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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Turquie : N&#251;dem Durak, une voix sous les verrous</title>
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		<dc:date>2021-03-02T08:02:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joseph Andras, Kaoutar Harchi</dc:creator>


		<dc:subject>Turquie</dc:subject>
		<dc:subject>Arts culture et soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-03-02</dc:subject>

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&lt;p&gt;Alors que la mobilisation &#233;tudiante s'intensifie face au pouvoir d'Erdogan, alors que plus de 700 arrestations ont eu lieu dans les milieux pro-kurdes, les &#233;crivains Joseph Andras et Kaoutar Harchi nous parlent de N&#251;dem Durak, en prison depuis six ans pour avoir... chant&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de regards.fr &lt;br class='autobr' /&gt;
AU PIED DU MUR. &#171; La neige tombe sur nos montagnes / Nos montagnes deviennent blanches. &#187; La voix qui prononce ces paroles est douce et confiante. Elle oscille entre quelques notes graves et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Turquie-+" rel="tag"&gt;Turquie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Arts-culture-et-societe-+" rel="tag"&gt;Arts culture et soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-03-02-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-03-02&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH105/arton47054-87e6d.jpg?1781862008' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='105' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que la mobilisation &#233;tudiante s'intensifie face au pouvoir d'Erdogan, alors que plus de 700 arrestations ont eu lieu dans les milieux pro-kurdes, les &#233;crivains Joseph Andras et Kaoutar Harchi nous parlent de N&#251;dem Durak, en prison depuis six ans pour avoir... chant&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;http://www.regards.fr/monde/article/turquie-nudem-durak-une-voix-sous-les-verrous&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;regards.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AU PIED DU MUR. &#171; La neige tombe sur nos montagnes / Nos montagnes deviennent blanches. &#187; La voix qui prononce ces paroles est douce et confiante. Elle oscille entre quelques notes graves et d'autres plus aigu&#235;s. La voix s'arr&#234;te sur une syllabe, se pr&#233;cipite sur la suivante, certaine de chaque mouvement d'inflexion, de chaque effort de retenue. De l'amplitude du souffle na&#238;t la m&#233;lodie : par l'entrem&#234;lement de sonorit&#233;s libres qui, jusqu'&#224; nous, se fraient un chemin. Et nous voil&#224; atteints.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pas de chant sans N&#251;dem qui chante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#251;dem Durak, souvenons-nous d'elle, fr&#234;le et longiligne, qui d&#233;ambulait dans les rues de son village, au Sud-Est de la Turquie. Sa m&#232;re, son p&#232;re, &#233;taient l&#224;, appuy&#233;s contre le chambranle de la porte de la modeste maison familiale. Ils voyaient N&#251;dem venir vers eux et leur c&#339;ur, &#224; n'en pas douter, s'emballait : leur fille, bient&#244;t, les saluerait, les embrasserait avant de les serrer, tous deux, contre elle. Puis elle franchirait le seuil de la maison, s'installerait au centre de la pi&#232;ce commune, &#224; m&#234;me le sol, et, se saisissant de sa guitare, m&#234;lerait la musique au plaisir d'&#234;tre ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une simple guitare de bois clair que N&#251;dem a longtemps cru ne jamais pouvoir s'offrir. Que c'est cher une guitare, n'est-ce pas ? C'&#233;tait sans compter sa m&#232;re qui, voyant cro&#238;tre chez sa fille les appels insistants de la cr&#233;ation, a vendu, un matin, sa propre alliance. Alors, son instrument sous le bras, N&#251;dem n'a plus fait que chanter. N&#251;dem est mont&#233;e sur sc&#232;ne. N&#251;dem a fond&#233; son groupe de musique, Koma Sorxwin. N&#251;dem a transmis &#224; de jeunes &#233;l&#232;ves d'un centre culturel la musique traditionnelle de son peuple. N&#251;dem a entam&#233; la pr&#233;paration d'un album.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour d'elle, de jeunes femmes et de jeunes hommes se sont r&#233;unis pour chanter d'une m&#234;me voix la beaut&#233; des montagnes blanchies par l'hiver. Chanter la terre, ses m&#233;moires ancestrales et meurtries par l'Histoire. Chanter le sang vers&#233; de tous ceux, de toutes celles qui ont esp&#233;r&#233; que ces montagnes, que cette terre, que les Kurdes, un jour soient lib&#233;r&#233;s du joug des gouvernements turcs successifs.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Enferm&#233;e depuis six ans, N&#251;dem, pour avoir chant&#233; et soutenu, sans arme sinon sa seule voix, la r&#233;sistance, la lutte, l'&#233;galit&#233; entre les sexes et la justice sociale. C'est-&#224;-dire, dans les mots du pouvoir, le &#171; terrorisme &#187;. Car c'est bien &#224; cela qu'on le reconna&#238;t, le pouvoir : il empoigne l'alphabet et le fiche sens dessus dessous : bient&#244;t, le pouvoir d&#233;cr&#233;tera la nuit quand sous nos yeux s'&#233;tendra le jour &#8211; et nous la verrons, la nuit.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous c&#233;l&#233;brons la paix / Ne pleure pas, mon peuple / M&#234;me s'ils me mettent en prison / C'est l&#224; notre vraie couleur &#187;. Voici ce que N&#251;dem entonnait quelque temps avant d'y &#234;tre jet&#233;e. Enferm&#233;e depuis six ans, N&#251;dem, pour avoir chant&#233; et soutenu, sans arme sinon sa seule voix, la r&#233;sistance, la lutte, l'&#233;galit&#233; entre les sexes et la justice sociale. C'est-&#224;-dire, dans les mots du pouvoir, le &#171; terrorisme &#187;. Car c'est bien &#224; cela qu'on le reconna&#238;t, le pouvoir : il empoigne l'alphabet et le fiche sens dessus dessous : bient&#244;t, le pouvoir d&#233;cr&#233;tera la nuit quand sous nos yeux s'&#233;tendra le jour &#8211; et nous la verrons, la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; N&#251;dem a essay&#233; de garder notre langue vivante. Tout le monde l'aime &#224; Cizre [1]. Elle est un ph&#233;nom&#232;ne ici, a racont&#233; sa s&#339;ur Firdevs, en 2015. Elle aurait pu aller en Europe et dans d'autres pays, mais elle ne voulait pas quitter le Kurdistan. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six ans, donc. Six ans, d&#233;j&#224;. Sur dix-neuf &#8211; c'est que la chanteuse est astreinte au cachot jusqu'en 2034. Rien que de tr&#232;s banal, dans la Turquie d'Erdo&#287;an : N&#251;dem Durak n'est qu'une captive parmi tant d'autres. Il faudrait d&#232;s lors parler de chacun, de chacune, &#233;peler les noms un &#224; un, conter les moindres r&#233;cits, d&#233;crire l'entier des familles ; il faudrait ne condamner aucun condamn&#233; &#224; l'ombre qui l'&#233;treint d&#233;j&#224;. Seulement voil&#224; : il arrive qu'un individu, soudain mis en lumi&#232;re, donne &#224; saisir l'ensemble qu'il a fait sien. Les gros chiffres nous glissent dessus : les listes r&#233;v&#232;lent la dictature mais peinent &#224; agripper les c&#339;urs. Donc &#224; dresser les corps. Alors disons N&#251;dem Durak pour dire d'un m&#234;me &#233;lan tous les d&#233;tenus : l'&#233;crivain Ahmet Altan, le journaliste Nedim T&#252;rfent, l'ancienne &#233;lue Leyla G&#252;ven, les militants du HDP, les &#233;tudiants homosexuels ou encore les dirigeants politiques Selahattin Demirta&#351; et Abdullah &#214;calan. Disons N&#251;dem Durak pour dire &#171; &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/pinar-selek/blog/280520/le-cri-des-prisons-en-turquie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le cri des prisons&lt;/a&gt; &#187; qu'&#233;voque la sociologue f&#233;ministe en exil P&#305;nar Selek : celui des dizaines de milliers de prisonniers politiques en Turquie, et partout ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure qu'il est, N&#251;dem se trouve dans une cellule de la ville de Bayburt, non loin de la mer Noire. Elle y compte les mois et les ann&#233;es aux c&#244;t&#233;s de ses camarades. D'elles, nous ne savons rien &#8211; alors, parfois, nous imaginons leurs discussions, leur col&#232;re et leurs &#233;clats de rire. Celles qui ont &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;es nous racontent, toutes, la personne qu'elle est : sa force. Sa guitare a &#233;t&#233; bris&#233;e par les employ&#233;s de la prison mais la jeune femme lit, &#233;crit et chante. &#171; N&#251;dem dit &#234;tre oblig&#233;e de se raccrocher &#224; la vie car elle a des r&#234;ves &#224; accomplir. Elle nous dit &#234;tre tr&#232;s fatigu&#233;e mais elle ajoute qu'elle doit lutter &#187;, nous confie son fr&#232;re. Avant d'ajouter : &#171; Tant que le gouvernement reste en place, &#231;a semble compliqu&#233; qu'elle sorte avant car il n'y a ici ni justice, ni honneur. Les juges sont corrompus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure qu'il est, tandis que le r&#233;gime turc appelle &#224; &#171; normaliser &#187; ses relations avec son homologue fran&#231;ais, la jeunesse d'Istanbul manifeste en lan&#231;ant &#224; la face du pouvoir et de sa police : &#171; Nous ne baisserons pas les yeux ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, d'aucuns iront r&#233;p&#233;tant que l&#224; n'est pas notre affaire. Entre 2009 et 2019, un rapport du minist&#232;re des Arm&#233;es a indiqu&#233; que les industriels fran&#231;ais ont re&#231;u, de la Turquie, l'&#233;quivalent de 594,5 millions d'euros de commandes de mat&#233;riel militaire. Comme citoyens fran&#231;ais, nous voici donc requis ; comme internationalistes, nous n'ignorons pas les nations mais savons que rien ne les qualifie pour &#233;touffer la voix des justes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Redressons nos corps froids du sol / Dans la poitrine de la terre rouge / Soyons l'&#233;cho des chants de nos m&#232;res / Libres pareilles &#224; des chansons &#187;, nous &#233;crit la prisonni&#232;re kurde sur une feuille de papier. Portons-la hors les murs, cette libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.regards.fr/auteur/joseph-andras&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Joseph Andras&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.regards.fr/auteur/kaoutar-harchi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Kaoutar Harchi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour suivre la campagne internationale &#171; Free N&#251;dem Durak &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/nudemdurak&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cliquez ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Ville du Sud-Est de la Turquie : N&#251;dem Durak en est originaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le capitalisme ne rendra pas les cl&#233;s gentiment</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-capitalisme-ne-rendra-pas-les-cles-gentiment</link>
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		<dc:date>2020-01-21T08:33:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lordon, Joseph Andras</dc:creator>


