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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>La farce de la &#171; prise en compte du genre &#187; : une grille de lecture f&#233;ministe des politiques de la Banque mondiale</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-farce-de-la-prise-en-compte-du-genre-une-grille-de-lecture-feministe-des-63026</link>
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		<dc:date>2024-10-15T11:06:46Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Camille Bruneau</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-10-15</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La Banque mondiale et le FMI ont 80 ans. 80 ans de n&#233;ocolonialisme financier et d'imposition de politique d'aust&#233;rit&#233; au nom du remboursement de la dette. 80 ans &#231;a suffit ! Les institutions de Bretton Woods doivent &#234;tre abolies et remplac&#233;es par des institutions d&#233;mocratiques au service d'une bifurcation &#233;cologique, f&#233;ministe et antiraciste. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de CADTM infolettre , le 2024-09-26 &lt;br class='autobr' /&gt;
25 septembre par Camille Bruneau &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est pas possible de s'int&#233;resser aux politiques de la Banque (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-International-101-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2024-10-15-+" rel="tag"&gt;Edition du 2024-10-15&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-846-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH95/ecofeminismo-1-730x462-2-9bbbd.jpg?1728990430' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='95' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La Banque mondiale et le FMI ont 80 ans. 80 ans de n&#233;ocolonialisme financier et d'imposition de politique d'aust&#233;rit&#233; au nom du remboursement de la dette. 80 ans &#231;a suffit ! Les institutions de Bretton Woods doivent &#234;tre abolies et remplac&#233;es par des institutions d&#233;mocratiques au service d'une bifurcation &#233;cologique, f&#233;ministe et antiraciste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de CADTM infolettre &lt;bulletin-cadtm@cadtm.org&gt;, le 2024-09-26&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 septembre par Camille Bruneau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas possible de s'int&#233;resser aux politiques de la Banque mondiale ou &#224; l'&#233;mancipation des peuples sans prendre en compte les enjeux de genre, eux-m&#234;mes imbriqu&#233;s avec d'autres syst&#232;mes d'oppression et rapports sociaux in&#233;galitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si officiellement la Banque mondiale s'approprie &#171; l'&#233;galit&#233; de genre &#187; en faisant presque de l'&#171; empowerment &#187; une obligation pour les pays d&#233;biteurs, la pratique r&#233;v&#232;le trop peu de v&#233;ritable pr&#233;occupation pour cet enjeu. Comme avec les questions environnementales, le d&#233;calage entre les beaux discours et les changements r&#233;els est &#233;norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette apparente inclusion est probl&#233;matique &#224; bien des &#233;gards : les cons&#233;quences concr&#232;tes des projets men&#233;s et les recommandations macro-&#233;conomiques sont contraires &#224; toute perspective d'&#233;mancipation. En plus, sa conception m&#234;me de l'(in)&#233;galit&#233; de genre s'inscrit dans un agenda n&#233;olib&#233;ral affich&#233; qu'elle ne prend m&#234;me pas la peine de dissimuler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;tude poursuit deux objectifs. D'une part, d&#233;montrer comment ces &#171; strat&#233;gies genr&#233;es &#187; continuent d'asseoir la domination occidentale et, souvent, renforcent le patriarcat plut&#244;t que de le combattre. Ceci s'observe de trois mani&#232;res principales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cette pr&#233;tendue inclusion s'apparente &#224; du &#171; genderwashing &#187;, en d'autres termes, &#224; une op&#233;ration de communication ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les discours de la Banque mondiale renforcent certains aspects de la domination patriarcale ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les projets et politiques prescrit.es ont des cons&#233;quences n&#233;fastes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, il s'agit de donner quelques clefs d'analyse pour quiconque voulant s'int&#233;resser aux Institutions financi&#232;res internationales sans fermer les yeux sur des m&#233;canismes d'oppression centraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Pourquoi une analyse f&#233;ministe des Institutions financi&#232;res internationales ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que &#171; &lt;i&gt;les pr&#234;ts de la Banque mondiale, loin d'&#234;tre des gestes d&#233;sint&#233;ress&#233;s, sont au contraire un moyen de soumettre le pays politiquement et &#233;conomiquement &#224; l'ordre international des puissants, de le &#8216;modeler' selon leurs besoins et ceux de la classe dominante locale, pour en tirer un b&#233;n&#233;fice maximal&lt;/i&gt; &#187; [1]. Autrement dit, la dette est un des m&#233;canismes centraux dans le maintien des rapports de pouvoir, elle est indispensable &#224; la reproduction du capitalisme n&#233;olib&#233;ral et participe de mani&#232;re fondamentale aux oppressions patriarcales, n&#233;ocoloniales, racistes, extractivistes, &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait aussi que les politiques li&#233;es &#224; ces pr&#234;ts impactent profond&#233;ment et durablement les populations les plus vuln&#233;rables (alors que la &#171; mission premi&#232;re &#187; de la Banque est officiellement de leur venir en aide), dont une grande partie sont des femmes [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#232;s lors certain que les femmes sont impact&#233;es directement (c'est-&#224;-dire en tant que &#171; femmes &#187; dans un syst&#232;me patriarcal) et indirectement (par l'accroissement g&#233;n&#233;ral des in&#233;galit&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dette n'est pas &#171; aveugle &#187; et doit &#234;tre pens&#233;e au sein de rapports sociaux&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le patriarcat - qui l&#233;gitime les violences sexistes et les discriminations quotidiennes - se base sur la s&#233;paration entre les activit&#233;s dites &#171; &lt;i&gt; productives &#187; et celles dites &#171; non-productives &#187; ou &#171; reproductives &lt;/i&gt; &#187;. Ces derni&#232;res - pourtant essentielles &#224; la reproduction de la vie sur terre et des soci&#233;t&#233;s - sont socialement d&#233;valoris&#233;es et assign&#233;es aux femmes. Le syst&#232;me &#233;conomique dominant repose tout autant sur cette s&#233;paration : l'accumulation du capital (b&#233;n&#233;ficiant principalement &#224; des hommes riches) est entretenue gr&#226;ce &#224; du travail sous-pay&#233; ou gratuit effectu&#233; par une &#233;crasante majorit&#233; de femmes, &#171; &lt;i&gt;naturellement &#187; vou&#233;es aux t&#226;ches de soins, de soutien, de services : le travail de &#171; care &#187; [3].&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cas de crise &#233;conomique (en g&#233;n&#233;ral li&#233;e aux dettes), leur statut marginal sur le march&#233; du travail signifie qu'elles sont les premi&#232;res concern&#233;es par les licenciements ou la pr&#233;carisation des emplois. Elles sont aussi les premi&#232;res &#224; pallier le retrait de l'&#201;tat social, vu leur assignation prioritaire au travail domestique. Ces in&#233;galit&#233;s socioprofessionnelles ont des cons&#233;quences durables : sur leur pension, leur s&#233;curit&#233; sociale (si elle existe), etc. Comme elles sont moins bien plac&#233;es pour faire face aux crises, elles sont d'autant plus sujettes &#224; l'exploitation. Rappelons ici que dans de nombreux pays, les puissances coloniales ont propag&#233; les normes et in&#233;galit&#233;s de genre europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 1990, on assiste &#224; un processus de r&#233;organisation et de r&#233;appropriation du travail (re)productif &#224; l'&#233;chelle mondiale, notamment autour de crit&#232;res de genre, de classe et de &#171; race &#187;, dessinant les contours d'un nouveau capitalisme patriarcal et raciste globalis&#233;. Un outil de pr&#233;dilection de sa mise en place est la dette publique ou celles des m&#233;nages des classes populaires, qui acc&#233;l&#232;rent cette division sexuelle et raciale du travail ainsi que les violences sexistes via la demande de travailleurs et travailleuses sous-pay&#233;es et la d&#233;pendance aux revenus. Les femmes non-blanches et migrantes sont ainsi encore une fois les principales &#171; perdantes &#187; [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, certaines femmes (souvent issues de classes sociales sup&#233;rieures) &#233;chappent &#224; cette assignation, tout comme certains hommes (surtout non-blancs, migrants et pr&#233;caris&#233;s) rentrent dans la cat&#233;gorie des personnes effectuant du travail de care d&#233;valoris&#233; et invisibilis&#233; [5]. C'est pour cela qu'il faut privil&#233;gier une approche imbricationniste [6] et en termes de rapports sociaux - qui nous concernent toutes et tous - plut&#244;t que de discriminations ou privil&#232;ges individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t alors comme une &#233;vidence que la structure genr&#233;e et raciste de l'&#233;conomie dominante doit &#234;tre prise en compte dans nos analyses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Principalement &#224; partir des ann&#233;es 1990, des &#233;tudes de tous bords ont critiqu&#233; les impacts genr&#233;s des politiques de la Banque mondiale et des plans d'ajustement structurel ce qui a forc&#233; les IFI &#224; &#171; r&#233;agir &#187;. L'une des caract&#233;ristiques de la Banque mondiale est sa capacit&#233; &#224; se r&#233;approprier les critiques afin d'essayer de renouveler son image et ainsi renforcer son emprise sur une multitude d'acteurs politiques, sociaux, &#233;conomiques et scientifiques [7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses f&#233;ministes d&#233;noncent pourtant depuis longtemps cette r&#233;cup&#233;ration par les IFI et les programmes de &#171; d&#233;veloppement &#187; (notion probl&#233;matique en soi [8]), qui occultent les voix f&#233;ministes radicales et anti-imp&#233;rialistes et r&#233;-l&#233;gitiment certaines formes d'exploitation des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le greenwashing, place au pink ou genderwashing, o&#249; une nouvelle conditionnalit&#233; des pr&#234;ts, le &#171; budget sensible au genre &#187;, pr&#233;tend prendre en compte la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s de genre dans les politiques budg&#233;taires et fiscales.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; Chronologie de la prise en compte des in&#233;galit&#233;s et du genre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1980 et les PAS sont synonymes de destruction de la protection sociale et des moyens de subsistance pour les peuples des Suds. Ces ph&#233;nom&#232;nes contribuent &#224; l'accroissement de diverses in&#233;galit&#233;s et impactent particuli&#232;rement les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s, dont la Banque mondiale ne se souciait gu&#232;re, &#233;taient vues comme un mal n&#233;cessaire &#224; la croissance qui seraient un jour amoindries par &#171; l'effet de ruissellement &#187;. En plus d'&#234;tre compl&#232;tement erron&#233;, ce point de vue ne s'int&#233;resse pas &#224; ce qu'il y a derri&#232;re les &#171; &lt;i&gt; in&#233;galit&#233;s &#187;, r&#233;sum&#233;es &#224; l'&#233;cart de revenus entre les &#171; riches &#187; et les &#171; pauvres &#187;. Il aura fallu longtemps avant qu'apparaisse la question de savoir &#171; qui est pauvre et pourquoi ? &#187;&lt;/i&gt;. Parmi les textes fondamentaux de la Banque mondiale sur l'in&#233;galit&#233;, citons celui de S. Kuznets paru en 1955 [9], o&#249; le mot &#171; femmes &#187; appara&#238;t, sans surprise&#8230; z&#233;ro fois (voir encadr&#233; sur Kuznets r&#233;dig&#233; par &#201;ric Toussaint). Ce n'est finalement qu'en 1982 qu'on commence &#224; parler des &#171; femmes &#187;, et cela, principalement de deux mani&#232;res : des paysannes improductives ou des arri&#233;r&#233;es ayant trop d'enfants. Les &#171; PED &#187; auraient tout &#224; gagner &#224; les inclure dans les efforts d'augmentation de la productivit&#233; agricole [10] (notamment en utilisant des engrais chimiques et des semences ext&#233;rieures). Et cette vision est encore pr&#233;sente dans de nombreuses d&#233;clarations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Simon Kuznetz et la justification de l'augmentation des in&#233;galit&#233;s (&#201;ric Toussaint)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simon Kuznets a &#233;labor&#233; dans les ann&#233;es 1950 une th&#233;orie selon laquelle un pays dont l'&#233;conomie d&#233;colle et progresse doit n&#233;cessairement passer par une phase d'augmentation des in&#233;galit&#233;s. Selon ce dogme, les in&#233;galit&#233;s commenceront &#224; baisser d&#232;s que le pays aura atteint un seuil sup&#233;rieur de d&#233;veloppement. C'est un peu la promesse du paradis apr&#232;s la mort qui est utilis&#233;e par les classes dominantes pour faire accepter une vie faite de souffrances et de reculs. La n&#233;cessit&#233; de voir monter les in&#233;galit&#233;s est tr&#232;s ancr&#233;e &#224; la Banque mondiale. Pour preuve, les paroles du pr&#233;sident de la BM, Eugene Black, en avril 1961 : &#8220;&lt;i&gt;Les in&#233;galit&#233;s de revenus d&#233;coulent n&#233;cessairement de la croissance &#233;conomique (qui) donne la possibilit&#233; aux gens d'&#233;chapper &#224; une existence dans la pauvret&#233;&lt;/i&gt; &#187; [11]. Pourtant, les &#233;tudes empiriques r&#233;alis&#233;es par la Banque Mondiale du temps de Hollis Chenery, &#233;conomiste en chef de cette institution dans les ann&#233;es 1970 ont infirm&#233; les affirmations de Kuznets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre Le capital au XXIe si&#232;cle [12], Thomas Piketty a pr&#233;sent&#233; une critique tr&#232;s int&#233;ressante de la th&#233;orie de Kuznets. Piketty rappelle qu'au d&#233;part Kuznets doutait lui-m&#234;me du bien-fond&#233; de sa courbe, cela ne l'a pas emp&#234;ch&#233; d'en faire une th&#233;orie qui a la vie longue. Entre temps les in&#233;galit&#233;s ont atteint un niveau in&#233;dit dans l'histoire de l'humanit&#233;. C'est le produit de la dynamique du capitalisme globalis&#233; soutenue par les politiques des institutions internationales en charge du &#171; d&#233;veloppement &#187; et des gouvernements qui favorisent le 1 % le plus riche au d&#233;triment de l'&#233;crasante majorit&#233; de la population tant au Nord qu'au sud de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2021, la Banque mondiale est revenue sur le printemps arabe de 2011 en affirmant, contre toute &#233;vidence, que le niveau d'in&#233;galit&#233; &#233;tait faible dans toute la r&#233;gion arabe et cela l'a beaucoup inqui&#233;t&#233; car selon elle c'est le sympt&#244;me que quelque chose ne fonctionne pas suffisamment dans le suppos&#233; succ&#232;s &#233;conomique de la r&#233;gion. En fid&#232;les adeptes de la th&#233;orie de Kuznets, Vladimir Hlasny et Paolo Verme affirment dans un document publi&#233; par la Banque mondiale qu' &#171; &lt;i&gt; une faible in&#233;galit&#233; n'est pas un indicateur d'une &#233;conomie saine &#187; [13].&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des ann&#233;es 1990, alors que de nombreux pays subissent de plein fouet les cons&#233;quences des PAS et que les femmes en portent sp&#233;cifiquement certains &#171; dommages collat&#233;raux &#187;, la question de la &#171; r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s hommes-femmes &#187; fait son apparition. La conf&#233;rence de Beijing de 1995 met &#224; l'agenda international les &#171; &lt;i&gt; droits des femmes &#187; et la &#171; r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s &lt;/i&gt; &#187;, notamment via la &#171; participation &#224; l'&#233;conomie &#187; [14]. Mais la question ne devient vraiment pr&#233;gnante qu'&#224; partir des ann&#233;es 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la Banque mondiale adopte en 2001 sa premi&#232;re gender mainstreaming strategy qui servira de base pour ses futurs plans d'actions et &#233;valuations et que la question de la &#171; condition des femmes &#187; est mentionn&#233;e dans le rapport annuel de 2003 et quelques autres documents, la notion de genre reste largement absente des textes fondamentaux de la Banque mondiale sur la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s. A titre d'exemple, en 2004, le fameux &#171; Triangle pauvret&#233;-croissance-in&#233;galit&#233; &#187; [15] de l'&#233;conomiste en chef de la Banque mondiale, Fran&#231;ois Bourguignon, un des socles de la pens&#233;e d&#233;veloppementaliste de la d&#233;cennie, ignore compl&#232;tement les enjeux de genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La phrase d'accueil actuelle de la page &#171; &#233;galit&#233; des genres &#187; de l'Association internationale de d&#233;veloppement en dit long : Faute d'exploiter le potentiel productif des femmes, on passe &#224; c&#244;t&#233; d'une opportunit&#233; de premier plan, avec de lourdes cons&#233;quences au niveau des individus, des familles et des &#233;conomies&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le rapport annuel de 2006, par contre, on trouve quelques r&#233;flexions sur les in&#233;galit&#233;s et discriminations de genre et la n&#233;cessit&#233; de s'y int&#233;resser. La Banque mondiale &#233;voque m&#234;me qu'il serait possible de les r&#233;duire en investissant dans la protection sociale, la sant&#233; reproductive, l'&#233;ducation des filles, l'acc&#232;s &#224; l'eau, mais aussi et surtout en encourageant la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et la productivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, les propositions &lt;i&gt;&#171; progressistes &#187; sont invariablement contrebalanc&#233;es par d'autres &#171; int&#233;r&#234;ts antagonistes &#187;&lt;/i&gt;. Il serait par exemple n&#233;cessaire de trouver un juste milieu entre la protection sociale des travailleuses et la rentabilit&#233; des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; La combinaison des moyens d'action doit &#234;tre &#233;valu&#233;e de fa&#231;on &#224; &#233;tablir un &#233;quilibre entre la protection (de tous les salari&#233;s) et la possibilit&#233; pour les entreprises de se restructurer, ce qui est d'une importance capitale pour dynamiser la croissance et cr&#233;er des emplois.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; La s&#233;curit&#233; des salari&#233;s est souvent assur&#233;e par divers textes l&#233;gislatifs excessivement rigoureux sur la protection de l'emploi, qui rendent le recrutement co&#251;teux en g&#233;n&#233;ral et, dans certains cas, plus co&#251;teux encore lorsqu'il s'agit de recruter des travailleurs non qualifi&#233;s, des jeunes et des femmes.&lt;/i&gt; &#187; [16]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;curit&#233; sociale, essentielle pour les plus pr&#233;caires, dont les femmes font partie, serait donc un obstacle &#224; la rentabilit&#233; des entreprises. Quand des propositions positives concernant les femmes ne sont pas contrebalanc&#233;es de la sorte, elles sont alors justifi&#233;es par le fait que cela incite la prise de risque et donc la rentabilit&#233;, ou que cela contribue &#224; la comp&#233;titivit&#233;, la productivit&#233;, la croissance, l'esprit d'entreprise, &#8230; Quand des discriminations sont attaqu&#233;es en tant que telles, comme la violence domestique, c'est pour permettre une meilleure int&#233;gration des femmes sur le march&#233; du travail ! Ce ne sont donc pas des fins en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2007 est l'ann&#233;e du Gender Action Plan (plan d'action genre), intitul&#233; : &#171; &lt;i&gt; L'&#233;galit&#233; des sexes, un atout &#233;conomique &lt;/i&gt; &#187;. Il &#233;tablit la centralit&#233; des questions de genre et reste depuis lors une base r&#233;guli&#232;rement mise &#224; jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'appuie sur une &#233;valuation ind&#233;pendante et tr&#232;s critique de la strat&#233;gie de 2001, pointant du doigt la non-prise en compte de cette dimension dans les programmes d&#232;s 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soup&#231;onnant la faille dans l'absence de m&#233;canismes de contr&#244;le et d'&#233;valuation, la nouvelle strat&#233;gie pour 2007 met l'accent sur des secteurs &#171; prioritaires &#187; pour l'&#233;mancipation des femmes : &#171; &lt;i&gt;la terre et l'agriculture, le travail, le d&#233;veloppement du secteur priv&#233;, la finance et l'infrastructure&lt;/i&gt; &#187; [17]. Il semblerait qu'en 2007, les femmes n'&#233;taient pas concern&#233;es par les questions de reproduction sociale, les services publics, les violences, etc. !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport sur le d&#233;veloppement dans le monde 2012 : L'&#233;galit&#233; des sexes et le d&#233;veloppement devient &#224; son tour le cadre conceptuel pour les prochaines strat&#233;gies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; une reconnaissance de plus en plus pr&#233;gnante des normes de genres et de la division sexuelle du travail au fil des ann&#233;es [18], la recette reste l'augmentation des revenus par la participation au travail r&#233;mun&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la m&#234;me logique, la Banque mondiale lance en 2015 sa strat&#233;gie pour 2016-2023 sous l'&#233;tendard de la &#171; &lt;i&gt; croissance inclusive &#187;. Si dans la partie &#171; progr&#232;s depuis 2000 &lt;/i&gt; &#187;, le rapport constate que &#171; &lt;i&gt; l'in&#233;galit&#233; entre les sexes dans le monde s'est obstin&#233;ment maintenue dans de multiples dimensions &lt;/i&gt; &#187; m&#234;me si les femmes se sont engag&#233;es dans des activit&#233;s &#233;conomiques, la partie &#171; le&#231;ons apprises &#187; ne contient aucune remise en question de ses propres politiques [19]. A la fin, elle se f&#233;licite m&#234;me de montrer le chemin en mati&#232;re de progr&#232;s dans l'&#233;galit&#233; de genre dans plusieurs domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, en 2016, toute une s&#233;rie de nouveaux indicateurs sont propos&#233;s pour l'&#233;valuation. Ceux-ci sont, dans leur quasi-totalit&#233;, en lien avec le travail salari&#233;, j'y reviens plus tard dans cette &#233;tude.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En bref :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du genre est pr&#233;sente dans les rapports depuis un peu plus de 20 ans, mais sans faire partie des strat&#233;gies centrales avant 2006, alors que r&#233;cemment la BM y a consacr&#233; une multitude de rapports et projets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette &#233;volution r&#233;cente n'exprime pas une prise de conscience f&#233;ministe ou une volont&#233; d'en finir avec l'exploitation. Elle doit &#234;tre comprise comme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une action de communication en r&#233;ponse aux critiques et &#224; d'importants mouvements de contestation ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une tentative &#171; d'incorporer les femmes et le mouvement f&#233;ministe dans le processus de mondialisation n&#233;olib&#233;rale &#187; [20].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mancipation n'est jamais trait&#233;e comme une fin en soi mais bien comme un outil dans l'int&#233;r&#234;t de l'&#233;conomie capitaliste. Les femmes sont des ressources, un investissement, un facteur de production sous-utilis&#233;, et il faut les amener dans la sph&#232;re productive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La phrase d'accueil actuelle de la page &#171; &#233;galit&#233; des genres &#187; de l'Association internationale de d&#233;veloppement (IDA) en dit long : &#171; &lt;i&gt; Faute d'exploiter le potentiel productif des femmes, on passe &#224; c&#244;t&#233; d'une opportunit&#233; de premier plan, avec de lourdes cons&#233;quences au niveau des individus, des familles et des &#233;conomies.&lt;/i&gt; &#187; [21]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces discours ont par ailleurs aliment&#233; une forme de f&#233;minisme institutionnel et imp&#233;rialiste, une nouvelle carte &#224; jouer pour le n&#233;olib&#233;ralisme, agissant maintenant fallacieusement par &#171; souci du droit des femmes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Banque mondiale continue de prescrire des politiques qui portent pr&#233;judices aux femmes en pleine connaissance de cause, en donnant, avec le FMI, la priorit&#233; au remboursement de la dette par rapport aux d&#233;penses sociales. Au centre de ces strat&#233;gies figurent les march&#233;s et non des humains ; ce sont l&#224; des discours aux allures progressistes qui ne remettent jamais en question la position n&#233;olib&#233;rale de base. On assiste donc ni plus ni moins &#224; un ambitieux projet de genderwashing.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; L'approche &#171; genre &#187; de la Banque mondiale : un discours au service du capital, pas de la majorit&#233; des femmes !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la reconnaissance des impacts n&#233;gatifs des projets de &#171; r&#233;duction de la pauvret&#233; &#187;, indiff&#233;rents aux genres et adress&#233;s aux &#171; chefs de familles &#187;, on l'a vu, de nombreux programmes de &#171; d&#233;veloppement &#187; ont commenc&#233; &#224; mettre l'accent sur la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s professionnelles, les &#171; strat&#233;gies genr&#233;es &#187; et l'empowerment. Les droits des femmes comme partie int&#233;grante du d&#233;veloppement sont devenus l'objectif affich&#233; des institutions internationales et des ONG. Et le gender budgeting, devenu obligatoire, est la continuit&#233; d'une d&#233;marche tourn&#233;e vers les besoins des investisseurs, en utilisant l'argument de ce miraculeux &#171; effet cascade &#187; cens&#233; &#234;tre favorable aux femmes et aux pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, en plus du genderwashing expos&#233; plus haut, le discours dominant de la Banque mondiale et ses alli&#233;s renforce certains biais genr&#233;s, r&#233;affirmant ainsi une forme de domination patriarcale, pour deux raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, en pr&#233;tendant &#171; &lt;i&gt;d&#233;cider &#224; la place des femmes - surtout non-occidentales- ce qui est bon pour elles&lt;/i&gt; &#187;, la Banque prend le r&#244;le du papa ou professeur de l'&#233;conomie mondiale qui agit pour le bien d'&#234;tres incapables de savoir ce dont elles ont besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, il est bien plus courant de lire et entendre ce que la Banque mondiale consid&#232;re &#234;tre une femme &#171; &#233;mancip&#233;e &#187;, que les voix de ces m&#234;mes femmes. Les discours s'appuient syst&#233;matiquement sur une norme de genre ou l'autre qu'ils renforcent pour servir des int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques. Cela confisque aux femmes des Suds leur capacit&#233; &#224; d&#233;cider des moyens de leurs &#233;mancipation en les pla&#231;ant dans des cases pr&#233;fabriqu&#233;es et homog&#232;nes, -aveugles &#224; l'intersectionnalit&#233; [22] ou aux r&#233;alit&#233;s multiples et vari&#233;es des femmes - et utiles aux th&#233;ories &#233;conomiques et conjonctures du moment : l'actrice &#233;conomique dont l'esprit d'entreprise est entrav&#233; par la culture locale ; la pourvoyeuse des besoins du foyer, centrale &#224; l'&#233;conomie familiale et &#224; la r&#233;silience face aux crises ; l'ouvri&#232;re aux petites mains, indispensable &#224; la croissance &#233;conomique ; ou encore la pauvre victime vuln&#233;rable&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces discours se perp&#233;tuent, comme on le voit dans un rapport du FMI qualifiant les femmes &#171; &lt;i&gt;d'un des actifs les plus sous utilis&#233; de l'&#233;conomie &#187; [23].&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, l'empowerment, processus &#233;mancipatoire multidimensionnel qui devrait inclure de nombreux facteurs, est mesur&#233; principalement via la &#171; &lt;i&gt;participation &#224; la vie &#233;conomique et politique&lt;/i&gt; &#187; des femmes, ce qui est tout &#224; fait insuffisant [24]. Ce discours de l'&#233;mancipation par le travail est probl&#233;matique et dangereux pour plusieurs raisons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pr&#244;nant l'augmentation de la participation des femmes &#224; la vie &#233;conomique, ce discours occulte compl&#232;tement la r&#233;alit&#233; du fonctionnement actuel de la plupart des soci&#233;t&#233;s humaines, comme si les femmes ne participaient pas &#224; la vie &#233;conomique quand elles n'ont pas un emploi salari&#233; d&#233;clar&#233; ! Quid du travail gratuit colossal effectu&#233; pour prendre soin des &#234;tres chers, des communaut&#233;s et des &#233;cosyst&#232;mes, sans lequel &#171; l'&#233;conomie productive &#187; s'effondrerait tout simplement ? Non pas que la Banque mondiale ignore leur existence, mais ces r&#233;alit&#233;s n'entrent pas dans ses consid&#233;rations. Ce sont au mieux des &#171; obstacles &#187; au travail salari&#233; des femmes : une redistribution qui ne reproduirait pas des relations d'exploitation, une prise en charge publique ou collective, ou encore une remise en question des normes de genre, ne sont pas au programme ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;gation de l'importance du travail de care, alors que le travail salari&#233; est valoris&#233;, peut contribuer &#224; augmenter les in&#233;galit&#233;s de genre (en augmentant le temps de travail total), mais aussi entre femmes car ce sont les femmes des classes populaires qui prennent en charge le travail de care dans une grande partie des m&#233;nages riches (d&#233;laiss&#233; par les femmes qui acc&#232;dent &#224; des emplois &#224; temps plein correctement r&#233;mun&#233;r&#233;s et que ni les hommes ni la collectivit&#233; ne prennent en charge) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision simpliste de l'&#233;mancipation comme synonyme uniquement d'autonomie &#233;conomique via le travail salari&#233; ignore le fait que l'augmentation du nombre de femmes sur le march&#233; de l'emploi va en g&#233;n&#233;ral de pair avec une augmentation du nombre d'emplois ultra-pr&#233;caires. Dans de nombreux pays, cette entr&#233;e sur le march&#233; du travail s'est concr&#233;tis&#233;e dans les zones franches, faisant du travail d&#233;valoris&#233; des femmes un outil privil&#233;gi&#233; pour augmenter la rentabilit&#233;. Au Cambodge, par exemple, le d&#233;but des ann&#233;es 2000 est marqu&#233; par une forte croissance &#233;conomique, nourrie par les exportations de l'industrie du textile qui emploie quasi-exclusivement des femmes. Dans le m&#234;me temps, de 2004 &#224; 2009, l'&#233;cart salarial a plus que doubl&#233; [25]. &#192; moins de s'attaquer simultan&#233;ment &#224; toute forme d'exploitation, une expansion du march&#233; du travail ira toujours de pair avec une augmentation de l'exploitation de certain.es.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'approche est de surcro&#238;t insuffisamment fond&#233;e. Bien que des arguments semblent indiquer une corr&#233;lation entre croissance &#233;conomique et diminution des in&#233;galit&#233;s de genre, d'autres d&#233;montrent &#233;galement que l'in&#233;galit&#233; &#233;conomique augmente avec certaines formes de croissance ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ignore qu'il existe d'autres possibilit&#233;s pour subvenir &#224; ses besoins : &#233;conomie informelle, autosuffisance, etc. Les principaux indicateurs &#233;tant &#171; taux de participation &#187; et &#171; revenus &#187;, l'&#233;mancipation est mesur&#233;e en termes mon&#233;taires et non en termes de qualit&#233; de vie. Signalons que l'entr&#233;e sur le march&#233; de l'emploi des femmes s'accompagne souvent de la destruction des pr&#233;c&#233;dents moyens de subsistance et lieux de vie, provoquant la migration massive vers les villes pour rejoindre le rang des travailleuses pr&#233;caires (domesticit&#233;, travail industriel, prostitution, services, &#8230;). Dans de nombreux cas, si la &#171; pauvret&#233; mon&#233;taire &#187; diminue, la pauvret&#233; mat&#233;rielle et la p&#233;nibilit&#233; quotidienne augmentent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce discours est celui d'une mise au travail des femmes au service des int&#233;r&#234;ts financiers, tout &#224; fait assum&#233; et &#224; peine maquill&#233; d'un pr&#233;tendu f&#233;minisme institutionnel et occidental aux relents imp&#233;rialistes et n&#233;olib&#233;raux. Il enl&#232;ve aux femmes des Suds leur autod&#233;termination et r&#233;prime les voix radicales qui mettent plut&#244;t l'accent sur la fin de la surexploitation du Sud par le Nord comme condition &#224; l'&#233;mancipation des femmes dans leurs diversit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'au fil des ann&#233;es elle ait int&#233;gr&#233; des critiques dans son discours, la Banque mondiale continue de parler des femmes en termes quasi-exclusivement &#233;conomiques, fermant la voie d'une r&#233;elle &#233;mancipation, qui ne peut &#234;tre r&#233;duite &#224; une seule dimension &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette int&#233;gration ne t&#233;moigne pas d'une volont&#233; d'en finir avec les logiques de domination, ou d'assurer des droits humains fondamentaux, mais bien d'assurer la rentabilit&#233;. Selon la Banque mondiale, il ne faut donc pas trop insister sur les notions de patriarcat et de rapports sociaux in&#233;galitaires car cela risquerait de fragiliser le socle de travail exploit&#233; sur lequel repose le syst&#232;me en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Les pr&#234;ts, les projets et les politiques de la Banque mondiale : des impacts sp&#233;cifiques et n&#233;fastes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que plusieurs programmes de la Banque mondiale am&#233;liorent s&#251;rement l'acc&#232;s des femmes au travail et leur condition en g&#233;n&#233;ral (le recul de l'&#226;ge de la maternit&#233;, l'acc&#232;s &#224; l'&#233;cole, l'&#233;galit&#233; formelle, les programmes d'insertion professionnelle et d'&#233;conomies solidaires, etc.), des critiques s'imposent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nom de la stabilit&#233; macro-&#233;conomique, l'institution impose la rigueur budg&#233;taire et favorise la rentabilit&#233; des entreprises. Les m&#233;canismes qui ont creus&#233; les in&#233;galit&#233;s sont &#224; nouveau prescrits comme solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; l'application des recommandations macro-&#233;conomiques de la Banque mondiale, des ressources tout &#224; fait insuffisantes sont allou&#233;es aux services publics et &#224; la protection sociale, qui profitent principalement aux populations vuln&#233;rables dont les femmes font globalement partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A titre d'exemple, dans les ann&#233;es 1990, alors que les pays africains allouent entre 15 et 50 % de leur budget au service de la dette, syst&#233;matiquement moins de 20 % le sont pour les services sociaux. En 2013 en Am&#233;rique latine, il s'agit souvent de moins de 10 % pour l'&#233;ducation, moins de 5 % pour la sant&#233;, contre entre 10 et 40 pour la dette [26].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re non exhaustive, rappelons certaines des mesures phares pr&#244;n&#233;es par la Banque mondiale et le FMI : d&#233;valuation de la monnaie, suppression de barri&#232;res tarifaires et douani&#232;res, d&#233;mant&#232;lement du contr&#244;le des prix et des subventions publiques, assouplissement des lois sur le travail, privatisations, diminution des taxes pour les entreprises et des imp&#244;ts sur le capital, augmentation de la TVA, encouragement des exportations afin de faire entrer des devises &#233;trang&#232;res, diminution des d&#233;penses publiques, gel des salaires et coupes budg&#233;taires dans les services sociaux et publics comme l'&#233;ducation, la sant&#233;, la protection sociale, l'associatif, les transports, les infrastructures de base, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ajustements de variables macro-&#233;conomiques, qui visent &#224; garantir le remboursement rapide des cr&#233;anciers, se traduisent par des cons&#233;quences tr&#232;s concr&#232;tes sur la vie des populations les plus pr&#233;caires. Une perspective sensible au genre permet de d&#233;cliner comment les femmes sont sp&#233;cifiquement [27] impact&#233;es en six axes diff&#233;rents mais pouvant agir simultan&#233;ment et &#224; des d&#233;gr&#233;es vari&#233;s selon les contextes et r&#233;gions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les femmes sont les principales travailleuses des secteurs concern&#233;s ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les femmes sont les principales usag&#232;res et b&#233;n&#233;ficiaires des services et secteurs concern&#233;s ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ce sont les m&#232;res, &#233;pouses, s&#339;urs, etc., c'est-&#224;-dire les femmes, qui compensent les chocs &#233;conomiques et le retrait de l'&#233;tat social par une augmentation de leur travail gratuit ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les femmes sont les premi&#232;res productrices et agricultrices mondiales, notamment dans l'&#233;conomie informelle, dont les moyens de subsistance et de production sont d&#233;truits ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les femmes sont les premi&#232;res victimes des violences sexistes qui augmentent &#224; cause des m&#233;ga-projets et de la pr&#233;carisation de larges franges de la population ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ce sont les cheffes de foyers et petites entrepreneuses qui contractent des microcr&#233;dits et cr&#233;dits &#224; la consommation pour subvenir &#224; leurs besoins et ceux de leurs proches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette grille de lecture peut &#234;tre appliqu&#233;e de mani&#232;re syst&#233;matique aux analyses de la dette et de l'aust&#233;rit&#233;. Int&#233;ressons-nous ici &#224; quatre types de mesures mises en avant par la Banque mondiale.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; Politiques agricoles et projets extractivistes : impact sur les femmes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de s'int&#233;resser &#224; la pr&#233;servation des &#233;cosyst&#232;mes, de nombreux projets et strat&#233;gies de la Banque mondiale suivent une logique extractiviste : le &#171; d&#233;veloppement &#187; et la croissance par l'exploitation et la destruction des ressources naturelles [28]. Je citerai les &#171; &#233;l&#233;phants blancs &#187;, ces m&#233;gaprojets nuisibles et souvent impos&#233;s : projets de production &#233;nerg&#233;tiques, projets miniers, d'infrastructure ou logistiques, dont le barrage INGA en R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo est embl&#233;matique. Je pense &#233;galement aux r&#233;formes qui s'inscrivent dans le sillon de la &#171; r&#233;volution verte &#187; [29] et aux politiques d'exportation qui contribuent &#224; d&#233;truire le vivant, les communaut&#233;s et la souverainet&#233; alimentaire : monocultures, OGM, pollution et &#233;puisement des sols, biopiraterie via la propri&#233;t&#233; intellectuelle et l'accaparement des terres, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces projets ont en commun un caract&#232;re &#233;cocide &#233;vident mais aussi le fait qu'ils contribuent tr&#232;s souvent &#224; la destruction des moyens de subsistance, des territoires et des savoirs des communaut&#233;s, dont la pr&#233;servation repose principalement sur les femmes. Ces destructions (d&#233;forestation, pollutions des sols, inondations) les poussent &#224; la migration forc&#233;e, &#224; la recherche d'alternatives dans ces &#171; nouveaux &#187; emplois r&#233;put&#233;s typiquement f&#233;minins : domesticit&#233;, production en zones franches, soins aux autres, ou encore la prostitution subie. C'est notamment de cette &#171; entr&#233;e &#187; des femmes dans &#171; l'&#233;conomie productive &#187; que se f&#233;licite la Banque mondiale. D'apr&#232;s le consortium international des journalistes d'investigation, 3,4 millions de personnes ont &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;es en cons&#233;quence des projets de la Banque mondiale, et se retrouvent dans des camps de d&#233;plac&#233;s internes [30]. Ce sont les personnes que la Banque mondiale est cens&#233;e &#171; aider &#187; qui sont en r&#233;alit&#233; les plus impact&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus de cela, ce type de projet implique souvent la pr&#233;sence de groupes arm&#233;s, qu'ils soient charg&#233;s de &#171; prot&#233;ger &#187; les projets en question, ou qu'ils cherchent &#224; contr&#244;ler les territoires o&#249; se trouvent les mati&#232;res premi&#232;res. Cela aggrave les violences, notamment sexuelles, auxquelles les femmes sont confront&#233;es. La violence r&#233;pressive et meurtri&#232;re augmente &#233;galement, notamment envers celles qui s'opposent &#224; ces projets en d&#233;fendant l'environnement, leurs terres, leur culture et leurs pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiques agricoles de la Banque mondiale, quant &#224; elles, aggravent certaines in&#233;galit&#233;s. L'agriculture est &#224; l'&#233;chelle mondiale une des activit&#233;s principales des femmes. Or, l'implantation de monocultures pour l'exportation (ce qui augmente le PIB et les devises pour rembourser la dette) signifie que l'agriculture vivri&#232;re, essentielle pour de nombreuses familles, est d&#233;plac&#233;e vers des terres toujours plus &#233;loign&#233;es et moins fertiles. Cela augmente les temps de trajet, le risque d'agressions sur celui-ci et la p&#233;nibilit&#233; du travail, alors que les r&#233;coltes se r&#233;duisent en quantit&#233; et en qualit&#233;. Cela impacte directement les revenus, mais aussi la sant&#233; et la s&#233;curit&#233; alimentaire des femmes, dont des filles qui sont les premi&#232;res victimes de la malnutrition. Enfin cela porte aussi atteinte &#224; la souverainet&#233; alimentaire nationale. Dans certaines r&#233;gions, les emplois dans les cultures de rente sont offerts aux hommes en priorit&#233;, poussant les femmes vers des activit&#233;s encore plus pr&#233;caires. Si globalement la proportion de l'emploi des femmes dans le secteur agricole a baiss&#233; depuis 20 ans (augmentation dans le secteur des services), il reste leur premi&#232;re source d'emploi dans les pays &#224; faible ou &#224; moyen revenu o&#249; elles exercent les activit&#233;s les plus p&#233;nibles, les plus chronophages et mal-r&#233;mun&#233;r&#233;es. Les politiques agraires promues par la Banque mondiale impactent donc particuli&#232;rement les femmes [31].