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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Guerre imp&#233;rialiste, militarisme environnemental et strat&#233;gie &#233;cosocialiste &#224; l'heure du capitalisme des catastrophes</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Guerre-imperialiste-militarisme-environnemental-et-strategie-ecosocialiste-a-l</link>
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		<dc:date>2025-09-16T12:21:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexis Cukier</dc:creator>


		<dc:subject>Actualit&#233;s &#233;cosocialistes</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2025-09-16</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cosocialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans ce texte, Alexis Cukier d&#233;veloppe une analyse du r&#244;le de la guerre dans l'Anthropoc&#232;ne ainsi que du d&#233;veloppement du militarisme environnemental, puis une lecture &#233;comarxiste de la guerre imp&#233;rialiste en Ukraine et de la guerre g&#233;nocidaire au Palestine dans le contexte de ce qu'il nomme le capitalisme des catastrophes, avant de proposer &#224; la discussion des &#233;l&#233;ments pour une strat&#233;gie &#233;cosocialiste combinant lutte contre le militarisme et soutien aux r&#233;sistances anti-imp&#233;rialistes, y (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Ecosocialisme-" rel="directory"&gt;&#201;cosocialisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Actualites-ecosocialistes-+" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s &#233;cosocialistes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-09-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-09-16&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Ecosocialisme-158-+" rel="tag"&gt;&#201;cosocialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH92/capture_d_e_cran_le_2025-09-16_a_07.47_06-ecdac.png?1758025435' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans ce texte, &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/author/alexis-cukier/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Alexis Cukier&lt;/a&gt; d&#233;veloppe une analyse du r&#244;le de la guerre dans l'Anthropoc&#232;ne ainsi que du d&#233;veloppement du militarisme environnemental, puis une lecture &#233;comarxiste de la guerre imp&#233;rialiste en Ukraine et de la guerre g&#233;nocidaire au Palestine dans le contexte de ce qu'il nomme le capitalisme des catastrophes, avant de proposer &#224; la discussion des &#233;l&#233;ments pour une strat&#233;gie &#233;cosocialiste combinant lutte contre le militarisme et soutien aux r&#233;sistances anti-imp&#233;rialistes, y compris arm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexis Cukier est philosophe et membre de la r&#233;daction de Contretemps. Ce texte est issu d'une intervention dans le cadre du panel &#171; Guerre, imp&#233;rialisme et &#233;cologie &#187; qui s'est tenu le samedi 28 juin 2025 dans le cadre de la conf&#233;rence internationale &lt;a href=&#034;https://hmparis.org/le-programme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Historical Materialism Paris.&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;11 septembre 2025 | tir&#233; du site contretemps.eu&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/militarisme-environnemental-ecosocialisme/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/militarisme-environnemental-ecosocialisme/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;br class='autobr' /&gt;
Guerre &#224; la guerre ! Et donc soutien &#224; celles et ceux qui sont en guerre contre les imp&#233;rialismes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#171; agir contre la guerre et le militarisme &#187;, comme le propose Guerre &#224; la Guerre[1], et mettre fin aussi &#224; ses usages g&#233;nocidaires et &#224; ses cons&#233;quences &#233;cocidaires comme le souligne &#224; juste titre cette importante coalition, il est n&#233;cessaire de &#171; d&#233;sarmer la machine de guerre et relancer un anti-militarisme populaire &#187;, et notamment &#171; de faire gr&#232;ve, de d&#233;serter, de perturber, de d&#233;manteler la logistique de leurs guerres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas suffisant, et ce texte d&#233;fend que ce n'est pas l'essentiel : s'en prendre aux moyens de la guerre restera inefficace si on ne s'attaque pas &#224; ses causes et si on ne fait pas alliance d'abord avec celles et ceux qui en subissent les effets. Autrement dit, un antimilitarisme concret implique &#8211; comme la coalition l'affirme clairement en ce qui concerne les &#201;tats-Unis, Isra&#235;l et la France, et le d&#233;bat doit avoir lieu aussi concernant la Russie notamment &#8211; un anti-imp&#233;rialisme militant, et donc de viser &#224; d&#233;faire les puissances imp&#233;riales, et la logique capitaliste qui les portent, et de soutenir concr&#232;tement celles et ceux qui sont en premi&#232;re ligne pour y r&#233;sister. Or pour elles et eux, la premi&#232;re urgence est de s'autod&#233;fendre, ce qui suppose des armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la raison pour laquelle il me semble urgent de mettre en d&#233;bat cette proposition : il faut inclure le blocage de la logistique militaire dans une strat&#233;gie &#233;cosocialiste d'autod&#233;fense, de soutien aux r&#233;sistances anti-imp&#233;rialistes, y compris arm&#233;es, et donc aussi de r&#233;appropriation d&#233;mocratique et de socialisation internationaliste des armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte d&#233;fend trois th&#232;ses, d&#233;velopp&#233;es d'un point de vue &#233;comarxiste, qui sont des contributions aux d&#233;bats en cours, dans cette coalition, dans la gauche internationaliste et au-del&#224;, sur les moyens et les fins de l'antimilitarisme et de l'anti-imp&#233;rialisme aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, les guerres imp&#233;rialistes et l'industrie et la logistique militaires qui leur sont li&#233;es[2] jouent depuis le XIXe si&#232;cle un r&#244;le majeur parmi les causes des catastrophes &#233;cologiques mais sont aussi devenues, depuis le d&#233;but du XXIe si&#232;cle, une des principales modalit&#233;s de r&#233;ponse &#224; ces catastrophes &#8211; c'est ce qu'on peut appeler le militarisme environnemental[3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, les guerres en cours, et en premier lieu la guerre imp&#233;rialiste de la Russie en Ukraine et la guerre imp&#233;rialiste et g&#233;nocidaire d'Isra&#235;l, des Etats-Unis et de leurs alli&#233;s en Palestine, s'inscrivent dans une nouvelle phase &#233;mergente du capitalisme mondialqui r&#233;organise la production de profit, l'appareil productif et l'imp&#233;rialisme autour de l'adaptation s&#233;lective &#8211; au profit des riches et en sacrifiant les classes populaires et les peuples des pays sous domination imp&#233;riale &#8211; aux catastrophes &#233;cologiques, en premier lieu le r&#233;chauffement climatique &#8211; c'est ce que je propose d'appeler le capitalisme des catastrophes[4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce capitalisme des catastrophes doit &#234;tre compris dans le cadre de la crise &#233;conomique de longue dur&#233;e du capitalisme, et particuli&#232;rement de la s&#233;quence qui a suivi la crise financi&#232;re de 2008, ainsi que de la mont&#233;e de la rivalit&#233; imp&#233;rialiste entre les &#201;tats-Unis et la Chine[5], qui ont constitu&#233; des facteurs majeurs de d&#233;veloppement du capitalisme vert[6] et de militarisation[7]. Mais je fais l'hypoth&#232;se qu'avec le &#171; tournant dans l'histoire mondiale[8] &#187; des ann&#233;es 2020, prenant le relai du capitalisme n&#233;olib&#233;ral de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente et l'int&#233;grant dans une nouvelle formule &#233;conomico-politique, ce capitalisme des catastrophes &#233;mergent r&#233;alise le sc&#233;nario le plus sombre qu'anticipait Mike Davis en 2010 : &#171; L'att&#233;nuation globale, dans ce sc&#233;nario encore inexplor&#233; mais non improbable, serait tacitement abandonn&#233;e &#8212; comme elle l'a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dans une certaine mesure &#8212; au profit d'un investissement acc&#233;l&#233;r&#233; dans une adaptation s&#233;lective destin&#233;e aux passagers de premi&#232;re classe de la Terre[9]. &#187; Je d&#233;fends que cette logique d'adaptation s&#233;lective permet de comprendre l'&#233;conomie et l'&#233;cologie politiques communes de plusieurs ensembles de ph&#233;nom&#232;nes typiques de la p&#233;riode :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; le capitalisme vert : march&#233;s et compensation carbone, finance verte, Plans Verts, &#171; d&#233;risquage &#187; (att&#233;nuation des risques financiers) des technologies vertes ou des mat&#233;riaux consid&#233;r&#233;s comme critiques, et tous les outils de la &#171; transition &#187;&#233;nerg&#233;tique, qui est en r&#233;alit&#233; une accumulation d'&#233;nergies compatible avec la relance de l'extractivisme fossile, ainsi que du n&#233;o-industrialisme vert, dirig&#233;s par la Big Tech, les &#201;tats et le march&#233;&#8230; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; le technosolutionnisme climatique : technologies &#224; &#233;mission n&#233;gative, g&#233;o-ing&#233;nierie, &#171; villes r&#233;silientes &#187; mettant le mod&#232;le des &#171; smart cities &#187; et des &#171; safe cities &#187; et leurs objets connect&#233;s au service de l'adaptation aux catastrophes&#8230; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; le fascisme fossile : les id&#233;ologies et pratiques de gouvernement carbofascistes, &#233;cofascistes, de l'acc&#233;l&#233;rationnisme n&#233;or&#233;actionnaire (&#171; dark Enlightenment &#187; d&#233;clin&#233; en &#171; dark MAGA &#187;), du nationalisme vert&#8230; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; les nouvelles guerres imp&#233;rialistes dont l'enjeu principal, comme on va le montrer, est la reconfiguration conjointe du march&#233; mondial de l'&#233;nergie, de l'h&#233;g&#233;monie technologique et du militarisme environnemental au sein de ce capitalisme des catastrophes[10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, en raison m&#234;me de l'entr&#233;e dans ce capitalisme des catastrophes, il est aujourd'hui moins que jamais r&#233;aliste d'appeler, en l'&#233;tat actuel des choses, &#224; abolir la guerre (c'est un pacifisme abstrait et id&#233;aliste, sans prise sur la r&#233;alit&#233;) mais il nous faut construire collectivement un antimilitarisme mat&#233;rialiste, qui passe aussi centralement par le soutien aux r&#233;sistances anti-imp&#233;rialistes arm&#233;es du peuple palestinien et du peuple ukrainien, et n&#233;cessite une strat&#233;gie alliant d&#233;sarmement de l'ennemi et autod&#233;fense populaire. Il ne s'agit pas de remplacer la lutte des classes et sa dimension sp&#233;cifiquement politique, notamment &#224; l'&#233;chelle nationale, par le combat militaire internationaliste, mais de les penser ensemble, ni d'opposer au pacifisme abstrait un bellicisme qui le serait tout autant mais de ne pas d&#233;tourner le regard de ce qu'implique concr&#232;tement l'autod&#233;fense anti-imp&#233;rialiste et antifasciste, particuli&#232;rement en ce qui concerne la question des conflits arm&#233;s. C'est ce que j'appelle une strat&#233;gie &#233;cosocialiste de d&#233;mant&#232;lement, reconversion et socialisation des armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce texte, je propose de faire quelques rappels au sujet du caract&#232;re &#233;cocidaire de la guerre en l'inscrivant dans le d&#233;veloppement du militarisme environnemental &#224; l'heure du capitalisme des catastrophes (I), puis d'analyser la guerre imp&#233;rialiste en Ukraine (II) et la guerre g&#233;nocidaire en Palestine (III) dans cette perspective, avant de finir par pr&#233;senter quelques &#233;l&#233;ments de strat&#233;gie &#233;cosocialiste visant &#224; allier antimilitarisme et anti-imp&#233;rialisme (IV).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Guerre, Anthropoc&#232;ne et militarisme environnemental&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans leur ouvrage de r&#233;f&#233;rence, Jean-Baptiste Fressoz et Christophe Bonneuil ont soutenu l'argument selon lequel &#171; l'Anthropoc&#232;ne est aussi (et peut-&#234;tre avant tout) un thanatoc&#232;ne[11] &#187;, pour souligner l'importance de la guerre parmi les causes de l'Anthropoc&#232;ne &#8211; ce qu'on peut reformuler dans une perspective marxiste en termes de double centralit&#233; de la guerre (imp&#233;rialiste) et du travail (capitaliste) parmi les causes des catastrophes &#233;cologiques[12]. Je m'en tiendrai ici &#224; montrer que 1. les guerres et l'industrie militaire imp&#233;rialistes ont jou&#233; depuis le XIXe si&#232;cle et jouent toujours un r&#244;le majeur parmi les causes du r&#233;chauffement climatique, et 2. la strat&#233;gie et l'intervention militaires sont aujourd'hui une des principales modalit&#233;s de r&#233;action aux catastrophes &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, le fait militaire est une des principales causes du d&#233;passement des limites plan&#233;taires, et en premier lieu du changement climatique. Rappelons quelques faits. On estime qu'en 2022 &#171; la totalit&#233; de l'empreinte carbone militaire repr&#233;sente environ 5,5 % des &#233;missions mondiales[13] &#187;, en ne comptant que l'industrie militaire et pas les guerres elles-m&#234;mes ni les reconstructions rendues n&#233;cessaires par les destructions militaires. Cela repr&#233;sente, par exemple, plus d'&#233;missions que l'ensemble du continent africain, ou que les secteurs de l'aviation civile et du transport maritime r&#233;unis. La plus grande arm&#233;e du monde, celle des Etats-Unis, consommait en 2019 autant de combustibles fossiles qu'un pays comme le Portugal[14]&#8211; en comptant cette fois aussi bien la production d'armes que les interventions militaires et op&#233;rations strat&#233;giques ult&#233;rieures en passant par la production, l'usage et l'entretien du r&#233;seau mondial des navires contenaires, avions cargos, tanks et camions, etc. En remontant &#224; la p&#233;riode de la premi&#232;re &#171; grande acc&#233;l&#233;ration &#187; des catastrophes &#233;cologiques (apr&#232;s 1945), les estimations indiquent que, pendant la Guerre froide, entre 10 &#224; 15% de l'ensemble des &#233;missions &#233;tats-uniennes &#233;taient le fait du complexe militaro-industriel[15]. En ce qui concerne les guerres elles-m&#234;mes, on rappellera seulement que c'est &#224; propos de la guerre du Vietnam que la cat&#233;gorie d'&#233;cocide a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e (voir le texte de Tom du collectif Vietnam Dioxine dans cette m&#234;me s&#233;rie d'articles sur Contretemps), et d'autre part, comme on le montrera aussi &#224; propos de l'Ukraine et de la Palestine, que toutes les guerres ont des effets &#233;cocidaires, en d&#233;truisant, polluant et d&#233;gradant les vies des &#234;tres humains, des vivants et des &#233;cosyst&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce n'est pas seulement de mani&#232;re directe que le complexe militaro-industriel a contribu&#233; &#224; l'Anthropoc&#232;ne, mais aussi de mani&#232;re indirecte, du fait du r&#244;le qu'ont jou&#233; les arm&#233;es dans l'expansion des &#233;nergies fossiles dont elles tirent pour l'essentiel leur puissance[16]. De nombreuses recherches r&#233;centes, dans le champ du marxisme &#233;cologique notamment, ont montr&#233; ce r&#244;le moteur des industries militaires occidentales li&#233;es &#224; leurs imp&#233;rialismes &#8211; au premier rang desquels ceux du Royaume-Uni au XIXe si&#232;cle et des Etats-Unis au XXe si&#232;cle &#8211; dans le d&#233;veloppement des &#233;nergies fossiles au sein des secteurs civils[17]. On peut, par exemple, souligner les moments de la conversion de la flotte du Royaume-Uni au p&#233;trole en 1911, ou encore de la guerre de Cor&#233;e (1950-1953) &#224; l'occasion de laquelle des centaines de milliards de dollars consacr&#233;s &#224; la production d'armement ont constitu&#233; autant d'investissements qui ont servi le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de l'industrie fossile civile, en particulier de la voiture &#224; essences et des infrastructures &#233;nerg&#233;tiques. On rappellera pour finir le r&#244;le majeur de l'industrie militaire dans l'invention et le d&#233;veloppement de technologies agricoles &#233;cocidaires, de l'extractivisme et de proc&#233;d&#233;s et compos&#233;s chimiques polluants, tels que les PFAS, d&#233;velopp&#233;s initialement dans les ann&#233;es 1940 par l'industrie chimique &#233;tats-unienne pour un usage militaire ou l'insecticide DDT, &#224; propos duquel Rachel Carson publia, dans l'ouvrage classique de l'&#233;cologie politique Printemps silencieux, son plaidoyer &#224; l'encontre de la &#171; guerre contre la nature &#187;[18].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, la guerre est aujourd'hui une des principales modalit&#233;s de r&#233;ponse aux catastrophes &#233;cologiques. Depuis les ann&#233;es 1990, les institutions militaires, notamment &#233;tats-uniennes mais aussi fran&#231;aises[19], ont produit des analyses du changement climatique et de leurs cons&#233;quences en termes de s&#233;curit&#233; qui placent l'arm&#233;e en premi&#232;re ligne de la r&#233;ponse aux cons&#233;quences des catastrophes &#233;cologiques. C'est le cas par exemple du rapport de la Maison Blanche de 1993 qui donne &#224; l'arm&#233;e la responsabilit&#233; d'anticiper et de r&#233;pondre &#224; &#171; la gamme de risques environnementaux suffisamment graves pour compromettre la stabilit&#233; internationale qui va des migrations massives de populations dues &#224; des catastrophes humaines ou naturelles, telles que Tchernobyl ou la s&#233;cheresse de l'Afrique de l'Est, jusqu'aux dommages &#233;cologiques &#224; grande &#233;chelle caus&#233;s par la pollution industrielle, la d&#233;forestation, la perte de biodiversit&#233;, la d&#233;pl&#233;tion de la couche d'ozone, et finalement le changement climatique. &#187;[20]. Comme l'a montr&#233; Razmig Keucheyan &#224; partir d'une analyse d'une s&#233;rie de discours militaires sur la guerre, la &#171; militarisation de l'&#233;cologie &#187; est, avec sa financiarisation, l'une des deux principales r&#233;ponses du capitalisme face &#224; la crise &#233;cologique. Il s'agit principalement d'anticiper et organiser une r&#233;ponse militaire aux catastrophes que sont le &#171; surcro&#238;t de catastrophes naturelles, la rar&#233;faction de certaines ressources, des crises alimentaires, une destabilisation des p&#244;les et des oc&#233;ans, et des &#8216;r&#233;fugi&#233;s climatiques' par dizaine de millions &#224; l'horizon 2050[21] &#187;. Ce militarisme environnemental, qui exprime une logique de &#171; racisme environnemental &#187;[22] mais aussi potentiellement d'&#171; apartheid environnemental[23] &#187;, est la dimension militaire du capitalisme des catastrophes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette adaptation s&#233;lective, qui est d'abord une strat&#233;gie d'accumulation du capital implique aussi une id&#233;ologie sp&#233;cifique. Selon cette id&#233;ologie &#171; planifier l'adaptation[24] &#187; n&#233;cessite non seulement de renoncer &#224; contenir le r&#233;chauffement climatique et donc &#224; d&#233;carboner l'&#233;conomie mais encore d'en accepter les cons&#233;quences catastrophiques, in&#233;galement r&#233;parties : &#171; D&#233;passer (Overshooting) les 1,5 &#176;C ne condamne pas la plan&#232;te. Mais c'est une condamnation &#224; mort pour certaines personnes, modes de vie, &#233;cosyst&#232;mes, voire certains pays[25] &#187;. Or cet objectif d'une adaptation au service des plus riches et d'un abandon ou d'un sacrifice des classes populaires, notamment dans les suds globaux, a aussi, c'est l'objet principal de ce texte, des implications militaires : &#171; parce qu'elles s'attendent &#224; une exacerbation des conflits dans un monde red&#233;fini par le changement climatique, les puissances militaires du Nord ont opt&#233; pour l'adaptation militaire[26] &#187;. Contrairement &#224; la plupart des analyses du capitalisme vert, qui ne pensent pas sa dimension guerri&#232;re et imp&#233;rialiste, et aux approches &#233;cologistes dominantes des guerres en cours, qui ne la replacent pas dans la dynamique d'&#233;volution du capitalisme et de ses &#233;changes &#233;cologiques in&#233;gaux, cette analyse en termes de capitalisme des catastrophes permet donc aussi de penser le renouvellement en cours de l'imp&#233;rialisme et d'en saisir les enjeux &#233;cologiques. En ce qui concerne les guerres imp&#233;rialistes, on fera donc ici l'hypoth&#232;se qu'&#224; 1. l'imp&#233;rialisme &#233;cocide qui tue les populations, d&#233;truit leurs &#233;conomies de subsistance et conquiert leurs terres pour le projet de colonialisme de peuplement ou d'esclavagisme ; et &#224; 2. l'imp&#233;rialisme vert, qui vise &#224; contr&#244;ler et tirer profit des productions et des richesses issues du travail de la terre par le peuple colonis&#233;, succ&#232;de aujourd'hui 3. l'imp&#233;rialisme &#233;cologique, qui vise la reconfiguration du march&#233; mondial de l'&#233;nergie et constitue un laboratoire de l'adaptation s&#233;lective aux catastrophes &#233;cologiques. Autrement dit : les guerres imp&#233;rialistes n'ont plus seulement pour objectif la pr&#233;dation pour le profit au sein d'un monde fini mais aussi d&#233;sormais la survie et la pr&#233;servation du mode de vie capitaliste, et plus seulement pour fonction de d&#233;truire la nature et de l'administrer, mais d'adapter &#224; sa d&#233;gradation les conditions d'existence des puissances imp&#233;riales, et en leur sein des plus riches&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. &#201;cologie politique de la guerre imp&#233;rialiste en Ukraine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La guerre imp&#233;rialiste men&#233;e par la Russie en Ukraine depuis l'invasion du 24 f&#233;vrier 2022 a caus&#233; des destructions humaines, naturelles et infrastructurelles de tr&#232;s grande ampleur. Elle a fait &#224; ce jour &#8212; fin ao&#251;t 2025 &#8212; plus d'un million de victimes, morts ou bless&#233;s, a donn&#233; lieu &#224; d'innombrables crimes de guerre commis par l'arm&#233;e russe, parmi lesquels des viols[27] et des d&#233;portations d'enfants[28] perp&#233;tr&#233;s comme des armes de guerre syst&#233;matiques. Elle a caus&#233; de tr&#232;s nombreuses destructions de villes, habitats naturels prot&#233;g&#233;s, infrastructures vitales et terres agricoles ukrainiennes &#8212; comme lors de la destruction intentionnelle par l'arm&#233;e russe du barrage de Khakhovka le 6 juin 2023 &#8212;, multipli&#233; les feux de for&#234;t, tu&#233; d'innombrables animaux, contamin&#233; l'air, les eaux et les sols[29]. En ce qui concerne l'&#233;cologie politique des motifs de la guerre, si l'invasion et la guerre peuvent s'expliquer par de nombreux facteurs[30] &#8212; l'histoire de la domination coloniale de la Russie &#224; l'&#233;gard de l'Ukraine, l'id&#233;ologie expansionniste et supr&#233;maciste du r&#233;gime de Vladimir Poutine, la crainte d'un effondrement du soutien r&#233;gional &#224; la Russie dans d'autres pays satellites, la comp&#233;tition interimp&#233;rialiste avec les autres grandes puissances mondiales (et en premier lieu les &#201;tats-Unis dans le cadre de la rivalit&#233; d&#233;sormais surd&#233;terminante avec la Chine), une fuite en avant autoritaire sur le plan de la politique int&#233;rieure, etc. &#8212;, on soutiendra que le facteur surd&#233;terminant est li&#233; au devenir du capitalisme fossile russe au sein du capitalisme des catastrophes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les objectifs de la guerre ont &#233;t&#233; exprim&#233;s clairement par le r&#233;gime de Poutine : il s'agit d'annexer toute l'Ukraine si possible, sinon de remplacer le r&#233;gime par un autre favorable aux int&#233;r&#234;ts russes, sinon d'annexer une partie du territoire national ukrainien, en commen&#231;ant par la Crim&#233;e et le Donbass. L'hypoth&#232;se ici d&#233;velopp&#233;e est qu'il ne s'agit pas seulement d'une guerre imp&#233;rialiste classique de pr&#233;dation des ressources naturelles (notamment les terres agricoles et les m&#233;taux rares ou critiques tels que le titane indispensable pour la &#171; transition &#233;nerg&#233;tique &#187; comme pour l'aviation civile et militaire, le zirconium, le molybd&#232;ne et le gaz n&#233;on purifi&#233; employ&#233; dans les puces &#233;lectroniques et les semi-conducteurs) et de contr&#244;le des infrastructures (notamment &#233;nerg&#233;tiques, nucl&#233;aires et &#233;lectriques), mais aussi d'une guerre d'h&#233;g&#233;monie au sein de la nouvelle p&#233;riode du capitalisme, pour &#233;viter le d&#233;clin du capitalisme fossile russe en r&#233;orientant ses exportations de p&#233;trole et de gaz et se positionner dans la course des bouleversements du mix &#233;nerg&#233;tique mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que la Russie produisait, en 2022, 13 % de la production mondiale de p&#233;trole, se pla&#231;ant ainsi &#224; la troisi&#232;me place, le capitalisme fossile russe &#233;tant consid&#233;r&#233; par le leader &#233;tats-unien comme &#171; un partenaire junior, pas un ennemi politique[31] &#187;. Cette int&#233;gration dans l'&#233;conomie fossile mondiale a fait l'objet de conflits politiques importants dans la Russie post-sovi&#233;tique, par exemple entre Vladimir Poutine et Mikhail Khodorkovski, emprisonn&#233; en 2003 alors qu'il organisait une entr&#233;e massive au capital de la compagnie p&#233;troli&#232;re Ioukos des g&#233;ants &#233;tats-uniens Exxon Mobil et Chevron-Texaco[32]. Il faut ajouter que d'immenses gisements de gaz ont &#233;t&#233; d&#233;couverts, en 2012, en Mer noire dans la zone exclusive ukrainienne, tandis que l'Ukraine s'est tourn&#233;e vers le britannique Royal Dutch Shell plut&#244;t que vers les soci&#233;t&#233;s p&#233;troli&#232;res russes pour forer dans un autre gisement &#224; l'est du pays &#8212; faisant de l'Ukraine un concurrent dont la suj&#233;tion politique ou l'annexion partielle constituent des objectifs majeurs pour le capital fossile russe. Ce contexte imm&#233;diat doit cependant &#234;tre replac&#233; dans le cadre plus large de l'adaptation capitaliste aux catastrophes &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans Klimat. Russia in the Age of Climate Wars, publi&#233; quelques mois avant l'invasion de l'Ukraine, le politiste Thane Gustafson fournit &#224; cet &#233;gard des arguments d&#233;cisifs en r&#233;pondant &#224; ces questions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comment le territoire de la Russie &#8212; ainsi que son syst&#232;me politique, son &#233;conomie et sa soci&#233;t&#233; &#8212; seront-ils affect&#233;s par le changement climatique ? Comment ces changements li&#233;s au climat modifieront-ils le statut de la Russie en tant que grande puissance ? Quelles seront, en effet, les sources de la &#8220;grandeur&#8221; d'une puissance d'ici 2050 ? Le r&#244;le futur de la Russie dans l'&#233;conomie mondiale lui permettra-t-il de rivaliser en tant que grande puissance ? Et comment r&#233;agira-t-elle si elle n'y parvient pas[33] ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut r&#233;sumer ainsi les arguments du livre qui &#233;clairent l'inscription de la guerre en Ukraine au sein du capitalisme des catastrophes. 1. L'&#233;conomie russe est directement menac&#233;e par la chute probable de ses exportations en hydrocarbures, et par la perspective d'un pic du p&#233;trole dans les prochaines ann&#233;es ou d&#233;cennies. Or ce sont principalement les puissances importatrices du p&#233;trole russe, l'UE et la Chine, qui ont les cartes en main &#224; cet &#233;gard puisqu'elles portent des projets de r&#233;gulation des &#233;nergies fossiles et de transition &#233;nerg&#233;tique qui menacent le capitalisme russe. &#192; ce probl&#232;me, la guerre apporte une r&#233;ponse &#224; court terme, car elle donne l'opportunit&#233; de nouveaux d&#233;bouch&#233;s pour le capitalisme fossile russe, notamment vers les suds globaux, tout en visant une consolidation des flux vers la Chine. 2. Une nouvelle contradiction est apparue dans ce contexte entre le secteur fossile russe et de nouveaux acteurs des &#233;nergies renouvelables et du capitalisme vert, comme Anatoly Chubais, favorable au d&#233;veloppement des &#171; technologies vertes &#187; en Russie. La guerre en cours permet d'asphyxier un tel projet dans le cadre d'une &#233;conomie de guerre ultracarbon&#233;e. 3. La Russie doit faire face &#224; des risques climatiques impliquant des catastrophes de grande ampleur d'ici 2050, avec notamment l'aggravation de la fonte du perg&#233;lisol, qui recouvre deux tiers du territoire russe, et risque de provoquer l'effondrement des infrastructures (routes, pipelines, ponts, b&#226;timents) sur une vaste &#233;chelle. &#192; cet &#233;gard aussi, la strat&#233;gie d'adaptation privil&#233;gi&#233;e par le r&#233;gime de Poutine pour ses p&#233;riph&#233;ries arctiques est tr&#232;s offensive[34] : plut&#244;t que d'investir massivement dans des infrastructures &#224; travers l'arri&#232;re-pays sib&#233;rien afin de lui permettre de r&#233;sister aux effets du r&#233;chauffement climatique, l'option privil&#233;gi&#233;e est celle de l'ouverture du d&#233;veloppement &#233;conomique du littoral arctique permise par la fonte de la glace le long de la c&#244;te nord de la Russie, ouvrant la perspective d'une nouvelle voie maritime majeure vers l'Asie, qu'un contr&#244;le partag&#233; de l'Alaska avec les &#201;tats-Unis pourrait faciliter. La guerre permet ainsi d'ouvrir la voie &#224; des projets d'annexion au-del&#224; de l'Ukraine, de se placer en partenaire de taille aux c&#244;t&#233;s des projets expansionnistes du partenaire &#233;tats-unien, et de renforcer aussi l'autoritarisme &#233;tatique n&#233;cessaire pour imposer ce type de choix socio-&#233;conomiques et les sacrifices corr&#233;latifs pour la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la conclusion de son ouvrage, Gustafson souligne les deux enjeux majeurs pour endiguer le d&#233;clin, selon lui d&#233;j&#224; entam&#233; et in&#233;vitable &#224; court terme, du capitalisme russe : la force militaire et les nouvelles technologies[35]. Ce sont les deux principaux moteurs du capitalisme des catastrophes : le militarisme environnemental et l'adaptation technosolutionniste. La strat&#233;gie expansionniste agressive du r&#233;gime de Poutine, qui vise &#224; enrayer le d&#233;clin &#233;conomique de son capital fossile et &#224; r&#233;tablir son &#201;tat comme un acteur imp&#233;rialiste majeur, s'explique par la comp&#233;tition entre grandes puissances pour l'h&#233;g&#233;monie au sein du capitalisme des catastrophes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. &#201;cologie politique de la guerre g&#233;nocidaire en Palestine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La guerre men&#233;e par Isra&#235;l &#224; Gaza et en Palestine constitue un g&#233;nocide, notamment au sens des trois premiers articles de la Convention sur le g&#233;nocide de 1948 : &#171; le meurtre, des atteintes graves &#224; l'int&#233;grit&#233; physique ou mentale, ainsi que l'imposition d&#233;lib&#233;r&#233;e aux Palestiniens de Gaza de conditions de vie visant &#224; entra&#238;ner leur destruction physique, en totalit&#233; ou en partie[36]. &#187; En juin 2025, le Minist&#232;re de la sant&#233; &#224; Gaza estimait que la guerre avait fait plus de 132 000 bless&#233;s et caus&#233; la mort de plus de 56 000 personnes palestiniennes, dont plus de 18 000 enfants, sans compter les personnes disparues et non identifi&#233;es ni les morts li&#233;es &#224; la destruction des h&#244;pitaux et infrastructures vitales et &#224; la famine organis&#233;e par l'arm&#233;e isra&#233;lienne. La guerre a provoqu&#233; le d&#233;placement de plusieurs centaines de milliers d'habitants de Gaza, consid&#233;r&#233; comme un objectif tactique par le r&#233;gime de Benjamin Netanyahou. Elle a donn&#233; lieu &#224; d'innombrables cas de tortures, viols et violences sexuelles, et implique notamment ce qu'on peut qualifier de &#171; f&#233;mi-g&#233;nocide[37] &#187; et de g&#233;nocide reproductif, dans la mesure notamment o&#249; les maternit&#233;s et infrastructures de soin gyn&#233;cologique et de support &#224; la sant&#233; reproductive ont &#233;t&#233; syst&#233;matiquement cibl&#233;es afin d'emp&#234;cher la reproduction du peuple palestinien[38]. C'est aussi une guerre contre l'agriculture palestinienne prolongeant la guerre contre la subsistance inh&#233;rente &#224; la colonisation de la Palestine depuis la premi&#232;re Nakba[39]. Et cette guerre est aussi, de mani&#232;re indissociable, &#233;cocidaire[40] :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; Gaza, o&#249; elle dure maintenant depuis des mois, cette destruction prend des proportions apocalyptiques : les gens qui n'ont pas encore &#233;t&#233; tu&#233;s par les bombes vivent sur une &#233;tendue en friche d'eau non potable, de munitions non explos&#233;es, d'effluents d'&#233;gouts non trait&#233;s, de d&#233;charges d&#233;bordantes, de sol contamin&#233;, de d&#233;combres toxiques, de vergers et de champs r&#233;duits en poussi&#232;re. Sur cette base de terre hyperpollu&#233;e, la vie humaine est rendue impossible &#224; long terme. &#201;cocide et g&#233;nocide se confondent ici comme jamais auparavant[41]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette destruction du peuple de Palestine et des terres palestiniennes par Isra&#235;l ne peut &#234;tre comprise que dans le cadre de sa politique au long cours de colonisation, de nettoyage ethnique et d'apartheid, ainsi que de l'id&#233;ologie raciste et supr&#233;maciste du gouvernement Netanyahou et d'une partie du peuple isra&#233;lien. Mais il y a aussi, dans cette guerre g&#233;nocidaire annonc&#233;e par un processus continu d'atrocit&#233;s et de catastrophes, des &#233;l&#233;ments nouveaux li&#233;s au d&#233;veloppement du capitalisme fossile et &#224; la mise en pratique du militarisme environnemental d'Isra&#235;l, des &#201;tats-Unis et de leurs alli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, cette guerre s'est d&#233;clench&#233;e alors qu'Isra&#235;l se positionne comme un acteur majeur du capitalisme fossile au niveau mondial. En 2022, l'ann&#233;e m&#234;me du d&#233;but de la guerre en Ukraine et donc de la crise sur le march&#233; du gaz, Isra&#235;l s'est impos&#233; comme un exportateur majeur de combustibles fossiles, en fournissant l'Allemagne et l'UE en gaz et en p&#233;trole bruts extraits sur les sites de Leviathan et Karish, d&#233;couverts r&#233;cemment et revendiqu&#233;s par le Liban. Fin octobre 2023, Isra&#235;l a accord&#233; douze licences pour l'exploration de nouveaux champs gaziers, notamment au g&#233;ant p&#233;trolier britannique BP, tandis qu'une compagnie bas&#233;e &#224; Tel-Aviv, Ithaca Energy, a investi dans l'exploration p&#233;troli&#232;re dans le secteur britannique de la mer du Nord. Autrement dit, &#171; le g&#233;nocide se d&#233;roule &#224; un moment o&#249; l'&#201;tat d'Isra&#235;l est plus profond&#233;ment int&#233;gr&#233; dans l'accumulation primitive du capital fossile que jamais[42] &#187;. Cette orientation de l'&#233;conomie isra&#233;lienne doit elle-m&#234;me se comprendre dans le cadre de la politique &#233;tats-unienne de partenariat &#233;conomique et d'alliance politique avec les puissances p&#233;troli&#232;res du Golfe, garantie notamment par l'accord de libre-&#233;change et la normalisation diplomatique des accords d'Abraham entre Isra&#235;l, les &#201;mirats arabes unis et Bahre&#239;n en 2020. C'est ce qui explique que &#171; dans le contexte actuel du g&#233;nocide en cours, un accord de normalisation entre l'Arabie saoudite et Isra&#235;l constitue sans aucun doute l'objectif principal de la strat&#233;gie am&#233;ricaine pour l'apr&#232;s-guerre[43] &#187;. Le projet annonc&#233; d'un contr&#244;le de la bande de Gaza par une alliance d'&#201;tats arabes partenaires d'Isra&#235;l (associ&#233; le cas &#233;ch&#233;ant &#224; certaines organisations palestiniennes et compl&#233;t&#233; par la reconnaissance d'un &#201;tat palestinien r&#233;duit &#224; certaines parties de la Cisjordanie) permettrait ainsi, par exemple, de d&#233;velopper un r&#233;seau ferroviaire entre Gaza et le projet urbain futuriste Neom en cours de d&#233;veloppement sur les bords de la Mer rouge en Arabie Saoudite &#8212; et, au-del&#224;, de consolider cette reconfiguration du capitalisme fossile au niveau mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, certains aspects de la guerre g&#233;nocidaire &#224; Gaza peuvent se comprendre dans le cadre du militarisme environnemental et du technosolutionnisme caract&#233;ristiques du capitalisme d'adaptation aux catastrophes &#233;cologiques. C'est le cas du projet, mis en avant par Donald Trump, de prise de contr&#244;le de la bande de Gaza par les &#201;tats-Unis afin d'y construire une &#171; magnifique Riviera du Moyen-Orient[44] &#187; , reprenant ainsi le projet &#171; Gaza 2035 &#187; con&#231;u par l'administration Netanyahou pour d&#233;velopper sur les ruines de Gaza un projet urbain futuriste combinant extraction d'&#233;nergies fossiles, n&#233;otechnologies vertes (telles que des &#171; villes de fabrication de voiture &#233;lectronique &#187;) et &#233;conomie touristique de luxe[45], qui r&#233;aliserait le sc&#233;nario d'une table rase compl&#232;te des territoires et cultures des pauvres pour la remplacer par un paradis hypertechnicis&#233; des riches. Si on a pu analyser ce projet en termes de &#171; nouvelle exp&#233;rimentation n&#233;olib&#233;rale[46] &#187;, il doit se comprendre dans la continuit&#233; du laboratoire militaire et technologique du colonialisme isra&#233;lien &#224; Gaza. Ainsi, dans le contexte des p&#233;nuries en eau provoqu&#233;e et attendues dans la r&#233;gion du fait de l'acc&#233;l&#233;ration du r&#233;chauffement climatique, le contr&#244;le colonial de l'acc&#232;s &#224; l'eau puis la destruction des infrastructures hydrauliques[47] constituent un laboratoire de l'apartheid environnemental permettant d'assurer l'adaptation climatique des uns au d&#233;triment de la vie des autres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'occupation a ainsi engendr&#233; des politiques et des pratiques inadapt&#233;es qui compromettent la r&#233;silience des Palestiniens et leur capacit&#233; &#224; faire face aux menaces li&#233;es aux changements climatiques. En revanche, Isra&#235;l est bien mieux pr&#233;par&#233; pour s'adapter aux effets du changement climatique et se trouve, de ce fait, moins vuln&#233;rable[48]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la guerre, si l'un de ses objectifs est de faire la preuve de la &#171; supr&#233;matie technologique &#187; isra&#233;lienne et &#233;tats-unienne au moyen d'une &#171; exhibition d&#233;sinhib&#233;e des capacit&#233;s de destruction[49] &#187; de leurs arm&#233;es, cette d&#233;monstration de force ne doit pas &#234;tre comprise seulement dans le contexte de l'histoire au long cours de l'imp&#233;rialisme fossile et de la colonisation occidentale de la Palestine, mais aussi de la r&#233;alisation du militarisme environnemental contemporain. Ainsi, le d&#233;placement forc&#233; de centaines de milliers d'habitants de Gaza et la gestion des camps de r&#233;fugi&#233;s survivant dans des conditions apocalyptiques[50] renforcent l'exp&#233;rience militaire du contr&#244;le des migrations, enjeu majeur du militarisme environnemental qui anticipe une augmentation massive du nombre de r&#233;fugi&#233;s climatiques dans les prochaines d&#233;cennies. La guerre a aussi permis un usage militaire des nouvelles technologies de surveillance mises en &#339;uvre par l'administration coloniale : ainsi, les syst&#232;mes d'intelligence artificielle &#171; Evangile &#187;, &#171; Lavender &#187; et &#171; Where's Daddy ? &#187; traitent des donn&#233;es de masse au sujet des individus et infrastructures pour proposer des cibles &#224; l'arm&#233;e d'occupation et aux bombardements[51]. Or ce laboratoire militaire du capitalisme des catastrophes est une source de profit pour un grand nombre d'entreprises isra&#233;liennes, &#233;tats-uniennes et occidentales, comme le montre un rapport r&#233;cent de Francesca Albanese, Rapporteuse sp&#233;ciale des Nations-Unies sur la situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occup&#233;s depuis 1967, au sujet de l'&#233;conomie politique de l'occupation et du g&#233;nocide :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En mettant en lumi&#232;re l'&#233;conomie politique d'une occupation devenue g&#233;nocidaire, le rapport r&#233;v&#232;le comment cette occupation perp&#233;tuelle est devenue un terrain d'essai id&#233;al pour les fabricants d'armes et les grandes entreprises technologiques &#8212; offrant une demande et une offre illimit&#233;es, peu de surveillance et aucune responsabilit&#233; &#8212; tandis que les investisseurs ainsi que les institutions publiques et priv&#233;es en tirent librement profit[52]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rapport permet ainsi de constituer la liste d'une partie importante de la constellation des acteurs &#233;conomiques et politiques internationaux qui ont aujourd'hui int&#233;r&#234;t au d&#233;veloppement du militarisme environnemental et du capitalisme des catastrophes. On voit que l'analyse de l'&#233;conomie et de l'&#233;cologie politiques de la guerre &#224; Gaza peuvent contribuer aussi &#224; &#233;clairer les raisons de la complicit&#233; ou de la passivit&#233; de la grande majorit&#233; des &#201;tats du monde face au g&#233;nocide du peuple palestinien.