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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Podemos &#224; mi-chemin</title>
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		<dc:date>2016-06-07T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>&#205;&#241;igo Errej&#243;n</dc:creator>


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		<dc:subject>Edition du 2016-05-31</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les &#233;lections g&#233;n&#233;rales du 20 d&#233;cembre dernier en Espagne n'ont accouch&#233; 'aucune majorit&#233; absolue. Podemos, troisi&#232;me force politique &#8212; derri&#232;re le Parti populaire et le Parti socialiste ouvrier espagnol &#8212;, s'est conform&#233; au jeu des alliances avec pour igne de mire un accord de gouvernement avec ledit Parti socialiste et Izquierda Unida (coalition de gauche radicale). Quatre mois de n&#233;gociations plus tard, les pourparlers n'ont rien donn&#233;, sinon une clarification suppl&#233;mentaire : les &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH148/arton26553-87278.png?1674712583' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='148' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les &#233;lections g&#233;n&#233;rales du 20 d&#233;cembre dernier en Espagne n'ont accouch&#233; 'aucune majorit&#233; absolue. Podemos, troisi&#232;me force politique &#8212; derri&#232;re le Parti populaire et le Parti socialiste ouvrier espagnol &#8212;, s'est conform&#233; au jeu des alliances avec pour igne de mire un accord de gouvernement avec ledit Parti socialiste et Izquierda Unida (coalition de gauche radicale). Quatre mois de n&#233;gociations plus tard, les pourparlers n'ont rien donn&#233;, sinon une clarification suppl&#233;mentaire : les &#171; socialistes &#187; spagnols ont pr&#233;f&#233;r&#233; s'entendre avec le parti lib&#233;ral Cuidadanos (avec, dans leur mallette, l'&#233;ternel projet de &#171; grande coalition &#187; des r&#233;formateurs).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le pays va vers de nouvelles &#233;lections en juin, comme le pr&#233;voit la Constitution. Podemos est donc face &#224; une question strat&#233;gique : faut-il s'allier avec Izquierda Unida pour d&#233;passer le Parti socialiste ? &#205;&#241;igo Errej&#243;n, secr&#233;taire politique de Podemos, &#233;met des doutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://ctxt.es/es/20160420/Firmas/5562/Podemos-transformacion-identidad-poder-cambio-Tribunas-y-Debates.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dans cette tribune publi&#233;e sur le site de la revue CTXT&lt;/a&gt;, il rappelle les fondements th&#233;oriques &#224; l'origine de l'hypoth&#232;se Podemos. Un double niveau de lecture est ici n&#233;cessaire. Il y a, d'une part, l'analyse du docteur en science politique qui prend de la distance et r&#233;pond aux objections de ses contradicteurs ; mais intervient surtout l'acteur pris dans une lutte de pouvoir. La &#171; politique populiste &#187; &#8212; ou &#171; politique h&#233;g&#233;monique &#187; &#8212; qu'il appelle de ses v&#339;ux doit, estime Errej&#243;n, refuser le &#171; cartel des gauches &#187; (le patchwork des sigles, la superposition des drapeaux et des identit&#233;s particuli&#232;res). Une seule et unique ligne de fracture d&#233;tient, pense-t-il, la capacit&#233; de bousculer l'ordre dominant : celle qui oppose le peuple (ceux d'en bas, les gens ordinaires) &#224; ceux d'en haut (les privil&#233;gi&#233;s, la caste). Nous publierons ensuite la r&#233;ponse qui lui fut faite par des membres de Podemos critiques de sa direction, afin de donner &#224; lire, au public francophone, les d&#233;bats strat&#233;giques de nos voisins et camarades.