<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.pressegauche.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
	<link>https://www.pressegauche.org/</link>
	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.pressegauche.org/spip.php?id_auteur=7678&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
		<url>https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L144xH36/ptag-logo-1200x300px-02d59.png?1781022263</url>
		<link>https://www.pressegauche.org/</link>
		<height>36</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Accueil et int&#233;gration des r&#233;fugi&#233;s : l'ambivalence polonaise</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Accueil-et-integration-des-refugies-l-ambivalence-polonaise</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Accueil-et-integration-des-refugies-l-ambivalence-polonaise</guid>
		<dc:date>2022-06-07T07:02:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Yves Potel</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Pologne</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-06-07</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre en Ukraine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La Pologne accueille des millions de r&#233;fugi&#233;s ukrainiens. On les remarque aussit&#244;t, on les entend dans les rues. On leur sourit. L'atmosph&#232;re est diff&#233;rente. En moins de deux mois, les grandes villes ont vu leurs populations gonfl&#233;es, de 19 % &#224; Cracovie &#224; 25 % &#224; Gdansk. Une migration rapide, traumatisante pour ceux qui doivent partir. Elle se pr&#233;sente comme un d&#233;fi majeur sur le flanc Est de l'Europe, alors que la guerre se poursuit. &lt;br class='autobr' /&gt; 2 juin 2022 | tir&#233; d'AOC media &lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier accueil a (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Pologne-+" rel="tag"&gt;Pologne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-06-07-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-06-07&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Guerre-en-Ukraine-+" rel="tag"&gt;Guerre en Ukraine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH82/arton53205-a596b.png?1782209957' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='82' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La Pologne accueille des millions de r&#233;fugi&#233;s ukrainiens. On les remarque aussit&#244;t, on les entend dans les rues. On leur sourit. L'atmosph&#232;re est diff&#233;rente. En moins de deux mois, les grandes villes ont vu leurs populations gonfl&#233;es, de 19 % &#224; Cracovie &#224; 25 % &#224; Gdansk. Une migration rapide, traumatisante pour ceux qui doivent partir. Elle se pr&#233;sente comme un d&#233;fi majeur sur le flanc Est de l'Europe, alors que la guerre se poursuit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;2 juin 2022 | tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://aoc.media/analyse/2022/06/01/accueil-et-integration-des-refugies-lambivalence-polonaise/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;AOC media&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier accueil a &#233;t&#233; chaleureux, l'&#339;uvre d'une population polonaise sensibilis&#233;e par les dangers de cette guerre. Elle s'est pr&#233;cipit&#233;e &#224; la rencontre des foules qui s'entassaient aux postes-fronti&#232;res ; des associations et beaucoup de collectivit&#233;s locales ont organis&#233; un syst&#232;me efficace et b&#233;n&#233;vole de prise en charge. Le gouvernement s'est montr&#233; solidaire de l'Ukraine face &#224; la Russie, il a mis en place la directive europ&#233;enne de protection temporaire d&#233;bloqu&#233;e le 3 mars par la Commission europ&#233;enne. Une loi a &#233;t&#233; adopt&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque r&#233;fugi&#233; venant d'Ukraine a pu b&#233;n&#233;ficier rapidement, parfois en quelques heures, d'un statut protecteur pour dix-huit mois renouvelables, comprenant des aides financi&#232;res, un h&#233;bergement provisoire, le droit au travail, l'acc&#232;s aux services de sant&#233;, &#224; l'&#233;cole pour les enfants, un num&#233;ro de s&#233;curit&#233; sociale et le b&#233;n&#233;fice de nombreux services sociaux. Fin avril, plus d'un million de personnes ont d&#233;j&#224; leur num&#233;ro. Certains b&#233;n&#233;ficient d'un accueil particulier comme par exemple les Roms ukrainiens &#224; Bialystok, dans un centre d&#233;di&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux fronti&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux groupes font exception. Les non ukrainiens venant d'Ukraine, 258 000 selon l'Organisation internationale des migrations (OIM), des &#233;tudiants ou travailleurs &#233;trangers, des conjoints ou conjointes d'Ukrainiens (25 nationalit&#233;s repr&#233;sent&#233;es). Ils n'obtiennent pas une protection aussi longue, seulement quinze jours renouvelables, et sont invit&#233;s &#224; rentrer dans leur pays d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette population a fait parfois l'objet de pr&#233;jug&#233;s et de discriminations racistes &#224; la fronti&#232;re. Des associations comme celle des jeunes du Club des intellectuels catholiques (KIK) ou des mouvements de jeunes Juifs, se sont rendus &#224; la fronti&#232;re pour s'adresser particuli&#232;rement &#224; eux. Des auberges, &#224; Varsovie et Cracovie, ont &#233;t&#233; sp&#233;cialement am&#233;nag&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre exception est h&#233;rit&#233;e de la crise avec la Bi&#233;lorussie cet hiver, et &#233;volue dans une toute autre direction. On se souvient qu'Alexandre Loukachenko, l'homme fort du pays, mal r&#233;&#233;lu, avait organis&#233; une crise migratoire artificielle en faisant venir d'Istanbul des convois de migrants auxquels il avait promis un passage facile &#224; l'Ouest via la Pologne et la Lituanie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il cherchait, semble-t-il, &#224; d&#233;stabiliser ses voisins pour se venger du fait qu'ils avaient accueilli des opposants bi&#233;lorusses. La Pologne avait r&#233;pondu en fermant sa fronti&#232;re, et les r&#233;fugi&#233;s &#8211; des Afghans, des Kurdes, Syriens ou Africains &#8211;, &#233;taient renvoy&#233;s par les garde-fronti&#232;res polonais. Pouss&#233;s d'un c&#244;t&#233;, repouss&#233;s de l'autre, des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants se sont trouv&#233;s pris au pi&#232;ge, et dans des situations dramatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'ont pas disparu avec l'attaque de l'Ukraine par la Russie. Au contraire, depuis mars, &#231;a n'arr&#234;te pas. Tandis que les autorit&#233;s polonaises construisent un mur de 186 km sur la fronti&#232;re bi&#233;lorusse[1], des groupes de migrants (souvent des familles) expuls&#233;s par la Bi&#233;lorussie errent dans les for&#234;ts polonaises, traqu&#233;s par la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des associations de b&#233;n&#233;voles r&#233;ussissent &#224; en recueillir certains, &#224; les d&#233;fendre et &#224; obliger les autorit&#233;s polonaises &#224; les prendre en charge. C'est long et p&#233;nible, plusieurs activistes ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s. Toutefois des plaintes sont d&#233;pos&#233;es. Fin mars, le tribunal d'Hajn&#243;wka, une petite ville de Podlachie &#224; quelques kilom&#232;tres de la fronti&#232;re, a condamn&#233; la pratique du push back contre trois Afghans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui ne sont pas refoul&#233;s et qui parviennent &#224; d&#233;poser une demande de protection sont plac&#233;s dans des centres de r&#233;tention aux conditions de vie carc&#233;rales. Le 19 avril, cinq Syriens retenus dans ce genre d'&#233;tablissement &#224; Lesznowola (au centre du pays), se sont d&#233;clar&#233;s en gr&#232;ve de la faim pour protester contre leurs conditions d'accueil : &#171; Nous sommes trait&#233;s comme des criminels &#187;, crient-ils, alors qu'ils fuient l'arm&#233;e de Bachar el-Assad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils demandent &#224; &#234;tre transf&#233;r&#233;s dans un centre ouvert, et leur sort devient un objet de conflit entre le parti nationaliste conservateur Droit et Justice (PiS) au pouvoir, et l'opposition lib&#233;rale Plateforme civique (PO). Selon un communiqu&#233;, le Groupe Granica qui r&#233;unit des associations d'aide aux r&#233;fugi&#233;s, a re&#231;u du 12 au 18 avril des demandes d'aide de la part de 187 personnes dont 36 ont finalement &#233;t&#233; refoul&#233;es par les gardes-fronti&#232;res (parmi lesquelles une femme enceinte et 16 enfants).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette diff&#233;rence de traitement entre un petit groupe de r&#233;fugi&#233;s provenant d'autres guerres et l'immense population venue d'Ukraine, choque l'opinion et les b&#233;n&#233;voles mobilis&#233;s. Les autorit&#233;s se justifient en &#233;voquant des statuts diff&#233;rents, les demandeurs d'asile provenant d'autres pays que l'Ukraine devant se conformer aux statuts des accords de Schengen pratiqu&#233;s aux autres fronti&#232;res de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur demande, lorsqu'ils peuvent la d&#233;poser, est suivie de mois d'attente, et les demandeurs sont parqu&#233;s dans des centres qu'une expertise d'Amnesty International a baptis&#233; des &#171; Guant&#225;namo &#187; ! Deux associations ukrainiennes en Pologne s'indignent de ce traitement : &#171; Nous sommes &#233;tonn&#233;s que la Pologne, qui aide les r&#233;fugi&#233;s ukrainiens d'une si belle mani&#232;re, accueille cruellement des familles de r&#233;fugi&#233;s dans la for&#234;t, et les rejette en Bi&#233;lorussie &#187;, &#233;crivent-elles dans un communiqu&#233; du 17 avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; M&#234;me des nourrissons, des enfants en bas &#226;ge, des personnes handicap&#233;es ou gravement malades sont victimes d'expulsions. (&#8230;) Nous sommes &#233;tonn&#233;s d'observer des tentatives d'intimidation, de r&#233;pression et de punition d'activistes et de militants, y compris des habitants de Podlachie, qui font exactement la m&#234;me chose que les autres Polonais dans le cadre de la guerre en Ukraine : ils apportent une aide humanitaire aux n&#233;cessiteux, offrent un abri dans leurs propres maisons, ils conduisent les personnes dans le besoin vers un endroit s&#251;r. En aidant les personnes fuyant l'Ukraine, ce sont des h&#233;ros, en aidant les r&#233;fugi&#233;s &#224; la fronti&#232;re polono-bi&#233;lorusse, on les traite de criminels et on les menace d'emprisonnement &#187;. Et elles appellent les autorit&#233;s polonaises &#224; &#171; respecter les droits humains de toute personne fuyant la guerre, la violence ou la pers&#233;cution &#187;.[2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces bonnes paroles soul&#232;vent une question plus g&#233;n&#233;rale qui ne se limite pas au cas polonais. La pratique du push back pourtant condamn&#233;e par les l&#233;gislations europ&#233;ennes du droit d'asile, est tol&#233;r&#233;e par l'agence europ&#233;enne de garde-c&#244;tes et de garde-fronti&#232;res europ&#233;ens (Frontex). On le voit sur d'autres fronti&#232;res, ou en mer &#201;g&#233;e selon une &#233;tude r&#233;cente de l'Office europ&#233;en de lutte antifraude[3]. Dans une p&#233;riode o&#249; l'Union europ&#233;enne se promet de rediscuter sa politique migratoire, ces pratiques oppos&#233;es sur deux fronti&#232;res d'un m&#234;me &#201;tat sont alarmantes. Il devient urgent de mutualiser les moyens et les r&#232;gles dans le cadre d'une politique migratoire incluant toutes les formes de migrations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle int&#233;gration ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce faire, l'observation en temps r&#233;el de la mise en &#339;uvre du nouveau statut de protection temporaire, place la Pologne en position d'un laboratoire o&#249; nombre de situations sont &#226;prement d&#233;battues. En effet, une chose est de garantir un statut et une protection aux r&#233;fugi&#233;s ukrainiens qui fuient la guerre, toute autre est le choix de les int&#233;grer durablement dans la soci&#233;t&#233; polonaise. Tel est l'enjeu majeur des prochains mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de quelques mois d'accueil, l'enthousiasme et le d&#233;vouement des premi&#232;res semaines se transforme en inqui&#233;tude, un d&#233;but de lassitude est perceptible chez les accueillants (on parle m&#234;me de burn-out du b&#233;n&#233;volat). Une question est sur toutes les l&#232;vres : combien de temps ? Certains ont pr&#233;venu d'embl&#233;e les r&#233;fugi&#233;s qu'ils ne les h&#233;bergeraient que quelques semaines. Mais &#231;a ne r&#233;sout rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun se rend bien compte que &#231;a durera longtemps, quelle que soit l'&#233;volution des combats. L'hypoth&#232;se d'une guerre longue est aujourd'hui privil&#233;gi&#233;e. Partager son logement, g&#233;n&#233;ralement modeste, avec des gens d&#233;sesp&#233;r&#233;s et effray&#233;s, peut devenir p&#233;nible et co&#251;ter cher, alors que dans le m&#234;me temps, ces r&#233;fugi&#233;s doivent se fixer quelque part, ne serait-ce que pour travailler ou scolariser les enfants. Pour s'en sortir, la bonne volont&#233; et le b&#233;n&#233;volat des accueillants ne peut plus suffire. Une int&#233;gration durable devient la priorit&#233;. Ces femmes et ces enfants ont quitt&#233; leur maison, leur vie, leur fils, leur p&#232;re et leur mari.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si une l&#233;g&#232;re augmentation des retours est sensible &#224; la fronti&#232;re polonaise depuis le retrait des troupes russes autour de Kiev, elle d&#233;passe &#224; peine le nombre d'entr&#233;es, autour de 20 000 personnes par jour dans les deux sens. Les relev&#233;s de l'UNHCR insistent sur leur caract&#232;re &#171; pendulaire &#187;, la situation est qualifi&#233;e de &#171; tr&#232;s volatile &#187;. Les questionnaires individuels &#224; la fronti&#232;re mettent en valeur les raisons familiales (31 % des cas) et des visites temporaires (20 %) notamment &#224; l'occasion de la P&#226;que orthodoxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les associations et les collectivit&#233;s locales en premi&#232;re ligne, insistent donc sur la n&#233;cessit&#233; d'une meilleure implication des services et des administrations publiques, et discutent la politique du gouvernement. Car l'&#201;tat ne r&#233;pond pas comme il le faudrait. Sans entrer ici dans le d&#233;tail &#8211; la presse polonaise d&#233;borde d'exemples et de discussions &#8211; on peut citer deux domaines parmi les plus probl&#233;matiques : trouver un toit et une &#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ne peut &#234;tre satisfait sur la seule base d'initiatives priv&#233;es et associatives. Inversement, il ne saurait &#234;tre question de les entasser dans des camps ou des centres de r&#233;tention comme &#224; la fronti&#232;re bi&#233;lorusse. La mise en &#339;uvre de la directive europ&#233;enne et la loi adopt&#233;e garantissent la libre circulation et le droit au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; points d'accueil &#187; organis&#233;s pr&#232;s de la fronti&#232;re &#8211; comme la halle Tesco &#224; Przemysl &#8211; ou dans les grandes villes &#8211; la Halle Torwar &#224; Varsovie &#8211; n'h&#233;bergent les r&#233;fugi&#233;s que quelques jours, le temps que des particuliers ou des associations viennent les chercher et les loger chez l'habitant ou dans des h&#244;tels ou des logements am&#233;nag&#233;s mis &#224; disposition par les municipalit&#233;s, les pr&#233;fectures (vo&#239;vodies) ou des particuliers. Des trains ou des bus peuvent &#233;galement les conduire dans des pays comme l'Allemagne et l'Autriche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, selon les recensements des associations, 80 % des 2,5 millions de r&#233;fugi&#233;s ukrainiens actuellement en Pologne sont h&#233;berg&#233;s par des particuliers, des associations et organismes priv&#233;s, les autres dans des &#233;tablissements publics municipaux. Ce qui est jug&#233; tr&#232;s insuffisant dans le contexte d'un march&#233; locatif priv&#233; peu accessible &#224; la majorit&#233; des r&#233;fugi&#233;s : ces derni&#232;res semaines les prix explosent dans les grandes villes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le gouvernement a mis en place une aide financi&#232;re aux familles accueillantes, 1 200 PLN (256 euros) par personne pendant soixante jours, mais apr&#232;s ?, demandent les associations. Quid des mesures de r&#233;gulation du march&#233; locatif par l'&#201;tat ? Une int&#233;gration r&#233;ussie passera d'abord par la possibilit&#233; de se loger convenablement et de reconstruire un chez-soi familial. Et donc par une location.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, les ONG et les villes se plaignent d'une mauvaise coop&#233;ration avec le gouvernement et ses administrations, quoi qu'en dise le ministre charg&#233; des r&#233;fugi&#233;s. La seule qui se dise satisfaite est la Croix-Rouge polonaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les &#233;coles, le principe de la scolarisation des enfants ukrainiens a &#233;t&#233; aussit&#244;t admis et organis&#233; par l'&#233;ducation nationale polonaise. Mais sur 700 000 enfants r&#233;fugi&#233;s, le ministre estime &#224; seulement 161 000 le nombre d'&#233;l&#232;ves dans les &#233;tablissements polonais (dont 120 000 dans le primaire), avec aussit&#244;t le probl&#232;me de la langue et des programmes enseign&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les sondages aupr&#232;s des r&#233;fugi&#233;s, seulement 26 % des adultes ma&#238;triseraient correctement le polonais, 55 % l'anglais et 90 % le russe. C'est pourquoi une grande partie des enfants pr&#233;f&#232;rent suivre des cours &#224; distance en ukrainien selon le principe demand&#233; par Kiev. &#199;a devrait &#233;galement leur permettre de terminer leur ann&#233;e scolaire et de se pr&#233;senter aux examens (entr&#233;e au lyc&#233;e, baccalaur&#233;at).