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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>France - Prendre la mesure de la gravit&#233; de la situation</title>
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		<dc:date>2024-10-29T08:14:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Le Moal</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-10-29</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>

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&lt;p&gt;Face au danger n&#233;ofasciste que repr&#233;sente le FN/RN, le r&#233;sultat du 2nd tour des l&#233;gislatives anticip&#233;es a donn&#233; un r&#233;pit. R&#233;pit essentiel puisqu'il &#233;vite de leur livrer les leviers de l'&#201;tat, mais il ne fait pas dispara&#238;tre les processus de fond qui se sont exprim&#233;s aux &#233;lections europ&#233;ennes et l&#233;gislatives. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du site de la revue Contretemps 25 octobre 2024 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Patrick Le Moal &lt;br class='autobr' /&gt;
La situation politique conjoncturellement plus favorable imm&#233;diatement apr&#232;s les &#233;lections a permis de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/06_-_do7a5246-modifier-125eb.jpg?1781336344' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Face au &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/dossier-fn-fascisme-france-le-pen/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;danger n&#233;ofasciste&lt;/a&gt; que repr&#233;sente le FN/RN, le r&#233;sultat du 2nd tour des l&#233;gislatives anticip&#233;es a donn&#233; un r&#233;pit. R&#233;pit essentiel puisqu'il &#233;vite de leur livrer les leviers de l'&#201;tat, mais il ne fait pas dispara&#238;tre les processus de fond qui se sont exprim&#233;s aux &#233;lections europ&#233;ennes et l&#233;gislatives.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/prendre-mesure-gravite-situation/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Contretemps&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
25 octobre 2024&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Patrick Le Moal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation politique conjoncturellement plus favorable imm&#233;diatement apr&#232;s les &#233;lections a permis de mettre en avant les r&#233;ponses du NFP, les d&#233;bats autour de ses propositions. Mais elle ne peut faire oublier les rapports de force r&#233;els, qui nous imposent d&#8216;affronter certaines questions strat&#233;giques majeures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick Le Moal revient sur les &#233;volutions &#233;lectorales r&#233;centes pour en tirer des cons&#233;quences en mati&#232;re de t&#226;ches imm&#233;diates : unit&#233;, reconstruction d'un horizon &#233;mancipateur, n&#233;cessit&#233; d'une force politique&#8230; afin de faire front face au n&#233;ofascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le danger d'un pouvoir n&#233;ofasciste est l&#224;, devant nous&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du premier tour des l&#233;gislatives 2017 (51 % des inscrit.es votent), environ 3 millions de voix s'&#233;taient port&#233;es sur le FN, &#224; celui des l&#233;gislatives de 2022 (52,5 % des inscrit.es votent) le RN recueillait 4,2 millions de voix, auxquelles on peut ajouter le million de Reconqu&#234;te, soit plus de 5 millions de voix pour l'extr&#234;me droite n&#233;ofasciste. Au premier tour des l&#233;gislatives 2024 (66,7 % des inscrit.es votent), le RN recueille 9,4 millions de voix, plus 1 million de voix aux diverses listes d'extr&#234;me droite, soit entre 10 et 11 millions de voix pour l'extr&#234;me droite n&#233;ofasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 7 ans, le nombre de votant.es pour elle a &#233;t&#233; multipli&#233; par 3,6 et repr&#233;sente 30 % des voix exprim&#233;es, 20 % des inscrit.es. Entre 10 et 11 millions de voix sont stabilis&#233;es aujourd'hui pour le RN et ses affid&#233;s, et lorsque les abstentionnistes votent, leur nombre de voix augmente, comme en attestent les 13 millions pour Le Pen au second tour des pr&#233;sidentielles de 2022 o&#249; il y a eu 72 % de votant.es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est consid&#233;rable et d'autant plus inqui&#233;tant pour nous que la majeure partie de ces voix proviennent des classes populaires, des exploit&#233;.es et des opprim&#233;.es, et que le bin&#244;me Le Pen/Bardella leur a permis d'obtenir des r&#233;sultats significatifs dans de nouvelles parties de l'&#233;lectorat : les jeunes, primo-votants, les cadres, les &#171; CSP+ &#187; qui s'ajoutent &#224; celui du sud de la France ou aux anciens bassins industriels d&#233;vast&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;sultats donnent aux n&#233;ofascistes les moyens d'&#234;tre majoritaires lors des &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales majeures dans les ann&#233;es qui viennent, tant la pr&#233;sidentielle que les l&#233;gislatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le &#171; front r&#233;publicain &#187; initi&#233; par le NFP a permis d'emp&#234;cher cette conclusion, le syst&#232;me &#233;lectoral actuel permet &#224; une force politique recueillant 30 &#224; 35 % des voix au premier tour d'avoir la majorit&#233; absolue &#224; l'Assembl&#233;e Nationale. Le RN est donc en position de prendre possession des rouages de l'appareil d'&#201;tat, ce qui changerait consid&#233;rablement le rapport des forces et repr&#233;senterait un danger qualitativement diff&#233;rent de ce que nous avons connu depuis la seconde guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;sultats &#233;lectoraux ne se traduisent pas aujourd'hui par la construction d'un parti de masse n&#233;ofasciste : en dehors des &#233;lections, les groupes militants n&#233;ofascistes du RN sont peu pr&#233;sents dans la vie quotidienne, dans les combats sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le climat cr&#233;&#233; par les victoires &#233;lectorales du RN, l'augmentation constante du niveau de violence des prises de position et des pol&#233;miques donne le champ libre aux comportements racistes, x&#233;nophobes, islamophobes, homophobes, transphobes, climato-sceptiques et autres, des organisations clairement fascistes, des groupes d'extr&#234;me droite violents, mais aussi au niveau des individus. On en a vu des milliers d'exemples dans les derniers mois, depuis les comportements et r&#233;flexions racistes d&#233;complex&#233;es autour de nous, dans les milieux de travail, y compris dans des milieux &#224; forte tradition de gauche (chez les cheminots par exemple), les tentatives d'intimidation, jusqu'&#224; des menaces de mort sur les r&#233;seaux sociaux, qui se sont multipli&#233;s. Tout cela indique ce que voudrait dire une victoire des n&#233;ofascistes pour toutes et tous, m&#234;me si le r&#233;sultat &#233;lectoral a provisoirement relativis&#233; ces attaques effectives et potentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, il faut prendre la mesure du r&#244;le que joue d&#233;sormais la Coordination rurale et s'inqui&#233;ter de son poids dans l'action directe contre les mobilisations &#233;cologistes, en particulier lors des mobilisations contre les bassines ou l'autoroute A69.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport aux courants fascistes des ann&#233;es 1930, le RN n'a pas repris l'aspect r&#233;volutionnaire, la construction de &#171; l'homme nouveau &#187;, le bouleversement de la soci&#233;t&#233;. Mais le fond commun avec le fascisme est bien l&#224;, en d&#233;fense de la libert&#233; d'entreprendre, des entreprises, du productivisme sous toutes ses formes, contre toute action autonome de classe, contre les organisations d&#233;mocratiques, associatives, syndicales et politiques, avec au centre de gravit&#233; id&#233;ologique la pr&#233;f&#233;rence nationale, l'identit&#233;, le racisme dans un pays profond&#233;ment marqu&#233; par son histoire coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le RN se construit aujourd'hui principalement comme une force institutionnelle, de plus en plus int&#233;gr&#233;e au fonctionnement des assembl&#233;es, municipalit&#233;s, o&#249; ils ont des &#233;lu.e.s. Une de leur principale pr&#233;occupation est aujourd'hui est la prise de plusieurs centaines de municipalit&#233;s en 2026 pour ancrer en profondeur cette &#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ores et d&#233;j&#224;, il poss&#232;de des points d'appui importants au sein m&#234;me de l'appareil d'&#201;tat, ainsi qu'en t&#233;moigne son influence dans les syndicats majoritaires dans la police, et dans l'arm&#233;e. N'oublions pas la tribune parue dans &lt;i&gt;Valeurs Actuelles&lt;/i&gt; un an avant la pr&#233;sidentielle de 2022 d'une vingtaine de g&#233;n&#233;raux, une centaine de hauts grad&#233;s et d'un millier d'autres militaires d&#233;non&#231;ant le &#171; d&#233;litement &#187; de la France notamment &#171; &lt;i&gt;&#224; travers un certain antiracisme&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;l'islamisme et les hordes de banlieue&lt;/i&gt; &#187; et se d&#233;clarant dispos&#233;s &#224; soutenir les politiques &#171; &lt;i&gt;d&#233;fendant la nation&lt;/i&gt; &#187;. Ils ajoutaient : &#171; &lt;i&gt;si rien n'est entrepris, le laxisme continuera &#224; se r&#233;pandre inexorablement dans la soci&#233;t&#233;, provoquant au final une explosion et l'intervention de nos camarades d'active dans une mission p&#233;rilleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles et de sauvegarde de nos compatriotes sur le territoire national&lt;/i&gt; &#187;. Le Pen s'est empress&#233;e de souscrire &#224; ces analyses et d'inviter ses auteurs &#224; se joindre &#224; son action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, le nombre de hauts fonctionnaires se ralliant au RN et &#224; ses perspectives a augment&#233;, et il est acquis que la quasi-totalit&#233; de l'appareil d'&#201;tat servirait &#171; loyalement &#187; un pouvoir dirig&#233; par des n&#233;ofascistes, comme cela a &#233;t&#233; le cas lorsque P&#233;tain est arriv&#233; au pouvoir en 1940.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur une s&#233;rie de questions politiques structurantes, le RN a install&#233; son h&#233;g&#233;monie, relay&#233; par la quasi-totalit&#233; des m&#233;dias, des gouvernements, sur le &#171; probl&#232;me de l'immigration &#187;, l'islamophobie, la s&#233;curit&#233; et les politiques r&#233;pressives attentatoires aux libert&#233;s, l'&#233;cologie punitive, le wokisme, etc. On assiste &#224; une &#171; extr&#234;me droitisation &#187; de la droite et du macronisme. Il n'est que de voir les conditions de la constitution du gouvernement Barnier. S'y ajoute la syst&#233;matisation de mensonges &#233;hont&#233;s, d'attaques verbales, d'agressions symboliques des gouvernants qui brutalisent les milieux populaires, toute une violence politique qui ne peut que trouver &#224; s'exprimer sur le terrain politique et &#233;lectoral un jour ou l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie de la bourgeoisie est favorable &#224; une &#233;volution libertarienne du n&#233;olib&#233;ralisme, centr&#233;e sur la destruction de ce qui reste de &#171; l'&#201;tat social &#187; et &#224; la limitation des fonctions &#233;tatiques &#224; la r&#233;pression. Elle voit d'un bon &#339;il ces n&#233;ofascistes qui lui semblent utiles &#224; la r&#233;alisation de ce projet. Au-del&#224; de ce courant, les relations des organisations patronales avec le RN ont &#233;volu&#233;, car les politiques n&#233;olib&#233;rales dirig&#233;es contre les classes populaires imposent des affrontements de classe de plus en plus durs, dans lesquelles un tel courant peut &#234;tre utile. Si en 2022 le Medef a appel&#233; &#224; voter Macron pour faire barrage au FN au 2&#232;me tour des pr&#233;sidentielles au motif que son programme risquait de placer le pays &#171; dans une impasse &#187;, rien de tel en 2024 alors que l'&#233;ventualit&#233; que le RN soit majoritaire &#233;tait beaucoup plus grande. Selon les enqu&#234;tes, pr&#232;s de 20 % des employeurs proches du Medef ont vot&#233; pour le RN au premier tour [1], et la CGPME constate beno&#238;tement que RN fait moins peur aux entreprises que le NFP. Les r&#233;unions officielles et informelles entre les responsables du RN et du patronat, les d&#233;clarations raisonnables de Bardella au Medef confirment cette &#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un indicateur ne trompe pas : la hausse de la Bourse au lendemain du premier tour des l&#233;gislatives qui pla&#231;ait le RN en t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;volution g&#233;n&#233;rale n'est pas propre &#224; la France : aujourd'hui les gouvernements et pouvoirs autoritaires, voire m&#234;me dictatoriaux, dont une part importante ont des r&#233;f&#233;rences similaires au RN, dominent dans le monde. Il s'agit bien l&#224; d'une &#233;volution globale du mode de domination du capital, dans lequel la mont&#233;e du RN s'int&#232;gre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le danger est bien l&#224;, il ne s'agit pas de se lamenter, mais de mesurer cette situation, d'en comprendre les causes et les ressorts pour agir efficacement. L'histoire n'est jamais &#233;crite d'avance, elle d&#233;pend fondamentalement de l'action de celles et ceux d'en bas, de celles et ceux qui refusent cet ordre dominant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La gauche unie est &#233;lectoralement d&#233;pass&#233;e par le RN&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier tour des l&#233;gislatives 2017 (51 % des inscrit.es votent), plus de 6 millions de voix s'&#233;taient port&#233;es sur les diverses listes de ce qu'est le NFP aujourd'hui, deux fois plus que le nombre de voix pour le FN. La LFI, en recueillant 2,5 millions de voix, &#224; elle seule talonnait le FN (3 millions).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des l&#233;gislatives de 2022 (52,5 % des inscrit.es votent) la NUPES recueillait 5,8 millions de voix, auxquelles on pouvait ajouter un million d'autres voix aujourd'hui dans le NFP, c'&#233;tait encore plus que les 5 millions de voix pour l'extr&#234;me droite n&#233;ofasciste, mais loin du double !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier tour des l&#233;gislatives 2024 (66,7 % des inscrit.es votent), le NFP recueille 9 millions de voix, pour la premi&#232;re fois historiquement moins de voix que l'extr&#234;me droite n&#233;ofasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 7 ans, alors que le nombre de votant.es pour les n&#233;ofascistes a &#233;t&#233; multipli&#233; par 3,6 en passant de 3 &#224; 10/11 millions de voix, celui de la gauche politique, toutes tendances confondues, passait de 6 &#224; 9 millions. Telle est la r&#233;alit&#233; brute, loin des pourcentages et des r&#233;sultats en d&#233;put&#233;.e.s qui forment une sorte de trompe-l'&#339;il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut utiliser la dynamique politique cr&#233;&#233;e par ce trompe-l'&#339;il produit par le syst&#232;me &#233;lectoral de la V&#176; R&#233;publique, qui permet au NFP qui a recueilli 9 millions de voix d'avoir 178 d&#233;put&#233;.e.s alors que le RN qui a recueilli 9,4 millions de voix de n'en avoir que 125, sans compter le fait que les macronistes d'Ensemble avec 6,5 millions de voix au premier tour ont, eux, 150 d&#233;put&#233;.e.s. Mais on ne peut prendre le trompe-l'&#339;il pour la r&#233;alit&#233;, qui d'une mani&#232;re ou d'une autre nous rattrape toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;terminer notre action dans une situation o&#249; le NFP qui regroupe toutes les gauches, de la gauche social-lib&#233;rale &#224; la &#171; gauche de rupture &#187;, recueille moins de voix que le RN, il faut partir de cette r&#233;alit&#233;, en utilisant tous les moyens &#224; notre disposition, pour changer ce rapport de forces, d&#233;construire les attaques les plus violentes contre les classes populaires de ces derni&#232;res ann&#233;es et obtenir quelques am&#233;liorations qui modifieraient le rapport de force entre les classes en faveur des exploit&#233;.es et des opprim&#233;.es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La bourgeoisie en tire les cons&#233;quences : tout sauf le NFP&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiques n&#233;olib&#233;rales ont &#233;cras&#233; le poids &#233;lectoral des partis bourgeois institutionnels de droite et du macronisme, sachant que celui-ci a int&#233;gr&#233; la partie la plus &#224; droite des socialistes ralli&#233;s au n&#233;olib&#233;ralisme. En 2017, ce p&#244;le &#233;tait &#224; lui seul plus important que les deux autres r&#233;unis, avec plus de 12 millions de voix (dont 6,4 millions pour la seule R&#233;publique en marche de Macron) contre 6 millions pour les gauches et 3 millions pour le FN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 2017 et 2024 ce p&#244;le a perdu plus de 3 millions de voix, alors que les gauches en gagnaient 3 millions et le RN en gagnait plus de 7 millions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui les trois p&#244;les sont entre 9 et 11 millions, mais celui de la droite et du macronisme est devenu plus petit que les deux autres et la radicalisation des votes a plus profit&#233; aux n&#233;ofascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;sultats aux europ&#233;ennes et surtout aux l&#233;gislatives de 2024 se produisent sans l'effet dynamique de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, mais montrent que la volatilit&#233; &#233;lectorale a des limites : il y a bien une &#233;volution fondamentale de la situation politique, qui va bien au-del&#224; de la crise politique dont elle n'est que l'illustration. Le consentement &#224; l'ordre capitaliste, aux politiques n&#233;olib&#233;rales est &#233;branl&#233;, mais cela a principalement profit&#233; aux n&#233;ofascistes. S'il y a toujours eu un vote de droite dans le monde ouvrier [2], &#171; &lt;i&gt;cette fraction conservatrice, qui &#233;tait gaulliste, a bascul&#233; &#224; l'extr&#234;me droite dans une large mesure. Une autre partie, abstentionniste, a &#233;galement bascul&#233;. Et surtout, il y a un effet de g&#233;n&#233;ration&lt;/i&gt; [3]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'a compris bourgeoisie qui dans cette situation pr&#233;f&#233;rera toujours le RN au NFP et donc pr&#233;f&#233;rera organiser sa domination de classe avec le RN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; la marge avec le ralliement de Ciotti, et on constate que le report des voix de LR vers le RN a &#233;t&#233; plus important que ceux vers un.e candidat.e LFI lorsqu'iels &#233;taient oppos&#233;.es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En atteste &#233;galement le fait de rendre publics les d&#238;ners Le Pen/ Bardella avec &#201;douard Philippe et Lecornu (ministre des arm&#233;es) chez un ancien de LR proche conseiller de Macron n'a pas cr&#233;&#233; de crise, ni m&#234;me de remous, au sein de la droite et du macronisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas plus de r&#233;actions &#224; la publication d'informations sur le &#171; projet P&#233;ricl&#232;s [4] &#187; qui organise la mise en place &#224; tous les &#233;chelons du pouvoir d'une alliance RN/droite conservatrice, en investissant 150 millions d'euros sur 10 ans pour rendre leurs id&#233;es majoritaires, notamment au travers de laboratoires d'id&#233;es (&#171; think tank &#187;) et de m&#233;dias, pour identifier les &#233;lections prioritaires (aider &#224; remporter plus de 1000 mairies dont 300 par le RN, avant les pr&#233;sidentielles/l&#233;gislatives 2027), en fournissant une r&#233;serve de personnel politique au moyen d'&#233;coles de formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau europ&#233;en, l'extr&#234;me droite affich&#233;e, qui augmente parfois son nombre de voix significativement (France, Italie, Allemagne, &#201;tat espagnol, Portugal) dirige deux gouvernements, en Hongrie et en Italie et participe &#224; plusieurs gouvernements avec la droite parlementaire, en Finlande, Pays-Bas, Su&#232;de et Croatie [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le temps de la remise en cause, de la r&#233;flexion, et de l'action&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de celles et ceux qui luttent contre l'exploitation et les oppressions sous quelque forme que ce soit, le pr&#233;alable absolu &#224; toute discussion, car les divergences dans les gauches sont bien r&#233;elles sur beaucoup de questions, est de refuser de continuer comme avant, comme si ce risque n'existait pas, comme si notre action pass&#233;e avait &#233;t&#233; &#224; la mesure de ce risque. Refusons la politique de l'autruche !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des choix, des comportements, montrent que la menace n&#233;ofasciste n'est pas prise au s&#233;rieux par nombre de courants politiques [6]. Pourtant, si la situation actuelle est bien s&#251;r le produit des &#233;volutions du capitalisme, des crises &#233;cologiques, de l'&#233;volution des rapports de forces mondiaux, elle est aussi dans une certaine mesure celui des politiques mises en &#339;uvre par les gauches, toutes les gauches, des courants les plus droitiers aux organisations les plus radicales !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part de la discussion sur les &#233;ch&#233;ances politiques et sociales &#224; venir ne peut &#234;tre que l'id&#233;e que nous avons &#233;chou&#233;, et que toutes et tous nous sommes, chacun.e &#224; la mesure de sa taille et de ses moyens, de ses responsabilit&#233;s, appel&#233;.e.s &#224; prendre nos responsabilit&#233;s pour emp&#234;cher cette avanc&#233;e des n&#233;ofascistes dans le champ politique. Continuer comme avant ne r&#233;pondra pas &#224; l'enjeu actuel : faire obstacle &#224; l'accession du RN au pouvoir d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les courants majoritaires du NFP, peut-on dire que les divisions et petites man&#339;uvres v&#233;cues lors des europ&#233;ennes sont durablement derri&#232;re nous ? Les motivations &#224; l'origine de la constitution du NFP &#233;taient-elles d'abord de faire barrage au RN, comme le souhaitait l'immense majorit&#233; des &#233;lectrices et &#233;lecteurs populaires des gauches (et comme l'a exprim&#233; la pression qui s'est alors exerc&#233;e sur les &#233;tats-majors), ou de sauver le maximum de postes de d&#233;put&#233;.es &#224; l'Assembl&#233;e Nationale ? Dans quelle mesure la gauche politique a-t-elle utilis&#233; la menace pour se sauver plus qu'elle n'a pris en compte de la gravit&#233; de la situation ? A minima la question se pose, quand on voit y compris au moment des &#233;lections l'&#233;nergie d&#233;pens&#233;e pour les purges &#224; LFI, le refus de bien des candidat.e.s de faire des campagnes unitaires, chaque parti faisant la campagne sans chercher &#224; associer les autres, encore moins en constituant des comit&#233;s de soutien ouverts, voire m&#234;me en omettant de faire r&#233;f&#233;rence au NFP, alors que l'aspiration populaire &#233;tait celle-l&#224;, et plus largement l'absence de toute mention du danger RN dans nombre de professions de foi et de d&#233;clarations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la construction de LFI a permis que s'exprime &#224; une &#233;chelle de masse une r&#233;ponse politique en opposition au n&#233;olib&#233;ralisme et red&#233;fini en partie les rapports de forces au sein de la gauche, le PS sort revigor&#233; des derniers &#233;pisodes, avec une renaissance du social-lib&#233;ralisme qui s'est m&#234;me int&#233;gr&#233; au NFP (Hollande-Glucksman), et surtout le nouvel &#233;quilibre &#224; gauche n'a pas emp&#234;ch&#233; que la contestation de l'ordre soit principalement capt&#233;e par les n&#233;ofascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sociaux-lib&#233;raux, &#233;clat&#233;s entre ceux qui &#233;taient pr&#234;ts &#224; n&#233;gocier une place dans un gouvernement et ceux qui pensent que seul le NFP peut leur permettre de se reconstruire en effa&#231;ant leur politique au gouvernement durant les 30 derni&#232;res ann&#233;es, sont d&#233;sormais d&#233;j&#224; dans la pr&#233;paration de la pr&#233;sidentielle, chaque groupe cherchant &#224; mettre sur orbite un candidat susceptible d'&#234;tre au second tour en passant devant LFI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie de LFI est centr&#233;e sur l'&#233;lection pr&#233;sidentielle et la perspective d'un second tour qui opposerait Jean-Luc M&#233;lenchon (JLM) &#224; Marine Le Pen, toutes les attaques sont donc centr&#233;es contre Macron. Or ce projet semble extr&#234;mement risqu&#233; sans un basculement des rapports de force qui n'est possible que gr&#226;ce &#224; de puissantes mobilisations populaires. On ne peut rejouer en 2027 la m&#234;me politique qu'en 2022 et 2017 car la position de JLM s'est d&#233;grad&#233;e. Or tous les choix politiques de LFI s'articulent autour de la reproduction du m&#234;me sc&#233;nario. Et m&#234;me si la victoire se produisait, il faudrait encore obtenir une majorit&#233; absolue &#224; l'Assembl&#233;e nationale, de moins en moins probable, majorit&#233; qui n'emp&#234;cherait pas la r&#233;sistance acharn&#233;e de la bourgeoisie et des institutions imp&#233;rialistes &#224; toute politique antilib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'extr&#234;me-gauche, l'existence d'un courant anticapitaliste et unitaire a permis la pr&#233;sence politique d'une r&#233;ponse socialiste, &#233;cosocialiste, mais sans pour autant &#234;tre en mesure d'influer sur les rapports de forces globaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les organisations syndicales, divis&#233;es, fragilis&#233;es, les d&#233;faites accumul&#233;es depuis la victoire du mouvement de la jeunesse contre le CPE en 2006, malgr&#233; les mobilisations tr&#232;s massives, par exemple en 2010, 2015, 2023, obligent &#224; red&#233;finir les modalit&#233;s d'action. Depuis le succ&#232;s de 1995, les mobilisations ont r&#233;ussi &#224; retarder, entraver les contre r&#233;formes, les attaques contre les salari&#233;.es, limiter la casse, mais n'ont jamais permis de gagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mobilisations f&#233;ministes et &#233;cologistes ont permis des victoires (NDDL, la vague Mee Too), des avanc&#233;es dans les combats politiques, dans les batailles id&#233;ologiques, mais ne jouent pas aujourd'hui un r&#244;le de structuration du mouvement social a une &#233;chelle de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immense mobilisation des Gilets Jaunes, du fait &#224; la fois de son caract&#232;re largement spontan&#233; et du retard pris par le mouvement ouvrier organis&#233; et les courants de l'&#233;mancipation &#224; en comprendre l'importance, non seulement n'a pas eu de retomb&#233;es politiques positives, mais a profit&#233; &#233;lectoralement dans une large mesure au RN, qui s'en &#233;tait pourtant tenu &#224; distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mobilisations contre le racisme syst&#233;mique, les violences polici&#232;res ont montr&#233; la disponibilit&#233; d'une partie de la jeunesse, mais &#233;galement en dehors de structurations significatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur les causes qui am&#232;nent &#224; cette situation, vu du c&#244;t&#233; des domin&#233;.es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ressent toujours les effets en profondeur des politiques n&#233;olib&#233;rales de destruction des concentrations ouvri&#232;res, d'imposition d'un ch&#244;mage de masse, de paup&#233;risation de secteurs importants des classes populaires, d'attaques r&#233;p&#233;t&#233;es contre les acquis des luttes du XX&#176; si&#232;cle et les organisations qui en sont issues, la destruction des collectifs de travail par les politiques d'individualisation des salari&#233;.es, ce qui fait que les lieux de travail sont de moins en moins structurants pour l'action collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acceptation par la social-d&#233;mocratie du cadre n&#233;olib&#233;ral au moment o&#249; disparaissaient les soci&#233;t&#233;s dites &#171; socialistes &#187; issues des r&#233;volutions du XX&#176; si&#232;cle apr&#232;s la chute du mur de Berlin, le passage au capitalisme de la Chine, ont fait dispara&#238;tre &#224; une &#233;chelle de masse l'id&#233;e qu'il est possible de construire &#224; partir de celles et ceux d'en bas une soci&#233;t&#233; de paix, sans exploitation ni oppressions, une soci&#233;t&#233; &#233;cosocialiste &#233;mancip&#233;e. Car un nouveau facteur p&#232;se de tout son poids : les crises &#233;cologiques, qui bouleversent &#224; la fois les soci&#233;t&#233;s actuelles et le projet socialiste. Car il ne peut y avoir d'&#233;mancipation sans une transformation en profondeur du syst&#232;me productif pour diminuer les productions mat&#233;rielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjonction de ces processus bri&#232;vement r&#233;sum&#233;s explique cette d&#233;rive d'une partie significative des classes populaires. Sans espoir d'un monde meilleur construit toutes et tous ensemble, le refus ou la peur du d&#233;classement, la recherche du bouc &#233;missaire &#233;tranger se sont install&#233;s. Le vote RN, en particulier dans les classes populaires, se nourrit de ces craintes, tout comme, p&#234;le-m&#234;le, du refus voir dispara&#238;tre un monde o&#249; les services publics permettent une vie meilleure, o&#249; les travailleurs/euses par leur activit&#233; cr&#233;ent le progr&#232;s humain, o&#249; les paysan.nes dominent la nature, o&#249; l'effort permet d'avoir une maison, o&#249; les sacrifices des parents offrent un avenir meilleur &#224; leurs enfants, mais aussi o&#249; les hommes dominent les femmes, o&#249; la France ne se laisse pas diriger par les technocrates europ&#233;ens, o&#249; les blancs sont sup&#233;rieurs aux hommes et femmes de couleur, o&#249; &#171; notre pays &#187; domine les colonies &#224; civiliser&#8230;. Il s'agit d'un vote contre le d&#233;clin, contre la perte de ce qui pouvait appara&#238;tre comme une solution pour vivre mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Dans une p&#233;riode o&#249; une soci&#233;t&#233; ou un &#201;tat semble &#234;tre en d&#233;clin irr&#233;versible, ses syst&#232;mes politique, &#233;conomique et culturel ne parvenant pas &#224; s'adapter ou &#224; progresser &#8230; pour les individus, cela se traduit par un sentiment de d&#233;sillusion et d'impuissance, car des forces historiques plus importantes rendent les efforts personnels apparemment vains, conduisant &#224; des &#233;checs r&#233;currents dans leurs aspirations &#224; une vie prosp&#232;re. [7] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les militant.es des gauches, quels qu'iels soient, n'ont pas mesur&#233; l'ampleur de la vague &#233;lectorale n&#233;ofasciste qui vient de se r&#233;pandre ? R&#233;pondre &#224; cette question, c'est s'interroger sur la nature du lien que nous avons, chacun.e &#224; notre niveau, avec la masse des exploit&#233;.es et des opprim&#233;e.es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les alertes &#233;taient nombreuses et multiples. Les enqu&#234;tes sur la sociologie des votes montrent une mont&#233;e r&#233;guli&#232;re des votes des ouvrier.es et des employ&#233;.es pour les n&#233;ofascistes depuis 1988, pass&#233; de 17 % &#224; 57 % pour les ouvrier.es, de 14 % &#224; 44 % pour les employ&#233;.es. Jusqu'en 2012, les votes cumul&#233;s pour les candidat.es des gauches &#233;taient sup&#233;rieurs &#224; ceux port&#233;s vers les n&#233;ofascistes dans ces deux cat&#233;gories (employ&#233;.es 47/22 % ouvrier.es 42/29 %).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2017, les votes pour les n&#233;ofascistes &#233;galent ou d&#233;passent les votes pour les gauches dans ces deux cat&#233;gories. Cette ann&#233;e, chez les ouvrier.es, le vote RN est de plus du double du vote NFP (57/21%), et bien sup&#233;rieur chez les employ&#233;.es (44/30%). Le vote pour le NFP ne d&#233;passe le RN que dans les professions interm&#233;diaires (35/31 %) et les cadres (34/21 %), chez les jeunes de moins 24 ans (48/33 %) et les 24-35 ans (38/32 %).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une confirmation du fait que les partis de gauche qui ont des relations centr&#233;es sur les &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales et qui &#233;tablissent des liens dans le cadre du fonctionnement des institutions, (parlement, mairies&#8230;) ont un rapport distendu avec la grande masse des milieux populaires. Y compris LFI, la gauche de rupture avec le social-lib&#233;ralisme, qui a une implication r&#233;elle dans nombre de mobilisations, a une dynamique militante r&#233;elle, reste centr&#233;e sur les &#233;ch&#233;ances et rythmes &#233;lectoraux, avec une place centrale des &#233;lu.es. Chercher &#224; faire le buzz sur les r&#233;seaux, &#224; obtenir des voix aux &#233;lections ne rel&#232;ve pas de la m&#234;me logique que travailler &#224; organiser les luttes quotidiennes, les milieux de travail, de vie, de s'efforcer de m&#233;riter la confiance au feu de l'action collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les courants anticapitalistes sont trop faibles pour occuper efficacement cet espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les secteurs o&#249; elles sont pr&#233;sentes, les organisations syndicales sont, elles, beaucoup plus proches des salari&#233;.es, ce qui explique les r&#233;actions, appels au vote et diverses prises de position : leurs animatrices et animateurs ont la connaissance de la pression du vote n&#233;ofasciste dans les lieux de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats se sont mobilis&#233;s lors de ces &#233;lections de 2024 comme cela ne s'&#233;tait jamais produit. Le r&#233;sultat est globalement positif, car le vote pour les candidats du NFP au premier tour des l&#233;gislatives des personnes qui se d&#233;clarent proches d'un syndicat est majoritaire [8] pour la FSU (76%), la CGT (61%), Solidaires (52%), le premier pour FO (37%), la CFDT ( 35%&#8230; mais encore 29 % pour les macronistes). Le vote pour le RN reste important, 17 % pour les proches de la CFDT, la CGT et Solidaires, 27 % pour FO et 26 % pour l'UNSA qui avait pourtant appel&#233; &#224; battre le RN, seule la FSU &#233;chappe &#224; cette situation (4% de personnes proches votent RN).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;volutions sur les 10 derni&#232;res ann&#233;es sont int&#233;ressantes et montrent que le travail sur le danger n&#233;ofasciste peut avoir des effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les proches de la CGT, le vote pour le FN/RN (17%) a diminu&#233; depuis le premier tour de la pr&#233;sidentielle de 2022 [9] o&#249; il atteignait 26 % (15 % en 2017, 9 % en 2012).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les proches de la CFDT, le vote &#224; gauche n'est plus majoritaire depuis 2002 (&#224; l'exception du soutien large &#224; Hollande en 2012 : 56%), celui pour les macronistes, qui atteignait 48 % en 2017, 44 % en 2022 diminue en restant quand m&#234;me &#224; 29 %, et celui pour le FN/RN le vote a &#233;volu&#233;, 7 % en 2017, 18 % en 2022, pour &#234;tre encore &#224; 17 % aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut garder &#224; l'esprit le fait que les organisations syndicales n'ont pas de contact permanent et direct avec l'ensemble des salari&#233;.es : compte tenu de l'&#233;clatement du salariat depuis plus de 30 ans, au moins la moiti&#233; des salari&#233;.es travaillent dans des &#233;tablissements de petite taille tant dans le tertiaire que l'industrie. L'&#233;miettement de toutes les structures de travail, l'individualisation des horaires, le t&#233;l&#233;travail, l'ub&#233;risation augmentent cette distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant les classes populaires sont dans ce pays actives, &#224; la diff&#233;rence de ce qu'il en est de bien d'autres en Europe. Et ce sur tous les terrains, dans des formes les plus diverses : Gilets Jaunes, jeunes des quartiers populaires en butte aux violences polici&#232;res et plus r&#233;cemment dans les mobilisations de solidarit&#233; avec la Palestine, mobilisation pour la d&#233;fense des retraites, manifestations et actions &#233;cologistes, mouvements f&#233;ministes, LGBTI, mouvements paysans &#8230; pas une seule couche des exploit&#233;.es et des opprim&#233;.es qui ne r&#233;agisse en opposition aux politiques n&#233;olib&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si les n&#233;ofascistes ne sont pas visibles dans les mobilisations sociales, cela ne les fait pas dispara&#238;tre du champ politique global. La mobilisation strictement &#233;conomique, non reli&#233;e au combat politique d'ensemble ne suffit pas &#224; produire une politisation &#233;mancipatrice : combien de salari&#233;.es contre la r&#233;forme des retraites ont vot&#233; RN ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut prendre &#224; bras le corps les questions directement politiques, en &#233;tant convaincu.es que la seule diabolisation des n&#233;ofascistes, si elle permet d'homog&#233;n&#233;iser une partie des domin&#233;.es, ne saurait suffire &#224; modifier le rapport de force global. Il est indispensable d'agir sur les ressorts du vote n&#233;ofasciste populaire, mener une bataille pour le droit &#224; la libre circulation, car l'immigration est un bien pour la soci&#233;t&#233; et pas un probl&#232;me, contre les conceptions de la la&#239;cit&#233; r&#233;pressive et excluante, pour la solidarit&#233; internationale, les politiques sociales, les services publics, &#8230; et renouer avec ces parties des classes populaires sur la base des besoins, sans concession sur le fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment les exploit&#233;Es et les opprim&#233;Es peuvent-ils r&#233;sister &#224; cet air du temps, &#233;viter catastrophe et reconstruire un projet &#233;mancipateur collectif, reconstruire une autre h&#233;g&#233;monie politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il nous faut construire l'h&#233;g&#233;monie &#224; gauche et dans le pays dans un m&#234;me mouvement. Or l'h&#233;g&#233;monie est le contraire de l'exclusion : elle suppose d'agr&#233;ger des forces politiques et sociales diverses, tout en exer&#231;ant sur elles ce que Gramsci appelait une capacit&#233; de direction, et en leur imposant nos th&#232;mes. &#187; [10]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire front dans l'unit&#233; politique et sociale la plus large&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au danger, le sursaut &#233;lectoral d&#233;fensif qui a permis d'&#233;viter la prise du pouvoir par le RN a r&#233;uni, pour assurer la r&#233;ussite des candidatures du NFP, bien au-del&#224; des seuls partis politiques membres de cette union construite en quelques jours. Tous les milieux militants ont su serrer les rangs, malgr&#233; leurs diff&#233;rences, leurs divergences nombreuses et majeures, dans une unit&#233; rare, et permettant et accompagnant une mobilisation exceptionnelle des milieux populaires inquiets des cons&#233;quences d'une d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'est ainsi affirm&#233;e l'unit&#233; du camp de celles et ceux d'en bas comme p&#244;le de r&#233;sistance, le seul v&#233;ritable. Le RN au pouvoir d&#233;limiterait ce camp, en r&#233;primant tous ses membres sous une forme ou une autre, y compris des courants aussi r&#233;formistes, droitiers que le PS et les &#201;cologistes. On serait tou.tes dans le m&#234;me panier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait rejoindre ce mouvement puissant pour la victoire du NFP, essentiel comme digue imm&#233;diate. Mais il ne faut pas en rester &#224; cette s&#233;quence politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation qui s'ouvre est une situation politique hautement instable, sans majorit&#233; simple au parlement, avec un pr&#233;sident et des dirigeants pr&#234;ts &#224; tout pour garder leurs pouvoirs, une bourgeoisie d&#233;cid&#233;e &#224; continuer &#224; imposer ses vues, y compris avec le RN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; qui s'est r&#233;alis&#233;e quasi naturellement lors des &#233;lections doit s'ancrer durablement pour faire face aux crises politiques qui vont se succ&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, partons de ce qui a exist&#233; quelques semaines. L'enjeu des semaines et des mois qui viennent est de r&#233;aliser durablement l'action commune face &#224; l'ennemi commun dans un cadre unitaire le plus large, dans lequel s'organisent &#224; la base, puis au plan national dans des grandes initiatives communes, des comit&#233;s ayant pour r&#233;f&#233;rence le NFP, incluant toutes les formes de r&#233;sistance au danger n&#233;ofasciste, les syndicats, les associations, toutes les formes collectives existantes, dans lesquels les partis politiques, tant les organisations en rupture avec le n&#233;olib&#233;ralisme, le capitalisme que les plus r&#233;formistes, ne soient qu'une des composantes, sans imposer leur agenda et leurs besoins. La structuration de l'unit&#233; &#224; tous les niveaux impose qu'elle ne soit pas centr&#233;e sur le soutien &#224; l'action des parlementaires, mais sur l'application a minima du programme du NFP, et soutienne tout ce qui va dans ce sens, unifiant dans l'action autour des exigences majeures du programme du NFP qui s'opposent &#224; la fois aux politiques n&#233;olib&#233;rales des macronistes et au projet du RN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que les partis membres du NFP, aussi diff&#233;rents soient-ils, sont pr&#234;ts &#224; s'impliquer dans une telle perspective ? Ce sont des machines &#233;lectorales, aucune ne cherche &#224; s'appuyer sur des collectifs militants permanents, d&#233;mocratiquement organis&#233;s, qui cherchent &#224; structurer en permanence des secteurs populaires, qui se donnent pour objectif d'organiser celles et ceux d'en bas &#224; partir de leurs besoins quotidiens, qui brise l'isolement et la d&#233;sesp&#233;rance. Il faudra donc que &#231;a change !