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Le discours n'est pas une question d'apparence : c'est un terrain de bataille&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques semaines, je me trouvais dans un supermarch&#233; lorsque deux travailleurs de ce magasin vinrent me parler, chacun de leur c&#244;t&#233;. La premi&#232;re travailleuse me demanda, m'encouragea, &#224; ne pas oublier les droits des animaux &lt;i&gt;&#171; pour quand nous serions en haut &#187;&lt;/i&gt;. Elle connaissait en profondeur les droits en question. Peu apr&#232;s, le boucher m'encourageait et me disait que nous devions veiller davantage sur le quartier de Chueca [quartier gay de Madrid, ndlr], o&#249; il ne vivait pas mais sortait souvent. Dans les deux cas, il s'agissait d'un appui diffus et g&#233;n&#233;ral &#224; Podemos, bien que j'aie &#233;t&#233; surpris qu'aucun des deux n'ait fait r&#233;f&#233;rence &#224; ses conditions de travail : ils exprimaient leurs demandes dans des termes non r&#233;ductibles &#224; une question ou une appartenance commune. Il n'y avait m&#234;me pas un terrain id&#233;ologique commun qui regroupait leurs sympathies : elles se situaient &#224; des niveaux tr&#232;s g&#233;n&#233;raux, aussi vastes que dispers&#233;s. Ce n'est pas une t&#226;che facile que de les lire et les nommer. C'est pourtant un moment cl&#233; de la lutte politique. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, plus l'ensemble &#224; articuler est vaste et fragment&#233;, plus les r&#233;f&#233;rents qui permettent d'unifier toute une s&#233;rie de revendications sont vagues et flexibles. Dans ce cas, je pense que la sympathie &#233;tait fondamentalement li&#233;e &#224; une perception diffuse de repr&#233;sentation de quelque chose de &#171; nouveau &#187;, une chose qui serait &#171; &#233;loign&#233;e &#187; des &#233;lites traditionnelles ainsi qu'une promesse g&#233;n&#233;rale de &#171; renouveau de pays &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit en rien de nier qu'il existe des int&#233;r&#234;ts concrets, des n&#233;cessit&#233;s mat&#233;rielles li&#233;es &#224; notre fa&#231;on de vivre et gagner notre vie. Mais de reconna&#238;tre que ces n&#233;cessit&#233;s n'ont jamais de reflet direct et &#171; naturel &#187; en politique, si ce n'est &#224; travers des identifications qui offrent un support symbolique, affectif et mythique sur lequel s'articulent des positions et demandes tr&#232;s diff&#233;rentes. Dans l'anecdote que j'ai utilis&#233;e comme illustration, la sympathie pour Podemos et le possible vote partag&#233; pour ce parti n'avaient pas grand-chose &#224; voir avec une conception utilitaire ni une translation m&#233;canique de conditions de travail en position politique, mais relevait d'un &#171; surplus de sens &#187;, d'un exc&#233;dent symbolique qui mettait en commun leurs demandes n&#233;glig&#233;es et leur volont&#233; g&#233;n&#233;rale de &#171; changement &#187; &#8211; identifi&#233; comme un r&#233;&#233;quilibrage du contrat social en faveur de la citoyennet&#233; et non de la petite minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capacit&#233; de Podemos &#224; &#233;couter ce que dit &#171; la rue &#187; et &#224; le traduire dans les institutions ne suffit pas &#224; expliquer son succ&#232;s partiel. D'abord parce que &#171; la rue &#187; ne dit pas une seule et unique chose mais plusieurs, et souvent contradictoires. Ensuite, la politique a toujours &#233;t&#233; une activit&#233; de construction d'ordre et de sens au moyen de volont&#233;s entrecrois&#233;es, de contradictions et de positions changeantes. Et, dans les moments de crise, qui ne sont jamais des moments de clarification des camps [politiques, ndlr] en pr&#233;sence, mais de fragmentation et d'effondrement des identifications traditionnelles, il devient encore plus important de concevoir l'activit&#233; politique comme construction collective d'un r&#233;cit qui regroupe des douleurs, postule une vision diff&#233;rente de la situation et propose un horizon et une aspiration qui condense une accumulation g&#233;n&#233;rale de demandes frustr&#233;es et non canalis&#233;es par les institutions. Une vision qui produit aussi bien des liens affectifs, de solidarit&#233; et d'appartenance qu'un objectif collectif, des ic&#244;nes et des leaders qui catalysent une nouvelle identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le dire de mani&#232;re