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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>La &#171; muerte cruzada &#187; en Equateur : vers une nouvelle phase du n&#233;olib&#233;ralisme autoritaire ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-muerte-cruzada-en-Equateur-vers-une-nouvelle-phase-du-neoliberalisme</link>
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		<dc:date>2023-06-13T06:43:02Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Matthieu Le Quang</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-06-13</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;quateur</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En &#201;quateur, le m&#233;canisme de la &#171; muerte cruzada &#187; (mort crois&#233;e) permet au pr&#233;sident de dissoudre l'Assembl&#233;e nationale, de convoquer sous trois mois de nouvelles &#233;lections et de gouverner entretemps par d&#233;crets. Le pr&#233;sident Guillermo Lasso vient de l'appliquer, cr&#233;ant une situation de forte incertitude politique dans le pays, qui pourrait ouvrir une nouvelle phase du n&#233;olib&#233;ralisme autoritaire en &#201;quateur. &lt;br class='autobr' /&gt; 5 juin 2023 | tir&#233; de contretemps.eu | Illustration : Manifestation contre le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-1696-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH96/equateur2-a00e7.png?1782212316' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En &#201;quateur, le m&#233;canisme de la &#171; muerte cruzada &#187; (mort crois&#233;e) permet au pr&#233;sident de dissoudre l'Assembl&#233;e nationale, de convoquer sous trois mois de nouvelles &#233;lections et de gouverner entretemps par d&#233;crets. Le pr&#233;sident Guillermo Lasso vient de l'appliquer, cr&#233;ant une situation de forte incertitude politique dans le pays, qui pourrait ouvrir une nouvelle phase du n&#233;olib&#233;ralisme autoritaire en &#201;quateur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;5 juin 2023 | tir&#233; de contretemps.eu | Illustration : Manifestation contre le chef de l'&#201;tat &#233;quatorien &#224; Quito.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/muerte-cruzada-equateur-crises-neoliberalisme-autoritaire/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/muerte-cruzada-equateur-crises-neoliberalisme-autoritaire/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Equateur conna&#238;t une nouvelle phase de troubles politiques : au milieu de son mandat de quatre ans, le pr&#233;sident Guillermo Lasso a d&#233;cid&#233; d'appliquer la &#171; muerte cruzada &#187;. Ce m&#233;canisme, pr&#233;vu par la Constitution de 2008, permet au pr&#233;sident de dissoudre l'Assembl&#233;e nationale et de convoquer des &#233;lections g&#233;n&#233;rales au cours desquelles il remet son mandat en jeu en m&#234;me temps que celui des d&#233;put&#233;s. Tant le pr&#233;sident que les d&#233;put&#233;s peuvent se repr&#233;senter &#224; ces nouvelles &#233;lections. Le Conseil national &#233;lectoral (CNE) dispose de 90 jours pour organiser le premier tour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle et les &#233;lections l&#233;gislatives. Celles-ci auront lieu le 20 ao&#251;t prochain. En cas de second tour, celui-ci devrait avoir lieu le 15 octobre. Avec les proc&#233;dures administratives et l&#233;gales, le prochain pr&#233;sident pourrait commencer son mandat entre la mi-novembre et d&#233;but d&#233;cembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant ce laps de temps qui pourrait durer quasiment sept mois, le pr&#233;sident Lasso va pouvoir gouverner en l'absence d'Assembl&#233;e nationale, &#224; travers des d&#233;crets-lois dont la constitutionalit&#233; devra &#234;tre r&#233;vis&#233;e par la Cour Constitutionnelle. Ces d&#233;crets-lois devraient se restreindre aux th&#232;mes &#233;conomiques. C'est ainsi que le pr&#233;sident, outre ses pouvoirs ex&#233;cutifs, obtient des pouvoirs l&#233;gislatifs certes encadr&#233;s mais qui lui permettent d'avoir les mains libres au niveau &#233;conomique sans d&#233;bats l&#233;gislatifs. Ces d&#233;crets-lois pourront toutefois &#234;tre &#233;limin&#233;s par la nouvelle Assembl&#233;e nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la premi&#232;re fois que ce m&#233;canisme de la &#171; muerte cruzada &#187; est appliqu&#233; en Equateur, de plus dans un contexte politique et social tendu marqu&#233; notamment par un processus d'impeachment (juicio pol&#237;tico) du pr&#233;sident par l'Assembl&#233;e nationale et par une ins&#233;curit&#233; qui a chang&#233; le mode de vie de la population en l'espace de quelques mois. Nous reviendrons ainsi sur ce contexte, sur les incertitudes politiques de cette nouvelle p&#233;riode qui ouvre, selon nous, une nouvelle phase du n&#233;olib&#233;ralisme autoritaire en Equateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment en est-on arriv&#233; l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guillermo Lasso est arriv&#233; au pouvoir en gagnant le second tour des &#233;lections pr&#233;sidentielles d'avril 2021 face au candidat de la R&#233;volution Citoyenne Andr&#233;s Arauz. Lasso a termin&#233; deuxi&#232;me du premier tour avec 35 000 votes de diff&#233;rence (0,35%) avec le troisi&#232;me Yaku P&#233;rez. Prenant acte de son faible r&#233;sultat au premier tour, Lasso a radicalement chang&#233; sa strat&#233;gie politique et de communication, attaquant son adversaire, pr&#233;sentant le gouvernement Moreno comme une continuation des dix ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes de la R&#233;volution Citoyenne et int&#233;grant aussi des questions qui ne faisaient pas partie de son programme politique du premier tour comme la lutte contre les violences faites aux femmes, la pr&#233;servation de l'environnement ou l'&#233;conomie verte. Son image a &#233;volu&#233; vers celle d'un candidat &#224; l'&#233;coute de la population, qui proposait la &#171; rencontre &#187; (el encuentro) et se r&#233;unissait avec divers secteurs de la soci&#233;t&#233; (jeunes, ONG, &#233;cologistes, f&#233;ministes, hommes d'affaires, etc.). Cela lui a permis, d'une part, de revenir &#224; l'antagonisme corr&#233;isme/anti- corr&#233;isme et, d'autre part, de gagner le soutien de Xavier Hervas (et de la quasi-totalit&#233; des candidats au premier tour) et des secteurs de l'environnementalisme et du f&#233;minisme lib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si ce changement radical lui posera de nombreux probl&#232;mes plus tard puisqu'il n'a pas mis en &#339;uvre les promesses faites lors de la campagne, cela lui a permis de remporter les &#233;lections. Malgr&#233; les cons&#233;quences socio-&#233;conomiques du n&#233;olib&#233;ralisme mis en &#339;uvre par le gouvernement de Moreno, ces &#233;lections ont vu la premi&#232;re victoire d'une force de droite depuis 1998. C'&#233;tait aussi la premi&#232;re d&#233;faite de la R&#233;volution citoyenne &#224; une &#233;lection pr&#233;sidentielle depuis son &#233;mergence en 2006. En effet, l'ouverture politique de Lasso contrastait avec les difficult&#233;s du candidat Arauz &#224; innover dans son discours et &#224; &#233;largir sa base politique et sociale au-del&#224; des soutiens traditionnels de la R&#233;volution Citoyenne. De plus, une campagne erratique et le manque de profondeur de son image d&#251; &#224; la m&#233;connaissance d'Arauz ont rendu difficile de r&#233;pondre aux diff&#233;rentes attaques de son adversaire. Les difficult&#233;s d'Arauz se sont aggrav&#233;es en raison de la division dans les secteurs de la gauche. Le r&#233;sultat &#233;lectoral d'Arauz a &#233;t&#233; catastrophique puisqu'il perdait plus de 800 000 votes en comparaison du r&#233;sultat de Moreno, alors candidat de la R&#233;volution Citoyenne avant son changement radical, au second tour de 2017. D'ailleurs Lasso perdait lui aussi 400 000 votes par rapport &#224; 2017 ce qui nous a fait &#233;mettre l'hypoth&#232;se que ce n'est pas tant Lasso et son programme politique qui ont gagn&#233; les &#233;lections mais la R&#233;volution Citoyenne et Andr&#233;s Arauz qui les ont perdues[1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fragilit&#233; politique de Lasso s'exprimait aussi avec la composition de la nouvelle Assembl&#233;e Nationale. Le groupe majoritaire &#233;tait la R&#233;volution Citoyenne avec 49 d&#233;put&#233;s (sans toutefois avoir la majorit&#233; absolue requise pour l'approbation des lois qui est de 70 d&#233;put&#233;s), suivi du mouvement Pachakutik (PK) avec 27 d&#233;put&#233;s puis le Parti Social-Chr&#233;tien (PSC), alli&#233; de Lasso pour les pr&#233;sidentielles, et Izquierda Democr&#225;tica (ID) avec 18 d&#233;put&#233;s chacun. Lasso faisait donc face &#224; une assembl&#233;e o&#249; les forces politiques progressistes &#233;taient majoritaires, son propre parti n'ayant gagn&#233; que 13 si&#232;ges. Toutefois, lors du vote des autorit&#233;s de cette assembl&#233;e, le 14 mai 2021, Lasso a rompu avec son alli&#233;, le PSC, et s'est associ&#233; avec PK, la ID et un groupe de d&#233;put&#233;s ind&#233;pendants pour &#233;lire Guadalupe Llori de PK comme pr&#233;sidente de l'Assembl&#233;e. Cela entra&#238;nera des cons&#233;quences politiques plus tard puisqu'avec cette association, l'opposition &#233;tait men&#233;e par deux des partis les plus importants sur l'&#233;chiquier politique &#233;quatorien : la R&#233;volution Citoyenne et le PSC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, malgr&#233; cette fragilit&#233; politique, lors des premiers mois de son mandat, Lasso jouissait d'une c&#244;te de popularit&#233; importante : selon les sondages, l'approbation de sa gestion oscillait entre 60 et 70% d'acceptation. Cela &#233;tait