<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.pressegauche.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
	<link>https://www.pressegauche.org/</link>
	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.pressegauche.org/spip.php?id_auteur=9526&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
		<url>https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L144xH36/ptag-logo-1200x300px-02d59.png?1781022263</url>
		<link>https://www.pressegauche.org/</link>
		<height>36</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Le socialisme am&#233;ricain face &#224; la question raciale : entretien avec Paul Heideman</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-socialisme-americain-face-a-la-question-raciale-entretien-avec-Paul-Heideman</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Le-socialisme-americain-face-a-la-question-raciale-entretien-avec-Paul-Heideman</guid>
		<dc:date>2018-06-19T08:05:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Heideman</dc:creator>


		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-06-19</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Paul Heideman est doctorant en sociologie &#224; l'universit&#233; de New-York et un contributeur r&#233;gulier de Jacobin et de l'International Socialist Review. Docteur en &#233;tudes am&#233;ricaines de l'universit&#233; Rutgers-Newark, il a beaucoup &#233;crit sur la race et l'histoire de la gauche am&#233;ricaine. Il vient notamment de publier Class Struggle and the Color Line (Haymarket Books, 2018). En juin 2014, il a donn&#233; une conf&#233;rence sur ces questions, organis&#233;e par la revue P&#233;riode, &#224; l'EHESS, que l'on peut &#233;couter (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Livres-et-periodiques-" rel="directory"&gt;Livres et p&#233;riodiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres et revues&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Etats-Unis-231-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-06-19-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-06-19&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L100xH150/arton35238-fca73.jpg?1781519152' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Paul Heideman est doctorant en sociologie &#224; l'universit&#233; de New-York et un contributeur r&#233;gulier de Jacobin et de l'International Socialist Review. Docteur en &#233;tudes am&#233;ricaines de l'universit&#233; Rutgers-Newark, il a beaucoup &#233;crit sur la race et l'histoire de la gauche am&#233;ricaine. Il vient notamment de publier Class Struggle and the Color Line (Haymarket Books, 2018). En juin 2014, il a donn&#233; une conf&#233;rence sur ces questions, organis&#233;e par la revue P&#233;riode, &#224; l'EHESS, que l'&lt;a href=&#034;http://revueperiode.net/audio-black-communism-rencontre-debat-avec-paul-heideman/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;on peut &#233;couter ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de la &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/socialisme-americain-question-raciale/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le livre que tu as coordonn&#233;, Class Struggle and the Color Line, il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de se concentrer sur une p&#233;riode comprise entre 1900 et 1930. Pourquoi avoir fait le choix d'analyser cette p&#233;riode en particulier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs raisons pour lesquelles je pense que cette p&#233;riode est tr&#232;s importante. Premi&#232;rement, il s'agit de la p&#233;riode pendant laquelle le socialisme aux &#201;tats-Unis est pass&#233; d'un mouvement marginal, isol&#233; aux p&#233;riph&#233;ries de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine, &#224; un mouvement de masse gagnant la confiance de centaines de milliers d'ouvriers. Cette p&#233;riode repr&#233;sente ainsi le premier moment o&#249; ce que les socialistes am&#233;ricains pensaient de la race pouvait avoir de r&#233;elles cons&#233;quences pour la lutte des classes. Elle repr&#233;sente &#233;galement le d&#233;but de la continuit&#233; organisationnelle de la gauche am&#233;ricaine. Des figures telles que Jay Lovestone et James P. Cannon allaient passer du Parti Socialiste au Parti Communiste