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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Le march&#233; du carbone : Un pas de plus vers la financiarisation de la nature</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-marche-du-carbone-Un-pas-de-plus-vers-la-financiarisation-de-la-nature</link>
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		<dc:date>2015-05-05T08:39:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Bernier</dc:creator>


		<dc:subject>Canada</dc:subject>
		<dc:subject>Environnement</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte contre les &#233;nergies fossiles</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-04-28</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est maintenant chose faite. Comme d'autres &#201;tats avant lui, le Qu&#233;bec aura son march&#233; du carbone et pourra &#233;changer, avec la Californie et l'Ontario, des permis d'&#233;mission de gaz &#224; effet de serre (GES). Si l'on en croit les tenants de la croissance verte (gouvernements, environnementalistes, milieu des affaires), cela devrait nous permettre d'accentuer la lutte aux changements climatiques sans changer fondamentalement nos habitudes, gr&#226;ce &#224; la main invisible du march&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Or, il faut &#234;tre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Environnement-67-" rel="directory"&gt;Environnement&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Canada-17-+" rel="tag"&gt;Canada&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Environnement-187-+" rel="tag"&gt;Environnement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Lutte-contre-les-energies-fossiles-+" rel="tag"&gt;Lutte contre les &#233;nergies fossiles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-04-28-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-04-28&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH105/arton21912-12e43.jpg?1781268852' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='105' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est maintenant chose faite. Comme d'autres &#201;tats avant lui, le Qu&#233;bec aura son march&#233; du carbone et pourra &#233;changer, avec la Californie et l'Ontario, des permis d'&#233;mission de gaz &#224; effet de serre (GES). Si l'on en croit les tenants de la croissance verte (gouvernements, environnementalistes, milieu des affaires), cela devrait nous permettre d'accentuer la lutte aux changements climatiques sans changer fondamentalement nos habitudes, gr&#226;ce &#224; la main invisible du march&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Or, il faut &#234;tre bien na&#239;f pour croire que le mode de pens&#233;e qui a engendr&#233; le probl&#232;me - des crises &#233;cologique, sociale et &#233;conomique sans pr&#233;c&#233;dent - puisse un jour entra&#238;ner la solution. Seule une foi aveugle en l'autor&#233;gulation des syst&#232;mes &#233;conomiques et financiers peut nous amener &#224; croire en ce syst&#232;me dont l'&#233;chec &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne a &#233;t&#233; maintes fois d&#233;montr&#233;, et dont l'utilisation entre le Nord et le Sud constitue une forme de n&#233;ocolonialisme patent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le n&#233;olib&#233;ralisme appliqu&#233; au climat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut sch&#233;matiser le fonctionnement du march&#233; du carbone de la fa&#231;on suivante : l'industrie X et l'industrie Y se voient attribuer sans frais, par le gouvernement, des permis d'&#233;mission de GES pour l'ann&#233;e. Ceux-ci correspondent &#224; une estimation du nombre de tonnes d'&#233;quivalent carbone (MT CO2e) devant &#234;tre produit en un an, par type d'industrie, nombre qui est cens&#233; &#234;tre diminu&#233; graduellement d'une ann&#233;e &#224; l'autre. Supposons que l'industrie X a r&#233;ussi &#224; r&#233;duire ses &#233;missions sous le niveau permis (en modifiant ses proc&#233;d&#233;s ou en raison d'une baisse de production), elle pourra vendre l'exc&#233;dent &#224; l'entreprise Y, qui elle souhaite d&#233;passer le niveau permis. C'est l'offre et la demande qui fixe le prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rents march&#233;s du carbone - il y en a 17 en tout - d&#233;coulent des m&#233;canismes de flexibilit&#233; pr&#233;vus par le protocole de Kyoto. Ces mesures &#233;taient essentiellement destin&#233;es &#224; r&#233;duire l'impact des engagements pris par les pays industrialis&#233;s en faveur du climat. Outre le m&#233;canisme d'&#233;change de permis, d&#233;crit pr&#233;c&#233;demment, citons aussi le m&#233;canisme de d&#233;veloppement propre (MDP), qui permet l'achat de cr&#233;dits de compensation issus de projets visant la r&#233;duction des GES dans les pays du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti pris de nos gouvernement pour la bourse du carbone n'a pas de quoi surprendre. L'id&#233;e de laisser un syst&#232;me calqu&#233; sur le mod&#232;le financier r&#233;guler les &#233;missions de carbone est all&#233;chante, car cela revient, pour les pouvoirs publics, &#224; s'en d&#233;lester tout en donnant &#224; l'&#233;lectorat l'impression d'agir pour contrer les changement climatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Permis de polluer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appui du monde des affaires peut para&#238;tre plus surprenant. Deux raisons principales viennent cependant &#233;tayer cette prise de position. D'une part, ce syst&#232;me est pr&#233;f&#233;r&#233; &#224; toute mesure contraignante comme une r&#233;glementation plus stricte des &#233;missions de GES, de m&#234;me qu'&#224; une taxe sur le carbone &#224; la source, qui obligerait les industries &#224; internaliser les co&#251;ts li&#233;s &#224; leurs &#233;missions. Cette derni&#232;re option, implant&#233;e r&#233;cemment en Colombie-Britannique, fait en sorte que le bilan carbone d'une industrie se refl&#232;te dans le prix des produits, rendant moins comp&#233;titives les entreprises les plus polluantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, le march&#233; du carbone est excessivement payant, notamment pour les plus gros pollueurs. Tel qu'illustr&#233; dans l'exemple pr&#233;c&#233;dent, les permis d'&#233;mission sont attribu&#233;s gratuitement par l'&#201;tat en fonction du type d'industrie. Le niveau d'&#233;missions permis est suppos&#233; &#234;tre r&#233;duit d'ann&#233;e en ann&#233;e, mais un lobbying intense a lieu pour qu'il demeure le plus &#233;lev&#233; possible. Si l'on se fie &#224; l'exemple europ&#233;en, on constate que les gros joueurs ont pu vendre leurs permis d'&#233;missions sur le march&#233; europ&#233;en pour ensuite compenser leurs &#233;missions en achetant, pour un prix d&#233;risoire, des cr&#233;dits de compensation issus de projets r&#233;alis&#233;s par des multinationales dans les pays du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont ainsi r&#233;alis&#233;, d'ann&#233;e en ann&#233;e, un b&#233;n&#233;fice important gr&#226;ce &#224; ce syst&#232;me et ce, sans r&#233;duire leurs &#233;missions r&#233;elles d'un iota. Dans ces circonstances, il n'est pas exag&#233;r&#233; de dire que ce syst&#232;me revient &#224; subventionner les grands pollueurs. Il suffira de rappeler que la p&#233;troli&#232;re BP, voyou corporatif s'il en est un, comptait parmi les principaux promoteurs de ce syst&#232;me en Europe, avant d'&#234;tre responsable de l'explosion de la plate-forme Deep Water Horizon et de la mar&#233;e noire qui s'ensuivit dans le golfe du Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un n&#233;ocolonialisme financier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement inefficace pour r&#233;duire la production de GES, le march&#233; du carbone est aussi nuisible de plusieurs mani&#232;res. Il entra&#238;ne une ru&#233;e sans pr&#233;c&#233;dent sur les terres et les ressources du Sud par la finance internationale, qui voit dans les cr&#233;dits de compensation une occasion d'affaire &#224; saisir. Cette financiarisation se fait au d&#233;triment des populations locales, qui non seulement n'en b&#233;n&#233;ficient pas, mais se voient priv&#233;es de leurs moyens de subsistance et parfois chass&#233; manu militari des territoires qu'elles occupaient depuis des g&#233;n&#233;rations. Le documentaire La ru&#233;e vers le carbone, r&#233;alis&#233; par Amy Miller, est d'ailleurs &#233;loquent &#224; ce sujet. Il est actuellement disponible pour visionnement sur le site de T&#233;l&#233;-Qu&#233;bec. (1)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le march&#233; du carbone est mal r&#233;glement&#233; et facile &#224; frauder, puisque les instances charg&#233;es d'en assurer le fonctionnement se basent sur les donn&#233;es fournies par l'industrie pour estimer le nombre de tonnes d'&#233;quivalent carbone (MT CO2e) produites ou &#233;conomis&#233;es par un projet donn&#233;. Avec un minist&#232;re de l'Environnement &#233;dent&#233;, dont le financement se r&#233;duit comme une peau de chagrin de budget en budget depuis sa cr&#233;ation, il est fort peu probable que le suivi des diff&#233;rentes industries participantes soit plus efficace au Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;thique contre la technique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il importe de recadrer le d&#233;bat entourant le march&#233; du carbone. Car ce qui se cache derri&#232;re ce syst&#232;me complexe aux vis&#233;es pr&#233;tendument vertes, c'est ni plus ni moins que la marchandisation de l'atmosph&#232;re. Il s'agit d'un probl&#232;me d'ordre moral qui nous concerne toutes et tous. C'est pourquoi il faut &#224; tout prix &#233;viter que les termes de ce d&#233;bat soient monopolis&#233;s par les experts tous azimuts. Il faut refuser ce syst&#232;me qui, en se g&#233;n&#233;ralisant et s'&#233;tendant &#224; la biodiversit&#233;, &#224; l'eau et aux services &#233;cosyst&#233;miques, accentue de mani&#232;re exponentielle la privatisation de la nature. Sp&#233;culer sur la nature pour la sauver est une fausse bonne id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus des d&#233;sastres sociaux bien r&#233;els, ce mod&#232;le inefficace fait office d'&#233;cran de fum&#233;e. En nous faisant croire que les m&#233;canismes du march&#233; peuvent r&#233;gler la crise &#233;cologique, il retarde la prise de conscience collective &#224; l'effet que notre syst&#232;me &#233;conomique actuel est incompatible avec un monde viable et qu'il faut le modifier en profondeur. Il en va de la survie de l'humanit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- &lt;a href=&#034;http://zonevideo.telequebec.tv/a-z/118/la-ruee-vers-le-carbone&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://zonevideo.telequebec.tv/a-z/118/la-ruee-vers-le-carbone&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les chantiers de l'&#233;cosocialisme r&#233;volutionnaire</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-chantiers-de-l-ecosocialisme-revolutionnaire</link>
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		<dc:date>2015-05-05T08:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel Tanuro</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cosocialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Actualit&#233;s &#233;cosocialistes</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-04-28</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le concept d'&#233;cosocialisme est bas&#233; sur un double constat paradoxal : la solution de la &#171; crise &#233;cologique &#187; due au mode de production capitaliste n&#233;cessite une r&#233;ponse de type socialiste, d'une part, et le bilan environnemental du &#171; socialisme r&#233;ellement existant &#187; est catastrophique, d'autre part. Je vais d&#233;velopper bri&#232;vement ces deux &#233;l&#233;ments et pr&#233;senter ensuite quelques chantiers de l'aggiornamento &#233;cosocialiste tel qu'il est con&#231;u au sein du &#171; R&#233;seau &#233;cosocialiste international &#187;. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Ecosocialisme-" rel="directory"&gt;&#201;cosocialisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Ecosocialisme-158-+" rel="tag"&gt;&#201;cosocialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Actualites-ecosocialistes-+" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s &#233;cosocialistes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-04-28-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-04-28&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH150/arton21901-1b647.png?1781268852' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le concept d'&#233;cosocialisme est bas&#233; sur un double constat paradoxal : la solution de la &#171; crise &#233;cologique &#187; due au mode de production capitaliste n&#233;cessite une r&#233;ponse de type socialiste, d'une part, et le bilan environnemental du &#171; socialisme r&#233;ellement existant &#187; est catastrophique, d'autre part. Je vais d&#233;velopper bri&#232;vement ces deux &#233;l&#233;ments et pr&#233;senter ensuite quelques chantiers de l'aggiornamento &#233;cosocialiste tel qu'il est con&#231;u au sein du &#171; R&#233;seau &#233;cosocialiste international &#187;. J'esp&#232;re ainsi montrer que l'&#233;cosocialisme est autre chose qu'une nouvelle &#233;tiquette sur une vieille bouteille : une alternative n&#233;cessaire adapt&#233;e aux d&#233;fis de notre temps.(*)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour les &#233;cosocialistes, ce qu'on appelle &#171; crise &#233;cologique &#187; n'est pas une crise de l'&#233;cologie. Ce n'est pas la nature qui est en crise mais la soci&#233;t&#233;, et cette crise de la soci&#233;t&#233; entra&#238;ne une crise des relations entre l'humanit&#233; et le reste de la nature. Selon nous, cette crise n'est pas due &#224; l'esp&#232;ce humaine en tant que telle. Elle n'est pas due en particulier au fait que notre esp&#232;ce produit socialement son existence par le travail, ce qui lui permet de se d&#233;velopper et donne de la substance &#224; la notion de progr&#232;s. Elle est due au mode capitaliste de d&#233;veloppement, au mode capitaliste de production (qui inclut un mode capitaliste de consommation) et &#224; l'id&#233;ologie du &#171; toujours plus &#187; productiviste et consum&#233;riste qui en d&#233;coule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Capitalisme = productivisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme ne produit pas des valeurs d'usage pour la satisfaction des besoins humains mais des valeurs d'&#233;change pour la maximisation du profit. Ce profit est accapar&#233; par une fraction minoritaire de la population : les propri&#233;taires des moyens de production. Ils exploitent la force de travail de la majorit&#233; sociale en &#233;change d'un salaire, inf&#233;rieur &#224; la valeur du travail fourni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces propri&#233;taires des moyens de production se livrent une guerre de concurrence sans merci qui contraint chacun d'eux &#224; chercher en permanence le moyen d'augmenter la productivit&#233; du travail en recourant &#224; des machines de plus en plus perfectionn&#233;es. Le &#171; productivisme &#187; (produire pour produire, qui implique de consommer pour consommer) est donc une caract&#233;ristique cong&#233;nitale du capitalisme. Le capitalisme implique l'accumulation. L'&#233;conomiste bourgeois Joseph Schumpeter l'a dit tr&#232;s simplement : &#171; Un capitalisme sans croissance est une contradiction dans les termes &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme est un syst&#232;me d'exploitation tr&#232;s performant. Il am&#233;liore continuellement la productivit&#233; du travail et l'efficience dans l'utilisation des (autres) ressources naturelles. Mais cette am&#233;lioration est &#233;videmment au service de l'accumulation : les &#233;conomies relatives en force de travail et en mati&#232;res sont plus que compens&#233;es par l'augmentation absolue du volume de la production de sorte que, au final, il y a augmentation des ressources consomm&#233;es dans le process. C'est pourquoi, in&#233;vitablement, l'accumulation capitaliste entra&#238;ne simultan&#233;ment l'exploitation accrue du travail humain et le le pillage accru des ressources naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les limites de la tendance capitaliste &#224; la croissance ? A cette question, Marx a r&#233;pondu que &#171; La seule limite du capital, c'est le capital lui-m&#234;me &#187;. La formule est bas&#233;e sur la d&#233;finition du capital, non pas comme une chose (une masse d'argent), mais comme un rapport social : le rapport d'exploitation par lequel une masse d'argent se transforme en plus d'argent gr&#226;ce &#224; l'extorsion d'une plus-value correspondant au travail non pay&#233;. Ce rapport d'exploitation n&#233;cessite &#233;videmment un input sous formes de ressources (1). Dire que &#171; la seule limite du capital est le capital lui-m&#234;me &#187; signifie donc tout simplement ceci : tant qu'il y a de la force de travail &#224; exploiter et des ressources naturelles &#224; pr&#233;lever, le capital peut continuer &#224; s'accumuler en appauvrissant, en d&#233;truisant ce que Marx appelait &#171; les deux seules sources de toute richesse : la Terre et le travailleur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la seule alternative concevable au capitalisme est un syst&#232;me qui ne produit pas des valeurs d'&#233;change pour la maximisation du profit des capitalistes mais des valeurs d'usage pour la satisfaction des besoins humains r&#233;els (c'est-&#224;-dire non corrompus par la marchandisation), d&#233;mocratiquement d&#233;termin&#233;s. Un syst&#232;me dans lequel la collaboration remplace la concurrence, la solidarit&#233; remplace l'individualisme et l'&#233;mancipation &#233;limine l'ali&#233;nation. Or, un tel syst&#232;me &#8211; plus qu'un syst&#232;me : une nouvelle civilisation- correspond &#224; la d&#233;finition th&#233;orique d'une soci&#233;t&#233; socialiste. Je le r&#233;p&#232;te : en termes g&#233;n&#233;raux, il n'y a pas d'autre alternative concevable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Productivisme capitaliste et productivisme bureaucratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, cette conclusion se heurte &#224; la dure r&#233;alit&#233; des faits historiques : en effet, il est indiscutable que le bilan du socialisme qui a &#171; r&#233;ellement exist&#233; &#187; au 20e si&#232;cle est un repoussoir, non seulement du point de vue de l'&#233;mancipation humaine, mais aussi du point de vue de l'&#233;tablissement de relations aussi harmonieuses que possible entre l'humanit&#233; et son environnement naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile ici de d&#233;tailler ce point : tout le monde a entendu parler de l'ass&#232;chement de la mer d'Aral et de la catastrophe de Tchernobyl. Puisque cette rencontre est consacr&#233;e &#224; la lutte contre le changement climatique, j'ajouterai que l'ex-RDA et l'ex-Tch&#233;coslovaquie d&#233;tenaient le triste record mondial de la quantit&#233; de gaz &#224; effet de serre &#233;mis par habitant-e : leurs &#171; performances &#187; en la mati&#232;re &#233;taient m&#234;me sup&#233;rieures &#224; celles des plus grands pollueurs du monde capitaliste &#171; d&#233;velopp&#233; &#187;, les Etats-Unis et l'Australie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bilan environnemental n&#233;gatif du &#171; socialisme r&#233;el &#187; est d&#251; principalement &#224; la contre-r&#233;volution bureaucratique qui a triomph&#233; dans les ann&#233;es '20 sous la houlette de Staline. Le productivisme &#224; l'Est r&#233;sultait en effet d'un syst&#232;me de primes qui &#233;taient offertes aux managers des entreprises nationalis&#233;es pour les inciter &#224; d&#233;passer les objectifs du plan. Par app&#226;t du gain, ces managers utilisaient et gaspillaient le maximum de mati&#232;re et d'&#233;nergie par unit&#233; produite&#8230; Ils n'avaient pas &#224; se soucier des cons&#233;quences pour la qualit&#233; de la production, puisque les consommateurs n'avaient ni libert&#233; de choix, ni libert&#233; de critique, ni possibilit&#233; de contester les effets sociaux et environnementaux d'une production qui n'&#233;tait soumise &#224; aucun &#171; contr&#244;le ouvrier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue des d&#233;g&#226;ts &#233;cologiques, il n'y a pas de diff&#233;rences entre le productivisme capitaliste et celui de l'ex-Bloc de l'Est. Mais le productivisme capitaliste r&#233;sulte de m&#233;canismes tr&#232;s diff&#233;rents : contrairement au directeur d'une usine nationalis&#233;e en URSS, le patron d'une entreprise capitaliste optimise sans cesse la quantit&#233; de ressources utilis&#233;es par unit&#233; produite, afin de maximiser le nombre d'unit&#233;s, et consid&#232;re la r&#233;action du march&#233; comme un verdict sur la qualit&#233; de ses produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, le productivisme du capital est rationnel du point de vue du capitalisme et inh&#233;rent aux rapports sociaux qui le caract&#233;risent. A l'oppos&#233;, le productivisme bureaucratique appara&#238;t comme une pure cr&#233;ation irrationnelle de la superstructure politique : dans une &#233;conomie cens&#233;e satisfaire les besoins, la rationalit&#233; commanderait que la production soit guid&#233;e par la d&#233;mocratie des producteurs/consommateurs ; c'est parce que cette d&#233;mocratie est incompatible avec le parasitisme bureaucratique que le syst&#232;me, pour fonctionner vaille que vaille, donne des stimulants mat&#233;riels aux parasites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette comparaison d&#233;bouche sur une conclusion importante : le productivisme capitaliste est endog&#232;ne au mode de production, tandis que le productivisme sovi&#233;tique &#233;tait exog&#232;ne. De cela d&#233;coule que le bilan environnemental d&#233;sastreux de l'URSS n'apporte pas la preuve irr&#233;futable que le socialisme est par d&#233;finition et in&#233;vitablement aussi &#233;cocidaire que le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Staline n'explique pas tout&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le stalinisme et l'existence d'une caste bureaucratique privil&#233;gi&#233;e ne suffisent pas &#224; expliquer ce bilan d&#233;sastreux. Pour indiquer le probl&#232;me, je me contenterai d'une citation du plus fameux adversaire de Staline : L&#233;on Trotsky. De tous les th&#233;oriciens marxistes, Trotsky est sans doute celui qui a le mieux compris le ph&#233;nom&#232;ne bureaucratique, mais il n'avait gu&#232;re conscience des limites environnementales au d&#233;veloppement humain, c'est le moins qu'on puisse dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un discours c&#233;l&#232;bre, l'auteur de &#171; La R&#233;volution trahie &#187; a dit de &#171; l'homme socialiste &#187; qu'il &#171; d&#233;placera les montagnes, enfermera les mers et d&#233;tournera les fleuves &#187;. Je ne veux pas exag&#233;rer la port&#233;e de cette citation, ni surtout son influence sur le cours des &#233;v&#232;nements. Je la rapporte seulement comme illustration du fait que beaucoup de marxistes portaient un regard beaucoup moins prudent et r&#233;aliste que Marx sur le d&#233;veloppement des &#171; forces productives lib&#233;r&#233;es des entraves capitalistes &#187; et ce qu'il permettrait de r&#233;aliser. (2)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, loin de fantasmer sur les pouvoirs fabuleux du surhomme socialiste, Marx consid&#233;rait plus modestement que &#171; la seule libert&#233; possible (par rapport aux lois de la nature) est que l'homme social, les producteurs associ&#233;s, r&#232;glent rationnellement leur &#233;change de