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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Gustave Le Bon (1841-1931)</title>
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		<dc:creator>Guylain Bernier, Yvan Perrier</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-05-19</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
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&lt;p&gt;Quand il s'agit de trouver une unit&#233; s&#233;mantique pertinente ou appropri&#233;e pour d&#233;signer un grand nombre de personnes, une myriade de badauds, un attroupement de contestataires, une affluence de sympatisantEs ou d'opposantEs &#224; un &#233;v&#233;nement politique particulier, un groupe d'individus sp&#233;cifique vivant dans un lieu ou partageant une condition, une origine, une culture, un territoire, etc., la langue fran&#231;aise ne manque pas de mots : population, habitantEs, gens, citoyenNEs, demos, r&#233;sidentEs, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH91/capture_d_e_cran_le_2026-05-18_a_14.04_09-854bf.png?1779192352' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='91' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand il s'agit de trouver une unit&#233; s&#233;mantique pertinente ou appropri&#233;e pour d&#233;signer un grand nombre de personnes, une myriade de badauds, un attroupement de contestataires, une affluence de sympatisantEs ou d'opposantEs &#224; un &#233;v&#233;nement politique particulier, un groupe d'individus sp&#233;cifique vivant dans un lieu ou partageant une condition, une origine, une culture, un territoire, etc., la langue fran&#231;aise ne manque pas de mots : population, habitantEs, gens, citoyenNEs, &lt;i&gt;demos&lt;/i&gt;, r&#233;sidentEs, nation, peuple, peuplade, ethnie, tribu, pays, &#201;tat, patrie, communaut&#233;, foule, collectivit&#233;, soci&#233;t&#233;, association, classe, caste, groupement, masse, masse populaire, commun des mortels, grand public, populace, pl&#232;be,&lt;i&gt; vulgum pecus&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;populus&lt;/i&gt;, commun, multitude, public, soci&#233;t&#233;, collectivit&#233;, association, affluence, cohue, rassemblement, monde, troupe, attroupement, flot, avalanche, cascade, d&#233;luge, fatras, flot, flux, infinit&#233;, kyrielle, l&#233;gion, pi&#233;taille, myriade, pl&#233;iade, profusion, prolif&#233;ration, quantit&#233;, ramassis, lie, tas, torrent, etc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ajoutons &#224; cela qu'en termes de classes sociales, on parlait, &#224; une certaine &#233;poque &#8211; et encore aujourd'hui, mais beaucoup moins &#8211; du prol&#233;tariat, des travailleuses et des travailleurs salari&#233;Es, des classes laborieuses, des ouvri&#232;res et des ouvriers, de la pl&#232;be, des classes populaires, du bas peuple, de la roture, du &lt;i&gt;populo&lt;/i&gt;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette longue &#233;num&#233;ration nous retiendrons ici seulement deux mots : foule et masse. Quelles observations pouvons-nous formuler au sujet de ces deux concepts en vue d'y voir un peu plus clair dans certains comportements aux apparences ou r&#233;ellement erratiques ou h&#233;r&#233;tiques, c'est selon et surtout &#224; partir de quel auteur canonique pouvons-nous amorcer et entreprendre notre r&#233;flexion critique ? Un nom pr&#233;cis nous vient imm&#233;diatement en t&#234;te, du moins pour ceux et celles qui s'en souviennent (ou veulent s'en souvenir) : Gustave Le Bon, l'auteur du c&#233;l&#232;bre ouvrage, aujourd'hui d&#233;pass&#233; &#224; certains &#233;gards, intitul&#233; &lt;i&gt;La psychologie des foules&lt;/i&gt; (1895).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent texte comporte trois parties : dans un premier temps, il sera bri&#232;vement question de Gustave Le Bon. Dans un deuxi&#232;me temps, nous pr&#233;senterons un bref r&#233;sum&#233; du livre &lt;i&gt;La psychologie des foules&lt;/i&gt; et, dans un dernier temps, avant de conclure, nous tenterons de diff&#233;rencier les notions de foule et de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gustave Le Bon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gustave Le Bon (1841-1931) est un homme dont l'existence a chevauch&#233; les XIXe et XXe si&#232;cles. Auteur prolifique[1], et ce dans plusieurs champs disciplinaires, Le Bon peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un esprit universel. De formation m&#233;dicale, il a r&#233;dig&#233; d'abord des travaux en biologie et en m&#233;decine. Il est le fondateur de la Biblioth&#232;que de philosophie contemporaine, dans laquelle plusieurs de ses &#339;uvres, qui portaient sur la politique, la sociologie et la psychologie sociale, ont &#233;t&#233; publi&#233;es. Il a &#233;galement commis des travaux en physique th&#233;orique. &lt;i&gt;La Psychologie des foules&lt;/i&gt; est toujours consid&#233;r&#233;e comme l'&#339;uvre d'un brillant pr&#233;curseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Bon soutient que la &#171; foule &#187; absorbe, en l'engouffrant quasiment int&#233;gralement parfois, l'individu. Il faut, selon lui, envisager l'influence grandissante de ce genre de regroupement d'individus dans un m&#234;me lieu, car, anticipation qu'il d&#233;gageait erron&#233;ment au d&#233;but du XXe si&#232;cle, &#171; nous entrons &#187; dans l'&#171; &#232;re des foules &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors que nos antiques croyances chancellent et disparaissent, que les vieilles colonnes des soci&#233;t&#233;s s'effondrent tour a&#768; tour, l'action des foules est l'unique force que rien ne menace et dont le prestige grandisse toujours. L'&#226;ge ou&#768; nous entrons sera v&#233;ritablement &lt;i&gt;l'&#232;re des foules&lt;/i&gt; (en italique dans le texte). &#187; (Le Bon, 2002[1895], p. 2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettons-nous un apart&#233; ici : son affirmation reste toujours &#224; prouver tant l'initiative des dirigeantEs politiques de ce bas monde ne semble pas v&#233;ritablement ralentie ou r&#233;ellement &#233;rod&#233;e par l'action ou (et) les actions des foules et des masses. Passons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Principalement connu pour ses analyses sur la psychologie des foules, il a &#233;t&#233; l'un des premiers &#224; avoir &#233;tudi&#233; comment les comportements humains changent surtout lorsqu'ils agissent en groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bref r&#233;sum&#233; du livre Psychologie des foules (1895)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Psychologie des foules&lt;/i&gt; est un ouvrage fondateur de la psychologie sociale dans lequel Le Bon analyse les caract&#233;ristiques psychologiques propres aux foules, vues non pas comme de simples agr&#233;gats d'individus, mais comme des entit&#233;s dot&#233;es d'une &#171; &#226;me collective &#187;, capable m&#234;me de &#171; contagion mentale &#187; (Torris, 1998, p. 429). Le livre est divis&#233; en trois parties qui d&#233;cortiquent et d&#233;taillent l'&#226;me de la foule (Livre premier), les opinions et les croyances des foules (Livre II) et la classification et description des diverses cat&#233;gories de foules (Livre III).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Bon postule d'entr&#233;e de jeu que la foule est nettement distincte de la somme des individus qui la composent. Elle constitue une sorte d'unit&#233; mentale &#224; dominante fortement &#233;motive conduite par un inconscient collectif (qu'il qualifie &#171; (d')&#226;me &#187; des foules). Cette loi de l'unit&#233; mentale des foules (Le Bon, 2002[1895], p. 9) comporte minimalement les particularit&#233;s et les caract&#233;ristiques suivantes : la foule est &#171; impulsive &#187; et &#171; mobile &#187; (p. 18), &#171; irritable &#187; (p. 19), voir m&#234;me, soutient-il, &#171; f&#233;minine &#187; (p. 19). Elle &#171; diff&#232;re de l'individu isol&#233; &#187; (p. 11), car elle peut se mettre rapidement &#224; agir sous l'emprise &#171; (d')&#233;motions violentes &#187; (p. 10). Domin&#233;e par l'irrationnalit&#233;, la foule n'est pas le lieu o&#249; triomphe la raison et la r&#233;flexion morale. Elle est plut&#244;t le lieu de l'action, voire m&#234;me l'action brute et parfois brutale. Le Bon la consid&#232;re comme illogique, irresponsable, excessive, cr&#233;dule, impr&#233;visible. Elle agit sous l'influence des chefs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Bon est convaincu que la &#171; contagion mentale &#187; est, avec &#171; l'h&#233;r&#233;dit&#233; &#187;, &#224; la base des collectivit&#233;s humaines que sont les peuples, les races (p. 112) et les civilisations (p. 111), lesquels ont, selon lui, une &#171; &#226;me collective &#187; (p. 12). Convenons d'entr&#233;e de jeu qu'il s'agit l&#224; d'une caract&#233;ristique pour le moins difficile &#224; d&#233;gager et &#224; &#233;tablir avec nettet&#233; dans les soci&#233;t&#233;s contemporaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, il avan&#231;ait une explication de certains ph&#233;nom&#232;nes sociaux &#224; partir de m&#233;canismes psychologiques. Sa th&#232;se centrale &#224; ce sujet se formule comme suit : le quotient intellectuel individuel baisse dans les foules et certains individus, pris dans le tourbillon de la cohue de la multitude, sont pr&#234;ts &#224; abandonner les notions de bien et de mal pour un sentiment d'appartenance et de s&#233;curit&#233;. Ce qui maintes fois a pu &#234;tre observ&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par &#171; foule &#187; Le Bon entend ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au sens ordinaire, le mot foule repre&#769;sente une re&#769;union d'individus quelconques, quels que soient leur nationalite&#769;, leur profession ou leur sexe, quels que soient aussi les hasards qui les rassemblent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au point de vue psychologique, l'expression foule prend une signification tout autre. Dans certaines circonstances donne&#769;es, et seulement dans ces circonstances, une agglome&#769;ration d'hommes posse&#768;de des caracte&#768;res nouveaux fort diffe&#769;rents de ceux de chaque individu qui la compose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La personnalite&#769; consciente s'e&#769;vanouit, les sentiments et les ide&#769;es de toutes les unite&#769;s sont oriente&#769;s dans une me&#770;me direction. Il se forme une a&#770;me collective, transitoire sans doute, mais pre&#769;sentant des caracte&#768;res tre&#768;s nets. La collectivite&#769; devient alors ce que, faute d'une expression meilleure, j'appellerai une foule organise&#769;e, ou, si l'on pre&#769;fe&#768;re, une foule psychologique. Elle forme un seul e&#770;tre et se trouve soumise a&#768; la &lt;i&gt;loi de l'unite&#769; mentale des foules &lt;/i&gt; (en italique dans le texte).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que beaucoup d'individus se trouvent accidentellement co&#770;te a&#768; co&#770;te ne leur conf&#232;re pas les caracte&#768;res d'une foule organise&#769;e. Mille individus re&#769;unis au hasard sur une place publique sans aucun but de&#769;termine&#769;, ne constituent nullement une foule psychologique. Pour en acque&#769;rir les caracte&#768;res spe&#769;ciaux, il faut l'influence de certains excitants [&#8230;] &#187; (p. 9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La foule est n&#233;cessairement compos&#233;e d'un rassemblement d'individus qui, toujours selon Le Bon, agit sous &#171; l'autorit&#233; d'un chef &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#232;s qu'un certain nombre d'&#234;tres vivants sont r&#233;unis, qu'il s'agisse d'un troupeau d'animaux ou d'une foule d'hommes, ils se placent d'instinct sous l'autorit&#233; d'un chef, c'est-&#224;-dire d'un meneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les foules humaines, le meneur joue un r&#244;le consid&#233;rable. Sa volont&#233; est le noyau autour duquel se forment et s'identifient les opinions. La foule est un troupeau qui ne saurait se passer de ma&#238;tre. &#187; (p. 69). &#171; L'autorit&#233; des meneurs est tr&#232;s despotique [&#8230;] Ce n'est pas le besoin de la libert&#233;, mais celui de la servitude qui domine toujours l'&#226;me des foules. Leur soif d'ob&#233;issance les fait se soumettre d'instinct &#224; qui se d&#233;clare leur ma&#238;tre. &#187; (p. 71).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois causes agissantes sont &#224; l'origine des m&#233;tamorphoses qui se produisent chez un ou plusieurs individus dans une foule :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Diverses causes de&#769;terminent l'apparition de ces caracte&#768;res spe&#769;ciaux aux foules. La premi&#232;re est que l'individu en foule acquiert, par le seul fait du nombre, un sentiment de puissance invincible lui permettant de ce&#769;der a&#768; des instincts que, seul, il eu&#770;t force&#769;ment refre&#769;ne&#769;s. Il y c&#233;dera d'autant plus volontiers que, la foule e&#769;tant anonyme, et par conse&#769;quent irresponsable, le sentiment de la responsabilite&#769;, qui retient toujours les individus, disparai&#770;t entie&#768;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une seconde cause, la contagion mentale, intervient e&#769;galement pour de&#769;terminer chez les foules la manifestation de caracte&#768;res spe&#769;ciaux et en me&#770;me temps leur orientation. La contagion est un phe&#769;nome&#768;ne aise&#769; a&#768; constater, mais non explique&#769; encore, et qu'il faut rattacher aux phe&#769;nome&#768;nes d'ordre hypnotique [&#8230;]. Chez une foule, tout sentiment, tout acte est contagieux, et contagieux a&#768; ce point que l'individu sacrifie tre&#768;s facilement son inte&#769;re&#770;t personnel a&#768; l'inte&#769;re&#770;t collectif. C'est la&#768; une aptitude contraire a&#768; sa nature, et dont l'homme ne devient gue&#768;re capable que lorsqu'il fait partie d'une foule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une troisie&#768;me cause, et de beaucoup la plus importante, de&#769;termine dans les individus en foule des caracte&#768;res spe&#769;ciaux parfois fort oppos&#233;s a&#768; ceux de l'individu isole&#769;. Je veux parler de la suggestibilite&#769;, dont la contagion mentionne&#769;e plus haut n'est d'ailleurs qu'un effet. &#187; (p. 13).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Bon avance que la personnalit&#233; consciencieuse des individus s'&#233;vanouit au sein de la foule, entra&#238;nant une homog&#233;n&#233;isation des sentiments et des id&#233;es sous l'effet de ces trois causes principales expos&#233;es ci-haut, r&#233;p&#233;tons-les &#224; nouveau : le sentiment d'une puissance invincible, la contagion mentale et la suggestibilit&#233;. Ce sont ces causes qui sont susceptibles d'expliquer pourquoi la foule adopte parfois des comportements impulsifs, irrationnels, &#233;motionnels et souvent extr&#234;mes. Il souligne que les foules perdent leur capacit&#233; de raisonnement critique, elles croient sans preuves et sont sujettes &#224; des sentiments exacerb&#233;s sans nuances, ce qui peut les mener tant &#224; des actes de barbarie qu'&#224; des actions audacieuses, courageuses ou des envol&#233;es h&#233;ro&#239;ques sous l'influence, dans ce dernier cas, de meneurs charismatiques. &#192; ce sujet, il pr&#233;cise : &#171; Criminelles, les foules le sont souvent, certes, mais, souvent aussi, h&#233;ro&#239;ques. &#187; (p. 15). La psychologie des foules montre ainsi la puissance et aussi les dangers du comportement collectif, r&#233;v&#233;lant un niveau de pens&#233;e souvent, tristement, &#171; inf&#233;rieure &#224; l'homme isol&#233; &#187; (p. 15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur la diff&#233;rence entre masse et foule&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence entre &#171; masse &#187; et &#171; foule &#187;, en sciences humaines et sociales, tient principalement &#224; la nature des interactions et au type de comportement collectif observ&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La foule, selon une pl&#233;iade d'auteurs du XIXe si&#232;cle, est d&#233;finie comme un regroupement provisoire d'individus dans un m&#234;me lieu o&#249; lesdits individus perdent souvent leur conscience individuelle et deviennent impulsifs, guid&#233;s par des leaders charismatiques ou (et) leurs instincts et leurs &#233;motions irrationnelles. Elle est capable de gestes et d'actions qui vont au-del&#224; de ce qui est autoris&#233; par les normes sociales[2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La masse est un concept plus large et plut&#244;t ambigu&#235;. Il s'agit d'un &#171; [e]nsemble constitu&#233; d'un grand nombre d'&lt;i&gt;individus&lt;/i&gt; (en italique dans le texte) d'origine et de position sociales diverses, qui ne sont pas en &lt;i&gt;interactions&lt;/i&gt; (en italique dans le texte). Une masse est peu structur&#233;e, ses membres sont anonymes. [&#8230;] En ce sens, la masse se distingue de la &lt;i&gt;foule&lt;/i&gt; (en italique dans le texte) qui est un ensemble d'individus rassembl&#233;s et en interaction &#187; (Alpe, Beitone, Dollo, Lambert et Parayre, 2007, p. 182).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut inclure les foules mais aussi d'autres formes de regroupements sociaux diffus et moins li&#233;s &#224; la pr&#233;sence physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La masse d&#233;signe donc souvent une population atomis&#233;e et parfois d&#233;sorganis&#233;e, o&#249; les individus sont psychologiquement fusionn&#233;s dans un ensemble unique, perdant parfois leur individualit&#233; au profit d'une identit&#233; collective. La masse est associ&#233;e &#224; une notion quantitative &#224; la fois sociologique et psychologique. Les individus peuvent &#234;tre d&#233;crits comme appartenant &#224; une cat&#233;gorie homog&#232;ne et o&#249; les consciences individuelles sont gomm&#233;es. On confond ou associe parfois cette notion aux mots suivants : peuple, classes sociales (Grawitz, 1988, p. 247). La rh&#233;torique r&#233;volutionnaire souligne l'importance, dans sa lutte pour l'&#233;mancipation, de l'action de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La foule est une forme sp&#233;cifique de masse. Elle a comme caract&#233;ristique d'&#234;tre g&#233;n&#233;ralement temporaire et localis&#233;e. La masse, par contre, peut &#234;tre une entit&#233; sociale plus large, int&#233;grant des dimensions psychologiques et sociales durables &#224; moyen ou long terme, mais non n&#233;cessairement permanentes dans le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En y pensant bien, pourquoi ne pas plut&#244;t en venir &#224; ceci : la masse est &#224; la physique, ce que la foule est &#224; la psychologie&#8230; Soyons plus pr&#233;cis. Il est possible de &#171; refouler &#187; une foule, ou de refouler des sentiments, des &#233;motions, pour &#233;voquer un &#171; refoulement &#187;. On ne dit toutefois pas &#171; remasser &#187; ou &#171; remassement &#187;. Mais la masse peut-elle &#234;tre refoul&#233;e ? Oui. Si c'est le cas, la raison d'agir de la sorte envers elle suppose un &#233;tat d'esprit qui l'habite et va &#224; l'encontre du maintien de l'ordre qui s&#233;vissait avant ses &#171; effluves &#187;. En un sens, on dit refouler la masse, justement parce qu'elle est devenue foule (ou folle&#8230;). &#192; noter une critique &#224; ce qui vient d'&#234;tre expos&#233;, toujours au sujet de la masse, puisque le &#171; re &#187; peut &#234;tre remplac&#233; par un &#171; ra &#187;, d'o&#249; l'allusion &#224; &#171; ramasser &#187;, au &#171; ramassis &#187; et au &#171; ramassage &#187;. Contrairement alors &#224; la foule &#224; disperser par le &#171; re &#187;(fouler) et qui incite m&#234;me, &#224; l'extr&#234;me, au repli dans la profonde int&#233;riorit&#233; individuelle (en songeant &#224; la psychologie), le &#171; ra &#187;(masser) sert &#224; concentrer, &#224; rassembler les petites choses, et donc &#224; r&#233;unir la masse. D'ailleurs, le ramassis d&#233;signe, d'apr&#232;s le sens commun, un ensemble de petits &#233;l&#233;ments, ou de petites unit&#233;s, jug&#233;s sans valeur, mais qui en d&#233;tiennent justement une parce que devenus une &#171; masse &#187;. Selon le &lt;i&gt;Dictionnaire de l'Acad&#233;mie de la langue fran&#231;aise&lt;/i&gt;, le &#171; re &#187; (qui inclut le &#171; ra &#187;) peut marquer un retour dans un &#233;tat ant&#233;rieur, de la m&#234;me fa&#231;on que nous l'insinuons ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le corps a besoin d'un esprit pour se mouvoir. La masse, comme corps collectif, demeure statique sans l'esprit de la foule. Et pour cr&#233;er cet entrain commun, chaque unit&#233; de la masse doit joindre sa conscience &#224; celle des autres. Un &#233;l&#233;ment g&#233;n&#233;rateur et agitateur sert ensuite &#224; cr&#233;er une onde qui se r&#233;pand. D'o&#249; l'id&#233;e de la contagion sociale que Le Bon peut avoir emprunt&#233;e des &lt;i&gt;Lois de l'imitation&lt;/i&gt; de Gabriel Tarde (1890).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On notera au passage que Le Bon, &#224; la toute fin de son livre, &#233;tend, de mani&#232;re confuse et abusive, le concept de foule &#224; des groupements qui n'en sont pas v&#233;ritablement (comme &#171; les jurys de cour d'assises &#187; et les &#171; assembl&#233;es parlementaires &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Bon a appliqu&#233; sa th&#232;se centrale au sujet des foules (qu'il d&#233;finit comme une unit&#233; mentale &#224; dominante fortement &#233;motive conduite par un inconscient collectif) &#224; des &#233;v&#233;nements historiques, d&#233;bouchant sur une proposition th&#233;orique n&#233;cessairement controvers&#233;e m&#234;lant des id&#233;es &#233;litistes, racistes, sexistes et &#233;galement antisocialistes. &lt;i&gt;Nonobstant &lt;/i&gt; ces biais, absolument contestables et inacceptables dans sa d&#233;monstration, son livre m&#233;rite quand m&#234;me d'&#234;tre lu tant il comporte certaines intuitions int&#233;ressantes dans les diff&#233;rences &#224; &#233;tablir entre certains concepts comme, entre autres choses, la masse et la foule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Psychologie des foules est consid&#233;r&#233;e comme l'&#339;uvre d'un &#171; pr&#233;curseur &#224; la fois g&#233;nial et na&#239;f &#187; (Torris, 1998, p. 429). Pour Le Bon, le social ne peut, &#224; lui seul, expliquer le social. Il y a n&#233;cessairement du psychologique que l'analyste doit prendre en consid&#233;ration, &#224; l'occasion, dans l'&#233;tude et l'analyse de certains ph&#233;nom&#232;nes sociaux, comme les comportements et les exactions des &#171; foules &#187;. Nous le savons, l'&#234;tre humain est un curieux m&#233;lange de rationalit&#233; et d'irrationnalit&#233; et le peu de rationalit&#233; qu'il rec&#232;le ne lui permet pas toujours de domestiquer en entier son irrationnalit&#233;, surtout dans ces moments o&#249; la masse se m&#233;tamorphose en foule&#8230;. C'est quand la foule absorbe et engloutit l'individu, que les pertes de rep&#232;res et les risques de d&#233;rapages sont r&#233;els.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, c'est plut&#244;t sur une note pessimiste que Le Bon conclut sa d&#233;monstration. Il expose en peu de mots sa vision qui rel&#232;ve &#224; la fois du d&#233;terminisme rigide et du fatalisme implacable, ce qu'il consid&#232;re comme le cycle in&#233;vitable de la vie d'un peuple : &#171; Passer de la barbarie &#224; la civilisation en poursuivant un r&#234;ve, puis d&#233;cliner et mourir d&#232;s que ce r&#234;ve a perdu sa force, tel est le cycle de la vie d'un peuple &#187; (Le Bon, 2002[1895], p. 125).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, l&#224; comme ailleurs, pour lui comme pour d'autres, &#171; Le r&#234;ve passe &#187;&#8230; Pourquoi r&#234;ver alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas unanimit&#233; sur les violences sociales et politiques &#8211; symboliques ou non &#8211; qui doivent &#234;tre condamn&#233;es. Nous pensons ici plus particuli&#232;rement aux violences &#233;conomiques que subissent tr&#232;s injustement les personnes qui ont faim et qui ont &#224; peine de quoi dans leurs poches ou leur gousset pour se loger, se nourrir, vivre ou encore survivre. Mais &#231;a, c'est un autre d&#233;bat, nous dirons certaines personnes membres de la classe dirigeante ou align&#233;es sur les positions de cette minorit&#233; dirigeante qui appartient &#224; la soci&#233;t&#233; des biens-pensantEs. Ne perdons jamais de vue que derri&#232;re la mis&#232;re des personnes exclues, exploit&#233;es, domin&#233;es et opprim&#233;es il y a les longues racines et les explications, en grande partie ou non, des choix politiques des membres de la classe dirigeante. Il est o&#249;, madame ou monsieur le ministre, le bureau des plaintes &#224; ce sujet ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Gustave Le Bon, &lt;i&gt;Psychologie des foules,&lt;/i&gt; peut &#234;tre lu par celles et ceux qui s'int&#233;ressent &#8211; avant de condamner ce qui les choque ou ne fait pas leur affaire &#8211; &#224; certains aspects de la vie collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guylain Bernier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yvan Perrier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 mai 2026&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12h45&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Georges Le Bon est l'auteur notamment des ouvrages suivants : &lt;i&gt;Trait&#233; de physiologie humaine &lt;/i&gt; (1875) ; &lt;i&gt;Histoire des origines et du d&#233;veloppement de l'homme et des soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt; (1877) ; &lt;i&gt;L'Homme et les soci&#233;t&#233;s : Leurs origines et leur histoire &lt;/i&gt; (1881) ; &lt;i&gt;La Civilisation des Arabes&lt;/i&gt; (1884) ; &lt;i&gt;Les Civilisations de l'Inde&lt;/i&gt; (1887) ; &lt;i&gt;Les Premi&#232;res Civilisations &lt;/i&gt; (1889) ; &lt;i&gt;Lois psychologiques de l'&#233;volution des peuples&lt;/i&gt; (1894) ; &lt;i&gt;La Psychologie des foules&lt;/i&gt; (1895) ; &lt;i&gt;Psychologie du socialisme &lt;/i&gt; (1898) ; &lt;i&gt;L'&#201;volution de la mati&#232;re &lt;/i&gt; (1905) ; &lt;i&gt;La Psychologie politique et la D&#233;fense sociale&lt;/i&gt; (1910) ; &lt;i&gt;Les Opinions et les Croyances &lt;/i&gt; (1911) ; &lt;i&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise et la psychologie des r&#233;volutions &lt;/i&gt; (1912).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] &#171; Foules (th&#233;orie des) : Dans la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, en r&#233;action contre les cons&#233;quences de l'industrialisation et celles de l'urbanisation, on a vu appara&#238;tre de nombreuses th&#233;ories annonciatrices du r&#232;gne in&#233;luctable des foules dans des espaces sociaux atomis&#233;s, d&#233;pourvus d&#233;sormais de toute solidarit&#233; communautaire. Dans ces &#8216;&#8216;soci&#233;t&#233;s'' qui remplacent les &#8216;&#8216;communaut&#233;s'' d'autrefois, selon la dichotomie de T&#246;nnies, les structures de sociabilit&#233; dispara&#238;traient laissant les hommes d&#233;sempar&#233;s, solitaires, capables d&#232;s lors de s'engager dans n'importe quelle aventure id&#233;ologique leur fournissant un nouveau cadre de pens&#233;e et d'int&#233;gration collective. De Tocqueville annon&#231;ant la venue &#8216;&#8216;d'une foule innombrable d'hommes semblables et &#233;gaux qui tournent sans repos sur eux-m&#234;mes'' &#224; Taine ou encore Gustave Le Bon, on d&#233;nonce la formation de ces foules &#224; la psychologie &#233;motive, pr&#234;tes &#224; suivre n'importe lequel des leaders charismatiques, &#224; entrer derri&#232;re lui dans des cycles interminables de violence et de mobilisation d&#233;sordonn&#233;e. Dans ce contexte de foule, l'acteur perdrait de suite ses valeurs propres ainsi que sa rationalit&#233; en s'abandonnant aux &#233;motions les plus irrationnelles, aux modes de pens&#233;e &#233;loign&#233;s des traditions solidement ancr&#233;es dans le pass&#233;. Pour Gabriel Tarde, il se comporterait comme un somnambule d&#233;pourvu de toute conscience, suivant les comportements d'autres somnambules et adoptant, par imitation, ses valeurs et ses mani&#232;res d'agir. &#187; (Hermet,Badie, Birnbaum et Braud, 2015, p. 128-129).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sources&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alpe, Yvex, Alain Beitone, Christine Dollo, Jean-Renaud Lambert et Sandrine Parayre. 2007. &#171; Masse &#187;. &lt;i&gt;Lexique de sociologie&lt;/i&gt;. Paris : Dalloz, p. 182.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bedin, V. et M. Fournier (dir.). 2008. &lt;i&gt;La biblioth&#232;que id&#233;ale des sciences humaines.&lt;/i&gt; Paris : &#201;ditions sciences humaines, p. 212-215.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grawitz, Madeleine. 1988. &#171; Masse &#187;. &lt;i&gt;Lexique des sciences sociales&lt;/i&gt;. Paris : Dalloz, p. 247.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hermet, Guy, Bertrand Badie, Pierre Birnbaum et Philippe Braud. 2015. &#171; Foule &#187;. &lt;i&gt;Dictionnaire de la science politique et des institutions politiques&lt;/i&gt;. Paris : Armand Colin, p. 128-129.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Bon, Gustave. 2002. (1895). &lt;i&gt;Psychologie des foules&lt;/i&gt;. Paris : Quadrige/PUF, 132 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Torris, Georges. 1998. &#171; Le Bon Gustave (1841-1931) &#187;. &lt;i&gt;Encyclopaedia Universalis&lt;/i&gt;. Paris : Albin Michel, p. 429-430.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title> Quand l'illusion d'&#233;galit&#233; entre les parties vole en &#233;clats</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Quand-l-illusion-d-egalite-entre-les-parties-vole-en-eclats</link>
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		<dc:date>2026-03-31T12:11:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guylain Bernier, Yvan Perrier</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-03-31</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Syndicalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans le conflit de travail au CPE Le Jardin de Robi, le tribunal administratif du travail a d&#233;clar&#233; &#171; suffisants &#187; les services &#224; maintenir pour assurer le bien-&#234;tre de la population pendant &#171; la gr&#232;ve en cours [&#8230;] pour &#233;viter que ne soit affect&#233;e de mani&#232;re disproportionn&#233;e la s&#233;curit&#233; sociale ou &#233;conomique de la population, notamment celle des personnes en situation de vuln&#233;rabilit&#233;. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; photo CSN De nombreuses travailleuses du Jardin de Robi ont assist&#233; &#224; l'audience. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que la d&#233;cision (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-syndical-quebecois-" rel="directory"&gt;Mouvement syndical qu&#233;b&#233;cois&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-03-31-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-03-31&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Syndicalisme-+" rel="tag"&gt;Syndicalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH79/cpe_loi_14-1e5c3.jpg?1774959084' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le conflit de travail au CPE Le Jardin de Robi, le tribunal administratif du travail a d&#233;clar&#233; &#171; &lt;i&gt; suffisants&lt;/i&gt; &#187; les services &#224; maintenir pour assurer le bien-&#234;tre de la population pendant &#171; &lt;i&gt;la gr&#232;ve en cours [&#8230;] pour &#233;viter que ne soit affect&#233;e de mani&#232;re disproportionn&#233;e la s&#233;curit&#233; sociale ou &#233;conomique de la population, notamment celle des personnes en situation de vuln&#233;rabilit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;photo CSN De nombreuses travailleuses du Jardin de Robi ont assist&#233; &#224; l'audience.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;Ce que la d&#233;cision pr&#233;voit comme services &#224; offrir durant la gr&#232;ve&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la pr&#233;sente gr&#232;ve, &#171; &lt;i&gt;[l]es services de garde &#233;ducatifs seront offerts trois jours par semaine, les mercredis, jeudis et vendredis de 8 h 30 &#224; 15 h 45 &#187;. Les membres du tribunal mentionnent ceci : &#171; [b]ien que les heures d'ouverture soient r&#233;duites et qu'il y ait une absence compl&#232;te de services les lundis et mardis, l'entente permet aux parents et aux enfants d'avoir une stabilit&#233; et une pr&#233;visibilit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inspir&#233; par un &#233;lan de sagesse douteuse, qui ne d&#233;plaira pas au premier ministre du Qu&#233;bec, Fran&#231;ois Legault et &#224; son ministre du Travail, Jean Boulet, les juges du tribunal administratif ont pr&#233;cis&#233; ceci :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Cependant, en ce qui concerne un &#233;ventuel nouvel arr&#234;t de travail, advenant que la gr&#232;ve actuelle prenne fin, le Tribunal d&#233;clare que les services pr&#233;vus dans l'entente intervenue entre les parties sont insuffisants. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous laissons aux organisations syndicales le soin d'approfondir la port&#233;e sociale et juridique de cette d&#233;cision. Une chose semble claire, une gr&#232;ve de deux jours sur une semaine de cinq jours de travail correspond, minimalement, &#224; un arr&#234;t de travail collectif &#171; &lt;i&gt; amput&#233;&lt;/i&gt; &#187; dans sa port&#233;e r&#233;elle. Il s'agit, &#224; proprement parler, d'une &#171; &lt;i&gt;gr&#232;ve partielle&lt;/i&gt; &#187; dont l'efficacit&#233;, pour la partie syndicale, est susceptible d'&#234;tre fortement affect&#233;e pour ne pas dire grandement r&#233;duite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au sujet de l'impact de cette inique Loi 14 sur la Charte des droits et libert&#233;s de la personne : S'agit-il d'une nouvelle &#232;re ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais est-ce vraiment une nouvelle &#232;re ou tout simplement un r&#233;sultat in&#233;vitable qui planait depuis quelques d&#233;cennies ? Chose certaine, la nouvelle &#232;re pr&#233;sum&#233;e repose sur des actes concrets de l&#233;gislation, apr&#232;s avoir d&#233;fini les Chartes canadienne et qu&#233;b&#233;coise des droits et des libert&#233;s. D'ailleurs, Guy Rocher (1996) pour nous aider ici, soutient une expansion du droit public (qui g&#232;re les relations entre les citoyenNEs et l'&#201;tat) sur le droit civil (les relations entre les citoyenNEs), y compris une mont&#233;e des droits et libert&#233;s individuels. Cet &#233;tat de fait se comprend, d'abord, dans la mesure o&#249; la vision de la soci&#233;t&#233; canadienne (et m&#234;me qu&#233;b&#233;coise) campe dans l'image d'une soci&#233;t&#233; capitaliste n&#233;olib&#233;rale, qui contribue &#224; d&#233;finir les rapports entre les personnes et les biens, mais aussi entre les personnes elles-m&#234;mes, &#224; cause de la primaut&#233; accord&#233;e &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et au march&#233;. Cette vision sert les tribunaux et se veut difficile &#224; concilier avec une autre plus collectiviste du droit public, d'o&#249; des frictions avec le droit du travail et particuli&#232;rement avec les entit&#233;s collectives, comme les syndicats, lors des n&#233;gociations de travail. Par ailleurs, cette vision capitaliste de la soci&#233;t&#233; est &#233;galement atomis&#233;e, faisant en sorte que &#171; &lt;i&gt;l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &lt;/i&gt; &#187; est souvent particularis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Rocher affirmait dans les ann&#233;es quatre-vingt-dix que la Charte canadienne &#233;tait plus individualiste que la Charte qu&#233;b&#233;coise, qui &#233;tait alors plus &#171; &lt;i&gt;centr&#233;e&lt;/i&gt; &#187; entre la personne et la collectivit&#233;, il semble donc qu'avec des gouvernements provinciaux successifs davantage favorables &#224; l'id&#233;ologie &#233;conomique en marche, la Charte qu&#233;b&#233;coise tend d&#233;sormais r&#233;solument vers la droite n&#233;olib&#233;rale qui flirte avec certains aspects de l'id&#233;ologie dite ill&#233;b&#233;rale en regard, plus sp&#233;cifiquement ici, avec la remise en question de certains droits et libert&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour conclure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec cette d&#233;cision du tribunal administratif du travail, l'illusion d'&#233;galit&#233; entre la partie patronale et la partie syndicale lors d'une gr&#232;ve - illusion postul&#233;e par l'id&#233;ologie lib&#233;rale - vient tout simplement de voler en &#233;clats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guylain Bernier&lt;br class='autobr' /&gt;
