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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Pistes pour un &#233;cof&#233;minisme anti-syst&#232;me</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Pistes-pour-un-ecofeminisme-anti-systeme-48359</link>
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		<dc:date>2021-05-18T07:30:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yayo Herrero</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cosocialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Actualit&#233;s &#233;cosocialistes</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-05-18</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'&#233;cof&#233;minisme est assez peu connu dans les pays francophones. La litt&#233;rature existante se concentre pratiquement exclusivement sur l'&#233;cof&#233;minisme spiritualiste. Ce courant est la plupart du temps consid&#233;r&#233; avec m&#233;fiance, y compris par les milieux &#233;cologistes radicaux qui y voient un retour mystique &#224; la terre. Certain&#183;e&#183;s d'entre elles&#183;eux critiquent en particulier l'id&#233;e &#171; essentialiste &#187; d'une partie de ce mouvementqui consid&#232;re que le simple fait d'&#234;tre une femme implique une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Ecosocialisme-" rel="directory"&gt;&#201;cosocialisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Ecosocialisme-158-+" rel="tag"&gt;&#201;cosocialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Actualites-ecosocialistes-+" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s &#233;cosocialistes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-05-18-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-05-18&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton48359-6cd2d.jpg?1782001690' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;cof&#233;minisme est assez peu connu dans les pays francophones. La litt&#233;rature existante se concentre pratiquement exclusivement sur l'&#233;cof&#233;minisme spiritualiste. Ce courant est la plupart du temps consid&#233;r&#233; avec m&#233;fiance, y compris par les milieux &#233;cologistes radicaux qui y voient un retour mystique &#224; la terre. Certain&#183;e&#183;s d'entre elles&#183;eux critiquent en particulier l'id&#233;e &#171; essentialiste &#187; d'une partie de ce mouvementqui consid&#232;re que le simple fait d'&#234;tre une femme implique une relation diff&#233;rente &#224; la nature. Nous avons d&#233;cid&#233; d'en discuter avec Yayo Herrero, professeure &#224; l'Universit&#233; Nationale d'Education &#224; distance de Madrid et co-coordinatrice des Ecologistes en Action (Espagne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Propos recueillis par Juan Tortosa Entretien paru dans le n&#176;200 du bimensuel solidarit&#233;S&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Qu'est-ce que l'&#233;cof&#233;minisme et quelle est son histoire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cof&#233;minisme est un mouvement de femmes conscientes que les luttes pour l'&#233;cologie et le f&#233;minisme contiennent les cl&#233;s de la dignit&#233; humaine et de la soutenabilit&#233; dans l'&#233;galit&#233;. Dans les mouvements de d&#233;fense de la terre, les femmes ont &#233;t&#233; et sont toujours tr&#232;s pr&#233;sentes. Elles ont jou&#233; un r&#244;le fondamental dans les combats pour la d&#233;fense des for&#234;ts (notamment le Chipko), dans les luttes contre les barrages du fleuve Narmada en Inde, ou contre les r&#233;sidus toxiques du Love Canal &#224; l'origine du mouvement pour la justice environnementale aux Etats Unis. Elles sont &#233;galement actives dans les mouvements locaux de d&#233;fense des terres communales, dans le combat pour l'espace public urbain ou pour des aliments sains. Les femmes pauvres d&#233;fendent ainsi un environnement prot&#233;g&#233;, parce qu'elles en d&#233;pendent directement pour vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu du si&#232;cle pass&#233;, le premier &#233;cof&#233;minisme a d&#233;battu des hi&#233;rarchies &#233;tablies par la pens&#233;e occidentale. Il a revaloris&#233; les termes d'une dichotomie auparavant d&#233;pr&#233;ci&#233;e : femme et nature. Il a &#233;galement d&#233;nonc&#233; la culture sexiste, moteur de guerres g&#233;nocidaires, de la d&#233;vastation et de l'empoisonnement de territoires et de la mise en place de gouvernements despotiques. Ces premi&#232;res &#233;cof&#233;ministes ont critiqu&#233; les effets de la technoscience sur la sant&#233; des femmes ; elles ont lutt&#233; contre le militarisme et la d&#233;gradation environnementale. L'&#233;cologiste allemande Petra Kelly a &#233;t&#233; l'une de leurs repr&#233;sentantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres courants venus principalement du Sud ont fait suite &#224; ce premier &#233;cof&#233;minisme, critique de la masculinit&#233;. Ces courants consid&#232;rent que les femmes sont porteuses du respect de la vie et accusent le &#171; mal-d&#233;veloppement &#187; occidental de provoquer la pauvret&#233; des femmes et des populations indig&#232;nes, premi&#232;res victimes de la destruction de la nature. C'est peut &#234;tre l'&#233;cof&#233;minisme le plus connu. Les f&#233;ministes indienne Vandana Shiva, allemande Maria Mies et la br&#233;silienne Yvonne Guevara sont les figures les plus connues de ce vaste mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;passant l'essentialisme de ces positions, d'autres &#233;cof&#233;ministes constructivistes (Bina Agarwal, Val Plumwood) voient dans l'interaction avec l'environnement l'origine de cette conscience &#233;cologiste particuli&#232;re des femmes. C'est la division sexuelle du travail, la distribution du pouvoir et la propri&#233;t&#233; qui ont soumis les femmes et la nature &#224; laquelle nous appartenons toutes et tous. Les dichotomies r&#233;ductionnistes de notre culture occidentale doivent &#234;tre rompues pour construire une convivialit&#233; plus respectueuse et plus libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement f&#233;ministe a vu dans l'&#233;cof&#233;minisme un danger possible, &#233;tant donn&#233; le mauvais usage historique que le patriarcat a fait des liens entre femmes et nature. Mais, l'&#233;cof&#233;minisme ne pr&#233;suppose pas de glorifier la vie int&#233;rieure comme f&#233;minine, d'enfermer &#224; nouveau les femmes dans un espace reproductif, en leur refusant l'acc&#232;s &#224; la culture, ni de les rendre responsables de l'&#233;norme t&#226;che de sauver la plan&#232;te et la vie. Il s'agit bien plut&#244;t de d&#233; voiler la soumission, de signaler les responsabilit&#233;s et de co-responsabiliser les hommes et les femmes dans le travail de la survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Existe-t-il un &#233;cof&#233;minisme anticapitaliste et cherche-t-il la convergence avec d'autres secteurs sociaux anti-syst&#232;mes ? Tout projet &#233;mancipateur doit-il int&#233;grer ce concept ? Quels sont les &#233;l&#233;ments principaux de cet &#233;cof&#233;minisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans les soci&#233;t&#233;s pr&#233;-industrielles, la notion de travail correspondait &#224; l'id&#233;e d'une activit&#233; qui se d&#233;roulait de fa&#231;on continue et qui &#233;tait partie int&#233;grante de la nature humaine. Ce pendant, il y a approximativement deux si&#232;cles, a surgi une nouvelle conception forg&#233;e &#224; partir du mythe de la production et de la croissance, qui a abouti &#224; enclore la vision ant&#233;rieure du travail dans le domaine de la production industrielle salari&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;tr&#233;cissement du concept du travail &#224; la seule sph&#232;re de l'emploi r&#233;mun&#233;r&#233; occulte de fait la longue liste de t&#226;ches associ&#233;es &#224; la reproduction humaine, toutes indispensables &#224; la conservation de la soci&#233;t&#233; et du syst&#232;me socio-&#233;conomique : la prise en charge des enfants, le soin des personnes &#226;g&#233;es, la satisfaction des besoins de base, la promotion de la sant&#233;, le soutien &#233;motionnel, l'encouragement &#224; la participation sociale... Il s'agit en d&#233;finitive d'une quantit&#233; &#233;norme de temps de travail dont la finalit&#233; est d'assurer la satisfaction des besoins humains et le bien-&#234;tre des personnes et qui, du fait de la division sexuelle du travail impos&#233;e par l'id&#233;ologie patriarcale, retombe majoritairement sur les femmes au sein du foyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes classiques, m&#234;me s'ils ne conc&#233;daient aucune valeur &#233;conomique &#224; cet effort, ont au moins reconnu l'importance du travail domestique familial, et ont d&#233;fini le salaire comme co&#251;t de re production historique de la classe travailleuse. Ils tendaient &#224; reconna&#238;tre la valeur du travail domestique, sans pour autant l'incorporer dans les cadres analytiques de la science &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contradiction dispara&#238;t presque compl&#232;tement avec l'&#233;conomie n&#233;o-classique qui institutionnalise d&#233;finitivement la s&#233;paration entre espace public et espace priv&#233;, entre production marchande et production domestique, marginalisant et occultant cette derni&#232;re. C'est cette s&#233;gr&#233;gation des r&#244;les qui a permis aux hommes de s'occuper &#224; temps plein du travail marchand sans les contraindre aux t&#226;ches associ&#233;es aux soins des personnes et de la famille ou &#224; l'entretien des conditions d'hygi&#232;ne du foyer. Ainsi s'est impos&#233;e une d&#233;finition de l'&#233;conomie qui n'int&#232;gre pas la division sexuelle du travail et ne reconna&#238;t pas le r&#244;le crucial du travail domestique dans la reproduction du syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pendant , bien que le travail li&#233; aux soins soit fr&#233;quemment dissoci&#233; de l'environnement productif, il assure la production d'une &#171; mati&#232;re premi&#232;re &#187; essentielle pour le processus &#233;conomique conventionnel : la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans le cadre de ses propres rapports de production, le syst&#232;me capitaliste ne peut reproduire la force de travail dont il a besoin. La reproduction quotidienne, mais surtout g&#233;n&#233;rationnelle, requiert une quantit&#233; &#233;norme de temps et d'&#233;nergie que le syst&#232;me est dans l'impossibilit&#233; de r&#233;mun&#233;rer. Les processus d'&#233;ducation, de socialisation et d'attention aux personnes &#226;g&#233;es sont complexes et impliquent des affects et des &#233;motions qui permettent le d&#233;veloppement de chacun&#183;e dans une certaine confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e &#233;cof&#233;ministe anticapitaliste d&#233;fend l'id&#233;e que le syst&#232;me socio-&#233;conomique a la forme d'un iceberg. Le march&#233; en est la partie flottante et visible. Sous la surface se trouve une masse bien plus importante : le travail de conservation de la vie. Ces deux parties de l'iceberg sont bien diff&#233;renci&#233;es. La principale est dissimul&#233;e au regard, mais les deux forment une unit&#233; indivisible. Sur la glace immerg&#233;e du travail domestique et de la r&#233;g&#233;n&#233;ration des syst&#232;mes naturels, s'appuie et repose le bloc de l'emploi salari&#233; de l'&#233;conomie conventionnelle. L'invisibilit&#233; de la sph&#232;re centr&#233;e sur la satisfaction des besoins de base et du bien-&#234;tre et qui absorbe les tensions, est indispensable au maintien &#224; flot du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire qu'il existe une contradiction profonde entre le processus de reproduction naturelle et sociale et le processus d'accumulation du capital. Si la reproduction sociale et de conservation de la vie primaient dans l'&#233;conomie, l'activit&#233; serait dirig&#233;e vers la production directe de biens d'usage et non d'&#233;change et le bien-&#234;tre serait une une fin en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prioriser les deux logiques en m&#234;me temps est impossible. Il faut donc en choisir une. Les march&#233;s n'ayant pas pour objectif principal de satisfaire les besoins humains, il est vain d'esp&#233;rer que, dans ce syst&#232;me, ceux-ci se convertissent en centre privil&#233;gi&#233; de l'organisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels devraient-&#234;tre alors les objectifs prioritaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alisation de b&#233;n&#233;fices et la croissance &#233;conomique ne doivent plus conditionner la r&#233;partition du temps, l'organisation de l'espace et les diff&#233;rentes activit&#233;s humaines. Pour construire des soci&#233;t&#233;s bas&#233;es sur le bien-&#234;tre, il est n&#233;cessaire de les articuler autour de la reproduction sociale et de la satisfaction des besoins, sans r&#233;duire l'importance de la base biophysique qui permet &#224; notre esp&#232;ce d'&#234;tre en vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les visions h&#233;t&#233;rodoxes de l'&#233;conomie ont beaucoup &#224; apporter &#224; la science &#233;conomique. L'&#233;conomie &#233;cologique nous d&#233;montre qu'une bonne partie de l'activit&#233; &#233;conomique est nocive, qu'elle consomme d'&#233;normes ressources sans g&#233;n&#233;rer de bien-&#234;tre ? Pire encore, qu'elle produit du mal-&#234;tre. L'&#233;conomie f&#233;ministe renverse la cat&#233;gorie du travail et remet au centre l'activit&#233; historiquement m&#233;pris&#233;e et sous &#233;valu&#233;e des femmes, pourtant socle de la vie quotidienne. Avec d'autres secteurs de l'&#233;conomie critique, ces diff&#233;rentes visions et approches sont indispensables pour construire un nouveau mod&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reconna&#238;tre comme des &#234;tres vuln&#233;rables ayant besoin de l'attention d'autres personnes au cours de notre cycle de vie permet de red&#233;finir et de compl&#233;ter la notion de conflit capital-travail et d'affirmer que ce conflit va au-del&#224; de la seule tension entre le capital et le travail salari&#233; et refl&#232;te l'antagonisme entre le capital et l'ensemble du travail, r&#233;mun&#233;r&#233; et non r&#233;mun&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons-nous &#233;galement que, dans une perspective &#233;cologique, la contradiction fondamentale entre le m&#233;tabolisme &#233;conomique actuel et la durabilit&#233; de la biosph&#232;re confirme une importante synergie entre les visions &#233;cologistes et f&#233;ministes. La perspective &#233;cologique d&#233;montre l'impossibilit&#233; physique de la soci&#233;t&#233; de croissance. Le f&#233;minisme rend palpable ce conflit dans le quotidien de nos vies et d&#233;nonce la logique patriarcale et androcentrique de l'accumulation et de la croissance. La tension insoluble et radicale (&#224; la racine) qui existe entre le syst&#232;me &#233;conomique capitaliste et la soutenabilit&#233; de la vie humaine atteste, en r&#233;alit&#233;, d'une opposition essentielle entre le capital et la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un changement de perspectives est n&#233;cessaire. L'axe structurant de la soci&#233;t&#233; doit &#234;tre la satisfaction des besoins de base, qui permettent aux individus de grandir, de se d&#233;velopper et de vivre dignement, tout comme le travail et les productions socialement n&#233;cessaires &#224; cela. L'objectif indispensable de la soci&#233;t&#233; et du processus &#233;conomique doit donc &#234;tre celui de placer la satisfaction des besoins de base et le bien-&#234;tre &#224; &#233;galit&#233;. Dans cette nouvelle perspective, les femmes ne sont pas des personnes secondaires, ni d&#233;pendantes, mais les actrices de leur propre histoire, cr&#233;atrices de cultures et de valeurs du travail, diff&#233;rentes de celles du mod&#232;le capitaliste et patriarcal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Juan Tortosa.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entretien paru dans le num&#233;ro 200 du bimensuel &lt;strong&gt;Solidarit&#233;S &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Notes d'introduction sur l'&#233;cof&#233;minisme</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Notes-d-introduction-sur-l-ecofeminisme</link>
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		<dc:date>2019-08-13T07:31:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yayo Herrero</dc:creator>


		<dc:subject>Changements climatiques</dc:subject>
		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-08-13</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'&#233;cof&#233;minisme est un courant de pens&#233;e et un mouvement social qui explore les convergences et synergies possibles entre &#233;cologisme et f&#233;minisme. &#192; partir de ce dialogue, il vise &#224; partager et &#224; mettre en valeur la richesse conceptuelle et politique des deux mouvements afin que l'analyse des probl&#232;mes auxquels chacun est confront&#233; s&#233;par&#233;ment gagne en profondeur, en complexit&#233; et en clart&#233; (Puleo, 2011). &lt;br class='autobr' /&gt;
tir&#233; de : Entre les lignes et les mots 2019 - 30 - 27 juillet : Notes de lecture, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Changements-climatiques-+" rel="tag"&gt;Changements climatiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-mouvement-des-femmes-dans-le-monde-+" rel="tag"&gt;Le mouvement des femmes dans le monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-08-30-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-08-13&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton39758-3b3f3.jpg?1782001690' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;cof&#233;minisme est un courant de pens&#233;e et un mouvement social qui explore les convergences et synergies possibles entre &#233;cologisme et f&#233;minisme. &#192; partir de ce dialogue, il vise &#224; partager et &#224; mettre en valeur la richesse conceptuelle et politique des deux mouvements afin que l'analyse des probl&#232;mes auxquels chacun est confront&#233; s&#233;par&#233;ment gagne en profondeur, en complexit&#233; et en clart&#233; (Puleo, 2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tir&#233; de : Entre les lignes et les mots 2019 - 30 - 27 juillet : Notes de lecture, textes, p&#233;titions, annonces&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est une philosophie et une pratique qui d&#233;fend le fait que le mod&#232;le &#233;conomique et culturel occidental s'est d&#233;velopp&#233; en se fondant sur les bases mat&#233;rielles et relationnelles qui soutiennent la vie et qui &#171; s'est constitu&#233;, s'est maintenu &#224; travers la colonisation des femmes, des peuples &#171; &#233;trangers &#187; et de leurs terres, et de la nature &#187; (Shiva et Mies, 1997 : 128).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme ecof&#233;minisme appara&#238;t pour la premi&#232;re fois en 1974 avec la publication du livre &#171; Le f&#233;minisme ou la mort &#187; de Fran&#231;oise D'Eaubonne. Elle soulignait qu'il existait une relation profonde entre la surpopulation, la destruction de la nature et la domination masculine et que pour sortir de la spirale suicidaire de production et de consommation d'objets superflus et &#233;ph&#233;m&#232;res, de destruction de l'environnement et d'ali&#233;nation du temps, il fallait remettre en question la relation entre les sexes. (Cavana, Puleo et Segura, 2004). Pour D'Eaubonne, le contr&#244;le de son corps est le d&#233;but d'une voie non consum&#233;riste, &#233;cologiste et f&#233;ministe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce premier &#233;cof&#233;minisme n'a pas suscit&#233; beaucoup d'int&#233;r&#234;t en France, mais a trouv&#233; un certain &#233;cho en Am&#233;rique du Nord et en Australie, par exemple dans le travail de Ynestra King, qui propose une analyse int&#233;ressante des diff&#233;rents rapports de domination interconnect&#233;s et de la position historique des femmes par rapport &#224; cette domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, au cours des ann&#233;es 70, des manifestations publiques de femmes de d&#233;fense de la vie ont eu lieu dans plusieurs pays de la p&#233;riph&#233;rie. Le plus embl&#233;matique a &#233;t&#233; le mouvement Chipko en Inde. Dans le monde anglo-saxon &#233;galement, de nombreux activismes f&#233;ministes pacifistes se sont d&#233;velopp&#233;s, motiv&#233;s par le lien entre les femmes et la d&#233;fense de la vie. Par exemple, les manifestantes du Greenham Common ont exerc&#233; une grande pression autour des bases anglaises de missiles et de centres de recherche militaires, organisant des actes non violents, tels que le tissage de filets permettant de fermer les entr&#233;es d'approvisionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mouvements abordaient le probl&#232;me des relations entre les humains et la nature par des visions tr&#232;s diff&#233;rentes, &#224; l'origine de plusieurs courants qui nous obligent &#224; parler d'&#233;cof&#233;minismes. En simplifiant la vari&#233;t&#233; des propositions &#233;cof&#233;ministes, nous pourrions parler de deux courants : les &#233;cof&#233;minismes essentialistes et les &#233;cof&#233;minismes constructivistes (Cavana, Puleo et Segura, 2004).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;cof&#233;minismes essentialistes, &#233;galement appel&#233;s classiques, soutiennent que les femmes, en raison de leur capacit&#233; &#224; donner la vie, sont plus proches de la nature et ont tendance &#224; la pr&#233;server. Ce courant a une approche gyn&#233;cocentr&#233;e et essentialiste qui a &#233;t&#233; fortement rejet&#233; par le f&#233;minisme de l'&#233;galit&#233;, qui niait ce lien naturel pour avoir servi &#224; l&#233;gitimer la subordination des femmes aux hommes. Les &#233;cof&#233;ministes classiques accordent une plus grande valeur aux femmes et au f&#233;minin et revendiquent une &#171; f&#233;minit&#233; sauvage &#187;. Elles consid&#232;rent les hommes comme une culture, au sens rousseauiste du terme, soit de la culture en tant que d&#233;gradation du bon sauvage. Cet &#233;cof&#233;minisme pr&#233;sente un fort int&#233;r&#234;t pour la spiritualit&#233; et le mysticisme et d&#233;fend l'id&#233;e de la r&#233;cup&#233;ration du matriarcat primitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce premier &#233;cof&#233;minisme remet en question les hi&#233;rarchies &#233;tablies par la pens&#233;e occidentale dichotomique, revalorisant des sujets jusque-l&#224; m&#233;pris&#233;s : la femme et la nature. Les premi&#232;res &#233;cof&#233;ministes ont d&#233;nonc&#233; les effets de la technoscience sur la sant&#233; des femmes et se sont confront&#233;es au militarisme, &#224; la nucl&#233;arisation et &#224; la d&#233;gradation de l'environnement, en les interpr&#233;tant comme des manifestations d'une culture sexiste. Petra Kelly est l'une des figures de ce mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce premier &#233;cof&#233;minisme, critique de la masculinit&#233; h&#233;g&#233;monique, a &#233;t&#233; suivi d'autres courants principalement du Sud. Certains d'entre eux consid&#233;raient les femmes comme des d&#233;tentrices du respect d&#251; &#224; la vie. Ils accusent le &#171; mauvais d&#233;veloppement &#187; occidental de provoquer la pauvret&#233; des femmes et des populations autochtones, premi&#232;res victimes de la destruction de la nature. On trouve dans ce large courant Vandana Shiva, Mar&#237;a Mies ou Ivonne Guevara.