d&#251; notamment au succ&#232;s du processus de vaccination contre le COVID-19 qui a permis de vacciner la quasi-totalit&#233; de la population lors des quatre premiers mois de son mandat avec l'aide des h&#244;pitaux, du secteur priv&#233; et des universit&#233;s. Petit &#224; petit, la soci&#233;t&#233; &#233;quatorienne a pu retrouver une libert&#233; de mouvement largement remise en cause pendant les deux premi&#232;res ann&#233;es de la pand&#233;mie durant lesquelles les confinements totaux alternaient avec des confinements partiels et le port obligatoire du masque dans tous les espaces publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, cette embellie a &#233;t&#233; de croute dur&#233;e. L'explosion de violence dans les prisons, principalement due &#224; des guerres de territoires entre bandes organis&#233;es, s'est peu &#224; peu d&#233;plac&#233;e dans les rues des principales villes &#233;quatoriennes, tout d'abord sur la C&#244;te pacifique (Guayaquil, Esmeraldas, etc.) puis dans les Andes (Quito). Cette croissance exponentielle de l'ins&#233;curit&#233; s'est accompagn&#233;e d'une transformation des m&#233;canismes de violences : les meurtres ex&#233;cut&#233;s par des tueurs &#224; gage (sicariatos), la multiplication des vols &#224; main arm&#233;e dans les bars, restaurants, petits commerces ou dans la rue, des paiements d'argent en &#233;change d'une protection pour les commerces (appel&#233;s vacunas), etc. La peur s'est install&#233;e au sein de la population dont la mani&#232;re de vivre a &#233;t&#233; fortement impact&#233;e : par exemple, &#224; Esmeraldas, une des grandes villes c&#244;ti&#232;res, les rues sont d&#233;sertes et les commerces ferm&#233;s &#224; partir de 14h &#224; cause de la peur g&#233;n&#233;r&#233;e par les bandes organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'impact de l'ins&#233;curit&#233; sur la vie des Equatorien-nes, il faut ajouter que les conditions socio-&#233;conomiques ne se sont pas am&#233;lior&#233;es, conditions qui avaient largement &#233;t&#233; d&#233;t&#233;rior&#233;es durant la pand&#233;mie. Lasso a continu&#233; et renforc&#233; les r&#233;formes n&#233;olib&#233;rales de son pr&#233;d&#233;cesseur appliquant un programme d'aust&#233;rit&#233; et de r&#233;duction du poids de l'&#201;tat dans l'&#233;conomie et les d&#233;penses sociales, programme impos&#233; par le Fond Mon&#233;taire International (FMI). Les r&#233;ductions d'imp&#244;ts pour les entreprises et les plus riches se sont accompagn&#233;es de l'augmentation du prix de l'essence. Ces politiques ont abouti &#224; un fort m&#233;contentement d'une grande partie de la population qui a d&#233;bouch&#233; sur une importante mobilisation sociale en juin 2022 sur laquelle nous reviendrons plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus des probl&#232;mes &#233;conomiques et sociaux, le gouvernement a d&#251; faire face &#224; des accusations de corruption, certaines touchant des proches de Lasso et m&#234;me un membre de sa famille (son beau-fr&#232;re Danilo Carrera). Ces accusations &#233;taient accompagn&#233;es d'autres comme la collusion avec des groupes mafieux (notamment la mafia albanaise), l'assassinat d'un proche de son beau-fr&#232;re (Ruben Cherrez), l'utilisation de la justice pour emp&#234;cher les enqu&#234;tes, entre autres accusations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour essayer de r&#233;cup&#233;rer une certaine l&#233;gitimit&#233; politique et de rehausser une acceptation tomb&#233;e aux alentours des 15% selon les sondages, Lasso d&#233;cida de lancer une consultation populaire autour de 8 questions en m&#234;me temps que les &#233;lections locales de f&#233;vrier 2023. Ce pari a &#233;t&#233; perdu malgr&#233; des questions qui insinuaient un vote pour le OUI et une campagne &#233;lectorale avec d'importantes ressources financi&#232;res en faveur du OUI. Le NON a gagn&#233; pour toutes les questions. De plus, le grand vainqueur des &#233;lections locales a &#233;t&#233; la R&#233;volution Citoyenne (RC) qui a gagn&#233; dans les plus grandes villes (notamment Quito et Guayaquil mettant fin &#224; 32 ans d'h&#233;g&#233;monie politique du PSC dans cette derni&#232;re) et les plus grandes provinces (notamment Pichincha, Guayas, Azuay, Santo Domingo). Le slogan utilis&#233; par la RC, &#171; avant on vivait mieux &#187;, a &#233;t&#233; d'une grande utilit&#233; pour comparer la p&#233;riode de la RC et l'actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ces &#233;lections, il y a eu d'importants changements au sein du gouvernement puisque les figures politiques fid&#232;les &#224; Lasso depuis plus de 10 ans et qui se sont form&#233;es au sein de son think tank n&#233;olib&#233;ral, la Fondation Ecuador Libre, sont sorties du gouvernement. Mais c'est surtout &#224; l'Assembl&#233;e nationale que la fragilit&#233; politique de Lasso allait se d&#233;montrer. Plusieurs d&#233;put&#233;s de diff&#233;rents partis ont d&#233;cid&#233; de commencer un processus de destitution du pr&#233;sident (juicio pol&#237;tico) avec comme argument principal un cas de corruption au sein d'une entreprise publique p&#233;troli&#232;re, la FLOPEC. La Cour Constitutionnelle a valid&#233; la constitutionnalit&#233; de ce processus. Les d&#233;bats ont dur&#233; plusieurs semaines avec une grande incertitude au niveau de la votation (il fallait 92 votes pour approuver cette destitution). Toutefois, la &#171; muerte cruzada &#187; annonc&#233;e deux jours avant le vote n'a pas permis de savoir si ce processus pouvait aller au bout ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nouvelle phase du n&#233;olib&#233;ralisme autoritaire en Equateur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cision de Guillermo Lasso de dissoudre l'Assembl&#233;e nationale au milieu du processus de sa destitution est un symbole de son irrespect pour tout ce qui a trait au d&#233;bat d&#233;mocratique et en particulier envers l'institution d&#233;mocratique qu'est l'Assembl&#233;e nationale. Depuis le d&#233;but de son mandat, la relation entre Lasso et l'Assembl&#233;e nationale a &#233;t&#233; marqu&#233;e par le d&#233;nigrement, les insultes, les passages en force, des tensions permanentes. Le pr&#233;sident Lasso ou des membres de son gouvernement n'ont jamais h&#233;sit&#233; &#224; traiter les d&#233;put&#233;s de corrompus, de paresseux, d'inutiles, de narcotrafiquants ou de terroristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation du n&#233;olib&#233;ralisme avec la d&#233;mocratie est probl&#233;matique. Guillermo Lasso n'&#233;chappe pas &#224; cette r&#232;gle. Le n&#233;olib&#233;ralisme est la phase actuelle du capitalisme qui ne peut pas &#234;tre d&#233;fini comme une simple id&#233;ologie &#233;conomique, mais comme une &#171; forme de soci&#233;t&#233; &#187; et m&#234;me une &#171; forme d'existence &#187;[2]. C'est-&#224;-dire qu'il ne s'occupe pas seulement de la sph&#232;re &#233;conomique mais qu'il s'&#233;tend &#224; toutes les sph&#232;res de la vie. De plus, le n&#233;olib&#233;ralisme gouverne par les crises : &#171; La crise est devenue un v&#233;ritable mode de gouvernement, assum&#233; comme tel &#187;[3]. Bien qu'il doive prendre des mesures contraires &#224; la majorit&#233; de la population, la priorit&#233; est de sauver le capital et de relancer l'&#233;conomie. C'est aussi pour cela que Laval et Dardot parlent de &#171; l'essence oligarchique de la &#8220;gouvernance n&#233;olib&#233;rale&#8221; [&#8230;] un mode hybride d'exercice du pouvoir qui tient &#224; la fois du gouvernement du petit nombre ou par l'&#233;lite, au sens d'une expertocratie, et par un gouvernement pour les riches, au sens de sa finalit&#233; sociale. &#187;[4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mode de gouvernement par la crise et pour l'oligarchie entra&#238;ne des cons&#233;quences sur l'&#201;tat et les politiques publiques. L'&#233;conomie est sous contr&#244;le priv&#233; et tout ce qui a un rapport avec des institutions publiques, comme les vestiges de l'&#201;tat-providence, est sous-financ&#233; afin de discr&#233;diter id&#233;ologiquement tout ce qui a &#224; voir avec le public. L'intervention de l'&#201;tat doit &#234;tre minimal et son r&#244;le est d'assurer le bon fonctionnement du march&#233; et, si besoin est, de cr&#233;er ce march&#233;.