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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Afrique : la pand&#233;mie r&#233;v&#232;le les blocages</title>
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		<dc:date>2020-08-25T07:28:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques Berthelot</dc:creator>


		<dc:subject>Coronavirus</dc:subject>
		<dc:subject>Coronavirus</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-08-25</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Si l'impact sanitaire du COVID-19 en Afrique, notamment en Afrique de l'Ouest (AO), semble limit&#233; &#8211; selon l'OMS, l'Afrique comptait au 23 mai 2020 74 256 cas et 2 040 d&#233;c&#232;s (dont 425 dans la Communaut&#233; &#233;conomique des &#201;tats d'Afrique de l'Ouest, CEDEAO), mais des donn&#233;es s&#251;rement sous-estim&#233;es &#8211; l'impact sanitaire total est &#233;norme car la mobilisation des services de sant&#233; contre le COVID-19 a beaucoup r&#233;duit la lutte contre les trois autres fl&#233;aux que sont le paludisme et le sida, pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Coronavirus-1579-+" rel="tag"&gt;Coronavirus&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-08-25-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-08-25&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton44403-70ce3.jpg?1781035540' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Si l'impact sanitaire du COVID-19 en Afrique, notamment en Afrique de l'Ouest (AO), semble limit&#233; &#8211; selon l'OMS, l'Afrique comptait au 23 mai 2020 74 256 cas et 2 040 d&#233;c&#232;s (dont 425 dans la Communaut&#233; &#233;conomique des &#201;tats d'Afrique de l'Ouest, CEDEAO), mais des donn&#233;es s&#251;rement sous-estim&#233;es &#8211; l'impact sanitaire total est &#233;norme car la mobilisation des services de sant&#233; contre le COVID-19 a beaucoup r&#233;duit la lutte contre les trois autres fl&#233;aux que sont le paludisme et le sida, pour lesquels il n'y a pas non plus de vaccin, et la tuberculose. Au point que, selon l'OMS, les d&#233;c&#232;s caus&#233;s par le paludisme en Afrique subsaharienne (ASS) pourraient doubler pour atteindre &lt;a href=&#034;https://www.lepoint.fr/afrique/covid-19-et-paludisme-la-double-peine-du-continent-africain-27-04-2020-2373043_3826.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;769 000 morts&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;http://alter.quebec/afrique-la-pandemie-revele-les-blocages/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Plateforme altermondialiste&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'impact &#233;conomique du COVID-19&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impact &#233;conomique est bien plus d&#233;sastreux en Afrique subsaharienne que dans les pays occidentaux du fait de l'effondrement des prix des mati&#232;res premi&#232;res, &#224; commencer par le p&#233;trole, li&#233; &#224; l'effondrement de la demande des pays occidentaux en r&#233;cession et &#224; la paralysie des transports internationaux et int&#233;rieurs. Le Fonds mon&#233;taire international anticipe une baisse de 1,6 % du PIB de l'ASS en 2020 (apr&#232;s +3,1 % en 2019), dont une baisse de 3,4 % au Nigeria apr&#232;s +2,1 % en 2019, et de 5,8 % en Afrique du Sud apr&#232;s +0,2 % en 2019, les deux premi&#232;res &#233;conomies du continent, mais la baisse anticip&#233;e par la Banque mondiale pour l'ASS irait de -2,1 % &#224; -5,1 %. Comme le souligne Broulaye Bagayoko, secr&#233;taire permanent du CADTM Afrique, la dette ext&#233;rieure de l'Afrique est de 365 milliards de dollars (Md$), dont 35 % de dette publique multilat&#233;rale, 32 % de dette publique bilat&#233;rale, 20 % &#224; la Chine et 13 % &#224; d'autres cr&#233;anciers priv&#233;s [1]. Ce n'est pas le moratoire consenti par le G20 jusque fin d&#233;cembre 2020 du paiement des 12 Md$ du service de la dette publique bilat&#233;rale de l'ASS &#8211; les pays du Maghreb n'en b&#233;n&#233;ficieront pas, pas plus que l'Afrique du Sud car elle est membre du G20 alors qu'elle est de tr&#232;s loin le pays africain au service de la dette le plus lourd, de 11,9 Md$ en 2018, dont 10,5 Md$ &#224; des cr&#233;anciers priv&#233;s &#8211;, et non son annulation, qui changera grand-chose puisque le service de la dette multilat&#233;rale de 8 Md$ et de la dette priv&#233;e de 12 Md$ ne sont pas concern&#233;s par des moratoires. Si le remboursement des 12 M$ du service de la dette publique bilat&#233;rale pour 2020 sera &#233;tal&#233; sur 3 ans, s'y ajouteront les int&#233;r&#234;ts de retard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le FMI ajoute que la pand&#233;mie a acc&#233;l&#233;r&#233; les fuites de capitaux des pays en d&#233;veloppement de 90 Md$ de d&#233;but f&#233;vrier &#224; mi-avril, dont d'Afrique, alors que les investissements directs &#233;trangers (IDE) ont beaucoup faibli. Inversement, les transferts de fonds des Africains &#233;migr&#233;s vers l'ASS, confin&#233;s et/ou ayant perdu leur emploi dans les pays occidentaux, auraient baiss&#233; de 23 %, de 48 Md$ en 2019 &#224; 37 Md$ en 2020, alors que ces fonds sont traditionnellement plus importants que l'aide publique au d&#233;veloppement des pays occidentaux. Ces transferts ont repr&#233;sent&#233; 5,7 % du PIB au Nigeria en 2019, 9,1 % au Togo et 9,9 % au S&#233;n&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les &#233;changes internationaux de c&#233;r&#233;ales, des influences contradictoires de l'offre et de la demande ont jou&#233; sur les prix. Pour le riz et le bl&#233;, les restrictions &#224; l'exportation des pays exportateurs privil&#233;giant leur propre s&#233;curit&#233; alimentaire, li&#233;es aussi au confinement des travailleurs de la logistique en Inde, ont entra&#238;n&#233; des hausses significatives des prix internationaux (de 7 % de mars &#224; avril 2020 pour le riz et de 2,5 % pour le bl&#233;) mais qui ne devraient pas durer du fait d'une forte hausse attendue de la production. Inversement, la hausse des prix a &#233;t&#233; limit&#233;e en Afrique par la d&#233;pr&#233;ciation des monnaies des gros importateurs comme le Nigeria qui ont r&#233;duit leurs achats, les difficult&#233;s de transport et la forte baisse du pouvoir d'achat des consommateurs, la &lt;a href=&#034;https://openknowledge.worldbank.org/bitstream/handle/10986/33541/9781464815690.pdf?sequence=17&amp;isAllowed=y&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Banque mondiale&lt;/a&gt; anticipant une baisse de 13 % &#224; 25 % des importations alimentaires en 2020, alors que la production pourrait baisser de 2,6 % &#224; 7 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la FAO avait d&#233;j&#224; estim&#233; que 237 millions de personnes souffraient de sous-nutrition chronique en ASS en 2018, et l'OMS que 73 millions de plus &#233;taient en ins&#233;curit&#233; alimentaire en 2019, puis &#171; La pand&#233;mie de coronavirus risque de venir aggraver en 2020 la situation des populations au bord de la famine, d&#233;j&#224; en forte augmentation en 2019, et qui pourraient doubler en 2020 &#224; cause du coronavirus, selon un rapport et une projection de l'ONU. Quelque 135 millions de personnes dans 55 pays affect&#233;s par les conflits et les probl&#232;mes climatiques &#233;taient en situation 'd'ins&#233;curit&#233; alimentaire aigu&#235;' en 2019, indique le rapport mondial sur les crises alimentaires 2020&#8230; Un chiffre qui pourrait cependant doubler, &#224; 265 millions de personnes en 2020, en raison de 'l'impact &#233;conomique' de la pand&#233;mie de coronavirus' &#187;. Le COVID-19 a aggrav&#233; les p&#233;nuries alimentaires car les mesures de confinement et l'&#233;loignement physique ont entrav&#233; le stockage, la transformation et le transport des produits. Les m&#233;nages &#224; faible revenu ont &#233;t&#233; les plus touch&#233;s par les restrictions de circulation, en raison de la perte de revenus et de l'impossibilit&#233; d'acc&#233;der aux march&#233;s locaux. Ainsi de nombreux pays de la CEDEAO ont ferm&#233; leurs fronti&#232;res avec leurs voisins, par exemple entre le Lib&#233;ria et la Guin&#233;e, et le S&#233;n&#233;gal a m&#234;me interdit les transports entre la Casamance et le reste du pays, si bien que les avocats, les &lt;a href=&#034;http://www.commodafrica.com/14-04-2020-en-guinee-au-senegal-les-ananas-et-mangues-se-perdent&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ananas et les mangues pourrissent faute d'acheteurs&lt;/a&gt;, entra&#238;nant l'effondrement des prix dans les zones d'exportation et leur hausse dans ceux qui ne peuvent plus s'y approvisionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces difficult&#233;s d'approvisionnement alimentaire se doublent de difficult&#233;s d'exportation des produits tropicaux, par exemple du cacao et des noix de cajou en AO, ce qui entra&#238;ne la chute des prix et des recettes budg&#233;taires, notamment en C&#244;te d'Ivoire, Ghana, Guin&#233;e-Bissau et S&#233;n&#233;gal. Si certains &#201;tats d'AO, dont le S&#233;n&#233;gal, le Nigeria et la C&#244;te d'Ivoire, ont pris quelques mesures de distribution alimentaire aux plus d&#233;munis, cela s'est fait &#224; un niveau tr&#232;s insuffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Afrique comme en Occident, deux orientations oppos&#233;es pour l'apr&#232;s-pand&#233;mie s'affrontent. Les gouvernements en place, l'Union africaine (UA), les pays occidentaux, les multinationales et les institutions internationales &#224; leur service veulent reprendre tr&#232;s vite la croissance extravertie ant&#233;rieure, tandis qu'&#224; l'inverse la soci&#233;t&#233; civile jusque-l&#224; marginalis&#233;e veut refonder radicalement le paradigme dominant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'option de l'Union africaine d'un retour rapide &#224; une croissance extravertie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que le &lt;a href=&#034;https://www.tralac.org/documents/resources/covid-19/3218-impact-of-the-coronavirus-covid-19-on-the-african-economy-african-union-report-april-2020/file.