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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Les groupes populaires face &#224; l'&#201;tat</title>
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		<dc:date>2018-11-06T08:26:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>C&#233;line M&#233;tivier, Mathilde Grandgonnet, Pierre Beaudet, S&#233;bastien Rivard</dc:creator>


		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-10-30</dc:subject>

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&lt;p&gt;Pierre Beaudet, Mathilde Grangonnet, C&#233;line M&#233;tivier, et S&#233;bastien Rivard &lt;br class='autobr' /&gt;
Auiourd'hui, les groupes s'inscrivant dans les mouvements populaires au Qu&#233;bec se retrouvent dans une situation complexe et difficile. Parmi les plus importants de ces groupes, on compte ceux de !'action communautaire autonome, du mouvement populaire et du mouvement f&#233;ministe. Il faut &#233;galement signaler la pr&#233;sence de nombreux autres collectifs de revendication autour d'enjeux sp&#233;cifiques, s'inscrivant souvent dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-10-30-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-10-30&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L108xH150/arton36630-5e0a2.png?1781103545' class='spip_logo spip_logo_right' width='108' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pierre Beaudet, Mathilde Grangonnet, C&#233;line M&#233;tivier, et S&#233;bastien Rivard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Merci &#233;galement aux personnes qui ont contribu&#233; &#224; l'&#233;laboration du dossier, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auiourd'hui, les groupes s'inscrivant dans les mouvements populaires au Qu&#233;bec se retrouvent dans une situation complexe et difficile. Parmi les plus importants de ces groupes, on compte ceux de !'action communautaire autonome, du mouvement populaire et du mouvement f&#233;ministe. Il faut &#233;galement signaler la pr&#233;sence de nombreux autres collectifs de revendication autour d'enjeux sp&#233;cifiques, s'inscrivant souvent dans une dynamique parasyndicale et portant une critique des courants politiques et &#233;conomiques dominants. Assaillis par les politiques restrictives et instrurnentalisantes de l'&#201;tat, &#233;puis&#233;s par le manque de ressources, ces groupes sont amen&#233;s &#224; se questionner sur leur mission fondamentale au moment o&#249; la restructuration n&#233;olib&#233;rale privatise, individualise et fragmente la soci&#233;t&#233;. Ainsi, en parlant des groupes d'action communautaire autonome, C&#233;line M&#233;tivier explique dans ce dossier qu'ils sont litt&#233;ralement ' &#224; bout de souffle' .&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cette situation d&#233;t&#233;rior&#233;e, par ailleurs, p&#232;se lourd sur l'ensemble des composantes qui cherchent &#224; changer la soci&#233;t&#233;, que ce soit au niveau social ou politique. Cependant, l'histoire n'est pas termin&#233;e. Face aux d&#233;fis, de nouvelles pistes sont identifi&#233;es pour &#224; la fois d&#233;fendre les groupes populaires et relancer les luttes. Dans ce dossier des Nouveaux Cahiers du socialisme, nous explorerons les aspects syst&#233;miques et conjoncturels de la situation critique des groupes des mouvements populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Face aux transformations de l'&#201;tat &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1960-1970, les organisations populaires se battaient pour assurer leur autonomie politique et juridique face &#224; un &#201;tat qui voulait &#233;tendre son influence. Bien entendu, elles n'&#233;taient pas oppos&#233;es &#224; la responsabilisation de l'&#233;tat moderne dans le domaine social&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pensons notamment aux CLSC dans le domaine de la sant&#233;&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais elles tenaient &#224; &#233;tablir leur autonomie, comme entit&#233;s de la soci&#233;t&#233; civile, capables &#224; la fois d'exprimer des revendications et de mettre en mouvement des projets et des initiatives de la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte pour le maintien de l'autonomie &#233;tait donc centrale. Plus tard, dans les ann&#233;es 1980, sous l'&#233;gide du n&#233;olib&#233;ralisme, le r&#244;le de l'&#233;tat s'est progressivement transform&#233;. La strat&#233;gie mise en &#339;uvre d'abord aux &#201;tats-Unis et en Angleterre, puis dans la plupart des pays capitalistes, a &#233;t&#233; de d&#233;sengager l'&#233;tat de la responsabilit&#233; des services publics pour favoriser la privatisation et la d&#233;r&#233;glementation, quitte &#224; &#171; sous-traiter &#187; les organismes communautaires pour accomplir certaines fonctions, selon des normes et des conditions &#233;tablies par l'&#233;tat (voir les textes d'Yves Rochon et de Marie-Claude Gagnon sur les centres de la petite enfance). Parall&#232;lement, l'&#233;tat n&#233;olib&#233;ral renfor&#231;ait son pouvoir de commandement par de nouveaux dispositifs r&#233;pressifs et bureaucratiques. Dans le tournant des ann&#233;es 