mati&#232;re avec la nature &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la lumi&#232;re de cette citation de Trotsky, il para&#238;t &#233;vident que l'analyse du bilan environnemental du &#171; socialisme r&#233;el &#187; doit aller au-del&#224; de la compr&#233;hension du productivisme bureaucratique. Il faut aller plus en profondeur dans la critique, examiner des conceptions th&#233;oriques et id&#233;ologiques qui ont marqu&#233; le socialisme &#224; des degr&#233;s divers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet esprit, le courant &#233;cosocialiste auquel j'appartiens, qui se reconna&#238;t dans le Manifeste &#233;cosocialiste r&#233;dig&#233; par Micha&#235;l L&#246;wy et Joel Kovel, a identifi&#233; un certain nombre de ces conceptions qui m&#233;ritent d&#233;bat et r&#233;vision. Je vais les citer et les commenter bri&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sciences, technologies et progr&#232;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re question est celle du rapport &#224; &#171; la Science &#187;, ou plut&#244;t aux sciences &#8211; sans majuscule. La plupart des penseurs socialistes, &#224; commencer par Marx et Engels, ont &#233;t&#233; assez fortement influenc&#233;s par le scientisme. Or, l'id&#233;e m&#233;caniste que les sciences finiront par tout pouvoir expliquer dans le moindre d&#233;tail est manifestement erron&#233;e, puisque le monde est en &#233;volution constante. De surcro&#238;t, la vitesse de cette &#233;volution augmente au fur et &#224; mesure qu'on s'int&#233;resse &#224; des objets de plus en plus petits, de sorte que, plus les sciences progressent, plus elles sont confront&#233;es &#224; de nouveaux ph&#233;nom&#232;nes posant de nouvelles &#233;nigmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rompre avec le scientisme est un enjeu important pour les &#233;cosocialistes. Il s'agit d'en finir avec le projet de la domination humaine sur la nature, qui implique que la nature soit consid&#233;r&#233;e comme une machine et que l'&#234;tre humain ne soit appr&#233;hend&#233; que comme un machiniste. Ce projet illusoire, instrumentaliste et r&#233;ducteur va &#224; l'encontre du principe de pr&#233;caution, de la modestie et de la prudence qui s'imposent aujourd'hui si l'on veut r&#233;&#233;quilibrer les &#233;changes entre l'humanit&#233; et le reste de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une seconde question, li&#233;e &#224; la premi&#232;re, est celle de la technologie, c'est-&#224;-dire des sciences appliqu&#233;es &#224; la production. Sont-elles neutres ou ont-elles un caract&#232;re de classe ? Bien qu'il insiste sur le caract&#232;re &#171; historiquement d&#233;termin&#233; &#187; de tous les aspects du d&#233;veloppement humain, Marx n'a pas tranch&#233; ce point pr&#233;cis. La plupart des socialistes apr&#232;s lui ont consid&#233;r&#233; la technologie comme neutre. Les &#233;cosocialistes pensent qu'elle ne l'est pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin ne justifie pas les moyens : certains moyens sont contraires &#224; la fin. Cela vaut aussi pour les moyens de production, donc pour les technologies. L'&#233;nergie nucl&#233;aire, par exemple, est contraire &#224; l'objectif explicit&#233; par Marx d'une soci&#233;t&#233; o&#249; les producteur-trice-s visent &#224; faire bonifier le patrimoine commun de la nature pour le transmettre &#224; leurs descendant-e-s en &#171; boni patres familias &#187;. Il en va de m&#234;me de la combustion des combustibles fossiles, de la culture en plein champ des Organismes G&#233;n&#233;tiquement Modifi&#233;s et des grands projets de g&#233;oing&#233;nierie, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rupture avec le scientisme et critique des technologies soul&#232;vent imm&#233;diatement la question de l'attitude face au d&#233;veloppement et au progr&#232;s. Marx n'avait pas &#224; ce sujet une vision lin&#233;aire, mais la plupart des marxistes bien. Qu'en est-il des &#233;cosocialistes ? Ils refusent l'id&#233;e avanc&#233;e par certains partisans de la d&#233;croissance pour qui il faut &#171; sortir du d&#233;veloppement &#187; car le progr&#232;s est n&#233;gatif en soi, mais ils refusent tout autant l'id&#233;e que tout progr&#232;s et tout d&#233;veloppement seraient positifs en soi. Coh&#233;rents avec leur regard critique sur les technologies, ils approfondissent la th&#232;se de Marx selon laquelle le capitalisme d&#233;veloppe de plus en plus des &#171; forces destructives &#187;, plut&#244;t que productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays d&#233;velopp&#233;s, globalement, n'ont plus besoin d'un d&#233;veloppement quantitatif mais d'un partage des richesses n&#233;cessaire &#224; un d&#233;veloppement qualitatif. Dans ce cadre, les &#233;cosocialistes accordent une grande importance &#224; la cosmogonie des peuples indig&#232;nes et au savoir-faire des communaut&#233;s paysannes. Ils y voient des sources d'inspiration pour un progr&#232;s digne de ce nom. Un progr&#232;s qui met en question l'id&#233;ologie capitaliste productiviste. Un progr&#232;s bas&#233; sur la compr&#233;hension du fait que la vraie richesse jaillit du temps libre, des relations humaines et d'une relation harmonieuse avec l'environnement, pas de l'accumulation compulsive de biens de consommation qui ne servent souvent qu'&#224; compenser la mis&#232;re de l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Centralisation et d&#233;centralisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une quatri&#232;me question en d&#233;bat est celle de l'articulation entre centralisation et d&#233;centralisation. Du fait de l'exp&#233;rience historique de l'URSS, le socialisme est fortement li&#233; &#224; l'id&#233;e d'un plan tr&#232;s centralis&#233;. Je ne nie pas qu'un tel plan ait &#233;t&#233; n&#233;cessaire dans les ann&#233;es '20, car le pouvoir r&#233;volutionnaire ne pouvait se maintenir que si la tr&#232;s petite classe ouvri&#232;re industrielle &#233;tait &#224; m&#234;me de fournir &#224; la majorit&#233; paysanne les machines n&#233;cessaires pour am&#233;liorer la vie des communaut&#233;s rurales et &#233;liminer les famines si fr&#233;quentes dans l'histoire russe. Mais le trait d'&#233;galit&#233; pos&#233; entre socialisme et centralisation doit &#234;tre questionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi qu'un gouvernement d&#233;sireux de mener une politique anticapitaliste doit n&#233;cessairement briser le pouvoir &#233;conomique de la classe dominante, ce qui n'est possible que par l'expropriation de la finance et des grands moyens de production ainsi que de distribution. Il va de soi &#233;galement que ces secteurs socialis&#233;s doivent ensuite &#234;tre remis en route pour satisfaire les besoins, ce qui n&#233;cessite une planification centralis&#233;e. Mais il faut souligner en m&#234;me temps que d&#233;mocratie et autogestion ne peuvent exister pleinement sans enracinement &#224; la base, localement. Centralisation et d&#233;centralisation doivent donc s'articuler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette articulation n'est pas absente de la pens&#233;e de Marx : au contraire, il voyait dans la Commune de Paris &#171; la forme politique enfin trouv&#233;e de l'&#233;mancipation du travail &#187;, et cette exp&#233;rience l'amenait &#224; penser que la &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187; se concr&#233;tiserait sous la forme d'une f&#233;d&#233;ration de communes. Les marxistes ult&#233;rieurs ont largement perdu le fil de cette pens&#233;e. Les &#233;cosocialistes la remettent &#224; l'honneur et essaient de la renouveler, en liaison avec le projet d'un &#171; socialisme du 21e si&#232;cle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;fi climatique rend cette r&#233;flexion incontournable : pour avoir une chance de mener en deux g&#233;n&#233;rations la transition &#233;nerg&#233;tique vers un syst&#232;me 100% renouvelables, il faut sans aucun doute socialiser le secteur de l'&#233;nergie. Sans cela, les capitalistes tenteront d'imposer le plus longtemps possible l'utilisation des gigantesques stocks de combustibles fossiles qui leur appartiennent (3). Mais le recours aux renouvelables n&#233;cessite l'interconnexion de r&#233;seaux &#233;nerg&#233;tiques d&#233;centralis&#233;s. Leur gestion d&#233;mocratique par les communaut&#233;s et dans l'int&#233;r&#234;t collectif des habitant-e-s est une possibilit&#233; r&#233;elle dont les &#233;cosocialistes doivent se saisir en posant des revendications locales concr&#232;tes de contr&#244;le et de participation, plut&#244;t que de se cramponner au mod&#232;le obsol&#232;te de la grande entreprise nationalis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ecosocialisme et &#233;cof&#233;minisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une cinqui&#232;me question sur laquelle travaillent les &#233;cosocialistes est celle du r&#244;le sp&#233;cifique des femmes dans la lutte pour des relations soutenables entre l'humanit&#233; et la nature. Pour les f&#233;ministes de notre courant, ce r&#244;le ne vient pas du fait que les femmes seraient &#171; par essence &#187; plus proches et plus respectueuses de la nature, comme le pensent certaines th&#233;oriciennes de l'&#233;cof&#233;minisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon nous, il n'y a pas davantage d'essence f&#233;minine &#233;cologiste que d'essence f&#233;minine pacifiste, par exemple. Le r&#244;le sp&#233;cifique des femmes leur est attribu&#233; par la division capitaliste du travail au sein de la soci&#233;t&#233; et de la famille bourgeoise. Une des manifestations de leur oppression est en effet qu'elles assument la plus grande partie du travail de soin, le plus souvent sous forme de prestations gratuites qui ne sont pas reconnues socialement comme travail. De plus, les femmes assurent globalement 80% de la production vivri&#232;re mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes savent ce qu'implique &#171; prendre soin du vivant &#187;. Leur savoir en la mati&#232;re leur donne un r&#244;le de premier plan dans la transition, parce que l'humanit&#233; est pr&#233;cis&#233;ment confront&#233;e &#224; la n&#233;cessit&#233; de &#171; prendre soin &#187; (du reste) de la nature et qu'une grande partie de la population &#8211; en particulier dans le monde d&#233;velopp&#233; et urbanis&#233;- ne sait tout bonnement pas comment s'y prendre. Mais ce r&#244;le des femmes ne peut &#234;tre pleinement valoris&#233; dans l'int&#233;r&#234;t de tous que si leur oppression est reconnue et combattue. Cela passe par la lutte autonome des femmes pour l'&#233;galit&#233; des droits dans la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral, l'application du principe &#171; &#224; travail &#233;gal salaire &#233;gal &#187; sur le march&#233; de la main-d'&#339;uvre et le partage des t&#226;ches domestiques. En ce sens-l&#224;, les &#233;cosocialistes soutiennent le combat &#233;cof&#233;ministe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question du sujet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise en compte du r&#244;le sp&#233;cifique des femmes soul&#232;ve une autre question que je souhaite aborder avant d'esquisser une conclusion. A bien des &#233;gards, il s'agit m&#234;me d'une question d&#233;cisive pour l'&#233;cosocialisme : celle du &#171; sujet &#187; de la transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Classiquement, les th&#233;oriciens du socialisme consid&#232;rent que la classe ouvri&#232;re &#8211; c'est-&#224;-dire non seulement les ouvriers d'usine mais toutes celles et ceux qui sont oblig&#233;-e-s de vendre leur force de travail contre un salaire- est LE sujet qui entra&#238;ne &#224; sa suite la petite bourgeoisie et toutes les couches opprim&#233;es. Ce r&#244;le central en tant comme classe r&#233;volutionnaire d&#233;coule de sa place dans le mode de production : en effet, en tant que classe la plus exploit&#233;e, la classe ouvri&#232;re n'a d'autre perspective historique possible que la gestion collective des moyens de production pour satisfaire les besoins sociaux d&#233;mocratiquement d&#233;termin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette analyse traditionnelle a ensuite engendr&#233; l'id&#233;e que la classe ouvri&#232;re joue en tout temps et en tout lieu un r&#244;le d'avant-garde, f&#251;t-ce &#224; son insu, &#171; objectivement &#187;. Or, la lutte pour le climat laisse &#224; voir une r&#233;alit&#233; toute diff&#233;rente : en premi&#232;re ligne se trouvent les paysans, les paysans sans terre, les peuples indig&#232;nes et les communaut&#233;s en lutte contre les projets miniers, forestiers ou d'infrastructure qui d&#233;truisent leur environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que des couches sociales distinctes de la classe ouvri&#232;re au sens strict jouent un r&#244;le d'avant-garde n'est pas sans pr&#233;c&#233;dent. La jeunesse, par exemple, a souvent servi de d&#233;tonateur par des luttes qui, en r&#233;v&#233;lant une situation sociale ou politique insupportable, amenaient la classe ouvri&#232;re &#224; sortir d'une relative passivit&#233;. Le Mai 68 fran&#231;ais, o&#249; la r&#233;pression de la &#171; nuit des barricades &#187; au Quartier latin a d&#233;clench&#233; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de dix millions de gr&#233;vistes, est un exemple classique de cette interaction entre couches et classes sociales. Il y en a beaucoup d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce &#224; quoi nous sommes confront&#233;s actuellement sur le front environnemental est diff&#233;rent et l'image du d&#233;tonateur ne permet pas de l'appr&#233;hender. Un d&#233;tonateur remplit une fonction temporaire : provoquer l'explosion. Or, face au changement climatique, nous observons depuis de longues ann&#233;es des luttes persistantes des paysans, des peuples indig&#232;nes et des communaut&#233;s, et ces luttes, jusqu'&#224; pr&#233;sent, ne font rien exploser du tout dans la classe ouvri&#232;re. Le probl&#232;me est donc plus profond. Il ne s'agit pas simplement d'une &#171; discordance des temps &#187;, d'un d&#233;calage entre les rythmes de conscientisation de diff&#233;rentes couches et classes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explication est en fait relativement simple. Quand les paysans luttent contre l'agrobusiness, quand les peuples indig&#232;nes luttent contre l'appropriation des for&#234;ts comme puits de carbone ou comme source de biomasse, quand les communaut&#233;s luttent contre des projets extractivistes qui d&#233;truisent le cadre de vie et les ressources,&#8230; ces combats pour les revendications imm&#233;diates en faveur des conditions d'existence des groupes concern&#233;s co&#239;ncident directement avec ce qui doit &#234;tre fait pour sauver le climat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation de la classe ouvri&#232;re est fort diff&#233;rente. En effet, surtout dans le contexte actuel, o&#249; la classe ouvri&#232;re est affaiblie, d&#233;sorient&#233;e id&#233;ologiquement et pouss&#233;e sur la d&#233;fensive, les revendications les plus imm&#233;diates qu'elle pose spontan&#233;ment pour d&#233;fendre ses conditions d'existence ne co&#239;ncident pas avec ce qui doit &#234;tre fait pour sauver le climat, mais plut&#244;t avec ce qui le d&#233;stabilise. Pour cr&#233;er ou sauver des emplois, par exemple, une majorit&#233; de travailleur-euse-s esp&#232;re l'extension de la production, une relance &#233;conomique du capitalisme, de nouvelles entreprises. C'est clairement une illusion de croire que cela r&#233;sorberait le ch&#244;mage, n'emp&#234;che que cette illusion s'impose &#224; premi&#232;re vue comme la r&#233;ponse la plus logique et la plus facile &#224; mettre en &#339;uvre. Dans certains secteurs polluants menac&#233;s, comme les houill&#232;res de Pologne, les syndicalistes vont m&#234;me jusqu'&#224; mettre en doute la r&#233;alit&#233; du changement climatique, parce qu'ils y voient une menace pour leur emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La lutte contre le ch&#244;mage, enjeu central&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment faire face &#224; ce probl&#232;me ? Les &#233;cosocialistes tentent de r&#233;pondre en proposant des revendications qui r&#233;pondent &#224; la fois aux besoins sociaux du monde du travail et aux besoins &#233;cologiques (notamment la r&#233;duction drastique et rapide des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre qui est indispensable pour stabiliser le syst&#232;me climatique). En simplifiant, nous nous d&#233;marquons donc &#224; la fois des &#233;cologistes qui pensent que les impacts sociaux des mesures environnementales &#224; prendre sont un probl&#232;me secondaire et des syndicalistes qui estiment que la priorit&#233; est sociale, que l'environnement est un probl&#232;me de riche, dont on s'occupera plus tard. Ces deux strat&#233;gies nous semblent condamn&#233;es d'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre le ch&#244;mage est la principale angoisse du monde du travail (et elle conditionne le niveau des salaires, l'organisation du travail, la d&#233;fense des syst&#232;mes de protection sociale&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;cosocialistes mettent en avant une r&#233;ponse g&#233;n&#233;rale qui s'articule sur trois niveaux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'extension de l'emploi public non-d&#233;localisable (notamment par des plans publics de r&#233;novation &#233;nerg&#233;tique des b&#226;timents, de transformation du syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique et de remplacement du tout-automobile par des soci&#233;t&#233;s publiques de transport en commun), en insistant sur la d&#233;centralisation et sur le contr&#244;le d&#233;mocratique par les usagers et les travailleur-euse-s ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La reconversion collective, sous contr&#244;le ouvrier, des travailleurs et travailleuses des industries inutiles ou nuisibles (en premier lieu l'industrie de l'armement et l'industrie nucl&#233;aire, mais aussi l'automobile, la p&#233;trochimie, etc.) vers d'autres secteurs d'activit&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La r&#233;duction radicale du temps de travail, sans perte de salaire, avec embauche compensatoire et r&#233;duction des rythmes de travail, afin de travailler tous, de vivre mieux et de gaspiller moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re revendication nous semble d'une importance strat&#233;gique majeure. En effet, comme Marx l'avait not&#233;, il s'agit &#224; la fois de la demande sociale par excellence et du moyen par excellence avec lequel &#171; l'homme social, les producteurs associ&#233;s &#187; peuvent &#171; r&#233;gler rationnellement leurs &#233;changes de mati&#232;re avec la nature &#187; en agissant &#171; de la mani&#232;re la plus conforme &#224; la nature humaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au ch&#244;mage, seul un programme de ce genre est capable de r&#233;pondre au double d&#233;fi social et environnemental, climatique en particulier. Sa mise en &#339;uvre n&#233;cessite une orientation anticapitaliste et appelle d'autres revendications que je ne d&#233;taillerai pas ici : l'expropriation des secteurs de l'&#233;nergie et de la finance -une condition sine qua non de la transition &#8211; d'une part, et une politique de long terme en faveur du d&#233;veloppement de l'emploi rural local &#8211; dans l'agriculture organique et l'entretien des &#233;cosyst&#232;mes &#8211; d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce programme ne peut gagner en influence dans le mouvement ouvrier que s'il s'articule sur le combat de la gauche combative contre les appareils domin&#233;s par le social-lib&#233;ralisme ou par d'autres courants bureaucratiques. En effet, la perspective des appareils consiste g&#233;n&#233;ralement &#224; accompagner la transition &#233;nerg&#233;tique telle qu'elle est con&#231;ue par le capitalisme (une transition qui ne r&#233;pond absolument pas &#224; l'objectif de la soutenabilit&#233;, car elle est trop lente et recourt massivement au nucl&#233;aire, aux agrocarburants et &#224; la capture-s&#233;questration du carbone) en demandant seulement que cette transition soit &#171; juste &#187; (4). C'est pourquoi les &#233;cosocialistes incitent les mouvements paysans, les peuples indig&#232;nes et les communaut&#233;s &#224; nouer des liens et &#224; chercher des convergences avec la gauche au sein des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sortir des g&#233;n&#233;ralit&#233;s pour avancer un programme de propositions concr&#232;tes bien argument&#233;es pour la transition &#233;nerg&#233;tique et sociale, par exemple au niveau europ&#233;en, constitue &#224; mon sens le plus grand d&#233;fi que les &#233;cosocialistes doivent t&#226;cher de relever. La t&#226;che est d'autant plus ardue qu'il ne suffit pas de remplacer les fossiles par les renouvelables : vu le retard pris depuis 30 ans par les gouvernements, les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre doivent &#234;tre r&#233;duites si fortement et si vite que cela ne peut plus &#234;tre fait sans diminuer la production mat&#233;rielle et des transports (5). Chacun comprendra que cette contrainte complique encore la r&#233;ponse &#233;cosocialiste au d&#233;fi de l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;cosocialisme, un concept ouvert&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cosocialisme peut se r&#233;sumer comme une volont&#233; de faire converger les luttes sociales et environnementales &#224; partir de la compr&#233;hension que l'aust&#233;rit&#233; et la destruction &#233;cologique sont les deux faces d'une m&#234;me m&#233;daille : le capitalisme productiviste. D&#233;fini de la sorte, il s'agit d'un concept ouvert, susceptible de d&#233;clinaisons strat&#233;giques et programmatiques diff&#233;rentes. De fait, il y a aujourd'hui plusieurs vari&#233;t&#233;s d'&#233;cosocialismes. La vari&#233;t&#233; que je vous ai pr&#233;sent&#233;e pourrait &#234;tre d&#233;finie comme marxiste, r&#233;volutionnaire, f&#233;ministe et internationaliste. Il y en a d'autres et nous ne pr&#233;tendons pas au monopole, seulement au d&#233;bat le plus large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(*) Ce texte est bas&#233; sur une communication dans le cadre du week-end de mobilisation sur le climat organis&#233; du 10 au 12 avril &#224; Cologne par la Rosa Luxemburg Stiftung en collaboration avec une s&#233;rie d'associations &#233;cologistes allemandes (voir le site de la conf&#233;rence : &lt;a href=&#034;http://kampfumsklima.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://kampfumsklima.org/&lt;/a&gt;). Je l'ai &#233;toff&#233; en tenant compte du d&#233;bat sur &#171; Ecosocialisme, D&#233;croissance et Justice climatique &#187;, auquel j'&#233;tais invit&#233; &#224; contribuer. Anim&#233; par Tadzio M&#252;ller (le responsable &#171; &#233;nergie et mouvements pour le climat &#187; de la RLS), ce d&#233;bat r&#233;unissait en outre Joanna Carbello (du r&#233;seau carbontradewatch, Bruxelles), Christopher Laumanns (de l'ONG Konzeptwerk Neue &#214;konomie, militant du mouvement &#171; Postwachstum &#187;, la variante de la mouvance des d&#233;croissants dans les pays de langue allemande) et un public nombreux. Je remercie toutes et tous pour leurs remarques stimulantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) La nature met celles-ci gratuitement &#224; disposition du capitaliste, ce qui explique l'app&#233;tit du capital pour l'exploitation des mines, des for&#234;ts naturelles ou des r&#233;serves halieutiques &#8211; surtout en p&#233;riode de r&#233;cession o&#249; ce qu'on appelle &#171; extractivisme &#187; attire les capitaux en qu&#234;te de surprofit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) L'ironie de l'histoire est que celui qui a tent&#233; en partie d'appliquer la vision de Trotsky fut&#8230; Staline, quand il caressa le projet d'inverser le cours des fleuves sib&#233;riens du Nord vers le Sud pour irriguer l'Asie centrale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) Rappelons que, pour avoir 60% de chance de ne pas d&#233;passer 2&#176;C de hausse de la temp&#233;rature par rapport &#224; l'&#232;re pr&#233;industrielle, il faut que deux tiers &#224; quatre cinqui&#232;mes des r&#233;serves fossiles prouv&#233;es ne sont jamais exploit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) Un exemple tr&#232;s net de cette strat&#233;gie d'accompagnement est le choix de la plupart des organisations syndicales fran&#231;aises de ne pas contester la fili&#232;re nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(5) Les sc&#233;narios de transition vers un syst&#232;me 100% renouvelables qui se pr&#233;tendent compatibles avec le maintien d'une croissance de 2 &#224; 3% par an ne tiennent pas compte de l'&#233;nergie fossile n&#233;cessaire &#224; la production des convertisseurs renouvelables et aux travaux d'am&#233;lioration de l'efficience &#233;nerg&#233;tique des b&#226;timents, et des &#233;missions qui en d&#233;coulent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Gr&#232;ce : r&#233;gression pour rien ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Grece-regression-pour-rien</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Grece-regression-pour-rien</guid>