[5] Pour que ce syst&#232;me existe et soit coh&#233;rent, le n&#233;olib&#233;ralisme a besoin de l'action de l'&#201;tat pour cr&#233;er les conditions favorables &#224; l'expansion de la libre concurrence &#8211; entre entreprises mais aussi entre pays pour attirer les investissements &#8211; et la libre circulation des capitaux, c'est-&#224;-dire pour soumettre les pays et les individus &#224; l'ordre &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lasso et son gouvernement r&#233;pondent exactement &#224; cette caract&#233;risation du n&#233;olib&#233;ralisme. Ses fondements id&#233;ologiques en Equateur ont &#233;t&#233; travaill&#233;s au sein de la Fondation Ecuador Libre, un think tank qui alimente les analyses de politiques publiques et au sein de laquelle a &#233;t&#233; &#233;crit le programme de gouvernement de Lasso. Les principaux cadres du gouvernement Lasso sont issus de cette fondation ou sont des collaborateurs de Lasso au sein de la banque Banco de Guayaquil que pr&#233;sidait Lasso. Selon leurs principes id&#233;ologiques, le march&#233; doit primer sur l'&#201;tat, les biens publics et communs devraient &#234;tre privatis&#233;s. En r&#233;sum&#233;, l'&#201;tat doit &#234;tre minimal et doit cr&#233;er les conditions pour que les forces du march&#233; puissent s'exprimer sans obstacle. C'est ainsi que l'aust&#233;rit&#233; est mise en &#339;uvre au niveau des investissements et des d&#233;penses publiques : l'approvisionnement des h&#244;pitaux publics en m&#233;dicaments est minimal ; la qualit&#233; des services publics s'est fortement d&#233;grad&#233;e ; les investissements publics (m&#234;me dans la s&#233;curit&#233;) sont minimaux ; les infrastructures publiques (par exemple les routes) sont d&#233;grad&#233;es, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des caract&#233;ristiques du n&#233;olib&#233;ralisme est l'individualisation des responsabilit&#233;s de l'&#201;tat. Elle &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#233;sente lors de la pand&#233;mie lors de laquelle s'est install&#233; un discours qui reportait la responsabilit&#233; de la crise sur les individus et leurs comportements : ce n'est pas le syst&#232;me de sant&#233; d&#233;financ&#233; et privatis&#233; qui ne marche pas, mais plut&#244;t que la crise sanitaire est la faute des irresponsables qui se comportent mal en quittant leur domicile. En plus de cette responsabilisation, ces discours marquent une certaine infantilisation de la population. Lors de la pand&#233;mie, le gouvernement et les m&#233;dias qui fonctionnent comme caisse de r&#233;sonnance disaient aux individus comment se comporter et les grondaient s'ils ne r&#233;agissaient pas &#224; leurs instructions. Cette individualisation de la responsabilit&#233; existe aussi pour la forte ins&#233;curit&#233; en Equateur. Lors d'un discours en faveur de la l&#233;galisation du port d'armes, l'argument de Lasso &#233;tait que les personnes allaient pouvoir se d&#233;fendre dans la guerre entre la soci&#233;t&#233; et les bandes organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#233;olib&#233;ralisme de Lasso est aussi autoritaire dans la continuit&#233; du gouvernement de Moreno. Lors des derni&#232;res ann&#233;es, le n&#233;olib&#233;ralisme tend &#224; &#234;tre autoritaire &#8211; comme on peut l'observer en France &#8211; en ayant besoin des bras arm&#233;s de l'&#201;tat (police et arm&#233;e) pour imposer ses politiques. En Equateur, ce n&#233;olib&#233;ralisme autoritaire a commenc&#233; &#224; s'exprimer avec la r&#233;pression des mobilisations d'octobre 2019[6] avec l'utilisation d'un arsenal important de m&#233;canismes : mise en place de l'&#201;tat d'exception, d&#233;ploiement policier et militaire, couvre-feu partiel et total, protection et argumentation de l'usage abusif de la force par les forces de l'ordre, judiciarisation et criminalisation de la manifestation, etc. La gestion de la pand&#233;mie a aussi &#233;t&#233; marqu&#233;e par cet autoritarisme face &#224; l'absence d'une r&#233;ponse sanitaire ad&#233;quate de l'&#201;tat : restriction des libert&#233;s, mesures pour discipliner la population et si n&#233;cessaire sanctions par des amendes ou des arrestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet autoritarisme s'est de nouveau exprim&#233; lors des mobilisations de juin 2022. Celles-ci &#233;taient men&#233;es par le mouvement indig&#232;ne et son leader Leonidas Iza, pr&#233;sident de la CONAIE qui s'&#233;tait fait connaitre lors des manifestations d'octobre 2019. La faible mobilisation lors du premier jour laissait penser que la gr&#232;ve n'allait pas durer. C'est un geste autoritaire du gouvernement qui mit le feu aux poudres : l'arrestation pendant la nuit de Leonidas Iza dont le lieu d'emprisonnement n'a &#233;t&#233; connu que le jour suivant. La CONAIE a parl&#233; de kidnapping et les communaut&#233;s indig&#232;nes se sont mobilis&#233;es jusqu'&#224; Quito pendant 18 jours lors desquels de nombreux secteurs populaires sont sortis dans la rue. Malgr&#233; une plateforme de 10 revendications, la principale &#233;tait de baisser le prix de l'essence qui avait augment&#233; fortement &#224; cause de la lib&#233;ralisation des prix du l'essence Super.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette crise politique et sociale, la r&#233;ponse du gouvernement a d'abord &#233;t&#233; le pourrissement de la mobilisation en accusant les organisations sociales (CONAIE en premier) et politiques (la R&#233;volution Citoyenne et une partie du mouvement Pachakutik) d'&#234;tre financ&#233;es par le narcotrafic. Ensuite il y a une forte r&#233;pression dont le bilan a &#233;t&#233; de 9 morts, plusieurs milliers de bless&#233;s et d'arrestations. Ce n'est que dans les jours suivants que le gouvernement a propos&#233; d'ouvrir un processus de dialogue &#224; la CONAIE qui n'a pas eu d'autre choix que d'accepter face &#224; la terrible r&#233;pression. Cela a permis la d&#233;mobilisation de la population mais les r&#233;sultats de ce dialogue ont &#233;t&#233; minimes pour les organisations sociales et indig&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les mois qui ont suivi, le r&#244;le des militaires et de la police est devenu de plus en plus important pour faire face aux violences dans les prisons (dont la gestion appartient &#224; la police) et dans la rue. Le narcotrafic et le crime organis&#233; ont p&#233;n&#233;tr&#233; les plus hautes sph&#232;res de l'&#201;tat et des forces arm&#233;es. Les guerres de territoires font de plus en plus de victimes dans les prisons ou dans les rues. Le niveau de violence est tel que la politique n'est pas exempte. Lors de la campagne des &#233;lections locales de f&#233;vrier 2023, 5 candidats ont &#233;t&#233; tu&#233;s et une dizaine d'autres ont &#233;t&#233; la cible d'attentat, principalement sur la C&#244;te. Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire de l'Equateur, la classe politique est la cible des bandes organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'annonce de Guillermo Lasso de la &#171; muerte cruzada &#187;, la premi&#232;re intervention a &#233;t&#233; celle de l'&#201;tat-Major militaire lors d'une retransmission t&#233;l&#233;vis&#233;e et &#224; la radio autoris&#233;e par le gouvernement. Les hautes autorit&#233;s militaires ont transgress&#233; leur r&#244;le d'institution ob&#233;issante et se sont pr&#233;sent&#233;es comme partie prenante du conflit en d&#233;clarant la constitutionnalit&#233; de la mesure prise par le gouvernement avant m&#234;me que la Cour Constitutionnelle ou autre acteur institutionnel civil ne se prononce. C'est cette intervention des militaires avec la b&#233;n&#233;diction de Lasso qui inqui&#232;te les organisations politiques, sociales et de d&#233;fense des Droits de l'Homme, d'autant plus que durant leur discours, les militaires ont menac&#233; de r&#233;pression les futures tentatives de mobilisations sociales. De plus, les militaires ont occup&#233; l'Assembl&#233;e nationale lors des deux premiers jours. Ce n'est pas tant la mesure de la &#171; muerte cruzada &#187; qui repr&#233;sente une menace pour la d&#233;mocratie mais le contexte de son annonce et les acteurs qui la soutiennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une phase &#233;lectorale incertaine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'annonce de la &#171; muerte cruzada &#187; qui n'a pas &#233;t&#233; remise en cause par la Cour Constitutionnelle, ouvre une p&#233;riode d'incertitude politique et sociale importante. Cette mesure exceptionnelle est une premi&#232;re dans l'histoire &#233;quatorienne. D'importantes questions d&#233;mocratiques n'ont pas forc&#233;ment de r&#233;ponse dans la Constitution : quel est le r&#244;le exact de la Cour Constitutionnelle dans la r&#233;vision des d&#233;crets-lois ? Quand la nouvelle Assembl&#233;e nationale pourra-t-elle se r&#233;unir : septembre ou novembre ? Quels sont les m&#233;canismes d&#233;mocratiques de contre-pouvoir au gouvernement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres questions politiques surgissent. Tout d'abord celle des garanties d&#233;mocratiques d'une campagne &#233;lectorale respectant l'&#233;quit&#233; politique. Le CNE et les organisations politiques vont devoir faire preuve de cr&#233;ativit&#233; pour s'adapter &#224; l'urgence &#233;lectorale : choix des candidat-e-s, programme &#233;lectoral, type de campagne &#233;lectorale, etc. La campagne &#233;lectorale va durer entre 8 et 10 jours ce qui laisse peu de place pour l'improvisation et l'irruption d'un-e outsider. Cela pourrait &#234;tre att&#233;nu&#233; par le fort sentiment anti-politique qui r&#232;gne au sein d'une grande majorit&#233; de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, la R&#233;volution Citoyenne para&#238;t disposer d'un certain avantage face aux autres organisations politiques. Elle sort d'une campagne &#233;lectorale r&#233;ussie, elle est &#224; la t&#234;te des principales villes et provinces du pays. Elle dispose de nombreux cadres politiques et du mouvement politique le mieux structur&#233; au niveau national et le plus organique au niveau &#233;lectoral. Son leader, Rafael Correa, est au plus haut dans les sondages depuis qu'il &#233;tait au pouvoir ; m&#234;me s'il ne peut pas se pr&#233;senter aux &#233;lections, ce sera un personnage central. Ses d&#233;put&#233;-e-s ont dirig&#233; l'opposition au gouvernement &#224; l'Assembl&#233;e national, notamment lors du processus d'impeachment. Et ses adversaires les plus importants sont divis&#233;s (Izquierda Democr&#225;tica), affaiblis (PSC) ou se trouvent embourb&#233;s dans des conflits internes (Pachakutik par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, la victoire de la R&#233;volution Citoyenne n'est pas pour autant assur&#233;e. Tout d&#233;pendra de la qualit&#233; de la ou du candidat pr&#233;sidentiel. Mais, surtout, apr&#232;s l'annonce de cette mesure exceptionnelle, on a pu observer une reconfiguration du bloc de pouvoir autour de Lasso. La peur du retour au pouvoir de la R&#233;volution Citoyenne fonctionne encore comme levier d'articulation de certains secteurs