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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Les arts de la r&#233;volution noire, toute une histoire</title>
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		<dc:date>2026-05-12T08:15:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>R&#233;mi Carayol</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-05-12</dc:subject>
		<dc:subject>Arts culture et soci&#233;t&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Bonnes feuilles &#183; Dans Fant&#244;mes de la r&#233;volution noire, Gr&#233;gory Pierrot nous plonge dans la galaxie du &#171; Black Power &#187; &#224; travers le prisme des productions artistiques. Il montre ainsi le r&#244;le majeur de la litt&#233;rature, de la musique et du cin&#233;ma dans la diffusion des id&#233;es, des r&#234;ves et parfois des lubies du mouvement. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Afrique XXI. &lt;br class='autobr' /&gt;
Professeur de litt&#233;rature &#224; l'universit&#233; du Connecticut (&#201;tats-Unis), &#233;diteur et traducteur, Gr&#233;gory Pierrot nous plonge, avec Fant&#244;mes de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH91/capture_d_e_cran_le_2026-05-11_a_10.39_39-267c7.png?1781491102' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='91' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Bonnes feuilles &#183; Dans Fant&#244;mes de la r&#233;volution noire, Gr&#233;gory Pierrot nous plonge dans la galaxie du &#171; Black Power &#187; &#224; travers le prisme des productions artistiques. Il montre ainsi le r&#244;le majeur de la litt&#233;rature, de la musique et du cin&#233;ma dans la diffusion des id&#233;es, des r&#234;ves et parfois des lubies du mouvement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Les-arts-de-la-revolution-noire-toute-une-histoire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Afrique XXI&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Professeur de litt&#233;rature &#224; l'universit&#233; du Connecticut (&#201;tats-Unis), &#233;diteur et traducteur, Gr&#233;gory Pierrot nous plonge, avec Fant&#244;mes de la r&#233;volution noire. Une histoire culturelle transatlantique, dans une longue et passionnante chronique de la r&#233;volution noire &#224; travers les &#226;ges, du XIXe si&#232;cle aux ann&#233;es 1970, &#224; travers les continents, des Am&#233;riques &#224; l'Europe en passant par l'Afrique, et &#224; travers les arts, la litt&#233;rature, la musique et le cin&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des &#339;uvres et des &#233;crivain&#183;es plus ou moins connu&#183;es qu'il donne envie de (re)d&#233;couvrir, il montre comment la production artistique a nourri les imaginaires de &#171; l'insurrection des mondes noirs &#187; tout en posant les bases de ce que l'on appellera bient&#244;t le &#171; Pouvoir Noir &#187; (&#171; Black Power &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les nombreux passages savoureux qui rendent passionnante la lecture de cet ouvrage, l'extrait ci-dessous, tir&#233; du chapitre 4 intitul&#233; &#171; Un seul superh&#233;ros : le peuple &#187;, retrace une ann&#233;e particuli&#232;re : l'ann&#233;e 1967. (Les intertitres sont de la r&#233;daction.)&lt;br class='manualbr' /&gt;_ _ _ _ _ _ _ _ _ _&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De Basse-Terre &#224; Sacramento&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a recommence et c'est comme d'habitude : un patron, un flic, un blanc insulte et bat un Noir, s'en va comme si de rien n'&#233;tait, parce que &#231;a se passe toujours comme &#231;a, et qu'ensuite, il ne se passe jamais rien. C'est ainsi &#224; Johannesburg, Paris, Londres, Rio, New York, Montgomery, Chicago, et cette fois-ci, &#231;a se passe &#224; Basse-Terre, en Guadeloupe, en mars 1967. Une attaque raciste men&#233;e par un propri&#233;taire de magasin conduit &#224; un soul&#232;vement populaire durant lequel environ cinq mille habitants incendient ledit magasin et se heurtent aux CRS qui perdent le contr&#244;le de la ville. Le pr&#233;fet Pierre Bolotte annonce un couvre-feu. Il a de la bouteille : haut fonctionnaire typique de la Ve R&#233;publique, apr&#232;s avoir entam&#233; sa carri&#232;re en France dans les derniers mois du r&#233;gime vichyste, Bolotte fera le tour des colonies pendant une vingtaine d'ann&#233;es, passant notamment par l'Indochine et l'Alg&#233;rie durant leurs guerres d'ind&#233;pendance respectives, o&#249; il se distinguera par son soutien inconditionnel aux atrocit&#233;s militaires et polici&#232;res (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de toute cette belle exp&#233;rience que Bolotte s'inspire en Guadeloupe. Son annonce &#224; la radio voile &#224; peine ses menaces de r&#233;pression. Il faudra que Gerty Archim&#232;de, avocate et repr&#233;sentante du PCG (Parti Communiste Guadeloup&#233;en), s'adresse &#224; la foule en col&#232;re pour que la ville retrouve son calme. Les autorit&#233;s accusent le GONG (Groupe d'Organisation Nationale de la Guadeloupe) d'avoir foment&#233; le soul&#232;vement, t&#233;l&#233;guid&#233; par Cuba, Moscou, la Chine, voire les trois en m&#234;me temps. Le PCG, quant &#224; lui, d&#233;nonce les membres du GONG comme des agents perturbateurs envoy&#233;s par la CIA, tandis que le pr&#233;fet Bolotte leur tombe dessus comme une matraque (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bidonvilles s'&#233;tendent et avec eux la mis&#232;re des travailleurs guadeloup&#233;ens, exploit&#233;s jusqu'&#224; la moelle, mais le pouvoir gaulliste a d'autres priorit&#233;s : il reste enti&#232;rement d&#233;vou&#233; &#224; &#233;craser toute vell&#233;it&#233; ind&#233;pendantiste aux Antilles. Pour ce faire, il s'appuie sur le sinistre Jacques Foccart, grand timonier de la &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Les-origines-meconnues-du-mot-Francafrique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fran&#231;afrique&lt;/a&gt; de De Gaulle, lui-m&#234;me issu d'une famille de b&#233;k&#233;s de la Guadeloupe. Les Antilles, c'est la France, mais pas vraiment. Dans ces d&#233;partements, on &#233;lit des repr&#233;sentants mais c'est le pr&#233;fet qui r&#232;gne sans partage. Les Antilles, c'est la France, mais c'est la colonie. Et &#224; la col&#232;re des populations face &#224; l'injustice, les autorit&#233;s n'ont jamais qu'une seule r&#233;ponse, la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'or&#233;e de l'ann&#233;e 1967, c'est autour du GONG, organisation petite en membres mais tr&#232;s active et populaire, que se cristallise un ras-le-bol que ni le pouvoir, ni l'opposition communiste ne sont capables de contr&#244;ler. Les autorit&#233;s coloniales se m&#233;prennent &#224; la fois sur la v&#233;ritable taille et la v&#233;ritable influence du groupe, mais elles sont convaincues que des troubles se pr&#233;parent et sont d&#233;termin&#233;es &#224; ne pas se laisser d&#233;border. Sont-elles influenc&#233;es par l'entr&#233;e des Panth&#232;res noires en armes dans le capitole californien quelques semaines auparavant ? On sait que depuis la venue de Malcolm X &#224; Paris, le gouvernement fran&#231;ais se soucie particuli&#232;rement de l'influence possible du nationalisme noir am&#233;ricain sur l'ind&#233;pendantisme antillais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;pression coloniale &#224; huis clos&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il que fin mai, les ouvriers du b&#226;timent entrent en gr&#232;ve pour protester contre leurs salaires de mis&#232;re et viennent manifester &#224; Pointe-&#224;-Pitre. Le pr&#233;fet Bolotte autorise ses troupes &#224; faire usage de leurs armes et c'est le massacre. Les uniformes tirent sur tout ce qui bouge, assassinant hommes, femmes et enfants, manifestants comme passants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des Guadeloup&#233;ens s'arment &#224; leur tour et les rues de Point-&#224;-Pitre prennent des airs de guerre civile. Les CRS ex&#233;cutent au hasard, en toute impunit&#233;, comme ils l'avaient fait en Alg&#233;rie auparavant. On ne saura jamais le nombre exact de victimes, mais les estimations donnent un minimum de 87 morts et des centaines de bless&#233;s dans la population locale. Les ruines fument encore que les autorit&#233;s sont d&#233;j&#224; parties chasser les membres du GONG, d&#233;sign&#233;s comme organisateurs de troubles qui les avaient effectivement pris de court. Une dizaine seront jug&#233;s et emprisonn&#233;s en France. La plupart seront acquitt&#233;s par le verdict final qui sera rendu en avril 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse fran&#231;aise, comme &#233;tats-unienne, parle des &#233;v&#233;nements de Guadeloupe. Le Monde reconna&#238;t &#224; reculons que les incidents sont la cons&#233;quence d'un &#171; &#8220;colonialisme&#8221; qui ne dit pas son nom &#187; et qu'ils &#171; prouvent que dans ce d&#233;partement, les revendications sociales peuvent rev&#234;tir aussit&#244;t une dimension politique et m&#234;me raciste puisque des Blancs ont &#233;t&#233; pris &#224; partie par les &#233;meutiers &#187; (3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les semaines qui suivent, toute mention de racisme, de la part du PCG comme des autorit&#233;s ou de la presse, portera exclusivement sur les attaques men&#233;es par les manifestants contre des blancs. Aucune mention n'est faite des exactions polici&#232;res, assassinats &#224; vue, passages &#224; tabac goguenards m&#226;tin&#233;s d'insultes plus racistes les unes que les autres. Le racisme, c'est quand des Noirs d&#233;cident de faire go&#251;ter aux blancs un petit &#233;chantillon de ce qu'ils leur font manger depuis des si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Des po&#232;mes qui tirent &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1967, l'&#233;crivain martiniquais Daniel Bl&#233;rard, dit Daniel Boukman, &#233;crit depuis l'Alg&#233;rie, o&#249; il vit en exil, Chants pour h&#226;ter la mort du temps des Orph&#233;e ou Madinina &#238;le esclave.... Le recueil contient trois textes : &#171; Les Sir&#232;nes &#187;, d&#233;di&#233; &#171; aux victimes de la r&#233;pression coloniale (Martinique, d&#233;cembre 1959) &#187;, &#171; Orph&#233;e n&#232;gre &#187;, d&#233;di&#233; &#224; Fanon, et &#171; Des voix dans une prison &#187;, d&#233;di&#233; &#171; aux victimes de la r&#233;pression coloniale (Guadeloupe, mai 1967) &#187;. Dans &#171; Orph&#233;e n&#232;gre &#187;, Boukman se livre &#224; une critique sans retenue d'Aim&#233; C&#233;saire, de l'institutionnalisation de sa r&#233;volte et des limites de la n&#233;gritude. &#171; Est-ce que Orph&#233;e, papa Orph&#233;e, est-ce qu'il a emp&#234;ch&#233; les gendarmes de venir prendre ton fils pour l'envoyer &#224; la guerre tuer ses fr&#232;res d'Afrique ? &#187; demande le personnage du militant, &#233;voquant le sort des insoumis qui, comme Boukman, avaient refus&#233; de servir la r&#233;pression coloniale. &#171; R&#233;pondez, camarades ! Est-ce que c'est Orph&#233;e qui a re&#231;u les balles des CRS lors de la gr&#232;ve... ? Est-ce que ses belles phrases ont tir&#233; de la ge&#244;le les emprisonn&#233;s de d&#233;cembre &#187;, &#233;crit-il &#224; propos des &#233;meutes de 1959 &#224; Fort-de-France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien l'injonction de LeRoi Jones &#224; &#233;crire &#171; des po&#232;mes qui tirent &#187; qui r&#233;sonne l&#224;. Les cris de l&#232;se-majest&#233; de Daniel Boukman sont publi&#233;s cette m&#234;me ann&#233;e 1967 en extraits dans la &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Maghreb-noir-la-revolution-panafricaine-des-60-70-s&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue artistique militante marocaine Souffles&lt;/a&gt;, qui d&#233;veloppe depuis ses d&#233;buts une similaire critique r&#233;volutionnaire et panafricaine de l'essentialisme et de l'institutionnalisation de la n&#233;gritude (4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des voix dans une prison &#187; &#233;voque la r&#233;pression sanglante et sans merci pendant et apr&#232;s le mouvement de mai 1967, imaginant les militants ind&#233;pendantistes (&#224; l'&#233;poque emprisonn&#233;s) condamn&#233;s &#224; la peine capitale dans un proc&#232;s in&#233;vitablement injuste : &#171; Apprenez, monsieur, qu'un agent de l'&#201;tat n'est jamais un assassin, quand il tue dans l'exercice de ses fonctions ! &#187; Comme un air de d&#233;j&#224; vu, en Martinique bien s&#251;r, et partout ailleurs. La nation qu'imagine le militant Boukman est d&#233;j&#224; plus grande que les seules &#238;les colonis&#233;es par la France. Il r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; MADININA&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#238;le d'un troupeau d'&#238;les&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; ANTILLES&lt;/li&gt;&lt;li&gt; nation future au drapeau bigarr&#233; (5)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Une nation qui n'a qu'un seul (super)h&#233;ros : le peuple. &#171; Nous n'avons plus besoin d'Orph&#233;e ! &#187; s'&#233;crie la foule. Ni de prince noir. Le message est clair : la main de fer colonialiste &#224; l'&#339;uvre aux Antilles ne laisse qu'une seule issue, celle emprunt&#233;e par les colonis&#233;s partout dans le monde. La voie des bombes. &#192; la fin de la pi&#232;ce, la foule mime une insurrection. Les grenades invisibles qu'elle lance ne sont pas des po&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Contre le mur, b&#226;tard ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...] &#199;a va vous dire quelque chose : des flics arr&#234;tent un chauffeur de taxi noir, le passent &#224; tabac sans raison aucune et l'emm&#232;nent au poste, o&#249; ils l'inculpent pour violence sur repr&#233;sentant de l'autorit&#233; publique. Il avait s&#251;rement saign&#233; sur leurs uniformes. La nouvelle se r&#233;pand et la majorit&#233; noire de la ville d&#233;cide de ne pas laisser passer et forme une foule devant le commissariat. Les cocktails molotov volent, les magasins br&#251;lent, et les flics tirent dans le tas, ce &#224; quoi certains habitants r&#233;pondent &#224; leur tour. La garde nationale intervient apr&#232;s quelques jours de chaos durant lesquels une trentaine de personnes sont tu&#233;es, la plupart par des tirs de la police au hasard. C'est l'&#233;t&#233; 1967 &#224; Newark et LeRoi Jones se retrouve naturellement au milieu des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est chez lui. L'arr&#234;tant &#224; son tour, la police trouve dans son v&#233;hicule une arme &#224; feu pour laquelle il n'a pas de permis. Les flics, parmi lesquels un de ses camarades de lyc&#233;e, le passent &#224; tabac. Jones estime que c'est l'intervention des riverains qui lui sauve la vie. Depuis leurs fen&#234;tres, les voisins se mettent &#224; jeter des projectiles sur les policiers. Des photos prises ce jour-l&#224; de Jones au commissariat, en menottes et couvert de sang, font le tour du monde. Deux semaines plus tard et peu de temps avant son proc&#232;s, il est l'un des organisateurs de la premi&#232;re convention du Pouvoir Noir &#224; Newark. Visant &#224; former une organisation politique noire f&#233;d&#233;rant aussi bien les nationalistes de US et les activistes de CORE que des intellectuels, journalistes et hommes d'affaires, cet &#233;v&#233;nement pr&#233;vu de longue date prend soudain une autre dimension. Jones devient d'autant plus une cible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son po&#232;me &#171; Peuple Noir ! &#187; (&#171; Black People ! &#187;) publi&#233; en d&#233;cembre 1967 dans Evergreen Review, va &#234;tre utilis&#233; par le juge pour l'incriminer. Il contient les vers suivants :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Et ces bijoux bon march&#233; sur Washington Street et dans ces deux-trois boutiques sur Springfield ? Vous savez comment les avoir, vous savez comment les prendre, pas d'acompte, pas d'argent, jamais d'argent, l'argent pousse pas sur les arbres non, y a que face de craie qui en a, il en fabrique avec une machine, pour vous contr&#244;ler, vous pouvez rien voler &#224; un blanc, il l'a d&#233;j&#224; vol&#233;, il vous doit tout ce que vous voulez, m&#234;me sa vie. Tous les magasins s'ouvriront si vous dites la formule magique : Contre le mur, b&#226;tard, c'est un hold-up ! Ou : fracassez les vitrines la nuit (actes magiques), fracassez les vitrines le jour, n'importe quand, ensemble, fracassons la vitrine et prenons toutes les conneries qu'on veut. Pas d'acompte. Pas le temps de payer. Prenez ce que vous voulez. Une danse magique dans la rue (6).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;La phrase &#171; Contre le mur, b&#226;tard ! &#187; (&#171; Up against the wall, motherfucker ! &#187;) deviendra une r&#233;f&#233;rence de la gauche radicale am&#233;ricaine, noire et blanche. Le groupe situ/anarchiste new-yorkais Black Mask deviendra ainsi Up Against the Wall Motherfucker en mai 1968, avant d'entrer dans la clandestinit&#233;. La culture pop s'emparera aussi de la phrase, au point de la voir atterrir en 1969 dans une chanson du groupe de rock psych&#233;d&#233;lique Jefferson Airplane, &#171; We can be together &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rompre avec le sionisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1967 est aussi l'ann&#233;e de la Guerre des Six Jours, un conflit aux r&#233;percussions immenses, moteur d'une prise de conscience collective de la gauche internationale en g&#233;n&#233;ral, et des mouvements nationalistes noirs en particulier, au sujet de la nation palestinienne. D&#233;but juin 1967, apr&#232;s des mois de provocations et d'altercations entre l'arm&#233;e isra&#233;lienne et ses voisins, le pr&#233;sident &#233;gyptien Gamal Abdel Nasser ferme le d&#233;troit de Tiran et d&#233;ploie ses troupes &#224; la fronti&#232;re isra&#233;lienne. Le 5 juin, Isra&#235;l lance une offensive surprise visant les a&#233;roports militaires &#233;gyptiens, r&#233;duisant quasi &#224; n&#233;ant les capacit&#233;s de l'arm&#233;e de l'air. Dans la semaine qui suit, Isra&#235;l envahit le Sinai, la bande de Gaza, jusqu'alors occup&#233;e par l'&#201;gypte, prend le plateau du Golan &#224; la Syrie et la Cisjordanie et J&#233;rusalem-Est &#224; la Jordanie. L'Alg&#233;rie suspend ses relations diplomatiques avec les &#201;tats-Unis en repr&#233;sailles au soutien sans faille de l'empire &#224; l'&#201;tat colonial du Moyen-Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'Am&#233;rique noire, le conflit rev&#234;t un caract&#232;re tr&#232;s particulier. La guerre ent&#233;rine une rupture entre les communaut&#233;s juives des &#201;tats-Unis et africaines am&#233;ricaines, jusque-l&#224; proches dans certains aspects de la lutte pour les droits civiques, et tout sp&#233;cialement dans un certain imaginaire de la lib&#233;ration. Esclavis&#233;s au c&#339;ur d'un empire en d&#233;veloppement, baign&#233;s dans les r&#233;f&#233;rences de l'Ancien Testament, les Africains Am&#233;ricains du XVIIIe et XIXe si&#232;cles avaient pu s'imaginer H&#233;breux. Au XXe si&#232;cle, certains immigrants juifs s'&#233;taient &#224; leur tour trouv&#233; des affinit&#233;s de souffrance avec une population noire, reconnaissant dans les lynchages quelque chose des pogroms europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nation d'Isra&#235;l &#233;tait pour nombre d'Africains Am&#233;ricains engag&#233;s en politique un exemple, avou&#233; ou non, en tant qu'aboutissement du sionisme, un mouvement nationaliste qui partage avec le nationalisme noir &#171; une motivation essentielle : leur d&#233;sir de r&#233;demption nationale par la r&#233;cup&#233;ration d'une &#8220;patrie&#8221; perdue (7) &#187;. L'&#233;mergence d'Isra&#235;l avait expos&#233;, si besoin &#233;tait, les diff&#233;rences fondamentales entre les deux communaut&#233;s aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'avant-poste de l'exploitation am&#233;ricaine et britannique &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1967, les Noirs am&#233;ricains et en particulier les militants du Pouvoir Noir confirment qu'ils ne peuvent pas s'imaginer Isra&#233;liens, citoyens d'un pays colonisateur soutenu par les &#201;tats-Unis, et pratiquant lui-m&#234;me diff&#233;rentes formes de s&#233;gr&#233;gation, non seulement contre la population arabe mais aussi contre les immigrants juifs d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militants radicaux noirs am&#233;ricains r&#233;agissent tr&#232;s vite. Dans un court communiqu&#233; officiel du 15 ao&#251;t 1967, le SNCC d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Nous ne comprenons pas comment les r&#233;fugi&#233;s et survivants juifs peuvent utiliser cette trag&#233;die [l'Holocauste] comme excuse pour imiter leurs oppresseurs nazis &#8211; pour s'emparer de la Palestine, commettre les m&#234;mes atrocit&#233;s contre les habitants arabes et les d&#233;poss&#233;der de leurs maisons, leurs terres et leurs moyens de subsistance (8).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un r&#233;sum&#233; de l'histoire de l'&#201;tat d'Isra&#235;l, le communiqu&#233; affirme : &#171; Isra&#235;l est et a toujours &#233;t&#233; l'outil et l'avant-poste de l'exploitation am&#233;ricaine et britannique du Moyen-Orient et de l'Afrique &#187;. Les lib&#233;raux blancs am&#233;ricains, d&#233;j&#224; &#233;chaud&#233;s par la radicalisation de l'association &#233;tudiante, voient dans ce communiqu&#233; co-&#233;crit par &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Stokely-Carmichael-et-Miriam-Makeba-en-exil-et-en-lutte-chez-Sekou-Toure&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Stokely Carmichael&lt;/a&gt; le signe d'une rupture d&#233;finitive. L'organisation perd du jour au lendemain un grand nombre de donateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, le soutien des Panth&#232;res noires &#224; la lutte palestinienne s'exprime clairement et r&#233;guli&#232;rement dans les pages du journal du parti, o&#249; paraissent des articles rapportant les actions du Fatah de Yasser Arafat, qu'Eldridge Cleaver, ministre de l'Information du [Black Panther Party], rencontre &#224; Alger &#224; l'&#233;t&#233; 1969. Leur positionnement est d'autant plus clair qu'elles d&#233;clarent, dans un article de leur journal publi&#233; le 3 janvier 1970, que &#171; l'&#201;tat sioniste fasciste d'Isra&#235;l est une marionnette et un laquais imp&#233;rialiste et [qu']il doit &#234;tre &#233;cras&#233; (9) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'arme du terrorisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement et tout en pragmatisme froid, Harold Cruse sugg&#232;re qu'il y a un autre enseignement &#224; tirer du cas isra&#233;lien. &#192; l'origine de la cr&#233;ation de cet &#201;tat, il y a bien une lutte arm&#233;e qui n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; opter pour le terrorisme, une violence soutenue inconditionnellement par la tr&#232;s grande majorit&#233; des intellectuels juifs am&#233;ricains. Ce soutien avait notamment permis de l&#233;gitimer aupr&#232;s de l'opinion publique les exactions de l'Irgun, groupe paramilitaire nationaliste semi-clandestin. Un mode d'action particuli&#232;rement efficace, croyez-en Winston Churchill : &#171; C'est l'Irgun qui a fait partir les Anglais de Palestine (...). Le co&#251;t militaire &#233;tait trop &#233;lev&#233; pour notre &#233;conomie, et c'est l'Irgun qui l'a fait monter. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cruse sugg&#232;re que ce type de soutien inconditionnel de la part de l'intelligentsia noire pour des organisations pr&#234;tes &#224; se donner les moyens de ses fins est la condition sine qua non du Pouvoir Noir : &#171; Les relations entre groupes en Am&#233;rique et sur la sc&#232;ne internationale sont motiv&#233;es par le principe de pouvoir, pas par la moralit&#233; ou la compassion pour les classes opprim&#233;es (...). La faction nationaliste finira par utiliser des tactiques terroristes &#224; Harlem contre les magasins appartenant &#224; des blancs (10) &#187;. Le probl&#232;me tout entier est l&#224; : qui sera capable d'employer tous les moyens n&#233;cessaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'aune de leur rapprochement du socialisme, les Panth&#232;res noires se font les soutiens de la cause palestinienne et s'opposent &#224; Isra&#235;l en tant que projet colonial, mais il n'en demeure pas moins que le sionisme pose une question fondamentale au nationalisme noir : une nation cherchant territoire peut-elle &#233;viter de devenir colonialiste ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Mathieu Rigouste, &#171; De la contre-insurrection au syst&#232;me s&#233;curitaire &#187;, in Elsa Dorlin (dir.), Guadeloupe, Mai 67 : massacrer et laisser mourir, Libertalia, 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Raymond Gama, Jean-Pierre Sainton, M&#233; 67 : m&#233;moire d'un &#233;v&#233;nement, Lespwisavann, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- &#171; Les violentes manifestations de Pointe-&#224;-Pitre t&#233;moignent d'un malaise social &#224; la Guadeloupe &#187;, Le Monde, 30 mai 1967&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- Paraska Tolan-Szkinilk, Maghreb noir : Rabat, Alger et Tunis dans les luttes panafricaines, R&#242;t-B&#242;-Krik, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- Daniel Boukman, Chants pour h&#226;ter la mort du temps des Orph&#233;e ou Madinina &#238;le esclave..., P. J. Oswald, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6- LeRoi Jones, &#171; Black People ! &#187;, Evergreen Review, n&#176; 50, d&#233;cembre 1967, p. 49.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7- Harold Cruse &#171; Negroes and Jews&#8211;The Two Nationalisms and the Block(ed) Plurality &#187;, in The Crisis of the Negro Intellectual, NYRB Classics, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8- SNCC, &#171; The Middle-East Crisis &#187;, 15 ao&#251;t 1967&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9- DC, &#171; Zionism (Kosher Nationalism) Imperialism = Fascism &#187;, The Black Panther &#8211; Black Community News Service, vol. 4, n&#176; 5, 23 janvier 1970, p. 17.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10- Harold Cruse &#171; Negroes and Jews &#187;, op. cit..&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Au Niger, &#171; le syst&#232;me politique est bas&#233; sur la captation du &#8220;butin&#8221; &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Au-Niger-le-systeme-politique-est-base-sur-la-captation-du-butin</link>
