r&#233;sistance &#224; l'imp&#233;rialisme colonialiste. J'ai d&#233;j&#224; propos&#233; une analyse de l'histoire du mouvement lesbien latino-am&#233;ricain et des Cara&#239;bes &#224; travers ses rencontres continentales, qui montre comment ce mouvement a pris appui sur des initiatives internationales et exog&#232;nes, sans toutefois s'y r&#233;duire ni se laisser dicter ses orientations (Falquet, 2020). Le pr&#233;sent travail s'inscrit dans cette perspective. C'est pourquoi &#224; la suite de G&#243;mez Ar&#233;valo, je tenterai aussi d'&#233;clairer l'importance de ce que les Argentines Eva Rodr&#237;guez et Alejandra Ciriza (2012) nomment &#171; trafics, voyages, migrations &#187; pour d&#233;crire la fa&#231;on dont, dans les ann&#233;es 60 et 70, un certain nombre de f&#233;ministes argentines ont &#233;t&#233; chercher elles-m&#234;mes dans d'autres espaces, temps et langues, de la mati&#232;re pour alimenter leurs r&#233;flexions. Autrement dit, l'agentivit&#233; et la volont&#233; de d&#233;velopper des liens transnationaux des femmes, des f&#233;ministes et des lesbiennes &#171; des Suds &#187;. Certaines r&#233;volutionnaires salvadoriennes ont voyag&#233;, dans les ann&#233;es 70 et 80 notamment, beaucoup de femmes ont &#233;t&#233; exil&#233;es, des &#233;trang&#232;res du continent et d'Europe sont venu-e-s dans un cadre &#171; d'internationalisme r&#233;volutionnaire &#187; et ces circulations d&#233;bordent, de beaucoup, les impositions et les sens uniques. Ce travail apportera donc des &#233;l&#233;ments pour penser tant les influences &#171; ext&#233;rieures &#187; que le poids des logiques &#171; endog&#232;nes &#187; pour comprendre le d&#233;veloppement de groupes et de mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte, qui d&#233;roule dans l'ordre chronologique le surgissement du premier groupe lesbien-f&#233;ministe du Salvador, permettra &#224; partir de cette histoire sp&#233;cifique, de mettre en &#233;vidence deux pistes d'analyses des groupes et mouvements lesbiens en g&#233;n&#233;ral. La premi&#232;re a trait aux effets de la raret&#233; des ressources (informations, moyens, personnes visibles ou identifiables) et aux strat&#233;gies individuelles et collectives pour y pallier en d&#233;veloppant des r&#233;seaux de survie et/ou liant le personnel et le politique (r&#233;seaux de possibles partenaires amoureuses, amicales, de solidarit&#233; mat&#233;rielle et &#233;motionnelle, d'&#233;changes politiques), incluant l'importance et la sp&#233;cificit&#233; de l'inter-classisme et l'inter-ethnicit&#233; souvent m&#234;me transnationale, des groupes. La deuxi&#232;me a trait &#224; l'importance de nous souvenir aujourd'hui d'un espace-temps d'avant le d&#233;ferlement de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale : pas de &#171; world-wide web &#187; avec ses ressources, son anonymat et ses &#233;changes instantan&#233;s et presque gratuits avec l'autre bout du globe, mais aussi une Am&#233;rique centrale en pleine post-guerre et encore toute emplie de sa fi&#232;re aspiration r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contexte et pr&#233;-histoire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Salvador, petit pays de 22.000 km carr&#233;s pour plus de 6 millions d'habitant-e-s, a connu &#224; partir de 1970 une d&#233;cennie de mont&#233;e du mouvement populaire et de pr&#233;paration clandestine de la lutte arm&#233;e, puis douze ann&#233;es de guerre civile r&#233;volutionnaire (1980-1992). Au d&#233;but des ann&#233;es 90, toute l'Am&#233;rique centrale est encore impr&#233;gn&#233;e du souffle r&#233;volutionnaire arm&#233; : en 1989 les Sandinistes ont perdu les &#233;lections mais restent tr&#232;s mobilis&#233;-e-s, au Guatemala, la gu&#233;rilla de l'URNG n&#233;gocie des Accords de paix qui aboutiront en 1996, le Honduras, base arri&#232;re de la Contra appuy&#233;e par les Etats-unis, bouillonne d'hommes en armes, tandis que le Costa Rica, pays d&#233;militaris&#233; n'ayant souffert ni guerre ni dictature, plut&#244;t prosp&#232;re et tr&#232;s majoritairement blanc-m&#233;tis (consid&#233;r&#233; &#224; tous ces titres comme la Suisse centram&#233;ricaine), accueille nombre de r&#233;fugi&#233;-e-s du Nicaragua et m&#234;me du Salvador. Quant aux premiers groupes lesbiens du continent, n&#233;s &#224; la confluence des mouvements f&#233;ministes et homosexuels (Mogrovejo, 2000), certains remontent &#224; 1979 (Argentine et Mexique) mais la plupart datent des ann&#233;es 80 (P&#233;rou, Chili, Br&#233;sil, R&#233;publique Dominicaine, Puerto Rico et Costa-Rica) et sont encore tr&#232;s fragiles (Bolt, 1996 ; Facio, 2003 ; Riquelme, 2006).&lt;br class='autobr' /&gt;
1992-1994 : une p&#233;riode exceptionnelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Salvador, les accords de cessez-le feu, puis de Paix, sign&#233;s le 16 janvier 1992, ouvrent une p&#233;riode de &#171; d&#233;mocratisation &#187; qui dure un peu plus de deux ans[8]. Ce qui appara&#238;tra ensuite comme une parenth&#232;se exceptionnelle entre d'interminables ann&#233;es de violence prend &#224; ce moment le visage de la d&#233;militarisation du pays et de la vie quotidienne, du retour, pour une dizaine de milliers de gu&#233;rillerxs, &#224; la vie civile, et de la pr&#233;paration enthousiaste des premi&#232;res &#233;lections libres et g&#233;n&#233;rales (pr&#233;sidentielles, l&#233;gislatives et municipales) pr&#233;vues pour avril 1994 et auxquelles la gu&#233;rilla du FMLN, transform&#233;e en parti politique en bonne et due forme, sera autoris&#233;e &#224; participer. L'enjeu, pour les deux camps, sera de &#171; gagner dans les urnes ce que les armes n'ont pas permis de d&#233;cider &#187;. P&#233;riode tr&#232;s particuli&#232;re, donc, dans laquelle par une chance extraordinaire s'inscrit presque exactement mon long s&#233;jour au Salvador[9] : j'arrive le 2 janvier 1992 &#224; San Salvador, juste &#224; temps pour voir flotter une immense banderole du FMLN sur les tours de la cath&#233;drale, &#224; 9h du matin au centre-ville, banderole que j'ose &#224; peine regarder et moins encore photographier de peur de me faire rep&#233;rer et qui a disparu une heure apr&#232;s quand je repasse. Je quitte le Salvador en mai 1994, apr&#232;s que se soit finalement tenu le deuxi&#232;me tour des &#233;lections, retard&#233; plusieurs semaines pour cause de tentative de fraude du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le moment, je ne r&#233;alise pas qu'il s'agit d'une p&#233;riode exceptionnelle : toute la premi&#232;re ann&#233;e est marqu&#233;e par la crainte que les hostilit&#233;s ne reprennent, tant est grande la mauvaise volont&#233; du gouvernement qui tarde &#224; appliquer les accords et tente de les vider de leur sens. Pendant toute l'ann&#233;e 1992, la d&#233;militarisation tra&#238;ne en longueur, les escadrons de la mort ne sont ni dissous, ni m&#234;me inqui&#233;t&#233;s[10], les terres et b&#233;n&#233;fices promis pour les d&#233;mobilis&#233;-e-s des deux camps arrivent au compte-goutte. Pourtant, fin 1992, comme pr&#233;vu, les derni&#232;r-e-s 20% de guerillerxs d&#233;posent formellement les armes et quittent les derniers campements. L'ann&#233;e 1993 est essentiellement tourn&#233;e vers la pr&#233;paration des &#233;lections : les cinq branches du FMLN se sont transform&#233;es en parti(s) et r&#233;apprennent &#224; faire de la politique sans armes, tandis qu'&#224; travers la coalition Mujeres 94, le mouvement f&#233;ministe renaissant aiguillonne le mouvement des femmes pour pr&#233;senter une plateforme revendicative &#224; n&#233;gocier avec tous les partis, tout en pr&#233;parant d'arrache-pied la 6&#232;me rencontre f&#233;ministe continentale qui doit avoir lieu en novembre 1993 avec environ 2.000 f&#233;ministes &#8212;rencontre dont les Salvadoriennes ont obtenu d'&#234;tre les amphitryonnes, sans trop savoir toutefois ce que peut bien signifier au juste, &#171; &#234;tre f&#233;ministes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne part jamais de rien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'arrive au Salvador, j'ai 23 ans et je suis d&#233;j&#224; lesbienne, affirm&#233;e, depuis plusieurs ann&#233;es. Mais c'est surtout au Mexique[11], depuis ma premi&#232;re manifestation du 25 novembre 1989 &#224; Mexico, puis &#224; San Cristobal de Las Casas, dans le Chiapas, que je suis vraiment devenue une lesbienne et f&#233;ministe militante, dans le groupe de femmes qui venait de se former. Le groupe ne se revendiquant pas f&#233;ministe et d&#233;sapprouvant la pratique des graffitis, les trois ou quatre &#171; gauchistes &#187; du groupe et moi-m&#234;me f&#251;mes rapidement pouss&#233;es vers la sortie et retrouvant le (seul) couple de lesbiennes semi-visibles de San Cristobal qui s'en &#233;taient &#233;galement fait &#233;carter, nous form&#226;mes derechef la Comal-Citlamina[12], un nouveau groupe dans lequel presque toutes se lanc&#232;rent sans transition dans des relations amoureuses entre femmes. La Comal n'&#233;tait cependant pas un groupe lesbien mais f&#233;ministe qui se consacrait &#224; l'appui aux jeunes travailleuses domestiques Indiennes en ville maltrait&#233;es par leurs patron-ne-s, &#224; l'aide aux pratiques abortives clandestines, aux femmes de la prison de la ville et de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, &#224; la lutte contre les violences et &#224; l'auto-formation. Tels furent mes r&#233;els d&#233;buts dans la militance car &#224; Paris, malgr&#233; mes recherches, je n'&#233;tais tomb&#233;e que sur deux bo&#238;tes de nuit &#171; lesbiennes &#187; assez peu accueillantes et quelques r&#233;unions de la Maison des femmes de Paris cit&#233; Prost, o&#249; des vieillardes dans la quarantaine m'ignoraient superbement malgr&#233; mes efforts et, peut-&#234;tre, &#224; cause de la couleur bleue paon dont je teignais alors mes cheveux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, quand j'arrive au Salvador, je suis pleinement et compl&#232;tement lesbienne, mais aussi, habitu&#233;e &#224; un lesbianisme clandestin, vis-&#224;-vis du tout-venant bien entendu, mais aussi face aux f&#233;ministes non-lesbiennes et bien s&#251;r aux familles des mes amies (parents, enfants). Coutumi&#232;re du &#171; que rien ne se sache &#187;, du secret protecteur, m&#234;me s'il est parfois illusoire et souvent pesant. Famili&#232;re aussi de l'isolement, de la solitude et de la lesbophobie. Un peu surprise quand-m&#234;me par le poids de la culpabilit&#233;, dans ces terres tr&#232;s catholiques[13]. M&#234;me si moi aussi je me suis longtemps demand&#233; si j'&#233;tais frapp&#233;e par une sorte de &#171; mal&#233;diction &#187;, ou juste une esp&#232;ce de d&#233;faut de cuisson. J'ai pu constater au cours des ann&#233;es que beaucoup de lesbiennes ont d'abord pens&#233; &#234;tre la seule au monde &#224; &#234;tre &#171; comme &#231;a &#187;. Du coup, pour beaucoup, une fois trouv&#233;e une compagne, souvent sans mettre aucun mot sur ce qui se passe, plus question de se quitter car il n'existe sans doute nulle part d'autres femmes &#171; comme nous &#187; &#8230; Je suis aussi coutumi&#232;re des couples butch-fems, assez fr&#233;quents parmi les lesbiennes de classe populaire et pour la plupart non-f&#233;ministes qui constituent une bonne partie des milieux lesbiens informels que je fr&#233;quente au Mexique. O&#249; l'on boit sec, souvent. J'ai conscience que pour &#233;largir les cercles souvent terriblement &#233;troits dans lesquels nous &#233;voluons, o&#249; le manque d'alternatives amoureuses produit souvent de la violence, que ce soit pour faire durer le couple ou suite &#224; diverses &#171; trahisons &#187; souvent crois&#233;es[14], il existe fondamentalement deux solutions : aller en bo&#238;te rencontrer des femmes homosexuelles souvent non f&#233;ministes, ou bien aller en manif et rencontrer des f&#233;ministes souvent non lesbiennes. Dans ce contexte, on con&#231;oit que toute &#171; nouvelle &#187; lesbienne, qu'elle vienne d'une autre ville, d'un autre pays du continent, ou bien d'Europe ou des Etats-Unis, est bienvenue &#8212;&#224; l'&#233;poque ces derni&#232;res, m&#234;me si elles sont parfois critiqu&#233;es pour leur arrogance imp&#233;rialiste, ne sont pas encore des coop&#233;rantes d'ONGs g&#233;n&#233;reusement r&#233;mun&#233;r&#233;es par rapport aux salaires locaux pour appliquer des perspectives de genre made in ONU. En Am&#233;rique centrale, beaucoup sont encore (vues comme) des internationalistes solidaires (ou elles-m&#234;mes des r&#233;fugi&#233;es politiques officieuses, Italiennes ou Basques notamment) dont quelques-unes ont accompagn&#233; les gu&#233;rillas locales. Certaines y ont m&#234;me laiss&#233; leur vie, comme au Salvador les s&#339;urs &#233;tats-uniennes de l'ordre Maryknoll et l'infirmi&#232;re fran&#231;aise Madeleine Lagadec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, quand j'arrive au Salvador, je cherche bien s&#251;r les f&#233;ministes. Et quand je les trouve &#8212;elles ne sont qu'une poign&#233;e &#224; se revendiquer de ce &#171; gros mot &#187;, car elles sont toutes &#224; un degr&#233; ou &#224; un autre proches du FMLN et tr&#232;s ancr&#233;es encore dans l'orthodoxie marxiste-l&#233;niniste &#8212;, je cherche celles qui pourraient &#234;tre lesbiennes. L'ann&#233;e derni&#232;re, j'ai fait rire Nicola Ch&#225;vez Courtright qui m'interrogeait pour sa th&#232;se doctorale, en lui disant que je cherchais deux indices : celles qui portaient des pantalons (mais si !) et celles&#8230; qui fumaient en public. J'ai eu honte quand elle a ri. Oui, fumer en public. D'autres &#224; l'&#233;poque, au Salvador, disaient qu'un indice infaillible &#233;tait le type de poches du pantalon &#8212;je n'ai h&#233;las jamais r&#233;ussi &#224; comprendre lequel. D&#233;tails t&#233;nus, &#233;tranges, absurdes, mais d&#233;tails vitaux pour certaines personnes, &#224; certains moments. Il faut rappeler la solitude des lesbiennes, dans ces temps recul&#233;s &#8212;quand il n'y avait pas internet ni de visibilit&#233; ou si peu&#8230; Je me souviens de ma premi&#232;re marche de la fiert&#233; &#224; Paris, en 1988 probablement. Nous &#233;tions deux cent ou trois cent tout compris dans la rue et pas si fi&#232;r-e-s que &#231;a que tous ces curieux nous d&#233;visagent, nous reconnaissent, peut-&#234;tre. Inqui&#232;t-e-s aussi des jugements et des violences toujours possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc je cherchais les lesbiennes, des lesbiennes &#8212;une seule lesbienne, m&#234;me, m'aurait suffi. Mais rien. Celle qui fumait avait quatre filles et un compagnon. Celle qui avait les cheveux courts portait une jupe en jean (elle &#233;tait lesbienne, j'en eus la confirmation peu apr&#232;s, mais extr&#234;mement secr&#232;te). Et c'est tout. Je suis all&#233;e, aussi, avec un ami fran&#231;ais qui vivait au Salvador depuis bien longtemps, dans l'unique bo&#238;te gay qui existait alors dans la capitale, El Or&#225;culo. Il s'agissait d'un &#233;tablissement discret tapi dans une zone sombre, juste au-dessus du Bulevar de los Heroes, dans un immeuble glauque. Je n'en ai pas gard&#233; un souvenir imp&#233;rissable et dans ma m&#233;moire, il n'y avait pas de femmes. J'y ai vu par contre un concours de Miss travesti qui me reste &#224; l'esprit : je me souviens encore de cette jeune beaut&#233; v&#234;tue d'un juste-au-corps rouge moulant et de ses longs cheveux bruns naturels qui tombaient, impeccablement lisses, bien en-dessous de sa taille &#8212;et la comparaison avec les lesbiennes de ma connaissance &#233;tait si frappante que je me demande jusqu'&#224; aujourd'hui ce que peut bien signifier &#171; la diff&#233;rence sexuelle &#187; et quelle folie humaine a sugg&#233;r&#233; un jour de classer les corps et les &#234;tres par rapport &#224; elle. Toujours est-il que je me suis dit que je n'allais pas supporter cette solitude.&lt;br class='autobr' /&gt;
Montelimar (Nicaragua)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en suis l&#224;, quand en mars 1992, j'apprends qu'une rencontre centram&#233;ricaine de femmes va avoir lieu au Nicaragua. Je suis admise, in extremis, dans le bus de la d&#233;l&#233;gation salvadorienne. Parmi la grosse cinquantaine de voyageuses, il y a quelques autres &#233;trang&#232;res install&#233;es de longue date au Salvador, appel&#233;es &#224; l'&#233;poque &#171; Salvadoriennes par option &#187; : Romina, une journaliste &#233;tats-unienne proche d'une des forces du Front (c'est par elle que j'ai eu l'information), deux bonnes s&#339;urs elles aussi &#233;tats-uniennes proches de la m&#234;me organisation, s&#339;ur Pamela et s&#339;ur Petra, qui vivent ensemble (avec d'autres s&#339;urs en Christ, je suppose[15]), une f&#233;ministe basque &#233;lectron-libre. Il y a aussi une Br&#233;silienne, de l'&#233;glise luth&#233;rienne (proche d'une autre force du FMLN).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rencontre rassemble 500 femmes de tout l'isthme centram&#233;ricain et des r&#233;fugi&#233;es au Mexique, &#224; Mont&#233;limar, un ancien et magnifique domaine de Somoza au bord de la mer, transform&#233; par le FSLN en baln&#233;aire populaire. La rencontre ne s'intitule pas f&#233;ministe, afin de ne pas effrayer, mais &#171; de femmes &#187;, sous le titre &#171; Une nouvelle femme, un nouveau pouvoir &#187;. Elle s'inscrit dans le processus r&#233;gional de pr&#233;paration de la 6&#232;me rencontre continentale, celle-ci bel et bien f&#233;ministe, que l'Am&#233;rique centrale a pris collectivement l'engagement d'organiser pour 1993. Les Nicaraguayennes, fortes de leur exp&#233;rience r&#233;volutionnaire, pensent devoir en &#234;tre les h&#244;tesses, mais au dernier moment, pouss&#233;es en ce sens par un couple de lesbiennes basco-mexicain &#171; bien inform&#233;es &#187; qui promet de venir les aider &#224; pr&#233;parer les choses[16], les Salvadoriennes leur ravissent cet honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'heure, pour moi comme pour la plupart des Salvadoriennes, cette rencontre est surtout une d&#233;couverte, une incroyable premi&#232;re&#8230; Toutes ces femmes ! Parmi elles, certaines se revendiquent clairement f&#233;ministes, surtout parmi les Costaricaines, les Nicaraguayennes et une partie des r&#233;fugi&#233;es-exil&#233;es au Mexique. Certaines m&#234;me, c'est s&#251;r, sont lesbiennes : je d&#233;couvre avec bonheur dans le programme un atelier sur le lesbianisme. Le jour dit, &#224; l'heure dite, je m'approche pr&#233;cautionneusement du point de rendez-vous, sur la plage. Chemin faisant, je vois d'autres femmes qui, elles aussi h&#233;sitantes rejoignent discr&#232;tement l'endroit. Beaucoup ne ressemblent gu&#232;re &#224; l'id&#233;e que je me fais des lesbiennes. Nous finissions par &#234;tre une vingtaine, qui nous observons du coin de l'oeil. Les organisatrices de l'atelier sont Costaricaines &#8212;c'est dans ce pays qu'existe le plus ancien groupe lesbien consolid&#233; de la r&#233;gion[17], les Entendidas[18] (Mogrovejo, 2000 ; Facio, 2003). L'expectative est palpable, m&#234;l&#233;e de g&#234;ne : il y a du vent, beaucoup de soleil et surtout, nous sommes l&#224; en plein-air, au vu et au su de tout le monde&#8230; Les organisatrices proposent que nous allions nous installer dans leur chambre-bungalow, pour &#234;tre plus &#224; l'aise. Un frisson parcourt l'assistance et sur le chemin, plusieurs filent &#224; l'anglaise &#8212;je comprends qu'elles craignent de tomber dans un guet-apens. Quand nous nous installons en rond par terre dans la chambre pour le cercle de pr&#233;sentations initiales, nous ne sommes plus tr&#232;s nombreuses. Chacune dit son nom et la raison de sa pr&#233;sence, et l&#224;, patatras : &#224; part les organisatrices et moi (il me semble), aucune ne dit &#234;tre lesbienne. Bien au contraire, l'une, infirmi&#232;re, est venue pour apprendre comment mieux traiter les &#171; malades &#187; qu'elle rencontre parfois dans l'exercice de sa profession. Une autre rench&#233;rit : il para&#238;t qu'elles ont une pilosit&#233; surabondante et qu'elles sont parfois agressives. Certaines molestent les enfants, croit-on savoir. Les organisatrices, pleines d'&#224;-propos, nous rassurent sur le caract&#232;re non-pathologique et non-contagieux du ph&#233;nom&#232;ne, expliquent qu'elles attendaient des lesbiennes mais qu'elles vont modifier la dynamique pr&#233;vue, et nous voil&#224; parties pour deux heures de jeux pour briser la glace et d'exercices divers qui nous conduisent &#224; aborder en tout bien tout honneur, &#224; partir de nos (maigres) v&#233;cus, la question des amiti&#233;s &#233;tranges ou passionn&#233;es et des attirances entre femmes. Le climax est atteint quand, de deux en deux, nous devons demander &#224; la comparse que nous avons choisie, qu'elle nous fasse &#171; quelque chose qui nous fait plaisir &#187; et r&#233;ciproquement. La seule Salvadorienne qui &#224; ce qu'il me semble, est rest&#233;e, me demande de lui brosser les cheveux, avant que je lui demande de me masser les &#233;paules. Le temps s'ach&#232;ve et l'atelier prend fin. Nous nous dispersons, toujours discr&#232;tement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir venu, la nouvelle de l'atelier s'&#233;tant diffus&#233;e comme une tra&#238;n&#233;e de poudre, celles qui ont &#171; fil&#233; &#187; regrettent que leur frayeur leur ait fait rater cette occasion si unique d'en savoir plus sur la question. Tant et si bien que le dernier soir, une Salvadorienne r&#233;ussit &#224; organiser une autre r&#233;union, sp&#233;cialement pour les Salvadoriennes, cette fois-ci avec le couple mexico-basque d&#233;j&#224; mentionn&#233;, qui sont parmi les rares lesbiennes d&#233;clar&#233;es de la rencontre. On apprend dans la foul&#233;e qu'elles s'appr&#234;tent &#224; venir s'installer au Salvador pour contribuer &#224; la pr&#233;paration de la future rencontre f&#233;ministe continentale. Cette fois-ci, nous sommes plus de cinquante &#224; nous bousculer dans la petite chambre de Carla et Nora, qui m&#232;nent la conversation. Je n'ai aucun souvenir de ce qu'elles ont pu dire, mais aucune des Salvadoriennes ne manque &#224; l'appel et aucune non plus ne dit ce soir-l&#224; &#234;tre lesbienne. Mais toutes ressortent enchant&#233;es et surexcit&#233;es par la r&#233;union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cinq jours dans cet autre monde, il faut remonter dans le bus et laisser toutes ces vieilles et nouvelles amies, complices, camarades, futures adversaires aussi peut-&#234;tre. Les au-revoir sont anim&#233;s, les rires et les slogans fusent. Je revois alors le jour de notre d&#233;part de San Salvador, certaines avaient &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;es par leur mari, qui leur envoyait des saluts et des derni&#232;res recommandations auxquelles elles r&#233;pondaient souriantes et rassurantes du haut de la fen&#234;tre du v&#233;hicule. Ici, on pleure, on se serre dans les bras, on chante. Pour ma part, c'est &#224; l'&#233;cart, hors de leur vue &#224; toutes, que j'&#233;change un dernier baiser avec la femme que j'ai rencontr&#233;e : elle est lesbienne assum&#233;e, certes, mais moi, je retourne au Salvador et j'essaie de ne pas me &#171; donner de couleur &#187; comme on dit. Pendant les longues heures du retour, assise entre mon amie journaliste solidaire de la cause lesbienne, Delia, la f&#233;ministe &#224; la jupe en jean que je sais maintenant lesbienne et proche d'une autre f&#233;ministe que je crois lesbienne (celle qui a organis&#233; la conversation impromptue &#224; Montelimar), Victoria, qui n'est pas lesbienne mais conna&#238;t un couple de lesbiennes dans un des syndicats proche du parti, et en envoyant des clins d'&#339;il &#224; s&#339;ur Pamela sagement assise quelques si&#232;ges plus loin, nous formons des plans pour essayer d'organiser un groupe lesbien &#224; notre retour, au Salvador.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;buts pr&#233;caires et clandestins (juin 1992 &#8211; juin 1993)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re ann&#233;e d'existence de la Media luna est caract&#233;ris&#233;e par la clandestinit&#233; compl&#232;te : en dehors du groupe, presque personne, sauf deux ou trois f&#233;ministes tri&#233;es sur le volet, ne sait que le groupe existe et aucune, absolument, ne doit savoir qui en fait partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Composer avec le sectarisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers temps sont conspiratifs et exaltants. O&#249; se voir, comment d&#233;limiter les p&#233;rim&#232;tres de s&#233;curit&#233; ? Car chacune veut &#233;viter de se r&#233;v&#233;ler lesbienne devant des femmes en qui elle n'aurait pas confiance. Victoria, ancienne combattante des fronts urbains qui est une complice active et tr&#232;s libre d'esprit, organise une r&#233;union secr&#232;te avec ses amies syndicalistes dans une pi&#232;ce ferm&#233;e du local de l'association f&#233;ministe o&#249; elle travaille, le Groupe 1 &#8212;celui-l&#224; m&#234;me qui s'appr&#234;te &#224; accueillir au Salvador Carla et Nora, le couple basco-mexicain, qu'elles ont en quelque sorte embauch&#233;es. Mais mon amie journaliste qui n'est pas lesbienne a l&#226;ch&#233; l'affaire, s&#339;ur Pamela (proche de la m&#234;me tendance du FMLN que Victoria et la journaliste) ne vit pas en ville et Delia n'est pas venue. Est-ce parce qu'elle est d'une autre &#171; force &#187; du FMLN et travaille dans un groupe de femmes li&#233; &#224; ce parti ? Une concurrence sourde mais opini&#226;tre pour prendre la t&#234;te du mouvement f&#233;ministe naissant oppose pendant toute la p&#233;riode le Groupe 1 et le Groupe 2, officieusement li&#233;s &#224; des forces diff&#233;rentes du FMLN. Il faudra sans cesse composer avec cette rivalit&#233;. Sur un plan plus personnel, je sais &#233;galement Delia tr&#232;s pr&#233;cautionneuse quant &#224; son secret &#8212;elle aussi a &#233;t&#233; combattante, dans des fronts de guerre ruraux, &#224; un rang interm&#233;diaire je crois, et elle ne voudrait &#224; aucun prix que le parti la sache lesbienne. Nous ne sommes donc que quatre : Victoria, les deux copines du syndicat, qui forment un couple et sont ouvri&#232;res dans une usine de bonbons, et moi. Elles sont tr&#232;s engag&#233;es dans le syndicat et courageuses, car tr&#232;s visibles, surtout la butch du couple. On promet de se revoir, mais quand je propose, par souci (implicite, bien s&#251;r) d'&#233;quilibre, de nous r&#233;unir dans le local du groupe o&#249; travaille Delia, elles se font &#233;vasives. Un autre jour je rencontre Delia, qui me dit : &#171; alors, on &#233;crit un projet &#187; ? J'ai un peu de mal &#224; comprendre, mais c'est bien cela : elle veut demander de l'argent &#224; la &#171; coop&#233;ration &#187; pour monter un groupe lesbien. Je tombe des nues. Je viens de participer plus d'un un an, en France, &#224; un groupe &#171; autonome &#187; qui se r&#233;unit dans un squat : ma logique spontan&#233;e est &#224; mille lieues de sa mani&#232;re de faire de la politique &#8212;m&#234;me si j'ai d&#233;j&#224; essay&#233;, tr&#232;s artisanalement, de r&#233;unir des fonds pour les copines de la Comal-Citlalmina de San Crist&#243;bal, qui r&#234;vaient d'acheter un v&#233;lo pour pouvoir se d&#233;placer plus facilement. Je n'ai au reste pas de franche opposition politique : cela me para&#238;t juste compl&#232;tement incongru. De l'argent, qui nous en donnerait et pour quoi faire ? L'urgent, n'est-ce pas de rompre l'isolement, de nous rencontrer, de parler &#8212;juste cela, qui ne co&#251;te presque rien ? Je comprends que les choses ne seront pas si simples. Les semaines passent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vient un soir o&#249; le Groupe 1 f&#234;te son troisi&#232;me anniversaire. La f&#234;te est anim&#233;e, beaucoup de nouvelles t&#234;tes, dont plusieurs dizaines de paysannes de l'ancien territoire contr&#244;l&#233; par cette force de la gu&#233;rilla, et aussi une femme urbaine dont les mani&#232;res trahissent &#224; mes yeux la lesbienne. C'est une des premi&#232;res Salvadoriennes que je rencontre &#224; ne pas avoir milit&#233; directement dans le FMLN : elle a pass&#233; une partie de la guerre au Br&#233;sil, o&#249; elle &#233;tudiait et o&#249; elle a, &#224; ce que je comprends, eu l'occasion d'avoir des relations avec d'autres femmes-lesbiennes. Nous devenons amantes derechef et gr&#226;ce &#224; elle, j'entre pour la premi&#232;re fois dans un foyer salvadorien &#8212;ayant v&#233;cu jusque l&#224; dans une &#171; maison de s&#233;curit&#233; &#187; d'une des forces du FMLN que j'avais d&#251; quitter pour cause de harc&#232;lement sexuel, puis chez diff&#233;rent-e-s &#171; internationalistes &#187; li&#233;-e-s &#224; une force ou &#224; une autre. Pour des raisons de s&#233;curit&#233; (m&#233;fiance envers moi, prudence envers les voisin-e-s car les rares personnes &#233;trang&#232;res vivant dans le pays sont presque toutes vues comme des &#171; internationalistes &#187; et donc associ&#233;es au FMLN), aucune militante ne m'avait encore invit&#233;e chez elle. Hormis une fois, Minerva, une proche amie de Delia que je crois lesbienne car c'est une des f&#233;ministes les plus affirm&#233;es et qui poss&#232;de chez elle plusieurs &#233;tag&#232;res de (photocopies) de livres[19] sur toutes sortes de th&#232;mes, avec un &#233;norme rayon f&#233;ministe&#8230; Toujours est-il qu'avec Arety, je commence &#224; entrevoir l'entrelacs complexe des relations personnelles, familiales, officielles ou clandestines, qui traversent la soci&#233;t&#233; salvadorienne[20], o&#249; tout le monde a des parents communs et se conna&#238;t, au moins de loin, et o&#249; s'entrem&#234;lent toutes sorte de r&#233;seaux jusqu'au Guatemala voisin, au Nicaragua, au Costa-Rica et m&#234;me au Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Naissance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est finalement avec Delia que nous d&#233;cidons de faire une r&#233;union dans un lieu neutre, qui ne soit ni le local d'un groupe, ni un domicile priv&#233;. Reste l'ext&#233;rieur : un parc, gratuit et o&#249; personne ne devrait nous voir &#8212;et nous voici, comme racont&#233; au tout d&#233;but, sur les hauteurs de San Salvador, un beau jour de juin 1992. Delia est venue avec Tere, une femme timide au premier abord, peut-&#234;tre bien d'origine paysanne et qu'elle aurait connue dans les fronts de guerre, qui est sa compagne depuis de longues ann&#233;es, ainsi que les enfants de celle-ci, qu'elle a eus avec son mari, avant de rencontrer Delia, qui est visiblement l'&#233;poux dans leur couple. Arety est venue avec moi et il y a &#233;galement la jeune &#171; brigadiste &#187; &#233;tats-unienne, Katrina, qui ne fait que passer dans le pays. L'avantage des &#233;trang&#232;res de passage &#233;tant que connaissant peu de monde, elles ne risquent pas de &#171; cafter &#187; ou m&#234;me de gaffer involontairement par rapport aux autres Salvadoriennes ou au parti. M&#234;me si nous nous sommes d&#233;j&#224; vues par petits &#171; groupes &#187;, cette r&#233;union deviendra le vrai moment de fondation de la Media luna. En effet, lorsqu'assises en cercle par terre, nous commen&#231;ons par un &#171; tour de table &#187; de pr&#233;sentation, la premi&#232;re dit : je m'appelle X et (dans un souffle)&#8230; je suis lesbienne. Ses mots se d&#233;tachent sur notre silence. Admiratif et un peu paniqu&#233; : chacune soup&#232;se ce qu'il faut de courage pour prononcer ce mot-l&#224;, ce mot sale, ce mot moche, ce mot tabou, et pour se l'appliquer &#224; soi-m&#234;me, comme &#231;a sans d&#233;tour ni pr&#233;cautions, tout net. Dans le groupe d'ailleurs, deux des participantes r&#233;guli&#232;res qui nous rejoignirent bient&#244;t refus&#232;rent toujours obstin&#233;ment de dire si elles &#233;taient lesbiennes. L'une, la Doctora[21], au demeurant extr&#234;mement r&#233;serv&#233;e, &#233;vita syst&#233;matiquement la question (elle se rendit n&#233;anmoins &#224; la 3&#232;me rencontre lesbienne continentale avec Delia), tandis que l'autre, &#224; qui nous pos&#226;mes une fois la question directement, en confiance car sa s&#339;ur et elles &#233;taient devenues des pili&#232;res du groupe, r&#233;torqua qu'il s'agissait de sa vie priv&#233;e&#8230; Bref : cette premi&#232;re r&#233;union o&#249;, sans l'avoir aucunement planifi&#233;, nous commen&#231;&#226;mes chacune par cette affirmation, si simple et si lourde de sens, &#171; je suis lesbienne &#187;, reste dans ma m&#233;moire comme l'illustration d'une oppression tellement internalis&#233;e que prononcer un mot, le mot, &#224; voix haute, en soi, peut constituer une victoire. Et pour nous toutes, cette affirmation &#224; la fois spontan&#233;e et solennelle devant d'autres lesbiennes &#233;tait indubitablement une premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;trospectivement, je me demande s'il s'agissait d'une sorte de coming-out, quelque part &#171; forc&#233; &#187;, illustrant l'(auto-)imposition d'une identit&#233; (r&#233;ductrice par nature), d'une &#233;tiquette d&#233;formante et fonci&#232;rement inadapt&#233;e venue de l'occident premier-mondiste et colonisateur. Une logique d'&#233;tiquetage puis de (semi)visibilit&#233; sur un mode &#233;tranger-occidental, que j'aurais particip&#233; &#224; importer[22]. De m&#234;me que Carla, la Basque et dans une moindre mesure Nora, sa compagne mexicaine. De m&#234;me que les Costaricaines de Mont&#233;limar. Pourtant, avant ce jour, ces fondatrices de la Media luna ne vivaient-elles pas dans une autre forme d'imposition identitaire occidentale, en se comportant comme des &#171; femmes &#187; ? Car avec les lesbiennes et les f&#233;ministes d&#233;coloniales du continent, je pense plut&#244;t que la colonisation d'Abya Yala a cr&#233;&#233; le genre tel que nous le connaissons actuellement. Pour ces femmes un genre &#171; obscur &#187;, pour moi un genre &#171; light/lumineux &#187; (Lugones, 2019 [2008]), mais dans tous les cas un genre h&#233;t&#233;rosexualisant. Le lesbianisme que l'on peut lui opposer est logiquement inclus, au moins en partie, dans le m&#234;me horizon occidental-colonial, tant il semble difficile de &#171; retourner &#187; &#224; un imaginaire pr&#233;-colonial et ante-genre tout autant que de &#171; sortir &#187; vers un ailleurs radicalement autre &#8212;m&#234;me si l'on s'y efforce. Car il faudrait pour cela se lib&#233;rer simultan&#233;ment des rapports sociaux de sexe, de race et du mode de production capitaliste, ce qui n'est pas une mince affaire[23]. Mais revenons &#224; cette premi&#232;re &#171; auto-identification comme lesbienne &#187; : moderne-occidentale ou production endog&#232;ne, elle a en tout cas permis &#224; chacune d'entre nous et &#224; la Media luna collectivement, de construire un lesbianisme f&#233;ministe enracin&#233; dans cet espace-temps salvadorien particulier, h&#233;ritier et porteur d'un ensemble complexe de significations que chacune apportait avec elle et commen&#231;a &#224; (r&#233;)&#233;laborer avec les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux pas me rappeler avec une absolue certitude si Sara ou Corina sont l&#224; &#224; cette premi&#232;re r&#233;union, mais je crois bien que l'une des deux au moins est pr&#233;sente. Il s'agit d'un couple de lesbiennes Indiennes &#8212;venant d'une des trois seules communaut&#233;s indienne n'ayant pas &#233;t&#233; d&#233;cim&#233;e dans le terrible massacre anti-paysan qui a suivi la tentative d'insurrection communiste de 1932, et avec qui travaille le Groupe 1. Ces deux jeunes femmes, Sara et Corina, qui s'affirment tr&#232;s fi&#232;rement lesbiennes (dans la Collective, s'entend), vivent cependant une relation tourment&#233;e, l&#224;-bas dans leur village. Elles nous emm&#232;neront une fois conna&#238;tre ces quelques maisons cach&#233;es dans la verdure de part et d'autre d'un chemin de terre rural dans le centre du pays. Riant, Corina affirma que dans la journ&#233;e, pendant que les hommes &#233;taient aux champs au loin, les femmes profitaient pour se rendre visite entre elles, et que sa tante, sa grand-m&#232;re et bien d'autres encore, avaient toujours eu des relations entre elles. Simultan&#233;ment, au cours des mois, j'eus l'occasion de constater que la relation qu'elle maintenait avec Sara. incluait de la violence psychologique et physique puisque selon leurs dires, l'une avait menac&#233; de se suicider devant l'autre apr&#232;s l'avoir convoqu&#233;e au bord de la rivi&#232;re pour &#233;claircir leur relation. Chacune nous livrant tour &#224; tour diff&#233;rents fragments de cette histoire, j'en garde l'impression que m&#234;me dans cette communaut&#233; Indienne si accueillante aux relations entre femmes, un certain climat de secret et de r&#233;probation entourait leur relation et constituait une importante cl&#233; de compr&#233;hension du caract&#232;re paroxystique qu'elle pouvait rev&#234;tir &#8212;et elles venaient l'une puis l'autre alternativement au groupe, visiblement avides de trouver des personnes qui puisse entendre leur histoire et qui sait, l'arbitrer [24]. Une autre femme, m&#233;tisse celle-l&#224;, avait fait le contact entre Sara et Corina, et la Media Luna : Dina. Je me souviens peu d'elle, seulement qu'elle &#233;levait seule un fils d'une dizaine d'ann&#233;es, qu'elle &#233;tait tr&#232;s d&#233;prim&#233;e, malade, peut-&#234;tre, et que je finis par apprendre son d&#233;c&#232;s (suicide ?) Ces &#233;l&#233;ments convergent, dans mon esprit, avec un ensemble d'autres souvenirs de France ou du Chiapas pour entourer la situation lesbienne, quand on est particuli&#232;rement minoritaires, cach&#233;es et r&#233;prouv&#233;es, d'un halo de violence que beaucoup finissent par retourner contre elles/nous-m&#234;mes[25].