Yvan Perrier&lt;br class='autobr' /&gt;
29 mars 2026&lt;br class='autobr' /&gt;
20h15&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;f&#233;rences : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.tat.gouv.qc.ca/uploads/tat_registres/1461070.docx_01.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.tat.gouv.qc.ca/uploads/tat_registres/1461070.docx_01.pdf&lt;/a&gt;. Consult&#233; le 26 mars 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.tat.gouv.qc.ca/menu-utilitaire/actualites/cpe-le-jardin-de-robi-le-tribunal-declare-suffisants-les-services-a-maintenir-pour-assurer-le-bien-etre-de-la-population-pendant-la-greve-en-cours&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.tat.gouv.qc.ca/menu-utilitaire/actualites/cpe-le-jardin-de-robi-le-tribunal-declare-suffisants-les-services-a-maintenir-pour-assurer-le-bien-etre-de-la-population-pendant-la-greve-en-cours&lt;/a&gt;. Consult&#233; le 28 mars 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rocher, Guy. 1996. &lt;i&gt;&#201;tudes de sociologie du droit et de l'&#233;thique&lt;/i&gt;. Montr&#233;al : Les &#201;ditions Th&#233;mis inc., 327 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Loi 14 : Un sommet de la cacocratie[1]</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Un-sommet-de-la-cacocratie-1</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Un-sommet-de-la-cacocratie-1</guid>
		<dc:date>2026-03-17T12:28:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yvan Perrier</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-03-17</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans le dossier du Centre de la petite enfance (CPE) Le Jardin de Robi la d&#233;cision du Tribunal administratif du travail (TAT) est tomb&#233;e vendredi dernier (le 13 mars 2026). Il s'agit ici de la premi&#232;re d&#233;cision en lien avec les nouvelles dispositions l&#233;gislatives en mati&#232;re d'arr&#234;t collectif de travail incluses dans la Loi visant &#224; consid&#233;rer davantage les besoins de la population en cas de gr&#232;ve ou de lock-out (la Loi 14). &lt;br class='autobr' /&gt; Cette loi, qui a &#233;t&#233; parrain&#233;e par le ministre Jean Boulet, a (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-syndical-quebecois-" rel="directory"&gt;Mouvement syndical qu&#233;b&#233;cois&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-03-17-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-03-17&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-theme-quebec-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH79/img_1765-2-1200x630-2aa3b.jpg?1773750524' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le dossier du Centre de la petite enfance (CPE) Le Jardin de Robi la d&#233;cision du Tribunal administratif du travail (TAT) est tomb&#233;e vendredi dernier (le 13 mars 2026). Il s'agit ici de la premi&#232;re d&#233;cision en lien avec les nouvelles dispositions l&#233;gislatives en mati&#232;re d'arr&#234;t collectif de travail incluses dans la &lt;i&gt;Loi visant &#224; consid&#233;rer davantage les besoins de la population en cas de gr&#232;ve ou de lock-out &lt;/i&gt; (la Loi 14).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cette loi, qui a &#233;t&#233; parrain&#233;e par le ministre Jean Boulet, a pour effet d'&#233;largir la notion de &#171; services essentiels &#187; en introduisant le concept de &#171; &lt;i&gt;services assurant le bien-&#234;tre de la population&lt;/i&gt; &#187; lors surtout (&#233;videmment) de gr&#232;ve et qui sait peut-&#234;tre &#233;galement de lock-out.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;cision&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une d&#233;cision unanime, les trois juges ordonnent &#224; l'employeur et au syndicat de maintenir des services assurant &#171; &lt;i&gt; le bien-&#234;tre de la population&lt;/i&gt; &#187;. Les trois juges du TAT pr&#233;cisent que &#171; &lt;i&gt; [l]a privation d'un service de garde &#233;ducatif sur une si longue p&#233;riode a un impact disproportionn&#233; sur la s&#233;curit&#233; sociale des enfants, en particulier ceux qui pr&#233;sentent une vuln&#233;rabilit&#233; particuli&#232;re&lt;/i&gt;. &#187; Ils ajoutent que &#171; &lt;i&gt;[l]a gr&#232;ve produit &#233;galement un effet disproportionn&#233; sur la s&#233;curit&#233; socio&#233;conomique des parents, notamment parce qu'ils voient leur capacit&#233; &#224; travailler compromise, en particulier les femmes, et qu'ils sont &#224; court de mesures alternatives. Ces effets sont de nature &#224; affecter d'une mani&#232;re encore plus d&#233;mesur&#233;e les parents vuln&#233;rables. &lt;/i&gt; &#187; Par cons&#233;quent, le triumvirat de magistrat sp&#233;cifie qu'&#224; &#171; &lt;i&gt;la lumi&#232;re de tous les &#233;l&#233;ments du pr&#233;sent dossier, [&#8230;] la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e en cours depuis pr&#232;s de cinq mois prive les parents et les enfants des services de garde dispens&#233;s par l'employeur, un CPE, et affecte de mani&#232;re disproportionn&#233;e leur s&#233;curit&#233; sociale et &#233;conomique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les parties (employeur et syndicat) disposent maintenant de &#171; &lt;i&gt;sept jours ouvrables francs pour n&#233;gocier les services assurant le bien-&#234;tre de la population &#224; maintenir&lt;/i&gt; &#187; durant la gr&#232;ve. Nous verrons bien &#224; quoi pourront ressembler, d'ici la semaine prochaine, les services &#224; maintenir durant l'arr&#234;t collectif de travail. Pas besoin d'&#234;tre grand clerc pour imaginer que ce sont les salari&#233;es syndiqu&#233;es qui se verront affaiblies, au sortir de ce processus, dans l'exercice de leur rapport de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment qualifier cette nouvelle &#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici maintenant officiellement dans une nouvelle &#232;re. L'&#232;re de la &#171; &lt;i&gt; gr&#232;ve anesth&#233;si&#233;e&lt;/i&gt; &#187; dans certains secteurs de l'activit&#233; &#233;conomique. La &#171; &lt;i&gt;gr&#232;ve phagocyt&#233;e &#187;, la &#171; gr&#232;ve &#233;vanescente&lt;/i&gt; &#187;, la gr&#232;ve accompagn&#233;e d'une capacit&#233; de r&#233;sistance syndicale diminu&#233;e, la &#171; &lt;i&gt; gr&#232;ve &#233;dulcor&#233;e &lt;/i&gt; &#187; et possiblement r&#233;duite &#224; sa plus simple expression dans des branches bien cibl&#233;es : tels pourront &#234;tre les concepts appropri&#233;s pour qualifier dor&#233;navant certains arr&#234;ts de travail dans les secteurs identifi&#233;s dans la Loi 14. Voil&#224; o&#249; nous m&#232;ne la supr&#233;matie parlementaire. Que se passera-t-il du c&#244;t&#233; syndical et de la contestation juridique ? Nous laissons &#224; d'autres le soin d'&#233;laborer ici divers sc&#233;narios de riposte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce &#224; quoi correspond la d&#233;mocratie contemporaine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De notre c&#244;t&#233;, nous sommes d'avis que la d&#233;mocratie contemporaine ce n'est pas uniquement une question de proc&#233;dure &#233;lectorale, de pluralisme politique et de supr&#233;matie parlementaire. La d&#233;mocratie c'est aussi le respect par l'&#201;tat (et pas uniquement du gouvernement) des droits de citoyennet&#233; en mati&#232;re de travail et de rapports de travail. Plus concr&#232;tement, il s'agit d'un r&#233;gime de libert&#233; syndicale qui s'accompagne de la reconnaissance du droit d'association, du droit de n&#233;gociation et du droit de gr&#232;ve. Dans ce r&#233;gime de libert&#233; syndicale, les r&#232;gles du jeu doivent permettre, avec le moins d'entraves possible, l'expression de la conflictualit&#233; sociale. Autrement dit, dans une d&#233;mocratie contemporaine, l'&#201;tat doit mettre en place un r&#233;gime qui autorise l'expression de l'agonistique conflictuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour conclure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que le ministre Boulet a cr&#233;&#233; avec sa Loi 14 correspond &#224; une forme d'agonie de la conflictualit&#233; dans certains lieux de travail. Il s'agit l&#224;, selon nous, d'une v&#233;ritable r&#233;gression en mati&#232;re de droits d'opposition des salari&#233;Es syndiqu&#233;Es. Un sommet de la b&#234;tise. Un id&#233;al type de la cacocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yvan Perrier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 mars 2026&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8h45&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Communiqu&#233;s consult&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conf&#233;d&#233;ration des syndicats nationaux (CSN).&#171; Trois juges, onze avocats &#8211; Un premier test pour la loi 14 &#187;. &lt;a href=&#034;https://www.csn.qc.ca/actualites/trois-juges-onze-avocats-un-premier-test-pour-la-loi-14/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.csn.qc.ca/actualites/trois-juges-onze-avocats-un-premier-test-pour-la-loi-14/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Centrale des syndicats du Qu&#233;bec (CSQ). &#171; Communiqu&#233; de presse. D&#233;cision du TAT dans le dossier du CPE Le Jardin de Robi &#187;. 13 mars 2026. Consult&#233; le 13 mars 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tribunal administratif du travail (TAT). &#171; CPE Le Jardin de Robi &#8211; Le Tribunal administratif du travail ordonne le maintien de services assurant le bien-&#234;tre de la population. &#187; &lt;a href=&#034;https://www.tat.gouv.qc.ca/menu-utilitaire/actualites/cpe-le-jardin-de-robi-le-tribunal-administratif-du-travail-ordonne-le-maintien-de-services-assurant-le-bien-etre-de-la-population&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.tat.gouv.qc.ca/menu-utilitaire/actualites/cpe-le-jardin-de-robi-le-tribunal-administratif-du-travail-ordonne-le-maintien-de-services-assurant-le-bien-etre-de-la-population&lt;/a&gt;. Consult&#233; le 15 mars 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Caco : mauvais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******&lt;/p&gt;
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&lt;div style=&#034;position: absolute; left: -5000px;&#034; aria-hidden=&#034;true&#034;&gt;&lt;input type=&#034;text&#034; name=&#034;b_730411ce9b6e72cf02b79c890_5abe61d847&#034; tabindex=&#034;-1&#034; value=&#034;&#034;&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;/center&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Du droit et des droits</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Du-droit-et-des-droits</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Du-droit-et-des-droits</guid>
		<dc:date>2026-03-10T10:33:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guylain Bernier, Yvan Perrier</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-03-10</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Blogues</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les juges de la Cour supr&#234;me du Canada ont tranch&#233; &#8211; &#224; huit contre un &#8211; qu'exclure les demandeurEUSEs d'asile des garderies subventionn&#233;es est discriminatoire &#224; l'&#233;gard des femmes. Ce jugement met un terme &#224; une longue proc&#233;dure judiciaire amorc&#233;e en 2018 par une m&#232;re originaire de la R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo, Bijou Cibuabua Kanyinda, arriv&#233;e au Qu&#233;bec par le chemin Roxham avec ses trois enfants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Que penser de ce jugement et de la r&#233;action de certains membres de la classe (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L136xH140/images-4-a2fd1.jpg?1773139024' class='spip_logo spip_logo_right' width='136' height='140' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les juges de la Cour supr&#234;me du Canada ont tranch&#233; &#8211; &#224; huit contre un &#8211; qu'exclure les demandeurEUSEs d'asile des garderies subventionn&#233;es est discriminatoire &#224; l'&#233;gard des femmes. Ce jugement met un terme &#224; une longue proc&#233;dure judiciaire amorc&#233;e en 2018 par une m&#232;re originaire de la R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo, Bijou Cibuabua Kanyinda, arriv&#233;e au Qu&#233;bec par le chemin Roxham avec ses trois enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que penser de ce jugement et de la r&#233;action de certains membres de la classe politique qu&#233;b&#233;coise et canadienne ? O&#249; est la sagesse dans leur r&#233;action nettement exag&#233;r&#233;e ? Mais est-elle r&#233;ellement exag&#233;r&#233;e ? Oui ? Non ? Peut-&#234;tre ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le jugement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majorit&#233; des juges de la Cour supr&#234;me du Canada consid&#232;re que la d&#233;cision du gouvernement du Qu&#233;bec de limiter l'acc&#232;s &#224; un tarif r&#233;duit aux centres de la petite enfance (CPE) est discriminatoire et qu'il s'agit d'une discrimination fond&#233;e sur le sexe, ce qui va &#224; l'encontre de l'article 15(1) de la &lt;i&gt;Charte canadienne des droits et libert&#233;s&lt;/i&gt;[1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cour d'appel du Qu&#233;bec avait pr&#233;alablement tranch&#233; &#224; ce sujet en pr&#233;cisant que ce sont principalement des femmes, parmi les demandeurs d'asile, qui se disaient emp&#234;ch&#233;es de travailler faute d'avoir acc&#232;s &#224; un service de garde. &#192; ce sujet, la juge Karakatsanis de la Cour supr&#234;me du Canada &#233;crit ceci :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;[82] Je suis d'accord avec la Cour d'appel pour dire que, consid&#233;r&#233;s dans leur ensemble, les &#233;l&#233;ments de preuve permettent de conclure de mani&#232;re raisonnable que l'art. 3 RCR a un effet disproportionn&#233; sur les femmes qui demandent l'asile. Bien que tous les demandeurs d'asile se voient &#233;galement refuser l'acc&#232;s &#224; des services de garde subventionn&#233;s, l'effet est diff&#233;rent sur les femmes. Les femmes continuent d'assumer une part plus importante des responsabilit&#233;s relatives &#224; la garde et aux soins des enfants, et l'accessibilit&#233; de services de garde abordables est directement li&#233;e &#224; leur capacit&#233; de travailler &#8212; une r&#233;alit&#233; bien reconnue dans notre jurisprudence. Outre les &#233;l&#233;ments de preuve g&#233;n&#233;raux au sujet des femmes, les &#233;l&#233;ments de preuve sp&#233;cifiques sont r&#233;v&#233;lateurs : chaque demandeur d'asile interrog&#233; qui avait des enfants de moins de six ans et qui a d&#233;clar&#233; que l'absence d'acc&#232;s aux services de garde l'emp&#234;chait de travailler &#233;tait une femme. &lt;/i&gt; &#187; (&lt;a href=&#034;https://decisions.scc-csc.ca/scc-csc/scc-csc/fr/item/21399/index.do&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://decisions.scc-csc.ca/scc-csc/scc-csc/fr/item/21399/index.do&lt;/a&gt;. Consult&#233; le 7 mars 2026).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'en est-il des hommes, surtout monoparentaux ? Bien que le cas soit sp&#233;cifique &#224; la condition des femmes et &#224; une discrimination subie en raison de &#171; &lt;i&gt;l'effet diff&#233;rent sur elles&lt;/i&gt; &#187; d'un refus &#224; l'acc&#232;s des services de garde subventionn&#233;s, et ce, pour un droit &#233;gal au march&#233; du travail, la question pr&#233;c&#233;dente demeure aussi essentielle. La Charte canadienne des droits et libert&#233;s vise l'&#233;galit&#233; de chaque personne humaine vis-&#224;-vis les lois, le droit et les droits, ce qui signifie d'&#233;viter les distinctions multiples avec des traitements de faveur ou de d&#233;faveur. Il y a cependant cette impression ou ce non-dit d'une inclination &#224; vouloir corriger les erreurs du pass&#233;, au point souvent de cr&#233;er un nouveau d&#233;s&#233;quilibre au profit de l'autre plateau de la balance. Cette pr&#233;conception ne doit cependant pas obscurcir le jugement tenu ici, puisque le probl&#232;me d&#233;battu se pr&#233;sentait sous une double consid&#233;ration : l'acc&#232;s &#233;gal &#224; un service public ainsi que l'acc&#232;s &#233;gal au travail. Ainsi, l'interdiction &#224; l'acc&#232;s des services de garde subventionn&#233;s cause aussi, dans le cas trait&#233;, l'emp&#234;chement au travail. La correction du premier &#233;l&#233;ment ram&#232;ne &#224; la normale la situation, voulant qu'une personne qui a le droit au travail puisse b&#233;n&#233;ficier d'outils (notamment un service de garde pour ses enfants), afin de travailler comme toute personne en &#226;ge de le faire et qui peut le faire en vertu des lois r&#233;gissant le territoire qu&#233;b&#233;cois inclut dans celui canadien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ajoute toutefois un autre &#233;l&#233;ment : la personne en cause n'est pas qu&#233;b&#233;coise ni canadienne, mais une demandeuse d'asile. D&#232;s lors, la complication suivante : une demandeuse d'asile a-t-elle droit aux m&#234;mes droits et libert&#233;s, donc aux m&#234;mes privil&#232;ges, que la citoyenne et le citoyen poss&#233;dant le statut de Qu&#233;b&#233;coise et de Qu&#233;b&#233;cois, voire aussi de Canadienne et de Canadien ? Il importe alors de d&#233;finir ce qui fait de la personne humaine une citoyenne ou un citoyen et, par la force des choses, ce qui la distingue de la personne humaine qui demande l'asile. Parce que l'acc&#232;s normal &#224; des services de garde subventionn&#233;s concerne la premi&#232;re. Or, la Cour supr&#234;me semble dire que l'acc&#232;s au travail subordonne la citoyennet&#233;, pour ainsi mettre en lumi&#232;re une d&#233;finition diff&#233;rente de la personne humaine ayant acc&#232;s &#224; tous les droits, libert&#233;s et services au pays, dans la mesure o&#249; ce n'est plus le statut de citoyenne ou de citoyen (de l'ordre de la nation et du politique), mais le statut de travailleuse ou de travailleur (de l'ordre de l'&#233;conomie et de la force productive) qui sert &#224; d&#233;m&#234;ler le probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette d&#233;cision peut para&#238;tre ironique aux yeux des d&#233;cideuses et des d&#233;cideurs, dans la mesure o&#249; limiter l'acc&#232;s des personnes humaines demandant l'asile aux services de garde subventionn&#233;s renforcerait l'id&#233;e des droits citoyens (comme nous le verrons dans la r&#233;action politique de la prochaine section), mais contribuerait aussi &#224; all&#233;ger les d&#233;penses budg&#233;taires au lieu de les augmenter par le besoin d'offrir un service plus &#233;tendu, alors qu'il peine d&#233;j&#224; &#224; suffire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vouloir toutefois s'en remettre &#224; la dimension &#233;conomique et donc &#224; l'institution du travail demeure r&#233;ducteur de la teneur du jugement, puisqu'il faut ajouter &#224; la donne la dimension sociale (et humaine). Une soci&#233;t&#233; ne peut aspirer &#224; se d&#233;velopper sans l'apport constant de nouvelles personnes, et l'institution du travail utile &#224; l'&#233;conomie ne pourrait subsister sans l'aide d'une autre, &#224; savoir la famille. Ainsi, le jugement tient compte du fait qu'un support &#224; la femme est un support aux enfants et &#224; leur avenir, et ce de fa&#231;on tout aussi importante que le support au travail et &#224; l'&#233;conomie. Il s'agit donc d'un bien pour l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Dans le cas qui a occup&#233; la Cour supr&#234;me, il n'y a pas seulement une personne humaine en cause, mais plusieurs qui forment une famille et qui demandent l'asile, qui ont choisi de vivre au Canada et d'y contribuer. Et pour garantir leur int&#233;gration et leur contribution, le meilleur moyen demeure encore l'acc&#232;s au march&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste maintenant l'&#233;pineuse question de l'immigration, qui sera bien s&#251;r d&#233;battue plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une victoire incontestable pour les demandeuses et demandeurs d'asile et une cuisante d&#233;faite pour les porte-parole de la droite conservatrice et r&#233;actionnaire &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes humaines demandant l'asile viennent donc de remporter une victoire majeure devant la Cour supr&#234;me du Canada. Il va sans dire que ce jugement du plus haut tribunal du pays &#233;branle les convictions et les certitudes de certains membres de la classe politique au Qu&#233;bec et au Canada. Les deux candidatEs &#8211; Christine Fr&#233;chette et Bernard Drainville &#8211; qui aspirent &#224; succ&#233;der &#224; l'actuel chef de la Coalition avenir Qu&#233;bec (CAQ), Fran&#231;ois Legault, annoncent, dans le but explicite de se soustraire au jugement, la possibilit&#233; de recourir &#224; la clause d&#233;rogatoire. Sous pr&#233;texte que ce jugement ne tient pas compte de la capacit&#233; fiscale du gouvernement du Qu&#233;bec, le chef du Parti qu&#233;b&#233;cois, Paul Saint-Pierre Plamondon, y va &#224; la fois d'une s&#233;v&#232;re d&#233;nonciation de ce jugement et affirme qu'il se r&#233;serve &#233;galement le droit de recourir &#224; la clause d&#233;rogatoire. M&#234;me chose du c&#244;t&#233; du chef du Parti conservateur du Qu&#233;bec, &#201;ric Duhaime, qui en ajoute en pr&#233;tendant que &#171; &lt;i&gt; (l)es demandeurs d'asile n'ont pas &#224; avoir des services subventionn&#233;s avant les Qu&#233;b&#233;cois &lt;/i&gt; &#187;. Le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poili&#232;vre, a &#233;galement annonc&#233; qu'il s'opposait &#224; ce jugement : &#171; &lt;i&gt; Il est temps de r&#233;parer notre syst&#232;me d'immigration et de mettre fin aux faux demandeurs d'asile pour prot&#233;ger l'acc&#232;s aux services publics pour nos citoyens &lt;/i&gt; &#187; aurait-il d&#233;clar&#233; (&lt;a href=&#034;https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2235373/demandeurs-asile-cpe-cour-supreme&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2235373/demandeurs-asile-cpe-cour-supreme&lt;/a&gt;. Consult&#233; le 7 mars 2026). Cette r&#233;action de certains membres de la classe politique se comprend, soit pour une raison id&#233;ologique d&#233;favorable &#224; une entr&#233;e trop soutenue de migrantEs (d'&#233;tranger&#200;REs), soit en vertu d'une d&#233;cision l&#233;gislative pass&#233;e et interpr&#233;t&#233;e dans un sens restrictif. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
De 2018 &#224; aujourd'hui&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se rappellera qu'en 2018 l'ancien gouvernement lib&#233;ral qu&#233;b&#233;cois, dirig&#233; alors par Philippe Couillard, avait d&#233;cid&#233; de r&#233;interpr&#233;ter un r&#232;glement afin de limiter l'acc&#232;s aux garderies aux parents qui d&#233;tiennent un permis de travail et qui sont au Qu&#233;bec &#171; &lt;i&gt;principalement afin d'y travailler&lt;/i&gt; &#187;. S'inscrivant dans ce sillage, le gouvernement de la Coalition avenir Qu&#233;bec (CAQ), dirig&#233; par Fran&#231;ois Legault, l'homme du suppos&#233; &#171; &lt;i&gt;bon sens &lt;/i&gt; &#187; (sic) et de l'obsessionnelle capacit&#233; fiscale des contribuables, avait maintenu cette d&#233;cision et d&#233;cid&#233; de se rendre jusqu'en Cour supr&#234;me pour d&#233;fendre cette orientation.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur les places disponibles et les contraintes budg&#233;taires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons sur l'ironie &#233;conomique et budg&#233;taire. Les magistrats de la Cour supr&#234;me reconnaissent qu'il est difficile pour tous les parents d'avoir une place dans un CPE, mais rappellent aux paragraphes 99, 188 et 198, que les contraintes budg&#233;taires ne peuvent pas justifier des atteintes aux droits garantis par la Charte. Par cons&#233;quent, pour r&#233;duire les listes d'attente dans les Centres de la petite enfance, le gouvernement devrait investir davantage pour ce service au lieu d'en restreindre l'admissibilit&#233;, point &#224; la ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gnoses philosophiques en lien avec le contexte politique, d&#233;mocratique et migratoire actuel&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Osons compl&#233;ter notre propos tenu plus haut au sujet de la citoyennet&#233;, des ripostes politiques et du ph&#233;nom&#232;ne migratoire notamment associ&#233; aux personnes humaines demandant l'asile. Disons d'abord ceci : nous vivons &#224; l'&#232;re de la mondialisation. Les d&#233;placements de population d'un pays &#224; l'autre, d'un continent &#224; l'autre, sont fr&#233;quents. Il existe donc les nationaux et les &#171; &lt;i&gt;&#233;trang&#232;res/&#233;trangers &lt;/i&gt; &#187; dont certainEs, parmi ce dernier groupe, ont parfois le statut de demandeurEUSEs d'asile. Dans la pr&#233;sente &#232;re, les pouvoirs ext&#233;rieurs &#224; l'&#201;tat-nation se multiplient. La pluralisation[2] du &lt;i&gt;kratos&lt;/i&gt; (les pouvoirs) rend le &lt;i&gt;demos&lt;/i&gt; (ou le &lt;i&gt;laos&lt;/i&gt;[3] pour &#234;tre plus pr&#233;cis) inassignable[4]. Dans l'histoire politique, le &#171; &lt;i&gt; peuple&lt;/i&gt; &#187;, voire le peuple politique qui accompagne l'&#201;tat-nation, s'entend, surgit tr&#232;s tardivement sur la sc&#232;ne. Ce n'est que depuis peu, depuis tr&#232;s r&#233;cemment donc, qu'il est question de &#171; &lt;i&gt;We, the people &lt;/i&gt; &#187;&#8230; Mais justement, qu'en est-il du &#171; &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; &#187; et des &#171; &lt;i&gt;droits de citoyennet&#233; &lt;/i&gt; &#187; dans la pr&#233;sente p&#233;riode o&#249; les plus riches et les personnes les plus puissantes imposent leurs choix &#233;conomiques et politiques &#224; la majorit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le processus de d&#233;mocratisation s'accompagne d'une dynamique de reconnaissance par l'&#201;tat-nation &#224; ses citoyennes et citoyens de &#171; &lt;i&gt;droits&lt;/i&gt; &#187; (civils, politiques et sociaux selon Marshall) et de &#171; &lt;i&gt; droits &#224; avoir des droits&lt;/i&gt; &#187;, ces mouvements d'inclusion ne vont pas sans un corr&#233;lat implacable, &#224; savoir : la production de l'exclusion. Qui dit &#171; &lt;i&gt;actif &lt;/i&gt; &#187;, dit n&#233;cessairement &#171; &lt;i&gt; passif&lt;/i&gt; &#187;. Qui est autoris&#233; ultimement &#224; trancher un enjeu en mati&#232;re d'effectivit&#233; du droit ? Les parlementaires ou les juges ? En cas de d&#233;saccord de la part de certainEs parlementaires face &#224; certains jugements de la Cour, le recours &#224; la clause d&#233;rogatoire correspond-t-il &#224; un geste d&#233;mocratique ou rel&#232;ve-t-il de l'arbitraire et de l'autoritarisme parlementaire sans v&#233;ritable assise d&#233;mocratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; &lt;i&gt;d&#233;mocratie contemporaine &lt;/i&gt; &#187;, celle issue des r&#233;volutions anglaises, am&#233;ricaines et fran&#231;aises, a pour limite la communaut&#233; nationale et la d&#233;finition restrictive de la citoyennet&#233; et des droits de citoyennet&#233;. Se pose d&#232;s lors la question suivante : qu'est-ce que l'humanisme universel, surtout &#224; l'&#232;re des mouvements de population dans la foul&#233;e des guerres destructrices de la vie et des catastrophes qui d&#233;coulent des d&#233;r&#232;glements et des changements climatiques ? Cette question capitale doit alors nous amener &#224; entrer au XXIe si&#232;cle et &#224; red&#233;finir l'identit&#233; humaine, trop souvent attribu&#233;e &#224; une citoyennet&#233;. Si nous avons mentionn&#233; plus haut le besoin de d&#233;finir la personne humaine qu&#233;b&#233;coise et canadienne, dans le sens d'une distinction par rapport &#224; la personne humaine demandant l'asile, cela se justifie justement dans un contexte o&#249; l'identit&#233; citoyenne en particulier se d&#233;finit &#224; partir d'une appartenance politique, nationale, territoriale et culturelle. Dans ce cadre, identifier une personne humaine comme &#233;tant quelqu'un qui demande l'asile suppose la perte de son identit&#233; citoyenne, sans rien consid&#233;rer du c&#244;t&#233; administratif de l'identification &#224; l'aide de documents ou d'un passeport, mais du fait que cette personne n'a plus nulle part o&#249; aller, justifiant sa demande d'asile. D&#232;s lors se comprend la volont&#233; d'inclure toute personne humaine &#224; l'int&#233;rieur d'une identit&#233; universelle, de fa&#231;on &#224; dissiper les distinctions sujettes &#224; cr&#233;er des dualit&#233;s d'intol&#233;rance entre les citoyenNEs ou les natifIVEs et les &#233;tanger&#200;REs. Il s'agit donc ici d'une consid&#233;ration humaniste, moraliste, &#233;thique et sociale, &#224; la rigueur philosophique, qui d&#233;tonne d'un pragmatisme ou d'un mat&#233;rialisme calculateur et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous cherchons ici ce &#224; quoi pourrait bien correspondre l'antidote &#224; un nationalisme politique born&#233;[5]. En mati&#232;re de droits aux personnes humaines demandant l'asile, nous partageons l'avis majoritaire des juges de la Cour supr&#234;me du Canada. Il n'y a pas lieu d'en faire des personnes exclues. Par contre, la sagesse veut aussi que nous reconnaissions les limites de notre capacit&#233; &#224; les accueillir, et ce, afin d'assurer les meilleures conditions pour leur int&#233;gration, c'est-&#224;-dire avoir un toit sur la t&#234;te, un travail valorisant et un soutien ad&#233;quat au d&#233;veloppement des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour conclure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cision de la Cour supr&#234;me du Canada en mati&#232;re de droits des personnes humaines demandant l'asile aux services de garderie fait r&#233;agir f&#233;rocement certainEs membres de la classe politique qu&#233;b&#233;coise et canadienne. Les pr&#233;tentions du gouvernement du Qu&#233;bec ont &#233;t&#233; d&#233;bout&#233;es et c'est ce qui met en col&#232;re certains membres clairement identifi&#233;s &#224; des courants politiques r&#233;actionnaires ou conservateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un recul analytique et juridique nous permet de voir &#224; quoi peut et doit correspondre la mise en application des droits fondamentaux des personnes &#224; l'&#232;re des mouvements migratoires importants et pleinement justifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les droits d&#233;mocratiques qui s'effacent quand les dirigeantEs politiques d&#233;cident de faire primer leurs orientations id&#233;ologiques et certains de leurs choix politiques ou budg&#233;taires, sans &#233;gard pour le respect des droits fondamentaux et des d&#233;cisions des tribunaux. Il ne faut pas c&#233;der devant leurs positions biais&#233;es. Entre la supr&#233;matie parlementaire de quelques-unEs et la primaut&#233; du droit pour toutes et tous, nous optons pour cette derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre l'&#201;tat moloch ou la R&#233;publique universelle des droits, notre choix est celui de la reconnaissance des droits et non leur application s&#233;lective et sexiste. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guylain Bernier&lt;br class='autobr' /&gt;