puis &#224; des groupes d'opposition communistes, emmenant avec eux des id&#233;es et exp&#233;riences de chaque organisation. L'histoire du socialisme am&#233;ricain d'une grande partie du 20e si&#232;cle a &#233;t&#233; substantiellement fa&#231;onn&#233;e par les personnes pour qui ces ann&#233;es ont &#233;t&#233; celles de leur formation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, c'est la p&#233;riode de l'histoire socialiste am&#233;ricaine qui est souvent rel&#233;gu&#233;e &#224; la pr&#233;histoire du socialisme et de la race. Pendant longtemps, on a tenu pour acquis que les socialistes am&#233;ricains n'ont pas apport&#233; de contributions de valeur &#224; la pens&#233;e sur la race avant 1930. Il existe certains livres classiques sur le communisme am&#233;ricain et la lib&#233;ration noire pendant la Grande D&#233;pression &#8212; Communists in Harlem During the Depression de Mark Naison et Hammer and Hoe de Robin Kelley &#8212; mais, comparativement, beaucoup moins d'attention a &#233;t&#233; pr&#234;t&#233;e aux d&#233;cennies pr&#233;c&#233;dentes. Au lieu de cela, le Parti Socialiste en particulier est souvent rejet&#233;, accus&#233; d'ignorer la race dans son ensemble ou d'avoir une approche colorblind, ce qui revenait au m&#234;me. Je voulais montrer que l'exp&#233;rience du socialisme am&#233;ricain &#233;tait bien plus riche que cela, et que l'organisation brillante rapport&#233;e dans des livres comme ceux de Naison et Kelley plonge ses racines dans des dizaines d'ann&#233;es de d&#233;bats men&#233;s par les socialistes am&#233;ricains sur la mani&#232;re d'appr&#233;hender la question raciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'une des phrases les plus connues lorsque l'on traite du socialisme &#233;tasunien et de la question de la race est probablement celle du grand dirigeant socialiste Eugene V. Debs, &#171; Nous n'avons rien de sp&#233;cifique &#224; offrir aux noirs &#187;, publi&#233;e en 1913 dans l'International Socialist Review. Toutefois, tu &#233;cris que la perception qu'avait Debs de cette question est plus complexe qu'il n'y para&#238;t. Pourrais-tu expliquer pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La citation de Debs est souvent utilis&#233;e pour repr&#233;senter l'ensemble de la pens&#233;e du socialisme am&#233;ricain sur la race. Comme le montrent les documents de Debs, cette phrase n'est m&#234;me pas une tr&#232;s bonne repr&#233;sentation de sa pens&#233;e sur la question. Debs &#233;tait un militant qui s'opposait au racisme. Il d&#233;crivait le socialisme comme &#171; le grand mouvement de destruction de l'esclavage &#187; (&#224; une &#233;poque o&#249; l'esclavage &#233;tait encore bien ancr&#233; dans la m&#233;moire de millions de personnes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, il s'opposait sans rel&#226;che aux tentatives, qui avaient cours au sein du PS, d'adaptation du parti au racisme am&#233;ricain. Lorsqu'un socialiste s'est montr&#233; en d&#233;saccord avec son antiracisme dans une lettre &#224; l'International Socialist Review, Debs a r&#233;pondu d&#233;daigneusement en d&#233;clarant qu'un parti adh&#233;rant &#224; la ligne de couleur &#171; renon&#231;ait &#224; sa propre vie, et serait bient&#244;t m&#233;pris&#233; et d&#233;sert&#233; comme une chose impropre, ne laissant qu'un relent aux narines des gens honn&#234;tes. &#187; Dans les d&#233;bats sur l'immigration, alors que de larges pans du parti &#233;taient en faveur de la restriction de l'immigration depuis la Chine, Debs attaquait les soutiens de cette restriction comme des tra&#238;tres &#224; l'h&#233;ritage historique du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que Debs n'a pas suffisamment lutt&#233; en faveur de cette position (ou pour n'importe laquelle de ses positions !) au sein du parti. Mais il s'agit l&#224; d'une autre question. La richesse de sa propre pens&#233;e sur la question raciale ne peut &#234;tre r&#233;duite &#224; cette citation. La richesse et la diversit&#233; du d&#233;bat au sein du PS ne peut clairement pas se r&#233;sumer &#224; celle-ci. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton livre est structur&#233; en cinq parties : le parti socialiste, l'IWW, le Messenger, le Crusader et le Parti Communiste. Pourquoi avoir choisi d'inclure des journaux, comme le Messenger ou le Crusader ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, les &#233;crits de ces journaux ne sont pas aussi connus qu'ils le devraient. Bien qu'aucun de ces deux journaux ne soit vraiment obscur, chacun est g&#233;n&#233;ralement trait&#233; comme une simple composante, respectivement du Parti Socialiste et du Parti Communiste. Je voulais donner une id&#233;e de l'originalit&#233; des &#233;crits publi&#233;s dans ces journaux, et du fait qu'aucun des deux ne peut &#234;tre r&#233;duit au contexte organisationnel dans lequel ils &#233;taient produits. Ces journaux &#233;taient &#233;galement les deux projets intellectuels les plus soutenus du marxisme noir am&#233;ricain de cette p&#233;riode. Ils ont b&#226;ti les fondations, chacun &#224; leur mani&#232;re, de ce que de futurs marxistes noirs tels que George Padmore et CLR James allaient d&#233;velopper par la suite au sein d'&#339;uvres plus cons&#233;quentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Messenger &#233;tait &#233;dit&#233; par deux jeunes membres du Parti Socialiste A. Philip Randolph et Chandler Owen, qui avaient migr&#233; du sud et qui se sont vite b&#226;tis, gr&#226;ce &#224; leur journal, une r&#233;putation de pugnacit&#233; et de radicalisme. Ils soutenaient l'IWW, critiquaient le racisme et le conservatisme de l'AFL, soutenaient l'autod&#233;fense arm&#233;e contre la violence des supr&#233;macistes blancs et soutenaient les bolch&#233;viques en Russie. Ce type de formation politique au sein du PS se trouvant totalement effac&#233;e par la citation de Debs sur le &#171; rien &#224; offrir &#187;, je souhaitais donc une section cons&#233;quente sur le Messenger afin de restaurer cet h&#233;ritage radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Crusader &#233;tait publi&#233; par Cyril Briggs, un immigr&#233; carib&#233;en qui avait commenc&#233; comme nationaliste noir avant de rapidement devenir &#233;galement un radical de la lutte des classes. Briggs &#233;tait int&#233;ressant pour toutes les mani&#232;res novatrices dont il combinait le radicalisme noir et le socialisme. Il soutenait, par exemple, l'&#233;migration noire vers l'Afrique, mais affirmait que le but de celle-ci &#233;tait de faire tomber le colonialisme et de b&#226;tir le socialisme en Afrique. Il s'agissait l&#224; d'une vision tr&#232;s diff&#233;rente de celle de personnalit&#233;s telles que Marcus Garvey, qui soutenait &#233;galement l'&#233;migration, mais pensait que les noirs am&#233;ricains devaient aller en Afrique pour civiliser les Africains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le texte d'introduction des &#233;ditoriaux du Messenger, tu &#233;cris que &#171; bien que certains chercheurs aient marqu&#233; le Messenger du sceau du radicalisme de &#8216;'la classe d'abord'', &#224; cause de l'all&#233;geance au Parti Socialiste et de son opposition au nationalisme noir, une telle description fausse dramatiquement le contenu politique de la revue &#187;. Pourrais-tu revenir sur la perception qu'avait ce journal du racisme, mais &#233;galement sur l'importance que la R&#233;volution russe d'octobre 1917 avait pour le Messenger ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Messenger faisait de la propagande en faveur de l'autod&#233;fense arm&#233;e contre le lynchage. Il appelait &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans le sud contre le lynchage. Il s'attaquait au racisme au sein du mouvement ouvrier. D&#233;crire tout ceci comme un radicalisme de &#171; la classe avant tout &#187; est un abus de langage, mais c'est pourtant une description encore trop courante dans l'historiographie. Il est vrai que la th&#233;orisation explicite du journal sur la race r&#233;duisait souvent les choses &#224; la classe, mais cela ne faisait que prouver qu'il n'y avait pas de simple concordance entre la th&#233;orie et la pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains des &#233;crits les plus int&#233;ressants du Messenger concernent la R&#233;volution russe, que la revue soutenait sans r&#233;serve et suivait attentivement. Pour le Messenger, la R&#233;volution russe &#233;tait un exemple qui devait inspirer les noirs