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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>O&#249; va Qu&#233;bec solidaire ? Quelles perspectives pour la gauche qu&#233;b&#233;coise ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Ou-va-Quebec-solidaire-Quelles-perspectives-pour-la-gauche-quebecoise</link>
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		<dc:date>2025-06-10T08:47:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Andr&#233; Frappier, Andrea Levy, Dalie Giroux, Roger Rashi</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-06-10</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'atelier a cherch&#233; &#224; faire le bilan de Qu&#233;bec solidaire et des changements survenus dans le parti durant les derni&#232;res ann&#233;es. Ce bilan est n&#233;cessaires pour les militant.e.s progressistes qui se sont investis &#224; b&#226;tir cette formation qui devait incarner l'espoir d'un changement social profond et d'une ind&#233;pendance inclusive. L'adh&#233;sion par le leadership de QS &#224; une politique &#8216;pragmatique' afin de faciliter l'acc&#232;s au pouvoir aboutit &#224; une &#233;rosion de la tradition de d&#233;mocratie participative (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Politique-" rel="directory"&gt;Politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-06-10-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-06-10&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-theme-quebec-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH81/qsqs-e5983.png?1781055772' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='81' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'atelier a cherch&#233; &#224; faire le bilan de Qu&#233;bec solidaire et des changements survenus dans le parti durant les derni&#232;res ann&#233;es. Ce bilan est n&#233;cessaires pour les militant.e.s progressistes qui se sont investis &#224; b&#226;tir cette formation qui devait incarner l'espoir d'un changement social profond et d'une ind&#233;pendance inclusive. L'adh&#233;sion par le leadership de QS &#224; une politique &#8216;pragmatique' afin de faciliter l'acc&#232;s au pouvoir aboutit &#224; une &#233;rosion de la tradition de d&#233;mocratie participative qui animait ce parti depuis ses origines, en plus de faire fi de la n&#233;cessit&#233; d'une tentative de transformation &#233;conomique et sociale fondamentale, particuli&#232;rement &#224; la lumi&#232;re de la catastrophe &#233;cologique en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous proposons les textes des interventions d'Andrea Levy, de Roger Rashi, de Dalie Giroux et d'Andr&#233; Frappier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Intervention d'Andrea Levy&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre de 1911 intitul&#233; Les Partis politiques, Essai sur les tendances oligarchiques des d&#233;mocraties, le sociologue allemand Robert Michels entreprend une &#233;tude pouss&#233;e de l'&#233;volution des rapports de forces &#224; l'int&#233;rieur des partis sociaux d&#233;mocrates. Il en a tir&#233; la conclusion qu'il existe dans toutes les organisations ce qu'il d&#233;crit comme une loi d'airain de l'oligarchie, une tendance lourde vers la monopolisation du pouvoir par les dirigeants. Il maintient que toute organisation complexe requiert une forme de hi&#233;rarchie, ce qui donne lieu &#224; un processus de professionnalisation, la formation de cliques de dirigeants et une bureaucratie permanente qui devient de plus en plus &#233;loign&#233;e des membres et des principes de base. Selon Michels, il existe une logique organisationnelle qui assure que, pour les fonctionnaires, le parti devient une fin en soi et non pas un instrument.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les nombreux d&#233;fauts de son analyse, Michels, qui &#233;tait lui-m&#234;me membre du Parti social d&#233;mocrate allemand et syndicaliste, demeure int&#233;ressant parce qu'il a identifi&#233; certaines tendances qui se manifestent de mani&#232;re r&#233;p&#233;t&#233;e chez les partis progressistes depuis plus d'un si&#232;cle et qui pourraient aider &#224; comprendre la crise qu'on vit actuellement &#224; Qu&#233;bec solidaire et que nous nous donnons la t&#226;che dans cet atelier d'analyser, de comprendre et de voir comment on peut s'en sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment chaque parti poss&#232;de son histoire unique, ses sp&#233;cificit&#233;s structurelles et ses dynamiques particuli&#232;res, mais on peut n&#233;anmoins observer dans l'histoire des partis sociaux d&#233;mocrates occidentaux, ainsi que dans l'&#233;volution de nombreux partis qui se sont positionn&#233;s &#224; gauche de ces derniers, certaines tendances &#224; l'&#339;uvre &#8211; institutionnalisation, bureaucratisation, professionnalisation, concentration du pouvoir, la primaut&#233; du groupe parlementaire sur le parti &#8211; qui, ensemble, aboutissent &#224; un r&#233;tr&#233;cissement de la d&#233;mocratie et &#224; une propension &#224; sacrifier les principes pour des gains &#233;lectoral, ce qui a l'effet, au fil du temps, &#224; ramener leur vision politique vers le centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chercheurs proposent quelques raisons principales pour cette derni&#232;re tendance. Le politologue Matthew Polacko en fait le r&#233;sum&#233; : on veut promouvoir une image de gestionnaire solide de l'&#233;conomie afin d'augmenter les chances d'acc&#233;der au pouvoir ou d'&#234;tre plus acceptables en tant que partenaires de coalition ; on cherche &#224; mobiliser de nouveaux &#233;lectorats dans le but de devenir des partis &#171; fourre-tout &#187; qui compenseraient le d&#233;clin des bases traditionnelles des partis de gauche. Mais cette strat&#233;gie n'a finalement pas bien servi les int&#233;r&#234;ts des partis sociaux d&#233;mocrates qui sont en d&#233;clin un peu partout depuis plus de deux d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit que parmi les partis politiques de la nouvelle gauche du d&#233;but du 21e si&#232;cle, il y en a plusieurs qui ont fini par suivre le m&#234;me chemin, c'est-&#224;-dire s'&#233;loigner de leurs aspirations radicales et anticapitalistes en se rendant plus respectable et acceptable &#224; la classe politique dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article de 2022 portant sur le d&#233;clin de la gauche pour la revue Frontiers in Political Science, un universitaire belge a tent&#233; de comprendre les menaces auxquelles font face les petits partis politiques de gauche, autrement dit ceux qui ne sont pas des partis de masse. Il souligne que ces partis risquent constamment de perdre leurs bases d'appui, particuli&#232;rement lorsque les partis plus conventionnels s'approprient leurs positions. Selon ce politologue, cependant, les menaces les plus importantes r&#233;sident dans la tendance de ces partis &#224; mod&#233;rer leurs positions et &#224; remplacer leurs objectifs &#224; long-terme visant des changements sociaux fondamentaux par des objectifs de performance &#233;lectorale, tels que la maximisation de leur part des votes ou la poursuite des ambitions politiques personnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelque part, ce sont les m&#234;mes menaces qui p&#232;sent sur notre parti. Qu&#233;bec solidaire semble se trouver &#224; un crois&#233; des chemins et il reste &#224; voir quelle voie nous allons suivre. Est-ce que le virage pragmatique annonc&#233; par Gabriel Nadeau-Dubois sera mis au rebut avec son d&#233;part ? Que nous annonce le nouveau &#171; Manifeste pour un Qu&#233;bec solidaire de ses travailleuses et travailleurs &#187; ? Est-ce qu'il s'agit d'une tentative de revitaliser le &#171; parti de la rue &#187; qui devait toujours sous-tendre le &#171; parti des urnes &#187; ? Quels sont les d&#233;bats &#224; faire dans nos rangs ? Est-ce que les structures et proc&#233;dures actuelles du parti sont assez souples et d&#233;mocratiques pour permettre et encourager ces d&#233;bats de fond ? Dans un contexte politique de la mont&#233;e de la droite et de l'extr&#234;me droite, quel r&#244;le peut et doit jouer Qu&#233;bec solidaire comme unique parti progressiste au Qu&#233;bec ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on s'entend que la crise de QS provient en partie de ces tendances vers la bureaucratisation et l'&#233;rosion de la d&#233;mocratie interne qui planent sur toutes les formations de gauche dont la raison d'&#234;tre &#233;taient bien de contribuer &#224; l'av&#232;nement d'un monde radicalement meilleur, le d&#233;fi est de s'efforcer &#224; contrer ses tendances et &#224; r&#233;ancrer le parti dans les mouvements populaires pour la justice sociale et une plan&#232;te vivable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'affirme Mario Candeias, &#233;conomiste associ&#233; &#224; la fondation allemande Rosa Luxemburg, la force d'un parti de gauche radical d&#233;pend fondamentalement du lien organique aux mouvements populaires actifs. Sans cela, pr&#233;vient-il, un parti de gauche va s'isoler et se perdre dans les machinations de la politique parlementaire, priv&#233; du pouvoir transformateur des mouvements comme son &#233;pine dorsale mobile et de l'espace vital pour l'imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de passer la parole &#224; mes coll&#232;gues, je voudrais conclure sur une note optimiste en soulignant une belle victoire de la gauche qui devrait nous inspirer dans nos efforts pour construire l'avenir de notre parti. Il s'agit du retour derni&#232;rement de Die Linke, le Parti de gauche en Allemagne. Une longue p&#233;riode de luttes internes avait laiss&#233; cette formation avec peu d'espoir d'atteindre le 5 % du vote n&#233;cessaire pour si&#233;ger au Bundestag. Mais avec une strat&#233;gie ax&#233;e sur des questions &#233;conomiques, comme les loyers, qui touchent la vie quotidienne de la population et en refusant de se plier aux sentiments et aux discours anti-migrant adopt&#233; par tous les autres partis, ils ont eu un succ&#232;s relatif inattendu de 8,8 % du vote et 64 des 630 si&#232;ges. Et ils ont fait campagne munis d'un slogan original qui fait penser : &#171; Tout le monde veut gouverner. Nous voulons le changement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Intervention de Dalie Giroux&lt;br&gt;
