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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Ha&#239;ti : puissance f&#233;ministe</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Haiti-puissance-feministe</link>
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		<dc:date>2026-05-19T08:20:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Thomas</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-05-19</dc:subject>
		<dc:subject>Ha&#239;ti</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Sur fond d'emprise des gangs arm&#233;s, la violence, en g&#233;n&#233;ral, et la violence bas&#233;e sur le genre, en particulier, ont explos&#233; en Ha&#239;ti. La stupeur doit cependant &#234;tre d&#233;pass&#233;e afin de donner &#224; voir la puissance f&#233;ministe ha&#239;tienne ; une puissance &#224; laquelle r&#233;pond justement la terreur qui entend la nier et l'&#233;craser. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots &lt;br class='autobr' /&gt;
En 2025, plus de huit mille cas de violences bas&#233;es sur le genre ont &#233;t&#233; recens&#233;s en Ha&#239;ti, soit une augmentation de 25% par rapport &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-05-19-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-05-19&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Haiti-+" rel="tag"&gt;Ha&#239;ti&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-1696-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/haiti_jpg_-9fe1e.webp?1781029607' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sur fond d'emprise des gangs arm&#233;s, la violence, en g&#233;n&#233;ral, et la violence bas&#233;e sur le genre, en particulier, ont explos&#233; en Ha&#239;ti. La stupeur doit cependant &#234;tre d&#233;pass&#233;e afin de donner &#224; voir la puissance f&#233;ministe ha&#239;tienne ; une puissance &#224; laquelle r&#233;pond justement la terreur qui entend la nier et l'&#233;craser.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/05/13/haiti-puissance-feministe/?jetpack_skip_subscription_popup&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre les lignes et les mots&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2025, plus de huit mille cas de violences bas&#233;es sur le genre ont &#233;t&#233; recens&#233;s en Ha&#239;ti, soit une augmentation de 25% par rapport &#224; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente [1]. Encore ne s'agit-il l&#224; que des incidents rapport&#233;s ; leur nombre r&#233;el doit &#234;tre bien plus &#233;lev&#233;. Les viols concentrent la majorit&#233; de ces violences. Et pr&#232;s des deux-tiers de ceux-ci sont des viols collectifs [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes et les filles repr&#233;sentent plus de 90% des victimes et la quasi-totalit&#233; des auteurs pr&#233;sum&#233;s sont des hommes ; pr&#232;s de deux-tiers d'entre eux sont des membres de bandes arm&#233;es. En moyenne, 30% seulement des survivantes parviennent &#224; recevoir de l'aide &#8211; principalement psychosociale dans les trois jours qui suivent leur agression, augmentant fortement de la sorte les risques d'infections (VIH/IST) et de grossesses non d&#233;sir&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accumulation glac&#233;e des chiffres et des pourcentages sid&#232;re. Les statistiques ont un effet paralysant. Mais classer et quantifier ne suffit pas. Comme nous y invite la f&#233;ministe argentine, Veronica Gago, &#224; propos des f&#233;minicides et des violences sexistes en Am&#233;rique latine, il faut &#171; &lt;i&gt;d&#233;placer la figure totalisante de la victime &#187; et &#171; complexifier la violence&lt;/i&gt; &#187; [3]. C'est ce que nous aimerions tenter de faire ici en redonnant &#224; la r&#233;sistance des organisations de femmes leur place premi&#232;re et centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une histoire de la violence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gangs arm&#233;s en Ha&#239;ti n'ont pas invent&#233; les violences bas&#233;es sur le genre et n'en ont pas le monopole. Il faut resituer ces violences dans le temps et dans l'espace, le long d'une cha&#238;ne continue d'agressions, d'exploitations et de tentatives de subordination. Un quart des viols sont commis par des &#171; &lt;i&gt; civils &lt;/i&gt; &#187; sur des filles et des femmes d&#233;plac&#233;es internes, le plus souvent au sein des sites de d&#233;plac&#233;s et des communaut&#233;s d'accueil. Au cours d'une enqu&#234;te r&#233;cente aupr&#232;s de plus d'une centaine de personnes vivant dans des camps de d&#233;plac&#233;s dans la capitale ha&#239;tienne, Port-au-Prince, pr&#232;s de 96% des r&#233;pondantes affirment ne pas se sentir en s&#233;curit&#233; et plus de 30% d'entre elles y ont d&#233;j&#224; subi des violences [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ces espaces de d&#233;placement, note l'organisation f&#233;ministe ha&#239;tienne, SOFA (Solidarite Fanm Ayisy&#232;n), &#171; &lt;i&gt; loin d'&#234;tre des lieux de protection, deviennent des zones de grande vuln&#233;rabilit&#233; &lt;/i&gt; &#187; o&#249; les femmes et les filles &#171; sont &lt;i&gt;particuli&#232;rement expos&#233;es aux violences&lt;/i&gt; &#187; [5]. De plus, aujourd'hui comme par le pass&#233;, en Ha&#239;ti comme ailleurs, le foyer est souvent moins un refuge qu'un lieu mena&#231;ant, voire un enfer domestique. Et les agresseurs sont des proches ou, &#224; tout le moins, des personnes connues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a en revanche chang&#233; est le recours aux viols collectifs comme strat&#233;gie et la terreur comme mode de gouvernance [6]. Les 13 et 14 novembre 2018, dans le quartier populaire de La Saline, &#224; Port-au-Prince, alors qu'un soul&#232;vement populaire d&#233;stabilise le gouvernement, les gangs arm&#233;s entrent de fa&#231;on spectaculaire en sc&#232;ne. Au cours d'une soir&#233;e et d'une longue nuit, onze viols sont commis, dont deux viols collectifs de femmes de dix-sept et vingt-trois ans, dans leurs maisons, devant leurs parents ou enfants. Quelque 71 personnes sont tu&#233;es. Ce premier massacre annonce les suivants, fixe le mode op&#233;ratoire et indique jusqu'o&#249; le pouvoir est pr&#234;t &#224; aller pour assurer ses privil&#232;ges et figer le statu quo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence de gangs, n&#233;s sur le terreau de la pauvret&#233;, des in&#233;galit&#233;s et de l'absence de perspectives, est un ph&#233;nom&#232;ne ancien en Ha&#239;ti. Ce qui est nouveau est leur structuration et leur extension territoriale, fruit d'une mont&#233;e en puissance &#224; la mesure de leur utilisation strat&#233;gique par la classe dominante pour casser l'insurrection et d&#233;chirer le tissu social. Or, les organisations de femmes sont au c&#339;ur de ce tissu et du mouvement social. En cons&#233;quence, elles forment la cible prioritaire. Les violences des bandes arm&#233;es doivent d&#232;s lors &#234;tre comprises comme une contre-offensive du pouvoir &#224; la d&#233;sob&#233;issance mena&#231;ante de la &#171; &lt;i&gt;pl&#232;be &lt;/i&gt; &#187; et un rappel &#224; l'ordre qui entend remettre le peuple et tout particuli&#232;rement les femmes &#224; leurs places ; celles de subalternes dociles. &#171; &lt;i&gt; Cette strat&#233;gie n'est pas nouvelle &#187; remarque la SOFA : &#171; elle a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; utilis&#233;e lors du coup d'&#201;tat de 1991-1994 [renversant le pr&#233;sident Jean-Bertrand Aristide], o&#249; le corps des femmes &#233;tait trait&#233; comme un butin de guerre par les membres du groupe paramilitaire &lt;/i&gt; &#187; [7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exasp&#233;ration des violences en Ha&#239;ti depuis 2018 s'op&#232;re ainsi au croisement d'&#233;conomies ill&#233;gales &#8211; analys&#233;es entre autres par Veronica Gago et Rita Segato &#8211; et d'une &#233;conomie politique de la d&#233;sob&#233;issance. Les premi&#232;res &#171; fournissent de nouvelles figures d' &#171; &lt;i&gt;autorit&#233; &lt;/i&gt; &#187; &#187;, r&#233;pondant &#224; la crise de la &#171; &lt;i&gt;dignit&#233;&lt;/i&gt; &#187; masculine par une &#171; &lt;i&gt; masculinit&#233; pr&#233;datrice&lt;/i&gt; &#187;, o&#249; la conqu&#234;te de territoires se confond avec l'appropriation violente du corps des femmes [8]. La seconde renvoie au secteur informel qui repr&#233;sente plus de 80% de l'emploi, principalement f&#233;minin et largement paysan, ainsi que la majeure partie du PIB. Il constitue le socle de toute l'&#233;conomie du pays. Or, celui-ci est travers&#233; de tensions et de contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, arrim&#233; &#224; l'absence de services sociaux et &#224; l'externalisation des institutions publiques, l'&#233;conomie informelle produit une m&#233;canique de r&#233;silience, compl&#233;ment et amortisseur oblig&#233;s de l'irresponsabilit&#233; de l'&#201;tat, des mesures n&#233;olib&#233;rales et de la privatisation par voie de l'aide internationale [9]. De l'autre, elle dessine un espace d'autonomie et de r&#233;sistance, qui consacre la fiction du travail &#171; normal &#187;, en faisant converger l'exp&#233;rience du marronnage et l'ensemble des activit&#233;s de reproduction sociale (soins, m&#233;nage, &#233;ducation, soutien &#233;motionnel, etc.) traditionnellement d&#233;volues aux femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, cette &#233;conomie &#8211; populaire plut&#244;t qu'informelle &#8211; se rapproche du concept f&#233;ministe d'&#171; &lt;i&gt; infrastructure invisible&lt;/i&gt; &#187;, &#224; la base de tout l'&#233;difice &#233;conomique capitaliste, tout en &#233;tant ni&#233;e par celui-ci comme activit&#233; productive [10]. Et elle est &#233;galement en butte &#224; des m&#233;canismes d'exploitation, d'invisibilisation et d'alignement sur l'&#233;conomie formelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;sistances&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise actuelle ne se r&#233;duit pas &#224; une urgence humanitaire. Pas plus que les Ha&#239;tiennes ne sont cantonn&#233;es au r&#244;le de victimes, passives et impuissantes, attendant impatiemment et d&#233;sesp&#233;r&#233;ment des solutions de l'aide internationale. La dramatique situation d'aujourd'hui est la r&#233;sultante d'un calcul strat&#233;gique : c'est le co&#251;t que l'oligarchie consent &#224; payer pour demeurer au pouvoir et le prix de l'aveuglement ou de la complicit&#233; internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les viols produisent et reproduisent une impunit&#233; que l'&#201;tat entretient. &#171; &lt;i&gt; Dans un contexte o&#249; l'&#201;tat refuse de mani&#232;re historique d'assumer son &#233;tatisation &#187;, l'irresponsabilit&#233; est devenue &#171; une des formes possibles de la gouvernementalit&#233; &lt;/i&gt; &#187; [11]. Les bandes arm&#233;es et les acteurs internationaux n'occupent pas un terrain soi-disant perdu par les institutions publiques ; ils cog&#232;rent un territoire et, entre pr&#233;dation, autoritarisme et irresponsabilit&#233;, assoient leur domination sur les Ha&#239;tiens et surtout les Ha&#239;tiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trouver une issue &#224; cette crise implique de s'attaquer au soubassement &#233;conomique, politique et social de la terreur. Et de red&#233;finir l'enjeu s&#233;curitaire en termes d'acc&#232;s s&#233;curis&#233; et garanti &#224; l'&#233;ducation, &#224; la sant&#233;, &#224; l'alimentation, au logement et &#224; l'emploi, d'une part, en termes de d&#233;sir, d'autonomie et de libert&#233; pour les femmes et les corps f&#233;minis&#233;s, d'autre part, en termes de rupture avec l'impunit&#233;, les in&#233;galit&#233;s et la d&#233;pendance, enfin. Avant d'&#234;tre des victimes, les Ha&#239;tiennes sont des actrices et c'est d'abord &#224; elles de r&#233;gler les conditions et modalit&#233;s de la justice r&#233;paratrice qui doivent assurer le jugement des coupables, la fin des violences et leur non-r&#233;p&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc renverser l'approche. La crise ha&#239;tienne n'est pas le signe d'une impuissance, mais bien la r&#233;ponse &#224; une puissance populaire, singuli&#232;rement f&#233;ministe, qui a secou&#233; les bases pr&#233;datrices et n&#233;ocoloniales du pouvoir, en ouvrant la voie &#224; une transition de rupture. Tous les mouvements ont &#233;t&#233; affect&#233;s et affaiblis par ces huit ann&#233;es de violences et de terreur. Ils n'en continuent pas moins de r&#233;sister. Du c&#244;t&#233; des Ha&#239;tiennes, N&#232;g&#232;s Mawon, SOFA, Kay Fanm, Fanm Deside et la myriade d'autres organisations de femmes sont les noms de cette r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Thomas&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://basta.media/Haiti-face-a-la-terreur-puissance-resistance-femmes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://basta.media/Haiti-face-a-la-terreur-puissance-resistance-femmes&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.cetri.be/Haiti-puissance-feministe&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cetri.be/Haiti-puissance-feministe&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
NOTES&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] UNFPA (Fonds des Nations Unies pour la population), MCFDF (minist&#232;re &#224; la Condition f&#233;minine et aux Droits des femmes), HAITI. Snapshot sur les incidents de Violences Bas&#233;es sur le Genre (VBG). Rapport 2025.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Les donn&#233;es du Centre Douvanjou 21, centre d'accueil et d'accompagnement, de l'organisation f&#233;ministe SOFA (Solidarite Fanm Ayisy&#232;n), pour le premier trimestre 2026 confirment cette tragique r&#233;alit&#233; : &#171; sur 160 survivantes accompagn&#233;es, 146 ont subi des violences sexuelles, dont 119 viols collectifs &#187;. SOFA, &#171; Ha&#239;ti : Le viol collectif comme arme, sympt&#244;me d'un &#201;tat d&#233;faillant et d'un abandon international &#187;, AlterPresse, 3 avril 2026.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Veronica Gago, La puissance f&#233;ministe ou le d&#233;sir de tout changer, Paris, &#233;ditions divergences, 2021.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] Mac Archer, Displacement, gendered harm, and the normalization of crisis in Port-au-Prince, Mercy Corps, mars 2026.&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] SOFA, &#171; Ha&#239;ti : Le viol collectif comme arme, sympt&#244;me d'un &#201;tat d&#233;faillant et d'un abandon international &#187;, AlterPresse, 3 avril 2026.&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] L'organisation ha&#239;tienne, le R&#233;seau national de la d&#233;fense des droits humains (RNDDH) &#233;voque pour sa part une &#171; gangst&#233;risation de l'&#201;tat comme nouvelle forme de gouvernance &#187;. RNDDH, Affrontements violents entre gangs arm&#233;s : Le RNDDH exige la protection de la population ha&#239;tienne, 10 mai 2022.&lt;br class='autobr' /&gt;
[7] SOFA, Op. Cit.&lt;br class='autobr' /&gt;
[8] Veronica Gago, Op. cit. Rita Segato, L'&#233;criture sur le corps des femmes assassin&#233;es de Ciudad Juarez, Paris, Payot, 2021.&lt;br class='autobr' /&gt;
[9] &#171; Le discours de la r&#233;silience est devenu un pendant sournois de l'injonction &#224; l'autoresponsabilisation, et ce, sans compter sur l'intervention de l'&#201;tat ni l'exiger &#187;. Sabine Lamour, &#171; L'irresponsabilit&#233;, une comp&#233;tence de dominant &#187;, Revue internationale des &#233;tudes du d&#233;veloppement, 2019/3, n&#176; 239.&lt;br class='autobr' /&gt;
[10] Silvia Federici, Le capitalisme patriarcal, Paris, La fabrique, 2019.&lt;br class='autobr' /&gt;
[11] Sabine Lamour, Op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ha&#239;ti : terreur et strat&#233;gie de l'impuissance </title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Haiti-terreur-et-strategie-de-l-impuissance</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Haiti-terreur-et-strategie-de-l-impuissance</guid>
		<dc:date>2025-04-22T06:43:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Thomas</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-04-22</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Ha&#239;ti</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La suspension des activit&#233;s de M&#233;decins sans fronti&#232;res (MSF) dans deux centres de sant&#233; et l'assassinat, le 31 mars 2025, de deux s&#339;urs religieuses sont autant de marqueurs de la descente aux enfers d'Ha&#239;ti. L'&#201;glise a r&#233;agi en d&#233;non&#231;ant l'inaction du pouvoir, dont l'impuissance renvoie &#224; l'histoire du pays et &#224; l'ing&#233;rence internationale. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Haiti-+" rel="tag"&gt;Ha&#239;ti&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/haiti_medecins-08fa2.jpg?1781029607' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La suspension des activit&#233;s de M&#233;decins sans fronti&#232;res (MSF) dans deux centres de sant&#233; et l'assassinat, le 31 mars 2025, de deux s&#339;urs religieuses sont autant de marqueurs de la descente aux enfers d'Ha&#239;ti. L'&#201;glise a r&#233;agi en d&#233;non&#231;ant l'inaction du pouvoir, dont l'impuissance renvoie &#224; l'histoire du pays et &#224; l'ing&#233;rence internationale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Entre les lignes et les mots&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/04/21/la-double-dette-dhaiti-1825-2025-une-question-actuelle-autres-textes/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/04/21/la-double-dette-dhaiti-1825-2025-une-question-actuelle-autres-textes/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 31 mars dernier, un nouveau massacre a eu lieu en Ha&#239;ti. Parmi les victimes figurent Evanette Onezaire et Jeanne Voltaire, deux s&#339;urs catholiques. Une semaine plus tard, &#224; la suite d'une attaque cibl&#233;e survenue le 15 mars contre un convoi de MSF, l'organisation a annonc&#233; suspendre ses activit&#233;s dans deux structures. Ce double &#233;v&#233;nement consacre &#224; la fois l'extension territoriale des gangs au sein et en-dehors de la capitale Port-au-Prince, contr&#244;l&#233;e &#224; 85% par les bandes arm&#233;es, et l'&#233;tendue de leur emprise, &#224; laquelle plus aucun espace ni symbole &#8211; social, culturel ou religieux &#8211; n'&#233;chappe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quatre derni&#232;res ann&#233;es, MSF a d&#251;, &#224; plusieurs reprises, suspendre ses activit&#233;s et d&#233;placer ses centres en fonction des attaques et de l'avanc&#233;e des gangs. En avril 2021, des hommes lourdement arm&#233;s &#233;taient entr&#233;s, en plein office, dans une &#233;glise adventiste pour kidnapper quatre personnes. La vid&#233;o avait fait le tour des r&#233;seaux sociaux. Une dizaine de jours plus tard, c'est un groupe de sept religieux catholiques, dont deux Fran&#231;ais, qui &#233;taient enlev&#233;s. D&#233;non&#231;ant la &#171; dictature du kidnapping &#187; par laquelle les gangs s'enrichissent, l'&#201;glise catholique avait appel&#233; alors, ph&#233;nom&#232;ne in&#233;dit, &#224; la gr&#232;ve des &#233;coles, universit&#233;s et h&#244;pitaux dans son giron afin de protester contre l'ins&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis lors, les religieux n'&#233;chappent pas &#224; la violence. Dans la nuit de dimanche &#224; lundi, l'&#233;glise Sacr&#233;-C&#339;ur de Turgeau, dans le c&#339;ur de la capitale (et o&#249; se situait l'un des centres de MSF qui a suspendu ses activit&#233;s), a &#233;t&#233; attaqu&#233;e. &#192; l'instar des autres institutions &#8211; publiques, m&#233;diatiques (les locaux de trois m&#233;dias ont &#233;t&#233; saccag&#233;s le mois dernier), culturelles (c'est aujourd'hui la fondation embl&#233;matique FOKAL qui risque &#224; tout moment de tomber entre les mains des gangs) &#8211;, les &#233;glises sont devenues des cibles. Elles n'offrent plus aucun refuge &#224; une population cern&#233;e de toutes parts et abandonn&#233;e par l'&#201;tat, qui ne cesse de r&#233;sister.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Descente aux enfers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 2021 &#224; aujourd'hui, la m&#234;me image revient &#8211; celle d'une &#171; descente aux enfers &#187; &#8211;, la m&#234;me pri&#232;re et la m&#234;me d&#233;nonciation de l'inaction des autorit&#233;s. Ainsi, dans son dernier communiqu&#233;, la Conf&#233;rence ha&#239;tienne des religieux a exprim&#233; &#171; sa profonde douleur, mais aussi sa col&#232;re devant la situation infrahumaine &#187;, critiquant les &#171; soi-disant leaders de ce pays, [qui] tout en s'accrochant au pouvoir, sont de plus en plus impuissants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 2021 &#224; 2025, de l'assassinat du pr&#233;sident Jovenel Mo&#239;se au Conseil pr&#233;sidentiel de transition actuel, en passant par les deux ans et demi du gouvernement catastrophique d'Ariel Henry, soutenu &#224; bout de bras par la communaut&#233; internationale, l'effondrement du pays s'est aggrav&#233; et acc&#233;l&#233;r&#233;. Plus d'un million de personnes, dont une majorit&#233; de femmes et d'enfants, sont d&#233;plac&#233;s par la violence et la moiti&#233; de la population a besoin d'une aide humanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s ha&#239;tiennes se succ&#232;dent, la violence s'accroit, l'impunit&#233; se renforce. L'embargo sur les armes &#8211; dont la quasi-totalit&#233; provient des Etats-Unis &#8211; et le r&#233;gime de sanctions d&#233;cid&#233;s par l'ONU sont peu ou pas appliqu&#233;s, tandis que les quelques mille policiers de la mission multinationale arm&#233;e, sur place depuis des mois, paraissent peu actifs et, de toute fa&#231;on, inefficaces. L'&#233;ch&#233;ance &#233;lectorale de cet automne est un mirage auquel, par l&#226;chet&#233; ou int&#233;r&#234;t, seules la classe politique ha&#239;tienne et la communaut&#233; internationale s'accrochent, pour ne pas reconna&#238;tre la faillite de la strat&#233;gie poursuivie jusqu'&#224; pr&#233;sent. La transition est bloqu&#233;e et il n'y aura pas d'&#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la merci des forces destructrices&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; juste titre, l'&#233;glise d&#233;nonce tout &#224; la fois les exactions des gangs arm&#233;s et l'inaction, sinon la complicit&#233; du pouvoir. Mais la passivit&#233; et l'indiff&#233;rence de la classe politique en Ha&#239;ti sont le pendant de l'interventionnisme de Washington et d'une oligarchie tournant le dos &#224; la population pour mieux r&#233;pondre aux injonctions internationales. Quelle puissance publique, quelle volont&#233; politique peuvent en effet se d&#233;ployer dans un pays pi&#233;g&#233; dans une &#233;quation internationale satur&#233;e par la d&#233;pendance et l'ing&#233;rence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La matrice n&#233;ocoloniale s'est cristallis&#233;e en 1825 avec l'imposition par la France &#224; son ancienne colonie d'une indemnit&#233; de 150 millions de francs pour d&#233;dommager les planteurs qui avaient perdus, avec leurs terres et leurs esclaves, toutes leurs richesses. &#192; d&#233;faut de pouvoir recoloniser Ha&#239;ti, on s'assurait de son contr&#244;le. En &#233;change, l'&#201;tat fran&#231;ais &#171; conc&#233;dait &#187; une ind&#233;pendance acquise vingt-et-un ans plus t&#244;t, en 1804, &#224; la suite du soul&#232;vement des esclaves et d'une r&#233;volution qui avait chass&#233; les troupes napol&#233;oniennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ran&#231;on contribua &#224; enfermer le pays dans une spirale d'endettement, de crises et d'interventions &#233;trang&#232;res. Elle consolida dans le m&#234;me temps l'&#233;lite ha&#239;tienne et la logique imp&#233;riale. Au fil du temps, Washington se substitua &#224; Paris et la d&#233;pendance changea de direction. Demeure l'exigence des Ha&#239;tiens et Ha&#239;tiennes d'obtenir r&#233;paration de la France et de se d&#233;gager de l'emprise &#233;tats-unienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'absence de r&#233;action efficace face &#224; l'ins&#233;curit&#233; persistante est un &#233;chec grave qui met en p&#233;ril la nation abandonn&#233;e &#224; la merci des forces destructrices &lt;/i&gt; &#187; affirme la Conf&#233;rence ha&#239;tienne des religieux. Les manifestations contre l'ins&#233;curit&#233; et la passivit&#233; des autorit&#233;s en place se multiplient ; manifestations lourdement r&#233;prim&#233;es par la police. Le R&#233;seau national de d&#233;fense des droits humains (Rnddh) d&#233;nonce un &#171; terrorisme d'&#201;tat, qui, depuis 2018, est &#233;tabli comme mode de gouvernance &#187; et l'absence de plan des autorit&#233;s, qui &#171; &lt;i&gt;cantonne l'institution polici&#232;re dans un r&#244;le de sapeurs-pompiers&lt;/i&gt; &#187;. L'impuissance du gouvernement, la terreur des gangs, l'ing&#233;rence internationale ne sont pas des fatalit&#233;s, mais des mani&#232;res de gouverner dont les Ha&#239;tiens et Ha&#239;tiennes veulent se lib&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Thomas&lt;br class='autobr' /&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Haro sur l'aide internationale</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Haro-sur-l-aide-internationale</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Haro-sur-l-aide-internationale</guid>
		<dc:date>2025-02-18T06:51:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Thomas</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-02-18</dc:subject>
		<dc:subject>Le Monde</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'aide internationale est actuellement la cible d'attaques et de remises en cause. Gel&#233;e temporairement par la nouvelle administration Trump aux &#201;tats-Unis, elle fait l'objet d'importantes coupures budg&#233;taires du c&#244;t&#233; europ&#233;en, notamment en France et en Belgique. Cela t&#233;moigne tout &#224; la fois du recul moral et des contradictions de l'aide. &lt;br class='autobr' /&gt;
