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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
	<link>https://www.pressegauche.org/</link>
	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Sur l'arbitraire et la politique de terreur en Cisjordanie occup&#233;e</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Sur-l-arbitraire-et-la-politique-de-terreur-en-Cisjordanie-occupee</link>
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		<dc:date>2026-03-24T06:13:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ludivine Bantigny</dc:creator>


		<dc:subject>Isra&#235;l - Palestine</dc:subject>
		<dc:subject>Palestine</dc:subject>
		<dc:subject>Isra&#235;l</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2026-03-24</dc:subject>
		<dc:subject>Conflit Isra&#233;lo-palestinien</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Exactions, expulsions, meurtres d'enfants, ex&#233;cutions sommaires : en Cisjordanie, Isra&#235;l se livre &#224; un nettoyage ethnique de plus en plus oppressant. Tout est fait, par la terreur, pour que les Palestiniens quittent leur terre. J'&#233;tais en Cisjordanie occup&#233;e fin f&#233;vrier, alors que la guerre de Trump et Netanyahou commen&#231;ait. T&#233;moignage et appel concret &#224; la solidarit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'autrice. &lt;br class='autobr' /&gt;
Fin f&#233;vrier, alors que la guerre de Trump et Netanyahou commen&#231;ait, j'&#233;tais en Cisjordanie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Israel-Palestine-+" rel="tag"&gt;Isra&#235;l - Palestine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Palestine-+" rel="tag"&gt;Palestine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Israel-+" rel="tag"&gt;Isra&#235;l&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-03-24-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-03-24&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Conflit-Israelo-palestinien-+" rel="tag"&gt;Conflit Isra&#233;lo-palestinien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH80/israel_colon-74a88.png?1781027222' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Exactions, expulsions, meurtres d'enfants, ex&#233;cutions sommaires : en Cisjordanie, Isra&#235;l se livre &#224; un nettoyage ethnique de plus en plus oppressant. Tout est fait, par la terreur, pour que les Palestiniens quittent leur terre. J'&#233;tais en Cisjordanie occup&#233;e fin f&#233;vrier, alors que la guerre de Trump et Netanyahou commen&#231;ait. T&#233;moignage et appel concret &#224; la solidarit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/ludivine-bantigny/blog/200326/sur-larbitraire-et-la-politique-de-terreur-en-cisjordanie-occupee&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'autrice&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin f&#233;vrier, alors que la guerre de Trump et Netanyahou commen&#231;ait, j'&#233;tais en Cisjordanie occup&#233;e. Ce petit texte vise &#224; d&#233;crire la colonisation de plus en plus violente et meurtri&#232;re : des enfants battus, des enfants morts ; exactions, expulsions, ex&#233;cutions sommaires&#8230; Une v&#233;ritable &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/monde/armee-israelienne/ma-mere-a-hurle-et-elle-est-morte-en-cisjordanie-occupee-benyamin-netanyahou-intensifie-le-nettoyage-ethnique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;politique de terreur&lt;/a&gt;, qui ne cesse de s'acc&#233;l&#233;rer et de se brutaliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s qu'on arrive en Cisjordanie, on &#233;prouve toujours le sentiment oppressant de l'arbitraire le plus total et de la violence quotidienne, obs&#233;dante, harcelante. Dans le village o&#249; je logeais, pr&#232;s d'H&#233;bron, un enfant venait d'&#234;tre violemment battu par des colons arm&#233;s de b&#226;tons, et masqu&#233;s. L'arbitraire est incessant : on ne peut jamais savoir si on va pouvoir aller d'un village &#224; l'autre, parce qu'il y a partout des postes militaires de l'arm&#233;e d'occupation, avec miradors et barrages, ferm&#233;s sans horaire, sans raison, avec la pure et simple volont&#233; de brimer et d'intimider. Il y a tant de routes en Cisjordanie occup&#233;e o&#249; les Palestiniens ne peuvent pas circuler. Du jour au lendemain, l'occupant d&#233;cide que tel territoire devient zone militaire, et c'est termin&#233; : m&#234;me quand on y a une parcelle de terre depuis des g&#233;n&#233;rations, on ne peut plus y acc&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La colonisation s'&#233;tend de mani&#232;re vertigineuse. Par la brutalit&#233; totale. Des colons installent d'abord des caravanes, l'arm&#233;e emp&#234;che tout acc&#232;s, tire sans h&#233;siter quand on s'approche. L&#224; o&#249; je vais habituellement, les colonies ont progress&#233; et encerclent les villages. Un paysan &#226;g&#233; a &#233;t&#233; battu violemment simplement parce qu'il voulait se rendre sur sa parcelle de terre, une vigne qu'il cultive depuis des d&#233;cennies. Dans ce cas, il n'y a plus aucun recours possible. L'arm&#233;e valide. Les procureurs appel&#233;s par des avocats solidaires se taisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les derni&#232;res mesures prises par la Knesset intensifient encore le processus d'une colonisation d&#233;mesur&#233;e : les colons pourront s'installer sur des terres quand les Palestiniens ne peuvent pas prouver par les anciens cadastres qu'elles leur appartiennent. Une catastrophe. Mais m&#234;me sans cette l&#233;gislation, l'installation des colons n'a plus aucune limite. Dans la vall&#233;e de Jourdain, c'est particuli&#232;rement catastrophique puisqu'ils se sont empar&#233;s de toutes les bonnes terres, en particulier des palmeraies, o&#249; ils implantent leurs sites agro-industriels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isra&#235;l, avec ses colons, se livre &#224; un nettoyage ethnique de plus en plus oppressant. Tout est fait, de mani&#232;re acharn&#233;e, pour que les Palestiniens quittent leur terre. Rien qu'en janvier, 700 personnes ont quitt&#233; leurs maisons. On estime qu'il y a d&#233;sormais plus de 750 000 colons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;a href=&#034;https://www.ohchr.org/en/documents/country-reports/ahrc5923-economy-occupation-economy-genocide-report-special-rapporteur&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dernier rapport de l'ONU&lt;/a&gt; sur la situation des droits humains dans les territoires occup&#233;s est accablant : &#171; Isra&#235;l met d&#233;sormais en p&#233;ril l'existence m&#234;me du peuple palestinien en Palestine &#187;. Il s'agit d'&#171; effacer &#187; les Palestiniens de leur terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques jours, un fr&#232;re et une s&#339;ur de 5 et 7 ans &lt;a href=&#034;https://www.unicef.fr/article/cisjordanie-deux-enfants-palestiniens-de-5-et-7-ans-tues-lunicef-alerte-sur-la-violence-persistante/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ont &#233;t&#233; tu&#233;s &#224; Tammun&lt;/a&gt;. En Cisjordanie, 65 enfants ont &#233;t&#233; tu&#233;s en un an, par les colons ou l'arm&#233;e d'occupation. En moyenne un enfant chaque semaine. Les colons qui s'auto-d&#233;signent comme les &#171; &lt;a href=&#034;https://t.co/uWyErb8Sbf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jeunes des collines&lt;/a&gt; &#187;, un collectif supr&#233;maciste, sont fiers de blesser ou tuer &#171; des Arabes &#187;. Ils brandissent sur vid&#233;os les troph&#233;es de leurs &#171; exploits &#187; meurtriers. Dans une pratique de harc&#232;lement atroce. La situation est tellement horrible, en parall&#232;le du g&#233;nocide qui se d&#233;ploie &#224; Gaza, que m&#234;me &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/17/des-pogroms-purs-et-simples-l-indignation-de-quatre-anciens-hauts-grades-israeliens-face-aux-exactions-des-colons-en-cisjordanie_6671791_3210.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'anciens hauts grad&#233;s de l'arm&#233;e isra&#233;lienne&lt;/a&gt; viennent de d&#233;noncer ce qu'ils nomment eux-m&#234;mes des pogroms, et un quotidien terrifiant. Vendanges et cueillette du raisin se pratiquent dans la terreur. &#192; Sinjil il y a quelques mois, un enfant de 14 ans a &#233;t&#233; tu&#233; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/international/article/2025/11/13/dans-les-oliveraies-de-cisjordanie-la-recolte-de-la-terreur_6653225_3210.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;par les soldats de l'arm&#233;e occupante&lt;/a&gt;. Lors des derni&#232;res r&#233;coltes on a recens&#233; 150 attaques dans 80 villages, 4000 arbres arrach&#233;s. Le nettoyage ethnique se poursuit : 36 000 personnes ont &#233;t&#233; expuls&#233;es en un an, les destructions sont m&#233;thodiques, les intimidations se m&#232;nent par drones et surveillance biom&#233;trique, le b&#233;tail est tu&#233;, les r&#233;coltes pi&#233;tin&#233;es et les maisons incendi&#233;es. Avec la guerre, la situation a encore empir&#233; : routes ferm&#233;es, couvre-feu &#224; 16H, militarisation renforc&#233;e&#8230; Mais la r&#233;sistance persiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous voulez aider les Palestiniennes et Palestiniens, il y a de nombreux moyens : se rapprocher des organisations, participer activement &#224; la campagne BDS, aider les coop&#233;ratives paysannes. Avec ce lien s&#251;r, via l'Association France Palestine Solidarit&#233;, notamment pour aider la magnifique &lt;a href=&#034;https://www.helloasso.com/associations/comite-rennais-de-l-association-france-palestine-solidarite/formulaires/7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;coop&#233;rative Al Sanabel&lt;/a&gt;, qui produit du jus de raisin. Un exemple de soutien concret et de solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;
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	</item>
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		<title>Quelle gauche face au capitalisme ? - partie 2</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Nous-reprenons-un-balado-de-contretemps-eu</link>
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		<dc:date>2022-12-13T07:14:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ludivine Bantigny, Razmig Keucheyan, Romaric Godin</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Balados : Aux temps des catastrophes, l'urgence des ruptures</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-12-13</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous reprenons un balado de contretemps.eu. Intitul&#233; c'est quoi le plan ? deuxi&#232;me partie. Ce balados cherche &#224; r&#233;pondre &#224; la question : Quelle gauche face au capitalisme ? &lt;br class='autobr' /&gt;
https://spectremedia.org/cest-quoi-le-plan/?episode=1009&amp;playing=1009 &lt;br class='autobr' /&gt; Quelle gauche face au capitalisme ? - partie 2 &lt;br class='autobr' /&gt;