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		<dc:date>2023-09-19T06:39:56Z</dc:date>
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		<dc:creator>R&#233;mi Carayol</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
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		<dc:subject>Edition du 2023-09-19</dc:subject>

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&lt;p&gt;Entretien &#183; Pour expliquer le coup d'&#201;tat militaire du 26 juillet 2023, de nombreuses sources &#233;voquent une intense bataille pour le contr&#244;le de la manne p&#233;troli&#232;re. Auteur d'une th&#232;se sur la &#171; p&#233;tro-d&#233;mocratie &#187; nig&#233;rienne, Jannik Schritt explique pourquoi l'or noir occupe une place centrale aujourd'hui dans la course au pouvoir. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Afrique XXI. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#232;s de deux mois apr&#232;s le coup d'&#201;tat orchestr&#233; par la garde pr&#233;sidentielle au Niger, la situation n'est toujours pas clarifi&#233;e. Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH107/capture_d_e_cran_le_2023-09-18_a_15.24_02-b48b6.png?1781491102' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='107' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien &#183; Pour expliquer le coup d'&#201;tat militaire du 26 juillet 2023, de nombreuses sources &#233;voquent une intense bataille pour le contr&#244;le de la manne p&#233;troli&#232;re. Auteur d'une th&#232;se sur la &#171; p&#233;tro-d&#233;mocratie &#187; nig&#233;rienne, Jannik Schritt explique pourquoi l'or noir occupe une place centrale aujourd'hui dans la course au pouvoir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Au-Niger-le-systeme-politique-est-base-sur-la-captation-du-butin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Afrique XXI&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de deux mois apr&#232;s le coup d'&#201;tat orchestr&#233; par la garde pr&#233;sidentielle au Niger, la situation n'est toujours pas clarifi&#233;e. Le pr&#233;sident Mohamed Bazoum, s&#233;questr&#233; dans sa r&#233;sidence officielle avec des membres de sa famille, refuse de d&#233;missionner. Le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), le nom que s'est donn&#233;e la junte, a nomm&#233; un gouvernement et a plac&#233; ses pions dans l'administration, tout en indiquant que la transition ne durerait pas plus de trois ans. La Communaut&#233; &#233;conomique des &#201;tats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao), de son c&#244;t&#233;, n'a pas abandonn&#233; l'id&#233;e de &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Au-Niger-le-pari-risque-de-la-Cedeao&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mener une op&#233;ration arm&#233;e&lt;/a&gt; pour r&#233;tablir l'ordre constitutionnel. Elle est &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Entre-le-Niger-et-la-France-un-air-de-deja-vu&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;appuy&#233;e par la France&lt;/a&gt; dans cette perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les circonstances et les raisons de ce putsch restent floues elles aussi. Mais, au fil du temps, les langues se d&#233;lient, et les regards se tournent de plus en plus vers l'ancien pr&#233;sident Mahamadou Issoufou, au pouvoir de 2011 &#224; 2021. L'entourage de Bazoum, qui refusait dans un premier temps d'&#233;voquer sa complicit&#233; avec le g&#233;n&#233;ral Abdourahamane Tiani, le chef de la garde pr&#233;sidentielle nomm&#233; &#224; ce poste par Issoufou en 2011, et consid&#233;r&#233; comme un fid&#232;le de l'ancien pr&#233;sident, a fini par admettre &#8211; en off &#8211; que les deux hommes avaient peut-&#234;tre foment&#233; le coup ensemble. Le principal argument avanc&#233; par plusieurs conseillers de Bazoum porte sur le diff&#233;rend autour de la manne p&#233;troli&#232;re. Une version que Mahamadou Issoufou conteste (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plusieurs mois, Mohamed Bazoum et son ministre du P&#233;trole, Mahamane Sani Mahamadou, dit &#171; Abba &#187;, qui n'est autre que le fils de l'ancien pr&#233;sident, &#233;taient en d&#233;saccord quant &#224; la gestion des fonds issus de l'extraction du p&#233;trole, relativement r&#233;cente dans ce pays (2011). S'ils sont pour l'heure limit&#233;s, le Niger ne produisant que 20 000 barils par jour, ils promettent de devenir plus abondants dans un avenir proche, avec la mise en service, pr&#233;vue d'ici &#224; la fin de l'ann&#233;e, du pipeline reliant le Niger au B&#233;nin. &#192; terme, le Niger pourrait ainsi produire entre 110 000 et 120 000 barils par jour, soit une rentr&#233;e d'argent quotidienne de plusieurs millions d'euros.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_43132 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2023-09-18_a_15.33_48.png?43132/1521f422c27e44862b42464e587e6cfe0a11ca4465942a5b7fc91b237f3aeee3&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH383/1521f422c27e4486-14b1c099-574c0.png?1781491103' width='500' height='383' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour faire face &#224; cette nouvelle donne, le gouvernement envisageait de cr&#233;er une nouvelle soci&#233;t&#233; d'&#201;tat, P&#233;troNiger, qui devait avoir la main sur la gestion du p&#233;trole. Bazoum se m&#233;fiait de la Soci&#233;t&#233; nig&#233;rienne de p&#233;trole (Sonidep), une entreprise dirig&#233;e par un de ses hommes de confiance depuis novembre 2021, Ibrahim Mamane, mais gangren&#233;e par la corruption et phagocyt&#233;e par les proches d'Issoufou. Ce dernier, selon la version avanc&#233;e par l'entourage de Bazoum, n'aurait pas accept&#233; de perdre la main sur une manne providentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la lumi&#232;re reste &#224; faire sur cette histoire, et si elles n'expliquent peut-&#234;tre pas &#224; elles seules pourquoi Tiani a pris le pouvoir, ces suspicions persistantes rappellent l'importance du brut dans l'&#233;conomie d'un &#171; &#201;tat rentier &#187; tel que le Niger et les convoitises qu'il suscite. Auteur d'une th&#232;se intitul&#233;e &#171; &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/anthropodev/760&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Petro-Democracy : Oil, Power and Politics in Niger&lt;/a&gt; &#187;, publi&#233;e en 2018, l'anthropologue Jannik Schritt qualifie le Niger de &#171; p&#233;tro-d&#233;mocratie &#187;. Il explique ci-dessous en quoi l'exploitation du p&#233;trole a chang&#233; la donne dans ce pays depuis une quinzaine d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; La corruption est une partie indissociable du jeu politique &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;mi Carayol : Plusieurs hypoth&#232;ses sont avanc&#233;es pour expliquer le r&#233;cent coup d'&#201;tat. L'une d'elles &#233;voque la bataille pour la manne p&#233;troli&#232;re. Vous semble-t-elle plausible ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_43131 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2023-09-18_a_15.32_17.png?43131/50df5e0f084a5a70f8b8a39b4f6e0614ca22690a3c42a2f70d38cc8a7e750bd4&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH794/50df5e0f084a5a70-7cae1537-60cca.png?1781491103' width='500' height='794' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jannik Schritt&lt;/strong&gt; : Il semble que ce coup d'&#201;tat puisse &#234;tre le r&#233;sultat d'un conflit entre Mahamadou Issoufou et son fils Mahamane Sani Mahamadou (dit &#171; Abba &#187;) d'un c&#244;t&#233;, et le pr&#233;sident Mohamed Bazoum de l'autre, conflit qui pourrait &#234;tre li&#233; &#224; la cr&#233;ation de P&#233;troNiger et &#224; la rente p&#233;troli&#232;re attendue avec les exportations anticip&#233;es de p&#233;trole brut en 2024. &#192; mon sens, la controverse autour de P&#233;troNiger ne peut &#234;tre qu'un aspect parmi d'autres qui a conduit &#224; ce coup d'&#201;tat, m&#234;me s'il est important de noter que le volume des exportations de p&#233;trole devrait augmenter avec l'ach&#232;vement de l'ol&#233;oduc Niger-B&#233;nin pr&#233;vu pour fin 2023. &#192; partir de 2024, la production de p&#233;trole devrait &#234;tre port&#233;e &#224; 110 000 barils par jour, dont environ 90 000 barils seront export&#233;s, contre 20 000 aujourd'hui. Alors que la rente p&#233;troli&#232;re est rest&#233;e jusqu'&#224; pr&#233;sent assez marginale puisqu'elle ne repr&#233;sente m&#234;me pas 5 % du PIB du Niger, les autorit&#233;s nig&#233;riennes s'attendent &#224; ce que l'industrie p&#233;troli&#232;re g&#233;n&#232;re &#224; terme un quart du PIB et pr&#232;s de 50 % des recettes fiscales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des &#233;l&#233;ments qui semblent aller dans le sens de cette th&#232;se, mais aussi des &#233;l&#233;ments qui jouent en sa d&#233;faveur. Mahamadou Issoufou est toujours consid&#233;r&#233; par beaucoup comme le v&#233;ritable homme fort de la politique nig&#233;rienne aujourd'hui. On parle au Niger d'une &#171; pr&#233;sidence bic&#233;phale &#187;. Cependant, Mohamed Bazoum a r&#233;cemment remplac&#233; certains proches d'Issoufou par des hommes de confiance, et il a engag&#233; des poursuites contre des membres de l'entourage d'Issoufou, notamment dans des affaires de corruption. La corruption &#233;tant une partie indissociable du jeu politique au Niger, indissociable &#233;galement de sa logique, les accusations de corruption sont forc&#233;ment toujours d'ordre politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, si la junte avait agi au nom d'Issoufou, elle aurait sans doute annonc&#233; une courte p&#233;riode de transition, comme ce fut le cas lors des coups d'&#201;tat pr&#233;c&#233;dents, qui ont &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;s comme &#171; correctifs &#187; et qui avaient pour but affich&#233; de r&#233;tablir l'ordre d&#233;mocratique. Or, dans le cas pr&#233;sent, c'est le contraire qui s'est produit. Tout d'abord, aucune phase de transition n'a &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;e, et ce n'est que lorsque la pression de la Cedeao s'est accrue qu'une transition de trois ans a &#233;t&#233; annonc&#233;e. Une dur&#233;e aussi longue est plut&#244;t un signe que les militaires ont l'intention de rester au pouvoir. Pour Mahamadou Issoufou et son fils &#171; Abba &#187;, cela signifierait qu'ils auraient plus &#224; perdre qu'&#224; gagner avec ce coup d'&#201;tat. Une explication possible est que les putschistes avaient le soutien d'Issoufou au d&#233;but, mais qu'ils ont ensuite jou&#233; leur propre jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;mi Carayol : Vous qualifiez le Niger de &#171; p&#233;tro-d&#233;mocratie &#187;. Que rev&#234;t ce terme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jannik Schritt&lt;/strong&gt; : Pour comprendre l'impact du p&#233;trole, il faut se pencher sur le contexte dans lequel il est produit. Dans le cas du Niger, le p&#233;trole a commenc&#233; &#224; &#234;tre produit dans un syst&#232;me multipartite. Ce constat est important d&#232;s lors que l'on s'int&#233;resse &#224; la &#171; th&#232;se de la mal&#233;diction des ressources &#187; et la &#171; th&#233;orie de l'&#201;tat rentier &#187; &#8211; des concepts quasi h&#233;g&#233;moniques dans le monde universitaire. L'argument principal de mon travail est que la politique et la soci&#233;t&#233; au Niger n'ont pas chang&#233; structurellement &#224; la suite de l'exploitation du p&#233;trole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument de mes recherches a toujours &#233;t&#233; que les conflits au Niger portent moins sur la rente p&#233;troli&#232;re en tant que telle que sur le pouvoir politique et le &#171; butin &#187; (march&#233;s publics, factures gonfl&#233;es, exon&#233;rations fiscales, impunit&#233;, etc.) qu'il peut permettre d'accaparer. Par exemple, pour &#234;tre &#233;lu, il faut beaucoup d'argent, que l'on obtient aupr&#232;s de riches hommes d'affaires qui devront &#234;tre d&#233;dommag&#233;s pour leur investissement par l'obtention de march&#233;s publics, etc., en cas de victoire. En plus, le Niger est depuis longtemps un &#171; &#201;tat rentier &#187; m&#234;me si le volume des rentes n'est pas comparable &#224; celui des &#201;tats rentiers classiques du Moyen-Orient : il y a d'abord eu l'uranium, mais aussi et surtout l'aide au d&#233;veloppement, aujourd'hui li&#233;e &#224; la r&#233;pression de l'immigration clandestine et &#224; la pr&#233;sence de bases militaires &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le terme &#171; p&#233;tro-d&#233;mocratie &#187; va plus loin. Outre le fait de consid&#233;rer le p&#233;trole uniquement sous l'angle de ses revenus, ce concept met l'accent sur les dimensions infrastructurelles et discursives de la production de p&#233;trole (et aussi d'uranium). La configuration politique de l'uranium au Niger a longtemps &#233;t&#233; caract&#233;ris&#233;e par une forme d'&#171; imp&#233;rialisme nucl&#233;aire &#187;. Cette longue histoire d'exploitation coloniale et n&#233;ocoloniale de la France a abouti &#224; de forts sentiments antifran&#231;ais &#8211; le fait que le Niger soit pauvre malgr&#233; la richesse de ses r&#233;serves d'uranium servant de cas d'&#233;cole. En revanche, la configuration p&#233;tro-politique &#233;mergente a engendr&#233; un nouveau nationalisme des ressources dans l'opinion publique et la gouvernance &#8211; ce que j'appelle une &#171; p&#233;tro-d&#233;mocratie &#187; &#8211; dans lequel les gens ne bl&#226;ment pas les puissances ext&#233;rieures comme responsables du &#171; sous-d&#233;veloppement &#187; &#8211; comme dans le cas de la France avec l'uranium (pour le p&#233;trole, ce serait la Chine) &#8211; mais s'adressent &#224; leur propre gouvernement pour demander des subventions pour le prix des carburants (2). En ce sens, la Chine n'est pas consid&#233;r&#233;e comme une puissance n&#233;ocoloniale au Niger, notamment parce qu'elle a accept&#233; d'y construire une raffinerie, &#224; Zinder [NDLR : inaugur&#233;e en 2011], contrairement aux compagnies p&#233;troli&#232;res occidentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'uranium est embl&#233;matique de l'exploitation de la France &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;mi Carayol : Avant le p&#233;trole, vous l'avez rappel&#233;, il y a eu l'uranium. Une activit&#233; &#233;conomique &#171; inextricablement m&#234;l&#233;e &#224; la politique &#187;, &#233;crivez-vous. Comment en est-on arriv&#233; l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jannik Schritt&lt;/strong&gt; : D&#232;s le d&#233;but, avant m&#234;me l'ind&#233;pendance, la France a consid&#233;r&#233; l'uranium du Niger comme strat&#233;giquement important, tant pour ses centrales &#233;lectriques que pour sa force de frappe nucl&#233;aire (3). Elle s'est donc immisc&#233;e dans la politique nig&#233;rienne alors que les prix de l'uranium nig&#233;rien &#233;taient d&#233;finis par des contrats secrets. La France a ensuite aid&#233; le premier pr&#233;sident, Hamani Diori, loyal aux int&#233;r&#234;ts fran&#231;ais, &#224; prendre le pouvoir, &#224; r&#233;primer l'opposition et &#224; consolider un &#201;tat &#224; parti unique. Plus tard, le successeur de Diori, Seyni Kountch&#233; [1974-1987], a r&#233;colt&#233; d'importantes rentr&#233;es d'argent gr&#226;ce &#224; l'uranium, ce qui lui a permis de mettre sur pied son projet de &#171; soci&#233;t&#233; de d&#233;veloppement &#187; &#8211; un programme qui s'est effondr&#233; lorsque les revenus de l'uranium ont commenc&#233; &#224; diminuer, en 1980. Aujourd'hui, dans la m&#233;moire collective du Niger, l'uranium est embl&#233;matique de l'exploitation (n&#233;o)coloniale de la France, ce qui explique en partie les forts sentiments antifran&#231;ais dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_43130 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2023-09-18_a_15.29_45.png?43130/908dbb9ab5fb55a8d020a6419126b0b5870ee428fdabcfdfe86bb4b5f9a32df0&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH364/908dbb9ab5fb55a8-38aecf34-f0b0e.png?1781491104' width='500' height='364' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;mi Carayol : &#171; Comprendre cette configuration politique de l'uranium est essentiel pour comprendre les transformations induites par le p&#233;trole &#187;, &#233;crivez-vous. Doit-on conclure que le p&#233;trole n'a fait que remplacer l'uranium dans le syst&#232;me politico-&#233;conomique du Niger ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jannik Schritt&lt;/strong&gt; : Non, ils coexistent. Pour ce qui est des revenus, l'uranium reste plus important que le p&#233;trole. Les &lt;a href=&#034;https://data.worldbank.org/indicator/NY.GDP.PETR.RT.ZS?locations=NE&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;statistiques&lt;/a&gt; montrent &#224; quel point la rente p&#233;troli&#232;re est actuellement faible par rapport au PIB total. De m&#234;me, la &lt;a href=&#034;https://data.worldbank.org/indicator/NY.GDP.TOTL.RT.ZS?locations=NE&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rente totale&lt;/a&gt; des ressources (p&#233;trole, uranium, or) repr&#233;sente moins de 10 % du PIB du Niger. Cela ne changera que lorsque le p&#233;trole brut sera export&#233;, ce qui est envisag&#233; pour 2024. Mon argument n'est pas li&#233; aux aspects financiers des productions respectives de ces ressources. Il porte sur la logique de la politique au Niger, qui n'a pas chang&#233; structurellement. Le syst&#232;me politique &#233;tait et est toujours bas&#233; sur le &#171; butin &#187;. S'il y a eu des changements avec la production de p&#233;trole, ce n'est pas tant au niveau national, mais plut&#244;t aux niveaux r&#233;gional et local, puisque 15 % des revenus doivent &#234;tre redistribu&#233;s aux r&#233;gions dans lesquelles le p&#233;trole est produit. C'est donc ici, au niveau local, qu'entre une nouvelle forme de rente qui existait d&#233;j&#224; au niveau national &#224; travers l'uranium et l'aide au d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, le changement se situe &#233;galement sur le plan des discours et au niveau de l'identit&#233;. Mais l&#224; encore, des lignes de conflit pr&#233;existantes ont &#233;t&#233; raviv&#233;es. Ainsi, du point de vue de la capitale, Niamey, situ&#233;e dans l'Ouest, on reproche aux r&#233;gions de l'Est, en particulier &#224; Zinder, de faire preuve de s&#233;cessionnisme, par exemple lorsque ses ressortissants demandent une pr&#233;f&#233;rence dans l'attribution des emplois dans la raffinerie ou des prix r&#233;gionaux de l'essence. Ces conflits entre l'Est et l'Ouest remontent &#224; la colonisation fran&#231;aise, lorsque Zinder est devenue la capitale, en 1901, avant qu'elle soit transf&#233;r&#233;e &#224; Niamey, en 1926. Cela a &#233;galement &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme une pr&#233;f&#233;rence fran&#231;aise pour les Djermas contre les Haoussas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le discours sur la Chine est tr&#232;s diff&#233;rent de celui de la France &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;mi Carayol : La France jouait &#8211; et joue toujours - un r&#244;le central dans l'uranium. Peut-on &#233;tablir le m&#234;me constat pour la Chine en ce qui concerne le p&#233;trole ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jannik Schritt&lt;/strong&gt; : La Chine n'est apparue que r&#233;cemment dans le secteur p&#233;trolier au Niger. Alors que les compagnies p&#233;troli&#232;res fran&#231;aises et am&#233;ricaines ont acquis des permis d'exploration d&#232;s les ann&#233;es 1970, les r&#233;serves p&#233;troli&#232;res du Niger sont rest&#233;es longtemps sous-explor&#233;es. La situation n'a chang&#233; qu'avec la flamb&#233;e des prix du p&#233;trole et l'&#233;mergence de la Chine. Cependant, depuis la signature du contrat p&#233;trolier, en 2008, la Chine domine la production de p&#233;trole au Niger, m&#234;me si d'autres compagnies ont acquis des permis d'exploration et de production (par exemple la Savannah Energy, une soci&#233;t&#233; britannique, en 2014). Mais l&#224; encore, le discours sur la Chine (qui &#171; fait des affaires &#187;) est tr&#232;s diff&#233;rent, au Niger, de celui sur la France (qui &#171; fait de l'exploitation n&#233;ocoloniale &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;mi Carayol : Vous parlez de &#171; catalyseur &#187;, et pr&#233;f&#233;rez ce terme &#224; ceux souvent employ&#233;s dans les pays p&#233;troliers de &#171; b&#233;n&#233;diction &#187; et de &#171; mal&#233;diction &#187;. Pouvez-vous nous expliquer ce que signifie ce terme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jannik Schritt&lt;/strong&gt; : La dichotomie &#171; b&#233;n&#233;diction &#187; et &#171; mal&#233;diction &#187; s'apparente &#224; une pens&#233;e binaire, en noir et blanc : &#171; le p&#233;trole profite au pays ou lui nuit &#187;. Le concept de &#171; catalyseur &#187;, en revanche, fait r&#233;f&#233;rence aux dynamiques, sp&#233;cifiques au contexte, qui existent d&#233;j&#224; (ici, avant la production de p&#233;trole) et d&#233;crit la mani&#232;re dont elles sont acc&#233;l&#233;r&#233;es. L'ouverture de la raffinerie de p&#233;trole &#224; Zinder en 2011, par exemple, a transpos&#233; des conflits politiques pr&#233;existants sur la sc&#232;ne publique et les a, d'une certaine mani&#232;re, intensifi&#233;s. Mais si l'on regarde leur gen&#232;se historique, il s'agit de conflits politiques et non de conflits p&#233;troliers, comme on le pense souvent de mani&#232;re simpliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;mi Carayol : Dans votre th&#232;se, vous &#233;voquez longuement la d&#233;cision de construire la raffinerie de Zinder en 2011 et le toll&#233; que son inauguration a provoqu&#233;. Comment l'expliquez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jannik Schritt&lt;/strong&gt; : Il s'agissait d'un conflit politique et non d'un conflit p&#233;trolier. Personne au Niger n'est contre la production de p&#233;trole ! L'ouverture a eu lieu &#224; une &#233;poque et dans un contexte o&#249; Issoufou venait de prendre le pouvoir alors que Zinder &#233;tait le fief de l'opposition, notamment du CDS-Rahama (aujourd'hui RDR-Tchanji) de Mahamane Ousmane, et dans une moindre mesure du MNSD-Nassara. Aujourd'hui, Niamey est le fief de l'opposition de Hama Amadou et de son Moden-FA Lumana &#8211; il faut le rappeler pour comprendre les manifestations pro-junte qui s'y d&#233;roulent depuis quelques semaines. Les manifestations sont toujours li&#233;es &#224; deux choses : premi&#232;rement, le potentiel de mobilisation de la population, et deuxi&#232;mement, les efforts concrets entrepris pour aboutir &#224; cette mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_43128 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2023-09-18_a_15.27_06.png?43128/e3fde523121f6b53416ada9bde603a6284a16289bbac29e59371651f7d8fffb5&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH368/e3fde523121f6b53-eac7b266-c1427.png?1781491104' width='500' height='368' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le potentiel de mobilisation en 2011 &#233;tait important puisque l'ancien pr&#233;sident Mamadou Tandja &#233;tait encore tr&#232;s populaire et que l'inauguration de la raffinerie &#233;tait un &#233;v&#233;nement tr&#232;s