1990, la lutte pour l'autonomie s'est transform&#233;e. Notamment pour emp&#234;cher l'&#233;tat de contr&#244;ler, de &#171; discipliner &#187; et de conditionner l'aide accord&#233;e aux groupes (ce que relate Marie Leclerc). L'autonomie des organismes d'action communautaire autonome fut officiellement reconnue apr&#232;s des luttes &#233;piques. Cependant, l'autonomie &#171; r&#233;elle &#187;, pratique, concr&#232;te, est depuis attaqu&#233;e par l'&#233;tat et ses institutions qui cherchent &#224; d&#233;finir les objectifs, les moyens, voire le fonctionnement m&#234;me des organismes communautaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette transformation s'est accompagn&#233;e de nouvelles r&#233;f&#233;rences, de normes et d'un discours pernicieux. La privatisation de pans entiers du secteur public et le transfert des responsabilit&#233;s (sans les ressources) aux secteurs populaire et communautaire deviennent un &#233;l&#233;ment positif qui &#171; d&#233;s&#233;tatise &#187; la soci&#233;t&#233;, selon ceux pour qui une troisi&#232;me voie est n&#233;cessaire entre le socialisme &#233;tatiste et le capitalisme sauvage. Une partie de la social-d&#233;mocratie devient&#171; lib&#233;rale &#187;, rejoignant les partisans libertariens du n&#233;olib&#233;ralisme. Citons par exemple les d&#233;bats autour de l'&#233;conomie sociale et solidaire, per&#231;ue par certains comme un moyen d'&#233;mancipation, et par d'autres comme une strat&#233;gie de r&#233;gulation n&#233;olib&#233;rale malgr&#233; ses apparences progressistes (le cas de l'Argentine est embl&#233;matique &#224; cet &#233;gard, selon le texte de Guillermo Cieza).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;tat disciplinaire &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, la transformation disciplinaire impos&#233;e par l'&#233;tat aux organismes composant les mouvements populaires s'impose de plusieurs mani&#232;res : &lt;br class='autobr' /&gt; &#183; La r&#233;duction du secteur public, notamment dans la sant&#233; et les services sociaux (suppressions massives de postes, transferts du personnel &#224; des agences priv&#233;es, y compris &#224; des entreprises d'&#233;conomie sociale, comme les aides &#224; domicile) ; &lt;br class='autobr' /&gt; &#183; La ' technicisation ' et une certaine professionnalisation des employ&#233;-e-s des groupes communautaires en fonction de normes impos&#233;es par l'&#201;tat ou parfois, sous influence des ordres professionnels appuyant la r&#233;glementation de certains actes r&#233;serv&#233;s dans le domaine social, (comme les aides &#224; domicile) ;	&lt;br class='autobr' /&gt; &#183; La r&#233;duction des pouvoirs des instances d&#233;mocratiques (les conseils d'administration par exemple) des groupes et m&#234;me parfois la pression pour inclure, dans les organes d&#233;cisionnels. des repr&#233;sentants ou repr&#233;sentantes de L'&#201;tat ou des organismes caritatifs plus ou moins mandat&#233;s pour &#171; surveiller &#187; les groupes et ce, en contradiction avec leur autonomie. L'imposition de normes, r&#232;gles et proc&#233;dures r&#233;gissant des syst&#232;mes techniques (gestion ax&#233;e sur les r&#233;sultats, cadres logiques, etc.) pour la reddition de comptes, la comptabilit&#233; et l'administration, le r&#244;le des administrateurs et des cadres, et d'autres domaines concernant le fonctionnement des groupes, s'inscrivant dans le carcan de la &#171; nouvelle gestion publique &#187;. &#224; l'origine d&#233;velopp&#233;e par les &#201;tats et gouvernements n&#233;olib&#233;raux. Notamment aux &#201;tats-Unis et en Angleterre et maintenant appliqu&#233;e par pratiquement l'ensemble des pays capitalistes.	&lt;br class='autobr' /&gt; &#183; L'obligation impos&#233;e aux mouvements d'intensifier leur autofinancement, ce qui implique, en pratique, d'&#233;tablir des liens plus &#233;troits avec le secteur priv&#233; dit philanthropique &#187;, ainsi qu'avec des institutions diverses (municipalit&#233;s, chambres de commerce, etc.). Cela implique &#233;galement la promotion de partenariats public-priv&#233; communautaires (PPC) o&#249; les groupes appartenant au secteur communautaire doivent entrer dans un cadre d&#233;fini en fin de compte par l'&#201;tat et la philanthropie d'affaires (l'analyse de cette philanthropie envahissante est propos&#233;e par Anabelle Berthiaume).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette mani&#232;re, l'&#201;tat, dans sa version n&#233;olib&#233;rale, tente de contr&#244;ler, &#224; distance, le processus et les objectifs des organismes, sans pour autant les int&#233;grer, juridiquement parlant, dans le secteur public, ce qui serait contraire &#224; la volont&#233; n&#233;olib&#233;rale de r&#233;duction de la taille de l'&#201;tat. Le fonctionnement des organismes est entretemps pr&#233;caris&#233; par le manque de financement public de la mission et le renvoi de ceux-ci dans la logique comp&#233;titive de l'&#233;conomie de march&#233; s'appliquant d&#233;sormais au domaine social : un terrain occup&#233; de fa&#231;on croissante par le secteur philanthropique et l'&#233;conomie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif de ce virage est double : d'une part, diminuer les co&#251;ts en sous-traitant aux organismes des fonctions autrefois r&#233;alis&#233;es par l'&#201;tat et, d'autre part permettre &#224; l'&#201;tat de plus facilement contr&#244;ler les organismes (voir le texte de Jacques Beno&#238;t sur l'&#233;volution de cette situation dans le secteur de la sant&#233; et des services sociaux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une r&#233;sistance de longue dur&#233;e &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#183; Sous leurs formes contemporaines, les groupes populaires, tel qu'&#233;voqu&#233; plus haut, sont apparus au tournant des ann&#233;es 1960. On parlait alors d'organisations citoyennes dont le mandat &#233;tait de r&#233;clamer des services publics qui n'existaient pas dans le cadre de l'&#201;tat d'avant la R&#233;volution tranquille&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parall&#232;lement &#224; ces comit&#233;s de citoyens qui essaimaient un peu partout, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; il y avait aussi des soci&#233;t&#233; d'aide et de bienfaisance ) (garderies populaires, cliniques juridiques, etc.) ou encore de groupes de d&#233;fense collective des droits &lt;i&gt;comit&#233;s logement, ACEF, etc.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette &#233;poque, des groupes d'inspiration socialiste, pour qui les groupes populaires &#233;taient des partenaires en tant que lieux d'organisation et d'&#233;ducation coexistaient avec des organisations caritatives, lesquelles &#233;taient ax&#233;es sur l'aide aux personnes d&#233;munies et le service social. Plus tard dans les ann&#233;es 1970, l'expansion des services publics sous l'influence des politiques keyn&#233;siennes a r&#233;duit l'espace du caritatif. En faisant de l'&#201;tat le principal r&#233;gulateur des in&#233;galit&#233;s li&#233;es aux d&#233;faillances de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes populaires se sont ensuite diversifi&#233;s, certains pour rester dans l'action revendicative, d'autres pour offrir des services sur une base ind&#233;pendante avec l'appui de l'&#201;tat (ce que pr&#233;sentent Jocelyne Bernier et Karine Triollet dans leur panorama des luttes &#224; Pointe-Saint-Charles),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette &#233;volution, le r&#244;le des femmes a &#233;t&#233; fondamental, tant dans le vaste tissu communautaire comme tel que dans l'essor de la F&#233;d&#233;ration des femmes du Qu&#233;bec (voir le texte du Groupe des 13). Parall&#232;lement, la tentative de coaliser les groupes dans des batailles politiques, notamment au niveau municipal, a &#233;t&#233; un autre ''laboratoire social'' (ce que raconte Pierre Hamel sur l'exp&#233;rience du RCM &#224; Montr&#233;al).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, &#224; l'ombre du n&#233;olib&#233;ralisme, une partie des groupes populaires sont devenus, selon la terminologie, ''des organismes communautaires '', entit&#233;s autonomes de l'&#201;tat, dont certains ont ax&#233; leurs interventions en prestation de services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En se regroupant et en se f&#233;d&#233;rant de diverses fa&#231;ons et en menant des combats collectifs, ces organisations ont fait le mouvement. En fin de compte, les groupes populaires et communautaires, chacun &#224; l'&#232;res et communautaires, chacun &#224; leur mani&#232;re, se sont organis&#233;s autour de trois grands mandats qui continuent jusqu'&#224; nos jours :&lt;br class='autobr' /&gt; &#183; la prestation de services et d'interventions professionnelles pour r&#233;pondre &#224; des besoins sp&#233;cifiques ; &lt;br class='autobr' /&gt; &#183; L'action pour une transformation de la soci&#233;t&#233; ;	&lt;br class='autobr' /&gt; &#183; la mobilisation, l'appropriation des actes et l'empowerment des citoyens et citoyennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois mandats se r&#233;partissent de fa&#231;on in&#233;gale dans chacune des organisations en question, qui sont parfois &#034;hybrides&#034; :voir l'analyse de l'exp&#233;rience du FRAPRU, un mouvement embl&#233;matique, pr&#233;sent&#233;e par Fran&#231;ois Saillant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nouveaux d&#233;fis, nouvelles luttes &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui , on constate que la lutte pour l'autonomie des groupes communautaires se d&#233;veloppe sur un terrain nouveau. Maintenant, le gouvernement dit aux groupes : &#171; Bravo, vous &#234;tes autonomes. Seulement, si vous voulez survivre, il faudra vous conformer &#224; nos dispositifs normatifs &#187; ... Ainsi, le moule ant&#233;rieur est bris&#233; et on tente d'imposer au Qu&#233;bec une sorte de mod&#232;le am&#233;ricain, privatis&#233;, d&#233;politis&#233;, imbu d'un discours caritatif m&#233;prisant... D'o&#249; de nouvelles luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#183; Pour maintenir l'autonomie r&#233;elle des organismes communautaires et pour d&#233;velopper davantage la d&#233;mocratie, des luttes s'organisent pour assurer une participation pleine et enti&#232;re