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rapport de l'Union Africaine&lt;/a&gt; (UA) sur l'impact du COVID-19 sur l'&#233;conomie africaine souligne la n&#233;cessit&#233; d'&#171; augmenter la production agricole et am&#233;liorer les cha&#238;nes de valeur alimentaires pour r&#233;pondre &#224; la consommation int&#233;rieure et continentale &#187; car &#171; L'Afrique subsaharienne a d&#233;pens&#233; pr&#232;s de 48,7 milliards de dollars US en importations alimentaires (17,5 milliards de dollars US pour les c&#233;r&#233;ales, 4,8 milliards de dollars US pour le poisson &#187;, l'UA maintient une orientation extravertie g&#233;n&#233;rale attest&#233;e par trois recommandations : 1) que les plans de relance budg&#233;taire des pays de l'OCDE &#171; n'aient pas d'incidence au niveau mondial sur la restauration des cha&#238;nes de valeur mondiales au sein de l'OCDE, sapant ainsi les strat&#233;gies de transformation de la production africaine &#187; ; 2) que les pays africains &#171; acc&#233;l&#232;rent la mise en place de la zone de libre-&#233;change continentale&#8230; pour parvenir &#224; l'industrialisation le plus rapidement possible &#187; ; 3) et qu'ils suivent les recommandations du &lt;a href=&#034;https://au.int/sites/default/files/documents/37662-doc-2019_africa_development_dynamics-fr.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rapport conjoint UA-OCDE&lt;/a&gt; sur &#171; Les dynamiques du d&#233;veloppement en Afrique, r&#233;ussir la transformation productive &#187; qui est un plaidoyer pour une extraversion accrue des &#233;conomies africaines. Ainsi, &#171; En Afrique australe, les pays sont confront&#233;s &#224; un risque de d&#233;sindustrialisation pr&#233;matur&#233;e. La part de la valeur ajout&#233;e manufacturi&#232;re dans le PIB total est en repli depuis 2000. La strat&#233;gie d'industrialisation&#8230; entend profiter de la participation de l'Afrique du Sud aux cha&#238;nes de valeur mondiales et de la pr&#233;sence de multinationales pour aider les petites et les moyennes entreprises &#224; prosp&#233;rer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport UA-OCDE insiste sur l'attractivit&#233; des IDE et pour cela recommande de promouvoir &#171; les p&#244;les d'entreprises (ou 'zones &#233;conomiques sp&#233;ciales', ZES) qui 'permettent &#224; des gouvernements aux ressources limit&#233;es de tirer un parti maximal de leurs atouts en investissant dans une zone d&#233;di&#233;e, au lieu de disperser leurs moyens. En attirant ainsi les IDE et en favorisant les transferts de technologie, ils se rapprochent de la fronti&#232;re technologique mondiale. La densit&#233; relative sup&#233;rieure d'entreprises, de fournisseurs, de prestataires de services et d'institutions connexes au sein de cet &#233;cosyst&#232;me peut induire des retomb&#233;es et des transferts de connaissance plus importants et, ainsi, accentuer l'effet des politiques men&#233;es&#8230; La plupart des pays d'Afrique n'offrent pas forc&#233;ment suffisamment d'&#233;conomies d'&#233;chelle et manquent des fondamentaux pour attirer autant d'IDE que leurs concurrents internationaux&#8230; Pour accro&#238;tre les &#233;conomies d'&#233;chelle, les pays d'Afrique doivent penser 'mondial' et agir 'r&#233;gional' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;cession des pays occidentaux li&#233;e au COVID-19 et leur volont&#233; de relocaliser leurs activit&#233;s font peser des menaces sur leurs projets de d&#233;localisation dans les pays &#224; faibles salaires. M&#234;me s'il n'y a pas de risques de relocalisation imm&#233;diate des activit&#233;s d&#233;j&#224; d&#233;localis&#233;es, notamment celles li&#233;es &#224; des accords de libre-&#233;change (ALE), leur extension est compromise. Le d&#233;veloppement de l'industrie automobile en zones franches a &#233;t&#233; un succ&#232;s au Maroc puisqu'elle est le premier exportateur du pays (27 % des exportations en 2019 avec un chiffre d'affaires &#224; l'export de plus de 7 Md&#8364;) et emploie 180 000 personnes (avec les sous-traitants), dont 11 000 pour Renault et 1 700 pour PSA, les deux principaux constructeurs (400 000 v&#233;hicules pour Renault en 2018 et 100 000 pour Peugeot en 2019, qui n'a d&#233;marr&#233; qu'&#224; la mi-2018). 90 % de leur production est export&#233;e dont plus de 80 % dans l'UE, principalement en France (31 %), Espagne (11 %), Allemagne (9 %) et Italie (9 %), &#224; droit de douane nul, compte tenu de l'accord d'association avec le Maroc, alors que le doit normal NPF est de 10 %. En outre Renault et Peugeot ne paient pas d'imp&#244;t sur les soci&#233;t&#233;s comme le souligne &lt;a href=&#034;https://www.oxfamfrance.org/wp-content/uploads/2019/04/Rapport_OXFAM_Inegalites_Maroc.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Oxfam-Maroc&lt;/a&gt;. Le 26 mai 2020 le Pr&#233;sident Macron a annonc&#233; un plan d'aides de 8 Md&#8364; &#224; la fili&#232;re automobile avec injonction aux constructeurs fran&#231;ais de maintenir en France la production des v&#233;hicules &#224; forte valeur ajout&#233;e, et, le 28 mai Renault a annonc&#233; la suppression de 15 000 postes dans le monde (8 % de son effectif), dont 4 600 en France, avec une &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/05/28/renault-prevoit-de-supprimer-15-000-emplois-dans-le-monde-dont-4-600-en-france_6041099_3234.html?xtor=EPR-32280629-%5Ba-la-une%5D-20200529-%5Bzone_edito_2_titre_1%5D&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;duction de sa capacit&#233; de production mondiale&lt;/a&gt; de 4 &#224; 3,3 millions de v&#233;hicules et la &#171; suspension des projets d'augmentation de capacit&#233;s pr&#233;vus au Maroc et en Roumanie &#187;. Le plan de sauvegarde de l'a&#233;ronautique fran&#231;aise qui sera annonc&#233; dans quelques jours pourrait faire peser les m&#234;mes risques sur l'extension de ses d&#233;localisations au Maroc et la politique de relocalisation de Trump plombe aussi les projets de Boeing au Maroc. Compte tenu des &#233;normes d&#233;penses d'infrastructures support&#233;es par le Maroc pour installer ces zones franches, alors qu'il n'en retire aucune rentr&#233;e fiscale, cela a r&#233;duit d'autant les d&#233;penses sociales et l'aide aux populations d&#233;favoris&#233;es, notamment rurales. Dans ce contexte, la n&#233;cessaire r&#233;orientation de l'&#233;conomie marocaine pourrait &#234;tre un moindre mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport UA-OCDE cite aussi un projet de ZES en zone rurale d'AO : &#171; Cr&#233;er des ZES peut valoriser les potentialit&#233;s entre pays producteurs des m&#234;mes biens. Des perspectives sont envisag&#233;es entre la C&#244;te d'Ivoire, le Burkina Faso et le Mali pour donner un coup de fouet &#224; l'agriculture de la r&#233;gion. Le projet de ZES Sikasso-Korhogo-Bobo Dioulasso (SKBO) a &#233;t&#233; sign&#233; en janvier 2017 pour coordonner et renforcer la coop&#233;ration entre ces trois pays. Le processus est lanc&#233; depuis mai 2018, encourageant la cr&#233;ation et le renforcement de projets industriels publics et priv&#233;s'&lt;br class='autobr' /&gt;
et un article ajoute que 'le cadre institutionnel offrira d'importants avantages fiscaux aux investisseurs, notamment &#233;trangers &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soulignons que, quand le rapport aborde la question des &#233;changes intra-UA comme extra-UA, il insiste sur la n&#233;cessit&#233; de r&#233;duire les droits de douane ainsi que les mesures non tarifaires. &#192; une seule exception implicite toutefois quand il &#233;crit : &#171; Dans certains cas, les politiques ont &#233;chou&#233; &#224; d&#233;velopper de solides cha&#238;nes de valeur r&#233;gionales. C'est le cas par exemple de la fili&#232;re mini&#232;re en Afrique australe, qui reposait traditionnellement sur l'Afrique du Sud, v&#233;ritable p&#244;le d'approvisionnement en biens d'&#233;quipement. Or, depuis quelques ann&#233;es, l'arriv&#233;e d'intrants plus comp&#233;titifs en provenance de Chine sape la place de l'Afrique du Sud &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La baisse des droits de douane est le credo de la ZLECAf (Zone de Libre-&#233;change continentale africaine) puisque, selon la &lt;a href=&#034;http://www.iri.edu.ar/publicaciones_iri/anuario/cd_anuario_2014/Africa/12h.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Commission des Nations unies pour l'Afrique&lt;/a&gt; (CEA ou UNECA), l'Union douani&#232;re continentale (UDC), pas encore adopt&#233;e, &#171; se traduit par une plus grande ouverture sur le reste du monde que la ZLECAf en ce sens que la protection moyenne impos&#233;e par l'Afrique sur ses importations en provenance du reste du monde diminuerait &#224; un niveau de 9,8 %, contre un niveau de 13,6 % avec la seule ZLECAf. Cela correspond &#224; une am&#233;lioration de 27,9 % de l'acc&#232;s au march&#233; accord&#233; par l'Afrique au reste du monde lorsqu'une UDC est mise en &#339;uvre. Les &#233;conomies non africaines b&#233;n&#233;ficieraient d'un acc&#232;s plus large aux march&#233;s africains dans les secteurs industriels que dans les secteurs agricoles et alimentaires. En cons&#233;quence, et par rapport &#224; la cr&#233;ation d'une ZLECAf, non seulement les importations africaines seraient stimul&#233;es (+3,4 % ou 21,6 milliards de dollars US) avec la mise en place d'une UDC &#8211; gr&#226;ce &#224; la baisse des droits de douane moyens impos&#233;s par les pays africains sur leurs importations en provenance du reste du monde &#8211; mais les exportations africaines augmenteraient encore plus (+4,2 % ou 27,6 milliards de dollars US) avec la r&#233;forme commerciale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la baisse des droits de douane b&#233;n&#233;ficierait largement aux importations de consommations interm&#233;diaires et &#233;quipements, le rapport en d&#233;duit que l'Afrique deviendra plus comp&#233;titive sur les produits manufactur&#233;s que les pays industrialis&#233;s (y compris &#233;mergents comme la Chine) puisque les co&#251;ts de main-d'&#339;uvre y sont nettement inf&#233;rieurs, notamment en ASS. Un raisonnement qui oublie que la productivit&#233; de la main-d'&#339;uvre y est tr&#232;s inf&#233;rieure &#224; celle des pays o&#249; le co&#251;t de la main-d'&#339;uvre est sup&#233;rieur, notamment du fait de tout un ensemble de contraintes sp&#233;cifiques &#224; l'ASS qui feront longtemps obstacle &#224; son int&#233;gration et &#224; son d&#233;veloppement : d&#233;ficiences des infrastructures, notamment de transport ; de l'acc&#232;s &#224; l'&#233;nergie et &#224; l'eau ; des