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premiers pas&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; une quelconque d&#233;marche de &#171; visibilit&#233; &#187; impos&#233;e, la Media Luna na&#238;t et se d&#233;veloppe d'abord dans la clandestinit&#233; la plus compl&#232;te : presque toutes les participantes sont dans le secret total sur leur lesbianisme par rapport &#224; leurs proches. Elles craignent aussi pour leur travail, voire pour leur participation dans le mouvement des femmes, dont elles sont presque toutes d'actives militantes. D'o&#249; la double n&#233;cessit&#233; de la clandestinit&#233; dans le mouvement des femmes-f&#233;ministe et d'une strat&#233;gie d'autonomie par rapport aux cinq forces du FMLN qui le traversent. Comme nous l'&#233;crirons par la suite dans notre journal, Luna de miel (Lune de miel)[26] :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Depuis le premier moment, nous avons discut&#233; et d&#233;fini que nous serions un groupe autonome de n'importe quel parti politique et m&#234;me par rapport aux organisations de femmes (avec l'id&#233;e d'&#233;viter le sectarisme). [&#8230;] Nous avons d&#233;cid&#233; de nous r&#233;unir tous les huit jours, jusqu'&#224; pr&#233;sent de mani&#232;re clandestine, par peur d'&#234;tre r&#233;prim&#233;es, puisque persiste l'irrespect &#224; la dignit&#233; de la personne humaine : le fait que beaucoup d'entre nous aient particip&#233; au mouvement populaire nous a laiss&#233; tr&#232;s clairement cet enseignement.&lt;/i&gt; &#187; (Volcans/Luna de miel, 1993)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant cette premi&#232;re ann&#233;e, la Collective regroupe entre une demi-douzaine et une douzaine de femmes d'origines sociales vari&#233;s, entre vingt et trente-cinq ans, urbaines et rurales, pour la plupart issues du mouvement populaire et/ou des diff&#233;rentes organisations de l'ex-gu&#233;rilla[27]. Nous commen&#231;ons sans objectif tr&#232;s clair, &#224; part celui de rompre l'isolement, en rassemblant le plus de lesbiennes possibles &#8212;qu'elles soient d&#233;j&#224; &#171; d&#233;clar&#233;es &#187; ou selon nous &#171; encaminadas &#187;, c'est-&#224;-dire lesbiennes en puissance jusque l&#224; contrari&#233;es par l'absence d'espace et d'imaginaire, notamment parmi les f&#233;ministes. Il s'agit aussi de faire plus ample connaissance et de travailler notre &#171; auto-estime &#187; comme lesbiennes. Nous &#233;crivons r&#233;trospectivement l'ann&#233;e suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Le mouvement lesbien au Salvador est de formation toute r&#233;cente. Notre objectif premier est de conqu&#233;rir notre identit&#233; propre, qui nous aide &#224; &#233;lever notre auto-estime, pour continuer &#224; apporter au mouvement, pour obtenir une v&#233;ritable d&#233;mocratie et le respect des Droits Humains, pour les hommes et les femmes, depuis notre situation et notre personnalit&#233; comme lesbiennes.&lt;/i&gt; &#187; (idem)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe est encore tr&#232;s fragile. Une autre rencontre internationale permet de le consolider : la troisi&#232;me rencontre de lesbiennes latinas et carib&#233;ennes qui a lieu en juin 1992 &#224; Porto Rico. D. et la Doctora, qui s'y sont rendues[28], en ram&#232;nent mat&#233;riel, contacts et surtout, la certitude qu'il est possible de s'organiser comme lesbiennes. Mais comment fonctionner, concr&#232;tement ? Il faut d'abord structurer les conversations &#224; b&#226;tons rompus et pr&#233;ciser ce que cela peut bien signifier humainement et politiquement, d'&#234;tre lesbiennes. Je cite encore la premi&#232;re Luna llena :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Avant de commencer ces r&#233;unions, chacune se posait beaucoup de questions : comment parler de nous, de ce que nous vivions, comment aller de l'avant ? En parlant ensemble, nous nous rend&#238;mes compte que nous vivions toutes les m&#234;mes difficult&#233;s, et nous nous m&#238;mes d'accord sur un agenda de discussion dont le premier th&#232;me, choisi &#224; l'unanimit&#233;, &#233;tait &#171; comment sortir du placard &#187;, puis l'identit&#233; lesbienne, la sexualit&#233;, et une s&#233;rie d'autres d&#233;bats qui nous ont &#233;norm&#233;ment aid&#233;es &#224; nous sentir plus en accord avec nous-m&#234;mes, fi&#232;res d'&#234;tre ce que nous sommes : des femmes, des lesbiennes, pleines d'amour et de tendresse, de doutes, de contradictions, aim&#233;es, rebelles, et en lutte pour un monde plus libre et plus juste.&lt;/i&gt; &#187; (idem)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 1992, le groupe se donne un nom, qui affirme son ancrage f&#233;ministe et salvadorien : Collective Lesbienne F&#233;ministe de la Media Luna (COLFESMEL). Nous imaginons aussi un tee-shirt, violet bien entendu, avec une sorte de logo du groupe. Nous en sommes plut&#244;t fi&#232;res, m&#234;me si certaines n'osent pas ramener le leur chez elles, pr&#233;f&#233;rant le faire garder (pr&#233;cieusement) par des amies. A ce moment-l&#224;, nous avons d&#233;j&#224; commenc&#233; une s&#233;rie d'ateliers internes de r&#233;flexion (l&#233;gislation, sexualit&#233;, identit&#233;). Vient ensuite un d&#233;bat sur les relations de couple, plusieurs f&#234;tes, fins de semaine &#224; la mer ou &#224; la campagne, et de longues discussions dont les th&#232;mes s'enrichissent et se m&#233;langent : amours, d&#233;samours, conjoncture, f&#233;minisme, lectures diverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Strat&#233;gies de croissance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale strat&#233;gie de croissance en m&#234;me temps que de renforcement interne de la Collective consiste &#224; tabler sur la sociabilit&#233; amicale, amoureuse et festive. Nous organisons des f&#234;tes internes dans l'appartement que je partage avec d'autres internationalistes compr&#233;hensi-ve-s qui quittent les lieux pour la soir&#233;e. Nous y invitons syst&#233;matiquement des femmes ext&#233;rieures au groupe, que nous pensons lesbiennes, en devenir lesbien ou sympathisantes. Mais cela ne va pas sans pr&#233;cautions car la s&#233;curit&#233; doit primer et les indiscr&#233;tions peuvent aller tr&#232;s vite : si n'importe laquelle d'entre nous ne s'estime pas &#171; s&#251;re &#187; d'une invit&#233;e potentielle, nous nous abstenons. D'ailleurs la discr&#233;tion s'impose &#224; ces &#171; sympathisantes &#187; aussi, car si des personnes ext&#233;rieures apprenaient qu'elles fr&#233;quentent le groupe, elles seraient vite catalogu&#233;es elles aussi, ce que beaucoup ne d&#233;sirent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces activit&#233;s nous permettent de cr&#233;er un r&#233;seau de complicit&#233;s qui guide vers la Media Luna de possibles membres, ce qui constitue notre deuxi&#232;me strat&#233;gie de d&#233;veloppement. Certaines de celles avec qui nous entrons ainsi en contact sont d&#233;j&#224; des militantes &#8212;f&#233;ministes, &#233;cologistes, ou impliqu&#233;es dans le &#171; mouvement populaire &#187;. Les choses dans ce cas sont relativement faciles. D'autres n'ont aucun ant&#233;c&#233;dent militant. C'est alors souvent moi qui suis envoy&#233;e en &#233;claireuse, car les risques d'indiscr&#233;tion pour moi sont tr&#232;s faibles dans ces cas[29]. Je me souviens d'une tr&#232;s jeune fille dont on nous a dit qu'elle serait &#171; peut-&#234;tre int&#233;ress&#233;e &#187; &#224; conna&#238;tre le groupe. Je la rencontre dans un lieu tranquille, elle est d'apparence butch &#224; l'extr&#234;me mais nous parlons un bon moment sans jamais prononcer &#171; le mot &#187; ni faire aucune allusion &#171; au th&#232;me &#187; avant que je ne r&#233;ussisse &#224; l'inviter &#224; une r&#233;union &#171; d'un groupe qui peut l'int&#233;resser &#187;. La conversation m'&#233;voque celle que j'avais eue plusieurs mois auparavant avec la Doctora lors de notre premi&#232;re rencontre, o&#249; elle m'avait seulement parl&#233; pendant une longue heure &#171; de femmes qui ont des difficult&#233;s &#187; (en fait, elle-m&#234;me). Puis &#224; un certain moment, nous d&#233;cidons aussi &#171; d'aller vers &#187; celles que nous appelons &#171; les lesbiennes de bars &#187;, que nous pensons peut-&#234;tre plus affirm&#233;es dans leur &#171; identit&#233; &#187; mais probablement pas f&#233;ministes. Nous faisons chou blanc &#224; l'Oraculo, mais apprenons l'existence d'autres lieux, toujours dans le centre-ville : un minuscule &#171; bar &#187; dans un domicile priv&#233; (qui se r&#233;sume &#224; trois chaises dans une garage d&#233;sert), ainsi qu'un v&#233;ritable petit bar-discoth&#232;que o&#249; nous rencontrons deux lesbiennes tr&#232;s butch dans la vingtaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rencontre marque un tournant, car elle conduit la Media luna &#224; incorporer des lesbiennes qui non seulement n'ont aucune id&#233;e du f&#233;minisme, mais sont &#224; l'oppos&#233; du spectre politique d'o&#249; sont jusqu'ici issues les autres media-lunas : Tati et Nina sont deux amies de longue date, &#233;tudiantes en ing&#233;nierie dans la meilleure universit&#233; du pays et qui n'ont connu la guerre qu'adolescentes. Elles &#233;voluent dans un autre monde, fr&#233;quentant des bars gays de la tr&#232;s chic et droiti&#232;re Zone Rose, inaccessible sans voiture. Elles conduisent m&#234;me parfois jusqu'au Guatemala, o&#249; nous apprenons qu'il existe une tr&#232;s grande bo&#238;te gay sur deux &#233;tages. L'anonymat qu'elle leur permet vaut largement 5 heures de route &#224; l'aller et autant au retour. L'une des deux nous confie qu'elle se sent si isol&#233;e qu'elle s'appr&#234;te &#224; rentrer dans la branche locale de l'Opus dei, esp&#233;rant que l'extr&#234;me-droite ne soit en d&#233;finitive pas si ferm&#233;e au plan moral[30]. Nous nous regardons avec stupeur, mais comprenons mieux quand elle nous explique qu'elle d&#233;teste la gauche depuis qu'un de ses proches parents a &#233;t&#233; tu&#233; quand elle &#233;tait enfant, sous ses yeux ou presque, par le FMLN. Elles deviennent vite des membres solides de la Collective, mais ce sont les seules &#171; lesbiennes de bars &#187; (et encore, de bars chics) que nous parviendrons &#224; &#171; recruter &#187; : de fait, les bars de la zone rose drainent un public trop diff&#233;rent socialement et politiquement, quant aux lesbiennes de classe populaire, le genre de bars o&#249; elles seraient susceptibles d'aller n'ont rien de gay et sont donc &#171; introuvables &#187;. Finalement, notre strat&#233;gie se concentre sur le milieu f&#233;ministe, qui est sans &#233;quivoque celui que nous fr&#233;quentons le plus assid&#251;ment et o&#249; nous avons le plus de chance de trouver des interlocutrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux souvenirs, encore, de cette premi&#232;re ann&#233;e, illustrent le grand vide dans lequel nous nous trouvons : il n'existe presque aucune information &#224; cette &#233;poque sur le lesbianisme au Salvador, qui est encore presque coup&#233; du monde[31]. Toutes les bribes de lesbianisme sont &#224; saisir. Ainsi, quand vient dans le pays la juriste costaricaine Alda Facio, co-fondatrice du r&#233;seau latino-am&#233;ricain pour les droits des femmes CLADEM et qui ne se cache pas d'&#234;tre lesbienne, nous organisons imm&#233;diatement une mini-rencontre dans sa chambre d'h&#244;tel. Une autre fois, c'est l'anthropologue f&#233;ministe mexicaine Marcela Lagarde[32] qui est invit&#233;e au Salvador pour parler &#171; des relations entre femmes[33] &#187;. A cette p&#233;riode, le mouvement bruisse d'interrogations enfi&#233;vr&#233;es sur le lesbianisme et quand vient le jour dit, toutes se pressent avec curiosit&#233;. Las, Lagarde passe l'apr&#232;s-midi enti&#232;re &#224; &#233;voquer les relations m&#232;res-filles, entre s&#339;urs, entre amies, entre militantes&#8230; sans jamais prononcer le mot de lesbiennes ni &#233;voquer m&#234;me lointainement le d&#233;sir ou la passion amoureuse entre femmes. Quand je lui pose la question en priv&#233; apr&#232;s l'atelier, elle prend un air un peu contrit et propose avec empressement de m'envoyer d&#232;s son retour au Mexique un ensemble de r&#233;f&#233;rences &#8212;que j'attends encore &#224; ce jour[34]. Nous nous d&#233;brouillons autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Semi-visibilit&#233; et r&#233;pression : juin 1993-avril 1994&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la vie politique du pays et surtout dans celle du mouvement des femmes et f&#233;ministe, 1993 est une ann&#233;e-cl&#233;. Le temps de la guerre s'&#233;loigne tandis qu'il est encore permis de r&#234;ver de victoire aux &#233;lections. La Media Luna entre progressivement dans une deuxi&#232;me phase, celle du commencement d'une timide visibilit&#233;, bien vite entrav&#233;e par les circonstances ext&#233;rieures.&lt;br class='autobr' /&gt;
La fin des derniers tabous pour le mouvement f&#233;ministe salvadorien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des femmes est en train de s'affirmer de plus en plus f&#233;ministe, sous la double influence de la d&#233;sillusion croissante vis-&#224;-vis du FMLN et du processus de formation interne en vue de la 6&#232;me rencontre f&#233;ministe continentale. C'est dans ce cadre, qu'elle contribue &#224; fa&#231;onner, que la Media Luna commence pr&#233;cautionneusement &#224; sortir de la clandestinit&#233; &#8212;vis-&#224;-vis du mouvement f&#233;ministe, s'entend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La toute premi&#232;re apparition publique officielle du groupe et de trois de ses membres a lieu en juin 1993. Ce n'est pas la Media Luna qui en a choisi la date, les modalit&#233;s ni le lieu. Le Groupe 1 (o&#249; milite toujours notre complice Victoria qui nous a invit&#233;es, et o&#249; le couple Carla et Nora fait d&#233;sormais la pluie et le beau temps) a organis&#233; de son propre chef une journ&#233;e &#224; la fois festive et intime dans son local pour c&#233;l&#233;brer le jour international de la fiert&#233; gaie et lesbienne. Le 28 juin, plus de quarante personnes &#8212;dont quatre hommes et plusieurs Media Lunas cach&#233;es dans l'assistance&#8212; se pressent dans la salle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;v&#233;nement commence par une pr&#233;sentation musicale, suivie de lectures propos&#233;es par deux po&#233;tesses f&#233;ministes. Si la premi&#232;re est tr&#232;s clairement h&#233;t&#233;ra, la deuxi&#232;me, Silvia, lit un po&#232;me d'amour adress&#233; &#224; un certain &#171; Orlando &#187; en clin d'&#339;il &#224; Virginia Woolf[35]. Silvia est une ex-gu&#233;rill&#232;re et l'ex-compagne d'un dirigeant politico-militaire du parti du Groupe 2. L'exil dans plusieurs pays de la r&#233;gion lui a ouvert un horizon plus critique envers beaucoup de choses. Elle ne fait pas partie de la Media Luna &#224; ce moment-l&#224; et nous la rencontrons &#224; cette occasion, pourtant c'est elle qui &#171; fait face &#187; (qui &#171; da la cara &#187;) pour nous : solidaire, provocatrice et pourquoi ne pas le dire, l&#233;g&#232;rement kamikaze. Car m&#234;me si le public est plut&#244;t ouvert, on peut craindre qu'il ne soit pas compl&#232;tement acquis. Une dynamique int&#233;ressante est propos&#233;e ensuite : l'arbre des d&#233;sirs. Chacun-e &#233;crit sur un papier trois pratiques &#233;rotico-sexuelles qu'ielle aime bien faire ou qu'on lui fasse, on m&#233;lange tout puis on ouvre les papiers les uns apr&#232;s les autres, on les lit &#224; haute voix et on les colle sur un arbre dessin&#233; au mur. En permettant de se rendre compte de l'&#233;ventail des go&#251;ts sexuels des personnes pr&#233;sentes, cette dynamique montre que rien ne permet de distinguer &#224; priori des autres, des pratiques lesbiennes. Alors que les Media Lunas tentent de rester bien dissimul&#233;es dans le public, la tension tombe une premi&#232;re fois quand l'une des travailleuses du sexe invit&#233;e demande, au d&#233;but &#171; comment &#231;a, trois pratiques qu'on aime ? Mais le normal, quoi, le normal &#187;, puis une deuxi&#232;me fois quand une f&#233;ministe ancienne religieuse de l'Eglise luth&#233;rienne (li&#233;e au PC) d&#233;plie et lit un petit papier qui dit &#171; 69 &#187;, et devant les rires de certain-e-s, demande un peu f&#226;ch&#233;e pourquoi un simple chiffre d&#233;clenche tant de joie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mois plus tard, profitant de cette vague d'ouverture, la Media Luna est co-organisatrice reconnue de la deuxi&#232;me rencontre nationale de femmes qui a lieu au lac de Coatepeque, en pr&#233;paration de la tenue tr&#232;s prochaine de la 6&#232;me rencontre f&#233;ministe continentale (en novembre). Elle y propose deux ateliers, qui se d&#233;roulent devant un public nourri : l'un sur la maternit&#233; lesbienne et l'autre sur la sexualit&#233;. Tous deux provoquent des discussions passionn&#233;es. Presque aucune expression de rejet n'est &#224; d&#233;plorer, au contraire, un climat de sympathie domine de la part de nombreuses femmes dont d'ailleurs, l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; n'est mise en doute par personne. Deux nouvelles Media Lunas se font conna&#238;tre publiquement. La participation du groupe est m&#234;me salu&#233;e lors de la pl&#233;ni&#232;re finale. Ainsi, il semble que les lesbiennes aient &#233;t&#233; accept&#233;es par le mouvement comme une de ses composantes, sans difficult&#233; majeure. Pourtant, il n'est pas loin le temps o&#249; l'accusation de lesbianisme &#233;tait l'un des meilleurs moyens des organisations de gauche pour &#233;loigner &#171; leurs &#187; femmes du f&#233;minisme. D'ailleurs, beaucoup se gardent toujours de revendiquer leur appartenance au groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me moment de reconnaissance, quoique mitig&#233;e, du lesbianisme par le mouvement des femmes salvadorien, &#224; lieu en septembre 1993, lors de la finalisation de la Plateforme des femmes de Mujeres 94, organisation parapluie qui regroupe l'ensemble du mouvement. Le texte des revendications semble enfin pr&#234;t, quand brusquement on s'avise que deux points ont &#233;t&#233; &#171; oubli&#233;s &#187;. Le premier est l'interruption volontaire de grossesse : beaucoup redoutent de soulever la r&#233;probation. Pourtant, dans tous les forums, assembl&#233;es et r&#233;unions qui ont permis de faire remonter les revendications, l'inclusion de ce point a &#233;t&#233; r&#233;clam&#233;e. Si m&#234;me le mouvement n'ose pas le revendiquer dans sa plate-forme, comment esp&#233;rer l'obtenir un jour ? Apr&#232;s m&#251;re r&#233;flexion, on d&#233;cide d'enrober subtilement la question dans un titre plus g&#233;n&#233;ral : &#171; &lt;i&gt;maternit&#233; libre et volontaire &#187; et de le faire pr&#233;c&#233;der de tous les moyens d'&#233;viter une telle extr&#233;mit&#233; (&#233;ducation sexuelle compl&#232;te et acc&#232;s gratuit aux diff&#233;rentes m&#233;thodes contraceptives). Sur la question de la libre option sexuelle, le d&#233;bat est plus long. Alors que la question allait &#234;tre omise, Filomena[36] fait bravement remarquer que le point n'a pas &#233;t&#233; inclus dans la r&#233;daction finale. Certaines sugg&#232;rent qu'il en est peut-&#234;tre mieux ainsi, mais aucune n'ose dire qu'elle s'y oppose absolument. Apr&#232;s un silence, deux femmes prennent la parole pour soutenir avec chaleur l'id&#233;e que cette plate-forme doit &#234;tre celle de toutes les femmes et que c'est bien le moins qu'elle inclue les trois th&#232;mes fondamentaux du f&#233;minisme (lutte contre la violence, IVG et &#171; libre option sexuelle &lt;/i&gt; &#187;). Puisque Mujeres 94 assume l'avortement, pourquoi se montrer timides ? Prudentes, par contre, oui : il faut formuler la chose habilement, en &#233;vitant absolument le mot d'homosexualit&#233; et &#224; plus forte raison de lesbienne. Le mieux est encore de se placer du point de vue du droit : la Constitution n'affirme-t-elle pas le principe d'&#233;galit&#233; de toutes et de tous ? Pourquoi ne pas demander que soit ajout&#233; sp&#233;cifiquement cette &#233;galit&#233;-l&#224; dans la Loi supr&#234;me ? F. sugg&#232;re la r&#233;daction finale, incluse dans le titre g&#233;n&#233;ral &#171; Juridique &#187; et qui noie savamment le poisson en le m&#234;lant &#224; d'autres cat&#233;gories marginalis&#233;es mais en quelque sorte plus &#171; l&#233;gitimes &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Que le principe d'&#233;galit&#233; soit &#233;tendu &#224; des secteurs qui ne sont pas mentionn&#233;s dans la Constitution, comme les personnes handicap&#233;es, les personnes avec une option sexuelle diff&#233;rente et les groupes ethniques[37]&lt;/i&gt; &#187; (Plateforme des femmes de Mujeres 94)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette solution d&#233;rangeante pour, et par rapport aux femmes diff&#233;remment capables, aux femmes Indiennes et &#224; celles qui vivraient plusieurs de ces situations &#224; la fois &#8212;et cependant assez classique&#8212;, constitue une sorte de demi-victoire qui montre les avanc&#233;es r&#233;alis&#233;es en &#224; peine plus d'un an. La Media Luna en est-elle la seule responsable, ou bien est-ce une &#233;volution g&#233;n&#233;rale du mouvement des femmes et un climat d'euphorie g&#233;n&#233;ralis&#233;e qui en sont les causes principales ? Il est difficile de trancher, mais les Media Lunas se sentent pousser des ailes. A tel point qu'elles commencent &#224; pr&#233;parer une v&#233;ritable sortie du placard face au mouvement f&#233;ministe, &#224; l'occasion de la 6&#232;me rencontre continentale. Elles pr&#233;voient notamment de se faire conna&#238;tre par un bulletin-manifeste qui leur permette &#233;galement de recueillir quelque argent pour leurs activit&#233;s, et envisagent m&#234;me de proposer aux lesbiennes du continent de tenir une rencontre lesbienne (clandestine) &#224; l'issue de la rencontre f&#233;ministe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Campagne lesbophobe contre la 6&#232;me rencontre f&#233;ministe continentale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Courant septembre, la Media Luna pr&#233;pare son premier bulletin[38] et le mouvement f&#233;ministe est en &#233;bullition pour la derni&#232;re ligne droite des pr&#233;paratifs de la 6&#232;me rencontre, sans compter les &#233;lections de d&#233;but 1994 qui arrivent &#224; grands pas avec la plate-forme de Mujeres 94 &#224; n&#233;gocier. Une partie des militantes font m&#234;me tout cela &#224; la fois, notamment Delia, qui a &#233;t&#233; &#233;lue au Comit&#233; d'organisation de la 6&#232;me rencontre continentale et qui a &#233;t&#233; r&#233;cemment &#171; d&#233;bauch&#233;e &#187; de son organisation pour travailler avec le Groupe 1. Celui-ci s'affirme clairement comme le groupe &#171; le plus f&#233;ministe &#187; du mouvement, mais pas le plus &#171; grand &#187; et les tensions sont vives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brusquement, dans la troisi&#232;me semaine de septembre, commence dans les m&#233;dias une virulente campagne anonyme contre la 6&#232;me rencontre f&#233;ministe. La t&#233;l&#233;vision et la radio diffusent aux heures de grande &#233;coute un spot publicitaire qui pr&#233;tend que cette rencontre est une man&#339;uvre du FMLN orchestr&#233;e et financ&#233;e par le CISPES[39] afin de recruter des lesbiennes et des homosexuels pour le parti[40]. A l'incr&#233;dulit&#233; des organisatrices, succ&#232;de une certaine panique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Un ranch priv&#233; [qui devait &#234;tre lou&#233; pour abriter une partie des participantes] a r&#233;sili&#233; le contrat de location, dans un autre nous avons &#233;t&#233; inform&#233;es qu'on pensait suspendre le contrat. D'un autre c&#244;t&#233;, deux de nos organisations ont re&#231;u des appels t&#233;l&#233;phoniques insultants.&lt;/i&gt; &#187;[41]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est assez alarmante : le Groupe 1 a re&#231;u des appels t&#233;l&#233;phoniques qui menacent de &#171; descendre la premi&#232;re lesbienne qui pose le pied sur le sol de l'a&#233;roport &#187;, des membres de la Media Luna &#8212;pourtant anonymes&#8212; ont re&#231;u des menaces dont il est difficile de savoir si elles ont un lien avec la campagne contre la rencontre, mais qui n'en demeurent pas moins pr&#233;occupantes. Plusieurs h&#244;tels r&#233;serv&#233;s pour la Rencontre se refusent &#224; accueillir des lesbiennes. La presse &#224; scandale publie &#224; la Une des articles injurieux sur les lesbiennes[42]. Lors de la conf&#233;rence de presse imm&#233;diatement convoqu&#233;e par le Comit&#233; organisateur salvadorien, une &#233;quipe de vid&#233;o qui s'&#233;tait d'abord pr&#233;sent&#233;e comme une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision se r&#233;v&#232;le appartenir aux services de police gouvernementaux. A la tribune avec les autres membres du Comit&#233; organisateur, Delia a mis une jupe. Le Comit&#233; organisateur se montre tr&#232;s ferme et non-lesbophobe. Par contre, l'&#233;quipe vid&#233;o de la police s'empresse de cadrer sur le public, o&#249; se trouve&#8230; Une femme portant une longue et superbe barbe, sur qui elle zoome. Il s'agit d'une internationaliste des Etats-Unis que j'ai vue quelques jours avant dans une manifestation. Je m'empresse d'aller la pr&#233;venir qu'elle est film&#233;e, en lui expliquant en deux mots, car elle parle mal espagnol, les enjeux de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne de d&#233;nigrement est brutale et personne n'est tr&#232;s rassur&#233;e. Face &#224; cette difficult&#233; impr&#233;vue, qui s'ajoute au m&#233;contentement de certaines f&#233;ministes du reste du continent &#224; propos des quotas de participation et de la capacit&#233; des Salvadoriennes &#224; garantir le bon d&#233;roulement de la rencontre, plusieurs femmes proposent de suspendre les pr&#233;paratifs et de changer le lieu et la date de la rencontre. Cette proposition a le m&#233;rite de ressouder les Salvadoriennes contre cette reculade. Elles font bloc contre les attaques. Alors qu'elles sont loin d'&#234;tre toutes des amies de la Media Luna, elles affirment publiquement que le lesbianisme n'est aucunement un probl&#232;me, qu'il s'agit d'une question priv&#233;e et qu'il y aura bien &#233;videmment des lesbiennes dans la rencontre, parmi les autres femmes et f&#233;ministes. Elles insistent surtout sur le fait que la rencontre constitue un &#233;l&#233;ment essentiel de la construction du mouvement, lui-m&#234;me symbole et fer de lance de la d&#233;mocratisation du pays. Elles demandent une r&#233;union avec la mission ONUsienne d'observation de l'application des Accords de paix (l'ONUSAL) et le gouvernement pour exiger des garanties de s&#233;curit&#233; pour la rencontre. Le pr&#233;sident, avec qui elles parlent personnellement, leur promet de ne dresser aucune restriction &#224; l'organisation de l'&#233;v&#232;nement et de faire tout son possible pour en assurer le bon d&#233;roulement. La rencontre aura finalement lieu, sous une protection ONUsienne &#8212;fort r&#233;duite et discr&#232;te au demeurant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la Media Luna, nous d&#233;cidons de sortir malgr&#233; tout notre bulletin en le photocopiant &#224; la sauvette et en deux parties, les pages paires dans un magasin, les pages impaires dans un autre, avec moultes pr&#233;caution et non sans une petite boule au ventre. Par contre, beaucoup des media lunas y regardent &#224; deux fois avant de le proposer &#224; la vente (de la main &#224; la main) pendant la rencontre elle-m&#234;me. Quant aux &#233;v&#232;nements semi-publics dont nous avions r&#234;v&#233;, inutile d'y penser ! M&#234;me la traditionnelle manifestation f&#233;ministe qui cl&#244;t toujours les rencontres est annul&#233;e. D'ailleurs la plupart des lesbiennes venues du reste du continent ne sont pas t&#233;m&#233;raires. Plusieurs sont m&#234;me assez effray&#233;es et se font toutes petites : on ne peut pas dire que cette rencontre ait marqu&#233; une grande avanc&#233;e dans l'agenda lesbien continental. Par contre, la question de la rencontre ONUsienne de P&#233;kin fait des vagues. En effet, une lesbienne br&#233;silienne, Miriam Botassi (aujourd'hui d&#233;c&#233;d&#233;e) et sa compagne &#233;tats-unienne Ann Puntch font circuler un demi A4 tap&#233; &#224; la machine dans lequel elles d&#233;noncent le financement des pr&#233;paratifs de la rencontre de P&#233;kin par l'USAID &#8212;l'agence &#233;tats-unienne de coop&#233;ration, dont elles rappellent les liens avec la CIA et l'appui &#224; des exp&#233;riences de st&#233;rilisation de femmes Noires, &#224; Porto Rico notamment. Faisant le lien avec diff&#233;rentes col&#232;res, comme celle des Complices (Chiliennes et Mexicaines) qui critiquent vivement l'institutionnalisation-domestication du mouvement, celle des Mujeres Creando de Bolivie qui d&#233;fendent un f&#233;minisme anarchiste, antiraciste et frontalement anticapitaliste, ou encore celle d'une partie des Salvadoriennes qui voient avec m&#233;contentement certains groupes faire des croche-pieds aux autres afin d'accaparer les financements, ce petit tract met le feu aux poudres et ouvre une nouvelle p&#233;riode du f&#233;minisme continental, qui va d&#233;sormais s'organiser autour de la confrontation entre une tendance dite &#171; institutionnelle &#187; et une autre dite &#171; autonome &#187; (Bedregal et Al., 1993 ; Colectivo, 1997 ; Falquet, 1994 et 1998).&lt;br class='autobr' /&gt;
New York, New York !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je quitte finalement le Salvador en mai 1994, la mort dans l'&#226;me. J'ai conscience que je viens de passer 28 mois parmi les plus forts de ma vie aupr&#232;s de femmes et de lesbiennes dont le courage, l'engagement et l'enthousiasme sont exceptionnels. J'ai &#233;norm&#233;ment appris &#224; leurs c&#244;t&#233;s et j'ai eu la chance unique de contribuer avec elles &#224; l'explosion d'un mouvement f&#233;ministe &#8212;que j'avais rat&#233;e en France. Certes, le FMLN n'a pas gagn&#233; les &#233;lections et c'est une immense d&#233;ception m&#234;me si en tant que f&#233;ministe, je suis extr&#234;mement critique des partis et de la politique traditionnelle. J'ai aussi vu se d&#233;chirer sous mes yeux le mouvement f&#233;ministe, &#224; l'&#233;chelle nationale tout autant que continentale, et je l'ai vu prendre la voie, que j'estime n&#233;faste, de l'institutionnalisation sous l'&#233;gide des institutions internationales et de leurs financements. Cela, sans pouvoir l'emp&#234;cher : mais comment l'aurais-je pu, insignifiante lesbienne &#233;trang&#232;re de vingt-cinq ans, somme toute bien innocente, mandat&#233;e par personne et sans acc&#232;s &#224; aucune source de financement ? J'essaie, et j'essaierai inlassablement de relayer les analyses de celles qui s'appellent d&#233;sormais les &#171; autonomes &#187;, en tentant d'y contribuer sans toutefois me mettre ind&#251;ment en avant, puisque je reste &#233;trang&#232;re et &#171; premi&#232;re-mondiste &#187;, blanche et &#233;conomiquement privil&#233;gi&#233;e. Cette situation ne fera h&#233;las que s'amplifier au cours des ann&#233;es avec mon recrutement &#224; l'universit&#233; (que j'ai toutefois pr&#233;f&#233;r&#233;, et de loin, au statut de coop&#233;rante qui m'aurait pourtant permis de rester sur le continent) et les effets d&#233;l&#233;t&#232;res des politiques n&#233;olib&#233;rales qui ont encore creus&#233; l'&#233;cart entre les pays enrichis et ceux qu'ils appauvrissent syst&#233;matiquement. Pour l'heure, je m'appr&#234;te &#224; revenir en France apr&#232;s un &#171; sas de d&#233;compression &#187; au Mexique, o&#249; vient d'appara&#238;tre un mouvement arm&#233;, indien, implant&#233; dans les r&#233;gions o&#249; j'ai travaill&#233; quelques ann&#233;es &#224; peine auparavant. Toutes mes amies lesbiennes et f&#233;ministes de la Comal-Citlalmina soutiennent tr&#232;s activement le mouvement &#8212;mais ceci est une autre histoire. Pour le moment, ce qui me fait &#171; tenir &#187; malgr&#233; la tristesse de quitter le Salvador, c'est la promesse de retrouver bient&#244;t Arety, mon ancienne compagne et notre complice des premiers jours, Victoria, qui a fait une incursion dans le lesbianisme, en juin &#224; New York pour les 25 ans des &#233;meutes de Stonewall : elles y ont &#233;t&#233; invit&#233;es pour repr&#233;senter le Salvador et j'y ferai un crochet avant mon retour &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;pisode curieux me revient &#224; la m&#233;moire, sans que je puisse le dater : deux internationalistes &#233;tats-uniennes du CISPES, visiblement lesbiennes, sont en visite dans le pays. Elles nous invitent, D. et moi, &#224; une r&#233;union. Apr&#232;s quelques &#233;changes, elles nous disent qu'elles ont appris notre existence et, &#224; notre grande surprise, qu'elles ont collect&#233; de l'argent pour nous. Le don se fait aux toilettes de l'une d'elles &#224; Delia. Nous ne comptons m&#234;me pas la somme sur le moment et bien s&#251;r, aucun re&#231;u ne fait foi de cet &#233;change, qui porte peut-&#234;tre sur quelques centaines de dollars. L'attention nous touche beaucoup. Pourtant, nous n'avions rien demand&#233; et ne savons pas r&#233;ellement quoi faire de cet argent inattendu, m&#234;me si nous trouvons vite &#224; l'utiliser. Une chose est s&#251;re : radio lesbienne internationale fonctionne. Un autre point m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233;, face &#224; l'invisibilisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e de l'apport des lesbiennes aux luttes sociales : c'est &#224; l'&#233;poque une jeune lesbienne f&#233;ministe d'ascendance italienne qui dirige le CISPES &#224; New York. Quelques mois plus tard, c'est tr&#232;s probablement &#224; travers ces contacts qu'arrive &#224; la Media Luna une invitation officielle, assortie de deux billets d'avion, pour repr&#233;senter le Salvador dans le cort&#232;ge &#171; mondial &#187; qui doit ouvrir la manifestation d'un million de LGBTQI+ qui s'organise pour les 25 ans des &#233;meutes de Stonewall.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand arrive enfin le mois de juin, je retrouve avec &#233;motion Arety et Victoria. Nous sommes log&#233;es chez la responsable de CISPES, dont la compagne vient de terminer le film lesbien Go Fish et une autre amie a r&#233;alis&#233; r&#233;cemment un film-documentaire sur le voguing, Paris is burning, que nous visionnons tous deux avec avidit&#233;. Nous sommes entour&#233;es de lesbiennes, nous d&#233;couvrons les bars lesbiens, la foule venue du monde entier pour l'&#233;v&#233;nement&#8230; Apr&#232;s les restrictions salvadoriennes, &#231;a fait un choc. Un beau soir, nous allons dans un bar lesbien o&#249; une femme danse nue sur le bar. Victoria, pourtant l'une des femmes les plus d&#233;lur&#233;es du mouvement f&#233;ministe salvadorien, me confie en sortant qu'elle se sent plus ou moins comme une nonne. Idem dans les diff&#233;rentes manifestations auxquelles nous participons, quand nous voyons les lesbiennes d&#233;filer nues, portant des dildos au sommet de leur cr&#226;ne ras&#233;, ou toutes sortes de militants BDSM avec pinces, menottes, combinaisons latex int&#233;grales et autres accessoires paradant en pleine rue. M&#234;me si j'ai d&#233;j&#224; connu tout cela dans les lieux underground de la fin des ann&#233;es 80 en Europe, le d&#233;calage me frappe. Quant &#224; Victoria, la t&#234;te lui ayant tourn&#233; devant tant d'exotisme et de &#171; libert&#233; &#187;, elle retourne au Salvador avec un magnifique piercing qui lui vaudra pendant plusieurs ann&#233;es d'&#234;tre appel&#233; &#171; celle du truc dans le nez &#187; &#8212;tant est encore puissant le conservatisme dans ce petit pays qui vient de sortir de la guerre, jusque dans le mouvement f&#233;ministe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, une g&#233;n&#233;ration apr&#232;s &#224; peine, les id&#233;aux r&#233;volutionnaires sont loin et une violence atroce s'est d&#233;cha&#238;n&#233;e au Salvador, devenu l'un des pays avec les plus forts taux d'assassinats au monde, apr&#232;s plusieurs gouvernements d'extr&#234;me-droite et une p&#233;riode de gouvernement par la gauche[43] qui s'est &#233;galement montr&#233; impuissant &#224; am&#233;liorer la situation &#233;conomique. Il est actuellement impensable de se r&#233;unir dans un parc et le discret piercing de Victoria fait p&#226;le figure face aux visages enti&#232;rement tatou&#233;s des membres des maras, ces gangs qui mettent le pays &#224; feu et &#224; sang, sans que l'on sache bien si la police et l'arm&#233;e les combattent ou en sont les complices. Pourtant, comme le signale le travail de synth&#232;se de G&#243;mez Ar&#233;valo (2017), pas moins de 15 groupes lesbiens sont apparus dans le pays depuis la disparition de la Media Luna en 1998, un peu avant la fin du gouvernement d'extr&#234;me droite vainqueur des &#233;lections &#171; du si&#232;cle &#187; de 1994. En forme de bref &#233;pilogue, signalons que la Media luna continue son existence jusqu'en 1998, puis s'&#233;tiole. En 2000 un groupe Renacer de la luna &#171; Renaissance de la lune &#187; se forme au sein du groupe mixte Entre amigos (form&#233; en 1994), sans grand succ&#232;s, marquant en quelque sorte la fin de ce que G&#243;mez Ar&#233;valo nomme la premi&#232;re vague lesbienne. Une deuxi&#232;me vague inclut les plus jeunes des anciennes Media Luna, plus &#233;loign&#233;es de la gu&#233;rilla, dont plusieurs font une sorte de &#171; coming out &#187; (selon les termes de G&#243;mez Ar&#233;valo) au sein du Groupe 1 o&#249; elles travaillent et y r&#233;alisent un ensemble d'activit&#233;s de visibilisation lesbienne, entre 2004 et 2008 approximativement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette p&#233;riode qu'il qualifie de deuxi&#232;me vague et baptise la &#171; r&#233;bellion lesbienne &#187;, voit appara&#238;tre une nouvelle g&#233;n&#233;ration de lesbiennes, essentiellement jeunes, urbaines et &#233;duqu&#233;es, dont une partie fait alliance avec le mouvement de la diversit&#233; sexuelle et qui, pour beaucoup, luttent pour une visibilit&#233; que la Media Luna n'aurait m&#234;me jamais imagin&#233;e, avec activit&#233;s culturelles, actions de rue et performances qui frappent les esprits. La p&#233;riode 2007-2011 marque le point culminant de cette vague qui revendique notamment la d&#233;sob&#233;issance et le plaisir. Beaucoup de groupes sont proches ou issus du Groupe 1, au point que dans cette p&#233;riode, le Groupe 1 est parfois pris pour un groupe lesbien. Une tendance plus anticapitaliste et anti-raciste s'affirme en 2009 parmi des jeunes proches de l'ancien Groupe 2, avec le Collectif D&#233;sob&#233;issance lesbienne, qui cherche notamment &#224; faire des contacts avec des lesbiennes de l'int&#233;rieur du pays (lire : rurales). Surtout ce groupe organise pour la premi&#232;re fois des rencontres nationales (en 2009, 2010 et 2011). Le d&#233;but 2010 voit l'inauguration de la Maison du groupe Kali-naualia[44], n&#233; d'une alliance avec des lesbiennes &#233;trang&#232;res, particuli&#232;rement embl&#233;matique de la mise en avant de la r&#233;bellion et de la jeunesse. En 2010, tandis qu'a lieu la 8&#232;me rencontre lesbienne-f&#233;ministe continentale au Guatemala tout proche, avec la participation d'une quinzaine de jeunes Salvadoriennes plut&#244;t de tendance &#171; diversit&#233; sexuelle &#187;, la Collective f&#233;ministe lesbiennes en action (n&#233;e en 2007) devient Las Desclosetadas[45], tr&#232;s critique du mouvement de la &#171; diversit&#233; sexuelle &#187; qu'elles estiment domin&#233; par les gays. Enfin, en 2011, trois groupes se rapprochent pour former une Articulation lesbienne-f&#233;ministe &#8220;Las Buscaniguas&#8221;[46] qui participe comme bloc &#224; la marche du 25 novembre. Bien qu'un certain nombre de groupes soient apparus dans les luttes de la &#171; diversit&#233; sexuelle &#187;, cette deuxi&#232;me vague, comme la Media Luna, s'associe davantage au mouvement f&#233;ministe, participant formellement des articulations du mouvement des femmes et recevant un appui &#233;conomique de certains groupes f&#233;ministes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure plus sp&#233;cifiquement sur la Media Luna, soulignons trois points. Tout d'abord, que c'est dans un moment r&#233;ellement exceptionnel, une p&#233;riode de toutes les audaces, comme me le faisait remarquer lors de notre deuxi&#232;me entretien, Nicola Ch&#225;vez Courtright, qu'est apparu ce tout premier groupe lesbien-f&#233;ministe. Pourtant, cette p&#233;riode que les plus jeunes Salvadorien-ne-s con&#231;oivent aujourd'hui comme un bref moment de libert&#233; et r&#233;trospectivement, d'insouciance, ne semblait pas vraiment tel &#224; l'&#233;poque. La guerre pouvait reprendre &#224; tout moment, le retour &#224; la vie civile, signifiant laisser son arme et reprendre son nom r&#233;el, s'av&#233;rait tr&#232;s ins&#233;curisant pour beaucoup, sans compter qu'il a aussi impliqu&#233; un brusque retour au foyer et &#224; la famille (parents et enfants) pour beaucoup de femmes, qui n'ayant pas v&#233;ritablement gagn&#233; la guerre, se sont surtout vu adresser beaucoup de reproches (mauvaise m&#232;re, fille &#171; perdue &#187;) et n'ont gu&#232;re eu acc&#232;s ni &#224; la terre, ni &#224; des formations, ni &#224; des emplois. Nous avons vu &#233;galement que les Media lunas &#233;taient dans l'ensemble extr&#234;mement pr&#233;cautionneuses, pour ne pas dire pleines de crainte, &#224; l'id&#233;e de se rendre visibles comme lesbiennes, et que l'hyst&#233;rie r&#233;pressive de la droite autour de la rencontre f&#233;ministe leur a plut&#244;t donn&#233; raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, m&#234;me si les plus jeunes g&#233;n&#233;rations lesbiennes ne sont pas directement issues de l'ancienne gu&#233;rilla, la concurrence entre les diff&#233;rentes forces du FMLN a structur&#233; en profondeur le mouvement social dans son ensemble, y compris le mouvement lesbien. En effet, deux groupes de femmes li&#233;s chacun &#224; un parti diff&#233;rent se sont fait concurrence &#224; la fin de la guerre pour prendre la t&#234;te du mouvement f&#233;ministe, et c'est indubitablement entre ces deux groupes en lutte pour l'h&#233;g&#233;monie qu'ont gravit&#233; les premi&#232;res Media lunas, mais aussi par la suite, les diff&#233;rents groupes qui se sont form&#233;s. Les lesbiennes et leurs groupes ont constitu&#233; un enjeu dans la comp&#233;tition entre ces deux tendances : il est int&#233;ressant de constater que la &#171; question lesbienne &#187; a servi en quelque sorte d'indice de radicalit&#233; f&#233;ministe ou peut-&#234;tre comme pendant la guerre, de marqueur pour attirer des financements internationaux. Cela, pour le mouvement f&#233;ministe et non pas pour le mouvement de la &#171; diversit&#233; &#187; qui semble s'&#234;tre montr&#233; peu int&#233;ress&#233; par les lesbiennes. Celles-ci se sont davantage ancr&#233;es dans des th&#233;matiques f&#233;ministes (r&#233;bellion, reprise de la rue, lutte contre la violence) que LGBTQI+ (droits et sant&#233; sexuel-le-s, mariage).