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;cole polonaise, le ministre a au contraire favoris&#233;, en plus de l'apprentissage du polonais (dans des classes sp&#233;ciales), le suivi des cours ordinaires pour se pr&#233;senter aux examens de fin d'ann&#233;e en polonais. Ce qui a entrain&#233; une vive pol&#233;mique. Le ministre est accus&#233; dans une lettre au Premier ministre sign&#233;e par les principales organisations d'enseignants, de vouloir &#171; poloniser &#187; autoritairement ces enfants, de ne pas tenir compte de la &#171; sp&#233;cificit&#233; des r&#233;fugi&#233;s de guerre soucieux de rentrer chez eux le plus rapidement possible &#187; et veulent poursuivre leur cursus ukrainien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que confirme le refus de l'&#201;ducation nationale d'embaucher des professeurs ukrainiens pourtant nombreux parmi les r&#233;fugi&#233;s, et surtout d'imposer le passage des examens en polonais. L'absurdit&#233; de cette contrainte s'est sold&#233;e par le fait que seulement 47 &#233;l&#232;ves ukrainiens se sont inscrits aux examens de fin d'&#233;tudes secondaires et 6 600 &#224; ceux pour entrer au lyc&#233;e, pr&#233;vus fin mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeunesse a vot&#233; avec ses pieds, constate un &#233;ditorialiste[4]. Des mairies d'opposition y suppl&#233;ent en offrant des services alternatifs. Ainsi, Varsovie a organis&#233; un r&#233;seau de t&#233;l&#233;enseignement en ukrainien, mettant &#224; la disposition des jeunes r&#233;fugi&#233;s des ordinateurs et des salles de travail dans plusieurs quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux exemples auxquels on pourrait ajouter des questions aussi essentielles que le travail, la sant&#233; ou la s&#233;curit&#233;, mettent en valeur les obstacles pratiques et les conflits politiques qui p&#232;sent sur l'avenir des r&#233;fugi&#233;s en Pologne. Auxquels il faut ajouter le conflit sur l'&#201;tat de droit avec l'UE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PiS au pouvoir refuse toujours d'appliquer les d&#233;cisions de la Cour de justice de l'Union europ&#233;enne, ce qui bloque l'acc&#232;s de la Pologne aux financements du plan de relance (58 milliards d'euros) et p&#232;se sur les moyens disponibles. Les municipalit&#233;s sont contraintes de s'endetter. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, l'&#201;tat n'a pu recevoir qu'un demi-milliard r&#233;cup&#233;r&#233; sur un fonds d'intervention de la Commission (REACT-EU).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, l'accueil ne se limite pas aux premiers jours. Il impose une r&#233;flexion plus approfondie sur la question de l'int&#233;gration durable des r&#233;fugi&#233;s. On ne peut la r&#233;duire &#224; des comportements compassionnels face &#224; l'&#233;preuve de la guerre. Il s'agit de penser, &#224; moyen terme, la cohabitation et le m&#233;lange entre populations de cultures diff&#233;rentes, leur bonne intelligence et compr&#233;hension mutuelle. Et de s'en donner les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 mai, s'est tenue &#224; Wroc&#322;aw une tr&#232;s importante r&#233;union en ce sens. Elle a r&#233;uni 120 personnes (responsables de collectivit&#233;s locales, experts, syndicats, militants d'associations d'aide aux r&#233;fugi&#233;s, etc.) et des repr&#233;sentants du gouvernement (pas de ministres) pour poser les bases d'une politique migratoire inexistante en Pologne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a fait appel aux autorit&#233;s de l'&#201;tat pour un plus grand engagement et une r&#233;elle concertation sociale &#8211; &#171; sans coordination, financement et un bon cadre juridique, il sera impossible de relever un d&#233;fi aussi important que l'admission et l'int&#233;gration de deux millions de personnes en provenance d'Ukraine &#187; &#8211; et d&#233;finit tr&#232;s concr&#232;tement les mesures n&#233;cessaires &#224; court et moyen terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huit commissions ont travaill&#233; sur le march&#233; du travail, l'&#233;ducation, le logement, la sant&#233; et la protection sociale, l'int&#233;gration civique, les financements et la l&#233;gislation, la s&#233;curit&#233; et la cybers&#233;curit&#233;. La situation &#224; la fronti&#232;re bi&#233;lorusse a &#233;galement &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agnieszka Kosowicz, la pr&#233;sidente du Forum polonais sur les migrations qui r&#233;unit la plupart des associations mobilis&#233;es, avait d&#233;j&#224; soulev&#233; cette question d&#232;s le mois de mars. Lors d'un entretien, elle constatait tout simplement l'absence de strat&#233;gie gouvernementale en la mati&#232;re. Elle insiste sur les cons&#233;quences &#224; long terme de l'int&#233;gration d'une si grande vague de r&#233;fugi&#233;s : &#171; Nous devons changer notre fa&#231;on de voir la Pologne comme un pays homog&#232;ne habit&#233; par des personnes d'une seule nationalit&#233;. Une telle vision ne correspond plus &#224; la r&#233;alit&#233;. Il y aura encore des migrations, non seulement li&#233;es aux guerres, mais aussi, par exemple, au changement climatique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle imagine que la Pologne devra renouer avec son long pass&#233; multiculturel d&#233;truit par la Seconde Guerre mondiale. &#171; Nous devons red&#233;finir notre vision et notre fa&#231;on de penser la polonit&#233; et ce que signifie &#234;tre polonais. Il faut en finir avec les mythes d'une Pologne nationale-chr&#233;tienne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; propos des Ukrainiens, elle pr&#233;cise : &#171; Bien s&#251;r, tous ceux qui ont quitt&#233; l'Ukraine pendant la guerre ne resteront pas en Pologne. Certains rentreront, surtout si la guerre se termine. Mais m&#234;me dans ce sc&#233;nario optimiste, tout le monde n'aura pas o&#249; aller, beaucoup de villes ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; compl&#232;tement d&#233;truites. Une famille avec de jeunes enfants voudra-t-elle retourner dans les ruines de sa maison ou bien pr&#233;f&#232;rera-t-elle se consolider ici ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sister &#224; cette guerre, la gagner, commence sans doute par le fait d'admettre qu'elle bouleverse durablement l'Europe du Centre-Est, et qu'il faut &#233;viter les crispations identitaires que l'on voit habituellement. Savoir accueillir et int&#233;grer les millions de r&#233;fugi&#233;s chass&#233;s par la guerre, est le premier pas d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Yves Potel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POLITISTE ET HISTORIEN&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Pologne quittera-t-elle l'Union europ&#233;enne ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-Pologne-quittera-t-elle-l-Union-europeenne</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/La-Pologne-quittera-t-elle-l-Union-europeenne</guid>
		<dc:date>2021-10-19T06:33:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Yves Potel</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Pologne</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-10-19</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Des milliers de manifestants ont d&#233;fil&#233; dans les rues de Pologne ce dimanche pour protester contre la r&#233;cente d&#233;claration par le Tribunal Constitutionnel de l'incompatibilit&#233; de deux articles du Trait&#233; de l'UE avec la constitution nationale. Des politiciens et des m&#233;dias de la coalition au pouvoir, &#233;voquent d&#233;sormais ouvertement la perspective d'une sortie de l'Union europ&#233;enne : un &#171; Polexit &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Yves Potel est POLITISTE ET HISTORIEN &lt;br class='autobr' /&gt; 11 octobre 2021 | tir&#233; d'AOC &lt;br class='autobr' /&gt;
Faut-il les croire (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Pologne-+" rel="tag"&gt;Pologne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-10-19-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-10-19&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH86/arton49986-dae7c.png?1782209957' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='86' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des milliers de manifestants ont d&#233;fil&#233; dans les rues de Pologne ce dimanche pour protester contre la r&#233;cente d&#233;claration par le Tribunal Constitutionnel de l'incompatibilit&#233; de deux articles du Trait&#233; de l'UE avec la constitution nationale. Des politiciens et des m&#233;dias de la coalition au pouvoir, &#233;voquent d&#233;sormais ouvertement la perspective d'une sortie de l'Union europ&#233;enne : un &#171; Polexit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Yves Potel est POLITISTE ET HISTORIEN&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;11 octobre 2021 | tir&#233; d'AOC&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il les croire ? Donald Tusk, ancien pr&#233;sident du Conseil europ&#233;en, revenu &#224; la t&#234;te du principal parti d'opposition lib&#233;rale, la Plate-forme civique (PO), compare les gesticulations de ses adversaires &#224; des &#171; gamineries &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il les croire ? Donald Tusk, ancien pr&#233;sident du Conseil europ&#233;en, revenu &#224; la t&#234;te du principal parti d'opposition lib&#233;rale, la Plate-forme civique (PO), compare les gesticulations de ses adversaires &#224; des &#171; gamineries &#187; ; il pr&#233;vient qu'&#224; trop jouer les fanfarons ils risquent d'emporter la Pologne dans un engrenage qu'elle ne contr&#244;lera plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la mi-septembre, deux hauts responsables du parti Droit et Justice (PiS) ont tenu des propos qui ont &#233;mu : &#171; Nous devrions r&#233;fl&#233;chir &#224; la mani&#232;re dont nous pouvons coop&#233;rer avec l'UE &#187; a d&#233;clar&#233; le vice-pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e nationale (Sejm), charg&#233; du droit et de la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite aux menaces de sanctions, il pr&#233;cise : &#171; Si les choses se passent comme pr&#233;vu, nous devrons chercher des solutions radicales. Le peuple britannique a montr&#233; que la dictature de la bureaucratie de Bruxelles ne lui convenait pas, il a fait demi-tour et il est parti. Nous ne voulons pas partir (&#8230;), mais nous ne pouvons pas nous laisser entra&#238;ner dans quelque chose qui limiterait notre libert&#233; et qui restreindrait notre d&#233;veloppement. &#187; Un d&#233;put&#233; du PiS a &#233;t&#233; plus direct en se lan&#231;ant dans des comparaisons qui parlent aux Polonais : &#171; La Pologne &#8220;ill&#233;gale&#8221; a lutt&#233; contre l'occupant pendant la seconde guerre mondiale, elle a ensuite lutt&#233; contre les occupants sovi&#233;tiques et nous lutterons contre les occupants de Bruxelles. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
En &#233;coutant ces rodomontades nationalistes, on se demande si ce pays a les moyens d'envisager un cadre alternatif &#224; l'Union europ&#233;enne. Il suffit d'imaginer (au vu du Brexit) ce que co&#251;terait ne serait-ce que la sortie du grand march&#233; europ&#233;en pour en mesurer les limites. L'interp&#233;n&#233;tration des &#233;conomies est consid&#233;rable, particuli&#232;rement avec l'Allemagne. Les &#233;changes commerciaux r&#233;sument la situation : 80,4 % des exportations polonaises se dirigent vers l'UE (dont 28,1 % vers l'Allemagne), d'o&#249; proviennent 58,4 % des importations (22,4 % d'Allemagne)[1].&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors oui, un Polexit serait une d&#233;faite tr&#232;s grave pour l'Union, puisqu'elle reviendrait sur l'&#233;largissement des ann&#233;es 2000 (une des grandes r&#233;ussites de la construction europ&#233;enne), mais pour la Pologne, ce serait en plus une catastrophe &#233;conomique et sociale. &#199;a ne lui rapporterait rien. &#199;a lui co&#251;terait tr&#232;s cher. Et elle ne dispose ni de la puissance de l'&#233;conomie britannique ni de son rayonnement dans le monde, h&#233;ritage du plus grand empire au XIXe si&#232;cle. Il lui resterait &#224; contempler l'Europe qu'elle aurait abandonn&#233;e, et &#224; patauger dans son d&#233;sastre, avec une inflation galopante, l'explosion du ch&#244;mage, l'accumulation des dettes, et les d&#233;rives d'un pouvoir nationaliste autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serait-ce une r&#233;ponse aux nombreux litiges actuels ? Aucunement. Il est question de lois et de r&#233;formes judiciaires adopt&#233;es depuis 2015, pas de d&#233;truire la Pologne. Ces textes remettent en cause l'ind&#233;pendance de la justice et permettent &#224; l'ex&#233;cutif, qui a plac&#233; des personnes de confiance dans ces institutions, de contr&#244;ler les juridictions et de sanctionner les magistrats qui refusent de se plier aux injonctions du PiS. D'autres d&#233;cisions portent atteinte aux droits humains, sur l'IVG ou l'homosexualit&#233;, dont celles de r&#233;gions ou de dizaines de communes qui se sont d&#233;clar&#233;es &#171; zones libres de l'id&#233;ologie LGBT &#187;. Sans oublier les engagements non respect&#233;s en mati&#232;re d'environnement (d&#233;forestation, fermeture d'une mine de charbon pr&#232;s des fronti&#232;res tch&#232;que et allemande) ou une loi sur la presse audiovisuelle qui s'attaque aux t&#233;l&#233;visions ind&#233;pendantes. Chaque fois, cela soul&#232;ve un toll&#233;, et des pol&#233;miques dans les m&#233;dias officiels accompagn&#233;es de propos antieurop&#233;ens d&#233;l&#233;t&#232;res. En quoi une sortie de l'UE r&#233;soudrait ces conflits ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaros&#322;aw Kaczy&#324;ski imagine une &#171; Europe des Nations &#187; &#224; la mode gaulliste version ann&#233;es soixante, qui serait son terrain de jeu pour affirmer les vues de son pouvoir autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaros&#322;aw Kaczy&#324;ski, vice-premier Ministre et chef du PiS, en r&#233;alit&#233; l'homme fort du r&#233;gime, a assur&#233; le 15 septembre dernier, que ce n'est pas son but : &#171; Il n'y aura pas de Polexit. C'est une invention de propagande utilis&#233;e maintes fois contre nous. Sans &#233;quivoque, nous voyons l'avenir de la Pologne dans l'UE [&#8230;] Nous voulons &#234;tre dans l'UE mais en m&#234;me temps nous voulons &#234;tre un &#201;tat souverain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hostile &#224; tout f&#233;d&#233;ralisme, il imagine une &#171; Europe des Nations &#187; &#224; la mode gaulliste version ann&#233;es soixante, qui serait son terrain de jeu pour affirmer les vues de son pouvoir autoritaire qu'il voit souverain, national et catholique. Comme Boris Johnson avant le Brexit, il laisse croire que la Pologne trouverait d'autres partenaires. Elle pourra s'appuyer, outre sur l'OTAN et les &#201;tats-Unis pour sa s&#233;curit&#233;, sur des alliances politiques locales &#8211; l'accord de Visegr&#225;d avec la Hongrie, la R&#233;publique tch&#232;que et la Slovaquie, ou l'Initiative des Trois Mers lanc&#233;e en 2016 avec la Croatie, qui r&#233;unit chaque ann&#233;e une douzaine d'&#201;tats membres de l'UE pour discuter de leurs probl&#232;mes communs sans les &#171; grands pays &#187;, l'Allemagne et la France. Des alliances qui, pour l'instant, n'ont donn&#233; lieu qu'&#224; des &#171; coups &#187; politiques comme l'opposition aux quotas de r&#233;fugi&#233;s en 2015. Elles ne vont gu&#232;re plus loin, et se r&#233;v&#232;lent fragiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc penser que le Polexit n'est pas l'objectif de Kaczy&#324;ski. Plut&#244;t eurosceptique (mais friand des subventions europ&#233;ennes), il laisse filer les d&#233;clarations antieurop&#233;ennes comme il autorise les d&#233;fil&#233;s de l'extr&#234;me droite dans les rues lors de comm&#233;morations. &#199;a nourrit une atmosph&#232;re, des th&#233;matiques glorifiant la Pologne h&#233;ro&#239;que. Il aime bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais a-t-il une strat&#233;gie, une ambition pour la Pologne de demain, sinon de conserver son pouvoir ? Rien n'est moins s&#251;r. Kaczy&#324;ski est connu pour son sens tactique, son pragmatisme et son exp&#233;rience. Il est maintenant un politicien us&#233;. Son image est terne, sa popularit&#233; personnelle au plus bas. Il se heurte aux ambitions de politiciens d'une nouvelle g&#233;n&#233;ration, qui le d&#233;stabilisent, autant dans l'opposition que dans son camp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition lib&#233;rale de centre droit a marqu&#233; des points lors des derni&#232;res &#233;lections (municipales, l&#233;gislatives et pr&#233;sidentielles). Chaque fois le PiS a conserv&#233; le pouvoir de justesse avec ses alli&#233;s. Il a perdu la direction de la plupart des grandes villes et de beaucoup de moyennes, il est minoritaire au s&#233;nat. Ses r&#233;formes soci&#233;tales (dont l'extr&#234;me restriction du droit &#224; l'IVG) et son alliance avec les pans les plus conservateurs de l'&#201;glise catholique ont suscit&#233; d&#233;go&#251;ts et r&#233;voltes dans la soci&#233;t&#233;, surtout chez les femmes et dans la jeunesse (qui l'avait pourtant soutenu en 2015). Le m&#233;contentement a pris des formes massives et radicales, et il est rejoint par ceux dans l'enseignement public et le syst&#232;me sanitaire mis &#224; dures &#233;preuves par la pand&#233;mie du Covid-19, plut&#244;t mal g&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#232;s de Kaczy&#324;ski, la situation se complique. Sa coalition avec deux petits partis, celui de Jaros&#322;aw Gowin, ministre du D&#233;veloppement, du Travail et de la Technologie, r&#233;put&#233; plus mod&#233;r&#233;, et celui de Zbigniew Ziobro, ministre de la Justice et p&#232;re des r&#233;formes contest&#233;es, a &#233;clat&#233;. Gowin a fini par le quitter pour tenter une autre alliance. Ce qui a attis&#233; les tensions avec deux autres personnages aux ambitions d&#233;mesur&#233;es, le Pr&#233;sident Andrzej Duda et le premier Ministre Mateusz Morawiecki.