am&#233;ricains. Voyant le sort des Juifs russes, une oppression &#224; laquelle les noirs am&#233;ricains s'identifiaient, les contributeurs du Messenger en concluaient que si les Juifs avaient pu passer des pogroms &#224; des si&#232;ges importants au gouvernement (tenus par des bolch&#233;viques tels que L&#233;on Trotsky), alors une r&#233;volution socialiste aux &#201;tats-Unis pouvait faire de m&#234;me pour le peuple noir ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans quelle mesure l'influence des Carib&#233;ens noirs a-t-elle jou&#233; un r&#244;le dans la lutte contre le racisme au sein de la gauche &#233;tasunienne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les immigr&#233;s carib&#233;ens ont fourni nombre des cadres noirs durant cette p&#233;riode de l'histoire socialiste. Winston James, dans son excellent livre Holding Aloft the Banner of Ethiopia, d&#233;veloppe magnifiquement bien la fa&#231;on dont cela s'est produit. Une partie importante de ce processus r&#233;sidait dans les syst&#232;mes raciaux, qui &#233;taient souvent plus l&#226;ches dans la Cara&#239;be, avec des gradations entre &#171; noir &#187; et &#171; blanc &#187;. Cependant, aux &#201;tats-Unis, la &#171; r&#232;gle de la goutte de sang &#187; d&#233;terminait la race : vous &#233;tiez soit noir ou blanc, en haut ou en bas. Ainsi, de nombreux carib&#233;ens noirs ont fait l'exp&#233;rience d'une sorte de &#171; r&#233;trogradation raciale &#187; en arrivant aux &#201;tats-Unis, faisant l'exp&#233;rience du syst&#232;me racial &#233;tasunien sans avoir &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;s socialement &#224; accepter que celui-ci soit insurmontable. De la m&#234;me mani&#232;re, ils n'avaient pas pass&#233; leurs vies enti&#232;res &#224; apprendre ce que Richard Wright allait, plus tard, appeler &#171; l'&#233;thique de vie de Jim Crow &#187;. Ils s'opposaient donc au syst&#232;me avec ce que les noirs n&#233;s aux &#201;tats-Unis percevaient comme une franchise suicidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;dominance d'immigr&#233;s carib&#233;ens au sein de la gauche noire durant cette p&#233;riode &#233;tait tellement connue qu'un officiel de la NAACP a fait une blague selon laquelle &#171; un radical noir est un Antillais sur&#233;duqu&#233; sans travail &#187;. C'&#233;tait, bien &#233;videmment, exag&#233;r&#233;, mais les exemples d'Hubert Harrison, Cyril Briggs, W.A. Domingo et Claude McKay montrent que cette formule reposait tout de m&#234;me sur quelque chose de r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les documents sur l'IWW, publi&#233;s dans le livre, y compris dans le texte de Ben Fletcher &#171; The Negro and Organized Labor &#187;, l'opposition &#224; l'American Federation of Labor (AFL) semble &#234;tre un point important. Pourrais-tu revenir sur les diff&#233;rences entre l'IWW et l'AFL sur la question du racisme ? Pourrais-tu &#233;galement d&#233;velopper les diff&#233;rences entre la propagande de l'IWW contre le racisme et sa pratique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'AFL, n&#233;e &#224; la fin du 19e si&#232;cle, &#233;tait la principale organisation pour les ouvriers am&#233;ricains durant toute la p&#233;riode couverte par le livre. En comparaison &#224; des mouvements syndicaux dans une grande partie de l'Europe, l'AFL &#233;tait assez conservatrice. Sa vision du syndicalisme se basait sur l'organisation collective des ouvriers qualifi&#233;s afin de conserver leurs faibles qualifications, et ainsi garder le prix de ces qualifications &#233;lev&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a jamais eu r&#233;ellement d'int&#233;r&#234;t pour l'organisation de la vaste masse d'ouvriers non-qualifi&#233;s. Cette attitude co&#239;ncidait, bien s&#251;r, assez facilement avec le racisme de nombreux travailleurs blancs am&#233;ricains, qui voyaient les noirs comme des concurrents particuli&#232;rement dangereux sur le march&#233; du travail. En r&#233;sultait un mouvement syndical d'o&#249; l'exclusion des travailleurs noirs &#233;tait assez commune, et o&#249; la s&#233;gr&#233;gation entre habitants &#233;tait, bien souvent, le meilleur sc&#233;nario possible. Bien s&#251;r, sur le long terme, cela a tout simplement engendr&#233; le fait que de nombreux Am&#233;ricains noirs ont grandi en d&#233;testant les syndicats et &#233;taient tout &#224; fait satisfaits de faire le travail de briseurs de gr&#232;ve, comme cela est arriv&#233; durant la grande gr&#232;ve de la m&#233;tallurgie en 1919.