provocatrice, &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mar&#237;a_Dolores_de_Cospedal&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mar&#237;a Dolores de Cospedal&lt;/a&gt; [secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Parti populaire, ndlr] ne mentait pas quand elle affirmait, non sans un certain cynisme, que &lt;i&gt;&#171; le Parti populaire est le parti des travailleurs &#187;&lt;/i&gt;. Au-del&#224; des pr&#233;f&#233;rences subjectives, le PP fut capable, durant de nombreuses ann&#233;es, de construire une majorit&#233; &#233;lectorale, et plus encore : une identit&#233; que, par la force des choses, partagent de larges secteurs du salariat. Cela supposait une construction culturelle et mat&#233;rielle complexe dans laquelle se m&#233;langent de multiples facteurs &#8212; le d&#233;clin du secteur industriel, de ses emplois et des formes de participation politiques qui lui sont associ&#233;es, la disparition des perspectives d'ascension sociale traditionnelle au profit de celles de la bulle immobili&#232;re et de ses rentes, un nouveau r&#233;cit sur l'Espagne, etc. Il ne s'agit en aucun cas d'une &#171; farce &#187; mais d'une construction h&#233;g&#233;monique, productrice d'un nouvel ordre. C'est pourquoi la politique de transformation n'est jamais la r&#233;v&#233;lation d'une &#171; v&#233;rit&#233; &#187; qui existe d&#233;j&#224;, elle n'est pas non plus le &#171; haut-parleur &#187; de ce qu'un &#171; peuple d&#233;j&#224;-l&#224; &#187; sait d'avance, ou une essence en attente d'&#234;tre proclam&#233;e. Cette approche peut seulement conduire &#224; la r&#233;signation, la m&#233;lancolie ou l'attitude du proph&#232;te maudit. Au contraire, il s'agit de construire des identit&#233;s diff&#233;rentes qui d&#233;passent et bousculent le possible &#224; partir de ce qui existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons expos&#233; plusieurs fois la th&#232;se qui est &#224; l'origine de la capacit&#233; transformatrice de Podemos : la politique consiste en la construction de sens et, par cons&#233;quent, le discours n'est pas un habillage des positions politiques d&#233;j&#224; d&#233;termin&#233;es ailleurs (l'&#233;conomie, la g&#233;ographie, l'histoire), mais c'est un terrain de combat fondamental pour construire des positions et changer les rapports de force dans une soci&#233;t&#233;. Le second pilier de cette th&#232;se affirme que la politique radicale, qui aspire &#224; g&#233;n&#233;rer une autre h&#233;g&#233;monie et un autre bloc de pouvoir, n'est pas celle qui se situe en opposition des consensus de son &#233;poque, dans une marge m&#233;lancolique d'enti&#232;re contestation, sinon celle qui assume la culture de son temps : elle a un pied dans les conceptions et &#171; v&#233;rit&#233;s &#187; de son &#233;poque et l'autre dans un possible chemin alternatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; contre-h&#233;g&#233;monique ne r&#233;fute pas mais, au contraire, part de la culture de son temps et cherche &#224; r&#233;articuler les &#233;l&#233;ments d&#233;j&#224; pr&#233;sents pour g&#233;n&#233;rer un sens commun nouveau, une nouvelle volont&#233; populaire nourrie &#224; partir de &#171; mat&#233;riaux &#187; qui sont d&#233;j&#224; l&#224;, sur ce terrain de bataille souple et in&#233;puisable qu'est le sens commun d'une &#233;poque. En ce sens, en d&#233;pit du mythe jacobin de la r&#233;volution comme synonyme de &#171; table rase &#187;, tous les grands processus de changement politique h&#233;ritent largement de ce qui existe ant&#233;rieurement et triomphent quand ils incluent de mani&#232;re subordonn&#233;e leurs adversaires ant&#233;rieurement dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus ouvert par le 15M de 2011 est, par exemple, contre-h&#233;g&#233;monique dans la mesure o&#249; il ne d&#233;nonce pas le &#171; mensonge &#187; du &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Constitution_espagnole_de_1978&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;gime de 1978&lt;/a&gt; [constitution de 1978 issue de la transition post-franquiste pact&#233;e entre le PSOE et le