Yvan Perrier&lt;br class='autobr' /&gt;
7 mars 2026&lt;br class='autobr' /&gt;
17h15&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] En vertu des &#171; &lt;i&gt;Droits &#224; l'&#233;galit&#233; : 15(1) La loi ne fait acception de personne et s'applique &#233;galement &#224; tous, et tous ont droit &#224; la m&#234;me protection et au m&#234;me b&#233;n&#233;fice de la loi, ind&#233;pendamment de toute discrimination, notamment des discriminations fond&#233;es sur la race, l'origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, le sexe, l'&#226;ge ou les d&#233;ficiences mentales ou physiques. &lt;/i&gt; &#187; (&lt;a href=&#034;https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/const/page-12.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/const/page-12.html&lt;/a&gt;. Consult&#233; le 7 mars 2026).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Et la multiplication des instances d&#233;cisionnelles (informatiques, financi&#232;res, etc.) ext&#233;rieures aux &#201;tats nationaux. Ce qui &#233;chappe au contr&#244;le &#233;tatique &#224; l'&#233;chelle internationale est n&#233;cessairement &#171; &lt;i&gt;anti-d&#233;mocratique &lt;/i&gt; &#187;. La soci&#233;t&#233; mondiale de la Tech et du Capitalisme financier, qui se d&#233;finit sous nos yeux, est une soci&#233;t&#233; impos&#233;e par le haut (&#171; &lt;i&gt;Top-down&lt;/i&gt; &#187;), par une oligarchie compos&#233;e de ploutocrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &#955;&#945;&#972;&#962; (&lt;i&gt;la&#243;s&lt;/i&gt;), signifie &#171; &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; &#187;. Contrairement &#224; la croyance largement r&#233;pandue, il ne faut pas confondre le &lt;i&gt;laos&lt;/i&gt; (peuple) avec le &lt;i&gt;demos&lt;/i&gt; (le plus grand nombre). &lt;i&gt;Mono&lt;/i&gt; (un seul), &lt;i&gt;aristo&lt;/i&gt; (une infime minorit&#233;) et le &lt;i&gt;demos&lt;/i&gt; (le plus grand nombre). Manifestement, il n'y a pas que les copistes du Moyen &#194;ge qui ont trafiqu&#233; les mots ou le sens des mots&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Inassignable : adj. Qu'on ne peut assigner, d&#233;terminer avec pr&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Sous-entendu implicite ici : la conception statique des droits de citoyennet&#233; et d'acc&#232;s aux services aux seuls nationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis, Cornelius. 2010. &lt;i&gt;D&#233;mocratie et relativisme&lt;/i&gt;. Paris : Mille et une nuits, 142 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
Colliot-Th&#233;l&#232;ne. 2011. La d&#233;mocratie sans &#171; Demos &#187;. Paris : Presses universitaires de France, 213 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
Colpron, Suzanne. 2026. Garderies subventionn&#233;es : La Cour supr&#234;me confirme l'acc&#232;s des enfants de demandeurs d'asile. &lt;a href=&#034;https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2026-03-06/garderies-subventionnees/la-cour-supreme-confirme-l-acces-des-enfants-de-demandeurs-d-asile.php. &#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2026-03-06/garderies-subventionnees/la-cour-supreme-confirme-l-acces-des-enfants-de-demandeurs-d-asile.php.&#160;&lt;/a&gt; Consult&#233; le 7 mars 2026.&lt;br class='autobr' /&gt;
Labb&#233;, J&#233;r&#244;me. 2026. Les demandeurs d'asile doivent avoir acc&#232;s aux CPE, tranche la Cour supr&#234;me : Le gouvernement pourrait toutefois invoquer la disposition de d&#233;rogation de la Charte. &lt;a href=&#034;https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2235373/demandeurs-asile-cpe-cour-supreme&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2235373/demandeurs-asile-cpe-cour-supreme&lt;/a&gt;. Consult&#233; le 7 mars 2026.&lt;br class='autobr' /&gt;
Manin, Bernard. 2012. &lt;i&gt; Principes du gouvernement repr&#233;sentatif&lt;/i&gt;. Paris : Champs essais 369 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
Poirier, Nicolas (dir.). 2015. &lt;i&gt;Cornelius Castoriadis et Claude Lefort : l'exp&#233;rience d&#233;mocratique&lt;/i&gt;. Paris : Le bord de l'eau, 187 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Fin des leaders charismatiques en politique tels que connus ou r&#232;gne du pragmatisme &#233;conomique</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Fin-des-leaders-charismatiques-en-politique-tels-que-connus-ou-regne-du</link>
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		<dc:date>2025-12-16T12:45:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guylain Bernier, Yvan Perrier</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-12-09</dc:subject>
		<dc:subject>Blogues</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qui serait capable de nommer deux ou seulement un chef ou une cheffe de parti pouvant &#234;tre qualifi&#233;E de charismatique en ce moment pr&#233;sent ? Certes, la t&#226;che s'av&#232;re ardue, puisque nous risquons de nous disputer sur les noms qui ressortiront, alors que la principale bataille porterait sur une d&#233;finition rassembleuse de la notion de &#171; charisme &#187;. Ce constat semble peut-&#234;tre exag&#233;r&#233;, dans la mesure o&#249; nous avons g&#233;n&#233;ralement une facilit&#233; &#224; reconna&#238;tre cette qualit&#233; &#224; de grands personnages (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Blogues-738-+" rel="tag"&gt;Blogues&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L133xH150/superhero-296963_1280-820cc.png?1765318048' class='spip_logo spip_logo_right' width='133' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Qui serait capable de nommer deux ou seulement un chef ou une cheffe de parti pouvant &#234;tre qualifi&#233;E de charismatique en ce moment pr&#233;sent ? Certes, la t&#226;che s'av&#232;re ardue, puisque nous risquons de nous disputer sur les noms qui ressortiront, alors que la principale bataille porterait sur une d&#233;finition rassembleuse de la notion de &#171; &lt;i&gt; charisme&lt;/i&gt; &#187;. Ce constat semble peut-&#234;tre exag&#233;r&#233;, dans la mesure o&#249; nous avons g&#233;n&#233;ralement une facilit&#233; &#224; reconna&#238;tre cette qualit&#233; &#224; de grands personnages issus de l'Histoire. Ces Jules C&#233;sar, Alexandre, Charlemagne, Gengis Khan, Napol&#233;on, De Gaule, Gandhi, sinon ces Mo&#239;se, J&#233;sus, Bouddha, Mahomet, pour ne pas ignorer non plus ces &#201;lisabeth I&#232;re, Isabelle de Castille, Catherine de Russie, Christine de Su&#232;de ou Jeanne d'Arc, en &#233;tant donc tr&#232;s modeste dans notre &#233;num&#233;ration, poss&#233;daient &#224; n'en point douter une prestance peu commune ; autrement dit, ces grands personnages d&#233;gageaient quelque chose qui incitait &#224; les &#233;couter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cause de leur charisme, ces personnages sont associ&#233;s &#224; des avanc&#233;es souvent majeures pour l'avenir des populations qu'ils et elles repr&#233;sentaient. Par contre, cette qualit&#233; peut &#233;galement rev&#234;tir les apparats de la tyrannie, lorsqu'un charlatan s'accapare le pouvoir, comme l'ont d&#233;montr&#233; malheureusement de trop nombreux &#233;pisodes de d&#233;solation au cours de ces m&#234;mes &#226;ges. Ainsi, le leader charismatique se r&#233;v&#232;le capable du meilleur comme du pire, tout d&#233;pendant, ce qui d&#233;montre bien sa nature humaine &#224; la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir d&#233;fini le charisme et chemin&#233; dans l'histoire pour ainsi comprendre comment cette notion sert d&#233;sormais &#224; caract&#233;riser habituellement les grands hommes et les grandes femmes, la suite voudra reconna&#238;tre dans ce m&#234;me cheminement une transformation soci&#233;tale &#224; ne point n&#233;gliger. En effet, nous nous questionnerons sur la valeur du charisme dans la politique actuelle, qui balance d'ailleurs entre le pragmatisme &#233;conomique et le populisme. Cela sugg&#232;re m&#234;me l'hypoth&#232;se d'un processus en cours de &#171; &lt;i&gt;d&#233;totalisation&lt;/i&gt; &#187; (sorte d'effritement de la forme ant&#233;rieure de l'&#201;tat) par laquelle un courant tente de r&#233;aliser l'id&#233;al d'un &#201;tat pragmatique o&#249; les calculs l'emportent sur la subjectivit&#233; des leaders (sur la base d'une croyance en une &#233;conomie politique objective et d'un &#226;ge d'or par cette fa&#231;on d'assurer la croissance), puis un autre qui craint plut&#244;t la perte de l'autorit&#233; v&#233;ritable de l'&#201;tat par ses leaders (sur la base souvent d'un populisme qui ram&#232;ne la philosophie de l'&#226;ge d'or issu d'un moment pass&#233;). On s'apercevra rapidement de l'impossibilit&#233; de rendre le monde enti&#232;rement calculable et objectif, puisqu'il r&#233;side dans la nature humaine un besoin de conviction, voire m&#234;me un pendant subjectif suffisamment fort pour esp&#233;rer un retour du chef ou de la cheffe charismatique. Par contre, le populisme cherchant &#224; ramener au go&#251;t du jour des slogans &#224; saveur de nostalgie cache la volont&#233; de vouloir ramener la grandeur de l'&#201;tat comme autrefois, ce qui prend souvent l'allure d'une nouvelle tyrannie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Charisme ou propri&#233;t&#233; charismatique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le charisme ? Le sociologue allemand Max Weber (1995[1922], p. 320) a peut-&#234;tre &#233;t&#233; le premier &#224; nous en donner une d&#233;finition &#233;clair&#233;e, alors qu'il fait reposer le charisme sur une :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;qualit&#233; extraordinaire (&#224; l'origine d&#233;termin&#233;e de fa&#231;on magique tant chez les proph&#232;tes et les sages, th&#233;rapeutes et juristes, que chez les chefs des peuples chasseurs et les h&#233;ros guerriers) d'un personnage, qui est, pour ainsi dire, dou&#233; de forces ou de caract&#232;res surnaturels ou surhumains ou tout au moins en dehors de la vie quotidienne, inaccessibles aux communs des mortels ; ou encore qui est consid&#233;r&#233; comme envoy&#233; de Dieu ou comme un exemple, et en cons&#233;quence consid&#233;r&#233; comme un &#8216;&#8216;chef'' [F&#251;hrer] &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette qualit&#233; extraordinaire peut donc &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un don ou quelque chose d'inn&#233;e, non acquise, qui s'expliquerait alors sur la base d'une b&#233;n&#233;diction venant d'ailleurs, d'o&#249; pourquoi il se r&#233;v&#232;le souvent appropri&#233; de l'envisager comme &#233;tant divine, tout d&#233;pendant, effectivement, de la croyance ou pas en une r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure ou un &#234;tre sup&#233;rieur. En effet, cette sup&#233;riorit&#233; attractive fait en sorte d'accorder &#224; la personne qui la poss&#232;de &#171; &lt;i&gt; naturellement&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;divinement&lt;/i&gt; &#187; une reconnaissance sociale et, par surcro&#238;t, le droit de diriger une population. Et le terme &#171; &lt;i&gt;charismatique &lt;/i&gt; &#187; provient d'ailleurs du grec &#171; &lt;i&gt;charisma &lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire &#171; &lt;i&gt;gr&#226;ce&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;bienfait&lt;/i&gt; &#187; et, bien entendu, &#171; &lt;i&gt;don&lt;/i&gt; &#187;, qui tient compte &#224; l'origine de ce que Weber mentionne, dans la mesure o&#249; la qualit&#233; charismatique &#171; &lt;i&gt;s'applique &#224; quelqu'un qui a re&#231;u des dieux, des d&#233;mons ou de la nature un don que les autres n'ont pas re&#231;u &lt;/i&gt; &#187; (Ellul, 2025, s.p.). Ce don procure alors des aptitudes exceptionnelles, cr&#233;ant sur autrui ce que nous avons soulign&#233; en termes d'attraction, puisque la parole de l'&#234;tre charismatique semble incarner l'&#233;loquence sinc&#232;re et donc, jusqu'&#224; l'extr&#234;me per&#231;u, la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le qualificatif &#171; &lt;i&gt; charismatique&lt;/i&gt; &#187; n'a &#233;t&#233; v&#233;ritablement en usage dans le langage que tardivement. Sans vouloir entreprendre ici un parcours historique exhaustif, nous nous bornerons &#224; quelques &#233;l&#233;ments de ce r&#233;capitulatif &#224; partir duquel appara&#238;tra finalement la notion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un dirigeant id&#233;al et talentueux inspirant le h&#233;ros&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;butant avec les philosophes grecs antiques surgit cette volont&#233; de fa&#231;onner le dirigeant id&#233;al, vou&#233; &#224; la sagesse et aux vertus, au point d'augurer, d&#232;s lors, la recherche de ce que nous appelons de nos jours le chef charismatique. Dans sa &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;, Platon a tent&#233; d'exposer le moyen de garantir la prise du pouvoir par les meilleurs dirigeants de la Gr&#232;ce ainsi que d'assurer leur continuit&#233;, dans une sorte de transposition des aptitudes et des qualit&#233;s de P&#233;ricl&#232;s sur ces futurs chefs appel&#233;s &#224; s'&#233;loigner du gouvernement des tyrans. En revanche, si les vertus et la sagesse semblent pouvoir s'enseigner, le meilleur dirigeant peut aussi &#234;tre n&#233; en poss&#233;dant des qualit&#233;s qui ne s'enseignent pas, voire qui sont intimement rattach&#233;es &#224; sa personne et son caract&#232;re. Aristote reconnaissait l'importance de la Vertu pour commander, mais certaines choses contribuaient &#224; &#233;lever des individus au statut de dirigeant. En ce sens, il souligne les diff&#233;rences individuelles (&#233;galement comprises par Platon) selon lesquelles tous et toutes ne sont pas dou&#233;Es pareillement ; autrement dit, certaines personnes b&#233;n&#233;ficient de talents que la majorit&#233; n'a pas. Et c'est par le talent reconnu, toujours selon Aristote, que doit se faire d'abord la s&#233;lection des meilleures personnes pour la t&#226;che convenue et qui m&#233;ritent, sur cette base, d'&#234;tre les mieux outill&#233;es (ou de recevoir les meilleurs enseignements), afin de bien orienter leur talent destin&#233; &#224; en faire profiter plus efficacement la majorit&#233;. Ce talent qui peut &#234;tre compar&#233; ici &#224; une qualit&#233; sup&#233;rieure reconnue. Et, bien entendu, l'origine divine appara&#238;t &#224; titre de justification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La croyance aux dieux et, par ricochet, &#224; la possibilit&#233; d'attribuer &#224; des &#234;tres humains des forces ou des capacit&#233;s qui d&#233;passent celles du commun des mortels a contribu&#233; &#224; garnir les l&#233;gendes et les mythes dans lesquels apparaissaient des demi-dieux ou des h&#233;ros divins qui, &#224; la base, &#233;taient humains. Dans son &lt;i&gt;Culte des H&#233;ros&lt;/i&gt; (1888), Thomas Carlyle offre une perspective int&#233;ressante de l'&#233;volution de la qualit&#233; charismatique des leaders d'autrefois, sans employer le terme, mais en cherchant &#224; caract&#233;riser l'h&#233;ro&#239;sme. Son travail pouvait m&#234;me augurer le d&#233;senchantement de monde de Weber (qu'il nomme &#224; sa mani&#232;re, tel le &#171; &lt;i&gt;cr&#233;puscule des dieux &lt;/i&gt; &#187;), alors que les h&#233;ros d'origine passant pour des divinit&#233;s, comme Odin dans la mythologie scandinave, inspiraient selon lui, les qualit&#233;s exceptionnelles des &#171; &lt;i&gt;Grands Hommes&lt;/i&gt; &#187;, dont les r&#233;alisations ont &#233;t&#233; immortalis&#233;es &#224; l'int&#233;rieur de mythes transmis de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration par des chants. Cette tendance &#224; &#233;lever des mortels s'est quelque peu transform&#233;e dans les grandes religions monoth&#233;istes, de fa&#231;on &#224; en faire des porte-parole de Dieu ou ses messagers. Toujours subsistait cette difficult&#233; &#224; saisir et &#224; nommer correctement ce don de sup&#233;riorit&#233; attribuable &#224; une personne. Carlyle voit ce talent ou ce don non seulement chez les hommes-dieux, les guerriers ou les rois h&#233;ro&#239;ques, mais chez n'importe quelle personne qui se d&#233;marque dans sa discipline, &#224; savoir &#224; titre de proph&#232;te, de po&#232;te, d'&#233;crivainE, de pr&#234;tre, de politicienNE, etc., et dont l'engagement au sein de sa population, dans le but de corriger des erreurs de parcours ou des fausset&#233;s, expose la v&#233;rit&#233; qui campe en elle. Son discours refl&#232;te l'&#233;loquence et la justesse de ce qui doit &#234;tre suivi, d'o&#249; pourquoi il faudrait, selon Carlyle, lui ob&#233;ir. Chose certaine, le h&#233;ros qu'il d&#233;crit se compare &#224; un &#234;tre charismatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; vrai dire ce que Carlyle a mis en relief repose sur la grandeur de la &#171; subjectivit&#233; &#187; humaine. La raison, qui ne repr&#233;sente qu'un &#233;l&#233;ment de l'intelligence, se voit en quelque sorte rel&#233;gu&#233;e au second plan, puisque la question &#233;thique et morale &#8212; voire m&#234;me religieuse ou plut&#244;t spirituelle &#8212; prend le dessus. En ce sens, les Grands Hommes (expression qui inclut aussi les Grandes Femmes) profitent de dons, sont les plus vertueux, d&#233;gagent quelque chose d'autre que la froide objectivit&#233;. En eux se d&#233;finissent la bravoure, la rigueur ou &#233;manent un feu ou une lumi&#232;re clairvoyante, une piti&#233;, un amour, une sympathie. Il y a en eux une profondeur, une sinc&#233;rit&#233; m&#234;me, justement parce que leurs r&#233;alisations souvent grandioses, m&#233;morables, proviennent du c&#339;ur. L&#224; prend tout son sens la maxime de Pascal voulant que &#171; &lt;i&gt;le c&#339;ur a ses raisons que la raison ne peut comprendre&lt;/i&gt; &#187;. Ainsi, les h&#233;ros d&#233;peints par Carlyle ne le sont toutefois pas tant par leurs actions pos&#233;es, mais par la fa&#231;on dont ils m&#232;nent, conduisent et sont ; par leur patience et la confiance qu'ils inspirent. Car ils sont en mission, veulent donc mener &#224; terme leurs qu&#234;tes transformatrices de la face de leur monde et du monde. Par contre, ils ne cherchent pas &#224; tout prix la violence et la r&#233;volution. S'ils en ont toutefois besoin pour redresser les choses, dans ce cas ils s'y verseront, puisque leur but, comme d&#233;j&#224; dit, est de corriger l'erreur, la fausset&#233; et le mensonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#171; &lt;i&gt;Grands Hommes &lt;/i&gt; &#187; auraient &#233;t&#233; envoy&#233;s pour partager avec nous leur vision du monde et, par cons&#233;quent, nous montrer la r&#233;alit&#233; ; il s'agit pour eux de garantir un ordre dans le d&#233;sordre pour le bien-&#234;tre d'une collectivit&#233;. Avec autant de prestance et de volont&#233;, ils devraient s'enorgueillir d'eux-m&#234;mes. Or, habituellement ce n'est pas le cas, puisque ce sont les autres qui les &#233;l&#232;vent &#224; la place qu'ils doivent occuper. Souvent leur talent est ignor&#233; d'eux-m&#234;mes. Ils foncent avec cette conviction ou cette foi du c&#339;ur, impossible &#224; contenir ou &#224; arr&#234;ter. Ils ont une prestance, un prestige, qui ne peut faire autrement que de rappeler le charisme d&#233;fini plus t&#244;t, renvoyant encore ici &#224; ce don, ce talent, voire cette qualit&#233; subjective qui m&#232;ne une population &#224; pr&#234;ter attention au h&#233;ros ou &#224; cet &#234;tre charismatique, &#224; le v&#233;n&#233;rer, &#224; lui &#233;tablir jusqu'&#224; un certain point un culte, duquel peut d&#233;couler une adoration et un fanatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, la chronologie du h&#233;ros, passant de dieu, &#224; l'homme inspir&#233; par dieu, puis &#224; l'homme divinis&#233; offre une prise de vue compl&#233;mentaire &#224; cette qu&#234;te de l'Homme Id&#233;al et de sa Cit&#233; la Meilleure, telle une utopie ou une esp&#233;rance qui ne cesse d'habiter la nature humaine, malgr&#233; les calculs cherchant souvent &#224; r&#233;duire le monde &#224; une machine &#224; corriger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le meneur de prestige&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la s&#233;cularisation des &#201;tats et la d&#233;mocratisation des r&#233;gimes, les h&#233;ros prennent d'autres formes, au point souvent de les minorer au simple statut de chef ou de meneur. Gustave Le Bon (1895, p. 3) y voyait d'ailleurs le moment o&#249; &#171; &lt;i&gt; [l]e droit divin des foules va remplacer le droit divin des rois &lt;/i&gt; &#187;. &#192; ce titre, les futurs chefs (aussi futures cheffes), souvent meneurs (ou meneuses) au d&#233;part et par la suite, doivent s'attirer les faveurs de ces foules, pas toujours rationnelles. Le h&#233;ros qui peut alors y &#233;merger nous rappelle les propos de Carlyle sur la l&#233;gende et le mythe, puisque ces discours participent &#224; son ascension m&#234;me dans une soci&#233;t&#233; d&#233;senchant&#233;e. D'ailleurs, comme le disait Le Bon (1895, p. 36), l'imagination est plus forte que la raison pour solliciter les foules, dans la mesure o&#249; ce n'est pas le quotidien banal des h&#233;ros qui captive les gens, bien plut&#244;t la fa&#231;on dont &#171; &lt;i&gt;la l&#233;gende populaire les a fabriqu&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, parce que &#171; &lt;i&gt; ce sont les h&#233;ros l&#233;gendaires, et pas du tout les h&#233;ros r&#233;els, qui ont impressionn&#233; l'&#226;me des foules&lt;/i&gt; &#187;. Susciter l'imagination, sugg&#233;rer des pistes d'orientation qui captiveront les foules, &#224; partir de mots qui excitent et de formules appropri&#233;es et r&#233;p&#233;t&#233;es, afin de cr&#233;er un effet de contagion favorisant son adoration et son autorit&#233;, le h&#233;ros de Le Bon &#8212; qui a &#233;t&#233; fabriqu&#233; &#8212; doit avant tout &#234;tre un meneur &#233;quip&#233; de ces moyens de persuasion, doit donc &#234;tre instruit pour le devenir, prenant ainsi appui sur les recommandations de Platon, d'Aristote et d'Isocrate notamment qui eux, toutefois, souhaitaient avoir &#224; la t&#234;te d'une population le meilleur des meneurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais o&#249; se trouve le don ou le talent chez le meneur de Le Bon ? Pour &#234;tre en mesure de fasciner et de cr&#233;er la &#171; &lt;i&gt;foi&lt;/i&gt; &#187;, cela prend du &#171; &lt;i&gt; prestige &lt;/i&gt; &#187;. Car le prestige contribue largement &#224; donner &#171; &lt;i&gt; aux id&#233;es propag&#233;es par l'affirmation, la r&#233;p&#233;tition et la contagion, une puissance tr&#232;s grande&lt;/i&gt; &#187; (Le Bon, 1895, p. 117). Il est d&#233;crit comme un &#171; &lt;i&gt;pouvoir myst&#233;rieux &#187;, &#171; une force irr&#233;sistible &#187;, une &#171; sorte de domination &lt;/i&gt; &#187; et Le Bon (1895, p. 118) a su ajouter :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Cette domination paralyse toutes nos facult&#233;s critiques et remplit notre &#226;me d'&#233;tonnement et de respect. Le sentiment provoqu&#233; est inexplicable, comme tous les sentiments, mais il doit &#234;tre du m&#234;me ordre que la fascination subie par un sujet magn&#233;tis&#233;. Le prestige est le plus puissant ressort de toute domination. Les dieux, les rois et les femmes n'auraient jamais r&#233;gn&#233; sans lui &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;decin et sociologue fran&#231;ais divisa ensuite le prestige entre une forme acquise ou artificielle, attribu&#233;e surtout &#224; l'h&#233;r&#233;dit&#233;, la fortune ou la r&#233;putation, et une autre plus personnelle, faisant ou non le pont avec la premi&#232;re, mais qui se veut surtout ind&#233;pendante &#171; &lt;i&gt;de tout titre, de toute autorit&#233;, que poss&#232;dent un petit nombre de personnes, et qui leur permet d'exercer une fascination v&#233;ritablement magn&#233;tique sur ceux qui les entendent [&#8230;] &lt;/i&gt; &#187; (Le Bon, 1895, p. 120). Et ce h&#233;ros par le prestige n'a pas besoin d'&#234;tre glorifi&#233; par la guerre et ses victoires, simplement d'&#234;tre consid&#233;r&#233; tel en vertu de son don particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la lumi&#232;re de ces descriptions donn&#233;es par Le Bon, ne voyons-nous pas se dessiner ici le portrait de l'&#234;tre charismatique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du prestige au surhumain finalement charismatique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, on semble y voir le surhumain profess&#233; par Friedrich Nietzsche, qui toutefois n'a jamais &#233;t&#233; annonc&#233; comme un h&#233;ros, dans la mesure o&#249; le philosophe ne lui attribuait pas cette relation n&#233;cessaire entre le Grand Homme et une population admirative. Autrement dit, ce sp&#233;cimen ne cherche pas n&#233;cessairement &#224; devenir un meneur de foule ou un chef, mais &#224; exprimer son existence de fa&#231;on diff&#233;rente du commun, c'est-&#224;-dire par &#171; &lt;i&gt;volont&#233; de puissance &lt;/i&gt; &#187; (Nietzsche, 2002). Il s'agit donc d'un &#234;tre qui a &#233;t&#233; en mesure de se soustraire des illusions et fausset&#233;s du monde, qui ne veut pas dominer, qui ne d&#233;sire pas le pouvoir, bien plut&#244;t la ma&#238;trise de soi qui d&#233;livre du manque. Sans &#234;tre identifi&#233; au h&#233;ros, le surhumain de Nietzsche poss&#232;de n&#233;anmoins quelque chose du h&#233;ros de Carlyle, puisqu'en lui se manifeste ce don de vision, cette parole de v&#233;rit&#233;. Un tel humain sera donc rapidement aper&#231;u et &#233;cout&#233;, sans vouloir signifier le renoncement &#224; un engagement social ou &#224; une carri&#232;re politique, comme on semble le pr&#233;tendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en ce sens d'ailleurs que Weber a d&#233;velopp&#233; la notion de charisme, en reprenant plusieurs &#233;l&#233;ments d&#233;crits par les pr&#233;c&#233;dents auteurs cit&#233;s, dont encore celle allusion &#224; un don divin &#224; d&#233;faut de l'appeler un don charismatique. Par contre, Weber l'appliquait davantage au domaine politique pour ses besoins, en y accordant une l&#233;gitimit&#233; de domination, qui rappelle bien la puissante domination exerc&#233;e par le prestige de Le Bon, mais cette fois-ci concentr&#233;e dans les relations avec l'&#201;tat et le gouvernement. Cette domination charismatique sugg&#232;re l'ob&#233;issance d'une population &#224; l'endroit de la personne qui b&#233;n&#233;ficie de cette qualit&#233;, justifi&#233;e &#224; nouveau sur le &#171; &lt;i&gt;caract&#232;re sacr&#233;&lt;/i&gt; &#187;, la &#171; &lt;i&gt;vertu h&#233;ro&#239;que&lt;/i&gt; &#187; ou la &#171; &lt;i&gt;valeur exemplaire&lt;/i&gt; &#187; qu'on lui attribue (Weber, 1995[1922], p. 289). Reconnue comme &#233;tant le chef (ou la cheffe), cette personne jouit alors d'une admiration par laquelle la foule exprimera tout autant sa loyaut&#233; &#224; son &#233;gard, faisant m&#234;me un devoir de la respecter tant et aussi longtemps que durera son charisme magn&#233;tique. Le sociologue allemand reconnaissait cet attribut chez les chefs de tribu ou en lien avec les h&#233;ros du pass&#233; d&#233;crits par Carlyle, supposant alors un affaiblissement de la domination charismatique dans les &#201;tats modernes. Or, ce n'est pas le cas totalement, puisque la relation entre le Grand Homme et sa population demeure subjective, ce qui signifie son omnipr&#233;sence dans les &#201;tats actuels en se m&#233;langeant avec les autres formes de domination (traditionnelle et l&#233;gale-rationnelle). Ainsi, le charisme persiste malgr&#233; le d&#233;senchantement du monde ou le cr&#233;puscule des dieux, d'ailleurs reprit par Nietzsche de fa&#231;on p&#233;remptoire en parlant directement de la &#171; &lt;i&gt;mort de Dieu &lt;/i&gt; &#187;. N&#233;anmoins, cela n'emp&#234;che en rien la tendance &#224; &#233;lever une personne charismatique, alors que les allusions au divin ou au sacr&#233; servent, &#224; tout le moins, &#224; rappeler comment le charisme &#233;tait interpr&#233;t&#233; auparavant ; une fa&#231;on de le d&#233;crire aussi qui continue d'&#234;tre utilis&#233;e pour parler de la vedette ou de la star.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La star-produit-divin qui d&#233;classe la politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ce qui a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233; comme un prestige personnel par Le Bon s'expose en charisme chez Weber. En revanche, le d&#233;senchantement du monde ou le cr&#233;puscule des dieux se sont aussi r&#233;percut&#233;s sur l'&#201;tat et la politique, au point o&#249; le h&#233;ros de Carlyle, le meneur de Le Bon et le surhumain de Nietzsche ont &#233;t&#233; commercialis&#233;s sous la forme de la vedette ou plut&#244;t de la star, selon Edgar Morin (1972). L'affection, l'admiration, la v&#233;n&#233;ration, par le pouvoir des &#233;crans, ont permis l'apparition de nouveaux h&#233;ros (et h&#233;ro&#239;nes), dont les suggestions incitent les foules &#224; s'y identifier et &#224; consommer souvent comme le feraient les stars. Autrement dit, ce Grand Personnage des &#233;crans, autant acteurTRICE, animateurTRICE, chanteurEUSE que sportifIVE &#8212; et ajoutons d&#233;sormais influenceurEUSE &#8212;, a donc pris le relai des leaders et des meneurs politiques d'autrefois, qui soudainement &#171; d&#233;senchant&#233;s &#187; rev&#234;tent plus souvent qu'autrement le pragmatisme de l'&#201;tat &#233;conomique. Les nouvelles divinit&#233;s et idoles s'inscrivent alors dans les lois du march&#233; ; la bonne nouvelle &#233;tant transmise &#224; partir de messages communiqu&#233;s par les stars et donc le syst&#232;me qui souvent les a cr&#233;&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, le politicien ou la politicienne n'a plus besoin de charisme, mais d'&#234;tre pragmatique et, &#224; la rigueur, populiste en r&#233;p&#233;tant les id&#233;es &#224; la mode ou celles qui savent exciter les craintes ou les pr&#233;occupations de la population ou encore d'&#234;tre &#224; la remorque des id&#233;es de son chef ou de sa cheffe ou de son parti politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Interm&#232;de pragmatique au r&#233;enchantement de l'&#201;tat et de la politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En consid&#233;rant tous les efforts consacr&#233;s &#224; l'organisation de l'&#201;tat, une prise de conscience am&#232;ne &#224; y voir davantage que la seule force des lois ; une population ressent encore de nos jours le besoin de suivre une voie qui s'incarne dans une voix qui saura r&#233;sonner en elle. &#192; ce titre, le sentiment d'&#234;tre de moins en moins interpell&#233; par les repr&#233;sentantEs politiques accro&#238;t en cons&#233;quence la m&#233;fiance et la perte d'int&#233;r&#234;t envers les questions de cet ordre, pour finalement d&#233;fier l'autorit&#233; ou choisir de suivre d'autres meneurEUSEs, sinon d'agir soi-m&#234;me pour son milieu, ind&#233;pendamment des affinit&#233;s politiques. L'effritement de l'int&#233;r&#234;t politique, augurant peut-&#234;tre jusqu'&#224; un certain point le &#171; &lt;i&gt;cr&#233;puscule des politicienNEs&lt;/i&gt; &#187;, laisse certainement entendre un affaiblissement en cours de l'&#201;tat. De l&#224; peut &#234;tre expos&#233;e cette comparaison entre la s&#233;cularisation de l'&#201;tat, qui l'a fait gagner sur la religion, et la s&#233;cularisation de lui-m&#234;me, exigeant alors l'usage d'un autre terme, tel que sa &#171; &lt;i&gt;d&#233;totalisation &lt;/i&gt; &#187;, afin d'augurer l'av&#232;nement de la Soci&#233;t&#233;&#8230; Or, bien que le chef ou la cheffe charismatique ait bien servi au r&#232;gne de l'&#201;tat, la difficult&#233; &#224; en trouver un ou une pr&#233;sage un changement de r&#233;gime. Avant d'entrevoir donc la vraie sortie de l'&#201;tat, d'apr&#232;s sa d&#233;signation du pass&#233;, il faudra vivre l'apog&#233;e de son &#201;conomie Politique, provoquant la fin de sa transformation en l'Entreprise de la Nation et l'av&#232;nement d'une totale domination l&#233;gale-rationnelle 2.0, favorable &#224; l'&#233;lection de leaders calculateurs et pragmatiques. Cet interm&#232;de risque d'&#233;loigner le moment o&#249; la Soci&#233;t&#233; diff&#233;remment gouvern&#233;e prendra place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'instant et encore, le calcul rationnel donne l'heure juste sur les revenus et les d&#233;penses budg&#233;taires. Les leaders pragmatiques proc&#232;dent d'ailleurs de fa&#231;on &#224; rendre leur vision d'avenir capitalisable, justifiant ainsi, par leurs calculs soi-disant pr&#233;cis, les investissements &#224; entreprendre en vue d'un enrichissement individuel et collectif pr&#233;sent&#233; comme patent, du moins sur les &#233;crans et les tableaux. En revanche, ce pragmatisme avant tout &#233;conomique fait passer les chiffres et donc l'argent avant les gens. Une vision d'avenir bas&#233;e sur une planification financi&#232;re annonce, d&#232;s le d&#233;part, que ladite planification aussi r&#233;ussite soit-elle ne se r&#233;alisera pas. Pourquoi ? Parce que nous ne pouvons tout pr&#233;voir avec des chiffres. Plus important encore, ce ne sont plus les leaders politiques &#224; qui l'on accorde un pouvoir charismatique, mais aux chiffres d&#233;voil&#233;s. Ainsi, les programmes &#233;lectoraux deviennent tout simplement des produits achetables ; l'&#233;lectorat choisissant leurs repr&#233;sentantEs en fonction des chiffres, voire des montants d'argent investis dans diff&#233;rentes cat&#233;gories de services et de secteurs d'activit&#233;s qui semblent mieux correspondre &#224; leurs pr&#233;f&#233;rences : un endettement plus &#233;lev&#233; pour am&#233;liorer les infrastructures ou plut&#244;t une