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel front unique politique et social est essentiel pour changer le rapport des forces global, pour casser tous les processus d'individualisation, pour reconstruire partout des groupes militants qui retissent des r&#233;ponses collectives au quotidien, dans les lieux de travail et de vie, &#224; une &#233;chelle de masse, sans attendre les &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le NFP a soulev&#233; un certain espoir et une mobilisation importante qu'il ne faut pas d&#233;cevoir. Si la division ressurgit, une deuxi&#232;me fois apr&#232;s la Nupes, l'&#233;chec serait alors encore plus cinglant et les cons&#233;quences &#233;lectorales &#224; moyen terme seraient d'autant plus lourdes. A nous toutes et tous la responsabilit&#233; d'&#233;viter cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Diviser le camp d'en face, celui du &#171; tout sauf le NFP &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport de force global n'est pas en notre faveur, nous devons &#224; la fois tout faire pour renforcer notre camp, et affaiblir autant que possible celui du &#171; tout sauf le NFP &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unifier notre camp est le point de d&#233;part, mais pour aller plus loin, il nous faut &#234;tre capables de diviser le camp d'en face, tout faire pour accentuer les divisions entre eux, sans aucune illusion avec des alliances ponctuelles, formalis&#233;es ou non, &#224; toutes les occasions, sur tous les terrains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit sur des questions anecdotiques comme la c&#233;r&#233;monie d'ouverture des JO, sur des questions dites de soci&#233;t&#233;, sur les choix internationaux, toutes les opportunit&#233;s politiques qui se pr&#233;sentent qui accentuent les divergences au sein du bloc d'en face sont bonnes &#224; prendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reconstruire une perspective &#233;mancipatrice&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; un travail de longue haleine, &#224; r&#233;aliser le dos au mur, mais incontournable si on a pour objectif d'inverser r&#233;ellement le rapport des forces. La question d'une nouvelle expression politique des exploit&#233;.es et des opprim&#233;.es, d'une reconstruction d'un mouvement &#233;mancipateur du XXI&#176; si&#232;cle a &#233;t&#233; au c&#339;ur des r&#233;flexions lors du lancement du NPA. Son &#233;chec ne fait pas dispara&#238;tre le besoin, qui est aujourd'hui plus que jamais essentiel pour celles et ceux d'en bas, de constitution de la &#171; classe pour soi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet socialiste n&#233;cessite une large refondation, &#224; une &#233;poque de &#171; &lt;i&gt; double crise historique : la crise de l'alternative socialiste face &#224; la crise multiforme de la &#171; civilisation &#187; capitaliste &lt;/i&gt; [11] &#187;. La crise &#233;cologique bouscule notre capacit&#233; &#224; imaginer l'avenir. La promesse d'un avenir radieux gr&#226;ce au progr&#232;s, &#224; la civilisation industrielle a cr&#233;&#233; un imaginaire puissant qui est derri&#232;re nous. Nous devons recr&#233;er un destin commun cr&#233;dible, attractif, une unification des domin&#233;.es autour d'un projet positif, autour d'axes d&#233;sirables, une r&#233;volution &#233;cosocialiste, pour &#171; &lt;i&gt; mettre fin aux r&#233;gressions sociales et d&#233;mocratiques qui accompagnent l'expansion capitaliste mondiale, mais aussi de sauver l'humanit&#233; d'une catastrophe &#233;cologique sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire humaine. Ces deux objectifs sont inextricablement li&#233;s &lt;/i&gt; [12] &#187;. Les marxistes r&#233;volutionnaires non dogmatiques, qui nourrissent leurs r&#233;flexions des exp&#233;riences des luttes peuvent jouer un r&#244;le important dans l'&#233;laboration d'un tel projet, &#224; condition de faire preuve d'humilit&#233;, car la refondation ne peut exister qu'avec l'implication de tous les mouvements de lutte contre toutes les formes de domination et d'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif que nous devons nous fixer est la construction d'un mouvement, d'un regroupement, d'une alliance, d'un front,&#8230; d'un parti ayant un projet &#233;mancipateur, porteur d'une une perspective de rupture avec le capitalisme et le productivisme et de construction d'une soci&#233;t&#233; &#233;mancip&#233;e, &#233;cosocialiste, et qui met au centre de son activit&#233; la r&#233;ponse aux attentes populaires par la mobilisation, par l'auto-organisation dans les entreprises, les quartiers, les associations, la vie collective sans les soumettre aux rythmes &#233;lectoraux, tout en comprenant que ces &#233;ch&#233;ances sont importantes dans le rapport des forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel outil politique, qui vise &#224; organiser des dizaines, des centaines de milliers d'opprim&#233;.es pour avoir une efficacit&#233;, ne peut que na&#238;tre que d'une maturation au sein de toutes les exp&#233;riences politiques, sociales, syndicales les plus diverses, et non par l'adh&#233;sion &#224; un projet clefs en main, aussi intelligent soit-il. Il doit repenser l'articulation entre toutes les formes d'actions contre le syst&#232;me : dans les &#233;lections, les institutions, sur le plan de l'&#233;conomie, l'organisation collective dans les lieux de travail, les quartiers, la place des coop&#233;ratives, les actions de solidarit&#233; concr&#232;te, en d'autres termes interroger la forme et la fonction de tout le r&#233;pertoire traditionnel, c'est-&#224;-dire par exemple red&#233;finir et r&#233;agencer les fonctions d'un meeting, d'une r&#233;union, d'une manifestation, d'une gr&#232;ve, d'un tract, d'une affiche, d'un site, des actions de d&#233;sob&#233;issance civile, d'une action directe, pour redonner un sens global &#224; ce qui est trop souvent pratiqu&#233; de fa&#231;on rituelle. L'objectif devrait &#234;tre la red&#233;finition multidimensionnelle du sens et de la place des initiatives et campagnes politiques. A chaque initiative en d&#233;finir le ou les objectifs, et mesurer ce qu'on a gagn&#233; ou au moins fait avancer. Penser les actions et les outils pour qu'ils permettent d'exp&#233;rimenter notre puissance collective, donc de la renforcer, l'auto-organisation jouant un r&#244;le d&#233;cisif. C'est dans le mouvement aller-retour entre les r&#233;flexions et les pratiques que peut na&#238;tre une alternative politique. L'inventivit&#233; des &#171; Soul&#232;vements de la terre &#187; nous indique le chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour s'atteler &#224; cette t&#226;che, il faut bien en mesurer les difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LFI a une place centrale et incontournable comme force de gauche antilib&#233;rale. Son existence a permis de combattre les orientations de la gauche social-lib&#233;rale, l'&#233;mergence de d&#233;put&#233;.es issu.es du mouvement social, et la mobilisation d'une partie de la jeunesse. Elle a une audience r&#233;elle dans un certain nombre de quartiers populaires, mais sa place relative au sein des gauches a recul&#233;, sans doute en partie en lien avec sa pratique envers le mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de l'immense mobilisation de 2023 contre la r&#233;forme des retraites, JLM a pens&#233; &#234;tre en position de diriger le mouvement sans les organisations syndicales, LFI a &#233;t&#233; &#224; l'initiative d'une manifestation importante mais sans commune mesure avec les capacit&#233;s de mobilisation de l'intersyndicale. Et lorsque, dirig&#233; par cette derni&#232;re, le mouvement a pris toute son ampleur, LFI a bloqu&#233; par sa politique d'obstruction au parlement [13] toute possibilit&#233; de travail concert&#233; entre les d&#233;put&#233;.es de la NUPES et l'intersyndicale, ce qui lui a interdit d'&#234;tre le correspondant politique naturel de la mobilisation, alors que l'unit&#233; dans la rue &#233;tait &#233;norme et que le mouvement avait une h&#233;g&#233;monie dans la soci&#233;t&#233;. Cette attitude de LFI lui a valu de se voir d&#233;nonc&#233;e comme voulant &#171; &lt;i&gt;s'approprier le mouvement social pour rel&#233;guer les syndicats au second plan&lt;/i&gt; &#187;, ce qui a laiss&#233; bien &#233;videmment des traces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, LFI n'est pas en mesure d'&#234;tre le creuset de constitution d'une nouvelle expression politique pour deux raisons fondamentales, qui sont intrins&#232;quement li&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est qu'elle n'a qu'un programme &#233;lectoral, certes en rupture avec les politiques n&#233;olib&#233;rales, permettant des avanc&#233;es sociales importantes, mais sans rompre avec le capitalisme. Or le programme d'un parti est bien autre chose qu'un programme &#233;lectoral. Dans un pays imp&#233;rialiste comme la France, on ne peut miser sur le fait que la dynamique de l'affrontement avec le n&#233;olib&#233;ralisme transformera m&#233;caniquement LFI en outil pour la rupture r&#233;volutionnaire, qui ne peut &#234;tre que consciente et organis&#233;e. Car une &#233;volution de LFI par des d&#233;bats internes est impossible pour l'autre raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la relation &#224; la d&#233;mocratie. LFI est un mouvement gazeux, pas une organisation avec des adh&#233;rent.es, des instances, des d&#233;bats organis&#233;s, et pas une structure d&#233;mocratique dans laquelle existent des d&#233;bats, des confrontations, des votes, des &#233;volutions. Elle est totalement dirig&#233;e par un groupe tr&#232;s restreint autour de JLM qui impose sans aucun d&#233;bat ses choix. D'o&#249; la gestion scandaleuse des violences conjugales d'un des prot&#233;g&#233;s de JLM, Quatennens, d'o&#249; les purges des d&#233;put&#233;.es ayant os&#233; exprimer publiquement des d&#233;saccords, les d&#233;parts d'autres, et surtout la violence des &#233;changes, des insultes &#224; ces occasions. Quelle soci&#233;t&#233; peut secr&#233;ter une telle orientation politique ? Rien qui ne ressemble &#224; une soci&#233;t&#233; dirig&#233;e d&#233;mocratiquement par toutes et tous [14]. Cette absence de d&#233;mocratie emp&#234;che les anticapitalistes d'envisager de se regrouper en son sein pour diverses raisons : r&#233;pression, impossibilit&#233; de peser sur des d&#233;bats internes qui n'existent pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que le mouvement gazeux &#171; &lt;i&gt;ne r&#233;sistera pas au fascisme qui vient &lt;/i&gt; &#187; comme l'&#233;crivent celles et ceux qui veulent une &#233;volution dans la LFI qui proposent : &#171; &lt;i&gt;si on veut le combattre efficacement, et plus g&#233;n&#233;ralement cr&#233;er les conditions de la transformation au sein de l'appareil &#233;tatique et de la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re, on ne pourra faire l'&#233;conomie de la construction d'une organisation digne de ce nom&lt;/i&gt; [15] &#187;. Tant que le choix de la direction de LFI restera celui du mouvement &#171; gazeux &#187;, les r&#233;sultats gazeux ne se traduiront pas par une organisation d&#233;mocratique des exploit&#233;.es et des opprim&#233;.es de ce pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous avons cr&#233;&#233; le NPA, nous pensions que la crise de la social-d&#233;mocratie pass&#233;e au social-lib&#233;ralisme lib&#233;rerait un espace politique pour la construction d'une force radicale &#224; gauche et que les r&#233;sultats &#233;lectoraux avaient une force propulsive suffisante pour cela. En r&#233;alit&#233;, du fait de nos erreurs, des d&#233;faites sociales, cet espace a &#233;t&#233; occup&#233; par LFI, et sans que les sociaux-d&#233;mocrates ne disparaissent. Mais surtout cela n'a pas &#233;t&#233; en mesure d'offrir une perspective aux milieux populaires qui refusent le monde que le capitalisme fabrique et qui se sont massivement tourn&#233;s vers le n&#233;ofascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes donc aujourd'hui dans de toutes autres conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut repartir autrement, en faisant l'hypoth&#232;se que le choc d'un gouvernement n&#233;ofasciste &#224; nos portes soit tel qu'il modifie l'approche du combat politique par les actrices et acteurs politiques, les mouvements sociaux, et oblige les anticapitalistes &#224; revoir de fond en comble leurs pratiques politiques, pour les mettre &#224; la mesure de la situation actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e principale que nous devons avoir pour avancer est de se convaincre et de convaincre qu'il s'agit pour toutes et tous de se remettre en cause, de partir de l'id&#233;e que nous avons toutes et tous dans une certaine mesure &#233;chou&#233; et que ce qu'on fait chacun.e dans son coin n'est pas suffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des anticapitalistes, il nous faut travailler &#224; regrouper sous la forme la plus efficace possible les courants qui refusent les comportements de sectes politiques persuad&#233;es d'avoir raison envers et contre tout, que si &#231;a n'a pas march&#233;, c'est que les autres n'ont rien compris. D&#232;s lors que chacun accepte la remise en cause des choix, de la routine d'auto-construction, tout ce qui limite l'isolement dans des cercles plus ou moins restreints (&#224; l'&#233;chelle de la soci&#233;t&#233;) ne peut qu'&#234;tre positif, m&#234;me si des groupes de r&#233;flexion sp&#233;cifiques se maintiennent, l'essentiel &#233;tant de ne pas travailler en fraction sur les d&#233;cisions politiques, mais de les consid&#233;rer comme des apports &#224; la r&#233;flexion collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si toutes et tous nous sommes convaincu.es de l'ampleur de nos responsabilit&#233;s il y aura alors une possibilit&#233; pour que celles et ceux qui ont maintenu une perspective anticapitaliste et r&#233;volutionnaire jouent un r&#244;le positif dans le processus beaucoup plus g&#233;n&#233;ral de reconstruction d'une organisation de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui-ci ne peut &#233;galement partir que de ce qui existe. Ce n'est pas rien, quand on additionne toutes les pratiques politiques et sociales &#233;mancipatrices qui sont &#224; l'&#339;uvre aujourd'hui, il y a l&#224; des mines de cr&#233;ativit&#233;, d'inventivit&#233;, de jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour arriver &#224; regrouper le maximum de ce qui est le meilleur de la radicalisation sur tous les terrains, il faut briser bien des barri&#232;res, arriver &#224; penser que chaque action aussi positive soit-elle, n'acquiert tout son sens que dans une perspective globale, associ&#233;e &#224; toutes les autres, sans hi&#233;rarchie, sans imposition des majorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui le plus &#224; notre port&#233;e est probablement la cr&#233;ation d'un espace, d'un r&#233;seau, d'un camp de la r&#233;sistance au n&#233;ofascisme et au n&#233;olib&#233;ralisme productiviste qui regroupe souplement toutes ses parties, et quand il agit dans des campagnes prolong&#233;es, le fait avec des consensus d'action du type de ceux qui existent dans de nombreuses mobilisations &#233;cologistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En travaillant conjointement sur tous ces terrains, de l'unit&#233; d'action la plus large avec les gauches existantes avec toutes leurs limites, au travail de reconstruction d'une forme d'expression de l'action politique et sociale au quotidien autour d'un projet anticapitaliste, antiproductiviste, nous serons utiles pour bloquer le risque n&#233;ofasciste et enclencher une dynamique &#233;mancipatrice &#224; m&#234;me de r&#233;organiser largement le camp des exploit&#233;.es et des opprim&#233;.es, car l'&#233;mancipation n'est jamais offerte, elle se conquiert dans l'action commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rouen le 30 septembre 2024&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick Le Moal est militant du NPA-l'Anticapitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remerciements &#224; celles et ceux qui ont lu une premi&#232;re version de ce texte et ont permis par leurs remarques de le faire &#233;voluer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : Phototh&#232;que Rouge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] &lt;a href=&#034;https://harris-interactive.fr/opinion_polls/legislatives-2024-sondage-jour-du-vote-1er-tour-le-vote-selon-la-proximite-syndicale/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harris-interactive.fr/opinion_polls/legislatives-2024-sondage-jour-du-vote-1er-tour-le-vote-selon-la-proximite-syndicale/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] On estime qu'en 1981, 30 % des ouvriers ont vot&#233; Giscard d'Estaing au second tour contre Mitterrand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Xavier Vigna, &#171; La gauche n'a pas de strat&#233;gie nationale pour reconqu&#233;rir ses territoires perdus &#187;, &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;, 28 juillet 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] &lt;i&gt;L'Humanit&#233; ? &lt;/i&gt; 19 juillet 2024&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] L&#233;on Cremieux &#171; Elections au parlement europ&#233;en : pouss&#233;e r&#233;actionnaire et noyaux de r&#233;sistance &#187; ? &lt;i&gt;Inprecor &lt;/i&gt; juillet ao&#251;t 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Olivier Le Cour Grandmaison &#171; Gauches partisanes : somnambulisme politique et &#233;lectoral &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Daniel Bastard ? &#171; La Chine est-elle en train de tomber dans les poubelles de l'histoire ? &#187; ?&lt;i&gt; Courrier International &lt;/i&gt; 22 Juillet 2024&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] &lt;a href=&#034;https://harris-interactive.fr/opinion_polls/legislatives-2024-sondage-jour-du-vote-1er-tour-le-vote-selon-la-proximite-syndicale/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harris-interactive.fr/opinion_polls/legislatives-2024-sondage-jour-du-vote-1er-tour-le-vote-selon-la-proximite-syndicale/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Jean-Marie Pernot, &#171; Proximit&#233;s syndicales et vote politique, Le premier tour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle &#187; &lt;a href=&#034;https://syndicollectif.fr/proximites-syndicales-et-vote-politique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://syndicollectif.fr/proximites-syndicales-et-vote-politique/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] &lt;i&gt;C&#233;dric Durand, Razmig Keucheyan et Stefano Palombarini&lt;/i&gt;, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/construire-gauche-rupture-nouveau-front-populaire/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Construire la gauche de rupture&lt;/a&gt;&#171; ,&lt;i&gt; Contretemps&lt;/i&gt;, 22 juillet 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Projet de &#171; Manifeste du marxisme r&#233;volutionnaire &#224; l'&#232;re de la destruction &#233;cologique et sociale du capitalisme &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12)&lt;i&gt; Idem.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Voir la d&#233;claration de Philippe Martinez du 19 f&#233;vrier 2023 : &#171; &lt;i&gt;le fait de ne pas &#234;tre all&#233; &#224; l'article 7 pour que chacun puisse afficher sa position, c'est un probl&#232;me (&#8230;). Il fallait mettre les d&#233;put&#233;s, chaque d&#233;put&#233;, devant ses responsabilit&#233;s (&#8230;). Au travers de nombreux incidents &#8211; on va dire &#231;a comme &#231;a &#8211; on a plus &#233;voqu&#233; ces incidents que le fond du probl&#232;me et ce qui est en d&#233;bat dans la rue &#187; avec la mobilisation syndicale, a-t-il dit, pointant &#171; des forces politiques [qui] essaient de se substituer aux organisations syndicales et de se mettre en avant par rapport [&#224;] ceux qui d&#233;filent dans la rue &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] De ce point de vue, la non signature par LFI du communiqu&#233; unitaire sur les &#233;lections au Venezuela (comme du PCF) qui soutient &#8220;les efforts de m&#233;diation des gouvernements latino-am&#233;ricains de gauche entre les forces politiques en dispute pour une solution pacifique, en particulier le Br&#233;sil, la Colombie et le Mexique qui ont appel&#233; dans une d&#233;claration commune au respect du &#171; principe fondamental de la souverainet&#233; populaire [&#8230;] gr&#226;ce &#224; une v&#233;rification impartiale des r&#233;sultats &#187; et qui appelle &#224; &#8220; &lt;i&gt;la constitution d'un r&#233;seau de solidarit&#233; internationaliste avec le peuple v&#233;n&#233;zu&#233;lien, pour le soutien de ses aspirations d&#233;mocratiques et de ses luttes d'&#233;mancipation, en rejetant toutes les pr&#233;tentions et actions imp&#233;rialistes au Venezuela, d'ou qu'elles viennent&lt;/i&gt;&#8221; est particuli&#232;rement probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Cedric Durand, Razmig Keucheyan et Stefano Palombarini &#171; &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/construire-gauche-rupture-nouveau-front-populaire/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Construire la gauche de rupture&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;art. cit &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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		<title>La France insoumise, une force incontournable aux pieds d'argile ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-France-insoumise-une-force-incontournable-aux-pieds-d-argile</link>
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		<dc:date>2023-04-25T06:40:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Le Moal</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-04-25</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La s&#233;quence &#233;lectorale de l'an dernier &#8211; pr&#233;sidentielles et l&#233;gislatives &#8211; a rebattu les cartes dans l'ensemble du champ politique, faisant &#233;merge une tripolarit&#233; entre l'extr&#234;me centre macroniste, l'extr&#234;me droite lep&#233;niste et la gauche unifi&#233;e (&#233;lectoralement du moins) dans le cadre de la NUPES. Mais les rapports de force ont aussi &#233;t&#233; modifi&#233;s au sein de cette derni&#232;re au profit de la France insoumise (LFI), et il appara&#238;t d&#232;s lors crucial, pour quiconque se pose la question de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH71/marche_du_23_septembre_2017_contre_coup_detat_social_-_drapeaux_france_insoumise_02-2048x976-8e3d8.jpg?1781336345' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='71' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La s&#233;quence &#233;lectorale de l'an dernier &#8211; pr&#233;sidentielles et l&#233;gislatives &#8211; a rebattu les cartes dans l'ensemble du champ politique, faisant &#233;merge une tripolarit&#233; entre l'extr&#234;me centre macroniste, l'extr&#234;me droite lep&#233;niste et la gauche unifi&#233;e (&#233;lectoralement du moins) dans le cadre de la NUPES. Mais les rapports de force ont aussi &#233;t&#233; modifi&#233;s au sein de cette derni&#232;re au profit de la France insoumise (LFI), et il appara&#238;t d&#232;s lors crucial, pour quiconque se pose la question de l'alternative politique en France, de comprendre ce que veut et ce que peut ce mouvement dont Jean-Luc M&#233;lenchon a &#233;t&#233; le candidat (&#224; deux reprises) lors de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle et dont il est encore aujourd'hui le principal dirigeant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Contretemps&lt;br class='autobr' /&gt;
20 avril 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Patrick Le Moal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick Le Moal propose dans cet article un &#233;tat des lieux critique de la NUPES mais surtout de la France insoumise. Il cherche &#224; en montrer les forces et les faiblesses, les avanc&#233;es mais aussi les obstacles et les limites qui l'emp&#234;chent &#224; ce stade de se muer en une force politique structur&#233;e, capable de s'ancrer largement au sein des classes populaires, de b&#226;tir durablement une contre-h&#233;g&#233;monie au capitalisme n&#233;olib&#233;ral, et de mener au quotidien l'affrontement politique avec le pouvoir macroniste et sa fausse opposition lep&#233;niste, y compris donc hors des &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France insoumise (LFI), autour de la personnalit&#233; de Jean Luc M&#233;lenchon (JLM), occupe aujourd'hui une place centrale dans la gauche politique fran&#231;aise. Elle a r&#233;ussi, sur la base de ses r&#233;sultats &#233;lectoraux aux pr&#233;sidentielles, &#224; regrouper dans la NUPES[1] les autres partis de la gauche institutionnelle, le PS, EELV et le PCF sur la base de l'essentiel de son programme pr&#233;sidentiel, qui s'oppose frontalement aux politiques n&#233;olib&#233;rales mises en &#339;uvre par les gouvernements ant&#233;rieurs, de gauche et de droite, et op&#232;re une rupture avec le productivisme par une transition &#233;cologique. Il s'agit d'un d&#233;placement du centre de gravit&#233; de la gauche vers des positions politiques, sociales et &#233;cologiques radicales, sans &#234;tre pour autant anticapitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;alit&#233; de l'impact de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; partir de cette &#233;lection que LFI a r&#233;ussi cette op&#233;ration. JLM avec ses 21,95 % &#233;tait &#224; deux doigts d'&#234;tre pr&#233;sent au second tour face &#224; Macron en &#233;limant la n&#233;ofasciste Le Pen (23,15%) dont le r&#233;sultat &#233;tait minor&#233; par la concurrence au sein de l'extr&#234;me droite par la candidature Zemmour (7%)[2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#233;lection pr&#233;sidentielle fran&#231;aise est tr&#232;s particuli&#232;re. Les modifications de 2000 et 2001 qui ont fait co&#239;ncider la dur&#233;e du mandat pr&#233;sidentiel et de l'Assembl&#233;e nationale[3] et pr&#233;vu l'&#233;lection du Parlement au lendemain de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, &#233;taient destin&#233;es &#224; permettre au vainqueur de la pr&#233;sidentielle d'avoir une majorit&#233; au parlement dans la dynamique de la victoire. Le syst&#232;me est con&#231;u pour fabriquer &#224; chaque &#233;lection un pr&#233;sident ayant tous les leviers politiques de pouvoir &#224; sa disposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force &#233;lectorale de l'extr&#234;me droite (un tiers des votant&#183;es), modifie la nature des votes d&#232;s le premier tour. A gauche, de nombreux suffrages se portent sur le/la candidat&#183;e susceptible, selon les sondages, d'emp&#234;cher l'extr&#234;me droite d'&#234;tre pr&#233;sente au second tour. Les r&#233;sultats du premier tour sont donc tout autant le produit de ces calculs que de l'adh&#233;sion au programme, au projet des candidat&#183;es. Par exemple, nombre de participant&#183;es aux meetings de Poutou, candidat du NPA, ont vot&#233; JLM afin qu'il soit au second tour contre Macron pour ne pas &#234;tre confront&#233;&#183;es au choix Macron/Le Pen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions tr&#232;s particuli&#232;res, LFI a lamin&#233; &#233;lectoralement le PS et le social-lib&#233;ralisme de Hollande responsable d'attaques majeures contre les classes populaires, a maintenu le PCF a ses niveaux les plus bas[4], et a &#233;t&#233; peu inqui&#233;t&#233; par les Verts qui n'ont jamais eu de r&#233;sultats significatifs lors des &#233;lections pr&#233;sidentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La nature du tournant des l&#233;gislatives 2022&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'impact des forces en pr&#233;sence est le produit de la pr&#233;sidentielle, les moyens pour un courant politique d'exister financi&#232;rement et politiquement sur tout le territoire sont donn&#233;s par les &#233;lections l&#233;gislatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2022, le choix de JLM d'impulser la NUPES dans les deux semaines qui ont suivi la pr&#233;sidentielle a cr&#233;&#233; un v&#233;ritable espoir de mettre un coup de frein &#224; l'insupportable. Si la gauche institutionnelle[5] r&#233;unie dans la NUPES n'a pu obtenir la majorit&#233; au parlement, elle a emp&#234;ch&#233; Macron d'obtenir la majorit&#233; absolue &#224; l'Assembl&#233;e nationale, une premi&#232;re depuis 20 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette union a &#233;galement permis de limiter l'avanc&#233;e du RN de Le Pen. Alors qu'elle avait 400 000 voix de plus que JLM au premier tour des pr&#233;sidentielles[6], les candidat&#183;es de la NUPES ont eu entre 1,5 millions et 3 millions de voix de plus que celles et ceux du RN aux premier et second tour des l&#233;gislatives (avec une abstention sup&#233;rieure &#224; 50%), m&#234;me si pour la premi&#232;re fois dans un scrutin de ce type le RN a r&#233;ussi &#224; obtenir 90 d&#233;put&#233;&#183;es (contre 149 &#224; la NUPES).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein de la gauche, le rapport de forces en faveur de LFI a &#233;t&#233; fig&#233; dans le nombre de d&#233;put&#233;&#183;es, tout en permettant aux autres forces de la NUPES de maintenir ou d'accro&#238;tre leur repr&#233;sentation et d'avoir un groupe parlementaire[7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2012 2017 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourcentage voix aux pr&#233;sidentielles	Nombre d&#233;put&#233;s aux l&#233;gislatives&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS	28,63 %	208	6,4 %	30	1,74 %	28 +4&lt;br class='autobr' /&gt;
JLM	11,10 %	1	19,58 %	17	21,95 %	74&lt;br class='autobr' /&gt;
PCF	absent	7 + 2	absent	10	2,28 %	22&lt;br class='autobr' /&gt;
Verts	2,31 %	17	absent	1	4,6 %	22&lt;br class='autobr' /&gt;
NPA	1,15 % 1,1 % 0,76 % &lt;br class='autobr' /&gt;
LO	0,56 % 0,64 % 0,56 %&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2012 : sous l'&#233;tiquette Front de Gauche, int&#233;grant le PG auquel appartenait JLM, et le PCF2017 : candidat LFI soutenu par le PCF dans des conditions tr&#232;s particuli&#232;res[8]2022 : candidat LFI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;sultats augmentent consid&#233;rablement les moyens dont va disposer LFI[9] pour les ann&#233;es &#224; venir. Les &#233;lu&#183;es peuvent faire parler d'eux &#224; l'Assembl&#233;e, mais aussi, lorsqu'iels sont en assez grand nombre, dans toutes les r&#233;gions. Les moyens financiers sont consid&#233;rables, puisque le financement par l'&#201;tat de LFI va d&#233;passer 4 millions d'euros par an, sans compter les moyens donn&#233;s aux d&#233;put&#233;&#183;es qui reversent 12 % de leur indemnit&#233; et disposent d'attach&#233;&#183;es parlementaires : l'appareil politique de LFI change d'&#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LFI au sein de la gauche institutionnelle&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette s&#233;quence marque une &#233;volution dans le positionnement de LFI. Lors de sa construction en 2016, alors que Podemos dans l'&#201;tat espagnol &#233;tait en phase ascendante, elle s'affirmait hors du champ politique du pass&#233;. JLM mettait en sc&#232;ne des rencontres avec ses leaders et les th&#233;oriciens du &#171; populisme de gauche &#187; comme Chantal Mouffe. Si JLM a retenu de ce courant la place des affects dans la politique, &#171; on ne convainc pas les &#233;lecteurs uniquement en leur ass&#233;nant une s&#233;rie de chiffres et d'arguments mais aussi en sachant s'adresser &#224; leurs tripes, &#224; leurs c&#339;urs, &#224; leurs d&#233;sirs, &#224; leurs r&#234;ves [10] &#187;, ainsi que le r&#244;le central du leader pour homog&#233;n&#233;iser une &#171; masse h&#233;t&#233;rog&#232;ne &#187;, sur le fond, la nature du programme &#233;labor&#233; patiemment depuis plusieurs ann&#233;es ne doit plus grand-chose aux th&#233;ories de Laclau et Mouffe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Avenir en Commun, le programme de la campagne, qui reprend tr&#232;s largement celui de 2017[11], pr&#233;sente plus de 80 mesures clefs et pr&#232;s de 700 propositions. Il &#171; est le fruit d'un laborieux travail d'harmonisation id&#233;ologique entre des sensibilit&#233;s, des traditions et des courants diff&#233;rents &#187; et avec de nombreux-ses interlocuteurs-trices hors de la France Insoumise. On est bien loin de la relation au programme de Laclau : &#171; l'unit&#233; du groupe est, selon moi, le r&#233;sultat d'une articulation de demandes. Mais cette articulation ne correspond pas &#224; une configuration stable et positive qui pourrait &#234;tre saisie comme une totalit&#233; unifi&#233;e[12] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, les r&#233;f&#233;rences au peuple, &#224; la caste, &#224; l'oligarchie sont devenues de plus en plus limit&#233;es, car pour JLM, le prol&#233;tariat n'a pas disparu, il a &#233;volu&#233;, boulevers&#233; par le n&#233;olib&#233;ralisme, il fait partie du peuple et il joue un r&#244;le en son sein, il l'aide &#224; prendre conscience du &#171; nous &#187; : il n'y a jamais eu abandon des &#171; &lt;i&gt; marqueurs de la gauche &lt;/i&gt; &#187;[13]. JLM n'est jamais sorti du moule de la gauche fran&#231;aise. La France insoumise est issue des d&#233;cantations de la gauche institutionnelle, pas d'une radicalisation venue de mobilisations populaires. Elle est une construction tr&#232;s particuli&#232;re, bien adapt&#233;e au syst&#232;me politique structur&#233; autour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, marqu&#233;e par le r&#233;publicanisme fran&#231;ais, en rupture avec le social-lib&#233;ralisme, avec des positions &#233;cologiques structurantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alliance &#233;lectorale de la NUPES ne fait qu'ent&#233;riner ce positionnement de LFI comme partie int&#233;grante de la gauche institutionnelle fran&#231;aise, tout en la pla&#231;ant en position de dominer cette gauche. Son orientation clairement oppos&#233;e aux politiques n&#233;olib&#233;rales explique le d&#233;cha&#238;nement de toutes les forces de droite et d'extr&#234;me droite contre LFI, qui se trouve plac&#233;e au centre de toutes les attaques, souvent m&#234;me abusivement caract&#233;ris&#233;e comme parti d'extr&#234;me gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ambition de LFI de faire de la NUPES l'alternative incontournable ne se concr&#233;tise pas&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ses r&#233;ussites, la NUPES n'est pas per&#231;ue &#224; une &#233;chelle de masse comme une alternative politique cr&#233;dible aujourd'hui. Son existence, si elle a permis une petite mobilisation au second tour des l&#233;gislatives, n'a pas enray&#233; l'abstention populaire massive qui est rest&#233;e lors de cette &#233;lection sup&#233;rieure &#224; 50 % et bien plus encore dans les quartiers populaires, y compris dans ceux qui s'&#233;taient vraiment mobilis&#233;s en faveur de JLM au premier tour de la pr&#233;sidentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs raisons &#224; cela. Tout d'abord, &#224; l'Assembl&#233;e, la NUPES est un intergroupe qui regroupe quatre groupes ind&#233;pendants (LFI, PS, PCF, EELV), et qui ne font pas toujours les m&#234;mes choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, dans la r&#233;alit&#233; quotidienne des milieux populaires, la NUPES n'existe pas. Si dans quelques endroits des efforts sont faits, le plus souvent par LFI, pour avoir des initiatives unitaires des organisations de la NUPES, parfois ouvertes au-del&#224;, en particulier au NPA, notamment dans la mobilisation sur les retraites sous forme de meetings, elles restent isol&#233;es et ne sont pas les d&#233;clinaisons locales d'une politique nationale syst&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe pas de structures de base de la NUPES ouvertes, organisant l'unit&#233; par en bas, l'ancrant dans les milieux populaires. On en reste &#224; ce stade &#224; un accord &#233;lectoral dans lequel chaque courant y gagne, mais qui se limite &#224; cette fonction : avoir des &#233;lus. L'appel de JLM lors de son discours de cl&#244;ture des Amfis &#8211; l'universit&#233; d'&#233;t&#233; de la France insoumise &#8211; &#224; la constitution partout d' &#171; assembl&#233;es populaires citoyennes &#187; de la Nupes est rest&#233; pour l'essentiel lettre morte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les responsabilit&#233;s de cette situation sont partag&#233;es, m&#234;me si elles sont de nature diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les partenaires de LFI veulent regagner le terrain perdu au moment de la constitution de l'alliance &#233;lectorale &#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les trois partis oblig&#233;s de passer sous la direction de fait de la LFI, il s'agit de regagner la place perdue. Ils ont tous &#233;t&#233; en congr&#232;s et se sont divis&#233;s, percut&#233;s par les derni&#232;res p&#233;rip&#233;ties de la quasi-disparition des partis qui ont &#233;t&#233; centraux &#224; gauche, le PCF et le PS, par la d&#233;finition des r&#233;ponses aux politiques n&#233;olib&#233;rales et &#224; la centralit&#233; des questions &#233;cologiques, et ind&#233;cis sur les moyens de contester la place gagn&#233;e par LFI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le congr&#232;s d'Europe Ecologie Les Verts (EELV) s'est tenu en d&#233;cembre 2022 (12 700 adh&#233;rent&#183;es, 5 600 votant&#183;es ). Il n'a pas rejet&#233; la NUPES qui lui a permis d'avoir un groupe parlementaire, ce qui &#233;tait inaccessible autrement et essentiel pour ce courant compl&#232;tement int&#233;gr&#233; aux institutions. Mais la majorit&#233; veut r&#233;&#233;quilibrer le rapport de forces lors des prochaines europ&#233;ennes en 2024, habituellement plus favorables aux Verts, et ils pr&#233;parent donc une liste autonome. Le courant d&#233;fendant l'ancrage &#224; gauche, qui se r&#233;clame de l'&#233;cologie radicale tout en &#233;tant tr&#232;s faible sur les questions sociales et &#233;conomiques, dont la candidate Sandrine Rousseau avait obtenu pr&#232;s de 50 % au deuxi&#232;me tour (et 25 % au premier tour de la primaire ouverte qui avait mobilis&#233; 100 000 votant&#183;es), est nettement battu, obtenant moins de 20 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le congr&#232;s du PS de f&#233;vrier (41 000 adh&#233;rents, 23 200 votants) a &#233;t&#233; une d&#233;faite relative pour Olivier Faure, le dirigeant qui a n&#233;goci&#233; l'entr&#233;e dans la NUPES. En effet, le parti est coup&#233; en trois entre l'orientation de son premier secr&#233;taire, celle qui a regroup&#233; nombre de dirigeants historiques oppos&#233;s &#224; tout accord avec la LFI, et celles et ceux qui sont pour une unit&#233; &#224; gauche&#8230; mais sous la direction du PS, qu'iels estiment seul &#224; m&#234;me de battre droite et extr&#234;me droite. Les partisans de l'unit&#233; dans la NUPES n'ont plus les coud&#233;es franches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le congr&#232;s du PCF, qui compte 41 000 adh&#233;rents et pr&#232;s de 29 900 votants lors des premiers votes d'une proc&#233;dure en plusieurs temps, vient de se tenir. La victoire du secr&#233;taire du parti depuis le dernier congr&#232;s, Fabien Roussel, &#233;tait quasiment assur&#233;e, puisque son texte avait &#233;t&#233; valid&#233; en tant que base de travail avec un vote &#224; 82 %. Il s'appuie sur une campagne pr&#233;sidentielle au profil ouvri&#233;riste et r&#233;actionnaire sur les questions de l'&#233;cologie et de l'antiracisme, mais ce succ&#232;s masque une recomposition des d&#233;bats entre les divers courants[14]. Le texte majoritaire qui refuse &#171; l'effacement &#187; du PCF associe les identitaires, les orthodoxes nostalgiques de l'URSS et les partisans d'une union de la gauche avec le PS. Les minoritaires refusent de consid&#233;rer le PS comme acteur central &#224; gauche et sont partisans du &#171; rassemblement &#187;, de l'unit&#233; avec LFI, hier dans le Front de Gauche, aujourd'hui dans la NUPES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;gration &#224; la NUPES n'est pas au centre de l'orientation politique majoritaire, et cela a des effets &#224; la base, dans la r&#233;ticence &#224; des actions unitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; tout en conservant le cadre de la NUPES&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, pour ces trois courants, l'unit&#233; dans la NUPES n'est pas au centre de leur orientation, sans qu'aucun d'entre eux ne veuille dans l'imm&#233;diat remettre en cause ce cadre. A cela deux raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord la mobilisation contre les attaques sur les retraites dans un contexte d'unit&#233; syndicale totale, ce qui est rarissime