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les mesures impos&#233;es figurent la fin des subsides sur les intrants agricoles alors que les produits europ&#233;ens, eux subventionn&#233;s par la Politique agricole commune europ&#233;enne (PAC), inondent les march&#233;s : une concurrence tout &#224; fait d&#233;loyale qui affectent directement les moyens de subsistance et de production des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Destruction des services publics&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme expliqu&#233; par &#201;ric Toussaint : &#171; &lt;i&gt; [les PAS], fruit d'une politique consciemment &#233;labor&#233;e et appliqu&#233;e par les responsables du FMI et de la Banque mondiale, ont eu des cons&#233;quences extr&#234;mement n&#233;gatives sur les droits &#233;conomiques sociaux et culturels, sp&#233;cialement en ce qui concerne la sant&#233;, l'&#233;ducation, l'acc&#232;s &#224; l'eau potable, la s&#233;curit&#233; alimentaire, etc. &#187; (voir &#171; Le FMI et la Banque mondiale au temps du coronavirus : La qu&#234;te rat&#233;e d'une nouvelle image &lt;/i&gt; &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Le-FMI-et-la-Banque-mondiale-au-temps-du-coronavirus-La-quete-ratee-d-une&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/Le-FMI-et-la-Banque-mondiale-au-temps-du-coronavirus-La-quete-ratee-d-une&lt;/a&gt; ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La casse de ces secteurs, que l'on peut qualifier de biens communs, a de tr&#232;s lourdes cons&#233;quences sur les femmes. Premi&#232;rement, en tant que travailleuses et fonctionnaires qui perdent leur emploi ou voient leur salaire baisser sans compensations. Deuxi&#232;mement en tant qu'usag&#232;res, pour elles-m&#234;mes ou celles et ceux dont elles ont la charge. La privatisation et les coupes budg&#233;taires dans la sant&#233; en r&#233;duisent l'accessibilit&#233; pour les femmes les plus pauvres, affectant gravement les suivis gyn&#233;cologiques, les maternit&#233;s et tout ce qui est li&#233; &#224; la sant&#233; sexuelle et reproductive. Ces questions sont trop souvent ignor&#233;es par les d&#233;cideurs, bien souvent des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement en &#233;tant celles qui compensent par leur travail gratuit les changements impos&#233;s par la Banque mondiale. Cette derni&#232;re pr&#233;conise en effet le retrait de l'&#201;tat social moyennant la privatisation des services publics ou mise en place de partenariats publics priv&#233;s (PPP). La gestion priv&#233;e serait plus &#171; comp&#233;titive &#187; et donc efficace selon le dogme lib&#233;ral. Une demande explicite et r&#233;guli&#232;rement formul&#233;e par la Banque est de privatiser la distribution de l'eau, ce qui a eu de nombreuses cons&#233;quences, notamment dans les cas de la Bolivie ou de la Tanzanie, se traduisant, en plus de l'inefficacit&#233;, par une hausse des prix, la fermeture de puits publics, avec des cons&#233;quences d&#233;sastreuses sur l'agriculture. Aller chercher l'eau est une t&#226;che qui incombe g&#233;n&#233;ralement aux femmes et aux filles. Pour elles, la r&#233;duction de l'acc&#232;s &#224; l'eau signifie une augmentation du temps d&#233;volu &#224; cette t&#226;che, de risques pour leur sant&#233;, en particulier des probl&#232;mes de dos, et d'exposition &#224; des agressions sur les trajets d&#233;sormais plus longs [32]. Les PPP, vant&#233;s pour leur meilleure gestion, sont en r&#233;alit&#233;s moins efficaces : ils co&#251;tent jusqu'&#224; six fois plus pour le contribuable et offrent des emplois plus pr&#233;caires [33].&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; Les r&#233;formes fiscales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Banque mondiale pr&#233;conise des r&#233;formes fiscales en r&#233;alit&#233; favorables au grand capital : la suppression de barri&#232;res douani&#232;res, une baisse des imp&#244;ts sur les soci&#233;t&#233;s, le patrimoine et les revenus les plus &#233;lev&#233;s. En contrepartie de ces pertes de revenus, l'augmentation de la TVA est la mesure phare des IFI. C'est ce qu'on appelle une fiscalit&#233; r&#233;gressive car elle impacte proportionnellement plus les personnes aux plus petits revenus. Les &#171; efforts budg&#233;taires &#187; demand&#233;s par la Banque mondiale sont en v&#233;rit&#233; assum&#233;s par ces personnes-l&#224; ! Les femmes, responsables de nombreuses d&#233;penses pour le m&#233;nage, tout en ayant souvent un revenu inf&#233;rieur, sont particuli&#232;rement confront&#233;es &#224; cet enfer quotidien. Le fait que des produits essentiels, comme les protections menstruelles, ne soient pas inclus parmi les &#171; produits de base &#187; avec une TVA r&#233;duite [34], entra&#238;ne des difficult&#233;s suppl&#233;mentaires. Ainsi, une adolescente sur dix en Afrique rate une semaine d'&#233;cole par mois en cons&#233;quence [35].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre aspect concerne leur activit&#233; principale au niveau mondial : l'agriculture informelle et les activit&#233;s informelles en g&#233;n&#233;ral. Alors que le prix des intrants augmente, alors qu'elles d&#233;pensent de plus en plus pour l'activit&#233; dont elles d&#233;pendent, elles ne b&#233;n&#233;ficient pas des m&#234;mes avantages fiscaux que les entrepreneurs de l'&#233;conomie formelle. Pour le Bretton Woods Project, les femmes qui travaillent dans le secteur informel et se ravitaillent dans le secteur formel sont sans aucun doute les plus affect&#233;es par ces mesures. Dans une enqu&#234;te men&#233;e par l'OIT, les femmes mettent explicitement &#171; les taxes &#187; parmi les obstacles &#224; rejoindre l'&#233;conomie formelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mesures fiscales seront toujours inefficaces dans les pays &#224; plus faibles revenus o&#249; la majorit&#233; de l'&#233;conomie est informelle. Elles ne peuvent que conduire &#224; l'adoption de nouvelles mesures restrictives, bien souvent des coupes dans la protection sociale&#8230; Un cercle vicieux bien rod&#233; ! Ces ajustements impos&#233;s sont d'ailleurs une violation directe et r&#233;p&#233;titive du principe fondamental selon lequel le r&#233;gime fiscal est la base de la souverainet&#233; et de l'autonomie des &#201;tats. Les dettes, contract&#233;es pour la mise en place de ces mesures, sont donc, de ce point de vue, totalement odieuses et ill&#233;gitimes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; L'acc&#232;s au microcr&#233;dit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le microcr&#233;dit a &#233;t&#233; favoris&#233; par les &#171; soft loans &#187; (les pr&#234;ts doux) de la Banque mondiale et largement f&#233;licit&#233; par la communaut&#233; internationale. Le microcr&#233;dit consiste en l'attribution de pr&#234;ts de faibles montants &#224; des entrepreneurs/euses ou &#224; des artisan&#183;es qui ne peuvent pas acc&#233;der aux pr&#234;ts bancaires &#171; classiques &#187;. Il s'est d&#233;velopp&#233; surtout dans les pays du Sud et vise les personnes hors du syst&#232;me bancaire et donc souvent les plus pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes repr&#233;sentent, au niveau mondial, environ 70 % de la client&#232;le des instruments de microfinance [36]. Sous couvert d'autonomisation &#233;conomique, les femmes sont directement cibl&#233;es, entre autres &#224; cause des st&#233;r&#233;otypes quant &#224; leur docilit&#233; de remboursement [37]. Ces micro-cr&#233;dits se caract&#233;risent par des taux d'int&#233;r&#234;ts bien plus &#233;lev&#233;s que dans les banques &#171; normales &#187;, et certainement que le taux z&#233;ro qui est la norme dans la plupart des circuits de circulation mon&#233;taire traditionnels comme les tontines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jules Falquet souligne qu'&#171; &lt;i&gt; il ne s'agit pas d'autre chose que du droit, ou du &#8216;devoir' des femmes &#224; s'endetter, en m&#234;me temps que d'une mani&#232;re de faire entrer dans les circuits bancaires du Nord les immenses &#8216;gisements d'&#233;pargne', souvent organis&#233;s par les femmes, qui existent dans le Sud &lt;/i&gt; &#187; [38]. Cet appauvrissement des femmes par la dette consolide la logique de transfert de richesses des pauvres vers les riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus de bancarisation des pauvres et de cr&#233;ation de nouvelles opportunit&#233;s d'investissement est une mani&#232;re de perp&#233;tuer les dommages caus&#233;s par la croissance n&#233;olib&#233;rale qui continue d'exclure des solutions collectives et macro-&#233;conomiques pour favoriser des r&#233;ponses financi&#232;res et individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Quelle autocritique au milieu d'une crise multidimensionnelle globale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout cela, la Banque ne semble toujours pas effectuer de r&#233;elle autocritique. Par exemple, l'&#233;valuation sur trois ans du plan d'action de 2007 ne r&#233;pond pas aux critiques formul&#233;es par la soci&#233;t&#233; civile. Elizabeth Arend le montre en cinq axes : la non-consid&#233;ration des droits humains (qui incluent aussi les femmes !), l'attention insuffisante &#224; la sant&#233; reproductive, le manque de donn&#233;es s&#233;rieuses quant au genre, la vision restreinte de l'&#233;mancipation comme l'autonomisation &#233;conomique, et le manque de capacit&#233; d'action des bureaux nationaux [39].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2012, elle finit par reconna&#238;tre que la diminution des in&#233;galit&#233;s ne peut pas &#234;tre r&#233;duite &#224; &#171; la croissance &#187;, et un imposant rapport reconna&#238;t avoir trop mis&#233; sur la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s comme facteur contribuant &#224; la croissance plut&#244;t que comme fin en soi. Mais ne saluons pas trop vite un suppos&#233; &#171; &lt;i&gt; changement de paradigme &#187; : l'analyse reste centr&#233;e sur l'&#233;conomie et la recherche de &#171; certaines sortes de croissances &lt;/i&gt; &#187; avant tout [40].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore en 2014, les critiques continuent &#224; pointer du doigt que la Banque mondiale n&#233;glige le travail de care. Une &#233;tude constate que sur une trentaine de projets, 92 % ne tiennent pas explicitement compte de l'existence du travail de soin non-r&#233;mun&#233;r&#233; dans leur conception [41].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2016, tout en disant vouloir mieux appr&#233;hender le droit &#224; la parole et la capacit&#233; d'action, elle s'obstine &#224; &#171; &lt;i&gt;se baser sur ce qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; accompli &#187; et &#171; rem&#233;dier aux obstacles sp&#233;cifiques auxquels se heurtent les femmes dans l'acc&#232;s aux opportunit&#233;s &#233;conomiques&lt;/i&gt; &#187; [42]. Elle met aussi en place un groupe de travail pour s'attaquer aux violences sexistes, initiative critiqu&#233;e pour son mandat extr&#234;mement limit&#233; et son silence sur les violences engendr&#233;es pr&#233;cis&#233;ment par les projets de la Banque mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, &#224; quoi bon les Analyses des Impacts sur la Pauvret&#233; et le Social (AIPS) mises en &#339;uvre par les pays d&#233;biteurs ? Bien que des guides contenant des pistes pour l'inclusion du genre existent, aucune mesure n'est contraignante [43]. Par exemple, le programme de &#171; &lt;i&gt; meilleure gestion &#187; et &#171; rationalisation &#187; &lt;/i&gt; des secteurs publics en Serbie, impos&#233; en contrepartie d'un pr&#234;t octroy&#233; en 2016, a signifi&#233; une perte de presque 30.000 emplois et un gel des salaires dans les secteurs publics, o&#249; les femmes sont la majorit&#233; des travailleuses. L'AIPS ne rapporte aucun effet social sur la pauvret&#233; ou la distribution des richesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que l'analyse multidimensionnelle semble progresser, les ann&#233;es 2020 et 2021 confirment que les mesures macro-&#233;conomiques pr&#244;n&#233;es continuent &#224; d&#233;grader la situation des populations d&#233;favoris&#233;es. Apr&#232;s plusieurs d&#233;cennies de politiques antisociales, les syst&#232;mes de sant&#233; se retrouvent particuli&#232;rement affaiblis dans un contexte de crise globale imminente fin 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la part du budget allou&#233; au service de la dette doublait dans les pays &#224; bas et moyens revenus entre 2010 et 2018, des mesures d'aust&#233;rit&#233;, qui se sont av&#233;r&#233;es inefficaces en plus d'&#234;tre in&#233;galitaires, continuent &#224; &#234;tre inlassablement appliqu&#233;es. Les ressources allou&#233;es aux services publics diminuaient de 18 % en Am&#233;rique latine et aux Cara&#239;bes, et de 15 % en Afrique sub-saharienne de 2014 &#224; 2018, ce qui pourrait constituer un record d'ici quelques ann&#233;es si cela continue. Dans au moins 21 pays &#224; bas et moyens revenus les budgets d'&#233;ducation baissent depuis 2015 alors que le service de la dette augmente. En ce qui concerne la sant&#233;, c'est le cas pour 39 pays [44], avec de lourdes cons&#233;quences sur la sant&#233; publique, le personnel soignant, les soins de proximit&#233;, les capacit&#233;s d'hospitalisation, etc. &#192; cela on peut ajouter la r&#233;duction de l'acc&#232;s &#224; l'eau potable dans de nombreuses r&#233;gions. Dans ce contexte, comment faire face &#224; la crise sanitaire qui &#233;clate en 2020 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est imm&#233;diatement &#233;vident que le poids des choix politiques souvent incoh&#233;rents retombe principalement sur les femmes. Elles sont particuli&#232;rement nombreuses dans les secteurs &#171; essentiels &#187; et donc en premi&#232;re ligne de l'&#233;puisement et du danger de contamination. Elles sont aussi majoritaires dans l'impossibilit&#233; de t&#233;l&#233;-travailler, et dans de nombreuses r&#233;gions c'est le cas des groupes ethniques d&#233;favoris&#233;s [45]. A l'inverse, elles sont aussi tr&#232;s nombreuses &#224; exercer des m&#233;tiers et occupations d&#233;sormais interdites et sans compensations car informelles (domesticit&#233;, travail du sexe, commerce de rue&#8230;). Cela aggrave les in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques. Comme si cela ne suffisait pas, leur r&#244;le de soin au sein des familles les expose plus au virus et augmente leur travail gratuit (enfants d&#233;scolaris&#233;s, confection de masques, &#8230;). Pour couronner le tout, les violences domestiques et les risques dus &#224; la compl&#232;te mise de c&#244;t&#233; de la sant&#233; reproductive et mentale montent en fl&#232;che. Un constat non seulement dramatique, mais pr&#233;visible [46].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'annonce du moratoire de la Banque mondiale, des &#171; aides &#187; du FMI, ou encore des possibles restructurations du G20 sont, dans ce contexte, au mieux, des mauvaises blagues qui ne pr&#234;tent m&#234;me pas &#224; rire jaune pour les laiss&#233;es pour compte du n&#233;olib&#233;ralisme. Sans structurellement remettre en question l'organisation du soin dans nos soci&#233;t&#233;s, cela ne fait que reporter un fardeau de la dette augment&#233;, qui impactera durement les femmes. La priorit&#233; de la Banque reste la stabilit&#233; macro-&#233;conomique et des secteurs financiers, justifiant &#224; nouveau politiques d'aust&#233;rit&#233; et d'exportation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette crise n'est pas seulement le r&#233;sultat de facteurs &#233;conomiques ou sanitaires, mais de notre rapport au vivant et aux activit&#233;s essentielles, au &#171; prendre soin &#187; de ce qui nous entoure. Le rapport dominant, pr&#244;n&#233; dans les id&#233;ologies de la Banque mondiale, est &#224; mille lieux de toute conception d'&#233;quilibre &#233;cologique et de bien-&#234;tre collectif qui pourrait permettre de faire face &#224; de telles crises sans sacrifier toujours les m&#234;mes et en faire ainsi des crises sociales sans pr&#233;c&#233;dent.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son fameux rapport de 2007, la Banque mondiale r&#233;sume son &#171; objectif fondamental &#187; dans ces termes : Donner aux femmes les moyens de rivaliser sur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les march&#233;s de produits ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les march&#233;s financiers ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les march&#233;s fonciers ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les march&#233;s du travail [47].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que signifie donc cette vision de l'&#233;galit&#233; ? Comme les f&#233;ministes anticapitalistes le disent depuis longtemps, le discours de l'&#233;galit&#233; n'aide pas &#224; combattre les oppressions mais ne fait que les d&#233;placer. On nous parle ici de l'&#233;galit&#233; des chances de rivaliser, de dominer. D'exceller dans les domaines jusqu'ici consid&#233;r&#233;s comme masculins, de s'en approprier les codes, d'exploser le plafond de verre (et rendre le plancher encore plus collant), et devenir actrices des m&#233;canismes de l'accumulation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision du &#171; f&#233;minisme &#187; est dangereuse. Plut&#244;t que de parler de l'acc&#232;s aux structures de pouvoir, c'est de la remise en question radicale des structures de pouvoir qu'il faudrait se soucier. Plut&#244;t que de r&#233;duire les obstacles &#233;conomiques individuels, c'est de cr&#233;er des dynamiques collectives, solidaires, une force politique qui est n&#233;cessaire. La Banque ne soutient pas les revendications f&#233;ministes, elle entretient et nourrit la finance patriarcale, extractiviste et raciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question, in fine, n'est donc pas de savoir si oui ou non certains projets locaux ont soutenu des femmes, ni de simplement clamer que la Banque mondiale n'a pas r&#233;ussi &#224; assez r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s. La question est plut&#244;t de savoir si oui ou non sa ligne politique contribue &#224; les aggraver. La r&#233;ponse est oui. La Banque mondiale s'obstine &#224; prescrire des politiques macro-&#233;conomiques qui impactent n&#233;gativement l'&#233;galit&#233; de genre et renforcent les oppressions structurelles, comme l'illustre sa strat&#233;gie de 2016 &#224; 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2016, Elisabeth Pr&#252;gl qualifiait de Neoliberalism with a feminist face [48] le nouvel agenda de la Banque mondiale. Un nouveau discours o&#249; l'analyse des in&#233;galit&#233;s de genre est de plus en plus pouss&#233;e, mais &#233;galement de plus en plus au service des march&#233;s : autrement dit, les revendications f&#233;ministes sont de plus en plus instrumentalis&#233;es ; coopt&#233;es et traduites en termes marchands. Pour Pr&#252;gl, si les nombreuses &#171; avanc&#233;es &#187; et remises en question sont condamnables par leurs intentions (par exemple pousser les gouvernements &#224; investir dans les cr&#232;ches pour que les femmes puissent travailler plus), elles ouvrent aussi des br&#232;ches dont il serait int&#233;ressant de se saisir pour formuler des demandes et alternatives v&#233;ritablement f&#233;ministes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces constats sont une raison de plus d'annuler la majeure partie des dettes, qui n'ont pas servi les populations, et ce en connaissance de cause. C'est pourquoi, comme le pr&#244;ne le CADTM entre autres, c'est d'un changement radical que nous avons besoin, et pas de reformes au sein de ces institutions, qui, qu'il s'agisse du G20, du FMI, de la Banque mondiale ou encore de l'ONU, entretiennent l'institutionnalisation des f&#233;minismes aux d&#233;pens des premi&#232;res concern&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une perspective f&#233;ministe, et m&#234;me &#233;co-f&#233;ministe, am&#232;ne aussi &#224; se poser plus g&#233;n&#233;ralement la question de qui doit quoi &#224; qui ? Si on prend en compte tout le travail invisible effectu&#233; et les ressources pill&#233;es et ravag&#233;es sans scrupule, ni compensations ou efforts de conserver un &#233;quilibre, alors la donne change [49]. Une bonne partie des populations et en particulier des classes dominantes de la plan&#232;te sont en v&#233;rit&#233; redevables d'une immense dette, &#233;cologique, mais aussi reproductive, envers les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Critique f&#233;ministe du d&#233;veloppement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sociologue Jules Falquet rappelle que les cinq dimensions centrales du d&#233;veloppement impactent n&#233;cessairement les femmes [50].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;f&#233;rer les monocultures intensives &#224; l'agriculture familiale prive les femmes de leurs activit&#233;s et condamne un grand nombre de personnes &#224; d&#233;pendre de produits industriels chers ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mettre &#224; profit les mati&#232;res premi&#232;res disponibles en sous-sol g&#233;n&#232;re des conflits qui d&#233;truisent les communaut&#233;s autochtones et l'environnement ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation de zones de libre-&#233;change encourage l'implantation de multinationales &#224; la recherche de main d'&#339;uvre peu qualifi&#233;e, bon march&#233; et essentiellement f&#233;minine ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Faire rentrer des devises via l'exportation de main d'&#339;uvre f&#233;minine autoris&#233;e &#224; travailler &#224; l'&#233;tranger renforce leur exploitation ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tourisme, fortement encourag&#233;, engendre une augmentation des activit&#233;s d&#233;gradantes des femmes dont la &#171; beaut&#233; exotique &#187; fait partie des atouts mis en avant par les destinations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; d&#233;veloppement &#187; doit &#234;tre vu pour ce qu'il est : non pas le synonyme d'un &#171; progr&#232;s &#187; d&#233;clar&#233; comme tel tout &#224; fait arbitrairement, mais un attirail id&#233;ologique d&#233;ploy&#233; afin d'aider &#224; la g&#233;n&#233;ralisation des modes de production capitalistes, normes culturelles occidentales, et ainsi continuer des dynamiques n&#233;ocoloniales de pillage organis&#233;, ayant invariablement de nombreux impacts sur la vie des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mailfacebookprintertwitter&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] &#201;ric Toussaint, &#171; &#201;quateur : Les r&#233;sistances aux politiques voulues par la Banque mondiale, le FMI et les autres cr&#233;anciers entre 2007 et 2011 &#187;, 2021, &lt;a href=&#034;https://cadtm.org/Equateur-Les-resistances-aux-politiques-voulues-par-la-Banque-mondiale-le-FMI&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://cadtm.org/Equateur-Les-resistances-aux-politiques-voulues-par-la-Banque-mondiale-le-FMI&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Camille Bruneau, l'auteure de cette &#233;tude, utilise ici le terme &#171; femmes &#187; dans une perspective plurielle et non&#8211;essentialiste : toute personne se reconnaissant dans ou &#233;tant assign&#233;e au genre et/ou sexe &#171; f&#233;minin &#187; et subissant ainsi une s&#233;rie d'oppressions sexistes et h&#233;t&#233;ropatriarcales (femmes cisgenres, personnes transgenres, personnes non-binaires, a-genres, aux genres fluides&#8230;). Elle utilise cette &#171; cat&#233;gorie &#187; dans une perspective politique, c'est-&#224;-dire utile pour analyser des rapports sociaux de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le concept de &#171; care work &#187; (travail de soin) fait r&#233;f&#233;rence &#224; un ensemble de pratiques mat&#233;rielles et psychologiques destin&#233;es &#224; apporter une r&#233;ponse concr&#232;te aux besoins des autres et d'une communaut&#233; (dont des &#233;cosyst&#232;mes). On pr&#233;f&#232;re le concept de care &#224; celui de travail &#171; domestique &#187; ou de &#171; reproduction &#187; car il int&#232;gre les dimensions &#233;motionnelles et psychologiques (charge mentale, affection, soutien), et, pour moi et comme utilis&#233; ici, ne se limite pas aux aspects &#171; priv&#233;s &#187; et gratuits en englobant &#233;galement les activit&#233;s r&#233;mun&#233;r&#233;es n&#233;cessaires &#224; la reproduction de la vie humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Camille Bruneau : &#171; La dette : une arme patriarcale d&#233;ploy&#233;e dans les pays du Sud &#187;, AVP Dettes aux Suds, n&#176;77, 2019, &lt;a href=&#034;https://cadtm.org/La-dette-une-arme-patriarcale-deployee-dans-les-pays-du-Sud&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://cadtm.org/La-dette-une-arme-patriarcale-deployee-dans-les-pays-du-Sud&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Jules Falquet : &#171; Le capitalisme n&#233;olib&#233;ral, alli&#233; des femmes ? Perspectives f&#233;ministes mat&#233;rialistes et imbricationnistes &#187;, dans Verschuur, C., Gu&#233;rin, I., et Gu&#233;tat-Bernard ? H. (ed.). 2015. Sous le d&#233;veloppement, le genre, pp. 365-387. Cynzia Arruzza, Tithi Bhattacharya et Nancy Fraser, F&#233;minisme pour les 99 %, La D&#233;couverte, Paris, 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Jules Falquet. 2019. Imbrication : Femmes, race et classe dans les mouvements sociaux, &#201;ditions du croquant, 304 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Voir &#233;galement l'analyse de Michael Goldman, notamment autour des questions environnementales. Il s'int&#233;resse aussi &#224; comment la Banque mondiale s'est historiquement impos&#233;e comme d&#233;tentrice de savoirs, ce qui lui permet de consolider son h&#233;g&#233;monie. Michael Goldman (2005) : The World Bank and Struggles for Social Justice in the Age of Globalization, Yale University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] La notion de d&#233;veloppement est probl&#233;matique &#224; bien des &#233;gards, autant le concept en tant que tel - normatif et fa&#231;onn&#233; par une id&#233;ologie occidentale et eurocentrique- que ses origines historiques, ses intentions politiques, ainsi que ses cons&#233;quences sociales, &#233;conomiques, environnementales et culturelles. En r&#233;sum&#233;, il s'agit d'un outil du n&#233;ocolonialisme et du pillage organis&#233; mis en place apr&#232;s les ind&#233;pendances pour continuer &#224; contr&#244;ler l'organisation mondiale de la production et de la consommation, et donc, de la r&#233;partition des richesses. Il est clair que le contr&#244;le des capacit&#233;s productives et reproductives des femmes (leurs corps, leur fertilit&#233;) en est une dimension importante et parfois assum&#233;e. En plus des th&#233;ories dites du &#171; post-d&#233;veloppement &#187; ou des nombreuses critiques d&#233;coloniales ou anti-imp&#233;rialistes, voir &#201;ric Toussaint, &#171; Les mensonges th&#233;oriques de la Banque mondiale &#187; &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Les-mensonges-theoriques-de-la-Banque-mondiale&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/Les-mensonges-theoriques-de-la-Banque-mondiale&lt;/a&gt; ainsi que quelques articles amenant une lecture f&#233;ministe de la notion de d&#233;veloppement : Denise Comanne, &#171; Quelle vision du d&#233;veloppement pour les f&#233;ministes &#187;, 2005, &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Quelle-vision-du-developpement-pour-les-feministes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/Quelle-vision-du-developpement-pour-les-feministes&lt;/a&gt; ; Jules Falquet, &#171; Femmes, f&#233;minisme et &#8220;d&#233;veloppement&#8221; : une analyse critique des politiques des institutions internationales &#187;, dans Bisilliat, Jeanne (dir.) 2003. Regards de femmes sur la globalisation. Approches critiques, Paris, Karthala, pp 75-112 ; Roger Herla, &#171; Du Sud au Nord, impacts de mondialisation n&#233;olib&#233;rale sur le travail des femmes &#187;, CVFE - Publications, 2018, &lt;a href=&#034;http://www.cvfe.be/sites/default/files/doc/ep-2018-6-du_sud_au_nord._impacts_de_la_mondialisation.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cvfe.be/sites/default/files/doc/ep-2018-6-du_sud_au_nord._impacts_de_la_mondialisation.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Simon Kuznets, &#171; Economic Growth and Income Inequality &#187;, American Economic Review, n&#176;49, mars 1955, p.1-28.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] World Bank, World Development Report, 1982, World Development Indicators Washington, D.C. &lt;a href=&#034;http://documents.worldbank.org/curated/en/948041468152100530/World-development-report-1982&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://documents.worldbank.org/curated/en/948041468152100530/World-development-report-1982&lt;/a&gt; En fran&#231;ais : &lt;a href=&#034;http://documents1.worldbank.org/curated/en/680161468336317883/pdf/108870WBAR0FRENCH0Box35453B01PUBLIC1.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://documents1.worldbank.org/curated/en/680161468336317883/pdf/108870WBAR0FRENCH0Box35453B01PUBLIC1.pdf&lt;/a&gt; consult&#233; le 18 avril 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Cit&#233; par DEVESH KAPUR, JOHN P. LEWIS, RICHARD WEBB. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 1, p. 171.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Le capital au XXIe si&#232;cle, Le Seuil, 2013, 970 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] &#171; low inequality was not an indicator of a healthy economy &#187; Vladimir Hlasny et Paolo Verme, &#171; On the &#8216;Arab Inequality Puzzle' : A Comment &#187;, publi&#233; en janvier 2021 dans la Revue Development and Change de l'Institut des Etudes sociales de La Haye, p. 4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Pour une analyse historique et critique de &#171; l'inclusion &#187; des femmes dans le &#171; d&#233;veloppement &#187; par les grandes institutions internationales notamment l'ONU, voir Jules Falquet (2002), Op.cit. et Denise Comanne (2005), Op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Fran&#231;ois Bourguignon, The Poverty-Growth-Inequality Triangle, 2004, &lt;a href=&#034;https://www.researchgate.net/publication/5127146_The_Poverty-Growth-Inequality_Triangle&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.researchgate.net/publication/5127146_The_Poverty-Growth-Inequality_Triangle&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Banque Mondiale, Rapport sur le d&#233;veloppement dans le monde, Equit&#233; et d&#233;veloppement, 2006, &lt;a href=&#034;https://www.genreenaction.net/IMG/pdf/WDR2006overview-fr.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.genreenaction.net/IMG/pdf/WDR2006overview-fr.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Banque Mondiale, &#171; L'&#233;galit&#233; des sexes, un atout &#233;conomique &#187;, 2006, &lt;a href=&#034;http://documents1.worldbank.org/curated/en/482921468315359005/pdf/370080FRENCH0G10Box032734201PUBLIC1.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://documents1.worldbank.org/curated/en/482921468315359005/pdf/370080FRENCH0G10Box032734201PUBLIC1.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Banque Mondiale, 2014, Gender at Work : A Companion to the World Development Report on Jobs, &lt;a href=&#034;https://www.worldbank.org/content/dam/Worldbank/document/Gender/GenderAtWork_ExecutiveSummary.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.worldbank.org/content/dam/Worldbank/document/Gender/GenderAtWork_ExecutiveSummary.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] World Bank Group Gender Strategy (2015) : Gender Equality, Poverty Reduction and Inclusive Growth., &lt;a href=&#034;https://openknowledge.worldbank.org/handle/10986&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://openknowledge.worldbank.org/handle/10986&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Christine Vanden Daelen, &#171; F&#233;minismes et Banque mondiale : un mariage &#8216;contre-nature' &#187;, 2020, &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Feminismes-et-Banque-mondiale-un-mariage-contre-nature&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/Feminismes-et-Banque-mondiale-un-mariage-contre-nature&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] &lt;a href=&#034;http://ida.banquemondiale.org/theme/genre-et-egalite-des-sexes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://ida.banquemondiale.org/theme/genre-et-egalite-des-sexes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] L'intersectionnalit&#233; est un concept issu du black f&#233;minism et forg&#233; par la juriste am&#233;ricaine Kimberl&#233; Crenshaw pour rendre raison de l'existence de discriminations multiples jusque-l&#224; invisibilis&#233;es dans le cadre d'une approche segment&#233;e et hi&#233;rarchis&#233;e des discriminations au sein du droit. Selon le Mouvement europ&#233;en de lutte contre le racisme (ENAR), l'approche intersectionnelle permet de prendre en compte que des personnes qui se trouvent &#224; l'intersection de plusieurs sources de discriminations (ex : &#234;tre une femme, &#234;tre de religion musulmane, &#234;tre d'origine &#233;trang&#232;re,..) subissent souvent une nouvelle forme de discrimination r&#233;sultant du cumul de plusieurs caract&#233;ristiques. Finalement, &#171; C'est un outil pour lutter contre les discriminations &#224; l'int&#233;rieur des discriminations, prot&#233;ger les minorit&#233;s au sein des minorit&#233;s et combattre les in&#233;galit&#233;s au c&#339;ur des in&#233;galit&#233;s &#187; (Emilia Roig, Centrer for Intersectional Justice : &lt;a href=&#034;https://www.intersectionaljustice.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.intersectionaljustice.org/&lt;/a&gt;). Des f&#233;ministes d&#233;coloniales comme Fran&#231;oise Verg&#232;s rappellent que cette notion &#233;tait d&#233;j&#224; bien int&#233;gr&#233;e avant la reconnaissance du concept, par exemple au sein des luttes contre l'esclavage. Voir Fran&#231;oise Verg&#232;s. 2019. Un f&#233;minisme d&#233;colonial, &#233;ditions La Fabrique, 208 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Lovisa Moller et Rachel Sharpe pour ActionAid, &#171; Women as &#8216;underutilized assets'&#8211; A critical review of IMF advice on female labour force participation and fiscal consolidation &#187;, 2017, &lt;a href=&#034;https://actionaid.org/publications/2017/women-underutilized-assets&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://actionaid.org/publications/2017/women-underutilized-assets&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Agn&#232;s Adjamagbo et Anne-Emmanu&#232;le Calv&#232;s, L'&#233;mancipation f&#233;minine sous contrainte &#187;, Presses Science Po / Autrepart, N&#176; 61, 2012, pp. 3 -21.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Juan Pablo Bohoslavsky, &#171; Effets des r&#233;formes &#233;conomiques et des mesures d'aust&#233;rit&#233; sur les droits fondamentaux des femmes &#187;, 2018, &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Effets-des-reformes-economiques-et-des-mesures-d-austerite-sur-les-droits&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/Effets-des-reformes-economiques-et-des-mesures-d-austerite-sur-les-droits&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Christine Vanden Daelen, &#171; La dette, les PAS : analyse des impacts sur la vie des femmes &#187;, 2014, &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/La-dette-les-PAS-analyse-des-impacts-sur-la-vie-des-femmes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/La-dette-les-PAS-analyse-des-impacts-sur-la-vie-des-femmes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] J'insiste sur le &#8216;sp&#233;cifiquement' car il ne s'agit pas de savoir qui est plus ou moins impact&#233;, mais d'analyser les impacts sp&#233;cifiques selon o&#249; on se situe dans les rapports sociaux de genre, classe, race, ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Il n'est pas inutile de rappeler que le syst&#232;me capitaliste mais &#233;galement et plus g&#233;n&#233;ralement la pens&#233;e occidentale, se base sur une s&#233;rie de dualismes (&#171; hommes &#187; et &#171; femmes &#187; par exemple) dont une suppos&#233;e fronti&#232;re distincte entre &#171; l'humain &#187; et &#171; la nature &#187; ou encore le &#171; sauvage &#187;. L'&#234;tre humain peut puiser, tirer parti, exploiter, modifier, &#171; rentabiliser &#187;, dompter etc. le non-humain &#224; sa guise. C'est seulement ensuite qu'entre en jeu l'&#233;cologie, pour r&#233;parer les d&#233;g&#226;ts occasionn&#233;s &#224; l'&#171; environnement &#187;, entit&#233; l&#224; encore consid&#233;r&#233;e comme fondamentalement ext&#233;rieure &#224; &#171; nous &#187;. Au centre du d&#233;veloppement se trouve donc un rapport objectivant &#224; &#171; l'environnement &#187;, qu'il soit d'exploitation ou de &#171; protection &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Jules Falquet, &#171; Penser la mondialisation dans une perspective f&#233;ministe &#187;, Travail, Genre et Soci&#233;t&#233;s, 2011, n&#176; 25.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] ICIJ (2015) : &#171; New investigation reveals 3.4m displaced by World Bank &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.icij.org/inside-icij/2015/04/new-investigation-reveals-34m-displaced-world-bank/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.icij.org/inside-icij/2015/04/new-investigation-reveals-34m-displaced-world-bank/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] OIT, &#171; Les femmes au Travail. Tendances 2016 &#187;, 2016, Gen&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Juan Pablo Bohoslavsky (2018). Op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] Iolanda Fresnillo et Ver&#243;nica Serafini, &#171; World Bank and IMF response to debt crisis undermines women's rights &#187;, 2020, &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/World-Bank-and-IMF-response-to-debt-crisis-undermines-women-s-rights&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/World-Bank-and-IMF-response-to-debt-crisis-undermines-women-s-rights&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] Au Kenya, ceux-ci sont pass&#233;s de 400 &#224; 30 en un an, BWP (2017) : The IMF and Gender Equality, &lt;a href=&#034;https://www.brettonwoodsproject.org/wp-content/uploads/2017/04/IMF-and-Gender-Equality-VAT-1.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.brettonwoodsproject.org/wp-content/uploads/2017/04/IMF-and-Gender-Equality-VAT-1.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] Fr&#233;d&#233;rique Harrus, F., &#171; Scolarit&#233; : quand les r&#232;gles mettent les filles au ban de l'&#233;cole &#187;, 2015, &lt;a href=&#034;https://www.francetvinfo.fr/monde/scolarite-quand-les-regles-mettent-les-filles-au-ban-de-l-ecole_3066825.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.francetvinfo.fr/monde/scolarite-quand-les-regles-mettent-les-filles-au-ban-de-l-ecole_3066825.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] Lucile Daumas, &#171; Pourquoi la microfinance s'int&#233;resse-t-elle autant aux femmes ? &#187;, 2017, &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Pourquoi-la-microfinance-s-interesse-t-elle-autant-aux-femmes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/Pourquoi-la-microfinance-s-interesse-t-elle-autant-aux-femmes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] Le r&#233;seau du CADTM d&#233;nonce depuis longtemps que les femmes sont victimes des abus de la microfinance. On pense &#224; Denise Comanne (Op. Cit) ; ATTAC-CADTM Maroc ; les militant.es du CADTM en Inde et au Sri Lanka ou encore &#224; la campagne panafricaine contre le microcr&#233;dit. Voir par exemple : ATTAC CADTM Maroc. 2017. Le microcr&#233;dit au Maroc : quand les pauvres financent les riches. &#201;tude de terrain et analyse du syst&#232;me du microcr&#233;dit ; Eric Toussaint et Nathan Legrand, &#171; T&#233;moignages accablants sur les abus du microcr&#233;dit &#187;, 2018, &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Temoignages-accablants-sur-les-abus-du-microcredit&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/Temoignages-accablants-sur-les-abus-du-microcredit&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] Jules Falquet. 2002. Op. Cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] GenderAction (2010) : &#171; Critique of the World Bank's Applying Gender Action Plan Lessons : A three-Year Road Map for Gender Mainstreaming (2011-2013) &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.genderaction.org/publications/2010/critique_road_map.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.genderaction.org/publications/2010/critique_road_map.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40] BWP (2014) : &#171; World Bank admits gender equality not just about growth &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.brettonwoodsproject.org/2014/03/world-bank-admits-gender-equality-just-growth/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.brettonwoodsproject.org/2014/03/world-bank-admits-gender-equality-just-growth/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[41] BWP (2014) : &#171; World Bank criticised for overlooking care work &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.brettonwoodsproject.org/2014/01/bank-criticised-overlooking-care-work/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.brettonwoodsproject.org/2014/01/bank-criticised-overlooking-care-work/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[42] Banque Mondiale, &#171; Nouvelle strat&#233;gie du Groupe de la Banque mondiale pour le genre et l'&#233;galit&#233; des sexes : Consultations &#187;, &lt;a href=&#034;https://consultations.worldbank.org/fr/consultation/nouvelle-strategie-du-groupe-banque-mondiale-genre-legalite-sexes-consultations&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://consultations.worldbank.org/fr/consultation/nouvelle-strategie-du-groupe-banque-mondiale-genre-legalite-sexes-consultations&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[43] BWP (2019) : &#171; The World Bank and gender equality &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.brettonwoodsproject.org/wp-content&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.brettonwoodsproject.org/wp-content&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[44] Eurodad (2020) : &#171; How public services and human rights are being threatened by the growing debt crisis &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.eurodad.org/how_public_services_and_human_rights_are_being_threatened_by_the_growing_debt_crisis&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.eurodad.org/how_public_services_and_human_rights_are_being_threatened_by_the_growing_debt_crisis&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[45] Economic Policy Institute (2020) : &#171; Not everybodu can work from home &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.epi.org/blog/black-and-hispanic-workers-are-much-less-likely-to-be-able-to-work-from-home/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.epi.org/blog/black-and-hispanic-workers-are-much-less-likely-to-be-able-to-work-from-home/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[46] Si l'on pense aux rapports sociaux de genre, mais aussi si l'on s'appuie sur des exp&#233;riences pr&#233;c&#233;dentes comme l'&#233;pid&#233;mie d'Ebola.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[47] Banque Mondiale. 2006. Op. Cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[48] Elisabeth Pr&#252;gl, &#171; Neoliberalism with a Feminist Face : Crafting a new Hegemony at the World Bank &#187;, Feminist Economics, Vol. 23, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[49] Camille Bruneau (2020) : Une lecture &#233;cof&#233;ministe de la dette pour penser l'audit autrement, AVP n&#176; 79, &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Une-lecture-ecofeministe-de-la-dette-pour-penser-l-audit-autrement&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/Une-lecture-ecofeministe-de-la-dette-pour-penser-l-audit-autrement&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[50] Jules Falquet, &#171; Femmes, f&#233;minisme et d&#233;veloppement : une analyse critique des politiques des institutions internationales &#187; pr&#233;par&#233; pour les Cahiers Genre et d&#233;veloppement n&#176;3 et publi&#233; sur &lt;a href=&#034;http://1libertaire.free.fr/JulesFalquet01.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://1libertaire.free.fr/JulesFalquet01.html&lt;/a&gt; , consult&#233; le 11 avril 2021 Voir &#233;galement Robert Herla (2018) &#171; Du Sud au Nord, impacts de mondialisation n&#233;olib&#233;rale sur le travail des femmes &#187;, CVFE - Publications, &lt;a href=&#034;http://www.cvfe.be/sites/default/files/doc/ep-2018-6-du_sud_au_nord._impacts_de_la_mondialisation.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cvfe.be/sites/default/files/doc/ep-2018-6-du_sud_au_nord._impacts_de_la_mondialisation.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Capitalisme, dettes et in.ter.d&#233;pendances : une perspective f&#233;ministe (Camille)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/CAPITALISME-DETTES-ET-IN-TER-DEPENDANCES-UNE-PERSPECTIVE-FEMINISTE-CAMILLE</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/CAPITALISME-DETTES-ET-IN-TER-DEPENDANCES-UNE-PERSPECTIVE-FEMINISTE-CAMILLE</guid>
		<dc:date>2024-01-16T12:16:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Camille Bruneau, Sacha Gralinger, Thomas Perrodin</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-01-16</dc:subject>
