<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.pressegauche.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
	<link>https://www.pressegauche.org/</link>
	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.pressegauche.org/spip.php?id_mot=1148&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
		<url>https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L144xH36/ptag-logo-1200x300px-02d59.png?1692368156</url>
		<link>https://www.pressegauche.org/</link>
		<height>36</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>En Gr&#232;ce, le combat continue</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/En-Grece-le-combat-continue</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/En-Grece-le-combat-continue</guid>
		<dc:date>2015-08-04T13:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sebastian Budgen, Stathis Kouvelakis</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec le peuple grec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-06-30</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le dernier accord convenu entre le gouvernement grec dirig&#233; par Alexis Tsipras et l'Eurogroupe a surpris, d&#233;sorient&#233; ou choqu&#233; nombre de militant-e-s de la gauche radicale, en Gr&#232;ce et au niveau international. Cet accord ent&#233;rine en effet un nouveau plan d'aust&#233;rit&#233; d'une grande violence et semble marquer la fin d'un cycle politique pour Syriza. Pour autant, les jeux sont loin d'&#234;tre pli&#233;s : la crise de l'Union europ&#233;enne est patente et la mobilisation populaire pour le Non au r&#233;f&#233;rendum du (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Grece-+" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Solidarite-avec-la-Grece-+" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Solidarite-avec-le-peuple-grec-+" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; avec le peuple grec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-06-30-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-06-30&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH102/arton22882-e4efa.png?1677097178' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='102' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le dernier accord convenu entre le gouvernement grec dirig&#233; par Alexis Tsipras et l'Eurogroupe a surpris, d&#233;sorient&#233; ou choqu&#233; nombre de militant-e-s de la gauche radicale, en Gr&#232;ce et au niveau international. Cet accord ent&#233;rine en effet un nouveau plan d'aust&#233;rit&#233; d'une grande violence et semble marquer la fin d'un cycle politique pour Syriza. Pour autant, les jeux sont loin d'&#234;tre pli&#233;s : la crise de l'Union europ&#233;enne est patente et la mobilisation populaire pour le Non au r&#233;f&#233;rendum du 5 juillet a ouvert une br&#232;che dans le mur de l'aust&#233;rit&#233; perp&#233;tuelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans cet entretien r&#233;alis&#233; par Sebastian Budgen pour le site &#233;tats-unien Jacobin, initialement paru le 15 juillet 2015, le th&#233;oricien marxiste Stathis Kouv&#233;lakis, membre du comit&#233; central de Syriza et de la Plateforme de Gauche, analyse les derniers &#233;v&#233;nements, &#233;value les positions strat&#233;giques qui se sont affront&#233;es au sein de Syriza et identifient les prochaines &#233;tapes qui attendent l'aile gauche de Syriza. S. Kouv&#233;lakis saisit ici l'occasion pour proposer une r&#233;flexion plus large sur le bilan et de Syriza et de la Plateforme de Gauche, sur ce qui aurait pu &#234;tre fait diff&#233;remment mais aussi sur les perspectives pour une recomposition de la gauche radicale en Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reprenons ici, avec leur aimable autorisation, la traduction r&#233;alis&#233;e par S. Nerina pour le site Avanti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(tir&#233; du site Contretemps)}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles ont &#233;t&#233; les raisons du r&#233;f&#233;rendum de juillet ? Beaucoup l'ont per&#231;u comme sorti de nulle part ; un joker qu'aurait jou&#233; le premier ministre grec Alexis Tsipras. Mais il y a beaucoup d'incertitudes quant &#224; ses motivation. Certains ont m&#234;me sp&#233;cul&#233; sur une d&#233;faite... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que le r&#233;f&#233;rendum &#233;tait une tentative de sortir du pi&#232;ge dans lequel &#233;tait tomb&#233; le gouvernement pendant le processus de n&#233;gociation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, il semble maintenant &#233;vident que pendant la spirale vers de plus en plus de concessions, le gouvernement et Tsipras ont pris conscience du fait que, quoi qu'ils proposent, ce ne serait jamais suffisant pour la Tro&#239;ka. &#192; la fin du mois de juin, il &#233;tait clair que l'accord qui &#233;tait plus ou moins en train de prendre forme, ne passerait pas l'&#233;preuve au sein de Syriza ou de l'opinion publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des signaux parvenaient &#224; la direction de Syriza et &#224; Tsipras lui-m&#234;me. Des signaux qui venaient de bien au-del&#224; des rangs de la Plateforme de Gauche. Et ces messages disaient que ce n'&#233;tait pas acceptable. Pendant les derniers jours de la semaine, on pouvait aussi sentir un changement significatif au sein de l'opinion publique : des gens qui disaient qu'ils n'en pouvaient plus de cet interminable processus de n&#233;gociation. Il &#233;tait clair pour tout le monde que la Tro&#239;ka n'avait d'autre objectif que d'humilier le gouvernement grec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tsipras, qui, il faut le dire, est plut&#244;t joueur pour un politicien, pensait au r&#233;f&#233;rendum, non pas en tant qu'&#233;l&#233;ment de rupture avec le processus de n&#233;gociation, mais comme un mouvement tactique pour renforcer son plan de n&#233;gociation (cette id&#233;e n'&#233;tait pas tout &#224; fait nouvelle et avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;e par d'autres membres du gouvernement, y compris par Yanis Varoufakis).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis certain de ce que j'affirme parce que je suis au courant des rapports d&#233;taill&#233;s sur la r&#233;union d&#233;cisive du cabinet qui a eu lieu le 26 juin, lorsque le r&#233;f&#233;rendum a &#233;t&#233; annonc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux choses doivent &#234;tre remarqu&#233;es. La premi&#232;re est que Tsipras, et la plupart des personnes proches de lui, pensaient que le r&#233;f&#233;rendum serait une promenade de sant&#233;. Ce fut plus ou moins le cas avant la fermeture des banques. Le sentiment g&#233;n&#233;ral &#233;tait que le Non remporterait une victoire &#233;crasante, d&#233;passant les 70%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans la fermeture des banques, il &#233;tait effectivement r&#233;aliste de penser que le r&#233;f&#233;rendum serait facilement gagn&#233;, mais la signification politique du Non aurait &#233;t&#233; diff&#233;rente, car la victoire aurait &#233;t&#233; obtenue hors de l'atmosph&#232;re de confrontation et de l'ambiance dramatique suscit&#233;es par la fermeture de la banque et par la r&#233;action de l'UE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de cette r&#233;union du cabinet, un certain nombre de personnes &#8212; l'aile droite du gouvernement, dirig&#233;e par le vice-Premier ministre Giannis Dragasakis &#8212; &#233;tait en d&#233;saccord avec l'initiative. Dragasakis est en fait celui qui a assur&#233; le suivi de l'ensemble du processus de n&#233;gociation du c&#244;t&#233; grec. Tous les membres de l'&#233;quipe de n&#233;gociation, &#224; l'exception du nouveau ministre des Finances, Euclide Tsakalotos, sont des gens appartenant &#224; son courant, et il &#233;tait celui, au sein du cabinet, pour qui il &#233;tait vraiment important de se d&#233;barrasser de Varoufakis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette aile droite pensait que le r&#233;f&#233;rendum &#233;tait une proposition tr&#232;s risqu&#233;e, et ils ont compris, mieux que Tsipras, que ce serait un geste tr&#232;s conflictuel qui d&#233;clencherait une r&#233;action s&#233;v&#232;re du c&#244;t&#233; de l'UE &#8212; et ils avaient raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont &#233;galement eu peur de la dynamique par en bas qui allait surgir de cette initiative. D'autre part, le leader de la Plateforme de Gauche et Ministre de l'&#233;nergie et de la reconstruction productive, Panagiotis Lafazanis, a d&#233;clar&#233; que le r&#233;f&#233;rendum &#233;tait la bonne d&#233;cision, bien que tardive, mais il a &#233;galement pr&#233;venu que cela revenait &#224; une d&#233;claration de guerre, que la BCE couperait les liquidit&#233;s et que nous devrions nous attendre &#224; ce que les banques soient ferm&#233;es apr&#232;s quelques jours. La plupart des personnes pr&#233;sentes se sont content&#233;es de rire &#224; l'&#233;vocation de cette hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que le manque de prise de conscience par rapport &#224; ce qui allait se passer est un &#233;l&#233;ment cl&#233; pour comprendre, dans sa logique d'ensemble, la mani&#232;re dont le gouvernement a agi jusqu'&#224; maintenant. Ils ne pouvaient tout simplement pas croire que l'UE r&#233;agirait de la fa&#231;on dont elle a effectivement r&#233;agi. D'une certaine fa&#231;on, comme je l'ai dit, l'aile droite de Syriza &#233;tait beaucoup plus lucide sur ce qu'ils s'appr&#234;taient &#224; affronter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela explique aussi ce qui est arriv&#233; au cours de la semaine du r&#233;f&#233;rendum. Tsipras a &#233;t&#233; mis sous une pression extr&#234;me par Dragasakis et d'autres pour retirer le r&#233;f&#233;rendum. Il ne l'a pas fait, bien s&#251;r, mais il a clairement indiqu&#233; que ses prochains mouvements seraient ceux que l'aile droite approuverait, et que la mesure n'&#233;tait pas une rupture avec la ligne qui avait &#233;t&#233; suivie jusqu'ici, mais plut&#244;t une sorte de tactique dans ce cadre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est ce qui explique les pas en arri&#232;re, le mercredi avant le vote ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exactement. Ce mercredi-l&#224;, certains ont m&#234;me &#233;voqu&#233; un coup d'&#201;tat interne et Ath&#232;nes &#233;tait travers&#233;e de rumeurs selon lesquelles Tsipras allait retirer le r&#233;f&#233;rendum. Au cours de son discours, il a confirm&#233; le r&#233;f&#233;rendum mais a &#233;galement pr&#233;cis&#233; que celui-ci avait &#233;t&#233; con&#231;u comme un outil pour obtenir un meilleur accord et que ce n'&#233;tait nullement la fin du processus de n&#233;gociation. Au contraire, il s'agissait de poursuivre ce processus mais dans des conditions pr&#233;tendument meilleures. Et il est rest&#233; fid&#232;le &#224; cette ligne pendant toute la semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une chose que je ne comprends pas &#224; propos de ce processus, m&#234;me si on le regarde d'un point de vue de relations publiques, c'est que Tsipras a appel&#233; au r&#233;f&#233;rendum concernant une s&#233;rie de mesures qu'il demandait au peuple de rejeter et, &#224; l'approche du r&#233;f&#233;rendum, il a fait des propositions aux cr&#233;anciers qui apparaissaient sous certains aspects pires encore que celles qu'il demandait au peuple de rejeter. Cela donne une impression de chaos et d'amateurisme total.