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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
	<link>https://www.pressegauche.org/</link>
	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Au Cameroun, la r&#233;volte des travailleurs du sucre</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Au-Cameroun-la-revolte-des-travailleurs-du-sucre</link>
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		<dc:date>2025-03-11T11:11:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fanny Pigeaud</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-03-04</dc:subject>
		<dc:subject>Cameroun</dc:subject>
		<dc:subject>Monde du travail et syndicalisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Une gr&#232;ve dans une filiale camerounaise du g&#233;ant fran&#231;ais Castel a &#233;t&#233; violemment r&#233;prim&#233;e en f&#233;vrier, causant la mort d'un ouvrier et d'un policier. Depuis, la situation reste pr&#233;caire. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Reporterre. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On n'avait jamais perdu de camarade jusqu'ici, mais voil&#224;, c'est arriv&#233;. Cela montre bien que la situation va de mal en pis &#187;, s'indigne un membre du Syndicat des travailleurs saisonniers de la fili&#232;re canne &#224; sucre (Strascas), au Cameroun. Le 4 f&#233;vrier, un mouvement de gr&#232;ve des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-mouvement-syndical-international-" rel="directory"&gt;Le mouvement syndical international&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-03-04-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-03-04&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Cameroun-+" rel="tag"&gt;Cameroun&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Monde-ouvrier-et-syndicalisme-+" rel="tag"&gt;Monde du travail et syndicalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH63/sosucam_logo-f2275.jpg?1741691535' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='63' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une gr&#232;ve dans une filiale camerounaise du g&#233;ant fran&#231;ais Castel a &#233;t&#233; violemment r&#233;prim&#233;e en f&#233;vrier, causant la mort d'un ouvrier et d'un policier. Depuis, la situation reste pr&#233;caire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/Au-Cameroun-la-revolte-des-travailleurs-du-sucre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Reporterre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On n'avait jamais perdu de camarade jusqu'ici, mais voil&#224;, c'est arriv&#233;. Cela montre bien que la situation va de mal en pis&lt;/i&gt; &#187;, s'indigne un membre du Syndicat des travailleurs saisonniers de la fili&#232;re canne &#224; sucre (Strascas), au Cameroun. Le 4 f&#233;vrier, un mouvement de gr&#232;ve des ouvriers de la Soci&#233;t&#233; sucri&#232;re du Cameroun (Sosucam) a &#233;t&#233; violemment r&#233;prim&#233; par les forces de s&#233;curit&#233; &#224; Nkoteng, dans le centre du pays, tournant au drame : un employ&#233; d'une vingtaine d'ann&#233;es, Gaston Djora, a &#233;t&#233; tu&#233; par balle et un policier a succomb&#233; &#224; ses blessures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les Camerounais connaissent la Sosucam, install&#233;e dans le d&#233;partement de la Haute-Sanaga, &#224; une centaine de kilom&#232;tres au nord de Yaound&#233; : ils consomment son sucre depuis des d&#233;cennies. Cr&#233;&#233;e en 1964, l'entreprise appartient &#224; 26 % &#224; l'&#201;tat du Cameroun et &#224; 74 % au groupe fran&#231;ais Somdia, lui-m&#234;me propri&#233;t&#233; de la multinationale fran&#231;aise Castel, principal producteur de vin dans le monde. Il contr&#244;le aussi 80 % du march&#233; de la bi&#232;re au Cameroun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Sosucam produit annuellement environ 100 000 tonnes de sucre. Elle poss&#232;de deux usines et 25 000 hectares de plantations de canne &#224; sucre, r&#233;parties sur plusieurs arrondissements : Mbandjock, Nkoteng et Lembe-Yezoum. Pr&#232;s de 8 000 personnes travaillent sur ces sites, dont 90 % sont des saisonniers, employ&#233;s comme man&#339;uvres pendant la campagne sucri&#232;re (novembre-mai), et parfois aussi pendant l'intercampagne (juillet-ao&#251;t). Une grande partie d'entre eux, soit environ 3 500 personnes, sont dans les champs pour planter, glaner ou couper, les autres officient dans les usines et le transport des r&#233;coltes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Travailler sans &#234;tre pay&#233;, ce n'est pas possible&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ces saisonniers, originaires pour beaucoup du nord du pays, une r&#233;gion d&#233;favoris&#233;e, les conditions de travail sont tr&#232;s p&#233;nibles : &#171; &lt;i&gt; Aucune couverture m&#233;dicale, pas de logement d&#233;cent pour certains, salaires tr&#232;s bas, manque d'&#233;quipements de protection, non-respect du cadre l&#233;gal limitant le travail temporaire &lt;/i&gt; &#187;, a r&#233;sum&#233; dans un &lt;a href=&#034;https://acorninternational.org/wp-content/uploads/2023/05/2023_05_01_Rapport-repression-syndicale.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rapport&lt;/a&gt;de 2023 le Strascas, qui rend aussi compte d'entraves &#224; ses activit&#233;s et d'accidents du travail r&#233;currents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la gr&#232;ve a d&#233;but&#233; le 26 janvier, le salaire mensuel de base d'un man&#339;uvre agricole &#233;tait de 56 000 francs CFA (85 euros) &#8212; une somme ne permettant pas de vivre d&#233;cemment. Au niveau national, le salaire minimum garanti pour les ouvriers agricoles est de 45 000 francs CFA (69 euros).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 2022, les saisonniers avaient d&#233;j&#224; fait gr&#232;ve pour d&#233;noncer des licenciements abusifs et leurs conditions de travail. Il y avait eu des violences. L'entreprise, d&#233;j&#224; mise en cause pour&lt;a href=&#034;https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/2021/03/17/pcn-francais-saisine-copagef-somdiaa-et-sosucam-au-cameroun&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;des probl&#232;mes environnementaux et sociaux&lt;/a&gt; par les populations riveraines, avait d&#251; suspendre les licenciements. Elle avait aussi augment&#233; de 75 francs CFA (0,11 centime d'euro) une &#171; prime de coupe &#187;, parfois donn&#233;e en fin de journ&#233;e aux coupeurs de canne (elle &#233;tait ainsi pass&#233;e de 0,27 &#224; 0,38 centime d'euro), et accord&#233; une &#171; prime de campagne &#187; de 15 000 francs CFA (23 euros).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ann&#233;e, les ouvriers se sont r&#233;volt&#233;s en raison d'un changement dans les dates et modalit&#233;s de paie, un retard de paiement, et des r&#233;trogradations inexpliqu&#233;es d'&#233;chelons sur la grille salariale ayant entra&#238;n&#233; des baisses de salaire. &#171; Le travail est tr&#232;s dur et l'est de plus en plus. Travailler sans &#234;tre pay&#233;, ce n'est pas possible. Les gens se sont rassembl&#233;s pour dire : &#8220;&lt;i&gt;Pas de travail s'il n'y a pas d'argent ! Trop, c'est trop&lt;/i&gt;&#8221; &#187;, explique &#224; Reporterre le pr&#233;sident du Strascas, Mahamat Zoulgue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ils ont ramass&#233; &#171; &lt;i&gt;des gars en ville pour les mettre de force dans des bus&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement a commenc&#233; &#224; Mbandjock, suivi par 2 000 personnes, et s'est propag&#233; le 29 janvier &#224; Nkoteng avec 1 500 gr&#233;vistes suppl&#233;mentaires. &#171; &lt;i&gt; Les premiers jours, tout &#233;tait calme, on se rassemblait le matin, puis chacun rentrait chez lui &#187;, t&#233;moignent des saisonniers, pour qui &#171; cette crise couvait depuis longtemps&lt;/i&gt; &#187;. Au bout de quelques jours, la direction de la Sosucam a renonc&#233; &#224; changer le syst&#232;me de paiement des salaires. Mais elle n'a pas r&#233;pondu aux revendications concernant le niveau de la r&#233;mun&#233;ration, si bien que les gr&#233;vistes n'ont pas repris le chemin des plantations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation a fini par d&#233;g&#233;n&#233;rer le 4 f&#233;vrier &#224; Nkoteng, lorsque les forces de s&#233;curit&#233; ont entrepris, selon des t&#233;moignages, de &#171; &lt;i&gt;ramasser des gars en ville pour les mettre de force dans des bus qui devaient les conduire aux champs. La population a dit non et s'est lev&#233;e comme un seul homme. C'est &#224; ce moment-l&#224; que la police a commenc&#233; &#224; tirer avec de vraies balles et que l'un des n&#244;tres est tomb&#233; &lt;/i&gt; &#187;. Durant les affrontements, un policier a re&#231;u un coup mortel &#224; la t&#234;te, un nombre ind&#233;termin&#233; de personnes ont &#233;t&#233; bless&#233;es, et des champs de canne &#224; sucre ont &#233;t&#233; incendi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Ce qui &#233;tait &#224; l'origine une r&#233;clamation relative &#224; la date de paiement des acomptes d'une partie du personnel, &#224; laquelle il a &#233;t&#233; r&#233;pondu favorablement, est devenue progressivement une entrave au travail accompagn&#233;e de tensions et heurts urbains et &#233;chappant totalement au cadre de l'entreprise&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &#187;, a comment&#233; la Sosucam dans un communiqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disant avoir men&#233; une &#171; concertation &#187; avec &#171; les d&#233;l&#233;gu&#233;s du personnel, les pr&#233;sidents des syndicats, les repr&#233;sentants d&#233;sign&#233;s des man&#339;uvres agricoles coupeurs &#187;, elle a ensuite annonc&#233;, le 7 f&#233;vrier, une augmentation du salaire de base des coupeurs de canne de&#8230; 1 000 francs CFA (1,5 euro). Elle a invit&#233; dans la foul&#233;e les employ&#233;s &#224; reprendre le travail. &#171; La reprise en marche ! &#187; a-t-elle post&#233; les jours suivants, en lettres capitales, sur son compte &lt;a href=&#034;https://fr.linkedin.com/posts/sosucam_sosucam-sucre100terroir-production-activity-7294251508605288448-eAac&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;LinkedIn&lt;/a&gt;, avec une vid&#233;o de camions chargeant des tiges de canne &#224; sucre &#8212; sans faire aucune allusion &#224; l'ouvrier et au policier tu&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pression et chantage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si une partie des travailleurs sont retourn&#233;s dans les champs, plusieurs centaines d'autres sont rest&#233;s chez eux. &#171; On ne peut pas se satisfaire des mesures annonc&#233;es par Sosucam &#187;, commente un membre du Strascas, qui revendique 450 adh&#233;rents et 2 000 sympathisants. &#171; &lt;i&gt; Nous n'avons pas &#233;t&#233; invit&#233;s aux pr&#233;sum&#233;es r&#233;unions de concertation. Pourtant, nous avions &#233;crit pour dire que notre syndicat souhaitait participer. La direction a pr&#233;f&#233;r&#233; discuter avec des syndicats qui lui sont inf&#233;od&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 f&#233;vrier, la compagnie, qui a dit avoir comptabilis&#233; treize jours d'arr&#234;t de production, 970 hectares de plantations partis en fum&#233;e et une perte de plus de 5 milliards de francs CFA (7,6 millions d'euros), a adress&#233; une note aux &#171; collaborateurs de Sosucam &#187; pour constater &#171; &lt;i&gt;un taux d'absent&#233;isme &#233;lev&#233; &#187;. Ajoutant : &#171; Seront consid&#233;r&#233;s comme d&#233;missionnaires et remplac&#233;s &#187; ceux qui n'auront pas repris le travail &#171; sous vingt-quatre heures &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours apr&#232;s, elle a &#233;t&#233; oblig&#233;e de lancer une campagne de recrutement pour trouver 600 ouvriers agricoles. &#171; La r&#233;pression et le remplacement des travailleurs saisonniers absents ne sauraient &#234;tre une option pour trouver des solutions durables &#224; la crise &#187;, laquelle &#171; reste la m&#234;me, irr&#233;solue et latente &#187;, a r&#233;agi le Strascas, qui r&#233;clame un &#171; dialogue inclusif &#187; et plaide pour un salaire de base d'au moins 70 000 francs CFA (107 euros) pour les man&#339;uvres agricoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &#171; Nous ne baissons pas les bras &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Les travailleurs ont toujours la m&#234;me col&#232;re &#187;, constate un syndicaliste, qui s'exprime comme d'autres sous anonymat par crainte de repr&#233;sailles. &#171; Dans cette soci&#233;t&#233;, rien ne change jamais. M&#234;me pour obtenir une augmentation symbolique de 5 francs CFA [moins de 1 centime d'euro], on est oblig&#233; de faire gr&#232;ve. Jusqu'&#224; perdre un camarade&lt;/i&gt;&#8230; &#187; soupire un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les saisonniers ont re&#231;u l'appui de la d&#233;put&#233;e europ&#233;enne Marina Mesure, membre de La France insoumise (LFI), qui a demand&#233; &#224; la Commission europ&#233;enne d'examiner la situation au regard de la directive europ&#233;enne adopt&#233;e en 2024 sur le &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/Le-devoir-de-vigilance-adopte-mais-affaibli-par-la-macronie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;devoir de vigilance des entreprises&lt;/a&gt; &#8212; la maison m&#232;re de la Sosucam &#233;tant install&#233;e dans un &#201;tat membre de l'Union europ&#233;enne, la France. Contact&#233; par message &#233;lectronique, le groupe Castel n'a pas r&#233;agi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s camerounaises, elles, n'ont gu&#232;re manifest&#233; d'empathie pour les employ&#233;s de la soci&#233;t&#233; : s'il a parl&#233; de la n&#233;cessit&#233; d'un &#171; dialogue franc et sinc&#232;re &#187;, le ministre du Travail et de la S&#233;curit&#233; sociale, Gr&#233;goire Owona, a fustig&#233; des &#171; mouvements sociaux sauvages &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Nous ne baissons pas les bras, r&#233;pond Mahamat Zoulgue, le pr&#233;sident du Strascas. Le combat continue pour trouver des solutions. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://reporterre.net/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://reporterre.net/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment les multinationales organisent un &#171; hold-up sur les semences &#187; en Afrique</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Comment-les-multinationales-organisent-un-hold-up-sur-les-semences-en-Afrique</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fanny Pigeaud</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-10-08</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Plan&#232;te</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les paysans de Zambie s'opposent &#224; un projet de loi qui menace leur libert&#233; de disposer de leurs semences. Derri&#232;re ce texte : des multinationales, la Fondation Gates et des &#201;tats occidentaux, en pleine offensive sur l'Afrique. &lt;br class='autobr' /&gt; 3 octobre 2024 | tir&#233; de reporterre.net | Photo : Ce travailleur d'une ferme &#224; Kaumba, en Zambie, regarde vers le ciel nuageux, en janvier 2020, apr&#232;s une s&#233;cheresse s&#233;v&#232;re. - &#169; GUILLEM SARTORIO / AFP &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous sommes collectivement indign&#233;s. &#187; La Zambia Alliance (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Planete-+" rel="tag"&gt;Plan&#232;te&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH90/afrique_exploite-3540c.png?1728385394' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les paysans de Zambie s'opposent &#224; un projet de loi qui menace leur libert&#233; de disposer de leurs semences. Derri&#232;re ce texte : des multinationales, la Fondation Gates et des &#201;tats occidentaux, en pleine offensive sur l'Afrique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;3 octobre 2024 | tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/En-Afrique-multinationales-et-pays-riches-organisent-un-hold-up-sur-les-semences&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;reporterre.net&lt;/a&gt; | Photo : Ce travailleur d'une ferme &#224; Kaumba, en Zambie, regarde vers le ciel nuageux, en janvier 2020, apr&#232;s une s&#233;cheresse s&#233;v&#232;re. - &#169; GUILLEM SARTORIO / AFP&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous sommes collectivement indign&#233;s. &#187;&lt;/i&gt; La Zambia Alliance for Agroecology and Biodiversity (Zaab), un r&#233;seau zambien d'organisations de paysans, d'activistes et de citoyens, &lt;a href=&#034;https://zambianagroecology.org/1233-2/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;est en campagne&lt;/a&gt; pour d&#233;noncer la &lt;i&gt;&#171; vague de pressions &#187;&lt;/i&gt; qui pousse les pays africains &#224; limiter les droits de propri&#233;t&#233; des paysans sur les semences, un enjeu crucial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s'oppose dans son propre pays, la Zambie, &#224; l'adoption d'un projet de modification de la loi en vigueur, qui va, selon elle, essentiellement b&#233;n&#233;ficier &#224; l'industrie semenci&#232;re et mettre en p&#233;ril les petits producteurs. Et ce, alors que ces derniers produisent la majeure partie de la nourriture de la Zambie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_47901 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH311/f5a7c0ad816cfd0d-484be362-0440d.png?1728385394' width='500' height='311' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce projet de l&#233;gislation sur les droits des obtenteurs de v&#233;g&#233;taux (&lt;i&gt;&#171; Plant Breeders Rights &#187;&lt;/i&gt; en anglais) a &#233;t&#233; rendu public en avril 2024 par l'autorit&#233; de certification des semences du pays, le Seed Control and Certification Institute. Une annonce r&#233;alis&#233;e dans un contexte dramatique, le pays &#233;tant confront&#233; &#224; &lt;a href=&#034;https://www.care-international.org/news/zambia-millions-continue-starve-drought-escalates&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'une des pires s&#233;cheresses de son histoire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte vise &#224; aligner le cadre l&#233;gal zambien sur une convention r&#233;glementant les droits de propri&#233;t&#233; sur les vari&#233;t&#233;s v&#233;g&#233;tales adopt&#233;e en 1991 par l'Union internationale pour la protection des obtentions v&#233;g&#233;tales (Upov). In fine, il s'agit de faire en sorte que la Zambie devienne membre de cette organisation intergouvernementale, fond&#233;e en 1961 par des pays europ&#233;ens et bas&#233;e &#224; Gen&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici, sept des cinquante-quatre &#201;tats du continent africain sont directement membres de l'Upov (Afrique du Sud, Egypte, Ghana, Kenya, Maroc, Tanzanie, Tunisie), et dix-sept autres le sont &#224; travers leur appartenance &#224; l'Organisation africaine de la propri&#233;t&#233; intellectuelle (OAPI) &#8212; soit tous les pays de la zone franc, les Comores, la Guin&#233;e et la Mauritanie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Privatisation des semences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement zambien d&#233;fend l'id&#233;e que la nouvelle loi permettra de moderniser l'agriculture du pays, car elle donnera la possibilit&#233; d'utiliser de &lt;i&gt;&#171; nouvelles vari&#233;t&#233;s v&#233;g&#233;tales am&#233;lior&#233;es &#187;&lt;/i&gt;, qui serait le gage de meilleurs rendements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue des paysans et