PAR ROMARIC GODIN, RAZMIG KEUCHEYAN ET LUDIVINE BANTIGNY &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Que faire ? &#187; La question est classique mais elle revient sans cesse avec force, obs&#233;dante et puissante. C'est l'interrogation que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Balados-de-PTAG-Au-temps-des-catastrophes-l-urgence-des-ruptures-" rel="directory"&gt;Balados : Au temps des catastrophes, l'urgence des ruptures !&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Balados-Aux-temps-des-catastrophes-l-urgence-des-ruptaures-+" rel="tag"&gt;Balados : Aux temps des catastrophes, l'urgence des ruptures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-12-13-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-12-13&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH111/arton55289-101af.png?1781027222' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='111' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous reprenons un balado de contretemps.eu. Intitul&#233; &lt;i&gt;c'est quoi le plan ? deuxi&#232;me partie&lt;/i&gt;. Ce balados cherche &#224; r&#233;pondre &#224; la question : Quelle gauche face au capitalisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://spectremedia.org/cest-quoi-le-plan/?episode=1009&amp;playing=1009&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://spectremedia.org/cest-quoi-le-plan/?episode=1009&amp;playing=1009&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelle gauche face au capitalisme ? - partie 2&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;PAR ROMARIC GODIN, RAZMIG KEUCHEYAN ET LUDIVINE BANTIGNY&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;audio-wrapper&#034; style='width:400px;max-width:100%;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-7162 &#034; data-id=&#034;0f6b4774f2d2b775112337189c265262&#034; src=&#034;IMG/mp3/mon_audio.mp3?7162/453d9220ce1c289cffbef8e87eb3d47ff2d666e3ee09b1f4b610f58263acbffa&#034; type=&#034;audio/mpeg&#034; preload=&#034;none&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:3095}' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt; &lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que faire ? &#187; La question est classique mais elle revient sans cesse avec force, obs&#233;dante et puissante. C'est l'interrogation que nous soulevons dans ce nouveau podcast de &#171; C'est quoi le plan ? &#187;, avec Romaric Godin et Razmig Keucheyan. Ce deuxi&#232;me &#233;pisode s'interroge plus pr&#233;cis&#233;ment sur le r&#244;le, le projet et la strat&#233;gie de la gauche en France, en particulier de la NUPES et en son sein de La France insoumise. Les d&#233;put&#233;s NUPES bataillent &#224; l'Assembl&#233;e et le plus souvent le font bien. Mais c'est aussi l&#224; que le b&#226;t blesse : dans la passivit&#233; relative &#224; laquelle ces m&#234;l&#233;es nous conduisent. La politique comme bien commun ne peut &#234;tre r&#233;duite aux joutes parlementaires, qui parfois nous confinent &#224; l'impuissance et nous d&#233;poss&#232;dent au fond. Nous ne pouvons aller seulement d'&#233;lection en &#233;lection. Or c'est le risque du r&#233;formisme, m&#234;me quand il s'agit d'un r&#233;formisme cons&#233;quent comme c'est le cas ici : compter peu sur les luttes sociales et sur les mobilisations, et trop miser sur l'&#233;lection ; pr&#233;f&#233;rer les manifestations aux gr&#232;ves ; ne jamais vraiment poser les questions pourtant d&#233;cisives : l'auto-activit&#233; politique, la perspective autogestionnaire, les enjeux de propri&#233;t&#233;&#8230; &#199;a ne signifie &#233;videmment pas qu'il faille n&#233;gliger les &#233;lections. Elles permettent d'instaurer des rapports de force et peuvent constituer un appui &#224; l'auto-organisation ; elles sont aussi l'occasion d'intenses moments de discussion et de politisation au sein de l'espace public et priv&#233;. Dans cet &#233;pisode, nous r&#233;fl&#233;chissons donc &#224; l'organisation de cette gauche, aux perspectives qu'elle ouvre et &#224; leurs limites strat&#233;giques, sans n&#233;gliger son fonctionnement interne. Masquer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romaric Godin est journaliste, sp&#233;cialiste de macro-&#233;conomie notamment, et auteur entre autres de La Guerre sociale en France. Aux sources &#233;conomiques de la d&#233;mocratie autoritaire (La D&#233;couverte) et de La monnaie pourra-t-elle changer le monde ? Vers une &#233;conomie &#233;cologique et solidaire (10/18). Razmig Keucheyan est sociologue, professeur &#224; l'Universit&#233; Paris Cit&#233; ; il a publi&#233;, parmi d'autres ouvrages, H&#233;misph&#232;re gauche. Une cartographie des nouvelles pens&#233;es critiques ; La nature est un champ de bataille. Essai d'&#233;cologie politique ; Les besoins artificiels. Comment sortir du consum&#233;risme (tous trois &#224; La D&#233;couverte/Zones).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette discussion est centr&#233;e sur trois sujets compl&#233;mentaires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un &#233;tat du capitalisme, non seulement dans une analyse du stade o&#249; il est parvenu, mais pour une interrogation sur le n&#233;o-keyn&#233;sianisme et la social-d&#233;mocratie : sont-ils encore possibles au stade d'un d&#233;cha&#238;nement du capital et &#224; la destruction m&#233;thodique du vivant ?&lt;br class='autobr' /&gt;
un &#233;tat de la gauche en France et tout particuli&#232;rement de La France Insoumise. Nous nous interrogeons sur l'articulation entre luttes sociales et perspectives &#233;lectorales et regardons au plus pr&#232;s LFI, son programme, sa strat&#233;gie, ses batailles parlementaires comme son fonctionnement quotidien ;&lt;br class='autobr' /&gt;
dans ce prolongement, la question toujours pleine d'acuit&#233; entre r&#233;forme et r&#233;volution, qui n'est pas une simple opposition. Nous sommes dans une p&#233;riode o&#249; il faut sans doute miser sur des strat&#233;gies diverses et imbriqu&#233;es, sans sectarisme ni querelle de chapelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Durant cette discussion, nous soulevons en particulier la question des rapports entre strat&#233;gie et d&#233;mocratie, entendue ici non seulement sur le plan institutionnel et politique, mais dans de nombreux domaines de nos vies, en particulier ceux, si d&#233;cisifs, de la production et du travail. Ce qui pose &#233;videmment, de mani&#232;re li&#233;e, la question centrale de la propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une organisation non capitaliste de la vie : discussion avec J&#233;r&#244;me Baschet &#8211; partie 1</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Une-organisation-non-capitaliste-de-la-vie-discussion-avec-Jerome-Baschet</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Une-organisation-non-capitaliste-de-la-vie-discussion-avec-Jerome-Baschet</guid>
		<dc:date>2022-09-20T09:49:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#244;me Baschet, Ludivine Bantigny</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Balados : Aux temps des catastrophes, l'urgence des ruptures</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-09-20</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;J&#233;r&#244;me Baschet et Ludivine Bantigny 18 septembre 2022 Une organisation non capitaliste de la vie : discussion avec J&#233;r&#244;me Baschet &lt;br class='autobr' /&gt; 18 septembre 2022 | tir&#233; de contretemps.eu &lt;br class='autobr' /&gt;
Contretemps vous propose un nouvel &#233;pisode de son podcast &#171; C'est quoi le plan ? &#187;, consacr&#233; aux questions strat&#233;giques et disponible sur Spectre. Dans une s&#233;rie en trois parties, Ludivine Bantigny revient avec l'historien J&#233;r&#244;me Baschet sur ses travaux, &#224; la fois concernant la critique radicale du capitalisme et les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Balados-de-PTAG-Au-temps-des-catastrophes-l-urgence-des-ruptures-" rel="directory"&gt;Balados : Au temps des catastrophes, l'urgence des ruptures !&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Balados-Aux-temps-des-catastrophes-l-urgence-des-ruptaures-+" rel="tag"&gt;Balados : Aux temps des catastrophes, l'urgence des ruptures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-09-20-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-09-20&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH83/arton54069-5069a.png?1781024770' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='83' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;J&#233;r&#244;me Baschet et Ludivine Bantigny 18 septembre 2022 Une organisation non capitaliste de la vie : discussion avec J&#233;r&#244;me Baschet&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;18 septembre 2022 | tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/capitalisme-zapatisme-chiapas-baschet-bantigny-partie-1/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;contretemps.eu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contretemps vous propose un nouvel &#233;pisode de son podcast &#171; C'est quoi le plan ? &#187;, consacr&#233; aux questions strat&#233;giques et disponible sur Spectre. Dans une s&#233;rie en trois parties, Ludivine Bantigny revient avec l'historien J&#233;r&#244;me Baschet sur ses travaux, &#224; la fois concernant la critique radicale du capitalisme et les possibles ouverts par l'exp&#233;rience n&#233;ozapatiste au Chiapas depuis le milieu des ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;iframe src='https://cest-quoi-le-plan.castos.com/player/1272498' frameborder='0' scrolling='no' width='100%' height='150'&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme ne peut se perp&#233;tuer sans une croissance continue et en principe illimit&#233;e. Cette obligation de croissance est son imp&#233;ratif cat&#233;gorique. La dilatation de l'&#233;conomie est exponentielle. Dans ce premier &#233;pisode, J&#233;r&#244;me Baschet d&#233;veloppe avec Ludivine Bantigny une analyse m&#233;thodique des ravages et saccages engendr&#233;s par le capitalisme, et de sa matrice essentielle : la pulsion d'illimitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est aujourd'hui de savoir si l'humanit&#233; parviendra &#224; se d&#233;barrasser du capitalisme avant que celui-ci ne se d&#233;barrasse d'elle. &#187; Le travail patient de J&#233;r&#244;me Baschet, son &#339;uvre et tout simplement sa vie dans le Chiapas rebelle des zapatistes lancent depuis des ann&#233;es des adieux affirm&#233;s : des &#171; Adieux au capitalisme &#187;. Dans ce podcast en trois parties men&#233; avec Ludivine Bantigny, J&#233;r&#244;me Baschet &#233;voque les ravages et saccages du capitalisme en proposant &#224; son sujet une analyse sans concession. Mais il y est surtout question de perspectives tangibles pour une soci&#233;t&#233; d&#233;barrass&#233;e de l'accumulation d&#233;vastatrice et de questionnements strat&#233;giques essentiels. Face &#224; la &#171; tourmente qui vient &#187;, comment nous d&#233;-capitaliser, lib&#233;rer des espaces de la marchandise, b&#226;tir un buen vivir, une vie juste et bonne d&#233;lest&#233;e des imp&#233;ratifs capitalistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : Wikimedia Commons.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'ensauvagement du capital de Ludivine Bantigny</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-ensauvagement-du-capital-de-Ludivine-Bantigny</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/L-ensauvagement-du-capital-de-Ludivine-Bantigny</guid>
		<dc:date>2022-06-13T07:42:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ludivine Bantigny</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-06-07</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voici quelques extraits de l'essai intitul&#233; L'ensauvagement du capital, que Ludivine Bantigny a publi&#233; dans la nouvelle collection lanc&#233;e par Le Seuil, &#171; Libelle &#187; (2022). Elle y m&#232;ne une analyse des ravages et saccages op&#233;r&#233;s par la logique tout &#224; la fois rationnelle &#8211; en termes de profits &#8211; et insens&#233;e du capital. Elle le fait en s'effor&#231;ant d'incarner vraiment les violences ainsi perp&#233;tr&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt; 31 mai 2022 | tir&#233; de contretemps.eu &lt;br class='autobr' /&gt;