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les crises en cours montrent comment ce capharna&#252;m politique, o&#249; mensonges, proc&#232;s d'intention et complotisme se m&#233;langent &#224; des d&#233;clarations de principe creuses et abstraites, est de moins en moins ma&#238;tris&#233; par le PiS de Kaczy&#324;ski. Et comment, chaque fois, peuvent s'enclencher des dynamiques tr&#232;s dangereuses avec l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord la gestion de la &#171; crise des r&#233;fugi&#233;s &#187; &#224; la fronti&#232;re bi&#233;lorusse. Alors que la Bi&#233;lorussie n'est pas une porte d'entr&#233;e habituelle dans l'espace Schengen, mi-ao&#251;t, avant m&#234;me la chute de Kaboul, des milliers de r&#233;fugi&#233;s se sont pr&#233;sent&#233;s &#224; ses fronti&#232;res lituaniennes et polonaises, des Afghans mais aussi des Somaliens, des Congolais. Selon plusieurs observateurs, ils ont &#233;t&#233; achemin&#233;s par les autorit&#233;s bi&#233;lorusses qui, moyennant des milliers de dollars par passage, leur auraient promis un acheminement s&#251;r et sans encombe vers l'Europe occidentale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les gardes-fronti&#232;res polonais en auraient refoul&#233; vigoureusement plusieurs centaines selon le principe du pushback, r&#233;guli&#232;rement pratiqu&#233; aux fronti&#232;res grecques, espagnoles ou franco-britanniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ministres et le pr&#233;sident polonais (devant l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'ONU) ont d&#233;nonc&#233; le chantage de Loukachenko et cr&#233;&#233; en Pologne un climat de peur en se pr&#233;sentant comme les protecteurs de la nation agress&#233;e. Le gouvernement a envoy&#233; des h&#233;licopt&#232;res et un millier de soldats arm&#233;s de mitrailleuses pour faire face &#224; ce groupe de personnes d&#233;sesp&#233;r&#233;es et non arm&#233;es. Ils ont fait &#233;lever une cl&#244;ture de fils barbel&#233;s. Le premier Ministre et plusieurs ministres ont organis&#233; des visites en uniforme militaire, promis de sauver les Polonais &#171; d'une nouvelle vague de r&#233;fugi&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat d'urgence, mesure jamais vue en Pologne depuis la loi martiale de Jaruzelski (d&#233;cembre 1981), a &#233;t&#233; proclam&#233; tout au long de la fronti&#232;re &#171; en raison d'une menace particuli&#232;re pour la s&#233;curit&#233; des citoyens et l'ordre public li&#233;e &#224; la situation actuelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journalistes et les organisations humanitaires d'aide aux r&#233;fugi&#233;s sont refoul&#233;s. Une b&#233;n&#233;vole raconte : &#171; Pour moi, c'est inexplicable. C'est un niveau d'absurdit&#233; que je ne peux pas d&#233;passer. Il ne s'agit m&#234;me pas de savoir si nous devons accepter ou non des r&#233;fugi&#233;s en Pologne, car c'est une question politique, je comprends que chacun puisse avoir une opinion. La mienne est que nous devrions les accepter. Mais le fait est que nous avons des repas chauds, nous avons des v&#234;tements, des matelas, des sacs de couchage, des m&#233;dicaments, en d'autres termes, tout ce dont ont besoin les personnes qui se trouvent &#224; plusieurs centaines de m&#232;tres de nous. Et nous ne pouvons pas leur donner &#231;a, parce que les services polonais nous retiennent. J'ai du mal &#224; imaginer que cela se passe en Pologne, &#224; deux ou trois heures de la capitale d'un pays de l'Union europ&#233;enne. Il s'agit tout simplement de torturer les gens, il n'y a pas d'autre mot pour le dire[2]. &#187; Ainsi, le gouvernement polonais bafoue les droits &#233;l&#233;mentaires d'accueil des r&#233;fugi&#233;s, en pr&#233;tendant &#233;viter le pi&#232;ge de Loukachenko !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 ao&#251;t, la Cour europ&#233;enne des droits de l'homme a ordonn&#233; aux Polonais de fournir aux r&#233;fugi&#233;s &#224; la fronti&#232;re de l'eau, de la nourriture, des v&#234;tements, des soins m&#233;dicaux et, si possible, un abri temporaire. Ce &#224; quoi le gouvernement r&#233;pond qu'il s'agit d'immigrants ill&#233;gaux, voire de terroristes et de p&#233;dophiles[3] !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition politique lib&#233;rale proteste contre les m&#233;thodes les plus scandaleuses, mais sans remettre en cause sur le fond l'attitude de l'ex&#233;cutif. Au contraire, Donald Tusk a d&#233;clar&#233; au m&#234;me moment : &#171; Si j'&#233;tais au pouvoir, j'essaierais avant tout de construire une solidarit&#233; totale de tous les Polonais et une fronti&#232;re s&#251;re. &#187; Il accr&#233;dite ainsi le danger et la peur, et s'efforcerait d'obtenir &#171; une implication maximale de l'UE dans la protection commune des fronti&#232;res &#224; l'Est &#187;, c'est-&#224;-dire faire appel &#224; l'agence Frontex dont on conna&#238;t les m&#233;thodes en M&#233;diterran&#233;e et la collaboration avec les gardes-fronti&#232;res libyens. Dans son discours sur l'&#233;tat de l'Union, Ursula von der Leyen a d'ailleurs lou&#233; les efforts de la Pologne pour d&#233;fendre la fronti&#232;re ext&#233;rieure de l'UE devant les menaces hybrides bi&#233;lorusses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or les sentiments antimusulmans ou x&#233;nophobes et les discours charri&#233;s par la peur de l'&#233;tranger se renforcent dans le pays. Les sondages sont sans appel : 71 % des Polonais s'opposent &#224; l'accueil des migrants, et 52 % sont pour le maintien de l'&#233;tat d'urgence &#224; la fronti&#232;re &#171; jusqu'&#224; ce que le probl&#232;me migratoire soit r&#233;solu &#187; ! (enqu&#234;tes fin septembre). Si le PiS peut se satisfaire d'une remont&#233;e de deux points dans les sondages &#233;lectoraux, il est &#233;vident que cette politique renforce surtout les visions dont l'extr&#234;me droite et une partie du PiS font leur miel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus ancienne, la crise judiciaire est plus dangereuse car elle conduit les autorit&#233;s polonaises dans une impasse. La r&#233;solution que Kaczy&#324;ski a fait voter &#224; la direction du PiS, qui pr&#233;tend exclure la possibilit&#233; d'un Polexit, est centr&#233;e sur les r&#233;formes n&#233;cessaires &#224; mener dans l'UE. Il veut rester dans l'UE sans accepter les d&#233;cisions de la Cour europ&#233;enne de justice et le primat du droit europ&#233;en. C'est une contradiction dans les termes, qu'aucun &#201;tat membre ne peut accepter. Un mur que la Pologne ne brisera pas. Il suffit de se rappeler l'intransigeance sur ce point des 27 face au Royaume-Uni lors des n&#233;gociations du Brexit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T&#244;t ou tard, la Pologne devra c&#233;der ou quitter l'UE.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#244;t ou tard, la Pologne devra c&#233;der ou quitter l'UE. Elle le sait. D'ailleurs, plusieurs juges refusent de statuer sur les mesures de la cour disciplinaire que la CJUE a d&#233;clar&#233;e incompatibles avec les trait&#233;s, ils ne veulent pas se mettre en contradiction avec le droit europ&#233;en. Dans le m&#234;me sens, l'une apr&#232;s l'autre, les r&#233;gions et les villes qui s'&#233;taient d&#233;clar&#233;es &#171; zone libres de l'id&#233;ologie LGBT &#187; reviennent, l'une apr&#232;s l'autre, sur leurs d&#233;cisions. Elles craignent de perdre les subventions europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement se montre de plus en plus agac&#233; par la non-approbation du plan de relance national polonais. Son ministre des Affaires europ&#233;ennes a souhait&#233; r&#233;cemment que les fonds soient vers&#233;s &#224; la Pologne d'ici &#224; la fin de l'ann&#233;e. Selon lui, la Commission europ&#233;enne n'a &#171; aucune raison &#187; de suspendre la d&#233;cision et ses d&#233;marches actuelles ne reposent sur aucune base l&#233;gale. Il envisagerait m&#234;me, selon des indiscr&#233;tions de la presse, de faire pression en bloquant l'avanc&#233;e de certaines questions dans l'Union, l&#224; o&#249; l'unanimit&#233; est requise. Les questions fiscales trait&#233;es par Ecofin pourraient &#234;tre un de ces sujets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience des Conseils europ&#233;ens de juin 2020 a montr&#233; qu'au bout du compte les Polonais finissent par capituler. Le prix est trop lourd. D'ailleurs, ils se heurtent cette fois au m&#233;canisme contre lequel ils s'&#233;taient battus avec la Hongrie, qui pr&#233;voit la suspension du fonds de relance pour les &#201;tats qui ne respecteraient pas les normes de l'&#201;tat de droit. M&#233;canisme qu'ils ont finalement accept&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend que le Tribunal constitutionnel ait h&#233;sit&#233; et report&#233; ses r&#233;unions pour statuer, &#224; la demande du premier Ministre, sur la primaut&#233; du droit europ&#233;en. Sa d&#233;claration du 7 octobre est grave. La Commission europ&#233;enne a imm&#233;diatement rappel&#233; qu'elle est garante des Trait&#233;s (que d'ailleurs les Polonais ont adopt&#233;s d&#233;mocratiquement et par r&#233;f&#233;rendum en 2004), et qu'il n'y aura pas de versement du fonds de relance tant que le gouvernement n'aura pas appliqu&#233; les d&#233;cisions de la Cour europ&#233;enne de justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres dossiers, comme le conflit avec la R&#233;publique tch&#232;que &#224; propos de la non-fermeture d'une mine de charbon &#224; Tur&#243;w, r&#233;v&#232;lent encore les limites de l'intransigeance polonaise. Coinc&#233;e sur une petite enclave polonaise, entre l'Allemagne au nord et la Tch&#233;quie au sud, cette mine de lignite &#224; ciel ouvert est extr&#234;mement polluante. Les populations tch&#232;ques se plaignent depuis longtemps de pollutions de l'air et surtout, de l'eau. Les Polonais s'&#233;taient engag&#233;s &#224; la fermer. Alors que la Sarre, qui dispose &#233;galement d'une mine, a rapidement trouv&#233; un compromis avec les Tch&#232;ques, les Polonais refusent d'obtemp&#233;rer. &#171; Il s'agit d'une situation sans pr&#233;c&#233;dent. Je ne m'imagine pas qu'on puisse maintenir notre &#233;quilibre &#233;nerg&#233;tique sans la mine de Tur&#243;w. &#187;, a d&#233;clar&#233; leur ministre charg&#233; de l'&#233;nergie. Selon ses estimations, 3 millions de m&#233;nages auraient des probl&#232;mes d'approvisionnement en &#233;nergie en cas de fermeture et 3 500 employ&#233;s perdraient leur emploi du jour au lendemain. Aussi le premier Ministre tch&#232;que, Andrej Babi&#353;, a-t-il d&#233;pos&#233; aupr&#232;s de la CJUE une plainte pour non-tenue des engagements pass&#233;s. La Cour a donn&#233; raison aux Tch&#232;ques et ordonn&#233; que &#171; la R&#233;publique de Pologne cesse, imm&#233;diatement et jusqu'au prononc&#233; de l'arr&#234;t qui mettra fin &#224; l'affaire, les activit&#233;s d'extraction de lignite dans la mine de Tur&#243;w &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Polonais ont accept&#233; de discuter avec leurs voisins, mais un accord semble difficile &#224; court terme. Seule r&#233;tention polonaise pour l'instant : Duda ne s'est pas rendu au s&#233;minaire des droites extr&#234;mes &#224; Budapest, &#224; l'initiative d'Orban, sur le &#171; grand remplacement &#187; et les menaces migratoires. Il craignait d'y croiser Babi&#353; ! Mais la crise s'&#233;tend aux &#171; nouvelles alliances &#187; de la Pologne. Au sein de l'accord de Visegr&#225;d, les Tch&#232;ques se plaignent de Varsovie qui privil&#233;gie les relations avec la Hongrie, tandis que les Polonais, attach&#233;s &#224; la cr&#233;ation d'un fonds de l'Union des Trois mers, seraient m&#233;contents de Prague qui n'a pas encore vers&#233; sa contribution (50 millions d'euros).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En v&#233;rit&#233;, cette dramatisation (ou hyst&#233;rie) qui domine les relations avec l'UE et les voisins de la Pologne est d&#233;vastatrice, selon l'expression d'un observateur. Elle ne fait que renforcer la division de la soci&#233;t&#233; polonaise en deux blocs, de forces &#233;lectorales &#233;quivalentes. Une division qui para&#238;t parfois insurmontable, tant les propos sont radicaux au parlement, dans la presse ou m&#234;me au sein des familles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le bloc nationaliste r&#233;unit dans la plupart des sondages, autour de 45 % des suffrages, il comprend le PiS et l'extr&#234;me droite (autour de 9 %), avec au centre le ministre de la Justice qui joue de plus en plus son propre jeu. Il est oppos&#233; au &#171; new deal &#187; du premier Ministre Morawiecki et au Fonds de reconstruction de l'UE. Il se voit en successeur de Kaczy&#324;ski. Selon Marek Beylin, un &#233;ditorialiste d'habitude plus mod&#233;r&#233;, il peut incarner une option &#171; n&#233;o-fasciste &#187;. Ziobro et ses amis &#171; sabotent la politique du gouvernement quand ils le peuvent. Ils pensent probablement qu'ils sont capables de r&#233;cup&#233;rer des troupes dans une large frange du PiS et, avec les mouvements nationalistes, faire un coup d'&#233;tat n&#233;o-fasciste en Pologne, en instaurant une dictature totale, et en rendant le gouvernement actuel encore plus extr&#234;me sur le plan id&#233;ologique. Bien s&#251;r, ce ne sont que des chim&#232;res, car elles ne tiennent pas compte du pouvoir de la soci&#233;t&#233;. Mais ces chim&#232;res ont pouss&#233; le gouvernement de Kaczy&#324;ski dans une v&#233;ritable crise.[4] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle pourrait &#234;tre la &#171; coalition pro-Polexit &#187; dont on parle de plus en plus souvent. En face, le bloc d'opposition d&#233;mocratique se doit d'inverser la tendance, et de bloquer de tels projets. C'est l'agenda de Tusk qui reprend en main son parti, mais dont le programme, pour l'instant, se r&#233;duit &#224; la restitution de l'&#201;tat de droit par une majorit&#233; constitutionnelle. Ce qui n'est pas gagn&#233;. Certains envisagent un bloc constitutionnel regroupant tous les partis oppos&#233;s au PiS et &#224; l'extr&#234;me droite, qui, avec une large majorit&#233;, pourrait dissoudre le Tribunal constitutionnel et casser la plupart des d&#233;cisions antid&#233;mocratiques du PiS. Mais l&#224; aussi le marigot politicien qui domine encore l'opposition risque fort de compromettre ce genre de projets. Seules des mobilisations sociales, ce que Beylin appelle le &#171; pouvoir de la soci&#233;t&#233; &#187;, pourraient changer la donne. Ce que semble comprendre Donald Tusk qui appelle la population &#224; descendre dans la rue pour protester contre les d&#233;cisions du Tribunal constitutionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une coalition Polexit sous la houlette de Ziobro peut-elle gagner ? Ce n'est pas impossible, quoiqu'encore tr&#232;s difficile. &#192; Bruxelles, si l'on en croit les journalistes polonais sur place, on ne s'inqui&#232;te gu&#232;re. On se rassure avec les sondages qui, imperturbablement depuis trente ans, placent la Pologne dans le peloton de t&#234;te des pros-europ&#233;ens. Les derniers en date, publi&#233;s le 14 septembre 2021, confirment que 88 % des Polonais souhaitent que la Pologne reste dans l'UE (contre 7 % favorables &#224; un Polexit). Mais la moiti&#233; des Polonais pensent &#171; que la politique du gouvernement PiS peut conduire &#224; la sortie de la Pologne de l'UE &#187; (sondage Ipsos du 21/23 septembre 2021). Selon un autre institut, seuls 23 % pensent que le PiS veut vraiment provoquer un Polexit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout, l'exemple du r&#233;f&#233;rendum britannique qui a d&#233;cid&#233; le Brexit montre comment l'impasse peut conduire &#224; l'impr&#233;vu. Donc, cessons de hausser les &#233;paules lorsqu'il est question de Polexit. Il ne peut &#234;tre totalement exclu de l'avenir. Ce serait un d&#233;sastre tant pour les Polonais que pour l'Europe, et de toute fa&#231;on, une r&#233;organisation radicale d'une Union que beaucoup r&#234;vent en grande puissance&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Yves Potel&lt;br class='autobr' /&gt;
POLITISTE ET HISTORIEN&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le chagrin et la col&#232;re - Manifestations en Pologne 1/3 </title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-chagrin-et-la-colere-Manifestations-en-Pologne-1-3</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Le-chagrin-et-la-colere-Manifestations-en-Pologne-1-3</guid>