Comment on sort de l'imaginaire du parasitisme ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Merci pour l'invitation, d'abord. Contente d'&#234;tre avec vous, contente d'&#234;tre l&#224;, de vous entendre, surtout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dirais d'abord : moi, je ne suis pas active dans les instances de Qu&#233;bec solidaire. Donc je fais peut-&#234;tre un petit pas de c&#244;t&#233; par rapport &#224; une conversation qui est bien ancr&#233;e sur les chemins pour organiser la gauche au Qu&#233;bec, au sein de Qu&#233;bec solidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne ferai pas de commentaires ni sur les enjeux de r&#233;alisme &#233;lectoral ni du point de vue des m&#233;dias sociaux. Je comprends les imp&#233;ratifs de la politique institutionnelle, mais ce n'est pas toujours raccordable avec une pens&#233;e politique int&#232;gre ou coh&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais donc pr&#233;senter deux lignes de r&#233;flexion, autour de la question qui est pos&#233;e aujourd'hui. Ce sont des questions, pas des r&#233;ponses. Mais je pense que se poser les bonnes questions, c'est crucial. Si on n'a pas les bonnes questions, on ne peut pas prendre les bonnes directions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, deux enjeux que je veux mettre sur la table pour la discussion. Le premier porte sur la question de l'imaginaire. Le deuxi&#232;me concerne ce que pourrait &#234;tre la critique d'un capitalisme qui se pr&#233;sente comme porteur d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, d'abord, l'imaginaire politique dans lequel nous baignons. Le recentrage, l'accusation des partis de gauche qu'on conna&#238;t, qu'on a mentionn&#233;e, touche aussi &#224; &#231;a. Et &#231;a s'inscrit dans un contexte, et pour moi c'est important de le nommer, ce contexte, parce que c'est ce contre quoi il faut s'organiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appelons &#231;a populisme de droite, si on veut. Il y a une esp&#232;ce de consensus autour de ce populisme de droite. On l'a vu, je trouve, au Qu&#233;bec depuis trois-quatre ans, se former ce consensus-l&#224;, autour de la CAQ et du Parti qu&#233;b&#233;cois. Moi, j'inscris le virage pragmatique de Qu&#233;bec solidaire &#8212; de Gabriel &#8212; l&#224;-dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce populisme de droite, je trouve qu'on manque de pr&#233;cision dans la mani&#232;re de le qualifier. Je voudrais simplement faire r&#233;f&#233;rence ici &#224; un ouvrage r&#233;cent de Michel Feher, Producteurs et parasites, L'imaginaire si d&#233;sirable du Rassemblement national, o&#249; il r&#233;fl&#233;chit &#224; ce qui s'est pass&#233; en France, comment le Rassemblement national est devenu un parti d'adh&#233;sion, en particulier pour les classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je trouve qu'il met le doigt sur quelque chose qui devrait nous faire r&#233;fl&#233;chir, et qui, pour moi, parle beaucoup &#224; la situation actuelle de Qu&#233;bec solidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que c'est que cet imaginaire politique-l&#224;, du &#034;producteur et parasites&#034; ? C'est un imaginaire qui s'organise autour de ce que Feher appelle le productionnisme. C'est une r&#233;flexion sur la production &#8212; sur le travail, sur l'&#233;conomie &#8212; mais pas au sens des rapports de production qu'on critique, qu'on remet en question. Plut&#244;t, on place au centre de la r&#233;flexion une figure : le &#034;bon producteur&#034;, le &#034;bon travailleur&#034;, les &#034;bonnes jobs payantes&#034;, les &#034;bons citoyens&#034;, les &#034;familles ordinaires&#034;, les &#034;gens qui contribuent &#224; la nation&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on oppose &#224; ce personnage central une figure-miroir : le parasite. Celui ou celle qui menace ce bon producteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un imaginaire politique populaire tr&#232;s fort. Moi, j'ai grandi l&#224;-dedans. Je viens d'une famille vaguement social-d&#233;mocrate, et c'&#233;tait d&#233;j&#224; tr&#232;s pr&#233;sent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la droite classique, le parasite, c'&#233;tait &#034;ceux d'en bas&#034; : les paresseux, les d&#233;pendants, les immigrants. Toute une s&#233;rie de figures politiques du parasitisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de la gauche, le parasite, lui, &#233;tait &#034;en haut&#034; : le sp&#233;culateur, le banquier, le bourgeois, le propri&#233;taire des moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se passe en ce moment &#8212; et c'est la th&#232;se de Michel Feher &#8212;, c'est que la droite publique a trouv&#233; un moyen de capitaliser des deux c&#244;t&#233;s. Elle arrive &#224; cr&#233;er une relation producteur-parasite o&#249; il y a des parasites en bas et des parasites en haut : les immigr&#233;s, les assist&#233;s sociaux&#8230; mais aussi &#034;l'&#201;tat profond&#034;, les mondialistes, etc. Toute une rh&#233;torique conspirationniste qu'on conna&#238;t bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on ne peut pas faire comme si on &#233;tait &#224; l'abri de cette culture politique-l&#224;. Cette formule du populisme de droite structure le psychique collectif. Et, dit Michel Feher, la gauche est coinc&#233;e dans cette formule-l&#224;. Elle ne peut pas l'assumer, mais elle n'arrive pas non plus &#224; la remettre en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit actuellement, par exemple, dans la difficult&#233; du comit&#233; des droits, dans l'affaire avec Guillaume Cliche-Rivard. On est pr&#234;t &#224; sacrifier des enjeux fondamentaux pour pr&#233;server une image acceptable du bon producteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce productionnisme, en plus, s'adresse avant tout aux &#034;jobs des messieurs&#034;. Les bonnes jobs payantes, en r&#233;gion : les jobs d'hommes, pas les jobs du care. Et on voit Qu&#233;bec solidaire se coller &#224; &#231;a. Le bon producteur, le bon citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Didier Eribon disait que ce parasitisme &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#233;sent dans les classes populaires communistes. Il essaie de comprendre comment les communistes ont pu se d&#233;placer vers le Rassemblement national, en France, dans les ann&#233;es 1980. C'est qu'il y a un continuum de l'imaginaire. On fonctionne l&#224;-dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors il faut faire face &#224; cette chose-l&#224;. Il faut se demander : comment on va se positionner dans cet imaginaire ? Comment on en sort ? Comment on produit des discours politiques qui nous permettent de poser des probl&#232;mes autrement que dans cette logique binaire ? Et c'est tr&#232;s difficile. Parce que l'imaginaire, c'est quelque chose de partag&#233;, de structurant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois deux choses : d'un c&#244;t&#233;, le consensus m&#233;diatique &#8212; que j'ai analys&#233; dans un article r&#233;cemment &#8212; qui ent&#233;rine le virage pragmatique de Qu&#233;bec solidaire. Mon analyse, c'est que ce virage, c'est une capitulation devant ce consensus. Et on l'a vu dans la r&#233;ception m&#233;diatique : tout le monde a applaudi Gabriel Nadeau-Dubois. Les m&#233;dias ont salu&#233; sa &#034;maturit&#233;&#034;. On a dit : voil&#224;, enfin, QS devient raisonnable, on enl&#232;ve tout ce qui ressemble &#224; du socialisme. Donc on met de c&#244;t&#233; les discussions sur la socialisation des ressources, des for&#234;ts, de l'agriculture. Et on propose quoi ? Une voie centr&#233;e sur les travailleurs, sans pr&#233;ciser lesquels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tr&#232;s probl&#233;matique. Parce que QS reste, dans la province, la seule offre politique o&#249; il y avait encore un programme socialiste. Et si on enterre &#231;a, alors il n'y a plus de gauche institutionnelle au Qu&#233;bec. Et si on veut exercer le pouvoir, mais qu'on ne peut plus critiquer le capitalisme&#8230; qu'est-ce qu'on fait ? Tant qu'on va rester dans l'imaginaire du parasite, on ne pourra pas porter une radicalit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors je repose la question : Comment on reconstruit une culture politique ? Comment on donne un cadre &#224; la d&#233;fense des droits dans un grand contexte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que ce que fait le populisme de droite, c'est de fabriquer de fausses guerres de classes : cols bleus contre cols blancs, r&#233;gions contre villes, gens &#034;ordinaires&#034; contre gens &#034;diff&#233;rents&#034;, &#034;fantastiques&#034;, &#034;woke&#034;, etc. Et l&#224;-dedans, on pi&#232;ge les travailleurs. Ce n'est pas nouveau. On l'a vu dans d'autres &#233;poques, d'autres contextes. Et les m&#233;dias jouent un r&#244;le &#233;norme dans cette fabrication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc, il faut militer pour red&#233;finir la libert&#233;, la d&#233;mocratie. Parce que la libert&#233;, aujourd'hui, elle est &#224; droite. C'est la libert&#233; du &#034;choix&#034;, la libert&#233; de consommer, la libert&#233; &#224; travers la marchandise. Alors qu'est-ce qu'une libert&#233; r&#233;elle ? Une libert&#233; qui ne passe pas par la marchandise ? C'est une question centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me enjeu : l'absence d'une critique assum&#233;e du capitalisme. &#199;a fait tr&#232;s mal. Ce qu'on voit, c'est une gauche de la d&#233;pense, une gauche qui d&#233;fend des programmes sociaux &#8212; mais dans un cadre provincial, o&#249; on n'a pas les leviers sur les ressources naturelles. On se retrouve donc avec une gauche tr&#232;s faible, qui passe par la taxation, la r&#233;glementation&#8230; mais ce n'est pas une gauche de rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on dirait qu'on a abandonn&#233; l'&#233;conomie politique. On n'a pas de critique des grands accumulateurs de capital, de leur rapport avec l'intelligence artificielle, avec la transition &#233;nerg&#233;tique, avec les transformations industrielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la place est laiss&#233;e &#224; la droite. La litt&#233;rature &#233;conomique au Qu&#233;bec est &#224; droite. C'est effarant. Et &#231;a permet aux journalistes de dire n'importe quoi, d'acclamer n'importe quoi. Et Gabriel Nadeau-Dubois, face &#224; eux, a l'air de quelqu'un qui ne sait pas quoi r&#233;pondre, qui a du mal &#224; tenir une ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors je repose la question une derni&#232;re fois : comment on sort du productionnisme ? Comment on pense la vie de tout le monde autrement qu'&#224; travers la figure centrale du travailleur masculin en r&#233;gion, dans l'extraction des ressources ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les femmes, dans tout &#231;a ? Les jobs de service, les soins ? Toute cette structure-l&#224; existe, dans une &#233;conomie r&#233;elle, avec des capitaux, des machines. Il faut qu'on soit capables de penser l&#224;-dedans. Je pense que les gens en r&#233;gion veulent &#234;tre entendus. Il faut pouvoir leur parler. Mais il faut aussi pouvoir parler de l'ensemble de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors comment on fait ? Je vous laisse l&#224;-dessus. Je pourrais continuer, mais je vais m'arr&#234;ter. Merci.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Intervention de Roger Rashi &#224; La Grande Transition 2025