m&#233;diatis&#233;. Mais pour mobiliser les gens, il faut les y pousser, et notamment en payer certains, que l'on appelle les &#171; courtiers de protestation &#187;. Il faut garder cela &#224; l'esprit si l'on veut comprendre la mobilisation en faveur de la junte aujourd'hui. Le potentiel de mobilisation existe parce que pour beaucoup, une r&#233;organisation des relations avec la France (et l'Occident en g&#233;n&#233;ral), consid&#233;r&#233;e comme n&#233;ocoloniale, est plus important qu'un syst&#232;me multipartite, qui a de toute fa&#231;on perdu une partie de sa l&#233;gitimit&#233;. Le succ&#232;s de la mobilisation d&#233;pend alors &#233;galement de la somme d'argent d&#233;pens&#233;e pour que les &#171; courtiers de la protestation &#187; mobilisent la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le PNDS a r&#233;ussi &#224; imposer son h&#233;g&#233;monie &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;mi Carayol : Beaucoup pensent que Mamadou Tandja a voulu s'accrocher au pouvoir &#224; la fin de son deuxi&#232;me mandat, en 2010, pour profiter de la manne p&#233;troli&#232;re. Vous semblez en douter&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jannik Schritt&lt;/strong&gt; : Oui, j'en doute, car d'une part il y a eu de nombreuses tentatives de s'accrocher au pouvoir dans les pays voisins o&#249; il n'y a pas de p&#233;trole ; d'autre part, le d&#233;bat acad&#233;mique sur la politique en Afrique sugg&#232;re qu'il s'agit d'une logique g&#233;n&#233;rale de la politique, qui doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e ind&#233;pendamment de la richesse des ressources. Mais le plus important est que, si l'on examine la gen&#232;se historique de ce conflit particulier, l'on constate que les vell&#233;it&#233;s de Tandja sont ant&#233;rieures &#224; la production de p&#233;trole. Il s'agit d'un conflit entre Tandja et son ancien Premier ministre, Hama Amadou, pour la supr&#233;matie au sein du MNSD-Nassara et la future pr&#233;sidence du pays. Ce conflit remonte au moins &#224; 2005, avant m&#234;me que la China National Petroleum Corporation (CNPC) ait obtenu la licence pour le bloc p&#233;trolier d'Agadem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;mi Carayol : Le PNDS, qui est arriv&#233; au pouvoir au moment o&#249; les premiers barils &#233;taient produits au Niger, est-il le b&#233;n&#233;ficiaire exclusif de cette rente ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jannik Schritt&lt;/strong&gt; : Le PNDS est le principal b&#233;n&#233;ficiaire du fait que c'est le parti au pouvoir et qu'il occupe tous les postes strat&#233;giques pour exploiter les revenus. Lors d'un changement de pouvoir, les postes dans l'administration sont &#233;galement souvent remplac&#233;s par des loyalistes du parti, parfois jusqu'au niveau le plus bas. Le PNDS a par ailleurs r&#233;ussi &#224; affaiblir l'opposition politique &#224; tel point que le syst&#232;me multipartite est devenu de facto un syst&#232;me &#224; parti unique au fil des ann&#233;es. Lorsque le PNDS est arriv&#233; au pouvoir, il y avait quatre principaux partis (PNDS, MNSD, Moden-FA, CDS). En cooptant des hommes politiques de tous les autres partis dans un &#171; gouvernement d'union nationale &#187;, en jouant sur les conflits internes (en particulier au sein du CDS) et en r&#233;primant les opposants (notamment Hama Amadou), le PNDS a r&#233;ussi &#224; imposer son h&#233;g&#233;monie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Niger, aucun parti au pouvoir n'a jamais perdu d'&#233;lections. Ainsi, m&#234;me si un coup d'&#201;tat est toujours surprenant, il &#233;tait presque la seule possibilit&#233; de changer la configuration du pouvoir dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;mi Carayol : La population nig&#233;rienne a-t-elle b&#233;n&#233;fici&#233; de la &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Le-Niger-pariera-t-il-sur-le-developpement&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;manne p&#233;troli&#232;re&lt;/a&gt;, ou celle-ci a-t-elle &#233;t&#233; totalement capt&#233;e par l'&#233;lite politico-&#233;conomique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jannik Schritt&lt;/strong&gt; : La population nig&#233;rienne en profite principalement lorsque le prix national du carburant est inf&#233;rieur au prix du carburant de contrebande en provenance du Nigeria, qui d&#233;pend quant &#224; lui des subventions allou&#233;es dans ce pays. C'est pourquoi le prix de l'essence est toujours une pomme de discorde et est consid&#233;r&#233; comme trop &#233;lev&#233; par de nombreux Nig&#233;riens. Sinon, seule une minorit&#233; b&#233;n&#233;ficie d'emplois dans le secteur p&#233;trolier ou dans l'appareil d'&#201;tat, qui s'est consid&#233;rablement gonfl&#233; sous le PNDS. Mais ces emplois ne peuvent &#234;tre obtenus que par le biais de r&#233;seaux (les fameux &#171; parents &#187;, &#171; amis &#187;, &#171; connaissances &#187;), o&#249; l'affiliation au PNDS joue un r&#244;le majeur. C'est pourquoi, dans un contexte de ch&#244;mage tr&#232;s &#233;lev&#233;, la frustration des jeunes augmente presque chaque jour. Et la politique dans son ensemble, c'est-&#224;-dire le syst&#232;me multipartite, a perdu sa l&#233;gitimit&#233; aux yeux de nombreux Nig&#233;riens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;mi Carayol : Et l'arm&#233;e, en a-t-elle profit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jannik Schritt&lt;/strong&gt; : Au Niger, l'arm&#233;e et la politique sont intimement li&#233;es. La logique du jeu politique veut que les officiers sup&#233;rieurs de l'arm&#233;e soient particuli&#232;rement choy&#233;s si l'on souhaite rester au pouvoir. Comme le pays a d&#233;j&#224; connu de nombreux coups d'&#201;tat militaires (rat&#233;s ou r&#233;ussis), il est essentiel pour le pouvoir politique de rallier l'arm&#233;e, ou du moins des fractions importantes de l'arm&#233;e. Par cons&#233;quent, certains militaires de haut rang en ont &#233;norm&#233;ment profit&#233; &#8211; non seulement du p&#233;trole mais des &#171; caisses noires &#187; en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale. Ils font partie de l'&#233;lite du pays et vivent parfois dans de somptueuses villas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Lire Fran&#231;ois Soudan, &#171; Mahamadou Issoufou : &#8220;Je demande la lib&#233;ration du pr&#233;sident Bazoum et son retour au pouvoir&#8221; &#187;, Jeune Afrique, 17 ao&#251;t 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Lire Jannik Schritt, &#171; From nuclear imperialism to petro-democracy ? Resource assemblages and the emergence of a new political configuration in Niger &#187;, Revue canadienne des &#233;tudes africaines, volume 50, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- En 1956, apr&#232;s des explorations dans la r&#233;gion d'Arlit, dans le nord du Niger, le Commissariat &#224; l'&#233;nergie atomique (CEA) a confirm&#233; la pr&#233;sence d'uranium dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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		<title>Apr&#232;s le Mali et le Burkina, l'arm&#233;e fran&#231;aise chass&#233;e du Niger</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Apres-le-Mali-et-le-Burkina-l-armee-francaise-chassee-du-Niger</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Apres-le-Mali-et-le-Burkina-l-armee-francaise-chassee-du-Niger</guid>
		<dc:date>2023-09-12T06:52:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>R&#233;mi Carayol</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Niger</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2023-09-12</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis plus d'un mois, la junte au pouvoir au Niger exige le d&#233;part des 1 500 soldats fran&#231;ais pr&#233;sents dans le pays dans le cadre de la lutte antidjihadiste. Officiellement, la France s'y refuse, mais en coulisses, elle a entam&#233; des n&#233;gociations. Le retrait semble in&#233;vitable. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de M&#233;diapart. &lt;br class='autobr' /&gt;
La France va-t-elle finir par rapatrier ses quelque 1 500 soldats pr&#233;sents au Niger et par fermer l'une de ses derni&#232;res bases au Sahel ? La question est pos&#233;e depuis que, dans un communiqu&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Afrique-208-+" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Niger-+" rel="tag"&gt;Niger&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-09-12-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-09-12&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH92/capture_d_e_cran_le_2023-09-11_a_12.30_52-ecc93.png?1781491104' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis plus d'un mois, la junte au pouvoir au Niger exige le d&#233;part des 1 500 soldats fran&#231;ais pr&#233;sents dans le pays dans le cadre de la lutte antidjihadiste. Officiellement, la France s'y refuse, mais en coulisses, elle a entam&#233; des n&#233;gociations. Le retrait semble in&#233;vitable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/070923/apres-le-mali-et-le-burkina-l-armee-francaise-chassee-du-niger&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;diapart&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France va-t-elle finir par rapatrier ses quelque 1 500 soldats pr&#233;sents au Niger et par fermer l'une de ses derni&#232;res bases au Sahel ? La question est pos&#233;e depuis que, dans un communiqu&#233; publi&#233; le 3 ao&#251;t, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), le nom que s'est donn&#233; la junte apr&#232;s le coup d'&#201;tat du 26 juillet, a d&#233;nonc&#233; les cinq accords de coop&#233;ration militaire qui lient les deux pays &#8211; le plus ancien remontant &#224; 1977 &#8211; et a exig&#233; le d&#233;part des troupes fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps, le gouvernement fran&#231;ais, qui ne reconna&#238;t pas les putschistes, a fait comme si de rien n'&#233;tait. &#171; Les seules autorit&#233;s du Niger que nous reconnaissons, comme l'ensemble de la communaut&#233; internationale, sont le pr&#233;sident Mohamed Bazoum et son gouvernement &#187;, a encore rappel&#233; Catherine Colonna, ministre des affaires &#233;trang&#232;res, le 3 septembre dans &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/afrique/article/2023/09/03/catherine-colonna-la-francafrique-est-morte-depuis-longtemps_6187672_3212.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Monde&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le principe de r&#233;alit&#233; a fini par rattraper les autorit&#233;s fran&#231;aises, qui refusent &#233;galement de rappeler leur ambassadeur, Sylvain Itt&#233;, d&#233;clar&#233; persona non grata &#224; Niamey. Et la r&#233;alit&#233;, aujourd'hui, c'est que la junte est solidement accroch&#233;e au pouvoir, en d&#233;pit de la r&#233;sistance de Mohamed Bazoum, qui refuse toujours de signer sa lettre de d&#233;mission depuis sa r&#233;sidence officielle o&#249; il est s&#233;questr&#233;, et de la mobilisation de la Communaut&#233; &#233;conomique des &#201;tats d'Afrique de l'Ouest (C&#233;d&#233;ao), qui continue de brandir la menace d'une intervention militaire pour r&#233;tablir l'ordre constitutionnel. &#171; La position de la France est intenable &#187;, admet, en off, un officier ayant particip&#233; &#224; l'op&#233;ration Barkhane.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_42989 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2023-09-11_a_12.30_52.png?42989/c6a2573e324bd4e65e43e6bcaaf031b759a5f72d524604c6c6dabe2e7159fc65&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH307/c6a2573e324bd4e6-7cd387c6-c7289.png?1781491104' width='500' height='307' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 4 septembre, le premier ministre du gouvernement de transition, Ali Mahamane Lamine Zeine (un civil), a vendu la m&#232;che apr&#232;s avoir qualifi&#233; la pr&#233;sence de la force fran&#231;aise d'&#171; ill&#233;gale &#187; : &#171; Je pense que les &#233;changes qui sont en cours devraient permettre tr&#232;s rapidement que ces forces se retirent de notre territoire &#187;, a-t-il d&#233;clar&#233; au cours d'une conf&#233;rence de presse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, le cabinet du ministre fran&#231;ais des arm&#233;es, S&#233;bastien Lecornu, &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/afrique/article/2023/09/04/le-niger-dirige-par-la-junte-militaire-rouvre-son-espace-aerien-apres-presqu-un-mois-de-fermeture_6187779_3212.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;a fait savoir au Monde&lt;/a&gt; que des &#171; &#233;changes de coordination &#187; &#233;taient effectivement men&#233;s afin de &#171; faciliter les mouvements de moyens militaires immobilis&#233;s depuis la suspension de la coop&#233;ration antiterroriste &#187;, mais qu'ils se faisaient uniquement au niveau des militaires &#8211; un moyen d'&#233;viter de reconna&#238;tre officiellement la junte.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Ces derniers jours, des centaines de manifestants se sont relay&#233;s jour et nuit devant la base.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Depuis le coup d'&#201;tat, la coop&#233;ration militaire a &#233;t&#233; suspendue. Les soldats fran&#231;ais sont cantonn&#233;s dans la base principale de Niamey, ainsi que dans les deux postes avanc&#233;s d'Ouallam et d'Ayorou, et les a&#233;ronefs (drones et avions de chasse) sont clou&#233;s au sol. &#171; Les laisser sur place alors qu'ils pourraient servir ailleurs n'a pas de sens &#187;, souffle l'officier cit&#233; plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'heure, le minist&#232;re ne parle que d'un retrait partiel des troupes et du mat&#233;riel, et refuse d'&#233;voquer la fermeture de la base de Niamey, que l'arm&#233;e fran&#231;aise occupe depuis pr&#232;s de dix ans. On ignore &#233;galement les modalit&#233;s et le calendrier de ce retrait. &#171; C'est l'objet des discussions actuelles &#187;, indique une source nig&#233;rienne. Mais il ne fait gu&#232;re de doute que l'arm&#233;e devra bien finir par quitter le pays. &#171; La junte ne changera pas d'avis &#187;, souligne un diplomate nig&#233;rien ayant requis l'anonymat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le CNSP, le d&#233;part des militaires fran&#231;ais est une question de souverainet&#233;, de popularit&#233;, car cette exigence lui a permis de gagner de nombreux partisans, dans la capitale notamment, mais aussi de survie : &#233;chaud&#233;s par la tentative d'une partie de l'arm&#233;e, le 26 juillet, de lib&#233;rer Bazoum par la force avec l'aide des militaires et des a&#233;ronefs fran&#231;ais, ils craignent que ces derniers n'apportent un soutien op&#233;rationnel &#224; la C&#233;d&#233;ao en cas d'offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et m&#234;me si la junte devait quitter le pouvoir, m&#234;me si Bazoum &#233;tait r&#233;tabli dans ses fonctions &#8211; ce qui semble fort peu probable &#8211;, on ne voit pas comment la France pourrait rester, poursuit le diplomate. La pression populaire est trop forte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence militaire fran&#231;aise &#233;tait d&#233;j&#224; mal per&#231;ue par une partie des Nig&#233;rien&#183;nes depuis plusieurs ann&#233;es. En novembre 2021, des manifestants avaient tent&#233; de stopper un convoi de la force Barkhane. Trois d'entre eux avaient perdu la vie, probablement tu&#233;s par des balles fran&#231;aises. Mais depuis le coup d'&#201;tat, cette pr&#233;sence au c&#339;ur de la capitale est source d'une indignation massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers jours, des centaines de manifestant&#183;es se sont relay&#233;&#183;es jour et nuit devant la base, situ&#233;e dans l'enceinte de l'a&#233;roport international, pour exiger le d&#233;part des troupes fran&#231;aises. &#171; C'est notre &#8220;Nuit debout&#8221; &#224; nous &#187;, souffle un activiste, en r&#233;f&#233;rence au mouvement de protestation spontan&#233; de 2016 en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une col&#232;re bien r&#233;elle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 septembre, ils &#233;taient des dizaines de milliers sur place &#224; scander : &#171; La France d&#233;gage &#187;. &#171; Je n'avais jamais vu &#231;a, t&#233;moigne Ali Idrissa, une figure de la soci&#233;t&#233; civile qui a particip&#233; &#224; cette immense manifestation. M&#234;me durant les mobilisations contre la vie ch&#232;re en 2005 et en 2018, on n'avait pas r&#233;ussi &#224; attirer autant de monde. Les gens venaient de toutes parts. Il y avait des jeunes, des vieux. Et tous n'ont pas &#233;t&#233; pay&#233;s, comme on peut l'entendre dans les m&#233;dias fran&#231;ais. On ne peut pas payer autant de monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Membre du collectif prod&#233;mocratie Tournons la page, Ali Idrissa a condamn&#233; le coup d'&#201;tat, mais il soutient la junte dans sa volont&#233; de faire partir les soldats fran&#231;ais. Il explique la forte mobilisation par &#171; l'incapacit&#233; de la force Barkhane &#224; r&#233;soudre la crise s&#233;curitaire &#187; dans le pays, qui a suscit&#233; &#171; une forme d'incompr&#233;hension &#187; par une &#171; soif de souverainet&#233; &#187;, mais aussi par la crainte d'une intervention arm&#233;e de la C&#233;d&#233;ao.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La plupart des Nig&#233;riens ne veulent pas d'une guerre. Quand ils ont appris que la France avait envisag&#233; de bombarder la pr&#233;sidence pour lib&#233;rer Bazoum, ils ont &#233;t&#233; tr&#232;s choqu&#233;s. &#187; La multiplication des th&#232;ses conspirationnistes hostiles &#224; la France sur les r&#233;seaux sociaux ne sert, selon lui, qu'&#224; alimenter une col&#232;re bien r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La France doit tirer les le&#231;ons de la contestation populaire &#224; laquelle elle fait face.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; - Thomas Borrel, porte-parole de l'association Survie&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le retrait du Niger r&#233;duirait en cendres le dispositif mis en place au Sahel ces derni&#232;res ann&#233;es, et qui s'est &#233;croul&#233; en moins d'un an. L'arm&#233;e fran&#231;aise serait contrainte de quitter le dernier des trois pays dans lesquels la force Barkhane intervenait, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; chass&#233;e du Mali en ao&#251;t 2022 et du Burkina Faso en f&#233;vrier 2023. Ce serait une &#171; humiliation &#187;, estime le chercheur Thierry Vircoulon, &lt;a href=&#034;https://www.ouest-france.fr/monde/niger/entretien-en-se-retirant-du-niger-la-france-cesserait-sa-guerre-contre-le-djihadisme-au-sahel-cdfc7550-4c01-11ee-baa4-3ed981c2f823&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;interrog&#233; par Ouest-France&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; conna&#238;tre la destination des soldats qui quitteront le Niger. Certains pourraient &#234;tre rapatri&#233;s en France. Mais d'autres pourraient &#234;tre red&#233;ploy&#233;s ailleurs sur le continent, notamment &#224; N'Djamena au Tchad, o&#249; la France dispose d'une base depuis plusieurs d&#233;cennies. Elle compte aujourd'hui un millier d'hommes et de femmes, cens&#233;&#183;es combattre les groupes djihadistes qui op&#232;rent &#224; 2 000 kilom&#232;tres de l&#224;, au Mali, au Burkina Faso et au Niger, &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/050723/au-sahel-la-guerre-de-la-france-se-poursuit-en-toute-opacite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans un cadre l&#233;gal tr&#232;s flou&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une &#233;ni&#232;me r&#233;articulation serait une faute politique, estime Thomas Borrel, porte-parole de l'association Survie, qui milite pour une refonte des relations franco-africaines. La France doit tirer les le&#231;ons de la contestation populaire &#224; laquelle elle fait face et annoncer un agenda de retrait total des militaires fran&#231;ais, y compris les coop&#233;rants militaires, sur l'ensemble du continent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me au Tchad, o&#249; les soldats fran&#231;ais se croient souvent en terrain conquis, cette pr&#233;sence irrite. Le 5 septembre, &#224; Faya-Largeau, une oasis situ&#233;e au nord du pays dans laquelle l'arm&#233;e fran&#231;aise dispose d'un petit contingent depuis plus de trente ans, un incident a suscit&#233; une vague de col&#232;re : un infirmier militaire fran&#231;ais qui soignait un soldat tchadien l'a tu&#233; avec son arme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les premiers &#233;l&#233;ments rendus publics, le patient aurait agress&#233; le Fran&#231;ais et celui-ci n'aurait eu d'autre choix que de tirer. Une enqu&#234;te conjointe des arm&#233;es fran&#231;aise et tchadienne a &#233;t&#233; annonc&#233;e. Mais tr&#232;s vite, des centaines de personnes se sont r&#233;unies devant le camp fran&#231;ais et ont scand&#233; des slogans hostiles, pendant que, sur les r&#233;seaux sociaux, des internautes appelaient au d&#233;part des &#171; Blancs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;mi Carayol&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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		<title>&#171; Il est temps qu'elle s'en aille &#187; : l'hostilit&#233; envers la France gagne aussi le Tchad</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Il-est-temps-qu-elle-s-en-aille-l-hostilite-envers-la-France-gagne-aussi-le</link>