		<dc:date>2016-05-24T06:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Yves Potel</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Pologne</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2016-05-10</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En moins de six mois de gouvernement les ministres du parti Droit et Juste (PiS) ont r&#233;ussi un exploit. Ils ont mobilis&#233; une grande partie de la soci&#233;t&#233; polonaise contre eux. Les m&#233;contentements s'accumulent, les manifestations de rue, les indignations se sont succ&#233;d&#233;es, comme jamais depuis 1989, &#224; travers toute la Pologne, pour culminer, ce samedi 7 mai, dans une immense marche &#224; Varsovie qui a rassembl&#233; pr&#232;s de 250 000 personnes pour la d&#233;fense de la d&#233;mocratie. Cette fois avec tous les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Pologne-+" rel="tag"&gt;Pologne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2016-05-10-+" rel="tag"&gt;Edition du 2016-05-10&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L131xH150/arton26301-31491.png?1781976936' class='spip_logo spip_logo_right' width='131' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En moins de six mois de gouvernement les ministres du parti Droit et Juste (PiS) ont r&#233;ussi un exploit. Ils ont mobilis&#233; une grande partie de la soci&#233;t&#233; polonaise contre eux. Les m&#233;contentements s'accumulent, les manifestations de rue, les indignations se sont succ&#233;d&#233;es, comme jamais depuis 1989, &#224; travers toute la Pologne, pour culminer, ce samedi 7 mai, dans une immense marche &#224; Varsovie qui a rassembl&#233; pr&#232;s de 250 000 personnes pour la d&#233;fense de la d&#233;mocratie. Cette fois avec tous les partis politiques d'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 mai 2016 | tir&#233; du blogue de Jean-Yves Potel - Club mediapart.fr&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La &lt;a href=&#034;http://www.pressegauche.org/spip.php?article26378&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;2e partie de l'article&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;a href=&#034;http://www.pressegauche.org/spip.php?article26495&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;3e partie de l'article&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouveaux gouvernants s'isolent chaque jour davantage. Y compris sur le plan international o&#249; ils suscitent de la m&#233;fiance tant chez leurs alli&#233;s traditionnels que dans les agences de notations. En quelques mois le zloty a perdu un cinqui&#232;me de sa valeur face &#224; l'euro ou au dollar. Les investisseurs s'inqui&#232;tent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sombres perspectives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dramatique, me disent mes interlocuteurs en cette fin avril. Les atteintes aux r&#232;gles d&#233;mocratiques, ces lois vot&#233;es dans la pr&#233;cipitation, sid&#232;rent. Assomment. La Pologne, si fi&#232;re de ses vingt cinq derni&#232;res ann&#233;es, devient triste et pleure. &lt;br class='autobr' /&gt;
Beaucoup de Polonais sont abattus, pris par une sorte de chagrin devant tant d'efforts dilapid&#233;s. Certes, les derni&#232;res ann&#233;es de la Plate forme civique, le parti lib&#233;ral, qui eut tous les pouvoirs pendant huit ans, ont mal tourn&#233;. Les politiciens se sont perdus dans les petites combines et les privil&#232;ges. C'&#233;tait lamentable. Beaucoup ont m&#234;me vot&#233; pour le PiS en esp&#233;rant plus d'&#233;quit&#233; sociale, et une bonne morale. Mais l&#224;, c'est trop. Toutes mes conversations, &#224; Varsovie ou ailleurs, commencent par un soupir. &#199;a ne va pas. On est las. Agac&#233;. &#199;a devient insupportable, me r&#233;p&#232;te-on. Il pleut beaucoup en avril. On m'&#233;graine les noms de gens vir&#233;s, des incomp&#233;tents nomm&#233;s. Ceux qui ont un peu d'humour se consolent avec des anecdotes, d'autres parlent de fascisme, d'exil, de d&#233;sespoir&#8230; Rares sont les optimistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parti pour au moins dix ans, me dit-on sans cesse. Tu verras, ils bloquent tout. Ils peuvent tout maintenant. W&#322;adys&#322;aw Frasyniuk, un des anciens dirigeants de Solidarnosc des plus respect&#233;s, h&#233;ros de la r&#233;sistance des ann&#233;es quatre vingt, compare Kaczynski au Jaruzelski de la Loi martiale (1981). Et il est vrai que les m&#233;thodes se ressemblent. Je reconnais aussi dans ces d&#233;clarations une certaine dramatisation si caract&#233;ristique de la politique polonaise. Possible, mais je le ressens ainsi, me dit un vieil ami qui fut de tous les combats depuis les ann&#233;es 1970. &#171; La sensation est tr&#232;s n&#233;gative &#187;. Il faut dire qu'en plus des lois liberticides et des &#233;purations administratives, il y a les m&#233;dias. Entendre chaque jour, &#224; toute heure, le nouveau discours patriotique et cl&#233;rical, des mensonges grossiers, des insultes, croiser dans la rue ou dans le m&#233;tro des portraits du Kaczynski d&#233;funt &#224; Smolensk, ou des photos de h&#233;ros pass&#233;s, ou voir des n&#233;onazis parader dans des &#233;glises, est plus que r&#233;voltant, affligeant. En quelque mois l'atmosph&#232;re s'est embrunie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi me regarde-t-on avec indulgence quand je tente une appr&#233;ciation politique des chances de ce pouvoir. Aleksander Hall, un intellectuel &#233;cout&#233;, un lib&#233;ral plut&#244;t conservateur, issu des m&#234;mes milieux que Lech Kaczynski &#224; Gdansk, mais qui s'en est &#233;cart&#233; d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1990, publie justement un court essai sur le nouveau r&#233;gime. Il l'a intitul&#233; &lt;i&gt;Le mauvais changement&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Zla zmiana, Wydawnictwo Arche, Sopot 2016&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en opposition au &#171; bon changement &#187; du PiS. Pour lui, le projet est clair et la perspective sombre pour la Pologne. Nous nous rencontrons &#224; Sopot, chez mon amie Teresa. &lt;i&gt;&#171; Nous sommes devant un changement complet de syst&#232;me politique, avec la remise en cause de l'&#233;quilibre des trois pouvoirs &#8211; ex&#233;cutif, l&#233;gislatif et judiciaire. Kaczynski vise la domination absolue du centre politique, c'est-&#224;-dire de son parti dont il contr&#244;le l'appareil. Il met tout en place en ce moment. C'est tr&#232;s dangereux. &#187;&lt;/i&gt; L'homme est calme et s&#251;r de lui. J'essaie de lui soutirer quelques lueurs d'optimisme, je lui sugg&#232;re les limites du projet. La r&#233;pression est encore mod&#233;r&#233;e, l'opposition est dans la rue&#8230; Il l'admet, il participe aux manifestations. &lt;i&gt;&#171; Ne vous trompez pas, des mesures sont encore &#224; venir, Jaroslaw Kaczynski veut aller vite. Il limitera le pouvoir de l'opposition parlementaire, la rendra impuissante. Il ne la conservera que comme fa&#231;ade utile, un alibi pour l'ext&#233;rieur. S'il n'y a pas encore de grande r&#233;pression, elle viendra, c'est tr&#232;s probable. &#187;&lt;/i&gt; Il pr&#233;voit d'ailleurs des changements constitutionnels dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qualifi&#233;e par le pr&#233;sident Andrzej Duda de &lt;i&gt;&#171; compromis d'une &#233;poque transitoire &#187;&lt;/i&gt;, l'actuelle constitution, adopt&#233;e par r&#233;f&#233;rendum en 1997, sera revue. Jaroslaw Kaczynski l'a lui-m&#234;me annonc&#233; devant la Di&#232;te, il y a quelques jours. Un nouveau texte devrait &#234;tre adopt&#233; en 2017, par r&#233;f&#233;rendum s'il le faut (il ne dispose pas d'une majorit&#233; constitutionnelle). L'opposition refuse d'y travailler, aucune discussion &lt;i&gt;&#171; tant que le PiS ne respectera pas la constitution en vigueur &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens vers Hall et lui demande comment il analyse les manifestations du Comit&#233; de d&#233;fense de la d&#233;mocratie (KOD). Elles sont puissantes &#224; Gdansk. Il en convient, et y participe. &lt;i&gt;&#171; La soci&#233;t&#233; est partag&#233;e. La r&#233;sistance existe, elle se renforce m&#234;me. Pourtant, si j'en crois les sondages, la base sociale du PiS se maintient. &#187; &lt;/i&gt;Les histoires de Cour constitutionnelle restent confuses pour le Polonais moyen. Le versement de 500 zlotys mensuel aux familles qui &#233;l&#232;vent un deuxi&#232;me enfant, ou bien les discours de d&#233;fense de la souverainet&#233; nationale face aux diktats ext&#233;rieurs, sont plus efficaces. Ils consolident le noyau dur de l'&#233;lectorat du PiS. &lt;i&gt;&#171; Vous savez, une partie de la soci&#233;t&#233; polonaise souhaite un homme fort &#224; la t&#234;te de la nation, un homme qui la conduit sans h&#233;sitation. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La division de la soci&#233;t&#233; s'aggrave. Une &#233;tude r&#233;alis&#233;e en f&#233;vrier tente d'identifier ces deux camps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On y d&#233;couvre d'abord qu'une partie de l'opinion (12% &#224; ce moment) soutient &#224; la fois les autorit&#233;s et le KOD qui manifeste depuis cinq mois contre les lois du PiS, alors que les deux camps sont d'&#233;gale importance avec une l&#233;g&#232;re avance pour le KOD &#224; ce moment (34% contre 30%). Cette avance a d&#251; se renforcer depuis. Les partisans du KOD sont majoritairement des femmes, ils sont en moyenne un peu plus &#226;g&#233;s (m&#234;me si le KOD domine chez les 25-44 ans), ils vivent en ville, principalement dans les villes de plus de 500 000 habitants, ils sont &#233;duqu&#233;s et ils ont g&#233;n&#233;ralement de meilleurs revenus. En mati&#232;re de religion, ils sont moins pratiquants, et politiquement ils se classent plut&#244;t &#224; gauche ou au centre. Ceux du PiS, en revanche, sont surtout masculins, un peu moins &#226;g&#233;s (minoritaires chez les retrait&#233;s !), ils r&#233;sident plut&#244;t dans les villes moyennes et &#224; la campagne. Leur revenu moyen est plus faible. Ils sont catholiques pratiquants et votent g&#233;n&#233;ralement pour la droite radicale (PiS et extr&#234;me droite). Ainsi, au fil de ces derni&#232;res ann&#233;es les &#171; noyaux durs &#187; des deux camps sont devenus tr&#232;s typ&#233;s. Ils r&#233;v&#232;lent deux Pologne oppos&#233;es. C'est net depuis les r&#233;sultats &#233;lectoraux de l'automne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Yves Potel &#171; La Pologne change-t-elle de voie ? &#187;, Pages Europe, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La col&#232;re monte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, depuis f&#233;vrier cette opposition ne cesse de s'approfondir. Les deux mondes s'&#233;loignent, les rapports se tendent. La col&#232;re monte. Tous les indicateurs d'opinions sont au rouge. La jeunesse de moins de 25 ans, dont le vote avait fait basculer la majorit&#233; en se focalisant sur un rocker d&#233;magogue, semble se d&#233;tacher du gouvernement (78% des sond&#233;s de moins de 25 ans ont fin avril, une opinion n&#233;gative&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon les r&#233;sultats d'un sondage effectu&#233; par l'Institut IBRIS &#224; la demande (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), l'audience des m&#233;dias publics s'effondre au point que le directeur de TVP conteste les panels d'enqu&#234;te ! Les manifestations du KOD en d&#233;fense de la Cour constitutionnelle et de la libert&#233; des m&#233;dias sont r&#233;guli&#232;res et toujours tr&#232;s suivies (A Lodz, Gda&#324;sk, Pozna&#324;, Katowice et Bia&#322;ystok, la semaine derni&#232;re), et ce weekend la grande marche de Varsovie est, pour la premi&#232;re fois, co-organis&#233;e avec les partis d'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La col&#232;re grandie et se politise. Le KOD qui s'est structur&#233; sur l'ensemble du pays multiplie les initiatives locales : actions symboliques, discussions et forum, manifestations. Il s'est dot&#233; d'un programme &#233;l&#233;mentaire, fond&#233; sur une douzaine de principes pour d&#233;fendre et d&#233;velopper &lt;i&gt;&#171; une soci&#233;t&#233; citoyenne &#187;&lt;/i&gt;. Il limite ses objectifs &#224; quelques th&#232;mes : &#233;ducation en organisant des &#171; universit&#233;s volantes &#187; de la d&#233;mocratie dans les quartiers ; surveillance des r&#233;actions du pouvoir aux recommandations du Conseil de l'Europe et de l'UE ; d&#233;fense des personnes pers&#233;cut&#233;es ; participation au processus constitutionnel. Il a d'ailleurs d&#233;pos&#233; &#224; la Di&#232;te une &lt;i&gt;&#171; proposition de loi d'origine citoyenne &#187;&lt;/i&gt; sur la Cour constitutionnelle, r&#233;unissant 100 000 signatures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'entend pas se transformer en parti ou se substituer &#224; l'opposition parlementaire. Il a d'ailleurs appel&#233; les partis d'opposition &#8211; Plateforme civique (PO, lib&#233;ral), Nowoczesna (lib&#233;ral), le PSL (agrarien), le SLD (social-d&#233;mocrate), Inicjatywa Polska (nouvelle gauche), les Verts, et Razem (gauche radicale), a constituer un front uni pour la d&#233;fense des valeurs europ&#233;ennes et de l'ordre constitutionnel. PO et le parti Razem n'ont pas voulu. L'initiative, baptis&#233;e &lt;i&gt;&#171; R&#243;wno&#347;&#263;, Wolno&#347;&#263;, Demokracja &#187;&lt;/i&gt; (Egalit&#233;, Libert&#233;, D&#233;mocratie), est &#224; l'origine de la manifestation du 7 mai. Le succ&#232;s du rassemblement auquel les deux partis r&#233;calcitrants ont fini par se rallier, est tr&#232;s significatif de cette polarisation. Et si le gouvernement fait comme si de rien n'&#233;tait, il n'est pas certain qu'il pourra tenir cette morgue longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que la contestation ne se limite plus &#224; une opposition gouvernement/soci&#233;t&#233;. Elle gagne les institutions publiques, en particulier la justice. Le 26 avril, la Cour supr&#234;me r&#233;unie en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale a rappel&#233; le gouvernement &#224; l'ordre. Elle lui a signifi&#233; que lorsque la Cour constitutionnelle &#233;mettait un verdict, y compris lorsqu'il invalidait une d&#233;cision de l'ex&#233;cutif, ce verdict faisait loi et sans appel. Le lendemain, les juges de la Haute Cour administrative (CAS) ont adopt&#233; une r&#233;solution identique, statuant que &lt;i&gt;&#171; de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale les arr&#234;ts de la Cour constitutionnelle s'imposent &#224; tous et sont d&#233;finitifs &#187;&lt;/i&gt;. En plus ils critiquent les propos de la porte-parole du groupe parlementaire du PiS qui avait qualifi&#233; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des juges de la Cour supr&#234;me de &#171; club de copains &#187; acoquin&#233;s pour soutenir les choix douteux de la pr&#233;c&#233;dente &#233;quipe au pouvoir. Ainsi les trois principales cours qui, de par la constitution, garantissent l'ind&#233;pendance du pouvoir judiciaire et la conformit&#233; des lois, se sont prononc&#233;es contre les lois du PiS. Dans le m&#234;me esprit plusieurs conseils municipaux de grandes villes (Varsovie, L&#243;dz, Pozna&#324;) ont d&#233;cid&#233;, mi avril, d'appliquer dans leurs dispositions juridiques, les d&#233;cisions de la Cour constitutionnelle m&#234;me lorsqu'elles ne sont pas publi&#233;es au Journal Officiel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2708 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH334/15d2826a2b1bc16a-7f9fe674-2f77f.jpg?1781976936' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Varsovie, le 7 mai 2016 &#169; KOD&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, cette marche du 7 mai, succ&#232;s incontestable, pourrait &#234;tre une &#233;tape d&#233;cisive. On sent bien, malgr&#233; les rodomontades et l'insolence de ses portes paroles, que le PiS est fragilis&#233; par ces rebellions. Kaczynski essaie d'&#233;teindre quelques incendies, comme par exemple la proposition de loi interdisant compl&#232;tement l'IVG soutenue par l'Eglise. Il serait personnellement intervenu aupr&#232;s de l'&#233;piscopat pour mod&#233;rer ses ardeurs. Il faut dire que la r&#233;volte des femmes n'&#233;tait pas attendue (j'y reviendrai). De m&#234;me, le groupe parlementaire du PiS a propos&#233; r&#233;cemment un &#171; compromis &#187; sur le fonctionnement de la Cour constitutionnelle. Il y int&#232;gre quelques recommandations de la Commission de Venise du Conseil de l'Europe, sans pour autant revenir sur l'essentiel de la loi vot&#233;e en janvier. Les optimistes diront que Kaczynski commence &#224; c&#233;der. Il s'agit plus probablement d'une man&#339;uvre. Connaissant la r&#233;ponse, cette proposition aurait pour but de stigmatiser la Cour comme responsable du blocage, et partant du discr&#233;dit de la Pologne. Dans une lettre priv&#233;e au professeur Andrzej Rzepli&#324;ski, Pr&#233;sident de la Cour, que r&#233;v&#232;le la presse, le ministre des Finances, lui demande de ne pas prendre la parole publiquement d'ici au 13 mai, date &#224; laquelle l'agence de notation Moody's fera conna&#238;tre la note qu'elle d&#233;cerne &#224; la Pologne. Le ministre explique vouloir &#233;viter que le co&#251;t de la dette publique ne s'aggrave du fait d'une nouvelle d&#233;gradation de la note ! Kaczynski aurait lui-m&#234;me tent&#233; de faire c&#233;d&#233; l'inflexible pr&#233;sident de la Cour. En vain. Pire, le pr&#233;sident Rzepli&#324;ski confirme que le nouveau projet de loi du PiS n'est pas, lui non plus, conforme &#224; la Constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus sensible qu'il ne para&#238;t aux r&#233;actions &#233;trang&#232;res Jaroslaw Kaczynski esp&#232;re beaucoup du sommet de l'OTAN pr&#233;vu &#224; Varsovie en juin, accompagn&#233; d'exercice militaires en Pologne. 31 000 soldats venant de 23 pays (dont 14 000 des Etats-Unis) s'entraineront &#224; r&#233;pondre &#224; une agression militaire semblable &#224; celle qu'ont livr&#233;e les Russes contre l'Ukraine en 2014. Cela devrait conforter la Pologne dans sa position strat&#233;gique, rassurer les Polonais face &#224; la menace russe, mais il n'est pas &#233;vident que ses alli&#233;s seront ravis d'apprendre que la constitution de ce pays n'est pas respect&#233;e par son gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face, on s'efforce de maintenir la pression, sans pour autant se satisfaire du succ&#232;s des manifestations. Comme le remarque une journaliste d&#232;s le 8 mai, &#171; s'enivrer de ce succ&#232;s serait la meilleur fa&#231;on de dilapider notre grande force.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Renata Kim,&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; La solution sera longue &#224; venir, elle passera sans doute par des affrontements moins pacifiques, mais il semble gu&#232;re envisageable que le PiS parvienne &#224; ma&#238;triser une telle soci&#233;t&#233;. On peut imaginer, bien s&#251;r, que le projet de Jaroslaw Kaczynski aboutisse un jour, mais dans l'&#233;tat actuel du rapport de force c'est incertain.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt; A suivre&#8230; prochains &#233;pisodes : &lt;i&gt;La r&#233;volte des femmes&lt;/i&gt;. 2/3 ; &lt;i&gt;Faut-il rebaptiser la Pologne ?&lt;/i&gt; 3/3&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Zla zmiana, Wydawnictwo Arche, Sopot 2016&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.cbos.pl/PL/publikacje/public_opinion/2016/02_2016.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cbos.pl/PL/publikacje/public_opinion/2016/02_2016.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Yves Potel &#171; La Pologne change-t-elle de voie ? &#187;, Pages Europe, 10/02/2016, Documentation fran&#231;aise, &lt;a href=&#034;http://www.ladocumentationfrancaise.fr/pages-europe/pe000010-la-pologne-change-t-elle-de-voie-par-jean-yves-potel/article&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ladocumentationfrancaise.fr/pages-europe/pe000010-la-pologne-change-t-elle-de-voie-par-jean-yves-potel/article&lt;/a&gt; et nos articles pr&#233;c&#233;dents sur ce blog &#171; La Pologne sous Kaczynski &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon les r&#233;sultats d'un sondage effectu&#233; par l'Institut IBRIS &#224; la demande de &lt;i&gt;Rzeczpospolita&lt;/i&gt; (26 avril 2016), 58% des Polonais sont m&#233;contents de l'action de la Premi&#232;re ministre, Mme Beata Szyd&#322;o. Il s'av&#232;re que les plus d&#233;&#231;us sont les Polonais de moins de 24 ans (78% d'entre eux d&#233;clarent &#224; son &#233;gard des opinions n&#233;gatives).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Renata Kim, &lt;a href=&#034;http://www.newsweek.pl&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.newsweek.pl&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La r&#233;volte des femmes &#8211; Manifestations en Pologne 2/3 </title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-revolte-des-femmes-Manifestations-en-Pologne-2-3</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/La-revolte-des-femmes-Manifestations-en-Pologne-2-3</guid>