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai essay&#233; de reconstituer les intentions de Tsipras, essentiellement pour r&#233;pondre &#224; ta question pr&#233;c&#233;dente et pour essayer de clarifier le sens que celui-ci avait pour lui. Mais ce qui est absolument clair, c'est qu'il a lib&#233;r&#233; des forces qui allaient bien au-del&#224; de ses intentions. Tsipras et le gouvernement ont &#233;t&#233; clairement d&#233;pass&#233;s par l'&#233;lan cr&#233;&#233; par le r&#233;f&#233;rendum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont donc essay&#233; par tous les moyens de remettre le diable dans la bo&#238;te. La fa&#231;on dont Tsipras a g&#233;r&#233; la pression de Dragasakis &#8212; et la raison pour laquelle le mercredi a &#233;t&#233; si crucial &#8212; a consist&#233; &#224; accepter leur ligne et &#224; envoyer cette lettre inf&#226;me &#224; l'Eurogroupe, et, encore auparavant, la lettre demandant un nouveau pr&#234;t. Cela a ouvert la voie &#224; ce qui s'est pass&#233; la semaine suivant le r&#233;f&#233;rendum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, d'autre part, pour justifier le fait qu'il ne pouvait pas - sans se d&#233;cr&#233;dibiliser compl&#232;tement - retirer le r&#233;f&#233;rendum, il a d&#251; justifier l'initiative. Il devait &#233;voquer la lutte contre les mesures d'aust&#233;rit&#233; incluses dans le paquet Juncker, le chantage de la Tro&#239;ka et l'ultimatum auquel il avait &#233;t&#233; soumis. Et, bien s&#251;r, les mobilisations par en bas qui &#233;taient en train d'&#233;merger &#224; ce moment ont saisi l'occasion, l'ont pris au mot, et ont continu&#233; &#224; avancer pour mener la bataille contre la Tro&#239;ka.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela constitue un excellent exemple d'une initiative prise d'en haut, r&#233;sultant de contradictions internes, mais qui a fini par lib&#233;rer des forces outrepassant largement les intentions du leader. C'est tr&#232;s important, car il faut aussi comprendre que l'une des plus grandes difficult&#233;s auxquelles Tsipras doit faire face &#224; pr&#233;sent, apr&#232;s la reddition que constitue l'accord d'hier, c'est que la l&#233;gitimit&#233; politique de son action apr&#232;s le r&#233;f&#233;rendum est tr&#232;s douteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons comprendre qu'il est parfaitement illusoire de pr&#233;tendre que le r&#233;f&#233;rendum n'a pas eu lieu. Il a eu lieu, et il est clair tant pour l'opinion publique internationale que pour la soci&#233;t&#233; grecque que Tsipras est en train de trahir un mandat populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'en viens au grand d&#233;bat : au jeu de savoir si Tsipras est une sorte de g&#233;nie machiav&#233;lique adepte des manoeuvres tactiques ou un parieur fou d&#233;pass&#233; par les &#233;v&#233;nements, tu es certainement dans le second camp...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, je me retrouve compl&#232;tement dans le second camp, &#224; condition de clarifier le point suivant : en r&#233;alit&#233;, Tsipras et la direction ont maintenu la m&#234;me ligne depuis le d&#233;but. Ils pensaient que, en combinant une approche &#171; r&#233;aliste &#187; dans les n&#233;gociations et une certaine fermet&#233; rh&#233;torique, ils obtiendraient des concessions de la part de l'UE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ils ont &#233;t&#233; de plus en plus pris au pi&#232;ge par cette ligne, et quand ils ont r&#233;alis&#233; qu'ils avaient &#233;t&#233; pi&#233;g&#233;s, ils n'avaient pas de strat&#233;gie alternative. Ils ont refus&#233; syst&#233;matiquement toute autre strat&#233;gie, et ils ont &#233;galement rendu la mise en &#339;uvre de toute autre approche pratiquement impossible, m&#234;me quand il en &#233;tait encore temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une interview qu'il a donn&#233; au New Statesman il y a quelques jours, Varoufakis affirme qu'une petite &#233;quipe avait travaill&#233; avec lui pendant la semaine pr&#233;c&#233;dant le r&#233;f&#233;rendum &#224; un plan alternatif qui inclurait un contr&#244;le de l'&#201;tat sur les banques, l'&#233;mission de IOU1 et la d&#233;connexion de la Banque centrale de Gr&#232;ce de la Banque centrale europ&#233;enne de Francfort, ce qui revenait d'une certaine mani&#232;re &#224; une sortie graduelle de l'euro. Mais une telle initiative est &#224; l'&#233;vidence arriv&#233;e trop tard et l'id&#233;e a &#233;t&#233; rejet&#233;e par la grande majorit&#233; de l'&#233;quipe &#233;conomique du cabinet, c'est-&#224;-dire essentiellement Dragasakis. Et Tsipras a, bien entendu, valid&#233; cette d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc souligner la continuit&#233; de la ligne de Tsipras. C'est sans doute la raison pour laquelle je trouve que le mot &#171; tra&#238;trise &#187; est inappropri&#233; si on comprend ce qui se passe. On peut bien s&#251;r dire qu'il y a tra&#238;trise du mandat populaire et il est l&#233;gitime que les gens aient le sentiment qu'ils ont &#233;t&#233; trahis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la notion de trahison implique g&#233;n&#233;ralement un moment o&#249; vous d&#233;cidez en toute conscience de revenir sur vos propres engagements. Je crois qu'en r&#233;alit&#233; Tsipras croyait honn&#234;tement qu'il pouvait obtenir un r&#233;sultat positif en mettant en avant une approche centr&#233;e sur les n&#233;gociations et sa bonne volont&#233;. Et c'est aussi pour cela qu'il a constamment r&#233;p&#233;t&#233; qu'il n'y avait pas de plan de rechange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pensait qu'en apparaissant comme un fid&#232;le &#171; europ&#233;en &#187;, &#171; sans agenda cach&#233; &#187;, il obtiendrait une sorte de r&#233;compense. De l'autre c&#244;t&#233;, il a montr&#233; depuis quelques mois une capacit&#233; &#224; r&#233;sister &#224; cette pression croissante et a parfois agi de mani&#232;re impr&#233;visible, dans le cas du r&#233;f&#233;rendum ou de son voyage &#224; Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pensait que c'&#233;tait la bonne formule pour aborder la question, et c'est ce qui se passe lorsque vous suivez cette ligne : vous en arrivez toujours &#224; une position dans laquelle il ne vous reste que des mauvais choix. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Concernant les origines de cette strat&#233;gie : dans quelle mesure est-ce de l'aveuglement id&#233;ologique ou de la pure ignorance ? Ce qui est d&#233;routant pour beaucoup de gens, c'est de voir agir ainsi un gouvernement compos&#233; d'un grand nombre d'intellectuels, de gens qui ont pass&#233; toute leur vie &#224; &#233;tudier l'&#233;conomie politique capitaliste contemporaine, &#224; la fois dans l'abstrait et le concret, des gens qui sont des militants politiques. Comment peut-on expliquer ce qui semble &#234;tre de la na&#239;vet&#233; face &#224; leurs adversaires politiques ? Est-ce une id&#233;ologie trop profond&#233;ment ancr&#233;e ou &#233;tait-ce juste un manque d'exp&#233;rience de la &#034;grande politique&#034; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que nous devons distinguer deux &#233;l&#233;ments au sein du gouvernement. Le premier est l'aile droite du gouvernement dirig&#233;e par deux des principaux &#233;conomistes, essentiellement Dragasakis mais aussi Giorgos Stathakis. Et puis il y a la direction centrale, Tsipras et les gens autour de lui. Le premier groupe avait une ligne de conduite coh&#233;rente d&#232;s le d&#233;part ; il n'y avait absolument pas de na&#239;vet&#233; de leur c&#244;t&#233;. Ils savaient tr&#232;s bien que l'UE n'accepterait jamais une rupture avec le m&#233;morandum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi Dragasakis a en chaque moment mis tout en &#339;uvre pour ne pas modifier la logique de l'approche globale. Il a clairement sabot&#233; toutes les tentatives de Syriza de se doter d'un v&#233;ritable programme &#233;conomique, y compris celui qui avait &#233;t&#233; approuv&#233; par la majorit&#233; de Syriza. Il pensait que la seule chose possible &#233;tait une version am&#233;lior&#233;e du m&#233;morandum. Il voulait avoir les mains compl&#232;tement libres pour n&#233;gocier l'accord avec l'UE ; sans trop appara&#238;tre sur la sc&#232;ne, il a r&#233;ussi &#224; ma&#238;triser l'&#233;quipe de n&#233;gociation, en particulier suite &#224; la mise &#224; l'&#233;cart de Varoufakis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;t&#233; 2013, il a publi&#233; une interview tr&#232;s int&#233;ressante qui a fait le &#171; buzz &#187; &#224; l'&#233;poque. Ce qu'il proposait n'&#233;tait pas tant une version all&#233;g&#233;e du programme de Syriza qu'un autre programme qui am&#233;liorait l&#233;g&#232;rement l'accord existant qu'avait sign&#233; Nouvelle D&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis vous avez l'autre approche, celle de Tsipras, qui s'enracinait effectivement dans l'id&#233;ologie de l'europ&#233;anisme de gauche. Je pense que la meilleure illustration en est Euclide Tsakalotos, une personne qui se consid&#232;re comme un marxiste ardent, quelqu'un qui vient de la tradition eurocommuniste, avec qui j'ai &#233;t&#233; dans la m&#234;me