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Critique envers l'essentialisme de l'&#233;cof&#233;minisme classique, &#233;merge l'&#233;cof&#233;minisme constructiviste. Selon cette approche, la relation &#233;troite entre les femmes et la nature est fond&#233;e sur une construction sociale. C'est l'attribution des r&#244;les et fonctions &#224; l'origine de la division sexuelle du travail, de la r&#233;partition du pouvoir et de la propri&#233;t&#233; dans les soci&#233;t&#233;s patriarcales, qui &#233;veille cette conscience &#233;cologique particuli&#232;re des femmes. Cet &#233;cof&#233;minisme d&#233;nonce la subordination de l'&#233;cologie et des relations entre les individus &#224; l'&#233;conomie et &#224; son obsession pour la croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, Bina Agarwal (Agarwal, 1996) souligne que le r&#244;le des femmes dans la d&#233;fense de la nature est important car ce sont elles qui se soucient de l'approvisionnement en mat&#233;riaux et en &#233;nergie, non pas parce qu'elles aiment particuli&#232;rement cette t&#226;che ou en raison de pr&#233;dispositions g&#233;n&#233;tiques, mais parce que ce sont elles qui sont oblig&#233;es de garantir les conditions mat&#233;rielles de subsistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans soustraire la valeur de nombreuses contributions, analyses et luttes sociales issues d'&#233;cof&#233;minismes essentialistes, la pr&#233;sente introduction est bas&#233;e sur un &#233;cof&#233;minisme constructiviste. Cet &#233;cof&#233;minisme est redevable de tous les champs de pens&#233;e dans lesquels le f&#233;minisme a d&#233;construit de nombreux dogmes dominants, montrant qu'il existe des moyens de comprendre l'histoire, l'&#233;conomie, l'am&#233;nagement du territoire, les sciences politiques ou la vie quotidienne qui permettent de construire d'autres formes de relations et d'organisation &#233;mancipatrices pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les diff&#233;rences d'approche, tous les &#233;cof&#233;minismes partagent la vision que la subordination des femmes aux hommes et l'exploitation de la Nature sont les deux faces d'une seule et m&#234;me pi&#232;ce et r&#233;pondent &#224; une logique commune : la logique de la domination et de la soumission de la vie &#224; la logique de l'accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un &#233;cof&#233;minisme critique et constructiviste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cof&#233;minisme r&#233;vise les concepts cl&#233;s de notre culture : &#233;conomie, progr&#232;s, science&#8230; Il consid&#232;re que ces notions h&#233;g&#233;moniques ont montr&#233; leur incapacit&#233; &#224; mener les peuples vers une vie d&#233;cente. C'est pourquoi il est n&#233;cessaire de diriger nos regards vers un nouveau paradigme qui devrait &#234;tre inspir&#233; par les formes de relation pratiqu&#233;es par les femmes. Du point de vue philosophique et anthropologique, l'&#233;cof&#233;minisme nous permet de nous reconna&#238;tre, de mieux nous situer et de mieux nous comprendre en tant qu'esp&#232;ce, de mieux comprendre les causes et les r&#233;percussions de la stricte division que la soci&#233;t&#233; occidentale a &#233;tablie entre Nature et Culture ou entre raison et corps ; cela nous permet de comprendre les risques que l'&#234;tre humain assume lorsqu'il interpr&#232;te la r&#233;alit&#233; selon une perspective r&#233;ductionniste qui ne comprend pas l'ensemble, qui simplifie la complexit&#233; et rend invisible l'importance mat&#233;rielle et symbolique des liens et des relations entre &#234;tres humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;veloppe une vision critique du mod&#232;le social, &#233;conomique et culturel actuel et propose une vision diff&#233;rente de la r&#233;alit&#233; quotidienne et de la politique, en donnant de la valeur aux &#233;l&#233;ments, pratiques et sujets que la pens&#233;e h&#233;g&#233;monique a qualifi&#233;s d'inf&#233;rieurs et qui ont &#233;t&#233; rendus invisibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible que tous les &#233;cof&#233;minismes soient d'accord avec l'id&#233;e de King que la contestation du patriarcat actuel est un acte de loyaut&#233; envers les g&#233;n&#233;rations futures, la vie et la plan&#232;te elle-m&#234;me. (Agra, 1997) L'&#233;cof&#233;minisme a &#233;t&#233; per&#231;u par le mouvement f&#233;ministe comme un risque possible, compte tenu de l'utilisation historique que le patriarcat a faite des liens entre les femmes et la nature (Cavana, Puleo et Segura, 2004). Cette relation impos&#233;e a &#233;t&#233; utilis&#233;e comme argument pour maintenir la division sexuelle du travail. Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es, Celia Amor&#243;s met en garde contre ce qu'elle appelle la pratique d'une &#171; moralit&#233; des griefs &#187; (Amor&#243;s, 1985) &#224; l'&#233;gard des femmes. Pour Amor&#243;s, cette morale des griefs se produit lorsque ce qui est demand&#233; et exig&#233; n'est pas le changement de statut des femmes, mais simplement le respect et la consid&#233;ration pour les t&#226;ches qu'elles accomplissent. Pour un &#233;cof&#233;minisme constructiviste, il ne s'agirait pas d'exalter les st&#233;r&#233;otypes f&#233;minins, d'enfermer les femmes dans un espace de reproduction, m&#234;me visible, leur interdisant l'acc&#232;s &#224; l'espace public. Il ne s'agit pas non plus de les rendre exclusivement responsables de l'&#233;norme travail de protection de la plan&#232;te et de la vie. Il s'agit de rendre la soumission visible, en soulignant les responsabilit&#233;s et la coresponsabilit&#233; des hommes et des femmes dans le travail de survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le f&#233;minisme a d&#233;nonc&#233; le fait que la naturalisation des femmes a servi &#224; l&#233;gitimer le patriarcat, l'&#233;cof&#233;minisme sugg&#232;re que l'alternative n'est pas de d&#233;naturaliser les femmes, mais de &#171; renaturer &#187; les hommes, en ajustant l'organisation politique, relationnelle, domestique et &#233;conomique. aux conditions mat&#233;rielles qui rendent l'existence possible. Une &#171; renaturalisation &#187; qui exige un changement de culture rendant l'&#233;cod&#233;pendance visible pour les femmes et les hommes (Herrero et al., 2006)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques bases conceptuelles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette section n'a pas pour but d'&#233;puiser toute la gamme des questions relevant de l'&#233;cof&#233;minisme, telles que la d&#233;construction et la reconstruction de vues &#233;mancipatrices, la prise de conscience critique de la technologie et de la science, la critique du mythe du progr&#232;s ind&#233;fini, la bio&#233;thique, le culte du travail, de la production ou de la conception de la richesse h&#233;g&#233;monique. Dans cette avanc&#233;e, seuls ceux faisant partie du dialogue &#233;tabli entre l'&#233;conomie &#233;cologique et l'&#233;conomie f&#233;ministe seront abord&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cof&#233;minisme d&#233;nonce le fait que les cycles de la vie humaine et les limites &#233;cologiques &#233;chappent aux pr&#233;occupations de l'&#233;conomie conventionnelle. Cette d&#233;nonciation bouleverse les bases fondamentales du paradigme &#233;conomique capitaliste. Il contribue &#224; d&#233;manteler l'artifice th&#233;orique qui s&#233;pare l'humanit&#233; de la nature ; &#233;tablit l'importance mat&#233;rielle des liens et des relations ; il met l'accent sur l'immanence et la vuln&#233;rabilit&#233; des corps et de la vie humaine ; et il accorde un r&#244;le essentiel &#224; la production et &#224; la reproduction en tant qu'&#233;l&#233;ments indissociables du processus &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une &#233;conomie qui pousse &#224; l'&#233;cod&#233;pendance et &#224; l'interd&#233;pendance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie des personnes a deux d&#233;pendances in&#233;vitables : celle que chaque personne a de la nature et celle qu'elle a des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, les &#234;tres humains obtenons ce dont nous avons besoin pour vivre de la nature : nourriture, eau, abri, &#233;nergie, min&#233;raux&#8230; Par cons&#233;quent, nous nous disons &#234;tres &#233;co-d&#233;pendants : nous sommes la nature. Cependant, malgr&#233; la d&#233;pendance &#233;vidente que les gens ont de la Nature, l'&#234;tre humain dans les soci&#233;t&#233;s occidentales a &#233;lev&#233; un mur symbolique entre lui et le reste du monde vivant, cr&#233;ant un v&#233;ritable ab&#238;me ontologique entre la vie humaine et la plan&#232;te sur laquelle elle se d&#233;veloppe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de progr&#232;s est souvent li&#233;e au d&#233;passement de ce qui est per&#231;u comme une limite. La domination sur la nature se traduit par l'obsession d'&#233;liminer les obstacles qui emp&#234;chent la r&#233;alisation de tout d&#233;sir. Toute limite emp&#234;chant de progresser dans ce domaine est pr&#233;sent&#233;e comme un d&#233;fi &#224; surmonter. La modification des limites de la nature a &#233;t&#233; v&#233;cue comme un signe de progr&#232;s. La destruction, l'&#233;puisement ou la d&#233;t&#233;rioration de ce dont nous avons besoin pour vivre est un des aspects cach&#233;s de la suppression des limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi, chaque &#234;tre humain est profond&#233;ment d&#233;pendant des autres &#234;tres humains. Tout au long de la vie, mais surtout &#224; certains moments du cycle vital, les gens ne pourraient pas survivre si ce n'&#233;tait parce que d'autres consacrent temps et &#233;nergie &#224; prendre soin de leur corps. Cette seconde d&#233;pendance, l'interd&#233;pendance, est souvent plus cach&#233;e que la pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les soci&#233;t&#233;s patriarcales, ceux qui se sont principalement occup&#233;s du travail d'attention et de la satisfaction des besoins des corps vuln&#233;rables, sont principalement des femmes, car c'est le r&#244;le que la division sexuelle du travail leur impose. Ce travail est effectu&#233; dans l'espace priv&#233; et invisible des foyers, organis&#233; selon les r&#232;gles de l'institution familiale. Si le corps et sa vuln&#233;rabilit&#233; ne sont pas politis&#233;s, nous ne pouvons pas voir la centralit&#233; du travail de ceux qui sont en charge de l'entretien et du soin des corps vuln&#233;rables ou de la n&#233;cessit&#233; pour la soci&#233;t&#233; dans son ensemble, et bien s&#251;r des hommes, d'en assumer la responsabilit&#233;. Dans les soci&#233;t&#233;s occidentales, il est de plus en plus difficile de reproduire et de maintenir la vie humaine, car le bien-&#234;tre des personnes incarn&#233;es dans leur corps n'est pas une priorit&#233; (Carrasco 2009). Assumer la finitude du corps, sa vuln&#233;rabilit&#233; et ses besoins est essentiel pour comprendre l'essence interd&#233;pendante de notre esp&#232;ce, pour placer la r&#233;ciprocit&#233;, la coop&#233;ration, les liens et les relations en tant que conditions sine qua non de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ignorance de ces d&#233;pendances mat&#233;rielles (&#233;co et interd&#233;pendance) se traduit par la notion de production et de travail que g&#232;re l'&#233;conomie conventionnelle et qui a contribu&#233; &#224; nourrir le mythe de la croissance et le fantasme de l'individualit&#233;. L'&#233;cof&#233;minisme, en les analysant ensemble, aide &#224; comprendre que la crise &#233;cologique est aussi une crise de relations sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une production qui ne prend pas en compte le soutien de la vie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction de la valeur aux formes exclusivement mon&#233;taires conditionne le champ des &#233;tudes &#233;conomiques. Cette r&#233;duction &#233;limine le champ d'&#233;tude de l'&#233;conomie de la complexit&#233; de la r&#233;g&#233;n&#233;ration naturelle et de tout travail humain ne faisant pas partie de la sph&#232;re commerciale. Faute d'&#234;tre comptabilis&#233;s &#224; l'aune de l'argent, ils deviennent invisibles. La production devient exclusivement l'activit&#233; dans laquelle il y a augmentation du surplus social mesur&#233; exclusivement en termes mon&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raisonner exclusivement dans l'univers abstrait des valeurs mon&#233;taires a coup&#233; le cordon ombilical qui unit la nature et la reproduction quotidienne de la vie &#224; l'&#233;conomie. Nous en sommes arriv&#233;s &#224; l'absurdit&#233; d'utiliser un ensemble d'indicateurs qui, non seulement ne comptent pas comme richesse les biens et services essentiels &#224; la vie, mais qui encore consid&#232;rent &#233;galement la destruction elle-m&#234;me comme une richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue &#233;cof&#233;ministe, la production doit &#234;tre une cat&#233;gorie li&#233;e au maintien de la vie et au bien-&#234;tre des personnes (P&#233;rez Orozco 2007), c'est-&#224;-dire que ce qui est produit doit &#234;tre quelque chose qui r&#233;pond aux besoins humains selon des crit&#232;res d'&#233;quit&#233;. Aujourd'hui, la production d'artefacts ou de services socialement ind&#233;sirables du point de vue des besoins et de la d&#233;gradation de l'environnement est consid&#233;r&#233;e comme une production. De m&#234;me, on consid&#232;re comme production ce qui n'est qu'une simple extraction et transformation de mat&#233;riaux finis pr&#233;existants. La distinction entre les productions socialement n&#233;cessaires et socialement ind&#233;sirables est essentielle et les indicateurs mon&#233;taires &#224; utiliser (tels que le produit int&#233;rieur brut) ne permettent pas de les diff&#233;rencier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En rendant visible la d&#233;pendance de l'&#233;conomie vis-&#224;-vis de la nature et des &#339;uvres li&#233;es au soin de la vie humaine, les fronti&#232;res entre production et reproduction s'effondrent, minant ainsi le patriarcat capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une vision &#233;cof&#233;ministe sur la notion de travail&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de travail invent&#233;e dans les soci&#233;t&#233;s industrielles est r&#233;duite au travail accompli au sein de la sph&#232;re commerciale en &#233;change d'un salaire. Toutes les fonctions exerc&#233;es dans l'espace de production domestique sans &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233;es, bien que garantissant la reproduction sociale et les soins des corps sans &#234;tre nomm&#233;es et bien qu'&#233;videmment essentielles et exploitables, sont &#224; la fois garants de la survie et g&#233;n&#233;rateurs d'une &#171; marchandise &#187; tr&#232;s sp&#233;ciale : la main d'&#339;uvre (Carrasco 2009).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle &#233;conomie a transform&#233; le travail et la terre en marchandises. Ceux-ci ont commenc&#233; &#224; &#234;tre trait&#233;s comme s'ils avaient &#233;t&#233; produits pour &#234;tre vendus. Mais ni la terre ni le travail ne sont des marchandises car, ou ils n'ont pas &#233;t&#233; produits &#8211; comme dans le cas de la terre &#8211; ou ils n'ont pas &#233;t&#233; produits pour &#234;tre vendus &#8211; comme c'est le cas avec les gens. Polanyi a averti que cette fiction &#233;tait aussi efficace pour l'accumulation et l'obtention d'avantages que pour le maintien de la vie humaine. Vous pouvez comprendre la port&#233;e de cette grande transformation si vous vous rappelez que le travail n'est rien de plus qu'un synonyme d'humain et que la terre n'est qu'un synonyme de nature. (Polanyi, 1992)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle notion de travail a exig&#233; que le corps s'adapte &#224; la r&#233;gularit&#233; et &#224; l'automatisme exig&#233;s par la discipline du travail capitaliste (Federici 2010). Le corps devient une machine de travail, renfor&#231;ant les notions pr&#233;c&#233;dentes &#233;tablies par la modernit&#233;. La r&#233;g&#233;n&#233;ration et la reproduction de ces corps ne rel&#232;vent pas de la responsabilit&#233; de l'&#233;conomie qui les ignore, les rel&#233;guant &#224; l'espace domestique. L&#224;-bas, hors du regard du public, les femmes sont oblig&#233;es d'assumer ces fonctions d&#233;valoris&#233;es, bien qu'elles soient aussi essentielles pour la survie dans la dignit&#233; que pour la reproduction de la production capitaliste elle-m&#234;me (Carrasco 2009). De ce point de vue, nous pouvons d&#233;fendre le fait que les femmes jouent un r&#244;le de m&#233;diateur vis-&#224;-vis de la nature au profit des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mies propose de reformuler le concept de travail en le d&#233;finissant comme des t&#226;ches d&#233;di&#233;es &#224; la production de la vie. Cristina Carrasco (Carrasco, 2001) approfondit cette proposition lorsqu'elle souligne la n&#233;cessit&#233; de r&#233;organiser toutes les t&#226;ches et de responsabiliser les hommes et la soci&#233;t&#233; dans son ensemble pour le travail accompli par les femmes au cours de l'histoire. C'est un travail r&#233;p&#233;titif et cyclique qui prend beaucoup de temps, ce qui permet aux hommes &#8211; et &#224; certaines femmes &#8211; d'exercer des activit&#233;s moins essentielles et souvent n&#233;fastes pour eux-m&#234;mes et pour la nature. De cette mani&#232;re, on voit bien la rupture de la dichotomie qui s&#233;pare le travail r&#233;duit en emploi du reste des travaux soutenant la vie au quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, le travail ne peut &#234;tre productif que dans le sens de la production d'un exc&#233;dent &#233;conomique, alors qu'il peut obtenir, extraire, exploiter et s'approprier le travail n&#233;cessaire &#224; la vie ou &#224; la subsistance. La production de la vie est une condition pr&#233;alable &#224; la production commerciale. Le travail des femmes est essentiel pour produire leurs propres conditions de production. Par cons&#233;quent, le capitalisme ne peut &#234;tre maintenu sans le patriarcat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valorisation du prendre soin am&#232;ne l'&#233;conomie f&#233;ministe &#224; inventer l'id&#233;e de soutien &#224; la vie humaine (Carrasco, 2001) selon un concept qui repr&#233;sente un processus historique complexe, dynamique et multidimensionnel de satisfaction des besoins qui doivent &#234;tre reconstruits en permanence, ce qui n&#233;cessite des ressources mat&#233;rielles mais &#233;galement des contextes et des relations de soins, fournis en grande partie par du travail non r&#233;mun&#233;r&#233; accompli dans les foyers. &#192; notre avis, ce concept est li&#233; &#224; l'id&#233;e plus large de durabilit&#233; &#233;cologique et sociale. Selon Bosch, Carrasco et Grau (2005 : 322), nous comprenons la durabilit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En tant que processus qui fait non seulement r&#233;f&#233;rence &#224; la possibilit&#233; r&#233;elle que la vie continue &#8211; sur le plan humain, social et &#233;cologique -, mais &#224; ce que ce processus signifie &#233;galement la mise en place de conditions de vie, de niveaux de vie ou de qualit&#233; de vie acceptables pour toute la population Une durabilit&#233; qui suppose donc une relation harmonieuse entre l'humanit&#233; et la nature, et entre humaine et humain, il sera donc impossible de parler de durabilit&#233; si elle n'est pas accompagn&#233;e d'&#233;quit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Recomposer un espace de vie s&#251;r pour l'humanit&#233; depuis l'&#233;cof&#233;minisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dimensions &#233;cologique et f&#233;ministe sont essentielles pour transformer la conception et la gestion du territoire et pour r&#233;organiser les temps des gens&#8230; Sans elles, il est impossible d'initier un mod&#232;le compatible avec la biosph&#232;re et de tenter de r&#233;pondre &#224; toutes les formes d'in&#233;galit&#233;. Vous trouverez ci-dessous une br&#232;ve description de certaines lignes directrices essentielles pour guider, d'un point de vue &#233;cof&#233;ministe, la transition vers un mod&#232;le &#233;conomique, culturel et politique permettant la durabilit&#233; de la vie humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part est la r&#233;duction in&#233;vitable de l'extraction et de la pression sur les cycles naturels. Sur une plan&#232;te aux limites d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;es, la diminution de la sph&#232;re mat&#233;rielle de l'&#233;conomie mondiale n'est plus une option mais un fait. Cette adaptation peut se produire &#224; travers la lutte pour l'utilisation de ressources en diminution ou &#224; travers un processus de r&#233;ajustement d&#233;cid&#233; et anticip&#233; par des crit&#232;res d'&#233;quit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut aborder une r&#233;duction de la pression sur la biosph&#232;re dans une perspective qui donne la priorit&#233; au bien-&#234;tre de la population, cela nous oblige &#224; proposer un changement de cap radical. Nous oblige &#224; promouvoir mat&#233;riellement une culture de suffisance et d'autonomie, de parier sur la d&#233;localisation de l'&#233;conomie et la mise en place de circuits de commercialisation courts, de restaurer une bonne partie de la vie rurale, de r&#233;duire les transports et la vitesse, d'entreprendre une distribution radicale de la richesse et de placer la reproduction quotidienne de la vie et du bien-&#234;tre au centre des int&#233;r&#234;ts. L'&#233;conomie conventionnelle valorise exclusivement l'&#233;conomie mon&#233;taire et formalise l'abstraction de l'Homo economicus en tant que sujet &#233;conomique (My economy). &#192; l'inverse de cette conception, l'&#233;cof&#233;minisme est bas&#233; sur &#171; We economy &#187;, une &#233;conomie ax&#233;e sur la satisfaction des besoins collectifs. Il s'agit de rechercher de nouvelles formes de socialisation, d'organisation sociale et &#233;conomique permettant de se d&#233;barrasser d'un mod&#232;le de d&#233;veloppement qui privil&#233;gie les avantages mon&#233;taires par rapport au maintien de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quitter la logique androcentrique et biocide nous oblige &#224; r&#233;pondre aux questions in&#233;vitables : Quelles sont les n&#233;cessit&#233;s auxquelles il convient de r&#233;pondre pour tout le monde ? Quelles sont les productions n&#233;cessaires et possibles pour qu'elles soient satisfaites ? Quels sont les emplois socialement n&#233;cessaires pour cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;pondre &#224; ces questions implique un changement radical de l'&#233;conomie, de la politique et de la culture. Il s'agit donc d'aborder un processus de r&#233;organisation du mod&#232;le productif et de toutes les &#233;poques et de tous les travaux du peuple. Aborder cette transition selon des crit&#232;res d'&#233;quit&#233; implique de traiter de la redistribution et de la r&#233;partition de la richesse, ainsi que de la reconceptualiser. Sur une plan&#232;te physiquement limit&#233;e, dans laquelle une croissance &#233;conomique illimit&#233;e n'est pas possible, la justice est directement li&#233;e &#224; sa distribution et &#224; sa r&#233;partition. L'acc&#232;s &#224; des niveaux de vie d&#233;cents d'une bonne partie de la population se fait, &#224; la fois par une r&#233;duction drastique de la consommation de ceux qui exercent une plus grande pression mat&#233;rielle sur les territoires par leurs modes de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cof&#233;minisme impr&#232;gne peu &#224; peu l'analyse d'autres mouvements sociaux et politiques. Nous pensons que cette vision est essentielle pour mener une analyse mat&#233;rielle compl&#232;te du m&#233;tabolisme social et &#233;tablir des diagnostics plus pr&#233;cis de la crise civilisationnelle. Ce regard est essentiel pour aider &#224; concevoir les transitions n&#233;cessaires vers une soci&#233;t&#233; plus juste, compatible avec les limites de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yayo Herrero&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anthropologue, ing&#233;nieure, enseignante et activiste &#233;cof&#233;ministe espagnole, Yayo Herrero est l'une des chercheuses les plus influentes du milieu &#233;cof&#233;ministe et &#233;cosocialiste au niveau europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article49211&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article49211&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;f&#233;rences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;Agarwal, B. (1996) : &#8220;El debate sobre las relaciones entre g&#233;nero y ecolog&#237;a&#8221;. Mientras Tanto no 65&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Agra, Ma Xos&#233; (comp.) (1997) : Ecolog&#237;a y feminismo . Granada. Universidad de Granada&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Amor&#243;s, C. (1997) : Tiempo de feminismo. Madrid. C&#225;tedra&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Amor&#243;s, C. (1985) : Hacia una cr&#237;tica de la raz&#243;n patriarcal. Barcelona. Anthropos&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Amoroso Miranda, M.I. (coord.) (2003) : Malabaristas de la vida. Barcelona. Icaria&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Bener&#237;a, L. (1979) : &#8220;Reproducci&#243;n, producci&#243;n y divisi&#243;n sexual del trabajo&#8221;. Mientras Tanto, 6, 47-84.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Bener&#237;a, L. (1987) : &#8220;&#191;Patriarcado o sistema econ&#243;mico ? Una discusi&#243;n sobre dualismos metodol&#243;gicos&#8221;. Mujeres : ciencia y pr&#225;ctica pol&#237;tica. Seminario de la Universidad Complutense, 33-54.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Bener&#237;a, L. y Sen, G. (1982) : &#8220;Desigualdades de clase y de g&#233;nero y el rol de la mujer en el desarrollo econ&#243;mico : implicaciones te&#243;ricas y pr&#225;cticas&#8221;. Mientras Tanto, 15,pp 91-113.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Border&#237;as, C. y Carrasco, C.(1994) : Las mujeres y el trabajo. Rupturas conceptuales. Fuhem-Icaria&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Bosch, A., Carrasco, C. y Grau, E. (2005) : &#171; Verde que te quiero violeta. Encuentros y desencuentros entre feminismo y ecologismo &#187;. En Tello E. : La historia cuenta. Madrid. Ediciones El Viejo Topo.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Carrasco, C. (2009) : &#8220;Mujeres, sostenibilidad y deuda social&#8221;. Revista de Educaci&#243;n, n&#250;mero extraordinario 2009&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Carrasco C. (2009) : &#8220;Tiempos y trabajo desde la experiencia femenina&#8221;. Papeles de Relaciones Ecosociales y Cambio Global. No 108.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Carrasco, C. (2001) : &#8220;La sostenibilidad de la vida humana : &#191;un asunto de mujeres ?&#8221;. Mientras Tanto, 82.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Carson, R.L (2001) (1972) : La primavera silenciosa. Editorial Cr&#237;tica. Barcelona&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Cavana, M.L, Puleo, A. Segura, C. (2004) : Mujeres y ecolog&#237;a : Historia, pensamiento y sociedad. Al-Mudayna&lt;br class='autobr' /&gt;
