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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Dette coloniale et migrations</title>
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		<dc:date>2019-10-07T19:03:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ir&#233;n&#233;e Karfazo Dombou&#233;, Lucile Daumas</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-10-08</dc:subject>

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&lt;p&gt;Cet article repose en partie sur les id&#233;es d&#233;battues lors d'un atelier r&#233;alis&#233; avec de jeunes migrants subsahariens rencontr&#233;s &#224; Rabat. Les citations non r&#233;f&#233;renc&#233;es de ce texte proviennent de cet atelier [1]. &lt;br class='autobr' /&gt; photo et article tir&#233;s de : [CADTM-INFO] Crise financi&#232;re, dettes aux Suds, f&#233;minisme, &#233;cologie, contre G7... &lt;br class='autobr' /&gt;
La colonisation, un transfert massif de richesses du Sud vers le Nord &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est sans doute Potosi et son Cerro Rico qui symbolisent le mieux l'&#233;norme transfert de richesses (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-Monde-" rel="directory"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Afrique-208-+" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-10-08-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-10-08&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L136xH150/arton40545-11dfa.png?1781529009' class='spip_logo spip_logo_right' width='136' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cet article repose en partie sur les id&#233;es d&#233;battues lors d'un atelier r&#233;alis&#233; avec de jeunes migrants subsahariens rencontr&#233;s &#224; Rabat. Les citations non r&#233;f&#233;renc&#233;es de ce texte proviennent de cet atelier [1].&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;photo et article tir&#233;s de : [CADTM-INFO] Crise financi&#232;re, dettes aux Suds, f&#233;minisme, &#233;cologie, contre G7...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La colonisation, un transfert massif de richesses du Sud vers le Nord&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sans doute Potosi et son Cerro Rico qui symbolisent le mieux l'&#233;norme transfert de richesses qu'a constitu&#233; la colonisation. De ce hameau des Andes boliviennes partiront, d&#232;s le 16e si&#232;cle, les tonnes d'argent qui fourniront la base m&#233;tallique de l'&#233;conomie capitaliste europ&#233;enne naissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis cette &#233;poque, la Bolivie et les autres pays du Sud, riches en minerais, sont condamn&#233;s &#224; exporter toujours plus de produits miniers afin d'alimenter les industries des pays d&#233;velopp&#233;s. Aux produits miniers se sont ajout&#233;s les produits agricoles, les ressources foresti&#232;res, les hydrocarbures, toutes les productions primaires qui vont alimenter le d&#233;veloppement des m&#233;tropoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le Cerro Rico continue &#224; produire, mais la montagne n'est plus qu'un d&#233;dale de galeries qui menace de s'effondrer sur les mineurs qui y exercent encore. On retrouve l&#224; tout le symbole de la colonisation qui a laiss&#233; derri&#232;re elle des territoires d&#233;vast&#233;s par la surexploitation des sols et des sous-sols, une dette non seulement &#233;conomique, mais aussi &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pillage, ainsi que l'extraversion des &#233;conomies colonis&#233;es, a jou&#233; un grand r&#244;le dans le sous-d&#233;veloppement actuel des principaux pays d'origine des migrants dits &#233;conomiques. La plupart des pays colonis&#233;s ne se sont pas relev&#233;s de ce pillage, qui perdure jusqu'&#224; aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs &#233;conomies restent orient&#233;es vers les productions primaires (minerais, produits agricoles et forestiers, etc.) destin&#233;es &#224; l'exportation. Bon nombre de concessions mini&#232;res, foresti&#232;res ou agro-industrielles sont toujours aux mains d'entreprises occidentales, qui d&#233;veloppent ces activit&#233;s d'exportation avec des objectifs de rentabilit&#233; &#224; court terme, au d&#233;triment du d&#233;veloppement &#233;quitable des territoires, des cultures vivri&#232;res et de la souverainet&#233; alimentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, les populations ne jouissent pas de leurs propres richesses et sont oblig&#233;es d'importer leur nourriture et les produits industriels des pays occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On peut dire que dette coloniale et migrations vont ensemble parce que nous quittons nos diff&#233;rents pays pour aller vers l'Occident pour reprendre ce qu'ils nous ont pris d&#232;s le d&#233;but de cette histoire. Parce que l'Europe doit beaucoup &#224; l'Afrique. Ils ont pris des ressources mini&#232;res, des diamants, du coton, tout &#231;a ce sont des ressources africaines. Ils les prennent et s'en vont avec en Europe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pillage des pays du Sud ne s'est pas limit&#233; aux ressources primaires. La colonisation a &#233;galement pill&#233; la force de travail, sous des formes extr&#234;mes : &#233;puisement de la main d'&#339;uvre, traite et esclavage, massacres, g&#233;nocides&#8230; Ainsi, dans les &#238;les cara&#239;bes et plusieurs pays du continent am&#233;ricain, la population originaire a &#233;t&#233; pratiquement extermin&#233;e en quelques d&#233;cennies &#224; peine. Pour remplacer cette main d'&#339;uvre disparue, s'est mis en place, d&#232;s le 16e si&#232;cle, le commerce triangulaire, marchandises contre esclaves entre l'Am&#233;rique, l'Europe et l'Afrique. La colonisation des Am&#233;riques qui est &#224; l'origine de la traite n&#233;gri&#232;re, &#224; une &#233;poque o&#249; l'Afrique n'&#233;tait pas encore colonis&#233;e, va donc &#233;galement fragiliser les pays africains, ce qui en facilitera la conqu&#234;te coloniale proprement dite, &#224; partir du 19e si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de 8 millions de mineurs sont morts dans les mines de Potosi durant les quatre si&#232;cles que dura la colonie espagnole [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; La colonisation a laiss&#233; derri&#232;re elle une dette colossale, d&#233;mographique, &#233;conomique, &#233;cologique et culturelle &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La construction, de 1921 &#224; 1934, des 520 km du chemin de fer Congo-Oc&#233;an reliant Brazzaville &#224; Pointe-Noire pour exporter les mati&#232;res premi&#232;res congolaises vers la