organisation pendant des ann&#233;es. Sa d&#233;claration la plus significative, qui refl&#232;te &#224; la fois son id&#233;ologie et les perspectives donn&#233;es au gouvernement par la pr&#233;sence de tous ces universitaires, l'a &#233;t&#233; dans une interview pour le site fran&#231;ais Mediapart en avril dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on lui a demand&#233; ce qui l'avait le plus frapp&#233; depuis qu'il &#233;tait au gouvernement, il a r&#233;pondu en disant qu'il &#233;tait un universitaire, que son travail consistait &#224; enseigner l'&#233;conomie &#224; l'universit&#233;. Donc quand il est all&#233; &#224; Bruxelles, il avait pr&#233;par&#233; tr&#232;s s&#233;rieusement l'ensemble de ses arguments et il y allait en pensant que lui seraient pr&#233;sent&#233;s des contre-arguments &#233;labor&#233;s de mani&#232;re pr&#233;cise. Mais, au lieu de cela, il s'est retrouv&#233; face &#224; des gens qui n'ont pas cess&#233; de r&#233;citer des r&#232;gles, des proc&#233;dures et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tsakalotos a dit qu'il &#233;tait tr&#232;s d&#233;&#231;u par le faible niveau de la discussion. Dans l'interview au New Statesman, Varoufakis dit des choses tr&#232;s semblables au sujet de sa propre exp&#233;rience, bien que son style soit nettement plus conflictuel que celui de Tsakalotos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend que ces personnes envisageaient la confrontation avec l'UE comme une conf&#233;rence universitaire o&#249; vous venez avec vos jolis rapports et vous vous attendez &#224; ce que l'on vous pr&#233;sente aussi un joli rapport. Je pense que cela est r&#233;v&#233;lateur de ce qu'est la gauche aujourd'hui. La gauche est compos&#233;e de plein de gens bien intentionn&#233;s, mais qui sont totalement impuissants dans le champ de la politique r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela est &#233;galement r&#233;v&#233;lateur du genre de d&#233;vastation mentale caus&#233;e par la croyance quasi-religieuse dans l'europ&#233;anisme. Jusqu'&#224; la fin, ces gens ont cru qu'ils pourraient obtenir quelque chose de la Tro&#239;ka, ils pensaient qu'&#171; entre partenaires &#187; ils allaient trouver une sorte de compromis, qu'ils partageaient certaines valeurs fondamentales comme le respect du mandat d&#233;mocratique, ou la possibilit&#233; d'une discussion rationnelle fond&#233;e sur des arguments &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, l'approche de Varoufakis &#233;tait plus conflictuelle mais finalement assez semblable, m&#234;me s'il l'avait envelopp&#233;e dans le langage de la th&#233;orie des jeux. Selon lui, nous devions jouer le jeu jusqu'&#224; la fin des fins, attendant qu'ils finissent par se retirer, parce que les dommages encourus, s'ils n'avaient pas recul&#233;, auraient soi-disant &#233;t&#233; trop importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui &#233;tait en train de se passer apparaissait comme un combat entre deux personnes dont l'une risque de perdre une dent tandis que l'autre met en jeu ses deux jambes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc vrai qu'il y a eu un manque patent de r&#233;alisme &#233;l&#233;mentaire et que cela nous am&#232;ne au probl&#232;me principal de la gauche aujourd'hui : son impuissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et cet europ&#233;anisme que tu d&#233;cris dans la fraction du centre de la direction de Syriza, quelle est sa nature id&#233;ologique ? Parce que ce ne sont pas des lib&#233;raux ou m&#234;me des f&#233;d&#233;ralistes &#224; la Negri, ce sont des gens qui se d&#233;finissent dans la plupart des cas comme marxistes. Y a-t-il une influence de Habermas ou d'&#201;tienne Balibar ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que, en l'occurrence, la r&#233;f&#233;rence &#224; Balibar est probablement plus pertinente que celle &#224; Habermas. Une fois de plus, je pense que nous devons prendre Tsakalotos au mot. Il a &#233;t&#233; interview&#233; par Paul Mason au lendemain de l'envoi des contre-propositions tr&#232;s humiliantes du Pr&#233;sident de la Commission europ&#233;enne, Jean-Claude Juncker.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Mason lui a pos&#233; la question de l'euro, Tsakalotos a r&#233;pondu que la sortie serait une catastrophe absolue et que l'Europe devrait revivre les ann&#233;es 1930 avec le retour de la concurrence entre les monnaies nationales et la mont&#233;e des nationalismes et du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ces personnes, le choix s'&#233;tablit entre deux options : soit &#234;tre &#171; europ&#233;en &#187; et accepter le cadre existant, ce qui repr&#233;sente en quelque sorte un pas en avant objectif par rapport &#224; l'ancienne r&#233;alit&#233; des &#201;tats-nations, ou &#234;tre &#171; anti-europ&#233;en &#187;, ce qui est assimil&#233; &#224; une retomb&#233;e dans le nationalisme, &#224; un mouvement r&#233;gressif r&#233;actionnaire. C'est une l&#233;gitimation assez pauvre de l'Union europ&#233;enne : ce n'est pas l'id&#233;al mais cela vaut mieux qu'autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'on peut clairement identifier 'id&#233;ologie qui est ici &#224; l'&#339;uvre. Bien que vous n'approuviez pas ce projet et que vous ayez de s&#233;rieux doutes sur l'orientation n&#233;olib&#233;rale et le fonctionnement autoritaire des institutions europ&#233;ennes, vous acceptez d'agir selon ses param&#232;tres et vous n'arrivez pas &#224; imaginer quelque chose de mieux en dehors de son cadre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce que signifie la d&#233;nonciation du Grexit, pr&#233;sent&#233; comme une sorte de retour aux ann&#233;es 30 ou comme une sorte d'apocalypse. C'est le sympt&#244;me du pi&#232;ge que constitue l'europ&#233;anisme de gauche, dans lequel s'est enferm&#233;e la direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est plus facile d'imaginer la fin du capitalisme que celle de l'Union europ&#233;enne ou m&#234;me de l'euro ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exactement, c'est ce que j'ai &#233;crit il y a d&#233;j&#224; quelques ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pourtant, ce genre d'attendrissement &#224; propos de l'Union europ&#233;enne est incompatible avec l'opinion m&#234;me de Nicos Poulantzas, alors m&#234;me que plusieurs intellectuels utilisent Poulantzas pour d&#233;fendre la position de la direction de Syriza&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, Poulantzas a parl&#233; de l'int&#233;gration europ&#233;enne dans la premi&#232;re partie de son livre sur les classes sociales dans le capitalisme contemporain. Dans ce livre, il analyse les processus d'internationalisation du capital et il consid&#232;re clairement la Communaut&#233; &#233;conomique europ&#233;enne (CEE) comme l'exemple d'une forme imp&#233;rialiste d'internationalisation du capital europ&#233;en dans le cadre de ce qu'il consid&#233;rait comme la nouvelle h&#233;g&#233;monie structurelle d'apr&#232;s-guerre des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revenons sur le r&#233;f&#233;rendum. Celui-ci est arriv&#233; dans un contexte de crise mon&#233;taire, de banques ferm&#233;es, de r&#233;actions hyst&#233;riques des m&#233;dias, les autres partis faisant pression pour le Oui. Mais quelque chose s'est pass&#233; qui a d&#233;clench&#233; une contre-r&#233;action chez une grande majorit&#233; des Grecs ordinaires. Ont-ils &#233;t&#233; motiv&#233;s par la fiert&#233; nationale, &#233;tait-ce essentiellement une question de classe, ou l'ont-ils fait, comme Paul Mason et d'autres l'affirment, &#224; cause du souvenir de la guerre civile ? Quelles sont les principales raisons du vote majoritaire en faveur du Non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous les facteurs que tu as mentionn&#233;s, le moins pertinent est celui qui se rapporte &#224; la guerre civile. Il faut noter que le Non a domin&#233; m&#234;me dans les zones du pays parmi les plus conservatrices comme Laconia, pr&#232;s de Sparte, Messinia, ou d'autres zones dans le centre de la Gr&#232;ce o&#249; la droite domine comme Evrytania. Le Non &#233;tait majoritaire dans tous les comt&#233;s de la Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dimension de classe est certainement la plus importante parmi les trois facteurs que tu mentionnes, que je vais passer en revue par ordre d'importance. M&#234;me les commentateurs relativement traditionnels ont reconnu que ce fut l'&#233;lection la plus polaris&#233;e socialement dans l'histoire grecque. Dans les quartiers ouvriers, il y a eu 70 % ou plus pour le Non, alors que dans les quartiers favoris&#233;s le Oui obtenait 70% ou plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action hyst&#233;rique des forces dominantes, la situation dramatiquement concr&#232;te cr&#233;&#233;e par la fermeture des banques et le plafond impos&#233; sur les retraits en esp&#232;ces, etc., ont amen&#233; les classes populaires &#224; identifier le camp du Oui &#224; tout ce qu'ils d&#233;testent. Le fait que le camp du Oui ait mobilis&#233; pour sa campagne des politiciens impopulaires, des experts, des chefs d'entreprise, mais aussi des c&#233;l&#233;brit&#233;s m&#233;diatiques, n'a fait qu'enflammer cette r&#233;action de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me chose qui est tout aussi impressionnante est la radicalisation de la jeunesse. C'est la premi&#232;re fois depuis la crise que la jeunesse, massivement, prendre une position unifi&#233;e. 85% des personnes de 18 &#224; 24 ans ont vot&#233; Non, ce qui montre que cette g&#233;n&#233;ration, qui a &#233;t&#233; compl&#232;tement sacrifi&#233;e par le m&#233;morandum, est tr&#232;s consciente de l'avenir qui se pr&#233;sente devant elle et a une attitude claire en ce qui concerne l'UE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Monde a publi&#233; un article qui posait la question des raisons pour lesquelles ces jeunes gens, qui avaient grandi avec l'euro, les programmes Erasmus et l'Union europ&#233;enne, se retournaient contre elle, et la r&#233;ponse de toutes les personnes interrog&#233;es &#233;tait simple : nous savons de quoi il s'agit lorsqu'on parle de l'Europe. L'Europe c'est l'aust&#233;rit&#233;, l'Europe c'est le chantage vis-&#224;-vis des gouvernements d&#233;mocratiques, l'Europe c'est la destruction de notre avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela explique aussi les rassemblements massifs et combatifs de cette semaine qui ont culmin&#233; avec les rassemblements du vendredi 3 juillet &#224; Ath&#232;nes et dans d'autres grandes villes de Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me dimension est la fiert&#233; nationale. Cela explique pourquoi le Non a emport&#233; une majorit&#233; aussi en dehors des grands centres urbains, l&#224; o&#249; les lignes entre classes sont plus floues, dans les campagnes grecques et les petites villes. C'&#233;tait un Non &#224; la Tro&#239;ka, un Non &#224; Juncker. M&#234;me ceux qui sont sceptiques par rapport au gouvernement et ne se reconnaissent pas dans Syriza ou Tsipras ont vu qu'il s'agissait clairement d'une tentative d'humilier un gouvernement &#233;lu et de maintenir le pays sous la domination de la Tro&#239;ka. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu as &#233;t&#233; faire campagne pour le Non sur les lieux de travail. Peux-tu en parler et &#233;voquer les r&#233;actions de ceux et celles que tu as rencontr&#233;&#8226;e&#8226;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait &#233;videmment une exp&#233;rience tout &#224; fait unique. Il y avait une disparit&#233; entre les situations &#8212; l'atmosph&#232;re &#233;tait difficile dans les chemins de fer qui est une soci&#233;t&#233; qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; en grande partie d&#233;mantel&#233;e et dont le reste doit &#234;tre privatis&#233;. Les ouvriers savaient que le gouvernement Syriza avait d&#233;j&#224; accept&#233; la privatisation. Cela faisait d&#233;j&#224; partie de la premi&#232;re liste de r&#233;formes annonc&#233;es par Varoufakis apr&#232;s l'accord du 20 f&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais malgr&#233; les diff&#233;rents contextes, dans chacun de ces endroits la discussion tournait autour de deux questions diff&#233;rentes : &#171; pourquoi le gouvernement a-t-il fait si peu jusqu'ici, pourquoi a-t-il &#233;t&#233; si timide ? &#187;. Mais aussi : &#171; qu'allez-vous faire apr&#232;s la victoire du Non ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait tout &#224; fait clair pour ces gens que le Non gagnerait, parce que la campagne pour le Oui &#233;tait invisible sur les lieux de travail et au sein de la classe ouvri&#232;re en g&#233;n&#233;ral. Mais il y avait une inqui&#233;tude massive &#224; propos de ce qui se passerait apr&#232;s la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les questions qui nous &#233;taient pos&#233;es &#233;taient les suivantes : &#171; quels sont vos projets ? &#187;, &#171; qu'est-ce que vous allez faire ? &#187;, &#171; pourquoi parlez-vous encore de n&#233;gociations alors que cela fait cinq mois et demi et qu'il est clair que cette approche a &#233;chou&#233; ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela m'a mis dans une situation tr&#232;s embarrassante, parce que, en tant que porte-parole de Syriza et membre du comit&#233; central, je ne pouvais pas donner des r&#233;ponses convaincantes &#224; toutes ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Non a bien s&#251;r remport&#233; un succ&#232;s massif. As-tu &#233;t&#233; surpris par l'ampleur de la victoire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est vrai que je ne m'attendais pas &#224; ce que le Non atteigne le seuil de 60%. Il faut dire que, parmi les cadres de Syriza, seul Lafazanis l'avait pr&#233;dit et bien peu, m&#234;me au sein de la Plateforme de Gauche, &#233;taient d'accord avec lui. On s'attendait davantage &#224; quelque chose comme 55%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le premier impact imm&#233;diat de cette victoire massive du Non a &#233;t&#233; de confirmer la d&#233;sint&#233;gration des partis d'opposition&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir m&#234;me du r&#233;sultat, ils ont &#233;t&#233; compl&#232;tement d&#233;faits et ce fut de loin la d&#233;faite la plus cuisante pour le camp pro-aust&#233;rit&#233; depuis le d&#233;but de la crise. Cette d&#233;faite &#233;tait beaucoup plus claire et plus profonde que celle des &#233;lections de janvier, car ils &#233;taient regroup&#233;s et avaient mobilis&#233; toutes leurs forces, ce qui ne les a nullement emp&#234;ch&#233; de subir une d&#233;faite d&#233;vastatrice. Ils n'ont pas gagn&#233; dans une seule r&#233;gion en Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dirigeant de Nouvelle D&#233;mocratie, et ancien Premier ministre, Antonis Samaras a d&#233;missionn&#233; presque imm&#233;diatement. Et, quelques heures plus tard, l'ensemble de ce camp a &#233;t&#233; ressuscit&#233; et l&#233;gitim&#233; par Tsipras lui-m&#234;me quand il a fait appel au &#171; Conseil des dirigeants politiques &#187; sous la pr&#233;sidence du Pr&#233;sident de la R&#233;publique, un partisan affirm&#233; du Oui, qui avait &#233;t&#233; &#233;lu par la majorit&#233; Syriza au Parlement en f&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de cette rencontre, quelque chose d'incroyable s'est d&#233;roul&#233; : le chef du camp victorieux a accept&#233; les conditions du camp perdant. Il faut remarquer qu'il s'agit d'un &#233;v&#233;nement unique dans l'histoire politique. Je n'ai rien connu de tel auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le gouvernement a peut-&#234;tre &#233;t&#233; surpris par la force du vote pour le Non, et par sa nature de classe (qu'il a d&#251; comprendre &#233;galement), mais il s'est donc content&#233; de n'y voir qu'une confirmation de ses plans initiaux. Personne n'a pris en compte que quelque chose de plus profond &#233;tait &#224; l'&#339;uvre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux pas vraiment parler de la mani&#232;re dont ils ont interpr&#233;t&#233; le r&#233;f&#233;rendum, car tout le monde &#233;tait absorb&#233; par les pr&#233;tendues n&#233;gociations (qui &#233;taient en fait une sorte de blague). Il me semble que la meilleure expression pour nommer ces n&#233;gociations a &#233;t&#233; rapport&#233;e par le correspondant &#224; Bruxelles du Guardian, Ian Traynor, selon qui les fonctionnaires de l'UE les ont qualifi&#233;es d' &#171; exercice mental de simulation de noyade &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est clair, cependant, c'est que le gouvernement a imm&#233;diatement pris ces mesures pour neutraliser la dynamique qui avait &#233;merg&#233; avec le r&#233;f&#233;rendum. Voil&#224; pourquoi, quelques heures apr&#232;s l'annonce du r&#233;sultat final, cette r&#233;union de tous les dirigeants politiques a &#233;t&#233; appel&#233;e, durant laquelle ils ont fix&#233; un programme enti&#232;rement diff&#233;rent de celui exprim&#233; par le vote de Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouvel ordre du jour &#233;tait que, quoi qu'il arrive &#8211; et cette option &#233;tait d&#233;j&#224; en pr&#233;paration depuis plusieurs semaines &#224; l'initiative de Dragasakis &#8211; la Gr&#232;ce devait rester dans la zone euro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moment fort de la d&#233;claration conjointe sign&#233;e par tous les dirigeants politiques &#8212; &#224; l'exception du Parti communiste grec (KKE), qui a refus&#233; de signer, et des nazis, qui n'ont pas &#233;t&#233; invit&#233;s &#224; la r&#233;union &#8212; &#233;tait l'affirmation que ce r&#233;f&#233;rendum &#233;tait, non pas un mandat de rupture, mais un mandat pour une meilleure n&#233;gociation. A partir de ce moment, les choses se sont embrouill&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y a-t-il des signes qui prouvent que le point de vue des gens sur la question de la zone euro a &#233;volu&#233; avec le r&#233;f&#233;rendum ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r que les choses ont &#233;volu&#233;. L'argument qui a &#233;t&#233; constamment r&#233;p&#233;t&#233; par les m&#233;dias et par les dirigeants politiques en campagne pour le Oui, mais aussi par tous les dirigeants europ&#233;ens qui ont clairement interf&#233;r&#233; de mani&#232;re flagrante tout au long de la semaine qui a pr&#233;c&#233;d&#233; le r&#233;f&#233;rendum, &#233;tait que le vote pour le Non &#233;tait un vote contre l'euro. Il est donc compl&#232;tement irrationnel de dire que les gens qui ont vot&#233; Non n'&#233;taient pas du tout en train d'envisager le risque d'une &#233;ventuelle sortie de l'euro ; ils consid&#233;raient que c'&#233;tait la condition pour dire Non &#224; de nouvelles mesures d'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est aussi utile de souligner que ce qui s'est pass&#233; au cours de cette semaine &#233;tait un processus de radicalisation de l'opinion publique. On pouvait le sentir et l'entendre dans les rues, sur les lieux de travail, dans tous les types d'espaces publics. Partout, les gens ne parlaient que du r&#233;f&#233;rendum, de sorte qu'il &#233;tait assez facile de percevoir le sentiment de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pr&#233;tends pas que ce sentiment a &#233;t&#233; homog&#232;ne. Des gens ont fait valoir l'argument selon lequel le vote Non servait simplement &#224; donner au gouvernement une autre carte en vue des n&#233;gociations. Je ne dis pas que ce n'est pas vrai. Mais nous devons aussi comprendre que le caract&#232;re massif du vote Non dans le pays signifie que les gens, plus particuli&#232;rement dans la classe ouvri&#232;re, la jeunesse et les couches moyennes appauvries, ont eu le sentiment qu'ils n'avaient plus rien &#224; perdre, et ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; prendre des risques et &#224; se battre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esprit combatif des rassemblements de vendredi &#233;tait un autre indicateur de cet esprit. Il &#233;tait assez impressionnant. Personnellement, je n'avais rien vu de tel en Gr&#232;ce depuis les ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parlons du vote du 11 juillet au Parlement et des propositions envoy&#233;es par le gouvernement grec &#224; l'Eurogroupe. &#192; partir de l&#224;, il semblait &#233;vident que le gouvernement avait accept&#233; la perspective d'un nouveau plan d'aust&#233;rit&#233;. Ces propositions ont finalement &#233;t&#233; approuv&#233;es par 251 voix sur 300, en &#233;tant soutenues massivement par les partis pro-aust&#233;rit&#233;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des conditions pos&#233;es par les cr&#233;anciers &#233;tait que les propositions du gouvernement grec devaient &#234;tre approuv&#233;es par le Parlement, sachant qu'il n'y avait rien de logique l&#224;-dedans. Ce n'est m&#234;me pas, &#224; proprement parler, constitutionnel, dans la mesure o&#249; le Parlement ne peut voter que des projets de loi ou des accords internationaux/inter&#233;tatiques. Les d&#233;put&#233;s ne peuvent pas voter sur un simple document servant de base de n&#233;gociation et pouvant &#234;tre modifi&#233; &#224; n'importe quel moment de cette n&#233;gociation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'&#233;tait un geste symbolique qui a donn&#233; carte blanche au gouvernement pour n&#233;gocier sur une base consid&#233;rablement r&#233;duite. Les propositions du gouvernement &#233;taient seulement une version l&#233;g&#232;rement r&#233;duite du plan Juncker, rejet&#233; lors du r&#233;f&#233;rendum. Donc ce que demandait en fait le gouvernement &#233;tait l'approbation de la volte-face qu'il avait effectu&#233;e durant cette semaine. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais si l'on observe le groupe parlementaire de Syriza, cela semble assez complexe. Donc, abordons les divergences &#224; l'int&#233;rieur des rangs de Syriza et les prises de positions de la Plateforme de Gauche&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position de la Plateforme de Gauche a &#233;t&#233; consid&#233;rablement d&#233;battue en interne et en particulier &#224; l'int&#233;rieur de sa principale composante, le Courant de Gauche dirig&#233; par Panagiotis Lafazanis. L'opinion majoritaire &#233;tait que nous devions aller vers un vote diff&#233;renci&#233; &#224; ce stade, ce qui signifie que certaines personnes devaient voter &#171; pr&#233;sent &#187; &#8211; ce qui techniquement revient &#224; voter &#171; non &#187;, mais peut-&#234;tre avec une dimension moins symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi est-ce que cela revient &#224; voter &#171; non &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que cela ne change pas le fait qu'il faut une majorit&#233; pour faire passer une proposition. Quoi qu'il arrive, il faut 151 voix pour la faire adopter. Il y a une autre partie du groupe qui a vot&#233; en faveur des propositions tout en publiant par ailleurs une d&#233;claration disant deux choses. Tout d'abord ils affirmaient leur solidarit&#233; politique avec ceux qui ont rejet&#233; les propositions &#8212; avec ceux qui ont vot&#233; &#171; pr&#233;sent &#187; dans ce cas, et qui ont refus&#233; l'accord &#8212; et qu'ils ne voteraient pas pour un accord contenant des mesures d'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le deuxi&#232;me point est encore plus important que le premier (nous y reviendrons dans un instant certainement). En fait, la pratique constitutionnelle grecque est la suivante : sur chaque projet de loi, le gouvernement doit montrer qu'il a une majorit&#233; venant de ses propres rangs, de Syriza lui-m&#234;me ou de la coalition, ce qui est le cas ici, si nous prenons en compte l'ANEL (le Parti des Grecs ind&#233;pendants). Or le gouvernement a perdu le contr&#244;le de sa propre majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que ce ne soit pas juridiquement contraignant, il est un fait que dans l'histoire constitutionnelle grecque, lorsqu'un gouvernement perd le contr&#244;le de sa majorit&#233;, ce qu'on appelle le dedilomeni (la majorit&#233; d&#233;clar&#233;e), il faut refaire des &#233;lections. C'est la raison pour laquelle la discussion sur de nouvelles &#233;lections a tout de suite d&#233;marr&#233;. De nouvelles &#233;lections ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; annonc&#233;es, la seule question qui demeure &#233;tant de savoir quand elles auront lieu. Donc, on peut voir que cette ligne &#8211; que personnellement je d&#233;sapprouve, je suis plut&#244;t de ceux qui auraient voulu un vote homog&#232;ne de &#171; non &#187; ou de &#171; pr&#233;sent &#187; &#8211; a &#233;chou&#233; parce qu'en fait, avec les sept d&#233;put&#233;s de la Plateforme de Gauche qui ont vot&#233; pr&#233;sent, plus quelques d&#233;put&#233;s de Syriza qui ont aussi vot&#233; pr&#233;sent (en particulier Zoe Konstantopoulou, la pr&#233;sidente du Parlement et Rachel Makri, une ancienne d&#233;put&#233;e d'ANEL qui est maintenant tr&#232;s proche d'elle), le gouvernement avait d&#233;j&#224; perdu sa majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, il y a maintenant une &#233;ch&#233;ance : tous les d&#233;put&#233;s de la Plateforme de Gauche vont rejeter le nouveau m&#233;morandum lors du prochain vote, cela a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; annonc&#233;. Il faut ajouter &#224; cela que les deux d&#233;put&#233;s de la Plateforme de Gauche qui ne sont pas membres du Courant de Gauche mais appartiennent au Red Network (compos&#233; de DEA, la Gauche internationaliste ouvri&#232;re et d'autres composantes trotskistes de la Plateforme), ont vot&#233; &#171; non &#187; et que ce sont les deux seuls d&#233;put&#233;s de Syriza &#224; avoir vot&#233; &#171; non &#187; au nouvel accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc tu es en train de dire que la Plateforme de Gauche a pris ce positionnement complexe, du moins compliqu&#233; vu de l'ext&#233;rieur des salles du Parlement, parce qu'elle a mal calcul&#233; l'ampleur de l'impopularit&#233; qu'aurait la proposition de Tsipras ? Elle a sous-estim&#233; &#224; quel point les gens en dehors des rangs de la Plateforme auraient recul&#233; et se seraient oppos&#233;s ? Ils imaginaient qu'ils &#233;taient en quelque sorte les &#171; derniers des Mohicans &#187;. Ils pensaient qu'en votant &#171; non &#187;, ils allaient causer la chute du Gouvernement et provoquer de nouvelles &#233;lections &#8211; alors qu'en fait il y avait d&#233;j&#224; une crise plus large en cours, impliquant &#8211; par exemple &#8211; la Pr&#233;sidente du Parlement et dont ils n'ont pas tenu compte dans leurs pr&#233;visions ? Ils &#233;taient port&#233;s par une pr&#233;occupation de l&#233;gitimit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dirais que c'&#233;tait essentiellement la l&#233;gitimit&#233; : il fallait montrer que leur intention n'&#233;tait en aucun cas de renverser le gouvernement, mais d'exprimer leur d&#233;saccord avec ses actions, d'agiter un drapeau lui indiquant qu'il allait d&#233;passer la ligne rouge. Il s'agissait donc de montrer l'ill&#233;gitimit&#233; de la d&#233;cision de Tsipras sans, &#224; ce stade, opter pour une rupture claire avec le gouvernement. Je dois ajouter que deux des principales figures de la Plateforme de Gauche, Lafazanis lui-m&#234;me et le Ministre-d&#233;put&#233; aux affaires sociales, Dimitris Stratoulis, ont vot&#233; &#171; non &#187; afin d'&#234;tre tr&#232;s clairs. Lafazanis a aussi publi&#233; une d&#233;claration affirmant que malgr&#233; la position politique de la Plateforme, leur intention n'&#233;tait pas d'essayer de renverser le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais penses-tu que les nouvelles couches radicalis&#233;es de la classe ouvri&#232;re grecque, qui viennent de remporter un r&#233;f&#233;rendum, ont compris ce qui est en train de se passer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont compris que le gouvernement avait perdu le contr&#244;le de sa propre majorit&#233;. Les m&#233;dias ont fait le travail pour nous, en se concentrant sur Lafazanis et en faisant &#233;tat de qui a vot&#233; &#171; non &#187;, &#171; pr&#233;sent &#187; et &#171; absent &#187;, etc. Je dois aussi ajouter que, parmi ceux qui &#233;taient absents, il y avait les quatre d&#233;put&#233;s du courant mao&#239;ste (KOE) et Yanis Varoufakis lui-m&#234;me, qui, dit-on, avait &#171; des obligations familiales &#187;. Donc, les m&#233;dias ont finalement fait en sorte que tout le monde prenne conscience qu'il y avait une fracture au sein du groupe parlementaire de Syriza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imm&#233;diatement, les &#233;l&#233;ments les plus droitiers de Syriza ont exig&#233; que ceux qui avaient &#233;t&#233; en d&#233;saccord d'une fa&#231;on ou d'une autre d&#233;missionnent imm&#233;diatement de leurs fonctions, y compris de leurs si&#232;ges parlementaires. Donc, il &#233;tait tout &#224; fait clair que Syriza &#233;tait divis&#233;, m&#234;me si &#233;videmment les choses n'&#233;taient pas claires d'un point de vue tactique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vote le plus symbolique et crucial va &#224; pr&#233;sent avoir lieu. Le vote de la semaine derni&#232;re &#233;tait un vote sur les propositions de n&#233;gociation. Le prochain vote, qui d&#233;terminera l'avenir de Syriza et du pays, sera le vote sur l'accord sign&#233; dimanche. Selon l'information que j'ai jusqu'ici, la tendance de ce vote sera absolument limpide et deviendra dans la m&#233;moire populaire le v&#233;ritable parall&#232;le avec les c&#233;l&#232;bres votes de mai 2010 et de f&#233;vrier 2012, lorsque chacun observait tous les d&#233;put&#233;s individuellement, pour voir comment ils voteraient &#224; cette occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que penses-tu des arguments de certains comme Alex Callinicos, avec qui tu as d&#233;battu il y a quelques jours, et selon qui la Plateforme de Gauche pouvait se pr&#233;valoir de la l&#233;gitimit&#233; du r&#233;f&#233;rendum et avait manqu&#233; cette opportunit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'il est trop t&#244;t pour affirmer que nous avons manqu&#233; une opportunit&#233;. Les choses ne se jouent pas sur un moment unique, ou en tout cas pas sur ce moment-l&#224;. C'est un processus qui est en cours et je pense que le v&#233;ritable choc pour la soci&#233;t&#233; arrive avec le nouvel accord. &#192; ce stade, la d&#233;cision de la Plateforme de Gauche est de revendiquer le parti et de demander l'organisation d'un congr&#232;s. Je pense qu'il est assez clair que ce revirement de Syriza n'est soutenu que par une minorit&#233; &#224; l'int&#233;rieur du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, nous connaissons l'infini potentiel de manipulation des proc&#233;dures de parti et bien s&#251;r, il existe en la mati&#232;re une incroyable capacit&#233; &#224; innover. Cependant, j'ai du mal &#224; croire que la