des citoyennes et des citoyens. &lt;br class='autobr' /&gt; &#183; Pour imposer des politiques respectueuses des besoins, les groupes s'efforcent de consid&#233;rer les gens comme des acteurs, non des &#171; b&#233;n&#233;ficiaires, dans la prestation et l'offre de services. &lt;br class='autobr' /&gt; &#183; Pour int&#233;grer la prestation de services dans une approche r&#233;ellement inclusive et communautaire, il importe de tenir compte des groupes plus vuln&#233;rables &lt;i&gt; femmes monoparentales, jeunes d&#233;crocheurs, minorit&#233;s racis&#233;es Autochtones.etc &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &#183; Ce qui implique de r&#233;sister aux nouvelles dispositions normatives (sur le fonctionnement, la place des citoyennes et des citoyens dans les conseils d'administration, dans les PPC, etc.). &lt;br class='autobr' /&gt; &#183; Enfin, il faut lutter pour assurer des conditions de travail et salariales de qualit&#233; pour les employ&#233;-e-s des organismes, ce qui implique du financement ad&#233;quat, &#224; long terme, en soutien &#224; leur mission (pas seulement aux projets, ou dans le cadre d'ententes de services), afin de cr&#233;er dans ces groupes un environnement de travail &#233;panouissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, il est n&#233;cessaire de reconstruire un rapport de force avec l'&#201;tat . C'est ce que comprennent plusieurs centaines de groupes populaires, notamment ceux qui ont particip&#233;, depuis 2016, aux multiples actions de la campagne Engagez-vous pour le communautaire, qui r&#233;clame une augmentation du financement gouvernemental &#224; la hauteur de 475 millions de dollars pour plus de 4 000 organismes d'action communautaire autonome, le respect de l'autonomie des organismes et un r&#233;investissement majeur dans les services publics et les programmes sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Extrait &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Rapport et suivi de la Commission populaire pour l'action communautaire autonome &lt;/i&gt; (ACA) octobre 2016, p. 21&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organismes d'action communautaire autonome (ACA) observent une augmentation des probl&#232;mes de sant&#233; physique et mentale chez leurs membres ainsi que chez les participantes et les personnes utilisant leurs services. Suite aux compressions dans les services publics, les membres et les &#233;quipes de travail dans les organismes constatent qu'il manque des services de r&#233;pit et de soutien &#224; domicile. De plus, elles observent une r&#233;duction, un manque de suivi ou une discontinuit&#233; dans les services donn&#233;s par les ressources gouvernementales, quand ce ne sont pas des changements d'intervenantes &#224; r&#233;p&#233;tition ou l'inscription de personnes &#224; une liste d'attente. Les organismes ont constat&#233; une augmentation de la d&#233;tresse, de la pauvret&#233; et de la faim, et les personnes qu'ils rejoignent sont de plus en plus en mode survie. Les membres et les &#233;quipes de travail des organismes observent que de plus en plus de personnes qui fr&#233;quentent leurs organismes sont en situation d'&#233;puisement professionnel, alors que d'autres ont perdu leur emploi. Dans le cas o&#249; ces personnes ont recours aux services publics ou communautaires pour avoir de l'aide .. ces ressources sont d&#233;bord&#233;es et ont de la difficult&#233; &#224; offrir les services n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Sur un plan conceptuel, il faut &#233;galement revoir la place et m&#234;me le concept de l'&#201;tat. Celui-ci ne peut &#234;tre d&#233;fini comme un &#171; partenaire &#187;. C'est plut&#244;t un outil de r&#233;gulation du pouvoir et des luttes sociales qui le d&#233;finissent, bref, un terrain o&#249; se croisent r&#233;pression, cooptation et n&#233;gociation, sous la pression des couches populaires et de leurs groupes et organisations. Plut&#244;t qu'une chose ou un acteur, l'&#201;tat est un lieu o&#249; se d&#233;veloppent les luttes sociales impliquant les factions dominantes et les luttes sociales impliquant les actions dominantes et les diverses composantes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour intervenir et pour agir, les groupes communautaires se regroupent sur leurs propres bases, &#233;laborent leurs propres propositions, dans le cadre de partenariats populaires-communautaires-syndicaux (PPCS), dans le secteur environnemental, de la sant&#233;, de l'alphab&#233;tisation, du logement, dans la d&#233;fense des personnes &#224; faibles revenus, des personnes racis&#233;es, itin&#233;rantes, ch&#244;meuses, immigrantes, r&#233;fugi&#233;es, dans les organismes de jeunes, les mouvements f&#233;ministes, etc, et ce, dans toutes les r&#233;gions, selon des modalit&#233;s et des formes variables (voir le texte d'Aura sur les questions environnementales). Cela exige des efforts soutenus pour d&#233;mocratiser et enraciner davantage les groupes, qui peuvent alors sortir des sentiers battus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#183; Renouveler le bassin des membres en favorisant l'insertion des jeunes, des