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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Habermas, l'Allemagne et Isra&#235;l : penser avec Habermas contre Habermas</title>
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		<dc:creator>Pierre Leyraud</dc:creator>


		<dc:subject>Arts culture et soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Allemagne</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2026-03-17</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le 15 novembre 2023, Habermas a cosign&#233; une lettre au sujet de l'Allemagne, Isra&#235;l et les Juifs dans laquelle ils exprime des positions totalement en contradiction avec sa philosophie politique et morale. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue d'Ir&#232;ne Doiron. . &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1953, le jeune J&#252;rgen Habermas avait 24 ans et publiait dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung un article qui ne passait pas inaper&#231;u et qui s'intitulait : &#171; Penser avec Heidegger contre Heidegger &#187;. Dans cet article, il soulevait la question de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Sciences-philosophie-et-histoire-" rel="directory"&gt;Sciences, philosophie et histoire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Allemagne-+" rel="tag"&gt;Allemagne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-03-17-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-03-17&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH89/capture_d_e_cran_le_2026-03-16_a_15.30_48-51097.png?1781022889' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='89' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 15 novembre 2023, Habermas a cosign&#233; une lettre au sujet de l'Allemagne, Isra&#235;l et les Juifs dans laquelle ils exprime des positions totalement en contradiction avec sa philosophie politique et morale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/irene-doiron/blog/160326/habermas-lallemagne-et-israel-penser-avec-habermas-contre-habermas&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue d'Ir&#232;ne Doiron&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1953, le jeune J&#252;rgen Habermas avait 24 ans et publiait dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung un article qui ne passait pas inaper&#231;u et qui s'intitulait : &#171; Penser avec Heidegger contre Heidegger &#187;. Dans cet article, il soulevait la question de l'existence d'&#171; un lien intime entre l'engagement nazi de Heidegger et sa pens&#233;e &#187; et il pr&#233;cisait que la philosophie de Heidegger lui avait fait forte impression. Habermas inaugurait ainsi son r&#244;le d'intellectuel public en enjoignant les Allemands &#224; se confronter &#224; leur pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 novembre 2023, J. Habermas cosignait une courte lettre publi&#233;e par le Research Centre, &#171; Normative Orders &#187;, de l'universit&#233; Goethe de Francfort dans laquelle il proclamait &#187; le principe de solidarit&#233; avec Isra&#235;l et les Juifs en Allemagne &#187;. Toujours dans son r&#244;le d'intellectuel public, J. Habermas adoptait, dans cette lettre, un ton et des positions tellement &#233;loign&#233;s du ton et des id&#233;es de ses &#233;crits qu'on est en droit, comme le titre du pr&#233;sent texte le signale, de &#171; Penser avec Habermas contre Habermas &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, dans cette lettre, apr&#232;s avoir rappel&#233;, de fa&#231;on tr&#232;s asym&#233;trique, &#171; l'atrocit&#233; sans &#233;gale du Hamas &#187; et &#171; la r&#233;ponse d'isra&#235;l &#187;, il pr&#233;cise, au sujet du 7 octobre et de Gaza : &#171; Nous croyons que parmi tous les points de vue conflictuels qui ont &#233;t&#233; exprim&#233;s, il y en a certains qui ne devraient pas &#234;tre contest&#233;s. Ils sont la base d'une solidarit&#233; bien comprise avec Isra&#235;l et les juifs en Allemagne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; venait cette prise de position, semble-t-il, incontestable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Habermas r&#233;pondait : &#171; L'&#233;thique d&#233;mocratique de la R&#233;publique F&#233;d&#233;rale d'Allemagne, qui est orient&#233;e par l'obligation de respecter la dignit&#233; humaine, est li&#233;e &#224; une culture politique pour laquelle la vie des Juifs et le droit d'Isra&#235;l &#224; l'existence sont des &#233;l&#233;ments centraux qui valent une attention particuli&#232;re &#224; la lumi&#232;re des crimes de la p&#233;riode Nazie &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on peut s'y attendre, Habermas terminait la lettre en taxant d'antis&#233;mitisme toute personne n'acceptant pas ce principe de solidarit&#233; auquel &#171; tout Allemand doit se plier &#187; Faut-il souligner, par ailleurs, que dans la lettre il est uniquement fait allusion &#224; l'inqui&#233;tude suscit&#233;e par la situation des Palestiniens sans parler, ni de leurs souffrances, ni de leurs droits ; doit-on donc comprendre que &#171; l'obligation de respecter la dignit&#233; humaine &#187; ne les concerne pas ? &#192; moins que cette fa&#231;on de parler des Palestiniens soit un effet collat&#233;ral de &#171; l'attention particuli&#232;re &#187; accord&#233;e &#224; Isra&#235;l et aux Juifs en Allemagne et qui emp&#234;cherait la R&#233;publique F&#233;d&#233;rale d'Allemagne de se pencher sur le sort des Palestiniens avec un minimum d'empathie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que signifie donc &#171; Penser avec Habermas &#187; ? Penser avec Habermas, c'est penser &#224; une &#233;thique de la discussion qui abat les cloisons entre morale, droit et politique et qui prot&#232;ge la raison des effets de l'ordre social contraignant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, dans cette lettre, o&#249; est donc la raison argumentative quand on confond, dans le cas de l'Allemagne, la confrontation &#224; un pass&#233; avec une forme d'expiation des crimes nazis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; est aussi la recherche de l'universalit&#233; des normes morales quand on parle de &#171; l'exception allemande &#187; et de &#171; l'attention particuli&#232;re &#187; de principe accord&#233;e &#224; Isra&#235;l et aux Juifs en Allemagne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser avec Habermas, c'est aussi penser &#224; une d&#233;mocratie bas&#233;e sur la communication de tous les concern&#233;s et sur leurs d&#233;lib&#233;rations, leurs &#233;changes, leurs partages. Comment Habermas pouvait-il alors concilier cette id&#233;e avec l'opprobre jet&#233;e &#224; ceux et celles qui ne respectent pas le principe de solidarit&#233; avec Isra&#235;l et les Juifs en Allemagne ? Enfin, comment Habermas et son id&#233;e de la d&#233;mocratie pouvait-il se solidariser avec l'ethnocratie isra&#233;lienne l&#233;galis&#233;e le 19 juillet 2018 qui fait d'Isra&#235;l &#034;l'&#201;tat Nation du peuple juif&#034;, discriminant ainsi les Isra&#233;liens non-juifs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques ann&#233;es, Habermas avait d&#233;clar&#233; au journal isra&#233;lien Haaretz que les Allemands de sa g&#233;n&#233;ration devraient se taire au sujet des crimes d'Isra&#235;l. En lisant la lettre du 13 novembre 2023, on en vient &#224; regretter qu'il n'ait pas maintenu son point de vue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile d'ignorer l'importance des id&#233;es d'Habermas dans le domaine de la philosophie, de la morale, de l'&#233;thique et de la philosophie politique. Il a toujours eu comme intentions et comme objectifs de contribuer &#224; l'&#233;mancipation du citoyen. Son r&#244;le d'intellectuel public l'a souvent amen&#233; &#224; intervenir sur la sc&#232;ne politique l&#224; o&#249; il se passait quelque chose. Lors de certaines de ses interventions, le lien entre ses id&#233;es de philosophie politique et ses prises de positions politiques n'&#233;tait pas &#233;vident, mais restait possible. Avec la lettre du 15 novembre 2023, le lien en question n'est plus possible sinon &#171; contre Habermas &#187; et sa &#171; libert&#233; d'esprit &#187; ne peut servir d'excuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres intellectuels (Camus, Heidegger, Sartre&#8230;) ont eu aussi leurs id&#233;es mises &#224; rude &#233;preuve face &#224; l'Histoire, et lorsqu'on veut porter un jugement sur ces situations, il faut faire attention de ne pas c&#233;der &#224; la tentation &#171; de jeter le b&#233;b&#233; avec l'eau du bain &#187;. Cependant, quand on songe &#224; J.Habermas qui affirmait &#171; Nous sommes ce que nous partageons &#187;, on peut quand m&#234;me se demander : qui est-on quand, dans le conflit isra&#233;lo-palestinien, on ne partage pas la souffrance et le sort des Palestiniens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Leyraud, Montr&#233;al&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Mai 68 : concilier le possible et l'impossible ?</title>