		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans la pens&#233;e occidentale - autoproclam&#233;e universellement d&#233;sirable - ce terme &#233;voque un rapport plut&#244;t peu enviable. D&#233;pendance &#224; une substance (t'as rat&#233; ta vie, t'as pas de volont&#233;, ou t'es &#171; malade &#187;), d&#233;pendance affective (faiblesse, manque d'affirmation), &#233;conomique (incapable, assit&#233;&#183;e, flemmard&#183;e, profiteur&#183;euse, parasite.), ou encore physique (vuln&#233;rable, d&#233;go&#251;tant&#183;e, fardeau, inutile). Cette condition &#244;te ainsi la l&#233;gitimit&#233; de faire ses propres choix, qu'il s'agisse d'individu&#183;es (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2024-01-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2024-01-16&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-mouvement-des-femmes-dans-le-monde-+" rel="tag"&gt;Le mouvement des femmes dans le monde&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH112/dependances-b659c.png?1705407679' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans la pens&#233;e occidentale - autoproclam&#233;e universellement d&#233;sirable - ce terme &#233;voque un rapport plut&#244;t peu enviable. D&#233;pendance &#224; une substance (t'as rat&#233; ta vie, t'as pas de volont&#233;, ou t'es &#171; malade &#187;), d&#233;pendance affective (faiblesse, manque d'affirmation), &#233;conomique (incapable, assit&#233;&#183;e, flemmard&#183;e, profiteur&#183;euse, parasite.), ou encore physique (vuln&#233;rable, d&#233;go&#251;tant&#183;e, fardeau, inutile). Cette condition &#244;te ainsi la l&#233;gitimit&#233; de faire ses propres choix, qu'il s'agisse d'individu&#183;es ou de peuples entiers. La d&#233;pendance, comprise comme oppos&#233;e &#224; l'ind&#233;pendance, sugg&#232;re une relation &#224; sens unique. Quand on y pense, pourtant, tout le monde d&#233;pend de quelque chose ou de quelqu'un. Et si on s'y faisait ? Et si on d&#233;cidait de penser en termes d'interd&#233;pendance, d'interconnexions, et de s'organiser socialement et &#233;conomiquement en reconnaissant ce constat pour le coup (oui oui utilisons le gros mot) universel1 ? Ne serait-ce pas plus en phase avec la r&#233;alit&#233; ? Plus &#224; m&#234;me de remplir les besoins de toustes ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;17 d&#233;cembre 2023 | tir&#233; du site du CADTM&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Mais-qui-depend-de-qui-in-ter-dependances-et-dette-patriarcale&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/Mais-qui-depend-de-qui-in-ter-dependances-et-dette-patriarcale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Interroger la notion d'(in)d&#233;pendance n'est pas anodin car s'y dissimulent des rapports de pouvoir, comme au sein du (n&#233;o) colonialisme, du patriarcat, des relations interg&#233;n&#233;rationnelles ou encore du patronat. Un regard critique inspir&#233; notamment des luttes anticoloniales et f&#233;ministes permet de les d&#233;crypter, de se demander &#171; qui d&#233;pend de qui ? &#187; et de questionner la notion de d&#233;pendance m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cet article explore quelques &#233;l&#233;ments de r&#233;ponses et s'aventure &#224; allier questions &#233;conomiques et politiques &#224; l'ontologie, au philosophique, &#224; l'immat&#233;riel, &#224; l'affectif. Il propose de voir autrement ce qui compte vraiment dans ce monde d&#233;senchant&#233;. Il aborde la question des in&#183;ter&#183;d&#233;pendances en proposant une lecture &#233;cof&#233;ministe de la question des dettes et des futurs d&#233;sirables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Construite politiquement par les luttes et pens&#233;es anti-imp&#233;rialistes qui d&#233;noncent l'imposture des ind&#233;pendances, et celles, &#233;cof&#233;ministes, qui rendent justice - en les visibilisant - aux personnes, travaux, soins, proc&#233;d&#233;s, &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; la vie sur terre, j'ai &#233;t&#233; inspir&#233;e par ce th&#232;me de la &#171; d&#233;pendance &#187; : en fait tr&#232;s pr&#233;sent dans notre soci&#233;t&#233;... On s'en rend compte notamment &#224; partir de la perspective de la dette2 , formidable outil de transfert de richesses qui maintient les structures de pouvoir en place.J'en ai parl&#233; &#224; Sacha, qui, pour son travail de fin d'&#233;tudes, r&#233;fl&#233;chissait justement &#224; un nouveau concept : la &#171; dette patriarcale &#187; comme &#233;largissement des propos d&#233;velopp&#233;s dans le livre Nos vies valent plus que leurs cr&#233;dits que nous avons co&#233;crit avec Christine Vanden Daelen 3 et d'autres formidables contributrices. On s'est dit que c'&#233;tait l'occasion de se pr&#234;ter &#224; l'exercice. Au vu du sujet, il n'est pas inutile de pr&#233;ciser que nous sommes toutes deux des personnes blanches et valides physiquement, assign&#233;es femmes et actuellement d&#233;pendantes financi&#232;rement de revenus sociaux (et menac&#233;es de les perdre). Ceci est une exploration incompl&#232;te sur un aspect sp&#233;cifique de la question, sans pr&#233;tention d'&#234;tre les mieux plac&#233;es pour parler de d&#233;pendances, ni ambition de relativiser la violence du validisme. On se limite ici aux questions de genre mais on tient &#224; insister sur le fait que le patriarcat est un syst&#232;me de domination intimement li&#233; &#224; d'autres oppressions : le racisme, le classisme, l'h&#233;t&#233;ronormativit&#233;, le sp&#233;cisme, etc. Quand on utilise le terme &#171; femmes &#187;, c'est comme &#171; cat&#233;gorie analytique &#187; utile pour dresser les grandes lignes des effets genr&#233;es de la dette dans un monde organis&#233; autour de dualismes de genre. Ce terme inclut les personnes qui se reconnaissent dans cette r&#233;alit&#233; sociale et politique, ou y ont &#233;t&#233; assign&#233;es, mais peut &#233;galement inclure selon le sujet les personnes queer. Son utilisation ne se veut donc pas essentialiste, ni invisibilisante de la pluralit&#233; du genre, des sexualit&#233;s et des oppressions qui en r&#233;sultent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quand on pense &#224; &#171; d&#233;pendance &#187;, on pense &#224; &#171; ind&#233;pendance &#187;, et on pense souvent &#224; des &#234;tres humains. Autant &#224; des peuples entiers quand il s'agit d'ind&#233;pendance politique ou &#233;conomique de territoires qu'&#224; des personnes quand il s'agit d'autonomie, d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la sph&#232;re g&#233;opolitique comme micropolitique, la dette joue un grand r&#244;le dans l'obtention et le maintien, ou non, de son ind&#233;pendance. Les dettes dont je vais parler ici sont celles dites &#171; ill&#233;gitimes &#187;, c'est-&#224;-dire qui n'ont pas servi les int&#233;r&#234;ts des populations4 . Elles sont d&#233;sormais majoritaires, dans les Nords comme dans les Suds. Contract&#233;es soit en contrepartie d'une pr&#233;tendue &#171; ind&#233;pendance &#187; (dettes coloniales5 ) ou au nom du &#171; d&#233;veloppement &#187;, souvent aupr&#232;s d'institutions multilat&#233;rales, comme le Fonds mon&#233;taire international (FMI) ou la Banque mondiale, mais aussi de puissances (n&#233;o)colonisatrices et de plus en plus souvent sur les march&#233;s financiers, elles sont dans les deux premiers cas syst&#233;matiquement accompagn&#233;es de conditionnalit&#233;s et de juteux taux d'int&#233;r&#234;t. Hier comme aujourd'hui, les mesures impos&#233;es au nom du remboursement des dettes permettent de maintenir le flux de mati&#232;res premi&#232;res, main-d'ouvre, etc., bon march&#233;, n&#233;cessaires pour alimenter la surconsommation mondialis&#233;e et maintenir la &#171; croissance &#233;conomique &#187; des puissances industrielles et les pays occidentaux. Pourtant, si l'on prend en compte la totalit&#233; des transferts de richesses et des int&#233;r&#234;ts, les dettes sont dans bien des cas d&#233;j&#224; rembours&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outil absolument central &#224; l'accumulation capitaliste, le remboursement des dettes s'est ainsi impos&#233; comme primant sur toute autre pr&#233;occupation &#233;conomique, sociale ou &#233;cologique6 . Cette continuit&#233; des dynamiques coloniales (n&#233;ocolonialisme) facilit&#233;e par les dettes am&#232;ne les luttes anticoloniales &#224; revendiquer &#171; qui doit &#224; qui ? &#187; Pour exiger l'annulation, mais aussi comme outil politique qui permet de souligner la violence pass&#233;e et contemporaine des rapports NordsSuds. Pour ne pas pr&#233;tendre que ce pillage appartient au pass&#233;, il convient peut-&#234;tre justement de reformuler la question en termes plus actuels : &#171; qui d&#233;pend de qui ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la crise financi&#232;re de 2008 et le sauvetage des banques qui fait exploser la dette publique, les m&#234;mes types de mesures d'aust&#233;rit&#233; sont appliqu&#233;es aux Nords au nom du remboursement. Ces logiques deviennent, partout, la nouvelle norme n&#233;olib&#233;rale. Certaines sont sp&#233;cifiques selon les pays et continents, mais, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, elles suivent le m&#234;me mot d'ordre de r&#233;duction des d&#233;penses publiques (coupes budg&#233;taires, baisse des allocations et d&#233;penses sociales, gel des salaires, privatisations, hausse de la TVA, etc.). Cela conduit pourtant souvent &#224; une hausse des profits du secteur priv&#233; et &#224; un ass&#232;chement des finances publiques et des m&#233;nages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La dette accentue les in&#233;galit&#233;s de toutes sortes. Mais surtout, elle affecte de mani&#232;re sp&#233;cifique et disproportionn&#233;e les personnes et groupes sociaux d&#233;j&#224; marginalis&#233;&#183;es : les personnes pr&#233;caris&#233;es, &#226;g&#233;es, immigr&#233;es, non blanches, les travailleur&#183;euses pr&#233;caires, et, parmi elles, particuli&#232;rement les femmes et les personnes LGBTQIA+. Ces personnes perdent leurs revenus, s'endettent, augmentent leurs heures de travail de soin gratuit pour faire face &#224; la fermeture des services et la hausse des prix. Les riches deviennent toujours plus riches, et les pauvres toujours plus pauvres. Ce ne sont donc clairement pas les responsables qui paient, et l'accumulation continue du capitalisme en d&#233;pend. Encore une fois, qui d&#233;pend de qui, au final ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Par leur obligation de rentabilit&#233;, les politiques d'ajustement ne font pas qu'affecter des &#234;tres humains ou perp&#233;tuer le pillage colonial, mais contribuent &#233;galement &#224; la destruction des &#233;cosyst&#232;mes. L'id&#233;e, au centre du dogme n&#233;olib&#233;ral, selon laquelle chacun&#183;e a &#224; sa disposition les moyens et informations n&#233;cessaires pour faire les choix qui vont maximiser ses ressources &#233;conomiques (&#171; homo economicus &#187;) de mani&#232;re ind&#233;pendante ne tient pas compte de la r&#233;alit&#233; des rapports sociaux et des cycles de r&#233;g&#233;n&#233;ration des ressources naturelles, et est donc compl&#232;tement illusoire. Elle n'est par ailleurs pas d&#233;sirable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En fait, ce qui est dingue, c'est que le capitalisme semble &#234;tre construit sur une s&#233;rie de mythes, th&#233;ories, et id&#233;es fausses (imb&#233;cillit&#233; ou manipulation ?), dont il est compl&#232;tement d&#233;pendant, ce qui donne lieu &#224; une s&#233;rie d'invisibilisations qui ont des effets n&#233;fastes : &#231;a ne tient pas la route !! &#192; croire que l'une des caract&#233;ristiques du capitalisme est de diminuer au lieu de valoriser, sacraliser, reconna&#238;tre, soutenir ce dont on d&#233;pend pour (sur)vivre (en gros, le travail de reproduction sociale et un environnement viable). Concr&#232;tement, cette tendance peut avoir comme cons&#233;quence de d&#233;truire les choses desquelles on d&#233;pend vitalement, pour les communaut&#233;s directement concern&#233;es particuli&#232;rement, mais aussi pour la vie en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce constat accablant s'inscrit dans le mode de pens&#233;e occidental qui est fond&#233; sur la croyance en des dualismes hi&#233;rarchis&#233;s (hommes/femmes, humain/non-humain, production/reproduction, civilis&#233;/sauvage, blanc/non-blanc, intellectuel/manuel, etc.). Ces s&#233;parations sont au centre des rapports de domination (en justifiant ces derniers) et du rapport probl&#233;matique de nos soci&#233;t&#233;s au soin et &#224; l'interd&#233;pendance. Ce constat est notamment port&#233; par les luttes (&#233;co)f&#233;ministes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;CONOMIES F&#201;MINISTES ET AUTRES REGARDS SUR L'AUTONOMIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des impacts sp&#233;cifiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre contexte est &#233;galement celui du patriarcat, et m&#234;me de l'h&#233;t&#233;ropatriarcat : il se fonde sur une &#171; division sexuelle du travail &#187;, des normes de genre, et des in&#233;galit&#233;s professionnelles. Les activit&#233;s dites de &#171; reproduction sociale &#187; (ou de soin, de care), c'est-&#224;-dire n&#233;cessaires &#224; la reproduction de la soci&#233;t&#233; (soins aux personnes, &#233;ducation des enfants, nettoyage des lieux de travail, de socialisation, de vie, etc.) sont effectu&#233;es par une &#233;crasante majorit&#233; de femmes, de mani&#232;re gratuite et de mani&#232;re (sous) r&#233;mun&#233;r&#233;e. Ces derni&#232;res, comme ces activit&#233;s, sont d&#233;valoris&#233;es socialement : elles ne sont clairement pas une priorit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On constate par ailleurs une tr&#232;s grande proportion de personnes (principalement des femmes mais pas que) migrantes dans les secteurs du soin, du nettoyage et de la garde d'enfant. Plus le travail est consid&#233;r&#233; comme sale (et pourtant souvent d'autant plus important), plus il est d&#233;nigr&#233;, plut&#244;t que reconnu et c&#233;l&#233;br&#233;. C'est ce que l'on nomme la &#171; cha&#238;ne globale du care &#187; : le travail des peuples, notamment des femmes, des Suds, assure le confort des m&#233;tropoles &#224; moindre co&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les femmes, surtout certaines, sont donc cantonn&#233;es dans certains types d'emplois (CDDs, temps partiels, &#233;chelons bas, etc.), ont des revenus inf&#233;rieurs et sont pourtant en charge de la majorit&#233; des d&#233;penses quotidiennes du m&#233;nage. Elles ont aussi de ce fait moins de patrimoine et de capital, sont moins &#171; &#233;quip&#233;es &#187; pour faire face aux crises et en paient le prix fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, les mesures d'aust&#233;rit&#233; mises en place pour le remboursement de la dette publique touchent en premier lieu les secteurs consid&#233;r&#233;s comme &#171; non productifs &#187; : ceux de la sant&#233;, de l'enseignement, etc., et donc touchent les femmes sp&#233;cifiquement, en tant que travailleuses majoritaires et usag&#232;res principales (&#233;galement pour les personnes qu'elles ont &#224; charge, par exemple dans les cr&#232;ches). Ces secteurs sont pourtant essentiels, comme l'a bien montr&#233; la d&#233;sastreuse gestion de l'&#233;pid&#233;mie de Covid-19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dette du care&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un d&#233;nominateur commun aux pratiques f&#233;ministes est la mise en &#233;vidence du travail de soin : aux personnes, de la soci&#233;t&#233;, des communs, bref du monde. Dans quelles conditions ce soin est effectu&#233; et comment il est r&#233;parti en dit long sur les rapports sociaux in&#233;galitaires qui traversent nos soci&#233;t&#233;s dites &#171; modernes &#187;. Les &#233;conomies f&#233;ministes proposent ainsi de remettre le soin au centre de nos pr&#233;occupations, de le reconna&#238;tre, le valoriser, de le r&#233;mun&#233;rer, peut-&#234;tre, ou encore de le c&#233;l&#233;brer, le collectiviser. Rendre visibles ces activit&#233;s permet de se rendre compte de leur ampleur, leur importance et de tout ce qu'elles impliquent (t&#226;ches, comp&#233;tences, temps, ressources n&#233;cessaires, co&#251;ts, engagement affectif et &#233;motionnel) et ainsi le reconna&#238;tre comme un &#171; bien soci&#233;tal de valeur7 &#187;. Cela signifie que, dans les conditions actuelles, toute une partie de la soci&#233;t&#233; (grossi&#232;rement, les classes dominantes et les hommes) est redevable et d&#233;bitrice de ce qu'on appelle la dette du care, une &#233;norme &#171; dette de soin &#187;. Plus pr&#233;cis&#233;ment, il s'agit d'une dette due par les personnes qui non seulement pourraient prendre soin d'elles-m&#234;mes, comme le dit Amaia P&#233;rez Orozco8 , mais aussi prendre en charge une s&#233;rie de t&#226;ches de soin, mais ne le font pas et voient ainsi leur temps, confort et accumulation de capital augmenter, au d&#233;triment de celui des autres. &#171; Quand on regarde qui donne et qui re&#231;oit, l'imbrication des oppressions devient &#233;vidente tant &#224; l'&#233;chelle individuelle que globale : certains groupes sociaux ne remplissant pas leurs propres besoins les d&#233;l&#232;guent &#224; des personnes venues d'ailleurs, ce qui cr&#233;e une dette du care aux dimensions non seulement genr&#233;es, mais aussi g&#233;ographiques, raciales et de classe.9 &#187; Les slogans des gr&#232;ves et luttes f&#233;ministes &#171; qui doit &#224; qui ? &#187;et &#171; quand les femmes s'arr&#234;tent, le monde s'arr&#234;te ! &#187;10 sont l'incarnation du ras-le-bol de ce d&#233;s&#233;quilibre et r&#233;sonne avec notre &#171; qui d&#233;pend de qui ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vuln&#233;rables, et alors ? Critique de l'individu autonome &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que de nombreuses t&#226;ches qui constituent cette dette du care soient peu reconnues et souvent effectu&#233;es hors des regards11 permet &#233;galement d'alimenter l'ingratitude qu'elles suscitent et le mythe de l'individu autonome, qui n'aurait besoin de personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet acharnement &#224; renier sa d&#233;pendance envers les autres et &#224; la consid&#233;rer comme quelque chose de n&#233;cessairement p&#233;joratif et d&#233;shonorant est typique de la domination masculine12. Cela signifie que ce ne sont pas &#171; les hommes &#187;, mais pr&#233;cis&#233;ment la d&#233;valorisation du soin en tant que tel (et des personnes qui l'effectuent) qu'il faut combattre en tant que socle du patriarcat, mais aussi du capitalisme et d'autres syst&#232;mes d'exploitation qui en profitent tout autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'apport d'une perspective f&#233;ministe est donc &#171; d'enlever le caract&#232;re p&#233;joratif de la d&#233;pendance et de la vuln&#233;rabilit&#233;, et donc de s'&#233;loigner des notions d'autonomie et d'ind&#233;pendance glorifiant la libert&#233; individuelle. D&#233;pendance et vuln&#233;rabilit&#233; font partie int&#233;grante de la condition humaine, certaines personnes n&#233;cessitent plus de soins &#224; des moments donn&#233;s de leur vie, d'autres sont plus aptes &#224; les donner. Tout le monde, personnes &#034;autonomes&#034; comprises, a constamment besoin de soins &#233;motionnels13 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une reconnaissance de ce besoin de soins et de nos vuln&#233;rabilit&#233;s permet d'enrichir les implications de la reconnaissance d'une dette du care. Il ne s'agit pas de vouloir la &#171; supprimer &#187; &#224; tout prix en &#233;tant &#171; chacun&#183;e pour soi &#187; ou en exigeant compensation ou r&#233;mun&#233;ration et en abolissant la gratuit&#233;. En effet, il serait peut-&#234;tre pertinent, comme d'autres formes de dettes, d'en reconna&#238;tre la part ill&#233;gitime et de plaider pour une soci&#233;t&#233; sans dette du care ill&#233;gitime. Nous voulons continuer &#224; prendre soin des gens que l'on aime, &#224; prendre soin des gens qui en ont besoin, qu'iels puissent &#171; rendre la pareille &#187; ou non. On pourrait dire que c'est une dette, mais est-ce vraiment le bon mot ? Ce que nous ne voulons plus, c'est le faire dans l'invisibilisation et l'ingratitude g&#233;n&#233;rale, dans des conditions indignes sans contrepartie. Un monde sans dette du care signifie, au-del&#224; de possibles compensations, de r&#233;elles r&#233;parations qui ne pourront se mat&#233;rialiser que dans une n&#233;cessaire r&#233;organisation de nos soci&#233;t&#233;s et avec de nouvelles mani&#232;res de concevoir, donner et recevoir le soin, conscientes de cette responsabilit&#233; collective et de nos interd&#233;pendances.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA DETTE PATRIARCALE : UNE PROPOSITION (SACHA)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; La dette du care a &#233;t&#233; avanc&#233;e comme un puissant outil politique pour revendiquer le non-paiement de la dette publique et la fin des politiques d'ajustement et d'aust&#233;rit&#233;. Cette dette serait d&#233;j&#224; largement compens&#233;e par ce travail, fut-il reconnu. Pourquoi reste-t-elle impay&#233;e ? Pourquoi est-ce que les &#171; femmes ne s'arr&#234;tent pas &#187; pour &#171; imposer leurs droits &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour exister, le capitalisme patriarcal d&#233;pend d'autres m&#233;canismes rendant possible l'exploitation continuelle du travail du care et pour maintenir une grande partie des prestataires de soins et les femmes dans une situation de pr&#233;carit&#233; &#233;conomique et d'impuissance politique. Cette immense injustice engendre le sentiment qu'on nous doit encore bien plus qu'une reconnaissance de cette dette du care. C'est ce que nous proposons ici d'appeler la &#171; dette patriarcale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dette patriarcale est une violence, car elle d&#233;coule de toutes les formes de violences inh&#233;rentes au patriarcat et aux r&#244;les et normes de genre strictes : violences &#233;conomiques, symboliques et institutionnelles qui sont accompagn&#233;es de violences physiques, surtout quand on d&#233;vie de la norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons identifi&#233; quatre dimensions qui composeraient la dette patriarcale et qui nous semblaient indispensables pour mettre encore plus en lumi&#232;re les d&#233;s&#233;quilibres engendr&#233;s par le capitalisme patriarcal. La premi&#232;re dimension serait tout simplement la dette du care. Celle-ci augmente quand la dette financi&#232;re augmente, par exemple des personnes compensent par leur travail gratuit la destruction de l'&#201;tat social. La deuxi&#232;me dimension, ce sont les in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques qui d&#233;coulent des st&#233;r&#233;otypes et discriminations de genre et font en sorte que les femmes d&#233;pensent plus et/ou gagnent moins. En plus d'occulter les choses dont on d&#233;pend vraiment, le capitalisme patriarcal cr&#233;e des n&#233;cessit&#233;s de d&#233;penses et des illusions de besoins qui sont bien souvent genr&#233;es : pour les &#171; hommes &#187;, ce seront des articles de sport, des voitures, etc., tandis que pour les &#171; femmes &#187;, ce seront des produits cosm&#233;tiques ou de m&#233;nage. L'impact sur les portefeuilles et les individus est lui aussi genr&#233;. En effet, les articles destin&#233;s aux hommes sont souvent plus de l'ordre de l'investissement de capital (v&#233;hicule), tandis que ceux pour les femmes sont de l'ordre de la consommation courante ou du soin aux autres, elles n'en profitent pas forc&#233;ment directement, ni &#224; long terme. De nombreuses d&#233;penses sont aussi directement li&#233;es &#224; la pression de se conformer aux normes de genre, pression beaucoup moins complexe et co&#251;teuse pour les hommes. M&#234;me quand certains besoins semblent partag&#233;s, intervient ce qui est connu comme la &#171; taxe rose &#187; : un m&#234;me objet co&#251;tera plus cher dans sa version destin&#233;e aux femmes (un rasoir rose, une coupe de cheveux, un short de sport.). Cette taxe est estim&#233;e &#224; une centaine d'euros par mois14. Ces d&#233;penses suppl&#233;mentaires doivent &#234;tre effectu&#233;es avec un revenu en moyenne inf&#233;rieur d&#251; aux in&#233;galit&#233;s professionnelles et patrimoniales. Cela peut &#234;tre accompagn&#233; de cons&#233;quences psychologiques (estime de soi, etc.) ou d'un endettement priv&#233;. Troisi&#232;mement, on peut y inclure les in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques dues &#224; l'augmentation de la dette publique. En plus des pertes de revenus et de l'usage de services devenus plus chers ou moins accessibles, elles paient le prix fort de l'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En effet, via leurs contributions fiscales15, des d&#233;penses quotidiennes sans cesse major&#233;es mais aussi via les dettes priv&#233;es qu'elles contractent pour parer aux insuffisances de l'&#201;tat et assurer la (sur)vie de leursproches16, les femmes contribuent de fa&#231;on disproportionn&#233;e au remboursement de la dette publique et augmentent ainsi involontairement les profits des cr&#233;anciers (banques, fonds sp&#233;culatifs, institutions financi&#232;res internationales) v&#233;ritables responsables de la crise.17 &#187;. Elles trouvent des solutions concr&#232;tes, adaptent leur temps de travail, restent dans un foyer violent. L'effet cumulatif r&#233;sulte en une usure qui affecte tr&#232;s gravement les personnes d&#233;j&#224; situ&#233;es du &#171; c&#244;t&#233; perdant &#187; des diff&#233;rents rapports de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quatri&#232;me dimension est celle qui m'a donn&#233; l'envie de parler de &#171; dette patriarcale &#187;. C'est son autre dimension &#171; non financi&#232;re &#187; qui se r&#233;f&#232;re &#224; l'exploitation de nos corps f&#233;minins et marginaux, historiquement domestiqu&#233;s, hypersexualis&#233;s, (d&#233;)poss&#233;d&#233;s, instrumentalis&#233;s et violent&#233;s. Alors que je me baladais dans la rue et venais de me faire harceler pour la Ni&#232;me fois, je me suis dit &#171; et si on reconnaissait tout ce harc&#232;lement, les f&#233;minicides, les violences conjugales et toutes les violences sexistes et sexuelles comme une dette ? Comme quelque chose qu'on nous a pris (nos vies, nos &#233;nergies, nos dignit&#233;s, nos joies), et qui m&#233;riterait r&#233;paration ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Historiquement, on peut y inclure les professions et possessions des femmes accus&#233;es de sorcellerie ou mari&#233;es de force, et, hier comme aujourd'hui, la perte de leurs terres agricoles face &#224; l'agriculture productiviste (aujourd'hui justifi&#233;e par la pression du remboursement ou du d&#233;veloppement). De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, il s'agit de toutes ces violences qui nous gardent &#171; &#224; nos places &#187;, qui emp&#234;chent tellement d'adelphes de se lib&#233;rer, de gagner leur vie, toutes ces violences qui sont tellement normalis&#233;es qu'on ne les nomme pas ainsi mais qui sont &#224; la base de la domination masculine. Les &#171; hommes &#187;, en tant que classe, ne d&#233;pendent &#233;videmment pas du harc&#232;lement (contrairement au travail gratuit), mais le patriarcat oui. Il permet le maintien des oppressions et privil&#232;ges, car toute oppression a besoin d'un outil pour faire taire les opprim&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus des dommages physiques et symboliques, cette violence implique toute une s&#233;rie de d&#233;penses (psychologues, gyn&#233;cologues, avocats.). Les personnes pr&#233;serv&#233;es de la violence n'auront jamais &#224; assumer de tels co&#251;ts. Encore une injustice &#233;conomique historique et structurelle. Enfin, la dette et l'aust&#233;rit&#233; augmentent encore les violences sexistes auxquelles sont confront&#233;es les femmes (sabrage des droits sexuels et reproductifs, expulsions de territoires pour gros projets d'am&#233;nagement, fermeture de centres d'accueil, etc.). Les dettes sont li&#233;es et usent les femmes dans leurs corps, leur quotidien, leurs ressources, leur temps, leur travail et leurs possibles. Elles les maintiennent en situation de subordination et de pr&#233;carit&#233;, voire de d&#233;pendance &#233;conomique, alors que le monde d&#233;pend vitalement de leur travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que cette dette patriarcale reste non reconnue, et donc impay&#233;e, constitue un &#233;norme d&#233;faut des classes dominantes qui permet de maintenir leurs privil&#232;ges et leurs accumulations de capital. Nous avons voulu pr&#233;senter cette &#233;bauche sur la dette patriarcale pour proposer de s'int&#233;resser &#224; tous les aspects d'une dette (mon&#233;taires et non mon&#233;taires). C'est utile non seulement pour la cause f&#233;ministe mais aussi comme m&#233;thodologie &#224; appliquer dans le cadre d'autres endettements et dominations syst&#233;miques. Par exemple, quand on parle d'endettement Nords/Suds, il est possible de faire rentrer les dommages symboliques, culturels, l'esclavagisme, la supr&#233;matie blanche dans l'&#233;quation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article nous a permis aussi de nous rendre compte qu'on pouvait inclure d'autres choses que du &#171; travail &#187; ou des &#171; services &#187; dans le non-mon&#233;taire, mais aussi des aspects plus immat&#233;riels comme des relations de d&#233;pendances, de redevabilit&#233;, de culpabilit&#233;. Il est donc essentiel de se demander &#171; qui d&#233;pend de qui ? &#187; aujourd'hui pour &#233;viter de nouvelles dettes dans le futur, mais, surtout, pour affirmer la valeur de notre place dans le monde et donc de plaider pour des relations solidaires d'interd&#233;pendances assum&#233;es et non hi&#233;rarchiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;FAIRE PARTIE DU MONDE (CAMILLE &amp; SACHA)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apports &#233;cof&#233;ministes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre dominant enl&#232;ve toute valeur et invisibilise l'autre pilier de la reproduction de la vie sur terre : les capacit&#233;s r&#233;g&#233;n&#233;ratrices de &#171; la nature &#187;, elles aussi n&#233;cessaires &#224; l'accumulation capitaliste. Ceci est un des postulats de base des &#233;cof&#233;minismes, qui proposent donc de remettre en question les principaux piliers &#233;conomiques et culturels de l'Occident : les dominations violentes de l'humain sur la nature et des hommes sur les femmes. Celles-ci, &#233;videmment, s'imbriquent avec d'autres rapports in&#233;galitaires : de race, de classe, de sexe, de genre, d'esp&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En effet, cette pens&#233;e permet de s'attaquer aux racines de ces exploitations en identifiant les logiques communes et en s'attaquant &#224; la domination et &#224; la hi&#233;rarchie en tant que telles, comme mode de fonctionnement du mod&#232;le occidental fond&#233; sur une vision pyramidale du monde. C'est-&#224;-dire que les hommes blancs, technocrates seraient en haut, suivi des travailleurs manuels, puis les femmes, les enfants, les animaux, ensuite les plantes, et enfin les cailloux, eaux et autres entit&#233;s dites &#171; inertes &#187;. Cette hi&#233;rarchie donnerait le droit d'exploiter ce qui est classifi&#233; comme inf&#233;rieur (en tant que &#171; ressources exploitables &#187;). Pourtant, si on y r&#233;fl&#233;chit, plus c'est en bas, plus c'est ce de quoi on d&#233;pend. Cela permet, non pas de dire que tous les corps marginalis&#233;s vivent les m&#234;mes oppressions, mais que ceux-ci font partie d'un m&#234;me tout, qui applique des logiques analogues, logiques qui doivent ainsi &#234;tre combattues conjointement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;cof&#233;minismes, en proposant de s'&#233;loigner des hi&#233;rarchies et exploitations, portent nos regards sur les proc&#233;d&#233;s qui ensemble font monde et enrichissent encore la question de l'endettement. Ils invitent &#224; se demander ce qui compte vraiment. En d'autres termes, de quoi d&#233;pend-on ? En tant qu'individu&#183;es, mais aussi communaut&#233;s, soci&#233;t&#233;, esp&#232;ces, &#234;tres vivants. Ariel Salleh a par exemple d&#233;velopp&#233; la notion de &#171; dette incarn&#233;e18 &#187;, qui a pour objectif de visibiliser ce que nous devons toustes &#224; tout ce qui prend soin du monde. Il s'agit de tous les proc&#233;d&#233;s (avec interaction humaine ou non) qui permettent la reproduction des conditions de vie : compostage, fertilisation des sols, filtration de l'eau, soin aux enfants, entretien des communs, pr&#233;servation des savoirs m&#233;dicinaux et agricoles, d&#233;pollution, innovations, photosynth&#232;se, etc. Ces activit&#233;s sont effectu&#233;es par la petite paysannerie, par des peuples indig&#232;nes, par des femmes, par des &#234;tres non humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Petit &#224; petit, on commence &#224; se dire que la dette financi&#232;re dont on entend tant parler est la partie visible de l'iceberg. Tout comme, au final, les pratiques &#171; capitalistes &#187; : tant d'autres modes de fonctionnements et pratiques existent, que ce soit dans les &#233;cosyst&#232;mes (dont nous faisons partie) ou les soci&#233;t&#233;s in&#233;galitaires hors/non capitalistes ou anticapitalistes, et m&#234;me dans les quotidiens capitalistes (faire un cadeau, donner un coup de main)19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le non-mon&#233;taire comme levier politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re inestimable de la vie fait que l'&#233;cologie, tout comme le soin, qui est aussi compos&#233;e de dimensions &#233;motionnelles qui ne pourront jamais &#234;tre mon&#233;tis&#233;es, est incompatible avec le capitalisme. Nous avons tenu dans cet article &#224; mettre en avant la dimension non mon&#233;taire de la dette et sa port&#233;e politique. Dans les mouvements anti-dettes, on parle d'abord d'annulation, mais on parle aussi de r&#233;parations mat&#233;rielles ou symboliques (on peut par exemple rendre des objets vol&#233;s, restaurer des monuments, mettre en place des processus de r&#233;habilitation, formuler des excuses publiques, ou reconna&#238;tre une oppression historique). Tenter de calculer une dette en argent peut &#234;tre tr&#232;s utile pour calculer des r&#233;parations, certes, mais cela sous-entend aussi que, si on a de l'argent pour rembourser, on peut d&#233;truire. L'analyse non mon&#233;taire des dettes permet de faire un pas de c&#244;t&#233; en refusant ce principe et en affirmant que l'argent ne suffit pas. Elle permet donc d'envisager des r&#233;parations non seulement quantitatives mais aussi qualitatives et ax&#233;es vers le futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La reconnaissance des dettes non mon&#233;taires expose l'ampleur de ce qui est d&#251; &#224; certaines populations et groupes sociaux. En effet, en se rendant compte que les personnes marginalis&#233;es, particuli&#232;rement celles &#224; la crois&#233;e de plusieurs oppressions syst&#233;miques, sont concern&#233;es de mani&#232;re cumulative par ces oppressions et processus d'extraction qui d&#233;coulent des diff&#233;rentes dettes, on se rend compte &#224; quel point celles-ci font syst&#232;me et maintiennent les rapports de pouvoir en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant de ce principe, on peut expliquer la raison d'&#234;tre de la reconnaissance d'une dette patriarcale : en incarnant les d&#233;g&#226;ts multiformes de l'h&#233;t&#233;ropatriarcat capitaliste, cette reconnaissance permet de r&#233;clamer des r&#233;parations qualitatives. Elle constitue un outil d'analyse politique et encourage &#224; reconna&#238;tre ce que le patriarcat doit au monde (aux femmes mais aussi &#224; la soci&#233;t&#233; de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale). Comme la dette coloniale, &#233;cologique, ou du care, elle permet d'inverser les logiques, de donner une justification politique &#224; la mise en place d'autres rapports et nous rappelle que la &#171; dette &#187; n'est pas juste une question &#233;conomique, mais peut induire de la redevabilit&#233;, de l'&#233;change, de la reconnaissance, de la gratitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela permet de remettre en perspective &#171; qui doit &#224; qui &#187;, de reconna&#238;tre &#171; qui d&#233;pend de qui &#187; afin d'entamer une telle justice &#233;conomique (r&#233;formes fiscales, annulations de dette, identifications et condamnation des responsables.), et de r&#233;fl&#233;chir &#224; d'autres possibles socialement et &#233;cologiquement justes, afin de les mettre en place &#224; nos &#233;chelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les humain&#183;es d&#233;pendent les un&#183;es des autres, et des &#233;cosyst&#232;mes, dont nous faisons partie. Ces derniers d&#233;pendent aussi de nous et du respect et du soin qu'on leur apporte. &#171; Nous &#187; - ce tout, qui fait monde - d&#233;pendons de la durabilit&#233; et de la qualit&#233; de ces liens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#234;ves d'interd&#233;pendances - autres possibles et imaginaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambition d'un monde centr&#233; autour du soin qui pr&#234;terait r&#233;ellement attention aux interd&#233;pendances et interconnexions signifie de remettre ainsi la vie au sens large au centre de nos pr&#233;occupations, et que la notion de soin doit donc &#234;tre &#233;largie aux &#233;cosyst&#232;mes. Contrairement aux &#233;conomistes mainstream, partons de la r&#233;alit&#233; : de nombreuses pratiques existent, que ce soit au sein de communaut&#233;s ancestrales, de populations appauvries ou de mouvements de luttes, qui sont inspirantes et en phase avec la r&#233;alit&#233; du monde. Inspironsnous de ce qui existe d&#233;j&#224; et osons l'imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Parmi les propositions - nombreuses - &#224; explorer, inventer, compl&#233;ter, figurent la socialisation du soin20, ou encore des &#233;bauches d'&#233;conomies r&#233;g&#233;n&#233;ratives. Ariel Salleh fait par exemple le lien entre des &#171; soci&#233;t&#233;s &#233;galitaires &#187; et le mode de fonctionnement des &#233;cosyst&#232;mes et proc&#233;d&#233;s naturels qui ne cr&#233;ent ni &#171; pertes &#187; ni &#171; dettes &#187; mais des &#233;quilibres21 : les acteur&#183;rices - humain&#183;es et non humain&#183;es - sont consid&#233;r&#233;&#183;es pleinement, reconnu&#183;es pour le r&#244;le qu'iels jouent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yolanda Fern&#225;ndez Vargas22 propose quant &#224; elle de mettre fin &#224; l'aust&#233;rit&#233; et de penser l'attribution des ressources publiques en fonction de la durabilit&#233; de la vie, en se basant sur des crit&#232;res multiples non hi&#233;rarchisables, de mani&#232;re adapt&#233;e au contexte et &#224; l'&#233;coute des marges. Il s'agit aussi de se r&#233;approprier et de re-collectiviser les communs, qui sont des choses tangibles (une for&#234;t, un h&#244;pital.) mais aussi immat&#233;rielles (reproduction sociale, savoirs.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pr&#233;tendons pas ici avoir les r&#233;ponses ni les exp&#233;riences et v&#233;cus suffisants pour les alimenter. Nous aspirons justement, avec d'autres copaines, &#224; mettre en place des ateliers, moments d'&#233;changes, de partage et d'imagination collective autour de la question des &#233;conomies r&#233;g&#233;n&#233;ratives et de la socialisation qui pourraient, de mani&#232;re participative, proposer des &#233;bauches de ces mondes possibles. &#192; vous, &#224; nous, de jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AUTRICES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sacha (Lisa) Gralinger est active dans des luttes f&#233;ministes et queer depuis quelques ann&#233;es en c&#244;toyant manifestations, lieux de rencontres, collectifs, ZADs, et squats. Elle termine ses &#233;tudes en coop&#233;ration internationale, avec un m&#233;moire sur l'utilit&#233; politique des dettes non mon&#233;taires, apr&#232;s avoir fait son stage au CADTM (Comit&#233; pour l'abolition des dettes ill&#233;gitimes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camille Bruneau navigue entre plusieurs mondes et luttes depuis son adolescence o&#249; elle c&#244;toie les milieux punks, voyage hors des fronti&#232;res europ&#233;ennes, et s'inspire d'une maman f&#233;ministe. Titulaire d'un dipl&#244;me en sociologie rurale et &#171; d&#233;veloppement international &#187;, elle continue &#224; construire son analyse des syst&#232;mes de domination nourrie par les &#233;cof&#233;minismes et l'anarchisme au sein de diverses occupations, luttes f&#233;ministes et du CADTM (Comit&#233; pour l'abolition des dettes ill&#233;gitimes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Elle y co&#233;crit le livre Nos vies valent plus que leurs cr&#233;dits : face aux dettes, des r&#233;ponses f&#233;ministes avec Christine Vanden Daelen et l'aide d'autres ami&#183;es. Souvent nomade, elle se forme d&#233;sormais &#224; la m&#233;canique poids lourd et &#224; l'herboristerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son int&#233;r&#234;t porte de plus en plus sur les questions de soin, et son ambition dans la construction d'autres possibles pluriels et radicaux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NOTES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Nous ne d&#233;fendons en aucun cas les positionnements universalistes (comme assum&#233;s par certaines f&#233;ministes mainstream), mais voulons dire ici que tout le monde (en tant qu'individu&#183;e ou collectivit&#233;), sans exception, d&#233;pend de quelque chose ou de quelqu'un. Donc sans occulter les besoins et d&#233;pendances sp&#233;cifiques en fonction de sa situation, son contexte, son v&#233;cu, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
2. On ne parle pas ici des dettes tout &#224; fait l&#233;gitimes pour financer de chouettes projets, les syst&#232;mes de protection sociale, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Camille Bruneau, Christine Vanden Daelen, (2022). Nos vies valent plus que leurs cr&#233;dits : face aux dettes, des r&#233;ponses f&#233;ministes. Le passager clandestin. &lt;br class='autobr' /&gt;
4. Commission pour la v&#233;rit&#233; sur la dette grecque (2015) : &#171; D&#233;finition des dettes ill&#233;gitimes, ill&#233;gales, odieuses et insoutenables &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/&lt;/a&gt; Definition-des-dettesillegitimes &lt;br class='autobr' /&gt;
5. Les dettes coloniales se r&#233;f&#232;rent en g&#233;n&#233;ral aux dettes que les puissances colonisatrices avaient contract&#233;es pour financer l'entreprise coloniale, et qui ont &#233;t&#233; &#171; transf&#233;r&#233;es &#187; aux pays colonis&#233;s lors de leur ind&#233;pendance : ceux-ci doivent payer pour les crimes qu'on leur a inflig&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
6. Voir par exemple Camille Bruneau et Christine Vanden Daelen (2022) ou &#201;ric Toussaint (2017). Syst&#232;me Dette : Histoire des dettes souveraines et de leur r&#233;pudiation. Les liens qui lib&#232;rent.&lt;br class='autobr' /&gt;
7. Camille Bruneau et Christine Vanden Daelen (2022), p. 232. &lt;br class='autobr' /&gt;
8. Cit&#233;e dans Blanca Bayas (2017). Care debt : Patriarchy and capital on the offensive, Feminist economics as a proposal. Observatori del deute en la globalitzacio. &lt;br class='autobr' /&gt;
9. Camille Bruneau et Christine Vanden Daelen (2022), p. 231. &lt;br class='autobr' /&gt;
10. Voir notamment les divers travaux de Silvia Federici, Ver&#243;nica Gago et Luci Cavallero. &lt;br class='autobr' /&gt;
11. Fran&#231;oise Verg&#232;s (2019), Un f&#233;minisme d&#233;colonial, La Fabrique.&lt;br class='autobr' /&gt;
12. Jo&#235;l Martine (2017). Le d&#233;bat sur le care dans le f&#233;minisme nord-am&#233;ricain et sa convergence avec l'&#233;cof&#233;minisme. Les possibles, n&#176;14. &lt;br class='autobr' /&gt;
13. Camille Bruneau et Christine Vanden Daelen (2022), p. 232.&lt;br class='autobr' /&gt;
14. Val&#233;rie Gillioz (2019). La taxe rose fait d&#233;bourser aux femmes plus de cent francs par mois, RTS. &lt;a href=&#034;https://urlz.fr/nYZy&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://urlz.fr/nYZy&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
15. Voir par exemple le cas &#233;vident de la TVA dans Nos vies valent plus que leurs cr&#233;dits, p. 159. &lt;br class='autobr' /&gt;
16. Certains types de cr&#233;dits, aux taux d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ralement ind&#233;cents, ciblent sp&#233;cifiquement les femmes, comme &#171; pr&#234;ts pour femmes &#187; et les cr&#233;dits &#224; la consommation en Am&#233;rique du Sud ou les microcr&#233;dits dans de nombreux pays africains ou d'Asie du Sud. &lt;br class='autobr' /&gt;
17. Camille Bruneau et Christine Vanden Daelen (2022), p. 225.&lt;br class='autobr' /&gt;
18. Ariel Salleh (dir.) (2009). Eco-Sufficiency &amp; Global Justice : Women write political ecology. Pluto. &lt;br class='autobr' /&gt;