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		<dc:date>2022-05-31T07:04:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>R&#233;mi Carayol</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Tchad</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-05-31</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 14 mai, des stations-service Total ont &#233;t&#233; saccag&#233;es et des ressortissants fran&#231;ais ont &#233;t&#233; pris &#224; partie &#224; N'Djamena. Comme dans les autres pays sah&#233;liens, l'ancienne puissance coloniale est de plus en plus critiqu&#233;e, en raison notamment d'une pr&#233;sence militaire ancienne et du soutien apport&#233; &#224; la junte au pouvoir. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de M&#233;diapart. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces trois derni&#232;res ann&#233;es, les manifestations hostiles &#224; la France se sont r&#233;pandues comme une tra&#238;n&#233;e de poudre en Afrique de l'Ouest : au S&#233;n&#233;gal, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-05-31-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-05-31&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/arton53075-30176.png?1781491105' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 14 mai, des stations-service Total ont &#233;t&#233; saccag&#233;es et des ressortissants fran&#231;ais ont &#233;t&#233; pris &#224; partie &#224; N'Djamena. Comme dans les autres pays sah&#233;liens, l'ancienne puissance coloniale est de plus en plus critiqu&#233;e, en raison notamment d'une pr&#233;sence militaire ancienne et du soutien apport&#233; &#224; la junte au pouvoir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/260522/il-est-temps-qu-elle-s-en-aille-l-hostilite-envers-la-france-gagne-aussi-le-tchad&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;diapart&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois derni&#232;res ann&#233;es, les manifestations hostiles &#224; la France &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/070321/au-senegal-une-revolte-populaire-s-ebranle-contre-la-recolonisation-economique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;se sont r&#233;pandues&lt;/a&gt; comme une tra&#238;n&#233;e de poudre en Afrique de l'Ouest : au S&#233;n&#233;gal, et surtout dans les pays o&#249; &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/291121/barkhane-le-crepuscule-de-la-force&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;op&#232;re la force Barkhane&lt;/a&gt; depuis pr&#232;s de neuf ans, le Mali, le Niger et le Burkina Faso. D&#233;sormais, c'est au tour des Tchadiennes et des Tchadiens d'exprimer leur col&#232;re &#224; l'&#233;gard de l'ancienne puissance coloniale. Le 14 mai, une manifestation pacifique a abouti &#224; des attaques contre des stations-service appartenant &#224; Total et &#224; des menaces sur des ressortissants fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, la coalition Wakit Tama, qui regroupe des organisations de la soci&#233;t&#233; civile, des syndicats et des partis politiques, avait appel&#233; &#224; marcher dans les rues de N'Djamena, la capitale du Tchad, pour d&#233;noncer &#171; le soutien de la France aux c&#244;t&#233;s des autorit&#233;s de la transition militaires &#187;, issues d'un coup d'&#201;tat &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/290421/tchad-comment-la-france-avalise-un-coup-d-etat&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;soutenu par Paris&lt;/a&gt; apr&#232;s la mort d'Idriss D&#233;by Itno en avril 2021, mais aussi &#171; la pr&#233;sence d'une &#233;ventuelle base militaire dans le territoire tchadien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6731 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2022-05-29_a_17.36_40.png?6731/a2a2553e91f56b9ee1b6a9975dbc2e6d9ec811763b8ca1df498b8a14794efad5&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH368/a2a2553e91f56b9e-1cd5dd39-6ede1.png?1781491105' width='500' height='368' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les jours pr&#233;c&#233;dant la manifestation, une rumeur sur une pr&#233;sence de militaires fran&#231;ais accrue dans cinq localit&#233;s du pays avait enfl&#233; sur les r&#233;seaux sociaux. Celle-ci laissait penser que la France, qui dispose d'une base importante dans l'enceinte de l'a&#233;roport de N'Djamena depuis trente-cinq ans (o&#249; se trouve le commandement de la force Barkhane) et qui compte &#233;galement quelques dizaines d'&#233;l&#233;ments dans les villes d'Ab&#233;ch&#233;, &#224; l'est, et de Faya, au nord (o&#249; les soldats fran&#231;ais organisent r&#233;guli&#232;rement des entra&#238;nements aux c&#244;t&#233;s des soldats tchadiens), envisagerait d'&#233;tendre son dispositif militaire dans le pays. Une possibilit&#233; ni&#233;e par le minist&#232;re fran&#231;ais des arm&#233;es, interrog&#233; par Mediapart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Organisateurs &#171; d&#233;bord&#233;s &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le but de cette manifestation &#233;tait de dire non &#224; la France &#187;, affirme Demba Karyom, une des organisatrices de la marche. &#171; Nous voulons que la France quitte le Tchad et arr&#234;te de soutenir la junte militaire au pouvoir, poursuit-elle. Depuis le d&#233;c&#232;s de [Idriss] D&#233;by, Macron a toujours affich&#233; son soutien &#224; la transition militaire. Or nous ne sommes pas d'accord avec cette transition qui n'a ni agenda ni calendrier, et qui repousse sans cesse le dialogue national qu'elle avait promis. Les Tchadiens doivent discuter entre eux. Nous ne voulons plus d'interf&#233;rences &#233;trang&#232;res. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, continue-t-elle, &#171; nous refusons que l'arm&#233;e fran&#231;aise se red&#233;ploie dans le pays. Nous ne voulons pas que le Tchad accueille les soldats qui quittent le Mali. Cela fait 120 ans que la France est l&#224;, et le peuple tchadien n'en a tir&#233; aucun b&#233;n&#233;fice. Il est temps qu'elle s'en aille ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que charg&#233; de la mobilisation au sein du collectif Tournons la page (TLP), membre de Wakit Tama, Demba Karyom, qui est aussi une cadre de l'Union des syndicats du Tchad (UST), la plus importante centrale du pays, a &#233;t&#233; en premi&#232;re ligne dans l'organisation de cette manifestation. Celle-ci devait &#234;tre &#171; pacifique &#187;, assure-t-elle. Tout s'est d'ailleurs d&#233;roul&#233; dans le calme, selon plusieurs sources locales, y compris polici&#232;res, avant qu'elle ne d&#233;g&#233;n&#232;re au moment o&#249; le cort&#232;ge se disloquait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est sur le retour qu'on a &#233;t&#233; d&#233;bord&#233;s par des jeunes qui n'avaient m&#234;me pas particip&#233; &#224; la manifestation &#187;, explique un cadre de Wakit Tama qui a requis l'anonymat. Des personnes ont alors commenc&#233; &#224; vandaliser des stations-service appartenant &#224; Total &#233;parpill&#233;es un peu partout dans la capitale. Au moins sept stations ont &#233;t&#233; d&#233;t&#233;rior&#233;es. Le p&#233;trolier fran&#231;ais a annonc&#233; une perte de plus de cent millions de francs CFA (plus de 152 000 euros). Durant la m&#234;me journ&#233;e, des personnes fran&#231;aises ont &#233;t&#233; prises &#224; partie alors qu'ils et elles circulaient en voiture, et des si&#232;ges d'ONG &#171; occidentales &#187; ont &#233;t&#233; caillass&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Demba Karyom, une vingtaine de manifestants ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s dans le feu de l'action, parmi lesquels une quinzaine de mineurs. Dans la soir&#233;e du samedi, cinq cadres du mouvement ont &#233;t&#233; &#224; leur tour arr&#234;t&#233;s alors qu'ils avaient &#233;t&#233; convoqu&#233;s dans le bureau du ministre de la S&#233;curit&#233; : le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'UST, Gounoung Vaima Gan-Fare, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du syndicat des commer&#231;ants, Youssouf Korom Ahmat, le pr&#233;sident du Rassemblement des cadres de la soci&#233;t&#233; civile (un ancien secr&#233;taire d'&#201;tat), Hissein Massar Hissein, le pr&#233;sident de l'Association pour la libert&#233; d'expression, l'avocat Koud&#233; Mbainaissem, et un ancien ambassadeur, Allamine Adoudou Khatir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux avocats emprisonn&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils ont &#233;t&#233; envoy&#233;s dans les bureaux des Renseignements g&#233;n&#233;raux sans que personne ne sache o&#249; ils se trouvaient, explique Demba Karyom. L&#224;, ils ont &#233;t&#233; auditionn&#233;s toute la nuit. Ils n'ont eu acc&#232;s &#224; leurs avocats que le dimanche soir. &#187; Le lundi, ils ont &#233;t&#233; inculp&#233;s et incarc&#233;r&#233;s pour les faits d'&#171; attroupement ayant caus&#233; des troubles &#224; l'ordre public, atteinte &#224; l'int&#233;grit&#233; corporelle de personnes, incendie et destruction de biens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, ils ont &#233;t&#233; rejoints en prison par l'avocat et porte-parole de Wakit Tama Max Loalngar, une figure de la d&#233;fense des droits humains au Tchad, qui avait &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; quelques heures plus t&#244;t, &#224; la nuit tomb&#233;e, alors qu'il se trouvait chez sa m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6730 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2022-05-29_a_17.35_36.png?6730/b21d62a37269fe9de74e205d68ea388d57aeb6e25c4e6ced74062faae8951d45&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH369/b21d62a37269fe9d-406d279c-24f55.png?1781491106' width='500' height='369' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs organisations ont appel&#233; &#224; leur lib&#233;ration imm&#233;diate, parmi lesquelles Tournons la page et la CGT en France. Le syndicat a appel&#233; le gouvernement fran&#231;ais &#224; &#171; signifier aux autorit&#233;s tchadiennes l'ill&#233;galit&#233; de tels actes contrevenant au droit de manifester &#187; et &#171; &#224; cesser toute coop&#233;ration et tout soutien au r&#233;gime dictatorial tchadien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Ligue tchadienne des droits de l'Homme (LTDH), que Max Loalngar a pr&#233;sid&#233;, a pour sa part rappel&#233; que &#171; sur l'itin&#233;raire autoris&#233; de la marche, il n'y a eu aucun d&#233;g&#226;t, ce qui prouve que les initiateurs se sont bien comport&#233;s &#187;. Le Conseil de l'ordre des avocats a de son c&#244;t&#233; d&#233;cid&#233; de suspendre ses activit&#233;s en guise de soutien &#224; l'arrestation de deux des siens : Me Loalngar et Me Mbainaissem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s des six hommes a &#233;t&#233; fix&#233; au 6 juin prochain. &#171; Cela signifie qu'ils vont passer vingt jours en prison pour des faits dont ils ne sont pas responsables. C'est une forme d'intimidation inacceptable &#187;, estime le cadre de la coalition cit&#233; plus haut. Pour lui, Wakit Tama &#171; n'a rien &#224; voir avec les heurts qui ont suivi la manifestation &#187;. &#171; C'est une preuve suppl&#233;mentaire qu'on ne peut pas critiquer la France dans ce pays, et que Macron et [Mahamat] D&#233;by sont complices &#187;, ass&#232;ne-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Message fort aux opposants&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, selon plusieurs sources proches de la junte au pouvoir, ces arrestations avaient pour but d'envoyer un message fort aux opposant&#183;es et aux activistes, alors que des manifestations sporadiques ont continu&#233; les jours suivants, et que des lyc&#233;ens sont sortis dans la rue le 16 mai. &#171; Quiconque s'en prend &#224; la France s'en prend &#233;galement au Tchad &#187;, r&#233;sume un ancien ministre d'Idriss D&#233;by Itno.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est temps que cela cesse. Il est temps que cessent &#233;galement les all&#233;gations mensong&#232;res et sans aucun fondement qui circulent sur le red&#233;ploiement des forces fran&#231;aises &#224; l'int&#233;rieur du pays &#187;, a pour sa part r&#233;agi Mahamat D&#233;by, le fils d'Idriss D&#233;by Itno qui lui a succ&#233;d&#233; &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat. Quant au gouvernement fran&#231;ais, il n'a pas communiqu&#233; sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la premi&#232;re fois que la France est critiqu&#233;e au Tchad. R&#233;guli&#232;rement, des organisations de la soci&#233;t&#233; civile d&#233;noncent le soutien apport&#233; par Paris aux despotes qui se sont succ&#233;d&#233; &#224; la t&#234;te du pays - &#224; D&#233;by fils aujourd'hui comme avant lui &#224; D&#233;by p&#232;re, et comme avant lui encore &#224; Hiss&#232;ne Habr&#233;. &#171; La France a fait du Tchad son extension militaire au m&#233;pris de la d&#233;mocratie, nous ne pouvons plus l'accepter &#187;, argue Demba Karyom. Mais aujourd'hui, la moindre critique est scrut&#233;e de pr&#232;s par la diplomatie fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que le contexte n'est plus le m&#234;me. Le 14 mai, un drapeau russe a &#233;t&#233; hiss&#233; par des manifestants. Or depuis quelques ann&#233;es, la Russie a entrepris d'empi&#233;ter sur ce que l'on consid&#232;re &#224; Paris comme le &#171; pr&#233;-carr&#233; &#187; de la France : en R&#233;publique centrafricaine tout d'abord, et plus r&#233;cemment au Mali &#8211; deux pays qui ont quasiment rompu leurs relations avec la France et ont fait de la Russie leur principal partenaire. Au Burkina et au Niger, des manifestants ont &#233;galement brandi le drapeau russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Tchad est un alli&#233; consid&#233;r&#233; comme essentiel par la France (notamment dans la &#171; guerre contre le terrorisme &#187;), or ce pays est d&#233;sormais entour&#233; de pays &#171; amis &#187; de la Russie, dans lesquels a &#233;t&#233; constat&#233;e la pr&#233;sence des mercenaires du groupe Wagner, li&#233; au Kremlin (en R&#233;publique centrafricaine, au Soudan et en Libye).&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Au Tchad, les Russes n'ont pas besoin de trolls pour que la col&#232;re contre le soutien aux despotes s'exprime.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; - Laurent Duarte, secr&#233;taire ex&#233;cutif de &#171; Tournons la page &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Certains observateurs &#8211; fran&#231;ais et tchadiens &#8211; ont voulu voir la main de la Russie derri&#232;re la mobilisation du 14 mai. Des diplomates fran&#231;ais ont &#233;galement &#233;voqu&#233; cette &#171; th&#232;se joker &#187;, qui est d&#233;sormais brandie &#224; chaque fois que la France est critiqu&#233;e en Afrique, ce qui permet d'&#233;vacuer toute remise en question de la politique fran&#231;aise sur le continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres de Wakit Tama s'en d&#233;fendent. Plusieurs chercheurs n'y croient pas. &#171; Au Tchad, les Russes n'ont pas besoin de trolls pour que la col&#232;re contre le soutien aux despotes s'exprime. Ce n'est pas K&#233;mi S&#233;ba [un activiste panafricain critique vis-&#224;-vis de la France et tr&#232;s populaire sur les r&#233;seaux sociaux &#8211; ndlr] qui a dit &#224; Macron d'aller taper la bise &#224; D&#233;by fils en mondovision, souligne Laurent Duarte, secr&#233;taire ex&#233;cutif de TLP, en r&#233;f&#233;rence &#224; la pr&#233;sence de Macron aux obs&#232;ques de D&#233;by p&#232;re et au soutien qu'il avait alors apport&#233; &#224; son fils. Aujourd'hui, se positionner pro-russe, c'est aussi se faire voir et gagner en visibilit&#233; dans un espace politique et social concurrentiel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour C&#233;cile Petitdemange, docteure en anthropologie et en sciences politiques bas&#233;e &#224; N'Djamena, &#171; il y a une vraie col&#232;re contre la France &#187;, qui n'est selon elle que &#171; le retour de b&#226;ton de l'histoire coloniale et postcoloniale &#187;, et qui n'a pas grand-chose &#224; voir avec l'activisme russe. &#171; Tous les griefs accumul&#233;s depuis des ann&#233;es contre le pouvoir tchadien &#8211; le ch&#244;mage, l'absence de d&#233;mocratie et d'alternance, la pauvret&#233;, les coupures d'&#233;lectricit&#233;&#8230; - sont aujourd'hui amalgam&#233;s dans une critique de la France et se retrouvent dans le slogan &#8220;France d&#233;gage&#8221; &#187;, constate-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un discours ancien, remis au go&#251;t du jour par l'&#233;mergence des r&#233;seaux sociaux, au Tchad comme dans les autres pays sah&#233;liens, o&#249; les rumeurs et les &#171; infox &#187; prosp&#232;rent, mais aussi par la mont&#233;e d'une critique li&#233;e &#224; la politique de la France vis-&#224;-vis des musulmans. &#171; La France est l'ennemie de l'islam &#187;, entend-on de plus en plus souvent &#224; N'Djamena, notamment dans la communaut&#233; arabophone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;mi Carayol&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Wagner en Afrique. Une indignation &#224; g&#233;om&#233;trie variable</title>
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		<dc:date>2022-05-17T07:10:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Micha&#235;l Pauron, R&#233;mi Carayol</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Mali</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-05-17</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Parti pris &#183; Les exactions des soldats du groupe de s&#233;curit&#233; russe Wagner au Mali semblent davantage pr&#233;occuper l'Occident &#8211; &#224; commencer par la France &#8211; que celles commises en Centrafrique et ailleurs sur le continent depuis plusieurs ann&#233;es. Une diff&#233;rence de traitement en partie li&#233;e aux enjeux g&#233;ostrat&#233;giques. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Afrique XXI. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'arriv&#233;e au Mali, fin 2021, de la soci&#233;t&#233; de s&#233;curit&#233; priv&#233;e russe Wagner a eu pour effet, en France et sur une partie du continent africain, de mettre en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Afrique-208-+" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Mali-+" rel="tag"&gt;Mali&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-05-17-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-05-17&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton52843-e4789.png?1781491106' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Parti pris &#183; Les exactions des soldats du groupe de s&#233;curit&#233; russe Wagner au Mali semblent davantage pr&#233;occuper l'Occident &#8211; &#224; commencer par la France &#8211; que celles commises en Centrafrique et ailleurs sur le continent depuis plusieurs ann&#233;es. Une diff&#233;rence de traitement en partie li&#233;e aux enjeux g&#233;ostrat&#233;giques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/article4979.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Afrique XXI&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e au Mali, fin 2021, de la soci&#233;t&#233; de s&#233;curit&#233; priv&#233;e russe Wagner a eu pour effet, en France et sur une partie du continent africain, de mettre en lumi&#232;re son activisme et ses pratiques pr&#233;datrices d&#233;j&#224; observ&#233;es en Libye, au Soudan et surtout en R&#233;publique centrafricaine (RCA) &#8211; un activisme qui date de plusieurs ann&#233;es. L'&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/050422/moura-le-carnage-indescriptible-de-l-armee-malienne-et-de-ses-allies-russes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;pisode de Moura&lt;/a&gt;, fin mars 2022, o&#249; entre 300 et 400 hommes, parmi lesquels de nombreux civils, auraient &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;s par l'arm&#233;e malienne et ses partenaires russes, puis celui de Gossi, en avril, o&#249; un drone de l'arm&#233;e fran&#231;aise aurait film&#233; les soldats de Wagner en train de mettre en sc&#232;ne un charnier dans le but de l'attribuer &#224; la force Barkhane, ont jet&#233; une lumi&#232;re crue sur ses activit&#233;s dans le centre du pays, et ont fait la Une des m&#233;dias fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que, ces derni&#232;res semaines, la pr&#233;sence de Wagner au Mali a &#233;t&#233; abondamment trait&#233;e par les journalistes fran&#231;ais, ainsi que par des ONG. Un int&#233;r&#234;t soudain qui tranche avec l'indiff&#233;rence qui a longtemps pr&#233;valu au sujet de la RCA, o&#249; les paramilitaires &#171; russes &#187;1 ont commis de nombreuses exactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs raisons &#224; ce relatif d&#233;sint&#233;r&#234;t pour les morts centrafricains, et l'une d'elles est li&#233;e &#224; la contre-offensive informationnelle men&#233;e depuis quelques semaines par l'arm&#233;e et la diplomatie fran&#231;aises, dans une r&#233;gion particuli&#232;rement strat&#233;gique militairement. On peut en effet constater un fort int&#233;r&#234;t pour ce sujet dans les m&#233;dias &#171; traditionnels &#187; fran&#231;ais depuis l'arriv&#233;e au Mali des hommes de Wagner. En se concentrant sur la p&#233;riode allant de l'implantation des paramilitaires admise par diff&#233;rents observateurs (journalistes, ONG, ONU) - soit d&#233;cembre 2017 pour la Centrafrique (d&#233;ploiement des &#171; instructeurs &#187; russes) et d&#233;cembre 2021 pour le Mali &#8211; et le mois de mai suivant, le contraste est saisissant : dans Le Monde, un seul article &#233;voque la pr&#233;sence de mercenaires en Centrafrique, le 4 mai 2018 (2), contre plus d'une dizaine (sans compter les reprises des d&#233;p&#234;ches de l'AFP) pour ce qui concerne le Mali.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Touad&#233;ra tire partie de cette sous-m&#233;diatisation &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tendance est &#233;galement observable sur le site de Jeune Afrique, ou sur celui de Radio France Internationale (3). Soulignons par ailleurs que l'organisation de d&#233;fense des droits humains Human Rights Watch n'a publi&#233; son premier rapport sur les exactions de Wagner en Centrafrique que le 3 mai dernier (lire l'encadr&#233; au pied de cet article), tandis qu'une &lt;a href=&#034;https://www.hrw.org/fr/news/2022/03/15/mali-nouvelle-vague-dexecutions-de-civils&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;enqu&#234;te&lt;/a&gt; sur les abus de ce groupe au Mali a &#233;t&#233; diffus&#233;e d&#232;s le 15 mars 2022, et qu'elle a &#233;t&#233; suivie d'une autre communication le 5 avril. Selon l'enqu&#234;te de HRW sur la Centrafrique, &#171; des signalements d'abus perp&#233;tr&#233;s par [Wagner en Centrafrique] sont apparus pour la premi&#232;re fois dans les m&#233;dias en f&#233;vrier 2019, et l'ONU a par la suite rapport&#233; des abus commis par ces forces en 2020 et 2021 &#187;, soit plusieurs ann&#233;es apr&#232;s l'arriv&#233;e des mercenaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 4 000 kilom&#232;tres de Bamako, sur les bords de l'Oubangui, cet int&#233;r&#234;t massif de la presse occidentale et des ONG pour les activit&#233;s des mercenaires russes au Mali est accueilli sans grand &#233;tonnement mais avec une certaine frustration, et m&#234;me de l'inqui&#233;tude quant &#224; l'avenir de la Centrafrique. &#171; Au Mali, l'&#233;cosyst&#232;me m&#233;diatique et politique et la forte pr&#233;sence d'ONG est davantage propice &#224; la diffusion de l'information &#187;, juge, avec regret, un homme politique et ancien ministre centrafricain ayant requis l'anonymat. Il pense que &#171; le r&#233;gime de Faustin-Archange Touad&#233;ra tire parti de cette sous-m&#233;diatisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, Wagner a b&#233;n&#233;fici&#233; d'une certaine discr&#233;tion &#224; son &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/article4858.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;arriv&#233;e &#224; Bangui&lt;/a&gt;, fin 2017. Les rapports et les articles circonstanci&#233;s sont arriv&#233;s bien des ann&#233;es plus tard, comme l&lt;a href=&#034;https://edition.cnn.com/interactive/2019/08/africa/putins-private-army-car-intl/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;'enqu&#234;te&lt;/a&gt; de Clarissa Ward, sur CNN, en 2019. Une premi&#232;re mention d'une exaction (un cas de torture) appara&#238;t dans un compte-rendu d'une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'ONU, en f&#233;vrier 2019, en r&#233;f&#233;rence &#224; une enqu&#234;te onusienne interne r&#233;alis&#233;e en janvier et tr&#232;s peu reprise en France. Un journaliste fran&#231;ais qui a &#233;t&#233; bas&#233; &#224; Bangui et qui a requis l'anonymat se souvient que &#171; des articles ont &#233;t&#233; faits de mani&#232;re assez parcellaire, par RFI, Le Monde ou encore Lib&#233;ration, mais nous avions beaucoup de mal &#224; avoir des sources et des renseignements fiables sur l'organisation et les activit&#233;s de cette soci&#233;t&#233; &#187;. Le premier article qui &#233;voque la pr&#233;sence de soci&#233;t&#233;s priv&#233;es russes a &#233;t&#233; publi&#233; en mai 2018 par L'Obs (4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La bascule des Accords de Khartoum&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 2018, quelques mois apr&#232;s l'arriv&#233;e de Wagner en RCA, le meurtre de trois journalistes russes, Orkhan Dzhemal, Kirill Radchenko et Aleksandr Rastogruev, qui enqu&#234;taient sur cette arm&#233;e de l'ombre dirig&#233;e par Evgueny Prigogine, un proche de Vladimir Poutine, a cr&#233;&#233; l'effroi dans la communaut&#233; des journalistes et des ONG. &#171; Plusieurs d'entre nous ont &#233;t&#233; avertis, notamment par l'ambassade de France, qu'il valait mieux ne pas trop travailler sur les Russes, se souvient un ancien reporter pass&#233; par Bangui &#224; cette p&#233;riode. D&#232;s lors, il y a eu une sorte d'autocensure, et les ONG qui quadrillent le pays ne voulaient pas faire prendre de risque &#224; leur personnel. &#187; The Dossier Center, l'organisation pour laquelle travaillaient les trois journalistes tu&#233;s, a publi&#233; en octobre 2019 le &lt;a href=&#034;https://dossier.center/car-en/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;compte-rendu&lt;/a&gt; de son enqu&#234;te qui accuse Wagner et des soci&#233;t&#233;s li&#233;es &#224; celle-ci d'avoir fabriqu&#233; une version de ces meurtres et dissimul&#233; la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accords de paix de Khartoum, sign&#233;s sous l'&#233;gide des Russes en f&#233;vrier 2019 par plusieurs groupes rebelles et le gouvernement centrafricain, ont fini par mettre en lumi&#232;re l'omnipotence de Moscou et de son arm&#233;e de l'ombre. L'attaque de la capitale par les rebelles centrafricains de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), en janvier 2021, au lendemain de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, a &#233;t&#233; un autre point de basculement : la participation des paramilitaires russes aux combats est devenue visible - le doute n'&#233;tait d&#232;s lors plus permis. En mars suivant, un &lt;a href=&#034;https://www.ohchr.org/fr/2021/03/car-experts-alarmed-governments-use-russian-trainers-close-contacts-un-peacekeepers&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;communiqu&#233; de presse&lt;/a&gt; du groupe de travail onusien sur l'utilisation des mercenaires est largement repris en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une p&#233;riode de d&#233;n&#233;gation en d&#233;pit des renseignements tr&#232;s clairs provenant du terrain (notamment via des c&#226;bles diplomatiques envoy&#233;s depuis l'ambassade fran&#231;aise &#224; Bangui), le pr&#233;sident fran&#231;ais Emmanuel Macron et son ministre de l'Europe et des Affaires &#233;trang&#232;res Jean-Yves Le Drian ont fini par d&#233;noncer la pr&#233;sence de Wagner dans le pays &#8211; en janvier 2019 &lt;a href=&#034;http://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20190121/etr.