PP, ndlr] &#8212; rien en politique n'est un &#171; mensonge &#187; s'il construit par lui-m&#234;me l'&#233;quilibre, les croyances et l'accord pour g&#233;n&#233;rer de la stabilit&#233; durant des d&#233;cennies &#8212;, mais assume et part de ses promesses inaccomplies, en questionnant le r&#233;gime selon ses propres termes. La narration qui commence alors &#224; prendre forme est ainsi la possibilit&#233; d'une identification populaire, d&#233;mocratique et r&#233;publicaine &#8212; j'utilise le concept en termes th&#233;oriques : non pas en rapport avec la forme de l'&#201;tat mais avec la d&#233;fense des institutions et leurs contre-pouvoirs &#8212; massive et potentiellement majoritaire. Ce discours, ce sentiment qui se d&#233;ploie, s'est montr&#233;, pr&#233;cis&#233;ment pour sa lecture politique et son attention &#224; l'h&#233;g&#233;monie, un bien meilleur chemin de transformation que les principes moralisants et esth&#233;tiquement satisfaisants de la gauche traditionnelle. Les pouvoirs dominants l'ont &#233;galement compris, puisqu'ils nous harc&#232;lent pour nous enfermer dans d'&#233;troites &#233;tiquettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Quelques pr&#233;cisions sur l'hypoth&#232;se Podemos&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception constructiviste de la politique et l'importance qu'elle donne au langage, aux m&#233;taphores et &#224; la pratique de la contre-h&#233;g&#233;monie a souffert d'un paradoxe : un succ&#232;s du point de vue pratique, mais peu compris du point de vue th&#233;orique. Le succ&#232;s de &#171; l'hypoth&#232;se Podemos &#187; ne se traduit pas seulement en r&#233;sultats &#233;lectoraux. Il a chang&#233; en grande partie le combat politique en Espagne, en revitalisant la sph&#232;re publique, en renouvelant le langage et en centralisant la bataille pour le r&#233;cit. Toutefois, sur le plan de l'analyse, cette th&#232;se a eu deux grands groupes d'objections. Tout d'abord, cette politique h&#233;g&#233;monique a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233;e de fa&#231;on extr&#234;mement superficielle, comme une sorte d'ambigu&#239;t&#233; et de prudence pour ne pas prendre position sur des questions difficiles ; esp&#233;rant ainsi r&#233;colter des voix d'origine tr&#232;s diff&#233;rentes et &#233;loign&#233;es. Ensuite, on a accus&#233; cette vision d'&#234;tre &#233;litiste, comme si la construction d'un peuple &#233;tait un processus d'ing&#233;nierie rh&#233;torique &#233;nonc&#233; de haut en bas. Je r&#233;ponds bri&#232;vement &#224; ces deux objections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier groupe d'objections confond la politique populiste avec la pratique d&#233;sid&#233;ologis&#233;e des partis que la science politique appelle &lt;i&gt;catch all&lt;/i&gt;ou &#171; parti-attrape-tout &#187; ; une &#233;volution de la majorit&#233; des partis dans les d&#233;mocraties lib&#233;rales qui tend &#224; chercher &#224; obtenir des voix de presque tous les secteurs de la population en &#233;vitant les sujets les plus conflictuels et polarisants. Curieusement (ou pas), ce pr&#233;jug&#233; est partag&#233; par les intellectuels conservateurs et lib&#233;raux &#8212; qui voient dans le populisme une aberration pl&#233;b&#233;ienne, amorphe et mena&#231;ante pour la d&#233;mocratie &#8212; et par certains commentateurs de gauche, inquiets face &#224; des discours dans lesquels ils ne retrouvent pas leurs mots f&#233;tiches et qui leur semblent de simples &#171; ruses &#233;lectorales &#187;. Les premiers oublient que les grandes transformations d&#233;mocratiques et anti-&#233;litistes, qui sont &#224; la base de nos &#201;tats de droit, passent toujours par le postulat d'un nouveau d&#232;mos, comme nous le rappelle l'un des principaux th&#233;oriciens de la d&#233;mocratie lib&#233;rale,&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Alan_Dahl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Robert A. Dahl&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les seconds oublient que, &#224; chaque fois que les secteurs les plus