comp&#233;tences techniques ; du fonctionnement des administrations, notamment douani&#232;res ; de l'acc&#232;s au cr&#233;dit &#224; des taux raisonnables ; de la forte disparit&#233; des politiques mon&#233;taires et des taux de change, en particulier l'absurdit&#233; du maintien du franc CFA dans l'UEMOA et la CEMAC [2] dont la nouvelle appellation 'ECO' ne modifie pas la parit&#233; avec l'euro ; des &#233;normes &#233;carts dans les droits de douane, dans les niveaux de vie, les r&#233;gimes politiques et leur faible d&#233;mocratisation, etc. Par exemple, le transport de produits industriels de Chine &#224; Lagos est moins co&#251;teux qu'un transport du Nord au Sud du Nigeria et de m&#234;me pour le ma&#239;s des &#201;tats-Unis par rapport &#224; celui du Nord Nig&#233;ria. Tant que ces contraintes ne seront pas lev&#233;es, la ZLECAf, a fortiori si compl&#233;t&#233;e par l'UDC, entra&#238;nera une perte accrue de recettes douani&#232;res et de comp&#233;titivit&#233;, donc d'emplois. M&#234;me si la ZLECAf n'est vraiment pas la solution, au moins la Banque mondiale recommande-t-elle de &#171; favoriser des cha&#238;nes de valeur intra-africaines dans le cadre de l'Accord de libre-&#233;change continental africain pour la substitution des importations &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;trange de constater que ni le rapport UA-OCDE ni les multiples rapports de l'UA sur la ZLECAf n'&#233;voquent les APE (accords de partenariat &#233;conomique) entre l'UE et les pays ACP, ni le dumping des exportations agricoles de l'UE li&#233; &#224; ses fortes subventions internes [3]. Il est vrai que &lt;a href=&#034;http://www.acp.int/sites/acpsec.waw.be/files/acpdoc/public-documents/ACP0001118_%20ACP_Negotiating_Mandate_EN.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le Conseil des ministres des pays ACP du 30 mai 2018&lt;/a&gt; ayant d&#233;fini le mandat de n&#233;gociation de l'accord qui succ&#232;dera &#224; l'Accord de Cotonou arrivant &#224; expiration le 28 f&#233;vrier 2020 a simplement demand&#233; une &#171; am&#233;lioration des r&#233;gimes commerciaux pr&#233;f&#233;rentiels, tant pour les biens que pour les services, et des dispositions relatives &#224; la coop&#233;ration au d&#233;veloppement des APE/APE int&#233;rimaires, afin de garantir que les &#201;tats ACP, entre autres, tirent davantage d'avantages commerciaux et des gains en mati&#232;re de d&#233;veloppement sur lesquels reposent les APE &#187;. Il n'y a pas lieu de s'en &#233;tonner quand on sait qu'une bonne partie du budget des pays ACP est financ&#233; par la Commission europ&#233;enne, qui soutient par ailleurs politiquement et financi&#232;rement la mise en &#339;uvre de la ZLECAf. Ce qui s'explique par le fait que la baisse de 90 % des droits de douane programm&#233;e dans les &#233;changes intra-africains b&#233;n&#233;ficiera beaucoup aux filiales des multinationales et banques de l'UE tr&#232;s pr&#233;sentes dans tous les pays d'Afrique, d'autant que cette baisse est sup&#233;rieure aux 80 % impos&#233;s sur ses exportations aux pays ayant sign&#233; des APE. Comme il fallait s'y attendre, la proposition (fuit&#233;e) de la Commission europ&#233;enne pour un nouvel accord confirme, &#224; l'article 2 du chapitre 4 du titre 4, le bien-fond&#233; des APE : &#171; 4. Compte tenu de la n&#233;cessit&#233; de s'appuyer sur leurs accords commerciaux pr&#233;f&#233;rentiels et sur les accords de partenariat &#233;conomique (APE) existants en tant qu'instruments de leur coop&#233;ration commerciale, les parties reconnaissent que la coop&#233;ration sera principalement renforc&#233;e pour soutenir la mise en &#339;uvre concr&#232;te de ces instruments existants. 5. Ce faisant, les signataires des accords de partenariat &#233;conomique (APE) r&#233;affirment leur engagement &#224; prendre toutes les mesures n&#233;cessaires pour assurer leur pleine mise en &#339;uvre qui devrait &#234;tre propice &#224; leur croissance et &#224; leur d&#233;veloppement &#233;conomique tout en contribuant &#224; l'approfondissement des processus d'int&#233;gration r&#233;gionale au sein des ACP &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre marqueur de cette orientation n&#233;olib&#233;rale du rapport UA-OCDE est la vielle lune de la n&#233;cessit&#233; de promouvoir l'enregistrement des terres agricoles en obtenant des titres fonciers individuels pour faciliter l'acc&#232;s au cr&#233;dit : &#171; En &#201;thiopie et au Rwanda, la certification des droits de propri&#233;t&#233; agricole a renforc&#233; la propension des agriculteurs &#224; investir et, par cons&#233;quent, la productivit&#233; du secteur. En &#201;thiopie, la propension &#224; investir dans des mesures de pr&#233;servation du sol et de l'eau a augment&#233; de 20 &#224; 30 points de pourcentage. Au Rwanda, les m&#233;nages enregistr&#233;s ont deux fois plus de probabilit&#233; (10 %) d'investir que ceux dont les terres ne sont pas d&#233;clar&#233;es &#187;. C'est pourquoi la m&#234;me recommandation est faite pour l'AO : &#171; En Afrique de l'Ouest, l'acc&#232;s &#224; la terre s'av&#232;re fondamental pour la transformation productive des &#233;conomies agricoles. L'acc&#232;s &#224; la terre peut aussi faciliter la stabilit&#233; indispensable aux investissements, comme au Ghana, o&#249; la terre est disponible &#224; grande &#233;chelle depuis les ann&#233;es 1900 (Frankema et Van Waijenburg, 2018). Il s'agit &#233;galement d'un pilier crucial dans la consolidation de la paix et la s&#233;curit&#233;. Des syst&#232;mes de cadastre ou de registres des terres restent &#224; mettre en place, pour faciliter la collecte de donn&#233;es sur les revenus fonciers, voire la certification des mutations de propri&#233;t&#233;s, dans un contexte o&#249; le droit coutumier reste pr&#233;dominant. Cet aspect gagnerait &#224; &#234;tre plus pro&#233;minent dans la poursuite de la mise en &#339;uvre des Programmes nationaux d'investissement agricole (PNIA) et du Programme r&#233;gional d'investissement agricole (PRIA) ainsi que l'offensive r&#233;gionale pour la production alimentaire et la lutte contre la faim. Gu&#232;re plus de 10 % des terres rurales se trouvent enregistr&#233;es dans la r&#233;gion (CUA/OCDE, 2018) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;connecter les politiques &#233;conomiques africaines du n&#233;olib&#233;ralisme et refonder les politiques agricoles sur la souverainet&#233; alimentaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la 'D&#233;claration des groupes africains pour la justice climatique sur COVID-19' du 14 mai 2020 intitul&#233;e &#171; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/Une-nouvelle-Afrique-est-possible&#034;&gt;Une nouvelle Afrique est possible !&lt;/a&gt; &#187; : &#171; Malheureusement, la crise climatique ne s'arr&#234;tera pas tant que le monde se concentrera sur la crise sanitaire de Covid-19&#8230; L'augmentation pr&#233;vue des temp&#233;ratures mondiales pour l'Afrique est un pr&#233;sage d'effondrement humain, soci&#233;tal et &#233;cologique&#8230; Les deux crises sont caus&#233;es par les humains et trouvent leur origine dans la fa&#231;on dont nos syst&#232;mes politiques et &#233;conomiques traitent la Terre et sa population, mus par la soif de profit. Les soci&#233;t&#233;s transnationales (STN), en collusion avec les gouvernements africains et d'autres &#233;lites, op&#233;rant en toute impunit&#233; et au m&#233;pris des populations et de la plan&#232;te, sont parmi les principaux responsables des crises &#233;nerg&#233;tique, climatique, alimentaire et &#233;cologique actuelles&#8230; Nous ne pouvons pas revenir &#224; la normale. Nous devons envisager un monde diff&#233;rent, une Afrique diff&#233;rente, afin que ce moment puisse marquer un tournant pour notre r&#233;gion et le monde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme de nombreuses contributions &#224; ce num&#233;ro des Possibles se concentrent sur les nouvelles politiques &#233;conomiques &#224; mettre en place, on se limite ici &#224; celles relatives aux politiques agricoles qui seront on l'esp&#232;re en harmonie avec celles propos&#233;es par la majorit&#233; des organisations paysannes du Sud comme du Nord. Cette refondation agricole implique quatre &#233;tapes : une r&#233;forme radicale du foncier agricole ; garantir des prix agricoles durablement r&#233;mun&#233;rateurs ; promouvoir des syst&#232;mes de production agro&#233;cologiques ; compenser les hausses de prix agricoles pour les consommateurs et changer leurs habitudes alimentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ne plus r&#234;ver &#224; l'insertion industrielle dans les cha&#238;nes de valeur mondiale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'a vraiment chang&#233; depuis que Samir Amin &#233;crivait en 1980, dans L'avenir industriel de l'Afrique : &#171; Jusqu'ici l'industrialisation du tiers monde n'a pas &#233;t&#233; envisag&#233;e pour servir au progr&#232;s de l'agriculture. &#192; l'inverse des pays du centre, o&#249; la 'r&#233;volution agricole' a pr&#233;c&#233;d&#233; la 'r&#233;volution industrielle', les pays de la p&#233;riph&#233;rie ont import&#233; la seconde sans avoir amorc&#233; la premi&#232;re &#233;tape&#8230; Jusqu'ici l'industrie dans le tiers monde est parasitaire, au sens qu'elle nourrit son accumulation en ponctionnant le monde rural en termes r&#233;els (elle obtient sa main-d'&#339;uvre &#224; partir de l'exode rural) et financiers (ponction fiscale, termes de l'&#233;change internes d&#233;favorables aux paysans, etc.), sans contrepartie soutenant le d&#233;collage de l'agriculture. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce constat est repris en 2018 par Kako Nubukpo : &#171; En rapport avec la forte pr&#233;gnance de l'agriculture dans les pays d'Afrique subsaharienne, on peut, sans trop de risque de se tromper, affirmer que pour se placer sur une trajectoire de croissance durable, inclusive et r&#233;siliente, l'Afrique doit enclencher un processus de transformation structurelle reposant sur son potentiel agricole non exploit&#233; &#187; [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Ga&#235;lle Balineau et Ysaline Padieu : &#171; La transformation alimentaire repr&#233;sente 60 % de l'emploi manufacturier total au Niger et au Nigeria, entre 30 % et 40 % au Ghana, au Burkina Faso et au Mali&#8230; La capacit&#233; de r&#233;duction de la pauvret&#233; du secteur manufacturier est surtout due &#224; l'agro-industrie au Malawi, en Tanzanie et en Zambie. La demande croissante pour des produits alimentaires de haute qualit&#233; pourrait &#234;tre le moteur du d&#233;veloppement d'une agriculture &#224; haute valeur jou&#233;e et intensive en main d'&#339;uvre &#187; [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit ajouter l'industrie textile pour approvisionner le march&#233; int&#233;rieur, sachant qu'elle a &#233;t&#233; &#224; la base de l'industrialisation de la plupart des pays du Sud, &#224; commencer par l'Inde, ce qui serait un bon moyen de valoriser le coton africain pour le soustraire aux caprices de la fluctuation des cours mondiaux et au dumping des &#201;tats-Unis et de l'UE. &#192; condition de prot&#233;ger efficacement cette production des importations &#224; prix cass&#233; de friperie export&#233;e principalement par l'UE &#8211; 675 M$ en 2018 pour 581 000 tonnes &#8211;, 8 fois plus que celle export&#233;e par les &#201;tats-Unis (86 M$), qui ont pourtant menac&#233; les pays de la Communaut&#233; des &#201;tats de l'Afrique de l'Est (CAE) de les retirer de la liste des pays b&#233;n&#233;ficiant de l'AGOA [6] s'ils suspendaient leurs importations de friperie, ce qui a fait plier le Kenya, et le Rwanda a &#233;t&#233; exclu de l'AGOA. Toutefois, si les importations de friperie de l'ASS venant de Chine ont &#233;t&#233; interm&#233;diaires (287 M$) les importations de v&#234;tements neufs venant de Chine ont repr&#233;sent&#233; 57 % de ses importations totales (3 Md$ sur 5,3 Md$) alors que celles venant de l'UE ont &#233;t&#233; 12 fois inf&#233;rieures et celles des &#201;tats-Unis 149 fois inf&#233;rieures. La capacit&#233; politique de l'ASS &#224; prot&#233;ger sa fili&#232;re textile des pressions de la Chine sera mise &#224; rude &#233;preuve, mais il n'est pas impossible qu'elle montre plus de compr&#233;hension de ses int&#233;r&#234;ts politiques &#224; long terme que l'UE et les &#201;tats-Unis, totalement soumis &#224; la volont&#233; aveugle du capital priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte on est tent&#233; de pr&#233;coniser pour l'ASS une strat&#233;gie modeste d'industrialisation renon&#231;ant &#224; &#234;tre comp&#233;titive au niveau des cha&#238;nes de valeur mondiales, comme le sugg&#232;rent Fatou Gueye et Alimadou Aly Mbaye : &#171; La cr&#233;ation d'emplois d&#233;cents en Afrique passera plut&#244;t par les millions de nano-entreprises (familiales, individuelles) qui emploient la quasi-totalit&#233; de la population africaine&#8230; Plus que 80 % des emplois en Afrique francophone sont des situations d'auto-emploi&#8230; Laiss&#233;es &#224; elles-m&#234;mes, elles pourraient difficilement se fortifier et cro&#238;tre&#8230; Elles font en effet face &#224; une multitude de contraintes, qui les maintiendraient dans les situations de pr&#233;carit&#233; et d'informalit&#233; qui les caract&#233;risent&#8230; Une troisi&#232;me voie pourrait &#234;tre celle consistant &#224; cr&#233;er des &#233;cosyst&#232;mes dans lesquels ces nano-entreprises pourraient se regrouper sous forme d'entreprises sociales et solidaires, et cela dans une logique de chaine de valeur&#8230; afin de leur faciliter un acc&#232;s progressif &#224; un statut formel, en favorisant ainsi une croissance inclusive &#187; [7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Refonder le d&#233;veloppement agricole sur quatre piliers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La refondation du d&#233;veloppement agricole sur la souverainet&#233; alimentaire reposera sur quatre piliers : une r&#233;forme radicale du foncier agricole ; une garantie de prix agricoles durablement r&#233;mun&#233;rateurs ; la promotion des syst&#232;mes de production agro&#233;cologiques ; la compensation des hausses de prix agricoles pour les consommateurs et le changement de leurs habitudes alimentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une r&#233;forme radicale du foncier agricole&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut fonder une politique agricole sur la souverainet&#233; alimentaire, des prix agricoles r&#233;mun&#233;rateurs et des syst&#232;mes de production agro&#233;cologiques sans une r&#233;forme radicale pr&#233;alable d'un acc&#232;s p&#233;renne au foncier agricole r&#233;partissant les droits &#224; produire entre un grand nombre de paysans r&#233;unis dans des communaut&#233;s villageoises. Car la terre fait partie des &#171; communs &#187;. Ceci est une proposition valable aussi bien pour le Nord que pour le Sud, pour l'UE comme pour l'Afrique. Mais c'est une r&#233;forme beaucoup plus facile &#224; appliquer en ASS compte tenu des droits fonciers traditionnels, m&#234;me si les lois fonci&#232;res de la plupart des pays ont reconnu &#224; l'&#201;tat la propri&#233;t&#233; juridique &#233;minente des terres et des droits d'usage aux communaut&#233;s villageoises, les pr&#233;sidents de la R&#233;publique se sont g&#233;n&#233;ralement arrog&#233;s le droit d'accorder de fa&#231;on opaque des concessions de tr&#232;s longue dur&#233;e &#224; des sp&#233;culateurs, qui plus est pour r&#233;exporter les produits alimentaires ou des agrocarburants. La sociologue Denise Paulme rapportait en 1963 que, selon un chef traditionnel nig&#233;rien : &#171; &#192; mon sens, la terre appartient &#224; une grande famille dont beaucoup de membres sont morts, quelques-uns sont vivants et dont le plus grand nombre est encore &#224; na&#238;tre &#187; et ajoutait : &#171; En d&#233;finitive, les droits fonciers font partie du statut des personnes, ils en sont un aspect : &#234;tre sans terre &#233;quivaudrait &#224; se trouver sans parents, situation inconcevable&#8230; Les r&#233;gimes fonciers africains n'en pr&#233;sentent pas moins entre eux des diff&#233;rences sensibles&#8230; Mais partout, les liens entre les hommes comptent plus que les droits sur les choses. Les chefs politiques d'hier &#233;coutaient volontiers les demandes de leurs sujets, ils s'efforc&#232;rent de les satisfaire aussi longtemps que l'&#233;tendue que chacun pouvait d&#233;sirer cultiver &#233;tait la m&#234;me pour tous. L'apparition d'une &#233;conomie mercantile, entra&#238;nant d'une part le d&#233;sir de s'enrichir sans limites et d'acqu&#233;rir des biens jusque-l&#224; ignor&#233;s, d'autre part laissant entrevoir la possibilit&#233; de tirer un b&#233;n&#233;fice du travail que d'autres ex&#233;cutent pour vous, &#233;branle tout 1e syst&#232;me des tenures fonci&#232;res et &#224; structures sociales&#8230; Planificateurs et agronomes insistent sur la n&#233;cessit&#233; de r&#233;formes profondes pour &#233;viter le chaos. Les sociologues et, avec eux, nombre d'Africains, r&#233;pondront qu'une l&#233;gislation orient&#233;e par des motifs purement &#233;conomiques d&#233;boucherait in&#233;vitablement sur le chaos social et la paup&#233;risation &#187; [8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;nonciation de la propri&#233;t&#233; individuelle des terres a &#233;t&#233; largement partag&#233;e par d'&#233;minents &#233;conomistes, au-del&#224; de Marx. Ainsi pour le &#171; &lt;a href=&#034;http://www.humiliationstudies.org/documents/HoutartUniversalDeclarationoftheCommonGoodofHumanity.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Projet de D&#233;claration universelle pour le bien commun de l'humanit&#233;&lt;/a&gt; &#187; inspir&#233; par Fran&#231;ois Houtart : &#171; L'appropriation des moyens de production et de circulation par des individus ou des soci&#233;t&#233;s &#224; des fins d'accumulation capitaliste priv&#233;e est contraire au bien commun de l'humanit&#233; et au bien vivre (Buen Vivir) et est donc interdite &#187;. De m&#234;me pour Fran&#231;ois Partant, &#171; Au droit de propri&#233;t&#233;, qui est un moyen d'enrichissement individuel, est substitu&#233; un droit de jouissance perp&#233;tuelle, c'est-&#224;-dire h&#233;r&#233;ditaire et transmissible aux enfants qui d&#233;sirent continuer l'activit&#233; de leur p&#232;re. Ce droit, qui n'est &#233;videmment reconnu qu'&#224; ceux qui l'exercent (le paysan qui cesse cultiver sa terre y renonce et le perd), assure aux soci&#233;taires la s&#233;curit&#233; que donne la propri&#233;t&#233;, outre celle que repr&#233;sente l'appartenance &#224; une collectivit&#233; solidaire &#187; [9]. Dans Sur la crise, Samir Amin a rappel&#233; que &#171; La Chine et le Vietnam fournissent l'exemple, unique, d'un syst&#232;me de gestion de l'acc&#232;s au sol qui n'est ni fond&#233; sur la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, ni sur la 'coutume', mais sur un droit r&#233;volutionnaire nouveau, ignor&#233; partout ailleurs, qui est celui de tous les paysans (d&#233;finis comme les habitants d'un village) &#224; un acc&#232;s &#233;gal &#224; la terre&#8230; Id&#233;alement, le mod&#232;le implique la double affirmation des droits de l'&#201;tat (seul propri&#233;taire) et de l'usufruitier (la famille paysanne). L'&#201;tat garantit le partage &#233;gal des terres du village entre toutes les familles. Il interdit tout usage autre que la culture familiale, par exemple la location. Il garantit que le produit des investissements faits par l'usufruitier lui revienne dans l'imm&#233;diat par son droit de propri&#233;t&#233; sur toute la production de l'exploitation&#8230; &#224; plus long terme par l'h&#233;ritage de l'usufruit au b&#233;n&#233;fice exclusif des enfants demeur&#233;s sur l'exploitation (l'&#233;migr&#233; d&#233;finitif perd son droit d'acc&#232;s au sol qui retombe dans le panier des terres &#224; redistribuer) &#187; [10]. Il est un fait que la garantie pour les paysans chinois de retrouver leur parcelle de terre au village explique &#224; la fois qu'ils n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; aller travailler une grande partie de l'ann&#233;e, voire plusieurs ann&#233;es de suite dans les grandes villes, notamment de l'est du pays, tout en &#233;tant assur&#233;s de retrouver leur parcelle au village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zihan Ren explique l'importance du programme de &#171; revitalisation rurale &#187; pour r&#233;duire la d&#233;pendance de l'&#233;conomie chinoise du march&#233; mondial : &#171; En 2009&#8230; 25 millions de personnes sont revenues des villes