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;devant le s&#233;nat&lt;/a&gt; pour ce dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la propagande anti-fran&#231;aise distill&#233;e dans des organes de presse centrafricains financ&#233;s par les communicants de Wagner et sur les r&#233;seaux sociaux, Paris a d&#233;cid&#233; de suspendre sa coop&#233;ration en juin 2021, mais &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/040621/en-catimini-la-france-prend-ses-distances-avec-la-centrafrique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sans faire de bruit&lt;/a&gt;. Un ambassadeur, envoy&#233; sp&#233;cial pour la diplomatie publique en Afrique, a discr&#232;tement &#233;t&#233; d&#233;p&#234;ch&#233; &#224; Bangui en septembre 2021 pour restaurer le dialogue. La question de la pr&#233;sence de Wagner a &#233;t&#233; au c&#339;ur des discussions entre Sylvain Itt&#233; et la cheffe de la diplomatie centrafricaine, Sylvie Ba&#239;po-Temon. Une heure trente de palabres sans aucun r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les exactions se poursuivent dans une relative indiff&#233;rence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2021, les activit&#233;s (et les exactions) de Wagner en RCA sont davantage dans le collimateur des journaux et des ONG, mais toujours sans commune mesure avec ce que l'on observe aujourd'hui au sujet du Mali. Des crimes des forces arm&#233;es centrafricaines et de leurs alli&#233;s &#171; blancs &#187; pendant la p&#233;riode &#233;lectorale (fin 2020-d&#233;but 2021) sont notamment d&#233;taill&#233;s dans un &lt;a href=&#034;https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2021/02/central-african-republic-amnesty-investigation-reveals-full-horror/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rapport d'enqu&#234;te&lt;/a&gt; d'Amnesty international publi&#233; en f&#233;vrier. En avril, un article du Monde citant plusieurs organisations locales fait &#233;tat de &#171; viols &#187; et &#171; d'assassinats &#187; qui leur sont directement imput&#233;s, en particulier contre &#171; les minorit&#233;s peule et arabe car soup&#231;onn&#233;es d'accointance avec la CPC &#187; (5). Le 3 mai, RFI publie une enqu&#234;te richement document&#233;e de Charlotte Cosset et Florence Morice, qui ont pu s'entretenir avec des victimes (6). Mais celle-ci est peu relay&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les exactions des paramilitaires de Wagner se poursuivent dans une relative indiff&#233;rence : selon Le Monde - qui raconte tout cela dans un article consacr&#233; &#224; la baisse des effectifs russes depuis l'arriv&#233;e de Wagner au Mali et au d&#233;clenchement de la guerre en Ukraine -, une quinzaine de civils, dont des enfants, ont &#233;t&#233; abattus en mars dernier &#224; Gordil, tandis qu'&#224; Boromata, trois &#233;leveurs auraient &#233;t&#233; &#233;gorg&#233;s (7). &#171; Les crimes sont quotidiens &#187;, confirme l'ancien ministre centrafricain contact&#233; par Afrique XXI. L'assassinat de plusieurs dizaines de civils, en janvier dernier, dans une op&#233;ration conjointe des Forces arm&#233;es centrafricaines (Faca) et des mercenaires russes, a &#233;galement d&#233;clench&#233; une enqu&#234;te de l'ONU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, le Mali, o&#249; l'arm&#233;e fran&#231;aise est d&#233;ploy&#233;e depuis pr&#232;s de dix ans, b&#233;n&#233;ficie d'une toute autre attention. &#171; Quand le pouvoir centrafricain a fait appel &#224; Wagner, l'arm&#233;e fran&#231;aise &#233;tait d&#233;j&#224; partie, Paris avait mis fin &#224; l'op&#233;ration Sangaris (8), poursuit l'homme politique centrafricain. Au Mali, l'implication des Occidentaux &#233;tait encore tr&#232;s forte quand Wagner est arriv&#233;, la junte a renvers&#233; la table et chang&#233; de partenaire, ce qui a suscit&#233; davantage de commentaires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des tweets revanchards&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les r&#233;seaux sociaux (et notamment sur Twitter), nombre de militaires fran&#231;ais en active ou &#224; la retraite ont parfois r&#233;agi avec ironie, voire m&#233;pris, aux d&#233;boires de l'arm&#233;e malienne depuis que la junte a d&#233;cid&#233; d'entamer un &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/article4878.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;bras de fer avec la France&lt;/a&gt;, rappelant que plusieurs dizaines des leurs &#233;taient morts au Mali ces derni&#232;res ann&#233;es. Certains se sont m&#234;me r&#233;jouis &#224; demi-mot lorsque des militaires maliens ont &#233;t&#233; tu&#233;s par des djihadistes. D'autres ont pris l'habitude &#8211; toute r&#233;cente - de s'&#233;mouvoir des massacres commis par les Forces arm&#233;es maliennes (Fama) et leurs alli&#233;s russes. Curieusement, on ne les entendait pas pleurer les morts quand c'&#233;tait aux c&#244;t&#233;s des Fran&#231;ais que les soldats maliens &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/030122/operation-eclipse-au-mali-les-soldats-maliens-tuent-des-civils-l-armee-francaise-se-tait&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;commettaient des exactions&lt;/a&gt; - certes moins meurtri&#232;res - contre des civils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, les Fama ont commis de nombreux crimes ces derni&#232;res ann&#233;es, quand leur principal partenaire &#233;tait l'arm&#233;e fran&#231;aise, ainsi que l'ont document&#233; Human Rights Watch et la &lt;a href=&#034;https://www.fidh.org/fr/regions/afrique/mali/centre-mali-les-populations-prises-au-piege-du-terrorisme-et-du&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;F&#233;d&#233;ration internationale pour les droits humains&lt;/a&gt;. Si l'arm&#233;e fran&#231;aise n'a pas &#233;t&#233; la complice directe de ces exactions, elle est rest&#233;e silencieuse et ne les a jamais publiquement d&#233;nonc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre autres tweets &#224; charge contre la junte malienne, le colonel Rapha&#235;l Bernard, qui a particip&#233; &#224; l'op&#233;ration Barkhane, s'interroge au lendemain de l'attaque du camp de Mondoro le 4 mars 2022 (entre 40 et 50 morts parmi les militaires maliens) : &#171; O&#249; est Wagner ? O&#249; sont les colonels de la junte ? Pauvre Mali. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6660 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2022-05-15_a_15.06_56.png?6660/6af6dae4718ccfdc15bf0798d368edf75eb824a8d4a3bf3c0199ba6899dc9282&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH386/6af6dae4718ccfdc-1fb5db85-26e73.png?1781491106' width='500' height='386' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sylvain Itt&#233;, le diplomate lobbyiste de la France en Afrique, n'est pas en reste. Le 13 avril, il juge sur un ton ironique que les Forces arm&#233;es maliennes n'ont pas besoin des moyens de d&#233;fense a&#233;riens qui viennent d'&#234;tre livr&#233;s par la Russie. &#171; J'ignorais que les djihadistes disposaient d'avions de chasse &#187;, s'exclame-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La contre-offensive de Paris&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence de l'arm&#233;e fran&#231;aise dans le nord du Mali, d'un bataillon de journalistes fran&#231;ais &#224; Bamako ainsi que de pl&#233;thore d'ONG occidentales explique en grande partie pourquoi l'arriv&#233;e de Wagner dans ce pays n'est pas pass&#233;e inaper&#231;ue. Ce d'autant qu'elle a &#233;t&#233; un copi&#233;-coll&#233; de son arriv&#233;e &#224; Bangui. Les journalistes et les organisations internationales ont rapidement identifi&#233; la pr&#233;sence de personnalit&#233;s d&#233;j&#224; rep&#233;r&#233;es en Centrafrique, comme Alexandre Ivanov, qui dirige la Communaut&#233; des officiers pour la s&#233;curit&#233; internationale (Cosi), une organisation install&#233;e &#224; Bangui et qui d&#233;fend les int&#233;r&#234;ts de Wagner (9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience centrafricaine leur a permis de r&#233;agir plus vite. Les &#233;l&#233;ments de langage (comme le terme d'&#171; instructeurs &#187;, par exemple) utilis&#233;s &#224; Bangui sont les m&#234;mes &#224; Bamako. La propagande apparue dans le sillage du d&#233;ploiement des mercenaires n'a tromp&#233; personne. Soudainement, des articles tr&#232;s critiques quant &#224; la pr&#233;sence militaire fran&#231;aise ont &#233;t&#233; diffus&#233;s dans diverses publications. Et de nombreux (faux) comptes ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s sur les r&#233;seaux sociaux afin de relayer la propagande du r&#233;gime malien et les &#171; infox &#187; ciblant la diplomatie et les militaires fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e de mat&#233;riel sp&#233;cifiquement utilis&#233; par Wagner en Libye, en Centrafrique et en Syrie, comme des blind&#233;s de transport de troupes, a &#233;t&#233; observ&#233;e et diffus&#233;e sur les groupes de messagerie priv&#233;e sp&#233;cialis&#233;s dans la traque de cette arm&#233;e priv&#233;e (les m&#234;mes images, prises en Centrafrique, avaient circul&#233; sur ces groupes, sans cr&#233;er plus de vagues que cela). Face &#224; cette offensive, la France n'a pas tard&#233; &#224; r&#233;agir - et ce bien plus vite qu'en RCA. Des images satellites fournies par Airbus Intelligence montrant la construction d'une base dans l'enceinte de l'a&#233;roport de Bamako, attribu&#233;e aux paramilitaires russes, ont fuit&#233; dans la presse d&#232;s janvier 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des photos montrant des hommes blancs, en treillis, &#224; S&#233;gou, dans le centre du Mali o&#249;, explique &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=4K1DDwLmnCw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cyril Payen&lt;/a&gt;, un journaliste de France 24, &#171; aucun militaire occidental n'est officiellement pr&#233;sent &#187;, ont &#233;galement &#233;t&#233; publi&#233;es. Ces photos fournies &#224; RFI et France 24 par &#171; une source proche du dossier &#187;, dixit Cyril Payen, ont en r&#233;alit&#233;, selon nos informations, &#233;t&#233; transmises par l'arm&#233;e fran&#231;aise. De nombreuses indiscr&#233;tions ont par ailleurs &#233;t&#233; fournies par les autorit&#233;s fran&#231;aises aux journalistes, qui les ont abondamment relay&#233;es. Dans l'affaire de Gossi, l'&#233;tat-major de l'arm&#233;e fran&#231;aise a, pour la premi&#232;re fois depuis le d&#233;but de l'op&#233;ration Barkhane en 2014, transmis aux journalistes des images tourn&#233;es par un drone, ainsi que des photos &#224; l'&#233;vidence vol&#233;es montrant des soldats blancs s'affairer sur le tarmac de l'a&#233;roport de S&#233;var&#233; (centre du Mali) aux c&#244;t&#233;s de militaires maliens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une zone plus strat&#233;gique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le documentaire de Ksenia Bolchakova et Alexandra Jousset (&#171; Wagner : l'arm&#233;e de l'ombre de Poutine &#187;), diffus&#233; en f&#233;vrier 2022 sur France T&#233;l&#233;vision &#8211; dans lequel un long passage est consacr&#233; &#224; la Centrafrique et qui a b&#233;n&#233;fici&#233; d'une large campagne de promotion - a &#233;galement contribu&#233; &#224; m&#233;diatiser, du moins en France, l'arm&#233;e de Wagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La zone sah&#233;lienne, qui est au c&#339;ur de la &#171; guerre contre le terrorisme &#187; et que l'Union europ&#233;enne consid&#232;re comme sa &#171; fronti&#232;re &#187; m&#233;ridionale, est plus strat&#233;gique pour la France que la Centrafrique &#8211; c'est ind&#233;niable. Ce n'est pas pour rien que l'arm&#233;e fran&#231;aise est sortie du silence en diffusant les images de Gossi. Le terrain est par ailleurs &#233;galement couvert par le renseignement am&#233;ricain, qui y dispose de drones et d'avions de surveillance. D&#232;s le 15 d&#233;cembre 2021, le d&#233;partement d'&#201;tat &lt;a href=&#034;https://www.state.gov/translations/french/deploiement-potentiel-du-groupe-wagner-au-mali/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;s'est dit alarm&#233;&lt;/a&gt; &#171; par un d&#233;ploiement potentiel de forces du groupe Wagner &#187;. Selon Washington, le Mali r&#233;mun&#233;rerait Wagner quelque 10 millions de dollars par mois. Le Commandement des &#201;tats-Unis pour l'Afrique (Africom) a aussi &#233;t&#233; tr&#232;s actif sur le sujet. Depuis janvier dernier, son chef, le g&#233;n&#233;ral Stephen Townsend, s'est plusieurs fois exprim&#233; sur la pr&#233;sence de Wagner au Sahel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le contexte international, qui a mis la Russie au premier plan, est un autre &#233;l&#233;ment qui explique ce hiatus m&#233;diatique entre le Mali et la Centrafrique. Les mercenaires russes sont aussi sur le front ukrainien, leur pr&#233;sence n'est un secret pour personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette diff&#233;rence de traitement s'explique donc. Mais elle pose probl&#232;me : des exactions en Centrafrique sont-elles moins r&#233;voltantes que des exactions au Mali ? La valeur d'une vie, selon que l'on se trouve en Centrafrique ou au Mali, doit-elle &#234;tre corr&#233;l&#233;e aux priorit&#233;s de l'&#201;tat fran&#231;ais (et/ou de l'Occident) ? Autrement dit : l'enjeu des droits humains doit-il &#234;tre li&#233; &#224; celui des int&#233;r&#234;ts g&#233;ostrat&#233;giques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; M&#234;me les FACA ne pouvaient pas regarder &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 mai 2022, Human Rights Watch a publi&#233; le compte rendu d'une &lt;a href=&#034;https://www.hrw.org/fr/news/2022/05/03/republique-centrafricaine-abus-commis-par-des-forces-liees-la-russie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;enqu&#234;te&lt;/a&gt; sur des exactions en Centrafrique attribu&#233;es au groupe Wagner. Entre f&#233;vrier 2019 et novembre 2021, l'ONG indique avoir &#171; interrog&#233; 21 personnes en face &#224; face et 19 autres par t&#233;l&#233;phone, dont 10 victimes et 15 t&#233;moins, au sujet des abus qui, d'apr&#232;s leurs r&#233;cits, auraient &#233;t&#233; commis par des hommes &#224; la peau blanche parlant russe &#187;. Une douzaine d'hommes non arm&#233;s ont &#233;t&#233; battus puis abattus d'une balle dans la t&#234;te le 21 juillet 2021 pr&#232;s de la ville de Bossangoa par &#171; des forces apparemment russophones &#187;, avant d'&#234;tre sommairement enterr&#233;s &#171; dans un trou peu profond &#187; pr&#232;s d'une route. Treize corps ont &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;s par les autorit&#233;s centrafricaines et remis &#224; leurs familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HRW a aussi document&#233; des cas de d&#233;tention ill&#233;gale et de torture &#224; Bambari, en 2019, et &#224; Alindao, &#171; dans des conditions inhumaines dans un trou &#224; ciel ouvert &#187;, entre juin et ao&#251;t 2021. L'ONG revient en outre sur le cas de Mahamat Nour Mamadou qui, accus&#233; d'&#234;tre un membre de l'Unit&#233; pour la paix en Centrafrique (UPC), un groupe arm&#233;, aurait &#233;t&#233; d&#233;tenu et tortur&#233; par les Russes en 2019. &#171; Il a racont&#233; qu'un soldat russophone a alors commenc&#233; &#224; lui &#233;craser les doigts avec un couteau &#187;, pr&#233;cise HRW, et a fini &#171; par lui couper un doigt &#187;, lui ordonnant de dire la &#171; v&#233;rit&#233; &#187; sur son r&#244;le au sein de l'UPC. &#171; M&#234;me les FACA [Forces arm&#233;es centrafricaines] ne pouvaient pas regarder, a expliqu&#233; Nour. Je hurlais ; c'&#233;tait tellement douloureux. Ils ont ensuite sorti une cha&#238;ne, l'ont enroul&#233;e autour de mon cou et l'ont serr&#233;e fermement. Je suis tomb&#233;, avec la langue qui pendait. Un Russe m'a plac&#233; une brique dans la bouche et a donn&#233; un coup de pied dedans. J'ai perdu une dent. &#187; Son cas avait &#233;t&#233; document&#233; par l'ONU. Une d&#233;p&#234;che de l'AFP avait relay&#233; cette affaire et publi&#233; son nom. Mahamat Nour Mamadou a finalement &#233;t&#233; abattu dans sa boutique le 29 septembre 2019. Ses assassins n'ont jamais &#233;t&#233; retrouv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le membre d'une ONG tr&#232;s active en Centrafrique et qui a souhait&#233; garder l'anonymat, ce rapport de HRW est n&#233;cessaire, mais il &#171; reste bien en dessous de la r&#233;alit&#233; des crimes commis par Wagner &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Les soldats de Wagner ont en r&#233;alit&#233; diff&#233;rentes nationalit&#233;s, m&#234;me si la plupart d'entre eux sont recrut&#233;s en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Isabelle Mandraud, &#171; Apr&#232;s l'Ukraine et la Syrie, les mercenaires russes prennent leurs marques en Afrique &#187;, Le Monde, 04/05/18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Compilation rendue toutefois difficile car l'outil de recherche sur le site de RFI ne permet pas de s&#233;lectionner une p&#233;riode pr&#233;cise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- Charles Bouessel, &#171; Pourquoi Vladimir Poutine avance ses pions en Centrafrique &#187;, L'Obs, 4 mai 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- Ga&#235;l Grilhot, &#171; En Centrafrique, les mercenaires russes accus&#233;s d'exactions &#187;, Le Monde, 05/04/2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6- Charlotte Cosset et Florence Morice, &#171; En Centrafrique, des victimes des exactions russes brisent la loi du silence &#187;, RFI, 03/05/2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7- Cyril Bensimon, &#171; L'implication russe en Centrafrique bouscul&#233;e par la guerre en Ukraine &#187;, Le Monde, 29/03/2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8- Op&#233;ration de l'arm&#233;e fran&#231;aise en R&#233;publique centrafricaine d&#233;clench&#233;e par Fran&#231;ois Hollande, men&#233;e de d&#233;cembre 2013 &#224; octobre 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9- Fatoumata Diallo, Bokar Sangar&#233;, &#171; Russie-Mali : qui sont les relais du soft-power de Moscou &#224; Bamako ? &#187;, Jeune Afrique, 22/11/2021.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mali : &#192; Moura, le &#171; carnage indescriptible &#187; de l'arm&#233;e malienne et de ses alli&#233;s russes</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/A-Moura-le-carnage-indescriptible-de-l-armee-malienne-et-de-ses-allies-russes-52436</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/A-Moura-le-carnage-indescriptible-de-l-armee-malienne-et-de-ses-allies-russes-52436</guid>
		<dc:date>2022-04-19T07:24:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>R&#233;mi Carayol</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Mali</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-04-19</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'arm&#233;e malienne et des miliciens appartenant probablement au groupe russe Wagner ont assi&#233;g&#233; la ville de Moura pendant cinq jours, et ex&#233;cut&#233; des dizaines d'hommes suspect&#233;s d'&#234;tre des djihadistes. Les diff&#233;rentes sources font &#233;tat de 300 &#224; 600 morts, en majorit&#233; civils. Du jamais-vu au Mali. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Afrique en lutte. &lt;br class='autobr' /&gt;
On ne saura probablement jamais combien de personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es &#224; Moura, une ville situ&#233;e dans le centre du Mali, entre le 27 et le 31 mars. Trois cents ? Quatre cents (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Afrique-208-+" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Mali-+" rel="tag"&gt;Mali&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-04-19-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-04-19&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH68/arton52436-b3a29.jpg?1781491107' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='68' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'arm&#233;e malienne et des miliciens appartenant probablement au groupe russe Wagner ont assi&#233;g&#233; la ville de Moura pendant cinq jours, et ex&#233;cut&#233; des dizaines d'hommes suspect&#233;s d'&#234;tre des djihadistes. Les diff&#233;rentes sources font &#233;tat de 300 &#224; 600 morts, en majorit&#233; civils. Du jamais-vu au Mali.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.afriquesenlutte.org/afrique-de-l-ouest/mali/article/a-moura-le-carnage-indescriptible-de-l-armee-malienne-et-de-ses-allies-russes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Afrique en lutte&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6549 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH282/2555c036f3a57508-6b517ea4-1d823.jpg?1781491107' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On ne saura probablement jamais combien de personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es &#224; Moura, une ville situ&#233;e dans le centre du Mali, entre le 27 et le 31 mars. Trois cents ? Quatre cents ? Six cents ? &#171; Au bout d'un moment, j'ai arr&#234;t&#233; de compter &#187;, soupire F., un habitant de cette ville martyre qui, avant de fuir la zone, a, avec d'autres, enterr&#233; les cadavres laiss&#233;s derri&#232;re eux par les soldats maliens et des miliciens &#233;trangers &#8211; des &#171; Blancs &#187; qui, selon plusieurs t&#233;moins, parlent &#171; une langue inconnue &#187;, et qui appartiennent probablement &#224; la soci&#233;t&#233; de s&#233;curit&#233; priv&#233;e russe Wagner, vraisemblablement pr&#233;sente au Mali depuis la fin de l'ann&#233;e derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un rapport circonstanci&#233; publi&#233; le 5 avril, l'ONG Human Rights Watch (HRW), qui indique s'&#234;tre entretenue avec vingt-sept personnes, dont des t&#233;moins directs, avance le chiffre de trois cents morts, des &#171; hommes civils, dont certains seraient des combattants islamistes pr&#233;sum&#233;s &#187;. Le responsable d'une organisation malienne de d&#233;fense des droits humains qui a recueilli les t&#233;moignages de rescap&#233;s (et dont nous tairons le nom pour ne pas le mettre en danger) parle quant &#224; lui de &#171; plus de six cents morts &#187;, dont &#171; une grande majorit&#233; de civils &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un communiqu&#233; publi&#233; le 1er avril, le minist&#232;re malien de la d&#233;fense a indiqu&#233; avoir tu&#233; 203 &#171; terroristes &#187; et en avoir arr&#234;t&#233; 51 autres, tout en pr&#233;cisant que l'arm&#233;e avait agi sur la base de &#171; renseignements bien pr&#233;cis &#187; faisant &#233;tat &#171; d'une rencontre entre diff&#233;rentes katibas &#187; djihadistes. Le communiqu&#233; pr&#233;cise que &#171; deux cents motos ont &#233;t&#233; br&#251;l&#233;es et saisies &#187;, ainsi que &#171; d'importantes quantit&#233;s d'armes et de munitions &#187;, mais l'arm&#233;e n'a fourni aucune image de ces prises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un grand nombre de cadavres auraient &#233;t&#233; ensevelis par les militaires dans des fosses communes creus&#233;es par des habitants. Selon plusieurs t&#233;moins contact&#233;s par Mediapart, les corps auraient &#233;t&#233; br&#251;l&#233;s apr&#232;s avoir &#233;t&#233; asperg&#233;s d'essence. Apr&#232;s le d&#233;part des militaires, les rescap&#233;&#183;es ont retrouv&#233; des dizaines de corps sans vie &#233;parpill&#233;s un peu partout autour de la localit&#233;, et ont d&#251; les inhumer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon HRW, il s'agit &#171; de la pire atrocit&#233; &#187; depuis que le conflit a d&#233;but&#233; au Mali, il y a dix ans. Une source onusienne en poste &#224; Bamako &#233;voque un &#171; carnage indescriptible &#187;. Pour elle, il n'y a aucun doute, m&#234;me si la mission n'a pas encore pu se rendre sur place pour mener les investigations : &#171; Les premiers &#233;l&#233;ments que nous avons recueillis sont clairs. Nous sommes face &#224; un crime de guerre comme on n'en avait jamais vu ici. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le d&#233;roul&#233; de ces journ&#233;es sanglantes est encore flou, en raison notamment du huis clos impos&#233; par l'arm&#233;e malienne, la plupart des t&#233;moignages recueillis par les ONG et la Minusma (la mission des Nations unies au Mali) donnent une id&#233;e de ce qu'il s'est pass&#233; &#224; Moura du dimanche 27 mars au jeudi 31 mars. Selon un cadre onusien, il ne s'agit pas d'une &#171; bavure &#187;, mais bien d'une volont&#233; manifeste &#171; d'imposer la terreur &#187; aux populations de cette zone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche, c'est ici jour de march&#233;. De march&#233; au b&#233;tail notamment, l'un des plus importants de la zone inond&#233;e. Ce dimanche-l&#224;, il y a donc foule dans cette ville qui compterait pr&#232;s de 10 000 &#226;mes de diff&#233;rentes communaut&#233;s (Sarakol&#233;s, Peuls, Bozos, Bambaras, etc.), et les djihadistes semblent plus nombreux que d'habitude. Ont-ils pr&#233;vu d'y tenir une r&#233;union, comme l'affirment les autorit&#233;s maliennes ? Ou ont-ils simplement fui les op&#233;rations de ratissage men&#233;es par l'arm&#233;e malienne et les &#171; suppl&#233;tifs &#187; russes dans le cadre de l'op&#233;ration K&#233;l&#233;tigui (&#171; celui qui fait la guerre &#187; en bambara), lanc&#233;e fin 2021 dans le centre du Mali ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moura, comme toutes les localit&#233;s de cette zone, vit sous le joug des djihadistes depuis pr&#232;s de six ans : les &#233;coles y sont ferm&#233;es, et les habitant&#183;es doivent respecter un certain nombre de r&#232;gles. Les hommes notamment sont somm&#233;s de porter des pantalons courts et de se laisser pousser la barbe, &#224; l'image des djihadistes. Le march&#233; de Moura est en outre connu pour &#234;tre fr&#233;quent&#233; par les membres de la katiba Macina, une composante de la Jam&#257;&#703;at nu&#7779;rat al-isl&#257;m wal-muslim&#299;n (JNIM), une coalition r&#233;unissant les principaux groupes de la zone li&#233;s &#224; Al-Qa&#239;da.