en France, pousse dans le sens de l'unit&#233; de tou-tes les opposant-es &#224; gauche. Malgr&#233; les d&#233;saccords sur la tactique dans la bataille parlementaire, toutes les formations sont d'accord, les meetings NUPES &#233;largis ou pas &#224; certaines organisations syndicales, au NPA, sont de larges succ&#232;s. Tout ce qui pourrait appara&#238;tre contre cette aspiration serait lamin&#233; politiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite l'instabilit&#233; parlementaire actuelle laisse planer l'hypoth&#232;se d'une dissolution de l'Assembl&#233;e. Macron n'est pas habitu&#233; aux tractations sans fin qu'impose l'absence de majorit&#233; absolue et il garde cette possibilit&#233; ouverte. Dans cette hypoth&#232;se, tous les acteurs qui ont gagn&#233; des d&#233;put&#233;s avec la NUPES, ont r&#233;ussi &#224; avoir un groupe parlementaire inesp&#233;r&#233; autrement, sont d&#233;cid&#233;s &#224; conserver ce cadre pour faire face &#224; l'&#233;ventualit&#233; d'une &#233;lection l&#233;gislative anticip&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La FI est &#224; un moment charni&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Structur&#233;e autour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, la France Insoumise est amen&#233;e, par sa position dominante, &#224; se transformer si elle veut conserver son leadership et envisager de devenir durablement h&#233;g&#233;monique &#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'absence de structuration d&#233;mocratique est la base d'organisation de la FI&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'elle s'est cr&#233;&#233;e en 2016, elle s'est affirm&#233;e comme autre chose qu'un parti : un mouvement &#171; gazeux &#187;, sans structuration d&#233;mocratique nationale, sans congr&#232;s, sans votes internes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'importe qui peut la rejoindre, en quelques clics sur internet, sans payer d'adh&#233;sion, ni de cotisation, &#224; une seule condition : en respecter ses principes. Des centaines de milliers de personnes l'ont fait. Peut-&#234;tre 500 000 personnes en tout depuis la naissance de la FI, car personne ne pense &#224; se d&#233;sinscrire. Pour la pr&#233;sidentielle 2022, JLM a fait appel &#224; un &#171; parrainage citoyen &#187; en novembre 2020, plus de 150 000 personnes se sont inscrites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut faire des dons, qui ne sont pas des cotisations, des dizaines de milliers de personnes le font, notamment &#224; l'occasion des &#233;lections[15]. On peut &#234;tre cyber-militant, en suivant, en partageant les vid&#233;os et textes du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres peuvent rejoindre un &#171; Groupe d'action &#187; local dont le nombre id&#233;al de membres est fix&#233; &#224; 11 et ne devrait pas d&#233;passer 15. Plus de 2800 groupes d'action sont annonc&#233;s. Combien de membres ? Difficile de le dire, aucune compatibilit&#233; n'est disponible, puisqu'il n'y a pas de congr&#232;s avec des votes qui sont des moments de v&#233;rit&#233;. Manuel Cervera-Marzal, qui a &#233;tudi&#233; en profondeur le fonctionnement de la FI estimait dans son livre&lt;i&gt; Le populisme de gauche&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; entre 2018 et 2020 la FI comptait environ 6000 militants. Par militants j'entendais &#171; actifs au sein d'un groupe d'appui &#187;&#8230; d&#233;finition quelque peu r&#233;ductrice&#8230; ce chiffre pourrait &#234;tre revu &#224; la hausse &#187;[16] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un interview en novembre 2021 il faisait une autre approximation : &#171; &lt;i&gt; j'estime que sur 500 000 membres, dix fois moins sont des militants de terrain&lt;/i&gt; &#187;[17]. Une autre estimation est possible, &#224; partir du nombre de groupes d'action, qui pourraient regrouper plus de 30 000 membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes d'actions n'ont pas de finances, de locaux, de mat&#233;riel d'impression. Il n'existe aucune structure interm&#233;diaire, aucun regroupement de groupes locaux, pas de cadres d'action et de r&#233;flexion permanents o&#249; peuvent s'&#233;laborer en continu une pens&#233;e collective, o&#249; des d&#233;cisions peuvent &#234;tre prises d&#233;mocratiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;galement la FI ne comporte que trois personnes qui sont d&#233;positaires des pleins pouvoirs, prennent toutes les d&#233;cisions administratives, financi&#232;res et juridiques. Les grandes d&#233;cisions sont prises par un nombre limit&#233; de dirigeant-es, dans une formation resserr&#233;e autour du leader et dans une moindre mesure par les &#233;lus au parlement, &#171; &lt;i&gt;l'architecture de la France Insoumise est con&#231;ue pour faire obstacle au pluralisme et &#224; la d&#233;mocratie interne&lt;/i&gt;[18] &#187;. Depuis le retrait de JLM en octobre 2022, la pr&#233;sidence officielle est assur&#233;e par Manuel Bompard, d&#233;put&#233;, avec comme secr&#233;taire Mathilde Panot, la cheffe de file du groupe parlementaire, et pour tr&#233;sorier Maxime Charpentier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela permet l'agilit&#233; politique des petits groupes, la verticalit&#233; des d&#233;cisions cohabitant avec une horizontalit&#233; des adh&#233;rent-es, les d&#233;poss&#233;dant de toute possibilit&#233; d'influer sur l'orientation et les choix. En r&#233;habilitant l'individualisme comme marque d'insoumission, &#171; &lt;i&gt; le caract&#232;re centralis&#233; de la France Insoumise est &#224; l'image de la structure jacobine de l'&#201;tat fran&#231;ais&lt;/i&gt;[19] &#187;, le guide face au peuple, sans corps interm&#233;diaires, JLM ne fait pas que prendre acte de la fin des partis, il contribue &#224; leur marginalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le lancement du&lt;i&gt; M&#233;dia&lt;/i&gt; : une occasion rat&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce site d'actualit&#233; gratuit cr&#233;&#233; en 2018 a &#233;t&#233; lanc&#233; par des proches de ce courant, tout en s'affirmant totalement ind&#233;pendant de LFI. Un appel tr&#232;s large de personnalit&#233;s de gauche et d'extr&#234;me gauche a soutenu l'initiative, pour une information ind&#233;pendante des puissances financi&#232;res. Le premier journal t&#233;l&#233;vis&#233; a &#233;t&#233; suivi par 87 000 personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#233;quipe initiale s'est rapidement r&#233;duite. La r&#233;dactrice en chef, Aude Rossigneux, est remerci&#233;e au terme de sa p&#233;riode d'essai. Un mois apr&#232;s le lancement, le journaliste No&#235;l Mam&#232;re, ex-d&#233;put&#233; &#233;cologiste, membre de G&#233;n&#233;ration.S[20], le quitte avec fracas en critiquant les m&#233;thodes de la direction compar&#233;e &#224; un &#171; comit&#233; des soviets &#187;, refusant de continuer plus longtemps &#224; servir de &#171; caution &#187; &#224; un m&#233;dia acquis &#224; la cause des Insoumis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;mission n'est pas la seule, les divergences sur le traitement de la guerre en Syrie tra&#231;ant un parall&#232;le entre Bachar El Assad et l'opposition, conform&#233;ment au positionnement de LFI, en am&#232;nent d'autres. Onze personnalit&#233;s membres de l'appel initial se d&#233;solidarisent par une tribune disant : &#171; &lt;i&gt;le M&#233;dia ne r&#233;pond plus, &#224; nos yeux, &#224; la promesse initiale, ni sur le fond ni sur la forme &#8230;. Nous ne pouvons plus le soutenir&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action de JLM est brutale, il twitte : &#171; &lt;i&gt;Croire que Mam&#232;re ait pu &#234;tre manipul&#233;, ce serait croire qu'il a des convictions stables. Juste un lamentable tireur dans le dos qui veut racheter sa place dans la bonne soci&#233;t&#233;. Le manipulateur, c'est lui&lt;/i&gt; &#187;. On est bien loin d'un m&#233;dia coop&#233;ratif, ind&#233;pendant, collaboratif, pluraliste. L'occasion de cr&#233;er un lieu pluraliste, progressiste, f&#233;ministe, antiraciste et &#233;cologiste de rencontre autour de LFI, est un &#233;chec. Il n'est aucunement devenu un lieu de r&#233;f&#233;rence pour les d&#233;bats, les &#233;changes, la gestion des controverses utiles &#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son audience donne une id&#233;e de celle de LFI : le nombre de vues quotidiennes sur Youtube est de l'ordre de 150 000, les vues hebdomadaires de l'ordre du million.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;ph&#233;m&#232;re parlement de la campagne &#233;lectorale de 2022&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'occasion de la campagne 2022 a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; le &#171; parlement de campagne de l'Union Populaire &#187;, un espace de convergence pour les personnalit&#233;s qui avaient rejoint la campagne avec un r&#244;le consultatif sur les grandes orientations. Regroupant 125 membres de la FI et 125 personnalit&#233;s (des syndicalistes, des intellectuel&#183;les, des responsables associatifs, des meneur&#183;euses de luttes), il &#233;tait pr&#233;sid&#233; par Aur&#233;lie Trouv&#233;, ex-porte-parole d'Attac tr&#232;s appr&#233;ci&#233;e. Il aurait pu &#234;tre l'amorce d'un processus de r&#233;organisation &#224; gauche avec les repr&#233;sentant-es des d&#233;cantations politiques et sociales de ces derni&#232;res ann&#233;es. Il n' a eu aucune existence collective, &#224; part quelques r&#233;unions orchestr&#233;es d'en haut, m&#234;me pas une liste mail commune !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la constitution de la NUPES, il s'est &#233;largi, mais cela n'a pas &#233;t&#233; plus loin que les r&#233;unions de pr&#233;sentation, alors que sa constitution aurait pu permettre le d&#233;passement des organisations politiques constitutives de l'alliance. Ses membres n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;ellement impliqu&#233;&#183;es dans les d&#233;cisions importantes de la campagne, la r&#233;flexion sur les objectifs et les choix. Ils ont tous deux aujourd'hui totalement disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les pressions &#224; la structuration du mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e de la campagne, de nombreuses voix se sont &#233;lev&#233;es pour demander une nouvelle organisation de LFI, par exemple lors de l'universit&#233; d'&#233;t&#233; (les Amfis), de fait seul lieu de regroupement militant national. Elles venaient des intellectuel&#183;les et des courants politiques pr&#233;sents dans LFI en tant que tels[21], qui posent les probl&#232;mes de fonctionnement d&#233;mocratique interne et de construction d'une contre-h&#233;g&#233;monie dans la soci&#233;t&#233;, mais aussi des militant&#183;es de base qui cherchent tout simplement &#224; disposer d'une organisation qui permette de militer au quotidien et de s'enraciner localement. En effet, pour nombre de celles et ceux qui ont vu LFI se d&#233;gonfler apr&#232;s la pr&#233;sidentielle de 2017, il faut modifier le fonctionnement pour le rendre plus efficace et permanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publication de prises de position de responsables nationaux, d'&#233;lu&#183;es critiquant de fait l'absence de d&#233;mocratie, de structuration est un fait nouveau. Elles sont les seuls moyens d'expression qu'ont celles et ceux qui veulent faire des propositions autres que celle de la direction et qui refusent l'inertie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cl&#233;mentine Autain[22] s'est d&#233;marqu&#233;e en publiant un texte juste avant l'universit&#233; d'&#233;t&#233;[23]. Elle y r&#233;affirme le m&#233;rite de LFI d'avoir su &#171; &lt;i&gt; tester des pratiques en rupture avec le fonctionnement des partis traditionnels. Plus souple, tourn&#233; vers l'action, tr&#232;s offensif sur les r&#233;seaux sociaux, d&#233;barrass&#233; des batailles internes de Congr&#232;s, notre mouvement a su &#233;pouser une part des exigences de notre temps &lt;/i&gt; &#187;, mais constate que &#171; &lt;i&gt;le fonctionnement adopt&#233; s'est surtout r&#233;v&#233;l&#233; performant en p&#233;riode de campagne pr&#233;sidentielle, avec son impact sur les l&#233;gislatives. Le bilan est moins positif aux &#233;lections interm&#233;diaires et dans les p&#233;riodes hors &#233;lection. Les scores aux municipales et r&#233;gionales sont notamment tr&#232;s en-de&#231;&#224; de la pr&#233;sidentielle. Et la vie du mouvement n'a pas trouv&#233; son rythme de croisi&#232;re pour stabiliser les &#233;quipes militantes et faire vivre, &#224; chaque &#233;chelon, l'&#233;laboration collective &#187;. Elle estime donc que &#171; l'implication des membres des collectifs locaux et de personnalit&#233;s issues du monde associatif [&#8230;] est d&#233;cisive dans l'orientation globale de LFI&lt;/i&gt; &#187;. Elle faisait des propositions concr&#232;tes de r&#233;organisation du mouvement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; l'alliage du consensus et du pluralisme doit nous guider. Toutes les d&#233;cisions n'ont pas besoin d'&#234;tre l'objet d'un vote pour &#234;tre l&#233;gitimes. Non, il n'est pas n&#233;cessaire de chercher syst&#233;matiquement &#224; d&#233;gager une majorit&#233;, il est possible d'avancer par la recherche de consensus. C'est l'un des acquis du mouvement altermondialiste de nous avoir appris &#224; ne pas toujours vouloir &#171; figer &#187; des majorit&#233;s et des minorit&#233;s, qui risquent de s'ancrer dans la dur&#233;e sans que cela soit constructif politiquement. Notre mouvement ne peut se passer d'une direction identifi&#233;e qui pourrait combiner trois niveaux de l&#233;gitimit&#233; : les &#233;lus, les Groupes d'Action, les forces du mouvement social et culturel qui s'engagent en notre sein &#8211; je pense en particulier aux personnalit&#233;s qui ont int&#233;gr&#233; le Parlement de l'Union populaire pendant la pr&#233;sidentielle. Cette instance pourrait donc &#234;tre compos&#233;e de trois coll&#232;ges, chacun d'entre eux &#233;tant charg&#233;s de d&#233;signer ses repr&#233;sentants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mois plus tard, sans propositions aussi pr&#233;cises, l'&#233;conomiste C&#233;dric Durand et le sociologue Razmig Keucheyan parlaient de la mue n&#233;cessaire de la structure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La France insoumise est en train de r&#233;aliser sa mue. De mouvement agile, calibr&#233; pour les batailles &#233;lectorales &#233;clairs, elle doit se transformer en force irr&#233;sistible, capable non seulement d'acc&#233;der au pouvoir avec ses alli&#233;s de la NUPES, mais aussi de r&#233;ussir &#224; engager une bifurcation &#233;cologique et sociale syst&#233;mique d&#233;passant le capitalisme. Pour cela, il lui faut structurer dans le temps long une force populaire de la gauche sociale et &#233;cologique capable d'&#234;tre un acteur politique d&#233;cisif pour les d&#233;cennies qui viennent. [24] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les travaux de r&#233;organisation du mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont &#233;t&#233; men&#233;s &#224; partir d'ateliers r&#233;alis&#233;s &#224; cette universit&#233; d'&#233;t&#233; 2022 par 15 dirigeants appartenant au noyau central autour de JLM. Iels ont tenu une trentaine de r&#233;unions et propos&#233; des r&#233;formes importantes dans le fonctionnement de la FI qui ont &#233;t&#233; soumises &#224; l'Assembl&#233;e repr&#233;sentative de la FI qui s'est tenue le 10 d&#233;cembre 2022. Cette Assembl&#233;e &#233;tait constitu&#233;e de 160 cadres responsables des secteurs op&#233;rationnels et de membres tir&#233;-es au sort, sans aucun d&#233;bat dans l'ensemble du mouvement. Elle a &#233;videmment ent&#233;rin&#233; les proposions faites par le noyau dirigeant, a d&#233;sign&#233; un fid&#232;le de JLM pour le remplacer &#224; la pr&#233;sidence du mouvement, Manuel Bompard, qui s'est empress&#233; de d&#233;clarer qu'il poursuivrait le travail entam&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les boucles d&#233;partementales de groupes d'action&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de l'organisation &#224; la base, la seule nouveaut&#233; accept&#233;e est d'am&#233;liorer la coordination des groupes d'action au niveau local en leur donnant les moyens de d&#233;velopper leur activit&#233;. Ils &#233;taient en th&#233;orie autarciques (en r&#233;alit&#233; dans certains endroits, ils avaient d&#233;j&#224; des relations pour organiser le travail militant), ils peuvent maintenant cr&#233;er des &#171; boucles d&#233;partementales &#187; qui peuvent gr&#226;ce &#224; des &#171; &lt;i&gt;contributions volontaires &#187; des militants &lt;/i&gt; (qui ne sont pas des cotisations mat&#233;rialisant une adh&#233;sion et donnant des droits), avoir des d&#233;penses locales, acheter des locaux dans les zones rurales et p&#233;riurbaines pour tenter d'y rivaliser avec le Rassemblement National. Une petite part sera automatiquement vers&#233;e dans une caisse de p&#233;r&#233;quation qui assurera des ressources aux d&#233;partements moins bien lotis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les formations de l'Institut La Bo&#233;tie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plan national une &#233;cole de formation est cr&#233;&#233;e, au travers de l'institut La Bo&#233;tie[25] maintenant pr&#233;sid&#233; par JLM, qui devient un lieu beaucoup plus important d'&#233;laboration intellectuelle de haut niveau et un outil d'&#233;ducation populaire. C'est une r&#233;ponse &#224; la volont&#233; des milieux intellectuels, universitaires et culturels impliqu&#233;s &#224; un titre ou &#224; un autre dans la campagne et le travail de LFI de jeter les bases d'une contre-h&#233;g&#233;monie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;ance inaugurale s'est tenue le 6 f&#233;vrier au r&#233;fectoire des Cordeliers &#224; Paris, un lieu de r&#233;union de clubs r&#233;publicains dans les premi&#232;res ann&#233;es de la R&#233;volution fran&#231;aise de 1789. L'Institut publie des notes, des fiches argumentaires et regroupe un nombre important de figures intellectuelles. Des chaires sont ainsi anim&#233;es par C&#233;dric Durand pour l'&#233;conomie, David Harvey et Andreas Malm pour la g&#233;ographie, Claire Lejeune et Razmig Keucheyan pour la planification &#233;cologique, etc. Un certain nombre ont &#233;t&#233; ou sont en relation avec les courants anticapitalistes, comme Fanny Gallot en histoire, Isabelle Garo en philosophie, Marl&#232;ne Benquet en sociologie. Des colloques, des tables rondes ponctuelles sont &#233;galement organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin l'&#233;cole de formation organise deux fois par an un cursus renforc&#233; pour une promotion compos&#233;e de 70 militant&#183;es s&#233;lectionn&#233;&#183;es sur la base d'un appel &#224; candidatures ouvert, en assurant la parit&#233;, la diversit&#233; g&#233;ographique et sociale ainsi que la repr&#233;sentation des diff&#233;rents espaces militants. Le cursus de cette &#233;cole de cadres est organis&#233; en deux niveaux, &#233;l&#233;mentaire et moyen, comprenant chacun cinq week-ends de formation sur cinq mois. Les cours y suivent quatre parcours : trois th&#233;oriques, d&#233;di&#233;s au mat&#233;rialisme, &#224; l'&#232;re du peuple et aux enjeux contemporains, et &#224; l'humanisme global ; et un d&#233;di&#233; aux pratiques militantes &#171; insoumises &#187;. La pr&#233;sence &#224; tous les modules est sanctionn&#233;e par une validation et une certification. Il y a &#233;galement des formations locales, des formations num&#233;riques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc d'un travail de politisation et de r&#233;flexion &#224; un niveau jamais atteint. Il sera l'un des lieux dans lequel on mesurera le degr&#233; d'ouverture et la capacit&#233; &#224; g&#233;rer les dissensus de la direction de LFI sur les sujets les plus divers. C'est &#233;videmment la condition pour que les intellectuel&#183;les impliqu&#233;&#183;es participent dans la dur&#233;e &#224; cette aventure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nouvelle direction est mise en place&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un courant politique d'une telle importance a besoin d'un centre qui ne peut fonder sa l&#233;gitimit&#233; sur sa seule efficacit&#233; &#224; court-terme lors des campagnes &#233;lectorales. La politique commune se fabrique par le d&#233;bat, l'&#233;change d'arguments, des modes de d&#233;cision d&#233;mocratiques. Si l'organisation ne permet pas cela, les d&#233;bats qui n'ont pas lieu en interne se d&#233;placent dans l'ar&#232;ne m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pressions &#233;taient donc importantes pour l'instauration d'une direction inclusive. La r&#233;ponse a &#233;t&#233; un nouveau cadenassage du groupe dirigeant autour de JLM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'issue de l'Assembl&#233;e de d&#233;cembre a &#233;t&#233; d&#233;sign&#233;e au &#171; consensus &#187; une direction organisationnelle. C'est une nouveaut&#233;, auparavant la direction n'&#233;tait pas formalis&#233;e. Mais c'est par la presse que nombre d'&#233;lus&#183;es en ont appris la composition. Elle &#233;carte des personnalit&#233;s importantes dont certaines ont impuls&#233; ces d&#233;bats publics comme Cl&#233;mentine Autain ou avaient exprim&#233; leur volont&#233; d'en faire partie comme Fran&#231;ois Ruffin, ou encore Alexis Corbi&#232;re, Raquel Garrido, &#201;ric Coquerel&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; coordination des espaces du mouvement &#187; se r&#233;unit toutes les semaines : c'est bien la direction effective, compos&#233;e de 21 personnes, le noyau dur jusqu'alors informel de LFI, auquel s'ajoutent quelques individus non-issus directement du s&#233;rail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le consensus affich&#233; ne correspond pas la r&#233;alit&#233;, et pour &#233;viter une pol&#233;mique excessive, un Conseil d'une quarantaine de personnes, qui devrait se r&#233;unir toutes les quatre ou six semaines est &#233;galement constitu&#233;. Par qui ses membres seront d&#233;sign&#233;s, quelle sera sa fonction, &#171; &lt;i&gt; le cimeti&#232;re des &#233;l&#233;phants &lt;/i&gt; &#187; ou un cadre o&#249; se d&#233;finit la strat&#233;gie, rien n'est fix&#233;, ce qui n'augure rien de bon. Manuel Bompard dit qu'&#224; c&#244;t&#233; de la coordination, ce conseil politique doit repr&#233;senter la pluralit&#233; du mouvement et de ses partenaires, et sa composition peut &#234;tre amen&#233;e &#224; &#233;voluer sur la base des propositions des uns et des autres. Il ressemble beaucoup &#224; l'ancien &#171; espace politique &#187; de LFI, qui regroupait lui aussi toutes les personnalit&#233;s et courants politiques qui l'avaient rejointe, disparu faute de raison d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;actions publiques critiquant le fonctionnement clanique ont &#233;t&#233; nombreuses, vertement d&#233;nonc&#233;es par Jean-Luc M&#233;lenchon qui appelle les militant&#183;es &#224; rester group&#233;&#183;es :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cl&#233;mentine Autain dans Lib&#233;ration : &#171; &lt;i&gt; Apr&#232;s trois mois de travail &#224; huis clos, et malgr&#233; des avanc&#233;es, je constate que le repli et le verrouillage ont &#233;t&#233; assum&#233;s de fa&#231;on brutale&lt;/i&gt; &#187; ; Raquel Garrido : &#171; &lt;i&gt;Virer de la table ceux qui ne sont pas d'accord, &#231;a ne s'appelle pas un consensus &lt;/i&gt; &#187; ; Eric Coquerel plaide pour que &#171; &lt;i&gt;soit repr&#233;sent&#233;e dans la direction toute la nuance du mouvement&lt;/i&gt; &#187;, ne se disant pas contre, &#224; l'avenir, des &#233;lections internes. Hendrik Davi, membre de la Gauche &#233;cosocialiste, d&#233;clare &#224; Mediapart qu'il ne s'attendait pas &#171; &lt;i&gt; &#224; une fermeture de porte aussi forte, avec une coordination dont aucun des membres ne fait partie de celles et ceux qui plaident pour un petit virage d&#233;mocratique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celles et ceux maintenant surnomm&#233;s les &#171; frondeurs &#187; de LFI, &#224; savoir Cl&#233;mentine Autain, Fran&#231;ois Ruffin, Alexis Corbi&#232;re, &#201;ric Coquerel et Raquel Garrido ont m&#234;me tenu un meeting commun, au succ&#232;s limit&#233;, le 16 f&#233;vrier &#224; Bobigny contre la r&#233;forme des retraites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La place du groupe parlementaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il regroupe autour du noyau historique, sans JLM qui a d&#233;cid&#233; de ne pas se repr&#233;senter, des &#233;lu-es aux trajectoires diff&#233;rentes, avec des exp&#233;riences de luttes et de mouvements tr&#232;s riches, comme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Rachel Keke, ancienne porte-parole de la gr&#232;ve des femmes de chambre de l'h&#244;tel Ibis Batignolles, un mouvement remarquable, pendant vingt-deux mois de lutte (huit de gr&#232;ve et quatorze d'activit&#233; partielle) qui a permis une augmentation des salaires importante et une diminution de la dur&#233;e du travail ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Alma Dufour, militante &#233;cologiste, porte-parole des Amis de la terre de 2017 &#224; 2021, qui a anim&#233; des mobilisations importantes contre Amazon ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Aur&#233;lie Trouv&#233;, militante altermondialiste, copr&#233;sidente d'ATTAC de 2006 &#224; 2012, puis porte- parole de cette association de 2016 &#224; 2021 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il comporte &#233;galement des d&#233;put&#233;s membres des organisations politiques appartenant &#224; la FI, comme J&#233;r&#244;me Legavre, militant de l'organisation trotskiste lambertiste POI, Hendrik Davi, Marianne Maximi et Michel Sala, membres de la Gauche Ecosocialiste[26].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce groupe parlementaire n'est pas totalement contr&#244;l&#233; par le noyau central de LFI. Il prend des d&#233;cisions &#224; la majorit&#233; qui ne sont pas strictement celles qu'aurait voulu la direction, sur la tactique parlementaire ou sur d'autres sujets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela s'est illustr&#233; lors de la crise survenue quand Adrien Quatennens, celui que Jean-Luc M&#233;lenchon voyait comme son dauphin d&#232;s lors qu'il aurait assis son autorit&#233;, est accus&#233; de violence conjugale. Ce militant de 33 ans est avec Jean-Luc M&#233;lenchon depuis 2008, il a &#233;t&#233; nomm&#233; &#171; coordinateur de l'&#233;quipe op&#233;rationnelle de la FI &#187; en 2019, un poste clef dans l'organisation du mouvement. Lorsque les faits deviennent publics, il reconna&#238;t avoir donn&#233; une gifle &#224; sa conjointe en 2021 dans &#171; &lt;i&gt; un contexte d'extr&#234;me tension et d'agressivit&#233; mutuelle&lt;/i&gt; &#187;, la prise de son t&#233;l&#233;phone, l'envoi d'un nombre excessif de SMS, etc.[27] En bref, un cas de violences conjugales caract&#233;ris&#233;es et reconnues. Il annonce se retirer de sa fonction de coordinateur de la France Insoumise &#171; &lt;i&gt; pour prot&#233;ger le mouvement, ses militants et toutes celles et ceux qui comptent beaucoup sur moi&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;actions vont &#234;tre tr&#232;s diff&#233;renci&#233;es. LFI publie un communiqu&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt; Adrien Quatennens a annonc&#233; ce jour sa mise en retrait de ses fonctions de coordinateur de la France insoumise. Cette d&#233;cision, que nous saluons, a &#233;t&#233; prise en concertation avec les instances du mouvement et sera suivie des dispositions n&#233;cessaires &#224; la bonne animation de notre mouvement&#171; &lt;/i&gt; , et r&#233;it&#232;re &#171; &lt;i&gt; son engagement sans failles dans la lutte contre les violences faites aux femmes &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;JLM publie le 18 septembre un message de soutien &#224; &#8230; Adrien Quatennens :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;La malveillance polici&#232;re, le voyeurisme m&#233;diatique, les r&#233;seaux sociaux se sont invit&#233;s dans le divorce conflictuel d'Adrien et C&#233;line Quatennens. Adrien d&#233;cide de tout prendre sur lui. Je salue sa dignit&#233; et son courage. Je lui dis ma confiance et mon affection. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soutien &#224; son bras droit, sans un mot pour la victime, a heurt&#233; toutes celles et ceux qui d&#233;fendent les femmes victimes de violence conjugale[28]. De nombreuses et nombreux responsables de LFI se sont d&#233;solidaris&#233;-es de Quatennens : Manon Aubry, Sarah Legrain, Aur&#233;lie Trouv&#233;, Alma Dufour, Cl&#233;mentine Autain&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il est condamn&#233; &#224; quatre mois de prison avec sursis, les parlementaires votent et d&#233;cident une &#171; &lt;i&gt;radiation temporaire du groupe&lt;/i&gt; &#187; pour quatre mois, et un retour &#171; &lt;i&gt;conditionn&#233; &#224; l'engagement de suivre un stage de responsabilisation&lt;/i&gt; &#187; sur les violences faites aux femmes. Allant plus loin, une p&#233;tition circule pour demander la d&#233;mission d'Adrien Quatennens, apr&#232;s de nouvelles d&#233;clarations de ce dernier mettant en cause sa compagne et renversant les r&#244;les de la victime et du coupable1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; propos de la tactique parlementaire face &#224; la contre-r&#233;forme des retraites, Jean-Luc M&#233;lenchon va &#224; nouveau intervenir publiquement sans prendre de gants par rapport au groupe. Compte-tenu du fait que le gouvernement a choisi une proc&#233;dure limitant le d&#233;bat dans le temps, faut-il faire une obstruction pour montrer en quoi le parlement est court-circuit&#233; ou essayer de placer le gouvernement dans une situation difficile sur l'article portant l'&#226;ge l&#233;gal de d&#233;part 62 &#224; 64 ans ? Il critique les autres groupes de la NUPES, pour en m&#234;me temps peser sur le groupe LFI :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt; Incompr&#233;hensible retrait des amendements du PCF. Pourquoi se pr&#233;cipiter &#224; l'article 7 ? Le reste de la loi ne compte pas ? H&#226;te de se faire battre ?&lt;/i&gt; &#187; sur Twitter, puis sur son blog ou il critique des &#171; &lt;i&gt;alli&#233;s&lt;/i&gt; &#187; qui &#171; &lt;i&gt;se sont, h&#233;las, align&#233;s sur les le&#231;ons de bonnes mani&#232;res donn&#233;es par la macronie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question du leadership depuis le presque retrait annonc&#233; de JLM&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au soir du premier tour des pr&#233;sidentielles, Jean-Luc M&#233;lenchon a pu laisser penser qu'il se retirait, qu'un ou une autre pouvait prendre sa place en disant : &#171; Faites mieux &#187;. Cette ouverture a aiguis&#233; les app&#233;tits de toutes celles et tous ceux qui se voient bien prendre sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au-del&#224;, pour que LFI devienne une v&#233;ritable alternative, politique, pr&#233;sente au quotidien dans les lieux de travail, les quartiers, les mobilisations, construise une h&#233;g&#233;monie politique parmi les exploit&#233;&#183;es et les opprim&#233;&#183;es qui aille bien au-del&#224; du vote ponctuel tous les cinq ans aux pr&#233;sidentielles, la question du dirigeant n'est pas &#224; elle seule la solution. Pourtant, la crise d&#233;clench&#233;e par le retrait de fait d'Adrien Quatennens, le dauphin esp&#233;r&#233;, montre &#224; quel point LFI est d&#233;pendante aujourd'hui avant tout de destins personnels. C'est bien limit&#233; au regard des v&#233;ritables enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en sera-t-il au bout du compte ? Bien difficile de le savoir &#224; ce stade. Pour le moment, loin de se concentrer sur l'Institut La Bo&#233;tie, Jean-Luc M&#233;lenchon, par ses interventions sur les sujets br&#251;lants pour le mouvement montre qu'il est encore l&#224;, et qu'il faut compter avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La place relative de la FI dans la mobilisation sur les retraites&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LFI est une machine con&#231;ue pour la r&#233;ussite &#233;lectorale, pas pour construire un socle militant. Cela a des cons&#233;quences dans son implication dans la mobilisation en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception qui y r&#232;gne, de s&#233;paration du champ politique, per&#231;u comme l'affaire des politiques lors des &#233;lections, et du champ social, l'affaire des syndicats et des associations, a des cons&#233;quences. LFI n'a pas de correspondant dans les organisations syndicales, pas de cadres et de militant&#183;es &#224; des postes de responsabilit&#233;s centraux dans ces organisations. Elle a un fonctionnement centr&#233; sur la r&#233;ussite &#233;lectorale qui ne favorise pas la formation de militant&#183;es capables de jouer un r&#244;le moteur dans un syndicat, une association, une mobilisation unitaire, o&#249; il faut savoir dans le temps long travailler avec d'autres, se r&#233;unir, d&#233;battre, s'adapter en fonction du d&#233;bat, d&#233;cider d&#233;mocratiquement, &#234;tre majoritaire ou accepter de ne pas l'&#234;tre. Il est frappant de constater que, dans ces cadres d'action, on rencontre tr&#232;s peu de militant&#183;es LFI, qui sont par ailleurs tr&#232;s dynamiques au plan politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or les domin&#233;&#183;es qui se mobilisent, se politisent, se radicalisent s'organisent le plus d&#233;mocratiquement possible sous de multiples formes, formes qui ne sont ni impuls&#233;es ni structur&#233;es par LFI, celle-ci ne permettant pas par ailleurs de telles exp&#233;riences en son sein. Imaginer que ces diff&#233;rentes formes d'organisation pourraient naturellement se placer sous sa direction politique est une illusion de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, mais davantage encore dans la mobilisation en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les sondages indiquent que 70 % de la population est hostile &#224; cette contre-r&#233;forme des retraites. Il est quand m&#234;me difficile de penser que toutes celles et tous ceux qui sont dans le mouvement vont trouver dans le candidat qui a obtenu 22 % au premier tour des &#233;lections le correspondant politique autour duquel la mobilisation s'organise. D'autant que ces 22 % (moins de 17 % de la population avec les abstentions) ne correspondent pas en int&#233;gralit&#233; &#224; l'adh&#233;sion aux positions de LFI, compte tenu du ph&#233;nom&#232;ne du vote utile &#224; gauche au premier tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que les chiffres ne disent pas tout, on le sait bien. Les militant&#183;es anticapitalistes implant&#233;.es, impliqu&#233;&#183;es dans les organisations syndicales, les associations, dans l'organisation concr&#232;te des mobilisations, de leurs formes d&#233;mocratiques peuvent avoir une influence bien sup&#233;rieure &#224; leurs maigres r&#233;sultats &#233;lectoraux. Mais ce n'est pas le cas de LFI dont les militant&#183;es dans leur grande majorit&#233; ne jouent pas ce r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence JLM et LFI sont, de par leur politique, incapables de construite un mouvement unitaire et massif. En France, il n'est pas possible que les politiques invitent les syndicats et les associations &#224; les soutenir, quelle que soit la validit&#233; des mots d'ordre, ou l'int&#233;r&#234;t du sujet. Les frictions sont donc permanentes. Celles qui sont apparues notamment entre la CGT et LFI lorsque cette derni&#232;re a organis&#233; une Marche nationale contre la vie ch&#232;re en octobre dernier sont symptomatiques. Jean-Luc M&#233;lenchon avait &#171; mis la pression &#187; sur les syndicats, la CGT, la FSU et Solidaires, qui ont toutes refus&#233; de signer l'appel. Il avait alors qualifi&#233; le refus de la CGT, exprim&#233;e par son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral Philippe Martinez, de &#171; sectaire &#187;, celui-ci lui r&#233;pondant par voie de presse : &#171; &lt;i&gt;Jean-Luc M&#233;lenchon est parfois outrancier, peut-&#234;tre sectaire aussi&lt;/i&gt; &#187;, ajoutant &#171; &lt;i&gt; ce n'est pas un qui d&#233;cide &#224; la place de tous, mais on se parle et on d&#233;cide des formes d'actions. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mobilisation actuelle de d&#233;fense des retraites, LFI cherche &#224; ce que les &#233;lus au Parlement soient les correspondants naturels des luttes. Mais ce n'est pas le cas. La plupart des directions des organisations syndicales sont en d&#233;saccord avec ce que font les d&#233;put&#233;s LFI pour essayer de capter l'attention des classes populaires : elles se situent sur le terrain des mobilisations, voire de la n&#233;gociation, sans esp&#233;rer que la solution viendra des joutes parlementaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intersyndicale totalement unifi&#233;e, ce qui est tellement rare que cela joue un r&#244;le positif dans les milieux populaires, appara&#238;t aux millions de personnes oppos&#233;es au gouvernement et &#224; sa contre- r&#233;forme des retraites comme le cadre r&#233;pondant aujourd'hui aux besoins, comme l'&#233;tait JLM au premier tour des &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce fait, une fois que le &#171; bruit et la fureur &#187; de la joute parlementaire se sont &#233;teints, dans les manifestations, LFI est un courant politique comme les autres &#224; gauche, parfois plus gros, parfois plus petit m&#234;me que les autres, et surtout ne joue pas un r&#244;le politique sp&#233;cifique pour organiser l'affrontement, ce qui est la question centrale pour toutes celles et tous ceux qui veulent gagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour conclure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le champ politique, dans l'espace m&#233;diatique, LFI est une force incontournable. Dans le champ de ruines qu'est aujourd'hui la gauche politique en France, elle appara&#238;t comme la force centrale, d&#233;terminante. Mais, &#233;difi&#233;e sur une base fragile, elle est incapable d'assumer la responsabilit&#233; de travailler &#224; l'organisation du camp des domin&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celles et ceux d'en bas ont besoin de bien davantage qu'un mouvement uniquement organis&#233; pour gagner les &#233;lections. Ce qui manque cruellement aujourd'hui, c'est une force politique h&#233;g&#233;monique &#224; gauche, qui offre une alternative au capitalisme, qui structure effectivement les exploit&#233;&#183;es et les opprim&#233;&#183;es, dans leurs lieux de travail, dans leurs quartiers, qui lie les luttes contre l'exploitation capitaliste, la crise &#233;cologique, les oppressions en un tout &#233;mancipateur, qui mette au centre de ses pratiques la d&#233;mocratie la plus large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LFI est bien loin de cela ! Et pour le moment, les mesurettes de r&#233;organisation qui ne visent qu'au maintien d'une machine &#233;lectorale ne sont pas une mue, loin d'&#234;tre &#224; la mesure des enjeux de la p&#233;riode, vu l'&#233;tat des formes d'organisation actuelles des exploit&#233;&#183;es et des opprim&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Nouvelle Union Populaire &#201;cologique et Sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Il ne lui a manqu&#233; pour r&#233;ussir &#224; &#233;liminer Le Pen du second tour que 430 000 voix, soit 1,2 % des voix exprim&#233;es &#8230; l'&#233;quivalent d'un un peu plus de la moiti&#233; des voix port&#233;es sur le candidat du PCF, ou encore de la somme des voix qui se sont port&#233;es sur Poutou et Arthaud (LO), m&#234;me si ces calculs sont toujours relatifs car celles et ceux qui ont vot&#233; pour ces derniers candidat-e-s n'auraient peut-&#234;tre pas vot&#233; JLM si un d&#233;sistement en sa faveur avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le mandat pr&#233;sidentiel est pass&#233; de 7 &#224; 5 ans, rejoignant la dur&#233;e de la mandature de l'Assembl&#233; nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Roussel a obtenu 2,28 %, un score un peu plus &#233;lev&#233; que la pr&#233;c&#233;dente candidature du PCF en 2007, celle de Marie Georges Buffet 1,93%, mais loin des scores de Robert Hue en 2002 (3,37 %), et en 1995 (8,67 %).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Avec la volont&#233; d'int&#233;grer le PS et des exigences dans les n&#233;gociations qui rejetaient de fait le NPA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Mais le total des voix de gauche LFI, Verts, PCF, PS, NPA et LO &#233;tait &#233;quivalent &#224; celui des trois candidat&#183;es d'extr&#234;me droite, Le Pen, Zemmour et Dupont Aignan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Ce qui donne des droits importants dans la vie parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] La Conf&#233;rence nationale du PCF en novembre 2016, compos&#233;e de 535 cadres, (le conseil national, les d&#233;l&#233;gu&#233;s des f&#233;d&#233;rations et les groupes parlementaires) avait &#233;mis un vote indicatif &#224; 55 % pour une candidature PCF, mais le vote des militant&#183;es a &#233;t&#233; lui majoritaire pour le soutien &#224; Jean-Luc M&#233;lenchon (53,5%).