sociaux comme les diff&#233;rentes Chambres de commerce et d'industrie, les forces politiques conservatrices, les m&#233;dias, les forces arm&#233;es. Il est probable que le discours anti-corr&#233;iste et m&#234;me les obstacles pour accepter les candidatures corr&#233;istes soient tr&#232;s pr&#233;sents lors des prochaines semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incertitude politique ne se terminera pas avec les &#233;lections qui viennent. Le prochain gouvernement sera un gouvernement de transition non seulement pour le temps court o&#249; il sera au pouvoir (un an et demi environ avec une p&#233;riode &#233;lectorale de six mois au milieu) mais aussi pour l'&#233;norme chantier qui l'attend pour commencer &#224; reconstruire des conditions d&#233;mocratiques minimales et une certaine confiance dans les institutions publiques. L'Assembl&#233;e nationale devra aussi d&#233;battre les d&#233;crets-lois qui seront envoy&#233;s par le gouvernement Lasso, d&#233;crets-lois qui approfondiront le n&#233;olib&#233;ralisme avec notamment la privatisation pr&#233;vue de certaines entreprises publiques, une r&#233;forme des march&#233;s publics, du secteur p&#233;trolier, des t&#233;l&#233;communications ou la cr&#233;ation de zones franches libres d'imp&#244;ts pour les entreprises qui d&#233;cident d'y investir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, la lutte contre l'ins&#233;curit&#233; sera primordiale. Il faudra aussi prendre en compte la variable s&#233;curitaire dans la future campagne qui va s'ouvrir et pas seulement comme th&#232;me de campagne mais aussi dans la mani&#232;re de faire campagne. La violence commune s'est d&#233;plac&#233;e aussi dans l'ar&#232;ne politique comme on a pu l'observer lors des derni&#232;res &#233;lections locales mais aussi avec l'attentat lors des derni&#232;res semaines contre le maire de Duran (une des villes les plus peupl&#233;es d'Equateur) qui a &#233;t&#233; oblig&#233; de quitter le pays. La violence et l'ins&#233;curit&#233; auront une influence importante sur la campagne &#233;lectorale et les r&#233;sultats &#233;lectoraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour terminer, en m&#234;me temps que les &#233;lections pr&#233;sidentielles et l&#233;gislatives, auront lieu deux consultations populaires : la premi&#232;re au niveau national sur l'exploitation p&#233;troli&#232;re des blocs ITT dans le Yasun&#237; ; la seconde au niveau local sur l'exploitation mini&#232;re &#224; Quito et plus pr&#233;cis&#233;ment dans le Choc&#243; Andino de Pichincha, une r&#233;serve de la biosph&#232;re reconnue par l'UNESCO. Ces deux consultations populaires sont le r&#233;sultat du travail d'organisations &#233;cologistes et remettent &#224; l'agenda politique les d&#233;bats autour de l'extractivisme en Equateur au niveau local et national. Pourtant si ces deux consultations ont des arguments politiques similaires (conservation de la biodiversit&#233; dans des zones m&#233;gabiodiverses et fragiles, mod&#232;le alternatif de d&#233;veloppement, etc.), elles ne mobilisent pas les m&#234;mes imaginaires politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppementisme, largement accept&#233; par une grande majorit&#233; de la population, est surtout li&#233; &#224; l'exploitation p&#233;troli&#232;re. Au contraire, l'exploitation mini&#232;re &#224; grande &#233;chelle est nouvelle en Equateur et g&#233;n&#232;re d'importants conflits socio-environnementaux au niveau local. Les caract&#232;res national et local de ces consultations seront aussi &#224; prendre en compte. Tout comme le positionnement des diff&#233;rents acteurs politiques face &#224; des questions politiques et sociales qui replacent dans l'agenda politique les d&#233;bats autour du r&#233;gime d'accumulation qui serait pr&#233;f&#233;rable pour l'Equateur. En esp&#233;rant que ce d&#233;bat ne soit pas &#233;clips&#233; par celui sur l'ins&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Matthieu Le Quang est docteur en philosophie politique de l'Universit&#233; Paris Cit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] &#8220;No es tanto que Lasso y su programa ganaron las elecciones, sino que la Revoluci&#243;n Ciudadana las perdi&#243;&#8221;, Revista &#193;nalisis, Friedrich-Ebert-Stiftung FES-ILDIS, septiembre 2021 : &lt;a href=&#034;https://library.fes.de/pdf-files/bueros/quito/18485.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://library.fes.de/pdf-files/bueros/quito/18485.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Voir Dardot, Pierre, Laval, Christian, 2016, Ce cauchemar qui n'en finit pas. Comment le n&#233;olib&#233;ralisme d&#233;fait la d&#233;mocratie, Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Ibidem, p. 32.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Ibidem, p. 24.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Harvey, David, 2014 (2005), Br&#232;ve histoire du n&#233;o-lib&#233;ralisme, Paris, Les Prairies Ordinaires, p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Voir Ram&#237;rez Gallegos, Franklin (Ed.), 2020, Octubre y el derecho a la resistencia. Revuelta popular y neoliberalismo autoritario en Ecuador, Buenos Aires, CLACSO ; Iza, Le&#243;nidas, Tapia, Andr&#233;s, Madrid, Andr&#233;s, 2020, Estadillo. La rebeli&#243;n de octubre en Ecuador, Editorial RedKapari, Quimant&#250;, Editorial El Colectivo, La Fogata, Bajo Tierra, Editorial Zur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire hors-ligne :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;cosocialisme comme alternative politique, sociale et &#233;cologique au capitalisme</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-ecosocialisme-comme-alternative-politique-sociale-et-ecologique-au</link>
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		<dc:date>2017-10-24T08:11:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Matthieu Le Quang</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cosocialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Actualit&#233;s &#233;cosocialistes</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-10-24</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qu'est-ce que l'&#233;cosocialisme et comment l'envisager en pratique, notamment du point de vue de la planification ? Matthieu Le Quang apporte ici quelques &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse, qui viennent nourrir notre dossier sur ce th&#232;me. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du site de la revue Contretemps &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;cosocialisme est un &#171; courant de pens&#233;e et d'action &#233;cologique qui fait siens les acquis fondamentaux du marxisme tout en le d&#233;barrassant de ses scories productivistes. Pour les &#233;cosocialistes, la logique du march&#233; et du profit (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Ecosocialisme-" rel="directory"&gt;&#201;cosocialisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Ecosocialisme-158-+" rel="tag"&gt;&#201;cosocialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Actualites-ecosocialistes-+" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s &#233;cosocialistes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2017-10-24-+" rel="tag"&gt;Edition du 2017-10-24&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH76/arton32347-3d677.jpg?1782212316' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='76' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Qu'est-ce que l'&#233;cosocialisme et comment l'envisager en pratique, notamment du point de vue de la planification ? Matthieu Le Quang apporte ici quelques &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse, qui viennent nourrir notre &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/dossier-ecosocialisme-ecologie-productivisme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dossier sur ce th&#232;me&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/ecosocialisme-alternative-capitalisme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Contretemps&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cosocialisme est un &#171; courant de pens&#233;e et d'action &#233;cologique qui fait siens les acquis fondamentaux du marxisme tout en le d&#233;barrassant de ses scories productivistes. Pour les &#233;cosocialistes, la logique du march&#233; et du profit [&#8230;] est incompatible avec les exigences de sauvegarde de l'environnement naturel. &#187;[1] Une premi&#232;re affirmation de l'&#233;cosocialisme est que le capitalisme est incompatible avec l'&#233;cologie et la protection de l'environnement car l'expansion du capital, &#224; travers l'augmentation des profits, bute n&#233;cessairement sur le fait que les ressources de la nature sont limit&#233;es. La promesse de justice bas&#233;e sur la croissance et donc sur l'accumulation infinie de capital ne peut plus r&#233;sister aux d&#233;sastres sociaux et environnementaux actuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cosocialisme est ainsi une tentative de r&#233;ponse th&#233;orique alternative aux solutions dominantes au sein des discussions internationales sur la lutte contre le r&#233;chauffement climatique. Le capitalisme vert ne repr&#233;sente pas une vraie solution car il ne remet pas en cause les modes de production et de consommation capitalistes, principales causes des probl&#232;mes climatiques qu'affronte la plan&#232;te, modes qui ne peuvent se maintenir qu'en accentuant le caract&#232;re d&#233;pr&#233;dateur du syst&#232;me envers l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet article, nous reviendrons sur la critique du capitalisme sur laquelle se fonde l'&#233;cosocialisme. Cette critique de la r&#233;alit&#233; actuelle est n&#233;cessaire pour penser