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV. Quelle strat&#233;gie &#233;cosocialiste face aux guerres aujourd'hui ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'en viens &#224; quelques cons&#233;quences strat&#233;giques de ces analyses, que je r&#233;sumerai sous la forme de trois propositions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1. Aussi longtemps que durera le capitalisme, et en particulier le capitalisme des catastrophes, les guerres imp&#233;rialistes seront in&#233;vitables, si bien qu'il faudra s'en d&#233;fendre, y compris par les armes&lt;/i&gt;. Il y aura d'autres guerres, m&#234;me si nous ne le voulons pas, car l'imp&#233;rialisme est d&#233;sormais multipolaire, la g&#233;opolitique instable, le militarisme environnemental d&#233;j&#224; ins&#233;parable du technosolutionnisme climatique &#8211; autrement dit, comme je l'ai montr&#233; dans la premi&#232;re partie, en raison de la strat&#233;gie d'adaptation s&#233;lective aux catastrophes &#233;cologiques choisies par les puissances capitalistes. Nous sommes entr&#233;s, pour reprendre les mots de Claude Serfati, dans un monde en guerres &#8211; sans doute depuis la crise financi&#232;re de 2008, et plus encore depuis le tournant mondial des ann&#233;es 2020, avec sa succession de catastrophes mondiales formant un cocktail explosif, et notamment : pand&#233;mie de Covid-19, invasion de l'Ukraine, guerre g&#233;nocidaire en Palestine, ouverture par les Etats-Unis de la guerre commerciale, le tout accompagn&#233; par le d&#233;veloppement des intelligences artificielles g&#233;n&#233;ratives qui constitue &#233;galement un facteur de militarisation : &#171; les technologies qui reposent sur l'IA transforment simultan&#233;ment les donn&#233;es en source d'accumulation de profits, elles renforcent le pouvoir s&#233;curitaire des &#201;tats et elles introduisent de nouvelles formes de guerre gr&#226;ce &#224; leur utilisation par les militaires[53] &#187;. Mais alors, si la guerre est in&#233;vitable, faut-il se r&#233;signer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement pas. En tant qu'&#233;cologistes et anticapitalistes, nous devons refuser que les militaires s'emparent de l'&#233;cologie (et je rejoins en cela la critique importante de &#171; l'&#233;cologie de guerre &#187; par Vincent Rissier dans cette s&#233;rie d'articles sur Contretemps). Mais en tant qu'anti-imp&#233;rialistes, nous ne pouvons pas souhaiter, ni encore moins exiger, que les peuples qui subissent des agressions des forces imp&#233;riales d&#233;posent les armes. Au final, en tant qu'&#233;cosocialistes, nous devons nous demander, pour savoir dans ce nouveau contexte contre quoi et comment nous battre : &#224; quoi tenons-nous, c'est-&#224;-dire, que voulons-nous d&#233;fendre ? Pour reprendre les mots de l'historienne et militante marxiste ukrainienne Hanna Perekhoda, &#171; nous devons garder &#224; l'esprit que ni la vie humaine, ni les droits des travailleurs, ni l'environnement ne peuvent &#234;tre prot&#233;g&#233;s dans un &#201;tat qui tombe dans la &#8216;zone d'influence' de puissances imp&#233;rialistes extractivistes autocratiques comme la Russie de Poutine, les &#201;tats-Unis de Trump ou la Chine du Parti-&#201;tat de Xi Jinping.&#8221;[54]. Cela ne signifie pas qu'il faille d&#233;fendre le bloc &#171; Europe &#187; &#8211; ou encore la structurellement n&#233;olib&#233;rale Union europ&#233;enne &#8211; contre le reste du monde, comme le sugg&#232;re par exemple Pierre Charbonnier[55]. Le capitalisme des catastrophes, le militarisme environnemental, le technsolutionnisme climatique, la barbarie g&#233;nocidaire, sont bien aussi entretenus, d&#233;velopp&#233;s et soutenus par les Etats europ&#233;ens. Mais cela signifie qu'il faut &#224; la fois s'opposer &#224; la course capitaliste aux armements du plan Rearm Europe, et au militarisme qui est au c&#339;ur de la construction de l'Etat fran&#231;ais[56] et de son imp&#233;rialisme en Afrique, dans les derni&#232;res colonies d'outre-mer et ailleurs, et soutenir une autre politique de d&#233;fense et de production d'armes, orient&#233;e vers les int&#233;r&#234;ts des classes populaires, &#233;cosocialiste et r&#233;solument internationaliste. Ce qui implique, j'y insiste &#224; nouveau, qu'il faut, pour l'Ukraine comme pour la Palestine, et pour le reste du globe sans aucune exception, soutenir les peuples qui se d&#233;fendent contre les guerres imp&#233;rialistes, ou contre les cons&#233;quences des politiques imp&#233;rialistes de leurs Etats. Et cela passe &#8211; les habitant.e.s et militant.e.s des pays des Suds colonis&#233;s l'ont toujours su, et aussi les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes des marxistes des pays du Nord qui ont lutt&#233; contre l'oppression nazie ou contre la r&#233;pression anticommuniste &#8211; par l'autod&#233;fense, et donc la r&#233;sistance, y compris par les armes. C'est pourquoi, il faut faire la diff&#233;rence entre le militarisme, &#224; combattre, et la d&#233;fense, &#224; soutenir[57]. C'est ce que le slogan &#171; guerre &#224; la guerre &#187; ne dit pas, et m&#234;me, s'il &#233;tait mal interpr&#233;t&#233;, pourrait emp&#234;cher de soutenir &#8211; et c'est notamment ce d&#233;bat auquel ce texte voudrait contribuer &#8211; : il y a la guerre des imp&#233;rialistes et la guerre de celles et ceux qui y r&#233;sistent et s'en d&#233;fendent ; nous devons emp&#234;cher la premi&#232;re, et soutenir la seconde. Nous ne pouvons pas militer pour la vie, la libert&#233;, l'&#233;galit&#233; et l'autod&#233;termination des peuples, et nous opposer &#224; la guerre d'autod&#233;fense anti-imp&#233;rialiste. Face &#224; la violence militaire imp&#233;rialiste, le droit international, la diplomatie ont toujours &#233;t&#233; impuissants &#8211; c'est la r&#233;sistance arm&#233;e qui prot&#232;ge. J'appellerai cette position, par opposition au bellicisme de &#171; l'&#233;cologie de guerre &#187; lib&#233;rale[58] comme au pacifisme abstrait des &#171; abolitionnistes de la guerre &#187;, l'anti-militarisme anti-imp&#233;rialiste (qui est donc aussi, n&#233;cessairement, un anti-imp&#233;rialisme arm&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2. Il faut lutter contre le complexe militaro-industriel et imposer un contr&#244;le d&#233;mocratique des armes pour les mettre &#224; la disposition des luttes anti-imp&#233;rialistes et antifascistes &#8211; autrement dit, il faut &#224; la fois d&#233;manteler, reconvertir et socialiser la production d'armes et de technologies militaires. &lt;/i&gt; Tant qu'il continuera d'y avoir des guerres imp&#233;rialistes, la vie et la dignit&#233; des personnes dans les pays agress&#233;s par les puissances imp&#233;rialistes continueront de tenir notamment au fait que soit mise &#224; leur disposition des armes &#8211; ce qui ne veut pas dire, bien s&#251;r, qu'elles seront toujours utilis&#233;es de mani&#232;re moralement et politiquement soutenable par la r&#233;sistance. En l'&#233;tat actuel des choses en Palestine, il semble que seule une intervention militaire &#8211; sous la forme par exemple d'une rupture du blocus de l'aide humanitaire sous escorte militaire, c'est le probl&#232;me que pose en ce moment-m&#234;me la d&#233;fense de la Global Sumud Flottila face aux menaces et agressions isra&#233;liennes, ainsi que de la livraison d'armes aux forces de la r&#233;sistance palestinienne &#8211; pourrait mettre fin &#224; la famine, au nettoyage ethnique et au g&#233;nocide organis&#233;s par l'Etat d'Isra&#235;l et ses alli&#233;s &#224; Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce qui vaut pour la Palestine vaut aussi pour l'Ukraine &#8211; comme le formulait clairement Gilbert Achcar en d&#233;cembre 2022 : &#171; Tout le reste d&#233;coule de l&#224; : ceux/celles qui sont pour une paix juste, qui s'opposent aux guerres de conqu&#234;te tout en soutenant les guerres de lib&#233;ration en tant que guerres de l&#233;gitime d&#233;fense, ne sauraient s'opposer &#224; la livraison d'armes d&#233;fensives aux victimes de l'agression et de l'invasion. &#187;[59] Bien s&#251;r, cette position de principe ne r&#232;gle pas tous les probl&#232;mes, mais au contraire soul&#232;ve des questions difficiles et concr&#232;tes, et notamment : comment faire la distinction entre armes d&#233;fensives et offensives, et plus g&#233;n&#233;ralement entre les armes qu'il faudra d&#233;manteler et celles qu'il faudra socialiser ? comment &#233;viter les usages contre-productifs de ces armes, les escalades militaires et l'extension et la mondialisation des conflits ? comment prot&#233;ger en m&#234;me temps les populations civiles vivant dans les Etats qui m&#232;nent la guerre imp&#233;rialiste[60] ? Et si on se centre sur les luttes de lib&#233;ration nationale, ou qu'on se projette dans la perspective d'une r&#233;volution &#233;cosocialiste : que signifie une arm&#233;e du peuple ou sous contr&#244;le d&#233;mocratique, et comment &#233;viter que les militaires s'accaparent les d&#233;cisions et finissent par jouer, comme cela a &#233;t&#233; si souvent le cas au XXe si&#232;cle, un r&#244;le contre-r&#233;volutionnaire ? Mais ces questions &#233;pineuses, et au sujet desquelles on ne peut que constater un manque de formation collective dans notre camp, ne doivent pas d&#233;courager la r&#233;flexion strat&#233;gique &#224; ce sujet. Au contraire elles signalent qu'il est n&#233;cessaire de ne pas laisser la connaissance des questions militaires aux ennemis imp&#233;rialistes, n&#233;olib&#233;raux et n&#233;ofascistes, et qu'il est besoin d'en proposer une appropriation populaire et &#233;cosocialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet &#233;gard, je suivrai ici le mod&#232;le g&#233;n&#233;ral de la r&#233;volution de l'appareil productif dans le cadre d'une d&#233;croissance &#233;cosocialiste, propos&#233; notamment par Michael L&#246;wy et Daniel Tanuro[61], qu'on peut r&#233;sumer ainsi : il faut d&#233;manteler certaines productions (par exemple le nucl&#233;aire) ou r&#233;duire drastiquement certains secteurs (par exemple la production de viande), en reconvertir et r&#233;orienter d'autres (par exemple l'agro-industrie vers l'agro-&#233;cologie) et en socialiser une autre part (par exemple la production de m&#233;dicaments). Cette strat&#233;gie de &#171; d&#233;mant&#232;lement/redirection/socialisation &#187; doit s'appliquer aussi &#224; la production d'armes. Le Certaines armes et parties de l'industrie militaires doivent, c'est la premi&#232;re dimension de cette strat&#233;gie, &#234;tre d&#233;mantel&#233;es et leur production et livraison interrompues : c'est ce &#224; quoi correspondent, par exemple, les actions syndicales et militantes, tout &#224; fait n&#233;cessaires et urgentes, de blocage des ventes et envois d'armes vers Isra&#235;l[62], ainsi que l'objectif toujours aussi crucial du d&#233;sarmement nucl&#233;aire et de l'abolition des armes nucl&#233;aires[63]. Mais ces initiatives, fondamentales, ne peuvent constituer l'ensemble d'une politique antimilitariste et anti-imp&#233;rialiste, notamment parce que se posent les questions de la redirection des armes vers les luttes anti-imp&#233;rialistes, d'une part, et de la reconversion des emplois et savoir-faires dans ce secteur pour r&#233;pondre aux besoins populaires, d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me dimension d'une strat&#233;gie &#233;cosocialiste concernant la production d'armes, celle de la redirection, signifie &#224; la fois la r&#233;orientation de certaines armes vers les besoins d'autod&#233;fense et la reconversion de certains secteurs de l'industrie militaire. D'un c&#244;t&#233;, la solidarit&#233; internationaliste exige qu'on soutienne activement les r&#233;sistances, arm&#233;es et non arm&#233;es, des luttes anti-imp&#233;rialistes et de lib&#233;ration nationale, comme celles que m&#232;nent aujourd'hui le peuple ukrainien contre l'Etat russe qui l'envahit et le peuple palestinien contre l'Etat isra&#233;lien qui le colonise, l'envahit et le d&#233;truit. Dans cette perspective, une partie des armes &#8211; par exemple produites en France &#8211; devraient &#234;tre envoy&#233;es vers la Palestine, ou utilis&#233;es par une coalition militaire visant &#224; mettre fin &#224; la guerre g&#233;nocidaire contre le peuple palestinien, comme c'est le cas d'une partie de la production d'armes livr&#233;e &#224; la r&#233;sistance ukrainienne. D'un autre c&#244;t&#233;, aucune forme de d&#233;mant&#232;lement ou de redirection ne peut se faire sans les travailleurs et travailleuses du secteur, ce qui souligne l'urgence de l'engagement antimilitariste et anti-imp&#233;rialiste des syndicats, mais aussi n&#233;cessite qu'on soutienne les r&#233;flexions et initiatives syndicales et des salari&#233;es en faveur de la reconversion d'une partie des emplois et technologies du secteur vers d'autres besoins. On mentionnera &#224; cet &#233;gard la position de la CGT Thal&#232;s au sujet de &#171; La r&#233;orientation de l'activit&#233; de Thal&#232;s vers une plus grande part des activit&#233;s civiles par rapport aux activit&#233;s militaires &#187;[64], li&#233;e aussi au projet alternatif de sauvegarde et d&#233;veloppement de l'activit&#233; d'imagerie m&#233;dicale, notamment sur le site de Moirans en Is&#232;re[65].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question de la participation des travailleuses et travailleurs &#224; la redirection &#233;cologique de leurs activit&#233;s &#8211; qui est, dans tous les secteurs et &#224; toutes les &#233;chelles, centrale, selon moi, dans la perspective de la n&#233;cessaire r&#233;volution &#233;cologique et sociale[66] &#8211; souligne la n&#233;cessit&#233; d'une troisi&#232;me dimension de la strat&#233;gie &#233;cosocialiste, celle de la socialisation de la production d'armes. D'abord, parce qu'elle est dans les faits n&#233;cessaires au deux premi&#232;res : c'est seulement un processus de r&#233;appropriation du contr&#244;le d&#233;mocratique sur les armes, et donc leur socialisation &#233;conomique (d&#233;marchandisation) et politique (d&#233;cision sur les moyens et fins de leur production), qui pourrait permettre effectivement de d&#233;manteler la part de l'industrie militaire &#224; abolir et de les rediriger vers les luttes anti-imp&#233;rialistes. Ensuite, parce que cette socialisation est n&#233;cessaire pour que l'enqu&#234;te, la d&#233;lib&#233;ration et la d&#233;cision populaire puissent d&#233;terminer quelle part de l'industrie militaire doit &#234;tre supprim&#233;e, transform&#233;e ou mise &#224; disposition des besoins sociaux des populations des pays producteurs comme des pays qui doivent se d&#233;fendre des guerres imp&#233;rialistes. Enfin, puisqu'une partie de la production d'armes est n&#233;cessaire, il faut qu'elle soit, comme toute production r&#233;pondant &#224; des besoins sociaux, sous contr&#244;le d&#233;mocratique. Une telle socialisation ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une perspective lointaine, report&#233;e au lendemain d'une r&#233;volution victorieuse : il s'agit d'un processus qui peut s'ancrer dans des exigences imm&#233;diates (par exemple l'utilisation des armes d&#233;fensives pour escorter les flottilles anti-blocus, ou leur livraison pour soutenir les arm&#233;es de r&#233;sistance et les gu&#233;rillas anti-imp&#233;rialistes, ou les batailles syndicales pour que ne soient produites que des armes destin&#233;es &#224; la d&#233;fense), qui doit &#234;tre compris dans un programme de transition et dans une strat&#233;gie antimilitariste de longue dur&#233;e. C'est aussi ce que nous rappellent les guerres en Ukraine et en Palestine &#8211; et il faudrait bien entendu analyser aussi concr&#232;tement les enjeux des guerres en cours au Y&#233;men et au Soudan, notamment &#8211; avec toutes leurs diff&#233;rences et les probl&#232;mes politiques que soul&#232;vent les arm&#233;es et organisations qui y d&#233;fendent les peuples contre l'imp&#233;rialisme et le n&#233;ofascisme : sur le long chemin de l'autod&#233;fense et de la r&#233;volution &#233;cosocialistes, il y aura malheureusement, qu'on le veuille ou non, de nombreux drones et chars &#224; abattre, et pour cela il faudra des armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3. La derni&#232;re proposition est la plus importante : les militant.e.s et organisations &#233;cologistes, et antifascistes, devraient consid&#233;rer comme prioritaires le soutien aux luttes anti-imp&#233;rialistes, qui sont de facto en premi&#232;re ligne du combat contre le capitalisme des catastrophes, qui a d&#233;j&#224; commenc&#233; son &#339;uvre d'hyperacc&#233;l&#233;ration de la destruction de la nature, de l'exploitation des travailleurs et travailleuses (de la production et de la reproduction) et du d&#233;veloppement du n&#233;ofascisme au niveau mondial.&lt;/i&gt; C'est en effet sur le terrain de ces guerres imp&#233;rialistes que se construisent, tactiquement, les moyens du militarisme environnemental et du technosolutionnisme militaris&#233;, et strat&#233;giquement les projets expansionnistes, supr&#233;macistes et d' &#171; adaptation s&#233;lective &#187; &#8211; c'est-&#224;-dire, Wim Carton et Andreas Malm ont raison d'employer ce terme, car c'est bien litt&#233;ralement de l'abandon et du sacrifice des classes populaires qu'il s'agit, de &#171; paup&#233;ricide[67] &#187; &#8211; qui caract&#233;risent l'alliance entre n&#233;olib&#233;raux et n&#233;ofascistes autour de la poursuite du capitalisme des catastrophes. C'est donc aussi par le soutien aux r&#233;sistances anti-imp&#233;rialistes, visant leurs victoires &#224; moyen terme et pour commencer leur r&#233;sistance dans la dur&#233;e et les capacit&#233;s &#224; faire reculer les, que doit passer aujourd'hui une strat&#233;gie &#233;cologiste et antifasciste au niveau mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, puisque &#171; le g&#233;nocide du capitalisme tardif avanc&#233; donne des munitions au paup&#233;ricide[68] &#187;, c'est-&#224;-dire que la guerre Isra&#235;l et des Etats-Unis contre la Palestine est un tournant vers l'adaptation des plus riches et le sacrifice des pauvres et des racis&#233;.e.s face aux catastrophes climatiques, alors soutenir le peuple palestinien est aussi un moyen de sauver la Terre, comme le soutient &#224; juste titre Andreas Malm. Ou encore, comme l'exprime Adam Hanieh, auteur d'un livre important sur l'histoire du capitalisme fossile[69], dans un article traduit en 2024 par Contretemps : &#171; Nous devons &#233;galement mieux comprendre comment le Moyen-Orient s'inscrit dans l'histoire du capitalisme fossile, et dans les luttes contemporaines pour la justice climatique. La question de la Palestine est indissociable de ces r&#233;alit&#233;s. En ce sens, l'extraordinaire combat pour la survie que m&#232;ne aujourd'hui la population palestinienne dans la bande de Gaza repr&#233;sente l'avant-garde de la lutte pour l'avenir de la plan&#232;te. &#187; Je souscris compl&#232;tement &#224; cette conclusion importante, &#224; laquelle je pense qu'il faut ajouter : c'est aussi le cas de la lutte anti-imp&#233;rialiste du peuple ukrainien, qui s'oppose aussi au fascisme fossile de Poutine (et de son principal alli&#233; sur la nouvelle sc&#232;ne du capitalisme des catastrophes : Trump), et de toutes les luttes contre les puissances imp&#233;rialistes (qu'il s'agisse des Etats imp&#233;rialistes historiques : notamment les &#201;tats-Unis, la Russie, Isra&#235;l, la France, ou de ceux en passent de le devenir au niveau mondial, comme la Chine, ou au niveau r&#233;gional, comme l'Arabie Saoudite ou la Turquie)[70] &#8211; y compris bien s&#251;r contre l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais dans les pays du Sahel et dans les derni&#232;res colonies fran&#231;aises et notamment en Kanaky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alternative &#171; socialisme ou barbarie &#187; &#8211; ou plut&#244;t &#171; &#233;cosocialisme ou barbarie &#187; -, et donc aussi &#171; r&#233;volution ou cataclysme &#187; est plus que jamais valable. Mais il ne peut &#234;tre question dans ce processus d'abandonner ni les peuples opprim&#233;s des pays des Suds, ni les classes populaires des pays du Nord, dont le sacrifice face aux catastrophes &#233;cologiques et sociales est le c&#339;ur m&#234;me de la politique du capitalisme des catastrophes. De ce point de vue, les alliances entre mouvements &#233;cologistes, anti-imp&#233;rialistes, antifascistes, antiracistes, f&#233;ministes, telles que la coalition Guerre &#224; la guerre, repr&#233;sentent l'avenir du mouvement r&#233;el qui doit abolir le capitalisme et l'imp&#233;rialisme, et pour cela d&#233;faire leur strat&#233;gie d'adaptation s&#233;lective aux catastrophes. A condition d'&#234;tre concr&#232;tement anti-imp&#233;rialiste, ce qui suppose &#8211; c'est un d&#233;bat en cours dans cette coalition, comme ailleurs, auquel ce texte voudrait contribuer &#8211; de ne pas abandonner le terrain militaire aux ennemis, de ne pas abandonner celles et ceux qui sont oblig&#233;s de faire la guerre pour survivre et r&#233;sister &#224; la violence du capital et des Empires, et de comprendre la communaut&#233; de leur situation et de celle des mouvements sociaux, notamment &#233;cologistes et antiracistes, confront&#233;s d&#233;sormais y compris dans les pays du Nord &#224; la r&#233;pression militaris&#233;e. Cela renvoie, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, &#224; une des principales le&#231;ons de Marx, et des mouvements marxistes pour l'&#233;mancipation depuis 150 ans : le mat&#233;rialisme, qui rappelle que &#171; l'arme de la critique ne peut pas remplacer la critique des armes, que le pouvoir mat&#233;riel ne peut &#234;tre abattu que par un pouvoir mat&#233;riel[71] &#187;. C'est-&#224;-dire, pour la question qui nous concerne, qu'il ne faut pas se payer de mots (&#171; abolissons la guerre ! &#187;, &#171; finissons-en avec les armes ! &#187;), mais &#339;uvrer concr&#232;tement &#224; ce que celles et ceux que les guerres imp&#233;rialistes veulent soumettre puissent survivre, r&#233;sister et d&#233;faire l'ennemi. C'est alors seulement qu'on pourra d&#233;faire le militarisme et ses effets mortif&#232;res et &#233;cocidaires. Il n'y aura pas de fin &#224; la guerre contre les &#234;tres humains et contre la nature, si on ne d&#233;fait pas tous les imp&#233;rialismes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Notes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[1] La coalition Guerre &#224; la guerre a &#233;t&#233; initi&#233;e par un appel publi&#233; le 16 janvier 2025, dont sont extraites les deux citations qui suivent. La premi&#232;re citation est extraite de la pr&#233;sentation de la coalition, qui regroupe les organisations suivantes (premiers signataires) : Action Antifasciste Paris Banlieue, Assembl&#233;e f&#233;ministe Paris Banlieue, Collectif Vietnam Dioxine, Comit&#233;s &#233;tudiants pour la Palestine, Contre Attaque, CSP 75, D&#233;sarmons les F&#233;ministes r&#233;volutionnaires, Gilets noirs, Inverti-es, Kessem, Lectures anti-imp&#233;rialistes, Le nuage &#233;tait sous nos pieds, Le Poing lev&#233;, Marche des Solidarit&#233;s, Palestine Action, Rel&#232;ve f&#233;ministe, R&#233;seaux antifascistes r&#233;gionaux, R&#233;seau V&#233;rit&#233; et Justice, Samidoun, Soul&#232;vements de la Terre, Soul&#232;vements de Mars, Stop Arming Israel France, Survie, Technopolice Marseille, Tsedek !, UJFP, Urgence Palestine, Young Struggle. Voir en ligne : &lt;a href=&#034;https://guerrealaguerre.net/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://guerrealaguerre.net/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Toujours dans l'appel de la Guerre &#224; la guerre, on trouver cet important rappel &#224; propos de la &#171; logistique de leurs guerres &#187; : &#171; Car celles-ci reposent sur des infrastructures mat&#233;rielles, des institutions financi&#232;res, des centres de recherche et d&#233;veloppement, des laboratoires, des bureaux, des usines, des chantiers, des centres de formation et d'entra&#238;nement, des stands de recrutement, de la publicit&#233;, des salons &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Voir notamment le chapitre 4 du livre important de Razmig Keucheyan, La nature est un champ de bataille. Essai d'&#233;cologie politique, Paris, La D&#233;couverte, 2014, qui utilise le terme de &#171; militarisation de l'&#233;cologie &#187; pour d&#233;signer ce que j'appellerai ici &#171; militarisme environnemental &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Une partie de cet article reprend les arguments pr&#233;sent&#233;s, de mani&#232;re plus acad&#233;miques, dans Alexis Cukier, &#171; Guerre imp&#233;rialiste, destruction &#233;cologique et capitalisme des catastrophes. Perspectives &#233;comarxistes sur le tournant mondial des ann&#233;es 2020 &#187;, in Alexis Cukier et Arnaud Fran&#231;ois-Mansuy (dir.), Ecologie et philosophie politiques, &#224; para&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Voir Benjamin B&#252;rbaumer, Chine / &#201;tats-Unis, le capitalisme contre la mondialisation, Paris, La D&#233;couverte, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] On rappellera que le fondateur de l'&#233;comarxisme James O'Connor avait, d&#232;s la fin des ann&#233;es 1980, anticip&#233; un &#171; sc&#233;nario selon lequel la destruction de l'environnement peut conduire &#224; de vastes nouvelles industries con&#231;ues pour le restaurer &#187; (James O'Connor, &#171; Capitalism, Nature, Socialism : A Theoretical Introduction &#187;, Capitalism Nature Socialism, vol. 1, 1988).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Comme le montre Claude Serfati, &#171; la d&#233;t&#233;rioration de la conjoncture &#233;conomique depuis 2008 est un puissant vecteur de d&#233;veloppement de la militarisation de la plan&#232;te &#187; (Claude Serfati, Un monde en guerres, Paris, Textuel, 2024, p. 248).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Je reprends le terme de Gilbert Achcar, Gaza, un g&#233;nocide annonc&#233;. Un tournant dans l'histoire mondiale, Paris, La Dispute, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Mike David, &#171; Who will build the Ark ? &#187;, New Left Review, n&#176; 61, janvier-f&#233;vrier 2010, p. 38, je traduis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Cette hypoth&#232;se ne doit pas &#234;tre confondue avec celle du &#171; capitalisme du d&#233;sastre &#187; de Naomi Klein (La strat&#233;gie du choc. La montr&#233;e du capitalisme du d&#233;sastre, Arles, Actes Sud, 2008), caract&#233;ris&#233;e par les op&#233;rations politiques d'instrumentalisation des crises, ni avec celle du &#171; capitalisme de l'apocalypse &#187; de Quinn Slobodian (Le capitalisme de l'apocalypse. Le r&#234;ve d'un monde ou le r&#234;ve d'un monde sans d&#233;mocratie, Paris, Seuil, 2025), caract&#233;ris&#233;e par les op&#233;rations de d&#233;r&#233;gulation &#233;conomique et leur id&#233;ologie. La diff&#233;rence r&#233;side notamment dans le peu d'importance accord&#233;e par ces argumentations aux catastrophes &#233;cologiques, et dans le fait qu'elles portent principalement sur la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente du capitalisme, le n&#233;olib&#233;ralisme, n&#233; dans les ann&#233;es 1970 et dont on fait ici l'hypoth&#232;se qu'elle s'ach&#232;ve dans les ann&#233;es 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Jean-Baptiste Fressoz et Christophe Bonneuil, L'&#233;v&#232;nement Anthropoc&#232;ne. La Terre, l'Histoire et Nous, Paris, Seuil, 2016, p. 145.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Je d&#233;veloppe cette th&#232;se dans le chapitre &#171; Guerre et imp&#233;rialisme &#187; d'un ouvrage &#201;cologie politique du travail vivant. Catastrophes, &#233;comarxisme et r&#233;volution, &#224; para&#238;tre aux Editions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Scientists for Global Responsibility and the Conflict and Environment Observatory, &#171; Estimating the Military's Global Greenhouse Gas Emissions &#187;, en ligne, 2022, p. 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Oliver Belcher, Patrick Bigger, Ben Neimard, Cara Kennelly, &#171; Hidden carbon costs of the &#8216;everywhere war' : Logistics, geopolitical ecology and the carbon boot-print of the US military &#187;, Transactions of the Institute of British Geographers, vol. 45, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Charles Closmann (dir.) War and the Environment, Austin, University of Texas Press, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Neta Crawford nomme &#171; cycle profond &#187; cette interaction entre d&#233;pendance des arm&#233;es aux &#233;nergies fossiles et strat&#233;gies militaires centr&#233;es sur la s&#233;curisation des sources d'hydrocarbure dans le cas de l'arm&#233;e &#233;tats-unienne dans The Pentagon, Climate Change, and War : Charting the Rise and Fall of U.S. Military Emissions, Cambridge, MIT Press, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Voir notamment Timothy Mitchell, Carbon Democracy : Political Power in the Age of Oil, Londres, Verso, 2011 ; Andreas Malm, Fossil Capital. The Rise of Steam Power and the Roots of Global Warming, Londres, Verso, 2016 ; Adam Hanieh, Crude Capitalism. Oil, Corporate Power and the Making of the World Market, Londres, Verso, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Rachel Carson, Printemps silencieux [1962], Marseille, Wildproject, 2009, p. 49.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Voir notamment Adrien Est&#232;ve, Guerre et &#233;cologie. L'environnement et le climat dans les politiques de d&#233;fense, Paris, PUF, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] The White House, &#171; A National Security Strategy of Engagement and Enlargement &#187;, en ligne, juillet 1994, p. 15, je traduis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Razmig Keucheyan, La nature est un champ de bataille, op. cit., p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Voir ibid., p. 19-85.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Ian Angus, Face &#224; l'Anthropoc&#232;ne. Le capitalisme fossile et la crise du syst&#232;me terrestre, Montr&#233;al, Ecosoci&#233;t&#233;, 2018, p. 216-220.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] &#171; Nous devrions planifier l'adaptation &#224; au moins 4 degr&#233;s de r&#233;chaufffement &#187; (Martin Parry, Jason Lowe, Hanson Clair, , &#171; Overshoot, Adapt and Recover &#187;, Nature, n&#176; 458, 2009, cit&#233; dans l'important livre de Wim Carton et Andreas Malm, Overshoot. How the World Surrendered to Climate Breakdown, Londres, Verso, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] &#171; The World Is Going to Miss the Totemic 1.5&#176;C Climate Target &#187;, &#233;ditorial de The Economist, 5 novembre 2022, cit&#233; ibid., p. 97.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Christian Parenti, &#171; The Catastrophic Convergence : Militarism, Neoliberalism and Climate Change &#187;, in Buxton Nick et Hayes Ben (&#233;d.), The Secure and the Disposessed, Londres, Pluto Press, 2016, p. 33, je traduis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Voir Stand Speak Rise Up, We Are Not Weapons of War et Women's Information Consultative Center, White Paper. Conflict-Related Sexual Violence in Ukraine : Where Are We Now ?, novembre 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Humanitarian Research Lab at Yale School of Public Health, &#171; Russia's systematic program of coerced adoption and fostering of Ukraine's children &#187;, 3 d&#233;cembre 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Voir notamment Darya Tsymbalyuk, Ecocide in Ukraine. The Environmental Cost of Russia's War, Cambridge, Polity Press, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] Voir Karine Cl&#233;ment, Denys Gorbach, Hanna Perekhoda, Catherine Samary et Tony Wood, L'invasion de l'Ukraine. Histoire, conflits et r&#233;sistances populaires, Paris, La Dispute, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Simon Pirani, &#171; The causes of the war in Ukraine &#187;, Labour Hub, 17 octobre 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Voir Gustafson Thane, Wheel of Fortune. The Battle for Oil and Power in Russia, Cambridge (MA), Harvard University Press, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] Thane Gustafson, Klimat. Russia in the Age of Climate Change, Cambridge (MA), Harvard University Press, 2021, p. 3-4, je traduis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] Ibid., voir le chapitre 8 &#171; A Tale of Two Arctics &#187;..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] Ibid., p. 221-224.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] Amnesty International, &#171; &#8216;You feel like you are subhuman'. Israel's genocide against Palestinians in Gaza &#187;, 5 d&#233;cembre 2024, p. 283, je traduis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] &#171; Gaza : UN expert denounces genocidal violence against women and girls &#187;, UN Human Rights, 17 juillet 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] Sara Ihmoud, &#171; Countering Reproductive Genocide in Gaza : Palestinian Women's Testimonies &#187;, Native American and Indigenous Studies, vol. 12, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] Paul Kohlbry, &#171; Agrarian Annihilation : Israel's war on Gaza is war upon both land and people &#187;, Agrarian Conversations. Journal of Peasant Studies, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40] Voir notamment United Nations Environment Program, &#171; Environmental Impact of the Conflict in Gaza : Preliminary Assessment of Environmental Impacts &#187;, 18 juin 2024, je traduis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[41]Andreas Malm, Pour la Palestine comme pour la Terre. Les ravages de l'imp&#233;rialisme fossile (2025), trad. &#201;tienne Dobenesque, Paris, La Fabrique, 2025, p. 97.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[42] Ibid., p. 79.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[43] Adam Hanieh, &#171; (Re)contextualiser la Palestine : Isra&#235;l, les pays du Golfe et la puissance US au Moyen-Orient &#187;, Contretemps. Revue de critique communiste, 8 juillet 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[44] &#171; Donald Trump, Benjamin Netanyahu full joint press conference (Feb. 4, 2025) &#187;, WFAA, 5 f&#233;vrier 2025, je traduis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[45] Ce plan, rendu public le 3 mai 2024, et qui comprend le projet de r&#233;seau ferroviaire pr&#233;c&#233;demment mentionn&#233;, est accompagn&#233; &#171; d'images g&#233;n&#233;r&#233;es par intelligence artificielle repr&#233;sentant des gratte-ciel ultramodernes, des plateformes p&#233;troli&#232;res en mer, des champs d'&#233;nergie solaire, ainsi que divers &#233;l&#233;ments illustrant une vision technocratique standardis&#233;e du progr&#232;s urbain &#187; (Wagner Kate, &#171; The awful plan to turn Gaza into the next Dubai &#187;, The Nation, 9 juillet 2024, je traduis).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[46] Ziadah Rafeef et alii, &#171; Disruptive Geographies and the War on Gaza : Infrastructure and Global Solidarity &#187;, Geopolitics, vol. 39, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[47] Oxfam, Water War Crimes : How Israel has weaponised water in its military campaign in Gaza, 18 juillet 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[48] Zena Agha, &#171; Climate Change, the Occupation, and a Vulnerable Palestine &#187;, Al Shabaka. The Palestinian Policy Network, 26 mars 2019, je traduis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[49] Voir Andreas Malm, Pour la Palestine comme pour la Terre, op. cit., p. 102 et 103.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[50] Sur les conditions de vie inhumaines dans ces camps, voir par exemple le t&#233;moignage de Mohammed, r&#233;fugi&#233; de Rafah dans le camp de Deir al-Balah, dans Amnesty International, &#171; &#8216;You feel like you are subhuman'. Israel's genocide against Palestinians in Gaza &#187;, art. cit., p. 12.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[51] Voir de Yuval Abraham, &#171; A Mass Assassination Factory : Inside Israel's Calculated Bombing of Gaza &#187;, +972 Magazine. Independent Journalism from Israel-Palestine, 30 novembre 2023, et &#171; &#8216;Lavender' : the AI Machine Directing Israel's Bombing Spree in Gaza &#187;, +972 Magazine. Independent Journalism from Israel-Palestine, 3 avril 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[52] Francesca Albanese, &#171; From economy of occupation to economy of genocide. Report of the Special Rapporteur on the situation of human rights in the Palestinian territories occupied since 1967 &#187;, UN Human Rights, juillet 2025, p. 25.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[53] Ibid., p. 256.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[54] Hanna Perekhoda, &#171; La gauche et la question de la d&#233;fense &#187;, Blog de Mediapart, 24 ao&#251;t 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[55] Pierre Charbonnier, Vers l'&#233;cologie de guerre. Une histoire environnementale de la paix, Paris, La D&#233;couverte, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[56] Voir &#224; ce sujet le livre de r&#233;f&#233;rence de Claude Serfati, Le Militaire. Une histoire fran&#231;aise, Paris, Editions Amsterdam, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[57] Comme le r&#233;sume Hanna Perekhoda, &#171; Le militarisme, c'est la guerre comme opportunit&#233; commerciale, motiv&#233;e par le profit capitaliste. C'est aussi placer la guerre au centre et y subordonner toute la soci&#233;t&#233;. La d&#233;fense, c'est la capacit&#233; de la soci&#233;t&#233; &#224; se prot&#233;ger contre les agressions. Et aujourd'hui, alors que les trois plus grandes puissances militaires menacent ouvertement d'envahir d'autres pays &#8211; la Chine veut annexer Ta&#239;wan, les &#201;tats-Unis ont &#233;voqu&#233; celle du Groenland, et la Russie m&#232;ne d&#233;j&#224; une guerre en Ukraine &#8211;, on ne peut pas pr&#233;tendre que le probl&#232;me de la d&#233;fense n'existe pas &#187; (Hanna Perkehoda, &#171; La gauche et la question de la d&#233;fense &#187;, art. cit.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[58] Je d&#233;veloppe des &#233;l&#233;ments de critique de l'ouvrage de Pierre Charbonnier dans mon chapitre, pr&#233;c&#233;demment mentionn&#233;, au sein du livre collectif co-dirig&#233; avec Arnaud Fran&#231;ois-Mansuy, Ecologie et philosophie politiques, &#224; para&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[59] Gilbert Achcar, &#171; Ukraine &#8216;De quelle paix parlons-nous ?'. Entretien avec Gilbert Achcar &#187;, Contretemps, 22 d&#233;cembre 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[60] On trouve des &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse g&#233;n&#233;raux dans le m&#234;me entretien de Gilbert Achcar, concernant notamment la diff&#233;rence entre armes offensives et d&#233;fensives, l'objectif d'&#233;viter les crimes de guerre des r&#233;sistances anti-imp&#233;rialistes, et le caract&#232;re proportionn&#233; du soutien militaire ext&#233;rieur &#224; la r&#233;sistance arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[61] Voir notamment Michael L&#246;wy, Etincelles &#233;cosocialistes, Paris, Editions Amsterdam, 2024 et Daniel Tanuro, Ecologie, luttes sociales et r&#233;volution, Paris, La Dispute, 2025. Ces positions sont &#233;galement d&#233;velopp&#233;es dans&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me Internationale, Manifeste pour une r&#233;volution &#233;cosocialiste &#8211; Rompre avec la croissance capitaliste, 18e Congr&#232;s mondial de la Quatri&#232;me Internationale, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[62] Voir &#224; cet &#233;gard le travail remarquable de Stop Arming Isra&#235;l, et par exemple le rapport qu'il a coordonn&#233;, aux c&#244;t&#233;s du Progressive International, du Palestinian Youth Movement, du conseil francilien du Mouvement de la Paix, de l'AFPS, de l'UJFP, de Droit-solidarit&#233;, d'Attac, de BDS France et de The Ditch, intitul&#233; &#171; Livraison d'armes de la France vers Isra&#235;l : un flux ininterrompu &#187;, 10 juin 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[63] Voir l'International Campaign to Abolish Nuclear Weapons (ICAN) : &lt;a href=&#034;https://www.icanw.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.icanw.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[64] CGT Thal&#232;s, &#171; Note d'intention sur le positionnement CGT Thales concernant l'industrie de l'armement &#187;, juin 2024&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[65] Voir par exemple, Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail, &#171; Les projets alternatifs port&#233;s par la CGT &#187;, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[66] Voir notamment Alexis Cukier, &#171; Usines r&#233;cup&#233;r&#233;es et autogestion &#233;cologique. Vers une alternative au capitalisme vert &#187;, Contretemps, 1er avril 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[67] Wim Carton et Andreas Malm, Overshoot, op. cit., p. 97.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[68] Andreas Malm, Pour la Palestine comme pour la Terre. Les ravages de l'imp&#233;rialisme fossile, Paris, La Fabrique, 2025, p. 97&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[69] Adam Hanieh Crude capitalism : oil, corporate power, and the Making of the World Market, Londres, Verso, 2024. Sur la Palestine, voir &#233;galement Adam Hanieh, Robert Knox, Rafeef Ziadah, Resisting Erasure. Capital, Imperialism and Race in Palestine, Londres, Verso, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[70] Pour une analyse militante qui va dans ce sens (et &#224; laquelle j'ai particip&#233;), voir On construit l'alternative, &#171; Palestine, Ukraine, Sahel&#8230;Contre tous les imp&#233;rialismes et colonialismes. Pour l'autod&#233;termination des peuples &#187;, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[71] Karl Marx, Contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel, Paris, Les &#233;ditions sociales, 2018, p. 292.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Celui qui lutte peut perdre mais celui qui ne lutte pas a d&#233;j&#224; perdu &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Celui-qui-lutte-peut-perdre-mais-celui-qui-ne-lutte-pas-a-deja-perdu</link>