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		<dc:date>2018-04-10T10:36:09Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre Leyraud</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-04-10</dc:subject>

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&lt;p&gt;M&#234;me si le mois de mai Ne vous a gu&#232;re touch&#233; M&#234;me s'il n'y a pas eu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-04-10-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-04-10&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH94/arton34361-50c5e.jpg?1781490743' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;M&#234;me si le mois de mai&lt;br class='autobr' /&gt; Ne vous a gu&#232;re touch&#233; &lt;br class='autobr' /&gt; M&#234;me s'il n'y a pas eu&lt;br class='autobr' /&gt; De manif dans votre rue&lt;br class='autobr' /&gt; M&#234;me si votre voiture&lt;br class='autobr' /&gt; N'a pas &#233;t&#233; incendi&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt; M&#234;me si vous vous en foutez&lt;br class='autobr' /&gt; Chacun de vous est concern&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Paroles du chant&#034; Chacun de vous&lt;br class='autobr' /&gt; est concern&#233;&#034; de D.Grange (1968)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un ami de Maurice Blanchot, Dionys Mascolo, raconte dans une lettre comment serait n&#233; un des plus fameux slogans de Mai 68 : &#034;Soyez r&#233;alistes, demandez l'impossible&#034;. Tous les deux &#233;taient alors membres du &#034;Comit&#233; d'Action &#201;crivains-&#201;tudiants, Censier -Sorbonne&#034; &#224; Paris et, lors d'une rencontre avec des syndicalistes de Renault-Billancourt, un de ceux-ci leur dit : &#034;Il faut &#234;tre r&#233;aliste, il ne faut pas demander l'impossible&#034;. &#192; la r&#233;union du Comit&#233; qui suivit la rencontre, surgit alors, comme une intuition collective : &#034;Il faut nommer le possible, r&#233;pondre &#224; l'impossible&#034;. De l&#224; serait n&#233; le slogan embl&#233;matique de Mai 68. L'anecdote dit-elle la v&#233;rit&#233; ? Peu importe, mais elle met bien en lumi&#232;re les deux exigences, pas facile &#224; concilier, auxquelles le mouvement social va essayer de r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mai 68 fut une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e, longue et tr&#232;s importante - 10 millions de gr&#233;vistes - avec comme objectifs des am&#233;liorations aux conditions de travail et aussi avec des objectifs politiques anti-gaullistes avou&#233;s - &#034;Dix ans &#231;a suffit&#034; -. Mai 68 fut aussi un tr&#232;s grand mouvement contestataire, anti-autoritaire, principalement &#233;tudiant, qui remettait en cause le fonctionnement des institutions et plus g&#233;n&#233;ralement celui de la soci&#233;t&#233;. La premi&#232;re composante du mouvement correspondait &#224; un type d'action bien inscrit dans une tradition syndicale qui ne craignait pas d'afficher ses liens, plus ou moins &#233;troits, avec les partis de gauche. La deuxi&#232;me composante n'avait rien de traditionnelle, car ses r&#233;f&#233;rences &#233;taient Che Guevara, Mao-ts&#233;-toug et les luttes anti-imp&#233;rialistes, mais aussi et surtout &#034;L'homme unidimensionnel&#034;, de H. Marcuse et &#034;La Soci&#233;t&#233; du spectacle&#034; des situationnistes. Avec cette composante, pour la premi&#232;re fois, la jeunesse, travailleurs et &#233;tudiants, faisait irruption sur la sc&#232;ne politique en contestant aussi les r&#232;gles et les objectifs du jeu politique traditionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut alors se douter que la coexistence et la cohabitation de ces deux composantes ne furent pas &#8220;un long fleuve tranquille&#8221;. Pendant toute la dur&#233;e du mouvement, il y eu du soutien, de la solidarit&#233;, de l'entraide entre les contestaires et les gr&#233;vistes, mais il ne faut pas nier qu'il y eut aussi des tensions, parfois fortes, et c'est un secret de polichinelle que de dire que, au del&#224; du rejet du pouvoir personnel incarn&#233; par De Gaulle, il n y a jamais eu de convergences vers une alternative politique commune. De plus, il n'y a jamais eu une quelconque instance de concertation et de