c&#244;ti&#232;res &#224; la campagne pour cause de ch&#244;mage. En raison de la forte demande de main-d'&#339;uvre nouvelle dans les campagnes qui avaient re&#231;u d'&#233;normes investissements, le retour de ces travailleurs migrants n'a non seulement pas caus&#233; de graves probl&#232;mes sociaux, mais a &#233;galement permis de prendre pleinement conscience de l'utilit&#233; &#233;conomique des investissements ruraux et de promouvoir grandement la croissance &#233;conomique&#8230; C'est pourquoi nous pensons que dans le contexte de la concurrence sino-am&#233;ricaine, la red&#233;couverte du potentiel de l'&#233;conomie rurale est le choix le plus judicieux et le plus important. L'histoire a prouv&#233; que chaque fois que l'&#233;conomie chinoise est confront&#233;e &#224; une crise, l'exploitation du potentiel de l'&#233;conomie rurale est le seul moyen de r&#233;aliser un 'atterrissage en douceur'&#8230; de la crise &#187; [11]. Cela vaut tout &#224; fait pour l'Afrique contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Garantir des prix agricoles durablement r&#233;mun&#233;rateurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu du d&#233;ficit alimentaire croissant de l'Afrique, en particulier de l'ASS si l'on exclut les produits qui ne sont pas des produits alimentaires de base et sont essentiellement export&#233;s &#8211; caf&#233;, cacao, th&#233;, &#233;pices, coton, fleurs &#8211; et de l'explosion &#224; venir de la population, la priorit&#233; est de promouvoir la production des produits alimentaires de base, ce qui implique de garantir des prix stables et r&#233;mun&#233;rateurs aux producteurs. Pour ce faire, il suffit d'appliquer les outils qui ont &#233;t&#233; si efficaces pour les agriculteurs de l'UE avant la r&#233;forme de la PAC (Politique agricole commune) de 1992 : des pr&#233;l&#232;vements variables &#224; l'importation repr&#233;sent&#233;s par la diff&#233;rence entre les prix r&#233;mun&#233;rateurs retenus pour la campagne agricole au stade de gros dans une zone repr&#233;sentative et les prix CAF (co&#251;ts-assurances-fr&#234;t) dans l'un des principaux ports (ou a&#233;roports ou gares) d'arriv&#233;e sur le territoire national ou r&#233;gional. Comme les pr&#233;l&#232;vements variables sont &#233;tablis en monnaie nationale (ou r&#233;gionale), cela assure une bien meilleure protection que des droits de douane ad valorem repr&#233;sentant un pourcentage du prix CAF &#224; l'importation g&#233;n&#233;ralement libell&#233; en dollars ou en euros, compte tenu de la forte fluctuation des prix mondiaux en dollars et des taux de change. La r&#233;futation des objections &#224; la mise en &#339;uvre des pr&#233;l&#232;vements variables est &#233;tablie dans le livre R&#233;guler les prix agricoles&lt;br class='autobr' /&gt; [12].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que la mise en place de prix agricoles r&#233;mun&#233;rateurs n'est pas cr&#233;dible au niveau de l'ensemble de l'UA mais doit se faire si possible au niveau de chaque communaut&#233; &#233;conomique r&#233;gionale (CER) comme la CEDEAO en AO ou la CAE en Afrique de l'Est qui disposent en principe d'un TEC (tarif ext&#233;rieur commun) m&#234;me s'il n'est pas bien respect&#233;. Le rel&#232;vement des prix agricoles &#224; un niveau r&#233;mun&#233;rateur s'&#233;talerait sur une p&#233;riode de 5 &#224; 10 ans, parall&#232;lement &#224; des mesures prot&#233;geant le pouvoir d'achat des m&#233;nages d&#233;favoris&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que les prix agricoles r&#233;mun&#233;rateurs stimulent la production individuelle des producteurs encore faut-il que soient financ&#233;s par l'&#201;tat et/ou les collectivit&#233;s territoriales en amont et en aval de la production toutes les mesures d'accompagnement n&#233;cessaires : acc&#232;s au cr&#233;dit agricole &#224; des taux raisonnables, am&#233;liorations des routes, sanctions dissuasives des pr&#233;l&#232;vements illicites des forces de l'ordre sur la commercialisation des produits, infrastructures minimales et surveillance du bon fonctionnement des march&#233;s locaux, aides &#224; la constitution de stocks villageois de produits vivriers et surveillance de la sp&#233;culation des commer&#231;ants, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Promouvoir des syst&#232;mes de production agro&#233;cologiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que, sous couvert d'une 'agriculture doublement verte', les firmes multinationales de l'agrobusiness et m&#234;me la Banque africaine de d&#233;veloppement s'efforcent de promouvoir le mod&#232;le conventionnel dominant de syst&#232;mes de production intensifs en engrais chimiques, pesticides et motorisation lourde, voire OGM, il est indispensable aussi bien pour lutter contre l'effet de serre que pour le maintien de la biodiversit&#233; et la hausse durable des rendements, de promouvoir des syst&#232;mes de production agro&#233;cologiques &#224; forte intensit&#233; de main-d'&#339;uvre dans des exploitations de superficie limit&#233;e [13]. Le meilleur et peu co&#251;teux moyen de vulgarisation consiste &#224; financer les &#233;changes d'exp&#233;rience entre les agriculteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Compenser les hausses de prix agricoles pour les consommateurs et changer leurs habitudes alimentaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant il est indispensable d'augmenter et de stabiliser les prix aux producteurs, autant cela ne doit pas p&#233;naliser la grande majorit&#233; des consommateurs au pouvoir d'achat tr&#232;s limit&#233; et qui consacrent d&#233;j&#224; une forte part de leur budget &#224; l'alimentation. D'autant qu'alors cela donnerait lieu &#224; des &#233;meutes de la faim comme on l'a constat&#233; &#224; de nombreuses reprises, en particulier durant la flamb&#233;e des prix alimentaires des ann&#233;es 2008-09.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe &#233;videmment des solutions &#224; ce probl&#232;me mais qui impliquent une aide internationale importante durant une dizaine d'ann&#233;es pour financer des programmes d'aide alimentaire int&#233;rieure s'inspirant des politiques de l'Inde, des &#201;tats-Unis et du Br&#233;sil (de l'&#233;poque du Pr&#233;sident Lula). Les m&#233;nages recevraient des coupons d'achat en produits vivriers locaux disponibles dans des boutiques agr&#233;&#233;es en fonction de leur niveau de vie, et la disponibilit&#233; des produits vivriers serait renforc&#233;e par l'aide &#224; la constitution de stocks villageois (ou de communes rurales) pay&#233;s &#224; des prix minima aux producteurs, comme en Inde, mais en &#233;vitant la constitution de stocks massifs qui sont difficiles &#224; conserver en bon &#233;tat et impliquent une gestion bureaucratique. La loi indienne sur la s&#233;curit&#233; alimentaire nationale de 2013 a pr&#233;vu une allocation de 5 kg/mois, soit 60 kg par an, de c&#233;r&#233;ales de base (essentiellement bl&#233; et riz) par personne pour 75% de la population rurale et 50% de la population urbaine et des allocations suppl&#233;mentaires &#224; certains groupes d&#233;favoris&#233;s dont les femmes enceintes et jeunes enfants et le subventionnement des repas scolaires de midi. Incidemment l'Inde a accord&#233; 5 kg de plus pour 3 mois &#224; 80 % de la population pour all&#233;ger le co&#251;t du COVID-19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En se basant sur l'exemple de l'Inde cela impliquerait pour l'ASS, dont 60 % de la population &#233;tait rurale en 2018, de subventionner 42,5 Mt de produits vivriers locaux (c&#233;r&#233;ales, haricots secs, huile, tubercules, voire bananes plantains) par an. Toutefois les dysfonctionnements du syst&#232;me indien ont conduit &#224; des am&#233;liorations r&#233;centes, dont le versement en esp&#232;ces sur carte &#233;lectronique par m&#233;nage (impliquant un compte bancaire) leur permettant d'acheter dans des magasins agr&#233;&#233;s, voire sur le march&#233; dans certaines conditions. Pour l'ASS il faudrait &#233;valuer les besoins de financement de fa&#231;on pr&#233;cise, mais on peut en premi&#232;re approximation se baser sur environ 15 Md$ par an dans la mesure o&#249; l'Inde a notifi&#233; &#224; l'OMC 16,3 Md$ pour son aide alimentaire int&#233;rieure pour 2016-17 (derni&#232;re notification). Cette aide pourrait &#234;tre mobilis&#233;e par des pr&#234;ts concessionnels de l'AID, filiale de la Banque mondiale, sur une &#233;ch&#233;ance de 35 ans avec diff&#233;r&#233; d'amortissement de 10 ans. Cela peut paraitre tr&#232;s &#233;lev&#233; mais cela serait tr&#232;s rentable en permettant de r&#233;duire le d&#233;ficit alimentaire de l'Afrique, de lutter contre l'effet de serre et d'am&#233;liorer la biodiversit&#233; tout en cr&#233;ant les dizaines de millions d'emplois chaque ann&#233;e pour les jeunes entrant sur le march&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut enfin changer les habitudes alimentaires des Africains en les d&#233;tournant de la consommation de produits alimentaires de base que le climat de l'Afrique ne permet pas de produire suffisamment et qui sont donc import&#233;s. Il s'agit principalement du bl&#233; et &#224; un moindre &#233;gard du riz. En ASS, la production de bl&#233; &#8211; limit&#233;e &#224; l'Afrique orientale de l'Erythr&#233;e &#224; l'Afrique du Sud car le climat de l'AO et de l'Afrique centrale interdit sa production &#8211; est pass&#233;e de 4,535 millions de tonnes (Mt) en 1999-2000 &#224; 7,938 M en 2019-20, en hausse de 2,70 % par an et, comme la population a augment&#233; de 2,62 % par an (de 637 M en 2000 &#224; 1,094 Md en 2020), la production par t&#234;te a pratiquement stagn&#233; (+ 0,08 %) [14]. Par contre la production de riz a augment&#233; de 7,150 Mt &#224; 19,151 Mt, soit de 4,80 % par an et de 2,10 % par t&#234;te et par an. Mais les importations de bl&#233; ont augment&#233; plus vite que celles de riz : de 7,9 Mt en 1999-2000 &#224; 26,2 Mt en 2019-20, soit de 5,9 % par an contre de 4,9 Mt &#224; 13,5 Mt pour le riz, soit de 4,9 % par an. Comme les exportations de bl&#233; sont pass&#233;es de 257 000 t &#224; 960 000 t, la consommation (&#233;gale &#224; production + importations &#8211; exportations) est pass&#233;e de 12,1 Mt &#224; 33,1 Mt, en hausse de 4,9 % par an et la consommation par t&#234;te de 2,3 % par an. Comme les