CETRI - Centre tricontinental Le Centre tricontinental est un centre d'&#233;tude, de publication et de formation sur le d&#233;veloppement, les rapports Nord-Sud, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-02-18-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-02-18&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH112/haro_sur_laide_internationale-548c6.png?1781029607' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'aide internationale est actuellement la cible d'attaques et de remises en cause. Gel&#233;e temporairement par la nouvelle administration Trump aux &#201;tats-Unis, elle fait l'objet d'importantes coupures budg&#233;taires du c&#244;t&#233; europ&#233;en, notamment en France et en Belgique. Cela t&#233;moigne tout &#224; la fois du recul moral et des contradictions de l'aide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CETRI - Centre tricontinental&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Centre tricontinental est un centre d'&#233;tude, de publication et de formation sur le d&#233;veloppement, les rapports Nord-Sud, les enjeux de la mondialisation et les mouvements sociaux en Afrique, Asie et Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cetri.be/_Frederic-Thomas_&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fr&#233;d&#233;ric Thomas&lt;/a&gt; est charg&#233; d'&#233;tude au &lt;a href='https://www.pressegauche.org/Le Centre tricontinental est un centre d'&#233;tude, de publication et de formation sur le d&#233;veloppement, les rapports Nord-Sud, les enjeux de la mondialisation et les mouvements sociaux en Afrique, Asie et Am&#233;rique latine'&gt;CETRI - Centre tricontinental.&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;11 f&#233;vrier 2025 | tir&#233; de mediapart.fr&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/cetri-centre-tricontinental/blog/110225/haro-sur-l-aide-internationale&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/cetri-centre-tricontinental/blog/110225/haro-sur-l-aide-internationale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elon Musk, en charge de &#171; l'efficacit&#233; gouvernementale &#187; (DOGE), vient d'annoncer la fermeture de l'agence am&#233;ricaine d'aide au d&#233;veloppement, USAID, qu'il a qualifi&#233;e sur son r&#233;seau X d'&#171; organisation criminelle &#187; qui &#171; devait mourir &#187; [1]. Cet arr&#234;t brutal suit la d&#233;cision abrupte du 20 janvier dernier de geler pendant 90 jours le financement de l'aide internationale [2]. Ces diktats t&#233;moignent de la nouvelle donne politique aux &#201;tats-Unis, mais ils sont &#233;galement les marqueurs, au-del&#224; des fronti&#232;res nord-am&#233;ricaines, des contradictions de l'aide internationale et d'un repli &#233;thique au niveau mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Politique spectacle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s son investiture, Trump a montr&#233; qu'il entendait &#234;tre le nouvel homme fort du pays, sinon du monde, gouvernant par effets d'annonce et coups de force : volont&#233; de s'approprier le Groenland et le canal de Panama, &lt;a href=&#034;https://www.cetri.be/Le-jeu-lose-lose-de-la-hausse-des&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;hausse des tarifs douaniers&lt;/a&gt; (sur laquelle il est revenu), expulsions massives, etc. Il convient de prendre au s&#233;rieux ce virage &#224; droite et cette politique spectacle, tout en ne se m&#233;prenant pas sur son caract&#232;re exceptionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les institutions et contre-pouvoirs auxquels Trump s'attaque avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; mis &#224; mal par le n&#233;olib&#233;ralisme, les in&#233;galit&#233;s et les avantages accord&#233;s aux grands acteurs de la tech. Il ne s'agit pas de minimiser la violence du nouveau pr&#233;sident, mais plut&#244;t de prendre acte du fait que le trumpisme n'est pas hors-sol, qu'il ne constitue pas un corps &#233;tranger &#224; la d&#233;mocratie am&#233;ricaine. Comme l'&#233;crit Mesrine Malik,&lt;i&gt; &#171; le r&#234;ve am&#233;ricain de prosp&#233;rit&#233; &#224; l'int&#233;rieur et de supr&#233;matie &#224; l'&#233;tranger a longtemps masqu&#233; un ordre beaucoup plus cynique et transactionnel - un ordre que Trump est &#224; la fois en train d'exposer et d'enraciner &lt;/i&gt; &#187; [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, le pr&#233;sident am&#233;ricain met en sc&#232;ne, tout en la poussant &#224; l'extr&#234;me, une politique qui a &#233;t&#233; largement mise en &#339;uvre par ses pr&#233;d&#233;cesseurs, mais sous une forme plus diplomatique. Au niveau international, la strat&#233;gie imp&#233;riale &#224; visage humain de Biden a ainsi fait place &#224; la strat&#233;gie sans masque de Trump. Dans les deux cas, c'est America first [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Failles de l'aide internationale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cision de Trump se r&#233;percute directement et lourdement au niveau mondial, mettant en &#233;vidence l'architecture de l'aide internationale dont les &#201;tats-Unis repr&#233;sentent plus de 40% du financement [5]. Outre qu'elle entretient le flou et la confusion quant aux exemptions actuelles &#8211; tout ce qui concerne l'aide vitale &#224; court terme &#8211; et sur la suite, cette politique hypoth&#232;que toute id&#233;e de partenariat avec les organisations locales du Sud, dont les programmes financ&#233;s par la coop&#233;ration &#233;tats-unienne ont d&#251; s'arr&#234;ter du jour au lendemain, et qui sont trait&#233;es comme de vulgaires sous-traitants [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appara&#238;t de la sorte une double d&#233;pendance : celle du syst&#232;me de l'aide internationale et des acteurs humanitaires et de d&#233;veloppement am&#233;ricains envers la Maison blanche. D&#233;pendance d'autant plus probl&#233;matique au vu de l'instrumentalisation r&#233;currente de l'aide par Washington. Ainsi, les trois &#233;l&#233;ments essentiels mis ouvertement en avant par les gouvernements successifs pour l&#233;gitimer l'aide internationale fournie par les &#201;tats-Unis sont : la s&#233;curit&#233; nationale, les int&#233;r&#234;ts commerciaux et le reflet des valeurs et du leadership global [7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui, jusqu'&#224; pr&#233;sent, &#233;tait plus ou moins implicitement accept&#233;, &#224; savoir que l'aide sert aussi les int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains, est d&#233;sormais affirm&#233; avec force comme prioritaire. Chaque dollar d&#233;pens&#233; doit &#234;tre justifi&#233; en r&#233;pondant &#224; trois simples questions, d&#233;clare ainsi Marco Rubio, le nouveau secr&#233;taire d'&#201;tat : cela rend-il les &#201;tats-Unis plus s&#251;rs, plus forts, plus prosp&#232;res [8] ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;sorientation &#233;thique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sale temps pour l'aide internationale, car ce n'est pas seulement de l'autre c&#244;t&#233; de l'Atlantique qu'elle est confront&#233;e &#224; des coupes budg&#233;taires drastiques. De l'Allemagne &#224; la Belgique, en passant par les Pays-Bas, le repli europ&#233;en est &#233;vident, et c'est en France que la baisse, de 35%, est la plus importante. Du c&#244;t&#233; belge, le gouvernement Arizona r&#233;duira le budget de la coop&#233;ration d'un quart. Si les r&#233;actions ne se sont pas fait attendre, force est de reconna&#238;tre qu'elles prennent souvent un tour d&#233;fensif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, aux &#201;tats-Unis, la majorit&#233; des ONG internationales (ONGI) ont adopt&#233; un profil bas, pr&#233;f&#233;rant tenter de n&#233;gocier avec l'administration Trump, voire de l'amadouer. En t&#233;moigne la d&#233;claration d'Interaction, le plus grand r&#233;seau d'ONGI, selon laquelle les organisations d'aide et de d&#233;veloppement &#233;tats-uniennes travaillaient sans rel&#226;che pour faire avancer les int&#233;r&#234;ts des &#201;tats-Unis au niveau mondial et que la suspension des programmes cr&#233;erait un vacuum que &lt;i&gt;&#171; la Chine et nos adversaires allaient rapidement remplir &#187;&lt;/i&gt; [9]. Bien que contest&#233; par nombre d'ONG, le positionnement d'Interaction n'en est pas moins r&#233;v&#233;lateur de la confusion qui r&#232;gne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous un mode mineur, la ligne de d&#233;fense tend &#224; &#234;tre la m&#234;me du c&#244;t&#233; belge (et europ&#233;en) : mise en avant du soft power, de &lt;i&gt;&#171; l'investissement strat&#233;gique &#187;&lt;/i&gt;, de la stabilit&#233; internationale et de la &#171; gestion migratoire &#187;. Il faudrait valider et s'approprier l'instrumentalisation de l'aide pour mieux la l&#233;gitimer. Simple tactique ou narratif assum&#233;, cela trahit la d&#233;politisation des acteurs de l'aide et du d&#233;veloppement [10], ayant de plus en plus de mal &#224; penser les conditions de leur fonctionnement dans un monde marqu&#233; par les in&#233;galit&#233;s, les relents r&#233;actionnaires, la mont&#233;e en puissance du Sud et les rapports de force. Au risque de devenir les complices du pouvoir plut&#244;t que des contrepouvoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; d&#233;faut de r&#233;inventer l'aide en pariant sur l'intelligence sensible des gens ordinaires, qui trouvent tout simplement injuste et r&#233;voltant que des hommes, des femmes et des enfants meurent de faim ou faute de soins, sous les coups ou sous les bombes, leurs droits et leur dignit&#233; bafou&#233;s, on s'autocensure et on s'aligne sur la politique du plus fort. &#192; l'automne 2004, Gustavo Guti&#233;rrez (1928-2024), le&lt;i&gt; &#171; p&#232;re &#187;&lt;/i&gt; de la th&#233;ologie de la lib&#233;ration, s'appuyant sur le grand philosophe et penseur juif Emmanuel L&#233;vinas (1906-1995), affirmait la n&#233;cessit&#233; d'une &lt;i&gt;&#171; &#233;thique de la solidarit&#233; &#187;&lt;/i&gt; [11]. C'est aussi, d'abandonner ce terrain-l&#224;, d&#233;clar&#233; perdu d'avance, en c&#233;dant sur les principes et sur les mots, au nom de la crise &#233;conomique et de la realpolitik, que l'on condamne l'aide au faux dilemme du gaspillage ou de l'utilit&#233; g&#233;opolitique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Notes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[1] Lauren Irwin, &#171; Musk calls USAID a &#8216;criminal organization' that should &#8216;die' &#187;, The Hill, 2 f&#233;vrier 2025, &lt;a href=&#034;https://thehill.com/homenews/administration/5122128-musk-calls-usaid-a-criminal-organization-that-should-die/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://thehill.com/homenews/administration/5122128-musk-calls-usaid-a-criminal-organization-that-should-die/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Laurence Caramel, Philippe Ricard, Ghazal Golshiri, Piotr Smolar, Jean-Michel Hauteville, Jacques Follorou, Florence Miettaux, Bruno Meyerfel, Faustine Vincent et Laure Stephan, &#171; Pourquoi le gel par Trump de l'aide internationale sid&#232;re le monde et provoque d&#233;j&#224; des d&#233;g&#226;ts d&#233;vastateurs &#187;, Le Monde, 3 f&#233;vrier 2025, &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/international/article/2025/02/01/donald-trump-seme-le-chaos-et-la-panique-en-gelant-l-aide-etrangere_6526177_3210.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/international/article/2025/02/01/donald-trump-seme-le-chaos-et-la-panique-en-gelant-l-aide-etrangere_6526177_3210.html&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Nesrine Malik, &#171; Trump 2.0 is exposing American exceptionalism for what it is &#8211; and has always been &#187;, The Guardian, 3 f&#233;vrier 2025, &lt;a href=&#034;https://www.theguardian.com/commentisfree/2025/feb/03/donald-trump-american-exceptionalism-guantanamo-bay-imperialism-billionaires&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.theguardian.com/commentisfree/2025/feb/03/donald-trump-american-exceptionalism-guantanamo-bay-imperialism-billionaires&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Bernard Duterme, &#171; L'Am&#233;rique latine selon Trump : des menaces aux r&#233;alit&#233;s &#187;, Cetri, 31 janvier 2025. Lire aussi Fr&#233;d&#233;ric Thomas, &#171; Joe Biden : un imp&#233;rialisme &#224; visage humain ? &#187;, Cetri, 16 novembre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] OCHA, Total reported funding 2024, &lt;a href=&#034;https://fts.unocha.org/global-funding/overview/2024&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fts.unocha.org/global-funding/overview/2024&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Irwin Loy, &#171; Trump stop-work orders hit local aid and frontline communities &#187;, The New humanitarian, 31 janvier 2025, &lt;a href=&#034;https://www.thenewhumanitarian.org/news/2025/01/31/trump-stop-work-orders-hit-local-aid-and-frontline-communities&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.thenewhumanitarian.org/news/2025/01/31/trump-stop-work-orders-hit-local-aid-and-frontline-communities&lt;/a&gt; ; Irwin Loy, &#171; Inklings | What to make of the Trump aid freeze chaos ? &#187;, The New humanitarian, 29 janvier 2025, &lt;a href=&#034;https://www.thenewhumanitarian.org/newsletter/2025/01/29/inklings-what-make-trump-aid-freeze-chaos&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.thenewhumanitarian.org/newsletter/2025/01/29/inklings-what-make-trump-aid-freeze-chaos&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Congressional Research Service, U.S. Foreign Assistance, 1er novembre 2024, &lt;a href=&#034;https://crsreports.congress.gov/product/pdf/IF/IF10183&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://crsreports.congress.gov/product/pdf/IF/IF10183&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] &lt;i&gt;&#171; Chaque dollar que nous d&#233;pensons, chaque programme que nous finan&#231;ons et chaque politique que nous poursuivons doivent &#234;tre justifi&#233;s par la r&#233;ponse &#224; trois questions simples :&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela rend-il l'Am&#233;rique plus s&#251;re ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela rend-il l'Am&#233;rique plus forte ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela rend-il l'Am&#233;rique plus prosp&#232;re ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous la pr&#233;sidence Trump, les dollars des contribuables am&#233;ricains qui travaillent dur seront toujours d&#233;pens&#233;s avec sagesse et notre pouvoir sera toujours c&#233;d&#233; avec prudence &#8212; et vers ce qui est le mieux pour l'Am&#233;rique et les Am&#233;ricains avant tout &#187;, Marco Rubio, audition devant le S&#233;nat am&#233;ricain. &#171; R&#233;visionnisme et d&#233;sinhibition : l'Empire de Trump dans la doctrine Marco Rubio &#187;&lt;/i&gt;, Le Grand continent, 15 janvier 2025, &lt;a href=&#034;https://legrandcontinent.eu/fr/2025/01/18/revisionnisme-et-desinhibition-lempire-de-trump-dans-la-doctrine-marco-rubio/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://legrandcontinent.eu/fr/2025/01/18/revisionnisme-et-desinhibition-lempire-de-trump-dans-la-doctrine-marco-rubio/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Cit&#233; dans Irwin Loy, Ibidem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Julie Godin, &#171; ONG : d&#233;politisation de la r&#233;sistance au n&#233;olib&#233;ralisme ? &#187;, Cetri, 13 juin 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Et de poursuivre : &#171; L&#233;vinas parle par exemple par exemple, d'une &#8216;&#233;thique asym&#233;trique', il l'appelle ainsi car pour lui, l'autre est premier. C'est une fa&#231;on de parler de solidarit&#233;, mais je dirais qu'elle va plus loin. C'est une perspective &#233;thique profonde et f&#233;conde &#187;. Anthropia, &#171; Solidaridad y tolerancia : Entrevista a Gustavo Guti&#233;rrez&#8221;, 2004, &lt;a href=&#034;https://revistas.pucp.edu.pe/index.php/anthropia/article/view/11202&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://revistas.pucp.edu.pe/index.php/anthropia/article/view/11202&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title> Les puissances mondiales n'envisagent de solution &#224; la crise ha&#239;tienne que sous leur supervision, sinon leur ordre</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Alors-que-2025-marque-a-la-fois-les-15-ans-du-seisme-devastateur-et-le</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Alors-que-2025-marque-a-la-fois-les-15-ans-du-seisme-devastateur-et-le</guid>
		<dc:date>2025-01-28T06:56:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Thomas</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-01-28</dc:subject>
		<dc:subject>Ha&#239;ti</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alors que 2025 marque &#224; la fois les 15 ans du s&#233;isme d&#233;vastateur et le bicentenaire de la dette impos&#233;e par la France &#224; son ancienne colonie, le politiste Fr&#233;d&#233;ric Thomas, auteur d'Ha&#239;ti : notre dette(Syllepse/CETRI, 2025), analyse, dans une tribune au &#171; Monde &#187;, le pi&#232;ge n&#233;ocolonial dans lequel Ha&#239;ti est enferm&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une nouvelle tribune de Fr&#233;d&#233;ric Thomas (CETRI) parue ce 10 janvier dans Le Monde (&#233;dition imprim&#233;e du 11 janvier). &lt;br class='autobr' /&gt; 16 janvier 2025 | tir&#233; du site Entre les lignes entre les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-01-28-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-01-28&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Haiti-+" rel="tag"&gt;Ha&#239;ti&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-1696-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH141/haiti_notre_dette-d48ff.png?1781029608' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='141' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que 2025 marque &#224; la fois les 15 ans du s&#233;isme d&#233;vastateur et le bicentenaire de la dette impos&#233;e par la France &#224; son ancienne colonie, le politiste Fr&#233;d&#233;ric Thomas, auteur d'Ha&#239;ti : &lt;a href=&#034;https://www.syllepse.net/haiti-notre-dette-_r_37_i_1100.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;notre dette&lt;/a&gt;(Syllepse/CETRI, 2025), analyse, dans une tribune au &#171; Monde &#187;, le pi&#232;ge n&#233;ocolonial dans lequel Ha&#239;ti est enferm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle tribune de Fr&#233;d&#233;ric Thomas (CETRI) parue ce 10 janvier dans Le Monde (&#233;dition imprim&#233;e du 11 janvier).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;16 janvier 2025 | tir&#233; du site Entre les lignes entre les mots&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/01/16/les-puissances-mondiales-nenvisagent-de-solution-a-la-crise-haitienne-que-sous-leur-supervision-sinon-leur-ordre/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/01/16/les-puissances-mondiales-nenvisagent-de-solution-a-la-crise-haitienne-que-sous-leur-supervision-sinon-leur-ordre/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_49405 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH283/5752462b7ea7d641-dcc531c3-3b4f6.png?1781029609' width='500' height='283' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a quinze ans, le 12 janvier 2010, Ha&#239;ti &#233;tait frapp&#233; de plein fouet par un s&#233;isme de grande ampleur qui allait faire autour de 280 000 morts. Le monde d&#233;couvrait ou red&#233;couvrait ce pays au prisme de cette catastrophe. Le drame suscita d'embl&#233;e un &#233;lan de solidarit&#233; mondial. Mais la conjonction m&#233;diatique et humanitaire, reproduisant et confortant les clich&#233;s attach&#233;s &#224; une population noire, pauvre, du Sud, allait pour longtemps consacrer l'image de victimes passives et impuissantes d'un pays maudit qu'il nous revenait &#8211; &#224; nous, &#201;tats du Nord, riches, d&#233;velopp&#233;s, civilis&#233;s &#8211; de sauver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ha&#239;ti ne constitue pas un cas &#224; part, mais bien un cas extr&#234;me de la logique humanitaire : une d&#233;ferlante non coordonn&#233;e d'ONG et organisations internationales, ignorant superbement le contexte ha&#239;tien et confondant visibilit&#233; et efficacit&#233;, ne cessant de se substituer aux acteurs locaux, press&#233;es de r&#233;pondre aux effets imm&#233;diats plut&#244;t qu'aux causes structurelles de la catastrophe. Prenant pr&#233;texte de la faiblesse et de la corruption de l'&#201;tat ha&#239;tien, les acteurs internationaux contourn&#232;rent celui-ci, avec pour effet paradoxal de l'affaiblir davantage encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Reconstruire en mieux &#187;, pr&#233;tendait-on. Quinze ans plus tard, force est de reconna&#238;tre que rien de durable n'a &#233;t&#233; construit et que les Ha&#239;tiennes et Ha&#239;tiens vivent une situation pire qu'en janvier 2010. Depuis les grandes manifestations de 2018 contre la vie ch&#232;re et la corruption &#8211; et en r&#233;action &#224; celles-ci &#8211;, les gangs arm&#233;s se sont d&#233;velopp&#233;s et renforc&#233;s, au point de contr&#244;ler la quasi-totalit&#233; de la capitale, Port-au-Prince, et d'imposer le r&#232;gne de la terreur. Aujourd'hui, pr&#232;s de la moiti&#233; de la population ha&#239;tienne &#8211; soit deux fois plus qu'au lendemain du s&#233;isme &#8211; a besoin d'une aide humanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Spirale d'endettement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tournant doit nous en rappeler un autre. Le 17 avril 1825, Charles X signe une ordonnance par laquelle la France &#171; ordonne &#187; &#224; Ha&#239;ti de lui accorder un acc&#232;s privil&#233;gi&#233; &#224; son commerce et de &#171; d&#233;dommager les anciens colons &#187;, en payant une indemnit&#233; de 150 millions de francs. A ces conditions, elle &#171; conc&#232;de &#187; l'ind&#233;pendance &#224; son ancienne colonie, qui, en battant les troupes napol&#233;oniennes, s'&#233;tait lib&#233;r&#233;e 21 ans plus t&#244;t, devenant en 1804 la premi&#232;re nation issue de la r&#233;volution d'esclaves noirs. &#192; d&#233;faut de changer l'histoire, on l'a r&#233;&#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de payer cette indemnit&#233; colossale, &#233;valu&#233;e en valeur actuelle &#224; quelque 525 millions d'euros, Ha&#239;ti fut oblig&#233; d'op&#233;rer plusieurs emprunts dans les banques fran&#231;aises&#8230; qu'elle dut rembourser avec les int&#233;r&#234;ts. L'&#233;conomiste Thomas Piketty a &#233;voqu&#233; un &#171; n&#233;ocolonialisme par la dette &#187;, tandis que l'historienne ha&#239;tienne Gusti-Klara Gaillard-Pourchet y a vu l'enfermement durable d'Ha&#239;ti dans une spirale d'endettement et de sous-d&#233;veloppement. Impos&#233;e par la force, cette dette n'en conclut pas moins un arrangement asym&#233;trique entre les classes gouvernantes en Ha&#239;ti et en France sur le dos de la population rurale ha&#239;tienne, ce &#171; pays en dehors &#187; qui demeure la principale menace &#224; tout pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De loin en loin, cette vieille histoire se rappelle &#224; la France&#8230; qui se d&#233;p&#234;che de l'oublier et de retomber dans une sorte de lobotomie historique. D'excuses et de r&#233;paration, il n'est toujours pas question. Au contraire, m&#234;me, la petite phrase d'Emmanuel Macron, en marge du G20, au Br&#233;sil, le 19 novembre 2024, sur les Ha&#239;tiens &#171; compl&#232;tement cons &#187;, &#171; qui ont tu&#233; Ha&#239;ti &#187;, t&#233;moigne du d&#233;ni et du m&#233;pris dans lequel l'&#201;tat fran&#231;ais s'est enferr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un comme l'autre, les moments 1825 et 2010 sont des marqueurs d'un pi&#232;ge n&#233;ocolonial qui consacre la gouvernance internationalis&#233;e d'Ha&#239;ti et la condamne &#224; un cycle infernal de catastrophes, de crises et d'ing&#233;rence. La communaut&#233; internationale, align&#233;e sur Paris d'abord, Washington ensuite, n'a jamais cess&#233; d'intervenir dans les affaires int&#233;rieures du pays, depuis l'organisation et le financement d'&#233;lections jusqu'&#224; l'envoi r&#233;gulier de forces arm&#233;es multinationales &#8211; celle en cours sous le leadership du Kenya &#8211;, en passant par la restructuration de l'&#233;conomie ha&#239;tienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gangst&#233;risation de l'&#201;tat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les puissances mondiales, la Maison Blanche en t&#234;te, n'envisagent de solution &#224; la crise ha&#239;tienne que sous leur supervision, sinon leur ordre. Leurs &#171; interlocuteurs &#187;, qu'ils soutiennent et l&#233;gitiment, sont issus de l'oligarchie locale, qui tire justement son pouvoir de la d&#233;pendance du pays et de l'asservissement de la population. Le serpent se mord la queue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment r&#233;pondre &#224; la faiblesse des institutions publiques, aux in&#233;galit&#233;s et &#224; l'absence de contrat social, &#224; l'origine de la vuln&#233;rabilit&#233; d'Ha&#239;ti aux crises politiques et aux al&#233;as climatiques, en recourant aux acteurs et au mode d'intervention qui ne cessent d'hypoth&#233;quer les politiques sociales et la souverainet&#233; populaire ? La privatisation par voie humanitaire et la lib&#233;ralisation pilot&#233;e depuis les institutions internationales ont servi la strat&#233;gie de pr&#233;dation de l'&#233;lite ha&#239;tienne, tout en facilitant la gangst&#233;risation de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Ha&#239;tiennes et Ha&#239;tiens ne se reconnaissent pas plus dans le miroir fauss&#233; de la mal&#233;diction qu'on leur tend complaisamment que dans le regard folklorisant qu'on leur porte. La pr&#233;tendue &#171; ann&#233;e z&#233;ro &#187; de 2010 et la &#171; concession &#187; de 1825, de m&#234;me que l'urgence humanitaire et s&#233;curitaire d'aujourd'hui, reviennent &#224; gommer le temps historique de leurs luttes et de leurs choix, pour lui substituer celui de l'&#233;ternel retour de la force et de l'ensilencement. Et du deuil de tout changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Thomas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Fr&#233;d&#233;ric Thomas est docteur en sciences politiques, charg&#233; d'&#233;tudes au Centre tricontinental &#8211; CETRI &#224; Louvain-la-Neuve, en Belgique. Il est l'auteur de Ha&#239;ti : notre dette (Syllepse, 96 pages, 5 &#8364;, &#224; para&#238;tre le 16 janvier).&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.cetri.be/Les-puissances-mondiales-n&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cetri.be/Les-puissances-mondiales-n&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*-*&lt;br class='autobr' /&gt;
Ha&#239;ti, notre dette9791039902625&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque g&#233;n&#233;ration, la France feint de (re)d&#233;couvrir la ran&#231;on exig&#233;e, sous la menace de la guerre, &#224; la premi&#232;re nation noire ind&#233;pendante. Et elle a, jusqu'&#224; pr&#233;sent, tourn&#233; le dos aux revendications de r&#233;paration, se refusant &#224; toute reconnaissance, demande de pardon et a fortiori de remboursement. Loin de se r&#233;duire &#224; une affaire ancienne relevant des relations franco-ha&#239;tiennes et &#224; un simple &#233;pisode historique, cette dette odieuse est avant tout un marqueur politique d'une injustice &#224; longue port&#233;e. Elle explique le silence dans lesquels le formidable soul&#232;vement d'esclaves noirs et la r&#233;volution ha&#239;tienne ont &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233;s, puis oubli&#233;s, et la place subordonn&#233;e de Ha&#239;ti sur la sc&#232;ne internationale. La dette vient de loin et c'est son h&#233;ritage et son actualit&#233; que ce livre vient interroger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#171; troubles de Saint-Domingue &#187; &#224; la r&#233;cente explosion de violences des gangs arm&#233;s, en passant par l'&#233;chec humanitaire de 2010, le soul&#232;vement populaire de 2018-2019 et l'assassinat du pr&#233;sident Jovenel Mo&#239;se en 2021, ce livre entend donner &#224; voir cette actualit&#233;. Ce faisant, il met en lumi&#232;re la mani&#232;re dont l'intervention des acteurs internationaux, face aux crises successives qui secouent le pays, reproduit et renforce le pacte n&#233;ocolonial conclu en 1825.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, ces pages veulent faire &#233;cho &#224; la soif de justice, de dignit&#233; et de libert&#233; des Ha&#239;tiens et Ha&#239;tiennes qui luttent pour une r&#233;paration et un changement, afin de sortir du cercle vicieux de d&#233;pendance et d'ing&#233;rence dans lequel est pi&#233;g&#233; Ha&#239;ti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.syllepse.net/haiti-notre-dette-_r_37_i_1100.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.syllepse.net/haiti-notre-dette-_r_37_i_1100.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Guerres, militarisation et r&#233;sistances</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Guerres-militarisation-et-resistances-64088</link>