Comment comprendre la crise que vit Qu&#233;bec solidaire ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux remarques rapides. Qu&#233;bec solidaire n'est pas un parti social-d&#233;mocrate classique. C'est un parti qui est le produit typique de la gauche radicale des ann&#233;es 2000 : les mouvements sociaux, la remise en question du n&#233;olib&#233;ralisme, une vision autre de la politique, une int&#233;gration compl&#232;te d'une vision &#233;cologiste, f&#233;ministe, dans son activit&#233; politique quotidienne, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, ce parti a connu deux phases de radicalisation. La premi&#232;re, selon moi, de 2008 &#224; 2014, a essentiellement suivi la fameuse crise &#233;conomique et financi&#232;re de 2008, et surtout le coup de fouet qu'a &#233;t&#233; le printemps &#233;rable, la gr&#232;ve &#233;tudiante de 2012. Pendant cette p&#233;riode de six ans, on a vu une radicalisation du programme de Qu&#233;bec solidaire. C'est l&#224; o&#249; tout ce qui touche &#224; la sortie du syst&#232;me, &#224; l'anticapitalisme, etc., a &#233;t&#233; accept&#233;, int&#233;gr&#233;. Par deux fois, dans des congr&#232;s, des propositions d'alliance &#233;lectorale avec le Parti qu&#233;b&#233;cois &#8211; mises de l'avant par des figures du parti, comme Amir Khadir ou Fran&#231;oise David &#8211; ont &#233;t&#233; battues &#224; pr&#232;s de 70%. Donc c'est quand m&#234;me une phase de radicalisation que Qu&#233;bec solidaire a connue de 2008 &#224; 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 2014 &#224; 2018, selon moi, c'&#233;tait une sorte de phase d'assagissement. Qu&#233;bec solidaire a relativement mal perform&#233; dans l'&#233;lection de 2014 : trois d&#233;put&#233;s, 6 %. &#199;a a comme assagi un peu ce radical-r&#233;alisme momentan&#233;. Mais 2018 : tr&#232;s bon r&#233;sultat &#233;lectoral, l'arriv&#233;e de Gabriel Nadeau-Dubois en 2017, l'arriv&#233;e de beaucoup de jeunes issus du mouvement &#233;tudiant. Et l'aile parlementaire s'est radicalis&#233;e pendant une p&#233;riode d'&#224; peu pr&#232;s deux ans. Ce n'&#233;tait pas devenu un parti populiste de gauche, mais &#231;a avait adopt&#233; une rh&#233;torique populiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2018, la plateforme &#233;lectorale faisait une critique tr&#232;s forte du syst&#232;me n&#233;olib&#233;ral, appelait &#224; des taxes sur les riches et les grandes corporations, et pr&#233;sentait aussi une vision de la transition &#233;cologique &#8211; qu'on a beaucoup critiqu&#233;e &#224; gauche du parti &#8211; mais qui &#233;tait quand m&#234;me une transition transformatrice de la soci&#233;t&#233;. Cette deuxi&#232;me phase de radicalisation a dur&#233; environ deux ans de 2018 au d&#233;but de 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sortie de la COVID-19 : d&#233;but de la crise interne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand coup, selon moi, le d&#233;but de la crise actuelle de QS, arrive avec la COVID-19. Rappelez-vous : &#224; partir de mars 2020, tout a &#233;t&#233; ferm&#233;. Et la direction du parti a pris une d&#233;cision qui, pour moi, a &#233;t&#233; tr&#232;s co&#251;teuse &#8211; qu'on a mal &#233;valu&#233;e &#224; l'&#233;poque. Ils ont compl&#232;tement ferm&#233; le parti pendant six mois. Plus d'assembl&#233;es, plus de r&#233;unions locales, plus de discussions. La seule fraction du parti qui fonctionnait, c'&#233;tait l'aile parlementaire. Rien d'autre pendant 6 mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; cette &#233;poque-l&#224;, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire de Qu&#233;bec solidaire, l'aile parlementaire a adopt&#233; une politique d'union nationale o&#249; ils ont appuy&#233; la CAQ et les premi&#232;res fameuses mesures sanitaires. Il a &#233;t&#233; impossible de voir le d&#233;but d'une critique de ces mesures-l&#224; entre mars 2020 et, je vous dirais, le mois de juin de cette ann&#233;e. Et encore, ce n'est que parce qu'une partie de la gauche du parti s'est insurg&#233;e, a organis&#233; des rencontres, des ateliers, des discussions, a tent&#233; de faire fonctionner, tant bien que mal, les structures du parti &#8211; ou plut&#244;t des structures &#224; l'ext&#233;rieur, puisque tout avait &#233;t&#233; gel&#233; &#8211; qu'il y a eu un minimum d'activit&#233;s et de critiques de l'orientation du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la sortie de la COVID, quant &#224; moi, c'est l&#224; que l'&#233;quipe autour de Gabriel Nadeau-Dubois a compl&#232;tement pris le contr&#244;le, tant de l'aile parlementaire que des structures du parti. Elle a commenc&#233; son travail d'exclusion des &#233;l&#233;ments de gauche pr&#233;sents dans la direction du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la sortie de la COVID, deux conseils nationaux se sont tenus : un premier en septembre 2020, puis un deuxi&#232;me, si je me rappelle bien, en novembre ou d&#233;cembre de la m&#234;me ann&#233;e. Dans le premier, la critique de l'attitude du parti pendant le d&#233;but de la pand&#233;mie a &#233;t&#233; faite. La direction &#233;tait compl&#232;tement sur la d&#233;fensive, mais n'arrivait pas &#224; r&#233;pondre de fa&#231;on coh&#233;rente &#224; cette critique-l&#224;. Il a alors &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de lancer une campagne politique de mobilisation du parti &#224; l'int&#233;rieur et &#224; l'ext&#233;rieur du parlement, pour remettre de l'avant les grandes revendications des mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette campagne n'a jamais &#233;t&#233; appliqu&#233;e. Elle n'a m&#234;me jamais &#233;t&#233; publicis&#233;e par les organes du parti. Silence total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conseil national de d&#233;cembre arrive : l'orientation de cette campagne est reconfirm&#233;e. M&#234;me r&#233;sultat : z&#233;ro. Pas un mot de l'aile parlementaire, pas un mot des organes du parti. Tout est tomb&#233; entre les craques, entre les maillons du filet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but 2021, on a vu une autre escalade : l'exclusion du collectif d&#233;colonial et antiraciste. Oui, il y avait quelques questions, mais de l&#224; &#224; exclure un petit groupe militant &#8211; on n'avait jamais vu &#231;a dans Qu&#233;bec solidaire. Ce fut per&#231;u comme le d&#233;but d'une r&#233;pression interne de la gauche du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment, au sein de Qu&#233;bec solidaire, il y avait un mouvement tr&#232;s actif depuis 2019, pour la d&#233;mocratisation interne. Ce mouvement regroupait des centaines de membres qui demandaient des discussions strat&#233;giques continues sur l'&#233;volution du parti et remettaient en question certaines prises de position de l'aile parlementaire. Notamment le fait que Qu&#233;bec solidaire, d&#232;s 2019, avait appuy&#233; la fameuse loi 21. Et ils avaient battu en congr&#232;s l'aile parlementaire &#8211; l'ensemble de l'aile parlementaire. Alors que, pr&#233;c&#233;demment, le parti avait d&#233;j&#224; battu les porte-paroles sur la question de l'alliance avec le Parti qu&#233;b&#233;cois, cette fois-ci en 2019, l'aile parlementaire au complet a &#233;t&#233; battue sur la question de l'appui &#224; la loi 21.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, il y avait encore &#224; ce moment-l&#224; une gauche active dans Qu&#233;bec solidaire, capable d'avoir un impact sur l'orientation du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 2021, tout s'&#233;croule. Deux choses ont &#233;t&#233; utilis&#233;es de fa&#231;on incroyable par le parti. Un : Gabriel Nadeau-Dubois et son entourage avaient pris le contr&#244;le de l'aile parlementaire. C'est &#224; ce moment-l&#224; que le conflit avec Catherine Dorion a &#233;clat&#233;. On l'a su plus tard. Elle ne pouvait plus dire ce qu'elle voulait. Elle n'avait plus acc&#232;s aux m&#233;dias de communication du parti. Essentiellement, on lui disait : &#171; Sois belle et tais-toi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de deux : ce qu'ils ont fait &#224; l'int&#233;rieur, de fa&#231;on tr&#232;s habile, c'est de changer compl&#232;tement la discussion : &#171; Oublions la loi 21, pr&#233;parons les &#233;lections de 2022 &#187;. Ces &#233;lections devaient &#234;tre cruciales. On se donnait comme objectif de devenir l'opposition officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;lections de 2022 : &#233;lectoralisme d&#233;brid&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu les m&#234;mes probl&#232;mes avec Podemos en Espagne. &#192; un moment donn&#233;, Podemos se donne comme objectif de d&#233;passer le Parti socialiste et de devenir la force politique principale. L'&#233;chec &#233;lectoral enclenche une crise interne dont le parti ne s'est jamais vraiment remis. C'est un peu la m&#234;me chose &#224; Qu&#233;bec solidaire : on se donne un objectif irr&#233;aliste et on organise la campagne &#233;lectorale sur cette base. &lt;strong&gt;Le parti devient obnubil&#233; par un &#233;lectoralisme d&#233;brid&#233; qui m&#232;ne &#224; un &#233;chec mal encaiss&#233; et de multiples crises internes suivies de la d&#233;mobilisation des membres&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me rappelle, parce que j'&#233;tais impliqu&#233; dans la commission politique qui devait discuter et pr&#233;parer la plate-forme &#233;lectorale : le mot d'ordre de la direction, c'&#233;tait : &#171; La CAQ est tr&#232;s forte, et on va se faire &#233;craser si on ne fait pas attention dans nos prises de position. Il faut aller chercher la majorit&#233; la plus large possible. C'est une &#233;lection historique, car on peut se faufiler devant les lib&#233;raux et les p&#233;quistes qui sont tous deux en crise et en d&#233;clin. C'est l'occasion historique de s'imposer comme opposition officielle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ce mot d'ordre qui a pr&#233;domin&#233; jusqu'&#224; l'&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;lection n'a pas &#233;t&#233; mauvaise &#8211; un peu moins de 