19. J. K. Gibson-Graham (2008). Diverse economies : performative practices for &#034;other worlds&#034;. Progress in human geography, 32(5).&lt;br class='autobr' /&gt;
20. Camille Bruneau et Christine Vanden Daelen (2022), p. 233. &lt;br class='autobr' /&gt;
21. Camille Bruneau et Christine Vanden Daelen (2022), p. 264.&lt;br class='autobr' /&gt;
22.Yolanda Fernandez Vargas (2019). Propositions &#233;cof&#233;ministes commes alternatives aux coupures budg&#233;taires. &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/propositions-ecofeministe-comme-alternatives-aux-coupures-budg&#233;taires&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/propositions-ecofeministe-comme-alternatives-aux-coupures-budg&#233;taires&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Les femmes pour l'annulation des dettes : &#171; {Nos vies valent plus que leurs cr&#233;dits } &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-femmes-pour-l-annulation-des-dettes-Nos-vies-valent-plus-que-leurs-credits</link>
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		<dc:date>2022-11-15T12:01:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Camille Bruneau, Christine Vanden Daelen , Tica Moreno</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-11-15</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les lectures f&#233;ministes de l'&#233;conomie placent la durabilit&#233; de la vie comme point de d&#233;part des analyses. Cela permet d'inverser les priorit&#233;s, d'&#233;laborer de nouvelles questions et de cr&#233;er des propositions d'alternatives. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots &lt;br class='autobr' /&gt;
Capire a interview&#233; Camille Bruneau et Christine Vanden Daelen, auteures d'un livre sur les r&#233;ponses f&#233;ministes aux dettes ill&#233;gitimes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Face aux dettes croissantes des &#201;tats et des gens, cette voie a &#233;t&#233; emprunt&#233;e par le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-mouvement-des-femmes-dans-le-monde-+" rel="tag"&gt;Le mouvement des femmes dans le monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-11-15-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-11-15&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L113xH150/arton54820-e9b5f.jpg?1674679900' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les lectures f&#233;ministes de l'&#233;conomie placent la durabilit&#233; de la vie comme point de d&#233;part des analyses. Cela permet d'inverser les priorit&#233;s, d'&#233;laborer de nouvelles questions et de cr&#233;er des propositions d'alternatives.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/11/08/les-femmes-pour-lannulation-des-dettes-nos-vies-valent-plus-que-leurs-credits/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre les lignes et les mots&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Capire a interview&#233; Camille Bruneau et Christine Vanden Daelen, auteures d'un livre sur les r&#233;ponses f&#233;ministes aux dettes ill&#233;gitimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face aux dettes croissantes des &#201;tats et des gens, cette voie a &#233;t&#233; emprunt&#233;e par le f&#233;minisme dans diff&#233;rentes parties du monde, et est r&#233;cup&#233;r&#233;e dans les pages du livre Nos vies valent plus que leurs cr&#233;dits &#8211; Face aux dettes, des r&#233;ponses f&#233;ministes. La dette est pr&#233;sent&#233;e comme l'un des m&#233;canismes de l'accumulation capitaliste et remise en question &#224; partir des exp&#233;riences collectives, intimes et politiques des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de l'interview pour Capire, les auteures Camille Bruneau et Christine Vanden Daelen ont rendu compte du processus collectif de construction de cette &#233;laboration, depuis les luttes contre les politiques d'aust&#233;rit&#233; qui ont suivi la crise financi&#232;re de 2008-2009, en passant par les luttes &#233;cof&#233;ministes et autour de la reproduction sociale. L'&#233;criture s'est nourrie d'un dialogue avec l'&#233;volution et la diversit&#233; des luttes f&#233;ministes et du processus d'articulation du Comit&#233; pour l'Abolition des Dettes Ill&#233;gitimes (CADTM). Le livre est un instrument de lutte f&#233;ministe et internationaliste. Il apporte la puissance des actions politiques pour l'annulation des dettes et nous pr&#233;sente des issues possibles qui s'opposent &#224; la naturalisation des pi&#232;ges de la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi les dettes sont-elles consid&#233;r&#233;es ill&#233;gitimes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christine : Ce livre part du principe qu'on parle de dettes ill&#233;gitimes et odieuses. Que sont en gros les dettes ill&#233;gitimes ? Une dette ill&#233;gitime est une dette qui n'a pas servi &#224; financer ou &#224; r&#233;pondre aux besoins des populations. Elle a par contre directement aliment&#233; les profits et int&#233;r&#234;ts des cr&#233;anciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, les dettes ill&#233;gitimes sont largement majoritaires, que ce soit dans les Suds ou dans le Nord. Les dettes ill&#233;gitimes s'autoalimentent les unes les autres, dans le sens o&#249; au nom de la dette, on impose aust&#233;rit&#233; et ajustement structurel qui g&#233;n&#232;rent une r&#233;cession obligeant les &#201;tats &#224; recourir toujours plus &#224; l'endettement. Les dettes ill&#233;gitimes forment ainsi un cercle vicieux qui, si on ne l'arr&#234;te pas, ne produit que saccage social, aust&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e et destruction de tout bien &#234;tre collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camille : Il y a, en plus, la notion de dette odieuse, c'est-&#224;-dire qu'elle n'a pas servi les int&#233;r&#234;ts de la population et ce en connaissance de cause &#8211; soit du cr&#233;ancier, soit du d&#233;biteur. Ce n'est pas juste &#171; on a fait une erreur &#187; ; si cela se passe &#224; r&#233;p&#233;tition, c'est parce que c'est devenu structurel, cela alimente le capitalisme et le renforcement des in&#233;galit&#233;s. C'est pour cette raison qu'on dit que c'est criminel. Il y a un certain nombre d'arguments et de normes juridiques qui existent pour expliquer pourquoi ces dettes ne devraient pas &#234;tre rembours&#233;es. Ils ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; utilis&#233;s lors de la r&#233;alisation d'audits de dettes publiques comme ce fut le cas pour l'&#201;quateur, par exemple. En droit international, il y a d'autres arguments comme les changements fondamentaux de circonstances et la force majeure par exemple. Il est donc n&#233;cessaire de d&#233;montrer que ces dettes peuvent ne pas &#234;tre pay&#233;es, et c'est &#231;a qu'on essaie de mettre en avant dans le livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; On invite &#224; d&#233;passer le sentiment d'obligation presque &#171; morale &#187;, o&#249; l'on se dit &#171; on s'est endett&#233;.e, il fau trembourser &#187;, et de rappeler que m&#234;me juridiquement, on peut exiger l'annulation des dettes ill&#233;gitimes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment diff&#233;rents &#233;l&#233;ments du capitalisme h&#233;t&#233;ropatriarcal colonialiste, c'est-&#224;-dire, l'extraction des ressources naturelles, l'exploitation par le travail salari&#233; et le travail gratuit, s'articulent dans la logique syst&#233;mique de la dette ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camille : La dette est vraiment un outil de renforcement de l'accaparement et l'extraction que le capitalisme met en place pour cr&#233;er de l'accumulation. Qu'il s'agisse de r&#233;aliser des &#233;conomies via un travail gratuit ou un travail de plus en plus d&#233;valoris&#233;, ou que ce soit via une exploitation de plus en plus acc&#233;l&#233;r&#233;e et d&#233;vastatrice des ressources naturelles, ou des travailleurs et des travailleuses, la dette est l'instrument qui va permettre d'acc&#233;l&#233;rer ce processus n&#233;cessaire pour cr&#233;er l'accumulation capitaliste. C'est le r&#233;sultat d'avoir enlev&#233; toute valeur &#224; ces proc&#233;d&#233;s ; la capacit&#233; r&#233;g&#233;n&#233;ratrice de la nature, la reproduction sociale qui est effectu&#233;e en majeur partie par les femmes, mais aussi, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, par les petit.es paysan.nes, par toutes les personnes qui prennent soin du monde et des autres, et par tous les travailleurs et travailleuses des secteurs essentiels. En effet, la culture dominante, donc capitaliste et h&#233;t&#233;ropatriarcale, d&#233;valorise ces processus et activit&#233;s, ce qui justifie le fait de pouvoir les exploiter de plus en plus, et la dette va justifier le fait qu'on doit, de mani&#232;re de plus en plus rapide, extraire de la richesse de toutes ces choses qu'on consid&#232;re comme infinies, sans valeur et extensibles, pour cr&#233;er, finalement, la valeur mon&#233;taire n&#233;cessaire au remboursement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit la dette comme une continuation de la colonisation, comme un outil de colonisation continu, pas seulement du Nord envers les Suds, mais aussi de tous ces corps marginalis&#233;s, de tous ces processus. Nous, ce qu'on propose c'est, effectivement, une lecture conjointe de &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christine : La dette colonise l'intime des femmes, comme le soulignent V&#233;ronica Gago, Luci Cavallero et Silvia Federici dans la pr&#233;face du livre. Il est important de comprendre &#224; quel point d&#233;sormais la dette p&#233;n&#232;tre les foyers, les communaut&#233;s, dont le bien-&#234;tre voire bien souvent la survie est une responsabilit&#233; assign&#233;e aux femmes par le patriarcat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Puisqu'au nom du remboursement de la dette publique, l'&#201;tat social et les services publics ont &#233;t&#233; d&#233;truits, toute augmentation de dette publique est synonyme d'endettement priv&#233; accru pour les femmes. De fait, pour pallier le manque de soutien public &#224; la reproduction sociale et continuer &#224; assurer vaille qui vaille la survie de leurs proches, toujours plus de femmes tombent dans la spirale infernale du surendettement. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dette colonise ainsi l'intime et le quotidien des femmes qui surendett&#233;es deviennent de plus en plus insolvables et connaissent d&#232;s lors des violences sp&#233;cifiques : on parle d'esclavage par la dette et de prostitution pour dette. On voit &#224; quel point, au-del&#224; des concepts, dans l'intime des femmes, la dette a des cons&#233;quences criminelles, violentes et machistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'exemple des cas concrets dans diff&#233;rents pays est un aspect tr&#232;s int&#233;ressant du livre. Comment voyez-vous le r&#244;le des luttes contre la dette dans les diff&#233;rentes strat&#233;gies anticapitalistes des pays du Nord et des Suds ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camille : La dette a des cons&#233;quences tellement concr&#232;tes dans la vie des gens que, toutes les luttes peuvent, de la mani&#232;re qui leur sont la plus coh&#233;rente dans leurs contextes et dans leurs v&#233;cus, presque toujours quelque chose &#224; dire au sujet de la dette et de l'aust&#233;rit&#233;. Quand j'&#233;tais au S&#233;n&#233;gal, au s&#233;minaire sur les microcr&#233;dits, bien que chaque t&#233;moignage concernait des cas individuels et localis&#233;s de microcr&#233;dits, on pouvait quasi toujours faire le lien avec le fait que l'endettement public a augment&#233; et que c'est &#231;a qui les a emmen&#233;es aux situations tr&#232;s concr&#232;tes qu'elles vivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon sens, ce qui peut &#234;tre vraiment renfor&#231;ant c'est de faire justement le lien avec la dette publique, ce que nous permet, &#224; des &#233;chelles beaucoup plus internationales, d'avoir des revendications communes par rapport &#224; son annulation. Parce qu'au final ce que vivent les femmes du S&#233;n&#233;gal par rapport au microcr&#233;dit, ce n'est pas seulement &#224; cause des institutions de microfinances, mais c'est tr&#232;s intimement li&#233; aussi &#224; ce que, par exemple, en tant que belges ou fran&#231;aises, on pourrait avoir revendiqu&#233; envers nos gouvernements. On peut et on doit revendiquer la fin de l'aust&#233;rit&#233; chez nous, mais aussi exiger l'annulation des cr&#233;ances envers le S&#233;n&#233;gal par exemple. Donc, les demandes d'annulation dans d'autres pays peuvent &#234;tre traduites en exigences d'annulation chez nous aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christine : J'ai eu la chance de pouvoir, ces 20 derni&#232;res ann&#233;es, avoir &#233;t&#233; en contact avec les mouvements f&#233;ministes &#224; un niveau international, europ&#233;en mais aussi en Belgique. J'ai pu voir &#224; quel point les mouvements f&#233;ministes se sont empar&#233;s de la question des dettes et comment ils ont su personnaliser les questions d'endettement. Puisque &#231;a touche les femmes pour toutes les raisons qu'on explique dans le livre, dans le quotidien d'une mani&#232;re tr&#232;s concr&#232;te, les f&#233;minismes ont pris en compte les v&#233;cus des personnes les plus impact&#233;es par les dettes et des v&#233;cus qui, parce qu'on est dans un syst&#232;me patriarcal, &#233;taient, en g&#233;n&#233;ral, invisibilis&#233;s ou non-&#233;cout&#233;s. Les mouvements f&#233;ministes ont apport&#233;, avec le temps, des r&#233;ponses parfois bien plus innovantes, surtout en termes de luttes, contre les dettes que les mouvements anti-dettes eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que vous pouvez donner quelques exemples de ce type de r&#233;ponse f&#233;ministe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christine : Par exemple, les gr&#232;ves f&#233;ministes qui ont permis de mettre en avant tout le travail invisible. Si l'on se pose la question de pourquoi ce travail est invisible, on se pose la question de quels sont les syst&#232;mes de domination qui rendent ce travail invisible et on arrive au capitalisme aliment&#233; par les dettes. Le fait d'avoir pu travailler la th&#233;matique des f&#233;minismes tout en militant pour l'annulation des dettes m'a permis de passer de pr&#233;occupations li&#233;es &#224; la &#171; macro&#233;conomie &#187; &#224; des domaines plus li&#233;s au v&#233;cu, au vivant, au personnel et aux femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camille : Par rapport &#224; la dette, les f&#233;minismes ont continu&#233; &#224; faire ce qu'ils ont toujours fait, c'est-&#224;-dire mettre sur la place publique et rendre collectif ce qu'on nommait priv&#233; et intime. Ils r&#233;alisent une lecture structurelle, collective et politique de la dette, comme le fait le CADTM &#233;galement. Ils permettent d'affirmer que la dette n'est pas un probl&#232;me individuel auquel il faut trouver une solution individuelle, que ce n'est pas une honte ni de la malchance ou encore une tare d&#233;coulant du fait qu'on ait mal g&#233;r&#233; son budget mal fait ses calculs, qu'on doit r&#233;gler seul.es. Ils ont su d&#233;montrer que c'est le r&#233;sultat des logiques et des d&#233;cisions politiques structurelles, qui d&#233;coulent d'une culture de domination, qui est profond&#233;ment capitaliste et h&#233;t&#233;ropatriarcal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interview r&#233;alis&#233;e par Tica Moreno&lt;br class='autobr' /&gt;
Transcription en fran&#231;ais et traduction vers le portugais par Andr&#233;ia Manfrin Alves&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://capiremov.org/fr/entrevue/les-femmes-pour-lannulation-des-dettes-nos-vies-valent-plus-que-leurs-credits/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://capiremov.org/fr/entrevue/les-femmes-pour-lannulation-des-dettes-nos-vies-valent-plus-que-leurs-credits/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La farce de la &#171; prise en compte du genre &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-farce-de-la-prise-en-compte-du-genre</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/La-farce-de-la-prise-en-compte-du-genre</guid>
		<dc:date>2022-06-07T11:21:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Camille Bruneau</dc:creator>


		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-05-31</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait du livre Banque mondiale, une histoire critique. Version int&#233;grale : www.cadtm.org/La farce-de-la-prise-en-compte-du-genre-une-grille-de-lecture-feministe-des-10043 Tir&#233; de la revue, LES AUTRES VOIX DE LA PLAN&#200;TE, 1er trimestre 2022 Photo : 8 mars 2019 : des milliers de femmes marchent contre les f&#233;minicides &#224; Mexico City. Source : Twitter. &lt;br class='autobr' /&gt; Il n'est pas possible de s'int&#233;resser aux politiques de la Banque mondiale ou &#224; l'&#233;mancipation des peuples sans prendre en compte les enjeux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-05-31-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-05-31&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/arton52972-9b7d5.png?1674712542' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait du livre Banque mondiale, une histoire critique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Version int&#233;grale : &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/La&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.cadtm.org/La&lt;/a&gt; farce-de-la-prise-en-compte-du-genre-une-grille-de-lecture-feministe-des-10043&lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; de la revue, LES AUTRES VOIX DE LA PLAN&#200;TE, 1er trimestre 2022&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Photo : 8 mars 2019 : des milliers de femmes marchent contre les f&#233;minicides &#224; Mexico City. Source : Twitter.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il n'est pas possible de s'int&#233;resser aux politiques de la Banque mondiale ou &#224; l'&#233;mancipation des peuples sans prendre en compte les enjeux de genre, eux-m&#234;mes imbriqu&#233;s avec d'autres syst&#232;mes d'oppression et rapports sociaux in&#233;galitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si officiellement la Banque mondiale s'approprie &#171; l'&#233;galit&#233; de genre &#187; en faisant presque de l'&#171; empowerment &#187; une obligation pour les pays d&#233;biteurs, la pratique r&#233;v&#232;le trop peu de v&#233;ritable pr&#233;occupation pour cet enjeu. Comme avec les questions environnementales, le d&#233;calage entre les beaux discours et les changements r&#233;els est &#233;norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette apparente inclusion est probl&#233;matique &#224; bien des &#233;gards : les cons&#233;quences concr&#232;tes des projets men&#233;s et les recommandations macro&#233;conomiques sont contraires &#224; toute perspective d'&#233;mancipation. En plus, sa conception m&#234;me de ]'(in)&#233;galit&#233; de genre s'inscrit dans un agenda n&#233;olib&#233;ral affich&#233; qu'elle ne prend m&#234;me pas la peine de dissimuler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;tude poursuit deux objectifs. D'une part, d&#233;montrer comment ces &#171; strat&#233;gies genr&#233;es &#187; continuent d'asseoir la domination occidentale et, souvent, renforcent le patriarcat plut&#244;t que de le combattre. Ceci s'observe de trois mani&#232;res principales : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Cette pr&#233;tendue inclusion s'apparente &#224; du &#171; genderwashing &#187;, en d'autres termes, &#224; une op&#233;ration de communication ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Les discours de la Banque mondiale renforcent certains aspects de la domination patriarcale ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Les projets et politiques prescrites ont des cons&#233;quences n&#233;fastes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, il s'agit de donner quelques clefs d'analyse pour quiconque voulant s'int&#233;resser aux Institutions financi&#232;res internationales sans fermer les yeux sur des m&#233;canismes d'oppression centraux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'approche de &#171; genre &#187; de la Banque mondiale : un discours au service du capital, pas de la majorit&#233; des femmes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la reconnaissance des impacts n&#233;gatifs des projets de &#171; r&#233;duction de la pauvret&#233; &#187;, indiff&#233;rents aux genres et adress&#233;s aux &#171; chefs de familles &#187;, on l'a vu, de nombreux programmes de &#171; d&#233;veloppement &#187; ont commenc&#233; &#224; mettre l'accent sur la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s professionnelles, les &#171; strat&#233;gies genr&#233;es &#187; et &lt;i&gt;l'empowerment&lt;/i&gt;. Les droits des femmes comme partie int&#233;grante du d&#233;veloppement sont devenus l'objectif affich&#233; des institutions internationales et des ONG, Et le &#171; gender budgetinc &#187; est devenu obligatoire, est la continuit&#233; d'une d&#233;marche tourn&#233;e vers les besoins des investisseurs, en utilisant l'argument de ce miraculeux &#171; effet cascade &#187; cens&#233; &#234;tre favorable aux femmes et aux pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, en plus du genderwashing expos&#233; plus haut, le discours dominant de la Banque mondiale et ses alli&#233;s renforce certains biais genr&#233;s, r&#233;affirmant ainsi une forme de domination patriarcale, pour deux raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, en pr&#233;tendant &#171; d&#233;cider &#224; la place des femmes - surtout non-occidentales - ce qui est bon pour elles &#187;, la Banque prend le r&#244;le du papa ou professeur de l'&#233;conomie mondiale qui agit pour le bien d'&#234;tres incapables de savoir ce dont elles ont besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, il est bien plus courant de lire et entendre ce que la Banque mondiale consid&#232;re &#234;tre une femme &#171; &#233;mancip&#233;e &#187;, que les voix de ces m&#234;mes femmes. Les discours s'appuient syst&#233;matiquement sur une norme de genre ou l'autre qu'ils renforcent pour servir des int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques. Cela confisque aux femmes des Suds leur capacit&#233; &#224; d&#233;cider des moyens de leur &#233;mancipation en les pla&#231;ant dans des cases pr&#233;fabriqu&#233;es et homog&#232;nes, - aveugles &#224; l'intersectionnalit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'intersectionnalit&#233; est un concept issu du black feminism et forg&#233; par la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou aux r&#233;alit&#233;s multiples et vari&#233;es des femmes - et utiles aux th&#233;ories &#233;conomiques et conjonctures du moment : l'actrice &#233;conomique dont l'esprit d'entreprise est entrav&#233; par la culture locale ; la pourvoyeuse des besoins du foyer, centrale &#224; l'&#233;conomie familiale et &#224; la r&#233;silience face aux crises ; l'ouvri&#232;re aux petites mains, indispensable &#224; la croissance &#233;conomique ; ou encore la pauvre victime vuln&#233;rable ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces discours se perp&#233;tuent, comme on le voit dans un rapport du FMI qualifiant les femmes &#171; d'un des actifs les plus sous utilis&#233; de l'&#233;conomie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lovisa Moller et Rachel Sharpe pour ActionAid, &#171; Women as 'underutilized (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, &lt;i&gt;l'empowerment&lt;/i&gt;, processus &#233;mancipatoire multidimensionnel qui devrait inclure de nombreux facteurs, est mesur&#233; principalement via la &#171; participation &#224; la vie &#233;conomique et politique &#187; des femmes, ce qui est tout &#224; fait insuffisant ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agn&#232;s Adjmagho et Anne Emmanu&#232;le Calv&#232;s, &#171; L'&#233;mancipation f&#233;minine sous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce discours de l'&#233;mancipation par le travail est probl&#233;matique et dangereux pour plusieurs raisons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;En pr&#244;nant l'augmentation de la participation des femmes &#224; la vie &#233;conomique, ce discours occulte compl&#232;tement la r&#233;alit&#233; du fonctionnement actuel de la plupart des soci&#233;t&#233;s humaines, comme si les femmes ne participaient pas &#224; la vie &#233;conomique quand elles n'ont pas un emploi salari&#233; d&#233;clar&#233; ! Quid du travail gratuit colossal effectu&#233; pour prendre soin des &#234;tres chers, des communaut&#233;s et des &#233;cosyst&#232;mes, sans lequel &#171; l'&#233;conomie productive &#187; s'effondrerait tout simplement ? Non pas que la Banque mondiale ignore leur existence, mais ces r&#233;alit&#233;s n'entrent pas dans ses consid&#233;rations. Ce sont au mieux des &#171; obstacles &#187; au travail salari&#233; des femmes : une redistribution qui ne reproduirait pas des relations d'exploitation, une prise en charge publique ou collective, ou encore une remise en question des normes de genre, ne sont pas au programme ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;La n&#233;gation de l'importance du travail de care, alors que le travail salari&#233; est valoris&#233;, peut contribuer &#224; augmenter les in&#233;galit&#233;s de genre (en augmentant le temps de travail total), mais aussi entre femmes car ce sont les femmes des classes populaires qui prennent en charge le travail de care dans une grande partie des m&#233;nages riches (d&#233;laiss&#233; par les femmes qui acc&#232;dent &#224; des emplois &#224; temps plein correctement r&#233;mun&#233;r&#233;s et que ni les hommes ni la collectivit&#233; ne prennent en charge) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Cette vision simpliste de l'&#233;mancipation comme synonyme uniquement d'autonomie &#233;conomique via le travail salari&#233; ignore le fait que l'augmentation du nombre de femmes sur le march&#233; de l'emploi va en g&#233;n&#233;ral de pair avec une augmentation du nombre d'emplois ultra-pr&#233;caires. Dans de nombreux pays, cette entr&#233;e sur le march&#233; du travail s'est concr&#233;tis&#233;e dans les zones franches, faisant du travail d&#233;valoris&#233; des femmes un outil privil&#233;gi&#233; pour augmenter la rentabilit&#233;. Au Cambodge, par exemple, le d&#233;but des ann&#233;es 2000 est marqu&#233; par une forte croissance &#233;conomique, nourrie par les exportations de l'industrie du textile qui emploie quasi-exclusivement des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, de 2004 &#224; 2009, l'&#233;cart salarial a plus que doubl&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Juan Pablo Bohoslavsky, &#171; Effets des r&#233;formes &#233;conomiques et des mesures (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; moins de s'attaquer simultan&#233;ment &#224; toute forme d'exploitation, une expansion du march&#233; du travail ira toujours de pair avec une augmentation de ]'exploitation de certain-es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; L'approche est de surcro&#238;t insuffisamment fond&#233;e. Bien que des arguments semblent indiquer une corr&#233;lation entre croissance &#233;conomique et diminution des in&#233;galit&#233;s de genre, d'autres d&#233;montrent &#233;galement que l'in&#233;galit&#233; &#233;conomique augmente avec certaines formes de croissance ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Elle ignore qu'il existe d'autres possibilit&#233;s pour subvenir &#224; ses besoins : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;conomie informelle, autosuffisance, etc. Les principaux indicateurs &#233;tant &#171; taux de participation &#187; et &#171; revenus &#187;, l'&#233;mancipation est mesur&#233;e en termes mon&#233;taires et non en termes de qualit&#233; de vie. Signalons que l'entr&#233;e sur le march&#233; de l'emploi des femmes s'accompagne souvent de la destruction des pr&#233;c&#233;dents moyens de subsistance et lieux de vie, provoquant la migration massive vers les villes pour rejoindre le rang des travailleuses pr&#233;caires (domesticit&#233;, travail industriel, prostitution, services ...). Dans de nombreux cas, si la &#171; pauvret&#233; mon&#233;taire &#187; diminue, la pauvret&#233; mat&#233;rielle et la p&#233;nibilit&#233; quotidienne augmentent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce discours est celui d'une mise au travail des femmes au service des int&#233;r&#234;ts financiers, tout &#224; fait assum&#233; et &#224; peine maquill&#233; d'un pr&#233;tendu f&#233;minisme institutionnel et occidental aux relents imp&#233;rialistes et n&#233;o-lib&#233;raux. Il enl&#232;ve aux femmes des Suds leur autod&#233;termination et r&#233;prime les voix radicales qui mettent plut&#244;t l'accent sur la fin de la surexploitation du Sud par le Nord comme condition &#224; l'&#233;mancipation des femmes dans leurs diversit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'au fil des ann&#233;es elle ait int&#233;gr&#233; des critiques dans son discours, la Banque mondiale continue de parler des femmes en termes quasi exclusivement &#233;conomiques, fermant la voie d'une r&#233;elle &#233;mancipation, qui ne peut &#234;tre r&#233;duite &#224; une seule dimension &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette int&#233;gration ne t&#233;moigne pas d'une volont&#233; d'en finir avec les logiques de domination, ou d'assurer des droits humains fondamentaux, mais bien d'assurer la rentabilit&#233;. Selon la Banque mondiale, il ne faut donc pas trop insister sur les notions de patriarcat et de rapports sociaux in&#233;galitaires car cela risquerait de fragiliser le socle de travail exploit&#233; sur lequel repose le syst&#232;me en place.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'intersectionnalit&#233; est un concept issu du &lt;i&gt;black feminism&lt;/i&gt; et forg&#233; par la juriste am&#233;ricaine Kimberl&#233; Crenshaw pour rendre raison de l'existence de discriminations multiples jusque-l&#224; invisibilis&#233;es dans le cadre d'une approche segment&#233;e et hi&#233;rarchis&#233;e des discri&#172;minations au sein du droit. Selon le Mouvement europ&#233;en de lutte contre le racisme (ENAR), l'approche intersectionnelle permet de prendre en compte que des personnes qui se trouvent &#224; l'intersection de plusieurs sources de discriminations (ex : &#234;tre une femme, &#234;tre de religion musulmane, &#234;tre d'origine &#233;trang&#232;re...) subissent souvent une nouvelle forme de discrimination r&#233;sultant du cumul de plusieurs caract&#233;ristiques. Finalement, &#171; C'est un outil pour lutter contre les discriminations &#224; l'int&#233;rieur des discriminations, prot&#233;ger les minorit&#233;s au sein des minorit&#233;s et combattre les in&#233;galit&#233;s au coeur des in&#233;galit&#233;s &#187; (Emilia Roig, &lt;i&gt;Center for Intersectional Justice&lt;/i&gt; : &lt;a href=&#034;https://www.intersectionaljustice.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.intersectionaljustice.org/&lt;/a&gt;). Des f&#233;ministes d&#233;coloniales, comme Fran&#231;oise Verg&#232;s, rappellent que cette notion &#233;tait d&#233;j&#224; bien int&#233;gr&#233;e avant la reconnaissance du concept, par exemple au sein des luttes contre l'esclavage. Voir Fran&#231;oise Verg&#232;s. 2019. Un f&#233;minisme d&#233;colonial, &#233;ditions La Fabrique, 208 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lovisa Moller et Rachel Sharpe pour ActionAid,&lt;i&gt; &#171; Women as 'underutilized assets'- A critical review of IMF advice on female labour force participation and fiscal consolidation &#187;&lt;/i&gt;, 2017, https:// actionaid.org/publications/2017/women-underutilized-assets&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Agn&#232;s Adjmagho et Anne Emmanu&#232;le Calv&#232;s, &#171; L'&#233;mancipation f&#233;minine sous contrainte &#187;, Presses Sciences Po/Autrepart, No 61, 2012, pp. 3-21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Juan Pablo Bohoslavsky, &#171; Effets des r&#233;formes &#233;conomiques et des mesures d'aust&#233;rit&#233; sur les droits fondamentaux des femmes &#187;, 2018, &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Effets-des-reformes-economiques-et-des&#172;mesures-d-austerite-sur-les-droits&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.cadtm.org/Effets-des-reformes-economiques-et-des&#172;mesures-d-austerite-sur-les-droits&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La farce de la &#171; prise en compte du genre &#187; : une grille de lecture f&#233;ministe des politiques de la Banque mondiale</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-farce-de-la-prise-en-compte-du-genre-une-grille-de-lecture-feministe-des</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/La-farce-de-la-prise-en-compte-du-genre-une-grille-de-lecture-feministe-des</guid>
		<dc:date>2021-06-22T11:03:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Camille Bruneau</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-06-22</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il n'est pas possible de s'int&#233;resser aux politiques de la Banque mondiale ou &#224; l'&#233;mancipation des peuples sans prendre en compte les enjeux de genre, eux-m&#234;mes imbriqu&#233;s avec d'autres syst&#232;mes d'oppression et rapports sociaux in&#233;galitaires. &lt;br class='autobr' /&gt; 11 juin par Camille Bruneau tir&#233; de : CADTM infolettre , le 2021-06-15 &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Meghla washes up early morning in Khulna, Bangladesh. Photo by Felix Clay/Duckrabbit. &#187; by WorldFish is licensed with CC BY-NC-ND 2.0. To view a copy of this license, visit (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-International-101-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-846-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-06-22-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-06-22&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L106xH150/arton48878-25f41.png?1676906015' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il n'est pas possible de s'int&#233;resser aux politiques de la Banque mondiale ou &#224; l'&#233;mancipation des peuples sans prendre en compte les enjeux de genre, eux-m&#234;mes imbriqu&#233;s avec d'autres syst&#232;mes d'oppression et rapports sociaux in&#233;galitaires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;11 juin par Camille Bruneau&lt;br class='autobr' /&gt;
tir&#233; de : &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/La-farce-de-la-prise-en-compte-du-genre-une-grille-de-lecture-feministe-des&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;CADTM infolettre&lt;/a&gt; &lt;bulletin-cadtm@cadtm.org&gt;, le 2021-06-15&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Meghla washes up early morning in Khulna, Bangladesh. Photo by Felix Clay/Duckrabbit. &#187; by WorldFish is licensed with CC BY-NC-ND 2.0. To view a copy of this license, visit &lt;a href=&#034;https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si officiellement la Banque mondiale s'approprie &#171; l'&#233;galit&#233; de genre &#187; en faisant presque de l'&#171; empowerment &#187; une obligation pour les pays d&#233;biteurs, la pratique r&#233;v&#232;le trop peu de v&#233;ritable pr&#233;occupation pour cet enjeu. Comme avec les questions environnementales, le d&#233;calage entre les beaux discours et les changements r&#233;els est &#233;norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette apparente inclusion est probl&#233;matique &#224; bien des &#233;gards : les cons&#233;quences concr&#232;tes des projets men&#233;s et les recommandations macro-&#233;conomiques sont contraires &#224; toute perspective d'&#233;mancipation. En plus, sa conception m&#234;me de l'(in)&#233;galit&#233; de genre s'inscrit dans un agenda n&#233;olib&#233;ral affich&#233; qu'elle ne prend m&#234;me pas la peine de dissimuler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;tude poursuit deux objectifs. D'une part, d&#233;montrer comment ces &#171; strat&#233;gies genr&#233;es &#187; continuent d'asseoir la domination occidentale et, souvent, renforcent le patriarcat plut&#244;t que de le combattre. Ceci s'observe de trois mani&#232;res principales :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cette pr&#233;tendue inclusion s'apparente &#224; du &#171; genderwashing &#187;, en d'autres termes, &#224; une op&#233;ration de communication ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les discours de la Banque mondiale renforcent certains aspects de la domination patriarcale ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les projets et politiques prescrit.es ont des cons&#233;quences n&#233;fastes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, il s'agit de donner quelques clefs d'analyse pour quiconque voulant s'int&#233;resser aux Institutions financi&#232;res internationales sans fermer les yeux sur des m&#233;canismes d'oppression centraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Pourquoi une analyse f&#233;ministe des Institutions financi&#232;res internationales ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait que &#171; les pr&#234;ts de la Banque mondiale, loin d'&#234;tre des gestes d&#233;sint&#233;ress&#233;s, sont au contraire un moyen de soumettre le pays politiquement et &#233;conomiquement &#224; l'ordre international des puissants, de le &#8216;modeler' selon leurs besoins et ceux de la classe dominante locale, pour en tirer un b&#233;n&#233;fice maximal &#187; [1]. Autrement dit, la dette est un des m&#233;canismes centraux dans le maintien des rapports de pouvoir, elle est indispensable &#224; la reproduction du capitalisme n&#233;olib&#233;ral et participe de mani&#232;re fondamentale aux oppressions patriarcales, n&#233;ocoloniales, racistes, extractivistes, &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait aussi que les politiques li&#233;es &#224; ces pr&#234;ts impactent profond&#233;ment et durablement les populations les plus vuln&#233;rables (alors que la &#171; mission premi&#232;re &#187; de la Banque est officiellement de leur venir en aide), dont une grande partie sont des femmes [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#232;s lors certain que les femmes sont impact&#233;es directement (c'est-&#224;-dire en tant que &#171; femmes &#187; dans un syst&#232;me patriarcal) et indirectement (par l'accroissement g&#233;n&#233;ral des in&#233;galit&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dette n'est pas &#171; aveugle &#187; et doit &#234;tre pens&#233;e au sein de rapports sociaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le patriarcat - qui l&#233;gitime les violences sexistes et les discriminations quotidiennes - se base sur la s&#233;paration entre les activit&#233;s dites &#171; productives &#187; et celles dites &#171; non-productives &#187; ou &#171; reproductives &#187;. Ces derni&#232;res - pourtant essentielles &#224; la reproduction de la vie sur terre et des soci&#233;t&#233;s - sont socialement d&#233;valoris&#233;es et assign&#233;es aux femmes. Le syst&#232;me &#233;conomique dominant repose tout autant sur cette s&#233;paration : l'accumulation du capital (b&#233;n&#233;ficiant principalement &#224; des hommes riches) est entretenue gr&#226;ce &#224; du travail sous-pay&#233; ou gratuit effectu&#233; par une &#233;crasante majorit&#233; de femmes, &#171; naturellement &#187; vou&#233;es aux t&#226;ches de soins, de soutien, de services : le travail de &#171; care &#187; [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cas de crise &#233;conomique (en g&#233;n&#233;ral li&#233;e aux dettes), leur statut marginal sur le march&#233; du travail signifie qu'elles sont les premi&#232;res concern&#233;es par les licenciements ou la pr&#233;carisation des emplois. Elles sont aussi les premi&#232;res &#224; pallier le retrait de l'&#201;tat social, vu leur assignation prioritaire au travail domestique. Ces in&#233;galit&#233;s socioprofessionnelles ont des cons&#233;quences durables : sur leur pension, leur s&#233;curit&#233; sociale (si elle existe), etc. Comme elles sont moins bien plac&#233;es pour faire face aux crises, elles sont d'autant plus sujettes &#224; l'exploitation. Rappelons ici que dans de nombreux pays, les puissances coloniales ont propag&#233; les normes et in&#233;galit&#233;s de genre europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 1990, on assiste &#224; un processus de r&#233;organisation et de r&#233;appropriation du travail (re)productif &#224; l'&#233;chelle mondiale, notamment autour de crit&#232;res de genre, de classe et de &#171; race &#187;, dessinant les contours d'un nouveau capitalisme patriarcal et raciste globalis&#233;. Un outil de pr&#233;dilection de sa mise en place est la dette publique ou celles des m&#233;nages des classes populaires, qui acc&#233;l&#232;rent cette division sexuelle et raciale du travail ainsi que les violences sexistes via la demande de travailleurs et travailleuses sous-pay&#233;es et la d&#233;pendance aux revenus. Les femmes non-blanches et migrantes sont ainsi encore une fois les principales &#171; perdantes &#187; [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, certaines femmes (souvent issues de classes sociales sup&#233;rieures) &#233;chappent &#224; cette assignation, tout comme certains hommes (surtout non-blancs, migrants et pr&#233;caris&#233;s) rentrent dans la cat&#233;gorie des personnes effectuant du travail de care d&#233;valoris&#233; et invisibilis&#233; [5]. C'est pour cela qu'il faut privil&#233;gier une approche imbricationniste [6] et en termes de rapports sociaux - qui nous concernent toutes et tous - plut&#244;t que de discriminations ou privil&#232;ges individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t alors comme une &#233;vidence que la structure genr&#233;e et raciste de l'&#233;conomie dominante doit &#234;tre prise en compte dans nos analyses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Principalement &#224; partir des ann&#233;es 1990, des &#233;tudes de tous bords ont critiqu&#233; les impacts genr&#233;s des politiques de la Banque mondiale et des plans d'ajustement structurel ce qui a forc&#233; les IFI &#224; &#171; r&#233;agir &#187;. L'une des caract&#233;ristiques de la Banque mondiale est sa capacit&#233; &#224; se r&#233;approprier les critiques afin d'essayer de renouveler son image et ainsi renforcer son emprise sur une multitude d'acteurs politiques, sociaux, &#233;conomiques et scientifiques [7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses f&#233;ministes d&#233;noncent pourtant depuis longtemps cette r&#233;cup&#233;ration par les IFI et les programmes de &#171; d&#233;veloppement &#187; (notion probl&#233;matique en soi [8]), qui occultent les voix f&#233;ministes radicales et anti-imp&#233;rialistes et r&#233;-l&#233;gitiment certaines formes d'exploitation des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le greenwashing, place au pink ou genderwashing, o&#249; une nouvelle conditionnalit&#233; des pr&#234;ts, le &#171; budget sensible au genre &#187;, pr&#233;tend prendre en compte la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s de genre dans les politiques budg&#233;taires et fiscales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Chronologie de la prise en compte des in&#233;galit&#233;s et du genre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1980 et les PAS sont synonymes de destruction de la protection sociale et des moyens de subsistance pour les peuples des Suds. Ces ph&#233;nom&#232;nes contribuent &#224; l'accroissement de diverses in&#233;galit&#233;s et impactent particuli&#232;rement les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s, dont la Banque mondiale ne se souciait gu&#232;re, &#233;taient vues comme un mal n&#233;cessaire &#224; la croissance qui seraient un jour amoindries par &#171; l'effet de ruissellement &#187;. En plus d'&#234;tre compl&#232;tement erron&#233;, ce point de vue ne s'int&#233;resse pas &#224; ce qu'il y a derri&#232;re les &#171; in&#233;galit&#233;s &#187;, r&#233;sum&#233;es &#224; l'&#233;cart de revenus entre les &#171; riches &#187; et les &#171; pauvres &#187;. Il aura fallu longtemps avant qu'apparaisse la question de savoir &#171; qui est pauvre et pourquoi ? &#187;. Parmi les textes fondamentaux de la Banque mondiale sur l'in&#233;galit&#233;, citons celui de S. Kuznets paru en 1955 [9], o&#249; le mot &#171; femmes &#187; appara&#238;t, sans surprise&#8230; z&#233;ro fois (voir encadr&#233; sur Kuznets r&#233;dig&#233; par &#201;ric Toussaint). Ce n'est finalement qu'en 1982 qu'on commence &#224; parler des &#171; femmes &#187;, et cela, principalement de deux mani&#232;res : des paysannes improductives ou des arri&#233;r&#233;es ayant trop d'enfants. Les &#171; PED &#187; auraient tout &#224; gagner &#224; les inclure dans les efforts d'augmentation de la productivit&#233; agricole [10] (notamment en utilisant des engrais chimiques et des semences ext&#233;rieures). Et cette vision est encore pr&#233;sente dans de nombreuses d&#233;clarations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simon Kuznetz et la justification de l'augmentation des in&#233;galit&#233;s (&#201;ric Toussaint)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Simon Kuznets a &#233;labor&#233; dans les ann&#233;es 1950 une th&#233;orie selon laquelle un pays dont l'&#233;conomie d&#233;colle et progresse doit n&#233;cessairement passer par une phase d'augmentation des in&#233;galit&#233;s. Selon ce dogme, les in&#233;galit&#233;s commenceront &#224; baisser d&#232;s que le pays aura atteint un seuil sup&#233;rieur de d&#233;veloppement. C'est un peu la promesse du paradis apr&#232;s la mort qui est utilis&#233;e par les classes dominantes pour faire accepter une vie faite de souffrances et de reculs. La n&#233;cessit&#233; de voir monter les in&#233;galit&#233;s est tr&#232;s ancr&#233;e &#224; la Banque mondiale. Pour preuve, les paroles du pr&#233;sident de la BM, Eugene Black, en avril 1961 : &#8220;Les in&#233;galit&#233;s de revenus d&#233;coulent n&#233;cessairement de la croissance &#233;conomique (qui) donne la possibilit&#233; aux gens d'&#233;chapper &#224; une existence dans la pauvret&#233; &#187; [11]. Pourtant, les &#233;tudes empiriques r&#233;alis&#233;es par la Banque Mondiale du temps de Hollis Chenery, &#233;conomiste en chef de cette institution dans les ann&#233;es 1970 ont infirm&#233; les affirmations de Kuznets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre Le capital au XXIe si&#232;cle [12], Thomas Piketty a pr&#233;sent&#233; une critique tr&#232;s int&#233;ressante de la th&#233;orie de Kuznets. Piketty rappelle qu'au d&#233;part Kuznets doutait lui-m&#234;me du bien-fond&#233; de sa courbe, cela ne l'a pas emp&#234;ch&#233; d'en faire une th&#233;orie qui a la vie longue. Entre temps les in&#233;galit&#233;s ont atteint un niveau in&#233;dit dans l'histoire de l'humanit&#233;. C'est le produit de la dynamique du capitalisme globalis&#233; soutenue par les politiques des institutions internationales en charge du &#171; d&#233;veloppement &#187; et des gouvernements qui favorisent le 1 % le plus riche au d&#233;triment de l'&#233;crasante majorit&#233; de la population tant au Nord qu'au sud de la plan&#232;te.