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&#8226; Comins, I. (2003) : &#8220;Del miedo a la diversidad a la &#233;tica del cuidado : Una perspectiva de g&#233;nero.&#8221; Convergencia no33. M&#233;xico&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Del R&#237;o, Sira, &#8220;La crisis de los cuidados : precariedad a flor de piel&#8221;, CGT- Comisi&#243;n Confederal contra la Precariedad&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Ecologistas en Acci&#243;n (2009) : &#171; Tejer la vida en verde y violeta &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; Esteban, Ma Luz (2011) : &#171; Cuerpos y pol&#237;ticas feministas : el feminismo como cuerpo &#187;, en Villalba, Cristina y &#193;lvarez, Nacho (coords.) Cuerpos pol&#237;ticos y agencia. Reflexiones feministas sobre cuerpo, trabajo y colonialidad, Granada : Universidad de Granada.&lt;br class='autobr' /&gt;
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&#8226; Garc&#237;a, E. (2005) : El Cambio m&#225;s all&#225; de los l&#237;mites al crecimiento : un nuevo referente para el realismo en la sociolog&#237;a ecol&#243;gica. Universidad de Valencia.&lt;br class='autobr' /&gt;
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&#8226; Hernando, Almudena (2012) : &#171; Teor&#237;a arqueol&#243;gica y crisis social &#187; en Complutum. Vol 23 (2) : 127-145.305&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Herrero, Yayo, Cembranos, Fernando y Pascual, Marta (cords) (2011) : Cambiar las gafas para mirar el mundo. Hacia una cultura de la sostenibilidad. Madrid. Libros en Acci&#243;n.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Herrero, Y. (2010) : &#8220;Vivir bien con menos : ajustarse a los l&#237;mites f&#237;sicos con criterios de justicia&#8221;. Madrid. Viento Sur no 108&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Herrero, Y. (2009) : &#8220;Una mirada cr&#237;tica al concepto de Progreso&#8221; en Ecologistas en Accion (2009), Claves del Ecologismo Social Madrid. Libros en Acci&#243;n&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Herrero, Y.(2006) : &#8220;Ecofeminismo : una propuesta de transformaci&#243;n para un mundo que agoniza&#8221;. Cuadernos Mujer y Cooperativismo. Noviembre 2006, n.8 UCMTA&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; IPCC (2007) : Informe de S&#237;ntesis.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Leff, E. (coord) (2002) : &#201;tica, vida y sustentabilidad. Programa de Naciones Unidas para el Medio Ambiente. M&#233;xico&lt;br class='autobr' /&gt;
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&#8226; Mart&#237;nez Alier J. (2009) : &#8220;&#191;Ecologismos feminista ?&#8221;. Mientras Tanto no 82&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Max-Neef, M. Elizalde A. (1994) : Desarrollo a escala humana. Barcelona, Icaria editorial.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Mora, Laura (2013) : &#171; El trabajo con sentido en proyecto constituyente &#187; Madrid, Papeles n&#176; 122.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Naredo J.M. (2006) : Ra&#237;ces econ&#243;micas del deterioro ecol&#243;gico y social. M&#225;s all&#225; de los dogmas. Siglo XXI. Madrid&lt;br class='autobr' /&gt;
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&#8226; Novo, M. (coord) : (2007) Mujer y medio ambiente : los caminos de la visibilidad, Los Libros de La Catarata, Madrid&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Novo, M. (2006) : El desarrollo sostenible. Su dimensi&#243;n ambiental y educativa, Pearson Prentice Hall&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; P&#233;rez Orozco, A. (2009) : Feminismo anticapitalista, esa Escandalosa Cosa y otros palabros, &lt;a href=&#034;http://www.feministas.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.feministas.org&lt;/a&gt; (14-julio-2015)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; P&#233;rez Orozco, A. (2007) : &#8220;Amenaza tormenta : la crisis de los cuidados y la reorganizaci&#243;n del sistema econ&#243;mico&#8221;. Revista de Econom&#237;a Cr&#237;tica, 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;P&#233;rez, A. (2006) : Perspectivas feministas en torno a la econom&#237;a : el caso de los cuidados. Consejo Econ&#243;mico y Social, Colecci&#243;n Estudios, 190.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Piccio (1992) : Social Reproduction : the political economy of Labour. Market Cambridge University Press.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Polanyi, Karl (1992) : La gran transformaci&#243;n : Los or&#237;genes pol&#237;ticos y econ&#243;micos de nuestro tiempo (1944), M&#233;xico : Fondo de Cultura 11 Centro de Documentaci&#243;n Hegoa. Bolet&#237;n no43 junio 2015&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Puleo, Alicia (2011) : Ecofeminismo para otro mundo posible, Madrid : C&#225;tedra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;Santos, B.S.(2005) : El milenio hu&#233;rfano. Ensayos para una nueva cultura pol&#237;tica. Trotta.&lt;br class='autobr' /&gt;
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&#8226; Shiva V. (2005) : C&#243;mo poner fin a la pobreza. Rebeli&#243;n.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Shiva, V. (1995) : Abrazar la vida. Mujer, ecolog&#237;a y desarrollo. Madrid, Horas y horas.&lt;br class='autobr' /&gt;
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&#8226; Shiva, V. y Mies, M. (1997) : Ecofeminismo, Icaria.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Vega, P. (2004) : &#8220;Las mujeres y el deterioro ecol&#243;gico provocado por el actual modelo territorial. &#191;C&#243;mplices o v&#237;ctimas&#8221; Madrid, El Ecologista. No 39.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;cof&#233;minisme, un regard indispensable face &#224; l'anthropoc&#232;ne</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-ecofeminisme-un-regard-indispensable-face-a-l-anthropocene</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/L-ecofeminisme-un-regard-indispensable-face-a-l-anthropocene</guid>
		<dc:date>2019-03-12T07:48:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yayo Herrero</dc:creator>


		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-03-12</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;tir&#233; de : [CADTM-INFO] &#8212; Merci de prendre quelques minutes pour nous donner votre avis sur le bulletin &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;cof&#233;minisme met en relation deux formes de domination : celle des hommes sur les femmes, celle des humains sur la nature. &lt;br class='autobr' /&gt; 7 mars par Yayo Herrero &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme l'&#233;cologie et comme le f&#233;minisme, dont il d&#233;coule, le mouvement &#233;cof&#233;ministe est travers&#233; par des courants divers, parfois oppos&#233;s. N&#233;anmoins, dans les luttes, par-del&#224; les diff&#233;rences, une m&#234;me vision rassemble : tendre vers (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-mouvement-des-femmes-dans-le-monde-+" rel="tag"&gt;Le mouvement des femmes dans le monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-03-12-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-03-12&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L112xH150/arton38200-06adf.jpg?1782001691' class='spip_logo spip_logo_right' width='112' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; de : [CADTM-INFO] &#8212; Merci de prendre quelques minutes pour nous donner votre avis sur le bulletin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cof&#233;minisme met en relation deux formes de domination : celle des hommes sur les femmes, celle des humains sur la nature.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;7 mars par Yayo Herrero&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;cologie et comme le f&#233;minisme, dont il d&#233;coule, le mouvement &#233;cof&#233;ministe est travers&#233; par des courants divers, parfois oppos&#233;s. N&#233;anmoins, dans les luttes, par-del&#224; les diff&#233;rences, une m&#234;me vision rassemble : tendre vers une soci&#233;t&#233; qui allie justice sociale et soutenabilit&#233;. L'&#233;cof&#233;minisme est une pens&#233;e, un outil de revendication dont il nous semble pertinent de se saisir. Pour nous &#233;clairer, Yayo Herrero nous livre quelques cl&#233;s d'analyse et quelques propositions pour un &#233;cof&#233;ministe anti-syst&#232;me, propice &#224; r&#233;inventer nos espaces de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humanit&#233; se trouve dans une situation difficile. Les derniers rapports sur le changement climatique signalent que l'effondrement des &#233;cosyst&#232;mes est d&#233;j&#224; en marche, et les signes d'&#233;puisement des ressources naturelles et &#233;nerg&#233;tiques sont d&#233;sormais manifestes. Parall&#232;lement aux d&#233;gradations environnementales, les in&#233;galit&#233;s issues des divers rapports de domination (genre, classe, origine, &#226;ge, etc.) augmentent et les dynamiques d'exclusion &#224; l'&#339;uvre au sein de nos soci&#233;t&#233;s s'acc&#233;l&#232;rent dramatiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les multiples manifestations de la crise de civilisation que nous traversons (menaces &#233;cologiques, croissance des injustices, etc.), interconnect&#233;es, trouvent leur origine dans la contradiction qui existe entre la civilisation agro-urbaine-industrielle n&#233;e en Occident et ce qui nous fonde en tant qu'&#234;tres humains. Face &#224; cette situation, l'&#233;cof&#233;minisme repr&#233;sente un puissant courant de pens&#233;e, un puissant mouvement social liant &#233;cologie et f&#233;minisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des points de vue philosophique et anthropologique, l'&#233;cof&#233;minisme permet de mieux nous reconna&#238;tre, mieux nous comprendre en tant qu'esp&#232;ce. Il nous aide &#224; comprendre les causes et les r&#233;percussions de la division stricte &#233;tablie par la soci&#233;t&#233; occidentale entre Nature et Culture ou entre la raison et le corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cof&#233;minisme permet de saisir les m&#233;canismes &#233;conomiques, politiques, &#233;pist&#233;mologiques et symboliques qui soutiennent ce syst&#232;me biocide et maintiennent une majorit&#233; de la population ignorante du fait que ce que nous appelons &#171; d&#233;veloppement &#187; &#233;quivaut bien souvent &#224; la destruction des bases mat&#233;rielles de la vie humaine. Il invite &#224; repenser des concepts cl&#233;s de notre culture (&#233;conomie, travail, progr&#232;s, science, etc.) en d&#233;montrant que ces notions h&#233;g&#233;moniques ne sont pas en mesure de conduire les peuples vers une vie digne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e &#233;cof&#233;minisme met ainsi en &#233;vidence l'urgence d'adopter un nouveau paradigme qui mette un terme &#224; cette guerre d&#233;clar&#233;e contre la vie. Elle d&#233;nonce la mani&#232;re dont la soutenabilit&#233; de la vie humaine et les limites &#233;cologiques sont exclues des pr&#233;occupations du syst&#232;me &#233;conomique. Cette critique vient bousculer les fondements m&#234;mes du capitalisme, dont la logique est incompatible avec celle d'un monde soutenable et juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous sommes &#233;co et interd&#233;pendants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie humaine comporte deux d&#233;pendances incontournables : la d&#233;pendance que chacun d'entre nous entretient avec la nature et celle que nous entretenons avec nos semblables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous obtenons de la nature ce dont nous avons besoin pour vivre : aliments, eau, abri, &#233;nergie, min&#233;raux, etc. De ce fait, nous sommes &#233;cod&#233;pendants. Cette d&#233;pendance mat&#233;rielle &#224; l'&#233;gard de la nature nous fait prendre conscience des limites physiques de notre plan&#232;te Terre : limites &#224; la possibilit&#233; d'extraction des min&#233;raux de la cro&#251;te terrestre, &#224; la disponibilit&#233; de terre fertile, &#224; la r&#233;g&#233;n&#233;ration des cycles naturels. Cependant, la conception occidentale du progr&#232;s et de l'&#233;conomie est li&#233;e au d&#233;passement de tout ce qui est per&#231;u comme une limite. Toute limite entravant la ma&#238;trise de la nature repr&#233;sente un d&#233;fi &#224; surmonter. La face cach&#233;e de la croissante illimit&#233;e, c'est la destruction, l'&#233;puisement ou la d&#233;t&#233;rioration des ressources n&#233;cessaires &#224; la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque &#234;tre humain pr&#233;sente &#233;galement une profonde d&#233;pendance vis-&#224;-vis des autres &#234;tres humains. Tout au long de sa vie, et plus particuli&#232;rement au cours de certains moments de son cycle vital, il ne pourrait survivre sans le concours d'autres personnes qui consacrent du temps et de l'&#233;nergie &#224; prendre soin de lui. Cette seconde d&#233;pendance, l'interd&#233;pendance, est souvent davantage occult&#233;e que la pr&#233;c&#233;dente. Dans les soci&#233;t&#233;s patriarcales, ce sont majoritairement les femmes qui s'occupent du travail d'attention et de soin aux personnes vuln&#233;rables, ce r&#244;le leur &#233;tant impos&#233; par la division sexuelle du travail. Ce travail, organis&#233; selon les r&#232;gles de l'institution familiale, s'accomplit dans l'espace priv&#233; des foyers, &#224; l'abri des regards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans politiser le corps, nous ne pouvons percevoir la centralit&#233; du travail de soin, ni la n&#233;cessit&#233; que l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, hommes inclus bien s&#251;r, se responsabilise de ces t&#226;ches. Assumer la finitude du corps, sa vuln&#233;rabilit&#233; et ses besoins est essentiel afin de saisir l'interd&#233;pendance de notre esp&#232;ce, afin d'envisager la r&#233;ciprocit&#233;, la coop&#233;ration, les liens et relations comme des pr&#233;requis sans lesquels l'humanit&#233; ne peut exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En nous reconnaissant comme des &#234;tres &#233;cod&#233;pendants et interd&#233;pendants, l'&#233;cof&#233;minisme formule une critique radicale &#224; l'encontre de l'actuel mod&#232;le social, scientifique, &#233;conomique, culturel. La pens&#233;e &#233;cof&#233;ministe pose un regard diff&#233;rent sur la vie quotidienne, en valorisant des &#233;l&#233;ments, des pratiques et des sujets d&#233;sign&#233;s par la pens&#233;e h&#233;g&#233;monique comme subalternes, marginalis&#233;s. Elle vient saper le mythe qui s&#233;pare l'humain de la nature, attire l'attention sur l'importance de l'activit&#233; historiquement sous-&#233;valu&#233;e des femmes et accorde une place fondamentale &#224; la production et &#224; la reproduction, essentielles au processus &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vers une &#233;conomie au service du maintien de la vie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si notre esp&#232;ce veut perdurer, la production doit &#234;tre au service du maintien de la vie et du bien-&#234;tre : ce qui est produit doit satisfaire les besoins humains selon des crit&#232;res d'&#233;quit&#233;. Nous devons diff&#233;rencier les productions socialement n&#233;cessaires des productions ind&#233;sirables. Or les indicateurs mon&#233;taires actuels (tels que le Produit int&#233;rieur brut&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;) ne permettent pas d'op&#233;rer cette distinction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En coupant de force la notion de production de la reproduction, nous avons r&#233;duit le concept de travail &#224; la seule sph&#232;re de l'emploi r&#233;mun&#233;r&#233; et oblig&#233; l'individu &#224; se conformer &#224; la discipline capitaliste. Le corps-machine devient un outil de travail, la r&#233;g&#233;n&#233;ration et la reproduction de ces corps ne relevant pas de la sph&#232;re de production marchande, qui s'en d&#233;sint&#233;resse et les rel&#232;gue &#224; la sph&#232;re domestique, majoritairement f&#233;minine et invisibilis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;viction de ces d&#233;pendances mat&#233;rielles - l'&#233;co et l'interd&#233;pendance - par l'&#233;conomie conventionnelle a contribu&#233; &#224; alimenter le mythe de la croissance et la fantaisie de l'individualit&#233;. En les analysant conjointement, l'&#233;cof&#233;minisme facilite la compr&#233;hension de la crise &#233;cologique comme une crise, &#233;galement, des relations sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prendre conscience de la fa&#231;on dont l'&#233;conomie capitaliste perdure, en d&#233;truisant la nature et en exploitant le travail domestique des femmes et l'&#233;conomie de subsistance, peut permettre de reconfigurer la logique &#233;conomique, de sorte que la pr&#233;occupation collective de premier ordre ne soit plus la croissance mais le bien-&#234;tre du plus grand nombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Reconfigurer un espace de vie pour l'humanit&#233; dans une perspective &#233;cof&#233;ministe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dimensions &#233;cologique et f&#233;ministe sont indispensables pour transformer la conception et la gestion du territoire et repenser notre rapport au temps. Sans elles, il est impossible de concevoir un mod&#232;le compatible avec la biosph&#232;re et qui cherche &#224; r&#233;sorber les in&#233;galit&#233;s de toutes sortes. Voici quelques lignes directrices pour tendre vers une soci&#233;t&#233; qui permette la soutenabilit&#233; de la vie humaine, dans une perspective &#233;cof&#233;ministe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part est l'in&#233;vitable r&#233;duction de la pression sur la biosph&#232;re. Dans une plan&#232;te dont les limites ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;es, la d&#233;croissance de la sph&#232;re mat&#233;rielle de l'&#233;conomie n'est pas une option. Cette adaptation peut se produire par deux voies : une bataille f&#233;roce pour des ressources d&#233;croissantes ou un r&#233;ajustement collectif, d&#233;cid&#233; et anticip&#233;, selon des crit&#232;res d'&#233;quit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'engager dans cette transition, avec comme priorit&#233; le bien-&#234;tre, nous oblige &#224; d&#233;fendre un changement radical de direction : promouvoir une culture de la suffisance et l'autolimitation mat&#233;rielle, favoriser les &#233;conomies locales et les circuits courts de commercialisation, restaurer une bonne partie de l'agriculture paysanne, diminuer le transport et la vitesse, proc&#233;der &#224; une r&#233;partition radicale des richesses, replacer la reproduction quotidienne de la vie et le bien-&#234;tre au c&#339;ur des pr&#233;occupations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie conventionnelle valorise exclusivement l'&#233;conomie mon&#233;taire et con&#231;oit l'humain comme Homo economicus, sujet &#233;conomique (My economy). Face &#224; cette conception, l'&#233;cof&#233;minisme d&#233;fend la &#171; We economy &#187;, une &#233;conomie centr&#233;e sur la satisfaction des besoins collectifs. Il s'agit de trouver de nouvelles formes de socialisation, d'organisation sociale et &#233;conomique, qui permettent de se lib&#233;rer d'un mod&#232;le de d&#233;veloppement o&#249; les b&#233;n&#233;fices mon&#233;taires priment sur la qualit&#233; de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sortir de la logique andocentrique [1] et biocide oblige &#224; r&#233;pondre &#224; des questions incontournables : Quels besoins faut-il satisfaire ? Quelles sont les productions n&#233;cessaires et possibles pour pouvoir les satisfaire ? Quels sont les travaux socialement n&#233;cessaires pour cela ? Il s'agit d&#232;s lors d'engager un processus de r&#233;organisation du mod&#232;le productif, de se r&#233;approprier le temps et le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur une plan&#232;te physiquement limit&#233;e, o&#249; une croissance &#233;conomique illimit&#233;e n'est pas possible, la justice est intrins&#232;quement li&#233;e &#224; la distribution et &#224; la r&#233;partition des richesses. Garantir un niveau de vie digne &#224; l'ensemble de la population passe par une r&#233;duction drastique de la consommation de ceux qui exercent une pression mat&#233;rielle accrue sur leurs territoires du fait de leurs modes de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prendre en compte les relations d'&#233;cod&#233;pendance et d'interd&#233;pendance peut aider &#224; remettre l'&#233;conomie au service de la soutenabilit&#233; de la vie - vie humaine, sociale et &#233;cologique. Cette soutenabilit&#233; suppose une relation &#233;quitable et harmonieuse entre l'humanit&#233; et la nature, et entre les femmes et les hommes. L'&#233;cof&#233;minisme se propage peu &#224; peu au sein d'autres mouvements sociaux et politiques. Pour nous, cette pens&#233;e est incontournable pour &#233;valuer avec justesse la crise de civilisation &#224; laquelle nous sommes confront&#233;s et engager la transition n&#233;cessaire vers une soci&#233;t&#233; plus juste et compatible avec les limites de la biosph&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yayo Herrero est directrice de la fondation Fuhem (sensibilisation aux th&#233;matiques sociales et environnementales) et coordinatrice de l'organisation &#233;cologiste espagnole &#171; Ecologistas en Acci&#243;n &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction : C&#233;cile Lamarque&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : Les amis de la Terre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article est paru dans la revue annuelle des Amis de la Terre &#171; Pour une &#233;conomie non-violente &#187;. Vous souhaitez commander cette revue ? C'est par ici !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] L'androcentrisme (du grec andro-, &#8220;homme, m&#226;le&#8221;) est un mode de pens&#233;e, conscient ou non, consistant &#224; envisager le monde uniquement ou en majeure partie du point de vue des &#234;tres humains de sexe masculin (N.d.E).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Eco-f&#233;minisme, science et d&#233;croissance</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Eco-feminisme-science-et-decroissance</link>