		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-01-21</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est la version augment&#233;e d'un entretien r&#233;alis&#233; avec Joseph Andras pour &#171; L'Humanit&#233; &#187; sous le titre : &#171; On ne demandera pas au capital d'envisager gentiment de rendre les cl&#233;s &#187; (9 novembre 2019), autour de l'ouvrage de Frederic Lordon &#171; Vivre sans ? Institutions, police, travail, argent&#8230; &#187; (La Fabrique). &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Europe solidaire sans fronti&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous vous dites &#171; &#224; contresens de (votre) &#233;poque &#187;. Vous mobilisez en effet un quatuor qui n'a plus tr&#232;s bonne presse &#224; gauche : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Livres-et-periodiques-" rel="directory"&gt;Livres et p&#233;riodiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres et revues&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-01-21-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-01-21&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L97xH150/arton41686-2ca9f.jpg?1781035424' class='spip_logo spip_logo_right' width='97' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est la version augment&#233;e d'un entretien r&#233;alis&#233; avec Joseph Andras pour &#171; L'Humanit&#233; &#187; sous le titre : &#171; On ne demandera pas au capital d'envisager gentiment de rendre les cl&#233;s &#187; (9 novembre 2019), autour de l'ouvrage de Frederic Lordon &#171; &lt;a href=&#034;https://lafabrique.fr/vivre-sans/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vivre sans ? Institutions, police, travail, argent&#8230;&lt;/a&gt; &#187; (La Fabrique).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article51755&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire sans fronti&#232;re&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous vous dites &#171; &#224; contresens de (votre) &#233;poque &#187;. Vous mobilisez en effet un quatuor qui n'a plus tr&#232;s bonne presse &#224; gauche : L&#233;nine, Trotsky, dictature du prol&#233;tariat et grand soir. Quand l'id&#233;al de &#171; d&#233;mocratie directe horizontale &#187; s'impose avec force, pourquoi cette r&#233;surrection ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par encha&#238;nement logique. Si les donn&#233;es vari&#233;es du d&#233;sastre &#8212; d&#233;sastre social, humain, existentiel, &#233;cologique &#8212; sont, comme je le crois, &#224; rapporter au capitalisme, alors l'&#233;vitement du d&#233;sastre ne passe que par la sortie du capitalisme. Or je pense que les mani&#232;res locales de d&#233;serter le capitalisme ne sont que des mani&#232;res partielles. Car, &#233;videmment, ces mani&#232;res locales ne peuvent internaliser toute la division du travail, et elles demeurent de fait d&#233;pendantes de l'ext&#233;rieur capitaliste pour une part de leur reproduction mat&#233;rielle. Ce que je dis l&#224; n'enl&#232;ve rien &#224; la valeur de ces exp&#233;rimentations. Du reste, je ne pense pas qu'elles-m&#234;mes se r&#234;vent en triomphatrices du capitalisme ! Comme exp&#233;rimentations, pr&#233;cis&#233;ment, elles nourrissent le d&#233;sir collectif d'en triompher, et c'est consid&#233;rable. Mais pour en triompher vraiment, il y aura n&#233;cessairement une &#233;tape d'une tout autre nature. L'&#233;tape d'une confrontation globale et d&#233;cisive. On ne demandera pas au capital d'envisager gentiment de rendre les cl&#233;s, quand il est manifeste qu'il &#233;puisera jusqu'au dernier gramme de minerai, fera d&#233;charge du dernier m&#232;tre carr&#233; disponible et salopera jusqu'au dernier cours d'eau pour faire le dernier euro de profit. Ces gens ont perdu toute raison et d&#233;j&#224; ils n'entendent plus rien. L'alarme climatique, d'ailleurs loin d'&#233;puiser la question &#233;cologique, aidera peut-&#234;tre &#224; en venir &#224; l'id&#233;e qu'avec le capital, maintenant, c'est lui ou nous. Mais si le probl&#232;me se pose en ces termes, il faut en tirer les cons&#233;quences. Le capital est une puissance macroscopique et on n'en viendra &#224; bout qu'en lui opposant une force de m&#234;me magnitude. De l&#224;, logiquement, je vais chercher dans l'histoire les cat&#233;gories homog&#232;nes &#224; un affrontement de cette &#233;chelle. Ces noms et ces mots que vous rappelez, on sait assez de quel terrible stigmate historique ils sont marqu&#233;s &#8212; et qui explique la d&#233;sh&#233;rence radicale o&#249; ils sont tomb&#233;s. Je t&#226;che d'y faire analytiquement un tri et d'en conserver l'&#233;quation strat&#233;gique qu'&#224; mon sens ils ont ad&#233;quatement circonscrite, mais sans rien oublier des abominations qui sont venues avec la &#171; solution &#187;. C'est &#233;videmment ce qui explique qu'ils aient &#224; ce point disparu du paysage id&#233;ologique et qu'&#224; la place on trouve l'horizontalit&#233;, la d&#233;mocratie directe et les communes. Or, pour tout le bien-fond&#233; de ces id&#233;es, je pense qu'elles rel&#232;vent de fait davantage du projet de se soustraire au capitalisme que de celui de le renverser. L'&#233;quation contemporaine c'est donc : comment les tenir, car il faut les tenir, mais dans un horizon de renversement ? Ce qui suppose de retrouver les &#171; noms &#187; ensevelis mais de donner &#224; ce qui y g&#238;t une forme nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un spectre hante votre livre : &#171; combien &#187;. Les masses. Mais vous reconnaissez que le n&#233;ocapitalisme a &#171; captur&#233; &#187; nos corps, qu'il soumet en s&#233;duisant. Le grand nombre a-t-il envie de s'extraire du cocon lib&#233;ral et technologique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la question d&#233;cisive. En r&#233;alit&#233; c'est toujours la m&#234;me question pour tout : o&#249; en est le d&#233;sir majoritaire ? Reich avait compris qu'il y avait eu en Allemagne, non pas juste une chape totalitaire tomb&#233;e du haut, mais, &#171; en bas &#187;, un d&#233;sir de fascisme. On peut bien dire, identiquement, qu'il y a un d&#233;sir de capitalisme et que c'est lui qu'il s'agit de vaincre. &#199;a n'est d'ailleurs pas seulement par la bricole marchande qu'il nous tient mais, plus profond&#233;ment encore, par le corps : le corps dorlot&#233;, choy&#233; par toutes les attentions mat&#233;rielles dont le capitalisme est capable. Il ne faut pas s'y tromper : la puissance d'attraction du capitalisme &#171; par les corps &#187; est immense. Nous sommes alors rendus aux tautologies du d&#233;sir : pour sortir du capitalisme, il faut que se forme un d&#233;sir de sortie du capitalisme plus grand que le d&#233;sir de capitalisme. Tout d&#233;pendra des solutions qui seront propos&#233;es &#224; cette &#233;quation. La solution &#171; ZAD &#187; est admirable en soi mais elle est d'une exigence qui la rend tr&#232;s difficilement g&#233;n&#233;ralisable. C'est une solution pour &#171; virtuoses &#187;, pas pour le grand nombre. Qu'il nous faudra consentir &#224; des r&#233;ductions de nos conditions mat&#233;rielles d'existence en sortant du capitalisme, la chose devra &#234;tre claire et admise. Mais dans des proportions tout de m&#234;me qui la rende raisonnablement praticable. Une trajectoire post-capitaliste reposant sur une hypoth&#232;se de d&#233;-division du travail massive ne me semble pas viable. Notre probl&#232;me, c'est donc de conserver la division du travail disons dans ses &#171; ordres de grandeur &#187; actuels &#8212; je dis &#231;a sans pr&#233;judice de toutes les r&#233;ductions que nous pourrions et devrions lui infliger &#8212;, mais en la rev&#234;tant de rapports sociaux de production enti&#232;rement neufs. Par exemple en abolissant la propri&#233;t&#233; lucrative des moyens de production pour la remplacer par une propri&#233;t&#233; d'usage, comme dit Friot. Transformation dont on voit bien qu'elle suppose ni plus ni moins qu'une r&#233;volution juridique. C'est-&#224;-dire, puisqu'il s'agit du point de droit n&#233;vralgique qui soutient tout le capitalisme, une r&#233;volution tout court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce nombre serait, au lendemain de la r&#233;volution, &#171; le seul antidote au d&#233;cha&#238;nement &#187; capitaliste. Allende a gagn&#233; avec 36,6 % des voix et, fait rare, obtenu apr&#232;s deux ans de pouvoir un score de 44 % aux l&#233;gislatives. Cela n'a pas entrav&#233; le coup d'&#201;tat&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'allais dire que c'est l'&#233;cart entre une condition n&#233;cessaire et une condition suffisante. Mais en fait, ici vous me parlez d'un soutien manifest&#233; sous une forme exclusivement &#233;lectorale. Dont se trouve d&#233;montr&#233;e la terrible limite historique. Apr&#232;s tout, que des factieux s'asseyent sur le &#171; verdict des urnes &#187;, comme on dit, &#231;a n'est pas exactement une nouvelle. Ce dont pour ma part je parle c'est d'une mobilisation suffisamment puissante pour prendre physiquement l'espace public, et &#233;ventuellement les armes, pour d&#233;fendre ce &#224; quoi elle tient. Au Chili, en 1973, ce sont les militaires qui sont descendus dans la rue. &#192; la fin des fins, c'est toujours la m&#234;me question : qui passe &#224; l'action ? Et avec le plus d'intensit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au titan (le capital), vous assurez qu'il faut opposer un g&#233;ant (les masses). Gulliver, sur l'&#238;le de Liliput, a &#233;t&#233; encha&#238;n&#233; par des &#171; insectes humains &#187; : pourquoi une f&#233;d&#233;ration de communes &#171; swiftienne &#187; n'y arriverait-elle pas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je serais tent&#233; de dire que la f&#233;d&#233;ration des communes, elle vient surtout apr&#232;s : elle est ce qui suit le renversement&#8230; ne serait-ce que parce que je vois mal les pouvoirs stato-capitalistes laisser prosp&#233;rer avec largesse une f&#233;d&#233;ration de communes qui aurait pour objectif avou&#233; de les renverser &#8212; &#231;a, c'est un sc&#233;nario &#224; la Bookchin, et je n'y crois pas une seconde. Quant &#224; ce qui op&#232;re le renversement, je pense que ce sera dans les faits d'une autre nature. Laquelle, je ne sais pas. Mais ou bien ce sera coordonn&#233;, et puissamment, d'une mani&#232;re ou d'une autre, ou bien ce ne sera pas. Dans l'affrontement des blocs, &#171; nous &#187; sommes pourtant infiniment plus nombreux que le &#171; eux &#187; d'en-face. Mais &#171; ils &#187; sont infiniment mieux coordonn&#233;s que nous. L'oligarchie est une classe consciente et organis&#233;e. Et elle a pour elle un appareil de force qui fonctionne carr&#233;ment &#224; la coordination militaire. La dissym&#233;trie dans la capacit&#233; de coordination lui fait surmonter &#224; l'aise la dissym&#233;trie num&#233;rique &#233;crasante en sa d&#233;faveur. &#192; un moment, il faudra bien r&#233;fl&#233;chir &#224; &#231;a. Nul n'en tirera la cons&#233;quence que nous n'avons qu'&#224; r&#233;pliquer &#171; leur &#187; forme de coordination, forme militaire comprise ! Mais il faut que nous en trouvions une &#8212; ou plusieurs d'ailleurs, mais articul&#233;es a minima. Sauf miracle, la spontan&#233;it&#233; signifie la dispersion et n'arrive &#224; rien. Pourtant, dira-t-on, le Chili, le Liban, l'&#201;quateur&#8230; Oui, d'accord, attendons quand m&#234;me un peu pour faire les bilans. Et craignons qu'ils ne soient pas fondamentalement diff&#233;rents de ceux qu'on a pu tirer apr&#232;s les printemps arabes. Ces demi-&#233;checs sont le fait de coordinations d'action suffisantes &#8212; pour produire &#171; quelque chose &#187; &#8212; mais sans v&#233;ritable coordination de vis&#233;e : faire quoi quand on a &#171; r&#233;ussi &#187;, quoi mettre &#224; la place de ce qu'on renverse ? Imaginons, pour le plaisir, un acte 2 ou 3 des &#171; gilets jaunes &#187; qui parvient &#224; l'&#201;lys&#233;e, et vire Macron manu militari. Quoi apr&#232;s ? C'est tellement incertain que c'en est difficilement figurable. Soit les institutions, intouch&#233;es, auraient accommod&#233; le choc, quitte &#224; se transformer &#224; la marge ; soit, comme toujours, ce sont des groupes d&#233;j&#224; organis&#233;s qui auraient rafl&#233; la mise. Le probl&#232;me c'est que, dans la gauche radicale, intellectuelle notamment, tout un courant de pens&#233;e s'oppose &#224; l'id&#233;e de vis&#233;e, d'orientation strat&#233;gique, comprise, disons les choses, comme &#171; capture bolchevique &#187;. Alors on cultive l'id&#233;e du mouvement pour le mouvement, l'id&#233;e de l'intransitivit&#233;, on dit de bien belles choses, que le but est dans le chemin et que ce qui compte, ce sont les devenirs. Je ne m&#233;connais nullement le risque inh&#233;rent &#224; ceux qui se pr&#233;sentent