personnes racis&#233;es, des immigrantes et immigrants notamment (lire Cheolki Yoon et Jorge Frozzini sur !'exp&#233;rience du Centre des travailleurs immigrants, ainsi que Rose Brewer, Will Prosper, Guillaume H&#233;bert, Wissam Mansour et Narguess Mustapha, sur les luttes antiracistes en cours). &lt;br class='autobr' /&gt; &#183; Innover dans les pratiques et les formes de lutte&#183; s'ouvrir &#224; des cultures organisationnelles venant de divers horizons : travailler, en s'inspirant de la lutte &#233;tudiante de 2012, &#224; l'insertion des dimensions (multi) culturelles et multilinguistiques. &lt;br class='autobr' /&gt; &#183; Favoriser le d&#233;veloppement de coalitions th&#233;matiques, sectorielles ou globales, notamment dans le domaine municipal (voir l'analyse de Jonathan Durand Folco) et syndical (voir le texte de Thomas Collombal). Et &#233;largir, quand cela est possible, ce travail de coalition &#224; l'&#233;chelle continentale avec le Canada, les &#201;tats-Unis, le Mexique) et internationale.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pensons notamment au forum social mondial, &#224; Via Campesina (mouvement paysan (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &#183; Renforcer l'&#233;ducation populaire, la lutte pour la transformation sociale, le d&#233;veloppement de recherches actions par et pour la population, en lien avec des r&#233;seaux communautaires et leurs partenaires issus des mouvements sociaux.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notamment le Mouvement d'&#233;ducation populaire et d'action communautaire au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Merci &#233;galement aux personnes qui ont contribu&#233; &#224; l'&#233;laboration du dossier, dont Jocelyne Bernier, Linda D&#233;ry, Chantal Ism&#233; et Chooki Yoon&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pensons notamment aux CLSC dans le domaine de la sant&#233;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parall&#232;lement &#224; ces comit&#233;s de citoyens qui essaimaient un peu partout, majoritairement sous la gouverne de l'&#201;glise catholique). Lire &#224; ce sujet le t&#233;moignage de Paul Cliche, Un Militant qui n'a jamais l&#226;ch&#233;. Chronique de la gauche politique des ann&#233;es 1950 &#224; aujourd'hui. Montr&#233;al, Varia, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pensons notamment au forum social mondial, &#224; Via Campesina (mouvement paysan de s&#233;curit&#233; alimentaire), au R&#233;so NO Vox (logement), au Mouvement populaire pour la sant&#233;, au Conseil international d'&#233;ducation des adultes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notamment le Mouvement d'&#233;ducation populaire et d'action communautaire au Qu&#233;bec (MEPACQ), le R&#233;seau qu&#233;b&#233;cois de l'action communautaire autonome (RQ-ACA), la Coalition des tables r&#233;gionales d'organismes communautaires (CTROC), la Table des regroupement provinciaux d'organismes communautaires et b&#233;n&#233;voles (TRPOCB), la Table nationale des corporations de d&#233;veloppement communautaire (TNCOC). ; l'Institut de coop&#233;ration pour l'&#233;ducation des adultes (ICEA) et plusieurs autres organismes agissant dans diverses r&#233;gions du Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Manon Mass&#233; : la politique par en bas</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Manon-Masse-la-politique-par-en-bas</link>
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		<dc:date>2018-09-26T23:16:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathilde Grandgonnet, Pierre Beaudet</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;lections 2018</dc:subject>
		<dc:subject>Elections du Qu&#233;bec 2018</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-09-25</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;NCS &#8211; Comment a commenc&#233; ton aventure dans le monde militant ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Manon Mass&#233; &#8211; Mon parcours commence dans les centres d'&#233;ducation populaire, en fait dans la pastorale sociale. J'avais commenc&#233; un bac en th&#233;ologie, et finalement je me suis rendu compte que ce n'&#233;tait pas pour moi. L'injustice sociale, c'est le mot-cl&#233; dans mon parcours. Pourquoi ? Comment ? Comment &#231;a s'articule ? Ce sont les mouvements d'&#233;ducation populaire qui ont fait ma conscientisation politique. C'est l&#224; que j'apprends (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH80/arton36166-96386.png?1781103548' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NCS &#8211; Comment a commenc&#233; ton aventure dans le monde militant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Manon Mass&#233;&lt;/strong&gt; &#8211; Mon parcours commence dans les centres d'&#233;ducation populaire, en fait dans la pastorale sociale. J'avais commenc&#233; un bac en th&#233;ologie, et finalement je me suis rendu compte que ce n'&#233;tait pas pour moi. L'injustice sociale, c'est le mot-cl&#233; dans mon parcours. Pourquoi ? Comment ? Comment &#231;a s'articule ? Ce sont les mouvements d'&#233;ducation populaire qui ont fait ma conscientisation politique. C'est