majorit&#233; des membres de Syriza approuve la mani&#232;re dont les choses se sont pass&#233;es. Dans l'ensemble, la direction de Syriza va r&#233;sister &#226;prement &#224; tout appel &#224; un congr&#232;s. Nous verrons bien, car les statuts nous permettent d'appeler &#224; une rencontre du comit&#233; central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais objectivement, le processus menant &#224; la d&#233;sint&#233;gration de Syriza est d&#233;j&#224; en cours. Le Syriza que nous avons connu est termin&#233; et la rupture est in&#233;vitable. La seule question qui subsiste porte sur les formes de cette d&#233;sint&#233;gration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce qui peut aussi arriver, c'est une refonte drastique de la majorit&#233; gouvernementale vers une certaine forme d' &#171; unit&#233; nationale &#187; ou de cabinet de &#171; grande coalition &#187;. Toute la logique de la situation semble aller dans cette direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quatre ministres de la Plateforme de Gauche vont quitter le cabinet cette semaine et le vote sur l'accord qui aura lieu demain au Parlement permettra de valider l'existence d'une nouvelle majorit&#233; pro-aust&#233;rit&#233;, regroupant la plupart des d&#233;put&#233;s de Syriza et de tous les autres partis, &#224; l'exception du KKE et des nazis. Il est pr&#233;vu que pr&#232;s de quarante d&#233;put&#233;s de Syriza rejettent l'accord et ils pourraient &#234;tre suivis par certains des Grecs ind&#233;pendants. D'ores et d&#233;j&#224;, le leader de To Potami se comporte comme un ministre en attente et la Droite parle ouvertement de la possibilit&#233; de rejoindre le gouvernement, m&#234;me si aucune d&#233;cision n'a encore &#233;t&#233; prise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais l&#224; tu d&#233;cris le comportement de Plateforme de Gauche comme s'il s'agissait d'un bloc disciplin&#233;. Donc tu sugg&#232;res qu'il n'y a pas de fissures &#224; l'int&#233;rieur, que le vote n'&#233;tait pas la manifestation de d&#233;saccords mais plut&#244;t une man&#339;uvre tactique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a eu quelques pertes, mais elles sont assez limit&#233;es, et nous avons r&#233;ussi &#224; maintenir la coh&#233;rence de la Plateforme de Gauche. Selon moi, nous avons clairement commis une erreur en ne pr&#233;sentant pas plus t&#244;t notre plan alternatif, mais le document avait &#233;t&#233; soumis &#224; l'assembl&#233;e pl&#233;ni&#232;re du groupe parlementaire et avait &#233;t&#233; avanc&#233; comme une d&#233;claration commune de la Plateforme de Gauche, impliquant les deux composantes : le Courant de Gauche et le Red network. Il est absolument crucial de maintenir la coh&#233;rence entre ces deux composantes. Mais il est d'autant plus crucial en fait, pour la gauche de Syriza, d'agir de mani&#232;re coh&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a toutes sortes d'initiatives qui viennent de plus loin que les rangs de la Plateforme de Gauche en r&#233;action &#224; ce qui se passe. D&#233;j&#224;, nous savons que la tendance de ce qu'on appelle les 53 (l'aile gauche de la majorit&#233;) s'est d&#233;sint&#233;gr&#233;e, et qu'il y aura de grands r&#233;alignements de ce c&#244;t&#233;. L'essentiel, pour nous, consiste &#224; agir en tant que repr&#233;sentant l&#233;gitime du camp du Non, le camp anti-aust&#233;rit&#233;, qui est majoritaire dans la soci&#233;t&#233; grecque et qui a &#233;t&#233; objectivement trahi par le cours des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et, statutairement, la direction est-elle en position de purger Syriza ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est certainement en position de purger le gouvernement, et c'est une bonne chose. Bien s&#251;r, cela signifie que les ministres de la Plateforme de Gauche seront bient&#244;t expuls&#233;s du cabinet. Pour Syriza, on verra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais ils peuvent utiliser certaines proc&#233;dures ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vraiment difficile d'expulser quelqu'un de Syriza, mais nous verrons comment ils manipuleront les proc&#233;dures au niveau du comit&#233; central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et peut-on forcer les gens &#224; renoncer &#224; leurs si&#232;ges ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, ils ne peuvent pas. C'est vraiment impossible. Il y a une sorte de Charte qui a &#233;t&#233; adopt&#233;e par tous les candidats de Syriza ayant &#233;t&#233; &#233;lus d&#233;put&#233;s, affirmant qu'ils doivent renoncer &#224; leur si&#232;ge s'ils sont en d&#233;saccord avec les d&#233;cisions prises par la majorit&#233;. Mais la d&#233;cision du Gouvernement n'a &#233;t&#233; approuv&#233;e par aucune instance du parti. Le comit&#233; central de Syriza, qui est le seul organe &#233;lu par le congr&#232;s, n'a pas &#233;t&#233; convoqu&#233; depuis des mois. La l&#233;gitimit&#233; interne des d&#233;cisions de Syriza, et bien s&#251;r, leur l&#233;gitimit&#233; au sein de la soci&#233;t&#233; grecque, est donc inexistante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais dans le cas o&#249; de nouvelles &#233;lections sont organis&#233;es, la direction de Syriza peut-elle d&#233;cider d'exclure des personnes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien entendu leur intention. On en parlait d&#233;j&#224; avant le r&#233;f&#233;rendum, au cours de la derni&#232;re phase du processus de n&#233;gociation, lorsque l'impasse devenait de plus en plus &#233;vidente ; les gens disaient que Tsipras devrait appeler &#224; de nouvelles &#233;lections et purger tous les candidats &#224; la gauche du parti. Je pense que c'est le type de d&#233;marche qu'ils ont en t&#234;te. Donc, ce sera une bataille entre d'un c&#244;t&#233; le fonctionnement et la l&#233;gitimit&#233; du parti, et de l'autre le capacit&#233; &#224; manipuler l'agenda et l'ordre du jour politique, en particulier en appelant &#224; de nouvelles &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment juges-tu l'accord qui a &#233;t&#233; sign&#233; la semaine derni&#232;re entre le gouvernement grec et l'Eurogroupe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accord est, &#224; tous les niveaux, dans la continuit&#233; de la th&#233;rapie de choc qui a &#233;t&#233; consciemment appliqu&#233;e &#224; la Gr&#232;ce au cours des cinq derni&#232;res ann&#233;es. Il va m&#234;me plus loin que tout ce qui a &#233;t&#233; vot&#233; jusqu'ici. Il comprend les mesures d'aust&#233;rit&#233; qui avaient &#233;t&#233; constamment mises en avant par la Tro&#239;ka pendant des mois, avec des objectifs d'exc&#233;dents primaires &#233;lev&#233;s, une augmentation des recettes de l'&#201;tat gr&#226;ce &#224; la TVA et &#224; toutes les taxes exceptionnelles qui ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es ces derni&#232;res ann&#233;es, de nouvelles coupes dans les retraites et dans les salaires du secteur public, parce que la r&#233;forme de l'&#233;chelle salariale va certainement entra&#238;ner des baisses de salaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accord contient aussi d'importants changements institutionnels, comme le produit int&#233;rieur qui deviendrait pleinement autonome par rapport au contr&#244;le politique du pays et qui deviendrait en fait un outil dans les mains de la Tro&#239;ka, plus la cr&#233;ation d'une autre commission &#171; ind&#233;pendante &#187; pour contr&#244;ler la politique budg&#233;taire, et qui sera habilit&#233;e &#224; introduire des coupes horizontales automatiquement si les objectifs en termes d'exc&#233;dents primaires ne sont pas atteints.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qu'il y a en plus et qui donne un caract&#232;re particuli&#232;rement f&#233;roce &#224; cet accord, c'est d'abord qu'il confirme avec force que le FMI est l&#224; pour rester. Deuxi&#232;mement, les institutions de la Tro&#239;ka seront pr&#233;sentes de fa&#231;on permanente &#224; Ath&#232;nes. Troisi&#232;mement, Syriza ne peut mettre en &#339;uvre deux de ses principaux engagements : le r&#233;tablissement de la l&#233;gislation du travail &#8212; il y a quelques vagues r&#233;f&#233;rences aux meilleurs pratiques europ&#233;ennes, mais il est dit explicitement que le gouvernement ne peut pas retourner &#224; l'ancienne l&#233;gislation &#8212; et bien s&#251;r, l'augmentation du salaire minimum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme de privatisation est d'une ampleur incroyable &#8212; on parle de 50 milliards de privatisations &#8212; donc absolument tous les biens publics seront vendus. Et ce n'est pas tout : ces biens seront int&#233;gralement transf&#233;r&#233;s &#224; une institution compl&#232;tement ind&#233;pendante par rapport &#224; la Gr&#232;ce. On a parl&#233; de l'envoyer au Luxembourg, mais finalement il sera situ&#233; &#224; Ath&#232;nes, mais de toute fa&#231;on il s'agira d'un organisme sans aucun contr&#244;le politique. C'est le genre de proc&#233;d&#233; Treuhand qu'on a vu avec la compl&#232;te privatisation des biens de l'Allemagne de l'Est par la Treuhand2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la mesure la plus brutale tient dans le fait que, mis &#224; part les lois de nature humanitaire qui ne sont qu'une partie minime du programme de Syriza et donc ne repr&#233;sentent qu'un geste symbolique, les quelques lois de politique &#233;conomique et sociale pass&#233;es par le gouvernement depuis son arriv&#233;e en janvier devront &#234;tre retir&#233;es par celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et que dire de toutes ces questions que les lib&#233;raux et les sociaux-d&#233;mocrates utilisent pour trouver une justification politiquement acceptable &#224; l'aust&#233;rit&#233;, &#224; savoir le budget de la d&#233;fense et de l'&#201;glise orthodoxe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;glise n'a rien &#224; voir. Il y a une r&#233;duction radicale du budget de la d&#233;fense qui est effectivement mise en avant et il y avait une vague discussion sur la possibilit&#233; de rendre le remboursement de la dette plus viable, tout en rejetant explicitement toute restructuration ou annulation de la dette &#224; proprement parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne va rien changer parce que les taux d'int&#233;r&#234;ts