exportations de riz sont pass&#233;es de 18 000 t &#224; 365 000 t la consommation est pass&#233;e de 12,1 Mt &#224; 32,3 Mt, en hausse de 4,8 % par an, soit de 2,2 % par t&#234;te et par an, pratiquement au m&#234;me taux que pour le bl&#233;. Au total la consommation de bl&#233; + elle de riz est pass&#233;e de 24,2 Mt &#224; 65,5 Mt, tandis que celle des c&#233;r&#233;ales locales (mil + sorgho + ma&#239;s) passait de 67,8 Mt &#224; 85,60 Mt, traduisant une hausse de 64 % (de 26,4 % &#224; 43,3 %) de la part du bl&#233; + riz dans la consommation c&#233;r&#233;ali&#232;re totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'en effet les rendements des c&#233;r&#233;ales locales ont tr&#232;s peu augment&#233; en 20 ans : de 0,14 % par an pour le mil (de 694 kg/ha &#224; 715 kg) et de 0,82 % pour le sorgho (de 820 &#224; 973 kg) m&#234;me s'ils ont augment&#233; de 1,18 % pour le ma&#239;s (de 1 590 kg &#224; 2 033 kg, car il a b&#233;n&#233;fici&#233; des engrais sur le coton en AO). Comme les Nations unies anticipent une population de 2,168 milliards en ASS en 2050, en hausse de 2,22 % par an depuis 2020, en conservant le taux annuel de hausse de la consommation par t&#234;te de 1999-2000 &#224; 2019-20, les importations de bl&#233; passeraient &#224; 130,4 Mt et celles de riz &#224; 50,9 Mt. Avec des prix du bl&#233; attendus en forte hausse (voir ci-dessous) il est clair que l'ASS ne pourra pas en financer l'importation et il est donc urgent de modifier les habitudes alimentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, le prix du bl&#233; va fatalement augmenter du fait que les rendements stagnent depuis 15 &#224; 20 ans dans les pays exportateurs &#8211; bien que non limit&#233;s dans leur utilisation d'engrais chimiques et de pesticides &#8211; et qu'ils vont diminuer dans les pays d&#233;velopp&#233;s, notamment en Europe compte tenu de la baisse de l'utilisation des pesticides et engrais chimiques voulue par la population et de la promotion de l'agriculture biologique aux rendements plus faibles. Comme les pays arabes et d'Asie occidentale au climat aride n'ont pas l'alternative de la consommation des c&#233;r&#233;ales tropicales comme l'ASS, et auront plus de moyens de payer des prix du bl&#233; sup&#233;rieurs, les pays d'ASS devront faire face &#224; une facture d'importations impossible &#224; assurer. C'est pourquoi l'APE r&#233;gional d'AO et les APE int&#233;rimaires de C&#244;te d'Ivoire et du Ghana sont criminels puisqu'ils pr&#233;voient de r&#233;duire de 5 % &#224; 0 le droit de douane sur l'importation du bl&#233; venant de l'UE. Cela ne pourrait qu'inciter &#224; importer plus de bl&#233; fortement subventionn&#233; par l'UE et &#224; consommer plus de pain et de p&#226;tes alimentaires et couscous, retardant le jour o&#249; les consommateurs ne pourront plus les payer. Les projets en cours d'introduction de farine de c&#233;r&#233;ales locales ou de manioc dans le pain sont un moindre mal &#224; tr&#232;s court terme car le pourcentage de ces farines est limit&#233; &#224; 15 % (dans le projet Banque mondiale-CNCR au S&#233;n&#233;gal) ou au mieux &#224; 30 % (dans le projet AFD-SOL au S&#233;n&#233;gal). Ce qu'il faut absolument, c'est promouvoir des mod&#232;les alimentaires de l'Am&#233;rique latine &#224; base de tortillas de ma&#239;s et de grandes cr&#234;pes de manioc. Mais on peut aussi &#233;tendre ces recettes au mil et sorgho pour lesquels d'importantes hausses de rendement sont possibles selon l'exemple de l'Ethiopie o&#249; ils sont pass&#233;s de 840 kg/ha &#224; 2 440kg pour le mil et de 910 kg &#224; 2 810 kg pour le sorgho.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'issue du combat entre les deux strat&#233;gies &#8211; le retour en force du paradigme capitaliste n&#233;o-lib&#233;ral dominant bas&#233; sur la primaut&#233; de l'argent ou sa remise en cause radicale par l'unification des forces sociales du Nord et du Sud d&#233;fendant la primaut&#233; des droits humains, de la d&#233;mocratie et de l'environnement &#8211; n'est pas connue car l'homme est libre et l'histoire n'est pas &#233;crite. Comme &#224; d'autres tournants importants de l'histoire, notamment au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le syst&#232;me capitaliste va &#234;tre amen&#233; &#224; faire d'importantes concessions pour r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s tant internes que Nord-Sud et pour mieux prot&#233;ger l'environnement dont d&#233;pend plus que jamais sa survie et la sant&#233; des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'issue de ce combat, notamment celui des in&#233;galit&#233;s entre l'UE et l'Afrique et de l'acc&#232;s de celle-ci &#224; son autonomie alimentaire, d&#233;pendra principalement des politiques de l'UE et en particulier de la refondation de sa Politique agricole commune (PAC) sur la souverainet&#233; alimentaire sans dumping. Les revenus des agriculteurs europ&#233;ens seront alors bas&#233;s sur des prix stables et r&#233;mun&#233;rateurs, comme de 1962 &#224; 1992, et non plus sur des aides directes massives ayant pour effet, &#224; travers leurs exportations, de tuer les paysans d'Afrique et de ruiner ses efforts de d&#233;veloppement puisqu'ils repr&#233;sentent les deux-tiers des actifs en Afrique subsaharienne et le tiers en Afrique du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Voir la &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Video-Dette-africaine-Mais-qui-doit-quoi-en-realite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vid&#233;o&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Kako Nubukpo, (&lt;a href=&#034;https://afrique.latribune.fr/think-tank/tribunes/2019-08-05/le-franc-cfa-agit-comme-une-taxe-sur-les-exportations-et-une-subvention-pour-les-importations-825205.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le franc CFA agit comme une taxe sur les exportations et une subvention pour les importations&lt;/a&gt;) ; Fanny Pigeaud et Ndongo Samba Sylla, L'arme invisible de la France Afrique, Paris, La D&#233;couverte, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Jacques Berthelot, Vous avez dit LIBRE &#233;change ? L'Accord de 'Partenariat' &#233;conomique Union europ&#233;enne &#8211; Afrique de l'Ouest, Paris, L'Harmattan, juin 2018 ; Did you say FREE trade ? The Economic 'Partnership' Agreement European Union-West Africa, Paris, L'Harmattan, September 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Kako Nubukpo, &#171; De l'industrialisation &#224; l'&#233;mergence. Vieilles antiennes et horizons lointains. Entretien avec Kako Nubukpo &#187;, Afrique contemporaine, n&#176; 266, 2018/2, p. 165-172.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Ga&#235;lle Balineau et Ysaline Padieu, &#171; L'industrialisation en Afrique et l'exemple &#233;thiopien &#187;, Agence fran&#231;aise de d&#233;veloppement, L'&#233;conomie africaine 2020, La D&#233;couverte, p. 41-57.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] L'African Growth Opportunity Act est un accord pr&#233;f&#233;rentiel des EU pour la majorit&#233; des pays d'ASS (en sont exclus les pays consid&#233;r&#233;s comme ne respectant pas les droits de l'homme), sign&#233; en mai 2000 et renouvel&#233; pour 10 ans en 2015 avec le consensus unanime de l'OMC, y compris de l'UE, et dont les exportations aux EU sont exempt&#233;s de droits de douane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Fatou Gueye et Alimadou Aly Mbaye, Obstacles &#224; la cr&#233;ation d'emplois d&#233;cents et politiques de l'emploi en Afrique, Afrique contemporaine, n&#176; 266, 2018/2, p. 156-159.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Denise Paulme, R&#233;gimes fonciers traditionnels en Afrique noire, Pr&#233;sence Africaine, 1963/4 N&#176; XLVIII | p. 109-132.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Fran&#231;ois Partant, La ligne d'horizon. Essai sur l'apr&#232;s-d&#233;veloppement, La D&#233;couverte, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Samir Amin, Sur la crise. Sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise, Le Temps des cerises, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Zihan Ren, &lt;a href=&#034;https://www.atlantis-press.com/proceedings/bems-19/125907419&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Research on the Rural Revitalization Strategy from the Perspective of Sino-US Trade War&lt;/a&gt;, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] J. Berthelot, R&#233;guler les prix agricoles, L'Harmattan, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Marc Dufumier et Olivier Le Naire, L'agro&#233;cologie peut nous sauver, Actes Sud, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Selon la base de donn&#233;es de l'USDA.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Accords de partenariat &#233;conomique : &#171; Le jeu des multinationales &#187;</title>
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		<dc:date>2016-10-11T07:54:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques Berthelot</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2016-10-11</dc:subject>

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&lt;p&gt;Jacques Berthelot, &#233;conomiste, sp&#233;cialiste des politiques agricoles europ&#233;enne et africaine, revient sur les implications de la politique commerciale de l'Union europ&#233;enne, qui impose aux forceps des accords de libre&#173;-&#233;change. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; de : CADTM-INFO] Bulletin &#233;lectronique - Vendredi 7 octobre 2016 &lt;br class='autobr' /&gt; Rappel pr&#233;alable &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis 1975 et jusqu'&#224; pr&#233;sent, en ver&#173; tu des accords de Lom&#233; puis de Cotonou, les pays des zones Afrique Cara&#239;bes Paci&#173;fique (ACP) peuvent exporter sans droits de douane (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Afrique-367-+" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2016-10-11-+" rel="tag"&gt;Edition du 2016-10-11&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH80/arton27983-e1bef.jpg?1782062441' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jacques Berthelot, &#233;conomiste, sp&#233;cialiste des politiques agricoles europ&#233;enne et africaine, revient sur les implications de la politique commerciale de l'Union europ&#233;enne, qui impose aux forceps des accords de libre&#173;-&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; de : CADTM-INFO] Bulletin &#233;lectronique - Vendredi 7 octobre 2016&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rappel pr&#233;alable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1975 et jusqu'&#224; pr&#233;sent, en ver&#173; tu des accords de Lom&#233; puis de Cotonou, les pays des zones Afrique Cara&#239;bes Paci&#173;fique (ACP) peuvent exporter sans droits de douane vers l'Union europ&#233;enne (UE), tout en maintenant des taxes &#224; l'importa&#173;tion pour les marchandises europ&#233;ennes. C'est pour mettre fin &#224; ce traitement jug&#233; pr&#233;f&#233;rentiel selon les r&#232;gles de l'Organisa&#173;tion mondiale du commerce (OMC ) que l'UE a lanc&#233; les n&#233;gociations de plusieurs Accords de Partenariat Economique (APE) avec diff&#233;rentes r&#233;gions africaines. Apr&#232;s 13 ans de n&#233;gociations, l'APE entre l'UE et l'Afrique de l'Ouest (15 pays de la Commu&#173;naut&#233; Economique des &#201;tats d'Afrique de l'Ouest, la CEDEAO, + la Mauritanie, voir la carte) a &#233;t&#233; conclu en f&#233;vrier 2014. En fait de partenariat, il s'agit bien d'un accord de libre-&#173;&#233;change, qui oblige l'Afrique de l'Ouest &#224; supprimer ses droits de douane sur pr&#232;s de 80% de ses importations euro&#173;p&#233;ennes, &#224; l'horizon 2035.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour entrer en vigueur, l'APE Afrique de l'Ouest doit &#234;tre sign&#233; par chaque pays de la r&#233;gion, or certains s'y opposent, tan&#173; dis que d'autres voudraient acc&#233;l&#233;rer le processus. L'UE cherche &#224; forcer la signa&#173;ture, en mena&#231;ant de mettre fin &#224; l'acc&#232;s privil&#233;gi&#233; des produits africains sur le mar&#173;ch&#233; europ&#233;en &#224; la date du 1er octobre 2016, si les APE ne sont pas sign&#233;s. Or les enjeux de cette &#233;ch&#233;ance ne sont pas les m&#234;mes pour toute l'Afrique de l'Ouest. Pour faire simple : Si l'APE r&#233;gional n'est pas sign&#233;, les pays qui sont dans la cat&#233;go&#173;rie des PMA (pays moins avanc&#233;s) pour&#173; raient toujours exporter &#224; droits nuls vers l'Europe, gr&#226;ce &#224; l'initiative Tout sauf les Armes (TSA) : acc&#232;s sans droits de douane pour toutes les marchandises, sauf les armes et les munitions. Mais les pays consid&#233;r&#233;s comme &#171; en d&#233;veloppement &#187; (PED), c'est&#173;-&#224;&#173;-dire pour l'Afrique de l'Ouest la C&#244;te d'Ivoire, le Ghana et le Ni&#173;geria, seraient rattach&#233;s &#224; un r&#233;gime diff&#233;&#173;rent et devraient payer des droits de douane &#224; partir du 1er octobre. Pour &#233;viter cela, la C&#244;te d'Ivoire et le Ghana ont cha&#173;cun n&#233;goci&#233; avec la Commission europ&#233;enne un APE int&#233;rimaire, pour maintenir certaines pr&#233;f&#233;rences et surtout pr&#233;voir un calendrier et des dispositions en vue de la finalisation de l'APE r&#233;gional (plusieurs pays africains ont d&#233;j&#224; sign&#233; de tels APE int&#233;rimaires, notamment le Came&#173;roun en Afrique centrale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'APE Afrique de l'Ouest, embl&#233;matique du passage en force de l'Union europ&#233;enne, n'est toujours pas sign&#233;. Quelles sont les prochaines &#233;ch&#233;ances ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est nouveau, c'est que le Parlement du Ghana a ratifi&#233; son APE int&#233;rimaire d&#233;but ao&#251;t, et dans la foul&#233;e la C&#244;te d'Ivoire a fait pareil. Cela leur permettra, dans le cas o&#249; l'APE r&#233;gional n'est pas sign&#233;, de garder un acc&#232;s au march&#233; europ&#233;en sans droits de douane. En revanche cela leur co&#251;tera tr&#232;s cher pour leurs exportations vers les autres pays de l'Afrique de l'Ouest, car en mettant en &#339;uvre, seuls, un accord de ce type avec l'Europe, ils sortiront de fait de l'int&#233;gration r&#233;gionale ouest-&#173;africaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'UE a fix&#233; arbitrairement la date butoir du 1er octobre 2016, mais cette date n'a rien de contraignant par rapport &#224; l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Actuelle&#173;ment, il y a toujours le Nigeria et la Gambie qui refusent de signer l'APE, et la Mauritanie doit d'abord signer un accord de coop&#233;ra tion avec la CEDEAO. A mon avis, l'UE peut attendre longtemps...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a donc actuellement au moins deux &#201;tats qui refusent de signer l'accord et beaucoup d'oppositions de la soci&#233;t&#233; civile. Pourquoi ces oppositions ? Quels seraient les principaux impacts de cet APE sur les &#233;conomies de la r&#233;gion ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les impacts seront multiples. D'abord des impacts budg&#233;taires. Comme les &#201;tats seront oblig&#233;s d'ouvrir leurs march&#233;s &#224; 76% en valeur de ce qu'ils importent de l'UE, sur Billets d'Afrique 260 - septembre 2016 la base de ce qu'ils ont import&#233; en 2015 de l'UE sans le Royaume&#173;-Uni, ils vont perdre &#233;norm&#233;ment de recettes fiscales, de taxes &#224; l'importation. J'ai refait tous les calculs, car les statistiques douani&#232;res des pays d'Afrique de l'Ouest ne sont pas suffisam&#173;ment fiables. Il est plus judicieux de prendre la valeur des exportations sorties de l'UE, puis d'y ajouter les frais de transport et d'as&#173;surance jusqu'&#224; l'arriv&#233;e en Afrique. Il y a en&#173; suite 3 ajustements &#224; faire : prendre en compte la diversion des &#233;changes (les im&#173;portations venant de l'UE seront plus nom&#173;breuses, au d&#233;triment des importations venant d'autres pays ouest-&#173;africains, ou d'autres pays qui seront encore tax&#233;es), &#233;va&#173;luer la hausse des importations li&#233;e &#224; la hausse de la population d'ici 2035 (fin de la p&#233;riode de lib&#233;ralisation), ajuster en fonc&#173;tion du Brexit (les exportations du Royaume&#173;-Uni vers l'Afrique de l'Ouest repr&#233;&#173;sentent 10% du total des exportations euro&#173;p&#233;ennes). Il faut aussi calculer la perte sur la TVA &#224; l'importation. J'estime ainsi les pertes annuelles &#224; 696 millions d'euros en 2020 et &#224; 4,5 milliards d'euros en 2035. Les pertes cu&#173;mul&#233;es s'&#233;l&#232;veraient &#224; 46,5 milliards d'euros en 2035. C'est donc le premier impact : une forte baisse des recettes fiscales &#224; l'importa&#173;tion. Mais il y aura aussi le plafonnement des taxes &#224; l'exportation : les pays africains n'au&#173;ront pas le droit d'augmenter les taxes sur leurs produits export&#233;s, sauf accord de l'UE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela entra&#238;ne d'autres effets &#233;cono&#173;miques : ces baisses de recettes douani&#232;res sont autant d'argent amput&#233; du budget de l'&#201;tat, donc on peut s'attendre &#224; une baisse des d&#233;penses publiques consid&#233;r&#233;es comme non-&#173;prioritaires, par exemple les d&#233;penses sociales et environnementales, les infra&#173; structures, les d&#233;penses d'investissement. Certes il est pr&#233;vu un programme d'aide pour la transition vers les APE (le PAPED), th&#233;oriquement de 6,5 milliards d'euros sur 5 ans, mais ce n'est qu'un nouvel habillage d'aides pr&#233;existantes, dont celles du Fonds europ&#233;en de d&#233;veloppement (FED). Et la sortie du Royaume-&#173;Uni de l'UE entra&#238;nera une baisse de ces aides. Il n'est pas non plus &#233;vident que l'aide des autres pays euro&#173;p&#233;ens se maintienne au m&#234;me niveau, vu le contexte &#233;conomique et les gouvernements de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A long terme, la mise en &#339;uvre de l'APE entra&#238;nera un appauvrissement global des pays ouest-&#173;africains, un manque de d&#233;bouch&#233;s pour leurs productions puisque les produits europ&#233;ens abonde&#173;ront, et donc probablement une augmentation du ch&#244;&#173;mage, de l'&#233;migration clandes&#173;tine vers l'UE et du renforcement des mouve&#173;ments du type Boko Haram.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y&#173;-a&#173;-t&#173;-il des enjeux particu&#173;liers concernant l'agricul&#173;ture ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tiers des produits agri&#173;coles serait lib&#233;ralis&#233;, notam&#173;ment deux produits essentiels : les c&#233;r&#233;ales autres que le riz et la poudre de lait. Pour les c&#233;r&#233;ales, cela signifie qu'il y aura des importations suppl&#233;mentaires de bl&#233; mais aussi de ma&#239;s (pourtant un produit alimentaire de base dans tout le Golfe de Guin&#233;e), et que les c&#233;&#173;r&#233;ales et tubercules produits localement se trouveront en concurrence avec ceux im&#173;port&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si la majorit&#233; des produits agricoles est exclue de la lib&#233;ralisation, l'impact sera-&#173;t-&#173;il si important pour l'agriculture ouest-&#173;africaine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, car il y a quand m&#234;me ces produits essentiels qui seront lib&#233;ralis&#233;s. Si les deux tiers ne le seront pas, cela ne signifie pas qu'ils seront interdits d'importation mais qu'ils continueront &#224; payer des droits de douane de 10%, 20% ou 35%. Or tous les produits agricoles export&#233;s par l'UE font l'objet d'un dumping car ils b&#233;n&#233;ficient de subventions. L'UE pr&#233;tend que ces subven&#173;tions sont internes, et non &#224; l'exportation, mais les produits qu'elle exporte re&#231;oivent aussi des subventions internes. Les produc&#173;tions africaines locales ne peuvent donc pas faire le poids face &#224; cette concurrence, qui va s'accro&#238;tre avec l'APE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi un effet indirect de l'APE, mais tr&#232;s important : les pr&#233;f&#233;rences tari&#173;faires que l'Afrique de l'Ouest conserve en exportant sans droits de douane vers l'UE vont faire l'objet d'une &#233;rosion de plus en plus forte. Les produits export&#233;s de l'Afrique vers l'UE ne seront plus forc&#233;ment comp&#233;ti&#173;tifs &#233;tant donn&#233; que l'UE a sign&#233; des accords de libre-&#173;&#233;change avec bien d'autres pays (dont 3 pays andins : P&#233;rou, Colombie, Equateur, et 6 pays d'Am&#233;rique Centrale). Ces pays b&#233;n&#233;ficient d&#233;sormais eux aussi de l'acc&#232;s &#224; droits nuls au march&#233; europ&#233;en pour leurs exportations de cacao, d'ananas, de conserves de thon. Il y aura toujours des droits de douane sur leurs exportations de bananes, mais de plus en plus faibles. Or ce sont les quatre produits agricoles les plus export&#233;s d'Afrique de l'Ouest, notamment par la C&#244;te d'Ivoire et le Ghana.