France a &#233;t&#233; l'une des plus meurtri&#232;res de l'histoire coloniale. Sous les rails de cette voie ferr&#233;e gisent les cadavres de milliers d'ouvriers, congolais mais aussi indochinois, n'ayant pas support&#233; des conditions de travail inhumaines [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La colonisation est un crime contre l'humanit&#233; &#187; a d&#233;clar&#233; avec justesse Emmanuel Macron en f&#233;vrier 2017 &#224; Alger. Certes, mais il ne suffit pas de le reconna&#238;tre : il faut en tirer les cons&#233;quences, juger ces crimes et les r&#233;parer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La colonisation a laiss&#233; derri&#232;re elle une dette colossale, d&#233;mographique, &#233;conomique, &#233;cologique et culturelle. Et si les pays affect&#233;s par ce pillage ne s'en sont pas relev&#233;s, c'est aussi parce que les chefs d'&#201;tats qui ont voulu rompre avec la continuit&#233; de cette extorsion ont &#233;t&#233; &#233;limin&#233;s par des sbires &#224; la solde des ex-puissances coloniales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je soutiens ce que Thomas Sankara a dit, ce que Sekou Tour&#233; a dit, ce que les Kwame Nkrumah, les Nelson Mandela, les Patrice Lumumba ont dit, parce qu'eux ils ont voulu se s&#233;parer de la politique de la Fran&#231;afrique, ils ont voulu couper le cordon, le lien qui se trouve entre l'Europe et l'Afrique, mais tous ils ont &#233;t&#233; soit emprisonn&#233;s, soit assassin&#233;s, soit &#233;cart&#233;s par un coup d'&#201;tat, et c'est comme &#231;a que sont arriv&#233;s d'autres dirigeants, corrompus par les europ&#233;ens qui voulaient pouvoir acc&#233;der &#224; tout ce qu'ils voulaient et ont sem&#233; la guerre. C'est ce que nous sommes en train de vivre jusqu'&#224; pr&#233;sent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des outils de cette continuit&#233; de la d&#233;pendance des anciennes colonies fran&#231;aises a &#233;t&#233; le franc CFA :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jusqu'ici l'Afrique n'a pas encore obtenu son ind&#233;pendance. Pour qu'elle le soit il faut que l'Afrique ait sa propre monnaie, que nous soyons libres de toute domination, parce que tant que nous utilisons le FCFA qui est arrim&#233; au franc fran&#231;ais... Donc pour que l'Afrique soit ind&#233;pendante, nous devons avoir au moins notre propre monnaie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question du franc CFA est au c&#339;ur des d&#233;bats actuels, mais n'oublions pas pour autant les autres outils de la domination n&#233;ocoloniale que sont le syst&#232;me de la dette, les plans d'ajustement structurel&lt;br class='autobr' /&gt;
, les accords de partenariat &#233;conomique, l'aide publique au d&#233;veloppement, qui renforcent la d&#233;pendance des anciennes colonies et le caract&#232;re primo-exportateur de leurs &#233;conomies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La colonisation : des transferts humains massifs &#224; travers la plan&#232;te&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est fr&#233;quent d'associer la colonisation au pillage des richesses et &#224; l'esclavage, on oublie souvent qu'elle a organis&#233; une circulation massive de populations &#224; travers la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a les colons partis exploiter les pays colonis&#233;s, 60 &#224; 65 millions de personnes en quatre si&#232;cles et demi. Leurs descendants repartiront au moment de la d&#233;colonisation, entra&#238;nant avec eux une partie de la population non-Europ&#233;enne (5,4 millions &#224; 6,8 millions entre 1945 et le d&#233;but des ann&#233;es 1990) [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La colonisation entra&#238;nera des d&#233;placements internes aux pays colonis&#233;s, l'exode de populations fuyant les combats des guerres d'ind&#233;pendance, des d&#233;placements li&#233;s &#224; l'&#233;tablissement de nouvelles fronti&#232;res (partition du Vietnam, de l'Inde, &#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a la traite n&#233;gri&#232;re et l'esclavage colonial, qui a d&#233;plac&#233; de 11 &#224; 14 millions de personnes, selon les sources, auxquelles il faut d'ajouter les d&#233;placements de main d'&#339;uvre op&#233;r&#233;s d'une colonie &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le syst&#232;me de la dette, les plans d'ajustement structurel, les accords de partenariat &#233;conomique, l'aide publique au d&#233;veloppement, le franc CFA sont parmi les principaux outils de la domination n&#233;ocoloniale &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, l'exploitation de la main-d'&#339;uvre dans les pays coloniaux s'est accompagn&#233;e d'un transfert de travailleurs vers les m&#233;tropoles. L'exemple de l'Alg&#233;rie est particuli&#232;rement marquant : alors que la France envoyait 450 000 soldats combattre en Alg&#233;rie, de 1954 &#224; 1956, le nombre d'immigr&#233;s alg&#233;riens en France passait de 200 000 &#224; 400 000 [5]. Ceux-ci financeront d'ailleurs largement l'arm&#233;e alg&#233;rienne de lib&#233;ration !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les guerres coloniales ont induit des d&#233;placements massifs de soldats fran&#231;ais. Quant aux peuples colonis&#233;s, ils furent la chair &#224; canon des guerres mondiales, un million et demi de soldats africains furent mobilis&#233;s lors des deux guerres mondiales [6]. Les tirailleurs s&#233;n&#233;galais en paieront le prix fort. Et lorsque, renvoy&#233;s au pays, ils r&#233;clament le paiement de leur solde, ils seront massacr&#233;s, &#224; Thiaroye, pr&#232;s de Dakar, en d&#233;cembre 1944, sans consid&#233;ration pour leur d&#233;vouement envers la m&#233;tropole. Les responsables de cette tuerie ne sont toujours pas jug&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs immigr&#233;s ont fortement particip&#233; &#224; la reconstruction de l'Europe apr&#232;s la 2e guerre mondiale et &#224; la prosp&#233;rit&#233; des 30 glorieuses. Actuellement, l'empreinte de la colonisation continue &#224; marquer les trac&#233;s des routes migratoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les &#233;migrants du sous-continent indien, du Maghreb, de l'Afrique subsaharienne ou des Cara&#239;bes, continuent de se diriger vers les principales anciennes puissances colonisatrices europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pr&#233;f&#233;rence s'explique en raison des liens historiques tiss&#233;s par la colonisation entre les r&#233;gions de d&#233;part et d'arriv&#233;e, mais aussi parce que la d&#233;colonisation a ouvert des voies migratoires menant aux soci&#233;t&#233;s