16 %, 11 ou 12 d&#233;put&#233;s &#8211; mais au vu des objectifs irr&#233;alistes que le parti s'&#233;taient donn&#233;s, ce fut un &#233;chec. Gabriel l'avait affirm&#233; : on vise l'opposition officielle. Rappelez-vous le deuxi&#232;me d&#233;bat des chefs, o&#249; il a voulu se pr&#233;senter comme l'interlocuteur principal de Fran&#231;ois Legault. Cela a d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; en un face-&#224;-face entre Legault et lui, o&#249; Gabriel avait compl&#232;tement abandonn&#233; toute tentative de mettre de l'avant un programme &#233;lectoral. Il cherchait seulement &#224; s'affirmer comme chef. Au vu de cet objectif, 2022 a &#233;t&#233; un &#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu quelques rumeurs comme quoi Gabriel allait d&#233;missionner, parce que, objectivement, c'&#233;tait un &#233;chec personnel, politique et organisationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le congr&#232;s ou le conseil national pour faire le bilan de cette &#233;lection a &#233;t&#233; retard&#233;. D'habitude, &#231;a se fait dans les deux mois suivant l'&#233;lection &#8211; ici, &#231;a a &#233;t&#233; repouss&#233; &#224; janvier. L'objectif : ramener Gabriel et &#233;tablir un discours justificatif. Mais ce discours a surtout consist&#233; &#224; dire : &#171; Parlons encore moins de transition, d'&#233;cologie, de sortie de l'auto, etc., parce qu'on veut gagner dans les r&#233;gions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les crises s'enchainent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; que les crises se sont encha&#238;n&#233;es : la sortie de Catherine Dorion, avec son livre publi&#233; en novembre 2023 qui d&#233;nonce ce que Gabriel lui a fait subir alors qu'elle &#233;tait dans l'aile parlementaire. Puis, moins que six mois plus tard, la d&#233;mission fracassante d'&#201;milise Lessard-Therrien, qui reprend exactement les m&#234;mes motifs que Catherine. On l'a emp&#234;ch&#233;e de parler, d'agir r&#233;ellement comme co-porte-parole. Tout &#233;tait verrouill&#233; par le chef parlementaire et co-porte-parole masculin : Gabriel et son entourage. &#201;milise ne pouvait que suivre la parade et se taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gabriel entame alors un petit d&#233;but d'autocritique, puis change rapidement de sujet : il parle de faire de Qu&#233;bec solidaire un &#171; parti de gouvernement &#187;, en lan&#231;ant le d&#233;bat sur le &#171; pragmatisme politique &#187; qui devait pr&#233;dominer, selon lui, dans le parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise la plus grave, quant &#224; moi, c'est celle qui &#233;clate autour d'Haroun Bouazzi en novembre 2024. On l'a vu partout ailleurs : en Espagne avec Iglesia, en France avec M&#233;lenchon, au Royaume-Uni avec Jeremy Corbyn, ou aux &#201;tats-Unis avec Bernie Sanders. Les leaders de la gauche sont attaqu&#233;s en continu dans les m&#233;dias. Et ici, pour tenter d'&#233;viter l'attaque m&#233;diatique, l'ensemble de l'aile parlementaire condamne Haroun pour avoir os&#233; dire que le racisme syst&#233;mique est aussi pr&#233;sent &#224; l'Assembl&#233;e nationale du Qu&#233;bec !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au congr&#232;s du parti de novembre, je vous jure, l'aile parlementaire &#233;tait pr&#234;te &#224; l'expulser. La seule chose qui l'a emp&#234;ch&#233;, c'est l'organisation d'une riposte interne : 20 associations et structures de Qu&#233;bec solidaire se sont publiquement oppos&#233;es &#224; l'attitude de la direction. Cette lettre a &#233;t&#233; &#171; coul&#233;e &#187; aux m&#233;dias pendant le congr&#232;s. La direction a recul&#233;, mais Haroun a d&#251; faire une autocritique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans la semaine suivante, &#224; l'Assembl&#233;e nationale, aucun membre de l'aile parlementaire ne s'est lev&#233; pour le d&#233;fendre. Deux de nos d&#233;put&#233;-e-s se sont m&#234;me lev&#233;s pour applaudir les attaques du PLQ contre leur coll&#232;gue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de l&#224;, les choses se sont acc&#233;l&#233;r&#233;es. On a perdu &#233;norm&#233;ment de membres. Les structures internes sont devenues fantomatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je termine. Les campagnes financi&#232;res vont tr&#232;s mal. Le parti est &#224; 50 000 &#224; 70 000 dollars en dessous de ses objectifs. Il y a &#233;norm&#233;ment de difficult&#233;s &#224; faire fonctionner les comit&#233;s de coordination locaux. L&#224; o&#249;, en 2019, dans Laurier-Dorion par exemple, une assembl&#233;e publique pouvait rassembler 150 personnes, aujourd'hui, ils ne peuvent pas en r&#233;unir une dizaine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pareil dans de multiples associations &#224; travers l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais m'arr&#234;ter l&#224;. D'autres, notamment Andr&#233; Frappier vont parler apr&#232;s moi des rem&#232;des &#224; cette crise. Car depuis six mois, la gauche s'est r&#233;organis&#233;e dans Qu&#233;bec solidaire. Elle a recommenc&#233; &#224; batailler, tant sur la place publique que dans les structures internes &#8211; entre autres, ce que nous faisons ici aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je vous laisse sur cette id&#233;e : c'est une crise s&#233;rieuse. C'est une crise existentielle. Je ne vous dis pas que le parti va n&#233;cessairement tomber, mais c'est extr&#234;mement s&#233;rieux. C'est la p&#233;riode la plus noire que j'ai connue depuis les d&#233;buts de Qu&#233;bec solidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a des gens, des militantes et des militants qui travaillent tr&#232;s s&#233;rieusement &#224; changer l'orientation de Qu&#233;bec solidaire. Et nous parlerons des perspectives futures un peu plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Intervention d'Andr&#233; Frappier
Perspectives ; d&#233;battons, battons-nous ensemble&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alors, je vais vous avouer que c'est avec beaucoup d'&#233;motion que je prends la parole aujourd'hui. Mais je pense que c'est la m&#234;me chose pour mes camarades aussi, parce qu'on est, pour la plupart, membres fondateurs de Qu&#233;bec solidaire. Et j'ai &#233;t&#233; dans la direction de Qu&#233;bec solidaire pendant des ann&#233;es. Ce sont mes camarades. J'ai travaill&#233; avec plusieurs personnes, j'ai particip&#233; avec vous, avec beaucoup de gens, &#224; construire ce parti-l&#224;. C'est mon parti. Et je suis absolument hallucin&#233;, f&#226;ch&#233;, de voir ce qu'ils en ont fait aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je ne veux pas l&#226;cher prise. Je pense qu'il faut se battre tant qu'on est capable, jusqu'&#224; une certaine limite, mais c'est un combat qu'il faut mener. La t&#226;che est quand m&#234;me immense en ce moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'adh&#232;re &#224; tout ce qui a &#233;t&#233; dit jusqu'&#224; maintenant. On a parl&#233; tout &#224; l'heure du manifeste, et je vais en parler un peu. Parce que c'est quand m&#234;me hallucinant, pour un parti politique de gauche, de lancer un d&#233;bat avec un manifeste qui ne parle pas d'environnement, qui ne parle pas de la lutte des femmes, qui ne parle pas de la conjoncture politique actuelle &#8212; alors qu'on a des fascistes au sud de notre fronti&#232;re, un peu partout dans le monde. Un manifeste qui ne traite pas un seul mot de ces questions-l&#224;, mais qui nous dit : &#171; Oui, on va faire le point pour avoir de meilleurs logements. &#187; On va proposer un d&#233;bat compl&#232;tement en dehors du champ politique qu'on vit pr&#233;sentement, et du danger qui est &#224; nos portes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que c'est &#224; &#231;a qu'il faut s'adresser maintenant, il faut resituer la situation politique dans son contexte. Un v&#233;ritable d&#233;bat politique doit commencer par indiquer qu'on a maintenant une extr&#234;me droite fasciste &#224; nos fronti&#232;res, au sud, qui a un impact immense sur la situation politique au Canada. D&#233;j&#224;, des budgets s'en vont dans l'armement. On sait que &#231;a va aller dans tous ces secteurs-l&#224;, et qu'on aura de moins en moins d'argent pour les services publics, pour les &#233;coles. Et &#231;a a un effet direct chez nous. C'est &#231;a qu'il faut regarder comment on peut contrer cette situation. Et on ne pourra pas la contrer si on ne fait pas de conscientisation politique, et si on ne fait pas de d&#233;bat politique. C'est l&#224; que &#231;a se joue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de parler des perspectives, je veux revenir sur quelques moments forts qui, selon moi, ont marqu&#233; Qu&#233;bec solidaire et nous ont amen&#233;s jusqu'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu deux moments importants o&#249; la direction &#8212; Gabriel, mais pas seulement lui, parce qu'il ne faut pas le f&#233;tichiser. Il est entr&#233; &#224; QS pour raffermir un courant qui existait d&#233;j&#224;. Il ne l'a pas invent&#233;, il l'a renforc&#233;, il l'a structur&#233;, avec d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux moments, ce sont : d'abord le d&#233;bat qu'on a eu en 2017 sur les alliances avec le Parti qu&#233;b&#233;cois. C'&#233;tait une tension qu'on avait depuis longtemps et qu'on n'arrivait pas &#224; r&#233;soudre. On a d&#233;cid&#233; de le faire de mani&#232;re publique, dans un d&#233;bat qui a dur&#233; presque un an. Et c'est comme &#231;a qu'il faut faire des d&#233;bats profonds, pas en trois semaines comme on le fait aujourd'hui dans nos structures. Un an de d&#233;bat ! On a fait le tour des r&#233;gions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, j'&#233;tais le repr&#233;sentant de la direction oppos&#233; aux alliances, et Andres Fontecilla d&#233;fendait l'autre position. Et j'ai beaucoup de respect pour lui, il a particip&#233; politiquement au d&#233;bat avec rigueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a tenu des d&#233;bats &#224; Qu&#233;bec, &#224; Montr&#233;al, dans des assembl&#233;es de cuisine&#8230; Un an de d&#233;bat, et au final, lors du congr&#232;s, la gauche a gagn&#233; &#224; plus de 70 % contre les alliances. Deux ans plus tard, en 2019, m&#234;me chose avec le d&#233;bat sur la la&#239;cit&#233;. Encore une fois, la position des directions a &#233;t&#233; battue avec le m&#234;me pourcentage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle conclusion en ont-ils tir&#233;e ? Que quand on fait des d&#233;bats d&#233;mocratiques, c'est la gauche qui gagne. Et c'est l&#224; que les choses