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		<dc:date>2025-04-01T11:40:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexis Cukier, Michael L&#246;wy</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-04-01</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cosocialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Actualit&#233;s &#233;cosocialistes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans &#201;tincelles &#233;cosocialistes, paru aux &#233;ditions Amsterdam en 2024, le sociologue et philosophe marxiste et &#233;cosocialiste Michael L&#246;wy rassemble l'essentiel de ses textes r&#233;cents sur la th&#233;orie et la pratique de l'&#233;cosocialisme, mouvement et projet politique international &#224; l'&#233;mergence duquel il a particuli&#232;rement contribu&#233;, comme th&#233;oricien en co-signant par exemple le Manifeste &#233;cosocialiste international de 2001 ou en publiant l'ouvrage de r&#233;f&#233;rence Ecosocialisme : l'alternative radicale (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Environnement-41-" rel="directory"&gt;Environnement&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-04-01-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-04-01&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Ecosocialisme-158-+" rel="tag"&gt;&#201;cosocialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Actualites-ecosocialistes-+" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s &#233;cosocialistes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH134/etincelles_ecosocialistes-dae8a.png?1743507630' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='134' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans &#201;tincelles &#233;cosocialistes, paru aux &#233;ditions Amsterdam en 2024, le sociologue et philosophe marxiste et &#233;cosocialiste Michael L&#246;wy rassemble l'essentiel de ses textes r&#233;cents sur la th&#233;orie et la pratique de l'&#233;cosocialisme, mouvement et projet politique international &#224; l'&#233;mergence duquel il a particuli&#232;rement contribu&#233;, comme th&#233;oricien en co-signant par exemple le Manifeste &#233;cosocialiste international de 2001 ou en publiant l'ouvrage de r&#233;f&#233;rence Ecosocialisme : l'alternative radicale &#224; la catastrophe &#233;cologique capitaliste (Mille et Une Nuits, 2014) et comme militant, notamment dans le cadre de la Quatri&#232;me Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet entretien avec Alexis Cukier, philosophe et membre de la r&#233;daction de Contretemps, Michael L&#246;wy revient sur la signification th&#233;orique et la port&#233;e politique du projet &#233;cosocialiste, en s'appuyant sur une analyse des luttes sociales et &#233;cologiques dans le monde, notamment en Am&#233;rique latine, qu'il analyse comme des r&#233;sistances au capitalisme et au n&#233;ofascisme &#233;cocides, comme des jalons vers une soci&#233;t&#233; alternative, et comme des raisons d'esp&#233;rer que soit actionn&#233; &#224; temps le frein d'urgence de la r&#233;volution &#233;cologique et sociale. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;19 mars 2025 | tir&#233; de la revue contretemps.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/etincelles-ecosocialistes-entretien-michael-lowy/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/etincelles-ecosocialistes-entretien-michael-lowy/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alexis Cukier : Etincelles &#233;cosocialistes rassemble des textes de nature et d'objets diff&#233;rents, sur divers auteurs de la th&#233;orie marxiste et de l'&#233;cologie politique (notamment Walter Benjamin, Andr&#233; Gorz, Joel Kovel, John Bellamy Foster), les luttes &#233;cologiques et sociales en particulier au Br&#233;sil, des ph&#233;nom&#232;nes sp&#233;cifiques comme la publicit&#233; ou le surr&#233;alisme, et sur des propositions politiques comme la d&#233;croissance&#8230;mais il me semble que l'&#233;cosocialisme est plus qu'un fil directeur, c'est un vrai point de vue sur la totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc deux questions pour commencer : quelle est la sp&#233;cificit&#233; de ton approche de l'&#233;cosocialisme, est-ce par exemple la d&#233;mocratie sur laquelle tu insistes particuli&#232;rement ? et dans quel contexte de r&#233;ception et discussion sur l'&#233;cosocialisme le livre s'inscrit-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Michael L&#246;wy : &lt;/strong&gt; J'insiste sur la d&#233;mocratie, en effet, mais je pense que ce n'est pas un th&#232;me qui est pol&#233;mique chez les &#233;cosocialistes. Il y a un certain consensus : si la planification &#233;cologique n'est pas d&#233;mocratique, elle ne peut pas avoir lieu. Je pense qu'il y a une dynamique positive, un int&#233;r&#234;t croissant pour l'&#233;cosocialisme partout dans le monde, notamment en France mais aussi aux Etats-Unis, en Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon livre est un recueil de textes, mais en effet il y a une coh&#233;rence : je pense qu'il est important de convaincre la gauche, les marxistes, les communistes, que l'&#233;cologie est d&#233;cisive &#8211; que l'on ne peut plus penser le projet socialiste et le projet communiste sans l'&#233;cologie d'une fa&#231;on centrale. Et de convaincre les &#233;cologistes qu'on ne peut pas confronter la crise sans les instruments du marxisme et sans une perspective socialiste, une perspective communiste. C'est cela l'objectif. Et c'est pour cela que mon travail cherche &#224; faire conna&#238;tre ces discussions, exp&#233;riences de lutte, en rapport au marxisme. Nous sommes plusieurs &#224; essayer de le faire, des camarades de la Quatri&#232;me Internationale, mais pas seulement, qui essayons de faire avancer les id&#233;es &#233;cosocialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AC : Dans le d&#233;bat acad&#233;mique, le terme d'&#233;comarxisme (ou marxisme &#233;cologique) s'est install&#233;, autour d'auteurs comme John Bellamy Foster ou Kohei Saito. Que penses-tu des th&#233;ories de ces auteurs ? Dans le livre, tu discutes notamment de l'&#339;uvre de Foster, en soulignant ses apports et aspects positifs, et en proposant une critique, assez discr&#232;te, du fait qu'il sous-estime le caract&#232;re productiviste de certains passages des Grundrisse de Marx. On pourrait &#234;tre beaucoup plus critique de cette tendance apolog&#233;tique chez Foster&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; ma question : comment estimes-tu le r&#244;le qu'il joue dans les d&#233;bats autour du marxisme et de l'&#233;cologie, et de l'&#233;cosocialisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ML :&lt;/strong&gt; Je trouve que John Bellamy Foster joue un r&#244;le tr&#232;s positif. Le fait d'avoir mis en route l'&#233;comarxisme, d'avoir commenc&#233; &#224; d&#233;velopper une r&#233;flexion s&#233;rieuse sur les aspects &#233;cologiques de la pens&#233;e de Marx, a &#233;t&#233; tr&#232;s important pour aider les marxistes d'aujourd'hui &#224; prendre au s&#233;rieux l'&#233;cologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajouterais que ce que Foster et autres &#233;comarxistes &#233;crivent sur le r&#244;le du capitalisme dans la crise &#233;cologique, la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;volution &#233;cologique et d'une alternative &#233;cosocialiste &#8211; c'est au moins aussi important que leurs travaux sur Marx. Et c'est la raison pour laquelle j'ai un avis fondamentalement positif &#224; propos du travail qu'ils font. Mais j'ai aussi quelques critiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant Bellamy Foster, effectivement, je pense qu'il a une pr&#233;sentation un peu trop lisse de Marx et d'Engels, comme si il y avait, d&#232;s le d&#233;but, d&#232;s la th&#232;se de doctorat de Marx jusqu'&#224; ses derniers &#233;crits, une continuit&#233; de pr&#233;occupations &#233;cologiques. Il a eu le m&#233;rite d'avoir mis en relief des aspects de Marx qui &#233;taient sous-estim&#233;s ou ignor&#233;s, autour de la probl&#233;matique de la rupture du m&#233;tabolisme notamment. Il a jou&#233; un r&#244;le tr&#232;s positif pour convaincre les marxistes que l'&#233;cologie, ce n'est pas quelque chose d'ext&#233;rieur au marxisme ou d'hostile, mais quelque chose qu'on trouve d&#233;j&#224; dans une certaine mesure chez Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je pense qu'il est all&#233; un peu trop loin, parce qu'il y a certains &#233;crits de Marx qui restent encore marqu&#233;s par le productivisme qui &#233;tait l'id&#233;ologie dominante de son &#233;poque. Et surtout la question &#233;cologique n'avait pas du tout au XIX&#7497; si&#232;cle l'importance qu'elle a au XXe si&#232;cle &#8211; le probl&#232;me commen&#231;ait seulement &#224; appara&#238;tre. On voyait les premiers signes de destruction de l'environnement par le capitalisme. Mais aujourd'hui, c'est devenu une question de vie ou de mort pour l'humanit&#233;. Donc un changement tr&#232;s radical, un changement d&#233;cisif. Et il est tout &#224; fait normal que pour Marx et Engels, la question &#233;cologique n'&#233;tait pas centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rappelle toujours que Marx et Engels n'ont pas &#233;crit un seul livre sur la question &#233;cologique, m&#234;me pas un seul article ou un seul chapitre du Capital. Mais c'est normal parce qu'&#224; leur &#233;poque, ce n'&#233;tait pas encore une question br&#251;lante, au sens propre et au sens figur&#233;. Donc il ne s'agit pas pour moi de critiquer Marx ou de le d&#233;noncer, mais de reconna&#238;tre les limites qui sont celles de sa p&#233;riode. Et en m&#234;me temps, c'est vrai que Marx et Engels ont eu l'intuition de cette contradiction, de cette rupture m&#233;tabolique. Donc c'est important de sauver ce moment &#233;cologique chez Marx. Mais il ne faut pas surestimer l'importance et la coh&#233;rence de ce moment au sein de l'&#339;uvre de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ma principale critique &#224; Bellamy Foster, qui est un ami, et dont je respecte le travail. J'insiste : l'apport de Bellamy Foster n'est pas seulement de relire Marx mais de penser en termes marxistes les probl&#232;mes &#233;cologiques contemporains. Il a &#233;crit un livre sur la r&#233;volution &#233;cologique qui est tr&#232;s important.[1] Et il a transform&#233; la Monthly Review qui &#233;tait une des principales revues de la gauche am&#233;ricaine en une revue &#233;co-marxiste, c'est tr&#232;s important aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AC : Et que penses-tu des derniers ouvrages de Kohei Saito ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ML : &lt;/strong&gt; Kohei Saito aussi a jou&#233; un r&#244;le tr&#232;s important, tr&#232;s positif. Il a l'avantage sur Bellamy Foster d'avoir analys&#233; la pens&#233;e de Marx non comme un syst&#232;me coh&#233;rent du d&#233;but &#224; la fin, mais comme une pens&#233;e en mouvement, qui au d&#233;but reste marqu&#233;e par une vision productiviste. C'est &#233;vident dans le Manifeste communiste qui parle du capitalisme qui a r&#233;ussi &#224; dompter la nature, etc. Mais aussi de certains passages des Grundrisse qui cel&#232;brent &#171; la mission civilisatrice du capitalisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saito montre que c'est &#224; partir des ann&#233;es 1860, avec la lecture de Liebig notamment, qu'il y a une prise de conscience chez Marx, de l'&#233;puisement de la fertilit&#233; de la terre, de la rupture du m&#233;tabolisme et aussi, dans une certaine mesure, du probl&#232;me &#233;cologique plus g&#233;n&#233;ralement. Cet apport de Sa&#239;to, qui consiste &#224; montrer le mouvement de la pens&#233;e de Marx, est important. Et je pense que c'est important aussi de montrer que le marxisme, apr&#232;s Marx aussi, est &#233;galement une pens&#233;e en mouvement, qui ne se limite pas &#224; r&#233;p&#233;ter ce que Marx a dit, mais a toujours &#233;t&#233; oblig&#233; &#224; affronter des probl&#232;mes nouveaux comme l'imp&#233;rialisme, le fascisme, le stalinisme et maintenant la crise &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique que je fais &#224; Kohei Saito, qui est aussi un ami, quelqu'un que j'aime bien, c'est que, &#224; la fin de son dernier livre, il essaie de d&#233;montrer que Marx &#233;tait d&#233;j&#224; pour la d&#233;croissance[2]. Helas, &#231;a ne colle pas&#8230; Dans un autre livre ant&#233;rieur, il terminait en disant que pour Marx, le probl&#232;me &#233;cologique &#233;tait le probl&#232;me le plus important du capitalisme. Cela n'&#233;tait pas possible &#224; son &#233;poque, de m&#234;me que Marx ne pouvait pas vraiment penser la d&#233;croissance. La question ne se posait pas &#224; son &#233;poque. Donc l&#224;, je ne suis pas d'accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre traduit en fran&#231;ais, Moins ! La d&#233;croissance est une philosophie (2024), la section sur Marx est bonne, sauf cette conclusion qui affirme qu'il &#233;tait partisan de la d&#233;croissance. Je trouve que la proposition de Sa&#239;to d'un communisme de la d&#233;croissance est une excellente id&#233;e. Sauf qu'elle ne se trouve pas chez Marx ! Ce qui n'emp&#234;che pas que ce soit une tr&#232;s bonne id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AC : En lisant le livre, la pr&#233;sence du concept de r&#233;ification, et plus largement de la pens&#233;e de Georg Luk&#225;cs, m'a paru remarquable. C'est le cas par exemple des tr&#232;s int&#233;ressants articles sur la publicit&#233;, ou sur le surr&#233;alisme. Je connais tes travaux sur Luk&#225;cs, sur Max Weber, mais je n'avais pas vu le rapport avec l'&#233;cosocialisme. Comment ferais-tu le lien entre la th&#233;matique &#171; marxo-w&#233;b&#233;rienne &#187; de la r&#233;ification, et l'&#233;cologie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ML :&lt;/strong&gt; Le concept de r&#233;ification, je pense que c'est un des tr&#232;s grands apports de Luk&#225;cs, et aussi de Lucien Goldmann qui a continu&#233; dans cette lign&#233;e. Cela permet de comprendre comment tout devient marchandise et la logique marchande domine tout dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, non seulement l'&#233;conomie directement, mais aussi la politique, la culture, la religion, l'art&#8230;Tout devient marchandise, tout devient une chose qu'on vend, qu'on ach&#232;te. Les rapports entre les &#234;tres humains deviennent chosifi&#233;s, r&#233;ifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que c'est un instrument conceptuel fondamental pour comprendre le capitalisme. Et &#233;videmment, cela conduit au rapport &#224; la nature, qui est, elle aussi, compl&#232;tement chosifi&#233;e. La nature est vue uniquement comme un ensemble de choses qui doivent devenir des marchandises. Ce sont des mati&#232;res premi&#232;res pour la marchandise. Donc il y a dans le capitalisme une logique de chosification, de marchandisation, de r&#233;ification de la nature. On pourrait en effet d&#233;velopper une critique Luk&#225;csienne du capitalisme dans son rapport &#224; la nature &#8211; ce que je n'ai pas vraiment fait dans le livre, sauf ici ou l&#224;, de fa&#231;on limit&#233;e. Mais cela pourrait &#234;tre une d&#233;marche &#224; d&#233;velopper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas seulement le concept de r&#233;ification qu'on peut reprendre de Luk&#225;cs, mais aussi la m&#233;thode, et particuli&#232;rement la cat&#233;gorie de totalit&#233;. C'est tr&#232;s important. Luk&#225;cs a &#233;crit dans Histoire et conscience de classe que ce qui distingue le marxisme de la science bourgeoise, ce n'est pas la pr&#233;dominance de l'&#233;conomie, c'est la cat&#233;gorie dialectique de la totalit&#233;. Et c'est tr&#232;s important pour comprendre le probl&#232;me &#233;cologique. On ne peut pas se limiter &#224; l'analyse &#233;conomique. Il faut voir les choses comme une totalit&#233; o&#249; il y a l'&#233;conomie, la politique, la culture, la soci&#233;t&#233;, la lutte des classes, c'est une totalit&#233;. Et la crise &#233;cologique, c'est une totalit&#233;, qui concerne toute la vie des humains. Je pense que la cat&#233;gorie de la totalit&#233; est fondamentale. Il y a beaucoup d'apports de Luk&#225;cs qui sont importants pour la m&#233;thode marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, il est vrai que Luk&#225;cs n'a pas de r&#233;flexion sur l'&#233;cologie, ou tr&#232;s peu. Il y a un texte de lui o&#249; il y a quelques pistes, qui s'appelle Chvostismus und Dialektik (&#171; Dialectique et Spontan&#233;it&#233; &#187;, on devrait dire plut&#244;t &#171; Dialectique ou Suivisme &#187;). Ce texte de 1925 qu'on a d&#233;couvert r&#233;cemment &#233;tait in&#233;dit du vivant de Luk&#225;cs. C'est une r&#233;ponse aux critiques d'Histoire et conscience de classe (1923). On y trouve une discussion sur le rapport &#224; la nature, une pol&#233;mique contre certains marxistes qui ont une vision totalement acritique du rapport de l'industrie et de la technologie &#224; la nature. Donc il y a une piste, mais qui n'est pas vraiment d&#233;velopp&#233;e par Luk&#225;cs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, je pense que l'id&#233;e de faire une analyse de la crise &#233;cologique &#224; la lumi&#232;re du concept de r&#233;ification est une bonne id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AC : Une des questions qui m'est venue en te lisant concerne la place des exp&#233;riences de reconversion &#233;cologique du travail port&#233;e par les travailleurs et travailleuses, ouvrier.e.s, paysan.ne.s et dans d'autres secteurs qui cherchent &#224; rediriger leurs activit&#233;s pour les d&#233;carboner, les d&#233;polluer, r&#233;pondre &#224; des besoins fondamentaux des &#234;tres humains ou les inscrire dans les cycles de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre, il y a des exemples, notamment l'alliance entre mouvement indig&#232;ne, paysan et syndical, autour des Seringueiros et de Chico Mendes. Mais il y a une insistance plus grande sur la r&#233;duction du temps de travail afin de lib&#233;rer du temps pour des activit&#233;s d&#233;mocratiques et &#233;cologiques. Il me semble qu'il faut arriver &#224; tenir les deux, r&#233;duction du temps de travail et luttes &#233;co-syndicalistes, pour le dire ainsi. Comment articules-tu ces deux enjeux ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ML : &lt;/strong&gt; Il est vrai que dans mon livre, je ne parle pas beaucoup des exp&#233;riences syndicales de luttes ouvri&#232;res &#233;cologiques. Mais j'ai publi&#233; un recueil de textes avec mon ami Daniel Tanuro sur les luttes socio-&#233;cologiques[3] et qui sont effectivement tr&#232;s importantes. Dans le livre on trouve des luttes paysannes, mais aussi des luttes ouvri&#232;res, de luttes syndicales. Donc dans cet autre livre, on parle de ces exp&#233;riences. Mais c'est vrai que dans &#201;tincelles &#233;cosocialistes, je n'en parle pas beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, il faut dire que les secteurs en lutte aujourd'hui sur des questions socio-&#233;cologiques sont avant tout, par exemple en Am&#233;rique latine, les indig&#232;nes et les paysans ainsi que, un peu partout dans le monde, les femmes et les jeunes. Ce sont elles et eux qui sont vraiment les premi&#232;res et les premiers &#224; s'engager massivement dans des luttes, dans les mobilisations. C'est dans le travail du soin (care), effectu&#233; par des femmes essentiellement, qu'on trouve le plus de sensibilit&#233; aux th&#232;mes &#233;cologiques, tandis que le mouvement ouvrier traditionnel, m&#226;le, plus syndicalis&#233; dans l'ensemble, est tr&#232;s en retard, et souvent encore prisonnier du productivisme et surtout du chantage &#224; l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit cela dramatiquement aujourd'hui, par exemple dans l'industrie automobile, qui est en crise parce que les automobiles se vendent moins bien. Les gens cherchent d'autres moyens de transport et les ouvriers se trouvent au ch&#244;mage. Que faire ? Ce n'est pas tr&#232;s facile de proposer une reconversion &#224; une usine automobile. Qu'est-ce qu'ils vont faire : produire des trottinettes, des bicyclettes ? Il n'y a rien d'impossible, mais ce n'est pas &#233;vident&#8230; Donc c'est une vraie difficult&#233; et je n'ai pas de solution simple pour &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais effectivement, il y a des exp&#233;riences positives de reconversion &#233;cologique au sens large. Notamment des usines en faillite o&#249; il y a des exp&#233;riences int&#233;ressantes et il faut en parler, il faut les rendre populaires, il faut les donner comme exemple. Je suis d'accord que c'est tr&#232;s important. Et donc je trouve par exemple que le fait que, en France, un syndicat comme la CGT a fait quelques pas envers l'&#233;cologie, m&#234;me s'il y a eu deux pas en avant et un pas en arri&#232;re, c'est quand m&#234;me tr&#232;s important. Donc c'est une bataille qu'il faut mener.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, il faut reconna&#238;tre qu'aujourd'hui ceux qui sont &#224; l'avant-garde dans les luttes &#233;cologiques, ce sont les paysans, les indig&#232;nes, les femmes, notamment dans le Tiers-Monde. Et la jeunesse, les mouvements autour de Greta Thunberg. Mais si le mouvement ouvrier ne se rallie pas &#224; un projet &#233;cosocialiste, on ne pourra jamais gagner, c'est &#233;vident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AC : Tu viens de mentionner la jeunesse et Greta Thunberg, et je voulais te poser une question sur la nouvelle g&#233;n&#233;ration de mouvements &#233;cologistes, et notamment les Soul&#232;vements de la Terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que se joue l&#224; quelque chose de tr&#232;s important, porteur d'espoir, y compris en termes de renouvellement des pratiques militantes et de la culture politique, plus horizontale et plus dans le faire. On voit l&#224; aussi des alliances entre les jeunes et les paysans, notamment la Conf&#233;d&#233;ration paysanne, par exemple dans la lutte contre les m&#233;gabassines. Et c'&#233;tait d&#233;j&#224; le cas en fait &#224; la ZAD de Notre-Dames-des-Landes, il y avait d&#233;j&#224; des rencontres et alliances avec les mondes du travail. On voit aussi qu'&#233;merge &#224; partir de ces exp&#233;riences une vraie &#233;laboration strat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment vois-tu le mouvement de la jeunesse &#233;cologiste qui a &#233;merg&#233; au niveau international autour de Greta Thunberg, d'une part, et les Soul&#232;vements de la Terre en France, d'autre part ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ML : &lt;/strong&gt; Je pense que ce sont deux exp&#233;riences tr&#232;s importantes. La mobilisation internationale de la jeunesse que Greta Thunberg a r&#233;ussi &#224; lancer est tr&#232;s radicale, avec le mot d'ordre &#171; changeons le syst&#232;me, pas le climat &#187;. On y trouve une dynamique anticapitaliste. Je pense que c'est vraiment un mouvement formidable, qui conna&#238;t des hauts et des bas, &#233;videmment, mais c'est un mouvement formidable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis effectivement, il y a les Soul&#232;vements de la Terre, que je n'ai pas pris en compte parce qu'&#224; l'&#233;poque o&#249; j'&#233;crivais les textes du livre, &#231;a n'existait pas encore ou &#231;a a commenc&#233; &#224; para&#238;tre, mais effectivement aujourd'hui c'est l'exp&#233;rience socio-&#233;cologique la plus importante en France. Il y avait d&#233;j&#224; eu Notre-Dame-des-Landes, en effet, o&#249; le syndicat CGT local s'&#233;tait engag&#233;. C'&#233;tait d&#233;j&#224; quelque chose de tr&#232;s important. Mais les Soul&#232;vements de la Terre, c'est vraiment quelque chose de tr&#232;s positif. C'est formidable la fa&#231;on dont ils ont r&#233;ussi &#224; rassembler des gens venus d'horizons tr&#232;s divers. Et, comme tu le dis, de fa&#231;on massive et tr&#232;s combative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, ils ont &#233;t&#233; victimes d'une r&#233;pression inou&#239;e et d'une brutalit&#233; criminelle de la part de l'Etat, de Macron. Mais la tentative de dissoudre le mouvement a rat&#233;, et il est toujours l&#224;, tr&#232;s actif. Je pense que c'est un mouvement qui a beaucoup d'avenir. Et c'est un des grands espoirs aujourd'hui en France et en Europe, les Soul&#232;vements de la terre. C'est tr&#232;s important. S'il y a une r&#233;&#233;dition &#233;largie de mon livre, il faudra absolument que j'inclue un chapitre sur les Soul&#232;vements de la Terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;vident qu'il faut aller dans cette direction, construire des mobilisations qui soient capables de travailler &#224; cette convergence entre le social et l'&#233;cologique, entre le mouvement &#233;cologique et la jeunesse, etc. Avec les ONG, Attac, le mouvement social et syndical, la Conf&#233;d&#233;ration paysanne notamment, les jeunes&#8230;ces convergences concr&#232;tes, c'est la bonne strat&#233;gie pour avancer, j'en suis tout &#224; fait convaincu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le th&#232;me du livre sur les luttes socio-&#233;cologique qu'on a publi&#233; avec Tanuro. C'est le seul espoir qu'on puisse changer le rapport de force qui est pour le moment nous est tr&#232;s d&#233;favorable : travailler &#224; cette convergence entre le social et l'&#233;cologie qui est plus facile, m&#234;me en France, autour des questions comme l'eau et la terre, et plus difficile au niveau des usines. Mais il faut y aller aussi. Si on n'arrive pas &#224; d&#233;bloquer la convergence au niveau du travail et des entreprises, on ne pourra pas avancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux donner un exemple d'une convergence qui s'est esquiss&#233;e mais qui n'a pas vraiment r&#233;ussi, autour du fret ferroviaire. C'est une question fondamentale pour les cheminots, &#233;videmment, parce que le gouvernement est en train de d&#233;manteler le fret. Mais c'est aussi une question &#233;cologique fondamentale parce que du point de vue des &#233;missions de CO2, il faut en finir avec le tout-camion. C'est un d&#233;sastre &#233;cologique. Le tout-camion est un d&#233;sastre social, y compris pour les camionneurs, avec les accidents notamment. Il faut en finir avec &#231;a et le seul espoir, c'est le fret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc c'est une lutte &#233;cologique aussi. Or il y a eu une d&#233;claration commune il y a quelques mois, d'Attac et de quelques ONG &#233;cologistes avec les cheminots, mais &#231;a n'a pas vraiment embray&#233; dans une vraie mobilisation comme par exemple Les soul&#232;vements de la Terre. Il faut qu'on puisse mobiliser les syndicats et les mouvements &#233;cologistes autour des questions comme le fret ferroviaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AC : En ce qui concerne les convergences et alliances, nous avons &#233;voqu&#233; tout &#224; l'heure les seringueiros, et je voulais revenir sur le chapitre &#171; Au Br&#233;sil : le combat de Chico Mendes &#187;, en te posant deux questions. D'abord, comment pr&#233;senterais-tu l'importance des luttes sociales et &#233;cologiques latino-am&#233;ricaines pour l'histoire du d&#233;veloppement du mouvement &#233;cosocialiste au niveau international ? Et aujourd'hui, apr&#232;s Bolsonaro notamment, comment vois-tu la dynamique au Br&#233;sil, les possibilit&#233;s pour l'avenir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ML : &lt;/strong&gt; D'abord il faut dire qu'en effet, en Am&#233;rique latine, il y a des exp&#233;riences tr&#232;s int&#233;ressantes de lutte socio-&#233;cologique, notamment indig&#232;nes et paysannes. On voit cela un peu partout, au P&#233;rou, au Mexique et au Br&#233;sil, o&#249; il existe un mouvement social tr&#232;s important, peut-&#234;tre le mouvement social le plus important en Am&#233;rique latine : le mouvement des paysans sans terre, le MST. Et il y a un formidable mouvement f&#233;ministe, par exemple au Chili, c'est le mouvement des femmes qui est &#224; l'avant-garde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Br&#233;sil, le MST organise des centaines de milliers de paysans. Il m&#232;ne un combat depuis des ann&#233;es pour la r&#233;forme agraire, mais il ne se limite pas &#224; lutter pour faire pression sur le gouvernement, il commence &#224; mettre sur pied concr&#232;tement une r&#233;forme agraire sur le terrain. Il le fait en occupant des fermes improductives, en occupant des terres, en &#233;tablissant des communaut&#233;s paysannes ou des coop&#233;ratives un peu partout dans le Br&#233;sil. Or ce mouvement a fait, il y a une vingtaine d'ann&#233;es, un tournant &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, &#231;a ne les int&#233;ressait pas tellement, mais depuis 20 ans, ils ont fait un vrai tournant &#233;cologique, qui s'accentue depuis. L&#224; o&#249; se trouvent les occupations, leurs coop&#233;ratives, leurs fermes, ils ont fait un tournant vers la production bio. Et aujourd'hui, ils sont devenus par exemple le plus grand producteur de riz bio au Br&#233;sil. Or le riz, c'est la base de la nourriture des Br&#233;siliens avec les haricots noirs. Donc cette exp&#233;rience est tr&#232;s importante. C'est vraiment une exp&#233;rience sociale et &#233;cologique de masse, avec un mouvement qui est tr&#232;s politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des militant.e.s, des cadres du MST, sont marxistes. Et ils ont une &#233;cole de formation formidable, o&#249; je suis all&#233; avec ma compagne, plusieurs fois, qui s'appelle l'&#201;cole Nationale Florestan Fernandes, du nom d'un sociologue marxiste tr&#232;s connu. C'est une &#233;cole o&#249; ils forment leurs cadres, leurs militant.e.s, mais aussi des militant.e.s d'autres mouvements sociaux, de toute l'Am&#233;rique latine et m&#234;me du monde entier. C'est vraiment une &#233;cole de formation marxiste, locale, nationale, latino-am&#233;ricaine et mondiale. Et l&#224; aussi, ils commencent &#224; parler d'&#233;cologie et d'&#233;cosocialisme. C'est quelque chose de tr&#232;s important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, en Am&#233;rique latine, on a ces mobilisations socio-&#233;cologiques des paysan.ne.s, des indig&#232;nes, qui sont tr&#232;s combatives. Et puis on voit appara&#238;tre aussi, mais &#224; une moindre &#233;chelle &#233;videmment, un int&#233;r&#234;t pour l'&#233;cosocialisme, comme ce fut le cas par exemple d'Hugo Blanco, un des grands dirigeants paysans et indig&#232;nes de l'Am&#233;rique latine, au P&#233;rou, et au Mexique o&#249; il est r&#233;cemment d&#233;c&#233;d&#233;. Il avait l'habitude de dire &#171; Nous les indig&#232;nes, nous pratiquons l'&#233;cosocialisme depuis cinq si&#232;cles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il y a quelque chose de vrai. Les indig&#232;nes ont un rapport &#224; la nature, &#224; la fois communautaire et collectif, qui se caract&#233;rise aussi par le respect pour l'eau, la terre, les arbres, la nature. Cela fait partie de leur culture, de leur spiritualit&#233;. Donc il y a vraiment une contradiction de leur culture avec le capitalisme, avec la logique r&#233;ifi&#233;e du capitalisme. Il y a non seulement dans ces luttes indig&#232;nes et paysannes une question vitale, par exemple d&#233;fendre l'eau contre l'empoisonnement, mais il y a aussi, disons, une &#171; affinit&#233; n&#233;gative &#187; entre l'esprit indig&#232;ne et l'esprit du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question d&#233;cisive, dans ce domaine, c'est &#233;videmment l'avenir de l'Amazonie. Elle concerne tout d'abord les populations locales, les indig&#232;nes, les paysan.ne.s qui habitent l&#224;-bas et qui veulent prot&#233;ger la for&#234;t contre la logique destructive massive du capitalisme, sous la forme d'entreprises mini&#232;res, notamment d'extraction d'or, qui sont des gangs criminels qui essaient de trouver l'or mais en empoisonnant les rivi&#232;res avec du mercure. Et surtout contre l'agrobusiness qui d&#233;truit la for&#234;t pour remplacer les arbres par les p&#226;turages ou des champs de soja.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Br&#233;sil, l'agrobusiness est une puissance &#233;norme, ils contr&#244;lent la moiti&#233; du Parlement, et aussi les gouvernements locaux. Donc il y a un combat d&#233;cisif pour sauver l'Amazonie o&#249; sont engag&#233;s en premi&#232;re ligne les indig&#232;nes, les communaut&#233;s paysannes locales, avec le soutien d'une partie de la gauche, d'une partie importante de l'&#201;glise, et &#233;videmment des &#233;cosocialistes et des anticapitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une bataille fondamentale qui concerne &#233;videmment les populations locales, mais aussi l'ensemble du Br&#233;sil, parce que c'est de l'Amazonie que viennent les rivi&#232;res de pluie sans lesquelles le sud du Br&#233;sil serait d&#233;sertifi&#233;. Et il concerne aussi toute la plan&#232;te, parce que l'Amazonie est un des derniers grands puits de charbon qui absorbe une partie importante du CO2. Si l'Amazonie est d&#233;truite ou si elle devient une savane, ce qui est un danger tr&#232;s r&#233;el si on continue avec les incendies et les destructions, alors le changement climatique deviendra incontr&#244;lable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc c'est une affaire qui concerne tout le monde, qui nous concerne tous, non seulement les indig&#232;nes, les Br&#233;siliens mais aussi toute l'humanit&#233;. Dans cette bataille tr&#232;s importante, le gouvernement Lula a apport&#233; certaines am&#233;liorations, &#233;videmment, par rapport &#224; Bolsonaro qui avait mis en &#339;uvre une dynamique totalement destructrice. Mais on est encore loin du compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a notamment un affrontement maintenant autour du projet d'exploitation de p&#233;trole dans l'embouchure de l'Amazone&#8230;car &#224; cet endroit, dans la mer, il y a du p&#233;trole, apparemment de grandes quantit&#233;s, m&#234;me si on ne sait pas exactement. Et donc il y a une discussion pour savoir si on va exploiter ce p&#233;trole en haute mer ou pas, avec un danger &#233;vident : s'il y a un probl&#232;me comme c'est arriv&#233; au golfe du Mexique, cela inonderait l'Amazonie de p&#233;trole, avec des cons&#233;quences dramatiques pour l'environnement. Sans parler du fait que ce p&#233;trole va &#234;tre exploit&#233;, br&#251;l&#233; et contribuer au changement climatique. Donc il y a un d&#233;bat, y compris au sein du gouvernement de Lula. Cela va d&#233;pendre du rapport de force dans la soci&#233;t&#233;. C'est une bataille tr&#232;s importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens pour finir &#224; la partie de ta question sur l'&#233;cosocialisme en Am&#233;rique latine. Son d&#233;veloppement est in&#233;gal selon les pays. Au Br&#233;sil, il existe un r&#233;seau &#233;cosocialiste depuis quelques ann&#233;es d&#233;j&#224;, avec des militant.e.s venu.e.s de tous les horizons de la gauche, de tous les partis de la gauche radicale. C'est un acquis tr&#232;s important. Ils organisent des activit&#233;s, ils ont publi&#233; un manifeste, certain.e.s de leurs militant.e.s sont dans le gouvernement, au minist&#232;re de l'&#233;cologie. Donc ils ont une certaine influence, limit&#233;e, bien s&#251;r, mais l'existence d'un r&#233;seau br&#233;silien &#233;cosocialiste est un acquis important. Il y a aussi un r&#233;seau en Argentine qui a organis&#233; un colloque &#233;cosocialiste international &#224; Buenos Aires, en 2024. Et il y a aussi d'autres initiatives, moins d&#233;velopp&#233;es, qui existent dans d'autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AC : Tu as parl&#233; de l'agrobusiness et de Bolsonaro&#8230;il faut parler de la question du rapport entre &#233;cocide et extr&#234;me droite ou n&#233;ofacisme. Nous sommes quelques jours apr&#232;s l'investiture de Trump, dont la formule &#171; drill baby drill &#187; exprime bien le projet extractiviste d&#233;brid&#233;. On voit partout l'alliance entre n&#233;ofascistes et n&#233;olib&#233;raux, au service d'un projet extractiviste et productiviste tr&#232;s dur, qui passe aussi par la r&#233;pression des mouvements &#233;cologistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment vois-tu cette mont&#233;e du n&#233;ofascisme d'un point de vue &#233;cosocialiste ? Est-ce que tu reprends ce terme, parfois employ&#233; r&#233;cemment pour parler des rapports entre &#233;cologie et extr&#234;me droite, d'&#233;cofascisme ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ML : &lt;/strong&gt; Je n'utilise pas le terme &#233;cofascisme, dont je pense qu'il introduit de la confusion. Les fascistes ne sont pas &#233;cologistes, la plupart sont ouvertement n&#233;gationnistes en ce qui concerne le climat. Quelques-uns essaient maladroitement de jouer un peu avec l'&#233;cologie dans un registre nationaliste, mais c'est vide. Le Rassemblement national est un bon exemple : ils essaient de peindre un tout petit peu en vert leur drapeau brun, mais cela n'a aucune consistance. Donc je pense que l'&#233;cofascisme est une fausse piste. Par contre nous sommes vraiment confront&#233;s &#224; un fascisme anti-&#233;cologique, &#224; 200 % &#233;cocide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exemples que tu as cit&#233;s sont parlants : chez Trump, il y a un refus total de l'&#233;cologie, et le m&#234;me vaut pour Milei et Bolsonaro. Tous ces gens sont compl&#232;tement aveugles &#224; la crise &#233;cologique. Ils font comme si elle n'existait pas et d&#233;fendent de mani&#232;re acharn&#233;e le p&#233;trole, le charbon et toutes les offensives destructrices de la nature. C'est bien s&#251;r extr&#234;mement inqui&#233;tant. C'est notamment le cas de Trump, parce que les d&#233;g&#226;ts qu'il peut provoquer aux Etats-Unis sont &#224; une &#233;chelle infiniment plus grande que Milei en Argentine ou m&#234;me Bolsonaro au Br&#233;sil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aux Etats-Unis on peut craindre le pire : quatre ann&#233;es de Trump avec l'exploitation intensive du p&#233;trole partout, cette menace d'invasion du Groenland, etc. C'est extr&#234;mement dangereux, extr&#234;mement inqui&#233;tant, et bien s&#251;r un d&#233;veloppement tr&#232;s n&#233;gatif du point de vue du combat contre le changement climatique. C'est vraiment un pas en arri&#232;re gigantesque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#231;a ne sert &#224; rien de se lamenter, il faut organiser la r&#233;sistance ! Il faut organiser la r&#233;sistance partout o&#249; ces gouvernements n&#233;o-fascistes se sont install&#233;s. Je dis n&#233;o-fascisme parce que ce n'est plus le fascisme des ann&#233;es 1930, ce ne sont pas des Etats totalitaires avec des bandes en uniformes qui d&#233;filent, ou la Gestapo&#8230; c'est une autre forme, totalement align&#233;e sur le n&#233;olib&#233;ralisme extr&#234;me. Dans le cas de Milei, c'est une esp&#232;ce d'anarcho-lib&#233;ral-fascisme, c'est tr&#232;s diff&#233;rent du corporatisme nationaliste du fascisme classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a des traits communs qui sont le nationalisme, la haine de la gauche, le racisme, la recherche du bouc &#233;missaire responsable de tous les maux. C'&#233;taient les juifs pour les nazis. Ce sont les mexicains pour Trump, ce sont les musulmans en Europe. Cette logique du bouc &#233;missaire est typique de la logique fasciste. De m&#234;me que le culte du chef, du sauveur : Trump, Bolsonaro&#8230; qu'on a appel&#233; au Br&#233;sil le Messie. Et Trump se dit envoy&#233; par Dieu. Donc il y a des &#233;l&#233;ments en commun avec le fascisme classique, mais c'est quand m&#234;me une forme nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et une de ces caract&#233;ristiques nouvelles, c'est justement cette dynamique anti&#233;cologique, de destruction forcen&#233;e de la nature, d'exploitation &#224; fond des &#233;nergies fossiles avec des cons&#233;quences dramatiques. Il faut organiser la r&#233;sistance partout, en partant de secteurs qui sont mobilis&#233;s. Le mouvement des femmes, la jeunesse, des secteurs du mouvement paysan, certains courants syndicaux, les &#233;cologistes, la gauche&#8230; Il faut lutter. Il n'y a pas d'autres moyens que de r&#233;sister, de lutter. Et il y des possibilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me aux Etats-Unis, par exemple, il y a des Etats qui sont gouvern&#233;s par les d&#233;mocrates, ce n'est pas formidable pour nous, &#233;cologistes, mais c'est quand m&#234;me un peu mieux. Donc ces Etats comme la Californie vont essayer de r&#233;sister &#224; la politique de Trump jusqu'&#224; un certain point. Mais bien s&#251;r je compte surtout sur les mouvements sociaux. Ces jours-ci, il se passe des choses int&#233;ressantes, en termes d'auto-organisation aux Etats Unis : des &#233;coles, des &#233;glises, qui d&#233;clarent qu'ils vont emp&#234;cher les d&#233;portations des migrants. Et il y aura aussi des r&#233;sistances concernant l'&#233;cologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublions pas qu'il y a eu le grand mouvement contre le pipeline Keystone aux Etats Unis avec la participation notamment des indig&#232;nes, les Sioux, soutenus par certains courants syndicaux, par la gauche, par les &#233;cologistes. Ils ont r&#233;ussi &#224; bloquer le pipeline. Donc il y aura des luttes. C'est le seul espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AC : Venons-en &#224; une derni&#232;re question, pour finir par de l'espoir, du positif. Une des forces de l'&#233;cosocialisme est d'aborder de front la question du projet de soci&#233;t&#233; alternative, &#233;cologiste, communiste, &#233;galitaire, f&#233;ministe, antiraciste, internationaliste&#8230;Dans le livre cela appara&#238;t nettement dans les derniers textes, et notamment autour de la question de la d&#233;croissance &#233;cosocialiste, au sujet de laquelle tu as &#233;crit plusieurs textes r&#233;cemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as aussi particip&#233; &#224; la r&#233;daction d'un Manifeste de la Quatri&#232;me Internationale proposant un programme de transition &#233;cosocialiste[4], &#233;crit par des militant.e.s &#233;cosocialistes de plusieurs pays. Il y est question des luttes qui articulent questions sociales et &#233;cologiques, mais aussi d'un projet &#233;cosocialiste, de planification d&#233;mocratique et d'autogestion, de nouvelles institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourrais-tu nous expliquer ce que tu entends par d&#233;croissance &#233;cosocialiste, et &#224; partir de l&#224; d&#233;velopper tes arguments sur l'&#233;cosocialisme comme projet de soci&#233;t&#233; d&#233;sirable ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ML :&lt;/strong&gt; Oui nous pensons, je pense et mes camarades aussi, qu'il ne suffit pas d'&#234;tre anticapitaliste, il faut proposer une alternative, sinon on n'est pas cr&#233;dible. Et cette alternative, c'est l'&#233;cosocialisme, c'est le projet, pas simplement de changer les rapports de propri&#233;t&#233;, mais d'une nouvelle civilisation fond&#233;e sur d'autres valeurs et d'autres formes de production et de consommation, une autre fa&#231;on de vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un projet tr&#232;s ambitieux, dont certains axes sont ceux classiques du socialisme, comme la propri&#233;t&#233; collective des moyens de production, l'autogestion et la planification d&#233;mocratique, mais maintenant avec un contenu &#233;cologique qui n'&#233;tait pas tellement pr&#233;sent dans le pass&#233;. Et &#233;videmment, ce projet, cette nouvelle civilisation, ne va pas se faire d'un jour &#224; l'autre. Il y aura un processus de transition, le Manifeste que tu as mentionn&#233; pense une transition entre le capitalisme et l'&#233;cosocialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, l'&#233;cosocialisme n'existera jamais si on ne commence pas la lutte pour l'&#233;cosocialisme ici et maintenant. Il ne s'agit pas d'attendre que les conditions soient m&#251;res pour agir. Parfois on nous critique en nous disant : &#171; votre projet &#233;cosocialiste est bien gentil, mais on ne peut pas attendre, il y a une urgence sur la question &#233;cologique, il faut agir d&#232;s maintenant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous ne proposons pas du tout d'attendre que la conscience soit m&#251;re pour la r&#233;volution mondiale, ce n'est pas du tout cela. Il faut agir ici et maintenant, m&#234;me pour de petites choses, de petites victoires qui ralentissent la vitesse de la course &#224; l'ab&#238;me. Pour reprendre cet exemple, si on peut arrive &#224; sauver le fret ferroviaire en France, ce n'est pas l'&#233;cosocialisme, mais c'est un pas tr&#232;s important dans ce combat. Donc il faut commencer la lutte ici et maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la question de la d&#233;croissance, il faut dire que jusqu'&#224; il y a quelques ann&#233;es, nous &#233;tions assez r&#233;serv&#233;s envers la d&#233;croissance, pour deux raisons. Premi&#232;rement, certains des partisans de la d&#233;croissance ne parlaient pas du capitalisme. Leur ennemi, c'&#233;tait la croissance en g&#233;n&#233;ral. Comme s'il pouvait y avoir un capitalisme d&#233;croissant. Et puis deuxi&#232;mement, nous pensons que la d&#233;croissance en soi n'est pas une alternative de soci&#233;t&#233;, cela ne dit pas quelle soci&#233;t&#233; on veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en m&#234;me temps, nous avons &#233;t&#233; de plus en plus convaincus que les courants de la d&#233;croissance avaient raison de dire qu'on ne peut pas affronter la crise &#233;cologique sans une d&#233;croissance de la production mat&#233;rielle. D'abord parce qu'il faut r&#233;duire la consommation d'&#233;nergie de fa&#231;on tr&#232;s substantielle, parce que les &#233;nergies renouvelables ne peuvent pas totalement remplacer les &#233;nergies fossiles. M&#234;me les &#233;nergies renouvelables demandent des mati&#232;res premi&#232;res, des minerais, qui n'existent pas &#224; l'infini&#8230;Donc il faut r&#233;duire la consommation d'&#233;nergie, r&#233;duire la production mat&#233;rielle. On ne peut pas continuer avec cette accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc l'id&#233;e de d&#233;croissance, nous la trouvons l&#233;gitime. Mais il faut que ce soit une d&#233;croissance anticapitaliste, sans aucune illusion sur la possibilit&#233; d'un capitalisme d&#233;croissant. Et il faut l'associer &#224; un projet de soci&#233;t&#233; qui est l'&#233;cosocialisme. C'est pour cela que nous parlons de d&#233;croissance &#233;cosocialiste. Et heureusement, une partie du mouvement d&#233;croissant va aussi dans cette direction, anticapitaliste d'abord, et m&#234;me pour certains &#233;cosocialiste. C'est pour cela que nous avons publi&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re une d&#233;claration commune entre quelques &#233;cosocialiste, moi compris, et quelques th&#233;oriciens de la d&#233;croissance. Sur le mot d'ordre : pour une d&#233;croissance &#233;cosocialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc nous avons int&#233;gr&#233;, moi et mes camarades, la d&#233;croissance dans notre conception de ce qu'est l'&#233;cosocialisme, parce que nous sommes convaincus qu'il faut r&#233;duire la production mat&#233;rielle. Alors &#233;videmment, les anti-&#233;cologistes disent &#171; Ah, vous voulez affamer les gens ? Vous voulez que les gens ne puissent plus manger, qu'ils ne puissent plus habiter, qu'ils ne puissent pas se transporter ? Vous &#234;tes pour l'&#233;cologie punitive ! &#187;. C'est le discours de la droite. Mais pour nous, les &#233;cosocialistes, qu'est-ce que la d&#233;croissance signifie plus pr&#233;cis&#233;ment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dirais, tout d'abord, en finir avec l'obsolescence programm&#233;e qui est inh&#233;rente au capitalisme. Parce que les produits sont faits pour ne pas &#234;tre durables. Je donne toujours cet exemple : ma grand-m&#232;re avait un frigo qui durait 40 ann&#233;es. Mais pour le capitaliste qui produit le frigo, c'est une tr&#232;s mauvaise affaire&#8230;s'il vend un frigo tous les 40 ans, c'est un d&#233;sastre. Donc il faut qu'il puisse vendre un frigo tous les quatre ans, et il produit des frigos qui, apr&#232;s quatre ann&#233;es, ne marchent plus. C'est la logique du capitalisme, et l'obsolescence programm&#233;e est inh&#233;rente &#224; la logique du capitalisme. C'est rationnel pour le capitaliste : il faut produire des marchandises qui deviennent obsol&#232;tes le plus vite possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut mentionner aussi l'obsolescence par la mode. C'est un autre truc : le t&#233;l&#233;phone portable qui a toujours un nouveau gadget, dont il faut acheter le nouveau mod&#232;le. C'est inh&#233;rent au capitalisme et cela produit un gaspillage monstrueux, aussi parce qu'on ne peut plus r&#233;parer les objets : l'ordinateur qui a un probl&#232;me, on ne peut pas le r&#233;parer, on ne peut m&#234;me pas l'ouvrir, il faut le jeter et en acheter un autre, tout nouveau. C'est la logique du syst&#232;me et c'est un gaspillage &#233;norme. Donc si on en finit avec l'obsolescence programm&#233;e, si on ne produit que des produits durables et r&#233;parables, on ferait d&#233;j&#224; un pas &#233;norme en direction de la d&#233;croissance, en r&#233;duisant donc la production de biens rien que par la suppression de l'obsolescence programm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il y a aussi la suppression des biens et services inutiles. Il y a une quantit&#233; astronomique de biens inutiles et/ou nuisibles. Bien entendu, ce n'est pas le bureau politique qui va d&#233;cider de ce qui est utile et inutile, c'est aux gens de le faire, d&#233;mocratiquement. Mais il est &#233;vident qu'il y a une quantit&#233; de biens qui sont inutiles, et aussi de services totalement inutiles. L'exemple le plus &#233;vident est la publicit&#233;. A quoi sert la publicit&#233; ? C'est n&#233;cessaire au capitalisme, mais dans une soci&#233;t&#233; rationnelle, la publicit&#233; serait totalement inutile. Et c'est un gaspillage &#233;norme d'&#233;nergie, de mati&#232;res premi&#232;res, de papier, de force de travail. Donc il faut supprimer la publicit&#233;. On pourrait multiplier les exemples. Il ne s'agit pas d'une &#171; &#233;cologie punitive &#187;, mais d'&#233;liminer des choses qui sont totalement inutiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il y a des questions qui sont plus compliqu&#233;es, par exemple celle de la voiture. Il ne s'agit pas de supprimer la voiture : elle a une utilit&#233; sociale, mais il s'agit de r&#233;duire substantiellement sa place dans toute la soci&#233;t&#233;, y compris l'id&#233;ologie, la culture, le mode de vie construit autour de la voiture. Tu ne peux pas exister sans voiture. Aux Etats-Unis, la carte d'identit&#233;, c'est le permis de conduire, qui remplace la carte d'identit&#233;. Si tu n'as pas de voiture, tu n'as pas d'identit&#233;, tu n'existes pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc il faut en finir &#233;videmment avec cette civilisation de la voiture et organiser les villes autrement pour qu'il y ait de la place pour les pi&#233;tons, pour les bicyclettes et pour les transports publics gratuits. Tout cela r&#233;duira beaucoup la place de la voiture, mais on ne va pas supprimer la voiture, &#231;a serait d'arbitraire. Un autre exemple compliqu&#233;, c'est la viande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La viande est un d&#233;sastre sanitaire : c'est une source de maladies cardiaques. Et c'est un d&#233;sastre environnemental, parce que sa production, l'&#233;levage, surtout dans les pays du Sud comme le Br&#233;sil, d&#233;truit les for&#234;ts. Et aussi parce que l'&#233;levage produit du m&#233;thane qui est un des gaz &#224; effet de serre les plus dangereux. Donc il faut imp&#233;rativement, du point de vue &#233;cologique et du point de vue de la sant&#233; publique, r&#233;duire la consommation de viande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut mentionner aussi la souffrance des animaux, c'est un autre argument. Je ne mettrai pas en premi&#232;re place. Je sais que mes amis v&#233;ganes mettent en premi&#232;re place la souffrance des animaux, et je le respecte, mais je ne mettrai pas en premi&#232;re place parce qu'il y a d'autres animaux qui mangent des animaux, les tigres et les loups mangent aussi d'autres animaux, on ne va pas criminaliser cela. La souffrance des animaux est un argument respectable, mais je mettrais en premi&#232;re place l'argument &#233;cologique et l'argument de sant&#233; publique, pour dire qu'il faut r&#233;duire la consommation de viande, c'est imp&#233;ratif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tant dit, on ne va pas le faire par d&#233;cret, on ne va pas rationner, il faut convaincre les gens qu'il faut r&#233;duire la consommation de la viande. Il faut mener un combat politique &#224; l'int&#233;rieur de la gauche, et notamment en France o&#249; le parti communiste fait l'apologie du bifteck fran&#231;ais. Il faut mener un combat, qui est difficile parce qu'il y a des habitudes, une culture de la viande, et tout un secteur &#233;conomique qui d&#233;pend de la viande, depuis les &#233;leveurs jusqu'aux bouchers, etc. Donc il faut leur trouver des alternatives, et ce combat n'est pas facile, mais il faut le mener. R&#233;duire la consommation de viande fait partie de la d&#233;croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc voil&#224; ce qu'est la d&#233;croissance pour nous. Moi et mes camarades, nous assumons la d&#233;croissance comme un des vecteurs essentiels du projet &#233;cosocialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors on pourrait dire : tout cela, c'est tr&#232;s bien, mais quel est le rapport de force ? On a Trump. On a tous les fascistes anti-&#233;cologistes au pouvoir. Et l'&#233;cosocialisme, est quand m&#234;me encore un mouvement assez minoritaire. Evidemment, il ne faut pas entretenir un optimisme b&#233;at. Et effectivement, le rapport de force n'est pas tr&#232;s favorable. Mais il faut &#233;viter de tomber dans le fatalisme pessimiste &#8211; par exemple celui des collapsologues qui disent que la catastrophe &#233;cologique est in&#233;vitable, qu'il faut se pr&#233;parer pour survivre, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis totalement oppos&#233; &#224; cela pour deux raisons. D'abord, si la catastrophe &#233;cologique a vraiment lieu, je ne sais pas si on pourra survivre. Et deuxi&#232;mement, la bataille n'est pas perdue. Nous pouvons r&#233;sister et nous pouvons lutter. Je termine avec une citation attribu&#233;e &#224; Brecht, que j'aime beaucoup, et qui dit : &#171; Celui qui lutte peut perdre, mais celui qui ne lutte pas a d&#233;j&#224; perdu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] John Bellamy Foster, The Ecological Revolution. Making Peace with the Planet, Monthly Review Press, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Kohei Saito, Moins ! La d&#233;croissance est une philosophie, Paris, Seuil, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Michael L&#246;wy et Daniel Tanuro (dir.), Luttes sociales et &#233;cologiques dans le monde. Allier le rouge et le vert, Paris, Textuel, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Projet de &#171; Manifeste du marxisme r&#233;volutionnaire &#224; l'&#232;re de la destruction &#233;cologique et sociale du capitalisme &#187;, en ligne : https://fourth.international/fr/comite-international/866/604&lt;/p&gt;
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		<title>Comment reconstruire des contre-pouvoirs syndicaux ? Entretien avec S. B&#233;roud et K. Yon</title>
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		<dc:date>2021-10-26T10:51:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexis Cukier, Karel Yon, Sophie Beroud</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-10-26</dc:subject>

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&lt;p&gt;Offensives des forces n&#233;olib&#233;rales et antisyndicales, progr&#232;s de l'extr&#234;me-droite et du confusionnisme, nouvelles formes de mobilisation remettant en question le r&#233;pertoire d'action traditionnel du syndicalisme, difficult&#233;s de s'organiser &#224; l'heure de la pand&#233;mie, etc. Cet entretien avec Sophie B&#233;roud et Karel Yon propose d'examiner ces forces, menaces et enjeux auxquels le syndicalisme doit se confronter. &lt;br class='autobr' /&gt; 4 octobre 2021 | tir&#233; de Contretemps &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons con&#231;u cet entretien &#8211; qu'on peut (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH83/arton50097-6f56c.png?1675072387' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='83' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Offensives des forces n&#233;olib&#233;rales et antisyndicales, progr&#232;s de l'extr&#234;me-droite et du confusionnisme, nouvelles formes de mobilisation remettant en question le r&#233;pertoire d'action traditionnel du syndicalisme, difficult&#233;s de s'organiser &#224; l'heure de la pand&#233;mie, etc. Cet entretien avec Sophie B&#233;roud et Karel Yon propose d'examiner ces forces, menaces et enjeux auxquels le syndicalisme doit se confronter.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;4 octobre 2021 | tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/syndicalisme-france-cgt-solidaires-entretien-beroud-yon/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Contretemps&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons con&#231;u cet entretien &#8211; qu'on peut lire en lien notamment avec un ouvrage r&#233;cent co-&#233;crit par Sophie B&#233;roud (En lutte ! Les possibles d'un syndicalisme de contestation, Raison d'agir, 2021), et d'un article de Karel Yon paru en mai 2020 dans Contretemps (&#171; Le syndicalisme, la retraite et les gr&#232;ves &#187;) &#8211; dans la foul&#233;e des violences antisyndicales qui ont eu lieu lors de la manifestation du 1er mai 2021 &#224; Paris. Et nous l'avons r&#233;alis&#233; alors que s'approche la date de mobilisation syndicale et des organisations de jeunesse du 5 octobre. Entretemps, les mobilisations contre le pass sanitaire se sont d&#233;velopp&#233;, qui ont cristallis&#233; certaines des difficult&#233;s de la p&#233;riode pour le syndicalisme de classe et le mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alexis Cukier : Parmi les questions mises en jeu par ces dates (1er mai, 5 octobre 2021), il y a celles de l'&#233;volution des formes et des pratiques de la manifestation. On a beaucoup parl&#233;, depuis 2016, du &#171; cort&#232;ge de t&#234;te &#187;, ainsi que des accords et d&#233;saccords tactiques, face &#224; la r&#233;pression polici&#232;re et &#224; la g&#233;n&#233;ralisation nouvelle de certaines techniques de maintien de l'ordre (par exemple la nasse) entre manifestant&#183;es syndiqu&#233;&#183;es, autonomes ou gilets jaunes. Pensez-vous qu'il y a l&#224; quelque chose de nouveau, de durable, d'important ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et il a &#233;galement &#233;t&#233; beaucoup d&#233;battu, au sein du mouvement des gilets jaunes et &#224; propos de lui, et &#224; nouveau ensuite au cours du mouvement social de l'hiver 2019, de l'efficacit&#233; ou non de la manifestation, de son rapport avec la revendication, la gr&#232;ve, l'&#233;meute&#8230; Que pensez-vous de ces d&#233;bats au sujet des transformations et de l'avenir de la manifestation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Karel Yon &lt;/strong&gt; : Je pense que le ph&#233;nom&#232;ne des &#171; cort&#232;ges de t&#234;te &#187; refl&#232;te un rapport plus fluide et moins &#171; captif &#187; des salari&#233;&#183;es aux organisations syndicales, plut&#244;t qu'une rupture. Il exprime une d&#233;fiance vis-&#224;-vis de la d&#233;l&#233;gation, plut&#244;t que vis-&#224;-vis de la repr&#233;sentation syndicale en soi, il suffit de voir le nombre de syndiqu&#233;&#183;es qui s'y retrouvent. Pour moi, c'est un ph&#233;nom&#232;ne qui, avec d'autres &#8211; de Nuit debout, dont la pratique du cort&#232;ge de t&#234;te est en partie issue, aux Gilets jaunes, en passant par les gr&#232;ves f&#233;ministes &#8211; t&#233;moigne du fait que, dans les mobilisations portant sur des enjeux qui &#233;taient auparavant consid&#233;r&#233;s comme relevant de la juridiction exclusive du &#171; mouvement ouvrier &#187; (le droit du travail, les retraites, les salaires&#8230;), celui-ci doit d&#233;sormais composer avec d'autres forces. C'est &#224; la fois un signe de la fragilisation du syndicalisme, ce qui est regrettable, mais aussi de la pluralisation des repr&#233;sentations de la classe laborieuse, ce qui est plut&#244;t une bonne nouvelle au regard de certaines lacunes des organisations syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres ph&#233;nom&#232;nes sont plus anecdotiques mais n'en restent pas moins pr&#233;occupants. Je pense &#224; l'agression du cort&#232;ge de la CGT lors du 1er mai dernier. En phase avec ce que je viens de dire, je ne pense pas que &#231;a exprime une d&#233;fiance latente. Il s'agit &#224; mon avis d'une entreprise politique de fractions tr&#232;s minoritaires mais qui, dans l'ambiance de confusion des manifestations, ont r&#233;ussi &#224; transformer de la distance en hostilit&#233; ouverte. Quand je parle de confusion, je pense autant &#224; la confusion militante provoqu&#233;e par l'attitude des forces de l'ordre qu'&#224; la confusion id&#233;ologique, mais on aura sans doute l'occasion d'en reparler &#224; propos des manifestations anti-pass/anti-vax&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir &#224; l'avenir de la manifestation, ce qui est en crise me semble &#234;tre moins la manifestation en soi que l'illusion de son autosuffisance. C'est une crise qui remonte &#224; loin, au &#171; Jupp&#233;thon &#187; de 1995, mais qui s'est aggrav&#233;e &#224; l'&#233;preuve de la r&#233;pression des manifestations et de l'aggravation des politiques n&#233;olib&#233;rales depuis la crise financi&#232;re de 2007-2008. &#199;a repose la question pratique de la construction d'un rapport de forces efficace, du renouvellement du r&#233;pertoire protestataire, avec la question du recours aux blocages, des conditions de redynamisation de l'action gr&#233;viste, mais aussi des ressorts politiques du pouvoir syndical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sophie B&#233;roud &lt;/strong&gt; : Pour prolonger ce dernier point, il me semble que l'accroissement de la r&#233;pression polici&#232;re ainsi que les tensions au sein des manifestations pose un probl&#232;me central aux syndicats, celui de faire participer &#224; ce type d'acte protestataire celles et ceux qui en sont le plus &#233;loign&#233;&#183;es. La crainte de se retrouver pris dans des interactions violentes peut dissuader un certain nombre de salari&#233;.es de rejoindre les cort&#232;ges. On me r&#233;torquera peut-&#234;tre que beaucoup de participant&#183;es aux Gilets jaunes &#233;taient des primo-manifestant&#183;es. C'est vrai et justement, l'&#233;preuve de la confrontation avec les forces de l'ordre les a beaucoup marqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le rappelait Karel, la journ&#233;e d'action centr&#233;e sur des manifestations sur l'ensemble du territoire s'est impos&#233;e comme l'&#233;l&#233;ment central du r&#233;pertoire d'action syndical depuis 1995. Si cet &#233;l&#233;ment est plus difficile &#224; manier et contribue moins qu'auparavant &#224; &#233;largir la mobilisation, l'un des risques est de privil&#233;gier des actions peut-&#234;tre plus efficaces sur le plan du blocage de l'&#233;conomie mais mises en &#339;uvre avant tout par des groupes de militant&#183;es d&#233;j&#224; convaincu&#183;es. Il y a donc une certaine urgence non seulement &#224; parvenir &#224; red&#233;ployer des manifestations plus festives, mais aussi &#224; penser des modalit&#233;s d'implication plus vari&#233;es dans les luttes sociales (comme cela a pu &#234;tre fait d'ailleurs lors du mouvement contre la r&#233;forme des retraites avec les flash-mobs des Rosies La riveteuse).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alexis Cukier : Venons-en aux difficult&#233;s plus g&#233;n&#233;rales auxquelles le syndicalisme est confront&#233; en France aujourd'hui. &#192; ce sujet, on mentionne g&#233;n&#233;ralement ces grandes tendances : transformations de l'organisation et de la division du travail, d&#233;mant&#232;lement du droit du travail et g&#233;n&#233;ralisation des politiques antisyndicales, d&#233;clin g&#233;n&#233;ral du mouvement ouvrier et du camp de l'&#233;mancipation sociale en Europe, &#233;mergence de nouvelles pratiques port&#233;es par de nouveaux acteurs et nouvelles actrices au sein du mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes recherches sur les rapports entre travail et d&#233;mocratie, mais aussi mon exp&#233;rience syndicale et militante, m'incitent &#224; insister sur un autre facteur, que vous avez d'ailleurs &#233;clair&#233; dans vos recherches respectives : la difficult&#233; de d&#233;mocratiser l'activit&#233;, l'organisation, la division du travail syndical. Ainsi, autour de ce qu'on appelle parfois la &#171; d&#233;marche travail &#187;, il est question d'en finir avec la conception d&#233;l&#233;gataire du syndicalisme, selon laquelle le syndicaliste recueille les plaintes, les transforme en revendications et n&#233;gocie avec le patronat &#224; la place des travailleurs et travailleuses. Mais, sur le terrain, il est souvent tr&#232;s difficile de contester et remplacer ces pratiques d&#233;l&#233;gataires, et de faire entrer une nouvelle culture politique, h&#233;riti&#232;re des mouvements sociaux post-2008, plus horizontale et autogestionnaire. Comment analysez-vous, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ces probl&#232;mes du syndicalisme contemporain, et en particuli&#232;rement cette question de la d&#233;mocratisation du travail syndical ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Karel Yon &lt;/strong&gt; : La fa&#231;on dont tu poses le probl&#232;me me semble la bonne : r&#233;fl&#233;chir en termes de division du travail syndical, c'est se donner les moyens de porter un regard mat&#233;rialiste sur les conditions de l'activit&#233; syndicale, ce qui veut dire plusieurs choses. D'abord, &#231;a permet de comprendre que le probl&#232;me du syndicalisme n'est pas tant celui d'une &#171; culture &#187; d&#233;l&#233;gataire que des conditions mat&#233;rielles qui, d'une part, encouragent ce rapport social d&#233;l&#233;gataire et, d'autre part, font obstacle &#224; une pratique plus collective et d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont toutes les transformations institutionnelles qui confortent la pratique du travail syndical comme celle de &#171; professionnels du dialogue social &#187;, tandis que les supports d'une pratique syndicale inclusive tendent &#224; r&#233;gresser. La fusion de l'ensemble des instances repr&#233;sentatives du personnel dans le Comit&#233; social et &#233;conomique, suite aux ordonnances de 2017, r&#233;sume bien ces deux tendances, puisqu'elle concentre les responsabilit&#233;s syndicales tout en r&#233;duisant le droit syndical et les ressources &#224; disposition des militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'oppos&#233; de ces tendances, je plaide pour l'institution d'un droit syndical interprofessionnel et notamment d'un mandat d'organisateur&#183;trice syndical&#183;e, qui reconnaisse et valorise les savoir-faire militants de mobilisation et d'organisation collectives[1]. C'est une proposition qui m'a &#233;t&#233; inspir&#233;e par les exp&#233;riences d'organizing port&#233;es par le ReAct que j'&#233;tudie, et que je con&#231;ois non pas comme un savoir militant qui viendrait se plaquer de l'ext&#233;rieur sur les situations de travail, mais comme un moyen d'attirer l'attention sur tout ce que j'appelle le &#171; travail syndical reproductif &#187; n&#233;cessaire &#224; la production de l'action syndicale[2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la continuit&#233; de cette r&#233;flexion, l'autre int&#233;r&#234;t d'une approche en termes de division du travail, c'est qu'elle nous interpelle sur la division sexuelle du travail syndical. Il y a encore une tendance &#224; d&#233;nigrer tout ce qui rel&#232;ve justement de la prise en charge et du traitement des &#171; plaintes &#187;, qui est renvoy&#233; au &#171; syndicalisme de services &#187;. Ce travail est per&#231;u comme moins noble que le travail de n&#233;gociation ou celui du conflit, il est plus souvent pris en charge par des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit souvent de la premi&#232;re modalit&#233; de rencontre entre les travailleur&#183;ses, particuli&#232;rement les plus pr&#233;caires, et les syndicats. Et vu l'&#233;tat du monde du travail, des conditions de travail et d'emploi, &#231;a ne risque pas de changer tout de suite ! Or, comme l'ont bien montr&#233; des travaux r&#233;cents de jeunes coll&#232;gues, ce type de travail syndical peut &#234;tre un important vecteur de politisation du rapport au travail[3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier enjeu de cette approche en termes de division du travail syndical, c'est qu'elle nous permet de comprendre l'activit&#233; syndicale comme une configuration d'action collective, un &#171; monde du travail syndical &#187; qui ne se r&#233;duit pas aux syndicats traditionnels mais implique d'autres acteurs individuels et collectifs : IRP, experts, avocats, associations et organisations parasyndicales, et bien s&#251;r tous les travailleuses et travailleurs qui ne sont pas syndiqu&#233;&#183;es&#8230; Penser l'activit&#233; syndicale &#224; cette &#233;chelle &#233;vite de r&#233;duire la question de la d&#233;mocratie syndicale &#224; celle du fonctionnement interne des syndicats. La d&#233;mocratie &#224; l'int&#233;rieur des syndicats d&#233;pend des relations que nouent les syndicalistes &#171; officiels &#187; &#224; cette multitude d'acteurs, et c'est seulement &#224; cette &#233;chelle qu'un v&#233;ritable fonctionnement d&#233;mocratique peut s'envisager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sophie B&#233;roud &lt;/strong&gt; : Je partage compl&#232;tement ce cadre d'analyse. La transformation des instances de repr&#233;sentation dans le priv&#233;, avec la mise en place des CSE et dans certains cas, lorsque les accords le pr&#233;voient, de repr&#233;sentants de proximit&#233;, appauvrit encore le travail de repr&#233;sentation pour lequel certain&#183;es salari&#233;&#183;es acceptent de s'engager. Ielles se retrouvent &#224; si&#233;ger dans des r&#233;unions tr&#232;s techniques et tr&#232;s longues, tr&#232;s &#233;loign&#233;es de la r&#233;alit&#233; concr&#232;te de leur travail, sans avoir de temps pour &#234;tre en lien avec leurs coll&#232;gues. C'est aussi le cas de repr&#233;sentant&#183;es de proximit&#233; parfois tr&#232;s isol&#233;&#183;es &#224; qui l'employeur n'a conc&#233;d&#233; que tr&#232;s peu de moyens. Cela engendre aussi des trajectoires de d&#233;sengagement tr&#232;s rapide des mandats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans plusieurs entreprises sur laquelle j'ai enqu&#234;t&#233; r&#233;cemment, le nombre des &#233;lu&#183;es au CSE s'est r&#233;duit comme peau de chagrin, la liste des titulaires et suppl&#233;ant&#183;es ayant &#233;t&#233; quasi &#233;puis&#233;e en deux ans. C'est tr&#232;s difficile de mettre en &#339;uvre des formes de d&#233;mocratie syndicale, entendue comme des espaces de participation et de d&#233;lib&#233;ration ouverts, lorsque les dispositifs institutionnels de repr&#233;sentation sur le lieu de travail non seulement isolent les &#233;lu.es mais les &#233;puisent. Mais on voit bien, en retour, l'urgence pour les syndicats de se d&#233;prendre de cette emprise institutionnelle qui encadre et r&#233;duit leur r&#244;le pour faire vivre des espaces autonomes de discussion et de participation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alexis Cukier : Ces difficult&#233;s semblent s'&#234;tre accru pendant la pand&#233;mie, avec le confinement, l'&#233;cole &#224; la maison et le t&#233;l&#233;travail, l'&#233;tat d'urgence sanitaire, les politiques sanitaires tr&#232;s verticales sans aucune possibilit&#233; d'intervention des salari&#233;&#183;es, l'instrumentalisation de cette situation par les hi&#233;rarchies d'entreprises et de la fonction publique, et puis aussi le fait que le surplus de travail, de risques et d'efforts s'est concentr&#233; sur les femmes, les personnes racis&#233;es, les plus pr&#233;caires. On pouvait esp&#233;rer, au printemps 2020, qu'il y aurait de mani&#232;re massive des droits de retrait, des droits d'alerte, par exemple, mais il est au final assez logique malheureusement qu'il n'en a rien &#233;t&#233;&#8230; Avez-vous d&#233;j&#224; quelques &#233;l&#233;ments de recherche ou d'observation au sujet des difficult&#233;s sp&#233;cifiques du syndicalisme en temps de pand&#233;mie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sophie B&#233;roud &lt;/strong&gt; : Ce serait important de disposer de donn&#233;es pr&#233;cises sur ce qui s'est pass&#233; durant le premier confinement, car des enqu&#234;tes de terrain men&#233;es dans des entreprises montrent que les droits de retrait individuels et les droits d'alerte ont quand m&#234;me &#233;t&#233; fr&#233;quemment utilis&#233;s par les salari&#233;&#183;es. Ce, d'autant plus que les CHSCT venaient juste de dispara&#238;tre et que les Commissions Sant&#233;, S&#233;curit&#233;, Conditions de Travail (CSSCT) &#8211; quand elles existent &#8211; n'ont pas toujours trouv&#233; une v&#233;ritable place dans les CSE : les droits de retrait ont parfois &#233;t&#233; la seule solution disponible pour les salari&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette p&#233;riode du premier confinement a &#233;t&#233; tr&#232;s int&#233;ressante car la question des activit&#233;s essentielles y a &#233;t&#233; soulev&#233;e avec force et par l&#224; m&#234;me des interrogations soulev&#233;es par les salari&#233;&#183;es sur les produits fabriqu&#233;s et sur la fa&#231;on de les produire. Ces interrogations ont parfois &#233;t&#233; formul&#233;es en d&#233;calage avec les syndicats, bien que des organisations comme la CGT ou Solidaires aient fait de la protection de la sant&#233; des travailleur&#183;ses une priorit&#233; tr&#232;s claire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une entreprise sur laquelle je m&#232;ne une &#233;tude dans un secteur technologique de pointe en pleine expansion, des salari&#233;&#183;es ont par exemple mis en avant leur droit de retrait alors que les syndicats, pourtant tr&#232;s combatifs, avaient davantage en t&#234;te la situation de l'entreprise sur un march&#233; tr&#232;s concurrentiel et n'envisageaient pas d'arr&#234;ter la production. Le premier confinement a ainsi non seulement permis d'&#233;clairer l'utilit&#233; sociale des m&#233;tiers dits de la premi&#232;re et de la deuxi&#232;me ligne et de montrer le paradoxe de leur d&#233;valorisation sociale, mais aussi de poser &#224; nouveau frais le sens du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait peut-&#234;tre au printemps 2020 un espace ouvert pour faire entendre &#224; large &#233;chelle un autre discours, pour souligner la n&#233;cessit&#233; de renforcer et de red&#233;ployer les services publics, mais aussi &#224; quel point notre soci&#233;t&#233; est marqu&#233;e par une division genr&#233;e et racis&#233;e du travail. Les m&#233;tiers de la deuxi&#232;me ligne, des caissi&#232;res aux aides &#224; domicile, &#233;tant comme on le sait des emplois majoritairement f&#233;minins et pr&#233;caires. Dans les semaines qui ont suivi, les syndicats ont essay&#233; de porter de fa&#231;on forte les enjeux de revalorisation sociale de ces m&#233;tiers, en &#233;tant notamment tr&#232;s mobilis&#233;s par le &#171; S&#233;gur de la sant&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors qu'il s'agissait justement de ne pas en rester &#224; une logique de compensation financi&#232;re pour obtenir des mesures plus structurelles, ce fil revendicatif s'est un peu perdu, noy&#233; par l'&#233;mergence d'autres th&#232;mes. Les syndicats ont d&#251; se positionner sur le t&#233;l&#233;travail, sur les premiers plans de licenciements collectifs, etc. Cette multiplication des th&#232;mes d'intervention, impos&#233;e par le contexte, a desservi me semble-t-il une strat&#233;gie discursive plus unifi&#233;e qui aurait pu &#234;tre d'une certaine fa&#231;on contre-h&#233;g&#233;monique par rapport aux politiques n&#233;olib&#233;rales et porter sur des choix fondamentaux de soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Karel Yon&lt;/strong&gt; : De mon c&#244;t&#233; j'ai plut&#244;t regard&#233; ce qui se passait dans le commerce et la restauration rapide au moment du premier confinement. Le cas d'un franchis&#233; McDonald's de la r&#233;gion de Tours, le seul &#224; avoir maintenu ses restaurants ouverts, a &#233;t&#233; un peu m&#233;diatis&#233; &#224; l'&#233;poque[4]. Des salari&#233;s de plusieurs restaurants se sont mobilis&#233;s pour essayer de les faire fermer en faisant valoir collectivement leur droit de retrait, en d&#233;pit de la d&#233;sinformation et des intimidations de l'employeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un cas int&#233;ressant, car au d&#233;part ces salari&#233;&#183;es ont agi seul&#183;es, et c'est la publicisation de cette &#233;preuve de force sur les r&#233;seaux sociaux qui leur a permis d'obtenir un soutien syndical. &#199;a montre qu'au-del&#224; des cas m&#233;diatis&#233;s de grandes entreprises comme Renault ou Amazon, il a pu exister dans les petits &#233;tablissements des formes de mobilisation plus ou moins autonomes, qui sont pass&#233;es sous les radars faute d'infrastructure syndicale pour leur donner de l'&#233;cho[5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la remarque de Sophie sur le d&#233;calage entre des salari&#233;s favorables au droit de retrait et leurs repr&#233;sentants syndicaux qui en redoutaient les cons&#233;quences &#233;conomiques est int&#233;ressante, car de mon c&#244;t&#233;, au moment du premier d&#233;confinement, j'ai &#233;t&#233; confront&#233; &#224; la situation inverse : dans un autre &#233;tablissement de la restauration rapide que j'ai &#233;tudi&#233;, c'est le d&#233;l&#233;gu&#233; syndical qui freinait la reprise tandis que les salari&#233;&#183;es voulaient retourner au travail ! &#199;a refl&#232;te bien les difficult&#233;s de cette p&#233;riode, l'alignement des pr&#233;occupations sanitaires et &#233;conomiques qui n'allait pas de soi, les diff&#233;rences dans le v&#233;cu du confinement selon les &#226;ges et la situation mat&#233;rielle des salari&#233;&#183;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci &#233;tant dit, la crise sanitaire a pu aussi &#234;tre l'occasion d'une visibilit&#233; accrue pour les syndicats qui ont su se saisir des r&#233;seaux sociaux. J'ai en t&#234;te le cas d'une grande enseigne de la distribution o&#249; le syndicat le plus actif sur les r&#233;seaux sociaux est pass&#233; de 5 000 &#224; 10 000 abonn&#233;s sur sa page Facebook d'entreprise, car il &#233;tait le seul &#224; fournir une information actualis&#233;e sur les cons&#233;quences du confinement et les conditions du ch&#244;mage partiel, par exemple. &#199;a ne remplace pas l'implantation sur le terrain, mais dans certains cas &#231;a a pu la pr&#233;parer. Beaucoup de syndicalistes &#233;voquaient un changement d'attitude des salari&#233;&#183;es &#224; leur &#233;gard, un besoin d'informations, une plus grande &#233;coute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Alexis Cukier : Et puis il y a eu l'&#233;mergence du mouvement contre le pass sanitaire, qui a confront&#233; l'ensemble de la gauche et du mouvement ouvrier &#224; une difficult&#233; de positionnement : comment faire comprendre, entendre, d&#233;fendre qu'on est &#224; la fois pour la vaccination et contre le pass sanitaire et ce qu'il contient de menaces et de nouveaux reculs pour