de leurs soutiens, l'Upov constitue un grand danger car elle &#339;uvre &#224; la privatisation des semences, &#224; l'encontre des pratiques actuelles. En Zambie et dans de nombreux autres pays africains, 80 &#224; 90 % des semences sont produites par les paysans qui les s&#233;lectionnent, les multiplient dans leurs champs et les &#233;changent ou se les vendent entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Privatiser aura pour effet d'ouvrir la voie aux semences produites par l'industrie, de restreindre le droit des agriculteurs &#224; r&#233;utiliser les semences, tout en rendant ces derniers d&#233;pendants de fournisseurs industriels d'intrants &#8212; les semences &#171; am&#233;lior&#233;es &#187; (OGM et hybrides) des industriels n&#233;cessitant l'utilisation accrue de pesticides et devant &#234;tre rachet&#233;es chaque ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Un &#171; hold-up sur les semences &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La convention de l'Upov interdit ainsi aux paysans &lt;i&gt;&#171; de conserver, de multiplier, de planter, d'&#233;changer ou de vendre librement les semences prot&#233;g&#233;es par des certificats d'obtention v&#233;g&#233;tale &#187;&lt;/i&gt;, d&#233;plorait en 2021 &lt;a href=&#034;https://viacampesina.org/fr/non-a-lupov-et-a-la-privatisation-des-semences-action-duniterre-et-dorganisations-alliees-a-geneve/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un collectif de 300 organisations et r&#233;seaux dans le monde&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'Upov est la plus claire expression de la guerre men&#233;e contre les paysans &#187;&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;https://grain.org/fr/article/6649-brochure-upov-hold-up-sur-les-semences&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ont r&#233;sum&#233;&lt;/a&gt; les ONG Alianza Biodiversidad et Grain, parlant de &lt;i&gt;&#171; hold-up sur les semences &#187;&lt;/i&gt;. Pour preuve, &lt;i&gt;&#171; au fur et &#224; mesure de l'expansion de l'Upov, le march&#233; mondial des semences a &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233; par un cartel de soci&#233;t&#233;s agrochimiques &#187;&lt;/i&gt;, dont Bayer, Corteva, Syngenta et BASF, expliquait Grain en 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans surprise, le projet de loi en Zambie a justement &#233;t&#233; initi&#233; &lt;i&gt;&#171; par des multinationales semenci&#232;res soutenues par leurs gouvernements dont la seule motivation est l'argent &#224; gagner en contr&#244;lant et en poss&#233;dant les diverses semences de Zambie (et d'Afrique) &#187;&lt;/i&gt;, d&#233;non&#231;ait la Zaab d&#232;s avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pressions occidentales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sc&#233;nario est toujours le m&#234;me : afin de les pousser &#224; appliquer les r&#232;gles de l'Upov, les pays africains, dont plus des deux tiers des habitants vivent de l'agriculture, sont soumis &#224; des pressions &lt;i&gt;&#171; principalement exerc&#233;es par les &#201;tats-Unis, l'Union europ&#233;enne, les pays de l'Association europ&#233;enne de libre-&#233;change (Aele), et par le Japon pour ce qui est de l'Asie, autrement dit par les pays qui ont une forte industrie semenci&#232;re &#187;&lt;/i&gt;, d&#233;taille aupr&#232;s de Reporterre Karine Peschard, chercheuse associ&#233;e &#224; l'acad&#233;mie de Gen&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces grandes puissances passent notamment par les accords de coop&#233;ration, comme ceux conclus par l'Agence des &#201;tats-Unis pour le d&#233;veloppement international (USAID), les accords &#233;conomiques et commerciaux, pour imposer leur volont&#233;, pr&#233;cise-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_47902 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH316/1f3a5170c9dcc68b-7a586fe9-a3ed4.png?1728385394' width='500' height='316' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une femme &#224; v&#233;lo devant un champ de bl&#233; en Zambie, non loin de la capitale Lusaka. JohannekeKroesbergen /&lt;a href=&#034;https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Girl_on_a_bike.jpg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;CC BY-SA 4.0 / Wikimedia Commons&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Upov fait elle-m&#234;me un &#171; lobbying intense &#187; aupr&#232;s des gouvernements des pays du Sud global, souligne Karine Peschard, qui est &#233;galement coautrice &lt;a href=&#034;https://www.geneva-academy.ch/joomlatools-files/docman-files/Briefing%2022_web.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'un rapport&lt;/a&gt; sur le droit aux semences en Afrique publi&#233; en 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas zambien, cela appara&#238;t flagrant : le projet de loi a &#233;t&#233; transmis par le gouvernement zambien aux parties prenantes sous la forme d'un document Word dont l'auteur &#233;tait ni plus ni moins que le secr&#233;tariat de l'Upov &#224; Gen&#232;ve &#8212; et qui contenait encore des commentaires et des recommandations de l'Upov &#8212; selon l'Association for Plant Breeding for the Benefit of Society, bas&#233;e en Suisse. Reporterre a sollicit&#233; une r&#233;action du secr&#233;tariat de l'Upov qui n'a pas donn&#233; suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrie semenci&#232;re utilise quant &#224; elle ses organisations nationales pour faire pression :&lt;i&gt; &#171; La Semae [l'interprofession des semences et plants], en France, fait par exemple activement la promotion de l'Upov en Afrique de l'Ouest &#187;&lt;/i&gt;, indique Karine Peschard. Les multinationales r&#233;ussissent aussi &#224; s'immiscer dans les organes de d&#233;cision des pays vis&#233;s, comme l'a expos&#233; la chercheuse Clare O'Grady Walshe &#224; propos du Kenya.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce pays, elles ont ainsi si&#233;g&#233; dans les instances charg&#233;es d'&#233;laborer une loi adopt&#233;e en 2012, qui s'est av&#233;r&#233;e calqu&#233;e sur l'Upov et hyper r&#233;pressive &#8212; elle condamne le fait de partager, d'&#233;changer, de vendre, produire ou multiplier des semences non certifi&#233;es &#224; une peine allant jusqu'&#224; deux ans de prison et/ou 7 000 euros d'amende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Banque mondiale et fondations priv&#233;es &#224; la man&#339;uvre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interrog&#233;e par&lt;i&gt; Reporterre&lt;/i&gt; sur le r&#244;le qu'elle a pu jouer dans l'&#233;laboration du projet de loi zambien et son appr&#233;ciation du texte actuel, la soci&#233;t&#233; Syngenta, qui a des bureaux &#224; Lusaka, la capitale de la Zambie, a r&#233;pondu avoir d&#233;cid&#233;, &lt;i&gt;&#171; apr&#232;s m&#251;re r&#233;flexion &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; de ne pas faire de d&#233;claration ni de commentaire sur cette question &#224; ce stade &#187;&lt;/i&gt;, tout en disant &lt;i&gt;&#171; appr&#233;cier &#187; &lt;/i&gt; l'int&#233;r&#234;t de Reporterre pour ce nouveau Plant Breeders Rights, un &lt;i&gt;&#171; sujet important &#187;&lt;/i&gt;. D'autres multinationales (Bayer, BASF et Corteva) contact&#233;es par Reporterre n'ont pas r&#233;pondu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autres acteurs importants s'activant en faveur de l'Upov en Afrique : &lt;i&gt;&#171; Les fondations philanthro-capitalistes, comme la Fondation Gates &#187;,&lt;/i&gt; rappelle Karine Peschard. &lt;a href=&#034;https://afsafrica.org/lever-le-voile-linfluence-de-lagra-sur-les-politiques-agricoles-de-lafrique/?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une enqu&#234;te r&#233;cente&lt;/a&gt; de l'Alliance pour la souverainet&#233; alimentaire en Afrique (AFSA) r&#233;v&#232;le comment la controvers&#233;e Alliance pour une r&#233;volution verte en Afrique (Agra), &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/Bill-Gates-le-milliardaire-qui-industrialise-l-agriculture-mondiale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;financ&#233;e par la Fondation Gates&lt;/a&gt; et tr&#232;s active en Zambie, influence les politiques agricoles des &#201;tats, en pla&#231;ant par exemple des consultants dans des organes publics strat&#233;giques. Jointe par Reporterre au sujet de sa pr&#233;sum&#233;e action en faveur du projet de loi zambien, l'Agra n'a pas r&#233;agi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les institutions financi&#232;res internationales jouent aussi un r&#244;le de premier plan : la Banque mondiale a accord&#233; &#224; la Zambie un pr&#234;t de 300 millions de dollars en demandant, entre autres conditions, que le pays adh&#232;re &#224; l'Upov.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; La nouvelle loi pourrait criminaliser la conservation et le partage de semences &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat, &lt;i&gt;&#171; la nouvelle loi pourrait potentiellement criminaliser la conservation et le partage de semences pour toutes les cultures, &#224; l'exception d'une courte liste. Cela signifie que, si elle est adopt&#233;e, les agriculteurs zambiens seront surveill&#233;s et traduits en justice pour avoir fait ce qu'ils ont toujours fait &#187;&lt;/i&gt;, s'insurge la Zaab. Pourtant, la Zambie respecte d&#233;j&#224; les principaux trait&#233;s internationaux sur les droits des obtenteurs de vari&#233;t&#233;s v&#233;g&#233;tales, fait-elle valoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans zambiens et leurs soutiens sont d'autant plus r&#233;volt&#233;s par ce coup de force que la privatisation et l'uniformisation des semences sont en incoh&#233;rence avec la n&#233;cessit&#233; de prot&#233;ger la biodiversit&#233;, de lutter contre l'ins&#233;curit&#233; alimentaire et de s'adapter au &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/Qu-est-ce-que-le-rechauffement-climatique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;changement climatique&lt;/a&gt; &#8212; les semences paysannes sont r&#233;put&#233;es plus r&#233;sistantes aux al&#233;as climatiques que celles des industriels.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas le type d'agriculture qui b&#233;n&#233;ficiera &#224; la Zambie ou &#224; l'Afrique &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'Upov est con&#231;ue pour les monocultures extractives &#224; grande &#233;chelle qui n&#233;cessitent des intrants chimiques co&#251;teux et constituent une catastrophe climatique. Ce n'est pas le type d'agriculture qui nourrira ou b&#233;n&#233;ficiera &#224; la Zambie, ou &#224; l'Afrique en g&#233;n&#233;ral &#187;&lt;/i&gt;, objecte la Zaab, faisant aussi remarquer que l'Upov est incompatible avec la D&#233;claration des Nations unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coalition peut compter sur la solidarit&#233; d'autres communaut&#233;s paysannes qui ont bataill&#233; ou bataillent encore contre l'Upov. Au Kenya, par exemple, une quinzaine de paysans, appuy&#233;s par Greenpeace Africa, contestent depuis deux ans, devant la justice, la constitutionnalit&#233; de la loi de 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Zaab esp&#232;re encore arriver &#224; convaincre les autorit&#233;s de renoncer &#224; leur projet. Elle a engag&#233; des discussions avec des commissions et groupes parlementaire et eu des r&#233;actions positives, indique &#224; Reporterre Mutinta Nketani, sa coordinatrice nationale.&lt;i&gt; &#171; &#192; notre connaissance, aucune date n'a &#233;t&#233; fix&#233;e pour le d&#233;p&#244;t du projet de loi au Parlement. Initialement, le Seed Control and Certification Institute avait pr&#233;vu d'acc&#233;l&#233;rer le processus et de le d&#233;poser en 2024, mais il a depuis mis ces plans en veilleuse et autoris&#233; une consultation plus approfondie des parties prenantes. Nous nous r&#233;jouissons de cette d&#233;cision qui donne plus de temps aux diff&#233;rents acteurs concern&#233;s pour comprendre le projet de loi et ses implications &#187;&lt;/i&gt;, pr&#233;cise-t-elle.&lt;/p&gt;
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		<title>Le Congo au c&#339;ur de l'entourloupe au cr&#233;dit-carbone</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-Congo-au-coeur-de-l-entourloupe-au-credit-carbone</link>
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		<dc:date>2024-04-09T10:55:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fanny Pigeaud</dc:creator>


		<dc:subject>Plan&#232;te</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;publique D&#233;mocratique du Congo</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2024-04-09</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Accaparement de terres, introduction d'esp&#232;ces potentiellement invasives, &#233;missions de carbone mal &#233;valu&#233;es : le nouveau business des plantations industrielles d'arbres pour des cr&#233;dits-carbone, port&#233; notamment par des multinationales fran&#231;aises, se d&#233;veloppe dans le bassin du Congo avec son cort&#232;ge de probl&#232;mes et de menaces. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Afrique XXI. Cet article est le 3e d'une s&#233;rie de 3. Vous pouvez retrouver les pr&#233;c&#233;dents sur la page de l'autrice. Cette enqu&#234;te a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2024-04-09-+" rel="tag"&gt;Edition du 2024-04-09&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/capture_d_e_cran_le_2024-04-07_a_18.19_41-08f09.png?1712660141' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Accaparement de terres, introduction d'esp&#232;ces potentiellement invasives, &#233;missions de carbone mal &#233;valu&#233;es : le nouveau business des plantations industrielles d'arbres pour des cr&#233;dits-carbone, port&#233; notamment par des multinationales fran&#231;aises, se d&#233;veloppe dans le bassin du Congo avec son cort&#232;ge de probl&#232;mes et de menaces.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Le-Congo-au-coeur-de-l-entourloupe-au-credit-carbone&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Afrique XXI&lt;/a&gt;. Cet article est le 3e d'une s&#233;rie de 3. Vous pouvez retrouver les pr&#233;c&#233;dents sur la &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/fr/auteur1085.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;page de l'autrice&lt;/a&gt;. Cette enqu&#234;te a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e en partenariat avec le Rainforest Investigations Network du Pulitzer Center.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouveau business, port&#233; notamment par des multinationales fran&#231;aises, est en train de voir le jour dans le bassin du Congo, et en particulier au Congo-Brazzaville : de gigantesques plantations foresti&#232;res sont cr&#233;&#233;es pour g&#233;n&#233;rer des cr&#233;dits-carbone valorisables sur le march&#233; volontaire du carbone ou destin&#233;s &#224; compenser des &#233;missions de CO2. Le p&#233;trolier TotalEnergies et le bureau d'&#233;tudes For&#234;t Ressources Management (FRM) sont engag&#233;s dans cette voie : ces deux groupes tricolores ont lanc&#233; en 2021 le projet &#171; Bat&#233;k&#233; Carbon Sink &#187; (BaCaSi), qui pr&#233;voit de planter des acacias sur 40 000 hectares pour, pr&#233;tendent-ils, s&#233;questrer sur vingt ans plus de 10 millions de tonnes de CO2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette op&#233;ration s'inscrit dans un mouvement mondial : les projets de plantations d'arbres destin&#233;es au march&#233; du carbone sont en train d'augmenter rapidement en nombre et en taille, &lt;a href=&#034;https://www.wrm.org.uy/fr/articles-du-bulletin/expansion-des-plantations-darbres-pour-les-marches-du-carbone-de-nouvelles-preuves-de-fraudes-a-la-compensation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;constatait&lt;/a&gt; fin 2023 le Mouvement mondial pour les for&#234;ts tropicales (World Rainforest Movement &#8211; WRM), une organisation bas&#233;e en Uruguay qui d&#233;fend les for&#234;ts tropicales et les communaut&#233;s locales. Et pr&#232;s de 90 % d'entre eux se situent dans des pays du Sud global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Afrique centrale, le Congo-Brazzaville semble faire figure de pays-pilote. Son gouvernement voudrait que 1 milliard d'hectares soient recouverts de plantations foresti&#232;res industrielles afin de produire des cr&#233;dits-carbone, ainsi que du bois d'&#339;uvre et de chauffe. Pour y parvenir, il accueille &#224; bras ouverts les investisseurs &#233;trangers et leur fournit des terres. L'un des derniers exemples en date : Brazzaville a attribu&#233; en novembre 2023 plus de 20 000 hectares &#224; la soci&#233;t&#233; chinoise Xian He pour y faire pousser des eucalyptus et des pins. Au m&#234;me moment, le groupe italien Renco, qui s'est vu octroyer 40 000 hectares pour une p&#233;riode de trente ans, organisait une c&#233;r&#233;monie pour le lancement d'une plantation d'acacias en pr&#233;sence notamment de la ministre de l'&#201;conomie foresti&#232;re, Rosalie Matondo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des dizaines de milliers d'hectares impact&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec TotalEnergies et FRM, les contacts ont &#233;t&#233; vraisemblablement facilit&#233;s par leur pr&#233;sence ancienne dans le pays : la premi&#232;re y exploite du p&#233;trole et y exerce une influence consid&#233;rable depuis plus de cinquante ans, la seconde &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Dans-le-bassin-du-Congo-la-Francafrique-fait-feu-de-tout-bois&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;travaille dans le secteur forestier&lt;/a&gt; depuis une trentaine d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe FRM est sans doute celui qui est actuellement le plus actif : outre la plantation qu'il d&#233;veloppe avec TotalEnergies, il a lanc&#233; plusieurs autres initiatives, dont certaines sont men&#233;es avec le groupe financier franco-allemand Oddo-BHF et une autre avec la Soci&#233;t&#233; nationale des p&#233;troles du Congo (SNPC). &#171; La France dispose d'un op&#233;rateur exp&#233;riment&#233; dans les projets d'afforestation en zone tropicale : FRM [&#8230;] qui est l'op&#233;rateur de plusieurs des projets carbone au Congo &#187;, fait valoir le site Internet de la direction g&#233;n&#233;rale du Tr&#233;sor fran&#231;ais. La multinationale est aussi en train de cr&#233;er &#171; un puits de carbone &#187; en R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo (RDC).