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, quant &#224; savoir s'il existe une mani&#232;re typiquement salvadorienne et endog&#232;ne d'&#234;tre lesbienne ou si le lesbianisme n'est qu'une importation-imposition occidentale-lib&#233;rale, j'esp&#232;re avoir montr&#233; que la question est terriblement simplificatrice et en r&#233;alit&#233; mal pos&#233;e. Elle a m&#234;me un c&#244;t&#233; presque insultant quand elle semble refl&#233;ter l'arrogance en m&#234;me temps que la culpabilit&#233; de personnes du &#171; Nord &#187; qui de cette mani&#232;re, enferment les habitant-e-s des Suds dans une sorte de &#171; puret&#233; &#187; ou &#171; authenticit&#233; &#187; obligatoire (sur certains th&#232;mes seulement, comme on l'a d&#233;j&#224; soulign&#233;)[47]. Analyser qui finance quel type de groupes et de contenus, avec quelles intentions, mais aussi de qui met en circulation quelles id&#233;es, sugg&#232;re telle ou telle strat&#233;gie, est indubitablement int&#233;ressant. De m&#234;me que penser les effets de la migration et du retour (un million de Salvadorien-ne-s au bas mot se trouve aux Etats-Unis, soit une personne sur six ou une personne par famille), et bien entendu, de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale, avec ce que cela signifie de circulation culturelle et des modes de consommation (le pays est enti&#232;rement dollaris&#233; depuis 2001). Cependant, ce serait faire bien peu de cas des capacit&#233;s politiques et strat&#233;giques des Salvadoriennes que de croire qu'elles peuvent &#234;tre manipul&#233;es comme des pions : les longues ann&#233;es de pr&#233;paration de la r&#233;volution et pour beaucoup, la fr&#233;quentation des Etats-unien-ne-s sur leur propre terrain, et des internationalistes salvadorianis&#233;-e-s par option leur ont permis d'acqu&#233;rir un art assez consomm&#233; &#171; d'emmener pa&#238;tre les &#8216;contreparties' comme des moutons [vers ce qu'elles ont envie de voir][48] &#187; pour empocher l'argent (ou les id&#233;es), et en faire ce qu'elles consid&#232;rent comme le meilleur usage. Et puis &#234;tre le &#171; fait tout, mange-tout, avec l'aggravant d'&#234;tre Salvadorien-ne &#187;, comme a &#233;crit le grand po&#232;te Roque Dalton, donne une certaine exp&#233;rience des r&#233;seaux de survie et de circulation, de la campagne &#224; la capitale, de la capitale jusqu'aux autres pays de la r&#233;gion et de l&#224;, vers le Nord, mais aussi du retour, forc&#233; ou volontaire&#8230; Le transnationalisme et la circulation des id&#233;es et des corps, &#231;a les conna&#238;t et &#231;a ne leur fait pas peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AREVALO GOMEZ, Amaral Palevi, 2017, &#171; Entre placeres y rebeld&#237;as : organizaci&#243;n del movimiento de mujeres lesbianas en El Salvador &#187;, Semin&#225;rio Internacional Fazendo G&#234;nero 11 &amp; 13th Women's Worlds Congress (Anais Eletr&#244;nicos), Florian&#243;polis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BEDREGAL Ximena et al., Feminismos c&#243;mplices, gestos para una cultura tendenciosamente diferente, 1993, M&#233;xico-Santiago de Chile, Correa feminista.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BOLT GONZALEZ, Mary, Sencillamente diferentes&#8230; La autoestima de las mujeres lesbianas en los sectores urbanos de Nicaragua. Managua, Centro Editorial de la Mujer (CEM), 1996.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;DEMCZUK Ir&#232;ne ; REMIGGI Franck W., 1998, Sortir de l'ombre : histoire des communaut&#233;s lesbienne et gaie de Montr&#233;al, Montr&#233;al, vlb &#233;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DUBE, Gabrielle, 2016, &#171; L'autoethonographie, une m&#233;thode de recherche inclusive &#187;, Pr&#233;sences, Vol.9, pp. 1-20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FACIO Alda, &#171; Ser lesbiana a finales del siglo pasado &#187;, in Ursula Rehaag Kopanke, et D. G. Su&#225;rez (eds.), (CIPAC/DDHH), Justicia para todas. Discriminaci&#243;n contra las lesbianas en Costa Rica, IGLHRC, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FALQUET Jules, 1994, &#171; Panorama du mouvement apr&#232;s la Sixi&#232;me rencontre f&#233;ministe latino-am&#233;ricaine et des Cara&#239;bes, novembre 1993 &#187;, Cahiers du GEDISST, n&#176; 9-10, 1994, p. 133-146.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FALQUET, Jules, 1997, Femmes, projets r&#233;volutionnaires, guerre et d&#233;mocratisation : l'apparition du mouvement des femmes et du f&#233;minisme au Salvador (1970-1994), Th&#232;se sous la direction de Christian Gros, IHEAL, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FALQUET, Jules, 1999, &#8220;Un amour qui a os&#233; dire son nom. Compte-rendu du livre de Norma Mogrovejo&#8221;. Nouvelles Questions F&#233;ministes , vol. 20, n&#176; 3, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FALQUET, Jules, 2006, &#8220;Le couple, ce douloureux probl&#232;me. Pour une analyse mat&#233;rialiste des arrangements amoureux entre lesbiennes&#8221;, Actes du 5&#232;me colloque international d'&#233;tudes lesbiennes &#8220;Tout sur l'amour (sinon rien)&#8221;. Toulouse : Bagdam Espace Lesbien. Pp 17-38.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FALQUET, Jules, 2011, &#171; &#8216;F&#233;ministes autonomes' latino-am&#233;ricaines et carib&#233;ennes : vingt ans de critiques de la coop&#233;ration au d&#233;veloppement &#187;, Recherches F&#233;ministes, vol. 24, n&#176;2-2011, pp. 39-58.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FALQUET, Jules, 2020, &#8220;Le mouvement lesbien f&#233;ministe d'Abya Yala &#224; travers ses rencontres continentales : analyses et alliances&#8221;, in : Lissell Quiroz, Femart, Presses universitaires de Rouen et du Havre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GOMEZ GRIJALVA Dorotea, 2012, Mi cuerpo es un territorio pol&#237;tico, Brecha L&#233;sbica, Voces decoloniales. &lt;a href=&#034;https://brechalesbica.files.wordpress.com/2010/11/mi-cuerpo-es-un-territorio-polc3adtico77777-dorotea-gc3b3mez-grijalva.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://brechalesbica.files.wordpress.com/2010/11/mi-cuerpo-es-un-territorio-polc3adtico77777-dorotea-gc3b3mez-grijalva.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LAGARDE, Marcela, Los cautiverios de las mujeres : madresposas, monjas, putas, presas y locas, UNAM, colecci&#243;n posgrado, M&#233;xico, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LUGONES, Maria (2019 [2008]), &#171; La colonialit&#233; du genre &#187;, Les cahiers du CEDREF, n&#176; 23. &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/cedref/1196&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/cedref/1196&lt;/a&gt;, premi&#232;re publication : 2008 en anglais (Worlds &amp; Knowledges Otherwise, 2) et en espagnol (Tabula Rasa, n&#176; 9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MUJERES 94, 1994, Plateforma de las mujeres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; MEDIA LUNA, Luna de miel, San Salvador, octubre 1993, premier bulletin, photocopie, 22 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MEDIA LUNA, Luna de miel, San Salvador, d&#233;cembre 1994, photocopie, 16p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MOGROVEJO, Norma, Un amor que se atrevi&#243; a decir su nombre. La lucha de las lesbianas y su relaci&#243;n con los movimientos homosexual y feminista en Am&#233;rica Latina. M&#233;xico, Plaza y Vald&#233;s, CDAHL, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paredes Julieta, Hilando fino desde el feminismo ind&#237;gena comunitario, La Paz, Comunidad Mujeres Creando Comunidad, Deutscher Entwicklungsdienst, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PISANO Margarita et al., Permanencia voluntaria en la utop&#237;a. El feminismo aut&#243;nomo en el VII Encuentro feminista latinoamericano y del Caribe, Chile, 1996, M&#233;xico, Correa feminista, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PUAR, K, Jasbir. 2007. Terrorist Assemblages. Homonationalism in Queer Times. Durham and London. Duke University Press. 335 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RAMBACH, Anne, RAMBACH, Marine, 2001, Les intellos pr&#233;caires, Paris, Fayard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RIQUELME Cecilia, &#171; Identidad l&#233;sbica. Una mirada hist&#243;rica &#187;, 1999, &lt;a href=&#034;http://www.rimaweb.com.ar/safopiensa/reflexles/identidadcriquelme.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.rimaweb.com.ar/safopiensa/reflexles/identidadcriquelme.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RODR&#205;GUEZ, AGUERO Eva ; CIRIZA, Alejandra. Viajes apasionados. Feminismos en la Argentina de los 60 y 70. Labrys, n. 22, 2012. &lt;a href=&#034;http://www.labrys.net.br/labrys22/aventure/alejandra%20ciriza.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.labrys.net.br/labrys22/aventure/alejandra%20ciriza.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RUMMEL, Ines, Saliendo del cl&#243;set. Ciudad Guatemala, Colectivo de mujeres Somos, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Para Orlando&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Orlando jam&#225;s volver&#225; a ser el que fue &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Virginia Woolf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Acercate&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traspasemos los miedo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;que mis angustias lleguen a un nivel soportable&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;y me permitan saborear&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;las olas de todos los mares de la tierra&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;deslinz&#225;ndose amorosamente&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;enmedio de mis piernas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aproxim&#225; tu cuerpo de muchacho&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;enga&#241;osamente fr&#225;gil&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;hay veredas desconocidas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;hasta el centro de una misma&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;y vos sos una.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#191;Que hacer entonces ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;el amor no pide permisos&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;que se sepa&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;asalta en la soledad de los parques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;delinque en los cines&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;desnuda en los arrabales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Acercate&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;contame la historia de tu sobrevivencia&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;despu&#233;s de varias guerras y guerrillas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;siendo as&#237;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;yo te contar&#233; la m&#237;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silvia Ethel Matus Avelar, Mexico 1987&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Aujourd'hui encore, il me semble plus prudent de pr&#233;server l'anonymat de ces femmes, aussi bien en tant que lesbiennes qu'en tant qu'ex gu&#233;rill&#232;res &#8212;et parfois les deux. Celles qui les connaissent les reconna&#238;tront pourtant ais&#233;ment, d'autant que j'ai conserv&#233; leur initiale. Pour les autres, j'ai aussi anonymis&#233; les groupes f&#233;ministes dont les noms auraient permis de reconna&#238;tre trop facilement les protagonistes de cette histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Front Farabundo Mart&#237; de lib&#233;ration nationale, form&#233; juste avant le d&#233;but de la guerre en 1980 par l'union de 5 forces ou partis &#8212;chacun ayant suscit&#233; au cours des ann&#233;es &#171; son &#187; organisation de femmes, de jeunes, &#233;tudiante, paysanne, syndicale&#8230; Du plus grand au plus petit : Forces populaires du lib&#233;ration (FPL), Parti communiste (PC), Arm&#233;e r&#233;volutionnaire du peuple (ERP), R&#233;sistance nationale (RN), Parti r&#233;volutionnaire des travailleurs centram&#233;ricain (PRTC).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Dans ce texte, j'utiliserai plut&#244;t le terme de &#171; diversit&#233; sexuelle &#187;, qui est couramment employ&#233; au Salvador et dans la r&#233;gion. Le tout premier groupe de la &#171; diversit&#233; &#187;, Entre amigos, appara&#238;t en 1994. Il r&#233;unit principalement des hommes gays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Si dans les derni&#232;res ann&#233;es, les travaux en espagnol et portugais sont devenus tr&#232;s nombreux et une partie est maintenant accessible en ligne, la production a longtemps &#233;t&#233; particuli&#232;rement r&#233;duite, discr&#232;te et les textes restent dispers&#233;s. Je me suis efforc&#233;e par la traduction et la contextualisation, de rendre disponibles aux francophones un certain nombre de textes produits par et concernant les lesbiennes latino-am&#233;ricaines et des Cara&#239;bes, publiquement visibles comme telles ou non : il s'agit de ce fait d'une sorte de puzzle dont les pi&#232;ces font plus ou moins sens selon qui les regarde. On trouvera de nombreux textes sur mon site : &lt;a href=&#034;http://julesfalquet.com/tag/theorie-lesbienne/page/2/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://julesfalquet.com/tag/theorie-lesbienne/page/2/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Lors de la 8&#232;me rencontre lesbienne-f&#233;ministe continentale qui avait lieu &#224; Ciudad Guatemala en 2010, j'eus la surprise de retrouver&#8230; Meztli, la fille de mon ancienne compagne, que j'avais connue &#224; l'&#226;ge de six ans. Elle me sollicita pour une r&#233;union avec un groupe de jeunes lesbiennes f&#233;ministes anticapitalistes (la Colectiva Desobediencia l&#233;sbica, dont je reparlerai dans la conclusion), au Salvador (ou je me rendis apr&#232;s la rencontre), pour &#233;changer sur les d&#233;buts de la Media Luna et l'actualit&#233; lesbienne. Je fus ensuite contact&#233;e en d&#233;cembre 2015 par Amaral Palevi Ar&#233;valo G&#243;mez, militant gay salvadorien &#233;tudiant au Br&#233;sil qui cherchait &#224; retracer l'histoire de la Media luna, &#224; qui je r&#233;pondis par mail avant de le rencontrer pour un entretien plus long en juillet 2017 au congr&#232;s du Fazendo G&#234;nero, au Br&#233;sil (on lira avec profit sa synth&#232;se des travaux sur les groupes lesbiens au Salvador : Ar&#233;valo G&#243;mez, 2017). En mai 2018, une autre universitaire-militante salvadorienne-&#233;tats-unienne, Nicola Ch&#225;vez Courtright, co-fondatrice des archives LGBTQ+ Amate au Salvador, me contacta &#233;galement pour un entretien &#8212;nous nous rencontr&#226;mes deux ans de suite &#224; Paris. Enfin, &#224; l'&#233;t&#233; 2018, m'&#233;tant rendue au Salvador, plusieurs jeunes lesbiennes (dont Meztli et d'autres filles d'un groupe d'amies ex-gu&#233;rill&#232;res, elles-m&#234;mes amies entre elles) organis&#232;rent une r&#233;union publique au public particuli&#232;rement nourri au cours de laquelle la &#171; vieille garde &#187; f&#233;ministe et lesbienne &#233;voqua les d&#233;buts de la Media luna &#224; l'attention de la jeune g&#233;n&#233;ration. Je pus constater &#224; cette occasion combien les souvenirs des unes et des autres, et surtout leur interpr&#233;tation, pouvait diff&#233;rer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Les cahiers du f&#233;minisme, Inprecor, Volcans, Lesbia. J'envisage de compl&#233;ter ce travail, apr&#232;s l'avoir traduit en espagnol, gr&#226;ce &#224; un nouveau s&#233;jour au Salvador au cours duquel je pourrai confronter mes souvenirs &#224; ceux des anciennes Medialuneras et sympathisantes qui voudront bien se pr&#234;ter &#224; l'exercice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Je ne parle pas ici de femmes ayant des pratiques homosexuelles, mais bien de lesbiennes politiques, que ce soit dans un sens plus wittigien ou plus f&#233;ministe et dont les luttes se placent bien au-del&#224; des &#171; pr&#233;f&#233;rences sexuelles &#187;, pour l'abolition des rapports sociaux de sexe in&#233;galitaires &#8212;et donc logiquement, pour l'abolition des autres rapports de pouvoir qui sont imbriqu&#233;s avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] On compte 90.000 personnes tu&#233;es pendant le conflit et environ 1 million de d&#233;plac&#233;-e-s, internes ou &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Je m'y installe pour effectuer mes recherches de doctorat sur la participation des femmes au projet r&#233;volutionnaire arm&#233;, &#224; l'origine pour un an et tr&#232;s soulag&#233;e que le pays ne soit plus en guerre alors que j'avais organis&#233; mon s&#233;jour en pensant arriver en plein conflit, comme lors de ma premi&#232;re visite &#224; l'&#233;t&#233; 1991. Incapable de partir &#224; l'issue de cette premi&#232;re ann&#233;e, je d&#233;cide finalement de rester jusqu'aux &#233;lections. J'ai choisi ce sujet par int&#233;r&#234;t militant f&#233;ministe et en tant que membre d'un premier comit&#233; de solidarit&#233; avec le FMLN (au Chiapas) puis d'un autre comit&#233; de solidarit&#233; avec le peuple salvadorien, &#224; Paris. Sans bourse ni r&#233;el rattachement institutionnel, je finance moi-m&#234;me mon s&#233;jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] En novembre d&#233;cembre 1993, face &#224; une r&#233;apparition des escadrons de la mort, une gr&#232;ve de la faim lanc&#233;e par l'Eglise catholique notamment vise &#224; obtenir leur d&#233;mant&#232;lement, en vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] J'y ai v&#233;cu de novembre 1989 &#224; septembre 1990, essentiellement dans le Chiapas, pour effectuer mes recherches de DEA, qui portaient sur la scolarisation diff&#233;rentielle des femmes autochtones (Tzeltal et Tzotzil), que je nommerai ici &#171; Indiennes &#187; car c'est le terme non-p&#233;joratif (m&#234;me si profond&#233;ment probl&#233;matique) qui &#233;tait majoritairement utilis&#233; &#224; l'&#233;poque et dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Comal signifiant, en plus d'&#234;tre un instrument de cuisine caract&#233;ristique sur lequel les femmes pr&#233;parent les tortillas : Colectiva organizadora de mujeres aut&#243;nomas en lucha. Citlalmina, dont le nom nahuatl &#233;voque la d&#233;esse des &#233;toiles femelles, est &#233;galement dans la mythologie-historique recr&#233;&#233;e par le romancier Antonia Velasco Pi&#241;a, une habitante de Tenochtitl&#225;n qui aurait men&#233; la r&#233;sistance arm&#233;e aux envahisseurs espagnols.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Sur la notion de la vie dans l'ombre, concernant le Qu&#233;bec, lui aussi tr&#232;s catholique, on pourra voir Demczuk, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] On verra &#224; ce sujet &#171; le couple, ce douloureux probl&#232;me &#187; (Falquet, 2006).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] On s'arrachait alors Monjas lesbianas : se rompe el silencio, &#233;dit&#233; par Rosemary Curb et Nancy Manahan en 1985, Seix Barral, 398 p., dont l'original en anglais venait de sortir (Lesbian Nuns : Breaking Silence, Naiad Press, 1985, 383 p.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Ces deux femmes, en particulier la Basque, qui a v&#233;cu plusieurs ann&#233;es en Uruguay puis au Nicaragua, joueront (non sans certaines oppositions) un r&#244;le consid&#233;rable dans le mouvement salvadorien, se pla&#231;ant en premi&#232;res formatrices des principaux groupes du pays, en particulier le Groupe 1 et le Groupe 2, tra&#231;ant un certain nombre de strat&#233;gies, notamment celle de la Plateforme des femmes, puis aiguillant certains groupes du Salvador et de la r&#233;gion vers d'importants financements europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Il y existe &#224; cette &#233;poque au Nicaragua un groupe lesbien, Xochiquetzal (du nom de la divinit&#233; azt&#232;que des fleurs et de l'amour). Quelques ann&#233;es plus tard, le groupe Lesbiradas se forme au Guatemala.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Ce nom signifie dans la r&#233;gion &#171; celles qui pigent &#187;, autrement dit, les lesbiennes. Fond&#233; en 1986 ou 1987, le groupe a organis&#233; la deuxi&#232;me rencontre lesbienne continentale, enti&#232;rement clandestine, au Costa Rica en 1990 (Mogrovejo, 2000 ; Falquet, 1999 et 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Poss&#233;der des livres est alors fort rare (et dangereux en cas de descente de l'arm&#233;e) dans ce petit pays que douze ans de guerre avaient quasiment coup&#233; du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Cette possibilit&#233; de se connecter &#224; des r&#233;seaux familiaux et aux sociabilit&#233;s, connaissances et opportunit&#233;s qui en d&#233;coulent &#233;tant souvent rare pour les lesbiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Car elle &#233;tait m&#233;decin. Je r&#233;alise que je n'ai jamais su son nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Notons bien que personne n'a sugg&#233;r&#233; cette dynamique en elle-m&#234;me, ni l'utilisation d'un terme en particulier (comme on l'a dit, beaucoup n'utilisaient de fait aucun terme, ou des p&#233;riphrases, ou diverses expressions sur la base de femme gay, homosexuelle, &#171; comme &#231;a &#187; etc). Le groupe n'a jamais eu pour objectif la visibilit&#233; en tant que lesbiennes de ses militantes (celles-ci ayant au contraire &#224; c&#339;ur de se prot&#233;ger chacune et mutuellement) mais bien &#233;ventuellement, &#224; terme, de rendre visible la non-in&#233;luctabilit&#233; de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] On comprend qu'il faudrait alors tout critiquer et repartir &#171; &#224; z&#233;ro &#187; : pas de langue espagnole, pas de voitures, pas de nourriture industrialis&#233;e ni de t&#233;l&#233;phones portables, pas de concepts politique de droite ni de gauche, etc. Et bien &#233;videmment, pas de sociologie ni de revues universitaires dans le sens occidental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Pour une analyse &#224; la premi&#232;re personne du v&#233;cu d'une femme Indienne lesbienne au Guatemala voisin, entre guerre et post-guerre, on pourra lire G&#243;mez Grijalva, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Il s'agit d'un th&#232;me complexe et peu abord&#233;. Le premier atelier organis&#233; sp&#233;cifiquement contre la violence entre lesbiennes auquel j'ai particip&#233; &#233;tait organis&#233; par une Mexicaine, pendant la 6&#232;me rencontre lesbienne-f&#233;ministe continentale de Rio, en mars 1999. J'assistai &#224; une autre discussion, moins organis&#233;e, lors de la 3&#232;me rencontre annuelle de la Coordination lesbienne &#224; Die, &#224; P&#226;ques 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Nuestra lucha para alcanzar la visibilidad, in : Luna de miel (1993). Traduction et publication en fran&#231;ais par l'auteure dans la revue Volcans, &#171; Notre lutte pour la visibilit&#233; &#187;. On trouvera plus d'information sur la Luna de miel dans la troisi&#232;me partie de cet article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] &#171; Nous sommes syndicalistes, indiennes, jeunes ou non, artistes, travailleuses sociales, avocates, m&#233;decins, m&#232;res, grosses, et toutes belles ! &#187; in : Luna de miel, op. cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] N'&#233;tant pas &#171; latina &#187;, je ne pourrai pas y participer : &#224; partir de la rencontre du Costa Rica (1990) jusqu'&#224; celle d'Argentine (incluse, 1995), seules les latinas, vivant sur le continent ou &#224; l'&#233;tranger, sont admises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Je reste quand-m&#234;me discr&#232;te dans le mouvement f&#233;ministe. C'est ainsi que j'entends un jour une camarade f&#233;ministe affirmer que les lesbiennes sont des violeuses et ni D., ni moi, qui sommes toutes les deux pr&#233;sentes, ne pouvons rien r&#233;torquer sans nous trahir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] La rumeur publique &#224; l'&#233;poque fait de Gloria Salguero Gross, la co-fondatrice puis dirigeante du parti d'extr&#234;me-droite au pouvoir, ARENA, li&#233; aux escadrons de la mort, une lesbienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Pour donner une id&#233;e, le t&#233;l&#233;phone couvre encore peu le pays : les num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone (fixes) &#224; la campagne se composent &#8230; d'un seul chiffre. On appelle l'op&#233;ratrice et on demande par exemple, le &#171; 1 &#187; &#224; Chalatenango..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Elle n'est pas encore entr&#233;e en politique, n'a pas encore &#233;t&#233; &#233;lue comme d&#233;put&#233;e sous l'&#233;tiquette du PRD et n'a pas encore pris la t&#234;te de la Commission parlementaire pour l'&#233;claircissement des f&#233;minicides (son rapport sur le sujet datant de 2005). Elle vient &#224; peine de publier sa (fort volumineuse) th&#232;se doctorale en 1993. Il s'agit cependant d&#233;j&#224; d'une f&#233;ministe &#224; la trajectoire reconnue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] Cet &#233;v&#233;nement a lieu en ao&#251;t 1992. Dans le cadre de la pr&#233;paration de la 6&#232;me rencontre f&#233;ministe continentale, les Salvadoriennes ne voulant pas &#171; &#234;tre en reste &#187; se sont lanc&#233;es dans un processus de formation acc&#233;l&#233;r&#233;e au f&#233;minisme. Les deux principaux groupes qui se disputent l'h&#233;g&#233;monie sur le mouvement f&#233;ministe, le Groupe 1 et le Groupe 2, ont r&#233;alis&#233; une s&#233;rie d'ateliers de formation interne avec C. et N. Dans le reste du mouvement, un processus plus collectif s'engage, dans le cadre duquel un autre groupe organise une s&#233;rie de conf&#233;rences avec des invit&#233;es prestigieuses (ce qui signifie g&#233;n&#233;ralement &#233;trang&#232;res).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] Je m'en doutais un peu, ayant d&#233;j&#224; eu l'occasion de l'entendre deux ans auparavant au Mexique, parler sans nuances de l'irr&#233;sistible d&#233;pendance-attrait des femmes envers les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] On trouvera le po&#232;me en annexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] Il s'agit d'une avocate et ex-commandante de la gu&#233;rilla, dont toutes s'accordent &#224; reconna&#238;tre l'&#233;quanimit&#233; et le sens moral. Elle n'a aucun lien avec la Media Luna et ne passe nullement pour lesbienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] Un groupe de femmes handicap&#233;es (ACOGIPRI) a suivi le processus des forums pr&#233;paratoires de Mujeres 94 avec enthousiasme, en y rappelant qu'un certain nombre de femmes &#233;taient handicap&#233;es &#224; la suite de violences domestiques, de cons&#233;quences d'avortements mal pratiqu&#233;s ou d'accouchements difficiles. Les Indiennes, en revanche, n'ont pas particip&#233; en tant que telles &#224; Mujeres 94. Il faut dire que la population indienne officiellement reconnue dans le pays se limite &#224; trois villages, comme on l'a dit plus haut, et qu'il n'existe pas d'organisation de femmes Indiennes. Quant aux populations Noires, le Salvador en a longtemps interdit la pr&#233;sence sur son sol &#8212;pour &#233;viter de concurrencer l'esclavisation de la main-d'&#339;uvre Indienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] La Luna de miel sera une sorte de fanzine d'une vingtaine de pages, maquett&#233; &#224; la colle et aux ciseaux, destin&#233; &#224; nous permettre d'exprimer nos exp&#233;riences et analyses, ainsi qu'&#224; visibiliser le groupe tout en permettant &#224; ses membres de conserver leur anonymat. Nous l'avions pens&#233; en vue d'une diffusion pendant la 6&#232;me rencontre continentale (car le reste du temps, tr&#232;s peu de Salvadoriennes auraient souhait&#233; l'acheter, le lire et moins encore garder chez elles un tel &#171; br&#251;lot &#187;). Cependant, comme on le verra plus bas, notre plan fut d&#233;jou&#233; par les circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] Le plus important comit&#233; de solidarit&#233; avec le Salvador des Etats-Unis, proche des FPL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40] Le spot montre un bus enflamm&#233; (d&#233;licat rappel des ann&#233;es soixante-dix, o&#249; le mouvement populaire br&#251;la quelques bus en protestation contre la hausse des prix des transports), puis une main qui se tend pour recevoir des dollars (allusion &#224; l'aide du CISPES) et finalement un plan fixe d'un tract interne du CISPES diffus&#233; aux &#201;tats-Unis et qui &#233;voque &#8212;entre mille autres choses&#8212; l'existence d'un groupe de lesbiennes f&#233;ministes au Salvador, la Media Luna. Le CISPES fait para&#238;tre un communiqu&#233; de protestation dans la presse salvadorienne d&#232;s le 28 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[41] Lettre envoy&#233;e par le Comit&#233; organisateur &#224; tous les groupes pour expliquer la situation et demander du soutien, 25 septembre 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[42] Je suis contact&#233;e &#224; cette occasion par une journaliste salvadorienne &#224; qui j'accorde un long entretien de &#171; d&#233;minage &#187; sur le lesbianisme. Contente de l'entretien, elle me confie &#224; la fin qu'elle n'a jamais eu l'occasion de se trouver face &#224; face avec une lesbienne. Je commence &#224; &#234;tre habitu&#233;e &#224; cette invisibilit&#233; et je ne la d&#233;trompe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[43] Un alli&#233; du FMLN gagne la pr&#233;sidence en 2009, puis un ancien dirigeant du FMLN en 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[44] Maison ensorcel&#233;e en n&#225;huatl. Elle ferme en 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[45] Ce qui signifie : celles qui sont sorties du placard, le groupe existe jusqu'en 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[46] Las Desclosetadas, Lesbos, Desobediencia L&#233;sbica et des lesbiennes ind&#233;pendantes. Buscaniguas &#233;voque, en argot salvadorien, l'id&#233;e de &#171; chercher les jupons &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[47] Tant de choses ont &#233;t&#233; &#233;crites &#224; ce sujet qu'il est impossible de faire justice &#224; cette discussion ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[48] Selon la formule imag&#233;e de l'ex commandante Rebeca Palacios, devenue depuis d&#233;put&#233;e, qui me dit un jour avec un grand sourire : &#171; attends, je reviens, estamos pastoreando a las contrapartes &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Video : Imbrications &#8211; Femmes, race et classe dans les mouvement sociaux</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Video-Imbrications-Femmes-race-et-classe-dans-les-mouvement-sociaux</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Video-Imbrications-Femmes-race-et-classe-dans-les-mouvement-sociaux</guid>
		<dc:date>2020-12-08T12:54:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Vanden Daelen , Jules Falquet</dc:creator>


		<dc:subject>Vid&#233;os</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-12-08</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;8 d&#233;cembre 2020 | tir&#233; du site du CADTM &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sentation du livre Imbrications &#8211; Femmes, race et classe dans les mouvements sociaux de Jules Falquet, sociologue, enseignante-chercheuse &#224; l'Universit&#233; de Paris, militante f&#233;ministe&#8211; France et Christine Vanden Daelen (CADTM Belgique), lors des Rencontres d'automne 2020 du CADTM. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment les mouvements sociaux ont-ils &#233;t&#233; confront&#233;s &#224; l'imbrication des rapports sociaux ? Quels furent les apports des femmes racis&#233;es et majoritairement issues de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-International-111-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Videos-333-+" rel="tag"&gt;Vid&#233;os&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-12-08-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-12-08&lt;/a&gt;

		</description>


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;8 d&#233;cembre 2020 | tir&#233; du site du CADTM&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sentation du livre Imbrications &#8211; Femmes, race et classe dans les mouvements sociaux de Jules Falquet, sociologue, enseignante-chercheuse &#224; l'Universit&#233; de Paris, militante f&#233;ministe&#8211; France et Christine Vanden Daelen (CADTM Belgique), lors des Rencontres d'automne 2020 du CADTM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment les mouvements sociaux ont-ils &#233;t&#233; confront&#233;s &#224; l'imbrication des rapports sociaux ? Quels furent les apports des femmes racis&#233;es et majoritairement issues de classes populaires ? Comment le concept de l'imbrication s'est-il forg&#233; ? Comment diff&#233;rentes luttes (guerri&#232;res au Salvador, zapatistes au Mexique, Noires au Br&#233;sil, en R&#233;publique Dominicaine et aux USA et enfin f&#233;ministes et lesbiennes &#171; autonomes &#187; en Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes) ont-elles li&#233; rapports sociaux de sexe, de race et de classe ? Comment la proposition de l'imbrication, en allant au-del&#224; de l'identit&#233;, permet de penser autrement les alliances ? Voil&#224; une multiplicit&#233; de propositions et d'analyses que partagea Jules Falquet &#224; ses Rencontres d'automne du CADTM. Elles structurent son nouveau livre qui en s'appuyant sur les aspects multidimensionnels de l'oppression ouvre des perspectives stimulantes en termes de r&#233;flexions et de luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rences entre &#171; intersectionnalit&#233; &#187; et imbrication, les contours du f&#233;minisme universaliste et la d&#233;radicalisation des mouvements sociaux anim&#232;rent les discussions entre Jules Falquet et les participantEs. On vous invite &#224; les rejoindre via cette captation vid&#233;o :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Imbrication. Femmes, race et classe dans les mouvements sociaux</title>