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] En 2017, le PG avait &#233;t&#233; l&#233;s&#233; dans le partage des moyens avec le PCF ; en 2012, la division de la gauche n'avait pas permis &#224; la FI d'avoir une repr&#233;sentation parlementaire &#224; la mesure des r&#233;sultats aux pr&#233;sidentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Interview de Manuel Cervera Marzal &#171; En 2017, Jean-Luc M&#233;lenchon n'a en aucun cas abandonn&#233; la gauche, son histoire, sa culture, son identit&#233; &#187;, &lt;i&gt;Le vent se l&#232;ve&lt;/i&gt; ; 13 novembre 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Il est aussi frappant de voir &#224; quel point il int&#232;gre la d&#233;marche des 110 propositions de Fran&#231;ois Mitterrand en 1981, cf. mon article &#171; Sur la candidature de Jean Luc M&#233;lenchon &#187;, 27 f&#233;vrier 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Ernesto Laclau, &lt;i&gt;La raison populiste&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 2008, p. 9&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Manuel Cervera Marzal, &#171; &lt;i&gt;Le populisme de gauche&lt;/i&gt;. Sociologie de la France insoumise, Paris, La D&#233;couverte, 2021, P.17.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Cf. article de Fr&#233;d&#233;rick Genev&#233;e, historien et membre du PCF, &#171; Congr&#232;s du PCF : une victoire en trompe l'&#339;il de Fabien Roussel &#187;,&lt;i&gt; Contretemps&lt;/i&gt;, 13 f&#233;vrier 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Lors des pr&#233;sidentielles de 2022, 2 278 millions d'euros ont &#233;t&#233; ainsi collect&#233;s, provenant d'environ 100 000 donateurs et donatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Manuel Cervera Marzal, &lt;i&gt;Le populisme de gauche&lt;/i&gt;&#8230;, op. cit., p. 209.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Cf. Manuel Cervera Marzal &#171; En 2017, Jean-Luc M&#233;lenchon n'a en aucun cas abandonn&#233;&#8230; &#187;, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] &lt;i&gt;Le populisme de gauche&lt;/i&gt;, op. cit., p. 211 et 213.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Ibid., p. 77&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Mouvement fond&#233; par Beno&#238;t Hamon apr&#232;s son d&#233;part du PS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Trois organisations politiques significatives, de plusieurs centaines de membres, sont pr&#233;sentes officiellement au sein de la France Insoumise. Le Parti de Gauche, organisation qui a &#233;t&#233; &#224; l'origine du processus de cr&#233;ation de la LFI, dont Jean Luc M&#233;lenchon n'est plus membre ; la Gauche &#233;cosocialiste qui regroupe pour l'essentiel les ancien&#183;nes militant&#183;es de la LCR, puis du NPA (dont un certain nombre sont membres de la Quatri&#232;me Internationale) qui l'ont quitt&#233; en 2011 et viennent de sortir du regroupement Ensemble !, et le POI, une organisation trotskiste lambertiste. S'y ajoutent les &#171; Insoumis communistes &#187; et &#171; R&#233;volution &#201;cologique pour le Vivant &#187;. Aucun cadre ne permet &#224; ces organisations d'impulser un d&#233;bat ou d'influer sur les d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] D&#233;put&#233;e depuis 2017, militante f&#233;ministe issue du PCF, puis de la FASE cr&#233;&#233;e en 2008 qui soutient Jean-Luc M&#233;lenchon en 2012, participe &#224; la cr&#233;ation d'Ensemble ! qui regroupe divers courants dont les militants de la GA issus du NPA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] &#171; LFI : franchir un cap pour gagner &#187;, Blog de Cl&#233;mentine Autain, 21 ao&#251;t 2022. &lt;a href=&#034;https://clementine-autain.fr/lfi-franchir-un-cap-pour-gagner/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://clementine-autain.fr/lfi-franchir-un-cap-pour-gagner/&lt;/a&gt;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] C&#233;dric Durand et Razmig Keucheyan &#171; France insoumise : une crise de maturit&#233; &#187;, &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;, billet de blog, 16 d&#233;cembre 2022 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] La Bo&#233;tie est un &#233;crivain humaniste du 16&#232;me si&#232;cle, bien loin des luttes populaires et r&#233;volutionnaires, auteur du&lt;i&gt; Discours de la Servitude volontaire&lt;/i&gt;, mettant en cause la l&#233;gitimit&#233; des gouvernants, des tyrans. Pour la petite histoire, un premier institut La Bo&#233;tie, disparu en 1994 avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par des lib&#233;raux bon teint qui se sont recycl&#233;s dans l'institut Montaigne, un des think-tanks lib&#233;raux actuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Voir note 21.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Apr&#232;s l'annonce de s&#233;paration en 2022 : &#171; nous avons eu des disputes. Dans l'une d'entre elles (..), je lui ai saisi le poignet. Dans une de nos derni&#232;res disputes, probablement celle qui a justifi&#233; son choix de d&#233;poser une main courante, je lui ai pris son t&#233;l&#233;phone portable. Voulant le r&#233;cup&#233;rer, elle m'a saut&#233; sur le dos. Je me suis d&#233;gag&#233; et, en me rel&#226;chant, elle s'est cogn&#233;e le coude &#187; ; et, enfin, il reconna&#238;t lui avoir envoy&#233; un nombre excessif de SMS &#171; pour tenter de la convaincre que [leurs] difficult&#233;s de couple pouvaient &#234;tre d&#233;pass&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Face &#224; l'avalanche de r&#233;actions, Jean-Luc M&#233;lenchon a d&#251; pr&#233;ciser sa pens&#233;e trois heures apr&#232;s dans un nouveau tweet : &#171; &lt;i&gt; C&#233;line et Adrien sont tous deux mes amis. Mon affection pour lui ne veut pas dire que je suis indiff&#233;rent &#224; C&#233;line. Elle ne souhaitait pas &#234;tre cit&#233;e. Mais je le dis : une gifle est inacceptable dans tous les cas. Adrien l'assume. C'est bien.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire hors-ligne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;r&#233;f&#233;rences &#8679;1 Depuis la r&#233;daction de cet article, Adrien Quatennens a &#233;t&#233; r&#233;int&#233;gr&#233; au groupe parlementaire LFI, ce qui est apparu &#224; beaucoup &#8211; l&#233;gitimement &#8211; comme une faute morale et une &#233;norme erreur politique, puisque en rupture avec le combat f&#233;ministe que LFI pr&#233;tend porter.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pistes et probl&#232;mes pour la r&#233;volution aujourd'hui </title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Pistes-et-problemes-pour-la-revolution-aujourd-hui</link>
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		<dc:date>2022-11-15T07:10:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Le Moal</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-11-15</dc:subject>

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&lt;p&gt;La r&#233;volution a toujours constitu&#233; une &#233;nigme : comment les classes exploit&#233;es &#233;conomiquement et domin&#233;es politiquement pourraient renverser la bourgeoisie, une classe dot&#233;e de tous les pouvoirs ? Cette &#233;nigme se trouve &#233;videmment renforc&#233;e dans le contexte pr&#233;sent par la faiblesse de la gauche r&#233;volutionnaire et du mouvement ouvrier dans son ensemble, m&#234;me si on a vu surgir depuis une dizaine d'ann&#233;es des mouvements radicaux, voire des soul&#232;vements, qui ont r&#233;ussi &#224; d&#233;stabiliser les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Debats-515-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH92/arton54899-eddcf.png?1781336345' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;volution a toujours constitu&#233; une &#233;nigme : comment les classes exploit&#233;es &#233;conomiquement et domin&#233;es politiquement pourraient renverser la bourgeoisie, une classe dot&#233;e de tous les pouvoirs ? Cette &#233;nigme se trouve &#233;videmment renforc&#233;e dans le contexte pr&#233;sent par la faiblesse de la gauche r&#233;volutionnaire et du mouvement ouvrier dans son ensemble, m&#234;me si on a vu surgir depuis une dizaine d'ann&#233;es des mouvements radicaux, voire des soul&#232;vements, qui ont r&#233;ussi &#224; d&#233;stabiliser les pouvoirs en place et, parfois, &#224; faire tomber des r&#233;gimes dictatoriaux, sans pour autant parvenir &#224; aller plus loin dans le sens d'une v&#233;ritable rupture avec l'ordre ancien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;7 novembre 2022 | tir&#233; de contretemps.eu&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/pistes-problemes-revolution-aujourdhui/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/pistes-problemes-revolution-aujourdhui/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick Le Moal reprend dans ce texte certains des d&#233;bats du 20e si&#232;cle autour de la question r&#233;volutionnaire, en l'ancrant dans la conjoncture actuelle d'une offensive capitaliste tous azimuts visant &#224; briser toutes les conqu&#234;tes de la classe travailleuse. Il revient en particulier sur la question du r&#244;le que pourrait jouer une organisation politique aujourd'hui, notamment pour modifier les rapports de force en faveur des exploit&#233;-es et des opprim&#233;-es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de prendre au s&#233;rieux la perspective d'une transformation r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233; au-del&#224; de la proclamation de sa n&#233;cessit&#233;, dans un pays comme le n&#244;tre, avec des institutions internationales, un appareil d'&#201;tat puissant, une bourgeoisie forte et structur&#233;e, des institutions bourgeoises bien install&#233;es, ce qui suppose de formuler des &#171; hypoth&#232;ses strat&#233;giques &#187;. Et il s'agit d&#232;s lors de r&#233;fl&#233;chir &#224; quel type d'organisation est adapt&#233;e aujourd'hui &#224; cette perspective, ce qui est souhaitable et ce qui est possible. Chacune de ces pistes m&#233;riterait de bien plus amples d&#233;veloppements. Proposer un cadrage de ce que l'on doit discuter est une mani&#232;re de commencer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ces questions, on risque toujours d'avoir une r&#233;volution en retard, si l'on r&#233;fl&#233;chit seulement &#224; partir des exp&#233;riences pass&#233;es ; et en m&#234;me temps on ne peut faire l'&#233;conomie des bilans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui du 20e si&#232;cle est implacable pour le marxisme vulgaire : les r&#233;volutions victorieuses se sont produites dans des pays majoritairement paysans. Ce n'est donc pas le caract&#232;re majoritaire du prol&#233;tariat, son augmentation continue, sa concentration, qui d&#233;terminent m&#233;caniquement la disparition du capitalisme, sa rel&#232;ve par le socialisme, pas plus que les crises, les guerres, les catastrophes dans lesquelles le capitalisme pr&#233;cipite la soci&#233;t&#233;. Ce n'est pas parce que le socialisme est historiquement n&#233;cessaire que les rapports &#233;conomiques imposent leur fatalit&#233; : la barbarie capitaliste peut s'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme n'engendre pas de mani&#232;re endog&#232;ne son d&#233;passement. Seule la volont&#233; des humain&#183;es et des classes, la capacit&#233; des exploit&#233;&#183;es et des opprim&#233;&#183;es &#224; d&#233;velopper la conscience de leur communaut&#233; d'int&#233;r&#234;ts, &#224; cr&#233;er une alternative peut provoquer les ruptures historiques permettant l'instauration d'une soci&#233;t&#233; sans exploitation ni oppression. La r&#233;volution, pour &#234;tre victorieuse, doit donc &#234;tre pens&#233;e strat&#233;giquement et port&#233;e politiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des r&#233;volutions ont bien eu lieu au 20e si&#232;cle, lorsque l'h&#233;g&#233;monie des classes dominantes sur les classes subalternes est entr&#233;e en crise et que l'intervention de ces derni&#232;res au c&#339;ur des contradictions dans l'ensemble de la soci&#233;t&#233; a permis &#224; une autre l&#233;gitimit&#233; d'imposer son pouvoir, en renversant celui de la classe dominante. Mais elles ont toutes &#233;chou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;chec pose une question : quelle est l'ampleur du basculement qui s'est op&#233;r&#233; &#224; la fin du si&#232;cle dernier ? Est-ce seulement la fin du cycle ouvert par la victoire de la R&#233;volution russe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daniel Bensaid &#171; est tent&#233; de dire que ce qui se termine c'est un cycle plus long qui tend &#224; s'&#233;puiser &#224; ce moment, celui des formes politiques modernes[1] &#187;, celui du &#171; paradigme de la modernit&#233; politique tel qu'il s'est constitu&#233; &#224; partir du 17e si&#232;cle par la combinaison des notions de souverainet&#233;, de territoires, de fronti&#232;res, de capitale, de peuple, de guerres nationales, de droit international inter&#233;tatique. Toutes ces cat&#233;gories sont mises &#224; l'&#233;preuve par les bouleversements de la mondialisation [2] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il proposait donc de &#171; recommencer par le milieu &#187;, sachant qu'on est &#171; au d&#233;but d'une reconstruction de mouvements syndicaux, de forces politiques, y compris de red&#233;finition des politiques[3] &#187; ; il parlera m&#234;me de &#171; refondation strat&#233;gique &#187; dans ce texte de 2006 &#171; &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/moment-utopique-refondation-strategique-bensaid/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Moment utopique et refondation strat&#233;gique&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut mesurer l'imbrication de ce basculement de 1989 avec l'impact des crises &#233;cologiques et des effets de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale. Le capital, parce qu'il &#171; ne peut exister sans r&#233;volutionner constamment les instruments de production, c'est-&#224;-dire tous les rapports sociaux &#187;[4] a transform&#233; depuis les ann&#233;es 1980 la soci&#233;t&#233; du sol au plafond, donc les conditions dans lesquelles nous luttons pour l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acc&#233;l&#233;ration de la destruction de l'environnement du fait du mode de production capitaliste, l'entr&#233;e dans le capitaloc&#232;ne, nous place devant le risque de basculements qualitatifs qui peuvent mettre en danger l'existence de centaines de millions, voire de milliards d'&#234;tres humains parmi les plus pauvres, avec l'explosion de crises sociales, ce qui modifie en profondeur les conditions de la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les crises &#233;cologiques nous imposent de construire une soci&#233;t&#233; o&#249; il y a moins de consommation d'&#233;nergie, moins de transports inutiles, moins de voitures, o&#249; l'on mange moins de viande, la fin de l'obsolescence programm&#233;e, o&#249; l'on produit autre chose et autrement tant dans l'industrie que dans l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une rupture fondamentale avec le projet socialiste du 20e si&#232;cle tel qu'il &#233;tait consid&#233;r&#233; largement, visant la r&#233;partition d'une abondance sans limites par l'expropriation du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cosocialisme, c'est une autre civilisation d'un point de vue social, politique, technique, intellectuel et moral, bas&#233;e &#224; la fois sur l'expropriation du capital et sur une autre approche de la place de l'&#234;tre humain sur la plan&#232;te, de ses relations avec la nature et les autres &#234;tres vivants. Mettre en place une sobri&#233;t&#233; joyeuse recentrant la vie sur la cr&#233;ation, l'&#233;change et non pas sur la consommation doit se faire avec la volont&#233; de changer de monde, pas sous la contrainte impos&#233;e du manque, ou d'un &#201;tat r&#233;gulateur et/ou r&#233;pressif, m&#234;me &#171; ouvrier &#187;. Cela impose l'acceptation de choix de vie radicalement diff&#233;rents par une immense majorit&#233; de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; &#201;tat providence &#187; a &#233;t&#233; une r&#233;ponse aux mouvements de contestation et &#224; l'existence de pays &#171; dits socialistes &#187; : il fallait changer l'enveloppe du capitalisme pour conserver la domination bourgeoise. Mais ce compromis limitait trop le pouvoir de la classe dominante[5]. D&#232;s que le rapport de forces l'a permis, le capitalisme a instaur&#233; une nouvelle forme de domination, le n&#233;olib&#233;ralisme. Les n&#233;olib&#233;raux ne pensent pas l'ordre de march&#233; comme un produit de la nature, mais comme un ordre construit. D&#232;s lors, l'&#201;tat a pour fonction d'imposer la dictature de la concurrence libre et non fauss&#233;e, de former les individus &#224; la comp&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des changements majeurs ont ainsi &#233;t&#233; introduits. Dans cette dictature du march&#233; global, il n'y a plus de d&#233;bat, de compromis social, mais une vaste op&#233;ration de d&#233;politisation : il n'y pas d'int&#233;r&#234;ts sociaux divergents, seulement des individus s&#233;par&#233;s et autonomes face au march&#233;[6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire respecter la dictature du march&#233;, le n&#233;olib&#233;ralisme s'est dot&#233; d'&#201;tats forts et r&#233;pressifs autour d'une &#171; &#233;lite &#187; en lien direct avec les grands groupes capitalistes[7], appuy&#233;s sur des institutions supranationales. Ces &#201;tats de plus en plus autoritaires n'int&#232;grent plus le compromis comme une donn&#233;e incontournable des relations dans la soci&#233;t&#233;, ce qui asphyxie la sph&#232;re politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance et la complexit&#233; de ces &#201;tats n&#233;olib&#233;raux est sans commune mesure avec celle des &#201;tats des pays dans lesquels la r&#233;volution a triomph&#233;. Ils disposent d'une importante bureaucratie, appuy&#233;e pour leurs fonctions r&#233;galiennes et r&#233;pressives sur des centaines de milliers de cadres convaincus, sans parler du fonctionnement de l'&#201;ducation nationale, de la sant&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette machinerie &#233;tatique est tellement &#233;norme que le risque en cas de r&#233;volution est de changer les responsables en maintenant les structures existantes, pour que la vie continue. Or il faut d&#233;truire cet ensemble, reconstruire les fonctions sur d'autres principes, d'autres priorit&#233;s, d'autres objectifs. Cela n&#233;cessite &#224; la fois des exp&#233;riences bien ant&#233;rieures &#224; la prise de pouvoir, et des dizaines de milliers, des centaines de milliers de personnes ayant une compr&#233;hension de tout ce qu'il faut changer et de l'objectif commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plan &#233;conomique et social, la marchandisation de toutes les sph&#232;res de la soci&#233;t&#233;, la privatisation des services publics, la gestion de la r&#233;volution technologique, la syst&#233;matisation des processus d'individualisation rendent de plus en plus compliqu&#233;e la fabrication du &#171; nous &#187;. Les nouveaux modes d'organisation du travail ont rar&#233;fi&#233; les grandes concentrations ouvri&#232;res, g&#233;n&#233;ralis&#233; la pr&#233;carit&#233; et le ch&#244;mage de masse, d&#233;structur&#233; les collectifs dans les entreprises, ce qui rend de plus en plus difficile la r&#233;sistance unifi&#233;e des classes populaires &#224; partir des lieux de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#233;olib&#233;ralisme a donn&#233; une nouvelle dimension au combat id&#233;ologique, cette fabrique du consentement qui fait partie int&#233;grante du bon fonctionnement du syst&#232;me en justifiant la coercition &#233;tatique pour faire respecter le droit du march&#233;. Il ne se contente pas d'exploiter les salari&#233;&#183;es, de maximiser la productivit&#233; et d'imposer au travail que toute leur subjectivit&#233; soit impliqu&#233;e dans l'activit&#233;, il organise &#171; l'Homme entrepreneurial &#187;, qui doit organiser sa vie, ses rapports &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, sa famille, son m&#233;nage, ses assurances, sa retraite, &#171; comme une sorte d'entreprise permanente &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette politique concerne la totalit&#233; de l'action humaine, veut changer l'&#234;tre humain lui-m&#234;me. Cela donne une place de plus en plus essentielle &#224; toutes les r&#233;sistances, les mobilisations au sein de l'ensemble de la soci&#233;t&#233; contre ce formatage, et incontournables dans tout projet de transformation r&#233;volutionnaire. Cela renforce en outre encore l'importance du combat id&#233;ologique, qui impose de se doter d'instruments puissants pour commencer &#224; inverser la dynamique et cr&#233;er d'autres espaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que peut-on retenir des exp&#233;riences r&#233;volutionnaires du 20e si&#232;cle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destruction du pouvoir bourgeois, l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, l'appropriation et la centralisation des moyens de production dans les mains d'un &#201;tat &#171; ouvrier &#187;, ne suffisent pas &#224; cr&#233;er une soci&#233;t&#233; socialiste d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le pouvoir du capital est celui d'une classe sur toute la soci&#233;t&#233; et il structure l'ensemble des relations humaines, la production mat&#233;rielle de biens &#233;videmment, mais aussi la reproduction sociale, les multiples formes d'oppressions. S'attaquer et r&#233;organiser la seule production mat&#233;rielle ne transforme pas m&#233;caniquement les relations entre les &#234;tres humains et leurs relations avec les &#233;cosyst&#232;mes, conditions n&#233;cessaires &#224; une soci&#233;t&#233; &#233;mancip&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a aucun exemple d'un parti qui, apr&#232;s avoir pris le pouvoir d'&#201;tat, le remet au peuple. Or construire une d&#233;mocratie &#233;cosocialiste, c'est autre chose que de changer les dirigeant&#183;es. C'est une t&#226;che colossale, qui n'a pas &#233;t&#233; r&#233;solue par les r&#233;volutions du XXe si&#232;cle. Pour autant on ne peut se passer d'un instrument &#233;tatique pour engager la transition : c'est &#224; l'&#233;chelle d'un &#201;tat, d'un continent, voire du monde que l'on peut r&#233;gler certaines questions essentielles. Pour diminuer au maximum les risques de bureaucratisation, ce nouvel &#201;tat &#171; ouvrier &#187; doit &#234;tre d&#233;lest&#233; de tout ce qui peut &#234;tre d&#233;cid&#233; et organis&#233; localement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;mocratie r&#233;elle doit permettre de changer imm&#233;diatement les conditions de vie de tou&#183;te&#183;s, par une d&#233;centralisation au plus pr&#232;s de la vie concr&#232;te des lieux de d&#233;cision, et doit organiser une coop&#233;ration entre ces espaces d&#233;mocratiques, en limitant au maximum les questions de niveau national, international, qui ne peuvent &#234;tre trait&#233;es par cette d&#233;mocratie directe. La d&#233;mocratie tout au long du processus r&#233;volutionnaire, de la r&#233;volution, et de la construction d'une soci&#233;t&#233; &#233;cosocialiste est donc centrale : l'&#233;mancipation ne peut &#234;tre octroy&#233;e par un parti, elle se conquiert par les masses elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; socialisme dans un seul pays &#187; n'&#233;tait pas possible au d&#233;but du 20e si&#232;cle, il est totalement impensable aujourd'hui. La mondialisation n&#233;olib&#233;rale, avec des centres de d&#233;cisions supra-&#233;tatiques, a g&#233;n&#233;ralis&#233; une &#233;conomie avec des cha&#238;nes de production, de fabrication, de commerce totalement plan&#233;taires, qui rend tr&#232;s compliqu&#233; le fonctionnement d'une soci&#233;t&#233; comme la France sans ces &#233;changes mondiaux. D'un point de vue strat&#233;gique, on doit donc articuler l'internationalisme et la bataille pour tout ce qui permet un fonctionnement &#233;conomique et social local autonome, une souverainet&#233; alimentaire, &#233;nerg&#233;tique dans les espaces dans lesquels les luttes de classes s'organisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation r&#233;volutionnaire &#233;cosocialiste est une n&#233;cessit&#233; urgente. Elle n'existera que par un bouleversement de l'ensemble des relations entre les &#234;tres humains, dans la production et la reproduction, avec l'&#233;cosyst&#232;me. Cela n'est possible qu'en mettant au centre de toute r&#233;volution l'auto-&#233;mancipation, la d&#233;mocratie et l'internationalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut vaincre une telle r&#233;volution dans un pays comme le n&#244;tre[8] ? Quelques rep&#232;res doivent &#234;tre avanc&#233;s pour commencer &#224; r&#233;pondre &#224; la question. Une v&#233;ritable r&#233;volution est un mouvement impliquant l'immense majorit&#233; des exploit&#233;&#183;es et des opprim&#233;&#183;es, qui s'unifient dans le refus de l'ordre existant et autour d'un projet politique alternatif pour l'ensemble de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le moment de prise du pouvoir a une dimension n&#233;cessairement &#233;ruptive, la r&#233;volution par elle-m&#234;me est un long processus. Toutes les r&#233;volutions du 20e si&#232;cle se sont d&#233;roul&#233;es sur de nombreuses ann&#233;es, voire m&#234;me des d&#233;cennies, et ne peuvent se r&#233;sumer au moment final, dont la forme et la possibilit&#233; de r&#233;ussite d&#233;pendant des combats pr&#233;c&#233;dents. En outre la r&#233;volution ne s'arr&#234;te pas &#224; ce moment. Dans une soci&#233;t&#233; de transition, le combat pour l'h&#233;g&#233;monie et la transformation r&#233;volutionnaire est lui-m&#234;me long, confront&#233; aux r&#233;sistances, et contraint d'op&#233;rer des choix parmi des options multiples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;volution ne se r&#233;sume pas au basculement, celui-ci est toutefois essentiel pour vaincre. Il ne peut se produire de mani&#232;re d&#233;mocratique que lorsque s'est construit tout au long du processus r&#233;volutionnaire un double pouvoir, qui mat&#233;rialise ce que les domin&#233;&#183;es en mouvement veulent faire, et voudront d&#233;fendre contre l'ordre ancien, et qui donne un autre sens au n&#233;cessaire affrontement centralis&#233;. Ce double pouvoir aura des racines d'autant plus fortes que les domin&#233;&#183;es auront fait des exp&#233;riences en ce sens dans toute la p&#233;riode qui pr&#233;c&#232;de, dans l'articulation entre gr&#232;ves, manifestations, blocages, occupation des places, des rues, des ronds-points et autres carrefours routiers, des mobilisations territoriales, mais aussi dans les &#233;ch&#233;ances politiques, les exp&#233;riences autog&#233;r&#233;es locales, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle place pour les &#233;lections et institutions d&#233;mocratiques bourgeoises dans ce processus dans un pays o&#249; les libert&#233;s d&#233;mocratiques et les &#233;lections existent depuis plus d'un si&#232;cle, et sont enracin&#233;es dans la population ? Si les &#233;lections ne peuvent par elles-m&#234;mes retirer &#224; la bourgeoisie son pouvoir, car celui-ci existe par bien d'autres moyens que les institutions parlementaires, il est impensable que le rapport de force mettant &#224; l'ordre du jour un processus r&#233;volutionnaire ne se traduise pas d'une mani&#232;re ou d'une autre lors d'&#233;lections. La probabilit&#233; la plus forte est celle d'une articulation de luttes, de mouvements sociaux avec des r&#233;sultats &#233;lectoraux exceptionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette place des &#233;lections dans la lutte politique est telle que tout projet de d&#233;mocratie directe, par en bas, ne peut exister que s'il d&#233;montre concr&#232;tement qu'il est plus efficace que l'&#233;lection tous les 5 ans&#8230; L'action commune et l'organisation collective &#224; la base &#224; tous les niveaux, dans les entreprises, dans les quartiers, de l'activit&#233; quotidienne &#224; celle d'un double pouvoir, sont essentielles pour faire l'exp&#233;rience qu'il est possible de faire fonctionner une partie de la soci&#233;t&#233;, m&#234;me &#224; des niveaux limit&#233;s par l'auto-organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soul&#232;vements populaires des derni&#232;res ann&#233;es montrent la capacit&#233; &#224; s'organiser par le bas, gr&#226;ce aux r&#233;seaux sociaux, &#224; l'initiative de milliers d'activistes qui n'ent&#233;rinent pas la d&#233;l&#233;gation de pouvoir entretenue dans la soci&#233;t&#233; actuelle. Tout ce qui combat l'id&#233;e que d'autres &#171; plus comp&#233;tents &#187; peuvent faire mieux, tout ce qui d&#233;montre que c'est par l'action commune par en bas dans les milieux de travail, les quartiers, les groupes d'opprim&#233;&#183;es, les coop&#233;ratives, les associations organisant la consommation, les activit&#233;s sportives, la vie, les loisirs, que l'on trouve les meilleures solutions pour organiser la vie, ouvre des possibilit&#233;s consid&#233;rables. Reste &#224; trouver les formes de centralisation et de repr&#233;sentation qui tiennent compte de ces nouvelles modalit&#233;s de mobilisation et d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#201;tat n&#233;olib&#233;ral ne se r&#233;duit pas &#224; une bande d'hommes arm&#233;s, il est aussi cela. Or le renversement de la bourgeoisie ne peut se faire sans affrontement, sans violence, car elle ne se laissera pas d&#233;poss&#233;der de ses pouvoirs sans r&#233;sister. Se refuser &#224; aborder cette question, c'est refuser de penser s&#233;rieusement les possibilit&#233;s r&#233;volutionnaires. La puissance r&#233;pressive et militaire des grands &#201;tats bourgeois, depuis qu'existent l'aviation et les bombardements massifs, les missiles, les drones et les moyens de contr&#244;le de la population, a consid&#233;rablement accru le diff&#233;rentiel avec les &#233;ventuelles capacit&#233;s militaires du mouvement de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors que le pouvoir bourgeois peut garder les moyens politiques et humains d'utiliser sa puissance, le risque d'&#233;crasement est fort. Pour gagner, un mouvement r&#233;volutionnaire qui a un soutien majoritaire doit cr&#233;er les conditions politiques o&#249; le pouvoir vacillant n'a pas la possibilit&#233; d'utiliser cette puissance. La victoire ne peut se r&#233;sumer au face-&#224;-face militaire, qu'il ne faut pas &#233;carter sous peine d'&#234;tre condamn&#233; &#224; l'impuissance, mais &#224; la capacit&#233; de d&#233;structurer le pouvoir ancien pour annihiler ses capacit&#233;s r&#233;pressives : c'est bien fondamentalement la politique qui a le dernier mot !1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les r&#233;volutionnaires ne cr&#233;ent pas les r&#233;volutions, qui ont des causes objectives profondes, au travers des exp&#233;riences collectives accumul&#233;es iels peuvent agir sur la maturit&#233; politique des domin&#233;&#183;es qui a elle-m&#234;me des effets sur le comportement des masses au cours du long processus r&#233;volutionnaire qui construit, ou pas, les conditions d'une soci&#233;t&#233; &#233;cosocialiste &#233;mancip&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les r&#233;volutions du 20e si&#232;cle, la question centrale de l'alliance des classes subalternes s'est le plus souvent centr&#233;e sur l'alliance du prol&#233;tariat avec la paysannerie. Aujourd'hui, la question est toute autre dans nos pays : la classe de celles et ceux qui ne sont pas propri&#233;taires de leur outil de travail, vendent leur force de travail, sont d&#233;poss&#233;d&#233;&#183;es de leur travail, ont une position subalterne dans le travail, repr&#233;sente l'immense majorit&#233; de la population, probablement les trois quarts. Mais cette classe n'est pas unifi&#233;e, elle est travers&#233;e par des divisions internes structur&#233;es par le capital, les oppressions multiples (de oppression des femmes, racisme, domination nationale, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune frange des classes subalternes n'est per&#231;u comme celui qui permettra des jours meilleurs. Car le prol&#233;tariat n'est pas une entit&#233; sociale qui se d&#233;finit par des caract&#233;ristiques sociologiques et statistiques objectives, c'est avant tout une construction politique : il n'a d'existence que dans la mesure o&#249; il se constitue comme force sociale, comme sujet r&#233;volutionnaire porteur d'un projet d'&#233;mancipation dans la lutte pour changer la soci&#233;t&#233;. La question essentielle est donc de savoir comment les r&#233;volutionnaires peuvent agir pour unifier politiquement cette immense force, si peu consciente d'elle-m&#234;me, sachant que le rapport d'exploitation est structurant d&#232;s lors qu'on le con&#231;oit dans toutes les dimensions de la production et de la reproduction sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche d'unit&#233; des organisations ouvri&#232;res issues de l'histoire du mouvement ouvrier, d&#233;marche dite du front unique, si elle reste utile pour aller dans le sens de l'unification, ne peut &#224; elle seule &#234;tre la voie de construction de cette unit&#233; du prol&#233;tariat, compte tenu de la place de ces organisations aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l'organisation politique, le parti dans tout &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;volutionnaires existent, mais sont regroup&#233;s dans de petites organisations, ce qui a des cons&#233;quences sur la fa&#231;on d'aborder ces questions. Nous, militant&#183;es r&#233;volutionnaires en France, et dans bien d'autres pays, n'avons pas l'exp&#233;rience d'une intervention qui modifie la situation de la majorit&#233; des domin&#233;&#183;es, car notre poids social et notre capacit&#233; ne le permettent pas : nous n'influen&#231;ons effectivement que des secteurs sociaux trop limit&#233;s. Par cons&#233;quent nous ne nous posons que trop rarement la question : en quoi notre existence, notre militantisme, notre action, modifient le rapport de force, font &#233;voluer la conscience de tel ou tel secteur de la population. On le sait, il ne suffit pas d'avoir raison pour changer le monde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enjeux d'une r&#233;volution, d'une transformation r&#233;volutionnaire d'une soci&#233;t&#233; comme la n&#244;tre tels qu'esquiss&#233;s dans cette contribution, enterrent les conceptions du parti guide, de l'avant-garde &#233;clair&#233;e qui montre le chemin en attendant le jour d&#233;cisif, du parti &#233;tat-major de la r&#233;volution. Il s'agit de viser la construction d'une force politique majoritaire dans des secteurs d&#233;cisifs[9], &#224; m&#234;me d'influer sur les processus profonds de la soci&#233;t&#233;, capable de jouer un r&#244;le positif dans la vie des secteurs populaires, y compris dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise. &#202;tre efficace et utile aujourd'hui, c'est se placer en capacit&#233; de l'&#234;tre demain, de construire une h&#233;g&#233;monie des exploit&#233;&#183;es et des opprim&#233;&#183;es dans la soci&#233;t&#233; face au pouvoir, h&#233;g&#233;monie qui cr&#233;e les conditions d'une issue &#233;mancipatrice aux luttes et aux crises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif est &#233;norme, oui. Prendra-t-il du temps ? Oui. Mais y en a-t-il d'autre ? Notre t&#226;che politique consiste donc aujourd'hui &#224; travailler &#224; construire une h&#233;g&#233;monie autour de quelques axes structurants, avec une forme organisationnelle adapt&#233;e, aussi bien dans le mouvement social, dans la structuration de collectifs de r&#233;sistance, dans l'organisation d'alternatives, dans les pratiques d&#233;mocratiques, qu'au plan des batailles politiques en constituant un espace plus important que celui qui permet la seule propagande des id&#233;es des r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections peuvent modifier les conditions politiques dans lesquelles le combat de classe se d&#233;roule, et l'enjeu est parfois tr&#232;s important. Une pr&#233;sence &#233;lectorale significative, non marginale, est donc incontournable dans un pays comme le n&#244;tre, car les milieux populaires font de l'&#233;lection un affrontement de classe en utilisant les partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet espace politique doit &#234;tre en rupture avec les organisations issues de l'exp&#233;rience du 20e si&#232;cle, &#234;tre &#224; l'image de la diversit&#233; sociale et culturelle des exploit&#233;.e.s et des opprim&#233;.e.s, avoir un mode de fonctionnement, de d&#233;bat qui permet &#224; tou&#183;te&#183;s de savoir quel r&#244;le ils/elles peuvent y jouer, cr&#233;er une culture commune, solidaire, &#224; l'image des solidarit&#233;s que nous voulons construire autour de nous, permettre de mener la bataille id&#233;ologique, socialiser politiquement des militant-e-s qui n'ont souvent jamais connu de structure d&#233;mocratique, &#224; faire du collectif &#224; contre-courant du monde dans lequel on baigne. Et tout cela ne se fait pas dans les r&#233;unions, mais en faisant des choses ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passer &#224; une forme organisationnelle adapt&#233;e aux conditions d'une r&#233;volution ouvrant la voie &#224; une transformation r&#233;volutionnaire dans notre pays demandera bien des tentatives, des mutations, des rencontres, des exp&#233;riences, des confrontations, des sauts qualitatifs, des cadres militants nouveaux. Tout cela risque d'&#234;tre plein d'accidents et de complications. Mais pour &#234;tre utiles, il n'y a pas d'autre voie que celle d'&#234;tre ouvert&#183;es &#224; toutes les exp&#233;rimentations, disponibles &#224; toutes les opportunit&#233;s, en &#233;tant conscient&#183;es de nos limites et d&#233;termin&#233;&#183;es &#224; faire partager les acquis de l'exp&#233;rience d'un courant marxiste r&#233;volutionnaire ouvert et internationaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rouen, le 3 octobre 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1]Daniel Bensaid, Fragments radiophoniques, Le Croquant, 2020, p.130.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2]Daniel Bensaid, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/moment-utopique-refondation-strategique-bensaid/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Moment utopique et refondation strat&#233;gique&lt;/a&gt; &#187;, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3]Daniel Bensaid, Fragments radiophoniques, op. cit., p. 131.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] K. Marx, F. Engels, Manifeste du parti communiste, 1848.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Aux USA, la part du revenu national des 1% les plus riches est pass&#233;e de 16 % avant la guerre &#224; 8 % entre 1945 et 1975 selon David Harvey dans Br&#232;ve histoire du n&#233;olib&#233;ralisme, Les prairies ordinaires, 2014, p. 36.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] &#171; La soci&#233;t&#233; ? Cela n'existe pas ! Il n'y a que des individus, hommes et femmes, et des familles &#187; disait Margaret Thatcher en 1987 dans une interview au magazine Woman's Own.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Pr&#232;s de la moiti&#233; des grands patrons fran&#231;ais des entreprises du CAC 40 sont issus des grands corps de l'&#201;tat comme l'inspection g&#233;n&#233;rale des finances et les Mines et autres hauts fonctionnaires. Cf. &lt;a href=&#034;https://multinationales.org/Une-haute-fonction-publique-privee-a-la-francaise-pres-de-la-moitie-du-CAC40-a&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://multinationales.org/Une-haute-fonction-publique-privee-a-la-francaise-pres-de-la-moitie-du-CAC40-a&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8]Age m&#233;dian 41 ans (1789 : 25 ans), avec 58 % de propri&#233;taires de leur r&#233;sidence principale, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Pour m&#233;moire, le parti bolchevik &#233;tait majoritaire parmi les socialistes, mais aussi dans la prol&#233;tariat russe plus de 10 ans avant la r&#233;volution de 1917&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Pistes... pour &#171; reprendre &#187; le fil de nos d&#233;bats strat&#233;giques</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Pistes-pour-reprendre-le-fil-de-nos-debats-strategiques</link>
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		<dc:date>2022-10-11T08:28:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Le Moal</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cosocialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-10-11</dc:subject>

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&lt;p&gt;Cette contribution a pour objectif de cibler quelques pistes pour &#171; reprendre &#187; le fil des d&#233;bats &#224; mener pour arriver &#224; avoir une approche commune sur ce qu'est pour nous la r&#233;volution. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res 3 octobre 2022 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Patrick Le Moal &lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit de prendre au s&#233;rieux la perspective d'une transformation r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233; au-del&#224; de la proclamation de sa n&#233;cessit&#233;, dans un pays comme le n&#244;tre, avec des institutions internationales, un appareil (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH117/arton54345-66c90.jpg?1781336345' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='117' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette contribution a pour objectif de cibler quelques pistes pour &#171; reprendre &#187; le fil des d&#233;bats &#224; mener pour arriver &#224; avoir une approche commune sur ce qu'est pour nous la r&#233;volution.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