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des projets en cours visent &#224; planter des esp&#232;ces &#224; croissance rapide et sont situ&#233;s dans les savanes des plateaux Bat&#233;k&#233;, qui couvrent plusieurs millions d'hectares r&#233;partis entre le Congo, le Gabon, la R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo et l'Angola. Mais ils inqui&#232;tent des organisations de la soci&#233;t&#233; civile. &#171; Aidez &#224; stopper l'avanc&#233;e des plantations industrielles d'arbres dans les pays du Sud, en particulier dans les pays africains ! &#187;, lan&#231;ait en 2020 WRM, qui &#233;tudie depuis plusieurs d&#233;cennies leurs cons&#233;quences en Am&#233;rique du Sud, en Afrique et en Asie. Les probl&#232;mes potentiels sont nombreux et de plusieurs ordres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Jamais une bonne nouvelle &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'un nouveau projet de plantation voit le jour, &#171; ce n'est jamais une bonne nouvelle pour les populations &#187;, estime Brice Mackosso, secr&#233;taire permanent de la Commission dioc&#233;saine Justice et Paix de Pointe-Noire (CDJP), un service de l'&#201;glise catholique charg&#233; de promouvoir les droits humains. Car les terres conc&#233;d&#233;es pour ces cultures d'arbres ne sont jamais &#171; vides &#187; : elles sont habit&#233;es et utilis&#233;es par des populations autochtones et locales. C'est le cas pour BaCaSi : le projet est d&#233;ploy&#233; sur des zones de savane exploit&#233;es pour des cultures vivri&#232;res, et son terrain englobe des for&#234;ts o&#249; des communaut&#233;s pratiquent chasse et cueillette. BaCaSi est ainsi venu bouleverser l'existence de centaines de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien souvent, les populations locales sont mal ou pas inform&#233;es et encore moins consult&#233;es pour ce type d'op&#233;ration. C'est ce qui s'est pass&#233; pour le projet financ&#233; par TotalEnergies et mis en &#339;uvre par FRM. Interrog&#233; par courrier &#233;lectronique par Afrique XXI, le p&#233;trolier certifie que des &#171; analyses pr&#233;liminaires &#187; et des &#171; consultations &#187; ont &#233;t&#233; men&#233;es quand et comme il le fallait, et que la loi congolaise, ainsi que les standards internationaux et les proc&#233;dures pr&#233;vues pour de telles op&#233;rations, dont celle du Consentement libre inform&#233; pr&#233;alable (Clip), ont &#233;t&#233; respect&#233;s. Cependant, aucune consultation n'a &#233;t&#233; men&#233;e sur le terrain avant le d&#233;but des activit&#233;s, comme le pr&#233;voient pourtant les &#171; Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme &#187;, d'apr&#232;s une &lt;a href=&#034;https://ccfd-terresolidaire.org/total-republique-du-congo-problemes-projet-compensation-carbone/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;enqu&#234;te&lt;/a&gt; de la CDJP, du Secours catholique-Caritas France (SCCF) et du CCFD-Terre solidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; R&#233;aliser une &#233;tude d'impact environnemental et social est obligatoire avant le d&#233;marrage de tout projet, selon un d&#233;cret du 20 novembre 2009. Or cette &#233;tude n'est pas disponible &#224; ma connaissance, pr&#233;cise Brice Mackosso. Selon la d&#233;claration des Nations unies, le Clip doit &#234;tre men&#233; avant le d&#233;marrage de tout projet dans une zone habit&#233;e par des autochtones. Celui de BaCaSi a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; entre juin et septembre 2023. &#187; Soit trois ans apr&#232;s le d&#233;but des op&#233;rations. &#171; Certaines personnes [&#8230;] affirment avoir eu connaissance du projet et de l'interdiction de cultiver les parcelles alors qu'elles travaillaient leurs champs &#187;, ont rapport&#233; les trois organisations catholiques. Les habitants de la zone ont donc appris apr&#232;s coup que le bail sign&#233; par le gouvernement et Forest Neutral Congo (FNC), filiale de FRM, garantissait &#171; l'&#233;viction &#187; de &#171; tous pr&#233;tendus propri&#233;taires terriens, d&#233;tenteurs de droits traditionnels et coutumiers qui revendiqueraient des terres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les populations veulent des actes et non des discours &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ceux qui perdent ainsi leurs droits d'usage ou m&#234;me leurs titres fonciers, les indemnisations sont souvent faibles ou inexistantes, contrairement aux mesures et promesses formul&#233;es par les investisseurs. &#171; Un plan de restauration des moyens de subsistance organise le retour des personnes &#233;conomiquement affect&#233;es sur le domaine du projet BaCaSi et leur compensation pour les impacts subis &#187;, indique par exemple TotalEnergies. La multinationale &#233;voque aussi des accords pass&#233;s fin 2023 avec des repr&#233;sentants de communaut&#233;s locales, stipulant que &#171; les terres mises &#224; disposition repr&#233;senteront une surface &#233;quivalente &#224; celle occup&#233;e avant la date de d&#233;marrage du projet, multipli&#233;e par sept pour permettre un syst&#232;me de rotation tenant compte des jach&#232;res &#187;. Elle affirme que les personnes &#233;conomiquement affect&#233;es &#171; b&#233;n&#233;ficieront d'un acc&#232;s s&#233;curis&#233; et gratuit aux terres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les populations et les organisations de la soci&#233;t&#233; civile n'ont encore rien vu de concret : &#171; Le projet a d&#233;marr&#233; en 2021. Toutes les mesures [dont parle TotalEnergies] ne sont toujours pas mises en &#339;uvre. Les populations veulent des actes et non des discours. Depuis 2022, elles n'ont plus cultiv&#233; et TotalEnergies passe son temps &#224; construire des proc&#233;dures complexes et longues &#187;, d&#233;plore Brice Mackosso.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_45897 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L457xH347/fe05d336663f86a3-15610704-3c9f3.png?1717224463' width='457' height='347' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les paysans qui cultivaient des parcelles, parfois sur plusieurs centaines d'hectares, dans l'espace occup&#233; d&#233;sormais par BaCaSi, se sont vu proposer seulement un hectare chacun en guise de compensation, souligne le rapport cit&#233; plus haut. &#171; Cette alternative n'&#233;tant pas proportionn&#233;e aux dommages caus&#233;s par la perte de leurs terres agricoles ou aux revenus ant&#233;rieurement g&#233;n&#233;r&#233;s, les agriculteurs et agricultrices interrog&#233;s se sont sentis l&#233;s&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sort des habitants des plateaux Bat&#233;k&#233; ressemble &#224; celui de beaucoup d'autres. Le site d'informations &lt;a href=&#034;https://interactive.carbonbrief.org/carbon-offsets-2023/mapped.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Carbon Brief&lt;/a&gt; a examin&#233; 61 projets de compensation carbone mis en &#339;uvre entre 2018 et 2023 dans le monde. Il conclut que 72 % d'entre eux ont port&#233; pr&#233;judice &#224; des communaut&#233;s autochtones ou locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Partout, un &#171; impact n&#233;gatif &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux promesses d'embauche faites par leurs promoteurs, elles s'av&#232;rent la plupart du temps d&#233;cevantes. Les plantations industrielles d'arbres &#224; croissance rapide ne n&#233;cessitent que peu d'emplois (un &#224; trois salari&#233;s pour 100 hectares plant&#233;s), d'apr&#232;s une &lt;a href=&#034;https://www.wwf.fr/sites/default/files/doc-2018-07/20180702_Rapport-plantations-industrielles-arbres-croissance-rapide-min.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;tude&lt;/a&gt; du WWF. En outre, ils sont souvent dangereux, temporaires et mal pay&#233;s. &#171; Partout o&#249; les plantations d'arbres se d&#233;veloppent, elles ont un impact n&#233;gatif sur les &#233;conomies locales et appauvrissent davantage les habitants. Les plantations industrielles ne cr&#233;ent pas d'emplois et n'approvisionnent pas les march&#233;s locaux comme le font les cultures vivri&#232;res &#187;, affirme WRM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre probl&#232;me pos&#233; par ces projets est environnemental. Les terres choisies par les industriels sont g&#233;n&#233;ralement des &#233;cosyst&#232;mes fertiles, riches en biodiversit&#233; et en eau, mais aussi fragiles. Comment vont-elles r&#233;agir ? Quelles seront les cons&#233;quences pour les sols, les sources d'eau, alors que les plantations n&#233;cessitent l'utilisation de pesticides et d'engrais chimiques et que certaines, comme celles compos&#233;es de pins et d'eucalyptus, augmentent consid&#233;rablement les risques d'incendie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions sont d'autant plus cruciales que les projets mis en &#339;uvre visent &#224; introduire des esp&#232;ces qui sont bien souvent non autochtones, comme l'Acacia mangium, sur lequel misent TotalEnergie, FRM et Renco. Cet arbre, qui pr&#233;sente l'avantage d'avoir une croissance rapide et de s'adapter facilement, est originaire d'Australie. Il va enrichir &#171; les sols en apportant la mati&#232;re organique de ses feuilles et en fixant l'azote atmosph&#233;rique gr&#226;ce &#224; des symbiotes vivant dans ses racines &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.makanisi.org/congo-une-foret-de-40-000-ha-dacacias-a-vocation-ecologique-et-agro-forestiere/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;assure&lt;/a&gt; FRM. &#171; Le projet vise &#224; favoriser la r&#233;g&#233;n&#233;ration d'essences naturelles une fois l'atmosph&#232;re foresti&#232;re r&#233;tablie (ombrage, fertilit&#233; des sols&#8230;) &#187;, ajoute TotalEnergies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que les Acacias mangium ou les Acacias auriculiformis ainsi que la plupart des eucalyptus sont all&#233;lopathiques : &#171; Leurs feuilles ont tendance &#224; lib&#233;rer des produits chimiques qui sont fondamentalement toxiques pour de nombreuses autres plantes &#187;, rappelle le chercheur ind&#233;pendant Simon Counsell, ancien directeur ex&#233;cutif de la Rainforest Foundation UK qui conseille actuellement l'ONG Survival International. &#171; Le sol pourrait devenir plus &#8220;fertile&#8221; dans le sens o&#249; il pourrait contenir plus de carbone et d'azote, par exemple, mais il ne sera probablement pas tr&#232;s utile pour cultiver autre chose que l'acacia &#224; l'avenir. &#187; Au Br&#233;sil et &#224; Mayotte, &#171; la comp&#233;tition spatiale provoqu&#233;e par l'arriv&#233;e d'Acacia mangium et son effet all&#233;lopathique emp&#234;chent la germination de semences d'esp&#232;ces indig&#232;nes &#187;, note le Groupe Esp&#232;ces invasives de La R&#233;union (GEIR).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La convention sur la biodiversit&#233; biologique viol&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des chercheurs disent par ailleurs n'avoir trouv&#233; dans la litt&#233;rature scientifique consacr&#233;e &#224; ce sujet &#171; aucune preuve &#187; permettant d'&#233;tayer &#171; l'affirmation selon laquelle la plantation d'acacias australiens contribue &#224; restaurer les niveaux de biodiversit&#233; ou la valeur de conservation des &#233;cosyst&#232;mes d&#233;grad&#233;s &#187; (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acacia australien pourrait bien devenir invasif. Il est connu pour cela. Il l'est d&#233;j&#224;, selon le GEIR, aux Comores, &#224; Madagascar, au Bangladesh, aux Antilles, en R&#233;publique dominicaine, au Br&#233;sil, en Asie du Sud-Est, dans les &#238;les du Pacifique et au nord de l'Australie. Or ce caract&#232;re invasif peut avoir de graves r&#233;percussions sur la biodiversit&#233;. Selon la Convention sur la diversit&#233; biologique (CDB), un trait&#233; international juridiquement contraignant, &#171; les esp&#232;ces exotiques qui deviennent envahissantes sont consid&#233;r&#233;es comme les principaux facteurs directs de perte de biodiversit&#233; &#224; travers le monde &#187;. Conscientes de ce danger, les autorit&#233;s fran&#231;aises ont d&#233;cid&#233; en 2019 d'interdire son introduction sur l'&#238;le de La R&#233;union, &#171; y compris en transit sous surveillance douani&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles voulaient aussi sans doute &#234;tre en conformit&#233; avec la Convention sur la diversit&#233; biologique, que la France a ratifi&#233;e en 1994, et qui stipule que &#171; chaque partie contractante doit, dans la mesure du possible et selon qu'il convient, emp&#234;cher d'introduire, contr&#244;ler ou &#233;radiquer les esp&#232;ces exotiques qui menacent des &#233;cosyst&#232;mes, des habitats ou des esp&#232;ces &#187;. Puisque la m&#234;me Convention a &#233;t&#233; ratifi&#233;e par tous les pays du bassin du Congo, cela signifie que les projets de plantations d'acacias exotiques qui y sont men&#233;s constituent &#171; une violation flagrante &#187; de ce texte, souligne Simon Counsell.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un &#171; non-sens total &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les acacias que plantent TotalEnergies et FRM sont &#171; pr&#233;sents dans le pays et dans la r&#233;gion des plateaux Bat&#233;k&#233; depuis les ann&#233;es 1970. Les observations et constatations depuis lors n'indiquent pas de caract&#232;re invasif [&#8230;] &#224; notre connaissance &#187;, fait savoir la compagnie p&#233;troli&#232;re. Pourtant, il y a d&#233;j&#224; au moins un cas o&#249; l'introduction d'esp&#232;ces d'acacia d'origine australienne commence &#224; poser des probl&#232;mes en Afrique centrale. En &#233;tudiant une plantation &#233;tablie depuis une trentaine d'ann&#233;es dans la r&#233;gion de Kinshasa, l'&#233;cologue &#233;tats-unienne Amarina Wuenschel a constat&#233; que des arbres s'&#233;taient &#233;tablis hors du p&#233;rim&#232;tre initial. Elle a aussi observ&#233; &#171; un d&#233;clin de la productivit&#233; des sols &#187;, explique-t-elle dans un &lt;a href=&#034;https://usfscentralafrica.org/wp-content/uploads/2020/01/DRC_AcaciaNon-Native_EcoImpacts_Fr_120.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rapport&lt;/a&gt; publi&#233; en 2019. Ces deux ph&#233;nom&#232;nes &#171; sont &#224; prendre tr&#232;s au s&#233;rieux &#187;, note-t-elle. Elle recommande de g&#233;rer ce type de plantations arboricoles avec vigilance et pr&#233;caution et surtout de pr&#233;voir leur &#233;limination progressive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, quand TotalEnergies dit qu'il va d&#233;velopper des puits naturels de carbone &#171; tout en contribuant &#224; la pr&#233;servation de leur biodiversit&#233; &#187;, c'est un &#171; non-sens total &#187;, insiste Simon Counsell. Au contraire, &#171; cela va d&#233;truire la biodiversit&#233; locale &#187;, cette derni&#232;re &#233;tant en plus &#171; pas bien &#233;tudi&#233;e ou comprise &#187;. La zone des plateaux Bat&#233;k&#233;, qui abrite des savanes, des for&#234;ts et des esp&#232;ces end&#233;miques, est en effet &#171; l'une des derni&#232;res fronti&#232;res de l'&#233;cologie &#187; : sa flore et sa physionomie ont fait jusqu'ici l'objet de tr&#232;s peu de recherches, d'apr&#232;s une &#233;tude scientifique publi&#233;e en 2018 (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au m&#233;canisme des compensations carbone sur lequel reposent ces plantations, il est lui aussi controvers&#233;. Le dispositif est le suivant : une entreprise finance une plantation d'arbres (TotalEnergies va ainsi d&#233;penser environ 200 millions d'euros pour BaCaSi), qui va s&#233;questrer du carbone pendant quelques ann&#233;es pour ensuite &#234;tre en partie coup&#233;e et transform&#233;e en bois de chauffe ou en contreplaqu&#233;, par exemple. En &#233;change, elle obtiendra des cr&#233;dits-carbone qui lui permettront de d&#233;clarer une r&#233;duction de ses &#233;missions &#171; nettes &#187;, tout en continuant &#224; produire ses propres &#233;missions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'escroquerie des cr&#233;dits-carbone&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le march&#233; carbone a stagn&#233; pendant longtemps, le nombre de cr&#233;dits-carbone vendus &#224; des entreprises qui cherchent &#224; compenser leurs &#233;missions a explos&#233; entre 2018 et 2023, d'apr&#232;s Carbon Brief. Mais de plus en plus d'&#233;tudes et d'&lt;a href=&#034;https://www.theguardian.com/environment/2023/sep/15/rainforest-carbon-credit-schemes-misleading-and-ineffective-finds-report&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;enqu&#234;tes&lt;/a&gt; montrent que les projets de compensation carbone ne sont ni fiables ni efficaces &#8211; certains parlent m&#234;me de &#171; cr&#233;dits fant&#244;mes &#187;. Ainsi, environ 43 % des 61 projets examin&#233;s par Carbon Brief surestiment leur capacit&#233; &#224; r&#233;duire les &#233;missions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les entreprises impliqu&#233;es ne comptabilisent pas correctement toutes les &#233;missions qu'elles g&#233;n&#232;rent elles-m&#234;mes &#224; travers les plantations qu'elles financent. C'est ce que constate Simon Counsell : ces projets &#171; reposent sur le principe selon lequel ils entra&#238;nent une augmentation nette du carbone stock&#233; dans leur zone d'implantation, bien qu'ils pr&#233;voient une r&#233;colte r&#233;guli&#232;re d'arbres sur de courtes p&#233;riodes de rotation. Cependant, ils ne semblent pas prendre en compte les &#233;missions caus&#233;es par l'utilisation ou l'&#233;limination &#233;ventuelle du produit de ces cultures, comme le bois utilis&#233; pour la fabrication de panneaux de contreplaqu&#233; ou pour le chauffage. Dans ces deux cas, le CO2 stock&#233; dans le produit en question sera finalement (et peut-&#234;tre rapidement) rel&#226;ch&#233; dans l'atmosph&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre point pour le moins probl&#233;matique : la capacit&#233; de stockage annonc&#233;e. &#171; L'un des principaux crit&#232;res de la compensation carbone est que le stockage du carbone doit &#234;tre plus ou moins permanent. Or aucun stockage de carbone dans les arbres ne peut garantir cela. Comme l'indiquent les documents du projet BaCaSi eux-m&#234;mes, le plateau de Bat&#233;k&#233; est un &#233;cosyst&#232;me d&#233;pendant des incendies, et il br&#251;le souvent. Qu'est-ce qui emp&#234;chera les incendies de d&#233;truire les plantations et de lib&#233;rer leur carbone dans l'atmosph&#232;re ? &#187; demande Simon Counsell.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fausse solution&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aussi vaste soit-elle, aucune plantation d'arbres ou toute autre &#8220;solution fond&#233;e sur la nature&#8221; ne sera jamais en mesure d'absorber le carbone continuellement transf&#233;r&#233; depuis le sous-sol vers l'atmosph&#232;re &#187;, fait remarquer WRM. Avec d'autres ONG, ce mouvement a sign&#233; une &lt;a href=&#034;https://grain.org/fr/article/7073-stop-a-la-compensation-carbone&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;claration&lt;/a&gt; en d&#233;cembre 2023 affirmant que les cr&#233;dits-carbone et les compensations carbone sont une fausse solution au d&#233;r&#232;glement climatique, et emp&#234;chent de s'attaquer aux racines du probl&#232;me, &#224; savoir l'extraction des &#233;nergies fossiles, en pleine expansion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en d&#233;pensant deux centaines de millions d'euros dans BaCaSi, TotalEnergies continue ainsi de produire toujours plus d'&#233;missions de CO2, &#224; travers notamment la construction d'un &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/En-Ouganda-le-projet-fou-de-Total&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ol&#233;oduc g&#233;ant en Ouganda et en Tanzanie&lt;/a&gt;. C'est ce qui a fait dire &#224; Devlin Kuyek, de l'ONG Grain, que la compensation carbone sous toutes ses formes &#171; est une escroquerie &#224; laquelle nous devons mettre un terme imm&#233;diatement &#187;. &#171; L'action de compensation telle que pr&#233;vue &#187; par TotalEnergies avec BaCaSi &#171; ne la d&#233;tourne pas de ses actions de r&#233;duction des &#233;missions de CO2 li&#233;es &#224; ses activit&#233;s &#187;, r&#233;pond la multinationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Alliance pour le changement et la transformation (Pact), une coalition de peuples autochtones, d'institutions de recherche et d'organisations de la soci&#233;t&#233; civile, a de son c&#244;t&#233; demand&#233; en septembre 2023 un &#171; moratoire sur le commerce du carbone &#187;. Elle soutient que l'urgence est de reconna&#238;tre la &#171; nature multifonctionnelle et l'importance socioculturelle des for&#234;ts &#187;, ainsi que les droits fonciers des peuples autochtones et des communaut&#233;s locales, les plus &#224; m&#234;me de g&#233;rer ces &#233;cosyst&#232;mes et leur carbone. Ne pas le faire, ce serait &#171; persister dans un pass&#233; paternaliste, d'exclusion et colonial &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Lydie-Stella Koutika, David Richardson, &#171; Acacia mangium Willd : benefits and threats associated with its increasing use around the world &#187;, Forest Ecosystems 6, 2 (2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Paula Nieto-Quintano, Edward T. A. Mitchard, Roland Odende, Marcelle A. Batsa Mouwembe, Tim Rayden, Casey M. Ryan, &#171; The mesic savannas of the Bateke Plateau : carbon stocks and floristic compositio &#187;n, Bio Tropica, octobre 2018&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2024 plombe d&#233;j&#224; le S&#233;n&#233;gal</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-election-presidentielle-de-2024-plombe-deja-le-Senegal</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/L-election-presidentielle-de-2024-plombe-deja-le-Senegal</guid>