ont commenc&#233; &#224; se refermer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais illustrer &#231;a avec quelque chose que j'ai gard&#233; dans mes archives &#8212; parce que c'est aussi mon passe-temps de conserver les archives. En 2006 210, on faisait des cahiers de propositions avec un &#233;ch&#233;ancier qui durait six mois. J'ai ici la preuve. On lan&#231;ait un cahier en f&#233;vrier, et le congr&#232;s avait lieu en novembre. Cela permettait de faire des assembl&#233;es citoyennes, des rencontres publiques. On avait un cahier de proposition qu'on appelait &#034;B&#226;tir ensemble Qu&#233;bec&#034; et on faisait des r&#233;unions publiques pour discuter, et cela permettait de recruter, de faire des d&#233;bats avec des gens en dehors de notre cercle de membres militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#231;a, il faut prendre le temps de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un parti de gauche, s'il veut avoir un impact dans la soci&#233;t&#233;, il l faut aller &#224; la population, travailler avec elle. &#192; l'&#233;poque, on prenait six mois entre la sortie des propositions et le congr&#232;s, pour faire ce travail de fond. Aujourd'hui, on ne le fait plus. Et pourtant, les enjeux sont encore plus complexes : racisme syst&#233;mique, crise &#233;cologique, mont&#233;e de l'extr&#234;me droite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en ai parl&#233; r&#233;cemment : on a une c&#244;te &#224; monter. Pour les gens politis&#233;s, pour les personnes racis&#233;es, c'est s&#251;r qu'ils sont avec nous. Mais pour les autres ? Ceux qui ont entendu les discours de la CAQ, du PQ, et qui n'ont vu personne se lever pour soutenir Haroun Bouazzi ? Je ne suis pas s&#251;r qu'ils vont voter pour nous aux prochaines &#233;lections. Il y a un gros travail de politisation &#224; faire, et ce n'est pas le parti qui va le faire dans son &#233;tat actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur les perspectives maintenant.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des choses positives. Par exemple, la solidarit&#233; internationale, qui a &#233;t&#233; abandonn&#233;e depuis des ann&#233;es. Gr&#226;ce &#224; nos efforts, une r&#233;solution a &#233;t&#233; adopt&#233;e pour cr&#233;er un poste responsable de la solidarit&#233; internationale, presque &#224; l'unanimit&#233;. C'est un d&#233;but, mais il faut aller plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On avait des liens avec la DSA aux &#201;tats-Unis, on &#233;tait all&#233;s &#224; leur congr&#232;s, ils &#233;taient venus au n&#244;tre. M&#234;me chose avec Die Linke en Allemagne, la CUP en Catalogne&#8230; Tout &#231;a s'est perdu. Et ces liens ne se construisent pas avec un coup de t&#233;l&#233;phone. Il faut &#233;changer, b&#226;tir ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre enjeu majeur : la mont&#233;e du fascisme au sud. Si on veut parler de changement social au Qu&#233;bec, il faut comprendre que &#231;a implique aussi un changement dans tout le Canada. On ne peut pas faire &#231;a tout seuls. Il faut des liens avec la gauche du Reste-du-Canada, avec les nations autochtones qui n'ont pas la m&#234;me vision du territoire que nous. Il faut composer, b&#226;tir ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#231;a veut dire contrer le n&#233;olib&#233;ralisme canadien, qui va s'accentuer dans les prochaines ann&#233;es avec la course aux armements. On ne pourra pas le faire seuls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et enfin, il y a les enjeux centraux : immigration, racisme syst&#233;mique. On ne r&#233;ussira pas &#224; b&#226;tir une soci&#233;t&#233; &#233;galitaire si on ne s'adresse pas &#224; &#231;a, la terre appartient &#224; tout le monde, nous sommes toutes et tous &#233;gaux, que l'on soit au Qu&#233;bec ou ailleurs. C'est un discours qu'on n'entend pas assez. M&#234;me &#224; QS, on n'est pas forts pour contrer les discours de la droite sur l'immigration. C'est notre r&#244;le. Et on ne le joue pas. C'est &#231;a, le d&#233;fi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reconstruction de la gauche passe par l&#224;. Mais les conditions sont difficiles. Par exemple, pour le prochain conseil national, on a trois semaines pour recevoir les documents, les &#233;tudier, pr&#233;parer une assembl&#233;e, convoquer 10 jours &#224; l'avance, proposer des choses, envoyer des amendements. On n'a pas le temps de faire de vrais d&#233;bats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a un d&#233;ficit d&#233;mocratique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les changements apport&#233;s aux statuts rendent les choses pires. Par exemple, la course au porte-parolat : maintenant, ce sont des &#233;lections g&#233;n&#233;rales par voie &#233;lectronique. Imaginons que Gabriel Nadeau-Dubois se pr&#233;sente contre quelqu'un d'inconnu. Les gens votent par courriel, de chez eux. Pour qui vont-ils voter ? Ce n'est pas pour rien que les syndicats et la majorit&#233; des organismes font leurs &#233;lections en congr&#232;s. Parce que les membres entendent les d&#233;bats, rencontrent les gens. L&#224;, on coupe &#231;a. On virtualise. Et on coupe le lien humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je conclus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'il faut une personne extra-parlementaire au poste de porte-parole. Il y a une personne qui s'est annonc&#233;e. Il y en aura une autre bient&#244;t. Je veux vous dire aussi qu'on constate une certaine d&#233;mobilisation de nos membres, on leur lance l'appel : ne partez pas. Un regroupement s'est form&#233; : le &#034;Parti de la rue&#034;, auquel j'appartiens, cr&#233;&#233; au dernier congr&#232;s, pour dire : &#171; Si QS devient le parti des urnes, nous, on va faire le parti de la rue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce regroupement n'est pas un organe de QS, c'est une mani&#232;re de dire : venez, d&#233;battons, battons-nous ensemble mais ne partez pas il faut continuer &#224; lutter. Et on tirera les conclusions plus tard, ce n'est pas le moment de d&#233;crocher. C'est le temps de se battre. La rue est &#224; nous.&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une lutte qui combine le rejet du colonialisme et celui de la forme de vie capitaliste et extractive qui caract&#233;risent le Canada</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Une-lutte-qui-combine-le-rejet-du-colonialisme-et-la-forme-de-vie-capitaliste</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Une-lutte-qui-combine-le-rejet-du-colonialisme-et-la-forme-de-vie-capitaliste</guid>
		<dc:date>2020-02-18T12:19:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dalie Giroux</dc:creator>


		<dc:subject>Canada</dc:subject>
		<dc:subject>Premi&#232;res nations</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-02-18</dc:subject>
		<dc:subject>Les Premi&#232;res nations contre Coastal GasLink</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous avons pos&#233; quelques questions &#224; Dalie Giroux sur le sens de la lutte en cours de la nation Wet'suwet'en contre la construction d'un pipeline sur leur territoire et sur la solidarit&#233; des peuples autochtones. Cette lutte est de port&#233;e historique, car elle pose des questions essentielles sur la place des Premi&#232;res nations au Canada et sur le sens du combat pour une v&#233;ritable transition tant dans sa dimension d&#233;coloniale que dans sa dimension anticapitaliste et environnementaliste. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-des-peuples-autochtones-" rel="directory"&gt;Mouvement des peuples autochtones&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Canada-17-+" rel="tag"&gt;Canada&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Premieres-nations-965-+" rel="tag"&gt;Premi&#232;res nations&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-02-18-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-02-18&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Les-Wet-suwet-en-contre-TransMountain-+" rel="tag"&gt;Les Premi&#232;res nations contre Coastal GasLink&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH129/arton42146-a20f1.png?1781056498' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='129' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous avons pos&#233; quelques questions &#224; Dalie Giroux sur le sens de la lutte en cours de la nation Wet'suwet'en contre la construction d'un pipeline sur leur territoire et sur la solidarit&#233; des peuples autochtones. Cette lutte est de port&#233;e historique, car elle pose des questions essentielles sur la place des Premi&#232;res nations au Canada et sur le sens du combat pour une v&#233;ritable transition tant dans sa dimension d&#233;coloniale que dans sa dimension anticapitaliste et environnementaliste. (Presse-toi &#224; gauche !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dalie Giroux est professeure de pens&#233;e politique &#224; l'universit&#233; d'Ottawa. &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Propos recueillis par Andr&#233; Frappier et Bernard Rioux&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'entreprise TC &#233;nergie avait n&#233;goci&#233; une entente y compris des montants avec le Conseil de bande de la nation Wet'suwent&#8216;en ? Les chefs traditionnels s'opposent &#224; cette entente ? Quel est le sens la division des pouvoirs entre le conseil de bande et les chefs traditionnels. Qu'est-ce qui est au fondement de la l&#233;gitimit&#233; de ces chefs traditionnels ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valorisation priv&#233;e des ressources naturelles est la pierre d'assise de l'installation europ&#233;enne dans le nord de l'Am&#233;rique, et le droit canadien h&#233;ritier du droit de conqu&#234;te britannique fonde la l&#233;galit&#233; de cette entreprise. Cela tant dans l'organisation des juridictions sur le contr&#244;le des ressources, par la d&#233;finition &#171; d'objectif r&#233;el et imp&#233;rieux &#187; et d'utilit&#233; publique que les cours canadiennes donnent &#224; l'extraction priv&#233;e de ressources naturelles, que par la protection a priori de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit canadien s'appliquant aux peuples autochtones leur fournit &#233;videmment certaines protections, qui sont venues par ailleurs tr&#232;s tardivement dans l'histoire du Canada (notamment avec la reconnaissance de la validit&#233; de la Proclamation royale et des trait&#233;s historiques dans la Loi constitutionnelle de 1982). Or, ces protections, notamment l'obligation de consulter (j'esquive ici toute la question et la critique du mod&#232;le canadien de cession des terres ancestrales), n'ont pas suffisamment de vigueur pour permettre &#224; quelque nation que ce soit de refuser le d&#233;veloppement sur son territoire. L'obligation de consulter, on l'a assez dit, ne constitue pas un droit de v&#233;to.