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		<dc:date>2020-08-25T08:19:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jules Falquet</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-06-16</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Contretemps publie l'introduction du livre de Jules Falquet, Imbrication, Femmes, race et classe dans les mouvements sociaux, paru en f&#233;vrier 2020 aux &#233;ditions du Croquant. Ce livre s'arr&#234;te sur la complexit&#233; des identit&#233;s, des loyaut&#233;s et des int&#233;r&#234;ts de chacun-e dans les mouvements sociaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ouvrage pr&#233;sente l'histoire de luttes guerrill&#232;res (Salvador), Indiennes-paysannes (mouvement zapatiste au Mexique) ou Noires (Br&#233;sil, R&#233;publique Dominicaine, USA), ainsi que les mouvements de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres et revues&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-06-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-06-16&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L111xH150/arton44108-9a2b3.png?1781365636' class='spip_logo spip_logo_right' width='111' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Contretemps publie l'introduction du livre de Jules Falquet, Imbrication, Femmes, race et classe dans les mouvements sociaux, paru en f&#233;vrier 2020 aux &#233;ditions du Croquant. Ce livre s'arr&#234;te sur la complexit&#233; des identit&#233;s, des loyaut&#233;s et des int&#233;r&#234;ts de chacun-e dans les mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage pr&#233;sente l'histoire de luttes guerrill&#232;res (Salvador), Indiennes-paysannes (mouvement zapatiste au Mexique) ou Noires (Br&#233;sil, R&#233;publique Dominicaine, USA), ainsi que les mouvements de femmes, f&#233;ministes et lesbiens du continent : les femmes des Am&#233;riques et des Cara&#239;bes nous tendent un miroir exceptionnel pour mieux comprendre &#171; l'intersectionnalit&#233; &#187; &#224; un moment de foisonnement des luttes, parfois d&#233;routant. Partant du quotidien de ces mouvements pour parvenir &#224; une v&#233;ritable &#171; science des opprim&#233;&#183;e&#183;s &#187;, ce livre s'adresse aussi bien au public curieux qu'aux activistes et au monde de la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extrait du livre de Jules Falquet, &lt;i&gt;Imbrication. Femmes, race et classe dans les mouvemetns sociaux&lt;/i&gt;, publi&#233; le 20 mars 2020 aux &#201;ditions du Coquant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de la revue de critique communiste Contretemps&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/imbrication-femmes-race-classe-mouvements-sociaux/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/imbrication-femmes-race-classe-mouvements-sociaux/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction de l'ouvrage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La situation sociale, politique, &#233;conomique et environnementale actuelle, en France comme dans le monde, para&#238;t &#224; beaucoup d&#233;sesp&#233;rante. De nombreuses luttes &#233;clatent ici et l&#224;, mais la r&#233;pression est brutale. La volont&#233; de faire &#233;merger des alliances suffisamment larges pour inverser le rapport de forces se heurte &#224; la d&#233;sorientation politique. Pour quel projet lutter ? Avec qui ? Les organisations de classe traditionnelles (partis, syndicats) qui avaient rassembl&#233; et gagn&#233; d'importantes victoires au XX&#232;me si&#232;cle, sont discr&#233;dit&#233;es, et beaucoup ne savent plus si le prol&#233;tariat existe encore &#8212;m&#234;me si la tr&#232;s haute bourgeoisie et les nouveaux riches se portent bien. Les luttes des f&#233;ministes, transform&#233;es en demande de parit&#233; et d'inclusion des droits des LGBTQI+[1], semblent devenues un marqueur du monde &#171; occidental &#187;, une &#171; preuve de civilisation &#187; au nom de laquelle les gouvernements des anciens pays colonisateurs pr&#233;tendent justifier leurs agressions contre les pays du Sud, les migrant-e-s et les quartiers populaires. Quant au racisme, face &#224; la mondialisation-fragmentation du march&#233; du travail et &#224; la complexification des migrations, il a pris tant de formes pour viser tant de cibles que l'on ne sait plus tr&#232;s bien par o&#249; l'attaquer : lutte contre les politiques migratoires iniques et pour les papiers, contre la discrimination au logement et &#224; l'embauche, contre l'islamophobie bien fran&#231;aise mais aussi internationale ? Lutte pour d&#233;coloniser les mouvements dits progressistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, quand le terme d'intersectionnalit&#233; appara&#238;t en France, il y a quelques ann&#233;es, il d&#233;clenche toutes sortes de r&#233;actions. Certain-e-s s'en emparent comme d'une mani&#232;re noble de d&#233;signer enfin un point aveugle des luttes antiracistes comme des luttes f&#233;ministes (et bien plus encore, des luttes de classe), &#224; savoir les femmes faisant l'objet du racisme. A la place de la notion, il est vrai assez insatisfaisante, de &#171; racis&#233;es &#187;, les femmes Noires[2] ou Arabes deviennent visibles en tant qu' &#171; intersectionnelles &#187;. D'autres s'offusquent de l'importation d'un jargon venu des Etats-Unis, forc&#233;ment inadapt&#233; pour d&#233;crire les sp&#233;cificit&#233;s de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Certain-e-s y voient une mode universitaire ou militante sur laquelle surfer pour obtenir cr&#233;dits et notori&#233;t&#233;. Une petite minorit&#233;, dont la voix porte de fa&#231;on inversement proportionnelle &#224; son poids statistique, pousse des cris scandalis&#233;s en assimilant dans une m&#234;me r&#233;probation conservatrice la suppos&#233;e &#171; th&#233;orie du genre &#187; et l'intersectionnalit&#233;. Dans tout cela, l'histoire des id&#233;es est bien malmen&#233;e et le projet originel li&#233; &#224; ce concept, &#224; savoir la lutte pour la justice sociale, para&#238;t loin (Bilge, 2015). Mais dans le fond, de quoi parlons-nous au juste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer &#224; dissiper le bruit et la fureur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sexe, race et classe : ces incompris&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe de nombreuses mani&#232;res d'essayer de comprendre ces notions complexes que sont la classe (concept accept&#233; quoique souvent mal d&#233;fini), le sexe (naturalis&#233; &#224; tort, mais tenu pour acquis par la majorit&#233; des gens) et la &#171; race &#187; (th&#232;me si sensible que par moments, j'y mettrai des guillemets). Pour beaucoup, ces trois notions font r&#233;f&#233;rence &#224; l'identit&#233; individuelle des personnes et constituent en quelque sorte les coordonn&#233;es qui les situent les unes par rapport aux autres. Il peut s'agir d'identit&#233;s &#171; objectives &#187; (les guillemets indiquant que tout cela est toujours relatif &#8212;mais est-on ou non, par exemple, propri&#233;taire de moyens de production ?), subjectives (g&#233;n&#233;ralement, les personnes blanches estiment en quelque sorte qu'elles n'ont pas de couleur ni de &#171; race &#187;) ou encore assign&#233;es (le policier qui frappe &#224; mort une lesbienne noire parce qu'il l'a prise pour un homme et pour un d&#233;linquant est indiff&#233;rent au fait qu'il s'agit en r&#233;alit&#233; d'une m&#232;re de famille qui emm&#232;ne son fils &#224; un cours de musique &#8212;comme cela a &#233;t&#233; le cas de Luana/Luan Victor Barbosa, &#224; qui ce livre est d&#233;di&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous un autre angle, d&#233;velopp&#233; notamment dans le cadre des luttes collectives, on peut penser en termes de syst&#232;mes sociaux. Le syst&#232;me capitaliste serait celui qui produit les classes sociales, le syst&#232;me patriarcal produirait des d&#233;finitions arbitraires des femmes et des hommes et ferait correspondre fillettes et petits gar&#231;ons &#224; ces mod&#232;les, par la socialisation &#171; positive &#187; et si n&#233;cessaire, la sanction. Le syst&#232;me raciste entretiendrait la marginalisation et l'oppression de certains groupes humains par d'autres, au pr&#233;texte que des apparences physiques diverses correspondraient &#224; des &#171; races &#187; aux aptitudes diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, on peut envisager ces notions, comme le fait une partie de la sociologie &#8212;et tout particuli&#232;rement la th&#233;orie f&#233;ministe mat&#233;rialiste &#224; laquelle j'adh&#232;re&#8212;, comme le r&#233;sultat de rapports sociaux. Les rapports sociaux &#233;tant eux-m&#234;mes d&#233;finis comme des rapports de pouvoir ou tensions qui structurent l'enti&#232;ret&#233; du champ social autour d'enjeux &#8212;notamment, le travail. Chacun de ces rapports sociaux cr&#233;e deux groupes antagoniques principaux, dialectiquement li&#233;s l'un &#224; l'autre par des int&#233;r&#234;ts contradictoires[3]. Dans cette perspective, les rapports capitalistes qui se sont mis en place sur les d&#233;combres du f&#233;odalisme et de l'Ancien r&#233;gime, suite &#224; une double r&#233;volution bourgeoise puis industrielle, ont progressivement cr&#233;&#233; (principalement) deux classes (dites sociales) antagoniques, le prol&#233;tariat et la bourgeoisie. Les rapports sociaux de sexe, en pr&#233;tendant s'appuyer sur la biologie, d&#233;finissent des femmes et des hommes comme des entit&#233;s naturelles et immuables &#8212;bien que chacun-e puisse en r&#233;alit&#233; constater la variabilit&#233; du &#171; f&#233;minin &#187; et du &#171; masculin &#187; avec le temps ou dans diff&#233;rentes cultures. Enfin, les rapports sociaux de race tels que nous les connaissons aujourd'hui sont apparus d'abord avec la &#171; reconqu&#234;te &#187; de l'Espagne par les reines et rois catholiques contre les Juifs et les Maures, m&#234;lant dans un premier temps une id&#233;e de &#171; puret&#233; du sang &#187; avec la religion profess&#233;e. Puis la d&#233;couverte d'un continent jusque-l&#224; compl&#232;tement inconnu de l'Europe, arbitrairement baptis&#233; Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes &#8212;que j'appellerai ici plut&#244;t Abya Yala[4] ou Am&#233;frique ladine[5] et sa colonisation ont donn&#233; lieu peu &#224; peu &#224; une nouvelle logique de &#171; race &#187; : les populations locales de ces immenses colonies ont &#233;t&#233; homog&#233;n&#233;is&#233;es en tant qu'Indienn-ne-s, deshumanis&#233;-e-s, brutalement et massivement assassin&#233;es et leurs survivant-e-s sauvagement mis-es au travail, tandis que d'autres populations europ&#233;ennes marginales, puis d'autres populations arrach&#233;es au continent africain, ont &#233;t&#233; envoy&#233;es de force dans ces nouvelles colonies et tenues en esclavage. Lorsque la traite a commenc&#233; &#224; se d&#233;velopper et &#224; se concentrer sur les c&#244;tes de l'Afrique subsaharienne[6], un nouveau discours a assimil&#233; la couleur de peau Noire &#224; un certain nombre de traits r&#233;put&#233;s intrins&#232;ques, eux-m&#234;mes construits de mani&#232;re &#224; justifier l'injustifiable traitement r&#233;serv&#233; &#224; ces Africain-e-s et &#224; leurs descendant-e-s. Simultan&#233;ment, celles et ceux qui b&#233;n&#233;ficiaient de leur travail sont devenu-e-s blanc-he-s et se sont attribu&#233; les qualit&#233;s inverses des d&#233;fauts dont ielles[7] pr&#233;tendaient que les premier-e-s &#233;taient affect&#233;-e-s. C'est ainsi que je comprendrai la race ici : comme une construction historique et arbitraire qui n'est bas&#233;e sur aucune diff&#233;rence de fond en nature &#8212;ceci pos&#233;, je lui enl&#232;verai g&#233;n&#233;ralement les guillemets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels liens entre sexe, race et classe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la mani&#232;re dont les liens entre sexe, classe et race ont &#233;t&#233; pens&#233;s, il existe une histoire plut&#244;t longue de la r&#233;flexion. L'importance relative du sexe et de la classe pour la R&#233;volution a fait l'objet de d&#233;bats depuis deux cents ans au moins, avec les St Simonien-ne-s d&#232;s les ann&#233;es 1820 et surtout avec Flora Tristan entre 1830 et 1844. Les d&#233;bats devinrent plus &#226;pres &#224; partir de 1889, avec la II&#232;me internationale, et plus encore &#224; partir de 1919, avec la III&#232;me &#8212;ces deux organisations exigeant comme on le verra au chapitre 1 que l'on mette en veilleuse les questions de sexe pour construire l'unit&#233; du prol&#233;tariat. Bien plus tard, en 1968, c'est la jeune syndicaliste &#233;tats-unienne Frances Beal qui, la premi&#232;re, pose par &#233;crit les implications d'&#234;tre &#224; la fois consid&#233;r&#233;e comme Noire et comme femme. Cependant, c'est aux militantes du Combahee River Collective de Boston qu'il revient l'honneur d'avoir collectivement formul&#233; par &#233;crit pour la premi&#232;re fois en 1977 l'id&#233;e que racisme, capitalisme, patriarcat et h&#233;t&#233;rosexualit&#233; formaient des syst&#232;mes d'oppression imbriqu&#233;s [interlocking systems of oppression]. Pourtant, c'est un autre d&#233;bat qui est davantage visible &#224; la fin des ann&#233;es 70 et au d&#233;but des ann&#233;es 80 : celui qui concerne l'articulation entre patriarcat et capitalisme. Ce d&#233;bat oppose des marxistes plus ou moins f&#233;ministes &#224; des f&#233;ministes plus ou moins radicales. Les positions vont depuis l'affirmation que le capitalisme est un syst&#232;me qui englobe le patriarcat (r&#233;duit &#224; une instance id&#233;ologique ou culturelle) jusqu'&#224; l'id&#233;e contraire selon laquelle le patriarcat a pr&#233;c&#233;d&#233; le capitalisme et s'observe &#233;galement dans le socialisme &#8212;en passant par diverses positions selon lesquelles les deux syst&#232;mes sont articul&#233;s mais relativement autonomes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, quand la proposition de l'intersectionnalit&#233; appara&#238;t, &#224; la toute fin des ann&#233;es 80 et en m&#234;me temps que se d&#233;veloppe l'&#233;pist&#233;mologie f&#233;ministe Noire, beaucoup de choses ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; th&#233;oris&#233;es, m&#234;me si elles ne sont pas n&#233;cessairement int&#233;gr&#233;es dans les d&#233;bats. Il faut aussi constater que les propositions de la diaspora Noire qui vit au Br&#233;sil (pourtant num&#233;riquement la plus importante) restent inconnues des anglophones ou des francophones, tandis que les anglophones, lusophones et hispanophones passent &#224; c&#244;t&#233; des apports du f&#233;minisme mat&#233;rialiste francophone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1990 voient se d&#233;velopper d'autres tendances. D'une part, des perspectives post-modernes et post-coloniales qui affirment qu'il faut cesser de raisonner sur la base de cat&#233;gories g&#233;n&#233;riques-universalisantes comme peuvent l'&#234;tre &#171; les femmes &#187;. D'autre part, un retour progressif de th&#232;ses d'inspiration marxiste et/ou globalisantes, comme les courants d&#233;coloniaux qui &#233;mergent en Am&#233;rique du Sud et aux Etats-Unis peu avant le tournant du mill&#233;naire et s'enrichissent de perspectives f&#233;ministes d&#232;s la fin des ann&#233;es 2000 &#8212;nous y reviendrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois &#233;chelles pour une question&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit la perspective dans laquelle on envisage l'articulation des rapports sociaux, on peut distinguer au moins trois niveaux d'interrogation. Le premier se place &#224; l'&#233;chelle des personnes, des processus de subjectivation, de la conscience et de l'identit&#233;. On se demande alors ce que les diff&#233;rents syst&#232;mes et leur conjonction produisent sur les identit&#233;s, les comportements, les discriminations. On s'interroge &#233;galement, d'un point de vue &#233;pist&#233;mologique, sur le point de vue [standpoint] sur la soci&#233;t&#233; que cr&#233;e pour chacun-e sa position particuli&#232;re dans les diff&#233;rents rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me niveau se trouve &#224; l'&#233;chelle tr&#232;s macro et abstraite des syst&#232;mes eux-m&#234;mes : certes, ils se construisent mutuellement, se renforcent ou s'appuient les uns sur les autres, mais il ne s'agit pas d'une simple addition. Ils peuvent &#234;tre par moments en contradiction ou en concurrence : les normes qu'ils produisent par exemple, s'av&#232;rent bien souvent paradoxales pour les personnes. Plus structurellement, les logiques globales des syst&#232;mes semblent aussi entrer en contradiction. Ainsi, par exemple, la tendance du syst&#232;me capitaliste &#224; absorber toute la main-d'&#339;uvre en vue de son exploitation, en mettant les femmes sur le march&#233; du travail salari&#233;, vide les foyers et provoque de mani&#232;re r&#233;p&#233;t&#233;e des crises de la reproduction sociale qui en viennent &#224; menacer la continuit&#233; m&#234;me du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, on peut se demander comment l'articulation de ces rapports sociaux ou syst&#232;mes &#233;volue avec le temps &#8212;et s'ils ont toujours coexist&#233;. Cette perspective s'int&#233;resse alors davantage &#224; la fa&#231;on dont la dynamique de l'articulation de ces rapports produit le mouvement de l'histoire humaine, tout au moins dans les derniers si&#232;cles. Il s'agit alors de revisiter l'histoire lin&#233;aire du capitalisme en mettant en lumi&#232;re l'action de plusieurs dynamiques ou contradictions imbriqu&#233;es au lieu de la seule contradiction de classe (&#171; sociale &#187;) comme moteur de l'histoire (Falquet, 2016 ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Projet de l'ouvrage et fondements &#233;pist&#233;mo-m&#233;thodologiques &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'&#233;rosion des sch&#233;mas d'analyse et d'action pr&#233;c&#233;dents, &#224; la difficult&#233; &#224; mettre en pratique de nouveaux concepts parfois mal compris et au d&#233;sarroi g&#233;n&#233;ralis&#233; caus&#233; par le mart&#232;lement de l'id&#233;e qu'il n'y aurait pas d'alternative, cet ouvrage affirme un double objectif, th&#233;orique et pratique. D'une part, documenter et mieux comprendre les luttes sociales qui tentent de r&#233;sister aux injustices r&#233;sultant de ces multiples rapports sociaux imbriqu&#233;s et y cherchent des alternatives. D'autre part, apporter &#224; la compr&#233;hension th&#233;orique du fonctionnement simultan&#233; de plusieurs rapports sociaux (tout particuli&#232;rement de sexe, race et classe).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, l'analyse des mouvements sociaux comme producteurs non seulement d'action mais aussi de savoirs et d'analyses, constituera la cl&#233; d'entr&#233;e. Deux grandes raisons pr&#233;sident &#224; ce choix. D'abord, les mouvements sociaux ont l'avantage de se trouver au niveau mezzo : ils nous parlent de conscience et d'actions collectives qui s'appuient sur des situations individuelles tout en visant &#224; transformer un cadre structurel, ce qui permet d'observer aussi bien le micro-social que le macro-social. Ensuite, parce qu'ils nous permettent d'aller au-del&#224; des agir-sentir-penser individuels, plus fragiles et souvent plus difficiles &#224; objectiver. La praxis socio-politique, souvent dense, durable, engageante &#8212;et pour beaucoup, co&#251;teuse et risqu&#233;e&#8212; constitue au contraire un mat&#233;riau d'analyse pr&#233;cieux, public, d&#233;j&#224; &#233;labor&#233; et partiellement ordonn&#233; par les acteur-e-s. Produisant actions, discours, tracts, manifestes et autres documents concrets, elle constitue en quelque sorte la face mat&#233;rielle et collective de la subjectivation individuelle[8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre choix m&#233;thodologique important consiste &#224; se centrer sur des mouvements sociaux essentiellement ou exclusivement compos&#233;s de membres de groupes minoritaires[9] dans un ou plusieurs des rapports sociaux. Je me concentrerai ici sur ceux o&#249; l'on trouve une grande proportion de personnes socialement consid&#233;r&#233;es comme femmes. Deux raisons &#224; ce : d'abord, la pr&#233;misse &#233;pist&#233;mologique que je partage avec Patricia Hill Collins, pour qui les femmes Noires ordinaires poss&#232;dent bel et bien un point de vue sp&#233;cifique sur leur situation et sur la r&#233;alit&#233; sociale (1990) ; et Monique Wittig, qui place au centre de son projet de science des opprim&#233;-e-s, les minoritaires qui refusent de se laisser d&#233;poss&#233;der de leur propre savoir et compr&#233;hension des faits[10] (1980). Ensuite, le fait que ce sont pr&#233;cis&#233;ment des minoritaires &#224; plusieurs &#233;gards, les femmes Noires de classe populaire, qui ont &#233;t&#233; les premi&#232;res &#224; prendre &#224; bras le corps le sujet de l'articulation sexe-race-classe. De fait, jusqu'&#224; aujourd'hui, la tr&#232;s grande majorit&#233; des r&#233;flexions sur la question est port&#233;e par des f&#233;ministes, principalement racis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me &#233;l&#233;ment de m&#233;thodologie : tous les mouvements pr&#233;sent&#233;s et analys&#233;s dans cet ouvrage sont issus du continent Am&#233;ricain. Ce choix ob&#233;it lui-m&#234;me &#224; plusieurs consid&#233;rations. Abya Yala est d'abord mon champ de sp&#233;cialit&#233;, &#224; propos duquel je travaille et o&#249; j'ai v&#233;cu durant d'importantes p&#233;riodes depuis trente ans. Ensuite, travailler sur Abya Yala est doublement heuristique. D'une part, parce qu'une colonisation tr&#232;s ancienne, brutale, profonde et durable combin&#233;e &#224; deux si&#232;cles d'ind&#233;pendance ont cr&#233;&#233; entre ce continent et l'Europe une familiarit&#233; certaine en m&#234;me temps qu'une alt&#233;rit&#233; r&#233;elle &#8212;soit une distance id&#233;ale pour nous tendre un miroir particuli&#232;rement r&#233;v&#233;lateur. Ensuite, parce que ce qui appara&#238;t d'abord comme un chemin de traverse &#224; travers des r&#233;gions exotiques et pleines de ferveur r&#233;volutionnaire &#8212;bien sympathiques mais subalternes et finalement peu propices &#224; la mont&#233;e en g&#233;n&#233;ralit&#233; th&#233;orique&#8212; nous conduit pourtant pr&#233;cis&#233;ment dans l'arri&#232;re-cour des &#171; ma&#238;tres du monde &#187;, au c&#339;ur du n&#233;olib&#233;ralisme en train de se b&#226;tir. Or, une sorte de privil&#232;ge &#233;pist&#233;mique[11] se niche dans cette zone g&#233;opolitique, durement exploit&#233;e mais indispensable, tenue pour quantit&#233; n&#233;gligeable alors m&#234;me qu'elle se trouve aux premi&#232;res loges des transformations du capitalisme et dont la population peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme les nouveaux outsider-within[12] de la soci&#233;t&#233; &#233;tats-unienne et par extension, de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale. Nous verrons ce qu'il en ressort en termes &#233;pist&#233;mologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Point de vue situ&#233; et m&#233;thodologie&lt;br class='autobr' /&gt;
O&#249; suis-je ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;ciser d'o&#249; l'on parle est encore souvent vu par les positivistes comme l'aveu d'un regrettable exhibitionnisme-militantisme et d'un parti-pris non-scientifique. Pourtant, je me situe dans la longue lign&#233;e d'un f&#233;minisme qui a besoin non seulement de savoir d'o&#249; les gens parlent, mais aussi qui demande &#224; chacun-e de prendre la mesure du poids de sa position dans sa capacit&#233; &#224; voir et &#224; comprendre ce dont elle ou il parle. Ainsi, ma position en termes sociologiques s'&#233;nonce comme suit : de classe privil&#233;gi&#233;e tant dans mon origine que dans la profession que j'exerce (enseignante chercheuse statutaire dans une universit&#233; parisienne), de nationalit&#233; privil&#233;gi&#233;e (fran&#231;aise), blanche, non migrante et enfin consid&#233;r&#233;e comme une femme. En termes politiques, j'essaie de contribuer aux luttes collectives pour abolir les rapports sociaux de classe, de race et de sexe. Je combats ma minorisation comme femme par le f&#233;minisme, mais aussi par lesbianisme politique tel que th&#233;oris&#233; par Monique Wittig : je lutte de toutes mes forces contre la pens&#233;e straight en m&#234;me temps que je tente quotidiennement d'&#233;chapper aux rapports d'appropriation priv&#233;e et collectifs mis en &#233;vidence par Colette Guillaumin (2016 [1978])[13].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse des avantages/inconv&#233;nients d'&#234;tre politiquement ou sociologiquement minoritaire ou majoritaire, en g&#233;n&#233;ral et par rapport aux personnes et aux groupes dont on parle, d'en &#234;tre proche ou lointain-e politiquement, emplit des livres entiers : mon objectif ici est simplement de donner quelques &#233;l&#233;ments aux lectrices et lecteurs afin qu'ielles en tirent leurs propres r&#233;flexions. Je sympathise sans aucun doute possible avec les mouvements dont je parlerai ici &#8212;ce qui ne signifie nullement une absence d'esprit critique. Au contraire, il me semble que la proximit&#233; ou la participation donne acc&#232;s &#224; plus d'information (surtout dans des mouvements partiellement clandestins du fait de la r&#233;pression qu'ils affrontent, comme plusieurs de ceux dont je parlerai) et fonde un double droit et devoir de critique. Par ailleurs, ma proximit&#233; avec ces mouvements reste relative. Je me trouve m&#234;me plut&#244;t en retrait, de par ma position sociologique et parce que j'occupe depuis 2003 un poste universitaire &#224; temps complet en France, ce qui a distendu mes liens avec l'autre c&#244;t&#233; de l'Atlantique et avec la militance. Je m'efforce pourtant de faire perdurer ces liens malgr&#233; le manque de temps, car ils me semblent essentiels, tant d'un point de vue &#233;pist&#233;mologique que personnel. De fait, une part consid&#233;rable de mes apprentissages th&#233;oriques, politiques et humains ont eu lieu dans des r&#233;gions p&#233;riph&#233;riques de la M&#233;soam&#233;rique (au Chiapas et au Salvador notamment), en participant au mouvement f&#233;ministe et lesbien, et en proximit&#233; avec diff&#233;rents mouvements populaires. Je leur dois &#233;norm&#233;ment et je travaille dans l'objectif de contribuer &#224; leur r&#233;tro-alimentation et &#224; leurs luttes, notamment dans le cadre du pr&#233;sent ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une m&#233;thodologie composite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#233;thodologie combine ici sociohistoire, science politique et anthropologie, alli&#233;es &#224; des observations sociologiques et ethnographiques directes. La plus grande partie du mat&#233;riau provient des recherches dites de terrain que j'effectue depuis trois d&#233;cennies dans les diff&#233;rentes r&#233;gions concern&#233;es. J'ai v&#233;cu au Chiapas presque un an en 1989-1990, avant le soul&#232;vement zapatiste (qui fait l'objet du 2&#232;me chapitre) et je suis retourn&#233;e de tr&#232;s nombreuses fois sur place. J'ai ensuite v&#233;cu plus de deux ans au Salvador (analys&#233; au chapitre 1), pour mes recherches de th&#232;se. J'ai particip&#233; au mouvement f&#233;ministe et lesbien-f&#233;ministe de la r&#233;gion &#224; chaque fois que je vivais sur le continent. Sur plus de vingt ans, j'ai assist&#233; &#224; plusieurs rencontres continentales f&#233;ministes et lesbiennes f&#233;ministes, qui donnent le pouls de ces mouvements et permettent de rencontrer-retrouver les militantes dispers&#233;es aux quatre coins du monde. J'ai interview&#233; et traduit plusieurs d'entre elles. Je me suis &#233;galement appuy&#233;e sur la litt&#233;rature grise aussi bien que scientifique, en tentant de mettre en valeur le travail des autrices du continent, surtout Autochtones et Noires. Tout cela nourrit les chapitres 4, 5 et 6. Le chapitre 3 a requis un autre type de m&#233;thodologie, s'agissant d'un pays que je connaissais mal (les Etats-Unis) et d'un groupe n'existant plus et auquel en tant que blanche je n'aurais absolument pas pu participer (le Combahee River Collective). Je m'&#233;tais, &#224; l'origine, propos&#233; de traduire en fran&#231;ais sa D&#233;claration f&#233;ministe Noire[14] et il me semblait important de contextualiser ce texte fondateur : ce travail constitue la base du chapitre 3. Je me suis appuy&#233;e tr&#232;s fortement sur la litt&#233;rature secondaire[15], ainsi que sur un r&#233;seau de coll&#232;gues, complices et amies poss&#233;dant une connaissance fine des Etats-Unis et des luttes f&#233;ministes Noires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;cisions th&#233;oriques et conceptuelles&lt;br class='autobr' /&gt;
Vari&#233;t&#233; de la conscience de soi des femmes &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si toutes les soci&#233;t&#233;s aujourd'hui connues semblent distinguer au moins des femelles et des m&#226;les, les mani&#232;res concr&#232;tes dont chacune organise et conceptualise les rapports sociaux de sexe sont extr&#234;mement vari&#233;es. En 1985, dans un article fondateur, l'anthropologue Nicole-Claude Mathieu montrait les profondes diff&#233;rences dans la mani&#232;re de concevoir le sexe, le genre et la sexualit&#233;, selon les &#233;poques et les cultures. Elle mettait ainsi en &#233;vidence trois grandes conceptions de l'identit&#233; : naturaliste (mode I), culturaliste (mode II) et socio-logique (mode III).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le &#171; mode I &#187;, qui nous est souvent le plus familier, au point de le penser unique, on croit dur comme fer que le sexe est naturel et se d&#233;cline en deux et seulement deux cat&#233;gories mutuellement exclusives, femelles et m&#226;les &#8212;qui s'incarnent dans les corps des individus. Le sexe est con&#231;u comme central dans l'identit&#233;, identit&#233; pens&#233;e de mani&#232;re individuelle. Le sexe d&#233;termine m&#233;caniquement le genre social (&#233;galement d&#233;clin&#233; en deux types r&#233;put&#233;s ais&#233;ment reconnaissables et mutuellement exclusifs, les femmes et les hommes). L'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; est vue comme le couronnement naturel et la confirmation &#233;clatante de &#171; la diff&#233;rence des sexes &#187;, elle-m&#234;me con&#231;ue comme naturelle, universelle et intangible (selon une id&#233;ologie que Monique Wittig (1980) baptisa la pens&#233;e straight[16]). Ce mode I, aux expressions vari&#233;es, domine largement dans les soci&#233;t&#233;s occidentales contemporaines &#8212;et donc dans la majorit&#233; des mouvements f&#233;ministes et LGBTQI qui s'y sont &#233;panouis. La conception naturaliste de l'identit&#233; est &#233;galement pr&#233;sente aussi bien chez les Swahili du Kenya ou les Hijras de l'Inde que chez les Inuit du cercle polaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le &#171; mode II &#187;, l'identit&#233; qui prime est celle de genre. Elle est collective, li&#233;e &#224; des pratiques sociales communes et g&#233;n&#233;ralement scand&#233;e par de multiples initiations et rituels. Elle est appuy&#233;e par diverses associations plus ou moins formelles regroupant les femmes, les jeunes femmes, les hommes de tel groupe d'&#226;ge, les guerriers, etc. Le sexe n'est qu'un support symbolique du genre, avec lequel il maintient une relation analogique. Cependant, l'on a bien conscience que le genre est avant tout culture et appartenance collective. L'habit, par exemple, fait le sexe. L'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; reste aussi obligatoire que dans le mode I, mais elle est diff&#233;rente puisqu'elle met en lien des personnes de genre oppos&#233;, ind&#233;pendamment de leur sexe. Ce mode II, dans toutes ses variantes, domine dans un certain nombre de soci&#233;t&#233;s non-occidentales[17]. Il a donn&#233; lieu &#224; bon nombre d'incompr&#233;hensions et de condamnations chez bien des colonisateur-e-s et des anthropologues, mais aussi &#224; une certaine fascination chez d'autres, croyant voir des lesbiennes, des gays, des queers ou des trans l&#224; o&#249; la population concern&#233;e organise en fait le respect de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;. Selon Mathieu, ce mode II peut aussi &#234;tre discern&#233; chez certaines &#171; f&#233;ministes socialistes &#187; ou &#171; f&#233;ministes marxistes &#187; anglo-saxonnes (en France, dans la tendance dite &#171; lutte de classes &#187;). Elle indique aussi que &#171; dans les soci&#233;t&#233;s occidentales, cette bipartition en groupes de sexe existe dans les communaut&#233;s paysannes. En milieu urbain y correspondent des ph&#233;nom&#232;nes comme les &#171; clubs de femmes &#187; &#187; (pp 221-222).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans le &#171; mode III &#187;, qui caract&#233;rise notamment les courants que Mathieu nomme f&#233;minisme radical et lesbianisme politique dans les soci&#233;t&#233;s occidentales contemporaines, on a conscience que le genre est une cat&#233;gorie politique d'opposition et de hi&#233;rarchie, arbitraire, sociale. Comme l'a &#233;crit Christine Delphy (1998), on sait tr&#232;s bien que le genre construit le sexe au cours d'un long processus que Mathieu nomme la diff&#233;renciation des sexes (2014 [1991b]). C'est la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re qui, selon le genre attribu&#233; aux personnes, travaille sans rel&#226;che les esprits mais aussi directement les corps, en y apposant toutes sortes de marques plus ou moins permanentes destin&#233;es &#224; signifier et &#224; naturaliser la &#171; diff&#233;rence &#187; des sexes et surtout, les in&#233;galit&#233;s de pouvoir (Guillaumin, 1992). Mathieu place &#233;galement dans ce mode III le mouvement de r&#233;sistance au mariage qui compta jusqu'&#224; une centaine de milliers d'ouvri&#232;res de la soie dans le Delta de la rivi&#232;re Perle au sud de la Chine entre 1865 et 1935, ou la r&#233;volte des paysannes Kono de l'est du Sierra Leone en 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#234;tre et se sentir femme (ou homme) recouvre des r&#233;alit&#233;s extr&#234;mement diff&#233;rentes, y compris dans un m&#234;me espace national. Les analyses des personnes et des mouvements f&#233;ministes ou LGBTQI d&#233;pendent du mode de conceptualisation des liens entre sexe, genre et sexualit&#233; dans lequel ielles se trouvent. Retenons que Mathieu affirme que le mode II peut favoriser la mobilisation en tant que femmes, sur la base d'une conscience de sexe partag&#233;e s'&#233;laborant dans des entre soi de femmes &#8212;lorsque ceux-ci sont socialement encourag&#233;s. Cependant, cette mobilisation n'est pas n&#233;cessairement &#171; f&#233;ministe &#187; au sens du mode III.