		<dc:date>2016-05-24T06:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Yves Potel</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Pologne</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2016-05-17</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En Pologne, un sondage r&#233;cent sugg&#232;re une fragilisation du PiS : 38% pour l'opposition rassembl&#233;e le 7 mai par le KOD, 34% pour le PiS. Mais dans les stades, on voit monter la haine au service du pouvoir : des banderoles appellent au lynchage ! Quant aux femmes, elles montrent une autre contestation en s'opposant &#224; un projet de loi pro-life interdisant totalement l'avortement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; du blogue de Jean-Yves Potel | Le club de mediapart.fr | 14 mai 2016 &lt;br class='autobr' /&gt;
Photo : Varsovie le 2 avril 2016. &#034;Mon (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Pologne-+" rel="tag"&gt;Pologne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2016-05-17-+" rel="tag"&gt;Edition du 2016-05-17&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH117/arton26378-c6364.png?1781503948' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='117' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En Pologne, un sondage r&#233;cent sugg&#232;re une fragilisation du PiS : 38% pour l'opposition rassembl&#233;e le 7 mai par le KOD, 34% pour le PiS. Mais dans les stades, on voit monter la haine au service du pouvoir : des banderoles appellent au lynchage ! Quant aux femmes, elles montrent une autre contestation en s'opposant &#224; un projet de loi pro-life interdisant totalement l'avortement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du blogue de Jean-Yves Potel | Le club de mediapart.fr | 14 mai 2016&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Varsovie le 2 avril 2016. &#034;Mon corps, mon choix&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La &lt;a href=&#034;http://www.pressegauche.org/spip.php?article26301&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1&#232;re partie de l'article&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;a href=&#034;http://www.pressegauche.org/spip.php?article26495&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;3e partie de l'article&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je suis optimiste &#187;&lt;/i&gt;. Antonina Lewandowska est une &#233;ducatrice. Elle a vingt ans. Elle a imm&#233;diatement accept&#233; de me rencontrer. Nous buvons des jus d'orange, elle est gaie mais s&#233;rieuse derri&#232;re ses grandes lunettes. Je sens qu'elle veut me faire passer sa d&#233;termination. Depuis un an, elle est volontaire dans des groupes et associations qui interviennent dans les &#233;coles pour donner les le&#231;ons de &#171; pr&#233;paration &#224; la vie familiale &#187;, c'est-&#224;-dire des cours d'&#233;ducation &#224; la sexualit&#233;. Elle va dans des coll&#232;ges et des lyc&#233;es. Son optimisme, apr&#232;s m'avoir pr&#233;sent&#233; un tableau effroyable des violences sexuelles et de l'ignorance des filles enceintes &#224; quatorze ans, vient de sa col&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De la col&#232;re des femmes qui se mobilisent depuis quelques semaines en Pologne. &lt;i&gt;&#171; Quand je vois ces femmes de tous &#226;ges qui g&#233;n&#233;ralement ne bougeaient pas, blas&#233;es et fatigu&#233;es par la politique, sortir d&#233;fendre le droit &#224; l'avortement, se rassembler avec nous, dire qu'enfin elles peuvent faire quelque chose d'utile, d'efficace, je suis optimiste. &#187;&lt;/i&gt; Elle sent un r&#233;veil. C'est la premi&#232;re fois que tant de femmes manifestent pour le droit &#224; l'IVG.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, raconte-elle, depuis des ann&#233;es les catholiques &#171; pro-life &#187; font signer des p&#233;titions sur les parvis des &#233;glises. Ils demandent un durcissement de la loi, une interdiction compl&#232;te de l'avortement. La loi en vigueur est pourtant tr&#232;s restrictive. Elle date de janvier 1993. On la pr&#233;sente comme un &#171; compromis &#187;, alors qu'elle fut impos&#233;e sans consultations, par un accord entre l'Eglise et le gouvernement centre droit de l'&#233;poque. Les femmes n'avaient pas &#233;t&#233; &#233;cout&#233;es alors que tous les sondages indiquaient une forte majorit&#233; en faveur d'une loi plus lib&#233;rale. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette loi n'autorise l'interruption de grossesse que dans quatre cas extr&#234;mes (vie le la m&#232;re en danger, malformation de l'enfant, viol et inceste) et &#224; des conditions drastiques. La d&#233;cision n'appartient pas directement &#224; la femme. Dans les deux premiers cas elle d&#233;pend du m&#233;decin, et dans les autres d'un juge. A cela s'ajoute la &#171; clause de conscience &#187; tr&#232;s r&#233;pandue, qui autorise les m&#233;decins de refuser d'interrompre une grossesse. En pratique, les avortements l&#233;gaux sont rares (deux ou trois cents par ans), quand la F&#233;d&#233;ration du planning familial en Pologne estime entre 80 et 100 000, le nombre des femmes qui d&#233;cident, chaque ann&#233;e, d'interrompre leur grossesse. En croisant diverses enqu&#234;tes, elle a &#233;tabli que depuis le vote de cette loi, pr&#232;s d'un quart des Polonaises ont connu un avortement ! Et souvent dans des conditions dramatiques. Les femmes qui ont les moyens, se rendent &#224; l'&#233;tranger ou parviennent &#224; se procurer une pilule abortive (RU486, interdite en Pologne). Mais pour la plupart, notamment les plus jeunes, c'est hors de prix. Elles se rabattent sur des moyens rudimentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des les plus dangereux qui produit souvent des h&#233;morragies, c'est le curetage avec un fil de fer, g&#233;n&#233;ralement un porte manteau que l'on adapte. C'est pourquoi, d&#232;s que la Premi&#232;re ministre, Beata Szyd&#322;o, s'est d&#233;clar&#233;e favorable &#224; la loi d&#233;pos&#233;e &#224; la Di&#232;te par les pro-life, des milliers de femmes se sont rassembl&#233;es en brandissant des porte-manteaux, devant son minist&#232;re et les si&#232;ges du PiS, dans 18 villes, samedi 2 avril. Elles &#233;taient huit mille &#224; Varsovie. Elles criaient leur &#171; droit de choisir &#187;. Au micro, se succ&#233;daient des t&#233;moignages, des protestations. On pouvait suivre le rassemblement en direct sur facebook, et toutes les deux ou trois secondes, apparaissaient de nouveaux post venant de toute la Pologne, des femmes mais aussi nombre d'hommes y exprimaient leur rage, leur solidarit&#233;, leur volont&#233; d'&#234;tre l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus des d&#233;clarations de la Premi&#232;re ministre, le pr&#233;sidium de la Conf&#233;rence &#233;piscopale publiait le 31 mars, un communiqu&#233; qui a choqu&#233;. On y lisait : &lt;i&gt;&#171; S'agissant de la protection de la vie des enfants encore &#224; na&#238;tre, on ne peut pas en rester au compromis actuel &#187;&lt;/i&gt;. Les &#233;v&#234;ques appelaient &lt;i&gt; &#171; tous les gens de bonne volont&#233;, croyants comme non-croyants, &#224; agir pour prot&#233;ger pleinement sur le plan juridique la vie des enfants encore &#224; na&#238;tre &#187;&lt;/i&gt;. C'&#233;tait clair. L'Eglise catholique s'engageait du c&#244;t&#233; des pro-life. D'ailleurs, ce communiqu&#233; devait &#234;tre lu &#224; haute voix dans les paroisses, le dimanche 3 avril. Dans les manifestations des pancartes se moquaient de l'Eglise : &lt;i&gt;&#171; Prot&#233;geons les femmes contre l'&#233;piscopat &#187;, &#171; La M&#232;re de Dieu a eu le choix &#187;&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;&#171; Il devenait &#233;vident, me dit Antonina, que si on laissait faire, la loi passerait. &#187;&lt;/i&gt; Habituellement ces p&#233;titions faisaient long feu, &lt;i&gt;&#171; &#224; peine d&#233;pos&#233;es, elles &#233;taient repouss&#233;es par la majorit&#233;. Or cette fois, ils avaient la cheffe du gouvernement et l'&#233;piscopat, c'&#233;tait tr&#232;s dangereux. &#187;&lt;/i&gt; En une journ&#233;e, toutes sortes de groupes et d'associations se sont mobilis&#233;s. Une association, Dziewuchy dziewuchom [Filles pour filles] a r&#233;uni sur facebook des dizaines de milliers de signatures en quelques heures.&lt;i&gt; &#171; Nous sommes toutes diff&#233;rentes mais nous sommes toutes des filles. &#187;&lt;/i&gt; Ces groupes ont multipli&#233; les rassemblements et les initiatives. Ainsi &#224; Varsovie et Gdansk, des femmes ont commenc&#233; &#224; sortir ostensiblement des &#233;glises lorsque le pr&#234;tre lisait le communiqu&#233; de l'&#233;piscopat.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2716 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH334/dfa35b0b2301d0a7-4c3e5d65-36b4e.jpg?1781503949' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Elzbieta Jachlewska, militante du Parti des femmes et responsable d'une association de travail social dans un quartier pauvre, que je retrouve &#224; Gdansk[1], me confirme cette explosion spontan&#233;e. Elle connait les filles de Dziewuchy dziewuchom. &lt;i&gt;&#171; Ce sont en r&#233;alit&#233; deux copines qui ont pass&#233; des nuits sur facebook, elles se sont m&#234;me mises en cong&#233; pour g&#233;rer &#231;a et organiser les rassemblements. Elles ne sont pas des f&#233;ministes patent&#233;es, elles n'ont jamais rien fait avant, elles n'ont pas d'option politique, c'est un mouvement de jeunes femmes. &#187;&lt;/i&gt; Jusqu'&#224; pr&#233;sent, m'explique cette militante chevronn&#233;e, &#233;puis&#233;e par les r&#233;unions et les nuits blanches, il &#233;tait tr&#232;s difficile de les sensibiliser. &lt;i&gt;&#171; Les mouvements f&#233;ministes en Pologne rassemblent surtout des femmes de quarante ou cinquante ans. Nous sommes leurs m&#232;res, voire leurs grands-m&#232;res ! &#187;&lt;/i&gt; Bien s&#251;r, plusieurs organisations politiques les ont rejointes. Principalement trois : le petit parti de gauche Razem (mod&#232;le Podemos), le Parti des femmes et Inicjatywa Polska (gauche ind&#233;pendante). Elles discutent de projets de lois alternatifs. &lt;i&gt;&#171; Certaines femmes veulent conserver la l&#233;gislation en l'&#233;tat, d'autres soutiennent des versions plus ouvertes, et travaillent. &#187;&lt;/i&gt; Plusieurs contre projets sont &#224; l'&#233;tude. Et le pouvoir h&#233;site &#224; l&#233;gif&#233;rer. Kaczynski temp&#232;re, l'&#233;piscopat r&#233;fl&#233;chit, on les sent impressionn&#233;s par ces r&#233;actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Je vis J'aime Je choisis&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ignorances et violences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2718 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/IMG/png/pologne_desenfantsavec_amour.png?2718/65f450d740c94484e3c85cb52a3b9875826a596d1ea675f242b3a3629cd279b6' width='241' height='332' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour Antonina, cette mobilisation est une r&#233;v&#233;lation. Elle conforte son engagement comme &#233;ducatrice. Elle me raconte au fond de notre caf&#233; bruyant, l'ignorance et le bourrage de cr&#226;ne que dispense l'&#233;cole sous l'influence de l'Eglise. Selon les textes officiels, l'&#233;ducation &#224; la sexualit&#233; doit &#234;tre dispens&#233;e &#224; l'&#233;cole primaire, au coll&#232;ge et au lyc&#233;e. Elle doit pr&#233;parer les &#233;l&#232;ves &#224; la connaissance et aux transformations de leur corps, leur enseigner des notions &#233;l&#233;mentaires de biologie et d'anatomie, les informer sur les maladies sexuellement transmissibles, la contraception, l'IVG, la diversit&#233; des orientations sexuelles, etc. En pratique, ce n'est pas &#231;a, le contenu de l'enseignement est parfois tendancieux. &lt;i&gt;&#171; D'abord, tout le monde ne suit pas ces cours. Il faut une autorisation des parents qui ne vient pas forc&#233;ment. Si la fr&#233;quentation est estim&#233;e &#224; 90% dans le primaire (o&#249; l'on parle surtout d'anatomie et de reproduction), elle tombe &#224; 60% au coll&#232;ge et &#224; 20% au lyc&#233;e. &#187;&lt;/i&gt; Beaucoup d'enseignants refusent aussi de parler de ces questions &#224; leurs &#233;l&#232;ves, soit par honte soit par manque de formation. La t&#226;che incombe normalement aux professeurs de sciences naturelles ou de &#8230; gymnastique. Faute d'enthousiasme les directeurs d'&#233;coles sollicitent alors des intervenants ext&#233;rieurs comme les groupes d'Antonina. Toutefois, ce n'est pas la r&#232;gle. L'association la plus importante, active depuis une quinzaine d'ann&#233;es dans tout le pays, Ponton, intervient encore trop peu. Et elle ne peut pas se proposer, c'est &#224; l'&#233;tablissement de demander.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, on estime que dans environ 10% des &#233;coles, les cours sont assur&#233;s par des pr&#234;tres. Des t&#233;moignages d'&#233;l&#232;ves publi&#233;s par Ponton, sur le contenu de ces cours sont accablants. Comme les manuels utilis&#233;s d'ailleurs. Ponton et le Planning familial ont analys&#233; en d&#233;tails ces manuels ou documents accr&#233;dit&#233;s par le minist&#232;re de l'Education nationale. Ils arrivent &#224; la conclusion que &lt;i&gt;&#171; les auteurs de ces manuels semblent ignorer vingt ans de recherches sur la sexualit&#233; et la sant&#233;, ou refusent les faits et propagent des mythes et des st&#233;r&#233;otypes sur la sexualit&#233; humaine &#187;. Ils &#171; citent des autorit&#233;s religieuses pour prouver leur dire. &#187; La sexualit&#233; n'est envisag&#233;e que dans le cadre du mariage h&#233;t&#233;rosexuel, la femme est cantonn&#233;e &#224; son r&#244;le de m&#232;re. &#171; La mani&#232;re dont sont pr&#233;sent&#233;es les autres orientations sexuelles ne peut que susciter l'homophobie[2]. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment s'&#233;tonner alors du nombre de personnes en situation de d&#233;tresse apr&#232;s des rapports sexuels non prot&#233;g&#233;s ? Antonina me raconte ses cours et ce qu'elle y entend : &lt;i&gt;&#171; Nous avons deux fois 45 minutes pour tout dire, c'est impossible ! En g&#233;n&#233;ral les &#233;l&#232;ves n'ont aucune id&#233;e du sujet. Ils peuvent nous interroger sur tout. J'entends des histoires incroyables, des questions du genre : est-il vrai qu'en cas d'avortement on d&#233;truit tout l'appareil g&#233;nital et qu'on n e peut plus avoir d'enfant ? Ou bien : comment fonctionne un condom ? Le coca cola est-il un contraceptif ? Quelquefois je laisse mon num&#233;ro, et ils m'appellent apr&#232;s la le&#231;on. &#187; &lt;/i&gt;L'acc&#232;s &#224; la contraception n'est pas seulement limit&#233; par l'ignorance. Elzbieta me donne &#224; Gdansk l'exemple de la pilule du lendemain, vendue en pharmacie. Dor&#233;navant l'ordonnance d'un gyn&#233;cologue est n&#233;cessaire. Cette d&#233;cision du gouvernement revient &#224; une interdiction pour celles qui n'ont pas assez d'argent. &lt;i&gt;&#171; Il faut trouver le m&#233;decin et acheter la pilule dans les 12 &#224; 24h qui suivent le rapport. Si vous n'avez pas les moyens d'aller vite chez un praticien priv&#233;, c'est impossible. Il faut en moyenne deux &#224; trois semaines pour obtenir un rendez vous dans un dispensaire public. &#187;&lt;/i&gt; En plus, la pilule co&#251;te entre 10 et 30&#8364; ! (4 &#224; 10&#8364; en France)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#034;Des enfants avec amour, pas sous la contrainte ni pour l'argent&#034;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2717 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/IMG/png/jevis_jaime_etje_choisis.png?2717/02b5a9ac94fd8bd288c63e0af565bb6b2aa35f53cb65008b710a18e01661747d' width='237' height='330' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Dans le climat actuel &#187;&lt;/i&gt;, Antonina insiste sur ce travail d'&#233;ducation. &lt;i&gt;&#171; La plupart des jeunes, surtout les gar&#231;ons, ne savent rien ni comment faire avec leur partenaire. Ils sont tr&#232;s &#233;tonn&#233;s lorsque nous leur disons que l'homosexualit&#233; n'est ni une faute ni une maladie. C'est terrible ce que nous entendons. &#187;&lt;/i&gt; Elle m'impressionne par sa volont&#233; d'agir malgr&#233; sa conscience d'&#234;tre tr&#232;s minoritaire. &lt;i&gt;&#171; Il y a beaucoup de groupe comme le mien, un peu partout en Pologne. Mais quel est leur impact ? Je n'en sais rien. &#187;&lt;/i&gt; Je comprends mieux son ravissement devant ces manifs pour l'avortement. Elle a le sentiment qu'une force se consolide. Mais elle temp&#232;re aussit&#244;t. &lt;i&gt;&#171; J'ai des amis qui sont dans un groupe de lutte contre l'homophobie, ils re&#231;oivent des subventions publiques, ils ont un local. Depuis d&#233;but mars, leur local a &#233;t&#233; attaqu&#233; trois fois. Ils ont appel&#233; la police. Que leur a dit le flic ? Avec ce que vous faites, pourquoi vous &#233;tonner que des gens se retournent contre vous ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant mon d&#233;part, Elzbieta m'a envoy&#233; de Gdansk les r&#233;sultats d'une enqu&#234;te sur les violences sexuelles faites aux femmes, &#233;tude r&#233;alis&#233;e dans deux r&#233;gions (Gdansk et Rzesz&#243;w) par une &#233;quipe de sociologues avec son association et une autre[3]. C'est une autre dimension du m&#234;me probl&#232;me. Des donn&#233;es recueillies, de janvier 2014 &#224; juin 2015, aupr&#232;s de juges et de policiers (5525 proc&#233;dures ont &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;es), ont &#233;t&#233; confront&#233;es &#224; une enqu&#234;te quantitative sur un &#233;chantillon repr&#233;sentatif de femmes de ces r&#233;gions (m&#233;thode des quotas). Au total, 451 femmes ont &#233;t&#233; interrog&#233;es (47 questions ferm&#233;es et deux ouvertes). Le rapport nous fournit une image d&#233;taill&#233;e de ces violences, comme une triste synth&#232;se de la condition f&#233;minine face au pouvoir masculin, ou plus exactement au sexe masculin. Quatre types de violences sexuelles ont &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;s. Je me limiterai &#224; leurs fr&#233;quences et &#224; leurs auteurs, qui disent tout : 49,6% des femmes interrog&#233;es ont dit avoir subi des harc&#232;lements sexuels plusieurs fois (un quart plus de dix fois) ; 37,5% subit des activit&#233;s sexuelles non d&#233;sir&#233;es ; 23% des tentatives de viol et 22% des viols. &lt;i&gt;&#171; Il n'y a pas de diff&#233;rence, note le rapport, selon les milieux sociaux ou les lieux de r&#233;sidence, seulement en fonction de l'&#226;ge. Plus la femme est &#226;g&#233;e, plus elle a subi de viols. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des chiffres effarants. La grande majorit&#233; de ces violences ne sont pas d&#233;clar&#233;es &#224; la police, et sont le fait de proches. Elles ont lieu dans la famille ou des cercles priv&#233;s. Seuls les harc&#232;lements ont lieu principalement sur les lieux de travail, de formation ou dans la rue et les parcs, et sont le fait d'inconnus de la victime. D&#232;s notre premi&#232;re rencontre en janvier, Elzbieta Jachlewska avait insist&#233;. &lt;i&gt;&#171; La violence domestique et sexuelle est le probl&#232;me le plus grave des femmes en Pologne. Les rapports officiels ne refl&#232;tent pas la r&#233;alit&#233; comme le montre notre &#233;tude. &#187; Et elle esp&#233;rait que la crise actuelle allait enfin &#171; les d&#233;tacher des &#233;crans de t&#233;l&#233; et de leurs r&#234;ves de vacances en Cr&#232;te&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quittant ces deux femmes, la fougueuse et jeune Antonina au milieu de la rue du Nouveau Monde &#224; Varsovie, et &#224; Sopot, Elzbieta la militante avis&#233;e qui pourrait &#234;tre sa m&#232;re, je quittais deux visages d'une m&#234;me col&#232;re f&#233;minine en Pologne. R&#233;volte profonde qui culmine en ce moment dans ces manifestations pour le droit &#224; l'IVG, pour &#171; retrouver le droit de choisir &#187;. Et je me disais qu'il sera bien difficile de l'&#233;touffer.&lt;br class='autobr' /&gt;
A suivre, troisi&#232;me &#233;pisode la semaine prochaine...&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Varsovie le 2 avril 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes &lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Cf. &#171; Retour &#224; Gdansk &#187; le 22 f&#233;vrier sur ce blog.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Voir ce rapport et beaucoup d'autres (en anglais) sur le site &lt;a href=&#034;http://www.ponton.org.pl&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.ponton.org.pl&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Rapport deMagdalena Grabowska et Marta Raw&#322;uszko, encore in&#233;dit, pr&#233;sent&#233; publiquement &#224; Gdansk, le 14 avril 2016. Etude financ&#233;e par l'Espace &#233;conomique europ&#233;en dans le cadre du programme &#171; Citoyens pour la d&#233;mocratie &#187;, r&#233;alis&#233;e par les fondations STER (Rzesz&#243;w) et WAGA (Gdansk) et un d&#233;partement de l'universit&#233; de Gdansk.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Refaire l'histoire ? &#8211; Manifestations en Pologne 3/3</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Refaire-l-histoire-Manifestations-en-Pologne-3-3</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Refaire-l-histoire-Manifestations-en-Pologne-3-3</guid>
		<dc:date>2016-05-24T06:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Yves Potel</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Pologne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En Pologne, la tension monte. La r&#233;action de la premi&#232;re ministre polonaise, Beata Szydlo, aux demandes de la Commission europ&#233;enne est inhabituellement vitup&#233;rante. Est-ce un aveu de faiblesse ? Pas s&#251;r. En attendant les prochains &#233;pisodes de cette d&#233;m&#233;l&#233;e, voici le dernier volet de mon voyage en avril. &lt;br class='autobr' /&gt; La 1&#232;re partie de l'article. &lt;br class='autobr' /&gt;
La 2e partie de l'article. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce devait &#234;tre un grand moment. L'Eglise polonaise avait ouvert un jubil&#233; et le pr&#233;parait depuis plusieurs ann&#233;es. Aussit&#244;t (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Pologne-+" rel="tag"&gt;Pologne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton26495-73b23.jpg?1782209958' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En Pologne, la tension monte. La r&#233;action de la premi&#232;re ministre polonaise, Beata Szydlo, aux demandes de la Commission europ&#233;enne est inhabituellement vitup&#233;rante. Est-ce un aveu de faiblesse ? Pas s&#251;r. En attendant les prochains &#233;pisodes de cette d&#233;m&#233;l&#233;e, voici le dernier volet de mon voyage en avril.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La &lt;a href=&#034;http://www.pressegauche.org/spip.php?article26301&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1&#232;re partie de l'article&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;a href=&#034;http://www.pressegauche.org/spip.php?article26378&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;2e partie de l'article&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce devait &#234;tre un grand moment. L'Eglise polonaise avait ouvert un jubil&#233; et le pr&#233;parait depuis plusieurs ann&#233;es. Aussit&#244;t &#233;lu, le parti Droit et Justice avait saisi l'occasion pour en faire la source de la &#171; nouvelle &#187; Pologne. Le 14-16 avril 2016, &#224; Pozna&#324; et Gniezno, on c&#233;l&#233;brait le 1050e anniversaire du bapt&#234;me catholique de Mieszko 1er, le fondateur de la premi&#232;re dynastie polonaise des Piast.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les historiens n'ont toujours pas &#233;tabli avec certitude la date et le lieu de ce bapt&#234;me, il est admis qu'il se d&#233;roula en 966 pr&#232;s de Gniezno, qu'il fut l'aboutissement plus ou moins contraint, d'un rapprochement avec le roi de Boh&#234;me voisin, dont Mieszko &#233;pousa la fille. Il signifia en fait la naissance d'un Etat centralis&#233; et le d&#233;but de la christianisation de la Pologne. L'ensemble du royaume devint le dioc&#232;se de Gniezno directement rattach&#233; au Saint-Si&#232;ge. Pour l'Eglise polonaise c'est un acte fondateur au point que son primat est toujours archev&#234;que de Gniezno. Surtout, ce rattachement au christianisme latin, enracina la Pologne dans la tradition europ&#233;enne peu avant le grand schisme de 1054.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'en janvier dernier, j'&#233;voquais cet anniversaire avec le professeur Andrzej Sewery&#324;ski, s&#233;nateur du PiS et fervent catholique, il qualifia de &#171; naturelle et indispensable &#187; la double comm&#233;moration. Pour la premi&#232;re fois, l'Etat et l'Eglise c&#233;l&#233;braient ensemble une date commune. En v&#233;rit&#233;, la c&#233;r&#233;monie entre en &#233;cho avec un autre anniversaire, tout aussi important dans l'imm&#233;diat, celui du mill&#233;naire du 1966, quand s'&#233;taient oppos&#233;es deux c&#233;r&#233;monies : les messes du cardinal primat Stefan Wyszy&#324;ski, particuli&#232;rement celle &#224; Pozna&#324; le 17 avril 1966 avec tous les membres de l'&#233;piscopat, tandis que le 16 avril, &#224; Gniezno et Pozna&#324;, l'Etat-Parti de W&#322;adys&#322;aw Gomu&#322;ka organisait des rassemblements pour &#171; contrecarrer l'offensive id&#233;ologique &#187; de l'Eglise. Il c&#233;l&#233;brait une naissance politique, l'&#339;uvre de &#171; l'esprit polonais &#187;, et inaugurait un millier d'&#171; &#233;coles du Mill&#233;naire &#187;, le tout culminant dans une grande parade militaire &#224; Varsovie. L'Etat communiste contre l'Eglise rebelle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une bonne occasion de voir &#224; l'&#339;uvre la nouvelle &#171; politique historique &#187; du gouvernement. Je d&#233;cidai de m'y rendre[1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La gr&#226;ce au bord d'un lac&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les c&#233;r&#233;monies commencent non loin de Gniezno, &#224; Ostr&#243;w Lednicki. Sous un ciel couvert et malgr&#233; des giboul&#233;es r&#233;p&#233;tes, nous rejoignons une petite foule de fid&#232;les entass&#233;s sous un auvent avec une cinquantaine d'&#233;v&#234;ques, ou blottis sous des parapluies color&#233;s. Nous sommes au creux d'une colline, devant les ruines blanches fraichement r&#233;nov&#233;es de la chapelle du roi, au centre de son domaine, le &#171; gr&#243;d &#187;. Tout autour, des fid&#232;les et quelques pr&#234;tres solitaires nous observent, perch&#233;s sur des &#233;minences comme des sentinelles. Derri&#232;re, gris, calme et cach&#233; par de longs arbres &#233;l&#233;gants, le lac. Il dort. Nous sommes sur une &#238;le. Des soldats du g&#233;nie de Wroclaw, tenues de campagne et b&#233;rets verts, gardent l'entr&#233;e devant un pont flottant fix&#233; pour ceux qui se rendent &#224; la b&#233;n&#233;diction. Passent des &#233;v&#234;ques retardataires sous calotte violette, des scouts s&#233;rieux, quelques vieillards, des policiers attentifs et sans doute d'autres officiels. Peu de monde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La c&#233;r&#233;monie est l'occasion d'une hom&#233;lie du primat, l'archev&#234;que Wojciech Polak, qui souhaite donner une dimension &#339;cum&#233;nique &#224; la c&#233;l&#233;bration : &#171; Le sacrement du bapt&#234;me est un signe d'unit&#233; &#187;, affirme-t-il, en appelant &#171; les &#233;glises &#224; surmonter leurs divisions &#187;. Ce qui le conduit &#224; une d&#233;finition ouverte de la &#171; culture polonaise. &#187; Elle &#171; &#233;t&#233; cr&#233;&#233; au cours des si&#232;cles par les chr&#233;tiens &#8211; latins, orthodoxes, catholiques grecs et protestants &#8211; et en m&#234;me temps par les juifs et les musulmans, ainsi que par des non-croyants.[2] &#187; Une d&#233;finition que l'on ne retrouvera pas dans la bouche des politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apr&#232;s-midi, &#224; Gniezno, je suis &#224; nouveau surpris par la faible affluence. Une ville moyenne (70 000 habitants), des rues d&#233;sertes aux b&#226;timents proprets, quelques drapeaux polonais aux fen&#234;tres, une place du march&#233; style classique, quelques fa&#231;ades color&#233;es, nous conduisent jusqu'&#224; la magnifique cath&#233;drale gothique, lieu saint o&#249; sont conserv&#233;es des reliques de Saint Adalbert. Elle est bond&#233;e, remplie de VIP. Je reconnais sur l'&#233;cran g&#233;ant qui retransmet la messe &#224; l'ext&#233;rieur, Jaroslaw Kaczynski toujours en noir, le pr&#233;sident Andrzej Duda et sa femme, la premi&#232;re ministre Beata Szyd&#322;o, et bien d'autres. La population de Gniezno n'a pu rentrer. Le lendemain la presse locale le d&#233;plorera. A la radio, nous dira un de nos interlocuteurs, des passants interrog&#233;s ont grogn&#233; : &#171; C'est une ville morte &#187;, &#171; Il n'y a que des vieux &#187;, &#171; Il n'y a personne &#187;. Nous le remarquons aussi. Peu de jeunes, deux ou trois cent personnes dehors, des policiers et des barri&#232;res, parfois des gens d&#233;guis&#233;s en paysans ou guerriers du Xe si&#232;cle. C'est triste, malgr&#233; de beaux chants religieux. Les discours raisonnent dans le froid. Une lettre du pape Fran&#231;ois est lue, il &#233;tait invit&#233; mais n'a pu se d&#233;placer &#8211; il allait ce jour l&#224; &#224; Lesbos ! On l'attend en juillet &#224; Cracovie pour les JMJ. La messe se poursuit. Nous partons. Je remarque, plant&#233;s au bord de la place vide pr&#232;s de la cath&#233;drale, cinq hommes plut&#244;t &#226;g&#233;s, qui tiennent silencieusement deux banderoles sur lesquelles on peut lire : &#171; La patrie n'est pas &#224; vendre, ne donnons pas la Pologne aux &#233;trangers &#187;, &#171; Dieu, honneur, patrie &#187;. Personne ne les regarde, mais personne ne leur dit de partir, pas m&#234;me la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Pozna&#324;, le lendemain, la foule est enfin au rendez-vous. Les paroisses ont mobilis&#233; &#224; travers le pays et des bus d&#233;versent des p&#232;lerins dans le stade INEA qui peut contenir jusqu'&#224; 45 000 personnes. Quinze &#224; vingt milles assistent aux messes et &#224; un bapt&#234;me collectif, l'apr&#232;s midi. Le soir ils sont sans doute plus nombreux car il y a une grandiose repr&#233;sentation de &#171; J&#233;sus, super star &#187;. Mais nous ne restons pas...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pr&#233;f&#232;re me concentrer sur le discours du pr&#233;sident de la R&#233;publique, Andrzej Duda, retransmis en direct dans une salle de presse blas&#233;e. Pour l'occasion, le parlement a &#233;t&#233; r&#233;uni au complet, les &#233;lus de l'opposition compris. Ce bapt&#234;me, ass&#232;ne le Pr&#233;sident, &#171; est la plus importante date de notre histoire. &#187; Il d&#233;veloppe avec grandiloquence une rh&#233;torique nationale catholique. &#171; Le bapt&#234;me est notre racine &#187; &#171; C'est le d&#233;but de la nation polonaise &#187;, &#171; Ceux qui veulent d&#233;truire l'Eglise atteignent la nation &#187;, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La Pologne existe gr&#226;ce &#224; ses origines chr&#233;tiennes toujours fortes. Elles sont nos garanties pour l'avenir &#187;, etc., etc. Un discours que l'opposition critique superficiellement. Elle y voit de l'hypocrisie : &#171; De bons mots, mais ce ne sont que des mots &#187;, dit un d&#233;put&#233;. Lorsque Duda d&#233;clare que &#171; l'Etat de droit polonais, les principes constitutionnels s'enracinent profond&#233;ment dans le christianisme &#187;, l'opposition applaudit. Pour le chef de la Plateforme civique (PO), &#171; quand le pr&#233;sident parle de droit pendant que son parti ignore le droit, il faut lui rappeler par nos applaudissements, qu'il doit passer des mots &#224; l'action. &#187; Le nouveau parti lib&#233;ral, Nowoczesna, est un peu plus s&#233;v&#232;re : &#171; Nous ne sommes pas sortis de la salle par respect pour notre histoire, dit son porte parole. Mieszko 1er nous a conduits vers l'Europe, le PiS veut nous en faire sortir. &#187; Un autre d&#233;put&#233; du m&#234;me parti conclut : &#171; Le Pr&#233;sident s'exprime comme un croyant et non comme un citoyen europ&#233;en.