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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>S'inqui&#233;ter pour nos retraites</title>
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		<dc:date>2014-08-12T11:56:06Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexandra Cyr</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Retraites</dc:subject>
		<dc:subject>Retraites</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-07-01</dc:subject>

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&lt;p&gt;Depuis quelques mois des &#233;luEs dans les municipalit&#233;s ont ramen&#233; dans l'actualit&#233; ce qu' elles identifient comme un probl&#232;me majeur dans la gestion des caisses de retraite de leurs employ&#201;es. Le gouvernement provincial a &#233;t&#233; saisi de l'enjeu et a d&#233;cid&#233; d'intervenir. Le gouvernement Marois avait pr&#233;par&#233; une l&#233;gislation celui de M. Couillard est pass&#233; &#224; l'acte. Sa proposition soul&#232;ve une vague de protestations impressionnante de la part des travailleurs-euses que la loi vise. Non sans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-de-retraiteEs-" rel="directory"&gt;Mouvement de retrait&#233;Es&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Retraites-+" rel="tag"&gt;Retraites&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Retraites-540-+" rel="tag"&gt;Retraites&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2014-07-01-+" rel="tag"&gt;Edition du 2014-07-01&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton18234-77a35.jpg?1674677494' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis quelques mois des &#233;luEs dans les municipalit&#233;s ont ramen&#233; dans l'actualit&#233; ce qu' elles identifient comme un probl&#232;me majeur dans la gestion des caisses de retraite de leurs employ&#201;es. Le gouvernement provincial a &#233;t&#233; saisi de l'enjeu et a d&#233;cid&#233; d'intervenir. Le gouvernement Marois avait pr&#233;par&#233; une l&#233;gislation celui de M. Couillard est pass&#233; &#224; l'acte. Sa proposition soul&#232;ve une vague de protestations impressionnante de la part des travailleurs-euses que la loi vise. Non sans raison. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cet article je veux placer cet &#233;pisode particulier dans le contexte plus large du traitement g&#233;n&#233;ral des retraites dans notre soci&#233;t&#233;. Je vais tenter de montrer comment on fabrique des soi-disant privil&#233;gi&#233;Es, qui contr&#244;le r&#233;ellement les caisses de retraites, donner une id&#233;e des revenus des retrait&#233;Es b&#233;n&#233;ficiant d'une rente d'un fond de pension, parler d'&#233;quit&#233; entre les g&#233;n&#233;rations et entre les contribuables et les travailleurs-euses du secteur public et parapublic et finalement envisager un autre mod&#232;le plus juste et plus solidaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;monter quelques arguments &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1-	DES PRIVIL&#201;GI&#201;/ES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet argument est employ&#233; sous deux aspects quand il est question des retraites. On traite de privil&#233;gi&#233;Es ceux et celles qui b&#233;n&#233;ficient d'une rente venant d'un fond de pension apr&#232;s y avoir contribu&#233; durant leurs ann&#233;es de travail. C'est l'&#233;quivalent d'un reproche quand &#231;a n'est pas une insulte. Lorsque ces retrait&#233;Es re&#231;oivent leur rente d'un fond du secteur public la condamnation est encore plus vigoureuse puisque ce sont les contribuables qui en dernier ressort payent la part de l'employeur dans ces caisses. Et nous entendons &#224; r&#233;p&#233;tition en ce moment l'argument que &#171; la majorit&#233; de ces contribuables ne b&#233;n&#233;ficient pas d'un fond de pension &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voil&#224; la fabrique des privil&#233;gi&#233;Es ! Dans notre pays riche, il n'existe aucun droit &#224; des revenus de retraite raisonnables. Les fonds de pension ont &#233;t&#233; gagn&#233;s historiquement par des luttes syndicales. Donc, ces fonds sont concentr&#233;s dans les grandes entreprises o&#249; le personnel est syndiqu&#233;, o&#249; les luttes ont &#233;t&#233; men&#233;es avec succ&#232;s dans le pass&#233; et ont soutenu leur maintient. C'est aussi le cas dans le secteur public et dans certains autres secteurs comme la construction. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une soci&#233;t&#233; capitaliste, la raret&#233; fait augmenter presque automatiquement la valeur d'un produit. Si vous pouvez vous le procurer c'est que vous faites parti des &#171; privil&#233;gi&#233;ES &#187;. C'est le cas avec nos fonds de pension : ils ne concernent qu'une partie des travailleurs-euses, ils sont donc class&#233;s dans les privil&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE SCANDALE N'EST DONC PAS QU'UNE PARTIE DE LA CLASSE TRAVAILLEUSE B&#201;N&#201;FICIE D'UNE RENTE VERS&#201;E PAR UN FONDS DE PENSION AUQUEL ELLE A CONTRIBU&#201;, MAIS QUE TOUS ET TOUTES N'AIENT PAS L'&#201;QUIVALENT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2-	CES FONDS DE PENSION CO&#219;TENT TROP CHER AUX EMPLOYEURS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet argument si lourdement utilis&#233; par les administrations municipales en ce moment, est de plus en plus pr&#233;sent, m&#234;me dans le secteur priv&#233;. &#192; la base, pour constituer ces caisses les employeurs et les employ&#233;Es contribuent &#224; un niveau d&#233;termin&#233; par n&#233;gociation comme pour toutes les autres sp&#233;cificit&#233;s du fonds. En g&#233;n&#233;ral, la part de l'employeur est plus &#233;lev&#233;e que celles de son personnel. Avec l'approfondissement des r&#232;gles n&#233;o lib&#233;rales dans les industries et avec en plus la crise depuis 2008, les attaques contre les fonds de pension et contre leur structure de financement se sont accumul&#233;es. Et nos gouvernements ont soutenu indirectement cette tendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La part de l'employeur fait parti du co&#251;t global de sa main d'&#339;uvre. Tous les moyens sont utilis&#233;s pour faire baisser ce co&#251;t. Vouloir diminuer sa part de contribution &#224; la caisse de retraite sinon faire dispara&#238;tre le programme, est un minimum. L&#224; o&#249; les syndicats ne sont pas tr&#232;s forts, ou encore pas tr&#232;s combattifs, des am&#233;nagements ont &#233;t&#233; introduits au profit des employeurs. La menace de la disparition totale &#224; fait son effet. Car, dans les faits, ces fonds appartiennent aux employeurs et c'est le rapport de force qui fait la diff&#233;rence pour les travailleurs-euses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En introduisant divers instruments d'&#233;pargne pour la retraite, REER, RVER etc., les gouvernements soutiennent la tendance &#224; la disparition des fonds de pension collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3-	LES FONDS DE PENSION DES SECTEURS PUBLICS FONT AUGMENTER LA DETE DU QU&#201;BEC&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un mythe tr&#232;s bien entretenu par ceux et celles qui veulent faire disparaitre ce qu'ils et elles ont class&#233; dans les &#171; privil&#232;ges &#187;. L'&#233;conomiste Louis Gill consid&#233;rait, qu'au 31 mars 2006, les engagements du gouvernement qu&#233;b&#233;cois envers ses r&#233;gimes de retraite repr&#233;sentaient 30% de la dette totale. Mais ajoutait-il ce n'est qu'&#233;criture comptable puisque le gouvernement honore les paiements des rentes mais n'a jamais mis de fonds r&#233;els dans la caisse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1-Parlons propagande en effet ! R&#233;plique &#224; l'article Parlons propagande, de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Selon son niveau de revenu et le nombre de retait&#233;Es, le poids du paiement des pensions sera plus ou moins important dans sa comptabilit&#233;. Mais une grande partie de ces versements lui revient sous forme de taxes &#224; la consommation car les retrait&#233;Es continuent d'acheter !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4-	LES FONDS &#192; PRESTATIONS D&#201;TERMIN&#201;ES VONT VERS LA FAILLITE &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un r&#233;gime &#224; prestations d&#233;termin&#233;es signifie que les retrait&#233;Es ont une garantie quand au niveau de rente qu'ils et elles percevront durant leur retraite. Avec ou sans indexation totale ou partielle au co&#251;t de la vie selon les r&#232;gles de leur fonds. La hauteur de la rente est fix&#233;e selon des r&#232;gles n&#233;goci&#233;es entre les parties patronales et syndicales. La quasi-totalit&#233; des fonds de pensions au Qu&#233;bec sont de cette cat&#233;gorie que ce soit dans le secteur priv&#233; ou public. Leurs caisses sont presque toutes en difficult&#233; importante en ce moment et le gouvernement a mandat&#233; au cours des derni&#232;res ann&#233;es une commission, la Commission D'Amour pour une &#233;tude approfondie de cette r&#233;alit&#233; et pour des propositions en vue d'en assurer l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article ne traitera pas de ces propositions, mais en g&#233;n&#233;ral la commission n'est pas dans l'alarmisme. Si les fonds sont dans une si mauvaise situation financi&#232;re cela tient &#224; quelques facteurs d&#233;terminants. 1- Les caisses de retraites sont g&#233;r&#233;es par des institutions financi&#232;res et les fonds accumul&#233;s sont plac&#233;s &#224; la bourse. Ils sont donc d&#233;pendants de l'&#233;volution des march&#233;s bousiers. Or, nous le savons, il y a eu une crise financi&#232;re en 2007-08 et les rendements boursiers ont fondu comme neige au soleil. Les caisses de retraites en ont donc souffert comme une large partie des investisseurs-euses. Et meilleur est le gestionnaire meilleur sera votre rendement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230;&#8230;Certains fonds ont &#233;t&#233; touch&#233; plus que les autres. 2- Au cours des bonnes ann&#233;es de rendements bousiers, les ann&#233;es 80 notamment, o&#249; les taux d'int&#233;r&#234;ts &#233;taient faramineux, les caisses avaient des ressources au-del&#224; de leurs besoins imm&#233;diats. Les contributions des travailleurs-euses &#233;taient aussi importantes : plus de monde travaillait et les salaires &#233;taient meilleurs qu'en ce moment. Les employeurs ont donc pris &#171; cong&#233; de cotisations &#187;. C'est-&#224;-dire qu'ils ont cess&#233; d'assurer leur part dans la caisse. De leur c&#244;t&#233;, les travailleurs-euses ont, dans certains cas, aussi introduit des nouveaux avantages comme les d&#233;parts &#224; la retraite plus t&#244;t, par exemple. Le rythme d'accumulation dans les caisses a donc &#233;t&#233; modifi&#233; et le tr&#233;sor n'a plus augment&#233; comme il aurait pu le faire. 3- &#192; la fin des ann&#233;es 80, avec l'approfondissement des politiques n&#233;o lib&#233;rales qui donnent aux d&#233;tenteurs-trices d'actions dans les entreprises le pouvoir d'exiger des rendements beaucoup plus &#233;lev&#233;s, souvent de 10 fois, les coupes dans le personnel et les fermetures d'usines se sont multipli&#233;es. Beaucoup de r&#232;glements de ces conflits sont pass&#233; par des mises &#224; la retraite anticip&#233;es. Le nombre de retrait&#233;ES ayant droit &#224; leur rente augmente donc plus vite qu'il ne l'aurait fait ant&#233;rieurement et pour une plus longue p&#233;riode. L'esp&#233;rance de vie augmente ! Il y a donc une pression suppl&#233;mentaire sur les caisses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me politique s'est pratiqu&#233;e dans le secteur public. L'enjeu de l'atteinte du d&#233;ficit z&#233;ro de M. Bouchard a &#233;t&#233;, il faut s'en rappeler, une vaste op&#233;ration de mise &#224; la retraite anticip&#233;e pour des milliers de travailleurs-euses du secteur public et parapublic. Leur fond de pension, le REGOP, a d&#251; suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, nous disent Fr&#233;d&#233;ric Hanin et Fran&#231;ois L'Italien dans le magazine Vie &#233;conomique sur le site Oikos, ce n'est pas l'augmentation du nombre de retrait&#233;Es qui explique les d&#233;ficits actuels qui sont 9 fois plus importants que ce qu'ils &#233;taient ant&#233;rieurement &#224; la crise financi&#232;re et boursi&#232;re. C'est la conjoncture &#233;conomique qui en est l'explication la plus importante. Quoiqu'il faille prendre en compte bien d'autres facteurs comme le nombre de participantEs qui est tr&#232;s important. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils ajoutent que nos fonds ne sont pas condamn&#233;s &#224; la faillite et que des voies de renouvellement de ces r&#233;gimes sont envisageables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5-	IL FAUT PENSER &#192; L'&#201;QUIT&#201; ENTRE LES G&#201;N&#201;RATIONS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tr&#232;s curieux que ce n'est que lorsqu'il est question des retraites que cet argument ressort &#224; pleine voix. Ces fonds qui couvrent encore 1,35 millions de personnes dont 88,65% sont dans le secteur priv&#233; ont une structure qui implique cette dimension d'&#233;quit&#233;. Elle n'est pas parfaite mais ce sont les contributeurs-trices d'aujourd'hui qui en tr&#232;s grande partie payent les retraites de ceux et celles qui les ont pr&#233;c&#233;d&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet argument, qui vise &#224; diminuer les retraites sinon &#224; les faire disparaitre, repose sur le fait qu'il y a moins de travailleurs-euses en ce moment mais surtout qui gagnent de moins bons salaires que leurs pr&#233;d&#233;cesseurEs. Les rentr&#233;es de fonds sont donc moins importantes. C'est bien une des contradictions du syst&#232;me capitaliste qui, pour prot&#233;ger les profits, fait baisser les salaires souvent jusqu'&#224; l'ind&#233;cence et ensuite utilise l'argument des bas salaires pour faire cesser des instruments de solidarit&#233; au c&#339;ur des classes travailleuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; n&#233;o lib&#233;rale ne tol&#232;re pas la solidarit&#233;, surtout institutionnalis&#233;e. Elle construit et ne valorise que le chacun pour soi. En mati&#232;re de pension comme du reste. Or, il existe &#224; l'heure actuelle une pression immense venant des secteurs financiers et productifs pour que les retraites soient individualis&#233;es, que ChacunE &#233;conomise et g&#232;re son fond de retraite. L'ex-pr&#233;sident am&#233;ricain G.W. Bush a tent&#233; &#224; deux reprises au cours de ses mandats de faire disparaitre la fameuse Social Security qui est le fond de pension universel aux &#201;tats-Unis. Il a &#233;chou&#233; ! L'opposition et la r&#233;sistance sont venues &#224; bout de ce projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouveaux v&#233;hicules que nos gouvernements inventent pour inciter la population jeune &#224; &#233;pargner pour sa retraite vont tout-&#224;-fait dans ce sens, rabais d'imp&#244;t &#224; l'appui. Ces rabais ne favorisent que ceux et celles qui gagnent le plus. Le dernier n&#233;, le R&#233;gime d'&#233;pargne volontaire pour la retraite, s'adresse aux individus et m&#233;nage les employeurs qui ne sont pas du tout oblig&#233;s d'y contribuer. Le volontariat est de ce c&#244;t&#233;-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet article il n'a &#233;t&#233; question que des r&#233;gimes &#224; prestations d&#233;termin&#233;es car ce sont eux qui sont sur la sellette en ce moment. Pourtant, toute la question des revenus de retraite est en cause dans tout le Canada, Qu&#233;bec y compris. Pour en finir avec les privil&#232;ges et les privil&#233;gi&#233;Es dans ce domaine il faut absolument prendre le probl&#232;me autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que tous les travailleurs et toutes les travailleuses aient droit &#224; des revenus d&#233;cents pour cette &#233;tape de leur vie. L'introduction au cours des ann&#233;es 90 du RRQ (R&#233;gime des rentes du Qu&#233;bec), arrangement qu&#233;b&#233;cois du Canada Pension Plan, est un pas dans la bonne direction. Sa premi&#232;re vertu est d'&#234;tre universel : toute personne qui travaille, o&#249; que ce soit, y contribue m&#234;me ceux et celles qui b&#233;n&#233;ficient d'un fond &#224; prestations d&#233;termin&#233;es. Sa structure n'est pas pour autant &#233;galitaire ; il favorise les hommes et les hautEs salari&#233;Es. Il y a un an environ, un regroupement de femmes de la FFQ et des grandes centrales syndicales ont men&#233; une campagne pour qu'il soit r&#233;vis&#233; et am&#233;lior&#233; pour mieux tenir compte des sp&#233;cificit&#233;s des emplois des femmes. Il ne verse que des rentes minimales. Personne ne peut compter sur ce fond pour vivre. Pourtant, alors qu'une majorit&#233; des provinces &#233;taient d'accord pour l'am&#233;liorer, l'an dernier, le gouvernement f&#233;d&#233;ral a refus&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'un programme universel pour les classes travailleuses. Dans la plupart des pays europ&#233;ens et m&#234;me aux &#201;tats-Unis se sont des caisses de retraites centralis&#233;es qui per&#231;oivent les contributions et g&#232;rent les pensions garanties par les &#201;tats. En g&#233;n&#233;ral elles font mieux que les fonds priv&#233;s. Ce fut le cas ici pour le RRQ au cours de la crise. Leurs frais de gestion sont bien moins on&#233;reux. Et surtout il n'y a peu ou pas de d&#233;pendance envers la bourse. Le principe veut que ce soient les contributions d'aujourd'hui qui payent les rentes. C'est la vigueur de l'&#233;conomie du pays qui garantie le programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une condition imp&#233;rieuse est &#224; respecter : que la gestion soit vraiment coll&#233;giale entre toutes les parties dont les retrait&#233;Es. Pas question de constituer quelque caisse que ce soit sur laquelle les gouvernements pourraient mettre la main comme le gouvernent f&#233;d&#233;ral l'a fait avec celle de l'assurance ch&#244;mage dans les ann&#233;es 90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette formule, qui pr&#233;sente quand m&#234;me des probl&#232;mes r&#233;els, ne fait pas du tout l'affaire des institutions financi&#232;res. Elle leur retire une grande partie de leur terrain de jeu et&#8230;..de profits. Tous les v&#233;hicules invent&#233;s par l'&#201;tat canadien jusqu'&#224; maintenant garantissent du travail et des profits aux banques et autres institutions financi&#232;res qui en dernier ressort g&#232;rent l'ensemble des fonds et &#233;pargnes pour la retraite de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nulle part dans le d&#233;bat actuel cette possibilit&#233; est-elle invoqu&#233;e. C'est un sujet tabou qui m&#233;rite pourtant une bien meilleure attention.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1-Parlons propagande en effet ! R&#233;plique &#224; l'article Parlons propagande, de Mme Nathalie Elgraby de l'Institut &#233;conomique de Montr&#233;al, publi&#233; sur Les classiques des sciences sociales, de l'UQAC. 2007&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Inde, terre de luttes et d'espoirs</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-Inde-terre-de-luttes-et-d-espoirs</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/L-Inde-terre-de-luttes-et-d-espoirs</guid>
		<dc:date>2014-07-08T12:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Claude Ravet</dc:creator>