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2021, la Banque mondiale est revenue sur le printemps arabe de 2011 en affirmant, contre toute &#233;vidence, que le niveau d'in&#233;galit&#233; &#233;tait faible dans toute la r&#233;gion arabe et cela l'a beaucoup inqui&#233;t&#233; car selon elle c'est le sympt&#244;me que quelque chose ne fonctionne pas suffisamment dans le suppos&#233; succ&#232;s &#233;conomique de la r&#233;gion. En fid&#232;les adeptes de la th&#233;orie de Kuznets, Vladimir Hlasny et Paolo Verme affirment dans un document publi&#233; par la Banque mondiale qu' &#171; une faible in&#233;galit&#233; n'est pas un indicateur d'une &#233;conomie saine &#187; [13].&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours des ann&#233;es 1990, alors que de nombreux pays subissent de plein fouet les cons&#233;quences des PAS et que les femmes en portent sp&#233;cifiquement certains &#171; dommages collat&#233;raux &#187;, la question de la &#171; r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s hommes-femmes &#187; fait son apparition. La conf&#233;rence de Beijing de 1995 met &#224; l'agenda international les &#171; droits des femmes &#187; et la &#171; r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s &#187;, notamment via la &#171; participation &#224; l'&#233;conomie &#187; [14]. Mais la question ne devient vraiment pr&#233;gnante qu'&#224; partir des ann&#233;es 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la Banque mondiale adopte en 2001 sa premi&#232;re gender mainstreaming strategy qui servira de base pour ses futurs plans d'actions et &#233;valuations et que la question de la &#171; condition des femmes &#187; est mentionn&#233;e dans le rapport annuel de 2003 et quelques autres documents, la notion de genre reste largement absente des textes fondamentaux de la Banque mondiale sur la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s. A titre d'exemple, en 2004, le fameux &#171; Triangle pauvret&#233;-croissance-in&#233;galit&#233; &#187; [15] de l'&#233;conomiste en chef de la Banque mondiale, Fran&#231;ois Bourguignon, un des socles de la pens&#233;e d&#233;veloppementaliste de la d&#233;cennie, ignore compl&#232;tement les enjeux de genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La phrase d'accueil actuelle de la page &#171; &#233;galit&#233; des genres &#187; de l'Association internationale de d&#233;veloppement en dit long : Faute d'exploiter le potentiel productif des femmes, on passe &#224; c&#244;t&#233; d'une opportunit&#233; de premier plan, avec de lourdes cons&#233;quences au niveau des individus, des familles et des &#233;conomies&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le rapport annuel de 2006, par contre, on trouve quelques r&#233;flexions sur les in&#233;galit&#233;s et discriminations de genre et la n&#233;cessit&#233; de s'y int&#233;resser. La Banque mondiale &#233;voque m&#234;me qu'il serait possible de les r&#233;duire en investissant dans la protection sociale, la sant&#233; reproductive, l'&#233;ducation des filles, l'acc&#232;s &#224; l'eau, mais aussi et surtout en encourageant la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et la productivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, les propositions &#171; progressistes &#187; sont invariablement contrebalanc&#233;es par d'autres &#171; int&#233;r&#234;ts antagonistes &#187;. Il serait par exemple n&#233;cessaire de trouver un juste milieu entre la protection sociale des travailleuses et la rentabilit&#233; des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La combinaison des moyens d'action doit &#234;tre &#233;valu&#233;e de fa&#231;on &#224; &#233;tablir un &#233;quilibre entre la protection (de tous les salari&#233;s) et la possibilit&#233; pour les entreprises de se restructurer, ce qui est d'une importance capitale pour dynamiser la croissance et cr&#233;er des emplois. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La s&#233;curit&#233; des salari&#233;s est souvent assur&#233;e par divers textes l&#233;gislatifs excessivement rigoureux sur la protection de l'emploi, qui rendent le recrutement co&#251;teux en g&#233;n&#233;ral et, dans certains cas, plus co&#251;teux encore lorsqu'il s'agit de recruter des travailleurs non qualifi&#233;s, des jeunes et des femmes. &#187; [16]&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;curit&#233; sociale, essentielle pour les plus pr&#233;caires, dont les femmes font partie, serait donc un obstacle &#224; la rentabilit&#233; des entreprises. Quand des propositions positives concernant les femmes ne sont pas contrebalanc&#233;es de la sorte, elles sont alors justifi&#233;es par le fait que cela incite la prise de risque et donc la rentabilit&#233;, ou que cela contribue &#224; la comp&#233;titivit&#233;, la productivit&#233;, la croissance, l'esprit d'entreprise, &#8230; Quand des discriminations sont attaqu&#233;es en tant que telles, comme la violence domestique, c'est pour permettre une meilleure int&#233;gration des femmes sur le march&#233; du travail ! Ce ne sont donc pas des fins en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2007 est l'ann&#233;e du Gender Action Plan (plan d'action genre), intitul&#233; : &#171; L'&#233;galit&#233; des sexes, un atout &#233;conomique &#187;. Il &#233;tablit la centralit&#233; des questions de genre et reste depuis lors une base r&#233;guli&#232;rement mise &#224; jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'appuie sur une &#233;valuation ind&#233;pendante et tr&#232;s critique de la strat&#233;gie de 2001, pointant du doigt la non-prise en compte de cette dimension dans les programmes d&#232;s 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soup&#231;onnant la faille dans l'absence de m&#233;canismes de contr&#244;le et d'&#233;valuation, la nouvelle strat&#233;gie pour 2007 met l'accent sur des secteurs &#171; prioritaires &#187; pour l'&#233;mancipation des femmes : &#171; la terre et l'agriculture, le travail, le d&#233;veloppement du secteur priv&#233;, la finance et l'infrastructure &#187; [17]. Il semblerait qu'en 2007, les femmes n'&#233;taient pas concern&#233;es par les questions de reproduction sociale, les services publics, les violences, etc. !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport sur le d&#233;veloppement dans le monde 2012 : L'&#233;galit&#233; des sexes et le d&#233;veloppement devient &#224; son tour le cadre conceptuel pour les prochaines strat&#233;gies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; une reconnaissance de plus en plus pr&#233;gnante des normes de genres et de la division sexuelle du travail au fil des ann&#233;es [18], la recette reste l'augmentation des revenus par la participation au travail r&#233;mun&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la m&#234;me logique, la Banque mondiale lance en 2015 sa strat&#233;gie pour 2016-2023 sous l'&#233;tendard de la &#171; croissance inclusive &#187;. Si dans la partie &#171; progr&#232;s depuis 2000 &#187;, le rapport constate que &#171; l'in&#233;galit&#233; entre les sexes dans le monde s'est obstin&#233;ment maintenue dans de multiples dimensions &#187; m&#234;me si les femmes se sont engag&#233;es dans des activit&#233;s &#233;conomiques, la partie &#171; le&#231;ons apprises &#187; ne contient aucune remise en question de ses propres politiques [19]. A la fin, elle se f&#233;licite m&#234;me de montrer le chemin en mati&#232;re de progr&#232;s dans l'&#233;galit&#233; de genre dans plusieurs domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, en 2016, toute une s&#233;rie de nouveaux indicateurs sont propos&#233;s pour l'&#233;valuation. Ceux-ci sont, dans leur quasi-totalit&#233;, en lien avec le travail salari&#233;, j'y reviens plus tard dans cette &#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En bref :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du genre est pr&#233;sente dans les rapports depuis un peu plus de 20 ans, mais sans faire partie des strat&#233;gies centrales avant 2006, alors que r&#233;cemment la BM y a consacr&#233; une multitude de rapports et projets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette &#233;volution r&#233;cente n'exprime pas une prise de conscience f&#233;ministe ou une volont&#233; d'en finir avec l'exploitation. Elle doit &#234;tre comprise comme :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une action de communication en r&#233;ponse aux critiques et &#224; d'importants mouvements de contestation ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une tentative &#171; d'incorporer les femmes et le mouvement f&#233;ministe dans le processus de mondialisation n&#233;olib&#233;rale &#187; [20].&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;mancipation n'est jamais trait&#233;e comme une fin en soi mais bien comme un outil dans l'int&#233;r&#234;t de l'&#233;conomie capitaliste. Les femmes sont des ressources, un investissement, un facteur de production sous-utilis&#233;, et il faut les amener dans la sph&#232;re productive.&lt;br class='autobr' /&gt;
La phrase d'accueil actuelle de la page &#171; &#233;galit&#233; des genres &#187; de l'Association internationale de d&#233;veloppement (IDA) en dit long : &#171; Faute d'exploiter le potentiel productif des femmes, on passe &#224; c&#244;t&#233; d'une opportunit&#233; de premier plan, avec de lourdes cons&#233;quences au niveau des individus, des familles et des &#233;conomies. &#187; [21]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces discours ont par ailleurs aliment&#233; une forme de f&#233;minisme institutionnel et imp&#233;rialiste, une nouvelle carte &#224; jouer pour le n&#233;olib&#233;ralisme, agissant maintenant fallacieusement par &#171; souci du droit des femmes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Banque mondiale continue de prescrire des politiques qui portent pr&#233;judices aux femmes en pleine connaissance de cause, en donnant, avec le FMI, la priorit&#233; au remboursement de la dette par rapport aux d&#233;penses sociales. Au centre de ces strat&#233;gies figurent les march&#233;s et non des humains ; ce sont l&#224; des discours aux allures progressistes qui ne remettent jamais en question la position n&#233;olib&#233;rale de base. On assiste donc ni plus ni moins &#224; un ambitieux projet de genderwashing.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; L'approche &#171; genre &#187; de la Banque mondiale : un discours au service du capital, pas de la majorit&#233; des femmes !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la reconnaissance des impacts n&#233;gatifs des projets de &#171; r&#233;duction de la pauvret&#233; &#187;, indiff&#233;rents aux genres et adress&#233;s aux &#171; chefs de familles &#187;, on l'a vu, de nombreux programmes de &#171; d&#233;veloppement &#187; ont commenc&#233; &#224; mettre l'accent sur la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s professionnelles, les &#171; strat&#233;gies genr&#233;es &#187; et l'empowerment. Les droits des femmes comme partie int&#233;grante du d&#233;veloppement sont devenus l'objectif affich&#233; des institutions internationales et des ONG. Et le gender budgeting, devenu obligatoire, est la continuit&#233; d'une d&#233;marche tourn&#233;e vers les besoins des investisseurs, en utilisant l'argument de ce miraculeux &#171; effet cascade &#187; cens&#233; &#234;tre favorable aux femmes et aux pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, en plus du genderwashing expos&#233; plus haut, le discours dominant de la Banque mondiale et ses alli&#233;s renforce certains biais genr&#233;s, r&#233;affirmant ainsi une forme de domination patriarcale, pour deux raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, en pr&#233;tendant &#171; d&#233;cider &#224; la place des femmes - surtout non-occidentales- ce qui est bon pour elles &#187;, la Banque prend le r&#244;le du papa ou professeur de l'&#233;conomie mondiale qui agit pour le bien d'&#234;tres incapables de savoir ce dont elles ont besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, il est bien plus courant de lire et entendre ce que la Banque mondiale consid&#232;re &#234;tre une femme &#171; &#233;mancip&#233;e &#187;, que les voix de ces m&#234;mes femmes. Les discours s'appuient syst&#233;matiquement sur une norme de genre ou l'autre qu'ils renforcent pour servir des int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques. Cela confisque aux femmes des Suds leur capacit&#233; &#224; d&#233;cider des moyens de leurs &#233;mancipation en les pla&#231;ant dans des cases pr&#233;fabriqu&#233;es et homog&#232;nes, -aveugles &#224; l'intersectionnalit&#233; [22] ou aux r&#233;alit&#233;s multiples et vari&#233;es des femmes - et utiles aux th&#233;ories &#233;conomiques et conjonctures du moment : l'actrice &#233;conomique dont l'esprit d'entreprise est entrav&#233; par la culture locale ; la pourvoyeuse des besoins du foyer, centrale &#224; l'&#233;conomie familiale et &#224; la r&#233;silience face aux crises ; l'ouvri&#232;re aux petites mains, indispensable &#224; la croissance &#233;conomique ; ou encore la pauvre victime vuln&#233;rable&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces discours se perp&#233;tuent, comme on le voit dans un rapport du FMI qualifiant les femmes &#171; d'un des actifs les plus sous utilis&#233; de l'&#233;conomie &#187; [23].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, l'empowerment, processus &#233;mancipatoire multidimensionnel qui devrait inclure de nombreux facteurs, est mesur&#233; principalement via la &#171; participation &#224; la vie &#233;conomique et politique &#187; des femmes, ce qui est tout &#224; fait insuffisant [24]. Ce discours de l'&#233;mancipation par le travail est probl&#233;matique et dangereux pour plusieurs raisons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pr&#244;nant l'augmentation de la participation des femmes &#224; la vie &#233;conomique, ce discours occulte compl&#232;tement la r&#233;alit&#233; du fonctionnement actuel de la plupart des soci&#233;t&#233;s humaines, comme si les femmes ne participaient pas &#224; la vie &#233;conomique quand elles n'ont pas un emploi salari&#233; d&#233;clar&#233; ! Quid du travail gratuit colossal effectu&#233; pour prendre soin des &#234;tres chers, des communaut&#233;s et des &#233;cosyst&#232;mes, sans lequel &#171; l'&#233;conomie productive &#187; s'effondrerait tout simplement ? Non pas que la Banque mondiale ignore leur existence, mais ces r&#233;alit&#233;s n'entrent pas dans ses consid&#233;rations. Ce sont au mieux des &#171; obstacles &#187; au travail salari&#233; des femmes : une redistribution qui ne reproduirait pas des relations d'exploitation, une prise en charge publique ou collective, ou encore une remise en question des normes de genre, ne sont pas au programme ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;gation de l'importance du travail de care, alors que le travail salari&#233; est valoris&#233;, peut contribuer &#224; augmenter les in&#233;galit&#233;s de genre (en augmentant le temps de travail total), mais aussi entre femmes car ce sont les femmes des classes populaires qui prennent en charge le travail de care dans une grande partie des m&#233;nages riches (d&#233;laiss&#233; par les femmes qui acc&#232;dent &#224; des emplois &#224; temps plein correctement r&#233;mun&#233;r&#233;s et que ni les hommes ni la collectivit&#233; ne prennent en charge) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision simpliste de l'&#233;mancipation comme synonyme uniquement d'autonomie &#233;conomique via le travail salari&#233; ignore le fait que l'augmentation du nombre de femmes sur le march&#233; de l'emploi va en g&#233;n&#233;ral de pair avec une augmentation du nombre d'emplois ultra-pr&#233;caires. Dans de nombreux pays, cette entr&#233;e sur le march&#233; du travail s'est concr&#233;tis&#233;e dans les zones franches, faisant du travail d&#233;valoris&#233; des femmes un outil privil&#233;gi&#233; pour augmenter la rentabilit&#233;. Au Cambodge, par exemple, le d&#233;but des ann&#233;es 2000 est marqu&#233; par une forte croissance &#233;conomique, nourrie par les exportations de l'industrie du textile qui emploie quasi-exclusivement des femmes. Dans le m&#234;me temps, de 2004 &#224; 2009, l'&#233;cart salarial a plus que doubl&#233; [25]. &#192; moins de s'attaquer simultan&#233;ment &#224; toute forme d'exploitation, une expansion du march&#233; du travail ira toujours de pair avec une augmentation de l'exploitation de certain.es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche est de surcro&#238;t insuffisamment fond&#233;e. Bien que des arguments semblent indiquer une corr&#233;lation entre croissance &#233;conomique et diminution des in&#233;galit&#233;s de genre, d'autres d&#233;montrent &#233;galement que l'in&#233;galit&#233; &#233;conomique augmente avec certaines formes de croissance ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ignore qu'il existe d'autres possibilit&#233;s pour subvenir &#224; ses besoins : &#233;conomie informelle, autosuffisance, etc. Les principaux indicateurs &#233;tant &#171; taux de participation &#187; et &#171; revenus &#187;, l'&#233;mancipation est mesur&#233;e en termes mon&#233;taires et non en termes de qualit&#233; de vie. Signalons que l'entr&#233;e sur le march&#233; de l'emploi des femmes s'accompagne souvent de la destruction des pr&#233;c&#233;dents moyens de subsistance et lieux de vie, provoquant la migration massive vers les villes pour rejoindre le rang des travailleuses pr&#233;caires (domesticit&#233;, travail industriel, prostitution, services, &#8230;). Dans de nombreux cas, si la &#171; pauvret&#233; mon&#233;taire &#187; diminue, la pauvret&#233; mat&#233;rielle et la p&#233;nibilit&#233; quotidienne augmentent !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce discours est celui d'une mise au travail des femmes au service des int&#233;r&#234;ts financiers, tout &#224; fait assum&#233; et &#224; peine maquill&#233; d'un pr&#233;tendu f&#233;minisme institutionnel et occidental aux relents imp&#233;rialistes et n&#233;olib&#233;raux. Il enl&#232;ve aux femmes des Suds leur autod&#233;termination et r&#233;prime les voix radicales qui mettent plut&#244;t l'accent sur la fin de la surexploitation du Sud par le Nord comme condition &#224; l'&#233;mancipation des femmes dans leurs diversit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'au fil des ann&#233;es elle ait int&#233;gr&#233; des critiques dans son discours, la Banque mondiale continue de parler des femmes en termes quasi-exclusivement &#233;conomiques, fermant la voie d'une r&#233;elle &#233;mancipation, qui ne peut &#234;tre r&#233;duite &#224; une seule dimension &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette int&#233;gration ne t&#233;moigne pas d'une volont&#233; d'en finir avec les logiques de domination, ou d'assurer des droits humains fondamentaux, mais bien d'assurer la rentabilit&#233;. Selon la Banque mondiale, il ne faut donc pas trop insister sur les notions de patriarcat et de rapports sociaux in&#233;galitaires car cela risquerait de fragiliser le socle de travail exploit&#233; sur lequel repose le syst&#232;me en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Les pr&#234;ts, les projets et les politiques de la Banque mondiale : des impacts sp&#233;cifiques et n&#233;fastes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que plusieurs programmes de la Banque mondiale am&#233;liorent s&#251;rement l'acc&#232;s des femmes au travail et leur condition en g&#233;n&#233;ral (le recul de l'&#226;ge de la maternit&#233;, l'acc&#232;s &#224; l'&#233;cole, l'&#233;galit&#233; formelle, les programmes d'insertion professionnelle et d'&#233;conomies solidaires, etc.), des critiques s'imposent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nom de la stabilit&#233; macro-&#233;conomique, l'institution impose la rigueur budg&#233;taire et favorise la rentabilit&#233; des entreprises. Les m&#233;canismes qui ont creus&#233; les in&#233;galit&#233;s sont &#224; nouveau prescrits comme solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; l'application des recommandations macro-&#233;conomiques de la Banque mondiale, des ressources tout &#224; fait insuffisantes sont allou&#233;es aux services publics et &#224; la protection sociale, qui profitent principalement aux populations vuln&#233;rables dont les femmes font globalement partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A titre d'exemple, dans les ann&#233;es 1990, alors que les pays africains allouent entre 15 et 50 % de leur budget au service de la dette, syst&#233;matiquement moins de 20 % le sont pour les services sociaux. En 2013 en Am&#233;rique latine, il s'agit souvent de moins de 10 % pour l'&#233;ducation, moins de 5 % pour la sant&#233;, contre entre 10 et 40 pour la dette [26].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re non exhaustive, rappelons certaines des mesures phares pr&#244;n&#233;es par la Banque mondiale et le FMI : d&#233;valuation de la monnaie, suppression de barri&#232;res tarifaires et douani&#232;res, d&#233;mant&#232;lement du contr&#244;le des prix et des subventions publiques, assouplissement des lois sur le travail, privatisations, diminution des taxes pour les entreprises et des imp&#244;ts sur le capital, augmentation de la TVA, encouragement des exportations afin de faire entrer des devises &#233;trang&#232;res, diminution des d&#233;penses publiques, gel des salaires et coupes budg&#233;taires dans les services sociaux et publics comme l'&#233;ducation, la sant&#233;, la protection sociale, l'associatif, les transports, les infrastructures de base, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ajustements de variables macro-&#233;conomiques, qui visent &#224; garantir le remboursement rapide des cr&#233;anciers, se traduisent par des cons&#233;quences tr&#232;s concr&#232;tes sur la vie des populations les plus pr&#233;caires. Une perspective sensible au genre permet de d&#233;cliner comment les femmes sont sp&#233;cifiquement [27] impact&#233;es en six axes diff&#233;rents mais pouvant agir simultan&#233;ment et &#224; des d&#233;gr&#233;es vari&#233;s selon les contextes et r&#233;gions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les femmes sont les principales travailleuses des secteurs concern&#233;s ;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes sont les principales usag&#232;res et b&#233;n&#233;ficiaires des services et secteurs concern&#233;s ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les m&#232;res, &#233;pouses, s&#339;urs, etc., c'est-&#224;-dire les femmes, qui compensent les chocs &#233;conomiques et le retrait de l'&#233;tat social par une augmentation de leur travail gratuit ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes sont les premi&#232;res productrices et agricultrices mondiales, notamment dans l'&#233;conomie informelle, dont les moyens de subsistance et de production sont d&#233;truits ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes sont les premi&#232;res victimes des violences sexistes qui augmentent &#224; cause des m&#233;ga-projets et de la pr&#233;carisation de larges franges de la population ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont les cheffes de foyers et petites entrepreneuses qui contractent des microcr&#233;dits et cr&#233;dits &#224; la consommation pour subvenir &#224; leurs besoins et ceux de leurs proches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette grille de lecture peut &#234;tre appliqu&#233;e de mani&#232;re syst&#233;matique aux analyses de la dette et de l'aust&#233;rit&#233;. Int&#233;ressons-nous ici &#224; quatre types de mesures mises en avant par la Banque mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Politiques agricoles et projets extractivistes : impact sur les femmes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de s'int&#233;resser &#224; la pr&#233;servation des &#233;cosyst&#232;mes, de nombreux projets et strat&#233;gies de la Banque mondiale suivent une logique extractiviste : le &#171; d&#233;veloppement &#187; et la croissance par l'exploitation et la destruction des ressources naturelles [28]. Je citerai les &#171; &#233;l&#233;phants blancs &#187;, ces m&#233;gaprojets nuisibles et souvent impos&#233;s : projets de production &#233;nerg&#233;tiques, projets miniers, d'infrastructure ou logistiques, dont le barrage INGA en R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo est embl&#233;matique. Je pense &#233;galement aux r&#233;formes qui s'inscrivent dans le sillon de la &#171; r&#233;volution verte &#187; [29] et aux politiques d'exportation qui contribuent &#224; d&#233;truire le vivant, les communaut&#233;s et la souverainet&#233; alimentaire : monocultures, OGM, pollution et &#233;puisement des sols, biopiraterie via la propri&#233;t&#233; intellectuelle et l'accaparement des terres, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces projets ont en commun un caract&#232;re &#233;cocide &#233;vident mais aussi le fait qu'ils contribuent tr&#232;s souvent &#224; la destruction des moyens de subsistance, des territoires et des savoirs des communaut&#233;s, dont la pr&#233;servation repose principalement sur les femmes. Ces destructions (d&#233;forestation, pollutions des sols, inondations) les poussent &#224; la migration forc&#233;e, &#224; la recherche d'alternatives dans ces &#171; nouveaux &#187; emplois r&#233;put&#233;s typiquement f&#233;minins : domesticit&#233;, production en zones franches, soins aux autres, ou encore la prostitution subie. C'est notamment de cette &#171; entr&#233;e &#187; des femmes dans &#171; l'&#233;conomie productive &#187; que se f&#233;licite la Banque mondiale. D'apr&#232;s le consortium international des journalistes d'investigation, 3,4 millions de personnes ont &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;es en cons&#233;quence des projets de la Banque mondiale, et se retrouvent dans des camps de d&#233;plac&#233;s internes [30]. Ce sont les personnes que la Banque mondiale est cens&#233;e &#171; aider &#187; qui sont en r&#233;alit&#233; les plus impact&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus de cela, ce type de projet implique souvent la pr&#233;sence de groupes arm&#233;s, qu'ils soient charg&#233;s de &#171; prot&#233;ger &#187; les projets en question, ou qu'ils cherchent &#224; contr&#244;ler les territoires o&#249; se trouvent les mati&#232;res premi&#232;res. Cela aggrave les violences, notamment sexuelles, auxquelles les femmes sont confront&#233;es. La violence r&#233;pressive et meurtri&#232;re augmente &#233;galement, notamment envers celles qui s'opposent &#224; ces projets en d&#233;fendant l'environnement, leurs terres, leur culture et leurs pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiques agricoles de la Banque mondiale, quant &#224; elles, aggravent certaines in&#233;galit&#233;s. L'agriculture est &#224; l'&#233;chelle mondiale une des activit&#233;s principales des femmes. Or, l'implantation de monocultures pour l'exportation (ce qui augmente le PIB et les devises pour rembourser la dette) signifie que l'agriculture vivri&#232;re, essentielle pour de nombreuses familles, est d&#233;plac&#233;e vers des terres toujours plus &#233;loign&#233;es et moins fertiles. Cela augmente les temps de trajet, le risque d'agressions sur celui-ci et la p&#233;nibilit&#233; du travail, alors que les r&#233;coltes se r&#233;duisent en quantit&#233; et en qualit&#233;. Cela impacte directement les revenus, mais aussi la sant&#233; et la s&#233;curit&#233; alimentaire des femmes, dont des filles qui sont les premi&#232;res victimes de la malnutrition. Enfin cela porte aussi atteinte &#224; la souverainet&#233; alimentaire nationale. Dans certaines r&#233;gions, les emplois dans les cultures de rente sont offerts aux hommes en priorit&#233;, poussant les femmes vers des activit&#233;s encore plus pr&#233;caires. Si globalement la proportion de l'emploi des femmes dans le secteur agricole a baiss&#233; depuis 20 ans (augmentation dans le secteur des services), il reste leur premi&#232;re source d'emploi dans les pays &#224; faible ou &#224; moyen revenu o&#249; elles exercent les activit&#233;s les plus p&#233;nibles, les plus chronophages et mal-r&#233;mun&#233;r&#233;es. Les politiques agraires promues par la Banque mondiale impactent donc particuli&#232;rement les femmes [31].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les mesures impos&#233;es figurent la fin des subsides sur les intrants agricoles alors que les produits europ&#233;ens, eux subventionn&#233;s par la Politique agricole commune europ&#233;enne (PAC), inondent les march&#233;s : une concurrence tout &#224; fait d&#233;loyale qui affectent directement les moyens de subsistance et de production des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Destruction des services publics&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme expliqu&#233; par &#201;ric Toussaint : &#171; &lt;i&gt; [les PAS], fruit d'une politique consciemment &#233;labor&#233;e et appliqu&#233;e par les responsables du FMI et de la Banque mondiale, ont eu des cons&#233;quences extr&#234;mement n&#233;gatives sur les droits &#233;conomiques sociaux et culturels, sp&#233;cialement en ce qui concerne la sant&#233;, l'&#233;ducation, l'acc&#232;s &#224; l'eau potable, la s&#233;curit&#233; alimentaire, etc. &#187; (voir &#171; Le FMI et la Banque mondiale au temps du coronavirus : La qu&#234;te rat&#233;e d'une nouvelle image &#187;&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Le-FMI-et-la-Banque-mondiale-au-temps-du-coronavirus-La-quete-ratee-d-une&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/Le-FMI-et-la-Banque-mondiale-au-temps-du-coronavirus-La-quete-ratee-d-une&lt;/a&gt; ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La casse de ces secteurs, que l'on peut qualifier de biens communs, a de tr&#232;s lourdes cons&#233;quences sur les femmes. Premi&#232;rement, en tant que travailleuses et fonctionnaires qui perdent leur emploi ou voient leur salaire baisser sans compensations. Deuxi&#232;mement en tant qu'usag&#232;res, pour elles-m&#234;mes ou celles et ceux dont elles ont la charge. La privatisation et les coupes budg&#233;taires dans la sant&#233; en r&#233;duisent l'accessibilit&#233; pour les femmes les plus pauvres, affectant gravement les suivis gyn&#233;cologiques, les maternit&#233;s et tout ce qui est li&#233; &#224; la sant&#233; sexuelle et reproductive. Ces questions sont trop souvent ignor&#233;es par les d&#233;cideurs, bien souvent des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement en &#233;tant celles qui compensent par leur travail gratuit les changements impos&#233;s par la Banque mondiale. Cette derni&#232;re pr&#233;conise en effet le retrait de l'&#201;tat social moyennant la privatisation des services publics ou mise en place de partenariats publics priv&#233;s (PPP). La gestion priv&#233;e serait plus &#171; comp&#233;titive &#187; et donc efficace selon le dogme lib&#233;ral. Une demande explicite et r&#233;guli&#232;rement formul&#233;e par la Banque est de privatiser la distribution de l'eau, ce qui a eu de nombreuses cons&#233;quences, notamment dans les cas de la Bolivie ou de la Tanzanie, se traduisant, en plus de l'inefficacit&#233;, par une hausse des prix, la fermeture de puits publics, avec des cons&#233;quences d&#233;sastreuses sur l'agriculture. Aller chercher l'eau est une t&#226;che qui incombe g&#233;n&#233;ralement aux femmes et aux filles. Pour elles, la r&#233;duction de l'acc&#232;s &#224; l'eau signifie une augmentation du temps d&#233;volu &#224; cette t&#226;che, de risques pour leur sant&#233;, en particulier des probl&#232;mes de dos, et d'exposition &#224; des agressions sur les trajets d&#233;sormais plus longs [32]. Les PPP, vant&#233;s pour leur meilleure gestion, sont en r&#233;alit&#233;s moins efficaces : ils co&#251;tent jusqu'&#224; six fois plus pour le contribuable et offrent des emplois plus pr&#233;caires [33].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Les r&#233;formes fiscales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Banque mondiale pr&#233;conise des r&#233;formes fiscales en r&#233;alit&#233; favorables au grand capital : la suppression de barri&#232;res douani&#232;res, une baisse des imp&#244;ts sur les soci&#233;t&#233;s, le patrimoine et les revenus les plus &#233;lev&#233;s. En contrepartie de ces pertes de revenus, l'augmentation de la TVA est la mesure phare des IFI. C'est ce qu'on appelle une fiscalit&#233; r&#233;gressive car elle impacte proportionnellement plus les personnes aux plus petits revenus. Les &#171; efforts budg&#233;taires &#187; demand&#233;s par la Banque mondiale sont en v&#233;rit&#233; assum&#233;s par ces personnes-l&#224; ! Les femmes, responsables de nombreuses d&#233;penses pour le m&#233;nage, tout en ayant souvent un revenu inf&#233;rieur, sont particuli&#232;rement confront&#233;es &#224; cet enfer quotidien. Le fait que des produits essentiels, comme les protections menstruelles, ne soient pas inclus parmi les &#171; produits de base &#187; avec une TVA r&#233;duite [34], entra&#238;ne des difficult&#233;s suppl&#233;mentaires. Ainsi, une adolescente sur dix en Afrique rate une semaine d'&#233;cole par mois en cons&#233;quence [35].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre aspect concerne leur activit&#233; principale au niveau mondial : l'agriculture informelle et les activit&#233;s informelles en g&#233;n&#233;ral. Alors que le prix des intrants augmente, alors qu'elles d&#233;pensent de plus en plus pour l'activit&#233; dont elles d&#233;pendent, elles ne b&#233;n&#233;ficient pas des m&#234;mes avantages fiscaux que les entrepreneurs de l'&#233;conomie formelle. Pour le Bretton Woods Project, les femmes qui travaillent dans le secteur informel et se ravitaillent dans le secteur formel sont sans aucun doute les plus affect&#233;es par ces mesures. Dans une enqu&#234;te men&#233;e par l'OIT, les femmes mettent explicitement &#171; les taxes &#187; parmi les obstacles &#224; rejoindre l'&#233;conomie formelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mesures fiscales seront toujours inefficaces dans les pays &#224; plus faibles revenus o&#249; la majorit&#233; de l'&#233;conomie est informelle. Elles ne peuvent que conduire &#224; l'adoption de nouvelles mesures restrictives, bien souvent des coupes dans la protection sociale&#8230; Un cercle vicieux bien rod&#233; ! Ces ajustements impos&#233;s sont d'ailleurs une violation directe et r&#233;p&#233;titive du principe fondamental selon lequel le r&#233;gime fiscal est la base de la souverainet&#233; et de l'autonomie des &#201;tats. Les dettes, contract&#233;es pour la mise en place de ces mesures, sont donc, de ce point de vue, totalement odieuses et ill&#233;gitimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; L'acc&#232;s au microcr&#233;dit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le microcr&#233;dit a &#233;t&#233; favoris&#233; par les &#171; soft loans &#187; (les pr&#234;ts doux) de la Banque mondiale et largement f&#233;licit&#233; par la communaut&#233; internationale. Le microcr&#233;dit consiste en l'attribution de pr&#234;ts de faibles montants &#224; des entrepreneurs/euses ou &#224; des artisan&#183;es qui ne peuvent pas acc&#233;der aux pr&#234;ts bancaires &#171; classiques &#187;. Il s'est d&#233;velopp&#233; surtout dans les pays du Sud et vise les personnes hors du syst&#232;me bancaire et donc souvent les plus pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes repr&#233;sentent, au niveau mondial, environ 70 % de la client&#232;le des instruments de microfinance [36]. Sous couvert d'autonomisation &#233;conomique, les femmes sont directement cibl&#233;es, entre autres &#224; cause des st&#233;r&#233;otypes quant &#224; leur docilit&#233; de remboursement [37]. Ces micro-cr&#233;dits se caract&#233;risent par des taux d'int&#233;r&#234;ts bien plus &#233;lev&#233;s que dans les banques &#171; normales &#187;, et certainement que le taux z&#233;ro qui est la norme dans la plupart des circuits de circulation mon&#233;taire traditionnels comme les tontines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jules Falquet souligne qu'&#171; &lt;i&gt; il ne s'agit pas d'autre chose que du droit, ou du &#8216;devoir' des femmes &#224; s'endetter, en m&#234;me temps que d'une mani&#232;re de faire entrer dans les circuits bancaires du Nord les immenses &#8216;gisements d'&#233;pargne', souvent organis&#233;s par les femmes, qui existent dans le Sud &lt;/i&gt; &#187; [38]. Cet appauvrissement des femmes par la dette consolide la logique de transfert de richesses des pauvres vers les riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus de bancarisation des pauvres et de cr&#233;ation de nouvelles opportunit&#233;s d'investissement est une mani&#232;re de perp&#233;tuer les dommages caus&#233;s par la croissance n&#233;olib&#233;rale qui continue d'exclure des solutions collectives et macro-&#233;conomiques pour favoriser des r&#233;ponses financi&#232;res et individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Quelle autocritique au milieu d'une crise multidimensionnelle globale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout cela, la Banque ne semble toujours pas effectuer de r&#233;elle autocritique. Par exemple, l'&#233;valuation sur trois ans du plan d'action de 2007 ne r&#233;pond pas aux critiques formul&#233;es par la soci&#233;t&#233; civile. Elizabeth Arend le montre en cinq axes : la non-consid&#233;ration des droits humains (qui incluent aussi les femmes !), l'attention insuffisante &#224; la sant&#233; reproductive, le manque de donn&#233;es s&#233;rieuses quant au genre, la vision restreinte de l'&#233;mancipation comme l'autonomisation &#233;conomique, et le manque de capacit&#233; d'action des bureaux nationaux [39].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2012, elle finit par reconna&#238;tre que la diminution des in&#233;galit&#233;s ne peut pas &#234;tre r&#233;duite &#224; &#171; la croissance &#187;, et un imposant rapport reconna&#238;t avoir trop mis&#233; sur la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s comme facteur contribuant &#224; la croissance plut&#244;t que comme fin en soi. Mais ne saluons pas trop vite un suppos&#233; &#171; changement de paradigme &#187; : l'analyse reste centr&#233;e sur l'&#233;conomie et la recherche de &#171; certaines sortes de croissances &#187; avant tout [40].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore en 2014, les critiques continuent &#224; pointer du doigt que la Banque mondiale n&#233;glige le travail de care. Une &#233;tude constate que sur une trentaine de projets, 92 % ne tiennent pas explicitement compte de l'existence du travail de soin non-r&#233;mun&#233;r&#233; dans leur conception [41].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2016, tout en disant vouloir mieux appr&#233;hender le droit &#224; la parole et la capacit&#233; d'action, elle s'obstine &#224; &#171; se baser sur ce qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; accompli &#187; et &#171; rem&#233;dier aux obstacles sp&#233;cifiques auxquels se heurtent les femmes dans l'acc&#232;s aux opportunit&#233;s &#233;conomiques &#187; [42]. Elle met aussi en place un groupe de travail pour s'attaquer aux violences sexistes, initiative critiqu&#233;e pour son mandat extr&#234;mement limit&#233; et son silence sur les violences engendr&#233;es pr&#233;cis&#233;ment par les projets de la Banque mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, &#224; quoi bon les Analyses des Impacts sur la Pauvret&#233; et le Social (AIPS) mises en &#339;uvre par les pays d&#233;biteurs ? Bien que des guides contenant des pistes pour l'inclusion du genre existent, aucune mesure n'est contraignante [43]. Par exemple, le programme de &#171; meilleure gestion &#187; et &#171; rationalisation &#187; des secteurs publics en Serbie, impos&#233; en contrepartie d'un pr&#234;t octroy&#233; en 2016, a signifi&#233; une perte de presque 30.000 emplois et un gel des salaires dans les secteurs publics, o&#249; les femmes sont la majorit&#233; des travailleuses. L'AIPS ne rapporte aucun effet social sur la pauvret&#233; ou la distribution des richesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que l'analyse multidimensionnelle semble progresser, les ann&#233;es 2020 et 2021 confirment que les mesures macro-&#233;conomiques pr&#244;n&#233;es continuent &#224; d&#233;grader la situation des populations d&#233;favoris&#233;es. Apr&#232;s plusieurs d&#233;cennies de politiques antisociales, les syst&#232;mes de sant&#233; se retrouvent particuli&#232;rement affaiblis dans un contexte de crise globale imminente fin 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la part du budget allou&#233; au service de la dette doublait dans les pays &#224; bas et moyens revenus entre 2010 et 2018, des mesures d'aust&#233;rit&#233;, qui se sont av&#233;r&#233;es inefficaces en plus d'&#234;tre in&#233;galitaires, continuent &#224; &#234;tre inlassablement appliqu&#233;es. Les ressources allou&#233;es aux services publics diminuaient de 18 % en Am&#233;rique latine et aux Cara&#239;bes, et de 15 % en Afrique sub-saharienne de 2014 &#224; 2018, ce qui pourrait constituer un record d'ici quelques ann&#233;es si cela continue. Dans au moins 21 pays &#224; bas et moyens revenus les budgets d'&#233;ducation baissent depuis 2015 alors que le service de la dette augmente. En ce qui concerne la sant&#233;, c'est le cas pour 39 pays [44], avec de lourdes cons&#233;quences sur la sant&#233; publique, le personnel soignant, les soins de proximit&#233;, les capacit&#233;s d'hospitalisation, etc. &#192; cela on peut ajouter la r&#233;duction de l'acc&#232;s &#224; l'eau potable dans de nombreuses r&#233;gions. Dans ce contexte, comment faire face &#224; la crise sanitaire qui &#233;clate en 2020 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est imm&#233;diatement &#233;vident que le poids des choix politiques souvent incoh&#233;rents retombe principalement sur les femmes. Elles sont particuli&#232;rement nombreuses dans les secteurs &#171; essentiels &#187; et donc en premi&#232;re ligne de l'&#233;puisement et du danger de contamination. Elles sont aussi majoritaires dans l'impossibilit&#233; de t&#233;l&#233;-travailler, et dans de nombreuses r&#233;gions c'est le cas des groupes ethniques d&#233;favoris&#233;s [45]. A l'inverse, elles sont aussi tr&#232;s nombreuses &#224; exercer des m&#233;tiers et occupations d&#233;sormais interdites et sans compensations car informelles (domesticit&#233;, travail du sexe, commerce de rue&#8230;). Cela aggrave les in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques. Comme si cela ne suffisait pas, leur r&#244;le de soin au sein des familles les expose plus au virus et augmente leur travail gratuit (enfants d&#233;scolaris&#233;s, confection de masques, &#8230;). Pour couronner le tout, les violences domestiques et les risques dus &#224; la compl&#232;te mise de c&#244;t&#233; de la sant&#233; reproductive et mentale montent en fl&#232;che. Un constat non seulement dramatique, mais pr&#233;visible [46].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'annonce du moratoire de la Banque mondiale, des &#171; aides &#187; du FMI, ou encore des possibles restructurations du G20 sont, dans ce contexte, au mieux, des mauvaises blagues qui ne pr&#234;tent m&#234;me pas &#224; rire jaune pour les laiss&#233;es pour compte du n&#233;olib&#233;ralisme. Sans structurellement remettre en question l'organisation du soin dans nos soci&#233;t&#233;s, cela ne fait que reporter un fardeau de la dette augment&#233;, qui impactera durement les femmes. La priorit&#233; de la Banque reste la stabilit&#233; macro-&#233;conomique et des secteurs financiers, justifiant &#224; nouveau politiques d'aust&#233;rit&#233; et d'exportation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette crise n'est pas seulement le r&#233;sultat de facteurs &#233;conomiques ou sanitaires, mais de notre rapport au vivant et aux activit&#233;s essentielles, au &#171; prendre soin &#187; de ce qui nous entoure. Le rapport dominant, pr&#244;n&#233; dans les id&#233;ologies de la Banque mondiale, est &#224; mille lieux de toute conception d'&#233;quilibre &#233;cologique et de bien-&#234;tre collectif qui pourrait permettre de faire face &#224; de telles crises sans sacrifier toujours les m&#234;mes et en faire ainsi des crises sociales sans pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son fameux rapport de 2007, la Banque mondiale r&#233;sume son &#171; objectif fondamental &#187; dans ces termes : Donner aux femmes les moyens de rivaliser sur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les march&#233;s de produits ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les march&#233;s financiers ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les march&#233;s fonciers ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les march&#233;s du travail [47].&lt;br class='autobr' /&gt;