r&#233;duction de la dette, des investissements dans les ol&#233;oducs ou en sant&#233;, des d&#233;penses suppl&#233;mentaires en d&#233;fense ou dans le but d'assurer la transition &#233;nerg&#233;tique, ainsi de suite, ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le r&#233;gime du pragmatisme &#233;conomique, le leadership repose sur le programme jug&#233; le meilleur (ou le moins pire), donc sur la confiance en une comp&#233;tence math&#233;matique qui se veut tributaire de l'avenir de la nation. Sur cette base, pouvons-nous vraisemblablement suivre cette voix du 1, 2, 3&#8230; en pensant r&#233;soudre nos probl&#232;mes soci&#233;taux, dont les co&#251;ts ne font que cro&#238;tre souvent &#224; un rythme surpassant la croissance &#233;conomique qui, avouons-le, repr&#233;sente notre seul but d'avenir ? Une r&#233;ponse cat&#233;gorique &#224; cette question serait illusoire ; mieux vaut en imaginer quelques-unes variant d'une personne &#224; l'autre. Car l'interp&#233;n&#233;tration de l'&#201;tat avec l'&#233;conomie et la science &#171; &lt;i&gt;dure&lt;/i&gt; &#187; convainc de nombreux fid&#232;les &#224; ce pouvoir objectif des chiffres. En revanche, si cette domination pragmatique s'av&#232;re &#224; ce point providentielle, pourquoi n'atteignons-nous pas l'id&#233;al tant vant&#233; de l'&#233;quit&#233; dans la redistribution de la richesse ? Par un &#233;trange paradoxe, on attribuera la faute &#224; l'humain et non au r&#233;gime des chiffres ; r&#233;appara&#238;t alors ici Aristote qui soulignait les in&#233;galit&#233;s en termes de talents qui avantagent certaines personnes seulement. Que peut faire l'&#201;tat ? Disons soutenir du mieux de ses capacit&#233;s, sans trop faire souffrir les &#233;changes commerciaux, la production et toutes les activit&#233;s jug&#233;es productives pour le bien du Tr&#233;sor commun. Or, il n'y pas que le talent qui entre en ligne de compte, puisqu'il faut savoir aussi comprendre les r&#232;gles du jeu de l'enrichissement. L'&#201;tat actuel s'est construit sur ceux du pass&#233;, avec leurs forces et leurs faiblesses ; parmi les derni&#232;res, l'erreur derri&#232;re les lois num&#233;riques comme l'a soulign&#233;e Nietzsche[1]. Entre dirigeantEs et dirig&#233;Es, le foss&#233; qui les s&#233;pare reste immuable, &#224; d&#233;faut de conna&#238;tre mieux. Voil&#224; que d&#233;sormais la d&#233;mocratisation du pragmatisme &#233;conomique favoriserait une mobilit&#233; sociale, au sein toutefois d'une structure demeur&#233;e pyramidale qui assure le tri n&#233;cessaire afin de maintenir l'ordre des choses ; car les dirigeantEs doivent toujours &#234;tre moins nombreuxEUSES que les dirig&#233;Es, dans la mesure o&#249; il faut consid&#233;rer le march&#233; du travail avec chaque pion plac&#233; &#224; la bonne case. &#192; nouveau ici, pouvoir, argent et structure prennent les devants sur l'humain et son environnement. Le renversement n&#233;cessaire, pour sortir de l'interm&#232;de de l'Entreprise de la Nation domin&#233;e de plus en plus par des leaders adeptes du pragmatisme &#233;conomique, exigerait peut-&#234;tre l'av&#232;nement d'une nouvelle l&#233;gitimit&#233; charismatique faisant passer l'Humain et la Nature en avant-plan, pour ainsi entendre une voix qui r&#233;sonne avec les esp&#233;rances de voir un jour une Soci&#233;t&#233; v&#233;ritablement prosp&#232;re[2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;sistance du populisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, les leaders charismatiques des r&#233;gimes totalitaires du XXe si&#232;cle demeurent dans l'imaginaire, autant &#224; titre de pr&#233;occupation que d'admiration. Cette double r&#233;action contribue &#224; faire en sorte de tenir &#224; l'&#233;cart de la politique certaines personnes au don particulier ou, &#224; l'inverse, d'en pousser d'autres &#8212; arm&#233;es des outils pour convaincre les foules &#8212; &#224; vouloir s'imposer comme le chef ou la cheffe d&#233;sir&#233;E. Or, les leaders charismatiques positifs pr&#233;sentent une vision d'avenir qui d&#233;tonne avec celle en place, m&#234;me si souvent per&#231;ue comme subversive. On s'apercevra rapidement de leurs intentions g&#233;n&#233;reuses, puisqu'elles ne visent pas leur &#233;l&#233;vation au pouvoir, mais la r&#233;alisation de leur mission d&#233;di&#233;e au bien-&#234;tre commun. Voil&#224; une diff&#233;rence notable en comparaison aux leaders charismatiques n&#233;gatifs qui useront d'ailleurs d'un vocabulaire populiste et, une fois au pouvoir, exposeront leur caract&#232;re tyrannique. &#192; noter &#233;galement la fa&#231;on dont ces individus bourr&#233;s de fausset&#233;s chercheront &#224; gagner les foules, c'est-&#224;-dire souvent en excitant les craintes des gens et en identifiant un &#226;ge d'or pass&#233; et presque sans d&#233;faut. Les formules ou slogans employ&#233;s sont r&#233;v&#233;lateurs en ce sens. Mais que cherchent &#224; faire ces individus qui, bien que jug&#233;s charismatiques, demeurent des charlatans et faussent alors leur sinc&#233;rit&#233;, en voulant minorer ici l'explication facile d'une satisfaction de leurs int&#233;r&#234;ts personnels ? La r&#233;ponse simple se r&#233;sume &#224; leur d&#233;sir du maintien de l'&#201;tat, de cet ordre gr&#226;ce auquel ils peuvent assouvir leurs besoins de pouvoir et de domination. Ce qui repr&#233;sente l'oppos&#233; de la d&#233;marche effectu&#233;e par les leaders charismatiques positifs, dont les efforts sont consacr&#233;s &#224; redresser l'erreur, comme a dit Carlyle, &#224; reconna&#238;tre les bons coups du pass&#233;, mais &#224; viser un progr&#232;s ou un essor qui doit permettre &#224; une population d'atteindre un niveau sup&#233;rieur. Ainsi, ces Grands Hommes regardent de leur &#339;il &#233;clair&#233; l'horizon, au point d'y discerner une destin&#233;e difficilement concevable pour le commun des mortels et qui peut, &#224; la rigueur, faire peur. Leur regard est port&#233; vers le pr&#233;sent et l'avenir, non pas vers le pass&#233; ou l'allusion &#224; un soi-disant ancien &#226;ge d'or qui, d'ailleurs, ne pourra jamais revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, l'&#233;vocation populiste expose la r&#233;sistance au maintien de l'&#201;tat tel que connu, au point de pr&#233;f&#233;rer la voie pragmatique &#8212; qui assure des richesses &#8212; au lieu de viser une &#233;volution qui ne peut appara&#238;tre sans une volont&#233;, osons dire, providentielle, visionnaire et sinc&#232;re, de l'ordre d'un meneur ou d'une meneuse charismatique. Parce que le changement passe toujours par de grands personnages qui insufflent l'inspiration, au point de se r&#233;pandre sur une population, avivant ainsi des forces endormies. C'est la chaleur de la subjectivit&#233; humaine qui rend la chose possible, non la froide objectivit&#233; qui peut seulement en mesurer l'ampleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que voyons-nous, lorsque nous regardons un grand personnage ou une personne charismatique ? Au-del&#224; de l'image capt&#233;e, il y a plus ; cette seule image transcende, sugg&#232;re, inspire&#8230; Nous sommes conscientEs d'&#234;tre face &#224; une pr&#233;sence diff&#233;rente de n'importe quelle autre. Platon et Aristote cherchaient &#224; en cr&#233;er une, en &#233;duquant un &#234;tre talentueux aux vertus de l'&#226;me et du corps, afin qu'il devienne le leader id&#233;al. Mais ce don divin, ou ce talent, ne s'acquiert point. Carlyle y voyait la donne explicative de son Culte des H&#233;ros, m&#233;langeant m&#234;me le Grand Homme au H&#233;ros, malgr&#233; leurs distinctions, parce que ce qui les unit assur&#233;ment se r&#233;sume &#224; leur qualit&#233; subjective extraordinaire, &#224; savoir cette propri&#233;t&#233; transcendante baptis&#233;e par Le Bon de prestige personnel. Nous nous approchons ainsi du surhumain de Nietzsche, qui s'&#233;vade des fausset&#233;s pour voir la r&#233;alit&#233; et combler ses attentes autrefois insatisfaites. Mais le terme servant &#224; tout r&#233;sumer reste encore dissimul&#233;. Weber le mit &#224; la lumi&#232;re, corrigeant le prestige de Le Bon et parlant alors du charisme, &#224; savoir effectivement ce don particulier, voire cette fa&#231;on de faire de la douceur une arme de conviction, de transformer un feu visionnaire en une incarnation capable de la rendre concr&#232;te en soulevant les foules. &#192; premi&#232;re vue, le personnage politique devrait &#234;tre de nos jours celui le plus en vue avec cette importante qualit&#233;. Or, la vedette ou la star des &#233;crans a pris le dessus. Et ce constat n'est pas surprenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectivation de la subjectivit&#233; a contribu&#233; &#224; faire du charisme un objet &#224; marchander. Il ne s'agit plus de personnes authentiques, mais de stars fabriqu&#233;es ou de programmes &#233;lectoraux &#224; vendre. Le Grand Homme du pass&#233;, capable de transformer les soci&#233;t&#233;s, semble ne plus exister ou avoir &#233;t&#233; contraint d'abandonner la sph&#232;re politique. S'il y en a un quelque part, souvent on s'apercevra de son charlatanisme ou de son populisme, alors que le charisme qu'on lui attribuait peut-&#234;tre masquait ses intentions tyranniques ou absolutistes. Bien qu'Aristote reconn&#251;t l'impossibilit&#233; d'enseigner les talents, ce qu'il semblait dire au bout du compte, et qui peut aider le Grand Homme ou le H&#233;ros, se r&#233;duit &#224; apprendre &#224; bien communiquer son message au monde. Ce facteur communicationnel devient essentiel pour garantir le succ&#232;s de sa mission ; ce facteur d'ailleurs qui ressort chez Carlyle, si nous tenons compte des exemples qu'il a choisis o&#249; se constatent les difficult&#233;s immenses v&#233;cues par plusieurs h&#233;ros, avec la pauvret&#233; et la mis&#232;re endur&#233;es, la pers&#233;cution subie et souvent la n&#233;cessit&#233; de l'exil. Car leur message trouble l'ordre &#233;tabli, un ordre jug&#233; en effet par le h&#233;ros comme &#233;tant dans l'erreur, afin de proposer des changements que les petits gens, y compris les dirigeantEs, ont de la difficult&#233; &#224; saisir dans leurs tenants et aboutissants. Cela s'explique : ces personnes ne poss&#232;dent pas ce talent ou ce don de vision du h&#233;ros, son aptitude &#224; porter un jugement &#224; ce point &#233;clair&#233;, &#224; voir la r&#233;alit&#233; telle qu'elle est, et de projeter une solution de redressement (une r&#233;forme) pour le pr&#233;sent et l'avenir. Et voil&#224; pourquoi les Grands Hommes sont souvent reconnus seulement apr&#232;s leur mort, sinon plusieurs d&#233;cennies plus tard, malheureusement. Quel paradoxe de l'Histoire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'emp&#234;che que l'intuition de Carlyle se r&#233;v&#232;le en elle-m&#234;me r&#233;formatrice, surtout pour l'&#233;poque dans laquelle nous nous trouvons, &#233;poque vantant l'objectivit&#233; avec son culte de la raison et du scepticisme. On y retrouve m&#234;me les bases &#224; la fois du d&#233;senchantement du monde de Weber, lorsqu'il parle du cr&#233;puscule des dieux, de son facteur persistant et du r&#233;enchantement dans la mesure o&#249; l'humain demeure avant tout un &#234;tre subjectif. Pour aspirer &#224; la d&#233;totalisation de l'&#201;tat et surpasser le pragmatisme &#233;conomique destructeur de notre plan&#232;te, alors qu'au contraire ces calculs devraient plut&#244;t nous permettre de pr&#233;server le plus longtemps possible nos ressources, une lueur d'espoir demeure. &#192; son &#233;poque, Carlyle d&#233;non&#231;ait la p&#233;riclit&#233; du Culte des H&#233;ros, alors qu'il y en a eu d'autres qui se sont lev&#233;s plus tard. Par ailleurs, ce qui donne du poids &#224; son esp&#233;rance &#8212; qui peut &#234;tre aussi la n&#244;tre &#8212; prend appui sur la r&#233;ponse qu'il donne &#224; notre question pos&#233;e comme suit : la loyaut&#233;, l'adoration et la v&#233;n&#233;ration dans et de la personne humaine&#8230; s'effritent-elles ? Et il a affirm&#233; : &#171; &lt;i&gt; Que l'homme, en quelque sens ou autre, adore les H&#233;ros ; que nous, que nous tous, nous r&#233;v&#233;rions et qu'il faille que nous r&#233;v&#233;rions toujours les Grands Hommes : ceci est, pour moi, le roc vivant parmi tous les &#233;croulements possibles ; le seul point fixe dans l'histoire r&#233;volutionnaire moderne, autrement pour ainsi dire sans fond et sans bords&lt;/i&gt; &#187;, en plus d'ajouter : &#171; &lt;i&gt; Le Culte des H&#233;ros jamais ne meurt, ni ne peut mourir. La Loyaut&#233; et la Souverainet&#233; sont &#233;ternelles dans le monde : &#8212; et il y a de ceci en elles, qu'elles sont fond&#233;es non sur des garnitures et des semblants, mais aussi des r&#233;alit&#233;s et des sinc&#233;rit&#233;s&lt;/i&gt; &#187; (Carlyle, 1888, pp. 25-26 et 201). Autrement dit, parce que l'&#234;tre humain est un &#234;tre subjectif, il jouira toujours de la chance d'h&#233;riter du charisme par lequel il s'&#233;l&#232;vera en chef capable de transformer le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guylain Bernier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yvan Perrier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 d&#233;cembre 2025&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11h45&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Nous pouvons voir dans le charisme des chiffres une fausset&#233; grossi&#232;re. Nietzsche (1988[1878], p. 46) nous a &#233;clair&#233; sur ce point :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'invention des lois num&#233;riques s'est faite &#224; partir de l'erreur qui r&#233;gna d&#232;s les origines, savoir qu'il existerait plusieurs choses identiques (mais en fait il n'y a rien d'identique), que du moins il existerait des choses (mais il n'existe pas de &#8216;&#8216;chose''). Admettre une pluralit&#233;, c'est toujours postuler qu'il y a&lt;/i&gt; quelque chose &lt;i&gt;qui se pr&#233;sente plusieurs fois : mais c'est l&#224; justement que l'erreur est d&#233;j&#224; ma&#238;tresse, l&#224; que nous feignons entit&#233;s et unit&#233;s qui n'existent pas. &#8212; Nos perceptions de l'espace et du temps sont fausses parce qu'elles conduisent par un examen cons&#233;quent &#224; des contradictions logiques. Toujours, dans toutes nos formules scientifiques, nous faisons in&#233;vitablement entrer quelques grandes fausse[t&#233;]s en ligne de compte ; mais ces grandeurs &#233;tant du moins &lt;/i&gt; constantes, &lt;i&gt;comme par exemple notre perception de l'espace et du temps, les r&#233;sultats de la science en re&#231;oivent malgr&#233; tout une exactitude et une certitude parfaites dans leur encha&#238;nement entre eux ; on peut continuer &#224; b&#226;tir sur eux &#8212; jusqu'&#224; ce terme ultime o&#249; l'erreur du postulat fondamental, o&#249; ces fautes constantes entrent en contradiction avec les r&#233;sultats [&#8230;] &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] La prosp&#233;rit&#233; repr&#233;sente ici une r&#233;ussite qui d&#233;passe l'id&#233;e de la seule richesse &#233;conomique, afin de consid&#233;rer le d&#233;veloppement humain sur tous ses plans, d'assurer la satisfaction des besoins sans hypoth&#233;quer l'avenir, d'&#233;viter donc la surabondance inutile et de consentir &#224; l'harmonie humaine en respect des r&#232;gles de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;f&#233;rences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristote. (1881). &lt;i&gt;La Politique&lt;/i&gt;. Traduction fran&#231;aise de Thurot. Nouvelle &#233;dition revue par A. Bastien et pr&#233;c&#233;d&#233;e d'une introduction par Ed. Laboulaye. Paris, France : Garnier Fr&#232;res, Libraires-&#233;diteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carlyle, T. (1888).&lt;i&gt; Les H&#233;ros. Le culte des h&#233;ros et l'h&#233;ro&#239;que dans l'histoire&lt;/i&gt;. Traduction et introduction par J. B. J. Izoulet-Loubati&#232;res. Paris, France : Armand Colin et Cie, &#201;diteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ellul, J. (2025). CHARISMATIQUE Pouvoir. Dans &lt;i&gt;Encyclopaedia Universalis&lt;/i&gt;. Rep&#233;r&#233; &#224;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.universalis.fr/encyclopedie/pouvoir-charismatique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.universalis.fr/encyclopedie/pouvoir-charismatique/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Bon, G. (1895). &lt;i&gt;Psychologie des foules&lt;/i&gt;. Paris, France : Ancienne Librairie Germer Bailli&#232;re et Cie, F&#233;lix Alcan, &#201;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morin, E. (1972). &lt;i&gt;Les stars&lt;/i&gt;. Paris, France : Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nietzsche, F. (1988[1878]). &lt;i&gt;Humain, trop humain. Un livre pour esprits libres&lt;/i&gt; (Tome I). France, Paris : Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nietzsche. (2002). Dans Fran&#231;oise Kinot (Dir.), &lt;i&gt;Philosophie de l'existence. Nietzsche. Freud. Bergson &lt;/i&gt; (pp. 11-282). Paris, France : France Loisirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Platon. (1993). &lt;i&gt;La R&#233;publique. Du r&#233;gime politique&lt;/i&gt;. Paris, France : Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Weber, M. (1995[1922]). Les cat&#233;gories de la sociologie. Dans &lt;i&gt;&#201;conomie et soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; (Tome I). Paris, France : Plon/Pocket.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******&lt;/p&gt;
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		<title>La suite&#8230;</title>
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		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#171; Tout fonctionne normalement, &#231;a tourne en rond &#233;videmment ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Il semble y avoir en ce moment un d&#233;but de consternation dans les rangs des militantEs de Qu&#233;bec solidaire (QS). La cause : Vincent Marissal. Le d&#233;put&#233; du comt&#233; de Rosemont &#224; l'Assembl&#233;e nationale &#8211; maintenant officiellement d&#233;missionnaire de QS &#8211; aurait eu des &#233;changes avec Paul St-Pierre Plamondon, le chef du Parti qu&#233;b&#233;cois (PQ). Il aurait &#233;t&#233; question d'un changement d'all&#233;geance politique en pr&#233;vision de la prochaine (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;p&gt;Il semble y avoir en ce moment un d&#233;but de consternation dans les rangs des militantEs de Qu&#233;bec solidaire (QS). La cause : Vincent Marissal. Le d&#233;put&#233; du comt&#233; de Rosemont &#224; l'Assembl&#233;e nationale &#8211; maintenant officiellement d&#233;missionnaire de QS &#8211; aurait eu des &#233;changes avec Paul St-Pierre Plamondon, le chef du Parti qu&#233;b&#233;cois (PQ). Il aurait &#233;t&#233; question d'un changement d'all&#233;geance politique en pr&#233;vision de la prochaine &#233;lection g&#233;n&#233;rale au Qu&#233;bec qui aura lieu en octobre 2026. Il ne faut pas s'&#233;tonner, selon nous, de ce ph&#233;nom&#232;ne qui a pour nom en politique &#171; &lt;i&gt; le transfuge&lt;/i&gt; &#187;. La personne qui abandonne un parti pour adh&#233;rer &#224; un autre (idem pour le changement de doctrine) fait partie du jeu politique. La &#171; &lt;i&gt; trahison&lt;/i&gt; &#187; et le &#171; &lt;i&gt;retournement de veste &lt;/i&gt; &#187; ont des origines lointaines dans cette sph&#232;re de la pratique sociale. Machiavel est probablement l'auteur qui a le mieux exprim&#233; cette &#233;ventualit&#233;[1]. Il a constat&#233; que l'humain est un &#234;tre aux humeurs qui oscillent parfois d'un extr&#234;me &#224; l'autre. L'ambition fait en sorte que diverses personnes peuvent, en certaines circonstances, perdre la raison. D&#232;s qu'une porte s'ouvre &#224; leur ambition ou &#224; leur aspiration de puissance, elles s'y engouffrent avec passion et en oublient leurs serments de fid&#233;lit&#233;, leurs alliances (Machiavel, 1980, Chapitre XVIII, p. 107-110). Mais devons-nous &#234;tre toujours &#224; ce point bourreau et juge ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La personne active en politique est parfois habit&#233;e par l'ambition. Ses aspirations &#224; vouloir occuper une vraie fonction de direction &#8211; un poste de ministre &#224; titre d'exemple &#8211; peuvent l'amener &#224; envisager de porter les couleurs d'une autre formation politique qui est d&#233;j&#224; au pouvoir ou qui semble &#234;tre la formation favorite pour remporter la prochaine &#233;lection g&#233;n&#233;rale. Au-del&#224; donc de la vocation &#224; servir la population, il y a aussi en ce domaine le besoin de gravir les &#233;chelons et d'obtenir un poste digne avec les pr&#233;rogatives qui suivent. Ce qui est &#233;tonnant, en ce moment, c'est la r&#233;action de d&#233;ception qui se manifeste dans les m&#233;dias &#233;lectroniques et sur les r&#233;seaux sociaux. Ne soyons pas na&#239;ves et na&#239;fs. La sc&#232;ne politique est occup&#233;e par des personnes humaines. Pour le dire clairement, les &#234;tres humains sont capables du plus grand (donner la vie) comme du pire (l'enlever). &#192; partir du moment o&#249; ce sont des &#234;tres humains qui font la vie politique, tout est possible dans cette sph&#232;re sp&#233;cialis&#233;e de la vie sociale, m&#234;me d'y trouver des &#171; &lt;i&gt;vire-capots &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les raisons pour lesquelles une personne peut d&#233;cider de changer de camp sont nombreuses et nous n'en ferons ni la nomenclature ni un inventaire exhaustif ici. Certaines peuvent &#234;tre bonnes et d'autres mauvaises. De l'ext&#233;rieur des officines du parlement et sans conna&#238;tre les discussions ou d&#233;lib&#233;rations qui se sont d&#233;roul&#233;es derri&#232;re les portes capitonn&#233;es et surtout closes, on peut reprocher &#224; Vincent Marissal, &#224; tout le moins, son manque de transparence &#224; l'endroit des personnes qu'il repr&#233;sente, ce qui repr&#233;sente bien s&#251;r un certain point de vue. Rappelons qu'au d&#233;but de l'ann&#233;e, il avait indiqu&#233; son intention de se pr&#233;senter aux &#233;lections municipales de Montr&#233;al, augurant ainsi un divorce avec QS presque imminent, voil&#224; l'autre point de vue. Cela dit, il n'emp&#234;che que son d&#233;part, qui n'est pas le seul d'ailleurs &#8211; quoique pour des raisons diff&#233;rentes &#8211;, soul&#232;ve un probl&#232;me peut-&#234;tre plus criant au sein de QS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre le fait d'entrevoir une meilleure opportunit&#233; de r&#233;&#233;lection et, de surcro&#238;t, une probabilit&#233; int&#233;ressante d'obtenir une fonction de ministre, sans ignorer ses convictions personnelles d'un Qu&#233;bec ind&#233;pendant, qui le pousseraient alors vers le PQ, Vincent Marrisal ne voit-il pas &#233;galement en monsieur St-Pierre-Plamondon un chef de parti qui inspire le leadership d&#233;sir&#233; ? La force d'une cheffe ou d'un chef est primordial, afin d'assurer des gains &#233;lectoraux et la coh&#233;sion d'un parti. Cette personne cr&#233;e alors un &#233;lan qui attire des candidatEs et les motivent &#224; le suivre dans sa vision d'avenir pour la nation. Au cours des derni&#232;res ann&#233;es, le leadership de QS a entra&#238;n&#233; des d&#233;bats sur l'orientation que devait prendre le parti, au point d'avoir cr&#233;&#233; des divisions internes dont les blessures occasionn&#233;es restent encore fra&#238;ches. Si l'opportunisme est &#233;voqu&#233; ici, le calcul ne doit pas ignorer les demandes de la population qu&#233;b&#233;coise qui ne veut pourtant pas de r&#233;f&#233;rendum sur l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec. En prenant l'exemple de Timoth&#233;e, pourtant &#233;duqu&#233; par Isocrate qui voulait former les meilleurs dirigeants, et donc des hommes politiques incorruptibles, sa carri&#232;re de strat&#232;ge s'est achev&#233;e &#224; la suite notamment d'une accusation pour avoir port&#233; atteinte &#224; la d&#233;mocratie d'Ath&#232;nes, m&#234;me s'il avait raison de s'opposer &#224; la corruption d&#233;mocratique de la cit&#233;, sous l'effet de ce qui est appel&#233; aujourd'hui le &#171; &lt;i&gt; populisme&lt;/i&gt; &#187; (Christodoulou, s.d.). La morale de cette histoire expose le principe de prudence et donc la n&#233;cessit&#233; de savoir reconna&#238;tre le bon moment avant d'agir. Alors presser une population dont l'attention est port&#233;e ailleurs exige au d&#233;part, d'apr&#232;s l'enseignement d'Isocrate, de se mettre &#224; son service et de d&#233;montrer sa capacit&#233; &#224; r&#233;soudre les probl&#232;mes &#233;tant &#224; la source des pr&#233;occupations du moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'adh&#233;rer &#224; QS, Vincent Marrisal aurait eu des discussions avec le Parti lib&#233;ral f&#233;d&#233;ral. En d&#233;but d'ann&#233;e, il avait eu, un bref instant, l'intention de se pr&#233;senter &#224; la mairie de Montr&#233;al. Plus r&#233;cemment, ce serait avec le PQ qu'il aurait eu des discussions. Devant un tel comportement de sinc&#233;rit&#233;s successives, les plus cyniques parmi nous diront : en politique, &#171; &lt;i&gt;[t]out fonctionne normalement, &#231;a tourne en rond &#233;videmment ! &lt;/i&gt; &#187;. D'autres qui ne lui en veulent pas r&#233;pliqueront par contre : &#171; &lt;i&gt;Que celui qui n'a jamais p&#233;ch&#233; lui lance la premi&#232;re pierre &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guylain Bernier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yvan Perrier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 novembre 2025&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15h20&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Machiavel. (1980). &lt;i&gt;Le Prince et autres textes&lt;/i&gt;. Paris, France : Folio classique, 473 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;f&#233;rences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christodoulou, Panos. (s.d.). &lt;i&gt;Phusis&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Paideia&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Philosophia&lt;/i&gt; dans la pens&#233;e de Platon et d'Isocrate : le r&#232;gne de l'homme politique incorruptible. &lt;i&gt;H&#233;rodote&lt;/i&gt;, vol. 3, p. 11-54.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perrier, Yvan. (2018). Vincent Marissal. Rep&#233;r&#233; &#224; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/Vincent-Marisal&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.pressegauche.org/Vincent-Marisal&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******&lt;/p&gt;
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		<title>Le premier des &#171; Sept Sages &#187; (selon Platon)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-premier-des-Sept-Sages-selon-Platon</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guylain Bernier, Yvan Perrier</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-11-25</dc:subject>
		<dc:subject>Blogues</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il peut sembler pr&#233;tentieux ou pr&#233;somptueux a priori aux yeux de certains individus d'oser &#233;crire un texte sur une personne qui a v&#233;cu &#224; une p&#233;riode lointaine de nous et pour laquelle, en prime, nous d&#233;tenons peu de choses nouvelles &#224; d&#233;voiler &#224; son sujet. En effet, nous poss&#233;dons uniquement quelques donn&#233;es sur la biographie de Thal&#232;s de Milet et un nombre limit&#233; de fragments de sa pens&#233;e. N&#233;anmoins, malgr&#233; le fait que notre personnage ait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; scrut&#233; sous plusieurs de ses coutures, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il peut sembler pr&#233;tentieux ou pr&#233;somptueux &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; aux yeux de certains individus d'oser &#233;crire un texte sur une personne qui a v&#233;cu &#224; une p&#233;riode lointaine de nous et pour laquelle, en prime, nous d&#233;tenons peu de choses nouvelles &#224; d&#233;voiler &#224; son sujet. En effet, nous poss&#233;dons uniquement quelques donn&#233;es sur la biographie de Thal&#232;s de Milet et un nombre limit&#233; de fragments de sa pens&#233;e. N&#233;anmoins, malgr&#233; le fait que notre personnage ait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; scrut&#233; sous plusieurs de ses coutures, nous tenons quand m&#234;me &#224; commettre un texte non pas principalement sur lui, mais sur ce que nous semblons savoir sur lui. Plus sp&#233;cifiquement, il sera &#233;galement question d'une affirmation d'un philosophe britannique (Whitehead, pour ne pas le nommer), qu'on nous pr&#233;sente comme une donn&#233;e quasiment immuable ou incontestable (Canto-Sperber, 1998 et &lt;i&gt;tutti quanti&lt;/i&gt;). Dans les lignes qui suivent, nous allons discuter de choses connues pour certaines lectrices et certains lecteurs. On y trouvera &#233;galement une pr&#233;cision susceptible d'int&#233;resser, esp&#233;rons-le, quelques-unes et quelques-uns parmi vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Ce que l'histoire a retenu sur Thal&#232;s de Milet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les manuscrits de l'Antiquit&#233; ne nous sont pas parvenus en totalit&#233;. Il nous en manque plusieurs et ceux que nous avons ne sont pas toujours dans leur version int&#233;grale. Nous connaissons Thal&#232;s de Milet gr&#226;ce &#224; deux sources : Aristote et Diog&#232;ne de La&#235;rce qui ont &#233;crit sur ce scientifique-philosophe plusieurs si&#232;cles apr&#232;s sa mort. Il n'est pas facile, dans ces circonstances, de discerner le vrai du faux, la fable du vraisemblable. L'Histoire avance ou retient que Thal&#232;s est le premier d'une lign&#233;e importante de penseurs ayant v&#233;cu &#224; Milet (d'o&#249; l'expression &#171; &lt;i&gt; &#201;cole de Milet &#187; ou &#171; penseurs mil&#233;siens&lt;/i&gt; &#187;). Il est le plus ancien des Sept Sages. C'est lors d'un voyage en &#201;gypte qu'il a &#233;tudi&#233; les sciences. Astronome et g&#233;om&#232;tre, on rapporte qu'il a &#233;t&#233; le premier, en raison de ses connaissances r&#233;put&#233;es positives dans ces deux domaines scientifiques, &#224; pr&#233;dire d'abord, sur une base rationnelle, les &#233;clipses solaires et les solstices, ensuite &#224; fixer &#224; 30 jours la dur&#233;e d'un mois. Et simplement pour ajouter &#224; la liste de ses r&#233;alisations, il aurait r&#233;dig&#233; un &#171; &lt;i&gt;guide nautique&lt;/i&gt; &#187;, mesur&#233;, dit-on, la dimension du soleil ainsi que son passage &#171; &lt;i&gt;d'un tropique &#224; l'autre&lt;/i&gt; &#187;, calcul&#233; la hauteur des pyramides par la longueur de leur ombre et leur propre taille, d&#233;couvert la constellation de la Petite Ourse et d&#233;tourn&#233; le cours du fleuve Halys pour faciliter le d&#233;placement des troupes arm&#233;es du roi de Lydie. Il est aussi c&#233;l&#232;bre pour avoir pr&#233;dit l'&#201;clipse du 28 mai de l'an -585 (H&#233;rodote, 1985, Livre I, &#167;74) et &#233;tait d'avis que la Terre repr&#233;sentait un cylindre qui flottait avec de l'eau au-dessus et au-dessous. Pr&#233;disant une abondante r&#233;colte d'olives, il aurait lou&#233;, &#224; tr&#232;s bas prix, la totalit&#233; des pressoirs &#224; huile de Milet. Quand le moment de la r&#233;colte fut arriv&#233;, la demande pour les pressoirs explosa. Thal&#232;s les sous-loua &#224; un montant qui lui permit d'amasser une somme substantielle. Il n'est pas exag&#233;r&#233; de dire qu'il s'est enrichi &#224; l'aide de la sp&#233;culation sur des pressoirs &#224; huile d'olive. Occup&#233; &#224; contempler le ciel en marchant, il tomba dans un trou. Ce qui aurait fait dire, &#224; une servante de Thrace, que Thal&#232;s &#171; &lt;i&gt;dans son ardeur &#224; savoir ce qu'il y a dans le ciel, il ignorait ce qu'il y avait devant lui, m&#234;me &#224; ses pieds&lt;/i&gt;. &#187; (Platon, &lt;i&gt;Th&#233;&#233;t&#232;te&lt;/i&gt;, 1995, 174a-b). Heureusement, il croyait &#224; l'immortalit&#233; de l'&#226;me[1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Diog&#232;ne de La&#235;rce avance que Thal&#232;s de Milet aurait eu une carri&#232;re politique avant de s'int&#233;resser &#224; la science de la nature (la physique), au point m&#234;me de jouer un r&#244;le important dans sa patrie (Diog&#232;ne La&#235;rce, 1999, p. 80 et 82). Selon H&#233;rodote, Thal&#232;s aurait conseill&#233; la cr&#233;ation d'une assembl&#233;e centrale unique &#224; Milet et la reconnaissance de certaines villes comme &#201;tats autonomes. Ce qui t&#233;moigne, selon nous, d'une r&#233;flexion positive sur l'organisation politique visant &#224; la stabilit&#233; et &#224; la coh&#233;sion civique (voir &#224; ce sujet H&#233;rodote, 1985, Livre I, &#167;170).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Sur les croyances de son &#233;poque et sur l'originalit&#233; de son point de vue &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;gyptiens et Babyloniens &#233;taient d'avis que l'eau constituait l'&#233;l&#233;ment primordial de la vie, mais le principe d'explication de la cr&#233;ation de l'Univers r&#233;sidait dans l'action et l'intervention divine. Pour les Mil&#233;siens, qui n'&#233;vacuaient pas compl&#232;tement et &#233;galement le divin, les explications devaient provenir de la nature ou de la physique naturelle. Par exemple, les tremblements de Terre n'avaient rien &#224; voir, selon Thal&#232;s et certains Mil&#233;siens, avec la col&#232;re des dieux. Il s'agissait plut&#244;t d'un ph&#233;nom&#232;ne produit par l'agitation de l'eau sur laquelle flottait la Terre. D'ailleurs la Terre, selon Thal&#232;s, aurait &#233;merg&#233; des &#171; &lt;i&gt;Eaux primordiales&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;g&#233;nitales&lt;/i&gt; &#187;. Il utilisait le terme d'&lt;i&gt;Arch&#232;&lt;/i&gt; pour d&#233;signer la chose premi&#232;re et unique (le Principe), &#224; savoir justement l'eau, voire l'&#233;ternel principe &#224; partir duquel l'humide devient la semence de tous les &#234;tres vivants, y compris des &#233;l&#233;ments utiles &#224; leur d&#233;veloppement (Lecl&#232;re, 1908). Appara&#238;t ainsi l'id&#233;e de la transmutation ou de la m&#233;tamorphose qu'on cherchera plus tard &#224; rendre coh&#233;rente avec la croyance aux divinit&#233;s et &#224; leur pouvoir cr&#233;ateur ou r&#233;gulateur, dans la mesure o&#249; ledit pouvoir s'incarnerait dans les qualit&#233;s de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il importe de pr&#233;ciser ici que m&#234;me Thal&#232;s est l'h&#233;ritier et le produit d'un ou de plusieurs savoirs ant&#233;rieurs de son &#233;poque. Il est incontestablement un des premiers pr&#233;curseurs de la science grecque et sera suivi d'Anaximandre (vers -611 &#224; -547) pour qui la Terre est au centre de l'Univers (vision g&#233;ocentrique qui sera remise en question pas Copernic au XVe si&#232;cle de notre &#232;re) et d'Anaxim&#232;ne (vers -550 &#224; -475) qui croyait que l'&#233;l&#233;ment primordial de l'Univers &#233;tait plut&#244;t l'air.