pour, litt&#233;ralement, prendre la direction des choses. Ce n'est pas un hasard qu'il s'agisse du m&#234;me mot : toute proposition de direction enveloppe une candidature &#224; diriger. Mais je crois que notre seul choix c'est d'assumer ce risque, de trouver &#224; le contenir en l'ayant d'abord bien r&#233;fl&#233;chi, car si on ne sait pas o&#249; l'on va&#8230; il est certain qu'on n'arrive nulle part. En fait, voil&#224; pourquoi il faut &#234;tre organis&#233; et savoir o&#249; l'on va : parce que d'autres sont organis&#233;s et savent o&#249; ils vont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Rupture globale ou (&#8230;) rien &#187;, r&#233;sumez-vous. Le Chiapas se situe pr&#233;cis&#233;ment dans cet entre-deux : ni un &#238;lot zadiste (les zapatistes ont des dizaines de milliers de partisans, une arm&#233;e et un gouvernement), ni le Palais national de Mexico. Et &#231;a tient, non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne dirais pas &#231;a &#8212; &#171; entre-deux &#187;. Dans leur p&#233;rim&#232;tre, tant le Chiapas que le Rojava accomplissent une rupture globale, compl&#232;te. Mais leur caract&#233;ristique commune est d'inscrire leur rupture dans une conjoncture particuli&#232;re, et particuli&#232;rement &#171; favorable &#187;, o&#249; cependant ni l'un ni l'autre ne ma&#238;trise enti&#232;rement ses conditions externes de viabilit&#233;, lesquelles demeurent contingentes. C'est par le statu quo plus ou moins n&#233;goci&#233; avec le Mexique &#171; environnant &#187; que le Chiapas peut ne pas passer toute son &#233;nergie politique dans une guerre pour la survie pure et simple &#8212; comme le pouvoir bolchevique avait eu &#224; en mener une &#224; partir de 18. Le statut d'enclave est donc pr&#233;caire et pour une tr&#232;s large part abandonn&#233; &#224; une contingence externe. Que cette contingence vienne &#224; mal tourner, et &#231;a ne tiendra plus. Soit exactement ce qui menace de se passer au Rojava. Hors de ces circonstances miraculeusement favorables, o&#249; l'hostilit&#233; ext&#233;rieure demeure mod&#233;r&#233;e, une &#233;preuve de mobilisation totale, militaire, marque la formation politique naissante d'un premier pli terrible. Et toute la question est de savoir si on en revient. Le Chiapas et le Rojava doivent plus aux circonstances ext&#233;rieures qu'&#224; leur propre principe d'avoir fait l'&#233;conomie de cette &#233;preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous rappelez que l'&#233;crasement de Kronstadt par les bolcheviks a marqu&#233; &#171; un coup d'arr&#234;t &#187; d&#233;mocratique. Mais au regard de la conception verticale et militaire qu'avait L&#233;nine de la r&#233;volution, le ver n'&#233;tait-il pas dans le fruit ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il y &#233;tait. Et c'est bien &#231;a le probl&#232;me. Le drame c'est quand ce qui nous lib&#232;re du capitalisme nous laisse sur les bras un appareil form&#233; au chaud de la convulsion r&#233;volutionnaire si elle tourne en guerre civile. Donc un appareil d'&#201;tat originairement militaris&#233;. Soit une verticalit&#233; polici&#232;re, vou&#233;e au pire. Il faut bien voir la diff&#233;rence, abyssale, de configuration entre l'exp&#233;rience russe et les exp&#233;riences de type Chiapas-Rojava, et les contraintes que respectivement elles imposent, ou dont elles soulagent. Le Chiapas et le Rojava ont jusqu'&#224; pr&#233;sent tir&#233; avantage d'une hostilit&#233; &#171; mod&#233;r&#233;e &#187; de leur environnement. Et puis ils se constituent comme des enclaves homog&#232;nes : les individus y sont d'embl&#233;e accord&#233;s autour d'une mani&#232;re commune de vivre. La r&#233;volution dans un pays capitaliste d&#233;velopp&#233; se pose dans de tout autres coordonn&#233;es : avec la perspective in&#233;vitable d'avoir &#224; r&#233;duire une r&#233;action int&#233;rieure ultra-d&#233;termin&#233;e, puissante, et puissamment soutenue par un ext&#233;rieur capitaliste qui veut &#233;galement &#224; tout prix voir &#233;chouer une exp&#233;rience communiste. Ce sont des conditions d'hostilit&#233; qui sont sans commune mesure. La situation de 17 a impos&#233; ses r&#233;quisits et ils &#233;taient terribles. C'est toujours tr&#232;s facile de passer cent ans derri&#232;re et de dire &#171; ah mais il aurait fallu, et il aurait fallu ne pas &#187;. Les corps collectifs comme les corps individuels font ce qu'ils peuvent dans les situations de vie ou de mort. Comment on fait quand on se retrouve confront&#233; &#224; ce probl&#232;me objectif, et comment on s'en tire apr&#232;s ? Voil&#224; le probl&#232;me que je pose &#8212; et dont je n'ai pas le commencement d'une solution. Mais je tiens au moins que si les probl&#232;mes ne sont pas convenablement pos&#233;s, les &#171; solutions &#187; seront &#224; coup s&#251;r d&#233;connantes. La gen&#232;se du Chiapas ou du Rojava est &#224; l'oppos&#233; de &#231;a : elle r&#233;pond &#224; un mod&#232;le de la fuite &#8212; on se tire, on vous laisse, nous on va faire notre affaire ailleurs. Du coup on se tire ensemble, entre individus qui ont le m&#234;me d&#233;sir, la m&#234;me id&#233;e. Alors il n'y aura pas &#224; lutter contre une r&#233;action int&#233;rieure. C'est une donn&#233;e nouvelle, consid&#233;rable ! C'est tr&#232;s beau ce mod&#232;le de la fuite collective. Mais &#224; quel degr&#233; est-il g&#233;n&#233;ralisable ? Imaginez en France une masse assez importante qui investit une portion de territoire cons&#233;quente pour se faire un &#233;quivalent de Rojava. Et vous pensez que l'&#201;tat fran&#231;ais, centraliste, jacobin, laisserait faire une chose pareille ? Il n'a m&#234;me pas tol&#233;r&#233; une ZAD. Le temps a pass&#233;, le capital s'est d&#233;plac&#233;, il est devenu (encore plus) m&#233;chant, l'&#201;tat du capital avec lui, m&#234;me une possibilit&#233; comme le Larzac d'il y a quarante ans n'existe plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a dans vos pages un souci de l'homme ordinaire &#8212; de &#171; la gente com&#250;n &#187;, diraient les zapatistes. Vous r&#233;habilitez le quotidien quand d'autres misent tout sur l'&#201;v&#232;nement : rompre avec l'ordre en place rel&#232;verait de la course de fond ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne r&#233;cuse nullement la cat&#233;gorie d'&#233;v&#233;nement, en tout cas en son sens ordinaire &#8212; l'&#233;v&#233;nement aux sens de Badiou ou Deleuze, c'est autre chose. &#201;carter l'&#171; &#233;v&#233;nement &#187;, en quelque sens que ce soit, tout en r&#233;habilitant le &#171; grand soir &#187;, il faut avouer que ce serait singuli&#232;rement incoh&#233;rent. Non, pour emprunter son titre &#224; Ludivine Bantigny, je dirais plut&#244;t que, pass&#233; le grand soir, il faut penser aux petits matins &#8212; moins enthousiasmants. L'effervescence du moment insurrectionnel est par d&#233;finition transitoire. L'erreur serait de prendre ses intensit&#233;s particuli&#232;res pour une donn&#233;e permanente. Je me m&#233;fie des formules politiques qui tablent &#171; en r&#233;gime &#187; sur une forte mobilisation au quotidien. C'est trop demander : le d&#233;sir des gens c'est de vivre leur vie. Bien s&#251;r cette antinomie de la &#171; politique &#187; et de la &#171; vie &#187; a sa limite, et l'on pourrait dire que la ZAD, le Chiapas, ou le Rojava, c'est vivre d'une mani&#232;re qui est imm&#233;diatement politique, qu'y vivre c'est intrins&#232;quement faire de la politique. Alors la s&#233;paration de &#171; la politique &#187; et de &#171; la vie &#187; est r&#233;sorb&#233;e. Mais il faut avoir atteint ce stade de r&#233;sorption pour que l'id&#233;e m&#234;me de &#171; mobilisation au quotidien &#187; s'en trouve dissoute et que, simplement vivre, ce soit de fait &#234;tre mobilis&#233;. Pour l'heure, nous qui contemplons la perspective d'un d&#233;passement du capitalisme, nous n'y sommes pas, en tout cas pas majoritairement. Il faut donc trouver des voies politiques r&#233;volutionnaires qui fassent avec la &#171; gente com&#250;n &#187; comme elle se pr&#233;sente actuellement, sans minimiser les d&#233;placements consid&#233;rables dont elle est capable, mais sans non plus pr&#233;supposer des virtuoses de la politique, ayant d&#233;j&#224; tout r&#233;sorb&#233;, tout d&#233;pass&#233;, capables m&#234;me de performances &#171; &#233;thiques &#187; bien au-del&#224; du simple fait de &#171; vivre politiquement &#187; &#8212; donc sans pr&#233;supposer que tout ce qu'il y a &#224; faire est comme d&#233;j&#224; fait. Finalement, l'une de mes pr&#233;occupations dans ce livre c'est &#231;a : continuer de penser une politique qui ne soit r&#233;serv&#233;e ni &#224; des moments exceptionnels (&#171; &#233;v&#233;nements &#187;) ni &#224; des individus exceptionnels (&#171; virtuoses &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un dernier point &#8212; et non des moindres. L'essayiste marxiste Andreas Malm assure que l'&#233;cologie est &#171; la question centrale qui englobe toutes les autres &#187;. Signez-vous des deux mains ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me pas d'une. Pour moi la question premi&#232;re, &#231;a a toujours &#233;t&#233; &#171; ce qu'on fait aux hommes &#187;. &#171; Ce qu'on fait &#224; la Terre &#187; est une question seconde, j'entends : qui ne fait sens que comme d&#233;clinaison de la question premi&#232;re &#8212; oui, &#224; force de bousiller la Terre, &#231;a va faire quelque chose aux hommes&#8230; Lesquels d'ailleurs ? Comme de juste, &#231;a risque de leur faire des choses assez diff&#233;renci&#233;es. Sauf &#224; la toute fin bien s&#251;r, quand tout aura br&#251;l&#233;, ou sera sous l'eau, je ne sais pas, mais &#231;a n'est pas pour demain et entre temps les in&#233;galit&#233;s &#171; environnementales &#187; promettent d'&#234;tre sauvages. J'avoue que le soudain &#233;veil de conscience politique de certaines classes sociales urbaines &#233;duqu&#233;es au motif de &#171; la plan&#232;te &#187; me fait des effets violemment contrast&#233;s. Pour &#171; sauver la Terre &#187; on veut bien d&#233;sormais envisager de s'opposer au libre-&#233;change international. Mais quand il s'agissait de sauver les classes ouvri&#232;res de la d&#233;molition &#233;conomique, une position protectionniste &#233;tait quasiment l'antichambre du fascisme. Que &#171; la plan&#232;te &#187; puisse devenir ce puissant l&#233;gitimateur l&#224; o&#249; &#171; les classes ouvri&#232;res &#187; ne suffisaient jamais &#224; rien justifier, et finalement comptaient pour rien, c'est d&#233;go&#251;tant &#8212; et &#231;a me semble un effet typique de la hi&#233;rarchisation des questions premi&#232;res et secondes. Maintenant, on fait avec les formations passionnelles que nous offre l'histoire. Un affect &#171; climatique &#187; puissant est visiblement en train de se former. Toutes choses &#233;gales par ailleurs, c'est tant mieux, trouvons &#224; en faire quelque chose. Et pour commencer, trouvons &#224; y faire embrayer un certain travail de la cons&#233;quence. Car il y a encore loin de l'angoisse climatique &#224; la nomination claire et distincte de sa cause : le capitalisme. Et &#224; l'acceptation de la cons&#233;quence qui s'en suit logiquement : pour sauver la Terre afin de sauver les hommes, il faudra sortir du capitalisme. C'est peut-&#234;tre une part d&#233;raisonnablement optimiste en moi, mais j'aime &#224; croire, en tout cas sur ce sujet-l&#224;, que la logique trouvera, malgr&#233; tout, &#224; faire son chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;br class='autobr' /&gt;
Joseph Andras&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/le-capitalisme-ne-rendra-pas-les-cles-gentiment&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Joseph Andras : &#171; Dianou, h&#233;ritier de la lutte kanak &#187;</title>
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		<dc:date>2018-09-11T07:16:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joseph Andras</dc:creator>