3 octobre 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Patrick Le Moal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de prendre au s&#233;rieux la perspective d'une transformation r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233; au-del&#224; de la proclamation de sa n&#233;cessit&#233;, dans un pays comme le n&#244;tre, avec des institutions internationales, un appareil d'&#233;tat puissant, une bourgeoisie forte et bien structur&#233;e, des institutions bourgeoises bien install&#233;es, de faire des &#171; hypoth&#232;ses strat&#233;giques &#187;. Et du coup r&#233;fl&#233;chir &#224; quel type d'organisation est adapt&#233;e aujourd'hui &#224; cette perspective, ce qui est souhaitable ... et ce qui est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacune de ces pistes m&#233;rite de bien plus longs d&#233;veloppements. Proposer un cadrage de ce qu'on doit discuter est une mani&#232;re de commencer.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Sur ces questions, on risque toujours d'avoir une r&#233;volution en retard, si l'on r&#233;fl&#233;chit seulement &#224; partir des exp&#233;riences pass&#233;es, en m&#234;me temps on ne peut faire l'&#233;conomie des bilans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; Celui du 20e si&#232;cle est implacable pour le marxisme vulgaire : les r&#233;volutions victorieuses se sont produites dans des pays majoritairement paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est donc pas le caract&#232;re majoritaire du prol&#233;tariat, son augmentation continue, sa concentration, qui d&#233;terminent m&#233;caniquement la disparition du capitalisme, sa rel&#232;ve par le socialisme, pas plus que les crises, les guerres, les catastrophes dans lesquelles le capitalisme pr&#233;cipite la soci&#233;t&#233;. Ce n'est pas parce que le socialisme est historiquement n&#233;cessaire que les rapports &#233;conomiques imposent leur fatalit&#233; : la barbarie capitaliste peut s'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; Le capitalisme n'engendre pas de mani&#232;re endog&#232;ne son d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule la volont&#233; des humains et des classes, la capacit&#233; des exploit&#233;-e-s et des opprim&#233;-e-s &#224; d&#233;velopper la conscience de leur communaut&#233; d'int&#233;r&#234;ts, &#224; cr&#233;er une alternative peut provoquer les ruptures historiques permettant l'instauration d'une soci&#233;t&#233; sans exploitation ni oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution, pour &#234;tre victorieuse, doit donc &#234;tre pens&#233;e strat&#233;giquement et port&#233;e politiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; Des r&#233;volutions ont bien eu lieu au 20e si&#232;cle, lorsque l'h&#233;g&#233;monie des classes dominantes sur les classes subalternes est entr&#233;e en crise et que l'intervention de ces derni&#232;res au c&#339;ur des contradictions dans l'ensemble de la soci&#233;t&#233; a permis &#224; une autre l&#233;gitimit&#233; d&#8216;imposer son pouvoir, en renversant celui de la classe dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elles ont toutes &#233;chou&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette &#233;chec pose une question, quelle est l'ampleur du basculement qui s'est op&#233;r&#233; &#224; la fin du si&#232;cle dernier ? La fin du cycle ouvert par la victoire de la r&#233;volution russe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; Daniel Bensaid &#171; &lt;i&gt; est tent&#233; de dire que ce qui se termine c'est un cycle plus long qui tend &#224; s'&#233;puiser &#224; ce moment, celui des formes politiques modernes[1] &#187;, celui du &#171; paradigme de la modernit&#233; politique tel qu'il s'est constitu&#233; &#224; partir du 17e si&#232;cle par la combinaison des notions de souverainet&#233;, de territoires, de fronti&#232;res, de capitale, de peuple, de guerres nationales de droit international inter&#233;tatique. Toutes ces cat&#233;gories sont mises &#224; l'&#233;preuve par les bouleversements de la mondialisation &lt;/i&gt; [2] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il proposait donc de &#171; &lt;i&gt; recommencer par le milieu&lt;/i&gt; &#187;, sachant qu'on est &#171; &lt;i&gt; au d&#233;but d'une reconstruction de mouvements syndicaux, de forces politiques, y compris de red&#233;finition des politiques&lt;/i&gt;[3] &#187; ; il parlera m&#234;me de &#171; refondation strat&#233;gique &#187; dans ce texte de 2006 &#171; Moment utopique et refondation strat&#233;gique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il nous faut mesurer l'imbrication de ce basculement de 1989 avec l'impact des crises &#233;cologiques et des effets de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le capital, parce qu'il &#171; ne peut exister sans r&#233;volutionner constamment les instruments de production, c'est-&#224;-dire tous les rapports sociaux[4] &#187; a transform&#233; depuis les ann&#233;es 1980 la soci&#233;t&#233; du sol au plafond&lt;/strong&gt;, donc les conditions dans lesquelles nous luttons pour l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; L'acc&#233;l&#233;ration de la destruction de l'environnement du fait du mode de production capitaliste, l'entr&#233;e dans le capitaloc&#232;ne, nous place devant le risque de basculements qualitatifs qui peuvent mettre en danger l'existence de centaines de millions, voire de milliards d'&#234;tres humains parmi les plus pauvres, avec l'explosion de crises sociales, ce qui modifie en profondeur les conditions de la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les crises &#233;cologiques nous imposent de&lt;i&gt; construire une soci&#233;t&#233; o&#249; il y a moins de consommation d'&#233;nergie, moins de transports inutiles, moins de voitures, o&#249; l'on mange moins de viande, la fin de l'obsolescence programm&#233;e, o&#249; l'on produit autre chose et autrement tant dans l'industrie que dans l'agriculture.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'est une rupture fondamentale avec le projet socialiste du 20e si&#232;cle appuy&#233; sur la r&#233;partition d'une abondance sans limites par l'expropriation du capital.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;cosocialisme c'est une autre civilisation d'un point de vue social, politique, technique, intellectuel et moral, bas&#233;e &#224; la fois sur l'expropriation du capital et sur une autre approche de la place de l'&#234;tre humain sur la plan&#232;te, de ses relations avec la nature et les autres &#234;tres vivants. Mettre en place une sobri&#233;t&#233; joyeuse recentrant la vie sur la cr&#233;ation, l'&#233;change et pas sur la consommation doit se faire avec la volont&#233; de changer de monde, pas sous la contrainte impos&#233;e du manque, ou d'un &#233;tat r&#233;gulateur et/ou r&#233;pressif, m&#234;me &#171; ouvrier &#187;, cela impose l'acceptation de choix de vie radicalement diff&#233;rents par une immense majorit&#233; de la population.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; L'&#171; &#233;tat providence &#187; a &#233;t&#233; une r&#233;ponse aux mouvements de contestation et &#224; l'existence de pays &#171; dits socialistes &#187; : il fallait changer l'enveloppe du capitalisme pour conserver la domination bourgeoise. Mais ce compromis limitait trop le pouvoir de la classe dominante[5]. D&#232;s que le rapport de forces l'a permis, le capitalisme a instaur&#233; une nouvelle forme de domination, le n&#233;olib&#233;ralisme, qui, en ne pensant pas l'ordre de march&#233; comme un produit de la nature, mais comme un ordre construit, dans lequel l'&#233;tat a pour fonction d'imposer la dictature de la concurrence libre et non fauss&#233;e, former les individus &#224; la comp&#233;tition, a introduit des changements majeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette dictature du march&#233; global, il n'y a plus de d&#233;bat, de compromis social, mais une vaste op&#233;ration de d&#233;politisation : il n'y pas d'int&#233;r&#234;ts sociaux divergents, seulement des individus s&#233;par&#233;s et autonomes face au march&#233; [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9679; Pour faire respecter la dictature du march&#233;, le n&#233;olib&#233;ralisme s'est dot&#233; d'&#233;tats forts et r&#233;pressifs autour d'une &#171; &#233;lite &#187; en lien direct avec les grands groupes capitalistes[7], appuy&#233;s sur des institutions supranationales. Ces &#201;tats de plus en plus autoritaires n'int&#232;grent plus le compromis comme une donn&#233;e incontournable des relations dans la soci&#233;t&#233;, ce qui asphyxie la sph&#232;re politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance et la complexit&#233; de ces &#233;tats n&#233;olib&#233;raux est sans commune mesure avec celle des &#201;tats des pays dans lesquels la r&#233;volution a triomph&#233;. Ils disposent d'une importante bureaucratie, appuy&#233;e pour leurs fonctions r&#233;galiennes et r&#233;pressives sur des centaines de milliers de cadres convaincus, sans parler du fonctionnement de l'&#233;ducation nationale, de la sant&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette machinerie &#233;tatique est tellement &#233;norme que le risque en cas de r&#233;volution est de changer les responsables en maintenant les structures existantes, pour que la vie continue. Or il faut d&#233;truire cet ensemble, reconstruire les fonctions sur d'autres principes, d'autres priorit&#233;s, d'autres objectifs. Cela n&#233;cessite &#224; la fois des exp&#233;riences bien ant&#233;rieures &#224; la prise de pouvoir, et des dizaines de milliers, des centaines de milliers de personnes ayant une compr&#233;hension de tout ce qu'il faut changer et vers quoi il faut aller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9679; Au plan &#233;conomique et social, la marchandisation de toutes les sph&#232;res de la soci&#233;t&#233;, la privatisation des services publics, la gestion de la r&#233;volution technologique, la syst&#233;matisation des processus d'individualisation rendent de plus en plus compliqu&#233; la fabrication du &#171; nous &#187;. Les nouveaux modes d'organisation du travail ont rar&#233;fi&#233; les grandes concentrations ouvri&#232;res, g&#233;n&#233;ralis&#233; la pr&#233;carit&#233; et le ch&#244;mage de masse, d&#233;structur&#233; les collectifs dans les entreprises, ce qui rend de plus en plus difficile la r&#233;sistance unifi&#233;e des classes populaires &#224; partir des lieux de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9679; Le n&#233;olib&#233;ralisme a donn&#233; une nouvelle dimension au combat id&#233;ologique, cette fabrique du consentement qui fait partie int&#233;grante du bon fonctionnement du syst&#232;me en justifiant la coercition &#233;tatique pour faire respecter le droit du march&#233;. Il ne se contente pas d'exploiter les salari&#233;&#183;e&#183;s, de maximiser la productivit&#233; et d'imposer au travail que toute leur subjectivit&#233; soit impliqu&#233;e dans l'activit&#233;, il organise &#171; l'Homme entrepreneurial &#187;, qui doit organiser sa vie, ses rapports &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, sa famille, son m&#233;nage, ses assurances, sa retraite, &#171; comme une sorte d'entreprise permanente &#187;. Cette politique concerne la totalit&#233; de l'action humaine, veut changer l'Homme m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela donne une place de plus en plus essentielle &#224; toutes les r&#233;sistances, les mobilisations au sein de l'ensemble de la soci&#233;t&#233; contre ce formatage, et incontournables dans tout projet de transformation r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela renforce en outre encore l'importance du combat id&#233;ologique, qui impose de se doter d'instruments puissants pour commencer &#224; inverser la dynamique et cr&#233;er d'autres espaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parmi ce qu'on peut retenir des exp&#233;riences r&#233;volutionnaires du 20e si&#232;cle&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; La destruction du pouvoir bourgeois, l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, l'appropriation et la centralisation des moyens de production dans les mains d'un &#233;tat &#171; ouvrier &#187;, ne suffisent pas &#224; cr&#233;er une soci&#233;t&#233; socialiste d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le pouvoir du capital est celui d'une classe sur toute la soci&#233;t&#233; et structure l'ensemble des relations humaines, la production mat&#233;rielle de biens &#233;videmment, mais aussi la reproduction sociale, les multiples formes d'oppressions. S'attaquer et r&#233;organiser la seule production mat&#233;rielle ne transforme pas m&#233;caniquement les relations entre les humains et leurs relations avec les &#233;cosyst&#232;mes, conditions n&#233;cessaires &#224; une soci&#233;t&#233; &#233;mancip&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; Il n'y a aucun exemple d'un parti qui, apr&#232;s avoir pris le pouvoir d&#8216;&#201;tat, le remet au peuple, or construire une d&#233;mocratie &#233;cosocialiste, c'est autre chose que de changer les dirigeant-e-s. C'est une t&#226;che colossale, qui n'a pas &#233;t&#233; r&#233;solue par les r&#233;volutions du XX&#176; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut se passer d'un instrument &#233;tatique : c'est &#224; l'&#233;chelle d'un &#233;tat, d'un continent, voire du monde qu'on peut r&#233;gler certaines questions essentielles. Pour diminuer au maximum les risques de bureaucratisation, ce nouvel &#233;tat &#171; ouvrier &#187; doit &#234;tre d&#233;lest&#233; de tout ce qui peut &#234;tre d&#233;cid&#233; et organis&#233; localement. Une d&#233;mocratie r&#233;elle doit permettre de changer imm&#233;diatement les conditions de vie de tou&#183;te&#183;s, par une d&#233;centralisation au plus pr&#232;s de la vie concr&#232;te des lieux de d&#233;cision, et doit organiser une coop&#233;ration entre ces espaces d&#233;mocratiques, en limitant au maximum les questions de niveau national, international, qui ne peuvent &#234;tre trait&#233;es par cette d&#233;mocratie directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie tout au long du processus r&#233;volutionnaire, de la r&#233;volution, et de la construction d'une soci&#233;t&#233; &#233;cosocialiste est donc centrale : l'&#233;mancipation ne peut &#234;tre octroy&#233;e par un parti, elle se conquiert par les masses elles-m&#234;mes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; Le &#171; socialisme dans un seul pays &#187; n'&#233;tait pas possible au d&#233;but du 20e si&#232;cle, il est totalement impensable aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation n&#233;olib&#233;rale, avec des centres de d&#233;cisions supra &#233;tatiques, a g&#233;n&#233;ralis&#233; une &#233;conomie avec des cha&#238;nes de production, de fabrication, de commerce totalement plan&#233;taires, qui rend tr&#232;s compliqu&#233; le fonctionnement d'une soci&#233;t&#233; comme la France sans ces &#233;changes mondiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue strat&#233;gique, on doit donc articuler l'internationalisme et la bataille pour tout ce qui permet un fonctionnement &#233;conomique et social local autonome, une souverainet&#233; alimentaire, &#233;nerg&#233;tique dans les espaces dans lesquels les luttes de classes s'organisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La transformation r&#233;volutionnaire &#233;cosocialiste est une n&#233;cessit&#233; urgente. Elle n'existera que par un bouleversement de l'ensemble des relations entre les &#234;tres humains, dans la production et la reproduction, avec l'&#233;cosyst&#232;me. Cela n'est possible qu'en mettant au centre de toute r&#233;volution l'auto-&#233;mancipation, la d&#233;mocratie et l'internationalisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment peut vaincre une telle r&#233;volution dans un pays comme le n&#244;tre [8] ? Quelques rep&#232;res pour commencer &#224; r&#233;pondre &#224; la question.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; Une v&#233;ritable R&#233;volution est un mouvement impliquant l'immense majorit&#233; des exploit&#233;-e-s et des opprim&#233;-e-s, qui s'unifient dans le refus de l'ordre existant et autour d'un projet politique alternatif pour l'ensemble de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; Si le moment de prise du pouvoir a un moment, la r&#233;volution par elle-m&#234;me est un long processus. Toutes les r&#233;volutions du 20e se sont d&#233;roul&#233;es sur de nombreuses ann&#233;es, voire m&#234;me des d&#233;cennies, et ne peuvent se r&#233;sumer au moment final, dont la forme et la possibilit&#233; de r&#233;ussite sont donn&#233;es par les combats pr&#233;c&#233;dents. En outre la r&#233;volution ne s'arr&#234;te pas &#224; ce moment. Dans une soci&#233;t&#233; de transition, le combat pour l'h&#233;g&#233;monie et la transformation r&#233;volutionnaire est lui-m&#234;me long, confront&#233; aux r&#233;sistances, et oblig&#233; de faire des choix parmi des options multiples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; Si la r&#233;volution ne se r&#233;sume pas au basculement, celui-ci est toutefois essentiel pour vaincre. Il ne peut se produire de mani&#232;re d&#233;mocratique que lorsque s'est construit tout au long du processus r&#233;volutionnaire&lt;i&gt; un double pouvoir, qui mat&#233;rialise ce que les domin&#233;&#183;e&#183;s en mouvement veulent faire, et voudront d&#233;fendre contre l'ordre ancien, et qui donne un autre sens au n&#233;cessaire affrontement centralis&#233;. Ce double pouvoir aura des racines d'autant plus fortes que les domin&#233;&#183;e&#183;s auront fait des exp&#233;riences en ce sens dans toute la p&#233;riode qui pr&#233;c&#232;de, dans l'articulation entre gr&#232;ves, manifestations, blocages, occupation des places, des rues des ronds-point/ carrefours routiers, mobilisations territoriales, dans les d&#233;bats, les &#233;ch&#233;ances politiques, dans les exp&#233;riences autog&#233;r&#233;es locales etc &#8230;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; Quelle place pour les &#233;lections et institutions d&#233;mocratiques bourgeoises dans ce processus dans un pays o&#249; les libert&#233;s d&#233;mocratiques et les &#233;lections existent depuis plus d'un si&#232;cle, et sont enracin&#233;es dans la population ? Si les &#233;lections ne peuvent par elles-m&#234;me retirer &#224; la bourgeoisie son pouvoir, car il existe par bien d'autres moyens que les institutions parlementaires, il est impensable que le rapport de force mettant &#224; l'ordre du jour un processus r&#233;volutionnaire ne se traduise pas d'une mani&#232;re ou d'une autre lors d'&#233;lections. La probabilit&#233; la plus forte est celle d'une articulation de luttes, de mouvements sociaux avec des r&#233;sultats &#233;lectoraux exceptionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; Cette place des &#233;lections dans la lutte politique est telle que tout projet de d&#233;mocratie directe, par en bas, ne peut exister que s'il d&#233;montre concr&#232;tement qu'il est plus efficace que l'&#233;lection tous les 5 ans...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action commune et l'organisation collective &#224; la base &#224; tous les niveaux, dans les entreprises, dans les quartiers, de l'activit&#233; quotidienne &#224; celle d'un double pouvoir sont essentielles pour faire l'exp&#233;rience qu'il est possible de faire fonctionner une partie de la soci&#233;t&#233;, m&#234;me &#224; des niveaux limit&#233;s par l'auto-organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soul&#232;vements populaires des derni&#232;res ann&#233;es montrent la capacit&#233; &#224; s'organiser par le bas, gr&#226;ce aux r&#233;seaux sociaux, &#224; l'initiative de milliers d&#8216;activistes qui n'ent&#233;rinent pas la d&#233;l&#233;gation de pouvoir entretenue dans la soci&#233;t&#233; actuelle. Tout ce qui combat l'id&#233;e que d'autres &#171; plus comp&#233;tents &#187; peuvent faire mieux, tout ce qui d&#233;montre que c'est par l'action commune par en bas dans les milieux de travail, dans les quartiers, dans les groupes d'opprim&#233;-e-s, dans les coop&#233;ratives, les associations organisant la consommation, les activit&#233;s sportives, la vie, les loisirs qu'on trouve les meilleures solutions pour organiser la vie, ouvre des possibilit&#233;s consid&#233;rables. Reste &#224; trouver les formes de centralisation, de repr&#233;sentation qui tiennent compte de ces nouvelles modalit&#233;s de mobilisation et d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658;Si l'&#201;tat n&#233;olib&#233;ral ne se r&#233;duit pas &#224; une bande d'hommes arm&#233;s, il est aussi cela. Or le renversement de la bourgeoisie ne peut se faire sans affrontement, sans violence, car elle ne se laissera pas d&#233;poss&#233;der de ses pouvoirs sans r&#233;sister. Se refuser &#224; aborder cette question, c'est refuser de penser s&#233;rieusement les possibilit&#233;s r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance r&#233;pressive et militaire des grands &#233;tats bourgeois, depuis qu'existent l'aviation et les bombardements massifs, les missiles, les drones et les moyens de contr&#244;le de la population, a consid&#233;rablement accru le diff&#233;rentiel avec les &#233;ventuelles capacit&#233;s militaires du mouvement de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors que le pouvoir bourgeois peut garder les moyens politiques et humains d'utiliser sa puissance, le risque d'&#233;crasement est fort. Pour gagner, un mouvement r&#233;volutionnaire qui a un soutien majoritaire doit cr&#233;er les conditions politiques o&#249; le pouvoir vacillant n'a pas la possibilit&#233; d'utiliser cette puissance. La victoire ne peut se r&#233;sumer au face &#224; face militaire qu'il ne faut pas &#233;carter sous peine d'&#234;tre impuissant, mais &#224; la capacit&#233; de d&#233;structurer le pouvoir ancien pour annihiler ses capacit&#233;s r&#233;pressives : c'est bien fondamentalement la politique qui a le dernier mot !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une remarque concernant les guerres. Depuis la 2e Guerre mondiale, les guerres tuent beaucoup plus de civils que de militaires ; les villes, les concentrations humaines sont ras&#233;es, d&#233;truites, laissant peu de place &#224; la possibilit&#233; de situations du type de celles de la fin de la 1e Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si les r&#233;volutionnaires ne cr&#233;ent pas les r&#233;volutions, qui ont des causes objectives profondes, au travers des exp&#233;riences collectives accumul&#233;es iels peuvent agir sur la maturit&#233; politique des domin&#233;&#183;e&#183;s qui a elle-m&#234;me des effets sur le comportement des masses au cours du long processus r&#233;volutionnaire qui construit, ou pas, les conditions d'une soci&#233;t&#233; &#233;cosocialiste &#233;mancip&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; Dans les r&#233;volutions du 20e, la question centrale de l'alliance des classes subalternes s'est le plus souvent centr&#233;e sur l'alliance du prol&#233;tariat avec la paysannerie. Aujourd'hui, la question est toute autre dans nos pays : la classe de celles et ceux qui ne sont pas propri&#233;taires de leur outil de travail, vendent leur force de travail, sont d&#233;poss&#233;d&#233;&#183;e&#183;s de leur travail, ont une position subalterne dans le travail, repr&#233;sente l'immense majorit&#233; de la population, probablement les trois quart. Mais cette classe n'est pas unifi&#233;-e, elle est travers&#233;e de divisions internes structur&#233;es par le capital, les oppressions multiples, celle des femmes, ou des minorit&#233;s racis&#233;es, ou des nations minoritaires, etc .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; Aucun de ses secteurs n'est per&#231;u comme celui qui permettra des jours meilleurs. Car le prol&#233;tariat n'est pas une entit&#233; sociale qui se d&#233;fini par des caract&#233;ristiques sociologiques et statistiques objectives, c'est avant tout une construction politique : il n'a d'existence que dans la mesure o&#249; il se constitue comme force sociale, comme sujet r&#233;volutionnaire porteur d'un projet d'&#233;mancipation dans la lutte pour changer la soci&#233;t&#233;.&lt;i&gt; La question essentielle est donc de savoir comment les r&#233;volutionnaires peuvent agir pour unifier politiquement cette immense force, si peu consciente d'elle-m&#234;me&lt;/i&gt;,&lt;strong&gt; sachant que le rapport d'exploitation est structurant d&#232;s lors qu'on le con&#231;oit dans toutes les dimensions de la production et de la reproduction sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche d'unit&#233; des organisations ouvri&#232;res issues de l'histoire du mouvement ouvrier, dite du front unique, si elle reste utile pour aller dans le sens de l'unification, elle ne peut &#224; elle seule &#234;tre la voie de construction de cette unit&#233; du prol&#233;tariat, compte tenu de la place de ces organisations aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'organisation politique, le parti dans tout &#231;a ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; Notre existence comme petite organisation a des cons&#233;quences sur notre fa&#231;on d'aborder ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas l'exp&#233;rience d'une intervention qui modifie la situation de la majorit&#233; des domin&#233;&#183;e&#183;s, car notre poids social et notre capacit&#233; ne le permettent pas : nous n'influen&#231;ons effectivement que des secteurs sociaux trop limit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et du coup nous ne nous posons que trop rarement la question : en quoi notre existence, notre militantisme, notre action, modifient le rapport de force, font &#233;voluer la conscience de tel ou tel secteur de la population. On le sait, il ne suffit pas d'avoir raison pour changer le monde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; Les enjeux d'une r&#233;volution, d'une transformation r&#233;volutionnaire d'une soci&#233;t&#233; comme la n&#244;tre tels qu'esquiss&#233;s dans cette contribution, enterrent les conceptions du parti guide, de l'avant garde &#233;clair&#233;e qui montre le chemin en attendant le jour d&#233;cisif, du parti &#233;tat major de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de viser &#224; construire au terme d'une action effective sur la conscience des domin&#233;&#183;e&#183;s une force politique majoritaire dans des secteurs d&#233;cisifs[9] &#224; m&#234;me d'influer sur les processus profonds de la soci&#233;t&#233;, capable de jouer un r&#244;le positif dans la vie des secteurs populaires, y compris dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise. &#202;tre efficace et utile aujourd'hui, c'est se placer en capacit&#233; de l'&#234;tre demain, de construire une h&#233;g&#233;monie des exploit&#233;-e-s et des opprim&#233;-e-s dans la soci&#233;t&#233; face au pouvoir, h&#233;g&#233;monie qui cr&#233;e les conditions d'une issue &#233;mancipatrice aux luttes et aux crises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif est &#233;norme, oui. Prendra-t-il du temps, oui &#8230; mais y en a-t-il d'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; La t&#226;che politique est donc pour nous aujourd'hui de travailler &#224; construire une h&#233;g&#233;monie autour de quelques axes structurants, avec une forme organisationnelle adapt&#233;e, tant dans le mouvement social, dans la structuration de collectifs dans les r&#233;sistances, dans l'organisation d'alternatives, dans les pratiques d&#233;mocratiques ; qu'au plan des batailles politiques en constituant un espace plus important que celui qui permet la seule propagande des id&#233;es des r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections peuvent modifier les conditions politiques dans lesquelles le combat de classe se d&#233;roule, et l'enjeu est parfois tr&#232;s important. Une pr&#233;sence &#233;lectorale significative, non marginale, est donc incontournable dans un pays comme le notre, car les milieux populaires font de l'&#233;lection un affrontement de classe en utilisant les partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; Cet espace politique doit &#234;tre en rupture avec les organisations issues de l'exp&#233;rience du 20e si&#232;cle, &#234;tre &#224; l'image de la diversit&#233; sociale et culturelle des exploit&#233;.e.s et des opprim&#233;.e.s, avoir un mode de fonctionnement, de d&#233;bat qui permet &#224; tou&#183;te&#183;s de savoir quel r&#244;le ils/elles peuvent y jouer, cr&#233;er une culture commune, solidaire, &#224; l'image des solidarit&#233;s que nous voulons construire autour de nous, permettre de mener la bataille id&#233;ologique, socialiser politiquement des militant-e-s qui n'ont jamais connu de structure d&#233;mocratique, &#224; faire du collectif &#224; contre courant du monde dans lequel on baigne. Et tout cela ne se fait pas dans les r&#233;unions, mais en faisant des choses ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passer de ce que nous sommes &#224; une forme organisationnelle adapt&#233;e aux conditions d'une r&#233;volution ouvrant la voie &#224; une transformation r&#233;volutionnaire dans notre pays, cela demandera bien des tentatives, des mutations, des rencontres, des exp&#233;riences, des confrontations, des sauts qualitatifs, des cadres militants nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela risque d'&#234;tre plein d'accidents et de complications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour &#234;tre utiles, il n'y a pas d'autre voie que celle d'&#234;tre ouvert&#183;e&#183;s &#224; toutes les exp&#233;rimentations, disponibles &#224; toutes les opportunit&#233;s, en &#233;tant conscient&#183;e&#183;s de nos limites et d&#233;termin&#233;&#183;e&#183;s &#224; faire partager les acquis de notre exp&#233;rience de courant marxiste r&#233;volutionnaire ouvert et internationaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rouen, le 3 octobre 2022,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Patrick Le Moal&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1]Daniel Bensaid Fragments radiophoniques Le Croquant 2020 page 130&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Daniel Bensaid Moment utopique et refondation strat&#233;gique 2006, 14&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Daniel Bensaid Fragments radiophoniques Le Croquant 2020 p. 131&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Marx et Engels dans le Manifeste du parti communiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Aux USA, la part du revenu national des 1% les plus riches est pass&#233;e de 16 % avant la guerre &#224; 8 % entre 1945 et 1975 selon David Harvey dans &#171; Br&#232;ve histoire du n&#233;olib&#233;ralisme &#187; ed Les prairies ordinaires 2014 p 36&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] &#171; la soci&#233;t&#233; ? Cela n'existe pas ! Il n'y a que des individus, hommes et femmes, et des familles &#187; disait Margaret Thatcher en 1987 dans une interview au magazine Woman's Own&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7]Pr&#232;s de la moiti&#233; des grands patrons fran&#231;ais des entreprises du CAC 40 sont issus des grands corps de l'&#201;tat comme l'inspection g&#233;n&#233;rale des finances et les Mines et autres hauts fonctionnaires cf &lt;a href=&#034;https://multinationales.org/Une-haute-fonction-publique-privee-a-la-francaise-pres-de-la-moitie-du-CAC40-a&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://multinationales.org/Une-haute-fonction-publique-privee-a-la-francaise-pres-de-la-moitie-du-CAC40-a&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Age m&#233;dian 41 ans (1789 : 25 ans), &#224; 58 % propri&#233;taires de leur r&#233;sidence principale, etc .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9]Pour m&#233;moire, le parti bolchevik &#233;tait majoritaire parmi les socialistes, mais aussi dans la prol&#233;tariat russe plus de 10 ans avant la r&#233;volution de 1917 ...&lt;br class='autobr' /&gt;
P.-S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Patrick Le Moal est militant de la quatri&#232;me internationale en France depuis 1969, aujourd'hui membre du NPA.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>France - Face &#224; l'instabilit&#233; de tous les dangers, quelles voies de r&#233;sistance ?</title>
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		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/France-Face-a-l-instabilite-de-tous-les-dangers-quelles-voies-de-resistance</guid>
		<dc:date>2022-10-11T06:55:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Le Moal</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-10-11</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les r&#233;centes &#233;lections pr&#233;sidentielles et l&#233;gislatives amplifient la crise du syst&#232;me politique et des institutions, cr&#233;ent une situation de plus en plus instable dans laquelle la forme que prend le bloc bourgeois est de plus en plus al&#233;atoire. Elle peut conduire des secteurs de la droite, de la bourgeoisie &#224; chercher toutes les solutions, m&#234;me les pires, pour r&#233;pondre aux inqui&#233;tudes provoqu&#233;es par la dynamique de la coalition de gauche en rupture avec le social-lib&#233;ralisme et le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-10-11-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-10-11&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH131/arton54353-10fb1.jpg?1781336345' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='131' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les r&#233;centes &#233;lections pr&#233;sidentielles et l&#233;gislatives amplifient la crise du syst&#232;me politique et des institutions, cr&#233;ent une situation de plus en plus instable dans laquelle la forme que prend le bloc bourgeois est de plus en plus al&#233;atoire. Elle peut conduire des secteurs de la droite, de la bourgeoisie &#224; chercher toutes les solutions, m&#234;me les pires, pour r&#233;pondre aux inqui&#233;tudes provoqu&#233;es par la dynamique de la coalition de gauche en rupture avec le social-lib&#233;ralisme et le productivisme, la Nouvelle union populaire &#233;cologique et sociale (Nupes), qui s'est exprim&#233;e &#224; cette occasion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Inprecor no 697-698 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick Le Moal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une pr&#233;sidentielle contre Le Pen, des l&#233;gislatives contre Macron&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite politique du pr&#233;sident Macron aux l&#233;gislatives huit semaines apr&#232;s sa r&#233;&#233;lection est sans appel. Sa politique est refus&#233;e, sa r&#233;&#233;lection &#233;tait un hold-up d&#233;mocratique, un vote de rejet de Le Pen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me &#233;lectoral fran&#231;ais est structur&#233; par une s&#233;quence de quelques mois durant lesquels se tiennent l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, centrale, et les &#233;lections l&#233;gislatives cens&#233;es en confirmer et amplifier le r&#233;sultat pour donner au pr&#233;sident &#233;lu tous les pouvoirs pour 5 ans, avec un parlement aux ordres et un gouvernement stable. Cette belle m&#233;canique n'a pas fonctionn&#233;, tant le rejet du pr&#233;sident est puissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus &#233;lectoral focalis&#233; sur les candidats aux pr&#233;sidentielles ne favorise pas les d&#233;bats politiques de fond, conduit &#224; des votes tactiques &#233;loign&#233;s des votes de conviction. Comme l'enjeu est de qualifier ou d'&#233;liminer pour le second tour, le premier tour d&#233;forme les convictions des &#233;lecteurs et &#233;lectrices. De nombreux votes se sont port&#233;s &#224; gauche sur Jean-Luc M&#233;lenchon pour cette raison, ou &#224; l'extr&#234;me droite, sur Le Pen contre Zemmour quand les sondages ont indiqu&#233; que ce dernier d&#233;clinait. Ces tactiques &#233;lectorales, coh&#233;rentes pour &#233;liminer, n'expriment pas toujours la r&#233;alit&#233; des rapports de force politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au second tour, c'est encore plus flagrant, la moiti&#233; des votants pour Macron ne soutiennent pas sa politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les l&#233;gislatives de juin 2022 r&#233;v&#232;lent la faiblesse de l'appui apport&#233; &#224; Macron. D&#233;j&#224;, lors du premier tour des pr&#233;sidentielles, il n'avait que peu b&#233;n&#233;fici&#233; de l'&#233;croulement des vieux partis de droite qui gouvernaient depuis plus de 60 ans. Alors qu'ils avaient perdu plus de 5 millions de voix depuis 2017, il n'en avait gagn&#233; qu'un million. Lors du premier tour des l&#233;gislatives, la base &#233;lectorale du courant politique soutenant Macron s'est effrit&#233;e d'un demi-million de votes par rapport &#224; 2017, passant de 6,4 millions de votes (43 % des voix et 13 % des inscrits) &#224; 5,8 (25,8 % des voix 11,5 % des inscrits). Malgr&#233; le scrutin majoritaire uninominal &#224; deux tours par circonscription g&#233;ographique, qui &#233;limine les petits partis de l'Assembl&#233;e, malgr&#233; le savant d&#233;coupage des circonscriptions qui favorise la droite et le camp macroniste, la d&#233;faite est compl&#232;te. Le parti pr&#233;sidentiel, LREM, a perdu la moiti&#233; de ses d&#233;put&#233;s, passant de 306 &#224; 155. L'alliance appel&#233;e &#171; Ensemble &#187;, qui regroupait avec LREM, les centristes et une formation de gaullistes ayant rejoint Macron, en ne recueillant que 245 si&#232;ges, n'atteint m&#234;me pas la majorit&#233; absolue dans l'Assembl&#233;e, soit 289 si&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les cinq derni&#232;res ann&#233;es, Macron a gouvern&#233; sans se pr&#233;occuper des d&#233;bats dans l'Assembl&#233;e, en brutalisant m&#234;me sa majorit&#233;, &#224; tel point que 45 des d&#233;put&#233;s LREM ont d&#233;missionn&#233; du groupe parlementaire. Il tente de continuer dans la m&#234;me direction, affirmant qu'il a &#233;t&#233; &#233;lu sur son projet et qu'il est pr&#234;t &#224; un gouvernement d'union&#8230; pour appliquer son programme de r&#233;gression sociale : la retraite &#224; 65 ans, de nouvelles baisses des d&#233;penses publiques et des imp&#244;ts pour le capital. Pour constituer une majorit&#233; &#224; l'Assembl&#233;e, le projet de rallier ce qui reste des courants lamin&#233;s par sa politique, la droite qui ne tient ensemble que parce qu'elle ne choisit pas entre le RN et Macron, et les quelques &#233;lus du PS et assimil&#233;s qui ont refus&#233; la NUPES est math&#233;matiquement possible, mais politiquement hautement improbable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On entre donc dans une p&#233;riode instable, ou la volatilit&#233; politique ouvre toutes les possibilit&#233;s, m&#234;me les pires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une abstention populaire croissante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel que soit le nombre de votants, les &#233;lections produisent leur effet politique. Mais l'importance de l'abstention dans les milieux populaires et dans la jeunesse accro&#238;t l'instabilit&#233; : le nombre de celles et ceux qui ne se sentent pas repr&#233;sent&#233;s est toujours croissant. Se sont abstenus, sur 49 millions d'inscrits, plus de 13 millions aux pr&#233;sidentielles et 26 millions aux l&#233;gislatives ! Ce sont principalement les jeunes, plus de 70 % des 18-24 ans (35 % des plus de 70 ans), et autour de 65 % dans les quartiers ouvriers, paup&#233;ris&#233;s. La bourgeoisie se satisfait d'un syst&#232;me qui r&#233;ussit en partie &#224; exclure les classes populaires du jeu &#233;lectoral, mais ce n'est pas parce que les gens ne votent pas qu'ils n'ont pas d'opinion : ils pensent que les &#233;lections n'auront pas d'effet sur leur vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La progression r&#233;guli&#232;re de cette abstention, qui touche bien d'autres pays, a des raisons profondes. La d&#233;structuration des classes ouvri&#232;res industrielles &#8211; du fait de l'augmentation du ch&#244;mage et de la pr&#233;carit&#233;, de la mondialisation accrue des &#233;changes, des &#233;volutions technologiques et des choix d'organisation du travail dans le n&#233;olib&#233;ralisme &#8211; a eu des effets sur la conscience spontan&#233;e d'appartenir &#224; une classe ayant des int&#233;r&#234;ts communs &#224; faire valoir y compris sur le plan &#233;lectoral. L'effondrement de projets alternatifs, socialistes, la disparition de l'id&#233;e qu'il est possible de transformer la soci&#233;t&#233;, notamment apr&#232;s la chute du mur &#224; l'Est, le d&#233;veloppement du capitalisme en Chine, en m&#234;me temps que l'instauration d'&#201;tats n&#233;olib&#233;raux dans lesquels le d&#233;bat politique n'est plus celui de la r&#233;partition de la croissance &#233;conomique, mais seulement le moyen d'instaurer la concurrence la plus efficace, ont tu&#233; le d&#233;bat politique et donc les organisations politiques. S'ajoutant &#224; cela les effets de plus en plus omnipr&#233;sents des