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		<dc:date>2024-12-17T06:53:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Thomas</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-12-17</dc:subject>
		<dc:subject>Monde</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;dito en acc&#232;s libre de Monde en guerre. Militarisation, brutalisation et r&#233;sistances, le dernier volume de la collection Alternatives Sud. &lt;br class='autobr' /&gt;
Fr&#233;d&#233;ric Thomas est charg&#233; d'&#233;tude au CETRI - Centre tricontinental. Le Centre tricontinental est un centre d'&#233;tude, de publication et de formation sur le d&#233;veloppement, les rapports Nord-Sud, les enjeux de la mondialisation et les mouvements sociaux en Afrique, Asie et Am&#233;rique latine. &lt;br class='autobr' /&gt; 10 d&#233;cembre 2024 |Billet de blog du CETRI | Photo : Isan (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-Monde-" rel="directory"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2024-12-17-+" rel="tag"&gt;Edition du 2024-12-17&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Monde-+" rel="tag"&gt;Monde&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/militaires_mexicains-20381.png?1781029609' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;dito en acc&#232;s libre de &lt;i&gt;Monde en guerre. Militarisation, brutalisation et r&#233;sistances&lt;/i&gt;, le dernier volume de la collection Alternatives Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Fr&#233;d&#233;ric Thomas est charg&#233; d'&#233;tude au CETRI - Centre tricontinental. Le Centre tricontinental est un centre d'&#233;tude, de publication et de formation sur le d&#233;veloppement, les rapports Nord-Sud, les enjeux de la mondialisation et les mouvements sociaux en Afrique, Asie et Am&#233;rique latine.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;10 d&#233;cembre 2024 |Billet de blog du CETRI | Photo : Isan (Flickr) - Militarizaci&#243;n M&#233;xico. &#169; Isan (Flickr) - Militarizaci&#243;n M&#233;xico.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; les conflits arm&#233;s rev&#234;tent de plus en plus une forme hybride et les &#201;tats recourent &#224; la strat&#233;gie de la militarisation, il convient de repenser les violences et la s&#233;curit&#233;. &#192; rebours d'une lecture qui essentialise les conflits, il faut nommer les dynamiques, les causes et les responsables, redonner la primaut&#233; au politique sur le militaire et enrayer la normalisation de la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'y a pas, pour l'instant, de guerre mondiale, nous faisons bien face &#224; un monde en guerre. L'Ukraine et Gaza (et bient&#244;t tout le Proche-Orient ?) en portent le plus violent et d&#233;vastateur t&#233;moignage. Mais les deux conflits sont, dans le m&#234;me temps, le marqueur du regard biais&#233; port&#233; sur la dynamique des affrontements arm&#233;s et du double discours du Nord. L'ONU, s'appuyant sur les donn&#233;es et les crit&#232;res de l'Uppsala Conflict Data Program &#8211; UCDP, d&#233;finit la guerre comme un conflit arm&#233; &#233;tatique faisant annuellement au moins un millier de morts au cours de batailles. En fonction de ces crit&#232;res, neuf guerres &#233;taient en cours en 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'UCDP distingue par ailleurs deux autres cat&#233;gories de conflits : les conflits &#171; non &#233;tatiques &#187; et la &#171; violence unilat&#233;rale &#187;. Les premiers r&#233;sultent de l'affrontement entre des groupes arm&#233;s organis&#233;s, tandis que la seconde renvoie &#224; l'utilisation de la force arm&#233;e par un &#201;tat ou un groupe arm&#233; formalis&#233; &#224; l'encontre de la population civile. &#192; l'instar des conflits inter&#233;tatiques, leur nombre suit une courbe ascendante depuis une dizaine d'ann&#233;es &#8211; en particulier les violences non &#233;tatiques, qui explosent &#8211;, mais ils sont nettement moins meurtriers : ils repr&#233;sentent ensemble un peu moins d'un quart de toutes les victimes de conflits sur la derni&#232;re d&#233;cennie. Entre 2019 et 2023, le Mexique a concentr&#233; &#224; lui seul pr&#232;s des deux-tiers des personnes tu&#233;es au cours de conflits non &#233;tatiques, tandis que 20% des mort&#183;es de la violence unilat&#233;rale ont succomb&#233; dans l'Est de la R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo (RDC).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde n'avait plus connu autant de conflits depuis la Seconde guerre mondiale. Certes, le nombre de victimes est bien inf&#233;rieur &#224; celui de la p&#233;riode 1946-1999. De la fin de la Guerre froide &#224; 2020, il est rest&#233; relativement bas ; &#224; l'exception notable cependant du g&#233;nocide au Rwanda en 1994 et de la guerre en Syrie, surtout en 2013-2014. Cette tendance g&#233;n&#233;rale recouvre n&#233;anmoins des moments et des foyers particuli&#232;rement meurtriers : ainsi, la RDC, en 1996, et l'affrontement entre l'&#201;thiopie et l'&#201;rythr&#233;e (1998-2000), en 1999, concentrent respectivement pr&#232;s de 40 et de 50% des personnes tu&#233;es au cours de ces deux ann&#233;es. Mais, la guerre civile qui a &#233;clat&#233; en &#201;thiopie en 2021 a fait pr&#232;s de 300000 morts en deux ans, soit plus de la moiti&#233; de toutes les victimes de conflits arm&#233;s sur cette p&#233;riode. C'est finalement moins la recrudescence des conflits qui doit nous pr&#233;occuper que leur transformation, imparfaitement appr&#233;hend&#233;e par les d&#233;finitions &#171; classiques &#187; de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tendances actuelles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On ne s'attardera pas ici sur l'emploi dans les guerres actuelles de nouvelles technologies &#8211; armes autonomes, cyberattaques, etc. &#8211;, dont le drone est &#224; la fois l'outil le plus connu et le plus massivement employ&#233;, notamment dans la guerre russo-ukrainienne o&#249; des sp&#233;cialistes estiment qu'en 2023, l'Ukraine a perdu 10000 drones par mois (IEP, 2024). Ces quelques pages entendent plut&#244;t se centrer sur les tendances r&#233;centes des dynamiques conflictuelles en mati&#232;re de g&#233;opolitique, d'acteurs, d'enjeux et de strat&#233;gies, dans une perspective Nord-Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient tout d'abord de remarquer que la criminalit&#233; fait bien plus de victimes que les conflits arm&#233;s. Ainsi, le nombre annuel d'homicides en 2019-2021 tournait autour de 440000, soit trois fois plus que les personnes tu&#233;es lors de conflits au cours de ces trois ann&#233;es. Mais la distinction entre organisation criminelle et groupe arm&#233; tend &#224; se brouiller (voir plus loin). Par ailleurs, le principal champ de bataille, le lieu le plus violent pour les filles et les femmes continue d'&#234;tre le domicile et la famille : en 2017, 58% des homicides de femmes avaient &#233;t&#233; commis par un conjoint ou un parent (ONU, 2020).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Op&#233;rations de maintien de la paix : entre frustration et transformation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il existe une double concentration, g&#233;ographique et meurtri&#232;re, des conflits violents. La plupart des guerres se concentrent en Afrique et au Moyen-Orient, tandis que la moiti&#233; des personnes tu&#233;es &#233;taient &#233;thiopiennes en 2021 et 2022 ; palestiniennes et ukrainiennes en 2023. Autre caract&#233;ristique, ces violences ont des racines historiques profondes, qui plongent souvent dans la p&#233;riode coloniale, dessinant de la sorte une conflictualit&#233; &#224; longue port&#233;e sous la forme de conflits dormants ou de basse intensit&#233;, voire de &#171; guerres sans fin &#187;, explosant &#224; la faveur d'un &#233;v&#233;nement particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, nombre de ces conflits sont internationalis&#233;s, au sens o&#249; l'une des parties ou les deux re&#231;oivent le soutien de troupes d'un &#201;tat ext&#233;rieur, impliquant souvent, directement ou indirectement, l'une ou l'autre puissance r&#233;gionale, voire mondiale, en fonction d'enjeux strat&#233;giques. Ainsi en est-il de la situation en Lybie, au Soudan et dans la Corne de l'Afrique ; ces deux derni&#232;res r&#233;gions faisant d'ailleurs l'objet d'articles de cet Alternatives Sud. &#192; cet interventionnisme, il faut ajouter le trafic d'armes, dont les &#201;tats-Unis sont &#8211; et de loin &#8211; le principal protagoniste, alimentant les conflits (Thomas, 2024a). Or, cette connexion nationale-internationale et la multiplication des acteurs s'affrontant sur le terrain rendent d'autant plus difficile la recherche d'une r&#233;solution pacifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la majorit&#233; des conflits violents actuels ne rel&#232;ve pas (ou pas seulement) d'un affrontement entre &#201;tats. Ils impliquent des acteurs non &#233;tatiques tels que des organisations terroristes (y compris transnationales), des soci&#233;t&#233;s ou entreprises militaires et de s&#233;curit&#233; priv&#233;es (EMSP), des milices, des organisations criminelles et des groupes arm&#233;s hybrides ou aux fronti&#232;res poreuses avec la criminalit&#233;. D'o&#249; une fragmentation des r&#233;seaux et des acteurs, ainsi que des attaques qui ciblent le plus souvent les civils. D'o&#249;, &#233;galement, au niveau de la recherche acad&#233;mique, une difficult&#233; &#224; appr&#233;hender la dynamique actuelle des conflits arm&#233;s avec les outils d'analyse du vingti&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La globalisation n&#233;olib&#233;rale, la strat&#233;gie s&#233;curitaire am&#233;ricaine, l'&#233;mergence d'un monde multipolaire avec la mont&#233;e en puissance de la Chine et de pouvoirs r&#233;gionaux, l'intensification des flux financiers et d'armes, ainsi que l'extension de la criminalit&#233; organis&#233;e comptent parmi les principaux ph&#233;nom&#232;nes dont les effets travaillent la configuration des souverainet&#233;s &#233;tatiques et, corr&#233;lativement, la nature des conflits, toutes deux marqu&#233;es par des formes de privatisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; guerre contre la terreur &#187; d&#233;clar&#233;e par la Maison blanche &#224; la suite des attentats du 11 septembre 2001 constitue un jalon important de cette transformation. Par son caract&#232;re global et la plasticit&#233; de ses cibles et objectifs, elle consacre une strat&#233;gie offensive qui l&#233;gitime la militarisation de la politique. De plus, elle catalyse une double &#233;rosion de la souverainet&#233; &#233;tatique ; en amont, en qualifiant certains &#201;tats de &#171; voyou &#187;, appartenant &#224; un &#171; axe du mal &#187; et, en aval, en normalisant le recours massif aux EMSP, ces entreprises qui vendent sur la sc&#232;ne internationale des services s&#233;curitaires et militaires. Ainsi, l'occupation de l'Afghanistan et de l'Irak s'est accompagn&#233;e d'un usage massif d'EMSP (Bilmes, 2021), au point de constituer la premi&#232;re force de travail dans les deux pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wagner, l'EMSP la plus connue et la plus d&#233;nonc&#233;e en Occident, participe en r&#233;alit&#233; d'une &#233;conomie mondialis&#233;e o&#249; les principales entreprises sont am&#233;ricaines, et dont le march&#233; en 2020 &#233;tait &#233;valu&#233; &#224; quelque 224 milliards de dollars (Transparency International, 2022). L'action de ces entreprises pose pas mal de probl&#232;mes, notamment en termes de droit et d'&#233;thique, car elles ne rendent de comptes &#224; personne et jouissent d'une quasi-impunit&#233;. Se pose &#233;galement, dans un contexte de grande opacit&#233;, la question de leur ind&#233;pendance r&#233;elle par rapport aux politiques des &#201;tats o&#249; elles sont implant&#233;es et leur potentielle utilisation dans des guerres par procuration. Dans cet ouvrage, Tek Raj Koirala questionne les dynamiques du secteur de la s&#233;curit&#233; et sa division du travail, qui redouble largement les rapports Nord-Sud, &#224; partir du cas d'ex-soldats n&#233;palais impliqu&#233;s dans les EMSP en Afghanistan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, c'est la notion w&#233;b&#233;rienne de l'&#201;tat comme d&#233;tenteur du monopole de la violence l&#233;gitime qui doit &#234;tre interrog&#233;e. L'&#233;rosion &#233;tatique et la privatisation du pouvoir public sont souvent, partiellement au moins, des strat&#233;gies mises en place par les &#201;tats eux-m&#234;mes. Les rapports que ces derniers entretiennent avec les EMSP ne sont donc pas univoques, relevant davantage et tout &#224; la fois de la comp&#233;tition et de la collaboration que d'une subordination directe ou, au contraire, d'une ind&#233;pendance totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre les &#201;tats et les entreprises militaires, les guerres actuelles impliquent souvent d'autres cat&#233;gories d'acteurs arm&#233;s, ce qui complique le sc&#233;nario conflictuel. La Colombie est un cas embl&#233;matique. L'accord de paix sign&#233; en 2016 avec la gu&#233;rilla des Forces arm&#233;es r&#233;volutionnaires de Colombie (FARC) devait mettre fin au plus long conflit arm&#233; du continent latino-am&#233;ricain. Force est de reconna&#238;tre, huit ans plus tard, qu'on est loin du compte. Entre 2016 et 2024, 1559 leaders sociaux&#183;ales ont &#233;t&#233; assassin&#233;&#183;es. Une centaine de massacres ont eu lieu au cours de ces trois derni&#232;res ann&#233;es, faisant pr&#232;s de 1000 victimes, et la Colombie est le pays le plus dangereux au monde pour les d&#233;fenseurs et d&#233;fenseuses de la terre et de l'environnement (Indepaz, 2024 ; Global Witness, 2024).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la guerre n'a pas disparu, elle s'est n&#233;anmoins transform&#233;e, rendant d'autant plus ardue la politique de &#171; paix totale &#187; du gouvernement de gauche de Gustavo Petro. Ainsi, le conflit arm&#233; s'est mu&#233; en &#171; un sc&#233;nario extr&#234;mement hybride au sein duquel les fronti&#232;res entre la politique et la criminalit&#233; sont toujours plus diffuses &#187; et o&#249; les acteurs arm&#233;s transitent de l'une &#224; l'autre (Llorente, 2023). Cette hybridation varie en fonction des territoires &#8211; de leurs richesses en ressources naturelles, de la culture ou non de coca et de leur importance strat&#233;gique &#8211; et des organisations, mais elle est occult&#233;e par la rh&#233;torique politique que ces derni&#232;res utilisent afin d'avoir acc&#232;s aux n&#233;gociations avec l'&#201;tat colombien et d'en tirer parti. Cependant, le d&#233;nominateur commun de tous ces groupes est leur immersion dans une &#233;conomie illicite et l'affrontement pour le contr&#244;le d'un territoire afin d'accaparer tout type de rentes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Politique et militarisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;penses militaires mondiales n'ont cess&#233; d'augmenter au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie. Les &#201;tats-Unis, qui repr&#233;sentent plus du tiers de ces d&#233;penses &#8211; soit trois fois plus que la Chine, en deuxi&#232;me position &#8211;, sont aussi, et de loin, le principal exportateur d'armes, concentrant, entre 2019 et 2023, 42% des exportations mondiales (Spiri, 2024). L'Inde, l'Arabie saoudite et le Qatar sont, de leur c&#244;t&#233;, les principaux importateurs, totalisant ensemble, pour la m&#234;me p&#233;riode, plus d'un quart des importations mondiales. Loin d'&#234;tre seulement la cons&#233;quence d'un contexte marqu&#233; par la (menace de) guerre, les d&#233;penses militaires et la circulation d'armes participent d'une logique de militarisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La guerre n'est que la continuation de la politique par d'autres moyens &#187;, selon la formule canonique de Clausewitz. &#192; l'heure actuelle, les interactions entre la politique et la guerre se sont intensifi&#233;es au point de constituer une forme politico-militaire. Sa manifestation peut-&#234;tre la plus &#233;vidente r&#233;side dans la vague de coups d'&#201;tats qui a secou&#233; l'Afrique (Mali, Burkina Faso, Niger, Guin&#233;e et Gabon) depuis 2020. Ces irruptions violentes de militaires au sommet du pouvoir c&#244;toient cependant, d'Alger &#224; Bangkok, en passant par San Salvador, des modes de collaboration plus occultes ou paradoxaux entre gouvernements et forces arm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Am&#233;rique latine, selon Hoecker (lire son article dans cet Alternatives Sud), ce ph&#233;nom&#232;ne traduit &#171; l'&#233;mergence du militarisme civil &#187;. Ce retour des forces arm&#233;es au-devant de la sc&#232;ne, sur un continent qui a connu la longue nuit des dictatures militaires, soul&#232;ve nombre de questions et d'inqui&#233;tudes. Il ne s'agit pas pour autant d'un retour au pass&#233;, mais bien d'une reconfiguration. Ce sont en effet les partis politiques au pouvoir qui se tournent vers les forces arm&#233;es, non sans opportunisme bien souvent, afin de les faire participer &#224; la lutte contre l'ins&#233;curit&#233;. Ce faisant, ces derni&#232;res acqui&#232;rent un r&#244;le de police particuli&#232;rement &#233;tendu, allant du contr&#244;le des fronti&#232;res &#224; la r&#233;pression de manifestations, en passant par la lutte contre la criminalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les guerres aux gangs et au narcotrafic, encourag&#233;es par Washington, sont les vecteurs privil&#233;gi&#233;s de cette militarisation. En Am&#233;rique latine surtout, mais &#233;galement en Asie. Marc Batac analyse ainsi dans cet Alternatives Sud la confluence d'int&#233;r&#234;ts entre acteurs internationaux et locaux, ainsi que les interactions entre le gouvernement et les forces arm&#233;es, dans la mise en place d'une strat&#233;gie antiterroriste aux Philippines. &#192; quelques encablures de l&#224;, en Indon&#233;sie, l'actuel pr&#233;sident et ancien ministre de la d&#233;fense Prabowo Subianto est accus&#233; de crimes de guerre sous le r&#233;gime de Suharto (fin des ann&#233;es 1990), notamment de torture et de disparition d'activistes (Muhtadi, 2022).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette sorte de passage de t&#233;moin du politique aux militaires renforce l'impopularit&#233; des premiers et le cr&#233;dit accord&#233; aux seconds. Il s'inscrit par ailleurs dans une dynamique sp&#233;cifique. La popularit&#233; des militaires dans le Sud doit aussi se lire au revers du d&#233;senchantement d&#233;mocratique, du client&#233;lisme et de la corruption de la classe politique, des in&#233;galit&#233;s et de l'incapacit&#233; des gouvernements successifs &#224; assurer l'acc&#232;s aux services sociaux (emploi, &#233;ducation, sant&#233;, etc.) qui consacrent et concr&#233;tisent, en quelque sorte, la d&#233;mocratie. Les barom&#232;tres d'opinion en Afrique et en Am&#233;rique latine montrent cette d&#233;saffection d&#233;mocratique (Jeune Afrique, 2024 ; Latino Barometro repris par Hoecker dans cet ouvrage). En contrepoint, les forces arm&#233;es sont investies de valeurs &#8211; probit&#233;, professionnalisme, s&#233;rieux, etc. &#8211;, d'une efficacit&#233; dans la lutte contre l'ins&#233;curit&#233; et d'une soumission &#224; l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, qui font justement d&#233;faut &#224; la classe politique aux yeux d'une grande partie de la population, et particuli&#232;rement de la jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confiance envers l'institution militaire et les valeurs qui lui sont attribu&#233;es sont bien entendu largement id&#233;ologiques, bas&#233;es sur des croyances et non sur l'&#233;preuve des faits. Ainsi, l'emploi des forces arm&#233;es dans la guerre contre le narcotrafic, dans les cas embl&#233;matiques de la Colombie et du Mexique, a &#233;t&#233; un &#233;chec. De m&#234;me, la lutte contre les terroristes islamistes au Sahel, qui constitue l'une des principales justifications donn&#233;es par les putschistes aux coups d'&#201;tat men&#233;s au Mali, au Burkina Faso et au Niger, n'engrange gu&#232;re de r&#233;sultat jusqu'&#224; pr&#233;sent. Quant &#224; la pr&#233;tendue incorruptibilit&#233; des forces arm&#233;es, l'histoire et l'actualit&#233; de nombreux pays, du Mexique au N&#233;pal en passant par le Pakistan et la RDC, montrent plut&#244;t une institution militaire gangr&#233;n&#233;e par les affaires, le client&#233;lisme et le n&#233;potisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s de la lutte contre les bandes arm&#233;es au Salvador constitue-t-il un contre-exemple ? L'article que nous publions dans cet ouvrage invite plut&#244;t &#224; questionner ce &#171; succ&#232;s &#187; devenu &#171; mod&#232;le &#187;, qui rel&#232;vent tous deux d'une strat&#233;gie de communication, au centre du processus de militarisation, et qui emprunte, au Salvador et ailleurs, principalement une triple voie : celle de l'information, celle du droit et celle du visuel (Thomas, 2024b). En effet, dans un contexte o&#249; l'information est plus que jamais un enjeu de pouvoir, le pr&#233;sident salvadorien Bukele n'a de cesse de mettre en sc&#232;ne sur les r&#233;seaux sociaux sa r&#233;ussite et de chercher &#224; court-circuiter ou censurer tout contre-r&#233;cit critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dimension la plus visuelle de la militarisation est celle du &#171; Kaki washing &#187; : soit l'utilisation des forces arm&#233;es comme strat&#233;gie de communication politique, afin de projeter sur le gouvernement l'image associ&#233;e aux vertus et valeurs que les militaires inspirent et qui manquent aux politiques (Verdes-Montenegro, 2021). Enfin, la militarisation emprunte &#233;galement une voie juridique, consistant &#224; multiplier et &#224; accro&#238;tre les peines d'incarc&#233;ration &#8211; et &#224; leur donner une grande publicit&#233; &#8211; &#224; des fins &#233;lectorales et populistes. Le Salvador est ainsi devenu le pays avec le plus haut taux d'emprisonnement au monde. Cette politisation du droit p&#233;nal peut-&#234;tre qualifi&#233;e de &#171; populisme punitif &#187; (L&#243;pez et Avila, 2022).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les appels des gouvernements aux militaires afin de capter une part de leur popularit&#233; et (re)gagner une certaine l&#233;gitimit&#233; ne sont cependant pas seulement des calculs opportunistes d'une classe politique en mal de cr&#233;dibilit&#233;. Ils t&#233;moignent aussi du fait que les probl&#232;mes politiques sont de plus en plus identifi&#233;s et trait&#233;s comme des questions s&#233;curitaires. Ce processus, qualifi&#233; de &#171; s&#233;curitisation &#187; (ENAAT, Rosa Luxembourg Stiftung, 2021), revient &#224; donner la priorit&#233; au militaire sur la politique dans l'analyse et dans l'action, en occultant les enjeux sociaux sous le paradigme (socialement construit) de l'ins&#233;curit&#233;. Or, si cette dynamique correspond &#224; la vague mondiale des droites illib&#233;rales et r&#233;actionnaires, elle ne s'y r&#233;duit pas, comme en t&#233;moigne notamment le cas mexicain o&#249; un pr&#233;sident de centre gauche a fait un recours abondant aux forces arm&#233;es (Coste, 2024).