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la mani&#232;re dont sont men&#233;es ces consultations, tr&#232;s variables, contribue dans la majorit&#233; des cas &#224; en limiter la port&#233;e, et, ce faisant, de nier la juridiction autochtone sur les territoires traditionnels. C'est le cas ici : le gouvernement Trudeau (et le discours m&#233;diatique mainstream avec lui) s'appuie sur ce fait que la construction du pipeline est &#171; l&#233;gale &#187;, en vertu du fait que toutes les composantes du projet respectent la loi canadienne, y compris l'obligation de consulter. Or, ce que r&#233;v&#232;le la situation actuelle sur le territoire wet'suwet'en, c'est que dans l'effectuation de cette obligation de consulter, les compagnies et les gouvernements (car la consultation aupr&#232;s des nations autochtones est souvent men&#233;e par les entreprises elles-m&#234;mes qui souhaitent exploiter le territoire) choisissent l'interlocuteur le plus &#224; m&#234;me de se pr&#234;ter au jeu des ententes et des compensations financi&#232;res &#8211; g&#233;n&#233;ralement les conseils de bande. Il faut dire deux choses &#224; cet effet : (1) les conseils de bande constituent un pouvoir d&#233;l&#233;gu&#233; du gouvernement f&#233;d&#233;ral qui d&#233;coule de la Loi sur les Indiens, et s'il s'agit donc d'un organe de repr&#233;sentation politique, celui-ci d&#233;coule du gouvernement canadien et non de la juridiction autochtone. &#192; ce titre, sa l&#233;gitimit&#233; pour repr&#233;senter une nation, particuli&#232;rement dans un contexte o&#249; il existe un gouvernement traditionnel qui lui d&#233;coule de la juridiction autochtone, est questionnable ; (2) les conseils de bande, comme l'expliquent les chefs traditionnels wet'suwet'en, sont les administrateurs du territoire des r&#233;serves, et non les garants des territoires traditionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de fond est donc politique avant d'&#234;tre l&#233;gale. Il s'agit de faire valoir une juridiction autochtone (non-d&#233;l&#233;gu&#233;e du pouvoir colonial) sur le territoire traditionnel. Celle-ci implique d'exiger que les gouvernements provinciaux et le gouvernement f&#233;d&#233;ral, ainsi que toute autre entit&#233; qui a des int&#233;r&#234;ts li&#233;s, s'adressent &#224; cette autorit&#233; s'il s'agit de faire usage du territoire traditionnel. Le fait que les communaut&#233;s autochtones soient divis&#233;es sur cette question affaiblit certes leur position (certains se rangeant derri&#232;re les arrangements sign&#233;s par les conseils de bande, d'autres appuyant le gouvernement h&#233;r&#233;ditaire), mais cela ne d&#233;l&#233;gitime pas la question politique de fond &#8211; qui se pose de toute fa&#231;on et qui concerne l'exercice de la souverainet&#233; de la Couronne sur le territoire canadien. L'appui des autres nations autochtones &#224; l'affirmation des chefs traditionnels sur leur juridiction constitue une prise de position forte sur la l&#233;gitimit&#233; et la l&#233;galit&#233; de telles juridictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serge Simon a dit avec beaucoup de justesse au micro d'Alain Gravel que le ministre Miller a commis une erreur diplomatique en rencontrant &#224; Tyendinaga en rencontrant directement les manifestant.e.s, plut&#244;t que de se pr&#233;senter devant le grand Conseil Haudenosaunee &#224; Oswego. Les peuples autochtones, et pas seulement dans le cas wet'suwet'en, cherchent &#224; affirmer l'autorit&#233; sur le territoire des gouvernements traditionnels. C'est l&#224; l'enjeu politique premier de cette &#171; crise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le gouvernement Trudeau a sembl&#233; dans un premier temps relancer la responsabilit&#233; de la crise qui s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; la suite des 21 arrestations des 6, 7 et 8 f&#233;vrier sur le gouvernement de Colombie-Britannique ? Et le ministre des Transports, Marc Garneau d'ailleurs, a appel&#233; au respect de la loi ? Mais, il appelle maintenant &#224; un r&#232;glement n&#233;goci&#233; ? La ministre des Relations Couronne-autochtones et le ministre des Services aux autochtones semblent &#224; avoir impos&#233; l'approche des n&#233;gociations ? Qu'est-ce qui explique ce tournant ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tournant op&#233;r&#233; dans la strat&#233;gie du gouvernement Trudeau, sans pr&#233;tendre par l&#224; l'expliquer, peut &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme un geste politique significatif. En effet, si le projet de construction du pipeline est l&#233;gal, il ne s'agirait que de faire appliquer la loi. Or, le recul sur cette question constitue une forme de reconnaissance du fait que la l&#233;gitimit&#233; du projet, dans le contexte de l'affirmation d'une juridiction autochtone sur le territoire, est probl&#233;matique. Le recours &#224; la r&#233;pression polici&#232;re, bien qu'il s'agisse de la solution r&#233;clam&#233;e haut et fort par la majorit&#233; des intervenants sur la question, ne pourrait d&#232;s lors que porter atteinte &#224; la l&#233;gitimit&#233; de l'&#201;tat canadien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit &#233;galement d'une reconnaissance qu'il s'agit d'un enjeu qui d&#233;passe la simple gestion de la contestation dans le cadre d'un projet de d&#233;veloppement provincial, sur au moins deux plans fondamentaux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) L'appui de diff&#233;rentes nations autochtones sugg&#232;re que l'enjeu est d'ordre &#171; national &#187;, et qu'il soul&#232;ve la question fondatrice de la souverainet&#233; autochtone &#8211; c'est le sens &#224; mon avis de la r&#233;f&#233;rence &#224; Oka, &#224; savoir qu'il ne s'agit pas de la peur d'un affrontement arm&#233; (quoique cette peur soit certainement bien r&#233;elle) comme celle de faire face &#224; une r&#233;sistance l&#233;gitime et sans compromis &#224; une nouvelle attaque &#224; la juridiction autochtone sur le territoire de la part de la couronne canadienne ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) L'importance de l'appui de groupes alli&#233;s montre qu'il s'agit d'un enjeu d'int&#233;r&#234;t &#171; national &#187;, &#224; la fois en ceci qu'une partie de la population canadienne appuie l'affirmation d'une juridiction autochtone sur les territoires traditionnels, ce qui renforce dans un contexte id&#233;ologique de &#171; r&#233;conciliation &#187; la l&#233;gitimit&#233; de cette affirmation, et parce qu'il y a une &#233;vidente et importante convergence des luttes, qui place les environnementalistes et le mouvement anti-pipeline du m&#234;me c&#244;t&#233; que les chefs traditionnels, et plus largement peut-&#234;tre du c&#244;t&#233; du respect d'usages non industriels du territoire et du c&#244;t&#233; de la d&#233;fense de formes de subsistance alternatives &#8211; dont la perspective d&#233;croissanciste, qui gagne de la traction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intersection entre le colonialisme et la destruction des milieux de vie est mise en lumi&#232;re dans cet enjeu, et elle remet en question la forme de vie capitaliste et extractive qui caract&#233;rise fondamentalement le Canada. Le ministre Miller suite &#224; sa rencontre avec les manifestant.e.s. de Tyendinaga, quoique maladroit dans la formulation, a eu raison de dire qu'il s'agit d'un enjeu &#171; d'identit&#233; &#187; canadienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les blocages constituent une pression &#233;conomique significative sur le transport des marchandises et des personnes et s'ils se maintiennent sur le grippage de l'&#233;conomie. Comment ont r&#233;agi les diff&#233;rentes organisations patronales jusqu'&#224; maintenant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; blocage &#187; de l'&#233;conomie canadienne qui serait caus&#233; par les manifestations est &#233;videmment d&#233;cri&#233;, et il s'agit toujours d'une occasion pour les promoteurs du capitalisme, qu'ils soit issus des organisations patronales ou de la sph&#232;re politique, d'opposer les int&#233;r&#234;ts dits partiels des manifestant.e.s autochtones et environnementalistes aux int&#233;r&#234;ts de la majorit&#233; &#8211; notamment les travailleurs et travailleuses, les usagers et usag&#232;res du transport ferroviaire, et bient&#244;t tous ceux qui consomment les marchandises qui circulent par train (on a commenc&#233; &#224; &#233;voquer une p&#233;nurie de gaz naturel, par exemple). On peut dire trois choses &#224; cet &#233;gard. (1) Notons &#224; quel point l'&#233;conomie canadienne est fragile si celle-ci est en p&#233;ril apr&#232;s quelques jours de blocage de la circulation des personnes et des marchandises sur un axe de transport central, et si ce p&#233;ril semble suffisant au grand nombre pour justifier l'usage de la r&#233;pression &#8211; cela devrait nous faire poser des questions sur notre mani&#232;re de r&#233;pondre collectivement &#224; nos besoins et sur ce que signifie notre suppos&#233;e &#171; richesse &#187; ; (2) On constate au Canada une forme d'identification de la population aux moyens de production et de d&#233;possession du capitalisme et du colonialisme : le moindre ralentissement &#233;conomique, la moindre perspective d'immobilit&#233; des personnes, la moindre coupure dans l'approvisionnement devient une affaire existentielle, et exige une r&#233;ponse imm&#233;diate. Cela correspond &#224; une des formes principales du colonialisme compris comme culture, et cela, aussi, appelle une interrogation collective sur ce qui d&#233;finit le projet que nous avons en commun ; (3) La question qui nous est pos&#233; &#171; de force &#187; par cette situation concerne un enjeu beaucoup plus large que celle des int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats des segments de la population touch&#233;e par l'arr&#234;t du transport ferroviaire des personnes et des marchandises, et le fait de constamment rabattre le probl&#232;me sur ce plan constitue &#224; mon sens une forme de prise d'otage politique de la soci&#233;t&#233; &#8211; o&#249; il serait impossible de discuter des orientations collectives globales de la soci&#233;t&#233; et des fondements de l'autorit&#233; qui s'exerce au quotidien sur nos vies, sous pr&#233;texte que quelques milliers de fournaises vont manquer d'huile et qu'il fait froid l'hiver. On