crises &#233;cologiques, les rep&#232;res qui donnaient aux classes populaires un moyen de s'exprimer ont disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France cela s'est traduit, en m&#234;me temps que le PCF d&#233;clinait, par l'imposition de contre-r&#233;formes de plus en plus violentes par des gouvernements de gauche dirig&#233;s par le PS pass&#233; au social-lib&#233;ralisme. Hollande au gouvernement a propuls&#233; l'ancien banquier n&#233;olib&#233;ral Macron comme ministre de l'&#201;conomie, ouvrant la voie au passage de nombre d'anciens responsables du PS du c&#244;t&#233; macronien. S'ajoutent le d&#233;sint&#233;r&#234;t des &#233;lections l&#233;gislatives per&#231;ues comme sans enjeu quelques semaines apr&#232;s la pr&#233;sidentielle et les effets de la d&#233;cision de passer outre au r&#233;sultat n&#233;gatif du r&#233;f&#233;rendum de 2005 sur la Constitution europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une Constitution aux traits bonapartistes renforc&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Constitution instaur&#233;e par le coup d'&#201;tat de 1958 a install&#233; un &#201;tat fort aux mains du pr&#233;sident &#233;lu au suffrage universel avec des pouvoirs consid&#233;rables. Elle a &#233;t&#233; impos&#233;e par De Gaulle &#224; la fin de la p&#233;riode de d&#233;colonisation qui modifiait la place du capitalisme fran&#231;ais dans le monde, pour instaurer des r&#233;formes &#233;conomiques indispensables &#224; l'expansion du capital que le r&#233;gime parlementaire avait &#233;t&#233; incapable de mettre en place. Con&#231;u pour d&#233;signer un Bonaparte au-dessus des partis, le syst&#232;me a connu de multiples &#233;volutions, tout en laissant en place une Constitution tr&#232;s peu d&#233;mocratique dans ses principes, qui a comme objectif prioritaire l'institution d'un pouvoir stable, pas de repr&#233;senter la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a pu absorber la d&#233;mission en 1969 du Bonaparte De Gaulle, d&#233;stabilis&#233; par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1968 et ses suites, puis l'&#233;lection d'un pr&#233;sident socialiste en 1981, Mitterrand. La bourgeoisie avait besoin de ce pouvoir fort pour imposer les contre-r&#233;formes n&#233;olib&#233;rales en France. En 2000-2001, le gouvernement PS a mis en place deux &#233;volutions majeures, la co&#239;ncidence entre la dur&#233;e du mandat pr&#233;sidentiel (1) et celle de l'Assembl&#233;e, et l'organisation de l'&#233;lection du parlement au lendemain de celle du pr&#233;sident. Le Bonaparte indiscutable devenu introuvable devait ainsi &#234;tre remplac&#233; par le vainqueur de la pr&#233;sidentielle qui b&#233;n&#233;ficiait de la dynamique acquise pour obtenir une majorit&#233; &#224; l'Assembl&#233;e nationale et pouvait gouverner dans une certaine stabilit&#233; institutionnelle. Comme ces gouvernements ont &#233;t&#233; confront&#233;s &#224; des r&#233;sistances importantes, ils ont durci les lois r&#233;pressives, avec des textes donnant de plus en plus de pouvoirs aux corps r&#233;pressifs, &#224; l'autorit&#233; administrative tr&#232;s centralis&#233;e en France (le pouvoir des pr&#233;fets nomm&#233;s par le gouvernement est consid&#233;rable) aux d&#233;pens des d&#233;cisions judiciaires. Toutes les occasions ont &#233;t&#233; bonnes pour empiler ces lois, des gr&#232;ves et manifestations jusqu'au Covid, sachant qu'un saut a &#233;t&#233; op&#233;r&#233; (encore une fois par un gouvernement PS) en 2015 &#224; la suite des attentats qui ont &#171; justifi&#233; &#187; l'instauration d'un &#233;tat d'exception permanent. Cette esp&#232;ce de coup d'&#201;tat rampant n&#233;olib&#233;ral sous l'&#233;gide des gouvernements de droite et de gauche a engag&#233; une nouvelle phase de l'histoire des luttes politiques et sociales en France. Ces &#233;volutions ont donn&#233; les moyens &#224; la bourgeoisie d'avancer dans sa d&#233;structuration du syst&#232;me social mis en place durant les trente glorieuses&#8230; mais ont sign&#233; la mort des partis qui en ont &#233;t&#233; les agents. D&#233;j&#224; lors des pr&#233;sidentielles de 2017, les deux partis qui dominaient et structuraient le champ politique depuis 40 ans &#233;taient absents du second tour, aujourd'hui la destruction va plus loin et accentue encore l'instabilit&#233;. Toutes les forces politiques qui s'&#233;taient organis&#233;es en fonction du syst&#232;me ant&#233;rieur disparaissent, les organisations syndicales, toutes les structures sociales qui s'y &#233;taient install&#233;es sont bouscul&#233;es, &#233;branl&#233;es. On entre dans une phase de d&#233;composition/recomposition dans laquelle l'instabilit&#233; laisse place aux aventuriers de la politique comme Macron qui s'est infiltr&#233; lors de la pr&#233;sidentielle de 2017 &#224; la suite d'un concours de circonstances, la d&#233;stabilisation du PS par la politique de Hollande et les affaires visant le candidat de droite Fillon. Cela ne l'a pas emp&#234;ch&#233; d'avoir des pouvoirs sans commune mesure avec sa base sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Constitution pr&#233;sidentialiste actuelle favorise les pouvoirs personnels, hors de contr&#244;le, hors des d&#233;bats d&#233;mocratiques. C'est pour cette raison qu'elle a &#233;t&#233; bien utile &#224; la contre-r&#233;forme n&#233;olib&#233;rale. Elle ne permet pas des d&#233;bats politiques ouverts, qui sont essentiels &#224; la red&#233;finition de forces politiques et de perspectives stables. Face &#224; la logique r&#233;pressive et antid&#233;mocratique de pouvoirs en place de plus en plus faibles, nous devons d&#233;fendre la perspective d'une autre d&#233;mocratie, une d&#233;mocratie r&#233;elle, pour laquelle l'aspiration est forte, apparue sous des formes diverses sur les places, les ronds-points des Gilets jaunes, etc. &#8211; une d&#233;mocratie qui permettre d'aborder les enjeux r&#233;els, de la transition &#233;cologique &#224; la red&#233;finition du travail, de la justice sociale, de l'&#233;limination des diff&#233;rentes formes de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien s&#251;r la n&#233;cessit&#233; incontournable de la convocation d'une assembl&#233;e constituante dont l'objectif serait l'instauration d'un r&#233;gime parlementaire &#233;lu &#224; la proportionnelle, ou celle de la proposition issue des mobilisations des Gilets jaunes de r&#233;f&#233;rendum d'initiative populaire. Mais il faut aller beaucoup plus loin, car nous avons &#224; tout repenser, contre l'exploitation de la nature et des humains et contre toutes les oppressions, et cela impose la prise en charge directe de toutes et tous des affaires de la cit&#233; et du monde, du bas vers le haut, car ce qui r&#233;volutionne fondamentalement le monde ne peut &#234;tre d&#233;cid&#233;-impos&#233; par un pouvoir politique quel qu'il soit. Commen&#231;ons par faire vivre la d&#233;mocratie dans tous nos espaces communs, en travaillant &#224; faire vivre la gestion collective de nos lieux et exp&#233;riences !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'exp&#233;rience des luttes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne partons pas de rien. La France de ces 30 derni&#232;res ann&#233;es a connu des vagues de luttes, de gr&#232;ves, de manifestations de masse qui, si elles n'ont pas emp&#234;ch&#233; les r&#233;gressions sociales, ont quand m&#234;me limit&#233; l'ampleur et la brutalit&#233; de la destruction. On a ainsi connu les mobilisations de 1995, 2003, 2005 les &#233;meutes dans les banlieues, 2006 dans la jeunesse, 2010, 2016, les Gilets jaunes en 2018-2019, et une petite mobilisation contre les derniers projets de Macron en 2020. Il y a eu &#233;galement les mobilisations &#233;cologistes, comme celle de Notre-Dame-des-Landes, le renouveau des luttes f&#233;ministes, l'&#233;mergence d'un antiracisme politique. Toutes se sont oppos&#233;es principalement &#224; des gouvernements de droite, mais aussi &#224; un gouvernement de gauche en 2016, provoquant une rupture durable avec le PS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mobilisations se sont appuy&#233;es sur l'attachement &#224; pr&#233;server les services publics, la S&#233;curit&#233; sociale, l'emploi hors de la flexibilit&#233;, le droit du travail, la possibilit&#233; de vivre sur cette plan&#232;te et le refus des oppressions. &#192; l'&#233;chelle des militantes et des militants, les exp&#233;riences d'organisation et de mobilisation rebondissant d'une phase de lutte &#224; l'autre, ont laiss&#233; des traces, et se r&#233;activent d&#232;s que s'engagent de nouvelles actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les d&#233;faites, ces luttes ont permis que les d&#233;penses publiques repr&#233;sentent encore 59 % du PIB en 2021 (2), les d&#233;penses sociales publiques autour de 32 % du PIB, chiffre le plus &#233;lev&#233; de l'OCDE (la moyenne est de 20,1 %), ce qui explique le niveau des retraites et l'&#233;tat du syst&#232;me de sant&#233; avant les derni&#232;res attaques. C'est insupportable pour les capitalistes, qui veulent en finir avec le mod&#232;le social fran&#231;ais. D&#232;s son &#233;lection en 2017, Macron, tout en accordant des cadeaux aux patrons, aux grandes entreprises et aux plus fortun&#233;s, a choisi d'aller vite pour coller au mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral, avec trois r&#233;formes majeures, le droit du travail, les chemins de fer (statut des cheminots, ouverture &#224; la concurrence) et le syst&#232;me de retraite, le tout dans un contexte de recul des services publics (notamment hospitaliers). Il en a annonc&#233; deux suppl&#233;mentaires : finir le chantier de destruction des retraites et de l'assurance ch&#244;mage. Il s'agit, l&#224; o&#249; ses pr&#233;d&#233;cesseurs n'ont pas r&#233;ussi, de remettre en cause le salaire socialis&#233; qui garantit (encore que bien imparfaitement) collectivement la continuation du salaire en cas de maladie, de ch&#244;mage, de retraite ou de formation sur la base de cotisations sociales assises sur les salaires. Le but est de faire sortir progressivement de la masse salariale l'ensemble de ces d&#233;penses pour en finir avec ce qui reste du compromis social impos&#233; par le rapport de force au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le m&#233;pris de classe de Macron, par sa brutalit&#233;, a contribu&#233; &#224; redonner une identit&#233; &#224; celles et ceux d'en bas, permettant la remise en cause du syst&#232;me, de l'individualisme, de la r&#233;ussite &#171; au m&#233;rite &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ancrage croissant du Rassemblement national de Le Pen&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats aux l&#233;gislatives qui donnent 89 d&#233;put&#233;s au RN sont la confirmation d'&#233;volutions longues. De 2002 &#224; 2022, les voix pour les candidat&#8729;es d'extr&#234;me droite au premier tour des pr&#233;sidentielles sont pass&#233;es de 5 &#224; plus de 11 millions, soit 23,1 % de suffrages exprim&#233;s (16,7 % des inscrit&#8729;es), au second tour de 5,5 &#224; 13,3 millions (soit 41,5 % de voix et 27,3 % des inscrit&#8729;es). La progression aux l&#233;gislatives est moins spectaculaire, mais tout aussi r&#233;elle, de 2,8 &#224; 4,3 millions de voix, de 11,3 % &#224; 17, 30 % (de 6,9 % &#224; 7,4 % des inscrit&#8729;es).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il b&#233;n&#233;ficie en partie de la chute de la droite, notamment du principal parti Les R&#233;publicains (LR). Aux pr&#233;sidentielles, la candidate LR, Val&#233;rie P&#233;cresse, a recueilli 4,8 %, soit 1,7 million de voix, 5,5 millions de voix de moins que Fillon en 2017 qui recueillait 20 % et 7,2 millions de voix (passant de 15,1 % &#224; 3,5 % des inscrit&#8729;es). Les r&#233;sultats sont moins mauvais aux l&#233;gislatives, 2,4 millions de voix (10,4 %) contre 3,6 en 2017 (15,7 %), soit une chute de 7,5 % &#224; 4,9 % des inscrit&#183;es. Les R&#233;publicains perdent la moiti&#233; de leurs si&#232;ges, passant de 112 &#224; 61 d&#233;put&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette chute &#233;lectorale de la droite s'ajoutant au rejet des candidats de Macron ont permis au RN d'accro&#238;tre ses positions institutionnelles pour conduire une politique d'extr&#234;me droite, raciste, ultra-autoritaire, et ouvrant la voie &#224; un danger fasciste. Le RN approfondit son implantation dans le Nord de la France o&#249; il arrive premier dans tous les d&#233;partements des Hauts-de-France, dans nombre de communes rurales et d&#233;sormais aussi dans les villes moyennes. Son &#233;lectorat m&#234;le un vote populaire &#8211; majoritaire chez les ouvriers, les salari&#233;s du public et les ch&#244;meurs ayant vot&#233;, notamment dans les zones rurales appauvries, sans services publics &#8211; et des fractions de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le RN reste un parti d'extr&#234;me droite dont le socle est toujours l'h&#233;ritage du FN fasciste de Jean-Marie Le Pen, avec un programme de destruction des droits d&#233;mocratiques, de remise en cause de tous les droits du mouvement syndical et du mouvement social. Mais la normalisation voulue par Le Pen a en partie r&#233;ussi, sa pr&#233;sence au second tour n'a pas suscit&#233; de manifestations d'ampleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs raisons &#224; cette r&#233;ussite. Conjoncturellement le racisme explicite de Zemmour, qui a recueilli 2,5 millions de voix, sa violence verbale ont masqu&#233; l'arrimage de Le Pen &#224; l'extr&#234;me droite. Mais la raison principale est &#224; chercher ailleurs. La politique n&#233;olib&#233;rale a fait perdre &#224; la bourgeoisie une base sociale stable. Pour conserver une position dans les milieux populaires, elle d&#233;veloppe une politique contre les dangers de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur, contre les banlieues, les immigr&#233;s, les migrants, une politique islamophobe et raciste. Macron, pour assurer sa r&#233;&#233;lection comme rempart face au RN, a fait de Le Pen son opposition officielle, tout en cultivant les th&#232;mes de l'extr&#234;me droite, la s&#233;curit&#233;, l'identit&#233; nationale, le rejet des migrants, l'islamophobie. Ces politiques sont le terreau sur lesquels l'extr&#234;me droite se d&#233;veloppe, si on n'y met pas de frein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;lenchon vainqueur au sein de la gauche&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence de la Nupes a fait chuter Macron, m&#234;me si elle est loin de l'objectif d'&#234;tre majoritaire fix&#233; par M&#233;lenchon. Avec plus de 140 d&#233;put&#233;s, elle est loin des 289 n&#233;cessaires, mais c'est bien la Nupes qui a impos&#233; les d&#233;bats des l&#233;gislatives, une nouveaut&#233; dans le champ politique dont il faut pr&#233;ciser les ressorts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche, rassemblant autour de 10 millions de voix, ne repr&#233;sente qu'un petit tiers des &#233;lectrices et &#233;lecteurs, autour de 30 % des votants (entre 14 % et 22 % des inscrits). Il n'y a pas d'&#233;volution majeure dans ce rapport de force global. Depuis 2017, au premier tour des pr&#233;sidentielles, les candidats de gauche, La France insoumise (FI), EELV (3), PC et PS ont progress&#233; de plus d'un million de voix. Aux l&#233;gislatives, le r&#233;sultat est &#233;quivalent. L'&#233;volution majeure, pour nous la plus importante, est celle des rapports de force au sein de cette gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PS social-lib&#233;ral, porteur des contre-r&#233;formes sous le gouvernement Hollande est lamin&#233;. &#192; la pr&#233;sidentielle de 2012 Hollande avait plus de 10 millions de voix et 28,6 % des suffrages (22 % des inscrit&#8729;es), en 2017 le candidat critique qu'avait investi le PS, Beno&#238;t Hamon (4), avait 2,3 millions de voix et 4,8 %, en 2022 Anne Hidalgo recueille 0,6 million de voix et 1,75 % (1,26 % des inscrit&#8729;es). Ces voix perdues par le PS vont principalement vers La France insoumise et en partie vers EELV. C'est maintenant le courant antilib&#233;ral qui domine dans la gauche. Parce qu'il veut remettre en cause nombre des choix des trente derni&#232;res ann&#233;es, entrer en conflit avec l'Europe lib&#233;rale et enclencher une planification pour la transition &#233;cologique, il est devenu l'ennemi num&#233;ro un de toute la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;lenchon, avec 22 % et 7,7 millions de voix (15,8 % des inscrites) est indiscutablement le principal candidat de gauche, qui a permis l'expression d'un vote de classe contre l'aust&#233;rit&#233;, dans les villes et les quartiers populaires, contre les grands projets productivistes, contre l'&#233;tat d'urgence et l'islamophobie. &#192; la FI a &#233;t&#233; ajout&#233; &#224; l'occasion de l'&#233;ch&#233;ance 2022 le &#171; parlement de campagne de l'Union Populaire &#187;, compos&#233; de 125 militantes et militants FI et de 125 syndicalistes, intellectuels, responsables associatifs, meneurs et meneuses de luttes, pour mobiliser les diff&#233;rents secteurs int&#233;ress&#233;s au changement dans la soci&#233;t&#233;, pr&#233;sid&#233; par l'ancienne porte-parole d'Attac, Aur&#233;lie Trouv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;lenchon a su s'adapter parfaitement au syst&#232;me m&#233;diatico-politique fran&#231;ais centr&#233; sur l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, qui met en valeur la relation d'un &#171; Homme &#187; avec les &#233;lecteurs-&#233;lectrices. Des prises de position positives ont jou&#233; un r&#244;le, &#224; rebours de la quasi-totalit&#233; des autres politiques, sur la question de l'islamophobie, question centrale dans le processus de fascisation des d&#233;bats, ou encore son refus de participer &#224; une manifestation des policiers r&#233;clamant plus de moyens et de s&#233;v&#233;rit&#233; contre leurs agresseurs le 19 mai dernier alors que Yannick Jadot d'EELV, Fabien Roussel du PCF et Olivier Faure du PS s'y rendaient. Il a r&#233;ussi &#224; polariser l'essentiel de celles et ceux qui se sont mobilis&#233;s ces derni&#232;res ann&#233;es, en reprenant tout ou partie de leurs revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux r&#233;f&#233;rences dominent dans son programme &#171; l'Avenir en commun &#187;, celle du socialisme r&#233;publicain en rupture claire avec le n&#233;olib&#233;ralisme des trente derni&#232;res ann&#233;es, institutionnalis&#233; dans l'Europe actuelle (5) ; et la rupture avec le productivisme par une transition &#233;cologique. Il s'agit d'un programme r&#233;formiste classique, coh&#233;rent et syst&#233;matique, int&#233;grant des revendications radicales sur les questions sociales, &#233;cologiques et politiques, que la victoire du capitalisme n&#233;olib&#233;ral valid&#233;e par la social-d&#233;mocratie du PS a fait appara&#238;tre comme radical. Ce programme avec ses th&#232;mes, sa pr&#233;cision, sa logique, n'est pas articul&#233; autour de l'id&#233;e populiste de gauche que &#171; les demandes &#233;manant de la plupart des secteurs de la soci&#233;t&#233; (&#8230;) sont &#233;quivalentes les unes aux autres dans leur opposition au r&#233;gime d'oppression &#187; (6). M&#233;lenchon est rest&#233; fondamentalement li&#233; aux r&#233;f&#233;rences de la gauche, convaincu que tous les d&#233;fis prennent racine dans la question sociale. Par contre, en r&#233;f&#233;rence &#224; ce populisme de gauche, la place du leader, seul en dialogue avec le peuple, prenant parfois des formes extr&#234;mes de culte de la personnalit&#233;, est omnipr&#233;sente. Ces d&#233;rives ont des raisons profondes. Pour M&#233;lenchon, le parti tel qu'il a exist&#233; tout au long du XXe si&#232;cle est la forme d'organisation li&#233;e &#224; une classe sociale. Il doit &#234;tre remplac&#233; aujourd'hui par autre chose, une forme d'organisation du peuple, le mouvement, sans bords, qui regroupe des individus singuliers qu'il n'est plus possible de mettre en rangs, mais qui se retrouvent autour d'une incarnation individuelle, le projet s'identifiant au destin personnel du leader. L'organisation politique collective et structur&#233;e, assimilant les bilans politiques, est abandonn&#233;e au profit du mouvement des individus atomis&#233;s agissant par impulsion et identification. En agissant ainsi, M&#233;lenchon ne fait pas que prendre acte de la fin des partis, il contribue &#224; leur marginalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; gauche, du nouveau&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande surprise a &#233;t&#233; la proposition de la FI d'un front commun pour les l&#233;gislatives, au PC, au NPA, &#224; EELV pour une union autour des grands axes du programme &#171; L'Avenir en commun &#187;, avec comme objectif une ou un candidat unique dans chaque circonscription, et une majorit&#233; &#224; l'Assembl&#233;e nationale imposant M&#233;lenchon comme Premier ministre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelques jours s'est constitu&#233;e la Nouvelle union populaire &#233;cologique et sociale &#8211; le PCF, EELV (7), G&#233;n&#233;rationS et le PS rejoignant La France insoumise. La pr&#233;sence du PS a provoqu&#233; un choc politique. Au d&#233;part ce parti n'&#233;tait pas dans les discussions, alors que le NPA &#233;tait invit&#233;. La direction du PS, faisant le bilan de son &#233;chec, a demand&#233; &#224; entrer dans la coalition, malgr&#233; le d&#233;saccord d'Hidalgo, de Hollande et d'autres dirigeants historiques de ce parti. L'int&#233;gration du PS accentuait la dimension organisationnelle et &#233;lectorale de l'accord, comment sauver un groupe parlementaire, sauver le financement du parti par l'&#201;tat, au d&#233;triment de la dynamique militante. Ces limites ont finalement conduit le NPA &#224; ne pas &#234;tre partie prenante de l'accord national avec un parti qui ne fait pas clairement la rupture avec le social-lib&#233;ralisme, tout en soutenant toutes les candidatures de la Nupes qui n'&#233;taient pas des candidats du PS pr&#233;sents pour sauver leur si&#232;ge. Un regroupement de militants des quartiers populaires, issus pour l'essentiel de l'immigration postcoloniale, &#171; On s'en m&#234;le &#187;, s'est investi dans la campagne, malgr&#233; le fait que la plupart de ses candidats potentiels aient &#233;t&#233; &#233;cart&#233;s par la direction de La France insoumise. Le parlement de l'Union populaire s'est transform&#233; en parlement de la Nupes, passant &#224; 500 membres selon la m&#234;me r&#233;partition, et toujours pr&#233;sid&#233; par Aur&#233;lie Trouv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les milieux populaires, cette unit&#233; est un bol d'air, la r&#233;alit&#233; militante est beaucoup plus diverse. Il s'agit avant tout d'un accord &#233;lectoral national, dans lequel tout a &#233;t&#233; r&#233;gl&#233; centralement, tant les r&#233;partitions que les d&#233;signations de candidat&#8729;es. Il n'y a pas dans l'accord la volont&#233; de cr&#233;er partout des structures unitaires ouvertes permettant de mobiliser ensemble sur le terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces limites, la cr&#233;ation de la Nupes a chang&#233; la situation politique, a ouvert l'espoir qu'il est possible, enfin, de mettre un coup de frein &#224; l'insupportable. Le d&#233;bat LREM/RN, avec toujours plus de r&#233;pression, de racisme, d'attaques contre les classes populaires a &#233;t&#233; remplac&#233; par la virulence contre les propositions de la Nupes devenue ennemi num&#233;ro 1. Toutes celles et tous ceux qui se retrouvent depuis des ann&#233;es dans les mobilisations, les manifestations, se sont enfin retrouv&#233;s ensemble autour d'une perspective politique commune de rupture. C'est un point d'appui essentiel pour les mois et ann&#233;es &#224; venir : on sort de l'accumulation de d&#233;faites pour ouvrir une autre perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans quelques endroits il y a vraiment eu une campagne unitaire, avec des parlements locaux, une v&#233;ritable mobilisation &#224; la base. Ailleurs cela a &#233;t&#233; une campagne classique, sans parler des quelques circonscriptions o&#249; d'anciens PS Macron-compatibles venaient sauver leur poste. La dynamique &#233;lectorale a &#233;t&#233; payante, alors que M&#233;lenchon seul n'&#233;tait arriv&#233; en t&#234;te que dans 105 circonscriptions sur 577, la Nupes a &#233;t&#233; la premi&#232;re force politique du pays, au coude &#224; coude avec les listes macronistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans 65 circonscriptions, des candidats dissidents du PS se sont oppos&#233;s aux candidats de l'accord Nupes, avec le soutien de certaines f&#233;d&#233;rations, des &#171; &#233;l&#233;phants &#187; du parti oppos&#233;s &#224; l'accord national, comme Jospin et Hollande. Les r&#233;sultats sont catastrophiques pour ces candidats, qui &#224; quelques exceptions pr&#232;s sont balay&#233;s d&#232;s le premier tour. Tout comme les principaux PS pass&#233;s du c&#244;t&#233; Macron ces derni&#232;res ann&#233;es, le pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e nationale, Ferrand, les anciens ministres Valls et Castaner. De mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, la campagne a marginalis&#233; les positions sociales lib&#233;rales tant dans le PS que dans EELV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abstention ayant mont&#233; dans les classes populaires entre les pr&#233;sidentielles et les l&#233;gislatives, malgr&#233; la dynamique militante, le nombre de votants pour la Nupes, 5,8 millions de voix (25,7 % des votant&#8729;es et 12 % des inscrits) est tr&#232;s nettement inf&#233;rieur &#224; la sommes des voix des pr&#233;sidentielles qui &#233;tait de 10,7 millions (30 % des votants et 22 % des inscrits). L'ensemble des formations de la Nupes gagne &#224; l'accord, en maintenant ou am&#233;liorant son nombre de d&#233;put&#233;s. Les grands vainqueurs sont EELV qui passe de 1 d&#233;put&#233; &#224; 23 et La France insoumise de 17 &#224; 75.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les 141 membres du groupe, de nouvelles et nouveaux d&#233;put&#233;s entrent au parlement, issus de luttes sociales, donnant une fra&#238;cheur qu'on n'a jamais connue, avec des jeunes issus de la FI, et d'autres comme Rachel Kekk&#233;, femme de chambre, figure de proue de la lutte de 22 mois contre la cha&#238;ne d'h&#244;tel Ibis, Aur&#233;lie Trouv&#233;, ancienne porte-parole d'Attac, Alma Dufour, ancienne porte-parole des Amis de la Terre, activiste contre Amazon, Louis Boyard, 21 ans, ancien pr&#233;sident de l'Union nationale lyc&#233;enne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Plut&#244;t le RN que la Nupes &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence actuelle des dominants contre la Nupes montre &#224; quel point ils ont peur de ce que peut donner une unit&#233; conqu&#233;rante en rupture avec les politiques de ces derni&#232;res d&#233;cennies. Elle confirme que l'application m&#234;me partielle du programme de la Nupes, par son opposition au n&#233;olib&#233;ralisme et ses r&#233;ponses &#233;cologistes, conduirait, malgr&#233; ses limites, &#224; des affrontements importants avec la classe dominante et les institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tel point que les d&#233;clarations d'entre les deux tours pla&#231;ant l'extr&#234;me droite et Nupes comme deux dangers sym&#233;triques, hors de &#171; l'arc r&#233;publicain &#187;, ont contribu&#233; &#224; d&#233;liter le &#171; barrage &#224; l'extr&#234;me droite &#187; : il n'y a pas eu de reports syst&#233;matiques de voix contre le RN, ce qui explique le r&#233;sultat final. Macron a pr&#233;f&#233;r&#233; faire diminuer le nombre de d&#233;put&#233;s Nupes en faisant &#233;lire indirectement des d&#233;put&#233;s RN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat qui vient de se d&#233;rouler &#224; propos de la commission des finances est lui aussi significatif. Cette commission de l'Assembl&#233;e nationale, qui est l&#233;galement pr&#233;sid&#233;e par un d&#233;put&#233; d'opposition, a le pouvoir d'organiser les d&#233;bats sur le budget et surtout celui de faire des contr&#244;les, de r&#233;clamer des documents administratifs dans les minist&#232;res ou services d'&#201;tat, y compris couverts par le secret fiscal. En application des r&#232;gles habituelles, la pr&#233;sidence devait revenir &#224; un membre de la Nupes. Des voix se sont imm&#233;diatement lev&#233;es pour proposer que cette place revienne au RN plut&#244;t qu'&#224; la Nupes, venant de la droite par la voix du Pr&#233;sident LR du S&#233;nat, ou encore d'un ministre de Macron inventant de nouvelles r&#232;gles qui conduiraient au m&#234;me r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e de la formule des ann&#233;es 1930, &#171; plut&#244;t Hitler que le Front Populaire &#187;, on entend aujourd'hui &#171; plut&#244;t le RN que la Nupes, et notamment La France insoumise &#187;. Finalement, apr&#232;s quelques cadeaux au RN dans les postes de gestion de l'Assembl&#233;e Nationale qui ont provoqu&#233; un d&#233;but de d&#233;bat, ni la droite, ni les &#233;lus macronistes ne sont all&#233;s cette fois-ci jusqu'&#224; &#233;lire un RN comme pr&#233;sident de cette commission, qui est revenue &#224; &#201;ric Coquerel, un des responsables de la FI. Qu'en sera-t-il dans les &#233;ch&#233;ances &#224; venir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie, qui n'appr&#233;cie pas vraiment les incertitudes, va tout faire pour stabiliser le pouvoir, en poussant &#224; une alliance entre Macron et la droite, qui est &#171; naturelle &#187; vu les prises de position et si besoin avec l'extr&#234;me droite, dans la mesure o&#249; le programme &#233;conomique du RN n'est pas oppos&#233; aux choix essentiels, et notamment sur la question de l'appartenance &#224; l'Europe des trait&#233;s actuels. Il est peu probable que cela r&#233;ussisse, l'instabilit&#233; est la seule certitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les enjeux de la situation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les exploit&#233;s et les opprim&#233;s, le fait qu'il existe une possibilit&#233; de mettre un coup d'arr&#234;t aux politiques n&#233;olib&#233;rales et climaticides dans un pays de la taille de la France est un enjeu majeur, tant au plan national qu'international, dans lequel il est de la responsabilit&#233; des courants marxistes r&#233;volutionnaires, anticapitalistes, de peser de toutes leurs forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La participation au processus unitaire, tout en maintenant les exigences de rupture claire avec les sociaux-lib&#233;raux compatibles est donc essentielle. Ce qui n'est pas compliqu&#233;, tant &#224; la base, y compris des militants de la FI, la m&#233;fiance envers ces politiques est grande et la pr&#233;sence critique accept&#233;e, justement comme contrepoint. Y &#234;tre &#224; fond implique de s'investir partout o&#249; c'est possible dans les structures de type parlement qui existent, et dans tout ce qui se passe dans ce cadre. Le probl&#232;me principal, c'est que cet accord national entre appareils politiques n'exprime pas la volont&#233; d'instaurer partout des parlements, des structures organisant par en bas l'aspiration &#224; l'action commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, la force principale, FI, n'est elle-m&#234;me pas une structure organis&#233;e, avec des sections, des adh&#233;rents, des d&#233;bats locaux et nationaux, c'est un mouvement gazeux qui r&#233;agit aux impulsions donn&#233;es par le leader et ses tr&#232;s proches. Dans la conjoncture actuelle de reclassements politiques rapides, cela lui donne une r&#233;activit&#233; tr&#232;s utile : peu de gens d&#233;cident dans des d&#233;lais records. Mais pour construire durablement un rapport de force social et politique, int&#233;grant r&#233;ellement diff&#233;rentes radicalisations, une organisation permanente est indispensable, m&#234;me si elle n'a pas la forme des partis du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ce qui est en jeu, c'est la construction d'un bloc, d'un front politique et social, autour d'axes de rupture avec le social lib&#233;ralisme, qui organise, apr&#232;s les &#233;lections, l'unit&#233; la plus large des exploit&#233;&#8729;&#233;s et des opprim&#233;&#8729;es. Les r&#233;sultats le montrent. La Nupes est la r&#233;f&#233;rence incontournable dans la lutte contre les politiques actuelles et a permis l'expression de classe dans les villes et nombre de quartiers populaires des grandes villes. Mais elle n'a pas &#233;t&#233; en mesure de regrouper la majorit&#233; des classes populaires, et bien au-del&#224; des &#233;lections et de l'objectif institutionnel, d'organiser effectivement partout, dans les quartiers, les entreprises, un front unique, un front d'action &#224; m&#234;me de modifier les conditions du combat contre l'extr&#234;me droite et les politiques n&#233;olib&#233;rales. Beaucoup d'incertitudes subsistent sur l'avenir de cet accord &#233;lectoral. Le PS et EELV ont des congr&#232;s dans les mois &#224; venir qui vont trancher entre celles et ceux qui &#233;taient pour entrer dans la Nupes et les autres. Le PCF peut aussi d&#233;cider de reprendre son autonomie. Quoi qu'il en soit, c'est autour des ph&#233;nom&#232;nes positifs, comme l'existence du parlement et de groupes &#233;quivalents dans les villes, qu'il faut travailler &#224; d&#233;passer ces difficult&#233;s bien r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aspiration unitaire contre les politiques n&#233;olib&#233;rales, racistes et climaticides qui s'est exprim&#233;e dans le cadre &#233;lectoral est un point d'appui pour d&#233;velopper les luttes, les mobilisations. L'heure est venue de se battre pour des processus de rapprochements, d'unification dans l'action, de f&#233;d&#233;ration durable, tant au niveau syndical (CGT, FSU et Solidaires notamment), que dans les associations menant des luttes &#233;cologistes, antiracistes, contre les oppressions, que de mani&#232;re plus large pour travailler &#224; constituer un front social et politique associant partis, syndicats et associations, pour unifier les courants militants aujourd'hui &#233;clat&#233;s, les combats &#233;mancipateurs des exploit&#233;&#8729;es et des opprim&#233;&#8729;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce cadre que peut &#234;tre repens&#233;e la perspective de construction d'une organisation anticapitaliste large. La quasi-totalit&#233; de celles et ceux qui sont susceptibles d'&#234;tre partie prenante d'un tel projet sont aspir&#233;s par cette dynamique, c'est donc en son sein que peuvent s'op&#233;rer les d&#233;cantations et les politisations, en travaillant avec tous les courants, quelle que soit leur histoire, qui ont une perspective &#233;cosocialiste, &#233;mancipatrice, de rupture avec le syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cette dynamique unitaire g&#233;n&#233;rale que l'expression d'une identit&#233;, son affirmation, sans sectarisme, sans propagandisme, peut jouer un r&#244;le positif pour la construction d'un espace, d'une f&#233;d&#233;ration, d'un mouvement, d'une organisation anticapitaliste, &#233;cosocialiste en son sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rouen, le 27 juin 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Patrick Le Moal est militant de la IVe Internationale et du Nouveau parti anticapitaliste (NPA).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Il &#233;tait de 7 ans, il est pass&#233; &#224; 5 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Si ce chiffre a r&#233;cemment augment&#233; &#224; cause des r&#233;ponses &#224; la pand&#233;mie, il &#233;tait auparavant autour de 56 % du PIB.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Europe &#201;cologie-Les Verts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Il a depuis quitt&#233; le PS et fond&#233; un petit parti, G&#233;n&#233;rationS, qui &#233;tait dans la Nupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. M&#233;lenchon a fait partie de l'aile gauche du PS et a particip&#233; &#224; la campagne du non de gauche contre la Constitution europ&#233;enne en 2005 avant de quitter le PS pour fonder son propre mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Ernesto Laclau, La raison populiste, Seuil, Paris 2005, pp. 154-155.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Notamment le secteur le plus antilib&#233;ral autour de Sandrine Rousseau qui avait &#233;t&#233; minoritaire de justesse lors du dernier congr&#232;s de ce parti.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Election pr&#233;sidentielle (France) : Sur la candidature de Jean Luc M&#233;lenchon</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Election-presidentielle-France-Sur-la-candidature-de-Jean-Luc-Melenchon</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Election-presidentielle-France-Sur-la-candidature-de-Jean-Luc-Melenchon</guid>
		<dc:date>2022-03-22T06:59:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Le Moal</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-03-22</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;lections pr&#233;sidentielles en France</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Actuellement c'est la candidature &#224; gauche la plus forte, m&#234;me si sa capacit&#233; &#224; jouer un r&#244;le central est incertaine. En 2017, il avait fr&#244;l&#233; les 20% [1], le &#171; peuple &#187; se tournera-t-il vers lui dans les derni&#232;res semaines de la campagne, l'amenant au second tour ? Le syst&#232;me &#233;lectoral peut r&#233;server des surprises, avec la concurrence au sein de l'&#233;lectorat d'extr&#234;me droite et de droite de Le Pen, Zemmour et P&#233;cresse. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res dimanche 27 f&#233;vrier 2022 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-03-22-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-03-22&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Elections-presidentielles-en-France-+" rel="tag"&gt;&#201;lections pr&#233;sidentielles en France&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH93/arton51943-80eeb.png?1781336345' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='93' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Actuellement c'est la candidature &#224; gauche la plus forte, m&#234;me si sa capacit&#233; &#224; jouer un r&#244;le central est incertaine. En 2017, il avait fr&#244;l&#233; les 20% [1], le &#171; peuple &#187; se tournera-t-il vers lui dans les derni&#232;res semaines de la campagne, l'amenant au second tour ? Le syst&#232;me &#233;lectoral peut r&#233;server des surprises, avec la concurrence au sein de l'&#233;lectorat d'extr&#234;me droite et de droite de Le Pen, Zemmour et P&#233;cresse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