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ordre, &#201;tat et instrumentalisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le regard n&#233;ocolonial tend, d'un c&#244;t&#233;, &#224; accorder une sorte de &#171; droit &#224; la guerre &#187; &#224; certains &#201;tats (du Nord) et &#224; ent&#233;riner leurs pr&#233;tentions &#224; mener des actions &#171; chirurgicales &#187;, &#171; morales &#187;, bref &#171; civilis&#233;es &#187;, et, de l'autre, &#224; d&#233;cr&#233;ter implicitement ou explicitement des r&#233;gions et des peuples violents par nature, condamn&#233;s par-l&#224; &#224; une violence chaotique sans issue. &#192; l'encontre d'une telle vision, Terefe et Tesfaye montrent dans leur contribution &#224; cet Alternatives Sud l'imbrication de facteurs sociohistoriques complexes &#8211; les mouvements s&#233;cessionnistes, les attaques terroristes, les ressources naturelles, les pouvoirs pr&#233;dateurs, les interventions arm&#233;es internationales &#8211; qui explique pourquoi la Corne de l'Afrique est en butte &#224; une s&#233;rie de conflits violents depuis des d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils mettent de plus en avant l'instrumentalisation des tensions et de l'instabilit&#233; de la r&#233;gion par les puissances mondiales et r&#233;gionales (&#201;gypte, Arabie saoudite, Iran, Turquie, &#201;tats du Golfe), afin de faire pr&#233;valoir leurs propres int&#233;r&#234;ts. Engag&#233;s dans une &#171; course aux bases militaires &#187;, ces &#201;tats tendent &#224; reproduire des rapports de domination h&#233;rit&#233;s du colonialisme, en renfor&#231;ant des r&#233;gimes autoritaires clients, vecteurs de conflits civils arm&#233;s, au d&#233;triment des aspirations populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; une autre sorte d'instrumentalisation que s'int&#233;resse Naing Lin dans son article sur le conflit arm&#233; en cours dans la r&#233;gion de l'Arakan, au Myanmar : celle des tensions ethniques. La mobilisation par la junte militaire des groupes rohingyas vise ainsi &#224; affaiblir et &#224; diviser la r&#233;sistance arm&#233;e, tout en fomentant des exactions racistes. Alors qu'il s'agit ici d'entra&#238;ner un pourrissement du conflit et de miner l'avenir, Azadeh Moaveni analyse brillamment, &#224; partir du conflit isra&#233;lo-palestinien, un autre cas de figure : l'instrumentalisation des violences sexuelles pour justifier la poursuite de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La militarisation est impr&#233;gn&#233;e de la rh&#233;torique machiste et viriliste des &#171; hommes forts &#187;, de la mano dura, inscrite dans une sc&#233;nographie dont les femmes sont absentes. Celles-ci sont cependant au centre de la guerre, dont elles sont devenues &#224; la fois le troph&#233;e, la cible et l'un des enjeux principaux. Le viol est con&#231;u comme arme de guerre, mais aussi, plus cruellement encore, comme une mani&#232;re de faire la guerre. Les travaux de Rita Segato (2021) sur les f&#233;minicides et les guerres contre les femmes &#233;clairent l'attitude de gangs arm&#233;s au Mexique et en Ha&#239;ti, empreints d'une &#171; masculinit&#233; pr&#233;datrice &#187;, luttant pour conqu&#233;rir des territoires. Des conqu&#234;tes qui passent par l'appropriation violente du corps des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stimulante est par ailleurs la th&#232;se de Segato, selon laquelle les f&#233;minicides ne sont pas la cons&#233;quence de l'impunit&#233;, mais fonctionnent plut&#244;t comme producteurs et reproducteurs de l'impunit&#233;. Elle met de la sorte en lumi&#232;re la connivence entre l'&#201;tat et les acteurs criminels, obligeant &#224; repenser les processus de n&#233;gociation et de sortie de conflit. Le risque est grand, en effet, de sacrifier la justice, et plus encore la r&#233;paration, au nom de la realpolitik, en enfermant les soci&#233;t&#233;s dans un cercle vicieux de violences et d'impunit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rents articles de cet Alternatives Sud invitent d&#232;s lors &#224; penser la militarisation au croisement d'un entrelac d'acteurs et de rapports sociaux qui traversent la sph&#232;re &#233;tatique sans s'y r&#233;duire. Les militaires viennent moins combler un vide de l'&#201;tat que manifester sa pr&#233;sence sous une forme sp&#233;cifique : celle de la coercition &#233;tatique. Entre deux modalit&#233;s de l'action publique &#8211; la force arm&#233;e ou les services sociaux &#8211;, le choix a &#233;t&#233; fait. La militarisation repr&#233;sente d&#232;s lors moins un recul du gouvernement face &#224; l'arm&#233;e qu'une r&#233;vision de la division des pouvoirs et une reconfiguration de la puissance publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une situation de crise, per&#231;ue ou pr&#233;sent&#233;e comme hors de contr&#244;le, l'arm&#233;e est appel&#233;e &#224; intervenir (ou intervient directement) pour, justement, reprendre le contr&#244;le et remettre de l'ordre. De m&#234;me, une situation o&#249; la souverainet&#233; nationale &#8211; dont les militaires seraient les garants &#8211; est mise &#224; mal par une menace (parfois imaginaire), toujours qualifi&#233;e d'&#171; ext&#233;rieure &#187; &#224; la soci&#233;t&#233; et &#224; la nation &#8211; attaques imp&#233;rialistes, groupes terroristes, organisations subversives, gangs, narcotrafiquants &#8211;, facilite l'entr&#233;e des forces arm&#233;es sur la sc&#232;ne politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'ordre est autant un fantasme qu'un dispositif de pouvoir. Il permet d'op&#233;rer un quadrillage de l'espace public, d'intensifier le contr&#244;le social et de recourir &#224; des mesures extraordinaires, tout en limitant les contre-pouvoirs. Le d&#233;sordre justifie la militarisation qui, en retour, d&#233;finit l'ordre, ce qu'il est, ce qu'il doit &#234;tre. Et les moyens pour y parvenir. L'attribution de fonctions de police &#224; l'arm&#233;e se double ainsi d'une militarisation de la police (au Sud comme au Nord ?), tandis que l'&#233;tat d'exception ou d'urgence tend &#224; se poursuivre, se reproduire et s'autol&#233;gitimer, comme en t&#233;moigne le cas salvadorien.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sistance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#201;voquant l'Allemagne au cours et apr&#232;s la Premi&#232;re guerre mondiale, George Mosse a mis en avant le concept de &#171; brutalisation &#187; pour rendre compte de la banalisation et de l'int&#233;riorisation de la violence, ainsi que de la fa&#231;on dont celle-ci a servi de catalyseur &#224; une r&#233;surgence nationaliste et totalitaire. Le concept, qui ne fait pas consensus parmi les historien&#183;nes, peut-il &#234;tre utile &#224; l'analyse des soci&#233;t&#233;s du Sud confront&#233;es &#224; de longues vagues de violences ? La militarisation serait-elle une forme renouvel&#233;e de r&#233;veil nationaliste et le recours aux forces arm&#233;es le signe d'une &#171; brutalisation &#187; accept&#233;e, institutionnalis&#233;e ? La mise en spectacle de la violence tend, en tous cas, &#224; la normaliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre n'est ni une fatalit&#233; ni un accident qui surviendrait dans un ciel serein. Elle est le plus souvent un moyen pour des acteurs de prendre ou de conserver le pouvoir, d'accaparer des ressources et de r&#233;primer les mouvements sociaux. La d&#233;politisation et l'essentialisation des conflits arm&#233;s occultent les causes et les responsabilit&#233;s, ainsi que les r&#233;sistances &#224; ces guerres. Et elles hypoth&#232;quent ou compliquent davantage la sortie de crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est illusoire de croire qu'une solution militaire puisse &#234;tre apport&#233;e &#224; des probl&#232;mes qui ont, presque toujours, des racines socio&#233;conomiques, historiques et politiques. Mais, tout aussi illusoire est l'id&#233;e qu'un accord entre les parties en conflit suffise &#224; lui seul &#224; ouvrir une voie pacifique. Par exemple, la violence qui d&#233;chire aujourd'hui le Soudan est une guerre contre la population, men&#233;e par deux groupes non repr&#233;sentatifs et sans projet national si ce n'est celui d'accaparer les ressources et les pouvoirs et d'exploiter les Soudanais et Soudanaises. Une lecture biais&#233;e des conflits entra&#238;ne des m&#233;canismes boiteux pour les pr&#233;venir et les r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rim Mugahed d&#233;crit dans cet Alternatives Sud les attentes contradictoires et irr&#233;alistes auxquelles sont confront&#233;es les militantes y&#233;m&#233;nites, ainsi que les dynamiques nationales et internationales crois&#233;es qui ont abouti &#224; leur exclusion de la table de n&#233;gociation, malgr&#233; la r&#233;solution 1325 du Conseil de s&#233;curit&#233; des Nations unies (vot&#233;e en 2000) qui reconna&#238;t le r&#244;le central des femmes et impose aux diff&#233;rentes parties d'un conflit de soutenir leur participation aux n&#233;gociations et &#224; la reconstruction post-conflit. Malheureusement, au Y&#233;men comme ailleurs, le mod&#232;le lib&#233;ral de la paix, qui reste dominant, tend &#224; r&#233;duire les n&#233;gociations &#224; un accord entre les &#233;lites locales qui s'affrontent, m&#233;connaissant la violence structurelle dont elles font preuve et leur assurant l'impunit&#233;. Sans compter que, dans bien des cas, elles n'ont pas int&#233;r&#234;t &#224; ce que le conflit cesse (Mansour, Eaton et Khatib, 2023).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutter contre la guerre, c'est d'abord nommer les dynamiques, les causes et les responsables, arracher la violence &#224; sa naturalisation et la militarisation &#224; son r&#233;cit fonctionnel. D&#233;montrer et d&#233;noncer les d&#233;penses et profits consid&#233;rables du complexe militaro-industriel mondial dont le Pentagone est l'un des principaux centres. Remettre la question de l'&#233;galit&#233; et des pouvoirs au centre du questionnement et penser toute sortie de crise avec et &#224; partir des organisations sociales en g&#233;n&#233;ral, et des organisations de femmes en particulier, qui sont en premi&#232;re ligne. Sous la strat&#233;gie de la militarisation, les cibles &#8211; trafiquants de drogue, gangs, gu&#233;rillas, etc. &#8211; tendent &#224; devenir perm&#233;ables et permutables, au point, tr&#232;s vite, d'englober les mouvements sociaux, les ONG de droits humains, les journalistes, etc., soit tous ceux et toutes celles qui, par leurs critiques et leurs actions, refusent de s'aligner sur la logique guerri&#232;re du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celles et ceux, na&#239;fs&#183;ves ou complaisant&#183;es, qui ne voient l&#224; que des &#171; &#233;carts &#187; ou des &#171; exc&#232;s &#187; qu'ils et elles s'empressent de justifier, se condamnent &#224; ne rien comprendre et &#224; c&#233;der &#224; la discipline autoritaire et &#224; la tol&#233;rance envers la violence de l'&#201;tat que le populisme punitif pr&#233;pare et entretient. Il nous faut, tout au contraire, repolitiser la question de la s&#233;curit&#233;, du conflit et de la paix, d&#233;gager l'action d'une perspective uniquement &#233;tatique, afin de se donner les moyens politiques de ne pas continuer la guerre, mais bien de l'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Bilmes L. (2021), &#171; Where did the tn spent on Afghanistan and Iraq go ? Here's where &#187;, The Guardian, 11 septembre, &lt;a href=&#034;https://www.theguardian.com/commentisfree/2021/sep/11/us-afghanistan-iraq-defense-spending&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.theguardian.com/commentisfree/2021/sep/11/us-afghanistan-iraq-defense-spending&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Coste J. (2024), &#171; Militarizaci&#243;n : la herencia maldita de L&#243;pez Obrador &#187;, Presente, 15 avril, &lt;a href=&#034;https://revistapresente.com/presente/militarizacion-la-herencia-maldita-de-lopez-obrador/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://revistapresente.com/presente/militarizacion-la-herencia-maldita-de-lopez-obrador/&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; ENAAT, Rosa Luxembourg Stiftung (2021), Une Union militaris&#233;e. Comprendre et affronter la militarisation de l'Union europ&#233;enne, &lt;a href=&#034;https://rosalux.eu/en/2021/import-1981/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://rosalux.eu/en/2021/import-1981/&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Global Witness (2024), Voces silenciadas, &lt;a href=&#034;https://www.globalwitness.org/es/missing-voices-es/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.globalwitness.org/es/missing-voices-es/&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; IEP (2024), Global Peace Index 2024, &lt;a href=&#034;https://www.economicsandpeace.org/wp-content/uploads/2024/06/GPI-2024-web.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.economicsandpeace.org/wp-content/uploads/2024/06/GPI-2024-web.pdf&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Indepaz (2024), Observatorio de Derechos Humanos y Conflictividades, &lt;a href=&#034;https://indepaz.org.co/category/observatorio-de-conflictos-y-posacuerdos/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://indepaz.org.co/category/observatorio-de-conflictos-y-posacuerdos/&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Jeune Afrique (2024), &#171; Trois jeunes Africains sur cinq veulent &#233;migrer : le sondage qui devrait inqui&#233;ter les pr&#233;sidents africains &#187;, Jeune Afrique, 14 septembre 2024, &lt;a href=&#034;https://www.jeuneafrique.com/1609053/politique/trois-jeunes-africains-sur-cinq-veulent-emigrer-le-sondage-qui-devrait-inquieter-les-presidents-africains/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.jeuneafrique.com/1609053/politique/trois-jeunes-africains-sur-cinq-veulent-emigrer-le-sondage-qui-devrait-inquieter-les-presidents-africains/&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Llorente (2023), Ley de Orden P&#250;blico. Intervenci&#243;n en audiencia ante la Corte Constitucional, 22 ao&#251;t, &lt;a href=&#034;https://storage.ideaspaz.org/documents/fip_intervencionmvll_final01.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://storage.ideaspaz.org/documents/fip_intervencionmvll_final01.pdf&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; L&#243;pez C. et Avila R. (2022), &#171; Populismo punitivo : manifestaci&#243;n pol&#237;tica vs. Derecho penal. La cadena perpetua en Colombia &#187;, Revista de Derecho, juillet-d&#233;cembre, &lt;a href=&#034;http://www.scielo.org.co/scielo.php?script=sci_arttext&amp;pid=S0121-86972022000200218&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.scielo.org.co/scielo.php?script=sci_arttext&amp;pid=S0121-86972022000200218&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Mansour R., Eaton T. et Khatib L. (2023), Rethinking political settlements in the Middle East and North Africa. How trading accountability for stability benefits elites and fails populations, Chatam House, &lt;a href=&#034;https://www.chathamhouse.org/2023/09/rethinking-political-settlements-middle-east-and-north-africa/05-addressing-structural&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.chathamhouse.org/2023/09/rethinking-political-settlements-middle-east-and-north-africa/05-addressing-structural&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Muhtadi B. (2022), The indonesian military enjoys strong public trust and support. Reasons and Implications, Trends in Southeast Asia, ISEAS Publishing, &lt;a href=&#034;https://www.iseas.edu.sg/wp-content/uploads/2022/11/TRS19_22.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.iseas.edu.sg/wp-content/uploads/2022/11/TRS19_22.pdf&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; ONU (2020), Conflit et violence : une &#232;re nouvelle, &lt;a href=&#034;https://www.un.org/fr/un75/new-era-conflict-and-violence&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.un.org/fr/un75/new-era-conflict-and-violence&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Segato R. (2021), L'&#233;criture sur le corps des femmes assassin&#233;es de Ciudad Juarez, Paris, Payot.&lt;br class='autobr' /&gt; SPIRI (2024), Spiri fact sheet. Trends in international arms transfers, 2023, &lt;a href=&#034;https://www.sipri.org/publications/2024/sipri-fact-sheets/trends-international-arms-transfers-2023&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sipri.org/publications/2024/sipri-fact-sheets/trends-international-arms-transfers-2023&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Thomas F. (2024a), &#171; G&#233;opolitique du commerce des armes &#187;, CETRI.&lt;br class='autobr' /&gt; Thomas F. (2024b), &#171; Le stade Bukele du spectacle &#187;, CETRI.&lt;br class='autobr' /&gt; Transparency International (2022), Hidden costs : US private military and security companies and the risks of corruption and conflict, &lt;a href=&#034;https://ti-defence.org/wp-content/uploads/2022/08/Hidden_Costs_US_Private_Military_and_Security_Companies_PMSCs_v9-web_141022.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://ti-defence.org/wp-content/uploads/2022/08/Hidden_Costs_US_Private_Military_and_Security_Companies_PMSCs_v9-web_141022.pdf&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Verdes-Montenegro F. (2021), Del golpe de estado al golpe visual en Am&#233;rica latina ? Remilitarizaci&#243;n, khakiwashing y la vuelta de los militares a escena, &lt;a href=&#034;https://www.fundacioncarolina.es/francisco-verdes-montenegro-investigador-de-fundacion-carolina-escribe-sobre-remilitarizacion-y-khakiwashing-en-la-region-latinoamericana/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.fundacioncarolina.es/francisco-verdes-montenegro-investigador-de-fundacion-carolina-escribe-sobre-remilitarizacion-y-khakiwashing-en-la-region-latinoamericana/&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Wolf S. (2024), &#171; El Salvador's State of Exception : A Piece in Nayib Bukele's Political Project &#187;, Lasa Forum, 54, 4, &lt;a href=&#034;https://forum.lasaweb.org/files/vol54-issue4/dossier-5.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://forum.lasaweb.org/files/vol54-issue4/dossier-5.pdf&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
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		<title>G&#233;opolitique du commerce des armes</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Geopolitique-du-commerce-des-armes</link>
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		<dc:date>2024-09-17T06:44:18Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Thomas</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-09-17</dc:subject>
		<dc:subject>Le Monde</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La r&#233;cente d&#233;cision britannique de suspendre une partie de ses ventes d'armes &#224; Isra&#235;l intervient &#224; quelques jours du dixi&#232;me anniversaire de la signature du Trait&#233; des Nations unies sur le commerce des armes. L'occasion de faire le point sur la g&#233;opolitique du trafic d'armes et la l&#233;gislation &#224; cet &#233;gard. Ainsi que sur la responsabilit&#233; des &#201;tats. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;cision du gouvernement britannique de faire une &#171; pause &#187; dans la livraison d'armes &#224; Isra&#235;l, pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-Monde-" rel="directory"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2024-09-17-+" rel="tag"&gt;Edition du 2024-09-17&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-Monde-614-+" rel="tag"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH113/capture_d_e_cran_le_2024-09-16_a_13.47_47-11db4.png?1781029610' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;cente d&#233;cision britannique de suspendre une partie de ses ventes d'armes &#224; Isra&#235;l intervient &#224; quelques jours du dixi&#232;me anniversaire de la signature du Trait&#233; des Nations unies sur le commerce des armes. L'occasion de faire le point sur la g&#233;opolitique du trafic d'armes et la l&#233;gislation &#224; cet &#233;gard. Ainsi que sur la responsabilit&#233; des &#201;tats.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/cetri-centre-tricontinental/blog/160924/geopolitique-du-commerce-des-armes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cision du gouvernement britannique de faire une &#171; pause &#187; dans la livraison d'armes &#224; Isra&#235;l, pour symbolique qu'elle soit &#8211; elle ne concerne qu'une partie des armes livr&#233;es et les exportations britanniques ne repr&#233;sentent qu'un pourcent des importations isra&#233;liennes &#8211;, remet au-devant de la sc&#232;ne la responsabilit&#233; des &#201;tats ; leur incoh&#233;rence et leur cynisme. Le 20 juin dernier, les experts et expertes de l'ONU r&#233;it&#233;raient ainsi leur demande que les &#201;tats et les entreprises cessent imm&#233;diatement leur transfert d'armes vers l'&#201;tat isra&#233;lien [1]. Cela revenait simplement &#224; exiger que les r&#232;gles et les lois soient respect&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 avril 2013, 155 &#201;tats ont adopt&#233; le Trait&#233; des Nations unies sur le commerce des armes. &#192; l'heure actuelle, &#224; l'exception de la Russie, les plus grands exportateurs d'armes au monde en sont signataires. Mais les &#201;tats-Unis ne l'ont pas ratifi&#233;. Or les articles 6 et 7 du trait&#233; obligent &#224; interdire la fourniture d'armes &#224; des pays qui pourraient les utiliser pour commettre un g&#233;nocide, des crimes contre l'humanit&#233; ou d'autres crimes de guerre, ou qui pourraient s'en servir pour commettre ou faciliter des violations graves des droits humains ou du droit humanitaire international [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout transfert vers l'&#201;tat isra&#233;lien &#8211; qui, &#224; l'instar des &#201;tats-Unis, a sign&#233; mais non ratifi&#233; ce Trait&#233; &#8211; est donc interdit. Une interdiction viol&#233;e par ceux-l&#224; m&#234;me qui ont fix&#233; les r&#232;gles. Malheureusement, au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie, les articles 6 et 7 du Trait&#233; (de m&#234;me que la quinzaine d'embargos de l'ONU sur les armes vers certains pays) ont &#233;t&#233; enfreints &#224; maintes reprises et en toute impunit&#233; [3]. La force prime et foule au pied le droit. Et la double logique du profit et de la militarisation hypoth&#232;que toute solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G&#233;opolitique de l'armement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le niveau de l'armement mondial peut &#234;tre mesur&#233; sous trois angles : d&#233;penses militaires, import-export, part du budget militaire dans les &#233;conomies nationales. Ces dix derni&#232;res ann&#233;es, et tout particuli&#232;rement avec les conflits arm&#233;s en Ukraine et &#224; Gaza, les d&#233;penses militaires mondiales n'ont cess&#233; d'augmenter. Les &#201;tats-Unis en absorbent 37% et la Chine 12%, soit &#224; eux deux quasiment la moiti&#233; du total. Dix &#201;tats repr&#233;sentent les trois-quarts de ces d&#233;penses au niveau du monde. La Russie, l'Inde et l'Arabie saoudite sont dans le top 5, tandis que la Grande-Bretagne est, en Europe, le pays le plus d&#233;pensier en la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2023, par rapport &#224; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, les d&#233;penses militaires d'Isra&#235;l et de l'Ukraine &#8211; tous les deux engag&#233;s dans une guerre d&#233;vastatrice &#8211; ont augment&#233; respectivement de 24% et de 51%. Mais, la hausse la plus spectaculaire s'est produite en R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo qui, confront&#233;e au conflit arm&#233; dans l'Est du pays et aux tensions grandissantes avec le Rwanda, a plus que doubl&#233; ses d&#233;penses militaires. La Belgique, quant &#224; elle, est class&#233;e 34&#232;me et ses d&#233;penses militaires repr&#233;sentent 0,3% du total mondial [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commerce des armes est encore plus concentr&#233; que les d&#233;penses militaires : pour la p&#233;riode 2019-2023, les &#201;tats-Unis ont assur&#233; 42% des exportations mondiales d'armes [5]. Loin derri&#232;re, la France et la Russie occupent respectivement les deuxi&#232;me et troisi&#232;me places, avec chacune 11% des parts du march&#233;. Avec la Chine et l'Allemagne, ces pays constituent les principaux exportateurs d'armes et concentrent ensemble plus des trois-quarts des exportations. &#192; l'autre bout de la cha&#238;ne, du c&#244;t&#233; des importateurs, l'Inde occupe la premi&#232;re place, repr&#233;sentant pr&#232;s de 10% des importations mondiales de l'armement. Les tensions avec ses voisins, le Pakistan et la Chine, ainsi que des choix strat&#233;giques, expliquent en grande partie cette position. L'Arabie saoudite, le Qatar, l'Ukraine et le Pakistan figurent parmi les cinq plus grands importateurs. Ils totalisent ensemble 35% des importations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs &#201;tats, dont certains sont parties prenantes de conflits arm&#233;s, d&#233;pendent tr&#232;s largement d'une ou deux sources pour leur approvisionnement en armes. Par exemple, Isra&#235;l, quinzi&#232;me importateur mondial d'armement, s'appuie presque exclusivement sur les &#201;tats-Unis (69%) et l'Allemagne (30%) pour ses importations d'armes. De m&#234;me, 75% des armes import&#233;es d'Arabie saoudite proviennent des &#201;tats-Unis ; 77% de l'armement russe import&#233; est chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre mani&#232;re d'appr&#233;hender le poids des armes dans l'&#233;conomie est de mesurer la part des d&#233;penses militaires dans le produit int&#233;rieur brut (PIB) d'un &#201;tat. Sous cet angle-l&#224;, ce ne sont pas les &#201;tats-Unis qui sont en t&#234;te &#8211; avec des d&#233;penses militaires qui repr&#233;sentent 3,4% du PIB, le pays est class&#233; 9&#232;me &#8211;, mais bien l'Ukraine, o&#249; plus d'un tiers du PIB est consacr&#233; &#224; l'armement. Les d&#233;penses militaires de l'Alg&#233;rie, de l'Arabie saoudite, de la Russie, d'Oman et d'Isra&#235;l d&#233;passent les 5% du PIB.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Militarisation et &#171; s&#233;curitisation &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain de l'invasion russe en Ukraine, puis, &#224; nouveau, apr&#232;s l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, les actions en bourse des grandes entreprises de la d&#233;fense am&#233;ricaine ont connu une soudaine hausse. Les guerres profitent &#224; quelques-uns&#8230; L'industrie de l'armement alimente les conflits arm&#233;s qui g&#233;n&#232;rent en retour d'importants profits pour ce secteur, &#233;troitement imbriqu&#233;e aux int&#233;r&#234;ts et strat&#233;gies des &#201;tats. Il est d'autant plus difficile de briser ce cercle vicieux que les &#201;tats-Unis poussent &#224; une militarisation, par le biais notamment de l'OTAN. Cette alliance internationale &#8211; qui regroupe trente-deux membres, principalement europ&#233;ens &#8211; s'est ainsi fix&#233; pour objectif que chaque &#201;tat partie consacre au moins 2% de son PIB aux d&#233;penses militaires (ce qui est d&#233;j&#224; le cas de la Grande-Bretagne, de la France, de la Pologne, de la Gr&#232;ce et de la Finlande). En revanche, des pays comme La Belgique o&#249; &#171; seulement &#187; 1,2% du PIB est consacr&#233; aux d&#233;penses militaires (1,5% en Allemagne, en Espagne et aux Pays-Bas) devraient ainsi consacrer beaucoup plus d'argent &#224; ce poste, au d&#233;triment de services sociaux tels que l'&#233;ducation et la sant&#233;, secteurs autrement plus strat&#233;giques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re plus organique, la militarisation est catalys&#233;e par un narratif et une logique, qu'elle alimente. Le terme de &#171; s&#233;curitisation &#187; a &#233;t&#233; introduit pour rendre compte du &#171; processus par lequel un probl&#232;me politique est identifi&#233; et trait&#233; comme une question de s&#233;curit&#233; &#187;, donnant une signification particuli&#232;re, socialement construite, &#224; la menace et &#224; l'(in)s&#233;curit&#233; [6]. Ce ph&#233;nom&#232;ne est particuli&#232;rement &#233;vident dans la politique europ&#233;enne face &#224; la migration, &#224; travers notamment la militarisation des fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La c&#233;l&#232;bre formule de Clausewitz, &#171; la guerre n'est que la continuation de la politique par d'autres moyens &#187;, doit d&#232;s lors &#234;tre corrig&#233;e et complexifi&#233;e en ce sens que la guerre change la signification de la politique, en la r&#233;duisant &#224; un jeu strat&#233;gique. Et ces &#171; autres moyens &#187; &#8211; dont l'armement &#8211; participent de cette reconfiguration des conflits en termes (uniquement) s&#233;curitaires, tendant &#224; hypoth&#233;quer de la sorte toute solution politique et, &#224; terme, la perspective d'une paix juste et digne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] UN, &#171; States and companies must end arms transfers to Israel immediately or risk responsibility for human rights violations : UN experts &#187;, 20 juin 2024, &lt;a href=&#034;https://www.ohchr.org/en/press-releases/2024/06/states-and-companies-must-end-arms-transfers-israel-immediately-or-risk&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ohchr.org/en/press-releases/2024/06/states-and-companies-must-end-arms-transfers-israel-immediately-or-risk&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le texte int&#233;gral du Trait&#233; est accessible ici : &lt;a href=&#034;https://front.un-arm.org/wp-content/uploads/2013/06/Fran%C3%A7ais1.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://front.un-arm.org/wp-content/uploads/2013/06/Fran%C3%A7ais1.pdf&lt;/a&gt;. Voir &#233;galement NTI, Arms Trade Treaty (ATT), &lt;a href=&#034;https://www.nti.org/education-center/treaties-and-regimes/arms-trade-treaty-att/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.nti.org/education-center/treaties-and-regimes/arms-trade-treaty-att/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Amnesty International, &#171; Le terrible bilan humain du total m&#233;pris des r&#232;gles du Trait&#233; sur le commerce des armes de la part des &#201;tats &#187;, 19 ao&#251;t 2024, &lt;a href=&#034;https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2024/08/global-governments-brazen-flouting-of-arms-trade-treaty-rules-leading-to-devastating-loss-of-life/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2024/08/global-governments-brazen-flouting-of-arms-trade-treaty-rules-leading-to-devastating-loss-of-life/&lt;/a&gt;. Lire aussi The companies arming Israel and their financiers, juin 2024, &lt;a href=&#034;https://www.cncd.be/IMG/pdf/report_-_the_companies_arming_israel_and_their_financiers_-_june_2024-2.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cncd.be/IMG/pdf/report_-_the_companies_arming_israel_and_their_financiers_-_june_2024-2.pdf&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Sipri, Spiri fact sheet. Trends in world military expenditure, 2023, avril 2024, &lt;a href=&#034;https://www.sipri.org/sites/default/files/2024-04/2404_fs_milex_2023.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sipri.org/sites/default/files/2024-04/2404_fs_milex_2023.pdf&lt;/a&gt;. Sauf mentions contraires, tous les chiffres proviennent de cette &#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Sipri, Spiri fact sheet. Trends in international arms transfers, 2023, mars 2024, &lt;a href=&#034;https://www.sipri.org/publications/2024/sipri-fact-sheets/trends-international-arms-transfers-2023&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sipri.org/publications/2024/sipri-fact-sheets/trends-international-arms-transfers-2023&lt;/a&gt;. Sauf mentions contraires, tous les chiffres proviennent de cette &#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] ENAAT, Rosa Luxembourg Stiftoung, Une Union militaris&#233;e. Comprendre et affronter la militarisation de l'Union europ&#233;enne, 2021, &lt;a href=&#034;https://rosalux.eu/en/2021/import-1981/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://rosalux.eu/en/2021/import-1981/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Ha&#239;ti : L'ONU autorise l'envoi d'une force arm&#233;e multinationale. Une &#171; lueur d'espoir &#187; trompeuse</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/HAITI-L-ONU-AUTORISE-L-ENVOI-D-UNE-FORCE-ARMEE-MULTINATIONALE-UNE-LUEUR-D</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/HAITI-L-ONU-AUTORISE-L-ENVOI-D-UNE-FORCE-ARMEE-MULTINATIONALE-UNE-LUEUR-D</guid>