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		<dc:date>2019-01-15T08:26:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yayo Herrero</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cosocialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Actualit&#233;s &#233;cosocialistes</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-01-15</dc:subject>

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&lt;p&gt;Nous republions ici un entretien pr&#233;alablement publi&#233; sous forme de brochure par le groupe &#233;cosocialiste de solidarit&#233;S. Il peut &#234;tre &#233;clair&#233; par l'entretien que nous avions conduit avec &#201;milie Hache et Isabelle Cambourakis &#224; l'occasion de la publication du recueil de textes Reclaim. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; de Contretemps.eu &lt;br class='autobr' /&gt; Une tr&#232;s vaste culture compatible avec le talent p&#233;dagogique et une pulsion r&#233;volutionnaire compatible avec la s&#233;r&#233;nit&#233; de son caract&#232;re ont fait actuellement de Yayo Herrero l'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Ecosocialisme-" rel="directory"&gt;&#201;cosocialisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Ecosocialisme-158-+" rel="tag"&gt;&#201;cosocialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Actualites-ecosocialistes-+" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s &#233;cosocialistes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-01-15-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-01-15&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH111/arton37419-810bb.png?1782001692' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='111' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous republions ici un entretien pr&#233;alablement publi&#233; sous forme de brochure par le groupe &#233;cosocialiste de solidarit&#233;S. Il peut &#234;tre &#233;clair&#233; par l'entretien que nous avions conduit avec &#201;milie Hache et Isabelle Cambourakis &#224; l'occasion de la publication du recueil de textes Reclaim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; de Contretemps.eu&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une tr&#232;s vaste culture compatible avec le talent p&#233;dagogique et une pulsion r&#233;volutionnaire compatible avec la s&#233;r&#233;nit&#233; de son caract&#232;re ont fait actuellement de Yayo Herrero l'une des voix incontournables des intellectuels progressistes espagnols. Yayo Herrero est directrice de la fondation &#233;cologiste FUHEM et exprime le point de vue de l'&#233;co-f&#233;minisme, un mouvement qui fusionne l'&#233;cologisme et le f&#233;minisme en une seule &#233;cole, comprenant que la surexploitation de la nature et la soumission des femmes ont une m&#234;me origine : une &#233;conomie cannibale qui fonctionne en d&#233;vorant les corps et les territoires et qui se base sur une conception de la nature comme machine et de la science comme instrument de pouvoir, pr&#233;conis&#233; par Bacon, Descartes et Newton au d&#233;buts de la modernit&#233; et d&#233;pass&#233; par les physiques du XXe si&#232;cle, mais qui subsiste comme sens commun diffus parce que cela est tr&#232;s utile au syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet entretien d'une heure et demi, qui s'est d&#233;roul&#233; &#224; Oviedo (fin 2014), o&#249; elle venait donner une conf&#233;rence dans le cadre de journ&#233;es sur les luttes paysannes et indig&#232;nes convoqu&#233;es par le groupe &#171; genre &#187; des ONG de la principaut&#233; des Asturies, Yayo Herrero pr&#233;sente aux lecteurs de Asturias24 (une revue de cette r&#233;gion du Nord de l'Espagne) les points-cl&#233;s du diagnostic et des recettes de ce mouvement, sachant qu'il n'obtiendra pas la r&#233;alisation de ses aspirations dans le cadre d'impossibles capitalismes verts ou d'un capitalisme &#224; visage humain et qui tente d'avertir le monde de l'imminence de l'effondrement d'une plan&#232;te d&#233;passant ses limites physiques, et rappelant en m&#234;me temps que la peur ne paralyse que quand l'on ne sait pas o&#249; aller.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Pablo Batalla Cueto (PBC) : Commen&#231;ons par &#233;tablir des concepts. Qu'est-ce que l'&#233;co-f&#233;minisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yayo Herrero (YH) : L'&#233;co-f&#233;minisme est un mouvement social, en m&#234;me temps qu'un courant de pens&#233;e qui se base surtout sur le dialogue entre le mouvement f&#233;ministe et le mouvement &#233;cologiste. J'insiste sur l'aspect du dialogue, parce qu'il est important de comprendre qu'il s'agit d'une relation &#233;galitaire, o&#249; aucun des deux mouvements ne comprend, ni ne peut pr&#233;tendre remplacer l'autre. A la base de l'&#233;co-f&#233;minisme, ou de ce qui lui donne sens, est l'analyse des causes de la d&#233;gradation de la nature et de la destruction des processus naturels, et celle de quelques-unes des causes qui se cachent derri&#232;re la subordination des femmes et de la persistance du patriarcat, on trouve pas mal de logiques communes. De la m&#234;me mani&#232;re, quand on se demande comment construire un monde adapt&#233; aux limites physiques de la plan&#232;te et de la nature et qu'en m&#234;me temps on estime prioritaire le soin de la vie et le bien-&#234;tre des personnes, qui a &#233;t&#233; l'une des pr&#233;occupations fondamentales du f&#233;minisme, on constate aussi les synergies entre ces propositions. Quand les deux mouvements dialoguent, il se produit un &#233;largissement de la force des th&#232;mes abord&#233;s s&#233;par&#233;ment par chacun d'entre eux. L'&#233;co-f&#233;minisme nous permet de mieux nous comprendre comme esp&#232;ce, de donner une importance mat&#233;rielle, politique et symbolique aux rapports de l'&#234;tre humain avec la nature et avec les autres &#234;tres humains, ce qui est la base pour pouvoir soutenir la condition humaine.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
PBC : L'&#233;co-f&#233;minisme part d'une pr&#233;misse qui semble une lapalissade, mais qui ne l'est pas tant : l'&#234;tre humain ne peut vivre solitaire, ni par rapport aux autres &#234;tres humains, ni par rapport &#224; la nature.&lt;br class='autobr' /&gt;
YH : Effectivement, l'&#233;co-f&#233;minisme est absolument conscient qu'il existe deux ensembles de rapports profond&#233;ment mat&#233;riels : les rapports avec la nature et les rapports avec les autres personnes. J'insiste beaucoup sur la mat&#233;rialit&#233; parce que parfois nous abordons seulement le th&#232;me de l'affectif ou du symbolique, mais les rapports avec la nature et avec les autres personnes sont profond&#233;ment mat&#233;riels. Et c'est vrai : cela para&#238;t une lapalissade, mais les instruments d&#233;velopp&#233;s par le mod&#232;le &#233;conomique capitaliste et les instruments politiques que nous avons construits pour d&#233;velopper les soci&#233;t&#233;s de bien-&#234;tre n'en tiennent pas compte. Il semble que les personnes pourraient vivre &#233;mancip&#233;es de la nature et du reste des &#234;tres vivants. Aujourd'hui, on a construit une id&#233;e de l'individu sur lequel pivotent les droits, les obligations, la participation &#233;conomique et politique, etc., une id&#233;e qui n'existe pas, qui est une fiction. Cet individu n'est pas un &#234;tre isol&#233; ou autonome : il d&#233;pend de la nature et du reste des &#234;tres vivants, et la destruction de la nature et des environnements communautaires soumet les personnes &#224; une profonde vuln&#233;rabilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
PBC : Il n'y a pas un seul &#233;co-f&#233;minisme, mais plusieurs &#233;co-f&#233;minismes. Il y a diff&#233;rentes mani&#232;res de comprendre l'&#233;co-f&#233;minisme, mais surtout deux : l'essentialiste et la constructiviste. Pour les essentialistes, les femmes sont, par leur condition de m&#232;res, essentiellement plus li&#233;es &#224; la nature que les hommes ; pour les secondes, ce lien &#224; la nature, certes existant, est d&#251; au fait de vivre dans des soci&#233;t&#233;s patriarcales qui assignent aux femmes des r&#244;les concrets diff&#233;rents de ceux des hommes. Vous &#234;tes constructiviste, mais reconnaissez-vous quelque valeur ou raison au courant essentialiste ?&lt;br class='autobr' /&gt;
YH : Naturellement oui. Je crois fermement que les femmes ne sont pas plus proches ni plus naturelles que les hommes, nous ne sommes pas par essence plus capables de donner de l'affection ou de soigner la nature. Je crois que tous et toutes sont entour&#233;s d'hommes parfaitement capables d'avoir des relations tendres, d'&#234;tre affectueux et de soigner la vie. La division sexuelle du travail fait que beaucoup d'hommes vivent tr&#232;s bien en pouvant ne pas pr&#234;ter attention &#224; toutes ces choses qui sont &#224; tous et &#224; toutes. Mais je reconnais quelques applications de cet &#233;co-f&#233;minisme essentialiste que j'admire &#233;norm&#233;ment, surtout celles qui viennent d'autres cosmovisions, asiatiques ou africaines. Par exemple, l'&#233;co-f&#233;minisme indien de Vandana Shiva a ces teintes essentialistes, mais elle a organis&#233; des mouvements tr&#232;s forts de r&#233;sistance contre la commercialisation des semences, l'agriculture industrielle ou le mal-d&#233;veloppement qui sont tr&#232;s int&#233;ressants et dans lesquels beaucoup d'activistes se retrouveraient de mani&#232;re tr&#232;s claire. Depuis ce regard, on peut construire aussi une r&#233;sistance anti-capitaliste et anti-d&#233;veloppement dans le mauvais sens du mot d&#233;veloppement.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : La critique f&#233;ministe au syst&#232;me patriarcal aime partir de la croyance &#224; un matriarcat ant&#233;rieur. Dans l'&#233;cologie, vibre aussi une apparente nostalgie d'un hypoth&#233;tique Eden soutenable perdu avec la venue de l'industrialisation et auquel, d'une certaine mani&#232;re, il faudrait retourner. L'&#233;co-f&#233;minisme unit-il ces deux nostalgies ? Existe-il des motifs pour croire &#224; cet &#233;co-matriarcat ant&#233;rieur, ou cela fait-il plut&#244;t partie du terrain des mythes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Dans le type d'&#233;co-f&#233;minisme que nous travaillons, nous ne partons pas de cette id&#233;e d'un matriarcat essentiel et d'un paradis naturel ant&#233;rieur. Dans les rapports des personnes avec la nature, il y a toujours eu conflit &#224; un degr&#233; plus ou moins grand et des rapports pas n&#233;cessairement harmonieux. Avant l'av&#232;nement de la soci&#233;t&#233; industrielle, plusieurs effondrements de civilisation s'&#233;taient produits, tout comme des processus de d&#233;sertification, des disparitions de for&#234;ts, etc. L'intensit&#233; des dommages et des changements alors survenus n'&#233;tait pas &#233;gale &#224; ceux que put produire ensuite la soci&#233;t&#233; industrielle. L'industrialisation, le d&#233;veloppement technologique et la n&#233;cessit&#233; de disposer de l'&#233;nergie fossile ont donn&#233; lieu &#224; une capacit&#233; bien plus grande d'intervenir sur le territoire et de le modifier. Quant au matriarcat ant&#233;rieur, Robert Graves &#8211; par exemple &#8211; d&#233;fend son existence apr&#232;s avoir analys&#233; toute la mythologie grecque, et il existe aussi des textes d'une certaine anthropologie qui la d&#233;fendent sur la base de donn&#233;es pr&#233;historiques. Almudena Hermando, par exemple, d&#233;veloppe dans son livre La fantasia de la individualidad une id&#233;e assez int&#233;ressante : le fait que les femmes restent dans les localit&#233;s o&#249; elles vivent et que les hommes s'en &#233;loignent a cr&#233;&#233; chez ceux-ci une sorte d'indiff&#233;rence envers la communaut&#233; et le soin, qui peut &#234;tre en partie &#224; l'origine des rapports patriarcaux. En tout, par-del&#224; ces apports, l'existence de l'&#233;co-matriarcat ant&#233;rieur est une id&#233;e assez contest&#233;e. Je ne dirais pas qu'il existe de toute &#233;vidence un &#233;co-matriarcat ant&#233;rieur et je ne d&#233;fendrais pas ce paradis auquel il faudrait revenir, entre autres parce que les processus historiques sont irr&#233;versibles et que l'on ne peut jamais revenir au pass&#233;. Je crois que c'est davantage une question de s'ajuster aux limites et de mettre les rapports au centre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Science et nature&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PBC : L'objectif basique de la science, comme l'a formul&#233; Bacon et qui continue aujourd'hui d'&#234;tre tacitement consid&#233;r&#233;, est de soumettre la nature et de la mettre au service des &#234;tres humains. &#171; La plan&#232;te doit &#234;tre au service de l'homme &#187;, disait textuellement Ana Botella,il y a cinq ans. (Ana Botella, membre du Parti populaire (PP). Elle a &#233;t&#233; maire de Madrid de 2011 &#224; 2015. Elle est par ailleurs l'&#233;pouse de Jos&#233; Mar&#237;a Aznar, pr&#233;sident du gouvernement espagnol de 1996 &#224; 2004.)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Oui&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Dans cette vision frapp&#233;e du sceau de la modernit&#233;, la science n'est pas seulement un instrument de pouvoir, mais quelque chose d'infaillible, neutre et non sujet &#224; des distorsions, fruit des id&#233;ologies ou des modes. L'&#233;co-f&#233;minisme se rebelle bien s&#251;r contre l'ab&#238;me ontologique qui pr&#233;tend s'interposer entre les &#234;tres humains et le reste du monde vivant, mais aussi contre cette vision baconienne, cart&#233;sienne, newtonienne de la science. La nature, clamez-vous, n'est pas un automate froid et pr&#233;visible, mais un gigantesque organisme vivant et, en grande partie, impr&#233;visible.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Avec Bacon, Descartes et Newton, on arrive &#224; concevoir la nature comme un automate qui fonctionne avec des lois m&#233;caniques d&#233;termin&#233;es. Bacon, Descartes et Newton sont des personnes extr&#234;mement religieuses, comme c'est normal &#224; l'&#233;poque, et con&#231;oivent l'&#234;tre humain pr&#232;s de Dieu et distanc&#233; de la nature pour avoir une raison, une intelligence, qui lui permettent de s'&#233;loigner du mat&#233;riel et de se rapprocher de ce dieu. Ils con&#231;oivent Dieu plut&#244;t comme architecte ou comme concepteur de la nature, non comme un intervenant constant, et l'homme comme le d&#233;positaire de cette machine qui est &#224; son service.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Descartes en arrive &#224; comparer les cris des animaux avec le bruit des gonds d'une machine en fonctionnement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Oui. Max Weber utilisa le concept de d&#233;senchantement du monde pour r&#233;sumer ce processus o&#249; l'on passe d'une vision m&#233;di&#233;vale et pr&#233;industrielle de la nature comme un r&#233;ceptacle de magie, qui &#233;tait imprescriptible et source de peur &#8211; et que par cons&#233;quent il fallait soigner ou respecter &#8211; &#224; cette autre vision m&#233;canique de la nature o&#249; l'on r&#233;duit toute la complexit&#233; du vivant aux relations cause-effet et o&#249; l'on arrive &#224; croire que la m&#234;me action g&#233;n&#232;re toujours le m&#234;me effet dans la nature, quand ce qui se passe dans les syst&#232;mes complexes, dans les syst&#232;mes vivants, c'est qu'op&#232;rent plus de relations que les relations cause-effet. Ces relations sont pr&#233;sentes, tout comme le sont les synergies, les r&#233;alimentations positives et n&#233;gatives&#8230; La nature est un entourage o&#249; intervient une infinit&#233; de variables qui ne r&#233;pondent pas toujours de la m&#234;me mani&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : La science nous sert &#224; comprendre la logique de la mort, mais pas celle du vivant, dit Ren&#233; Passet.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Il le dit dans L'&#233;conomique et le vivant, et c'est quelque chose qui a suscit&#233; beaucoup mon attention quand je l'ai lu. Le message, c'est que dans le vivant il y a des parts d'incertitude et d'impr&#233;visibilit&#233; qu'on ne peut &#233;viter. Gregory Bateson utilisait une sc&#232;ne d'Alice au pays des merveilles, qui refl&#232;te tr&#232;s bien cela : quand Alice arrive au terrain de croquet de la Reine des C&#339;urs, Alice conna&#238;t ph&#233;nom&#233;nalement les r&#232;gles du jeu, elle sait parfaitement comment fonctionne une partie de croquet, mais l&#224; les cerceaux sont les soldats de la Reine des C&#339;urs, le b&#226;ton qu'on donne &#224; Alice pour frapper la balle est un flamenco et la balle est un h&#233;risson. Par cons&#233;quent, quand Alice tente d'appliquer ses r&#232;gles au camp de la Reine des C&#339;urs, le b&#226;ton bouge et ne donne pas la balle avec le bec, le h&#233;risson bouge &#233;galement et les soldats vont changer la configuration des cercles, et les r&#232;gles qu'elle a ne lui servent pas beaucoup. Cela se passe parfois avec la nature. A certains moments, des effets de seuil sont surmont&#233;s et la nature commence &#224; s'auto-organiser et cesse de fonctionner comme on croit qu'elle devrait le faire. C'est de la science, non de la sorcellerie. De fait, &#224; l'int&#233;rieur de la science elle-m&#234;me, d&#233;j&#224; aux d&#233;buts du XXe si&#232;cle, on a commenc&#233; &#224; contester cette vision m&#233;canique de la science pour mettre en &#233;vidence que les lois de la m&#233;canique &#233;taient parfaites pour une quantit&#233; de processus manufacturiers, mais qu'elles ne servaient pas pour expliquer la complexit&#233; du vivant. La physique, la thermodynamique et l'&#233;cologie ont mis en &#233;vidence que le monde, l'univers, la nature ne fonctionnaient pas selon cette logique et des approches surgies de la science, comme la science post-normale ou l'approche des syst&#232;mes ont permis de formuler des propositions alternatives. Maintenant, aucun physicien ne te dirait que la nature fonctionne d'une mani&#232;re exclusivement m&#233;canique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Dans une certaine mesure, la vision m&#233;di&#233;vale de la nature &#233;tait, d'une mani&#232;re instinctive, plus judicieuse que la moderne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;YH : Effectivement, la science du XXe si&#232;cle a montr&#233; avec l'&#233;cologie et les lois de la thermodynamique que la vision de la nature &#224; l'&#233;poque m&#233;di&#233;vale, avec cette part d'impr&#233;visibilit&#233;, d'incertitude, de myst&#232;re, &#233;tait d'une certaine mani&#232;re plus certaine que l'actuelle. Cette impr&#233;visibilit&#233;, cette incertitude &#233;taient r&#233;elles, par-del&#224; le langage plus propre de la magie ou de la superstition, utilis&#233;e par les hommes du Moyen &#194;ge pour faire allusion. Elles n'&#233;taient pas incompatibles avec la science.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
PBC : Quand cette vision de la science et de la nature commen&#231;a d'appara&#238;tre aux XVIe et XVIIIe si&#232;cles, elle a a suscit&#233; des r&#233;sistances tr&#232;s curieuses et tr&#232;s oubli&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