		<dc:date>2015-05-05T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Husson</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec le peuple grec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-04-28</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les plans d'ajustement impos&#233;s par la Tro&#239;ka &#224; la Gr&#232;ce n'ont pas fonctionn&#233;. Ils reposaient sur des hypoth&#232;ses et des dogmes erron&#233;s qu'il faut d&#233;cortiquer pour comprendre que les objectifs poursuivis &#233;taient sans doute autres qu'un &#171; assainissement &#187; de l'&#233;conomie grecque. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; du site de &#192; l'encontre. &lt;br class='autobr' /&gt; Commen&#231;ons par un calcul de coin de table. Entre 2008 et 2014, le PIB grec a recul&#233; de 25 %. En supposant que le PIB ait stagn&#233; &#224; son niveau de 2008, la dette publique grecque (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Solidarite-avec-le-peuple-grec-+" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; avec le peuple grec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-04-28-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-04-28&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH110/arton21891-4031c.jpg?1781268853' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='110' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les plans d'ajustement impos&#233;s par la Tro&#239;ka &#224; la Gr&#232;ce n'ont pas fonctionn&#233;. Ils reposaient sur des hypoth&#232;ses et des dogmes erron&#233;s qu'il faut d&#233;cortiquer pour comprendre que les objectifs poursuivis &#233;taient sans doute autres qu'un &#171; assainissement &#187; de l'&#233;conomie grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site de &#192; l'encontre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Commen&#231;ons par un calcul de coin de table. Entre 2008 et 2014, le PIB grec a recul&#233; de 25 %. En supposant que le PIB ait stagn&#233; &#224; son niveau de 2008, la dette publique grecque repr&#233;senterait, en 2014, 131 % du PIB au lieu de 175 %. Une bonne partie (les deux tiers) de l'augmentation du rapport dette/PIB entre 2008 et 2014 provient donc de la chute du PIB. Les mesures impos&#233;es par la Tro&#239;ka ont donc aggrav&#233; la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles reposaient sur quelques principes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la &#171; d&#233;valuation interne &#187;, autrement dit la baisse des salaires permettrait de r&#233;tablir la comp&#233;titivit&#233; et de r&#233;duire le d&#233;ficit commercial en dopant les exportations ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les coupes budg&#233;taires permettraient de r&#233;duire le d&#233;ficit et donc de freiner la progression de la dette sans effet r&#233;cessif trop marqu&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les r&#233;formes structurelles permettraient de dynamiser l'&#233;conomie grecque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le premier point, on a d&#233;j&#224; montr&#233; que les baisses de salaires n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;percut&#233;es dans les prix &#224; l'exportation mais consacr&#233;es au r&#233;tablissement du profit [1]. Des &#233;conomistes de la Commission europ&#233;enne se sont d'ailleurs interrog&#233;s sur ce &#171; myst&#232;re &#187; des exportations grecques &#171; manquantes &#187; [2]. Sans surprise, ils sont arriv&#233;s &#224; cette conclusion : &#171; Si la Gr&#232;ce a d&#233;j&#224; obtenu des am&#233;liorations majeures en termes de comp&#233;titivit&#233;-co&#251;t depuis le d&#233;but du programme d'ajustement, des r&#233;formes structurelles sont n&#233;cessaires pour s'attaquer aux facteurs de comp&#233;titivit&#233; hors-co&#251;t, tels que les d&#233;ficits institutionnels sous-jacents, afin de d&#233;bloquer le potentiel de croissance des exportations grecques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les r&#233;formes structurelles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve donc tr&#232;s vite le refrain sur les fameuses r&#233;formes structurelles. Depuis plusieurs ann&#233;es, le FMI, la Commission europ&#233;enne et l'OCDE ont produit de nombreuses &#233;tudes pour &#233;valuer l'effet de ces r&#233;formes sur la croissance. Leur mat&#233;riau de base est constitu&#233; d'indicateurs cens&#233;s mesurer les rigidit&#233;s sur le march&#233; du travail et sur le march&#233; des biens. La m&#233;thodologie consiste ensuite &#224; montrer que les pays les moins &#171; rigides &#187; obtiennent de meilleures performances. Des r&#233;formes structurelles visant &#224; r&#233;duire ces rigidit&#233;s permettraient donc &#224; un pays d'am&#233;liorer ses performances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;tudes sont tr&#232;s fragiles et le FMI vient lui-m&#234;me de le reconna&#238;tre. Dans un rapport r&#233;cent [3], il ne trouve pas &#171; d'effets statistiquement significatifs de la r&#233;glementation du march&#233; du travail sur la productivit&#233; &#187;. Il &#233;voque &#171; la difficult&#233; de mesurer le degr&#233; de flexibilit&#233; du march&#233; du travail d'un pays &#224; l'autre &#187;, et cet aveu met &#224; mal l'abondante litt&#233;rature qui postule au contraire que les indicateurs mesurent parfaitement la flexibilit&#233; (ou la rigidit&#233;) du march&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre &#233;tude a d&#233;cortiqu&#233; les r&#233;sultats du FMI et montr&#233; qu'une seule institution du march&#233; du travail intervient de mani&#232;re significative, c'est le degr&#233; de coordination des n&#233;gociations salariales [4]. L'emploi est d'autant mieux pr&#233;serv&#233; que les n&#233;gociations sont coordonn&#233;es au niveau interprofessionnel ou de branche, ce qui va &#233;videmment &#224; l'encontre du projet n&#233;o-lib&#233;ral consistant &#224; les faire descendre au niveau de l'entreprise, voire de l'&#233;tablissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette grille de lecture est &#233;videmment privil&#233;gi&#233;e dans le cas de la Gr&#232;ce o&#249; les indicateurs de rigidit&#233; sont particuli&#232;rement &#233;lev&#233;s. Les &#233;tudes cherchent &#224; quantifier l'impact de ces rigidit&#233;s sur l'ampleur de la crise et le potentiel &#233;lev&#233; des r&#233;formes structurelles. La Commission europ&#233;enne n'h&#233;site pas &#224; attribuer aux rigidit&#233;s une grande partie de l'&#233;cart du PIB par t&#234;te entre les pays du sud de l'Europe et la moyenne des trois pays europ&#233;ens les plus performants : &#171; L'effet global des sc&#233;narios de r&#233;forme peut repr&#233;senter environ 78% de l'&#233;cart en Gr&#232;ce, 87% en Italie, 99% en Espagne et 67% au Portugal &#187; [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un exemple de cette litt&#233;rature tir&#233; d'un document du FMI : &#171; Les rigidit&#233;s sur les march&#233;s des biens et du travail en Gr&#232;ce ont augment&#233; le co&#251;t de l'ajustement. Les simulations obtenues &#224; partir d'un mod&#232;le calibr&#233; de l'&#233;conomie grecque confirment que les r&#233;formes de ces march&#233;s peuvent jouer un r&#244;le important pour limiter les pertes de production et pour soutenir la reprise. &#187; [6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le document d&#233;roule ensuite un v&#233;ritable floril&#232;ge n&#233;o-lib&#233;ral : &#171; La Gr&#232;ce est entr&#233;e dans la crise surcharg&#233;e de r&#233;glementation (&#8230;). La r&#233;glementation du march&#233; du travail de la Gr&#232;ce &#233;tait rigide et tendait &#224; prot&#233;ger les &#8216;insiders' (&#8230;). Les r&#233;sultats th&#233;oriques soulignent les b&#233;n&#233;fices &#224; attendre de r&#233;formes structurelles, mais indiquent qu'ils peuvent ne pas se mat&#233;rialiser imm&#233;diatement [sic]. Les r&#233;sultats empiriques montrent que les r&#233;formes structurelles auraient des effets positifs potentiellement importants sur le PIB et la productivit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;tudes et rapports ne semblent pas tenir compte du fait que d'importantes r&#233;formes structurelles (au sens o&#249; l'entendent les institutions internationales) ont &#233;t&#233; men&#233;es en Gr&#232;ce. L'OCDE &#233;nonce r&#233;guli&#232;rement des recommandations dans sa publication &#171; Objectif croissance &#187; (Going for growth) et elle constate que &#171; des progr&#232;s impressionnants ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;s dans la r&#233;forme des march&#233;s du travail et des biens depuis le d&#233;but de la crise, mais &#224; partir d'un point de d&#233;part tr&#232;s bas. Depuis 2009-10, la Gr&#232;ce a le taux le plus &#233;lev&#233; de r&#233;activit&#233; aux r&#233;formes structurelles pr&#233;conis&#233;es par l'OCDE &#187; [7], comme le montre le graphique 1 ci-dessous.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Graphique 1&lt;br class='autobr' /&gt;
Taux de r&#233;ponse aux r&#233;formes structurelles pr&#233;conis&#233;es par l'OCDE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2304 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/grece-_regression_pour_rien_1.jpg?2304/5ab076a7cad07e4f9cb9baed63925ef520da6b7ac32095fa983bbe4db0b82668&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/grece-_regression_pour_rien_1.jpg?2304/5ab076a7cad07e4f9cb9baed63925ef520da6b7ac32095fa983bbe4db0b82668' width='500' height='759' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Source : OCDE [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le march&#233; du travail, l'OCDE &#233;nonce, pour s'en f&#233;liciter, les r&#233;formes prises par les gouvernements grecs : &#171; les autorit&#233;s ont donc, &#224; la fin de 2011, donn&#233; un coup d'acc&#233;l&#233;rateur &#224; la r&#233;forme du march&#233; du travail, articul&#233;e autour de quatre axes : i) d&#233;centralisation du syst&#232;me de n&#233;gociations salariales ; ii) all&#232;gement de la protection de l'emploi ; iii) r&#233;duction du salaire minimum ; et iv) accroissement de la flexibilit&#233; du temps de travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'organisme souligne les bons r&#233;sultats obtenus : &#171; gr&#226;ce &#224; ces r&#233;formes, le comportement du march&#233; du travail est en train de changer. Les co&#251;ts de main-d'oeuvre ont chut&#233; fortement depuis la fin de 2011 et les accords sur la flexibilit&#233; du temps de travail sont devenus plus courants, une part plus grande &#233;tant faite au travail &#224; temps partiel et &#224; l'emploi intermittent (&#8230;.). L'all&#232;gement de la protection de l'emploi a &#233;t&#233; plus prononc&#233; depuis 2008 que dans d'autres pays de l'OCDE, exception faite du Portugal, et il est aujourd'hui proche de la moyenne de l'OCDE pour les emplois &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e. &#187; Comment mieux souligner les objectifs de ces r&#233;formes : baisse des salaires, flexibilit&#233; du temps de travail, licenciements plus faciles et pr&#233;carisation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#234;mes &#233;volutions sont rapport&#233;es en ce qui concerne la r&#233;glementation sur le march&#233; des biens (product market regulation) &#224; partir d'une batterie d'indicateurs cens&#233;s mesurer les obstacles &#224; la cr&#233;ation d'entreprise, la complexit&#233; des proc&#233;dures r&#233;glementaires, les charges administratives, les obstacles au commerce et &#224; l'investissement et l'interventionnisme de l'Etat. L&#224; encore, la Gr&#232;ce a &#233;t&#233; un bon &#233;l&#232;ve et va dans le bons sens, celui de la d&#233;r&#233;glementation (graphique 2).&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Graphique 2&lt;br class='autobr' /&gt;
Indice de r&#233;glementation des march&#233;s des biens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2305 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/grece-_regression_pour_rien_2.jpg?2305/7088a9867e8eb7a6bae0d889d5ace9c6aea980deaefc996b13c4309ab6a525af&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/grece-_regression_pour_rien_2.jpg?2305/7088a9867e8eb7a6bae0d889d5ace9c6aea980deaefc996b13c4309ab6a525af' width='500' height='812' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Source : OCDE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le document du FMI d&#233;j&#224; cit&#233; n'h&#233;site pas affirmer que les simulations des effets des r&#233;formes structurelles sont &#171; coh&#233;rentes avec l'&#233;volution de l'&#233;conomie grecque &#187; et que les r&#233;sultats obtenus &#171; sont &#233;galement compatibles avec la croissance &#224; long terme pr&#233;vue dans le cadre du programme &#187;. Il faut une certaine dose d'aveuglement id&#233;ologique pour prof&#233;rer de telles &#233;normit&#233;s, qui ne peuvent cacher cette r&#233;alit&#233; : la Gr&#232;ce a &#233;t&#233; plong&#233;e dans une profonde r&#233;cession, alors m&#234;me qu'elle appliquait &#224; la lettre les fameuses &#171; r&#233;formes structurelles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les multiplicateurs budg&#233;taires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie grecque n'a pas suivi l'&#233;volution pr&#233;vue par les &#233;conomistes de la Tro&#239;ka. Le graphique 3 ci-dessous montre diverses estimations de la croissance de l'&#233;conomie grecque pour les ann&#233;es 2012 et 2013. En janvier 2010, le &#171; plan de stabilit&#233; et de croissance &#187; d&#233;fini en accord avec la Commission europ&#233;enne pr&#233;voit qu'elle sera de 4,4 %. En septembre de la m&#234;me ann&#233;e, le FMI descend &#224; 3,5 % et le budget grec de 2011 reprend cette pr&#233;vision. D&#232;s octobre 2011, les anticipations deviennent n&#233;gatives et se d&#233;gradent de plus en plus jusqu'&#224; la r&#233;alit&#233; observable, &#224; savoir un recul du PIB de 11,5 % sur 2012 et 2013.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Graphique 3&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;visions officielles de croissance du PIB pour la p&#233;riode 2012-2013&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2306 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/grece-_regression_pour_rien_3.jpg?2306/0acbae1b7c80425287c7b63560e1bc8f7bdb62b384a40801ba8a38428bdb5bf1&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/grece-_regression_pour_rien_3.jpg?2306/0acbae1b7c80425287c7b63560e1bc8f7bdb62b384a40801ba8a38428bdb5bf1' width='500' height='686' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Source : Nicos Christodoulakis [8]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une erreur aussi abyssale devrait signer l'&#233;chec des politiques d'ajustement. Elle ne repose pas principalement sur la foi aveugle dans les r&#233;formes structurelles, mais surtout sur une &#233;norme sous-estimation du multiplicateur budg&#233;taire. On peut expliquer en termes simples la signification de ce param&#232;tre. Les d&#233;penses publiques sont un &#233;l&#233;ment du PIB, et dans le cas de la Gr&#232;ce, elles en repr&#233;sentent plus de la moiti&#233;. Si un Etat baisse les d&#233;penses publiques, il va faire baisser le PIB, et le multiplicateur budg&#233;taire dit dans quelle proportion. Si par exemple ce multiplicateur est &#233;gal &#224; 1/2, une baisse de 100 des d&#233;penses publiques conduira &#224; une baisse de 50 du PIB. Toute la question est donc de savoir combien vaut ce multiplicateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains &#233;conomistes n&#233;o-lib&#233;raux les plus doctrinaires minimisent le risque d'aust&#233;rit&#233; induit par l'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire, par r&#233;f&#233;rence &#224; ce qu'ils appellent &#171; &#233;quivalence ricardienne &#187;. Selon cette hypoth&#232;se, les choix budg&#233;taires de l'Etat seraient neutralis&#233;s par le comportement d'&#233;pargne. Dans ce d&#233;bat, un &#233;conomiste de l'Universit&#233; d'Harvard, Alberto Alesina, a jou&#233; un r&#244;le non n&#233;gligeable, avec en particulier sa contribution &#224; la r&#233;union des minist&#232;res europ&#233;ens des finances &#224; Madrid en avril 2010 [9]. Alesina se demande si les ajustements budg&#233;taires conduisent toujours &#224; des r&#233;cessions et sa r&#233;ponse est &#171; un non cat&#233;gorique (loud). Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1990, plusieurs auteurs ont not&#233; que des politiques de r&#233;duction des d&#233;ficits ont &#233;t&#233; accompagn&#233;es dans plusieurs pays europ&#233;ens par un suppl&#233;ment de croissance, &#224; l'oppos&#233; du r&#233;cit keyn&#233;sien standard. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que ses diff&#233;rents articles aient &#233;t&#233; soumis &#224; des critiques d&#233;vastatrices [10], Alesina tombait &#224; pic pour justifier le tournant vers l'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire en Europe, et il sera m&#234;me cit&#233; dans le communiqu&#233; officiel de la r&#233;union. Un peu plus tard, Jean-Claude Trichet, alors pr&#233;sident de la BCE, pourra d&#233;clarer que &#171; c'est une erreur que de croire que la rigueur budg&#233;taire s'oppose &#224; la croissance et &#224; la cr&#233;ation d'emplois &#187; [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le FMI se montrait plus prudent et expliquait, dans un rapport publi&#233; en 2010, qu'une &#171; consolidation budg&#233;taire &#187; d'un point de PIB conduit &#224; une baisse du PIB de 0,5 %, pouvant m&#234;me aller jusqu'&#224; 1 % si cette politique est &#233;tendue &#224; un grand nombre de pays [12]. Quelques ann&#233;es plus tard, l'&#233;conomiste en chef du FMI, publiera un document de travail qui est une sorte d'autocritique [13]. Il admet que la consolidation budg&#233;taire a conduit &#224; une croissance plus faible que pr&#233;vu : &#171; une interpr&#233;tation naturelle est que les multiplicateurs budg&#233;taires &#233;taient sensiblement plus &#233;lev&#233;s que les hypoth&#232;ses implicites des pr&#233;visionnistes &#187;. Pour r&#233;sumer, les pr&#233;visions &#233;taient faites avec des multiplicateurs voisins de 1/2 alors qu'ils &#233;taient sup&#233;rieurs &#224; 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;couverte tardive ne semble pas cependant avoir influenc&#233; la politique men&#233;e en pratique dans le cadre de la Tro&#239;ka, m&#234;me si elle avait suscit&#233; de fortes r&#233;serves en interne. En 2010, le repr&#233;sentant suisse au FMI, Ren&#233; Weber, pouvait ainsi d&#233;clarer : &#171; nous avons beaucoup de doutes quant &#224; la faisabilit&#233; du programme (&#8230;) les hypoth&#232;ses de croissance semblent trop optimistes (&#8230;). Pourquoi la restructuration de la dette et l'implication du secteur priv&#233; dans le plan de sauvetage n'ont pas &#233;t&#233; prises en consid&#233;ration ? &#187; [14]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet de cet aveuglement a &#233;t&#233; particuli&#232;rement dramatique dans le cas de la Gr&#232;ce. Et, dans la mesure o&#249; l'un des objectifs des programmes d'ajustement &#233;tait en principe de r&#233;duire le poids de la dette, on peut &#233;tablir qu'il aurait mieux valu s'en passer. C'est ce que d&#233;montre une &#233;tude r&#233;cente de deux &#233;conomistes allemands de l'institut IMK [15]. En prenant des valeurs mieux fond&#233;es des multiplicateurs, ils montrent qu'en l'absence d'aust&#233;rit&#233;, le PIB grec aurait stagn&#233; &#8211; comme la moyenne de la zone euro &#8211; au lieu de chuter de 25 %. L'augmentation des recettes de l'Etat aurait &#233;t&#233; plus efficace que les coupes dans les d&#233;penses pour faire baisser le ratio dette/PIB qui aurait &#233;t&#233; en 2014 de 135 % au lieu de 175 %. Bref, &#171; la p&#233;riode 2010-2014 &#233;tait le mauvais moment pour une r&#233;duction des d&#233;penses publiques [qui] aurait d&#251; &#234;tre mise en &#339;uvre progressivement apr&#232;s la reprise de l'&#233;conomie grecque &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Politiques absurdes ou th&#233;rapie de choc ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment caract&#233;riser les politiques d'ajustement de la Tro&#239;ka ? D'un c&#244;t&#233;, on vient de montrer leur absurdit&#233; dans la mesure o&#249; elles ont impos&#233; une terrible r&#233;gression au peuple grec, sans atteindre leurs objectifs suppos&#233;s. Mais on a vu aussi que les fameuses r&#233;formes structurelles ont effectivement &#171; mordu &#187; sur la r&#233;alit&#233; sociale de la Gr&#232;ce. Il faut ici se garder d'une double simplification : ce n'est pas seulement sous l'influence d'&#233;conomistes ultra-dogmatiques que la Tro&#239;ka a impos&#233; ses mesures. Mais elle a sans doute aussi sous-estim&#233; les ravages que ces mesures allaient provoquer sur la soci&#233;t&#233; et sur l'&#233;conomie grecques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, les d&#233;terminations id&#233;ologiques et politiques se combinent aujourd'hui pour conduire les &#171; institutions &#187; &#224; affirmer de mani&#232;re brutale leur volont&#233; de ne laisser aucune marge de man&#339;uvre au nouveau gouvernement grec et, notamment, d'interdire toute remise en cause des r&#233;formes anti-sociales mises en &#339;uvre par les gouvernements pr&#233;c&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;f&#233;rences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Michel Husson, &#171; Gr&#232;ce : une &#233;conomie d&#233;pendante et renti&#232;re &#187;, A l'encontre, 12 Mars 2015 economie d&#233;pendante : &lt;a href=&#034;http://hussonet.free.fr/grcomex2.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://hussonet.free.fr/grcomex2.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Uwe B&#246;wer, Vasiliki Michou, Christoph Ungerer, &#171; The Puzzle of the Missing Greek Exports &#187;, European Commission, Economic Papers n&#176;518, June 2014 : &lt;a href=&#034;http://gesd.free.fr/ecp518.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://gesd.free.fr/ecp518.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &#171; Where are we headed ? Perspectives on potential output &#187;, IMF, World Economic Outlook April 2015, chapter 3, p.37 : &lt;a href=&#034;http://gesd.free.fr/weo4153.