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plusieurs compr&#233;hensions du f&#233;minisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre &#233;l&#233;ment important est la complexit&#233; du mouvement f&#233;ministe, travers&#233; de profonds antagonismes. Monique Wittig (1980) a &#233;t&#233; la premi&#232;re &#224; souligner l'ambigu&#239;t&#233; du terme m&#234;me de f&#233;minisme. Certaines le comprennent comme une d&#233;fense de ce que Wittig appelle le &#171; mythe de La Femme &#187;, &#224; savoir une d&#233;fense de la f&#233;minit&#233; et de toutes ses composantes telles que d&#233;finies par le syst&#232;me patriarcal en vigueur. D'autres &#224; l'inverse visent l'abolition pure et simple des rapports sociaux (de sexe) dont la logique cr&#233;e les femmes (comme opprim&#233;es) et les hommes (comme oppresseurs). Dans une conf&#233;rence tenue en 1998, Colette Guillaumin (2017) proposait pour sa part de distinguer &#171; la diversit&#233; des mouvements de femmes &#224; travers leur mode d'intervention sociale selon qu'ils seraient dans une optique &#8216;corporatiste', &#8216;syndicale' ou &#8216;politique' &#187;. La logique corporatiste signifie se concentrer uniquement sur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; les int&#233;r&#234;ts des &#171; femmes en tant que femmes &#187;, c'est-&#224;-dire explicitement et intrins&#232;quement en tant que piliers de leur communaut&#233;, d&#233;finies par les hommes de cette communaut&#233; &#224; laquelle et auxquels elles appartiennent. [Il s'agit] en quelque sorte de d&#233;fense et promotion des int&#233;r&#234;ts d'un groupe professionnel, celui des &#233;pouses et m&#232;res [&#8230;]. Ce corporatisme serait la d&#233;fense des vraies femmes [&#8230; selon une&#8230;] conception des femmes comme &#233;l&#233;ments d'une communaut&#233; o&#249; elles doivent prendre leur place, toute leur place et seulement leur place. &#187; (Guillaumin, 2017)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La logique &#171; syndicale &#187; est d&#233;finie comme :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; la d&#233;fense des femmes certes, mais &#233;galement l'acquisition de droits meilleurs ou plus &#233;quitables, bref une conqu&#234;te et une recomposition de la distribution sociale, celle des r&#244;les et celle des biens, de fa&#231;on &#224; ce que hommes et femmes atteignent une sorte d'&#233;quilibre statutaire de partenaires, sans d'ailleurs que le statut de &#171; femme &#187; et celui d'&#171; homme &#187; soient eux-m&#234;mes interrog&#233;s. &#187; &lt;/i&gt; (idem)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette logique n'interroge donc pas non plus l'existence m&#234;me des femmes et des hommes, m&#234;me si elle cherche ce qu'on nomme parfois l'&#233;quit&#233;. Enfin,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La perspective diff&#232;re encore si on envisage le f&#233;minisme comme mouvement &#171; politique &#187;, c'est-&#224;-dire comme un mouvement qui a un projet de soci&#233;t&#233; ou qui cherche &#224; en produire un &#187; &lt;/i&gt; (idem)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous en avertit clairement Guillaumin,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; la &#171; d&#233;fense du droit des femmes &#187; et l'anti-sexisme ne sont pas n&#233;cessairement li&#233;s &#224; une pr&#233;occupation d'&#233;mancipation, parfois m&#234;me au contraire [&#8230;] Qu'est-ce, en effet, que &#171; les int&#233;r&#234;ts des femmes &#187; ? Parfois, on croit r&#233;pondre en demandant : &#171; les int&#233;r&#234;ts de quelles femmes ? &#187;, mais c'est une mauvaise question. Ce ne sont pas les femmes qui sont diff&#233;rentes (quoique bien &#233;videmment elles le soient dans leur existence quotidienne), ce sont leurs choix politiques qui le sont. Et ensuite, ce sont leurs possibilit&#233;s mat&#233;rielles qui le sont et ne permettent pas les m&#234;mes d&#233;cisions pratiques. &#187;&lt;/i&gt; (idem)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;flexion sera particuli&#232;rement utile pour comprendre certaines positions de femmes Indiennes zapatistes que nous analyserons dans le chapitre 2 : il est tout &#224; fait possible d'&#234;tre organis&#233;es en tant que femmes, y compris dans un projet r&#233;volutionnaire, sans avoir de projet d'&#233;mancipation pour les femmes, ou en faisant des choix politiques &#171; surd&#233;termin&#233;s &#187; par des possibilit&#233;s mat&#233;rielles qui ne permettent pas, justement, de formuler toutes les revendications que l'on estime d&#233;sirables. Patricia Hill Collins (1986) signale un ph&#233;nom&#232;ne ressemblant pour les femmes Noires, qui peuvent avoir une analyse tr&#232;s aff&#251;t&#233;e des injustices mais taire certaines revendications quand elles se savent dans une situation mat&#233;rielle d&#233;favorable. Elle sugg&#232;re donc de repenser l'activisme pour comprendre la mani&#232;re dont les femmes Noires agissent dans un cadre de &#171; structures d'opportunit&#233;s &#187; bien particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, un travail d'Elsa Galerand (2006) sur la plus grande &#171; organisation-parapluie &#187; transnationale de femmes se revendiquant actuellement comme f&#233;ministe (la Marche mondiale des femmes (MMF)) montre &#224; quel point diff&#233;rentes f&#233;ministes peuvent comprendre de mani&#232;res tr&#232;s vari&#233;es les &#171; int&#233;r&#234;ts des femmes &#187;. Galerand se demande comment appara&#238;t, ou non, une &#171; classe des femmes &#187; (que la MMF pourrait &#171; repr&#233;senter &#187;) qui se mobiliserait en fonction de ses int&#233;r&#234;ts dans les rapports sociaux de sexe. En analysant deux revendications qui causent alors des d&#233;saccords dans la MMF (l'interruption volontaire de grossesse et le lesbianisme), elle fait appara&#238;tre plusieurs paradoxes. Elle constate tout d'abord que les revendications qui font consensus sont celles qui sont li&#233;es &#224; la d&#233;nonciation de la mondialisation et des rapports Nord-Sud (autrement dit, au capitalisme et au colonialisme-racisme). En revanche, IVG et lesbianisme (au sens de Wittig), qui sont pourtant des revendications-cl&#233;s si les femmes veulent pouvoir d&#233;cider de leur procr&#233;ation et tenter d'&#233;chapper &#224; l'appropriation, divisent. En d'autres termes, des revendications qui devraient logiquement &#234;tre au c&#339;ur de la lutte de la MMF puisqu'elles sont centrales pour l'organisation des rapports sociaux de sexe, sont justement celles qui ne font pas consensus. Galerand ajoute que l'analyse que font les f&#233;ministes qu&#233;b&#233;coises du refus de certaines femmes &#171; du Sud &#187; face &#224; ces revendications, est doublement probl&#233;matique. D'une part, parce que les premi&#232;res estiment que c'est un &#171; retard culturel &#187; ou l'existence &#171; d'autres priorit&#233;s &#187; (sous entendu, mat&#233;rielles et &#171; plus s&#233;rieuses &#187;) qui explique les r&#233;ticences des secondes. D'autre part, parce que l'analyse montre &#224; quel point ce sont en r&#233;alit&#233; les f&#233;ministes du Qu&#233;bec qui ont une compr&#233;hension r&#233;ductrice de l'IVG et du lesbianisme, comme s'il s'agissait de &#171; lubies &#187; ou de revendications &#171; de confort &#187;, alors que l'imposition de pratiques h&#233;t&#233;rosexuelles suivies de grossesses forc&#233;es est au c&#339;ur de l'oppression mat&#233;rielle des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques pr&#233;cisions sur la race (et la classe)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les &#171; rapports sociaux de sexes &#187;, le concept m&#234;me de &#171; rapports sociaux de race &#187; reste insuffisamment utilis&#233; malgr&#233; son importance pour d&#233;naturaliser les logiques racistes et les &#233;tudier d'une mani&#232;re pleinement sociologique. Rappelons avec Dani&#232;le Juteau (2017) que Guillaumin (1972) a &#233;t&#233; la premi&#232;re &#224; souligner que le racisme n'&#233;tait pas le traitement in&#233;galitaire et injuste de groupes diff&#233;rents qui lui pr&#233;existeraient, mais bien la logique qui cr&#233;e id&#233;ologiquement puis produit socialement et mod&#232;le physiquement ces groupes en vue de leur imposer un traitement diff&#233;renci&#233; &#8212;tout particuli&#232;rement le travail esclave ou forc&#233;. J'entendrai ces rapports sociaux de race comme Guillaumin, &#224; savoir comme des rapports d'appropriation physique des corps comme machines-&#224;-force de travail, l&#233;gitim&#233;s par une puissante id&#233;ologie de la Nature[18] qui se forge progressivement dans le syst&#232;me colonial de plantation organis&#233; par la traite transatlantique. Cependant, si Guillaumin pense particuli&#232;rement &#224; la mise en esclavage de populations Africaines et &#224; la naturalisation du marqueur &#171; peau noire &#187;, pour ce qui nous int&#233;resse, il faudra &#233;galement inclure dans l'&#233;quation les tr&#232;s nombreuses et tr&#232;s diverses populations autochtones du continent Am&#233;ricain[19]. Beaucoup d'entre elles ont &#233;galement fait l'objet de contrainte au travail sous diff&#233;rentes formes, voire de mise en esclavage pure et simple, m&#234;me si d'autres sont parvenues jusqu'&#224; aujourd'hui &#224; &#233;viter le contact avec le monde occidental. C'est pourquoi il faut souligner l'existence de plusieurs logiques de rapports sociaux de race construisant plusieurs groupes &#171; racis&#233;s &#187; bien diff&#233;rents, de m&#234;me qu'il existe en fait plusieurs sortes de groupes &#171; racisants &#187;. Nous aurons l'occasion de revenir sur ces questions dans l'ouvrage, tout particuli&#232;rement dans sa deuxi&#232;me partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, on aura dans ce livre un aper&#231;u d'une grande vari&#233;t&#233; des logiques de racisation. Les populations Noires et blanches d'Abya Yala diff&#232;rent de celles des Etats-Unis, mais aussi de celles de la France m&#233;tropolitaine : on se gardera donc de tout parall&#232;le h&#226;tif. Les rapports sociaux de race constituant les populations Indiennes diff&#232;rent &#233;galement de ceux qui cr&#233;ent les populations Noires. Quant au m&#233;tissage, absolument central politiquement, sociologiquement et dans la vie concr&#232;te des personnes, il s'av&#232;re extr&#234;mement complexe et capital pour comprendre le continent. Il a abouti &#224; cr&#233;er toutes sortes de groupes au-del&#224; des cat&#233;gories connues en Europe (Indien-ne-s, Noir-e-s et blanc-he-s). Il existe par exemple de nombreuses logiques de m&#233;tissage entre populations Indiennes et Noires, produisant des populations parfois consid&#233;r&#233;es comme Afrodescendantes (Garifuna), d'autres fois comme Indiennes (Miskito). Et plus largement, comme le montrent les fameuses &#171; peintures de castes &#187; du XVIII&#232;me si&#232;cle, il existe une infinit&#233; d'unions possibles entre personnes elles-m&#234;mes m&#233;tiss&#233;es qui complexifient la situation. Il ne faut pas s'y tromper cependant : ce m&#233;tissage ne signifie aucunement une att&#233;nuation du racisme, qui reste orient&#233; vers un id&#233;al g&#233;n&#233;ral de blanchiment. Quant aux populations blanches cr&#233;oles, du fait m&#234;me du m&#233;tissage, je les qualifierai parfois de blanches, parfois de blanches-m&#233;tisses (m&#234;me s'il existe de tr&#232;s nombreuses fa&#231;ons de les d&#233;nommer selon les contextes). En effet, si la plupart apparaissent comme privil&#233;gi&#233;es dans les rapports de race sur le continent, lorsqu'elles sont en Europe ou aux Etats-Unis, la plupart sont trait&#233;es comme racis&#233;es. Cela, m&#234;me si certaines populations d'origine europ&#233;enne ont mis leur point d'honneur &#224; &#233;viter tout &#171; m&#233;lange &#187; et s'enorgueillissent parfois de poss&#233;der un sang de rh&#233;sus O[20].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi &#233;voquer les liens complexes mais &#233;troits que la race poss&#232;de sur le continent avec la classe. On sait que la compr&#233;hension marxiste classique des classes sociales et du d&#233;veloppement du capitalisme occidental a &#233;t&#233; r&#233;cemment questionn&#233;e par la th&#233;orie d&#233;coloniale. Le p&#233;ruvien Anibal Quijano (2000) notamment, a affirm&#233; que la formation des classes en Abya Yala avait &#233;t&#233; assez diff&#233;rente de celle qui avait pr&#233;valu en Europe. Sur le &#171; vieux continent &#187;, l'analyse marxiste montre comment un processus historique de plusieurs si&#232;cles a progressivement transform&#233; des soci&#233;t&#233;s f&#233;odales, en faisant appara&#238;tre des communes libres &#224; partir du milieu du XI&#232;me si&#232;cle, puis des bourgs et des villes franches, au sein desquelles une bourgeoisie s'est peu &#224; peu form&#233;e, dont on conna&#238;t le destin historique accompli &#224; la fin du XVIII&#232;me si&#232;cle : renverser le monde f&#233;odal et prendre le pouvoir. Cette bourgeoisie s'est ensuite consolid&#233;e tout au long du XIX&#232;me si&#232;cle, en m&#234;me temps que se d&#233;veloppait sur les d&#233;combres de l'ancien r&#233;gime une v&#233;ritable r&#233;volution industrielle. Apr&#232;s un accouchement particuli&#232;rement long et &#233;prouvant, celle-ci donnait le jour &#224; une nouvelle configuration sociale o&#249; certains finirent par discerner une nouvelle classe sociale en formation, qui fut baptis&#233;e prol&#233;tariat et &#224; qui ils pr&#233;sag&#232;rent un avenir radieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Abya Yala, rien de tout cela. Les choses commenc&#232;rent plus tard mais beaucoup plus brutalement en 1492 par un immense g&#233;nocide qui an&#233;antit vraisemblablement 90% de la population originelle, extr&#234;mement diverse, transforma brutalement en &#171; Indien-ne-s &#187; les rares survivant-e-s et les mit aussit&#244;t au travail. C'est la raison pour laquelle Quijano affirme que bien avant l'apparition du prol&#233;tariat en Europe, la premi&#232;re classe sociale qui permit l'accumulation primitive &#8212;qui devait engendrer le capitalisme&#8212; &#233;tait en fait une population racis&#233;e. Pour le dire tr&#232;s rapidement, selon Quijano, les Blanc-he-s se seraient ensuite et jusqu'&#224; aujourd'hui, r&#233;serv&#233; l'acc&#232;s au travail salari&#233; &#8212; &#224; la prol&#233;tarisation comme condition &#171; noble &#187; si l'on peut dire. Nous ne pouvons ici rentrer dans la complexit&#233; des d&#233;bats ouverts par cette r&#233;flexion. Cependant, il est utile de souligner que sur le continent, la race et la classe sont effectivement li&#233;es d'une mani&#232;re sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, jusqu'&#224; aujourd'hui, la couleur fonc&#233;e de la peau y reste tr&#232;s fortement corr&#233;l&#233;e &#224; une position sociale tr&#232;s d&#233;favoris&#233;e. Pourtant, il y eut depuis le d&#233;but de la colonisation, par le m&#233;canisme des affranchissements, du rachat ou de la fuite, des Noir-e-s et des M&#233;tis-ses libres. Certain-e-s poss&#233;dant m&#234;me des esclaves, voire devenant &#224; leur tour trafiquant-e-s, comme une partie des c&#233;l&#232;bres Agoudas, acc&#233;dant &#224; des positions sociales &#233;minentes. Si les Indien-ne-s, davantage confin&#233;-e-s ou r&#233;fugi&#233;-e-s dans le monde rural, connurent structurellement moins d'ascension sociale, l'un d'entre eux &#8212;Benito Ju&#225;rez, au Mexique&#8212; fut cependant deux fois &#233;lu &#224; la pr&#233;sidence du pays, en 1861 et 1867. Au demeurant, la &#171; couleur &#187; de la peau n'est pas l'&#233;l&#233;ment d&#233;terminant de la classification ethnico-raciale pour les Indien-ne-s : c'est g&#233;n&#233;ralement la ma&#238;trise ou non d'une langue Indienne qui est utilis&#233;e, notamment dans les recensements[21]. Il est donc difficile de superposer rigoureusement les positions de classe et de race, tout du moins en fonction de marqueurs ph&#233;notypiques. D'autant plus que l'on trouve aujourd'hui, notamment au Br&#233;sil et en Argentine, de larges pans de populations blondes aux yeux bleus dans les plus basses classes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, Abya Yala n'a pas r&#233;ellement connu l'&#233;volution de structures f&#233;odales vers un syst&#232;me capitaliste via une urbanisation progressive suivie d'un processus r&#233;volutionnaire, ni &#224; la formation d'un couple dialectique bourgeoisie/prol&#233;tariat. Il y eut certes des Quilombos et des Palenques[22] essentiellement Noirs et des &#171; zones de refuge &#187; Indiennes, rompant partiellement avec les cha&#238;nes esclavagistes et f&#233;odales, mais aucune ville franche ne se d&#233;veloppa. De m&#234;me, bien qu'on ait assit&#233; &#224; d'importantes luttes pour l'ind&#233;pendance, mobilisant des pans entiers des populations Indiennes et Noires &#224; l'or&#233;e du XIX&#232;me si&#232;cle, on ne vit pas &#224; proprement parler de processus r&#233;volutionnaire d&#233;truisant les anciennes classes. De fait, l'industrialisation et la prol&#233;tarisation des classes populaires furent tr&#232;s longtemps et presque partout emp&#234;ch&#233;es par le maintien du latifundisme agro-exportateur et du p&#233;onage. La paysannerie et le prol&#233;tariat agricole rest&#232;rent et demeurent extr&#234;mement importants jusqu'&#224; aujourd'hui. Ainsi, la peau fonc&#233;e est associ&#233;e &#224; l'absence de privil&#232;ges, mais aussi souvent &#224; la ruralit&#233; ou aux emplois informels urbains, plut&#244;t qu'au prol&#233;tariat industriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#202;tre Indien-ne ou Noir-e en Am&#233;frique ladine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mani&#232;re de r&#233;sum&#233;, retenons que pour Abya Yala, parler de populations Indiennes peut renvoyer &#224; des situations assez diff&#233;rentes, que l'on peut regrouper autour de trois p&#244;les. Des populations urbaines, g&#233;n&#233;ralement issues de migrations internes assez r&#233;centes, parlant la langue nationale et en partie &#171; fondues &#187; dans le reste de la population m&#233;tisse &#8212;elles constituent parfois la majorit&#233; de la population Indienne. Des populations rurales-paysannes &#8212;souvent descendantes des peuples vassalis&#233;s par les grands empires Azt&#232;que, Maya et Inca, ont &#233;t&#233; graduellement oblig&#233;es &#224; un processus de &#171; colonisation agricole &#187; interne les repoussant vers des zones inhospitali&#232;res. Enfin, des populations rurales-foresti&#232;res, y compris les populations dites &#171; non-contact&#233;es &#187; souvent descendantes des populations qui &#233;taient demeur&#233;es en dehors des grands Empires pr&#233;hispaniques, g&#233;n&#233;ralement monolingues et parmi les moins &#171; int&#233;gr&#233;es &#187; au reste de la soci&#233;t&#233;. Dans leur ensemble, les populations Indiennes, m&#234;me urbaines, revendiquent g&#233;n&#233;ralement un lien tr&#232;s fort avec le territoire-Terre, qu'elles d&#233;fendent avec la derni&#232;re &#233;nergie car il est associ&#233; &#224; leur vie culturelle et spirituelle et donc &#224; leur existence-m&#234;me en tant que groupes sp&#233;cifiques. Il est extr&#234;mement rare de trouver des Indien-ne-s dans les classes sup&#233;rieures, m&#234;me si la derni&#232;re d&#233;cennie a vu &#233;merger de nouvelles g&#233;n&#233;rations d'intellectuel-le-s Indien-ne-s (au Br&#233;sil ou au Guatemala par exemple) dont les travaux constituent une des composantes les plus stimulantes de la litt&#233;rature du continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les populations Noires quant &#224; elles, si elles revendiquent tr&#232;s souvent leur ancestralit&#233;, ne poss&#232;dent g&#233;n&#233;ralement pas le m&#234;me lien au territoire-Terre &#8212;m&#234;me lorsqu'il s'agit de communaut&#233;s rurales et paysannes ou foresti&#232;res install&#233;es au m&#234;me endroit depuis longtemps, comme c'est le cas des communaut&#233;s quilombolas du Br&#233;sil ou palenqueras de Colombie. Une partie tr&#232;s importante de la population Noire est urbaine, parle la langue dominante m&#234;me si elle utilise parfois &#233;galement un cr&#233;ole propre, et l'&#233;ventail des appartenances de classe est plut&#244;t plus ouvert que celui des populations Indiennes. Une part sans doute plus importante est prol&#233;taire agricole ou industrielle, alors qu'il existe une plus forte tradition de petite paysannerie parmi les populations Indiennes, certaines &#233;tant parvenues &#224; conserver des terres (rarement les m&#234;mes qu'il y a cinq cents ans) malgr&#233; la colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, sur le plan du vocabulaire le plus adapt&#233; pour nommer ces diff&#233;rentes populations, l'ouvrage montre mes &#233;volutions et mes h&#233;sitations. Elles se placent &#224; plusieurs niveaux. D'abord, plusieurs termes sont utilis&#233;s par les populations concern&#233;es : ils diff&#232;rent selon les r&#233;gions mais aussi les p&#233;riodes, les luttes produisant souvent de nouvelles d&#233;nominations, qui ne sont pas adopt&#233;es au m&#234;me rythme par tout le monde. Ensuite, la traduction en fran&#231;ais varie elle aussi selon les pays francophones concern&#233;s, les courants th&#233;oriques et politiques ; de plus, elle &#233;volue. Ainsi, lorsque j'ai commenc&#233; mes recherches, le terme &#171; autochtone &#187; &#233;tait utilis&#233; presque exclusivement au Qu&#233;bec, tandis que le reste de la francophonie employait essentiellement le terme &#171; Indien &#187;. En effet, la traduction de l'espagnol ind&#237;gena (terme g&#233;n&#233;ralement consid&#233;r&#233; comme moins d&#233;pr&#233;ciatif qu'indio) ne saurait &#234;tre &#171; indig&#232;ne &#187; qui, faisant r&#233;f&#233;rence &#224; un statut colonial bien particulier, constituerait non seulement un complet anachronisme mais aussi un certain m&#233;pris de l'histoire, sachant que les Europ&#233;ens de l'&#233;poque pensaient &#234;tre parvenus en Inde et non pas en &#171; indig&#233;nie &#187;. En dehors de ce probl&#232;me de choix du terme en fran&#231;ais, on notera que toute une partie des mouvements du continent se nomment Indios ou Ind&#237;genas et tr&#232;s peu se disent Aut&#243;ctonas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, j'ai moi-m&#234;me suivi plusieurs usages successifs, pour &#234;tre au plus pr&#232;s des termes utilis&#233;s par les premi&#232;r-e-s concern&#233;-e-s tout en restant intelligible pour le public francophone. La nouvelle terminologie propos&#233;e par les f&#233;ministes antiracistes comme la th&#233;oricienne afrobr&#233;silienne L&#233;lia Gonz&#225;lez (que l'on rencontrera au chapitre 4), puis plus r&#233;cemment par le courant d&#233;colonial, peuvent d&#233;concerter. R&#233;p&#233;tons donc qu'Abya Yala d&#233;signera dans cet ouvrage, l'Am&#233;rique latine (Mexique, Am&#233;rique centrale, Am&#233;rique du Sud) et les Cara&#239;bes, &#224; l'exclusion des Etats-Unis et du Canada. Le terme Am&#233;frique ladine, en revanche, inclura les Etats-Unis. Afin d'&#233;viter les anachronismes et les effets de mode, j'emploierai &#233;galement la d&#233;signation classique d'Am&#233;rique latine et des Cara&#239;bes, dans la mesure o&#249; elle a tr&#232;s longtemps &#233;t&#233; utilis&#233;e par les militant-e-s du continent pour se nommer et reste en vigueur en dehors des cercles d&#233;coloniaux. De la m&#234;me mani&#232;re, j'&#233;cris parfois Noir-e, parfois Afro, parfois Afrodescendant-e, ou encore Am&#233;fricain-e, selon les contextes et en fonction des p&#233;riodes d'&#233;criture des chapitres, sachant que m&#234;me parmi les militant-e-s, l'usage n'est pas tranch&#233;. Enfin, pour ce qui est des populations Indiennes, beaucoup pr&#233;f&#232;rent aujourd'hui des termes qui ne les assignent pas &#224; une erreur g&#233;ographique et coloniale (autochtones, premi&#232;res nations, peuples originaires, peuples premiers) ou mieux, qui les d&#233;signe de mani&#232;re non-homog&#233;n&#233;&#239;sante, par le nom de leur langue sp&#233;cifique, au reste souvent diff&#233;rent de celui qui leur avait &#233;t&#233; attribu&#233; par les anthropologues. Ainsi au Guatemala, la majeure partie des Indien-ne-s sont plus pr&#233;cis&#233;ment Maya, mais les groupes Maya se subdivisent en ethnies tr&#232;s diff&#233;renci&#233;es dont les langues ne sont pas mutuellement compr&#233;hensibles, comme les Mam et les Kakchikel ou les Ixil. Au Mexique, les Pur&#233;pecha ont choisi de revendiquer cette appellation plut&#244;t que l'ancien &#171; Tarasque &#187; qui les qualifiait. Dans les Andes, les Kichwa ne sont autres que les Quechua. Je m'efforcerai ici en tout cas de respecter les usages contextuels des un-e-s et des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation des chapitres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les six chapitres qui composent l'ouvrage ont un double objectif. D'abord, sur un plan socio-historique, documenter l'histoire et l'action de mouvements sociaux &#224; travers la perspective de l'imbrication des rapports sociaux de sexe, race et classe. Il s'agit notamment d'aller au-del&#224; de l'id&#233;e que les mouvements sociaux sont, ou devraient &#234;tre avant tout, bas&#233;s sur la mobilisation d'identit&#233;s &#8212;tout particuli&#232;rement les mouvements de femmes ou de populations racis&#233;es, souvent si naturalis&#233;es que l'on s'&#233;tonne que leurs mouvements ne soient pas unis et monolithiques. L'essentialisme strat&#233;gique qui semble poindre parfois dans certains de ces mouvements m&#233;rite d'ailleurs, lui aussi, d'&#234;tre interrog&#233; &#224; l'aune de l'imbrication des rapports sociaux. Il s'agit &#233;galement de saisir la complexit&#233; de la conscience des individu-e-s qui les composent, et des &#233;volutions de cette conscience de soi dans le cadre de luttes collectives. Ensuite, sur le plan &#233;pist&#233;mologique, l'ouvrage cherche &#224; comprendre les liens entre positions multiplement minoritaires et &#233;laboration d'analyses complexes de la r&#233;alit&#233; sociale. On vise aussi &#224; mieux saisir comment la production des savoirs est li&#233;e aux dynamiques de participation, d'autonomisation et d'alliance avec d'autres mouvements sociaux &#171; mono-cause &#187; (organis&#233;s pour transformer un seul rapport social). Enfin, on tentera de montrer dans quelles conditions peuvent &#233;merger &#224; partir de groupes sociaux minoris&#233;s &#224; tous les &#233;gards, des projets politiques larges, qui aillent au-del&#224; de leurs int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques et soient susceptibles de produire un changement global &#8212;avec pour horizon l'abolition simultan&#233;e de tous les rapports sociaux de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier chapitre porte sur l'exp&#233;rience des (ex)-gu&#233;rill&#232;res du Salvador, petit pays d'Am&#233;rique centrale de 6 millions d'habitant-e-s, qui traversa douze ans de guerre r&#233;volutionnaire marxiste-l&#233;niniste (1980-1992) revendiquant la r&#233;forme agraire et la d&#233;mocratisation du pays, apr&#232;s un long processus pr&#233;r&#233;volutionnaire port&#233; par un fort mouvement populaire qui souleva l'ensemble du pays &#224; partir de 1970. J'y ai moi-m&#234;me v&#233;cu plus de deux ans, de 1992 &#224; 1994, juste apr&#232;s la signature des accords de paix, pour y mener des recherches doctorales sur la participation des femmes au processus r&#233;volutionnaire puis au red&#233;ploiement du mouvement des femmes dans l'apr&#232;s-guerre. Simultan&#233;ment &#224; ce travail de recherche, en tant que (tr&#232;s jeune) f&#233;ministe, j'ai particip&#233; &#224; ce processus autant que je le pouvais et que les Salvadoriennes me permettaient de le faire. Ce premier chapitre reprend un article-bilan publi&#233; en 2009 sur ce que je comprenais &#224; l'&#233;poque comme l'in&#233;vitable et utile autonomisation des femmes et de leur mouvement, des partis politiques de gauche classique. En effet, j'avais constat&#233; un soutien paradoxal des organisations r&#233;volutionnaires &#171; de classe &#187; aux revendications des femmes &#8212;une forte incitation &#224; leur engagement, assortie d'une limite &#224; ne pas franchir : ne pas &#171; diviser la lutte &#187; en se revendiquant d'un f&#233;minisme forc&#233;ment &#171; (petit) bourgeois &#187;. J'avais alors en t&#234;te l'exemple tr&#232;s fran&#231;ais de la prise de distance du mouvement f&#233;ministe par rapport aux partis de gauche, apr&#232;s d'&#226;pres d&#233;bats notamment avec les organisations gauchistes (Boon et Al., 1983).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce premier chapitre analyse ainsi le paradoxe qui permet &#224; une organisation tr&#232;s structur&#233;e de mobiliser des militantes sur un projet faisant centralement r&#233;f&#233;rence &#224; des int&#233;r&#234;ts de classe (prol&#233;taire), qui plus est d&#233;finis au masculin, alors que le profil sociologique de ces militantes est tout autre. Je m'y concentre sur la construction id&#233;ologique[23] de ce processus &#171; d'arraisonnement des femmes &#187;, une notion que j'emprunte &#224; Mathieu (1985 a). J'&#233;claire ensuite les conditions de possibilit&#233; de la (prise de) conscience individuelle et collective, par diff&#233;rentes femmes, d'int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques &#171; en tant que femmes &#187;, en lien avec un processus de prise d'autonomie organisationnelle par rapport aux partis et &#224; un rapprochement avec le mouvement f&#233;ministe continental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc de r&#233;fl&#233;chir &#224; ce que peuvent signifier les &#171; int&#233;r&#234;ts &#187; des femmes, alors qu'elles sont travers&#233;es par d'autres rapports sociaux, ici tout particuli&#232;rement de classe. Il s'agit aussi de penser la fa&#231;on dont certaines Salvadoriennes ont, &#224; la suite de leur exp&#233;rience dans la gu&#233;rilla, tent&#233; de construire un mouvement prenant en compte &#224; la fois la lutte contre le syst&#232;me capitaliste et des perspectives f&#233;ministes. Ce premier chapitre permet &#233;galement de constater la fausset&#233; de l'id&#233;e selon laquelle les mouvements se construisent sur la base des identit&#233;s &#171; pr&#233;existantes &#187; des militant-e-s. Bien au contraire, c'est au sein m&#234;me des luttes que les individus construisent progressivement une conscience de leurs int&#233;r&#234;ts et un projet politique. Ce projet ne correspond pas forc&#233;ment m&#233;caniquement &#224; leur position sociale objective et peut aller bien au-del&#224;, voire contre, certains de leurs int&#233;r&#234;ts &#171; objectifs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me chapitre se penche sur une autre lutte arm&#233;e, apparue &#224; peine deux ans apr&#232;s la fin de la guerre au Salvador, dans un territoire tr&#232;s proche et pourtant profond&#233;ment diff&#233;rent. Alors que la gu&#233;rilla salvadorienne concernait l'ensemble d'un petit pays ethniquement tr&#232;s homog&#232;ne, dans une claire perspective marxiste-l&#233;niniste, la lutte n&#233;o-zapatiste, tout en suscitant un enthousiasme consid&#233;rable dans tout le pays et &#224; l'&#233;tranger, ne concerne qu'une partie restreinte d'un Etat particuli&#232;rement d&#233;sh&#233;rit&#233; et m&#233;connu du pays, le Chiapas. Cette lutte est men&#233;e de surcro&#238;t par un acteur presque exclusivement paysan-Indien. Ainsi, apr&#232;s avoir analys&#233; un mouvement posant &#224; la fois des questions de classe et de sexe, on examinera un mouvement o&#249; c'est la race (fortement corr&#233;l&#233;e &#224; la classe mais mise en avant &#224; l'exclusion de celle-ci) qui se combine au sexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interrogation se d&#233;ploie en deux temps. Le premier correspond au tout premier travail de terrain que j'ai r&#233;alis&#233; pendant presque un an, entre 1989 et 1990, &#224; propos de la scolarisation diff&#233;rentielle des fillettes Indiennes au Chiapas. J'avais alors l'impression que les fillettes, et plus largement les femmes Indiennes, &#233;taient prises en tenailles par une contradiction entre d'une part la n&#233;cessit&#233; d'&#233;tudier au moins autant que les gar&#231;ons pour pouvoir &#171; se d&#233;brouiller &#187; dans le vaste monde m&#233;tis et d'autre part, la volont&#233; (parentale et communautaire) de les pr&#233;server de la violence raciste, voire ethnocidaire, des logiques acculturatrices du syst&#232;me scolaire &#8212;cela d'autant plus que leur &#233;tait assign&#233; le r&#244;le de principales agentes de transmission de la langue maternelle et de la culture quotidienne. Cette assignation, pour efficace qu'elle soit sur le plan collectif pour garantir une certaine &#171; pr&#233;servation culturelle &#187;, me semblait probl&#233;matique, car reposant sur la contradiction entre des int&#233;r&#234;ts en tant que femme et d'autres en tant qu'Indienne, ainsi que sur l'obligation pour les femmes de faire passer leurs int&#233;r&#234;ts &#171; en tant que femme &#187; derri&#232;re leurs int&#233;r&#234;ts &#171; en tant qu'Indienne &#187; et surtout derri&#232;re les int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs de leur communaut&#233; voire des populations Indiennes en g&#233;n&#233;ral. Le deuxi&#232;me temps s'ouvre quelques ann&#233;es apr&#232;s, lorsque l'un des tout premiers textes que le soul&#232;vement zapatiste fait conna&#238;tre est une &#171; Loi r&#233;volutionnaire des femmes zapatistes &#187;. Il s'agit alors de comprendre comment les Indiennes zapatistes ont r&#233;ussi &#224; affirmer des int&#233;r&#234;ts &#171; en tant que femmes &#187; dans une organisation politique originellement marxiste-l&#233;niniste, en se structurant en tant que femmes mais sans quitter l'organisation &#171; mixte &#187;, et surtout comment depuis leur propre position minoritaire dans les rapports sociaux de sexe comme dans ceux de race, elles ont r&#233;ussi &#224; concilier leurs int&#233;r&#234;ts de race et de sexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, en examinant cette loi plus pr&#233;cis&#233;ment, on se rend compte que les choses sont plus complexes et que la diversit&#233; des Indiennes emp&#234;che de penser leurs int&#233;r&#234;ts comme pleinement unifi&#233;s. Qui plus est, elles doivent &#233;viter le pi&#232;ge d'une instrumentalisation par l'Etat, qui tente d'utiliser un discours &#171; de genre &#187; pour attaquer une des bases de la survie mat&#233;rielle et culturelle des populations Indiennes : l'acc&#232;s collectif &#224; la terre. A nouveau, on insistera sur l'importance du contexte pour comprendre comment s'imbriquent concr&#232;tement les rapports sociaux. D'abord, le contexte historique et politique : les situations de guerre, r&#233;pression et clandestinit&#233; ou de polarisation socio-politique intense, restreignent consid&#233;rablement les possibilit&#233;s de penser et d'agir de mani&#232;re complexe. Ensuite, le contexte culturel, qui implique une conceptualisation particuli&#232;re du sexe et du genre. Ici, une conception proche du mode II semble avoir favoris&#233; l'organisation &#171; en tant que femmes &#187;, m&#234;me si cela ne pr&#233;juge pas d'orientations &#171; f&#233;ministes &#187;. Enfin, sur le plan &#233;pist&#233;mologique, on verra qu'un point de vue minoritaire dans les deux rapports permet de comprendre qu'il est possible de concilier ses int&#233;r&#234;ts de sexe et de race, l&#224; o&#249; des femmes blanches (comme moi-m&#234;me) ou des hommes Indiens (comme leurs parents et camarades) tendent &#224; les traiter comme oppos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me chapitre reprend un travail de sociohistoire r&#233;alis&#233; en 2005 depuis la France, en plein d&#233;bat sur la question des signes religieux &#224; l'&#233;cole. Tentant un pas de c&#244;t&#233; dans les d&#233;bats tr&#232;s virulents concernant le racisme au sein du mouvement f&#233;ministe fran&#231;ais, avec le souhait de faire r&#233;appara&#238;tre dans la discussion aussi bien les diff&#233;rences de classe que la question de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, je me consacrai alors &#224; traduire la D&#233;claration f&#233;ministe Noire du groupe &#233;tats-unien Combahee River Collective. En effet, ces militantes avaient propos&#233; une analyse particuli&#232;rement importante des effets imbriqu&#233;s de quatre syst&#232;mes d'oppression simultan&#233;s et qu'elles se refusaient &#224; hi&#233;rarchiser : le racisme, le patriarcat, le capitalisme et l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;. Cependant, elles avaient pos&#233; ce d&#233;bat dans un contexte historique et culturel bien diff&#233;rent et assez mal connu en France, qu'il me semblait capital d'expliciter. Je me livrai alors &#224; une longue recherche bibliographique &#8212;aid&#233;e par les immenses progr&#232;s d'internet et plusieurs complices-interm&#233;diaires politico-cuturelles&#8212; qui m'amena &#224; mieux cerner les conditions de possibilit&#233; de production d'une telle analyse et &#224; mieux comprendre les pratiques politiques propos&#233;es, en cons&#233;quence, par le groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'av&#232;re particuli&#232;rement int&#233;ressant, avec ce chapitre, de rattacher pour une fois les Etats-Unis non pas tant au monde occidental et au Nord qu'au reste du continent Am&#233;ricain. J'y propose &#233;galement un changement d'&#233;chelle. En effet, il ne s'agit plus d'un vaste mouvement social poss&#233;dant une dimension arm&#233;e, affectant un important territoire sur plusieurs d&#233;cennies, dans un contexte majoritairement rural et paysan. Au contraire, on parle ici d'un groupe de quelques dizaines de personnes &#224; peine, essentiellement de classe populaire, mais cette-fois-ci urbaines. Et au lieu de saisir les rapports sociaux imbriqu&#233;s &#224; partir de certaines contradictions apparentes, il s'agit de comprendre comment les rapports sociaux sont analys&#233;s par des personnes plac&#233;es en situation minoritaire dans tous ces rapports simultan&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces personnes ont particip&#233; &#224; des groupes organis&#233;s autour de la race, &#224; d'autres organis&#233;s autour du sexe et &#224; d'autres encore, autour de la classe, mais d&#233;cident de s'organiser de mani&#232;re autonome &#8212;tout en continuant &#224; participer dans les autres mouvements. Le chapitre discute &#233;galement la fa&#231;on dont les membres du Combahee River Collective ont formul&#233; une politique &#171; de l'identit&#233; &#187; qui, en r&#233;alit&#233;, critique toute naturalisation de l'identit&#233; et propose au contraire des objectifs politiques &#171; universels &#187;. J'y analyse leurs strat&#233;gies et leurs apports, notamment dans le domaine de la critique de l'institution familiale et des m&#233;taphores naturalistes qui s'y rapportent. Enfin, sur le plan &#233;pist&#233;mologique, ce chapitre permet de constater que m&#234;me le point de vue &#233;pist&#233;mique &#171; privil&#233;gi&#233; &#187; qui &#233;tait le leur, depuis une situation enti&#232;rement minoritaire, peut d&#233;boucher sur un point aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quatri&#232;me chapitre prolonge l'analyse des apports consid&#233;rables des f&#233;ministes Noires d'Am&#233;frique ladine en retournant dans le sud du continent et dans les Cara&#239;bes. Il nous permet de saisir la grande diversit&#233; des conceptualisations de la race, bas&#233;es sur des rapports sociaux de race bien diff&#233;rents, alors m&#234;me que ces rapports sociaux concernent tous des populations Noires issues de la traite et de l'esclavage dans des cadres de supr&#233;matie blanche. Depuis les ann&#233;es 80 jusqu'&#224; l'actualit&#233;, en insistant sur la d&#233;cennie 90 durant laquelle se d&#233;veloppent les conceptualisations fondamentales de plusieurs groupes, j'&#233;voquerai dans ce chapitre essentiellement les contextes bien distincts du Br&#233;sil et de la R&#233;publique dominicaine, qui ont vu na&#238;tre plusieurs organisations et initiatives pr&#233;curseuses particuli&#232;rement significatives. Il s'agit ici de r&#233;flexions issues de groupes de femmes Noires d'origine populaire urbaine, qui partent d'embl&#233;e du principe de l'imbrication des dimensions raciales, sexuelles et capitalistes et qui pour beaucoup d'entre elles, s'inscrivent &#233;galement dans une militance lesbienne organis&#233;e (les militantes du Combahee pour leur part, &#224; l'&#233;poque, se disant lesbiennes &#224; titre plus personnel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On constatera ici que la d&#233;finition diff&#233;rente du m&#233;tissage et de la race, ainsi que le contenu explicitement culturel de l'identit&#233; Noire, qui constituent leur contexte, conduisent les militantes &#224; une analyse passablement diff&#233;rente de celle du Combahee. De surcro&#238;t, en se projetant dans un cadre transnational et continental et en se d&#233;ployant sur une p&#233;riode bien plus longue, les analyses du f&#233;minisme Noir am&#233;fricain et carib&#233;en d&#233;bouchent sur une r&#233;flexion particuli&#232;rement importante. En effet, certaines d'entre elles parviennent &#224; d&#233;passer radicalement les perspectives identitaires et les luttes locales imm&#233;diates pour raisonner clairement en termes de rapports sociaux imbriqu&#233;s, de construction de mouvement &#224; l'&#233;chelle transnationale et se projeter dans une analyse globale de la mondialisation, depuis le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plan &#233;pist&#233;mologique, on verra que c'est en ancrant leur position collective comme femmes racis&#233;es et appauvries vivant dans des r&#233;gions du monde qui affrontent la recolonisation, dans une longue histoire d'activisme et de r&#233;sistance, structur&#233;e par l'&#233;laboration d'une culture elle-m&#234;me orient&#233;e par des spiritualit&#233;s alternatives, que ces f&#233;ministes