		<dc:date>2023-05-23T11:22:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fanny Pigeaud</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-05-23</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;n&#233;gal</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident sortant, Macky Sall, entretient le doute sur une nouvelle candidature, tandis que le chef de l'opposition, Ousmane Sonko, pourrait &#234;tre priv&#233; de sa participation au scrutin. Les tensions s'accroissent, et trois personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es lundi 15 mai dans des heurts entre opposants et forces de s&#233;curit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de M&#233;diapart. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un terrible bras de fer &#224; l'issue incertaine s'est engag&#233; au S&#233;n&#233;gal entre le pr&#233;sident Macky Sall, 61 ans, et le chef de l'opposition, Ousmane Sonko, 48 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-05-23-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-05-23&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Senegal-+" rel="tag"&gt;S&#233;n&#233;gal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Afrique-208-+" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH111/capture_d_e_cran_le_2023-05-22_a_11.02_41-f8f3e.png?1684841160' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='111' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le pr&#233;sident sortant, Macky Sall, entretient le doute sur une nouvelle candidature, tandis que le chef de l'opposition, Ousmane Sonko, pourrait &#234;tre priv&#233; de sa participation au scrutin. Les tensions s'accroissent, et trois personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es lundi 15 mai dans des heurts entre opposants et forces de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/170523/l-election-presidentielle-de-2024-plombe-deja-le-senegal&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;diapart&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un terrible bras de fer &#224; l'issue incertaine s'est engag&#233; au S&#233;n&#233;gal entre le pr&#233;sident Macky Sall, 61 ans, et le chef de l'opposition, Ousmane Sonko, 48 ans. Lundi, le duel a caus&#233;, selon un bilan officiel, la mort de trois personnes, dont un policier tu&#233; par accident par ses coll&#232;gues, dans des affrontements entre forces de s&#233;curit&#233; et manifestants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les heurts ont commenc&#233; lundi matin &#224; Ziguinchor, ville dont Ousmane Sonko est le maire et o&#249; il se trouve actuellement. Les forces de s&#233;curit&#233; ont attaqu&#233; sans raison apparente des militants de son parti qui s'&#233;taient install&#233;s quelques jours plus t&#244;t devant son domicile en guise de protection, alors que circulait une rumeur annon&#231;ant son arrestation prochaine. Dans les heures qui ont suivi, des troubles ont aussi &#233;clat&#233; dans plusieurs quartiers de Dakar et d'autres localit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plusieurs jours, le pays sentait l'orage venir, au fur et &#224; mesure que se rapprochait le mardi 16 mai, date de l'ouverture annonc&#233;e d'un proc&#232;s, &#224; Dakar, pour juger Ousmane Sonko, accus&#233; de &#171; viols et menaces de mort &#187; par Adji Sarr, une employ&#233;e d'un salon de massage. Finalement, les juges ont annonc&#233; mardi matin, alors que l'opposant &#233;tait toujours &#224; Ziguinchor, qu'ils reportaient l'audience au 23 mai. D'ici l&#224;, l'atmosph&#232;re devrait rester &#233;lectrique, en particulier dans la capitale de la Casamance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde l'a compris, avec ce dossier judiciaire, c'est la participation d'Ousmane Sonko &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de f&#233;vrier 2024 qui est en jeu. Le 8 mai, cet ancien inspecteur des imp&#244;ts, radi&#233; de la fonction publique pour avoir accus&#233; des personnalit&#233;s d'avoir b&#233;n&#233;fici&#233; d'avantages fiscaux ill&#233;gaux, a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; condamn&#233; en appel &#224; six mois de prison avec sursis, pour diffamation et injures contre le ministre du tourisme, une peine qui l'emp&#234;cherait d'&#234;tre inscrit sur les listes &#233;lectorales si elle devenait d&#233;finitive &#8211; il s'est pourvu depuis en cassation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;p&#244;t de la plainte d'Adji Sarr, en 2021, le fondateur du parti des Patriotes africains du Se&#769;ne&#769;gal pour le travail, l'&#233;thique et la fraternite&#769; (Pastef) et ses avocats d&#233;noncent une instrumentalisation de la justice, un &#171; complot d'&#201;tat &#187;, une &#171; conspiration politique &#187; pour l'emp&#234;cher de se pr&#233;senter &#224; la pr&#233;sidentielle. Le Mouvement des forces vives du S&#233;n&#233;gal F24, une nouvelle coalition regroupant une centaine d'organisations politiques et de la soci&#233;t&#233; civile, parle &#233;galement du risque d'un &#171; proc&#232;s &#224; fort relent politique &#187; et &#171; exige un traitement juste et &#233;quitable &#187; dans ce dossier. &#192; l'inverse, les adversaires d'Ousmane Sonko, qui est plac&#233; sous contr&#244;le judiciaire, l'accusent de se servir de la rue pour &#233;chapper &#224; la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des incidents qui se succ&#232;dent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est certain, c'est que cette affaire pourrit depuis deux ans le climat politique et social du pays. En mars 2021, l'interpellation de l'opposant, alors qu'il se rendait au tribunal pour &#234;tre entendu pour la premi&#232;re fois, avait d&#233;clench&#233; &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/070321/au-senegal-une-revolte-populaire-s-ebranle-contre-la-recolonisation-economique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;plusieurs jours de manifestations et d'&#233;meutes&lt;/a&gt; d'une ampleur in&#233;dite et brutalement r&#233;prim&#233;es. Au moins quatorze personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es, dont douze par des tirs des forces de s&#233;curit&#233;, des faits qui n'ont jusqu'&#224; pr&#233;sent pas int&#233;ress&#233; la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, chaque convocation judiciaire d'Ousmane Sonko mobilise ses partisans et provoque des incidents impliquant les forces de s&#233;curit&#233;. Le 16 mars, par exemple, la police l'a violemment fait sortir de son v&#233;hicule alors qu'il revenait du tribunal, pour l'installer dans un fourgon blind&#233; et le conduire chez lui. Dans le quartier de Dakar o&#249; le leader du Pastef a une r&#233;sidence, c'est le m&#234;me spectacle depuis des mois : &#171; &#199;a grouille d'hommes en tenue et arm&#233;s. Surtout quand il doit se rendre au tribunal ou prendre part &#224; des manifestations importantes &#187;, rapporte un t&#233;moin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;vidence, la situation deviendrait explosive si le maire de Ziguinchor &#233;tait d&#233;clar&#233; in&#233;ligible, tant il est populaire aupr&#232;s de la jeunesse &#8211; les moins de 20 ans repr&#233;sentent plus de la moiti&#233; des 18 millions d'habitant&#183;es du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La candidature en suspens de Macky Sall&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas la seule raison de la tension qui ne cesse de monter. Le 12 mai, plusieurs milliers de personnes se sont r&#233;unies &#224; Dakar, &#224; l'appel du F24, pour dire leur opposition &#224; la perspective d'une candidature de Macky Sall pour un &#171; troisi&#232;me mandat &#187;. Depuis plusieurs mois, le chef de l'&#201;tat, &#233;lu en 2012 et 2019, donne l'impression qu'il veut se repr&#233;senter en f&#233;vrier 2024 en d&#233;pit de la Constitution qui limite &#224; deux le nombre de mandats pr&#233;sidentiels cons&#233;cutifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretenant l'ambigu&#239;t&#233; puisqu'il refuse jusqu'&#224; pr&#233;sent de clarifier ses intentions, Macky Sall pr&#233;tend que la loi l'autoriserait &#224; concourir &#224; nouveau s'il voulait s'engager dans ce sens. Une r&#233;forme constitutionnelle op&#233;r&#233;e en 2016 aurait remis le compteur des mandats &#224; z&#233;ro, d'apr&#232;s lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argumentaire est d'autant plus os&#233; que c'est celui qu'a utilis&#233; son pr&#233;d&#233;cesseur, Abdoulaye Wade, pour briguer un troisi&#232;me mandat en 2012. Or Macky Sall, qui appartient &#224; la m&#234;me famille politique lib&#233;rale qu'Abdoulaye Wade, dont il a &#233;t&#233; le premier ministre, a &#233;t&#233; de ceux qui ont anim&#233; &#224; l'&#233;poque &#171; la r&#233;sistance populaire &#187; face &#224; &#171; l'inacceptable &#187;, selon ses propres mots. Les autorit&#233;s avaient employ&#233; les grands moyens pour briser le mouvement de contestation. Au moins six personnes avaient &#233;t&#233; tu&#233;es en l'espace de quelques semaines. Le Conseil constitutionnel avait finalement valid&#233; la candidature d'Abdoulaye Wade, mais c'est Macky Sall qui avait remport&#233; le scrutin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La col&#232;re qui s'exprime aujourd'hui est aussi li&#233;e au fait que de nombreux sympathisants, membres et responsables du Pastef ainsi que des journalistes ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et plac&#233;s en d&#233;tention pour divers motifs au cours des derniers mois. L'opposition et des organisations de la soci&#233;t&#233; civile les consid&#232;rent comme des prisonniers politiques, estimant qu'ils seraient plus de 300 dans cette situation. &#171; Il n'existe pas de d&#233;tenus politiques au S&#233;n&#233;gal &#187;, a affirm&#233; pour sa part Macky Sall, le 22 avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accusations &#171; d'instrumentalisation de la justice &#187; port&#233;es contre Macky Sall ne sont pas nouvelles. Avant la pr&#233;sidentielle de 2019, plusieurs de ses concurrents, dont Karim Wade, le fils de l'ancien pr&#233;sident, et Khalifa Sall, ex-maire de Dakar, ont fait l'objet de condamnations &#224; des peines de prison qui les ont &#233;cart&#233;s de la course &#224; la pr&#233;sidence, ce qui &#233;tait manifestement le but recherch&#233;. L'actuelle loi &#233;lectorale adopt&#233;e en 2018 a par ailleurs &#233;t&#233; con&#231;ue comme un outil permettant au pouvoir de choisir &#171; ses &#187; candidats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme en 2012, Amnesty International multiplie les communiqu&#233;s pour dire son inqui&#233;tude : &#171; En amont de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2024, les autorit&#233;s s&#233;n&#233;galaises sont en train d'affaiblir la protection des droits humains dans le pays en r&#233;primant la libert&#233; de la presse et la libert&#233; d'expression et de r&#233;union pacifique, en interdisant des manifestations organis&#233;es par des partis d'opposition et en ne respectant pas les droits &#224; la justice, &#224; la transparence et &#224; la v&#233;rit&#233; des victimes de l'usage d'une force meurtri&#232;re &#187;, a &#233;crit l'organisation le 20 mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On se croirait en situation d'&#233;tat d'urgence &#187;, s'alarme de son c&#244;t&#233; un habitant de Yoff, un quartier populaire du nord de la capitale, faisant allusion aux nombreux gendarmes et policiers d&#233;ploy&#233;s ces derniers temps dans plusieurs points de la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, on voit mal comment Macky Sall pourrait esp&#233;rer mener &#224; terme un &#233;ventuel projet de candidature pour un &#171; troisi&#232;me mandat &#187;, m&#234;me s'il a r&#233;ussi ces derniers jours &#224; cr&#233;er des fissures au sein de l'opposition avec une proposition de &#171; dialogue &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Sans doute la popularit&#233; dont jouit Ousmane Sonko laisse-t-elle penser aux autorit&#233;s fran&#231;aises qu'elles pourraient &#234;tre un jour oblig&#233;es de composer avec lui.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;La situation est d'autant plus compliqu&#233;e pour le pr&#233;sident que son grand alli&#233;, le pouvoir fran&#231;ais, avec lequel il a entretenu des liens &#233;troits jusqu'&#224; il y a peu, semble avoir pris ses distances, conscient des risques qui p&#232;sent sur les int&#233;r&#234;ts fran&#231;ais dans le pays. Le souvenir des &#233;v&#233;nements de mars 2021 est vivace : des entreprises tricolores avaient &#233;t&#233; vis&#233;es par les manifestants. Dix-huit magasins Auchan avaient &#233;t&#233; saccag&#233;s et pill&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute la popularit&#233; dont jouit Ousmane Sonko laisse-t-elle penser aux autorit&#233;s fran&#231;aises qu'elles pourraient &#234;tre un jour oblig&#233;es de composer avec lui, malgr&#233; les critiques qu'il formule r&#233;guli&#232;rement &#224; propos de la politique fran&#231;aise vis-&#224;-vis du S&#233;n&#233;gal et d'un syst&#232;me politique construit pour satisfaire l'&#233;tranger et une minorit&#233; de S&#233;n&#233;galais. &#171; Il est temps que la France nous foute la paix &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=hnsi5F6Jkn8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;a-t-il d&#233;clar&#233; en juillet 2021&lt;/a&gt;. Au cours des derniers mois, des &#233;missaires envoy&#233;s par Paris l'auraient rencontr&#233; &#224; plusieurs reprises, d'apr&#232;s le quotidien Le Monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assiste-t-on &#224; la fin d'une forme de gouvernance h&#233;rit&#233;e de la colonisation et &#224; bout de souffle ? Une partie de la jeunesse l'esp&#232;re. L'&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/010819/indignation-au-senegal-apres-l-incarceration-d-un-celebre-activiste&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;activiste&lt;/a&gt; Guy Marius Sagna, d&#233;put&#233; de la coalition de l'opposition Yewwi Askan Wi, n'a pas manqu&#233; l'occasion d'&#233;tablir un parall&#232;le entre l'actualit&#233; et la mort d'Omar Blondin Diop, il y a tout juste cinquante ans, le 11 mai 1973. Cet intellectuel et militant de gauche a perdu la vie en prison dans des circonstances troubles : un &#171; suicide &#187; selon la version officielle, un assassinat d'apr&#232;s sa famille. &#171; En 1973, le n&#233;ocolonialisme assassine Omar Blondin Diop. Cinquante ans apr&#232;s, le r&#233;gime de Macky Sall assassine, emprisonne, veut liquider Ousmane Sonko pour un troisi&#232;me mandat n&#233;ocolonial. &#199;a ne passera pas &#187;, a lanc&#233; Guy Marius Sagna sur Twitter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, le cinquantenaire de cette mort vient rappeler &#224; ceux qui l'avaient oubli&#233; ou ont voulu l'occulter que le premier pr&#233;sident du S&#233;n&#233;gal, L&#233;opold S&#233;dar Senghor (1960-1980), dont les qualit&#233;s de &#171; d&#233;mocrate &#187; ne cessent d'&#234;tre lou&#233;es &#224; l'&#233;tranger, a en r&#233;alit&#233; men&#233; une r&#233;pression f&#233;roce contre les forces de gauche militant pour une v&#233;ritable ind&#233;pendance du pays, et que la &#171; d&#233;mocratie &#187; au S&#233;n&#233;gal est rest&#233;e depuis une chim&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fanny Pigeaud&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fronde paysanne face &#224; Bill Gates et la &#171; r&#233;volution verte &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Fronde-paysanne-face-a-Bill-Gates-et-la-revolution-verte</link>