Que signifie donc cette vision de l'&#233;galit&#233; ? Comme les f&#233;ministes anticapitalistes le disent depuis longtemps, le discours de l'&#233;galit&#233; n'aide pas &#224; combattre les oppressions mais ne fait que les d&#233;placer. On nous parle ici de l'&#233;galit&#233; des chances de rivaliser, de dominer. D'exceller dans les domaines jusqu'ici consid&#233;r&#233;s comme masculins, de s'en approprier les codes, d'exploser le plafond de verre (et rendre le plancher encore plus collant), et devenir actrices des m&#233;canismes de l'accumulation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision du &#171; f&#233;minisme &#187; est dangereuse. Plut&#244;t que de parler de l'acc&#232;s aux structures de pouvoir, c'est de la remise en question radicale des structures de pouvoir qu'il faudrait se soucier. Plut&#244;t que de r&#233;duire les obstacles &#233;conomiques individuels, c'est de cr&#233;er des dynamiques collectives, solidaires, une force politique qui est n&#233;cessaire. La Banque ne soutient pas les revendications f&#233;ministes, elle entretient et nourrit la finance patriarcale, extractiviste et raciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question, in fine, n'est donc pas de savoir si oui ou non certains projets locaux ont soutenu des femmes, ni de simplement clamer que la Banque mondiale n'a pas r&#233;ussi &#224; assez r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s. La question est plut&#244;t de savoir si oui ou non sa ligne politique contribue &#224; les aggraver. La r&#233;ponse est oui. La Banque mondiale s'obstine &#224; prescrire des politiques macro-&#233;conomiques qui impactent n&#233;gativement l'&#233;galit&#233; de genre et renforcent les oppressions structurelles, comme l'illustre sa strat&#233;gie de 2016 &#224; 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2016, Elisabeth Pr&#252;gl qualifiait de Neoliberalism with a feminist face [48] le nouvel agenda de la Banque mondiale. Un nouveau discours o&#249; l'analyse des in&#233;galit&#233;s de genre est de plus en plus pouss&#233;e, mais &#233;galement de plus en plus au service des march&#233;s : autrement dit, les revendications f&#233;ministes sont de plus en plus instrumentalis&#233;es ; coopt&#233;es et traduites en termes marchands. Pour Pr&#252;gl, si les nombreuses &#171; avanc&#233;es &#187; et remises en question sont condamnables par leurs intentions (par exemple pousser les gouvernements &#224; investir dans les cr&#232;ches pour que les femmes puissent travailler plus), elles ouvrent aussi des br&#232;ches dont il serait int&#233;ressant de se saisir pour formuler des demandes et alternatives v&#233;ritablement f&#233;ministes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces constats sont une raison de plus d'annuler la majeure partie des dettes, qui n'ont pas servi les populations, et ce en connaissance de cause. C'est pourquoi, comme le pr&#244;ne le CADTM entre autres, c'est d'un changement radical que nous avons besoin, et pas de reformes au sein de ces institutions, qui, qu'il s'agisse du G20, du FMI, de la Banque mondiale ou encore de l'ONU, entretiennent l'institutionnalisation des f&#233;minismes aux d&#233;pens des premi&#232;res concern&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une perspective f&#233;ministe, et m&#234;me &#233;co-f&#233;ministe, am&#232;ne aussi &#224; se poser plus g&#233;n&#233;ralement la question de qui doit quoi &#224; qui ? Si on prend en compte tout le travail invisible effectu&#233; et les ressources pill&#233;es et ravag&#233;es sans scrupule, ni compensations ou efforts de conserver un &#233;quilibre, alors la donne change [49]. Une bonne partie des populations et en particulier des classes dominantes de la plan&#232;te sont en v&#233;rit&#233; redevables d'une immense dette, &#233;cologique, mais aussi reproductive, envers les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Critique f&#233;ministe du d&#233;veloppement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sociologue Jules Falquet rappelle que les cinq dimensions centrales du d&#233;veloppement impactent n&#233;cessairement les femmes [50].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;f&#233;rer les monocultures intensives &#224; l'agriculture familiale prive les femmes de leurs activit&#233;s et condamne un grand nombre de personnes &#224; d&#233;pendre de produits industriels chers ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mettre &#224; profit les mati&#232;res premi&#232;res disponibles en sous-sol g&#233;n&#232;re des conflits qui d&#233;truisent les communaut&#233;s autochtones et l'environnement ;&lt;br class='autobr' /&gt;
La cr&#233;ation de zones de libre-&#233;change encourage l'implantation de multinationales &#224; la recherche de main d'&#339;uvre peu qualifi&#233;e, bon march&#233; et essentiellement f&#233;minine ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Faire rentrer des devises via l'exportation de main d'&#339;uvre f&#233;minine autoris&#233;e &#224; travailler &#224; l'&#233;tranger renforce leur exploitation ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le tourisme, fortement encourag&#233;, engendre une augmentation des activit&#233;s d&#233;gradantes des femmes dont la &#171; beaut&#233; exotique &#187; fait partie des atouts mis en avant par les destinations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; d&#233;veloppement &#187; doit &#234;tre vu pour ce qu'il est : non pas le synonyme d'un &#171; progr&#232;s &#187; d&#233;clar&#233; comme tel tout &#224; fait arbitrairement, mais un attirail id&#233;ologique d&#233;ploy&#233; afin d'aider &#224; la g&#233;n&#233;ralisation des modes de production capitalistes, normes culturelles occidentales, et ainsi continuer des dynamiques n&#233;ocoloniales de pillage organis&#233;, ayant invariablement de nombreux impacts sur la vie des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mailfacebookprintertwitter&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] &#201;ric Toussaint, &#171; &#201;quateur : Les r&#233;sistances aux politiques voulues par la Banque mondiale, le FMI et les autres cr&#233;anciers entre 2007 et 2011 &#187;, 2021, &lt;a href=&#034;https://cadtm.org/Equateur-Les-resistances-aux-politiques-voulues-par-la-Banque-mondiale-le-FMI&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://cadtm.org/Equateur-Les-resistances-aux-politiques-voulues-par-la-Banque-mondiale-le-FMI&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Camille Bruneau, l'auteure de cette &#233;tude, utilise ici le terme &#171; femmes &#187; dans une perspective plurielle et non&#8211;essentialiste : toute personne se reconnaissant dans ou &#233;tant assign&#233;e au genre et/ou sexe &#171; f&#233;minin &#187; et subissant ainsi une s&#233;rie d'oppressions sexistes et h&#233;t&#233;ropatriarcales (femmes cisgenres, personnes transgenres, personnes non-binaires, a-genres, aux genres fluides&#8230;). Elle utilise cette &#171; cat&#233;gorie &#187; dans une perspective politique, c'est-&#224;-dire utile pour analyser des rapports sociaux de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le concept de &#171; care work &#187; (travail de soin) fait r&#233;f&#233;rence &#224; un ensemble de pratiques mat&#233;rielles et psychologiques destin&#233;es &#224; apporter une r&#233;ponse concr&#232;te aux besoins des autres et d'une communaut&#233; (dont des &#233;cosyst&#232;mes). On pr&#233;f&#232;re le concept de care &#224; celui de travail &#171; domestique &#187; ou de &#171; reproduction &#187; car il int&#232;gre les dimensions &#233;motionnelles et psychologiques (charge mentale, affection, soutien), et, pour moi et comme utilis&#233; ici, ne se limite pas aux aspects &#171; priv&#233;s &#187; et gratuits en englobant &#233;galement les activit&#233;s r&#233;mun&#233;r&#233;es n&#233;cessaires &#224; la reproduction de la vie humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Camille Bruneau : &#171; La dette : une arme patriarcale d&#233;ploy&#233;e dans les pays du Sud &#187;, AVP Dettes aux Suds, n&#176;77, 2019, &lt;a href=&#034;https://cadtm.org/La-dette-une-arme-patriarcale-deployee-dans-les-pays-du-Sud&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://cadtm.org/La-dette-une-arme-patriarcale-deployee-dans-les-pays-du-Sud&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Jules Falquet : &#171; Le capitalisme n&#233;olib&#233;ral, alli&#233; des femmes ? Perspectives f&#233;ministes mat&#233;rialistes et imbricationnistes &#187;, dans Verschuur, C., Gu&#233;rin, I., et Gu&#233;tat-Bernard ? H. (ed.). 2015. Sous le d&#233;veloppement, le genre, pp. 365-387. Cynzia Arruzza, Tithi Bhattacharya et Nancy Fraser, F&#233;minisme pour les 99 %, La D&#233;couverte, Paris, 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Jules Falquet. 2019. Imbrication : Femmes, race et classe dans les mouvements sociaux, &#201;ditions du croquant, 304 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Voir &#233;galement l'analyse de Michael Goldman, notamment autour des questions environnementales. Il s'int&#233;resse aussi &#224; comment la Banque mondiale s'est historiquement impos&#233;e comme d&#233;tentrice de savoirs, ce qui lui permet de consolider son h&#233;g&#233;monie. Michael Goldman (2005) : The World Bank and Struggles for Social Justice in the Age of Globalization, Yale University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] La notion de d&#233;veloppement est probl&#233;matique &#224; bien des &#233;gards, autant le concept en tant que tel - normatif et fa&#231;onn&#233; par une id&#233;ologie occidentale et eurocentrique- que ses origines historiques, ses intentions politiques, ainsi que ses cons&#233;quences sociales, &#233;conomiques, environnementales et culturelles. En r&#233;sum&#233;, il s'agit d'un outil du n&#233;ocolonialisme et du pillage organis&#233; mis en place apr&#232;s les ind&#233;pendances pour continuer &#224; contr&#244;ler l'organisation mondiale de la production et de la consommation, et donc, de la r&#233;partition des richesses. Il est clair que le contr&#244;le des capacit&#233;s productives et reproductives des femmes (leurs corps, leur fertilit&#233;) en est une dimension importante et parfois assum&#233;e. En plus des th&#233;ories dites du &#171; post-d&#233;veloppement &#187; ou des nombreuses critiques d&#233;coloniales ou anti-imp&#233;rialistes, voir &#201;ric Toussaint, &#171; Les mensonges th&#233;oriques de la Banque mondiale &#187; &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Les-mensonges-theoriques-de-la-Banque-mondiale&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/Les-mensonges-theoriques-de-la-Banque-mondiale&lt;/a&gt; ainsi que quelques articles amenant une lecture f&#233;ministe de la notion de d&#233;veloppement : Denise Comanne, &#171; Quelle vision du d&#233;veloppement pour les f&#233;ministes &#187;, 2005, &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Quelle-vision-du-developpement-pour-les-feministes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/Quelle-vision-du-developpement-pour-les-feministes&lt;/a&gt; ; Jules Falquet, &#171; Femmes, f&#233;minisme et &#8220;d&#233;veloppement&#8221; : une analyse critique des politiques des institutions internationales &#187;, dans Bisilliat, Jeanne (dir.) 2003. Regards de femmes sur la globalisation. Approches critiques, Paris, Karthala, pp 75-112 ; Roger Herla, &#171; Du Sud au Nord, impacts de mondialisation n&#233;olib&#233;rale sur le travail des femmes &#187;, CVFE - Publications, 2018, &lt;a href=&#034;http://www.cvfe.be/sites/default/files/doc/ep-2018-6-du_sud_au_nord._impacts_de_la_mondialisation.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cvfe.be/sites/default/files/doc/ep-2018-6-du_sud_au_nord._impacts_de_la_mondialisation.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Simon Kuznets, &#171; Economic Growth and Income Inequality &#187;, American Economic Review, n&#176;49, mars 1955, p.1-28.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] World Bank, World Development Report, 1982, World Development Indicators Washington, D.C. &lt;a href=&#034;http://documents.worldbank.org/curated/en/948041468152100530/World-development-report-1982&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://documents.worldbank.org/curated/en/948041468152100530/World-development-report-1982&lt;/a&gt; En fran&#231;ais : &lt;a href=&#034;http://documents1.worldbank.org/curated/en/680161468336317883/pdf/108870WBAR0FRENCH0Box35453B01PUBLIC1.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://documents1.worldbank.org/curated/en/680161468336317883/pdf/108870WBAR0FRENCH0Box35453B01PUBLIC1.pdf&lt;/a&gt; consult&#233; le 18 avril 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Cit&#233; par DEVESH KAPUR, JOHN P. LEWIS, RICHARD WEBB. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 1, p. 171.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Le capital au XXIe si&#232;cle, Le Seuil, 2013, 970 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] &#171; low inequality was not an indicator of a healthy economy &#187; Vladimir Hlasny et Paolo Verme, &#171; On the &#8216;Arab Inequality Puzzle' : A Comment &#187;, publi&#233; en janvier 2021 dans la Revue Development and Change de l'Institut des Etudes sociales de La Haye, p. 4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Pour une analyse historique et critique de &#171; l'inclusion &#187; des femmes dans le &#171; d&#233;veloppement &#187; par les grandes institutions internationales notamment l'ONU, voir Jules Falquet (2002), Op.cit. et Denise Comanne (2005), Op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Fran&#231;ois Bourguignon, The Poverty-Growth-Inequality Triangle, 2004, &lt;a href=&#034;https://www.researchgate.net/publication/5127146_The_Poverty-Growth-Inequality_Triangle&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.researchgate.net/publication/5127146_The_Poverty-Growth-Inequality_Triangle&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Banque Mondiale, Rapport sur le d&#233;veloppement dans le monde, Equit&#233; et d&#233;veloppement, 2006, &lt;a href=&#034;https://www.genreenaction.net/IMG/pdf/WDR2006overview-fr.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.genreenaction.net/IMG/pdf/WDR2006overview-fr.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Banque Mondiale, &#171; L'&#233;galit&#233; des sexes, un atout &#233;conomique &#187;, 2006, &lt;a href=&#034;http://documents1.worldbank.org/curated/en/482921468315359005/pdf/370080FRENCH0G10Box032734201PUBLIC1.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://documents1.worldbank.org/curated/en/482921468315359005/pdf/370080FRENCH0G10Box032734201PUBLIC1.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Banque Mondiale, 2014, Gender at Work : A Companion to the World Development Report on Jobs, &lt;a href=&#034;https://www.worldbank.org/content/dam/Worldbank/document/Gender/GenderAtWork_ExecutiveSummary.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.worldbank.org/content/dam/Worldbank/document/Gender/GenderAtWork_ExecutiveSummary.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] World Bank Group Gender Strategy (2015) : Gender Equality, Poverty Reduction and Inclusive Growth., &lt;a href=&#034;https://openknowledge.worldbank.org/handle/10986&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://openknowledge.worldbank.org/handle/10986&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Christine Vanden Daelen, &#171; F&#233;minismes et Banque mondiale : un mariage &#8216;contre-nature' &#187;, 2020, &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Feminismes-et-Banque-mondiale-un-mariage-contre-nature&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/Feminismes-et-Banque-mondiale-un-mariage-contre-nature&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] &lt;a href=&#034;http://ida.banquemondiale.org/theme/genre-et-egalite-des-sexes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://ida.banquemondiale.org/theme/genre-et-egalite-des-sexes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] L'intersectionnalit&#233; est un concept issu du black f&#233;minism et forg&#233; par la juriste am&#233;ricaine Kimberl&#233; Crenshaw pour rendre raison de l'existence de discriminations multiples jusque-l&#224; invisibilis&#233;es dans le cadre d'une approche segment&#233;e et hi&#233;rarchis&#233;e des discriminations au sein du droit. Selon le Mouvement europ&#233;en de lutte contre le racisme (ENAR), l'approche intersectionnelle permet de prendre en compte que des personnes qui se trouvent &#224; l'intersection de plusieurs sources de discriminations (ex : &#234;tre une femme, &#234;tre de religion musulmane, &#234;tre d'origine &#233;trang&#232;re,..) subissent souvent une nouvelle forme de discrimination r&#233;sultant du cumul de plusieurs caract&#233;ristiques. Finalement, &#171; C'est un outil pour lutter contre les discriminations &#224; l'int&#233;rieur des discriminations, prot&#233;ger les minorit&#233;s au sein des minorit&#233;s et combattre les in&#233;galit&#233;s au c&#339;ur des in&#233;galit&#233;s &#187; (Emilia Roig, Centrer for Intersectional Justice : &lt;a href=&#034;https://www.intersectionaljustice.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.intersectionaljustice.org/&lt;/a&gt;). Des f&#233;ministes d&#233;coloniales comme Fran&#231;oise Verg&#232;s rappellent que cette notion &#233;tait d&#233;j&#224; bien int&#233;gr&#233;e avant la reconnaissance du concept, par exemple au sein des luttes contre l'esclavage. Voir Fran&#231;oise Verg&#232;s. 2019. Un f&#233;minisme d&#233;colonial, &#233;ditions La Fabrique, 208 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Lovisa Moller et Rachel Sharpe pour ActionAid, &#171; Women as &#8216;underutilized assets'&#8211; A critical review of IMF advice on female labour force participation and fiscal consolidation &#187;, 2017, &lt;a href=&#034;https://actionaid.org/publications/2017/women-underutilized-assets&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://actionaid.org/publications/2017/women-underutilized-assets&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Agn&#232;s Adjamagbo et Anne-Emmanu&#232;le Calv&#232;s, L'&#233;mancipation f&#233;minine sous contrainte &#187;, Presses Science Po / Autrepart, N&#176; 61, 2012, pp. 3 -21.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Juan Pablo Bohoslavsky, &#171; Effets des r&#233;formes &#233;conomiques et des mesures d'aust&#233;rit&#233; sur les droits fondamentaux des femmes &#187;, 2018, &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Effets-des-reformes-economiques-et-des-mesures-d-austerite-sur-les-droits&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/Effets-des-reformes-economiques-et-des-mesures-d-austerite-sur-les-droits&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Christine Vanden Daelen, &#171; La dette, les PAS : analyse des impacts sur la vie des femmes &#187;, 2014, &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/La-dette-les-PAS-analyse-des-impacts-sur-la-vie-des-femmes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/La-dette-les-PAS-analyse-des-impacts-sur-la-vie-des-femmes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] J'insiste sur le &#8216;sp&#233;cifiquement' car il ne s'agit pas de savoir qui est plus ou moins impact&#233;, mais d'analyser les impacts sp&#233;cifiques selon o&#249; on se situe dans les rapports sociaux de genre, classe, race, ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Il n'est pas inutile de rappeler que le syst&#232;me capitaliste mais &#233;galement et plus g&#233;n&#233;ralement la pens&#233;e occidentale, se base sur une s&#233;rie de dualismes (&#171; hommes &#187; et &#171; femmes &#187; par exemple) dont une suppos&#233;e fronti&#232;re distincte entre &#171; l'humain &#187; et &#171; la nature &#187; ou encore le &#171; sauvage &#187;. L'&#234;tre humain peut puiser, tirer parti, exploiter, modifier, &#171; rentabiliser &#187;, dompter etc. le non-humain &#224; sa guise. C'est seulement ensuite qu'entre en jeu l'&#233;cologie, pour r&#233;parer les d&#233;g&#226;ts occasionn&#233;s &#224; l'&#171; environnement &#187;, entit&#233; l&#224; encore consid&#233;r&#233;e comme fondamentalement ext&#233;rieure &#224; &#171; nous &#187;. Au centre du d&#233;veloppement se trouve donc un rapport objectivant &#224; &#171; l'environnement &#187;, qu'il soit d'exploitation ou de &#171; protection &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Jules Falquet, &#171; Penser la mondialisation dans une perspective f&#233;ministe &#187;, Travail, Genre et Soci&#233;t&#233;s, 2011, n&#176; 25.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] ICIJ (2015) : &#171; New investigation reveals 3.4m displaced by World Bank &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.icij.org/inside-icij/2015/04/new-investigation-reveals-34m-displaced-world-bank/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.icij.org/inside-icij/2015/04/new-investigation-reveals-34m-displaced-world-bank/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] OIT, &#171; Les femmes au Travail. Tendances 2016 &#187;, 2016, Gen&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Juan Pablo Bohoslavsky (2018). Op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] Iolanda Fresnillo et Ver&#243;nica Serafini, &#171; World Bank and IMF response to debt crisis undermines women's rights &#187;, 2020, &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/World-Bank-and-IMF-response-to-debt-crisis-undermines-women-s-rights&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/World-Bank-and-IMF-response-to-debt-crisis-undermines-women-s-rights&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] Au Kenya, ceux-ci sont pass&#233;s de 400 &#224; 30 en un an, BWP (2017) : The IMF and Gender Equality, &lt;a href=&#034;https://www.brettonwoodsproject.org/wp-content/uploads/2017/04/IMF-and-Gender-Equality-VAT-1.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.brettonwoodsproject.org/wp-content/uploads/2017/04/IMF-and-Gender-Equality-VAT-1.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] Fr&#233;d&#233;rique Harrus, F., &#171; Scolarit&#233; : quand les r&#232;gles mettent les filles au ban de l'&#233;cole &#187;, 2015, &lt;a href=&#034;https://www.francetvinfo.fr/monde/scolarite-quand-les-regles-mettent-les-filles-au-ban-de-l-ecole_3066825.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.francetvinfo.fr/monde/scolarite-quand-les-regles-mettent-les-filles-au-ban-de-l-ecole_3066825.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] Lucile Daumas, &#171; Pourquoi la microfinance s'int&#233;resse-t-elle autant aux femmes ? &#187;, 2017, &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Pourquoi-la-microfinance-s-interesse-t-elle-autant-aux-femmes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/Pourquoi-la-microfinance-s-interesse-t-elle-autant-aux-femmes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] Le r&#233;seau du CADTM d&#233;nonce depuis longtemps que les femmes sont victimes des abus de la microfinance. On pense &#224; Denise Comanne (Op. Cit) ; ATTAC-CADTM Maroc ; les militant.es du CADTM en Inde et au Sri Lanka ou encore &#224; la campagne panafricaine contre le microcr&#233;dit. Voir par exemple : ATTAC CADTM Maroc. 2017. Le microcr&#233;dit au Maroc : quand les pauvres financent les riches. &#201;tude de terrain et analyse du syst&#232;me du microcr&#233;dit ; Eric Toussaint et Nathan Legrand, &#171; T&#233;moignages accablants sur les abus du microcr&#233;dit &#187;, 2018, &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Temoignages-accablants-sur-les-abus-du-microcredit&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/Temoignages-accablants-sur-les-abus-du-microcredit&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] Jules Falquet. 2002. Op. Cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] GenderAction (2010) : &#171; Critique of the World Bank's Applying Gender Action Plan Lessons : A three-Year Road Map for Gender Mainstreaming (2011-2013) &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.genderaction.org/publications/2010/critique_road_map.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.genderaction.org/publications/2010/critique_road_map.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40] BWP (2014) : &#171; World Bank admits gender equality not just about growth &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.brettonwoodsproject.org/2014/03/world-bank-admits-gender-equality-just-growth/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.brettonwoodsproject.org/2014/03/world-bank-admits-gender-equality-just-growth/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[41] BWP (2014) : &#171; World Bank criticised for overlooking care work &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.brettonwoodsproject.org/2014/01/bank-criticised-overlooking-care-work/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.brettonwoodsproject.org/2014/01/bank-criticised-overlooking-care-work/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[42] Banque Mondiale, &#171; Nouvelle strat&#233;gie du Groupe de la Banque mondiale pour le genre et l'&#233;galit&#233; des sexes : Consultations &#187;, &lt;a href=&#034;https://consultations.worldbank.org/fr/consultation/nouvelle-strategie-du-groupe-banque-mondiale-genre-legalite-sexes-consultations&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://consultations.worldbank.org/fr/consultation/nouvelle-strategie-du-groupe-banque-mondiale-genre-legalite-sexes-consultations&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[43] BWP (2019) : &#171; The World Bank and gender equality &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.brettonwoodsproject.org/wp-content&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.brettonwoodsproject.org/wp-content&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[44] Eurodad (2020) : &#171; How public services and human rights are being threatened by the growing debt crisis &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.eurodad.org/how_public_services_and_human_rights_are_being_threatened_by_the_growing_debt_crisis&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.eurodad.org/how_public_services_and_human_rights_are_being_threatened_by_the_growing_debt_crisis&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[45] Economic Policy Institute (2020) : &#171; Not everybodu can work from home &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.epi.org/blog/black-and-hispanic-workers-are-much-less-likely-to-be-able-to-work-from-home/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.epi.org/blog/black-and-hispanic-workers-are-much-less-likely-to-be-able-to-work-from-home/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[46] Si l'on pense aux rapports sociaux de genre, mais aussi si l'on s'appuie sur des exp&#233;riences pr&#233;c&#233;dentes comme l'&#233;pid&#233;mie d'Ebola.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[47] Banque Mondiale. 2006. Op. Cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[48] Elisabeth Pr&#252;gl, &#171; Neoliberalism with a Feminist Face : Crafting a new Hegemony at the World Bank &#187;, Feminist Economics, Vol. 23, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[49] Camille Bruneau (2020) : Une lecture &#233;cof&#233;ministe de la dette pour penser l'audit autrement, AVP n&#176; 79, &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Une-lecture-ecofeministe-de-la-dette-pour-penser-l-audit-autrement&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/Une-lecture-ecofeministe-de-la-dette-pour-penser-l-audit-autrement&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[50] Jules Falquet, &#171; Femmes, f&#233;minisme et d&#233;veloppement : une analyse critique des politiques des institutions internationales &#187; pr&#233;par&#233; pour les Cahiers Genre et d&#233;veloppement n&#176;3 et publi&#233; sur &lt;a href=&#034;http://1libertaire.free.fr/JulesFalquet01.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://1libertaire.free.fr/JulesFalquet01.html&lt;/a&gt; , consult&#233; le 11 avril 2021 Voir &#233;galement Robert Herla (2018) &#171; Du Sud au Nord, impacts de mondialisation n&#233;olib&#233;rale sur le travail des femmes &#187;, CVFE - Publications, &lt;a href=&#034;http://www.cvfe.be/sites/default/files/doc/ep-2018-6-du_sud_au_nord._impacts_de_la_mondialisation.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cvfe.be/sites/default/files/doc/ep-2018-6-du_sud_au_nord._impacts_de_la_mondialisation.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lutter contre la dette, contre l'offensive patriarcale</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Lutter-contre-la-dette-contre-l-offensive-patriarcale</link>
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		<dc:date>2021-03-16T11:13:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Blanca Bayas , Camille Bruneau, Chiara Filoni, Ecologistas en acci&#243;n , Nicola Scherer</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-03-16</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En Janvier 2020 est paru le &#171; Cahier de revendication communes sur la dette et la n&#233;cessit&#233; d'un r&#233;el contr&#244;le citoyen sur la finance au niveau europ&#233;en &#187;, coordonn&#233; par le CADTM. Ce document a &#233;t&#233; &#233;crit de mani&#232;re collective par les militant&#183;e&#183;s de pr&#232;s d'une quinzaine de collectifs et organisations &#224; travers l'Europe. Il a &#233;t&#233; sign&#233;, en tout ou en partie, par 39 associations de 10 pays europ&#233;ens. &lt;br class='autobr' /&gt; tir&#233; de : CADTM infolettre , le 2021-03-09 8 mars par Ecologistas en acci&#243;n , Chiara (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-846-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-03-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-03-16&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH91/arton47231-b7a73.png?1676906015' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='91' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En Janvier 2020 est paru le &#171; Cahier de revendication communes sur la dette et la n&#233;cessit&#233; d'un r&#233;el contr&#244;le citoyen sur la finance au niveau europ&#233;en &#187;, coordonn&#233; par le CADTM. Ce document a &#233;t&#233; &#233;crit de mani&#232;re collective par les militant&#183;e&#183;s de pr&#232;s d'une quinzaine de collectifs et organisations &#224; travers l'Europe. Il a &#233;t&#233; sign&#233;, en tout ou en partie, par 39 associations de 10 pays europ&#233;ens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; de : &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Lutter-contre-la-dette-contre-l-offensive-patriarcale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;CADTM infolettre&lt;/a&gt; &lt;bulletin-cadtm@cadtm.org&gt;, le 2021-03-09&lt;br class='autobr' /&gt;
8 mars par Ecologistas en acci&#243;n , Chiara Filoni , Blanca Bayas , Camille Bruneau , Nicola Scherer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sortie de ce cahier de revendication europ&#233;en a &#233;t&#233; &#233;clips&#233;e par la crise sanitaire du coronavirus. En revanche, son contenu est plus que jamais d'actualit&#233;. En effet, vu les niveaux d'endettement public qui ont atteint de nouveaux sommets et vu les promesses faites par les gouvernements de nouvelles mesures d'aust&#233;rit&#233;s ; Vu l'opportunit&#233; saisie par le monde de la finance pour organiser en douce son sauvetage par les &#201;tats et pour leur refiler les milliards d'euros de dettes sur lesquels il a sp&#233;cul&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es ; Et vu l'ampleur grandissante de la crise &#233;conomique et sociale en cours. Il est plus que jamais urgent de r&#233;pondre au chantage de la dette et de se saisir collectivement de tous les secteurs qui rel&#232;vent du bien commun et de leurs moyens de financement. Or, c'est pr&#233;cis&#233;ment l'objet des revendications faites dans ce Cahier de revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous republions, dans le d&#233;sordre et en fonction de l'actualit&#233;, chacun des chapitres de ce document.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cette journ&#233;e de lutte internationale pour les droits des femmes* et de gr&#232;ve f&#233;ministe dans plusieurs pays, nous publions de nouveau le chapitre &#171; Lutter contre la dette, au-del&#224; des cons&#233;quences strictement &#233;conomiques et financi&#232;res &#8211; Contre l'offensive patriarcale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous appelons par ailleurs &#224; soutenir et &#224; rejoindre les diff&#233;rentes mobilisations organis&#233;es ce 8 mars 2020. (Pour la Belgique, la plupart des infos sont disponibles ici).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contributrices : Ecologistas en acci&#243;n (&#201;tat espagnol), Camille Bruneau et Chiara Filoni (CADTM Belgique), Nicola Scherer et Blanca Bayas (Observatori del deute en la globalitzaci&#243; - &#201;tat espagnol)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sommaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revendications et alternatives&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me &#233;conomique capitaliste repose sur des m&#233;canismes et des enjeux qu'il occulte, tels que la nature et les d&#233;g&#226;ts &#224; l'environnement ou encore l'exploitation du travail r&#233;mun&#233;r&#233;. Le capitalisme b&#233;n&#233;ficie en particulier de la sous-estimation et de l'invisibilisation du travail non r&#233;mun&#233;r&#233;, notamment le travail de soin, qui est principalement pris en charge par les femmes [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte capitaliste et patriarcal que s'inscrit le syst&#232;me de la dette : la dette a un impact tr&#232;s lourd sur les femmes et ne saurait &#234;tre &#233;tudi&#233;e ou discut&#233;e sans tenir compte de la question du genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des cons&#233;quences directes de la dette, par le biais des plans d'ajustement et des mesures d'aust&#233;rit&#233;, est la poursuite de la flexibilisation du travail, qui suppose des salaires pr&#233;caires pour un temps de travail croissant, une absence de protection des personnes qui travaillent et une extension du travail non r&#233;mun&#233;r&#233;, qui vient compenser les coupes op&#233;r&#233;es dans les services publics. Les &#233;tudes critiques du genre montrent que ce sont pr&#233;cis&#233;ment les femmes qui subissent le plus la d&#233;t&#233;rioration impos&#233;e au nom du service de la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dette est un pilier essentiel et syst&#233;mique du mod&#232;le capitaliste h&#233;t&#233;ropatriarcal blanc actuel, qui perp&#233;tue les privil&#232;ges d'une petite minorit&#233;. La dette permet de b&#226;tir un monde o&#249; le travail et les activit&#233;s des hommes sont plus valoris&#233;s que ceux des femmes, souvent r&#233;duits &#224; l'invisibilit&#233;, alors qu'ils supportent le bien-&#234;tre et la reproduction de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays endett&#233;s subissent des coupes et des ajustements structurels l&#233;gitim&#233;s par le devoir moral et l&#233;gal de payer son d&#251;. Or, ces ajustements supposent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La destruction du droit du travail pour permettre une exploitation accrue de la main d'&#339;uvre, une flexibilisation in&#233;quitable des salaires, la pr&#233;carisation des conditions de travail et l'approfondissement de l'&#233;cart salarial entre les hommes et les femmes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Des diminutions drastiques des d&#233;penses sociales, notamment dans les services publics de soin (sant&#233;, vieillesse, &#233;ducation, enfance). Les femmes subissent ces politiques &#224; la fois en tant que travailleuses (elles constituent la majeure partie des employ&#233;s de ces secteurs et doivent faire face &#224; des journ&#233;es de travail plus longues, des conditions toujours plus pr&#233;caires, une ins&#233;curit&#233; accrue du travail) et en tant que b&#233;n&#233;ficiaires (les coupes dans les services de soin privent les femmes d'un acc&#232;s aux services de base, pour elles-m&#234;mes comme pour leur famille et conduisent &#224; une augmentation du travail non r&#233;mun&#233;r&#233; pour compenser). La dette conduit &#224; la discrimination des femmes sur le march&#233; du travail. L'aust&#233;rit&#233; a &#233;galement des cons&#233;quences sanitaires, comme la hausse du nombre de cancers du sein non d&#233;tect&#233;s, de la mortalit&#233; infantile. Elle impacte &#233;galement le droit des femmes &#224; g&#233;rer leur propre corps ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique capitaliste et n&#233;olib&#233;rale d'exploitation des corps comme des marchandises, combin&#233;e avec la pauvret&#233; induite par la dette, tend &#224; empirer l'exploitation des corps des femmes &#224; travers, par exemple, le trafic sexuel subit ou la location de leur ut&#233;rus. La m&#234;me logique de marchandisation s'applique &#224; la nature, accentuant par l&#224; la sur-exploitation des ressources.&lt;br class='autobr' /&gt;
Outre les enjeux li&#233;s &#224; la classe sociale et au genre, la pauvret&#233; et la pr&#233;carit&#233; caus&#233;es par la dette et l'aust&#233;rit&#233; frappent particuli&#232;rement les personnes appartenant &#224; des groupes d&#233;j&#224; discrimin&#233;s : les personnes LGBTQI+ et celles subissant des discriminations li&#233;es &#224; leur religion et/ou leur groupe ethnique r&#233;el ou suppos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie que les femmes sont les principales cr&#233;anci&#232;res de la dette publique ! Par leur travail invisible, elles remplacent l'&#201;tat qui se d&#233;sengage des services fondamentaux comme le soin aux plus &#226;g&#233;s et aux plus jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En r&#233;sum&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis les ann&#233;es 1970 et la deuxi&#232;me vague du mouvement f&#233;ministe, depuis 2018 et le nouveau souffle des mouvements f&#233;ministes (en Espagne, en Am&#233;rique du Sud, en Italie, etc.), les organisations autonomes de femmes ont montr&#233; que la d&#233;fense de leurs droits mettait en lumi&#232;re leur ind&#233;pendance et leur place dans la soci&#233;t&#233;. Elles ont montr&#233; que la domination masculine dans la sph&#232;re priv&#233;e &#233;tait &#233;troitement li&#233;e aux relations de pouvoir patriarcales &#224; l'&#339;uvre dans la soci&#233;t&#233; et les influen&#231;ait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soins individuels et collectifs, ainsi que le travail reproductif doivent devenir visibles en tant que piliers de l'&#233;conomie capitaliste et &#224; ce titre doivent &#234;tre estim&#233;s et redistribu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes compensent par leur travail non r&#233;mun&#233;r&#233; les coupes dans les d&#233;penses publiques : elles sont donc les v&#233;ritables cr&#233;anci&#232;res de la dette publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons exposer au grand jour le contr&#244;le du corps des femmes par le patriarcat (limitation du droit &#224; l'avortement dans certains pays, st&#233;rilisation forc&#233;e dans d'autres, maternit&#233; de substitution...) et la n&#233;cessit&#233; concomitante de faire appliquer les droits sexuels et reproductifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revendications et alternatives&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire de reconna&#238;tre les effets cumulatifs de la dette et des mesures d'aust&#233;rit&#233;, dont les cons&#233;quences sont plus difficiles pour les minorit&#233;s et les groupes discrimin&#233;s, notamment lorsque les facteurs de marginalisation s'ajoutent. L'intersection des oppressions fond&#233;es sur l'appartenance ethnique, le genre et la classe sociale rendent indispensable d'accorder une attention particuli&#232;re &#224; certaines populations comme les femmes migrantes ou les m&#232;res c&#233;libataires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de permettre l'acc&#232;s aux donn&#233;es n&#233;cessaires pour permettre un audit sectoriel des effets de la dette et des mesures d'aust&#233;rit&#233; sur les droits des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiques antisociales qui placent les femmes dans des situations toujours plus pr&#233;caires, instables et de d&#233;pendance doivent cesser et &#234;tre remplac&#233;es par des politiques qui permettent aux &#201;tats de remplir leurs obligations sociales de base (scolarit&#233; publique gratuite, soins de sant&#233; abordables, salaires et pensions d&#233;cents). La prestation de ces services de base est un pr&#233;requis &#224; l'&#233;galit&#233; de genre, notamment pour ce qui concerne les m&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire de reconna&#238;tre les apports du f&#233;minisme et de l'&#233;cof&#233;minisme, notamment &#224; l'&#233;conomie, en ce qu'ils mettent la vie au c&#339;ur des r&#233;flexions, plut&#244;t que le capital ou la dette. La reconnaissance de l'importance du travail reproductif et des liens entre l'exploitation de l'environnement et celle des femmes peut contribuer &#224; garantir l'&#233;galit&#233; entre les diff&#233;rents segments de la population et des conditions de vie d&#233;centes, souhait&#233;es et compatibles avec la pr&#233;servation de l'environnement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le remplacement d'une culture de la domination par un mod&#232;le fond&#233; sur une &#233;conomie f&#233;ministe et solidaire, sur un sens de la communaut&#233; et de la d&#233;mocratie sociale sans discrimination bas&#233;e sur l'origine ethnique ou le genre, un monde qui repose sur l'aide mutuelle, le respect de l'ind&#233;pendance et une vision &#233;cologique globale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire d'instaurer une &#233;ducation non sexiste et de sensibiliser d&#232;s l'&#233;cole quant aux discriminations et aux violences &#224; l'&#233;gard des femmes &#8211; et plus particuli&#232;rement &#224; l'&#233;gard de certaines d'entre elles &#8211; ainsi qu'aux droits sexuels et reproductifs (tels que le droit &#224; l'avortement) et aux droits des femmes en g&#233;n&#233;ral dans toutes les sph&#232;res de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons mettre fin &#224; l'orientation professionnelle et &#224; la r&#233;partition du travail reproductif en fonction du sexe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une lecture &#233;cof&#233;ministe de la dette pour penser l'audit autrement</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Une-lecture-ecofeministe-de-la-dette-pour-penser-l-audit-autrement</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Une-lecture-ecofeministe-de-la-dette-pour-penser-l-audit-autrement</guid>