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis des h&#233;licopt&#232;res, les premiers tirs sur le march&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils y ach&#232;tent les vivres dont ils ont besoin, mais surtout, ils y &#233;coulent le b&#233;tail qu'ils ont &#171; pr&#233;lev&#233; &#187; dans les troupeaux de la zone, au nom de la zakat, une taxe qu'ils imposent aux &#233;leveurs dans les zones qu'ils contr&#244;lent. &#171; Moura, c'est une arri&#232;re-base importante pour eux, admet F., mais cela ne veut pas dire qu'on est tous leurs complices. Quand ils sont arriv&#233;s en 2016, ils ont tu&#233; tous ceux qui s'opposaient &#224; eux. Que peut-on faire ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dimanche, les premiers coups de feu &#233;clatent en fin de matin&#233;e, vers 11 heures. L'assaut est d'abord donn&#233; depuis les airs. Plusieurs h&#233;licopt&#232;res (entre trois et cinq selon les t&#233;moignages) survolent la localit&#233; et tirent sur tous ceux qui tentent de s'enfuir. Puis les militaires p&#233;n&#232;trent dans la ville. &#171; Les djihadistes achetaient et vendaient sur le march&#233; et lorsque les h&#233;licopt&#232;res sont arriv&#233;s, les djihadistes ont commenc&#233; &#224; tirer et l'arm&#233;e a ripost&#233;, a indiqu&#233; un commer&#231;ant aux enqu&#234;teurs de HRW. Tout le monde s'est enfui dans la panique, plongeant pour se mettre &#224; l'abri. Les villageois et les commer&#231;ants ont tent&#233; de fuir Moura, mais &#224; ce moment-l&#224;, quelques h&#233;licopt&#232;res avaient atterri et les soldats &#233;taient partout. Un autre h&#233;licopt&#232;re a survol&#233; les lieux, tirant sur des personnes essayant de s'&#233;chapper. Tous les commer&#231;ants qui &#233;taient venus au march&#233; &#233;taient pi&#233;g&#233;s dans le village. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que d&#233;bute l'indicible : le si&#232;ge de la localit&#233;, dont personne ne peut sortir, le tri des suspects, des ex&#233;cutions sommaires devant t&#233;moins, des corps jet&#233;s dans des fosses et incendi&#233;s&#8230; Ce durant cinq jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les soldats maliens et les Blancs qui les accompagnaient ont arr&#234;t&#233; tous les hommes et ont dit &#224; ceux qui se cachaient de sortir, explique M., un autre rescap&#233; qui a &#233;galement requis l'anonymat et qui se cache dans une grande ville. Puis ils ont commenc&#233; &#224; les trier selon leur apparence physique et leur tenue vestimentaire. Tous ceux qui ressemblaient &#224; des Peuls ou qui &#233;taient habill&#233;s comme des djihadistes, en pantalon court, ont &#233;t&#233; mis d'un c&#244;t&#233;. Certains ont &#233;t&#233; fusill&#233;s devant nous. D'autres ont &#233;t&#233; amen&#233;s plus loin, pour &#234;tre tu&#233;s eux aussi. Les autres comme moi ont &#233;t&#233; interrog&#233;s un &#224; un par les Blancs, avec l'aide des soldats maliens qui traduisaient. Certains ont &#233;t&#233; tu&#233;s. D'autres ont eu la vie sauve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cinq jours de traque&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Trier les hommes en fonction de leur tenue vestimentaire n'a aucun sens, d&#233;plore un bon connaisseur de la zone install&#233; &#224; S&#233;var&#233; et qui, dans le cadre de son travail pour une ONG, se rend r&#233;guli&#232;rement dans cette r&#233;gion. Ici, les hommes n'ont pas le choix. S'ils ne respectent pas les codes des djihadistes, ils risquent de se faire tuer ou chicoter. Tout le monde a l'air d'un djihadiste ! &#187; De fait, selon les deux rescap&#233;s interrog&#233;s par Mediapart, s'il y a bien eu des djihadistes tu&#233;s, la plupart des victimes &#233;taient des civils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant deux jours, tous les hommes sont ainsi traqu&#233;s. Puis le troisi&#232;me jour, les militaires demandent aux femmes de sortir de leurs maisons o&#249; elles se terraient. &#171; Ils sont rentr&#233;s dans le village et ont commenc&#233; &#224; fouiller maison apr&#232;s maison, poursuit M., ils ont tu&#233; les hommes qui s'y cachaient encore, et ils ont tout pris. Ils ont notamment pill&#233; les boutiques. &#187; Des d&#233;fenseurs des droits humains indiquent avoir recueilli des t&#233;moignages indirects &#233;voquant des viols sur des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;ration a pris fin le jeudi 31 mars, vers midi. &#171; Ils sont repartis avec une cinquantaine de prisonniers, et ils ont lib&#233;r&#233; les autres &#187;, pr&#233;cise M. Selon Human Rights Watch, l'op&#233;ration aurait impliqu&#233; &#171; plus de cent soldats russes et de nombreux autres soldats maliens &#187;. &#171; Les exactions commises par des groupes islamistes arm&#233;s ne justifient en rien le massacre d&#233;lib&#233;r&#233; de personnes en d&#233;tention par l'arm&#233;e &#187;, d&#233;plore Corinne Dufka, directrice Sahel &#224; HRW.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France, les &#201;tats-Unis et l'Union europ&#233;enne se sont dits &#171; pr&#233;occup&#233;s &#187; par ces all&#233;gations. Quant &#224; la Minusma, point&#233;e du doigt pour ne pas &#234;tre intervenue alors qu'elle dispose d'une base &#224; Mopti, &#224; moins de cinquante kilom&#232;tres de Moura, elle tente tant bien que mal de masquer sa passivit&#233; en menant une enqu&#234;te sur ce massacre. Des experts en sc&#232;ne de crime de la mission se tiennent pr&#234;ts. Mais pour se rendre sur place, ils ont besoin de l'autorisation du gouvernement malien. Or depuis plusieurs semaines, Bamako n'en d&#233;livre qu'au compte-gouttes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; Moura, le &#171; carnage indescriptible &#187; de l'arm&#233;e malienne et de ses alli&#233;s russes</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/A-Moura-le-carnage-indescriptible-de-l-armee-malienne-et-de-ses-allies-russes</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/A-Moura-le-carnage-indescriptible-de-l-armee-malienne-et-de-ses-allies-russes</guid>
		<dc:date>2022-04-12T07:15:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>R&#233;mi Carayol</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Mali</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-04-12</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'arm&#233;e malienne et des miliciens appartenant probablement au groupe russe Wagner ont assi&#233;g&#233; la ville de Moura pendant cinq jours, et ex&#233;cut&#233; des dizaines d'hommes suspect&#233;s d'&#234;tre des djihadistes. Les diff&#233;rentes sources font &#233;tat de 300 &#224; 600 morts, en majorit&#233; civils. Du jamais-vu au Mali. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots &lt;br class='autobr' /&gt;
Publi&#233; le 10 avril 2022 &lt;br class='autobr' /&gt;
On ne saura probablement jamais combien de personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es &#224; Moura, une ville situ&#233;e dans le centre du Mali, entre le 27 et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Afrique-208-+" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Mali-+" rel="tag"&gt;Mali&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-04-12-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-04-12&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton52322-df20f.jpg?1781491108' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'arm&#233;e malienne et des miliciens appartenant probablement au groupe russe Wagner ont assi&#233;g&#233; la ville de Moura pendant cinq jours, et ex&#233;cut&#233; des dizaines d'hommes suspect&#233;s d'&#234;tre des djihadistes. Les diff&#233;rentes sources font &#233;tat de 300 &#224; 600 morts, en majorit&#233; civils. Du jamais-vu au Mali.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/04/10/a-moura-le-carnage-indescriptible-de-larmee-malienne-et-de-ses-allies-russes/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre les lignes et les mots&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; le 10 avril 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saura probablement jamais combien de personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es &#224; Moura, une ville situ&#233;e dans le centre du Mali, entre le 27 et le 31 mars. Trois cents ? Quatre cents ? Six cents ? &#171; &lt;i&gt; Au bout d'un moment, j'ai arr&#234;t&#233; de compter &lt;/i&gt; &#187;, soupire F., un habitant de cette ville martyre qui, avant de fuir la zone, a, avec d'autres, enterr&#233; les cadavres laiss&#233;s derri&#232;re eux par les soldats maliens et des miliciens &#233;trangers &#8211; des &#171; Blancs &#187; qui, selon plusieurs t&#233;moins, parlent &#171; une langue inconnue &#187;, et qui appartiennent probablement &#224; la soci&#233;t&#233; de s&#233;curit&#233; priv&#233;e russe Wagner, vraisemblablement pr&#233;sente au Mali depuis la fin de l'ann&#233;e derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un rapport circonstanci&#233; publi&#233; le 5 avril, l'ONG Human Rights Watch (HRW), qui indique s'&#234;tre entretenue avec vingt-sept personnes, dont des t&#233;moins directs, avance le chiffre de trois cents morts, des &#171; &lt;i&gt; hommes civils, dont certains seraient des combattants islamistes pr&#233;sum&#233;s &lt;/i&gt; &#187;. Le responsable d'une organisation malienne de d&#233;fense des droits humains qui a recueilli les t&#233;moignages de rescap&#233;s (et dont nous tairons le nom pour ne pas le mettre en danger) parle quant &#224; lui de &#171; &lt;i&gt;plus de six cents morts &#187;, dont &#171; une grande majorit&#233; de civils &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un communiqu&#233; publi&#233; le 1er avril, le minist&#232;re malien de la d&#233;fense a indiqu&#233; avoir tu&#233; 203 &#171; terroristes &#187; et en avoir arr&#234;t&#233; 51 autres, tout en pr&#233;cisant que l'arm&#233;e avait agi sur la base de &lt;i&gt;&#171; renseignements bien pr&#233;cis &#187; faisant &#233;tat &#171; d'une rencontre entre diff&#233;rentes katibas &#187; djihadistes. Le communiqu&#233; pr&#233;cise que &#171; deux cents motos ont &#233;t&#233; br&#251;l&#233;es et saisies &#187;, ainsi que &#171; d'importantes quantit&#233;s d'armes et de munitions &#187;&lt;/i&gt;, mais l'arm&#233;e n'a fourni aucune image de ces prises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un grand nombre de cadavres auraient &#233;t&#233; ensevelis par les militaires dans des fosses communes creus&#233;es par des habitants. Selon plusieurs t&#233;moins contact&#233;s par Mediapart, les corps auraient &#233;t&#233; br&#251;l&#233;s apr&#232;s avoir &#233;t&#233; asperg&#233;s d'essence. Apr&#232;s le d&#233;part des militaires, les rescap&#233;&#183;es ont retrouv&#233; des dizaines de corps sans vie &#233;parpill&#233;s un peu partout autour de la localit&#233;, et ont d&#251; les inhumer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon HRW, il s'agit &#171; de la pire atrocit&#233; &#187; depuis que le conflit a d&#233;but&#233; au Mali, il y a dix ans. Une source onusienne en poste &#224; Bamako &#233;voque un &#171; carnage indescriptible &#187;. Pour elle, il n'y a aucun doute, m&#234;me si la mission n'a pas encore pu se rendre sur place pour mener les investigations : &#171; &lt;i&gt; Les premiers &#233;l&#233;ments que nous avons recueillis sont clairs. Nous sommes face &#224; un crime de guerre comme on n'en avait jamais vu ici. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le d&#233;roul&#233; de ces journ&#233;es sanglantes est encore flou, en raison notamment du huis clos impos&#233; par l'arm&#233;e malienne, la plupart des t&#233;moignages recueillis par les ONG et la Minusma (la mission des Nations unies au Mali) donnent une id&#233;e de ce qu'il s'est pass&#233; &#224; Moura du dimanche 27 mars au jeudi 31 mars. Selon un cadre onusien, il ne s'agit pas d'une &#171; bavure &#187;, mais bien d'une volont&#233; manifeste &#171; d'imposer la terreur &#187; aux populations de cette zone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche, c'est ici jour de march&#233;. De march&#233; au b&#233;tail notamment, l'un des plus importants de la zone inond&#233;e. Ce dimanche-l&#224;, il y a donc foule dans cette ville qui compterait pr&#232;s de 10 000 &#226;mes de diff&#233;rentes communaut&#233;s (Sarakol&#233;s, Peuls, Bozos, Bambaras, etc.), et les djihadistes semblent plus nombreux que d'habitude. Ont-ils pr&#233;vu d'y tenir une r&#233;union, comme l'affirment les autorit&#233;s maliennes ? Ou ont-ils simplement fui les op&#233;rations de ratissage men&#233;es par l'arm&#233;e malienne et les &#171; suppl&#233;tifs &#187; russes dans le cadre de l'op&#233;ration K&#233;l&#233;tigui (&#171; celui qui fait la guerre &#187; en bambara), lanc&#233;e fin 2021 dans le centre du Mali ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moura, comme toutes les localit&#233;s de cette zone, vit sous le joug des djihadistes depuis pr&#232;s de six ans : les &#233;coles y sont ferm&#233;es, et les habitant&#183;es doivent respecter un certain nombre de r&#232;gles. Les hommes notamment sont somm&#233;s de porter des pantalons courts et de se laisser pousser la barbe, &#224; l'image des djihadistes. Le march&#233; de Moura est en outre connu pour &#234;tre fr&#233;quent&#233; par les membres de la katiba Macina, une composante de la Jam&#257;&#703;at nu&#7779;rat al-isl&#257;m wal-muslim&#299;n (JNIM), une coalition r&#233;unissant les principaux groupes de la zone li&#233;s &#224; Al-Qa&#239;da.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis des h&#233;licopt&#232;res, les premiers tirs sur le march&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils y ach&#232;tent les vivres dont ils ont besoin, mais surtout, ils y &#233;coulent le b&#233;tail qu'ils ont &#171; pr&#233;lev&#233; &#187; dans les troupeaux de la zone, au nom de la zakat, une taxe qu'ils imposent aux &#233;leveurs dans les zones qu'ils contr&#244;lent. &#171; &lt;i&gt;Moura, c'est une arri&#232;re-base importante pour eux, admet F., mais cela ne veut pas dire qu'on est tous leurs complices. Quand ils sont arriv&#233;s en 2016, ils ont tu&#233; tous ceux qui s'opposaient &#224; eux. Que peut-on faire ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dimanche, les premiers coups de feu &#233;clatent en fin de matin&#233;e, vers 11 heures. L'assaut est d'abord donn&#233; depuis les airs. Plusieurs h&#233;licopt&#232;res (entre trois et cinq selon les t&#233;moignages) survolent la localit&#233; et tirent sur tous ceux qui tentent de s'enfuir. Puis les militaires p&#233;n&#232;trent dans la ville. &#171; &lt;i&gt;Les djihadistes achetaient et vendaient sur le march&#233; et lorsque les h&#233;licopt&#232;res sont arriv&#233;s, les djihadistes ont commenc&#233; &#224; tirer et l'arm&#233;e a ripost&#233;, a indiqu&#233; un commer&#231;ant aux enqu&#234;teurs de HRW. Tout le monde s'est enfui dans la panique, plongeant pour se mettre &#224; l'abri. Les villageois et les commer&#231;ants ont tent&#233; de fuir Moura, mais &#224; ce moment-l&#224;, quelques h&#233;licopt&#232;res avaient atterri et les soldats &#233;taient partout. Un autre h&#233;licopt&#232;re a survol&#233; les lieux, tirant sur des personnes essayant de s'&#233;chapper. Tous les commer&#231;ants qui &#233;taient venus au march&#233; &#233;taient pi&#233;g&#233;s dans le village. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que d&#233;bute l'indicible : le si&#232;ge de la localit&#233;, dont personne ne peut sortir, le tri des suspects, des ex&#233;cutions sommaires devant t&#233;moins, des corps jet&#233;s dans des fosses et incendi&#233;s&#8230; Ce durant cinq jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Les soldats maliens et les Blancs qui les accompagnaient ont arr&#234;t&#233; tous les hommes et ont dit &#224; ceux qui se cachaient de sortir, explique M., un autre rescap&#233; qui a &#233;galement requis l'anonymat et qui se cache dans une grande ville. Puis ils ont commenc&#233; &#224; les trier selon leur apparence physique et leur tenue vestimentaire. Tous ceux qui ressemblaient &#224; des Peuls ou qui &#233;taient habill&#233;s comme des djihadistes, en pantalon court, ont &#233;t&#233; mis d'un c&#244;t&#233;. Certains ont &#233;t&#233; fusill&#233;s devant nous. D'autres ont &#233;t&#233; amen&#233;s plus loin, pour &#234;tre tu&#233;s eux aussi. Les autres comme moi ont &#233;t&#233; interrog&#233;s un &#224; un par les Blancs, avec l'aide des soldats maliens qui traduisaient. Certains ont &#233;t&#233; tu&#233;s. D'autres ont eu la vie sauve.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cinq jours de traque&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Trier les hommes en fonction de leur tenue vestimentaire n'a aucun sens, d&#233;plore un bon connaisseur de la zone install&#233; &#224; S&#233;var&#233; et qui, dans le cadre de son travail pour une ONG, se rend r&#233;guli&#232;rement dans cette r&#233;gion. Ici, les hommes n'ont pas le choix. S'ils ne respectent pas les codes des djihadistes, ils risquent de se faire tuer ou chicoter. Tout le monde a l'air d'un djihadiste ! &#187;&lt;/i&gt; De fait, selon les deux rescap&#233;s interrog&#233;s par Mediapart, s'il y a bien eu des djihadistes tu&#233;s, la plupart des victimes &#233;taient des civils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant deux jours, tous les hommes sont ainsi traqu&#233;s. Puis le troisi&#232;me jour, les militaires demandent aux femmes de sortir de leurs maisons o&#249; elles se terraient. &#171; &lt;i&gt;Ils sont rentr&#233;s dans le village et ont commenc&#233; &#224; fouiller maison apr&#232;s maison, poursuit M., ils ont tu&#233; les hommes qui s'y cachaient encore, et ils ont tout pris. Ils ont notamment pill&#233; les boutiques&lt;/i&gt;. &#187; Des d&#233;fenseurs des droits humains indiquent avoir recueilli des t&#233;moignages indirects &#233;voquant des viols sur des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;ration a pris fin le jeudi 31 mars, vers midi. &#171; &lt;i&gt;Ils sont repartis avec une cinquantaine de prisonniers, et ils ont lib&#233;r&#233; les autres&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise M. Selon Human Rights Watch, l'op&#233;ration aurait impliqu&#233; &#171; &lt;i&gt; plus de cent soldats russes et de nombreux autres soldats maliens &lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Les exactions commises par des groupes islamistes arm&#233;s ne justifient en rien le massacre d&#233;lib&#233;r&#233; de personnes en d&#233;tention par l'arm&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;plore Corinne Dufka, directrice Sahel &#224; HRW.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France, les &#201;tats-Unis et l'Union europ&#233;enne se sont dits &#171; pr&#233;occup&#233;s &#187; par ces all&#233;gations. Quant &#224; la Minusma, point&#233;e du doigt pour ne pas &#234;tre intervenue alors qu'elle dispose d'une base &#224; Mopti, &#224; moins de cinquante kilom&#232;tres de Moura, elle tente tant bien que mal de masquer sa passivit&#233; en menant une enqu&#234;te sur ce massacre. Des experts en sc&#232;ne de crime de la mission se tiennent pr&#234;ts. Mais pour se rendre sur place, ils ont besoin de l'autorisation du gouvernement malien. Or depuis plusieurs semaines, Bamako n'en d&#233;livre qu'au compte-gouttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;mi Carayol&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.afriquesenlutte.org/afrique-de-l-ouest/mali/article/a-moura-le-carnage-indescriptible-de-l-armee-malienne-et-de-ses-allies-russes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.afriquesenlutte.org/afrique-de-l-ouest/mali/article/a-moura-le-carnage-indescriptible-de-l-armee-malienne-et-de-ses-allies-russes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adresse e-mail :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Au Mali, la France en terre hostile</title>
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		<dc:date>2022-02-08T07:02:29Z</dc:date>
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		<dc:creator>R&#233;mi Carayol</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
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		<dc:subject>Edition du 2022-02-08</dc:subject>

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&lt;p&gt;En exigeant le d&#233;part de l'ambassadeur fran&#231;ais, la junte au pouvoir &#224; Bamako a franchi une nouvelle &#233;tape dans la &#171; guerre de la salive &#187; qui l'oppose &#224; Paris depuis plusieurs mois. La prochaine mesure pourrait &#234;tre l'annonce du retrait de la force Barkhane. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de M&#233;diapart. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si ce n'est une rupture, cela s'en rapproche : lundi 31 janvier, la junte malienne a donn&#233; 72 heures &#224; l'ambassadeur de France, Jo&#235;l Meyer, pour &#171; quitter le territoire national &#187;. Une mesure radicale, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH88/arton51323-a074a.jpg?1781491108' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='88' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En exigeant le d&#233;part de l'ambassadeur fran&#231;ais, la junte au pouvoir &#224; Bamako a franchi une nouvelle &#233;tape dans la &#171; guerre de la salive &#187; qui l'oppose &#224; Paris depuis plusieurs mois. La prochaine mesure pourrait &#234;tre l'annonce du retrait de la force Barkhane.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/020222/au-mali-la-france-en-terre-hostile&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;diapart&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce n'est une rupture, cela s'en rapproche : lundi 31 janvier, la junte malienne a donn&#233; 72 heures &#224; l'ambassadeur de France, Jo&#235;l Meyer, pour &#171; quitter le territoire national &#187;. Une mesure radicale, extr&#234;mement rare dans ce que Paris consid&#232;re comme son &#171; pr&#233; carr&#233; &#187; en Afrique, qui, selon les autorit&#233;s de Bamako, &#171; fait suite aux propos hostiles et outrageux &#187; tenus par Jean-Yves Le Drian.