Leurs sarcasmes. Je les entends grincer quand je pense (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Livres-et-periodiques-" rel="directory"&gt;Livres et p&#233;riodiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres et revues&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-06-07-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-06-07&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L142xH150/arton53189-bdb20.png?1781027222' class='spip_logo spip_logo_right' width='142' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Voici quelques extraits de l'essai intitul&#233; L'ensauvagement du capital, que Ludivine Bantigny a publi&#233; dans la nouvelle collection lanc&#233;e par Le Seuil, &#171; Libelle &#187; (2022). Elle y m&#232;ne une analyse des ravages et saccages op&#233;r&#233;s par la logique tout &#224; la fois rationnelle &#8211; en termes de profits &#8211; et insens&#233;e du capital. Elle le fait en s'effor&#231;ant d'incarner vraiment les violences ainsi perp&#233;tr&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;31 mai 2022 | tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/ensauvagement-capital-extrait-bantigny/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;contretemps.eu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs sarcasmes. Je les entends grincer quand je pense &#224; Djaba marchant dans la d&#233;charge, leur d&#233;rision en bruit de fond. Ils s'emploient si bien &#224; railler notre critique du capital, nos appels de d&#233;tresse et nos indignations. Parlez-leur donc d'&#233;galit&#233;, de justice sociale, de d&#233;mocratie vraie ; parlez-leur de communs, cet autre mot du communisme au fond : ils ironiseront, hurleront et agiteront des noms &#8211; Staline, Mao et m&#234;me Pol-Pot tant qu'ils y sont. Ils nous ficheront leur grand couteau entre les dents en guise de tout argument. Pendant ce temps, Djaba marche dans la d&#233;charge &#224; la terre d&#233;fonc&#233;e, jonch&#233;e de t&#233;l&#233;phones cass&#233;s, d'emballages en polystyr&#232;ne, de combin&#233;s en bak&#233;lite et de vieilles batteries rouill&#233;es. Il s'avance en frayant son chemin parmi les c&#226;bles et les tiges m&#233;talliques. Il a onze ans et vit pr&#232;s d'Accra, au Ghana. Dans ce paysage d&#233;sol&#233; o&#249; les rebuts s'enchev&#234;trent et se tordent, il cherche un peu de cuivre, de laiton et d'&#233;tain que &#171; l'homme &#224; la balance &#187; lui ach&#232;tera pour deux fois rien. Djaba est un de ces nombreux enfants qui tentent de survivre et pour &#231;a cohabitent avec tout ce qui les tuera : relents de pyral&#232;ne et de dioxine, exhalaisons d'acides bromhydriques, d&#233;chets d'arsenic. Ces enfants contractent toutes sortes de maladies qui leur d&#233;truisent les poumons : saturnisme, intoxications&#8230; On imagine mal dans quelles douleurs ils meurent. En tout cas : dans l'indiff&#233;rence, en silence. Pris de naus&#233;es et de vomissements, de migraines et de fatigues extr&#234;mes, ils reviennent dans leur village. Celles et ceux qui les ont aim&#233;s les enterrent, et voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Djaba vient de trouver un ordinateur d&#233;soss&#233; qui porte encore une &#233;tiquette : &#171; United States Environmental Protection Agency &#187;. On conna&#238;t ironie moins cruelle. Regardez bien votre tablette : elle finira peut-&#234;tre l&#224;, pr&#232;s d'Accra. Dans la rivi&#232;re o&#249; nageaient autrefois des poissons plats, les tilapias, tout est mort. L'&#233;tain que r&#233;cup&#232;re Djaba, le voil&#224; revenu en Afrique, apr&#232;s un long circuit qui est pass&#233; par nous et par l'ordinateur avec lequel j'&#233;cris. Il a &#233;t&#233; extrait dans une mine du Kivu, au Congo, par l'un de ces hommes comme Pascal, Timoth&#233;e et Gabriel. Aupr&#232;s d'eux vit Neema, viol&#233;e, battue et tortur&#233;e durant la derni&#232;re guerre qui ensanglanta la r&#233;gion. Ce ne sont pas m&#234;me des mineurs car ils n'ont rien, pas de mat&#233;riel, seulement leurs mains ; ce sont plut&#244;t des &#171; creuseurs &#187;. Ils cheminent dans les boyaux de mines au p&#233;ril incessant de la lente asphyxie : au p&#233;ril de leur vie. Christophe Boltanski les d&#233;crit comme des ombres, dans l'impression d'une fin du monde, au c&#339;ur de l'&#233;tuve et du sort des for&#231;ats. &#171; Le neuvi&#232;me cercle de l'enfer &#187;. Ce qu'ils en sortent viendra emplir nos puces &#233;lectroniques, nos logiciels, nos bo&#238;tiers, nos &#233;crans&#8230; Des &#171; minerais de sang &#187; comme le dit Christophe Boltanski qui a fait le p&#233;riple du Congo au Ghana. Il choisit pour exergue &#224; son puissant r&#233;cit ces deux phrases de William Blake :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Voir un monde dans un grain de sable et un ciel dans une fleur sauvage. Tenir l'infini dans la paume de la main et l'&#233;ternit&#233; dans une heure. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Car tout est l&#224; : notre petit monde dans ce grain, dans la mine, nos vies dans celles de Djaba, de Timoth&#233;e et Neema, nos &#233;crans n&#233;s de leurs mains bless&#233;es &#8211; et la po&#233;sie, imp&#233;rieuse, pour que ce monde ne sombre pas. On se rappelle peut-&#234;tre l'esclave de Surinam camp&#233; dans le Candide de Voltaire, habit d&#233;chir&#233;, main droite et jambe gauche amput&#233;es, corps ravag&#233; : &#171; C'est &#224; ce prix que vous mangez du sucre en Europe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien loin de l&#224;, dans une tour de La D&#233;fense, la pr&#233;dation s'organise &#224; distance. On l'enrobe de bonne conscience pour expliquer que, mais oui, Bollor&#233; Africa Logistics travaille minutieusement au bien du continent. C'est un groupe &#171; responsable &#187;, qui sait y faire avec les discours cisel&#233;s pour &#233;carter tout soup&#231;on, forg&#233;s par des &#171; coachs en efficacit&#233; relationnelle &#187; et excellente communication. Ailleurs, des financiers, investisseurs et sp&#233;culateurs raflent soudain les stocks d'&#233;tain pour manipuler leurs cours, acheter au plus bas, &#233;trangler l'offre, attendre une nouvelle hausse, revendre. Dans ces op&#233;rations de courtage, le groupe Glencore en conna&#238;t un rayon. Marc Rich, son PDG, un g&#233;nie de la fraude fiscale et des mouvements boursiers compliqu&#233;s, vit en Suisse pour ses beaux lacs et ses am&#233;nit&#233;s. Il est entour&#233; de Picasso, de Renoir, de Monet. Il ne conna&#238;t &#233;videmment ni Pascal ni Neema ni Timoth&#233;e. &#171; C'est &#224; ce prix que vous mangez du sucre en Europe &#187;. Ou, &#224; notre heure : &#171; C'est &#224; ce prix que marchent vos ordinateurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des vies, des visages&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans certaines usines de Shanghai, les conditions de travail sont tellement insupportables qu'on a install&#233; des filets pour emp&#234;cher les employ&#233;es de se suicider en se jetant par la fen&#234;tre. Mais il n'est pas besoin d'aller &#224; Shanghai ou Accra. Voyez comment travaille Jeanne, la caissi&#232;re du supermarch&#233; &#224; c&#244;t&#233; : les cadences, les intimidations du manager, l'usure du corps, l'&#233;puisement qui brise. Ou Marthe, femme de chambre dans un h&#244;tel chic : temps partiel subi, flou permanent sur les horaires, salaire de mis&#232;re, racisme ordinaire. Ou Manon, une parmi des millions dans ce qu'Ursula Huws appelle le &#171; cyberpr&#233;cariat &#187;. Ou Sacha, employ&#233; chez Amazon : ordres transmis dans l'oreillette, toute la journ&#233;e, toute la journ&#233;e, sans jamais une minute d'arr&#234;t &#8211; d'ailleurs il n'a pas le temps d'aller aux toilettes et se d&#233;place avec une bouteille qui ne lui sert vraiment pas pour boire. Ou Laurane, chez Ikea : elle vient d'apprendre que son employeur l'espionnait comme il surveille ses salari&#233;s par truchement d'officines priv&#233;es. Ou Stefan, &#171; travailleur d&#233;tach&#233; &#187; dans un terminal m&#233;thanier, pay&#233; cinq euros de l'heure. La sous-traitance a du bon pour ses employeurs. Et ce sont souvent des millions de cotisations sociales non vers&#233;es. Certes, la justice passe par l&#224; parfois : elle a un jour condamn&#233; Bouygues &#224; verser 29 000 euros pour travail dissimul&#233;.Mais que lui importe une telle somme ? Une goutte d'amende dans l'oc&#233;an des dividendes : 0,0017 % de son chiffre d'affaires. &#192; ce tarif, la justice peut se d&#233;mener, elle aura beau dire et beau faire : elle n'a aucun moyen face &#224; l'ampleur des int&#233;r&#234;ts en jeu. Et d'ailleurs, souhaite-t-elle faire mieux ? Les Pandora Papers r&#233;v&#232;lent 13 000 milliards d'&#233;vasion fiscale : la justice s'en soucie-t-elle ? Il vaut mieux traquer les ch&#244;meurs et les chapardeurs d'APL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'origine de ce livre, il y a des visages, des noms et des vies. Il y a des morts aussi. Celle de Djamel Chaar, un ch&#244;meur de 42 ans qui s'est immol&#233; par le feu. Celle de Yannick Sainsonetti qui s'est pendu dans la chambre froide du magasin Lidl o&#249; il &#233;tait salari&#233; : il faisait seul le travail de trois personnes mais n'osait plus revendiquer de peur d'&#234;tre licenci&#233;. Celle de Paula Da Silva, une employ&#233;e de La Poste qui s'est elle aussi suicid&#233;e : le directeur de son bureau avait alert&#233; sur la situation dramatique de son &#233;tablissement ; il a &#233;t&#233; remplac&#233; par un nouveau manager. Celle de son coll&#232;gue, Charles, un facteur, qui a &#233;crit dans une derni&#232;re lettre avant de se tuer : &#171; Depuis 34 ans j'ai exerc&#233; mon m&#233;tier avec amour de mon travail. Ils m'ont totalement d&#233;truit. Alors bougeons avec La Poste et mourons avec La Poste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc : accro&#238;tre les marges diminuer les co&#251;ts faire travailler plus toujours plus, plus longtemps plus vite, accro&#238;tre les cadences, compresser le temps, porter atteinte &#224; la sant&#233; &#224; la vie psychique sociale familiale, au sommeil, &#224; l'int&#233;grit&#233;, &#224; la dignit&#233;. Accumuler. Parce que c'est rentable dans une logique comptable : tout y a un co&#251;t et tout est &#233;tiquetable. On a appris ceci r&#233;cemment par une &#233;tude de l'OCDE : les migrants rapportent plus au pays qu'ils et elles ne lui co&#251;tent. Et alors ? Faut-il en faire un crit&#232;re ? L'hospitalit&#233; s'accommoderait du contraire. Et quand le sage montre les Pandora Papers, d'autres montrent les travailleurs. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ensauvagements&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6759 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH269/9ea54765f0e33945-32db1901-23166.png?1781027223' width='500' height='269' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ceux-l&#224; m&#234;mes qui convoquent les morts de jadis, on les voit souvent indiff&#233;rents aux morts du pr&#233;sent, ensevelis sous leur cynisme. Que leur importe en fait les ravages du capitalisme qui tue chaque jour, en masse ou &#224; feu lent ? Ces contempteurs ont leurs silences, leurs omissions, leurs choix de victimes, pouss&#233;es sur des &#233;chiquiers comme des pions : par id&#233;ologie plus, parfois, que par compassion. Depuis l'enfance, on m'a enseign&#233; les crimes du stalinisme mais jamais le g&#233;nocide des Herero et des Nama, dans l'horreur du colonialisme. Ces derni&#232;res ann&#233;es, je lis le mot d'&#171; ensauvagement &#187; &#224; longueur de journ&#233;es, &#224; longueur de colonnes et de petits slogans. Alors forc&#233;ment je reviens &#224; C&#233;saire. Il savait de quoi il parlait en d&#233;crivant l'Europe coloniale, elle qui su&#231;ait, comme un vampire le sang, les terres, les biens et la dignit&#233; m&#234;me ; qui ravalait l'humanit&#233; au rang amer des b&#234;tes de somme : loin, tr&#232;s loin d'une suppos&#233;e mission de civilisation. C&#233;saire le disait au contraire : la colonisation travaille &#224; d&#233;civiliser le colonisateur, &#171; &#224; l'abrutir au sens propre du mot &#187;. Peu importaient les t&#234;tes coup&#233;es, les fillettes viol&#233;es, les hommes supplici&#233;s ; on acceptait. C'&#233;tait la r&#233;gression, la gangr&#232;ne ; un poison instill&#233; lentement mais s&#251;rement : &#171; l'ensauvagement du continent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : Raha Raissnia, Dusk, 2019&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Notre peine est immense, et les charognards sont l&#224;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Notre-peine-est-immense-et-les-charognards-sont-la</link>