l&#224; que j'apprends &#224; r&#233;fl&#233;chir sur cette &#171; d&#233;mocratie &#187; qui se pr&#233;sente comme la libert&#233; pour tout le monde, mais qui est en fait une grande machine qui prend les d&#233;cisions &#224; notre place. Au d&#233;but des ann&#233;es 1980, je suis embauch&#233;e par le Comit&#233; social Centre-Sud. Et ainsi, je suis devenue une &#171; activiste &#187; &#224; travers l'outil extraordinaire qu'est l'&#233;ducation populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NCS &#8211; Quel est cet outil ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M.M. &#8211; On peut le r&#233;sumer dans une petite formule : &#171; Toi, seule, tu ne sais rien, mais ensemble on sait tout, on peut tout &#187;. Dans mes interventions, je ne suis pas &#224; l'aise dans la posture de celle qui sait. Je suis tr&#232;s &#224; l'aise d'&#234;tre celle qui suscite, qui fait en sorte qu'ensemble on d&#233;couvre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NCS &#8211; Tu as aussi d&#233;couvert l'oppression de genre&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M.M. &#8211; Le Comit&#233; social est l&#224; pour aider cette population vuln&#233;rable du Centre-Sud, et ce sont les femmes qu'on voit. &#192; cette &#233;poque, celles-ci sont confront&#233;es &#224; un nouveau probl&#232;me, la gentrification (l'embourgeoisement). Elles viennent aux ateliers de couture ou de cuisine pour en parler, pour s'entraider, pour boucler les fins de mois. Leur situation est pr&#233;caire. Des propri&#233;taires veulent les mettre dehors pour vendre ou pour louer les appartements &#224; prix &#233;lev&#233; &#224; une nouvelle client&#232;le compos&#233;e d'hommes gais, capables de payer. Il y a vraiment une r&#233;alit&#233; de classe sociale diff&#233;rente qui s'exprime. Ensemble, on trouve des solutions. On va parler aux gens, y compris aux gais. On permet &#224; des femmes et &#224; des familles de garder leur logement. On vit l'exp&#233;rience sans n&#233;cessairement l'intellectualiser, mais en agissant ce sur quoi on a du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NCS &#8211; De l'&#233;ducation populaire, tu &#233;volues vers le mouvement des femmes&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M.M. &#8211; En 1994, je travaille au YMCA et j'entends dire que Fran&#231;oise David invite des groupes de femmes pour partager l'id&#233;e d'un grand projet de lutte contre la pauvret&#233;. &#192; cette &#233;poque, je ne me reconnais pas f&#233;ministe deux secondes, mais cette id&#233;e d'une marche des femmes contre la pauvret&#233;, &#231;a m'accroche. Avec des f&#233;ministes qui sont de tous les r&#233;seaux, c'est ainsi que na&#238;t la Marche Du pain et des roses. Avec cette exp&#233;rience, je d&#233;couvre que la pauvret&#233; a un sexe ! Je commence aussi &#224; m'&#233;quiper en termes d'analyse de classe, &#224; comprendre l'&#233;volution du capitalisme. Je d&#233;couvre que ce capitalisme est un syst&#232;me qui agit &#224; la grande d&#233;faveur des femmes, patriarches obligent, qu'il y a tout un pan de l'&#233;conomie dont on ne parle jamais, parce qu'il est gratuit et que c'est nous les femmes qui l'assumons. Avec la marche, tout change. Je rajoute &#224; ma compr&#233;hension des in&#233;galit&#233;s sociales une couche de compr&#233;hension de plus qui s'appelle l'analyse f&#233;ministe. Et de l&#224;, je comprends le colonialisme, les accords commerciaux internationaux, etc. &#192; cette &#233;poque, on parle de double discrimination, mais ce n'est pas encore tr&#232;s bien articul&#233;, ni dans le mouvement des femmes ni dans le mouvement populaire. Avant que le mouvement populaire arrive &#224; comprendre qu'il y a plus d'in&#233;galit&#233;s si t'es plus fonc&#233;, &#231;a prend un peu de temps. Encore maintenant, je ne suis m&#234;me pas certaine que toutes et tous sont arriv&#233;s l&#224; ! L'analyse intersectionnelle est encore un objectif &#224; atteindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NCS &#8211; La Marche des femmes Du pain et des roses (1995), cela a &#233;t&#233; un moment d&#233;cisif ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M.M. &#8211; Ce fut un privil&#232;ge d'&#234;tre l&#224; &#224; ce moment. Pour l'organisation de la Marche, on rassemble les f&#233;ministes d'un nombre extraordinairement vari&#233; de groupes : de l'Association des religieuses pour la promotion des femmes aux f&#233;ministes dans les mouvements syndicaux, de femmes ou populaires, jusqu'aux femmes en coop&#233;ration internationale, aux &#233;colos, aux jeunes. Dans ce vaste mouvement, il y avait cependant des angles morts. Par exemple, les Autochtones et les femmes racis&#233;es sont peu pr&#233;sentes. On n'est pas contre, on veut qu'elles participent, mais on ne r&#233;ussit pas &#224; attacher les liens, le mouvement demeure majoritairement blanc. Il y avait des sensibilit&#233;s mais &#231;a se ne traduisait pas syst&#233;matiquement, concr&#232;tement, dans la lutte c&#244;te &#224; c&#244;te. C'est par apr&#232;s que &#231;a s'est fait, lorsqu'on a commenc&#233; &#224; mieux comprendre l'intersectionnalit&#233;. La Marche mondiale