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers jours, le ministre des affaires &#233;trang&#232;res a multipli&#233; les d&#233;clarations fort peu diplomatiques &#8211; pour ne pas dire acides, voire, comme le pensent de nombreux Maliens et Maliennes, paternalistes &#8211; &#224; l'endroit du pouvoir militaro-civil issu de deux coups d'&#201;tat successifs, en ao&#251;t 2020 et en mai 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur RTL, le 28 janvier, Le Drian parle d'une junte &#171; ill&#233;gitime &#187;, d&#233;nonce &#171; la confiscation inacceptable &#187; du pouvoir par les militaires et fustige des &#171; mesures irresponsables &#187;. La veille, le Danemark avait &#233;t&#233; contraint d'annoncer le retrait de ses troupes (une centaine de militaires) tout juste d&#233;ploy&#233;es au Mali dans le cadre de la force europ&#233;enne Takuba, plac&#233;e sous commandement fran&#231;ais et cens&#233;e, &#224; terme, suppl&#233;er la force Barkhane. Il s'agissait d'une exigence du pouvoir malien, qui n'avait jusqu'alors pas donn&#233; son consentement &#224; ce d&#233;ploiement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans Le JDD, le 30 janvier, le ministre parle &#224; nouveau d'&#171; ill&#233;gitimit&#233; &#187; et &#233;voque une &#171; rupture du cadre militaire &#187;. &#171; La situation ne peut pas rester en l'&#233;tat &#187;, conclut-il. Enfin, le 1er f&#233;vrier, alors que Jo&#235;l Meyer fait ses valises, Le Drian en remet une couche devant les d&#233;put&#233;&#183;es : &#171; Qu'est-ce que c'est que cette junte qui veut rester au pouvoir encore cinq ans apr&#232;s y avoir pass&#233; deux ans apr&#232;s deux coups d'&#201;tat successifs, et qui vient donner des le&#231;ons de Constitution ? [&#8230;] Ce qui est s&#251;r, c'est que nous n'allons pas interrompre notre combat contre le terrorisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re sortie a &#233;t&#233; per&#231;ue &#224; Bamako comme un ultime affront. &#171; Cette condescendance est inacceptable, vitup&#232;re un diplomate proche du r&#233;gime militaro-civil ayant requis l'anonymat. La France montre l&#224; son vrai visage. Elle se croit encore chez elle au Mali, comme au temps de la colonisation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans de la junte notent que le ministre fran&#231;ais est bien plus conciliant avec des r&#233;gimes militaires ayant eux aussi rompu avec l'ordre constitutionnel ces derni&#232;res ann&#233;es &#8211; mais pas avec la France : au Tchad notamment, o&#249; Paris a tr&#232;s rapidement &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/290421/tchad-comment-la-france-avalise-un-coup-d-etat&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;avalis&#233; le coup d'&#201;tat&lt;/a&gt; de Mahamat Idriss D&#233;by en avril 2021, mais aussi en &#201;gypte, o&#249; Le Drian semble n'avoir &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/251121/pour-quelques-rafale-de-plus-paris-couvre-la-dictature-egyptienne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;aucun probl&#232;me&lt;/a&gt; avec la dictature du mar&#233;chal Abdel-Fattah al-Sissi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; deux poids, deux mesures &#187; irrite au sein m&#234;me du Quai d'Orsay, o&#249; certains diplomates jugent les d&#233;clarations de Le Drian contre-productives. &#171; Nous sommes dans une escalade dangereuse, et le ministre, au lieu de calmer le jeu, jette sans cesse de l'huile sur le feu &#187;, d&#233;plore un cadre du minist&#232;re ayant lui aussi requis l'anonymat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interrog&#233; par le &lt;a href=&#034;https://club.bruxelles2.eu/2022/01/le-mali-est-souverain-nous-avons-le-droit-de-faire-nos-choix-de-securite-entretien-avec-abdoulaye-diop/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site B2&lt;/a&gt; le 31 janvier alors qu'il se trouvait &#224; Bruxelles, Abdoulaye Diop, le ministre malien des affaires &#233;trang&#232;res, a r&#233;pondu &#224; Le Drian (et &#224; Florence Parly, qui a elle aussi multipli&#233; les critiques &#224; l'endroit de la junte) sans prendre de gants lui non plus : &#171; On a effectivement ce sentiment d'un certain m&#233;pris. On ne nous &#233;coute pas. Un ami peut toujours nous donner des conseils. Ils sont bienvenus. Mais pas de cette fa&#231;on cavali&#232;re. Qui est M. Le Drian pour d&#233;cider de la l&#233;gitimit&#233; du r&#233;gime ? Le Mali n'est pas une province de la France. Il faut que les gens sortent d'un certain paternalisme et d'une certaine condescendance. C'est aux Maliens de d&#233;cider [&#8230;] Nous voulons avoir un syst&#232;me de d&#233;fense autonome, efficace, capable de r&#233;pondre aux d&#233;fis s&#233;curitaires des Maliens. Et si la coop&#233;ration ne s'inscrit pas dans ce cadre, alors, oui, je suis d&#233;sol&#233;, on va devoir dire : &#8220;Merci beaucoup. Mais votre aide n'est pas utile !&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; des mois que la tension monte entre les deux r&#233;gimes. L'&#201;lys&#233;e, irrit&#233; par l'incapacit&#233; d'Ibrahim Boubacar Ke&#239;ta &#224; sortir son pays du gouffre dans lequel il se trouve, avait (sans le dire officiellement) favorablement accueilli le coup d'&#201;tat des militaires en ao&#251;t 2020. Mais le second coup d'&#201;tat de mai 2021 a chang&#233; la donne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Exit le duo francophile&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assimi Go&#239;ta, le leader des putschistes, s'est d&#233;barrass&#233; des deux principaux interlocuteurs de Paris, deux civils, le pr&#233;sident de la transition Bah N'Daw et le premier ministre Moctar Ouane. Pour justifier ce nouveau coup de force, l'entourage du colonel a avanc&#233; plusieurs arguments qui ont caress&#233; l'opinion publique dans le sens du poil : le refus, de la part de ce duo, de lutter contre la corruption, et notamment de poursuivre les cadres de l'ancien r&#233;gime ; leur opposition &#224; l'approfondissement de la coop&#233;ration avec la Russie, voulu par les putschistes, dont certains sont proches de Moscou ; et enfin leur trop grande proximit&#233; avec Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux autres &#233;pisodes, qui se sont d&#233;roul&#233;s &#224; peu pr&#232;s au m&#234;me moment, ont contribu&#233; &#224; tendre les relations bilat&#233;rales. Le 7 juin 2020, la junte nomme Choguel Kokalla Ma&#239;ga &#224; la primature. Cet homme, form&#233; en Russie, fait preuve, selon un de ses proches, &#171; d'une m&#233;fiance atavique &#187; &#224; l'&#233;gard de la France. Il entend en outre donner au peuple ce qu'il veut &#8211; seule condition, pour lui, de sauver sa place alors que son poids &#233;lectoral est insignifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or les Maliennes et les Maliens, us&#233;s par la guerre, sont de plus en plus nombreux &#224; critiquer l'influence &#8211; qu'ils jugent n&#233;faste &#8211; de la France, voire son emprise sur les dirigeants maliens. Trois jours plus tard, le 10 juin, Emmanuel Macron annonce &#224; Paris la &#171; fin de l'op&#233;ration Barkhane en tant qu'op&#233;ration ext&#233;rieure &#187;. Probl&#232;me : selon les autorit&#233;s maliennes, il ne les avait pas pr&#233;venues. &#171; Le pr&#233;sident Go&#239;ta et le gouvernement l'ont appris &#224; la t&#233;l&#233;vision. Je ne pense pas que ce soit la meilleure fa&#231;on pour travailler ensemble. Au Mali, on a vraiment eu le sentiment que c'&#233;tait une punition pour notre pays, parce qu'il y a eu les &#233;v&#233;nements de mai &#187;, d&#233;plore aujourd'hui Abdoulaye Diop.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Ils n'ont pas compris que c'&#233;tait fini le temps o&#249; les Fran&#231;ais d&#233;cidaient pour nous.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; - Un diplomate malien&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Depuis, c'est l'escalade. En septembre 2021, alors que la rumeur de l'arriv&#233;e des mercenaires russes gonfle, Ma&#239;ga accuse la France d'avoir l&#226;ch&#233; le Mali &#171; en plein vol &#187; et rappelle son soutien, en 2013, aux ind&#233;pendantistes touareg. S'ensuivent des &#233;changes muscl&#233;s entre Paris et Bamako. Le Drian et Parly parlent, au sujet des mercenaires russes, de &#171; ligne rouge &#187; &#224; ne pas franchir. &#171; Ils pensaient que cela nous freinerait. Ils n'ont pas compris que c'&#233;tait fini le temps o&#249; les Fran&#231;ais d&#233;cidaient pour nous &#187;, indique le diplomate malien cit&#233; plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis en d&#233;cembre, discr&#232;tement, la junte exige de revoir l'accord-cadre de d&#233;fense avec la France. Il en va de la souverainet&#233; du pays, expliquent les colonels. Si l'on ne le dit pas ainsi, cette demande est v&#233;cue comme un casus belli &#224; Paris. L'ensemble des op&#233;rations des forces Barkhane et Takuba d&#233;pend de plusieurs textes sign&#233;s &#224; l'&#233;poque d'IBK. &#171; Du fait de la structure juridique de ces accords [...] la ren&#233;gociation de termes et dispositions techniques est aujourd'hui impossible sans une nouvelle discussion sur la base l&#233;gale des interventions et l'invitation de la partie malienne [...]. Cette discussion, m&#234;me sur des points tr&#232;s techniques, conduirait in fine le gouvernement de transition &#224; confirmer ou &#224; retirer clairement sa demande d'assistance &#187;, constate le &lt;a href=&#034;https://theconversation.com/quels-sont-les-accords-qui-encadrent-les-interventions-militaires-au-mali-175869&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chercheur Julien Antouly&lt;/a&gt;, qui s'est pench&#233; sur le cadre juridique de l'intervention fran&#231;aise au Mali.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Proche de la rupture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis en janvier, tout s'acc&#233;l&#232;re. Alors que les premiers Russes arrivent au Mali, Bamako multiplie les entraves aux forces internationales : restrictions de survols d'avions militaires, dont ceux de la Minusma, nouvelles exigences quant au d&#233;ploiement des arm&#233;es europ&#233;ennes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, sur le terrain, la coop&#233;ration entre les arm&#233;es malienne et fran&#231;aise se poursuit et, officiellement, tout va bien. En r&#233;alit&#233;, les entraves se sont multipli&#233;es. &#171; On ne peut plus survoler certaines zones. Et certains de nos interlocuteurs nous disent qu'ils ne peuvent plus faire ceci ou cela avec nous &#187;, indique un haut responsable fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, la rupture est proche. De nombreux experts et diplomates estiment que la prochaine &#233;tape de cette escalade pourrait &#234;tre la derni&#232;re : l'annonce du retrait des forces Takuba et Barkhane du Mali et d'une coop&#233;ration civile limit&#233;e avec Bamako, &#224; l'image de ce qui s'est pass&#233; en &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/040621/en-catimini-la-france-prend-ses-distances-avec-la-centrafrique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Centrafrique&lt;/a&gt; apr&#232;s l'arriv&#233;e des mercenaires de Wagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Paris comme dans les capitales europ&#233;ennes, on se donne une quinzaine de jours pour prendre une d&#233;cision. En off, un haut responsable fran&#231;ais admet que le retrait des troupes fran&#231;aises est sur la table, et qu'il s'agit m&#234;me de l'option la plus plausible. &#171; Il y a deux registres de discussion, pr&#233;cise cette source. La premi&#232;re est politique : elle concerne la dur&#233;e de la transition. L&#224;, c'est la C&#233;d&#233;ao [Communaut&#233; &#233;conomique des &#201;tats d'Afrique de l'Ouest &#8211; ndlr] qui est en premi&#232;re ligne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier, la junte, qui &#233;tait cens&#233;e organiser des &#233;lections en f&#233;vrier prochain, a propos&#233; de rester au pouvoir pendant cinq ans encore. En r&#233;action, les chefs d'&#201;tat de la C&#233;d&#233;ao ont impos&#233; un &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/150122/mali-le-blocus-economique-du-pays-met-la-junte-au-pied-du-mur&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blocus &#233;conomique&lt;/a&gt; tr&#232;s mal per&#231;u par les populations maliennes (et plus g&#233;n&#233;ralement ouest-africaines).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde discussion porte sur l'enjeu militaire. Elle concerne la pr&#233;sence pr&#233;sum&#233;e des mercenaires de Wagner sur le terrain. Plusieurs sources &#8211; toutes fran&#231;aises &#8211; affirment qu'on en compte aujourd'hui 600 en territoire malien, et qu'ils pourraient &#234;tre un millier dans un avenir proche. Des sources locales, au Mali, font &#233;tat d'une pr&#233;sence de Russes aux c&#244;t&#233;s des soldats maliens, dans les r&#233;gions de Mopti et de Tombouctou notamment, mais personne n'est en mesure de dire si ce sont des instructeurs, comme l'affirme Bamako, ou des mercenaires, comme le pense Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militaires fran&#231;ais, eux, ont une id&#233;e assez pr&#233;cise de la chose : nombre d'entre eux, y compris au sein de l'&#233;tat-major, estiment qu'il est temps de partir. Outre les actes pris &#224; Bamako, qu'ils consid&#232;rent comme des &#171; humiliations &#187;, l'hypoth&#232;se de se retrouver sur le terrain en pr&#233;sence de mercenaires russes est jug&#233;e inacceptable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Afrique de l'Ouest dans la tourmente</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-Afrique-de-l-Ouest-dans-la-tourmente</link>
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		<dc:date>2021-09-21T07:17:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>R&#233;mi Carayol</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Guin&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-09-21</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le coup d'&#201;tat en Guin&#233;e a rappel&#233; une tendance lourde en Afrique occidentale : partout ou presque, et surtout dans les pays francophones, la d&#233;mocratie perd du terrain. Les r&#233;gimes se durcissent et le foss&#233; se creuse entre les citoyens et leurs dirigeants. Trente ans apr&#232;s l'av&#232;nement du multipartisme, la d&#233;sillusion est grande. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de M&#233;diapart. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout de col&#232;re &#224; peine contenue, Alpha Cond&#233;, apostroph&#233; par les militaires qui viennent de l'arr&#234;ter, reste fig&#233; sans dire un mot, sans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Guinee-+" rel="tag"&gt;Guin&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-09-21-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-09-21&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton49554-fa13c.jpg?1781491108' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le coup d'&#201;tat en Guin&#233;e a rappel&#233; une tendance lourde en Afrique occidentale : partout ou presque, et surtout dans les pays francophones, la d&#233;mocratie perd du terrain. Les r&#233;gimes se durcissent et le foss&#233; se creuse entre les citoyens et leurs dirigeants. Trente ans apr&#232;s l'av&#232;nement du multipartisme, la d&#233;sillusion est grande.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/150921/les-anciennes-colonies-francaises-d-afrique-de-l-ouest-en-plein-hiver-democratique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;diapart&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout de col&#232;re &#224; peine contenue, Alpha Cond&#233;, apostroph&#233; par les militaires qui viennent de l'arr&#234;ter, reste fig&#233; sans dire un mot, sans m&#234;me accorder un regard &#224; ses ge&#244;liers qui le filment avec leur smartphone et relayent aussit&#244;t la vid&#233;o sur les r&#233;seaux sociaux. L'ex-opposant, qui avait lutt&#233; contre les dictatures d'Ahmed S&#233;kou Tour&#233; et de Lansana Cont&#233; avant d'acc&#233;der au pouvoir en 2010, avait promis l'av&#232;nement de la d&#233;mocratie. Mais c'est rev&#234;tu des atours de l'autocrate qu'il a &#233;t&#233; d&#233;chu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce coup d'&#201;tat illustre une tendance lourde : dix ans apr&#232;s les printemps arabes, l'Afrique de l'Ouest, et plus particuli&#232;rement les anciennes colonies fran&#231;aises, traverse un rude hiver d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2008, l'Afrique de l'Ouest a connu neuf coups d'&#201;tat militaires ; dans trois pays ces treize derniers mois : le Mali (deux fois, en ao&#251;t 2020 et en mai 2021), le Tchad et donc la Guin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;galement le tripatouillage des constitutions pour faire tomber l'obstacle des limitations de mandats &#8211; des garde-fous adopt&#233;s dans de nombreux pays dans les ann&#233;es 1990 et 2000 afin de favoriser les alternances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en outre la vague de r&#233;pression contre les voix dissidentes au Niger, au Togo, au Tchad et en Guin&#233;e, mais aussi, dans une moindre mesure, au S&#233;n&#233;gal et en C&#244;te d'Ivoire. Enfin, il y a tout ce qui passe sous les radars des m&#233;dias internationaux : multiplication des lois liberticides, pressions sur les activistes et les journalistes, gardes &#224; vue &#224; r&#233;p&#233;tition&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Herv&#233; Jezequel, directeur du Projet Sahel au sein du think tank International Crisis Group :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; C'est une lame de fond qui nous inqui&#232;te bien plus que les coups d'&#201;tat ou la r&#233;pression, indique Laurent Duarte, coordinateur du mouvement Tournons la page, actif dans une dizaine de pays africains et qui milite en faveur de v&#233;ritables processus d&#233;mocratiques. Depuis des ann&#233;es, des lois sur la cybercriminalit&#233; ou des lois antiterroristes dont les champs d'application sont tr&#232;s larges ont restreint les libert&#233;s publiques dans de nombreux pays. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; On observe une tendance &#224; utiliser la loi pour restreindre les libert&#233;s publiques et limiter la comp&#233;tition politique. Or, d&#232;s lors que c'est inscrit dans la loi, c'est difficilement attaquable &#187;, d&#233;plore l'analyste politique Gilles Yabi, tout en rappelant que de telles &#233;volutions sont observ&#233;es aussi en Europe, y compris en France.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des espoirs d&#233;&#231;us&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Alioune Tine, une figure des droits humains qui a notamment dirig&#233; l'antenne r&#233;gionale d'Amnesty et a fond&#233; son propre think tank, Afrikajom, cette d&#233;rive est d'autant plus difficile &#224; vivre qu'elle intervient peu de temps apr&#232;s la vague de d&#233;mocratisation observ&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 1990 et l'espoir qu'elle avait suscit&#233; : &#171; On parlait d'&#201;tat de droit et on croyait dans les &#233;lections. Mais depuis quelques ann&#233;es, on observe un basculement et on constate que les opposants sont &#224; nouveau trait&#233;s comme des criminels. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les causes sont nombreuses, certaines anciennes &#8211; un mod&#232;le d&#233;mocratique import&#233; peu adapt&#233; aux r&#233;alit&#233;s locales, une situation &#233;conomique fragile, des services publics d&#233;faillants, une corruption s&#233;diment&#233;e, des in&#233;galit&#233;s grandissantes &#8211;, d'autres plus conjoncturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les responsables politiques ouest-africains ne sont pas les seuls responsables : ils doivent faire avec le syst&#232;me &#233;conomique mondial et la pression des bailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte antiterroriste, qui prend le pas sur toute autre consid&#233;ration, est souvent mise en avant. De fait, les trois derniers coups d'&#201;tat au Mali, au Tchad et en Guin&#233;e ont &#233;t&#233; foment&#233;s par des unit&#233;s d'&#233;lite entra&#238;n&#233;es (et financ&#233;es, notamment par l'Union europ&#233;enne) pour faire face aux groupes djihadistes. Les lois liberticides adopt&#233;es ces derni&#232;res ann&#233;es l'ont souvent &#233;t&#233; au nom de la menace terroriste, avant d'&#234;tre instrumentalis&#233;es afin de r&#233;primer les opposants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un rapport publi&#233; en mars 2020, la cellule nig&#233;rienne de Tournons la page a recens&#233; pas moins de vingt-quatre interdictions de manifester en 2018, en 2019 et durant le premier trimestre 2020 &#8211; chaque fois sous le pr&#233;texte de la menace terroriste. Les partenaires des pays ouest-africains, &#224; commencer par la France, ont tendance &#224; s'accommoder de r&#233;gimes autoritaires &#224; partir du moment o&#249; ceux-ci font de la lutte antiterroriste leur priorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des alternances, pas d'alternatives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a d'autres explications. Alioune Tine &#233;voque &#171; les crises multiples &#8211; &#233;conomique, s&#233;curitaire, climatique, sanitaire &#8211; [qui] cr&#233;ent un d&#233;senchantement total des citoyens et une crise de confiance entre les dirigeants et leurs peuples &#187;. L'accueil re&#231;u par les putschistes au Mali et en Guin&#233;e illustre ce foss&#233; : alors qu'il y a quelques ann&#233;es, un coup d'&#201;tat &#233;tait (presque) toujours consid&#233;r&#233; comme une r&#233;gression, il peut aujourd'hui &#234;tre per&#231;u comme une lib&#233;ration. Les militaires sont parfois vus comme les seuls capables de mettre fin &#224; la gabegie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alioune Tine d&#233;plore &#233;galement &#171; l'hyperpr&#233;sidentialisme &#187; (en partie d&#251; &#224; l'h&#233;ritage colonial dans les anciennes colonies fran&#231;aises) qui fait des autres institutions &#171; des pouvoirs inf&#233;od&#233;s &#187;. Enfin, il constate qu'&#224; rechercher &#224; tout prix l'alternance, on a perdu de vue la qu&#234;te d'alternatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'alternative plut&#244;t que l'alternance &#187;, c'&#233;tait d'ailleurs au Burkina Faso le leitmotiv des opposants les plus radicaux au r&#233;gime de Blaise Compaor&#233;, avant qu'il ne soit chass&#233; du pouvoir par une insurrection populaire en 2014 &#8211; &#233;ph&#233;m&#232;re pinacle d&#233;mocratique vite douch&#233; par la prise en main des militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour eux, cela ne rimait &#224; rien d'organiser une &#233;lection sans Compaor&#233; si c'&#233;tait pour se retrouver avec un clone qui appliquerait les m&#234;mes recettes : lib&#233;ralisme, autoritarisme, client&#233;lisme. L'Histoire leur a donn&#233; raison : le successeur de Compaor&#233;, Roch Marc Christian Kabor&#233;, &#233;lu en 2015 puis reconduit en 2020, avait &#233;t&#233; l'un de ses principaux collaborateurs (il fut notamment son premier ministre) et n'a modifi&#233; qu'&#224; la marge son syst&#232;me de gouvernance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au S&#233;n&#233;gal, en 2012, Macky Sall a succ&#233;d&#233; &#224; Abdoulaye Wade, qui fut pendant des ann&#233;es son mentor en politique, et dont il avait &#233;t&#233; le premier ministre avant de fonder son propre parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Mali, tous les pr&#233;sidents &#233;lus depuis la fin de la dictature de Moussa Traor&#233; en 1991 &#233;taient issus d'un seul et m&#234;me parti, l'Adema, qu'ils avaient fini par quitter, et ont gouvern&#233; de la m&#234;me mani&#232;re. &#171; On a l'impression que &#231;a ne sert &#224; rien de voter puisque les politiques, elles, ne changent pas &#187;, expliquait un activiste malien il y a quelques ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les responsables politiques ouest-africains ne sont pas les seuls responsables : ils doivent faire avec le syst&#232;me &#233;conomique mondial et la pression des bailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des d&#233;mocraties encore jeunes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;sillusion, Jean-Herv&#233; Jezequel, directeur du Projet Sahel au sein du think tank International Crisis Group, l'explique notamment par la faible marge des gouvernants. &#171; Les &#201;tats ont de moins en moins la capacit&#233; d'offrir des services aux populations. Ils n'en ont tout simplement pas les moyens. On constate qu'il y a de moins en moins d'enseignants ou de soignants par habitant. &#187; Pour lui, il faudrait plut&#244;t parler d'un &#171; hiver des &#201;tats &#187;. &#171; On a l'impression que l'&#201;tat postcolonial, en Afrique de l'Ouest, arrive en bout de course. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Gilles Yabi, il convient cependant de replacer cette r&#233;gression dans une perspective historique. La route vers la d&#233;mocratisation est longue, les d&#233;mocraties ouest-africaines sont jeunes et, dit-il, &#171; on oublie souvent, dans les vieilles d&#233;mocraties, que les avanc&#233;es sociales et politiques n'ont pas toujours &#233;t&#233; le fait d'&#201;tats d&#233;mocratiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il rejoint Alioune Tine et Jean-Herv&#233; Jezequel sur un point : la focalisation sur les &#233;lections est une erreur majeure. &#171; Nous constatons que l'&#233;lection ne donne pas toujours des dirigeants soucieux de l'int&#233;r&#234;t public. Il faudrait s'int&#233;resser aux autres dimensions de la d&#233;mocratie : des institutions stables, des contre-pouvoirs solides&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette focalisation trompeuse est illustr&#233;e par le cas nig&#233;rien. Depuis qu'il a transmis le pouvoir &#224; son bras droit, Mohamed Bazoum, &#233;lu en f&#233;vrier dernier, Mahamadou Issoufou est c&#233;l&#233;br&#233; comme un &#171; grand d&#233;mocrate &#187;. Pourtant, durant les dix ans de sa pr&#233;sidence, les libert&#233;s publiques ont &#233;t&#233; sans cesse mises &#224; mal. Opposants et activistes arr&#234;t&#233;s, manifestations interdites, justice instrumentalis&#233;e, journaux censur&#233;s, scandales de corruption enterr&#233;s : le pays est devenu l'arch&#233;type de la &#171; d&#233;mocrature &#187; (lire aussi notre article sur les massacres commis par les forces de s&#233;curit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Non content de mener une politique antisociale au service des plus puissants, ce pouvoir n'accepte aucune critique &#187;, d&#233;plorait il y a trois ans Ali Idrissa, une figure de la soci&#233;t&#233; civile qui a pass&#233; plusieurs mois en prison sous le r&#233;gime Issoufou. Apr&#232;s le d&#233;part de ce dernier, Bazoum a tent&#233; de d&#233;crisper ses relations avec les opposants. Mais il n'a pas pour autant desserr&#233; l'&#233;tau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 septembre, Moussa Aksar, c&#233;l&#232;bre journaliste d'investigation, et Samira Sabou, une blogueuse populaire, ont une nouvelle fois &#233;t&#233; convoqu&#233;s par la justice. Il leur est reproch&#233; d'avoir relay&#233; dans leurs publications une &#233;tude d'une ONG, Global Initiative, qui avait fortement d&#233;plu au pouvoir. Les auteurs de l'&#233;tude avaient notamment rappel&#233; les liens (pourtant av&#233;r&#233;s) entre les barons de la drogue et le parti du pr&#233;sident.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mali. Le jeu trouble de l'&#201;tat avec les milices</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Mali-Le-jeu-trouble-de-l-Etat-avec-les-milices</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Mali-Le-jeu-trouble-de-l-Etat-avec-les-milices</guid>