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		<dc:date>2020-10-27T07:40:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Ugo Palheta, Ludivine Bantigny</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-10-27</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Horreur, sid&#233;ration, effroi : c'est ce que nous ressentons face &#224; l'assassinat de Samuel Paty, professeur d'histoire-g&#233;ographie au coll&#232;ge du Bois d'Aulne &#224; Conflans-Sainte-Honorine, par un meurtrier fanatique. Cette mort est atroce. Elle l'est dans l'absolu d'un homme tu&#233; en pleine rue. Elle l'est par la mani&#232;re &#233;pouvantable dont le meurtre a &#233;t&#233; commis : la d&#233;capitation. Elle l'est encore parce son auteur l'a justifi&#233;e en se r&#233;f&#233;rant au cours dispens&#233; par Samuel Paty sur la libert&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton45310-0c556.jpg?1781027223' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Horreur, sid&#233;ration, effroi : c'est ce que nous ressentons face &#224; l'assassinat de Samuel Paty, professeur d'histoire-g&#233;ographie au coll&#232;ge du Bois d'Aulne &#224; Conflans-Sainte-Honorine, par un meurtrier fanatique. Cette mort est atroce. Elle l'est dans l'absolu d'un homme tu&#233; en pleine rue. Elle l'est par la mani&#232;re &#233;pouvantable dont le meurtre a &#233;t&#233; commis : la d&#233;capitation. Elle l'est encore parce son auteur l'a justifi&#233;e en se r&#233;f&#233;rant au cours dispens&#233; par Samuel Paty sur la libert&#233; d'expression, cours durant lequel il a pr&#233;sent&#233; &#224; ses &#233;l&#232;ves une caricature de Mahomet ; qu'un cours puisse d&#233;boucher sur un assassinat est insupportable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De mani&#232;re unanime, les syndicats de l'&#201;ducation nationale ont exprim&#233; leur soutien aux proches de Samuel Paty, &#224; ses &#233;l&#232;ves, &#224; ses coll&#232;gues. Le communiqu&#233; de l'intersyndicale de l'&#201;ducation nationale l'a d'embl&#233;e soulign&#233; : &#171; L'heure est au deuil, au recueillement et &#224; la solidarit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, d'une mani&#232;re plus virulente encore qu'apr&#232;s les attentats de janvier et novembre 2015, la r&#233;cup&#233;ration au plus haut sommet de l'&#201;tat et par tout un &#233;ventail de forces &#8211; allant du Printemps r&#233;publicain au Rassemblement national et &#224; G&#233;n&#233;ration identitaire, en passant par des dizaines d'&#233;ditorialistes &#8211; emp&#234;che absolument ce recueillement n&#233;cessaire. C'est en grande partie pour cela que nous &#233;crivons ce texte : parce que le flot de haine se d&#233;cha&#238;ne, qui prend pour cibles les musulmanes et musulmans (mais aussi celles et ceux qui sont per&#231;u&#183;e&#183;s comme leurs alli&#233;&#183;e&#183;s, donc dans le langage de l'extr&#234;me droite comme des &#171; tra&#238;tres &#224; la patrie &#187;), rend difficile sinon impossible aussi bien le deuil qu'une r&#233;flexion s&#233;rieuse sur les causes de cet assassinat et les moyens d'y faire face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des participant-es au rassemblement organis&#233; place de la R&#233;publique ont pu en t&#233;moigner. Samia Orosemane raconte ce qui lui est arriv&#233; dans la foule, parce qu'elle portait un foulard : &#171; Une femme s'est approch&#233;e de moi en me regardant tr&#232;s m&#233;chamment. Elle m'a point&#233;e du doigt en me disant : &#8220;Bande d'assassins !&#8221; Je lui ai souri, mais j'ai eu envie de pleurer. &#187; Injures, menaces de mort (dont des menaces de d&#233;capitation), attaques lanc&#233;es sur le mode &#171; collabo ! &#187; ou &#171; Tu sais ce qu'on faisait en 44 aux femmes collabos ? &#187; d&#233;ferlent. On lit &#224; nouveau le mot &#171; rats &#187; pour d&#233;signer les musulman&#183;es. Et le d&#233;lire s'installe tranquillement sur les chaines de toutes esp&#232;ces, comme quand le 19 octobre, sur Sud Radio, un invit&#233; propose qu'il y ait un parachutiste par classe, arm&#233; d'un P35&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette haine, qui va jusqu'&#224; l'appel au meurtre, prend aussi le tour tr&#232;s concret d'une instrumentalisation politique sordide. Au matin du 19 octobre, le ministre de l'Int&#233;rieur G&#233;rald Darmanin a annonc&#233; qu'il proposerait de dissoudre le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF). C'est une menace grave, m&#234;me s'il est peu probable qu'elle soit suivie d'effet tant elle est de toute &#233;vidence d&#233;pourvue de tout fondement juridique. Si une telle dissolution &#233;tait malgr&#233; tout prononc&#233;e, cela ne manquerait pas de constituer un pr&#233;alable et d'annoncer une offensive contre l'ensemble du mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En s'en prenant aussi &#224; BarakaCity, une ONG humanitaire de lutte contre la pauvret&#233;, Darmanin a affirm&#233; qu'il s'agirait d' &#171; associations ennemies de la R&#233;publique &#187; et pr&#233;tend que le CCIF serait impliqu&#233; directement dans l'assassinat de Samuel Paty. Le CCIF, compos&#233; d'avocat-es et de d&#233;fenseurs des droits, agit en menant un travail juridique contre les discriminations et en recensant, chaque ann&#233;e, les actes islamophobes. Ces organisations sont devenues la cible d'une campagne de haine et de menaces de mort. C'est d'autant plus ind&#233;cent que le tout se fait au nom de la lutte pour d&#233;fendre la &#171; libert&#233; d'expression &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me s'en prend-on &#224; l'Observatoire de la la&#239;cit&#233;, en particulier &#224; Jean-Louis Bianco et Nicolas Cad&#232;ne, coupables selon certains &#8211; du Printemps r&#233;publicain au journal Le Point en passant par des membres du gouvernement &#8211; de d&#233;fendre une vision &#171; laxiste &#187; de la la&#239;cit&#233;. Ce qui leur est reproch&#233; en r&#233;alit&#233;, c'est de ne pas avoir accept&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es les instrumentalisations et le d&#233;voiement d'un principe visant &#8211; si l'on suit les deux premiers articles de la loi de 1905 &#8211; &#224; assurer la libert&#233; religieuse et &#224; garantir la neutralit&#233; de l'&#201;tat, donc l'&#233;galit&#233; de traitement des citoyen&#183;ne&#183;s (peu importe qu'ils/elles croient ou non, ou ce en quoi ils/elles croient).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;cup&#233;ration politique est abjecte, avec le d&#233;fil&#233; sur les plateaux t&#233;l&#233; de responsables politiques, de Manuel Valls &#224; Marine Le Pen. Valls, le m&#234;me qui posait avec le prince d'Arabie saoudite pour lui vendre des Mirage 2000, des canons Caesar, des h&#233;licopt&#232;res de combat et des chars Leclerc. On sait que la France est le principal fournisseur d'armes &#224; une Arabie Saoudite qui plonge le Y&#233;men dans la destruction et la famine. Les attaques a&#233;riennes contre les infrastructures vitales, h&#244;pitaux, &#233;coles, march&#233;s, font des victimes par milliers. Mais c'est loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extr&#234;me droite est &#224; l'offensive depuis quelques jours, bien aid&#233;e en cela par des m&#233;dias qui, comme CNews, lui ouvrent grand leurs portes chaque jour. Pourtant, c'est bien un ancien membre du service d'ordre du FN, Claude Herman, qui a fourni les armes &#224; Amedy Coulibaly pour l'attaque meurtri&#232;re men&#233;e contre l'Hyper Casher. C'est bien un ancien candidat du Front national qui a tent&#233; de mettre le feu &#224; une mosqu&#233;e &#224; Bayonne et a bless&#233; gravement deux musulmans. Et l'on pourrait &#233;galement &#233;voquer le fait que le chef de la s&#233;curit&#233; de Lafarge &#8211; qui aurait n&#233;goci&#233; avec Daech, en toute impunit&#233; &#8211; a &#233;galement &#233;t&#233; un candidat du FN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cela il n'est nullement question dans les d&#233;bats actuels et, pendant ce temps, ce sont des organisations antiracistes comme le CCIF qui sont menac&#233;es de dissolution. La r&#233;cup&#233;ration est tellement &#233;c&#339;urante qu'on ne peut s'emp&#234;cher d'y penser : l'assassinat atroce de Samuel Paty par un fanatique est devenu pour certaines et certains une opportunit&#233;. Et, m&#234;me, une aubaine. &#199;a porte un nom : charognards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ditorialiste Christophe Barbier a exprim&#233; sans d&#233;tour cette instrumentalisation assum&#233;e, d&#233;clarant &#171; Profitons de cette trag&#233;die &#187; et proposant en ce sens une nouvelle loi Avia liberticide. Liberticides, les attaques en cours le sont d&#233;j&#224; : Darmanin a annonc&#233; des op&#233;rations de police contre des dizaines de personnes qui &#171; n'ont pas forc&#233;ment un lien avec l'enqu&#234;te mais &#224; qui nous avons envie de faire passer un message &#187;. La loi sur le &#171; s&#233;paratisme &#187; en pr&#233;paration aura quant &#224; elle pour cons&#233;quence d'accro&#238;tre et de l&#233;galiser les discriminations, si nous ne l'emp&#234;chons pas. Dans ce contexte, il est indigne que Jean-Luc M&#233;lenchon ait d&#233;cid&#233; de cibler la &#171; communaut&#233; tch&#233;tch&#232;ne &#187; en affirmant qu'il y aurait un &#171; probl&#232;me &#187; avec cette &#171; communaut&#233; &#187;. J.-L. M&#233;lenchon a rapidement pr&#233;sent&#233; des excuses &#224; ce sujet, et on ne peut que s'en f&#233;liciter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypocrisie d&#233;goulinante qui consiste tout &#224; coup &#224; soutenir les enseignantes et enseignants est elle aussi vile. Les m&#234;mes n'ont pas eu un mot au suicide de Christine Renon, pas un mot de soutien &#224; l'&#233;gard de tou-tes les coll&#232;gues en d&#233;tresse face au rouleau-compresseur des contre-r&#233;formes qui atteignent l'&#233;ducation. Les m&#234;mes qui, comme Jean-Michel Blanquer, forgent et appliquent ces contre-r&#233;formes, poursuivent et traquent les enseignant-es s'y opposant, comme les quatre de Melle. Plusieurs collectifs ont invit&#233;, lors du rassemblement du dimanche 18 octobre, &#224; tourner ostensiblement le dos &#224; Blanquer. Ce m&#234;me Blanquer n'a rien trouv&#233; de mieux que cette indignit&#233; : alors qu'elles et ils viennent de perdre un coll&#232;gue, il s'en prend frontalement aux enseignantes et enseignants, en accusant les universit&#233;s d' &#187;islamogauchisme &#187;, un mot qu'il emprunte sans vergogne &#224; l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tr&#232;s clair : &#171; deuil, recueillement et solidarit&#233; &#187; sont rendus difficiles voire impossibles pour les milliers de personnes qui souhaitent se rassembler afin de rendre hommage &#224; Samuel Paty et se retrouvent entour&#233;es de vautours qui en appellent &#224; l'union sacr&#233;e &#8211; on sait combien elle peut &#234;tre meurtri&#232;re &#8211; tout en agitant la haine contre les musulman-es et les militant-es antiracistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit au passage &#224; quel point l'islamophobie fonctionne conjointement &#224; l'autoritarisme, en l&#233;gitimant tous les reculs des droits d&#233;mocratiques et des libert&#233;s publiques. Ainsi entend-on des &#233;ditorialistes vitup&#233;rer &#224; pr&#233;sent explicitement contre l'&#201;tat de droit, tels Elisabeth L&#233;vy qui peut affirmer sans trembler : &#171; C'est l'&#201;tat