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc quand l'UE explique que l'APE permettra aux pays africains de garder un acc&#232;s privil&#233;gi&#233; au march&#233; euro&#173;p&#233;en, cela n'est pas le cas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, pas du tout. L'avantage des pays africains risque de dispara&#238;tre. Outre cette &#233;rosion des pr&#233;f&#233;rences due aux pays d'Am&#233;rique latine, si le trait&#233; de libre&#173; &#233;change avec les &#201;tats&#173;-Unis (TAFTA) est si&#173;gn&#233;, d'autres produits agricoles pourraient &#234;tre import&#233;s des &#201;tats&#173;-Unis vers l'UE sans droits de douane. Le chocolat par exemple, idem pour le thon. Il y a d'autres accords en cours de n&#233;gociation, avec les Philippines notamment, qui sont le 2e exportateur mondial de bananes. Si l'accord avec le Mer&#173;cosur (Argentine, Br&#233;sil, Uruguay, Paraguay, Venezuela) est finalis&#233;, le Br&#233;sil compte bien exporter aussi des bananes. Les bananes ouest&#173;-africaines risquent donc d'&#234;tre de moins en moins comp&#233;titives pour l'exportation vers l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Int&#233;ressons&#173;-nous mainte&#173;nant au processus de n&#233;&#173;gociation de cet APE, qui a &#233;t&#233; tr&#232;s long et compliqu&#233; &#233;tant donn&#233; qu'il y a eu des r&#233;sistances venant de plusieurs pays africains, &#224; diff&#233;rents moments. On sait que l'UE a cherch&#233; &#224; faire pression sur ces pays pour que les n&#233;gociations avancent. Est&#173;-ce que la France a jou&#233; un r&#244;le dans ces moments-&#173;l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France a jou&#233; un r&#244;le majeur, puisque dans le secteur agro&#173;ali&#173;mentaire on retrouve beaucoup de firmes fran&#231;aises. C'est la Compagnie Fruiti&#232;re, de Robert Fabre, bas&#233;e &#224; Marseille, qui exporte l'essentiel des bananes et des ananas de C&#244;te d'Ivoire, du Ghana et du Cameroun, avec sa propre flotte de cargos. Il exporte aussi des tomates cerises du S&#233;n&#233;gal. Pour les c&#233;r&#233;ales, le groupe Mimran, bas&#233; en Suisse mais dirig&#233; par la famille fran&#231;aise du m&#234;me nom, a fait pression pour ramener &#224; z&#233;ro le droit de douane sur le bl&#233; puisqu'il poss&#232;de les Grands Moulins de Dakar et d'Abidjan et la Compagnie Sucri&#232;re du S&#233;n&#233;&#173; gal. Le groupe Bollor&#233; est aussi concern&#233; puisqu'il contr&#244;le la plupart des ports du golfe de Guin&#233;e et est impliqu&#233; dans l'ex&#173;portation du cacao. Toutes ces firmes ont int&#233;r&#234;t &#224; ce que l'APE entre en vigueur, pour pouvoir conti&#173;nuer leurs exportations de l'Afrique vers l'UE sans droits de douane, comme c'est le cas actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-&#173;ce que l'on sait si la diplomatie fran&#231;aise a soutenu ces int&#233;r&#234;ts priv&#233;s lors des n&#233;gociations ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet, nous sommes trois repr&#233;sen&#173;tants d'associations de solidarit&#233; internationale &#224; avoir rencontr&#233; les trois hautes fonctionnaires des minist&#232;res des Affaires &#233;trang&#232;res et de l'&#201;conomie charg&#233;es du dossier de l'APE Afrique de l'Ouest. Nous avons &#233;t&#233; &#233;tonn&#233;s par leur consensus fort sur l'int&#233;r&#234;t de l'APE alors m&#234;me qu'elles n'accordent aucune cr&#233;dibilit&#233; aux &#233;tudes d'impact, en particulier celles que la Direc&#173;tion G&#233;n&#233;rale Commerce de la Commission europ&#233;enne a refus&#233; de diffuser alors qu'elle les avait financ&#233;es, car leurs conclusions &#233;taient d&#233;favorables &#224; l'APE. Les trois hautes fonctionnaires ont &#233;galement repouss&#233; l'in&#173;t&#233;r&#234;t des alternatives &#224; l'APE : demander une d&#233;rogation &#224; l'OMC comme les &#201;tats-&#173;Unis l'ont obtenu pour l'AGOA, r&#233;duire le taux d'ouverture de l'APE compte tenu de la part repr&#233;sent&#233;e par les importations des pays moins avanc&#233;s (PMA), ou &#224; l'inverse accor&#173;der un statut particulier pour les trois pays en d&#233;veloppement de la zone (C&#244;te d'Ivoire, Ghana, Nig&#233;ria). On a eu l'impression que leur consensus &#233;tait uniquement fond&#233; sur des options politiques venues d'en haut, sans tenir aucun compte des chiffres, ce qui nous a laiss&#233; une pi&#232;tre id&#233;e de leur r&#244;le constructif dans le processus de d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si cet APE n'est pas sign&#233; (ce qui semble probable si le Nig&#233;ria ne signe pas), quelles seront les cons&#233;quences ? Est&#173;-ce que les APE int&#233;rimaires d&#233;j&#224; si&#173;gn&#233;s entreront en vigueur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re chose, c'est que ce sera une &#233;norme gifle pour l'UE. Si les APE int&#233;ri&#173;maires sont mis en &#339;uvre, l'UE se d&#233;cr&#233;dibilise compl&#232;tement sur le plan politique, puisque le premier objectif de l'APE &#233;tait de promouvoir l'int&#233;gration r&#233;gionale. Cela d&#233;&#173;truit 43 ans d'efforts depuis la cr&#233;ation de la CEDEAO &#224; Lom&#233; en 1973. Depuis, p&#233;nible&#173;ment il y a eu quelques progr&#232;s vers l'int&#233;&#173;gration r&#233;gionale, m&#234;me si on est encore loin du compte. Cela pose beaucoup de questions. Si la C&#244;te d'Ivoire et le Ghana sortent de la CEDEAO, cela signifie que toutes les politiques communes tombent. On peut imaginer que ces politiques pour&#173; raient &#234;tre maintenues entre les 13 autres &#201;tats de la CEDEAO, mais cela serait tr&#232;s dif&#173;ficile. Le Tarif Ext&#233;rieur Commun va n&#233;cessairement tomber puisque les autres pays ouest&#173;-africains devront taxer toutes les mar&#173;chandises en provenance de C&#244;te d'Ivoire et du Ghana pour ne pas importer les produits qu'ils importeront de l'UE sans droits de douane. La C&#244;te d'Ivoire est le premier ex&#173;portateur de produits agricoles vers le reste de l'Afrique de l'Ouest et devra donc payer des droits de douane importants pour pour&#173; suivre ces exportations. Lorsque j'ai soulev&#233; ces probl&#232;mes aux hautes fonctionnaires fran&#231;ais rencontr&#233;es en juillet, elles ont r&#233;&#173; pondu que l'UE n'a pas &#224; intervenir, &#224; partir du moment o&#249; la C&#244;te d'Ivoire et le Ghana souhaitent signer ces accords int&#233;rimaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les autres pays d'Afrique de l'Ouest resteront dans le programme &#171; Tout sauf les armes &#187; et pourront donc continuer &#224; exporter vers l'Europe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui c'est bien cela, sauf le Nig&#233;ria qui n'est pas un pays moins avanc&#233; (PMA). Mais il n'exporte quasiment pas de produits agri&#173;coles (un peu de p&#226;te de cacao, mais pas de thon, ni de bananes), il exporte surtout du p&#233;trole, &#224; droits nuls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est surtout sur le plan politique que les cons&#233;quences seront tr&#232;s graves. Cela risque de cr&#233;er un chaos important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des accords du m&#234;me type sont en n&#233;&#173; gociation dans d'autres r&#233;gions d'Afrique. Est&#173;on face aux m&#234;mes en&#173; jeux et aux m&#234;mes risques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Afrique de l'Est, la Tanzanie et l'Ou&#173;ganda ont annonc&#233; qu'ils ne voulaient plus signer l'APE entre l'UE et la Communaut&#233; d'Afrique de l'Est (CAE), car il emp&#234;cherait leur industrialisation et leur d&#233;veloppement, et en raison du Brexit. C'est un revers im&#173;portant pour l'UE car la Tanzanie est &#224; la fois le pays le plus peupl&#233; d'Afrique de l'Est et le pays le plus d&#233;mocratique (tous les autres sont des dictatures). Une r&#233;union &#233;tait pr&#233;&#173; vue en ao&#251;t pour essayer de faire pression sur la Tanzanie. Au sud&#173;-est du continent, un APE a &#233;t&#233; sign&#233; avec la Communaut&#233; de d&#233;&#173;veloppement de l'Afrique australe (SADC).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, un accord de libre&#173;-&#233;change tripartite est pr&#233;par&#233; entre le Comesa (le march&#233; commun des &#201;tats d'Afrique australe et de l'Est), la CAE et la SADC. Cela cr&#233;erait une zone de libre-&#173;&#233;change de l'&#201;gypte &#224; l'Afrique du Sud, regroupant 26 pays. C'est compl&#232;tement absurde, car aucune de ces trois r&#233;gions &#233;conomiques n'a encore ache&#173; v&#233; son int&#233;gration r&#233;gionale. S'il entrait en vigueur, ce serait la mort de l'agriculture est&#173; africaine car l'Afrique de l'Est a des droits de douane g&#233;n&#233;ralement bien sup&#233;rieurs &#224; ceux des deux autres r&#233;gions. Plus grave, dans le contexte de l'APE, cela signifie que les produits europ&#233;ens entr&#233;s sans droits de douane dans la SADC (en vertu de l'APE d&#233;j&#224; sign&#233;), pourront ensuite circuler sans droits de douane dans le reste de la zone de l'ac&#173;cord tripartite, m&#234;me si les autres r&#233;gions ont rejet&#233; l'APE, du moins dans la mesure o&#249; leurs l&#233;gislations sur les r&#232;gles d'origine sont assez souples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces accords de libre&#173;-&#233;change font finalement le jeu des multinationales, qui cherchent &#224; pouvoir vendre leurs produits sans aucune taxe sur tout le continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Jacques Berthelot - propos recueillis par Marie Bazin 28 septembre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note de la r&#233;daction : un APE est &#233;galement en cours de n&#233;gociation avec la r&#233;gion d'Afrique centrale, dont fait partie le Cameroun, qui a d'ores et d&#233;j&#224; sign&#233; un APE int&#233;rimaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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