une soci&#233;t&#233; alternative. Toutefois, nous ne pouvons pas seulement nous contenter d'&#233;num&#233;rer les raisons de notre opposition au syst&#232;me dominant. Ici, nous proposerons une &#233;bauche de cette soci&#233;t&#233; &#224; travers la caract&#233;risation de ce que pourrait &#234;tre une possible planification n&#233;cessaire pour changer de paradigme de soci&#233;t&#233; et de modes de vie afin de lutter contre les in&#233;galit&#233;s sociales et &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La critique &#233;cosocialiste du capitalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La critique du productivisme et de la soci&#233;t&#233; de consommation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise financi&#232;re et &#233;conomique qui a &#233;clat&#233; en 2008 a rappel&#233; que l'histoire du capitalisme est jalonn&#233;e de multiples crises d'ampleur variable. En effet, les crises sont essentielles pour que le capitalisme puisse se reproduire, se transformer et s'adapter aux nouvelles conditions de son environnement. Toutefois, ces deux crises font partie d'un ensemble de crises &#8211; environnementale, &#233;nerg&#233;tique, alimentaire, hydraulique, climatique, culturelle &#8211; que l'on pourrait qualifier de rupture civilisationnelle int&#233;grale, c'est-&#224;-dire l'&#233;puisement d'un mod&#232;le d'organisation de la soci&#233;t&#233; qui s'exprime dans les champs id&#233;ologique, symbolique et culturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise civilisationnelle capitaliste est li&#233;e &#224; ses valeurs : une soif d'accumuler chaque fois plus allant de pair avec un productivisme et un consum&#233;risme infinis sans prendre en compte les limites physiques de la Terre. Le capitalisme est g&#233;n&#233;rateur de besoins illusoires pour rentabiliser ses investissements et maximiser ses b&#233;n&#233;fices au d&#233;triment de la nature. Ses cons&#233;quences se ressentent fortement de jour en jour &#224; travers le r&#233;chauffement climatique, l'individualisme, la croissance des in&#233;galit&#233;s, une socialisation de plus en plus informatis&#233;e, etc. Elle aboutit &#224; la perte de la biodiversit&#233;. Face aux constats ant&#233;rieurs g&#233;n&#233;r&#233;s par les diff&#233;rentes crises, il est impossible d'universaliser ce mod&#232;le &#233;conomique et social. Il nous faut donc revenir &#224; &#171; la simplicit&#233; volontaire contre le mythe de l'abondance &#187;[2]. Selon Andr&#233; Gorz, le meilleur moyen de sortir du tout-march&#233; passe par &#171; produire ce que nous consommons et consommer ce que nous produisons &#187;[3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur critique du productivisme, les th&#233;oriciens &#233;cosocialistes n'oublient pas non plus que le socialisme peut &#234;tre aussi productiviste. Si le capitalisme a comme principes de base la production et la consommation pour arriver au bonheur, le socialisme se diff&#233;rencie de lui en prenant en compte la distribution &#233;quitable de ces richesses. Pourtant, les deux syst&#232;mes continuent &#224; &#234;tre deux id&#233;ologies productivistes int&#233;gr&#233;es dans l'id&#233;al de la modernit&#233; de soumission de la nature &#224; l'&#234;tre humain pour produire ind&#233;finiment des richesses. D'apr&#232;s les &#233;cosocialistes, la critique du mode de consommation doit s'accompagner de celle du mode de production, sans se limiter &#224; la lutte contre les in&#233;galit&#233;s de r&#233;partition des richesses, tout en respectant la nature et ses cycles de reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc n&#233;cessaire de d&#233;passer ce productivisme en se posant la question suivante : comment et quoi produire ? Ces probl&#233;matiques sont fondamentales pour la soci&#233;t&#233; : la relation entre les besoins et les conditions qui rendent possible leur satisfaction, c'est-&#224;-dire la satisfaction des besoins humains, doit correspondre aux ressources disponibles en prenant en compte la vuln&#233;rabilit&#233; de la plan&#232;te et le fait que les ressources naturelles sont finies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Valeur d'usage et valeur d'&#233;change&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa critique de la modernit&#233; capitaliste, Bol&#237;var Echeverria, l'un des grands intellectuels marxistes latino-am&#233;ricains, utilise les concepts marxistes de &#171; valeur d'usage &#187; et &#171; valeur d'&#233;change &#187;, deux dimensions propres &#224; toute production humaine : &#171; &#192; la base de la vie moderne agit de mani&#232;re infatigablement r&#233;p&#233;t&#233;e un m&#233;canisme qui subordonne syst&#233;matiquement la &#8220;logique de la valeur d'usage&#8221;, le sens spontan&#233; de la vie concr&#232;te, du travail et du plaisir humains, de la production et de la consommation des &#8220;biens de la Terre&#8221;, &#224; la &#8220;logique&#8221; abstraite de la &#8220;valeur&#8221; comme substance aveugle et indiff&#233;rente &#224; toute r&#233;alit&#233; concr&#232;te, qui aurait seulement besoin d'&#234;tre valid&#233;e par une marge de profit en qualit&#233; de &#8220;valeur d'&#233;change&#8221;. &#187;[4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout produit qui se trouve dans le march&#233; a une valeur d'usage et une valeur d'&#233;change. Pourtant, &#171; les valeurs d'usage sont infiniment vari&#233;es (y compris pour le m&#234;me article), alors que la valeur d'&#233;change (dans des conditions normales) est uniforme et qualitativement identique (un dollar est un dollar, et m&#234;me quand c'est un euro il a un type de change connu avec le dollar) &#187;[5]. Donc, dans le syst&#232;me capitaliste, c'est la valeur d'&#233;change qui donne sa valeur &#224; la marchandise et sa valeur d'usage. La valeur d'&#233;change ne prend pas en compte les diff&#233;rents types de travail derri&#232;re chaque objet ; les diff&#233;rents travaux se retrouvent r&#233;duits &#224; une mesure &#224; travers le temps, &#224; laquelle on lui donne aussi une valeur d'&#233;change. De m&#234;me la valeur (ou les valeurs) d'usage d'un objet sert (servent) seulement &#224; augmenter sa valeur d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des apports de la philosophie critique marxiste de Bol&#237;var Echeverr&#237;a est d'avoir pos&#233; la contradiction entre valeur d'usage et valeur comme la contradiction fondamentale de la reproduction sociale capitaliste qui donnera lieu &#224; d'autres conflits autour d'elle et qui est pr&#233;sente dans la forme marchandise. Pour cet auteur, l'analyse de la marchandise est centrale elle contient les attributs essentiels du mode de production capitaliste. Une marchandise comporte quatre &#233;l&#233;ments qui doivent &#234;tre &#233;tudi&#233;s ensemble : &#234;tre un objet utile (valeur d'usage), &#234;tre interchangeable avec d'autres objets (valeur d'&#233;change), &#234;tre le r&#233;sultat de la cristallisation du temps de travail (valeur) et &#234;tre le produit du travail humain (produit)[6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Bol&#237;var Echeverr&#237;a, la valeur d'usage, en tant que contenu mat&#233;riel de la richesse de chaque soci&#233;t&#233;, a pour source la nature et le travail. Elle permet une vision qualitative de la soci&#233;t&#233; alors que la valeur d'&#233;change a comme unique objectif l'accumulation de capital et, pour cela, va contr&#244;ler la valeur d'usage. Cette exigence capitaliste fait que la valeur d'&#233;change est oblig&#233;e de se multiplier et, ainsi, de se valoriser, alors que la valeur d'usage se voit sacrifi&#233;e. Dans la soci&#233;t&#233; capitaliste moderne, une soci&#233;t&#233; d'abondance relative, la soumission de la valeur d'usage &#224; la valeur d'&#233;change aboutit &#224; reproduire artificiellement la raret&#233; alors que la modernit&#233; a pour but d'en finir avec la raret&#233; qui caract&#233;risait les soci&#233;t&#233;s pr&#233;modernes. Une valeur d'&#233;change importante peut interdire l'acc&#232;s &#224; la valeur d'usage d'un objet, mat&#233;riau ou bien commun, pour tout un secteur de la population et ainsi g&#233;n&#233;rer des in&#233;galit&#233;s sociales ou les reproduire. Les meilleurs exemples sont les entr&#233;es de la sant&#233; et de l'&#233;ducation dans la sph&#232;re mercantile. Si on applique cette logique &#224; la conception de la nature, celle-ci se transforme en simple objet &#224; commercialiser dont l'unique valeur n'est pas celle de son usage (la contemplation, la sant&#233;, la reproduction de la faune et de la flore, etc.) mais celle du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La contradiction &#233;cologiste du capitalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe un d&#233;bat dans le mouvement &#233;cosocialiste afin de savoir si Marx et Engels avaient d&#233;velopp&#233; une analyse &#233;cologiste du monde. John Bellamy Foster r&#233;pond de mani&#232;re affirmative et parle d'une &#233;cologie de Marx.