m&#233;tropolitaines [7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une vision raciste et utilitariste de la migration&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se rappelle la Controverse de Valladolid, au cours de laquelle, en 1550-1551, Bartolom&#233; de las Casas avait pris la d&#233;fense des Am&#233;rindiens. Elle se soldera par la reconnaissance de leur qualit&#233; d'&#234;tres humains et l'interdiction de les employer comme esclaves (mais des formes de travail forc&#233; continueront pendant des si&#232;cles &#224; leur &#234;tre impos&#233;es). Cette interdiction ne s'&#233;tendra pas &#224; la traite des Noirs. Ces d&#233;bats sont-ils vraiment d&#233;pass&#233;s aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pensons aux centaines d'ouvriers immigr&#233;s qui meurent dans les chantiers des Emirats arabes. Au Qatar, pr&#232;s de 400 travailleurs immigr&#233;s ont d&#233;j&#224; trouv&#233; la mort depuis l'ouverture des chantiers pour la prochaine Coupe du monde programm&#233;e en 2022, dans des stades climatis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pensons aux migrants morts dans les eaux de la M&#233;diterran&#233;e ou sur les routes du d&#233;sert. Une liste de 34361 noms a &#233;t&#233; publi&#233;e en juin dernier sans que cela ne provoque une r&#233;vision des politiques migratoires qui en sont la cause. Comme si les &#201;tats n'avaient de compte &#224; rendre &#224; personne pour ces assassinats. Pire encore, les marins ou les militants qui viennent &#224; leur secours sont criminalis&#233;s et des tractations pitoyables sont men&#233;es pour accueillir les survivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reste, comme au temps colonial, dans un monde divis&#233; entre des personnes qui jouissent de plus de droits que d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un exemple palpable, un Europ&#233;en qui se l&#232;ve un beau matin avec l'envie de visiter l'Afrique, c'est comme s'il quittait sa chambre pour se rendre au salon. Mais un Africain qui d&#233;cide d'aller en Europe, c'est tout un calvaire. D'abord, on nous refuse le visa. C'est la raison premi&#232;re qui nous pousse &#224; prendre tous ces risques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le racisme n'est pas mort et il pr&#233;domine toujours une vision utilitariste des migrations Sud/Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'uniformisation des r&#232;gles &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne en mati&#232;re de migration se fait sur le plus petit d&#233;nominateur commun en mati&#232;re de droits et fonctionne sur deux a priori extr&#234;mement dangereux : l'a priori x&#233;nophobe qui fait de tout &#233;tranger un ind&#233;sirable jusqu'&#224; preuve du contraire et l'a priori utilitaire qui ne voit dans la circulation des personnes qu'un moyen de satisfaire les besoins europ&#233;ens en mati&#232;re d'emploi. Dans les deux cas, l'&#233;tranger se retrouve suspect (de terrorisme, d'ins&#233;curit&#233;, de voleur d'emplois ou de services sociaux) et passible de rejet ou d'expulsion. [8] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imaginaire colonial est &#224; l'&#339;uvre dans la vision n&#233;gative de la migration Sud/Nord, &#171; ces migrants qui viennent manger notre pain &#187; ; tandis que les migrations Nord/Sud b&#233;n&#233;ficient d'un a priori positif (les Europ&#233;ens apportent des investissements, la technologie, des devises&#8230;) m&#234;me si les investissements directs &#233;trangers (IDE) correspondent &#224; un transfert de la valeur ajout&#233;e cr&#233;&#233;e au Sud vers le Nord, les transferts de technologie sont faibles, le tourisme peut se r&#233;v&#233;ler destructeur pour la nature, l'&#233;conomie [9] ou la culture. La d&#233;colonisation des esprits reste encore &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore une vision utilitariste de la migration qui a pr&#233;sid&#233; &#224; la r&#233;daction du &#171; Pacte mondial pour des migrations s&#251;res, ordonn&#233;es et r&#233;guli&#232;res &#187; dont le texte a &#233;t&#233; sign&#233; &#224; Marrakech en d&#233;cembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; [Le pacte] s'efforce de cr&#233;er des conditions propices permettant &#224; tous les migrants d'enrichir nos soci&#233;t&#233;s par leurs capacit&#233;s humaines, &#233;conomiques et sociales et de faciliter ainsi leur contribution au d&#233;veloppement durable aux niveaux local, national, r&#233;gional et mondial. [10] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les migrants ne vivent donc sur cette plan&#232;te que pour travailler et cr&#233;er la prosp&#233;rit&#233;, par ailleurs bien in&#233;galement redistribu&#233;e, socialement et g&#233;ographiquement ? Ce n'est pas ce que nous disent les migrants rencontr&#233;s &#224; Rabat. Ils parlent du calvaire qu'ils ont v&#233;cu comme enfants des rues, de leur souhait de jouir d'un bon syst&#232;me d'&#233;ducation, de leur responsabilit&#233; vis-&#224;-vis de familles d&#233;cim&#233;es par les maladies, de leurs arrestations &#171; politiques &#187;. Le mot prosp&#233;rit&#233; ne fait partie ni de leur environnement, ni de leur vocabulaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; De la libert&#233; de circulation comme r&#233;paration de la dette coloniale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays africains et les diasporas, la question des r&#233;parations ne fait pas l'unanimit&#233;. Mais pour nos jeunes migrants, la question est tranch&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les Europ&#233;ens ont beaucoup fait souffrir l'Afrique. Nos parents ont beaucoup fait pour eux. Maintenant ils doivent nous rembourser cela. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, pour eux, des r&#233;parations n'auraient aucun sens dans la situation de d&#233;pendance dans lesquelles se trouvent leurs pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Mali ne peut pas se d&#233;velopper sans la Guin&#233;e, sans la C&#244;te d'ivoire ; la C&#244;te d'ivoire ne peut pas se d&#233;velopper sans le Mali. Nous devons enlever ces fronti&#232;res &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour qu'on puisse nous restituer quelque chose, il faut d'abord notre libert&#233; et notre ind&#233;pendance. Ce n'est qu'apr&#232;s cela que l'Afrique pourra se retrouver, essayer d'&#233;voluer et de se d&#233;velopper. Qu'ils arr&#234;tent aussi de nous corrompre, de corrompre les dirigeants, les dirigeants africains sont corrompus et cela tue encore plus l'Afrique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela suppose une sortie du franc CFA, des gouvernements r&#233;ellement choisis par les populations, la fin de la corruption. Un programme que les pays africains, pris isol&#233;ment, auront bien du mal &#224; mettre en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Mali ne peut pas se d&#233;velopper sans la Guin&#233;e, sans la C&#244;te d'ivoire ; la C&#244;te d'ivoire ne peut pas se d&#233;velopper sans le Mali.