de droit qui est le synonyme de notre d&#233;sarmement. [&#8230;] Nous sommes ligot&#233;s par notre droit-de-l'hommisme. [&#8230;] Englu&#233;s par les droits qui sont toujours pour ceux qui nous attaquent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tels id&#233;ologues sont si m&#233;diocres qu'ils valent seulement comme sympt&#244;mes d'une radicalisation autoritaire de la classe qu'ils incarnent, de la m&#234;me mani&#232;re que l'appel de Luc Ferry aux policiers &#224; &#171; se servir de leurs armes &#187; contre les gilets jaunes sonnait comme un cri du c&#339;ur de toute une partie de la bourgeoisie. On a pu se moquer des propos ridicules de Darmanin se disant &#171; choqu&#233; &#187; des rayons de &#171; cuisine communautaire &#187; (parce que ces derniers seraient un premier pas vers le &#171; s&#233;paratisme &#187;). Mais on n'a pas suffisamment not&#233; que l'opposition entre un capitalisme cosmopolite (qui en vendant des produits &#233;trangers s'adresserait, nous dit-il, aux &#171; bas instincts &#187;) et ce qu'il nomme un &#171; capitalisme patriote &#187;, rel&#232;ve clairement d'une rh&#233;torique fascisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au passage, la ficelle utilis&#233;e par Darmanin est &#224; ce point grosse et grotesque qu'on est tent&#233; de penser qu'elle vise aussi &#224; faire oublier la faillite des services de police et de renseignement. Samuel Paty se savait menac&#233; et avait port&#233; plainte : une note du renseignement territorial des Yvelines avait &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;e et transmise, mais la menace n'a manifestement pas &#233;t&#233; prise au s&#233;rieux. En outre, comme l'a r&#233;v&#233;l&#233; Mediapart, l'auteur de l'assassinat avait d&#233;j&#224; publi&#233; le 30 ao&#251;t dernier un photomontage mettant en sc&#232;ne la d&#233;capitation d'un homme. Son compte avait &#233;t&#233; signal&#233; &#224; la plateforme Pharos mais n'avait pas fait ensuite l'objet d'un suivi, alors qu'il &#233;tait en contact depuis des mois avec un groupe terroriste. Abdoullakh Anzorov, on le sait maintenant, n'&#233;tait pas un &#171; loup solitaire &#187; puisqu'il &#233;tait en contact depuis des mois avec des membres d'un groupe terroriste actif en Syrie, outre le r&#244;le d'un militant int&#233;griste (qui n'est d'ailleurs pas sans lien avec des fascistes fran&#231;ais) dans le ciblage de Samuel Paty.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a &#233;galement vu Val&#233;rie P&#233;cresse, une ancienne ministre et une figure de la droite, demander &#224; &#171; fermer toute mosqu&#233;e qui ne condamnerait pas clairement et publiquement ce crime abject &#187;. Madame P&#233;cresse demandera-t-elle, lors du prochain attentat commis par un supr&#233;maciste se r&#233;clamant de la d&#233;fense des blancs et des chr&#233;tiens, &#224; ce que tou&#183;te&#183;s les blanc&#183;he&#183;s et toutes les &#233;glises chr&#233;tiennes condamnent &#171; clairement et publiquement &#187; un tel attentat ? L'a-t-elle fait lorsqu'Anders Breivik a tu&#233; pr&#232;s de 80 personnes en 2011 en Norv&#232;ge ou, plus r&#233;cemment, lorsque Brenton Tarrant a assassin&#233; 51 musulman&#183;e&#183;s &#224; Christchurch en Nouvelle-Z&#233;lande ? On ne devrait m&#234;me pas avoir &#224; poser une question aussi absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui semble &#233;vident, au vu du d&#233;cha&#238;nement raciste et autoritaire de ces derniers jours dans plusieurs m&#233;dias et sur les r&#233;seaux sociaux, de la part d'id&#233;ologues m&#233;diatiques et de professionnels de la politique, c'est que le pouvoir politique et l'extr&#234;me droite sont engag&#233;s dans une v&#233;ritable strat&#233;gie du choc, consistant &#224; profiter de la sid&#233;ration et de la peur, encore accentu&#233;es par le contexte sanitaire dans lequel nous vivons depuis des mois, pour multiplier les mesures qu'il serait difficile, sinon impossible, d'imposer dans un contexte ordinaire, en particulier de s'en prendre directement &#224; des organisations musulmanes et antiracistes, mais aussi pour d&#233;l&#233;gitimer, en la tra&#238;nant dans la boue, la gauche sociale et politique qui a soutenu les luttes contre les crimes policiers ou contre l'islamophobie dans la derni&#232;re p&#233;riode (d'o&#249; la d&#233;testation, unanime dans les principaux m&#233;dias, de la France insoumise et de l'UNEF).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi cherchent-ils &#224; r&#233;gler des comptes, et on ne comprend sans doute rien au caract&#232;re syst&#233;matique et violent des attaques &#8211; dont la derni&#232;re, ignoble, de Bruckner accusant Rokhaya Diallo d'avoir &#171; arm&#233; le bras des tueurs &#187; de Charlie Hebdo &#8211; si l'on ne tient pas compte de la progression des luttes antiracistes dans la derni&#232;re p&#233;riode, marqu&#233;e &#224; la fois par l'imposante marche contre l'islamophobie le 10 novembre dernier, et les manifestations les plus massives que la France ait connues contre les crimes policiers en juin, dans le contexte d'une vague mondiale de contestation antiraciste suite au meurtre de George Floyd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est encore bien plus grave, c'est qu'en pratiquant une telle instrumentalisation islamophobe de l'immense &#233;motion suscit&#233;e par l'assassinat de Samuel Paty, en accentuant la logique coloniale consistant &#224; percevoir les musulman&#183;e&#183;s comme un ennemi de l'int&#233;rieur et une &#171; cinqui&#232;me colonne &#187; (expression que Nadine Morano a d'ailleurs r&#233;cemment utilis&#233;e), ces charognards nous font entrer pr&#233;cis&#233;ment dans la logique souhait&#233;e par des groupes terroristes comme Daech (bien qu'elle ne soit sans doute pas th&#233;oris&#233;e aussi explicitement) : isoler les musulman&#183;e&#183;s dans les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes, situation que ces groupes imaginent pouvoir exploiter en se pr&#233;sentant comme des sauveurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous rejoignons pour notre part ce qu'&#233;crit a CGTEduc'action dans son communiqu&#233; : &#171; L'&#201;cole ne pourra jamais, &#224; elle seule, soigner les fractures d'une soci&#233;t&#233; min&#233;e par les in&#233;galit&#233;s sociales et les discriminations. Son r&#244;le d'&#233;mancipation collective et individuelle ne pourra s'accomplir vraiment qu'en travaillant &#224; une r&#233;elle et profonde transformation de la soci&#233;t&#233; sur les bases de la justice sociale et d'une v&#233;ritable &#233;galit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La r&#233;volution, la subversion et la violence</title>
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		<dc:date>2019-04-30T07:57:07Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ludivine Bantigny</dc:creator>


		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-04-30</dc:subject>

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&lt;p&gt;Pr&#233;sentation du livre : Alors que le mot &#171; r&#233;volution &#187; sert &#224; vendre &#224; peu pr&#232;s n'importe quoi et n'importe qui, ce livre fort et joyeux montre comment il a &#233;t&#233; domestiqu&#233; par tous les pouvoirs depuis le XIXe si&#232;cle et comment, en le prenant de nouveau au s&#233;rieux l&#224; o&#249; il veut dire quelque chose, il est possible de renouer avec ce que la r&#233;volution r&#233;v&#232;le justement, avec la puissance et la promesse imaginatives de ses processus. &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; La r&#233;volution, dans son mouvement m&#234;me, produit des r&#234;ves (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH150/arton38931-434fa.jpg?1781027223' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pr&#233;sentation du livre : Alors que le mot &#171; r&#233;volution &#187; sert &#224; vendre &#224; peu pr&#232;s n'importe quoi et n'importe qui, ce livre fort et joyeux montre comment il a &#233;t&#233; domestiqu&#233; par tous les pouvoirs depuis le XIXe si&#232;cle et comment, en le prenant de nouveau au s&#233;rieux l&#224; o&#249; il veut dire quelque chose, il est possible de renouer avec ce que la r&#233;volution r&#233;v&#232;le justement, avec la puissance et la promesse imaginatives de ses processus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; La r&#233;volution, dans son mouvement m&#234;me, produit des r&#234;ves et des id&#233;es. Elle porte en elle des volont&#233;s de solidarit&#233;, d'association et de coop&#233;ration : l'aspiration &#224; une vie bonne, plus juste et plus humaine &#8211; sans n&#233;gliger sa beaut&#233; et le plaisir qu'elle inspire. Elle change les crit&#232;res de r&#233;f&#233;rence : non plus le march&#233; mais le partage, non plus la concurrence mais la solidarit&#233;, non plus la publicit&#233; mais l'art par et pour chacun, non plus la comp&#233;tition mais le commun. En cela, elle redonne du sens &#224; ce qui n'en avait plus et du d&#233;sir quand il s'&#233;tait perdu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sans r&#233;v&#233;rence ni all&#233;geance : la r&#233;volution, la subversion et la violence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;volution est d'abord une mani&#232;re hardie de s'en prendre aux pouvoirs &#233;tablis, au pouvoir tout court, dans son centre et son c&#339;ur, elle est une subversion du quotidien ; mais on n'y invente pas tout, tout &#224; coup et soudain. On y reprend parfois des gestes anciens pour les rev&#234;tir de nouveaux sens. Qu'on se rappelle les femmes de la Halle avant 1789, &#171; hareng&#232;res &#187;, &#171; d&#233;tailleresses de poissons de mer &#187;, fripi&#232;res, marchandes de toutes sortes, vendeuses au march&#233; de denr&#233;es alimentaires vari&#233;es[1]. Elles allaient parfois &#224; Versailles, selon un c&#233;r&#233;monial fix&#233;, dans une sorte de don contre-don &#224; la gloire de la monarchie : il s'agissait de saluer le monarque au nom du peuple et, en &#233;change, d'en recevoir la protection voire la b&#233;n&#233;diction. D'autres pouvaient s'y rendre aussi, &#224; la naissance d'un enfant royal : charbonniers, porteurs d'eau, portefaix ou ramoneurs de chemin&#233;es. Ces hommes et ces femmes connaissaient la route de Versailles ; son chemin &#233;tait &#233;prouv&#233;. Mais quand elles l'emprunt&#232;rent les 5 et 6 octobre 1789, le sens qu'elles lui pr&#234;t&#232;rent avait chang&#233; du tout au tout. Elles ne venaient plus faire la r&#233;v&#233;rence, elles ne venaient plus faire all&#233;geance. Elles r&#233;clamaient ce &#224; quoi elles avaient droit, des moyens &#233;l&#233;mentaires de subsistance et, par-del&#224;, une dignit&#233;, avec le sentiment profond d'une l&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette prise de conscience &#233;tait immense. Clubs, soci&#233;t&#233;s populaires, assembl&#233;es, retrouvailles autour des arbres de la libert&#233;, discussions et fraternisations, r&#233;daction de cahiers en assembl&#233;es d'habitants, exercice du droit de p&#233;tition&#8230; : la chose politique se d&#233;couvrait l&#224; et, avec elle, le souhait d'y prendre sa part. Elle s'y inventait aussi et trouvait ses lieux, transform&#233;s pour se retrouver autrement : halles de march&#233;s, chapelles et &#233;glises, places des villages et palais confisqu&#233;s[2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait &#233;vacuer ici l'enjeu de la violence sans autre forme de proc&#232;s. On suivra encore, pour quelques lignes et quelques instants, Daniel Bensa&#239;d et son &#233;vocation de la R&#233;volution &#224; la premi&#232;re personne : &#171; La Terreur, j'en ai ma part. Il y a longtemps qu'elle me fait un gros n&#339;ud, impossible &#224; d&#233;m&#234;ler, dans la gorge et sur l'estomac. Je m'efforce de distinguer un avant et un apr&#232;s. Une Terreur