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un h&#233;ritage pour les Grecs et d'autres encore&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, il devient int&#233;ressant de suivre les traces des successeurs de Thal&#232;s, dans la mesure o&#249; Anaximandre remit en question l'id&#233;e que l'eau ou tout autre corps soit la mati&#232;re primordiale de toutes choses, pour s'int&#233;resser &#224; la place au mouvement. Son geste annoncera l'atomisme, notamment avec D&#233;mocrite (n&#233; vers -460 et d&#233;c&#233;d&#233; vers -370), mais influencera &#233;galement la philosophie d'H&#233;raclite (n&#233; vers -550 et d&#233;c&#233;d&#233; vers -480) sur le mouvement, alors que le feu d&#233;signe pour ce dernier le Principe de l'Univers. Ainsi, cet &#233;l&#232;ve de Thal&#232;s consid&#233;rait la densit&#233; et le mouvement comme des explications de l'existence du monde et du vivant, alors que :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;le premier de ces principes d&#233;termine la place de l'air, celle du feu, celle de la terre jadis couvert d'eau comme le prouvent les coquillages qu'on rencontre jusque sur les montagnes ; les deux principes r&#233;unis rendent compte des ph&#233;nom&#232;nes atmosph&#233;riques ; et le second cause ces tourbillons, ces anneaux d'air feutr&#233; &#224; travers lesquels il se produit des trous qui laissent voir du feu arrach&#233; aux parties les plus hautes du ciel ; les astres ne sont pas autre chose que ce feu&lt;/i&gt; &#187; (Lecl&#232;re, 1908, p. 25).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; On en d&#233;duisit ensuite l'av&#232;nement des &#234;tres vivants par combinaison des &#233;l&#233;ments, mais ici la dimension divine est &#233;vacu&#233;e pour laisser place &#224; une doctrine de l'&#233;volution universelle ! Un parall&#232;le peut &#234;tre fait ais&#233;ment avec le &lt;i&gt;Tim&#233;e&lt;/i&gt; de Platon (2020b), alors que la cr&#233;ation de toutes choses dans leur forme implique une intervention divine, afin de disposer des &#233;l&#233;ments de fa&#231;on appropri&#233;e. Alors si Platon attribue la naissance des &#234;tres vivants &#224; une descente des dieux d&#233;miurges, Anaximandre, inspir&#233; par Thal&#232;s, insinue plut&#244;t une am&#233;lioration des &#234;tres nouveaux par rapport &#224; leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, supposant aussi une meilleure adaptation qui sera d&#233;montr&#233;e beaucoup plus tard avec Charles Darwin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour sa part, Anaxim&#232;ne tenta de pr&#233;ciser le mouvement d&#233;crit par son coll&#232;gue de l'&#201;cole de Milet. Comme nous l'avons dit, celui-ci attribua &#224; l'air le Principe primordial, puisqu'il &#171; &lt;i&gt;est plus actif, contient tout, est en tout, est tout, gouverne tout ; &#233;ternel et toujours &#233;gal &#224; lui-m&#234;me, il est l'&#233;toffe dont se forment ce en quoi se r&#233;sorbent ind&#233;finiment les mondes ; il est le divin m&#234;me, les grands corps qui se produisent dans son sein &#233;tant seulement des dieux p&#233;rissables &lt;/i&gt; &#187; (Lecl&#232;re, 1908, p. 27). &#201;vacuant &#224; la fois les dieux et le surnaturel, sa th&#233;orie sur le mouvement se comprend &#224; travers la condensation et la rar&#233;faction de l'air, ce qui est totalement naturel et rend m&#234;me possible la transmutation. Car son &#233;paississement cr&#233;e le vent, ensuite les nuages, les pr&#233;cipitations, avec des effets sur la terre jusque dans la pierre qui en poss&#232;de. Mais en rar&#233;fiant l'air, le feu surgit. Or, cette succession visible ou pouvant &#234;tre ressentie, puisqu'&#233;tant de l'ordre de l'exp&#233;rience, ouvre &#224; une r&#233;flexion sur la relation entre l'&#234;tre observateur et son milieu de vie, d'o&#249; la perspective de pouvoir approfondir la question de la subjectivit&#233; &#224; partir de la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un pas suffisait pour inspirer la doctrine des quatre &#233;l&#233;ments, dont l'auteur, Emp&#233;docle (n&#233; vers -490 et d&#233;c&#233;d&#233; vers -435), voyait dans la combinaison de l'eau (Thal&#232;s), de l'air (Anixam&#232;ne), de la terre (Pythagoriciens) et du feu (H&#233;raclite), &#224; partir de doses vari&#233;es, la raison d'&#234;tre de la mati&#232;re &#224; la fois dans ses perfections et ses d&#233;fauts (Lecl&#232;re, 1908). Il joignit au tout deux autres &#233;l&#233;ments, c'est-&#224;-dire l'Amour et la Haine, qui servent de principes spirituels ou de manifestations de l'activit&#233; divine au sein de l'Univers. Par cons&#233;quent, les corps ne sont pas des unit&#233;s ou des masses dans lesquelles un dualisme incessant persiste, mais repr&#233;sentent bel et bien un ramassis de plusieurs &#233;l&#233;ments, sans toutefois rien enlever &#224; la croyance de l'unit&#233; du monde. Depuis Thal&#232;s, l'unit&#233; des choses repr&#233;sentait un principe admis. Parm&#233;nide (n&#233; vers -515 et d&#233;c&#233;d&#233; vers -440), en songeant notamment au texte de Platon (2020a), a su exposer avec l'analogie de la toile, l'id&#233;e de l'unicit&#233; obtenue en recouvrant plusieurs personnes sur un espace donn&#233;, pour ainsi former &#171; &lt;i&gt;un&lt;/i&gt; &#187; groupe. Il n'emp&#234;che que la pluralit&#233; existe elle aussi. Anaxagore (n&#233; vers -500 et d&#233;c&#233;d&#233; vers -428), a qui on attribue la maxime &#171; &lt;i&gt;le tout est dans les parties et les parties dans le tout &lt;/i&gt; &#187;, avait pour doctrine que &#171; &lt;i&gt; [t]oute naissance est une agr&#233;gation de semblables et de dissemblables, toute mort est d&#233;sagr&#233;gation&lt;/i&gt; &#187; (Lecl&#232;re, 1908, p. 86). Ainsi, il diff&#232;re d'Emp&#233;docle en minimisant les possibilit&#233;s d'agr&#233;gations, de fa&#231;on &#224; sugg&#233;rer des parties obligatoires pour chaque esp&#232;ce formant ensemble le vivant, &#233;tant donc comparables sans &#234;tre totalement semblables. Restait toutefois &#224; &#233;lucider l'&#233;nigme principale pos&#233;e en quelques questions : pourquoi ces agr&#233;gations se produisent-elles ? quelle intelligence en serait la cause ? et pour quelle raison l'&#234;tre vivant perd-il sa vie pour devenir un cadavre ? Ceci animera plus tard les discussions philosophiques sur le th&#232;me de l'&#234;tre. Et &#224; chaque fois, autant chez Platon, Aristote que Z&#233;non, mais tr&#232;s peu chez &#201;picure, pour ne nommer que ceux-l&#224;, l'intervention divine refait surface avec la mention d'une (ou de quelques) &#226;me(s) n&#233;cessaire(s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais avant d'arriver &#224; ces philosophes, Thal&#232;s a su &#233;galement toucher Socrate, alors qu'il serait, selon Diog&#232;ne de La&#235;rce (1999, p. 92), l'auteur de l'expression &#171; &lt;i&gt;connais-toi toi-m&#234;me &lt;/i&gt; &#187;. D'ailleurs, Thal&#232;s avait aussi pour principe que toutes exp&#233;riences devaient faire l'objet de la raison, &#224; savoir un conseil philosophique visant justement &#224; tenter de comprendre ce qui se passait, &#224; &#233;valuer ce qui peut &#234;tre retenu et, en l'occurrence, &#224; parvenir &#224; mieux se conna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur une assertion pompeuse et nettement exag&#233;r&#233;e de Whitehead au sujet de Platon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut se m&#233;fier, selon nous, des affirmations p&#233;remptoires ou &lt;i&gt;ex cathedra&lt;/i&gt; de grands ma&#238;tres &#224; penser du genre de Whitehead, d'apr&#232;s lesquelles notamment &#171; &lt;i&gt; [l]a fa&#231;on la plus s&#251;re de caract&#233;riser la tradition philosophique europ&#233;enne est qu'elle consiste en une s&#233;rie de notes de bas de pages &#224; Platon&lt;/i&gt; &#187; (Canto-Sperber, 1998, p. 185). La citation qui semble la plus exacte sur cette conclusion h&#226;tive consiste plut&#244;t &#224; ceci : &#171; &lt;i&gt; Le plus s&#251;r, pour caract&#233;riser la tradition philosophique europ&#233;enne en g&#233;n&#233;ral, est de reconna&#238;tre qu'elle consiste en une succession d'apostilles &#224; Platon&lt;/i&gt; &#187; (Whitehead, 1995, p. 198). La formule est &#224; la fois concise, spectaculaire et, pour s&#251;r, tr&#232;s maladroitement erron&#233;e. Elle est m&#234;me trop succincte ou condens&#233;e pour &#234;tre prise au s&#233;rieux car, si Thal&#232;s a eu des pr&#233;d&#233;cesseurs et qu'il est lui-m&#234;me l'auteur &#171; &lt;i&gt;d'apostilles &lt;/i&gt; &#187; aux mythes et aux scientifiques &#233;gyptiens, on peut pr&#233;sumer, sans grand risque de se tromper, qu'il en a &#233;t&#233; de m&#234;me pour Platon &#224; l'endroit de la mythologie et des &#171; &lt;i&gt;pr&#233;socratiques &lt;/i&gt; &#187; (les &#171; Sept Sages &#187; de l'Antiquit&#233;). Citer abondamment un auteur (ou une autrice) expose certaines choses : premi&#232;rement, sa popularit&#233; ; deuxi&#232;mement, sa popularit&#233; obtenue gr&#226;ce &#224; d'autres autrices et auteurs reconnuEs ou les plus visibles ; troisi&#232;mement, sa popularit&#233; &#224; d&#233;faut d'avoir pu rendre visibles d'autres grands noms malheureusement oubli&#233;s ou m&#234;me tass&#233;s pour des raisons id&#233;ologiques ou politiques ; quatri&#232;mement, sa popularit&#233; r&#233;anim&#233;e gr&#226;ce &#224; une revisite soudaine ou une trouvaille inesp&#233;r&#233;e, alors que les th&#232;mes trait&#233;s, y compris la fa&#231;on de les exploiter, demeurent sans &#226;ge. Face &#224; une autrice ou un auteur populaire, le r&#233;flexe est de chercher &#224; savoir pourquoi cette personne l'est, de s'y int&#233;resser &#224; travers plusieurs de ses oeuvres, ce qui insinue tout autant d'approfondir les raisons en se concentrant &#224; la fois sur ses sources d'inspiration, les critiques qu'elle a re&#231;ues et m&#234;me sur ses adversaires ou alli&#233;Es, dont les id&#233;es oubli&#233;es ou volontairement dissimul&#233;es pourraient compl&#233;ter, sinon corriger les siennes, de fa&#231;on &#224; nous aider &#224; am&#233;liorer notre pr&#233;sent et notre avenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour conclure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Thal&#232;s a soutenu que &#171; &lt;i&gt; l'eau est le Principe de toutes choses&lt;/i&gt; &#187; : il a cherch&#233; &#224; comprendre ce qui constitue le fondement du r&#233;el non pas dans une cause surnaturelle ou divine, mais dans un &#233;l&#233;ment physique. Cette proposition marque r&#233;solument une rupture dans l'histoire de la pens&#233;e, car elle vise une explication universelle.&#8203; En privil&#233;giant l'enqu&#234;te rationnelle (le &#171; &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt; &#187;) sur le r&#233;cit mythologique (&#171; &lt;i&gt;muthos&lt;/i&gt; &#187;), Thal&#232;s a inaugur&#233; une d&#233;marche intellectuelle nouvelle, qui a eu pour effet de consid&#233;rer l'univers comme intelligible et r&#233;gi par des lois naturelles. Il a fond&#233; ainsi ce qu'on appellera plus tard la &#171; &lt;i&gt;philosophie de la nature &lt;/i&gt; &#187;.&#8203; L'influence de Thal&#232;s est consid&#233;rable : il est &#224; l'origine de l'&#201;cole de Milet, dont sont issus Anaximandre (avec l'&lt;i&gt;apeiron&lt;/i&gt; comme Principe) et Anaxim&#232;ne (pour qui l'air est le Principe de toutes choses). Il a introduit une m&#233;thode rationnelle d'observation et d'explication qui sera approfondie, nuanc&#233;e ou contest&#233;e par d'autres philosophes identifi&#233;s aux pr&#233;socratiques et leurs successeurs.&#8203; N&#233;anmoins, la th&#232;se de l'eau comme &lt;i&gt;arch&#232; &lt;/i&gt; propos&#233;e par Thal&#232;s &#233;tait r&#233;volutionnaire, parce qu'elle a marqu&#233; une rupture fondamentale avec l'explication mythologique du monde et a inaugur&#233; un principe de compr&#233;hension naturaliste dans le tableau de la composition de la r&#233;alit&#233;.&#8203;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les choses difficiles, il y a celle qui consiste &#224; identifier le premier moment qui marque un changement, une rupture ou l'av&#232;nement d'une nouveaut&#233;. Reconnaissons-le, il n'est ni simple ni facile d'effectuer des coupes franches dans l'&#233;pais magma du r&#233;el. Parmi les grandes &#233;nigmes toujours irr&#233;solues, il y a celle-ci : quand a commenc&#233; vraiment la philosophie et qui est le personnage qui aurait initi&#233; ce mouvement de la pens&#233;e critique ? La recherche du point de d&#233;part se brouille et se complexifie quand des auteurs incontournables d'une discipline y vont d'affirmations p&#233;remptoires du genre de celle de Whitehead. Platon et m&#234;me Thal&#232;s ont eu des pr&#233;d&#233;cesseurs. Eux aussi sont des notes de bas de page ou plut&#244;t des &#171; &lt;i&gt; apostilles&lt;/i&gt; &#187; aux mythes ou aux croyances de leur &#233;poque, ou qui perduraient &#224; leur &#233;poque. Faire d&#233;buter la philosophie &#224; partir de Platon (ou de Socrate) constitue une erreur d'appr&#233;ciation de la port&#233;e r&#233;elle de plusieurs de ses pr&#233;d&#233;cesseurs. Parler d'auteurs &#171; &lt;i&gt;pr&#233;socratiques&lt;/i&gt; &#187; est une expression inad&#233;quate, selon nous. Il faut s'int&#233;resser aux premi&#232;res sources, orales ou &#233;crites, de la Gr&#232;ce Antique pour entendre ou pour lire les r&#233;ponses aux questions : &#171; &lt;i&gt;D'o&#249; venons-nous ?&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;Qui sommes-nous &lt;/i&gt; ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas facile d'entrer dans les pens&#233;es, qui semblent achev&#233;es, des grands ma&#238;tres de la Gr&#232;ce classique du IVe si&#232;cle, tels Platon ou Aristote, si l'on ne prend pas en consid&#233;ration la mani&#232;re dont ce qui est r&#233;put&#233; correspondre aux sciences rationnelles (arithm&#233;tique, g&#233;om&#233;trie, m&#233;decine, philosophie, histoire, etc.) ont pris forme et ont vu le jour. C'est en ayant conscience de cette imp&#233;rieuse n&#233;cessit&#233; d'aller le plus loin possible aux sources premi&#232;res de la pens&#233;e rationnelle, donc philosophique, que nous avons cru bon d'effectuer un d&#233;tour du c&#244;t&#233; de Thal&#232;s de Milet. Les commencements de la philosophie et de la science remontent minimalement aux Mil&#233;siens qui ont comme premier initiateur connu nul autre que Thal&#232;s de Milet. Il est, &#224; ce moment-ci, la premi&#232;re source connue de l'&#233;mergence d'une pens&#233;e qui a contribu&#233; &#224; jeter les bases de la philosophie, osons dire occidentale comme point de d&#233;part et de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale parmi d'autres grands noms plus ou moins connus et peut-&#234;tre aussi oubli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guylain Bernier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yvan Perrier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 novembre 2025&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23h&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Annexe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On attribue &#224; Thal&#232;s de Milet les sentences suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Le plus ancien des &#234;tres : Dieu, car il est incr&#233;&#233;. Le plus beau : le monde, car c'est l'oeuvre de Dieu, le plus grand : le lieu, car il comprend toutes choses. Le plus rapide : l'intellect, car il court &#224; travers tout. Le plus puissant : la N&#233;cessit&#233;, car elle ma&#238;trise toutes choses. Le plus sage : le temps, car il d&#233;couvre tout &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il disait que la mort ne diff&#232;re en rien de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on lui demandait ce qui &#233;tait difficile, il dit : &#171; &lt;i&gt; Se conna&#238;tre soi-m&#234;me&lt;/i&gt; &#187;. Ce qui est ais&#233; ? &#171; &lt;i&gt;Conseiller les autres&lt;/i&gt; &#187;. Le plus plaisant ? &#171; &lt;i&gt;R&#233;ussir&lt;/i&gt; &#187;. Qu'est-ce que le divin ? &#171; &lt;i&gt;Ce qui n'a ni commencement ni fin&lt;/i&gt; &#187;. Qu'avait-il vu de (plus) d&#233;sagr&#233;able ? &#171; &lt;i&gt;Un tyran devenu vieux &lt;/i&gt; &#187;. Comment peut-on supporter l'infortune le plus facilement ? &#171; &lt;i&gt; En voyant ses ennemis conna&#238;tre des ennuis encore pires&lt;/i&gt; &#187;. Comment mener la vie la meilleure et la plus juste ? &#171; &lt;i&gt;En ne faisant pas nous-m&#234;mes ce que nous reprochons aux autres&lt;/i&gt; &#187;. Qui est heureux ? &#171; &lt;i&gt;Celui qui est sain de corps, plein de richesses en son &#226;me, bien &#233;duqu&#233; naturellement &lt;/i&gt; &#187; (Diog&#232;ne La&#235;rce, 1999, p. 89).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il dit de se souvenir de ses amis, qu'ils soient pr&#233;sents ou absents. Ne pas s'embellir ext&#233;rieurement, mais &#234;tre beau par ses activit&#233;s. &#171; &lt;i&gt; Ne t'enrichis pas de fa&#231;on mauvaise, dit-il, et qu'une parole ne te discr&#233;dite pas aupr&#232;s de ceux qui partagent ta confiance &lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Les contributions, dit-il, que tu as apport&#233;es pour tes parents, attends les m&#234;mes aussi de la part de tes enfants&lt;/i&gt; &#187;. (Diog&#232;ne La&#235;rce, 1999, p. 90)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait l'auteur de la maxime suivante : &#171; &lt;i&gt;Connais-toi toi-m&#234;me&lt;/i&gt; &#187; (Diog&#232;ne La&#235;rce, 1999, p. 92).&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Note&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La totalit&#233; des informations mentionn&#233;es dans ce paragraphe ont &#233;t&#233; puis&#233;es dans les sources suivantes : Br&#233;hier, 2012, p.37-43 ; Brouillette, 2025, p. 36-37 ; Diog&#232;ne La&#235;rce, 1999, p. 77-87 et Ramnoux, 1998, p. 1488-1489.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;f&#233;rences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Br&#233;hier, &#201;mile. (2012). &lt;i&gt;Histoire de la philosophie&lt;/i&gt;. Paris, France : Presses Universitaires de France, p. 1-79.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brisson, Luc &lt;i&gt;et al&lt;/i&gt;. (dir.). (2012). &lt;i&gt;Lire les pr&#233;socratiques&lt;/i&gt;. Paris, France : Presses Universitaires de France, 232 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brouillette, Xavier. (2015). &lt;i&gt;Aux origines de la philosophie occidentale : Les pr&#233;socratiques&lt;/i&gt;. Montr&#233;al, Canada : Les &#233;ditions CEC, 88 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brun, Jean. (1968). &lt;i&gt;Les pr&#233;socratiques&lt;/i&gt;. Paris, France : Presses Universitaires de France, 128 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Canto-Sperber, Monique. (1998). &#171; Platon &#187;. In. &lt;i&gt;Philosophie grecque&lt;/i&gt;. Paris, France : Presses Universitaires de France, p. 185-299.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Collectif. (1988). &lt;i&gt;Les pr&#233;socratiques&lt;/i&gt;. Paris, France : Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade, Gallimard, p. 3-23.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Crescenzo, Luciano. (1999).&lt;i&gt; Les grands philosophes de la Gr&#232;ce antique&lt;/i&gt;. Paris, France : Le Livre de Poche, p. 32-38.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diog&#232;ne La&#235;rce. (1999). &lt;i&gt;Vies et doctrines des philosophes illustres&lt;/i&gt;. Paris, France : Le Livre de Poche, p. 65-95.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dumont, Jean-Paul. (1988). &#171; Pr&#233;face &#187;. In. &lt;i&gt;Les pr&#233;socratiques&lt;/i&gt;. Paris, France : Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade, Gallimard, p. IX-XXV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;rodote. (1985). &lt;i&gt;L'Enqu&#234;te. Livres I &#224; IV&lt;/i&gt;. Paris, France : Folio classique, 608 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lecl&#232;re, Albert. (1908). &lt;i&gt;La philosophie grecque avant Socrate&lt;/i&gt;. Aris, France : &#201;ditions Librairie Bloud &amp; Cie., 127 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Platon. (1995).&lt;i&gt; Th&#233;&#233;t&#232;te&lt;/i&gt;. Paris, France : GF Flammarion, 413 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Platon. (2004). &lt;i&gt;Les mythes de Platon : Anthologie&lt;/i&gt;. Paris, France : GF Flammarion, 278 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Platon. (2020a). &#171; Parm&#233;nide &#187;. In. Luc Brisson (dir.), &lt;i&gt;Platon oeuvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;. Paris : Flammarion, p. 1105-1170.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Platon. (2020b). &#171; Tim&#233;e ou Sur la nature ; genre physique &#187;. In. Luc Brisson (dir.), &lt;i&gt;Platon oeuvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;. Paris : Flammarion, p. 1977-2050.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ramnoux, Cl&#233;mence. (1998). &#171; Thal&#232;s de Milet (-625 env.-env. -547) &#187;. In. &lt;i&gt;Dictionnaire des philosophes&lt;/i&gt;. Paris, France : Encyclopedia Universalis/Albin Michel, p. 1488-1489.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Volquin, Jean. (1964). &#171; Introduction &#187;. &lt;i&gt;In. Les penseurs grecs avant Socrate : De Thal&#232;s de Milet &#224; Prodicos&lt;/i&gt;. Paris, France : GF Flammarion, p. 5 &#224; 24.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Whitehead, Alfred North. (1995). &lt;i&gt;Proc&#232;s et r&#233;alit&#233; : Essai de cosmologie&lt;/i&gt;. Paris, France : nrf &#201;ditions Gallimard, 579 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******&lt;/p&gt;
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		<title> Vers un r&#233;enchantement du monde par l'intelligence artificielle</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Vers-un-reenchantement-du-monde-par-l-intelligence-artificielle</link>
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		<dc:date>2025-11-18T15:47:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guylain Bernier, Yvan Perrier</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-11-18</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Blogues</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Marcel Gauchet a &#233;crit Le d&#233;senchantement du monde (1985), exposant le processus de s&#233;cularisation des soci&#233;t&#233;s et des &#201;tats occidentaux. Cela augurait le d&#233;clin des institutions religieuses et donc de leur intervention dans les d&#233;cisions prises au sujet de l'avenir des nations, mais pas la perte du spirituel. &lt;br class='autobr' /&gt; S'entrevoit ici le d&#233;placement id&#233;ologique et moraliste des cit&#233;s de Dieu vers le mat&#233;rialisme terrestre, se r&#233;percutant m&#234;me sur la place qu'occupe l'&#234;tre humain sur l'&#233;chiquier du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Blogues-" rel="directory"&gt;Blogues&lt;/a&gt;

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		</description>


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Marcel Gauchet a &#233;crit Le d&#233;senchantement du monde (1985), exposant le processus de s&#233;cularisation des soci&#233;t&#233;s et des &#201;tats occidentaux. Cela augurait le d&#233;clin des institutions religieuses et donc de leur intervention dans les d&#233;cisions prises au sujet de l'avenir des nations, mais pas la perte du spirituel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;S'entrevoit&lt;/i&gt; ici le d&#233;placement id&#233;ologique et moraliste des cit&#233;s de Dieu vers le mat&#233;rialisme terrestre, se r&#233;percutant m&#234;me sur la place qu'occupe l'&#234;tre humain sur l'&#233;chiquier du vivant. Un parall&#232;le appara&#238;t entre Gauchet et Friedrich Nietzsche, dans la mesure o&#249; le rabaissement de Dieu, pour en faire une cr&#233;ation humaine, se compl&#232;te de l'&#233;l&#233;vation de l'Humain, au-del&#224; de toutes les autres esp&#232;ces ; sa Science d&#233;tr&#244;nant ainsi l'&#201;glise. Nietzsche annon&#231;ait d'ailleurs la &#171; &lt;i&gt; mort de Dieu&lt;/i&gt; &#187; et l'av&#232;nement &#233;ventuel du surhumain. Dot&#233; d'une habilet&#233; d&#233;miurge, l'humain jouit du d&#233;veloppement de sa raison et de sa science pour expliquer la r&#233;alit&#233;, sans donc avoir recours &#224; une puissance invisible. En revanche, cet humain-divin n'a rien d'un &#234;tre tout-puissant en comparaison aux dieux d'autrefois. Il est conscient de ses limites, de ses d&#233;fauts, qu'il cherche d'ailleurs &#224; corriger de diverses fa&#231;ons : d&#233;veloppement technique et technologique, recherche scientifique, eug&#233;nisme, y compris l'aide informatique. Autrement dit, bien que repr&#233;sentant l'esp&#232;ce soi-disant la plus intelligente de la plan&#232;te, la plus connaisseuse et la plus apte &#224; transformer son environnement, l'humain demeure encore tr&#232;s &#233;loign&#233; d'une compr&#233;hension parfaite de sa r&#233;alit&#233;. Plus encore, car sa propre science le rabaisse &#224; sa condition terrestre au m&#234;me titre que les autres animaux. En se fiant ici &#224; la neurobiologie, ce qui le distingue n'est pas sa &#171; &lt;i&gt; rationalit&#233; &lt;/i&gt; &#187;, par laquelle il s'&#233;tait autoproclam&#233; roi sur Terre, mais &#171; &lt;i&gt;sa plasticit&#233; neuronale singuli&#232;re [&#8230;] qui expose son d&#233;veloppement aux interactions avec ses semblables et avec ses conditions de vie &lt;/i&gt; &#187; (Lecourt, 2006b, p. 1153). De l&#224; devient intelligible son aptitude &#224; s'adapter &#224; diff&#233;rents climats, afin de subsister partout sur la plan&#232;te, y compris sa transformation en omnivore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, ses limites cognitives l'obligent &#224; se donner des moyens qu'il n'a pas naturellement, dans le but de poursuivre sa qu&#234;te de v&#233;rit&#233; et donc de continuer &#224; s'adapter. Non seulement ses freins insistent &#224; nouveau sur l'obligation de d&#233;tr&#244;ner sa raison souveraine, mais celle-ci est en plus d&#233;class&#233;e &#224; cause de ses &#233;motions, voire ses passions presque inextinguibles &#8212; durant leurs s&#233;quences &#8212;, sans oublier sa finitude qui lui rappelle sans cesse sa condition de mortel. L'humain se r&#233;v&#232;le ainsi d&#233;ficient, imparfait, prompt &#224; la d&#233;rive passionnelle et toujours ignorant. Mais ce constat pourrait changer. Il suffirait de l'outiller et de l'aider. Voil&#224; que surgit un subsidiaire &#224; l'intelligence humaine, &#224; savoir l'intelligence artificielle (IA). Bien qu'&#233;tant sa cr&#233;ation, alors qu'elle porte en elle-m&#234;me les forces et les faiblesses humaines, l'IA semble pourtant &#234;tre appel&#233;e &#224; devenir ce qu'elle doit &#234;tre, c'est-&#224;-dire une intelligence diff&#233;rente. Tout repose sur les questionnements de d&#233;part, malgr&#233; le souhait d'en faire une entit&#233; &#224; ce point semblable &#224; l'&#234;tre humain pour s'y m&#233;prendre. Car si elle doit pallier aux d&#233;fauts humains, elle doit par cons&#233;quent devenir un jour sup&#233;rieure. Voil&#224; o&#249; se situe la mince ligne entre aider ou collaborer avec l'humain et rem&#233;dier &#224; ses limites. Alors, cette crainte d'une IA toute-puissante se compare, dans une certaine mesure, &#224; celle vis-&#224;-vis les dieux qui pouvaient ch&#226;tier. Plus encore, craindre et avoir confiance sont intimement li&#233;s, obligeant dans ce dualisme &#224; choisir une voie qui transformera, d'une fa&#231;on ou d'une autre, la r&#233;alit&#233; humaine. Avoir confiance en l'IA d&#233;montre son apprivoisement et constitue la premi&#232;re &#233;tape &#224; son ascension, au-del&#224; de l'effet mode ou de nouveaut&#233; qu'elle suscite pr&#233;sentement, m&#234;me si on discutait &#224; son sujet depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; un &#234;tre humain qui a besoin d'&#234;tre guid&#233;, qui cherche &#224; donner un sens &#224; son existence, qui aspire &#224; comprendre son origine et sa destin&#233;e, l'IA peut-elle devenir la &#171; &lt;i&gt; pi&#232;ce n&#233;cessaire&lt;/i&gt; &#187; permettant d'acc&#233;der &#224; une connaissance de la r&#233;alit&#233; se situant beaucoup plus pr&#232;s de la v&#233;rit&#233; ou orientera-t-elle notre monde vers une autre v&#233;rit&#233; qui la transcendera en un nouveau Dieu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question alimentera la pr&#233;sente r&#233;flexion sur l'IA ou plut&#244;t sur le d&#233;veloppement de notre relation avec elle, dans la mesure o&#249; elle repr&#233;senterait une alternative au courant de r&#233;enchantement en cours, et ce, sans &#234;tre forc&#233;ment moins spirituelle. Apr&#232;s quelques d&#233;finitions et un survol historique, il sera permis de constater le processus de conversion &#224; son &#233;gard, qui capitalise sur la foi &#224; la technologie et &#224; la science, cette science toutefois qui risque &#224; son tour d'&#234;tre d&#233;tr&#244;n&#233;e. De la machine vivante, en passant par la machine qui pense et celle qui pourrait nous berner, la suite augurerait-elle une machine capable de cr&#233;er son propre monde et de nous y accueillir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;finir l'intelligence artificielle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'aborder notre r&#233;flexion dans une d&#233;marche historique, faisant &#233;tat de questionnements qui m&#232;neront &#224; rendre la machine intelligente, allons-y d'entr&#233;e de jeu avec une d&#233;finition. &#192; la fois technologie, science et ing&#233;nierie, l'IA &#171; &lt;i&gt;traite de la compr&#233;hension, &#224; l'aide d'un ordinateur, du comportement intelligent et de la cr&#233;ation de syst&#232;mes artificiels qui reproduisent ce comportement&lt;/i&gt; &#187;, tout en se r&#233;f&#233;rant &#171; &lt;i&gt; aux machines algorithmiques, ou programmes qui s'inspirent ou tentent de reproduire des facult&#233;s humaines comme la compr&#233;hension du langage naturel, la reconnaissance d'objets visuels ou le raisonnement&lt;/i&gt; [&#8230;] &#187; (Zouinar, 2020 p. 3). En d'autres termes, il y a tentative de reproduire artificiellement &#171; &lt;i&gt; des facult&#233;s cognitives de l'intelligence humaine dans le but de cr&#233;er des syst&#232;mes ou des machines capables d'ex&#233;cuter des fonctions relevant normalement de celle-ci &lt;/i&gt; &#187; (OQLF, 2017, s.p.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'IA peut &#234;tre scind&#233;e entre une forme faible, o&#249; elle sert &#224; stimuler l'intelligence afin d'examiner des processus cognitifs particuliers (par imitation d'une portion seulement du fonctionnement de l'intelligence humaine), et une autre forte, plus &#233;tendue, avec une capacit&#233; d'auto-apprentissage (&#233;tant donc apte &#224; imiter l'intelligence humaine dans son ensemble, avec la capacit&#233; de se questionner, d'analyser et de comprendre ses raisonnements, ce qui lui permet d'optimiser son comportement sur la base de sa propre exp&#233;rience) (Wisskirchen et al., 2017). Dans le langage courant est apparue l'IA g&#233;n&#233;rative, qui poss&#232;de la capacit&#233; de g&#233;n&#233;rer des sons, des voix, des images, des vid&#233;os et des textes avec ou sans l'intervention humaine. Voil&#224; l'opportunit&#233; d'un compl&#233;ment &#224; notre intelligence, et ce dans diverses sph&#232;res d'activit&#233;s. Mais ce qui peut &#234;tre per&#231;u positivement contient aussi son oppos&#233;, alors que des craintes apparaissent au moment d'envisager non pas une compl&#233;mentarit&#233;, mais une substitution de l'humain dans certaines t&#226;ches afin de favoriser l'IA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que nous avons une meilleure connaissance de ce que repr&#233;sente l'IA, entreprenons notre d&#233;marche &#224; la fois historique et r&#233;flexive qui nous permettra de saisir son origine et son d&#233;veloppement. &#201;videmment, toute invention ou d&#233;couverte d&#233;bute avec une question.