		<dc:date>2021-03-02T12:25:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Camille Bruneau</dc:creator>


		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-03-02</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'audit citoyen de la dette publique est un outil indispensable pour reprendre le contr&#244;le des finances publiques. D'abord, en rendant accessibles et intelligibles les donn&#233;es relatives aux processus d'endettement et d'allocation des budgets afin d'en d&#233;terminer leur l&#233;gitimit&#233;. Ensuite, pour en tirer des conclusions &#233;conomiques, politiques et instaurer un contr&#244;le populaire permanent. L'audit gagne encore en pertinence dans le contexte actuel de crise &#233;conomique, dont les causes (notamment (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-03-02-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-03-02&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH80/arton46991-8ab76.png?1676906015' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'audit citoyen de la dette publique est un outil indispensable pour reprendre le contr&#244;le des finances publiques. D'abord, en rendant accessibles et intelligibles les donn&#233;es relatives aux processus d'endettement et d'allocation des budgets afin d'en d&#233;terminer leur l&#233;gitimit&#233;. Ensuite, pour en tirer des conclusions &#233;conomiques, politiques et instaurer un contr&#244;le populaire permanent. L'audit gagne encore en pertinence dans le contexte actuel de crise &#233;conomique, dont les causes (notamment financi&#232;res) &#233;taient d&#233;j&#224; r&#233;unies avant la pand&#233;mie qui l'a d&#233;clench&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; de : CADTM infolettre &lt;bulletin-cadtm@cadtm.org&gt;, le 2021-02-23&lt;br class='autobr' /&gt;
23 f&#233;vrier par Camille Bruneau&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Une-lecture-ecofeministe-de-la-dette-pour-penser-l-audit-autrement&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/Une-lecture-ecofeministe-de-la-dette-pour-penser-l-audit-autrement&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, l'invisibilisation des proc&#233;d&#233;s de reproduction sociale et les pratiques extractivistes &#233;cocides caract&#233;ristiques du capitalisme sont responsables de l&#8216;ampleur qu'a pu prendre la crise sanitaire, autant sur la rapidit&#233; de propagation du virus (d&#233;placements exag&#233;r&#233;s, industrie agro-alimentaire, d&#233;forestation...) que la (l'in)capacit&#233; d'y r&#233;pondre (secteurs sociaux et de la sant&#233; en particulier). Les r&#233;ponses politiques confirment que cette crise n'est pas une simple question &#171; &#233;conomique &#187; ou &#171; sanitaire &#187;, mais bien de notre rapport au soin, aux autres et au vivant. De fait, un audit &#233;cof&#233;ministe de la dette s'impose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un audit f&#233;ministe de la dette face au capitalisme patriarcal&lt;br class='autobr' /&gt;
On parle de &#171; capitalisme patriarcal &#187; car ces deux syst&#232;mes se nourrissent l'un l'autre. Ils s'appuient sur le travail de reproduction sociale pris en charge de fa&#231;on gratuite ou sous pay&#233; par une majorit&#233; de femmes, notamment racis&#233;es ou pr&#233;caires. Cette division sexuelle et raciale du travail est centrale pour la domination patriarcale et l'accumulation capitaliste, et n'a rien de &#171; naturel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dette, en tant qu'outil central de transfert de richesses et de contr&#244;le politique au profit des classes dominantes, affecte sp&#233;cifiquement les femmes car elles sont :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les plus repr&#233;sent&#233;es dans les secteurs concern&#233;s par les coupes budg&#233;taires (fonction publique, sant&#233;, enseignement) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les usag&#232;res principales d&#8216;allocations sociales et services publics amput&#233;s (plannings familiaux, cr&#232;ches, maternit&#233;s, allocations familiales, eau, transports...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les personnes qui compensent la suppression ou l'inaccessibilit&#233; de ces services ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les premi&#232;res productrices et agricultrices mondiales dont les moyens de subsistance sont d&#233;truits par le n&#233;olib&#233;ralisme ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les cheffes de m&#233;nage devant s'endetter pour subvenir &#224; leurs besoins ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les premi&#232;res victimes de violences sexistes, violences aggrav&#233;es par la pr&#233;carit&#233; et le manque de protection sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les femmes sont cr&#233;anci&#232;res d'une immense dette sociale, qui leur est due par l'enti&#232;ret&#233; de la soci&#233;t&#233;, en particulier par la classe capitaliste, les hommes et l'&#201;tat. Appel&#233;e &#233;galement &#171; dette reproductive &#187; ou du &#171; care &#187;, il s'agit de &#171; rendre visible l'invisible &#187; et renverser les rapports de force et l'&#233;chelle de valeurs. La crise sanitaire et le confinement ont contribu&#233; &#224; mettre en lumi&#232;re cette r&#233;alit&#233;, notamment la place des femmes marginalis&#233;es dans les activit&#233;s &#171; essentielles &#187;. Les r&#233;ponses politiques ont quant &#224; elles &#233;t&#233; profond&#233;ment inadapt&#233;es. Un non-paiement f&#233;ministe de la dette semble donc &#234;tre une &#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Une lecture &#233;cof&#233;ministe de la dette&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;cof&#233;minismes s'imposent de plus en plus comme grilles d'analyses et pratiques indispensables pour composer un futur d&#233;sirable. Un de leurs d&#233;nominateurs communs est le parall&#232;le fait entre l'exploitation des femmes et du vivant. L'ordre dominant enl&#232;ve toute valeur et invisibilise l'autre pilier de la reproduction de la vie sur terre : les capacit&#233;s r&#233;g&#233;n&#233;ratrices de la &#171; nature &#187;, elles aussi n&#233;cessaires &#224; l'accumulation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apport des &#233;cof&#233;minismes, c'est d'expliciter ce lien, et d'affirmer la n&#233;cessit&#233; de luttes imbriqu&#233;es et solidaires qui ne priorisent pas les enjeux. L'un des probl&#232;mes centraux de nos soci&#233;t&#233;s est d'avoir ni&#233; l'importance du &#171; prendre soin &#187; (de l'humain et du non-humain) et d'en faire une responsabilit&#233; collective et partag&#233;e. Le projet n&#233;olib&#233;ral, consiste entre autre &#224; invisibiliser et externaliser les processus r&#233;g&#233;n&#233;ratifs et essentiels au bien &#234;tre, ce qui a d&#233;truit &#8211; notamment via les mesures d'aust&#233;rit&#233; - notre capacit&#233; &#224; faire face aux crises multiples qu'il engendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une lecture &#233;cof&#233;ministe de la dette permet de s'attaquer &#224; ces probl&#232;mes &#224; la racine en refusant les logiques communes qui les nourrissent, via quelques questions cl&#233;s : Qu'entend-on par dette ? Qu'est ce qui compte vraiment ? Qui doit quoi &#224; qui ? Qui poss&#232;de quoi ? Qui produit pour qui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Le Nord est une production du Sud&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; modernit&#233; &#187; occidentale s'est construite sur 500 ans de vols, viols et meurtres organis&#233;s par la colonisation, le pillage des ressources, l'accaparement des terres, l'esclavage, etc. Ce processus continue via la r&#233;organisation du travail de production et de reproduction, entre autres sur base de l'appropriation du travail des femmes des Suds (dont celles qui migrent vers les pays enrichis pour prendre en charge une partie du care : domesticit&#233;, garde d'enfants, soins...). Cela va de pair avec l'appropriation de ressources naturelles et des flux financiers plus important du sud au nord que du nord au sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re proposition serait de reconnaitre l'existence d'une colossale dette sociale, coloniale, &#233;cologique et reproductive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Comprendre l'endettement autrement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une dette ne se limite pas &#224; un rapport coercitif. Elle est aussi un lien de &#171; devoir &#187;, de &#171; d&#233;pendance &#187;, de &#171; redevabilit&#233; &#187;, voire m&#234;me de &#171; gratitude &#187;. Le concept s'applique &#224; des choses tangibles (l'argent, les &#171; ressources &#187;, les &#171; services &#187;) mais est &#233;galement utile quand on s'int&#233;resse au lourd pass&#233; et pr&#233;sent d'exploitation et de destruction qui a cr&#233;&#233; ce que certain&#183;e.s appellent un &#171; d&#233;s&#233;quilibre m&#233;tabolique &#187; &#224; force de manque de r&#233;ciprocit&#233; par rapport &#224; ce que l'on prend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le actuel donne du pouvoir &#224; des valeurs dites &#171; masculines &#187; de comp&#233;titivit&#233; et invisibilise le prendre soin, la reproduction, activit&#233;s et proc&#233;d&#233;s essentielles &#224; la vie, mais ici consid&#233;r&#233;es comme des &#171; ressources &#187; exploitables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une perspective &#233;cof&#233;ministe reconna&#238;t &#233;galement ce que l'on nomme une dette &#171; incarn&#233;e &#187;, due envers toutes les entit&#233;s, personnes et communaut&#233;s marginalis&#233;es qui pourtant r&#233;g&#233;n&#232;rent les conditions de vie et de production. Il s'agit des petit.e.s paysan.ne.s et peuples indig&#232;nes, des m&#232;res, celles et ceux entretenant un lien et une exp&#233;rience quotidienne aux proc&#233;d&#233;s de r&#233;g&#233;n&#233;ration et reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cof&#233;minisme est une invitation &#224; comprendre les liens non seulement entre les dominations et logiques communes et indissociables qui en font un syst&#232;me, mais aussi l'interd&#233;pendance entre nous et avec le monde qui nous entoure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proposition d'un &#171; audit &#187; &#233;cof&#233;ministe de la dette pourrait &#234;tre con&#231;u en deux &#233;tapes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l'id&#233;e avanc&#233;e par Yolanda Vargas de &#171; l'&#233;cof&#233;minisme comme alternative aux coupures budg&#233;taires &#187; : &#171; [Il faut] penser la r&#233;alit&#233; de notre monde actuel avec les cl&#233;s que nous donnent le f&#233;minisme et l'&#233;cologisme : changer le paradigme et arr&#234;ter de consid&#233;rer le march&#233; comme mesure de valeur et mettre au centre des politiques publiques la durabilit&#233; de la vie &#187;. Repenser nos ordres de valeurs et nos relations de redevabilit&#233; afin de &#171; refaire les comptes &#187;. Cela signifie une annulation massive de dettes ill&#233;gitimes afin de repartir sur de meilleures bases o&#249; les ressources (dont les propri&#233;t&#233;s) et budgets seraient allou&#233;es diff&#233;remment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Reconna&#238;tre que le &#171; prendre soin &#187; ne se rapporte pas qu'aux humain&#183;e.s mais &#224; l'ensemble du vivant. Cela n&#233;cessite de non seulement donner leur juste valeur aux proc&#233;d&#233;s et pratiques de soin des communaut&#233;s et &#233;cosyst&#232;mes (savoirs, entretien des communs, processus &#171; naturels &#187; ...) mais aussi de repenser radicalement notre place dans le monde : passer de la pyramide au cercle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, rendre visible l'invisible et s'inspirer de pratiques d&#233;j&#224; existantes pour imaginer d'autres possibles, plus d&#233;sirables, et aussi reconna&#238;tre, entendre, faire revivre, et resurgir les voix des luttes des femmes des Suds. Quelques pistes existantes &#224; d&#233;velopper :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passer d'une &#233;conomie extractiviste et manufacturi&#232;re &#224; une &#233;conomie r&#233;g&#233;n&#233;rative o&#249; les acteurs principaux (humains et processus vivants) sont consid&#233;r&#233;s pleinement - le but n'est pas le profit et les co&#251;ts sont ainsi nuls. Ariel Salleh d&#233;taille ces possibilit&#233;s en s'int&#233;ressant aux parall&#232;les entre les modes d'organisation &#233;galitaires de nombreuses communaut&#233;s et les processus thermodynamiques de nos &#233;cosyst&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'orienter vers des formes d'organisation circulaires, coop&#233;ratives, &#233;quitables et solidaires entres pays, villes et campagnes, genres&#8230; comme le proposent D. Massey ou J.B. Gouthal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En int&#233;grant l'ensemble de ces r&#233;flexions, un audit peut avoir une immense port&#233;e politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article extrait du magazine AVP - Les autres voix de la plan&#232;te, &#171; Des audit pour d&#233;monter la dette &#187; paru en d&#233;cembre 2020. Magazine disponible en consultation gratuite, &#224; l'achat et en formule d'abonnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auteur.e&lt;br class='autobr' /&gt;
Camille Bruneau CADTM Belgique&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rapports sociaux in&#233;galitaires au sein du travail : une &#233;vidence durant le confinement</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Rapports-sociaux-inegalitaires-au-sein-du-travail-une-evidence-durant-le</link>
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		<dc:date>2020-05-12T11:16:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Camille Bruneau, Christine Vanden Daelen </dc:creator>


		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-05-12</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les rapports sociaux au sein du travail sont repr&#233;sentatifs des rapports in&#233;galitaires dans la soci&#233;t&#233;. La reproduction du capitalisme s'appuie sur l'appropriation d'un surtravail (salari&#233;, gratuit et informel) effectu&#233; par une majorit&#233; de femmes, notamment autour de la reproduction sociale. L'attribution de ce travail - autant essentiel qu'il n'est pr&#233;caris&#233; - se fait notamment autour de crit&#232;res de genre et de &#171; race &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; 30 avril par Christine Vanden Daelen , Camille Bruneau tir&#233; de : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-mouvement-des-femmes-dans-le-monde-+" rel="tag"&gt;Le mouvement des femmes dans le monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-05-12-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-05-12&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton43529-59d91.jpg?1674679902' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les rapports sociaux au sein du travail sont repr&#233;sentatifs des rapports in&#233;galitaires dans la soci&#233;t&#233;. La reproduction du capitalisme s'appuie sur l'appropriation d'un surtravail (salari&#233;, gratuit et informel) effectu&#233; par une majorit&#233; de femmes, notamment autour de la reproduction sociale. L'attribution de ce travail - autant essentiel qu'il n'est pr&#233;caris&#233; - se fait notamment autour de crit&#232;res de genre et de &#171; race &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;30 avril par Christine Vanden Daelen , Camille Bruneau &lt;br class='autobr' /&gt; tir&#233; de : [CADTM-Infolettre] Covid-19, f&#233;minismes, dettes, Afrique, crise...&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Rapports-sociaux-inegalitaires-au-sein-du-travail-une-evidence-durant-le&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/Rapports-sociaux-inegalitaires-au-sein-du-travail-une-evidence-durant-le&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passer en revue l'&#233;volution historique du travail des femmes en France au XXe si&#232;cle nous aide &#224; comprendre sa distribution actuelle et les diff&#233;rentes r&#233;alit&#233;s v&#233;cues par les femmes et les populations pr&#233;caires, de tout temps, mais rendues encore plus p&#233;nibles et finalement, un peu plus visibles dans le contexte actuel de confinement et de crise multidimensionnelle du capitalisme.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 18 mars 2020 sur son Facebook, Fran&#231;oise Verges [1] constate :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8220;Il y a donc d&#233;sormais les confin&#233;.e.s et les non-confin&#233;.e.s&lt;/strong&gt; qui assurent la vie quotidienne des premiers - qui apportent les denr&#233;es aux boutiques, qui rangent sur les &#233;tag&#232;res, nettoient, tiennent la caisse, les &#233;boueurs, les postier.e.s, les livreurs (j'en ai vu 3 d&#233;j&#224; depuis ce matin), les conductrices/conducteurs de transport, les femmes de m&#233;nage des h&#244;tels et les serveuses/serveurs des h&#244;tels (qui restent ouverts et assurent un room service), et tant d'autres. Classe, genre, &#226;ge, racialisation, sant&#233; traversent les deux groupes mais les non-confin&#233;.e.s sont les plus expos&#233;.e.s. Dans les &#233;l&#233;ments du confinement, il y a celles/ceux qui vivent dans 12m2 et celles/ceux dans 150m2, qui peuvent se faire livrer ou pas, qui ont de quoi s'abonner &#224; des tas de sites de streaming ou pas, qui ont un grand d&#233;bit pour assurer les cours &#224; la maison ou pas, qui peuvent aider les enfants &#224; faire les le&#231;ons ou pas, qui ont un ordinateur et une imprimante ou pas, qui sont totalement isol&#233;es ou pas, qui ont des papiers ou pas, qui sont financi&#232;rement &#224; l'aise ou pas, les femmes et enfants qui vivent avec des compagnons violents, les femmes seules avec des enfants, bref, &lt;strong&gt;des milliers et milliers de situations noy&#233;es sous le discours d'union nationale dans un pays o&#249; les in&#233;galit&#233;s, les violences d'&#233;tat, le racisme et le sexisme organisent la vie sociale depuis des ann&#233;es&lt;/strong&gt;. Les actes de solidarit&#233;, nombreux, qui s'organisent et sont formidables ne doivent pas remplacer les responsabilit&#233;s de l'&#233;tat. (Je parle l&#224; de la vie quotidienne, pas du personnel m&#233;dical et de toutes les personnes qui assurent la vie d'un h&#244;pital - donc aussi celles/ceux qui nettoient, gardent, font l'administration...- &#233;videmment tr&#232;s expos&#233;s). &lt;strong&gt;Le confinement est rendu possible gr&#226;ce &#224; toutes ces personnes invisibilis&#233;es et bien trop souvent mal pay&#233;es et exploit&#233;es.&#8221;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour Jules Falquet [2] et comme le relai le Collectif 8 Mars Li&#232;ge [3], ce confinement est on ne peut plus in&#233;galitaire, et ce sont les rapports sociaux en vigueur qui en d&#233;terminent les configurations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes, en particulier les femmes racialis&#233;es (mais aussi une minorit&#233; d'hommes racialis&#233;s), sont en premi&#232;re ligne des risques encourus, car elles souvent assign&#233;Es aux activit&#233;s essentielles mais pourtant p&#233;nibles et effectu&#233;es dans des conditions pr&#233;caires. C'est absurde mais cela est une partie int&#233;grante des logiques de l'accumulation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me capitaliste a par essence, besoin d'un groupe, d'une population d&#233;valoris&#233;e et exploitable afin d'assurer la continuit&#233; des profits et de la croissance. Ce syst&#232;me se base sur des rapports sociaux in&#233;galitaires sans lesquelles il ne peut tout simplement pas exister. En l'occurrence, la d&#233;valorisation des femmes et de leur travail (r&#233;mun&#233;r&#233; et gratuit) et l'exploitation des personnes racialis&#233;es, qui est l&#233;gitim&#233;e par l'h&#233;ritage du colonialisme. &lt;strong&gt;Historiquement, l'exploitation des femmes, au m&#234;me titre que l'expansion coloniale, le pillage des ressources ou l'esclavage, ne fut pas une cons&#233;quence mais bien une condition &#224; l'expansion capitaliste.&lt;/strong&gt; Il ne s'agit pas d'affirmer que par d&#233;finition, le capitalisme a besoin d'oppression de genre pour se reproduire, mais on peut constater qu'il n'a jamais exist&#233; sans oppression de genre. Tirant profit de discours et configurations sociales ant&#233;rieures, la mise en place des modes de production capitaliste ont accentu&#233; les pires traits du patriarcat pr&#233;-existant. On peut citer la&lt;strong&gt; formalisation de la s&#233;paration entre les travaux dits de &#171; production &#187; dans la sph&#232;re &#171; publique &#187;, valoris&#233;s socialement, et les activit&#233;s dites de &#171; reproduction &#187; de la sph&#232;re &#171; priv&#233;e &#187;, invisibilis&#233;es et d&#233;valoris&#233;es car sans valeur marchande.&lt;/strong&gt; Cette division sexuelle du travail existe aussi au sein du travail salari&#233;, les femmes &#233;tant majoritaires dans les professions mal pay&#233;es et/ou &#224; temps partiel des secteurs de la sant&#233;, du soin, du m&#233;nage, de l'&#233;ducation,&#8230; Cela est justifi&#233; par les constructions sociales inh&#233;rentes au patriarcat qui naturalise des r&#244;les et repr&#233;sentations de genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Le n&#233;olib&#233;ralisme et l'aust&#233;rit&#233; ont exacerb&#233; la pr&#233;carisation des services publics et des secteurs &#171; f&#233;minins &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous venons de vivre 40 ann&#233;es de casse du secteur de la sant&#233; et des droits du travail au nom de la lib&#233;ralisation d l'&#233;conomie, ph&#233;nom&#232;ne particuli&#232;rement accentu&#233; au nom de l'aust&#233;rit&#233; depuis la crise financi&#232;re de 2008. Les liens communautaires et de solidarit&#233; locale ont &#233;galement &#233;t&#233; attaqu&#233;s par le discours et les mesures n&#233;olib&#233;rales, ne facilitant en aucun cas les possibilit&#233;s pour faire face &#224; la pr&#233;sente crise multiple (&#233;conomique, sanitaire, &#233;cologique, sociale..) . L'une des raisons pour lesquelles la crise s'av&#232;re si difficile &#224; g&#233;rer dans de nombreux pays est que l'h&#244;pital public &#233;tait d&#233;j&#224; gravement affect&#233; par un sous-financement et une pr&#233;carisation dramatique de l'emploi. La mortalit&#233; n'est pas due seulement au virus, mais bien &#224; l'aust&#233;rit&#233; et &#224; l'&#233;tat du secteur de la sant&#233;. Pour faire face &#224; l'&#233;pid&#233;mie, le gouvernement belge propose aux h&#244;pitaux de contracter des dettes [4]... Il proposera de nouvelles mesures d'aust&#233;rit&#233; en fin de crise pour compenser les d&#233;penses effectu&#233;es&#8230; les d&#233;cideurs et d&#233;cideuses n'ont finalement et sans surprise pas appris grand-chose de ces ann&#233;es d'aust&#233;rit&#233;, de d&#233;tresse sociale et d'&#233;puisement des travailleurs/euses de la sant&#233;. Au-del&#224; de la sant&#233;, les in&#233;galit&#233;s engendr&#233;es par les coupes dans certains budgets sociaux sont exacerb&#233;es aujourd'hui, et nombre de femmes sont concern&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Qui sont les femmes en premi&#232;re ligne ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on parle des femmes en premi&#232;res lignes, nous ne parlons pas de celles en t&#233;l&#233;travail derri&#232;re leur ordinateur avec une cr&#232;che priv&#233;e &#224; disposition ou assez d'espace mental pour s'occuper de leurs enfants (m&#234;me si cela ne les emp&#234;che pas d'&#234;tre confront&#233;es &#224; la r&#233;alit&#233; du travail gratuit quotidien, de potentielles violences conjugales, de manque de suivi gyn&#233;cologique, etc.). Nous parlons surtout des femmes issues des milieux populaires. Le secteur de la sant&#233; au sens large (m&#233;decins, infirmi&#232;rEs, mais aussi personnel de nettoyage, employ&#233;Es administratifs,..) compte 700.000 personnes en Belgique, dont une majorit&#233; de femmes : &lt;strong&gt;un quart des femmes actives le sont au sein du secteur de la sant&#233;, contre 6 % pour les hommes [5]. Elles repr&#233;sentent ainsi 3/4 du personnel soignant. &lt;/strong&gt;Les autres secteurs et professions jug&#233;es essentielles ces derni&#232;res semaines, comme les cr&#232;ches, les maisons de repos et la grande distribution sont &#233;galement tr&#232;s f&#233;minis&#233;es et peu valoris&#233;es (environ 90 % de femmes au sein des caissi&#232;rEs). Le personnel des titres-services est aussi particuli&#232;rement expos&#233; aux risques. En ce qui concerne le nettoyage et la domesticit&#233;, on y retrouve une &#233;crasante majorit&#233; de femmes migrantes, qui se retrouvent aussi soit expos&#233;es &#224; de hauts risques (en continuant &#224; travailler) soit perdent leurs emplois sans compensation (car en situation irr&#233;guli&#232;re). Force est de constater qu'&lt;strong&gt;un gouffre existe entre l'utilit&#233; sociale de ces activit&#233;s et la reconnaissance et les salaires dont elles jouissent. &lt;/strong&gt;Les activit&#233;s de reproduction sociale, c'est-&#224;-dire les activit&#233;s essentielles &#224; la reproduction de la vie et de la soci&#233;t&#233; humaine, sont invisibilis&#233;es et assign&#233;es majoritairement aux femmes, particuli&#232;rement &#224; des femmes pr&#233;caris&#233;es. La crise sanitaire actuelle exacerbe ces in&#233;galit&#233;s et visibilise le fait que ce sont des personnes souvent marginalis&#233;es (femmes migrantes) qui font en r&#233;alit&#233; tourner la machine capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que cette organisation in&#233;galitaire du travail perdure depuis des si&#232;cles, la pand&#233;mie du Covid-19 met en lumi&#232;re le travail indispensable, mais invisibilis&#233; et sous valoris&#233;, effectu&#233; par des populations pr&#233;caris&#233;es. La distribution genr&#233;e et raciale du travail (et donc du risque !) n'a rien d'anodin, mais r&#233;sulte de choix &#233;minemment politiques. Il est donc essentiel de r&#233;fl&#233;chir &#224; ces configurations pour l'apr&#232;s-crise, afin de permettre aux femmes en particulier et aux pr&#233;caris&#233;.e.s en g&#233;n&#233;ral de reprendre le contr&#244;le sur leur vie et leur travail.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;strong&gt;Le &#8220;travail&#8221; au centre des rapports de force et des combats f&#233;ministes&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le travail, enjeu absolu des soci&#233;t&#233;s dites &#171; modernes &#187; et source principale de moyens de subsistance (lisez, de revenus dans une soci&#233;t&#233; capitaliste) est, pour bon nombre d'entre nous, cribl&#233; d'in&#233;galit&#233;s entretenues par les classes dirigeantes. Il est n&#233;cessaire de s'int&#233;resser &#224; la notion de travail pour comprendre les rapports de domination, en l'occurrence, envers les femmes. L'immense apport des &#233;crits f&#233;ministes fut d'&#233;largir la notion de travail, en d&#233;montrant qu'elle est le fruit d'une construction sociale et de rapports de force, et ainsi, de politiser ses aspects invisibilis&#233;s [6] L'&#233;largissement de la notion de travail permet de le consid&#233;rer non seulement comme une fonction &#233;conomique (de production, de cr&#233;ation de capital) mais &#233;galement comme une fonction politique de (re)production des rapports sociaux. En y int&#233;grant tout &#171; ce qui permet le/la production du mieux vivre ensemble en soci&#233;t&#233; &#187; [7], une s&#233;rie d'activit&#233;s invisibilis&#233;es par l'&#233;conomie capitaliste deviennent centrales. Utiliser le travail comme angle d'analyse permet ainsi non seulement de comprendre les rapports in&#233;galitaires, mais aussi de s'y attaquer, de tendre &#224; les d&#233;construire pour les d&#233;passer. C'est pour cela que le contr&#244;le du travail, et du discours qui d&#233;cide ce qui est consid&#233;r&#233; comme du travail ou non, est un enjeu central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est essentiel de reconna&#238;tre, premi&#232;rement, que les rapports de force au sein du travail ne se limitent pas &#224; l'exploitation salariale et de classe mais incluent des rapports de genre (et de race, etc.). Le travail est &#224; la fois influenc&#233; par les normes de genre et contribue &#224; les cr&#233;er en reproduisant les in&#233;galit&#233;s entre sexes &#224; travers son organisation et sa distribution. Deuxi&#232;mement, les analyses de gauche ont pendant longtemps &#233;t&#233; (et sont encore en partie) limit&#233;es parce qu'elles assimilent de fa&#231;on r&#233;ductrice travail et travail salari&#233;. Or, le travail se joue aussi dans la sph&#232;re priv&#233;e. Il ne se restreint donc pas &#224; des rapports de classe mais contient aussi des rapports de genre pr&#233;sents dans l'intime du quotidien, refl&#233;tant et influen&#231;ant les normes soci&#233;tales en vigueur, comme l'ont d&#233;montr&#233; les f&#233;ministes mat&#233;rialistes entre autres. Cela dit, malgr&#233; cet apport incontestable des mat&#233;rialistes, la focalisation de nombreuses chercheuses et militantes sur ce travail dans la sph&#232;re &#171; priv&#233;e &#187; et le d&#233;sir, la n&#233;cessit&#233;, de s'en affranchir, les ont &#233;loign&#233;es d'une autre exploitation sp&#233;cifique, elle aussi invisibilis&#233;e : le travail de type domestique et du care &#171; salari&#233; &#187; mais sous pay&#233;, pris en charge par une majorit&#233; de femmes racis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;poque d'implantation du capitalisme est synonyme de naturalisation de rapports d'exploitation, o&#249; race, classe, et genre ne se &#171; superposent &#187; pas simplement mais s'imbriquent, cr&#233;ant ainsi des v&#233;cus et dynamiques sp&#233;cifiques d'exploitation au sein m&#234;me de groupes sociaux sp&#233;cifiques (&#171; les femmes &#187;, &#171; les prol&#233;taires &#187;,&#8230;). Quand on parle de l'histoire du travail, qu'il soit gratuit, pay&#233;, d&#233;clar&#233; ou non, malgr&#233; la pertinence de d&#233;noncer une organisation sexu&#233;e du travail, il est tout aussi important de visibiliser l'exp&#233;rience et la trajectoire de diff&#233;rentes femmes : elles n'y vivent pas toutes le m&#234;me destin et les m&#234;mes exp&#233;riences. Des oppressions sp&#233;cifiques s'articulent, tant&#244;t &#224; l'&#233;chelle individuelle (discrimination envers des individus de la part d'individus), tant&#244;t de fa&#231;on plus collective et structurelle, lorsque l'&#201;tat (post)colonial et n&#233;olib&#233;ral organise la continuit&#233; de l'assignation in&#233;galitaire du travail reproductif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Le travail r&#233;mun&#233;r&#233; : des in&#233;galit&#233;s persistantes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, &#224; travers le monde, le secteur des services a de loin d&#233;pass&#233; l'industrie ou l'agriculture en termes de personnes employ&#233;es, ce qui correspond en partie &#224; l'entr&#233;e des femmes sur le march&#233; du travail. Cependant, les femmes travaillent globalement moins d'heures salari&#233;es et constituent la majorit&#233; des personnes en sous-emploi non choisi, particuli&#232;rement dans les pays appauvris.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Alors que les femmes sont de plus en plus pr&#233;sentes sur le march&#233; de l'emploi, leur situation - en moyenne, et surtout pour certaines populations - ne s'am&#233;liore pas pour autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une discrimination institutionnalis&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les caract&#233;ristiques actuelles du travail f&#233;minin sont r&#233;v&#233;latrices de la configuration et de l'imbrication des oppressions racistes et sexistes sous le n&#233;olib&#233;ralisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les femmes sont enferm&#233;es dans certains r&#244;les (p&#233;nalisants) en lien avec leurs capacit&#233;s soi-disant &#8220;naturelles&#034; ; il existe trois formes principales de l'in&#233;galit&#233; et du mal emploi des femmes : le salaire d'appoint, l'in&#233;galit&#233; salariale et le temps partiel. En comprendre les origines d&#233;montre que l'injustice d'aujourd'hui n'est pas un hasard de l'histoire mais bien l'h&#233;ritage des reculs en cours depuis le XVIe si&#232;cle. Tout cela est explor&#233; plus en d&#233;tails dans un ouvrage &#224; para&#238;tre cette ann&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les femmes rejoignent massivement le monde du travail r&#233;mun&#233;r&#233; apr&#232;s la 2e guerre mondiale, mais elles ne le font pas dans les m&#234;mes conditions. Plusieurs facteurs ont influenc&#233; ces &#233;volutions : les luttes f&#233;ministes des ann&#233;es &#8216;60 et &#8216;70, l'augmentation du nombre de femmes dipl&#244;m&#233;es, la tertiarisation du march&#233; du travail (multiplication des activit&#233;s professionnelle orient&#233;es vers la production de biens immat&#233;riels, m&#233;tiers de services et de soins) et les politiques migratoires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Prenons le cas de la France pour illustrer ces liens entre politiques migratoires et emploi r&#233;mun&#233;r&#233; des femmes. La &#8220;crise de la domesticit&#233;&#8221; de la fin du XIXe si&#232;cle m&#232;ne &#224; une f&#233;minisation du secteur domestique. En 1851 on d&#233;compte 63 % de femmes domestiques et 83 % en 1901, souvent originaires de l'&#233;tranger : avant la 1re guerre mondiale &#233;norm&#233;ment d'Allemandes, puis d'Italiennes et de Polonaises sont recrut&#233;es ; apr&#232;s la deuxi&#232;me, d&#233;but de l'&#233;poque postcoloniale, ce sont des femmes, soi-disant ne travaillaient pas dans leurs pays d'origine, qui sont embauch&#233;es. Ces femmes sont mises au travail pour r&#233;pondre &#224; la demande croissante de la petite bourgeoisie en &#8220;bonnes &#224; tout faire&#8221;. La transformation des services pr&#233;c&#233;demment assur&#233;s gratuitement dans la sph&#232;re domestique en emplois pr&#233;caires, mal pay&#233;s et d&#233;laiss&#233;s par les Fran&#231;aisEs [8] est la condition de l'&#233;mancipation de certaines femmes via une vie professionnelle. Ce r&#233;am&#233;nagement du travail est organis&#233; politiquement, comme en attestent des programmes tels que le BUMIDOM dans les ann&#233;es &#8216;60-70. Il encadre l'immigration et le recrutement de ressortissantEs des territoires d'outre-mer, notamment d'hommes pour la Poste et l'industrie automobile et de femmes antillaises et r&#233;unionnaise dirig&#233;es vers la domesticit&#233; et le param&#233;dical (elles sont par ailleurs confront&#233;es aux contr&#244;le des naissances dans les DOMs) [9] Ces ann&#233;es signent une r&#233;organisation sociale, politique et capitaliste, &#224; l'&#233;chelle globale comme nationale. L'&#201;tat met en place dans les ann&#233;es &#8216;70 le regroupement familial permettant aux femmes de rejoindre l'&#233;conomie fran&#231;aise et de gonfler ses rangs de travailleuses pr&#233;caires, dont on observe des traitements diff&#233;rents selon l'origine. Apr&#232;s 1977, cependant, les pouvoirs publics ne leur octroient plus de permis de travail, les poussant ainsi dans la clandestinit&#233;. Apr&#232;s la vague de r&#233;gularisation des ann&#233;es 80, ces migrantes &#8220;r&#233;apparaissent&#8221; soudainement dans les statistiques de l'emploi [10].&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;organisation globale de l'&#233;conomie et la destruction de l'&#201;tat social qui bat son plein avec la mondialisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mondialisation (voir aussi Globalisation)&lt;br class='autobr' /&gt;
(extrait de F. Chesnais, 1997a)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Jusqu'&#224; une date r&#233;cente, il paraissait possible d'aborder l'analyse de la mondialisation en consid&#233;rant celle-ci comme une &#233;tape nouvelle du processus d'internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a &#233;t&#233; &#224; la fois l'expression et l'un des agents les plus actifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, il n'est manifestement plus possible de s'en tenir l&#224;. La &#171; mondialisation de l'&#233;conomie &#187; (Adda, 1996) ou, plus pr&#233;cis&#233;ment la &#171; mondialisation du capital &#187; (Chesnais, 1994), doit &#234;tre comprise comme &#233;tant plus - ou m&#234;me tout autre chose - qu'une phase suppl&#233;mentaire dans le processus d'internationalisation du capital engag&#233; depuis plus d'un si&#232;cle. C'est &#224; un mode de fonctionnement sp&#233;cifique - et &#224; plusieurs &#233;gards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher &#224; comprendre les ressorts et l'orientation, de fa&#231;on &#224; en faire la caract&#233;risation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les points d'inflexion par rapport aux &#233;volutions des principales &#233;conomies, internes ou externes &#224; l'OCDE, exigent d'&#234;tre abord&#233;s comme un tout, en partant de l'hypoth&#232;se que vraisemblablement, ils font &#171; syst&#232;me &#187;. Pour ma part, j'estime qu'ils traduisent le fait qu'il y a eu - en se r&#233;f&#233;rant &#224; la th&#233;orie de l'imp&#233;rialisme qui fut &#233;labor&#233;e au sein de l'aile gauche de la Deuxi&#232;me Internationale voici bient&#244;t un si&#232;cle -, passage dans le cadre du stade imp&#233;rialiste &#224; une phase diff&#233;rant fortement de celle qui a pr&#233;domin&#233; entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le d&#233;but des ann&#233;es 80. Je d&#233;signe celui-ci pour l'instant (avec l'espoir qu'on m'aidera &#224; en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la pol&#233;mique) du nom un peu compliqu&#233; de &#171; r&#233;gime d'accumulation mondial &#224; dominante financi&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;renciation et la hi&#233;rarchisation de l'&#233;conomie-monde contemporaine de dimension plan&#233;taire r&#233;sultent tant des op&#233;rations du capital concentr&#233; que des rapports de domination et de d&#233;pendance politiques entre &#201;tats, dont le r&#244;le ne s'est nullement r&#233;duit, m&#234;me si la configuration et les m&#233;canismes de cette domination se sont modifi&#233;s. La gen&#232;se du r&#233;gime d'accumulation mondialis&#233; &#224; dominante financi&#232;re rel&#232;ve autant de la politique que de l'&#233;conomie. Ce n'est que dans la vulgate n&#233;o-lib&#233;rale que l'&#201;tat est &#171; ext&#233;rieur &#187; au &#171; march&#233; &#187;. Le triomphe actuel du &#171; march&#233; &#187; n'aurait pu se faire sans les interventions politiques r&#233;p&#233;t&#233;es des instances politiques des &#201;tats capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette libert&#233; que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouv&#233;e pour se d&#233;ployer mondialement comme ils n'avaient pu le faire depuis 1914, tient bien s&#251;r aussi de la force qu'il a recouvr&#233;e gr&#226;ce &#224; la longue p&#233;riode d'accumulation ininterrompue des &#171; trente glorieuses &#187; (l'une sinon la plus longue de toute l'histoire du capitalisme). Mais le capital n'aurait pas pu parvenir &#224; ses fins sans le succ&#232;s de la &#171; r&#233;volution conservatrice &#187; de la fin de la d&#233;cennie 1970.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;en plein essor durant cette d&#233;cennie instaure une nouvelle gestion de la reproduction sociale. Le secteur des services est restructur&#233; afin de r&#233;duire les d&#233;penses publiques et d'absorber la main d'&#339;uvre : les femmes migrantes gonflent les rangs de ces domaines d'emploi de plus en plus pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Racisme, patriarcat et besoins de l'&#233;conomie sont manifestement li&#233;s. Lorsqu'on parle de l'emploi des &#8220;femmes&#8221;, voire m&#234;me de la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s hommes-femmes, il ne faut pas oublier que cette participation f&#233;minine au march&#233; r&#233;mun&#233;r&#233; du travail est souvent synonyme d'un accroissement des in&#233;galit&#233;s entre femmes elles-m&#234;mes (par exemple entre femmes travaillant &#224; l'ext&#233;rieur de la sph&#232;re domestique et femmes employ&#233;es pour suppl&#233;er &#224; leur &#8220;absence&#8221; au sein des foyers). Il est important d'attirer l'attention sur cette r&#233;alit&#233; trop souvent invisibilis&#233;e. De m&#234;me, il est important de se demander syst&#233;matiquement de quelles femmes il est question, et de nuancer notre analyse en fonction de leur situation au sein des diff&#233;rents rapports de domination (de classe, de sexe et de race).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, il existe bel et bien une division sexuelle du travail, mais elle est &#233;galement travers&#233;e par des rapports sociaux de race, particuli&#232;rement en ce qui concerne la reproduction sociale. Celle-ci est essentielle au capitalisme et au bien &#234;tre de la soci&#233;t&#233;. Les personnes qui la prennent en charge sont particuli&#232;rement mobilis&#233;es en cas de crise, et expos&#233;es aux risques en cas de crise sanitaire. Bien qu'il inclut des femmes blanches et des hommes, racis&#233;es, force est de constater que la groupe concern&#233; est majoritairement continu&#233; de femmes issues des milieux populaires et de la migration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces analyses se poursuivent dans le prochain livre du CADTM &#224; para&#238;tre cette ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Autrice du Ventre des Femmes et de Un f&#233;minisme d&#233;colonial&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/jules-falquet/blog/300320/le-coup-du-virus-et-le-coup-d-etat-militaro-industriel-global&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/jules-falquet/blog/300320/le-coup-du-virus-et-le-coup-d-etat-militaro-industriel-global&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Et-maintenant-vous-le-voyez-le-travail-des-femmes &#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/Et-maintenant-vous-le-voyez-le-travail-des-femmes&#160;&lt;/a&gt; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] Voir &lt;a href=&#034;https://lasanteenlutte.org/covid-19-le-deconfinement/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://lasanteenlutte.org/covid-19-le-deconfinement/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] &lt;a href=&#034;https://www.lesoir.be/290223/article/2020-03-26/coronavirus-un-quart-des-femmes-actives-en-belgique-travaillent-dans-le-secteur&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lesoir.be/290223/article/2020-03-26/coronavirus-un-quart-des-femmes-actives-en-belgique-travaillent-dans-le-secteur&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] Krinsky, J. et Simonet, M., &#171; D&#233;ni de travail : l'invisibilisation du travail aujourd'hui : Introduction. &#187;, 2012, Soci&#233;t&#233;s contemporaines, N&#176; 87, p. 5-23.&lt;br class='autobr' /&gt;
[7] Cukier, A., &#171; De la centralit&#233; politique du travail : les apports du f&#233;minisme mat&#233;rialiste &#187;, paru dans Bidet, A., Galerand, E. et Kergoat, D. (dir.), Dossier &#171; F&#233;minismes mat&#233;rialistes &#187;, Nouvelles Questions F&#233;ministes, 2016.&lt;br class='autobr' /&gt;
[8] Nous disons bien &#8220;d&#233;laiss&#233;s&#8221; car c'est un contexte de protection l&#233;gales des travailleurs/euses nationaux, instaurant des quotas de personnes migrantes etc., on ne peut parler d'immigration qui &#8220;vole&#8221; le travail au Fran&#231;aisEs comme certainEs se plaisent &#224; dire. Falquet, J. et Moujoud, N., &#171; Cent ans de sollicitude en France. Domesticit&#233;, reproduction sociale, migration et histoire coloniale &#187;, 2010, Agone n&#176;43, Comment le genre trouble la classe, pp 169-195. Quelle page ?&lt;br class='autobr' /&gt;
[9] Voir par exemple Verges, F., Un f&#233;minisme d&#233;colonial, 2019, La Fabrique, p. 86.&lt;br class='autobr' /&gt;
[10] Falquet, J. et Moujoud, N., &#171; Cent ans de sollicitude en France. Domesticit&#233;, reproduction sociale, migration et histoire coloniale &#187;, 2010, Agone n&#176;43, Comment le genre trouble la classe, pp. 169-195. Quelle page ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La dette : une arme patriarcale d&#233;ploy&#233;e dans les pays du Sud</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-dette-une-arme-patriarcale-deployee-dans-les-pays-du-Sud</link>