coordination pour l'ensemble du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mai 68 fut aussi la lib&#233;ration de la parole, les affiches et slogans tr&#232;s imaginatifs de l'&#233;poque en t&#233;moignent. Au quotidien, cette lib&#233;ration voulait aussi dire, comme le note Maurice Blanchot, que &#034;chacun pouvait parler &#224; l'autre, anonyme, impersonnel, homme parmi les hommes, sans autre justification d'&#234;tre un autre homme&#034;. On se parlait beaucoup et, s'il y avait des lieux de rencontre comme les maisons de la culture, les cin&#233;math&#232;ques, les salles de r&#233;union habituelles, la rue restait le lieu privil&#233;gi&#233; pour parler de tout, du possible et de l'impossible. Dans la journ&#233;e, les contestataires se tenaient dans les universit&#233;s o&#249; ils avaient form&#233; des comit&#233;s d'action et se r&#233;unissaient en assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, souvent anim&#233;es. Dans les usines ou dans les entreprises, en plus des instances syndicales habituelles, les gr&#233;vistes avaient des comit&#233;s de gr&#232;ve ou d'occupation. Selon les endroits et selon les circonstances, les liens entre des comit&#233;s d'action et des comit&#233;s de gr&#232;ves - l'unit&#233; &#224; la base et dans l'action disait-on - &#233;taient plus ou moins fr&#233;quents et solides. Par contre, plus on montait dans la hi&#233;rarchie syndicale ou politique, plus on voyait appara&#238;tre une certaine m&#233;fiance, pour ne pas dire plus, &#224; l'&#233;gard d'un mouvement contestataire qui ne les &#233;pargnait pas eux non plus. En effet, la coh&#233;sion du PCF (Parti Communiste Fran&#231;ais) &#233;tait &#233;branl&#233;e de l'int&#233;rieur par les d&#233;bats autour &#8220;du printemps de Prague&#8221; et la direction de la CGT (principale centrale syndicale) n'avait pas vraiment &#233;t&#233; &#224; l'origine du mouvement de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e et n'&#233;tait pas toujours &#224; l'unisson avec les syndicalistes ni avec les jeunes travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; partir du 13 mai, grand moment de manifestation unitaire contre la r&#233;pression polici&#232;re, et plus encore apr&#232;s le 15 mai, d&#233;but de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e, on peut dire que le mouvement a vraiment pris son essor mais en marchant sur deux pieds qui n'avan&#231;aient pas &#224; la m&#234;me vitesse et qui n'allaient pas toujours dans la m&#234;me direction. Dans ces conditions, la marche ne fut pas harmonieuse. Certes, il y a eu une r&#233;ponse commune, forte, rapide, n&#233;gative, &#224; la petite phrase de De Gaulle - &#034;La r&#233;forme, oui ! La chienlit, non !&#034; - ainsi qu'&#224; son allocution t&#233;l&#233;vis&#233;e du 24 mai. Il y a aussi eu une tentative de rassemblement politique entre une partie des contestataires et la gauche le 27 mai au stade Charl&#233;ty &#224; Paris, mais le PCF &#233;tait absent et la personnalit&#233; politique pressentie pour incarner la volont&#233; de rassemblement, Pierre Mend&#232;s France, ne prit pas la parole. Enfin, entre le 27 mai, jour o&#249; furent pr&#233;sent&#233;es et rejet&#233;es par les gr&#233;vistes les propositions conjointes gouvernement-patronat-directions syndicales pr&#233;par&#233;es &#224; Grenelle, et le 29 mai, jour de la &#034;disparition&#8221; pendant 24 heures de De Gaulle, le mouvement de gr&#232;ve et de contestation aurait pu affirmer son unit&#233; et sa force face &#224; un pouvoir pris de court et affaibli, mais la gauche d&#233;sunie, sans alternative, r&#233;agit uniquement en paroles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 30 mai le pouvoir gaulliste reprend l'initiative de la situation en annon&#231;ant des &#233;lections l&#233;gislatives pour la fin du mois de juin et, le m&#234;me jour &#224; Paris, se d&#233;roule une grande manifestation de soutien &#224; De Gaulle. Le 31 mai, le PCF donne son accord au processus &#233;lectoral enclench&#233;, le m&#234;me jour l'essence revient dans les stations services et le courrier est &#224; nouveau livr&#233;. D&#232;s lors, du c&#244;t&#233; syndical, malgr&#233; des r&#233;sistances parfois tragiques, commencent les reprises du travail, un peu en d&#233;sordre, souvent dans l'amertume. Elles vont s'&#233;chelonner jusqu'&#224; la fin du mois de juin et on ne manquera pas de mettre en garde les gr&#233;vistes