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		<dc:date>2022-12-13T11:56:18Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fanny Pigeaud</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-10-18</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le milliardaire &#233;tats-unien est l'un des principaux promoteurs de la &#171; r&#233;volution verte &#187; sur le continent. Pour lui, le salut de l'agriculture africaine ne peut passer que par les innovations technologiques, et notamment les OGM. Mais de nombreux mouvements paysans, partisans de l'agro&#233;cologie, militent pour sortir de ce sch&#233;ma qui combine privatisation des semences et d&#233;pendance aux pesticides et aux engrais industriels. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Afrique XXI. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Cher Bill Gates, [&#8230;] Vous avez particip&#233; &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-202-10-18-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-10-18&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/arton55267-e5840.png?1679048211' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le milliardaire &#233;tats-unien est l'un des principaux promoteurs de la &#171; r&#233;volution verte &#187; sur le continent. Pour lui, le salut de l'agriculture africaine ne peut passer que par les innovations technologiques, et notamment les OGM. Mais de nombreux mouvements paysans, partisans de l'agro&#233;cologie, militent pour sortir de ce sch&#233;ma qui combine privatisation des semences et d&#233;pendance aux pesticides et aux engrais industriels.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Fronde-paysanne-face-a-Bill-Gates-et-la-revolution-verte&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Afrique XXI&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cher Bill Gates, [&#8230;] Vous avez particip&#233; &#224; la cr&#233;ation du probl&#232;me que vous soulevez. [&#8230;] Nous vous invitons &#224; prendre du recul et &#224; apprendre de ceux qui sont sur le terrain. &#187; Dans une &lt;a href=&#034;https://www.commondreams.org/views/2022/11/10/open-letter-bill-gates-food-farming-and-africa&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;lettre ouverte&lt;/a&gt; publi&#233;e le 10 novembre 2022, une coalition de mouvements paysans et d'organisations des soci&#233;t&#233;s civiles africaines et occidentales d&#233;zingue l'approche du milliardaire am&#233;ricain en ce qui concerne l'agriculture africaine, et critique plusieurs de ses prises de parole r&#233;centes (1). Les signataires de ce courrier semblent &#224; la fois exasp&#233;r&#233;s et inquiets. En toile de fond de ces critiques apparaissent deux visions oppos&#233;es de l'agriculture : l'une orient&#233;e vers le profit et l'autre vers la souverainet&#233; alimentaire, avec &#224; la cl&#233; des enjeux financiers &#233;normes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; sa fortune, Bill Gates est devenu ces derni&#232;res ann&#233;es un acteur influent dans le secteur agricole de l'Afrique. La fondation qu'il a cr&#233;&#233;e en 2000, la Bill &amp; Melinda Gates Foundation, lui a attribu&#233; des centaines de millions de dollars en subventions et a promis d'en verser d'autres au cours des quatre prochaines ann&#233;es. Mais si l'agriculture du continent a effectivement besoin d'investissements, Bill Gates, qui dit vouloir stimuler la productivit&#233; agricole et r&#233;soudre les probl&#232;mes de la faim, finance un type d'agriculture bien particulier : il mise tout sur l'utilisation des nouvelles technologies, dont des semences et des engrais synth&#233;tiques. Il parle ainsi de plus en plus de &#171; graines magiques &#187; (&#171; magic seeds &#187;), des semences modifi&#233;es et con&#231;ues, dit-il, pour s'adapter au changement climatique et augmenter la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son projet phare est l'Alliance pour la r&#233;volution verte en Afrique (Alliance for a Green Revolution in Africa, AGRA), lanc&#233;e en 2006 dans le but de &#171; r&#233;volutionner &#187; l'agriculture africaine et de transformer en des &#171; entreprises prosp&#232;res &#187; les petites exploitations familiales qui constituent aujourd'hui le gros du secteur agricole du continent. La fondation Gates a mis sur pied ce m&#233;canisme avec la fondation Rockefeller, laquelle est &#224; l'origine du concept, aujourd'hui controvers&#233;, de &#171; r&#233;volution verte &#187;, lanc&#233; dans les ann&#233;es 1950 et mis en &#339;uvre en Am&#233;rique latine puis en Asie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des financiers &#224; la t&#234;te de la &#171; r&#233;volution verte &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres du conseil d'administration d'AGRA ne connaissent pas le travail de la terre : ils viennent pour la plupart du monde de la finance, du management et de l'entreprise. Ses bailleurs de fonds sont tous occidentaux : les fondations Gates, Rockefeller, Ikea, l'Agence am&#233;ricaine pour le d&#233;veloppement international (USaid), les gouvernements du Royaume-Uni, d'Allemagne, etc. Entre 2006 et 2021, AGRA a re&#231;u plus de 1 milliard d'euros, dont deux tiers venaient de la fondation Gates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AGRA a conclu des partenariats avec des multinationales de l'agro-industrie comme Nestl&#233; (Suisse) et certaines des entreprises de l'industrie agrochimique parmi les plus puissantes du monde, dont Syngenta (Suisse) et Bayer (Allemagne). Ces deux firmes sont connues pour, entre autres, produire des pesticides qui sont interdits en Europe en raison de leur toxicit&#233; et qu'elles &#233;coulent dans d'autres r&#233;gions du monde, dont l'Afrique. Tout comme l'USaid, elles font du lobbying pour pousser les pays africains, dont environ 70 % de la population vit de l'agriculture, &#224; utiliser leurs semences hybrides et g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;es (OGM), qui sont st&#233;riles &#8211; ce qui oblige &#224; en racheter chaque ann&#233;e &#8211; et n&#233;cessitent l'emploi de pesticides et d'engrais. Actuellement, 80 % &#224; 90 % des semences plant&#233;es en Afrique sont produites par des paysans et sont reproductibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'initiative AGRA a nou&#233; d'autres alliances gr&#226;ce &#224; l'organisation de son &#171; Forum de la r&#233;volution verte en Afrique &#187;, un rendez-vous annuel de trois jours qui s'est tenu cette ann&#233;e au Rwanda : y participent des chefs d'&#201;tat, des ministres, des chefs d'entreprise, des institutions, dont l'Union africaine, la Banque mondiale et l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), et des multinationales dont certaines, comme la firme singapourienne Olam et le cabinet &#233;tats-unien McKinsey, financent ce rendez-vous. Preuve de son influence, la pr&#233;sidente d'AGRA, Agn&#232;s Kalibata, a &#233;t&#233; &#171; l'envoy&#233;e sp&#233;ciale &#187; du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral des Nations unies pour le sommet de l'ONU sur les syst&#232;mes alimentaires de 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un lobbying payant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son lancement, les promoteurs d'AGRA ont vendu une image idyllique de leur mod&#232;le : si les paysans utilisaient des semences, des pesticides et des engrais de synth&#232;se, les rendements agricoles et les revenus de 30 millions de m&#233;nages de petits producteurs doubleraient en moins de quinze ans, et la faim serait r&#233;duite de moiti&#233; dans les pays cibl&#233;s. &#338;uvrant dans onze &#201;tats (Burkina Faso, Ghana, &#201;thiopie, Kenya, Malawi, Mali, Mozambique, Nigeria, Ouganda, Rwanda, Tanzanie), les employ&#233;s d'AGRA ont entrepris de convaincre les gouvernements d'adopter des politiques favorables aux entreprises et de d&#233;velopper des march&#233;s d'engrais industriels, de semences brevet&#233;es, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recette d'AGRA a-t-elle fonctionn&#233; ? Oui, d'apr&#232;s ses responsables : &#171; Nous avons facilit&#233; 42 r&#233;formes politiques, soutenu onze programmes phares nationaux et mobilis&#233; 1,4 milliard de dollars d'investissements dans le secteur &#187;, affirment-ils dans un bilan publi&#233; en 2022. &#171; Gr&#226;ce &#224; nos efforts, la majorit&#233; des agriculteurs soutenus par AGRA ont adopt&#233; des pratiques agronomiques am&#233;lior&#233;es : 75 % des agriculteurs ont adopt&#233; l'utilisation d'engrais, 48 % ont adopt&#233; des semences am&#233;lior&#233;es et 60 % ont adopt&#233; des pratiques am&#233;lior&#233;es de gestion post-r&#233;colte &#187;, ajoutent-ils. Dans les onze pays o&#249; AGRA intervient, &#171; nous pouvons voir des preuves d'une productivit&#233; am&#233;lior&#233;e, d'une meilleure qualit&#233; des r&#233;coltes, de revenus plus &#233;lev&#233;s [...] &#187;, se targuaient-ils en 2020. En septembre 2022, AGRA a annonc&#233; un nouveau &#171; plan strat&#233;gique &#187; de cinq ans. Son co&#251;t : 550 millions de dollars. La fondation Gates lui a d&#233;j&#224; attribu&#233; 200 millions de dollars pour le financer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la conception de l'agriculture promue par AGRA entre en conflit avec celle, notamment, de l'Alliance pour la souverainet&#233; alimentaire en Afrique (AFSA), un important r&#233;seau de paysans et d'organisations de la soci&#233;t&#233; civile issus de 50 pays africains, qui repr&#233;sente plusieurs centaines de millions de paysans. L'AFSA, qui fait partie des signataires de la lettre ouverte &#224; Bill Gates, a lanc&#233; en 2021 une campagne de plaidoyer, toujours en cours, pour appeler AGRA et ses bailleurs de fonds &#224; &#171; cesser d'imposer leurs sch&#233;mas d'agriculture industrielle aux communaut&#233;s et agriculteurs africains &#187;. &#171; L'AGRA n'a pas r&#233;ussi &#224; augmenter les rendements, les revenus et la s&#233;curit&#233; alimentaire des agriculteurs. Elle continue d'enrichir les multinationales des engrais avec des profits records alors que la faim en Afrique augmente &#187;, a d&#233;clar&#233; le 7 septembre 2022 dans un tweet le Southern African Faith Communities' Environment Institute (SAFCEI), adh&#233;rent de l'AFSA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les &#233;checs d'AGRA sont partout visibles &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations paysannes et leurs alli&#233;s s'appuient sur des t&#233;moignages venus du terrain. &#171; Au Kenya, les &#233;checs d'AGRA sont partout visibles &#187;, a d&#233;clar&#233;, dans une lettre ouverte au Congr&#232;s am&#233;ricain, Anne Maina, coordinatrice de la Biodiversity and Biosafety Association of Kenya (BIBA-K), un gros r&#233;seau d'associations de paysans, de consommateurs et d'organisations confessionnelles (membre lui aussi de l'AFSA).&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Les agriculteurs finissent par s'endetter car ils paient des prix &#233;lev&#233;s pour les semences et les engrais, qui ne produisent souvent pas de grands rendements, a-t-elle pr&#233;cis&#233;. Un groupe de femmes a perdu ses &#233;conomies mises en commun et certains biens du m&#233;nage apr&#232;s les avoir utilis&#233;s comme garantie pour des pr&#234;ts, sous forme de semences de ma&#239;s et d'engrais. Elles ont perdu le droit de choisir leurs semences et ont d&#251; rembourser le pr&#234;t en esp&#232;ces. Ces politiques ont conduit &#224; une d&#233;pendance malsaine au ma&#239;s et au d&#233;clin de la diversit&#233; de cultures plus nutritives et r&#233;sistantes au climat comme le mil, le sorgho, les patates douces. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs enqu&#234;tes vont dans le m&#234;me sens, dont une command&#233;e par la fondation Gates elle-m&#234;me. Rendu public d&#233;but 2022, ce &lt;a href=&#034;https://cagj.org/2022/04/agra-is-failing-farmers-but-helping-foreign-corporations/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rapport&lt;/a&gt; conclut qu'AGRA &#171; n'a pas atteint son objectif principal, &#224; savoir l'augmentation des revenus et de la s&#233;curit&#233; alimentaire pour 9 millions de petits exploitants, bien qu'elle ait atteint plus de 10 millions de petits exploitants &#187;. Il pr&#233;cise que le programme d'AGRA a am&#233;lior&#233; les rendements de ma&#239;s en &#201;thiopie, au Ghana et au Nigeria, mais pas en Tanzanie, au Burkina Faso ou au Kenya. Dans ces six pays, seuls les agriculteurs du Burkina Faso ont vu leurs ventes de ma&#239;s s'am&#233;liorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &lt;a href=&#034;https://sites.tufts.edu/gdae/files/2020/07/20-01_Wise_FailureToYield.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;tude&lt;/a&gt; publi&#233;e en juin 2020 par l'universit&#233; am&#233;ricaine Tufts et le Global Development and Environment Institute, un groupe de recherche et de plaidoyer, montre elle aussi qu'AGRA n'a produit que de maigres r&#233;sultats en ce qui concerne les gains de productivit&#233;, et a eu des cons&#233;quences n&#233;fastes sur d'autres aspects. Ainsi peut-on y lire que la diversit&#233; des cultures a diminu&#233; et que l'utilisation intensive de produits agrochimiques a d&#233;grad&#233; les sols. Les cultures locales, nutritives et r&#233;sistantes au climat, comme le mil et le sorgho, ont quant &#224; elles vu leur production chuter de mani&#232;re signi&#64257;cative. &#171; Tout porte &#224; croire que les principaux b&#233;n&#233;ficiaires ne sont probablement pas les agriculteurs les plus pauvres ou les plus expos&#233;s &#224; l'ins&#233;curit&#233; alimentaire, mais plut&#244;t un nombre croissant d'agriculteurs de taille moyenne qui ont acc&#232;s &#224; davantage de terres et sont d&#233;j&#224; int&#233;gr&#233;s dans des r&#233;seaux commerciaux. Ces agriculteurs sont bien plus souvent des hommes &#187;, note l'&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pis, l'ins&#233;curit&#233; alimentaire a augment&#233; de 31 % dans les pays concern&#233;s. Autre probl&#232;me : les gouvernements africains ont d&#233;pens&#233; des sommes importantes pour subventionner l'achat des engrais chimiques et des semences commerciales cens&#233;s augmenter les rendements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#171; graines magiques &#187; de Bill Gates&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Timothy Wise, qui travaille pour l'Institute for Agriculture and Trade Policy (IATP) et qui a r&#233;alis&#233; cette &#233;tude, estime que le nouveau plan strat&#233;gique d'AGRA va accentuer ses d&#233;fauts. Il &#171; ne parvient m&#234;me pas &#224; fixer des objectifs mesurables en mati&#232;re de rendements, de revenus ou de s&#233;curit&#233; alimentaire &#187;, explique-t-il (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interrog&#233;e par Afrique XXI, AGRA, qui a d&#233;cid&#233; en septembre 2022 de faire de l'acronyme AGRA son nom complet et de supprimer la r&#233;f&#233;rence &#224; la &#171; r&#233;volution verte &#187;, se d&#233;fend de promouvoir l'utilisation intensive de semences commerciales et d'intrants chimiques. Ses responsables disent avoir &#171; soutenu le d&#233;veloppement et la diffusion de 685 diff&#233;rentes vari&#233;t&#233;s de cultures naturellement am&#233;lior&#233;es, en utilisant des m&#233;thodes de s&#233;lection conventionnelles, r&#233;pondant aux environnements locaux des besoins des agriculteurs africains, dont 60 % sont commercialis&#233;es par 119 petites entreprises de semences, atteignant des millions de pays touch&#233;s par la s&#233;cheresse et l'ins&#233;curit&#233; alimentaire &#187;.&#8239;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AGRA affirme aussi avoir &#171; d&#233;velopp&#233; des vari&#233;t&#233;s de manioc, de ma&#239;s et de riz &#224; maturation pr&#233;coce et tol&#233;rantes &#224; la s&#233;cheresse, des vari&#233;t&#233;s d'arachide r&#233;sistantes &#224; la rosette, de ni&#233;b&#233; r&#233;sistant aux pucerons, de haricots &#224; haute teneur en fer et de patates douces riches en b-carot&#232;ne &#187;. L'organisation ajoute qu'elle a promu &#171; la s&#233;lection participative en impliquant les agriculteurs dans la s&#233;lection des vari&#233;t&#233;s et en incorporant le mat&#233;riel g&#233;n&#233;tique des agriculteurs dans l'ensemble du processus de d&#233;veloppement des vari&#233;t&#233;s &#187;, ce qui &#171; permet de pr&#233;server la diversit&#233; locale et d'int&#233;grer les pr&#233;f&#233;rences des agriculteurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7152 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2022-12-12_a_09.14_44.png?7152/9d96c6ea4f24c45d1a58021a25ffc3db7e54f9a6d0cb2408dccac75c588b57cc&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH206/9d96c6ea4f24c45d-5772e537-e0ae4.png?1717497359' width='500' height='206' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, Bill Gates ne cesse de d&#233;fendre les OGM et ses &#171; graines magiques &#187; : en visite en novembre 2022 au Kenya, il a pr&#233;tendu que chaque morceau de pain et de ma&#239;s qu'il avait mang&#233; dans sa vie &#233;tait issu de cultures OGM et que ces derni&#232;res &#233;taient sans danger &#8211; un double mensonge. Le Kenya, o&#249; est &#233;tabli le si&#232;ge d'AGRA, venait alors tout juste, sous la pression des &#201;tats-Unis qui d&#233;fendent les int&#233;r&#234;ts de leur industrie semenci&#232;re, de lever une interdiction de dix ans sur la culture et l'importation d'organismes g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un business prometteur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re les objectifs humanitaires que le milliardaire affiche, il pourrait bien y avoir en r&#233;alit&#233; des vis&#233;es avant tout commerciales. Car le secteur agricole africain est prometteur : &#171; L'agriculture est un business, et le plus grand business d'Afrique. D'ici &#224; 2030, l'agriculture et l'agroalimentaire repr&#233;senteront 1 000 milliards de dollars en Afrique &#187;, a d&#233;clar&#233; Akinwumi Adesina, le patron de la Banque africaine de d&#233;veloppement (BAD), en novembre 2021 (3). Lui aussi soutient une agriculture industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa lettre ouverte, la coalition de paysans africains et de leurs alli&#233;s fait remarquer &#224; Bill Gates que les semences r&#233;sistantes au climat qu'il dit vouloir cr&#233;er &#171; existent d&#233;j&#224; et sont d&#233;velopp&#233;es par les agriculteurs et commercialis&#233;es via des march&#233;s de semences informels &#187;. Elle souligne que l'initiative AGRA a encourag&#233; des l&#233;gislations restrictives qui contribuent &#171; &#224; la privatisation et &#224; la consolidation des monopoles des entreprises sur le d&#233;veloppement et les march&#233;s des semences &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ajoute : &#171; Les solutions high-tech que vous privil&#233;giez, notamment le g&#233;nie g&#233;n&#233;tique, les nouvelles technologies de s&#233;lection et, d&#233;sormais, l'agriculture num&#233;rique [n'ont] jamais r&#233;ussi &#224; r&#233;duire la faim ou &#224; am&#233;liorer l'acc&#232;s &#224; la nourriture comme promis &#187;. Une partie des rem&#232;des contre le changement climatique (dont les engrais &#224; base de combustibles fossiles) que pr&#233;conise Bill Gates contribuent en r&#233;alit&#233; &#224; aggraver la situation et conduisent - comme ses initiatives tendant &#224; confier la s&#233;lection et la production de semences &#224; des grandes entreprises plut&#244;t qu'aux paysans eux-m&#234;mes - &#224; des in&#233;galit&#233;s d'acc&#232;s &#224; la nourriture, d&#233;noncent les opposants &#224; la politique du milliardaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'agro&#233;cologie, une alternative cr&#233;dible&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'AFSA et les autres mouvements paysans africains ont une solution pour sortir du sch&#233;ma &#171; semences-pesticides-engrais industriels &#187;, qui ab&#238;me et appauvrit les sols, met en danger la sant&#233; des paysans et des consommateurs, et rend les agriculteurs d&#233;pendants d'intrants externes : il s'agit de l'&lt;a href=&#034;https://www.fao.org/3/i9037fr/i9037fr.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;agro&#233;cologie&lt;/a&gt;. Cette derni&#232;re consiste &#224; s'appuyer sur le savoir-faire des paysans, sur des pratiques agricoles respectueuses de l'environnement et des ressources naturelles, &#224; faible co&#251;t et n&#233;cessitant peu d'intrants. Elle consid&#232;re que l'agriculture doit avant tout satisfaire les besoins alimentaires des consommateurs et des march&#233;s locaux, en produisant des cultures vivri&#232;res diversifi&#233;es et adapt&#233;es au terrain, tout en visant &#224; assurer des moyens de subsistance d&#233;cents aux paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'agro&#233;cologie n'est pas un retour vers l'agriculture traditionnelle : elle s'inspire des connaissances et des pratiques endog&#232;nes tout en mobilisant les apports des sciences pour r&#233;pondre de mani&#232;re durable aux enjeux actuels et futurs &#187;, explique la Dynamique pour une transition agro&#233;cologique au S&#233;n&#233;gal (DyTAES), un r&#233;seau de producteurs, de consommateurs, d'&#233;lus locaux, d'ONG et d'institutions de recherches s&#233;n&#233;galaises et internationales qui agit sur le terrain pour promouvoir l'agro&#233;cologie et former des paysans. Des entreprises et des agriculteurs ont notamment d&#233;velopp&#233; des biofertilisants et des biopesticides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses &#233;tudes d&#233;montrent que l'agro&#233;cologie repr&#233;sente l'avenir de l'agriculture. Le rapporteur sp&#233;cial de l'ONU sur le droit &#224; l'alimentation, Michael Fakhri, &lt;a href=&#034;https://rosalux-geneva.org/fr/le-sommet-sur-les-systemes-alimentaires-ne-profitera-pas-aux-millions-de-personnes-qui-souffrent-de-la-faim/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;fend&lt;/a&gt; lui aussi cette id&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Nous avons besoin d'un soutien pour une agriculture qui travaille avec la nature, renforce la diversit&#233; des cultures et des r&#233;gimes alimentaires, est r&#233;siliente au climat et donne &#224; nos agriculteurs, en particulier les femmes, les moyens d'am&#233;liorer leurs exploitations et de nourrir leurs familles, estime-t-il. Le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui a d&#233;but&#233; en 1970, lorsque la r&#233;volution verte a commenc&#233; et que l'agriculture est devenue une affaire de grandes multinationales. C'est un ph&#233;nom&#232;ne r&#233;cent mais vous pouvez constater la destruction que cela a g&#233;n&#233;r&#233; en seulement 50 ans.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;a href=&#034;https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/sites/4/2020/06/SRCCL_SPM_fr.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rapport&lt;/a&gt; sp&#233;cial du GIEC sur le changement climatique et les terres &#233;merg&#233;es publi&#233; en 2019 va &#233;galement dans ce sens, affirmant qu'&#171; accro&#238;tre la r&#233;silience du syst&#232;me alimentaire par l'agro&#233;cologie et la diversification est un moyen efficace de r&#233;aliser l'adaptation au changement climatique &#187;. Dans ces conditions, il est &#171; choquant &#187; de voir &#171; qu'un certain nombre de donateurs internationaux continuent de privil&#233;gier les pro&#64257;ts des entreprises au d&#233;triment des personnes, laissant la n&#233;cessaire transition vers des pratiques agro&#233;cologiques durables sous-financ&#233;e &#187;, souligne l'Institut Oakland (4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Lire notamment David Wallace-Wells, &#171; Bill Gates : &#8220;We're in a Worse Place Than I Expected&#8221; &#187;, The New York Times, 13 septembre 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Timothy Wise, &#171; Can AGRA correct course ? New plan offers big budget, few changes to address African food crisis &#187;, Nation, 8 septembre 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Aur&#233;lie M'Bida, &#171; Akinwumi Adesina (BAD) : &#8220;L'agriculture est le plus grand business d'Afrique&#8221; &#187;, Jeune Afrique, 20 novembre 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- Frederic Mousseau, Andy Currier, &#171; The African Development Bank Must Work for Africans, Not Agrochemical Corporations &#187;, Oakland Institute, 15 septembre 2022.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mali : un embargo financier ill&#233;gal avec une empreinte n&#233;ocoloniale</title>