parviennent &#224; une analyse si compl&#232;te et &#171; universelle &#187; de l'imbrication des rapports sociaux et de la dynamique historique de cette imbrication. C'est aussi &#224; partir de l&#224; que peut na&#238;tre leur proposition de &#171; devenir Noir-e-s &#187; comme projet politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cinqui&#232;me chapitre ouvre la r&#233;flexion sur le mouvement f&#233;ministe latino-am&#233;ricain et des Cara&#239;bes, analys&#233; globalement, &#224; l'&#233;chelle transnationale, notamment &#224; travers ses rencontres continentales, en revenant sur les origines de la p&#233;riode contemporaine, c'est-&#224;-dire principalement le dernier tiers du vingti&#232;me si&#232;cle. Il s'appuie sur trente ans de participation plus ou moins intense et directe &#224; ce mouvement et &#224; ces rencontres, tout particuli&#232;rement autour de la VI&#232;me rencontre continentale de 1993 au Salvador, au cours de laquelle s'est nou&#233; une opposition durable entre deux grandes tendances, &#171; autonomes &#187; et &#171; institutionnelles &#187;, sur fond de pr&#233;paratifs de la Conf&#233;rence ONUsienne de P&#233;kin. Le chapitre reprend une s&#233;rie d'articles que j'ai publi&#233;s sur les VI&#232;me, VII&#232;me et VIII&#232;me rencontres f&#233;ministes continentales, ainsi que diff&#233;rents &#233;l&#233;ments d&#233;velopp&#233;s dans ma th&#232;se de doctorat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A travers ce chapitre, il s'agit de saisir certaines sp&#233;cificit&#233;s du f&#233;minisme continental qui, en comparaison des mouvements d'Europe, para&#238;t particuli&#232;rement fort, massif, organis&#233; et unifi&#233;. Les origines politiques de ses premi&#232;res militantes, tout comme la composition de classe et de &#171; race &#187; de la population du continent, expliquent certaines de ses particularit&#233;s. On soulignera &#233;galement le poids d'un contexte historique et g&#233;opolitique plut&#244;t d&#233;favorable, puisqu'il s'agit de la &#171; d&#233;cennie perdue &#187; du continent, faite de dictatures et d'imposition des plans d'ajustement structurel, qui d&#233;bouche sur le tournant n&#233;olib&#233;ral des ann&#233;es 90. Cependant, on verra que la croissance du mouvement est aussi li&#233;e &#224; des strat&#233;gies de construction particuli&#232;rement efficaces dont il s'est dot&#233; &#8212;reconnaissant et affrontant les diff&#233;rences de classe-race et les oppositions politiques en son sein &#224; travers une distinction explicite entre mouvement f&#233;ministe et mouvement des femmes, et gr&#226;ce &#224; la proposition originale du &#171; f&#233;minisme des secteurs populaires &#187;. On verra &#233;galement comment ce courant, port&#233; &#224; l'origine par des militantes &#171; de gauche &#187; cherchant &#224; lier les questions de sexe et de classe, s'est transform&#233; en tendance &#171; f&#233;mocrate &#187; accompagnant r&#233;solument l'inclusion des &#171; pauvres femmes du Sud &#187; dans le courant principal du &#171; d&#233;veloppement &#187; d&#233;sormais n&#233;olib&#233;ral pr&#244;n&#233; par la coop&#233;ration internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cet aspect, le f&#233;minisme du continent peut &#234;tre observ&#233; comme un &#171; laboratoire &#187; fascinant de la nouvelle politique des institutions internationales, dont les femmes du continent ont involontairement constitu&#233; les cobayes et simultan&#233;ment, les premi&#232;res et tr&#232;s perspicaces analystes. Le paradoxe cruel auquel a abouti le &#171; f&#233;minisme des secteurs populaires &#187; peut s'expliquer par le divorce croissant entre les int&#233;r&#234;ts objectifs de la nouvelle &#233;lite transnationalis&#233;e qui se forme dans le sillage des Conf&#233;rences ONUsiennes, et ceux des femmes populaires souvent racis&#233;es du continent qui font l'objet de l'attention des premi&#232;res &#8212;les unes se voyant r&#233;mun&#233;rer en dollars pour leurs rapports tandis que le brutal appauvrissement des autres suite &#224; l'ajustement structurel peine &#224; &#234;tre compens&#233; par des micro-projets productifs. C'est ainsi qu'on comprendra l'&#233;chec d'une r&#233;elle alliance autour du projet pourtant prometteur de lier les luttes f&#233;ministes avec la lutte de classe, au moment m&#234;me o&#249; le tournant n&#233;olib&#233;ral du capitalisme l'aurait pourtant rendu particuli&#232;rement utile. Le fait est que le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne d'institutionnalisation du f&#233;minisme &#224; travers la promotion internationalis&#233;e du &#171; genre &#187; et l'ONGisation du mouvement f&#233;ministe s'est &#233;tendue progressivement jusque dans les pays du Centre, contribuant &#233;galement &#224; produire dans ces pays un divorce croissant entre femmes, selon des logiques diff&#233;rentes mais pourtant parall&#232;les li&#233;es &#224; une certaine d&#233;politisation-d&#233;radicalisation du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sixi&#232;me et dernier chapitre aborde pr&#233;cis&#233;ment l'autre face de ce processus, en pr&#233;sentant vingt ans d'histoire du courant auto-baptis&#233;e &#171; autonome &#187;, qui se constitue d&#232;s 1993 comme la tendance oppos&#233;e &#224; l'institutionnalisation du mouvement sous l'&#233;gide de la coop&#233;ration internationale. M&#234;me s'il s'agit d'un courant minoritaire, aujourd'hui fragment&#233; et fortement invisibilis&#233; dans la plupart des recherches, il s'av&#232;re particuli&#232;rement important &#224; &#233;tudier. En effet, il propose un regard extr&#234;mement critique, d&#233;capant et pr&#233;curseur sur le processus ONUsien de P&#233;kin de 1995 et plus largement, sur le &#171; d&#233;veloppement &#187;. Vingt-cinq ans et deux crises &#233;conomiques majeures plus tard, certaines de leurs analyses commencent &#224; se frayer un chemin dans le sens commun, notamment la critique du micro-cr&#233;dit &#171; pour les femmes &#187; et le rejet de la doctrine n&#233;olib&#233;rale du FMI et de la Banque mondiale et m&#234;me de la sollicitude empoisonn&#233;e de l'ONU dans le r&#244;le du &#171; policier gentil &#187; du nouvel ordre global et d'&#171; alli&#233; des femmes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit dans ce chapitre comment, apr&#232;s des d&#233;buts percutants au moment de P&#233;kin, le courant &#171; autonome &#187; &#233;clate puis se recompose progressivement au d&#233;but des ann&#233;es 2000, dans un dialogue critique avec le reste du mouvement f&#233;ministe du continent, mais surtout gr&#226;ce &#224; son travail dans le mouvement lesbien et au cours des rencontres continentales de ce dernier. En effet, celles qui prennent la t&#234;te de la r&#233;flexion sont des lesbiennes, au sens politique de Wittig, mais aussi pour plusieurs d'entre elles, racis&#233;es et tr&#232;s impliqu&#233;es dans la lutte contre le racisme et ses manifestations concr&#232;tes et structurelles : militarisation et guerre pour assurer la colonisation interne et internationale. Ainsi, l'autonomie &#233;volue progressivement vers une analyse de l'imbrication des logiques h&#233;t&#233;ropatriarcales, racistes et classistes du n&#233;olib&#233;ralisme. La participation aux luttes concr&#232;tes conduit certaines militantes &#224; une r&#233;flexion de plus en plus pouss&#233;e sur la v&#233;ritable recolonisation du continent. Le lien avec d'autres femmes et f&#233;ministes Autochtones et Afros, comme avec une frange alternative de l'universit&#233;, am&#232;ne toute une partie d'entre elles sur la piste des analyses d&#233;coloniales, dont elles constituent aujourd'hui le ferment le plus prometteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan &#233;pist&#233;mologique, on verra que c'est en liant th&#233;orie et pratique, gr&#226;ce &#224; une r&#233;flexion collective &#224; l'&#233;chelle transnationale permise notamment par les rencontres f&#233;ministes puis lesbiennes-f&#233;ministes continentales et les logiques d'auto-formation, et enfin parce qu'une partie significative d'entre elles occupent des positions minoritaires aussi bien dans les rapports de sexe que de classe et surtout de race-nationalit&#233;-statut migratoire, qu'une partie des f&#233;ministes autonomes d'Abya Yala est parvenue &#224; proposer des analyses, des strat&#233;gies et des actions parmi les plus novatrices et porteuses d'espoir que l'on peut trouver &#224; l'heure actuelle. Elles ne demandent qu'&#224; &#234;tre mieux connues, partag&#233;es et bien &#233;videmment, adapt&#233;es au contexte, prolong&#233;es et mises en pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remerciements&lt;br class='autobr' /&gt;
A Tu&#237;ra Kayap&#243; et sa ni&#232;ce Maial Paiakan, femmes Kayap&#243;, guerri&#232;res pour la libert&#233; du fleuve Xing&#250; en Amazonie, qui ont accept&#233; que cette photo prise lors du 14&#232;me campement Terra Livre &#224; Brasilia du 24 au 28 avril 2017, devienne la couverture de ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Debora Sara&#237;va, qui sachant mon admiration de longue date pour Tu&#237;ra Kayap&#243;, m'avait offert cette photo dont elle est l'autrice, qu'elle a ensuite g&#233;n&#233;reusement accept&#233; de donner pour ce livre, et &#224; Felipe Milanes qui m'a mise en contact avec Maial Paiakan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu&#237;ra Kayap&#243; lutte depuis longtemps contre les barrages. En 1989, elle &#233;tait apparue &#224; la t&#233;l&#233;vision, brandissant une machette sous le nez d'un ing&#233;nieur de l'entreprise Electrobras, en d&#233;clarant &#171; Tu es un menteur. Nous n'avons pas besoin d'&#233;lectricit&#233;. L'&#233;lectricit&#233; ne nous am&#232;nera pas &#224; manger. Nous avons besoin que nos rivi&#232;res coulent librement : notre futur en d&#233;pend. Nous avons besoin de notre for&#234;t pour chasser et cueillir notre nourriture. Nous n'avons pas besoin de ton barrage. &#187; Peu apr&#232;s, la Banque mondiale avait annul&#233; un pr&#234;t de 500 millions de dollars au Br&#233;sil et le projet de barrage sur le fleuve Xing&#250; avait &#233;t&#233; retir&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2016, le complexe de barrages connus comme &#171; Belo Monte &#187; a cependant fini par &#234;tre dress&#233;, avec des cons&#233;quences d&#233;sastreuses pour les populations Indiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.rejectedprincesses.com/blog/modern-worthies/tuira-kayapo&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.rejectedprincesses.com/blog/modern-worthies/tuira-kayapo&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.globalvoices.org/2016/11/18/203350/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.globalvoices.org/2016/11/18/203350/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Lesbiennes, gays, bisexuel-le-s, transsexuel-le-s, queer, intersexes et plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Conform&#233;ment &#224; certaines traditions militantes et tout particuli&#232;rement aux d&#233;cisions des r&#233;dactrices et &#233;ditrices de la D&#233;claration f&#233;ministe Noire du Combahee dont on parlera au chapitre 3, je reprends ici la majuscule qu'elles ont choisi d'utiliser pour des mots tels que Black, Lesbienne ou Juive, m&#234;me lorsqu'il s'agit d'adjectifs, dans un but de revalorisation des groupes mentionn&#233;s. Je l'&#233;tendrai aux termes d&#233;signant les Autochtones et l'ensemble des groupes faisant l'objet du racisme. Pour d'autres pr&#233;cisions concernant les termes que j'utiliserai pour nommer les personnes Indiennes ou Noires, on se reportera &#224; la fin de cette introduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] On peut complexifier ce raisonnement, mais &#224; ce stade, il importe de comprendre que les rapports de pouvoir, con&#231;us dans un sens W&#233;berien, cr&#233;ent des antagonismes profonds qui opposent deux &#224; deux des groupes sociaux selon leurs int&#233;r&#234;ts. Cette analyse abstraite n'est en rien contradictoire avec le fait que dans la r&#233;alit&#233;, chaque personne appartienne simultan&#233;ment et/ou successivement &#224; plusieurs groupes sociaux, selon les antagonismes et les situations en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Un certain nombre de mouvements sociaux ont repris dans une perspective d&#233;coloniale ce terme utilis&#233; par les populations Kuna de Colombie et du Panam&#225; pour d&#233;signer leur terre avant l'invasion europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Concept propos&#233; par la f&#233;ministe Noire br&#233;silienne L&#233;lia Gonzalez, comme on le verra au chapitre 4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] La premi&#232;re main-d'&#339;uvre utilis&#233;e pour suppl&#233;er aux populations autochtones d&#233;cim&#233;es fut une combinaison de populations captives arrach&#233;es &#224; l'Afrique et d'Europ&#233;ens mis&#233;rables, les &#171; engag&#233;s &#187;. Ainsi &#224; la Barbade, la premi&#232;re &#238;le des Cara&#239;bes &#224; conna&#238;tre une exploitation intensive, la majorit&#233; des Irlandais envoy&#233;s cultiver du tabac &#224; partir de 1630, en remplacement de la population Indienne extermin&#233;e, est constitu&#233;e d'engag&#233;s. Quand il ne s'agissait pas d'enl&#232;vement par la ruse, la force ou pour dette, les contrats de &#171; servitude volontaire &#187; proposaient le financement de la travers&#233;e et un entretien en nature contre un &#224; sept ans de travail. Le payeur pouvait restreindre les activit&#233;s des engag&#233;s (notamment en leur interdisant le mariage, or il s'agissait souvent d'hommes jeunes), vendre ou transf&#233;rer le contrat &#224; un autre employeur et recourir &#224; des sanctions l&#233;gales (notamment l'emprisonnement en cas de fuite). La formule fut tr&#232;s utilis&#233;e au XVII&#232;me dans les colonies nord-am&#233;ricaines, o&#249; ces serviteurs engag&#233;s constitu&#232;rent entre un tiers et deux tiers des personnes blanches d&#233;barqu&#233;es entre 1630 et 1785. Dans l'ensemble des Cara&#239;bes, leur nombre est estim&#233; &#224; 500.000. On sait &#233;galement que parmi les femmes europ&#233;ennes qui arriv&#232;rent dans les colonies, beaucoup &#233;taient des &#171; Filles du Roy &#187;, autrement dit, prises dans les h&#244;pitaux et amen&#233;es de force (ce qui nuance s&#233;rieusement l'&#233;quation femmes blanches des colonies = bourgeoises). L'Europe connut ensuite un besoin croissant de retenir sa propre population, entam&#233;e par les guerres cromwelliennes (1641-1653), les famines et la peste. L'Afrique sub-saharienne au contraire voyait se multiplier la main-d'&#339;uvre &#171; lib&#233;r&#233;e &#187; par les troubles li&#233;s &#224; la colonisation europ&#233;enne (surtout apr&#232;s la chute du royaume du Congo en 1665). Il en r&#233;sulta d'abord une nette africanisation des d&#233;port&#233;-e-s. Puis la traite elle-m&#234;me prit un essor consid&#233;rable &#224; partir de 1672 (cr&#233;ation en Angleterre de la Compagnie royale d'Afrique et en France de la Compagnie du S&#233;n&#233;gal) puis de 1674, lorsque Fran&#231;ais et Anglais commenc&#232;rent &#224; disputer aux Hollandais le monopole du transport des esclaves et que la culture du sucre connut un d&#233;veloppement exponentiel dans les Cara&#239;bes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Par ce n&#233;ologisme, je d&#233;signe l'ensemble des personnes et pas seulement celles qui sont socialement consid&#233;r&#233;es comme des hommes. Une autre possibilit&#233; aurait &#233;t&#233; d'utiliser le terme ul, propos&#233; par Mich&#232;le Causse. Au-del&#224; d'une &#171; inclusivit&#233; &#187; qui ne remet pas n&#233;cessairement en cause la fiction sociale d'une existence &#171; naturelle &#187; des femmes et des hommes (et des autres), le ul permet un r&#233;el &#171; d&#233;-marquage &#187;, selon la conceptualisation de Dominique Bourque, qui poursuit les analyse de Wittig et Guillaumin. Cependant, le terme ne s'&#233;tant pas encore impos&#233;, j'ai pr&#233;f&#233;r&#233; ielle, qui est d&#233;j&#224; familier &#224; certaines personnes. Sur le sujet, on pourra voir notamment Bourque, 2006 ; Barsac et Causse, 2014 et Armengaud et Bourque, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Pour reprendre la conceptualisation de Colette Guillaumin sur l'id&#233;el et le mat&#233;riel comme les deux faces de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Au sens de Colette Guillaumin, c'est-&#224;-dire de moindre pouvoir (et non au sens quantitatif). Je pr&#233;f&#232;re ce qualificatif &#224; opprim&#233; ou exploit&#233;, l'un se r&#233;f&#233;rant davantage au politique, l'autre &#224; une dimension &#233;conomique. Quant au concept de domination, j'&#233;vite de l'utiliser en faisant mienne la critique de Nicole-Claude Mathieu (1985 b) pour qui il s'agit du terme pr&#233;f&#233;r&#233; des groupes dominants car il donne un semblant de l&#233;gitimit&#233; naturelle au ph&#233;nom&#232;ne. Elle en donne l'exemple suivant : n'entend-on pas une grande diff&#233;rence entre &#171; la montagne domine la plaine &#187; et &#171; la montagne opprime la plaine &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Wittig s'appuie sur l'exemple d'un paysan roumain de 1848 en lutte, d&#233;put&#233; d'une assembl&#233;e populaire, s'adressant &#224; un groupe de dominants : &#171; Why do the gentlemen say it was not slavery for we know it to have been slavery, this sorrow that we have sorrowed &#187; (p. 60). Autrement dit : Pourquoi ces Messieurs disent-ils qu'il ne s'agissait pas d'esclavage, puisque nous savons bien que c'&#233;tait de l'esclavage, cette affliction que nous avons souffert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Ce concept, d&#233;velopp&#233; notamment par bell hooks (1989), nous parle des personnes en situation d'inclusion et d'exclusion simultan&#233;e, dont un des exemples classiques et historiques apport&#233;s par les f&#233;ministes Noires &#233;tats-uniennes est celui des travailleuses domestiques Noires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Pour reprendre le concept d&#233;velopp&#233; notamment par Patricia Hill Collins (1986).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] &#171; Le concept central de Colette Guillaumin est celui des rapports de sexage, qu'elle d&#233;finit comme des rapports d'appropriation physique directe, &#171; un rapport de classe g&#233;n&#233;ral o&#249; l'ensemble de l'une est &#224; la disposition de l'autre &#187; (1992 [1978], pp 21-22). Elle en distingue deux composantes : l'appropriation individuelle ou priv&#233;e et l'appropriation collective. L'appropriation individuelle a lieu par le biais du mariage ou de ses avatars, l'institution matrimoniale ne constituant qu'une des surfaces institutionnelles possibles du rapport global d'appropriation. L'appropriation collective est souvent occult&#233;e par l'institution matrimoniale, sur laquelle les critiques se focalisent. Guillaumin distingue quatre expressions concr&#232;tes de l'appropriation : l'appropriation du temps, des produits du corps, l'obligation sexuelle et la charge physique des membres du groupe (incluant les membres valides m&#226;les du groupe). Elle d&#233;crit ensuite cinq moyens de l'appropriation de la classe des femmes par celle des hommes, qui peuvent, ou non, &#234;tre sp&#233;cifiques aux rapports de sexage : le march&#233; du travail ; le confinement dans l'espace ; la d&#233;monstration de force (les coups) ; la contrainte sexuelle ; l'arsenal juridique et le droit coutumier (idem, pp 39-45). Enfin, elle insiste sur le fait que l'appropriation concerne l'individualit&#233; physique toute enti&#232;re, l'esprit et le corps de la personne, un corps pens&#233; comme &#171; corps-machine &#224; travailler &#187;. [&#8230;] Elle d&#233;finit le sexage comme un rapport o&#249; c'est l'unit&#233; mat&#233;rielle productrice de la force de travail qui est prise en main, et pas seulement la force de travail, soulignant la proximit&#233; du sexage avec le servage et l'esclavage. &#187; (Falquet, 2015).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Comme j'ai traduit les deux Lois r&#233;volutionnaires des femmes zapatistes qui seront ici discut&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Internet offrant &#224; certains documents de l'&#233;poque, num&#233;ris&#233;s, un acc&#232;s peut-&#234;tre meilleur que celui dont disposaient les militantes d'alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Du coup, &#171; l'identit&#233; sexuelle/sexualit&#233; &#187; ne constitue pas un 4&#232;me rapport social, mais bel et bien la cl&#233; de vo&#251;te des rapports sociaux de sexe. En effet, c'est l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, comprise tant comme pratique relationnelle que comme organisatrice de l'institution familiale, fondamentalement asym&#233;trique selon qu'elle concerne les femmes ou les hommes, qui constitue simultan&#233;ment la fin et le moyen du maintien des rapports sociaux de sexe. C'est ce qu'a d'ailleurs affirm&#233; Monique Wittig (dont l'analyse concerne le mode I) : les femmes sont h&#233;t&#233;rosexuelles par d&#233;finition, tandis que les hommes sont, tout court, et peuvent se livrer aux pratiques sexuelles qui leur chantent, tant qu'ils ne donnent pas &#224; penser qu'ils se mettent en position de femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Par exemple chez les Igbo et Ibibio dans le Nigeria des ann&#233;es 1930, dans les royaumes Azande du Sud &#8211;Soudan avant la colonisation, parmi les Nandi du Kenya, les Gimi et les Baruya de Nouvelle Guin&#233;e ou diff&#233;rentes populations Indiennes des plaines d'Am&#233;rique du Nord (selon Mathieu). Comme on le verra, on peut penser qu'il concerne aussi une partie des populations Indiennes et Noires d'Am&#233;rique Latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Avec la majuscule qu'utilise Guillaumin pour bien marquer qu'il s'agit d'une id&#233;ologie&#8230; naturaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Malgr&#233; cinq si&#232;cles de g&#233;nocide, il reste aujourd'hui au moins 826 peuples autochtones diff&#233;rents sur le continent (CEPAL, 2014).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Le rh&#233;sus O &#233;tant dans ce cas caract&#233;ristique d'origines basques, elles-m&#234;mes r&#233;put&#233;es avoir conserv&#233; toute leur puret&#233; en &#233;chappant aux influences juives et maures pendant la p&#233;riode o&#249; la p&#233;ninsule espagnole &#233;tait conquise (Casa&#250;s Arzu, 1992).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Ou parfois le degr&#233; d'instruction : au d&#233;but des ann&#233;es 90, la Cour supr&#234;me colombienne rejeta la revendication d'indianit&#233; d'un groupe urbain en arguant que celui-ci pr&#233;sentait un niveau de scolarisation&#8230; trop &#233;lev&#233;. Il s'agissait en fait de leur refuser la reconnaissance de droits de propri&#233;t&#233; sur la terre. (Gros, 1991).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Ces deux termes font r&#233;f&#233;rence aux lieux physiques, souvent fortifi&#233;s et difficiles d'acc&#232;s, o&#249; se r&#233;fugiaient et s'installaient les personnes s'&#233;chappant des plantations. Certains sont devenus avec les ann&#233;es d'importantes communaut&#233;s, principalement peupl&#233;es de populations afrodescendantes, mais aussi souvent d'autres fuyard-e-s du syst&#232;me colonial dominant. Parfois, leurs descendant-e-s y habitent jusqu'&#224; aujourd'hui &#8212;on parle alors (au Br&#233;sil) de plusieurs centaines de remanentes de Quilombos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] J'ai analys&#233; ailleurs ses dimensions mat&#233;rielles, notamment la division sexuelle du travail r&#233;volutionnaire (Falquet, 2003 et 2019).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le &#171; coup du virus &#187; et le coup d'&#233;tat militaro-industriel global</title>
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		<dc:date>2020-04-07T09:23:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jules Falquet</dc:creator>


		<dc:subject>Coronavirus</dc:subject>
		<dc:subject>Coronavirus</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-04-07</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;R&#233;sumons l'hypoth&#232;se : le Corona qui nous a tou-te-s surpris-es au tournant de cette ann&#233;e de gr&#226;ce 2020, d'o&#249; qu'il vienne et o&#249; qu'il aille, est en train de servir &#224; une sorte de coup d'Etat global &#171; parfait &#187; du complexe militaro-industriel remani&#233;, aux mains d'un Big brother technologico-m&#233;dical. Il permettra d'ouvrir de nouveaux march&#233;s pour les nouveaux produits de surveillance, de contr&#244;le et de coercition qui viennent fort &#224; propos &#171; tirer &#187; la croissance d'un PIB qui semblait avoir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L100xH150/arton42915-f09e5.jpg?1781494150' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;R&#233;sumons l'hypoth&#232;se : le Corona qui nous a tou-te-s surpris-es au tournant de cette ann&#233;e de gr&#226;ce 2020, d'o&#249; qu'il vienne et o&#249; qu'il aille, est en train de servir &#224; une sorte de coup d'Etat global &#171; parfait &#187; du complexe militaro-industriel remani&#233;, aux mains d'un Big brother technologico-m&#233;dical. Il permettra d'ouvrir de nouveaux march&#233;s pour les nouveaux produits de surveillance, de contr&#244;le et de coercition qui viennent fort &#224; propos &#171; tirer &#187; la croissance d'un PIB qui semblait avoir atteint sa limite &#8211; qu'il s'agisse des ressources ou de la baisse tendancielle du taux de profit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; de : &lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/04/03/le-coup-du-virus-et-le-coup-detat-militaro-industriel-global/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre les lignes et les mots&lt;/a&gt; 2020 - n&#176;15 - 4 avril&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y a-t-il une t&#226;che r&#233;volutionnaire aujourd'hui ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation que nous traversons est si brutale et si massive, avec un tiers de l'humanit&#233; forc&#233;e au &#171; confinement &#187; en quelques jours, l'&#233;conomie mondiale paralys&#233;e et les d&#233;crets de toutes sortes qui se multiplient hors de tout contr&#244;le, que j'ai la respiration coup&#233;e. Concentration z&#233;ro, entre cette sensation d'urgence absolue, de changement radical et d&#233;finitif, ce sentiment d'impotence et cette rage en m&#234;me temps &#8211; et plus que jamais la soif de justice, de la justice tout de suite, et du retour de la raison, du bon sens, des d&#233;cisions si &#233;videntes qui devraient &#234;tre prises et qui ne le sont pas. Mise aux arr&#234;ts imm&#233;diats des d&#233;cideur-e-s. R&#233;orientation imm&#233;diate de la production en vue de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Abandon imm&#233;diat et d&#233;finitif du capitalisme et mise en d&#233;lib&#233;ration et en route d'un autre monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je r&#234;ve &#233;veill&#233;e &#8211; confin&#233;e. En cette deuxi&#232;me semaine d'auto-h&#233;t&#233;ro-enfermement, je sens que je commence &#224; p&#233;ter les plombs, ou &#224; m'habituer, ce qui ne vaut gu&#232;re mieux. Ce qui me sauve, en plus d'une situation mat&#233;rielle privil&#233;gi&#233;e (pas seule mais avec des personnes choisies, avec de la place pour vivre au chaud, l'ordinateur et la connexion internet, de la nourriture, un salaire pas encore menac&#233;, les proches plut&#244;t bien), c'est une liste mail, un lien d'&#233;change avec un ensemble d'amies et de camarades f&#233;ministes et lesbiennes hispanophones d'Abya Yala principalement. Salvador, Guatemala, Colombie, R&#233;publique Dominicaine, Argentine, Mexique, Chili et la diaspora&#8230; En &#233;changeant avec elles, je me lance enfin &#224; jeter sur le clavier quelques mots, une &#233;bauche d'analyse qui me lib&#232;re un peu de l'inaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pand&#233;mie globale, &#171; confinement &#187; in&#233;galitaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardons froidement, avec la conscience sous-jacente des dizaines de milliers de morts, des deuils, des peurs paniques et des d&#233;tresses terribles sur la quasi-totalit&#233; de la surface de cette terre : un bon tiers de l'humanit&#233; reconnue &#171; menac&#233;e &#187; par un virus est plac&#233;e en situation d'exception sous divers r&#233;gimes voisins au nom d'une doctrine globale de &#171; confinement &#187;. Les sorts cependant sont divers, le confinement est tout ce qu'il y a de plus in&#233;galitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sud : les vendeur-e-s ambulant-e-s (60% d'informalit&#233; &#224; Mexico) et les personnes qui survivent dans la rue se retrouvent sans ressources du jour au lendemain, les habitant-e-s des favelas (un petit 13 millions de Br&#233;silien-ne-s quand-m&#234;me) et des tugurios sans eau ni services de sant&#233; de toute fa&#231;on. Beaucoup de gens au Honduras, au Chili &#171; pr&#233;f&#232;rent &#187; risquer la maladie plut&#244;t que mourir de faim et sortent dans les rues quand m&#234;me, lutter pour le repas du jour. Avec une claire conscience qu'ielles sont une fois de plus les sacrifi&#233;-e-s d'office dont tout le monde se contre-fiche, abandonn&#233;-e-s et condamn&#233;-e-s, toujours-d&#233;j&#224;-mort-e-s comme disaient les zapatistes. Comme &#233;crit la f&#233;ministe bolivienne Mar&#237;a Galindo :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que se passe-t-il si nos assumons que nous attraperons le virus et qu'&#224; partir de cette certitude, nous affrontons nos peurs ? Que se passe-t-il si face l'absurde, autoritaire et idiote r&#233;ponse de l'Etat au coronavirus, nous nous proposons l'autogestion sociale de la maladie, de la faiblesse, de la douleur, de la pens&#233;e et de l'espoir ? [&#8230;] Que se passe-t-il si nous passons de l'approvisionnement individuel &#224; la marmite commune contagieuse et festive comme nous l'avons d&#233;j&#224; fait tant de fois ? [&#8230;] Que se passe-t-il si nous d&#233;cidons de d&#233;sob&#233;ir pour survivre ? [&#8230;] Que la mort ne nous p&#234;che pas recroquevill&#233;es de peur en train d'ob&#233;ir &#224; des ordres idiots, qu'elle nous prenne en train de nous embrasser, qu'elle nous attrape en train de faire l'amour et pas la guerre. &#187; [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nord : il y a des syst&#232;mes de sant&#233;, de s&#233;curit&#233; sociale, plus ou moins, encore, sur lesquels la population compte. Compte plus ou moins, car in&#233;galement accessibles. Le Sud est pr&#233;sent aussi, les migrant-e-s dans les camps et les centres de r&#233;tention, aux fronti&#232;res, sur l'asphalte des dessous d'&#233;changeurs urbains. Les racis&#233;-e-s, les prol&#233;taires sont cens&#233;-e-s se confiner dans les logements les plus insalubres et petits et ne peuvent compter que sur les h&#244;pitaux les plus d&#233;cr&#233;pis. Beaucoup sont forc&#233;-e-s d'aller travailler de toute fa&#231;on. En France, la majorit&#233; des &#171; liquidateurs &#187; envoy&#233;s au devant des lignes virales, forc&#233;-e-s de travailler malgr&#233; le confinement sans aucune d&#233;fense (ni masques, ni gants, ni gel, rien) sont des femmes : les caissi&#232;res, les assistantes maternelles, les infirmi&#232;res et les aides-soignantes, les femmes de m&#233;nage, les ma&#238;tresses d'&#233;cole, les ouvri&#232;res [2]. Tou-te-s ces port&#233;-e-s volontaires, applaudi-e-s cinq minutes par soir (excusez du peu !), sont soudain reconnues comme &#171; indispensables &#187; au fonctionnement de l'&#233;conomie. Mais indispensable ne signifie pas : mieux pay&#233;-e-s ou tout simplement pay&#233;-e-s [3]. Les femmes esclaves, les hommes esclaves, les femmes au foyer n'ont jamais &#233;t&#233; pay&#233;-e-s pour leur travail. Et les paysan-ne-s libres, pas tellement non plus. Bien au contraire, plus on est indispensable, plus on est rudoy&#233;-e, m&#233;pris&#233;-e et forc&#233;-e au travail, par la faim cons&#233;quence des salaires de mis&#232;re, par la police et P&#244;le emploi (l&#224; o&#249; P&#244;le emploi existe), par l'arm&#233;e&#8230; En France, la menace de la r&#233;quisition pointe sous les discours martiaux qui encouragent au volontariat. Pardi : il &#171; manque &#187; 100 000 saisonni&#232;r-e-s et migrant-e-s dans les champs ! En Allemagne, 300 m&#233;decins migrant-e-s sans papier ont &#233;t&#233; autoris&#233;-e-s &#224; rejoindre l'effort national, parce que quand-m&#234;me [4]. A New York les 40 000 livreurs, la plupart latinos sans papiers, &#224; Paris les jeunes Noirs et Arabes sur leurs v&#233;los s'av&#232;rent plus indispensables que jamais pour livrer les pizzas aux classes moyennes confin&#233;es [5]. La plupart des &#171; intellectuel-le-s &#187;, dont je fais partie, oscillent entre lectures savantes, pr&#233;paration de cours virtuels et d&#233;bats enflamm&#233;s en ligne sur des sujets que je n'ose r&#233;v&#233;ler tant ils sont loin des pr&#233;occupations de la plupart des gens et me d&#233;sesp&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau mondial, pendant ce temps, la vente d'&#238;les d&#233;sertes s'envole dans les agences sp&#233;cialis&#233;es, pour les happy few qui cherchent un nouveau lieu o&#249; &#234;tre &#224; l'aise pour ce confinement et ceux &#224; venir &#229;6]. Le fondateur d'Alibaba, le Chinois Jack Ma, distribue des lots de kits de survie &#224; diff&#233;rents pays d'Afrique, d'Am&#233;rique latine, &#224; la Russie (1 million et 200 000 tests) et aux Etats-Unis, o&#249; cette semaine, record historique, 3 300 000 personnes suppl&#233;mentaires se sont inscrites au ch&#244;mage, et o&#249; le prochain &#233;picentre de la maladie pourrait bien &#234;tre la ville Noire de New Orleans. Pas grave, pas plus que la menace tout particuli&#232;re que le virus fait peser sur les communaut&#233;s autochtones de tout l'Abya Yala, des r&#233;serves des plaines du nord &#224; la for&#234;t amazonienne en passant par les bidonvilles de tout le continent, dont on conna&#238;t le syst&#232;me immunitaire moins habitu&#233; aux maladies europ&#233;ennes et qu'on sait plus frapp&#233;es par le diab&#232;te, la malnutrition et la faim. Qu'ielles meurent. Que les vieilles femmes meurent, ces monstres d&#233;sormais inutiles au lit comme &#224; la cuisine, les vieilles femmes oui, puisque ce sont elles la majorit&#233; de cette population &#226;g&#233;e qu'on annonce d&#233;j&#224; comme sacrifi&#233;e sans m&#234;me verser une petite larme convenue &#8211; presque avec soulagement, puisque le jeunes, les fort-e-s, n'ont pas grand chose &#224; craindre finalement. Les darwinistes sociaux se frottent les mains (sans savon car ce sont des vrais hommes), avec les pr&#233;sidents &#233;tats-unien, br&#233;silien, anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Business as usual, oui, disent les plus cyniques. La bourse plonge mais d'immenses profits seront au rendez-vous pour les plus habiles : les Etats-Unis se lancent dans le plus grand plan de sauvetage &#233;conomique de leur histoire. L'histoire se r&#233;p&#232;te, la premi&#232;re fois sous forme de trag&#233;die, la deuxi&#232;me comme farce&#8230; Ou &#233;tait-ce le contraire ? Mes amies anciennes gu&#233;rill&#232;res d'Am&#233;rique centrale et du C&#244;ne Sud qui ont surv&#233;cu aux dictatures et aux guerres appuy&#233;es par les USA disent que paradoxalement, elles ont bien plus peur aujourd'hui. Elles n'auraient jamais cru vivre un nouvel &#233;tat d'urgence, un nouveau couvre-feu, &#224; nouveau les militaires dans la rue&#8230; Car n'est-ce pas un coup d'Etat, vingt ou trente coups d'Etat d'un coup, simultan&#233;s, auxquels nous assistons m&#233;dus&#233;-e-s ? Des coups d'Etat consentis, demand&#233;s m&#234;me parfois par la population qui &#171; veut &#187; la quarantaine que des gouvernements irresponsables s'abstiennent de prononcer (Br&#233;sil, Mexique, Etats-Unis, Grande-Bretagne&#8230;) ? Enfin, essayons d'&#234;tre plus pr&#233;cis-es sur ce qui se produit, car justement ce qui est si difficile &#224; comprendre c'est la nouveaut&#233; de la situation en m&#234;me temps que ses continuit&#233;s avec l'ordinaire de la mondialisation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crise attendue, crise mise &#224; profit ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous attendions, oui, h&#233;las, nous attendions une crise, LA crise. Peut-&#234;tre la crise finale du capitalisme, peut-&#234;tre le jugement dernier, peut-&#234;tre la secousse finale de la Nature qui se d&#233;barrasserait de nous. En termes plus rationnels, on pr&#233;voyait au moins une bonne crise &#233;conomique r&#233;sultant de la bulle sp&#233;culative plus enfl&#233;e que jamais avec les cr&#233;dits &#233;tudiant-e-s, les fonds vautours, Black Rock et les fonds de pensions en pleine croissance investis &#224; tour de bras dans les &#233;nergies fossiles et l'armement si rentables&#8230; Ou bien une grave crise nucl&#233;aire, apr&#232;s Three Miles Island, Tchernobyl et Fukushima, ou alors les missiles nord-cor&#233;ens et ceux que la France fabrique et vend un peu partout dans le monde (ah non ? On ne vend pas de missiles nucl&#233;aires ? Juste des centrales civiles et des sous-marins ? Et on propose d'enfouir pour pas cher les d&#233;chets de tout le monde en dessous de Bure ? Pardon). Ou bien finalement, enfin, la guerre, avec tous ces nationalismes montants, ces extr&#233;mismes les plus vari&#233;s, ces succursales d'Al Qua&#239;da et de Daesh qui s'ouvrent partout dans le monde &#224; mesure que l'occupation n&#233;ocoloniale des pays p&#233;troliers avance. Ou alors la fameuse crise environnementale &#224; laquelle les esprits se pr&#233;parent doucement depuis le trou dans la couche d'ozone, et puis les s&#233;cheresses, les extinctions de masse (ah bon ? seulement les autres animaux et pas nous ?), la fonte de la banquise, des glaciers, l'holocauste d'un petit milliard de pauvres b&#234;tes en Australie (et pendant ce temps-l&#224;, des snipers &#233;quip&#233;s de fusils &#224; viseur dernier cri &#233;taient d&#233;p&#234;ch&#233;s pour tuer une dizaine de milliers de dromadaires depuis des h&#233;licopt&#232;res car ces sales b&#234;tes boivent la m&#234;me eau que vous et moi) [7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien non, aucune de toutes ces crises pr&#233;vues, pr&#233;visibles, ou