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, l'IWW &#233;tait apparu en tant que syndicat radical, fond&#233; en 1905 par des syndicalistes qui n'&#233;taient pas satisfaits de l'AFL. D&#232;s le d&#233;but, l'IWW s'est engag&#233; pour l'&#233;galitarisme racial au sein du mouvement ouvrier. Il a, par exemple, organis&#233; les charpentiers noirs et blancs ensemble dans le sud, malgr&#233; la violence supr&#233;maciste blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, ce qui est r&#233;ellement fascinant concernant l'IWW durant ces ann&#233;es-l&#224; est que si vous vous contentez de lire leur propagande, vous pouvez penser qu'ils &#233;taient tr&#232;s mauvais sur la race, en ce qu'ils suivaient une ligne r&#233;ductionniste de classe assez simpliste. Ils affirmaient que les noirs am&#233;ricains n'avaient des probl&#232;mes que parce qu'ils &#233;taient pauvres, non pas parce qu'ils &#233;taient noirs ; que la guerre de S&#233;cession n'&#233;tait qu'une lutte entre diff&#233;rentes parties de la classe dirigeante, que les ouvriers n'y avaient aucun int&#233;r&#234;t, etc. C'est un chapitre int&#233;ressant de l'histoire, car il montre que l'on ne peut pas simplement r&#233;duire les actions d'un groupe &#224; ses &#233;crits. C'est plus complexe que cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La derni&#232;re partie de ton livre porte sur le Parti Communiste (CPUSA). Comment as-tu choisi les auteurs que tu as inclus dans cette partie ? Pourrais-tu revenir sur la th&#232;se de la &#171; ceinture noire &#187; (Black Belt) ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le CPUSA et la race, il existe un r&#233;cit standard dans la litt&#233;rature. Celle-ci dit que, durant la majeure partie de ses premi&#232;res ann&#233;es, le parti ne pr&#234;tait pas r&#233;ellement attention &#224; la question raciale. Puis, en 1928, la th&#232;se de la Black Belt est venue du Comintern. Il s'agissait d'une r&#233;solution affirmant que les comt&#233;s &#224; majorit&#233; noire du sud des &#201;tats-Unis constituaient une nation opprim&#233;e, dont le PC supporterait la lutte pour l'autod&#233;termination. Cela aurait pouss&#233; le parti &#224; finalement prendre en compte la race, et &#224; poser les bases de leur organisation tr&#232;s impressionnante de l'antiracisme durant les ann&#233;es 1930 et 1940.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que j'essaye de montrer dans la section sur le PC dans le livre, c'est que cette histoire est, pour l'essentiel, inexacte. Premi&#232;rement, le PC a h&#233;rit&#233; davantage qu'un r&#233;ductionnisme colorblind du PS. Comme le montre le livre, des membres de l'aile gauche du PS, comme Louis Fraina, publiaient des textes tr&#232;s tranchants sur l'oppression raciale au milieu des ann&#233;es 1910. Ceux-ci allaient fa&#231;onner la vision du PC sur cette question. Secondo, le vrai tournant du Comintern a eu lieu en 1922, avec le quatri&#232;me congr&#232;s et ses th&#232;ses sur la question noire. Ces th&#232;ses, inspir&#233;es en partie par les interventions de Claude McKay au congr&#232;s, sont ce qui a r&#233;ellement pouss&#233; le parti am&#233;ricain &#224; pr&#234;ter une attention s&#233;rieuse &#224; la race aux &#201;tats-Unis. Le r&#233;sultat a &#233;t&#233; imm&#233;diat. Si vous lisez la litt&#233;rature du PC apr&#232;s 1922, vous pouvez trouver des textes tr&#232;s d&#233;taill&#233;s sur l'histoire et la politique noire. Il y a un texte de Robert Minor dans le livre qui analyse l'histoire des r&#233;voltes d'esclaves aux &#201;tats-Unis, et qui affirme que les Am&#233;ricains noirs n'ont pas uniquement &#233;t&#233; les victimes du racisme, mais qu'ils ont toujours lutt&#233; contre celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que l'organisation communiste durant ces ann&#233;es-l&#224; &#233;tait en retard par rapport &#224; ces innovations th&#233;oriques, mais le PC a &#233;chou&#233;, &#224; nouveau, dans presque toutes ses tentatives d'organisation au milieu