joue de la peur, dans une pure man&#339;uvre de d&#233;fense cynique du &lt;i&gt;business as usual&lt;/i&gt;. Car la discussion sur le passage vers une &#233;conomie neutre en carbone, il faudra bien l'avoir, de gr&#233; ou de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Devant quels dilemmes se retrouve le gouvernement Trudeau face &#224; cette mobilisation ? Au-del&#224; de la question de la lev&#233;e des blocages, n'est-ce pas la place des nations autochtones et la d&#233;finition de l'&#201;tat canadien comme &#201;tat p&#233;trolier qui se trouvent remises en question ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation dans laquelle celui-ci se trouve est le r&#233;sultat d'une politique de long terme, qui allie une d&#233;finition de l'identit&#233; canadienne moderne fond&#233;e sur une &#233;conomie d'exploitation des ressources, une conception instrumentale du territoire comme r&#233;servoir sans fond de valeur, et une approche globalement assimilationniste et moderniste de la question autochtone &#8211; y compris sous la banni&#232;re de la &#171; r&#233;conciliation &#187;, qui n'a jamais pris au s&#233;rieux la question de la reconnaissance de la juridiction autochtone sur le territoire. L'usage de la r&#233;pression semble pour le moment la pire option (malgr&#233; cela, toute la frange autoritaire (importante) de la population canadienne, par le biais de ses porte-parole, va faire valoir celle-ci) &#8211; l'approche par les n&#233;gociations est celle qui est actuellement privil&#233;gi&#233;e. Ce sera tr&#232;s int&#233;ressant de voir comment vont se structurer ces n&#233;gociations : qui seront les interlocuteurs du gouvernement, quel sera l'enjeu de ces n&#233;gociations, et qu'est-ce qui peut en fait &#234;tre n&#233;goci&#233; dans ce contexte. Il y a plusieurs possibilit&#233;s inscrites dans la situation actuelle, et le chemin que prendront ces n&#233;gociations nous informerons des rapports de pouvoir en place. Est-ce que les questions autochtones et environnementales seront solidaires, seront-elles scind&#233;es ? Est-ce que le premier ministre va rencontrer les chefs h&#233;r&#233;ditaires, leur accordant ainsi l'autorit&#233; qu'ils affirment ? Est-ce que la politique p&#233;troli&#232;re du gouvernement Trudeau est en jeu ? Est-ce que la mobilisation va prendre de l'ampleur, voir se multiplier les points de r&#233;sistance, la diversit&#233; des acteurs ? Est-ce qu'elle va toucher d'autres enjeux ? Tout est possible, et il s'agit d'une occasion politique significative pour diff&#233;rentes forces de transformation politique, sociale, culturelle, environnementale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles initiatives devraient prendre les organisations environnementalistes, les organisations syndicales et sociales devraient-elles prendre en appui &#224; la mobilisation actuelle des peuples autochtones ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant de voir se cristalliser dans le cadre de cette &#171; crise &#187; la question coloniale et la question environnementale. La situation me semble nous donner le cadre-type des affrontements et des enjeux politiques qui s'annoncent dans la prochaine d&#233;cennie. &#192; cet effet, je crois qu'il est important d'en &#233;tudier toutes les facettes : il y a l&#224; une br&#232;che o&#249; plusieurs enjeux se rencontrent et se nouent qui force l'attention &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; des gouvernements, et qui entra&#238;ne une lutte qui touche toutes les parties de la soci&#233;t&#233;. En ce sens il s'agit d'une prisme qui permet de voir et de critiquer de mani&#232;re in&#233;dite la forme de vie capitaliste dans laquelle nous sommes collectivement encastr&#233;s, quoique de mani&#232;re diff&#233;rentielle. Au Qu&#233;bec, pour ces raisons, le projet GNL m&#233;riterait toute notre attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense dans tous les cas qu'il s'agit d'une occasion historique de faire pression sur le gouvernement &#224; la fois pour faire &#233;voluer les relations entre les peuples autochtones et la couronne canadienne dans le sens d'une reconnaissance de la juridiction autochtone sur le territoire, et pour contribuer &#224; l'effort politique ph&#233;nom&#233;nal qui est requis &#224; l'heure actuelle pour nous sortir collectivement de l'&#233;conomie extractive et de la d&#233;finition coloniale-capitaliste de la forme de vie canadienne. Les chefs h&#233;r&#233;ditaires pr&#233;parent une tourn&#233;e canadienne, et ce sera l'occasion pour tous les groupes, organismes, collectifs, quels qu'ils soient, de faire entendre leur voix, pour appuyer l'affirmation autochtone, et pour remettre en question la l&#233;gitimit&#233; de la poursuite nationale, identitaire, th&#233;ologique de l'activit&#233; extractive destructrice des milieux de vie de toutes et tous. Je pense que les syndicats, en particulier, ont un r&#244;le &#224; jouer pour faire entendre la voix collective des travailleuses et travailleurs, pour agir comme force d'information et d'&#233;ducation sur la question, et pour soutenir par toutes sortes de moyens la lutte alli&#233;e qui s'organise autour de cet enjeu du pipeline sur le territoire traditionnel Wet'suwet'en.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les Autochtones et la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise : Combattre ensemble</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-Autochtones-et-la-societe-quebecoise-Combattre-ensemble</link>
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		<dc:date>2017-06-27T21:51:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dalie Giroux, Marie-Jos&#233;e B&#233;liveau Brieg Capitaine, Pierre Beaudet, Pierre Trudel</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Premi&#232;res Nations</dc:subject>
		<dc:subject>Premi&#232;res nations</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-06-27</dc:subject>

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&lt;p&gt;Au moment de l'arriv&#233;e des colons europ&#233;ens en Am&#233;rique du Nord au seizi&#232;me si&#232;cle, les peuples autochtones qui habitaient les territoires qui sont devenus le Canada ont vu leurs structures sociales et leurs rapports internes et externes bouscul&#233;s. D&#232;s lors s'est construite une histoire qui continue jusqu'&#224; nos jours et qui organise une r&#233;alit&#233; coloniale se reproduisant sur les peuples qu'on appelle les Premi&#232;res Nations. &lt;br class='autobr' /&gt; Le colonialisme &#224; l'origine &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les si&#232;cles subs&#233;quents, le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Premieres-Nations-90-+" rel="tag"&gt;Premi&#232;res Nations&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Premieres-nations-965-+" rel="tag"&gt;Premi&#232;res nations&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2017-06-27-+" rel="tag"&gt;Edition du 2017-06-27&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton31436-b4ce7.jpg?1781061479' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au moment de l'arriv&#233;e des colons europ&#233;ens en Am&#233;rique du Nord au seizi&#232;me si&#232;cle, les peuples autochtones qui habitaient les territoires qui sont devenus le Canada ont vu leurs structures sociales et leurs rapports internes et externes bouscul&#233;s. D&#232;s lors s'est construite une histoire qui continue jusqu'&#224; nos jours et qui organise une r&#233;alit&#233; coloniale se reproduisant sur les peuples qu'on appelle les Premi&#232;res Nations.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le colonialisme &#224; l'origine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les si&#232;cles subs&#233;quents, le colonialisme europ&#233;en a introduit des rapports capitalistes dans des soci&#233;t&#233;s qui ne l'&#233;taient pas. Les conflits qui existaient entre les peuples autochtones se sont envenim&#233;s dans une violente &#171; joute &#187; g&#233;opolitique opposant les colons aux premiers peuples et aux colons entre eux et ayant pour enjeu le contr&#244;le des ressources. Les divers colonialismes (fran&#231;ais, anglais, hollandais) ont chacun structur&#233; des voies particuli&#232;res pour dominer le territoire, ce qui impliquait la d&#233;possession des Autochtones. Pour leur part, par n&#233;cessit&#233; plut&#244;t que par vertu, les colons fran&#231;ais &#233;tablis sur le long de la vall&#233;e du Saint-Laurent et sur la c&#244;te atlantique ont fini par &#233;tablir des rapports de coexistence avec les Autochtones, desquels est issue la &#171; Grande paix &#187; de Montr&#233;al (1701). &#192; cette alliance qui a facilit&#233; de nombreuses interactions entre Europ&#233;ens et Autochtones a succ&#233;d&#233; la domination continentale de l'Empire britannique (1759), dont l'objectif &#233;tait de &#171; s&#233;curiser &#187; le territoire au moment o&#249; l'Angleterre devenait le pivot du capitalisme mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Empire et la cr&#233;ation de l'&#201;tat canadien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Globalement, les Autochtones &#233;taient un obstacle qu'il fallait &#171; &#233;liminer &#187; d'une mani&#232;re ou d'une autre. Apr&#232;s avoir vaincu la r&#233;bellion r&#233;publicaine de 1837-38 au &#171; Bas-Canada &#187;, l'Empire a entrepris une r&#233;organisation qui a men&#233; &#224; la mise en place d'un &#201;tat semi-ind&#233;pendant en 1867, incorporant aux &#233;lites anglo-canadiennes une partie des notables canadiens-fran&#231;ais de l'&#233;poque. Parall&#232;lement via de nouvelles l&#233;gislations (dont la &#171; Loi sur les Indiens de 1876) et de vastes entreprises coercitives, le dispositif du pouvoir a dans une large mesure cass&#233; les communaut&#233;s autochtones, notamment en &#233;crasant les revendications d&#233;mocratiques des M&#233;tis de l'ouest, puis en &#233;tablissant une structure d'apartheid &#224; la fois politique, social et &#233;conomique. Par la suite pendant de nombreuses d&#233;cennies, les Autochtones du Canada et du Qu&#233;bec sont devenus dans une large mesure des &#171; peuples invisibles &#187; selon l'expression de Richard Desjardins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ruptures et continuit&#233;s dans la &#171; modernit&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cent quarante et un ans plus tard, ces politiques qui pr&#233;valent toujours expliquent la mis&#232;re et l'exclusion de la majorit&#233; des Autochtones, tout en restant assises sur une gouvernance coloniale &#224; peine modernis&#233;e qui a de plus comme fonction d'approfondir les divisions parmi les peuples. Pour l'&#201;tat canadien, il y a les &#171; bons sauvages &#187; et les &#171; mauvais sauvages &#187;. Les &#171; bons &#187; acceptent d'&#234;tre subalternes tandis que les autres ont l'audace de refuser l'in&#233;luctable &#187;. &#192; partir des ann&#233;es 1970 cependant, un nouveau cycle de r&#233;sistances autochtones a chang&#233; la donne. Devant une lutte opini&#226;tre et profitant d'un contexte international favorable, les Cris de la Baie-James ont forc&#233; le gouvernement du Qu&#233;bec et Hydro-Qu&#233;bec (1975) &#224; conc&#233;der des redevances et une partie du contr&#244;le des institutions les gouvernant, qu'ils ont cependant pay&#233;s tr&#232;s cher en c&#233;dant leurs droits sur les territoires. Par apr&#232;s, un nouveau leadership autochtone a pris forme d'un bout &#224; l'autre du Canada sous l'&#233;gide de l'Assembl&#233;e des Premi&#232;res nations (1982).