(&#8230;) Nous devons enlever ces fronti&#232;res. Faire une seule nation, la nation noire. Oui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les r&#233;parations ne peuvent &#234;tre seulement financi&#232;res. &#171; L'argent peut &#234;tre rembours&#233; mais un &#234;tre humain ne peut pas &#234;tre rembours&#233;. &#187; Il convient de r&#233;clamer aussi le retour des &#339;uvres d'art et des documents d'archives, la construction d'&#233;coles, d'h&#244;pitaux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les Europ&#233;ens, ils ont tout pris &#224; l'Afrique et ils nous commandent toujours en fait. C'est pour cela que nous tous jeunes africains allons en Europe pour avoir un peu, parce que c'est envers nous qu'ils sont endett&#233;s. Il y a eu tant de guerres, tant de batailles, tant de pertes humaines, mais ils ne font que prendre &#224; l'Afrique pour aller en Europe avec, c'est pour &#231;a que nous allons r&#233;cup&#233;rer ce qui nous revient pour revenir en Afrique avec. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous quand on part de nos diff&#233;rents pays pour aller vers l'Occident, on reprend ce qu'ils nous ont pris&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays d&#233;velopp&#233;s ont pill&#233; les pays colonis&#233;s, et ce pillage continue, ce n'est donc que justice que les citoyens de ces pays puissent circuler librement afin de se r&#233;approprier en quelque sorte dans les anciennes m&#233;tropoles, m&#234;me de fa&#231;on bien minime, ce qui leur a &#233;t&#233; vol&#233; ou d&#233;truit : leurs richesses, leurs cultures, leur enseignement, leur sant&#233;, etc. Oui, la revendication de la libert&#233; de circulation pour tous est l'un des aspects que peut prendre la r&#233;paration des crimes coloniaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;colonisation en Afrique. Philippe Rekacewicz - visionscarto.net (avec l'autorisation de l'auteur)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article est tir&#233; du magazine semestriel AVP (Les autres voix de la plan&#232;te) du CADTM, n&#176;76, &#171; Dettes coloniales et r&#233;parations &#187; disponible &#224; cette adresse : &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Dettes-coloniales-et-reparations-17397&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/Dettes-coloniales-et-reparations-17397&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Un grand merci &#224; Mamadou, John, Nourrisson, Moussa, Boubacar, Anderson, Alpha et tous les autres, qui ont enrichi cet article de leur apport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Eduardo Galeano, Les veines ouvertes de l'Am&#233;rique latine, Pocket, Terre humaine poche, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le 25 f&#233;vrier 2014, l'&#201;tat et le groupe Spie Batignolles ont &#233;t&#233; assign&#233;s en justice pour crime contre l'humanit&#233;, pour la mort de 17.000 travailleurs africains recrut&#233;s de force pour construire la ligne ferroviaire Congo-Oc&#233;an.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://geopolis.francetvinfo.fr/ligne-congo-ocean-100-ans-apres-les-morts-toujours-presents-31029&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://geopolis.francetvinfo.fr/ligne-congo-ocean-100-ans-apres-les-morts-toujours-presents-31029&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Gregory Jarry et Otto T., Petite histoire des colonies fran&#231;aises, &#201;ditions FLBLB, 4 vol., 2008-2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Bilan_&#233;conomique_de_la_colonisation_en_Afrique&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Bilan_&#233;conomique_de_la_colonisation_en_Afrique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Bouda Etemad, Op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Lucile Daumas, &#171; Les politiques migratoires europ&#233;ennes : une institutionnalisation de la x&#233;nophobie &#187;, avril 2009. &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Les-politiques-migratoires&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/Les-politiques-migratoires&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Rodolphe Christin, L'usure du monde, 2014, &lt;a href=&#034;http://www.lechappee.org/collections/pour-en-finir-avec/usure-du-monde&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lechappee.org/collections/pour-en-finir-avec/usure-du-monde&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Global compact for safe, orderly and regular migration. En anglais sur &lt;a href=&#034;https://refugeesmigrants.un.org/sites/default/files/180711_final_draft_0.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://refugeesmigrants.un.org/sites/default/files/180711_final_draft_0.pdf&lt;/a&gt;. Trad. fran&#231;aise de l'auteur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pourquoi la microfinance s'int&#233;resse-t-elle autant aux femmes ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Pourquoi-la-microfinance-s-interesse-t-elle-autant-aux-femmes</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Pourquoi-la-microfinance-s-interesse-t-elle-autant-aux-femmes</guid>
		<dc:date>2017-09-11T19:52:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lucile Daumas</dc:creator>


		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-09-12</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les Institutions de la microfinance (IMF) s'int&#233;ressent aux femmes. Au niveau mondial, elles repr&#233;sentent environ 70 % de la client&#232;le des IMF. Par ailleurs, 75 % des adultes gagnant moins d'un dollar par jour n'ont pas de compte en banque et le pourcentage est encore plus &#233;lev&#233; pour les femmes. Si le microcr&#233;dit a pour objectif de donner un acc&#232;s &#224; des produits financiers aux populations qui en sont exclues, les femmes sont effectivement prioritaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet article est extrait du magazine (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2017-09-12-+" rel="tag"&gt;Edition du 2017-09-12&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH81/arton31833-c4cee.jpg?1782277873' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='81' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les Institutions de la microfinance (IMF) s'int&#233;ressent aux femmes. Au niveau mondial, elles repr&#233;sentent