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		<dc:date>2022-01-18T12:01:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fanny Pigeaud, Ndongo Samba Sylla</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Mali</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-01-18</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Des milliers de Maliens ont manifest&#233; le 14 janvier contre des sanctions inflig&#233;es &#224; leur pays par les autres &#201;tats d'Afrique de l'Ouest. Le Mali se retrouve coup&#233; de son syst&#232;me financier domestique, un sc&#233;nario rendu possible par le fait qu'il utilise le franc CFA. L'ombre de la France plane au-dessus de cette mesure ill&#233;gale, qui rappelle celles de 2010/2011 contre la C&#244;te d'Ivoire. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteure. &lt;br class='autobr' /&gt;
Des dizaines de milliers de personnes se sont rassembl&#233;es le 14 janvier &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Afrique-208-+" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Mali-+" rel="tag"&gt;Mali&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-01-18-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-01-18&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH74/arton51059-68abd.png?1679047714' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='74' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des milliers de Maliens ont manifest&#233; le 14 janvier contre des sanctions inflig&#233;es &#224; leur pays par les autres &#201;tats d'Afrique de l'Ouest. Le Mali se retrouve coup&#233; de son syst&#232;me financier domestique, un sc&#233;nario rendu possible par le fait qu'il utilise le franc CFA. L'ombre de la France plane au-dessus de cette mesure ill&#233;gale, qui rappelle celles de 2010/2011 contre la C&#244;te d'Ivoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/fanny-pigeaud/blog/170122/mali-un-embargo-financier-illegal-avec-une-empreinte-neocoloniale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteure&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des dizaines de milliers de personnes se sont rassembl&#233;es le 14 janvier &#224; Bamako et dans plusieurs autres villes du Mali &#224; l'appel de leur gouvernement pour protester contre des sanctions s'apparentant &#224; un v&#233;ritable blocus financier, d&#233;cid&#233;es par les chefs d'&#201;tat de la Communaut&#233; &#233;conomique des &#201;tats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la suite du coup d'&#201;tat intervenu au Mali en ao&#251;t 2020, et du retard dans la mise en &#339;uvre de l'agenda retenu pour l'organisation d'&#233;lections, initialement pr&#233;vues en f&#233;vrier 2022, les dirigeants de la CEDEAO, qui regroupe quinze pays dont le Mali, avaient convenu en septembre et en novembre 2021 de geler les avoirs et de restreindre les d&#233;placements au sein de la r&#233;gion de plusieurs personnalit&#233;s et officiels maliens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont fait monter la pression d'un cran lors du sommet extraordinaire qui les a r&#233;unis &#224; Accra (Ghana) le 9 janvier 2021, avec des sanctions encore plus s&#233;v&#232;res, d'application imm&#233;diate, qui visent cette fois le pays tout entier. Ils ont ordonn&#233; la fermeture des fronti&#232;res terrestres et a&#233;riennes entre les pays de la CEDEAO et le Mali, la suspension du Mali de toute aide financi&#232;re des institutions financi&#232;res de la CEDEAO, la suspension des transactions commerciales entre les pays de la CEDEAO et Mali (&#224; l'exception de certains produits)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Figure aussi dans la liste une mesure d'une gravit&#233; extr&#234;me car attentatoire &#224; la souverainet&#233; financi&#232;re et politique de la R&#233;publique du Mali : le gel de ses avoirs dans &#171; les banques centrales et commerciales de la CEDEAO &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;cision revient notamment &#224; priver le gouvernement malien de son acc&#232;s &#224; ses comptes aupr&#232;s du syst&#232;me bancaire malien, &#224; savoir les banques commerciales et la Banque centrale des &#201;tats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), l'institut d'&#233;mission de l'Union &#233;conomique et mon&#233;taire ouest-africaine (UEMOA) qui &#233;met le franc CFA utilis&#233; par huit pays ouest-africains, dont le Mali.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pratique, ce type de sanction a pour objectif une asphyxie financi&#232;re domestique : entamer la capacit&#233; du gouvernement malien &#224; effectuer normalement ses d&#233;penses, &#224; honorer ses obligations financi&#232;res au jour le jour. Il s'agit in fine de restreindre les liquidit&#233;s, et donc de ralentir d&#233;lib&#233;r&#233;ment l'activit&#233; &#233;conomique dans un pays enclav&#233; class&#233; parmi les Pays les moins avanc&#233;s (PMA) et confront&#233; &#224; un double contexte de crise covid-19 et de lutte contre le terrorisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s maliennes, ainsi mises sous embargo financier domestique, pourraient avoir des difficult&#233;s &#224; remplir leurs obligations souveraines (paiements des salaires, dettes dues aux fournisseurs, bourses d'&#233;tudiants, missions de service public, etc.) et pourraient alors &#234;tre confront&#233;es au m&#233;contentement populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La CEDEAO comme paravent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrive que les pays occidentaux d&#233;cident de geler les avoirs ext&#233;rieurs de pays tiers, de personnalit&#233;s ou d'entreprises. Bien que la l&#233;galit&#233; de ces mesures soit souvent discutable, le fait est qu'aucun pays ne peut demander &#224; la banque centrale d'un autre pays souverain de restreindre l'acc&#232;s de son gouvernement &#224; ses comptes domestiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, battre monnaie, avoir une souverainet&#233; mon&#233;taire formelle, signifie que la banque centrale, quelle que soit son degr&#233; d'ind&#233;pendance, travaille pour le gouvernement et est sous son contr&#244;le politique. M&#234;me si la Guin&#233;e encourt des sanctions similaires &#224; celles &#224; l'encontre du Mali, la CEDEAO ne peut pas la priver de sa banque centrale et lui restreindre l'acc&#232;s &#224; ses comptes domestiques. Car la Guin&#233;e, contrairement au Mali, dispose de sa monnaie nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de sanction n'est donc envisageable que vis-&#224;-vis de pays membres d'une union mon&#233;taire &#8211; une construction institutionnelle tr&#232;s rare de nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cision de geler les avoirs domestiques du Mali porte ainsi clairement l'empreinte des dirigeants des pays de l'UEMOA, dont la plupart sont inf&#233;od&#233;s &#224; la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a n&#233;anmoins &#233;t&#233; endoss&#233;e et annonc&#233;e par la CEDEAO, actuellement sous pr&#233;sidence ghan&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais sur le plan l&#233;gal, on ne voit pas bien comment la CEDEAO peut la justifier. Son trait&#233; fondateur ne fait nulle part mention de la possibilit&#233; d'infliger des sanctions &#224; des pays membres. L'article 87 pr&#233;cise que la Cour de Justice est l'instance comp&#233;tente en cas de litiges entre pays membres qui ne peuvent &#234;tre r&#233;gl&#233;s &#224; l'amiable. Quant au protocole de la CEDEAO sur la d&#233;mocratie et la bonne gouvernance, il pr&#233;voit des sanctions &#171; en cas de rupture de la d&#233;mocratie par quelque proc&#233;d&#233; que ce soit et en cas de violation massive des Droits de la Personne dans un &#201;tat membre &#187; (Art. 45) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lesdites sanctions &#224; prendre par la Conf&#233;rence des Chefs d'&#201;tat et de Gouvernement peuvent aller par graduation : Refus de soutenir les candidatures pr&#233;sent&#233;es par l'&#201;tat membre concern&#233; &#224; des postes &#233;lectifs dans les organisations internationales ; Refus de tenir toute r&#233;union de la CEDEAO dans l'&#201;tat membre concern&#233; ; Suspension de l'&#201;tat membre concern&#233; dans toutes les Instances de la CEDEAO ; pendant la suspension, l'&#201;tat sanctionn&#233; continue d'&#234;tre tenu au paiement des cotisations de la p&#233;riode de suspension. Pendant ladite p&#233;riode, la CEDEAO continuera de suivre, d'encourager et de soutenir tout effort men&#233; par l'&#201;tat membre suspendu aux fins de retour &#224; la vie institutionnelle d&#233;mocratique normale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on peut le constater, aucune des sanctions pr&#233;vues par le protocole de la CEDEAO sur la d&#233;mocratie et la bonne gouvernance n'inclut le gel des actifs financiers domestiques d'un gouvernement et le fait de le priver de sa banque centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les pays CFA torpillent leurs propres textes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, l'initiative de cette sanction particuli&#232;re vient de l'UEMOA, du moins des dirigeants qui ont particip&#233; &#224; la r&#233;union des chefs d'&#201;tat et de gouvernement qui s'est tenue &#224; Accra, juste avant le sommet de la CEDEAO. Les autorit&#233;s maliennes n'ont pas assist&#233; &#224; cette conf&#233;rence. Selon le Premier ministre malien Choguel Ma&#239;ga, elles ont re&#231;u une convocation 48 heures avant la r&#233;union et sans notification de l'ordre du jour. Dans ces conditions, elles ont d&#233;cid&#233; ne pas envoyer de repr&#233;sentants &#224; Accra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de cette conf&#233;rence, les dirigeants des sept autres pays de l'UEMOA ont d&#233;cid&#233; ni plus ni moins de suspendre le Mali &#171; des organes et institutions de l'UEMOA &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mesure a &#233;t&#233; toutefois peu m&#233;diatis&#233;e et ce sont plut&#244;t les sanctions de la CEDEAO, entit&#233; englobant l'UEMOA et dont la l&#233;gitimit&#233; est de ce fait plus importante, qui ont &#233;t&#233; mises en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout autant que la CEDEAO, l'UEMOA s'est mise dans l'ill&#233;galit&#233; en se montrant &#171; solidaire &#187; d'une d&#233;cision revenant &#224; couper le gouvernement malien du syst&#232;me financier domestique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le trait&#233; de l'UEMOA liste un certain nombre de sanctions qui sont du ressort de la &#171; surveillance multilat&#233;rale &#187; au plan macro&#233;conomique. Celles-ci n'ont rien &#224; voir avec les questions de &#171; d&#233;mocratie &#187;, de &#171; droits de l'homme &#187; ou de &#171; bonne gouvernance &#187;. Selon le point d de l'article 74 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les sanctions explicites susceptibles d'&#234;tre appliqu&#233;es comprennent la gamme des mesures graduelles suivantes : - la publication par le Conseil d'un communiqu&#233;, &#233;ventuellement assorti d'informations suppl&#233;mentaires sur la situation de l'&#201;tat concern&#233; - le retrait, annonc&#233; publiquement, des mesures positives dont b&#233;n&#233;ficiait &#233;ventuellement l'&#201;tat membre - la recommandation &#224; la BOAD [Banque ouest-africaine de d&#233;veloppement] de revoir sa politique d'interventions en faveur de l'&#201;tat membre concern&#233; - la suspension des concours de l'Union &#224; l'&#201;tat membre concern&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au trait&#233; de l'Union mon&#233;taire ouest-africaine (UMOA, cr&#233;&#233;e en 1962), diff&#233;rent de celui de l'UEMOA, cr&#233;&#233;e en 1994, et sign&#233; lui aussi par le Mali et les autres membres de l'UEMOA, il d&#233;finit les pr&#233;rogatives de la Conf&#233;rence des Chefs d'&#201;tat et de gouvernement (Art. 7). Aucun article ne stipule que cet organe souverain a la possibilit&#233; de prononcer le type de sanction qui nous int&#233;resse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Normalement, &#171; les d&#233;cisions de la Conf&#233;rence, d&#233;nomm&#233;es &#034;actes de la Conf&#233;rence&#034;, sont prises &#224; l'unanimit&#233; &#187; (Art. 8). Cela n'a pas &#233;t&#233; le cas pour la d&#233;cision de suspendre le Mali, prise juste avant le sommet de la CEDEAO, puisqu'aucun repr&#233;sentant de l'&#201;tat malien n'&#233;tait pr&#233;sent. Alors que la CEDEAO a suspendu le Mali de ces instances fin mai 2021, l'UMOA a donc attendu le 9 janvier 2022 pour le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soulignons que sur le plan macro-&#233;conomique, celui qui rel&#232;ve du domaine de comp&#233;tences de l'UEMOA, le Mali a continu&#233;, apr&#232;s le coup d'&#201;tat du 18 ao&#251;t 2020, qui a port&#233; le colonel Assimi Go&#239;ta au pouvoir, d'avoir acc&#232;s, sans difficult&#233;, au march&#233; financier de l'UMOA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les statistiques publi&#233;es par la BCEAO, il a &#233;mis des bons et obligations du Tr&#233;sor d'un montant de 126,5 milliards de FCFA pour le restant de l'ann&#233;e 2020. En 2021, les &#233;missions souveraines maliennes ont atteint 755 milliards de francs CFA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, le gel des avoirs int&#233;rieurs du gouvernement malien et l'embargo financier &#224; son encontre montrent que les sept autres pays de l'UEMOA, la C&#244;te d'Ivoire &#224; leur t&#234;te, ne respectent pas les trait&#233;s qui fondent leur union. En principe, tout pays membre qui porte atteinte aux &#171; r&#232;gles g&#233;n&#233;ratrices de l'&#233;mission &#187;, &#224; &#171; la centralisation des r&#233;serves mon&#233;taires &#187;, &#224; &#171; la libre circulation des signes mon&#233;taires et la libert&#233; des transferts entre &#201;tats de l'Union &#187; encourt une &#171; peine d'exclusion automatique &#187; de l'Union (Art. 113 Trait&#233; de l'UEMOA). Or qu'est-ce que l'embargo financier vis-&#224;-vis du Mali et le gel des actifs domestiques de son gouvernement sinon la mise entre parenth&#232;ses de ces trois principes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une BCEAO aux ordres en violation de ses statuts&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'annonce des sanctions prises par les dirigeants de la CEDEAO et de l'UEMOA, la BCEAO a donn&#233; des instructions aux banques et &#233;tablissements financiers pour appliquer cet embargo &#233;conomique et financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, la BCEAO a compromis son ind&#233;pendance statutaire vis-&#224;-vis des &#201;tats membres et entit&#233;s tierces. L'article 4 de ses statuts dispose qu'elle-m&#234;me &#171; ses organes, un membre quelconque de ses organes ou de son personnel ne peuvent solliciter, ni recevoir des directives ou des instructions des institutions ou organes communautaires, des Gouvernements des &#201;tats membres de l'UMOA, de tout autre organisme ou de toute autre personne. Les institutions et organes communautaires ainsi que les Gouvernements des &#201;tats membres de l'UMOA s'engagent &#224; respecter ce principe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En acceptant de mettre &#339;uvre les sanctions financi&#232;res contre le Mali, la BCEAO contrevient aussi &#224; son mandat statutaire d'&#339;uvrer &#224; la stabilit&#233; des prix et &#224; la stabilit&#233; financi&#232;re de l'UMOA. L'embargo commercial et financier va, sans aucun doute, susciter une pouss&#233;e inflationniste au Mali et dans les pays voisins, en raison de la perturbation des cha&#238;nes d'approvisionnement et aussi du fait que le gouvernement malien, &#233;tant coup&#233; du syst&#232;me financier, sera oblig&#233; de faire d&#233;faut involontairement sur le paiement de la dette en monnaie franc CFA &#233;chu cette ann&#233;e (127, 7 milliards pour les bons et 233,5 milliards pour les obligations du Tr&#233;sor).