		<dc:subject>Revue Relations</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-07-01</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;V&#233;ritable sous-continent, l'Inde est avec son 1,2 milliard d'habitants le 2e pays le plus populeux du monde &#8211; mais selon toute vraisemblance, elle d&#233;tr&#244;nera la Chine au 1er rang dans moins d'une d&#233;cennie. L'Uttar Pradesh, l'un des 35 &#201;tats de la f&#233;d&#233;ration indienne, &#224; lui seul, compte une population de 200 millions d'habitants, ce qui le placerait au 5e rang mondial s'il &#233;tait une nation. En plus des deux langues nationales, l'hindi et l'anglais, l'Inde a 21 langues officielles (divis&#233;es (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L116xH150/arton18227-04d77.jpg?1677991425' class='spip_logo spip_logo_right' width='116' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;V&#233;ritable sous-continent, l'Inde est avec son 1,2 milliard d'habitants le 2e pays le plus populeux du monde &#8211; mais selon toute vraisemblance, elle d&#233;tr&#244;nera la Chine au 1er rang dans moins d'une d&#233;cennie. L'Uttar Pradesh, l'un des 35 &#201;tats de la f&#233;d&#233;ration indienne, &#224; lui seul, compte une population de 200 millions d'habitants, ce qui le placerait au 5e rang mondial s'il &#233;tait une nation. En plus des deux langues nationales, l'hindi et l'anglais, l'Inde a 21 langues officielles (divis&#233;es principalement en trois groupes linguistiques : indo-aryen, dravidien et tib&#233;to-birman), qui varient selon les &#201;tats. C'est sans compter les milliers de dialectes qu'on y parle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cette extraordinaire diversit&#233; s'exprime aussi dans le domaine religieux. En plus d'une forte majorit&#233; hindoue (80 %), elle-m&#234;me divis&#233;e en une multitude de sectes, l'Inde poss&#232;de aussi une importante minorit&#233; historique musulmane (entre 160 et 170 millions de personnes), qui en fait le 3e pays musulman dans le monde apr&#232;s l'Indon&#233;sie et le Pakistan. Viennent ensuite les sikhs (concentr&#233;s au Pendjab) et les chr&#233;tiens, tous deux constituant 2 % de la population et, en nombre moindre, les bouddhistes, les zoroastriens, les juifs et autres adeptes des quelque 1700 religions recens&#233;es en Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par sa richesse culturelle, spirituelle et religieuse mill&#233;naire, l'Inde a depuis longtemps fascin&#233; l'Occident. Mais &#224; l'&#232;re de la globalisation, ce qui attire le plus souvent les regards des m&#233;dias, c'est sa croissance &#233;conomique exceptionnelle, mesur&#233;e &#224; l'aune du PIB, qui la fait &#233;merger comme une puissance mondiale de plus en plus incontournable. Ce n'est pas de cette &#171; Inde qui brille &#187;, marqu&#233;e du blanc-seing des institutions financi&#232;res internationales, dont parle ce dossier, sinon en arri&#232;re-plan. Mais de l'Inde des d&#233;sh&#233;rit&#233;s, des opprim&#233;s, des d&#233;poss&#233;d&#233;s, celle des 900 millions d'Indiens et d'Indiennes vivant avec moins de 2 $ par jour (dont 600 millions avec moins de 1,25 $ par jour), selon la Banque asiatique de d&#233;veloppement. Cette Inde sacrifi&#233;e sur l'autel d'un d&#233;veloppement ne visant que l'enrichissement boulimique d'une infime &#233;lite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; miracle &#187; indien est le plus souvent un mirage. Dans les campagnes, o&#249; vit 70 % de la population, mais aussi dans les villes, m&#234;me si elles h&#233;bergent la grande partie de la classe moyenne (10 % de la population). Aux c&#244;t&#233;s de la trentaine de villes indiennes de plus d'un million d'habitants (dont 3 de plus de 10 millions : Mumbai, Kolkata et Delhi), on compte une vingtaine de bidonvilles de plus de 200 000 habitants ; le plus imposant, Dharavi, &#224; la p&#233;riph&#233;rie de Mumbai, en entasse un million. Voil&#224; les destinations privil&#233;gi&#233;es de l'exode rural.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont l&#224; les fruits empoisonn&#233;s du virage n&#233;olib&#233;ral qu'a n&#233;goci&#233; l'Inde dans les ann&#233;es 1990, sous les directives du Fonds mon&#233;taire international et de la Banque mondiale. Le gouvernement n'a pas seulement tourn&#233; le dos &#224; l'&#201;tat social, mais il a pr&#233;caris&#233; l'agriculture paysanne au profit de l'agriculture intensive, ax&#233;e sur l'exportation et les OGM, une v&#233;ritable catastrophe pour une population &#224; grande majorit&#233; rurale. Aux faillites massives d'agriculteurs se sont ajout&#233;s des probl&#232;mes comme la d&#233;forestation, l'expropriation de terres agricoles (environ 2 millions d'hectares entre 1990 et 2008), le d&#233;placement massif et forc&#233; de populations, sans parler des probl&#232;mes li&#233;s &#224; l'eau, cruciaux dans un pays qui abrite le cinqui&#232;me de la population mondiale mais &#224; peine 4 % des r&#233;serves d'eau douce. Notons en particulier la contamination des eaux de surface et le tarissement des nappes phr&#233;atiques &#8211; notamment au Pendjab, consid&#233;r&#233; comme le grenier de l'Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le foss&#233; abyssal qui se creuse entre les riches et les pauvres alimente une v&#233;ritable poudri&#232;re sociale. En plus des multitudes de mouvements sociaux r&#233;sistant &#224; la d&#233;possession et &#224; l'exploitation, on assiste &#224; la radicalisation des luttes de type gu&#233;rilla dans les r&#233;gions montagneuses, riches en for&#234;ts et en minerais. On observe aussi l'instrumentalisation des tensions interethniques et religieuses qui s'exprime par la multiplication d'&#233;meutes et la disparition des zones de mixit&#233;, notamment entre hindous et musulmans &#8211; ces derniers se r&#233;fugiant dans des ghettos. Le fait qu'un parti ultranationaliste, alliant id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale et fondamentalisme hindou, le Bharatiya Janata Party (BJP), ait rafl&#233; la majorit&#233; des si&#232;ges au Parlement lors des &#233;lections de mai dernier, n'a rien pour rassurer. Ni le fait que son chef, le populiste et tr&#232;s controvers&#233; Narendra Modi &#8211; accus&#233; d'incitation &#224; l'&#233;meute contre des populations musulmanes &#8211;, se retrouve premier ministre de l'Inde, d'ailleurs. Tout le monde s'attendait &#224; cette victoire, devant la grogne populaire que suscitait le Congr&#232;s national indien, principale composante de la coalition pr&#233;c&#233;demment au pouvoir et devenu le symbole de la corruption syst&#233;mique de l'&#201;tat indien. Mais la plupart se consolaient en pensant que le BJP serait minoritaire et allait devoir s'allier &#224; d'autres partis pour gouverner, ce qui ne sera pas le cas. Cette victoire consacre ainsi la fuite en avant dans les recettes n&#233;olib&#233;rales qui sont une des importantes sources des probl&#232;mes br&#251;lants de l'Inde d'aujourd'hui. Il n'est donc pas &#233;tonnant qu'on en vienne &#224; exacerber politiquement le sentiment ethnique et religieux afin de d&#233;tourner de la sph&#232;re politique la r&#233;volte des pauvres, de plus en plus laiss&#233;s &#224; eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le riche h&#233;ritage culturel et spirituel de l'Inde, ainsi que sa longue tradition de luttes sociales et politiques non violentes, nous font cependant garder un regard confiant sur ce g&#233;ant pris dans la tourmente. Les convulsions sociales dont ce pays est le th&#233;&#226;tre sont &#224; n'en pas douter le pr&#233;lude &#224; de nouvelles naissances, comme l'Inde l'a d&#233;montr&#233; tout au long de son histoire. Le courage quotidien, la force tranquille, la joie de vivre et la fr&#233;quentation famili&#232;re avec le divin dont le peuple indien est le t&#233;moin admirable couvent mille promesses d'humanit&#233;. Elles sont d&#233;j&#224; en germe, notamment dans le projet de r&#233;forme agraire et fonci&#232;re en vue de faire justice aux millions de paysans sans terre, dans la d&#233;mocratie villageoise participative et dans l'agriculture biologique et la protection de la biodiversit&#233; qui font rager les Monsanto de ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est tir&#233; du nouveau dossier de la revue Relations intitul&#233; &#171; L'Inde, terre de luttes et d'espoirs &#187; (no 773, ao&#251;t 2014) pr&#233;sentement en kiosque. Presse-toi &#224; gauche poursuit une collaboration avec la revue Relations de fa&#231;on &#224; &#233;largir les d&#233;bats qui y sont pr&#233;sent&#233;s et les partager &#224; son lectorat. Nous accueillons cette fois un texte de son r&#233;dacteur en chef, Jean-Claude Ravet, qui ouvre le dossier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le site de Relations : &lt;a href=&#034;http://www.revuerelations.qc.ca&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.revuerelations.qc.ca&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le double mandat de l'assembl&#233;e constituante (suite)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-double-mandat-de-l-assemblee-constituante-suite</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Le-double-mandat-de-l-assemblee-constituante-suite</guid>
		<dc:date>2014-07-08T12:20:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Renaud</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Question nationale</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-07-01</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ma proposition consistant &#224; donner &#224; l'assembl&#233;e constituante le mandat de r&#233;diger deux constitutions, une provinciale et une nationale, a soulev&#233; plusieurs r&#233;actions, notamment une &#233;laboration enthousiaste de la part de Jonathan Durand Folco.[i] Il y a ajout&#233; l'id&#233;e du tirage au sort des membres de l'assembl&#233;e constituante, d&#233;velopp&#233;e par Rom&#233;o Bouchard dans un livre r&#233;cent.[ii] &lt;br class='autobr' /&gt; Le petit d&#233;bat qui est en cours sur cette nouvelle vision, plus pr&#233;cise, de l'assembl&#233;e constituante, fait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH75/arton18230-49001.png?1674689110' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ma proposition consistant &#224; donner &#224; l'assembl&#233;e constituante le mandat de r&#233;diger deux constitutions, une provinciale et une nationale, a soulev&#233; plusieurs r&#233;actions, notamment une &#233;laboration enthousiaste de la part de Jonathan Durand Folco.[i] Il y a ajout&#233; l'id&#233;e du tirage au sort des membres de l'assembl&#233;e constituante, d&#233;velopp&#233;e par Rom&#233;o Bouchard dans un livre r&#233;cent.[ii]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le petit d&#233;bat qui est en cours sur cette nouvelle vision, plus pr&#233;cise, de l'assembl&#233;e constituante, fait suite &#224; une discussion d&#233;j&#224; amorc&#233;e &#224; Qu&#233;bec solidaire depuis plusieurs mois, notamment &#224; la Commission th&#233;matique sur la souverainet&#233; (dont fait partie Jonathan Durand Folco) et dans un manifeste, publi&#233; &#224; la veille de la derni&#232;re &#233;lection par des militantes et militants ind&#233;pendantistes membres de Qu&#233;bec solidaire, d'Option nationale et non-affili&#233;s.[iii]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes ces discussions, on place souvent au centre des pr&#233;occupations l'enjeu de la strat&#233;gie ind&#233;pendantiste. Autrement dit, on se demande quelle est la meilleure mani&#232;re de r&#233;aliser l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec. Si on se place sur ce terrain, on peut avoir des doutes quand &#224; la pertinence de laisser la porte grande ouverte &#224; une issue f&#233;d&#233;raliste au processus constituant. On peut aussi avoir des doutes quand &#224; l'honn&#234;tet&#233; de la proposition constitutionnelle provinciale qui en sortirait, c'est-&#224;-dire sa faisabilit&#233; l&#233;gale dans le cadre constitutionnel canadien. Jonathan r&#233;pond tr&#232;s bien &#224; ces objections dans son dernier texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, le point de d&#233;part est diff&#233;rent, c'est celui de l'autod&#233;termination nationale. Et ce nouveau point de d&#233;part m'apparait le plus prometteur comme r&#233;ponse &#224; la double s&#233;rie d'&#233;checs subis par le mouvement souverainiste ET par les forces du f&#233;d&#233;ralisme &#171; renouvel&#233; &#187; ou autonomiste. Il s'agit de mettre la patrie au-dessus des partis, et &#224; cet &#233;gard, je me rallie &#224; l'id&#233;e du tirage au sort comme expression ultime de cette non-partisannerie dans la d&#233;marche d'autod&#233;termination. Cette formule ayant aussi l'avantage de simplifier grandement la m&#233;canique assurant la diversit&#233; de la composition de l'assembl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a tendance &#224; oublier, plus de trente ans apr&#232;s le coup de force constitutionnel de 1982, que les deux grands partis politiques qui se partageait l'Assembl&#233;e nationale &#224; l'&#233;poque &#233;taient contre. En fait, les diff&#233;rences entre les deux &#233;taient moins importantes qu'on pourrait le croire. Le PQ de L&#233;vesque proposait une souverainet&#233;-association, incluant des institutions communes importantes avec le Canada. Le PLQ de Claude Ryan et de Robert Bourassa proposait de son c&#244;t&#233; une d&#233;centralisation importante des pouvoirs vers le Qu&#233;bec. Il s'agissait en fait de deux tendances dans la grande famille autonomiste qui domine la politique qu&#233;b&#233;coise depuis Honor&#233; Mercier. Aucun des deux partis n'avan&#231;ait de projet clairement ind&#233;pendantiste ou celui d'une instance ind&#233;pendante du gouvernement et de l'Assembl&#233;e nationale pour &#233;laborer la constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camp du statu quo, de l'acceptation r&#233;sign&#233;e de la constitution impos&#233;e au Qu&#233;bec par l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral et les autres provinces, ne s'est impos&#233; au Parti lib&#233;ral que sous la gouverne de Jean Charest. M&#234;me Philippe Couillard n'a pu s'emp&#234;cher, au d&#233;but de la r&#233;cente campagne &#233;lectorale, d'&#233;voquer une possible nouvelle entente constitutionnelle, faisant suite &#224; l'&#233;chec de Meech et de Charlottetown. Et le pris pour cet abandon de l'autonomisme par les lib&#233;raux a &#233;t&#233; le succ&#232;s relatif de l'ADQ puis de la CAQ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des objectifs de ma proposition est d'&#233;veiller ce camp f&#233;d&#233;raliste autonomiste, de le mettre au d&#233;fi de proposer &#224; nouveau sa vision du Qu&#233;bec et de se tenir debout face au m&#233;lange d'indiff&#233;rence et d'hostilit&#233; qui habite l'essentiel de la classe politique du reste du Canada sur cette question. Il s'agit aussi de les inclure pleinement dans la d&#233;marche d'autod&#233;termination nationale au lieu de les consid&#233;rer comme de simples complices de la domination f&#233;d&#233;rale. Ainsi, le camp de l'autod&#233;termination, en additionnant celui des ind&#233;pendantistes et celui des autonomistes, pourrait rallier rapidement la majorit&#233; de la population et mettre fin &#224; la peur et &#224; la passivit&#233; qui nous paralysent collectivement depuis 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le double mandat est aussi une r&#233;ponse &#224; la mutation identitaire du souverainisme. Dans un texte qui date du d&#233;but de 2013, j'avais avanc&#233; une explication pour la crise profonde du PQ et du Bloc.[iv] En bref, l'absence de contenu social, d&#233;mocratique ou autre &#224; leur projet de pays, combin&#233;e avec leur vide strat&#233;gique, ont men&#233; ces partis &#224; faire de l'id&#233;e de la souverainet&#233; rien de plus qu'un marqueur identitaire. Ils nous disent en substance : &#171; Nous sommes souverainistes et donc si vous &#234;tes souverainistes vous devriez voter pour nous. &#187;. Cette souverainet&#233; identitaire, qui n'a plus rien d'un projet politique concret, va aussi de pair avec une confusion entre souverainisme et identit&#233; qu&#233;b&#233;coise. On nous laisse entendre que si on est vraiment qu&#233;b&#233;cois et qu'on souhaite d&#233;fendre &#171; les int&#233;r&#234;ts du Qu&#233;bec &#187;, il faut voter pour ces deux partis. L'effondrement du Bloc en 2011 et la d&#233;faite brutale du PQ en 2014 d&#233;montrent clairement qu'une bonne partie de leur base &#233;lectorale traditionnelle ne veut plus les suivre sur ce terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est que l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec (ou la souverainet&#233;-association, ou le f&#233;d&#233;ralisme autonomiste) n'est pas une identit&#233; mais un projet politique parmi d'autres possibles. Les autonomistes et m&#234;me les partisans du statu quo ne son pas moins qu&#233;b&#233;cois que les ind&#233;pendantistes. Le processus constituant doit appartenir &#224; toute la population du Qu&#233;bec, sur la base d'un nationalisme civique strict, ce que favorise le tirage au sort des membres de l'assembl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sortir le Qu&#233;bec de l'impasse actuelle, il faut donc distinguer quatre niveaux de discours politique, ceux de l'identit&#233; nationale, de la citoyennet&#233;, de l'expertise scientifique ou technique et du projet &#233;thico-politique.[v] L'identit&#233; nationale est mouvante, multiforme, issue de l'histoire et en constante red&#233;finition. Elle appartient aux artistes, aux &#233;crivains, au domaine de la culture. Tenter d'en faire le fondement d'un projet politique, et donc d'en circonscrire le sens, conduit &#224; des tensions profondes et &#224; de la d&#233;magogie populiste, comme on l'a constat&#233; avec le projet de Charte des valeurs. La citoyennet&#233; est universelle. Si elle s'inscrit sur un territoire en raison d'enjeux identitaires, elle ne s'y limite pas. Ceux et celles qui vivent au Qu&#233;bec la poss&#232;dent en &#233;gale mesure. C'est &#224; ce niveau que doit se situer le processus constituant et la d&#233;marche d'auto-d&#233;termination. L'expertise scientifique et technique a aussi une place dans les d&#233;bats politiques. En ce qui concerne la constituante, il s'agira principalement de l'expertise l&#233;gale des constitutionnalistes qui pourront expliquer aux membres de l'assembl&#233;e quelles sont les limites impos&#233;es &#224; une constitution provinciale, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand aux projets &#233;thico-politiques, ils appartiennent aux partis et aux mouvements sociaux, aux collectifs d'intellectuels, etc. Ils sont par essence multiples, comme le sont les valeurs, les int&#233;r&#234;ts et les opinions qui s'y confrontent. L'id&#233;e de l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec doit se situer sur ce terrain. C'est un choix collectif possible, le meilleur dans les circonstances actuelles du n&#233;ocolonialisme canadien et de la mondialisation. Mais il ne doit pas &#234;tre confondu avec l'identit&#233; nationale ou le droit partag&#233; par toute la population &#224; d&#233;terminer son avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[i] &lt;a href=&#034;http://ekopolitica.blogspot.ca/2014/06/lhypothese-du-double-mandat-comme.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://ekopolitica.blogspot.ca/2014/06/lhypothese-du-double-mandat-comme.html&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://ekopolitica.blogspot.ca/2014/06/contre-objections-la-double.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://ekopolitica.blogspot.ca/2014/06/contre-objections-la-double.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[ii] Rom&#233;o Bouchard, Constituer le Qu&#233;bec. Pistes de solution pour une v&#233;ritable d&#233;mocratie, Atelier 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[iii] &lt;a href=&#034;http://synergieonqs.wordpress.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://synergieonqs.wordpress.com/&lt;/a&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[iv] &lt;a href=&#034;http://leblogueursolidaire.blogspot.ca/2013/02/linsoutenable-legerete-detre.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://leblogueursolidaire.blogspot.ca/2013/02/linsoutenable-legerete-detre.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[v] J'emprunte ici &#224; une lecture indirecte d'une des th&#232;ses de Habermas sur les niveaux du discours politique. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Game of Thrones : Abdication, r&#233;publique et processus constituants</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Game-of-Thrones-Abdication-republique-et-processus-constituants</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Game-of-Thrones-Abdication-republique-et-processus-constituants</guid>
		<dc:date>2014-07-08T12:13:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Josep Maria Antentas </dc:creator>