d&#233;munis de la soci&#233;t&#233; sont devenus des majorit&#233;s politiques, cela n'est pas pass&#233; par la revendication d'&#234;tre une partie &#8212; la gauche &#8212; mais en construisant une nouvelle totalit&#233;, le noyau d'un nouveau projet de pays. Nous appelons cela la transversalit&#233; et le projet national-populaire. La diff&#233;rence fondamentale avec le marketing &#233;lectoral des partis &#171; attrape-tout &#187; c'est que, au lieu de d&#233;politiser, le projet national-populaire politise ; au lieu de chercher &#224; dissoudre les passions, il les revendique ; au lieu de brouiller les fronti&#232;res entre un &#171; nous &#187; et un &#171; eux &#187;, consubstantielles au pluralisme, il les reconstruit sous une autre forme. Si le marketing dissout les diff&#233;rences pour parler &#224; un tout indiff&#233;renci&#233; et liquide, la politique qui aspire &#224; construire un peuple propose une diff&#233;rence fondamentale, une fronti&#232;re, qui isole les &#233;lites et part d'une nouvelle volont&#233; collective qui peut refonder &#224; nouveau le pays &#224; partir des besoins des secteurs n&#233;glig&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le marketing fait appel au choix volatil du consommateur, la politique populaire interpelle l'&#233;motion de l'appartenance et de la passion politique des moments fondateurs. La premi&#232;re est le pr&#233;sent perp&#233;tuel et plat, la deuxi&#232;me implique une certaine id&#233;e de transcendance et, par cons&#233;quent, de religion la&#239;que, civique et d&#233;mocratique dans le cas des projets progressistes. C'est ce genre d'&#233;motions que l'on vit dans les meetings de Podemos, et qu'on ne peut imiter. L'expression &#171; signifiants vides &#187; a sans doute contribu&#233; &#224; l'incompr&#233;hension puisque &#171; vides &#187; a &#233;t&#233; traduit &#8212; m&#234;me dans les espaces militants &#8212; par &#171; ne rien dire qui puisse faire fuir des votes &#187; ; encore une fois, il y a confusion entre discours et simple emballage. Il est n&#233;cessaire d'&#233;chapper &#224; cette erreur pour saisir le r&#244;le des mots comme ciment dans une bataille pour le sens qui n'a rien d'ambigu mais qui commence, comme nous l'avons vu plusieurs fois, par celui qui fixe les termes de la dispute, d&#233;termine les &#233;tiquettes et construit le terrain de jeu. Dans cette bataille, il y a des termes &#8212; vastes, conflictuels &#8212; qui peuvent &#234;tre des remparts au service de la conservation de l'existant ou devenir les points nodaux d'une nouvelle repr&#233;sentation et d'un nouveau projet de pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas d'une dissimulation ; il s'agit de savoir par qui et comment est d&#233;finie la fronti&#232;re entre &#171; nous &#187; et &#171; eux &#187;. La fronti&#232;re entre le bas et le haut &#8212; dans ses diverses formulations &#8212; est d'ailleurs beaucoup plus radicale puisqu'elle est illisible du point de vue institutionnel : elle ne peut pas avoir lieu dans les parlements ; elle suppose un motif de plainte agressive et permanente pour certains producteurs d'opinion : personne ne nous a jamais attaqu&#233;s parce que nous &#171; tentions de repr&#233;senter la gauche &#187;, mais on nous a attaqu&#233;s parce que nous tentions de repr&#233;senter le peuple ou les gens. C'est ainsi qu'on d&#233;voile le partage symbolique confortable pour l'ordre et, en outre, la bataille discursive en place : priver les puissants du droit de parler au nom de l'Espagne, en construisant un nouvel int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral qui n'exclut pas d'office la moiti&#233; du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me de ces objections renvoie &#224; la croyance que cette approche de la pr&#233;dominance du discursif correspond n&#233;cessairement &#224; une op&#233;ration de volontarisme et d'&#233;litisme extr&#234;me : un petit nombre d'experts qui nomment et convoquent le peuple. Si on construisait un peuple de cette fa&#231;on, auraient alors suffi toutes les &#233;num&#233;rations des maux