r&#233;calcitrants qu'ils pourraient, par leur attitude, g&#226;cher &#034;leur deuxi&#232;me chance&#034; de gagner par les urnes ce qu'ils n'ont pas gagn&#233; par la gr&#232;ve. Du c&#244;t&#233; des contestataires, il y eu des manifestations violentes encore le 11 juin. Cependant la plupart des universit&#233;s &#233;taient r&#233;ouvertes et, comme d'habitude &#224; cette &#233;poque, il n'y avait plus de cours. Pour la majorit&#233; des &#233;tudiants, apr&#232;s le report des examens de juin &#224; septembre, l'heure &#233;tait aux vacances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 23 juin et le 30 juin, un raz de mar&#233;e gaulliste gagne les &#233;lections l&#233;gislatives : le retour &#224; la normale commence et s'ouvre l'apr&#232;s Mai 68 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cinquante ans plus tard, &#224; droite comme &#224; gauche, on semble encore avoir de la difficult&#233; &#224; rendre compte des deux composantes de Mai 68, ce qui est pourtant essentiel &#224; sa compr&#233;hension. On comprend que, pour la droite, il est plus facile de vilipender et de stigmatiser &#034;une r&#233;volution des moeurs&#034;, synonyme pour elle, de laxisme et de contestation, que de rappeler &#224; la m&#233;moire une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale qui a &#233;branl&#233; le pouvoir gaulliste dont elle est l'h&#233;riti&#232;re. On comprend moins bien qu'&#224; gauche, on s'en tienne encore &#224; retenir de cette p&#233;riode principalement la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, souvent embellie, minimisant le mouvement de contestation et allant jusqu'&#224; nier toute &#034;r&#233;volution des moeurs&#034;. Certes, il y avait de l'individualisme et du narcissisme dans le mouvement de contestation et certains vont m&#234;me jusqu'&#224; pr&#233;tendre qu'il aurait insuffl&#233; un &#8220;nouvel esprit au capitalisme&#8221;. Mais il ne faut pas oublier qu'il a aussi favoris&#233; l'essor du MLF (Mouvement de Lib&#233;ration des Femmes) et, qu'en remettant en question et en interrogeant la l&#233;gitimit&#233; de l'ordre &#233;tabli et de ses institutions, il a mis en lumi&#232;re le caract&#232;re social de ce qu'on avait trop tendance &#224; consid&#233;rer comme naturel. Rien que pour cela, et surtout dans la p&#233;riode actuelle o&#249; certains rep&#232;res fondamentaux semblent ignor&#233;s, la gauche, en France mais aussi au Qu&#233;bec, aurait tout int&#233;r&#234;t &#224; se r&#233;approprier la &#034;r&#233;volution des id&#233;es&#034; que fut aussi Mai 68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pierre Leyraud-Montr&#233;al&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Comment comm&#233;morer Mai 68 ?</title>
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&lt;p&gt;D&#233;j&#224; en d&#233;cembre 1968, Maurice Blanchot, qui avait pleinement et activement particip&#233; &#224; Mai 68, nous mettait en garde dans ses &#201;crits politiques 1953-1993 contre les dangers qui guettaient l'avenir ou l'image du Mouvement, comme il l'appelait. D'abord &#034;la tentation de r&#233;p&#233;ter Mai (sic), comme si Mai n'avait pas eu lieu ou comme s'il avait &#233;chou&#233; et afin qu'un jour il aboutisse.&#034; ; ensuite &#034;la tentation de continuer Mai, sans apercevoir que toute la force d'originalit&#233; de cette r&#233;volution, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH101/arton34048-31d92.jpg?1781490743' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D&#233;j&#224; en d&#233;cembre 1968, Maurice Blanchot, qui avait pleinement et activement particip&#233; &#224; Mai 68, nous mettait en garde dans ses &#201;crits politiques 1953-1993 contre les dangers qui guettaient l'avenir ou l'image du Mouvement, comme il l'appelait. D'abord &#034;la tentation de r&#233;p&#233;ter Mai (sic), comme si Mai n'avait pas eu lieu ou comme s'il avait &#233;chou&#233; et afin qu'un jour il aboutisse.&#034; ; ensuite &#034;la tentation de continuer Mai, sans apercevoir que toute la force d'originalit&#233; de cette r&#233;volution, c'est de ne fournir aucun pr&#233;c&#233;dent, aucune assise et pas m&#234;me celle de sa propre r&#233;ussite.&#034; ; enfin, &#034;le pire (mais non le plus dangereux mais fatigant seulement) c'est qu'il est en train de se constituer, &#224; partir de la destruction du traditionnel, une nouvelle tradition qu'on respecte et m&#234;me sacralise.