		<dc:date>2019-08-27T05:55:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>R&#233;mi Carayol</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Mali</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-08-27</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Plus de cinq ans apr&#232;s l'intervention fran&#231;aise, la situation au Mali ne cesse de se d&#233;t&#233;riorer. Cr&#233;&#233;es ou encourag&#233;es par l'&#201;tat, les milices se retournent contre lui et affaiblissent le peu d'autorit&#233; qui lui reste. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Orient XXI. &lt;br class='autobr' /&gt;
Koulogon le 1er janvier 2019 : 37 morts. Ogossagou le 23 mars : au moins 160 morts. Sobane-Dah le 9 juin : au moins 35 morts, peut-&#234;tre beaucoup plus. Gangafani et Yoro le 17 juin : au moins 38 morts. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les tueries de civils se sont multipli&#233;es ces (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Mali-+" rel="tag"&gt;Mali&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-08-27-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-08-27&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/arton39946-0f844.jpg?1781491108' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Plus de cinq ans apr&#232;s l'intervention fran&#231;aise, la situation au Mali ne cesse de se d&#233;t&#233;riorer. Cr&#233;&#233;es ou encourag&#233;es par l'&#201;tat, les milices se retournent contre lui et affaiblissent le peu d'autorit&#233; qui lui reste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://orientxxi.info/magazine/mali-le-jeu-trouble-de-l-etat-avec-les-milices,3207&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Orient XXI&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Koulogon le 1er janvier 2019 : 37 morts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ogossagou le 23 mars : au moins 160 morts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sobane-Dah le 9 juin : au moins 35 morts, peut-&#234;tre beaucoup plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gangafani et Yoro le 17 juin : au moins 38 morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tueries de civils se sont multipli&#233;es ces derniers mois dans le centre du Mali (1). &#192; chaque fois, ce sont les m&#234;mes r&#233;cits qui reviennent : des hommes arm&#233;s venus en 4x4 ou en moto encerclent le village, tirent sur tout ce qui bouge, y compris les animaux, puis mettent le feu aux habitations et aux greniers, avant de retourner chez eux. Parfois, ce sont des Dogons qui tuent des Peuls ; d'autres fois, des Peuls qui tuent des Dogons. Et il en est ainsi depuis plus d'un an et demi. Selon le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH), les attaques contre des villages ont, dans cette r&#233;gion, fait plus de 600 morts entre mars 2018 et mars 2019, et provoqu&#233; le d&#233;placement de plus de 66 000 personnes. Dans les cercles de Koro et de Bandiagara, des villages dogons et peuls ont &#233;t&#233; vid&#233;s de leurs habitants en raison de l'ins&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs des tueries sont des groupes dits &#171; d'autod&#233;fense &#187; plus ou moins bien connus, cr&#233;&#233;s ces trois derni&#232;res ann&#233;es dans un &lt;a href=&#034;https://orientxxi.info/magazine/le-chaos-constructif-s-etend-dans-le-sahel,2126&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;contexte d'ins&#233;curit&#233; grandissante&lt;/a&gt; et fond&#233;s sur l'appartenance communautaire : Dogons, Peuls, Bambaras... Dans deux rapports distincts publi&#233;s en 2018, la &lt;a href=&#034;https://www.fidh.org/IMG/pdf/fidh_centre_du_mali_les_populations_prises_au_pie_ge_du_terrorisme_et_contre_terrorisme.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;F&#233;d&#233;ration internationale des ligues des droits de l'homme&lt;/a&gt; (FIDH) et &lt;a href=&#034;https://www.hrw.org/fr/report/2018/12/07/avant-nous-etions-des-freres/exactions-commises-par-des-groupes-dautodefense-dans&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Human Rights Watch&lt;/a&gt; (HRW) ont d&#233;taill&#233; de nombreux cas de violences et d'atrocit&#233;s commises par ces groupes arm&#233;s. &#192; Koulogon, la Mission des Nations unies u Mali (Minusma) &lt;a href=&#034;https://minusma.unmissions.org/sites/default/files/rapport_koulongo.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;a conclu&lt;/a&gt; &#224; la responsabilit&#233; des chasseurs traditionnels, ou dozo, possiblement li&#233;s &#224; la milice dogon Dan na Ambassagou (&#171; les chasseurs qui font confiance &#224; Dieu &#187; en langue dogon). Apr&#232;s la tuerie d'Ogossagou, cette milice a &#233;t&#233; une nouvelle fois point&#233;e du doigt, ce qui a contraint le gouvernement malien &#224; prononcer sa dissolution le 24 mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le gouvernement fournit les armes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'avait &#233;t&#233; fait auparavant pour limiter les agissements de cette milice n&#233;e en 2016. Au contraire. Des diplomates, des chercheurs et des responsables politiques d&#233;noncent depuis des mois, souvent en off, la passivit&#233; du pouvoir politique et du commandement militaire, et &#233;voquent m&#234;me une possible complicit&#233;. &#171; De nombreux t&#233;moignages et individus bien inform&#233;s font &#233;tat d'un soutien logistique et financier apport&#233; aux dozo par le gouvernement malien ou tout au moins par certains de ses membres &#187;, &#233;crivait la FIDH en 2018. Un ancien ministre devenu opposant explique, sous couvert d'anonymat, que le gouvernement &#171; a fourni des armes &#187; &#224; la milice en 2018. Une certitude : les groupes d'autod&#233;fense disposent d'armes de guerre, et pas seulement de vieux fusils artisanaux dont sont g&#233;n&#233;ralement &#233;quip&#233;s les dozo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est probable que dans un premier temps, le pouvoir politique malien a consid&#233;r&#233; ces milices comme des alli&#233;s n&#233;cessaires pour contrer l'influence des groupes djihadistes et pour contr&#244;ler des territoires qui &#233;chappent aux forces de s&#233;curit&#233;. Mais comme le souligne un diplomate malien ayant requis l'anonymat : &#171; Le monstre que nous avons suscit&#233; nous a &#233;chapp&#233;. Aujourd'hui, les milices op&#232;rent en toute autonomie. &#187; &#192; plusieurs reprises ces derniers mois, les chefs de Dan na Ambassagou ont menac&#233; les militaires s'ils tentaient de les d&#233;sarmer. Apr&#232;s le massacre d'Ogossagou, ils ont rejet&#233; la dissolution &#233;dict&#233;e &#224; Bamako. De fait, leurs hommes op&#232;rent toujours sur le terrain, et le chef militaire du mouvement, Youssouf Toloba, continue de se d&#233;placer librement &#8212; il a m&#234;me rencontr&#233; le premier ministre, Boubou Ciss&#233;, d&#233;but juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s maliennes savaient pourtant o&#249; elles mettaient les pieds : elles n'ont fait que recycler dans le centre du pays une m&#233;thode d&#233;j&#224; employ&#233;e dans le nord par le pass&#233;, avec des r&#233;sultats tr&#232;s mitig&#233;s. &#171; Le Mali a montr&#233; sa pr&#233;dilection pour le recours aux milices depuis les ann&#233;es 1990, contre les rebelles touaregs et plus r&#233;cemment contre les djihadistes. Une caract&#233;ristique de l'histoire politique malienne est que les autorit&#233;s ont toujours pein&#233; &#224; &#034;d&#233;brancher&#034; ces milices une fois activ&#233;es &#187;, note le chercheur Yvan Guichaoua, sp&#233;cialiste du Sahel. Comme le constate le diplomate cit&#233; plus haut, &#171; on a l'impression que les dirigeants politiques et militaires n'ont tir&#233; aucune le&#231;on des &#233;checs du pass&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;j&#224; contre les Touaregs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re exp&#233;rience de ce type remonte au milieu des ann&#233;es 1990. Confront&#233; &#224; une r&#233;bellion qui n'en finit pas malgr&#233; plusieurs cycles de n&#233;gociations &#8212; un processus de paix long et douloureux qui a exacerb&#233; les tensions entre les communaut&#233;s &#8212;, le pouvoir central, tout en discutant avec les rebelles, autorise en mai 1994 des cadres des Forces arm&#233;es maliennes (FAMA) issus de la communaut&#233; songha&#239; &#224; cr&#233;er leur propre milice : Ganda Koy (&#171; les seigneurs de la guerre &#187; en langue songha&#239;), qui d&#233;veloppe un argumentaire anti-touareg tr&#232;s agressif. Le but est de reconqu&#233;rir des zones perdues par l'arm&#233;e et d'affaiblir les insurg&#233;s, notamment en employant une strat&#233;gie de la terreur d&#233;j&#224; exp&#233;riment&#233;e sous le r&#233;gime autocratique de Moussa Traor&#233; (1968-1991), mais que le pr&#233;sident Alpha Oumar Konar&#233;, &#233;lu d&#233;mocratiquement en 1992, se refusait &#224; assumer publiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essentiellement constitu&#233;e de Songha&#239;, cette milice est financ&#233;e par des hommes d'affaires de la ville de Gao. Elle est &#233;galement soutenue par des responsables &#233;tatiques. Originaire de Gao, Soumeylou Boub&#232;ye Ma&#239;ga, une figure de la sc&#232;ne politique malienne qui dirigeait alors les services de renseignement, est notamment soup&#231;onn&#233; d'en &#234;tre &#224; l'origine. Depuis cette &#233;poque, cet ancien journaliste a occup&#233; de nombreux postes cl&#233;s (notamment ministre de la d&#233;fense, ministre des affaires &#233;trang&#232;res, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la pr&#233;sidence). Plusieurs observateurs ont not&#233; que Dan na Ambassagou, cr&#233;&#233;e fin 2016, &#233;tait devenue r&#233;ellement active d&#233;but 2018, peu de temps apr&#232;s sa nomination au poste de premier ministre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#233;n&#233;ficiant de la complicit&#233; de l'arm&#233;e, Ganda Koy a men&#233; plusieurs batailles contre les groupes rebelles en 1994 et 1995, et a commis de nombreuses exactions contre des civils &#8212; des Touaregs pour la plupart. &#171; Quand on nous tuait quinze n&#232;gres, nous, on tuait vingt Tamacheks &#187;, expliquait en 1996 un propagandiste de la milice cit&#233; par Le Monde (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G&#233;rer les mannes financi&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la pression exerc&#233;e par Ganda Koy a pouss&#233; les mouvements rebelles &#224; revenir &#224; la table des n&#233;gociations. Mais d&#233;j&#224;, les effets pervers d'une telle strat&#233;gie se faisaient sentir. Non seulement, cette milice &#171; a contribu&#233; &#224; transformer le conflit du Nord en violences intercommunautaires et raciales, tuant entre 1994 et 1996 des dizaines de civils &#224; la &#034;peau claire&#034; (touaregs et arabes) &#187;, comme le notait le &lt;a href=&#034;https://www.crisisgroup.org/fr/africa/west-africa/mali/mali-avoiding-escalation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;think tank International Crisis Group&lt;/a&gt; (ICG) dans un rapport publi&#233; en 2012, mais en plus, elle a petit &#224; petit gagn&#233; en autonomie par rapport &#224; Bamako, et s'est rapproch&#233;e de certains groupes rebelles avec lesquels elle a sign&#233; des pactes afin de g&#233;rer la manne issue des accords de paix. Autre effet secondaire : certains de ses membres ont vers&#233; dans le banditisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Successeur de Konar&#233; en 2002, Amadou Toumani Tour&#233; (ATT) aussi a jou&#233; le jeu tr&#232;s risqu&#233; des milices. En 2006, Bamako fait face &#224; une nouvelle insurrection touar&#232;gue men&#233;e par Ibrahim Ag Bahanga. Incapable d'y mettre un terme, le pouvoir central pousse deux colonels de l'arm&#233;e issus du nord et jug&#233;s loyaux &#224; cr&#233;er deux milices communautaires : une arabe, dirig&#233;e par Abderrahmane Ould Meydou ; l'autre touar&#232;gue, command&#233;e par Alaji Gamou. Puisant dans les effectifs de l'arm&#233;e, b&#233;n&#233;ficiant de son soutien logistique et coordonnant leur strat&#233;gie avec celle du gouvernement, ils ont &#233;galement les moyens de recruter des hommes issus de leur communaut&#233; et sont autoris&#233;s &#224; faire la loi (et des affaires) dans les zones qu'ils reconqui&#232;rent. Dr&#244;les de milices, qui ont ainsi un pied dans l'&#201;tat, et un autre en dehors...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La constitution de ces deux milices ob&#233;it &#224; une logique commune : lever des forces pr&#233;sum&#233;es loyales &#224; l'&#201;tat malien en s'appuyant sur les communaut&#233;s subalternes de l'ordre local nordiste dispos&#233;es &#224; collaborer avec Bamako pour inverser cette hi&#233;rarchie &#187;, notait ICG en 2012. En effet, les Arabes de la vall&#233;e du Tilemsi, auxquels appartient Ould Meydou, et les Touaregs Imghad, le groupe de Gamou, sont tributaires respectivement des communaut&#233;s kounta et ifoghas. Leur int&#233;r&#234;t &#224; collaborer avec l'&#201;tat est alors &#233;vident : il s'agit, en s'alliant avec le pouvoir, d'inverser la hi&#233;rarchie sociale h&#233;rit&#233;e du pass&#233;. De fait, les &#233;lections locales d'avril 2009 ont consacr&#233; l'influence croissante des Tilemsi et des Imghad. Si la r&#233;bellion de Bahanga a rapidement (quoique provisoirement) &#233;t&#233; &#233;touff&#233;e, les &#233;quilibres r&#233;gionaux ont &#233;t&#233; fragilis&#233;s. Durant cette p&#233;riode, plusieurs &#233;pisodes narr&#233;s notamment dans les c&#226;bles diplomatiques am&#233;ricains r&#233;v&#233;l&#233;s par Wikileaks illustrent les innombrables arrangements entre le pouvoir central et les diff&#233;rents groupes arm&#233;s qui versent dans le trafic de drogue : impunit&#233; pour leurs membres, corruption... Les hommes de Gamou sont notamment soup&#231;onn&#233;s d'&#234;tre en lien avec de grands trafiquants. Ainsi, en f&#233;vrier 2013, la ville de Gao venait d'&#234;tre lib&#233;r&#233;e du joug du Mouvement pour l'unicit&#233; et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) par l'arm&#233;e fran&#231;aise. Les hommes de Gamou, qui avaient pris la rel&#232;ve, contr&#244;laient la ville. Lorsqu'ils ont appris l'arrestation de Baba Ould Cheikh, un maire de la r&#233;gion dont le nom est cit&#233; dans la plus grosse affaire de trafic de drogue qu'a connu le Mali (&#171; Air Coca&#239;ne &#187;), ils l'ont imm&#233;diatement lib&#233;r&#233; avant qu'il ne soit pas transf&#233;r&#233; &#224; Bamako et lui ont permis de quitter la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les soldats maliens chass&#233;s de Gao&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin 2011, une nouvelle r&#233;bellion touar&#232;gue &#233;clate au Mali. Fruit d'une alliance entre deux mouvements politiques autonomistes : Le Mouvement national de l'Azawad (MNA) et le Mouvement touareg du Nord-Mali (MTNA), la faction arm&#233;e dirig&#233;e par Ibrahim Ag Bahanga et des Touaregs revenus de Libye apr&#232;s la chute de Mouammar Khadafi, le Mouvement national de lib&#233;ration de l'Azawad (MNLA) lance les hostilit&#233;s &#224; Menaka, puis gagne d'autres villes. L'arm&#233;e est une nouvelle fois d&#233;pass&#233;e. L'&#201;tat recycle donc les m&#234;mes ficelles. Ce qu'il reste de Ganda Koy et Ganda Izo (&#171; les fils de la terre &#187; en langue songha&#239;), une nouvelle milice issue d'une scission au sein de la premi&#232;re et constitu&#233;e de Songha&#239; et de Peuls, sont &#224; nouveau employ&#233;s par le pouvoir central pour freiner l'avanc&#233;e du MNLA. Cette &#233;ni&#232;me &#171; collaboration &#187; entre les FAMA et les milices a fait long feu. Les miliciens, peu &#233;quip&#233;s et peu entra&#238;n&#233;s, se sont tr&#232;s vite montr&#233;s incapables de rivaliser avec les rebelles lourdement arm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&lt;a href=&#034;https://orientxxi.info/magazine/que-fait-l-armee-francaise-au-sahel,2041&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;intervention fran&#231;aise&lt;/a&gt; de 2013 r&#232;gle le probl&#232;me, mais pour un temps seulement. Avec l'aide de l'arm&#233;e fran&#231;aise, l'&#201;tat reprend le contr&#244;le des territoires abandonn&#233;s durant plusieurs mois. &#192; d&#233;faut d'&#234;tre &#171; d&#233;branch&#233;es &#187;, les milices sont marginalis&#233;es. M&#234;me le groupe de Gamou &#8212; lequel est fait g&#233;n&#233;ral par Ibrahim Boubacar Ke&#239;ta quelques semaines apr&#232;s son &#233;lection en ao&#251;t 2013 &#8212; est petit &#224; petit r&#233;int&#233;gr&#233; dans l'arm&#233;e. Mais apr&#232;s la d&#233;faite de Kidal en mai 2014, bataille au cours de laquelle les soldats maliens sont chass&#233;s de la ville par les rebelles, l'arm&#233;e malienne perd &#224; nouveau le contr&#244;le de plusieurs localit&#233;s du septentrion. Paralys&#233;e par les n&#233;gociations de paix men&#233;es sous l'&#233;gide de la communaut&#233; internationale et par la position de la France, qui cherche &#224; m&#233;nager ses alli&#233;s du MNLA, l'arm&#233;e malienne doit une nouvelle fois laisser des milices faire son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gamou est &#224; nouveau mis &#224; contribution : en ao&#251;t 2014, il cr&#233;e un nouveau groupe arm&#233;, le Groupe autod&#233;fense touareg imghad et alli&#233;s (Gatia). Officiellement, il n'en est pas membre et l'&#201;tat n'y est pour rien ; en r&#233;alit&#233;, il en est le chef et le groupe b&#233;n&#233;ficie de l'appui direct de l'arm&#233;e. Les hommes qui constituaient son ancienne milice, des Imghad pour la plupart, le rejoignent. En 2015, la Minusma constate que plusieurs membres du Gatia bless&#233;s dans des combats contre la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) issue de l'ancienne r&#233;bellion et soign&#233;s &#224; l'h&#244;pital de Gao sont des FAMA qui avaient suivi quelques mois plus t&#244;t la formation prodigu&#233;e par l'Union europ&#233;enne &#224; Koulikoro dans le cadre de la Mission de formation de l'Union europ&#233;enne au Mali (European Mission Training Mission Mali, EUTM) dont le but est d'aider &#224; la reconstruction&#8230; de l'arm&#233;e malienne. Le Gatia dispose en outre de v&#233;hicules, d'armes et d'uniformes fournis par les FAMA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Escorter les convois de drogue&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette strat&#233;gie semble payante dans un premier temps. Rapidement, le Gatia, alli&#233; &#224; d'autres groupes arm&#233;s touaregs, arabes ou songha&#239; r&#233;unis au sein de la &#171; Plateforme &#187;, reprend du terrain, notamment dans la r&#233;gion de Gao. Mais encore une fois, les effets pervers se font rapidement ressentir. Tout d'abord, la loyaut&#233; du Gatia envers l'&#201;tat est &#224; g&#233;om&#233;trie variable : &#171; Le Gatia a son propre agenda politique, qui consiste &#224; briser la domination des autres tribus dans les zones qu'il contr&#244;le et &#224; installer le pouvoir des Imghad. Il ne participe en rien au retour de l'autorit&#233; de l'&#201;tat, au contraire, il a tendance &#224; la saper &#187;, note un expert onusien en poste au Mali. Depuis trois ans, Gamou, qui se pose en leader de la communaut&#233; imghad, ne fait plus que de rares apparitions &#224; Bamako et r&#233;pond aux autorit&#233;s quand bon lui semble. &#171; Il a toujours le titre de g&#233;n&#233;ral, mais il s'est compl&#232;tement &#233;mancip&#233; du commandement de l'&#233;tat-major &#187;, se d&#233;sole un sous-officier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La milice poursuit en outre sa collaboration avec les trafiquants, comme par le pass&#233;. Selon une source diplomatique, nombre de batailles que les hommes du Gatia ont men&#233;es contre la CMA l'ont &#233;t&#233; pour prendre le contr&#244;le de localit&#233;s consid&#233;r&#233;es comme des carrefours strat&#233;giques pour les trafics. Un &lt;a href=&#034;https://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/N1823299.DOC.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rapport de l'ONU&lt;/a&gt; dat&#233; d'ao&#251;t 2018 rel&#232;ve que des membres du Gatia escortent les convois de drogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, &#224; l'instar des autres groupes arm&#233;s actifs dans le nord, le Gatia a commis de nombreuses exactions contre des civils. En juin 2018, la Minusma a indiqu&#233;qu'elle soup&#231;onnait le Gatia et une autre milice, le Mouvement pour le salut de l'Azawad (MSA), d'avoir tu&#233; au moins 143 civils dans la r&#233;gion de Menaka. Nagu&#232;re ennemies, ces deux milices, avec lesquelles la France a men&#233; &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/291118/la-frontiere-entre-le-niger-et-le-mali-l-alliance-coupable-de-l-armee-francaise?onglet=full&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;plusieurs op&#233;rations antiterroristes&lt;/a&gt; en 2017 et en 2018, sont &#233;galement accus&#233;es d'avoir men&#233; des exp&#233;ditions punitives contre des campements peuls c&#244;t&#233; nig&#233;rien, et d'avoir tu&#233; des dizaines de civils. Ces tueries ont provoqu&#233; des actes de repr&#233;sailles de groupes arm&#233;s peuls contre des civils imghad et daoussak. &lt;a href=&#034;https://d2071andvip0wj.cloudfront.net/261-frontiere-niger-mali%20(1).pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;International crisis group&lt;/a&gt; estime que &#171; le recours &#224; ces groupes renforce les tensions intercommunautaires et menace d'embraser la r&#233;gion &#187;. Face &#224; la mont&#233;e de l'ins&#233;curit&#233;, et en d&#233;pit de l'exp&#233;rience qui d&#233;montre les effets contre-productifs de cette &#171; milicianisation &#187;, l'&#201;tat malien a poursuivi la m&#234;me strat&#233;gie dans le centre &#224; partir de 2015, lorsqu'un groupe djihadiste affili&#233; &#224; Aqmi, la katiba Macina, a commenc&#233; &#224; y mener des attaques. Des milices bambara et dogon se sont constitu&#233;es &#8212; parfois sans l'aide de l'&#201;tat, &#224; l'instigation d'&#233;lus ou de notables locaux ; parfois avec le soutien de responsables politiques et militaires de haut rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &lt;a href=&#034;https://www.hdcentre.org/wp-content/uploads/2017/03/Centre-du-Mali-Enjeux-et-dangers-dune-crise-n%C3%A9glig%C3%A9e-Mars-2017.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rapport du Centre pour le dialogue humanitaire&lt;/a&gt; (HD) note que, dans le centre du pays, &#171; le recours &#224; des milices produit davantage d'effets pervers &#224; moyen et long terme et exacerbe la m&#233;fiance existante entre les communaut&#233;s &#187;. Yvan Guichaoua constate de son c&#244;t&#233; que &#171; la violence polarise les identit&#233;s &#187; ; ainsi, &#171; chez les Dogons, on assiste actuellement &#224; la faveur de la mont&#233;e en puissance des chasseurs traditionnels &#224; une sorte de renouveau culturel, autour de l'histoire et des pratiques spirituelles et guerri&#232;res, accompagn&#233; de revendications territoriales &#187;. Au final, conclut le chercheur, &#171; c'est l'&#201;tat qui risque d'&#234;tre perdant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;mi Carayol, Journaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Comme dans d'autres pays de la r&#233;gion, les bilans des massacres sont rarement pr&#233;cis, car de nombreuses personnes qui fuient les attaques ne donnent plus de leurs nouvelles par la suite, certaines pouvant avoir &#233;t&#233; tu&#233;es. Par ailleurs les &#201;tats sont incapables d'assurer la prise en charge des rescap&#233;s et de contr&#244;ler les zones concern&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Thomas Sotinel, &#171; Ganda Koy, ou la revanche des paysans &#187;, Le Monde, 31 janvier 1996.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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