		<dc:date>2023-10-31T07:01:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Thomas</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-10-31</dc:subject>
		<dc:subject>Ha&#239;ti</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le Conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU a autoris&#233;, ce lundi 2 octobre, l'envoi d'une force multinationale pour lutter contre les bandes arm&#233;es en Ha&#239;ti. Ce qui est mis en avant comme un geste de solidarit&#233; et une source d'espoir s'apparente surtout &#224; une fuite en avant d'une communaut&#233; internationale incapable de reconna&#238;tre la faillite de sa strat&#233;gie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le billet d'opinion de Fr&#233;d&#233;ric Thomas (CETRI) dans La Libre Belgique. &lt;br class='autobr' /&gt; 16 octobre 2023 | tir&#233; du CETRI &lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours des neuf premiers mois de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-10-31-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-10-31&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Haiti-+" rel="tag"&gt;Ha&#239;ti&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-1696-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH94/onu_en_haiti-f74f0.png?1781029610' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le Conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU a autoris&#233;, ce lundi 2 octobre, l'envoi d'une force multinationale pour lutter contre les bandes arm&#233;es en Ha&#239;ti. Ce qui est mis en avant comme un geste de solidarit&#233; et une source d'espoir s'apparente surtout &#224; une fuite en avant d'une communaut&#233; internationale incapable de reconna&#238;tre la faillite de sa strat&#233;gie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le billet d'opinion de Fr&#233;d&#233;ric Thomas (CETRI) dans La Libre Belgique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;16 octobre 2023 | tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://www.cetri.be/Haiti-l-envoi-d-une-force-armee?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;CETRI&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des neuf premiers mois de cette ann&#233;e, au moins 3.000 homicides et 1.500 enl&#232;vements ont &#233;t&#233; perp&#233;tr&#233;s par les bandes arm&#233;es et plus de 200.000 personnes ont &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;s par la violence en Ha&#239;ti. Dans la capitale, Port-au-Prince, la moiti&#233; des h&#244;pitaux se trouvent sur des territoires contr&#244;l&#233;s par ces gangs, qui occupent par ailleurs pr&#232;s d'une soixantaine d'&#233;coles. &#192; cela vient s'ajouter l'inflation, la pauvret&#233;, une &#233;conomie en d&#233;route et la faim qui touche pratiquement un Ha&#239;tien sur deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, l'autorisation par l'ONU de l'envoi d'une &#171; Mission multinationale d'appui &#224; la s&#233;curit&#233; &#187; constituerait, selon le ministre ha&#239;tien des Affaires &#233;trang&#232;res, une &#171; lueur d'espoir &#187;. Certes, dans un premier temps, lorsqu'elle sera d&#233;ploy&#233;e &#8211; probablement pas avant janvier 2024 &#8211;, cette force arm&#233;e offrira vraisemblablement un r&#233;pit &#224; la population ha&#239;tienne. Mais jusqu'&#224; quel point et pour combien de temps ? Surtout, cette nouvelle intervention &#233;trang&#232;re &#8211; Ha&#239;ti en a connu plusieurs au cours de ces trois derni&#232;res d&#233;cennies &#8211; ne s'attaquera pas aux racines du mal, qui risquent fort de ressortir intactes sinon renforc&#233;es de cette &#233;ni&#232;me mission internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une strat&#233;gie fauss&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'envoi d'une force arm&#233;e est pr&#233;sent&#233; comme la d&#233;monstration que la communaut&#233; internationale abandonne enfin sa passivit&#233; pour passer &#224; l'action, comme le dernier recours face &#224; une situation d'urgence, alors &#171; qu'on a tout essay&#233; &#187;. Mais, en r&#233;alit&#233;, cette intervention &#233;trang&#232;re est la derni&#232;re &#233;tape logique d'une m&#234;me strat&#233;gie mise en &#339;uvre depuis des ann&#233;es par des institutions internationales &#8211; l'ONU, l'Union europ&#233;enne, l'Organisation des &#201;tats d'Am&#233;rique, etc. &#8211; align&#233;es sur la Maison blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut d'abord, au lendemain de l'assassinat de l'ex-pr&#233;sident Jovenel Mo&#239;se, le 7 juillet 2021, la reconnaissance d'un gouvernement men&#233; par Ariel Henry, au d&#233;triment de l'accord dit de Montana regroupant l'ensemble des acteurs de la soci&#233;t&#233; civile (syndicats, mouvements paysans, organisations de femmes et de jeunes, ONG de droits humains, &#233;glises, etc.) appelant &#224; une &#171; transition de rupture &#187;. Ce fut ensuite un soutien inconditionnel &#224; un gouvernement non &#233;lu, impopulaire, r&#233;guli&#232;rement accus&#233; d'&#234;tre li&#233; aux bandes arm&#233;es et qui s'effondrerait du jour au lendemain sans cet appui international. Ce fut, enfin, la r&#233;ponse positive imm&#233;diatement donn&#233;e &#224; la demande d'envoi d'une force multinationale le 7 octobre 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On n'a donc pas tout essay&#233; &#187; avant d'en arriver l&#224;. On n'a pas essay&#233; de cesser de soutenir un gouvernement ha&#239;tien corrompu, garant de l'impunit&#233; et des int&#233;r&#234;ts de l'oligarchie. On n'a pas essay&#233; d'&#233;couter les organisations sociales ha&#239;tiennes et de faciliter une transition, comme le rappelait opportun&#233;ment, fin juin, une tribune sign&#233;e par des acteurs et actrices de la soci&#233;t&#233; civile belge [1]. Et cette force arm&#233;e multinationale ent&#233;rine davantage encore le refus de reconna&#238;tre la faillite de cette strat&#233;gie dict&#233;e depuis Washington, la responsabilit&#233; de la communaut&#233; internationale dans la crise actuelle et le refus d'op&#233;rer un tournant politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est paradoxal que ce soit P&#233;kin qui rappelle quelques &#233;vidences. La Chine (de m&#234;me que la Russie) s'est abstenue lors du vote du Conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU autorisant l'envoi de la &#171; Mission multinationale d'appui &#224; la s&#233;curit&#233; &#187;. Elle plaide pour l'adoption d'autres mesures. Ainsi a-t-elle obtenu l'&#233;largissement de l'embargo sur les armes, en pointant le fait que l'essentiel des armes aux mains des bandes arm&#233;es ha&#239;tiennes provenait des &#201;tats-Unis. Elle a surtout rappel&#233; que, sans gouvernement l&#233;gitime, efficace et qui rende des comptes, il n'y aurait pas de solution durable en Ha&#239;ti. Et de regretter que ce n'&#233;tait pas le signal envoy&#233; aux autorit&#233;s ha&#239;tiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et mainrtenant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord combattre l'ins&#233;curit&#233; et, ensuite, organiser des &#233;lections ? La m&#233;connaissance du terrain et de la langue, l'usage abusif de la force dont ont d&#233;j&#224; fait preuve les policiers kenyans dans leur pays et l'absence de m&#233;canismes de contr&#244;le, ainsi que les exp&#233;riences des missions onusiennes pass&#233;es, mettent en question l'efficacit&#233; et la l&#233;gitimit&#233; de cette force multinationale conduite par le Kenya. D'autant plus qu'on pr&#233;tend lutter contre les bandes arm&#233;es en s'appuyant sur et en renfor&#231;ant un gouvernement et une police mises en causes pour leurs complicit&#233;s avec ces m&#234;mes bandes arm&#233;es. Et ce serait ce gouvernement qui organiserait des &#233;lections libres et d&#233;mocratiques o&#249; pourrait s'exprimer la volont&#233; de la population ha&#239;tienne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, pourrait-on objecter, mais, ne vaut-il pas mieux une force multinationale arm&#233;e plut&#244;t que rien ? C'est justement ce type de faux dilemme de la communaut&#233; internationale que les Ha&#239;tiens et Ha&#239;tiennes entendent renverser pour r&#233;affirmer leur dignit&#233; et leur soif de libert&#233;. N'est-ce pas &#224; eux de contr&#244;ler leurs institutions publiques et les interventions ext&#233;rieures sur leurs terres, d'en d&#233;cider les contours et les conditions ? N'est-ce pas ce qu'on leur refuse, en appuyant un gouvernement qui entretient l'ins&#233;curit&#233; pour asseoir son pouvoir ? Et en imposant, chaque d&#233;cennie, des mesures d'urgence qui hypoth&#232;quent toute solution durable en laissant hors-champ les causes structurelles de la violence : l'impunit&#233;, les in&#233;galit&#233;s et la mise sous tutelle internationale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ha&#239;ti et la communaut&#233; internationale : entre falsification et ing&#233;rence</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Haiti-et-la-communaute-internationale-entre-falsification-et-ingerence</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Haiti-et-la-communaute-internationale-entre-falsification-et-ingerence</guid>
		<dc:date>2023-09-12T06:40:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Thomas</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-09-12</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte pr&#233;sent&#233; lors de l'Atelier &#171; Ha&#239;ti : souffrances, r&#233;sistances, espoir &#187;, organis&#233; le 25 ao&#251;t 2023 dans le cadre de l'Universit&#233; d'&#201;t&#233; des Mouvements Sociaux et des Solidarit&#233;s 2023 &#224; Bobigny par Alternatives, CETRI (Centre tricontinental), Collectif Ha&#239;ti de France, CRID, France Am&#233;rique Latine, Plateforme fran&#231;aise de Solidarit&#233; avec Ha&#239;ti. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-09-12-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-09-12&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH74/haiti-5-affdc.jpg?1781029611' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='74' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte pr&#233;sent&#233; lors de l'Atelier &#171; Ha&#239;ti : souffrances, r&#233;sistances, espoir &#187;, organis&#233; le 25 ao&#251;t 2023 dans le cadre de l'Universit&#233; d'&#201;t&#233; des Mouvements Sociaux et des Solidarit&#233;s 2023 &#224; Bobigny par Alternatives, CETRI (Centre tricontinental), Collectif Ha&#239;ti de France, CRID, France Am&#233;rique Latine, Plateforme fran&#231;aise de Solidarit&#233; avec Ha&#239;ti.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Entre les lignes et les mots&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/09/09/haiti-et-la-communaute-internationale-entre-falsification-et-ingerence/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/09/09/haiti-et-la-communaute-internationale-entre-falsification-et-ingerence/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire des relations de ce qu'on appelle la &#171; communaut&#233; internationale &#187; avec Ha&#239;ti est une histoire d'aveuglement, de l&#226;chet&#233; et de cynisme, l'histoire d'une ing&#233;rence syst&#233;matique, d'une domination politique et d'une faillite &#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d'embl&#233;e se pr&#233;munir d'un faux dilemme : soit, toute la faute des malheurs qui frappent Ha&#239;ti reviendrait &#224; la communaut&#233; internationale &#8211; et les Ha&#239;tiens n'auraient aucune responsabilit&#233; dans ce qui leur arrive &#8211; soit toute la responsabilit&#233; incomberait aux Ha&#239;tiens et Ha&#239;tiennes, incapables de s'entendre et de se gouverner. Dire la responsabilit&#233; de l'international dans la crise actuelle n'exon&#232;re pas le gouvernement et l'oligarchie ha&#239;tiennes de leurs propres responsabilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas penser s&#233;par&#233;ment &#8211; ou en les opposant &#8211; l'&#233;lite ha&#239;tienne, d'un c&#244;t&#233;, et les instances internationales, de l'autre. Par son histoire, par sa position g&#233;opolitique et par la structuration de sa classe dominante, Ha&#239;ti est pris dans la double nasse de son oligarchie et de la communaut&#233; internationale ; plus pr&#233;cis&#233;ment des instances supranationales &#8211; ONU, Banque mondiale, Fonds mon&#233;taire international (FMI), etc. &#8211; et plus encore des &#201;tats-Unis. Or, la domination de l'oligarchie ha&#239;tienne est &#233;troitement imbriqu&#233;e &#224; l'asservissement sur la sc&#232;ne internationale. Et la d&#233;pendance du pays est &#224; la fois la cause et la cons&#233;quence &#8211; le marqueur &#8211; du pouvoir de ces oligarques. Les deux &#8211; pouvoir et d&#233;pendance &#8211; vont de pair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Europe &#8211; Ha&#239;ti&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais partir de la diplomatie europ&#233;enne &#8211; de l'Union europ&#233;enne (UE) et des gouvernements du continent &#8211; pour ensuite monter en g&#233;n&#233;ralit&#233; et interroger les autres pays, les instances internationales dont l'ONU. L'UE est largement rest&#233;e en retrait, &#224; la tra&#238;ne ; &#224; la mesure de la faible mobilisation des acteurs et actrices de la soci&#233;t&#233; civile europ&#233;enne dans un premier temps. Cela a commenc&#233; &#224; changer ces derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce en partie &#224; la campagne internationale Stop silence [1], le parlement europ&#233;en a adopt&#233; deux r&#233;solutions d'urgences concernant Ha&#239;ti ; la premi&#232;re le 20 mai 2021 et la deuxi&#232;me, le 6 octobre 2022 [2]. Il faut souligner l'engagement des groupes de La Gauche et des Vert &#8211; notamment la d&#233;put&#233;e fran&#231;aise Caroline Roose &#8211; dans ce travail ; les seuls qui ont fait &#233;cho aux voix des Ha&#239;tiens et Ha&#239;tiennes et se sont d&#233;gag&#233;s d'un regard n&#233;ocolonial (j'y reviendrai).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; leurs zones d'ombre, contradictions et limites, ces deux r&#233;solutions ont le m&#233;rite d'exister, de mettre certains garde-fous et d'ouvrir une porte &#233;troite &#224; la reconnaissance des acteurs et actrices ha&#239;tiens qui luttent pour un changement. Mais, elles n'en demeurent pas moins, dans une large mesure, lettre morte. Leur impuissance pratique tient &#224; divers facteurs, &#224; la fois internes et externes, narratifs et pratiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;i&gt; Il s'agit d'un compromis entre tous les groupes politiques du parlement europ&#233;en ; chaque groupe politique y a mis ce qu'il voulait y voir, ce qui ne dessine pas une lecture coh&#233;rente de la situation, encore moins une strat&#233;gie diplomatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* L'architecture institutionnelle de l'UE fait en sorte que le parlement n'a gu&#232;re de pouvoir et que ses r&#233;solutions ont peu ou pas de cons&#233;quence ; la Commission et la repr&#233;sentation de l'UE en Ha&#239;ti continuent de faire ce qu'elles veulent, sans rendre compte aux parlementaires ; encore moins aux citoyens et citoyennes europ&#233;en&#183;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Il existe un biais diplomatique et m&#234;me un tabou : il est impossible de critiquer l'ONU et, plus encore, les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Plus largement, une grande partie du texte de ces r&#233;solutions t&#233;moigne d'un narratif fauss&#233;, souvent empreint d'un esprit n&#233;ocolonial, qui hypoth&#232;que toute compr&#233;hension de la situation et falsifie les conditions de toute intervention.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Narratif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est ce narratif ; narratif qui n'est pas propre &#224; l'UE, mais bien &#224; la communaut&#233; internationale ? Le voici : l'&#201;tat ha&#239;tien est victime des gangs. Impuissant et absent d'un territoire gagn&#233; par les bandes arm&#233;es, il appelle &#224; l'aide &#8211; et, concr&#232;tement, depuis octobre 2022, &#224; une intervention arm&#233;e internationale. La police et la justice manquent de moyens. Il ne faut pas, on ne peut pas, nous, rester sans rien faire. Et faire quelque chose, actuellement, c'est envoyer une aide humanitaire doubl&#233;e d'une force militaire internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps de ce narratif est celui qui commence avec l'assassinat de Jovenel Mo&#239;se, il y a deux ans, le 7 juillet 2021. Ou alors, en ouvrant la focale, le temps long, de toute &#233;ternit&#233;, d'un pays maudit et d'une populace qui doit encore faire des efforts pour se hisser au stade des nations civilis&#233;es. Le mot cl&#233; est celui du chaos. Et ce narratif est tout entier tendu vers l'id&#233;e qu'on ne peut pas abandonner Ha&#239;ti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en r&#233;alit&#233;, Ha&#239;ti n'est pas, n'a jamais &#233;t&#233; abandonn&#233;. Il a &#233;t&#233; et continue d'&#234;tre isol&#233;, &#233;cart&#233;, ensilenc&#233;, folkloris&#233;, domin&#233; et bient&#244;t (peut-&#234;tre) &#224; nouveau, occup&#233;. Ha&#239;ti ne souffre pas d'&#234;tre d&#233;laiss&#233; par la communaut&#233; internationale, mais bien de la mani&#232;re dont celle-ci n'a eu de cesse d'interf&#233;rer dans son quotidien depuis son irruption sur la sc&#232;ne mondiale &#224; l'issue d'une formidable r&#233;volution d'esclaves au tournant du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de ces quarante derni&#232;res ann&#233;es &#8211; pour ne pas remonter plus avant &#8211; aucune crise de grande ampleur qu'a connue le pays ne s'est r&#233;solue sans une intervention internationale directe et/ou indirecte. Et on pourra &#233;voquer dans la discussion les treize ann&#233;es de la Mission des nations unies pour la stabilit&#233; d'Ha&#239;ti (Minustah) de 2004 &#224; 2017 dont le bilan doit se lire au miroir de la situation actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On continue de parler de l'ins&#233;curit&#233; comme si l'&#201;tat ha&#239;tien n'en &#233;tait pas partie prenante, comme si les liens entre la classe politique, l'&#233;lite &#233;conomique et les bandes arm&#233;es n'&#233;taient pas connus et d&#233;nonc&#233;s tant aux niveaux national qu'international, comme si le premier massacre n'avait pas eu lieu, en novembre 2018, pour mater le soul&#232;vement populaire alors en cours et qui voulait en finir avec la corruption, les in&#233;galit&#233;s et ce &#171; syst&#232;me &#187; de d&#233;pendance et d'assujettissement, comme si le gouvernement actuel n'&#233;tait pas le garant de l'impunit&#233; et du statu quo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bandes arm&#233;es ne t&#233;moignent pas de l'absence d'&#201;tat, mais de la privatisation de la force publique et du choix fait par ce m&#234;me &#201;tat d'instrumentaliser les gangs pour contr&#244;ler la population et r&#233;primer les mouvements sociaux &#224; travers la terreur ; une strat&#233;gie qui semble partiellement lui &#233;chapper ces derniers mois.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Rh&#233;torique de la communaut&#233; internationale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arc-bout&#233; sur ce narratif global, op&#232;re une argumentation circulaire dont les propos tenus par le Repr&#233;sentant de l'Union europ&#233;enne en Ha&#239;ti, Stefano Gatto, lors de r&#233;cents entretiens (juillet 2023) avec la presse ha&#239;tienne, sont caract&#233;ristiques. Je le cite :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tr&#232;s souvent on dit que le gouvernement d'Ariel Henry est soutenu par la communaut&#233; internationale. En fait, c'est le seul gouvernement qui existe dans ce pays. Et c'est le seul avec lequel nous pouvons avoir des relations. Il n'y a pas de jugement sur sa constitutionnalit&#233; ou pas &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous ne soutenons pas un gouvernement mais nous soutenons l'Etat ha&#239;tien. Et il est forc&#233;ment repr&#233;sent&#233; par le gouvernement actuel. Il n'y a pas de lecture politique mais tout simplement des lectures institutionnelles. Nous avons besoin d'interlocuteurs&#8230; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Moi je n'utilise pas beaucoup l'expression gouvernement de facto. On ne rentre pas dans un d&#233;bat sur la l&#233;gitimit&#233; ou pas &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est une situation assez complexe. Mais malheureusement l'alternative n'est pas l&#224;. La seule que nous voyons, c'est un consensus plus large. Et c'est pour cela que nous le demandons depuis 2 ans &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je suis assez frustr&#233; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Comme je le r&#233;p&#232;te assez souvent, ce n'est pas la communaut&#233; internationale qui va choisir qui va gouverner Ha&#239;ti. Peut-&#234;tre que cela se faisait dans le pass&#233;. Mais ce ne sera pas le r&#244;le de l'Union europ&#233;enne. Cela revient aux Ha&#239;tiens. En passant par un &#233;largissement d'un consensus et par l'organisation des &#233;lections &#187; [3].