peut-&#234;tre un m&#233;lange de toutes ? Puisqu'&#233;videmment, on l'avait bien vue venir, cette crise : &#233;levage intensif et monoculture dans des conditions d&#233;plorables, franchissement des fronti&#232;res agricoles vers les r&#233;servoirs &#171; sauvages &#187; de virus (comme d&#233;j&#224; pour Ebola), transports a&#233;riens en folie qui ensemencent de virus la plan&#232;te enti&#232;re en un clin d'&#339;il en transportant nos yaourts et nous-m&#234;mes dans tous les sens. On avait bien vu venir la mont&#233;e des nationalismes, les fronti&#232;res qui se ferment, les gated communities qui se barricadent contre les assauts des appauvri-e-s, on avait bien vu venir la reconnaissance faciale, la t&#233;l&#233;surveillance, les drones, le contr&#244;le des mouvements suspects et la prise de temp&#233;rature &#224; distance. Mais c'&#233;tait en Chine, et pour tout dire &#231;a ne visait que les Ou&#239;ghour-e-s (Musulman-e-s, bien entendu) et quelques provinces aux noms impronon&#231;ables. Ou c'&#233;tait &#224; Nice et dans la vall&#233;e de La Roya (un nom pas tr&#232;s fran&#231;ais d'ailleurs), comme la chasse aux migrant-e-s. Tout cela bien contenu, bien confin&#233; dans nos esprits. Pas de quoi s'inqui&#233;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors quoi de neuf, docteur ? &#171; On &#187; se laisse confiner quelques semaines (tandis que la police colle des amendes sal&#233;es &#224; toutes celles et tous ceux qui incompr&#233;hensiblement restent dans les rues et que les patron-ne-s font venir de force au turbin contagieux toutes celles et tous ceux qui font tourner les secteurs dits &#171; essentiels &#187; de l'&#233;conomie pendant ce temps-l&#224;) et tout le monde attend gentiment que &#231;a se passe ? Papa gouvernement et maman sant&#233; publique (au Nord, s'entend) prendront tout en charge ? Pour les &#233;tudiant-e-s pauvres en France, des bons alimentaires sont annonc&#233;s, pour les habitant-e-s des quartiers populaires en Bolivie, au Honduras, quelques distributions de nourriture par l'arm&#233;e [8]. Mais si Papa gouvernement &#233;tait l'agresseur, celui qui bat maman depuis toutes ces ann&#233;es, celui qui viole sa fille et aussi son fils &#224; l'occasion pendant que tout le monde fait semblant de ne pas voir ? Soup&#231;on &#224; peine formulable : et si cet Etat qui va nationaliser les h&#244;pitaux (ah bon) ou au moins r&#233;quisitionner les cliniques priv&#233;es (ah bon ??) ou en tout cas faire intervenir l'arm&#233;e et ses h&#244;pitaux de campagne (ah d'accord) n'&#233;tait pas notre brave ami social-d&#233;mocrate trop t&#244;t disparu, mais tout simplement le fond&#233; de pouvoir de la classe bourgeoise qui fronce le sourcil &#224; l'id&#233;e d'une baisse tendancielle du taux de profit et peut-&#234;tre avant, d'un pic p&#233;trolier ? Que penser de l'Etat chinois et de ses &#171; solutions &#187; ? Et des Etats des pays &#171; anciennement &#187; colonis&#233;s, en guerre, appauvris, d&#233;capit&#233;s par diverses occupations ou guerres internes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Etions-nous en phase de luttes ascendantes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire qu'un peu partout, ces derniers temps, face aux divers gouvernements, les manant-e-s &#233;taient devenu-e-s un peu remuant-e-s. Printemps arabes (comme ils paraissent loin aujourd'hui). Un million de personnes chaque vendredi dans les rues alg&#233;riennes. Les adolescent-e-s de Santiago qui sautent les tourniquets au Chili et mettent le feu aux poudres de la r&#233;volte g&#233;n&#233;rale dans le pays mod&#232;le du n&#233;olib&#233;ralisme depuis Pinochet. Les parapluies &#224; Hong-Kong, les gilets jaunes dans l'Hexagone, la clameur continentale des femmes d'Abya Yala pour la libert&#233; d'interrompre les grossesses non d&#233;sir&#233;es et pour le droit de vivre sans &#234;tre viol&#233;es et assassin&#233;es par des maris, des &#171; amoureux &#187;, des carabiniers ou de simples hommes inconnus. Presque tout le monde d&#233;teste la police et la classe politique corrompue jusqu'&#224; la moelle, presque tout le monde aime le Code du travail, le syst&#232;me de retraites m&#234;me tr&#232;s incomplet, le syst&#232;me de sant&#233; m&#234;me tr&#232;s scientiste et technologis&#233;. On sort dans la rue &#224; des dizaines, des centaines de milliers pour le crier. On sortait, je veux dire. Jusqu'&#224; il y a huit jours &#224; peine (pour la France m&#233;tropolitaine), un peu plus ou un peu moins pour le vaste reste du monde, on criait &#171; Et la rue, elle est &#224; qui ? &#187;. On criait que la honte devait changer de camp, que la sant&#233; et l'&#233;ducation n'&#233;taient pas des marchandises, que les violences polici&#232;res et les lois migratoires &#233;taient insupportables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voyait bien que &#231;a ne servait pas &#224; grand chose, sans relai syndical ni politique d'aucune sorte, ou plus exactement, avec tous ces fameux corps interm&#233;diaires vendus, presque tous, &#224; nos bourreaux. Avec un peu de chance le confinement prendra fin avant la date que les syndicats ont pr&#233;vue pour la prochaine journ&#233;e d'action [9]. C'est &#231;a qui serait chouette et je me demande si notre bon Pr&#233;sident nous accordera cette sortie r&#233;cr&#233;ative, cette innocente promenade de sant&#233; en famille. En tout cas, les manifs sauvages, les rassemblements, les AGs, les blocages, les cort&#232;ges de t&#234;te, les ronds-points et les places c'est fini. Mettez-vous bien &#231;a dans la t&#234;te, enfoncez-vous bien &#231;a dans le cr&#226;ne : le confinement nous a bien coup&#233; les ailes. On se mobilise comme on peut, avec Face BookTM, WhatsappTM, SkypeTM ou WeiboTM, et on se ravitaille en m&#233;dicaments, nourriture et livres avec AmazonTM et AlibabaTM. Certain-e-s, quand-m&#234;me, tentent de s'organiser pour faire leurs courses collectivement et au meilleur prix [10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le credo n&#233;olib&#233;ral et l'immobilisation de la main-d'oeuvre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors&#8230; Quelle est la t&#226;che r&#233;volutionnaire actuelle ? Comprendre d'abord, bien mesurer l'ampleur du probl&#232;me et son type, et en m&#234;me temps s'organiser, penser &#224; plusieurs, f&#233;d&#233;rer les r&#233;sistances. Nous avons peut-&#234;tre d&#233;j&#224; rat&#233; le moment de faiblesse o&#249; on pouvait d&#233;valiser les magasins et prendre d'assaut les d&#233;p&#244;ts d'armes ou de carburant. C'&#233;tait tout de suite, la premi&#232;re nuit, quand les gouvernements &#233;taient encore divis&#233;s, h&#233;sitants. Ils ont d&#233;j&#224; pass&#233; les lois, rassembl&#233; et repositionn&#233; les forces arm&#233;es, n&#233;goci&#233; autant que possible les nouvelles r&#232;gles &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#231;a bouge. En ce moment m&#234;me, il y a les gr&#232;ves des ouvri&#232;r-e-s qui ne veulent pas continuer &#224; produire des turbines d'avion ou des bagnoles au p&#233;ril imm&#233;diat de leur vie et de celle de leurs familles [11], les personnels de sant&#233; qui exigent des protections, des moyens et des salaires d&#233;cents, les locataires qui demandent le gel des loyers et les mal log&#233;-e-s qui exigent la r&#233;quisition des dizaines de milliers de logements vides. Celles et ceux qui veulent en profiter pour mettre un coup d'arr&#234;t d&#233;finitif &#224; la &#171; croissance &#187;, &#224; la pollution, aux boulots de merde pay&#233;s des clopinettes, d&#233;serter le travail m&#234;me &#224; distance &#8211; surtout &#224; distance, sans collectif, uberis&#233; et surveill&#233;-e-s par des logiciels espions tapis dans leurs smartphones. Et puis toutes celles et tous ceux qui de toute fa&#231;on, n'ont pas de logement ou des logements trop petits, pas de travail ou plus de travail ou un boulot qui exige d'&#234;tre dehors tous les jours, les femmes et les hommes des march&#233;s, les jeunes femmes et hommes des cit&#233;s, toutes celles et tous ceux qui savent depuis le d&#233;but qu'ielles s'en prendront plein la gueule et ne sont pas tellement plus effray&#233;-e-s qu'en temps normal [12]. Les violences polici&#232;res syst&#233;matiques, la prison, la mort pr&#233;coce as usual&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre, donc, ce qui nous arrive globalement et individuellement, parvenir &#224; discerner ce qui est nouveau, aussi. Ce qui nous arrive : que les logiques capitalistes, au bord de la crise, ont trouv&#233; moyen en quelques jours &#224; peine de reprendre le dessus, l'initiative. Plus uni-e-s contre nous que nous autres entre nous, mieux &#233;quip&#233;-e-s, mieux inform&#233;-e-s puisque plus riches bien s&#251;r, les capitalistes ont compris comment tirer le meilleur parti de la nouvelle situation. O&#249; en &#233;tait ce syst&#232;me capitaliste mondialis&#233; dit n&#233;olib&#233;ral ? Je re-r&#233;sume &#224; tout hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le credo central des doctrines n&#233;olib&#233;rales &#233;tait : les marchandises et les capitaux se d&#233;placent sans entrave, le facteur travail (la main-d'&#339;uvre, nous) est immobilis&#233;. On sait l'importance, pour le prol&#233;tariat classique, de la mobilit&#233; &#8211; &#224; la recherche des emplois et de meilleures conditions de travail. Mais depuis longtemps certains secteurs sont immobilis&#233;s, comme les esclaves interdit-e-s de s'&#233;loigner sans lettre d'autorisation ou les populations serves, attach&#233;es &#224; la terre. Les femmes dans leur majorit&#233; connaissent bien cette situation : Colette Guillaumin affirmait d&#232;s 1978 que le &#171; confinement dans l'espace &#187; constituait l'un des puissants moyens de l'appropriation des femmes [13]. Silvia Federici a montr&#233; plus r&#233;cemment que cet enfermement dans l'espace domestique &#224; partir de la fin du Moyen-Age en Europe, par le biais d'une extr&#234;me violence (plus d'un si&#232;cle de chasse aux sorci&#232;res), avait grandement contribu&#233; &#224; l'accumulation primitive &#224; partir de l'exploitation indirecte du travail des femmes dans la sph&#232;re de la reproduction sociale [14]. Bref, la main d'&#339;uvre n&#233;olib&#233;rale est massivement immobilis&#233;e : riv&#233;e sur sa cha&#238;ne, dans son EHPAD, sa mine ou son d&#233;p&#244;t d'ordure &#224; recycler. Surveill&#233;-e-s comme des terroristes en puissance : scann&#233;-e-s des pieds &#224; la t&#234;te, empreinte pour pointer, pour aller &#224; la cantine, empreinte pour allumer ton t&#233;l&#233;phone, pour r&#233;cup&#233;rer ton argent, smart cities et smart buildings, g&#233;olocalisation, cookies qui t'espionnent en permanence et pour ton bien (ne te suicide pas, consomme !), bracelet &#233;lectronique &#224; la moindre incartade, passeport biom&#233;trique et carnet de note &#171; social &#187; comme en Chine. Tra&#231;able et trac&#233;-e, transport&#233;-e dans le meilleur des cas comme un paquet qui met tout-e seul-e sa ceinture (de s&#233;curit&#233;) pendant tout le vol, dans le pire des cas avec du scotch sur la bouche et des menottes aux mains et aux pieds. Certains mouvements, n&#233;cessaires, sont contr&#244;l&#233;s savamment gr&#226;ce aux papiers qu'on donne ou qu'on retire, aux barbel&#233;s qu'on d&#233;ploie, aux murs qu'on dresse, aux flux qu'on organise (vous nous mettrez un peu plus de m&#233;decins cette fois-ci mais moins d'analphab&#232;tes, les r&#233;coltes sont finies, et puis plus de jeunes filles, bien s&#251;r vous pouvez mettre des mineures, mais saines). C'&#233;tait le credo : bouge pas, ferme-l&#224;, travaille, bouffe de la merde et consomme des trucs inutiles avec les micro-cr&#233;dits qu'on te pr&#234;te et estime-toi content-e, et puis souris quand tes dirigeant-e-s obtiennent des macro-cr&#233;dits pour se payer des villas de luxe avec les r&#233;tro-commissions, souris parce que cet argent, il est un peu pour toi ou en tout cas c'est toi qui le rembourseras. Allez, fais pas la gueule, la grandeur du pays c'est un peu toi quand-m&#234;me, et puis d'ailleurs &#231;a ruissellera, promis !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc pour la plupart de la main-d'oeuvre : mobilit&#233; restreinte et encadr&#233;e. Pour les plus privil&#233;gi&#233;-e-s, au Nord, le collier n'est pas trop serr&#233; et laisse une impression de libert&#233;, avec quelques cong&#233;s pris en charter qui atterrissent &#224; la porte de resorts d'occasion sans contact avec l'ext&#233;rieur. Pour une frange assez importante des gens des Suds, s&#233;questration en camps (de r&#233;fugi&#233;-e-s, de d&#233;plac&#233;-e-s, de migrant-e-s, essentiellement des femmes et des enfants racis&#233;-e-s), mais souvent &#231;a n'emp&#234;che pas de travailler, au dedans ou au dehors, m&#234;me si c'est bien plus difficile et peu lucratif. Une autre frange non-n&#233;gligeable, qui se compte en millions de personnes, est immobilis&#233;e des Suds au Nord dans des prisons publiques et priv&#233;es et des bagnes divers (essentiellement des jeunes hommes racis&#233;s, records mondiaux : Etats-Unis, Russie, Chine, Br&#233;sil). Bien souvent, avec l'obligation, en fait, de travailler. Au P&#233;rou par exemple, dans les &#171; prisons productives &#187;, les d&#233;tenu-e-s fabriquent des tissages &#171; ethniques &#187; pour les touristes ou des crucifix pour la venue du Pape [15]. Ailleurs, ielles r&#233;pondent prennent par t&#233;l&#233;phone des r&#233;servations de billets d'avion ou plient des cartons. Enfin, dans les territoires interm&#233;diaires et les zones franches qui en constituent la quintessence (tout particuli&#232;rement en Chine et dans une bonne partie de l'Asie, souvent sur d'anciens camps de prisonniers de la deuxi&#232;me guerre mondiale [16]), des dizaines de milliers de jeunes femmes et parfois de jeunes hommes &#171; pr&#233;parent leur mariage &#187; en gagnant quelque argent, faisant b&#233;n&#233;ficier de leur dext&#233;rit&#233; et de leur patience les fabricants de composants &#233;lectroniques, smartphones et autres ordinateurs civils et militaires dans de vastes usines dortoirs [17]. Dans plusieurs pays d'Asie du Sud Est, &#171; prot&#233;ger &#187; les mineures et les jeunes femmes de la &#171; traite &#187; permet aussi de les enfermer et de les faire travailler jusqu'&#224; leur rapatriement dans leur village d'origine (Miramond, 2020) [18].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quatre hypoth&#232;ses sur les strat&#233;gies de confinement et un horrible doute &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, comment analyser ces nouvelles strat&#233;gies de confinement, aujourd'hui face au virus, confinement certes diff&#233;rentiel et tr&#232;s in&#233;gal mais malgr&#233; tout appliqu&#233; massivement un peu partout dans le monde ? Bien s&#251;r, on a compris l'argument sanitaire : &#233;viter un certain nombre de contagions et &#171; &#233;taler &#187; les autres de mani&#232;re &#224; masquer l'insuffisance des infrastructures de soin. Mais comment les lire sur les plans &#233;conomiques et politiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re hypoth&#232;se : le confinement actuel est une prolongation de cette strat&#233;gie d'immobilisation de la main-d'&#339;uvre qui permet d'en abaisser les co&#251;ts (elle n'a pas d'alternative) et de garantir sa disponibilit&#233; et sa concentration. On peut le penser, en tout cas pour certains secteurs &#171; intensifs en main d'&#339;uvre &#187; et/ou qui peuvent fonctionner avec le t&#233;l&#233;travail. Le confinement donne un s&#233;rieux coup de fouet au t&#233;l&#233;-enseignement, &#224; la t&#233;l&#233;-vente et &#224; toutes les technologies qui vont avec. De plus, le travail &#224; domicile permet d'externaliser une partie des co&#251;ts comme le loyer du lieu de travail, le chauffage, l'&#233;lectricit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me hypoth&#232;se : le confinement est un sacr&#233; retour &#224; &#171; la famille &#187; qui permet d'externaliser plus encore les co&#251;ts de nombreuses activit&#233;s de reproduction sociale : &#233;ducation, sant&#233; physique et mentale, alimentation&#8230; Car &#224; la maison, qui doit accompagner les activit&#233;s scolaires des enfants d'une main, tout en t&#233;l&#233;-travaillant de l'autre ? Qui soigne les malades forc&#233;-e-s de rester &#224; domicile et ram&#232;ne de la nourriture aux esseul&#233;-e-s, qui contient patiemment les humeurs des autres et leur remonte le moral ? Qui sert d'exutoire &#224; toutes les frustrations, qui sert de d&#233;fouloir &#224; la violence ? On savait que les femmes servaient d'amortisseur aux crises, en voici une illustration de plus, qui n'a gu&#232;re suscit&#233; d'&#233;moi ou de r&#233;action collective, hormis l'id&#233;e de sugg&#233;rer aux pharmacien-ne-s de surveiller de loin les femmes qui pourraient &#234;tre tabass&#233;es (bon sang, mais pourquoi n'y avait-on jamais pens&#233; ?), et une p&#233;tition port&#233;e par quelques gyn&#233;cologues pour allonger un tout petit peu les d&#233;lais pour interrompre l&#233;galement les grossesses non-d&#233;sir&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me hypoth&#232;se : le confinement permet de s&#233;parer, d'atomiser la main-d'&#339;uvre et de r&#233;duire ses espaces potentiellement politiques. Bien s&#251;r, pendant le travail : plus de grands regroupements sur les lieux de production (selon les secteurs, car beaucoup d'usines sont rest&#233;es ouvertes), plus de collectifs de travail, plus de discussions possibles pendant les pauses ou dans les transports. L'action syndicale r&#233;duite &#224; peau de chagrin. Et aussi, apr&#232;s le travail : plus de PMUs ni de visite chez les voisines. L'action associative, politique, liquid&#233;e &#8211; au moins dans les formes auxquelles nous &#233;tions habitu&#233;-e-s. Plus de manifestations jusqu'&#224; l'assembl&#233;e, ni sauvages ni domestiques, plus de risque qu'on aille &#171; les chercher chez eux, chez elles &#187; comme l'un d'entre eux &#233;tourdi par l'arrogance nous l'avait jadis sugg&#233;r&#233; ? Cette hypoth&#232;se &#171; mouvementiste &#187; est certes s&#233;duisante, d'autant que comme on l'a dit, dans de nombreux pays les luttes sociales &#233;taient en phase ascendante. Mais il est bien &#233;vident que le pangolin et la chauve-souris n'avaient pas r&#233;gl&#233; leurs montres sur l'heure des manifestations et il est difficile de croire que le saut zoonotique ait &#233;t&#233; programm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me hypoth&#232;se : l'opportunisme. La stupeur, la panique et le l&#226;che soulagement de l'auto-confinement tendance cocooning pour celles et ceux qui le peuvent, ou le confinement partiel la boule au ventre pour les autres, sont habilement utilis&#233;s par les diff&#233;rents gouvernements. Au nom de l'urgence absolue caus&#233;e par une situation de guerre sanitaire, drap&#233;s dans des discours d'unit&#233; nationale/sacr&#233;e, ils en profitent pour passer sans opposition les lois sc&#233;l&#233;rates que la population combattait. De fait, le gouvernement fran&#231;ais vient d'autoriser de travailler jusqu'&#224; 60 heures par semaine, de faciliter les licenciements, il s'est attribu&#233; des pouvoirs sp&#233;ciaux et d&#233;cide seul le sauvetage &#233;conomique de certains secteurs au d&#233;triment d'autres. C'est l'hypoth&#232;se de la fameuse &#171; strat&#233;gie du choc &#187; de Naomi Klein, l'arme l&#233;tale pr&#233;f&#233;r&#233;e des Chicago Boys, &#233;trenn&#233;e avec le coup d'Etat de Pinochet et qui n'a jamais &#233;chou&#233; depuis [19]. Plausibilit&#233; tr&#232;s haute, m&#234;me si ces derniers temps les syst&#232;mes dits d&#233;mocratiques semblaient d&#233;j&#224; moribonds et les menaces conjugu&#233;es du terrorisme, de la crise financi&#232;re, de &#171; l'invasion &#187; migratoire, du fascisme, du narcotrafic et de la d&#233;linquance g&#233;n&#233;ralis&#233;e, semblaient des moyens de chantage assez efficace pour faire tenir la population tranquille ou tout au moins, la conduire &#224; &#171; bien voter &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour finir, un horrible doute : en plus de la strat&#233;gie du choc, le traitement (volontairement ?) tardif et je m'en foutiste de la pand&#233;mie dans toute une partie du monde, au Nord comme dans les Suds, ne permet-il pas subtilement et sans y toucher de pratiquer une cure de jouvence pseudo darwinienne, une r&#233;g&#233;n&#233;ration de la population assortie d'une petite respiration d&#233;mographique, en &#233;liminant un maximum de vioques, d'autochtones, de Noires, d'arabes, de pauvres ? C'est moche, c'est mal de parler comme &#231;a et m&#234;me de penser des choses pareilles. M&#234;me Boris J, Jair B et Donald T ne peuvent pas l'exprimer en ces termes &#8211; mais celles et ceux qui restent vont filer doux, croyez-moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors oui, le confinement permet un peu tout cela, accentuant surtout des tendances d&#233;j&#224; existantes. Mais n'y a-t-il pas quelque chose de plus ? Car ce risque de mener l'&#233;conomie mondiale au bord du gouffre, ce pari un peu fou, disons-le, de laisser/faire mourir des dizaines, des centaines de milliers de personnes ou bien plus peut-&#234;tre, cette exp&#233;rimentation en grandeur r&#233;elle de nouvelles techniques nationales et transnationales de gestion de catastrophe et de revigorisation du capitalisme : tout &#231;a pour &#231;a, &#233;tait-ce bien n&#233;cessaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le virus pris en otage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons un peu en arri&#232;re sur l'origine imm&#233;diate de tout : notre petit Corona. D'abord, il importe d'innocenter une bonne fois pour toutes le virus. Beaucoup pensent confus&#233;ment que &#171; M&#232;re Nature &#187; se &#171; venge &#187;. Il n'en est rien. Tout au plus nous fait-elle le coup de l'&#171; action-r&#233;action &#187;. En d'autres termes, c'est de la co&#233;volution des syst&#232;mes vivants qu'il s'agit. Les virus se transforment et s'adaptent &#224; nos monocultures, &#224; nos syst&#232;mes d'&#233;levage, &#224; nos incursions chaque fois plus avant vers les zones &#171; sauvages &#187;, &#224; nos modes de transports acc&#233;l&#233;r&#233;s &#8211; quoi de plus normal ? [20] Vous vouliez de l'&#233;cologie et du darwinisme : en voil&#224;. Et &#231;a risque de durer, de recommencer, &#224; moins qu'on aseptise tout, qu'on br&#251;le les for&#234;ts d'avance comme le sugg&#233;rait encore r&#233;cemment un pr&#233;sident des Etats-unis, et qu'on recouvre le globe d'une surface en inox d&#233;sinfect&#233; une bonne fois pour toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le virus n'est rien, le syst&#232;me social est tout. On l'a bien dit : ce n'est pas cette maladie qui est particuli&#232;rement dangereuse. Soigner les grippes, on sait. Seule une minorit&#233; souffre de complications graves, qu'on peut souvent surmonter sans trop de casse. Dans de bonnes conditions, la l&#233;talit&#233; est faible. On peut m&#234;me faire des respirateurs par imprimante 3D [21]. Malheureusement, gros sous : il y a des brevets &#224; respecter [22]. Le probl&#232;me, c'est la casse des syst&#232;mes de sant&#233; publics, la fermeture de dizaines de milliers de lits partout dans le monde pour &#171; d&#233;penser moins &#187;, le non-recrutement de personnel, les salaires de mis&#232;re, le sous-&#233;quipement en mat&#233;riel de base. Et bien &#233;videmment, la guerre commerciale entre les g&#233;ants de la chimie-pharmacie-OGM et autres pesticides qui veulent gagner de l'argent et non pas gu&#233;rir les malades [23]. Le probl&#232;me, c'est la transformation de la sant&#233; en marchandise, tout comme l'&#233;ducation et l'ensemble des &#171; services &#187;, depuis la mise en place de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995, qui consacre le dogme n&#233;olib&#233;ral en lui donnant les moyens de s'imposer l&#233;galement (remember la lutte contre les TRIPS et le brevetage du vivant) [24]. La sant&#233; de la main-d'&#339;uvre n'est plus un droit ou m&#234;me une pr&#233;-condition au bon fonctionnement du syst&#232;me productif (selon la th&#233;orie du capital humain), elle n'est plus encadr&#233;e dans un cadre collectif national ou international bas&#233; sur l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Bien au contraire, d&#233;sormais, c'est la maladie qui est au centre, cette fois-ci comme un business, r&#233;gi par la charit&#233;, le spectacle et l'int&#233;r&#234;t &#233;conomique [25]. Du coup, on ne nous confine pas pour nous prot&#233;ger mais pour &#233;viter d'avoir &#224; soigner trop de monde. On nous interdit d'aller &#224; l'h&#244;pital. Soyez malades et mourez chez vous ou dans la rue, mais faites-le sans rien co&#251;ter ou le moins possible, ou mieux encore, mourez en continuant &#224; rapporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors si le virus n'est rien et si &#171; le coup du virus &#187; n'est qu'un pr&#233;texte &#224; une sorte de &#171; coup d'&#233;tat sanitaire &#187;, notons que l'utilisation habile du Corona est quand-m&#234;me un sacr&#233; coup de g&#233;nie qui permet de mettre en place des strat&#233;gies de s&#233;curit&#233; int&#233;rieure, de gouvernement des populations, particuli&#232;rement perverses. Et plut&#244;t nouvelles. En effet, c'est le virus qui nous est pr&#233;sent&#233;, officiellement, comme notre ennemi, un ennemi qui s'av&#232;re particuli&#232;rement vicieux pour un ensemble de raisons enchev&#234;tr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, parce qu'&#233;tant invisible, il se pr&#234;te &#224; tous les fantasmes. Cette invisibilit&#233; le rend &#233;galement difficile &#224; combattre. De plus, son &#233;tiologie est cruelle puisqu'il vient se nicher &#224; l'int&#233;rieur de notre souffle m&#234;me. Enfin, son mode de transmission est doublement probl&#233;matique. D'une part, m&#234;mes les &#234;tres qui nous sont les plus cher-e-s (les enfants, les parents, les compagnes-compagnons) deviennent des menaces constantes jusqu'&#224; preuve du contraire (mais pas assez de tests en France). Sans parler des quidams, qui deviennent des menaces potentielles, ni &#233;voquer &#224; plus forte raison les &#233;trang&#232;r-e-s, dont on se m&#233;fiait d&#233;j&#224;. Le VIH se transmettait notamment dans les geste de &#171; l'amour &#187; sexuel. Mais maintenant m&#234;me la simple embrassade, la poign&#233;e de main, la proximit&#233; dans un rayon d'un m&#232;tre (huit m&#232;tres selon certain-e-s car il y en a qui respirent un peu fort) sont suspectes, &#224; bannir. Mince ! Les autres, tou-te-s, les autres, d&#232;s lors qu'ielles s'approchent &#224; port&#233;e de souffle, sont devenu-e-s une menace. Mais il y a pire, car d'autre part, la menace est en nous-m&#234;mes. Puisque la transmission peut aussi se faire de nous-m&#234;mes vers les autres : chacun-e d'entre nous peut &#234;tre un-e porteur-e sain-e et contaminer les &#234;tres ch&#232;r-e-s sans m&#234;me le savoir. Un &#233;ternuement malheureux, une caresse sur le visage, le masque mal d&#233;sinfect&#233; que je t'ai tendu&#8230; Ou m&#234;me sans rien faire, juste en &#233;tant l&#224;, proche, en respirant. Peut-on imaginer un pire supplice ? Les sp&#233;cialistes &#233;tats-unien-nes, fran&#231;ais-es, isra&#233;lien-ne-s et autres de la torture avaient d&#233;j&#224; imagin&#233; des techniques de torture o&#249; la personne, suspendue par les bras ou pli&#233;e en deux sur une chaise, se fait mal toute seule. Pas de bourreau-fonctionnaire &#224; former, &#224; r&#233;mun&#233;rer et &#224; prendre en charge dans ses vieux jours quand la culpabilit&#233; ou la vieillesse l'assailliront. La responsabilit&#233;, la culpabilit&#233; transf&#233;r&#233;es toutes enti&#232;res sur la victime (et c'est nouveau, &#231;a, coco ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup, le virus porte un coup fatal aux rapports humains (et au travail, et aux loisirs) comme nous l'entendions le plus souvent, faits de proximit&#233;, de rencontres in real life et de contacts avec les autres&#8230; Finie l'innocence des march&#233;s anim&#233;s, des r&#233;unions amicales ou familiales, des fl&#226;neries dominicales dans les parcs &#8211; pour des semaines, des mois au moins, jusqu'au vaccin. Ou plus. Car il y a fort &#224; parier que certaines habitudes vont perdurer, d'autant que les virus, comme on l'a dit, co-&#233;voluent avec &#171; nous &#187; et qu'&#224; chaque instant, peuvent en appara&#238;tre d'autres. Sans compter qu'il risque d'&#234;tre difficile de modifier la nouvelle organisation du travail que les gouvernements d&#233;ploient un peu partout, sur le plan mat&#233;riel comme sur le plan l&#233;gal (d&#233;veloppement du t&#233;l&#233;travail, travail forc&#233; sur r&#233;quisition, mise &#224; mal des limitations horaires, hebdomadaires et annuelles).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un nouveau mode de gouvernance globale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouveaut&#233;, alors, o&#249; est-elle ? Dans le nouveau mode de gouvernance globale qui se met en place sous nos yeux, avec l'assentiment d'une bonne partie de l'opinion qui r&#234;ve d'&#234;tre prot&#233;g&#233;e des autres, et m&#234;me d'elle-m&#234;me. Un nouveau mode de gouvernance qui consacre le r&#244;le central d'un nouvel-ancien acteur : le complexe militaro-industriel [26]. En effet, ce que beaucoup consid&#232;rent comme une sorte de &#171; coup d'&#233;tat sanitaire &#187; &#224; la faveur de ce brave Corona, je propose de le penser plus pr&#233;cis&#233;ment comme un coup d'&#233;tat militaro-industriel global [27].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'&#233;tat militaro-industriel global poss&#232;de au moins quatre dimensions importantes. Premier point et fait tr&#232;s curieux : les militaires ne prennent pas directement le pouvoir. On avait d&#233;j&#224; vu cela avec l'actuel pr&#233;sident du Br&#233;sil par exemple (c'est un ancien militaire, &#233;lu apr&#232;s un impeachment qui frisait le putsch). Au contraire, deuxi&#232;me point, les militaires apparaissent pour l'instant encore comme protecteurs et sauveurs, dispensateurs de nourriture, d'h&#244;pitaux de campagne [28], garants du respect du confinement et peut-&#234;tre &#224; moyen terme, de la continuit&#233; de la production &#8211; quand les caissi&#232;res et les infirmi&#232;res auront toute rendu leur tablier ou se seront &#171; lev&#233;es et cass&#233;es &#187;. Mais o&#249; peut-on partir maintenant, si ce n'est ad matrem ? Troisi&#232;me point : de qui donc nous prot&#232;ge l'arm&#233;e ? Car une guerre (version gouvernementale) ou un coup d'Etat (version &#171; mauvais esprit &#187;) se font contre des ennemis. Eh bien, les ennemis, comme vu ci-dessus, ce sont les personnes inconscientes qui bravent l'interdiction de sortir et pr&#233;tendent se balader sans Ausweis, sans carta de alforria, sans dire vers o&#249;, &#224; quelle heure exactement et pourquoi. Les personnes qui font autre chose que (1) consommer de la nourriture (2) consommer des produits de l'industrie pharmaceutique (3) entretenir la force de travail physique et mentale par un petit jogging en solitaire ou en faisant pisser le chien (la promenade du chien c'est un peu la bi&#232;re des ouvriers de Marx) ou bien s&#251;r (4) aller bosser gratuitement pour soutenir des proches malades, livrer des pizzas ou pour faire tourner les secteurs de l'&#233;conomie jug&#233;s indispensables en haut lieu. Pour &#234;tre plus pr&#233;cise encore, l'ennemi, c'est n'importe quelle personne &#171; r&#233;calcitrante &#187; qui propagerait le virus, m&#234;me involontairement et sans le savoi (version gouvernementale) et/ou qui d&#233;sob&#233;irait aux restrictions et obligations &#233;dict&#233;es par le gouvernement, qui a pris les pleins pouvoirs (version &#171; mauvais esprit &#187;). Or les r&#233;calcitrant-e-s potentiel-le-s, bien s&#251;r ce sont les prol&#233;taires qui pourraient refuser d'aller se faire contaminer pour des paies mis&#233;rables, les rebelles dans l'&#226;me et celles et ceux qui sont &#171; toujours-d&#233;j&#224; mort-e-s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en fait, et surtout, l'ennemi c'est aussi absolument tout le monde. Puisque le virus peut &#234;tre en chacun-e d'entre nous. Sans qu'il se voie, sans m&#234;me que nous en ayons conscience. Plus besoin d'&#234;tre politis&#233;-e pour &#234;tre l'adversaire, plus besoin m&#234;me de croire dans une religion minoris&#233;e, d'avoir une couleur de peau, un nom &#224; consonance, un sexe suspect ou d'appartenir &#224; une classe dangereuse. De la pr&#233;sidence jusqu'&#224; la femme de m&#233;nage, l'ensemble de la population est suspecte. Alors oui, une nouvelle doctrine de s&#233;curit&#233; est n&#233;e, nationale et transnationale : celle d'une guerre d'un nouveau type qui vise virtuellement l'ensemble de la population. L'&#171; ennemi int&#233;rieur &#187; est toujours-peut-&#234;tre-d&#233;j&#224; en nous&#8230; Et la guerre lanc&#233;e par le complexe militaro-industriel, &#224; la diff&#233;rence des guerres classiques, n'ob&#233;it pas &#224; la moindre convention [29]. Quant &#224; signer la paix avec un virus&#8230; La fin de la guerre risque de tarder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais d&#233;j&#224; propos&#233; de penser le n&#233;olib&#233;ralisme comme le d&#233;veloppement (hors classe-race privil&#233;gi&#233;e) d'une &#171; paire-fatale &#187; compos&#233;e d'hommes en armes et de femmes de &#8216;services' [30]. J'avais ensuite pr&#233;cis&#233; quelque peu l'analyse pour r&#233;int&#233;grer les puissant-e-s, en pensant cette fois-ci le devenir des &#171; femmes globales &#187; du n&#233;olib&#233;ralisme, ses travailleuses de pointe (les nounous, les bonnes et les travailleuses du sexe [31]), &#224; l'ombre du complexe militaro-industriel [32]. Le Corona, aujourd'hui, nous am&#232;ne un pas plus loin. Pour le groupe Pi&#232;ces et main-d'&#339;uvre, nous sommes pass&#233;-e-s dans les derni&#232;res d&#233;cennies, d'une soci&#233;t&#233; de contr&#244;le &#224; une soci&#233;t&#233; de surveillance, et nous venons de passer sans &#233;quivoque &#224; une soci&#233;t&#233; de contrainte [33]. On dirait bien, oui. Ce qui est certain en tout cas, c'est que les grands gagnants sont tous les acteurs du complexe militaro-industriel. Les transnationales pharmaceutiques (les m&#234;mes qui fournissent les gaz de combat et les gaz lacrymog&#232;nes), les fabricants de drones, de cam&#233;ras thermiques et autres instruments de contr&#244;le, les concepteurs d'ordinateurs, radars, syst&#232;mes de communication, les entreprises de l'intelligence artificielle qui exploitent toutes ces donn&#233;es et m&#233;tadonn&#233;es, les GAFAM. Puisque pour &#233;viter, justement, ce fameux confinement, ou bien pour le perfectionner, pour &#171; tracer &#187; nos d&#233;placements qui sont potentiellement ceux du virus (appr&#233;ciez la nuance), la solution ce sont comme &#224; Nice, les drones qui bourdonnent au-dessus de nos t&#234;tes en nous intimant l'ordre de rentrer chez nous, la g&#233;olocalisation de nos t&#233;l&#233;phones comme en Italie [34], et l'ensemble des donn&#233;es de contr&#244;le biom&#233;trique qui en Cor&#233;e, disent o&#249; nous sommes all&#233;-e-s heure par heure et jusqu'au num&#233;ro de si&#232;ge que nous avons occup&#233; au cin&#233;ma [35]. Incidemment, on apprend que notre ami Twitter exclut d&#233;j&#224; les publications qui vont &#224; l'encontre des recommandations de l'OMS, n'h&#233;sitant pas &#224; supprimer deux vid&#233;os d'un bain de foule du pr&#233;sident br&#233;silien post&#233;es sur le r&#233;seau&#8230; [36]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;volutions, que l'on esp&#233;rait encore lointaines dans le temps et dans l'espace, sont en train d'advenir depuis quelques semaines &#224; peine, dans ces rues qui &#171; &#233;taient &#224; nous &#187; [37]. Et le pire c'est que presque personne n'a le temps ni l'&#233;nergie de s'y opposer. Puisque c'est &#171; pour ne pas mourir &#187;, &#171; pour ne pas mettre les autres en danger &#187;, &#171; pour sauver l'&#233;conomie &#187; en &#233;vitant le confinent. L'opposition est d'autant plus faible qu'au consentement paniqu&#233; ou raisonnable, s'ajoute la coercition : ces mesures nous sont impos&#233;es dans le cadre d'&#233;tat d'urgence dont tout le monde sait qu'ils seront prolong&#233;s d'abord, institutionnalis&#233;s ensuite. La meilleure preuve, c'est que le grand succ&#232;s chinois, la &#171; lib&#233;ration &#187; de Wuhan et du pays, le retour &#224; la &#171; normale &#187; se fait dans un cadre bien pr&#233;cis. Pour sortir d&#233;sormais, il faut avoir son t&#233;l&#233;phone, nanti d'une nouvelle application qui s'affiche automatiquement (ind&#233;pendamment de la volont&#233; de la personne) et indique votre statut viral. L'application, dont l'histoire ne dit pas encore combien elle co&#251;te, combien elle rapporte et si elle est, ou non, &#171; truandable &#187;, a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e par&#8230; Alibaba, le g&#233;ant chinois du commerce en ligne d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;. Et les vaccins comme les m&#233;dicaments &#171; l&#233;gaux &#187; seront d&#233;velopp&#233;s gr&#226;ce &#224; Bill et Melinda Gates via l'OMC, ou l'un de ces laboratoires transnationaux dont l'opacit&#233; n'a d'&#233;gale que la complexit&#233; tentaculaire et l'intromission dans la recherche publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons l'hypoth&#232;se : le Corona qui nous a tou-te-s surpris-es au tournant de cette ann&#233;e de gr&#226;ce 2020, d'o&#249; qu'il vienne et o&#249; qu'il aille, est en train de servir &#224; une sorte de coup d'Etat global &#171; parfait &#187; du complexe militaro-industriel remani&#233;, aux mains d'un Big brother technologico-m&#233;dical. Il permettra d'ouvrir de nouveaux march&#233;s pour les nouveaux produits de surveillance, de contr&#244;le et de coercition qui viennent fort &#224; propos &#171; tirer &#187; la croissance d'un PIB qui semblait avoir atteint sa limite &#8211; qu'il s'agisse des ressources ou de la baisse tendancielle du taux de profit. Ce faisant, il assied un ensemble de syst&#232;mes politiques et sociaux qui fleurent bon l'hygi&#233;nisme, le darwinisme et l'amour de l'ordre, de la discipline et du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire, alors ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons, enfin, &#224; la question initiale : y a-t-il une t&#226;che r&#233;volutionnaire en ce moment et laquelle ? J'avoue que je ne sais pas. Tout ce qui peut nous amener &#224; r&#233;vertir ce coup d'&#233;tat global. C'est localement qu'il faudra nous y prendre. Virer nos dirigeant-e-s politiques et &#233;conomiques, au Sud et au Nord, nationaux, supranationaux et r&#233;gionaux [38]. Repenser le travail, sa division, sa r&#233;mun&#233;ration, son sens. A r&#233;soudre ce fichu probl&#232;me de l'argent (il n'y en aura jamais assez pour tout le monde). Mettre &#224; plat des fronti&#232;res et des relations internationales issues de la colonisation. Abattre le capitalisme. Qui est bien s&#251;r raciste-colonial et h&#233;t&#233;ro-patriarcal. Et surtout, trouver les moyens de refaire du lien, de d&#233;mythifier les r&#233;cits grandiloquents, alarmistes, trompeurs, culpabilisants et infantilisants des gouvernements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour le moment, parmi toutes les luttes presque invisibles et pourtant capitales que les un-e-s et les autres m&#232;nent, dans les Suds comme dans le Nord : lib&#233;ration des migrant-e-s, des r&#233;fugi&#233;-e-s et des personnes emprisonn&#233;es en g&#233;n&#233;ral, h&#233;bergement et appui aux personnes sans logis et sans r&#233;mun&#233;ration [39]. Fin des violences polici&#232;res et de la discrimination syst&#233;matique des quartiers populaires [40]. Augmentation de X mille euros pour toutes les femmes, en commen&#231;ant par les femmes de m&#233;nage, les caissi&#232;res, les infirmi&#232;res, les aides-soignantes, les aides-maternelles, les ouvri&#232;res, les paysannes et les enseignantes non, &#231;a je rigole, personne n'a pens&#233; &#224; le demander). D&#232;s que possible : collectivisation &#224; &#233;chelle locale de l'outil productif, en commen&#231;ant par ce qui touche la sant&#233; [41], l'alimentation, le logement et le transport. D&#233;fense, r&#233;cup&#233;ration et gestion partag&#233;e de la terre, de l'eau, de l'air, des for&#234;ts et de diversit&#233; du vivant. Restriction absolue du domaine de la finance, restriction drastique des logiques de march&#233; capitalistes (en vue de leur extinction rapide), extension du domaine des communs et de la d&#233;lib&#233;ration populaire. Et puis surtout, surtout : rire, aimer, chanter, partager. Et pourquoi pas, revendiquer avec Mar&#237;a Galindo et les pauvres de la terre, les toujours d&#233;j&#224; mort-e-s et autres incurables rebelles, une d&#233;sob&#233;issance virale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jules Falquet, 26-30 mars 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/jules-falquet/blog/300320/le-coup-du-virus-et-le-coup-d-etat-militaro-industriel-global&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/jules-falquet/blog/300320/le-coup-du-virus-et-le-coup-d-etat-militaro-industriel-global&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] &lt;a href=&#034;https://www.desdeabajo.info/sociedad/item/39122-desobediencia-por-tu-culpa-voy-a-sobrevivir.