le droit des travailleur&#183;ses ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a pu observer des &#233;carts entre les positions des centrales syndicales et certains syndicats voire f&#233;d&#233;rations (par exemple CGT Sant&#233; action sociale et Sud sant&#233; sociaux), entre diff&#233;rentes villes aussi avec des manifestations tant&#244;t franchement d'extr&#234;me-droite tant&#244;t comportant aussi une fraction non n&#233;gligeable de syndicalistes, et des &#233;volutions dans le temps, comme &#224; Orl&#233;ans o&#249; Solidaires a appel&#233; (avec d'autres organisations de gauche et antifascistes) &#224; des manifestations distinctes de celles qui s'&#233;taient initialement d&#233;velopp&#233;es (voir le texte &#171; On ne d&#233;file pas avec l'extr&#234;me-droite &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment analysez-vous les d&#233;bats et prises de position au sein du syndicalisme par rapport &#224; ce mouvement contre le pass sanitaire ? On peut, l&#224; aussi, parler de confusion politique, de progr&#232;s de l'extr&#234;me-droite, de recul du mouvement ouvrier, mais cette mobilisation anti pass sanitaire n'est-elle pas aussi le signe d'une certaine impuissance des syndicats &#224; mettre en avant des revendications claires (par exemple la vaccination pour toutes et tous, la lev&#233;e des brevets, mais aussi des propositions de d&#233;mocratie sanitaire dans l'entreprise comme dans les villes) et audibles &#224; une &#233;chelle de masse depuis le d&#233;but de la pand&#233;mie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sophie B&#233;roud &lt;/strong&gt; : L'imposition du pass sanitaire dans un certain nombre de secteurs a pu &#234;tre vue par nombre de salari&#233;s et de syndicalistes comme une double provocation de la part du gouvernement. En premier lieu, le fait de cibler de fa&#231;on forte des professions, en particulier de la sant&#233; mais pas seulement &#8211; on l'a bien vu avec les pompiers &#8211; qui un an auparavant &#233;taient pr&#233;sent&#233;es comme h&#233;ro&#239;ques car rest&#233;es sur les lieux de travail malgr&#233; les risques de contagion et en deuxi&#232;me lieu, la tentative de transformer le licenciement en outil de politique publique pour r&#233;guler la crise sanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'il faut rassembler tous ces &#233;l&#233;ments pour comprendre l'hostilit&#233; tr&#232;s r&#233;pandue dans les rangs syndicaux contre cette nouvelle mesure, hostilit&#233; qui a conduit des directions syndicales comme celle de la CGT &#224; soutenir ce refus de la vaccination obligatoire. Cette mesure vient s'inscrire dans un processus continu de r&#233;duction des libert&#233;s publiques et pour rappel, l'une des rares mobilisations qui a eu un peu d'ampleur durant la crise est celle contre la loi de S&#233;curit&#233; globale &#224; l'automne 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle montre aussi toute l'hypocrisie d'un gouvernement qui &#233;tait quand m&#234;me pr&#234;t &#224; cr&#233;er un nouveau motif de licenciement alors que les pertes d'emploi sont massives &#8211; avec une situation qui se rapproche de la crise de 2008 &#8211; et tout le m&#233;pris social dont les plus hauts dirigeants politiques ne cessent de faire preuve. Les motifs de m&#233;contentement sont donc nombreux et ont aliment&#233; de gr&#232;ves localis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retrouver des collectifs de Gilets jaunes qui se sont maintenus dans la dur&#233;e, malgr&#233; bien des difficult&#233;s, dans les premi&#232;res manifestations contre le pass sanitaire n'&#233;tait pas pour effrayer des militants syndicaux qui ont fait du chemin par rapport aux Gilets Jaunes, qui ont pu en fr&#233;quenter sur le plan local au printemps 2019 puis pendant la mobilisation contre la r&#233;forme des retraites de l'hiver 2019-20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce qui est diff&#233;rent par rapport au mouvement des Gilets Jaunes, c'est que les groupes d'extr&#234;me droite sont rest&#233;s dans les manifs, qu'ils y ont pris une place de plus en plus importante, parvenant &#224; influencer les mots d'ordre, les symboles, etc. C'est un peu le mouvement inverse de ce qui s'&#233;tait produit avec les Gilets Jaunes o&#249; l'infiltration men&#233;e par l'extr&#234;me droite s'&#233;tait au contraire r&#233;duite au fil des semaines, au fur &#224; mesure aussi o&#249; des connexions s'&#233;tablissaient avec des militants syndicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela montre, comme tu le dis, des milieux d'extr&#234;me droite plus organis&#233;s par rapport &#224; ce type de protestation et qui ont &#233;galement su tirer, de leur c&#244;t&#233;, des enseignements du mouvement des Gilets jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Karel Yon&lt;/strong&gt; : Je vais jouer la prudence sur cette question, car je n'&#233;tais plus en France quand le mouvement a d&#233;marr&#233; et depuis je le suis &#224; distance, et avec beaucoup de circonspection. Je comprends bien &#233;videmment la rage des salari&#233;&#183;es, et en premier lieu des soignant&#183;es qui, apr&#232;s avoir d&#251; subir les atermoiements, les errements et les mensonges du gouvernement, le manque de moyens tout au long de la crise sanitaire, ont soudainement &#233;t&#233; trait&#233;&#183;es comme des irresponsables ne m&#233;ritant que le b&#226;ton, alors m&#234;me que les v&#233;ritables opposants &#224; la vaccination sont tr&#232;s minoritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entends aussi les opposants au pass sanitaire qui d&#233;noncent une nouvelle restriction des libert&#233;s. Mais dans le contexte d'une nouvelle vague &#233;pid&#233;mique avec un variant &#224; la fois plus contagieux et dangereux, il fallait une politique de sant&#233; publique qui acc&#233;l&#232;re la vaccination et contr&#244;le la circulation du virus. Et il le fallait &#224; l'&#233;chelle nationale comme &#224; l'&#233;chelle internationale. La m&#233;thode punitive du gouvernement &#233;tait la pire mani&#232;re de le faire, mais il me semble que les mobilisations qui se sont d&#233;ploy&#233;es pour s'y opposer, en entretenant la confusion entre l'opposition au pass sanitaire et &#224; la vaccination, ne pouvaient pas &#234;tre per&#231;ues autrement que comme des forces entravant la r&#233;alisation de ces objectifs fondamentaux de sant&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alexis Cukier : Il y a, du moins dans les milieux militants, beaucoup d'attentes &#224; l'&#233;gard de la gr&#232;ve et de la journ&#233;e de mobilisation pour la d&#233;fense des salaires, des emplois, des conditions de travail et d'&#233;tude qui aura lieu le 5 octobre, &#224; l'appel de la CGT, FO, FSU, Solidaires avec les organisations de jeunesse. Est mis en avant, en effet, le lien entre les politiques sociales et sanitaires du gouvernement, l'intersyndicale indiquant que les organisations &#171; s'opposent &#224; ce que la situation sanitaire soit utilis&#233;e par le gouvernement et le patronat pour acc&#233;l&#233;rer la remise en cause des droits et des acquis des salari&#233;s et des jeunes&#171; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on y voir une tentative de reprendre la main sur l'opposition au pass sanitaire en l'int&#233;grant aux revendications et positions classiques du mouvement ouvrier ? Apr&#232;s un an et demi de crise sanitaire, sociale et politique, et le peu d'impact de la mobilisation contre l'assurance ch&#244;mage avant l'&#233;t&#233;, comment percevez-vous les enjeux de cette mobilisation du 5 octobre et de la p&#233;riode pr&#233;-&#233;lectorale qui s'ouvre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sophie B&#233;roud &lt;/strong&gt; : Le 5 octobre est ind&#233;niablement une initiative importante qui s'appuie sur une intersyndicale &#233;largie aux organisations de jeunesse, ce qui peut contribuer &#224; sa r&#233;ussite dans un contexte de pr&#233;carisation accrue des &#233;tudiant&#183;es mais aussi de d&#233;stabilisation de ces derniers face aux processus de s&#233;lection accrus &#224; l'universit&#233; (&#224; l'entr&#233;e avec Parcoursup, mais aussi en Master). La mobilisation peut &#234;tre &#233;galement forte dans les fonctions publiques en raison du maintien des politiques d'aust&#233;rit&#233; mais aussi des grands bouleversements qui s'y d&#233;roulent, suite &#224; la loi de transformation de la fonction publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela s'ajoute bien s&#251;r la col&#232;re accumul&#233;e sur l'obligation du pass sanitaire. Cependant, je pense qu'il faut voir avant tout cette journ&#233;e d'action comme un rendez-vous militant qui vise surtout &#224; remobiliser celles et ceux qui sont d&#233;j&#224; investi&#183;es au niveau syndical, &#224; r&#233;injecter d'une certaine fa&#231;on un peu de &#171; carburant militant &#187;. Plusieurs organisations syndicales sont d&#233;j&#224; tourn&#233;es vers la pr&#233;paration de leur congr&#232;s, l'Union syndicale Solidaires vient de le tenir, celui de la CGT a &#233;t&#233; repouss&#233; en 2023 mais est dans toutes les t&#234;tes en interne. Montrer dans ce contexte que l'on se mobilise, que l'on cherche &#224; construire un rapport de force est important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs difficult&#233;s existent toutefois dont il faudra mesurer l'impact sur la journ&#233;e d'action. L'une d'entre elles est le fait d'appeler sur un ensemble de motifs de m&#233;contentements et non sur une opposition &#224; un projet de loi pr&#233;cis (les intentions du gouvernement sur la r&#233;forme des retraites n'&#233;tant pas compl&#232;tement clarifi&#233;es)&#8230; &#201;tablir un bilan critique et transversal de la situation sociale et appeler &#224; se mobiliser pour des augmentations de salaires, etc., constitue une d&#233;marche originale et offensive du c&#244;t&#233; des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est toujours plus compliqu&#233; d'&#234;tre dans un registre de propositions et de parvenir &#224; imposer un calendrier autonome, diff&#233;rent du calendrier impos&#233; par le gouvernement et ce alors m&#234;me que l'on rentre dans la pr&#233;-campagne pour l'&#233;lection pr&#233;sidentielle. Une autre difficult&#233; provient des conditions de r&#233;ception de cet appel &#224; la mobilisation du c&#244;t&#233; des salari&#233;&#183;es, notamment dans le secteur priv&#233;. Cette p&#233;riode de rentr&#233;e est marqu&#233;e par une sorte de retour &#224; la &#171; normale &#187; qui n'en est pas compl&#232;tement un, le t&#233;l&#233;travail a &#233;t&#233; fortement r&#233;duit, les r&#233;unions en pr&#233;sentiel ont repris, mais aussi les trajets domicile/travail. Pour beaucoup de salari&#233;&#183;es, il faut se r&#233;habituer aux conditions du pr&#233;sentiel dans un contexte qui demeure quand m&#234;me incertain&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Karel Yon&lt;/strong&gt; : Je suis totalement d'accord avec l'appr&#233;ciation nuanc&#233;e de Sophie. On ne peut que se r&#233;jouir de l'existence de cet appel tout en restant prudent sur sa port&#233;e &#233;ventuelle. La multiplicit&#233; des revendications, le contexte de la rentr&#233;e et le fait qu'une partie du mouvement syndical reste &#224; l'&#233;cart ne facilitent pas la mobilisation. Je ne suis pas certain non plus que cette journ&#233;e soit de nature &#224; permettre au syndicalisme de reprendre la main sur l'opposition au pass sanitaire. C'est un appel &#224; se mobiliser en semaine, qui va surtout parler aux militant&#183;es et aux secteurs habitu&#233;s des journ&#233;es d'action syndicale. Pas &#224; celles et ceux qui manifestent les samedis. On a d&#233;j&#224; observ&#233; ce genre de discordance pendant le mouvement des Gilets jaunes. &#199;a permet surtout au syndicalisme d'occuper son couloir. Mais m&#234;me si cette date n'appara&#238;t pas comme un point de convergence, elle pourrait &#234;tre un point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alexis Cukier : Pour finir, comment r&#233;sumeriez-vous les enjeux pour le syndicalisme dans la p&#233;riode &#224; venir ? Apr&#232;s les Gilets jaunes, &#224; l'heure du devenir toujours plus autoritaire du n&#233;olib&#233;ralisme, face &#224; l'extr&#234;me droite, au confusionnisme et &#224; la fascisation de la soci&#233;t&#233;, pour construire des convergences avec la nouvelle g&#233;n&#233;ration de mouvements &#233;cologistes, f&#233;ministes, antiracistes, que pensez-vous que peut faire le mouvement syndical dans les ann&#233;es &#224; venir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Karel Yon&lt;/strong&gt; : Je pense qu'il y a un double enjeu pour le syndicalisme, organisationnel et politique, que je r&#233;sume dans l'id&#233;e du mouvement syndical comme &#171; parti du travail &#187;. Mais pour ne pas avoir l'impression de radoter[6], je vais insister sur un point seulement, celui de la reconstruction d'une capacit&#233; repr&#233;sentative qui permette au mouvement syndical de prendre en charge les int&#233;r&#234;ts du monde du travail dans toute sa diversit&#233;, pas des seuls ouvriers ou de celles et ceux qui b&#233;n&#233;ficient encore de la pl&#233;nitude du statut salarial. &#199;a implique selon moi de se doter de v&#233;ritables politiques de syndicalisation et de d&#233;veloppement, qui aillent &#224; la rencontre et soient &#224; l'&#233;coute des travailleuses et travailleurs dans leur diversit&#233;, et notamment des plus pr&#233;caires. &#192; l'image des politiques d'organizing que j'&#233;voquais tout &#224; l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour &#231;a il faut reconna&#238;tre que tout le travail militant de prospection, de rencontre, de mise en relation des salari&#233;&#183;es, &#231;a demande du temps, et de l'argent ! C'est ce que j'appelle le travail syndical reproductif, parce que je trouve que l'analogie avec la notion f&#233;ministe-mat&#233;rialiste de reproduction sociale est &#233;clairante : pour qu'il existe une action syndicale productive, au sens de productrice de r&#233;sultats revendicatifs, il faut commencer par produire et entretenir les collectifs qui supportent cette action. Or souvent ce travail militant n'est pas assez pris au s&#233;rieux, il est consid&#233;r&#233; comme quelque chose d'informel, qui s'apprend sur le tas, qui ne pourrait pas &#234;tre ne serait-ce qu'un minimum formalis&#233; et g&#233;r&#233; collectivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai l'impression que l'indiff&#233;rence face &#224; ce travail militant invisible, renvoy&#233; &#224; des qualit&#233;s &#171; inn&#233;es &#187;, repose parfois sur un impens&#233; syndical assez masculino-centr&#233; qui r&#233;duit le travail syndical &#224; ses sc&#232;nes les plus visibles, comme la table de n&#233;gociation, le piquet de gr&#232;ve, ou la tribune de meeting.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sophie B&#233;roud &lt;/strong&gt; : Ce qu'avance Karel comme &#233;l&#233;ments de r&#233;flexion sur cette capacit&#233; repr&#233;sentative des syndicats est vraiment tr&#232;s stimulant. En lien avec son analyse, il me semble aussi que l'un des enjeux auxquels sont confront&#233;s les syndicats consiste &#224; faire davantage le lien entre ce qui se joue dans la sph&#232;re du travail et dans celle du hors travail, justement par rapport aux conditions de la reproduction sociale. Cette articulation entre les deux &#8211; avec la mise en avant des difficult&#233;s mat&#233;rielles li&#233;es &#224; la vie quotidienne, au logement, au transport, etc. &#8211; a &#233;t&#233; au c&#339;ur du mouvement des Gilets Jaunes, qui a &#233;t&#233; tr&#232;s majoritairement une mobilisation de travailleuses et de travailleurs pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve aussi une imbrication tr&#232;s &#233;troite de ces dimensions (travail et hors travail) dans les syndicats de priv&#233;s d'emploi et pr&#233;caires &#224; la CGT ou &#224; Solidaires, ce qui pousse des militant.es des unions locales &#224; mener des actions pour r&#233;cup&#233;rer des logements vides, sur la gratuit&#233; des transports, etc. Les probl&#233;matiques sont proches, si ce n'est que les syndicats de priv&#233;s d'emploi et pr&#233;caires se d&#233;ploient plut&#244;t dans les milieux urbains tandis que les Gilets Jaunes t&#233;moignent d'exp&#233;riences v&#233;cues dans des espaces semi-urbains. Les syndicats ont bien s&#251;r toujours d&#233;velopp&#233; des actions pour &#233;largir leurs revendications aux conditions de vie des travailleur&#183;ses (en cr&#233;ant notamment des associations de consommateur&#183;rices, sur le logement, etc.) Mais il me semble qu'il faudrait aller beaucoup plus loin car c'est aussi une fa&#231;on d'&#234;tre davantage en prise avec les composantes les plus populaires du monde du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre claire, il ne s'agit &#233;videmment pas de d&#233;laisser l'action revendicative sur les lieux de travail, laquelle demeure centrale pour les syndicats, mais de r&#233;ussir &#224; inscrire davantage le syndicalisme dans le quotidien des classes populaires et de r&#233;ussir &#224; atteindre ces fractions de travailleur/ses pr&#233;caires employ&#233;.es dans des entreprises franchis&#233;es ou dans des PME sous-traitantes, dans des secteurs d'activit&#233; &#224; tr&#232;s faible pr&#233;sence syndicale, ou encore ces travailleur&#183;ses renvoy&#233;&#183;es aux marges du salariat comme les auto-entrepreneur&#183;ses, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une initiative comme &#171; Plus Jamais &#231;a ! &#187; est int&#233;ressante car elle inscrit les syndicats qui y participent dans d'autres r&#233;seaux militants, leur donne une autre visibilit&#233; et qu'elle contribue &#224; faire &#233;merger des propositions alternatives articulant les enjeux de &#171; fin de mois &#187; avec les enjeux de &#171; fin du monde &#187;. Mais cela reste encore beaucoup dans des milieux militants d&#233;j&#224; constitu&#233;s, m&#234;me si cela touche sans doute des g&#233;n&#233;rations plus jeunes. Ce serait sans doute important de renforcer aussi des initiatives transversales avec des collectifs constitu&#233;s dans les quartiers populaires sur des enjeux comme le v&#233;cu au quotidien des discriminations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;dit photo : Paule Bodilis / manif du 28 d&#233;cembre 2019 &#224; Paris contre le projet de r&#233;forme des retraites&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Karel Yon, &#171; Renforcer les moyens d'action du syndicalisme pour garantir une citoyennet&#233; sociale effective &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Marielle Benchehboune, Balayons les abus. Exp&#233;rience d'organisation syndicale dans le nettoyage, Syllepse, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Voir par exemple les travaux de Saphia Doumenc (voir &#171; Anarchosyndicalisme et nettoyage : l'improbable politisation de la lutte par le recours juridique &#187;) et d'Angelo Moro (voir &#171; Un m&#233;tier syndical au f&#233;minin ? R&#244;les et pratiques des d&#233;l&#233;gu&#233;es ouvri&#232;res dans une usine mixte &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Voir Quentin Muller, &#171; 12 MacDonald's n'ont jamais ferm&#233; et ont mis en danger employ&#233;s et clients &#187;, Streetpress.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Karel Yon, Antoine, salari&#233; de McDonald's et Irvin Violette, &#171; &#8221;Pourquoi pas nous ?&#8221; R&#233;cit d'une gr&#232;ve pass&#233;e sous les radars/ Entretien avec Antoine, salari&#233; McDonald's &#187;, Mouvements, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Voir Karel Yon, &#171; Le syndicalisme, la retraite et les gr&#232;ves &#187;, Contretemps, 2020.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Capitalisme, vie et mort &#224; l'heure du coronavirus</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Capitalisme-vie-et-mort-a-l-heure-du-coronavirus</link>
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		<dc:date>2020-03-31T14:25:13Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexis Cukier</dc:creator>


		<dc:subject>Coronavirus</dc:subject>
		<dc:subject>Coronavirus</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-03-31</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Rien ne sera plus comme avant. D&#233;sormais &#8211; l'heure appelle, je pense, &#224; le dire sans d&#233;tour, sans attendre les r&#233;sultats de nouvelles exp&#233;riences et de nouvelles enqu&#234;tes, en s'&#233;loignant autant que possible des formules habituelles des discours philosophiques et politiques, de mani&#232;re tr&#232;s directe &#8211;, les alternatives se poseront ainsi, ici et maintenant : le capitalisme ou la vie, travailler contraint &#224; en mourir ou travailler librement pour la vie. &lt;br class='autobr' /&gt; 29 mars 2020 | tir&#233; de contretemps.eu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH88/arton42825-e242c.png?1675072387' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='88' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Rien ne sera plus comme avant. D&#233;sormais &#8211; l'heure appelle, je pense, &#224; le dire sans d&#233;tour, sans attendre les r&#233;sultats de nouvelles exp&#233;riences et de nouvelles enqu&#234;tes, en s'&#233;loignant autant que possible des formules habituelles des discours philosophiques et politiques, de mani&#232;re tr&#232;s directe &#8211;, les alternatives se poseront ainsi, ici et maintenant : le capitalisme ou la vie, travailler contraint &#224; en mourir ou travailler librement pour la vie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;29 mars 2020 | tir&#233; de contretemps.eu&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/capitalisme-vie-mort-coronavirus/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/capitalisme-vie-mort-coronavirus/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous publions la version &#233;crite de l'analyse propos&#233;e par le philosophe Alexis Cukier pour la cha&#238;ne Youtube &#171; Philosopher en temps de crise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la crise, l'ordre &#233;tabli sera pr&#234;t pour le gouvernement autoritaire des prochaines catastrophes &#233;cologiques. Nous aurons connu des malades, des mortes et des morts, nous aurons &#233;t&#233; travailler ou faire des courses la peur au ventre pour nous-m&#234;mes et pour les autres, nous aurons &#233;t&#233; paniqu&#233;.e.s, sid&#233;r&#233;.e.s, confin&#233;.e.s, en col&#232;re, solidaires, d&#233;termin&#233;.e.s. Nous aurons vu mise en &#339;uvre &#224; grande &#233;chelle cette priorit&#233; des dirigeants : sauver l'&#233;conomie, c'est-&#224;-dire les profits, plut&#244;t que les vies. Dans les pays riches du Nord global, nous n'aurons certes pas connu les souffrances que les pillages, le n&#233;ocolonialisme et les guerres font vivre aux habitant.e.s des pays appauvris du Sud global. Mais ce que les crises sanitaires, &#233;conomiques, sociales, politiques, auront rendu ici aussi manifeste, c'est cette v&#233;rit&#233; : le capitalisme produit la mort. Par la guerre, qui lui est r&#233;guli&#232;rement n&#233;cessaire. Mais aussi contin&#251;ment et d'innombrables autres mani&#232;res, violentes ou progressives, visibles ou inaudibles, banales ou extraordinaires, et selon un d&#233;veloppement in&#233;gal et combin&#233; entre classes sociales et entre centre et p&#233;riph&#233;ries : le capitalisme produit la mort et &#233;puise la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Leurs profits, nos morts&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celles et ceux qui meurent de maladies &#224; coronavirus, du Covid-19, sont infect&#233;.e.s par le virus SARS-CoV-2 mais sont tu&#233;.e.s par des d&#233;cisions politiques qui, en d&#233;fendant les conditions du travail, du soin et de la vie n&#233;cessaires au capitalisme, n'ont pas permis d'emp&#234;cher et ne permettent pas d'endiguer la pand&#233;mie ni de diagnostiquer et soigner les malades. On compte aujourd'hui les victimes de cette pand&#233;mie, mais pas celles des autres bien plus mortif&#232;res dont le capitalisme est &#233;galement la principale souche : guerres, famines, intoxication et soins inaccessibles dans le Sud global, et l&#224;-bas surtout mais aussi ici cancers, affections neurotoxiques et cardiovasculaires, et toutes les autres maladies caus&#233;es ou dramatiquement aggrav&#233;es par la pollution atmosph&#233;rique et l'exposition &#224; des substances chimiques, qui touchent en premier lieu les travailleurs et travailleuses du capitalisme industriel puis l'ensemble de la population. La pollution atmosph&#233;rique est un fl&#233;au mondial : ne nous &#233;tonnons pas qu'on d&#233;couvre aujourd'hui qu'elle propage probablement le coronavirus et qu'en tout cas elle aggrave la maladie Covid-19. Celles et ceux dont le syst&#232;me immunitaire a &#233;t&#233; le plus endommag&#233; par ces &#233;missions et mutilations du capitalisme seront aussi les premi&#232;res victimes de cette nouvelle pand&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs profits, nos morts. En r&#233;alit&#233;, le capitalisme tue sans arr&#234;t. Surtout dans ses p&#233;riph&#233;ries, mais aussi en ses centres. &#192; petit feu pour la plupart, mais au sens litt&#233;ral et imm&#233;diat aussi, et en masse. Ce monde du capital a &#233;merg&#233; et s'est toujours maintenu dans la violence et la guerre, par des h&#233;catombes : les morts de la colonisation de l'Am&#233;rique, de la traite n&#233;gri&#232;re, des colonisations et guerres coloniales en Afrique et en Asie, des guerres mondiales &#8211; qui se sont compt&#233;s, pour chacun de ces g&#233;nocides, en millions et dizaines de millions &#8211; et d'autres innombrables guerres sans lesquelles le monde du capital n'existerait pas. Pour piller de nouvelles ressources et dominer de nouvelles mains d'&#339;uvre, pour gagner l'h&#233;g&#233;monie dans la comp&#233;tition &#233;conomique mondiale, pour liquider des stocks d'armes ou des r&#233;serves d'actions devenues sans valeur, pour reconstruire en masse ou imposer de nouveau besoins factices, ces guerres sont essentielles au capitalisme. Mais nous savons d&#233;sormais que ce monde du capital produit la mort encore autrement, graduellement et sans cesse, par la destruction des &#233;cosyst&#232;mes naturels, des modes de vie populaires qui leur sont li&#233;s, par l'exposition de toutes les esp&#232;ces vivantes &#224; des pollutions chimiques et aux &#233;missions de dioxyde de carbone, et parfois par des pand&#233;mies. En effet, pour faire du profit, il faut exploiter le travail, mais aussi la nature. Exploiter la nature, c'est-&#224;-dire, par l'extraction, la pollution, l'intoxication, la r&#233;duction de la biodiversit&#233;, d&#233;truire la reproduction des &#233;cosyst&#232;mes qui rendent la vie possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On objectera que, dans la derni&#232;re p&#233;riode, l'esp&#233;rance de vie a augment&#233;, ici et ailleurs, et on pourrait penser que le capitalisme en est la cause. C'est, je pense, une erreur : le capitalisme, l'exploitation du travail et de la nature pour le profit, n'est pas ce qui permet l'acc&#232;s &#224; l'eau potable, aux soins, &#224; des conditions de vie salubres et une alimentation saine. Ce qui le permet, c'est, au contraire de la privatisation capitaliste, la logique de la mise en commun de biens, techniques et savoirs. Et les preuves s'accumulent ; nous savons d&#233;sormais que le capitalisme ne peut fonctionner autrement qu'en d&#233;truisant la plan&#232;te et la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce monde, et pas dans un autre, que la maladie Covid-19 est apparue, et qu'elle tue. Il faudra enqu&#234;ter et le v&#233;rifier en d&#233;tail, mais il ne fait pas de doute que le transfert zoonotique et la pand&#233;mie en cours, comme d'autres auparavant, n'auraient pu avoir lieu sans l'agro-industrie de masse, l'hyper-urbanisation, la suppression des r&#233;gulations socio-&#233;cologiques entre nature &#171; sauvage &#187; et monde humain, les cha&#238;nes logistiques mondiales de la circulation des marchandises, la concentration de particules fines, le d&#233;mant&#232;lement du soin public caus&#233; par l'aust&#233;rit&#233; et la financiarisation de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme, donc, met &#224; mort. Mais qui pourra pr&#233;server la vie ? L'&#233;vidence est &#233;blouissante aujourd'hui : ce n'est pas l'&#201;tat capitaliste. Restons-en &#224; la France : l'&#201;tat a d&#233;cid&#233; de laisser venir l'&#233;pid&#233;mie plut&#244;t que de d&#233;pister d'embl&#233;e massivement et d'organiser le soin des malades et le confinement des personnes contagieuses. Il a organis&#233; la p&#233;nurie avant la crise, et une fois celle-ci venue, n'a pas produit aussit&#244;t et en masse les respirateurs, masques et autres instruments de protection n&#233;cessaires. Il a choisi d'affecter certaines des ressources existantes aux bureaux de vote du premier tour plut&#244;t qu'aux h&#244;pitaux, pharmacies et commerces alimentaires. Et aujourd'hui, une fois les cons&#233;quences de ces erreurs criminelles en plein essor, il confine s&#233;lectivement les cadres et fait pression pour que les ouvri&#232;res et ouvriers aillent travailler. Il envoie &#171; au front &#187; les travailleuses &#8211; ce sont en grande majorit&#233; des femmes &#8211; du service public hospitalier et de la vente alimentaire sans moyen pour se prot&#233;ger et ne pas contaminer. Par ses mesures financi&#232;res, il sauve les banques et les grandes entreprises plut&#244;t que les salari&#233;.e.s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il permet de reporter le paiement des loyers et factures des entit&#233;s &#233;conomiques, mais pas des locataires, des personnes endett&#233;es, des pr&#233;caires. Il ne s'occupe en rien, ou &#224; peine, des sans-abri, des int&#233;rimaires, des r&#233;fugi&#233;s, des exil&#233;s, des prisonni&#232;res et prisonniers dans les centres de d&#233;tention et les centres de r&#233;tention, des plus pauvres et domin&#233;s. Il a d&#233;cid&#233;, sous couvert d'&#171; &#233;tat d'urgence sanitaire &#187;, de saper encore plus les libert&#233;s publiques et le droit du travail, de r&#233;primer plus encore les quartiers populaires. L'&#201;tat ment, comme il l'a toujours fait, notamment quand il est question de ses guerres et violences, mais aussi de maladies professionnelles et de pollution. L'&#201;tat fait ce qu'il sait faire : ce qu'Achille Mbembe appelle la n&#233;cropolitique, d&#233;cider qui pourra vivre et qui devra mourir. C'est le c&#339;ur de l'&#201;tat moderne, comme Hobbes l'avait montr&#233; en son temps : faire peur, en agitant le spectre de la guerre civile et si n&#233;cessaire en d&#233;clarant la v&#233;ritable guerre, et laisser mourir &#171; pour le bien commun &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat a donc d&#233;clar&#233; que nous &#233;tions en &#171; guerre &#187;. Ce faisant, il nous habitue &#224; un &#233;tat de si&#232;ge permanent, r&#233;clame la discipline et l&#233;gitime les v&#233;ritables guerres qu'il m&#232;ne et pourra mener au nom de notre sant&#233; et de notre s&#233;curit&#233; &#8211; entendons en r&#233;alit&#233; : pour pr&#233;server les int&#233;r&#234;ts capitalistes. Le capitalisme a toujours eu besoin de la guerre pour se maintenir et s'&#233;tendre, mais insistons : la guerre n'est qu'un moyen auxiliaire ; le moyen principal, c'est l'exploitation &#224; mort, et la fin, c'est le taux de profit. C'est toujours la m&#234;me chose, et en m&#234;me temps quelque chose a chang&#233;, on le sent bien, y compris pour l'&#201;tat. Depuis une vingtaine ann&#233;es, certains de ses secteurs, notamment l'arm&#233;e, s'activent pour pr&#233;parer de nouvelles modalit&#233;s de gestion autoritaire des cons&#233;quences de la crise &#233;cologique en cours : catastrophes naturelles, d&#233;placements de population, &#233;pid&#233;mies&#8230; Cette militarisation de la crise &#233;cologique se pr&#233;parait &#224; bas bruit, et elle a d&#233;sormais commenc&#233; ici aussi, avec les militaires et drones qui contr&#244;lent les d&#233;placements des confin&#233;s. Nous y sommes. Les forces de l'&#233;cofascisme, ces formes autoritaires, meurtri&#232;res et liberticides de gouvernement des catastrophes &#233;cologiques que voyaient venir d&#233;j&#224; Ivan Illich et Andr&#233; Gorz, sont en marche. Et seules des r&#233;volutions pourront les arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Travailler pour la vie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors qui pour pr&#233;server la vie, des &#233;cosyst&#232;mes naturels et des &#234;tres humains, maintenant et plus tard ? Ce n'est pas l'&#201;tat donc, ni les patrons bien s&#251;r, ni les scientifiques tou.te.s seul.e.s, mais ce sont les travailleuses et travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'hypoth&#232;se principale de mes recherches acad&#233;miques et militantes en cours sur les rapports entre le travail, le capitalisme et la nature ; mais c'est aujourd'hui aussi une &#233;vidence, un constat. Ce sont les travailleurs, et les travailleuses surtout, qui de fait r&#233;pondent aux besoins essentiels, et prennent soin de la plan&#232;te et de la vie. Qui lutte aujourd'hui contre la propagation de l'&#233;pid&#233;mie et travaille &#224; r&#233;pondre &#224; nos besoins fondamentaux ? Pour l'essentiel des ouvri&#232;res : infirmi&#232;res et soignantes de proximit&#233;, travailleuses du nettoyage, caissi&#232;res, assistantes maternelles&#8230; et aussi les &#233;boueurs et &#233;boueuses, ambulanciers et ambulanci&#232;res, agricultrices et agriculteurs, m&#233;decins, etc. Celles et ceux qui travaillent &#224; la vie des autres le font aujourd'hui en risquant leur propre mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il des autres ? Ceux, et surtout celles, qui travaillent &#224; la maison et s'occupent des enfants, des cadres pour la plupart, travaillent &#233;galement &#224; la vie mais sans qu'on leur demande de risquer la mort. Elles et ils n'auront non plus rien d&#233;cid&#233;, et la loi d'&#233;tat d'urgence sanitaire pr&#233;pare la phase suivante de leur travail forc&#233;. Peut-&#234;tre seront-elles et ils, plus tard, remerci&#233;.e.s par l'&#201;tat pour leur discipline et leur d&#233;vouement, &#224; condition d'avoir accept&#233; de jouer leur partition sans broncher dans la reproduction du capitalisme et de n'avoir pas r&#233;clam&#233; et partag&#233; avec les subalternes le pouvoir politique qui devrait revenir &#224; toutes celles et ceux qui travaillent &#224; la reproduction sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reproduction sociale, ce concept de la th&#233;orie marxiste approfondi et renouvel&#233; par le f&#233;minisme mat&#233;rialiste, est l'enjeu crucial de la crise en cours, comme du moment d'apr&#232;s. Cela d&#233;signe toutes les activit&#233;s domestiques, de soin, de subsistance, de nettoyage et nettoiement, d'&#233;ducation, le plus souvent non salari&#233;es, et toujours d&#233;qualifi&#233;es et surexploit&#233;es. Qui fait ce travail utile et d&#233;consid&#233;r&#233; ? Pour l'essentiel des femmes pauvres et racis&#233;es. Sans la reproduction sociale qu'elles effectuent, on ne pourrait pas vivre. Et le capitalisme ne pourrait pas non plus exploiter le reste du travail social. La crise en cours r&#233;v&#232;le cependant qu'il faut cesser d'opposer la reproduction sociale &#224; la production tout court. La reproduction sociale, c'est la production de la vie &#8211; et cela devra devenir, dans le monde d'apr&#232;s, c'est-&#224;-dire demain, le seul travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des travailleuses et travailleurs, donc, qui soignent, r&#233;parent, maintiennent, font subsister, &#233;duquent, rendent possible l'entraide et l'auto-organisation populaire&#8230; cela n'a rien &#224; voir avec la guerre. L'&#171; effort de guerre &#187;, s'il y en a un, est plut&#244;t demand&#233; aux autres qui travaillent encore, incit&#233;.e.s ou contraint.e.s, dans les usines automobiles et a&#233;ronautiques, le BTP, la livraison &#224; domicile et tous les secteurs qu'on dit enfin aujourd'hui &#171; non essentiels &#187; : elles et ils doivent s'exposer &#224; la mort non pour la vie des autres mais pour que les capitalistes continuent de faire du profit et ne perdent pas le contr&#244;le de la production. Ils doivent s'exposer &#224; la mort pour que le travail de mort du capitalisme puisse continuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est temps de prendre acte qu'il y a des formes de travail qui ruinent la nature et d'autres qui au contraire participent &#224; sa r&#233;gulation et son autoreproduction ; des formes de travail qui conduisent &#224; la mort et d'autres qui pr&#233;servent et d&#233;veloppent la vie. C'est ce qu'a montr&#233; Marx, en son temps, en montrant que le capitalisme rompt le m&#233;tabolisme de l'homme et de la nature &#8211; et c'est pourquoi le marxisme &#233;cologique contemporain, au-del&#224; de Marx, peut tant nous aider dans la p&#233;riode. C'est aussi ce que certains de ses textes permettent de penser avec le concept de travail vivant, en partant surtout du point de vue des travailleurs de la terre, dont l'activit&#233; m&#234;me requiert de d&#233;fendre les conditions naturelles de toute vie et de tout travail. Le travail vivant, en bref, exprime que nous ne sommes pas des forces de travail au service du &#171; travail mort &#187; des machines et de la finance ; que nous sommes des &#234;tres vivants, des puissances naturelles qui risquons la maladie et la mort en allant travailler aux conditions des capitalistes ; et aussi que, dans notre exp&#233;rience du travail, nous pouvons trouver les ressources pour refuser la prescription de la mort et orienter toutes nos activit&#233;s vers la libert&#233; et la vie. Ce sont ces forces du travail vivant que nous devons r&#233;unir aujourd'hui, parce que c'est de ce point de vue que les exigences de pr&#233;servation de la vie, de libert&#233; et d'&#233;galit&#233; peuvent &#234;tre associ&#233;es, et que nous pourrons enclencher une r&#233;volution &#233;cologiste pour d&#233;faire l'&#233;cofascisme qui vient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rien ne sera plus comme avant, mais il est possible que ce soit la vie et la libert&#233; qui gagnent. Pour cela, il faut se battre, de toutes nos forces.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous montrent la voie les travailleuses et travailleurs qui ont fait gr&#232;ve, notamment en Italie, et qui n'ont pas attendu, pour faire passer la vie avant le profit, l'arr&#234;t des activit&#233;s non essentielles si tardivement d&#233;cid&#233; par le gouvernement ; celles et ceux qui, notamment en France, font valoir leur droit de retrait et parfois parviennent &#224; faire fermer leur entreprise ; les infirmi&#232;res et internes qui tout en sauvant des vies, alertent, proposent, commencent &#224; exiger ; l'auto-organisation populaire dans les quartiers aussi, qui se red&#233;ploie pour prendre soin des plus vuln&#233;rables, domin&#233;s, de celles et ceux dont la vie ne compte pas pour les politiques de l'&#201;tat. Mais sur cette base, il faudra aller beaucoup plus loin, et sans tarder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, nous prendrons acte que le d&#233;mant&#232;lement complet de toutes celles des activit&#233;s industrielles, logistiques et militaires qui sont polluantes et destructrices de la nature et de la sant&#233; humaine est n&#233;cessaire pour que la vie continue. La finance, cet acc&#233;l&#233;rateur de catastrophes &#233;conomiques, sociales et &#233;cologiques, sera abolie, les bourses capitalistes ferm&#233;es, les richesses deviendront propri&#233;t&#233;s communes. Alors, nous travaillerons toutes et tous dans les secteurs essentiels &#224; la vie, et le travail vivant sera lib&#233;r&#233; du travail mort. Alors nous aurons conquis le pouvoir sur le travail pour la vie, et le temps n&#233;cessaire pour d&#233;cider et d&#233;lib&#233;rer collectivement de son organisation et de ses formes, de ses moyens et conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que j'ai appel&#233;, avant cette crise, un &#171; &lt;a href=&#034;https://www.puf.com/content/Le_travail_d%C3%A9mocratique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;travail d&#233;mocratique&lt;/a&gt; &#187;, un nom possible du communisme. Bien s&#251;r, ce dernier n'a rien &#224; voir avec la Chine, cette superpuissance capitaliste, et a peu de points communs avec ce que fut la Russie sovi&#233;tique ou d'autres pays et exp&#233;riences du XXe si&#232;cle qui ne furent jamais dans les faits communistes. Pour se faire comprendre et ne plus perdre de temps, puisque apr&#232;s la crise est &#224; port&#233;e de vue, il faut le qualifier : ce sera le communisme de soin, le communisme &#233;cologique, le communisme pour la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce monde d'apr&#232;s la crise, nous devons et nous pouvons d&#233;sormais le pr&#233;parer tr&#232;s concr&#232;tement, ici et maintenant pour demain. Et cela commence ainsi : en refusant d&#232;s maintenant qu'ici ou ailleurs, quiconque travaille &#224; mort et &#224; faire mourir, en mettant nos activit&#233;s autant que possible au service de la vie. Et nous devons nous pr&#233;parer &#224; la suite : des gr&#232;ves, des boycotts, occupations et rassemblements, des assembl&#233;es populaires, des conflits, des d&#233;lib&#233;rations et d&#233;cisions, de nouvelles institutions permettant une planification d&#233;mocratique de la transition &#233;cologique, des &#233;volutions r&#233;volutionnaires dans l'usage de notre temps, dans nos rapports aux autres humains et &#224; la nature. Nous devons d&#232;s aujourd'hui y &#339;uvrer collectivement, pour que plus jamais on ne puisse nous imposer la bourse, plut&#244;t que la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais demain, en tout cas, nous n'aurons plus le choix et nous devrons vivre cette alternative : travailler &#224; la mort ou travailler pour la vie, se soumettre au capitalisme &#233;cofasciste ou mettre en &#339;uvre un communisme &#233;cologique. Et le temps sera venu de reprendre cette banni&#232;re : la libert&#233; ou la mort.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Avec Marx, philosophie et politique</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Avec-Marx-philosophie-et-politique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Avec-Marx-philosophie-et-politique</guid>