[3] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces commentaires tr&#232;s politiciens me font sourire. Je ne les trouve pas &#224; la hauteur. Je m'interroge aussi sur les nuances entre le discours du Primat et celui du Pr&#233;sident. Tandis que le premier semble accepter une nation aux sources pluriculturelles, le second et une partie de l'opposition se limitent aux racines chr&#233;tiennes. J'en parle quelques jours plus tard &#224; un historien catholique, Pawel Skibinski, qui se d&#233;finit lui-m&#234;me comme un national catholique proche de l'Opus Dei. Il n'y voit pas de contradiction. En fait, me dit-il, tout se r&#233;sout dans la &#171; composante universelle du catholicisme &#187;, c'est la religion dominante, elle assimile tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La politique historique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette visite &#233;prouvante d'ennui, m'a fait mesurer l'ampleur de la mise en sc&#232;ne de la &#171; politique historique &#187; du PiS. Citant le mar&#233;chal Pilsudski, Duda aime &#224; dire : &#171; Une nation qui perd la m&#233;moire cesse d'&#234;tre une nation &#187;, pour placer cette politique au centre du &#171; bon changement &#187;. Il dit vouloir r&#233;unir la nation autour de valeurs communes comme l'ind&#233;pendance ou le christianisme, pour lui rendre sa fiert&#233;, son assurance et son rayonnement international. Il a confi&#233; au professeur Andrzej Nowak, un historien conservateur de l'universit&#233; Jagellon &#224; Cracovie, l'organisation d'un groupe de r&#233;flexion sur cette politique. Lors d'une premi&#232;re r&#233;union, en novembre dernier[4], ce dernier en a d&#233;fini les enjeux. D'abord rectifier les &#171; visions historiques fausses et r&#233;ductrices &#187; trop r&#233;pandues. Il vise explicitement tout ce qui associe la Pologne &#224; la Shoah, mettant dans le m&#234;me sac l'appellation &#171; camp de concentration polonais &#187; effectivement erron&#233;e, et les travaux historiques comme ceux de Jan T. Gross sur la participation de voisins polonais au meurtre des Juifs. Lors de cette r&#233;union certains ont m&#234;me appel&#233; &#224; une chasse aux sorci&#232;res, demandant une p&#233;nalisation de ces &#171; erreurs &#187;. Depuis, une loi est cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Nowak, l'Etat doit promouvoir sa vision de l'histoire en mobilisant la &#171; culture populaire &#187; (principalement la musique et le cin&#233;ma) et en d&#233;ployant de grands efforts &#233;ducatifs. Il distingue cinq &#171; cercles de la m&#233;moire &#187;, comme cinq priorit&#233;s : le m&#233;moire des martyrs (tels par exemple les &#171; soldats maudits &#187; qui ont poursuivi la lutte arm&#233;e contre l'occupant sovi&#233;tique apr&#232;s 1945) ; la culture nationale et ses grands hommes (Chopin, Szymanowski, etc.) ; les succ&#232;s polonais dans les sciences et la technique ; la foi chr&#233;tienne et les Saints polonais (au sens catholique du terme !) ; la tradition de la r&#233;publique nobiliaire d'avant les Partages de la fin du XVIIIe si&#232;cle, r&#233;put&#233;e ouverte et tol&#233;rante. Il envisage la mobilisation de moyens nouveaux. Une politique qui devrait culminer dans un &#171; congr&#232;s de la m&#233;moire et de l'espoir polonais &#187;, et permettre la diffusion &#224; l'&#233;tranger d'un discours alternatif &#224; celui dominant en Europe qui sous-estime la Pologne. Il veut en finir avec ce qu'un participant c&#233;l&#232;bre pour ses formules provocatrices, nomme la &#171; p&#233;dagogie de la honte &#187;, c'est-&#224;-dire le regard critique sur les parts sombres de l'histoire nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs historiens ou directeurs de mus&#233;es pr&#233;sents &#224; cette r&#233;union ont exprim&#233; leur scepticisme. Car en g&#233;n&#233;ral les universitaires re&#231;oivent mal ces intentions qui apparaissent manipulatrices. Depuis presque trente ans, l'historiographie polonaise qui a toujours &#233;t&#233; de grande qualit&#233;, conna&#238;t un d&#233;veloppement formidable, libre et r&#233;put&#233; &#224; l'&#233;chelle internationale. Une histoire critique s'est &#233;panouie dans tous les domaines, en particulier pour le XXe si&#232;cle (plus contr&#244;l&#233;e &#224; l'&#233;poque communiste). Pour beaucoup, cette politique historique est un non sens. Ainsi le professeur Marcin Kula, qui a form&#233; &#224; l'universit&#233; de Varsovie une ou deux g&#233;n&#233;rations de ces nouveaux historiens, condamne le terme sans appel. Il d&#233;nonce la &#171; confusion des r&#244;les &#187; du politique et de l'historien. Certes l'Etat a des responsabilit&#233;s de financement des recherches et de l'enseignement, et doit les assumer sans parti pris. Il peut aussi d&#233;cider des comm&#233;morations nationales, mais &#171; je pr&#233;f&#232;rerais que son r&#244;le diminue plut&#244;t que d''augmenter.[5] &#187; Surtout, Kula souligne le caract&#232;re d&#233;magogique de cette politique en se r&#233;f&#233;rant &#224; des exemples du populisme latino-am&#233;ricain. Il compare, non sans humour, les aventures d'Eva Per&#243;n morte et celles de Lech Kaczynski victime de &#171; l'attentat &#187; de Smolensk[6]. Une politique mortif&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion contradictoire n'a gu&#232;re lieu. Les protestations, tribunes ou colloques se multiplient, mais la division politique rend les &#233;changes de moins en moins faciles. On assiste au contraire &#224; des r&#232;glements de compte. Les attaques personnelles, comme l'intention rendue publique du Pr&#233;sident de retirer une d&#233;coration &#224; Jan Gross, ou les abandons de projets sans explication coh&#233;rente, comme celui r&#233;cent du mus&#233;e de la Deuxi&#232;me guerre mondiale pr&#233;vu &#224; Gdansk et d&#233;j&#224; construit, sont autant de r&#233;ponses concr&#232;tes du pouvoir, aux interrogations des historiens. Une discussion &#224; coups de triques. La reprise en main d'institution tel l'Institut de la m&#233;moire nationale (IPN), lui offre des moyens consid&#233;rables. On a pu le constater avec la r&#233;ouverture du dossier Walesa qui vise &#224; disqualifier le h&#233;ros de la gr&#232;ve de Gdansk[7]. D'autres dossiers sont ouverts dans le m&#234;me but. C'est un dispositif strat&#233;gique pour le PiS qui d'ailleurs, a fait du ministre de la culture un vice premier ministre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mise au pas, mais pour quel effet sur la conscience polonaise ? Gardant en t&#234;te le relatif &#233;chec des c&#233;r&#233;monies de Pozna&#324; et Gniezno, voyant l'incapacit&#233; du gouvernement &#224; mobiliser des foules pour la comm&#233;moration de la catastrophe de Smolensk en mars dernier, je me demande si &#231;a fonctionne. Vont-ils reconstruire la vieille Pologne nationale catholique ? Karol Modzelewski, invit&#233; dans Gazeta Wyborcza &#224; commenter, en tant que m&#233;di&#233;viste, les c&#233;r&#233;monies autour du Bapt&#234;me, exprime ses doutes. Il n'est pas certain que la re-cl&#233;ricalisation de cette soci&#233;t&#233; soit possible. Il constate au contraire, une s&#233;cularisation acc&#233;l&#233;r&#233;e par les transformations sociales de ces vingt derni&#232;res d'ann&#233;es, une &#171; la&#239;cisation brutale &#187; qui peut, &#224; l'inverse, en l'absence de valeurs d&#233;mocratiques fortes, favoriser un nihilisme moral, lequel est capt&#233; par l'extr&#234;me droite, particuli&#232;rement dans la jeunesse[8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcin Kula, que je retrouve dans un vieux restaurant &#233;tudiant pr&#232;s de l'universit&#233; de Varsovie, estime que le niveau d'&#233;ducation historique des Polonais demeure faible. En g&#233;n&#233;ral, les gens sont sensibles &#224; quelques symboles ou &#224; des st&#233;r&#233;otypes r&#233;confortants, du genre : &#171; les Russes nous ont toujours pers&#233;cut&#233; &#187;, &#171; la Pologne martyre, victime et innocente &#187;, etc. C'est profond&#233;ment ancr&#233;, &#231;a date de la politique historique des communistes au temps de la Pologne populaire. Le PiS reprend et flatte cette repr&#233;sentation rudimentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que confirme le sociologue Lech M. Nijakowski qui a minutieusement &#233;tudi&#233; les imaginaires m&#233;moriels polonais de ces derni&#232;res d&#233;cennies. Selon lui &#171; le PiS ne cr&#233;e par une nouvelle histoire. &#187; Il ne refait rien. Il vise principalement &#224; &#171; la pr&#233;servation et &#224; la diffusion d'un r&#233;cit bien connu. Il revient &#224; l'histoire simple et &#233;vidente qui ont fait notre fiert&#233; nationale, qui nous confirme que nous, les Polonais, nous avons &#233;t&#233; des victimes h&#233;ro&#239;ques de la Seconde Guerre mondiale, que dans l'ensemble nous n'avons pas collabor&#233;, nous avons sauv&#233; des Juifs, nous &#233;tions des r&#233;sistants intraitables du premier au dernier jour de la guerre, et m&#234;me plus longtemps parce que nous avons &#233;t&#233; l&#226;chement trahis. Il n'y a rien de nouveau. En ce sens, le PiS n'introduit pas de changements radicaux. Sa t&#226;che est plus ais&#233;e, il n'a pas &#224; r&#233;volutionner la m&#233;moire commun&#233;ment partag&#233;e.[9] &#187; Il est vrai que le discours politique est tr&#232;s cliv&#233;, dit-il encore, mais si l'on regarde de plus pr&#232;s les pratiques m&#233;morielles, il n'y a pas tant de diff&#233;rences entre PO et le PiS. Face aux nouvelles visions du pass&#233; polonais introduites par l'histoire critique, visions qui ne sont pas toujours faciles &#224; accepter &#233;motionnellement, le PiS se pr&#233;sente comme un restaurateur de m&#233;moire. D'o&#249; son attrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Je remercie l'institut Adam Mickiewicz &#224; Varsovie, qui m'a permis d'assister aux c&#233;r&#233;monies et de rencontrer plusieurs responsables, et tout particuli&#232;rement, pour son efficacit&#233; et sa gentillesse, Irena Fedorkowa qui m'a accompagn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] D'apr&#232;s le communiqu&#233; de PAP : &lt;a href=&#034;http://dzieje.pl/aktualnosci/prymas-chrzest-jest-wezwaniem-dla-kosciolow-do-przezwyciezania-podzialow&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://dzieje.pl/aktualnosci/prymas-chrzest-jest-wezwaniem-dla-kosciolow-do-przezwyciezania-podzialow&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] R&#233;actions parues dans Gazeta Wyborcza des 16/17 avril 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Le compte rendu est accessible sur le site de la Pr&#233;sidence &lt;a href=&#034;http://www.prezydent.pl/kancelaria/dzialalnosc-kancelarii/art,18,zapis-spotkania-dot-strategii-polskiej-polityki-historycznej.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.prezydent.pl/kancelaria/dzialalnosc-kancelarii/art,18,zapis-spotkania-dot-strategii-polskiej-polityki-historycznej.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Marcin Kula &#8222;Polityka historyczna ? Dla mnie nie, dzi&#281;kuj&#281;.&#8221; [La politique historique ? Pour moi, non merci] in PAUza Akademicka, N&#176; 338&#8211;339, 28 avril-5 mai 2016, Cracovie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Gazeta Wyborcza du 23.janvier 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Cf. mon entretien avec Karol Modzelewski, en mars, sur ce blog.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Entretien in Gazeta Wyborcza du 16 avril 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Lech M. Nijakowski, &#8222;PiS nie tworzy nowej historii&#8221;, [Le PiS ne cr&#233;e pas une nouvelle histoire], entretien avec &#321;ukasz Bertram et Iza Mrzyg&#322;&#243;d in Kultura Liberalna &lt;a href=&#034;http://kulturaliberalna.pl/tag/nr-382/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://kulturaliberalna.pl/tag/nr-382/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Refaire l'histoire ? &#8211; Manifestations en Pologne 3/3</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Refaire-l-histoire-Manifestations-en-Pologne-3-3-26497</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Refaire-l-histoire-Manifestations-en-Pologne-3-3-26497</guid>
		<dc:date>2016-05-23T16:50:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Yves Potel</dc:creator>


		<dc:subject>Pologne</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2016-05-24</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;23 mai 2016 | Le blog de JEAN YVES POTEL sur mediapart.fr le Club &lt;br class='autobr' /&gt; Je remercie l'institut Adam Mickiewicz &#224; Varsovie, qui m'a permis d'assister aux c&#233;r&#233;monies et de rencontrer plusieurs responsables, et tout particuli&#232;rement, pour son efficacit&#233; et sa gentillesse, Irena Fedorkowa qui m'a accompagn&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Ce devait &#234;tre un grand moment. L'Eglise polonaise avait ouvert un jubil&#233; et le pr&#233;parait depuis plusieurs ann&#233;es. Aussit&#244;t &#233;lu, le parti Droit et Justice avait saisi l'occasion pour en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Pologne-+" rel="tag"&gt;Pologne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2016-05-24-+" rel="tag"&gt;Edition du 2016-05-24&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L148xH150/arton26497-d30a9.png?1782209959' class='spip_logo spip_logo_right' width='148' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;23 mai 2016 | Le blog de JEAN YVES POTEL sur mediapart.fr le Club&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je remercie l'institut Adam Mickiewicz &#224; Varsovie, qui m'a permis d'assister aux c&#233;r&#233;monies et de rencontrer plusieurs responsables, et tout particuli&#232;rement, pour son efficacit&#233; et sa gentillesse, Irena Fedorkowa qui m'a accompagn&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce devait &#234;tre un grand moment. L'Eglise polonaise avait ouvert un jubil&#233; et le pr&#233;parait depuis plusieurs ann&#233;es. Aussit&#244;t &#233;lu, le parti Droit et Justice avait saisi l'occasion pour en faire la source de la &#171; nouvelle &#187; Pologne. Le 14-16 avril 2016, &#224; Pozna&#324; et Gniezno, on c&#233;l&#233;brait le 1050e anniversaire du bapt&#234;me catholique de Mieszko 1er, le fondateur de la premi&#232;re dynastie polonaise des Piast.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les historiens n'ont toujours pas &#233;tabli avec certitude la date et le lieu de ce bapt&#234;me, il est admis qu'il se d&#233;roula en 966 pr&#232;s de Gniezno, qu'il fut l'aboutissement plus ou moins contraint, d'un rapprochement avec le roi de Boh&#234;me voisin, dont Mieszko &#233;pousa la fille. Il signifia en fait la naissance d'un Etat centralis&#233; et le d&#233;but de la christianisation de la Pologne. L'ensemble du royaume devint le dioc&#232;se de Gniezno directement rattach&#233; au Saint-Si&#232;ge. Pour l'Eglise polonaise c'est un acte fondateur au point que son primat est toujours archev&#234;que de Gniezno. Surtout, ce rattachement au christianisme latin, enracina la Pologne dans la tradition europ&#233;enne peu avant le grand schisme de 1054.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'en janvier dernier, j'&#233;voquais cet anniversaire avec le professeur Andrzej Sewery&#324;ski, s&#233;nateur du PiS et fervent catholique, il qualifia de &#171; naturelle et indispensable &#187; la double comm&#233;moration. Pour la premi&#232;re fois, l'Etat et l'Eglise c&#233;l&#233;braient ensemble une date commune. En v&#233;rit&#233;, la c&#233;r&#233;monie entre en &#233;cho avec un autre anniversaire, tout aussi important dans l'imm&#233;diat, celui du mill&#233;naire de 1966, quand s'&#233;taient oppos&#233;es deux c&#233;r&#233;monies : les messes du cardinal primat Stefan Wyszy&#324;ski, particuli&#232;rement celle &#224; Pozna&#324; le 17 avril 1966 avec tous les membres de l'&#233;piscopat, tandis que le 16 avril, &#224; Gniezno et Pozna&#324;, l'Etat-Parti de W&#322;adys&#322;aw Gomu&#322;ka organisait des rassemblements pour &#171; contrecarrer l'offensive id&#233;ologique &#187; de l'Eglise. Il c&#233;l&#233;brait une naissance politique, l'&#339;uvre de &#171; l'esprit polonais &#187;, et inaugurait un millier d'&#171; &#233;coles du Mill&#233;naire &#187;, le tout culminant dans une grande parade militaire &#224; Varsovie. L'Etat communiste contre l'Eglise rebelle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une bonne occasion de voir &#224; l'&#339;uvre la nouvelle &#171; politique historique &#187; du gouvernement. Je d&#233;cidai de m'y rendre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je remercie l'institut Adam Mickiewicz &#224; Varsovie, qui m'a permis d'assister (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La gr&#226;ce au bord d'un lac&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les c&#233;r&#233;monies commencent non loin de Gniezno, &#224; Ostr&#243;w Lednicki. Sous un ciel couvert et malgr&#233; des giboul&#233;es r&#233;p&#233;tes, nous rejoignons une petite foule de fid&#232;les entass&#233;s sous un auvent avec une cinquantaine d'&#233;v&#234;ques, ou blottis sous des parapluies color&#233;s. Nous sommes au creux d'une colline, devant les ruines blanches fraichement r&#233;nov&#233;es de la chapelle du roi, au centre de son domaine, le &#171; gr&#243;d &#187;. Tout autour, des fid&#232;les et quelques pr&#234;tres solitaires nous observent, perch&#233;s sur des &#233;minences comme des sentinelles. Derri&#232;re, gris, calme et cach&#233; par de longs arbres &#233;l&#233;gants, le lac. Il dort. Nous sommes sur une &#238;le. Des soldats du g&#233;nie de Wroclaw, tenues de campagne et b&#233;rets verts, gardent l'entr&#233;e devant un pont flottant fix&#233; pour ceux qui se rendent &#224; la b&#233;n&#233;diction. Passent des &#233;v&#234;ques retardataires sous calotte violette, des scouts s&#233;rieux, quelques vieillards, des policiers attentifs et sans doute d'autres officiels. Peu de monde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La c&#233;r&#233;monie est l'occasion d'une hom&#233;lie du primat, l'archev&#234;que Wojciech Polak, qui souhaite donner une dimension &#339;cum&#233;nique &#224; la c&#233;l&#233;bration : &#171; Le sacrement du bapt&#234;me est un signe d'unit&#233; &#187;, affirme-t-il, en appelant &#171; les &#233;glises &#224; surmonter leurs divisions &#187;. Ce qui le conduit &#224; une d&#233;finition ouverte de la &#171; culture polonaise. &#187; Elle &#171; &#233;t&#233; cr&#233;&#233; au cours des si&#232;cles par les chr&#233;tiens &#8211; latins, orthodoxes, catholiques grecs et protestants &#8211; et en m&#234;me temps par les juifs et les musulmans, ainsi que par des non-croyants.