YH : Des r&#233;sistances tr&#232;s int&#233;ressantes se sont produites. Par exemple le romantisme, qui fut tout un mouvement de r&#233;sistance contre la vision de la nature selon les Lumi&#232;res. Condorcet, l'un des philosophes des Lumi&#232;res, parlait de la Terre comme de &#171; cette cruelle mar&#226;tre &#224; laquelle nous avons &#233;t&#233; rendus &#187;. Face &#224; cela, le romantisme refuse de renoncer &#224; l'id&#233;e de la nature comme un espace de vie et de myst&#232;re, et avertit m&#234;me, d'une mani&#232;re r&#233;ellement pionni&#232;re, des risques de la technologie. Le Frankenstein de Mary Shelley, par exemple, est un avis tr&#232;s clair sur le fait qu'en jouant avec le vivant les choses peuvent mal se terminer. Un autre ph&#233;nom&#232;ne significatif est le mouvement contre la vivisection des animaux, qui se produit au XVIIIe si&#232;cle et qui vient surtout des femmes des Lumi&#232;res. C'est un mouvement tr&#232;s curieux, parce qu'aujourd'hui une grande partie du mouvement animaliste est constitu&#233; par des femmes. Leur pr&#233;sence dans l'animalisme est &#233;crasante.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Cela ne semble-t-il pas un argument en faveur du f&#233;minisme essentialiste ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Il peut sembler que oui, mais de nombreuses auteures estiment qu'&#224; partir de la subalternit&#233;, de la subordination, il est plus facile d'&#234;tre sensible &#224; la souffrance et d'&#234;tre en attente de l'autre soumis. Ce n'est pas tellement le fait de ressentir un lien essentiel mystique avec l'animal, ta propre subordination te fait d&#233;velopper davantage cette &#233;thique du soin, cette pulsion de te prendre en charge ou d'&#234;tre attentif &#224; l'autre. D'autre part, il y a aussi un processus &#233;ducatif par lequel les r&#244;les se s&#233;parent. Les femmes re&#231;oivent une &#233;ducation qui nous m&#232;ne &#224; &#234;tre plus attentives &#224; la souffrance. Les enfants, tr&#232;s petits, sont beaucoup plus capables que les adultes de percevoir m&#234;me l'inanim&#233; comme quelque chose de vivant. L'&#233;ducation re&#231;ue assigne ensuite aux femmes le r&#244;le des soins et inocule aux hommes la pulsion capitaliste du toujours plus.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Parvenir &#224; une soci&#233;t&#233; &#233;co-f&#233;ministe supposerait-il de payer le prix de renoncer au progr&#232;s technologiques et scientifique ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Cela supposerait d'avancer vers un autre mod&#232;le de progr&#232;s et par cons&#233;quent probablement vers une autre technologie. L'id&#233;e de progr&#232;s ancr&#233;e dans la modernit&#233;, ce r&#234;ve de vivre &#233;mancip&#233;s de la nature et des personnes, doit &#234;tre compl&#232;tement repens&#233;e pour que les 7 milliards de personnes existant aujourd'hui sur cette plan&#232;te soient capables de construire une vie bonne et &#233;quitable, adapt&#233;e aux limites que nous avons. Pour moi, progresser consisterait &#224; avancer dans cette ligne, et dans cette ligne il manque la technologie, mais ce doit &#234;tre une technologie diff&#233;rente qui ait comme objectif principal de pr&#233;server au maximum la nature et g&#233;n&#233;rer le plus grand bien-&#234;tre possible pour les personnes. Je crois que de nombreuses &#171; avances &#187; que nous avons faites ne peuvent pas pr&#233;sum&#233;es d'&#234;tre pens&#233;es et organis&#233;es pour g&#233;n&#233;rer le bien-&#234;tre, la justice et l'&#233;quit&#233;, ni ensuite de se pr&#233;occuper de veiller &#224; ce que la plan&#232;te qui accueille puisse continuer d'exister dans quelques centaines d'ann&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Prenons un exemple concret : dans cette soci&#233;t&#233; &#233;co-f&#233;ministe, y aurait-il la place pour envoyer une sonde faire des photos de Pluton ? Devrions-nous renoncer &#224; quelque chose d'aussi fascinant que l'exploration de l'espace, en vertu du principe de ne pas mettre en marche des technologies n'ayant pas une r&#233;percussion directe sur le bien-&#234;tre des personnes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Dans cette soci&#233;t&#233;, nous devrions penser que nous avons plut&#244;t besoin du co&#251;t &#233;nerg&#233;tique et de la consommation de min&#233;raux pour la construction et l'envoi de cette sonde sur Pluton, pour transiter vers un mod&#232;le bas&#233; sur les &#233;nergies renouvelables qui couvre toutes les personnes de la plan&#232;te. Dans un moment comme celui-ci, o&#249; les limites physiques de la plan&#232;te sont d&#233;j&#224; si d&#233;grad&#233;es, o&#249; chaque usage mat&#233;riel que nous voulons faire est en comp&#233;tition avec d'autres usages, nous devons penser si l'envoi de la sonde sur Pluton entre ou non en contradiction avec les besoins qu'il faut couvrir pour toutes les personnes, en tenant compte, en outre, que la plan&#232;te doit continuer &#224; se r&#233;g&#233;n&#233;rer. Certes, nous avons aujourd'hui m&#234;me une plan&#232;te entour&#233;e de ferraille qui tombe de temps en temps dans les champs d'Albacete (une province du Sud-Est de l'Espagne) (rires). R&#233;cemment, j'ai lu dans un article qu'une bonne partie de ce qui l'on envoie dans l'espace &#224; un co&#251;t majeur doit &#234;tre recouvr&#233;, afin que, s'il se cogne &#224; l'un des d&#233;chets que nous avons envoy&#233; dans ce m&#234;me espace, il puisse se maintenir. Nous sommes en train de transformer la plan&#232;te en une sorte de prison pour avoir une science et une technologie au service d'un capitalisme, dont la proposition maximum est de faire des b&#233;n&#233;fices et non une science et une technologie au service de l'ensemble de la vie.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : La vision m&#233;caniste de la science pr&#244;n&#233;e par Bacon n'&#233;tait pas seulement une erreur, mais aussi une superstructure tr&#232;s utile au capitalisme, ce qui explique sa survie bien apr&#232;s qu'elle ait &#233;t&#233; discr&#233;dit&#233;e par la science elle-m&#234;me.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Elle fut tr&#232;s fonctionnelle &#224; la naissance du capitalisme et du processus industriel. Et elle survit, bien qu'&#233;tant d&#233;j&#224; contest&#233;e par la physique, parce que cette fonctionnalit&#233; a donn&#233; une &#233;norme l&#233;gitimit&#233; sociale et parce que, lorsque l'id&#233;e selon laquelle l'application de la m&#233;thode scientifique peut interpr&#233;ter le monde d'une fa&#231;on objective, elle a transform&#233; la science en quelque chose d'incontestable.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : En une sorte de religion.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : En fait, je crois que le capitalisme, surtout dans sa dimension et son approfondissement n&#233;o-lib&#233;ral, est une religion : toute une conception de vie avec une s&#233;rie de principes sacr&#233;s la comp&#233;titivit&#233; la propri&#233;t&#233; -, que tu trouves maintenant inocul&#233;s non seulement dans le march&#233;, mais dans la politique et y compris dans les formes de rapports entre les personnes. La propre logique capitaliste d'organisation de l'&#233;conomie se transforme en une anthropologie : elle finit par fabriquer un type de personne tr&#232;s fonctionnel, tout comme ce que la science fabrique est fonctionnel. Attention, il me semble que la science est absolument n&#233;cessaire. En partant d'elle, nous pouvons savoir qu'il existe un changement climatique et quels sont les taux de retour des sources &#233;nerg&#233;tiques que nous avons. Il me semble que la science est absolument essentielle, mais il faut l'accompagner d'une autre vision comprenant que la nature n'est pas une machine.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Repatriarcalisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PBC : Pour en venir &#224; la partie f&#233;ministe de l'&#233;co-f&#233;minisme, vous soutenez que ce processus de soumission de la nature fut accompagn&#233; d'un autre processus de soumission des femmes ; que la soumission des femmes n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne imm&#233;moriel, mais d'implantation relativement r&#233;cente qui fut men&#233; de mani&#232;re violente et qui rencontra, comme la soumission de la nature, des r&#233;sistances diverses.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Je ne dirais pas que la soumission des femmes remonte &#224; l'&#232;re moderne : si on lit la litt&#233;rature antique, en commen&#231;ant par la Bible ou les textes de Platon et d'Aristote, on voit qu'alors le patriarcat existait d&#233;j&#224; et qu'il existait depuis tr&#232;s longtemps. Il est certain, et tu le vois dans des textes sur l'anthropologie de la famille &#8211; comme ceux de Martine Segalen -, que dans le mode de production pr&#233;-industriel, malgr&#233; une division sexuelle du travail, il n'existait pas une conception si absolument d&#233;valoris&#233;e de la part du travail fait par les femmes. La maison, l'ambiance domestique, comme cadre de production, d&#233;veloppait des t&#226;ches diff&#233;rentes, mais &#233;galement consid&#233;r&#233;es comme importantes pour obtenir et couvrir les biens et services n&#233;cessaires pour maintenir la vie. Il n'y avait pas une s&#233;paration aussi stricte entre ce que nous appelons aujourd'hui la production et la reproduction. La production &#233;tant ce qui se refl&#232;te sur le march&#233;. Il n'existait pas une si grande diff&#233;rence. Des auteures comme Silvia Federici et quelques &#233;tudes de m&#233;di&#233;vistes signalent l'existence tout au long du Moyen &#194;ge de certains processus o&#249; des femmes jouaient un r&#244;le important : il s'agissait souvent de veuves ou de c&#233;libataires, parfois prot&#233;g&#233;es par la vie dans des couvents ou des contextes de vies communes similaires, qui ont bas&#233; en bonne partie cette force, cette ind&#233;pendance, sur la connaissance de la nature et qui sont parvenues &#224; certains niveaux de contr&#244;le de la reproduction gr&#226;ce &#224; des pratiques abortives ou contraceptives.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Silvia Federici interpr&#232;te les chasses aux sorci&#232;res de la fin du Moyen &#194;ge et des d&#233;buts de la modernit&#233; comme une attaque structurelle &#224; cette ind&#233;pendance.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Silvia Federici signale que la r&#233;volution industrielle et les premi&#232;res naissances de la science moderne co&#239;ncident avec la p&#233;riode o&#249;, en Europe, furent br&#251;l&#233;es le plus grand nombre de sorci&#232;res. Nous avons toujours v&#233;cu ce processus comme un ph&#233;nom&#232;ne religieux, mais la majorit&#233; de ces jugements &#233;taient des jugements civils. De nombreuses femmes seules, veuves, fortes, furent br&#251;l&#233;es sous l'accusation de sorcellerie, et Silvia Federici signale que ce n'est point un hasard si la naissance de la science et de l'industrialisation, n&#233;cessitant une quantit&#233; &#233;norme de main-d'&#339;uvre, co&#239;ncide avec les b&#251;chers des sorci&#232;res et avec un moment o&#249; il y avait tr&#232;s peu de population en Europe en raison des grandes pestes et o&#249; de nombreuses femmes, qui avaient vu mourir lors de ces grandes &#233;pid&#233;mies tous leurs enfants, ressentaient un refus &#233;norme &#224; continuer d'avoir des enfants pour les voir mourir.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Ces femmes avortaient les enfants, dont le capitalisme naissant avait besoin pour remplir ses brillantes fabriques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Clairement. Alors, le capitalisme criminalise ces femmes en les accusant d'&#234;tre des sorci&#232;res s&#233;questrant les enfants ; il stigmatise celles qui, comme accoucheuses, aident &#224; accoucher, mais aussi &#224; avorter, et m&#233;dicalise la grossesse et l'accouchement pour les contr&#244;ler directement. Silvia Federici d&#233;fend l'id&#233;e que ce moment d'accumulation originelle fut le processus de cl&#244;ture et de prol&#233;tarisation des personnes d&#233;crit par Marx, mais aussi un processus de soumission et de violence contre les femmes. Elle affirme aussi que ce processus s'est r&#233;p&#233;t&#233; lors de tous les nouveaux processus d'accumulation originelle, ce que David Harvey d&#233;nomme maintenant l'accumulation par d&#233;possession. Nous le voyons dans l'Etat espagnol, en ce moment des politiques d'ajustement structurel, que nous avons d&#233;nomm&#233; aust&#233;ricide et que Rajoy (pr&#233;sident actuel d'Espagne, membre du parti de droite PP) appelle horriblement aust&#233;rit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Une jolie parole, parce que c'est le nom d'une vertu essentielle, mise au service d'une fin ex&#233;crable.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Bien s&#251;r, l'aust&#233;rit&#233; est une valeur importante dans un monde physiquement limit&#233;, mais ce que Rajoy appelle aust&#233;rit&#233; signifie se r&#233;signer &#224; la spoliation. Ces politiques ont &#233;t&#233; bien s&#251;r accompagn&#233;es, comme toujours, par une recrudescence de cette soumission et de cette criminalisation des femmes. C'est un moment o&#249; l'on tente de r&#233;g&#233;n&#233;rer les taux de profit du capital, o&#249; la fameuse r&#233;cup&#233;ration n'est rien d'autre qu'un processus d'extractivisme social, c'est-&#224;-dire l'extraction jusqu'&#224; la derni&#232;re goutte des ressources publiques existantes pour mettre au service de cette r&#233;cup&#233;ration du capital tout le travail du soin et de la reproduction de la vie &#8211; que l'on ne peut pas cesser de faire, mais qui ne se finance plus par l'argent public -, toute cette pr&#233;carit&#233; g&#233;n&#233;r&#233;e par les processus d'exclusion, avec des millions de personnes en situation de ch&#244;mage et y compris des travailleurs et des travailleurs ayant un salaire, mais ne cessant pas d'&#234;tre pauvres parce leurs conditions de travail g&#233;n&#232;rent la pauvret&#233; et l'exclusion. Toute cette pr&#233;carit&#233; de vie se r&#233;percute dans les foyers, dans la famille &#8211;qui est un peu la grande corporation du patriarcat, parce qu'&#224; l'int&#233;rieur de la famille les rapports ne sont pas &#233;gaux. Majoritairement, les femmes assument par leur travail une bonne partie de ce qui &#233;tait auparavant assur&#233; par les services publics. Je ne sais pas ce qu'il en est dans les Asturies, mais &#224; Madrid beaucoup de gens sortent leurs grands-parents des foyers parce qu'il leur manque la pension pour l'&#233;conomie domestique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Oui, &#231;a se passe aussi dans les Asturies.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : C'est terrible. Alors tout cela se passe &#224; l'int&#233;rieur de la maison et, outre que de nombreuses maisons commencent &#224; devenir une poudri&#232;re de rapports tendus avec les r&#233;sultats que nous connaissons, il y a une augmentation de la pression &#233;norme sur le temps de travail et sur l'angoisse des femmes. Cela se passe en m&#234;me temps qu'apparaissent ces discours essentialistes tapant sur l'&#233;paule des femmes : &#171; Ouf, dans un foyer o&#249; il y a une femme ou une ma&#238;tresse de maison, nous savons que l'on va toujours se pr&#233;occuper des enfants ou des personnes &#226;g&#233;es &#187;. Ce discours, cette logique du devoir ou de l'imposition de l'amour, du soin, comme signe de vie, agit symboliquement comme un m&#233;canisme oppresseur, qui tombe &#224; pic. Et on criminalise, d'autre part, celles qui se rebellent et ne veulent pas assumer cette charge toutes seules : la Conf&#233;rence &#233;piscopale surgit, avec Rouca Varela &#224; sa t&#234;te, pour d&#233;noncer l'id&#233;ologie de genre comme si c'&#233;tait l'id&#233;ologie des nouvelles sorci&#232;res ou parle de f&#233;minazies (f&#233;ministes nazis), quand des femmes disent qu'elles veulent d&#233;cider elles-m&#234;mes d'&#234;tre souveraines de leur propre reproduction.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : A votre avis, se produit-il alors un processus de resoumission, de repatriarcalisation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Je ne dirais pas que ce processus est en cours, mais je crois qu'il y a des tentatives en ce sens. C'est l&#224; une &#233;norme r&#233;sistance des femmes. Je crois que, ces derni&#232;res ann&#233;es, l'un des mouvements qui a le plus rajeuni et qui s'est renforc&#233; comme mouvement social est le f&#233;minisme. De tous les mouvements classiques, le f&#233;minisme a &#233;t&#233; le plus capable de se r&#233;g&#233;n&#233;rer et d'incorporer des jeunes.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Les travaux de soin et de soutien quotidien de la vie que les femmes remplissaient avant leur sortie du foyer gr&#226;ce aux conqu&#234;tes du mouvement f&#233;ministe, et qui sont absolument fondamentales, ne furent ni r&#233;parties dans toute la soci&#233;t&#233; ni r&#233;mun&#233;r&#233;es, mais en grande partie ont cess&#233; d'&#234;tre faites par manque de temps.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Le probl&#232;me, c'est que, dans le monde occidental, les femmes sont arriv&#233;es &#224; une situation o&#249; on leur reconna&#238;t des droits sociaux et &#233;conomiques, l'emploi r&#233;mun&#233;r&#233;, mais cela fait qu'il y a moins de temps pour faire le reste&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Pour compliquer encore davantage les choses, le vieillissement de la population et les avanc&#233;es m&#233;dicales font qu'il y a plus de personnes vuln&#233;rables et pour une plus longue dur&#233;e. C'est-&#224;-dire qu'il y a moins de temps pour plus de soins.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Oui. La pyramide de la population s'est invers&#233;e et des personnes se retrouvent dans des situations d'&#233;norme vuln&#233;rabilit&#233;. Je le disais &#224; quelqu'un qui passe dans un asile de vieillards. Dans plusieurs cas, c'est terrible : des &#233;tages entiers de personnes qui ne peuvent plus rien faire par elles-m&#234;mes. Et il y a plus : le mod&#232;le de ville que nous avons par exemple, o&#249; nous vivons dans un endroit, nous travaillons dans un autre et la maison des parents dont nous devons aller nous occuper se trouve dans un troisi&#232;me. Nous passons beaucoup de temps pour aller d'un endroit &#224; l'autre. Je crois que nous allons nous retrouver avec un probl&#232;me important dans tr&#232;s peu de temps. Si tu regardes, dans l'Etat espagnol, la quantit&#233; de ch&#244;meurs existants et ce que l'on appelle r&#233;cup&#233;ration &#233;conomique, quelques emplois o&#249; on paye les gens 600-700 euros, tu ne peux &#233;viter de te demander comment, avec ces bases de cotisation, nous allons pouvoir financer de mani&#232;re publique, collective et solidaire les soins de toutes ces personnes. De plus, auparavant, dans la g&#233;n&#233;ration de nos parents, il y avait plus d'enfants et il n'&#233;tait pas rare d'avoir six ou sept fr&#232;res/s&#339;urs pour s'occuper des parents, m&#234;me si les s&#339;urs s'en occupaient davantage ; mais dans notre g&#233;n&#233;ration, ceux qui ont des enfants en ont un ou deux et de plus les mod&#232;les familiaux ont chang&#233; totalement : les parents se s&#233;parent, de nouveaux couples se forment, etc. D'autre part, il y a aussi des processus d'&#233;mancipation et de r&#233;bellion des femmes qui, en toute l&#233;gitimit&#233;, se refusent &#224; assumer ces soins toutes seules. Il en r&#233;sulte que, pour divers facteurs, nous sommes face &#224; un probl&#232;me structurel impressionnant. Il faut repenser compl&#232;tement le mod&#232;le de soutien public pour que celui-ci continue d'&#234;tre viable.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Deux figures curieuses sont apparues comme cons&#233;quence de cet abandon, faute de temps, des soins et des t&#226;ches domestiques : celle des grands-parents esclaves et celle des employ&#233;es domestiques, quasi toujours des femmes, immigr&#233;es venues de pays pauvres et mal pay&#233;es. Finalement, la lib&#233;ration des femmes a consist&#233; &#224; lib&#233;rer les unes au prix de l'esclavage des autres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : A la base, le probl&#232;me r&#233;side dans le fait que, majoritairement, les hommes n'ont pas assum&#233; la r&#233;ciprocit&#233; dans les t&#226;ches de soins, par cons&#233;quent cette t&#226;che continue &#224; reposer majoritairement sur les &#233;paules des femmes. Raison pour laquelle, tout comme l'on parlait de la dette &#233;cologique comme la dette contract&#233;e envers les pays de la p&#233;riph&#233;rie pour l'usage in&#233;gal des ressources, pour la destruction et la cr&#233;ation in&#233;gale de r&#233;sidus, on pourrait parler aussi &#8211; par m&#233;taphore, car c'est difficile &#224; comptabiliser &#8211; d'une sorte de dette de civilisation ou de soins contract&#233;e par la majeure partie des hommes envers les femmes, en raison de l'&#233;norme in&#233;galit&#233; dans la contribution &#224; cette t&#226;che basique. La situation, c'est que des femmes ont des familles pouvant les aider et alors se produit un processus qui a toujours exist&#233; : la r&#233;partition des soins. La diff&#233;rence, c'est qu'auparavant cette r&#233;partition se faisait dans des r&#233;seaux communautaires, de voisins ou de famille &#233;largie, o&#249; il &#233;tait plus facile de l'organiser. Maintenant, le mod&#232;le de famille nucl&#233;aire rend tr&#232;s difficile cette r&#233;partition et, par cons&#233;quent, est apparu le syndrome des grand-m&#232;res esclaves. Et, ensuite, il y a un autre m&#233;canisme de r&#233;partition qui a davantage &#224; voir avec la classe et qui consiste &#224; ce que des femmes en paient d'autres pour effectuer ces t&#226;ches. C'est aussi une vieille histoire : le travail domestique pay&#233; fut toujours un travail d'&#233;migr&#233;es, il fut d'abord effectu&#233; par les femmes qui &#233;migraient de la campagne vers la ville et post&#233;rieurement il le fut par l'&#233;migration transnationale. Mais, curieusement, si tu regardes d'o&#249; viennent les mati&#232;res premi&#232;res qui soutiennent le m&#233;tabolisme &#233;conomique dans l'Etat espagnol ou dans un autre pays riche, et que tu regardes ensuite d'o&#249; viennent les femmes qui donnent les soins, tu constates qu'il s'agit exactement des m&#234;mes pays.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Nous absorbons les femmes boliviennes comme nous absorbons les ressources boliviennes. Les femmes sont une ressource suppl&#233;mentaire &#224; extraire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Exactement. Il y a un transfert absolument in&#233;gal en termes tant d'&#233;cod&#233;pendance que d'interd&#233;pendance.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Peut-on dire que le syst&#232;me ant&#233;rieur de la division de sph&#232;res entre les hommes et les femmes, bien qu'&#233;videmment injuste, &#233;tait plus harmonieux et que l'actuel, par-del&#224; les apparences, est moins harmonieux sans &#234;tre parvenu &#224; &#234;tre plus juste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Le syst&#232;me ant&#233;rieur &#233;tait clairement injuste, mais il avait l'avantage de fonctionner. Il &#233;tait injuste parce qu'il fonctionnait gr&#226;ce &#224; la soumission des femmes, mais il permettait de reproduire l'existence quotidienne, pour le dire ainsi. Ce qui se passe actuellement, c'est que nous sommes arriv&#233;s aux limites o&#249; l'existence quotidienne ne peut pas se reproduire : le syst&#232;me continue d'&#234;tre injuste, mais en plus il ne fonctionne pas.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Quelles voies par parvenir &#224; un syst&#232;me qui inclut les deux choses : juste pour les femmes et harmonieux pour tous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; YH : La r&#233;organisation du temps des personnes. Tout comme l'on fait des politiques &#233;conomiques, nous devrions faire des politiques du territoire et des politiques des temps que l'on passe pour repenser tout le temps de l'emploi r&#233;mun&#233;r&#233; : r&#233;duction des journ&#233;es de travail, r&#233;organisation des permis, des possibilit&#233;s d'exc&#233;dent&#8230; On pourrait m&#234;me &#234;tre un peu exp&#233;ditif dans le sens : des permis de paternit&#233; obligatoires. Que tu ne puisses pas t'y soustraire. A la base, il est important d'avoir des services publics et socio-communautaires, mais les services existants doivent &#234;tre aussi repens&#233;s, parce que je ne sais pas s'ils sont les plus ad&#233;quats, mais ils sont fondamentaux pour ne pas laisser le th&#232;me de la r&#233;partition du travail et des soins &#224; la logique que peut assumer les familles, o&#249; les rapports de pouvoir sont absolument in&#233;gaux et nous n'avons pas la certitude qu'ils cessent de l'&#234;tre, quelles que soient les nombreuses d&#233;clarations faites &#224; ce propos. Le droit &#224; &#234;tre soign&#233; quand on se trouve dans une situation de vuln&#233;rabilit&#233; est un droit basique, tout comme celui de ne pas soigner une personne d&#233;termin&#233;e. Tu dois contribuer au soin en termes de r&#233;ciprocit&#233;, parce que toi-m&#234;me tu ne peux pas vivre sans lui, mais la logique familiale impose aux femmes l'obligation de soigner leur propre entourage, et parfois les relations familiales sont tr&#232;s compliqu&#233;es. Tu peux te retrouver &#224; soigner ton agresseur ou les personnes qui t'ont g&#226;ch&#233; la vie.