environ 70 % de la client&#232;le des IMF. Par ailleurs, 75 % des adultes gagnant moins d'un dollar par jour n'ont pas de compte en banque et le pourcentage est encore plus &#233;lev&#233; pour les femmes. Si le microcr&#233;dit a pour objectif de donner un acc&#232;s &#224; des produits financiers aux populations qui en sont exclues, les femmes sont effectivement prioritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article est extrait du magazine du CADTM : Les Autres Voix de la Plan&#232;te&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Par ailleurs elles sont r&#233;put&#233;es mieux rembourser que les hommes, mieux &#224; m&#234;me de faire profiter de leurs gains l'ensemble de leur famille et l'acc&#232;s aux services financiers leur permettrait de mieux se faire reconna&#238;tre au sein de leur entourage et de leur communaut&#233;. C'est pourquoi, franchissant all&#232;grement le pas, le microcr&#233;dit affirme vouloir &#233;manciper les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses &#233;tudes ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es pour savoir quel &#233;tait l'impact r&#233;el des microcr&#233;dits en terme de lutte contre la pauvret&#233; et d'&#233;mancipation des femmes. Les conclusions de certaines sont sans appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les IMF restent cantonn&#233;es dans une approche purement financi&#232;re, sans prendre en compte le contexte n&#233;olib&#233;ral, ni le contexte patriarcal de l'oppression des femmes. Elles fonctionnent sur la base de multiples illusions : de l'auto-emploi et de la viabilit&#233; de la microentreprise dans des r&#233;gions sinistr&#233;es et dans un monde en crise ; de l'acc&#232;s &#224; la consommation comme crit&#232;re de sortie de la pauvret&#233; ; de l'acc&#232;s &#224; la finance sur l'empowerment des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le microcr&#233;dit permet tr&#232;s rarement &#224; ses &#171; b&#233;n&#233;ficiaires &#187; de cr&#233;er des activit&#233;s g&#233;n&#233;ratrices de revenus et il cr&#233;e au contraire plus de probl&#232;mes qu'il n'en r&#233;sout. Au renforcement de la sp&#233;cialisation des femmes dans des secteurs peu r&#233;mun&#233;r&#233;s, &#224; l'allongement de leur journ&#233;e de travail, s'ajoute la spirale de surendettement dans laquelle le microcr&#233;dit plonge les femmes. Tout cela se traduit alors par une exacerbation de la violence conjugale, une surcharge de travail, de stress, de fatigue et dans bien des cas la d&#233;scolarisation des enfants, la prostitution et des suicides ou tentatives de suicide. L'outil microcr&#233;dit appara&#238;t &#224; l'&#233;vidence comme non adapt&#233; pour atteindre les buts qu'il s'assigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me s'il avance masqu&#233; derri&#232;re des exp&#233;riences populaires de type tontines, le microcr&#233;dit est bien un avatar du n&#233;olib&#233;ralisme. En effet, celui-ci a massivement pouss&#233; les femmes &#224; s'ins&#233;rer dans le march&#233; de l'emploi, notamment dans les secteurs tourn&#233;s vers l'exportation (zones franches, textile, agriculture sous serre) profitant de leur inexp&#233;rience du march&#233; et du monde du travail, du manque d'acquis concernant leurs droits, de leur analphab&#233;tisme. La crise de la famille &#233;largie et la crise de la famille tout court, exacerb&#233;e par un ch&#244;mage structurel de masse, ont transform&#233; les femmes en chefs de foyer et actrices de premier plan dans la lutte pour la survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, lutter contre la pauvret&#233;, &#233;manciper les femmes constitue un discours qui donne de la l&#233;gitimit&#233; au projet. La notion d' &#171; &#233;quit&#233; &#187; est mise en avant, r&#233;duite &#224; une non-discrimination par rapport au cr&#233;dit, l'acc&#232;s au cr&#233;dit devient un droit humain et l'inclusion financi&#232;re serait la cl&#233; de l'inclusion sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a permis de d&#233;politiser la question f&#233;ministe en pr&#233;tendant offrir des solutions techniques et individuelles &#224; l'oppression que vivent les femmes, &#233;vacuant son caract&#232;re capitaliste et patriarcal. &#192; chaque personne de cr&#233;er son emploi, m&#234;me s'il n'en a pas le statut : une activit&#233; qui g&#233;n&#232;re des revenus, cela permet de faire l'impasse sur les notions de salaire, de protection sociale, de temps de travail, d'hygi&#232;ne, etc. C'est un travail atomis&#233;, de sous-traitance &#224; domicile, de commerce informel sur le trottoir. C'est le travail pr&#233;caire par excellence et le degr&#233; z&#233;ro de l'emploi, au nom d'un d&#233;veloppement-bidon qui provoque des souffrances accrues pour les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le microcr&#233;dit permet aussi de faire main-basse sur la valeur cr&#233;&#233;e par ce travail informel. En effet, n'&#233;tant pas reconnu, c'est un travail qui n'est pas imposable, dont les b&#233;n&#233;fices, aussi maigres soientils, tombent dans la poche de l'auto-employ&#233;. Financer cet auto-emploi et imposer des taux d'int&#233;r&#234;t&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; usuriers est de toute &#233;vidence une fa&#231;on de r&#233;cup&#233;rer une part &#8211; voire toute &#8211; de la plus-value cr&#233;&#233;e par ce travail. Sans passer par le truchement du patron et de l'entreprise, le capital financier va r&#233;cup&#233;rer, par le m&#233;canisme de l'endettement, la valeur cr&#233;&#233;e par le travailleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pratique on constate que bien souvent, les microcr&#233;dits servent &#224; payer l'&#233;cole priv&#233;e du gamin, les soins de sant&#233; d'un des membres de la famille. Les services publics sont devenus payants, mais les pauvres n'ont pas les moyens de payer, et il faut bien assurer les profits des nouvelles entreprises priv&#233;es assurant ce service en endettant les populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argent a disparu des budgets publics et se transforme en dette priv&#233;e...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Microcr&#233;dits : quand les pauvres financent les riches</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Microcredits-quand-les-pauvres-financent-les-riches</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Microcredits-quand-les-pauvres-financent-les-riches</guid>