des femmes de l'an 2000 nous rapprochera plus de cet objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NCS &#8211; Qu'est-ce qui t'a fait &#233;voluer des mouvements populaires vers Qu&#233;bec solidaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M.M. &#8211; La Marche de 1995 a permis aux femmes d'avoir gain de cause sur plusieurs de leurs revendications, mais lors de la Marche mondiale de 2000, le gouvernement du Qu&#233;bec nous a envoy&#233; promener. C'est m&#234;me insultant, parce que comme seule r&#233;ponse &#224; nos 20 revendications, il d&#233;cide d'augmenter le salaire minimum de 10 cents de l'heure ! Dans les groupes de femmes, il y a beaucoup de col&#232;re. Ce gouvernement du Parti qu&#233;b&#233;cois (PQ) a du front. On vient d'organiser la plan&#232;te enti&#232;re et notre propre gouvernement nous rit dans la face. On se dit, cela ne peut plus durer, il faut que &#231;a change. Avec la coorganisatrice de l'action au Qu&#233;bec, Alexa Conradi, on dit alors &#224; Fran&#231;oise David qu'il faut qu'elle int&#232;gre &#224; son discours la n&#233;cessit&#233; d'aller sur le terrain &#233;lectoral. On ne sait pas trop comment. Fran&#231;oise a des h&#233;sitations, mais finalement, en partie parce qu'elle a confiance en nous, elle accepte. Le 14 octobre 2000, devant une foule d'au moins 30 000 personnes, elle dit : &#171; Va-t-il falloir cr&#233;er un nouveau parti politique ? &#187; C'est alors qu'on a senti comme un frisson dans la foule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NCS &#8211; Comment le processus a-t-il d&#233;marr&#233; concr&#232;tement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M.M. &#8211; Comme d'habitude, autour d'une table. Nous &#233;tions quelques-unes et quelques-uns &#224; trouver que les partis politiques existants ne r&#233;pondaient plus aux besoins du peuple. L'id&#233;e de mettre sur pied un mouvement politique faisait son chemin. Pour moi, cela doit se faire avec Fran&#231;oise David, c'est elle la porteuse, c'est elle la femme d'&#201;tat. &#192; ce moment, moi je ne veux pas vraiment faire de politique, mais je veux faire gagner Fran&#231;oise !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NCS &#8211; Il y a des d&#233;bats et tout le monde n'est pas d'accord&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M.M. &#8211; Dans un premier temps, nous avons mis sur pied le r&#233;seau D'abord solidaires qui r&#233;unit des gens qui veulent profond&#233;ment changer le monde. Sans &#234;tre d'accord sur tout, on veut travailler ensemble, parce qu'on l'a fait depuis quelques ann&#233;es avec le Sommet socio&#233;conomique de 1996, la Marche mondiale des femmes en 2000, le Sommet des Am&#233;riques en 2001, et j'en passe. Pendant deux ans et demi, on r&#233;fl&#233;chit sur comment ce changement peut survenir. On sait, au moins, qu'il faut une vaste d&#233;marche d'&#233;ducation politique. Au fil du temps, on en vient &#224; des conclusions un peu diff&#233;rentes. Et ainsi une &#171; b&#233;bitte &#187; &#224; trois t&#234;tes est n&#233;e. Il y a la t&#234;te &#171; &#233;ducation politique &#187; qui doit &#234;tre non partisane. Il y a une t&#234;te libertaire pour qui l'important est de red&#233;finir les fa&#231;ons de faire en agissant &#224; la base. Et finalement, il y a la t&#234;te Option citoyenne qui veut faire de la politique partisane. Tout en respectant nos diff&#233;rences, on reste solidaire. &#192; la fin, nous nous quittons en bons termes avec la conviction que l'action des trois &#171; t&#234;tes &#187; est n&#233;cessaire si ont veut arriver &#224; un r&#233;el changement durable !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NCS &#8211; Comment s'est fait le rapprochement d'Option citoyenne avec l'Union des forces progressistes (UFP) ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M.M. &#8211; Pour les membres d'Option citoyenne, une des questions d&#233;licates &#224; discuter est celle de l'ind&#233;pendance. Pour nous &#224; Option citoyenne, le projet social a toujours &#233;t&#233; pr&#233;dominant. Malgr&#233; les craintes, l'id&#233;e d'un mariage avec l'UFP est int&#233;ressante puisqu'on peut imaginer placer le projet social au c&#339;ur du projet ind&#233;pendantiste. &#192; l'UFP, la d&#233;marche propos&#233;e pour faire l'ind&#233;pendance est une assembl&#233;e constituante o&#249; pourrait s'exercer le choix du peuple, par le peuple, pour le peuple. Une vraie d&#233;marche de souverainet&#233; populaire ! Cela prend &#224; peu pr&#232;s deux ans de rencontres pour clarifier tous les &#233;l&#233;ments de la fusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NCS &#8211; Tu pensais que le f&#233;minisme pouvait &#234;tre au c&#339;ur de ce projet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M.M. &#8211; Option citoyenne &#233;tait une organisation compos&#233;e majoritairement de femmes alors que l'UFP nous apparaissait un peu un club de gars. Pour le congr&#232;s de fondation de Qu&#233;bec solidaire, j'ai travaill&#233; fort avec des f&#233;ministes de l'UFP pour &#234;tre certaine qu'il y ait au moins 50 % de femmes pr&#233;sentes. Plus encore, que les femmes