[7] D'autres vont cibler leurs critiques sur le fait que la grande erreur de Marx est de ne pas avoir parl&#233; d'&#233;cologie, de ne pas avoir assez pens&#233; la relation entre les &#234;tres humains et la nature, voire de ne pas avoir pr&#233;vu le r&#233;chauffement climatique. Ces deux positions nous semblent exag&#233;r&#233;es et rel&#232;veraient quasiment d'une vision anhistorique de Marx en tant qu'ic&#244;ne qui aurait tout analys&#233; ou aurait d&#251; tout analyser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses travaux, James O&#180;Connor adopte ce qu'il appelle une approche &#224; partir d'une cat&#233;gorie, celle des &#171; conditions de production &#187;, qui serait une &#171; reconstitution th&#233;orique &#187; selon J&#233;r&#244;me Lamy : &#171; O'Connor forge lui-m&#234;me un concept &#224; partir de notions &#233;parses ; c'est lui qui engage le travail de th&#233;orisation en assemblant des fragments de raisonnement. Il s'agit bien d'aller chercher dans l'infratexte marxiste les &#233;l&#233;ments d'une conceptualisation qui ne se donne pas dans l'imm&#233;diatet&#233; des &#233;crits de Marx. &#187;[8]. &#192; partir de cela, il ajoute une seconde contradiction &#224; la premi&#232;re contradiction du capitalisme d&#233;velopp&#233;e par Marx entre forces productives et rapports de production : il s'agit de la contradiction entre les forces de production et les conditions de production, ces derni&#232;res &#233;tant d&#233;finies comme &#171; tout ce qui peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme marchandise sans &#234;tre produit comme tel conform&#233;ment &#224; la loi de la plus-value ou &#224; la loi du march&#233;. Cette d&#233;finition &#233;largie nous permet de discuter de la force de travail, de la terre, de la nature, de l'espace urbain en utilisant la m&#234;me cat&#233;gorie g&#233;n&#233;rale &#187;[9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re contradiction du capitaliste est interne et se concentre sur le pouvoir politique et social du capital sur le travail : dans la logique d'accumulation capitaliste, le co&#251;t du travail doit &#234;tre le plus bas possible pour faire augmenter le profit g&#233;n&#233;r&#233; par ce travail. La seconde contradiction est externe au syst&#232;me et concerne les &#171; co&#251;ts des &#233;l&#233;ments naturels &#187; entrant dans le capital. &#171; La cause fondamentale de la seconde contradiction est l'appropriation et l'utilisation autodestructrices de la puissance de travail, de l'espace, de la nature et de l'environnement ext&#233;rieurs. &#187;[10] Selon O'Connor, les diverses crises actuelles (sant&#233;, urbanisation, &#233;ducation, famille, &#233;cologie) sont autant d'exemples de cette autodestruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jorge Riechmann nous parle d'un conflit de fond entre le mode d'organisation socio-&#233;conomique qui pr&#233;vaut et les exigences de protection &#233;cologique et sociale en ce sens que la course aux b&#233;n&#233;fices &#233;conomiques est plus importante que toute autre pr&#233;occupation. Selon lui, &#171; il faudrait chercher la cause fondamentale de la crise &#233;cologique actuelle dans la soumission de la nature aux imp&#233;ratifs de valorisation du capital &#187;[11]. Donc, seule une transformation de cette organisation socio-&#233;conomique, c'est-&#224;-dire la fin du capitalisme, peut arr&#234;ter la destruction &#233;cologique qui est en cours et c'est &#224; cette transformation que correspond l'&#233;cosocialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Caract&#233;ristiques g&#233;n&#233;rales de l'&#233;cosocialisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;cosocialisme se positionne comme h&#233;ritier de la longue tradition socialiste, il cherche &#224; apprendre des erreurs du pass&#233; et condamne particuli&#232;rement ce qu'on a appel&#233; le &#171; socialisme r&#233;el &#187; c'est-&#224;-dire la tentative d'application des th&#232;ses marxistes dans l'ex-Union Sovi&#233;tique. Il y a donc une volont&#233; de refonder ce socialisme en prenant en compte l'&#233;cologie et en le lib&#233;rant ainsi de ses scories productivistes. L'urgence &#233;cologique ne peut pas laisser de c&#244;t&#233; les grandes in&#233;galit&#233;s sociales et, inversement, les exigences d'&#233;quit&#233; sociale ne doivent pas &#234;tre pens&#233;es ind&#233;pendamment des imp&#233;ratifs &#233;cologiques. Il faut donc &#224; la fois repenser les rapports des &#234;tres humains avec la nature et transformer les rapports des &#234;tres humains entre eux : &#171; L'enjeu plan&#233;taire de ce processus de transformation radicale des rapports des humains entr'eux et avec la nature est un changement de paradigme civili&#173;sa&#173;tionnel, qui concerne non seulement l'appareil productif et les habitudes de consommation, mais aussi l'habitat, la culture, les valeurs, le style de vie. &#187;[12] Ce programme ambitieux de changement de soci&#233;t&#233; ne peut se faire sans une planification qui doit &#234;tre &#224; la fois &#233;cologique, sociale et d&#233;mocratique. Cette planification a pour but de penser simultan&#233;ment le court terme et le long terme, de ne pas les opposer, afin de mettre en place une transition qui soit la plus courte et la moins douloureuse possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une planification &#233;cologique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La planification &#233;cologique doit abandonner la notion de &#171; ma&#238;trise humaine de la nature &#187;[13] et r&#233;organiser la production en fonction des besoins sociaux et de la protection de l'environnement. Cela doit passer notamment par la subordination de la valeur d'&#233;change &#224; la valeur d'usage. On doit aller vers la r&#233;orientation &#233;cologique de l'&#233;conomie et de l'appareil de production avec un changement radical de mentalit&#233; qui aurait comme objectif la baisse de la consommation, ce qui entra&#238;nerait de mani&#232;re simultan&#233;e la baisse de la production. Cette baisse est d'autant plus n&#233;cessaire que la production de nouveaux objets suppose aussi la production de d&#233;chets li&#233;s &#224; ces objets. Si les techno-scientistes pensent que le probl&#232;me du r&#233;chauffement climatique va se r&#233;soudre avec de nouvelles technologies et les sciences, le pic p&#233;trolier nous d&#233;montre que ces technologies ne pourront pas tout remplacer. D'autant plus que ce pic p&#233;trolier commence &#224; s'enchev&#234;trer aussi avec le d&#233;clin des r&#233;serves mondiales de m&#233;taux (or, argent, uranium, cuivre, zinc, etc.)[14].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette planification doit penser la transition vers une soci&#233;t&#233; post-p&#233;troli&#232;re, une soci&#233;t&#233; qui ne d&#233;pendrait plus des &#233;nergies fossiles, ce qui ne signifie pas qu'elle n'utilisera plus de p&#233;trole ou autre ressource naturelle non renouvelable. Il parait n&#233;cessaire de se pr&#233;parer d&#232;s maintenant &#224; cette soci&#233;t&#233; post-p&#233;troli&#232;re, davantage &#224; cause des changements climatiques drastiques, dont est en grande partie responsable l'utilisation du p&#233;trole, que pour l'in&#233;vitable &#233;puisement des r&#233;serves p&#233;troli&#232;res. En d'autres termes, il s'agit &#224; partir de maintenant de laisser le plus de r&#233;serves de p&#233;trole sous terre au lieu de les exploiter.[15] Sans cela, l'adaptation va co&#251;ter de plus en plus ch&#232;re et va amener de plus grands risques. Ce qui d&#233;montre la n&#233;cessit&#233; d'une planification &#233;cologique afin de pr&#233;parer les conditions pour une transition non traumatisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction de plus en plus importante des r&#233;serves de mati&#232;res premi&#232;res exige une r&#233;duction drastique de la consommation d'&#233;nergie mais aussi de la consommation d'objets mat&#233;riels. Le capitalisme se base sur la production et la consommation d'&#233;nergies non renouvelable, en b&#233;n&#233;ficiant en plus d'un prix d'exploitation infime, m&#234;me si celui-ci est de plus en plus &#233;lev&#233; en ce qui concerne le p&#233;trole et le gaz. La r&#233;orientation de la production &#233;nerg&#233;tique vers le d&#233;veloppement des &#233;nergies renouvelables ne devrait pas tenir compte du co&#251;t &#233;conomique plus important de ces &#233;nergies, mais consid&#233;rer leur apport pour l'environnement et les &#234;tres humains en baissant les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre. L'important est de diversifier ces sources d'&#233;nergies renouvelables (&#233;olienne, solaire, bio&#233;nergie, g&#233;othermie, biomasse, eau, etc., selon les pays) pour ne pas d&#233;pendre des al&#233;as possibles li&#233;s seulement &#224; l'une d'entre elles, et de bien planifier leur compl&#233;mentarit&#233;. L'impr&#233;visibilit&#233; et la variabilit&#233; naturelle de ces sources entrainent une g&#233;n&#233;ration fluctuante d'&#233;lectricit&#233;. Il faut aussi tenir compte des impacts de ces &#233;nergies sur l'environnement, l'agriculture, l'eau, la production, l'emploi et la planification urbaine. Il existe une interaction entre tous ces secteurs au moment de penser la planification &#233;nerg&#233;tique. La d&#233;centralisation de ces projets est un imp&#233;ratif afin de ne pas reproduire les grands projets qui sont souvent nocifs en termes environnementaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;orientation &#233;nerg&#233;tique, qui passe aussi par l'interdiction des centrales nucl&#233;aires (et donc la planification de la fermeture des centrales en fonctionnement), permettra la d&#233;carbonisation de l'&#233;conomie et des transports. En effet, ces deux secteurs sont bas&#233;s sur l'utilisation des &#233;nergies telles que le p&#233;trole, le charbon ou le gaz, &#233;mettrices de gaz &#224; effet de serre. Au niveau des transports, en plus de d&#233;courager l'utilisation de la voiture individuelle dans les d&#233;placements quotidiens, la soci&#233;t&#233; &#233;cosocialiste devra promouvoir les transports publics bon march&#233; ou gratuits. La gratuit&#233; ou non de ces transports devra faire l'objet d'une d&#233;cision d&#233;mocratique de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une planification sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La planification sociale suppose la propri&#233;t&#233; collective des moyens