		<dc:date>2017-08-22T07:58:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Fatima Zahra , Lucile Daumas, Omar Aziki</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Maroc</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-08-22</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis maintenant plus de 10 ans, Attac Cadtm Maroc s'int&#233;resse &#224; la question de la dette publique, qui constitue l'un des leviers utilis&#233;s par les Institutions financi&#232;res internationales et les gouvernements occidentaux pour faire entrer les pays du Sud &#224; marche forc&#233;e dans la mondialisation n&#233;olib&#233;rale. Les plans d'ajustement structurel mis en place au d&#233;but des ann&#233;es 1980 et les mesures d'aust&#233;rit&#233; toujours renouvel&#233;es ont des r&#233;percussions directes sur les conditions de vie des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2017-08-22-+" rel="tag"&gt;Edition du 2017-08-22&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH80/arton31613-02bb8.png?1781047652' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis maintenant plus de 10 ans, Attac Cadtm Maroc s'int&#233;resse &#224; la question de la dette publique, qui constitue l'un des leviers utilis&#233;s par les Institutions financi&#232;res internationales et les gouvernements occidentaux pour faire entrer les pays du Sud &#224; marche forc&#233;e dans la mondialisation n&#233;olib&#233;rale. Les plans d'ajustement structurel mis en place au d&#233;but des ann&#233;es 1980 et les mesures d'aust&#233;rit&#233; toujours renouvel&#233;es ont des r&#233;percussions directes sur les conditions de vie des populations, en particulier dans les zones rurales et les quartiers marginaux des villes, du fait de la destruction des cultures vivri&#232;res et d'une part importante de la petite paysannerie, de l'accroissement de la pr&#233;carit&#233; du travail et du d&#233;mant&#232;lement des services publics, devenus payants pour la plupart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tir&#233; de : [CADTM-INFO] BULLETIN &#201;LECTRONIQUE - Mardi 15 ao&#251;t 2017&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;10 ao&#251;t par Omar Aziki , Lucile Daumas , Fatima Zahra&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, des millions de personnes sont priv&#233;es des ressources suffisantes pour subvenir &#224; leurs besoins quotidiens &#233;l&#233;mentaires, ce qui constitue un terrain favorable &#224; une expansion exponentielle du microcr&#233;dit. Aussi lorsqu'est apparu dans la r&#233;gion de Ouarzazate, dans le sud-est du Maroc, un mouvement des victimes du microcr&#233;dit, Attac Cadtm Maroc a &#233;videmment fait le lien entre la dette publique et cette forme de dette priv&#233;e et a d&#233;cid&#233; de soutenir le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avril 2014, Attac Cadtm Maroc a organis&#233;, conjointement avec le mouvement des victimes du microcr&#233;dit de Ouarzazate, une caravane africaine de solidarit&#233;, qui est all&#233;e &#224; la rencontre des emprunteurs et emprunteuses de la r&#233;gion afin de les &#233;couter, leur apporter solidarit&#233;, possibilit&#233;s de se regrouper, de s'organiser face aux multiples probl&#232;mes rencontr&#233;s avec les institutions de microfinance (IMF).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette campagne sont n&#233;es de nombreuses interrogations auxquelles nous avons essay&#233; de r&#233;pondre en r&#233;alisant une &#233;tude sur le profil des clients de la microfinance, les probl&#232;mes li&#233;s aux contrats et le r&#244;le du microcr&#233;dit dans la relation des institutions financi&#232;res avec les couches les plus d&#233;munies de la population. Nous reprenons ici quelques-unes des conclusions de cette &#233;tude |1|.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les conditions de passation des contrats&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d'abord comprendre que les institutions de microcr&#233;dit pratiquent une politique volontariste de d&#233;marchage du public cibl&#233; : celui des pauvres. Ainsi, le Fonds Jaida, rattach&#233; &#224; la Caisse de d&#233;p&#244;t et de gestion et sp&#233;cialis&#233; dans le financement des organismes de microfinance au Maroc parle d'enr&#244;lement. L'utilisation de cette terminologie militaire en dit long sur la nature des relations que les IMF tissent avec leurs clients. Comme au temps de la conscription, les IMF envoient leurs rabatteurs sur les places des villes et des villages, dans les souks, ou faire du porte &#224; porte dans les quartiers d&#233;sh&#233;rit&#233;s. Plus ils ont de clients, mieux ils sont r&#233;mun&#233;r&#233;s, et ce &#224; diff&#233;rents niveaux de la structure. La logique n'est donc pas de r&#233;pondre &#224; une demande, mais d'attirer la client&#232;le &#224; tout prix. Cela se fait au d&#233;triment des besoins r&#233;els des clients et d'une &#233;tude approfondie du dossier et des projets de chacun. C'est donc dans un contexte de forte pression que les clients &#233;ventuels sont pouss&#233;s &#224; signer, le plus rapidement possible, le contrat de cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La logique est d'attirer la client&#232;le &#224; tout prix, au d&#233;triment des besoins r&#233;els et d'une &#233;tude approfondie du dossier et des projets de chacun. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or cette client&#232;le est particuli&#232;rement vuln&#233;rable. Offrir de l'argent &#224; des personnes dans leur majorit&#233; sans revenus r&#233;guliers, en butte &#224; toutes les difficult&#233;s pour finir le mois et nourrir des familles nombreuses, analphab&#232;tes |2| et pas du tout familiaris&#233;es avec le monde de l'administration, de la banque et de la finance, en font des proies faciles pour des agents r&#233;mun&#233;r&#233;s au rendement. Dans ces conditions, des garde-fous devraient &#234;tre mis en place afin de les prot&#233;ger contre tout abus. Or c'est le contraire qui se passe et l'inexp&#233;rience des clients est mise &#224; profit pour mieux les gruger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La lisibilit&#233; des contrats&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture de contrats est particuli&#232;rement aride et incompr&#233;hensible pour un non-sp&#233;cialiste. Que dire alors, lorsque la majorit&#233; de la client&#232;le est analphab&#232;te ou illettr&#233;e |3| ? De surcro&#238;t, ces contrats-types sont souvent r&#233;dig&#233;s en petits caract&#232;res, photocopi&#233;s &#224; plusieurs reprises, les diff&#233;rentes rubriques ne sont pas toujours renseign&#233;es, et quand elles le sont, souvent r&#233;dig&#233;es &#224; la main, d'une &#233;criture pratiquement illisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rubriques elles-m&#234;mes peuvent &#234;tre mal libell&#233;es (ainsi des frais de dossiers, peuvent &#234;tre factur&#233;s &#224; diff&#233;rents endroits du contrat, sous diff&#233;rentes appellations ; des frais d'&#171; accompagnement &#187; peuvent aussi &#234;tre pr&#233;vus sans que ne soit pr&#233;cis&#233; en quoi l'accompagnement consiste ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les taux d'int&#233;r&#234;t&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aspect sans doute le plus scandaleux est l'occultation du taux d'int&#233;r&#234;t effectif annuel que devra payer le d&#233;biteur. Les IMF se contentent habituellement de signifier le taux d'int&#233;r&#234;t et le montant mensuels des remboursements. Cette dissimulation du taux d'int&#233;r&#234;t effectif annuel a pour effet de tromper les clients sur les taux d'int&#233;r&#234;t r&#233;els. Les taux d'int&#233;r&#234;ts peuvent donc para&#238;tre particuli&#232;rement bas (1,5 % &#224; 3,5 % mensuel) alors que le taux d'int&#233;r&#234;t annuel fluctue entre 30 et 35 %, parfois au-del&#224;, bien au-dessus du taux moyen d'int&#233;r&#234;t annuel appliqu&#233; dans le secteur bancaire qui fluctue entre 6 et 7 % et du taux plafond fix&#233; par la Banque du Maroc, qui se situe autour de 14 % |4|. C'est donc un v&#233;ritable taux d'usure qui est impos&#233; aux clients des IMF, qui, rappelons-le, sont des personnes d&#233;munies n'ayant de ce fait pas acc&#232;s aux pr&#234;ts bancaires courants. On fait donc payer plus cher les pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les IMF justifient ces taux par le fait que les pr&#234;ts &#233;tant petits, les frais administratifs sont importants. Or, les frais de dossier sont comptabilis&#233;s &#224; part, quand ils ne sont pas factur&#233;s en double, voire triple !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les conditions de remboursement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les conditions de remboursement sont proprement aberrantes. En effet, ces microcr&#233;dits sont suppos&#233;s, dans la plupart des cas, financer des activit&#233;s g&#233;n&#233;ratrices de revenus, selon l'expression consacr&#233;e. Il faut donc, une fois le pr&#234;t accord&#233;, monter le projet, le mettre en route et d&#233;gager de quoi vivre au quotidien et rembourser l'organisme de cr&#233;dit. Cela demande du temps avant de pouvoir d&#233;gager des premi&#232;res entr&#233;es d'argent et quelques b&#233;n&#233;fices. Or le plus souvent, les remboursements commencent d&#232;s le mois suivant l'octroi du cr&#233;dit |5|. Impossible dans ces conditions de mener &#224; bien le projet. Ainsi, l'enqu&#234;te men&#233;e par Attac Cadtm Maroc d&#233;voile un taux d'&#233;chec de plus de 75 % des projets parmi l'&#233;chantillon interrog&#233;. C'est alors que commence la spirale du nonpaiement des &#233;ch&#233;ances, et les pratiques de harc&#232;lement de la part des agents des IMF, qui peuvent aller jusqu'&#224; la violence physique ou morale, la saisie de biens, la mise en oeuvre de proc&#233;dures judiciaires exp&#233;ditives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#233;galement mentionner la pratique du pr&#234;t dit solidaire qui consiste &#224; faire porter la responsabilit&#233; du remboursement non pas sur le seul d&#233;biteur, mais sur un groupe de personnes solidaires en cas de non-remboursement d'une personne de ce groupe. Cette pratique ajoute aux pressions exerc&#233;es par les IMC la pression exerc&#233;e par tout le groupe, au d&#233;triment du lien social et de solidarit&#233;s qui pouvait s'&#234;tre tiss&#233; entre les personnes d'un m&#234;me hameau ou d'un m&#234;me quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire face, tous les moyens sont alors mis en oeuvre, depuis l'emprunt &#224; des proches, la vente de quelques biens, l'endettement multiple aupr&#232;s de diff&#233;rentes IMF. Selon notre enqu&#234;te, moins de 4 % des emprunteurs ont pu rembourser leur pr&#234;t avec les ressources obtenues gr&#226;ce &#224; l'activit&#233; financ&#233;e par cet emprunt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles r&#233;sistances ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tribunaux rejettent les plaintes des quelques emprunteurs qui s'aventurent sur ce terrain, forts de dossiers ais&#233;ment d&#233;fendables tant il y a de vices de forme et de pratiques d&#233;lictueuses de la part des IMF. C'est ce qui s'est produit &#224; Ouarzazate lorsque plusieurs victimes de ces institutions, organis&#233;es en un mouvement structur&#233; et solidaire, ont voulu porter plainte. En revanche, ce sont les deux leaders du mouvement qui se sont retrouv&#233;s au banc des accus&#233;s, dans un proc&#232;s construit de toutes pi&#232;ces sur des dossiers mal ficel&#233;s, contradictoires. Le tribunal de Ouarzazate s'est clairement mis du c&#244;t&#233; des IMF et il aura fallu plus de trois ans de proc&#233;dures, de nombreuses mobilisations pour que les deux personnes poursuivies soient finalement acquitt&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des victimes du microcr&#233;dit de Ouarzazate, soutenu par Attac Cadtm Maroc, a mobilis&#233; de fa&#231;on exemplaire les hommes et les femmes &#8211; les femmes surtout, qui ont montr&#233; une combativit&#233; et une d&#233;termination impressionnantes &#8211; tromp&#233;es et spoli&#233;es par les IMF. Il est parvenu &#224; remettre en cause, tant au niveau du Maroc qu'au plan international, o&#249; il a &#233;t&#233; fortement m&#233;diatis&#233;, le discours mystificateur des institutions de la microfinance qui, sous couvert de lutte contre la pauvret&#233;, visent en fait d'autres objectifs, et notamment &#233;tendre la bancarisation &#224; l'ensemble de la population, y compris sa fraction la plus pauvre, pour mieux &#233;tendre l'emprise des banques et mettre la main sur le peu d'argent dont ils disposent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La microfinance au Maroc, vers une bancarisation des pauvres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, depuis des ann&#233;es, le FMI et la Banque mondiale se sont donn&#233;s pour objectif d'&#233;largir la bancarisation &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te. Ils se sont m&#234;me donn&#233; une date butoir : 2020. C'est pourquoi, au Maroc comme ailleurs, la r&#233;forme du syst&#232;me financier int&#232;gre l'&#233;largissement de la sph&#232;re des services bancaires pour atteindre la plus grande partie de la population, c'est ce qu'ils appellent l'inclusion financi&#232;re |6|.