		<dc:subject>Oc&#233;anie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-09-11</dc:subject>

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&lt;p&gt;L'&#233;crivain est parti en Nouvelle-Cal&#233;donie sur les traces du militant ind&#233;pendantiste Alphonse Dianou, tu&#233; en 1988 par l'arm&#233;e fran&#231;aise lors de la prise d'otages de la grotte d'Ouv&#233;a. Entretien. &lt;br class='autobr' /&gt;
tir&#233; de : Entretien r&#233;alis&#233; par Sophie Joubert, l'Humanit&#233;, 5 septembre 2018. &lt;br class='autobr' /&gt; Le 22 avril 1988, des gendarmes sont pris en otage par un groupe d'ind&#233;pendantistes kanak dans une grotte, sur l'&#238;le d'Ouv&#233;a. Le 5 mai, le GIGN lance l'assaut : deux militaires et dix-neuf Kanak sont tu&#233;s, dont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton35868-9868a.jpg?1782530487' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;crivain est parti en Nouvelle-Cal&#233;donie sur les traces du militant ind&#233;pendantiste Alphonse Dianou, tu&#233; en 1988 par l'arm&#233;e fran&#231;aise lors de la prise d'otages de la grotte d'Ouv&#233;a. Entretien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tir&#233; de : Entretien r&#233;alis&#233; par Sophie Joubert, l'Humanit&#233;, 5 septembre 2018.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 22 avril 1988, des gendarmes sont pris en otage par un groupe d'ind&#233;pendantistes kanak dans une grotte, sur l'&#238;le d'Ouv&#233;a. Le 5 mai, le GIGN lance l'assaut : deux militaires et dix-neuf Kanak sont tu&#233;s, dont Alphonse Dianou. Dans &#171; Kanaky &#187;, Joseph Andras retrace les jours qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; l'attaque et donne une voix &#224; cette figure m&#233;connue de la lutte pour l'ind&#233;pendance. Entretien avec Joseph Andras, auteur du roman &#171; De nos fr&#232;res bless&#233;s &#187;, et d'un texte po&#233;tique, &#171; S'il ne restait qu'un chien &#187; (Actes Sud). Il a aussi sign&#233; cet &#233;t&#233; dans l'Humanit&#233; une s&#233;rie de portraits de po&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3916 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L170xH148/207cd45046d1414f-ad407d91-46fe5.png?1781144818' width='170' height='148' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature/kanaky&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Kanaky. Sur les traces d'Alphonse Dianou &#187;&lt;/a&gt;, de Joseph Andras, &#201;ditions Acte Sud, Arles (France), septembre 2018, 304 pages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Humanit&#233;. Quels chemins vous ont men&#233; &#224; Alphonse Dianou, militant ind&#233;pendantiste kanak tu&#233; par l'arm&#233;e fran&#231;aise lors de la prise d'otages de la grotte d'Ouv&#233;a, en 1988 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joseph Andras. Comme beaucoup, j'ai d&#233;couvert &#8211; il y a dix ou quinze ans maintenant &#8211; l'histoire de la Nouvelle-Cal&#233;donie par la vie et l'&#339;uvre de Louise Michel. Cette communarde a &#233;t&#233;, une fois d&#233;port&#233;e, l'une des trop rares r&#233;volutionnaires &#224; prendre fait et cause pour la lutte kanak. Jean Allemane, un ouvrier typographe, a refus&#233; de participer &#224; la r&#233;pression de l'insurrection : il a fait savoir que le r&#233;cit dominant en dissimulait les &#171; v&#233;ritables causes &#187; tant elles n'honoraient pas les &#171; &#233;l&#233;ments dits colonisateurs &#187;. C'est l&#224; le d&#233;but d'un chemin nourri en 2011 par le film &#171; l'Ordre et la morale &#187; : on y voit Dianou mais c'est Legorjus, patron du GIGN, qui porte le r&#233;cit. Je me suis int&#233;ress&#233; de plus pr&#232;s &#224; la question kanak, jusqu'&#224; me demander qui &#233;tait cet homme, Alphonse Dianou, dont on ne sait presque rien. J'ai entam&#233; des recherches, sans d&#233;sir d'&#233;criture, puis, face &#224; la somme de contradictions, raconter cette vie s'est impos&#233; &#224; moi. Une photographie de lui, bless&#233; sur un brancard, m'a accompagn&#233; : qui est vraiment cet homme, pourquoi est-il allong&#233;, lui qui se destinait &#224; la pr&#234;trise avant d'y renoncer, sur le parvis d'une &#233;glise entour&#233; de soldats ? Je voulais donner voix &#224; cette image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Humanit&#233;. La figure de Dianou est complexe : admirateur de Gandhi, musicien, ancien s&#233;minariste, chr&#233;tien et communiste qui a, visiblement, bascul&#233; en prison... Qu'est-ce qui vous touche dans ce personnage &#171; dont l'&#201;tat jura qu'il &#233;tait moins qu'un homme &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joseph Andras. Cette complexit&#233; a &#233;t&#233; mon carburant : j'aspirais &#224; d&#233;m&#234;ler les n&#339;uds. Comment faire tenir ensemble ses d&#233;clarations appelant &#224; la non-violence et au refus de la vengeance et les descriptions terrifiantes produites par la plupart des acteurs militaires ? Il m'a fallu lire l'int&#233;gralit&#233; des documents produits et me rendre en Nouvelle-Cal&#233;donie pour approcher l'individu par-del&#224; les descriptifs sommaires. Mais un individu qui, comme le dit l'un des t&#233;moins du livre, d&#233;passe son cas propre : il est l'h&#233;ritier d'une lutte, le porteur d'une m&#233;moire, l'un des repr&#233;sentants d'un peuple que, tout fran&#231;ais qu'il soit sur le papier, la France conna&#238;t si peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Humanit&#233;. Qu'est-ce qui a d&#233;clench&#233; la prise d'otages d'Ouv&#233;a, menant &#224; sa mort ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joseph Andras. Nous sommes en p&#233;riode de cohabitation et en plein processus &#233;lectoral : Mitterrand aspire &#224; &#234;tre r&#233;&#233;lu et Chirac, son premier ministre, r&#234;ve de lui ravir le poste. Le Front national perce et oblige la droite &#224; se positionner. Face &#224; cela, &#224; 20 000 kilom&#232;tres, les ind&#233;pendantistes kanak, r&#233;unis au sein du FLNKS, refusent