de production, une &#233;galit&#233; sociale et la fin des in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques. Les diff&#233;rentes crises actuelles nous obligent &#224; penser de nouvelles &#233;mancipations collectives des domin&#233;s tout en les articulant avec les exigences de protection de l'environnement. Comme le constate Herv&#233; Kempf, &#171; le syst&#232;me social qui r&#233;git actuellement la soci&#233;t&#233; humaine, le capitalisme, s'arc-boute de mani&#232;re aveugle contre les changements qu'il est indispensable d'op&#233;rer si l'on veut conserver &#224; l'existence humaine sa dignit&#233; et sa promesse &#187;[16]. La lutte contre l'oligarchie d&#233;montre que les classes sociales, et donc la lutte des classes, n'ont pas disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;appropriation des moyens de production et la transformation des rapports sociaux est un des d&#233;buts pour l'&#233;mancipation collective. Les formes de propri&#233;t&#233; peuvent &#234;tre publiques, collectives, coop&#233;ratives voire priv&#233;es. Ici il ne faut pas tomber dans l'erreur commise par les socialismes r&#233;els qui ont compris &#171; propri&#233;t&#233; collective &#187; comme &#233;tatisation de certaines entreprises, la plupart consid&#233;r&#233;es comme strat&#233;giques, alors que l'Etat peut aussi &#234;tre un puissant instrument de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Roger Rashi, l'&#233;cosocialisme doit &#171; chercher &#224; r&#233;volutionner les rapports sociaux ainsi que les forces productives. En d'autres termes, il se doit de changer la fa&#231;on de travailler et de vivre (ce qui constitue les rapports sociaux) ainsi que la fa&#231;on de produire et d'agir sur la nature (autrement dit, les forces productives). &#187;[17] Cette transformation des rapports sociaux passe par le fait de changer radicalement les forces productives et donc de passer du &#171; travail mort &#187;, symbolis&#233; par la m&#233;canisation de multiples secteurs comme l'agriculture par exemple, &#224; un &#171; travail vivant &#187; qui permettrait de cr&#233;er des emplois et d'humaniser les rapports de travail. L'appareil productif n'est pas neutre : en plus de viser &#224; l'expansion illimit&#233;e du march&#233;, il essaie de contr&#244;ler la vie des personnes en organisant leur temps de travail et m&#234;me leur temps libre. La lutte contre le travail qui domine la vie ne signifie pas la fin du travail, mais penser &#224; un travail solidaire, un travail libre dans une volont&#233; de construire collectivement les nouvelles forces de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation du travail mort en travail vivant g&#233;n&#233;rera de nouvelles sources d'emploi qui devra se combiner avec une r&#233;duction du temps de travail, comme possible r&#233;ponse au ch&#244;mage. Cette r&#233;duction du temps de travail a pour corollaire l'augmentation du temps libre. Dans une soci&#233;t&#233; capitaliste, le temps libre est pris en charge par la soci&#233;t&#233; de consommation[18] et le march&#233;. Selon Michael L&#246;wy, &#171; l'&#233;cosocialisme est fond&#233; sur un pari, qui &#233;tait d&#233;j&#224; celui de Marx : la pr&#233;dominance, dans une soci&#233;t&#233; sans classes, de &#171; l'&#234;tre &#187; sur &#171; l'avoir &#187;, c'est &#224; dire la r&#233;alisation personnelle, par des activit&#233;s culturelles, ludiques, &#233;rotiques, sportives, artistiques, politiques, plut&#244;t que le d&#233;sir d'accumulation &#224; l'infini de biens et de produits. &#187;[19]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un indicateur de richesse alternatif au PIB et autres indicateurs &#233;conomiques capitalistes pourrait &#234;tre la mesure du temps. Selon Ren&#233; Ram&#237;rez, &#171; le thermom&#232;tre le plus ad&#233;quat pour mesurer le Bien Vivre d'une soci&#233;t&#233; est celui qui nous permet de conna&#238;tre combien de temps sa population vit en bonne sant&#233; en faisant ce qu'elle d&#233;sire faire ; ou combien de temps dans la journ&#233;e est d&#233;di&#233; &#224; la production de socialisation (&#234;tre avec des ami-e-s, la famille, communaut&#233; politique), pour contempler de l'art, le produire et s'en d&#233;lecter, pour s'auto-conna&#238;tre, pour donner et recevoir de l'amour ; ou combien d'ann&#233;e de vie gagne un territoire en &#233;vitant la perte de for&#234;t native ou gr&#226;ce &#224; la reforestation de son environnement naturel &#187;[20]. Avec la mesure du temps libre, bien v&#233;cu ou v&#233;cu en pl&#233;nitude, on sort de la logique &#233;conomique capitaliste o&#249; la richesse se mesure &#224; partir de l'accumulation de biens mat&#233;riels ou immat&#233;riels, pour &#233;tudier plus particuli&#232;rement &#171; la g&#233;n&#233;ration/jouissance de biens relationnels &#187;[21].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de &#171; bien relationnel &#187; doit &#234;tre pens&#233;e en dehors de la logique capitaliste. Selon Bol&#237;var Echeverr&#237;a, un bien est un objet pratique qui s'int&#232;gre dans un processus social de production et de consommation et de reproduction d'un sujet social. Cet objet pratique peut &#234;tre &#171; n'importe quel &#233;l&#233;ment de la nature, qu'il soit physique, chimique, vital, psychique ; n'importe quel fait, qu'il soit mat&#233;riel ou spirituel, etc., n'importe quelle parcelle de r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure ou int&#233;rieure, n'importe quel bout de mati&#232;re, qu'importe sa mat&#233;rialit&#233; &#187;[22]. Le but d'un bien est de satisfaire un besoin, c'est un &#233;l&#233;ment de la richesse objective d'un sujet social qui poss&#232;de une valeur d'usage pour la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#234;tres humains et les soci&#233;t&#233;s ont des besoins vitaux qui vont au-del&#224; des besoins sociaux basiques (eau, alimentation, habitat, sant&#233;, &#233;ducation, etc.) et qui se satisfont dans les relations sociales. La reproduction de la vie passe par la sociabilit&#233; avec les autres &#234;tres humains, la participation politique, la contemplation, les loisirs gratuits, etc. Les biens relationnels sont ainsi des biens dont l'acc&#232;s &#224; leur consommation ne passe pas n&#233;cessairement par la m&#233;diation de l'argent. Reprendre le contr&#244;le de son temps, c'est aussi reprendre le contr&#244;le de sa vie et s'&#233;manciper des relations marchandes afin de participer &#224; ces activit&#233;s non marchandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Ren&#233; Ram&#237;rez[23], les biens relationnels sont surtout des biens immat&#233;riels dont la production et la consommation sont conditionn&#233;es par les conditions mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233; c'est-&#224;-dire lorsque les besoins mat&#233;riels de base sont satisfaits (m&#234;me si leur insatisfaction n'emp&#234;che pas la g&#233;n&#233;ration et jouissance de biens relationnels dans certains cas). En s'appuyant sur une &#233;thique aristot&#233;licienne, Ram&#237;rez d&#233;crit quatre types d'activit&#233;s pour la production et consommation de biens relationnels : le travail &#233;mancipateur, la contemplation (culture, art, r&#233;cr&#233;ation, sport, lecture, la r&#233;flexion, la contemplation de la nature, etc.), la cr&#233;ation de soci&#233;t&#233; (les relations familiales, l'amiti&#233;, l'amour) et la vie publique (participation politique, associative, syndicale, activit&#233; sociale, etc.). Ainsi l'&#234;tre humain est un &#234;tre social qui partage son temps avec les autres, ce qui implique la g&#233;n&#233;ration d'espaces de rencontre, de d&#233;bats, de d&#233;lib&#233;ration, la participation dans des actions collectives, la r&#233;cup&#233;ration de l'espace public. Ces activit&#233;s ne peuvent que radicaliser la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une planification d&#233;mocratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La planification &#233;cologique et sociale ne peut se faire que de mani&#232;re d&#233;mocratique afin d'obtenir le soutien de la grande majorit&#233; de la population. Michael L&#246;wy affirme que l'&#233;cosocialisme implique une &#233;thique d&#233;mocratique afin de ne pas laisser l'avenir de la soci&#233;t&#233; et les d&#233;cisions importantes dans les mains de l'oligarchie et de technocrates. Ces d&#233;cisions d&#233;mocratiques doivent se prendre sur les objectifs de la soci&#233;t&#233;, sur les buts et les n&#233;cessit&#233;s de la production, afin de sortir du productivisme : &#171; les grandes d&#233;cisions concernant la production et la distribution ne sont pas prises par les &#171; march&#233;s &#187; ni par un Politburo, mais par la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, apr&#232;s un d&#233;bat d&#233;mocratique et pluraliste, o&#249; s'opposent des propositions et des options diff&#233;rentes &#187;[24].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette transformation impliquera forc&#233;ment une d&#233;croissance de la consommation et donc le renoncement &#224; un certain nombre de biens et habitudes ancr&#233;s dans la vie quotidienne de la population. Cela ne se fera pas sans r&#233;sistance si ces besoins cr&#233;&#233;s par le capitalisme ne sont pas remplac&#233;s par d'autres d&#233;sirs. Le concept de &#171; socialisme gourmand &#187; d&#233;velopp&#233; par Paul Ari&#232;s appelle &#224; cette prise de conscience que l'&#233;mancipation sociale et la transition vers le socialisme ne peut s'effectuer si elle est synonyme de manque. Selon lui, &#171; il ne s'agit plus de combler un manque mais de d&#233;velopper les liaisons sociales &#187; &#224; partir d'un socialisme qui veut &#171; chanter la vie au temps pr&#233;sent &#187;[25].