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s le communiqu&#233; de PAP :&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Une d&#233;finition que l'on ne retrouvera pas dans la bouche des politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apr&#232;s-midi, &#224; Gniezno, je suis &#224; nouveau surpris par la faible affluence. Une ville moyenne (70 000 habitants), des rues d&#233;sertes aux b&#226;timents proprets, quelques drapeaux polonais aux fen&#234;tres, une place du march&#233; style classique, quelques fa&#231;ades color&#233;es, nous conduisent jusqu'&#224; la magnifique cath&#233;drale gothique, lieu saint o&#249; sont conserv&#233;es des reliques de Saint Adalbert. Elle est bond&#233;e, remplie de VIP. Je reconnais sur l'&#233;cran g&#233;ant qui retransmet la messe &#224; l'ext&#233;rieur, Jaroslaw Kaczynski toujours en noir, le pr&#233;sident Andrzej Duda et sa femme, la premi&#232;re ministre Beata Szyd&#322;o, et bien d'autres. La population de Gniezno n'a pu rentrer. Le lendemain la presse locale le d&#233;plorera. A la radio, nous dira un de nos interlocuteurs, des passants interrog&#233;s ont grogn&#233; : &#171; C'est une ville morte &#187;, &#171; Il n'y a que des vieux &#187;, &#171; Il n'y a personne &#187;. Nous le remarquons aussi. Peu de jeunes, deux ou trois cent personnes dehors, des policiers et des barri&#232;res, parfois des gens d&#233;guis&#233;s en paysans ou guerriers du Xe si&#232;cle. C'est triste, malgr&#233; de beaux chants religieux. Les discours raisonnent dans le froid. Une lettre du pape Fran&#231;ois est lue, il &#233;tait invit&#233; mais n'a pu se d&#233;placer &#8211; il allait ce jour l&#224; &#224; Lesbos ! On l'attend en juillet &#224; Cracovie pour les JMJ. La messe se poursuit. Nous partons. Je remarque, plant&#233;s au bord de la place vide pr&#232;s de la cath&#233;drale, cinq hommes plut&#244;t &#226;g&#233;s, qui tiennent silencieusement deux banderoles sur lesquelles on peut lire : &#171; La patrie n'est pas &#224; vendre, ne donnons pas la Pologne aux &#233;trangers &#187;, &#171; Dieu, honneur, patrie &#187;. Personne ne les regarde, mais personne ne leur dit de partir, pas m&#234;me la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Pozna&#324;, le lendemain, la foule est enfin au rendez-vous. Les paroisses ont mobilis&#233; &#224; travers le pays et des bus d&#233;versent des p&#232;lerins dans le stade INEA qui peut contenir jusqu'&#224; 45 000 personnes. Quinze &#224; vingt milles assistent aux messes et &#224; un bapt&#234;me collectif, l'apr&#232;s midi. Le soir ils sont sans doute plus nombreux car il y a une grandiose repr&#233;sentation de &#171; J&#233;sus, super star &#187;. Mais nous ne restons pas...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pr&#233;f&#232;re me concentrer sur le discours du pr&#233;sident de la R&#233;publique, Andrzej Duda, retransmis en direct dans une salle de presse blas&#233;e. Pour l'occasion, le parlement a &#233;t&#233; r&#233;uni au complet, les &#233;lus de l'opposition compris. Ce bapt&#234;me, ass&#232;ne le Pr&#233;sident, &#171; est la plus importante date de notre histoire. &#187; Il d&#233;veloppe avec grandiloquence une rh&#233;torique nationale catholique. &#171; Le bapt&#234;me est notre racine &#187; &#171; C'est le d&#233;but de la nation polonaise &#187;, &#171; Ceux qui veulent d&#233;truire l'Eglise atteignent la nation &#187;, &#171; La Pologne existe gr&#226;ce &#224; ses origines chr&#233;tiennes toujours fortes. Elles sont nos garanties pour l'avenir &#187;, etc., etc. Un discours que l'opposition critique superficiellement. Elle y voit de l'hypocrisie : &#171; De bons mots, mais ce ne sont que des mots &#187;, dit un d&#233;put&#233;. Lorsque Duda d&#233;clare que &#171; l'Etat de droit polonais, les principes constitutionnels s'enracinent profond&#233;ment dans le christianisme &#187;, l'opposition applaudit. Pour le chef de la Plateforme civique (PO), &#171; quand le pr&#233;sident parle de droit pendant que son parti ignore le droit, il faut lui rappeler par nos applaudissements, qu'il doit passer des mots &#224; l'action. &#187; Le nouveau parti lib&#233;ral, Nowoczesna, est un peu plus s&#233;v&#232;re : &#171; Nous ne sommes pas sortis de la salle par respect pour notre histoire, dit son porte parole. Mieszko 1er nous a conduits vers l'Europe, le PiS veut nous en faire sortir. &#187; Un autre d&#233;put&#233; du m&#234;me parti conclut : &#171; Le Pr&#233;sident s'exprime comme un croyant et non comme un citoyen europ&#233;en.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;actions parues dans Gazeta Wyborcza des 16/17 avril 2016.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces commentaires tr&#232;s politiciens me font sourire. Je ne les trouve pas &#224; la hauteur. Je m'interroge aussi sur les nuances entre le discours du Primat et celui du Pr&#233;sident. Tandis que le premier semble accepter une nation aux sources pluriculturelles, le second et une partie de l'opposition se limitent aux racines chr&#233;tiennes. J'en parle quelques jours plus tard &#224; un historien catholique, Pawel Skibinski, qui se d&#233;finit lui-m&#234;me comme un national catholique proche de l'Opus Dei. Il n'y voit pas de contradiction. En fait, me dit-il, tout se r&#233;sout dans la &#171; composante universelle du catholicisme &#187;, c'est la religion dominante, elle assimile tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La politique historique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette visite &#233;prouvante d'ennui, m'a fait mesurer l'ampleur de la mise en sc&#232;ne de la &#171; politique historique &#187; du PiS. Citant le mar&#233;chal Pilsudski, Duda aime &#224; dire : &#171; Une nation qui perd la m&#233;moire cesse d'&#234;tre une nation &#187;, pour placer cette politique au centre du &#171; bon changement &#187;. Il dit vouloir r&#233;unir la nation autour de valeurs communes comme l'ind&#233;pendance ou le christianisme, pour lui rendre sa fiert&#233;, son assurance et son rayonnement international. Il a confi&#233; au professeur Andrzej Nowak, un historien conservateur de l'universit&#233; Jagellon &#224; Cracovie, l'organisation d'un groupe de r&#233;flexion sur cette politique. Lors d'une premi&#232;re r&#233;union, en novembre dernier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le compte rendu est accessible sur le site de la Pr&#233;sidence&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce dernier en a d&#233;fini les enjeux. D'abord rectifier les &#171; visions historiques fausses et r&#233;ductrices &#187; trop r&#233;pandues. Il vise explicitement tout ce qui associe la Pologne &#224; la Shoah, mettant dans le m&#234;me sac l'appellation &#171; camp de concentration polonais &#187; effectivement erron&#233;e, et les travaux historiques comme ceux de Jan T. Gross sur la participation de voisins polonais au meurtre des Juifs. Lors de cette r&#233;union certains ont m&#234;me appel&#233; &#224; une chasse aux sorci&#232;res, demandant une p&#233;nalisation de ces &#171; erreurs &#187;. Depuis, une loi est cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Nowak, l'Etat doit promouvoir sa vision de l'histoire en mobilisant la &#171; culture populaire &#187; (principalement la musique et le cin&#233;ma) et en d&#233;ployant de grands efforts &#233;ducatifs. Il distingue cinq &#171; cercles de la m&#233;moire &#187;, comme cinq priorit&#233;s : le m&#233;moire des martyrs (tels par exemple les &#171; soldats maudits &#187; qui ont poursuivi la lutte arm&#233;e contre l'occupant sovi&#233;tique apr&#232;s 1945) ; la culture nationale et ses grands hommes (Chopin, Szymanowski, etc.) ; les succ&#232;s polonais dans les sciences et la technique ; la foi chr&#233;tienne et les Saints polonais (au sens catholique du terme !) ; la tradition de la r&#233;publique nobiliaire d'avant les Partages de la fin du XVIIIe si&#232;cle, r&#233;put&#233;e ouverte et tol&#233;rante. Il envisage la mobilisation de moyens nouveaux. Une politique qui devrait culminer dans un &#171; congr&#232;s de la m&#233;moire et de l'espoir polonais &#187;, et permettre la diffusion &#224; l'&#233;tranger d'un discours alternatif &#224; celui dominant en Europe qui sous-estime la Pologne. Il veut en finir avec ce qu'un participant c&#233;l&#232;bre pour ses formules provocatrices, nomme la &#171; p&#233;dagogie de la honte &#187;, c'est-&#224;-dire le regard critique sur les parts sombres de l'histoire nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs historiens ou directeurs de mus&#233;es pr&#233;sents &#224; cette r&#233;union ont exprim&#233; leur scepticisme. Car en g&#233;n&#233;ral les universitaires re&#231;oivent mal ces intentions qui apparaissent manipulatrices. Depuis presque trente ans, l'historiographie polonaise qui a toujours &#233;t&#233; de grande qualit&#233;, conna&#238;t un d&#233;veloppement formidable, libre et r&#233;put&#233; &#224; l'&#233;chelle internationale. Une histoire critique s'est &#233;panouie dans tous les domaines, en particulier pour le XXe si&#232;cle (plus contr&#244;l&#233;e &#224; l'&#233;poque communiste). Pour beaucoup, cette politique historique est un non sens. Ainsi le professeur Marcin Kula, qui a form&#233; &#224; l'universit&#233; de Varsovie une ou deux g&#233;n&#233;rations de ces nouveaux historiens, condamne le terme sans appel. Il d&#233;nonce la &#171; confusion des r&#244;les &#187; du politique et de l'historien. Certes l'Etat a des responsabilit&#233;s de financement des recherches et de l'enseignement, et doit les assumer sans parti pris. Il peut aussi d&#233;cider des comm&#233;morations nationales, mais &#171; je pr&#233;f&#232;rerais que son r&#244;le diminue plut&#244;t que d''augmenter.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marcin Kula &#8222;Polityka historyczna ? Dla mnie nie, dzi&#281;kuj&#281;.&#8221; [La politique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Surtout, Kula souligne le caract&#232;re d&#233;magogique de cette politique en se r&#233;f&#233;rant &#224; des exemples du populisme latino-am&#233;ricain. Il compare, non sans humour, les aventures d'Eva Per&#243;n morte et celles de Lech Kaczynski victime de &#171; l'attentat &#187; de Smolensk&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gazeta Wyborcza du 23.janvier 2016.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une politique mortif&#232;re&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion contradictoire n'a gu&#232;re lieu. Les protestations, tribunes ou colloques se multiplient, mais la division politique rend les &#233;changes de moins en moins faciles. On assiste au contraire &#224; des r&#232;glements de compte. Les attaques personnelles, comme l'intention rendue publique du Pr&#233;sident de retirer une d&#233;coration &#224; Jan Gross, ou les abandons de projets sans explication coh&#233;rente, comme celui r&#233;cent du mus&#233;e de la Deuxi&#232;me guerre mondiale pr&#233;vu &#224; Gdansk et d&#233;j&#224; construit, sont autant de r&#233;ponses concr&#232;tes du pouvoir, aux interrogations des historiens. Une discussion &#224; coups de triques. La reprise en main d'institution tel l'Institut de la m&#233;moire nationale (IPN), lui offre des moyens consid&#233;rables. On a pu le constater avec la r&#233;ouverture du dossier Walesa qui vise &#224; disqualifier le h&#233;ros de la gr&#232;ve de Gdansk&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. mon entretien avec Karol Modzelewski, en mars, sur ce blog.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'autres dossiers sont ouverts dans le m&#234;me but. C'est un dispositif strat&#233;gique pour le PiS qui d'ailleurs, a fait du ministre de la culture un vice premier ministre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mise au pas, mais pour quel effet sur la conscience polonaise ? Gardant en t&#234;te le relatif &#233;chec des c&#233;r&#233;monies de Pozna&#324; et Gniezno, voyant l'incapacit&#233; du gouvernement &#224; mobiliser des foules pour la comm&#233;moration de la catastrophe de Smolensk en mars dernier, je me demande si &#231;a fonctionne. Vont-ils reconstruire la vieille Pologne nationale catholique ? Karol Modzelewski, invit&#233; dans Gazeta Wyborcza &#224; commenter, en tant que m&#233;di&#233;viste, les c&#233;r&#233;monies autour du Bapt&#234;me, exprime ses doutes. Il n'est pas certain que la re-cl&#233;ricalisation de cette soci&#233;t&#233; soit possible. Il constate au contraire, une s&#233;cularisation acc&#233;l&#233;r&#233;e par les transformations sociales de ces vingt derni&#232;res d'ann&#233;es, une &#171; la&#239;cisation brutale &#187; qui peut, &#224; l'inverse, en l'absence de valeurs d&#233;mocratiques fortes, favoriser un nihilisme moral, lequel est capt&#233; par l'extr&#234;me droite, particuli&#232;rement dans la jeunesse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien in Gazeta Wyborcza du 16 avril 2016&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcin Kula, que je retrouve dans un vieux restaurant &#233;tudiant pr&#232;s de l'universit&#233; de Varsovie, estime que le niveau d'&#233;ducation historique des Polonais demeure faible. En g&#233;n&#233;ral, les gens sont sensibles &#224; quelques symboles ou &#224; des st&#233;r&#233;otypes r&#233;confortants, du genre : &#171; les Russes nous ont toujours pers&#233;cut&#233; &#187;, &#171; la Pologne martyre, victime et innocente &#187;, etc. C'est profond&#233;ment ancr&#233;, &#231;a date de la politique historique des communistes au temps de la Pologne populaire. Le PiS reprend et flatte cette repr&#233;sentation rudimentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que confirme le sociologue Lech M. Nijakowski qui a minutieusement &#233;tudi&#233; les imaginaires m&#233;moriels polonais de ces derni&#232;res d&#233;cennies. Selon lui &#171; le PiS ne cr&#233;e par une nouvelle histoire. &#187; Il ne refait rien. Il vise principalement &#224; &#171; la pr&#233;servation et &#224; la diffusion d'un r&#233;cit bien connu. Il revient &#224; l'histoire simple et &#233;vidente qui a fait notre fiert&#233; nationale, qui nous confirme que nous, les Polonais, nous avons &#233;t&#233; des victimes h&#233;ro&#239;ques de la Seconde Guerre mondiale, que dans l'ensemble, nous n'avons pas collabor&#233;, nous avons sauv&#233; des Juifs, nous &#233;tions des r&#233;sistants intraitables du premier au dernier jour de la guerre, et m&#234;me plus longtemps puisque nous avons &#233;t&#233; l&#226;chement trahis. Il n'y a rien de nouveau. En ce sens, le PiS n'introduit pas de changements radicaux. Sa t&#226;che est plus ais&#233;e, il ne r&#233;volutionne pas la m&#233;moire commun&#233;ment partag&#233;e.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lech M. Nijakowski, &#8222;PiS nie tworzy nowej historii&#8221;, [Le PiS ne cr&#233;e pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Il est vrai que le discours politique est tr&#232;s cliv&#233;, dit-il encore, mais &#171; si l'on regarde de plus pr&#232;s le contenu des pratiques m&#233;morielles, il n'y a pas tant de diff&#233;rences entre PO et le PiS. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Similitude que je nuancerais pour ma part. Les conceptions de PO sont plus diverses, des conservateurs y cotoient des lib&#233;raux, voire des libertaires. Outre la reconnaissance des m&#233;moires minoritaires - juive, ukrainienne, allemande ou tsigane - les autorit&#233;s et les institutions g&#233;r&#233;es par ce parti ou ses pr&#233;d&#233;cesseurs ont toujours garanti, depuis vingt ans, la pluralit&#233; et l'ind&#233;pendance des m&#233;moires. Des recherches aussi. Elles ont g&#233;n&#233;ralement assum&#233;, face aux nouvelles analyses du pass&#233; polonais introduites par l'histoire critique, des visions qui ne sont pas toujours faciles &#224; accepter &#233;motionnellement. Un comportement qui devrait inspirer le PiS. Mais ce dernier pr&#233;f&#232;re se pr&#233;senter comme un restaurateur de la m&#233;moire nationale traditionnelle. D'o&#249; son attrait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je remercie l'institut Adam Mickiewicz &#224; Varsovie, qui m'a permis d'assister aux c&#233;r&#233;monies et de rencontrer plusieurs responsables, et tout particuli&#232;rement, pour son efficacit&#233; et sa gentillesse, Irena Fedorkowa qui m'a accompagn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D'apr&#232;s le communiqu&#233; de PAP : &lt;a href=&#034;http://dzieje.pl/aktualnosci/prymas-chrzest-jest-wezwaniem-dla-kosciolow-do-przezwyciezania-podzialow&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://dzieje.pl/aktualnosci/prymas-chrzest-jest-wezwaniem-dla-kosciolow-do-przezwyciezania-podzialow&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;actions parues dans Gazeta Wyborcza des 16/17 avril 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le compte rendu est accessible sur le site de la Pr&#233;sidence &lt;a href=&#034;http://www.prezydent.pl/kancelaria/dzialalnosc-kancelarii/art,18,zapis-spotkania-dot-strategii-polskiej-polityki-historycznej.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.prezydent.pl/kancelaria/dzialalnosc-kancelarii/art,18,zapis-spotkania-dot-strategii-polskiej-polityki-historycznej.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marcin Kula &#8222;Polityka historyczna ? Dla mnie nie, dzi&#281;kuj&#281;.&#8221; [La politique historique ? Pour moi, non merci] in PAUza Akademicka, N&#176; 338&#8211;339, 28 avril-5 mai 2016, Cracovie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gazeta Wyborcza du 23.janvier 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. mon entretien avec Karol Modzelewski, en mars, sur ce blog.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien in Gazeta Wyborcza du 16 avril 2016&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lech M. Nijakowski, &#8222;PiS nie tworzy nowej historii&#8221;, [Le PiS ne cr&#233;e pas une nouvelle histoire], entretien avec &#321;ukasz Bertram et Iza Mrzyg&#322;&#243;d in Kultura Liberalna &lt;a href=&#034;http://kulturaliberalna.pl/tag/nr-382/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://kulturaliberalna.pl/tag/nr-382/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