&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La posture europ&#233;enne serait donc toute pragmatique : elle ne prend pas parti ; &#171; simplement &#187;, elle entretient des relations &#233;tatiques avec le gouvernement qui est l&#224;. Elle n'entre pas dans des discussions oiseuses sur les droits et la l&#233;gitimit&#233;. Elle encourage tous les acteurs &#224; s'entendre pour organiser au plus vite des &#233;lections d'o&#249; sortira la personne choisie par les Ha&#239;tiens pour gouverner le pays. Il ne s'agit l&#224; de rien de moins que d'une falsification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La communaut&#233; internationale ne soutient pas le gouvernement en place ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans le soutien international, le Premier ministre Ariel Henry n'aurait pas acc&#233;d&#233; au pouvoir et sans ce soutien &#8211; ind&#233;fectible &#8211; il ne s'y serait pas maintenu jusqu'&#224; pr&#233;sent. Et si, demain, Washington lui retirait son soutien, son gouvernement s'effondrerait dans les vingt-quatre heures. C'est largement un gouvernement par et pour l'international. D'ailleurs, Ariel Henry est principalement actif sur les r&#233;seaux sociaux et sur la sc&#232;ne internationale ; en Ha&#239;ti, il brille par son absence. Notamment aupr&#232;s des victimes des gangs. Il s'adresse &#224; ses interlocuteurs internationaux &#8211; desquels il sait que son pouvoir d&#233;pend ; pas &#224; la population ha&#239;tienne, qui ne l'a pas &#233;lu et qui le rejette. Et dont, de toutes fa&#231;ons, il n'a que faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On notera par ailleurs dans les propos du repr&#233;sentant de l'UE qu'on ne s'embarrasse pas de questions de constitutionnalit&#233;, de l&#233;gitimit&#233;, de droits. Cela, c'est pour les nations civilis&#233;es. Ou pour les &#201;tats de l'Axe du mal &#8211; Cuba et Venezuela &#8211; qu'on entend d&#233;noncer ; pas pour les alli&#233;s de notre alli&#233;. On applique donc la politique du fait accompli : il y a un gouvernement en place &#8211; peu importe comment il a &#233;t&#233; constitu&#233;, peu importe son ineptie, sa corruption et ses liens avec les bandes arm&#233;es, peu importe enfin s'il r&#233;pond davantage &#224; Washington qu'aux Ha&#239;tiens et Ha&#239;tiennes ; on fait avec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aux Ha&#239;tiens de trouver un consensus et d'apporter une solution ha&#239;tienne &#224; la crise ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, cette solution, elle a &#233;t&#233; au pr&#233;alable cadenass&#233;. Elle passe par l'organisation le plus rapidement possible d'&#233;lections organis&#233;es par ce gouvernement ; un gouvernement qui aurait &#233;largi le consensus. Il n'y a pas d'alternative. Mais, justement &#8211; oui &#8211;, il y a une alternative. Et cette alternative existe depuis deux ans d&#233;j&#224; : elle a &#233;t&#233; exprim&#233;e par l'Accord de Montana [4] : c'est celle d'une transition de rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, cette alternative repr&#233;sente un tr&#232;s large consensus : celui des syndicats, des mouvements de femmes et de jeunes, des organisations de droits humains, des &#233;glises, des mouvements paysans, etc. Un consensus contre le gouvernement d'Ariel Henry et contre la politique de Washington et des pays qui se sont align&#233;s sur elle. Et un consensus qui appelle non &#224; des &#233;lections qui, dans les conditions actuelles, ne feraient que renforcer le statu quo, mais &#224; une transition pour rompre avec le cycle de crises, de catastrophes et d'ing&#233;rences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, la communaut&#233; internationale ne veut pas de ce consensus-l&#224; ni de la solution qu'il dessine. Tout en pr&#233;tendant &#234;tre ext&#233;rieure aux clivages et dissensions de la soci&#233;t&#233; ha&#239;tienne, elle ne cesse de prendre parti en appelant certes &#224; un consensus, mais pas n'importe quel consensus : celui d'un ralliement &#224; ce gouvernement pour organiser des &#233;lections et &#233;carter toute perspective de transition et, surtout, de rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, on ne choisit pas, en effet, directement, ceux qui gouverneront Ha&#239;ti ; on choisit les conditions et les modes de s&#233;lection pour s'assurer que les prochains gouvernants proviendront du m&#234;me moule, du m&#234;me cercle oligarchique, assurant la continuit&#233; et la reproduction des m&#234;mes politiques. Bref, un retour &#224; la normale ; une mis&#232;re normale, une d&#233;pendance normale, l'oppression et l'humiliation quotidiennes normales. Et l'aide humanitaire normale pour ralentir, &#224; la marge, la descente aux enfers dans laquelle le pays est plong&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est donc pas, comme le pr&#233;tend Stefano Gatto, qu'il n'y a pas de solution ni de consensus ni d'alternative, mais bien qu'on n'en veut pas. Alors, on fait comme si &#231;a n'existait pas ou comme si cela se r&#233;duisait &#224; une dispute pour le pouvoir entre divers clans de politiciens opportunistes. D'o&#249; la frustration de nos pauvres diplomates, leur pr&#233;tendue &#171; fatigue d'Ha&#239;ti &#187; ; eux qui ont tant fait pour ce pays. Ils sont d&#233;&#231;us, ne comprennent pas pourquoi les Ha&#239;tiens ne veulent pas s'entendre, trouver un consensus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pourtant pas totalement incompr&#233;hensible. Si quelqu'un fait irruption chez vous, vous tabasse, vous vole et vous viole, tue votre conjoint, enl&#232;ve vos enfants, vous chasse et met le feu &#224; votre appartement, peut-&#234;tre exprimerez-vous quelque r&#233;ticence &#224; vous accorder avec les complices de vos agresseurs, &#224; trouver avec eux &#171; une solution consensuelle &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Que faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent, lors de d&#233;bats en Belgique et en France, on m'interroge : ne voient-ils pas ce qu'il se passe ? Ne se rendent-ils pas compte ? Mais, c'est mal poser la question. Veulent-ils voir ce qu'il se passe ? Et &#224; quoi &#8211; s'ils voyaient, s'ils affrontaient la r&#233;alit&#233; &#8211; cela les engagerait-il ? Cela les engagerait &#224; rien de moins que de reconna&#238;tre l'&#233;chec de la strat&#233;gie internationale, &#224; prendre acte de leur responsabilit&#233; et celle du gouvernement ha&#239;tien, &#224; pr&#233;senter des excuses, &#224; mettre en place une politique de r&#233;paration et &#224; op&#233;rer un virage &#224; 180&#176; de leur diplomatie. Et, pour l'UE, &#224; critiquer l'attitude de Washington et &#224; refuser d&#233;sormais sa politique imp&#233;riale. Autant de choses qu'on n'est pas pr&#234;t &#224; faire. Mieux vaut donc fermer les yeux ou regarder ailleurs. Et continuer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diplomatie europ&#233;enne se caract&#233;rise par une all&#233;geance &#224; Washington ; cette all&#233;geance est &#224; la fois le fruit d'un alignement id&#233;ologique, d'un manque d'ind&#233;pendance et du r&#232;gne de l'autocensure. D'o&#249; ma divergence avec certains camarades ha&#239;tiens par rapport &#224; l'importance strat&#233;gique du Core Group, cet organe informel compos&#233; des ambassadeurs du Br&#233;sil, du Canada, de la France, de l'Allemagne, de l'Espagne, des &#201;tats-Unis, de l'UE, du Repr&#233;sentant sp&#233;cial de l'Organisation des &#201;tats am&#233;ricains (OEA) et du Repr&#233;sentant sp&#233;cial du Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral des Nations Unies, dans lequel on tend &#224; voir le lieu central du pouvoir imp&#233;rialiste. Pour moi, il s'agit d'un simple paravent de la politique de la Maison blanche, qui concentre l'essentiel de la puissance internationale par rapport &#224; Ha&#239;ti. Un label qui permet &#224; l'international de faire &#171; communaut&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les faits, c'est Washington qui a la main et personne ne lui conteste le droit d'intervenir dans son &#171; pr&#233;-carr&#233; &#187;. Pire, l'ONU et l'OEA op&#232;rent comme les simples caisses de r&#233;sonance de la strat&#233;gie &#233;tats-unienne. Et on est dans une situation paradoxale o&#249;, au sein du Conseil de s&#233;curit&#233;, c'est la Chine qui donne des le&#231;ons de r&#233;alisme et de d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus obstin&#233; de voir la r&#233;alit&#233; va de pair avec celui d'&#233;couter les Ha&#239;tiens et Ha&#239;tiennes. D'o&#249; la fuite en avant dans l'absurde. Par exemple, au fur et &#224; mesure que la population s'enfonce dans la mis&#232;re et l'ins&#233;curit&#233; les notes du FMI se font optimistes et positives, saluant les efforts du gouvernement ha&#239;tien [5]. Absurde encore de pr&#233;tendre qu'un gouvernement corrompu, impopulaire, soutenu &#224; bout de bras par l'international et li&#233; aux bandes arm&#233;es qui contr&#244;lent 80% du territoire de la capitale, Port-au-Prince, va organiser &#8211; &#224; l'encontre des organisations de la soci&#233;t&#233; civile &#8211; des &#233;lections libres et transparentes ; des &#233;lections pay&#233;es par l'international et d'o&#249; devrait sortir, &#171; naturellement &#187;, un leader consensuel et l&#233;gitime qui assurera le retour &#224; l'&#201;tat de droit. Tout aussi absurde d'assurer qu'on va r&#233;gler le probl&#232;me de l'ins&#233;curit&#233; en envoyant en Ha&#239;ti, comme c'est en train d'&#234;tre discut&#233;, 1000 policiers kenyans, qui ne connaissent rien du pays, ne parlent pas cr&#233;ole, et sont mis en cause pour un usage excessif de la force et des ex&#233;cutions arbitraires au Kenya [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de limite &#224; l'absurdit&#233; et &#224; la b&#234;tise car celles-ci participent d'un parti pris. L'Europe ne s'est dot&#233;e d'aucun garde-fou, n'a mis en place aucune &#233;ch&#233;ance et n'a dress&#233; aucune ligne rouge &#224; ne pas franchir. Les mois, les ann&#233;es peuvent passer, avec leur lot de viols, de massacres et de souffrances ; la strat&#233;gie de l'UE restera inchang&#233;e. Quand la r&#233;alit&#233; ne co&#239;ncide pas avec des convictions profond&#233;ment ancr&#233;es, &#233;crivait l'historien ha&#239;tien Michel-Rolph Trouillot, on tend &#224; produire des sch&#233;mas interpr&#233;tatifs auxquels soumettre la r&#233;alit&#233;, on imagine des formules pour reconduire l'impensable dans les limites du discours autoris&#233; [7]. Il n'y a donc rien &#224; attendre de l'UE. Pas plus que de la communaut&#233; internationale. Laiss&#233;es &#224; elles-m&#234;mes, elles poursuivront la m&#234;me politique. En notre nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; nous qu'il revient de faire pression, de bousculer nos gouvernements et de les obliger &#224; changer de cap. Il faut rendre la honte plus honteuse et le scandale plus scandaleux en les mettant sur la place publique, en les d&#233;non&#231;ant, en d&#233;montant l'argumentation circulaire de nos gouvernants et en nommant les responsables. Et le faire en marquant notre solidarit&#233; avec le peuple ha&#239;tien et en reconnaissant comme n&#244;tre leur combat pour la dignit&#233; et l'&#233;galit&#233;. Au cours de l'histoire, ancienne et r&#233;cente, les Ha&#239;tiens et Ha&#239;tiennes ont fait plus que leur part de boulot dans la lutte pour la libert&#233;. &#192; nous de faire le n&#244;tre et de payer notre dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Thomas&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.cetri.be/Haiti-et-la-communaute-6237&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cetri.be/Haiti-et-la-communaute-6237&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] &#171; Stop silence Ha&#239;ti ! La politique internationale vis-&#224;-vis d'Ha&#239;ti doit changer ! &#187;, CETRI, 15 juin 2021, &lt;a href=&#034;https://www.cetri.be/Stop-silence-Haiti-5647&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cetri.be/Stop-silence-Haiti-5647&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Voir &lt;a href=&#034;https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-9-2021-0252_FR.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-9-2021-0252_FR.html&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:52022IP0349&amp;from=EN&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:52022IP0349&amp;from=EN&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Jean Daniel S&#233;nat, &#171; &#8216;L'Union europ&#233;enne ne supporte pas le gouvernement Henry mais l'Etat ha&#239;tien' &#187;, Le Nouvelliste, 12 juillet 2023,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.lenouvelliste.com/article/243367/lunion-europeenne-ne-supporte-pas-le-gouvernement-henry-mais-letat-haitien&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lenouvelliste.com/article/243367/lunion-europeenne-ne-supporte-pas-le-gouvernement-henry-mais-letat-haitien&lt;/a&gt; ; &#171; Sans grand espoir, Ha&#239;ti au sommet UE-Am&#233;rique Latine et Cara&#239;bes en Belgique &#187;, Alterpresse, 16 juillet 2023,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.alterpresse.org/spip.php?article29471&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.alterpresse.org/spip.php?article29471&lt;/a&gt; ; &#171; &#201;lections : &#8216;On n'est pas encore l&#224;', commente l'ambassadeur de l'UE en Ha&#239;ti, Stefano Gatto, Aybopost, 26 juillet 2023,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://ayibopost.com/elections-on-nest-pas-encore-la-commente-lambassadeur-de-lue-en-haiti-stefano-gatto/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://ayibopost.com/elections-on-nest-pas-encore-la-commente-lambassadeur-de-lue-en-haiti-stefano-gatto/&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] &lt;a href=&#034;https://akomontana.ht/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://akomontana.ht/&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] &#171; Malgr&#233; l'instabilit&#233; politique et &#224; la faveur d'un processus consultatif tr&#232;s inclusif, les autorit&#233;s se sont appropri&#233;es les r&#233;formes du programme de r&#233;f&#233;rence [sur la gouvernance et la lutte contre la corruption] et ont recueilli l'assentiment de la population (&#8230;). Des avanc&#233;es notables ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es en mati&#232;re de gouvernance &#187;, FMI, &#171; La direction du FMI ach&#232;ve la deuxi&#232;me revue du programme de r&#233;f&#233;rence avec Ha&#239;ti &#187;, 15 juin 2023,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.imf.org/fr/News/Articles/2023/06/15/pr23213-imf-completes-second-review-of-the-staff-monitored-program-with-haiti&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.imf.org/fr/News/Articles/2023/06/15/pr23213-imf-completes-second-review-of-the-staff-monitored-program-with-haiti&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] &#171; Joint Civil Society Statement on Pertinent Electoral Issues in Kenya&#8221;,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.theelephant.info/documents/joint-civil-society-statement-on-pertinent-electoral-issues-in-kenya/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.theelephant.info/documents/joint-civil-society-statement-on-pertinent-electoral-issues-in-kenya/&lt;/a&gt; ; Amnesty International, &#171; Haiti : Open Letter to all Members of the Security Council regarding the Development of an International Security Force in Haiti &#187;, 18 ao&#251;t 2023,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.amnesty.org/en/documents/amr36/7122/2023/en/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.amnesty.org/en/documents/amr36/7122/2023/en/&lt;/a&gt;. Lire aussi Lyonel Trouillot, &#171; &#8216;Dire honte aux dirigeants du Kenya et de la Jama&#239;que !' &#187; : &#171; toute force militaire &#233;trang&#232;re venant en Ha&#239;ti dans les conditions actuelles, avec le gouvernement de facto de Ariel Henry encore au pouvoir, ne ferait que conforter ce pouvoir et nous maintenir dans le marasme et la mascarade &#187;, Aybopost, 9 ao&#251;t 2023,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://ayibopost.com/lyonel-trouillot-dire-honte-aux-dirigeants-du-kenya-et-de-la-jamaique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://ayibopost.com/lyonel-trouillot-dire-honte-aux-dirigeants-du-kenya-et-de-la-jamaique/&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[7] Michel-Rolph Trouillot, Silencing the Past. Power and the Production of History, Beacon Press, 1995&lt;/p&gt;
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		<title>Frantz Fanon et Amilcar Cabral : anticolonialisme et recodification d&#233;coloniale</title>
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		<dc:date>2023-06-20T06:59:35Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Thomas</dc:creator>


		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Alg&#233;rie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2023-06-20</dc:subject>
		<dc:subject>Guin&#233;e-Bissau</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les th&#233;ories d&#233;coloniales pr&#233;tendent d&#233;passer l'anticolonialisme. Mais, plut&#244;t que d'un d&#233;passement, il s'agit d'un recodage de pens&#233;es &#8211; dont celles de Frantz Fanon et d'Amilcar Cabral &#8211; autrement plus complexes, radicales et actuelles. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les pens&#233;es d&#233;coloniales ont le vent en poupe en Europe ces derni&#232;res ann&#233;es. Il n'est pas toujours ais&#233; d'en discuter les enjeux, tant ces pens&#233;es sont plurielles, parfois divergentes, et participent d'un champ intellectuel (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH129/capture_d_e_cran_le_2023-06-19_a_14.23_55-dd007.png?1781029612' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='129' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les th&#233;ories d&#233;coloniales pr&#233;tendent d&#233;passer l'anticolonialisme. Mais, plut&#244;t que d'un d&#233;passement, il s'agit d'un recodage de pens&#233;es &#8211; dont celles de Frantz Fanon et d'Amilcar Cabral &#8211; autrement plus complexes, radicales et actuelles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/cetri-centre-tricontinental/blog/130623/frantz-fanon-et-amilcar-cabral-anticolonialisme-et-recodification-decoloniale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pens&#233;es d&#233;coloniales ont le vent en poupe en Europe ces derni&#232;res ann&#233;es. Il n'est pas toujours ais&#233; d'en discuter les enjeux, tant ces pens&#233;es sont plurielles, parfois divergentes, et participent d'un champ intellectuel tr&#232;s large. Mais nous voudrions interroger ici, de fa&#231;on ponctuelle, la question de leur filiation avec l'anticolonialisme, autour plus pr&#233;cis&#233;ment de la question de la culture. Et le faire en confrontant certaines affirmations du rapport D&#233;coloniser la coop&#233;ration au d&#233;veloppement par les marges, command&#233; par la coop&#233;ration belge [1], avec les &#233;crits d'Amilcar Cabral (1924-1973) et de Frantz Fanon (1925-1961).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;passement de l'anticolonialisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;coloniser la coop&#233;ration au d&#233;veloppement par les marges est un rapport publi&#233; en avril 2022 par des universitaires belges [2]. Par ses auteur&#183;es, sa qualit&#233; et son objectif &#8211; &#171; proposer des pistes pour d&#233;coloniser l'aide &#187; &#8211;, il est embl&#233;matique du positionnement des th&#233;ories d&#233;coloniales. Celles-ci tendent &#224; se pr&#233;senter, implicitement ou explicitement, comme le d&#233;passement de l'anticolonialisme. Ainsi, est-il affirm&#233; dans ce rapport (page 9) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors que la question de la colonialit&#233; de la coop&#233;ration a &#233;t&#233; d'abord abord&#233;e &#224; partir des concepts comme le n&#233;ocolonialisme, l'authenticit&#233;, la division raciale du travail, l'imp&#233;rialisme nord-sud, l'autod&#233;termination des peuples, l'imposition des conditionnalit&#233;s, etc., les d&#233;bats acad&#233;miques autour du &#8216;d&#233;colonial' sont venus apporter des &#233;l&#233;ments th&#233;oriques et politiques nouveaux, plus fins et plus radicaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apport d&#233;colonial consisterait de la sorte en un raffinement et une radicalisation th&#233;orique de concepts tels que &#171; n&#233;ocolonialisme &#187;, &#171; imp&#233;rialisme &#187; et &#171; autod&#233;termination des peuples &#187;, au c&#339;ur des pens&#233;es et luttes anticoloniales historiques. Et le rapport de poursuivre afin de mieux situer l'originalit&#233; d&#233;coloniale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aussi, si, dans le pass&#233;, les concepts utilis&#233;s pour critiquer la coop&#233;ration au d&#233;veloppement semblaient plut&#244;t orient&#233;e vers une critique macro des dimensions politiques, &#233;conomiques et institutionnelles des effets de la coop&#233;ration, le concept plus sp&#233;cifique de &#8216;d&#233;colonial' est venu d&#233;voiler que le colonial se cachait &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des cat&#233;gories de la pens&#233;e occidentale, &#224; travers les binarit&#233;s d&#233;velopp&#233;/sous-d&#233;velopp&#233;, moderne/traditionnel, formel/informel, etc. La sp&#233;cificit&#233; du d&#233;colonial est alors de d&#233;busquer l'ordre du discours occidental qui s'est r&#233;pandue dans le monde, et qui a &#233;t&#233; utilis&#233; pour imposer la domination occidentale sur le reste du monde, &#224; la fois politiquement, &#233;conomiquement et symboliquement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;conial innoverait donc doublement. Il op&#232;rerait un changement d'&#233;chelle &#8211; du macro au micro, de la critique des ph&#233;nom&#232;nes manifestes externes au d&#233;voilement de la reproduction intime de la domination, au sein m&#234;me des concepts et discours &#8211;, &#233;troitement li&#233; &#224; un changement qualitatif : il romprait avec les cat&#233;gories de la pens&#233;e occidentale, en d&#233;finissant le fait colonial &#171; comme une domination mat&#233;rielle, institutionnelle, &#233;pist&#233;mique et symbolique de l'Occident sur le reste du monde et particuli&#232;rement sur les pays anciennement colonis&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces affirmations apparaissent comme un parti-pris id&#233;ologique plut&#244;t que le fruit d'une analyse ; les pens&#233;es anticoloniales pass&#233;es ne sont pas discut&#233;es et sont pr&#233;sent&#233;es comme un bloc. Qui plus est, elles tendent &#224; &#234;tre d&#233;valoris&#233;es au regard de l'apport th&#233;orique nouveau, suppos&#233;ment plus fin et plus radical, que repr&#233;senterait le d&#233;colonial. Au risque de glisser vers une opposition st&#233;r&#233;otyp&#233;e : la critique vulgaire des mat&#233;rialit&#233;s superficielles et grossi&#232;res d'un c&#244;t&#233; ; le d&#233;voilement de ce qui se cache dans l'ordre du discours, de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or les critiques anticoloniales pass&#233;es ne manquaient ni de finesse ni de radicalit&#233; (ni, d'ailleurs, de zones d'ombre et de contradictions). La question ne se situe donc pas &#224; ce niveau-l&#224;. Plut&#244;t qu'un apport in&#233;dit, le d&#233;colonial ne constituerait-il pas plut&#244;t un recodage de l'anticolonialisme ? Dans son ensemble, en effet, l'anticolonialisme ne faisait pas de l'Occident l'ennemi principal. Non pas par ignorance ou parce qu'il &#233;tait aveugl&#233; par ses emprunts &#224; celui-ci, mais bien parce que cette cat&#233;gorie d'&#171; Occident &#187; &#8211; et sa binarit&#233; implicite &#8211;, n'avait pas de sens dans la lutte qui &#233;tait men&#233;e, et que les divisions Nord-Sud croisaient celles, Est-Ouest, de la Guerre froide, et &#233;taient surd&#233;termin&#233;es politiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Domination occidentale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est paradoxal de se pr&#233;valoir d'une grande finesse th&#233;orique, &#224; m&#234;me de d&#233;voiler et de d&#233;busquer, en-de&#231;&#224; des dimensions macro-politiques, &#233;conomiques et institutionnelles, la dynamique de domination mondiale, pour d&#233;boucher sur un clivage aussi massif que brut : Occident/reste du monde. Et ce d'autant plus qu'on peine &#224; d&#233;finir et &#224; d&#233;limiter l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi l'Occident est-il le nom ? S'agit-il d'un champ territorial qui irait de l'Albanie aux &#201;tats-Unis et lierait le Japon et la Moldavie ? D'un marqueur sociologique o&#249; Elon Musk et la caissi&#232;re du Delhaize seraient les deux faces d'une m&#234;me domination mondiale ? Mais dont ne participeraient pas les populations h&#233;riti&#232;res de la colonisation, vivant pourtant en Occident et b&#233;n&#233;ficiant &#233;galement des fruits des &#233;changes in&#233;gaux Nord-Sud ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; moins que la domination occidentale ne doive se lire en termes g&#233;opolitiques ; porte ouverte &#224; tous les errements pseudo-dialectiques ? Faut-il voir dans l'invasion de l'Ukraine un m&#233;canisme d'autod&#233;fense de la Russie face &#224; la domination occidentale ? C&#233;l&#233;brer le combat &#171; d&#233;colonial &#187; des extr&#233;mistes hindous, des talibans, du r&#233;gime iranien, etc. ? Regretter que les Kurdes soient &#171; pass&#233;s au camp occidental &#187;, en s'appuyant sur l'aide militaire &#233;tats-unienne ? Mettre sur un pied &#233;quivalent Ha&#239;ti et la Chine comme repr&#233;sentants du &#171; reste du monde &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'ailleurs l&#233;gitime de se demander si le d&#233;colonial mesure la vague r&#233;actionnaire qui s'affirme aussi bien en Occident qu'ailleurs, et qui emprunte, souvent au Sud, la banni&#232;re de la lutte contre la domination occidentale ? Ne se montre-t-il pas complaisant face &#224; de telles manifestations ? Et jusqu'&#224; quel point est-il arm&#233; th&#233;oriquement pour &#171; faire le tri &#187; et combattre des formes traditionnelles non-occidentales d'oppression ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, faute d'autre crit&#232;re, au vu de son insistance sur cette dimension et du manque d'analyse politique, la domination occidentale d&#233;busqu&#233;e par le d&#233;colonial tend &#224; se concentrer sur le seul plan intellectuel : celui de la pens&#233;e et du discours. La question sociale semble &#233;cart&#233;e &#8211; renvoy&#233;e &#224; une critique macro, d&#233;pass&#233;e &#8211; ou se confondre avec les rapports sociaux de race. La focalisation sur les cat&#233;gories intellectuelles, qui organiseraient l'ordre de la domination symbolique et mat&#233;rielle, est le marqueur des th&#233;ories d&#233;coloniales. Leur &#171; radicalit&#233; &#187; ne revient-elle pas d&#232;s lors &#224; se d&#233;barrasser des encombrantes questions de repr&#233;sentations et de m&#233;diations sociales, ainsi que de la complexit&#233; des rapports de pouvoirs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faiblement arrim&#233;es aux rapports sociaux, les pens&#233;es d&#233;coloniales paraissent d&#233;river, accapar&#233;es par un travail de d&#233;construction de l'ordre du discours, entretenant l'illusion d'une bataille des id&#233;es d&#233;coupl&#233;es des enjeux macrosociaux. D'o&#249; un rapport biais&#233; au champ th&#233;orique. Ainsi, et &#224; juste titre, les penseurs et penseuses d&#233;coloniales ont insist&#233; sur le fait que la colonisation a d'embl&#233;e &#233;t&#233; rejet&#233;e et analys&#233;e par les colonis&#233;&#183;es elles/eux-m&#234;mes, mais aussi par des minorit&#233;s intellectuelles du Nord. Cependant, le d&#233;colonial se montre incapable ou peu d&#233;sireux de situer ces minorit&#233;s, comme s'il s'agissait d'autant de personnalit&#233;s aussi exceptionnelles qu'isol&#233;es, et qu'elles n'appartenaient pas &#224; un large courant de pens&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la critique de la colonisation fut d'abord et surtout le propre, en Occident (mais aussi, dans une moindre mesure, ailleurs), d'une gauche radicale, qui allait des chr&#233;tiens aux anarchistes, en passant par les communistes et les socialistes. Le n&#233;olib&#233;ralisme a largement gomm&#233; cette m&#233;moire. Le d&#233;colonial contribue &#224; en effacer les derni&#232;res traces en coulant ces luttes dans la grande nuit du m&#233;tar&#233;cit occidental o&#249; tous les chats sont gris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le reste du monde (et moi et moi et moi)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des principales binarit&#233;s de la pens&#233;e coloniale est celle du Blanc/Noir et du civilis&#233;/barbare. Loin d'y recourir ou de pr&#233;tendre retourner cette binarit&#233; &#224; l'avantage des peuples colonis&#233;s, les r&#233;volutionnaires Frantz Fanon et Amilcar Cabral, engag&#233;s dans les luttes de lib&#233;ration nationale &#8211; le premier au sein de la Guerre d'Alg&#233;rie, le second en Guin&#233;e-Bissau et au Cap-Vert &#8211; ont, au contraire, cherch&#233; &#224; en d&#233;monter les m&#233;canismes et &#224; mettre en &#233;vidence le d&#233;r&#232;glement &#224; l'&#339;uvre. Et ils l'ont fait, notamment, en utilisant des &#171; cat&#233;gories occidentales &#187; de la pens&#233;e telles que les classes sociales et l'&#233;mancipation. Se faisant, ils en niaient le caract&#232;re occidental, mettant en &#233;vidence le fait que ces concepts avaient &#233;t&#233; affect&#233;, bouscul&#233;, reconfigur&#233; par les exp&#233;riences et luttes du Sud. Les pr&#233;tentions d&#233;coloniales aux analyses de ces deux figures embl&#233;matiques des luttes anticoloniales sont r&#233;v&#233;latrices [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Cabral semble largement ignor&#233; ou m&#233;connu des th&#233;ories d&#233;coloniales, il n'en est pas de m&#234;me de Fanon, dont elles se revendiquent souvent. Du moins se r&#233;clament-elles