sociaux et les appels &#224; l'unit&#233; pour que le d&#233;nuement et le malaise se convertissent en sujet politique. Nous savons n&#233;anmoins, au moins depuis le n&#233;olib&#233;ralisme, qu'aucune augmentation de l'insatisfaction ne g&#233;n&#232;re un changement politique sans une culture diff&#233;rente, si elle n'est pas inscrite, articul&#233;e et con&#231;ue avec un nouveau r&#233;cit capable de d&#233;sarmer et transpercer ce qui, hier encore, donnait une certaine naturalit&#233; &#224; l'ordre traditionnel. Mais ce nouveau r&#233;cit, qui n'est pas un tour de magie ni l'&#339;uvre d'un petit nombre de personnes, n'a rien &#224; voir avec un programme &#233;lectoral, ni avec un ensemble d'interpr&#233;tations ou avec une d&#233;cision de quelque organisation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une &#339;uvre massive et d&#233;sordonn&#233;e, o&#249; s'accumulent des strates, des notions qui commencent &#224; &#234;tre partag&#233;es, des slogans qui deviennent efficaces, des romans, des chansons, des vid&#233;os, des programmes, des s&#233;ries, des films et des livres ; des articles, des symboles, des moments qui restent grav&#233;s et se transforment en m&#233;moire partag&#233;e et mythifi&#233;e, des leaders, des ic&#244;nes ou des exemples qui acqui&#232;rent une signification universelle &#8212; de la m&#234;me fa&#231;on que les expulsions locatives en Espagne ont &#233;t&#233; d'abord un drame priv&#233;, ensuite un probl&#232;me sur l'agenda politique et, enfin, une grande victoire culturelle. Tout cet arsenal culturel, qui commence en rassemblant les revendications non satisfaites et qui continue en esquissant une scission entre le pays officiel et le pays r&#233;el, c'est ce que nous appelons la construction d'une volont&#233; collective. Cette construction ne r&#233;pond pas &#224; un plan, puisqu'elle ne se dessine jamais en ligne droite, mais ce n'est pas non plus une &#339;uvre divine ou la cons&#233;quence des forces de l'histoire : c'est le r&#233;sultat de nombreuses interventions politiques, concr&#232;tes et contingentes, les unes plus efficaces que les autres, qui produisent un nouveau sens politique, une nouvelle identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas une &#339;uvre d'ing&#233;nierie, mais un processus culturel d&#233;centralis&#233;, magmatique et constant, sur lequel il est de toute fa&#231;on possible d'intervenir. Cependant, savoir lire les possibilit&#233;s du d&#233;ploiement de ce sens partag&#233;, interpr&#233;ter le terrain sur lequel il se construit et &#234;tre utile en mettant en circulation des expressions, des propositions et des horizons, des t&#226;ches et des mythes, voil&#224; ce qui diff&#233;rencie la vertu d'une pratiques politique par rapport &#224; une autre. Enfin, la construction politique ne se juge, a posteriori, que par ses r&#233;sultats. En tout cas, la construction d'un peuple, d'une force qui exige avec succ&#232;s la repr&#233;sentation d'un nouveau projet national &#8212; dans notre cas, n&#233;cessairement plurinational &#8212; n'est jamais close. En tant que projet, jamais le peuple n'est complet et jamais il n'exclut la multiplicit&#233; d'ajustements qui peuvent se produire autour des diff&#233;rents axes de diff&#233;rence ou de conflit. Il s'agit d'une activit&#233; permanente de production et de reproduction de sens : le &#171; &lt;i&gt; We the People &#187;&lt;/i&gt; fondateur et sa gestion quotidienne dans les institutions qui l'expriment et l'int&#232;grent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Deux pistes, un chemin. Allons chercher ceux qui manquent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Podemos est n&#233; avec un but explicite et d&#233;clar&#233; : construire une nouvelle majorit&#233; populaire qui rendrait la souverainet&#233; &#224; ceux qui avaient &#233;t&#233; oubli&#233;s, arnaqu&#233;s ou trait&#233;s de fa&#231;on injuste par la confiscation oligarchique &#8212; et souvent mafieuse &#8212; de nos institutions. Nous savions que cette t&#226;che &#233;tait compos&#233;e fondamentalement de deux voies. Une