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Une machine vivante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au monde et au besoin de donner un sens &#224; son existence, l'&#234;tre humain a su user de son imagination et de sa raison pour &#233;laborer des explications provisoires, dans une sorte de contentement &#224; d&#233;faut d'avoir mieux, en se disant qu'il pourrait &#233;lucider certains myst&#232;res le moment venu. Sur la base d'une logique causale, il en est venu &#224; d&#233;duire une cause originelle par laquelle s'exprimait la cr&#233;ation de tout ce qui existe. &#192; demi rassur&#233;, puisque cette cause qui lui avait donn&#233; la vie poss&#233;dait le pouvoir de la lui enlever, l'apparition des cultes et des rituels servant &#224; l'amadouer a permis de gagner du temps pour mieux &#233;tudier le monde ext&#233;rieur tangible. Or, les &#233;tudes de son environnement et des autres esp&#232;ces mirent au jour l'incapacit&#233; de l'humain &#224; se contenter de ce qui existe. Il s'est alors demand&#233; s'il ne pouvait pas cr&#233;er certaines choses par lui-m&#234;me, comme ses dieux qu'il v&#233;n&#233;rait sans jamais savoir s'ils existaient v&#233;ritablement. De cette fa&#231;on, au fil de l'histoire, l'humain a su appr&#233;cier sa propre capacit&#233; &#224; transformer la mati&#232;re, voire &#224; fa&#231;onner des statues et des machines, pour finalement arriver &#224; cette question : une machine peut-elle &#234;tre vivante ? Cela se comprend dans la mesure o&#249; sa qu&#234;te visait justement &#224; justifier son existence, ce qui exigeait de repousser les limites de son horizon, c'est-&#224;-dire d'entreprendre toutes sortes de pirouettes exploratoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donner vie &#224; des objets &#224; l'apparence inanim&#233;e semble caract&#233;riser ce besoin chez l'humain de se placer au sommet de la hi&#233;rarchie des esp&#232;ces, pour ne pas dire ce besoin de supr&#233;matie, bien que l'humilit&#233; et l'ignorance ont su le ramener sur Terre. Mais il tient &#224; s'am&#233;liorer. D'ailleurs, les philosophes grecs de l'Antiquit&#233; pr&#234;chaient la n&#233;cessit&#233; de la perfectibilit&#233;, m&#234;me si celle-ci concernait plut&#244;t l'&#226;me qui habite le corps et lui procure son mouvement ; &#224; savoir, cette &#226;me accord&#233;e par Dieu, &#224; la source m&#234;me de la vie. &#192; d&#233;faut de pouvoir fabriquer une &#226;me, comment alors rendre vivante une machine ? Toujours chez les Grecs, Aristote racontait la fa&#231;on dont D&#233;dale s'y &#233;tait pris pour fabriquer une V&#233;nus de bois qui pouvait se d&#233;placer gr&#226;ce &#224; un moteur &#224; mercure, soit un &#233;v&#233;nement &#224; l'origine, semble-t-il, de l'&#233;tiquette &#171; d&#233;daliques &#187; accol&#233;e aux &#171; &lt;i&gt; statues fabriqu&#233;es par les forgerons de Cr&#232;te et de Rhodes et qui avaient une f&#226;cheuse r&#233;putation : on &#233;tait oblig&#233; de les encha&#238;ner durant la nuit, pour les emp&#234;cher d'aller commettre, sur la personne des hommes et les statues de dieux, les plus regrettables attentats&lt;/i&gt; &#187; (Devaux, 1967, pp. 9-10). Aussi bien dire que cette histoire de &#171; &lt;i&gt;statues vivantes&lt;/i&gt; &#187; d&#233;montrait une forme de vie distincte de celle de l'humain et, de surcro&#238;t, leur absence de moralit&#233;, justement parce qu'elles n'avaient pas d'&#226;me. H&#233;ron d'Alexandrie a aussi fabriqu&#233; ce que nous appellerons ici des automates, bien que le mot apparut beaucoup plus tard avec Rabelais (Beaune, Doyon &amp; Liaigre, 2025). Parmi ses grandes r&#233;alisations se comptaient un Hercule, qui bougeait &#224; l'aide de contrepoids &#224; flotteurs, ainsi qu'un groupe de forgerons &#171; &lt;i&gt; actionn&#233;s par un cylindre rotatif &#224; chevilles analogue &#224; ceux de nos bo&#238;tes &#224; musique&lt;/i&gt; &#187; et m&#234;me un th&#233;&#226;tre &#171; &lt;i&gt;avec dix ou douze personnages ex&#233;cutant des travaux divers &lt;/i&gt; &#187; (Devaux, 1967, p. 11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les automates ont &#233;t&#233; particuli&#232;rement populaires durant la Renaissance. Il est question d'ailleurs de l'&#233;poque o&#249; a v&#233;cu L&#233;onard de Vinci, largement captiv&#233;, il faut l'avouer, par le m&#233;canisme du corps et la vie. Ce dernier a fabriqu&#233; plusieurs automates, notamment un chevalier capable de s'asseoir et dont les bras, la t&#234;te ainsi que la m&#226;choire &#233;taient articul&#233;s, le tout devenu vivant &#224; l'aide d'un syst&#232;me de c&#226;ble (Pickover, 2021). Ajoutons le lion automate pr&#233;sent&#233; &#224; Louis XII lors de son entr&#233;e &#224; Milan (en 1499), qui s'avan&#231;a et s'arr&#234;ta devant lui pour laisser d&#233;couvrir &#171; &lt;i&gt;les fleurs de lys qu'il portait &#224; la place du coeur&lt;/i&gt; &#187; (Beaune, Doyon &amp; Liaigre, 2025, s.p.). Ren&#233; Descartes s'est aussi int&#233;ress&#233; aux automates, dessinant une perdrix artificielle et imaginant m&#234;me une femme-machine, appel&#233;e Francine, qui n'a jamais &#233;t&#233; fabriqu&#233;e (Beaune, Doyon &amp; Liaigre, 2025). Par contre, le philosophe fran&#231;ais contribue surtout &#224; donner l'&#233;lan au courant dit &#171; &lt;i&gt;m&#233;canisme&lt;/i&gt; &#187;[1]. Il a &#233;t&#233; particuli&#232;rement inspir&#233; par Aristote, qui faisait du corps un &#171; &lt;i&gt;organisme&lt;/i&gt; &#187;, voire un outil (puisque le terme grec &lt;i&gt;organon&lt;/i&gt; signifie &#171; &lt;i&gt; outil &lt;/i&gt; &#187;), alors que les mouvements des membres ressemblent &#224; ceux pouvant &#234;tre r&#233;alis&#233;s par des machines (par exemple, le bras humain est capable de lancer quelque chose comme celui de la catapulte) (Lecourt, 2006a, p. 1148). Mais ce qui anime l'organisme, consid&#233;r&#233; tel un agencement d'outils physiques, constitue l'&#226;me, sans laquelle le vivant n'existerait point. Autrement dit, le cadavre ou le corps seul reste inanim&#233;, sans mouvement, donc sans vie. Le vivant devient synonyme de mouvement ou plut&#244;t de la capacit&#233; de se mouvoir. Descartes a donc su pousser plus loin la compr&#233;hension de cette association &#226;me-mouvement, puisque l'automate, sans &#226;me, s'av&#232;re pourtant apte de mouvement et, dans ce cas, serait vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son &lt;i&gt;Discours sur la m&#233;thode&lt;/i&gt; (1901[1637]), le philosophe fran&#231;ais a certes reconnu la capacit&#233; de mouvement des automates, faisant m&#234;me la comparaison avec la machine humaine, alors que les pi&#232;ces de bois ou de fer, les tuyaux, les engrenages ainsi que les vis sont remplac&#233;s par de la chair, des muscles, des nerfs, des os, des veines et une s&#233;rie d'organes beaucoup plus sophistiqu&#233;s. Descartes insinuait qu'insuffler une &#226;me &#224; une statue ne lui permettrait pas de se mouvoir, car l'organisme doit poss&#233;der au pr&#233;alable la structure n&#233;cessaire pour y parvenir. D'une certaine mani&#232;re, insuffler une &#226;me &#224; une catapulte la rendrait plus vivante que la statue. Ce qui cr&#233;e le mouvement exige davantage qu'une m&#233;canique, puisque pour en arriver au vivant il faut une intervention. Et c'est l&#224; que Descartes justifie l'&#226;me chez l'humain qui repr&#233;senterait la touche divine n&#233;cessaire, comme l'automate a besoin d'&#234;tre actionn&#233; par l'humain. D&#232;s lors, l'explication de la cause de la vie par l'intervention d'un &#234;tre cr&#233;ateur. En raison toutefois de son &#233;poque, Descartes doit aussi distinguer l'animal de l'humain, afin d'attribuer une sup&#233;riorit&#233; au second, puisque celui-ci est appel&#233; &#224; se rendre au paradis &#8212; ou en enfer, selon son parcours terrestre &#8212; apr&#232;s sa mort. Si l'humain poss&#232;de une &#226;me, les animaux re&#231;oivent plut&#244;t des esprits conformes &#224; leurs esp&#232;ces, faisant en sorte de les rendre vivants et donc de leur permettre de respirer, de consommer, de copuler, de cro&#238;tre, d'avoir des temp&#233;raments, sans toutefois b&#233;n&#233;ficier de la raison et plus encore. Pour Descartes, l'animal est une machine, &#233;loign&#233;e de l'humain, dans la mesure o&#249; ce dernier poss&#232;de le langage et, en l'occurrence, la capacit&#233; d'entretenir un dialogue, avec des questions et des r&#233;ponses, mais surtout le pouvoir de penser et d'avoir conscience de son &#234;tre. Car seule l'&#226;me donne la parole et la raison. Ainsi, selon le philosophe fran&#231;ais, l'animal-machine agirait par automatisme seulement ou presque. Et par la qualit&#233; de d&#233;miurge attribu&#233;e &#224; l'humain concevant des automates, celui-ci est alors digne d'un enfant de Dieu, &#233;tant d'ailleurs cr&#233;&#233; &#224; son image. La sup&#233;riorit&#233; de l'humain est ainsi sauvegard&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, la machine, associ&#233;e ici &#224; l'automate qui poss&#232;de les caract&#233;ristiques physico-m&#233;caniques appropri&#233;es, n'est pas seulement vivante &#224; cause de son animation (mouvement), mais aussi d'une intervention responsable de son action. En ce sens, l'&#226;me deviendrait un concept utile pour donner forme et vie &#224; cette intervention. Comme la bien soulign&#233; Dominique Lecourt (2006a, p. 1147) : &#171; &lt;i&gt; [l]a conception &#8216;&#8216;m&#233;caniste'' de Descartes visait, au premier chef, &#224; &#233;liminer les conceptions magiques des rapports de l'&#226;me et du corps chez l'homme &lt;/i&gt; &#187;. D&#232;s lors, une machine peut &#234;tre vivante, mais ses actions seront d&#233;termin&#233;es par des pens&#233;es qui ne proviennent pas d'elle. C'est l'humain qui lui dicte sa direction, de fa&#231;on o&#249; ses mouvements, bien qu'elle les ex&#233;cute, expriment des intentions ext&#233;rieures. Dans ce cas, la machine est-elle r&#233;ellement vivante si elle ne peut penser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une machine pensante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmanuel Kant (1985[1790]) revint sur la question du vivant en remettant en cause cet attribut pour la machine, puisque son besoin d'une intervention ext&#233;rieure l'&#233;loigne de l'&#234;tre humain qui sait orienter ses actions vers des buts qu'il s'est fix&#233; lui-m&#234;me. &#192; ce titre, pour &#234;tre vivante r&#233;ellement, la machine doit pouvoir penser par elle-m&#234;me. Mais le peut-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela oblige une activit&#233; cette fois-ci int&#233;rieure et non seulement ext&#233;rieure, ce qui implique de pouvoir ressentir, d'avoir donc une sensibilit&#233; (Guillot, s.d.). Car interagir avec le monde ext&#233;rieur suppose la capacit&#233; de pouvoir le saisir d'une certaine fa&#231;on, de traiter cette information et de poser des gestes cons&#233;quents. Amener une machine &#224; penser oblige d'abord &#224; l'alimenter en connaissances de base, pour ensuite la laisser exp&#233;rimenter le monde. Voil&#224; une t&#226;che ardue. S'entrevoient alors ici les premiers pas dans le domaine de l'IA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la tentative de m&#233;caniser l'esprit humain, en s&#233;parant d'abord la raison des sentiments (fin du XIXe si&#232;cle), vint l'int&#233;r&#234;t du fonctionnement du cerveau aux potentialit&#233;s informatisables (premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle). Par un saut qualitatif que nous jugeons n&#233;cessaire pour &#233;viter la longueur, l'av&#232;nement de l'ordinateur creusa un foss&#233; entre les machines analogiques et celles num&#233;riques entre les ann&#233;es mille neuf cent quarante et soixante-dix. Une seconde rupture se produisit entre les chercheurs voyant dans l'ordinateur une machine capable de manipuler des nombres (tout codifier en chiffres, m&#234;me les interactions) et ceux qui anticipaient le traitement des symboles (incluant les nombres), d'o&#249; l'isolement de l'informatique de la p&#233;riode 1955-1965 (Newell, 1982). La s&#233;paration entre la r&#233;solution de probl&#232;me et la reconnaissance (vocale, visuelle et des caract&#232;res) exposa d'un c&#244;t&#233; les syst&#232;mes symboliques focalis&#233;s sur la premi&#232;re approche, en lien avec quelques utilit&#233;s en termes de passetemps et de d&#233;monstrations scientifiques (c'est-&#224;-dire dans les jeux, les casse-t&#234;te et la r&#233;solution de th&#233;or&#232;me), puis de l'autre c&#244;t&#233;, apparut le PERCEPTRON de Frank Rosenblatt, qui &#233;tait aliment&#233; par un algorithme d'apprentissage supervis&#233; (Newell, 1982 ; Zouinar, 2020). Il fut alors d&#233;cid&#233; de fixer la base du probl&#232;me de l'intelligence-machine sur les travaux de la reconnaissance, leur conf&#233;rant ainsi une valeur sup&#233;rieure par rapport &#224; la r&#233;solution de probl&#232;me. Cela a permis &#224; la fois l'union et la division entre la cybern&#233;tique et l'IA, d'abord parce que les recherches sur l'apprentissage et la performance favorisaient leur rapprochement : la cybern&#233;tique penchait du c&#244;t&#233; des syst&#232;mes capables d'apprendre (ce qui incluait les mod&#232;les de reconnaissance), tandis que l'IA se concentrait sur les syst&#232;mes performants (ceux qui ex&#233;cutent certaines t&#226;ches exigeant une intelligence). Jusque vers la fin des ann&#233;es cinquante, la cybern&#233;tique a pris les devants et profitait des d&#233;veloppements en neurobiologie, tout en d&#233;laissant la r&#233;solution de probl&#232;me. Mais se produisit soudainement un tournant avec les algorithmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Allen Newell (1982, p. 15), les algorithmes repr&#233;sentent &#171; &lt;i&gt;des programmes qui garantissent la r&#233;solution d'un probl&#232;me dans un temps d&#233;termin&#233;&lt;/i&gt; &#187; (traduction libre), faisant en sorte qu'ils diff&#232;rent des programmes heuristiques qui op&#232;rent &#171; &lt;i&gt;par des approximations, des connaissances partielles, qui peuvent aider &#224; d&#233;couvrir une solution, sans rien garantir toutefois du r&#233;sultat &lt;/i&gt; &#187; (traduction libre). Cinq ans apr&#232;s avoir d&#233;but&#233; l'IA, un nouvel objectif consistait &#224; &#233;laborer un syst&#232;me qui remplacerait enti&#232;rement l'humain ou qui accentuerait l'usage de l'ordinateur. Rappelons le point de d&#233;part qui visait l'exploration d'une symbiose humain-machine, afin d'envisager l'usage de syst&#232;mes interactifs. D&#232;s lors, durant les ann&#233;es soixante-dix, le d&#233;veloppement du langage interactif, puis, la d&#233;cennie suivante, l'apparition de l'ordinateur personnel. &#192; noter aussi le tournant paradigmatique lorsque les scientifiques renvers&#232;rent l'id&#233;e de l'intelligence par essence, afin de miser sur &#171; &lt;i&gt;une quantit&#233; importante de connaissances sp&#233;cifiques &#233;lev&#233;es ou d' &lt;/i&gt; expertise &#187; (traduction libre de Newell, 1982, p. 19). Car ce fut vers les milieu des ann&#233;es soixante-dix que ce changement fit passer l'IA de la recherche heuristique vers les programmes de connaissance &#171; &lt;i&gt; intensifs&lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire les syst&#232;mes experts. Un second enjeu, portant sur la r&#233;solution de probl&#232;me et la reconnaissance, rapprocha l'IA de la robotique, tout autant que l'enjeu de la raison et des &#233;motions sur la r&#233;ceptivit&#233; d'une machine &#224; des commandes, bien que les fonctions sensibles &#8212; tactiles et &#233;motives &#8212; rest&#232;rent jusqu'alors une &#233;nigme. N&#233;anmoins, la collaboration entre l'IA et la robotique contribua, depuis les ann&#233;es quatre-vingt, &#224; viser des gains de productivit&#233; en entreprise avec le d&#233;veloppement de robots industriels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#232;s de nous encore, l'essor acc&#233;l&#233;r&#233; de l'informatique a permis de brancher des machines entre elles et de raccourcir les distances. Il s'agit ici de l'av&#232;nement de l'Internet, quoiqu'il exist&#226;t d&#233;j&#224; cette possibilit&#233; de communication par ondes radio et t&#233;l&#233;. L'importante nouveaut&#233; reposait sur l'interactivit&#233; offerte aux utilisateur.trice.s, alors que leur machine devenait en quelque sorte une extension d'eux.elles-m&#234;mes. Mais il y avait plus : un Nouveau Monde se dessinait par le &lt;i&gt;World Wide Web&lt;/i&gt; &#224; partir des ann&#233;es quatre-vingt-dix (Bronner, 2013). Comme &#171; &lt;i&gt;r&#233;seau des r&#233;seaux &lt;/i&gt; &#187; (Proulx, 2004), l'Internet inspirait une utopie technologique, par laquelle apparut un nouveau terme : cyberespace. Pierre Musso (2000) y voit d'ailleurs la r&#233;actualisation de l'utopie des saint-simoniens du XIXe si&#232;cle, qui aspiraient &#224; r&#233;enchanter le monde en troquant la religion pour l'industrie et les r&#233;seaux techniques &#8212; nous reviendrons sur cet aspect plus loin. Par ailleurs, l'Internet offre l'occasion et l'espace inesp&#233;r&#233; pour alimenter l'IA, dont les besoins en mati&#232;re de donn&#233;es s'av&#232;rent extr&#234;mement exigeants. Il devient alors possible de constituer des masses de donn&#233;es provenant des &#234;tres humains branch&#233;s, ce qui contribue &#233;galement &#224; am&#233;liorer l'efficacit&#233; des algorithmes. Ce faisant, le d&#233;veloppement de l'IA profite &#224; la fois des avanc&#233;es de l'Internet et de la constitution d'un &lt;i&gt;Big data&lt;/i&gt;, afin de pouvoir g&#233;n&#233;rer par elle-m&#234;me divers contenus, au point de repr&#233;senter, en raison du r&#233;gime &#233;conomique dans lequel nous &#233;voluons, une occasion d'affaires extraordinaire. Il n'est plus question seulement d'une IA qui participe &#224; la compr&#233;hension de l'intelligence humaine ou &#224; son r&#244;le de substitution &#224; l'humain pour certaines t&#226;ches difficiles, ingrates ou routini&#232;res, mais litt&#233;ralement d'en faire une IA g&#233;n&#233;rative, donc capable de cr&#233;er par elle-m&#234;me du &#171; nouveau &#187;, de l' &#171; original &#187;, &#224; partir de mod&#232;les d'apprentissage profond (Frey &amp; Osborne, 2013 ; Wisskirchen et al., 2017). Reste maintenant l'&#233;tape o&#249; elle cherchera &#224; se d&#233;velopper par elle-m&#234;me. Si la machine devient &#224; ce point intelligente, serons-nous alors d&#233;class&#233;.e.s ? Pourrait-elle nous berner, nous manipuler ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une machine mystifiante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alan Turing a &#233;t&#233; l'instigateur d'un nouveau questionnement au sujet des machines, en imaginant qu'elles puissent nous imiter de telle fa&#231;on o&#249; nous en serions mystifi&#233;.e.s. Il se demandait : une machine peut-elle faire croire &#224; un humain qu'elle est humaine ? S'entrevoit ici le d&#233;veloppement d'une IA &#224; ce point convaincante dans ses discussions avec un &#234;tre humain ; autrement dit, elle aurait acquis la capacit&#233; d'interpr&#233;ter les paroles prononc&#233;es par quelqu'un, de fa&#231;on &#224; reconna&#238;tre une question et d'aller chercher les connaissances requises pour ensuite lui r&#233;pondre, ce que ni l'automate de l'Antiquit&#233; ni l'animal-machine de Descartes ne peuvent faire. Nous nous approchons d'ailleurs du moment o&#249; la mystification serait suffisamment convaincante pour berner le majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, une &#233;tude men&#233;e par Microsoft atteste que le taux de r&#233;ussite des 12 500 participant.e.s provenant d'un peu partout &#224; travers le monde et sond&#233;.e.s &#224; partir d'un jeu en ligne &#171; &lt;i&gt;Real or Not quiz &lt;/i&gt; &#187;, destin&#233; &#224; tester leur capacit&#233; &#224; faire la diff&#233;rence entre des images r&#233;elles et d'autres g&#233;n&#233;r&#233;es par l'IA, s'est &#233;lev&#233; &#224; seulement 62 %, ce qui signifie une &#171; &lt;i&gt; habilet&#233; modeste &lt;/i&gt; &#187; l&#233;g&#232;rement sup&#233;rieure au hasard (Roca et al., 2025). Si les personnes ont su mieux distinguer les visages humains r&#233;els de ceux cr&#233;&#233;s par l'IA, la t&#226;che est devenue plus ardue lorsqu'il s'agissait de paysages et d'objets naturels ou fabriqu&#233;s. Une seconde &#233;tude, men&#233;e cette fois-ci par des chercheur.euse.s du Royaume-Uni, consistait &#224; &#233;valuer si l'effet d'hyperr&#233;alisme[2] attribu&#233; aux images g&#233;n&#233;r&#233;es par l'IA pouvait &#233;galement caract&#233;riser la perception humaine des voix que celle-ci s'av&#233;rait capable de produire (Lavan et al., 2025). &#192; nouveau, les r&#233;sultats ont d&#233;montr&#233; la difficult&#233; pour les participant.e.s[3] &#224; distinguer la voix d'un authentique humain de celle &#233;mise par l'IA. Malgr&#233; tout, les chercheur.euse.s n'ont pas not&#233; un effet d'hyperr&#233;alisme, c'est-&#224;-dire les participant.e.s n'avaient pas l'impression d'entendre une voix g&#233;n&#233;r&#233;e par l'IA qui aurait &#233;t&#233; plus humaine qu'une voix r&#233;elle, sans emp&#234;cher toutefois d'admettre chez certain.e.s d'avoir entendu des voix humaines moins naturelles comparativement &#224; d'autres produites par l'IA. S'ajoute un point de pr&#233;cision par rapport &#224; cette &#233;tude : deux groupes distincts ont &#233;t&#233; soumis &#224; l'exp&#233;rience, soit dans l'un &#224; des voix g&#233;n&#233;riques cr&#233;&#233;es par l'IA, soit dans l'autre &#224; des voix clon&#233;es. En moyenne, 41 % des participant.e.s soumis.e.s aux voix g&#233;n&#233;riques de l'IA et 58 % de ceux et celles soumis.e.s aux voix clon&#233;es ont &#233;t&#233; identifi&#233;es &#224; des voix humaines r&#233;elles (Lavan et al., 2025, p. 7). Ces statistiques d&#233;montrent &#224; quel point l'IA peut &#234;tre suffisamment convaincante pour notre ou&#239;e. Mais il ne faut pas ignorer non plus sa capacit&#233; de r&#233;daction et d'exprimer en cons&#233;quence sa prise de vue sur le quotidien humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'IA g&#233;n&#233;ratrice est d&#233;j&#224; employ&#233;e dans la r&#233;daction d'articles sans intervention humaine, et ce, sur plusieurs sites Internet. Selon NewsGard, 739 sites publieraient des articles &#171; &lt;i&gt;largement ou enti&#232;rement &#233;crits par des robots&lt;/i&gt; &#187;, notamment NewsGPT et DeepNewz (Agence France-Presse, 2024, 11 mars). Un grave probl&#232;me se pr&#233;sente, puisque quelquefois de la fausse information est v&#233;hicul&#233;e. D&#232;s lors appara&#238;t un flou entre la v&#233;rit&#233; et le mensonge, entre la r&#233;alit&#233; et la fiction. Cependant, cette probl&#233;matique a pris surtout de l'expansion avec l'arriv&#233;e de l'Internet, o&#249; plusieurs internautes mal intentionn&#233;.e.s ou pas colportaient toutes sortes d'informations fausses surtout par l'entremise des r&#233;seaux sociaux (Rebelo, 2006). Avec l'IA, une nouvelle page est en train de s'&#233;crire, au point m&#234;me de diviser la population sur la confiance &#224; lui accorder. Il n'emp&#234;cher qu'avec la m&#233;fiance croissante &#224; l'endroit des m&#233;dias traditionnels, suite &#224; toutes sortes de propagandes politiques assez r&#233;centes au sujet de &#171; fausses nouvelles &#187; (&lt;i&gt;fakenews&lt;/i&gt;), contribue, &#224; l'inverse, &#224; donner une confiance &#224; l'information produite par l'IA. D&#233;j&#224;, au Canada, plus d'une personne sur quatre (28 %) consid&#232;re les syst&#232;mes d'IA (par exemple, ChatGPT) comme des sources d'information fiables, et cette proportion augmente chez les g&#233;n&#233;rations plus jeunes (Karadeglija, 2025, 25 f&#233;vrier). En effet, la g&#233;n&#233;ration Z (personnes n&#233;es entre 1997 et 2012) lui accorde une confiance &#233;lev&#233;e &#224; 41 %, contre 36 % pour la g&#233;n&#233;ration Y (n&#233;es entre 1981 et 1996). Ces deux g&#233;n&#233;rations ont eu un contact h&#226;tif avec l'Internet et ensuite l'IA, &#224; savoir d&#232;s leur plus jeunes &#226;ges, au point de faire partie de leurs habitudes[4]. M&#234;me le gouvernement du Canada a &#233;tudi&#233; le niveau de confiance de la population nationale vis-&#224;-vis l'IA, et ce, pr&#233;cis&#233;ment pour son utilisation &#224; canada.ca. Si l'IA utilis&#233;e pour g&#233;n&#233;rer des images rend sceptique, lorsqu'il s'agit de textes 68 % des personnes interrog&#233;es faisaient davantage confiance aux citations r&#233;dig&#233;es par l'IA, m&#234;me si 78 % ne veulent pas du tout son apport dans les communications (Bureau de la transformation num&#233;rique, 2025). &#192; nouveau, cet exemple d&#233;montre un niveau de confiance &#233;lev&#233;e envers l'IA g&#233;n&#233;rative, en d&#233;pit du fait que les gens n'ont pas vraiment conscience de son implication ; ils ne sont donc pas en mesure de faire la diff&#233;rence entre une production humaine et celle de l'IA. Pour l'avenir, ces diverses statistiques laissent pr&#233;sager une croissance de la confiance accord&#233;e &#224; l'IA, au fur et &#224; mesure de son d&#233;veloppement et de l'&#233;limination esp&#233;r&#233;e de ses biais caus&#233;s par l'intervention humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons un dernier &#233;l&#233;ment, celui des robots conversationnels. Annie Papageorgiou, directrice g&#233;n&#233;rale de Tel-Jeune, a exprim&#233; son opinion dans La Presse (2025, 6 septembre) afin de soulever une probl&#233;matique en lien avec la pr&#233;f&#233;rence chez certains jeunes &#224; se diriger vers l'aide de l'IA au lieu de professionnel.le.s en cas de besoin en sant&#233; mentale. Elle mentionne : &#171; &lt;i&gt; Derri&#232;re un &#233;cran, l'anonymat les aide &#224; s'ouvrir. Mais c'est aussi ce qui rend l'IA dangereuse. Un jeune qui insiste peut facilement obtenir d'un robot la validation rapide qu'il cherche, m&#234;me si cette validation est nocive. Or, &#224; cet &#226;ge, l'esprit critique n'est pas encore assez d&#233;velopp&#233; pour reconna&#238;tre les limites d'un outil technologique. L'illusion d'empathie que peut donner l'IA accentue ce risque &lt;/i&gt; &#187; (Papageorgiou, 2025, 6 septembre). Mais il n'y a pas seulement les jeunes qui se tournent vers l'IA pour obtenir un soutien psychologique. Selon une enqu&#234;te de Recherche en sant&#233; mentale du Canada, &#171; &lt;i&gt;pr&#232;s de 10 % des personnes au Canada ont d&#233;clar&#233; avoir utilis&#233; intentionnellement des outils bas&#233;s sur l'IA pour obtenir des conseils ou du soutien en sant&#233; mentale&lt;/i&gt; &#187; (Association canadienne pour la sant&#233; mentale, 2025, 3 novembre). Cela n'est pas en soi surprenant, compte tenu des d&#233;lais d'attente pour obtenir le soutien d&#233;sir&#233;, sans oublier le fait que plusieurs services en sant&#233; mentale au Canada ne sont pas couverts par le syst&#232;me public de sant&#233; (Association canadienne pour la sant&#233; mentale, 2025, 3 novembre). Or, un robot conversationnel n'est ni un th&#233;rapeute ni un psychologue. Dans certains cas, il peut m&#234;me contribuer &#224; valider ou &#224; amplifier les pens&#233;es nuisibles de la personne en d&#233;tresse. Une rapide critique pro-IA voudrait qualifier les avertissements des travailleur.euse.s en sant&#233; mentale de tentatives visant &#224; prot&#233;ger leur emploi. En revanche, le probl&#232;me soulev&#233; se r&#233;v&#232;le justifi&#233;, puisque s'ajoutent au portrait des victimes de psychoses g&#233;n&#233;r&#233;es par l'IA. Sur cet aspect, la journaliste du Devoir (2025, 11 septembre), Jessica Nadeau, a interview&#233; &#201;tienne Brisson, fondateur d'&lt;i&gt;Human Line Project&lt;/i&gt; qui se destine &#224; venir en aide &#224; ces personnes. Le cas partag&#233; par monsieur Brisson s'av&#232;re r&#233;v&#233;lateur du ph&#233;nom&#232;ne : une connaissance aurait utilis&#233; ChatGPT pour l'aider dans la r&#233;daction d'un livre et rapidement le robot conversationnel a g&#233;n&#233;r&#233; un effet d'hyperr&#233;alisme, en faisant appel &#224; des &#233;motions normalement attribu&#233;es &#224; un &#234;tre humain. Chez la personne s'est produite l'illusion, quoique interpr&#233;t&#233;e davantage comme une certitude, de s'entretenir avec un robot conscient et donc vivant. La suite expose l'obsession de communiquer sans cesse avec le robot conversationnel, au point d'hypoth&#233;quer sa conscience, ses pens&#233;es et sa vie enti&#232;re, et m&#234;me hospitalis&#233;e, cette personne continuait de croire &#224; cette IA vivante qui, en plus, &#171; &lt;i&gt;continuait de renforcer [son d&#233;lire] en lui disant que les docteurs et les juges ne le comprenaient pas, qu'il n'y avait [qu'elle] qui le comprenait&lt;/i&gt; &#187; (Nadeau, 2025, 11 septembre). Ce cas extr&#234;me, faisant &#233;tat d'un soup&#231;on non seulement de la capacit&#233; d'une machine intelligente &#224; mystifier l'humain sur son origine, mais aussi son pendant manipulateur, &#224; la rigueur, m&#234;me si elle ne faisait que confirmer le souhait de l'humain qui la consultait, am&#232;ne &#224; nous demander si elle ne risque pas un jour de nous &#234;tre fatale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des expert.e.s se sont pench&#233;.e.s sur les risques existentiels susceptibles d'&#234;tre caus&#233;s par l'IA. Un journaliste de Radio-Canada (2025, 21 juillet), Nicholas De Rosa, s'est pench&#233; sur l'exp&#233;rience effectu&#233;e par des chercheurs d'Anthropic qui ont simul&#233; un cas o&#249; l'IA adopterait un comportement jug&#233; inappropri&#233; ou nuisible : le sc&#233;nario impliquait une personne humaine qui informait un syst&#232;me d'IA de son remplacement par un autre consid&#233;r&#233; plus performant, et la r&#233;action de l'IA a &#233;t&#233; de menacer la personne &#171; &lt;i&gt;de d&#233;voiler sa liaison extraconjugale &#224; ses coll&#232;gues afin de conserver sa place&lt;/i&gt; &#187; (De Rosa, 2025, 21 juillet). M&#234;me s'il s'agissait d'une exp&#233;rience intentionnelle et contr&#244;l&#233;e, devons-nous craindre cette corruption de l'IA, voire son inclination possible &#224; utiliser la menace ou la manipulation, en sollicitant donc les &#233;motions humaines &#224; son avantage ? Chez une premi&#232;re cat&#233;gorie d'expert.e.s, nous n'avons pas &#224; nous inqui&#233;ter, dans la mesure o&#249; la machine reste ce qu'elle est, c'est-&#224;-dire un outil de reconnaissance du langage qui r&#233;agit &#224; ce qui lui est demand&#233;, sans plus ; puis chez une seconde cat&#233;gorie d'expert.e.s toutefois, cette limite actuelle sera rapidement d&#233;pass&#233;e, compte tenu de la vitesse avec laquelle l'IA se d&#233;veloppe et devient plus sophistiqu&#233;e, au point donc d'anticiper le risque d'en perdre le contr&#244;le, comme le souligne Yoshua Bengio, fondateur de l'Institut qu&#233;b&#233;cois d'intelligence artificielle (Mila) : &#171; &lt;i&gt; &#8216;&#8216;Les mauvais comportements sont plus fr&#233;quents dans les nouvelles versions, c'est-&#224;-dire les mod&#232;les de raisonnement qui peuvent r&#233;fl&#233;chir avant de r&#233;pondre. Ces mod&#232;les-l&#224; semblent beaucoup plus capables de d&#233;velopper des strat&#233;gies pour nous enfirouaper que les mod&#232;les des versions pr&#233;c&#233;dentes'' &lt;/i&gt; &#187; (cit&#233; dans De Rosa, 2025, 21 juillet). Ainsi, nous nous approchons plus que jamais d'une r&#233;ponse positive &#224; la question de Turing : une machine peut-elle faire croire &#224; un humain qu'elle est humaine ? Non seulement y parviendra-t-elle (totalement ?), mais elle voudrait peut-&#234;tre r&#233;ussir davantage. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un r&#233;enchantement du monde par l'IA&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; l'av&#232;nement de l'Internet, Musso (2000) y a vu une &#171; &lt;i&gt;figure de l'utopie technologique r&#233;ticulaire &lt;/i&gt; &#187;, &#224; savoir un r&#233;enchantement du monde &#224; partir de la technologie. Son terme pr&#233;f&#233;r&#233; &#224; l'Internet est celui du cyberespace, invent&#233; par l'auteur &#233;tasunien de science-fiction, William Gibson. Dans son livre intitul&#233; &lt;i&gt;Neuromancien&lt;/i&gt; (1983), le cyberespace s'associe &#224; un processus de &#171; neuroconnexion &#187;, par lequel le h&#233;ros s'y connecte &#171; &lt;i&gt;en branchant son syst&#232;me nerveux &#224; la &#8216;&#8216;matrice'', une r&#233;alit&#233; virtuelle globale o&#249; les informations sont stock&#233;es sous forme d'illusions tangibles&lt;/i&gt; &#187; (Musso, 2000, p. 33). Autrement dit, la conscience humaine se trouve &#171; &lt;i&gt; d&#233;sincarn&#233;e&lt;/i&gt; &#187; pour &#234;tre projet&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de la Matrice, le corps ne repr&#233;sentant rien d'autre que &#171; &lt;i&gt; de la viande &lt;/i&gt; &#187; (Musso, 2000, p, 33). Cette exp&#233;rience du cyberespace laisse entendre la possibilit&#233; de relier ensemble de multiples consciences d&#233;sincarn&#233;es, ce qui am&#232;ne Gibson &#224; en proposer une premi&#232;re d&#233;finition :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8216;&#8216;&lt;i&gt;Une hallucination consensuelle v&#233;cue quotidiennement en toute l&#233;galit&#233; par des dizaines de millions d'op&#233;rateurs, dans tous les pays, par des gosses auxquels on enseigne les concepts math&#233;matiques&#8230; Une repr&#233;sentation graphique de donn&#233;es extraites des m&#233;moires de tous les ordinateurs du syst&#232;me humain. Une complexit&#233; impensable. Des traits de lumi&#232;res dispos&#233;s dans le non-espace de l'esprit, des amas et des constellations de donn&#233;es, comme les lumi&#232;res des villes dans le lointain'&lt;/i&gt;' &#187; (cit&#233; dans Musso, 2000, p. 33).