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette affaire confirme que l'&#171; ind&#233;pendance &#187; que revendique la BCEAO rel&#232;ve de la fiction. Elle peut &#234;tre &#171; ind&#233;pendante &#187; vis-&#224;-vis des gouvernements africains, mais elle reste aux ordres du gouvernement fran&#231;ais, auquel elle est toujours soumise, par le biais d'une autre fiction, &#224; savoir la &#171; garantie de convertibilit&#233; &#187; apport&#233;e par le Tr&#233;sor fran&#231;ais. C'est ce qui permet &#224; Paris d'actionner l'arme mon&#233;taire, c'est-&#224;-dire le syst&#232;me CFA, contre les dirigeants qui lui posent probl&#232;me au sein de la zone franc. C'&#233;tait vrai hier et cela semble toujours vrai aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La France en arri&#232;re-plan&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ombre de la France, en conflit ouvert avec les autorit&#233;s maliennes depuis plusieurs mois, plane au-dessus des sanctions prises par la CEDEAO et l'UEMOA. Les autorit&#233;s maliennes qui d&#233;noncent une volont&#233; de d&#233;stabiliser le Mali, l'ont laiss&#233; entendre, et les manifestants du 14 janvier ont scand&#233; des slogans contre la France. Les officiels fran&#231;ais se sont empress&#233;s de dire qu'ils approuvaient sans r&#233;serve les sanctions CEDEAO-UEMOA, peu apr&#232;s qu'elles aient &#233;t&#233; rendues publiques. Cela n'a &#233;tonn&#233; personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire r&#233;cente montre que la France n'h&#233;site pas &#224; s'abriter derri&#232;re les institutions r&#233;gionales africaines et tout sp&#233;cialement celles de la zone franc pour faire passer sa politique. L'exemple le plus &#233;loquent est celui de la C&#244;te d'Ivoire en 2010-2011, lors de la crise post-&#233;lectorale qui a oppos&#233; le pr&#233;sident sortant, Laurent Gbagbo, &#224; Alassane Ouattara, soutenu par Nicolas Sarkozy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cid&#233;es &#224; installer Alassane Ouattara au pouvoir alors que Laurent Gbagbo avait &#233;t&#233; reconnu &#233;lu par les institutions ivoiriennes, les autorit&#233;s fran&#231;aises ont cherch&#233; &#224; asphyxier financi&#232;rement la C&#244;te d'Ivoire. L'id&#233;e, avait dit Alassane Ouattara, &#233;tait de faire en sorte que Laurent Gbagbo &#171; tombe, non pas comme un fruit mur, mais comme un fruit pourri &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce plan, construit par &#233;tapes et pilot&#233; par le minist&#232;re fran&#231;ais des Finances, a consist&#233; &#224; emp&#234;cher le gouvernement d&#233;sign&#233; par Laurent Gbagbo d'acc&#233;der au compte de l'&#201;tat ivoirien log&#233; &#224; la BCEAO, une d&#233;cision officiellement prise par les chefs d'&#201;tat de l'UEMOA. L'op&#233;ration s'est poursuivie avec la fermeture des agences ivoiriennes de la BCEAO. Le gouvernement ivoirien a toutefois r&#233;ussi &#224; contourner cette d&#233;cision en utilisant une mesure de r&#233;quisition du personnel, ce qui a permis de maintenir l'activit&#233; de ces agences. Il est aussi parvenu &#224; trouver une parade lorsque la BCEAO a bloqu&#233; une application informatique cens&#233;e emp&#234;cher ses entit&#233;s ivoiriennes de fonctionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte est devenue plus intense lorsque la BCEAO a menac&#233; de retirer leur agr&#233;ment aux banques qui continuaient de collaborer avec l'administration ivoirienne. Les filiales des banques fran&#231;aises et am&#233;ricaines ont ob&#233;i et ferm&#233; leurs agences. Une fois encore, cette mesure a &#233;t&#233; en partie contr&#233;e par les autorit&#233;s ivoiriennes. Tout en mena&#231;ant ces banques de poursuites judiciaires, les accusant d'&#234;tre en train de violer les droits des &#233;pargnants ivoiriens, le gouvernement a fait ouvrir des comptes dans les banques nationales encore en activit&#233; pour les quelque 100 000 fonctionnaires dont les salaires &#233;taient jusque-l&#224; vers&#233;s sur des comptes ouverts dans les filiales fran&#231;aises et am&#233;ricaines. Laurent Gbagbo a par ailleurs pris des d&#233;crets nationalisant deux filiales de banques fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France est pass&#233;e &#224; une &#233;tape sup&#233;rieure : avec le concours de la BCEAO, le minist&#232;re fran&#231;ais des Finances a suspendu les op&#233;rations de paiement et de change de la C&#244;te d'Ivoire qui devaient transiter par le &lt;a href=&#034;https://www.editionsladecouverte.fr/l_arme_invisible_de_la_francafrique-9782348037399&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;compte d'op&#233;rations de la BCEAO&lt;/a&gt; ouvert aupr&#232;s du Tr&#233;sor fran&#231;ais. De cette mani&#232;re, les transactions commerciales et financi&#232;res entre la C&#244;te d'Ivoire et l'ext&#233;rieur ont &#233;t&#233; bloqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour s'en sortir, le gouvernement ivoirien a pr&#233;par&#233; la sortie de la zone franc et le lancement d'une monnaie nationale, alors pr&#233;vu pour le 15 mai 2011. Des multinationales, dont des n&#233;gociants de cacao, soumises &#224; un embargo d&#233;cid&#233; notamment par l'Union europ&#233;enne, avaient par ailleurs annonc&#233;, impatientes de reprendre leurs affaires, qu'elles retravailleraient d&#232;s le 31 mars avec la C&#244;te d'Ivoire, m&#234;me si Laurent Gbagbo &#233;tait toujours au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que tout s'est acc&#233;l&#233;r&#233; sur le plan militaire, sous l'impulsion de Paris. &#171; C'est parce que les Fran&#231;ais avaient &#233;chou&#233; &#224; &#233;trangler le pays qu'ils ont fait la guerre &#187;, dit aujourd'hui un haut responsable ivoirien de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'en est pas encore l&#224; au Mali. Mais l'exemple ivoirien montre bien que le syst&#232;me CFA est pour la France un outil qui lui permet d'orienter la trajectoire politique des pays de la zone franc en fonction de ses int&#233;r&#234;ts et qu'elle n'y a manifestement pas renonc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers leur soutien diplomatique &#224; l'UEMOA et la CEDEAO, l'Union europ&#233;enne, les &#201;tats-Unis, notamment, rajoutent &#224; l'ill&#233;galit&#233; de leurs sanctions contre le Mali et, de ce fait, cautionnent le d&#233;ploiement en toute impunit&#233; de l'imp&#233;rialisme mon&#233;taire fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ndongo Samba Sylla&lt;/strong&gt; (&#233;conomiste) et &lt;strong&gt;Fanny Pigeaud&lt;/strong&gt; (journaliste)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sources pour les titres et obligations du Tr&#233;sor malien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BCEAO, &#171; Situation des obligations du Tr&#233;sor &#233;mises par adjudication non &#233;chus 2022 &#187;, 14 janvier 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BCEAO, &#171; Situation du march&#233; obligataire de l'UMOA non &#233;chus - 2022 &#187;, 14 janvier 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BCEAO, &#171; Situation des titres publics r&#233;alis&#233;s en 2021 &#187;, 31 d&#233;cembre 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BCEAO, &#171; Situation des titres de cr&#233;ances n&#233;gociables non &#233;chus 2021 &#187;, 31 d&#233;cembre 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BCEAO, &#171; Situation des titres publics &#233;mis par adjudication en 2021 par les &#201;tats de l'Union &#187;, 31 d&#233;cembre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BCEAO, &#171; Situation des titres publics &#233;mis par adjudication par les &#201;tats de l'Union &#187;, 31 d&#233;cembre 2020&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En Afrique, des paysans en lutte contre &#171; l'agro-colonialisme &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/En-Afrique-des-paysans-en-lutte-contre-l-agro-colonialisme</link>
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		<dc:date>2021-09-28T10:43:34Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fanny Pigeaud</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-09-28</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Oppos&#233;s &#224; la strat&#233;gie d'une &#171; r&#233;volution verte &#187; qui promeut une agriculture techno-industrielle, des producteurs africains plaident pour l'agro&#233;cologie et boycottent le sommet des Nations unies sur les syst&#232;mes alimentaires qui s'ouvre jeudi 23 septembre &#224; New York. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de M&#233;diapart. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'avenir des syst&#232;mes alimentaires africains doit &#234;tre entre les mains des Africains. &#187; Ce slogan de l'Alliance for Food Sovereignty in Africa (AFSA), une grande coalition de 200 millions de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Afrique-208-+" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-09-28-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-09-28&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH111/arton49660-1eaa7.jpg?1679048212' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='111' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Oppos&#233;s &#224; la strat&#233;gie d'une &#171; r&#233;volution verte &#187; qui promeut une agriculture techno-industrielle, des producteurs africains plaident pour l'agro&#233;cologie et boycottent le sommet des Nations unies sur les syst&#232;mes alimentaires qui s'ouvre jeudi 23 septembre &#224; New York.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/230921/en-afrique-des-paysans-en-lutte-contre-l-agro-colonialisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;diapart&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'avenir des syst&#232;mes alimentaires africains doit &#234;tre entre les mains des Africains. &#187; Ce slogan de l'Alliance for Food Sovereignty in Africa (AFSA), une grande coalition de 200 millions de producteurs et d'autres acteurs de la soci&#233;t&#233; civile africaine, accompagne l'une des principales batailles qui se jouent en ce moment dans le domaine agricole en Afrique subsaharienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte oppose une partie du monde rural &#224; de puissants int&#233;r&#234;ts, principalement &#233;trangers, qui cherchent &#224; imposer une agriculture techno-industrielle au continent, lequel abrite 60 % des terres arables de la plan&#232;te. Certains d&#233;noncent un &#171; agro-colonialisme &#187; qui emp&#234;che une politique de soutien plus r&#233;aliste et adapt&#233;e aux r&#233;alit&#233;s du terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'AFSA m&#232;ne ainsi une campagne contre l'Alliance pour une r&#233;volution verte en Afrique, connue aussi sous son acronyme anglais AGRA (Alliance for a Green Revolution in Africa). Lanc&#233;e en 2006 par la fondation Bill &amp; Melinda Gates et la fondation Rockefeller, l'AGRA mise sur l'utilisation d'intrants de haute technologie pour &#171; transformer &#187; l'agriculture africaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'AFSA vient d'appeler dans deux lettres (&#224; lire &lt;a href=&#034;https://afsafrica.org/afsas-first-letter-to-big-donors-to-stop-funding-the-alliance-for-a-green-revolution-in-africa/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSd_gsyW3IkJXir_ct40RCSpRVyAsJLkfbxPgyRbIyLgeiLoUw/viewform&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;) les bailleurs de fonds de l'AGRA &#224; ne plus la financer. Ces m&#233;c&#232;nes, dont les fondations Bill &amp; Melinda Gates, Rockefeller et IKEA, l'Agence am&#233;ricaine pour le d&#233;veloppement international (USAid), les coop&#233;rations allemande et britannique, &#171; doivent cesser d'imposer leurs sch&#233;mas d'agriculture industrielle aux communaut&#233;s et agriculteurs africains &#187;, dit-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aucun agriculteur au conseil d'administration&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secteur agricole occupe environ 70 % de la population du continent, la plupart du temps sous forme de petites exploitations familiales produisant des cultures vivri&#232;res, mais ne contribue en moyenne que pour 15 % &#224; son PIB. Les paysans, d&#233;j&#224; lamin&#233;s par les plans d'ajustement structurel n&#233;olib&#233;raux des institutions financi&#232;res internationales, sont confront&#233;s &#224; de multiples obstacles : d&#233;r&#232;glement climatique, appauvrissement des sols, concurrence de produits import&#233;s subventionn&#233;s, faible acc&#232;s au cr&#233;dit, accaparement de terres &#224; grande &#233;chelle, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les producteurs peinaient dans leurs champs, l'AGRA est rapidement devenue influente gr&#226;ce &#224; des moyens consid&#233;rables : elle a re&#231;u un milliard de dollars depuis 2006, dont les deux tiers fournis par la fondation Gates. Indice de son omnipr&#233;sence sur les questions agricoles, sa pr&#233;sidente, Agnes Kalibata, a &#233;t&#233; nomm&#233;e &#171; envoy&#233;e sp&#233;ciale &#187; du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral des Nations unies pour le sommet de l'ONU sur les syst&#232;mes alimentaires qui a lieu jeudi 23 septembre &#224; New York.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ses d&#233;buts, l'AGRA, qui ne compte aucun agriculteur dans son conseil d'administration et n'a pas r&#233;pondu &#224; nos questions, assurait que ses solutions permettraient de doubler en moins de quinze ans les rendements agricoles et les revenus de 30 millions de m&#233;nages de petits producteurs, et de r&#233;duire de moiti&#233; la faim dans les pays qu'elle ciblerait.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; De plus en plus de pays africains sont en train d'avaler les OGM comme option pour nourrir [leurs] populations et de privatiser les semences.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Ange-David Ba&#239;mey, de l'organisation internationale GRAIN&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Son &#233;norme budget a servi &#224; favoriser la diffusion et l'adoption de semences commerciales, d'engrais p&#233;trochimiques et de pesticides. Les gouvernements africains concern&#233;s ont d&#251; d&#233;bourser des sommes tr&#232;s importantes en subventions aux agriculteurs pour les aider &#224; acheter ces intrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son &lt;a href=&#034;https://agra.org/wp-content/uploads/2021/07/AGRA-Annual-Report-2021-15-07-2021-02.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rapport annuel de 2020&lt;/a&gt;, l'AGRA explique par exemple que les Tanzaniens qu'elle a soutenus &#171; ont enregistr&#233; des gains spectaculaires dans les rendements de haricots et de riz &#187; et que les paysans ghan&#233;ens ont constat&#233; &#171; des augmentations dans le soja et le manioc &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'apr&#232;s les calculs d'un groupe d'organisations africaines et europ&#233;ennes (voir le rapport Une &lt;a href=&#034;https://www.rosalux.de/fileadmin/images/EnglishWS/FoodSov/Une_tache_sombre_AGRA_FR_20210901.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tache sombre dans le narratif de l'AGRA&lt;/a&gt; publi&#233; en juillet dernier), les rendements des cultures de base n'ont augment&#233; que de 18 % au cours des douze derni&#232;res ann&#233;es dans la douzaine de pays o&#249; l'AGRA intervient. Pire, la sous-alimentation s'est aggrav&#233;e (+30 %). Des &#233;valuations internes de l'AGRA, obtenues gr&#226;ce &#224; la loi am&#233;ricaine sur la libert&#233; d'information, confirment ces donn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;pendance et endettement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche de l'AGRA, qui impose des monocultures, notamment de ma&#239;s, au d&#233;triment de cultures locales telles que le sorgho et le mil, plus nutritifs et r&#233;sistants au climat, s'av&#232;re &#233;galement co&#251;teuse et comporte des risques d'endettement pour les producteurs en cas de mauvaise r&#233;colte. Selon l'une de ses &#233;valuations, des agriculteurs ghan&#233;ens d&#233;pensent plus de 80 % du revenu de leur r&#233;colte pour payer les fournisseurs de semences et d'engrais, m&#234;me lorsqu'ils ont de bons rendements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie de l'Alliance pour une r&#233;volution verte en Afrique augmente la d&#233;pendance des paysans vis-&#224;-vis des entreprises et des cha&#238;nes d'approvisionnement en intrants, tout en nuisant &#224; l'environnement, et emp&#234;che une vraie transformation du syst&#232;me agricole actuel, d&#233;nonce l'AFSA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations qui suivent de pr&#232;s l'AGRA craignent par ailleurs qu'elle joue de son influence pour r&#233;pandre l'utilisation de semences OGM en Afrique, alors qu'elle a d&#233;j&#224; &#339;uvr&#233; dans certains pays pour faire adopter des lois sur les semences favorables &#224; l'industrie. L'AGRA &lt;a href=&#034;https://agra.org/faqs/#1572456843484-03f0ddc9-2d80&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;s'en d&#233;fend&lt;/a&gt; et se contente pour l'instant de mettre en avant des semences hybrides, d&#233;velopp&#233;es par les s&#233;lectionneurs, que les agriculteurs doivent acheter chaque ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'int&#233;r&#234;t de la fondation Gates pour les OGM est connu et des op&#233;rations de lobbying de la part des industriels sont manifestement en cours. On peut le voir au niveau de l'Union africaine, qui a lanc&#233; un processus visant &#224; harmoniser les cadres r&#233;glementaires de l'utilisation des semences et biotechnologies et qui semble vouloir &lt;a href=&#034;https://docs.google.com/document/d/e/2PACX-1vSyY0_4jtLvVZgIFK-3dEYs9U2_pITez2mF95t3AZ7Yn7PEVQZRqqKUWnXVQKcUtrCjsRo-nW3fRKp5/pub&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;s'aligner sur les int&#233;r&#234;ts de l'agrobusiness&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Les producteurs africains savent pr&#233;cis&#233;ment ce dont ils ont besoin : un soutien pour &#171; des solutions ancr&#233;es dans les territoires qui int&#232;grent et renforcent les droits des petits producteurs &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; On s'aper&#231;oit que, en termes de politiques agricoles, l'impact le plus profond et &#224; long terme des initiatives des bailleurs et fondations comme l'AGRA est la transformation de nos cadres politiques et l&#233;gislatifs, constate, depuis la C&#244;te d'Ivoire, Ange-David Ba&#239;mey, de l'organisation internationale GRAIN. De plus en plus de pays africains sont en train d'avaler les OGM comme option pour nourrir [leurs] populations et de privatiser les semences, comme au Nigeria et au Ghana, pour le b&#233;n&#233;fice des entreprises multinationales. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations paysannes africaines et leurs alli&#233;s ne sont pas oppos&#233;s &#224; l'id&#233;e d'am&#233;liorer les performances du secteur agricole, &#224; condition que les investissements soient le r&#233;sultat d'une d&#233;marche d&#233;mocratique et sensible aux aspirations des paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'ont aussi indiqu&#233; le 13 ao&#251;t des dizaines d'autres organisations et r&#233;seaux de la soci&#233;t&#233; civile dans une &lt;a href=&#034;https://www.foodsystems4people.org/lafrique-repond-au-sommet-de-lonu-sur-les-systemes-alimentaires/?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;claration&lt;/a&gt; critiquant le sommet des Nations unies sur les syst&#232;mes alimentaires, qu'ils ont d&#233;cid&#233; de boycotter. Ils accusent ses organisateurs de favoriser eux aussi l'agrobusiness.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les producteurs africains savent pr&#233;cis&#233;ment ce dont ils ont besoin : un soutien pour &#171; des solutions ancr&#233;es dans les territoires, qui int&#232;grent et renforcent les droits des petits producteurs &#187; ; un appui pour am&#233;liorer les semences locales et adopter des pratiques durables, &#224; faibles intrants, en utilisant les ressources &#233;galement locales, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs organisations militent pour la souverainet&#233; alimentaire et l'agro&#233;cologie, laquelle appara&#238;t, selon &lt;a href=&#034;https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S221191242100050X&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;de plus en plus d'&#233;tudes&lt;/a&gt;, comme la meilleure solution pour r&#233;soudre les crises, alimentaire et climatique, qui frappent plusieurs pays du continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des politiques agricoles non lib&#233;rales et en dehors des prescriptions de l'Organisation mondiale du commerce et de la Banque mondiale seraient d&#233;j&#224; suffisantes pour que les syst&#232;mes alimentaires africains se portent mieux, s'autonomisent et nourrissent l'Afrique &#187;, souligne Ange-David Ba&#239;mey.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'AFSA, qui ne d&#233;sesp&#232;re pas de faire &#233;voluer le rapport de force, attend maintenant des r&#233;ponses &#224; sa derni&#232;re lettre envoy&#233;e aux bailleurs de fonds de l'Alliance pour une r&#233;volution verte en Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fondation Gates, qui dit vouloir &#171; aider les petits exploitants agricoles &#224; gagner un revenu pour leurs familles et &#224; fournir aux consommateurs des aliments nutritifs et abordables &#187;, reste sur sa position. Interrog&#233;e par Mediapart, elle a r&#233;pondu : &#171; Nous soutenons des organisations comme l'AGRA parce qu'elles s'associent aux pays pour les aider &#224; mettre en &#339;uvre les priorit&#233;s et les politiques contenues dans leurs strat&#233;gies nationales de d&#233;veloppement agricole. Nous soutenons &#233;galement les efforts d&#233;ploy&#233;s par l'AGRA pour suivre en permanence les progr&#232;s r&#233;alis&#233;s et collecter des donn&#233;es afin de savoir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title> Famille, je vous hais : aux sources du conflit &#233;lectoral gabonais</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Famille-je-vous-hais-aux-sources-du-conflit-electoral-gabonais</link>