des ann&#233;es 1920. Pendant cette p&#233;riode toutefois, des cadres noirs affirmaient que le parti devait allouer davantage de ressources &#224; l'organisation des ouvriers noirs. Nombre des m&#234;mes cadres d&#233;fendant cette position, comme James Ford par exemple, s'&#233;taient, dans un premier temps, oppos&#233;s &#224; la th&#232;se de la Black Belt en 1928. Toutefois, comme il est rapidement apparu qu'aucune dissidence ne serait tol&#233;r&#233;e dans le PC totalement stalinis&#233;, ils sont rentr&#233;s dans les rangs. Mais je pense que c'est distordre l'histoire que d'attribuer le succ&#232;s du PC dans l'organisation contre le racisme durant les ann&#233;es 1930 &#224; la th&#232;se de la Black Belt, plut&#244;t qu'aux communistes noirs qui plaidaient depuis des ann&#233;es pour que le parti s'am&#233;liore sur cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bien que le contexte soit extr&#234;mement diff&#233;rent de celui auquel tu t'int&#233;resses dans ce livre, penses-tu que les socialistes d'aujourd'hui puissent tirer des le&#231;ons de tous les d&#233;bats sur le racisme du d&#233;but du XXe si&#232;cle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, absolument. Les diff&#233;rences de contexte sont, &#224; l'&#233;vidence, immenses. Aux &#201;tats-Unis, l'une des plus importantes diff&#233;rences est qu'il n'est plus controvers&#233; de d&#233;fendre l'id&#233;e que l'antiracisme doit &#234;tre au centre du radicalisme am&#233;ricain. Cela est en partie d&#251; aux batailles men&#233;es par les communistes et les socialistes contre le racisme et en partie gr&#226;ce au mouvement pour les droits civiques qui a d&#233;fini une moralit&#233; publique sur la race, il n'est pas controvers&#233; &#224; gauche de dire que a) le racisme est un probl&#232;me important aux &#201;tats-Unis et b) lutter contre celui-ci devrait-&#234;tre une pr&#233;occupation principale de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, de jeunes blancs qui se radicalisent le deviennent principalement en raison du racisme d&#233;brid&#233; dans le pays. Le contexte &#224; gauche est donc enti&#232;rement diff&#233;rent. Bien qu'il y ait certaines formations, &#224; gauche, qui aient une perspective &#233;conomique r&#233;ductionniste, l'effet principal de celle-ci va &#234;tre de s'isoler des couches radicalis&#233;es plut&#244;t que de r&#233;ellement gagner un large consensus autour de cette perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien &#233;videmment, la structure du racisme am&#233;ricain a &#233;galement &#233;norm&#233;ment chang&#233;. Aujourd'hui, le racisme ne se maintient plus par les lois Jim Crow qui ciblaient sp&#233;cifiquement les Am&#233;ricains noirs. Il se reproduit plut&#244;t via les institutions comme le march&#233; du travail, du logement et, bien s&#251;r, le syst&#232;me carc&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour revenir au livre, ce que le PS et le PC ont le mieux compris est que, afin de vraiment lutter contre le racisme aux &#201;tats-Unis, il faut &#233;galement s'attaquer au capitalisme am&#233;ricain, car c'est ce qui, en fin de compte, se cache derri&#232;re le racisme. C'est encore plus vrai aujourd'hui. Alors que la col&#232;re contre le racisme est assez largement r&#233;pandue aux &#201;tats-Unis, on admet beaucoup moins le fait que s'attaquer au racisme n&#233;cessite de s'attaque aux structures premi&#232;res du pouvoir dans la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine &#8211; les employeurs, les banques, l'industrie immobili&#232;re, etc. S'emparer de ces structures de pouvoir et les amener &#224; un certain degr&#233; de contr&#244;le d&#233;mocratique est, bien &#233;videmment, la t&#226;che du mouvement socialiste. Ainsi, les r&#233;flexions les plus int&#233;ressantes produites par le PS et le PC il y a un si&#232;cle sont encore d'une grande pertinence aujourd'hui. Tout le probl&#232;me consiste &#224; appliquer ces r&#233;flexions aux configurations sp&#233;cifiques du pouvoir et de la domination auxquelles on a affaire aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien r&#233;alis&#233; par Selim Nadi. Traduit de l'anglais par Sophie Coudray et Selim Nadi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