&#034; Les deux premiers dangers n'&#233;tant, de toute &#233;vidence, plus ou pas &#224; l'ordre du jour, le risque de c&#233;der au troisi&#232;me augmente d'autant, sans compter sur le fait qu'une comm&#233;moration est toujours une bonne fa&#231;on d'instaurer ou de renforcer une tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'avais 22 ans en Mai 68, et j'ai pleinement et activement particip&#233; aux &#233;v&#232;nements de cette p&#233;riode, qui pour moi, et comme pour beaucoup d'autres, fut, sans h&#233;sitation, &#8220;un beau moment&#8221; qui n'a pas besoin d'&#234;tre comm&#233;mor&#233; pour &#234;tre pr&#233;sent. Je ne pense pas, pour autant, &#234;tre devenu un &#8220;ancien combattant de mai 68&#8221; et si j'ai une certaine nostalgie de cette p&#233;riode c'est peut-&#234;tre surtout, tout simplement, parce qu'en 1968 j'avais 50 ans de moins ! Depuis 1976 je vis &#224; Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Alors, faut-il comm&#233;morer Mai 68 ? Bien entendu, pour ceux et celles pour qui cette p&#233;riode est synonyme de &#8220;chienlit&#8221;, de laxisme et de contestation improductive, il faut plut&#244;t le d&#233;noncer plut&#244;t que le comm&#233;morer. Et d'ailleurs ils ou elles ne se privent pas de le faire en toute occasion. Pour les autres, la r&#233;ponse est &#224; chercher dans ce que repr&#233;sente encore, pour eux, ces &#233;v&#232;nements : une page d'histoire qu'il faut c&#233;l&#233;brer mais aussi tourner ou quelques id&#233;es encore vivantes &#224; transmettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour moi, Mai 68 fut un grand moment et un grand mouvement de contestation du pouvoir, du savoir, de l'avoir. La radicalit&#233; et la nouveaut&#233; de ce mouvement n'ont pas &#233;t&#233; de contester la nature et le fonctionnement de ces trois espaces sociaux, mais c'est de les avoir contest&#233;s en m&#234;me temps et d'avoir aussi simultan&#233;ment contest&#233; leurs l&#233;gitimit&#233;s. On ne remettait pas seulement en cause l'ordre &#233;tabli dans et par les institutions politiques, universitaires, &#233;conomiques, familiales, patriarcales.... ou l'autorit&#233; des directions syndicales ou politiques, mais on posait aussi, souvent bruyamment, des questions qu'on ne pose habituellement pas : d'o&#249; vient la l&#233;gitimit&#233; de l'ordre &#233;tabli ? Et comment se fait-il qu'on ne pose pas plus souvent cette question pourtant fondamentale ? En reprenant Pierre Bourdieu, dans Raisons Pratiques, on peut dire que le mouvement de mai 68 a mis au grand jour et de mani&#232;re &#233;clatante que &#034;ce qui fait probl&#232;me, c'est que, pour l'essentiel, l'ordre &#233;tabli ne fait pas probl&#232;me : que, en dehors des situations de crise, la question de la l&#233;gitimit&#233; de l'&#201;tat, et de l'ordre qu'il institue, ne se pose pas.&#034; En Mai 68, on a aussi lib&#233;r&#233; la parole, la question impossible &#224; poser &#233;tait devenue LA question qu'il &#233;tait normal de poser : &#034;Soyons r&#233;alistes, demandons l'impossible !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#232;s lors, comment peut-on comm&#233;morer cet &#233;v&#233;nement, c'est-&#224;- dire, qu'on le veuille ou non, l'ancrer chaque fois un peu plus dans le souvenir et la tradition, et, en m&#234;me temps, entretenir l'actualisation vitale et indispensable de son sens et de sa radicale originalit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour ma part, c'est la vie quotidienne qui me donne la r&#233;ponse &#224; ce dilemme en m'incitant &#224; une sorte de &#034;comm&#233;moration r&#233;guli&#232;re&#034;, car, &#224; l'instar du m&#234;me Pierre Bourdieu dans De la domination masculine, je suis chaque jour toujours surpris, souvent indign&#233;, &#8220;...que l'ordre &#233;tabli, avec ses rapports de domination, ses droits et ses passe-droits, ses privil&#232;ges et ses injustices, se perp&#233;tue aussi facilement, mis &#224; part quelques accidents historiques, et que les conditions d'existence les plus intol&#233;rables puissent si souvent appara&#238;tre comme acceptables et m&#234;me naturelles.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Toujours enrag&#233; ? N'y a-t-il pas encore suffisamment de raisons de l'&#234;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Leyraud-Montr&#233;al&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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