la loi Pons, d&#233;clin&#233;e en deux volets, et entendent enrayer les &#233;lections r&#233;gionales, jumel&#233;es &#224; la pr&#233;sidentielle. Une contestation qui s'ancre dans un mouvement plus global, celui qu'on appelle encore &#171; les &#233;v&#233;nements &#187;, et que d'aucuns ont vu comme les pr&#233;mices d'une guerre civile ou d'une r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Humanit&#233;. Comment bascule-t-on d'une prise d'otages qui ne voulait pas faire de victimes &#224; un bain de sang ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joseph Andras. L'objectif &#233;tait de retenir les gendarmes dans leur caserne pour faire pression sur le pouvoir hexagonal. Mais &#231;a ne s'est pas d&#233;roul&#233; comme pr&#233;vu : au bout de quelques minutes, un gendarme, pour s'opposer &#224; l'occupation, a tir&#233; dans la t&#234;te d'un Kanak &#8211; tout d&#233;g&#233;n&#232;re et le groupe ind&#233;pendantiste improvise : fuir avec les otages dans la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Humanit&#233;. Sait-on comment Dianou a &#233;t&#233; tu&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joseph Andras. Le pouvoir a d'abord racont&#233; qu'il &#233;tait mort des suites de l'assaut. Puis Chev&#232;nement, au terme d'une enqu&#234;te interne, a reconnu qu'il n'aurait pas d&#251; mourir. Dianou s'est rendu, a re&#231;u un tir &#224; la jambe, a &#233;t&#233; tabass&#233; puis, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; et laiss&#233; plusieurs heures sans prise en charge m&#233;dicale, achev&#233;, au dire de plusieurs t&#233;moins, sous les coups d'au moins un militaire. Mais il n'y a jamais eu de proc&#232;s, donc d'&#233;tablissement d&#233;finitif des faits, amnistie oblige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Humanit&#233;. L'histoire de la prise d'otages d'Ouv&#233;a a largement &#233;t&#233; &#233;crite par les vainqueurs. C&#244;t&#233; kanak, les jeunes la connaissent mal, de m&#234;me que l'histoire du mouvement ind&#233;pendantiste, qui remonte &#224; 1878. Quelles sources avez-vous utilis&#233;es pour mener cette contre-enqu&#234;te ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joseph Andras. Aucun Kanak n'a jamais &#233;crit de livre sur cette &#171; affaire &#187;. Vous imaginez le r&#233;sultat : ce r&#233;cit est, pour une tr&#232;s large part, celui de la &#171; m&#233;tropole &#187;, des militaires et des journalistes, plus ou moins critiques. Mais des t&#233;moignages kanak existent, recueillis par la Ligue des droits de l'homme, la presse ou Edwy Plenel et Alain Rollat d&#232;s 1988. Un journaliste, Jean-Guy Gourson, a effectu&#233; un travail important. Je ne pars pas de rien ! En recoupant l'int&#233;gralit&#233; des m&#233;moires de soldats et de politiciens, les enqu&#234;tes et, surtout, les nombreux t&#233;moignages oraux obtenus durant deux s&#233;jours, j'ai pu brosser un portrait assez pr&#233;cis de Dianou &#8211; c'&#233;tait l&#224; mon objectif, plus que la restitution de la prise d'otages. Il reste des failles, des trous noirs : peut-&#234;tre n'en saurons-nous jamais plus. L'avenir nous le dira...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Humanit&#233;. Vous &#234;tes arriv&#233; en Nouvelle-Cal&#233;donie en tant qu'&#233;crivain : ni journaliste, ni militant, ni po&#232;te, dans une position que vous qualifiez de boiteuse mais s&#251;rement la plus juste. Vous &#234;tes-vous heurt&#233; &#224; un probl&#232;me de l&#233;gitimit&#233; ? Comment les portes se sont-elles ouvertes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joseph Andras. Il m'importait de pr&#233;ciser clairement cette position : si j'emprunte au journalisme certains de ses outils et au militantisme certaines de ses convictions, c'est avant tout le livre d'un &#171; &#233;crivain &#187;. La l&#233;gitimit&#233;, je l'ai acquise par l'accord des proches de Dianou. Sa veuve, son fils, sa s&#339;ur, ses neveux, ni&#232;ces ou cousins. Sans cela, il n'y aurait pas eu de livre. Il m'a fallu dix mois de discussions diverses, collectives, m&#233;ticuleuses, puis, comme cela ne suffisait pas, je suis parti pour tenter d'obtenir l'ensemble des autorisations par la parole directe, l'&#233;change autour d'une table ou d'une natte. Quitte &#224; ne pas les obtenir et &#224; tout abandonner. Mais je suis satisfait : j'ai eu, et j'ai toujours, le soutien de sa famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Humanit&#233;. Quel est le lien entre la Nouvelle-Cal&#233;donie et l'Alg&#233;rie, entre Alphonse Dianou et Fernand Iveton, militant communiste guillotin&#233; pendant la guerre d'Alg&#233;rie, &#224; qui vous avez consacr&#233; votre premier livre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joseph Andras. Entre ces deux pays, les liens sont ceux de la colonisation, et de son imaginaire, sa pratique. L'op&#233;ration militaire men&#233;e contre les ind&#233;pendantistes porte le nom de combat d'un grad&#233; en Alg&#233;rie ; Tjibaou, leader du FLNKS, s'&#233;tait rendu en Alg&#233;rie pour penser la d&#233;colonisation de son archipel ; des militaires ont fait &#233;tat de la &#171; strat&#233;gie du djebel &#187; mise en place &#224; Ouv&#233;a... Iveton et Dianou ont tous deux, &#224; leur fa&#231;on, tent&#233; de contrer la machine imp&#233;riale &#8211; sans succ&#232;s, dans un premier temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Humanit&#233;. Quel est votre sentiment sur le r&#233;f&#233;rendum sur l'ind&#233;pendance, qui aura lieu le 4 novembre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joseph Andras. Cet &#233;t&#233;, un sondage a donn&#233; le non &#224; l'ind&#233;pendance &#224; 70 %. Ce scrutin n'impliquera pas les &#233;lecteurs de la &#171; m&#233;tropole &#187; : mon travail d'&#233;crivain ne propose donc, en plus d'une biographie, qu'une contribution de citoyen fran&#231;ais &#224; la discussion publique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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