		<dc:date>2019-11-03T13:32:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexis Cukier, Isabelle Garo</dc:creator>


		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-10-22</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la revue Contretemps. &lt;br class='autobr' /&gt;
Entretiens avec Alain Badiou, &#201;tienne Balibar, Jacques Bidet, Michael L&#246;wy et Lucien S&#232;ve, men&#233;s par Alexis Cukier et Isabelle Garo. &lt;br class='autobr' /&gt;
Contretemps publie un extrait de l'introduction de Avec Marx, philosophie et politique. Cet ouvrage donne la parole &#224; cinq philosophes marxistes fran&#231;aise de renomm&#233;e internationale &#8211; Alain Badiou, &#201;tienne Balibar, Jacques Bidet, Michael L&#246;wy et Lucien S&#232;ve &#8211; qui pr&#233;sentent l'&#233;volution de leur rapport &#224; Marx, &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Livres-et-periodiques-" rel="directory"&gt;Livres et p&#233;riodiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres et revues&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-10-22-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-10-22&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L94xH150/arton40772-61b70.jpg?1675072387' class='spip_logo spip_logo_right' width='94' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/avec-marx-philosophie-politique/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site de la revue Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretiens avec Alain Badiou, &#201;tienne Balibar, Jacques Bidet, Michael L&#246;wy et Lucien S&#232;ve, men&#233;s par Alexis Cukier et Isabelle Garo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contretemps publie un extrait de l'introduction de Avec Marx, philosophie et politique. Cet ouvrage donne la parole &#224; cinq philosophes marxistes fran&#231;aise de renomm&#233;e internationale &#8211; Alain Badiou, &#201;tienne Balibar, Jacques Bidet, Michael L&#246;wy et Lucien S&#232;ve &#8211; qui pr&#233;sentent l'&#233;volution de leur rapport &#224; Marx, &#224; la philosophie et &#224; la politique, des ann&#233;es 1950 &#224; aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil de leurs r&#233;ponses aux questions pos&#233;es par Alexis Cukier et Isabelle Garo, les auteurs analysent les rapports entre philosophie et politique, reviennent sur la trajectoire du marxisme en France et abordent la signification du communisme aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction s'attache &#224; pr&#233;senter les coordonn&#233;es th&#233;oriques et politiques complexes de ces trajectoires singuli&#232;res, leurs convergences et leurs divergences, qui &#233;clairent le renouvellement en cours de la philosophie marxiste ainsi que de l'engagement communiste aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction par Alexis Cukier et Isabelle Garo&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi continuer de se confronter &#224; Marx, voire de se r&#233;clamer du marxisme en 2019 lorsqu'on est philosophe et qu'on appartient &#224; la g&#233;n&#233;ration n&#233;e entre 1925 et 1945 ? Apr&#232;s le rayonnement &#8211; relatif mais r&#233;el &#8211; du marxisme fran&#231;ais au cours des ann&#233;es 1960, puis le long purgatoire &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1970, Marx suscite aujourd'hui un certain regain d'int&#233;r&#234;t, dans une situation qui combine l'oubli d'une histoire complexe et diverse &#8211; celle des &#171; mille marxismes &#187;1 et de leurs adversaires &#8211;, le poids persistant de l'&#233;chec des pays dits &#171; socialistes &#187; et la diabolisation du communisme, mais aussi la recherche montante d'alternatives franches face au nouveau tournant autoritaire du capitalisme en crise et &#224; ses saccages humains et environnementaux. C'est pourquoi il nous a sembl&#233; pertinent de concevoir ce livre comme un ensemble d'entretiens qui t&#233;moignent de cette histoire longue et toujours en cours : celle de la r&#233;ception et des usages de Marx en France, au point de rencontre entre philosophie et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ouvrage donne la parole &#224; cinq philosophes marxistes fran&#231;ais &#8211; Alain Badiou, &#201;tienne Balibar, Jacques Bidet, Michael L&#246;wy, Lucien S&#232;ve &#8211; de renomm&#233;e internationale, qui pr&#233;sentent chacun &#224; son tour les raisons, les enjeux et l'&#233;volution de leur rapport maintenu &#224; Marx, au croisement de la philosophie et de la politique, des ann&#233;es 1950 jusqu'&#224; aujourd'hui. Revenant sur leurs parcours intellectuels et militants respectifs, ils nous aident &#224; mieux comprendre les transformations du marxisme depuis l'imm&#233;diat apr&#232;s-guerre, et plus largement les &#233;volutions id&#233;ologiques et sociopolitiques dont notre p&#233;riode est issue &#8211; et qui continuent de l'&#233;clairer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tour de r&#244;le, les auteurs ont r&#233;pondu &#224; nos questions, parfois en les reformulant, les entretiens qui suivent restant tous b&#226;tis autour des m&#234;mes interrogations : comment avez-vous rencontr&#233; la pens&#233;e de Marx, et avez-vous commenc&#233; &#224; en faire usage ; dans quel contexte th&#233;orique et politique, pour r&#233;pondre &#224; quelle urgence et quel probl&#232;me, en rapport avec quels engagements militants ? Quelles ont &#233;t&#233; les &#233;volutions de votre conception du communisme et que devraient &#234;tre une action ou une organisation politique communiste aujourd'hui ? Que retenez-vous d'essentiel de la pens&#233;e de Marx pour penser la p&#233;riode politique pr&#233;sente ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions font donc la part belle au croisement entre th&#233;orie et politique2 : outre qu'il s'agit l&#224; d'une caract&#233;ristique qui d&#233;finit le marxisme en propre, deux raisons majeures nous ont incit&#233;s &#224; placer ce croisement au c&#339;ur de ce livre, qui donne &#224; percevoir les continuit&#233;s autant que les ruptures qui traversent ce secteur du paysage intellectuel et militant fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est que l'histoire du marxisme fran&#231;ais, pour ne parler que de lui, est depuis longtemps entr&#233;e dans la cat&#233;gorie de l'&#171; histoire des vaincus &#187; : elle est lacunaire, caricatur&#233;e surtout, car &#233;crite par ses adversaires. Ainsi, le retournement de conjoncture des ann&#233;es 1970 a-t-il conduit &#224; la l&#233;gende d'une h&#233;g&#233;monie intellectuelle et acad&#233;mique d'un &#171; marxisme &#187; g&#233;n&#233;rique, sans &#233;gard pour sa diversit&#233; ni pour la r&#233;alit&#233; de sa pr&#233;sence institutionnelle, certes bien plus importante qu'aujourd'hui mais fort in&#233;gale. Cette brutale revanche id&#233;ologique a surtout conduit &#224; la rel&#233;gation des marxistes dans le camp totalitaire, &#224; leur expulsion progressive hors du monde universitaire et &#233;ditorial. Or l'oubli et la m&#233;connaissance de la richesse des d&#233;bats3 qui animaient alors la vie intellectuelle fran&#231;aise du c&#244;t&#233; du marxisme et de ses interlocuteurs p&#232;sent aujourd'hui encore sur la relance contemporaine de ce travail critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde raison qui motive ce projet tient au fait que tous les auteurs de ce livre demeurent des philosophes productifs et actifs, dont le rapport &#224; Marx et au marxisme n'a cess&#233; de se transformer et, tout en se r&#233;inventant, de se maintenir, d'une fa&#231;on ou d'une autre. R&#233;inscrire leurs apports dans le temps long des derni&#232;res d&#233;cennies permet de souligner leur importance et leur diversit&#233;, dans le contexte d'une profonde transformation de la vie intellectuelle fran&#231;aise et de l'actuelle promotion m&#233;diatique d'essayistes sans id&#233;es et de pamphl&#233;taires r&#233;actionnaires, dont la cons&#233;cration est assur&#233;e d&#233;sormais par les m&#233;dias dominants et non plus par les institutions savantes4 ou les r&#233;seaux militants. Ici encore, il s'agissait d'inviter les lecteurs &#224; d&#233;couvrir ou &#224; compl&#233;ter leur connaissance de ces &#339;uvres bien vivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les chapitres qui suivent d&#233;mentent-ils tous la th&#232;se convenue d'un marxisme englouti et st&#233;rile, dont la discussion serait p&#233;rim&#233;e. Mais ils illustrent aussi la fa&#231;on dont, au tournant des ann&#233;es 1970, la philosophie marxiste a tent&#233; d'ouvrir des perspectives neuves extr&#234;mement diverses, en rupture avec un mode d'intervention ancien, tout en subissant de plein fouet l'impact d'une situation de crise, qui n'a cess&#233; de s'amplifier. Dans ces conditions, les r&#233;ponses des th&#233;oriciens marxistes emprunt&#232;rent des voies analogues &#224; celles qui s'offrent &#224; des militants politiques confront&#233;s &#224; la d&#233;faite &#8211; ce qu'ils &#233;taient &#233;galement : abandon discret, reniement tonitruant, fid&#233;lit&#233; r&#233;affirm&#233;e, tentative de renouvellement, recherche d'hybridation avec d'autres courants de pens&#233;e, combinaisons diverses de toutes ces options.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, si les auteurs interrog&#233;s dans ce livre manifestent tous une volont&#233; de renouvellement associ&#233;e &#224; une fid&#233;lit&#233; critique, il est logique qu'ils se soient attel&#233;s &#224; cette t&#226;che selon des voies profond&#233;ment divergentes, interrogeant de nouveau fondamentalement le rapport entre th&#233;orie et politique, &#224; grande distance du marxisme ant&#233;rieur. Cette diversit&#233; est une richesse autant que l'&#233;cho, sur le terrain philosophique, de la longue d&#233;faite des organisations du mouvement ouvrier sur tout son spectre, conduisant &#224; l'effacement croissant de la culture th&#233;orique qui en &#233;tait indissociable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abord&#233;s sous cet &#233;clairage, c'est alors l'&#233;clatement des trajectoires qui frappe, la singularisation des objets d'analyse et des styles, ainsi que l'absence quasi totale de dialogue mutuel &#8211; f&#251;t-il pol&#233;mique. Car &#224; mesure que les marxismes de cette g&#233;n&#233;ration s'efforcent de se renouveler, ils tendent &#224; se r&#233;installer sur le terrain th&#233;orique, les philosophes b&#233;n&#233;ficiant tout particuli&#232;rement de la capacit&#233; &#224; percevoir voire &#224; diagnostiquer les conjonctures de crise globale et &#224; les convertir en opportunit&#233;s de recherche : on peut &#233;mettre l'hypoth&#232;se que la vitalit&#233; de la philosophie dans ce contexte provient de ce qu'elle se pr&#233;sente &#224; la fois comme modalit&#233; et comme substitut de l'intervention politique, reconduisant et d&#233;pla&#231;ant dans le m&#234;me temps son hypoth&#232;se maintenue5. Dans tous les cas, les philosophes de cette g&#233;n&#233;ration se sont attach&#233;s &#224; rouvrir une voie critique en se confrontant centralement aux conceptions de Marx, ces derni&#232;res s'offrant &#8211; comme c'est le cas de toute grande pens&#233;e en prise sur son temps &#8211; &#224; des r&#233;ceptions multiples et &#224; des interpr&#233;tations jamais d&#233;finitives. C'est pourquoi les chapitres de ce recueil ont pour trait commun de mettre en &#233;vidence la complexit&#233; de cette histoire inachev&#233;e, unifi&#233;e par ses contradictions m&#234;mes autant que d&#233;chir&#233;e par sa crise interne, travers&#233;e de d&#233;bats rest&#233;s en jach&#232;re, mais aussi de pr&#233;occupations partag&#233;es. C'est donc un territoire &#233;trange et mouvant que dessine ce livre, territoire &#224; l'&#233;vidence commun sans &#234;tre pour autant un lieu de rencontre v&#233;ritable. Mais peut-&#234;tre ce volume incitera-t-il &#224; de nouveaux &#233;changes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, c'est bien ce paysage vivant que nous avons voulu pr&#233;senter aux lecteurs et lectrices. Disons-le d'entr&#233;e de jeu : cet ouvrage ne propose aucun r&#233;sum&#233; des &#339;uvres des philosophes qui y ont contribu&#233;, il n'offre aucune synth&#232;se qui pourrait &#233;pargner l'effort de les aborder au niveau th&#233;orique exigeant o&#249; elles se situent toutes, mais il se veut une invitation &#224; leur lecture int&#233;grale, &#224; partir des &#233;clairages et de la mise en contexte historique propos&#233;s par les auteurs eux-m&#234;mes. Les trajectoires qui s'esquissent dans ces brefs textes interrogent notre pr&#233;sent, et singuli&#232;rement les sens neufs qu'y prennent les notions de &#171; philosophie &#187; et de &#171; politique &#187;, alors que leurs crises respectives une nouvelle fois se conjoignent et s'aggravent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tant dit, deux aspects centraux de ce livre sont &#224; justifier : le choix de philosophes, &#224; l'exclusion des repr&#233;sentants des autres champs disciplinaires, en particulier les sciences sociales, et l'absence de femmes. Commen&#231;ons par ce second aspect : il ne s'agit bien entendu pas d'un choix, mais d'un constat. Si bien des femmes de cette g&#233;n&#233;ration ont particip&#233; au plus haut niveau &#224; la vie des id&#233;es sur le terrain du marxisme, du c&#244;t&#233; des sciences sociales et de la psychanalyse notamment, aucune n'a produit d'&#339;uvre philosophique. Cette absence n'est pas un hasard : la philosophie a &#233;t&#233; au XXe si&#232;cle une activit&#233; quasi exclusivement masculine, tout sp&#233;cialement concernant la g&#233;n&#233;ration des auteurs de ce livre. Les milieux acad&#233;miques marxistes ne font pas exception, pas plus que les organisations politiques, o&#249; les femmes occupent des places syst&#233;matiquement subalternes. De ces discriminations de fait d&#233;coule un autre constat : &#224; quelques exceptions, la question f&#233;ministe se r&#233;v&#232;le peu centrale pour les marxistes de cette g&#233;n&#233;ration. Quant &#224; la question coloniale et postcoloniale, marginale pour certains d'entre eux, elle fut et reste en revanche cruciale pour d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre question est de savoir pourquoi nous n'avons sollicit&#233; que des philosophes, au risque de sembler reconduire l'image convenue et dat&#233;e de sa pr&#233;&#233;minence. D'une part, tout au long de ces entretiens, c'est bien la place et le r&#244;le de la philosophie et des philosophes qui se trouvent interrog&#233;s. D'autre part, il faut rappeler qu'au tournant des ann&#233;es 1960-1970, la philosophie a continu&#233; de jouir d'un prestige inentam&#233;, passant sans transition du statut de discipline reine sur le plan acad&#233;mique au rang de pens&#233;e critique, &#224; la fois engag&#233;e et surplombante. Ce sont les figures de Jean-Paul Sartre et de Maurice Merleau-Ponty, apr&#232;s celles d'Henri Bergson et de Victor Cousin, qu'il faut invoquer pour percevoir les constantes d'une tradition, qui s'est par la suite parfois employ&#233;e &#224; faire s&#233;cession sans jamais rompre pour autant avec les institutions prestigieuses qui assurent son existence et tentent de maintenir sa pr&#233;&#233;minence : universit&#233;, agr&#233;gation, maisons d'&#233;dition, revues et, plus r&#233;cemment, grands m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie fran&#231;aise des ann&#233;es 1960, loin d'&#234;tre homog&#232;ne, s'enracine donc dans une histoire longue, centr&#233;e sur les institutions d'enseignement et de recherche et sur le monde de l'&#233;dition acad&#233;mique, tout en s'ouvrant alors &#224; des perspectives critiques et contestataires, se donnant aussi pour objet de r&#233;fl&#233;chir et de contribuer au renouvellement du r&#244;le public des intellectuels. Elle parvient &#224; se renouveler en se m&#234;lant et en se confrontant &#224; la psychanalyse, aux sciences humaines et sociales, elles aussi en plein essor. Rencontrant le structuralisme sur ce terrain, elle s'emploie &#224; rendre &#224; l'approche sp&#233;cialis&#233;e et sectoris&#233;e qui en d&#233;coule ses enjeux communs. Apte &#224; formuler des d&#233;bats de grande port&#233;e, &#224; ramasser des questionnements disparates autour d'innovations th&#233;oriques, conceptuelles mais aussi stylistiques, le d&#233;bat avec le marxisme &#8211; ayant lieu en partie sur son terrain &#8211; appara&#238;t comme l'une des conditions de son exceptionnelle vitalit&#233;. Au cours de cette p&#233;riode, la philosophie se situe donc &#224; l'&#233;picentre des transformations id&#233;ologiques et politiques, non qu'elle les pense en tant que telles mais parce qu'elle parvient &#224; s'en faire la chambre d'&#233;cho et &#224; toucher un lectorat &#233;largi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; du marxisme, ce paradoxe se redouble d'un autre : au cours de sa p&#233;riode jeune-h&#233;g&#233;lienne, Marx avait adopt&#233; le mot d'ordre de &#171; r&#233;alisation de la philosophie &#187;, puis affirm&#233; la n&#233;cessit&#233; d'une &#171; sortie &#187; con&#231;ue comme d&#233;passement, sans pourtant jamais d&#233;serter son terrain. Le marxisme de la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle aurait-il invers&#233; ce mouvement ? Les choses sont bien entendu plus complexes. Si la philosophie est pour partie redevenue &#224; cette &#233;poque un lieu &#224; part enti&#232;re de l'intervention politique, on peut consid&#233;rer cependant que fut bien r&#233;elle aussi la tendance &#224; la r&#233;inscription acad&#233;mique du marxisme, qui contribua &#224; son tour &#224; modifier la d&#233;finition de la politique. Ces coordonn&#233;es nouvelles posent de fa&#231;on in&#233;dite la question du r&#244;le des intellectuels, alimentant le d&#233;bat sur le caract&#232;re &#171; sp&#233;cifique &#187; (Michel Foucault), ou de l'ordre de la &#171; pratique th&#233;orique &#187; (Louis Althusser) de leur contribution, les conduisant &#224; se confronter &#224; la fois au mod&#232;le sartrien de l'engagement, aux sciences sociales et &#224; leur sp&#233;cialisation croissante, aux difficult&#233;s maintenues et renouvel&#233;es de l'implication militante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'ensemble de ces mutations r&#233;sulte un relatif &#233;loignement de la philosophie marxiste &#224; l'&#233;gard de ce que Marx avait nomm&#233; la &#171; critique de l'&#233;conomie politique &#187;, &#224; savoir une critique th&#233;orique se donnant pour t&#226;che &#224; la fois l'analyse du mode de production capitaliste et l'aff&#251;tage des &#171; armes de la critique &#187; en vue de sa contestation organis&#233;e. Si la philosophie fran&#231;aise du XXe si&#232;cle conserve sa mission totalisante, elle le fait en tant que th&#233;orie assumant les d&#233;coupages disciplinaires et institutionnels qu'une partie du marxisme des p&#233;riodes pr&#233;c&#233;dentes s'&#233;tait employ&#233;e &#224; contester. Sur ce point encore, le lecteur constatera que les choses sont d&#233;cid&#233;ment complexes et que certains des auteurs interrog&#233;s se sont employ&#233;s &#224; rejeter ce cloisonnement, red&#233;finissant le projet d'une critique de l'&#233;conomie politique et persistant &#224; explorer les questions de la valeur, des forces productives et des rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce tableau bien trop succinct, il faut ajouter que les auteurs interrog&#233;s ont tous subi le retournement de conjoncture id&#233;ologique qui d&#233;bute &#224; la fin des ann&#233;es 1970. La mont&#233;e des &#171; nouveaux philosophes &#187; et du courant antitotalitaire s'appuie alors sur la glaciation du camp dit &#171; socialiste &#187;, devenu repoussoir, et dont l'histoire se trouve ramen&#233;e &#224; un stalinisme essentialis&#233; et imput&#233; au marxisme et &#224; Marx lui-m&#234;me, via des campagnes m&#233;diatiques qui contribu&#232;rent &#224; faire basculer la vie intellectuelle vers la droite et vers de nouveaux acteurs, dont ces m&#233;dias eux-m&#234;mes. Paradoxalement, c'est au moment m&#234;me o&#249; la gauche acc&#232;de au pouvoir, avec l'&#233;lection en 1981 de Fran&#231;ois Mitterrand &#224; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique, que cette marginalisation s'acc&#233;l&#232;re, l'immense espoir collectif se heurtant vite &#224; une politique d'aust&#233;rit&#233;, impos&#233;e au nom du &#171; r&#233;alisme &#187;. Si la strat&#233;gie n&#233;olib&#233;rale, organisant une vigoureuse contre-offensive de classe, avait &#233;t&#233; &#233;labor&#233;e d&#232;s l'entre-deux-guerres, la crise &#233;conomique d&#233;but&#233;e dans les ann&#233;es 1970, l'&#233;chec relatif des politiques keyn&#233;siennes et l'affaiblissement du rapport de force issu de la R&#233;sistance offrent &#224; ce moment l'occasion d'une revanche des classes dominantes, qui r&#233;tablissent le taux de profit au prix d'une destruction progressive des conqu&#234;tes sociales ant&#233;rieures. Dans cette situation, la perspective d'une alternative au capitalisme tend &#224; s'effondrer, d'autant plus s&#251;rement que sa crise co&#239;ncide avec celle du mouvement ouvrier, syndicats compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que jamais, les classes populaires restent la cible de cette contre-r&#233;forme puissante et acharn&#233;e, qui a su disperser ses adversaires mais qui a aussi fait rena&#238;tre le d&#233;sespoir et la col&#232;re. Il est finalement logique que, depuis la fin des ann&#233;es 1990 en France et plus manifestement encore depuis la crise mondiale de 2007-2008, le marxisme connaisse un relatif regain d'int&#233;r&#234;t, seule th&#233;orie s'attachant &#224; expliquer les crises du capitalisme et &#224; promouvoir son abolition. Cet essor n'a pas conduit pour autant &#224; la r&#233;&#233;mergence d'une culture marxiste, pas plus qu'&#224; une relance de la question th&#233;orico-politique situ&#233;e &#224; la hauteur des exigences de l'heure. De fait, le Marx th&#233;oricien, dont on conc&#232;de plus volontiers qu'il fut en son temps bon analyste du capitalisme et de ses crises, continue de se trouver souvent oppos&#233; au Marx politique, militant et penseur du communisme, condamn&#233; pour ses errances6. Quant au renouveau r&#233;cent du marxisme th&#233;orique, d'une grande vigueur hors de France et se confrontant aux sciences sociales autant qu'&#224; la mont&#233;e de th&#233;matiques neuves ou renouvel&#233;es (f&#233;ministes, queer, postcoloniales et d&#233;coloniales, &#233;cologistes, etc.), et qui parfois contribuent &#224; sa r&#233;activation politique, il reste encore largement m&#233;connu du lectorat francophone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, proposer &#224; des philosophes marxistes qui furent t&#233;moins et acteurs de cette histoire &#8211; et dont aucun ne s&#233;pare le Marx th&#233;oricien du Marx r&#233;volutionnaire &#8211; de d&#233;finir la port&#233;e politique de leur recherche nous a sembl&#233; &#234;tre le meilleur moyen d'appr&#233;hender cette situation en m&#234;me temps que les t&#226;ches qu'elle nous l&#232;gue. Le rapport entre th&#233;orie et politique, ainsi que leur red&#233;finition r&#233;ciproque et permanente, traverse tous les entretiens de ce livre, donnant &#224; voir une diversit&#233; et une richesse qui contrastent avec la vie intellectuelle dominante d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	&#8679;	Expression ch&#232;re &#224; Andr&#233; Tosel, elle est aussi le titre de la collection &#171; Mille marxismes &#187;, fond&#233;e en 2005 par Daniel Bensa&#239;d aux &#233;ditions Syllepse. Andr&#233; Tosel, Daniel Bensa&#239;d, Georges Labica, trop t&#244;t disparus, sont au nombre des grands absents de ce volume : ils y auraient trouv&#233; toute leur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	&#8679;	Au sujet du rapport entre th&#233;orie et politique chez Marx et dans le marxisme, voir notamment Jean-Numa Ducange et Isabelle Garo (sous la direction de), Marx politique, La Dispute, Paris, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	&#8679;	Voir notamment Jean-Numa Ducange et Antony Burlaud (sous la direction de), Marx, une passion fran&#231;aise, La D&#233;couverte, Paris, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.	&#8679;	Comme l'avait d&#233;j&#224; montr&#233; une s&#233;rie d'ouvrages publi&#233;s &#224; ce sujet dans les ann&#233;es 2000 : Perry Anderson, La Pens&#233;e ti&#232;de. Un regard critique sur la culture fran&#231;aise, Seuil, Paris, 2005 ; Michael Scott Christofferson, Les Intellectuels contre la gauche. L'id&#233;ologie antitotalitaire en France (1968-1981), Agone, Marseille, 2009 ; Daniel Lindenberg, Le Rappel &#224; l'ordre. Enqu&#234;te sur les nouveaux r&#233;actionnaires, Seuil, Paris, 2002 ; Louis Pinto, Le Caf&#233; du commerce des penseurs. &#192; propos de la doxa intellectuelle, Le Croquant, Paris, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.	&#8679;	Voir Isabelle Garo, Foucault, Deleuze, Althusser et Marx. La politique dans la philosophie, D&#233;mopolis, Paris, 2011, chapitre 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.	&#8679;	Voir David Harvey, Br&#232;ve histoire du n&#233;olib&#233;ralisme, Les Prairies ordinaires, Paris, 2014, et pour la France : Fran&#231;ois Denord, Le N&#233;olib&#233;ralisme &#224; la fran&#231;aise. Histoire d'une id&#233;ologie politique, Agone, Marseille, 2016.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pour une r&#233;bellion d&#233;mocratique et &#233;galitaire en vue d'une Europe commune</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Pour-une-rebellion-democratique-et-egalitaire-en-vue-d-une-Europe-commune</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Pour-une-rebellion-democratique-et-egalitaire-en-vue-d-une-Europe-commune</guid>
		<dc:date>2018-05-22T11:49:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexis Cukier, Catherine Samary, Nathan Legrand</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-05-22</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est une premi&#232;re version d'un chapitre du &#171; manifeste programmatique &#187; r&#233;dig&#233; dans le cadre du projet &#171; ReCommonsEurope &#187;, initi&#233; par le CADTM, EReNSEP et le syndicat ELA. Cette version fran&#231;aise est propos&#233;e pour discussion dans tous les cadres int&#233;ress&#233;s par le d&#233;bat en cours sur l'Europe (notamment les commissions Europe de diverses associations ou organisations politiques). &lt;br class='autobr' /&gt;
tir&#233; du site d'ensemble : https://www.ensemble-fdg.org/ &lt;br class='autobr' /&gt; I. Les principes du sc&#233;nario : &lt;br class='autobr' /&gt;
Nos (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-05-22-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-05-22&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton34931-b5008.jpg?1675072388' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est une premi&#232;re version d'un chapitre du &#171; manifeste programmatique &#187; r&#233;dig&#233; dans le cadre du projet &#171; ReCommonsEurope &#187;, initi&#233; par le CADTM, EReNSEP et le syndicat ELA. Cette version fran&#231;aise est propos&#233;e pour discussion dans tous les cadres int&#233;ress&#233;s par le d&#233;bat en cours sur l'Europe (notamment les commissions Europe de diverses associations ou organisations politiques).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tir&#233; du site d'ensemble : &lt;a href=&#034;https://www.ensemble-fdg.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ensemble-fdg.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Les principes du sc&#233;nario :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos propositions politiques devraient contenir un sc&#233;nario de d&#233;sob&#233;issance et de confrontation avec les institutions europ&#233;ennes ainsi que de construction d'autres types de coop&#233;rations internationales (&#224; diff&#233;rents niveaux, des municipalit&#233;s aux &#201;tats). D&#233;sob&#233;issance et confrontation sont n&#233;cessaires pour rendre possible la construction de nouvelles coop&#233;rations &#8211; et inversement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce sc&#233;nario a pour objectifs :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de promouvoir des alternatives concr&#232;tes aux sc&#233;narios du dernier &#171; Livre blanc sur l'Europe &#187; de la Commission europ&#233;enne, et de d&#233;l&#233;gitimer les institutions non-&#233;lues de l'Europe (Commission europ&#233;enne, Eurogroupe, Banque centrale europ&#233;enne, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'&#233;viter la fausse alternative &#171; soit on change l'Union europ&#233;enne et l'Union &#233;conomique et mon&#233;taire europ&#233;enne en respectant leurs r&#232;gles, soit on les quitte (et c'est tout) &#187; ; de rendre possibles des politiques &#233;conomiques alternatives comprenant des dimensions structurelles (concr&#233;tiser l'autre Europe que nous voulons, qui serait d&#233;mocratique, solidaire et qui engagerait une transition &#233;cologique) et des dimensions tactiques (li&#233;es &#224; la confrontation avec l'UE existante, en utilisant ses contradictions &#224; notre avantage).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sc&#233;nario de d&#233;sob&#233;issance et de confrontation avec les institutions et les trait&#233;s de l'UE ainsi que de construction de processus constituants visant &#224; &#233;tablir de nouvelles coop&#233;rations internationales doit tenir compte des le&#231;ons du sc&#233;nario grec (2010-2015), du processus ind&#233;pendantiste en Catalogne et du Brexit. Par exemple, &#224; quoi pourrait ressembler l'utilisation de l'article 50 du trait&#233; de Lisbonne (que la majeure partie de la gauche semble avoir d&#233;couvert avec le Brexit) dans le cadre d'un projet de gauche et d&#233;mocratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le sc&#233;nario propos&#233; se base sur trois principes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, notre orientation strat&#233;gique doit &#234;tre clairement situ&#233;e politiquement contre les classes dominantes europ&#233;ennes et leurs composantes nationales et contre tous les courants x&#233;nophobes et racistes, qu'ils soient favorables ou non &#224; l'UE. Ainsi, afin de rompre tant avec les forces dominantes et les institutions au niveau national qu'avec les institutions et les trait&#233;s au service des classes dominantes au niveau europ&#233;en, des lignes de s&#233;paration doivent &#234;tre clairement mises en avant sur les sujets sociaux, environnementaux et d&#233;mocratiques. Cela doit &#234;tre fait en gardant clairement pour objectif de r&#233;unir les peuples europ&#233;ens (d'une autre mani&#232;re que ce qui est fait actuellement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, puisqu'il est n&#233;cessaire d'&#233;tablir de nouvelles formes de coop&#233;ration internationale (et d'&#339;uvrer &#224; leur &#233;tablissement sur le long terme et selon nos propres revendications), ce sc&#233;nario ne peut pas se concentrer uniquement sur les aspects de s&#233;paration et de rupture. Il doit &#234;tre mis en &#339;uvre par des fronts permanents et des campagnes de pr&#233;paration au niveau transnational &#224; travers lesquelles nous devrons proposer des processus constituants visant &#224; &#233;tablir de nouvelles institutions internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, ce sc&#233;nario, qui inclut des &#233;tapes &#224; court terme et des campagnes &#224; long terme, doit articuler luttes sociales (et auto-organisation), initiatives politiques et &#233;l&#233;ments de processus constituants. La d&#233;fense et la l&#233;gitimation de droits fondamentaux doivent &#234;tre combin&#233;es &#224; l'exercice d'une pression sociale sur les institutions existantes, &#224; tous les niveaux, et associ&#233;es &#224; la cr&#233;ation de contre-pouvoirs et de nouvelles institutions d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines conditions sont n&#233;cessaires &#224; la r&#233;alisation de ces principes : aucun de ces niveaux ne devrait &#234;tre prioris&#233;, et chacun d'entre eux devrait &#234;tre pens&#233; en lien avec les autres. Par exemple, il n'y a pas de lutte sociale cr&#233;dible contre les trait&#233;s europ&#233;ens sans perspective politique de confrontation avec les institutions europ&#233;ennes et sans proposition de lancement d'un processus constituant visant &#224; l'&#233;tablissement d'autres alliances europ&#233;ennes ou internationales ; et une initiative politique dans un &#201;tat en particulier ne devrait pas &#234;tre lanc&#233;e sans faire appel &#224; une mobilisation sociale internationale et sans proposer de nouvelles institutions internationales &#224; des alli&#233;s concrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, il est clairement possible et probable que des initiatives de confrontation avec l'UE aient lieu en l'absence d'un contexte politique permettant de lancer simultan&#233;ment de nouvelles formes de coop&#233;ration internationale. Cela ne signifie pas qu'il faudrait alors exclure de telles confrontations, mais que celles-ci devraient &#234;tre pens&#233;es dans la perspective de constituer de nouvelles institutions de coop&#233;ration internationale d&#232;s lors que le contexte politique le permettra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ces raisons, les trois &#233;tapes socio-politiques propos&#233;es ci-apr&#232;s doivent &#234;tre pens&#233;es conjointement &#224; ces trois niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Les principales &#233;tapes du sc&#233;nario de &#171; r&#233;bellion et de communisation &#187; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi devraient consister ces &#233;tapes du sc&#233;nario ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Mettre en &#339;uvre concr&#232;tement nos objectifs sociaux, environnementaux et politiques au moyen d'une plateforme permanente de d&#233;sob&#233;issance coordonn&#233;e et orient&#233;e vers de nouvelles coop&#233;rations : aux niveaux municipal, r&#233;gional ou national, et concernant des enjeux politiques globaux ou sp&#233;cifiques (par exemple la dette, les politiques migratoires, la transition &#233;cologique, les accords n&#233;ocoloniaux avec les pays du Sud, etc.), plusieurs acteurs politiques d&#233;sob&#233;issent aux Trait&#233;s, diktats et d&#233;cisions de l'Union europ&#233;enne. Ils d&#233;clarent cette d&#233;sob&#233;issance afin de mettre en &#339;uvre imm&#233;diatement et de concert des politiques alternatives ainsi que d'&#233;tablir de nouvelles coop&#233;rations institu&#233;es et de long terme (&#224; nouveau au sujet d'enjeux globaux ou sp&#233;cifiques, cette derni&#232;re option pouvant &#234;tre nomm&#233;e celle de la &#171; coop&#233;ration fonctionnelle &#187;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette premi&#232;re &#233;tape doit &#234;tre initi&#233;e pour satisfaire les besoins populaires concrets au moyen d'une coop&#233;ration internationale progressiste et de la mise en &#339;uvre locale d'une production auto-organis&#233;e de biens et de services, contre la logique de comp&#233;tition, en particulier au niveau europ&#233;en. Si un acteur politique est provisoirement isol&#233;, il peut et doit tout de m&#234;me initier cette premi&#232;re &#233;tape de d&#233;sob&#233;issance et proposer publiquement ce type de coop&#233;ration internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Enclencher une confrontation syst&#233;matique avec les institutions europ&#233;ennes et leur id&#233;ologie ainsi que leur &#233;conomie politique : ces d&#233;clarations de d&#233;sob&#233;issance doivent &#234;tre bas&#233;es sur des campagnes concr&#232;tes (dans tous les domaines, comme ceux du droit du travail, des politiques mon&#233;taires, de l'antiracisme, etc.) qui doivent dans la mesure du possible d&#233;montrer d'embl&#233;e la possibilit&#233; et l'efficacit&#233; de la mise en &#339;uvre d'objectifs d&#233;mocratiques, environnementaux et sociaux au niveau europ&#233;en, en contradiction ouverte avec les trait&#233;s existants et les politiques n&#233;olib&#233;rales. C'est sur la base de telles campagnes et de telles exp&#233;riences concr&#232;tes qu'il est possible de pr&#233;parer les populations &#224; la n&#233;cessit&#233; de d&#233;sob&#233;ir aux &#171; r&#232;gles &#187; dominantes ou aux diktats des institutions existantes. La confrontation consiste &#233;galement en la mise en &#339;uvre d'outils d&#233;fensifs contre les menaces et contre-attaques de l'Union europ&#233;enne, ainsi que d'initiatives offensives pour d&#233;stabiliser le bloc n&#233;olib&#233;ral et provoquer une crise de l&#233;gitimit&#233; et de fonctionnement des institutions europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si un acteur politique est provisoirement isol&#233;, il doit tout de m&#234;me mettre en &#339;uvre de tels outils par lui-m&#234;me, tout en proposant &#224; d'autres acteurs de contribuer &#224; la crise politique des institutions europ&#233;ennes. Afin de soutenir cette rupture, les consultations et les mobilisations populaires doivent &#234;tre centr&#233;es sur les objectifs et programmes concrets qui doivent &#234;tre mis en &#339;uvre contre les classes dominantes de l'Union europ&#233;enne. Ainsi, quand le syst&#232;me mon&#233;taire et les trait&#233;s apparaissent en contradiction explicite avec les objectifs l&#233;gitimes et les droits sociaux et d&#233;mocratiques (comme c'&#233;tait le cas, par exemple, dans le cas de la Gr&#232;ce en 2015), ils doivent &#234;tre remis en cause, ils ne doivent pas &#234;tre appliqu&#233;s et ils doivent &#234;tre remplac&#233;s par d'autres trait&#233;s. La logique de ce sc&#233;nario implique de refuser toute forme de sacrifice pour une monnaie, qu'il s'agisse de l'euro ou d'une monnaie nationale, et d'&#233;tablir la subordination du march&#233; et des moyens financiers &#224; l'ensemble des objectifs politiques d&#233;mocratiquement d&#233;termin&#233;s. Les &#171; outils d&#233;fensifs &#187; constituent des protections, mais il doit &#234;tre clair qu'elles ne sont pas con&#231;ues pour prot&#233;ger le capital national, mais bien le peuple et la d&#233;mocratie contre les classes dominantes, et ce &#224; tous les niveaux. Ils sont &#233;galement con&#231;us pour favoriser non pas la comp&#233;tition mais la coop&#233;ration politique entre les travailleurs qui veulent s'associer dans une entit&#233; commune afin de d&#233;fendre leurs droits et leurs objectifs communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Initier des processus constituants vers de nouvelles coop&#233;rations politiques en Europe, bas&#233;es sur une plateforme commune contre les classes dominantes et institutions europ&#233;ennes, ainsi que contre les courants x&#233;nophobes en Europe : en fonction des divers contextes et des possibles cons&#233;quences des deux premi&#232;res &#233;tapes du sc&#233;nario (une rupture avec / une exclusion de / une confrontation de long terme avec l'UE et l'UEM), une alliance d'associations, municipalit&#233;s, r&#233;gions ou &#201;tats initient une &#171; proc&#233;dure constituante rebelle &#187; (l&#224; encore concernant des pr&#233;rogatives globales ou certaines pr&#233;rogatives fonctionnelles sp&#233;cifiques). Ce processus constituant doit &#234;tre ouvert y compris &#224; des espaces politiques qui ne sont pas impliqu&#233;s dans le processus initial de d&#233;sob&#233;issance, et viser la cr&#233;ation d'institutions alternatives aux niveaux europ&#233;en et international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si un acteur politique est provisoirement isol&#233;, il initie tout de m&#234;me ce &#171; processus constituant rebelle &#187; dans le territoire et au sujet des pr&#233;rogatives concern&#233;es, et propose &#224; d'autres acteurs de rejoindre le processus. La notion de &#171; r&#233;bellion &#187; (reprise notamment des &#171; Municipalit&#233;s rebelles &#187;) signifie que ce sc&#233;nario ne se limite pas aux proc&#233;dures institutionnelles existantes dans l'Union europ&#233;enne ; qu'il s'agit d'organiser des r&#233;seaux de r&#233;bellion organis&#233;e de diff&#233;rentes formes ; qu'un tel &#171; processus constituant &#187; entrera en conflit avec les trait&#233;s de l'UE et qu'il pourra ne pas &#234;tre lin&#233;aire. Par exemple, des &#171; assembl&#233;es constituantes &#187; partielles pourront aider &#224; d&#233;l&#233;gitimer et bloquer le fonctionnement de l'Union europ&#233;enne existante. Elles pourraient &#234;tre organis&#233;es au sujet d'enjeux sp&#233;cifiques (les &#171; communs &#187;, les codes du travail, les droits, etc.) et sans crit&#232;re g&#233;ographique, avant m&#234;me qu'elles ne soient en mesure d'&#233;tablir une nouvelle Union &#224; un niveau europ&#233;en plausible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III. Propositions pour des initiatives imm&#233;diates :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacune de ces trois &#233;tapes requiert des initiatives imm&#233;diates, afin de pr&#233;parer leur condition de r&#233;alisation et de saisir les occasions sociopolitiques qui se pr&#233;senteront. Les r&#233;quisits principaux concernent l'&#233;laboration et l'appropriation populaire des outils concrets n&#233;cessaires &#224; la d&#233;sob&#233;issance, &#224; la confrontation et &#224; la mise en &#339;uvre de processus constituants ainsi que l'association des forces sociales et politiques qui pourraient les porter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de pr&#233;ciser le sc&#233;nario et de l'adapter concr&#232;tement aux diff&#233;rentes situations possibles, nous avons besoin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) de tirer les enseignements des tentatives pass&#233;es de rupture avec les trait&#233;s europ&#233;ens et de d&#233;sob&#233;issance aux institutions europ&#233;ennes n&#233;olib&#233;rales, principalement : la s&#233;quence politique de 2010-2015 en Gr&#232;ce, le r&#233;f&#233;rendum du Brexit en Grande-Bretagne, et la r&#233;bellion r&#233;gionale en Catalogne, manifeste notamment en 2017 ; mais aussi d'autres exemples de tentatives similaires pour rompre avec des entit&#233;s d'exploitation et d'oppression, qui peuvent &#234;tre plus anciens et ext&#233;rieurs &#224; l'UE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) d'analyser, de pr&#233;ciser et de populariser les outils juridiques et &#233;conomiques d&#233;j&#224; employ&#233;s ou d&#233;battus &#224; gauche : par exemple les comit&#233;s d'audit de la dette publique, les syst&#232;mes de paiement compl&#233;mentaire et/ou la cr&#233;ation d'une nouvelle monnaie nationale sous contr&#244;le d&#233;mocratique, l'article 50 du trait&#233; de Lisbonne, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