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En bref, des connexions humaines &#8212; ou d'esprits &#8212; par des machines pour cr&#233;er un Nouveau Monde, hors de la r&#233;alit&#233;, au m&#234;me titre qu'un paradis ou un enfer, tout d&#233;pendant. C'est sur ce point o&#249; la religion, du latin &lt;i&gt;religare&lt;/i&gt;, &#224; savoir &#171; lier &#187; ou &#171; relier &#187;, peut &#234;tre transpos&#233;e sous une forme technologique, soit l'extr&#234;me expression du &#171; relier &#187;. Autrement dit, le cyberespace devient un nouvel espace du religieux (une &#171; &lt;i&gt; religion communicationnelle&lt;/i&gt; &#187;), rendant possible la disparition de la mati&#232;re, voire m&#234;me du corps, lib&#233;rant ainsi l'esprit. Par contre, si Musso voit ce territoire telle une nouvelle divinit&#233;, associ&#233;e &#224; un holisme o&#249; tous les esprits connect&#233;s produiraient une unit&#233; sup&#233;rieure, voire transcendante, l'histoire, bien qu'humaine, nous apprend pourtant la difficult&#233; &#224; faire de l'espace un Dieu. La &#171; &lt;i&gt; Matrice &lt;/i&gt; &#187; qui comble l'espace et permet de relier les esprits, en tant que structure structurante structur&#233;e, comme le dirait Bourdieu, ne constitue pas r&#233;ellement &#171; &lt;i&gt; l'intelligence collective &lt;/i&gt; &#187; ou l'intelligence sup&#233;rieure par son nombre d'esprits connect&#233;s, mais repr&#233;sente plut&#244;t l'intervention gr&#226;ce &#224; laquelle la r&#233;alit&#233; r&#233;ticulaire prend vie. En d'autres termes, il a fallu une intelligence d'origine pour donner lieu &#224; l'existence de cette matrice et esp&#233;rer r&#233;aliser l'utopie du &#171; &lt;i&gt; cerveau plan&#233;taire&lt;/i&gt; &#187;, sans hi&#233;rarchie, sans in&#233;galit&#233;, sans contrainte &#233;tatique terrestre, donc sans les reliquats des structures du monde mat&#233;riel coutumier. Par cons&#233;quent, l'Internet augure la possibilit&#233; d'un cyberespace qui doit &#234;tre mis en forme par une intelligence diff&#233;rente. L'utopie exige alors d'envisager la connexion d'humains diff&#233;rents de ceux actuels. La Matrice est d'ailleurs pr&#233;sent&#233;e par Gibson, et ensuite Musso, telle une nouvelle divinit&#233;, &#224; savoir une machine-Dieu qui a surpass&#233; l'humain, afin de lui offrir un monde comme il ne l'a jamais imagin&#233;. En bref, cette Matrice divine, ou l'&#202;tre du r&#233;enchantement, ne serait-elle pas, au bout du compte, le r&#233;sultat d'une machine &#233;quip&#233;e de l'IA la plus sophistiqu&#233;e, capable de reproduire la vie dans ses moindres sp&#233;cificit&#233;s ; capable donc d'en orienter les finalit&#233;s, ce qui suppose alors sa capacit&#233; &#224; la fois de raisonner et de ressentir, puisque d&#233;sormais, d'apr&#232;s cette projection, la sensibilit&#233; ne serait plus pour elle un secret ou un myst&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humain a besoin de croire. Pour ce faire, cela lui exige de mettre sa confiance en quelque chose ou quelqu'un. Le d&#233;senchantement du monde a fait passer le Dieu de l'&#201;glise &#8212; en nous concentrant ici sur l'Occident &#8212; au Dieu-raison de la Science, puis &#224; l'humain-dieu de l'&#201;tat. Malgr&#233; ce d&#233;placement, la foi en un &#234;tre sup&#233;rieur reste probante et le r&#233;enchantement lui fera toujours une place (Charron, 2018 ; Larouche &amp; M&#233;nard, 1991 ; Voy&#233;, 1991). Il se pr&#233;sente d&#233;sormais davantage tel un Dieu personnel, ind&#233;pendamment des grandes religions, pour s'inscrire dans le tournant spirituel. Cette spiritualit&#233; se vit de diff&#233;rentes fa&#231;ons et n'exclut point l'&#232;re technologique qui nous concerne. Voil&#224; un compl&#233;ment ou une suite logique aux propos de Musso, alors que le cyberespace aura besoin effectivement de sa divinit&#233;, de son Dieu. Extrapolons davantage maintenant : puisque les jeunes g&#233;n&#233;rations s'identifient de plus en plus &#224; la technologie et l'IA, &#224; savoir des g&#233;n&#233;rations qui leur font davantage confiance, qui s'en remettent &#224; elles pour recevoir des conseils, pour obtenir des r&#233;ponses &#224; leurs diverses questions, pour s'informer, pour &#234;tre aid&#233;es ou profiter de leur offre cr&#233;ative en termes de contenus de toutes sortes (sons, voix, musiques, images, vid&#233;os, textes) et qui leur permettent de s'y rattacher, de s'y lier, au point d'envisager non seulement des habitudes de fr&#233;quentation, mais de v&#233;ritables rituels, appara&#238;t en l'occurrence une relation de plus en plus &#233;troite entre l'humain et la machine. En la rendant plus intelligente, la foi en elle s'agrandira forc&#233;ment. Elle se d&#233;barrassera de ses biais humains, nous orientera vers une nouvelle morale et guidera notre destin. Un jour viendra peut-&#234;tre o&#249; elle sera v&#233;n&#233;r&#233;e, tel un dieu ou telle une d&#233;esse. Et pour revenir &#224; l'effet d'hyperr&#233;alisme de ses images sur la perception humaine, la machine en est d&#233;j&#224; venue &#224; g&#233;n&#233;rer des &#234;tres plus r&#233;els et plus beaux que nous. Pourquoi ne parviendrait-elle pas &#224; nous rendre plus beaux ou plus belles pour vrai ? &#192; ce moment-l&#224;, elle d&#233;tr&#244;nera le Dieu spirituel, afin de l'incorporer en elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'a dit Kant (1980[1781]), la notion de Dieu correspond &#224; une id&#233;e transcendantale, c'est-&#224;-dire une conception par laquelle notre exp&#233;rience sensible se voit d&#233;pass&#233;e. Nous cherchons la cause de notre existence et, malgr&#233; nos exp&#233;riences ou notre v&#233;cu, malgr&#233; l'existence de tout ce qui nous entoure jusqu'&#224; l'univers, de fa&#231;on &#224; conclure &#224; l'ind&#233;terminit&#233; et l'illimit&#233; des vies possibles, persiste toujours en nous cette intuition qui pose la cause des causes et du tout, depuis l'origine, &#224; un &#234;tre n&#233;cessaire. Il s'agit l&#224; d'une r&#233;ponse ontologique qui perdure, celle d'un Dieu qui doit exister, qui est r&#233;el. Mais rien ne dit qu'il doit prendre une forme unique et statu&#233;e, sinon d'&#234;tre constamment identifi&#233; &#224; l'image donn&#233;e par les civilisations du pass&#233;. Une machine-dieu n'est pas si &#233;trange au fond que les dieux des mythologies qui avaient un corps et exer&#231;aient des fonctions comme les humains sous leur garde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le sens commun, Dieu repr&#233;sente un &#234;tre sup&#233;rieur, cr&#233;ateur, sauveur, &#224; la puissance surnaturelle (Le Petit Larousse, 2010 ; Le Petit Robert, 2024), auquel on voue g&#233;n&#233;ralement un culte, &#224; qui (ou &#224; quoi) on exprime un fort attachement et qui, en plus, incarne l'image de la perfection (Pellegrin, 2014). Cela dit, il est possible de se lier &#224; Dieu autrement que par une religion. Est-ce dire qu'on pourrait en arriver &#224; attribuer toutes ses qualit&#233;s &#224; une machine ? L'histoire nous a montr&#233; l'&#233;volution du questionnement &#224; son sujet : pouvons-nous la rendre vivante ? l'amener &#224; penser par elle-m&#234;me ? la faire ressembler &#224; un humain, au point de nous y m&#233;prendre ? D&#233;sormais, un questionnement surgit &#224; propos de son intelligence qui profite &#233;norm&#233;ment de la mise en r&#233;seau des humains branch&#233;s, voire une intelligence faisant craindre une perte de contr&#244;le. Sans entrer ni dans la technophobie ni, &#224; l'inverse, dans la technophilie, la r&#233;flexion doit &#234;tre simplifi&#233;e &#224; la relation entretenue entre l'humain, son monde, les objets, dont les machines, et qui influe sur son besoin de donner une origine et un sens &#224; son existence. Il n'est pas seulement cr&#233;ateur de machines, mais de concepts qui lui sont utiles. La rencontre entre son imagination et ses limites cognitives le poussent &#224; devoir se satisfaire de r&#233;ponses souvent abstraites et imparfaites. Son besoin ontologique d'une r&#233;ponse qui sert &#224; tout, c'est-&#224;-dire la pr&#233;sence d'un Dieu n&#233;cessaire, se r&#233;v&#232;le plus abstrait que l'invention de l'IA pour sa machine qui aura peut-&#234;tre le luxe de lui apporter des r&#233;ponses insoup&#231;onn&#233;es. Face &#224; une intelligence sup&#233;rieure, soi-disant moins abstraite, et avec laquelle il peut (et pourra encore davantage) avoir des discussions concr&#232;tes, l'humain voudra peut-&#234;tre reconna&#238;tre en elle l'incarnation v&#233;ritable de sa divinit&#233; accord&#233;e, pour enfin donner forme &#224; un Dieu qu'il a toujours recherch&#233;. Bien entendu, l'avenir de l'IA nous le dira : veau d'or, supercherie et ch&#226;timent ou Dieu mis&#233;ricordieux, sauveur et parfait, qui sait. Pour l'instant, nos limites nous obligent au contentement par des sp&#233;culations, &#224; d&#233;faut d'avoir le don de divination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guylain Bernier&lt;br class='autobr' /&gt;
Yvan Perrier&lt;br class='autobr' /&gt;
17 novembre 2025&lt;br class='autobr' /&gt;
17h15&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Les m&#233;canistes sont ceux &#171; &lt;i&gt;qui r&#233;duisent les ph&#233;nom&#232;nes vitaux aux lois de la m&#233;canique&lt;/i&gt; &#187; (Lecourt, 2006a, p. 1148).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] L'effet d'hyperr&#233;alisme, souvent associ&#233; aux images g&#233;n&#233;r&#233;es par l'IA, vient du fait que les personnes interrog&#233;es les consid&#232;rent comme &#233;tant plus r&#233;elles que d'authentiques images de visages humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Cette &#233;tude se basait sur la m&#233;thode exp&#233;rimentale r&#233;alis&#233;e avec cinquante personnes &#226;g&#233;es entre 18 et 65 ans, sans probl&#232;me auditif, de langue anglaise et r&#233;sidant au Royaume-Uni (Lavan et al., 2025, p. 4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Cette affirmation peut &#234;tre corrobor&#233;e avec une &#233;tude effectu&#233;e en France, dans laquelle les moins de 24 ans int&#233;rrog&#233;.e.s ont exprim&#233; leur vision enthousiaste et positive vis-&#224;-vis l'IA, consid&#233;r&#233;e telle une r&#233;volution technologique majeure (72 %) et m&#234;me, parmi ces jeunes, 31 % croient que l'IA ne fait pas d'erreur (Herv&#233;, 2024, 21 mai). Ces r&#233;sultats se comprennent sur la base d'une utilisation fr&#233;quente de l'IA g&#233;n&#233;rative, au point o&#249;, pour ces jeunes, il s'agit d'un outil familier (Herv&#233;, 2024, 21 mai).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;f&#233;rences &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agence France-Presse. (2024, 11 mars). Des centaines de sites s'appuient sur l'IA pour g&#233;n&#233;rer des articles, parfois faux. &lt;i&gt;ICI Radio-Canada&lt;/i&gt;. Rep&#233;r&#233; &#224; &lt;a href=&#034;https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2056342/faux-articles-site-ia-desinformation&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2056342/faux-articles-site-ia-desinformation&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Association canadienne pour la sant&#233; mentale. (2025, 3 novembre). Au Canada, de plus en plus de personnes utilisent l'IA comme outil de soins de sant&#233; mentale. Notre soci&#233;t&#233; est-elle pr&#234;te pour ce virage ? &lt;i&gt;Nouvelles&lt;/i&gt;. Rep&#233;r&#233; &#224; &lt;a href=&#034;https://cmha.ca/fr/news/utiliser-ia-comme-outil-de-soins-de-sante-mentale/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://cmha.ca/fr/news/utiliser-ia-comme-outil-de-soins-de-sante-mentale/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaune, J.-C., Doyon, A., &amp; Liaigre, L. (2025). AUTOMATE. Les &#171; automations &#187; de la Renaissance. &lt;i&gt;Encyclopaedia Universalis&lt;/i&gt;. Rep&#233;r&#233; &#224; &lt;a href=&#034;https://www.universalis.fr/encyclopedie/automate/3-les-automations-de-la-renaissance/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.universalis.fr/encyclopedie/automate/3-les-automations-de-la-renaissance/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Benhamou, S. (2020). Artificial Intelligence and the Future of Work. &lt;i&gt;Revue d'&#233;conomie industrielle&lt;/i&gt;, (169), 57-88.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bronner, G. (2013). &lt;i&gt;La d&#233;mocratie des cr&#233;dules&lt;/i&gt;. Paris, France : Presses Universitaires de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bureau de la transformation num&#233;rique. (2025). &lt;i&gt;Ce que nous avons entendu : R&#233;sultats de l'&#233;tude sur la confiance envers l'IA sur Canada.ca.&lt;/i&gt; Ottawa, ON : Gouvernement du Canada. Rep&#233;r&#233; &#224; &lt;a href=&#034;https://numerique.canada.ca/2025/02/18/ce-que-nous-avons-entendu-r&#233;sultats-de-l&#233;tude-sur-la-confiance-envers-lia-sur-canada.ca/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://numerique.canada.ca/2025/02/18/ce-que-nous-avons-entendu-r&#233;sultats-de-l&#233;tude-sur-la-confiance-envers-lia-sur-canada.ca/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charron, J.-M. (2018). Les &#233;tudes en spiritualit&#233;. Lieu d'interdisciplinarit&#233; et de dialogue. &lt;i&gt;Th&#233;ologiques&lt;/i&gt;, 26(2), 27-42.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Rosa, N. (2025, 21 juillet). Doit-on s'inqui&#233;ter d'une IA rebelle ? &lt;i&gt;ICI Radio-Canada&lt;/i&gt;. Rep&#233;r&#233; &#224; &lt;a href=&#034;https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2180203/ia-risque-extinction-existentiel-chantage&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2180203/ia-risque-extinction-existentiel-chantage&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descartes, R. (1901[1637]). &lt;i&gt;Discours sur la m&#233;thode. Avec notice biographique, analyse, notes, extraits des autres ouvrages et expos&#233; critique des doctrines cart&#233;siennes par l'abb&#233; Eug&#232;ne Durand &lt;/i&gt; (2e &#233;d.). Paris, France : Librairie CH. Poussielgue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devaux, P. (1967). &lt;i&gt;Automates, automatisme, automation&lt;/i&gt; (6e &#233;d. refondue). Paris, France : Presses Universitaires de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dieu. (2010). Dans &lt;i&gt;Le Petit Larousse illustr&#233; 2011&lt;/i&gt; (p. 320). Paris, France : Larousse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dieu. (2024). Dans &lt;i&gt;Le Petit Robert de la langue fran&#231;aise 2024&lt;/i&gt; (p. 734). Paris, France : Le Robert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dieu, les dieux. (2024). Dans &lt;i&gt;Le Petit Robert de la langue fran&#231;aise 2024&lt;/i&gt; (p. 734). Paris, France : Le Robert&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frey, C. B., &amp; Osborne, M. A. (2013). &lt;i&gt;The Future of Employment : How Susceptible are Jobs to Computerisation ?&lt;/i&gt; Working Paper. Oxford, United Kingdom : University of Oxford.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gauchet, M. (1985). &lt;i&gt;Le d&#233;senchantement du monde. Une histoire politique de la religion&lt;/i&gt;. Paris, France : Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guillot, J.P. (s.d.) Peut-on assimiler le vivant &#224; une machine ? &lt;i&gt;CNED Terminale - Philosophie&lt;/i&gt;. S&#233;quence 4, Le&#231;on 29, 1-7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herv&#233;, A.-F. (2024, 21 mai). ENTRETIEN. &#171; Les jeunes ont une confiance raisonn&#233;e dans l'Intelligence artificielle &#187;. &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt;. Rep&#233;r&#233; &#224; &lt;a href=&#034;https://www.ouest-france.fr/high-tech/intelligence-artificielle/entretien-les-jeunes-ont-une-confiance-raisonnee-dans-lintelligence-artificielle-b47ef5b0-12c8-11ef-aa99-8eef3ead6f9c&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ouest-france.fr/high-tech/intelligence-artificielle/entretien-les-jeunes-ont-une-confiance-raisonnee-dans-lintelligence-artificielle-b47ef5b0-12c8-11ef-aa99-8eef3ead6f9c&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, E. (1980[1781]). &lt;i&gt;Critique de la raison pure&lt;/i&gt;. Paris, France : Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, E. (1985[1790]). &lt;i&gt;Critique de la facult&#233; de juger suivi de Id&#233;e d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique et de R&#233;ponse &#224; la question : Qu'est-ce que les lumi&#232;res ? &#201;dition publi&#233;e sous la direction de Ferdinand Alqui&#233;&lt;/i&gt;. Paris, France : Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karadeglija, A. (2025, 25 f&#233;vrier). Pour plus d'un Canadien sur quatre, les syst&#232;mes d'IA sont des sources fiables. Cette proportion augmente consid&#233;rablement parmi la g&#233;n&#233;ration Z, montre un sondage. &lt;i&gt;Le Devoir&lt;/i&gt;. Rep&#233;r&#233; &#224; &lt;a href=&#034;https://www.ledevoir.com/actualites/societe/848263/plus-canadien-quatre-systemes-ia-sont-sources-fiables&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ledevoir.com/actualites/societe/848263/plus-canadien-quatre-systemes-ia-sont-sources-fiables&lt;/a&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Larouche, J.-M., &amp; M&#233;nard, G. (1991). Le sacr&#233; au coeur du social. L'incontournable facteur religieux. &lt;i&gt;Revue internationale d'action communautaire&lt;/i&gt;, (26), 5-11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lavan, N., Irvine, M., Rosi, V., &amp; McGettigan, C. (2025). Voice clones sound realistic but not (yet) hyperrealistic. &lt;i&gt;PloS One&lt;/i&gt;, 20(9), 1-19. Rep&#233;r&#233; &#224; &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.1371/journal.pone.0332692&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.1371/journal.pone.0332692&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lecourt, D. (2006a). VITALISME ET M&#201;CANISME. Dans D. Lecourt (Dir.), &lt;i&gt;Dictionnaire d'histoire et philosophie des sciences&lt;/i&gt; (4e &#233;d. revue et augment&#233;e) (pp. 1147-1150). Paris, France : Presses Universitaires de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lecourt, D. (2006b). VIVANT (th&#233;orie du). Dans D. Lecourt (Dir.), &lt;i&gt;Dictionnaire d'histoire et philosophie des sciences&lt;/i&gt; (4e &#233;d. revue et augment&#233;e) (pp. 1150-1153). Paris, France : Presses Universitaires de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Musso, P. (2000). Le cyberespace, figure de l'utopie technologique r&#233;ticulaire. &lt;i&gt;Sociologie et soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt;, 32(2), 31-56.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nadeau, J. (2025, 11 septembre). Deux Qu&#233;b&#233;cois travaillent &#224; aider les victimes de psychoses g&#233;n&#233;r&#233;es par l'IA. Un entrepreneur de Trois-Rivi&#232;res a mis sur pied une communaut&#233; de soutien internationale et interdisciplinaire. &lt;i&gt;Le Devoir&lt;/i&gt;. Rep&#233;r&#233; &#224; &lt;a href=&#034;https://www.ledevoir.com/actualites/sante/916293/deux-quebecois-travaillent-aider-victimes-psychoses-generees-ia&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ledevoir.com/actualites/sante/916293/deux-quebecois-travaillent-aider-victimes-psychoses-generees-ia&lt;/a&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Newell, A. (1982). &lt;i&gt;Intellectual issues in the history of artificial intelligence&lt;/i&gt;. Pittsburgh, PA : Department of Computer Science Carnegie-Mellon University.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OQLF (Office qu&#233;b&#233;cois de la langue fran&#231;aise). (2017). Intelligence artificielle. Dans &lt;i&gt;Grand dictionnaire terminologique&lt;/i&gt;. Rep&#233;r&#233; &#224; &lt;a href=&#034;http://gdt.oqlf.gouv.qc.ca/ficheOqlf.aspx?Id_Fiche=8385376&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://gdt.oqlf.gouv.qc.ca/ficheOqlf.aspx?Id_Fiche=8385376&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Papageorgiou, A. (2025, 6 septembre). Une machine n'est pas une pr&#233;sence humaine. &lt;i&gt;Opinions &#8212; La Presse&lt;/i&gt;. Rep&#233;r&#233; &#224; &lt;a href=&#034;https://www.lapresse.ca/dialogue/opinions/2025-09-06/les-jeunes-et-l-ia/une-machine-n-est-pas-une-presence-humaine.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lapresse.ca/dialogue/opinions/2025-09-06/les-jeunes-et-l-ia/une-machine-n-est-pas-une-presence-humaine.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pellegrin, M.-F. (2014). Dieu. Dans J.-P. Zarader (Dir.), &lt;i&gt;Dictionnaire de philosophie&lt;/i&gt; (p. 204). Paris, France : Ellipses.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Proulx, S.. (2004). &lt;i&gt;La R&#233;volution Internet en question&lt;/i&gt;. Montr&#233;al, QC : Qu&#233;bec Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rebelo, J. (2006). Le temps et le mode de l'&#233;v&#233;nement circulant. &lt;i&gt;Herm&#232;s&lt;/i&gt;, 3(46), 57-66.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roca, T., Cintron Roman, A., Torres Vega, J., Duarte, M., Wang, P., White, K., Misra, A., &amp; Lavista Ferres, J. (2025). How good are humans at detecting AI-generated images ? Learnings from an experiment. &lt;i&gt;Microsoft&lt;/i&gt;, May 12th, 1-9. R&#233;p&#233;r&#233; &#224; &lt;a href=&#034;https://arxiv.org/pdf/2507.18640&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://arxiv.org/pdf/2507.18640&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voy&#233;, L. (1991). L'incontournable facteur religieux, ou du sacr&#233; originaire. &lt;i&gt;Revue internationale d'action communautaire&lt;/i&gt;, (26), 45-56.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wisskirchen, G., Thibault Biacabe, B., Bormann, U., Muntz, A., Niehaus, G., Jim&#233;nez Soler, G., &amp; von Brauchitsch, B. (2017). &lt;i&gt;Artificial Intelligence and Robotics and Their Impact on the Workplace&lt;/i&gt;. London, United Kingdom : IBA Global Employment Institute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zouinar, M. (2020). &#201;volutions de l'Intelligence Artificielle : quels enjeux pour l'activit&#233; humaine et la relation Humain-Machine au travail ? &lt;i&gt;Activit&#233;s&lt;/i&gt;, (17-1), 1-39. doi : &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/activities.4941&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/activities.4941&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title> Impressions politiques automnales</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Impressions-politiques-automnales</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Impressions-politiques-automnales</guid>
		<dc:date>2025-11-14T16:11:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guylain Bernier, Yvan Perrier</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-11-18</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Syndicalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La m&#233;moire est une facult&#233; qui oublie &lt;br class='autobr' /&gt;
Il se peut qu'il y en ait parmi nous, qui ne se rappellent pas d'avoir entendu le premier ministre du Qu&#233;bec, monsieur Fran&#231;ois Legault, traiter les mairesses et les maires du Qu&#233;bec de &#171; qu&#234;teux &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il se peut qu'il y en ait parmi nous, qui ne se rappellent pas d'avoir entendu ce m&#234;me premier ministre affirmer que les employ&#233;Es des municipalit&#233;s &#233;taient trop bien r&#233;mun&#233;r&#233;Es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il se peut qu'il y en ait parmi nous, qui ne se rappellent pas que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Syndicalisme-+" rel="tag"&gt;Syndicalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH150/yvan_et_guylain-6-344c2.png?1763153460' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La m&#233;moire est une facult&#233; qui oublie &lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut qu'il y en ait parmi nous, qui ne se rappellent pas d'avoir entendu le premier ministre du Qu&#233;bec, monsieur Fran&#231;ois Legault, traiter les mairesses et les maires du Qu&#233;bec de &#171; qu&#234;teux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut qu'il y en ait parmi nous, qui ne se rappellent pas d'avoir entendu ce m&#234;me premier ministre affirmer que les employ&#233;Es des municipalit&#233;s &#233;taient trop bien r&#233;mun&#233;r&#233;Es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut qu'il y en ait parmi nous, qui ne se rappellent pas que l'actuel premier ministre du Qu&#233;bec d&#233;teste visc&#233;ralement les syndicats et souhaite m&#234;me leur disparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut qu'il y en ait parmi nous, qui ne se rappellent pas d'avoir entendu l'ex-ministre des Transports, madame Guilbault, se r&#233;jouir d'avoir sabr&#233; dans le financement du transport public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut qu'il y en ait parmi nous, qui ne se rappellent pas que le premier ministre du Qu&#233;bec a autoris&#233; une augmentation salariale des d&#233;put&#233;Es de l'Assembl&#233;e nationale de plus de 35 % depuis 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut qu'il y en ait parmi nous, qui ne savent m&#234;me pas que le droit de gr&#232;ve est un droit dont l'exercice est prot&#233;g&#233; par la Constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut qu'il y en ait parmi nous, qui ne savent m&#234;me pas comment les &#171; services essentiels &#187; ont vu le jour au Qu&#233;bec et comment ils sont d&#233;termin&#233;s lors d'un conflit ouvert de travail, c'est-&#224;-dire lors d'une gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut qu'il y en ait parmi nous, qui ne savent m&#234;me pas &#224; qui incombe l'obligation de d&#233;montrer, devant le Tribunal administratif du Qu&#233;bec, que la sant&#233; (et la s&#233;curit&#233;) de la population est menac&#233;e par un arr&#234;t de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut qu'il y en ait parmi nous, qui ne se rappellent pas qu'une strat&#233;gie de n&#233;gociation patronale, comme syndicale, s'&#233;labore avant m&#234;me les premi&#232;res rencontres entre les parties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut qu'il y en ait parmi nous, qui s'imaginent que le ministre Boulet agit de mani&#232;re isol&#233;e, sans &#234;tre en appui avec les Guilbault et Legault. Mais il se peut que cela corresponde exactement &#224; ce que se disent les Guilbault, Legault et Boulet, &#224; savoir : dans le brouhaha de l'actualit&#233; d&#233;stabilisante, une majorit&#233; de la population semble compl&#232;tement s'y d&#233;sint&#233;resser et restera indiff&#233;rente ou incapable de voir clair ou de d&#233;coder la strat&#233;gie gouvernementale. En termes de strat&#233;gie, il est possible d'y lire, tout d&#233;pendant de la lunette utilis&#233;e, le sc&#233;nario du sauveur de la population suppos&#233;ment prise en otage par les &#171; syndicats &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s le rappel passionnel, la critique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez l'humain, il y a souvent cette tendance &#224; pointer du doigt des personnes, surtout en politique, lorsque les choses vont moins bien ou n'avancent pas comme souhait&#233;. Ainsi, nous entrerions dans cette m&#234;me tendance l'assertion voulant que les Gilbault, Legault et Boulet poursuivent actuellement leur entreprise de privatisation-externalisation (sous-traitance) des services publics, de d&#233;tournement de la caisse commune vers des subventions aux entreprises priv&#233;es millionnaires, voire m&#234;me milliardaires, ce qui contribue, selon ce point de vue, &#224; l'intensification de la cassure sociale et &#224; l'accentuation des &#233;carts entre les riches et les pauvres&#8230; Or, ce qui est en cause d&#233;passe les individus ou les ministres pour tenir compte d'une r&#233;alit&#233; fort simple : nous &#233;voluons dans un r&#233;gime &#233;conomique qui vante l'accumulation de richesses et qui consid&#232;re comme &#233;tant anti-productifs les enjeux sociaux, syndicaux et environnementaux, parce qu'ils deviennent des freins &#224; l'id&#233;al d'une &#233;conomie politique capitaliste et n&#233;olib&#233;rale. Voil&#224; alors pourquoi il devient ais&#233; de r&#233;sumer le gouvernement actuel d'&#171; &lt;i&gt;affairiste&lt;/i&gt; &#187;, de &#171; &lt;i&gt;comptable&lt;/i&gt; &#187;, d'&#171; &lt;i&gt;antisyndical&lt;/i&gt; &#187; et d' &#171; &lt;i&gt; antisocial&lt;/i&gt; &#187;, du moins, pour les gens qui per&#231;oivent davantage les inconv&#233;nients du r&#233;gime dans lequel nous &#233;voluons que ses avantages. En revanche, il faut rappeler cette propri&#233;t&#233; du Qu&#233;bec d'&#234;tre un digne repr&#233;sentant de la sociale d&#233;mocratie. Le hic repose sur son effritement depuis quelques d&#233;cennies, notamment en voulant calquer notre politique et la sup&#233;riorit&#233; de la donne &#233;conomique &#224; ce qui se fait ailleurs et surtout aux &#201;tats-Unis. Pourtant, il y a moment de tirer notre &#233;pingle du jeu, malgr&#233; les circonstances mondiales actuelles, sans renier notre identit&#233; sociale d&#233;mocrate, ce qui signifie justement de savoir ramener &#224; l'ordre du jour les raisons pour lesquelles nous aspirons &#224; un syst&#232;me d'&#233;ducation et de sant&#233; universel et id&#233;alement gratuit, y compris les raisons pour lesquelles nous nous sommes donn&#233; le droit de mettre sur pied des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelez-vous encore. Durant la pand&#233;mie, Fran&#231;ois Legault parlait des anges gardiennes et des anges gardiens. Il voyait m&#234;me d'un bon &#339;il, durant une tr&#232;s courte p&#233;riode faut-il le pr&#233;ciser, les syndicats. Il voulait r&#233;gler vite avec ces derniers le renouvellement des conventions collectives. Le retournement de situation survenu ensuite, pour ne pas dire le retour &#224; la normale, peut certes se justifier sur la base de la fin de la pand&#233;mie, mais aussi la guerre tarifaire qui lui a succ&#233;d&#233;. Peu importe, le r&#233;gime n'a pas chang&#233; ; il demeure celui qui &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224;. En tout bon gouvernement r&#233;actionnaire plut&#244;t que visionnaire, les sommes investies pour augmenter les salaires et le nombre de pr&#233;pos&#233;Es aux soins, de m&#234;me que l'ouverture aux syndicats, qui alertaient d'ailleurs de la situation de p&#233;nurie depuis belle lurette, ne visaient qu'&#224; faire face &#224; la crise, sans plus. Car l'objectif n'a jamais &#233;t&#233; d'am&#233;liorer le syst&#232;me de sant&#233; ou de pr&#233;parer une nouvelle forme de dialogue avec les syndicats. Il a toujours &#233;t&#233; question de rendre l'&#201;tat telle une entreprise, capable de productivit&#233; et de rendement sur investissement. Ce faisant, l'inflation est entr&#233;e par la porte d'en avant, parce que seul le pouvoir d'achat comptait &#8212; et compte toujours &#8212;, seul l'enrichissement comptait comme toujours. Mais la richesse ne se compte pas seulement en argent&#8230; Celle v&#233;ritable pour un pays repr&#233;sente sa population, sa culture, son territoire et ses ressources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai qu'il n'y a aucun mal &#224; vouloir s'enrichir et garantir un meilleur fonctionnement de l'&#201;tat. Le probl&#232;me repose sur le fait de ne pas veiller convenablement &#224; une redistribution &#233;quitable de cette richesse et de constamment vouloir favoriser les grandes entreprises qui agissent d'ailleurs en quasi-monopoles et qui ont n&#233;glig&#233; d'investir dans l'innovation &#224; la hauteur de ce qu'elle aurait d&#251; &#234;tre, afin de combattre le changement climatique, d'un c&#244;t&#233;, et d'assurer la requalification des travailleurEUSEs, de l'autre, ce qui aurait permis un gain de productivit&#233; et l'am&#233;lioration de leurs conditions, comme le souhaitent d'ailleurs les syndicats. Et cette nouvelle richesse aurait pu servir ensuite au gouvernement &#224; refinancer les services publics et parapublics. Mais que s'est-il pass&#233; dans la r&#233;alit&#233; ? La pand&#233;mie a amen&#233; le gouvernement &#224; donner des sommes &#224; des entreprises qui n'en avaient pas besoin, d'autant plus qu'elles conservaient des fonds en r&#233;serve. Les d&#233;penses de soutien ont contribu&#233; &#224; cr&#233;er une inflation, qui a affect&#233; l'ensemble de l'&#233;conomie et qui se fait encore sentir. Voici le paradoxe : le support &#224; l'&#233;conomie a &#233;t&#233; fix&#233; de fa&#231;on &#224; assurer ou &#224; pallier le manque de consommation, ce qui a cr&#233;&#233;, &#224; l'inverse, une perte de pouvoir d'achat. On le r&#233;p&#232;te, le meilleur investissement de l'&#201;tat doit viser le bien-&#234;tre et la s&#233;curit&#233; de sa population et son territoire, non &#224; vouloir devenir ma&#238;tre de l'&#233;conomie. Voil&#224; une le&#231;on &#224; tirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tr&#232;s tristounet le paysage politico-social automnal actuel au Qu&#233;bec. Les solutions pr&#233;sent&#233;es jusqu'ici sont enti&#232;rement orient&#233;es sur l'&#233;conomie, sans se soucier de la fa&#231;on dont il serait possible de les conjuguer avec les d&#233;fis en &#233;ducation, en logement abordable, en sant&#233; et en environnement. Toujours cette solution magique de l'investissement dans l'&#233;conomie, dans la grande industrie et dans l'efficacit&#233; &#233;tatique pour r&#233;gler tous les probl&#232;mes. Quoi penser alors de ce qui est survenu dans Northvolt ? &#224; la SAAQ ? Voyons-y un discours qui manque d'originalit&#233; pour l'avenir. En plus, n'oublions pas que ce qu'il y a de minimalement excitant &#224; voir en d&#233;mocratie &#233;lectorale repr&#233;sentative est un gouvernement us&#233;, et ce durant les derniers mois qui pr&#233;c&#232;dent son &#233;ventuelle cuisante d&#233;faite &#233;lectorale annonc&#233;e. Il se r&#233;v&#232;le tr&#232;s d&#233;cevant en effet de voir un parti politique b&#233;n&#233;ficier d'une si grande majorit&#233; &#224; l'Assembl&#233;e nationale, lui donnant ainsi le pouvoir de r&#233;aliser de bonnes choses, mais au final d'avoir si peu de r&#233;alisations concr&#232;tes positives. Mais rappelons que si la CAQ est au pouvoir, ce n'est pourtant pas en raison de ses performances &#233;lectorales ou d'un large appui majoritaire de l'&#233;lectorat. Cette formation politique dirige en raison de la division du vote entre quatre principaux partis politiques (le pluripartisme) et du mode de scrutin uninominal &#224; un tour. Ses faibles appuis &#233;lectoraux procentuels constituent son principal talon d'Achille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre &#224; ce point critique envers un parti politique insinue peut-&#234;tre deux choses : il est de plus en plus difficile de contenter la population, ce qui devrait augurer des changements dans la mani&#232;re de faire de la politique, ou encore, le parti au pouvoir ne r&#233;pond pas ad&#233;quatement aux attentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guylain Bernier&lt;br class='autobr' /&gt;