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Production et reproduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PBC : En plus de promouvoir une nouvelle conception de la science, le capitalisme a aussi transform&#233; &#224; sa convenance le concept de travail. Cela a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; effleur&#233;, mais qu'est-ce que le travail pour le syst&#232;me actuel et qu'est-ce que le travail pour une &#233;co-f&#233;ministe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : L'&#233;co-f&#233;minisme s'est nourri de ce que le mouvement f&#233;ministe a toujours pr&#244;n&#233;. Au sein du mod&#232;le capitaliste, le travail se fait en &#233;change d'un salaire, c'est-&#224;-dire qu'il se refl&#232;te dans les comptes mon&#233;taires du syst&#232;me, de l'Etat. Cela donne lieu &#224; des paradoxes curieux : chanter, parce tu aimes chanter avec la chorale de ton quartier, n'est pas un travail ; mais quand tu le fais en &#233;tant pay&#233; sur une sc&#232;ne, dans un gala, c'est un travail. Un footballeur travaille, mais si tu fais exactement la m&#234;me activit&#233; en jouant avec tes coll&#232;gues, &#224; la fin de la semaine, ce n'est pas un travail. Il y a encore plus paradoxal : si tu es employ&#233;e domestique et que tu vas chaque jour t'occuper d'un vieillard ou d'une maison, tu travailles ; mais les personnes faisant la m&#234;me chose dans leur foyer en &#233;tant disponibles 24 heures sur 24, sept jours par semaine, trois cent soixante cinq jours par an, sont consid&#233;r&#233;es comme des personnes inactives par l'enqu&#234;te sur la population active. Quand nous nous organisons dans une assembl&#233;e de quartier pour am&#233;liorer ou pour cr&#233;er un centre social qui propose des activit&#233;s culturelles dans ce quartier, ce n'est pas consid&#233;r&#233; comme un travail. Si une entreprise priv&#233;e organise les m&#234;mes activit&#233;s culturelles dans un centre public, c'est du travail.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Il se produit quelque chose de pareil avec le concept de production&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Oui, on appelle production ce qui trouve place sur le march&#233; et l'autre aspect, consid&#233;r&#233; comme totalement s&#233;par&#233;, est appel&#233; reproduction. De la m&#234;me mani&#232;re, nous appelons travail exclusivement l'emploi et l'autre, toute cette quantit&#233; de travail que suppose le soin quotidien de la vie, en arrive &#224; ne pas avoir de nom et n'a pas de valeur. Attention, je ne dis pas qu'il faut reconna&#238;tre la valeur de ce soin quotidien de la vie en termes mon&#233;taires. Ce que nous disons, c'est qu'il faut avoir une autre s&#233;rie d'indicateurs &#224; crit&#232;res multiples, en plus des crit&#232;res &#233;conomiques, pour valoriser ces apports ; qu'il faut abandonner cette mani&#232;re ultra-comptable et ultra-capitaliste de comprendre la vie.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Dans une conf&#233;rence donn&#233;e il y a deux ans, vous pr&#233;sentiez un exemple bien plus &#233;loquents que ceux mentionn&#233;s auparavant de ce que le syst&#232;me capitaliste comprend par travail : celui de l'amiante&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : C'est un exemple assez curieux. Il y eut une s&#233;rie de d&#233;nonciations faites par des travailleuses, devenues malades dans des fabriques travaillant avec de l'amiante. Dans l'Etat espagnol, tous les jugements furent gagn&#233;s en premi&#232;re instance, sauf un : les femmes devenues malades parce qu'elles lavaient les habits de leurs maris. Le mari rentrait avec ses habits pleins de poudre d'amiante, les femmes secouaient ces habits &#224; la maison, inhalaient toute cette poudre et devenaient aussi malades. Cette d&#233;nonciation fut perdue parce qu'il n'y avait pas un lien clair de travail entre la femme et le mari. En deuxi&#232;me instance, le jugement fut gagn&#233; et la responsabilit&#233; de l'entreprise fut aussi reconnue, car l'entreprise aurait d&#251; avoir un service de lessive qui se serait occup&#233; de ce nettoyage, au lieu de faire ce que font toujours les entreprises : d&#233;l&#233;guer ce travail, cette partie de fin du cycle productif, aux foyers familiaux, en se d&#233;sint&#233;ressant de tout ce qui est n&#233;cessaire pour que le travailleur se r&#233;g&#233;n&#232;re et revienne le jour suivant au travail dans les m&#234;mes conditions.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : De la m&#234;me mani&#232;re qu'il con&#231;oit la nature comme un automate froid et pr&#233;visible, le syst&#232;me consid&#232;re aussi les travailleurs, les &#234;tres humains en g&#233;n&#233;ral, comme des &#234;tres bio-rythmiquement monocordes, qui vont chaque jour &#224; leur poste de travail, lav&#233;s et repass&#233;s.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Aux d&#233;buts de l'industrialisation, tout comme on m&#233;canisait la nature, on m&#233;canisait le corps, con&#231;u comme la partie naturelle de l'&#234;tre humain, oppos&#233;e &#224; l'esprit ou &#224; la raison ; et cette m&#233;canisation du corps convenait tr&#232;s bien au processus industriel, avec ses heures, ses r&#232;gles, ses horaires, ses cycles, ses machines. Dans cette organisation, dite scientifique, du travail, tu entres, tu sors et j'utilise en termes de machine vivante ce temps de travail que tu effectues comme si tu &#233;tais une machine, mais le reste de ta vie ne compte pas. Tout ce qui est n&#233;cessaire pour que tu reviennes au travail, le lendemain, nouveau et repos&#233; ne compte pas, bien qu'il fasse partie de mon propre processus productif. Il se produit une esp&#232;ce de vivisection, comme si l'&#234;tre humain &#233;tait partag&#233; entre une dimension qui est celle du travail, ce que nous appelons main-d'&#339;uvre, et une autre dimension compl&#232;tement d&#233;gag&#233;e de l'autre, qui s'occupe du temps de la vie. Je crois que c'est tr&#232;s pr&#233;sent dans notre soci&#233;t&#233;, o&#249; tant de gens bossent dans des choses qui ne les int&#233;ressent absolument pas et pour qui la vie est ce qu'ils font en dehors du travail, c'est-&#224;-dire ces heures d'ali&#233;nation auxquelles ils ne voient aucun sens mais qui leur donne le salaire dont ils ont besoin pour vivre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Cette vivisection g&#233;n&#232;re des d&#233;sajustements psychologiques terribles.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Terribles. Un auteur qui a une importance &#233;norme, Karl Polanyi, l'explique tr&#232;s bien dans La grande transformation : le processus industriel a g&#233;n&#233;r&#233; deux nouveaux march&#233;s qui, auparavant, n'existaient pas dans le mode de production domestique. Attention, je ne tente absolument pas d'essentialiser les modes de production antiques ; je veux dire que, dans le mode de production industriel, &#224; son moment initial, les terribles investissements faits dans la machinerie g&#233;n&#233;raient des cr&#233;dits et des b&#233;n&#233;fices pour les capitalistes qui investissaient toujours pour produire de mani&#232;re constante. Pour cela, on a besoin de deux entr&#233;es, deux inputs, basiques : les mati&#232;res premi&#232;res et la main-d'&#339;uvre. Ces deux march&#233;s, dit Polanyi, n'existaient pas auparavant, ou s'ils existaient, en fin de compte, les mati&#232;res premi&#232;res ne sont rien d'autre que la nature et la main-d'&#339;uvre n'est rien d'autre que des personnes. Pour peu que les mati&#232;res premi&#232;res soient vues comme d&#233;li&#233;es de la nature, ou que la main d'&#339;uvre soit vue comme d&#233;li&#233;e de l'ensemble des personnes, les mati&#232;res premi&#232;res et la main d'&#339;uvre ne cessent pas de faire partie de la nature et de la vie humaine. N&#233;anmoins, dans l'industrialisation, elles en sont arriv&#233;es &#224; &#234;tre con&#231;ues comme des marchandises. En termes marxistes, la marchandise est fabriqu&#233;e pour &#234;tre achet&#233;e ou vendue, mais la nature n'a pas &#233;t&#233; fabriqu&#233;e, elle n'est pas produite, et les &#234;tres humains d&#232;s lors n'ont pas &#233;t&#233; produits pour &#234;tre achet&#233;s ou vendus. Polanyi parle d'une mutation anthropologique dans la consid&#233;ration de la vie humaine et de la nature et annonce dans La grande transformation que cette mutation aura, avec le temps, des effets plus d&#233;vastateurs que n'importe quel fondamentalisme religieux.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Peut-on dire que l'&#233;co-f&#233;minisme, hormis de r&#233;agir contre le capitalisme et le n&#233;o-lib&#233;ralisme, le fait aussi dans une certaine mesure contre le marxisme et la gauche historique, qui s'abreuvent &#224; cette m&#234;me consid&#233;ration de la nature et de la science, abord&#233;es auparavant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Je ne le dirais pas ainsi. Je ne vis pas l'&#233;co-f&#233;minisme comme une r&#233;action d'opposition au marxisme : je me sens tr&#232;s d&#233;bitrice de toute l'analyse marxiste et il me semble que de nombreux &#233;l&#233;ments de celle-ci conservent une valeur absolue. Je crois que l'&#233;co-f&#233;minisme r&#233;forme et compl&#232;te le marxisme, et contredit aussi de nombreux postulats de Marx. Marx ne cesse pas d'&#234;tre un homme de son temps, imbu de la logique patriarcale et fascin&#233; par le d&#233;veloppement des forces productives et d'une technologie, dont on croyait qu'elles allaient permettre &#224; l'&#234;tre humain de vivre sans travailler. Il est prisonnier de cet optimisme technologique r&#233;gnant et qui fait partie de la connaissance &#233;clair&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : L'id&#233;e de l'homme nouveau, de l'homo sovieticus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Oui. Marx est prisonnier de cet optimisme et le marxisme qu'il fonde est aussi &#224; ses d&#233;buts et dans sa continuit&#233; prisonnier de cette id&#233;e de progr&#232;s illimit&#233;, de la vie comme une sorte de fil conducteur qui avance toujours et qui permettra d'arriver &#224; une situation o&#249; toutes ces utopies &#8211; l'homme nouveau pour Marx, mais le surhomme pour Nietzsche et pour beaucoup d'autres choses &#8211; deviendront finalement r&#233;alit&#233; dans un &#233;tat de quasi-perfection des &#234;tres humains. La thermodynamique, l'id&#233;e d'irr&#233;versibilit&#233;, le principe d'incertitude de Heisenberg et la propre id&#233;e de l'&#233;volution, non comme un processus avec une finalit&#233; mais comme un processus sans plus avec beaucoup de degr&#233;s d'incertitude, ont chang&#233; cette id&#233;e. De fait, des marxistes post&#233;rieurs &#8211; comme Manuel Sacrist&#225;n &#8211; ont fait des apports importants pour incorporer toute cette vision &#224; l'analyse marxiste. Cette vision et le marxisme ne sont pas incompatibles, et je crois plus au dialogue avec le marxisme qu'&#224; l'opposition &#224; celui-ci. Silvia Federici, par exemple, ne questionne pas, dans la critique qu'elle adresse au marxisme, la proposition de l'analyse de l'accumulation originelle, mais critique l'invisibilit&#233; de cet autre processus qui se produit en m&#234;me temps.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Une notion-cl&#233; dans la pens&#233;e &#233;cologiste, et par cons&#233;quence aussi dans la pens&#233;e f&#233;ministe, est celle du bien commun. Qu'est-ce que le bien commun ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Nous avons fait derni&#232;rement pas mal de virages, parce que c'est un &#233;l&#233;ment qui fait partie du changement d'analyse que de nombreux mouvements sociaux sont en train de mener maintenant. A la base, un bien commun est une ressource qui&#8230; Bon, ce n'est pas une ressource. Ressource est un mot assez anthropocentrique. Je reprends : &#224; la base, un bien commun est une source de vie, quelque chose n&#233;cessaire pour soutenir la vie et autour duquel existe une communaut&#233; qui s'organise pour l'administrer et le soigner. Cette nuance est importante, parce que je ne crois pas &#224; l'existence de biens communs en soi : l'eau est un bien commun ou pas, selon comment ce bien est institu&#233;. Si l'eau est privatis&#233;e, mise en bouteille, vendue et achet&#233;e, m&#234;me si &#233;thiquement il nous semble que c'est un bien, elle ne l'est pas. Je ne sais pas si je suis capable de bien expliquer cette nuance.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Le bien commun n'est pas l'eau, mais l'eau plus les pratiques communautaires &#233;tablies autour d'elle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Effectivement. L'eau fait partie de ce bien commun, tout comme tout le syst&#232;me d'organisation culturelle et politique existant pour qu'elle arrive &#224; tout le monde. Les biens deviennent communs au moment o&#249; il existe une communaut&#233; qui s'organise pour garantir leur bonne r&#233;partition et &#233;labore des normes et un syst&#232;me de sanctions. A quoi cela nous m&#232;ne-t-il ? A une id&#233;e qui suscite parfois des tensions y compris dans les mouvements alternatifs et de gauche, l'id&#233;e de la norme. Celle-ci est n&#233;cessaire pour que tout le monde vive et n&#233;anmoins est limit&#233;e par le fait de ne pas pouvoir en faire un usage illimit&#233;, et pour &#233;viter cet usage illimit&#233; le capital utilise la m&#233;diation de l'argent. Celui qui a de l'argent acc&#232;de &#224; ce bien, celui qui n'en a pas n'y acc&#232;de pas, telles en sont la r&#233;partition de l'organisation. Quand nous parlons &#224; partir de la logique du bien commun, la proposition est autre et, &#224; la base, il faut l'existence d'une communaut&#233; qui d&#233;finit collectivement comment s'organise cette ressource pour la faire arriver &#224; tout le monde et comme punir ceux qui pr&#233;tendent consommer beaucoup plus que ce &#224; quoi ils ont droit.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Ce qui est n&#233;cessaire &#224; la vie, &#233;tant limit&#233;, doit &#234;tre g&#233;r&#233; en commun.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Effectivement. G&#233;r&#233; en commun et non r&#233;parti dans le sens que chacun re&#231;oit un peu d'eau qui devient sa propri&#233;t&#233; individuelle, mais dans le sens que chacun ait la possibilit&#233; d'acc&#232;s &#224; l'eau. Par rapport &#224; celui, il y a un avis tr&#232;s curieux de Silvia Federici. Silvia Federici dit que, si tu y penses, les femmes ont &#233;t&#233; utilis&#233;es comme si elles &#233;taient un bien commun, pour satisfaire les soins &#224; l'existence de la vie. Les hommes s'approprient les femmes et tout le syst&#232;me de r&#232;gles permettant que ce bien parvienne &#224; tout le monde, ce sont les r&#232;gles du patriarcat. Elle le pose clairement comme une cl&#233; de d&#233;nonciation. Le bien commun est la capacit&#233; de soigner et il doit &#234;tre r&#233;parti d'une autre mani&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Une autre notion-cl&#233; : la d&#233;croissance. Au-del&#224; d'un amendement &#224; un syst&#232;me ne connaissant pas de limites sur une plan&#232;te physique qui en a, et qui a besoin d'une croissance permanente dans un univers qui ne le permet pas, qu'est-ce que la d&#233;croissance ? Comment pourrait-on la mettre en pratique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Avant tout, une pr&#233;cision : lorsque nous parlons de d&#233;croissance, cela concerne la sph&#232;re mat&#233;rielle de l'&#233;conomie. Ce qui doit d&#233;cro&#238;tre, c'est l'extraction de mat&#233;riels, de sources d'&#233;nergie finies, la destruction du sol fertile, etc. L'&#233;conomie doit d&#233;cro&#238;tre seulement en ce sens. Je le dis, parce que parfois certains secteurs d'entre nous ont commis l'erreur de parler de d&#233;croissance du PIB, de d&#233;croissance &#233;conomique sans plus, quand la critique que nous faisons, c'est que la hausse ou la baisse du PIB n'est pas si importante, tout comme le co&#251;t de la hausse ou de la baisse du produit int&#233;rieur brut. C'est-&#224;-dire si nous mettions tout &#224; coup au centre l'attention et le d&#233;veloppement des biens relationnels, le soin, la transition vers un mod&#232;le bas&#233;e sur les &#233;nergies renouvelables, etc., si cela g&#233;n&#233;rait une augmentation du PIB, ce ne serait pas pr&#233;occupant. La croissance du PIB n'est pr&#233;occupante que lorsqu'elle se produit au prix de la fabrication d'automobiles, de la croissance toujours plus grande de p&#233;trole, de la guerre&#8230; Nous disons que la sph&#232;re mat&#233;rielle de l'&#233;conomie doit d&#233;cro&#238;tre car sa d&#233;croissance est in&#233;vitable. Les &#233;cologistes ne le pr&#244;nent pas comme un but en soi, c'est une contrainte des limites physiques de la nature.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Elle d&#233;cro&#238;tra s&#251;rement et si cette d&#233;croissance n'est pas pacifique et progressive, elle sera brusque et violente.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : C'est clair. La d&#233;croissance n'est pas une option. Elle est d&#233;j&#224; l&#224;, et cette option consiste en ce que cette d&#233;croissance de la sph&#232;re mat&#233;rielle de l'&#233;conomie, c'est-&#224;-dire l'utilisation globale de moins d'&#233;nergie ou de moins de mat&#233;riaux, se fait d'une mani&#232;re fasciste. Je dis fasciste, parce que finalement chaque personne ou chaque collectif qui vit avec davantage de ressources que celles qui lui fournit son territoire, il le fait toujours au d&#233;triment d'autres territoires, en d&#233;poss&#233;dant ces territoires de leurs bien ou ces personnes des possibilit&#233;s de construire la vie. Quand Hitler disait que la race aryenne avait besoin d'un certain espace vital et que, si celui-ci ne se trouvait pas &#224; l'int&#233;rieur de ses fronti&#232;res, il devrait envahir d'autres pays pour l'obtenir ; ou quand Bush, en bombardant l'Irak ou l'Afghanistan, disait : &#171; Notre style de vie n'est pas n&#233;gociable &#187;, ce qu'il y a derri&#232;re ces deux phrases, c'&#233;tait l'opinion que certaines personnes m&#233;ritent d'avoir un style de vie d&#233;termin&#233;, m&#234;me sur le dos d'autres personnes. C'est du fascisme, et c'est vers cela que nous cheminons si nous ne r&#233;ussissons pas &#224; cr&#233;er un mouvement ou un courant d'opinion suffisamment grand pour forcer &#224; cette n&#233;cessaire et in&#233;vitable d&#233;croissance de la sph&#232;re mat&#233;rielle de l'&#233;conomie dans les endroits o&#249; l'on consomme le plus. Il faut atteindre un m&#233;tabolisme &#233;conomique qui puisse &#234;tre ajust&#233; aux limites de ce qu'il y a, et il faut y parvenir, car notre plan&#232;te a d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233; une bonne partie de ses dimensions mat&#233;rielles.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;La pointe de l'iceberg&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PBC : Vous aimez comparer le syst&#232;me capitaliste &#224; un iceberg&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Oui. Cette m&#233;taphore n'est pas mienne, mais &#224; diff&#233;rents moments &#8211; c'est curieux &#8211; l'&#233;conomie &#233;cologique et l'&#233;conomie f&#233;ministe l'ont formul&#233;e. Ces deux paradigmes de l'&#233;conomie critique ont utilis&#233; s&#233;par&#233;ment la m&#234;me m&#233;taphore, &#224; savoir que le syst&#232;me capitaliste peut &#234;tre expliqu&#233; par l'image d'un iceberg. Dans un iceberg, la partie qui flotte au-dessus de l'eau, la partie visible, est le plus petite, et il y a une partie &#233;norme que l'on ne voit pas. De la m&#234;me mani&#232;re, dans le mod&#232;le capitaliste, dans le mod&#232;le n&#233;o-lib&#233;ral, une petite partie se refl&#232;te dans les comptes &#233;conomiques, celle de l'emploi, ce qui s'ach&#232;te, ce qui se vend, la dette, la prime de risque, les actions, etc. Mais une autre est n&#233;cessaire pour faire exister et flotter la partie d'en haut et c'est une masse &#233;norme. Dans notre cas, cette partie serait l'extraction de mat&#233;riaux finis de la couche terrestre, son utilisation jusqu'&#224; l'alt&#233;ration compl&#232;te des cycles de la nature qui permettent de reproduire la vie et l'appropriation d'une quantit&#233; &#233;norme d'heures de travail effectu&#233;es dans les foyers. La production de vie, tant de vie humaine que de nature, est une pr&#233;-condition pour que la production capitaliste, qui a besoin de mati&#232;res premi&#232;res et de main d'&#339;uvre, puisse exister. C'est-&#224;-dire que n'existait pas cette production de vie pr&#233;alable&#8230; C'est comme l'infrastructure de l'infrastructure : si cette production de vie pr&#233;alable n'existait pas, l'existence de la production capitaliste serait impossible, et le capital ne pourrait en aucune mani&#232;re payer cette production de vie avec sa propre logique, parce qu'il ne peut pas la produire &#8211; on ne peut pas produire technologiquement &#8211; et, en termes &#233;conomiques, il ne serait pas possible de payer ce que co&#251;te la reproduction g&#233;n&#233;rationnelle de la main d'&#339;uvre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : En r&#233;alit&#233;, c'est une sorte de plus-value.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Oui, il g&#233;n&#232;re une sorte de plus-value en forme de temps libre que beaucoup d'hommes et quelques femmes s'approprient pour le mettre au service du march&#233;. Silvia Federici dit que cette appropriation du travail au sein du foyer ne cesse pas d'&#234;tre une forme sp&#233;cifique de lutte des classes, parce que cette plus-value est appropri&#233;e pour la mettre au service du capital.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : R&#233;mun&#233;rer le travail domestique, comme je crois que cela se passe dans certains pays scandinaves, n'est-ce pas une option pour l'&#233;co-f&#233;minisme ? Serait-ce d'une certaine mani&#232;re alimenter le monstre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Il ne me semble pas que ce soit une option. De fait, lorsque surgit le th&#232;me de la loi de d&#233;pendance, il y eut des critiques venant du f&#233;minisme contre la possibilit&#233; de payer les femmes qui font le m&#233;nage. Evidemment, ce peut &#234;tre tr&#232;s bien dans le cas de certaines personnes, mais je crois &#224; une solution qui permette aux femmes qui ne veulent pas se voir contraintes &#224; faire le m&#233;nage de disposer de services publics. Probablement, nous devrions aller vers une combinaison entre le paiement dans certains cas et de bons services publics. De fait, dans la province de Guip&#250;zcoa (Euzkadi), durant la l&#233;gislature ant&#233;rieure, le gouvernement provincial dirig&#233; par EH Bildu (parti ind&#233;pendantiste) a mis en marche un plan d'&#233;galit&#233; combinant ces deux &#233;l&#233;ments : des rentes pour les femmes qui font le m&#233;nage, le maintien de services publics et une aide ext&#233;rieure pour lib&#233;rer les femmes qui ne veulent pas faire le m&#233;nage. En veillant, par ailleurs, &#224; ce que les r&#233;mun&#233;rations des femmes soient raisonnables et d&#233;centes, pour ne pas les contraindre au travail hyper-exploit&#233;e que l'on trouve dans la majeure partie des cas. Maintenant, EH Bildu n'est plus au gouvernement provincial et nous verrons bien ce qu'il reste de ce plan ; mais cela me para&#238;t une initiative assez pointue et pionni&#232;re sur le th&#232;me de la d&#233;pendance. En g&#233;n&#233;ral, je crois qu'il est tr&#232;s important d'avancer vers des syst&#232;mes d'&#233;valuation &#233;conomique, qui ne soient pas bas&#233;es seulement sur le crit&#232;re de l'argent, en soi tr&#232;s limit&#233;. On veut beaucoup exprimer en termes mon&#233;taires le fonctionnement de la nature, les ressources naturelles ou le travail de soins ; cette mani&#232;re d'&#233;valuer va &#234;tre absolument limitante, elle va toujours nous emp&#234;cher de consid&#233;rer de nombreuses nuances qui ont &#224; voir avec la vie des gens, mais qui ne sont pas m&#233;caniques. Raison pour laquelle, en partant des visions h&#233;t&#233;rodoxes de l'&#233;conomie, de l'&#233;conomie f&#233;ministe et de l'&#233;conomie &#233;cologiste, il faudrait reformuler les syst&#232;mes comptables nationaux pour incorporer &#224; la comptabilit&#233; des instruments nouveaux et diff&#233;rents permettant de comptabiliser d'autres unit&#233;s : la communication &#233;cologique, la somme total des mat&#233;riaux, l'appropriation humaine de la production primaire nette, les temps de travail, la qualit&#233;, une dimension qualitative des temps de travail&#8230; Lorsque tu parles &#224; des personnes de l'&#233;conomie la plus conventionnelle, ils te diront toujours que c'est tr&#232;s difficile ; mais on a d&#233;velopp&#233; des instruments &#233;conomiques hyper-complexes dans l'&#233;conomie conventionnelle : comprendre toute la logique des instruments financiers ou des indicateurs est vraiment complexe, mais ces instruments sont l&#224;. Je crois que si l'on r&#233;fl&#233;chit &#224; fonctionner en ces termes, on trouvera des choses peut-&#234;tre pas parfaites, mais d&#232;s lors plus parfaites et int&#233;grales que celles que nous avons.