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re quelque peu impr&#233;visible, la spectaculaire opposition des Mohawks Kanesatake aux projets immobiliers de la municipalit&#233; d'Oka (1990) a marqu&#233; une nouvelle &#233;tape. Dans le sillon de cette confrontation, une Commission royale d'enqu&#234;te a &#233;t&#233; mise en place par le gouvernement f&#233;d&#233;ral, ce qui a permis de tracer un diagnostic assez exhaustif de la situation, mais d&#233;boucher sur des propositions concr&#232;tes qui l'auraient r&#233;ellement modifi&#233;, et en excluant de vastes secteurs de l'autochtonie, notamment les M&#233;tis. Selon la chercheure Dalie Giroux, l'incapacit&#233; de l'&#201;tat canadien de se d&#233;partir de l'approche coloniale vient en partie du fait qu'il n'y a pas de compatibilit&#233; entre la perspective capitaliste qui pr&#233;vaut dans l'&#233;lite canadienne d'une part, et les conceptions autochtones d'&#201;tat, de nation, de territoire d'autre part. Selon l'anthropologue D&#233;n&#233; Glen Coultard, une d&#233;colonisation en profondeur ne peut qu'&#234;tre anticapitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les nouveaux sentiers de la r&#233;sistance autochtone&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, des &#233;tudes se multiplient sur les injustices &#233;normes subies par la grande majorit&#233; des communaut&#233;s autochtones, lesquelles provoquent des dislocations sociales &#224; r&#233;p&#233;tition. C'est sans compter la violence syst&#233;mique provenant des forces de l'&#171; ordre &#187; et la microgestion coloniale qu'Ottawa continue d'exercer sur les conseils de bandes &#224; travers divers m&#233;canismes institutionnels et financiers. Sur le plan &#233;conomique, les enjeux deviennent beaucoup plus importants alors que les riches ressources min&#233;rales, p&#233;troli&#232;res et gazi&#232;res localis&#233;es sur les territoires autochtones, notamment dans le Grand Nord et l'ouest, sont convoit&#233;es par l'&#233;lite &#233;conomique et politique canadienne, bien consciente du fait que le capitalisme canadien doit pour se garder en sant&#233; devenir encore davantage extractiviste. C'est devant cela que se l&#232;vent de nouvelles g&#233;n&#233;rations autochtones qui utilisent une panoplie de tactiques &#224; la fois traditionnelles et nouvelles. Des luttes surgissent un peu partout contre les projets p&#233;troliers et pour les droits des femmes. Des formes organisationnelles in&#233;dites comme Idle No More visibilisent les revendications autochtones et cr&#233;ent des passerelles avec d'autres mouvements populaires qu&#233;b&#233;cois et canadiens, tout en contestant des structures autochtones souvent instrumentalis&#233;es par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements autochtones innovent &#233;galement sur le plan m&#233;thodologique, &#224; travers l'utilisation des m&#233;dias sociaux et dans l'abordage de th&#232;mes traditionnellement mis de c&#244;t&#233; (l'homosexualit&#233;, la marginalit&#233; des personnes handicap&#233;es, etc.). Dans ce paysage contrast&#233; se trouve la r&#233;alit&#233; d'une autochtonie urbaine o&#249; l'identit&#233; des Premi&#232;res Nations prend un autre visage, du fait de la cohabitation et de l'insertion des Autochtones dans des &#233;tablissements scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une identit&#233; en reconstruction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette accumulation d&#233;bouche sur un vaste d&#233;bat de soci&#233;t&#233;, qu'on pourrait appeler une grande &#171; bataille des id&#233;es &#187; et qui traverse une grande partie des peuples qui habitent le territoire. La r&#233;cente Commission de v&#233;rit&#233; et r&#233;conciliation, qui a document&#233; le drame des pensionnats o&#249; ont &#233;t&#233; enferm&#233;s et violent&#233;s des milliers d'enfants autochtones, a permis l'expression d'une d&#233;tresse profonde en m&#234;me temps qu'un refus de mettre ces &#171; histoires &#187; au compte d'un pass&#233; r&#233;volu. Malgr&#233; l'ambigu&#239;t&#233; d'un processus qui moralise l'id&#233;e de la &#171; r&#233;conciliation &#187; au lieu de l'inscrire dans un projet de d&#233;colonisation, les audiences de la Commission ont permis &#224; plusieurs autochtones de reconstruire leur identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouveau &#171; sujet &#187; autochtone, &#224; la fois meurtri et victime, &#224; la fois revendicateur et capable d'affirmation, est en train de se construire. Celle-ci par ailleurs est amplifi&#233;e par le d&#233;veloppement d'un mouvement autochtone &#224; l'&#233;chelle internationale, notamment en &#201;tats-Unis et au Mexique, ce qui est illustr&#233; par l'&#233;volution non seulement de mouvements localis&#233;s, mais de r&#233;seaux internationalis&#233;s qui compliquent beaucoup la vie des &#171; d&#233;veloppeurs &#187; capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lutter ensemble&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le capitalisme mondialis&#233;, le colonialisme et l'imp&#233;rialisme a maintenu le cap sur son objectif &#171; fondamental &#187; d'asservissement. Sous l'&#201;tat canadien, l'an&#233;antissement a &#233;t&#233; op&#233;rationnalis&#233; par l'assimilation et la destruction de l'identit&#233;, de la langue, de l'imaginaire autochtone, coupl&#233;es &#224; la destruction de l'&#233;conomie autochtone, l'accaparement des terres et la clochardisation des populations dans le syst&#232;me d'apartheid mis en place depuis la Conf&#233;d&#233;ration (la &#171; Loi sur les Indiens &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, ce dispositif s'est mis en place par un puissant travail culturel, au d&#233;part relay&#233; par les &#201;glises, et plus r&#233;cemment restructur&#233; autour d'un racisme &#171; moderne &#187;, qui essentialise et m&#233;prise les communaut&#233;s autochtones qu'on accuse de &#171; profiter &#187; d'un syst&#232;me qui g&#232;re la mis&#232;re. Ce &#171; nouveau &#187; racisme divise et affaiblit les luttes et revendications, que ce soit du c&#244;t&#233; autochtone ou du c&#244;t&#233; qu&#233;b&#233;cois et canadien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Qu&#233;bec une difficult&#233; suppl&#233;mentaire existe dans le sillon des revendications nationales du peuple qu&#233;b&#233;cois, que l'&#201;tat canadien combat sans rel&#226;che. Apr&#232;s plusieurs ann&#233;es d'h&#233;sitations, plusieurs organisations dont Qu&#233;bec solidaire ont conclu que la souverainet&#233; des peuples n'&#233;tait pas n&#233;gociable et que la lutte autochtone ne pouvait &#234;tre r&#233;duite &#224; l'am&#233;lioration des services sociaux. Il faudrait aujourd'hui &#234;tre extr&#234;mement na&#239;f pour penser que la conqu&#234;te de droits nationaux puisse se faire s&#233;par&#233;ment, tant du c&#244;t&#233; qu&#233;b&#233;cois que du c&#244;t&#233; autochtone, sachant que l'&#201;tat canadien o&#249; se croisent les int&#233;r&#234;ts des diverses factions dominantes n'h&#233;sitera pas d'utiliser aucun moyen pour maintenir l'efficace syst&#232;me de &#171; divise and rule &#187; que lui a l&#233;gu&#233; le colonialisme britannique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Construire des passerelles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une v&#233;ritable lutte commune doit donc reposer sur un dialogue de peuple &#224; peuple, o&#249; chacun reconna&#238;t la l&#233;gitimit&#233; de l'autre &#224; s'exprimer avec sa propre identit&#233;, ses propres valeurs et ses propres objectifs. D'autre part, cette convergence potentielle doit &#233;galement &#234;tre soucieuse d'&#233;viter les explications faciles et un peu mythiques, comme s'il y avait des peuples (y compris les peuples autochtones) &#171; purs &#187;, d&#233;nu&#233;s de contradictions, de d&#233;faillances, de d&#233;fis. Comme tous les peuples, les Autochtones connaissent leurs fractures internes, de classe, de genre, de g&#233;n&#233;rations. Un petit groupe, promu par l'&#201;tat canadien et les &#233;lites globalis&#233;es, se fait le promoteur d'un &#171; capitalisme autochtone &#187; (comme d'ailleurs d'un capitalisme &#171; vert &#187;), qui reste dans une large mesure illusoire, mais dont les effets politiques ne sont pas n&#233;gligeables dans des communaut&#233;s o&#249; traditionnellement les hi&#233;rarchies sociales &#233;taient moindres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S'ent&#234;ter&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut s'encourager du fait que des dizaines de milliers de Qu&#233;b&#233;coi-ses (y compris dans les &#233;coles) ont maintenant entendu parler des revendications des Atikamekws du centre du Qu&#233;bec, des Innus de la C&#244;te-Nord, des Algonquins de l'Abitibi, des Cris de la Baie-James et des Inuits. Il faut souligner que, pour lutter ensemble, la construction de v&#233;ritables liens de solidarit&#233; (qui vont au-del&#224; de d&#233;clarations vagues) prend du temps et implique des dialogues prolong&#233;s entre les nations concern&#233;es, ce qui exige rigueur, patience et respect, &#233;galement des efforts suppl&#233;mentaires pour aborder la question d'une fa&#231;on non superficielle, formaliste. La &#171; Grande Tortue &#187; (l'Am&#233;rique du Nord dans la cosmologie autochtone) doit &#234;tre &#171; reconnue &#187; par tous ceux et celles qui l'habitent, non pas comme une &#171; ressource &#187; &#224; exploiter, mais comme le lieu d'un tissu dense et interd&#233;pendant de formes de vie et de non-vie. Ainsi les peuples pourront retrouver le chemin vers une paix durable, qui risque d'&#234;tre long et ardu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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