dimanche 27 f&#233;vrier 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Patrick LE MOAL&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sommaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La r&#233;volution citoyenne (...)&lt;br class='autobr' /&gt; Mesurer les d&#233;fis d'aujourd'hui&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un candidat rompu &#224; l'exercice&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a su s'adapter parfaitement au syst&#232;me m&#233;diatico-politique fran&#231;ais centr&#233; sur l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, la relation d'un &#171; Homme &#187; avec les &#233;lectreurs-trices, focalis&#233;e sur les individus, le buzz, les pol&#233;miques de l'instant, la fabrique des &#233;motions autour des candidat-e-s, surtout des hommes, des r&#233;actions d'admiration, de v&#233;n&#233;ration, de d&#233;testation voire de haine. De ce fait, une pr&#233;sidentielle peut conna&#238;tre des rebondissements inattendus, car les r&#233;actions aux &#233;v&#233;nements, les joutes verbales peuvent parfois devenir d&#233;terminants. Ainsi peuvent jouer ses prises de positions positives, &#224; rebours des autres, sur l'islamophobie, question centrale dans le processus de fascisation des d&#233;bats, tout comme son plaidoyer en faveur de la cr&#233;olisation de la soci&#233;t&#233;, ou encore son refus de participer &#224; la manifestation des policiers le 19 mai dernier alors tous les autres s'y rendaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces p&#233;rip&#233;ties ne doivent pas faire oublier le fond du projet politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'avenir en commun, un programme loin d'&#234;tre radical&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme &#171; l'Avenir en commun &#187; pr&#233;sente &#171; une vision du monde futur &#187;, pour &#171; construire une soci&#233;t&#233; ayant pour but l'harmonie des &#234;tres humains entre eux et avec la nature &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire du n&#233;olib&#233;ralisme fait appara&#238;tre ce texte comme radical. Mais il est tr&#232;s marqu&#233; par les r&#233;f&#233;rences au socialisme r&#233;publicain et son admiration pour Fran&#231;ois Mitterrand, ce pr&#233;sident qu'il respecte toujours aujourd'hui [2]. La comparaison avec les 110 propositions de Mitterrand en 1981 est &#233;clairante. Il en est la continuit&#233; am&#233;nag&#233;e. Moins avanc&#233; sur les questions &#233;conomiques, les nationalisations notamment, identique sur les questions sociales, mais beaucoup plus d&#233;velopp&#233; et structur&#233; sur les questions environnementales, la planification &#233;cologique, peut-&#234;tre plus radical sur les institutions politiques, avec la 6e r&#233;publique, le droit de vote &#224; 16 ans, le r&#233;f&#233;rendum d'initiative citoyenne ou l'encadrement des jeunes avec la conscription citoyenne obligatoire. S'il a su int&#233;grer des r&#233;ponses aux &#233;volutions de la situation, il est dans la m&#234;me logique : limiter les effets les plus violents de l'exploitation capitaliste, en luttant aujourd'hui contre les effets des crises &#233;cologiques, sans remettre en cause ni la logique m&#234;me du syst&#232;me, ni la place de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne trouvera pas mentionn&#233;e une seule fois l'aspiration &#224; construite une soci&#233;t&#233; socialiste, ou &#233;cosocialiste, ou post capitaliste, ou m&#234;me simplement d&#233;barrass&#233;e du capitalisme, pas plus que la d&#233;nonciation du capitalisme en tant que tel, seulement celle du &#171; capitalisme financiaris&#233; de notre temps [qui] provoque une violence sociale et un saccage de la nature sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire de la civilisation [3] &#187;, et la volont&#233; de &#171; rompre avec le syst&#232;me de l'argent-roi &#187;. Qu'un programme &#233;lectoral dans une situation donn&#233;e ne r&#233;ponde pas &#224; toutes les questions, c'est in&#233;vitable. Mais pour savoir si la perspective propos&#233;e est r&#233;ellement en rupture avec le syst&#232;me capitaliste, la nature de l'objectif est importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux aspects sont en rupture claire avec le socialisme mitterrandien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ind&#233;pendance nationale &#171; n&#233;ocampiste &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique internationale, avec la d&#233;fense d'une certaine forme de n&#233;ocolonialisme &#171; &#224; la fran&#231;aise &#187;, tout en &#233;tant contre la pr&#233;sence de la France dans l'Otan, dessine une politique d'ind&#233;pendance nationale bas&#233;e sur l'arme nucl&#233;aire, qui n'est pas exempte d'une certaine forme de &#171; n&#233;o campisme &#187;, qui conduit &#224; ne pas s'opposer frontalement aux adversaires des &#201;tats Unis, qui conduit aux prises de positions relatives &#224; la Russie, la Chine et au positionnement dans les conflits internationaux, y compris lors d'une r&#233;volution comme en Syrie, &#224; la volont&#233; d'adh&#233;rer &#224; la banque de d&#233;veloppement des BRICS, au soutien au projet de monnaie commune mondiale face au dollar, &#224; la sortie de la Communaut&#233; europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le refus de l'organisation d&#233;mocratique de celles et ceux d'en bas&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle vient de la rencontre avec le populisme de gauche, pour qui la lutte de classe n'est plus l'antagonisme crucial de la soci&#233;t&#233;, et qui veut unifier face &#224; l'oligarchie, cr&#233;er une volont&#233; collective du peuple par une articulation de demandes h&#233;t&#233;rog&#232;nes autour d'un leader qui repr&#233;sente leur unit&#233; en mobilisant les affects. M&#233;lenchon ne reprend pas toutes ces th&#233;ories, pour lui le prol&#233;tariat n'est pas annul&#233;, et la logique de son programme n'est pas articul&#233;e par l'id&#233;e populiste que &#171; les demandes &#233;manant de la plupart des secteurs de la soci&#233;t&#233; ... sont &#233;quivalentes les unes aux autres dans leur opposition au r&#233;gime d'oppression [4] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'une autre mani&#232;re que la greffe populiste de gauche op&#232;re. Pour M&#233;lenchon, le parti tel qu'il a exist&#233; tout au long du XX&#176; si&#232;cle doit &#234;tre remplac&#233; par une forme d'organisation du peuple, le mouvement, sans bords, regroupant des individus singuliers autour du leader. La conscience est relativis&#233;e au profit de la mystique de l'enthousiasme. L'organisation politique collective et structur&#233;e, assimilant les bilans politiques, est abandonn&#233;e au profit du mouvement des individus atomis&#233;s agissant par impulsion et identification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette orientation qui a pris naissance apr&#232;s le congr&#232;s du PG en 2015 que M&#233;lenchon a failli perdre, fonctionne autour d'un dispositif stabilis&#233;, la FI cr&#233;&#233;e en 2016, un mouvement &#171; gazeux &#187;, sans aucune structuration d&#233;mocratique nationale, comme une machine con&#231;ue pour sa r&#233;ussite &#233;lectorale. A &#233;t&#233; ajout&#233; le &#171; parlement de campagne de l'Union Populaire &#187;, qui a un objectif clair et limit&#233; : le temps de la campagne, fixer les soutiens issus des mobilisations. Ce n'est en rien l'amorce d'un quelconque processus de r&#233;organisation &#224; gauche avec les repr&#233;sentant-e-s des d&#233;cantations politiques et sociales de ces derni&#232;res ann&#233;es. Ce serait contradictoire avec la conception de M&#233;lenchon sur la question de l'organisation, qui combat la construction d'une d'organisation d&#233;mocratique qui permet confrontations et maturations politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En agissant ainsi, M&#233;lenchon ne fait pas que prendre acte de la fin des partis, il contribue &#224; leur marginalisation. La mise en avant de l'Union Populaire ne peut donc modifier le ph&#233;nom&#232;ne politique M&#233;lenchon n&#233; d'une greffe populiste de gauche sur un vieux fond r&#233;publicain socialiste fran&#231;ais.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; La r&#233;volution citoyenne ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en &#339;uvre de ce programme provoquerait un affrontement avec le capitalisme n&#233;olib&#233;ral, avec les institutions europ&#233;ennes. Et dans cet affrontement, seule l'articulation de mobilisations de masse auto-organis&#233;es cr&#233;ant des lieux de contre-pouvoirs populaires avec des d&#233;cisions politiques de rupture qui peut cr&#233;er un rapport de force. Pour cela il faut un projet politique alternatif qui donne un sens global &#224; l'affrontement, un projet post capitaliste, &#233;cosocialiste, un syst&#232;me dans lequel le pouvoir est entre les mains des producteurs et productrices, et port&#233; par une/des formes d'organisation de la classe des exploit&#233;-e-s et des opprim&#233;-e-s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or M&#233;lenchon ne cherche pas &#224; provoquer une dynamique d'&#233;mancipation enclenchant sortie du capitalisme, &#224; &#233;duquer les domin&#233;-e-s contre les logiques capitalistes. Derni&#232;re le vocabulaire radical sur la r&#233;volution citoyenne, il se contente de repeindre la vieille voie r&#233;formiste parlementaire du changement social par les &#233;lections, pr&#233;cis&#233;ment l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, en adaptant son r&#244;le de leader populiste de gauche au r&#244;le particulier de la pr&#233;sidentielle dans la V&#176; r&#233;publique, utilisant Laclau et Mouffe pour donner une l&#233;gitimit&#233; intellectuelle et une illusion de nouveaut&#233; aux vieilles recettes us&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Mesurer les d&#233;fis d'aujourd'hui&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, si les exploit&#233;-e-s et les opprim&#233;-e-s repr&#233;sentent l'immense majorit&#233; de la population, iels sont multiples et ne s'unifient pas en tant que classe autour d'un projet &#233;mancipateur. Unifier les domin&#233;-e-s, cr&#233;er ce nous &#233;mancipateur, porteur de la v&#233;ritable libert&#233; est &#233;videmment un travail de longue haleine, qui va demander du temps, une accumulation d'exp&#233;riences sociales, politiques, une maturation des consciences, mais c'est incontournable et &#8230; pas du tout dans la temporalit&#233; des &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La campagne et l'action de M&#233;lenchon peuvent-elles &#234;tre un espoir de renouveau pour la gauche radicale, pour les perspectives anticapitalistes, pour une avanc&#233;e dans cette direction ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible qu'il polarise au plan &#233;lectoral une partie de celles et ceux qui sont indispensables pour avancer dans le sens de cette cr&#233;ation du nous dont nous avons tant besoin, certaines aspirations anticapitalistes ou la volont&#233; de lutter contre les processus de fascisation. Et il n'est pas indiff&#233;rent pour les domin&#233;-e-s que M&#233;lenchon ait ou pas un score plus fort que celui des candidat-e-s sociaux lib&#233;raux et sociales lib&#233;rales, qu'il soit ou pas pr&#233;sent au second tour contre Macron, &#224; la place de duels Macron/droite/extr&#234;medroite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour combattre pied &#224; pied les contre r&#233;formes n&#233;olib&#233;rales des 40 derni&#232;res ann&#233;es, un r&#233;sultat &#233;lectoral ne r&#232;gle rien &#224; lui seul, mais peut cr&#233;er des conditions politiques meilleures, ou pires, pour celles et ceux d'en bas. Pour autant, le vote ne permettra pas par lui m&#234;me de r&#233;soudre les questions qui nous pr&#233;occupent et ne peuvent trouvent des r&#233;ponses issues spontan&#233;ment des mouvements sociaux. Si la lutte de classe ne s'arr&#234;te jamais, l'action consciente d'une classe pour un autre pouvoir se construit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reconstruction d'une perspective sociale et politique &#233;mancipatrice n'est pas spontan&#233;e, pour exister elle doit &#234;tre pens&#233;e et d&#233;fendue, argument&#233;e, et irriguer l'action quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La construction d'organisations populaires, de cadres collectifs n'est pas spontan&#233;e, elle n&#233;cessite du travail, de la volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'organiser, se former ensemble, construire du collectif dans les entreprises, les quartiers, les initiatives populaires, au travers de pratiques communes patiemment et durablement &#233;tablies, d'exp&#233;riences de lutte et de conqu&#234;tes locales, cela reste central dans l'&#233;tablissement du rapport de forces. &#201;laborer ensemble, au coude-&#224;-coude, &#224; diff&#233;rentes &#233;chelles, une perspective &#233;mancipatrice qui pour conqu&#233;rir l'h&#233;g&#233;monie doit s'ancrer dans ces pratiques, s'appuyer sur des militant-e-s qui font vivre la politique ensemble, reste incontournable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rouen le 27 f&#233;vrier 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick Le Moal&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Lors des pr&#233;sidentielles de 2017, les intentions de vote pour M&#233;lenchon ont oscill&#233; entre 10 et 15 % les derniers mois de l'ann&#233;e 2016, sont descendues autour de 12 % en f&#233;vrier et d&#233;but mars 2017, avant de monter de 13 &#224; 19 % durant les quatre derni&#232;res semaines avant le premier tour du 21 avril 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cf Interview Marianne du 6 janvier 2016 &#171; Mitterrand : quand M&#233;lenchon, nostalgique, raconte son &#171; Vieux &#187; : &#171; Il reste beaucoup a&#768; apprendre de cette pe&#769;riode et bien mieux que les caricatures malveillantes qui circulent&#8230;.. E&#769;videmment quand vous avez sous les yeux un Franc&#807;ois Hollande, vous pouvez vous dire que l'arrive&#769;e au pouvoir de la 'gauche' ne change rien et que le re&#769;sultat peut me&#770;me e&#770;tre pire qu'avec la droite. Il faut gue&#769;rir l'autre gauche de cette maladie pour qui l'exercice du pouvoir condamnerait a&#768; la compromission et a&#768; la de&#769;route intellectuelle et morale. Ce n'est pas vrai. Parvenir au pouvoir peut permettre de changer la donne. Mitterrand l'a prouve&#769;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &#171; L'avenir en Commun &#187; ed Seuil novembre 2021 page 11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Ernesto Laclau &#8220;La raison populiste&#8221; ed Seuil 2005 pages 154-155&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gilets jaunes : un mouvement populaire in&#233;dit &#8211; Le point d&#233;but f&#233;vrier</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Gilets-jaunes-un-mouvement-populaire-inedit-Le-point-debut-fevrier</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Gilets-jaunes-un-mouvement-populaire-inedit-Le-point-debut-fevrier</guid>
		<dc:date>2019-03-25T20:22:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Poupin, Patrick Le Moal</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-03-26</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;tir&#233; de l'anticapitaliste, NPA2009.org &lt;br class='autobr' /&gt;
Le rouleau compresseur de la start-up Macron semblait avancer inexorablement. Le mouvement des Gilets jaunes est parvenu &#224; mettre en crise le gouvernement, la col&#232;re populaire est d'une ampleur telle qu'il a &#233;t&#233; oblig&#233; de reculer, au moins symboliquement. &lt;br class='autobr' /&gt; C'est la premi&#232;re fois depuis 2006, lorsque la mobilisation massive de la jeunesse rejointe par plusieurs journ&#233;es de gr&#232;ve appel&#233;es par les syndicats a impos&#233; le retrait du CPE (Contrat premi&#232;re (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-03-26-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-03-26&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH96/arton38456-13813.png?1781048880' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; de l'anticapitaliste, NPA2009.org&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rouleau compresseur de la start-up Macron semblait avancer inexorablement. Le mouvement des Gilets jaunes est parvenu &#224; mettre en crise le gouvernement, la col&#232;re populaire est d'une ampleur telle qu'il a &#233;t&#233; oblig&#233; de reculer, au moins symboliquement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est la premi&#232;re fois depuis 2006, lorsque la mobilisation massive de la jeunesse rejointe par plusieurs journ&#233;es de gr&#232;ve appel&#233;es par les syndicats a impos&#233; le retrait du CPE (Contrat premi&#232;re embauche), qu'un gouvernement est confront&#233; &#224; une crise qu'il ne peut r&#233;soudre autrement qu'en abandonnant son projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, depuis le tournant n&#233;olib&#233;ral des ann&#233;es 1980, les luttes sociales se sont multipli&#233;es en France. Mais ces luttes successives, ces journ&#233;es de gr&#232;ve, ces manifestations de masse n'ont pu, dans le meilleur des cas, que limiter l'ampleur de la destruction des conqu&#234;tes sociales de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente et n'ont pu emp&#234;cher une longue s&#233;rie de d&#233;faites et de reculs sociaux qui s'est encore allong&#233;e ces derniers mois avec la loi travail qui a d&#233;tricot&#233; une partie du code du travail, la privatisation de la SNCF et la destruction du statut des cheminots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a trois mois nous cherchions en vain comment en finir avec cette spirale et mettre en &#233;chec la nouvelle contre-r&#233;forme des retraites programm&#233;e par Macron en 2019. Aujourd'hui l'ampleur et la d&#233;termination radicale du mouvement des Gilets jaunes, un mouvement social imp&#233;tueux, inventif et incontr&#244;lable, ont r&#233;ussi &#224; modifier le rapport des forces, &#224; bouleverser sensiblement la situation politique et sociale en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit la suite, il a d'ores et d&#233;j&#224; d&#233;stabilis&#233; le gouvernement Macron, en l'emp&#234;chant au moins temporairement de poursuivre sa course folle aux contre-r&#233;formes. Il semble qu'un certain nombre de r&#233;formes soient repouss&#233;es sans date dont celles qui concernent les retraites, la sant&#233;, la fonction publique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Un mouvement qui dure et rebondit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plus de 2 mois, ce mouvement dure et rebondit, ne respectant ni la tr&#234;ve de fin d'ann&#233;e ni l'union nationale suite &#224; l'attentat de Strasbourg [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement a commenc&#233; par la signature d'une p&#233;tition qui s'est r&#233;pandue comme une tra&#238;n&#233;e de poudre sur les r&#233;seaux sociaux. Il s'est ensuite d&#233;velopp&#233;e hors de tout cadre politique ou syndical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre, les blocages de ronds-points routiers ont commenc&#233;. &#201;taient vis&#233;s les carrefours aux abords des villes pour perturber le fonctionnement &#233;conomique en entravant la circulation des camions. Des centaines de milliers de Gilets jaunes (au moins 300 000) ont particip&#233; &#224; ces 2 500 op&#233;rations de blocage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du samedi 17 novembre, des manifestations non autoris&#233;es, non concert&#233;es avec la police, avec des parcours &#233;voluant au gr&#233; des manifestant&#183;e&#183;s ont r&#233;uni des centaines de milliers de participant&#183;e&#183;s chaque semaine. &#192; Paris dans les quartiers riches, les quartiers des minist&#232;res, les lieux de pouvoir dans lesquels les manifestations du mouvement ouvrier ne se rendent pas et dans les centres-villes. La r&#233;pression polici&#232;re contre ces manifestations a &#233;t&#233; croissante ; le 1er d&#233;cembre, le symbolique Arc de Triomphe est tagu&#233; et d&#233;grad&#233; au cours d'affrontements tr&#232;s violents, au Puy-en-Velay la pr&#233;fecture est incendi&#233;e et les a&#233;roports de Nice et Nantes ont &#233;t&#233; bloqu&#233;s. Le 8 d&#233;cembre, le gouvernement veut impressionner, il mobilise 85 000 policiers avec un arsenal militaire et des blind&#233;s, fait proc&#233;der &#224; plus de 2 000 arrestations &#171; pr&#233;ventives &#187; sans arriver &#224; emp&#234;cher les manifestations dans les rues de Paris et de la plupart des grandes villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis cette date, la r&#233;pression a r&#233;ussi &#224; emp&#234;cher les Gilets jaunes de manifester en masse &#224; Paris, mais pas dans le reste du pays. M&#234;me si le nombre de manifestant&#183;es diminue depuis mi-d&#233;cembre, il reste depuis cette date chaque samedi &#224; un niveau tr&#232;s &#233;lev&#233;. Le mouvement est toujours pr&#233;sent, mobilise toujours aujourd'hui des dizaines de milliers de personnes tr&#232;s d&#233;termin&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant le gouvernement a tout fait pour casser la mobilisation, avec une r&#233;pression polici&#232;re et judiciaire sans pr&#233;c&#233;dents, en c&#233;dant un peu et en ouvrant un simulacre de d&#233;bat pour chercher &#224; isoler politiquement les Gilets jaunes du reste de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la manifestation du 1er d&#233;cembre, il annonce tout simplement l'annulation de la hausse des taxes sur les carburants qui avait mis le feu aux poudres, mais c'est trop peu et trop tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la manifestation du 8 d&#233;cembre, il fait des annonces selon le principe g&#233;n&#233;ral &#171; je te fais un cadeau, mais c'est toi qui paies &#187;. Elles sont toutes financ&#233;es par l'imp&#244;t, sans jamais prendre un euro de plus aux riches et aux patrons : une augmentation de 100 &#8364; par mois pour les salari&#233;&#183;e&#183;s au SMIC, &#171; sans qu'il n'en co&#251;te rien &#224; leur employeur &#187;, une prime de fin d'ann&#233;e dans les entreprises&#8230; au choix des patrons, le retour de l'exon&#233;ration des imp&#244;ts sur les heures suppl&#233;mentaires, l'annulation de la hausse d'un imp&#244;t participant au financement de la s&#233;curit&#233; sociale pour les retrait&#233;s dont le revenu est inf&#233;rieur &#224; 2 000 &#8364;&#8230; C'est une arnaque, mais symboliquement il recule !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ajoute l'organisation d'un &#171; Grand D&#233;bat &#187; jusqu'au 15 mars, pour que selon lui chacun s'exprime dans son quartier ou sur internet. Ce d&#233;bat est enti&#232;rement orient&#233; et verrouill&#233;, avec des questions ferm&#233;es du type &#171; quels imp&#244;ts faut-il baisser &#187;, &#171; faut-il supprimer certains services publics &#187;, &#171; comment finance-t-on la transition &#233;cologique : par l'imp&#244;t, par les taxes ? &#187; etc. et des questions ouvertes en mode &#171; cause toujours &#187; ! Mais cette arnaque, si elle ne prend pas chez les Gilets jaunes, permet de mobiliser les m&#233;dias et de redonner encore plus de place &#224; la parole du gouvernement et de Macron qui se d&#233;pense sans compter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;ferlement r&#233;pressif contre les &#171; classes dangereuses &#187; a atteint un niveau sans pr&#233;c&#233;dents, en s'appuyant sur les lois s&#233;curitaires issues de l'&#233;tat d'urgence mis en place lors des attentats et en d&#233;ployant un niveau de violences polici&#232;res in&#233;gal&#233;. Il y a eu des milliers d'arrestations, parfois pr&#233;ventives comme le 8 d&#233;cembre &#224; Paris, des milliers d'interdictions de manifester dans certaines villes, des centaines de condamnations &#224; des peines de prison de plusieurs mois, voire plusieurs ann&#233;es, la plupart du temps lors de proc&#233;dures exp&#233;ditives. Une femme de 80 ans a &#233;t&#233; tu&#233;e par une grenade lacrymog&#232;ne, des centaines de manifestant&#183;e&#183;s ont &#233;t&#233; gri&#232;vement meurtris : 4 personnes une main arrach&#233;e par des grenades, 20 personnes &#233;borgn&#233;es par des flash-balls et des grenades de d&#233;sencerclement, des dizaines bless&#233;es par des fragments de grenades explosives, des centaines molest&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des dizaines de milliers de manifestant&#183;e&#183;s non violents sont assimil&#233;s &#224; &#171; une foule haineuse &#187;, selon les termes de Macron [2]. Le gouvernement surench&#233;rit en d&#233;fendant l'adoption d'une nouvelle &#171; loi anti-casseurs &#187; hypercriminalisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, le mouvement des Gilets jaune change la situation. Le gouvernement Macron, apr&#232;s celui de Hollande a us&#233; et abus&#233; de la r&#233;pression comme arme politique : g&#233;n&#233;ralisation des mesures issues de l'&#233;tat d'urgence, r&#233;pression et criminalisation, g&#233;n&#233;ralisation des m&#233;thodes appliqu&#233;es aux quartiers populaires et aux migrant&#183;e&#183;s &#224; toutes les expressions politiques et sociales avec une surutilisation m&#233;diatique des sc&#232;nes d'affrontements pour d&#233;cr&#233;dibiliser les mobilisations. Mais l'affaire s'est retourn&#233;e. Les sc&#232;nes de violence n'ont pas diminu&#233; le soutien tacite de la population au mouvement des Gilets jaunes : c'est la police qui est apparue de plus en plus largement comme responsable des violences. Et commence &#224; monter une mobilisation contre l'utilisation des flash-balls ou lanceurs de balles de d&#233;fense [3] et de grenades explosives, soutenue par des organisations de d&#233;fense des droits humains. La multiplication de plaintes et d'enqu&#234;tes affaiblit la l&#233;gitimit&#233; de la politique r&#233;pressive du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Qui sont les Gilets jaunes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement a rendu visibles les invisibilis&#233;&#183;e&#183;s, ce dont t&#233;moigne le paternalisme condescendant, voire le m&#233;pris de classe des m&#233;dias et des dominants qui s'exprime de mani&#232;re d&#233;brid&#233;e face &#224; cette mobilisation sans repr&#233;sentants, sans ces porte-parole si pris&#233;s du monde m&#233;diatico-politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un mouvement d'ouvrier&#183;es, employ&#233;&#183;es, ch&#244;meur&#183;es, pr&#233;caires, retrait&#233;&#183;es, artisan&#183;es, des micro-entrepreneur&#183;es&#8230; Pour la moiti&#233; d'entre elles et eux, c'est leur premi&#232;re mobilisation, car d'autres sont parfois d'anciens ou toujours syndiqu&#233;&#183;es, notamment parmi les retrait&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de la moiti&#233; sont des femmes. Ils et elles ne font pas partie des milieux les plus d&#233;favoris&#233;s, mais des milieux modestes qui poss&#232;dent pour la plupart une voiture, et sont issu&#183;es des quartiers populaires des m&#233;tropoles et des d&#233;serts ruraux et p&#233;riph&#233;riques : il n'y a quasiment pas de Gilets jaunes dans les grandes villes et notamment &#224; Paris. Lorsque les Gilets jaunes manifestent dans les centres-villes, c'est dans un espace qui ne leur est pas familier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour bon nombre, elles et ils ont essay&#233; de s'en sortir par le travail, ont cherch&#233; &#224; avoir une maison et pour cela se sont &#233;loign&#233;s des centres-villes [4], rejoignant les habitant&#183;es des petites villes oubli&#233;es par la m&#233;tropolisation [5]. La s&#233;gr&#233;gation spatiale les a rel&#233;gu&#233;&#183;es toujours plus loin, dans des quartiers, des petites villes &#233;loign&#233;es des grandes agglom&#233;rations, endroits priv&#233;s de tout service public, de tout ce qui est n&#233;cessaire pour vivre correctement. Ils/elles ont beau travailler, dans des conditions de plus en plus difficiles, ils n'arrivent plus &#224; joindre les deux bouts, &#224; vivre d&#233;cemment, dignement. Ils et elles vivent un d&#233;classement et en plus sont objet des moqueries des &#233;lites !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;lls/elles prennent la parole, s'insurgent contre les in&#233;galit&#233;s criantes, contre les difficult&#233;s de leur vie quotidienne, contre le m&#233;pris et l'arrogance des dominants. Cette exasp&#233;ration populaire a un caract&#232;re de classe &#233;vident, ce qui explique sa popularit&#233; dans toutes les franges des classes populaires. Car c'est un mouvement social profond qui vient d'une partie de la classe des exploit&#233;&#183;es et des opprim&#233;&#183;es telle qu'elle est aujourd'hui en France. Une classe &#233;clat&#233;e, pr&#233;caris&#233;e, aux statuts divers. La majorit&#233; des salari&#233;&#183;es qui sont dans cette mobilisation n'ont pas de contacts avec les organisations syndicales, la gr&#232;ve, la d&#233;fense collective. Quand un ouvrier&#183;e se fait autoentrepreneur&#183;e parce qu'il/elle ne supporte plus la hi&#233;rarchie, ou ne trouve pas de boulot, il/elle c&#244;toie des artisans qui sont &#233;trangl&#233;&#183;es par les banques et les grands groupes. Tous habitent dans les m&#234;mes quartiers, les m&#234;mes zones, dans les m&#234;mes conditions de rel&#233;gation relative, dans la m&#234;me gal&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Quelles revendications ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation &#233;tait partie du refus d'une nouvelle augmentation de la taxe carbone sur les carburants, injuste socialement et inefficace sur le plan &#233;cologique. Le caract&#232;re antifiscaliste qui semblait dominer au d&#233;part et les tentatives d'instrumentalisation de l'extr&#234;me droite et de la droite extr&#234;me ont &#233;t&#233; relativis&#233;es par la dynamique propre du mouvement, qui s'est consid&#233;rablement &#233;largi : les taxes sur l'essence n'&#233;taient que &#171; la goutte d'eau qui fait d&#233;border le vase &#187;. Le refus de l'injustice a provoqu&#233; une &#233;volution vers une contestation sociale plus globale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part a donc vite &#233;t&#233; d&#233;pass&#233; par l'&#233;laboration d'un cahier de revendications, allant m&#234;me au-del&#224; de la d&#233;nonciation de l'injustice fiscale, du refus des mesures gouvernementales, avan&#231;ant des exigences offensives.&lt;br class='autobr' /&gt;
En portant des exigences de justice, d'&#233;galit&#233; et de d&#233;mocratie, le mouvement r&#233;active le d&#233;bat politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet on ne peut pas r&#233;duire les aspirations populaires &#224; des revendications purement mat&#233;rielles, m&#234;me si elles sont bien pr&#233;sentes. Il y a dans la vitesse et la profondeur d'une mobilisation qui refuse l'arbitraire &#233;tatique et le d&#233;ni de d&#233;mocratie, l'expression d'une &#233;motion profonde, bien au-del&#224; des seules revendications mat&#233;rielles qui cherchent &#224; traduire en chiffres ce refus de l'injustice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles et ils en ont &#171; ras le bol &#187; du m&#233;pris des puissants, ne supportent plus l'humiliation que leur fait vivre la soci&#233;t&#233;, et particuli&#232;rement le pr&#233;sident Macron.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelles sont ces exigences admises par le mouvement et transmises &#224; tous les m&#233;dias par &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Contre un syst&#232;me fiscal injuste : les plus riches b&#233;n&#233;ficient de cadeaux fiscaux comme la suppression de l'imp&#244;t de solidarit&#233; sur la fortune (ISF) alors que les services publics sont en mauvais &#233;tat voire inaccessibles. Il faut que les fraudeurs fiscaux soient punis et que chacun contribue selon ses moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Contre l'accumulation des attaques contre le pouvoir d'achat, les retraites&#8230; s'exprime l'exigence morale que les plus fragiles soient prot&#233;g&#233;s, que les travailleuses et travailleurs soient correctement r&#233;mun&#233;r&#233;s, que la solidarit&#233; fonctionne, que les services publics soient assur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Le refus du m&#233;pris des puissants et de l'humiliation, l'exigence de dignit&#233; et de respect expliquent la focalisation contre Macron. Ce dernier repr&#233;sente l'oligarchie, il est le pr&#233;sident des riches qui, par son exercice du pouvoir plein de morgue et de m&#233;pris, incarne une politique de l'in&#233;galit&#233;, d'un monde o&#249; il y a des sup&#233;rieurs &#8211; &#171; premiers de cord&#233;e &#187; &#8211; et des inf&#233;rieurs. Macron assume et sc&#233;narise son m&#233;pris des modestes, de ces ouvri&#232;res d'un abattoir breton qui sont &#171; pour beaucoup des illettr&#233;es &#187;, de ces ouvriers qui n'ont pas compris que &#171; la meilleure fa&#231;on de se payer un costard, c'est de travailler &#187;, de ces &#171; gens qui ne sont rien &#187;, de ces fain&#233;ants qui ne veulent pas &#171; traverser la rue &#187; pour trouver du boulot, du &#171; pognon de dingue &#187; d&#233;pens&#233; inutilement dans les aides sociales&#8230; &#171; Macron d&#233;mission &#187; est ainsi le mot d'ordre le plus repris partout !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Le discr&#233;dit du syst&#232;me politique et des &#233;lus comme la volont&#233; de trouver les moyens de se faire entendre et de contr&#244;ler placent au centre l'exigence d'une d&#233;mocratie r&#233;elle qui ne se r&#233;sume pas au droit de vote. C'est le sens de la demande du r&#233;f&#233;rendum d'initiative citoyenne (RIC). Dans la col&#232;re contre l'injustice et les dominants, dans la solidarit&#233; des domin&#233;&#183;e&#183;s, cherche &#224; se construire une nouvelle expression politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &#192; la dimension politique, s'ajoute l'exp&#233;rience de lieux de rencontre, de liens sociaux et amicaux qui rompent avec l'isolement, l'individualisation et la solitude.&lt;br class='autobr' /&gt; R&#233;action &#224; l'offensive n&#233;olib&#233;rale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des Gilets jaunes est la r&#233;action d'une partie des classes populaires &#224; quatre d&#233;cennies d'offensive n&#233;olib&#233;rale qui ont amplifi&#233; et approfondi les in&#233;galit&#233;s sociales. La classe dominante &#233;choue &#224; maintenir son r&#244;le dirigeant, son autorit&#233; : elle n'arrive plus &#224; imposer le consentement des exploit&#233;&#183;es et des opprim&#233;&#183;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Macron avait b&#233;n&#233;fici&#233;, pour se faire &#233;lire, du discr&#233;dit des partis politiques qui ont conduit les politiques lib&#233;rales depuis les ann&#233;es 1980. Son projet d'une politique ultralib&#233;rale dans le cadre d'un r&#233;gime politique autoritaire bute aujourd'hui sur un obstacle de taille : la r&#233;action de celles et ceux qui en sont les victimes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis son &#233;lection, il a mis en &#339;uvre, &#224; marche forc&#233;e, une politique de rupture qui amplifie la politique n&#233;olib&#233;rale des gouvernements ant&#233;rieurs. Il a voulu imposer en m&#234;me temps toutes les r&#233;formes lib&#233;rales ultrasensibles [6] longtemps diff&#233;r&#233;es en utilisant avec ostentation les institutions monarchiques de la Ve R&#233;publique. Entour&#233; d'un personnel politique &#224; son image, il &#233;carte la discussion de compromis avec les partis et syndicats. Pour cette oligarchie, la d&#233;mocratie est une perte de temps, &#224; l'extr&#234;me rigueur des concertations sont envisageables, mais surtout pas des n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des Gilets jaunes s'en prend aux politiques, au gouvernement, au pr&#233;sident, jug&#233;s responsables des politiques injustes, mais ne vise ni les patrons ni l'exploitation capitaliste en tant que telle. Il d&#233;fend une r&#233;paration des injustices les plus flagrantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;crit Samuel Hayat : &#171; Leur liste de revendications sociales est la formulation de principes &#233;conomiques essentiellement moraux : il est imp&#233;ratif que les plus fragiles (SDF, handicap&#233;s&#8230;) soient prot&#233;g&#233;s, que les travailleurs soient correctement r&#233;mun&#233;r&#233;s, que la solidarit&#233; fonctionne, que les services publics soient assur&#233;s, que les fraudeurs fiscaux soient punis (&#8230;). L&#224; est s&#251;rement ce qui donne sa force au mouvement, et son soutien massif dans la population : il articule, sous forme de revendications sociales, des principes d'&#233;conomie morale que le pouvoir actuel n'a eu de cesse d'attaquer de mani&#232;re explicite, voire en s'en enorgueillissant. D&#232;s lors, la coh&#233;rence du mouvement se comprend mieux, tout comme le fait qu'il ait pu se passer d'organisations centralis&#233;es &#187;. [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &#8230;sans que les organisations politiques et syndicales ne jouent un r&#244;le&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dynamique du mouvement a suivi son cours sans que les organisations politiques et syndicales ne jouent un r&#244;le. Ce mouvement a heurt&#233; de plein fouet le gouvernement, mais aussi les responsables syndicaux et politiques !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contraste a &#233;t&#233; saisissant entre le soutien massif de la population, en premier lieu dans les classes populaires, et la caricature qui en a &#233;t&#233; faite dans beaucoup de cercles de gauche. Mais, dans les entreprises, alors m&#234;me que les salari&#233;&#183;es soutiennent massivement le mouvement, il n'y a pas pour le moment de contagion sous forme de gr&#232;ve. L'id&#233;e que &#171; c'est le moment &#187; ne s'impose pas, m&#234;me quand des sections syndicales et/ou des militant&#183;es radicaux ont cherch&#233; &#224; mobiliser en ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si des responsables de La France insoumise, comme Jean-Luc M&#233;lenchon ou Fran&#231;ois Ruffin, tout comme Olivier Besancenot du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) dans plusieurs interventions t&#233;l&#233;vis&#233;es, ont tenu &#224; marquer leur soutien au mouvement, toutes les grandes organisations syndicales, non seulement la CFDT et FO mais aussi la CGT ont refus&#233; de soutenir les manifestations. Sur le terrain, un certain nombre de structures syndicales, de militant&#183;e&#183;s n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; apporter leur soutien et &#224; appeler &#224; participer aux actions des Gilets jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence de r&#233;action unitaire des organisations syndicales d&#232;s le 1er et le 8 d&#233;cembre &#224; la r&#233;pression violente, aux arrestations, par exemple sous la forme d'une journ&#233;e de gr&#232;ve avec des manifestations dans toute la France, est un rendez-vous manqu&#233; privant de soutien des membres des classes populaires en lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation a commenc&#233; &#224; changer en janvier : dans de nombreuses villes, les &#171; gilets rouges &#187; syndicaux &#233;taient de plus en plus pr&#233;sents et accept&#233;s dans les manifestations. Et lorsque la CGT a appel&#233; seule, bien tardivement, &#224; une gr&#232;ve de 24 heures le mardi 5 f&#233;vrier, des secteurs significatifs des Gilets jaunes ont appel&#233; &#224; en faire une &#171; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale reconductible &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela s'est traduit par des manifestations plus nombreuses que celles des seuls Gilets jaunes ou des seules organisations syndicales. Pour celles et ceux qui ont particip&#233; &#224; ces manifestations, la convergence a &#233;t&#233; r&#233;elle et avec une visible joie d'&#234;tre ensemble. En outre, cette jonction manifeste une certaine r&#233;sistance aux courants les plus r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant on est loin de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 24 heures, sans parler de la gr&#232;ve reconductible. Il n'y a pour l'instant pas de changement qualitatif dans la mobilisation d'autres secteurs des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Un produit de la succession d'&#233;checs du mouvement social&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement questionne directement aussi le mouvement syndical sur l'(in)efficacit&#233; de ses modes d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence des Gilets jaunes est le produit de la succession d'&#233;checs du mouvement social des derni&#232;res ann&#233;es en France. La nouveaut&#233;, la t&#233;nacit&#233; et les premiers succ&#232;s des Gilets jaunes &#233;clairent cruellement les limites des luttes des derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la p&#233;riode des &#171; trente glorieuses &#187;, le conflit de classe &#233;tait une forme de lien au sein de la soci&#233;t&#233; : les capitalistes n&#233;gociaient avec le mouvement ouvrier, la S&#233;curit&#233; sociale, la gestion des retraites, la formation professionnelle, etc. Pour les n&#233;olib&#233;raux, comme le disait Thatcher, &#171; il n'y a pas de soci&#233;t&#233; &#187;, il y a les individus et le march&#233;. Exit le mouvement syndical. L'&#201;tat est garant de la concurrence et quand c'est n&#233;cessaire, et &#231;a l'est de plus en plus souvent, assure la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiques men&#233;es par les capitalistes lors des restructurations &#233;conomiques ont diminu&#233; la capacit&#233; de blocage de l'&#233;conomie par la gr&#232;ve sur le lieu de travail. Les groupes industriels sont de plus en plus gros et internationalis&#233;s avec des unit&#233;s de production de plus en plus petites, dispers&#233;es par la sous-traitance. Seulement 34 % de salari&#233;&#183;es travaillent dans des entreprises employant plus de 500 personnes dont une bonne part dans des &#233;tablissements de taille inf&#233;rieure. &#192; de rares exceptions notables (raffineries, transports&#8230;), les salari&#233;&#183;es n'ont pas le sentiment que leur gr&#232;ve va &#234;tre efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les conditions de travail, avec l'explosion de la pr&#233;carit&#233; [8], ont chang&#233; &#8211; tout comme les conditions du militantisme, et plus encore avec les effets de la loi sur la repr&#233;sentation du personnel. Si l'on ajoute les ch&#244;meur&#183;es et les autoentrepreneur&#183;es&#8230; la part des exploit&#233;&#183;es et des opprim&#233;&#183;es qui est en contact avec les organisations syndicales est de plus en plus limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les derni&#232;res mobilisations nationales (retraites, loi travail) se sont traduites par une succession de manifestations, parfois tr&#232;s puissantes, mobilisant des millions de personnes, mais qui ont &#233;t&#233; incapables de faire plus que&#8230; de permettre de compter les m&#233;content&#183;e&#183;s. Nous ne sommes plus dans la p&#233;riode o&#249; la puissance des manifestations faisait peser la menace d'un autre niveau d'affrontement. Aujourd'hui ces manifestations syndicales sont, au contraire (y compris lorsqu'elles sont massives), la marque de l'impuissance &#224; faire plus. On manifeste parce qu'on ne peut pas faire moins, sans autre moyen de pression efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, les organisations politiques ne structurent plus les salari&#233;&#183;es sur les lieux de travail et n'ont qu'une relation &#233;lectorale avec les classes populaires, c'est-&#224;-dire tr&#232;s distante !