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.desdeabajo.info/sociedad/item/39122-desobediencia-por-tu-culpa-voy-a-sobrevivir.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] &lt;a href=&#034;https://www.revolutionpermanente.fr/Coronavirus-Mort-d-Aicha-caissiere-au-Carrefour-de-Saint-Denis-en-premiere-ligne-19927&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.revolutionpermanente.fr/Coronavirus-Mort-d-Aicha-caissiere-au-Carrefour-de-Saint-Denis-en-premiere-ligne-19927&lt;/a&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/210320/face-au-coronavirus-qui-nous-protege-nous-les-assistantes-maternelles&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.mediapart.fr/journal/france/210320/face-au-coronavirus-qui-nous-protege-nous-les-assistantes-maternelles&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Une &#233;tudiante en 2&#232;me ann&#233;e est r&#233;quisitionn&#233;e en tant qu'AS dans un EHPAD avec plus de 30 patients en suspicion de covid. Elle est pay&#233;e 1,08 euro de l'heure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.revolutionpermanente.fr/Augmentation-de-salaire-pour-les-etudiants-infirmiers-mobilises-dans-les-hopitaux-une-premiere&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.revolutionpermanente.fr/Augmentation-de-salaire-pour-les-etudiants-infirmiers-mobilises-dans-les-hopitaux-une-premiere&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] &lt;a href=&#034;https://www.jornada.com.mx/ultimas/mundo/2020/03/25/alemania-echa-mano-de-migrantes-para-enfrentar-covid-19-9708.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.jornada.com.mx/ultimas/mundo/2020/03/25/alemania-echa-mano-de-migrantes-para-enfrentar-covid-19-9708.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] &lt;a href=&#034;https://www.startpage.com/do/dsearch?query=%C2%BFJinetes+del+Apocalipsis%3F+No&#8230;+Migrantes+al+rescate+de+ciudades+en+cuarentena&amp;cat=web&amp;pl=opensearch&amp;language=francais&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.startpage.com/do/dsearch?query=%C2%BFJinetes+del+Apocalipsis%3F+No&#8230;+Migrantes+al+rescate+de+ciudades+en+cuarentena&amp;cat=web&amp;pl=opensearch&amp;language=francais&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] &lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/iles-desertes-bunkers-jets-prives-comment-les-super-riches-reagissent-face-au-coronavirus-nbsp-20200325&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lefigaro.fr/iles-desertes-bunkers-jets-prives-comment-les-super-riches-reagissent-face-au-coronavirus-nbsp-20200325&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] &lt;a href=&#034;https://www.lexpress.fr/actualite/monde/oceanie/australie-10-000-dromadaires-vont-etre-abattus-par-des-snipers-a-cause-de-la-secheresse_2113739.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lexpress.fr/actualite/monde/oceanie/australie-10-000-dromadaires-vont-etre-abattus-par-des-snipers-a-cause-de-la-secheresse_2113739.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Pour la France : &lt;a href=&#034;https://www.marianne.net/societe/c-est-confirme-la-loi-urgence-coronavirus-va-revenir-sur-les-droits-aux-conges-les-35-heures&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marianne.net/societe/c-est-confirme-la-loi-urgence-coronavirus-va-revenir-sur-les-droits-aux-conges-les-35-heures&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] &lt;a href=&#034;https://paris-luttes.info/31-mars-manifestation-de-13697&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://paris-luttes.info/31-mars-manifestation-de-13697&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] &lt;a href=&#034;https://dndf.org/?p=18400#more-18400&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://dndf.org/?p=18400#more-18400&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] &lt;a href=&#034;https://solidaires.org/Reseau-syndical-international-de-solidarite-et-de-luttes-Italie-Amazon-et-Liban&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://solidaires.org/Reseau-syndical-international-de-solidarite-et-de-luttes-Italie-Amazon-et-Liban&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] &lt;a href=&#034;https://paris-luttes.info/en-periode-de-confinement-les-13698&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://paris-luttes.info/en-periode-de-confinement-les-13698&lt;/a&gt; ; &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/280320/confinement-dans-les-quartiers-populaires-attention-aux-controles-sous-tension&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.mediapart.fr/journal/france/280320/confinement-dans-les-quartiers-populaires-attention-aux-controles-sous-tension&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Guillaumin, Colette. 1992 [1978]. &#171; Pratique du pouvoir et id&#233;e de nature &#187; (pp 13-48). In Guillaumin, Colette. Sexe, race et pratique du pouvoir. L'id&#233;e de Nature. Paris : C&#244;t&#233;-femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Federici, Silvia, 2014 [2004]. Caliban et la sorci&#232;re. Femmes, corps et accumulation primitive. Marseille, Senonevero ; Gen&#232;ve &amp; Paris, Entremonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Neira, Sharie, &#8220;EmPresas : femmes incarc&#233;r&#233;es et mise au travail au P&#233;rou&#8221;, M&#233;moire de Master, juin 2108.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Enloe, Cynthia. 1989. Bananas, Beaches and Bases : Making Feminist Sense of International Politics. Berkeley. University of California Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Par exemple : Yang ; Chan, Jenny ; Lizhi, Xu, 2015, La machine est ton seigneur et ma&#238;tre. Marseille : Agone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Miramond, Estelle, 2020, &#171; Le confinement des femmes dans l'espace. Les apports de Colette Guillaumin &#224; l'&#233;tude des politiques de lutte contre la traite &#187;, Cahiers du Genre, n&#176;69 2/2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Klein, Naomi. 2008. La Strat&#233;gie du choc : La mont&#233;e d'un capitalisme du d&#233;sastre. Paris. Actes Sud. 672 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] On verra le passionnant texte traduit de l'anglais (et du chinois ?!) : &#171; Contagion sociale. Guerre de classe microbiologique en Chine &#187;, 1er mars 2020 : &lt;a href=&#034;https://dndf.org/?p=18327#more-18327&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://dndf.org/?p=18327#more-18327&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi que Wallace, Robert, 2016, Big Farms Make Big Flu. Dispatches on Influenza, Agribusiness, and the Nature of Science, New York : Monthly Review Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Comme en Italie. &lt;a href=&#034;https://www.3dnatives.com/impression-3d-covid-19-16032020/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.3dnatives.com/impression-3d-covid-19-16032020/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Mais certaines entreprises craignent de rater des ventes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.revolutionpermanente.fr/Une-compagnie-medicale-refuse-de-partager-son-savoir-medical-pour-preserver-ses-profits&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.revolutionpermanente.fr/Une-compagnie-medicale-refuse-de-partager-son-savoir-medical-pour-preserver-ses-profits&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/planete/2020/03/14/covid-19-etats-unis-et-allemagne-se-battent-pour-le-futur-vaccin_1781709&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.liberation.fr/planete/2020/03/14/covid-19-etats-unis-et-allemagne-se-battent-pour-le-futur-vaccin_1781709&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] On relira avec un tr&#232;s grand int&#233;r&#234;t : Shiva, Vandana. 1996. Ethique et agroindustrie, Main basse sur la vie. Paris. L'Harmattan, Femmes et Changements. 127 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Rappelons aussi qu'aujourd'hui, l'Organisation mondiale de la sant&#233; (OMS) est financ&#233;e &#224; 80% par des dons, dont 16% proviennent de la fondation Bill et Melinda Gates, soit la m&#234;me quantit&#233; que les dons de la Grande Bretagne et &#224; peine moins que ceux des Etats-Unis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.rts.ch/info/economie/8660012-les-genereux-donateurs-de-l-oms-orientent-ils-sa-politique-.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.rts.ch/info/economie/8660012-les-genereux-donateurs-de-l-oms-orientent-ils-sa-politique-.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Pour une analyse brillante de ce que l'on peut appeler plus pr&#233;cis&#233;ment complexe politico-militaro-financiero-industriel et d&#233;finir comme la coalition d'int&#233;r&#234;t d'industriels et de militaires autours de l'accroissement de la production et de la vente d'armes et de mat&#233;riels militaires et de contr&#244;le de tous ordres : Andr&#233;e Michel, 2012, F&#233;minisme et antimilitarisme, Paris, iXe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Pour une analyse brillante du &#171; complexe-militaro-industriel &#187; : Andr&#233;e Michel, 2012, F&#233;minisme et antimilitarisme, Paris, iXe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Pour soulager les h&#244;pitaux publics, les cliniques priv&#233;es ont demand&#233; en France &#224; &#234;tre r&#233;quisitionn&#233;e, en pure perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.huffingtonpost.fr/entry/coronavirus-les-hopitaux-prives-veulent-etre-requisitionnes_fr_5e777307c5b6f5b7c5461687&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.huffingtonpost.fr/entry/coronavirus-les-hopitaux-prives-veulent-etre-requisitionnes_fr_5e777307c5b6f5b7c5461687&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, l'arm&#233;e fran&#231;aise appara&#238;t en flux tendu et s'adressait jusqu'&#224; r&#233;cemment en cas de probl&#232;me&#8230;aux pompiers :&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/200320/coronavirus-appeles-en-renfort-les-soignants-du-service-de-sante-des-armees-sont-deja-epuises&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.mediapart.fr/journal/france/200320/coronavirus-appeles-en-renfort-les-soignants-du-service-de-sante-des-armees-sont-deja-epuises&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Sur les nouvelles formes de &#171; guerres &#187; n&#233;olib&#233;rales : Falquet, Jules, 2016, Pax Neoliberalia. Perspectives f&#233;ministes sur (la r&#233;organisation de) la violence. Paris : Editions iXe. 192 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] Falquet, Jules, 2006, &#8220;Hommes en armes et femmes &#8220;de service&#8221; : tendances n&#233;olib&#233;rales dans l'&#233;volution de la division sexuelle et internationale du travail&#8221;. Cahiers du Genre, Travail et mondialisation. Confrontations Nord/Sud, n&#176; 40, pp 15-38.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Il manque bien s&#251;r les caissi&#232;res, les infirmi&#232;res et les ouvri&#232;res, mais la formule est frappante : Ehrenreich, Barbara ; Russel Hochschild, Arlie. 2003. Global Woman : Nannies, Maids and Sex Workers in the New Economy. New York. Metropolitan Books.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Falquet, Jules, 2014, &#171; Ce que le genre fait &#224; l'analyse de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale : L'ombre port&#233;e des syst&#232;mes militaro-industriels sur les &#171; femmes globales &#187;&#8221;, Regards crois&#233;s sur l'&#233;conomie, &#8220;Peut-on faire l'&#233;conomie du genre ?&#8221;, n&#176;15, pp 341-355.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] &lt;a href=&#034;http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&amp;id_article=1261&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&amp;id_article=1261&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] &lt;a href=&#034;https://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/en-lombardie-les-deplacements-des-italiens-controles-via-leur-smartphone_2121245.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/en-lombardie-les-deplacements-des-italiens-controles-via-leur-smartphone_2121245.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] &lt;a href=&#034;https://francais.rt.com/france/73169-vers-application-geolocalisation-masse-pour-faire-face-au-coronavirus&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://francais.rt.com/france/73169-vers-application-geolocalisation-masse-pour-faire-face-au-coronavirus&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/300320/bolsonaro-rejette-le-confinement-et-s-isole-politiquement?onglet=full&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.mediapart.fr/journal/international/300320/bolsonaro-rejette-le-confinement-et-s-isole-politiquement?onglet=full&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] &lt;a href=&#034;https://bouamamas.wordpress.com/2020/03/23/le-corona-virus-comme-analyseur-autopsie-de-la-vulnerabilite-systemique-de-la-mondialisation-capitaliste/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bouamamas.wordpress.com/2020/03/23/le-corona-virus-comme-analyseur-autopsie-de-la-vulnerabilite-systemique-de-la-mondialisation-capitaliste/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/260320/coronavirus-le-pouvoir-est-vise-par-plusieurs-plaintes-en-justice&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.mediapart.fr/journal/france/260320/coronavirus-le-pouvoir-est-vise-par-plusieurs-plaintes-en-justice&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/300320/pour-combattre-le-covid-19-il-faut-des-mesures-radicales-et-un-choc-de-solidarite&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/300320/pour-combattre-le-covid-19-il-faut-des-mesures-radicales-et-un-choc-de-solidarite&lt;/a&gt; ; &lt;a href=&#034;https://www.droitaulogement.org/2020/03/covid-19-sos-sans-logis-mal-loges-et-locataires-la-petition/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.droitaulogement.org/2020/03/covid-19-sos-sans-logis-mal-loges-et-locataires-la-petition/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[41] &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/notes/fuiqp-paris-banlieue/d%C3%A9claration-nationale-quartiers-populaires-et-corona-virus-les-tirailleurs-du-co/3628832487190416/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.facebook.com/notes/fuiqp-paris-banlieue/d%C3%A9claration-nationale-quartiers-populaires-et-corona-virus-les-tirailleurs-du-co/3628832487190416/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[42] &lt;a href=&#034;https://etaturgencesanitaireexigeons.wesign.it/fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://etaturgencesanitaireexigeons.wesign.it/fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mondialisation n&#233;olib&#233;rale : l'ombre port&#233;e des syst&#232;mes militaro-industriels sur les &#171; femmes globales &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Mondialisation-neoliberale-l-ombre-portee-des-systemes-militaro-industriels-sur</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Mondialisation-neoliberale-l-ombre-portee-des-systemes-militaro-industriels-sur</guid>
		<dc:date>2017-08-15T09:06:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jules Falquet</dc:creator>


		<dc:subject>Le Monde</dc:subject>
		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avec la mondialisation, de nombreuses femmes sont entr&#233;es sur le march&#233; du travail. Combiner une analyse de genre &#224; une analyse de classe et de &#171; race &#187; permet de montrer que ce qui est per&#231;u comme une &#233;volution est r&#233;alis&#233; au d&#233;triment d'une certaine cat&#233;gorie de femmes : les &#171; femmes de services &#187;, compos&#233;e majoritairement de femmes non-privil&#233;gi&#233;es contraintes d'exercer des activit&#233;s de care ou li&#233;es au commerce du sexe. Dans le cadre de la militarisation n&#233;olib&#233;rale, leur &#233;mergence va de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-Monde-614-+" rel="tag"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-mouvement-des-femmes-dans-le-monde-+" rel="tag"&gt;Le mouvement des femmes dans le monde&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L96xH150/arton31543-90853.png?1781494150' class='spip_logo spip_logo_right' width='96' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec la mondialisation, de nombreuses femmes sont entr&#233;es sur le march&#233; du travail. Combiner une analyse de genre &#224; une analyse de classe et de &#171; race &#187; permet de montrer que ce qui est per&#231;u comme une &#233;volution est r&#233;alis&#233; au d&#233;triment d'une certaine cat&#233;gorie de femmes : les &#171; femmes de services &#187;, compos&#233;e majoritairement de femmes non-privil&#233;gi&#233;es contraintes d'exercer des activit&#233;s de care ou li&#233;es au commerce du sexe. Dans le cadre de la militarisation n&#233;olib&#233;rale, leur &#233;mergence va de pair avec celle des &#171; hommes en armes &#187; qui contribuent &#224; la pr&#233;carisation des femmes, et plus particuli&#232;rement celles des pays du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tire de : entre les lignes et les mots 2017 31 29 juillet&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; le 24 juillet 2017&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'aimable autorisation de l'auteure et de la revue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les ann&#233;es 1990, diff&#233;rents travaux f&#233;ministes ont propos&#233; des perspectives alternatives aux analyses classiques de la mondialisation. Je pr&#233;senterai ici quelques-unes de ces r&#233;flexions avec pour fil conducteur la question des transformations de l'activit&#233; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'est le plus souvent agi de &#171; rajouter les femmes &#187; &#224; l'analyse. Or on note des ambivalences de la mise au travail des femmes et le type d'activit&#233;s que la mondialisation r&#233;serve majoritairement aux femmes non-privil&#233;gi&#233;es de la plan&#232;te, principalement autour d'activit&#233;s &#171; de services &#187;. De plus, une v&#233;ritable perspective de genre consiste &#224; penser ensemble et dialectiquement femmes et hommes, c'est pourquoi on s'int&#233;ressera ensuite &#224; la guerre, au militarisme et aux diff&#233;rentes manifestations des &#171; hommes en armes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#171; femmes de services &#187;, nouvelles &#171; femmes globales &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la fin des ann&#233;es 1980, les th&#233;oriciennes f&#233;ministes approfondissent leur critique de la s&#233;paration arbitraire entre activit&#233;s dites &#171; productives &#187; et &#171; reproductives &#187;, remettant s&#233;rieusement en cause la discipline &#233;conomique et le &#171; grand r&#233;cit &#187; dominant de l'histoire du capitalisme. Maria Mies propose de reconsid&#233;rer le poids des rapports patriarcaux dans l'accumulation &#224; l'&#233;chelle mondiale (1986), tandis que Marilyn Waring conteste les logiques m&#234;mes de la comptabilit&#233; internationale, de la mesure du PIB et de la croissance (1988). En 1991, Saskia Sassen est l'une des premi&#232;res &#224; analyser le nouveau ph&#233;nom&#232;ne de la globalisation, en &#233;tudiant les Global Cities o&#249; les couples engag&#233;s &#224; plein temps dans les activit&#233;s de la haute nance par exemple, et donc sans &#233;pouse, externalisent de nombreuses t&#226;ches reproductives vers une main-d'&#339;uvre bon march&#233;, principalement constitu&#233;e de femmes, souvent migrantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8226; La mondialisation n&#233;olib&#233;rale : des effets d&#233;l&#233;t&#232;res pour les femmes ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 1990, de nombreuses &#233;tudes sur l'impact des plans d'ajuste- ment structurel r&#233;v&#232;lent que la crise &#233;conomique, la mont&#233;e du ch&#244;mage et le creusement des in&#233;galit&#233;s ont particuli&#232;rement affect&#233; et appauvri les femmes, tant dans l'absolu que par rapport aux hommes (Hirata et Le Doar&#233;, 1998 ; Wichterich, 1999, ATTAC, 2002, Bisilliat, 2003). Apr&#232;s avoir montr&#233; comment le Welfare state (&#171; l'Etat-providence &#187;) avait partiellement lib&#233;r&#233; les femmes du &#171; patriarcat priv&#233; &#187;, Silvia Walby (1990) souligne que l'ajustement structurel conduit &#224; une re-familialisation de nombreuses t&#226;ches et fait jouer aux femmes le r&#244;le d'&#171; amortisseuses &#187; de la crise (1997). Dans une perspective voisine, une &#233;quipe autour d'Eleonore Kofmann (2001) a mis en &#233;vidence que les transformations des politiques sociales en Europe avaient &#233;t&#233; accompagn&#233;es de politiques plus ou moins d&#233;cid&#233;es d'importation de main-d'&#339;uvre f&#233;minine de pays du Sud global pour assurer les t&#226;ches que l'&#201;tat abandonnait, que beaucoup d'hommes refusent obstin&#233;ment de r&#233;aliser et que les femmes ne parviennent plus gu&#232;re &#224; &#171; concilier &#187; avec le reste &#8211; les accords de Lisbonne exigeant qu'au moins 60% des femmes de l'OCDE entrent sur le march&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8226; Le capitalisme n&#233;olib&#233;ral, alli&#233; des femmes ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des recherches, un constat s'impose au Sud comme au Nord, la mondialisation a pouss&#233; de nombreuses femmes sur le march&#233; du travail (Hirata &amp; Le Doar&#233;, 1998) &#8211; souvent du fait de la destruction de leurs modes d'existence ant&#233;rieurs. D'aucun.e.s s'en sont r&#233;joui.e.s, estimant que l'acc&#232;s des femmes au travail salari&#233; permettait leur autonomisation &#233;conomique, cl&#233; d'une plus grande &#233;galit&#233; de sexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la mise au travail des femmes est loin d'&#234;tre syst&#233;matiquement positive. En effet, le d&#233;mant&#232;lement des lois du travail les touche particuli&#232;rement &#8211; d'autant que la majorit&#233; &#233;tait d&#233;j&#224; concentr&#233;e dans des secteurs d'activit&#233; d&#233;valoris&#233;s et mal prot&#233;g&#233;s : les r&#233;formes n&#233;olib&#233;rales les pr&#233;carisent (Talahite, 2010). De plus, les nouvelles modalit&#233;s du travail requi&#232;rent des qualit&#233;s &#171; typiquement f&#233;minines &#187; (acceptation du temps partiel, polyvalence et implication &#171; totale &#187;, notamment &#233;motionnelle), qui dessinent des formes de servilit&#233; normalis&#233;es et g&#233;n&#233;ralis&#233;es. Ainsi, seule une fraction des femmes acc&#232;de &#224; de &#171; bons &#187; emplois proches des standards de l'emploi masculin et on assiste &#224; une dualisation croissante de l'emploi f&#233;minin (Sassen, 2010 ; Kergoat, 2012).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi l'analyse en termes de genre ne peut se passer d'une analyse simultan&#233;e en termes de classe et de &#171; race &#187;, comme les f&#233;ministes noires du Combahee River Collective ont &#233;t&#233; les premi&#232;res &#224; l'affirmer d&#232;s 1979.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8226; &#171; Nouveaux &#187; emplois f&#233;minins et migrations &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tournant des ann&#233;es 2000, Barbara Ehrenreich et Arlie Russel Hochschild mettent en &#233;vidence trois figures de la nouvelle &#171; femme globale &#187; : les nounous, les bonnes et les travailleuses du sexe (2003). Si jadis il s'agissait d&#233;j&#224; de provinciales migrantes, beaucoup sont aujourd'hui des migrantes internationales, souvent post-coloniales (Moujoud et Falquet, 2010). Nounous et bonnes, mais aussi aides-soignantes pour les malades et les personnes &#226;g&#233;es (chaque fois plus nombreuses et moins prises en charge par les pouvoirs publics) sont devenues essentielles dans un v&#233;ritable processus d'internationalisation de la reproduction sociale. Face &#224; ce que certain.e.s ont baptis&#233; la &#171; crise du care &#187; se d&#233;veloppe un vaste secteur de recherche autour de l'id&#233;e que &#171; nous sommes tous vuln&#233;rables &#187; (Tronto, 2009 [1993]), proposant comme nouvelle utopie soci&#233;tale de donner plus de valeur sociale et &#233;conomique aux activit&#233;s li&#233;es au soin d'autrui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les travaux de Nakano Glenn (2009 [1992]), en insistant sur la mani&#232;re dont, aux &#201;tats-Unis, certains secteurs sociaux ont &#233;t&#233; historiquement forc&#233;s &#224; dispenser du care (les esclaves, les femmes, les femmes esclaves puis les femmes racis&#233;es et migrantes), ouvrent une perspective plus crue sur les contraintes qui se d&#233;veloppent aujourd'hui pour obliger certain.e.s &#224; se charger des autres, &#224; bas prix de surcro&#238;t. Parmi ces contraintes, les plus frappantes sont les r&#233;formes l&#233;gislatives extr&#234;mement restrictives dans le domaine du travail, mais aussi des migrations. Pour la plupart des femmes non-privil&#233;gi&#233;es, les options migratoires et de carri&#232;re se r&#233;duisent &#224; suivre-rejoindre-trouver rapidement dans la r&#233;gion d'arriv&#233;e un mari, s'inscrire dans des programmes officiels d'importation de main-d'&#339;uvre de service, ou s'ins&#233;rer dans le domaine du travail du sexe pour faire face aux co&#251;ts exorbitants de la migration ill&#233;galis&#233;e. J'ai sugg&#233;r&#233; de conceptualiser cet horizon comme celui de &#171; l'h&#233;t&#233;ro-circulation des femmes &#187; (Falquet, 2012), dans le prolongement du concept de &#171; continuum de l'&#233;change &#233;conomico-sexuel &#187; de Paola Tabet (2004), qui permet de (re)faire le lien entre les activit&#233;s dites &#171; nobles &#187; du care et les activit&#233;s &#171; sulfureuses &#187; dans le domaine du sexe, souvent li&#233;es dans la pratique (Moujoud, 2008). C'est pourquoi j'ai propos&#233; de les regrouper dans la cat&#233;gorie de &#171; femmes de services &#187;, en montrant comment leur croissance allait de pair avec la multiplication des &#171; hommes en armes &#187;, sugg&#233;rant que leur d&#233;veloppement dialectique constituait l'un des paradigmes de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale (Falquet, 2006).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#171; hommes en armes &#187;, la guerre et la croissance n&#233;olib&#233;rale &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardons maintenant du c&#244;t&#233; de ces &#171; hommes en armes &#187;, &#224; savoir les soldats, mercenaires, guerrilleros ou terroristes, policiers, membres de gangs ou d'orga-nisations criminelles, gardiens de prison ou vigiles, entre autres &#8211; qui exercent dans le secteur public, semi-public, priv&#233; ou ill&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8226; Un &#233;tat de guerre et de contr&#244;le g&#233;n&#233;ralis&#233; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme &#224; l'&#233;poque de la premi&#232;re mondialisation, qui d&#233;bouche sur la Premi&#232;re Guerre mondiale analys&#233;e par Rosa Luxembourg (1915), on assiste aujourd'hui &#224; une comp&#233;tition internationale f&#233;roce et militaris&#233;e pour s'attribuer les ressources, les march&#233;s et le contr&#244;le des forces productives. &#192; partir du 11 sep- tembre 2001, le nouveau cadre g&#233;n&#233;ral de cette comp&#233;tition est la guerre &#171; anti- terroriste &#187; men&#233;e par les principales puissances n&#233;olib&#233;rales contre diff&#233;rents pays du Sud global. &#192; tr&#232;s grands traits, elle se d&#233;cline en guerres ouvertes dans diff&#233;rents pays moyen-orientaux, en interventions militaro-humanitaires sur le continent africain notamment (Federici, 2001), en guerre contre la migration &#171; ill&#233;gale &#187; dans les pays de l'OCDE et en &#171; guerre contre la drogue &#187; sur le continent latino-am&#233;ricain. Partout, se d&#233;veloppent simultan&#233;ment un discours et des pratiques s&#233;curitaires et de surveillance g&#233;n&#233;ralis&#233;e de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Analyser le contr&#244;le s&#233;curitaire, la militarisation et l'&#233;tat de guerre g&#233;n&#233;ralis&#233;e que nous traversons, dans une perspective de genre, est particuli&#232;rement r&#233;v&#233;lateur. Ainsi, les droits des femmes sont de plus en plus souvent invoqu&#233;s comme justification des interventions (Delphy, 2002 ; Eisenstein, 2010). Pourtant dans presque tous les cas, les violences contre les femmes provoqu&#233;es par ces guerres sont consid&#233;rables &#8211; qu'il s'agisse de violences sexuelles, d'exode forc&#233; (souvent suite &#224; des violences sexuelles massives) et plus g&#233;n&#233;ralement de destruction du syst&#232;me &#233;conomique et social, appauvrissant drastiquement les femmes, alors m&#234;me que certains hommes s'enrichissent par le pillage et divers trafics, tout en asseyant un nouveau pouvoir politico-militaire. Le renforcement du complexe carc&#233;ro-industriel employant et enfermant des millions de personnes (Davis, 2014), ainsi que de camps destin&#233;s &#224; contenir la migration, est &#233;galement notable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8226; Les complexes militaro-industriels et la militarisation, cl&#233;s de l'&#233;conomie n&#233;olib&#233;rale &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les ann&#233;es 1980, &#233;mergent deux lignes d'analyses f&#233;ministes du militarisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;global. Attentive &#224; la militarisation des soci&#233;t&#233;s, Cynthia Enloe (1989, 2000) a signal&#233; notamment les liens entre l'implantation de bases militaires &#233;tasuniennes et le d&#233;veloppement de la prostitution, puis du tourisme sexuel en Asie &#8211; ce qui permet de replacer dans une perspective historique la croissance du travail du sexe. De nombreux &#201;tats du Sud, encourag&#233;s &#224; d&#233;velopper le tourisme et vivant en partie des envois d'argent des migrant.e.s, sont pouss&#233;s &#224; fermer les yeux sur ces activit&#233;s et &#224; pr&#233;lever leur d&#238;me au passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenant pour sa part le concept &#233;tasunien de syst&#232;mes militaro-industriels (SMI), Andr&#233;e Michel (2013 [1985]) montre que l'organisation du travail des industries de l'armement renforce la taylorisation du travail et exacerbe la division sexuelle (mais aussi &#171; raciale &#187; et sociale) du travail : aux jeunes femmes prol&#233;taires et du Sud les emplois pr&#233;caires dans les usines d'assemblage, notamment &#233;lectroniques, aux hommes de classe moyenne les emplois d'ing&#233;nieurs stables et bien r&#233;mun&#233;r&#233;s ou de d&#233;veloppeurs informatiques de la Silicon Valley. Ensuite, une part consid&#233;rable des fonds publics pour la recherche est mise au service des SMI, au d&#233;triment de secteurs comme la sant&#233; et l'&#233;ducation. Plus largement, les commandes publiques qui soutiennent vigoureusement l'industrie militaire, mais aussi la solde des militaires ou des policiers sont autant de millions soutir&#233;s aux services publics et &#224; l'Etat-providence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel souligne &#233;galement combien la vente d'armes enrichit les cinq membres permanents du conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU, tandis que l'achat de ces m&#234;mes armes creuse la dette de nombreux pays du Sud &#8211; l'actuelle dette grecque &#233;tant notamment caus&#233;e par la course aux armements face &#224; la Turquie. Ce syst&#232;me nourrit l'apparition de toutes sortes de dictateurs en puissance propagateurs de rh&#233;toriques guerri&#232;res nationalistes ou ethnicistes, dont les femmes sont souvent les premi&#232;res &#224; faire les frais. En n, les SMI construisent leur l&#233;gitimit&#233; sur un contr&#244;le des m&#233;dias et des TIC qui appelle des analyses &#233;conomiques et politiques approfondies (la France &#233;tant par exemple le si&#232;ge de l'un des SMI les plus puissants de la plan&#232;te).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8226; Renforcement et &#233;volutions des groupes arm&#233;s non-&#233;tatiques et ill&#233;gaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, l'analyse genr&#233;e des entreprises l&#233;gales de toutes tailles apparues dans le domaine du mercenariat et de la s&#233;curit&#233;, qui appuient ou prot&#232;gent tout autant des arm&#233;es r&#233;guli&#232;res ou leurs sous-traitants civils dans des pays ouvertement en guerre que des acteurs &#233;conomiques, reste &#224; faire. Leur tendance est de pratiquer une int&#233;gration verticale croissante, allant parfois jusqu'&#224; r&#233;aliser simultan&#233;ment l'exploitation mini&#232;re, la vente d'armes et la milice (Deneault et Al, 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes ill&#233;gaux li&#233;s &#224; l'&#233;conomie clandestine semblent eux aussi s'&#234;tre consid&#233;rablement renforc&#233;s. Le cas du Mexique est r&#233;v&#233;lateur : les modestes cartels de la drogue des ann&#233;es 1980 sont devenus des acteurs militaires, mais aussi &#233;conomiques et politiques incontournables, dont les activit&#233;s s'&#233;tendent jusqu'en Am&#233;rique centrale et en Afrique de l'Ouest. Le Mexique illustre &#233;galement l'&#233;volution de ces cartels de la drogue vers des activit&#233;s mafieuses plus classiques de vente de &#171; protection &#187; &#8211; des personnes, des biens et des territoires (Devineau, 2013). Ces acteurs s'ins&#232;rent de plus en plus &#233;troitement dans les &#233;conomies locales, nationales et internationales dans le cadre du blanchiment, quel est l'impact &#233;conomique de leurs importations-exportations de capitaux et de leurs investissements, productifs, somptuaires ou&#8230; militaires ? En effet, pour d&#233;jouer les autorit&#233;s, ils s'&#233;quipent d'armes, de moyens de communication et de transports sophistiqu&#233;s et co&#251;teux (avions, sous-marins ou syst&#232;mes de communication), fournissant ainsi un appr&#233;ciable d&#233;bouch&#233; aux SMI &#8211; qui &#233;coulent une autre partie de leur production via l'&#171; aide &#187; militaire qu'imposent diff&#233;rents gouvernements du Nord aux pays du Sud, incit&#233;s &#224; entrer en guerre contre la drogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les nombreux travaux men&#233;s dans une perspective de genre mais surtout d'imbrication des rapports sociaux, permettent une compr&#233;hension plus compl&#232;te de la mondialisation. Ils soulignent que l'une des dynamiques centrales de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale se joue autour de la r&#233;organisation de la reproduction sociale tout autant que des syst&#232;mes militaro-industriels. Enfin, si l'on observe l'histoire longue, il est permis de penser que l'on assiste aujourd'hui &#224; une nouvelle phase d'accumulation primitive (Federici, 2014 [2004]), gr&#226;ce au durcissement simultan&#233; des rapports sociaux de sexe, de &#171; race &#187; et de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jules Falquet, ma&#238;tresse de conf&#233;rences en sociologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Paru dans Regards crois&#233;s sur l'&#233;conomie, &#171; Peut-on faire l'&#233;conomie du genre ? &#187;, 2014, n&#176;15, pp.341-355.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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