		<dc:subject>Espagne</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-07-01</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les choses deviennent s&#233;rieuses. La crise politique, nourrie par trois ann&#233;es de r&#233;volte sociale face aux politiques d'aust&#233;rit&#233; et par l'&#233;mergence du processus ind&#233;pendantiste catalan, s'est transform&#233;e en une v&#233;ritable crise de r&#233;gime. La couronne, le pouvoir judiciaire et le bipartisme sont tous frapp&#233;s par des niveaux de d&#233;saffection sans pr&#233;c&#233;dent. Les r&#233;centes &#233;lections du 25 mai ont &#233;t&#233; la premi&#232;re traduction &#233;lectorale de cette dynamique de crise politique g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Elles ont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton18248-824de.jpg?1677991426' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les choses deviennent s&#233;rieuses. La crise politique, nourrie par trois ann&#233;es de r&#233;volte sociale face aux politiques d'aust&#233;rit&#233; et par l'&#233;mergence du processus ind&#233;pendantiste catalan, s'est transform&#233;e en une v&#233;ritable crise de r&#233;gime. La couronne, le pouvoir judiciaire et le bipartisme sont tous frapp&#233;s par des niveaux de d&#233;saffection sans pr&#233;c&#233;dent. Les r&#233;centes &#233;lections du 25 mai ont &#233;t&#233; la premi&#232;re traduction &#233;lectorale de cette dynamique de crise politique g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Elles ont marqu&#233; le commencement de la fin du bipartisme et signifi&#233; l'irruption de ce qui est en passe de devenir un cauchemar politique croissant pour le syst&#232;me des partis dominants : &#171; Podemos &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le navire de la Transition n'est plus qu'un v&#233;ritable &#171; Hispanic &#187;. Il prend l'eau de toute part et navigue dans des eaux pleines d'&#233;cueils et d'icebergs. Il semble qu'il n'y a pas de capitaine sur la passerelle et son &#233;quipage n'a pas les capacit&#233;s suffisantes pour surmonter tous les obstacles qui se dressent devant lui. Mais ils vont tenter une man&#339;uvre d&#233;sesp&#233;r&#233;e pour redresser le cap et il ne faut pas les sous estimer. Ils ont encore des marges. D&#233;pourvus de l&#233;gitimit&#233;, ils disposent n&#233;anmoins du contr&#244;le de tous les ressorts du pouvoir &#233;conomique, institutionnel et m&#233;diatique. L'ensemble des passagers sera-t-il capable d'organiser une mutinerie &#224; bord et de prendre la barre du navire pour le refondre compl&#232;tement ? Telle est la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les louanges ubuesques qui pleuvent de toutes parts sur l'&#339;uvre historique d'un roi discr&#233;dit&#233; et sur la pr&#233;paration et la solidit&#233; de Felipe ne sont rien d'autre que des tentatives grossi&#232;res de conjurer le spectre d'un changement r&#233;el. La transition de Juan Carlos Ier &#224; Felipe est un exercice de ravalement de fa&#231;ade politique. Une op&#233;ration de maquillage politique destin&#233;e &#224; insuffler de l'oxyg&#232;ne &#224; un r&#233;gime aux abois. L'abdication du roi s'inscrit, en toute probabilit&#233;, dans une op&#233;ration de plus grande port&#233;e pour tenter de reconstruire la l&#233;gitimit&#233; du r&#233;gime avec des r&#233;formes (constitutionnelles) insignifiantes, mais qui peuvent lui apporter un bol d'air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauver le r&#233;gime actuel implique de d&#233;samorcer d'une mani&#232;re ou d'une autre le processus catalan et maintenir &#224; tout prix le bipartisme du &#171; PPSOE &#187;. Sauver le PSOE de son naufrage est, en particulier, d'une importance vitale pour pr&#233;server l'ordre. S'il ne se redresse pas, la mont&#233;e de &#171; Podemos &#187; sera imparable. Un cauchemar pour ceux d'en haut, mais un r&#234;ve incroyable et inesp&#233;r&#233; pour ceux d'en bas. Les deux principaux partis traditionnels &#233;tant tout autant affaiblis, c'est le spectre d'une grande coalition destin&#233;e &#224; garantir la stabilit&#233; du pouvoir qui surgit &#224; l'horizon. Mais il s'agit l&#224; d'une derni&#232;re carte qui ne fera qu'&#233;largir leur crise, un ultime recours avant une issue autoritaire (dont la concr&#233;tisation peut prendre de multiples formes) ou d'une victoire d'une majorit&#233; politique d&#233;mocratique et adverse &#224; l'aust&#233;rit&#233;. De l&#224; d&#233;coule la n&#233;cessit&#233; pour eux de faire bouger les choses afin de r&#233;cup&#233;rer une l&#233;gitimit&#233; perdue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour ces raisons qu'il faut une riposte sociale aussi rapide qu'unitaire et aussi audacieuse que concr&#232;te. Un r&#233;f&#233;rendum sur la monarchie ou la r&#233;publique ne suffit pas. Ce n'est pas seulement la forme de l'Etat qui est en jeu. C'est tout un syst&#232;me politique et social qui doit &#234;tre chang&#233;. Pour cela, l'ouverture d'une dynamique constituante doit &#234;tre maintenant la revendication &#233;l&#233;mentaire. Et, dans ce cadre, la question cl&#233; est celle de l'articulation des aspirations d&#233;mocratiques du peuple espagnol avec celles des peuples catalan, basque et galicien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#233;viter une double erreur sym&#233;trique. D'une part, celle de poser, &#224; partir du centre du pays et en termes uniquement &#171; espagnols &#187;, la formule d'un &#171; processus constituant &#187; au singulier, ou la revendication d'une IIIe R&#233;publique espagnole comme issue &#224; la situation actuelle. Cela n'offre pas une r&#233;ponse satisfaisante au processus national catalan et ne permet pas d'exploiter toutes les br&#232;ches ouvertes pour parvenir &#224; une rupture d&#233;finitive face &#224; une seconde restauration de la dynastie des Bourbons, qui lutte pour sa survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, l'image invers&#233;e de cette perspective consiste, en Catalogne, &#224; se d&#233;sint&#233;resser de la crise du r&#233;gime espagnol et &#224; se limiter &#224; une simple accumulation des forces catalanes en faveur de l'ind&#233;pendance. Cela ne permettrait pas de tirer profit des opportunit&#233;s que la crise politique g&#233;n&#233;rale du r&#233;gime ouvre pour le processus catalan, ni d'utiliser ce dernier pour ass&#233;ner &#224; ce r&#233;gime un coup fatidique. En outre, nous serions pouss&#233;s en Catalogne dans une logique d'unit&#233; patriotique sous l'h&#233;g&#233;monie, m&#234;me branlante, de CiU (Convergence et Union, parti nationaliste de droite, au pouvoir en Catalogne, NdT) dans laquelle les droits sociaux s'&#233;vaporeraient avec la promesse qu'ils arriveront plus tard, dans un futur imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit, au contraire, de revendiquer la perspective de processus constituants, nationaux, ind&#233;pendants, coordonn&#233;s et s'alimentant r&#233;ciproquement pour s'&#233;pauler et se renforcer dans leur recherche commune d'un nouvel ordre d&#233;mocratique, juste et solidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a tr&#232;s peu de temps, nous n'aurions jamais pu imaginer ce qui se passe devant nos yeux. Pour le meilleur et pour le pire. Jamais nous n'aurions pu imaginer l'impact brutal de la crise sociale, de la violence des incessantes expulsions de logement et du ch&#244;mage massif, de la crise des m&#233;canismes de repr&#233;sentation politique d&#233;mocratique, vid&#233;s de l'int&#233;rieur par la pompe de l'aust&#233;rit&#233; et des int&#233;r&#234;ts financiers. Mais nous n'avons pas non plus entrevus la perte de l&#233;gitimit&#233; galopante du syst&#232;me politique, le discr&#233;dit des banques, l'immense prise de conscience citoyenne (contradictoire, mais r&#233;elle) sur la v&#233;ritable nature du mod&#232;le politique et &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise politique nous oblige sans r&#233;mission &#224; penser de mani&#232;re strat&#233;gique. Et &#224; le faire rapidement. Les opportunit&#233;s politiques ne s'offrent pas gratuitement et ne se r&#233;p&#232;tent souvent pas deux fois. Le philosophe Daniel Bensa&#239;d disait que la politique est l'&#171; art strat&#233;gique de la conjoncture et du moment propice &#187;. C'est l'art de savoir tirer profit de ces rares moments de l'histoire o&#249; le sol s'ouvre sous nos pieds en montrant un ab&#238;me qui peut &#234;tre aussi obscur que resplendissant, o&#249; l'&#233;chelle de Richter sociale bouleverse le syst&#232;me politique avec une force sismique in&#233;dite. La crise politique et institutionnelle ne sera pas toujours l&#224;, t&#244;t ou tard elle se refermera dans un sens ou dans l'autre. Etre &#224; la hauteur de circonstances qui nous d&#233;passent est le grand d&#233;fi fondamental &#224; relever pour ceux qui poursuivent l'objectif de la justice sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit maintenant de penser en grand. De penser &#224; ce que nous savons faire tr&#232;s mal, &#224; ce qui a presque toujours &#233;t&#233; hors de notre port&#233;e : &#224; savoir gagner. Autrement dit, d'articuler une majorit&#233; sociale et politique oppos&#233;e aux politiques d'aust&#233;rit&#233; et favorable &#224; l'ouverture de processus constituants d&#233;mocratiques &#224; partir d'en bas. Les br&#232;ches dans le mur de l'&#233;difice du r&#233;gime de la Transition sont en train de s'agrandir. Il faut mettre le pied pour &#233;viter que la porte ne se ferme &#224; nouveau. Avec fermet&#233; et courage. Ce n'est pas le moment d'&#234;tre des spectateurs passifs face &#224; la crise politique. Ni de se contenter d'&#234;tre une minorit&#233; sans incidence politique r&#233;elle sur les &#233;v&#233;nements. Ne pas oser lutter pour le (l'im)possible serait une erreur fatale. Faire comme d'habitude, poursuivre les plaisantes routines des diff&#233;rentes organisations et forces &#233;galement. Agir de mani&#232;re timor&#233;e et tatillonne et se contenter de son propre jardin, encore plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais dans le pass&#233; r&#233;cent autant de dangers ne nous avaient guett&#233;s. Et jamais autant d'opportunit&#233;s ne s'&#233;taient ouvertes. Telle est la contradiction intrins&#232;quement d&#233;chirante du moment politique actuel et de notre &#171; Game of Thrones &#187; particulier. Tout ou rien. C'est une lutte &#224; mort qui est ouverte et les deux d&#233;nouements sont possibles. En route vers l'ab&#238;me, il n'est pas encore clair qui tombera dans le pr&#233;cipice. Ce sera eux ou nous. Leur d&#233;mocratie ou la n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Josep Maria Antentas est professeur de sociologie &#224; l'Universitat Aut&#242;noma de Barcelona (UAB) et membre de Revolta Global/Izquierda Anticapitalista.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&#8232;&lt;a href=&#034;http://www.anticapitalistas.org/spip.php?article29752&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.anticapitalistas.org/spip.php?article29752&lt;/a&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction fran&#231;aise pour Avanti4.be : Ataulfo Riera&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Etat espagnol : Podemos, un grand succ&#232;s et une grande responsabilit&#233; &#8211; R&#233;flexion inachev&#233;e, contribution au d&#233;bat</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Etat-espagnol-Podemos-un-grand-succes-et-une-grande-responsabilite-Reflexion</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Etat-espagnol-Podemos-un-grand-succes-et-une-grande-responsabilite-Reflexion</guid>
		<dc:date>2014-07-08T12:12:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Brais Fern&#225;ndez</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-07-01</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'apparition de Podemos a d&#233;boussol&#233; le paysage politique. Dans une situation de blocage institutionnel, o&#249; l'instabilit&#233; paraissait plut&#244;t &#234;tre le fruit de la crise des vieux partis que celui de l'apparition de nouveaux acteurs, Podemos &#233;merge comme une grande menace pour ceux d'en haut et un grand espoir pour ceux d'en bas. &lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s des ann&#233;es de mobilisations et de dynamiques de lutte essentiellement d&#233;fensives, la mar&#233;e d'indignation qui s'est manifest&#233;e avec le mouvement revendicatif du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'apparition de Podemos a d&#233;boussol&#233; le paysage politique. Dans une situation de blocage institutionnel, o&#249; l'instabilit&#233; paraissait plut&#244;t &#234;tre le fruit de la crise des vieux partis que celui de l'apparition de nouveaux acteurs, Podemos &#233;merge comme une grande menace pour ceux d'en haut et un grand espoir pour ceux d'en bas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s des ann&#233;es de mobilisations et de dynamiques de lutte essentiellement d&#233;fensives, la mar&#233;e d'indignation qui s'est manifest&#233;e avec le mouvement revendicatif du 15M [15 mai 2011 : mouvement des &#171; Indign&#233;&#183;e&#183;s &#187;] cherche &#224; se doter d'outils en vue de lutter pour la conqu&#234;te de fractions de pouvoir institutionnel, en provoquant un changement de cycle : les classes subalternes ne se contentent plus de protester, elles cherchent d&#233;sormais &#224; transformer leur propre narration, peur propre r&#233;cit, en pouvoir politique. Un secteur de la population commence &#224; croire, de nouveau, &#224; la possibilit&#233; de construire une soci&#233;t&#233; &#233;galitaire et d&#233;mocratique : l'irruption populaire discr&#233;dite la politique traditionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet article nous tenterons de r&#233;pondre bri&#232;vement &#224; quelques questions. Pourquoi Podemos a-t-il &#233;t&#233; lanc&#233; et par qui ? Quel est le rapport entre Podemos et les identit&#233;s de la gauche ? Ainsi que quelques points concernant les &#233;l&#233;ments du discours politique, les formes et modalit&#233;s d'organisation et les d&#233;fis &#224; venir. Il resterait encore bien des aspects int&#233;ressants &#224; aborder, mais je vous invite &#224; lire cet article simplement comme une r&#233;flexion inachev&#233;e ou une contribution au d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'interpr&#233;tation d'un moment &#224; la cr&#233;ation d'un &#233;v&#233;nement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rompant avec l'id&#233;e selon laquelle il &#171; faut accumuler des forces lentement &#187;, le lancement de Podemos r&#233;pond &#224; une vision combinant une analyse &#171; objective &#187; de la conjoncture politique avec une utilisation &#171; subjective &#187; de cette derni&#232;re. D'un c&#244;t&#233;, la conjoncture fraie un chemin vers une possibilit&#233; politique : les luttes de d&#233;fense du secteur public (sant&#233;, &#233;ducation, etc.), le discr&#233;dit des organisations sociales et politiques traditionnelles, la bureaucratisation de la gauche institutionnelle, la d&#233;saffection et la col&#232;re d'amples couches de la population, la recherche d'une issue politique aux mobilisations constituent quelques-uns des sympt&#244;mes indiquant qu'un projet comme celui de Podemos avait des chances de r&#233;ussir. D'un autre c&#244;t&#233;, la r&#233;union de ces caract&#233;ristiques ne conduit pas, en elle-m&#234;me, &#224; entra&#238;ner un quelconque changement fondamental de l'ordre politique. Pour impulser la construction d'acteurs (de sujets) qui vont cr&#233;er des &#233;v&#233;nements en fonction des possibilit&#233;s existantes, il importe de tirer parti de la conjoncture pour b&#233;n&#233;ficier d'un &#233;lan. Ce qu'il faut pour que la r&#233;alit&#233; cesse d'&#234;tre un puzzle dont toutes les pi&#232;ces doivent pouvoir s'embo&#238;ter implique de commencer &#224; construire le puzzle avec les pi&#232;ces qui sont &#224; disposition, m&#234;me si elles ne s'embo&#238;tent pas toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un lancement avec les forces accumul&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Podemos fut lanc&#233; par les personnes regroup&#233;es autour de l'&#233;mission (de TV) de d&#233;bat politique La Tuerka &#8211; dont Pablo Iglesias est la figure de proue &#8211; et par des militant&#183;e&#183;s d'Izquierda Anticapitalista. Deux cultures politiques diff&#233;rentes se sont rencontr&#233;es. La premi&#232;re, celle qui a trouv&#233; son inspiration dans les processus en cours en Am&#233;rique latine, avec une hypoth&#232;se fond&#233;e sur la possibilit&#233; d'une agr&#233;gation populaire autour d'une figure charismatique permettant de faire confluer diverses expressions de m&#233;contentement. La seconde, issue une culture &#171; mouvementiste &#187;, fond&#233;e sur la volont&#233; de construire une alternative de rupture &#224; partir d'en bas et &#224; gauche, tr&#232;s marqu&#233;e par les exp&#233;riences du 15M et des mareas [les &#171; mar&#233;es &#187; ou mouvements sociaux, il en existe plusieurs, caract&#233;ris&#233;es par leurs couleurs, blanche dans la sant&#233;, vert dans l'&#233;ducation, grenat pour les &#171; exil&#233;s du travail &#187;, etc.].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utilisation d'une figure publique &#171; forte &#187;, plus connue par ses apparitions t&#233;l&#233;vis&#233;es que pour &#234;tre le dirigeant d'un mouvement &#8211; comme peut l'&#234;tre Ada Colau [1] &#8211; a &#233;t&#233; et continue d'&#234;tre controvers&#233;. Mais, au-del&#224; des d&#233;bats, il faut reconna&#238;tre que, sans la figure de Pablo Iglesias, Podemos n'aurait pas d&#233;pass&#233; le stade d'autres exp&#233;riences sans pouvoir d'agr&#233;gation populaire, allant au-del&#224; des espaces militants d&#233;j&#224; constitu&#233;s. Et je me r&#233;f&#232;re &#224; Pablo Iglesias comme figure construite pour souligner une r&#233;ussite ind&#233;niable : derri&#232;re cette figure, il y a une interpr&#233;tation de la n&#233;cessit&#233; de se construire &#233;galement sur le plan m&#233;diatique, eu &#233;gard au r&#244;le que jouent les &#171; mass media &#187; dans les soci&#233;t&#233;s actuelles. Pablo Iglesias est le produit d'une strat&#233;gie, et bien que les opportunit&#233;s soient toujours contingentes, il faut savoir en profiter. Le m&#233;rite revient &#224; celui qui a saisi qu'il y avait un espace &#224; occuper ainsi qu'une accumulation de forces potentielles permettant de le faire. Et il a fait en sorte de transformer ce potentiel en quelque chose de concret. La l&#233;gitimit&#233; de Pablo Iglesias dans la direction de Podemos provient du fait qu'il a su construire, par le biais des haut-parleurs m&#233;diatiques, une voie de communication directe avec des millions de personnes qui s'identifient avec les questions qu'il soul&#232;ve. Le d&#233;bat ne s'articule pas autour de la n&#233;cessit&#233; ou non d'une direction de ce type &#8211; qui a d&#233;montr&#233; &#234;tre tr&#232;s utile pour impulser un vaste projet fond&#233; sur l'auto-organisation populaire &#8211; mais plut&#244;t sur le th&#232;me portant sur la mani&#232;re de combiner se mod&#232;le de direction m&#233;diatique avec la culture &#233;galitaire et &#171; venant d'en bas &#187; qui est apparue avec le 15M. La tentative, non d&#233;pourvue de tensions, d'aller dans le sens de r&#233;unir deux sph&#232;res explique en bonne partie le succ&#232;s de Podemos. Dans ce domaine, il reste encore beaucoup d'exp&#233;riences &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, un secteur de la gauche radicale (radicale dans le sens d'une recherche de r&#233;ponses allant &#224; la racine des probl&#232;mes end&#233;miques) a &#233;t&#233; capable de mettre ses (modestes) forces militantes au service de l'ouverture d'un espace qui ne peut &#234;tre contr&#244;l&#233; par quelque organisation que ce soit. Forces qui cherchent &#224; faire confluer de nouveaux secteurs sociaux au-del&#224; de positions politiques pr&#233;d&#233;finies. Il s'agit, en effet, de mettre l'organisation au service du mouvement, abandonnant l'id&#233;e que l'on &#171; intervient de l'ext&#233;rieur &#187; ou de penser qu'il existe des camps politiques fixes. La t&#226;che consiste &#224; participer &#224; des exp&#233;riences massives, tout en en assumant les contradictions et les formes qui sont plus impos&#233;es par les rythmes r&#233;els de la situation qu'issues d'un travail patient et organis&#233;. A de nombreuses reprises cette situation produit certaines tensions entre des militant&#183;e&#183;s tr&#232;s id&#233;ologis&#233;s et le d&#233;veloppement politique d'un mouvement compos&#233; majoritairement de gens sans exp&#233;rience militante, dont les liens ne s'&#233;tablissent pas souvent sur la base de l'activit&#233; militante traditionnelle. Il existe un risque r&#233;el de d&#233;saccouplement entre les noyaux militants (qui ne proviennent pas n&#233;cessairement d'une organisation concr&#232;te, car il y a des militant&#183;e&#183;s tr&#232;s diff&#233;rents) et cette base sociale vaste et diffuse de Podemos. Ce risque est r&#233;el et toujours pr&#233;sent dans un mouvement qui, en raison de ses caract&#233;ristiques propres, comprend des formes multiples et vari&#233;es de liens entre ses membres, au m&#234;me titre que de degr&#233;s de participation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible qu'un certain changement de mentalit&#233; soit n&#233;cessaire pour que les militant&#183;e&#183;s, outre le fait d'&#234;tre des &#171; protagonistes &#187; politiques, assument &#233;galement une certaine volont&#233; de se mettre en relation avec tous les gens qui s'identifient avec Podemos mais qui ne sont pas dispos&#233;s &#224; s'impliquer dans des dynamiques activistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mettre le &#171; faire &#187; avant l'&#171; &#234;tre &#187;, afin de pouvoir &#171; &#234;tre &#187; &#224; nouveau&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite de la gauche traditionnelle (chute du mur de Berlin, adaptation de la social-d&#233;mocratie au n&#233;olib&#233;ralisme, impuissance de la gauche radicale) est &#224; l'origine de ce que, au contraire d'&#233;poques ant&#233;rieures en Europe, la symbologie &#171; rouge &#187; n'est plus l'&#233;l&#233;ment d'identification par lequel s'exprime le m&#233;contentement anticapitaliste. Ce qui devient central comme &#233;l&#233;ment d'ancrage est ce qu'il &#171; faut faire &#187; qui l'emporte sur &#171; ce que l'on est &#187;. Pour le dire en employant des mots de Miguel Romero : &#171; Il est possible et important de cr&#233;er une organisation politique dont la force et l'unit&#233; s'&#233;tablissent au-del&#224; de l'id&#233;ologie, nous concentrant sur la d&#233;finition des t&#226;ches politiques centrales. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie nullement que cette priorit&#233; de &#171; l'agir &#187; emp&#234;che la reconstruction d'identit&#233;s, car il y a toujours en politique une relation de tension avec le pass&#233;, une force qui nous impulse provenant de tr&#232;s loin, ainsi que l'expliquait Walter Benjamin [dans ses Th&#232;ses sur l'histoire de 1940]. Il suffit de voir l'&#233;tonnante r&#233;cup&#233;ration-transformation de meetings [dans de vastes espaces, souvent dehors, en public] en tant que &#171; th&#233;&#226;tre politique &#187; qu'a r&#233;alis&#233;e Podemos : les poings lev&#233;s ; Carlos Villarejo [2] citant Engels ; Teresa Rodr&#237;guez [d&#233;put&#233;e europ&#233;enne de Podemos, membre de Izquierda Anticapitalista], saluant les luttes locales de travailleurs, les chants de combats ; ou, encore, Pablo Iglesias &#233;voquant ce qu'il y a de meilleur dans le mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception du meeting comme espace vivant, performatif [d&#233;crivant l'action et impliquant cette action], conditionne l'&#233;volution de Podemos sur le plan de l'esth&#233;tique et du discours : sur ce th&#233;&#226;tre d'un &#171; type nouveau &#187; &#8211;que sont devenus les meetings de Pablo Iglesias et d'autres figures publiques du mouvement &#8211; le public non seulement observe, admiratif, mais il agit, il fait pression, il vit. Cette ouverture d'espaces pour l'expression populaire &#8211; ce qui est le grand m&#233;rite de Podemos &#8211; a permis au peuple de gauche de se r&#233;unir avec lui-m&#234;me, mais a &#233;galement oblig&#233; la gauche &#224; sortir de sa l&#233;thargie identitaire. Podemos a fonctionn&#233; dans cet &#233;quilibre, tendu et pr&#233;caire, permettant au projet de partir de la gauche, d'ouvrir un nouveau champ au-del&#224; de cette identit&#233;, pour ensuite la recomposer, mais sans jamais s'y enfermer. Etre de gauche revient &#224; la mode parce que ce n'est d&#233;j&#224; plus quelque chose qui se vit dans la solitude et avec un symbole accroch&#233; &#224; la boutonni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le jeu des concepts&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Podemos a atteint un &#233;quilibre difficile pour la gauche : appara&#238;tre comme &#171; le nouveau &#187; tout en puisant cette force qui provient de l'observation du pass&#233; pour y chercher de l'inspiration. Deux exemples nous permettront d'illustrer cet aspect : tout d'abord, l'introduction &#171; depuis l'ext&#233;rieur &#187; du terme &#171; caste &#187; ; ensuite la contestation de l'identit&#233; &#171; socialiste &#187; du PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol), l'un des piliers du r&#233;gime constitutionnel de 1978.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction du terme &#171; caste &#187; met clairement en &#233;vidence la puissance discursive de Podemos. Il s'agit d'un concept suffisamment ambivalent et sibyllin pour pouvoir &#233;tablir un axe antagoniste, cela dans un contexte o&#249; les responsables de la d&#233;b&#226;cle sociale se montrent invisibles ou strictement individualis&#233;s. Traditionnellement, dans la th&#233;orie politique issue du marxisme, le terme &#171; caste &#187; a &#233;t&#233; utilis&#233; pour se r&#233;f&#233;rer aux couches de la population dont le pouvoir &#233;manait de leurs relations avec l'Etat, alors que le terme &#171; classe &#187; &#233;tait reli&#233; &#224; la position face aux moyens et aux rapports de production et de propri&#233;t&#233;. Le terme &#171; caste &#187; peut &#234;tre l'expression de cette fusion entre le pouvoir &#233;conomique et les appareils de l'Etat typique de la p&#233;riode n&#233;olib&#233;rale ; fusion produite par l'invasion financi&#232;re de champs de gestion &#233;tatique qui, au cours de la p&#233;riode du &#171; Welfare &#187;, reproduisait les conqu&#234;tes sociales de la classe laborieuse. Le terme &#171; caste &#187; se transforme en une repr&#233;sentation, simple et directe, des responsables &#233;conomiques et politiques de la mis&#232;re, de la fusion entre les pouvoirs publics et priv&#233;s. Ce terme pourrait se convertir en synonyme de ce que le mouvement ouvrier a nomm&#233; la &#171; bourgeoisie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette capacit&#233; du terme &#171; caste &#187; de symboliser la fusion entre les pouvoirs &#233;conomiques et politiques poss&#232;de &#233;galement sa base mat&#233;rielle dans le mouvement r&#233;el : que l'on se reporte au slogan qui lan&#231;a le 15M, rappelant que &#171; nous ne sommes pas des marchandises aux mains des politiciens et des banquiers &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un terme aussi ambigu que celui de &#171; caste &#187;, sans ces exp&#233;riences collectives ant&#233;rieures, aurait pu se transformer &#233;galement en une repr&#233;sentation fauss&#233;e de tous les maux, un recours populiste occultant les responsables authentiques de la crise, ainsi que cela s'est produit en Italie o&#249; le principal porte-drapeau de la lutte contre la &#171; caste &#187; est le Mouvement 5 &#233;toiles de Beppe Grillo, qui a fini par n&#233;gocier la formation d'un groupe parlementaire avec l'UKIP (le parti d'extr&#234;me droite vainqueur des derni&#232;res &#233;lections europ&#233;ennes en Grande-Bretagne) au Parlement europ&#233;en. Cet accord a &#233;t&#233; approuv&#233;, selon une forme classique du Mouvement 5 &#233;toiles, gr&#226;ce &#224; une consultation en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci ne discr&#233;dite pas le r&#233;f&#233;rendum en ligne (sans doute l'un des outils les plus utiles [3] pour amplifier la participation populaire), ni l'usage du terme &#171; caste &#187;, mais cela nous rappelle que ce sont les processus sociaux collectifs qui d&#233;tiennent le poids d&#233;cisif. Ce sont eux qui d&#233;finissent la signification d'un terme et d&#233;terminent l'utilisation dans un sens ou dans un autre des m&#233;canismes de participation online.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas non plus oublier que le duel entre les termes &#171; la caste &#187; et &#171; les gens &#187; se produit dans le cadre de relations structurelles de domination et d'exploitation capitalistes : la &#171; caste &#187; est exploiteuse, mais elle se maintient et se reproduit dans un cadre syst&#233;mique. C'est l'action politique des gens qui peut d&#233;loger la &#171; caste &#187;, non seulement pour la remplacer par une nouvelle couche de gouvernants &#171; plus justes &#187;, mais pour d&#233;sarticuler ces rapports (relations entre l'&#234;tre humain et l'environnement fond&#233;es sur la rapine, l'expropriation par quelques-uns de la richesse produite par le travail, des relations d'oppression h&#233;t&#233;ropatriarcales) qui d&#233;terminent la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force de Podemos r&#233;side en ce que le concept n'est pas d&#233;tach&#233; de l'action r&#233;elle, et ainsi s'ouvre la possibilit&#233; de lier la lutte contre la &#171; caste &#187; &#224; la possibilit&#233; de d&#233;passer les structures et les rapports qui permettent et conditionnent la reproduction de la &#171; caste &#187;. Au sein de ce processus de lutte apparaissent des &#233;l&#233;ments d'auto-organisation populaire, de nouvelles relations sociales qui remettent en question celles impos&#233;es par la soci&#233;t&#233; capitaliste : la lutte contre &#171; la caste &#187; se forge dans la coop&#233;ration et le d&#233;bat, cela &#224; l'oppos&#233; de la mise en concurrence, de l'isolement social et de la solitude que produit le n&#233;olib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, Podemos a eu l'audace (li&#233;e &#224; la possibilit&#233; ouverte par la fragilit&#233; des loyaut&#233;s politiques &#233;tablies par le r&#233;gime de 1978) d'aller contester les bases sociales du PSOE. Le PSOE a fonctionn&#233; au cours des derni&#232;res d&#233;cennies comme le principal &#233;l&#233;ment &#171; partidaire &#187; d'int&#233;gration des classes subalternes &#224; l'Etat espagnol, un r&#244;le fortement li&#233; &#224; sa subordination et fusion avec les appareils de l'Etat. Les m&#233;canismes pour cette int&#233;gration ont &#233;t&#233; multiples. Les plus notables sont ses liens avec les syndicats, une politique de r&#233;formes destin&#233;e &#224; stimuler un mod&#232;le &#233;conomique qui &#233;changeait les aides europ&#233;ennes (UE) contre une d&#233;sindustrialisation du pays. L'endettement servait d'instrument de compensation de la stagnation salariale. Dans la foul&#233;e s'op&#233;rait une financiarisation du syst&#232;me productif. L'effondrement de ce mod&#232;le, &#224; partir de la crise de 2008, a &#233;galement signifi&#233; une forte &#233;rosion de son r&#244;le de r&#233;f&#233;rence sociale pour tout ce secteur de la classe laborieuse qui consid&#233;rait jadis le PSOE comme un moindre mal compar&#233; &#224; la droite. Podemos a su se r&#233;approprier le terme &#171; socialiste &#187; pour se positionner en tant qu'alternative face &#224; la ruine de la &#171; marque d'origine &#187;, y compris au moyen d'un &#171; jeu discursif &#187; s'appuyant sur une donn&#233;e al&#233;atoire : le dirigeant de Podemos et le fondateur du PSOE portent le m&#234;me nom [Pablo Iglesias, 1850-1925, il fut aussi dirigeant de l'UGT]. Ainsi, Podemos accuse le PSOE d'abandonner ses objectifs fondateurs et appelle &#224; les r&#233;cup&#233;rer dans le cadre de la construction d'un nouveau sujet politique. Les socialistes peuvent ainsi retrouver la fiert&#233; de l'&#234;tre, mais en dehors du PSOE, per&#231;u comme un cadre caduc et en voie de d&#233;composition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous comprenons le &#171; sens commun &#187; &#224; la mani&#232;re de Gramsci, c'est-&#224;-dire comme une synth&#232;se entre l'id&#233;ologie de la classe dominante et les conqu&#234;tes contre-h&#233;g&#233;moniques des subalternes dans leur lutte contre cette id&#233;ologie dominante, il ne fait aucun doute que l'ambivalence discursive de Podemos permet de recueillir une bonne partie du capital historique accumul&#233; autant par les luttes que par l'histoire du mouvement des opprim&#233;&#183;e&#183;s. Mais cette ambivalence &#8211; indispensable et si utile pour un processus d'agr&#233;gation populaire massif &#8211; devra &#233;galement faire face &#224; des d&#233;fis dict&#233;s par l'agenda politique dominant. Un agenda, ne l'oublions pas, qui continue d'&#234;tre marqu&#233; par des faits &#233;trangers aux actions de Podemos, m&#234;me si ce dernier constitue d&#233;j&#224; un &#233;l&#233;ment de l'&#233;quation. Que se passera-t-il le jour de la consultation catalane [pr&#233;vu le 9 novembre 2014] ? Le sens commun qui domine dans une grande partie &#8211; voire la majorit&#233; &#8211; de ceux qui s'identifient &#224; Podemos ne les pousse pas pr&#233;cis&#233;ment dans le sens d'un soutien au droit des Catalans &#224; d&#233;cider [l'ind&#233;pendance], m&#234;me si certains dirigeants de Podemos ont d&#233;fendu le droit de d&#233;cider des Catalans. Beaucoup de p&#233;dagogie et de courage seront n&#233;cessaires pour que ne s'impose pas en Espagne le sens commun dominant, c'est-&#224;-dire celui de l'unit&#233; de l'Espagne. Mais Podemos, au moins, a ouvert la possibilit&#233; de r&#233;soudre cette situation de mani&#232;re d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On n'invente pas les formes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des caract&#233;ristiques des p&#233;riodes de reflux r&#233;side dans le fait que la gauche a tent&#233; d'int&#233;grer les personnes dans ses propres structures plut&#244;t que d'aller vers les structures que &#171; g&#233;n&#232;rent &#187; les gens. C'est, jusqu'&#224; un certain point, compr&#233;hensible. S'il n'y a pas de mouvement, il n'y a pas de lieu o&#249; aller, ce qui entra&#238;ne le repli et l'isolement. C'est la raison pour laquelle les attaques gratuites, tr&#232;s &#224; la mode dans certains secteurs, contre la gauche qui a r&#233;sist&#233; &#224; toute la vague n&#233;olib&#233;rale qui a pr&#233;c&#233;d&#233; le 15M sont souvent peu mat&#233;rialistes et injustes. La trag&#233;die n'est pas cette r&#233;sistance, qui ne m&#233;rite que le respect. La trag&#233;die se produit plut&#244;t lorsqu'il y a un changement d'&#233;poque, lorsque le mouvement surgit dans l'histoire. Les tentatives de ne pas dispara&#238;tre en p&#233;riodes de reflux ou de crise du mouvement se concr&#233;tisent souvent sous forme de tendances bureaucratiques, car sans la pression de ceux d'en bas, ce sont les institutions dominantes qui font pression &#224; partir d'en haut. C'est ainsi que les organisations traditionnelles de la gauche ont eu une tendance &#224; se transformer en appareils conservateurs en raison de la pression g&#233;n&#233;r&#233;e par les liens avec les appareils de l'Etat et les dynamiques de r&#233;sistance bas&#233;es uniquement sur la lutte &#233;lectorale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le mouvement populaire fait de nouveau irruption, toutes ces routines sont remises en question. La mar&#233;e du 15M fut pr&#233;cis&#233;ment cette irruption du mouvement, apr&#232;s le d&#233;sert et l'apathie n&#233;olib&#233;rale, avec le retour du collectif, avec la cr&#233;ation de formes organisationnelles qui r&#233;pondaient aux probl&#232;mes de la majorit&#233; de la population, &#224; la r&#233;alit&#233; quotidienne des gens. Emmanuel Rodriguez dans son ouvrage Hip&#243;tesis Democracia d&#233;crit &#224; la perfection les formes que propose (et impose) le mouvement 15M : &#171; Ample, sous forme d'assembl&#233;es, sans structures d&#233;termin&#233;es, dans la rue et sur la toile. Spontan&#233;ment, sa forme s'adapte &#224; celle d'un mouvement constituant dans lequel peut participer n'importe qui. Les assembl&#233;es sont ouvertes et peut y participer qui le souhaite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Podemos tient sa force pr&#233;cis&#233;ment dans le fait de ne pas tenter d'imposer des formes, mais en permettant de reprendre celles qui ont &#233;t&#233; exp&#233;riment&#233;es sur les places, ouvrant des espaces de participation pour les gens. Cela explique la capacit&#233; que poss&#232;de Podemos &#171; d'additionner &#187; : on n'exige pas aux gens de s'int&#233;grer dans une structure pr&#233;d&#233;finie, mais est offert plut&#244;t un espace &#224; configurer. Cela diff&#233;rencie Podemos du reste des organisations politiques. Avec Podemos, on parlerait plut&#244;t d'auto-organisation, d'un &#171; do you it yourself &#187; oppos&#233; au mod&#232;le des organisations politiques de la gauche traditionnelle o&#249; la relation entre militant et structure est pr&#233;figur&#233;e &#224; l'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce grand avantage n'est pas exempt de probl&#232;mes. Les probl&#232;mes les plus imm&#233;diats sont provoqu&#233;s par la n&#233;cessit&#233; de donner forme &#224; des structures propres, capables d'agir de mani&#232;re pratique, de s'adapter aux temps impos&#233;s par la vie quotidienne. Le d&#233;fi consiste &#224; parvenir &#224; adapter la participation &#224; la vie et non la vie &#224; la participation. Pour cela, la d&#233;finition de structures peut &#234;tre utile pour qu'apr&#232;s le moment d'euphorie initial ne se perde pas l'impulsion d&#233;mocratique. Il faudra examiner si cette g&#233;n&#233;ration de structures est capable de se diffuser depuis en bas jusqu'en haut. En raison des caract&#233;ristiques m&#234;mes du projet (lanc&#233; &#171; depuis en haut &#187;), l'espace depuis lequel se dirige le projet est &#171; ferm&#233; &#187;. D'o&#249; le fait que nous nous trouvons, de facto, en pr&#233;sence de deux processus parall&#232;les dans Podemos qui n'interagissent pas. L'un, &#224; partir d'en bas, exp&#233;rimental, cr&#233;atif, ouvert et un autre, d'en haut, ferm&#233;, beaucoup plus rapide au moment d'agir, qui envoie des d&#233;cisions &#224; l'ensemble de Podemos. Il est n&#233;cessaire d'&#233;quilibrer progressivement cette relation entre &#171; en haut &#187; et &#171; en bas &#187;, sans perdre de vue que ce qui se bouge dans les marges, en produisant des m&#233;canismes de contr&#244;le et de d&#233;cision qui parcourent tout l'espace de Podemos. La nouvelle p&#233;riode qui s'ouvre, dans laquelle Podemos sera li&#233; aux institutions (et &#224; ses &#171; r&#233;compenses &#187; mat&#233;rielles), est &#233;galement un cadre connu pour un processus acc&#233;l&#233;r&#233; de bureaucratisation s'il n'y a pas un fort contr&#244;le de la base, si ne s'&#233;laborent pas des canaux qui coulent de haut en bas et de bas en haut. Il ne s'agit pas de liquider la capacit&#233; de d&#233;cision des cercles ex&#233;cutifs, mais plut&#244;t de cr&#233;er la possibilit&#233; de les &#233;lire et de les contr&#244;ler par des assembl&#233;es, introduisant des principes de rotation et de r&#233;vocabilit&#233;, en cherchant un &#233;quilibre entre l'autonomie des cercles [4] et l'ensemble du projet. Le discours de Podemos a beaucoup insist&#233; sur la participation et le contr&#244;le d&#233;mocratique, avec pour objectif de modifier la logique de la repr&#233;sentation. Reste &#224; cr&#233;er les conditions qui ont &#233;t&#233; &#233;num&#233;r&#233;es pour sa concr&#233;tisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas masquer les tensions qui peuvent na&#238;tre dans un espace aussi h&#233;t&#233;rog&#232;ne que celui de Podemos. Ces derni&#232;res ne peuvent &#234;tre &#171; g&#233;r&#233;es &#187; que si l'on produit un cadre stable, toujours ouvert et suffisamment fort pour pouvoir engendrer une nouvelle culture politique qui fasse que tous les d&#233;bats soient canalis&#233;s par des structures d&#233;mocratiques, surgies depuis la base, perm&#233;ables &#224; la soci&#233;t&#233;. Ces m&#233;canismes ne doivent pas &#234;tre paralysants puisqu'ils ont comme objectif la bataille politique contre les classes dominantes. Mais ils doivent en m&#234;me temps int&#233;grer ce qui diff&#233;rencie Podemos de la simple efficacit&#233; technocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des grandes diff&#233;rences de Podemos par rapport &#224; d'autres formations r&#233;side dans le fait que les m&#233;canismes qui lient les gens permettent de d&#233;cider, de donner son opinion tout en visant &#224; donner des solutions aux d&#233;bats politiques. C'est la raison pour laquelle &#8211; au-del&#224; de l'&#233;lan g&#233;n&#233;r&#233; par l'esp&#233;rance premi&#232;re &#8211; se fait n&#233;cessaire une nouvelle culture qui rompe avec la vieille politique bas&#233;e sur les familles politiques, les r&#233;seaux informels ou les r&#233;unions de couloir. Ces structures ne peuvent se construire que si le pouvoir (qui, en derni&#232;re instance, est une fiction, un accord consensuel que toutes les parties acceptent) &#233;mane de structures visibles, transparentes, fond&#233;es sur des r&#232;gles claires et simples. Ce type de m&#233;canismes est le plus utile pour produire une identit&#233; commune bas&#233;e sur &#171; l'agir politique &#187;, l'appartenance au projet, son caract&#232;re non excluant, au-del&#224; les sigles ant&#233;rieurs, des groupes d'affinit&#233; ou simplement de non-inscription identitaire. C'est l&#224; le d&#233;fi interne le plus important auquel fait face Podemos : passer de l'agr&#233;gation enthousiaste &#224; la politique au jour le jour, sans perdre en vitalit&#233;, en &#233;nergie, en &#233;motion, en d&#233;mocratie. Ce sera difficile mais pas impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;fi est de gagner&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des grands paris de Podemos &#233;tait de rompre avec la dichotomie entre ce qui rel&#232;ve du domaine &#233;lectoral et ce qui a trait au processus de lutte et d'auto-organisation. Tout au long du processus qui a pr&#233;c&#233;d&#233; les &#233;lections europ&#233;ennes du 25 mai, Podemos a construit un mouvement politique &#233;lectoral massif, ayant une vocation de continuit&#233;, dans un contexte dans lequel les mobilisations de rue &#233;taient en reflux, &#224; l'exception de la reprise des Marches de la dignit&#233; du 22 mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, ce &#171; processus constituant &#187; n'aurait pas &#233;t&#233; possible sans l'accumulation de forces provenant des multiples mobilisations ant&#233;rieures, qui marquent toujours la conscience des phases qui suivent. Mais il est &#233;galement certain que Podemos a utilis&#233; les &#233;lections pour r&#233;am&#233;nager le champ politique. Pour la premi&#232;re fois, la bataille &#233;lectorale n'a pas &#233;t&#233; envisag&#233;e comme une &#171; guerre de positions &#187; avec les forces accumul&#233;es, mais comme une &#171; guerre de mouvements &#187; rapides, ayant pour objectif de rassembler de nouveaux secteurs sociaux pas li&#233;s &#224; l'accumulation des forces produites lors les mobilisations ant&#233;rieures. C'est cette utilisation des processus &#233;lectoraux qui a donn&#233; naissance &#224; ces cercles qui ont v&#233;cu et agi dans la campagne &#233;lectorale en tant qu'acteurs d'une mobilisation : ils cherchaient &#224; recueillir des voix en m&#234;me temps que s'ouvraient des espaces pour l'auto-organisation populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Podemos est n&#233; avec un horizon concret : d&#233;loger les partis du r&#233;gime des institutions. Mais cela ne signifie pas n&#233;cessairement &#171; gagner &#187;. Gagner c'est pouvoir gouverner, plus m&#234;me, c'est doter les classes populaires de m&#233;canismes pour l'auto-gouvernement en m&#234;me temps que l'on d&#233;loge du pouvoir les classes dominantes, d&#233;mantelant ses m&#233;canismes de domination. Cela ne se r&#233;alise pas par d&#233;cret, ni du jour au lendemain, il s'agit d'un processus qui, dans le contexte historique actuel, ne peut qu'&#234;tre initi&#233; par une victoire &#233;lectorale. Podemos doit s'y pr&#233;parer, affrontant les campagnes &#233;lectorales sous un angle offensif tandis que, parall&#232;lement, on se pr&#233;pare &#224; aborder la question du gouvernement au-del&#224; du simple discours. Quelqu'un doute-t-il que le programme de Podemos rencontrerait des r&#233;sistances venant du capital financier international, des grands entrepreneurs ou de la caste li&#233;e aux appareils de l'Etat ? Comment gouverner des municipalit&#233;s endett&#233;es par les politiques n&#233;olib&#233;rales ? Comment s'opposer &#224; une fuite des capitaux, r&#233;action plus que possible face &#224; l'implantation d'une fiscalit&#233; fortement progressive ? Il est n&#233;cessaire de construire des pouvoirs populaires pr&#233;par&#233;s &#224; r&#233;sister &#224; cette pression qui se d&#233;cha&#238;nera en cas de victoire &#233;lectorale. Il ne suffira pas de contrer les menaces catastrophistes des grands m&#233;dias avec des d&#233;mentis verbaux : la meilleure forme de les combattre sera un peuple qui a confiance en lui-m&#234;me, pr&#233;par&#233; &#224; exercer le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cercles Podemos sont l'un des espaces indispensables pour affronter cette t&#226;che. Il faut pr&#233;ciser auparavant que les cercles ne sont pas des m&#233;canismes de pouvoir populaire : ils sont des outils, mais ils repr&#233;sentent un plus pour la construction de ce pouvoir populaire au service d'un gouvernement des citoyens et citoyennes. Il s'agit de maintenir des rapports constants et &#233;troits avec les gens des quartiers, des lieux de travail et d'&#233;tudes, en &#233;vitant de se limiter &#224; des consultations sur internet, tr&#232;s utiles et indispensables pour faciliter des m&#233;canismes de d&#233;cision, mais incapables de construire une politique &#171; chaleureuse &#187;, appuy&#233;e sur la d&#233;lib&#233;ration collective et la construction de communaut&#233;s enracin&#233;es dans la vie quotidienne des territoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc de combiner les formules virtuelles et la pr&#233;sence sur le terrain, utilisant tous les instruments &#224; notre disposition pour construire, lier et susciter la participation de la majorit&#233; sociale. Cela ne signifie nullement que les cercles doivent prendre toutes les d&#233;cisions concernant Podemos, mais bien qu'ils doivent participer &#224; l'&#233;laboration des questions pr&#233;sent&#233;es &#224; la population, pour &#233;viter que les r&#233;ponses possibles ne soient d&#233;finies que par quelques-uns. C'est seulement de cette mani&#232;re que les cercles se transformeront en espaces ouverts, perm&#233;ables &#224; la sensibilit&#233; et aux probl&#232;mes de ceux et celles d'en bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cercles peuvent &#233;galement &#234;tre ce lien entre tout le capital accumul&#233; au sein de la soci&#233;t&#233; civile et des institutions. Les t&#226;ches sont concr&#232;tes : discuter avec les organisations sociales non seulement pour se solidariser avec elles, mais pour recueillir leurs exp&#233;riences face &#224; l'&#233;laboration d'une alternative de gouvernement &#8211; les Mar&#233;es blanche [sant&#233;] ou verte [&#233;ducation] ou la PAH [plate-forme contre les expulsions de logement] ont accumul&#233; une exp&#233;rience pr&#233;cieuse qui devrait servir de base &#224; certaines politiques publiques au service de l'ensemble de la soci&#233;t&#233; ; tisser des liens entre les forces vives des quartiers et des villes ; rendre visibles des probl&#232;mes ignor&#233;s par les autorit&#233;s ; se transformer en un lieu de rencontre ouvert pour tous les habitants ; &#234;tre un m&#233;canisme pour la formation politique de citoyens qui ont besoin d'apprendre ensemble &#224; se gouverner eux-m&#234;mes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout mouvement transformateur poss&#232;de plusieurs pieds. L'&#233;lectoral est l'une d'entre eux. Les activistes en sont un autre. Sans doute, les porte-parole et les figures publiques repr&#233;sentent un autre, indispensable. Nous avons parl&#233; d'&#233;lections, d'outils discursifs, de comment utiliser l'&#233;nergie militante pour construire un pouvoir populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il reste un quatri&#232;me pied pour se mouvoir : les gens &#171; invisibles &#187;, ceux qui vivent &#224; la marge de cette expression de la vie publique qu'est la politique. Pour cela, il est n&#233;cessaire de comprendre Podemos comme un champ fluide, loin de la rigidit&#233; de la politique traditionnelle, qui ne con&#231;oit la construction des sujets que sur la base des expressions visibles. Il nous reste le d&#233;fi immense d'&#234;tre l'esp&#233;rance de ceux qui ne croient en rien, de ceux qui vivent &#224; la marge de l'exercice de la politique, d'&#234;tre l'espoir de ceux qui vivent d&#233;sabus&#233;s. Cette puissance sociale ne s'exprimera pas jusqu'&#224; ce qu'une force politique comme Podemos ait fait la d&#233;monstration qu'elle ne va pas d&#233;cevoir. Le d&#233;fi le plus grand de Podemos est de cr&#233;er de la confiance dans un monde plein de suspicions, o&#249; tout a &#233;chou&#233; et o&#249; il ne reste rien de tr&#232;s cr&#233;dible [5]. Parce que si Podemos ne r&#233;ussit pas &#224; insuffler cette confiance, il peut surgir des monstres tels que des pulsions totalitaires et des faux idoles. La responsabilit&#233; est peut-&#234;tre excessive pour une force aussi jeune, mais elle est r&#233;elle. Il nous revient &#224; toutes et &#224; tous d'&#234;tre &#224; la hauteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Ancienne porte-parole de la PAH, mouvement qui s'oppose aux expulsions de logement en Espagne, qui est devenue une &#171; figure &#187; de r&#233;f&#233;rence des mouvements sociaux. Elle a lanc&#233; r&#233;cemment une proposition de rassemblement de mouvements et d'organisations &#8211; y compris Podemos &#8211; pour se pr&#233;senter aux &#233;lections municipales &#224; Barcelone en mai 2015. Cette initiative porte le nom de Guanyem Barcelona. (R&#233;daction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] N&#233; en 1935, activiste antifranquiste bien que magistrat sous la dictature, procureur anticorruption entre 1995 et 2003, il a &#233;t&#233; l'un des 5 &#233;lu&#183;e&#183;s au parlement europ&#233;en de Podemos, place qu'il a laiss&#233;e, comme il l'avait annonc&#233;, &#224; Tania Gonzalez, qui figurait en sixi&#232;me position de la liste Podemos. (R&#233;daction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Podemos a utilis&#233; le r&#233;f&#233;rendum online lors de primaires servant &#224; d&#233;terminer ses candidats aux &#233;lections europ&#233;ennes du 25 mai 2014, ainsi que pour approuver l'&#233;quipe de direction, dans des conditions probl&#233;matiques, jusqu'&#224; l'assembl&#233;e constituante de Podemos &#224; l'automne. (R&#233;daction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Mi-juin, Podemos compte, outre des &#171; cercles th&#233;matiques &#187;, 507 cercles r&#233;partis dans tout l'Etat espagnol, plus quelques dizaines en dehors de l'Etat espagnol. (R&#233;daction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le quotidien fran&#231;ais Le Monde, en date du 30 juin 2014, sous le titre tapageur &#171; L'indign&#233; espagnol qui veut bousculer l'Europe &#187;, relate la candidature de Pablo Iglesias &#224; la pr&#233;sidence du Parlement europ&#233;en. Il est pr&#233;sent&#233; par la Gauche unitaire europ&#233;enne (GUE) qui d&#233;tient 52 d&#233;put&#233;s sur 751. Un accord entre le Parti populaire europ&#233;en (PPE) et la social-d&#233;mocratie europ&#233;enne fait du social-d&#233;mocrate allemand Martin Schulz le candidat qui a toutes les chances d'&#234;tre &#233;lu au premier tour. L'&#233;lection aura lieu le 1er juillet, &#224; Strasbourg. Dans l'article mentionn&#233;, la correspondante du Monde &#224; Madrid, Sandrine Morel, dresse &#224; sa fa&#231;on le portrait de Pablo Iglesias. Ce portrait reproduit une partie de l'offensive m&#233;diatique dominante contre Podemos :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais la candidature de Pablo Iglesias est un symbole. Jeune, nouveau en politique, il est l'h&#233;ritier du mouvement social des &#171; indign&#233;s &#187; qui avait occup&#233; les places espagnoles en mai 2011. &#171; Le mec &#224; la queue-de-cheval &#187;, comme il est surnomm&#233; en Espagne, a &#233;t&#233; charg&#233; par la GUE d'incarner la &#171; lutte contre l'aust&#233;rit&#233; et les diktats de la &#8220;tro&#239;ka&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de sa premi&#232;re conf&#233;rence de presse &#224; Bruxelles, le 27 juin, M. Iglesias a donc commenc&#233; par &#233;largir sa base &#233;lectorale potentielle en appelant les socialistes, &#171; en particulier des pays du Sud et de l'Irlande, &#224; le soutenir en toute conscience &#187;. &#171; Une Europe qui revendique la solidarit&#233; face aux banques est possible &#187;, a-t-il affirm&#233; apr&#232;s avoir d&#233;nonc&#233; le pouvoir des &#171; &#233;lites financi&#232;res &#187; et le risque que les &#171; peuples et pays du Sud &#187; deviennent &#171; des colonies du nord de l'Europe (&#8230;), une euro-p&#233;riph&#233;rie appel&#233;e &#224; fournir de la main-d'&#339;uvre bon march&#233; et sans droits &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; il y a seulement cinq mois, Podemos a cr&#233;&#233; la surprise en obtenant 8 % des voix lors des &#233;lections europ&#233;ennes en Espagne. Avec plus de 1,2 million de voix et cinq si&#232;ges, le parti a r&#233;cup&#233;r&#233; les d&#233;&#231;us du Parti socialiste, qui a r&#233;alis&#233; le pire score de son histoire. Depuis, pas un jour ne passe sans que la presse espagnole ne consacre un article, souvent critique, voire alarmiste, &#224; Pablo Iglesias. Un acharnement m&#233;diatique qui profite sans doute plus qu'il ne nuit &#224; ce politologue accus&#233; de vouloir &#171; exporter la r&#233;volution bolivarienne en Europe &#187;. Qui oppose dans ses discours &#171; la caste &#187; aux &#171; vraies gens &#187; qu'il entend repr&#233;senter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; d'une m&#232;re avocate aupr&#232;s des Commissions ouvri&#232;res (syndicat ex-communiste) et d'un p&#232;re professeur d'histoire des relations professionnelles et militant clandestinement au Parti communiste sous le franquisme, M. Iglesias per&#231;oit 950 euros par mois, le salaire m&#233;dian, pour son poste &#224; l'universit&#233;, et habite le quartier populaire de Vallecas, dans la banlieue de Madrid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il exige un r&#233;f&#233;rendum sur la R&#233;publique et a impos&#233; une limite au salaire des d&#233;put&#233;s de Podemos (trois fois le salaire minimum espagnol, soit 1930 euros par mois ; le surplus sera vers&#233; au parti ou &#224; des ONG) et l'interdiction de voler en classe affaires. Outre une restructuration de la dette, il r&#233;clame la mise en place des 35 heures, la fin des expulsions immobili&#232;res ou encore un salaire maximum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son succ&#232;s, cet orateur pol&#233;mique l'a construit en s'appuyant sur les r&#233;seaux sociaux, puis sur la t&#233;l&#233;vision, qui a succomb&#233; &#224; sa rh&#233;torique et &#224; ses phrases chocs et en a fait un habitu&#233; des d&#233;bats politiques. Son programme, il l'a forg&#233; des ann&#233;es durant avec ses coll&#232;gues de la facult&#233; de sciences politiques de l'universit&#233; Complutense, autour de l'association Contrapoder (Contre-pouvoir), qui d&#233;fend la d&#233;sob&#233;issance civile, et, surtout, au sein de la Promotrice de la pens&#233;e critique, cr&#233;&#233;e en 2008, qui remet en question le mod&#232;le de transition d&#233;mocratique espagnol et critique le manque de contr&#244;le des &#233;lites qui aurait conduit &#224; la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses opposants brandissent ses relations avec le &#171; chavisme &#187; et son d&#233;sir d'introduire &#171; la gauche r&#233;volutionnaire et le populisme latino-am&#233;ricain en Europe &#187;. Militant des Jeunesses communistes depuis ses 14 ans, il fut membre du conseil ex&#233;cutif du Centre d'&#233;tudes politiques et sociales (CEPS), une fondation qui a re&#231;u, selon le journal El Pais, plus de 3 millions d'euros en dix ans du gouvernement v&#233;n&#233;zu&#233;lien d'Hugo Chavez pour du conseil en strat&#233;gie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Parlement europ&#233;en, Podemos dispose de cinq &#233;lus qui se veulent repr&#233;sentatifs de l'Espagne qui, loin des discours officiels sur la reprise &#233;conomique, souffre encore de la crise : Pablo Iglesias ; Teresa Rodriguez, professeur du secondaire, militante de la &#171; Mar&#233;e verte &#187;, mouvement de d&#233;fense de l'&#233;ducation publique face &#224; l'aust&#233;rit&#233; et aux menaces de privatisations ; Carlos Jimenez Villarejo, ancien procureur anticorruption ; Lola Sanchez, jeune dipl&#244;m&#233;e en sciences politiques qui travaille comme serveuse faute de mieux, et enfin Pablo Echenique, un scientifique t&#233;trapl&#233;gique, chercheur au CSIC (l'&#233;quivalent du CNRS), un organisme public au bord de la faillite apr&#232;s des coupes budg&#233;taires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Article publi&#233; le 23 juin 2014 sur le site de la revue Viento Sur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Traduction A l'Encontre &lt;a href=&#034;http://alencontre.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://alencontre.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Brais Fernandez est militant d'Izquierda Anticapitalista et participe &#224; Podemos.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Haiti : Appel &#224; moblisation - 10 ann&#233;es d'occupation - &#199;a suffit ! Retrait des troupes MAINTENANT et dehors la MINUSTAH !</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Haiti-Appel-a-moblisation-10-annees-d-occupation-Ca-suffit-Retrait-des-troupes</link>
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		<dc:date>2014-07-08T12:04:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Ha&#239;ti</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-07-01</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une quinzaine d'organisations latino-am&#233;ricaines, qui doit &#234;tre rejointe par d'autres, lance une campagne de mobilisation entre le 1er juin et le 15 octobre 2014 pour exiger le retrait imm&#233;diat des soldats onusiens en Ha&#239;ti &#224; l'issue de &#171; 10 ann&#233;es d'occupation &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
(tir&#233; du site du CADTM) &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; la suite de la chute du pr&#233;sident Jean-Bertrand Aristide le 29 f&#233;vrier 2004 (qualifi&#233;e de &#034;coup d'&#201;tat&#034;), la Mission des nations unies pour la stabilisation en Ha&#239;ti (Minustah) a &#233;t&#233; install&#233;e en &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L117xH150/arton18238-843d3.jpg?1677991426' class='spip_logo spip_logo_right' width='117' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une quinzaine d'organisations latino-am&#233;ricaines, qui doit &#234;tre rejointe par d'autres, lance une campagne de mobilisation entre le 1er juin et le 15 octobre 2014 pour exiger le retrait imm&#233;diat des soldats onusiens en Ha&#239;ti &#224; l'issue de &#171; 10 ann&#233;es d'occupation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(tir&#233; du site du CADTM)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; la suite de la chute du pr&#233;sident Jean-Bertrand Aristide le 29 f&#233;vrier 2004 (qualifi&#233;e de &#034;coup d'&#201;tat&#034;), la Mission des nations unies pour la stabilisation en Ha&#239;ti (Minustah) a &#233;t&#233; install&#233;e en &#171; occupation militaire d'Ha&#239;ti &#187; dans l'int&#233;r&#234;t des puissances occidentales dont les &#201;tats-Unis, la France et le Canada, soutiennent les organisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel &#224; la mobilisation est lanc&#233; aussi pour &#171; mettre fin &#224; l'impunit&#233; des troupes &#187; et &#171; exiger que l'ONU reconnaisse sa responsabilit&#233; dans les crimes commis pour que les victimes trouvent justice et r&#233;paration &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le peuple ha&#239;tien ne m&#233;rite pas des troupes mais notre solidarit&#233; &#187;, &#233;crivent les organisations initiatrices de ce mouvement dont la Plateforme inter-am&#233;ricaine des droits humains, d&#233;mocratie et d&#233;veloppement (Pidhdd), la Centrale des travailleurs argentins (Cta).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des structures ha&#239;tiennes telles la Plateforme ha&#239;tienne de plaidoyer pour un d&#233;veloppement alternatif (Papda) et la Plateforme des organisations ha&#239;tiennes des droits humains (Pohdh) participent &#224; cet appel &#224; &#171; l'Am&#233;rique et au monde entier, aux mouvements et organisations populaires &#224; s'unir dans le cadre de cette grande campagne &#187; pour mettre fin &#224; la Minustah en Ha&#239;ti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans chacun de nos pays et dans les principaux espaces d'int&#233;gration r&#233;gionale, Ha&#239;ti doit entendre notre voix &#187;, mart&#232;lent les organisateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas &#224; cette quinzaine d'organisations de pays d'Am&#233;rique latine qu'on fera croire que la Minustah est une mission humanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sous le pr&#233;texte de stabiliser le pays, l'objectif v&#233;ritable de la Minustah est d'&#233;viter que le peuple ha&#239;tien exerce sa souverainet&#233; nationale et son droit &#224; l'autod&#233;termination. Elle sert de plus &#224; essayer de nouvelles formes d'imp&#233;rialisme et de contr&#244;le social (&#8230;) &#187;, affirment les entit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Situation de grave crise politique et institutionnelle accompagn&#233;e d'une nette r&#233;gression de la d&#233;mocratie, r&#233;pression violente et syst&#233;matique des manifestations populaires, attaques contre les dirigeants de l'opposition, soutien &#224; la manipulation grossi&#232;re des processus &#233;lectoraux et institutionnels et la libre entr&#233;e des capitaux transnationaux pour contr&#244;ler les espaces strat&#233;giques de l'&#233;conomie sont les r&#233;sultats de ces 10 ans d'&#171; occupation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce bilan n&#233;gatif de la Minustah, les organisations rajoutent l'&#233;pid&#233;mie du chol&#233;ra introduite en Ha&#239;ti &#8211; selon plusieurs &#233;tudes &#8211; par les casques bleus n&#233;palais et qui a cout&#233; la vie &#224; plus de 8 mille Ha&#239;tiennes et Ha&#239;tiens. [efd kft gp apr 28/05/2014 15 :35]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.alterpresse.org/spip.php..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.alterpresse.org/spip.php..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Il semblerait que l'option souverainiste soit en recul. Normal !</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Il-semblerait-que-l-option-souverainiste-soit-en-recul-Normal</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Il-semblerait-que-l-option-souverainiste-soit-en-recul-Normal</guid>