premi&#232;re voie, acc&#233;l&#233;r&#233;e et vertigineuse, exigeait d'&#234;tre en condition pour livrer toutes les batailles &#233;lectorales de ces deux ann&#233;es d&#233;cisives. Nous avons souvent repr&#233;sent&#233; cette voie comme une charge &#8212; pacifique &#8212; de cavalerie, &#171; tout ou rien &#187;, contre le pouvoir politique. On peut dire que c'est une piste &#224; la logique pl&#233;biscitaire, qui nous a amen&#233;s &#224; construire la d&#233;sormais c&#233;l&#232;bre &#171; machine de guerre &#233;lectorale &#187;. Toute &#233;valuation des co&#251;ts induits par le choix de privil&#233;gier cette piste &#233;lectorale doit aussi n&#233;cessairement se faire &#224; l'aune du terrain gagn&#233; contre l'adversaire gr&#226;ce &#224; cette d&#233;cision : tout d'abord, cette voie a emp&#234;ch&#233; une restauration conservatrice et une consolidation de ses positions d&#233;j&#224; conquises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; cette guerre d'usure, malgr&#233; les insultes, malgr&#233; la campagne jouant sur la peur, malgr&#233; nos propres erreurs et malgr&#233; les croche-pieds, une force qui d&#233;fie clairement les puissants a obtenu, le 20 d&#233;cembre 2015, cinq millions de voix &#8212; soit 21 % des suffrages. Si d'aucuns peuvent penser que nous sommes tr&#232;s loin d'&#234;tre devenus la premi&#232;re force politique, il leur faudra admettre que nous sommes arriv&#233;s beaucoup plus haut que ce que les sondages pr&#233;voyaient ; il leur faudra admettre que nous avons &#233;vit&#233; la fermeture de la fen&#234;tre d'opportunit&#233; et que nous avons contribu&#233; de fa&#231;on d&#233;cisive &#224; un processus de changement politique, encore inachev&#233; mais sur lequel on ne peut d&#233;sormais plus revenir, et qui a p&#233;n&#233;tr&#233; toutes les &#233;chelles g&#233;ographiques et institutionnelles, la culture politique, les habitudes et le paysage de notre pays. La profondeur de notre avanc&#233;e est pr&#233;cis&#233;ment la cause principale de cette p&#233;riode d'impasse dans laquelle les forces traditionnelles, pour la premi&#232;re fois dans notre syst&#232;me de partis, ne se suffisent pas &#224; elles-m&#234;mes pour gouverner dans des conditions normales &#8212; pas m&#234;me avec&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ciudadanos&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ciudadanos&lt;/a&gt; comme force auxiliaire du bipartisme. Cela nous a plac&#233;s dans une p&#233;riode de &#171; ballotage catastrophique &#187; entre les forces du changement et celles qui pr&#244;nent la perp&#233;tuation du cours des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me voie, plus culturelle, fait r&#233;f&#233;rence &#224; la t&#226;che plus lente de construction d'un r&#233;seau associatif, d'espaces de loisir, de socialisation et d'entraide, &#224; une mystique partag&#233;e, &#224; une communaut&#233; politique et un patrimoine culturel et intellectuel qui, au-del&#224; des avatars &#233;lectoraux, fonde une nouvelle fa&#231;on d'&#234;tre en commun, un projet de patrie. Nous avons d&#233;j&#224; eu l'occasion de parler du passage de la machine de guerre &#233;lectorale au mouvement populaire. Nous sommes ici dans une logique plus d&#233;centralis&#233;e et horizontale de construction de subjectivit&#233; et d'implantation territoriale, de multiplication de militants, dirigeants, gestionnaires et intellectuels du projet, afin de former un bloc historique qui ait la capacit&#233; de mettre en relation des secteurs tr&#232;s diff&#233;rents autour d'objectifs partag&#233;s et fiables, avec des r&#232;gles accept&#233;es et des proc&#233;dures &#233;tablies. Cette voie, comme on peut le voir, implique aussi une architecture institutionnelle qui pr&#233;vienne les pas en arri&#232;re, qui normalise les droits conquis et g&#233;n&#232;re plus de justice sociale et de d&#233;mocratisation, sans demander aux gens d'&#234;tre des h&#233;ros ou h&#233;ro&#239;nes &#8212; ou des militants &#8212; tous les jours ce qui rel&#232;verait d'une aspiration historiquement vou&#233;e &#224; l'&#233;chec. Progresser sur cette voie quand le vent nous pousse et pr&#233;parer les conditions afin de ne pas &#234;tre emport&#233;s avec lui quand ce vent sera contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, ce serait une erreur de penser que ces deux voies s'excluent mutuellement, de choisir l'une ou l'autre en termes moraux ou de penser que la premi&#232;re fait r&#233;f&#233;rence au travail &#233;lectoral et la deuxi&#232;me &#224; &#171; la rue &#187;. Nous sommes dans une soci&#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e, avec un &#201;tat diversifi&#233; et complexe et des administrations qui &#8212; pour l'essentiel &#8212; fonctionnent et sont appr&#233;ci&#233;es par les citoyens. Cela rend la composante &#171; r&#233;publicaine &#187; et institutionnelle au moins aussi importante que la composante &#171; populaire &#187;. Dans ce contexte, les grandes transformations, m&#234;me quand elles contiennent des moments d'acc&#233;l&#233;ration, ne se produisent pas par une explosion lors d'un grand soir mais dans un lent processus de conqu&#234;te institutionnelle, de d&#233;monstration de cr&#233;dibilit&#233;, de s&#233;duction, d'accouchement d'un pays alternatif et de construction des moyens de consensus et de pouvoir pour le construire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'exclut pas les coups de main audacieux ou les changements de rythme, mais donne une importance d&#233;cisive aux nuances et &#224; la capacit&#233; d'articulation : ce qui fait la diff&#233;rence entre un projet de masse et un projet majoritaire. Pour le dire simplement : notre construction d'une nouvelle volont&#233; collective sera &#224; la fois populaire et citoyenne, ou elle ne sera pas. Elle aura la capacit&#233; de tendre la main aux secteurs les plus d&#233;favoris&#233;s mais aussi aux secteurs interm&#233;diaires, s'appuiera sur les secteurs les plus mobilis&#233;s, mais elle sera aussi capable de parler le langage de ceux qui font encore aujourd'hui d&#233;faut pour une nouvelle majorit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela exige pour nous de penser Podemos au-del&#224; des circonstances exceptionnelles de ce cycle court. Comment construire un projet national-populaire, d&#233;mocratique et progressiste, dans une soci&#233;t&#233; fortement institutionnalis&#233;e dans laquelle la crise des &#233;lites et des partis n'est pas une crise de l'&#201;tat dans son ensemble ? La solution implique probablement la construction d'un &#171; nous &#187; &#233;lastique, flexible, toujours ouvert, tr&#232;s h&#233;t&#233;rog&#232;ne, et d'un &#171; eux &#187; dur, autour de l'infime minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e qui s'est plac&#233;e au-dessus de la loi. Cela nous permettrait d'&#233;chapper &#224; l'encerclement permanent qui tente de nous rejeter vers les deux options d'un manich&#233;isme mensonger : int&#233;gration-d&#233;molition, qui veut dire d&#233;sactivation ou marginalisation. Nous avons parcouru la moiti&#233; du chemin, non sans effort, avec la capacit&#233; de d&#233;battre d'un cap qui n'&#233;tait pas &#233;crit ; nous avons pu esquiver les tentatives de nous enfermer sur nous-m&#234;mes ; nous avons conserv&#233; la capacit&#233; de choisir les conflits, s&#233;duire et &#233;largir le champ. Partons en qu&#234;te de ce qui manque ; partons en qu&#234;te de celles et ceux qui manquent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte original : &#171; Podemos a mitad de camino &#187;,&lt;a href=&#034;http://ctxt.es/es/20160420/Firmas/5562/Podemos-transformacion-identidad-poder-cambio-Tribunas-y-Debates.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.ctxt.es&lt;/a&gt;, 23 avril 2016 &#8212; traduit de l'espagnol par Pablo Casta&#241;o Tierno, Luis Dapelo, Walden Dostoievski et Alexis Gales. Tribune publi&#233;e sur le site de la revue CTXT et traduite pour le site de Ballast. Photographie de portrait d'&#205;&#241;igo Errej&#243;n et Pablo Iglesias&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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