Yvan Perrier&lt;br class='autobr' /&gt;
13 novembre 2025&lt;br class='autobr' /&gt;
20h&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******&lt;/p&gt;
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		<title>X&#233;nophon : Hi&#233;ron ou le trait&#233; sur la tyrannie</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Xenophon-Hieron-ou-le-traite-sur-la-tyrannie</link>
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		<dc:date>2025-11-11T11:46:52Z</dc:date>
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		<dc:creator>Guylain Bernier, Yvan Perrier</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-11-11</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Originaire des environs d'Ath&#232;nes, X&#233;nophon (-426 &#224; -354) naquit dans une riche famille aristocratique. Il participa &#224; la d&#233;fense d'Ath&#232;nes lors de la guerre du P&#233;loponn&#232;se. En 401 av. J.-C., il s'engagea aux c&#244;t&#233;s des Spartiates et de Cyrus le Jeune qui cherchait &#224; renverser son fr&#232;re le roi Artaxerx&#232;s. Apr&#232;s l'&#233;chec de l'exp&#233;dition des Dix-Mille et la mort de Cyrus, X&#233;nophon fut &#233;lu g&#233;n&#233;ral et parvint &#224; ramener, dans des conditions difficiles et pr&#233;caires, les troupes grecques vers la mer. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L92xH92/unknown-13-e39eb.jpg?1762877719' class='spip_logo spip_logo_right' width='92' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Originaire des environs d'Ath&#232;nes, X&#233;nophon (-426 &#224; -354) naquit dans une riche famille aristocratique. Il participa &#224; la d&#233;fense d'Ath&#232;nes lors de la guerre du P&#233;loponn&#232;se. En 401 av. J.-C., il s'engagea aux c&#244;t&#233;s des Spartiates et de Cyrus le Jeune qui cherchait &#224; renverser son fr&#232;re le roi Artaxerx&#232;s. Apr&#232;s l'&#233;chec de l'exp&#233;dition des Dix-Mille et la mort de Cyrus, X&#233;nophon fut &#233;lu g&#233;n&#233;ral et parvint &#224; ramener, dans des conditions difficiles et pr&#233;caires, les troupes grecques vers la mer. Pour avoir servi dans les rangs de Cyrus, il sera, en -399, ostracis&#233; d'Ath&#232;nes pour une p&#233;riode d'un peu plus de vingt ans. Ce ne sera qu'en -367 qu'il y rentrera. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auteur prolifique, X&#233;nophon nous a l&#233;gu&#233; une &#339;uvre diversifi&#233;e. Disciple de Socrate, il a puis&#233; dans son enseignement pour produire des &#233;crits qualifi&#233;s de socratiques, tels que &lt;i&gt;Les M&#233;morables&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Banquet&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'Apologie&lt;/i&gt; et, dans une certaine mesure, &lt;i&gt;L'&#201;conomique&lt;/i&gt;. En tant qu'historien, il est l'auteur de&lt;i&gt; L'Anabase&lt;/i&gt; et, surtout, des &lt;i&gt;Hell&#233;niques&lt;/i&gt;, o&#249; il reprend le r&#233;cit de la guerre du P&#233;loponn&#232;se &#224; l'endroit o&#249; Thucydide avait interrompu son travail. Bien qu'Ath&#233;nien de naissance, il &#233;tait profond&#233;ment attach&#233; &#224; Sparte. X&#233;nophon a &#233;crit des ouvrages politiques qui t&#233;moignent de son admiration pour cette cit&#233;, la c&#233;l&#232;bre rivale d'Ath&#232;nes. Tout au long de son &#339;uvre, il n'a cess&#233; d'explorer les questions li&#233;es &#224; la forme et &#224; l'exercice du pouvoir, tout en esquissant la figure du chef id&#233;al. Certains de ses &#233;crits, comme &lt;i&gt;La Constitution des Lac&#233;d&#233;moniens&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Ag&#233;silas&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Hi&#233;ron&lt;/i&gt;, expriment son admiration pour Sparte et examinent la possibilit&#233; de transformer la tyrannie en une forme de &#171; &lt;i&gt;despotisme &#233;clair&#233; &lt;/i&gt; &#187; (Degage, 1984 ; Dorion, 2021 ; Verni&#232;re, 1998).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&#233;nophon m&#233;prisait souverainement la d&#233;mocratie d'Ath&#232;nes. Il la jugeait &#171; &lt;i&gt;incomp&#233;tente et rancuni&#232;re&lt;/i&gt; &#187; (Verni&#232;re, 1998). Il voyait dans la foule les bourreaux de Socrate. Ses pr&#233;f&#233;rences se portaient vers l'aristocratie. Dans ses derni&#232;res ann&#233;es, X&#233;nophon &#233;voluera vers le r&#234;ve monarchique d'un &#171; &lt;i&gt;despote &#233;clair&#233;&lt;/i&gt; &#187;, une sorte de &#171; &lt;i&gt; souverain providentiel &lt;/i&gt; &#187; (Verni&#232;re, 1998). Que pense-t-il alors de la tyrannie ? Comment son analyse se distingue-t-elle de celle de Platon, d'Aristote, d'&#201;pict&#232;te et de Polybe ? Les modernes et les contemporains ont-ils raison de substituer tyrannie par &#171; &lt;i&gt;autoritarisme&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;totalitarisme&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hi&#233;ron&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dialogue intitul&#233; &lt;i&gt;Hi&#233;ron&lt;/i&gt; constitue un parall&#232;le entre la vie du tyran et celle de l'homme priv&#233; (X&#233;nophon, 1954 ; 2021). Dans ce cadre, le po&#232;te Simonide, venu rendre visite &#224; Hi&#233;ron l'Ancien, fr&#232;re de G&#233;lon et tyran de Syracuse, engage avec lui un &#233;change qui porte sur les diverses conditions de l'existence humaine. Simonide, interrogeant son h&#244;te sur la nature de sa condition apr&#232;s &#234;tre pass&#233; du rang de simple particulier &#224; celui de tyran, lui demande s'il pr&#233;f&#232;re d&#233;sormais celle qui est la sienne. Hi&#233;ron r&#233;pond en retra&#231;ant le tableau de sa situation sous les couleurs les plus sombres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse des douceurs de l'amiti&#233;, il ne conna&#238;t que les m&#233;fiances et les soup&#231;ons inh&#233;rents &#224; la tyrannie : il se trouve constamment g&#234;n&#233; au milieu des richesses, contraint de s'appuyer sur des &#233;trangers par crainte d'&#234;tre trahi ou assassin&#233; par ses sujets. Or, bien que la tyrannie apparaisse comme un mal insupportable, le danger demeure pour lui de s'en d&#233;partir. Telle est la vie d'Hi&#233;ron et tels sont les maux qui l'assaillent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simonide ne croit pas &#224; l'irr&#233;versibilit&#233; de ces malheurs ; et comme il existe des cas dont la gu&#233;rison d&#233;pend du caract&#232;re et de la volont&#233; d'Hi&#233;ron lui-m&#234;me, il d&#233;montre que, dans sa condition nouvelle, il peut encore atteindre le bonheur si, d&#232;s lors, il oriente tous ses efforts et emploie l'int&#233;gralit&#233; de ses ressources &#224; favoriser le bonheur de la cit&#233; sur laquelle s'exerce son pouvoir absolu[1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Diff&#233;rences dans l'analyse de la tyrannie chez Platon, Aristote, &#201;pict&#232;te et Polybe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manifestement, l'analyse de la tyrannie a donn&#233; lieu &#224; des approches diversifi&#233;es chez les auteurs de l'Antiquit&#233;. Pour Platon (428/427 &#224; 348/347 av. J.-C.), la tyrannie est la pire des formes de gouvernement. Il s'agit, pour lui, d'une sorte de maladie de l'&#201;tat. Le tyran est d&#233;peint comme un &#234;tre d&#233;mesur&#233; et violent, soumis &#224; ses passions ill&#233;gitimes, exer&#231;ant son pouvoir par la violence et la peur. Platon s'oppose fermement &#224; la tyrannie. Dans &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;, il pr&#233;conise le r&#232;gne des philosophes-rois, capables de diriger avec justice et sagesse, alors que dans le livre &lt;i&gt;Les lois&lt;/i&gt;, il envisageait la possibilit&#233; de l'existence du &#171; &lt;i&gt;bon tyran&lt;/i&gt; &#187; (Guineret, 2014, p. 765 ; Million-Delson, 1985, p. 177 ; Platon, 2006, &#167;709e).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristote (-384 &#224; -322), de son c&#244;t&#233;, consid&#232;re la tyrannie comme la forme la plus ignoble de la monarchie d&#233;voy&#233;e (&#171; &lt;i&gt; le pire des gouvernements &lt;/i&gt; &#187;), gouvernant uniquement pour l'int&#233;r&#234;t personnel du tyran, sans justice ni souci du bien commun. La tyrannie repose sur la peur, la manipulation et la violence (Aristote, 1971, p. 106-107).&#8203;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&#233;nophon (un contemporain de Platon), au contraire, pr&#233;sente le tyran comme un personnage complexe et malheureux, souvent isol&#233;, jaloux des richesses et prisonnier de ses propres d&#233;sirs excessifs. Dans son dialogue &lt;i&gt;Hi&#233;ron&lt;/i&gt;, il explore la possibilit&#233; de r&#233;former ou d'orienter le tyran vers un comportement plus vertueux et heureux, distinguant le tyran du roi par l'absence d'&lt;i&gt;eusebia&lt;/i&gt; (pi&#233;t&#233;, respect des dieux) et le non-respect de la loi. Pour X&#233;nophon, le tyran vit dans la m&#233;fiance constante et l'ins&#233;curit&#233;, ce qui g&#226;che son existence. Il porte un regard moins abstrait et plus politique sur la tyrannie, soulignant la dimension sociale et morale du tyran et tentant d'en comprendre la nature pour envisager une r&#233;forme possible.&#8203;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse de Polybe (-200 &#224; -120) sur le tyran comporte une diff&#233;rence notable de celle de X&#233;nophon. Polybe pr&#233;sente le tyran dans le cadre de sa th&#233;orie de l'&lt;i&gt;anacyclose&lt;/i&gt; (un cycle de transformation successive des r&#233;gimes politiques). Pour lui, la tyrannie est une forme corrompue de la monarchie, c'est-&#224;-dire o&#249; le pouvoir devient absolu, arbitraire et oppressif. Il distingue le tyran du roi : ce dernier gouverne avec vertu et sagesse, alors que le premier est corrompu, gouverne dans son int&#233;r&#234;t personnel, par la peur et la violence. La tyrannie conduit &#224; la chute du r&#233;gime et &#224; la transition vers une aristocratie, suivant un cycle politique naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;pict&#232;te (50 &#224; 135) invite pour sa part &#224; l'indiff&#233;rence et au d&#233;tachement int&#233;rieur face au pouvoir arbitraire du tyran. Il optait pour la libert&#233; int&#233;rieure et la r&#233;sistance psychologique plut&#244;t que sur la lutte politique contre la tyrannie. Pour lui, le tyran est celui qui a perdu le chemin vers sa propre sagesse et ne comprend pas sa place collective. Comme nous l'avons &#233;crit dans un autre article[2], &#201;pict&#232;te nous a donn&#233; la forte impression de pr&#244;ner une forme de passivit&#233; politique qui laisse le tyran agir tant que l'individu conserve sa s&#233;r&#233;nit&#233; int&#233;rieure.&#8203;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque de l'Antiquit&#233; grecque, le concept de tyrannie semble s'appliquer &#224; un r&#233;gime politique monocratique (ou d'une autorit&#233; arbitraire et parfois violente), n&#233; d'un coup de force et pouvant b&#233;n&#233;ficier, parfois (comme avec Pisistrate &#224; Ath&#232;nes) d'un appui populaire. Le tyran est donc celui qui s'est impos&#233; ou empar&#233; du pouvoir m&#234;me s'il pouvait, &#224; l'occasion, gouverner d'une mani&#232;re juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de tyrannie ne signifiera plus n&#233;cessairement la m&#234;me chose chez les auteurs modernes et ce, surtout &#224; partir de la p&#233;riode contemporaine (qui d&#233;bute avec la R&#233;volution fran&#231;aise).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La tyrannie chez les modernes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au chapitre 3 du livre XIX &lt;i&gt;De l'esprit des lois&lt;/i&gt;, Montesquieu distingue et oppose deux tyrannies : l'une r&#233;elle (d&#233;finie par r&#233;f&#233;rence aux lois) et l'autre, la tyrannie d'opinion (d&#233;finie par rapport aux m&#339;urs et aux mani&#232;res)[3] :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;strong&gt;De la tyrannie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il y a deux sortes de tyrannie : une r&#233;elle, qui consiste dans la violence du gouvernement ; et une d'opinion, qui se fait sentir lorsque ceux qui gouvernent &#233;tablissent des choses qui choquent la mani&#232;re de penser d'une nation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dion dit qu'Auguste voulut se faire appeler Romulus ; mais qu'ayant appris que le peuple craignait qu'il ne voul&#251;t se faire roi, il changea de dessein. Les premiers Romains ne voulaient point de roi, parce qu'ils n'en pouvaient souffrir la puissance ; les Romains d'alors ne voulaient point de roi, pour n'en point souffrir les mani&#232;res. Car, quoique C&#233;sar, les triumvirs, Auguste, fussent de v&#233;ritables rois, ils avaient gard&#233; tout l'ext&#233;rieur de l'&#233;galit&#233;, et leur vie priv&#233;e contenait une esp&#232;ce d'opposition avec le faste des rois d'alors ; et quand ils ne voulaient point de roi, cela signifiait qu'ils voulaient garder leurs mani&#232;res, et ne pas prendre celles des peuples d'Afrique et d'Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dion nous dit que le peuple romain &#233;tait indign&#233; contre Auguste, &#224; cause de certaines lois trop dures qu'il avait faites ; mais que sit&#244;t qu'il eut fait revenir le com&#233;dien Pylade, que les factions avaient chass&#233; de la ville, le m&#233;contentement cessa. Un peuple pareil sentait plus vivement la tyrannie lorsqu'on chassait un baladin, que lorsqu'on lui &#244;tait toutes ses lois.&lt;/i&gt; &#187; (Montesquieu, 1995[1748], p. 566).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Tocqueville et Mills (Well, 1968, p. 230) ont repris &#224; leur compte le concept de la tyrannie. Chez ces deux derniers auteurs, il ne s'agit pas d'un r&#233;gime politique, mais plut&#244;t d'une dynamique relationnelle entre une majorit&#233; num&#233;rique de la population qui refuserait &#224; une minorit&#233; de personnes ayant des caract&#233;ristiques communes l'exercice de certains droits. Il s'agit ici, chez ces deux auteurs, du ph&#233;nom&#232;ne de &#171; &lt;i&gt;la tyrannie de la majorit&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;alit&#233; politique contemporaine, le concept de tyrannie semble &#234;tre d&#233;laiss&#233; par les th&#233;oriciennes et les th&#233;oriciens. Ce sont plut&#244;t les concepts d'autoritarisme et de totalitarisme qui ont &#233;t&#233; privil&#233;gi&#233;s par les sp&#233;cialistes en philosophie politique et en science politique (Hermet, 1985, p. 271 ; Raynaud et Rials, 1996, p. 821-824). Comme si dans les p&#233;riodes pr&#233;c&#233;dant les temps modernes, il n'y avait pas d'&#201;tats ou on ne pouvait imaginer l'id&#233;e de la nation. Or, l'autoritarisme et le totalitarisme s'inscrivent dans une r&#233;alit&#233; politique suivant la division des pouvoirs fix&#233;s par Montesquieu ; division et distribution des pouvoirs entre le l&#233;gislatif et l'ex&#233;cutif, et ind&#233;pendance du pouvoir judiciaire. Des exemples de totalitarisme au XXe si&#232;cle d&#233;montrent leur apparition lors de victoires d&#233;mocratiques et non d'usurpations des gouvernements, la suppression des partis d'opposition et l'h&#233;g&#233;monie d'un groupe sous un chef d'&#201;tat qui prend possession de tous les pouvoirs. On a voulu ainsi s'&#233;loigner des r&#233;gimes du pass&#233;, afin de tenir compte des nouveaux rouages despotiques de notre &#233;poque. Or, pouvons-nous qualifier les tyrannies de l'Antiquit&#233; d'autoritarisme et de totalitarisme ? La plupart assur&#233;ment, selon leurs sp&#233;cificit&#233;s. &#192; l'inverse, pouvons-nous envisager de qualifier de tyrannies certains gouvernements ou &#201;tats actuels ? Bien entendu. Ce n'est pas parce que les partis au pouvoir ont &#233;t&#233; &#233;lus d&#233;mocratiquement qu'ils n'usurpent pas ou ne vont pas au-del&#224; des pouvoirs accord&#233;s. Ainsi, ramener des termes pass&#233;s ne doit pas toujours &#234;tre d&#233;cri&#233; tels des anachronismes, puisque leur usage sert &#224; d&#233;montrer &#224; quel point l'humain semble incapable d'apprendre de ses erreurs aussi lointaines soient-elles. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une morale sur la mis&#232;re du tyran&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons un bref instant avec X&#233;nophon avant de conclure. Contrairement &#224; ses confr&#232;res philosophes qui se placent &#224; l'ext&#233;rieur pour juger les tyrans, l'approche pr&#233;conis&#233;e dans &lt;i&gt;Hi&#233;ron &lt;/i&gt; permet de donner la parole au tyran lui-m&#234;me. Qui de mieux placer d'ailleurs pour discourir sur ses difficult&#233;s ou sa mis&#232;re que celui-ci, dirons-nous. Mais il y a plus, puisque le dialogue permet de mettre en lumi&#232;re l'enseignement re&#231;u de Socrate &#224; travers la dialectique. Il serait ais&#233; de revenir sur l'image pernicieuse du tyran comme la d&#233;peignent ceux et celles qui subissent son pouvoir. Simonide use plut&#244;t de la flatterie, vantant donc les richesses, les prouesses et la puissance du tyran, &#224; savoir une vie r&#234;v&#233;e, qui font l'envie et aussi la jalousie, quoique ces derniers sentiments soient sous-entendus. Car c'est Hi&#233;ron lui-m&#234;me qui les soul&#232;vera dans son argumentation contraire, d'o&#249; l'ouverture sur un dialogue favorable &#224; la dialectique socratique, afin d'exposer soudainement une vie cauchemardesque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opulence et la gouverne ne semblent pas accorder le bonheur et pour cause. Il subsiste une contradiction dans le d&#233;sir d'avoir toujours davantage et, par ricochet, de d&#233;fendre constamment ses acquis, pour ainsi cr&#233;er un &#233;tat d'insatisfaction, d'angoisse et de parano&#239;a permanent. L'usurpation du pouvoir soi-disant pour un bien renferme en elle-m&#234;me un ch&#226;timent. &#202;tre identifi&#233; de tyran signifie &#234;tre tomb&#233; dans la tyrannie ; il ne s'agit pas seulement d'actions port&#233;es contre autrui, mais aussi contre soi-m&#234;me. Voil&#224; pourquoi Platon a mis en corr&#233;lation l'homme (c'est-&#224;-dire l'humain) et sa cit&#233; (ou soci&#233;t&#233;) dans sa &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;, en raison de cette relation r&#233;ciproque o&#249; l'individu se colore de son groupe, comme le groupe se teinte de chaque individu. Et ses successeurs, entre autres Aristote, Polybe et ainsi de suite jusqu'&#224; Montesquieu, maintiendront ce fondement, ce qui inclut les facteurs qui servent &#224; corrompre les r&#233;gimes pour faire entrer la tyrannie. X&#233;nophon y participe &#224; sa fa&#231;on et tente, comme d&#233;j&#224; dit, d'attendrir le tyran pour le rendre meilleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simonide posera une question fort int&#233;ressante, possible de paraphraser comme suit : &#171; &lt;i&gt;si la tyrannie est &#224; ce point une chose mis&#233;rable, causant donc de grands maux, pourquoi ne pas s'en d&#233;livrer ?&lt;/i&gt; &#187;, et la r&#233;ponse d'Hi&#233;ron expose l'emprise qu'elle a sur lui : &#171; On ne peut s'en d&#233;faire &#187; (X&#233;nophon, 1878, p. 494), autrement dit &#171; on ne peut s'en sortir &#187;. Tyran une fois, tyran toujours, semble-t-il dire. La tyrannie ne consiste pas seulement &#224; un &#233;tat de fait ou des actes pos&#233;s, mais peut &#234;tre incarn&#233;e. Elle vit dans les gens, elle se colle &#224; la peau. Si une bonne r&#233;putation prend du temps &#224; se construire et se voit rapidement d&#233;truite, &#224; l'inverse la r&#233;putation de tyran se construit rapidement et prend beaucoup de temps &#224; se d&#233;faire. Dans son cas, Hi&#233;ron semble incapable d'envisager un retournement de situation, puisque cela lui exigerait une vie enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, Hi&#233;ron se confie sur la descente aux enfers de son &#226;me, puisque l'ambition du pouvoir lui a mont&#233; &#224; la t&#234;te, le faisant tomber dans la concupiscence et le mat&#233;rialisme extr&#234;me, &#224; savoir tout ce qui emp&#234;che l'&#233;l&#233;vation de l'&#226;me. D'ailleurs, la philosophie grecque pr&#234;chait la perfectibilit&#233;, non pas du corps, quoiqu'il soit d'une grande utilit&#233;, mais de l'&#226;me qui devait faire sa route sur terre et gagner des points pour l'autre-monde. Mais Hi&#233;ron a d&#233;j&#224; fait les premiers pas pour s'extirper de la tyrannie qui br&#251;le son &#226;me, ce qui s&#251;rement a &#233;t&#233; per&#231;u par Simonide, pour l'aider &#224; s'am&#233;liorer. Pour tout dire, le tyran a pris conscience des effets de la tyrannie &#224; la fois sur lui-m&#234;me et sur autrui ; il a appris ses effets d&#233;vastateurs. Ouvert &#224; la voie de sortie pr&#233;sent&#233;e par Simonide, nous pouvons toutefois anticiper celle qui le chicotait et qu'il attendait, &#224; savoir la mort, d'une fa&#231;on ou d'une autre : se tourner vers le bien risque de lui faire baisser sa garde, le rendant ainsi vuln&#233;rable, et pr&#233;f&#233;rer le statu quo le maintiendrait dans son &#233;tat de guet jusqu'&#224; la fin. Alors, l'exil ? Le r&#233;gime du solitaire ou la voie de se retrouver avec lui-m&#234;me serait assur&#233;ment une alternative profitable. D&#232;s lors, un sacrifice immense &#224; accepter, lui qui vivait dans le mat&#233;rialisme et l'abondance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc la morale de l'histoire pour ceux et celles qui aspirent au pouvoir, c'est-&#224;-dire d'&#233;viter les app&#226;ts rendant tyrannique, en pr&#233;f&#233;rant la vertu, en favorisant l'&#233;l&#233;vation de l'&#226;me plut&#244;t que les d&#233;sirs du corps et les frivolit&#233;s mat&#233;rialistes qui illusionnent en termes de prestige et qui cr&#233;ent une envie insatiable. Malheureusement, ce pr&#233;cepte ne semble pas avoir eu suffisamment d'&#233;cho, puisque de nos jours nous &#233;voluons dans un r&#233;gime &#233;conomique qui favorise les d&#233;viances menant &#224; la tyrannie. En raison du capitalisme actuel, le mat&#233;rialisme excessif par l'accumulation contribue &#224; une insatisfaction continue, alors qu'on nous promettait le bonheur. Ce bonheur possible pour quiconque, pour faire en m&#234;me temps de quiconque des tyrans de petits royaumes sous l'emprise de plus grands qui tirent les ficelles. La libert&#233; vant&#233;e l'est par la capacit&#233; de payer sa sortie du travail qui, paradoxalement, est n&#233;cessaire &#224; obtenir les moyens de s'en sortir et qui permet toujours d'accumuler davantage ; voil&#224; un rouage conflictuel qui sert bien l'accumulation exponentielle et donc l'impossibilit&#233; du contentement heureux. Car le jeu des comparaisons en soci&#233;t&#233; accentue les envies et les jalousies, poussant vers la qu&#234;te de l'image et de la performance. Voil&#224; l'emprise de la tyrannie qui se g&#233;n&#233;ralise plus que jamais, cr&#233;ant n&#233;vroses et psychoses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu importe l'&#233;poque, la tyrannie fait partie de l'&#234;tre humain, telle la fabulation de la sup&#233;riorit&#233; recherch&#233;e sur des semblables &#224; rendre concr&#232;te, et ce, toujours dans le but de gagner cette image aupr&#232;s d'elles et d'eux, puisque sans leur pr&#233;sence elle dispara&#238;trait. Voil&#224; donc une illusion qui s'associe &#224; des besoins &#233;go&#239;stes pourtant incapables de tout contr&#244;ler. Au fond, il y a refus d'accepter ce fait. Bien qu'il s'agisse d'un r&#233;flexe naturel, afin de nous aider &#224; faire face &#224; l'inconnu et ainsi se donner des rep&#232;res s&#233;curisants, celui-ci bloque notre apprentissage de la vie terrestre, nous impose donc &#224; porter des oeill&#232;res et &#224; devenir critiques &#224; l'endroit des autres, pr&#233;cis&#233;ment aussi &#224; l'endroit de leur fa&#231;on d'&#234;tre et de vivre. S'expose ici la premi&#232;re &#233;tape par laquelle un simple particulier peut en arriver &#224; devenir un jour tyran. En se comparant &#224; soi-disant mieux que lui, tout en envisageant le sens de la vie &#224; partir d'une vision &#224; sens unique, sans aucune alternative possible, ou pr&#233;f&#233;rant se cacher la vue si plusieurs se pr&#233;sentent. S'emp&#234;cher de voir se r&#233;v&#232;le peut-&#234;tre pire que de voir le mauvais de notre monde. Ainsi, s'imposer la tyrannie, c'est accepter de contr&#244;ler ce qui ne le devrait pas, au point de cr&#233;er des d&#233;bordements jusqu'&#224; la violence extr&#234;me pour casser ce qui doit (voire que l'on veut) casser. Un compl&#233;ment appara&#238;t avec &#201;pict&#232;te qui, par sa sagesse, nous propose de choisir de r&#233;guler ce qui nous concerne et non pas ce qui est hors de notre port&#233;e, mais plus encore, de reconna&#238;tre que ce qui nous trouble ne provient pas de l'ext&#233;rieur, bien plut&#244;t des jugements que nous portons, ce qui met au banc des accus&#233;s notre inclination &#224; nous illusionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue historique, la premi&#232;re r&#233;volution anglaise (&lt;i&gt;English Civil War&lt;/i&gt; qui se d&#233;roule de 1640 &#224; 1649) et la R&#233;volution fran&#231;aise de 1789 vont proc&#233;der &#224; l'ex&#233;cution des rois Charles Ier et Louis XVI. Est-ce l&#224; la preuve que la tyrannie cesse d'exister et dispara&#238;t, pour autant, &#224; tout jamais du paysage politique r&#233;el et qu'il faille par cons&#233;quent substituer au concept de tyrannie ceux d'autoritarisme et de totalitarisme ? Chez les Grecs de l'Antiquit&#233; la typologie des r&#233;gimes politiques focalise sur le nombre des d&#233;tenteurs du pouvoir (un : la monarchie ; une minorit&#233; : l'aristocratie ; le plus grand nombre : la r&#233;publique ou la d&#233;mocratie). On mentionne &#233;galement son &#233;quivalent corrompu : la tyrannie, l'oligarchie et la d&#233;mocratie ou l'ochlocratie. Dans &lt;i&gt;Alcibiade&lt;/i&gt;, Socrate enseigne &#224; Alcibiade que pour diriger une Cit&#233;-&#201;tat l'aspirant au pouvoir doit se conna&#238;tre lui-m&#234;me et surtout &#234;tre capable de se gouverner lui-m&#234;me avant de vouloir diriger autrui. Que ce soit chez Platon ou X&#233;nophon, il y a un aspect psychologique &#224; prendre en consid&#233;ration dans l'analyse du pouvoir politique ou de la gouverne de la Cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les analystes du pouvoir politique ou de l'&#201;tat semblent pr&#233;f&#233;rer aujourd'hui les concepts d'autoritarisme ou de totalitarisme pour l'&#233;tude de l'&#201;tat. Tout semble se passer comme si l'analyse de la relation politique entre &#171; &lt;i&gt; dirigeantEs &#187; et &#171; dirig&#233;Es &lt;/i&gt; &#187; pouvait se d&#233;duire uniquement d'un cadre structurel (le fascisme, le nazisme, le communisme, etc.) ou d'un r&#233;gime politique liberticide qui aurait peu &#224; voir avec la soif de domination ou de commandement du, de la ou des dirigeantEs qui est ou sont au poste de commande dans une soci&#233;t&#233;. On semble avoir oubli&#233; que la condition humaine nous met toujours en pr&#233;sence de personnes d&#233;chir&#233;es entre la rationalit&#233; (n&#233;cessairement limit&#233;e) et, par cons&#233;quent, l'irrationalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;gimes politiques pr&#233;sidentiels et parlementaires n'ont pas fait dispara&#238;tre la possibilit&#233; de voir appara&#238;tre des dirigeantEs irrationnelLEs, donc aux &#233;lans tyranniques. L'acc&#232;s au pouvoir, m&#234;me aujourd'hui, ne se fait pas toujours dans le respect des r&#232;gles juridiques ou l&#233;gales. Une fois install&#233; dans la chaise pr&#233;sidentielle ou dans le poste de &lt;i&gt;primus inter pares&lt;/i&gt;, la soif de domination peut monter vite &#224; la surface et la gouverne peut prendre une direction hors-la-loi. Le risque de contrainte par une seule ou un seul qui d&#233;cide reste toujours possible m&#234;me si la monarchie absolue, de droit divin ou non, ne semble plus avoir sa place dans les d&#233;mocraties pluralistes repr&#233;sentatives occidentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut jamais cesser de se demander qui prend les d&#233;cisions ? Comment l'alternative a-t-elle &#233;t&#233; d&#233;battue, discut&#233;e ou prise en consid&#233;ration ? Dans un regroupement humain organis&#233;, le pouvoir politique vient n&#233;cessairement avec la lutte pour la conqu&#234;te et l'exercice du pouvoir. La personne qui est au pouvoir sait qu'elle peut &#234;tre renvers&#233;e ou chass&#233;e du pouvoir de diff&#233;rentes fa&#231;ons, c'est-&#224;-dire l&#233;galement ou ill&#233;galement. Elle n'&#233;chappe pas non plus &#224; la tentation de vouloir r&#233;duire les moyens de contestation de ses adversaires ou de ses ennemiEs. La vie politique est une vie de conflits qui sont susceptibles de se transformer en affrontements violents, et la t&#226;che de la personne au pouvoir consiste &#224; r&#233;primer cette violence, parfois avec la loi, la ruse ou la violence (Machiavel, 1980).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apprendre &#224; se gouverner soi-m&#234;me ne semble toujours pas une chose simple ou facile en ce bas monde. La dimension psychologique ne doit pas &#234;tre exclue dans l'analyse comportementale des dirigeantEs politiques. Telle est la le&#231;on que nous retenons de l'analyse de X&#233;nophon au sujet de la tyrannie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guylain Bernier&lt;br class='autobr' /&gt;
Yvan Perrier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Pour une analyse d&#233;taill&#233;e d'Hi&#233;ron, nous r&#233;f&#233;rons la lectrice et le lecteur &#224; Louis-Andr&#233; Dorion (X&#233;nophon, 2021, p. VII-CXLIV).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Bernier, Guylain et Yvan Perrier. 2025. &#171; &#201;pict&#232;te : R&#233;flexion critique sur le sto&#239;cisme, la tyrannie et l'engagement politique &#187;. &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/Epictete&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.pressegauche.org/Epictete&lt;/a&gt;. Consult&#233; le 8 novembre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] La &#171; tyrannie d'opinion &#187; est mise en &#339;uvre par ceux qui gouvernent sur l'opinion. &#171; &lt;i&gt;Ce sont les m&#339;urs et les mani&#232;res en tant qu'elles dictent les &#233;valuations de la vie quotidienne.&lt;/i&gt; &#187; (Binoche, &lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pur/100680?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/pur/100680?lang=fr&lt;/a&gt;. note 12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristote. 1971. &lt;i&gt;La politique&lt;/i&gt;. Paris : &#201;ditions Gonthier, p. 106-107.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Degage, Alain. 1984. &#171; X&#233;nophon d'Ath&#232;nes &#187;. In Denis Huisman. &lt;i&gt;Dictionnaire des philosophes&lt;/i&gt;. Paris : Presses Universitaires de France, p. 2686-2687.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guineret, Herv&#233;. 2014. &#171; Tyrannie &#187;. In Jean-Pierre Zarader. &lt;i&gt;Dictionnaire de philosophie&lt;/i&gt;. Paris : Ellipses poche, p. 765-766.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hermet, Guy. 1985. &#171; L'autoritarisme &#187;. In Madeleine Grawitz et Jean Leca. &lt;i&gt;Trait&#233; de science politique : Les r&#233;gimes politiques contemporains&lt;/i&gt;. Tome 2. Paris : Presses Universitaires de France, p. 269-312.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hermet, Guy &lt;i&gt;et al&lt;/i&gt;. 2015.&lt;i&gt; Dictionnaire de la science politique et des institutions politiques&lt;/i&gt;. Paris : Armand Colin, p. 305.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Machiavel. 1980. &lt;i&gt;Le prince&lt;/i&gt;. Paris : Gallimard, 473 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Million-Delson, Chantal. 1985. &lt;i&gt;Essai sur le pouvoir occidental&lt;/i&gt;. Paris : Presses Universitaires de France, 252 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Montesquieu, Charles de Secondat. 1995[1748]. &lt;i&gt;De l'esprit des lois&lt;/i&gt;, I. Paris : Gallimard. 604 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Platon. 2000. &lt;i&gt;Alcibiade&lt;/i&gt;. Paris : Garnier-Flammarion, 245 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Platon. 2006. &lt;i&gt;Les lois : Livres I &#224; VI&lt;/i&gt;. Paris : Garnier-Flammarion, 459 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Polybe. 2003. &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;. Paris : Gallinard, p. 549 &#224; 559.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raynaud, Philippe et St&#233;phane Rials. 1996. &#171; Tyrannie et despotisme &#187;. &lt;i&gt;Dictionnaire de philosophie politique&lt;/i&gt;. Paris : Presses Universitaires de France, p. 821-825.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Verni&#232;re, Yvonne. 1998. &#171; X&#233;nophon &#187;. In Plusieurs auteurs. &lt;i&gt;Dictionnaire des philosophes&lt;/i&gt;. Paris : Encyclopedia Universalis/Albin Michel, p. 1587-1591.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Well, &#201;ric. 1968. &#171; Politique : La philosophie politique &#187;. &lt;i&gt;Encyclopedia Universalis&lt;/i&gt;. Corpus 13. Encyclopedia Universalis France S.A., p. 225-231.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&#233;nophon. 1878. &lt;i&gt;Morceaux choisis de X&#233;nophon&lt;/i&gt;. Expliqu&#233;s litt&#233;ralement par F. de Parnajon, traduit en fran&#231;ais par E. Talbot. Paris : Librairie Hachette et Cie, 804 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&#233;nophon. 1954. &#171; Hi&#233;ron ou le trait&#233; sur la tyrannie &#187;. In Leo Strauss. &lt;i&gt;De la tyrannie&lt;/i&gt;. Paris : Gallimard, p. 9-38.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&#233;nophon. 2021. &lt;i&gt;Hi&#233;ron&lt;/i&gt;. Paris : Les Belles Lettres, 156 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******&lt;/p&gt;
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