		<dc:date>2014-07-05T14:49:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sergio de Rosemont</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-07-01</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Comment voulez-vous qu'il en soit autrement lorsque le Parti Qu&#233;b&#233;cois qui se pr&#233;tend en &#234;tre le vaisseau amiral n'en parle &#224; peine et avec timidit&#233; ? &lt;br class='autobr' /&gt; Quel message croyez-vous que ca donne aux citoyens ? &lt;br class='autobr' /&gt; Lorsque vous voyez les leaders de ce suppos&#233; vaisseau amiral de la cause ne pas avoir confiance en l'article # 1 de leur parti. &lt;br class='autobr' /&gt; Lorsqu'ils n'ont pas le courage de leur conviction. &lt;br class='autobr' /&gt; C'est disons comme passer le message que l'id&#233;e de notre ind&#233;pendance est un projet inatteignable. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comment voulez-vous qu'il en soit autrement lorsque le Parti Qu&#233;b&#233;cois qui se pr&#233;tend en &#234;tre le vaisseau amiral n'en parle &#224; peine et avec timidit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quel message croyez-vous que ca donne aux citoyens ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lorsque vous voyez les leaders de ce suppos&#233; vaisseau amiral de la cause ne pas avoir confiance en l'article # 1 de leur parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lorsqu'ils n'ont pas le courage de leur conviction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est disons comme passer le message que l'id&#233;e de notre ind&#233;pendance est un projet inatteignable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comment voulez-vous dans une telle situation que les Qu&#233;b&#233;cois aient le go&#251;t de relever leurs manches et de mettre les mains &#224; la p&#226;te pour cr&#233;er la R&#233;publique du Qu&#233;bec ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Malheureusement ce vaisseau amiral de la cause souverainiste dont ce Parti Qu&#233;b&#233;cois pr&#233;tend &#234;tre ne semble plus ce fier croiseur pr&#234;t &#224; affronter mers et mondes et temp&#234;tes, il ressemble plus maintenant &#224; un rafiau prenant l'eau !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais o&#249; est-il pass&#233; ce Parti Qu&#233;b&#233;cois de ses d&#233;buts ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce Parti Qu&#233;b&#233;cois qui croyait aux valeurs souverainistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; H&#233;las maintenant ce Parti Qu&#233;b&#233;cois n'est m&#234;me plus l'ombre de son ombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et des fois on pourrait croire qu'il n'est maintenant qu'une parodie de ce qu'il &#233;tait !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comment voulez-vous que les Qu&#233;b&#233;cois aient confiance en ce pr&#233;tendu vaisseau amiral lorsque le discours de ce parti sonne faux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Oui il est encore temps pour sauver l'option souverainiste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La premi&#232;re &#233;tape &#224; accomplir est de changer le discours dans notre soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est plus que temps que les Qu&#233;b&#233;cois sachent que le choix d'utiliser l'option souverainiste appartient au peuple qu&#233;b&#233;cois et non pas &#224; un parti politique en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Non le Parti Qu&#233;b&#233;cois n'a pas de copyright sur l'option souverainiste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La deuxi&#232;me &#233;tape &#224; accomplir c'est de comprendre que l'ind&#233;pendance ne pourra &#234;tre accomplie que par le peuple lui-m&#234;me et non pas par un parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un parti politique souverainiste ne ferait qu'actionner les leviers permettant au peuple d'accomplir son ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Troisi&#232;me &#233;tape, oublier et se d&#233;barrasser de ce Parti Qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Effectivement la meilleur chose &#224; faire avec ce Parti Qu&#233;b&#233;cois c'est de mettre la clef dans porte de la verrouiller &#224; triple tour et de fermer d&#233;finitivement la boutique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un parti qui en est rendu &#224; exister juste, oui juste pour prendre le pouvoir et cela sans m&#234;me avoir de projet de soci&#233;t&#233; rassembleuse n'a plus d'utilit&#233; pour le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Effectivement il est temps que le peuple adopte un nouveau vaisseau amiral de la cause souverainiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est temps que Qu&#233;bec solidaire en devienne le nouveau vaisseau amiral !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est plus que temps que nous pensions &#224; notre avenir collectif en tant que peuple !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cessons de r&#234;ver &#224; la R&#233;publique du Qu&#233;bec, r&#233;alisons-la !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#212; Canada (2e partie)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/O-Canada-2e-partie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/O-Canada-2e-partie</guid>
		<dc:date>2014-07-04T15:16:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Beaudet</dc:creator>


		<dc:subject>Canada</dc:subject>
		<dc:subject>Blogues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-07-01</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au d&#233;but du vingti&#232;me si&#232;cle, l'&#233;lite canadienne est bien en selle. Le mandat du nouvel &#201;tat est de &#171; g&#233;rer &#187; un &#233;tat d'exception permanent qui conf&#232;re au gouvernement f&#233;d&#233;ral des pouvoirs exorbitants, ce qui fait qu'on n'h&#233;site pas &#224; utiliser la violence contre la population contre les populations m&#233;tis (1869 et 1884). Le Dominion canadien par ailleurs reste le suppl&#233;tif de l'Empire dans ses aventures militaris&#233;es dans le monde, dont la boucherie imp&#233;rialiste de 1914, ce qui suscite de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L106xH150/arton18215-325b1.jpg?1705736782' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au d&#233;but du vingti&#232;me si&#232;cle, l'&#233;lite canadienne est bien en selle. Le mandat du nouvel &#201;tat est de &#171; g&#233;rer &#187; un &#233;tat d'exception permanent qui conf&#232;re au gouvernement f&#233;d&#233;ral des pouvoirs exorbitants, ce qui fait qu'on n'h&#233;site pas &#224; utiliser la violence contre la population contre les populations m&#233;tis (1869 et 1884). Le Dominion canadien par ailleurs reste le suppl&#233;tif de l'Empire dans ses aventures militaris&#233;es dans le monde, dont la boucherie imp&#233;rialiste de 1914, ce qui suscite de puissantes manifestations qui sont r&#233;prim&#233;es par l'arm&#233;e en plein c&#339;ur de Montr&#233;al. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, l'&#201;tat n'a aucune tol&#233;rance face aux les syndicats (comme &#224; Winnipeg en 1919). Cette intol&#233;rance acquiert un caract&#232;re anti-immigrants et anti minorit&#233;s francophones (en dehors du Qu&#233;bec) o&#249; les communaut&#233;s perdent leurs &#233;coles et d'autres espaces d'autonomie culturelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;tat f&#233;d&#233;ral et le nationalisme r&#233;actionnaire &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tournant des ann&#233;es 1930, une sorte de n&#233;onationalisme surgit au Qu&#233;bec sous la forme d'une id&#233;ologie r&#233;trograde et conservatrice, inspir&#233;e des milieux catholiques de droite. Cette droite se r&#233;clamant de Franco et de Mussolini appuie l'&#233;lection de Maurice Duplessis et de l'Union nationale (1936). Ce r&#233;gime consolide le pouvoir r&#233;pressif appuy&#233; sur l'appareil cl&#233;rical. En adoptant un discours nationaliste, il verrouille une possible rencontre entre les revendications nationales et les luttes sociales. La cr&#233;ation de l'&#171; identit&#233; &#187; qu&#233;b&#233;coise est int&#233;gr&#233;e &#224; la d&#233;fense des valeurs r&#233;actionnaires &#171; Dieu-famille-patrie &#187;. Pour les dominants, le tournant est une aubaine. Un &#201;tat provincial quasi policier au Qu&#233;bec assure &#171; la loi et l'ordre &#187;, au profit d'une poign&#233;e de capitalistes anglo-canadiens et &#233;trangers qui dominent l'&#233;conomie. Durant cette &#171; grande noirceur &#187;, le peuple qu&#233;b&#233;cois est enfonc&#233; dans la pauvret&#233;, l'ignorance et la d&#233;pendance. La r&#233;pression contre les syndicats est au centre du dispositif id&#233;ologique anim&#233; la puissante structure de l'&#201;glise relay&#233;e dans les composantes de la soci&#233;t&#233; civile. Durant cette p&#233;riode, le d&#233;veloppement du capitalisme au Canada poursuit son cours. Une bourgeoisie anglo-canadienne diversifie ses int&#233;r&#234;ts &#224; travers l'industrialisation et l'exploitation des ressources. Dans une large mesure, le Qu&#233;bec est le parent pauvre de cette consolidation du capitalisme. L'&#233;lite cl&#233;ricale craint les effets d'une modernisation li&#233;e &#224; l'industrialisation et &#224; l'urbanisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tumultes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, les &#201;tats-Unis prennent toute la place, ce qui inclut un r&#244;le pour la grande bourgeoisie canadienne. Au Qu&#233;bec, l'&#233;lite cl&#233;rico-r&#233;actionnaire est d&#233;stabilis&#233;e. De nouvelles fractions bourgeoises se positionnent et veulent des r&#233;formes, d'o&#249; un projet sous le drapeau du Parti Lib&#233;ral du Qu&#233;bec (PLQ). Bient&#244;t, ce r&#233;formisme r&#233;anime le nationalisme sur une autre base o&#249; les revendications nationales sont pr&#233;sent&#233;es dans la perspective de la modernit&#233; de l'&#201;tat et de l'&#233;mancipation populaire. Pour les &#233;lites canadiennes, il faut d&#233;faire ce n&#233;onationalisme qu&#233;b&#233;cois. Le personnel politique est renouvel&#233; autour de la figure de Pierre Elliot Trudeau qui pr&#233;tend sauver l'unit&#233; canadienne en relan&#231;ant les politiques de bilinguisme, de multiculturalisme et d'int&#233;gration des francophones dans l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral. Cependant, les r&#233;sistances sociales montent au cr&#233;neau &#224; partir de dures gr&#232;ves ouvri&#232;res et &#233;tudiantes. En octobre 1970, Trudeau se discr&#233;dite en envoyant l'arm&#233;e sous le pr&#233;texte d'une &#171; insurrection appr&#233;hend&#233;e &#187;. On est en l&#224; lorsque le PQ gagne les &#233;lections en 1976.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Essor et &#233;chec du PQ&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le leadership du PQ appartient &#224; une petite bourgeoisie ascendante, mais la base est populaire, et o&#249; la cause sociale rejoint celle de l'&#233;mancipation nationale. Non pas &#224; cause d'un nationalisme r&#233;trograde, mais parce qu'au Canada, la formation sociale bourgeoise est bas&#233;e sur la subjugation des peuples, avec les cons&#233;quences tr&#232;s concr&#232;tes : discriminations syst&#233;miques, surexploitation, sous-d&#233;veloppement des infrastructures, plus un syst&#232;me symbolique et culturel m&#233;prisant o&#249; les francophones dans l'imaginaire canadien restent des demi-civilis&#233;s. Au d&#233;but du gouvernement PQ, un ensemble de r&#233;formes sont entreprises pour r&#233;pondre &#224; ces aspirations populaires. Pour autant, les secteurs bourgeois qu&#233;b&#233;cois ne rejoignent pas la coalition, malgr&#233; les encouragements de Jacques Parizeau. Apr&#232;s quelques tergiversations, l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral entreprend une vaste strat&#233;gie pour vaincre le PQ, ce qu'il r&#233;ussit &#224; faire lors du r&#233;f&#233;rendum de 1980. Les diverses couches de la bourgeoisie canadienne, appuient sans r&#233;serve cette offensive contre le n&#233;onationalisme qu&#233;b&#233;cois. Au-del&#224; des m&#233;canismes psychologiques &#224; l'&#339;uvre et qui construisent une identit&#233; anglo-canadienne hostile &#224; l'endroit des Qu&#233;b&#233;cois, il y a la conviction parmi l'&#233;lite canadienne que le contr&#244;le du territoire dans son int&#233;gralit&#233; est indispensable au pouvoir de l'&#201;tat et au capitalisme canadien dans son ensemble. Cette conviction est partag&#233;e par l'imp&#233;rialisme &#233;tats-unien qui, malgr&#233; les tentatives du PQ de pr&#233;senter le souverainisme comme un projet &#171; sans danger &#187; pour les &#201;tats-Unis, reste solidement alli&#233; &#224; l'&#201;tat canadien. C'est ainsi que s'explique le refus de n&#233;gocier le projet de souverainet&#233;-association qui remettrait en question tout un &#233;difice de domination construit de longue date.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'impasse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'humiliante d&#233;faite du PQ face au rapatriement de la &#171; constitution &#187; (1982), la droite revient au pouvoir tant &#224; Qu&#233;bec qu'&#224; Ottawa pour tenter de liquider une fois pour toutes l'aspiration &#224; l'ind&#233;pendance en proposant un nouveau compromis constitutionnel (l'accord dit du lac Meech). Un peu comme dans les ann&#233;es 1840, la bourgeoisie esp&#232;re que la d&#233;faite du mouvement national ouvre la porte &#224; une cooptation des &#233;lites. Tout en liquidant la question nationale, le projet a &#233;galement comme ambition d'acc&#233;l&#233;rer le d&#233;mant&#232;lement du keyn&#233;sianisme en &#171; d&#233;versant &#187; plusieurs fonctions sociales vers les gouvernements provinciaux, ce qui permet d'amadouer en partie le nationalisme qu&#233;b&#233;cois. Mais le projet &#233;choue, essentiellement &#224; cause de l'opposition d'une partie de la classe politique. Le Parti Lib&#233;ral du Canada de retour au pouvoir en 1993 cherche la confrontation. Le PQ pour sa part pr&#233;pare un deuxi&#232;me referendum (1995), avec l'appui des secteurs populaires surtout. La bataille est sans merci, l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral s'assurant du r&#233;sultat par une vaste strat&#233;gie d'intimidation, de menaces et de manipulations. Cette nouvelle d&#233;faite permet le virage droite propos&#233; par Lucien Bouchard, et ouvre la porte &#224; la victoire du PLQ en 2003. L'&#201;tat f&#233;d&#233;ral devant ce nouvel effondrement du nationalisme qu&#233;b&#233;cois entreprend de renforcer son pouvoir. Les politiques n&#233;olib&#233;rales sont acc&#233;l&#233;r&#233;es, d'o&#249; les coupures massives dans les transferts vers les provinces pour les programmes de sant&#233; et d'&#233;ducation et l'alignement sur les &#201;tats-Unis via l'Accord de libre &#233;change des Am&#233;riques (AL&#201;NA). Le PLC parall&#232;lement met en place une gigantesque machine opaque pour neutraliser le nationalisme via des op&#233;rations de corruption et de manipulation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ce que nous a appris la Commission Charbonneau jusqu'ici </title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Ce-que-nous-a-appris-la-Commission-Charbonneau-jusqu-ici</link>
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		<dc:date>2014-07-02T19:35:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bernard Rioux</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-07-01</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La commission Charbonneau touche &#224; sa fin. Quelques t&#233;moins encore &#224; interroger et des recommandations &#224; &#233;laborer, et elle aura rempli son mandat de faire la lumi&#232;re sur la r&#233;alit&#233; de la corruption dans l'industrie de la construction et de proposer des moyens d'y faire face. Ce qu'elle a d'abord d&#233;montr&#233; c'est que la corruption n'&#233;tait pas principalement l'affaire de quelques &#233;l&#233;ments v&#233;reux comme le pr&#233;tendait le gouvernement lib&#233;ral de Jean Charest, mais que les principaux acteurs de ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/arton18261-b3fca.jpg?1705736782' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La commission Charbonneau touche &#224; sa fin. Quelques t&#233;moins encore &#224; interroger et des recommandations &#224; &#233;laborer, et elle aura rempli son mandat de faire la lumi&#232;re sur la r&#233;alit&#233; de la corruption dans l'industrie de la construction et de proposer des moyens d'y faire face. Ce qu'elle a d'abord d&#233;montr&#233; c'est que la corruption n'&#233;tait pas principalement l'affaire de quelques &#233;l&#233;ments v&#233;reux comme le pr&#233;tendait le gouvernement lib&#233;ral de Jean Charest, mais que les principaux acteurs de ce secteur : les grands partis politiques, les institutions publiques municipales ou nationales, les grandes firmes de g&#233;nie-conseil et les principales entreprises du secteur de la construction &#233;taient au centre d'un syst&#232;me de collusion et de corruption.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le n&#233;olib&#233;ralisme, une p&#233;riode propice &#224; la corruption institutionnalis&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La commission Charbonneau a bien d&#233;montr&#233; comment le n&#233;olib&#233;ralisme a multipli&#233; les occasions d'acoquinements entre les entreprises priv&#233;es, les hauts fonctionnaires et les responsables politiques. La g&#233;n&#233;ralisation de la privatisation a plac&#233; des entrepreneurs priv&#233;s dans une situation de concurrence exacerb&#233;e. Qui allait arracher le morceau et obtenir le contrat est apparu de plus en plus comme une question de survie pour les entreprises. Il fallait trouver les entr&#233;es aupr&#232;s des d&#233;cideurs politiques et les moyens de s'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette privatisation qui a correspondu au renforcement de la sous-traitance a &#233;t&#233; si loin qu'elle a favoris&#233; la migration des expertises des institutions publiques vers le priv&#233;. Ce mouvement a eu une telle ampleur qu'il a plac&#233; des minist&#232;res comme le Minist&#232;re des Transports dans l'incapacit&#233; d'&#233;valuer et de contr&#244;ler les ouvrages qu'ils confiaient aux entreprises priv&#233;es. Les d&#233;lais demand&#233;s pour la compl&#233;tion des travaux et les surfacturations ont donc pu prosp&#233;rer sur cette m&#233;connaissance. La commission Charbonneau a aussi d&#233;montr&#233; que les contrats en Parteniat Public Priv&#233; alourdissaient les d&#233;penses de l'&#201;tat en multipliant les occasions de corruption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La cha&#238;ne des d&#233;pendances liant politiques et capitalistes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conseillers municipaux, maires, d&#233;put&#233;Es, ministres, ing&#233;nieurs, avocats, collecteurEs de fonds des grands partis, affairistes du secteur priv&#233;, responsables des grandes entreprises et certains dirigeants syndicaux formaient des cha&#238;nes de d&#233;pendances. Non seulement un maire pouvait choisir l'entrepreneur qui lui convenait ou qui acceptait de lui payer une ristourne, mais un groupe d'entrepreneurs pouvait engager une entreprise pour se donner un maire &#224; leur convenance par l'organisation d'une &#233;lection cl&#233; en main. Un entrepreneur cherchait &#224; surfacturer, il devait arroser la firme d'ing&#233;nieurs impliqu&#233;e ou le donneur de contrats pour ouvrir ce chemin. Tous les intervenantEs disposant d'une parcelle de pouvoir cherchent donc &#224; la monnayer pour profiter d'une affaire, pour garder la cha&#238;ne des d&#233;pendances bien huil&#233;e, pour entretenir des canaux de communication privil&#233;gi&#233;e. Et c'est &#231;a la corruption syst&#233;matique : une cha&#238;ne de connivences qui permet d'utiliser les biens publics pour des fins priv&#233;s. Les personnes en haut de la cha&#238;ne de d&#233;pendance sont pr&#233;sent&#233;es comme des rois, comme des personnes toutes puissantes auxquelles on ne peut r&#233;sister si on veut rester en affaires... Devant cette structure de contraintes, les r&#233;flexes &#233;thiques ne font pas le poids.