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un th&#232;me fondamental qui m&#233;rite r&#233;flexion est celui de la gratuit&#233; et plus particuli&#232;rement de la gratuit&#233; des services de base correspondant aux besoins sociaux : eau, &#233;nergie, sant&#233;, &#233;ducation, etc. Selon Paul Ari&#232;s, penser la gratuit&#233; bouleverserait les consciences et am&#232;nerait &#224; des comportements antiproductivistes et anticonsum&#233;ristes. Toutefois cette gratuit&#233; ne serait que pour le bon usage de ces services c'est-&#224;-dire celui qui correspond aux n&#233;cessit&#233;s humaines. Le m&#233;susage ou la surconsommation devront faire l'objet d'un rench&#233;rissement, voire d'une interdiction si le peuple l'a d&#233;cid&#233; d&#233;mocratiquement.[26] L'exemple type est celui de l'utilisation de l'eau : si nous avons besoin de l'eau pour boire, cuisiner et assurer l'hygi&#232;ne quotidienne, et que donc cet usage devrait faire l'objet de gratuit&#233;, cela est moins vrai pour le fait de remplir sa piscine qui correspond &#224; un m&#233;susage. Ce th&#232;me de la gratuit&#233;, du rench&#233;rissement ou de l'interdiction du m&#233;susage doit faire l'objet d'un d&#233;bat et d'une prise de d&#233;cision d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; &#233;cosocialiste ne peut donc reposer que sur une v&#233;ritable d&#233;mocratie qui d&#233;passe la seule d&#233;mocratie repr&#233;sentative. Cela n'est pas possible sans l'instauration d'une participation active au sein d'une r&#233;elle d&#233;mocratie participative et l'instauration de diff&#233;rents m&#233;canismes pour que les &#233;lus rendent des comptes &#224; intervalles r&#233;guliers, pour que les citoyens puissent participer &#224; l'&#233;laboration des lois et proposer des projets de lois et pour que ces lois soient soumises r&#233;guli&#232;rement au vote &#224; travers le r&#233;f&#233;rendum ou des consultations populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La planification &#233;cosocialiste ne doit pas tomber dans le pi&#232;ge de la bureaucratisation et du renforcement d'un capitalisme d'Etat. La transformation de la soci&#233;t&#233; actuelle ne pourra pas se faire sans une r&#233;volution des mentalit&#233;s. Pour cela, le concept d'h&#233;g&#233;monie peut nous &#234;tre utile. L'h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique n&#233;olib&#233;rale s'exprime dans une certaine vision de la soci&#233;t&#233; et du progr&#232;s. Le n&#233;olib&#233;ralisme est plus qu'une id&#233;ologie &#233;conomique. Il organise l'ensemble de la soci&#233;t&#233; et repr&#233;sente ainsi une &#171; forme d'existence &#187;[27] qui s'&#233;tend &#224; toutes les sph&#232;res de la vie. Il s'agit donc pour l'&#233;cosocialisme de se pr&#233;senter comme un projet alternatif de soci&#233;t&#233; et de s'attaquer au sens commun &#224; partir duquel se construisent des formes sp&#233;cifiques de subjectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le plus important est la construction d'une contre-h&#233;g&#233;monie culturelle qui permettrait de modifier, principalement, les modes de consommation et de remettre en cause l'organisation de la production actuelle. Jos&#233; Luis Acanda pr&#233;cise que &#171; l'h&#233;g&#233;monie concerne le processus social dans tous ces aspects. C'est-&#224;-dire, toute la reproduction sociale globale. &#187;[28] Ici il faut souligner &#171; l'importance cruciale des pratiques culturelles et artistiques dans la formation et la diffusion du sens commun &#187; et son &#171; r&#244;le d&#233;cisif [&#8230;] dans la reproduction ou d&#233;sarticulation d'une h&#233;g&#233;monie donn&#233;e &#187;[29]. Ce changement culturel prendra du temps et c'est pour cela que la transition &#233;cosociale doit passer par une planification d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Cet article repose en partie sur le deuxi&#232;me chapitre de Matthieu Le Quang et Tamia Vercout&#232;re, 2013, Ecosocialismo y Buen Vivir. Dialogo entre dos alternativas al capitalismo, Quito, Editorial IAEN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Michael L&#246;wy, 2011, &#201;cosocialisme. L'alternative radicale &#224; la catastrophe &#233;cologique capitaliste, Paris, Mille et une nuits, p. 31-32.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cf. Paul Ari&#232;s, 2011, La simplicit&#233; volontaire contre le mythe de l'abondance, Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Andr&#233; Gorz, 2010, &#171; Pr&#243;logo. La salidadel capitalismo ya ha comenzado &#187;, in Mouvement Utopia, Manifiesto Utop&#237;a, Barcelone, Icaria, Antrazyt, p. 17.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Bol&#237;var Echeverr&#237;a, 2011, Ensayos Pol&#237;ticos, Ministerio de Coordinaci&#243;n de la Pol&#237;tica y gobiernos Aut&#243;nomos Descentralizados.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] David Harvey, 2014, Diecisiete contradicciones y el fin del capitalismo, Quito, Editorial IAEN, p. 31.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Bol&#237;var Echeverr&#237;a, 1998, La contradicci&#243;n del valor y el valor de uso en El Capital, de Karl Marx, M&#233;xico, Editorial Itaca, p.11-12.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] John Bellamy Foster, 2011, Marx &#233;cologiste, Paris, &#233;d. Amsterdam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] J&#233;r&#244;me Lamy, 2016, &#171; Les palimpsestes de Marx. L'&#233;mergence de la sociologie marxiste de l'environnement aux &#201;tats-Unis &#187;, Ecologie &amp; politique, n&#176; 53, p. 158.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] James O'Connor, 2003, &#171; La seconde contradiction du capitalisme : causes et cons&#233;quences &#187;, in Jean-Marie Harribey et Michael L&#246;wy (dir.), Capital contre nature, Paris, PUF (&#171; Actuel Marx Confrontation &#187;), pp. 57-58.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Idem, p. 60&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Jorge Riechmann, 2006, &#171; La Cr&#237;tica ecosocialista al capitalismo &#187; in &#193;ngel Valencia (Coord.), Izquierda verde, Barcelona, Icaria/ Fundaci&#243;n NousHoritzons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Michael L&#246;wy, 2009, &#171; Sc&#233;narios du pire et alternative &#233;cosocialiste &#187;, Nouveaux Cahiers du Socialisme, ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Daniel Tanuro, 2012, L'Impossible capitalisme vert, Paris, La D&#233;couverte, 2nde &#233;dition (2010), p. 207.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14]Voir l'article de Matthieu Auzanneau sur le blog Oil Man : &#171; Rar&#233;faction des m&#233;taux : demain, le &#8220;peak all&#8221; &#187;, 8 mai 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Voir Matthieu Le Quang, 2012, Laissons le p&#233;trole sous terre ! L'initiative Yasuni-ITT en Equateur, Paris, Omniscience ; 2016, &#171; La trajectoire politique de l'initiative Yasun&#237;-ITT en &#201;quateur : entre capitalisme vert et &#233;cosocialisme &#187;, Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique, n&#176; 130, p. 105-121.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Herv&#233; Kempf, 2007, Comment les riches d&#233;truisent la plan&#232;te, Paris, Seuil, p. 8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Roger Rashi, 2008, &#171; Capitalisme de d&#233;sastre ou &#233;cosocialisme &#187;, Nouveaux Cahiers du Socialisme, mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] La base de la soci&#233;t&#233; de consommation et donc du capitalisme est la publicit&#233; qui devra &#234;tre remise en cause et remplac&#233;e par l'information fournie par les associations de consommateurs. La publicit&#233; qui pousse &#224; la consommation et &#224; cr&#233;er des besoins illusoires devra &#234;tre fortement r&#233;gul&#233;e voire interdite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Michael L&#246;wy, 2009, &#171; Sc&#233;narios du pire et alternative &#233;cosocialiste &#187;, Nouveaux Cahiers du Socialisme, ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Ren&#233; Ram&#237;rez Gallegos, 2012, La vida (buena) como riqueza de los pueblos. Hacia una socioecolog&#237;a pol&#237;tica del tiempo, Quito, IAEN, INEC, p.15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Idem, p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Bol&#237;var Echeverr&#237;a, 1998, op. cit., p.13.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Ren&#233; Ram&#237;rez Gallegos, 2012, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Michael L&#246;wy, 2011, op. cit., p. 124.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Paul Ari&#232;s et Simon Lecomte, &#171; Entretien autour du socialisme gourmand &#187;, Le Sarkophage, 17 mars/19 mai 2012, p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Paul Ari&#232;s, 2007, Le M&#233;susage. Essai sur l'hypercapitalisme, Lyon, Parangon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Pierre Dardot et Christian Laval, 2009, La nouvelle raison du monde. Essai sur la soci&#233;t&#233; n&#233;olib&#233;rale, Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Jos&#233; Luis Acanda, 2012, &#171; Una reflexi&#243;n sobre la hegemonia y contrahegemon&#237;a en tiempos de crisis &#187;, in Francisco Hidalgo Flor et &#193;lvaro M&#225;rquez Fern&#225;ndez (Eds.), Contra hegemon&#237;a y Buen Vivir, Quito, Universidad Central del Ecuador/Universidad del Zulia &#8211; Venezuela, p. 142.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Chantal Mouffe, 2014, Agon&#237;stica. Pensar el mundo pol&#237;ticamente, Buenos Aires, Fondo de Cultura Econ&#243;mica.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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