de l'auteur de Peau noire, masques blancs (1952), peu ou pas semble-t-il de celui des Damn&#233;s de la Terre (1961). C'est que ce dernier livre est tout entier accapar&#233; par des questions &#171; occidentales &#187; de nationalisme, de territoire et de lib&#233;ration. Surtout, &#224; l'instar de Cabral, Fanon tente de d&#233;gager une analyse des processus de d&#233;colonisation en cours en Afrique au prisme des classes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; r&#233;side tr&#232;s certainement l'une des plus importantes diff&#233;rences entre les &#233;crits anticoloniaux de ces deux penseurs, d'un c&#244;t&#233;, et les &#339;uvres d&#233;coloniales contemporaines, de l'autre. Ces derni&#232;res paraissent avoir laiss&#233; de c&#244;t&#233; toute analyse en termes de classes sociales, au profit de la radicalit&#233; du combat du reste du monde contre la domination occidentale. &#192; l'encontre de tels raccourcis, Fanon et Cabral op&#232;rent une dissection &#224; chaud des dynamiques de la paysannerie, du prol&#233;tariat des villes et des bourgeoisies et petites bourgeoisies nationales africaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre &#171; M&#233;saventures de la conscience nationale &#187; des Damn&#233;s de la terre d&#233;veloppe une critique radicale des agissements des bourgeoisies locales au lendemain des ind&#233;pendances [4]. Dans des pages am&#232;res de rage et de pr&#233;monition, Fanon vilipende cette &#171; bourgeoisie inutile et nocive &#187;, &#171; sorte de petite caste aux dents longues, avide et vorace, domin&#233;e par l'esprit gagne-petit &#187;, couvrant &#171; son agressivit&#233; de classe &#224; accaparer les postes anciennement d&#233;tenus par les &#233;trangers &#187; et son impatience &#224; h&#233;riter des passe-droits de la p&#233;riode coloniale sous le drapeau &#171; de nationalisation des cadres, d'africanisation des cadres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aid&#233;e et instrumentalis&#233;e par la bourgeoisie occidentale, pour laquelle elle va complaisamment, jouer le &#171; r&#244;le d'agent d'affaires &#187;, &#171; de g&#233;rant des entreprises de l'Occident &#187;, cette bourgeoisie africaine se montre incapable de &#171; penser l'ensemble des probl&#232;mes en fonction de la totalit&#233; de la nation &#187;. &#171; Branch&#233;e sur l'Europe &#187;, d&#233;connect&#233;e des masses, dont elle se d&#233;fie de plus en plus, cette bourgeoisie a recours &#224; &#171; la solution qui lui semble la plus facile, celle du parti unique &#187; ; solution doubl&#233;e souvent de celle du leader unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;tr&#233;cissement des perspectives entra&#238;ne une s&#233;rie de glissements : du nationalisme &#171; &#224; l'ultra-nationalisme, au chauvinisme, au racisme &#187;. Et la population de calquer son attitude sur celle de ses dirigeants. &#171; Par sa paresse et son mim&#233;tisme &#187;, &#233;crit Fanon, la bourgeoisie nationale &#171; favorise l'implantation et le renforcement du racisme qui caract&#233;risait l'&#232;re coloniale. Aussi n'est-il pas &#233;tonnant dans un pays qui se dit africain, d'entendre des r&#233;flexions rien moins que racistes et de constater l'existence de comportements paternalistes qui laissent l'impression am&#232;re qu'on se trouve &#224; Paris, &#224; Bruxelles ou &#224; Londres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La spirale du racisme ne cesse de s'&#233;tendre et de s'approfondir dans le &#171; triomphe exacerb&#233; des ethnies &#187;, &#171; les comp&#233;titions religieuses &#187;, le &#171; chauvinisme le plus odieux, le plus hargneux &#187; et les &#171; &#233;meutes proprement racistes &#187; qui &#233;clatent ici ou l&#224; contre les Africains non nationaux. Incapable de jouer un quelconque r&#244;le national, la bourgeoisie se replie sur le parti unique et l'arm&#233;e &#8211; encadr&#233;e et form&#233;e bien souvent par l'ancien colonisateur &#8211;, pour contr&#244;ler le peuple, se complait dans sa fonction d'interm&#233;diaire aupr&#232;s de la bourgeoisie europ&#233;enne, et se retranche derri&#232;re son leader et/ou son ethnie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le parti dit national se comporte en parti ethnique &#187; &#233;crit Fanon. Et ce dernier de poursuivre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous assistons non plus &#224; une dictature bourgeoise mais &#224; une dictature tribale. Les ministres, les chefs de cabinets, les ambassadeurs, les pr&#233;fets sont choisis dans l'ethnie du leader, quelquefois m&#234;me directement dans sa famille. Ces r&#233;gimes de type familial semblent reprendre les vieilles lois de l'endogamie et on &#233;prouve non de la col&#232;re mais de la honte en face de cette b&#234;tise, de cette imposture, de cette mis&#232;re intellectuelle et spirituelle. Ces chefs de gouvernement sont les v&#233;ritables tra&#238;tres &#224; l'Afrique car ils la vendent au plus terrible de ses ennemis : la b&#234;tise. Cette tribalisation du pouvoir entra&#238;ne on s'en doute l'esprit r&#233;gionaliste, le s&#233;paratisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, Fanon estime que le peuple doit barrer la route &#224; cette bourgeoisie nationale qui, faute de moyens &#233;conomiques et d'id&#233;es, caricature les traits n&#233;gatifs de sa cons&#339;ur europ&#233;enne et constitue une impasse plut&#244;t qu'un tremplin dans la lib&#233;ration nationale. Par ailleurs, loin d'&#233;riger en bloc, pour mieux les opposer, Occident et Afrique, il op&#232;re des coupes &#224; l'int&#233;rieur de chacun des espaces et des rapprochements entre eux. La bourgeoisie nationale africaine est &#233;troitement li&#233;e &#224; la bourgeoisie europ&#233;enne, tandis que les appels &#224; la lib&#233;ration nationale et &#224; l'unit&#233; africaine se retournent parfois en chauvinisme, en racisme et en une &#171; tribalisation du pouvoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons enfin que la trahison des dirigeants africains n'est pas d'avoir tourn&#233; le dos &#224; leur &#171; essence &#187;, &#224; leur &#171; africanit&#233; naturelle &#187;, mais bien d'avoir c&#233;der au pouvoir de la b&#234;tise qui est aussi et surtout la b&#234;tise du pouvoir ; d'avoir chass&#233; le colon pour prendre sa place et reprendre &#224; son compte ses dispositifs d'exploitation et de contr&#244;le, au premier rang desquels le contr&#244;le du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Fanon concentre l'essentiel de ses attaques envers la bourgeoisie, Cabral cible prioritairement la petite bourgeoisie. Ces divergences rel&#232;vent tout autant sinon plus de leurs exp&#233;riences concr&#232;tes &#8211; celle des &#201;tats africains nouvellement ind&#233;pendants au tournant des ann&#233;es 1960 pour Fanon ; celle, une d&#233;cennie plus tard, de la deuxi&#232;me phase de la d&#233;colonisation africaine pour Cabral &#8211; que d'approches th&#233;oriques distinctes. De plus, leurs analyses convergent dans une critique de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une critique de la culture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi bien Frantz Fanon qu'Amilcar Cabral n'envisagent pas la culture comme une forme objective et statique, essentialis&#233;e, &#233;trang&#232;re &#224; la lutte en cours. Au contraire m&#234;me, c'est principalement dans et &#224; partir de cette lutte qu'elle se d&#233;finit - et ne cesse de se red&#233;finir. Or, cet enjeu se d&#233;cline diff&#233;remment selon les positionnements des acteurs et actrices dans les soci&#233;t&#233;s africaines, tout en &#233;tant constamment instrumentalis&#233; par le pouvoir colonial. Ainsi, dans sa strat&#233;gie &#171; d'approfondissement des divisions au sein de la soci&#233;t&#233; &#187;, le colonisateur &#171; qui r&#233;prime ou inhibe, &#224; la base, les manifestations culturelles significatives de la part des masses populaires, appuie et prot&#232;ge, au sommet, le prestige et l'influence culturelle de la classe dirigeante &#187; [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les colonis&#233;&#183;es ne font donc pas face, dans le temps et l'espace social, aux m&#234;mes instrumentalisations de la culture, m&#234;me si, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, comme le note Cabral, sous la pression de &#171; la domination politique, l'exploitation &#233;conomique et la r&#233;pression culturelle &#187;, s'op&#232;re &#171; une &#8216;cristallisation' de la culture et une &#8216;surestimation' de l'identit&#233; de la part des groupes domin&#233;s &#187; [6]. Et la forme que prend cette cristallisation et surestimation est, d'apr&#232;s Fanon, celle d'une &#171; racialisation de la pens&#233;e &#187;, dont &#171; les grands responsables (&#8230;) sont et demeurent les Europ&#233;ens qui n'ont pas cess&#233; d'opposer la culture blanche aux autres incultures &#187; [7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est d&#232;s lors pas &#233;tonnant qu'au sein de la lutte anticoloniale, s'affirme, dans un premier temps, l'exaltation racialis&#233;e des ph&#233;nom&#232;nes culturels autochtones. Encore cette r&#233;action ne dure-t-elle qu'un temps &#8211; la prise de conscience qu'elle conduit &#224; un cul-de-sac est rapide &#8211; et demeure principalement l'apanage des intellectuel&#183;les et de la petite bourgeoisie. Dans des pages brillantes, Fanon a mis en lumi&#232;re la dialectique contradictoire de cristallisation et de surestimation culturelles par l'intellectuel colonis&#233; qui, cherchant &#224; &#233;chapper &#171; &#224; la supr&#233;matie de la culture blanche &#187;, est amen&#233; &#224; dresser un culte aux traditions afin de se fondre dans le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#171; la culture vers laquelle se penche l'intellectuel n'est tr&#232;s souvent qu'un stock de particularismes. Voulant coller au peuple, il colle au rev&#234;tement visible &#187; [8], sans appr&#233;hender les transformations souterraines &#224; l'&#339;uvre et les changements de significations des traditions qui s'op&#232;rent dans la lutte de lib&#233;ration nationale. Confin&#233; &#224; la surface des choses, tourn&#233; davantage vers le pass&#233; id&#233;alis&#233; que vers les bouleversements de la r&#233;alit&#233; pr&#233;sente, l'intellectuel&#183;le risque fort de s'en tenir &#224; quelques formules st&#233;r&#233;otyp&#233;es qui fleurent l'exotisme, voire l'essentialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette attitude, Cabral, dans une perspective marxiste, l'attribue &#224; une frange sociale : la petite bourgeoisie. Tant au sein du continent africain que dans les &#171; diasporas implant&#233;es dans la m&#233;tropole colonialiste &#187;, cette petite bourgeoisie vit un &#171; drame socio-culturel &#187;, en raison de son positionnement contradictoire et marginal. D'o&#249; sa frustration et son &#171; besoin pressant (&#8230;) de contester sa marginalit&#233; et de se d&#233;couvrir une identit&#233; &#187;. Et cette identit&#233;, elle va la construire en mettant en avant la question du &#171; retour aux sources &#187; et son identification avec le peuple domin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, cette identification est probl&#233;matique, dans la mesure o&#249;, toujours selon Cabral, les masses populaires &#171; n'ont aucun besoin d'affirmer ou de r&#233;affirmer leur identit&#233; &#187; ; cette question ne se pose pas pour elle, mais bien pour la petite bourgeoisie afin de &#171; r&#233;soudre le conflit socio-culturel dans lequel elle se d&#233;bat &#187; et de sortir de sa marginalit&#233; pour recouvrer &#171; un sentiment de dignit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient, d&#232;s lors, de se demander dans quelle mesure l'analyse critique faite par Cabral de la petite bourgeoisie de la diaspora pourrait s'appliquer aux th&#233;oricien&#183;nes d&#233;coloniaux&#183;ales. Leur attitude ne rel&#232;ve-t-elle pas des contradictions et frustrations d'une classe marginalis&#233;e, surrepr&#233;sent&#233;e dans les sph&#232;res intellectuels &#8211; universit&#233;s, milieux artistiques, travail intellectuel &#8211;, cherchant &#224; r&#233;affirmer sa dignit&#233; en surinvestissant les ph&#233;nom&#232;nes identitaires et culturels et en s'identifiant au peuple domin&#233;, au risque d'&#233;riger certains faits partiels en &#233;l&#233;ments significatifs, pr&#233;tendument caract&#233;ristiques d'une culture, voire d'une &#171; race &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le surinvestissement d&#233;colonial dans les champs du discours, de la pens&#233;e et du symbolique, et son &#233;loignement sym&#233;trique de la question sociale ne correspondent-ils pas &#8211; partiellement au moins &#8211; au positionnement marginal et interm&#233;diaire de ces intellectuel&#183;les au sein des rapports sociaux de classe ? Ainsi qu'&#224; une mani&#232;re de vouloir sortir par le haut (id&#233;alis&#233;) de ses contradictions ? La litt&#233;rature d&#233;coloniale &#8211; celle en tous les cas qui est la plus diffus&#233;e &#8211; est, en effet, surtout le fait de penseurs et (moins) de penseuses issues des universit&#233;s anglo-saxonnes les plus occidentales et les plus modernes, sinon les plus n&#233;olib&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, le rejet de la domination occidentale sur le reste du monde permet une radicalit&#233; &#224; bon compte, qui s'en tient &#224; la th&#233;orisation d'un antagonisme homog&#232;ne et global, dispensant d'une analyse th&#233;orique situ&#233;e et complexe, en maintenant hors-champ le &#171; lieu d'&#233;nonciation &#187; (pour reprendre le concept d&#233;colonial de &#171; l'ancrage g&#233;ohistorique &#187; de toute connaissance) institutionnel et social de cette critique. Est donc ici emprunt&#233; le chemin inverse de l'anticolonialisme. Celui-ci se situe toujours dans la mat&#233;rialit&#233; d'espaces nationaux et territoriaux, alors que ces espaces, dans les th&#233;ories d&#233;coloniales, sont d&#233;territorialis&#233;s au profit de l'opposition binaire &#171; domination occidentale &#187; / &#171; reste du monde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'engagement de Fanon et de Cabral ou, &#224; tout le moins, leur empathie pour le panafricanisme et la n&#233;gritude, ne les a pas emp&#234;ch&#233;s de rejeter l'id&#233;e d'une culture africaine ou d'une culture noire, qui ferait pendant &#224; la culture dominante occidentale ou &#171; blanche &#187;. Ils ont mis en avant l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; du champ culturel, satur&#233; de luttes et d'histoire, travers&#233; par l'action conflictuelle de classes sociales [9] et configur&#233; territorialement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que Cabral se refuse &#224; fondre dans un m&#234;me ensemble les dynamiques des diasporas et les mouvements sociaux en Afrique, Fanon d&#233;crit la prise de conscience par laquelle, les Noir&#183;es &#233;tats-unien&#183;nes se rendirent compte qu'ils n'&#233;taient pas confront&#233;&#183;es aux m&#234;mes probl&#232;mes que les Noir&#183;es africain&#183;es, et qu'ils ne se ressemblaient &#171; que dans l'exacte mesure o&#249; ils se d&#233;finissaient tous par rapport aux Blancs &#187; [10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que &#171; du point de vue &#233;conomique et politique, on constate l'existence de plusieurs Afrique, il y a aussi plusieurs cultures africaines &#187; &#233;crit Cabral. De plus, affirme-t-il, la culture est &#171; une source in&#233;puisable de courage, de ressources mat&#233;rielles et morales, (&#8230;) mais aussi, par certains aspects, d'obstacles et de difficult&#233;s, de conceptions erron&#233;es &#187;, prescrivant d&#232;s lors &#171; une analyse objective &#187; refusant &#224; la fois &#171; la liaison absurde des cr&#233;ations artistiques (&#8230;) &#224; de pr&#233;tendues caract&#233;ristiques d'une race &#187; et &#171; l'acceptation aveugle des valeurs culturelles sans tenir compte de ce qu'elles peuvent avoir de n&#233;gatif, r&#233;actionnaire ou r&#233;gressif &#187; [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Fanon et Cabral opposent, dans un premier temps, la culture colonis&#233;e et la culture du pouvoir colonial, ils n'en continuent pas moins le travail de coupes, en montrant les tensions et contradictions, les liens et passerelles, les sp&#233;cificit&#233;s et conflits au sein de et entre chaque culture. Par l&#224;-m&#234;me, ils op&#232;rent un double mouvement de d&#233;montage ; de la culture africaine, alg&#233;rienne, bissau-guin&#233;enne, etc., comme un bloc, et de son id&#233;alisation, de sa valorisation aveugle en tant que culture &#171; authentique &#187; et r&#233;sistante. De mani&#232;re convergente, les deux hommes inscrivent d&#232;s lors les valeurs culturelles dans une lutte commune pour l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aussi, ce qui importe, &#233;crit Amilcar Cabral, ce n'est pas de perdre son temps dans des discussions plus ou moins byzantines sur la sp&#233;cificit&#233; ou la non-sp&#233;cificit&#233; des valeurs culturelles africaines, mais d'envisager ces valeurs comme une conqu&#234;te d'une partie de l'humanit&#233; pour le patrimoine commun &#224; l'humanit&#233;, r&#233;alis&#233;e dans une ou plusieurs phases de son &#233;volution. Ce qui importe, c'est de proc&#233;der &#224; l'analyse critique des cultures africaines face au mouvement de lib&#233;ration et aux exigences du progr&#232;s &#187; [12].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Frantz Fanon affirme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Imaginer qu'on fera de la culture noire, c'est oublier singuli&#232;rement que les n&#232;gres sont en train de dispara&#238;tre, ceux qui les ont cr&#233;&#233;s &#233;tant en train d'assister &#224; la dissolution de leur supr&#233;matie &#233;conomique et culturelle. Il n'y aura pas de culture noire parce qu'aucun homme politique ne s'imagine avoir vocation de donner naissance &#224; des R&#233;publiques noires. Le probl&#232;me est de savoir la place que ces hommes ont l'intention de r&#233;server &#224; leur peuple, le type de relations sociales qu'ils d&#233;cident d'instaurer, la conception qu'ils se font de l'avenir de l'humanit&#233;. C'est cela qui compte. Tout le reste est litt&#233;rature et mystification &#187; [13].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Politique de l'engagement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;tention d&#233;coloniale de d&#233;passer l'anticolonialisme revient &#224; vouloir &#171; d&#233;coloniser &#187; Amilcar Cabral, Frantz Fanon et les autres, encore trop empreints de la colonialit&#233; des savoirs, s'en tenant &#224; la surface mat&#233;rielle des choses, incapables qu'ils seraient &#8211; les pauvres &#8211; de &#171; d&#233;busquer l'ordre du discours &#187;, de s'arracher &#224; la pens&#233;e occidentale. Cette pr&#233;tention est d'autant plus probl&#233;matique qu'elle provient de th&#233;oricien&#183;nes inscrit&#183;es, dans leur majorit&#233;, dans des circuits intellectuels du Nord, dont les liens (autoproclam&#233;s) avec les luttes du Sud ne sont gu&#232;re &#233;vidents, et qu'elle vise des personnes qui &#233;taient engag&#233;es, elles, dans des luttes anticoloniales de grande ampleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, l'engagement de Fanon et de Cabral ne garantit pas la valeur et la pertinence de leurs pens&#233;es. Pas plus qu'il n'interdit d'en critiquer les contradictions, zones d'ombre et faiblesses. Mais, il invite du moins &#224; une certaine humilit&#233;. Et &#224; les &#233;tudier au prisme des luttes pass&#233;es et actuelles. Or, force est de constater que les th&#233;ories d&#233;coloniales sont inop&#233;rantes pour appr&#233;hender (et plus encore pour y contribuer) les r&#233;volutions arabes et les soul&#232;vements qui ont secou&#233;s l'Alg&#233;rie et le Soudan, pour ne prendre que ces quelques exemples africains contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de &#171; d&#233;passer &#187; les analyses de Fanon et Cabral, les pens&#233;es d&#233;coloniales les recodifient, en ignorant ou en &#233;vacuant les aspects les plus saillants &#8211; les plus radicaux et les plus actuels aussi &#8211; de leurs &#233;crits. Ceux-ci nous donnent des armes pour penser le monde et le transformer. Il ne s'agit en cons&#233;quence ni de les sous-estimer ni de les reprendre tels quels ; c'est-&#224;-dire sans acter leur faiblesse et partialit&#233; &#8211; notamment par rapport aux f&#233;minismes et &#224; l'&#233;cologie &#8211; et sans reconna&#238;tre ce qui a chang&#233; au cours du dernier demi-si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu principal est d'interroger les conditions d'une actualisation des analyses critiques anticoloniales &#8211; dont celles de Frantz Fanon et d'Amilcar Cabral furent parmi les plus lucides &#8211; de la culture, des rapports Nord-Sud, des luttes contre le pouvoir colonial, etc., en critiquant ou en se d&#233;gageant de notions probl&#233;matiques telles que &#171; progr&#232;s &#187; et &#171; sous-d&#233;veloppement &#187;, et en reprenant &#224; notre compte la focale mise sur l'humanit&#233; et leur soif d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La Direction g&#233;n&#233;rale Coop&#233;ration au d&#233;veloppement et Aide humanitaire (DGD) de Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Aymar N. Bisoka, David Jamar, David Mwambari, Sara Geenen, Emery M. Mudinga, C&#233;cile Giraud, Fiona Nziza, V&#233;ronique Clette-Gakuba, D&#233;coloniser la coop&#233;ration au d&#233;veloppement par les marges. Synth&#232;se (avril 2022), Projet PSR : Pistes pour la d&#233;colonisation de la coop&#233;ration belge au d&#233;veloppement (DBDC). Sauf mentions contraires, tous les extraits proviennent de ce rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Sur Amilcar Cabral, lire Fr&#233;d&#233;ric Thomas, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.cetri.be/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Amilcar Cabral : l'anticolonialisme comme &#8216;patrimoine commun &#224; l'humanit&#233;'&lt;/a&gt; &#187;, Cetri, 20 janvier 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Toutes les citations de Fanon qui suivent proviennent de ce chapitre. Fanon, Les damn&#233;s de la terre, Paris, Gallimard, 1991, pages 187-248.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Amilcar Cabral, &#171; Lib&#233;ration nationale et culture &#187; (f&#233;vrier 1970), Unit&#233; et lutte I. L'arme de la th&#233;orie, Paris, Fran&#231;ois Maspero, 1975, pages 323-324.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Amilcar Cabral, &#171; Le r&#244;le de la culture dans la lutte pour l'ind&#233;pendance &#187;, 1972, Op. cit., page 347. Sauf mentions contraires, toutes les citations de Cabral proviennent de ce texte (pages 336-357).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Frantz Fanon, Ibidem, pages 257-258.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Frantz Fanon, Ibidem, pages 262-269.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Dans une logique marxiste, Cabral affirme la &#171; liaison intime, de d&#233;pendance et de r&#233;ciprocit&#233;, existant entre le fait culturel et le fait &#233;conomique (et politique) &#187;, Op. cit., page 319.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Frantz Fanon, Ibidem, page 261.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Amilcar Cabral, &#171; Lib&#233;ration nationale et culture &#187; (f&#233;vrier 1970), Op. cit, page 329.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Amilcar Cabral, Ibidem, pages 329-330.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Frantz Fanon, Ibidem, page 282.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le double d&#233;fi ha&#239;tien : perspectives crois&#233;es depuis les sciences sociales sur Ha&#239;ti</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-double-defi-haitien-perspectives-croisees-depuis-les-sciences-sociales-sur</link>
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		<dc:date>2023-05-16T06:38:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Thomas</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-05-16</dc:subject>
		<dc:subject>Ha&#239;ti</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>

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&lt;p&gt;Un texte issu de la pr&#233;sentation faite lors du webinaire &#171; Perspectives crois&#233;es depuis les sciences sociales sur Ha&#239;ti : Regards europ&#233;ens &#187;, organis&#233; par le P&#244;le Cara&#239;be de l'Institut des Am&#233;riques de la Sorbonne le 20 mars 2023. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/05/11/le-double-defi-haitien-perspectives-croisees-depuis-les-sciences-sociales-sur-haiti/ &lt;br class='autobr' /&gt;