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les gros corrupteurs, les petits corrompus et les hors-jeux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La commission Charbonneau a bien d&#233;montr&#233; que nous avons affaire &#224; une oligarchie emp&#234;tr&#233;e dans les mensonges et les connivences &#224; un niveau tel qu'elle ne parvient plus &#224; pouvoir distinguer ce qui est l&#233;gal de ce qui ne l'est pas, ce qui est moral et de ce qui est immoral. Lorsqu'un ministre consid&#232;re que des cadeaux d'une entreprise lui sont dus et que c'est parfaitement normal, lorsqu'un autre, en pleine Assembl&#233;e nationale, affirme que les cotisations des entreprises aux partis politiques sont tout &#224; fait l&#233;gales malgr&#233; la lettre de la loi sur le financement des partis politiques qui dit le contraire, on comprend le caract&#232;re g&#233;n&#233;ralis&#233; de la corruption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#233;ments ind&#233;sirables ce ne sont pas les personnes qui acceptent les pratiques de collusion et de corruption, ce sont les purs qui refusent de jouer le jeu. Ces &#233;l&#233;ments sont rapidement &#233;cart&#233;s pour &#8220;avoir une mauvaise attitude&#8221;, parce qu'elles portent des jugements critiques sur des pratiques jug&#233;es normales dans le milieu comme falsifier des factures par exemple. Ils perdent leurs emplois et une r&#233;putation de mauvais joueurs leur est faite par leurs anciens patrons. Ce qui dresse des obstacles importants &#224; la capacit&#233; de poursuivre leur carri&#232;re dans l'industrie. Tout le contraire en fait de la th&#233;orie des &#171; pommes pourries &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au sommet de la cha&#238;ne de collusion, la loi du silence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une le&#231;on particuli&#232;rement &#233;clairante des s&#233;ances de la commission, c'est que le menu fretin parmi les corrompus peut avouer et manifester des regrets avec des degr&#233;s de sinc&#233;rit&#233; plus ou moins cr&#233;dibles. Mais, les corrupteurs et corrompus de premiers plans ont tendance &#224; tout nier, &#224; perdre la m&#233;moire, &#224; faire preuve d'un aveuglement syst&#233;matique de ce qui se passe dans leur entourage imm&#233;diat. La loi de ces &#233;lites &#233;conomico-politiques est la m&#234;me que celle de la mafia, c'est la loi du silence, c'est l'omerta. Ils nient. Ils affirment ne rien savoir. Ils d&#233;nient jusqu'&#224; prendre des postures ridicules s'il le faut... On se permet m&#234;me de s'indigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux, trois, plusieurs commissions Charbonneau...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La commission Charbonneau aura des effets durables, moins par ses propositions pour lutter contre la corruption dont l'application restera aux mains de responsables politiques qui ont tremp&#233; dans la corruption ou qui ont voulu &#234;tre aveugles &#224; cette derni&#232;re, que par la lumi&#232;re crue qu'elle aura permis de jeter sur la criminalit&#233; des &#233;lites confirmant des perceptions et des sentiments largement r&#233;pandus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commission Charbonneau a permis d'entrevoir que la collusion qu'elle avait d&#233;couverte dans l'industrie de la construction entre les politiciens et les grandes entreprises, existait sans doute dans les grandes entreprises publiques, particuli&#232;ment chez Hydro-Qu&#233;bec, dans les rapports entre les administrations publiques et les entreprises de services informatiques, entre les corporations m&#233;dicales et les trusts pharmaceutiques, entre les lobbys miniers, p&#233;troliers et les responsables des diff&#233;rents minist&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit qu'une, deux, plusieurs commissions d'enqu&#234;te pourraient permettre de mieux comprendre les stratag&#232;mes utilis&#233;s par les corrupteurs et les corrompus. Mais, la remise en question de la corruption, ne pourra &#234;tre men&#233;e &#224; terme que par la lutte sociale et politique des classes subalternes contre les privil&#232;ges et la domination de l'oligarchie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mettre fin au pillage du bien commun, remettre en question la logique du secret pr&#233;sent &#224; tous les niveaux du syst&#232;me capitaliste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le culte du secret, le refus de la transparence, le culte des acoquinements rentables, c'est l'essence de la corruption en syst&#232;me capitaliste. Cette corruption n'est pas d'abord le r&#233;sultat de la criminalit&#233; du petit nombre, mais le fruit de l'irresponsabilit&#233; sociale des puissants. C'est pourquoi la lutte contre la corruption passe par la remise en question du pouvoir de cette minorit&#233; poss&#233;dante qui utilise tous les moyens, toutes les collusions, pour s'enrichir davantage au m&#233;pris du bien public. C'est pourquoi la lutte contre la corruption doit &#234;tre fondamentalement et radicalement anticapitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en finir avec la corruption, il faut d&#233;passer la r&#233;signation et le cynisme. Il faut d&#233;velopper l'indignation sociale et lui donner la possibilit&#233; d'agir pour transformer la situation. La logique dominante qui fait toute la place aux int&#233;r&#234;ts priv&#233;s doit &#234;tre remplac&#233;e par une logique de la d&#233;fense du bien public et de la vigilance citoyenne. La culture du secret des affaires (secret commercial et bancaire) doit &#234;tre remplac&#233;e par la culture de la transparence d&#233;mocratique et du pouvoir citoyen dans les choix des investissements publics. La lutte contre la corruption exige d'en finir avec la privatisation des biens communs et n&#233;cessite le d&#233;veloppement d'une &#233;conomie publique, sociale et coop&#233;rative au lieu d'une &#233;conomie priv&#233;e. La lutte contre la corruption ne fera pas l'&#233;conomie de la remise en cause de la domination des &#233;lites &#233;conomiques et politiques qui cherchent &#224; s'accaparer l'essentiel de la richesse et du pouvoir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Sans la r&#233;&#233;lection du Parlement, aucun gouvernement n'est repr&#233;sentatif &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Sans-la-reelection-du-Parlement-aucun-gouvernement-n-est-representatif</link>
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		<dc:date>2014-07-02T12:22:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Zakhar Popovych</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-07-01</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Zakhar Popovytch, journaliste, est militant de l'Union socialiste &#171; Opposition de gauche &#187;. Invit&#233; &#224; Londres par le d&#233;put&#233; de la gauche travailliste John McDonnel (pr&#233;sident de Labour Representation Comittee), il y a pr&#233;sent&#233; la situation politique en Ukraine le 10 mars 2014. Nous reproduisons ici son discours. &lt;br class='autobr' /&gt; Militant de l'Union socialiste &#171; Opposition de gauche &#187;, j'ai &#233;t&#233; sur le Ma&#239;dan, avec mon drapeau rouge, depuis le premier jour. Je n'ai pas dormi sous les tentes, mais j'y &#233;tais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2014-07-01-+" rel="tag"&gt;Edition du 2014-07-01&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH94/arton18249-3688d.jpg?1677679839' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Zakhar Popovytch, journaliste, est militant de l'Union socialiste &#171; Opposition de gauche &#187;. Invit&#233; &#224; Londres par le d&#233;put&#233; de la gauche travailliste John McDonnel (pr&#233;sident de Labour Representation Comittee), il y a pr&#233;sent&#233; la situation politique en Ukraine le 10 mars 2014. Nous reproduisons ici son discours.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Militant de l'Union socialiste &#171; Opposition de gauche &#187;, j'ai &#233;t&#233; sur le Ma&#239;dan, avec mon drapeau rouge, depuis le premier jour. Je n'ai pas dormi sous les tentes, mais j'y &#233;tais presque chaque jour au cours des derniers mois. Et ce drapeau rouge, que nous avions hiss&#233; le 24 novembre, je l'ai amen&#233; pour vous montrer que la gauche &#233;tait pr&#233;sente sur la Ma&#239;dan, qu'il ne s'agissait pas d'individus isol&#233;s, mais qu'elle y &#233;tait avec ses opinions et son programme de changement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un mouvement populaire de masse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re chose que je voudrais souligner, c'est qu'EuroMa&#239;dan est un mouvement populaire de masse, spontan&#233;, et non un &#233;v&#233;nement fabriqu&#233; artificiellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais vu autant de monde manifestant au centre de Kiev, du moins depuis 2004, lors des rassemblements de la r&#233;volution orange. Au cours de la d&#233;cennie pass&#233;e, aucun rassemblement politique, ni m&#234;me aucun &#233;v&#233;nement apolitique, n'avait eu cette ampleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations de la droite extr&#234;me, en particulier ces derni&#232;res ann&#233;es, ont pu rassembler quelques milliers de personnes. Ils ont &#233;t&#233; capables de faire venir jusqu'&#224; peut-&#234;tre dix mille personnes le jour de gloire de l'Arm&#233;e insurrectionnelles ukrainienne (UPA). Mais le dimanche du premier rassemblement de l'EuroMa&#239;dan, nous &#233;tions au moins cinquante mille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas possible de fabriquer un tel mouvement. Il est clair qu'il s'agissait d'un mouvement de masse de la majorit&#233; des gens ordinaires de Kiev, scandalis&#233;s par un gouvernement corrompu, inefficace et vorace. C'&#233;tait une lev&#233;e de masse contre les oligarques qui pillent le peuple ukrainien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me politique et &#233;conomique de l'Ukraine contemporaine a &#233;t&#233; construit par les oligarques pour leur permettre un pillage l&#233;gal, intense et facile. Ce syst&#232;me, totalement contr&#244;l&#233; par les oligarques, leur a fourni une l&#233;gislation fiscale qui fait de l'&#233;vasion fiscale une pratique parfaitement l&#233;gale et courante. Si vous &#234;tes un oligarque ukrainien, vous &#234;tes de facto exon&#233;r&#233; de l'imp&#244;t sur le revenu. C'est cela, malheureusement, la loi qui r&#233;git l'&#233;conomie ukrainienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus grand fardeau fiscal s'abat sur les travailleurs et sur les petits propri&#233;taires. M&#234;me l'imp&#244;t sur le revenu (o&#249; nous avons formellement des taux fixes), qui est formellement progressif, ne l'est nullement en r&#233;alit&#233;. Les salaires sont impos&#233;s d'office &#224; 40 % alors que les dividendes des actionnaires b&#233;n&#233;ficient d'une taxe &#171; fixe &#187; &#224; 17 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la plupart des gens en Ukraine, &#171; l'Europe &#187; signifie le bien-&#234;tre et la justice, et tout d'abord la justice sociale ! J'ai discut&#233; sur le Ma&#239;dan avec de nombreux travailleurs et syndicalistes. Les mineurs de fond de Louhansk (c'est l'extr&#234;me-orient de notre pays) disaient qu'ils sont venus ici car ils veulent que la justice fonctionne en Ukraine. &#171; Nous soutenons EuroMa&#239;dan, car voulons vivre dans un pays normal o&#249; les d&#233;cisions des tribunaux sont appliqu&#233;s &#187;, expliquait Volodymyr Sokolov, dirigeant du Syndicat ind&#233;pendant des mineurs de Rovenki, dans la r&#233;gion de Louhansk. &#171; Nous avons des tribunaux, mais m&#234;me quand ils prononcent un jugement qui d&#233;fend nos syndicats ou nos militants, il ne peut &#234;tre ex&#233;cut&#233; ! En r&#233;alit&#233;, cela signifie que l'employeur peut licencier qui il veut et ne tenir aucun compte du syndicat. Nous devons arr&#234;ter ces pratiques ! Nous exigeons une r&#233;forme de la justice et un &#201;tat de droit dans notre pays. L'Accord d'association avec l'Union europ&#233;enne comprend un engagement de r&#233;aliser une r&#233;forme judiciaire &#8211; c'est pour cette raison que nous demandons que le gouvernement le signe ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cette raison que l'Opposition de gauche a &#233;galement soutenu l'Accord d'association, mais &#224; condition de na pas agr&#233;er l'accord de libre &#233;change. Dans le volet politique de cet accord d'association avec l'UE, il y a &#233;galement un certain nombre de formulations tr&#232;s discutables, mais dans l'ensemble cet accord pourrait nous aider &#224; r&#233;aliser plus de d&#233;mocratie en Ukraine, &#224; obtenir la libert&#233; de penser et la primaut&#233; du droit. Le droit du travail en Ukraine est encore celui qui existait en URSS : dans la majorit&#233; des cas, la loi est formellement du c&#244;t&#233; des travailleurs et non des employeurs. Contrairement &#224; la Russie, ce code du travail sovi&#233;tique a &#233;t&#233; pr&#233;serv&#233; en Ukraine. Nous voulons que ce code du travail &#171; sovi&#233;tique &#187; soit appliqu&#233; en Ukraine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La gauche et les agressions de l'extr&#234;me droite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La droite radicale a essay&#233;, de mani&#232;re syst&#233;matique, d'exclure la gauche de l'EuroMa&#239;dan, mais elle n'a pu le faire. Il est vrai que l'opposition de droite a &#233;t&#233; &#224; l'origine de ces mobilisations. Et il est vrai &#233;galement que le courant le plus organis&#233; et le plus influent au sein de cette droite, c'est le Parti &#171; Svoboda &#187; (&#171; Libert&#233; &#187;) qui est d'extr&#234;me droite. Je consid&#232;re qu'il s'agit d'un parti qui veut se d&#233;velopper dans la tradition du nazime. Ce n'est pas une accusation sans fondement ni un &#171; argumentum ad Hitlerum &#187;. Certains de ses dirigeants ont fait de grands efforts pour populariser le patrimoine de Hitler et de Goebbels. Par exemple le principal th&#233;oricien de &#171; Svoboda &#187;, le sieur Mikhalchychtchyn a personnellement traduit en ukrainien le &#171; Petit ab&#233;c&#233;daire du national-socialisme &#187; (Das kleine ABC des Nationalsozialisten) du Dr Goebbels, qu'il a publi&#233; dans un recueil d'articles au c&#244;t&#233; du &#171; Programme en 25 points du NSDAP &#187; et de l'essai de Ernst R&#246;hm &#171; Pourquoi les SA &#187;. Le sieur Mikhalchychtchyn a rassembl&#233; et publi&#233; tout cela avec ses &#233;lucubrations th&#233;oriques sur la pertinence et l'actualit&#233; du nazisme pour l'Ukraine actuelle. Un de ses articles porte le titre : &#171; Le r&#233;volutionnaire national-socialiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas surprenant que, une fois la grande manifestation de masse termin&#233;e, la densit&#233; des nazis au m&#232;tre carr&#233; ait augment&#233; de mani&#232;re spectaculaire. Le 27 novembre, la hampe du drapeau rouge que j'avais plant&#233; a &#233;t&#233; bris&#233;e par les nazis du gang &#171; S-14 &#187; li&#233; &#224; &#171; Svoboda &#187;. Comme vous pouvez le voir, ils ont un peu d&#233;chir&#233; le drapeau, mais n'ont pas r&#233;ussi &#224; le d&#233;truire. Mais beaucoup de nos drapeaux ont &#233;t&#233; d&#233;truits. Au cours des jours suivants, de nombreux militants de gauche et syndicalistes ont &#233;t&#233; attaqu&#233;s. Le soir du 29 novembre, il semblait que l'EuroMa&#239;dan se terminait &#8211; plus que quelques centaines d'&#233;tudiants radicaux restaient sur la place. Mais, comme vous le savez, l'attaque brutale de la police anti-&#233;meutes Berkout, &#224; l'aube du 30 novembre, a indign&#233; le peuple et les manifestations sont redevenues tr&#232;s massives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que la nouvelle vague de manifestations a rempli les rues de Kiev, les nazis sont redevenus une minorit&#233; marginale, incapable de contr&#244;ler le mouvement. La propagation des id&#233;aux socialistes est redevenue possible &#224; chaque fois qu'il y avait un rassemblement massif. Et, en dehors de la place centrale o&#249; les nazis dominaient par moment, cela est rest&#233; toujours possible partout &#224; Kiev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier, au cours des premiers jours de d&#233;cembre, nous avions organis&#233; des actions de la gauche, au centre de Kiev, en dehors de la place centrale. Au cours d'une d'entre elles &#8211; une marche contre la violence polici&#232;re exigeant la dissolution imm&#233;diate de Berkout &#8211; nous &#233;tions plus de 200 militants. Malheureusement nous n'avions pas eu la possibilit&#233; de pr&#233;venir les autorit&#233;s de l'administration ki&#233;vienne, car ses bureaux &#233;taient occup&#233;s par nos adversaires de &#171; Svoboda &#187; et de &#171; S-14 &#187;. Par cons&#233;quent, cette manifestation n'&#233;tait pas conforme aux proc&#233;dures juridiques, mais personne ne nous a attaqu&#233;s, ni la police ni les nazis. Et, cette fois-ci, nous n'avons pas eu de probl&#232;mes avec la police politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du grand rassemblement du dimanche 9 d&#233;cembre, nous avons pu faire une intervention r&#233;ussie, pr&#232;s de la station du m&#233;tro Krechtchatyk, en organisant un d&#233;bat autour du &#171; microphone libre &#187;. Nous avions des pancartes et des drapeaux tout neufs, mais nos interventions avaient le m&#234;me caract&#232;re socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s les lois d'urgence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des jours et des semaines passaient. Comme le gouvernement ne r&#233;agissait pas, la col&#232;re montait. Nous avions froid, nous &#233;tions fatigu&#233;s, nous &#233;tions encore plus r&#233;volt&#233;s. Le gouvernement attendait que le mouvement s'effiloche, ne montrant aucune volont&#233; de n&#233;gocier, m&#234;me pas avec l'opposition parlementaire. Et lorsque le nombre de manifestants s'est r&#233;duit, le gouvernement a d&#233;cid&#233; de briser ceux qui restaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors la col&#232;re des manifestants contre le gouvernement a &#233;clat&#233; et l'insurrection a commenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re attaque contre Berkout a &#233;t&#233; organis&#233;e essentiellement par les n&#233;onazis du &#171; Secteur de droite &#187;, encore plus extr&#233;miste que &#171; Svoboda &#187;. Mais il est aussi vrai que, durant ces journ&#233;es, la lutte a unifi&#233; les gens ordinaires d'opinions tr&#232;s diverses. Des milliers de gens ont rassembl&#233; des pneus, les ont arros&#233;s d'essence et d'huile de vidange pour maintenir des immenses feux. Un mur de feu qui d&#233;fendait Ma&#239;dan contre Berkout. Parmi les insurg&#233;s, j'ai vu des gens tr&#232;s divers &#8211; et, entre parenth&#232;ses, en majorit&#233; russophones &#8211; et beaucoup de jeunes des banlieues. Ces insurg&#233;s &#233;taient tr&#232;s diff&#233;rents de ceux rassembl&#233;s sur la place centrale, &#224; ce moment-l&#224; en majorit&#233; ukrainophones et venant des villages de l'Ukraine occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'introduction des lois d'urgence [adopt&#233;es le 16 janvier] la plupart des citoyens de Kiev se sont r&#233;volt&#233;s. Et la tension a encore mont&#233; apr&#232;s l'assassinat des militants de Ma&#239;dan. Sur les places de l'Ind&#233;pendance et de l'Europe, o&#249; en g&#233;n&#233;ral ne restaient que quelques centaines de personnes durant les nuits, cette nuit-l&#224; il y en a eu des dizaines de milliers, qui y sont rest&#233;s jusqu'&#224; l'aube. Cette mobilisation de masse a sauv&#233; Ma&#239;dan contre l'attaque pr&#233;par&#233;e par la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde pensait que la police allait charger la place. Tous attendaient l'attaque de Berkout. Selon la nouvelle loi, tous les manifestants &#233;taient des criminels. Il y avait parmi eux des groupes d'extr&#234;me droite, mais aussi de gauche radicale, surtout des anarchistes. Mais la tr&#232;s grande majorit&#233; des manifestants critiquait aussi bien l'opposition parlementaire que les extr&#233;mistes de la droite x&#233;nophobe. Les pierres et les cocktails Molotov touchaient les policiers, dont certains ont &#233;t&#233; bless&#233;s. Et m&#234;me si nombre de jeunes consid&#233;raient cet affrontement comme un jeu, alors que certains d'entre eux &#233;taient tu&#233;s, ce fut un v&#233;ritable soul&#232;vement populaire, une insurrection des Ukrainiens, des gens de diverses nationalit&#233;s et de divers groupes ethniques, en faveur de la d&#233;mocratie en Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait beaucoup de ressources. Imaginez des personnes &#226;g&#233;es, align&#233;es dans les cha&#238;nes qui font passer les pav&#233;s et les pneus aux combattants. Des vieilles femmes qui aident leurs petits-fils &#224; remplir les cocktails Molotov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que journaliste, j'&#233;tais pr&#233;sent sur les barricades devant le stade Dynamo et j'ai &#233;t&#233; imm&#233;diatement entra&#238;n&#233;. &#171; Prends un cocktail, ami &#187;, m'a salu&#233; chaleureusement un jeune homme en cagoule. Il &#233;tait difficile de r&#233;sister, mais le gar&#231;on voyant mon h&#233;sitation et ma carte de presse n'a pas insist&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; une telle d&#233;termination des masses, le gouvernement a &#233;t&#233; oblig&#233; de cesser l'emploi de la force contre les manifestants. Toute tentative de disperser Ma&#239;dan aurait provoqu&#233; un encore plus grand nombre de morts et de bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, cette action de masse, qui a emp&#234;ch&#233; la mise en place des nouvelles lois d'urgence, anti-d&#233;mocratiques, a &#233;galement donn&#233; un nouvel &#233;lan aux &#233;l&#233;ments les plus anti-d&#233;mocratiques au sein du mouvement Ma&#239;dan. Apr&#232;s la premi&#232;re bataille contre la police, les groupes n&#233;onazis se sont renforc&#233;s et se sentaient assez forts pour se proclamer leaders du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La gauche active dans les mobilisations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la gauche s'est &#233;galement renforc&#233;e ! Cette r&#233;volution est tr&#232;s diff&#233;rente de la &#171; r&#233;volution orange &#187; de 2004. Cette r&#233;volution prend la parole ! Le d&#233;bat public se poursuit en continu dans de nombreux endroits. Il ne se limite pas &#224; la grande sc&#232;ne de la place de l'Ind&#233;pendance, il y a aussi les d&#233;bats dans &#171; l'Universit&#233; ouverte &#187; et autour des &#171; microphones libres &#187; dans les rues, ainsi que des d&#233;bats continus dans les immeubles occup&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s les affrontements du 19 janvier sur les barricades de la rue Hrouchevsky, les &#233;tudiants de gauche ont occup&#233; une partie de la &#171; Maison de l'Ukraine &#187; et y ont organis&#233; une agitation syst&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; une situation difficile, la gauche a &#233;t&#233; accept&#233;e &#224; Ma&#239;dan bien mieux qu'auparavant. Nous avons pu intervenir de mani&#232;re syst&#233;matique dans la &#171; Maison de l'Ukraine &#187; et dans le Centre &#233;tudiant au c&#244;t&#233; des organisations de gauche et progressistes. Une biblioth&#232;que des livres et des brochures de gauche a &#233;t&#233; mise en place, des tracts de la gauche ont &#233;t&#233; distribu&#233;s ainsi que notre Manifeste en 10 th&#232;ses, des d&#233;bats publics ont &#233;t&#233; organis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut de nombreuses discussions, des expos&#233;s, des pr&#233;sentations de films. Il y a eu aussi la pr&#233;sentation de la nouvelle &#233;dition de la revue Spilne (&#171; En commun &#187;), qui a &#233;t&#233; tr&#232;s r&#233;ussie. Personnellement, j'ai commenc&#233; mon discours en me pr&#233;sentant comme communiste et je l'ai termin&#233; en exigeant une &#171; lustration &#187; sociale [1] : r&#233;vocation imm&#233;diate des oligarques et des tr&#232;s riches de tous les postes de pouvoir. Je tiens &#224; souligner que toutes th&#232;ses du programme de transformation sociale de l'Opposition de gauche ont &#233;t&#233; acclam&#233;es. Assistaient &#224; ce d&#233;bat, dans la salle de la &#171; Maison de l'Ukraine &#187;, des gens venant de l'Ukraine occidentale, qui se consid&#232;rent &#171; anticommunistes &#187; et des gens de l'Ukraine orientale, qui se disent &#171; antibanderistes &#187; [2]. Mais tous pensent que la justice sociale est n&#233;cessaire ! Tous soutiennent le programme d'une lustration sociale radicale ! L'id&#233;e de la justice sociale peut unir l'Ukraine &#8211; et c'est la seule qui le peut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos propositions &#8211; y compris le contr&#244;le ouvrier et la privation des millionnaires des droits &#233;lectoraux &#8211; ont &#233;t&#233; bien accueillies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;bat a eu lieu le 17 f&#233;vrier. Le lendemain, il y eut une nouvelle attaque violente et nous avons &#233;t&#233; oblig&#233;s d'&#233;vacuer la &#171; Maison de l'Ukraine &#187;, perdant ainsi tout notre mat&#233;riel. Mais nous n'avons pas perdu notre engagement ! Nous avons pu retourner dans cet immeuble une semaine plus tard, mais tout avait disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple de l'engagement de la gauche dans les mobilisation de Ma&#239;dan : peu apr&#232;s la fuite du pr&#233;sident Ianoukovytch, les &#233;tudiants ont occup&#233; l'immeuble central du minist&#232;re de l'&#201;ducation et de la science. Et, &#233;l&#233;ment important, ils en ont interdit l'acc&#232;s aux gens du parti &#171; Svoboda &#187;. Au sein du nouveau gouvernement, le poste de ministre de l'&#201;ducation et de la science a &#233;t&#233; attribu&#233; &#224; &#171; Svoboda &#187;, mais ce parti n'a pas os&#233; y nommer un de ses extr&#233;mistes &#8211; telle Iryna Farion [3]&#8211; mais a propos&#233; le recteur de l'universit&#233; nationale Acad&#233;mie Mohyla de Kiev, Serguei Kvit, relativement mod&#233;r&#233;. Et avant que M. Kvit puisse p&#233;n&#233;trer dans son nouveau bureau, il a d&#251; d&#233;fendre son programme devant l'assembl&#233;e des &#233;tudiants, r&#233;pondre &#224; de nombreuses questions, y compris agressives. Puis, les &#233;tudiants lui ont fait signer une &#171; feuille de route &#187; de d&#233;veloppement de l'enseignement qu'ils avaient pr&#233;par&#233;e. C'est cette feuille de route qui a commenc&#233; &#224; &#234;tre appliqu&#233;e, sous le contr&#244;le de l'assembl&#233;e des &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes camarades de l'Opposition de gauche et moi-m&#234;me, nous sommes d&#233;sormais engag&#233;s dans le projet de publication des donn&#233;es comptables. Mme Kezhova, experte reconnue de l'automatisation, pr&#233;pare un programme de comptabilit&#233; publique de ce minist&#232;re et, pour notre part, nous publions sur internet l'ensemble des donn&#233;es comptables. La vice-ministre Ina Sovsun suit de pr&#232;s ce projet et je suis certain qu'il sera termin&#233; pour le 1er avril &#8211; &#224; partir de ce moment, la comptabilit&#233; du minist&#232;re sera totalement publique et mise &#224; jour quotidiennement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les ouvriers de Kryvy&#239; Rig soutiennent Ma&#239;dan&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre aspect important, qui t&#233;moigne du caract&#232;re d&#233;mocratique et social de cette r&#233;volution ukrainienne, c'est le r&#244;le que les syndicats ind&#233;pendants y ont jou&#233;. Kryvy&#239; Rig est une grande ville industrielle du sud-est de l'Ukraine. C'est une grande ville typique de la r&#233;gion, &#224; majorit&#233; russophone, qui compte un million d'habitants, en majorit&#233; des ouvriers de l'industrie, surtout des mineurs de fond et des sid&#233;rurgistes, produisant le minerai de fer et l'acier. Beaucoup de villes de l'Ukraine orientale ont &#233;t&#233; d&#233;sindustrialis&#233;es apr&#232;s la crise des ann&#233;es 1990, mais pas Kryvy&#239; Rig. Comme vous le savez, la production de la m&#233;tallurgie et la construction de machines ont subi une baisse consid&#233;rable, mais pas la production des mati&#232;res premi&#232;res. Cette ville, c'est la capitale du minerai de fer. M&#234;me la poussi&#232;re dans les rues y est rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mobilisations de Ma&#239;dan y ont aussi &#233;t&#233; lanc&#233;es par les petits entrepreneurs et des commer&#231;ants, mais le r&#244;le des ouvriers a &#233;t&#233; rapidement dominant. Il y eut une mobilisation massive sur la place &#8211; des milliers de manifestants, au moins 5 000, voire plus. Par comparaison, les manifestations pro-russes attirent une petite centaine de personnes, au maximum deux ou trois cents &#8211; et encore la majorit&#233; d'entre eux sont des curieux et des militants de Ma&#239;dan qui tentent de comprendre qui sont ces gens-l&#224; et pourquoi ils portent ces drapeaux tricolores russes dans leur ville. Une anecdote : comme personne ne conna&#238;t ces gars pro-russes, qu'aucun d'eux n'a &#233;t&#233; actif dans la soci&#233;t&#233; civile ni n'a particip&#233; &#224; la vie politique, des cyclistes y ont &#233;t&#233; rep&#233;r&#233;s. Vous le savez, Poutine aime bien rencontrer les cyclistes. Alors, ici aussi il a trouv&#233; des cyclistes avec des drapeaux tricolores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, personne ne les avait vus avant. Maintenant, alors que nous discutons ici, il y a encore dix activistes pro-russes qui organisent un piquet devant la mairie, et un peu plus loin, sur la place, il y a un millier de manifestants de Ma&#239;dan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Kryvy&#239; Rig, les dirigeants du syndicat ind&#233;pendant des mineurs font partie des repr&#233;sentants &#233;lus au sein du Conseil de Ma&#239;dan. Le coordinateur du syndicat des mineurs, le camarade Youri&#239; Samilov, est non seulement membre du Conseil de Ma&#239;dan, mais il dirige &#233;galement &#171; l'escadron des mineurs &#187;, le principal groupe d'auto-d&#233;fense locale, compos&#233; comme son nom l'indique de mineurs de fond, tant jeunes que retrait&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auto-d&#233;fense joue ici un r&#244;le important d'autant plus que l'administration des mines, qui appartiennent &#224; Rinat Akhmetov (le plus riche oligarque ukrainien, membre du Parti des r&#233;gions) et &#224; des oligarques russes, ont organis&#233; des groupes paramilitaires de mercenaires, appel&#233;s &#171; titouchky &#187;. Ces bandes arm&#233;es attaquent les manifestants et mettent le feu aux locaux des partis de l'opposition. Les forces de l'auto-d&#233;fense ont vu le jour pour s'opposer &#224; ces attaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant &#171; l'escadron des mineurs &#187; participe &#224; des patrouilles communes avec la police locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des mobilisations les mineurs m'ont dit : &#171; Nous soutenons le mouvement, mais ce n'est pas notre r&#233;volution &#187;. Maintenant ils estiment que c'est la leur. Au moins &#224; Kryvy&#239; Rig.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nouveau gouvernement avec &#171; Svoboda &#187; &#8211; reconnaissance, mais pas soutien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que le nouveau gouvernement comprend des repr&#233;sentants du parti d'extr&#234;me droite &#171; Svoboda &#187; (3 ministres sur 20). L'extr&#234;me droite aspire &#224; fonder un nouveau Reich pour la &#171; race ukrainienne &#187;. L'un des slogans qu'ils ont cri&#233;s dans les manifestations &#233;tait une adaptation ukrainienne des termes &#171; Deutschland &#252;ber alles &#187;. Ils voudraient avoir des armes nucl&#233;aires et des missiles intercontinentaux. Et, croyez-moi, l'Ukraine dispose des ressources suffisantes pour le faire. La fabrique des fus&#233;es de Dnipropetrovsk peut imm&#233;diatement les fabriquer. L'oligarque notoire Ihor Kolomo&#239;sky, qui vient d'&#234;tre nomm&#233; gouverneur de la r&#233;gion de Dnipropetrovsk, a r&#233;alis&#233; une inspection de cette usine. Si Kolomo&#239;sky est un des dirigeants de la Communaut&#233; juive unifi&#233;e d'Ukraine (et de l'Union juive europ&#233;enne), cela ne l'emp&#234;che pas d'&#234;tre une personnalit&#233; anti-ouvri&#232;re et de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le d&#233;sir d'&#233;voquer les nazis ne signifie pas en &#234;tre automatiquement. Sous la pression du mouvement de masse, ils ne peuvent promouvoir leur ordre du jour droitier, militariste et x&#233;nophobe. Le probl&#232;me, c'est que si l'Ukraine devait faire la guerre avec la Russie, ces mots d'ordre fascistes pourraient probablement devenir acceptables dans la soci&#233;t&#233;. Mais pour le moment, nous ne sommes pas en guerre ouverte. Et nous avons une chance de l'&#233;viter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; maintenant, le gouvernement a compl&#232;tement oubli&#233; les revendications sociales de Ma&#239;dan. Au lieu de s&#233;parer le pouvoir et les affaires, il a nomm&#233; des oligarques aux postes de gouverneurs des r&#233;gions de Dnipropetrovsk et de Donetsk. Alors que Ma&#239;dan exigeait que les richesses des oligarques soient soumises &#224; un imp&#244;t suppl&#233;mentaire de 10 % (&#171; les riches partagent avec les pauvres &#187;), le gouvernement n'envisage pas de taxer les grandes entreprises. Au contraire, ils d&#233;clarent consentir &#224; toutes les demandes du Fonds mon&#233;taire international (FMI).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'approuvons pas la politique de ce pouvoir. Nous soutenons dans la pratique quelques-unes de ses initiatives locales &#8211; telle la publication de la comptabilit&#233; des institutions &#233;tatiques &#8211; mais nous n'approuvons pas la destruction des monuments ni leurs initiatives l&#233;gislatives dans le domaine linguistique. En se r&#233;f&#233;rant &#224; la menace militaire de la Russie, le nouveau gouvernement semble dispos&#233; d'int&#233;grer les bandes arm&#233;es d'extr&#234;me droite, qui d&#233;truisent les monuments sovi&#233;tiques, au sein de la police et de l'arm&#233;e. Nous condamnons l'hyst&#233;rie chauvine et anticommuniste, qu'ils essayent de gonfler sous la menace de la guerre. D'autant plus que cette hyst&#233;rie revient tel un boomerang, renfor&#231;ant le danger de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour arr&#234;ter la mont&#233;e de la fi&#232;vre guerri&#232;re et emp&#234;cher une v&#233;ritable guerre &#224; grande &#233;chelle, nous devons trouver le moyen de r&#233;unifier le pays sur le plan politique. Cela est possible non sur les bases du nationalisme radical, mais autour des exigences de la justice sociale. Beaucoup de gens &#224; l'est et au sud de l'Ukraine ne font pas confiance au nouveau gouvernement. Mais je ne pense pas qu'ils font plus confiance &#224; Poutine et aux extr&#233;mistes pro-russes. Il faut noter que le changement foudroyant de l'attitude des d&#233;put&#233;s du Parti des r&#233;gions ne peut pas satisfaire leurs &#233;lecteurs de l'Ukraine orientale et m&#233;ridionale, car ils se sentent flou&#233;s et exclus du gouvernement. Le Parlement ukrainien est formellement l&#233;gitime, mais son ex-&#171; majorit&#233; &#187; &#8211; c'est-&#224;-dire le Parti des r&#233;gions &#8211; ne repr&#233;sente plus personne aujourd'hui. Les &#233;lecteurs de Crim&#233;e le ha&#239;ssent. Et ce fait est syst&#233;matiquement utilis&#233; par la propagande s&#233;paratiste, y compris par le pr&#233;sident du Parlement de Crim&#233;e, qui s'est autoproclam&#233; nouveau chef du Parti des r&#233;gions en Crim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;&#233;lection du Parlement, retrait des troupes russes de Crim&#233;e !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, la premi&#232;re exigence que le Parlement ukrainien doit satisfaire, ce sont de nouvelles &#233;lections l&#233;gislatives !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;&#233;lection du Parlement est le seul moyen de le rendre repr&#233;sentatif aux yeux du pays, &#224; l'est et &#224; l'ouest. Je suis certain que dans cette situation il serait tr&#232;s difficile de falsifier les votes, de sorte que la composition du Parlement changerait en faveur d'&#233;lus en qui les &#233;lecteurs ont confiance. Et je suis convaincu &#233;galement que les exigences de la justice sociale seraient ainsi au premier plan. Il faut pour cela moderniser la loi &#233;lectorale : abaisser la barre de l'&#233;ligibilit&#233; &#224; 1 % des suffrages, supprimer le fonctionnement censitaire des &#233;lections (annuler le d&#233;p&#244;t obligatoire par les candidats d'un million de hryvnia et limiter les d&#233;penses &#233;lectorales autoris&#233;s) et &#233;largir les possibilit&#233;s de pr&#233;senter des candidats. Il est donc n&#233;cessaire de proc&#233;der &#224; une &#171; lustration sociale &#187; &#8211; interdire la candidature de ceux dont les revenus d&#233;passent le million ainsi que des repr&#233;sentants des groupes industriels et financiers des oligarques. Les syndicats doivent obtenir le droit d'initiative l&#233;gislative. Sur le plan social, le Parlement doit repr&#233;senter les salari&#233;s et &#234;tre un outil aux mains de la majorit&#233; qui travaille. Aucune confiance dans un gouvernement form&#233; par les riches au profit des riches ! Un tel gouvernement est &#233;tranger aux Ukrainiens de l'est comme de l'ouest !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde exigence, mais tout aussi importante, c'est de faire pression sur la Russie pour qu'elle retire ses troupes de Crim&#233;e ! Sans r&#233;aliser cette condition, un r&#233;f&#233;rendum ne peut &#234;tre l&#233;gitime et il n'est pas possible de reconna&#238;tre l'ind&#233;pendance. Dans le cas contraire, la Crim&#233;e restera un pays non reconnu, victime d'une grave crise &#233;conomique. Pas de trafic a&#233;rien, pas d'eau, pas de touristes&#8230; De plus, une telle situation est utilis&#233;e par l'extr&#234;me droite paramilitaire ukrainienne qui veut &#233;touffer la d&#233;mocratie et la lutte pour la justice sociale. Nous appelons la gauche europ&#233;enne &#224; ne pas soutenir l'intervention russe en Crim&#233;e. Je dirais m&#234;me plus : vous devez r&#233;sister fermement &#224; l'intervention et &#8211; &#233;videmment &#8211; il faut des observateurs internationaux en Crim&#233;e, le plus nombreux possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; civile ukrainienne et m&#234;me certains organismes gouvernementaux ont besoin de votre aide technique. J'ai mentionn&#233; la question d'une comptabilit&#233; publique pour lutter contre la corruption au minist&#232;re de l'&#201;ducation et de la science. Nous esp&#233;rons que cette exp&#233;rience sera &#233;tendue bient&#244;t &#224; tous les organismes gouvernementaux. Les Britanniques ont une grande exp&#233;rience en ce qui concerne l'ouverture des comptes. Nous serions heureux de b&#233;n&#233;ficier de vos conseils et de votre aide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vous demandons de soutenir les syndicats ind&#233;pendants. La plupart d'entre eux sont limit&#233;s &#224; leur r&#233;gion industrielle et n'ont pas d'influence sur la politique nationale ukrainienne. Il faut les aider &#224; construire leurs propres structures. Ces syndicalistes ont pris conscience qu'il leur faudrait leur propre parti du travail, ind&#233;pendant des oligarques. Mais ils manquent d'exp&#233;rience sur comment construire de telles structures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il est important de faire preuve du rejet de l'extr&#234;me droite, qui est pr&#233;sente au sein du pouvoir ukrainien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, bien s&#251;r, nous serons heureux d'accueillir &#224; Kiev les militants et les personnalit&#233;s europ&#233;ennes pour parler de ces questions. Il y est encore possible de parler librement et, j'en suis certain, d'attirer un large public. &#9632;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le terme &#171; lustration &#187;, utilis&#233; apr&#232;s la chute du rideau de fer, renvoie aux c&#233;r&#233;monies de purification de la Rome antique. Dans les ann&#233;es 1990, apr&#232;s la chute de l'Union sovi&#233;tique, une &#171; lustration &#187; avait &#233;t&#233; lanc&#233;e. Des listes de collaborateurs avec les services secrets avaient &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es, afin de les juger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] &#171; Band&#233;riste &#187; vient du nom de Stepan Bandera, dirigeant de l'Organisation des nationalistes ukrainiens &#8211; fraction r&#233;volutionnaire (OUN-R) et un des fondateurs de l'Arm&#233;e insurrectionnelle ukrainienne (UPA) qui m&#232;nera une gu&#233;rilla contre les occupants allemands et contre les partisans polonais et sovi&#233;tiques, puis contre l'URSS jusqu'en 1953-1954 et dont les partisans sont &#233;galement accus&#233;s d'avoir liquid&#233; des populations polonaises et juives en Ukraine occidentale. S. Bandera a particip&#233; &#224; la proclamation le 30 juin 1941 &#224; Lviv d'un nouvel &#201;tat ukrainien, non reconnu par Hitler, qui l'a fait emprisonner dans le camp de concentration de Sachsenhausen jusqu'en septembre 1944. Il a &#233;t&#233; assassin&#233; en 1959 &#224; Munich par un agent du KGB. En Russie et en Pologne, le terme &#171; band&#233;riste &#187; est employ&#233; par les chauvinistes en tant qu'insulte &#224; l'encontre des Ukrainiens. En Ukraine occidentale &#8211; o&#249; UPA avait eu sa plus forte implantation &#8211; ce terme est au contraire revendiqu&#233; par ceux qui se consid&#232;rent nationalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Iryna Dmytrivna Farion, philologue ukrainienne, d&#233;put&#233;e de &#171; Svoboda &#187; (et ex-membre du PCUS), est particuli&#232;rement russophobe et oppos&#233;e &#224; l'emploi de la langue russe, qu'elle d&#233;nigre violemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* publi&#233; par GASLO le 12 mars : &lt;a href=&#034;http://gaslo.info/?p=5037&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://gaslo.info/?p=5037&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Traduit de l'ukrainien par JM pour Inprecor (n&#176;603-604 mars 2014) &lt;a href=&#034;https://dl.dropboxusercontent.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://dl.dropboxusercontent.com/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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