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les tribunaux se placent syst&#233;matiquement du c&#244;t&#233; des IMF, jusqu'&#224; mettre en accusation les victimes plaignantes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre &#224; cet objectif, l'&#201;tat a mis en place une s&#233;rie de mesures favorisant le r&#244;le du secteur financier. Accroitre la place du microcr&#233;dit constitue l'un des moyens de cette politique. C'est la Banque mondiale, principalement via le CGAP |7|, qui accompagne l'instauration et l'&#233;volution des IMF vers leur inclusion dans la sph&#232;re bancaire au Maroc, en assurant une aide technique et financi&#232;re. Celle-ci concerne la gestion rigoureuse des activit&#233;s de ces organismes, ainsi qu'un fonctionnement permettant un rendement financier maximal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs amendements ont &#233;t&#233; apport&#233;s &#224; la loi r&#233;gissant la microfinance au Maroc. Depuis 2007, les IMF peuvent proposer des contrats d'assurance ; depuis 2012, elles peuvent se transformer en banques ou bien devenir actionnaires de banques. Dans la m&#234;me logique, Bank Al Maghrib a rectifi&#233; en janvier 2015 la loi bancaire, en pla&#231;ant ces institutions sous son contr&#244;le comme les autres institutions bancaires. Dans l'une de ses recommandations destin&#233;es au Maroc, le CGAP insiste sur les mesures permettant cette transition. L'un des obstacles r&#233;side dans le fait que les IMF sont aujourd'hui habilit&#233;es &#224; pratiquer des taux d'int&#233;r&#234;t bien sup&#233;rieurs &#224; ceux en vigueur dans les banques et au taux maximum fix&#233; par la Banque centrale. Le CGAP s'engage &#224; assurer la r&#233;ussite des strat&#233;gies permettant de lever cet obstacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'inclusion financi&#232;re des pauvres, un moyen pour s'enrichir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'implication des banques priv&#233;es dans le financement des IMF, n'est pas chose nouvelle. Au-del&#224; des dons et du financement fourni par des organismes publics nationaux et internationaux, les banques repr&#233;sentaient 80 % de financement des IMF en 2012, et cela &#233;tait d&#233;j&#224; le cas &#224; l'origine des IMF |8|. Dans son rapport annuel 1998, la fondation Zakoura |9| &#233;crivait que 75 % de son capital consacr&#233; aux microcr&#233;dits &#233;tait financ&#233; par le secteur bancaire. L'investissement des banques priv&#233;es dans la microfinance au Maroc montre la rentabilit&#233; escompt&#233;e sur ce march&#233; : d'une part, la population potentiellement concern&#233;e est estim&#233;e &#224; un million de clients ; d'autre part, le secteur est hautement lucratif : depuis leur cr&#233;ation, les organismes de microfinance ont distribu&#233; environ 50 milliards de dirhams |10|, dont la majeure partie &#233;tait destin&#233;e aux microcr&#233;dits. Si on applique le taux d'int&#233;r&#234;t moyen de 33 % qui est celui pratiqu&#233; par les IMF, les clients ont d&#251; payer environ 67 milliards de dirhams (capital+ int&#233;r&#234;t).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, le secteur financier utilise les IMF pour atteindre la plus grande majorit&#233; de la population, y compris les plus pauvres et pouvoir ainsi avoir une mainmise sur l'ensemble de la population. Les institutions financi&#232;res internationales pr&#233;sentent cela comme une forme de lutte contre la pauvret&#233;, pauvret&#233; qu'elles ont largement contribu&#233; &#224; aggraver par leurs plans d'ajustement structurel et les diff&#233;rentes r&#233;formes du secteur financier qu'elles ont promues dans l'ensemble des pays du Sud. Mais, dans la pratique, la bancarisation des pauvres ne vise pas la satisfaction de leurs besoins, en leur accordant des services financiers. Bien au contraire, la pr&#233;carit&#233; devient un march&#233; attractif pour les investisseurs et parfaitement lucratif. Le microcr&#233;dit constitue donc un nouvel outil de transfert des richesses des pauvres vers les riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article est extrait du magazine du CADTM : Les Autres Voix de la Plan&#232;te&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|1| Cette &#233;tude est aujourd'hui disponible en arabe, &#1606;&#1592;&#1575;&#1605; &#1575;&#1604;&#1602;&#1585;&#1608;&#1590; &#1575;&#1604;&#1589;&#1594;&#1585;&#1609;&#1548; &#1601;&#1602;&#1585;&#1575;&#1569; &#1610;&#1605;&#1608;&#1604;&#1608;&#1606; &#1571;&#1594;&#1606;&#1610;&#1575;&#1569; . La version en fran&#231;ais est en cours de pr&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|2| Il n'y a pas de statistiques officielles &#224; ce sujet, mais diff&#233;rentes &#233;tudes partielles, r&#233;alis&#233;es par les IMC, la FNAM, ou celle r&#233;alis&#233;e par Attac Maroc convergent pour dessiner un m&#234;me profil des clients de la microfinance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|3| Dans l'&#233;chantillon de l'&#233;tude r&#233;alis&#233;e par Attac Maroc, le pourcentage d'analphab&#232;tes d&#233;passe les 57 % et s'&#233;l&#232;ve &#224; 67 % chez les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|4| Selon la Banque centrale &#171; Bank Al-Maghrib &#187; le taux d'int&#233;r&#234;t maximum jusqu'au 31 mars 2016 est de 14,38 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|5| Voir &#224; ce sujet l'exp&#233;rience argentine d&#233;crite dans ce m&#234;me num&#233;ro&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|6| Selon les r&#233;sultats d'une &#233;tude de la Bank Al Maghrib (BAM) en collaboration avec la Banque mondiale sur l'inclusion financi&#232;re, le taux de bancarisation au Maroc a atteint 62 % au terme du premier semestre 2014. &lt;a href=&#034;http://www.challenge.ma/bank-al-mag..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.challenge.ma/bank-al-mag..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|7| Groupe consultatif pour l'assistance aux plus pauvres, institution cr&#233;&#233;e par la Banque mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|8| FNAM, Le livre blanc du microcr&#233;dit au Maroc, 2012&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|9| La Fondation Zakoura, est une IMF fond&#233;e en 1997, qui a fusionn&#233; avec une autre association de microcr&#233;dit , &#224; cause d'une crise des impay&#233;s, voir : &lt;a href=&#034;http://moroccomicrofinanceblog.blog..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://moroccomicrofinanceblog.blog..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|10| &lt;a href=&#034;http://www.cm6-microfinance.ma/uplo..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cm6-microfinance.ma/uplo..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auteur.e&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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