d'en bas qui serait mienne, et une Terreur d'en haut, qui serait de l'&#201;tat ou de la r&#233;publique, une petite et une grande Terreur, une Terreur d'avant et une Terreur d'apr&#232;s. Il y a des diff&#233;rences, et des discontinuit&#233;s. Mais, rien &#224; faire : au milieu, &#231;a se chevauche, &#231;a s'interp&#233;n&#232;tre. On ne peut plus d&#233;partager le mien du tien. Je suis d&#233;j&#224; victime et encore un peu bourreau. C'est mon fardeau et mon destin &#187;[3]. Il y a de la souffrance &#224; se souvenir de cette violence. On ne peut l'oublier. Et ce ne sera sans doute pas suffisant de rappeler combien la soci&#233;t&#233; d'Ancien R&#233;gime &#233;tait elle-m&#234;me violente, combien la royaut&#233; l'&#233;tait. En 1766, le chevalier de La Barre, accus&#233; d'avoir mutil&#233; un Christ en bois et de lire des &#339;uvres philosophiques, eut la langue arrach&#233;e, la t&#234;te tranch&#233;e, son corps jet&#233; sur un b&#251;cher ardent. On soumettait &#224; la question, &#171; genoux et mains broy&#233;s, estomac rempli d'eau, corps &#233;tir&#233;s par 90 kilogrammes de pierres, jambes br&#251;l&#233;es par des &#8220;chaussettes soufr&#233;es'' &#187;. La prison &#233;tait un d&#233;potoir o&#249; l'on mourait de maladies. Les gal&#232;res et les bagnes tuaient 10 % des arrivants et n'en laissaient sortir que la moiti&#233;. Les peines &#233;taient &#171; afflictives, destin&#233;es &#224; punir le corps m&#234;me par des actes meurtrissant &#187;, avec la torture, les cha&#238;nes et le fouet. Il fallait &#171; terroriser &#187; le crime comme le d&#233;lit &#8211; selon un principe de sacro-sainte propri&#233;t&#233;, les juges punissaient d'ailleurs plus impitoyablement le vol que le meurtre. Le supplice devait d&#233;montrer la puissance de la monarchie. Qu'un valet n'ait pas respect&#233; son ma&#238;tre, il &#233;tait envoy&#233; aux gal&#232;res. Qu'un autre domestique commette un maigre chapardage, le voil&#224; condamn&#233; au gibet. Cela suscitait aussi la r&#233;volte populaire. Mais la violence la plus extr&#234;me, cette autre forme de barbarie, se commettait contre les esclaves, aux colonies. Tel est l'&#233;tat des lieux que, plus tard, Babeuf d&#233;crira dans un m&#233;lange de lucidit&#233; et d'effroi : &#171; Les supplices de tout genre, l'&#233;cart&#232;lement, la torture, la roue, les b&#251;chers, les gibets, les bourreaux multipli&#233;s partout, nous ont fait de si mauvaises m&#339;urs ! Les ma&#238;tres, au lieu de nous policer, nous ont rendus barbares parce qu'ils le sont eux-m&#234;mes &#187;[4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En mati&#232;re de violence d'&#233;tat, 1793 n'a rien invent&#233;. Pratiqu&#233;e dans toute l'Europe par les monarchies de l'&#232;re moderne, la terreur d'&#233;tat se caract&#233;rise par un usage d'une violence extr&#234;me et cibl&#233;e, destin&#233;e &#224; r&#233;duire les populations civiles &#224; l'ob&#233;issance, en temps de guerre et de paix. &#187;[5] Les hommes du Comit&#233; de Salut public furent gens de leur temps : avec l'&#233;chafaud, ils pensaient non pas d&#233;cha&#238;ner mais ma&#238;triser la violence et la soumettre &#224; une rationalit&#233; politique. Les d&#233;b&#226;cles militaires et l'invasion &#233;trang&#232;re ne sauraient suffire &#224; expliquer les politiques r&#233;pressives. Mais celles-ci ne touchent en r&#233;alit&#233; que les territoires o&#249; la guerre civile fait rage ainsi que les r&#233;gions frontali&#232;res : la majeure partie du pays les ignore et conna&#238;t m&#234;me une vitalit&#233; d&#233;mocratique in&#233;dite. Les ann&#233;es 1793-1794 sont riches de projets et de pratiques aspirant au progr&#232;s social et &#224; l'&#233;galit&#233; : protection sociale, allocations pour les accident&#233;s du travail, aides pour les personnes &#226;g&#233;es, caisses d'&#233;pargne populaire, premi&#232;re loi d'obligation scolaire&#8230;[6]. De surcro&#238;t, sans rien effacer de la violence qui s'abat durant cette p&#233;riode-l&#224;, on remarquera avec l'historien Jean-Cl&#233;ment Martin que, dans les discours m&#233;diatiques et politiques prompts &#224; disqualifier tout mouvement r&#233;volutionnaire, la &#171; Violence n'est pas aussi intimement associ&#233;e &#224; la religion, aux colonies, &#224; l'empire ou &#224; la R&#233;publique, qu'elle ne l'est &#224; la R&#233;volution &#187;[7]. Pourtant, combien de massacres commis en leurs noms ? Combien de gouvernants et de g&#233;n&#233;raux &#233;rig&#233;s en h&#233;ros pour avoir envoy&#233; &#224; la mort des millions de jeunes gens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient peu du g&#233;n&#233;ral Ferrand : en 1804, il avait promis la mort &#224; tout Ha&#239;tien qui sortirait de l'&#238;le. C'est que la r&#233;volution commenc&#233;e &#224; Saint-Domingue en 1791 est un &#233;v&#233;nement inou&#239; ; son retentissement est aussi intense qu'immense. Et pourtant, l'Occident l'a longtemps confin&#233; dans l'oubli, tent&#233; de l'enfermer &#224; double tour dans les pourtours de l'amn&#233;sie. C'est qu'il fallait tenter de faire taire ce soul&#232;vement qui a tant fait trembler les puissants. Pour la premi&#232;re fois de l'histoire, une r&#233;volte d'esclaves s'ach&#232;ve par une victoire. Mais l'enjeu va bien au-del&#224; : il combine l'anti-esclavagisme, l'anti-racisme et l'anticolonialisme ; il touche &#224; l'universel et en cela ne trouve pas tout &#224; fait son pareil. Il exprime l'&#233;mancipation par excellence, avec la constitution d'une nation noire. Cette conqu&#234;te de la libert&#233; dans le processus r&#233;volutionnaire fera dire &#224; Aim&#233; C&#233;saire : &#171; Ha&#239;ti o&#249; la n&#233;gritude se mit debout pour la premi&#232;re fois et dit qu'elle croyait &#224; son humanit&#233; &#187;. On la lui fera payer cher et l'Europe tentera d'&#233;tablir autour de l'&#238;le un cordon sanitaire pour &#233;viter toute &#171; contagion &#187; de la r&#233;volution et de l'abolition. Talleyrand d&#233;crira le peuple ha&#239;tien comme sauvage et barbare. En 1825, la France imposera au pays une dette consid&#233;rable au pr&#233;texte de &#171; r&#233;parations &#187;, sous peine d'intervention militaire et de r&#233;tablissement de l'esclavage ; l'&#201;tat fran&#231;ais consid&#233;rait que c'&#233;tait le prix &#224; payer pour la reconnaissance de l'ind&#233;pendance. C'est que la r&#233;volution ha&#239;tienne fut pour le syst&#232;me colonial et l'&#233;conomie de plantation &#171; une anomalie, une menace, un d&#233;fi &#187;[8]. Il fallait &#224; toute force tenter de le briser : la France le fit par une mise au ban et par une ran&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la diffamation brutale n'est jamais loin, du c&#244;t&#233; des puissants, quand ils craignent les r&#233;volutions. Pour les disqualifier, ils inventent des mots. Ainsi, &#171; casseurs &#187;, qu'on croirait agripp&#233; &#224; notre seul pr&#233;sent. Et cependant&#8230; Nous sommes en 1832. Les 5 et 6 juin se d&#233;roulent les journ&#233;es insurrectionnelles qui inspireront Victor Hugo dans Les Mis&#233;rables. Les obs&#232;ques du g&#233;n&#233;ral r&#233;publicain Lamarque se transforment en manifestations et en protestation contre un r&#233;gime qui a d&#233;&#231;u. La Monarchie de Juillet n'a pas tenu ses promesses ; deux ans &#224; peine apr&#232;s l'&#233;pisode r&#233;volutionnaire, l'insurrection est r&#233;prim&#233;e dans le sang. Mais le r&#233;gime de Louis-Philippe est aux abois. Il se sent menac&#233; de toutes parts, et notamment dans la presse satirique qui le harc&#232;le de sa critique. Le Figaro est de ces journaux-l&#224;, de ceux qui pratiquent l'insolence &#224; l'&#233;gard du gouvernement et revendiquent all&#232;grement la libert&#233; de pens&#233;e sans laquelle, on le sait, &#171; il n'est point d'&#233;loge flatteur &#187;. Pour contrer la fronde, le pouvoir n'y va pas par quatre chemins. Son moyen de faire taire l'impertinent est en effet bien &#233;vident : il rach&#232;te Le Figaro, purement et simplement. Ses confr&#232;res d'hier l'accablent de sarcasmes : voil&#224; un &#171; Figaro pr&#233;fet &#187;. Rien n'y fait. Le journal trempe d&#233;sormais sa plume &#224; l'&#233;loge des gens &#233;tablis. Ses cibles sont toutes trouv&#233;es : ce sont ces r&#233;publicains qui viennent de mettre le r&#233;gime en danger, ces r&#233;volutionnaires. C'est ici que l'image du &#171; casseur &#187; intervient. On en voit tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment surgir l'occurrence &#224; l'automne 1832. Elle se fait vite obs&#233;dante : il n'est pas une semaine sans qu'apparaisse la figure, harcelante. Le journal stigmatise le &#171; gamin &#187;, &#171; celui dont la seule croyance politique, morale, religieuse et litt&#233;raire, est le tapage, l'&#233;meutier, le casseur de vitres &#187;. Puis vient cette &#171; litanie &#187; pr&#234;t&#233;e aux dangereux r&#233;publicains : &#171; Saint-p&#232;re des &#233;meutes, des insurrections, des r&#233;volutions, fais nous d&#233;vorer un garde municipal [&#8230;] Destructeur de r&#233;verb&#232;res, casseur de vitres, &#233;teignoir des lampions, &#233;claire-nous &#187;. Le r&#233;volutionnaire est m&#234;me assimil&#233; &#224; une &#171; muse du charivari et du tohu-bohu &#187;, un &#171; Paganini du chaudron &#187;. Ces jeunes gens, disqualifi&#233;s comme de faux &#233;tudiants, ne sont rien d'autre au fond que des &#171; criards et des casseurs de vitres pour les &#233;meutes &#187;. Le &#171; premier Paris &#187;, &#224; entendre au sens de primitif, &#171; les pieds dans le ruisseau &#187;, a toutefois du souci &#224; se faire, selon le quotidien d&#233;fenseur des doctrinaires : &#224; leurs yeux, l'&#233;meute n'existera plus ; elle est d&#233;sormais &#171; au rebut &#187;. &#171; Son temps est fait &#187;, &#171; tant pis pour les vitriers &#187;. Des casseurs et des carreaux bris&#233;s on n'entendra plus parler[9]. Bel exemple d'un discours performatif, de ceux qui agissent pour qu'advienne ce qu'ils disent : de crainte que la r&#233;volution ne revienne, il faut vite sceller son sort et proclamer sa mort haut et fort. Mais Le Figaro lui-m&#234;me s'&#233;tiole et finalement s'&#233;teint, faute d'avoir pu se renouveler en se vendant au pouvoir. Il r&#233;appara&#238;tra bien des ann&#233;es plus tard, relanc&#233; sous d'autres auspices, en 1854. Aujourd'hui, comme bien d'autres, il reparle de &#171; casseurs &#187;, tout en en ayant probablement oubli&#233; l'histoire &#8211; et son histoire. Mais, dans une manifestation des &#171; gilets jaunes &#187; le 1er d&#233;cembre 2018, une banderole surgit o&#249; on ne l'y attendait pas : &#171; les vrais casseurs sont chefs d'&#201;tat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] David Garrioch, &#171; The everyday life of Parisian women and the October Days of 1789 &#187;, Social History, n&#176; 24, 1193/3, p. 231-249 ; Haim Burstin, R&#233;volutionnaires. Pour une anthropologie politique de la r&#233;volution fran&#231;aise, Paris, Vend&#233;miaire, 2013, p. 271 sq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Michel Vovelle, La D&#233;couverte de la politique. G&#233;opolitique de la R&#233;volution fran&#231;aise, Paris, La D&#233;couverte, 1992, p. 7, 19 et 151 et Serge Aberdam et Malcolm Crook, &#171; D&#233;lib&#233;rer et voter : une passion durable &#187;, in Michel Biard (dir.), La R&#233;volution fran&#231;aise. Une histoire toujours vivante, Paris, Tallandier, 2010, r&#233;&#233;d. CNRS &#201;ditions, 2014, p. 83-91.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Daniel Bensa&#239;d, Moi, la R&#233;volution, op. cit., p. 181.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Sur tout ceci, je suis Jean-Cl&#233;ment Martin, Violence et R&#233;volution. Essai sur la naissance d'un mythe national, Paris, Seuil, 2006, p. 15-24.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Guillaume Mazeau, &#171; La &#8220;Terreur'', laboratoire de la modernit&#233; &#187;, in Jean-Luc Chappey, Bernard Gainot, Guillaume Mazeau, Fr&#233;d&#233;ric R&#233;gent, Pierre Serna, Pour quoi faire la r&#233;volution, Marseille, Agone, 2012, p. 83-114, et notamment p. 103.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Idem, p. 99 sq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Jean-Cl&#233;ment Martin, &#171; Violence/s et R&#233;volution, les raisons d'un malentendu &#187;, in Michel Biard (dir.), La R&#233;volution fran&#231;aise. Une histoire toujours vivante, op. cit., p. 170. Cf. Sophie Wahnich, La Libert&#233; ou la mort. Essai sur la Terreur et le terrorisme, Paris, La Fabrique, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Rayford W. Logan, The Diplomatic Relations of the United States with Haiti, 1776&#8211;1891, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 1941. Cf. aussi Michel-Rolph Trouillot, Silencing the past, Power and the production of history, Beacon Press, Boston, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Le Figaro, respectivement 29 septembre, 14 octobre, 10 novembre et 18 novembre 1832.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Leur dire non : Une r&#233;ponse au &#171; votez Macron ! &#187;</title>