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://gesd.free.fr/weo4153.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Sabina Avdagic and Paola Salardi &#171; Tenuous link : labour market institutions and unemployment &#187; , Socio-Economic Review (2013) 11 : &lt;a href=&#034;http://gesd.free.fr/avdagic13.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://gesd.free.fr/avdagic13.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] &#171; Growth Effects of Structural Reforms in Southern Europe &#187;, European Commission, Economic Papers 511, December 2013 : &lt;a href=&#034;http://gesd.free.fr/ecp511.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://gesd.free.fr/ecp511.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] &#171; Greece. Selected issues &#187;, IMF Country Report n&#176;13/155, May 2013 : &lt;a href=&#034;http://gesd.free.fr/cr13155.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://gesd.free.fr/cr13155.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] OCDE, Etudes &#233;conomiques Gr&#232;ce 2013 : &lt;a href=&#034;https://drive.google.com/file/d/0ByktYz4niYaHMnpORl9yOU9OeDg/view?pli=1&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://drive.google.com/file/d/0ByktYz4niYaHMnpORl9yOU9OeDg/view?pli=1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Nicos Christodoulakis, &#171; From grexit to growth : on fiscal multipliers and how to end recession in Greece &#187;, National Institute Economic Review n&#176;224, May 2013&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Alberto Alesina, &#171; Fiscal adjustments : lessons from recent history &#187;, prepared for the Ecofin meeting in Madrid April 15 2010 : &lt;a href=&#034;http://gesd.free.fr/alesina10.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://gesd.free.fr/alesina10.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Arjun Jayadev and Mike Konczal, &#171; When Is Austerity Right ? In Boom, Not Bust &#187;, Challenge, November&#8211;December 2010 : &lt;a href=&#034;http://gesd.free.fr/jayadev10.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://gesd.free.fr/jayadev10.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Jean Quatremer, Interview de Jean-Claude Trichet, 13 juillet 2010 : &lt;a href=&#034;http://bruxelles.blogs.liberation.fr/2010/07/13/trichet-la-bce-nest-en-aucun-cas-la-pour-reparer-les-erreurs-des-gouvernements/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://bruxelles.blogs.liberation.fr/2010/07/13/trichet-la-bce-nest-en-aucun-cas-la-pour-reparer-les-erreurs-des-gouvernements/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] FMI, &#171; Will It Hurt ? Macroeconomic Effects of Fiscal Consolidation &#187;, World Economic Outlook, octobre 2010, chapter 3 : &lt;a href=&#034;http://www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2010/02/pdf/c3.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2010/02/pdf/c3.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Olivier Blanchard and Daniel Leigh, &#171; Growth Forecast Errors and Fiscal Multipliers &#187;, IMF, January 2013 : &lt;a href=&#034;http://gesd.free.fr/blanchard13.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://gesd.free.fr/blanchard13.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] &#171; Secret IMF documents reveal extent of concern about 2010 Greek bailout &#187;, ekathimerini, October 8, 2013 : &lt;a href=&#034;http://gesd.free.fr/secret2010.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://gesd.free.fr/secret2010.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Sebastian Gechert, Ansgar Rannenberg, &#171; The costs of Greece's fiscal consolidation &#187;, IMK, March 2015 : &lt;a href=&#034;http://gesd.free.fr/imkc315.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://gesd.free.fr/imkc315.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Tout peut changer : Capitalisme et changement climatique</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Tout-peut-changer-Capitalisme-et-changement-climatique</link>
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		<dc:date>2015-05-05T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nikou Tridon</dc:creator>


		<dc:subject>Le Monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-04-28</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est un long r&#233;sum&#233; du livre de Noami Klein, chapitre apr&#232;s chapitre. Tr&#232;s bien fait, il permet de bien comprendre les th&#232;ses de cette auteure. (PTAG) &lt;br class='autobr' /&gt; Avant-propos : D'une mani&#232;re ou d'une autre, tout est en train de changer &lt;br class='autobr' /&gt;
Si nous continuons &#224; laisser les &#233;missions de GES (gaz &#224; effet de serre) augmenter d'ann&#233;e en ann&#233;e, le r&#233;chauffement plan&#233;taire va bouleverser notre monde. Pour que ce d&#233;sastre se concr&#233;tise, il nous suffit de ne rien faire et de poursuivre sur notre lanc&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Environnement-41-" rel="directory"&gt;Environnement&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-Monde-614-+" rel="tag"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-04-28-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-04-28&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L91xH150/arton21917-db9d8.jpg?1781268854' class='spip_logo spip_logo_right' width='91' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est un long r&#233;sum&#233; du livre de Noami Klein, chapitre apr&#232;s chapitre. Tr&#232;s bien fait, il permet de bien comprendre les th&#232;ses de cette auteure. (PTAG)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant-propos : D'une mani&#232;re ou d'une autre, tout est en train de changer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous continuons &#224; laisser les &#233;missions de GES (gaz &#224; effet de serre) augmenter d'ann&#233;e en ann&#233;e, le r&#233;chauffement plan&#233;taire va bouleverser notre monde. Pour que ce d&#233;sastre se concr&#233;tise, il nous suffit de ne rien faire et de poursuivre sur notre lanc&#233;e en attendant le salut des technologies ou en nous persuadant que nous sommes malheureusement trop occup&#233;s pour prendre la situation en main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si un nombre suffisant d'entre nous cesse de d&#233;tourner les yeux et d&#233;cide que le d&#233;r&#232;glement climatique est une crise grave n&#233;cessitant une intervention de l'ordre du plan Marshall, elle sera per&#231;ue comme telle, et la classe politique n'aura d'autre choix que de r&#233;agir. Paradoxalement, cette crise pourrait devenir un catalyseur de changements b&#233;n&#233;fiques et le meilleur argument pour faire valoir les revendications progressistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du climat pourrait en effet offrir la possibilit&#233; de :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - reb&#226;tir et raviver les &#233;conomies locales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - lib&#233;rer nos d&#233;mocraties de l'emprise destructrice des g&#233;ants du secteur priv&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - emp&#234;cher l'adoption d'accords de libre &#233;change et ren&#233;gocier ceux en vigueur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - investir dans les infrastructures publiques (transports en commun, logement social)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - se r&#233;approprier les services publics essentiels (&#233;nergie, eau)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - assainir le secteur agricole&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - ouvrir nos fronti&#232;res aux r&#233;fugi&#233;s climatiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et ainsi mettre fin aux extravagantes in&#233;galit&#233;s sociales et territoriales qui d&#233;chirent le monde actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;missions mondiales de dioxyde de carbone ont &#233;t&#233; plus &#233;lev&#233;es de 61 % en 2013 par rapport &#224; 1990. L'&#233;chec de la conf&#233;rence hautement m&#233;diatis&#233;e de 2009 &#224; Copenhague a clairement montr&#233; que les dirigeants de la plan&#232;te ne veulent pas s'occuper de ce probl&#232;me et ne se soucient pas de notre survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, les &#233;missions augmentent si rapidement que, &#224; moins d'un changement structurel radical de notre &#233;conomie, l'objectif des 2 degr&#233;s est d'ores et d&#233;j&#224; utopique. Les climatologues nous ont pourtant pr&#233;venus : &#171; Un r&#233;chauffement de 4&#176; est incompatible avec toute repr&#233;sentation raisonnable d'une communaut&#233; mondiale organis&#233;e, &#233;quitable et civilis&#233;e. &#187; Il entrainerait d'innombrables catastrophes (hausse du niveau de la mer, vagues de chaleur, baisse des rendements agricoles, s&#233;cheresses, inondations, invasions de parasites, ouragans, feux de for&#234;t, fonte du permafrost avec d&#233;gagement de m&#233;thane, etc.).&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors pourquoi rien n'est fait pour pr&#233;venir ce d&#233;sastre mondial ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le n&#233;cessaire n'a pas encore &#233;t&#233; fait pour r&#233;duire les &#233;missions, c'est parce que les politiques &#224; mettre en &#339;uvre sont incompatibles avec le capitalisme d&#233;r&#232;glement&#233;. Les mesures qui nous permettraient d'&#233;viter la catastrophe et qui profiteraient &#224; l'immense majorit&#233; de la population repr&#233;sentent une grave menace pour la minorit&#233; qui a la haute main sur l'&#233;conomie, la sph&#232;re politique et les m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, les difficiles n&#233;gociations sur le climat se sont enlis&#233;es avant d'&#233;chouer lamentablement, alors que la mondialisation de l'&#233;conomie a vol&#233; de victoire en victoire, &#233;tablissant un cadre politique mondial qui garantit un maximum de libert&#233; aux multinationales. Ses trois piliers sont bien connus : privatisation du secteur public, d&#233;r&#232;glementation des march&#233;s, et all&#232;gement du fardeau fiscal des entreprises financ&#233; par la r&#233;duction de la d&#233;pense publique. Les mesures climatiques les plus &#233;videntes sont d&#233;sormais consid&#233;r&#233;es comme une h&#233;r&#233;sie politique, alors que l'exportation massive de produits sur de tr&#232;s longues distances (br&#251;lant sans rel&#226;che des combustibles fossiles) et la g&#233;n&#233;ralisation au monde entier d'un mod&#232;le de production, de consommation et d'agriculture fond&#233; sur le gaspillage (et sur l'utilisation massive de combustibles fossiles) paraissent normales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre syst&#232;me &#233;conomique est en guerre contre la plan&#232;te et ses nombreuses formes de vie &#8211; y compris humaine. La bataille fait rage et, pour le moment, le capitalisme l'emporte haut la main. Notre dilemme est le suivant : soit nous laissons le bouleversement du climat transformer radicalement le monde, soit nous transformons radicalement l'&#233;conomie pour &#233;viter le bouleversement du climat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon l'AIE (Agence Internationale de l'Energie), si les &#233;missions ne sont pas ma&#238;tris&#233;es d'ici 2017 (autant dire demain !), l'&#233;conomie fond&#233;e sur les combustibles fossiles aura rendu irr&#233;versible un r&#233;chauffement extr&#234;mement dangereux. &#171; La fen&#234;tre permettant de respecter l'objectif des 2 degr&#233;s est sur le point de se fermer. En 2017, elle sera ferm&#233;e pour de bon. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Premi&#232;re partie : Deux solitudes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1) La droite voit juste &#8211; le pouvoir r&#233;volutionnaire du changement climatique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la droite climatosceptique des Etats-Unis, le changement climatique est un cheval de Troie con&#231;u pour abolir le capitalisme et transformer le mode de vie am&#233;ricain, en redistribuant la richesse &#224; l'&#233;chelle mondiale. Tous ses arguments ont depuis longtemps &#233;t&#233; rigoureusement r&#233;fut&#233;s mais, pour elle, la seule voie possible est celle du fondamentalisme marchand dont la t&#226;che consiste &#224; lib&#233;rer les entreprises dans tous les pays, processus parachev&#233; par les accords de libre-&#233;change et la cr&#233;ation de l'OMC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les climatosceptiques savent tr&#232;s bien que l'&#233;conomie mondiale repose sur la consommation de combustibles fossiles et que cette forte d&#233;pendance ne peut &#234;tre rompue par quelques timides m&#233;canismes financiers. Cette rupture n&#233;cessiterait des interventions muscl&#233;es comme l'interdiction g&#233;n&#233;ralis&#233;e des activit&#233;s polluantes, l'octroi de fortes subventions aux solutions &#233;cologiques, l'imposition d'amendes sal&#233;es aux contrevenants, l'instauration de nouvelles taxes, la mise en &#339;uvre de nouveaux programmes de travaux publics, la renationalisation de soci&#233;t&#233;s priv&#233;es, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement climatique fait donc voler en &#233;clat l'&#233;chafaudage id&#233;ologique du conservatisme contemporain, et ses partisans voient juste quant &#224; l'ampleur du changement requis pour pr&#233;venir la catastrophe (m&#234;me s'ils croient qu'il s'agit d'un complot communiste). Ces fondamentalistes des &#233;nergies fossiles financent les scientifiques, les groupes de r&#233;flexion et les individus qui les soutiennent, les seules solutions propos&#233;es &#233;tant les technologies &#224; haut risque de l'&#233;nergie nucl&#233;aire et de la &#171; g&#233;o-ing&#233;nierie &#187; fond&#233;es sur les raisonnements t&#233;m&#233;raires et &#224; courte vue qui nous ont men&#233;s dans ce p&#233;trin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture qui triomphe en cette &#232;re d'h&#233;g&#233;monie du march&#233; oppose les &#234;tres humains au monde naturel, comme s'ils en &#233;taient distincts, alors qu'ils en font tout simplement partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la gauche n'exige-t-elle pas l'arr&#234;t de l'extraction d&#233;brid&#233;e des &#233;nergies fossiles et une transition compl&#232;te vers une &#233;conomie s'appuyant sur les ressources renouvelables ? Pourquoi ne faisons-nous pas le n&#233;cessaire pour emp&#234;cher le r&#233;chauffement d'atteindre une ampleur catastrophique ? Parce que les climatosceptiques ont gagn&#233; la premi&#232;re manche. Le d&#233;nigrement de l'action collective et la v&#233;n&#233;ration de l'app&#226;t du gain ont infiltr&#233; la quasi-totalit&#233; des gouvernements de la plan&#232;te, les grandes organisations m&#233;diatiques, les universit&#233;s, etc. Si nous n'avons pas encore relev&#233; le d&#233;fi, c'est parce que nous sommes emprisonn&#233;s &#8211; politiquement, physiquement, culturellement &#8211; et nous devons prendre conscience de l'existence de nos cha&#238;nes pour pouvoir nous en lib&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2) Le commerce avant le climat &#8211; comment le fondamentalisme marchand contribue au r&#233;chauffement plan&#233;taire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des accords de libre-&#233;change comportent une clause dite de &#171; traitement r&#233;ciproque &#187; qui oblige leurs parties &#224; ne faire aucune diff&#233;rence entre les biens produits par des entreprises locales et ceux produits &#224; l'ext&#233;rieur de leurs fronti&#232;res par des firmes &#233;trang&#232;res. Tout soutien &#224; l'industrie locale devient donc ill&#233;gal parce que &#171; discriminatoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, en mati&#232;re d'&#233;nergie, il n'existe pas un libre march&#233; &#224; prot&#233;ger des distorsions de la concurrence. Non seulement les soci&#233;t&#233;s p&#233;troli&#232;res re&#231;oivent des subventions (de 775 &#224; 1000 milliards de dollars par an &#224; l'&#233;chelle mondiale), mais elles jouissent du privil&#232;ge d'utiliser l'atmosph&#232;re &#8211; un bien collectif &#8211; comme un vaste d&#233;potoir gratuit. En revanche, la mise en place de programmes de soutien aux &#233;nergies renouvelables contrevient aux r&#232;gles de l'OMC, et les Etats qui appliquent ces politiques se voient traduits devant les tribunaux. Si le droit commercial international ne tol&#232;re pas certaines des mesures essentielles &#224; la lutte contre le changement climatique, il faudra en red&#233;finir les r&#232;gles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le protocole de Kyoto, qui comprend les premiers objectifs contraignants de r&#233;duction des &#233;missions de GES, a &#233;t&#233; adopt&#233; en 1997. En 2001, l'accession &#224; part enti&#232;re de la Chine &#224; l'OMC a marqu&#233; le point culminant du mouvement de lib&#233;ralisation du commerce et de l'investissement. Il est frappant de constater &#224; quel point ces deux processus parall&#232;les sont inconciliables, faisant fi des contradictions flagrantes de leurs cons&#233;quences r&#233;ciproques. Et les n&#233;gociateurs gouvernementaux n'ont jamais tent&#233; de r&#233;soudre l'incompatibilit&#233; entre r&#233;duction des &#233;missions et &#233;limination des barri&#232;res commerciales. Au lieu de faire pression pour adapter les r&#232;gles du commerce international aux n&#233;cessit&#233;s de la protection du climat, les parties ont veill&#233; &#224; ce que la lib&#233;ralisation du commerce et la mondialisation de l'&#233;conomie ne soient pas entrav&#233;es par les politiques climatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan des responsabilit&#233;s, les &#233;missions provenant du transport international de marchandises (des ann&#233;es 1990 eux ann&#233;es 2010, le trafic des porte-conteneurs a augment&#233; de 400%) ne sont officiellement attribuables &#224; aucun Etat, si bien que personne n'est tenu de les r&#233;duire ! De plus, les Etats ne sont comptables que des &#233;missions g&#233;n&#233;r&#233;es sur leur territoire, et non de celles associ&#233;es &#224; la fabrication des produits qu'ils importent, lesquelles sont imput&#233;es aux pays exportateurs. Ce m&#233;canisme, qui donne une image d&#233;form&#233;e de l'origine des &#233;missions dans le monde, a permis aux pays riches ayant connu une d&#233;sindustrialisation de pr&#233;tendre que leurs &#233;missions ont diminu&#233;, alors que celles qui sont inh&#233;rentes &#224; leur consommation ont explos&#233; depuis le d&#233;but de l'&#232;re du libre &#233;change. Avec sa consommation de charbon, la Chine est devenue &#171; la chemin&#233;e du monde &#187; (48% de ses &#233;missions concernent la production de produits export&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc une causalit&#233; entre la course &#224; une main d'&#339;uvre bon march&#233; bien disciplin&#233;e et l'augmentation des &#233;missions de CO2. La d&#233;stabilisation du climat est le prix &#224; payer pour ce capitalisme d&#233;r&#232;glement&#233; et mondialis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas tout. Une autre logique a des racines encore plus profondes que celles du libre-&#233;change : la croissance &#233;conomique aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me &#233;conomique actuel f&#233;tichise la croissance du PIB sans tenir compte de ses cons&#233;quences humaines ou &#233;cologiques. Visiblement, il lui est plus facile d'accepter un bouleversement catastrophique du climat qu'une rupture avec la logique fondamentale du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que faire ? Moins consommer tout de suite. Revenir &#224; un mode de vie comparable &#224; celui des ann&#233;es 70 (avant l'explosion de la consommation amorc&#233;e dans les ann&#233;es 80) n'aurait rien de dramatique et serait bien loin des &#233;preuves et des privations annonc&#233;es par les climatosceptiques. Toutes sortes d'id&#233;es &#233;mergent sur la mani&#232;re dont on pourrait r&#233;duire la consommation des ressources mat&#233;rielles tout en am&#233;liorant la qualit&#233; de vie. Elles pr&#244;nent une &#171; d&#233;croissance s&#233;lective &#187;, fond&#233;e par exemple sur la diminution du temps de travail et un revenu minimum garanti pour tous (couvrant le minimum vital : logement, sant&#233;, &#233;ducation, alimentation, eau).