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Un autre terme aussi heureux que celui d'&#233;conomie iceberg que vous aimez employer : &#233;conomie cannibale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Je l'ai repris de Santiago Alba Rico. Il en parle dans un livre &#233;crit avec Carlos Fern&#225;ndez Liria, El naufragio del hombre, et il estime que notre mod&#232;le de vie a g&#233;n&#233;r&#233; une &#233;conomie cannibale, dans le sens que cette derni&#232;re se soutient en d&#233;vorant d'autres corps et d'autres territoires. Dans les pays occidentaux, l'&#233;conomie capitaliste a dilapid&#233; toutes les ressources restantes sur son territoire. Depuis longtemps elle se maintient gr&#226;ce &#224; d'immenses flux d'&#233;nergie et de mat&#233;riaux, ainsi que par l'expulsion des r&#233;sidus dans d'autres lieux, mais aussi gr&#226;ce &#224; la captation de personnes, originaires de ces m&#234;mes lieux, qui viennent travailler ici. Ma conscience se trouble chaque fois que l'on parle de la barri&#232;re de Melilla. Nous avons pos&#233; cette barri&#232;re contre les Africains qui tentent de la franchir, et tu les vois y laisser litt&#233;ralement leur peau en tentant de sauter par-dessus, et chaque jour des tonnes de mat&#233;riaux viennent d'Afrique pour soutenir l'&#233;conomie. Si l'on mettait cette barri&#232;re &#224; ces mat&#233;riaux et &#224; cette &#233;nergie, l'&#233;conomie occidentale durerait quinze jours. C'est en ce sens que je parle d'&#233;conomie cannibale : un processus &#233;conomique o&#249; l'&#233;conomie et ce qui se consid&#232;re en plus majoritairement d&#233;sirable cro&#238;t selon la logique d'une tumeur, en d&#233;truisant tout ce qui se trouve autour.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Vous mentionniez auparavant la question des villes comme des entit&#233;s organis&#233;es d'une mani&#232;re qui ne favorise pas la prestation des soins n&#233;cessaires pour la reproduction de la vie. La pens&#233;e &#233;co-f&#233;ministe semble pr&#233;coniser une revendication du rural, d'un certain retour &#8211; je ne sais s'il est total ou seulement partiel &#8211; au rural. Qu'est-ce et que doit &#234;tre une ville pour une &#233;co-f&#233;ministe ? Les villes doivent-elles &#234;tre abandonn&#233;es ou seulement rationalis&#233;es ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Je ne dirais pas que le rural est sous-jacent &#224; la pens&#233;e &#233;co-f&#233;ministe. Certes, quelques visions, simplement par pure survie, parlent du retour &#224; la campagne et je crois que d'un point de vue soutenable il est basique de g&#233;n&#233;rer un tissu rural vivant. Ces derni&#232;res d&#233;cennies ont vu se produire, et cela continue, un processus &#233;norme de d&#233;peuplement du monde rural. Il existe de nombreux villages vides d'habitants et nous disons que la propagande du syst&#232;me contribue &#224; ce d&#233;peuplement : elle g&#233;n&#232;re l'id&#233;e, tr&#232;s pr&#233;sente dans l'Etat espagnol, du monde rural comme un espace retardataire, du travail paysan comme un travail qu'aucun paysan ne souhaiterait pour ses enfants. Il y a une &#233;norme d&#233;pr&#233;ciation de la vie rurale, un sentiment renforc&#233; en ce moment par d'&#233;normes coupes de services publics dans le monde rural. Celui-ci est aussi un espace fortement patriarcalis&#233; : les premi&#232;res &#224; partir ont &#233;t&#233; les jeunes femmes, parce que les villages sont des espaces avec d'&#233;normes avantages en mati&#232;re de solidarit&#233; et de soins des gens, mais ce sont aussi des espaces d'un &#233;norme contr&#244;le social. D'un point de vue &#233;cologiste et &#233;co-f&#233;ministe, la dynamisation et la revitalisation de la campagne sont centrales, mais cela ne signifie pas la n&#233;gation d'un &#233;co-f&#233;minisme urbain. Maintenant les villes ont une importance centrale, parce qu'elles sont les principales sources d'&#233;nergie et de mat&#233;riaux et les principaux g&#233;n&#233;rateurs d'insoutenabilit&#233;. La moiti&#233; de la population de la plan&#232;te vit entass&#233;e dans des grandes villes, raison pour laquelle ce qui s'y passe est tr&#232;s important pour le futur. En ce sens, entre les propositions d'urbanisme f&#233;ministe et d'urbanisme &#233;cologiques, il y a d'importantes co&#239;ncidences.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Quelles co&#239;ncidences ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Premi&#232;rement, limiter clairement la croissance des villes, en fixant des moratoires pour emp&#234;cher celles qui ont une surface moyenne de continuer &#224; grandir et entreprendre des processus de transformations urbaines dans des grandes villes comme Madrid, qui est un &#233;gout, un encombrement absorbant l'aire d'influence de plusieurs provinces environnantes. Il faut aller vers des villes plus polycentriques o&#249; il n'y a pas un centre unique te contraignant &#224; d'&#233;normes d&#233;placements. Il faut aussi favoriser tous les processus qui cr&#233;ent de la proximit&#233; et ensuite tous ceux qui diminuent l'utilisation d'&#233;nergie et la g&#233;n&#233;ration de l'empreinte &#233;cologique. Et c'est tr&#232;s important de voir comment g&#233;n&#233;rer des processus d'agriculture urbaine, qui paraissent impossibles, mais qui en r&#233;alit&#233; ne le sont pas : &#224; D&#233;troit, comme r&#233;sultat de l'&#233;volution connue suite au d&#233;mant&#232;lement de l'industrie automobile, on est parvenu &#224; produire 30 % de l'alimentation avec une agriculture &#224; l'int&#233;rieur de la ville.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PB : Une autre dimension importante du mouvement &#233;co-f&#233;ministe, r&#233;sultant de cette notion de la nature et du rapport de l'&#234;tre humain avec cette derni&#232;re, que vous exposiez auparavant, c'est le traitement des animaux. Qu'est-ce et que ne peut pas &#234;tre un animal pour une &#233;co-f&#233;ministe ? Par exemple, peut-on &#234;tre &#233;co-f&#233;ministe et ne pas &#234;tre v&#233;gane ? Quel doit &#234;tre le rapport de l'&#234;tre humain avec les animaux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Ce doit &#234;tre un rapport de respect et de valorisation intrins&#232;que de la vie. Les animaux ne sont pas des machines, ce sont des &#234;tres vivants et comme tels les &#234;tres vivants ont une valeur en eux-m&#234;mes parce qu'ils sont vivants. J'ai &#233;tudi&#233; dans une &#233;cole d'agronomie, et la premi&#232;re chose qui m'a sensibilis&#233; avec le th&#232;me &#233;cologique &#8211; je participais d&#233;j&#224; &#224; des mouvements de solidarit&#233;, surtout avec l'Afrique, mais &#224; mon entr&#233;e &#224; l'Universit&#233;, je n'avais pas une sensibilit&#233; &#233;cologiste particuli&#232;re &#8211; fut d'aller &#224; une grange de production d'&#339;ufs. Ce fut pour moi le tournant. &#171; Comment est-il possible &#8211; me demandais-je &#8211; que les &#234;tres humains doivent faire cela pour manger ? &#187;. Je ne le comprenais pas, et cela s'est v&#233;rifi&#233; lorsque je me suis rendue dans un &#233;levage de porcs et dans un &#233;levage industriel de vaches. L&#224;, j'ai vu clairement chaque animal s&#233;par&#233;ment comme si c'&#233;tait une esp&#232;ce de fabrique. J'ai &#233;tudi&#233; comment calculer la ration exacte que tu devais donner &#224; l'animal pour d&#233;penser le moins possible en nourriture et obtenir la plus grande quantit&#233; d'&#339;ufs, de plumes, de laine, de lait ou toute autre chose. Chaque animal &#233;tait une machine et en plus une machine non pour g&#233;n&#233;rer l'alimentation la plus saine pour toutes les personnes, mais pour g&#233;n&#233;rer des b&#233;n&#233;fices. Cela m'a remu&#233; compl&#232;tement. Depuis, je crois qu'une di&#232;te &#224; base v&#233;g&#233;tarienne est une option &#233;thique basique. Premi&#232;rement, parce qu'en termes strictement anthropocentriques la disponibilit&#233; de territoire qui manque pour alimenter la population avec une di&#232;te bas&#233;e sur la prot&#233;ine animale se multiplie d'une mani&#232;re impressionnante par rapport &#224; ce qu'il faut pour une di&#232;te bas&#233;e sur la prot&#233;ine v&#233;g&#233;tale. Il manque une quantit&#233; &#233;norme de territoire pour alimenter le b&#233;tail et ce b&#233;tail alimente et proportionne une base de prot&#233;ine animale &#224; tr&#232;s peu de gens ; d'apr&#232;s un crit&#232;re, disons de r&#233;partition ou d'acc&#232;s &#224; la richesse dans un monde dont les limites sont d&#233;pass&#233;es, il me semble qu'une di&#232;te v&#233;g&#233;tarienne est basique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Mais seulement v&#233;g&#233;tarienne, &#224; la base.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Oui. Je crois que l'obligation &#233;thique au v&#233;g&#233;tarisme est plus discutable. Je comprends parfaitement les v&#233;g&#233;tarien-ne-s qui ne veulent pas manger d'animaux, ces positions &#233;thiques me semblent absolument respectables. Mais je ne m'aviserais pas de criminaliser une personne qui mange du poulet, mais qui en mange peu et de plus mange du poulet produit ou, pour le dire mieux, &#233;lev&#233; dans une grange selon des crit&#232;res non-industriels. Les soci&#233;t&#233;s paysannes qui ont plus soign&#233; la nature ont &#233;t&#233; des peuples ayant su tr&#232;s bien combiner cette fermeture des cycles dans les processus de production et je ne m'aviserais pas de dire qu'&#233;thiquement ce sont des personnes pires, parce qu'elles consomment des prot&#233;ines animales. Ind&#233;pendamment de cela, je le r&#233;p&#232;te : le mod&#232;le de production industriel des prot&#233;ines animales me para&#238;t &#233;cologiquement insoutenable et &#233;thiquement inacceptable.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Un autre monde est-il possible ? Y a-t-il une alternative ? Y en a-t-il une au sein du capitalisme ? Y a-t-il place pour un capitalisme vert ou pour un capitalisme &#224; visage humain ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Je ne le crois pas. Effectivement, il y a une alternative, il y a des possibilit&#233;s de construire le monde selon une logique distincte, mais pas dans le cadre de la logique capitaliste. Je crois que le capitalisme ne peut pas avoir un visage humain, ni ne peut &#234;tre vert, parce que son essence et sa logique structurelle propres s'opposent aux bases naturelles. Il doit cro&#238;tre de mani&#232;re illimit&#233;e et il se base en outre sur l'exploitation du travail humain. Cette id&#233;e qu'il peut exister un Etat-providence dans un capitalisme doux d&#233;coulant d'un pacte keyn&#233;sien vient de moments exceptionnels dans l'histoire du capitalisme, c'est-&#224;-dire les &#171; 30 glorieuses &#187; o&#249; un Etat-providence fut construit en Europe. Mais ce processus a repr&#233;sent&#233; un moment exceptionnel dans l'histoire du capitalisme : il s'est construit fondamentalement en raison d'un &#233;norme antagonisme de classe, avec une classe ouvri&#232;re super-organis&#233;e et une peur &#233;norme de l'expansion, &#224; partir de 1917, des pays socialistes de l'Europe de l'Est. Cette exception a dur&#233; trente ans et a touch&#233; une tr&#232;s petite fraction de la population mondiale, fondamentalement dans le cadre europ&#233;en. D'autre part, on disposait d'une quantit&#233; de mat&#233;riaux et d'&#233;nergie qui a permis d'alimenter le processus productif europ&#233;en au d&#233;triment d'autres pays, ce qui se passe maintenant. Lorsque les limites physiques de la plan&#232;te ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; surpass&#233;es, ce moment exceptionnel qui put se maintenir en Europe ne va pas pouvoir se reproduire. Je crois donc &#224; l'alternative, mais celle-ci passe par le fait d'assumer des logiques radicalement diff&#233;rentes : il doit y avoir un taux de d&#233;croissance dans la sph&#232;re mat&#233;rielle de l'&#233;conomie et nous devons avancer vers un syst&#232;me o&#249; la distribution et la r&#233;partition de la richesse soient un &#233;l&#233;ment central.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : Il semble difficile de le faire pacifiquement&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Il semble effectivement difficile de le faire sans probl&#232;me avec ceux qui consomment et accaparent bien plus que ce qui leur correspond. Raison pour laquelle il me semble que la logique de r&#233;organisation passe par le fait d'assumer le conflit et la dispute contre l'h&#233;g&#233;monie &#233;conomique, politique et surtout culturelle. A mon avis, notre grand probl&#232;me actuellement est que structurellement nous sommes confront&#233;s &#224; une situation tr&#232;s compliqu&#233;e : l'IPCC, toutes les &#233;tudes sur le changement climatique , la situation &#233;nerg&#233;tique ne disent plus que nous affrontons un risque d'effondrement, mais que nous pourrions d&#233;j&#224; &#234;tre en train de vivre cet effondrement. N&#233;anmoins, la majorit&#233; des gens n'est pas consciente de la situation risqu&#233;e que nous affrontons. Selon mon exp&#233;rience, lorsque tu te d&#233;places et que tu as des possibilit&#233;s de parler avec d'autres personnes de ce genre de choses, on le voit rapidement. De plus, souvent ceux qui choisissent de gouverner ou de prendre d'assaut les institutions ne s'avisent pas de donner ce message, parce que celui-ci va contre la logique qu'il suffirait de remplacer les gouvernants corrompus par d'autres qui ne le sont pas pour que tout aille autrement. Cela n'ira pas autrement ! Il manque un changement structurel brutal, et le mouvement &#233;cologiste a toujours eu peur de pr&#233;senter clairement ces probl&#233;matiques aux citoyen-ne-s.. Nous en d&#233;battions entre nous. On te disait : &#171; Mince, ce message est tr&#232;s catastrophiste et tu peux cr&#233;er une sensation de peur paralysante &#187;. Je crois &#224; ce que disait Noami Klein dans son livre, This Changes Everything : Capitalism vs. the Climate (Le capitalisme contre le climat) : la peur paralyse seulement si tu ne sais pas jusqu'o&#249; aller. La peur est une r&#233;ponse rationnelle face au danger, mais si tu as une id&#233;e claire de jusqu'o&#249; tu dois aller, elle ne te paralysera pas.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;PBC : L'effondrement terrestre qui s'approche doit faire peur.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;YH : Evidemment. Je crois qu'aujourd'hui m&#234;me la peur de ce qui peut nous attendre si nous n'agissons pas est le signal que les &#234;tres humains ont pourtant des possibilit&#233;s d'avancer. Ce qui m'effraye le plus, c'est de ne rien faire.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Propos recueillis par Pablo Batalla Cueto. Traduction de l'espagnol par Hans-Peter Renk.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pistes pour un &#233;cof&#233;minisme anti-syst&#232;me</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Pistes-pour-un-ecofeminisme-anti-systeme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Pistes-pour-un-ecofeminisme-anti-systeme</guid>
		<dc:date>2017-06-13T08:03:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yayo Herrero</dc:creator>


		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-06-13</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'&#233;cof&#233;minisme est assez peu connu dans les pays francophones. La litt&#233;rature existante se concentre pratiquement exclusivement sur l'&#233;cof&#233;minisme spiritualiste. Ce courant est la plupart du temps consid&#233;r&#233; avec m&#233;fiance, y compris par les milieux &#233;cologistes radicaux qui y voient un retour mystique &#224; la terre. Certain&#183;e&#183;s d'entre elles&#183;eux critiquent en particulier l'id&#233;e &#171; essentialiste &#187; d'une partie de ce mouvement qui consid&#232;re que le simple fait d'&#234;tre une femme implique une relation (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-mouvement-des-femmes-dans-le-monde-+" rel="tag"&gt;Le mouvement des femmes dans le monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2017-06-13-+" rel="tag"&gt;Edition du 2017-06-13&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH106/arton31236-cf126.jpg?1782001693' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;cof&#233;minisme est assez peu connu dans les pays francophones. La litt&#233;rature existante se concentre pratiquement exclusivement sur l'&#233;cof&#233;minisme spiritualiste. Ce courant est la plupart du temps consid&#233;r&#233; avec m&#233;fiance, y compris par les milieux &#233;cologistes radicaux qui y voient un retour mystique &#224; la terre. Certain&#183;e&#183;s d'entre elles&#183;eux critiquent en particulier l'id&#233;e &#171; essentialiste &#187; d'une partie de ce mouvement qui consid&#232;re que le simple fait d'&#234;tre une femme implique une relation diff&#233;rente &#224; la nature.} Nous avons d&#233;cid&#233; d'en discuter avec Yayo Herrero, professeure &#224; l'Universit&#233; Nationale d'Education &#224; distance de Madrid et co-coordinatrice des Ecologistes en Action (Espagne).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Entretien paru dans le n&#176;200 du bimensuel solidarit&#233;S Publi&#233; le 10 juin 2017 | Propos recueillis par Juan Tortosa |Publi&#233; sur le site du CADTM&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que l'&#233;cof&#233;minisme et quelle est son histoire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cof&#233;minisme est un mouvement de femmes conscientes que les luttes pour l'&#233;cologie et le f&#233;minisme contiennent les cl&#233;s de la dignit&#233; humaine et de la soutenabilit&#233; dans l'&#233;galit&#233;. Dans les mouvements de d&#233;fense de la terre, les femmes ont &#233;t&#233; et sont toujours tr&#232;s pr&#233;sentes. Elles ont jou&#233; un r&#244;le fondamental dans les combats pour la d&#233;fense des for&#234;ts (notamment le Chipko), dans les luttes contre les barrages du fleuve Narmada en Inde, ou contre les r&#233;sidus toxiques du Love Canal &#224; l'origine du mouvement pour la justice environnementale aux Etats-Unis. Elles sont &#233;galement actives dans les mouvements locaux de d&#233;fense des terres communales, dans le combat pour l'espace public urbain ou pour des aliments sains. Les femmes pauvres d&#233;fendent ainsi un environnement prot&#233;g&#233;, parce qu'elles en d&#233;pendent directement pour vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu du si&#232;cle pass&#233;, le premier &#233;cof&#233;minisme a d&#233;battu des hi&#233;rarchies &#233;tablies par la pens&#233;e occidentale. Il a revaloris&#233; les termes d'une dichotomie auparavant d&#233;pr&#233;ci&#233;e : femme et nature. Il a &#233;galement d&#233;nonc&#233; la culture sexiste, moteur de guerres g&#233;nocidaires, de la d&#233;vastation et de l'empoisonnement de territoires et de la mise en place de gouvernements despotiques. Ces premi&#232;res &#233;cof&#233;ministes ont critiqu&#233; les effets de la technoscience sur la sant&#233; des femmes ; elles ont lutt&#233; contre le militarisme et la d&#233;gradation environnementale. L'&#233;cologiste allemande Petra Kelly a &#233;t&#233; l'une de leurs repr&#233;sentantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres courants venus principalement du Sud ont fait suite &#224; ce premier &#233;cof&#233;minisme, critique de la masculinit&#233;. Ces courants consid&#232;rent que les femmes sont porteuses du respect de la vie et accusent le &#171; mal-d&#233;veloppement &#187; occidental de provoquer la pauvret&#233; des femmes et des populations indig&#232;nes, premi&#232;res victimes de la destruction de la nature. C'est peut-&#234;tre l'&#233;cof&#233;minisme le plus connu. Les f&#233;ministes indienne Vandana Shiva, allemande Maria Mies et br&#233;silienne Yvonne Guevara sont les figures les plus connues de ce vaste mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;passant l'essentialisme de ces positions, d'autres &#233;cof&#233;ministes constructivistes (Bina Agarwal, Val Plumwood) voient dans l'interaction avec l'environnement l'origine de cette conscience &#233;cologiste particuli&#232;re des femmes. C'est la division sexuelle du travail, la distribution du pouvoir et la propri&#233;t&#233; qui ont soumis les femmes et la nature &#224; laquelle nous appartenons toutes et tous. Les dichotomies r&#233;ductionnistes de notre culture occidentale doivent &#234;tre rompues pour construire une convivialit&#233; plus respectueuse et plus libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement f&#233;ministe a vu dans l'&#233;cof&#233;minisme un danger possible, &#233;tant donn&#233; le mauvais usage historique que le patriarcat a fait des liens entre femmes et nature. Mais, l'&#233;cof&#233;minisme ne pr&#233;suppose pas de glorifier la vie int&#233;rieure comme f&#233;minine, d'enfermer &#224; nouveau les femmes dans un espace reproductif, en leur refusant l'acc&#232;s &#224; la culture, ni de les rendre responsables de l'&#233;norme t&#226;che de sauver la plan&#232;te et la vie. Il s'agit bien plut&#244;t de d&#233;voiler la soumission, de signaler les responsabilit&#233;s et de co-responsabiliser les hommes et les femmes dans le travail de la survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Existe-t-il un &#233;cof&#233;minisme anticapitaliste et cherche-t-il la convergence avec d'autres secteurs sociaux anti-syst&#232;mes ? Tout projet &#233;mancipateur doit-il int&#233;grer ce concept ? Quels sont les &#233;l&#233;ments principaux de cet &#233;cof&#233;minisme ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les soci&#233;t&#233;s pr&#233;-industrielles, la notion de travail correspondait &#224; l'id&#233;e d'une activit&#233; qui se d&#233;roulait de fa&#231;on continue et qui &#233;tait partie int&#233;grante de la nature humaine. Cependant, il y a approximativement deux si&#232;cles, a surgi une nouvelle conception forg&#233;e &#224; partir du mythe de la production et de la croissance, qui a abouti &#224; enclore la vision ant&#233;rieure du travail dans le domaine de la production industrielle salari&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;tr&#233;cissement du concept du travail &#224; la seule sph&#232;re de l'emploi r&#233;mun&#233;r&#233; occulte de fait la longue liste de t&#226;ches associ&#233;es &#224; la reproduction humaine, toutes indispensables &#224; la conservation de la soci&#233;t&#233; et du syst&#232;me socio-&#233;conomique : la prise en charge des enfants, le soin des personnes &#226;g&#233;es, la satisfaction des besoins de base, la promotion de la sant&#233;, le soutien &#233;motionnel, l'encouragement &#224; la participation sociale&#8230; Il s'agit en d&#233;finitive d'une quantit&#233; &#233;norme de temps de travail dont la finalit&#233; est d'assurer la satisfaction des besoins humains et le bien-&#234;tre des personnes et qui, du fait de la division sexuelle du travail impos&#233;e par l'id&#233;ologie patriarcale, retombe majoritairement