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		<dc:date>2017-05-02T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ludivine Bantigny</dc:creator>


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		<dc:subject>Edition du 2017-05-02</dc:subject>

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&lt;p&gt;Christine Angot (n&#233;e Christine Schwartz le 7 f&#233;vrier 1959 &#224; Ch&#226;teauroux (Indre), est une romanci&#232;re et dramaturge fran&#231;aise) nous traitera de &#171; salauds &#187; &#8211; comme elle l'a fait dans Lib&#233;. On aimerait pouvoir lui r&#233;pondre que les salauds ne sont pas de ce c&#244;t&#233;. Aupr&#232;s d'elle, c'est sans doute peine perdue. Mais au-del&#224;, il est possible d'expliquer pourquoi, tout en luttant pied &#224; pied contre le FN, sans rel&#226;che et sans concession, ce combat ne passe pas par le vote Macron. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'auteure est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/arton30708-53881.jpg?1781027224' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Christine Angot (n&#233;e Christine Schwartz le 7 f&#233;vrier 1959 &#224; Ch&#226;teauroux (Indre), est une romanci&#232;re et dramaturge fran&#231;aise) nous traitera de &#171; salauds &#187; &#8211; comme elle l'a fait dans Lib&#233;. On aimerait pouvoir lui r&#233;pondre que les salauds ne sont pas de ce c&#244;t&#233;. Aupr&#232;s d'elle, c'est sans doute peine perdue. Mais au-del&#224;, il est possible d'expliquer pourquoi, tout en luttant pied &#224; pied contre le FN, sans rel&#226;che et sans concession, ce combat ne passe pas par le vote Macron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteure est ma&#238;tresse de conf&#233;rences en histoire contemporaine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://christinedelphy.wordpress.com/2017/04/30/leur-dire-non-une-reponse-au-votez-macron-par-ludivine-bantigny/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de Christine Delphy&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;FN : de la banalisation &#224; l'impr&#233;gnation. Petites importations m&#233;diatiques et politiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas attendu cet entre-deux-tours pour lutter contre le Front national et nous affronter &#224; Marine Le Pen. Au passage, nous ne l'appellerons jamais &#171; Marine &#187;, cette mani&#232;re si m&#233;diatique et au fond si politique de la rendre famili&#232;re. C'est une petite chose, un d&#233;tail d'expression : un signe r&#233;v&#233;lateur de la banalisation. Si le FN s'est impos&#233; dans le paysage avec autant d'aplomb, c'est entre autre par cette fa&#231;on qu'ont partag&#233;e bien des m&#233;dias de lui faire place. On a d'ailleurs pu s'&#233;tonner qu'avant le premier tour, tant de journaux et cha&#238;nes de t&#233;l&#233; aient &#233;t&#233; &#224; ce point pr&#233;occup&#233;s de taper sur Jean-Luc M&#233;lenchon qu'ils en oubliaient le Front national. L'autre menait pendant ce temps-l&#224; son petit bonhomme de chemin (dommage que &#171; malhomme &#187; n'existe pas &#8211; il faudrait l'inventer). &#192; pr&#233;sent, le changement, c'est maintenant : vite vite, on s'aper&#231;oit que Macron n'aura pas 82 % des voix ; vite vite, il faut faire peur, faire pression, faire passer le vote blanc ou l'abstention pour une trahison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pire peut-&#234;tre, quand Marine Le Pen ou ses acolytes n'&#233;taient pas sur les plateaux ou dans les studios, c'&#233;taient leurs th&#232;mes pr&#233;f&#233;r&#233;s : tour &#224; tour la s&#233;curit&#233;, l'identit&#233;, le voile, le burkini, les musulmans, le suppos&#233; &#171; probl&#232;me &#187; des immigr&#233;s. La responsabilit&#233; est &#233;norme de celles et ceux qui s'emparent de ces id&#233;es, parfois par cynisme et pour gagner des voix, parfois par conviction &#8211; les deux se m&#234;lant souvent dans une certaine confusion. Que l'on songe &#224; un think tank du PS tr&#232;s mal nomm&#233; &#171; Gauche populaire &#187;, dont un fondateur, Laurent Bouvet, fait depuis des ann&#233;es de l'immigration une obsession, un th&#232;me majeur et, pour tout dire, &#171; son beurre &#187;. Bouvet &#233;crit &#224; qui veut l'entendre que l'immigration est un &#171; fardeau &#187; pour les &#171; petits Blancs &#187;, lesquels estimeraient qu'il y a &#171; trop d'immigr&#233;s en France &#187; : et la &#171; gauche &#187; devrait s'adapter pour prendre en compte cette &#171; opinion &#187;[1]. En r&#233;alit&#233;, il y a d&#233;j&#224; trop de temps que des responsables politiques vont puiser au r&#233;pertoire du Front national et, par l&#224; m&#234;me, l'alimenter. Elles ou ils brandiront les sondages : regardez, 70 % &#171; des Fran&#231;ais &#187; pensent qu'il y a un probl&#232;me de s&#233;curit&#233;. Il ne faut pas &#234;tre fin(e) sociologue pour observer la m&#233;canique simplificatrice de cette proph&#233;tie auto-r&#233;alisatrice : semez, semez donc les sujets d&#233;l&#233;t&#232;res, vous en r&#233;colterez les fruits amers. Et il n'est pas besoin d'&#234;tre x&#233;nophobe pour r&#233;pandre la x&#233;nophobie. C'est ce que Jacques Ranci&#232;re a si justement d&#233;nonc&#233; &#224; travers &#171; sept r&#232;gles pour aider &#224; la diffusion des id&#233;es racistes &#187; et, parmi elles, celle-ci, essentielle : &#171; R&#233;p&#233;tez en toutes circonstances : il y a un probl&#232;me des immigr&#233;s qu'il faut r&#233;gler si on veut enrayer le racisme. Les racistes ne vous demandent pas plus : reconna&#238;tre que leur probl&#232;me est bien un probl&#232;me et &#8220;le&#8221; probl&#232;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une bien vieille &#171; nouveaut&#233; &#187; : Macron ou l'ultra-comp&#233;tition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La responsabilit&#233; &#8211; &#233;norme, &#233;crasante &#8211; est du c&#244;t&#233; des politiques men&#233;es depuis plus de trente ann&#233;es de rigueur, d'aust&#233;rit&#233;, de concurrence acharn&#233;e, d'un &#171; marche ou cr&#232;ve &#187; permanent et, plus encore, institutionnalis&#233;. De celles qu'a conduites Macron. Quel triste canular d'ailleurs, cette &#171; nouveaut&#233; &#187; qui lui est sans cesse associ&#233;e. Certain(e)s n'ont pas d'autre mot &#224; la bouche, pas d'autre terme pour le qualifier sinon le grand passe-partout de la &#171; modernit&#233; &#187;, ce s&#233;same ouvre-toi du grand creux politique, ce circulez-il-n'y-a-rien-&#224;-voir de leur basse besogne &#8211; de leur basse politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette politique fera mal, tr&#232;s mal : aux ouvri&#232;res et ouvriers, aux employ&#233;(e)s, aux ch&#244;meur.euses, aux enseignant(e)s, aux fonctionnaires&#8230; Mais au-del&#224; encore, &#224; tous les salari&#233;s, m&#234;me les cadres sup&#233;rieurs plut&#244;t bien lotis en termes de revenus, sur qui s'abattra, toujours implacable, toujours impitoyable, la pression inou&#239;e de la comp&#233;tition. Ce fl&#233;au qui passe pour l'&#233;vidence : travaillez plus et &#233;crasez le voisin. Les gouvernants ont fait de la lutte contre le terrorisme une cause nationale : une mani&#232;re de gouverner par la peur, l'&#233;tat d'urgence, la r&#233;pression des manifestations et la guerre &#8211; qui est une spirale infernale, la pire fa&#231;on d'alimenter le terrorisme. Mais quand fera-t-on une priorit&#233; de la lutte contre les suicides au travail, les burn out, les accidents de travail (500 morts par an) ? Cette politique nous fera mal. Et elle conduira, inexorablement, &#224; un FN renforc&#233;. T&#244;t ou tard, il arrivera au pouvoir, peut-&#234;tre aid&#233; d'une partie de LR, assorti de Dupont-Aignan et consorts. En 2012, une majorit&#233; d'&#233;lus UMP se disaient pr&#234;ts aux alliances avec le FN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; T&#244;t ou tard &#187;, mais donc &#171; pas maintenant &#187;, entend-on ici et l&#224;. Cette fuite en avant est effarante. Elle est au fond typique de qui n'est plus m&#234;me choqu&#233;(e) par une Le Pen au second tour. D&#233;cid&#233;ment, ces &#233;lections semblent nous emp&#234;cher de penser. Il est grand temps qu'on en finisse avec ce syst&#232;me monarchico-pr&#233;sidentiel o&#249; l'on est suppos&#233;(e) croire en l'homme providentiel, comme des enfants au P&#232;re No&#235;l. Rien que cette mani&#232;re de gouverner, depuis l'&#201;lys&#233;e ou &#224; coups de 49-3 depuis Matignon, est indigne d'une &#171; d&#233;mocratie &#187;. Emmanuel Macron l'a d&#233;j&#224; proclam&#233; : il proc&#232;dera par ordonnances d&#232;s cet &#233;t&#233;. Mani&#232;re de dire, sans discr&#233;tion, combien &#224; ses yeux comme dans la Cinqui&#232;me R&#233;publique, ce S&#233;nat et cette Assembl&#233;e forment un parlement croupion. Mais les ravages anti-d&#233;mocratiques ne s&#233;vissent pas qu'en politique. Quand on doit s'aligner sur le bon-vouloir patronal, faire all&#233;geance pour un petit boulot mal pay&#233;, se r&#233;signer &#224; la pr&#233;carit&#233;, o&#249; est la d&#233;cision, o&#249; est la d&#233;mocratie ? En haut lieu et dans les salles de r&#233;daction, s'imagine-t-on qu'on est libre de choisir sa vie &#224; ces conditions ? On peut les mettre au d&#233;fi, ceux qui brandissent leur fameux adjectif, leur mot totem prononc&#233; sans tabou : &#171; social-lib&#233;ral &#187;. Mesdames-messieurs les &#233;tiqueteurs, o&#249; se trouve s'il vous pla&#238;t le &#171; social &#187; dans tout &#231;a ? On a beau le chercher, on ne trouve pas. &#192; moins que ce mot-l&#224; soit le dernier rempart, le cache-sexe maigrelet avant le d&#233;voilement d&#233;finitif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut lire la superbe analyse qu'a r&#233;cemment propos&#233;e Christakis Georgiou sur ce que repr&#233;sente Emmanuel Macron, ce pr&#233;sum&#233; novice, celui qu'Aude Lancelin nomme le &#171; ch&#233;rubin &#187; &#8211; l'enfant de la finance et des march&#233;s qui l'ont longuement dorlot&#233; pour le modeler comme il fallait : un &#171; putsch du CAC 40 &#187;, a-t-elle pu subtilement titrer[2]. Du texte de Chr. Georgiou, il importe de citer un passage un peu long : &#171; La liste des soutiens de Macron se lit comme un extrait du Who's who de la classe dirigeante fran&#231;aise. Son principal soutien a &#233;t&#233; Henry Hermand, grand patron avec des int&#233;r&#234;ts dans la grande distribution, proche de Mend&#232;s-France puis de Rocard et du courant chr&#233;tien