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3) Pour une gestion publique de l'&#233;nergie &#8211; surmonter les obstacles id&#233;ologiques au paradigme &#233;conomique &#224; venir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les mouvements d'opposition &#224; la privatisation de l'&#233;nergie, notamment en Allemagne et aux Etats Unis, se sont vite aper&#231;us qu'ils devaient renverser un pilier id&#233;ologique de l'&#233;conomie de march&#233; : la croyance en la sup&#233;riorit&#233; des services priv&#233;s sur les services publics. Or les monopoles priv&#233;s, qui doivent d'abord servir les int&#233;r&#234;ts de leurs actionnaires et sont mus par des objectifs de rendement trimestriels, ne passeront aux &#233;nergies renouvelables que si leurs recettes n'en souffrent pas ou si la loi les y contraint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La participation du gouvernement et des services publics est essentielle au d&#233;veloppement des &#233;nergies renouvelables, beaucoup plus efficace que n'importe quel co&#251;teux syst&#232;me de subventions publiques encourageant les investissements priv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#233;sormais prouv&#233; qu'il est tout &#224; fait possible, sur le plan technique, de passer aux &#233;nergies renouvelables, et ce sans d&#233;lai. En 2009, Mark Z. Jacobson, professeur de g&#233;nie civil et de g&#233;nie de l'environnement &#224; l'universit&#233; Stanford, ainsi que Mark A. Delucchi, chercheur &#224; l'Institute of Transportation Studies de l'Universit&#233; de Californie, ont &#233;labor&#233; un programme r&#233;volutionnaire d&#233;taill&#233; exposant &#171; la fa&#231;on dont 100 % de l'&#233;nergie totale consomm&#233;e dans le monde pourrait &#234;tre fournie d'ici 2030 par des installations &#233;oliennes, hydro&#233;lectriques ou solaires. &#187; Il concerne non seulement la production de l'&#233;nergie, mais &#233;galement le transport, le chauffage et les besoins en mati&#232;re de r&#233;frig&#233;ration et climatisation. &#171; Ce virage est possible gr&#226;ce &#224; la technologie dont nous disposons d&#233;j&#224;. En tant que soci&#233;t&#233;, il nous suffit de le d&#233;cider collectivement. &#187; (&#8230;) &#171; Ce virage implique un changement d'envergure, une volont&#233; semblable &#224; celle qui a permis la r&#233;alisation du programme Apollo ou la construction du r&#233;seau national d'autoroutes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, un peu partout sur la plan&#232;te, la dure r&#233;alit&#233; du r&#233;chauffement climatique se heurte &#224; l'id&#233;ologie implacable de l'aust&#233;rit&#233;. Quand tout va bien, il est facile de tourner en d&#233;rision l'Etat &#171; tentaculaire &#187; et de souligner l'in&#233;vitabilit&#233; des restrictions budg&#233;taires. Mais d&#232;s qu'une catastrophe survient, tout le monde se tourne vers le gouvernement en qu&#234;te de soutien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, contrairement au principe pollueur-payeur, les grandes soci&#233;t&#233;s p&#233;troli&#232;res et gazi&#232;res refilent le co&#251;t des d&#233;g&#226;ts aux simples citoyens du monde entier (ce qui explique leur immense prosp&#233;rit&#233;). Quant aux Etats, ils rechignent de plus en plus &#224; instaurer des mesures climatiques &#233;quitables, non pas qu'ils soient fauch&#233;s ou &#224; court de solutions, mais parce qu'ils refusent d'aller chercher l'argent l&#224; o&#249; il se trouve, l'industrie ne voulant pas payer sa juste part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui plus est, les populations des pays les plus touch&#233;s par les changements climatiques devraient avoir droit &#224; une compensation directe de la part des pays (et des entreprises) qui en sont responsables. Pourtant, en Am&#233;rique du Nord et en Europe, la crise &#233;conomique sert de pr&#233;texte pour sabrer les programmes d'aide internationale et de lutte contre le changement climatique. Nos gouvernements qui se disent &#171; fauch&#233;s &#187; n'envisagent pas d'opter pour &#171; l'assouplissement quantitatif &#187; (la remise d'argent en circulation) pour contrer la crise climatique comme ils l'ont fait pour remettre les banques &#224; flots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4) Planifier et interdire &#8211; rejeter la main invisible et b&#226;tir un mouvement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour int&#233;grer les contraintes environnementales &#224; l'&#233;conomie, nous devrons revoir de fond en comble nos fa&#231;ons de produire, de consommer, de nous d&#233;placer, de vivre. N'y a-t-il pas meilleur moment qu'aujourd'hui pour lancer un tel projet, alors qu'il nous faut surmonter &#224; la fois la crise &#233;conomique actuelle et la crise environnementale imminente ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les vraies solutions &#224; la crise du climat nous permettraient de b&#226;tir un syst&#232;me &#233;conomique plus stable et plus juste, qui renforcerait et transformerait la sph&#232;re publique, cr&#233;erait de nombreux emplois, et mettrait un terme &#224; la cupidit&#233; des milieux d'affaires. Les peuples devraient avoir le droit de d&#233;cider d&#233;mocratiquement du type d'&#233;conomie dont ils ont besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment faire accepter aux multinationales qu'on leur impose de ne plus faire concurrence &#224; de vastes pans du secteur de l'&#233;nergie (&#233;olien, solaire &#8230;) et de se soumettre &#224; une r&#232;glementation co&#251;teuse visant leur disparition ? La transition ne peut qu'&#234;tre g&#233;r&#233;e par des instances publiques au service du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nationaliser l'&#233;nergie n'est pas forc&#233;ment la meilleure solution. Il serait plus judicieux d'instituer un nouveau type de service public d&#233;centralis&#233;, g&#233;r&#233; d&#233;mocratiquement par les collectivit&#233;s qui l'utilisent, et qui prendrait la forme de coop&#233;ratives ou de &#171; biens communs &#187; (voir les politiques mises en &#339;uvre au Danemark, en Allemagne, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, la crise du climat appelle une nouvelle forme de planification :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; centralis&#233;e pour l'adoption de politiques nationales et pour le maintien de services publics efficaces (r&#233;seaux &#233;lectriques, ferroviaires, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; et la plus d&#233;centralis&#233;e possible pour obtenir l'adh&#233;sion du plus grand nombre (r&#244;le des coop&#233;ratives dans une conversion industrielle)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que le nucl&#233;aire est une fausse solution : la construction de centrales demande beaucoup plus de temps et d'argent que la mise en place d'infrastructures utilisant les &#233;nergies renouvelables. De plus, ce n'est pas une &#233;nergie carboneutre, car l'extraction, le transport et l'enrichissement de l'uranium, ainsi que la construction des centrales, exigent de grandes quantit&#233;s de combustibles fossiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nucl&#233;aire ne produit que 12% de l'&#233;lectricit&#233; consomm&#233;e dans le monde, et une bonne partie des r&#233;acteurs sont anciens et obsol&#232;tes. Les gouvernements devraient choisir de ne plus recourir &#224; cette &#233;nergie &#224; haut risque en arr&#234;tant la construction de nouvelles installations et en d&#233;mantelant progressivement les anciennes, avec une sortie d&#233;finitive du nucl&#233;aire d&#232;s que les &#233;nergies renouvelables auront totalement remplac&#233; les combustibles fossiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux m&#233;thodes &#171; non conventionnelles &#187; d'extraction des gaz et p&#233;trole de schiste, elles constituent le meilleur argument pour une r&#232;glementation contraignante. Elles sont en effet terriblement polluantes : l'extraction du gaz lib&#232;re notamment du m&#233;thane dont le potentiel de r&#233;chauffement est 86 fois plus &#233;lev&#233; que celui du CO2 pendant les 10 &#224; 15 ann&#233;es suivant son &#233;mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les entreprises concern&#233;es, qui ne pourront rentabiliser leurs investissements que si l'extraction se poursuit pendant des d&#233;cennies, ont donc fait le pari que les gouvernements n'imposeraient pas de r&#233;duction s&#233;rieuse des &#233;missions de GES d'ici 25 &#224; 40 ans. Et pour que leur valeur reste stable ou s'accroisse, elles doivent pouvoir d&#233;montrer &#224; leurs actionnaires qu'elles disposent de r&#233;serves pr&#234;tes &#224; exploiter une fois &#233;puis&#233;es celles en cours d'extraction. Une &#233;tude de la Carbon Tracker Initiative montre que la combustion du p&#233;trole, du gaz et du charbon que ces soci&#233;t&#233;s revendiquent dans leurs bilans comptables &#233;mettrait 5 fois plus de CO2 que la quantit&#233; pr&#233;conis&#233;e pour que l'objectif des 2 degr&#233;s puisse &#234;tre respect&#233; ! Affronter la crise du climat n'est donc tout simplement pas compatible avec la survie d'une des industries les plus rentables du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La poign&#233;e d'oligarques apatrides qui poss&#232;dent la moiti&#233; de la richesse mondiale d&#233;montre ce qu'ont toujours &#233;t&#233; les politiques de d&#233;r&#232;glementation et de privatisation : un droit au pillage. &#171; C'est le syst&#232;me qui doit changer, pas le climat &#187;. La crise du climat peut former la trame d'un mouvement unifi&#233; capable de faire basculer l'ordre &#233;tabli. La lutte contre le changement climatique doit &#234;tre int&#233;gr&#233;e &#224; tous nos mouvements progressistes. Nous n'allons pas passer 20 ans de plus &#224; d&#233;battre des r&#233;formes souhaitables !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5) Pour en finir avec l'extractivisme &#8211; Combattre le climatosceptique cach&#233; en chacun de nous&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#238;le de Nauru (21 km2) perdue dans le Pacifique sud est un bon exemple de d&#233;sastre. Elle fut une &#238;le paradisiaque jusqu'&#224; ce qu'on d&#233;couvre que son sol &#233;tait constitu&#233; de phosphate de chaux, un fertilisant agricole tr&#232;s recherch&#233;. Une firme entreprit l'extraction du minerai, et l'&#238;le se lan&#231;a &#224; corps perdu dans une v&#233;ritable op&#233;ration suicide : derri&#232;re une mince bande de cocotiers bordant la c&#244;te, elle fut d&#233;vast&#233;e. Pour les puissances coloniales, et au nom du progr&#232;s incarn&#233; par l'agriculture industrielle, la mort d'une petite &#238;le obscure semblait un sacrifice acceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les Nauruans ont repris le contr&#244;le de leur pays en 1968, ils ont d&#233;cid&#233; de placer leurs recettes mini&#232;res dans un marche de l'immobilier &#171; &#224; faible risque &#187; en Australie et &#224; Hawa&#239; afin d'entreprendre la r&#233;habilitation de l'&#238;le. Mais leur plan a &#233;chou&#233;. Cette soudaine opulence a boulevers&#233; leur culture, et c'est maintenant le peuple &#171; le plus ob&#232;se de la terre &#187; dont la moiti&#233; des adultes est diab&#233;tique. Dans les ann&#233;es 90, Nauru est devenue un haut lieu du blanchiment d'argent (400 banques fant&#244;mes y ont blanchi 70 milliards de dollars).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui l'&#238;le, d&#233;vast&#233;e &#224; 90% par l'activit&#233; mini&#232;re, est actuellement accul&#233;e &#224; une faillite &#233;conomique avec une dette de 800 millions de dollars. Et elle a accept&#233; d'accueillir pour l'Australie un centre de d&#233;tention de demandeurs d'asile dont les conditions de vie dans les camps sont &#233;pouvantables ! Son histoire est une bonne illustration du caract&#232;re suicidaire de l'&#233;dification d'une &#233;conomie sur une activit&#233; mini&#232;re effr&#233;n&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La persistance du probl&#232;me des &#233;missions atmosph&#233;riques s'explique parce que les cons&#233;quences de nos actes ne sont pas forc&#233;ment tr&#232;s visibles, ce qui nous permet d'ignorer leur existence. Nous ne voulons pas en savoir trop sur la r&#233;alit&#233; de l'industrie qui garnit les rayons de nos centres commerciaux, sur les victimes de nos d&#233;g&#226;ts, sur le sort de nos d&#233;chets (eaux us&#233;es, appareils d&#233;suets, &#233;missions atmosph&#233;riques&#8230;). Nous croyons pouvoir exploiter la nature sans nous soucier des poisons que nous introduisons dans la terre, l'eau et l'atmosph&#232;re. Cette exploitation inconsid&#233;r&#233;e des richesses naturelles, aux antipodes de la notion de gestion responsable, est appel&#233;e &#171; extractivisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extractivisme a connu un essor fulgurant &#224; l'&#232;re coloniale, car le rapport au monde comme territoire conquis, plut&#244;t que comme terre natale, nourrit le m&#233;pris &#224; son &#233;gard et la croyance qu'il y aura toujours d'autres endroits &#224; piller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan historique, l'invention de la machine &#224; vapeur (1776) a donn&#233; aux industriels et aux colonisateurs une fabrique d'&#233;nergie portative qui leur a permis de s'implanter l&#224; o&#249; la main d'&#339;uvre et les ressources &#233;taient abondantes. La production a &#233;t&#233; relocalis&#233;e dans les villes o&#249; les travailleurs &#233;taient l&#233;gion (auparavant, les turbines hydrauliques ne fonctionnaient que dans les campagnes), et les navires ont &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;s de leur d&#233;pendance au vent. L'essor fulgurant de l'industrie anglaise, notamment textile, s'est fond&#233;e sur l'exploitation du charbon en territoire britannique et sur l'esclavage pratiqu&#233; dans les colonies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant plus de 200 ans, on a pu nourrir l'illusion que, gr&#226;ce &#224; la production d'&#233;nergie fossile, il n'&#233;tait plus n&#233;cessaire d'adapter les projets aux al&#233;as de la nature. Le charbon et le p&#233;trole &#233;taient parfaitement pr&#233;visibles, contrairement au vent et &#224; l'eau &#8211; et aux travailleurs. Mais, aujourd'hui, les forces accumul&#233;es pendant ces centaines d'ann&#233;es de combustion commencent &#224; se d&#233;cha&#238;ner. Les combustibles fossiles qui alimentent le syst&#232;me capitaliste d&#233;truisent la vie, que ce soit dans les sites d'extraction, dans les oc&#233;ans ou dans l'atmosph&#232;re o&#249; sont rel&#226;ch&#233;s leurs r&#233;sidus. La capacit&#233; de la Terre &#224; absorber nos d&#233;chets est satur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;fi que pose la crise &#233;cologique actuelle est clair : nous devons respecter les &#233;cosyst&#232;mes qui nous font vivre et remplacer l'extractivisme par une &#233;conomie fond&#233;e sur les ressources renouvelables.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deuxi&#232;me partie : La pens&#233;e magique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6) S'attaquer aux fruits plut&#244;t qu'aux racines &#8211; le rapprochement d&#233;sastreux de la grande entreprise et du mouvement environnementaliste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisant preuve d'une hypocrisie effrayante, les grandes organisations environnementalistes des Etats-Unis, comme The Nature Conservancy, le WWF, Conservation International, etc., amassent chaque ann&#233;e des montagnes d'argent en promettant que ces fonds serviront &#224; prot&#233;ger la faune et &#224; nous pr&#233;munir contre la crise du climat, alors qu'il n'est pas rare qu'elles les investissent dans une industrie qui menace l'&#233;quilibre climatique de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Cette collusion ne s'&#233;tend heureusement pas &#224; l'ensemble du mouvement environnementaliste : des associations comme Les Amis de la Terre, Greenpeace, le Rainforest Action Network, Food &amp; Water Watch, 350.org, sont en premi&#232;re ligne des campagnes nationales et internationales.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les environnementalistes associ&#233;s au monde de l'entreprise ont tendance &#224; d&#233;fendre les solutions les moins contraignantes et les plus payantes pour les grands &#233;metteurs de GES. Au lieu de se battre pour l'adoption d'une r&#232;glementation stricte favorisant le passage aux &#233;nergies renouvelables, ils persistent &#224; proposer des mesures complexes inspir&#233;es du march&#233;. Les GES deviennent ainsi une abstraction capitaliste, comparable aux devises ou aux subprimes susceptibles de s'&#233;changer, d'&#234;tre regroup&#233;s, de faire l'objet de sp&#233;culation et de circuler librement autour du globe. Ils font la promotion des &#233;changes de cr&#233;dits-carbone tout en pr&#233;conisant le recours au gaz naturel et le d&#233;veloppement du nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir des ann&#233;es 80 (Ronald Reagan), la droite a impos&#233; ses vues : l'interdiction ou la r&#232;glementation des activit&#233;s industrielles dommageables, qui &#233;taient jusqu'alors des mesures politiques admises tant par les r&#233;publicains que les d&#233;mocrates, sont devenus les indices d'un &#171; environnement autoritaire &#187;. C'est alors que sont entr&#233;es en sc&#232;ne de nouvelles organisations environnementalistes favorables &#224; la libre entreprise et privil&#233;giant la collaboration plut&#244;t que la confrontation, et les partenariats avec les pollueurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrie gazi&#232;re a commenc&#233; &#224; pr&#233;senter le gaz naturel comme un combustible de transition vers les &#233;nergies propres, et le mensonge s'est aggrav&#233; avec l'extraction des formations de schiste dont le financement aurait pu &#234;tre investi dans les &#233;nergies renouvelables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au moment des n&#233;gociations du protocole de Kyoto que s'est amorc&#233; le commerce de la pollution. Au lieu d'obliger les pays industrialis&#233;s &#224; r&#233;duire leurs &#233;missions de GES, le nouveau syst&#232;me pr&#233;voit des permis d'&#233;mission qui peuvent &#234;tre employ&#233;s ou bien vendus &#224; une partie dont les &#233;missions exc&#232;dent les quotas fix&#233;s. Ce march&#233; mondial du carbone a instaur&#233; une sorte de loi de la jungle o&#249; toutes sortes de projets pour le moins discutables peuvent g&#233;n&#233;rer de lucratifs cr&#233;dits-carbone : torchage dans le delta du Niger, escrocs &#233;cumant les pays pauvres, cession de vastes territoires &#224; des groupes de conservation, expulsions des habitants des for&#234;ts int&#233;gr&#233;es aux projets de compensation, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nouvelles formes de violation des droits fondamentaux ont &#233;t&#233; commises au nom de l'environnement, o&#249; les habitants qui osent s'aventurer sur leurs territoires traditionnels, d&#233;sormais convertis en puits de carbone, pour y p&#234;cher ou y r&#233;colter des plantes ou du bois, sont victimes de harc&#232;lement ou pire. Une fois engloutie par ce syst&#232;me, une for&#234;t luxuriante devient en r&#233;alit&#233; le prolongement d'une centrale &#233;lectrique polluante situ&#233;e &#224; l'autre bout de la plan&#232;te, toutes deux reli&#233;es par d'invisibles transactions financi&#232;res. C'est ainsi que les multinationales conservent leur droit de polluer l'atmosph&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsque la crise &#233;conomique &#224; frapp&#233;, la production et la consommation ont ralenti, et le march&#233; du carbone s'est alors retrouv&#233; noy&#233; sous une surabondance de permis, ce qui a fait chuter abruptement le prix de la tonne de carbone (de 20 &#224; 4 euros). Il est devenu nettement moins avantageux, ce qui explique la hausse de consommation du charbon dans la production d'&#233;lectricit&#233; en Angleterre et en Allemagne. Par ailleurs, le SCEQE (syst&#232;me communautaire d'&#233;change de quotas d'&#233;missions) a permis aux firmes de l'&#233;nergie de refiler la facture &#224; leurs clients, g&#233;n&#233;rant ainsi d'&#233;normes b&#233;n&#233;fices inattendus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un accord, pr&#233;sent&#233; alors comme un compromis historique entre les environnementalistes et l'industrie, a alors pr&#233;vu la distribution d'assez de quotas gratuits pour compenser 90% des &#233;missions de GES des centrales &#233;nerg&#233;tiques, mais il a &#233;t&#233; rejet&#233; par le S&#233;nat am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7) Les superh&#233;ros, &#231;a n'existe pas &#8211; les milliardaires &#233;colos ne nous sauveront pas&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2006, le fondateur du groupe Virgin, Richard Branson, s'est soi-disant converti &#224; la lutte contre le r&#233;chauffement plan&#233;taire, se proposant de faire ce que les gouvernements rechignent &#224; imposer par voie l&#233;gislative : affecter les profits tir&#233;s d'activit&#233;s contribuant au r&#233;chauffement plan&#233;taire &#224; la transition vers les &#233;nergies renouvelables. Et il a cr&#233;&#233; le &#171; Virgin Earth Challenge &#187;, un concours dot&#233; d'un prix de 25 millions de dollars, dont le vainqueur sera l'inventeur qui trouvera comment retirer un milliard de tonnes de carbone par an de l'atmosph&#232;re &#171; sans effets secondaires n&#233;fastes &#187;. L'id&#233;e &#233;tait de r&#233;soudre la crise du climat sans rien changer &#224; nos modes de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis Michael Blomberg a contribu&#233; &#224; l'&#233;laboration de solutions pro-entreprise &#224; la crise du climat, et Bill Gates, de son c&#244;t&#233;, s'est mis &#224; soutenir la recherche d'un rem&#232;de technologique miracle (machines capables de retirer le carbone de l'atmosph&#232;re ou de manipuler directement le climat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, Branson a cr&#233;&#233; Virgin Fuels (pour investir dans diverses firmes d'agrocarburant, qui ont stagn&#233; avec l'essor du gaz et du p&#233;trole de schiste), Virgin America (une compagnie a&#233;rienne &#224; la croissance fulgurante), Virgin Racing (son &#233;curie de formule1), et Virgin Galactic (pour lancer les premiers vols commerciaux dans l'espace). Quant au concours Virgin Earth Challenge, Branson affirme n'avoir pas compl&#232;tement renonc&#233; &#224; d&#233;cerner le prix. Et s'il tient de beaux discours sur les vertus de la r&#232;glementation, il s'oppose syst&#233;matiquement &#224; l'adoption de mesures concr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces vell&#233;it&#233;s m&#233;diatiques de milliardaires ont bien montr&#233; que rien ne se ferait sur une base volontaire ou pour l'honneur. La transition &#233;cologique ne se r&#233;alisera que par la voie l&#233;gislative, avec une r&#232;glementation contraignante et une augmentation de la fiscalit&#233; et des redevances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8) Att&#233;nuer le rayonnement solaire &#8211; la solution &#224; la pollution r&#233;side-t-elle &#8230; dans la pollution ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant l'incapacit&#233; des Etats &#224; respecter leurs objectifs de r&#233;duction des &#233;missions de GES, certains insistent depuis plusieurs ann&#233;es sur la n&#233;cessit&#233; d'&#233;chafauder un plan B faisant appel &#224; la technologie : des interventions &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire, destin&#233;es &#224; bloquer une partie du rayonnement solaire, pourraient &#234;tre le seul moyen d'abaisser rapidement la temp&#233;rature mondiale en cas d'urgence climatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diverses m&#233;thodes sont propos&#233;es, et celle qui retient le plus l'attention consiste &#224; pulv&#233;riser des particules de souffre dans la stratosph&#232;re. Cette option, dite option Pinatubo, consiste &#224; reproduire artificiellement l'action naturelle des volcans, mais elle devrait entra&#238;ner l'apparition d'un brouillard permanent autour de la plan&#232;te, faisant du ciel bleu un souvenir. Et une fois la pulv&#233;risation d&#233;marr&#233;e, il serait en pratique impossible d'y mettre fin. Notre vie ne se d&#233;roulerait plus sous un ciel, mais sous un plafond laiteux, cr&#233;&#233; par la g&#233;o-ing&#233;nierie, qui surplomberait des oc&#233;ans mourant par acidification. Une technologie effroyable, d'autant plus qu'elle ne s'attaque pas &#224; la cause premi&#232;re du r&#233;chauffement plan&#233;taire (l'accumulation de gaz qui emprisonnent la chaleur), mais &#224; ses cons&#233;quences. Et qui cherche &#224; r&#233;gler un probl&#232;me caus&#233; par la pr&#233;sence de salet&#233;s dans l'atmosph&#232;re en r&#233;pandant un autre type de salet&#233;s dans la stratosph&#232;re, ce qui pourrait avoir de terribles r&#233;percussions, car notre biosph&#232;re est un &#171; syst&#232;me adaptatif auto-organis&#233; complexe &#187; dont le comportement demeure impr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans de cette m&#233;thode se montrent &#233;vasifs lorsqu'il est question de la r&#233;partition des cons&#233;quences de l'&#233;pandage stratosph&#233;rique de dioxyde de souffre et de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; spatiale de ses effets (mousson d&#233;r&#233;gl&#233;e, diminution des pr&#233;cipitations et des ressources en eau douce, etc.). Et il est inimaginable de tester cette technologie car cela reviendrait &#224; la d&#233;ployer. La g&#233;o-ing&#233;nierie, qui tente de pallier le d&#233;s&#233;quilibre environnemental et climatique engendr&#233; par la pollution en compromettant encore plus la capacit&#233; d'autor&#233;gulation des &#233;cosyst&#232;mes, cr&#233;erait un monde o&#249; toute solution engendrerait un nouveau probl&#232;me, pris d'assaut &#224; son tour par l'arsenal technologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas les cr&#233;ateurs de la Terre : c'est elle qui nous a cr&#233;&#233;s et qui nous maintient en vie. Allons-nous la mettre sous respirateur artificiel 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pour &#233;viter qu'elle se retourne contre nous ? Pourquoi renoncer &#224; la possibilit&#233; de vivre dans un monde sain ? Avons-nous vraiment essay&#233; le plan A ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les soci&#233;t&#233;s p&#233;troli&#232;res, il sera toujours pr&#233;f&#233;rable de tenter de contr&#244;ler le rayonnement solaire que de mettre des b&#226;tons dans les roues d'ExxonMobil. Mais ce n'est pas l'avis de la majorit&#233; des habitants de la plan&#232;te. Cette fuite en avant de la g&#233;o-ing&#233;nierie devrait mettre en &#233;vidence l'urgence d'adopter un v&#233;ritable plan A fond&#233; sur la r&#233;duction des &#233;missions de GES, quelles qu'en soient les cons&#233;quences &#233;conomiques. Cette logique d&#233;fie peut-&#234;tre l'orthodoxie du libre march&#233;, mais pas plus qu'une op&#233;ration de sauvetage des banques. Et elle n'est certainement pas plus radicale que la volont&#233; de mettre en place des &#171; climatiseurs plan&#233;taires &#187; pour modifier le climat. Le fait de renoncer collectivement &#224; cette option (comme nous le faisons actuellement) est une d&#233;cision infiniment risqu&#233;e que nos enfants pourraient consid&#233;rer comme l'acte le plus immoral jamais commis par l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Troisi&#232;me partie : Parce qu'il faut bien commencer quelque part&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9) Blocadie &#8211; Les nouveaux guerriers du climat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Blocadie ne figure sur aucune carte, car elle constitue une zone mouvante de conflits transnationaux qui surgit avec une fr&#233;quence et une intensit&#233; croissante partout o&#249; sont discut&#233;s des projets de mines &#224; ciel ouvert, de puits de gaz de schiste et d'ol&#233;oducs pour le p&#233;trole des sables bitumeux (cf. les ZAD en France). Les groupes qui r&#233;sistent &#224; l'extractivisme &#224; haut risque sont en train de tisser un r&#233;seau mondial bien enracin&#233; et diversifi&#233;. Ils sont motiv&#233;s par le d&#233;sir d'une d&#233;mocratie authentique qui permettrait collectivit&#233;s d'avoir la ma&#238;trise des ressources les plus fondamentales que sont l'eau, l'air et la terre. La r&#233;ponse collective au r&#233;chauffement plan&#233;taire est en train de se d&#233;placer vers la rue, les montagnes, les terres agricoles et les for&#234;ts, devenant ainsi un mouvement vivant et impr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des luttes sont men&#233;es partout, notamment par les femmes qui sont souvent au premier plan : en Gr&#232;ce contre la soci&#233;t&#233; canadienne Eldorado Gold (projet de mines d'or et de cuivre), en Roumanie contre la soci&#233;t&#233; Chevron (gaz de schiste), au Canada contre la soci&#233;t&#233; SWN Resources (fracturation hydraulique), en Angleterre, dans l'Arctique (Greenpeace), en Mongolie int&#233;rieure (Chine), en Australie (mine de charbon), etc. Au Canada et aux Etats-Unis, une impressionnante lev&#233;e de boucliers (d&#233;sob&#233;issance civile, grandes manifestations) se dresse contre tout projet li&#233; aux sables bitumeux d'Alberta et contre les ol&#233;oducs Keystone XL de TransCanada, et Northern Gateway de Enbridge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si l'on souhaite vraiment r&#233;gler la crise du climat, on doit d'abord cesser de l'aggraver, et la premi&#232;re &#233;tape pour sortir d'un trou consiste &#224; arr&#234;ter de le creuser. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Nig&#233;ria, les soci&#233;t&#233;s p&#233;troli&#232;res ont pomp&#233; des centaines de milliards de dollars de brut en traitant syst&#233;matiquement son territoire, ses cours d'eau et sa population avec un m&#233;pris &#233;vident. Une quantit&#233; de p&#233;trole digne du naufrage de l'Exxon Valdez a &#233;t&#233; d&#233;vers&#233;e dans le delta chaque ann&#233;e pendant environ 50 ans, empoisonnant poissons, animaux terrestres et &#234;tres humains. Sans compter l'abomination que constitue le torchage du gaz : si le Nig&#233;ria disposait des infrastructures n&#233;cessaires au captage, au transport et &#224; l'utilisation de ce gaz, celui-ci pourrait combler l'ensemble de ses besoins en &#233;lectricit&#233;. Mais les multinationales, qui pr&#233;f&#232;rent r&#233;duire leurs d&#233;penses, le font br&#251;ler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 90, un groupe autochtone du delta, les Ogonis, est entr&#233; en lutte contre Shell. Le 4 janvier 1993, 300 000 Ogonis ont form&#233; une manifestation non violente, et la multinationale a &#233;t&#233; forc&#233;e de se retirer du territoire ogoni. Depuis, on n'y produit plus de p&#233;trole, et c'est une des plus grandes victoires du militantisme citoyen pour l'environnement dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le bilan du delta reste sinistre, car des milliers d'habitants ont &#233;t&#233; tortur&#233;s ou assassin&#233;s par l'Etat nig&#233;rian qui tire 80% de ses revenus des redevances sur le p&#233;trole. Les habitants n'ont pourtant pas baiss&#233; les bras et sont parvenus &#224; imposer la fermeture d'une vingtaine d'installations. Le peuple ijaw a lanc&#233; une offensive en occupant des sites p&#233;troliers, non par la force des armes, mais par celle du nombre, submergeant les gardiens de s&#233;curit&#233;. R&#233;ponse du gouvernement : 15000 soldats, &#233;tat d'urgence et couvre-feu. La jeunesse a perdu sa foi dans la r&#233;sistance pacifique et en 2006, la r&#233;gion a connu une v&#233;ritable insurrection arm&#233;e avec toutes sortes de d&#233;bordements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fonctionnement d'une &#233;conomie fond&#233;e sur des sources d'&#233;nergie dont l'extraction et le raffinage &#233;mettent in&#233;luctablement des contaminants a toujours exig&#233; la d&#233;signation de zones sacrifi&#233;es o&#249; vivent de vastes groupes d'individus trait&#233;s en sous-humains. Leur empoisonnement est en quelque sorte acceptable au nom du progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sacrifice n'est d'ailleurs pas impos&#233; aux seules collectivit&#233;s vivant &#224; proximit&#233; de ces nouveaux gisements. Aux Etats Unis, le nombre de wagons-citernes a augment&#233; de 4111% en 5 ans, passant de 9500 en 2008 &#224; environ 400 000 en 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune activit&#233; d'extraction ne convoite plus de territoire que la fracturation hydraulique du schiste. Comme ils disent, &#171; nous avons d&#233;couvert l'&#233;quivalent de deux Arabie saoudite sous forme de gaz naturel aux Etats Unis. &#187; Plus de 15 millions d'Am&#233;ricains vivent &#224; moins de deux kilom&#232;tres d'un puits creus&#233; depuis 2000. Cette forme de pillage n'&#233;tait autrefois inflig&#233;e qu'aux contr&#233;es non europ&#233;ennes, mais les conquistadors d'aujourd'hui ne s'embarrassent pas de scrupules. De plus, l'extraction et le transport des combustibles fossiles sont tr&#232;s polluants et perturbateurs, ce qui tend &#224; affaiblir et d&#233;truire les autres moteurs &#233;conomiques : p&#234;che, tourisme, agriculture, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre &#233;l&#233;ment a contribu&#233; &#224; l'essor de ces mouvements d'opposition : le fait que les techniques contemporaines d'extraction sont consid&#233;rablement plus risqu&#233;es qu'autrefois : fracturation hydraulique, forages en eaux profondes, p&#233;trole de schiste plus volatil et plus corrosif, et mini tremblements de terre provoqu&#233;s par la fracturation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses catastrophes ont d&#233;montr&#233; ces risques : explosion de la plateforme de BP dans le golfe du Mexique en 2010, laissant le p&#233;trole jaillir &#224; 1500m de profondeur, explosion d'un ol&#233;oduc d'Enbridge au Michigan avec un &#233;norme d&#233;versement dans la rivi&#232;re Kalamazoo, explosion d'un train p&#233;trolier &#224; Lac-M&#233;gantic, contamination chimique de l'eau en Virginie-Occidentale. Plus de 6000 d&#233;versements et &#171; autres incidents &#187; sont survenus dans les installations p&#233;troli&#232;res et gazi&#232;res terrestres des Etats-Unis en 2012 (16 d&#233;versements par jour).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un monde sain, cette s&#233;rie de catastrophes, venue se greffer sur la crise plus g&#233;n&#233;rale du climat, aurait inspir&#233; d'importantes r&#233;formes politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements anti-extractivistes se fondent sur le principe de pr&#233;caution : c'est &#224; l'industrie de faire la preuve de la s&#233;curit&#233; de ses m&#233;thodes. L'industrie des combustibles fossiles ne les fera pas taire &#224; coups de dons g&#233;n&#233;reux ou de programme de compensation carbone. Ils disent tout simplement &#171; non &#187; et &#171; ni ici ni ailleurs &#187;. Les principes de ces nouveaux guerriers du climat sont non n&#233;gociables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10) C'est l'amour qui sauvera la plan&#232;te &#8211; D&#233;mocratie, d&#233;sinvestissement et victoires concr&#232;tes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le montrent de nombreuses luttes en territoire indien au Canada, l'amour que portent les habitants &#224; leur terre est sous-estim&#233; par les grandes soci&#233;t&#233;s priv&#233;es qui exploitent inconsid&#233;r&#233;ment les ressources naturelles. Toute menace qui p&#232;se sur une collectivit&#233; l'am&#232;ne &#224; s'attacher encore plus &#224; ce qu'elle poss&#232;de et craint de perdre. Et notamment son eau. Le mouvement anti-extractiviste se bat pour la pr&#233;servation de l'eau, car non seulement ces technologies peuvent contaminer les nappes phr&#233;atiques, mais elles requi&#232;rent d'&#233;normes quantit&#233;s d'eau : il faut 2,3 barils d'eau pour produire un seul baril de p&#233;trole &#224; partir des sables bitumeux. En 2012 aux Etats Unis, l'industrie a produit plus de 1000 milliards de litres de ces eaux r&#233;siduaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, l'extractivisme g&#226;che d'&#233;normes quantit&#233;s d'eau, un &#233;l&#233;ment essentiel &#224; notre survie, pour accro&#238;tre la production de combustibles qui menacent eux aussi notre survie et qui pourraient &#234;tre remplac&#233;s par d'autres sources d'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce jour, des victoires d&#233;terminantes ont &#233;t&#233; remport&#233;es. Dans des dizaines de villages, villes et r&#233;gions, des militants ont obtenu l'interdiction de la fracturation hydraulique (ou un moratoire). La France est devenue en 2011 le premier pays &#224; l'interdire sur son territoire. Les actions men&#233;es contre les projets d'ol&#233;oducs destin&#233;s au transport du p&#233;trole des sables bitumeux se sont conclues par d'importants reports. En Inde, les mouvements d'opposition aux combustibles fossiles se multiplient. En Chine, avec la pollution atmosph&#233;rique des villes, de grands mouvements de protestation s'opposent &#224; la construction de nouvelles centrales &#224; charbon. En janvier 2014, le taux de particules canc&#233;rig&#232;nes y a atteint 671 mg par m3 (l'OMS pr&#233;conise 25 mg par m3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre strat&#233;gie de plus en plus r&#233;pandue consiste &#224; inviter les institutions d'int&#233;r&#234;t public (universit&#233;s, municipalit&#233;s, etc.) &#224; se d&#233;partir des actions qu'elles d&#233;tiennent dans l'industrie des combustibles fossiles. Men&#233;e par l'organisation 350.org, son id&#233;e est de cibler cette fr&#233;n&#233;sie d'extractivisme &#224; haut risque. Lanc&#233;e aux Etats-Unis, la vague s'est r&#233;pandue au Canada, en Australie, aux Pays-Bas, en Grande Bretagne. En avril 2014, le NRDC (Natural Resources Defense Council) am&#233;ricain a contribu&#233; &#224; cr&#233;er le premier outil mondial d'analyse des indices boursiers excluant les entreprises associ&#233;es &#224; l'exploration, &#224; la propri&#233;t&#233; de r&#233;serves ou &#224; l'extraction de combustibles fossiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement prenant de la vigueur, l'industrie des combustibles fossiles a ripost&#233; &#224; l'aide d'un outil &#233;prouv&#233; : les dispositions des accords de libre-&#233;change en mati&#232;re de protection des investisseurs. En fait, les accords internationaux sur le commerce et l'investissement offrent aux multinationales un fondement juridique pour contester toute tentative de la part d'un Etat de restreindre l'exploitation des combustibles fossiles. L'imposition de &#171; restrictions quantitatives &#187; &#224; la libre circulation des biens par-del&#224; les fronti&#232;res viole un principe fondamental du droit commercial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins la port&#233;e de ces accords se limite &#224; celle que les gouvernements veulent bien leur donner. Ils sont en effet truff&#233;s de zones d'ombres et de lacunes qui permettraient &#224; tout Etat cherchant &#224; r&#233;duire s&#233;rieusement ses &#233;missions de parvenir &#224; ses fins, que ce soit en contestant les r&#232;gles commerciales qui favorisent les pollueurs, en trouvant des fa&#231;ons de les contourner, en refusant de se conformer &#224; des jugements ou &#224; des repr&#233;sailles fantasques (car les institutions charg&#233;es de faire respecter ces accords ne peuvent contraindre les gouvernements &#224; modifier leurs lois), ou en ren&#233;gociant les r&#232;gles du jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La collusion entre l'Etat et la grande entreprise (particuli&#232;rement &#233;vidente dans le secteur des combustibles fossiles), est en train de transformer le militantisme anti-extractiviste en un mouvement populaire pour la d&#233;mocratie, revendiquant le droit de prendre part aux d&#233;cisions cruciales concernant l'eau, le sol et l'air. Il semble incroyable que ces gouvernements, qui font des miracles quand il s'agit de mettre au point des bombardiers et des drones de combat, d'&#233;difier des march&#233;s mondiaux et des plans de sauvetage de centaines de milliards, soient incapables d'investir dans la protection de notre plan&#232;te et de garantir l'avenir des g&#233;n&#233;rations futures. Cela t&#233;moigne d'une crise de l&#233;gitimit&#233; qui d&#233;passe l'entendement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;11) Avec quelle arm&#233;e ? &#8211; Les droits des Autochtones et la n&#233;cessit&#233; de tenir parole&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Canada et aux Etats-Unis, l'affirmation par les Autochtones indiens de leurs droits territoriaux constitue un obstacle de taille pour les industries de l'extraction. En fait, dans nombre de trait&#233;s, ce sont les droits territoriaux exclusifs qui ont &#233;t&#233; c&#233;d&#233;s, la terre devant &#234;tre utilis&#233;e par les deux groupes. Mais la coexistence pacifique devient impossible si l'un des deux d&#233;t&#233;riore et contamine irr&#233;vocablement ce territoire partag&#233;. En se fondant sur cet arsenal juridique, de nombreuses luttes ont &#233;t&#233; men&#233;es et gagn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 2014, par exemple, une coalition de tribus d'Alaska unie &#224; plusieurs groupes environnementalistes, a remport&#233; une importante victoire juridique contre les activit&#233;s de forage en Arctique de Shell, qui a annonc&#233; suspendre ind&#233;finiment ses projets. De m&#234;me, en Australie, en Amazonie, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grande avanc&#233;e a &#233;t&#233; la D&#233;claration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, adopt&#233;e en septembre 2007 par l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, &#224; 143 voix contre 4 (Etats Unis, Canada, Australie et Nouvelle-Z&#233;lande).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La constitution bolivienne de 2009 stipule que les peuples autochtones &#171; disposent du droit &#224; ce qu'on leur demande leur consentement : le gouvernement est tenu de les consulter, de bonne foi et par convention, pr&#233;alablement &#224; toute exploitation de ressources naturelles non renouvelables sur les territoires qu'ils occupent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces progr&#232;s, les Etats persistent &#224; mettre en &#339;uvre des projets d'extraction dans le consentement des peuples, mais quelque chose est en train de changer : de plus en plus de citoyens non autochtones commencent &#224; comprendre que les droits des premi&#232;res nations sont sans doute le meilleur outil pour &#233;viter le chaos climatique. Ces coalitions anti-extractivistes ouvrent ainsi la voie &#224; une r&#233;conciliation historique entre populations autochtones et non autochtones. Elles peuvent devenir une v&#233;ritable arm&#233;e citoyenne puissante et nombreuse &#8211; qui concerne aussi les relations entre Nord post-industriel et le Sud en &#233;mergence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;12) Partager le ciel &#8211; Communs atmosph&#233;riques et justice climatique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la n&#233;cessit&#233; de s'adapter &#224; la nature qui rend hostiles aux &#233;nergies renouvelables ceux qui sont anim&#233;s par l'utopie d'une ma&#238;trise totale de la nature &#8211; le sous-entendu &#233;tant que &#171; les vrais hommes font br&#251;ler du charbon &#187;. Pour les d&#233;fenseurs des combustibles fossiles et du nucl&#233;aire, les &#233;nergies renouvelables ne sont pas &#171; fiables &#187; car elles n&#233;cessitent de pr&#234;ter attention &#224; des facteurs comme l'endroit o&#249; l'on vit, la dur&#233;e d'ensoleillement, la force des vents ou le d&#233;bit des rivi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, les &#233;nergies renouvelables sont beaucoup plus fiables que les centrales thermiques qui requi&#232;rent un apport continu de combustibles fossiles pour ne pas tomber en panne. Pour les installations aliment&#233;es par des sources renouvelables, une fois l'investissement initial effectu&#233;, la nature fournit gratuitement la mati&#232;re premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la bataille contre les combustibles fossiles, une arme puissante est la mise en place d'alternatives concr&#232;tes, car l'avant-go&#251;t d'une &#233;conomie nouvelle peut insuffler de l'&#233;nergie au combat contre la vieille &#233;conomie. Les ressources financi&#232;res n&#233;cessaires &#224; cette transition devront &#234;tre pr&#233;lev&#233;es par l'Etat sur les profits de l'industrie des combustibles fossiles et r&#233;investis avec une vision claire du processus de gu&#233;rison &#224; mettre en &#339;uvre. Serait ainsi lanc&#233; un secteur en pleine croissance, au service du bien commun, cr&#233;ant une &#233;conomie ancr&#233;e dans les collectivit&#233;s, qui favorise la s&#233;curit&#233; mat&#233;rielle, la d&#233;mocratie locale et l'autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel de la capacit&#233; de l'atmosph&#232;re &#224; absorber le CO2 sans cons&#233;quence grave a &#233;t&#233; utilis&#233; par les pays riches avant m&#234;me que les pays en d&#233;veloppement n'aient eu la chance de s'industrialiser. Si nos gouvernements ne souhaitent pas que les pays pauvres se sortent de la pauvret&#233; par des moyens aussi polluants que ceux auxquels ils ont eux-m&#234;mes eu recours, ils ont la responsabilit&#233; d'aider ces nations &#224; payer l'addition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Equateur, par exemple, avait propos&#233; ne pas exploiter son p&#233;trole si une compensation lui &#233;tait vers&#233;e par la communaut&#233; internationale, ces fonds &#233;tant consid&#233;r&#233;s comme une contribution au remboursement de la dette &#233;cologique du Nord &#224; l'&#233;gard du Sud. Mais les contributions des pays d&#233;velopp&#233;s se sont faites attendre (en 2013,13 millions de dollars sur un objectif de 3,6 milliards). Du coup, Correa a annonc&#233; qu'il autoriserait les forages &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le d&#233;veloppement des &#233;conomies &#233;mergentes qui est responsable de la hausse des &#233;missions constat&#233;e ces derni&#232;res ann&#233;es, mais il serait injuste de leur faire porter le fardeau de la solution. Les pays industrialis&#233;s doivent concentrer leurs efforts l&#224; o&#249; ils auront la plus grande port&#233;e, c'est-&#224;-dire dans le Sud, o&#249; des mouvements luttent activement pour des modes de d&#233;veloppement qui apporteraient l'&#233;lectricit&#233; aux gens par l'entremise de r&#233;seaux d&#233;centralis&#233;s aliment&#233;s par des sources renouvelables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La meilleure strat&#233;gie ne consiste pas, pour les pays riches, &#224; faire d&#233;cro&#238;tre leur &#233;conomie tout en laissant le monde en d&#233;veloppement s'enrichir en polluant. L'id&#233;e n'est pas de commencer par polluer pour ensuite tout nettoyer, mais de trouver un syst&#232;me efficace fond&#233; sur le remboursement par les pays riches de leur dette climatique. Parmi les id&#233;es int&#233;ressantes, celle d'une &#171; tarification pr&#233;f&#233;rentielle mondiale &#187; implique la cr&#233;ation d'un fonds administr&#233; au niveau international ayant pour mission de soutenir les transitions &#233;nerg&#233;tiques des pays en d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements d'Afrique et des Cara&#239;bes ont par ailleurs r&#233;clam&#233; des r&#233;parations pour les pr&#233;judices caus&#233;s par l'esclavage transatlantique. Les pays riches font la sourde oreille, alors que les revenus de l'esclavage ont directement financ&#233; l'industrialisation de l'Angleterre, elle-m&#234;me li&#233;e au d&#233;r&#232;glement climatique. Le pire est qu'on a d&#233;dommag&#233; les propri&#233;taires d'esclaves pour la perte de leurs biens humains, une forme r&#233;trograde de r&#233;paration destin&#233;e aux responsables de l'esclavage plut&#244;t qu'&#224; leurs victimes ! Et ces sommes ont &#233;t&#233; &#224; l'&#233;poque imm&#233;diatement r&#233;investies dans les infrastructures aliment&#233;es au charbon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cons&#233;quence directe de ces si&#232;cles de pillage syst&#233;matique (des terres, de la force de travail et de l'atmosph&#232;re), les pays en d&#233;veloppement sont aujourd'hui coinc&#233;s entre les effets du r&#233;chauffement et la n&#233;cessit&#233; de r&#233;duire la pauvret&#233;. Ils ne pourront sortir de cette impasse sans une aide qui ne peut venir que des pays et des entreprises dont l'enrichissement a largement repos&#233; sur ces appropriations ill&#233;gitimes. Les pays du Nord ont donc deux raisons d'aider ceux du Sud &#224; se doter d'une &#233;conomie &#224; faibles &#233;missions : parce qu'il s'agit d'un devoir moral, mais aussi parce qu'il en va de la survie de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, le fait d'avoir &#233;t&#233; trait&#233; injustement ne donne pas &#224; un pays le droit de commettre le m&#234;me crime. Il faut donc trouver un terrain d'entente. La juste part de chaque pays dans la r&#233;duction des &#233;missions devrait &#234;tre d&#233;termin&#233;e selon deux crit&#232;res : sa responsabilit&#233; historique dans les &#233;missions cumulatives et sa capacit&#233; de payer, qui est fonction de son d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cette &#233;poque o&#249; les Etats riches crient famine et sabrent les services &#224; leurs propres citoyens, il peut sembler irr&#233;aliste de leur demander de prendre de tels engagements internationaux. N&#233;anmoins ils ont &#224; leur port&#233;e des moyens gr&#226;ce auxquels ils pourraient commencer &#224; acquitter leur dette sans se ruiner : annulation de la dette ext&#233;rieure des pays en voie de d&#233;veloppement, assouplissement des brevets sur les &#233;nergies vertes, transferts de savoir-faire technologiques (ainsi une grosse partie de ces co&#251;ts ne serait pas assum&#233;e par le contribuable moyen, mais par les grandes entreprises responsables de la crise).