c) de s'appuyer sur les r&#233;seaux existants qui anticipent d'ores et d&#233;j&#224; ce sc&#233;nario et qui pourraient mener des campagnes en lien avec lui et rejoindre les forces visant &#224; le r&#233;aliser : notamment les &#171; municipalit&#233;s rebelles &#187;, le Manifeste d'Oviedo / le r&#233;seau des municipalit&#233;s contre la dette ill&#233;gitime et les coupes budg&#233;taires dans l'&#201;tat espagnol, le r&#233;seau du Plan B, les forums du Parti de la Gauche Europ&#233;enne, l'Altersommet, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, pour l'ann&#233;e prochaine (2019), nous proposons &#224; toutes les forces progressistes (syndicats, organisations politiques, associations) partageant des objectifs similaires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. de r&#233;actualiser, mettre en commun et populariser le Manifeste de l'Altersommet : combin&#233; avec d'autres &#233;laborations convergentes, il pourrait &#234;tre employ&#233; pour des consultations populaires au sujet des moyens et des fins d'un processus sociopolitique alternatif en Europe et pour l'&#233;tablissement d'un &#171; espace &#187; europ&#233;en alternatif r&#233;unissant celles et ceux qui, dans, contre, et hors de l'UE, veulent initier une r&#233;bellion europ&#233;enne, d&#233;mocratique et de long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. de saisir l'occasion des &#233;lections europ&#233;ennes pour lancer des campagnes et initier des d&#233;bats populaires au sujet de ce sc&#233;nario et de ses implications ; informer au sujet des initiatives existantes et des espaces alternatifs qui pourraient prendre part &#224; ce sc&#233;nario ; et r&#233;unir les forces sociales et politiques autour de cette perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexis Cukier, Nathan Legrand, Catherine Samary&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les d&#233;fis pour la gauche dans la zone euro</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-defis-pour-la-gauche-dans-la-zone-euro-30694</link>
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		<dc:date>2017-05-02T12:00:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexis Cukier, Christine Poupin, Costas Lapavitsas, &#201;ric Toussaint, Jeanne Chevalier, Marina Albiol, Miguel Urb&#225;n, Stathis Kouvelakis, Zoe Konstantopoulou</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-05-02</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La campagne &#233;lectorale en France indique une fois de plus qu'une partie tr&#232;s importante de la population veut des solutions radicales et de gauche pour sortir de la crise. Le nombre massif de participants aux meetings de Jean Luc M&#233;lenchon et de la France Insoumise en est la preuve, de m&#234;me que les r&#233;sultats des sondages sur les intentions de vote. On ne peut que s'en r&#233;jouir. Cette pouss&#233;e en faveur des id&#233;es radicales &#224; gauche de d&#233;sob&#233;issance aux trait&#233;s europ&#233;ens est un bon signe. Les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-70-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2017-05-01-+" rel="tag"&gt;Edition du 2017-05-02&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton30694-f3d87.jpg?1674811767' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La campagne &#233;lectorale en France indique une fois de plus qu'une partie tr&#232;s importante de la population veut des solutions radicales et de gauche pour sortir de la crise. Le nombre massif de participants aux meetings de Jean Luc M&#233;lenchon et de la France Insoumise en est la preuve, de m&#234;me que les r&#233;sultats des sondages sur les intentions de vote. On ne peut que s'en r&#233;jouir. Cette pouss&#233;e en faveur des id&#233;es radicales &#224; gauche de d&#233;sob&#233;issance aux trait&#233;s europ&#233;ens est un bon signe. Les candidatures de Philippe Poutou et de Nathalie Arthaud, tous deux d'extr&#234;me gauche, rencontrent &#233;galement une sympathie certaine. La sortie de Philippe Poutou contre Fran&#231;ois Fillon et Marine Le Pen, lors du d&#233;bat t&#233;l&#233;vis&#233; du 4 avril 2017 a suscit&#233; beaucoup d'int&#233;r&#234;t y compris au-del&#224; des fronti&#232;res de la France.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;18 avril - tir&#233; du site du CADTM&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici un texte co-sign&#233; par plus de 70 personnes &lt;/strong&gt;actives dans de nombreux pays d'Europe (voir liste compl&#232;te en bas de l'article). Ce texte collectif &#233;tablit une analyse claire des rapports de force dans l'Union europ&#233;enne et avance une s&#233;rie de propositions radicales mais n&#233;cessaires, pour quiconque pr&#233;tend lutter contre l'aust&#233;rit&#233;, en faveur d'une Europe des peuples et pour la transition &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait l'importance de ce texte, outre son contenu, est qu'il est co-sign&#233; par des personnalit&#233;s et des militant-e-s de plus de 15 pays europ&#233;ens, provenant de diff&#233;rents horizons : de Podemos et Izquierda Unida au Bloc de Gauche portugais, du Parti de Gauche au NPA en passant par Ensemble ! et des membres de la France Insoumise en France, de l'Unit&#233; populaire &#224; Antarsya en passant par Zoe Konstantopoulou en Gr&#232;ce, de la gauche radicale danoise &#224; celle de Chypre en passant par celle de pays comme la Slov&#233;nie, la Bosnie-Herz&#233;govine ou la Hongrie. Il est sign&#233; par des d&#233;put&#233;-e-s europ&#233;en-ne-s de diff&#233;rents partis et de diff&#233;rents pays, par le responsable des finances de la Ville de Madrid, par l'ex-pr&#233;sidente du parlement grec, par une s&#233;rie de membres de la commission pour la v&#233;rit&#233; sur la &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Dette,970&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dette grecque&#8230;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 10 propositions avanc&#233;es dans ce texte r&#233;sultent de l'analyse de la situation en Europe depuis 2010, de l'affrontement entre Syriza et la&lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Troika,764&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tro&#239;ka&lt;/a&gt; &#8211; car ce fut bien un affrontement &#8211; au premier semestre 2015 et de l'application des politiques d'aust&#233;rit&#233; par Syriza depuis lors, mais aussi des exp&#233;riences espagnoles, irlandaises ou chypriotes. Les &#233;v&#233;nements r&#233;cents ont clairement d&#233;montr&#233; la n&#233;cessit&#233; pour un gouvernement de gauche d'avoir le courage de d&#233;sob&#233;ir aux injonctions des autorit&#233;s et des trait&#233;s europ&#233;ens. Cela doit s'accompagner d'une mobilisation populaire encourag&#233;e par le gouvernement et d'une s&#233;rie de mesures fortes : organiser un audit de la dette avec participation citoyenne, mettre en place un contr&#244;le des mouvements de capitaux, socialiser le secteur financier et le secteur de l'&#233;nergie, r&#233;former radicalement la fiscalit&#233;&#8230; Et bien s&#251;r, avoir l'in&#233;vitable d&#233;bat sur la zone euro, dont la sortie est une option qui doit &#234;tre d&#233;fendue au moins dans certains pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse objective des politiques europ&#233;ennes des derni&#232;res ann&#233;es nous am&#232;ne invariablement &#224; cette conclusion : seules des mesures souveraines et unilat&#233;rales fortes d'autod&#233;fense permettront aux autorit&#233;s nationales et aux peuples qui les ont mandat&#233;es pour rompre avec l'aust&#233;rit&#233; de mettre en &#339;uvre cette rupture et de donner une premi&#232;re r&#233;ponse au probl&#232;me de la &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Dette-illegitime,761&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dette ill&#233;gitime&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de mai 2010, la dette est devenue un th&#232;me central en Gr&#232;ce et dans le reste de la zone euro. Le premier programme de 110 milliards d'euros mis au point par la Tro&#239;ka, qui s'est constitu&#233;e pour son &#233;laboration et son ex&#233;cution, a brutalement provoqu&#233; l'augmentation de la dette publique grecque. Le m&#234;me processus s'est produit en Irlande (2010), au Portugal (2011), &#224; Chypre (2013) et en Espagne sous une forme particuli&#232;re. Les programmes avaient cinq objectifs fondamentaux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &lt;strong&gt;Permettre aux banques priv&#233;es &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le cas de la Gr&#232;ce, il s'agissait des banques grecques, fran&#231;aises, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de recevoir un soutien public&lt;/strong&gt; afin de ne pas payer la facture de l'&#233;clatement de la bulle du cr&#233;dit priv&#233; qu'elles avaient cr&#233;&#233;e et &#233;viter une nouvelle crise financi&#232;re priv&#233;e internationale de grande ampleur &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; cette &#233;poque, les activit&#233;s de plusieurs des grandes banques fran&#231;aises, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &lt;strong&gt;Donner aux nouveaux cr&#233;anciers publics&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le cas de la Gr&#232;ce, il s'agissait de 14 &#201;tats de la zone euro &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui se sont substitu&#233;s aux cr&#233;anciers priv&#233;s un pouvoir &#233;norme de coercition&lt;/strong&gt; sur les gouvernements et les institutions des pays p&#233;riph&#233;riques afin d'imposer une politique faite d'aust&#233;rit&#233; radicale, de d&#233;r&#232;glementations (&#224; l'encontre de toute une s&#233;rie de conqu&#234;tes sociales), de privatisations et de renforcement des pratiques autoritaires (voir le point 5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. &lt;strong&gt;Pr&#233;server le p&#233;rim&#232;tre de la zone euro &lt;/strong&gt;(cela signifie maintenir dans la zone euro la Gr&#232;ce et les autres pays de la p&#233;riph&#233;rie) qui constitue un outil puissant aux mains des grandes entreprises priv&#233;es europ&#233;ennes et des &#233;conomies qui dominent cette zone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. &lt;strong&gt;Faire de l'approfondissement des politiques n&#233;olib&#233;rales&lt;/strong&gt; en Gr&#232;ce en particulier, mais aussi dans les autres pays de la P&#233;riph&#233;rie, un exemple et un moyen de pression sur l'ensemble des populations europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. &lt;strong&gt;Renforcer &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne (tant sur le plan de l'UE que dans chaque &#201;tat membre) les formes autoritaires de gouvernement &lt;/strong&gt;sans recourir directement &#224; de nouvelles exp&#233;riences de type fasciste, nazi, franquiste, salazariste ou du r&#233;gime des colonels grecs (1967-1974)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce dernier aspect est souvent insuffisamment pris en compte car l'accent est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut tirer des le&#231;ons de l'&#233;chec de la politique adopt&#233;e par le gouvernement d'Alexis Tsipras en 2015 pour rompre avec l'aust&#233;rit&#233;. De m&#234;me, il faut prendre conscience des limites de l'exp&#233;rience du gouvernement socialiste minoritaire d'Antonio Costa au Portugal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lors des &#233;lections l&#233;gislatives du 4 octobre 2015, les forces de gauche, ont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une orientation alternative sur l'aust&#233;rit&#233;, la dette, les banques et la zone euro &lt;strong&gt;Une orientation alternative et favorable aux int&#233;r&#234;ts des peuples doit &#224; la fois porter sur l'aust&#233;rit&#233;, sur la dette publique, sur les banques priv&#233;es, sur la zone euro, sur l'opposition aux politiques autoritaires. &lt;/strong&gt;Le bilan de la p&#233;riode 2010-2016 dans la zone euro est clair : il est impossible de sortir de l'aust&#233;rit&#233; sans apporter des r&#233;ponses au moins &#224; ces 5 probl&#233;matiques. Bien s&#251;r, il faut ajouter que l'alternative doit aussi aborder d'autres probl&#232;mes, parmi lesquels la crise climatique et &#233;cologique, la crise humanitaire li&#233;e au renforcement de l'Europe forteresse (qui condamne chaque ann&#233;e &#224; une mort certaine dans la M&#233;diterran&#233;e ou ailleurs des milliers de candidats &#224; l'immigration ou/et &#224; l'asile), la crise au Proche Orient. Il s'agit &#233;galement de lutter contre l'extr&#234;me-droite et la mont&#233;e du racisme. Apr&#232;s l'&#233;lection de Donald Trump, mais aussi apr&#232;s l'apparition du mouvement radical qui s'est retrouv&#233; dans la campagne de Bernie Sanders et qui est appel&#233; &#224; se battre en toute premi&#232;re ligne contre Trump et ses projets, la gauche radicale, les mouvements syndicaux, sociaux, f&#233;ministes et &#233;cologiques europ&#233;ens doivent jeter des ponts vers les forces qui r&#233;sistent aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grande partie de la gauche radicale ayant une repr&#233;sentation parlementaire avait et a encore une perception erron&#233;e de l'int&#233;gration europ&#233;enne au travers de l'UE et de la zone euro. Pour le dire simplement, elle voyait dans l'UE et la zone euro plus d'avantages que d'inconv&#233;nients. Elle consid&#233;rait que tant l'UE que la zone euro &#233;taient compatibles avec le retour &#224; des politiques sociales-d&#233;mocrates, avec un peu moins d'injustice, avec un peu de relance keyn&#233;sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est fondamental sur la base de l'exp&#233;rience de l'ann&#233;e 2015 de renforcer le camp des forces qui n'entretiennent pas d'illusions sur l'UE et la zone euro et qui mettent en avant une authentique perspective &#233;cosocialiste de rupture avec l'UE telle qu'elle est constitu&#233;e. Il faut partir du constat que l'UE et la zone euro ne sont pas r&#233;formables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2015, chacun a pu faire le constat qu'il est impossible de convaincre, sur la base de la l&#233;gitimit&#233; qu'offre le suffrage d&#233;mocratique et par la simple discussion, la Commission europ&#233;enne, le FMI, la BCE et les gouvernements n&#233;olib&#233;raux au pouvoir dans les autres pays europ&#233;ens de prendre des mesures qui respectent les droits des citoyens grecs ainsi que ceux des peuples en g&#233;n&#233;ral. Le r&#233;f&#233;rendum du 5 juillet 2015 qu'ils ont combattu avec le chantage et la coercition (&#224; savoir la fermeture des banques grecques 5 jours avant le r&#233;f&#233;rendum) ne les a pas convaincus de la n&#233;cessit&#233; de faire des concessions. Au contraire, bafouant les droits d&#233;mocratiques fondamentaux, ils ont radicalis&#233; leurs exigences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, en principe, toute une s&#233;rie de mesures devraient et pourraient &#234;tre prises &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne pour relancer l'&#233;conomie, r&#233;duire l'injustice sociale, rendre soutenable le remboursement de la dette et redonner de l'oxyg&#232;ne &#224; la d&#233;mocratie. Yanis Varoufakis, en tant que ministre grec des finances, a fait en f&#233;vrier 2015 des propositions qui allaient dans ce sens. Il s'agissait d'&#233;changer la dette grecque contre deux nouveaux types &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Oligations&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'obligations&lt;/a&gt; : 1. des obligations index&#233;es sur la croissance ; 2. des obligations dites &#8216;perp&#233;tuelles', au sens o&#249; la Gr&#232;ce rembourserait uniquement les int&#233;r&#234;ts mais &#224; perp&#233;tuit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. : .&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les propositions de Varoufakis, bien que mod&#233;r&#233;es et parfaitement r&#233;alisables, n'avaient, en r&#233;alit&#233;, aucune chance d'&#234;tre accept&#233;es par les autorit&#233;s europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commission, la BCE, le FESF ne veulent pas entendre les peuples C'est le cas de toute une s&#233;rie de propositions visant &#224; all&#233;ger radicalement le poids de la dette de la Gr&#232;ce comme celle de nombreux autres pays europ&#233;ens (par la mutualisation des dettes, par l'&#233;mission d'eurobonds, etc.). Techniquement, elles pourraient &#234;tre mises en &#339;uvre mais il faut bien constater que dans le contexte politique et avec les rapports de force qui pr&#233;valent dans l'Union europ&#233;enne, les pays avec un gouvernement progressiste ne peuvent pas esp&#233;rer &#234;tre entendus, respect&#233;s et encore moins soutenus par la Commission europ&#233;enne, la BCE, le M&#233;canisme europ&#233;en de stabilit&#233;. La BCE a les moyens d'asphyxier le syst&#232;me bancaire d'un &#201;tat membre de la zone euro en coupant l'acc&#232;s des banques aux liquidit&#233;s. Comme mentionn&#233;, elle en a fait usage en Gr&#232;ce en 2015. L'Union bancaire et le pouvoir arbitraire de la BCE renforcent les moyens de coercition dont disposent les institutions europ&#233;ennes pour faire &#233;chouer une exp&#233;rience de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trait&#233;s sont devenus hyper contraignants en mati&#232;re de dette et de d&#233;ficit. Dans l'absolu, les autorit&#233;s europ&#233;ennes, dont le conseil des ministres, pourraient d&#233;cider d'y d&#233;roger en tenant compte de la situation de crise (ils l'ont d&#233;j&#224; fait en faveur de gouvernements qui &#233;taient de leur bord &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour ne citer que quelques exemples : la France de Nicolas Sarkozy et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) mais il est clair qu'ils n'en ont nullement l'intention. Au contraire, tant ces institutions que le FMI et les gouvernements n&#233;olib&#233;raux en place dans les autres pays ont combattu activement le gouvernement grec alors que celui-ci faisait preuve d'une tr&#232;s grande mod&#233;ration (c'est le moins qu'on puisse dire). La plupart des m&#233;dias et de nombreux dirigeants politiques europ&#233;ens ont pourtant pr&#233;sent&#233; Alexis Tsipras et Yanis Varoufakis comme des rebelles, voire des radicaux anti-europ&#233;ens. La Tro&#239;ka a combattu l'exp&#233;rience en cours en Gr&#232;ce entre janvier et juillet 2015 afin de d&#233;montrer &#224; tous les peuples d'Europe qu'il n'y a pas d'alternatives au mod&#232;le capitaliste n&#233;olib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capitulation du gouvernement d'Alexis Tsipras 1 ne leur a pas suffi, les dirigeants europ&#233;ens et le FMI ont exig&#233; et ont obtenu du gouvernement Tsipras II d'approfondir les politiques n&#233;olib&#233;rales en s'attaquant encore un peu plus au syst&#232;me de s&#233;curit&#233; sociale, au syst&#232;me des retraites en particulier, en acc&#233;l&#233;rant les privatisations, en imposant de multiples changements sur le plan juridique et l&#233;gislatif qui constituent des reculs structurels fondamentaux en faveur du grand capital et contre les biens communs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Modification de la l&#233;gislation afin qu'en cas de faillite d'une entreprise, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Toutes ces nouvelles mesures et contre-r&#233;formes renforcent l'injustice et la pr&#233;carit&#233;. Si les cr&#233;anciers finissent par accorder un nouveau r&#233;am&#233;nagement de la dette &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La dette a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; restructur&#233;e en 2012. Les autorit&#233;s europ&#233;ennes avaient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce sera &#224; la condition de poursuivre le m&#234;me type de politiques. Dans ce cas, une r&#233;duction de dette ne constituera en rien une victoire ou m&#234;me une consolation. Ce sera seulement une mesure visant &#224; garantir la poursuite des remboursements et tenter d'&#233;viter une reprise vigoureuse des luttes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une premi&#232;re conclusion s'impose : sans prendre des mesures souveraines et unilat&#233;rales fortes d'autod&#233;fense, les autorit&#233;s nationales et les peuples qui les ont mandat&#233;es pour rompre avec l'aust&#233;rit&#233; ne pourront pas mettre fin &#224; la violation des droits humains perp&#233;tr&#233;e &#224; la demande des cr&#233;anciers et des grandes entreprises priv&#233;es. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains pourraient r&#233;torquer que si un gouvernement de gauche venait au pouvoir &#224; Madrid, il pourrait utiliser le poids de l'&#233;conomie espagnole (4e &#233;conomie de la zone euro &#224; l'aune du PIB) dans la n&#233;gociation avec les principaux gouvernements de la zone euro et obtenir des concessions que Tsipras ne pouvait pas obtenir. Quelles concessions ? La possibilit&#233; de relancer l'&#233;conomie et l'emploi par des d&#233;penses publiques massives et donc avec un d&#233;ficit public consid&#233;rable ? Berlin, la BCE et au moins 5 ou 6 autres capitales de la zone euro s'y opposeront ! La possibilit&#233; de prendre des mesures tr&#232;s fortes &#224; l'&#233;gard des banques ? La BCE appuy&#233;e par la Commission rejettera cette option.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est &#233;galement s&#251;r, c'est que si des forces de gauche radicale acc&#233;daient au gouvernement dans des pays comme le Portugal, Chypre, l'Irlande, la Slov&#233;nie, les 3 r&#233;publiques baltes, ils n'auraient pas les moyens de convaincre la commission et la direction de la BCE de les laisser mettre fin &#224; l'aust&#233;rit&#233;, arr&#234;ter les privatisations et d&#233;velopper les services publics, r&#233;duire radicalement la dette... Ces gouvernements devront r&#233;sister et prendre des mesures unilat&#233;rales pour d&#233;fendre leur population. Et si plusieurs gouvernements de gauche se mettaient en place simultan&#233;ment dans plusieurs pays de la zone euro et exigeaient ensemble une ren&#233;gociation ? Bien s&#251;r ce serait une tr&#232;s bonne chose mais cette possibilit&#233; est &#233;galement &#224; exclure ne f&#251;t-ce que pour des raisons de calendrier &#233;lectoral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'un gouvernement de gauche au pouvoir &#224; Paris, en cas de victoire de M&#233;lenchon &#224; la pr&#233;sidentielle de mai 2017 et des forces de gauche radicale aux l&#233;gislatives qui suivront, pourrait forcer &#224; une r&#233;forme de l'euro ? C'est l'hypoth&#232;se de l'&#233;quipe de campagne de Jean-Luc M&#233;lenchon. On peut raisonnablement douter de cette possibilit&#233;. Admettons que JL M&#233;lenchon acc&#232;de &#224; la pr&#233;sidence et constitue un gouvernement. Il voudra appliquer un ensemble de mesures de justice sociale et tenter d'obtenir une r&#233;forme de l'euro. Qu'est-ce qui serait possible ? Ce qui est tout &#224; fait possible pour un gouvernement de gauche en France, c'est de d&#233;sob&#233;ir aux trait&#233;s et de faire respecter son choix mais il ne pourra pas obtenir une r&#233;forme profonde de la zone euro. Pour obtenir cela, il faudrait des victoires &#233;lectorales simultan&#233;es tant dans les principaux pays que dans plusieurs pays de la p&#233;riph&#233;rie. Ceci dit, il est clair qu'un gouvernement de la France insoumise et de ses alli&#233;s qui prendrait des mesures unilat&#233;rales en faveur de la population de la France et des peuples du monde (par exemple annuler de mani&#232;re unilat&#233;rale les dettes de la Gr&#232;ce et des pays dits en d&#233;veloppement &#224; l'&#233;gard de la France) pourrait jouer un r&#244;le positif en Europe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une strat&#233;gie internationaliste qui pr&#244;ne une int&#233;gration europ&#233;enne des peuples &lt;strong&gt;En faisant ces constats, il ne s'agit pas de chercher une issue nationaliste &#224; la crise. Tout autant que par le pass&#233;, il est n&#233;cessaire d'adopter une strat&#233;gie internationaliste et de pr&#244;ner une int&#233;gration europ&#233;enne des peuples oppos&#233;e &#224; la poursuite de l'int&#233;gration actuelle qui est totalement domin&#233;e par les int&#233;r&#234;ts du grand capital. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les maillons faibles de la cha&#238;ne de domination intra-europ&#233;enne se trouvent dans les pays p&#233;riph&#233;riques. Si Syriza avait adopt&#233; une strat&#233;gie correcte, un tournant positif aurait pu &#234;tre pris en 2015. Cela n'a pas &#233;t&#233; le cas. Les autres maillons faibles de la cha&#238;ne o&#249; la gauche radicale peut acc&#233;der au gouvernement dans les ann&#233;es &#224; venir sont notamment l'Espagne et le Portugal. Peut-&#234;tre est-ce &#233;galement possible dans les ann&#233;es qui viennent en Irlande, en Slov&#233;nie, &#224; Chypre etc. Cela d&#233;pendra de plusieurs facteurs : la capacit&#233; de la gauche radicale de tirer les le&#231;ons de l'ann&#233;e 2015 et d'avancer des propositions anticapitalistes et d&#233;mocratiques qui entra&#238;nent l'adh&#233;sion&#8230; Cela d&#233;pendra sans le moindre doute du degr&#233; de mobilisation populaire&#8230; S'il n'y a pas une pression de la rue, des quartiers, des lieux de travail pour des changements r&#233;els et pour refuser les compromis boiteux, l'avenir sera glauque.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dix propositions afin de ne pas reproduire la capitulation que nous avons connue en Gr&#232;ce&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;viter de reproduire la capitulation que nous avons connue en Gr&#232;ce en 2015, voici dix propositions pour la mobilisation sociale et l'action d'un gouvernement r&#233;ellement au service du peuple &#224; mettre en &#339;uvre imm&#233;diatement et simultan&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La premi&#232;re proposition est la n&#233;cessit&#233;, pour un gouvernement de gauche, de d&#233;sob&#233;ir&lt;/strong&gt;, de mani&#232;re tr&#232;s claire et annonc&#233;e au pr&#233;alable, &#224; la Commission europ&#233;enne. Le parti qui pr&#233;tend, ou la coalition de partis qui pr&#233;tendent gouverner et, bien s&#251;r, nous pensons &#224; l'Espagne, devront refuser d'ob&#233;ir, d&#232;s le d&#233;but, aux exigences d'aust&#233;rit&#233;, et s'engager &#224; refuser l'&#233;quilibre budg&#233;taire. Il faudra dire : &#171; Nous ne respecterons pas l'obligation d&#233;cr&#233;t&#233;e par les trait&#233;s europ&#233;ens de respecter l'&#233;quilibre budg&#233;taire parce que nous voulons augmenter les d&#233;penses publiques pour lutter contre les mesures antisociales et d'aust&#233;rit&#233;, et pour entreprendre la transition &#233;cologique &#187;. Par cons&#233;quent, le premier point est de s'engager d'une mani&#232;re claire et d&#233;termin&#233;e &#224; d&#233;sob&#233;ir. Apr&#232;s la capitulation grecque, il est essentiel d'abandonner l'illusion d'obtenir de la Commission europ&#233;enne et des autres gouvernements europ&#233;ens qu'ils respectent la volont&#233; populaire. Conserver cette illusion nous conduirait au d&#233;sastre. Nous devons d&#233;sob&#233;ir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me point : S'engager &#224; appeler &#224; la mobilisation populaire. &lt;/strong&gt;Tant au niveau de chaque pays qu'au niveau europ&#233;en. Cela aussi a &#233;chou&#233; en 2015 en Gr&#232;ce et en Europe. Il est &#233;vident que les mouvements sociaux europ&#233;ens ne furent pas &#224; la hauteur en termes de manifestations, qui certes eurent lieu, mais ne montr&#232;rent pas un niveau suffisant de solidarit&#233; avec le peuple grec. Mais il est vrai aussi que l'orientation strat&#233;gique de Syriza ne pr&#233;voyait pas de faire appel &#224; la mobilisation populaire au niveau europ&#233;en, ni m&#234;me de faire appel &#224; la mobilisation populaire en Gr&#232;ce. Et quand le gouvernement de Tsipras a appel&#233; &#224; la mobilisation par le r&#233;f&#233;rendum du 5 Juillet 2015, ce fut pour ensuite ne pas respecter la volont&#233; populaire de 61,5 % des Grecs, qui avaient refus&#233; d'ob&#233;ir aux exigences des cr&#233;anciers et avaient rejet&#233; leurs propositions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rappelons-nous qu'&#224; partir de la fin f&#233;vrier 2015 et jusque fin juin 2015, Yanis Varoufakis et Alexis Tsipras ont fait des d&#233;clarations qui visaient &#224; convaincre l'opinion qu'un accord &#233;tait en vue et que les choses s'arrangeaient. Imaginons au contraire qu'apr&#232;s chaque n&#233;gociation importante, ils aient expliqu&#233; les enjeux, au travers de communiqu&#233;s, par des d&#233;clarations orales aux m&#233;dias, par des prises de parole sur les places publiques, devant le si&#232;ge des institutions europ&#233;ennes &#224; Bruxelles et ailleurs. Imaginons qu'ils aient fait la lumi&#232;re sur ce qui se tramait, cela aurait abouti &#224; des concentrations de milliers ou de dizaines de milliers de personnes, les r&#233;seaux sociaux auraient relay&#233; &#224; des centaines de milliers ou des millions de destinataires ce discours alternatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Troisi&#232;me point : S'engager &#224; organiser un audit de la dette avec la participation des citoyens. &lt;/strong&gt;Les situations dans les 28 pays de l'Union europ&#233;enne sont diff&#233;rentes, de m&#234;me bien s&#251;r &#224; l'int&#233;rieur de la zone euro. Il y a des pays europ&#233;ens o&#249; la suspension des remboursements est une mesure de n&#233;cessit&#233; absolue et prioritaire, comme dans le cas de la Gr&#232;ce dans le but de r&#233;pondre avant tout aux besoins sociaux et de garantir les droits humains fondamentaux. C'est aussi un &#233;l&#233;ment cl&#233; d'une strat&#233;gie d'autod&#233;fense. En Espagne, au Portugal, &#224; Chypre, en Irlande, cela d&#233;pend du rapport de force et de la conjoncture. Dans d'autres pays, il est possible de r&#233;aliser d'abord l'audit et ensuite d&#233;cider de la suspension des remboursements. Ces mesures doivent &#234;tre mises en &#339;uvre en tenant compte de la situation sp&#233;cifique de chaque pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me mesure. Mettre en place un contr&#244;le des mouvements de capitaux. &lt;/strong&gt;Et tenir compte de ce que cela signifie. C'est &#224; dire aller &#224; l'encontre de l'id&#233;e selon laquelle il serait interdit aux citoyens de transf&#233;rer quelques centaines d'euros &#224; l'&#233;tranger. Il est &#233;vident que les transactions financi&#232;res internationales seront autoris&#233;es jusqu'&#224; un certain montant. Par contre, il s'agit de mettre en place un contr&#244;le strict sur les mouvements de capitaux au-dessus de ce montant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cinqui&#232;me mesure : Socialiser le secteur financier et le secteur de l'&#233;nergie. &lt;/strong&gt;Socialiser le secteur financier ne consiste pas seulement &#224; d&#233;velopper un p&#244;le bancaire public. Il s'agit de d&#233;cr&#233;ter un monopole public sur le secteur financier, &#224; savoir les banques et les soci&#233;t&#233;s d'assurance. Il s'agit d'une socialisation du secteur financier sous contr&#244;le citoyen. C'est-&#224;-dire transformer le secteur financier en service public&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une explication &#224; propos de la socialisation des banques, voir Que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Dans le cadre de la transition &#233;cologique, bien s&#251;r, la socialisation du secteur de l'&#233;nergie est &#233;galement une mesure prioritaire. Il ne peut y avoir de transition &#233;cologique sans monopole public sur le secteur de l'&#233;nergie, tant au niveau de la production que de la distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Proposition num&#233;ro six : Cr&#233;ation d'une monnaie compl&#233;mentaire, non convertible et l'in&#233;vitable d&#233;bat sur l'euro.&lt;/strong&gt; Que ce soit dans le cas d'une sortie de l'euro ou d'un maintien dans la zone euro, il est n&#233;cessaire de cr&#233;er une monnaie compl&#233;mentaire non convertible. Autrement dit, une monnaie qui sert, en circuit court, aux &#233;changes &#224; l'int&#233;rieur du pays. Par exemple, pour le paiement de l'augmentation des retraites, des augmentations de salaire aux fonctionnaires, pour le paiement des imp&#244;ts, pour le paiement des services publics ... Utiliser une monnaie compl&#233;mentaire permet de se d&#233;tacher et de sortir partiellement de la dictature de l'euro et de la&lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Banque-centrale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Banque centrale&lt;/a&gt;europ&#233;enne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, on ne peut pas &#233;viter le d&#233;bat sur la zone euro. Dans plusieurs pays, la sortie de la zone euro est &#233;galement une option qui doit &#234;tre d&#233;fendue par les partis, les syndicats, d'autres mouvements sociaux. Plusieurs pays de la zone euro ne pourront pas r&#233;ellement rompre avec l'aust&#233;rit&#233; et lancer une transition &#233;cosocialiste sans quitter la zone euro. Dans le cas d'une sortie de la zone euro, il faudrait soit mettre en &#339;uvre une r&#233;forme mon&#233;taire redistributive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En appliquant un taux de change progressif au passage de l'euro &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; soit appliquer un imp&#244;t exceptionnel progressif au-dessus de 200 000 &#8364;. Cette proposition ne concerne que le patrimoine liquide, elle ne concerne donc pas le patrimoine immobilier (maisons, etc.) &#233;voqu&#233; dans la septi&#232;me mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La septi&#232;me mesure : une r&#233;forme radicale de la fiscalit&#233;. &lt;/strong&gt;Supprimer la TVA sur les biens et les services de consommation de base, comme la nourriture, l'&#233;lectricit&#233;, le gaz et l'eau (pour ces trois derniers, jusqu'&#224; un certain niveau de consommation par individu)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela peut &#234;tre combin&#233; avec des mesures de gratuit&#233; sur la consommation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et d'autres biens de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. Par contre, une augmentation de la TVA sur les biens et les produits de luxe, etc. Nous avons aussi besoin d'une augmentation des imp&#244;ts sur les b&#233;n&#233;fices des entreprises priv&#233;es et des revenus au-dessus d'un certain niveau. Autrement dit, un imp&#244;t progressif sur les revenus et sur le patrimoine. La maison d'habitation devrait &#234;tre exon&#233;r&#233;e d'imp&#244;t en dessous d'un certain montant qui varie en fonction de la composition du foyer. La r&#233;forme de la fiscalit&#233; doit produire des effets imm&#233;diats : une baisse tr&#232;s sensible des imp&#244;ts indirects et directs pour la majorit&#233; de la population et une augmentation tr&#232;s sensible pour les 10 % les plus riches et pour les grandes entreprises. Enfin, la lutte contre la fraude et l'&#233;vasion fiscale serait intensifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Huiti&#232;me mesure : D&#233;privatisations.&lt;/strong&gt; &#171; Racheter &#187; les entreprises privatis&#233;es pour un euro symbolique. Ainsi, de ce point de vue, utiliser l'euro pourrait s'av&#233;rer tr&#232;s sympathique, en payant un euro symbolique &#224; ceux qui ont profit&#233; des privatisations. Et renforcer et &#233;tendre les services publics sous contr&#244;le citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Neuvi&#232;me mesure : La mise en &#339;uvre d'un vaste plan d'urgence pour la cr&#233;ation d'emplois socialement utiles et pour la justice.&lt;/strong&gt; R&#233;duire le temps de travail avec maintien des salaires. Abroger les lois antisociales et adopter des lois pour rem&#233;dier &#224; la situation de la dette hypoth&#233;caire abusive, des dispositions qui concernent en priorit&#233; des pays comme l'Espagne, l'Irlande, la Gr&#232;ce... Cela pourrait tr&#232;s bien se r&#233;soudre par la loi, en &#233;vitant des proc&#232;s (car il y a de nombreux proc&#232;s sur la dette hypoth&#233;caire o&#249; les m&#233;nages sont confront&#233;s aux banques). Un Parlement peut d&#233;cr&#233;ter par une loi l'annulation des dettes hypoth&#233;caires inf&#233;rieures &#224; 150 000 euros par exemple et mettre ainsi un terme &#224; des proc&#233;dures judiciaires. Il s'agit aussi de mettre en &#339;uvre un vaste programme de d&#233;penses publiques afin de relancer l'emploi et l'activit&#233; socialement utile en favorisant les circuits courts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dixi&#232;me mesure : Entamer un v&#233;ritable processus constituant.&lt;/strong&gt; Il ne s'agit pas de changements constitutionnels dans le cadre des institutions parlementaires actuelles. Il s'agirait de dissoudre le parlement et de convoquer l'&#233;lection au suffrage direct d'une Assembl&#233;e constituante. Et de rechercher &#224; ins&#233;rer ce processus dans d'autres processus constituants au niveau europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont dix propositions de base &#224; soumettre au d&#233;bat. Mais une chose est certaine, les mesures &#224; prendre doivent aller &#224; la racine des probl&#232;mes et elles doivent &#234;tre appliqu&#233;es simultan&#233;ment car il faut un programme coh&#233;rent. En l'absence de la mise en &#339;uvre de mesures radicales annonc&#233;es depuis le d&#233;but, il n'y aura pas de rupture avec les politiques d'aust&#233;rit&#233;. Il est impossible de rompre avec les politiques d'aust&#233;rit&#233; sans prendre des mesures radicales contre le grand capital. Ceux qui pensent que l'on peut &#233;viter cela sont des &#171; enfumeurs &#187; qui ne pourront pas obtenir de r&#233;elles avanc&#233;es concr&#232;tes. Au niveau europ&#233;en, la nature de l'architecture europ&#233;enne et l'ampleur de la crise du capitalisme font qu'il n'y a pas de r&#233;el espace pour des politiques productivistes n&#233;o-keyn&#233;siennes. L'&#233;cosocialisme ne doit pas &#234;tre &#224; la marge mais au c&#339;ur du d&#233;bat, d'o&#249; doivent venir les propositions imm&#233;diates et concr&#232;tes. Il faut mener &#224; bien la lutte contre l'aust&#233;rit&#233; et se lancer sur le chemin de l'anticapitalisme. La transition &#233;cosocialiste est une n&#233;cessit&#233; absolue et imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce texte a &#233;t&#233; traduit et publi&#233; dans 8 langues :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Anglais : Ten Proposals to Beat the European Union&lt;br class='autobr' /&gt;