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		<dc:date>2016-09-06T12:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fanny Pigeaud</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Gabon</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2016-09-06</dc:subject>

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&lt;p&gt;5 septembre 2016 | tir&#233; de mediapart.fr &lt;br class='autobr' /&gt;
En toile de fond de la crise post&#233;lectorale au Gabon entre Ali Bongo Ondimba et Jean Ping, on trouve un m&#233;lange de relations familiales compliqu&#233;es et de luttes pour le contr&#244;le du pouvoir et des ressources du pays. Retour sur les racines du conflit qui oppose les deux principaux protagonistes de cette crise, &lt;br class='autobr' /&gt; Lorsque l'on scrute &#224; la loupe le conflit qui a &#233;clat&#233; apr&#232;s l'&#233;lection pr&#233;sidentielle du 27 ao&#251;t au Gabon, on est assur&#233; de d&#233;couvrir un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Gabon-+" rel="tag"&gt;Gabon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2016-09-06-+" rel="tag"&gt;Edition du 2016-09-06&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH120/arton27496-8ca62.png?1677048570' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='120' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;5 septembre 2016 | tir&#233; de mediapart.fr&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En toile de fond de la crise post&#233;lectorale au Gabon entre Ali Bongo Ondimba et Jean Ping, on trouve un m&#233;lange de relations familiales compliqu&#233;es et de luttes pour le contr&#244;le du pouvoir et des ressources du pays. Retour sur les racines du conflit qui oppose les deux principaux protagonistes de cette crise,&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lorsque l'on scrute &#224; la loupe le conflit qui a &#233;clat&#233; apr&#232;s l'&#233;lection pr&#233;sidentielle du 27 ao&#251;t au Gabon, on est assur&#233; de d&#233;couvrir un &#233;tonnant panorama : un &#233;cheveau de relations familiales compliqu&#233;es, de batailles d'h&#233;ritiers et d'histoires de gros sous. Il faut le d&#233;m&#234;ler si on veut comprendre une partie des racines et ressorts du conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au centre de cet enchev&#234;trement, il y a &#233;videmment Ali Bongo Ondimba, d&#233;sign&#233; vainqueur de la pr&#233;sidentielle le 31 ao&#251;t par la commission &#233;lectorale (il faut encore que la Cour constitutionnelle se prononce), et Jean Ping, qui d&#233;nonce des fraudes, se pr&#233;sente comme le &#171; pr&#233;sident &#233;lu &#187; et poss&#232;de le soutien de Paris. Les deux hommes viennent n&#233;namoins du m&#234;me monde : ils ont &#233;t&#233; fa&#231;onn&#233;s par Omar Bongo Ondimba, qui a dirig&#233; le Gabon pendant quarante et un ans jusqu'&#224; son d&#233;c&#232;s, en 2009. Le premier, Ali Bongo Ondimba, 57 ans, est l'un des fils d'Omar, et le second, Ping, 73 ans, peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme l'un de ses gendres, puisqu'il a &#233;t&#233; le compagnon de sa fille a&#238;n&#233;e, Pascaline Bongo, dont il a eu deux enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Omar Bongo les a associ&#233;s de pr&#232;s &#224; la direction du pays, qui compte aujourd'hui 1,8 million d'habitants : ils ont si&#233;g&#233; pendant longtemps au gouvernement. Il faut rappeler qu'Omar Bongo, install&#233; &#224; la pr&#233;sidence par la France, avait b&#226;ti son pouvoir sur un syst&#232;me de gestion &#224; la fois familial et client&#233;liste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme Ali, qui &#233;tait ministre de la d&#233;fense au moment de sa mort, en 2009, sa fille Pascaline occupait un poste strat&#233;gique : elle &#233;tait sa directrice de cabinet et tenait les cordons de sa bourse. Un autre de ses fils, Christian, &#233;tait directeur de la Banque gabonaise de d&#233;veloppement. Plusieurs de ses ex-compagnes ont aussi jou&#233; un r&#244;le important au c&#339;ur de l'&#201;tat, comme Marie-Madeleine Mborantsuo, pr&#233;sidente de la Cour constitutionnelle depuis 1991. Issu d'une ethnie minoritaire, Omar Bongo a en outre veill&#233; &#224; respecter un savant &#233;quilibre : il s'est constitu&#233; une client&#232;le politique et administrative parmi les cadres des diff&#233;rentes r&#233;gions du pays, faisant en sorte que tous se sentent repr&#233;sent&#233;s et que les ambitions financi&#232;res et politiques des uns soient contenues par celles des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des ann&#233;es, le nombre de ses clients a grossi pour devenir pl&#233;thorique, la taille de sa famille aussi : Omar Bongo a multipli&#233; les conqu&#234;tes f&#233;minines et eu plusieurs dizaines d'enfants &#8211; il en a reconnu une cinquantaine, dont plusieurs qu'il a adopt&#233;s. Il a m&#234;me &#233;largi le cercle familial au-del&#224; des fronti&#232;res gabonaises : il a &#233;pous&#233; en 1990 la fille du pr&#233;sident du Congo, Denis Sassou-Nguesso. Ce dernier a donc aujourd'hui deux petits-enfants qui sont aussi les demi-fr&#232;re/s&#339;ur d'Ali Bongo Ondimba (dit aussi &#171; ABO &#187;) et les demi-oncle/tante des enfants de Jean Ping. Ce n'est pas pour autant que les relations entre Sassou-Nguesso et ABO sont bonnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant longtemps, la petite &#233;lite dirigeante dont faisaient partie ABO et Ping a v&#233;cu dans l'opulence gr&#226;ce &#224; l'argent du p&#233;trole et des for&#234;ts (exploit&#233;s par des entreprises fran&#231;aises), dont elle a profit&#233; avec app&#233;tit, confondant gaiement caisses publiques et personnelles. Dans ce petit univers, on buvait du champagne mill&#233;sim&#233; sans compter, on circulait &#224; bord de belles cylindr&#233;es, on habitait des villas cossues, on partait pour des week-ends &#171; shopping &#187; &#224; Paris, on se faisait soigner en Europe, on envoyait sa prog&#233;niture &#233;tudier &#224; l'&#233;tranger, on se retrouvait dans les loges franc-ma&#231;onnes, on renfor&#231;ait les alliances matrimoniales, on partageait le magot national avec la classe politique fran&#231;aise pour avoir la paix&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On faisait aussi de nombreuses affaires plus ou moins douteuses, en suivant l'exemple de la famille Bongo Ondimba, qui est devenue actionnaire d'une ribambelle d'entreprises gabonaises et &#233;trang&#232;res implant&#233;es au Gabon comme l'a montr&#233; &#171; l'affaire Delta Synergie &#187;. Rien d'ailleurs de bien original &#224; cela : dans la r&#233;gion, les entreprises fran&#231;aises savent depuis longtemps comment s'y prendre pour s'assurer faveurs et passe-droits dans les &#201;tats au fonctionnement patrimonial et client&#233;liste, qu'elles ont contribu&#233; &#224; fabriquer et entretenir. Il leur suffit ainsi de faire entrer dans leur capital des membres de l'&#233;lite dirigeante des pays dans lesquels elles &#233;voluent. Dans ce deal, tout le monde est gagnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, les Gabonais ordinaires n'ont jamais eu droit &#224; autre chose qu'aux miettes tomb&#233;es des assiettes remplies de cette joyeuse bourgeoisie gabonaise. Mais c'&#233;tait toujours mieux que rien. Aujourd'hui, un quart des Gabonais vit sous le seuil de pauvret&#233; malgr&#233; un PIB par habitant parmi les plus importants d'Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure qu'Omar Bongo a pris de l'&#226;ge, les murs de son &#233;difice ont cependant commenc&#233; &#224; se l&#233;zarder : dans son entourage, les coups bas sont devenus nombreux entre ceux qui se voyaient lui succ&#233;der. Au sein du parti pr&#233;sidentiel, longtemps parti unique, le Parti d&#233;mocratique gabonais (PDG), les batailles se sont faites de plus en plus dures. Ali Bongo en &#233;t&#233; l'un des acteurs : avec son alter ego de l'&#233;poque, Andr&#233; Mba Obame, il a bouscul&#233; la vieille garde du PDG, en y menant un mouvement &#171; r&#233;formateur &#187; qui a pouss&#233; vers la sortie plusieurs hi&#233;rarques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous leur pression, Zacharie Myboto, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du PDG depuis 1972 et ministre, a ainsi quitt&#233; le parti en 2001. Il s'est pr&#233;sent&#233; en 2005 &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle contre Omar Bongo. &#192; l'&#233;poque, il y avait d&#233;j&#224; un peu de confusion familiale dans l'air puisque la fille de Myboto a eu un enfant d'Omar Bongo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la mort d'Omar Bongo, en juin 2009, la lutte pour le contr&#244;le du pouvoir est devenue plus f&#233;roce encore entre ses h&#233;ritiers, spirituels et de sang. ABO a bataill&#233; pour s'imposer face &#224; sa s&#339;ur Pascaline, et au sein du PDG. Lors de la pr&#233;sidentielle organis&#233;e en ao&#251;t 2009, il a d&#251; affronter son ex-ami de vingt-cinq ans, Mba Obame, qui s'est pr&#233;sent&#233; face &#224; lui avec le soutien de quelques t&#233;nors du PDG, pass&#233;s pour l'occasion &#224; l'opposition. B&#233;n&#233;ficiant de l'appui indispensable de la France, Ali Bongo a remport&#233; ce premier round : il est devenu pr&#233;sident &#8211; apr&#232;s des &#233;lections contest&#233;es par ses concurrents et une crise post&#233;lectorale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Sous Omar Bongo, les dirigeants s'enrichissaient &#224; la pelle, sous Ali Bongo, c'est au tractopelle &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de ce moment, tout a chang&#233; pour une partie de l'insouciante troupe qui &#233;voluait autrefois autour de Bongo p&#232;re. Tr&#232;s vite, apr&#232;s sa prise de fonctions, le nouveau chef de l'&#201;tat a en effet donn&#233; un violent coup de pied dans la fourmili&#232;re du &#171; palais du bord de mer &#187;, la r&#233;sidence pr&#233;sidentielle. Il a supprim&#233; une vingtaine de minist&#232;res (il y en avait cinquante), des dizaines de postes dans la haute administration, il a aussi limog&#233; des directeurs d'entreprises publiques, remerci&#233; plusieurs centaines de &#171; conseillers &#187;, qui &#233;taient au service de son p&#232;re depuis plusieurs d&#233;cennies. Il a justifi&#233; ces mesures, qui ont fait l'effet d'un &#233;lectrochoc, par la n&#233;cessit&#233; de r&#233;duire les &#171; charges de l'&#201;tat &#187; et d'affecter l'argent public &#171; en priorit&#233; aux d&#233;penses d'int&#233;r&#234;t national &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec cette politique, il s'est bien s&#251;r fait de nombreux ennemis au sein du PDG et de l'establishment de Libreville. La pilule a &#233;t&#233; d'autant plus difficile &#224; avaler pour ses nouveaux adversaires que certains des collaborateurs choisis par ABO sont d'origine &#233;trang&#232;re, comme son directeur de cabinet, Maixent Accrombessi, et se sont r&#233;v&#233;l&#233;s aussi bons dans les magouilles et les affaires que leurs pr&#233;d&#233;cesseurs. &#171; Sous Omar Bongo, les dirigeants s'enrichissaient &#224; la pelle, sous Ali Bongo, ils s'enrichissent &#224; la tractopelle &#187;, explique un journaliste gabonais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat, les Gabonais ont assist&#233; entre 2009 et 2016 &#224; un ph&#233;nom&#232;ne singulier, qui s'est acc&#233;l&#233;r&#233; avec l'approche de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle du 27 ao&#251;t : de nombreuses figures du PDG ont migr&#233; vers l'opposition, pour en devenir les principales t&#234;tes de proue. Au passage, elles ont r&#233;duit &#224; n&#233;ant l'opposition historique, plut&#244;t de gauche et longtemps dirig&#233;e par Pierre Mamboundou, mort en 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement de paradigme impos&#233; &#224; l'oligarchie par ABO a atteint son noyau familial : s'il a conserv&#233; pr&#232;s de lui certains de ses fr&#232;res et cousins, d'autres se sont retrouv&#233;s sur la touche. Ses relations avec Pascaline sont devenues chaotiques. Les querelles autour de l'h&#233;ritage d'Omar Bongo Ondimba ont aggrav&#233; les fractures : une partie de sa fratrie accuse ABO de vouloir s'octroyer la plus grosse part de cet &#233;norme patrimoine financier et immobilier. Aujourd'hui, sont ouvertement contre lui son fr&#232;re Christian Bongo, son cousin L&#233;on-Paul Ngoulakia et Ona&#239;da Ma&#239;sha BongoOndimba, sa s&#339;ur et la petite-fille de Myboto, qui a aliment&#233; ces derniers mois une controverse sur son identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me s'il y a eu pendant son septennat quelques avanc&#233;es (le r&#233;seau routier a par exemple &#233;t&#233; am&#233;lior&#233;), une large alliance d'int&#233;r&#234;ts s'est peu &#224; peu constitu&#233;e contre le pr&#233;sident gabonais. Elle r&#233;unit aujourd'hui :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- les ex-cadres du PDG frustr&#233;s ;&lt;br class='autobr' /&gt;
2- les membres de la famille Bongo Ondimba s'estimant l&#233;s&#233;s ;&lt;br class='autobr' /&gt;
3- les Gabonais qui sont las de voir une petite minorit&#233; s'enrichir sur leur dos et d'&#234;tre dirig&#233;s par la m&#234;me famille depuis pr&#232;s de cinquante ans ;&lt;br class='autobr' /&gt;
4- certains milieux politiques et d'affaires fran&#231;ais qui jugent qu'ABO met en p&#233;ril leurs int&#233;r&#234;ts et ceux de la France, comme Mediapart l'a expliqu&#233; dans des articles pr&#233;c&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Ping n'a cependant pas fait tout de suite l'unanimit&#233; au sein de l'opposition gabonaise new look. Il l'a d'ailleurs rejointe tardivement : ce n'est que d&#233;but 2014 qu'il a claqu&#233; la porte du PDG. Pas pour des raisons id&#233;ologiques : &#171; J'ai cr&#233;&#233; un bureau de consulting et on a tout fait pour que je ne travaille pas avec le Gabon. M&#234;me mes enfants, on leur a dit : &#8220;Exilez-vous ! &#8221; &#187;, a-t-il d&#233;clar&#233;, accusant implicitement son ex-beau fr&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les deux hommes, il y a apparemment un ancien et fort ressentiment. Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, Ping se plaignait d&#233;j&#224;, en priv&#233;, des m&#233;thodes de voyou du tandem que son beau-fr&#232;re formait alors avec Mba Obame, selon une source qui le fr&#233;quentait &#224; l'&#233;poque. En 2012, leurs relations se sont s&#233;rieusement d&#233;t&#233;rior&#233;es : Ping a reproch&#233; &#224; ABO de ne pas l'avoir suffisamment soutenu lorsqu'il a brigu&#233; un second mandat comme pr&#233;sident de la commission de l'Union africaine (UA) &#8211; qu'il n'a finalement pas obtenu. En r&#233;alit&#233;, ses chances &#233;taient faibles : &#171; Il apparaissait de plus en plus comme l'instrument de la Fran&#231;afrique aux yeux des pays anglophones et l'Afrique du Sud ne voulait plus de lui. Or, on ne peut pas lutter contre Pretoria &#187;, explique une source proche de ce dossier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ping a fini par devenir le principal rival d'ABO &#224; la pr&#233;sidentielle gr&#226;ce au d&#233;sistement de derni&#232;re minute de deux autres candidats, eux aussi rescap&#233;s du r&#233;gime de Bongo p&#232;re. C'est, entre autres, Paris qui a, semble-t-il, obtenu leur retrait. Parmi eux, l'ex-premier ministre Casimir Oy&#233; Mba, qui avait un poids &#233;lectoral potentiellement important puisqu'il est fang, la communaut&#233; ethnique la plus forte en nombre &#8211; Ping est issu d'une petite minorit&#233; par sa m&#232;re et est chinois par son p&#232;re. En 2009 d&#233;j&#224;, Oy&#233; Mba s'&#233;tait retir&#233; de la course &#224; la pr&#233;sidence au b&#233;n&#233;fice de Mba Obame sous la pression d'au moins deux chefs d'&#201;tat, dont Teodoro Obiang Nguema, de la Guin&#233;e &#233;quatoriale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t la suite : la col&#232;re des partisans de Ping &#224; l'annonce de la victoire d'ABO par la commission &#233;lectorale, les accusations de fraude, les &#233;meutes et la r&#233;pression des forces de s&#233;curit&#233; pendant trois jours... Depuis, le calme semble &#224; peu pr&#232;s revenu &#224; Libreville, les forces de s&#233;curit&#233; ont repris le contr&#244;le de la situation. Le blocus du QG de campagne de Ping, o&#249; se trouvaient plusieurs de ses collaborateurs et alli&#233;s, a &#233;t&#233; lev&#233; samedi 3 septembre. Mais &#171; une bonne partie des commerces de la ville ont &#233;t&#233; attaqu&#233;s et pill&#233;s &#187;, rapporte un habitant. Surtout, il y a eu au moins cinq morts et des centaines d'arrestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le principal pic de violences semble pass&#233;, c'est en r&#233;alit&#233; parce que aucune des parties en conflit n'a pris l'avantage sur l'autre : ABO a toujours les forces de s&#233;curit&#233; avec lui et Ping a le soutien de la France &#8211; qui poss&#232;de une base militaire de 450 hommes &#224; Libreville. Du coup, la crise a chang&#233; de registre : il est d&#233;sormais question de n&#233;gociations. Et &#171; il n'est pas exclu qu'elles aboutissent &#224; un accord politique et un partage du pouvoir &#187;, dit un analyste qui suit de pr&#232;s l'&#233;volution de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille Bongo Ondimba et des anciens du parti pr&#233;sidentiel va-t-elle se retrouver &#224; nouveau pour partager le g&#226;teau gabonais, sans oublier d'en faire profiter l'ex-puissance coloniale ? Ce n'est pas improbable : on a d&#233;j&#224; assist&#233; dans le pass&#233; &#224; des retournements de situation surprenants au sein du microcosme politique gabonais. On peut d'ailleurs remarquer qu'il y a eu, au cours de la campagne &#233;lectorale 2016, tr&#232;s peu de &#171; d&#233;ballages &#187; sur les casseroles des uns et des autres, comme si chaque camp savait que s'il s'aventurait sur ce terrain, le retour de boomerang pourrait &#234;tre violent. Les int&#233;r&#234;ts des uns s'entrem&#234;lent donc toujours avec ceux des autres et d&#233;passent les ranc&#339;urs personnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la France, elle est, gr&#226;ce &#224; cette crise, de nouveau en position de force pour imposer ses exigences aux hommes politiques gabonais et &#224; ABO en particulier. Dans l'entourage du pr&#233;sident gabonais, on a d'ailleurs la certitude d'&#234;tre avant tout victime de la Fran&#231;afrique, apr&#232;s, &#244; ironie, qu'Omar Bongo l'a abondamment nourrie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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