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;13) Perp&#233;tuer la vie &#8211; De l'extraction &#224; la r&#233;g&#233;n&#233;ration&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En de nombreux endroits de la plan&#232;te, les d&#233;versements et rejets mettent en p&#233;ril la vie embryonnaire et larvaire sans qu'on s'en aper&#231;oive, notamment dans l'eau o&#249; agonisent d'innombrables formes de vie. Sur le plan humain, plus des trois quarts des substances chimiques produites aux Etats-Unis n'ont jamais &#233;t&#233; soumises &#224; une &#233;valuation de leurs effets sur le f&#339;tus ou sur l'enfant. Dans une r&#233;serve indienne situ&#233;e tout pr&#232;s d'une ville industrielle du sud de l'Ontario, deux fois plus de filles sont n&#233;es dans la r&#233;serve de 1993 &#224; 2013, et de 1999 &#224; 2003, 35% seulement des nouveaux n&#233;s &#233;taient des gar&#231;ons &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un plan g&#233;n&#233;ral, la soci&#233;t&#233; occidentale ne prot&#232;ge pas et ne valorise pas la fertilit&#233; : tout se passe comme si nous vivions dans un monde o&#249; tous les &#234;tres vivants sont adultes. Pour un grand nombre d'esp&#232;ces, le d&#233;r&#232;glement climatique met en p&#233;ril leur principal outil de survie : la capacit&#233; de donner la vie et de transmettre son bagage g&#233;n&#233;tique. Quant aux m&#233;thodes de l'agriculture industrielle, non seulement elles d&#233;truisent la fertilit&#233; du sol, mais elles contaminent l'eau des rivi&#232;res, des lacs et des oc&#233;ans. Notre mod&#232;le extractiviste fond&#233; sur le pillage des &#233;cosyst&#232;mes, se d&#233;sint&#233;resse de leur r&#233;g&#233;n&#233;ration et transforme la plan&#232;te en d&#233;potoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont surtout les peuples autochtones qui ont prot&#233;g&#233; la vie contre les assauts du colonialisme et du capitalisme mondialis&#233;. La Bolivie et l'Equateur ont m&#234;me inclus les &#171; droits de la Terre M&#232;re &#187; dans leur l&#233;gislation nationale, cr&#233;ant ainsi de puissants outils juridiques pour faire triompher le droit des &#233;cosyst&#232;mes &#224; exister et se r&#233;g&#233;n&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans nos villes, le sentiment d'interd&#233;pendance avec la nature qui anime le mouvement anti-extractiviste est malheureusement moins perceptible, car le rapport &#224; la nature est masqu&#233; par les autoroutes, les lignes &#233;lectriques et les supermarch&#233;s regorgeant de denr&#233;es. Mais un peu partout sur la plan&#232;te, des syst&#232;mes cycliques fond&#233;s sur la r&#233;ciprocit&#233; se substituent au vulgaire pillage. L'id&#233;e n'est pas d'implanter quelques solutions vertes d'envergure colossale, mais de favoriser le foisonnement de projets plus modestes dont l'un des grands avantages est leur petite &#233;chelle : les pannes demeurent g&#233;rables gr&#226;ce &#224; la proximit&#233; d'autres unit&#233;s de production.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion. L'heure de v&#233;rit&#233; &#8211; Juste assez de temps pour r&#233;aliser l'impossible&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A l'&#232;re du capitalisme mondialis&#233;, l'exploitation des ressources est devenue si facile, efficace et d&#233;r&#232;glement&#233;e qu'elle d&#233;stabilise dangereusement le syst&#232;me &#171; Terre-humanit&#233; &#187;. Nous avons le choix de continuer &#224; d&#233;valer la pente ou de changer la donne. Nous sommes actuellement dans la &#171; d&#233;cennie z&#233;ro &#187;, la br&#232;ve p&#233;riode dont nous disposons encore pour faire face &#224; la crise du climat, et nous devons prendre au plus t&#244;t des mesures efficaces &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire pour contraindre des soci&#233;t&#233;s parmi les plus lucratives du monde &#224; faire une croix sur des milliers de milliards de dollars de profit en renon&#231;ant &#224; exploiter l'essentiel des r&#233;serves prouv&#233;es de combustibles fossiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;percussions &#233;conomiques qu'aurait aujourd'hui une r&#233;duction radicale des &#233;missions de GES sont comparables &#224; celles de l'abolition de l'esclavage au XIXe si&#232;cle (bien que l'utilisation de combustibles fossiles ne puisse &#234;tre mise sur un pied d'&#233;galit&#233; avec l'exploitation d'esclaves ou la colonisation). Si la justice climatique finit par l'emporter, il est clair que l'&#233;lite &#233;conomique mondiale subira de r&#233;elles r&#233;percussions financi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre le changement climatique doit relever un &#233;norme d&#233;fi, mais elle n'a pas besoin d'un nouveau mouvement : il lui faut provoquer la grande impulsion qui poussera les mouvements existants &#224; se rassembler, tel un puissant fleuve aliment&#233; par de nombreux ruisseaux unissant leurs forces pour enfin atteindre la mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe une foule d'arguments &#233;conomiques convaincants pour justifier l'abandon des combustibles fossiles. Mais nous ne remporteront jamais le combat en tentant de battre les comptables &#224; leur propre jeu &#8211; en affirmant par exemple qu'il serait plus rentable d'investir dans la r&#233;duction des &#233;missions d&#232;s aujourd'hui que dans la gestion des catastrophes plus tard. Nous gagnerons en soulignant le caract&#232;re moralement abject de ces calculs. L'id&#233;ologie du libre march&#233; a &#233;t&#233; discr&#233;dit&#233;e par des d&#233;cennies d'aggravation des in&#233;galit&#233;s et de la corruption, qui lui ont fait perdre l'essentiel de sa force de persuasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre efficace, la lutte contre l'id&#233;ologie dominante doit s'inscrire dans un conflit beaucoup plus large entre des visions du monde incompatibles, dans un processus de red&#233;finition et reconstruction de l'id&#233;e m&#234;me de collectivit&#233;, d'espace public, de biens communs, de droits civiques, de citoyennet&#233;, apr&#232;s des d&#233;cennies d'assauts et de n&#233;gligence. La t&#226;che consiste non seulement &#224; &#233;laborer un programme politique alternatif, mais aussi une vision du monde diff&#233;rente, fond&#233;e sur l'interd&#233;pendance plut&#244;t que sur l'hyper-individualisme, sur la r&#233;ciprocit&#233; plut&#244;t que la domination, sur la coop&#233;ration plut&#244;t que sur la hi&#233;rarchie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et n'oublions pas ! Ce que les remont&#233;es de r&#233;sistance d'une soci&#233;t&#233; anim&#233;e par une volont&#233; de changement ont de plus frappant, c'est qu'elles surviennent souvent au moment o&#249; l'on s'y attend le moins &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No&#233;mie Klein : Tout peut changer : Capitalisme et changement climatique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actes Sud, Arles 2015, 640 pages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nikou Tridon&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>D&#233;dollarisation et d&#233;clin de Bretton Wood ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Dedollarisation-et-declin-de-Bretton-Wood</link>
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		<dc:date>2015-05-05T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Picquart</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-04-28</dc:subject>

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&lt;p&gt;La Chine a-t-elle gagn&#233; un pari audacieux ? De toute &#233;vidence, P&#233;kin veut tourner une page de la domination occidentale sur la finance concernant l'aide aux pays en voie de d&#233;veloppement. Outre son ouverture vers les march&#233;s, l'internationalisation du yuan et ses investissements multiples &#224; l'&#233;tranger, P&#233;kin vient de cr&#233;er en quelques mois une banque r&#233;gionale et mondiale capable de rivaliser avec les trois grandes institutions financi&#232;res multilat&#233;rales. La Chine vient de lancer avec (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-04-28-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-04-28&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH71/arton21922-1a020.png?1781268855' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='71' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La Chine a-t-elle gagn&#233; un pari audacieux ? De toute &#233;vidence, P&#233;kin veut tourner une page de la domination occidentale sur la finance concernant l'aide aux pays en voie de d&#233;veloppement. Outre son ouverture vers les march&#233;s, l'internationalisation du yuan et ses investissements multiples &#224; l'&#233;tranger, P&#233;kin vient de cr&#233;er en quelques mois une banque r&#233;gionale et mondiale capable de rivaliser avec les trois grandes institutions financi&#232;res multilat&#233;rales. La Chine vient de lancer avec succ&#232;s la &#171; Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures &#187; (Asian Infrastructure Investment Bank, ou AIIB).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(tir&#233; de Chine-info.com)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Commen&#231;ons par la naissance de cette institution imagin&#233;e par XI Jinping en 2013 et qui fait parler d'elle, tout autour du monde. La c&#233;r&#233;monie a eu lieu &#224; P&#233;kin, le 24 octobre 2014. Pas moins de 21 pays ont sign&#233; l'acte de naissance de la derni&#232;re-n&#233;e des institutions multilat&#233;rales. Avec un capital &#224; ce jour pr&#233;vu de 100 milliards de dollars dont une grande partie devrait venir de la Chine, l'AIIB va concurrencer le leadership des &#201;tats-Unis et du Japon. D'ores et d&#233;j&#224;, Washington et Tokyo consid&#232;rent l'AIIB comme un rival potentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que son action et son aire r&#233;gionale concernent dans un premier temps la r&#233;gion Asie-Pacifique, certains experts disent d'une part, que l'AIIB entre en comp&#233;tition avec le Fonds mon&#233;taire International (FMI) et la Banque mondiale. Ces institutions bas&#233;es &#224; Washington sont sous influence am&#233;ricaine et issues des accords de Bretton Woods (1) en 1944. D'autre part, l'AIIB devient aussi une rivale de la Banque Asiatique de D&#233;veloppement (BAD), qui elle, est pilot&#233;e par le Japon, un des alli&#233;s traditionnel des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'autres experts disent que l'AIIB ne sera pas en rivalit&#233; directe avec la BAD, le FMI ou la Banque mondiale, et qu'il s'agit d'un nouvel effort de la Chine pour atteindre ses objectifs dans le d&#233;veloppement mondial et mieux participer la gouvernance financi&#232;re pour remodeler l'ordre mondial financier lui-m&#234;me. Ces analystes indiquent que la BAII ne devrait pas &#234;tre un th&#233;&#226;tre de confrontations entre la Chine et les &#201;tats-Unis, car les deux pays s'efforcent de construire un nouveau mod&#232;le de relations entre grandes puissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette partie d'&#233;checs financi&#232;re &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire, cette initiative a tout de m&#234;me irrit&#233; des pays d&#233;velopp&#233;s dont les &#201;tats-Unis et le Japon qui y voient une nouvelle strat&#233;gie de la Chine pour dominer le monde. P&#233;kin marche sur leur pr&#233;-carr&#233; et va d&#233;sormais influencer fortement le syst&#232;me financier international multilat&#233;ral au regard des pays &#233;mergents ou de ceux en difficult&#233;. Ces analystes y voient une fa&#231;on &#233;l&#233;gante pour des pays europ&#233;ens concern&#233;s de prendre leur distance vis-&#224;-vis de l'influence am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les am&#233;ricains indiquent, que pour l'instant, les r&#232;gles de l'AIIB ne garantissent pas que les projets financ&#233;s respectent la bonne gouvernance, l'environnement ou les droits de l'homme&#8230; Mais avec l'appui de 48 pays dont la Chine, la Banque asiatique pour les infrastructures gagne des soutiens de poids. L'arriv&#233;e rapide dans l'AIIB des pays non r&#233;gionaux va changer la donne. Ils rassurent les march&#233;s comme les emprunteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 2015, ne souhaitant pas rater le train de la croissance asiatique et chinoise, bon nombre de pays europ&#233;ens rallient la Chine, au grand dam de Washington. Ainsi, &#224; ce jour, 15 pays non r&#233;gionaux et 13 nations europ&#233;ennes ont rejoint l'institution. La liste des candidats s'allonge avec Isra&#235;l. Vu le succ&#232;s de l'institution, il est probable que les Etats-Unis et le Japon acceptent cette architecture, en compl&#233;ment des institutions mondiales en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivant le Royaume-Uni, l'Allemagne&#8230; la France a d&#233;cid&#233; d'adh&#233;rer &#224; la Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures. Cette position courageuse et rationnelle r&#233;v&#232;le l'attractivit&#233; de l'AIIB. Cette d&#233;cision n'est pas surprenante si l'on analyse les finalit&#233;s de l'AIIB. Puissance de premier plan sur le continent asiatique, la Chine et ses partenaires vont donner un nouvel &#233;lan au d&#233;veloppement. C'est un compl&#233;ment &#224; la gouvernance mondiale, et une approche qui favorisera la coop&#233;ration et la prosp&#233;rit&#233; de l'Asie et du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En devenant membre de la l'AIIB, europ&#233;ens et fran&#231;ais accompagnent la r&#233;gion la plus dynamique dans le monde avec la croissance la plus rapide. En prenant part &#224; une initiative &#233;conomique et financi&#232;re majeure dans la r&#233;gion, les europ&#233;ens et les fran&#231;ais vont r&#233;pondre aussi &#224; la demande &#233;norme dans le domaine des infrastructures, du fait que l'Asie est un terrain fertile pour les investissements. Les premiers objectifs de l'AIIB concernent les projets d'infrastructure des pays asiatiques. Ensuite, l'AIIB envisagerait de cr&#233;er un fonds fiduciaire pour fournir des pr&#234;ts aux programmes non garantis par des fonds souverains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Liste au 29 Mars 2015 des 48 membres de la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures (Asian Infrastructure Investment Bank, ou AIIB) (2)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33 membres de la r&#233;gion Asie-Pacifique&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2312 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH546/0e8520f0f2fde1bc-04186b10-dc11d.png?1781268856' width='500' height='546' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les pays comme la France y voient une double opportunit&#233; : acc&#233;der aux march&#233;s asiatiques &#224; forte croissance et entrer dans le march&#233; financier chinois en pleine expansion. Dans une strat&#233;gie gagnant-gagnant, ce sont des gages et des arguments compl&#233;mentaires pour l'AIIB, car en participant &#224; cette institution, les europ&#233;ens pourront mieux garantir les normes sociales et environnementales et le respect de la transparence pour les projets d'infrastructures financ&#233;s en Asie. Pour ne pas &#234;tre isol&#233;s sur la sc&#232;ne internationale et surfer sur la vague chinoise, les &#201;tats-Unis et le Japon n'excluent plus de rejoindre l'AIIB.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette banque sera en mesure d'introduire des mod&#232;les de partenariat public-priv&#233;, de mobiliser des fonds souverains, des fonds de pension dans le secteur priv&#233; pour investir dans les infrastructures dans les pays en d&#233;veloppement. Cela signifie qu'avec l'appui de la Chine, les europ&#233;ens pourront investir dans ces projets, renfor&#231;ant la coop&#233;ration euro-asiatique. Au cours des 30 derni&#232;res ann&#233;es, la Chine a favoris&#233; des collaborations multiples avec plus de partenaires pour se d&#233;velopper et partager des b&#233;n&#233;fices mutuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan international, les chinois font face &#224; un d&#233;fi dans la coordination et la coop&#233;ration avec des donateurs et des partenaires financiers. Ce qui va changer, c'est le rapport de force et la marge de man&#339;uvre de la Chine qui va se d&#233;velopper. Et bien que de nombreuses r&#233;alisations aient &#233;t&#233; faites par P&#233;kin dans plusieurs pays en d&#233;veloppement comme en Afrique, il y a aussi d'autres d&#233;fis colossaux &#224; relever dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incontestablement, l'AIIB va devenir un outil qui va permettre &#224; P&#233;kin d'aider des pays sans avoir &#224; poser des conditions politiques et des &#233;conomiques drastiques, tels que la lib&#233;ralisation &#233;conomique ou telle privatisation, comme ce fut le cas du FMI avec la Gr&#232;ce. La Chine, activement, a fourni de l'aide &#224; des pays en d&#233;veloppement, en particulier en Afrique. P&#233;kin a aussi su s'adapter &#224; l'architecture de l'aide mondiale. Aujourd'hui, la Chine a acquis l'exp&#233;rience pour jouer un r&#244;le essentiel dans la coop&#233;ration internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'institution est en Asie, ses ambitions sont plan&#233;taires pour offrir plus de possibilit&#233;s aux &#233;conomies en d&#233;veloppement. Son &#233;mergence bouleverse les institutions multilat&#233;rales plus concurrentes, ce qui est favorable pour le monde. Avec cette institution qui arrive en compl&#233;ment de celles existantes, les &#233;conomies &#233;mergentes vont pouvoir disposer d'un grand potentiel de coop&#233;ration pour satisfaire leurs investissements. Le monde a besoin de l'AIIB, et cette derni&#232;re a &#233;galement besoin du monde.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Bretton Woods : les accords de Bretton Woods sont des accords &#233;conomiques ayant dessin&#233; les grandes lignes du syst&#232;me financier international en 1944. Leur objectif principal fut de mettre en place une organisation mon&#233;taire mondiale et de favoriser la reconstruction et le d&#233;veloppement &#233;conomique des pays touch&#233;s par la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Au 29 03 2015, liste des 48 membres de la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures (Asian Infrastructure Investment Bank, ou AIIB).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#931;&#965;&#957;&#940;&#957;&#964;&#951;&#963;&#951; : &#201;ric Toussaint / &#917;&#961;&#943;&#954; &#932;&#959;&#965;&#963;&#941;&#957; (18/04/2015) </title>
		<link>https://www.pressegauche.org/%CE%A3%CF%85%CE%BD%CE%AC%CE%BD%CF%84%CE%B7%CF%83%CE%B7-Eric-Toussaint-%CE%95%CF%81%CE%AF%CE%BA-%CE%A4%CE%BF%CF%85%CF%83%CE%AD%CE%BD-18-04-2015</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hellenic Parliament TV</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-04-28</dc:subject>

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/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Grece-+" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;iframe width=&#034;280&#034; height=&#034;157&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/yTfn41CLaMU&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/yTfn41CLaMU&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Des jeunes de partout &#233;tudient la m&#233;decine &#8230;&#224; Cuba !</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Des-jeunes-de-partout-etudient-la-medecine-a-Cuba</link>
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		<dc:date>2015-05-04T11:20:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Lavergne</dc:creator>


		<dc:subject>Cuba</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-04-28</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Caroll Yadira une jeune Costaricaine r&#234;vait de faire une carri&#232;re universitaire mais, consid&#233;rant les dizaines de milliers de dollars que cela n&#233;cessitait, jamais elle n'aurait cru pouvoir le faire. &#171; Dans mon pays, les &#233;tudes universitaires co&#251;tent tr&#232;s cher. Il faut provenir d'une famille disposant de beaucoup de ressources pour pouvoir acc&#233;der aux &#233;tudes sup&#233;rieures. &#187; Un jour son p&#232;re lui offre une machine &#224; coudre comme unique alternative &#224; ses projets. Apr&#232;s avoir pleur&#233; sur son sort, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Cuba-+" rel="tag"&gt;Cuba&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Caroll Yadira une jeune Costaricaine r&#234;vait de faire une carri&#232;re universitaire mais, consid&#233;rant les dizaines de milliers de dollars que cela n&#233;cessitait, jamais elle n'aurait cru pouvoir le faire. &#171; Dans mon pays, les &#233;tudes universitaires co&#251;tent tr&#232;s cher. Il faut provenir d'une famille disposant de beaucoup de ressources pour pouvoir acc&#233;der aux &#233;tudes sup&#233;rieures. &#187; Un jour son p&#232;re lui offre une machine &#224; coudre comme unique alternative &#224; ses projets. Apr&#232;s avoir pleur&#233; sur son sort, elle d&#233;cide de se trouver un travail pouvant lui permettre de poursuivre ses &#233;tudes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Se souvenant que, lorsque son jeune fr&#232;re a souffert d'une h&#233;patite aigu&#235;, son p&#232;re a d&#251; se rendre dans plusieurs h&#244;pitaux avant d'obtenir les soins appropri&#233;s &#171; Lorsque j'ai vu mon fr&#232;re quasiment mourir dans les bras de ma m&#232;re &#224; cause d'un manque de soins m&#233;dicaux, j'ai d&#233;cid&#233; de devenir m&#233;decin ! &#187;. Dans le cadre de ses recherches en vue de pouvoir &#233;tudier la m&#233;decine, Caroll apprend qu'il existe &#224; Cuba une universit&#233; qui forme gratuitement des m&#233;decins &#233;trangers. En effet, en 1998, suite &#224; la d&#233;vastation sem&#233;e en Am&#233;rique centrale par les cyclones George et Mitch, qui laissent sur leur passage des dizaines de milliers de morts et des millions de sans-abris, le gouvernement cubain d&#233;cide de transformer une base militaire en &#201;cole internationale de M&#233;decine afin d'&#234;tre en mesure de r&#233;agir rapidement lors de catastrophes semblables. Au total, plus de 1 600 nouveaux m&#233;decins &#233;trangers quittent l'&#233;tablissement dipl&#244;me en main chaque ann&#233;e. En 15 ans, plus de 20 000 jeunes m&#233;decins provenant de 123 pays y ont &#233;t&#233; form&#233;s totalement gratuitement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Caroll se pr&#233;sente &#224; l'examen d'admission et est s&#233;lectionn&#233;e pour faire partie d'une cohorte de jeunes qui proviennent tous et toutes d'un milieu d&#233;favoris&#233;, dont 33 sont d'origines am&#233;ricaines. Comme ses confr&#232;res et cons&#339;urs, elle s'engage en contrepartie de son admission &#224; retourner dans son milieu afin d'exercer sa pratique m&#233;dicale aupr&#232;s des plus d&#233;munis. Le 28 octobre dernier, apr&#232;s 3 ann&#233;es d'&#233;tudes suppl&#233;mentaires, celle que son p&#232;re destinait &#224; devenir couturi&#232;re obtenait son dipl&#244;me de chirurgienne p&#233;diatrique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face aux demandes pressantes venant de partout dans le monde, le gouvernement Cubain a ainsi cr&#233;&#233; 11 &#233;coles de m&#233;decine &#224; l'&#233;tranger en collaboration avec les pays les plus pauvres de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain du terrible tremblement de terre qui a frapp&#233; Ha&#239;ti en 2010, plus de 600 m&#233;decins cubains se sont rapidement rendus sur place pour y prodiguer des soins. Suite &#224; la propagation du virus de l'&#201;bola, c'est pr&#232;s de 400 m&#233;decins cubains qui se sont rendus l'automne dernier en Afrique de l'Ouest pour y combattre cette terrible &#233;pid&#233;mie au risque de leur vie. Il y a dix ans, le gouvernement cubain lan&#231;ait un vaste programme de soins ophtalmologiques baptis&#233; &#171; Op&#233;ration miracle &#187;, qui a permis de rendre la vue &#224; pr&#232;s de 2 millions de personnes. La construction par Cuba de 51 centres ophtalmologiques dans 12 pays permet aujourd'hui &#224; un million de personnes de recouvrer la vue chaque ann&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le Canada et les &#201;tats-Unis faisaient montre d'une g&#233;n&#233;rosit&#233; semblable, ce serait plus d'un million de travailleurs de la sant&#233; qui &#339;uvreraient partout dans le monde ! Alors que ces deux pays consacrent annuellement plus de mille milliards de dollars &#224; l'industrie militaire, on peut se demander si l'allocation de ces sommes colossales &#224; la formation de travailleurs de la sant&#233; ne serait pas un moyen beaucoup plus efficace de combattre le terrorisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yamil, chirurgien &#233;quatorien form&#233; &#224; Cuba, me confie : &#171; De toutes les exp&#233;riences que j'ai v&#233;cues celle qui m'a le plus marqu&#233; est la chaleur de la relation entre le m&#233;decin et son patient, si caract&#233;ristique de la m&#233;decine cubaine... J'ai op&#233;r&#233; des gens dont la vie &#233;tait en danger. Ces gens reviennent me remercier, me donnent la main chaleureusement dans la rue. Mais avant tout, j'ai appris l'amour de la profession, j'ai appris &#233;norm&#233;ment de l'amabilit&#233; du peuple cubain qui adore danser et d&#233;battre... &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>ANTICOSTI : le p&#233;trole, la pire option</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/ANTICOSTI-le-petrole-la-pire-option</link>