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apparition des Gilets jaunes, apr&#232;s celle des Nuits Debout, en dehors des anciens cadres, met en &#233;vidence l'ext&#233;riorit&#233; du mouvement social organis&#233; &#224; l'&#233;gard de bien des secteurs des couches populaires dans lesquels ces organisations n'ont pas (plus) aucune implantation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement Nuit debout, bien que limit&#233; en France, avait mobilis&#233; d'autres couches sociales, jeunes, urbaines, plus form&#233;es, plus enclines &#224; d&#233;battre, elles aussi en ext&#233;riorit&#233; au mouvement social organis&#233;, qui ont cherch&#233; &#224; changer le rapport de force par l'occupation des places. Il y avait dans ce mouvement comme dans celui des Gilets jaunes un &#171; d&#233;gagisme &#187;, un refus de toutes les organisations qui apparaissent comme inutiles, voire nuisibles, en tout cas pas adapt&#233;es &#224; la situation, ne r&#233;pondant pas aux besoins des domin&#233;&#183;e&#183;s. Cette ext&#233;riorit&#233; touche aussi les associations existantes qui ne sont pas per&#231;ues comme repr&#233;sentantes naturelles de celles et ceux qui veulent agir. Ainsi les appels citoyens &#224; des mobilisations f&#233;ministes (#Metoo) ou &#233;cologistes (#ilestencoretemps) se sont multipli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des Gilets jaunes met aussi en &#233;vidence que le lieu de travail n'est plus le centre d'organisation de l'affrontement de classe. Il a cherch&#233; et trouv&#233; d'autres lieux (ronds-points), d'autres outils (les r&#233;seaux sociaux), d'autres formes (blocages, manifestations non d&#233;clar&#233;es&#8230;), d'autres cibles (les beaux quartiers, lieux de pouvoir&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; L'auto-organisation horizontale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que de commentaires acerbes sur un mouvement qui n'est pas capable d'avoir des repr&#233;sentants !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de repr&#233;sentants ne signifie pas obligatoirement pas d'organisation, ni de d&#233;bats ou de d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces secteurs des classes populaires ont construit des collectifs, ont cherch&#233; &#224; s'unifier hors de l'entreprise, dans l'espace public que sont les ronds-points et les p&#233;ages d'autoroute. Ce qui est tout &#224; fait in&#233;dit, c'est la dimension d'embl&#233;e nationale d'un mouvement spontan&#233; qui s'est d&#233;velopp&#233; simultan&#233;ment partout au travers de milliers d'actions locales coordonn&#233;es. Les r&#233;seaux sociaux ont permis de relier des individus qui ne se connaissaient pas, de mani&#232;re assez horizontale, &#233;galitaire, bien que m&#233;di&#233;e par les algorithmes desdits r&#233;seaux sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la seule puissance des r&#233;seaux sociaux ne peut expliquer l'ampleur du mouvement des Gilets jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit &#224; petit, c'est autour des groupes des ronds-points que s'est spontan&#233;ment organis&#233; le mouvement. L&#224; o&#249; ils ont tenu [9], se sont cr&#233;&#233;s des groupes sous des formes les plus diverses : du groupe qui se r&#233;unit r&#233;guli&#232;rement, d&#233;cide &#224; la majorit&#233; apr&#232;s d&#233;bat de ses actions, a m&#234;me une expression publique, jusqu'au secteur qui d&#233;cide sans d&#233;bat entre celles et ceux qui sont l&#224;, avec parfois un chef autoproclam&#233;. Parfois un ou plusieurs ronds-points d&#233;signent un&#183;e porte-parole. Chaque groupe d&#233;cide par lui-m&#234;me ce que vont &#234;tre ses r&#232;gles, ici l'extr&#234;me droite exclut un militant anticapitaliste, ailleurs c'est l'inverse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les actions communes, l'essentiel se d&#233;cide sur les r&#233;seaux sociaux. Un groupe fait une proposition, par exemple l'occupation d'un centre commercial, envoie l'information sur les r&#233;seaux sociaux, les autres r&#233;agissent&#8230; ou pas. L'action se fait s'il y a assez de monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations hebdomadaires du samedi sont de plus en plus rejointes par d'autres participant&#183;es, parfois syndicalistes. Lors de ces manifestations, le parcours se d&#233;cide au consensus informel (quand il n'est pas impos&#233; par r&#233;action aux offensives polici&#232;res). Si d'aucun&#183;es veulent prendre une direction, ils/elles y vont, si la majorit&#233; qui est derri&#232;re n'est pas d'accord, elle ne suit pas et cr&#233;e son propre parcours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un mouvement dans lequel chacun&#183;e d&#233;cide de ce qu'il fait, le plus souvent en accord tacite avec son groupe. Pour la plupart des participant&#183;e&#183;s, y compris celles et ceux qui sont syndiqu&#233;s, ont particip&#233; &#224; des gr&#232;ves, c'est la premi&#232;re fois de leur vie qu'ils/elles d&#233;cident et agissent ainsi par eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment cette absence de structuration permet les diff&#233;rentes man&#339;uvres, tant personnelles que de groupes d'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'extr&#234;me droite n'est pas dominante dans le mouvement, comme le prouve le fait qu'elle n'a pas r&#233;ussi &#224; imposer la th&#233;matique anti-immigr&#233;s, elle est quand m&#234;me pr&#233;sente dans certains ronds-points et dans les manifestations. Dans celles ci, l'absence de toute structuration d&#233;mocratique permet &#224; de petits groupes organis&#233;s des op&#233;rations comme lors de la manifestation du 1er d&#233;cembre &#224; Paris, ou lors de l'attaque contre le cort&#232;ge du NPA le 26 janvier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Globalement les enqu&#234;tes indiquent qu'un tiers des participant&#183;e&#183;s se d&#233;clarent &#171; apolitiques &#187;, ni de droite ni de gauche, et parmi celles et ceux qui se positionnent, plus de 40 % se situent &#224; gauche, 15 % &#224; l'extr&#234;me gauche, moins de 15 % &#224; droite et aux environs de 5 % &#224; l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; des Gilets jaunes d'&#234;tre ma&#238;tres de leurs d&#233;cisions et actions au niveau local a incontestablement enracin&#233; le mouvement et contribu&#233; &#224; son succ&#232;s. Mais il a besoin de se coordonner au niveau r&#233;gional et national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La maturation du mouvement ne produit pas &#224; ce jour de structuration &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d&#233;mocratique. Les d&#233;buts de structuration nationale au travers de l'Assembl&#233;e des Assembl&#233;es &#224; l'initiative du groupe de Commercy sont positifs, mais encore limit&#233;s. La r&#233;union qui s'est tenue le 27 janvier a regroup&#233; 350 personnes, mais seulement une soixantaine de d&#233;l&#233;gu&#233;&#183;es mandat&#233;s par des rond-points/groupes/assembl&#233;es locales, et une vingtaine de d&#233;l&#233;gations d'observateurs, sans compter les participants individuels et les journalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or l'absence de d&#233;bat national d&#233;mocratique renforce un des traits constitutifs du mouvement : l'imp&#233;ratif de l'unanimit&#233;. Sont avanc&#233;es les revendications pouvant faire imm&#233;diatement consensus. Le r&#233;f&#233;rendum d'initiative citoyenne (RIC) en est l'exemple type, les points qui risquent de diviser sont mis &#224; l'&#233;cart. Le d&#233;sir d'un peuple homog&#232;ne, sans division, conduit &#224; nier la dimension politique de son action. Les clivages, les contradictions sont refoul&#233;s. Or il y a des d&#233;bats entre diverses options. Se manifestent par exemple une option plus n&#233;gociatrice, une option &#171; d&#233;gagiste &#187;, une option &#233;lectoraliste qui appelle &#224; la formation d'un mouvement politique &#224; la mode du &#171; 5 &#233;toiles &#187; italien qui pour le moment ne prend pas. Enfin, les options nationalo-identitaires peuvent &#233;galement se renforcer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;passement du refus du d&#233;bat politique est un des enjeux. Le &#171; peuple &#187; n'est ni homog&#232;ne ni unanime, il est travers&#233; d'int&#233;r&#234;ts et d'avis divergents. C'est la disparition des oppressions et de l'exploitation qui permettra l'&#233;galit&#233; et la justice sociale, pas la n&#233;gation de leur existence. Les oppressions ne sont pas solubles dans l'invocation d'un &#171; peuple &#187;, les combattre n&#233;cessite l'auto-organisation des premier&#183;e&#183;s concern&#233;s. Loin de supprimer la politique, la d&#233;mocratie directe peut lui rendre sa fonction d'expression de choix de soci&#233;t&#233; diff&#233;rents, de confrontation d'id&#233;es, au d&#233;triment de celle de pourvoyeur d'&#233;curies &#233;lectorales. Il faut accepter l'antagonisme politique, le conflit, qui sont n&#233;cessaires &#224; la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Le mouvement a fait avancer un certain nombre de d&#233;bats&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Sur les questions de l'&#233;cologie et du climat. Alors qu'on assiste au d&#233;veloppement du mouvement pour le climat &#8211; marches pour le climat r&#233;guli&#232;res et nombreuses depuis septembre, succ&#232;s de la p&#233;tition &#171; l'affaire du si&#232;cle &#187; [10]&#8230; &#8211; le gouvernement a cherch&#233; &#224; opposer &#171; fin de mois et fin du monde &#187;, social et &#233;cologie&#8230; L'augmentation de la taxe carbone sur les carburants est apparue pour ce qu'elle est : injuste socialement (comme les autres imp&#244;ts indirects qui p&#233;nalisent plus les pauvres que les riches) et inefficace &#233;cologiquement. La moralisation/punition de l'utilisation de la voiture est inefficace alors que le tout-voiture est impos&#233; par toute l'organisation du travail, du logement, des services publics... Le capitalisme ne se contente pas d'exploiter la force de travail mais structure le temps et les espaces de vie, impose un &#171; d&#233;m&#233;nagement &#187; du territoire fa&#231;onn&#233; par le tout-voiture, la sp&#233;culation fonci&#232;re, l'organisation sociale et &#233;conomique centr&#233;e autour de quelques grandes m&#233;tropoles inscrites dans la mondialisation lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette s&#233;gr&#233;gation spatiale a &#233;t&#233; mise en &#233;vidence par celles et ceux qui sont oubli&#233;s-sacrifi&#233;s, priv&#233;s de service public et de tout ce qui est n&#233;cessaire pour vivre correctement. Le lien indispensable entre justice sociale et justice climatique a avanc&#233;, dans les slogans des marches climat, comme dans les pr&#233;occupations du mouvement &#233;cologiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; La place des femmes. Beaucoup s'&#233;tonnent de leur forte pr&#233;sence, qui contraste avec leur faible visibilit&#233; dans l'action syndicale et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur mobilisation r&#233;v&#232;le qu'elles sont la majorit&#233; des travailleurs pauvres, &#224; temps partiel, pr&#233;caris&#233;s, des retrait&#233;s pauvres&#8230; Elle vient rompre l'invisibilit&#233; de cette partie du prol&#233;tariat responsable de l'essentiel du travail du soin, dans la sant&#233;, le service &#224; la personne&#8230; Elles sont peu reconnues, mal pay&#233;es, avec des conditions de travail difficiles, beaucoup &#233;l&#232;vent seules leurs enfants. Les exigences ne concernent pas seulement le travail et le salaire, mais aussi tout ce qui fait la vie donc le logement, le transport, l'acc&#232;s aux services publics&#8230; autant de questions dont les femmes ont majoritairement la charge et qui ne sont pas prises en charge par le syndicalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et maintenant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;norme bouleversement ouvre de nouvelles possibilit&#233;s&#8230; mais rien n'est &#233;crit &#224; l'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une diff&#233;rence entre la frange la plus mobilis&#233;e (jusqu'&#224; 500 000 personnes) et ce qui se passe au plan politique dans le reste de la population. La tendance lourde de la mont&#233;e de l'extr&#234;me droite n'est pas invers&#233;e, au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution dans l'affrontement a une dynamique anti-Macron remettant en cause les choix capitalistes n&#233;olib&#233;raux, mais la dynamique politique actuelle est telle que des mouvements de ce type peuvent aussi profiter &#224; l'extr&#234;me droite : le mouvement ne peut &#224; lui seul r&#233;gler spontan&#233;ment ces d&#233;bats. Si l'extr&#234;me droite peut profiter du mouvement des Gilets jaunes, il serait faux de penser que c'est le mouvement des Gilets jaunes qui renforce l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques centaines de milliers de Gilets jaunes soutenus par l'immense majorit&#233; de la population ont r&#233;ussi &#224; d&#233;stabiliser Macron et son gouvernement, mais il est clair que pour le faire c&#233;der, il faut mettre en mouvement les autres couches de la classe des exploit&#233;&#183;e&#183;s et des opprim&#233;&#183;e&#183;s qui, si elles soutiennent ce mouvement, ne se sont pas mises en mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas de dire &#171; convergence &#187; pour unifier toutes les col&#232;res, et surtout cela ne pourra se faire sous une seule banni&#232;re, m&#234;me celle des Gilets jaunes qui a pourtant montr&#233; son efficacit&#233;. Cette unit&#233; dans l'action des exploit&#233;&#183;e&#183;s et des opprim&#233;&#183;e&#183;s ne pourra se faire que dans le m&#233;tissage des formes d'organisation et des moyens d'action, dans la reconnaissance qu'il n'y a pas un peuple homog&#232;ne, mais que des oppressions, dominations (de genre, de classe, raciste) n&#233;cessitent l'auto-organisation des premier&#183;e&#183;s concern&#233;&#183;e&#183;s pour les combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vivons une situation in&#233;dite avec un mouvement social imp&#233;tueux, inventif et incontr&#244;lable. In extremis, nous f&#234;tons enfin par les luttes le 50e anniversaire de Mai 68, avec cette mobilisation des Gilets jaunes dont les caract&#233;ristiques montrent &#224; quel point les conditions des luttes de classe se sont modifi&#233;es au cours de ces 50 derni&#232;res ann&#233;es. C'est un bouleversement, nous sommes entr&#233;&#183;es dans le XXIe si&#232;cle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si le mouvement actuel a cr&#233;&#233; une crise politique majeure, on est loin d'une inversion des dynamiques fondamentales de la p&#233;riode, celle de &#171; la possibilit&#233; du fascisme &#187;, inscrites dans les rapports de forces mondiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nouvelle vague de mobilisations montre &#224; nouveau l'absence criante d'une expression politique des exploit&#233;&#183;e&#183;s et des opprim&#233;&#183;e&#183;s et d'un outil politique utile pour leur action quotidienne. Un tel collectif militant, r&#233;seau, organisation ne peut se construire qu'autour d'un projet &#233;mancipateur, d'une perspective politique, qui doivent s'&#233;laborer &#224; partir des exigences de justice sociale, de r&#233;partition des richesses et de d&#233;mocratie. Partir des mouvements r&#233;els, des collectifs en mouvement, pour repenser des formes d'organisation d&#233;mocratiques&#8230; telle est aujourd'hui plus que jamais la t&#226;che des anticapitalistes, des r&#233;volutionnaires, de celles et ceux qui veulent en finir avec l'exploitation et les oppressions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rouen, le 8 f&#233;vrier 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christine Poupin et Patrick Le Moal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P.-S.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Inprecor n&#176; 659-660 janvier-f&#233;vrier 2019 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.inprecor.fr/article-France-Gilets%20jaunes%20:%20un%20mouvement%20populaire%20in&#233;dit?id=2224&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.inprecor.fr/article-France-Gilets%20jaunes%20:%20un%20mouvement%20populaire%20in&#233;dit?id=2224&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Christine Poupin, militante syndicale dans la chimie, est porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste (NPA, France) et membre du Bureau ex&#233;cutif de la IVe Internationale. Patrick Le Moal est militant de la IVe Internationale et membre de la direction du Nouveau parti anticapitaliste (NPA).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Le 11 d&#233;cembre, un attentat commis par un individu se r&#233;clamant de l'&#201;tat islamique sur le march&#233; de No&#235;l de Strasbourg a fait 5 morts et 11 bless&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Discours du Pr&#233;sident Emmanuel Macron, lors de la c&#233;r&#233;monie des v&#339;ux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Qui sont les armes de dernier niveau avant les balles r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Tous les jours 17 millions de personnes (2/3 des actifs) vont travailler hors de leur commune de r&#233;sidence, 14 millions d'entre elles sont oblig&#233;es d'utiliser leur v&#233;hicule personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. L&#224; o&#249; l'emploi est de plus en plus rare car 80 % des emplois cr&#233;&#233;s le sont dans les 15 grosses m&#233;tropoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 .D&#233;mant&#232;lement par ordonnances de pans entiers du code du travail et du droit du licenciement, gel des salaires, renforcement du contr&#244;le des ch&#244;meurs, r&#233;forme de la retraite avec introduction d'un syst&#232;me par points, suppression des effectifs publics, hausse de la CSG pour les retrait&#233;s, y compris les plus modestes, r&#233;forme de la formation professionnelle, remise en cause des obligations de service public de la SNCF et nouvelle r&#233;forme des retraites etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. ESSF (article 47262), Pass&#233; pr&#233;sent : Les Gilets Jaunes, l'&#233;conomie morale et le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Par exemple sur les cha&#238;nes de fabrication automobile, il n'est pas rare que la moiti&#233; des op&#233;rateurs soient int&#233;rimaires, et dans la plupart des secteurs, sous l'effet de l'automatisation et de la sous-traitance, les secteurs de fabrication bloquant la production sont minoritaires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Impossible de conna&#238;tre le nombre de ronds-points concern&#233;s, plusieurs centaines ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. P&#233;tition pour soutenir une action en justice contre le gouvernement fran&#231;ais pour son inaction climatique qui a recueilli plus de 2 millions de signatures.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'histoire de la R&#233;volution russe comme enjeu de lutte</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-histoire-de-la-Revolution-russe-comme-enjeu-de-lutte</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/L-histoire-de-la-Revolution-russe-comme-enjeu-de-lutte</guid>
		<dc:date>2017-03-07T07:57:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Le Moal</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-03-07</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'historien Eric Aunoble, connu pour ses recherches sur les communes comme forme d'utopies r&#233;volutionnaires dans l'Ukraine sovi&#233;tique (qui lui ont permis de travailler sur les sources sovi&#233;tiques des ann&#233;es 1919-1935)[1], se penche avec ce livre sur la perception de la R&#233;volution russe en France. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du site de la revue Contretemps. &lt;br class='autobr' /&gt;
On pourra lire ici un extrait de l'ouvrage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il propose une synth&#232;se de la presse de 1917, d'&#233;crits d'auteurs de g&#233;n&#233;rations diff&#233;rentes, d'opinions (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Livres-et-periodiques-" rel="directory"&gt;Livres et p&#233;riodiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres et revues&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2017-03-07-+" rel="tag"&gt;Edition du 2017-03-07&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L96xH150/arton29984-81598.png?1781336345' class='spip_logo spip_logo_right' width='96' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'historien Eric Aunoble, connu pour ses recherches sur les communes comme forme d'utopies r&#233;volutionnaires dans l'Ukraine sovi&#233;tique (qui lui ont permis de travailler sur les sources sovi&#233;tiques des ann&#233;es 1919-1935)[1], se penche avec ce livre sur la perception de la R&#233;volution russe en France.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/histoire-revolution-russe-aunoble/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra lire ici un &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/a-lire-un-extrait-revolution-russe-une-histoire-francaise-deric-aunoble/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;extrait de l'ouvrage&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il propose une synth&#232;se de la presse de 1917, d'&#233;crits d'auteurs de g&#233;n&#233;rations diff&#233;rentes, d'opinions oppos&#233;es, avec quelques incursions dans la p&#233;dagogie officielle, et livre ce travail sous la forme d'une histoire politique et culturelle : politique parce qu'elle relie l'histoire de 1917 aux enjeux fran&#231;ais tout au long du XX&#176; si&#232;cle ; culturelle car elle int&#232;gre les repr&#233;sentations litt&#233;raires, cin&#233;matographiques, qui dressent des ann&#233;es r&#233;volutionnaires un tableau parfois plus complet que les productions savantes, d'ailleurs peu nombreuses ces derni&#232;res ann&#233;es, publi&#233;es en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eric Aunoble a tout &#224; fait raison d'affirmer que cette p&#233;riode peut encore beaucoup &#171; apprendre &#224; tous celles et ceux qui, aujourd'hui encore, visent l'&#233;mancipation &#187;. Il encourage donc la reprise des &#233;tudes sur la p&#233;riode 1917-1921, d'autant plus importante qu'avec le grand retournement des la fin du XXe si&#232;cle, s'est impos&#233;e dans l'espace public une analyse du communisme comme un ph&#233;nom&#232;ne par essence totalitaire et criminel, la r&#233;volution comme simple prise du pouvoir par une minorit&#233; sans scrupules, occultant la puissance de la vague r&#233;volutionnaire qui a d&#233;ferl&#233; sur l'Europe de 1917 &#224; 1923, passant sous silence l'&#233;lan utopique de la R&#233;volution russe, indispensables pour comprendre les ressorts de la mobilisation des classes pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit donc pas seulement d'&#233;tudier la R&#233;volution russe par int&#233;r&#234;t pour le pass&#233;, mais parce qu'elle peut encore nous aider &#224; penser aujourd'hui une transformation sociale &#233;mancipatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;ception de 1917 en France et les 21 conditions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution russe a &#233;t&#233; au centre des d&#233;bats politiques et a constitu&#233; en quelque sorte une caisse de r&#233;sonnance au d&#233;bat national. N&#233;anmoins, elle est rest&#233;e au fond peu analys&#233;e en tant que processus r&#233;volutionnaire avec ses caract&#233;ristiques particuli&#232;res. L'auteur met en &#233;vidence que la r&#233;volution de f&#233;vrier 1917 est per&#231;ue &#171; depuis l'&#233;troit point de vue fran&#231;ais &#187;, comme reproduisant &#171; notre 1789 &#187;. La vision n&#233;gative des bolcheviks domine chez les contemporains de l'&#233;v&#233;nement, y compris dans L'Humanit&#233; dans laquelle les opposants &#224; l'Union sacr&#233;e n'avaient alors pas la parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est frappant de constater la raret&#233; des documents &#233;crits sur la r&#233;volution elle-m&#234;me disponibles en fran&#231;ais au moment o&#249; se tiennent les discussions acharn&#233;es du congr&#232;s de Tours en d&#233;cembre 1920. Pour l'essentiel il y en a deux. La brochure &#171; L'av&#232;nement du bolchevisme &#187; &#233;crite rapidement par Trotsky pendant les n&#233;gociations de Brest-Litovsk en f&#233;vrier 1918, qui illustre et justifie la politique Bolchevik ; et Les notes sur la r&#233;volution bolchevique de Jacques Sadoul, militaire envoy&#233; en Russie en octobre 1917, livre constitu&#233; de lettres adress&#233;es au Ministre Albert Thomas, qui d&#233;crivent et analysent les &#233;volutions politiques en cours et les individus qu'il rencontre entre octobre 1917 et janvier 1919.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;crits sont tr&#232;s loin d'embrasser dans toute son ampleur le processus r&#233;volutionnaire en Russie, et ne permettent pas de comprendre les forces motrices de la r&#233;volution. D'ailleurs, le fameux d&#233;bat en France sur les 21 &#171; conditions d'admission des partis dans l'internationale communiste &#187;[2] montre que l'adh&#233;sion &#224; la IIIe internationale est une aspiration au soutien &#224; la r&#233;volution au sens large, sans int&#233;grer le fond des conceptions bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs traductions avaient circul&#233; de ces conditions. Dans la version parue dans L'Humanit&#233; &#224; partir de &#171; la version transcrite de l'italien &#187;[3], la condition n&#176; 9 pr&#233;cise &#171; Chaque Parti d&#233;sirant appartenir &#224; l'Internationale Communiste doit d&#233;ployer syst&#233;matiquement et fermement une activit&#233; [propagande dans une autre version] dans les syndicats, dans les conseils ouvriers et les conseils de fabrique, dans les coop&#233;ratives et autres organisations de masse des ouvriers. A l'int&#233;rieur de ces organisations, il est n&#233;cessaire de cr&#233;er des noyaux communistes doivent &#234;tre form&#233;s&#8230; Ces noyaux communistes doivent &#234;tre compl&#232;tement subordonn&#233;s au Parti &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les approximations sur la traduction ne sont pas les plus importantes : les 21 conditions ne sont pas soumises au vote entant que telles. La r&#233;solution adopt&#233;e majoritairement s'y r&#233;f&#232;re, mais sur cette question particuli&#232;re du travail dans les syndicats, elle s'av&#232;re tr&#232;s diff&#233;rente : on ne parle plus de subordination au parti, mais de coordination sans assujettissement : &#171; lorsque la majorit&#233;, dans ces organisations, est conquise au communisme, il y a entre elles et le parti coordination d'action et non assujettissement d'une organisation &#224; une autre &#187;[4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un accident d&#251; &#224; l'incompr&#233;hension : un amendement rappelant la soumission des noyaux communistes de la condition n&#176;9 est minoritaire[5]. S'exprime ainsi la volont&#233; d'int&#233;grer au Parti Communiste naissant les syndicalistes r&#233;volutionnaires qui ne participent pas aux d&#233;bats du congr&#232;s de Tours, ce qui supposait de leur donner des garanties. Ajoutons que la place des syndicats dans le mouvement ouvrier europ&#233;en est bien diff&#233;rente de la r&#233;alit&#233; russe. Ce que ce d&#233;bat montre, c'est que la scission entre r&#233;formistes et r&#233;volutionnaires se fait sur le soutien ou non &#224; la R&#233;volution russe, pas &#224; partir de la connaissance de la r&#233;volution elle-m&#234;me, de la compr&#233;hension du processus et du r&#244;le qu'y ont jou&#233; les bolcheviks, pas seulement en 1917, mais aussi depuis le d&#233;but du si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s le congr&#232;s de Tours&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la p&#233;riode qui suit la scission entre communistes et socialistes lors du congr&#232;s de Tours (1920), quelques textes sur la r&#233;volution vont plus loin. Victor Serge, apr&#232;s la publication de deux contributions en 1921[6], &#233;largit la perspective en 1924 en abordant le processus r&#233;volutionnaire au del&#224; de f&#233;vrier et octobre 1917 dans La ville en danger : l'an II de la r&#233;volution. Les travaux acad&#233;miques sont peu nombreux jusqu'en 1939, avec quelques ouvrages sur les contradictions sociales nou&#233;es autour de la question de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Eric Aunoble met en avant par exemple celui de Boris Nodle paru en 1928 : L'ancien r&#233;gime et la r&#233;volution russes, pour lequel la r&#233;volution de 1917 est l'ach&#232;vement de la r&#233;forme agraire de 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti communiste, d'abord bolchevis&#233; puis stalinis&#233; &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1920, d&#233;ploie une grande activit&#233; de publication de documents &#233;labor&#233;s &#224; Moscou, &#224; l'exception notable des 10 jours qui &#233;branl&#232;rent le monde de John Reed (1927). C'est le r&#232;gne de l'Histoire officielle qui privil&#233;gie Le pr&#233;cis d'histoire du parti communiste, ouvrage qui r&#233;sume l'histoire du parti &#224; la lutte contre les d&#233;viations. L'auteur cite en exemple le premier num&#233;ro des Cahiers du bolchevisme en novembre 1924 qui &#171; reproduit un article de la Pravda intitul&#233; &#171; Comment il ne faut pas &#233;crire l'histoire d'Octobre et qui s'en prend aux &#171; Le&#231;ons d'octobre &#187; de Trotsky &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement les romans d'origine sovi&#233;tique donnent une vision de la r&#233;alit&#233; r&#233;volutionnaire plus int&#233;ressante. Quant au film &#171; Octobre &#187;, lui aussi dans la ligne du combat contre Trotsky, il est interdit en France d&#232;s sa premi&#232;re projection en 1927. Il va devenir un mythe : c'est seulement en 1966 que sa version int&#233;grale sera disponible pour le grand public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre quelques publications d'extr&#234;me droite sur le &#171; complot bolchevik &#187;, paraissent lentement dans des &#233;ditions marginales, atteignant des milieux politis&#233;s restreints, de nouvelles contributions : entre 1923 et 1935 les souvenirs de Nestor Makhno et Piotr Archinov ; en 1934 les &#233;crits de Souvarine qui d&#233;crit la formation et le d&#233;veloppement d'un appareil politique tentaculaire : et en 1937 La r&#233;volution russe de Rosa Luxembourg. L'histoire de la r&#233;volution russe &#187; de L&#233;on Trotsky, &#233;crite entre 1929 et 1932, traduit en 1933-1934, a un statut un peu particulier, car elle touche un public plus large. Trotsky montre que la r&#233;volution r&#233;sulte de l'intervention directe des masses dans les &#233;v&#233;nements historiques mais Eric Aunoble observe que &#171; le parti reste n&#233;anmoins un pivot indispensable &#224; la compr&#233;hension m&#234;me de la r&#233;volution &#8230;.consid&#233;r&#233; philosophiquement comme l'expression consciente du processus historique inconscient &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la glaciation stalinienne aux occasions manqu&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la Seconde guerre mondiale, avec la place acquise par l'URSS de grande puissance et le philosovi&#233;tisme officiel, le puissant PCF, principal parti de la r&#233;sistance fran&#231;aise, cr&#233;e une zone d'exclusion autour des &#233;v&#232;nements de 1917. L'image de la R&#233;volution russe se dess&#232;che, se d&#233;politise, avec la publication de romans r&#233;alistes socialistes, de films comme &#171; Le 41&#232;me &#187;, ou m&#234;me plus tard du &#171; Docteur Jivago &#187; (pr&#232;s de 10 millions de spectateurs). Les voix dissidentes sont &#233;touff&#233;es, leurs livres paraissant g&#233;n&#233;ralement dans des maisons d'&#233;ditions confidentielles. Le grand t&#233;moignage de Voline, La r&#233;volution inconnue, est publi&#233; en 1947, deux ans apr&#232;s sa mort. Moscou sous L&#233;nine de Rosmer, termin&#233; en 1949, n'est &#233;dit&#233; qu'en 1953, gr&#226;ce &#224; l'entremise d'Albert Camus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eric Aunoble a raison d'insister sur l'occasion manqu&#233;e des ann&#233;es 1968, au moment o&#249; le monopole stalinien est bris&#233;, o&#249; sont disponibles les classiques trotskystes, mao&#239;stes et tiers-mondiste, au moment o&#249; d'autres voix sont audibles, alors que les archives quittent le NKVD et deviennent plus accessibles. Il affirme qu'&#224; partir de ces ann&#233;es une histoire scientifique de la r&#233;volution devient possible, de m&#234;me qu'une histoire engag&#233;e, ouverte et pluraliste. Sont traduits en fran&#231;ais quelques ouvrages importants &#233;crits dans les ann&#233;es 1950, comme Les soviets en Russie d'Oskar Anweiler (1972).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais selon lui, la parution du livre Le parti Bolchevique de Pierre Brou&#233; (1963) a &#171; le d&#233;faut &#8230; de r&#233;duire la r&#233;volution uniquement &#224; l'action du parti et de ses dirigeants ou &#224; l'interaction entre les masses ou organisations de masse et le parti au risque de tomber dans une simple ex&#233;g&#232;se des textes de L&#233;nine ou de Trotsky&#8230; r&#233;pondre sur la vertu ou la lucidit&#233; de tel militant, telle tendance du parti ou m&#234;me du parti tout entier restait au mieux partiel et surtout inefficace. Pour ceux qui voyaient le syst&#232;me d'oppression auquel la r&#233;volution avait finalement abouti, la question n'&#233;tait pas de savoir si les bolcheviks &#233;taient honorables dans leur projet d'une soci&#233;t&#233; plus juste, mais bien pourquoi ce r&#234;ve s'&#233;tait transform&#233; en son contraire. De plus, en opposant le projet originel au &#171; socialisme r&#233;el &#187;, on restait dans la d&#233;finition du communisme donn&#233; par les totalitariens : une id&#233;e indiff&#233;rente &#224; la r&#233;alit&#233; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retard des ann&#233;es 1950 n'est pas combl&#233;, et les apparentes avanc&#233;es des ann&#233;es 1970 ne vont pas emp&#234;cher la d&#233;faite id&#233;ologique des d&#233;cennies suivantes. De la m&#234;me fa&#231;on que la vision globale de la r&#233;volution russe du PCF a conquis une forme d'h&#233;g&#233;monie entre les ann&#233;es 1930 et 1950, Eric Aunoble observe que, dans les ann&#233;es 1980 et 1990, &#171; la vieille g&#233;n&#233;ration des anticommunistes pass&#233;s par le PC fait la jonction avec les ex-soixantes-huitards devenus &#171; nouveaux philosophes&#171; , et ils vont ensemble construire l'histoire d'un crime, avant de passer &#224; celle des victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail d'analyse totalitarienne du ph&#233;nom&#232;ne sovi&#233;tique avait commenc&#233; dans les ann&#233;es 50, sans b&#233;n&#233;ficier alors d'un &#233;cho important. Il s'est fait autour de Raymond Aron et surtout de la revue Est et Ouest anim&#233;e par Boris Souvarine[7]. Elle op&#232;re une remise en cause de la r&#233;volution d'octobre de l'int&#233;rieur, avec un travail de fond utilisant des documents originaux. Pour eux, la vraie r&#233;volution est celle de f&#233;vrier, octobre est un coup de force, les peuples allog&#232;nes sont toujours plus encha&#238;n&#233;s, il est impossible de construire le socialisme dans un pays rural et pauvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche se trouvera d&#233;velopp&#233;e, autrement et plus tard, &#224; partir des ann&#233;es 1980 dans le travail de Nicolas Werth, qui confirme l'existence d'une r&#233;volution mais qui montre &#171; le d&#233;calage entre ce que les soldats, les paysans, les ouvriers ou les allog&#232;nes mettent derri&#232;re &#171; le pouvoir aux soviets &#187; derri&#232;re les slogans de paix, de terre, de contr&#244;le ouvrier et de droit des peuples, et le contenu qu'en donnent les bolcheviks. Seule force r&#233;ellement organis&#233;e dans un pays qui se d&#233;lite, ils prennent le pouvoir gr&#226;ce &#224; ce malentendu et s'y maintiennent par la force &#187;[8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le basculement des ann&#233;es 1980&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ces pr&#233;misses ne sont rien &#224; c&#244;t&#233; du basculement des ann&#233;es 1980, au moment du renouveau de la guerre froide impuls&#233; par Reagan, qui va s'appuyer sur les &#233;crits des dissidents pour lesquels la r&#233;volution n'aurait &#233;t&#233; que le th&#233;&#226;tre d'une lutte pour le pouvoir dictatorial. C'est donc une histoire engag&#233;e qui, sous le blason de l' &#171; anti&#8211;totalitarisme &#187;, va l'emporter, s'affirmant notamment &#224; travers la publication en 1995 du Pass&#233; d'une illusion (de Fran&#231;ois Furet), et en 1997 du Livre noir du communisme (dirig&#233; par St&#233;phane Courtois), qui rencontre un fort &#233;cho m&#233;diatique en r&#233;clamant notamment &#8211; d&#232;s la (longue) pr&#233;face de Courtois, qui sera critiqu&#233;e par certains des co-auteurs du livre &#8211; un &#171; proc&#232;s de Nuremberg &#187; pour les &#171; crimes du communisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de 1988, la p&#233;riode 1914-1945 est &#233;tudi&#233;e en classe de troisi&#232;me sous le titre &#171; guerres, d&#233;mocratie, totalitarisme &#187;[9]. On passe donc de l'analyse d'une r&#233;volution &#224; une &#233;tude criminologique, passage que la chute du Bloc sovi&#233;tique a amplifi&#233; : en Russie, le 5 novembre, jour de la prise du pouvoir, n'est plus f&#233;ri&#233; depuis 2005. Les r&#233;f&#233;rences &#224; la R&#233;volution russe ont largement disparu de la culture de la gauche dans le cadre d'un recul g&#233;n&#233;ral de la politisation et de la conscience historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eric Aunoble observe justement : &#171; apr&#232;s que le XIXe si&#232;cle et le d&#233;but du XXe si&#232;cle ont cherch&#233; les voies d'une r&#233;volution sociale, on est revenu &#224; la d&#233;finition lib&#233;rale, &#233;troitement politique, du terme : il est l&#233;gitime de r&#233;tablir les libert&#233;s menac&#233;es par l'Etat, m&#234;me par un mouvement, mais pas de s'attaquer au r&#233;gime de propri&#233;t&#233; et aux hi&#233;rarchies sociales &#187;. On peut ajouter que ce d&#233;tournement de la notion m&#234;me de r&#233;volution a &#233;t&#233; engag&#233; en France d&#232;s la fin du XIXe si&#232;cle, comme le montre Mich&#232;le Riot-Sarcey dans Le proc&#232;s de la libert&#233;[10], m&#234;me s'il a &#233;t&#233; combattu par des partis importants &#8211; la SFIO puis le PC &#8211; qui continuaient &#224; avancer la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;volution sociale dans la premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle. Cette conception d'une r&#233;volution sociale n&#233;cessaire est aujourd'hui tr&#232;s minoritaire, y compris dans le mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;chapper &#224; cette vision criminologique de l'histoire, il importe de revenir au processus r&#233;volutionnaire, au mouvement d'affranchissement, nous dit l'auteur, &#171; rendre leur statut d'acteurs &#224; ceux qui ont v&#233;cu les &#233;v&#233;nements, pour essayer de retrouver leurs raisons d'agir. Cette orientation de recherche ob&#233;irait non seulement &#224; un int&#233;r&#234;t pour le pass&#233;, mais aussi &#224; la n&#233;cessit&#233; de penser la transformation sociale &#224; venir. Il y a certes peu de chance que la r&#233;volution russe redevienne un enjeu politique central, car le fil de la transmission militante a &#233;t&#233; rompu depuis longtemps. Inactuelle elle n'est pourtant pas devenue anachronique &#187;. Car 1917 reste un moment de basculement sans pr&#233;c&#233;dent dont il nous faut tirer les le&#231;ons pour aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Ce travail c'est concr&#233;tis&#233; par le livre &#171; Le Communisme, tout de suite ! &#187;. Le mouvement des Communes en Ukraine sovi&#233;tique (1919-1920), Editions Les Nuits rouges, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Adopt&#233;es par le deuxi&#232;me congr&#232;s de la IIIe internationale en juillet 1920.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le congr&#232;s de Tours, Editions sociales 1980, p. 123. Elle est diff&#233;rente de celle donn&#233;e par Annie Kriegel dans Le congr&#232;s de Tours, coll archives 1964 p. 251.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Le congr&#232;s de Tours, op. cit., p. 137.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le congr&#232;s de Tours, op. cit., p. 137.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] &#171; Pendant la guerre civile : P&#233;trograd mai-juin 1919 &#187;, et &#171; Les Anarchistes et l'exp&#233;rience de la r&#233;volution russe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Militant socialiste fran&#231;ais gagn&#233; au combat contre l'union sacr&#233;e pendant la premi&#232;re guerre mondiale, il milite avec Monatte pour l'adh&#233;sion &#224; la IIIe internationale, devient membre du secr&#233;tariat de l'IC et du Bureau politique du PCF. Il d&#233;nonce le centralisme bureaucratique du PCF, publie un texte de Trotsky, ce qui conduit a son exclusion en 1924, c'est la bolch&#233;visation en marche. Devenu militant antistalinien actif dans les ann&#233;es 20 et 30, il devient anticommuniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Eric Aunoble La r&#233;volution russe une histoire fran&#231;aise, op. cit.,p. 156&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] A partir de 1978, la r&#233;volution russe n'est plus au programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Ed La d&#233;couverte 2016&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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