Espagnol : Un manifiesto para desobedecer tratados europeos 'injustos'&lt;br class='autobr' /&gt;
Portugais : Os desafios da esquerda na zona euro&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;erlandais/Flamand : Uitdagingen voor links in de eurozone&lt;br class='autobr' /&gt;
Grec : &#927;&#953; &#960;&#961;&#959;&#954;&#955;&#942;&#963;&#949;&#953;&#962; &#947;&#953;&#945; &#964;&#951;&#957; &#945;&#961;&#953;&#963;&#964;&#949;&#961;&#940; &#963;&#964;&#951;&#957; &#949;&#965;&#961;&#969;&#950;&#974;&#957;&#951;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bosnien-croate-mont&#233;n&#233;grin-serbe : 10 predloga kako pobediti Evropsku uniju&lt;br class='autobr' /&gt;
Italien : Le sfide per la sinistra nella zona euro
&lt;br /&gt;&#8212; -&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Liste des signataires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ALLEMAGNE&lt;br class='autobr' /&gt;
Angela Klein, revue SOZ&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AUTRICHE&lt;br class='autobr' /&gt;
Christian Zeller, professeur de g&#233;ographie &#233;conomique, Universit&#233; de Salzburg&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BOSNIE-HERZ&#201;GOVINE&lt;br class='autobr' /&gt;
Tijana Okic, philosophe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BELGIQUE&lt;br class='autobr' /&gt;
Olivier Bonfond, &#233;conomiste, membre de la commission pour la v&#233;rit&#233; sur la dette grecque&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Claude Deroubaix, sociologue &#224; l'Universit&#233; de Mons&lt;br class='autobr' /&gt;
Mauro Gasparini, LCR/SAP&lt;br class='autobr' /&gt;
Corinne Gobin, politologue &#224; l'ULB&lt;br class='autobr' /&gt;
Herman Michiel, &#233;diteur de la revue Ander Europa&lt;br class='autobr' /&gt;
Christine Pagnoulle, prof. honoraire Universit&#233; de Li&#232;ge, pr&#233;sidente ATTAC-Li&#232;ge&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;ric Toussaint, porte-parole du CADTM international, coordinateur scientifique de la commission pour la v&#233;rit&#233; sur la dette grecque&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CHYPRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Stavros Tombazos, &#233;conomiste, prof. universitaire, membre de la commission pour la v&#233;rit&#233; sur la dette grecque&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DANEMARK&lt;br class='autobr' /&gt;
Soren Sondergaard, d&#233;put&#233;, ex-d&#233;put&#233; europ&#233;en&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ESPAGNE&lt;br class='autobr' /&gt;
Daniel Albarrac&#237;n, &#233;conomiste et sociologue, Podemos, membre de la commission pour la v&#233;rit&#233; sur la dette grecque&lt;br class='autobr' /&gt;
Marina Albiol, Eurod&#233;put&#233;e de Izquierda Unida et porte-parole la d&#233;l&#233;gation de la Gauche plurielle au parlement europ&#233;en. &lt;br class='autobr' /&gt;
Yago &#193;lvarez, activiste, membre de la plate-forme d'audit citoyen de la dette -PACD PACD&lt;br class='autobr' /&gt;
Josep Maria Antentas, professeur de sociologie de l'Universit&#233; Autonome de Barcelone (UAB).&lt;br class='autobr' /&gt;
Rommy Arce, conseill&#232;re municipale de Madrid, membre de la coalition Ahora Madrid et de Podemos&lt;br class='autobr' /&gt;
Ra&#250;l Camargo, Secr&#233;taire Politique de Podemos de la Communaut&#233; de Madrid y D&#233;put&#233; de celle-ci. Militant de Anticapitalistas &lt;br class='autobr' /&gt;
Sergi Cutillas, &#233;conomiste de Ekona. Membre du Groupe promoteur du nouveau mouvement politique catalan Un Pa&#237;s En Com&#250;, Catalunya, membre de la commission pour la v&#233;rit&#233; sur la dette grecque&lt;br class='autobr' /&gt;
J&#233;r&#244;me Duval, membre du CADTM et de la PACD&lt;br class='autobr' /&gt;
Manolo Gari, &#233;conomiste, activiste &#233;cosocialiste, militant de Anticapitalistas y membro de Podemos&lt;br class='autobr' /&gt;
F&#225;tima Mart&#237;n, journaliste, membre du CADTM et de la PACD&lt;br class='autobr' /&gt;
Teresa Rodr&#237;guez, d&#233;put&#233;e andalouse, ex-eurod&#233;put&#233;e, porte-parole de Podemos Andaluc&#237;a.&lt;br class='autobr' /&gt;
Carlos Sanchez Mato, conseiller municipal et responsable des finances de la mairie de Madrid &lt;br class='autobr' /&gt;
Miguel Urb&#225;n, eurod&#233;put&#233; Podemos&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FRANCE&lt;br class='autobr' /&gt;
Olivier Besancenot, porte-parole du NPA &lt;br class='autobr' /&gt;
Jeanne Chevalier, Parti de Gauche (souscrit aux 10 propositions mais pas &#224; l'introduction)&lt;br class='autobr' /&gt;
Eric Coquerel, coordinateur politique du Parti de Gauche (souscrit aux 10 propositions mais pas &#224; l'introduction)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pierre Cours-Salies, professeur de sociologie &#224; l'Universit&#233; Paris 8, Ensemble !&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Cr&#233;mieux, NPA&lt;br class='autobr' /&gt;
Alexis Cukier - Ensemble ! EReNSEP&lt;br class='autobr' /&gt;
Penelope Duggan, Responsable de la revue International Viewpoint &lt;br class='autobr' /&gt;
Pascal Franchet, pr&#233;sident CADTM France&lt;br class='autobr' /&gt;
Pierre Khalfa, copr&#233;sident de la Fondation Copernic&lt;br class='autobr' /&gt;
Djordje Kuzmanovic, Parti de Gauche (souscrit aux 10 propositions mais pas &#224; l'introduction)&lt;br class='autobr' /&gt;
Jan Malewski, r&#233;dacteur de la revue Inprecor&lt;br class='autobr' /&gt;
Myriam Martin et Jean-Fran&#231;ois Pellissier, porte-paroles d'Ensemble !&lt;br class='autobr' /&gt;
Corinne Morel Darleux, Parti de Gauche (souscrit aux 10 propositions mais pas &#224; l'introduction)&lt;br class='autobr' /&gt;
Christine Poupin, porte-parole NPA&lt;br class='autobr' /&gt;
Catherine Samary, &#233;conomiste, membre d'ATTAC France&lt;br class='autobr' /&gt;
Patrick Saurin, syndicaliste SUD, membre du CADTM et de la commission pour la v&#233;rit&#233; sur la dette grecque&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GR&#200;CE&lt;br class='autobr' /&gt;
Tassos Anastassiadis, sociologue et journaliste (Antarsya)&lt;br class='autobr' /&gt;
Aris Chatzistefanou, r&#233;alisateur des documentaires Debtocracy et Catastroika&lt;br class='autobr' /&gt;
Nikos Chountis, eurod&#233;put&#233; Unit&#233; Populaire, ex-d&#233;put&#233; europ&#233;en, ex-vice ministre dans le premier gouvernement de Tsipras&lt;br class='autobr' /&gt;
Zoe Konstantopoulou, ex-pr&#233;sidente du parlement grec, fondatrice du mouvement politique Plefsi Eleftherias, pr&#233;sidente de la commission pour la v&#233;rit&#233; sur la dette grecque (souscrit aux 10 propositions mais pas &#224; l'introduction)&lt;br class='autobr' /&gt;
Stathis Kouvelakis, King's College London, Unit&#233; Populaire &lt;br class='autobr' /&gt;
Costas Lapavitsas, &#233;conomiste, SOAS University of London, EReNSEP&lt;br class='autobr' /&gt;
Spyros Marchetos, Universit&#233; Aristote de Thessalonique, membre d'Antarsya, membre de la commission pour la v&#233;rit&#233; sur la dette grecque&lt;br class='autobr' /&gt;
Yorgos Mitralias, Greeks for Bernie's Mass Movement - CADTM Gr&#232;ce ; membre de la commission pour la v&#233;rit&#233; sur la dette grecque&lt;br class='autobr' /&gt;
Antonis Ntavanelos, RedNetwork, Unit&#233; Populaire &lt;br class='autobr' /&gt;
Leonidas Vatikiotis, periodista (Antarsya), membre de la commission pour la v&#233;rit&#233; sur la dette grecque&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HONGRIE&lt;br class='autobr' /&gt;
Judit Morva, &#233;conomiste, r&#233;dactrice de la revue BALMIX&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ITALIE&lt;br class='autobr' /&gt;
Gigi Malabarba, ouvrier RiMaflow en autogestion - Fuorimercato, ex-s&#233;nateur, Communia Network, Italie &lt;br class='autobr' /&gt;
Checchino Antonini, directeur de la revue &#171; L'Anticapitalista &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LUXEMBOURG&lt;br class='autobr' /&gt;
Justin Turpel, ancien d&#233;put&#233; d&#233;i L&#233;nk &#8211; la Gauche &lt;br class='autobr' /&gt;
David Wagner, D&#233;put&#233; d&#233;i L&#233;nk &#8211; la Gauche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POLOGNE&lt;br class='autobr' /&gt;
Zbigniew Marcin Kowalewski, journaliste&lt;br class='autobr' /&gt;
Dariusz Zalega, journaliste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PORTUGAL&lt;br class='autobr' /&gt;
Francisco Lou&#231;a, &#233;conomiste, Bloc de Gauche, ex-d&#233;put&#233;. Emet &#233;met certaines r&#233;serves sur quelques aspects techniques des 10 propositions. &lt;br class='autobr' /&gt;
Alda Sousa, Universit&#233; de Porto, ex-eurod&#233;put&#233;e, Bloc de Gauche&lt;br class='autobr' /&gt;
Rui Viana Pereira, designer sonore, membre du CADPP (Portugal)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ROYAUME UNI&lt;br class='autobr' /&gt;
Susan Pashkoff, Left Unity, Economic Policy Commission&lt;br class='autobr' /&gt;
Alan Thornett, Socialist Resistance in Britain&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SERBIE&lt;br class='autobr' /&gt;
Andreja Zivkovic, chercheur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SLOV&#201;NIE&lt;br class='autobr' /&gt;
Maja Breznik, chercheuse&lt;br class='autobr' /&gt;
Rastko Mo&#269;nik, sociologue, prof universitaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SUISSE&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Batou, d&#233;put&#233; Solidarit&#233;s Gen&#232;ve, prof. Universit&#233; de Lausanne&lt;br class='autobr' /&gt;
Claude Calame, historien, &#201;cole des hautes &#233;tudes en sciences sociales EHESS - Paris, membre de Solidarit&#233;S&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le cas de la Gr&#232;ce, il s'agissait des banques grecques, fran&#231;aises, allemandes, belges et hollandaises principalement (une quinzaine de grandes banques priv&#233;es pour donner une id&#233;e approximative). Pour une analyse d&#233;taill&#233;e voir Rapport pr&#233;liminaire de la Commission pour la v&#233;rit&#233; sur la dette publique grecque, juin 2015, chapitres 1 et 2, &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Rapport-preliminaire-de-la&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/Rapport-prelim...&lt;/a&gt; ; Intervention d'&#201;ric Toussaint &#224; la pr&#233;sentation du rapport pr&#233;liminaire de la Commission de la v&#233;rit&#233; le 17 juin 2015,&lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Intervention-d-Eric-Toussaint-a-la&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/Intervention-d...&lt;/a&gt; ; voir aussi &#171; Gr&#232;ce : Les banques sont &#224; l'origine de la crise &#187;, publi&#233; le 23 d&#233;cembre 2016, &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Grece-Les-banques-sont-a-l-origine&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/Grece-Les-banq...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin voir : Documents secrets du FMI sur la Gr&#232;ce avec commentaires d'&#201;ric Toussaint (CADTM), &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Documents-secrets-du-FMI-sur-la&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/Documents-secr..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; cette &#233;poque, les activit&#233;s de plusieurs des grandes banques fran&#231;aises, allemandes, hollandaises, belges, etc. concern&#233;es &#233;taient fortement imbriqu&#233;es avec les march&#233;s financiers aux &#201;tats-Unis et avec les plus grandes banques des &#201;tats-Unis et du Royaume-Uni. En plus, et c'est li&#233;, elles avaient acc&#232;s &#224; une importante ligne de cr&#233;dit offerte par la R&#233;serve f&#233;d&#233;rale des &#201;tats-Unis, d'o&#249; l'int&#233;r&#234;t port&#233; par l'administration de Barack Obama &#224; la crise grecque et irlandaise, et plus g&#233;n&#233;ralement &#224; la crise bancaire europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le cas de la Gr&#232;ce, il s'agissait de 14 &#201;tats de la zone euro &#171; repr&#233;sent&#233;s &#187; par la Commission europ&#233;enne, le FESF &#8211;Fonds europ&#233;en de stabilit&#233; financi&#232;re- (auquel a succ&#233;d&#233; le MES &#8211;M&#233;canisme europ&#233;en de stabilit&#233;), la BCE et le FMI.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce dernier aspect est souvent insuffisamment pris en compte car l'accent est mis sur les aspects &#233;conomiques et sociaux. La tendance autoritaire &#224; l'int&#233;rieur de l'UE et de la zone euro est pourtant &#224; la fois un enjeu central et un objectif poursuivi de mani&#232;re d&#233;lib&#233;r&#233;e par la Commission europ&#233;enne et le grand capital. Cela touche le renforcement du pouvoir ex&#233;cutif, le recours &#224; des proc&#233;dures exp&#233;ditives de vote, la violation ou la limitation d'une s&#233;rie de droits, le non-respect des choix des &#233;lecteurs, l'augmentation de la r&#233;pression de la protestation sociale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lors des &#233;lections l&#233;gislatives du 4 octobre 2015, les forces de gauche, ont obtenu la majorit&#233; absolue des si&#232;ges &#224; l'Assembl&#233;e nationale : le PS venait en deuxi&#232;me position, avec 32,4 % ; le Bloco de Esquerda (Bloc de gauche), est arriv&#233; en troisi&#232;me position avec 10,3 %, et 19 d&#233;put&#233;s (8 en 2011) ; le PCP gagne un si&#232;ge et dispose de 15 d&#233;put&#233;s ; le parti vert, PEV reste inchang&#233; avec 2 si&#232;ges.1 Un accord de gouvernement a &#233;t&#233; conclu en novembre 2015 : le PS gouverne seul et les deux autres partis plus radicaux (BE et PCP), tout en refusant d'entrer au gouvernement, soutiennent au Parlement ses d&#233;cisions quand elles leur conviennent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. : &lt;a href=&#034;http://www.latribune.fr/actualites/..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.latribune.fr/actualites/..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour ne citer que quelques exemples : la France de Nicolas Sarkozy et l'Allemagne d'Angela Merkel n'ont pas &#233;t&#233; sanctionn&#233;es malgr&#233; le non-respect de leurs obligations en mati&#232;re de d&#233;ficit ; plus r&#233;cemment, la Commission a &#233;t&#233; &#233;galement laxiste &#224; l'&#233;gard du gouvernement de Mariano Rajoy en 2015 et en 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Modification de la l&#233;gislation afin qu'en cas de faillite d'une entreprise, les banques cr&#233;anci&#232;res passent avant les salari&#233;s et les retrait&#233;s -de l'entreprise- (&#233;t&#233; 2015) ; marginalisation compl&#232;te des pouvoirs publics dans l'actionnariat des banques (d&#233;cembre 2015) ; pouvoir accru de l'organisme ind&#233;pendant de collecte des imp&#244;ts ; nouveaux reculs dans le r&#233;gime des retraites ; nouveaux reculs dans le code du travail ; instauration d'un m&#233;canisme de coupes budg&#233;taires automatiques en cas d'&#233;cart des objectifs d'exc&#233;dents budg&#233;taires inscrits dans le marbre du 3e M&#233;morandum. On constate &#233;galement une aggravation de l'endettement des m&#233;nages.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La dette a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; restructur&#233;e en 2012. Les autorit&#233;s europ&#233;ennes avaient annonc&#233; une r&#233;duction de 50 % de la dette grecque. En r&#233;alit&#233;, l'augmentation de la dette a repris de plus belle aussit&#244;t apr&#232;s la restructuration. Les mesures annonc&#233;es en d&#233;cembre 2016 constituent une v&#233;ritable com&#233;die (voir Michel Husson &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Grece-allegeme..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/Grece-allegeme..&lt;/a&gt;. )&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une explication &#224; propos de la socialisation des banques, voir Que faire des banques ? Version 2.0, &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Que-faire-des-..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/Que-faire-des-..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En appliquant un taux de change progressif au passage de l'euro &#224; la nouvelle monnaie on diminuerait le liquide en possession du 1 % le plus riche et redistribuerait la richesse liquide aux m&#233;nages.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela peut &#234;tre combin&#233; avec des mesures de gratuit&#233; sur la consommation d'eau, d'&#233;lectricit&#233;, de gaz, etc. par individu et jusqu'&#224; un certain niveau de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;ponse &#224; l'analyse de Varoufakis sur le bilan du premier gouvernement Syriza</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Reponse-a-l-analyse-de-Varoufakis-sur-le-bilan-du-premier-gouvernement-Syriza</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Reponse-a-l-analyse-de-Varoufakis-sur-le-bilan-du-premier-gouvernement-Syriza</guid>
		<dc:date>2016-12-06T11:29:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexis Cukier, Patrick Saurin</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec le peuple grec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2016-12-06</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alexis Cukier, membre d'Ensemble ! et du r&#233;seau ERENSEP (European Research Network on Social and Economic Policies) et Patrick Saurin, un des porte paroles du syndicat Sud Solidaires BPCE, et membre de la Commission pour la V&#233;rit&#233; sur la Dette grecque r&#233;pondent &#224; Yanis Varoufakis sur l'accord du 20 f&#233;vrier 2015 et les alternatives &#224; l'aust&#233;rit&#233; en Europe. &lt;br class='autobr' /&gt; Cher Yanis Varoufakis, &lt;br class='autobr' /&gt;
Suite &#224; votre article, &#171; La Gauche Europ&#233;enne apr&#232;s le Brexit &#187;, paru le 5 septembre 2016 sur Mediapart, nous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Grece-+" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Solidarite-avec-le-peuple-grec-+" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; avec le peuple grec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2016-12-06-+" rel="tag"&gt;Edition du 2016-12-06&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH102/arton28940-92843.jpg?1675011747' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='102' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alexis Cukier, membre d'Ensemble ! et du r&#233;seau ERENSEP (European Research Network on Social and Economic Policies) et Patrick Saurin, un des porte paroles du syndicat Sud Solidaires BPCE, et membre de la Commission pour la V&#233;rit&#233; sur la Dette grecque r&#233;pondent &#224; Yanis Varoufakis sur l'accord du 20 f&#233;vrier 2015 et les alternatives &#224; l'aust&#233;rit&#233; en Europe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cher Yanis Varoufakis,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; votre article, &#171; &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/050916/la-gauche-europeenne-apres-le-brexit-par-yanis-varoufakis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Gauche Europ&#233;enne apr&#232;s le Brexit&lt;/a&gt; &#187;, paru le 5 septembre 2016 sur Mediapart, nous avons souhait&#233; engager une discussion avec vous en publiant &#224; notre tour sur ce m&#234;me m&#233;dia un article intitul&#233;, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Desobeir-a-l-Union-europeenne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D&#233;sob&#233;ir &#224; l'Union europ&#233;enne : nous sommes d'accord avec vous Yanis Varoufakis&lt;/a&gt; &#187;, dans lequel nous vous posions un certain nombre de questions. Vous avez accept&#233; de poursuivre ces &#233;changes, ce dont nous vous remercions, en publiant toujours sur Mediapart un nouvel article, &#171; &lt;a href=&#034;https://yanisvaroufakis.eu/2016/10/05/why-did-i-sign-the-2022015-eurogroup-agreement-what-is-diem25s-strategy-for-democratising-europe-opendemocracy/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi j'ai sign&#233; l'accord du 20 f&#233;vrier 2015 avec l'Eurogroup ? Quelle est la strat&#233;gie de Diem25 pour d&#233;mocratiser l'Europe&lt;/a&gt; &#187; en r&#233;ponse aux questions que nous vous avions adress&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre analyse appelle de notre part de nouveaux d&#233;veloppements car nous pensons que cette discussion au sujet du bilan de premier gouvernement Syriza &#8211; dont vous avez &#233;t&#233; le ministre des finances jusqu'au 6 juillet 2015 &#8211; et particuli&#232;rement de la s&#233;quence qui a conduit de l'&#233;lection &#224; la capitulation du 13 juillet, est d'une importance cruciale pour la mise en &#339;uvre d'une politique alternative au n&#233;olib&#233;ralisme, et la sortie des peuples europ&#233;ens de la cage de fer de l'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi nous r&#233;pondons &#224; notre tour &#224; votre r&#233;ponse et vous invitons &#224; poursuivre ce d&#233;bat autour de deux questions qui nous semblent essentielles : l'accord du 20 f&#233;vrier 2015 et les alternatives possibles &#224; cette &#233;poque pour le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) L'accord du 20 f&#233;vrier &#233;tait-il un bon accord ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans votre &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/ananda-cotentin/blog/250315/communique-de-leurogroupe-sur-la-grece&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;derni&#232;re contribution&lt;/a&gt; |1|, vous d&#233;fendez notamment que l'accord du 20 f&#233;vrier 2015 sign&#233; par les cr&#233;anciers et le gouvernement grec, dont vous &#233;tiez alors ministre des finances, &#233;tait un bon accord, et qu'il ne conduisait pas n&#233;cessairement &#224; la capitulation du 13 juillet. Nous ne partageons pas cette analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour vous, la signature de cet accord &#233;tait une bonne chose pour deux raisons. D'une part, elle permettait de prolonger l'accord de pr&#234;t existant de quelques mois, ce qui t&#233;moignait que votre camp n&#233;gociait de mani&#232;re constructive et de bonne foi tout en vous permettant dans le m&#234;me temps de pr&#233;parer la rupture que la tro&#239;ka &#233;tait en train d'orchestrer. D'autre part, cette signature avait pour effet de d&#233;tacher cet accord du M&#233;morandum et de &#171; ses terribles conditions &#187;, pour reprendre vos propres mots, et vous donnait la possibilit&#233; de proposer votre propre liste de r&#233;formes. Vous prenez soin de souligner que vous n'aviez &#171; pas pour mandat d'orchestrer un affrontement pr&#233;matur&#233; avec l'UE, avant d'avoir la possibilit&#233; d'obtenir un accord viable &#187;. Enfin, vous insistez sur le fait que votre gouvernement n'avait pas non plus pour mandat de faire du Grexit son objectif mais de n&#233;gocier un &#171; new deal &#187; pour la Gr&#232;ce et, si ces n&#233;gociations &#233;chouaient, d'&#234;tre pr&#234;ts &#224; tout faire pour assurer la souverainet&#233; d&#233;mocratique de votre pays, &#171; y compris accepter &#8211; s'il fallait en arriver l&#224; &#8211; que la Gr&#232;ce soit pouss&#233;e hors de la zone euro. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ressort de vos propos que l'accord du 20 f&#233;vrier n'&#233;tait en r&#233;alit&#233; qu'un &#171; affichage &#187;. Le gouvernement de Tsipras pensait gagner quelques mois de r&#233;pit pour pr&#233;parer un affrontement avec l'UE qui vous paraissait in&#233;vitable et dont les institutions europ&#233;ennes avaient d&#233;j&#224; pos&#233; les premiers jalons avec la BCE notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui nous concerne, nous pensons que les autorit&#233;s grecques n'auraient pas d&#251; signer cet accord mais opter pour une autre position politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re des raisons est que cet accord &#233;tait manifestement incompatible avec le vote majoritaire des &#233;lecteurs grecs du 25 janvier 2015 qui avait port&#233; votre gouvernement au pouvoir |2|. Il &#233;tait par exemple incompatible avec les engagements du &#171; programme de Thessalonique &#187; &#8211; qui avait constitu&#233; les mois pr&#233;c&#233;dents la principale r&#233;f&#233;rence politique de Syriza dans le discours adress&#233; aux &#233;lecteurs. Ce dernier affirmait que &#171; nous nous engageons, face au peuple grec, &#224; remplacer d&#232;s les premiers jours du nouveau gouvernement &#8211; et ind&#233;pendamment des r&#233;sultats attendus de notre n&#233;gociation &#8211; le m&#233;morandum par un Plan national de reconstruction, rigoureusement &#233;labor&#233;, et chiffr&#233; avec pr&#233;cision &#187;, et comportait des &#171; mesures pour rem&#233;dier &#224; la crise humanitaire &#187;, des &#171; mesures prioritaires pour la relance de l'&#233;conomie &#187;, un &#171; plan national de lutte contre le ch&#244;mage et d'am&#233;lioration de la situation du march&#233; du travail &#187; et un &#171; r&#233;tablissement institutionnel et d&#233;mocratique du syst&#232;me politique &#187;. Or aucune de ces mesures n'a &#233;t&#233; possible dans le cadre de cet accord, qui contredisait explicitement ces engagements, par exemple en acceptant que &#171; Les autorit&#233;s grecques s'engagent &#224; s'abstenir de tout d&#233;mant&#232;lement des mesures et de changement unilat&#233;raux des politiques et des r&#233;formes structurelles qui auraient un impact n&#233;gatif sur les objectifs budg&#233;taires, la reprise &#233;conomique ou la stabilit&#233; financi&#232;re, tels qu'&#233;valu&#233;s par les institutions &#187;. Autrement dit, contrairement au sens manifeste du vote du 25 janvier 2015, cet accord du 20 f&#233;vrier continuait de faire d&#233;pendre les mesures prises par le gouvernement non pas de la volont&#233; du peuple grec, mais de celle des cr&#233;anciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contenu de cet accord explicite les obligations de la Gr&#232;ce &#224; l'&#233;gard de la Tro&#239;ka : en effet, le communiqu&#233; du 20 f&#233;vrier mentionne &#224; huit reprises des &#171; engagements &#187; de la Gr&#232;ce. Par contre, les prescriptions sont quasi-inexistantes pour l'Eurogroupe, lequel &#171; r&#233;it&#232;re son appr&#233;ciation positive&#8230; &#187;, &#171; prend acte de la demande des autorit&#233;s grecques&#8230; &#187;, &#171; se f&#233;licite de l'engagement pris par les autorit&#233;s grecques&#8230; &#187;. Les seuls engagements pris par l'Eurogroupe sont soit assortis de conditions draconiennes &#8211; par exemple les fonds de la r&#233;serve du Fonds hell&#233;nique de stabilit&#233; financi&#232;re resteront disponibles mais ne pourront &#234;tre utilis&#233;s &#171; que pour la recapitalisation et le sauvetage des banques &#187; &#8211; soit d&#233;nu&#233;es de caract&#232;re contraignant lorsqu'il est indiqu&#233; que &#171; les institutions fourniront un premier avis&#8230; &#187;. L'accord pass&#233; le 20 f&#233;vrier 2015 &#233;tait bien un accord in&#233;galitaire qui laissait &#224; la Gr&#232;ce l'essentiel des obligations et qui a surtout permis de v&#233;rifier par la suite l'impasse d'une strat&#233;gie positive &#224; tout prix dans le cadre de l'euro pour obtenir un accord viable et de l'illusion de croire pouvoir &#171; n&#233;gocier de bonne foi &#187; avec la tro&#239;ka. D'une part, comme vous avez pu am&#232;rement le v&#233;rifier, vous n'aviez pas en face de vous des interlocuteurs loyaux et de bonne foi. D'autre part, le souci de gagner du temps a &#233;t&#233; surtout b&#233;n&#233;fique aux riches familles grecques et aux grandes entreprises qui en ont profit&#233; pour faire sortir du pays des sommes consid&#233;rables |3| ; ce qui a contribu&#233; &#224; ass&#233;cher les banques, d'autant que dans le m&#234;me temps la BCE avait ferm&#233; ses robinets de liquidit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accord du 20 f&#233;vrier fut une d&#233;faite pour le gouvernement de la Gr&#232;ce et sa population. Le reconna&#238;tre aurait &#233;t&#233;, et constitue toujours, une condition n&#233;cessaire pour tirer les le&#231;ons de cette exp&#233;rience, et ne pas recommencer les m&#234;mes erreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) D&#232;s f&#233;vrier 2015, il y avait des alternatives !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres choix &#233;taient possibles, selon nous. Ils n'&#233;taient pas faciles mais nous pensons qu'ils pouvaient donner des moyens &#224; la Gr&#232;ce d'engager une premi&#232;re rupture avec les politiques d'aust&#233;rit&#233; qui lui &#233;taient impos&#233;es depuis des ann&#233;es et que l'accord du 20 f&#233;vrier ne remettait pas en cause et qu'au contraire il reconduisait. Nous pensons que trois mesures d'urgence, fond&#233;es en droit et justifi&#233;es d'un point de vue d&#233;mocratique, auraient pu et d&#251; &#234;tre d&#233;cid&#233;es d&#232;s la mise en place du nouveau gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Contr&#244;ler la circulation des capitaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re mesure consistait &#224; mettre en &#339;uvre un contr&#244;le strict de la circulation des capitaux pour pallier les sorties d'argent consid&#233;rables qui n'&#233;taient pas justifi&#233;es par des &#233;changes &#233;conomiques. Mise en place seulement le 28 juin 2015, cette mesure aurait d&#251; appliqu&#233;e d&#232;s l'arriv&#233;e de Syriza au gouvernement, comme l'a reconnu James K. Galbraith |4|, mais Alexis Tsipras s'y est refus&#233; car il consid&#233;rait que cela constituait un premier pas irr&#233;versible vers la sortie de l'euro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'instauration d'un contr&#244;le des capitaux constituait une remise en cause des trait&#233;s europ&#233;ens et de toutes les restrictions aux mouvements de capitaux et aux paiements entre les &#201;tats membres, mais aussi celles entre les &#201;tats membres et les pays tiers en vigueur depuis le 1er janvier 1994. Or le gouvernement grec aurait pu se pr&#233;valoir de l'exception pr&#233;vue par l'article 65 alin&#233;a 1, b du chapitre 4 du Titre IV du trait&#233; sur le fonctionnement de l'Union europ&#233;enne qui d&#233;finit les modalit&#233;s qui permet aux &#201;tats membres &#171; de prendre des mesures justifi&#233;es par des motifs li&#233;s &#224; l'ordre public ou &#224; la s&#233;curit&#233; publique &#187;. Le gouvernement grec aurait pu &#233;galement invoquer le pr&#233;c&#233;dent chypriote, lorsque le 28 mars 2013 fut d&#233;cid&#233; la mise en place d'un contr&#244;le des capitaux pour tenter de parer &#224; un bank run, un dispositif qui restera en vigueur deux ans. M&#234;me le FMI consid&#233;rait dans une note du 14 novembre 2012 que &#171; la lib&#233;ralisation des mouvements de capitaux comportait des risques &#187; |5|. Cette institution admettait &#233;galement qu' &#171; il n'y a [&#8230;] aucune pr&#233;somption que la lib&#233;ralisation totale soit un but appropri&#233; pour tous les pays &#224; toutes les &#233;poques &#187; |6|.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) Suspendre le paiement de la dette et engager un audit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde initiative r&#233;sidait dans la mise en place d'un moratoire sur le paiement de la dette publique dans l'attente des conclusions d'un audit dont l'objet &#233;tait d'identifier si une partie de cette dette n'&#233;tait pas ill&#233;gale, ill&#233;gitime, odieuse ou insoutenable. Rappelons que le cadre de programme gouvernemental de Syriza pr&#233;voyait la &#171; ren&#233;gociation des contrats de pr&#234;ts et de la dette [&#8230;] avec pour objectifs [&#8230;] l'annulation de la majeure partie de la valeur nominale de la dette publique, de sorte qu'elle devienne viable, dans le contexte d'une &#171; Conf&#233;rence sur la Dette Europ&#233;enne &#187;, [&#8230;], l'instauration d'une &#171; clause de croissance &#187; dans le remboursement de la part restante de la dette, de fa&#231;on &#224; ce qu'il soit financ&#233; par la croissance et non par le budget, [&#8230;], que soit accord&#233; un d&#233;lai de gr&#226;ce, c'est-&#224;-dire un &#171; moratorium &#187; pour son paiement [&#8230;]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engag&#233;s le 4 avril 2015, les travaux de la Commission pour la V&#233;rit&#233; sur la Dette Publique Grecque ont &#233;tabli que la quasi-totalit&#233; de la dette &#233;tait ill&#233;gale, ill&#233;gitime, odieuse et insoutenable, et &#224; ce titre n'avait pas &#224; &#234;tre rembours&#233;e. Le Gouvernement pouvait appuyer sa d&#233;cision sur un ensemble de textes de droit, notamment l'article 103 de la Charte des Nations Unies, les articles 25, 26, 46, 52, 53, 56 et 69 de la Convention de Vienne sur le droit des trait&#233;s, l'article 25 du projet d'articles de la Commission de droit international et les articles 28 et 36 de la Constitution grecque. Ainsi, sachant que la satisfaction des droits humains fondamentaux doit &#234;tre assur&#233;e avant le paiement de la dette, la Gr&#232;ce aurait pu en toute l&#233;galit&#233; suspendre le paiement de sa dette avant d'envisager sa r&#233;pudiation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) Reprendre le contr&#244;le du syst&#232;me bancaire en socialisant les banques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, un troisi&#232;me acte fort aurait consist&#233; &#224; reprendre le contr&#244;le des banques. D&#232;s 2012, le programme de Syriza pr&#233;voyait la nationalisation des banques et dans les propositions annonc&#233;es par Alexis Tsipras dans son discours inaugural du 3 janvier 2015 figuraient la cr&#233;ation d'une banque publique de d&#233;veloppement et de banques sp&#233;ciales pour les PME. Ces propositions n'ont pas &#233;t&#233; suivies d'effets, le gouvernement grec a pr&#233;f&#233;r&#233; faire le choix de se plier aux injonctions de la tro&#239;ka et venir en aide aux banques priv&#233;es. Or, au lieu de proc&#233;der en pure perte &#224; des recapitalisations successives &#224; coup de dizaines de milliards d'euros avec de l'argent public, sans pour autant se voir accorder un pouvoir de d&#233;cision au sein des conseils d'administrations des banques renflou&#233;es par des fonds publics, le gouvernement grec aurait d&#251; engager un processus de faillite ordonn&#233;e. Comme vous le relevez &#224; juste titre, &#171; organiser un processus de faillite pour les banques aurait impliqu&#233; de les nationaliser. &#187; Or, c'&#233;tait la solution qui s'imposait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La doxa &#233;conomique dominante refuse d'envisager cette &#233;ventualit&#233; qu'elle consid&#232;re tout &#224; la fois irr&#233;alisable et dangereuse. Pourtant, si l'on prend le seul exemple de la France, au 1er janvier 1946, le gouvernement nouvellement mis en place a proc&#233;d&#233; &#224; la &lt;a href=&#034;https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000006072686&amp;&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;nationalisation des quatre grandes banques de d&#233;p&#244;ts et de la Banque de France&lt;/a&gt;. Plus pr&#232;s de nous, la &lt;a href=&#034;https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000503960&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;loi de nationalisation du 13 f&#233;vrier 1982&lt;/a&gt; vot&#233;e pendant le premier septennat de Fran&#231;ois Mitterrand pla&#231;a sous l'autorit&#233; de l'&#201;tat 39 banques, ce &#224; quoi il faut ajouter le transfert des actions de trois autres grandes banques au capital desquelles l'&#201;tat ou des personnes morales de droit public &#233;taient pr&#233;sents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or c'est pr&#233;cis&#233;ment la mise en &#339;uvre imm&#233;diate et simultan&#233;e de ces trois mesures qui aurait permis de mettre un premier coup d'arr&#234;t aux politiques d'aust&#233;rit&#233; dict&#233;es par la tro&#239;ka au gouvernement grec. Le gouvernement grec n'&#233;tait pas pr&#233;par&#233; &#224; l'affrontement in&#233;vitable avec la tro&#239;ka. Il a sous-estim&#233; la d&#233;loyaut&#233; et de pugnacit&#233; des membres de celle-ci. Loin d'&#234;tre une garantie pour lui, l'affirmation de son attachement inconditionnel &#224; l'euro a &#233;t&#233; comprise comme la reconnaissance d'un asservissement et a fourni un moyen de chantage &#224; ses adversaires. La capitulation du 13 juillet 2015 &#233;tait d&#233;j&#224; inscrite dans cette strat&#233;gie d&#233;ficiente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans la situation qui &#233;tait celle de la Gr&#232;ce au d&#233;but de l'ann&#233;e 2015, le gouvernement d'Alexis Tsipras a commis l'erreur de s'isoler, de se couper de la population en privil&#233;giant des r&#233;unions en comit&#233; restreint et des rencontres institutionnelles avec les repr&#233;sentants de la tro&#239;ka. Le gouvernement charg&#233; de mettre en &#339;uvre une politique de gauche aurait d&#251; rechercher activement, d&#232;s son &#233;lection et avant de signer quelque accord, l'appui de la population aussi bien en Gr&#232;ce qu'en Europe ; ce qu'il na pas voulu faire. Il &#233;tait pourtant n&#233;cessaire d'appeler &#224; la mobilisation et &#224; la solidarit&#233;, y compris pour peser face aux repr&#233;sentants de la tro&#239;ka et des banques. En tant que ministre des finances de ce gouvernement, fort de l'aura qui &#233;tait la v&#244;tre, vous auriez pu, notamment, intervenir dans des rencontres publiques pour expliquer, relayer et intensifier cet appel &#224; la mobilisation et &#224; la solidarit&#233;, lesquelles auraient pu prendre une toute autre ampleur et qui auraient &#233;t&#233; de nature &#224; initier une dynamique visant &#224; changer les rapports de force en Gr&#232;ce et en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Yanis Varoufakis, il ne s'agit pas pour nous, vous l'aurez compris, de refaire l'histoire. Mais nous pensons que l'analyse de l'exp&#233;rience grecque est d'une importance cruciale pour la r&#233;flexion strat&#233;gique des forces sociales et politique de la gauche en Europe. Ce qui est en question n'est rien moins que la possibilit&#233; d'une politique alternative au n&#233;olib&#233;ralisme et &#224; l'aust&#233;rit&#233; en Europe. Au vu d'un tel enjeu, nous estimons essentiel de poursuivre le d&#233;bat que nous avons engag&#233; en esp&#233;rant que vous le souhaitiez aussi de votre c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/181116/reponse-lanalyse-de-varoufakis-sur-le-bilan-du-premier-gouvernement-syriza&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Blogue Mediapart&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|1| &lt;a href=&#034;http://www.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/2015/02/150220-eurogroup-statement-greece/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/2015/02/150220-eurogroup-statement-greece/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|2| Du reste, cet accord a aussi marqu&#233; le coup d'arr&#234;t des manifestations et mobilisations qui avaient repris d&#233;but 2015 pour soutenir le gouvernement suite au coup de force de la BCE. Ce n'est que lors de la campagne pour le r&#233;f&#233;rendum du 5 juillet, qui a g&#233;n&#233;r&#233; une grande ferveur populaire en suscitant de nouveaux espoirs, que les mobilisations ont ensuite repris. Sur cet aspect crucial pour &#233;valuer les cons&#233;quences de cet accord, voir notamment en fran&#231;ais : Stathis Kouv&#233;lakis, La Gr&#232;ce, Syriza et l'Europe n&#233;olib&#233;rale. Entretiens avec Alexis Cukier, Paris, La Dispute, 2015, p. 90 sq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|3| On estime &#224; plus de 50 milliards d'euros les sommes retir&#233;es des comptes en banque entre novembre 2014 et juin 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|4| James Galbraith, Welcome to the Poisoned Chalice : The Destruction of Greece and the Future of Europe, New Haven, Yale University Press, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|5| FMI, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.imf.org/external/np/pp/eng/2012/111412.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;The liberalization and management of capital flows : an institution view&lt;/a&gt; &#187;, 14 novembre 2012, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|6| FMI, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.imf.org/external/pubs/ft/survey/so/2012/POL120312A.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;IMF Survey : IMF Adopts Institutional View on Capital Flows&lt;/a&gt; &#187;, 3 d&#233;cembre 2012&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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