de la dette grecque sont d&#233;j&#224; assez bas et le remboursement annuel est d&#233;j&#224; fort &#233;tendu sur le long terme donc il n'y a que peu de marge pour all&#233;ger le fardeau de la dette de cette mani&#232;re. Et nous ne devons pas oublier que l'accord n'est qu'un pr&#233;liminaire au m&#233;morandum qui accompagnera le nouveau pr&#234;t de 86 milliards, et qui m&#232;nera bien entendu &#224; une augmentation future de la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, cette vague clause &#224; propos d'une future reconsid&#233;ration des termes du remboursement de la dette n'est qu'un geste rh&#233;torique pour permettre &#224; Tsipras de dire qu'il a fait reconna&#238;tre la n&#233;cessit&#233; de traiter la question de la dette. Ce n'est que de la rh&#233;torique pure, des mots vains et vides de sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Penses-tu que c'&#233;tait une erreur de la part du gouvernement et de la gauche de ne pas avoir fait quelque chose &#224; propos de l'&#201;glise orthodoxe, de l'arm&#233;e, du budget de la d&#233;fense et d'avoir ainsi donn&#233; des arguments &#224; leurs opposants ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Honn&#234;tement, ce n'&#233;tait pas la priorit&#233;. La dette grecque est essentiellement due &#224; la situation &#233;conomique d'ensemble du pays qui a men&#233; une croissance insoutenable aliment&#233;e par les emprunts des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. Elle est aussi due au fait que l'&#201;tat grec n'a pas correctement tax&#233; le capital et les classes moyennes et sup&#233;rieures. C'est &#231;a la base du probl&#232;me. Pas les mythes &#224; propos de l'&#201;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Taxer l'&#201;glise n'a rien de facile : ce n'est pas quelque chose que l'on peut faire du jour au lendemain, parce que les biens qu'elle poss&#232;de sont extr&#234;mement diversifi&#233;s. La plupart de ces biens prennent la forme de soci&#233;t&#233;s ou de recettes provenant de la terre ou de l'immobilier. Donc, on mystifie ce sujet alors qu'en r&#233;alit&#233;, si vous taxez correctement ce type de revenus et de richesse, vous taxez aussi l'&#201;glise en m&#234;me temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc il est faux de penser que le gouvernement aurait eu peur du co&#251;t politique, m&#234;me vis-&#224;-vis d'ANEL et plus g&#233;n&#233;ralement dans le pays, d'une ligne dure face &#224; l'&#201;glise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut vraiment reprocher beaucoup de choses &#224; ce gouvernement, mais honn&#234;tement, lui attribuer une tentative de faire peser le fardeau de la responsabilit&#233; des &#233;checs sur ANEL est le moins pertinent des reproches que l'on peut formuler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dirais m&#234;me que les actes les plus choquants se situent dans le domaine de la d&#233;fense ou de politique &#233;trang&#232;re, comme par exemple le maintien de l'accord militaire avec Isra&#235;l et le fait de r&#233;aliser des exercices conjoints dans la M&#233;diterran&#233;e avec les Isra&#233;liens, ce sont des d&#233;cisions prises par des personnes cl&#233;s de Syriza, comme Dragasakis. Il suffit de dire que celui-ci repr&#233;sentait le gouvernement grec lors de la r&#233;ception donn&#233;e par l'ambassade d'Isra&#235;l pour c&#233;l&#233;brer les 25 ann&#233;es de relations diplomatiques normalis&#233;es entre la Gr&#232;ce et Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quid de l'argument utilis&#233; par certains, selon qui Tsipras aurait r&#233;introduit la question politique dans les discussions techniques, qu'il a maintenant mis en pleine lumi&#232;re l'UE telle qu'elle est r&#233;ellement et que maintenant Merkel et les autres apparaissent aux yeux de l'opinion publique comme les monstres qu'ils sont en r&#233;alit&#233;, etc. ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que cela a &#233;t&#233; le cas, mais par inadvertance. Un camarade me disait ainsi qu'il est vrai que Syriza a r&#233;ussi &#224; rendre l'UE bien plus odieuse aux yeux du peuple grec que tout ce que Antarsya ou le KKE ont &#233;t&#233; capables d'accomplir en 20 ans de rh&#233;torique anti-UE sur le terrain !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parlons de ce qui va se passer maintenant. Il va y avoir un nouveau vote sur le programme d'aust&#233;rit&#233;, auquel la Plateforme de Gauche va d'apr&#232;s toi s'opposer, mais aussi un congr&#232;s d'urgence du parti dont l'enjeu sera la conqu&#234;te de la majorit&#233;, impliquant peut-&#234;tre des scissions et des expulsions. Et ensuite ? Envisages-tu une reconstruction de la gauche avec des &#233;l&#233;ments d'Antarsya ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il est trop t&#244;t pour voir aussi loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais les relations entre la Plateforme de Gauche et Antarsya se sont am&#233;lior&#233;es ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que ce qui est important c'est que la plupart des sections d'Antarsya se sont vraiment battues dans le cadre du r&#233;f&#233;rendum, et dans beaucoup d'endroits il y avait des comit&#233;s locaux impliquant toutes les forces du Non, c'est-&#224;-dire surtout Syriza et des sections d'Antarsya. Donc, je pense qu'il y a une possibilit&#233; politique qui doit &#234;tre explor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, je ne suis pas optimiste quant &#224; Antarsya en tant que telle, car ce qui tient cette coalition soud&#233;e c'est encore et toujours l'ultra-gauchisme. On peut d&#233;j&#224; constater la mani&#232;re dont ils analysent la d&#233;faite, &#224; travers laquelle ils estiment qu'ils avaient eu raison. C'est l'&#233;chec de toute la gauche r&#233;formiste, ce dont nous avons besoin c'est d'un parti v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire et, bien s&#251;r, eux en sont l'avant-garde, constituant le noyau de ce parti. Et ils vont continuer dans cette voie. Donc, je pense qu'il y aura une certaine recomposition, mais je pense qu'elle sera limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et qu'en est-il d'un potentiel mouvement social ? On parle d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans le secteur public&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le facteur inconnu et le plus d&#233;cisif. Quel est le contexte &#224; pr&#233;sent ? Nous faisons face &#224; un nouveau m&#233;morandum et il s'op&#232;re devant nos yeux une reconfiguration de la majorit&#233; parlementaire qui le soutient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#233;morandum sera symboliquement valid&#233; par le vote qui va avoir lieu, o&#249; nous allons voir la majorit&#233; des d&#233;put&#233;s de Syriza voter avec les partis pro-aust&#233;rit&#233; pour le nouveau m&#233;morandum et, une fois encore dans ce pays, on verra un gouffre entre la repr&#233;sentation politique et les gens. Cette contradiction doit donc &#234;tre r&#233;solue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair qu'un espace s'est maintenant ouvert pour les nazis. Ils vont certainement essayer d'en faire le meilleur usage. Ils ont d&#233;j&#224; vot&#233; contre la proposition du gouvernement, ils vont certainement voter contre le nouveau m&#233;morandum et crier &#224; une nouvelle trahison. La grande question est de savoir quel sera le niveau de mobilisation sociale face au tsunami de mesures dont les effets vont in&#233;vitablement retomber sur les &#233;paules des travailleurs. S'affirme donc bien s&#251;r l'urgence absolue de la reconstitution d'un combat anti-aust&#233;rit&#233; &#224; gauche. C'est clairement le principal d&#233;fi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons qu'il y a des &#233;l&#233;ments pour reconstruire la gauche et qu'une lourde responsabilit&#233; repose sur les &#233;paules de la gauche de Syriza, au sens large. Au sens le plus &#233;troit du terme, une responsabilit&#233; encore plus lourde repose sur les &#233;paules de la Plateforme de Gauche, parce que c'est la partie la plus structur&#233;e, coh&#233;rente et politiquement lucide de ces forces. Ce sera donc le test des prochains mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revenons un peu en arri&#232;re pour observer le processus dans son ensemble et la premi&#232;re interview que tu as donn&#233;e &#224; Jacobin : d'abord sur la strat&#233;gie globale de la Plateforme de Gauche et son choix de travailler au sein du gouvernement et au sein des mouvements sociaux en m&#234;me temps. Quel est votre bilan sur cette strat&#233;gie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, il faut revenir sur le contexte. J'avais dit dans l'interview qu'il n'y avait que deux possibilit&#233;s face &#224; la situation grecque : la confrontation ou la capitulation. Nous avons donc eu une capitulation, mais nous avons aussi connu des moments de confrontation, m&#234;me si le gouvernement n'a pas men&#233; la politique ad&#233;quate. C'&#233;tait &#231;a le v&#233;ritable test.