sur les femmes au sein du foyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes classiques, m&#234;me s'ils ne conc&#233;daient aucune valeur &#233;conomique &#224; cet effort, ont au moins reconnu l'importance du travail domestique familial, et ont d&#233;fini le salaire comme co&#251;t de reproduction historique de la classe travailleuse. Ils tendaient &#224; reconna&#238;tre la valeur du travail domestique, sans pour autant l'incorporer dans les cadres analytiques de la science &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contradiction dispara&#238;t presque compl&#232;tement avec l'&#233;conomie n&#233;o-classique qui institutionnalise d&#233;finitivement la s&#233;paration entre espace public et espace priv&#233;, entre production marchande et production domestique, marginalisant et occultant cette derni&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est cette s&#233;gr&#233;gation des r&#244;les qui a permis aux hommes de s'occuper &#224; temps plein du travail marchand sans les contraindre aux t&#226;ches associ&#233;es aux soins des personnes et de la famille ou &#224; l'entretien des conditions d'hygi&#232;ne du foyer. Ainsi s'est impos&#233;e une d&#233;finition de l'&#233;conomie qui n'int&#232;gre pas la division sexuelle du travail et ne reconna&#238;t pas le r&#244;le crucial du travail domestique dans la reproduction du syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, bien que le travail li&#233; aux soins soit fr&#233;quemment dissoci&#233; de l'environnement productif, il assure la production d'une &#171; mati&#232;re premi&#232;re &#187; essentiel pour le processus &#233;conomique conventionnel : la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de ses propres rapports de production, le syst&#232;me capitaliste ne peut reproduire la force de travail dont il a besoin. La reproduction quotidienne, mais surtout g&#233;n&#233;rationnelle, requiert une quantit&#233; &#233;norme de temps et d'&#233;nergie que le syst&#232;me est dans l'impossibilit&#233; de r&#233;mun&#233;rer. Les processus d'&#233;ducation, de socialisation et d'attention aux personnes &#226;g&#233;es sont complexes et impliquent des affects et des &#233;motions qui permettent le d&#233;veloppement de chacun&#183;e dans une certaine confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e &#233;cof&#233;ministe anticapitaliste d&#233;fend l'id&#233;e que le syst&#232;me socio-&#233;conomique &#224; la forme d'un iceberg. Le march&#233; en est la partie flottante et visible. Sous la surface se trouve une masse bien plus importante : le travail de conservation de la vie. Ces deux parties de l'iceberg sont bien diff&#233;renci&#233;es. La principale est dissimul&#233;e au regard, mais les deux forment une unit&#233; indivisible. Sur la glace immerg&#233;e du travail domestique et de la r&#233;g&#233;n&#233;ration des syst&#232;mes naturels, s'appuie et repose le bloc de l'emploi salari&#233; de l'&#233;conomie conventionnelle. L'invisibilit&#233; de la sph&#232;re centr&#233;e sur la satisfaction des besoins de base et du bien-&#234;tre et qui absorbe les tensions, est indispensable au maintien &#224; flot du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire qu'il existe une contradiction profonde entre le processus de reproduction naturelle et sociale et le processus d'accumulation du capital. Si la reproduction sociale et de conservation de la vie primaient dans l'&#233;conomie, l'activit&#233; serait dirig&#233;e vers la production directe de biens d'usage et non d'&#233;change, et le bien-&#234;tre serait une fin en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prioriser les deux logiques en m&#234;me temps est impossible. Il faut donc en choisir une. Les march&#233;s n'ayant pas pour objectif principal de satisfaire les besoins humains, il est vain d'esp&#233;rer que, dans ce syst&#232;me, ceux-ci se convertissent en centre privil&#233;gi&#233; de l'organisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels devraient-&#234;tre alors les objectifs prioritaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alisation de b&#233;n&#233;fices et la croissance &#233;conomique ne doivent plus conditionner la r&#233;partition du temps, l'organisation de l'espace et les diff&#233;rentes activit&#233;s humaines. Pour construire des soci&#233;t&#233;s bas&#233;es sur le bien-&#234;tre, il est n&#233;cessaire de les articuler autour de la reproduction sociale et de la satisfaction des besoins, sans r&#233;duire l'importance de la base biophysique qui permet &#224; notre esp&#232;ce d'&#234;tre en vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les visions h&#233;t&#233;rodoxes de l'&#233;conomie ont beaucoup &#224; apporter &#224; la science &#233;conomique. L'&#233;conomie &#233;cologique nous d&#233;montre qu'une bonne partie de l'activit&#233; &#233;conomique est nocive, qu'elle consomme d'&#233;normes ressources sans g&#233;n&#233;rer de bien-&#234;tre ? ; pire encore, qu'elle produit du mal-&#234;tre. L'&#233;conomie f&#233;ministe renverse la cat&#233;gorie du travail et remet au centre l'activit&#233; historiquement m&#233;pris&#233;e et sous-&#233;valu&#233;e des femmes, pourtant socle de la vie quotidienne. Avec d'autres secteurs de l'&#233;conomie critique, ces diff&#233;rentes visions et approches sont indispensables pour construire un nouveau mod&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reconna&#238;tre comme des &#234;tres vuln&#233;rables ayant besoin de l'attention d'autres personnes au cours de notre cycle de vie permet de red&#233;finir et de compl&#233;ter la notion de conflit capital-travail et d'affirmer que ce conflit va au-del&#224; de la seule tension entre le capital et le travail salari&#233; et refl&#232;te l'antagonisme entre le capital et l'ensemble du travail, r&#233;mun&#233;r&#233; et non r&#233;mun&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons-nous &#233;galement que, dans une perspective &#233;cologique, la contradiction fondamentale entre le m&#233;tabolisme &#233;conomique actuel et la durabilit&#233; de la biosph&#232;re confirme une importante synergie entre les visions &#233;cologistes et f&#233;ministes. La perspective &#233;cologique d&#233;montre l'impossibilit&#233; physique de la soci&#233;t&#233; de croissance. Le f&#233;minisme rend palpable ce conflit dans le quotidien de nos vies et d&#233;nonce la logique patriarcale et androcentrique de l'accumulation et de la croissance. La tension insoluble et radicale (&#224; la racine) qui existe entre le syst&#232;me &#233;conomique capitaliste et la soutenabilit&#233; de la vie humaine atteste, en r&#233;alit&#233;, d'une opposition essentielle entre le capital et la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un changement de perspectives est n&#233;cessaire. L'axe structurant de la soci&#233;t&#233; doit &#234;tre la satisfaction des besoins de base, qui permettent aux individus de grandir, de se d&#233;velopper et de vivre dignement, tout comme le travail et les productions socialement n&#233;cessaires &#224; cela. L'objectif indispensable de la soci&#233;t&#233; et du processus &#233;conomique doit donc &#234;tre celui de placer la satisfaction des besoins de base et le bien-&#234;tre &#224; &#233;galit&#233;. Dans cette nouvelle perspective, les femmes ne sont pas des personnes secondaires, ni d&#233;pendantes, mais les actrices de leur propre histoire, cr&#233;atrices de cultures et de valeurs du travail, diff&#233;rentes de celles du mod&#232;le capitaliste et patriarcal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; L'&#233;cof&#233;minisme est un mouvement de femmes conscient que les luttes pour l'&#233;cologie et le f&#233;minisme contiennent les cl&#233;s de la dignit&#233; humaine et de la soutenabilit&#233; dans l'&#233;galit&#233;. &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-ecofeminisme-est-un-mouvement-de-femmes-conscient-que-les-luttes-pour-l</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/L-ecofeminisme-est-un-mouvement-de-femmes-conscient-que-les-luttes-pour-l</guid>
		<dc:date>2011-12-06T08:32:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yayo Herrero</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2011-12-06</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans les pays francophones il y a peu de litt&#233;rature sur l'&#233;cof&#233;minisme et le peu qui existe est l'&#233;cof&#233;minisme spiritualiste. D'autre part, l'&#233;cof&#233;misme est vu avec beaucoup de m&#233;fiance, y compris dans les milieux &#233;cologistes radicaux. D'un c&#244;t&#233;, ils voient ce mouvement naissant comme un retour mystique &#224; la terre et de l'autre ils ne partagent pas l'id&#233;e que par le simple fait d'&#234;tre femme il y a une relation plus directe et diff&#233;rente &#224; la nature. Pour nous &#233;clairer un peu, nous (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-des-femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2011-12-06-+" rel="tag"&gt;Edition du 2011-12-06&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L114xH150/arton8852-8f83c.png?1782001693' class='spip_logo spip_logo_right' width='114' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans les pays francophones il y a peu de litt&#233;rature sur l'&#233;cof&#233;minisme et le peu qui existe est l'&#233;cof&#233;minisme spiritualiste. D'autre part, l'&#233;cof&#233;misme est vu avec beaucoup de m&#233;fiance, y compris dans les milieux &#233;cologistes radicaux. D'un c&#244;t&#233;, ils voient ce mouvement naissant comme un retour mystique &#224; la terre et de l'autre ils ne partagent pas l'id&#233;e que par le simple fait d'&#234;tre femme il y a une relation plus directe et diff&#233;rente &#224; la nature. Pour nous &#233;clairer un peu, nous [solidarit&#233;S, Suisse] avons interview&#233; Yayo Herrero, professeur &#224; l'Universit&#233; Nationale d'Education &#224; distance de Madrid et co-coordinatrice des &#201;cologistes en Action (Espagne).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Juan Tortosa &#8211; Qu'est-ce que l'&#233;cof&#233;minisme et quelle est son histoire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Yayo Herrero&lt;/strong&gt; &#8211; L'&#233;cof&#233;minisme est un vaste mouvement de femmes n&#233; de la conscience de cette double probl&#233;matique et de la conviction que les luttes, pour &#224; la fois l'&#233;cologie et le f&#233;minisme, contiennent les cl&#233;s de la dignit&#233; humaine et de la soutenabilit&#233; dans l'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les mouvements de d&#233;fense de la terre il y a eu et il y a beaucoup de femmes. On conna&#238;t le r&#244;le des femmes dans le mouvement Chipko de d&#233;fense des for&#234;ts, dans le mouvement contre les barrages du fleuve Narmada en Inde, dans la lutte contre les r&#233;sidus toxiques du Love Canal, &#224; l'origine du mouvement pour la justice de l'environnement aux Etats-Unis, comme celui de leur pr&#233;sence dans les mouvements locaux de d&#233;fense des terres communales, dans la lutte pour l'espace public urbain ou pour des aliments sains. L'&#233;cologisme de beaucoup de femmes pauvres est un &#233;cologisme de qui d&#233;pend directement d'un environnement prot&#233;g&#233; pour pouvoir vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu du si&#232;cle pass&#233; le premier &#233;cof&#233;minisme a d&#233;battu des hi&#233;rarchies &#233;tablies par la pens&#233;e occidentale et a revaloris&#233; les termes de la dichotomie auparavant d&#233;pr&#233;ci&#233;s : femme et nature. La culture masculine a d&#233;clench&#233; des guerres g&#233;nocidaires, la d&#233;vastation et l'empoisonnement de territoires, l'installation de gouvernements despotiques. Les premi&#232;res &#233;cof&#233;ministes d&#233;nonc&#232;rent les effets de la technoscience sur la sant&#233; des femmes et s'affront&#232;rent au militarisme et &#224; la d&#233;gradation environnementale. Elles comprenaient ceux-ci comme des manifestations de la culture sexiste. Petra Kelly est une de leurs repr&#233;sentantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ce premier &#233;cof&#233;minisme, critique de la masculinit&#233;, ont suivi d'autres propositions principalement venues du Sud. Celles-ci consid&#232;rent les femmes comme porteuses du respect de la vie. Elles accusent le &#171; mal-d&#233;veloppement &#187; occidental de provoquer la pauvret&#233; des femmes et des populations indig&#232;nes, premi&#232;res victimes de la destruction de la nature. C'est peut-&#234;tre l'&#233;cof&#233;minisme le plus connu. Dans ce vaste mouvement nous trouvons : Vandana Shiva, Maria Mies et Ivone Guevara.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;passant l'essentialisme de ces positions, d'autres &#233;cof&#233;ministes constructivistes (Bina Agarwal, Val Plumwood) voient dans l'interaction avec l'environnement l'origine de cette conscience &#233;cologiste particuli&#232;re des femmes. C'est la division sexuelle du travail, la distribution du pouvoir et la propri&#233;t&#233; qui ont soumis les femmes et la nature &#224; laquelle nous appartenons toutes et tous. Les dichotomies r&#233;ductionnistes de notre culture occidentale doivent &#234;tre rompues pour construire une convivialit&#233; plus respectueuse et plus libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement f&#233;ministe a vu dans l'&#233;cof&#233;minisme un danger possible, &#233;tant donn&#233; le mauvais usage historique que le patriarcat a fait des liens entre femmes et nature. Puisque le danger existe, il convient de le d&#233;limiter. Il ne s'agit pas de glorifier la vie int&#233;rieure comme f&#233;minine, d'enfermer &#224; nouveau les femmes dans un espace reproductif, en leur refusant l'acc&#232;s &#224; la culture, ni de les rendre responsables, s'il leur manque des occupations, de l'&#233;norme t&#226;che de sauver la plan&#232;te et la vie. Il s'agit de d&#233;voiler la soumission, de signaler les responsabilit&#233;s et de co-responsabiliser les hommes et les femmes dans le travail de la survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Existe-t-il un &#233;cof&#233;minisme anticapitaliste et cherche-t-il la convergence avec d'autres secteurs sociaux antisyst&#232;me ? Tout projet &#233;mancipateur doit-il int&#233;grer ce concept ? Quels sont les &#233;l&#233;ments principaux de cet &#233;cof&#233;minisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de travail qui avait cours dans les soci&#233;t&#233;s pr&#233;-industrielles correspondait &#224; l'id&#233;e d'une activit&#233; qui se d&#233;roulait de mani&#232;re continue et qui &#233;tait partie int&#233;grante de la nature humaine. Cependant, il y a approximativement deux si&#232;cles, surgit une nouvelle conception forg&#233;e &#224; partir du mythe de la production et de la croissance, qui r&#233;duit l'ample vision ant&#233;rieure au domaine de la production industrielle salari&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;duction du large concept du travail &#224; la seule sph&#232;re de l'emploi r&#233;mun&#233;r&#233; occulte le fait que pour que la soci&#233;t&#233; et le syst&#232;me socio-&#233;conomique se maintiennent, la r&#233;alisation d'une longue liste de t&#226;ches associ&#233;es &#224; la reproduction humaine est indispensable : la prise en charge des enfants, l'attention aux personnes &#226;g&#233;es, la satisfaction des besoins de base, la promotion de la sant&#233;, le soutien &#233;motionnel, l'encouragement &#224; la participation sociale...Il s'agit en d&#233;finitive d' une quantit&#233; &#233;norme de temps de travail dont la finalit&#233; est d'assurer la satisfaction des besoins humains et le bien-&#234;tre des personnes et qui du fait de la division sexuelle du travail impos&#233;e par l'id&#233;ologie patriarcale retombe majoritairement sur les femmes au sein du foyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes classiques, m&#234;me s'ils ne conc&#232;dent aucune valeur &#233;conomique &#224; cet effort, ont au moins reconnu l'importance du travail domestique familial, et ont d&#233;fini le salaire comme co&#251;t de reproduction historique de la classe travailleuse. Ils tendaient &#224; reconna&#238;tre la valeur du travail domestique sans pour autant l'incorporer dans les cadres analytiques de la science &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contradiction dispara&#238;t presque compl&#232;tement avec l'&#233;conomie n&#233;o-classique qui institutionnalise d&#233;finitivement la s&#233;paration entre l'espace public et priv&#233;, entre la production marchande et la production domestique, marginalisant et occultant cette derni&#232;re. C'est cette s&#233;gr&#233;gation des r&#244;les qui permit aux hommes de s'occuper &#224; temps plein du travail marchand sans les contraintes que constituent les t&#226;ches li&#233;es aux soins des personnes et de la famille ou &#224; l'entretien des conditions d'hygi&#232;ne du foyer. Ainsi s'est impos&#233; une d&#233;finition de l'&#233;conomique qui ne s'occupe pas de la division sexuelle du travail et ne reconna&#238;t pas le r&#244;le crucial du travail domestique dans la reproduction du syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, bien que les travaux de soins soient fr&#233;quemment consid&#233;r&#233;s comme des travaux s&#233;par&#233;s de l'environnement productif, ils assurent la production d'une &#171; mati&#232;re premi&#232;re &#187; essentielle pour le processus &#233;conomique conventionnel : la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me capitaliste est dans l'impossibilit&#233;, dans le cadre de ses propres rapports de production, de reproduire la force de travail dont il a besoin. La reproduction quotidienne, mais surtout g&#233;n&#233;rationnelle, demande une quantit&#233; &#233;norme de temps et d'&#233;nergie que le syst&#232;me serait dans l'impossibilit&#233; de r&#233;mun&#233;rer. Les processus d'&#233;ducation, de socialisation et d'attention aux personnes &#226;g&#233;es sont complexes et impliquent des affects et des &#233;motions qui permettent &#224; chacune et chacun de se d&#233;velopper dans une certaine s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e &#233;cof&#233;ministe anticapitaliste d&#233;fend l'id&#233;e que le syst&#232;me socio-&#233;conomique a la forme d'un iceberg. Le march&#233; en est la partie flottante et visible. Sous la surface, avec une masse bien plus importante, se trouve le travail de maintien de la vie. Ces deux parties de l'iceberg sont bien diff&#233;renci&#233;es. La principale est dissimul&#233;e &#224; la vue mais les deux forment une unit&#233; indivisible. Sur la glace immerg&#233;e du travail domestique et de la r&#233;g&#233;n&#233;ration des syst&#232;mes naturels, s'appuie et repose le bloc de l'emploi salari&#233; de l'&#233;conomie conventionnelle. L'invisibilit&#233; de la sph&#232;re centr&#233;e sur la satisfaction des besoins de base et du bien-&#234;tre et qui absorbe les tensions, est indispensable au maintien &#224; flot du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire qu'il existe une contradiction profonde entre le processus de reproduction naturelle et sociale et le processus d'accumulation du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si dans l'&#233;conomie la reproduction sociale et de maintien de la vie primaient, l'activit&#233; serait dirig&#233;e vers la production directe de biens d'usage et non d'&#233;change, et le bien-&#234;tre serait une fin en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prioriser les deux logiques en m&#234;me temps est impossible. Il faut donc en choisir une des deux. &#201;tant donn&#233; que les march&#233;s n'ont pas pour objectif principal de satisfaire les besoins humains, il n'y a aucun sens &#224; ce que ceux-ci se convertissent en centre privil&#233;gi&#233; de l'organisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'obtention de b&#233;n&#233;fices et la croissance &#233;conomique ne doivent plus conditionner la distribution du temps, l'organisation de l'espace et les diff&#233;rentes activit&#233;s humaines. Pour construire des soci&#233;t&#233;s bas&#233;es sur le bien-&#234;tre, il est n&#233;cessaire de les articuler autour de la reproduction sociale et de la satisfaction des besoins sans amoindrir l'importance de la base biophysique qui permet &#224; notre esp&#232;ce d'&#234;tre en vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les visions h&#233;t&#233;rodoxes de l'&#233;conomie ont beaucoup &#224; apporter au moment de reconfigurer la science &#233;conomique. L'&#233;conomie &#233;cologique nous d&#233;montre qu'une bonne partie de l'activit&#233; &#233;conomique est nocive pour la vie, qu'elle consomme des quantit&#233;s importantes de ressources sans g&#233;n&#233;rer de bien-&#234;tre, et qu'elle cr&#233;e m&#234;me du mal-&#234;tre. L'&#233;conomie f&#233;ministe renverse la cat&#233;gorie du travail et remet au centre l'activit&#233; historiquement m&#233;pris&#233;e et sous-&#233;valu&#233;e des femmes, activit&#233; qui est pourtant le socle de la vie quotidienne. Avec d'autres secteurs de l'&#233;conomie critique, ces diff&#233;rentes visions et approches sont indispensables pour construire un nouveau mod&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reconna&#238;tre comme des &#234;tres vuln&#233;rables ayant besoin de l'attention d'autres personnes au cours de notre cycle de vie permet de red&#233;finir et de compl&#233;ter la notion de conflit capital-travail et d'affirmer que ce conflit va au-del&#224; de la seule tension capital-travail salari&#233; et refl&#232;te une tension entre le capital et l'ensemble des travaux, ceux qui sont pay&#233;s et ceux qui sont effectu&#233;s gratuitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons-nous &#233;galement que, dans une perspective &#233;cologique, la contradiction fondamentale qui existe entre le m&#233;tabolisme &#233;conomique actuel et la durabilit&#233; de la biosph&#232;re fait ressortir une importante synergie entre les visions &#233;cologistes et f&#233;ministes. La perspective &#233;cologique d&#233;montre l'impossibilit&#233; physique de la soci&#233;t&#233; de croissance. Le f&#233;minisme rend palpable ce conflit dans le quotidien de nos vies et d&#233;nonce la logique de l'accumulation et de la croissance comme &#233;tant une logique patriarcale et androcentrique. La tension insoluble et radicale (&#224; la racine) qui existe entre le syst&#232;me &#233;conomique capitaliste et la soutenabilit&#233; de la vie humaine d&#233;montre, en r&#233;alit&#233;, une opposition essentielle entre le capital et la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Placer la satisfaction des besoins de base et le bien-&#234;tre dans des conditions d'&#233;galit&#233;, comme objectif de la soci&#233;t&#233; et du processus &#233;conomique, repr&#233;sente un important changement de perspectives. Cela situe la satisfaction des besoins qui permettent aux individus de grandir, de se d&#233;velopper et de vivre dignement, tout comme le travail et les productions socialement n&#233;cessaires &#224; cela, comme un axe structurant de la soci&#233;t&#233; et par cons&#233;quent des analyses. Dans cette nouvelle perspective, les femmes ne sont pas des personnes secondaires, ni d&#233;pendantes, mais des personnes actives, actrices de leur propre histoire, cr&#233;atrices de cultures et de valeurs du travail diff&#233;rentes de celles du mod&#232;le capitaliste et patriarcal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueille par Juan Tortosa&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Interview &#224; para&#238;tre en Suisse dans le prochain num&#233;ro de &#171; solidarit&#233;S &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Traduction de l'interview de Yayo Herrero&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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