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		<dc:date>2019-12-03T12:29:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Camille Bruneau</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-12-03</dc:subject>

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&lt;p&gt;Quand nous parlons de l'impact de la dette sur les femmes au Sud, nous nous retrouvons face &#224; deux probl&#233;matiques fondamentales. Il s'agit, d'une part, de reconna&#238;tre la dette comme instrument n&#233;ocolonial aux impacts d&#233;sastreux sur les populations des Suds [1]. D'autre part, de comprendre en quoi la dette, &#233;l&#233;ment constitutif du capitalisme, syst&#232;me lui-m&#234;me structurellement patriarcal, impacte sp&#233;cifiquement les femmes. Il est n&#233;cessaire d'adopter une posture intersectionnelle afin de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH90/arton41386-14ebc.png?1675223679' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand nous parlons de l'impact de la dette sur les femmes au Sud, nous nous retrouvons face &#224; deux probl&#233;matiques fondamentales. Il s'agit, d'une part, de reconna&#238;tre la dette comme instrument n&#233;ocolonial aux impacts d&#233;sastreux sur les populations des Suds [1]. D'autre part, de comprendre en quoi la dette, &#233;l&#233;ment constitutif du capitalisme, syst&#232;me lui-m&#234;me structurellement patriarcal, impacte sp&#233;cifiquement les femmes. Il est n&#233;cessaire d'adopter une posture intersectionnelle afin de visibiliser l'imbrication des rapports de classe, de race, de sexe, et de domination Nord-Sud. Seulement ainsi pourrons-nous esp&#233;rer r&#233;ellement comprendre et soutenir les situations, luttes et revendications vari&#233;es et sp&#233;cifiques des femmes des Suds.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;22 novembre par Camille Bruneau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tir&#233; de : [CADTM-INFO] Br&#233;sil, f&#233;minismes, Gr&#232;ce, fonds vautours...&lt;br class='autobr' /&gt;
(Photo de Mohamed Nohassi, Unsplash)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sommaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une in&#233;galit&#233; construite et structurelle&lt;br class='autobr' /&gt;
Les grandes cons&#233;quences de la dette publique et les femmes&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;organisation n&#233;olib&#233;rale du travail (re)productif&lt;br class='autobr' /&gt;
Explosion de la violence sexiste&lt;br class='autobr' /&gt;
Conclusion et perspectives de luttes&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; Une in&#233;galit&#233; construite et structurelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La colonisation, entreprise imp&#233;rialiste aux enjeux politiques, &#233;conomiques et culturels, subvertit la place des femmes aux Suds, les refa&#231;onnant &#224; l'image de la femme id&#233;ale occidentale, elle-m&#234;me transform&#233;e en moyen de reproduction invisible avec l'avanc&#233;e du capitalisme [2]. La colonisation institue la d&#233;valorisation des femmes et de leur travail, leur d&#233;pendance envers les hommes, tout comme leur disparition de l'espace public [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ind&#233;pendance signe un nouveau cycle de d&#233;pendance n&#233;ocoloniale, de nouvelles formes d'exploitation sous le diktat du FMI, de la Banque mondiale et des Plans d'ajustement structurel (PAS). Les femmes sont violemment propuls&#233;es sur le march&#233; du travail, particuli&#232;rement depuis les ann&#233;es 1980 o&#249; s'impose, de fa&#231;on tout &#224; fait h&#233;g&#233;monique, le n&#233;olib&#233;ralisme comme nouvelle strat&#233;gie politique d'accumulation du capital, dont l'une des armes principales est la dette . Une nouvelle &#171; femme mod&#232;le &#187;, travailleuse, libre et empowered cette fois, est red&#233;finie pas les IFI et les ONG, d&#233;niant aux femmes du monde le droit de choisir leurs destins et identit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dette et les crises &#233;conomiques ont toujours des cons&#233;quences plus marqu&#233;es envers les couches de population plus vuln&#233;rables [4], plus particuli&#232;rement les femmes pauvres, &#226;g&#233;es, migrantes ou les m&#232;res c&#233;libataires. Pourquoi ? En premier lieu car nous vivons dans un monde patriarcal. Cela signifie que les hommes dominent les structures de pouvoirs, institutionnelles, culturelles, &#233;conomiques ou familiales. Les femmes sont ainsi sujettes &#224; diff&#233;rentes formes d'exploitations, de violences (physiques, psychologiques, sexuelles&#8230;) accentu&#233;es par la pr&#233;gnance de st&#233;r&#233;otypes genr&#233;s et de division sexuelle du travail (concentration dans les emplois dits f&#233;minins et sous-&lt;br class='autobr' /&gt;
pay&#233;s, in&#233;galit&#233;s salariales...). Le travail reproductif [5] qu'elles fournissent est consid&#233;r&#233; comme naturel et est d&#232;s lors gratuit. &#192; cause de ces repr&#233;sentations et pratiques genr&#233;es, les femmes sont moins bien plac&#233;es pour faire face aux crises, elles seront les premi&#232;res licenci&#233;es et compenseront de leur labeur la suppression planifi&#233;e des services sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comprendre en quoi la dette, &#233;l&#233;ment constitutif du capitalisme, syst&#232;me lui-m&#234;me structurellement patriarcal, impacte sp&#233;cifiquement les femmes &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, la dette renforce les caract&#233;ristiques patriarcales du capitalisme n&#233;olib&#233;ral, projet politique qui d&#233;valorise et invisibilise le travail reproductif pourtant essentiel &#224; sa survie. L'accumulation se nourrit de la casse des droits sociaux, de la solidarit&#233; et de l'acc&#232;s aux communs. En son nom, on exploite, au m&#234;me titre que les femmes, les ressources naturelles. Plus g&#233;n&#233;ralement, on assiste &#224; l'expropriation des pauvres au profit des riches, on exploite par le travail salari&#233; en le maquillant en source d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, dans un contexte de domination Nord-Sud, les femmes des Suds sont victimes de multiples formes d'oppression et de domination. Coupl&#233;es &#224; certaines marginalisations traditionnelles, les dominations (&#233;conomiques, patriarcales, raciales et coutumi&#232;res) s'entrecroisent et se superposent.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; Les grandes cons&#233;quences de la dette publique et les femmes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les privatisations de services et entreprises public.que.s pour r&#233;duire les d&#233;penses de l'&#201;tat sont l'une des mesures phares impos&#233;es au Sud global au nom du service de la dette. Les services, d&#233;sormais sous la coupe du secteur priv&#233;, centr&#233;s sur le profit, deviennent plus chers et moins accessibles. En tant que premi&#232;res b&#233;n&#233;ficiaires et consommatrices de nombreux services, les femmes et les filles sont sp&#233;cifiquement touch&#233;es. On pense &#224; l'acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation et l'approvisionnement en eau, notamment en Afrique subsaharienne. La privatisation de l'eau et l'augmentation des prix en r&#233;duisent l'acc&#232;s : les femmes effectuent des trajets durs, longs et dangereux pour subvenir &#224; ce besoin &#233;l&#233;mentaire. Les jeunes filles apportent tr&#232;s souvent une aide essentielle &#224; leur m&#232;re dans cette t&#226;che qui les &#233;loigne du chemin de l'&#233;cole et accentue d&#232;s lors le risque de leur d&#233;scolarisation. La privatisation de l'eau impacte &#233;galement l'agriculture vivri&#232;re, dont les femmes sont les actrices principales. Pour faire face &#224; cette hausse des prix, les femmes vont augmenter la part de leur travail gratuit tout en s'endettant aupr&#232;s des institutions de microcr&#233;dit, ce qui entamera s&#233;rieusement leur autonomie financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La privatisation de l'eau et l'augmentation des prix en r&#233;duisent l'acc&#232;s : les femmes effectuent des trajets durs, longs et dangereux pour subvenir &#224; ce besoin &#233;l&#233;mentaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les coupes budg&#233;taires, exig&#233;es par les institutions financi&#232;res internationales (IFI), aspirent &#224; r&#233;duire les d&#233;penses publiques destin&#233;es &#224; assurer une certaine protection sociale. Sont concern&#233;s les allocations ch&#244;mage, les pensions, les aides &#224; l'&#233;ducation ou les financements d'&#233;coles publiques, la sant&#233;, les transports. En tant que b&#233;n&#233;ficiaires principales, les femmes sont ici encore doublement victimes. On pense entre autres aux cr&#232;ches, aux plannings familiaux, aux maternit&#233;s [6]. La baisse de nombreuses allocations sociales et l'augmentation des co&#251;ts accentuent le travail gratuit des femmes et an&#233;antissent leur autonomie &#233;conomique, leur sant&#233;, et la possibilit&#233; de mener une vie libre et digne. Afin d'acc&#233;der via le march&#233; &#224; des services et biens, pr&#233;c&#233;demment assur&#233;s par l'&#201;tat, toujours plus de femmes se voient contraintes d'exercer un deuxi&#232;me, voire un troisi&#232;me travail [7]. On assiste ainsi &#224; un sabrage des droits sociaux et syndicaux, r&#233;duisant la possibilit&#233; d'avoir acc&#232;s &#224; un travail d&#233;cent et de b&#233;n&#233;ficier de protection. Le glissement vers le secteur informel, secteur le plus f&#233;minis&#233; &#224; l'&#233;chelle mondiale, sans droits ni lois, s'effectue avec une brutalit&#233; effrayante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lib&#233;ralisation des prix et du commerce mondial justifie ces privatisations et restrictions budg&#233;taires. Cette condition implique aussi la suppression de barri&#232;res tarifaires, l'implantation de multinationales et le ralliement des march&#233;s locaux aux fluctuations des prix, ainsi qu'une d&#233;r&#233;glementation du march&#233; du travail. La course &#224; la concurrence implique des d&#233;localisations et suscite l'explosion de zones franches pour nourrir l'industrie textile et &#233;lectronique : outre les licenciements au Nord, il faut savoir que la concurrence est plus forte entre pays du Sud qu'entre pays du Nord et du Sud : une v&#233;ritable course vers le bas engendre l'exploitation accrue des travailleurs/euses. L'industrie, apr&#232;s l'informel et l'agriculture, est le secteur d'activit&#233; le plus f&#233;minis&#233; du Sud global. La lib&#233;ralisation impose &#233;galement la d&#233;valorisation des monnaies locales et la fin des subsides pour les produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; alors que les produits &#233;trangers sont subsidi&#233;s... Toutes ces mesures g&#233;n&#232;rent une concurrence d&#233;loyale pour les femmes du Sud global, g&#233;rantes de petites entreprises ou de productions agricoles, et une destruction de l'&#233;conomie locale. Cette perte de revenus, de pouvoir d'achat, d'emplois traditionnels et de moyens de production, s'op&#232;re parall&#232;lement &#224; une hausse des prix, augmentant encore la proportion du travail gratuit et informel des femmes, ainsi que le recours au microcr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exigences d'exportations, autre condition des IFI pour faire rentrer des devises, instaurent une grande d&#233;pendance des pays vis-&#224;-vis de l'ext&#233;rieur (cours des mati&#232;res premi&#232;res, climat, &#233;conomie et demande des pays importateurs...), ainsi qu'une logique de d&#233;possession des populations : elles ne produisent plus ce qu'elles consomment, les terres et l'eau sont accapar&#233;es, les biens communs pollu&#233;s et &#233;puis&#233;s. Les exigences d'exportation agricole signifient la perte ou le d&#233;placement des cultures vivri&#232;res&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; vers des terres moins fertiles. Elles deviennent ainsi marginalis&#233;es au profit des cultures de rente qui emploient surtout des hommes. Pour les femmes, cela signifie une perte d'acc&#232;s &#224; la terre, de souverainet&#233; alimentaire et de possibilit&#233;s de nourrir le foyer, la malnutrition, des migrations forc&#233;es. Les exportations industrielles g&#233;r&#233;es par des entreprises capitalistiques instaurent une concurrence d&#233;loyale envers le petit commerce et l'artisanat, remplac&#233;s par le travail en zones franches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette liste noire s'ajoutent les dettes priv&#233;es qui aggravent ces mesures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; La r&#233;organisation n&#233;olib&#233;rale du travail (re)productif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les ann&#233;es 70, quand des populations enti&#232;res perdent leurs moyens de subsistance et deviennent d&#233;pendantes du march&#233;, la nouvelle division internationale du travail [8] se met en place. Elle implique une redistribution internationale du travail (re)productif, sur base de l'appropriation du travail des femmes des Suds afin d'assurer la reproduction des populations des m&#233;tropoles. En plus de la production de biens mat&#233;riels mentionn&#233;s ci-dessus, le d&#233;veloppement du secteur tertiaire et l'augmentation de la participation sur le march&#233; du travail des femmes des Nords, &#233;merge un besoin de d&#233;l&#233;guer le travail domestique et du care [9], dont elles souhaitent s'affranchir et que les hommes s'obstinent toujours &#224; ne pas faire. D'autres femmes seront ainsi embauch&#233;es pour reprendre une partie du travail de reproduction dans des conditions pr&#233;caires : gardiennes d'enfants, cuisini&#232;res, femmes de m&#233;nage&#8230; L'immigration, et la cr&#233;ation de sans-papiers, engendr&#233;e par les PAS, vient satisfaire ce besoin, notamment &#224; travers la cr&#233;ation de programmes sp&#233;cifiques d'immigration de travailleuses domestiques (leurs revenus constituent la plus grande source de devises &#233;trang&#232;res de nombreux pays, n&#233;cessaires pour rembourser la dette et/ou importer). Parall&#232;lement au travail domestique, ces femmes d&#233;poss&#233;d&#233;es, d'Asie, d'Afrique, d'Am&#233;rique latine, sont aussi astreintes &#224; un travail conjugal et sexuel : elles deviennent m&#232;res porteuses, &#233;pouses par correspondance, prostitu&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; Explosion de la violence sexiste [10]&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la pr&#233;carisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e que la dette engendre, on assiste &#224; une explosion des violences sexistes et conjugales, toutes accentu&#233;es par la pauvret&#233;. Cela s'explique entre autres par les nouvelles tensions dues &#224; la participation sur le march&#233; du travail des femmes, en temps de crise, qui menace certaines formes traditionnelles [11] de contr&#244;le des femmes. De plus, &#224; cause de la division sexuelle du travail, les femmes sont tenues responsables des lacunes en approvisionnement pour le foyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les crises de la dette, le processus de p&#233;n&#233;tration capitaliste et la d&#233;possession fonci&#232;re engendrent conflits, migrations et urbanisation, exposant les femmes &#224; de nombreuses formes de violences et dangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Conclusion et perspectives de luttes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dette, en somme, est une nouvelle opportunit&#233; pour le patriarcat. En quelques mots, nous pouvons fermement &#233;tablir qu'elle engendre une augmentation des microcr&#233;dits, du travail gratuit et pr&#233;caire des femmes, de la violence, et plus g&#233;n&#233;ralement, une f&#233;minisation de la pauvret&#233; et de la maladie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dette au Sud est synonyme de d&#233;mant&#232;lement des services et infrastructures public.que.s qui soutenaient les populations, et de la d&#233;possession des moyens de subsistance. Le travail reproductif rebascule ainsi vers le foyer, est donc &#224; charge des femmes et/ou vers les secteurs priv&#233;s, inabordables pour la majorit&#233; de la population. On assiste d&#232;s lors &#224; une nouvelle opportunit&#233; d'accumulation et de profit pour le priv&#233; financiaris&#233;, tout en rendant plus vuln&#233;rable la population la moins ais&#233;e. Rel&#233;gu&#233;es comme responsables du bien-&#234;tre par le cadre patriarcal, et le capitalisme d&#233;pendant toujours structurellement du travail gratuit et invisibilis&#233;, les femmes sont inlassablement les premi&#232;res victimes, mais aussi les v&#233;ritables cr&#233;anci&#232;res d'une immense dette sociale : sans leur travail gratuit le syst&#232;me s'&#233;croulerait [12].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cela que toute lutte contre la dette se doit d'&#234;tre f&#233;ministe tandis que les luttes f&#233;ministes se doivent d'adopter une perspective critique, intersectionnelle et d&#233;coloniale. La dette et la r&#233;organisation globale du travail g&#233;n&#232;rent la cr&#233;ation de relations d'exploitation entre femmes. Il ne s'agit pas de &#171; simplement &#187; critiquer les femmes privil&#233;gi&#233;es qui en exploitent d'autres, mais de combattre le syst&#232;me qui rend n&#233;cessaire cette exploitation. M&#234;me s'il semble s'appliquer de mani&#232;res diff&#233;renci&#233;es par r&#233;gions, le n&#233;olib&#233;ralisme poss&#232;de bel et bien une dimension mondiale ; chaque r&#233;gion ou &#171; classe &#187; a un r&#244;le sp&#233;cifique dans la nouvelle strat&#233;gie d'accumulation et de reproduction globale ; par exemple, l'aust&#233;rit&#233; au Nord cr&#233;e le besoin de main-d'&#339;uvre ou de biens bons march&#233;s, la dette au Sud cr&#233;e cette main-d'&#339;uvre d&#233;poss&#233;d&#233;e. Parall&#232;lement &#224; la n&#233;cessit&#233; de reconna&#238;tre la sp&#233;cificit&#233; des revendications f&#233;ministes, nous devons &#234;tre solidaires dans nos luttes contre l'offensive n&#233;olib&#233;rale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article est tir&#233; du n&#176; 77 de l'AVP (Les autres voix de la plan&#232;te), &#171; Dettes aux Suds &#187; disponible &#224; : &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Dettes-aux-Suds&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/Dettes-aux-Suds&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le choix du pluriel &#171; Suds &#187; &#224; certains endroits de ce texte d&#233;montre la volont&#233; de l'auteure de mettre en exergue la pluralit&#233; des r&#233;alit&#233;s de ce que l'on consid&#232;re comme le &#171; Sud &#187; global pour les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] &#192; ce sujet, voir les nombreuses recherches de Silvia Federici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Exemple de la RDC : Malu Muswamba, R., &#171; Le travail des femmes en R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo : exploitation ou promesse d'autonomie ? &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.unesco.org/new/fileadmin/MULTIMEDIA/HQ/SHS/pdf/Travail-femmes-RDC.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.unesco.org/new/fileadmin/MULTIMEDIA/HQ/SHS/pdf/Travail-femmes-RDC.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] C. Vanden Daelen, &#171; Comment la dette renforce-t-elle l'oppression des femmes ? &#187;, 2017, &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Comment-la-dette-renforce-t-elle-l&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/Comment-la-dette-renforce-t-elle-l&lt;/a&gt; C. Marty, &#171; Les femmes face &#224; la crise et &#224; l'aust&#233;rit&#233; &#187;, revue Transform !, 2012, &lt;a href=&#034;http://www.espaces-marx.net/IMG/pdf/T_N10_Marty.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.espaces-marx.net/IMG/pdf/T_N10_Marty.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Pour en savoir plus sur la th&#233;orie de la reproduction sociale, voir T. Bhattacharya, &#8220;Qu'est-ce que la th&#233;orie de la reproduction sociale ?&#8221;, 2017, &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Qu-est-ce-que-la-theorie-de-la-reproduction-sociale&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/Qu-est-ce-que-la-theorie-de-la-reproduction-sociale&lt;/a&gt; et C. Arruzza et T. Bhattacharya, F&#233;minisme pour les 99 %, 2019, &#201;ditions La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] C. Vanden Daelen, &#171; Comment la dette renforce-t-elle l'oppression des femmes ? &#187;, 2017, &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Comment-la-dette-renforce-t-elle-l&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/Comment-la-dette-renforce-t-elle-l&lt;/a&gt; C. Filoni, &#171; Au Sud comme au Nord, les femmes face &#224; la crise de la dette et aux politiques d'ajustement macro&#233;conomique &#187;, 2018, &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Au-Sud-comme-au-Nord-les-femmes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/Au-Sud-comme-au-Nord-les-femmes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] C. Vanden Daelen, &#171; La dette, les PAS : analyse des impacts sur la vie des femmes &#187;, 2014, &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/La-dette-les-PAS-analyse-des&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/La-dette-les-PAS-analyse-des&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] S. Federici, &#171; Reproduction et lutte f&#233;ministe dans la nouvelle division internationale du travail &#187;, revue P&#233;riode, Traduction de l'anglais (in : Dalla Costa M. and Dalla Costa, G., Eds., 1999, Women, Development and Labor of Reproduction, Struggles and Movements, Africa, World Press, Asmara, Eritrea.) r&#233;alis&#233;e par Delphine Bordier et Bernard Walter et initialement publi&#233; dans &#171; Genre, mondialisation et pauvret&#233;. Cahiers genre et d&#233;veloppement n&#176;3. &#187; (Dir.) C. Verschuur, avec F. Reysoo. 45-69. Paris : L'Harmattan). PDF : &lt;a href=&#034;https://www.researchgate.net/publication/267194817_Reproduction_et_lutte_feministe_dans_la_nouvelle_division_internationale_du_travail&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.researchgate.net/publication/267194817_Reproduction_et_lutte_feministe_dans_la_nouvelle_division_internationale_du_travail&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Sur la cha&#238;ne globale du care, voir Jules Falquet et Saskia Sassen&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] &#192; ce sujet lire les nombreuses recherches de Jules Falquet, et T. Bhattacharya, &#171; Comprendre la violence sexiste &#224; l'&#232;re du n&#233;olib&#233;ralisme &#187;, 2019, &lt;a href=&#034;http://revueperiode.net/comprendre-la-violence-sexiste-a-lere-du-neoliberalisme/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://revueperiode.net/comprendre-la-violence-sexiste-a-lere-du-neoliberalisme/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Bien qu'institutionnalis&#233;es par les colons&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] D'o&#249; la revendication, par le CADTM, d'un non-paiement f&#233;ministe de la dette, entre autres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;cof&#233;minismes : une r&#233;ponse holistique &#224; un syst&#232;me en crise</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Ecofeminismes-une-reponse-holistique-a-un-systeme-en-crise</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Ecofeminismes-une-reponse-holistique-a-un-systeme-en-crise</guid>
		<dc:date>2019-10-07T23:08:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Camille Bruneau</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Changements climatiques</dc:subject>
		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-10-08</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cet article constitue l'introduction d'un atelier intitul&#233; &#171; L'&#233;cof&#233;minisme pour s'attaquer aux racines de l'exploitation &#187;, qui s'est tenu le 8 septembre 2019 &#224; l'Universit&#233; d'&#233;t&#233; du CADTM. Par ailleurs, cet atelier se d&#233;roulait &#233;galement dans le cadre d'un cycle sur l'&#233;cof&#233;minisme pens&#233; par les associations CADTM et Barricade. (Voir le programme complet de ce cycle ici) &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du site du CADTM. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi cet int&#233;r&#234;t pour l'&#233;cof&#233;minisme ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le CADTM est un r&#233;seau qui s'int&#233;resse non (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-des-femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Changements-climatiques-+" rel="tag"&gt;Changements climatiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-mouvement-des-femmes-dans-le-monde-+" rel="tag"&gt;Le mouvement des femmes dans le monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-10-08-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-10-08&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH75/arton40541-d7dce.jpg?1676906015' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cet article constitue l'introduction d'un atelier intitul&#233; &#171; L'&#233;cof&#233;minisme pour s'attaquer aux racines de l'exploitation &#187;, qui s'est tenu le 8 septembre 2019 &#224; l'Universit&#233; d'&#233;t&#233; du CADTM. Par ailleurs, cet atelier se d&#233;roulait &#233;galement dans le cadre d'un cycle sur l'&#233;cof&#233;minisme pens&#233; par les associations CADTM et Barricade. (Voir le &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Un-semestre-feministe-CADTM&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;programme complet de ce cycle ici&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Ecofeminismes-une-reponse-holistique-a-un-systeme-en-crise&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site du CADTM&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi cet int&#233;r&#234;t pour l'&#233;cof&#233;minisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le CADTM est un r&#233;seau qui s'int&#233;resse non seulement &#224; la dette, mais qui tente de lutter contre toutes les formes d'oppression et de domination. Il ne s'agit pas seulement de les consid&#233;rer s&#233;par&#233;ment (le patriarcat, la dette &#233;cologique, la dette publique...) mais il est essentiel de comprendre comment ces oppressions s'enchev&#234;trent, d'adopter une posture intersectionnelle et d&#233;coloniale, car les rapports sociaux in&#233;galitaires, qu'ils soient de genre, de race, de classe, entre Nord et Sud ; s'imbriquent. Et justement, l'&#233;cof&#233;minisme est un mouvement, une lutte, une pens&#233;e qui fait ce lien. On ne peut pas &#234;tre anti-capitaliste, lutter contre le syst&#232;me dette sans &#234;tre f&#233;ministe, voire m&#234;me sans &#234;tre &#233;cof&#233;ministe. C'est un mouvement qui rassemble des critiques que nous portons au sein du r&#233;seau CADTM, mais sans toujours r&#233;ussir &#224; les aborder de fa&#231;on conjointe. Nous avions donc vraiment envie de nous pencher sur l'&#233;cof&#233;minisme. Ce mouvement offre de nombreux outils pour penser, pratiquer les alternatives et r&#233;affirmer que l'on ne peut pas combattre la destruction de l'environnement et l'exploitation des femmes s&#233;par&#233;ment car elles font partie d'une seule et m&#234;me logique, qu'elles sont deux piliers de l'accumulation capitaliste. En plus, on y reviendra, l'&#233;cof&#233;minisme offre des &#233;l&#233;ments importants pour l'analyse et l'abolition des dettes ill&#233;gitimes, car oui on peut lier &#233;cof&#233;minisme et dette !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble utile de rappeler les liens entre capitalisme et patriarcat, qui sont deux syst&#232;mes qui se renforcent l'un l'autre. Bien que le sexisme, les violences envers les femmes existaient, bien entendu, avant que s'ancre le capitalisme, l'av&#232;nement du capitalisme en a renforc&#233; les pires traits et a surtout institu&#233; la d&#233;valorisation des femmes et de leur travail. En effet, qui se rappelle qu'avant le XVIe si&#232;cle, les femmes d'Europe travaillaient, &#233;taient majoritaires dans certains corps de m&#233;tiers, faisaient partie de coop&#233;ratives d'artisans et artisanes, &#233;taient propri&#233;taires de terres, m&#233;decins, etc ? Personne (ou du moins tr&#232;s peu de personnes). En fait, au fil de l'implantation du capitalisme (qui prend place dans un contexte de crise religieuse et politique), elles disparaissent de la sph&#232;re publique et celles qui r&#233;sistent sont pers&#233;cut&#233;es, notamment &#224; travers la chasse aux sorci&#232;res. Les femmes n'ont pas commenc&#233; &#224; travailler durant le dernier si&#232;cle comme on l'entend souvent. Et il y a toujours eu des femmes moins privil&#233;gi&#233;es qui n'ont jamais arr&#234;t&#233; de travailler d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation des modes de production (moins collectifs, salari&#233;s, mon&#233;taires&#8230;) a cr&#233;&#233; la s&#233;paration entre ce qui est consid&#233;r&#233; comme &#171; productif &#187;, g&#233;n&#233;rant du revenu, ou &#171; improductif &#187;, et hi&#233;rarchise ces activit&#233;s qui deviennent de plus en plus genr&#233;es. &#192; ce moment-l&#224;, on observe une r&#233;affirmation des normes patriarcales (femmes m&#232;res et &#233;pouses, d&#233;licates, flexibles, f&#233;minines, faibles...) qui participent au cantonnement des femmes dans certaines activit&#233;s peu valoris&#233;es. Le capitalisme, ayant besoin de d&#233;valoriser pour accumuler, se sert de ces normes et les accentue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'av&#232;nement du capitalisme a donc renforc&#233;, transform&#233; le patriarcat et a particip&#233; &#224; la cr&#233;ation de la division sexuelle du travail telle qu'on la conna&#238;t aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exploitation par le travail est essentielle au capitalisme ; mais ce que de nombreux marxistes et autres analystes ont oubli&#233; dans leurs analyses c'est l'existence des rapports de genre au sein des rapports salari&#233;s et de classe. Autrement dit, que l'exploitation se fait aussi par le travail gratuit (qui est bien du travail) et qu'il existe donc une exploitation sp&#233;cifique et accrue envers les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a le travail salari&#233; bien s&#251;r, qui comporte de nombreuses discriminations (l'in&#233;galit&#233; salariale, le cantonnement des femmes dans des secteurs sous pay&#233;s et dits &#171; f&#233;minins &#187;, les temps partiels, etc). Mais il y a aussi le travail gratuit, de soins aux autres, de soutien, le travail domestique... qui rend possible la reproduction sociale et les conditions de vie. Les femmes, prenant en charge plus de la moiti&#233; du travail mondial pour moins de 10 % des revenus sont en v&#233;rit&#233; &#171; le vrai prol&#233;tariat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent, l'approche des f&#233;ministes plus institutionnelles ou &#171; civilisationnelles &#187; &#8211; comme les appelle Fran&#231;oise Verges &#8211; c'est de pr&#244;ner l'&#233;galit&#233; &#171; hommes-femmes &#187; au travail. Certes c'est un enjeu important, et une raison de lutter, mais ce n'est pas une fin en soi et le travail n'est pas forc&#233;ment une source d'&#233;mancipation. Cette priorit&#233; de lutte peut m&#234;me s'av&#233;rer dangereuse car elle ferme les yeux sur d'autres rapports de domination. En effet, il ne nous para&#238;t pas int&#233;ressant d'avoir la possibilit&#233; de devenir &#171; comme des hommes &#187;, d'exploiter, d'avoir un gros salaire, de donner des ordres, de &#171; s'&#233;manciper &#187; au d&#233;triment d'autres moins avantag&#233;es, comme des femmes des Suds, des femmes migrantes, pr&#233;caires, &#224; qui on refile, soit dans des zones franches des Suds, soit comme domestiques et travailleuses pr&#233;caires, les pires boulots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on constate ces derni&#232;res ann&#233;es avec la globalisation n&#233;olib&#233;rale c'est une r&#233;organisation du travail de production et de reproduction, sur base de l'appropriation du travail des femmes des Suds afin d'assurer la reproduction et le confort des populations des m&#233;tropoles. Encore une fois, ce sont les groupes les plus marginalis&#233;s, dont le capitalisme a d&#233;truit les moyens de subsistance, qui prennent en charge sous forme de travail gratuit et sous-pay&#233; (dans le secteur du care, des services, de la domesticit&#233;) la reproduction sociale de la soci&#233;t&#233;, &#224; laquelle on n'attribue que tr&#232;s peu de valeur. En s'&#233;mancipant en tant que &#171; femmes &#187; tout en fermant les yeux sur d'autres rapports de force, on ne fait que d&#233;placer les dominations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il faut, ce n'est donc pas l'acc&#232;s des femmes &#224; des postes et sph&#232;res de pouvoir, &#224; des hauts salaires mais plut&#244;t la destruction des structures de pouvoir et &#224; une redistribution radicale du travail de production et de reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On constate que le mod&#232;le actuel donne du pouvoir et de la valeur &#224; des valeurs dites &#171; masculines &#187; de comp&#233;titivit&#233; et invisibilise le prendre soin, la reproduction, activit&#233;s pourtant essentielle &#224; la vie, et apparemment effectu&#233;s tout &#224; fait &#171; naturellement &#187; par les femmes. De la m&#234;me mani&#232;re, le capitalisme invisibilise et enl&#232;ve toute valeur &#224; l'autre pilier de la reproduction de la vie sur terre : les capacit&#233;s r&#233;g&#233;n&#233;ratrices de la nature. La nature, depuis le XVIe si&#232;cle &#233;galement, l&#224; o&#249; s'impose une modernit&#233; bas&#233;e sur des dualismes (homme vs femme, culture vs nature, productif vs improductif, civilis&#233; vs sauvage&#8230;) est aussi consid&#233;r&#233;e comme une entit&#233; f&#233;minine, inf&#233;rieure, inerte, sauvage, que l'on peut donc exploiter &#224; souhait au profit de l'ordre capitaliste, patriarcal, extractiviste et colonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; de contr&#244;ler tout ce qui est producteur et reproducteur, constitue donc un enjeu de pouvoir &#233;norme, ainsi que de contr&#244;le politique et &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En une phrase, ce qu'apporte l'&#233;cof&#233;minisme &#8211; m&#234;me si on l'associe souvent &#224; quelque chose d'un peu mystique qui dirait que les femmes et nature sont li&#233;es par essence &#8211; c'est de faire le lien entre l'exploitation des femmes et de la nature. Ces deux modes de domination s'appliquent avec une logique et des discours similaires, et sont le r&#233;sultat du complexe h&#233;t&#233;ro-patriarcal capitaliste et extractiviste. En d'autres termes, le drame &#233;cologique n'est pas seulement le r&#233;sultat du capitalisme, mais aussi d'une logique patriarcale qui justifie la d&#233;valorisation et l'exploitation de ce qui est consid&#233;r&#233; comme &#171; f&#233;minin &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Historique et th&#232;mes principaux &#233;cof&#233;ministes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais pr&#233;senter les caract&#233;ristiques et th&#233;matiques principales des &#233;cof&#233;minismes ou du moins la lecture que j'en fais, car c'est un mouvement tr&#232;s pluriel. Comme il n'existe pas un seul f&#233;minisme, il n'y a pas qu'un seul &#233;cof&#233;minisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cof&#233;minisme commence &#224; &#233;merger &#224; partir des ann&#233;es 70 mais on peut argumenter que c'est un mouvement beaucoup plus ancien, notamment dans les pays du Sud [1]. Il &#233;merge en r&#233;alit&#233; dans plein d'endroits diff&#233;rents avec des revendications similaires mais aussi une grande pluralit&#233;. Plus que le lien entre exploitation des femmes et de la nature, que j'ai mentionn&#233;, petit &#224; petit d'autres connexions sont &#233;labor&#233;es, et plusieurs th&#233;matiques sont mobilis&#233;es : la guerre, le militarisme et l'&#233;nergie nucl&#233;aire, le v&#233;ganisme et l'antisp&#233;cisme, l'agro-industrie et les semences, les m&#233;dicaments et la pharmacologie, etc. Toutes les injustices souvent genr&#233;es au sein de ces domaines sont interpr&#233;t&#233;es comme des manifestations d'une culture sexiste qui met en avant des valeurs militaristes, masculines, et aussi euro-centr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc une critique des dualismes hi&#233;rarchis&#233;s, de l'anthropocentrisme qui met en avant l'humain au d&#233;triment de la nature, de l'androcentrisme, qui valorise le masculin au d&#233;triment du dit &#171; f&#233;minin &#187;, et de l'eurocentrisme et son mod&#232;le de d&#233;veloppement , sa vision de la modernit&#233; qui renie la connexion que tous les humains peuvent potentiellement entretenir avec le non-humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la sorte, l'&#233;cofeminisme propose de remettre en question les principaux piliers &#233;conomiques et culturels de l'occident : la domination de l'humain sur la nature et la domination violente de la femme. Ces dominations s'imbriquent avec d'autres rapports in&#233;galitaires, de races, de sexe, de classe, d'esp&#232;ce qui constituent la base de notre civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Vandana Shiva, ce que l'occident nomme &#171; d&#233;veloppement &#187; et &#171; sous-d&#233;veloppement &#187; ne font partie que d'un seul &#171; mal d&#233;veloppement &#187; et il faut d&#233;coloniser le Nord autant que le Sud. C'est compl&#232;tement insens&#233; ce qui est consid&#233;r&#233; comme de la production et ayant de la valeur. Par exemple, une for&#234;t vivante entretenue par une communaut&#233; aborig&#232;ne ne contribue pas &#224; la croissance, sa destruction, si.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cof&#233;minisme est souvent accus&#233; d'essentialisme, c'est-&#224;-dire que par essence les femmes seraient plus proches de la nature. &#201;videmment &#231;a fait bondir les f&#233;ministes constructivistes mat&#233;rialistes, car il faut d&#233;construire &#224; tout prix l'id&#233;e d'une &#171; nature f&#233;minine &#187; ! C'est en effet, en son nom que l'on exploite les femmes. Oui certes, mais c'est une critique facile qui caricature l'&#233;cof&#233;minisme et c'est dommage. En fait, pour plein d'&#233;cof&#233;ministes, il s'agit justement de d&#233;noncer la nature socialement construite du soi-disant lien entre les femmes et la nature, et de se demander comment &#224; partir de l&#224;, on travaille &#224; l'&#233;mancipation, &#224; la sauvegarde de la vie sur terre et le r&#244;le que les femmes ont &#224; y jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes souvent les femmes sont plus impact&#233;es et touch&#233;es par la destruction de la nature et se mobilisent donc en cons&#233;quence (sant&#233; de leurs enfants, agricultrices, eau...) mais &#231;a ne veut pas dire que les hommes ne le sont pas, ne peuvent pas, ne devraient pas &#234;tre proches de la nature, ou que les femmes le sont forc&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, on s'accorde toutes sur le fait que les femmes et la nature sont exploit&#233;es de fa&#231;on comparable. Ariel Salleh avance un bon d&#233;but pour un terrain d'entente : lorsque l'on parle d'action politique, on s'en fiche si c'est un fait ontologique, c'est-&#224;-dire d'essence, de nature, ou alors un accident historique de l'ordre de la construction sociale , ce qui compte c'est comment la majorit&#233; des femmes dans le monde pense et travaille, et le fait est que la majorit&#233; a &#233;t&#233; &#233;duqu&#233;e &#224; le faire en adoptant des normes et valeurs &#171; f&#233;minines &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d'essentialisme strat&#233;gique avanc&#233; par &#201;milie Hache, une des figures &#233;cof&#233;ministe fran&#231;aise actuelle est aussi int&#233;ressante. Depuis trop longtemps on a inf&#233;rioris&#233; les femmes, on leur attribu&#233; des r&#244;les et une identit&#233;, associ&#233; &#224; la nature ; toutes deux exploitables. Et cela a justifi&#233; que tout ce qui &#233;tait associ&#233; ou appartenait aux femmes a &#233;t&#233; d&#233;valoris&#233;, vol&#233;, pill&#233;. Il s'agit de se r&#233;approprier et de revaloriser ce qui a &#233;t&#233; construit socialement comme f&#233;minin, et de se r&#233;approprier &#8211; Reclaim &#8211; ce qui nous a &#233;t&#233; vol&#233; en tant que femmes (puissance, savoirs, histoire...). Se r&#233;approprier le &#171; f&#233;minin &#187;, le transformer, le revaloriser afin de retrouver l'estime en soi. Concr&#232;tement, cela passerait par exemple par la revalorisation des pratiques de soin, de la bienveillance, de la solidarit&#233;, prises en charge par les hommes et les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;cof&#233;minisme et dette&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de l&#224;, j'arrive &#224; un des aspects qui m'int&#233;resse particuli&#232;rement : l'importance de l'&#233;cof&#233;minisme dans le combat contre les dettes ill&#233;gitimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lien avec la dette &#233;cologique para&#238;t sans doute le plus &#233;vident : il s'agit de voir d'une part en quoi on a tous et toutes une dette envers &#171; la terre &#187;, &#171; la nature &#187;, et d'autre part en quoi le Nord a une dette envers les pays des Suds due aux ressources pill&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre lien avec la dette est que les violences envers les femmes et la nature sont aussi des cons&#233;quences du syst&#232;me dette, qui justifie les projets extractivistes, la destruction de l'agriculture vivri&#232;re, au nom de son remboursement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais surtout, une lecture &#233;cof&#233;ministe permet de mettre en lumi&#232;re diff&#233;rentes formes de dettes et particuli&#232;rement la logique qui les relie (cf. L'intervention d'Ariel Salleh). Une perspective &#233;cof&#233;ministe permet aussi d'inclure la dimension f&#233;ministe, &#233;cologique et d&#233;coloniale au d&#233;bat sur la dette publique et l'offensive n&#233;olib&#233;rale, et d'autres arguments pour son annulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dette, on le mart&#232;le depuis longtemps au CADTM, est l'une des armes principales du syst&#232;me capitaliste et patriarcal, et les femmes sont sp&#233;cifiquement impact&#233;es par les grandes mesures impos&#233;es de privatisations, de coupe des services publics, de lib&#233;ralisation, de casse des salaires et des droits du travail et de l'accent mis sur l'exportation. En tant que principales travailleuses et b&#233;n&#233;ficiaires des secteurs concern&#233;s par les coupes, comme travailleuses des terres accapar&#233;es, comme gardiennes de savoirs pill&#233;s, comme m&#232;res et &#233;pouses qui compensent avec leur travail gratuit le recul de ces services publics, en tant que femmes des Suds faisant face &#224; la destruction des moyens de subsistance au profit de projets miniers ou de l'agro-industrie, en tant que victimes de violences et migrations forc&#233;es accentu&#233;es par les crises et les plans d'ajustement structurel... Tout &#231;a nous le savons et nous continuons &#224; le d&#233;noncer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une lecture &#233;cof&#233;ministe permet aussi de valoriser d'autres choses, de remettre la vie et le soin au centre. Une id&#233;e que je trouve tr&#232;s int&#233;ressante et que l'on ne reprend peut-&#234;tre pas assez, c'est l'&#233;cof&#233;minisme comme alternative aux coupes budg&#233;taires, comme r&#233;ponse &#224; l'aust&#233;rit&#233;. En remettant d'autres valeurs comme la vie, le care, les capacit&#233;s r&#233;g&#233;n&#233;ratrices en avant dans l'organisation de la soci&#233;t&#233;, on remet en cause notre compr&#233;hension de l'&#233;conomie, et donc de la dette, de ce qui compte vraiment, de qui doit quoi &#224; qui, et cela am&#232;ne &#224; se tourner vers d'autres types de solutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corrections : Anouk Renaud&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le mouvement Chipko des Himalaya, durant lequel des femmes ont r&#233;sist&#233; &#224; l'abattage d'arbres (en les embrassant et/ou en s'y accrochant) est tr&#232;s ancien (plus ou moins 300 ans) et est r&#233;apparu en force dans les ann&#233;es 70. En 1730, Amrita Devi a perdu la vie en essayant d'emp&#234;cher la coupe d'arbres et a &#233;t&#233; rejointe par 350 villageoises. Celles-ci ont continu&#233; &#224; r&#233;sister jusqu'&#224; l'interdiction de la d&#233;forestation dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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