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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Le cercle d'Aude</title>
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		<dc:date>2015-05-05T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Manon Ann Blanchard</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-05-05</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cits</dc:subject>

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&lt;p&gt;Pour raconter, il faut que je respire. Quand je ne respire pas, les mots se croisent, s'entrechoquent, se t&#233;lescopent. &#192; la longue, les mots se bloquent dans ma trach&#233;e et j'&#233;touffe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je crois qu'il faut d&#233;buter cette histoire par une image : celle de ma fille &#233;tendue, morte, sur un lit d'h&#244;pital. Dix ans. Un accident au printemps. La vie dans mon ventre et celle de ma fille qui coule entre mes doigts sans que je puisse la retenir. Mon amour. Ma soie. Les cheveux de ma fille sur le satin (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Litterature-et-fiction-" rel="directory"&gt;&#201;crits et fiction&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-05-05-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-05-05&lt;/a&gt;, 
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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour raconter, il faut que je respire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je ne respire pas, les mots se croisent, s'entrechoquent, se t&#233;lescopent. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la longue, les mots se bloquent dans ma trach&#233;e et j'&#233;touffe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il faut d&#233;buter cette histoire par une image : celle de ma fille &#233;tendue, morte, sur un lit d'h&#244;pital. Dix ans. Un accident au printemps. La vie dans mon ventre et celle de ma fille qui coule entre mes doigts sans que je puisse la retenir. Mon amour. Ma soie. Les cheveux de ma fille sur le satin du cercueil, sur le drap de la civi&#232;re et son sang noir tra&#231;ant une larme de vie enfuie sur sa joue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces images imprim&#233;es dans ma r&#233;tine se superposent depuis dix ans &#224; tout ce que je vois. Les passants, les vieillards, les enfants, le sourire &#233;clatant de mon plus jeune, la petite dame du d&#233;panneur, les autos qui passent, les pigeons qui s'envolent et toujours, au coin de l'&#339;il, omnipr&#233;sente, se superpose l'image de ma fille morte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Il y a des images ant&#233;rieures. Lorsque je m'arr&#234;te &#224; diriger toute mon attention sur cette image, une kyrielle d'autres se bouscule : celle de sa naissance, celle de sa premi&#232;re larme, celle de son premier bouquet de roses, celle de ses fous rire, celle de sa mort&#8230; celle de, celle de, celles que je ne veux pas voir. On n'est pas souvent la m&#232;re qu'on veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que je respire. J'ai l'impression d'entrer dans une vis sans fin et soudain, je reprends pied dans le r&#233;el. Puis il y a, non ce n'est pas une image, c'est, l&#224;, maintenant, une jeune femme qui souffre le martyre, &#233;tendue, se d&#233;battant pour ne pas p&#233;rir, dans ce lit d'h&#244;pital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; que les mots s'entrechoquent encore. Il faut que je respire. Que je respire avec cette femme qui respire pr&#232;s de moi, qui hal&#232;te. J'&#233;ponge sur son front une l&#233;g&#232;re sueur et j'humecte ses l&#232;vres. Je caresse sa main douce de ma petite main rid&#233;e d&#233;j&#224;. Elle se redresse. Nous nous enla&#231;ons. J'ouvre grand les yeux, je grave pour toujours dans l'ardoise de mon &#226;me, dans mon cortex jour &#224; jour plus oublieux, la lumi&#232;re dor&#233;e de ce jour, les figures tendues de mon mari et de mes fils, les gestes pr&#233;cis et surs des infirmi&#232;res, le visage grave, concentr&#233; du m&#233;decin. Puis la douleur la tord, me tord. Je sue la peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet instant, dans ce temps qui cesse de passer et de se compter, je m'oublie. Je respire pour qu'elle respire. Les yeux riv&#233;s l'une &#224; l'autre, nous tentons, ensemble, de pr&#233;server ce souffle de vie qui, &#224; chaque seconde, s'amenuise. Je lui souris, je l'aime et le lui dit. Il n'y a que nous deux. Quand je dis il n'y a que nous deux, il y a surement quelque part, l'&#233;quipe m&#233;dicale, mon mari et mes fils, m&#226;choires serr&#233;es &#224; s'&#233;grainer les molaires, mon gendre qui pleure, mais je vous jure qu'il n'y a que nous deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma douleur, ma vieille blessure est l&#224;, insensible pourtant, car je n'ai plus conscience que du mal qui laboure ma fille, de ses efforts, de son courage qu'il faut &#233;pauler afin qu'elle plonge dans cette souffrance torve, l'explore dans les recoins les plus secrets des torsades tricot&#233;es serr&#233;es de ces terreurs partag&#233;es et qui nous ram&#232;nent inexorablement &#224; ce lit d'h&#244;pital, il y a dix ans. &#171; Reste avec nous &#187;, c'est tout ce que je lui dis, pour tirer son &#226;me loin de cette balafre, et la ramener &#224; la surface, indemne. J'entends vaguement qu'on nous demande de sortir. Je ne bronche pas. Je plonge dans la nuit de son regard, je la berce de tous les mots doux que j'avais oubli&#233; de lui dire, et qu'il sera trop tard pour prononcer plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Subitement, tout son corps se tend, s'arque par vagues qui se succ&#232;dent &#224; un rythme sauvage. Elle crie et son cri me vrille la conscience, m'&#233;clate, me morc&#232;le. Je glisse, accroch&#233;e &#224; sa main, lentement, doucement, pour ne pas lui faire le moindre mal et, sans pleurer, sans que ma voix tremble, comme si je lui chantais une berceuse, je murmure au creux de son oreille presque ferm&#233;e aux bruits du monde, ce je t'aime qui vient de plus loin que mon &#226;me, de plus loin que mon c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, comme une terre qui s'ouvre, elle est secou&#233;e de part en part et je la presse, de toutes mes forces, de toute ma foi, de tout mon amour, de respirer. Le m&#233;decin tend les mains. Un peu de sang humecte les draps, les instruments scintillent, un parfum de n&#233;roli, incongru, &#233;trange, envahit la salle. Les infirmi&#232;res s'affairent. Ma fille, mon joyau, retombe contre les draps comme une fleur couch&#233;e par le vent. Le silence se fait dans la ti&#233;deur de la chambre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, strident, le cri retentit. Nous relevons la t&#234;te. Nous agrandissons les yeux. Du fond de sa couche ravag&#233;e, ma fille tressaute d'un mouvement urgent, primitif de tout le corps. Ses bras se tendent. Elle ne mourra pas. Elles ne mourront pas. L'enfant est vivant. Ma perle, ma douce, ma fille, mon, par la force du destin, unique, ma survivante aux enfances d&#233;vast&#233;es, est m&#232;re. Une petite-fille, j'ai une petite-fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gar&#231;ons vacillent, mon gendre tombe &#224; genoux, les sourires fusent, ma fille rit de bonheur et me confie son enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que je respire. Que j'aspire la joie qui m'entre dans le c&#339;ur par les yeux, par les oreilles, par la bouche. Que je laisse l'image de ma fille et de ma petite-fille se superposer &#224; celle de mon a&#238;n&#233;e, morte il y a dix ans, un accident de printemps.&lt;/p&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
		
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