de gauche fond&#233; par Emmanuel Mounier autour de la revue Esprit. Hermand a financ&#233; des think tanks proche de la droite du PS (La R&#233;publique des id&#233;es, Terranova). Un autre patron proche du PS, le co-propri&#233;taire du Monde, Pierre Berg&#233;, est aussi un soutien d&#233;clar&#233; de Macron. Il y a aussi Alain Minc (lui aussi inspecteur des finances), pass&#233; chez Macron apr&#232;s avoir soutenu Jupp&#233; &#224; la primaire de la droite, Jacques Attali (polytechnicien et membre du corps des Mines), le banquier Serge Weinberg (pr&#233;sident de Sanofi par ailleurs), le banquier de gauche Jean Peyrelevade (conseiller &#233;conomique du premier ministre Pierre Mauroy en 1981-1983 et qui s'est occup&#233; du programme &#233;conomique de Bayrou en 2007), le financier Henri Moulard, Pascal Lamy et d'autres. Dans l'organigramme de campagne de Macron, le responsable de la collecte des fonds est Christian Dargnat, ancien dirigeant ex&#233;cutif de la branche gestion d'actifs de la BNP Paribas, et le charg&#233; des relations avec les entreprises et des questions &#233;conomiques est l'ancien banquier d'affaires (chez Morgan Stanley &#224; Paris) et ex-directeur g&#233;n&#233;ral d'Altice Media Group (le groupe de Patrick Drahi), Bernard Mourad. Selon un &#8216;&#8216;habitu&#233; des d&#238;ners du pouvoir'' cit&#233; dans une enqu&#234;te du Monde sur Macron, &#8216;&#8216;il est celui dont le Si&#232;cle a toujours r&#234;v&#233; : homme de gauche faisant une politique de droite'' &#187;. On comprend &#224; cette aune pourquoi certains m&#233;dias s'acharnent &#224; nous pr&#233;senter le fringant jeune Macron comme &#231;a, justement, et rien que &#231;a : un &#171; jeune &#187; fringant, au sourire &#233;clatant ; le petit nouveau ; le petit dernier. L'essentiel est sans doute dans la mani&#232;re dont il nous est livr&#233; en spectacle et, au fond, vendu : dans cette mise en sc&#232;ne de la fra&#238;cheur et de l'originalit&#233;, quand son programme est us&#233; comme la corde avec laquelle on n'ira pas se faire pendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le FN, les riches et le capital&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Menac&#233;e d'&#234;tre licenci&#233;e, une ouvri&#232;re de chez Whirlpool &#8211; 800 millions de dollars de b&#233;n&#233;fices, 21 milliards de chiffre d'affaires, une usine sur laquelle les deux qualifi&#233;s du second tour se sont jet&#233;s comme des mouches &#8211; a confi&#233; aux journalistes venus l'interroger : &#171; Macron, c'est la loi du tout pour le patron &#187; ; &#171; on est de la classe ouvri&#232;re, on ne vote pas Macron, nous &#187;. Rien n'est plus clair. Mais l'un de nos travaux communs est de montrer, avec pr&#233;cision, que le FN n'est pas pour autant le parti des ouvriers. Que son programme d&#233;fend les patrons, comme le fait, autrement, Macron. Et que la x&#233;nophobie qu'il charrie vise &#224; nous diviser quand nous pouvons &#234;tre uni.e.s. Le FN n'est pas devenu respectable avec Marine Le Pen, Louis Aliot ou Florian Philippot &#224; sa t&#234;te. J'ai entendu Brice Couturier me r&#233;torquer que ce parti n'est pas x&#233;nophobe. Des d&#233;tails, sans doute, pour ceux qui en sont prot&#233;g&#233;s : les candidats du FN s'&#233;taient particuli&#232;rement l&#226;ch&#233;s lors des derni&#232;res &#233;lections. &#171; Si on organisait des battues contre les Arabes, on sauverait peut-&#234;tre la France &#187;, a &#233;crit Elie Quisefit, candidate FN du canton de Narbonne 3. Narbonne 2, canton voisin : le candidat FN Fabien Rouquette publie ces quelques lignes : &#171; Socialistes, communistes, musulmans ! Faites un geste pour la Terre, suicidez-vous &#187;[3]. La x&#233;nophobie la plus abjecte, quoi qu'en dise Brice Couturier, pour qui on a trop &#171; diabolis&#233; &#187; le FN. Non, mille fois non : pas assez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Front national a &#233;t&#233; ultralib&#233;ral ; il veut maintenant se faire passer pour le &#171; parti des travailleurs &#187;, le parti du social. Et pourtant, c'est un parti du capital. L'un de ses &#233;conomistes attitr&#233;s le reconna&#238;t : Bernard Monot, qui se vante d'&#233;laborer le volet &#233;conomique du programme frontiste, d&#233;clare sans ambages que dans son parti, &#171; &#224; l'int&#233;rieur nous sommes lib&#233;raux &#187;, &#171; nous sommes pour le profit &#187;. Il le formule encore autrement : le FN d&#233;fend le capital, mais &#171; national &#187;. En bon lib&#233;ral lui aussi, Robert M&#233;nard, triste sire et maire FN de B&#233;ziers, se prononce pour la libert&#233; d'entreprise contre ce qu'il pr&#233;tend baptiser l'&#171; inertie &#233;tatique &#187; &#8211; on a pourtant montr&#233; depuis longtemps que l'&#201;tat, au stade n&#233;olib&#233;ral du capitalisme, est loin de lui &#234;tre un frein mais fait tout, au contraire, pour le favoriser. &#171; Heureux comme un entrepreneur en France &#187; est l'une des devises que Marine Le Pen appr&#233;cie et brandit. Le FN ne d&#233;fend pas les salari&#233;s. On ne trouvera rien dans son programme pour l'interdiction des licenciements &#8211; une entrave &#224; la libert&#233; des march&#233;s ch&#233;rie par le FN comme par tous les partis qui entendent, comme le dit Monot, d&#233;fendre le capital. Les d&#233;put&#233;s FN au Parlement europ&#233;en se sont oppos&#233;s &#224; une mesure contre les d&#233;localisations. Les d&#233;put&#233;s FN de l'Assembl&#233;e nationale ont d&#233;pos&#233; des amendements &#224; la loi Travail (&#171; Travaille ! &#187;), qui accentuaient encore son lib&#233;ralisme et sa flexibilit&#233; impos&#233;e aux salari&#233;s. Les m&#234;mes ont aussi vot&#233; la directive europ&#233;enne qui prot&#232;ge le secret des affaires : la petite cuisine du CAC 40 et des march&#233;s financiers est avec eux bien gard&#233;e. &#192; chaque lutte, &#224; chaque gr&#232;ve comme au printemps dernier, le FN s'en plaint et voudrait que l'&#201;tat fasse davantage encore r&#233;gner son ordre. La police le lui accorde volontiers quand elle gaze et matraque les opposant(e)s et manifestant(e)s. D'ailleurs, Thibaut de la Tocnaye, &#171; expert &#233;conomique &#187;, membre du bureau politique et du comit&#233; central au Front national, le reconna&#238;t ; il r&#234;ve d'un nouveau corporatisme, pour faire taire tout mouvement social, pour cadenasser toute lutte de classe : des syndicats qui regrouperaient des patrons, des cadres et des ouvriers. Le programme du FN regorge aussi de bons plans pour les plus riches en termes de fiscalit&#233; ; mais pas l'once d'une augmentation du SMIC[4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, le Front national ne s'en cache pas : ce qu'il est, c'est le &#171; parti de la France &#187; contre celui &#171; des &#233;trangers &#187;. Un grand enjeu, qui va bien au-del&#224; de cette &#233;lection, c'est donc le combat, pr&#233;cis et d&#233;cid&#233;, pour que pas une voix n'aille &#224; Le Pen et au FN, du c&#244;t&#233; de celles et ceux qui y voient un espoir parce que, pendant des d&#233;cennies, on les a &#233;cras&#233;(e)s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notre t&#226;che est immense : elle a d&#233;j&#224; commenc&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces jours-ci, l'&#233;conomiste Thomas Piketty appelle &#224; voter Macron et estime que, s'il a un &#233;norme score, il ne pourra pas appliquer son programme toxique[5]. C'est oublier un peu vite le vote pl&#233;biscitaire pour Chirac, qui nous a aussit&#244;t conduits &#224; une violente politique de droite, inaugur&#233;e quelques mois apr&#232;s sa triomphale &#233;lection par la contre-r&#233;forme des retraites concoct&#233;e par Fillon. Offrir un vote-pl&#233;biscite &#224; Macron, c'est tendre les verges, les b&#226;tons, tout ce que vous voulez : dans tous les cas, se faire battre avec notre b&#233;n&#233;diction. Onction du suffrage, dira-t-on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r et malgr&#233; tout, vous voterez peut-&#234;tre Macron. Chacune et chacun &#171; choisira &#187; avec son anxi&#233;t&#233;, son d&#233;go&#251;t ou sa d&#233;termination. L'essentiel alors, c'est que nous nous retrouvions tr&#232;s vite, partout, dans les luttes, sur les places, dans toutes nos formes d'expression, pour s'opposer au bulldozer : il ne nous &#233;crasera pas si nous lui r&#233;sistons. Mais &#231;a ne suffira pas. Revenons en deux mots &#224; Christine Angot : &#224; propos du vote Macron, elle croit bon de lancer cette vindicte, en des termes choisis qui ne font pas dans la dentelle au cas o&#249; on n'aurait pas compris : &#171; Si nous ne faisons pas ce minimum, nous sommes des salauds &#187;[6]. Encore une fois, allons bon : si &#171; salauds &#187; il y a, il faudrait un peu mieux les chercher. Surtout, ce &#171; minimum &#187;-l&#224;, ce petit bulletin, n'est rien. Nous en avons entendu des vertes et des pas m&#251;res contre l'abstention, de la part de certains qui ne font rien au quotidien et croient que la chose politique et son histoire se r&#233;sument &#224; leur isoloir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui compte, infiniment plus, c'est ce que nous pourrons imaginer et r&#233;aliser pour que cesse cette situation &#8211; dont certains s'accommodent &#224; longueur de temps et r&#233;agissent seulement une fois tous les cinq ans. Notre t&#226;che est immense mais beaucoup, beaucoup l'ont d&#233;j&#224; commenc&#233;e : celles et ceux qui luttent dans des syndicats et des associations, occupent des places, des zones &#224; d&#233;fendre, organisent des marches pour la justice et la dignit&#233;, combattent la guerre, la violence polici&#232;re, la x&#233;nophobie et l'islamophobie, d&#233;fendent une r&#233;elle &#233;mancipation de nos sexualit&#233;s, b&#226;tissent concr&#232;tement des alternatives au capitalisme et &#224; un cort&#232;ge d'oppressions, inventent du commun. C'est &#224; ce travail qu'il faut continuer &#224; nous atteler : le faire par-del&#224; toutes les pressions et les donneurs de le&#231;ons, y consacrer avec bonheur notre &#233;nergie, est l'une des belles fa&#231;ons de leur dire &#171; non &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Laurent Bouvet, Le Sens du peuple. La gauche, la d&#233;mocratie, le populisme, Paris, Le D&#233;bat/Gallimard, 2012, p. 270 et 293.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] &#171; La candidature Macron et la recomposition politique &#224; l'&#339;uvre &#187;, Contretemps, mars 2017 &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/candidature-macron-recomposition-politique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/candidature-macron-recomposition-politique/&lt;/a&gt; ; Aude Lancelin, &#171; Emmanuel Macron, un putsch du CAC 40 &#187;, 20 avril 2017, &lt;a href=&#034;https://audelancelin.com/2017/04/20/emmanuel-macron-un-putsch-du-cac-40/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://audelancelin.com/2017/04/20/emmanuel-macron-un-putsch-du-cac-40/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &#171; D&#233;partementales : de nouveaux d&#233;rapages racistes de candidats FN &#187;, Le Parisien, 25 f&#233;vrier 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Cf. Renaud Lambert, &#171; Duplicit&#233; &#233;conomique du Front national &#187;, Le Monde diplomatique, mai 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Thomas Piketty, &#171; Plus le score de Macron sera fort, plus il sera clair que ce n'est pas son programme que nous accr&#233;diterons &#187;, Lib&#233;ration, 29-30 avril 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Christine Angot, &#171; Si nous ne faisons pas ce minimum, nous sommes des salauds &#187;, Lib&#233;ration, 29-30 avril 2017.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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