allaient &#234;tre confortables avec le fonctionnement, la culture organisationnelle. &#199;a a r&#233;ussi. &#199;a a &#233;t&#233; un tr&#232;s beau moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NCS &#8211; L'&#233;tape &#233;tait franchie&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M.M. &#8211; &#192; partir de ce moment-l&#224;, le f&#233;minisme s'est inscrit dans le code g&#233;n&#233;tique de Qu&#233;bec solidaire (QS). En 2006, QS est fond&#233;. Un mois apr&#232;s, il y a une &#233;lection partielle dans la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques. Au d&#233;but, pour moi, c'est un peu la surprise, toutes les personnes qui pensent se pr&#233;senter comme candidates sont des hommes. Je me dis que ce n'est pas vrai qu'un parti f&#233;ministe va pr&#233;senter un gars &#224; sa premi&#232;re &#233;lection, aussi bon qu'il soit. J'ai donc d&#233;cid&#233; de relever le d&#233;fi. Je me suis pr&#233;sent&#233;e cinq fois : en 2006, 2007, 2008, 2012 et 2014&#8230; Cinq campagnes &#233;lectorales en huit ans, c'est dur, je ne sais m&#234;me pas comment j'ai r&#233;ussi &#224; faire &#231;a !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NCS &#8211; Abordons un autre th&#232;me, qui est reli&#233; bien s&#251;r. Les groupes communautaires qui sont ta base en quelque sorte passent un mauvais moment. Ils perdent leur autonomie, ils deviennent des outils de l'&#201;tat qui se d&#233;charge de ses fonctions sociales. En m&#234;me temps, l'&#201;tat les place dans une situation o&#249; on leur permet de moins en moins de revendiquer. Comment faire pour r&#233;sister &#224; cela ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M.M. &#8211; Je n'ai pas la pr&#233;tention d'avoir une pleine analyse, mais il me semble que ce paradigme existe depuis longtemps. Dans tout le mouvement communautaire, il me semble que les centres de femmes ont mieux g&#233;r&#233; cette situation. Ils ont continu&#233; d'accueillir les femmes, de briser l'isolement, de faire de l'&#233;coute, de les orienter, et en m&#234;me temps, de faire de l'analyse de conjoncture, de l'&#233;ducation populaire, du travail de conscientisation et de l'action collective. Cette approche a toujours fait partie de leur mission, d'o&#249; la tradition de faire de l'action collective tout en aidant les femmes dans ce qu'elles vivent. Au bout du compte, les groupes populaires doivent tout faire pour ne pas perdre leur &#233;toile du Nord qui est celle de la d&#233;fense des droits. L'&#201;tat veut faire de nous des groupes de service point &#224; la ligne ! Nous devons r&#233;sister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NCS &#8211; Revenons &#224; QS. Le parti progresse mais rencontre encore des obstacles. Est-ce que ce projet peut &#233;viter les risques de tomber dans la politique &#171; politicienne &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M.M. &#8211; Il y a toujours un risque. Il y a aussi un risque &#224; ne rien faire. Quand j'ai d&#233;cid&#233; de faire de la politique, je savais qu'il y avait ce risque. Quand j'ai d&#233;cid&#233; d'arr&#234;ter d'&#234;tre dans les groupes de femmes, c'&#233;tait aussi un autre risque. Des fois je me pose la question : &#171; Est-ce que j'aurais d&#251; rester l&#224; ? J'aurais peut-&#234;tre provoqu&#233; plus de changement que dans le parti politique &#187;. Au bout de la ligne, je me suis dit que &#231;a faisait 35 ans que je jouais dans l'autre cour, et donc, qu'il &#233;tait temps d'essayer dans celle-l&#224; pour voir si &#231;a marchait mieux. Autrement, je n'ai jamais arr&#234;t&#233; de faire la m&#234;me chose. J'ai pris des v&#233;hicules diff&#233;rents, j'ai m&#234;me fait de l'action directe (avec le bateau canadien pour Gaza !). Dans la boite &#224; outils de la transformation sociale, j'ai trouv&#233; plusieurs choses utiles, plusieurs outils. C'est certain que les revendications face &#224; nos droits doivent &#234;tre dirig&#233;es vers l'&#201;tat. Sinon les femmes pourraient continuer &#224; &#234;tre viol&#233;es par leur conjoint sans que ce soit reconnu comme un viol. Le l&#233;gislateur a un r&#244;le &#224; jouer. Alors pour moi qui ai une petite tendance anarchiste, il n'y a pas d'incompatibilit&#233; entre faire ce que je fais, faire de l'action directe, continuer l'action d'&#233;ducation, et ne pas &#233;carter l'id&#233;e de la d&#233;sob&#233;issance civile non violente. &#192; travers l'histoire, les peuples n'ont jamais obtenu justice en restant assis &#224; attendre que les puissants les reconnaissent. Il en est encore de m&#234;me aujourd'hui !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manon Mass&#233; , Mathilde Grandgonnet and Pierre Beaudet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.-S.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nouveaux Cahiers du socialisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cahiersdusocialisme.org/manon-masse-la-politique-par-en-bas/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cahiersdusocialisme.org/manon-masse-la-politique-par-en-bas/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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