Je voudrais partir de ma situation personnelle, de mon propre parcours, en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-05-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-05-16&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Haiti-+" rel="tag"&gt;Ha&#239;ti&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH91/haiti-5-5a51d.webp?1781029612' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='91' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un texte issu de la pr&#233;sentation faite lors du webinaire &#171; Perspectives crois&#233;es depuis les sciences sociales sur Ha&#239;ti : Regards europ&#233;ens &#187;, organis&#233; par le P&#244;le Cara&#239;be de l'Institut des Am&#233;riques de la Sorbonne le 20 mars 2023.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Entre les lignes et les mots&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/05/11/le-double-defi-haitien-perspectives-croisees-depuis-les-sciences-sociales-sur-haiti/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/05/11/le-double-defi-haitien-perspectives-croisees-depuis-les-sciences-sociales-sur-haiti/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais partir de ma situation personnelle, de mon propre parcours, en d&#233;calage par rapport aux autres intervenant&#183;es puisque c'est, &#171; en cours de route &#187; et &#171; &#224; chaud &#187;, que j'ai &#233;t&#233; amen&#233; &#224; d&#233;couvrir, d'abord, et &#224; travailler, ensuite, sur Ha&#239;ti. Press&#233; d'intervenir sur l'actualit&#233; &#8211; et &#224; partir de cette actualit&#233;, de son urgence &#8211;, j'ai d&#251;, par la force des choses, esquisser un travail th&#233;orique. Un travail, cependant, qui ne peut se comparer &#224; celui de Jean-Marie Th&#233;odat, Maud La&#235;thier et C&#233;dric Audebert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;aliser des recherches sur et autour d'Ha&#239;ti &#8211; aujourd'hui plus que jamais &#8211;, n'est pas neutre axiologiquement et engage le chercheur, la chercheuse ; dans son appr&#233;hension comme dans sa m&#233;thodologie et ses outils d'analyses. La neutralit&#233; axiologique est mise &#224; mal par Ha&#239;ti en amont et en aval. D'o&#249; le fil conducteur de mon intervention, centr&#233;e sur ce que fait Ha&#239;ti aux sciences sociales. Plus exactement sur le double d&#233;fi ha&#239;tien aux sciences sociales ; sur la mani&#232;re dont Ha&#239;ti d&#233;fie les sciences sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ha&#239;ti au prisme d'un narratif dominant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ha&#239;ti d&#233;fie les sciences sociales en aval, parce qu'il n'est pas, &#224; mon sens, possible de faire abstraction du narratif europ&#233;en dominant &#224; l'&#233;gard de ce pays en crise, de ce pays de la crise. Un narratif qui d&#233;borde les cadres m&#233;diatique, gouvernemental et du sens commun, au point de saturer le regard, la parole, y compris ceux des sciences sociales en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est, en tous les cas, mon hypoth&#232;se. D&#232;s lors, mon travail d'analyse et de recherche entend non seulement mettre au jour ce narratif, s'inscrire en porte-&#224;-faux de celui-ci et op&#233;rer, jusque dans le tissu de ses articulations, son renversement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est, en effet, le narratif &#224; partir duquel Ha&#239;ti est appr&#233;hend&#233; depuis le s&#233;isme de 2010, pour ne pas remonter plus loin dans le temps ? Celui du chaos et de la catastrophe, de la violence et de l'humanitaire, du martyr sinon de la mal&#233;diction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour paraphraser l'historien Enzo Traverso [1], Ha&#239;ti n'est pas (plus) pr&#233;sent&#233; comme la premi&#232;re r&#233;publique noire du monde, mais bien comme le pays des catastrophes naturelles. Et les Ha&#239;tiens et Ha&#239;tiennes ne sont pas les fils et les filles de la seule r&#233;volution r&#233;ussie d'esclaves, en 1804, mais les victimes &#8211; passives et impuissantes &#8211; de crises &#224; r&#233;p&#233;tition dans &#171; le pays le plus pauvre d'Am&#233;rique latine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas bien s&#251;r de s'interdire de parler de la pauvret&#233;, de la vuln&#233;rabilit&#233;, de l'ins&#233;curit&#233; en Ha&#239;ti, mais plut&#244;t d'interroger la mani&#232;re dont on en parle et l'&#233;cran que constitue ce narratif. Car le point convergeant du catastrophisme, de l'humanitaire et de la violence est de faire &#233;cran aux racines sociales, aux choix politiques et &#224; l'histoire. Ce narratif de la sid&#233;ration &#8211; la sid&#233;ration du narratif &#8211; a pour effet structurant de tenir &#224; distance l'analyse. J'irai m&#234;me plus loin en &#233;mettant l'hypoth&#232;se que ce type de lecture est pr&#233;cis&#233;ment faite pour sid&#233;rer et, de ce fait, d&#233;jouer l'analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tremblement de terre de 2010 aurait fait beaucoup moins de morts &#224; Cuba ou aux &#201;tats-Unis, pourtant voisins d'Ha&#239;ti. C'est donc la raison pour laquelle ce qui aurait &#233;t&#233; un fait divers ailleurs se transforme en catastrophe en Ha&#239;ti qui doit &#234;tre &#233;tudi&#233;e et expliqu&#233;e ; et cette raison renvoie &#224; des facteurs sanitaires, d&#233;mographiques, urbanistiques, &#224; des politiques publiques, bref &#224; une histoire, &#224; des facteurs sociaux et &#224; des choix. Toutes proportions gard&#233;es, il en va de m&#234;me pour l'ins&#233;curit&#233; et la situation humanitaire actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'encontre donc d'un narratif dominant qui fait d'Ha&#239;ti un territoire vierge et sans histoire &#8211; c'est le fameux &#171; ann&#233;e 0 &#187; au lendemain du s&#233;isme &#8211;, peupl&#233; de victimes et de barbares, &#224; mi-chemin entre la jungle et Mad Max, et dont les cl&#233;s d'explication et de solution r&#233;sident en-dehors du pays, mes recherches entendent prendre au s&#233;rieux Ha&#239;ti &#8211; son histoire, sa position, ses acteurs et ses actrices &#8211;, en retournant comme un gant ce narratif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ? En recouvrant le temps long de l'histoire, en discutant et en faisant &#233;cho aux voix et aux analyses des Ha&#239;tiennes et Ha&#239;tiens elles/eux-m&#234;mes, en r&#233;int&#233;grant dans l'analyse la dynamique des acteurs et actrices sociaux. En refusant &#233;galement le regard exotique, voire folklorique port&#233; sur Ha&#239;ti, qui en fait un cas &#224; part, hors sol [2]. Ce sont, au contraire, les conditions particuli&#232;res de l'enracinement du pays dans l'histoire de la modernit&#233; et dans une globalisation n&#233;olib&#233;rale impos&#233;e &#224; la grande majorit&#233; des &#201;tats du monde qui demandent &#224; &#234;tre analys&#233;es et expliqu&#233;es. Et analys&#233;es (aussi) &#224; partir de concepts th&#233;oriques &#171; classiques &#187; &#8211; souverainet&#233;, &#201;tat, classes sociales, conflits sociaux, etc. &#8211;, en fonction d'enjeux communs : ceux de l'&#233;galit&#233;, de la libert&#233;, de l'autonomie, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela implique de n'isoler ni Ha&#239;ti ni les ph&#233;nom&#232;nes. Et de faire des liens. Entre religions, esclavage et &#201;tat comme nous invite Laennec Hurbon dans son dernier livre [3]. Mais aussi entre humanitaire et pouvoirs, entre l'oligarchie ha&#239;tienne et la division internationale du travail, et entre dynamiques sociales &#224; l'&#339;uvre en Ha&#239;ti et ailleurs, en interrogeant, par exemple, le soul&#232;vement populaire de 2018-2019 au regard de ceux, plus ou moins contemporains, en Colombie, en &#201;quateur et au Chili, au Liban et en Alg&#233;rie (fut-ce en reconnaissant leurs profondes singularit&#233;s [4]).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une &#171; terrible solitude &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;-liaison g&#233;ographique, historique et conceptuelle dont fait l'objet Ha&#239;ti dans le narratif dominant, je voudrais maintenant la questionner en amont. Qu'est-ce qu'Ha&#239;ti a fait et continue de faire aux sciences sociales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impossible, en effet, de ne pas se demander si ce narratif dominant aujourd'hui, syst&#233;matiquement fauss&#233;, n'est pas le prolongement de ce que l'&#233;conomiste ha&#239;tien, Camille Chalmers, &#233;voquait en parlant de la &#171; terrible solitude &#187; d'Ha&#239;ti, au lendemain de la r&#233;volution de 1804 [5]. Il entendait par-l&#224; l'isolement du pays dans le concert des nations ; le refus de reconna&#238;tre l'ind&#233;pendance de la nation ha&#239;tienne et l'existence m&#234;me d'une r&#233;publique d'anciens esclaves noirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, cette solitude et cette hostilit&#233; sur le plan diplomatique s'accompagne, se double d'un silence sur le plan acad&#233;mique et intellectuel. D'une occultation m&#234;me. Plus pr&#233;cis&#233;ment, pour paraphraser la philosophe Eleni Varikas d'une &#171; dissociation &#187; et d'une &#171; disjonction &#187; entre libert&#233; et esclavage, d'&#171; un immense refoulement &#187; dans les th&#233;ories de la libert&#233; [6]. D'un double refoulement m&#234;me : celui de l'esclavage et celui de son affranchissement en Ha&#239;ti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a des cons&#233;quences &#224; la fois sur la mani&#232;re dont nous comprenons ou, plut&#244;t, ne comprenons pas Ha&#239;ti et la modernit&#233;. Toute l'historiographie de l'&#233;poque moderne est, en effet, &#224; revoir, puisqu'elle s'est largement construite en effa&#231;ant d'abord l'impact de l'esclavage &#8211; &#171; &#233;v&#233;nement capital dans la construction de la modernit&#233; &#187;, &#233;crit La&#235;nnec Hurbon [7] &#8211;, l'apport de la r&#233;volution ha&#239;tienne, ce &#171; bouleversement impensable &#187; [8], ensuite. Or, ces deux &#233;v&#233;nements donnent &#224; voir l'autre versant de notre modernit&#233; ; la face cach&#233;e de la constitution de la citoyennet&#233; moderne et des droits universels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impossible donc de ne pas r&#233;&#233;valuer et reconfigurer l'analyse historique, philosophique et politique au prisme de &#171; l'oubli &#187; de ce double &#233;v&#233;nement fondateur. Avec les r&#233;volutions am&#233;ricaine et fran&#231;aise, la r&#233;volution ha&#239;tienne participe de la construction de l'&#232;re moderne des droits humains. D'o&#249; le paradoxe de tout un courant des critiques postcoloniales et d&#233;coloniales de la pr&#233;tendue universalit&#233; de la R&#233;volution fran&#231;aise et de la modernit&#233;, qui reproduisent &#171; l'oubli &#187; de la r&#233;volution ha&#239;tienne et sa d&#233;connexion de notre histoire. Impossible, enfin, de ne pas se demander si le narratif dominant aujourd'hui, syst&#233;matiquement fauss&#233;, n'est pas le prolongement de ce refoulement et de cet &#171; oubli &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques pistes et chantiers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au regard de ce qui pr&#233;c&#232;de et &#224; partir de ma propre exp&#233;rience, je voudrais donner &#224; voir l'une de ces r&#233;visions, de ces reconfigurations et d&#233;gager quelques pistes et chantiers de recherches en sciences sociales sur Ha&#239;ti. Un temps, j'ai analys&#233; la situation ha&#239;tienne en fonction d'une lecture classique, marxienne : l'&#233;chec ou l'incapacit&#233; de la bourgeoisie locale d'effectuer le travail minimum de toute bourgeoisie, &#224; savoir construire un espace national ins&#233;r&#233; dans un march&#233; mondial [9]. La bourgeoisie, fig&#233;e dans son r&#244;le compradore, se montre incapable de jouer son r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en poursuivant mes recherches et gr&#226;ce notamment &#224; l'apport de la mise en discussion &#8211; principalement de la part de Vivek Chibber [10] &#8211; des th&#233;ories postcoloniales, j'ai &#233;t&#233; amen&#233; &#224; revoir ma position. En r&#233;alit&#233;, l'&#233;mergence de la bourgeoisie lib&#233;rale occidentale est surtout la cons&#233;quence d'une formidable pression externe, exerc&#233;e prioritairement par la classe ouvri&#232;re, et de luttes sociales de grande ampleur durant des d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela renverse la perspective : Ha&#239;ti ne constitue pas un cas particulier &#224; &#233;clairer &#224; partir de l'histoire &#171; normale &#187;, &#171; logique &#187; du capitalisme et de la consolidation de l'&#201;tat-nation en Europe. C'est plut&#244;t l'Europe qui repr&#233;sente, dans un contexte singulier, une cr&#233;ation sp&#233;cifique, qui renvoie &#224; des conditions extraordinaires. Cette &#171; provincialisation &#187; de l'Europe permet de se d&#233;gager d'une lecture d'Ha&#239;ti calqu&#233;e sur un sch&#233;ma historique pr&#233;&#233;tabli, de revoir notre compr&#233;hension du pass&#233; et d'utiliser de mani&#232;re (plus) critique des concepts, qui, auparavant, sanctionnaient l'exemplarit&#233; ou la &#171; normalit&#233; &#187; occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de mon travail, en laissant de c&#244;t&#233; la diplomatie internationale et la g&#233;opolitique mis en &#233;vidence par la crise ha&#239;tienne [11], c'est sur la question du changement social &#8211; au croisement des th&#233;ories de l'&#201;tat, des classes sociales et de la r&#233;volution &#8211; que je tente (modestement) de d&#233;velopper des recherches de plus grande envergure. Je ne peux ici que citer trois des n&#339;uds historiques et des questions strat&#233;giques (aussi bien th&#233;oriques que pratiques) que la situation en Ha&#239;ti met en avant &#224; mes yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour poser simplement, na&#239;vement m&#234;me, la question : y a-t-il des classes sociales en Ha&#239;ti ? Au lendemain de la r&#233;volution, l'&#201;tat ha&#239;tien, aux mains de la jeune &#233;lite, s'est construit en reprenant &#224; son compte la configuration &#233;tatique coloniale pour s'opposer &#224; une paysannerie &#8211; le &#171; pays en-dehors &#187; [12] &#8211; qui portait et continue de porter un projet alternatif de soci&#233;t&#233;. Deux si&#232;cles plus tard, ce divorce entre la soci&#233;t&#233; paysanne et l'&#201;tat, qu'a notamment analys&#233; Jean-Marie Th&#233;odat, est toujours &#224; l'&#339;uvre. Mais il n'&#233;puise pas l'ensemble des rapports sociaux et encore moins de la conflictualit&#233; sociale qui, en 2018-2019, a explos&#233; en prenant un visage essentiellement urbain [13].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un pays o&#249; l'&#233;conomie informelle recouvre pr&#232;s de 90% de la vie productive, la classe ouvri&#232;re se r&#233;duit-elle au seul secteur de l'industrie de sous-traitance textile ? Peut-on, &#224; l'instar des travaux de la Commission &#233;conomique pour l'Am&#233;rique latine (CEPAL) sur le reste du continent latino-am&#233;ricain, mettre en avant l'&#233;mergence d'une classe moyenne ; &#171; moyenne &#187; par son &#233;ducation, son &#233;thique et ses aspirations, mais pauvre par ses ressources et son avenir [14] ? Ou, au contraire, faut-il y voir une &#171; interpellation pl&#233;b&#233;ienne &#187; ; modalit&#233; de l'action de la pl&#232;be, soit &#171; l'ensemble des &#8216;non-citoyens', c'est-&#224;-dire des citoyens &#224; qui l'on nie le droit &#224; la citoyennet&#233; &#187;, telle que la d&#233;finissent Corten, Huart et Pe&#241;afiel [15] ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des classes sociales en Ha&#239;ti est d'autant plus pr&#233;gnante qu'elle ne semble gu&#232;re &#234;tre soulev&#233;e par les analyses, sinon pour opposer une &#233;lite, d'un c&#244;t&#233;, &#224; une paysannerie f&#233;tichis&#233;e, &#224; des manifestations &#171; populaires &#187; et &#224; une &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187; dont les identit&#233;s et les contours demeurent flous, de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est le champ, l'espace de la citoyennet&#233; ha&#239;tienne ? Dans un pays d&#233;pendant, confront&#233; &#224; l'ing&#233;rence internationale, o&#249; il n'existe pratiquement pas de contrat social entre la population et l'&#201;tat &#8211; un &#201;tat aussi fant&#244;me qu'autoritaire &#8211; et o&#249; la principale ressource &#233;conomique &#8211; et de loin &#8211; provient de l'envoi d'argent de la diaspora [16], que recouvre la souverainet&#233; nationale, la souverainet&#233; populaire ? Et ce alors que la migration &#8211; on en parlera s&#251;rement &#8211; est l'enjeu de peurs et de politiques, qui d&#233;terminent en grande partie les interventions de Washington et de Santo Domingo par rapport &#224; Ha&#239;ti [17].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'espace national ha&#239;tien se complique encore en raison, d'une part, du d&#233;calage entre le poids &#233;conomique des diasporas &#8211; je pense qu'il est plus ad&#233;quat d'en parler au pluriel &#8211; et leur (absence de) pouvoir politique et, d'autre part, du caract&#232;re transnational de l'oligarchie ha&#239;tienne. C'est d'ailleurs ce caract&#232;re qui permet de sortir des faux dilemmes : cette oligarchie est &#224; la fois dominante &#8211; domination exerc&#233;e sur la population ha&#239;tienne &#8211; et (partiellement) domin&#233;e sur la sc&#232;ne internationale [18].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel des ressources &#233;conomiques et politiques de cette oligarchie proviennent de la d&#233;pendance du pays [19]. Elle tire ses revenus de l'import-export, des tarifs douaniers tr&#232;s faibles, de la perm&#233;abilit&#233; des fronti&#232;res et des douanes, de sa situation de quasi-monopole, etc. et de son assise politique. Le pouvoir de cette classe politique &#171; incestueuse &#187; [20] est &#233;troitement li&#233; &#224; sa capture de l'&#201;tat et &#224; la mainmise de Washington, oppos&#233; &#224; tout changement qui arracherait Ha&#239;ti &#224; son contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la question du changement social ; question d'une actualit&#233; br&#251;lante qui a pris la forme, &#224; la suite du soul&#232;vement populaire de 2018-2019, du projet de &#171; transition de rupture &#187; de l'Accord de Montana. Cette transition et cette rupture plongent leurs racines loin en amont, dans la r&#233;volution ha&#239;tienne elle-m&#234;me, tant la crise actuelle est la cons&#233;quence d'un pass&#233; colonial et d'un pr&#233;sent n&#233;ocolonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, ce projet de refonder la souverainet&#233; populaire et les institutions publiques porte en lui une charge contradictoire. Il tend ainsi &#224; se fixer sur la consolidation d'un &#201;tat-nation souverain, fort, d&#233;gag&#233; de la tutelle internationale, alors m&#234;me qu'il se nourrit aussi &#8211; au moins implicitement &#8211; d'une exp&#233;rience alternative. Cette exp&#233;rience, c'est celle des luttes des esclaves et de la paysannerie ; celles du marronnage, des &#171; mounn andey&#242; &#187;, sans &#201;tat, des espaces collectifs autonomes de vie et de production, bref d'autant d'exp&#233;riences d'une libert&#233; soustraite &#224; la dynamique &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fixation des r&#233;f&#233;rences et revendications sur la construction de l'&#201;tat, doubl&#233;e d'une h&#233;ro&#239;sation f&#233;tichiste de ce pass&#233; &#8211; sans en &#233;tudier ni la port&#233;e ni la limite &#8211; risque d'enfermer le changement &#224; l'int&#233;rieur d'un sch&#233;ma historique connu et &#171; valid&#233; &#187; et d'une philosophie de l'&#201;tat, alors que, justement, l'histoire d'Ha&#239;ti dessine des lignes de fuite dont il serait utile de s'inspirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En guise de conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais conclure par un appel &#224; reconna&#238;tre et &#224; prendre au s&#233;rieux le d&#233;fi lanc&#233; par l'histoire et l'actualit&#233; d'Ha&#239;ti aux sciences sociales, car c'est aussi et surtout un d&#233;fi aux luttes, d'hier et d'aujourd'hui, en France et ailleurs ; un d&#233;fi aux th&#233;ories de l'&#233;galit&#233; et de la libert&#233; afin qu'elles soient &#224; la hauteur des promesses de la r&#233;volution ha&#239;tienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Enzo Traverso, L'histoire comme champ de bataille. Interpr&#233;ter les violences du XXe si&#232;cle, La D&#233;couverte, Paris, 2012.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Sabine Manigat &#233;voque des &#233;tiquettes qui folklorisent l'histoire et les probl&#232;mes d'Ha&#239;ti. &#171; Tomar en serio a Hait&#237;. Entrevista a Sabine Manigat &#187;, Nueva sociedad, mars 2019, &lt;a href=&#034;https://nuso.org/articulo/haiti-protestas-petrocaribe-moise/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://nuso.org/articulo/haiti-protestas-petrocaribe-moise/&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Laennec Hurbon, Esclavage, religions et politique en Ha&#239;ti, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2023.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] Soul&#232;vements populaires, Alternatives Sud, XXVII &#8211; 2020, n&#176;4, France, Cetri/Syllepse, 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] &#171; &#8216;Il y a un conflit intra-oligarchique pour le contr&#244;le de certains secteurs strat&#233;giques'. Entretien crois&#233; : Camille Chalmers, repr&#233;sentant de la Plateforme Ha&#239;tienne de Plaidoyer pour un D&#233;veloppement Alternatif (PAPDA) et Fritz Jean &#187;, Fr&#233;d&#233;ric Thomas, Ha&#239;ti : crise, transition et rupture, Cetri, mars 2023, &lt;a href=&#034;https://www.cetri.be/Haiti-crise-transition-et-rupture&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cetri.be/Haiti-crise-transition-et-rupture&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] Eleni Varikas, &#171; L'institution embarrassante. Silences de l'esclavage dans la gen&#232;se de la libert&#233; moderne &#187;, Raisons politiques, vol. 11, n&#176; 3, 2003, pp. 81-96, &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-raisons-politiques-2003-3-page-81.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/revue-raisons-politiques-2003-3-page-81.htm&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[7] La&#235;nnec Hurbon, op. cit., page 37.&lt;br class='autobr' /&gt;
[8] Jean-Pierre Le Glaunec, L'arm&#233;e indig&#232;ne. La d&#233;faite de Napol&#233;on en Ha&#239;ti, Qu&#233;bec, Lux, 2020&lt;br class='autobr' /&gt;
[9] &#171; La bourgeoisie supprime de plus en plus l'&#233;miettement des moyens de production, de la propri&#233;t&#233; et de la population. Elle a agglom&#233;r&#233; la population, centralis&#233; les moyens de production et concentr&#233; la propri&#233;t&#233; dans un petit nombre de mains. La cons&#233;quence totale de ces changements a &#233;t&#233; la centralisation politique. Des provinces ind&#233;pendantes, tout juste f&#233;d&#233;r&#233;es entre elles, ayant des int&#233;r&#234;ts, des lois, des gouvernements, des tarifs douaniers diff&#233;rents, ont &#233;t&#233; r&#233;unies en une seule nation, avec un seul gouvernement, une seule loi, un seul int&#233;r&#234;t national de classe, derri&#232;re un seul cordon douanier &#187;, Karl Marx, Le manifeste du Parti communiste, 1847, &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000a.htm&lt;/a&gt;. Voir aussi Robert Fatton : &#171; La bourgeoisie n'a pas de projet national, except&#233; l'acceptation de la d&#233;pendance envers des forces ext&#233;rieures, afin de permettre sa survie politique et son bien-&#234;tre mat&#233;riel &#187;, &#8220;Ha&#239;ti : la politique d'industrialisation par invitation&#8221;, Cahiers des Am&#233;riques latines, 75 | 2014, &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/cal/3109&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/cal/3109&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[10] Vivek Chibber, La th&#233;orie postcoloniale et le spectre du Capital, France, &#233;ditions de l'Asym&#233;trie, 2018.&lt;br class='autobr' /&gt;
[11] Notamment la question de l'imp&#233;rialisme, ainsi que celle du r&#244;le de la Chine en Am&#233;rique latine.&lt;br class='autobr' /&gt;
[12] G&#233;rard Barth&#233;l&#233;my, L'univers rural ha&#239;tien : Le pays en dehors, Paris, L'Harmattan, 1991.&lt;br class='autobr' /&gt;
[13] Fr&#233;d&#233;ric Thomas, &#171; Les deux racines de la col&#232;re ha&#239;tienne &#187;, Cetri, 30 janvier 2020, &lt;a href=&#034;https://www.cetri.be/Les-deux-racines-de-la-colere&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cetri.be/Les-deux-racines-de-la-colere&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[14] Alrich Nicolas, &#171; Le processus d'appauvrissement des classes moyennes en Ha&#239;ti et ses cons&#233;quences &#233;conomiques et sociales &#187;, Occasional Paper 6. Overcoming Inequalities in a Fractured World : Between Elite Power and Social Mobilization, UNRISD, mars 2020, &lt;a href=&#034;https://www.unrisd.org/80256B3C005BCCF9/(httpAuxPages&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.unrisd.org/80256B3C005BCCF9/(httpAuxPages&lt;/a&gt;)/1526BCA4AA33D07B802585260045FEAD/$file/OI-OP-6&#8212;Nicolas_Overcoming%20Inequalities.pdf. Fr&#233;d&#233;ric Thomas, &#171; La morale des soul&#232;vements ? Classes moyennes, &#233;conomie morale et r&#233;voltes populaires &#187;, Cetri, 9 avril 2020, &lt;a href=&#034;https://www.cetri.be/La-morale-des-soulevements-Classes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cetri.be/La-morale-des-soulevements-Classes&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[15] Andr&#233; Corten, Catherine Huart et Ricardo Pe&#241;afiel (sous la direction de), L'interpellation pl&#233;b&#233;ienne en Am&#233;rique latine. Violence, actions directes et virage &#224; gauche, Clamecy, Karthala &#8211; Presses de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec, 2012.&lt;br class='autobr' /&gt;
[16] Les transferts de la diaspora repr&#233;sentent entre 25 &#224; 30% du PIB d'Ha&#239;ti, le situant &#171; parmi les cinq pays les plus d&#233;pendants des transferts priv&#233;s au monde. &#171; La tendance [de ces transferts] &#224; la hausse s'acc&#233;l&#232;re au fil des ann&#233;es &#187;, Nations unies, Ha&#239;ti. Analyse commune de pays, juillet 2022, &lt;a href=&#034;https://haiti.un.org/fr/189058-ha%C3%AFti-analyse-commune-de-pays-juillet-2022&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://haiti.un.org/fr/189058-ha%C3%AFti-analyse-commune-de-pays-juillet-2022&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[17] Les deux &#201;tats r&#233;agissent en grande partie en fonction d'une pr&#233;tendue menace &#171; d'invasion &#187; ha&#239;tienne. Jean-Rony Monestime Andr&#233;, &#171; La construction du mur-fronti&#232;re : le recrutement d'ouvriers ha&#239;tiens &#187;, Le Nouvelliste, 9 juin 2022, &lt;a href=&#034;https://lenouvelliste.com/article/236231/la-construction-du-mur-frontiere-le-recrutement-douvriers-haitiens&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://lenouvelliste.com/article/236231/la-construction-du-mur-frontiere-le-recrutement-douvriers-haitiens&lt;/a&gt; ; Miami school of law, Stop Deportations To Haiti, &lt;a href=&#034;https://www.law.miami.edu/academics/experiential-learning/clinics/immigration/projects/stop-deportations-haiti/index.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.law.miami.edu/academics/experiential-learning/clinics/immigration/projects/stop-deportations-haiti/index.html&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[18] Suzy Castor, &#171; Les racines s&#233;culaires d'une difficile construction nationale &#187; dans Jean-Daniel Rainhorn (dir.), Ha&#239;ti, r&#233;inventer l'avenir, Paris, 2012, &#201;ditions de la Maison des sciences de l'homme, &#201;ditions de l'Universit&#233; d'&#201;tat d'Ha&#239;ti, &lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/editionsmsh/8295?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/editionsmsh/8295?lang=fr&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[19] Fr&#233;d&#233;ric Thomas, &#171; Ha&#239;ti : recommencer la r&#233;volution &#187;, Cetri, 29 mars 2021, &lt;a href=&#034;https://www.cetri.be/Haiti-recommencer-la-revolution#nb11&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cetri.be/Haiti-recommencer-la-revolution#nb11&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[20] &#171; &#8216;Il y a un conflit intra-oligarchique pour le contr&#244;le de certains secteurs strat&#233;giques'. Entretien crois&#233; : Camille Chalmers, repr&#233;sentant de la Plateforme Ha&#239;tienne de Plaidoyer pour un D&#233;veloppement Alternatif (PAPDA) et Fritz Jean, Fr&#233;d&#233;ric Thomas, Ha&#239;ti : crise, transition et rupture, Cetri, mars 2023, &lt;a href=&#034;https://www.cetri.be/Haiti-crise-transition-et-rupture&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cetri.be/Haiti-crise-transition-et-rupture&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Thomas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cetri.be/Le-double-defi-haitien&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cetri.be/Le-double-defi-haitien&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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