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		<dc:date>2015-05-04T10:26:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Louys Patrice Bessette</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Environnement</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-04-28</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Je r&#233;agis aujourd'hui &#224; la lettre d'opinion d'un BIOLOGISTE &#224; la retraite, monsieur Robert Joyal. Il a enseign&#233; &#224; l'UQAM pendant 20 ans. Dans sa lettre, il &#233;voque sa tentative admirable de redonner vie &#224; l'&#238;le d'Anticosti dans les ann&#233;es 80. &lt;br class='autobr' /&gt; Cet homme &#224; la belle aur&#233;ole de scientifique semble dire qu'il n'y a plus rien &#224; faire que de saccager l'&#238;le. La derni&#232;re possibilit&#233; de survie pour les gens qui l'habitent est le p&#233;trole. J'aimerais bien discuter avec lui afin de conna&#238;tre la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-04-28-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-04-28&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Je r&#233;agis aujourd'hui &#224; la lettre d'opinion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d'un BIOLOGISTE &#224; la retraite, monsieur Robert Joyal. Il a enseign&#233; &#224; l'UQAM pendant 20 ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans sa lettre, il &#233;voque sa tentative admirable de redonner vie &#224; l'&#238;le d'Anticosti dans les ann&#233;es 80.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet homme &#224; la belle aur&#233;ole de scientifique semble dire qu'il n'y a plus rien &#224; faire que de saccager l'&#238;le. La derni&#232;re possibilit&#233; de survie pour les gens qui l'habitent est le p&#233;trole. J'aimerais bien discuter avec lui afin de conna&#238;tre la motivation de sa lettre d'opinion. Avait-il besoin d'un peu d'argent pour combler ses revenus de pension trop faibles ? A-t-il r&#233;ellement baiss&#233; les bras quant &#224; sauver ce joyau naturel qu'est l'&#238;le d'Anticosti ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En deux clics (recherche rapide sur Google), j'ai d&#233;couvert que ce biologiste &#171; s'adonne &#224; la sp&#233;culation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;3 du domaine minier depuis plus de 40 ans. Voil&#224; qui d&#233;molit passablement son aura vert ! Son site Web personnel [&lt;a href=&#034;http://robertjoyal.ca/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://robertjoyal.ca/&lt;/a&gt;] titre en page d'accueil : &#171; Les mini&#232;res exploratrices - Occasions d'investissement pour sp&#233;culateurs avis&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'homme pr&#233;sente sa lettre d'opinion avec son seul &#171; chapeau &#187; de biologiste et oublie sciemment les autres. Son opinion : On a tent&#233; de valoriser ce territoire et &#231;a n'a pas march&#233;. Alors saccageons tout, c'est la derni&#232;re option de survie pour les 275 personnes qui habitent l&#224;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je sp&#233;cifie qu'il ne s'agit pas d'une citation ici. Interpr&#233;tation libre.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre franc, cette lettre me semble tout droit sortie de la campagne de communication d'une p&#233;troli&#232;re. Faire publier une opinion citoyenne provenant d'une personne dont la carri&#232;re a &#233;t&#233; en lien avec l'environnement... c'est bien digne de cette industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle utilise une triste logique. Prenons la phrase d'accueil&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fait-elle partie de la lettre de monsieur Joyal ? Le lecteur moyen pourrait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;5, en haut du texte de monsieur Joyal, pour exemple : &#171; Au moins si vous &#234;tes contre le p&#233;trole, utilisez votre v&#233;lo pour vous d&#233;placer. &#187; &#192; &#231;a je r&#233;ponds impulsivement : &#171; Si vous &#234;tes pour la fluoration de l'eau, cessez au moins de vous brosser les dents. &#187; Tant qu'&#224; d&#233;biter des inepties !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc il y a eu au moins une tentative de valorisation de l'&#206;le qui n'a pas &#233;t&#233; &#171; rentable &#187;. Je suis certain que le tout est bien document&#233;. Il est possible qu'AUCUNE des solutions tent&#233;es &#224; ce jour n'ait donn&#233; de r&#233;sultat pour &#171; rentabiliser &#187; l'&#238;le d'Anticosti. Mais est-ce une raison suffisante pour d&#233;cider de tout saccager ? Apr&#232;s le passage des p&#233;troli&#232;res... apr&#232;s leur constat d'&#233;chec &#224; elles aussi... que restera-t-il aux Anticostiens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire visiter les &#171; d&#233;g&#226;ts-derricks &#187; abandonn&#233;s, dans un quatre par quatre, avec des masques &#224; gaz, des gants et des bottes r&#233;sistantes aux huiles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tour guid&#233; des fuites de m&#233;thane peut-&#234;tre ? Il serait fantastique de montrer une petite famille en camping pour qui allumer le feu de camp ne consiste qu'&#224; trouver une s&#233;rie de bulles dans la rivi&#232;re... Autrefois une rivi&#232;re &#224; saumon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imaginez la publicit&#233; de la S&#201;PAQ pour l'&#233;t&#233; 2032 : &#171; Nul besoin d'emporter des bonbonnes de propane, le gaz est disponible sur le site. Il ne vous faut qu'un tuyau de 20 pieds et un entonnoir &#187;. [ICI, un emplacement pour une pub de Canadian Tire].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut r&#233;fl&#233;chir aux impacts r&#233;els des projets, arr&#234;ter de dire qu'on n'y peut rien. Il faut &#234;tre critique, se positionner. L'enjeu, c'est l'habitat. Quand il sera d&#233;truit, il n'y en aura pas un de rechange au magasin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://plus.lapresse.ca/screens/178da31d-0842-4a98-b65b-23a370fae555%257C_0&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://plus.lapresse.ca/screens/178da31d-0842-4a98-b65b-23a370fae555%257C_0&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://editionsdemortagne.com/produit/lorignal-son-habitat-sa-biologie-sa-chasse/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://editionsdemortagne.com/produit/lorignal-son-habitat-sa-biologie-sa-chasse/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.hebdosregionaux.ca/laurentides/2009/08/21/investir-dans-les-minieres-exploratrices&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.hebdosregionaux.ca/laurentides/2009/08/21/investir-dans-les-minieres-exploratrices&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je sp&#233;cifie qu'il ne s'agit pas d'une citation ici. Interpr&#233;tation libre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fait-elle partie de la lettre de monsieur Joyal ? Le lecteur moyen pourrait croire que oui.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;duction de GES : pas de potion magique pour Qu&#233;bec - L'objectif de Kyoto n'est PAS atteint</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Reduction-de-GES-pas-de-potion-magique-pour-Quebec-L-objectif-de-Kyoto-n-est</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Reduction-de-GES-pas-de-potion-magique-pour-Quebec-L-objectif-de-Kyoto-n-est</guid>
		<dc:date>2015-05-01T18:50:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>AQLPA</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Blogues</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte contre les &#233;nergies fossiles</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-04-28</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En mati&#232;re de r&#233;duction des gaz &#224; effet de serre et d'atteinte des objectifs li&#233;s au protocole de Kyoto, la position du Qu&#233;bec &#8211; rapport&#233;e souvent sans mise en perspective par certains m&#233;dias - ressemble fort &#224; du p&#233;tage de bretelles comme l'a d&#233;j&#224; soulign&#233; Andr&#233; B&#233;lisle dans un texte limpide diffus&#233; sur le Blogue AQLPA. Elle fait un peu penser &#224; une situation comique de la bande dessin&#233;e Ast&#233;rix le Gaulois. Le sc&#233;nario ? Tromp&#233; par Panoramix, le centurion romain Caius Bonus pense, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Lutte-contre-les-energies-fossiles-+" rel="tag"&gt;Lutte contre les &#233;nergies fossiles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-04-28-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-04-28&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH72/arton21985-0f0ad.jpg?1781094190' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='72' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En mati&#232;re de r&#233;duction des gaz &#224; effet de serre et d'atteinte des objectifs li&#233;s au protocole de Kyoto, la position du Qu&#233;bec &#8211; rapport&#233;e souvent sans mise en perspective par certains m&#233;dias - ressemble fort &#224; du p&#233;tage de bretelles comme l'a d&#233;j&#224; soulign&#233; Andr&#233; B&#233;lisle dans un texte limpide diffus&#233; sur le Blogue AQLPA. Elle fait un peu penser &#224; une situation comique de la bande dessin&#233;e Ast&#233;rix le Gaulois. Le sc&#233;nario ? Tromp&#233; par Panoramix, le centurion romain Caius Bonus pense, faussement, avoir bu de la potion magique. Il essaie de soulever une &#233;norme pierre qu'il n'arrive &#233;videmment pas &#224; bouger. Il tente alors d'en soulever une moins grosse et n'y arrive pas non plus. Il s'exclame finalement &#171; je suis un surhomme ! &#187; quand il r&#233;ussit &#224; soulever &#224; deux mains une petite roche pour laquelle assur&#233;ment aucune potion magique n'&#233;tait n&#233;cessaire&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'objectif de protocole de Kyoto pour le Canada, auquel Qu&#233;bec s'est d&#233;clar&#233; li&#233;, consistait &#224; r&#233;duire les &#233;missions de 6% par rapport &#224; 1990 pour chacune des ann&#233;es de 2008 &#224; 2012 (donc pendant 5 ann&#233;es cons&#233;cutives). L'id&#233;e &#233;tait de s'assurer que les r&#233;ductions n'&#233;taient pas conjoncturelles mais t&#233;moignaient d'une tendance structurelle &#224; long terme. Le communiqu&#233; de presse du 10 avril du minist&#232;re - &#171; Caius Bonus &#187; - du d&#233;veloppement durable, de l'environnement et de la lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) rel&#232;ve fi&#232;rement que le dernier inventaire qu&#233;b&#233;cois des gaz &#224; effet de serre indique une r&#233;duction des &#233;missions de 8% en 2012 par rapport &#224; 1990. C'est &#233;videmment une bonne nouvelle en soi et l'objectif pour 2012 (et strictement 2012) a effectivement &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;. Mais il est erron&#233; de pr&#233;tendre, comme cela est affirm&#233; dans le communiqu&#233;, que l'objectif correspond &#224; celui que Qu&#233;bec s'&#233;tait donn&#233; &#171; dans la foul&#233;e du protocole de Kyoto &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une erreur significative et fr&#233;quemment relay&#233;e par les m&#233;dias. Lorsqu'on cumule les diff&#233;rences annuelles par rapport &#224; l'objectif d&#233;fini par le protocole de Kyoto pour chacune des ann&#233;es 2008 &#224; 2011, on se retrouve en 2012 avec 9,58 millions de tonnes &#233;quivalent dioxyde de carbone (teq CO2) &#233;mises en trop sur 4 ans. L'objectif de Kyoto impliquait en effet de r&#233;duire les &#233;missions de 84,54 mt (1990) &#224; 79,47 mt eq CO2 en 2008 et de maintenir ce volume pendant 5 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon l'inventaire qu&#233;b&#233;cois, le Qu&#233;bec a &#233;mis 78 millions de teqCO2 en 2012. L'objectif Kyoto pour l'ann&#233;e 2012 a donc &#233;t&#233; d&#233;pass&#233; de 1,47 millions de teqCO2. Mais comme l'a montr&#233; Andr&#233; B&#233;lisle, pour calculer l'&#233;cart par rapport &#224; l'objectif du protocole de Kyoto il faut soustraire ce volume du surplus de tonnes &#233;mises pour les ann&#233;es 2008 &#224; 2011, soit 9,58 &#8211; 1,47 = 8,11. Nous sommes donc encore &#224; plus de 8 millions de tonnes de CO2 eq de l'atteinte de l'objectif du protocole de Kyoto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, la mobilisation citoyenne dans plusieurs dossiers d'exploitation de combustibles fossiles, dont les gaz de schiste, et le ralentissement &#233;conomique ont permis d'&#233;viter un d&#233;rapage encore plus grand des &#233;missions du Qu&#233;bec par rapport &#224; l'objectif de Kyoto. Il faut &#233;galement mentionner la fermeture de la raffinerie Shell qui a men&#233; &#224; une r&#233;duction de 2 mt &#233;q CO2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu&#233;bec tra&#238;ne encore plus de la patte qu'on le pense. Ses &#233;missions pour 2013 sont estim&#233;es par Environnement Canada &#224; 82,6 millions de tonnes eqCO2, c'est-&#224;-dire 4,6 millions de tonnes de plus que le chiffre de 2012 donn&#233; par le MDDELCC. Comment se fait-il ? C'est que dans son inventaire soumis au secr&#233;tariat de la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), Environnement Canada a rehauss&#233; le potentiel de r&#233;chauffement plan&#233;taire (PRP) du m&#233;thane de 19%, pour se caler sur les donn&#233;es scientifiques de 2007, nouvelle r&#233;f&#233;rence fix&#233;e par convention internationale, ce que Qu&#233;bec n'a pas encore fait.[1] Le rehaussement du PRP du m&#233;thane &#224; 25 fois celui du CO2 a pour effet d'augmenter le nombre de tonnes &#233;quivalent carbone de ce gaz dans le total des &#233;missions du Qu&#233;bec. Donc les &#233;missions totales du Qu&#233;bec augmentent m&#233;caniquement en 2013. Nous reviendrons bient&#244;t sur ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Environment Canada, (2015) National Inventory Report, Greenhouse Gas and Sinks in Canada 1990-2013, the Canadian Government's Submission to the UN Framework Convention on Climate Change, Part 1.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les le&#231;ons du FLQ</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Beaudet</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
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		<dc:subject>Edition du 2015-04-28</dc:subject>

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&lt;p&gt;En 1966, j'&#233;tais au coll&#232;ge Br&#233;beuf avec les fils des petits magouilleurs de l'&#233;poque. On se faisait dire qu'on &#233;tait des pas-bons parce qu'on n'avait pas les m&#234;mes souliers cir&#233;s et que nos papas &#233;taient &#171; seulement &#187; des petits commer&#231;ants du nord de la ville. Ces futurs ma&#238;tres du Qu&#233;bec crachaient leur venin contre les Juifs, les Italiens et les Irlandais (pourtant catholiques), sans compter les t&#233;moins de J&#233;hovah et les m&#233;chants communissss, Ils &#233;taient convaincus selon l'id&#233;ologie de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L106xH150/arton21963-3dbf0.jpg?1781268857' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 1966, j'&#233;tais au coll&#232;ge Br&#233;beuf avec les fils des petits magouilleurs de l'&#233;poque. On se faisait dire qu'on &#233;tait des pas-bons parce qu'on n'avait pas les m&#234;mes souliers cir&#233;s et que nos papas &#233;taient &#171; seulement &#187; des petits commer&#231;ants du nord de la ville. Ces futurs ma&#238;tres du Qu&#233;bec crachaient leur venin contre les Juifs, les Italiens et les Irlandais (pourtant catholiques), sans compter les t&#233;moins de J&#233;hovah et les m&#233;chants communissss, Ils &#233;taient convaincus selon l'id&#233;ologie de pacotille de Duplessis et du Chanoine Groulx que tous ces &#171; autres &#187; &#233;taient des sous-humains. En m&#234;me temps, ils ne disaient jamais un mot sur la structure du pouvoir domin&#233; par une poign&#233;e de capitalistes dont leurs papas &#233;taient souvent les larbins. Le Qu&#233;bec &#233;tait sous une chape de plomb domin&#233; par un condominium &#233;rig&#233; par des capitalistes canadiens et am&#233;ricains et la minable &#233;lite cl&#233;ricalo-corporatiste. Le peuple &#233;tait condamn&#233; &#224; la mis&#232;re, &#224; la r&#233;pression et &#224; l'humiliation : &#171; Speak white &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les FLQ de l'&#233;poque &#233;tait une galaxie de petits groupes plut&#244;t qu'une organisation. Pour certains, c'&#233;taient des Robins-des bois qui appuyaient les travailleurs en gr&#232;ve. Pour d'autres, c'&#233;taient d'ind&#233;crottables amateurs qui n'avaient pas lu trois pages et demie de Frantz Fanon. On savait aussi que leur mode d'action &#233;tait &#233;norm&#233;ment d&#233;ficient, d'o&#249; le fait d'utiliser des ados pour aller mettre des bombes n'importe o&#249; n'importe comment. Quelques intellectuels, notamment Jean-Marc Piotte et Gilles Bourque avaient os&#233; dire qu'on ne faisait pas une r&#233;volution comme cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;pop&#233;e du FLQ a commenc&#233; &#224; s'essouffler &#224; la fin des ann&#233;es 1960. On &#233;tait des milliers de jeunes dans la rue. Les syndicats commen&#231;aient &#224; se radicaliser. Une nouvelle g&#233;n&#233;ration de groupes populaires s'agitait dans tous les coins. Le d&#233;but du mouvement f&#233;ministe soulevait d'autres enjeux. &#192; Montr&#233;al, un rassemblement progressiste &#233;tait en train de se mettre en place autour du FRAP. Au fur et &#224; mesure que ce mouvement de masse grandissait, l'&#233;toile du FLQ palissait. Quelques derniers carr&#233;s de felquisme ont livr&#233; leur baroud d'honneur en 1970. Au-del&#224; du Manifeste au langage r&#233;sonnant, l'affaire a mal tourn&#233;. Apr&#232;s la mort du ministre Laporte et les arrestations de masse qui ont frapp&#233; des centaines de militants qui n'avaient rien &#224; faire avec le FLQ, la coalition progressiste qui contestait les &#233;lections municipales a foir&#233;. Cela a &#233;t&#233; un coup dur, comme l'a racont&#233; Paul Cliche (voir son entrevue dans le num&#233;ro 13 des NCS).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelques mois plus tard, la crise d'octobre tombait &#224; plat. Les mouvements populaires se r&#233;animaient. Les luttes reprenaient de la vigueur, notamment en 1971 (gr&#232;ve de la Presse) et surtout en 1972 (gr&#232;ve du Front commun). Parmi les militants, c'en &#233;tait fini avec le FLQ, d'autant plus que Charles Gagnon et Pierre Valli&#232;res disaient qu'il fallait passer &#224; autre chose. Des milliers de personnes se sont alors investies dans la mont&#233;e du PQ (jusqu'&#224; l'&#233;lection de 1976), et bien d'autres dans l'organisation et l'&#233;ducation populaire. Des batailles ont &#233;t&#233; perdues, plusieurs ont &#233;t&#233; gagn&#233;es dans l'&#233;ducation, la sant&#233;, les droits des femmes, l'organisation du travail. La r&#233;volution tranquille n'&#233;tait plus si tranquille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; moi, cette lutte continue, en m&#234;me temps, le terrain a chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le Qu&#233;bec reste emprisonn&#233; dans un syst&#232;me qui reproduit le pouvoir du 1%, la diff&#233;rence &#233;tant qu'il y a maintenant dans ce 1% un &#171; Qu&#233;bec inc &#187; assez costaud. Ce ne sont plus les &#233;lites ridicules de la grande noirceur, mais un corps bien ancr&#233; dans la mondialisation n&#233;olib&#233;rale et le dispositif du capitalisme nord-am&#233;ricain. Autour de ce 1%, une structure m&#233;diatique et intellectuelle distille les id&#233;es de r&#233;signation et d'individualisme possessif pour dire toujours et toujours : on n'a pas le droit de se r&#233;volter&#8230; Pour autant, ce pouvoir n'a aucune solution &#224; proposer devant l'accumulation des crises. Accul&#233; au mur, le 1% a encore bien des cordes &#224; son arc en commen&#231;ant par une panoplie de moyens liberticides. Il compte sur la &#171; guerre sans fin &#187; qui m&#232;ne la plan&#232;te &#224; une glissade vers l'ab&#238;me. Les Harper et les Couillard de ce monde cr&#233;ent une atmosph&#232;re o&#249; la menace vient d'obscurs terroristes contre ce qu'ils appellent la &#171; civilisation occidentale et leur &#171; d&#233;mocratie &#187; de fa&#231;ade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, les mouvements populaires ont accumul&#233; depuis la Marche des femmes et le Sommet des Am&#233;riques de nouveaux &#171; outils &#187;. Ils ont cr&#233;&#233; de vastes coalitions qui ont entrav&#233; la &#171; r&#233;ing&#233;nierie &#187; n&#233;olib&#233;rale, notamment lors de la gr&#232;ve &#233;tudiante de 2012 et du mouvement citoyen des Carr&#233;s rouges. Depuis l'automne 2014, des mobilisations sans nombre se sont mises en marche partout &#224; travers le Qu&#233;bec. Qu&#233;bec Solidaire monte, lentement mais s&#251;rement, non pas &#224; la place des mouvements populaires, mais avec ces mouvements, comme une expression de ces mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'id&#233;e de cr&#233;er une &#171; avant-garde &#187; arm&#233;e passerait probablement comme une mauvaise joke pour la grande majorit&#233; des mouvements populaires. Sans illusions sur la nature du pouvoir, les militant-es ont acquis de la maturit&#233;. On le sait qu'il n'y a pas de raccourci, ni de substitut et que l'id&#233;e que la lutte devrait &#234;tre men&#233;e par des groupes durs et purs est une piste sans issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis que la tr&#232;s grande majorit&#233; des mouvements ne pense pas cela. Ce qui n'emp&#234;che pas des militant-es de r&#233;agir mal &#224; une situation o&#249; le pouvoir r&#233;ussit &#224; s'accrocher. Ils et elles remplacent l'analyse du rapport de forces par le volontarisme et la col&#232;re. Le felquisme, dans son essence, est ainsi remplac&#233; par un &#171; black-bloc-isme &#187; qui pense que la confrontation &#171; symbolique &#187; de petits groupes casqu&#233;s et cagoul&#233;s va permettre &#224; la lutte d'avancer plus vite. Certes, entre mettre des bombes et casser des vitrines, il y a de grosses diff&#233;rences qui font penser que les r&#233;volt&#233;s d'aujourd'hui sont plus astucieux que leurs anc&#234;tres. Le r&#233;sultat est quand m&#234;me semblable en faisant des multitudes des spectateurs d'une lutte men&#233;e en leur nom. Par chance mais aussi par la d&#233;termination de milliers de personnes, c'est l'autre chemin qui est pris par les mouvements populaires. On continue&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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