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, la strat&#233;gie du &#171; bon euro &#187; et de l' &#171; europ&#233;anisme de gauche &#187; s'est effondr&#233;e, et beaucoup de gens en prennent seulement conscience aujourd'hui. Le processus du r&#233;f&#233;rendum l'a clairement montr&#233; et l'exp&#233;rience a &#233;t&#233; men&#233;e jusqu'au bout. Ce fut une le&#231;on difficile, mais n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde hypoth&#232;se que je formulais &#224; l'&#233;poque &#233;tait qu'il fallait des succ&#232;s politiques, y compris au niveau &#233;lectoral, pour d&#233;clencher de nouveaux cycles de mobilisation. Je pense que cela s'est &#233;galement av&#233;r&#233; exact &#224; deux moments cruciaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier a eu lieu au cours des trois semaines qui ont suivi l'&#233;lection, lorsque le ton &#233;tait tr&#232;s combatif, conflictuel et les esprits &#233;chauff&#233;s. Cette p&#233;riode s'est achev&#233;e avec l'accord du 20 f&#233;vrier, et on est alors retomb&#233; dans la passivit&#233;, l'anxi&#233;t&#233; et l'incertitude face aux &#233;v&#233;nements en cours. Le deuxi&#232;me moment a bien s&#251;r &#233;t&#233; le r&#233;f&#233;rendum. Ensuite, nous avons vu comment une initiative politique qui ouvre un espace de confrontation lib&#232;re des forces et agit comme un catalyseur pour les processus de radicalisation dans la soci&#233;t&#233; dans son ensemble. C'est une le&#231;on que nous devons &#233;galement retenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux liens actuels entre les mouvements sociaux et la Plateforme de Gauche, &#233;tant donn&#233; le pauvre bilan du gouvernement, il n'y a pas eu d'initiatives gouvernementales sp&#233;cifiques qui auraient pu ouvrir des espaces solides pour la mobilisation populaire. Ces mesures n'ont effectivement jamais &#233;t&#233; prises. Donc cette hypoth&#232;se, &#224; ce niveau au moins, n'a pas &#233;t&#233; test&#233;e. Et c'est quelque chose de beaucoup plus familier qui se pr&#233;sente &#224; nous, &#224; savoir mobiliser contre les politiques d'un gouvernement converti &#224; l'aust&#233;rit&#233; radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, Syriza n'a mis en &#339;uvre presqu'aucune des mesures de son programme &#233;lectoral. Les ministres de la Plateforme de Gauche n'ont pu, dans le meilleur des cas, que bloquer un certain nombre de processus, en particulier la privatisation du secteur de l'&#233;nergie qui allait commencer. Ils ont gagn&#233; un peu de temps, mais c'est tout. Ce qu'on a pu aussi constater pendant cette p&#233;riode au gouvernement est que la direction est devenue totalement autonome par rapport au parti. Ce processus avait d&#233;j&#224; commenc&#233; &#8211; nous en avons parl&#233; lors de notre derni&#232;re conversation &#8211; mais maintenant nous sommes parvenus, de ce point de vue, &#224; un stade paroxystique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tendance &#224; l'autonomisation a &#233;galement &#233;t&#233; amplifi&#233;e par le processus de n&#233;gociation, qui a d&#233;clench&#233; la passivit&#233; et l'anxi&#233;t&#233; des personnes et des secteurs les plus combatifs de la soci&#233;t&#233;, les conduisant &#224; l'&#233;puisement. Avant le r&#233;f&#233;rendum l'ambiance &#233;tait clairement : &#171; Nous ne pouvons plus supporter ces processus de simulation de noyade ; &#224; un certain moment, cela doit s'arr&#234;ter &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelque chose que, personnellement, je n'avais pas pr&#233;vu. Je pensais que le rythme serait plus rapide. Je n'avais pas pr&#233;vu que ce processus d'enlisement jusqu'&#224; l'impasse absolue prendrait si longtemps, ce qui a consid&#233;rablement limit&#233; notre propre espace d'initiative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien s&#251;r l'occasion de formuler une in&#233;vitable autocritique, et ce n'est de ce point de vue qu'un d&#233;but. De toute &#233;vidence, la Plateforme de Gauche aurait pu formuler davantage de propositions alternatives durant cette p&#233;riode. L'erreur est d'autant plus flagrante qu'un document alternatif existait ; ce qui nous a retard&#233;, c'est l'h&#233;sitation en interne concernant le moment appropri&#233; pour l'avancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes laiss&#233;s neutraliser et d&#233;passer par l'encha&#238;nement sans fin des n&#233;gociations, des moments de tensions, etc., et ce n'est que lorsqu'il a &#233;t&#233; trop tard, lors de cette r&#233;union pl&#233;ni&#232;re du groupe parlementaire, qu'une version r&#233;duite de ce plan a finalement &#233;t&#233; rendue publique et a commenc&#233; &#224; circuler. Il est clair que nous aurions d&#251; le faire avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et que penses-tu des attaques de Costas Lapavitsas selon lequel la Gr&#232;ce ne serait pas pr&#234;te pour un Grexit et qu'il n'y a donc aucune issue ? M&#234;me s'il est empiriquement vrai que le Grexit manquait de pr&#233;paratifs, l'un des probl&#232;mes avec cette formulation est qu'elle constitue un argument auto-r&#233;alisateur, dans la mesure o&#249; les gens qui veulent le Grexit ne seront jamais en mesure de faire les pr&#233;paratifs&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que la d&#233;claration de Costas a &#233;t&#233; mal interpr&#233;t&#233;e. Tout d'abord, Costas est l'une des cinq personnes qui ont r&#233;alis&#233; le document propos&#233; par la Plateforme de Gauche, qui disait clairement qu'une alternative est possible, y compris maintenant, imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Costas a voulu souligner dans sa d&#233;claration exprim&#233;e derri&#232;re les portes closes du groupe parlementaire, c'est que le Grexit doit &#234;tre pr&#233;par&#233; en pratique et que ne pas le pr&#233;parer a constitu&#233; un choix, &#233;liminant toute possibilit&#233; mat&#233;rielle de choix alternatifs au moment le plus critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu une strat&#233;gie de la terre br&#251;l&#233;e men&#233;e de mani&#232;re tr&#232;s syst&#233;matique de la part du gouvernement. Et je pense que Giannis Dragasakis &#233;tait particuli&#232;rement attentif &#224; ce que cela se passe ainsi : il a fait en sorte qu'il soit impossible d'avancer vers un contr&#244;le public des banques. Il est l'homme de confiance des banquiers et des secteurs de la grande entreprise en Gr&#232;ce et, depuis que Syriza a pris le pouvoir, il a fait en sorte que le noyau du syst&#232;me reste inchang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et tu confirmes que des premiers pr&#233;paratifs de Grexit ont &#233;t&#233; mis sur la table et rejet&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vaguement. Dans les r&#233;unions du cabinet restreint, qu'on appelle le Conseil du Gouvernement, o&#249; ne participent que les dix principaux ministres, Varoufakis avait mentionn&#233; la n&#233;cessit&#233; de consid&#233;rer le Grexit comme une action possible et de se pr&#233;parer pour cela. Je pense qu'il y avait quelques propositions pour une monnaie parall&#232;le, mais tout cela restait assez vague et mal pr&#233;par&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, comme je le disais plus t&#244;t, dans son interview au New Statesman, Varoufakis pr&#233;sente un r&#233;cit selon lequel il a pr&#233;par&#233; un plan alternatif d&#232;s la programmation du r&#233;f&#233;rendum. Mais cela constitue aussi une confession concernant le caract&#232;re trop tardif d'une telle initiative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Outre la question du rythme des n&#233;gociations et de la d&#233;moralisation qui s'ensuivrait, est-ce qu'il y a d'autres &#233;l&#233;ments que tu avais mal saisi, ou pas du tout, &#224; l'&#233;poque de notre premier entretien ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai repass&#233; le film dans ma t&#234;te un grand nombre de fois ces derni&#232;res ann&#233;es pour essayer d'identifier des situations de bifurcation. Et pour moi, un moment charni&#232;re a &#233;t&#233; la p&#233;riode qui a imm&#233;diatement succ&#233;d&#233; au pic de mobilisations populaires en automne 2011 et juste avant les &#233;lections du printemps 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu sais sans doute qu'&#224; ce moment, j'&#233;tais tr&#232;s impliqu&#233;, avec Costas Lapavitsas et d'autres camarades, y compris des dirigeants de la Plateforme de Gauche, dans des d&#233;marches pour construire un projet r&#233;unissant toute la gauche anti-europ&#233;aniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion &#233;tait all&#233;e tr&#232;s loin en fait, il y avait m&#234;me une &#233;bauche de document r&#233;dig&#233; par Panagiotis Lafazanis et amend&#233; par d'autres. L'id&#233;e &#233;tait de cr&#233;er un espace de discussion et d'action communes entre la Plateforme de Gauche de Syriza, certaines sections d'Antarsya et quelques mouvements sociaux. L'initiative n'a jamais port&#233; ses fruits parce qu'elle a &#233;t&#233; rejet&#233;e par la principale composante de la direction d'Antarsya, NAR (le Nouveau Courant de gauche). Ils ont montr&#233; qu'ils ne comprenaient pas la dynamique de la situation et le besoin de changement dans la configuration et les modes d'intervention de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois que cette possibilit&#233; a &#233;chou&#233;, il ne restait qu'une alternative. La force r&#233;elle de la gauche radicale devait &#234;tre mise &#224; l'&#233;preuve et, en un sens, seul Syriza repr&#233;sentait une possibilit&#233; d'expression pour une vision alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le recul, on pourrait dire que certains groupes de la gauche grecque, moins li&#233;s aux partis politiques, auraient pu tenter une initiative de type Podemos, ou, pour &#234;tre plus r&#233;aliste, quelque chose comme Candidatura d'Unitat Popular (CUP) en Catalogne avec des sections de la gauche radicale et des mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'y avait pas d'acteurs pr&#234;ts &#224; lancer une telle initiative. Chacun s'est laiss&#233; freiner par les limites des structures existantes et la seule r&#233;elle tentative de redistribuer les cartes n'a pas r&#233;ussi &#224; aboutir &#224; cause du poids trop important de l'ultra-gauchisme traditionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Voudrais-tu ajouter quelque chose pour finir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, je voudrais faire une remarque plus g&#233;n&#233;rale sur la signification que l'on donne au fait d'avoir eu raison ou d'avoir &#233;t&#233; vaincu dans un combat politique. Je crois qu'en tant que marxistes, nous devons prendre le temps de comprendre la signification historique de ces termes. On pourrait dire qu'a eu raison celui auquel les faits ont donn&#233; raison. C'est l'habituelle strat&#233;gie du &#171; je l'avais bien dit &#187;. Mais si on se r&#233;v&#232;le incapable de donner une signification politique au fait d'avoir raison, alors on a &#233;chou&#233;. Sans la conqu&#233;rir le pouvoir et sans capacit&#233; de transformer une position juste en une position port&#233;e par les masses, alors il est clair que politiquement vous &#234;tes vaincu. &#199;a c'est la premi&#232;re chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me chose est que tout le monde n'a pas &#233;chou&#233; de la m&#234;me mani&#232;re et avec la m&#234;me ampleur. Je tiens &#224; insister sur &#231;a. Je pense qu'il &#233;tait crucial de mener la bataille &#224; l'int&#233;rieur de Syriza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprenez-moi bien. Qu'avions-nous comme choix ? Le r&#233;sultat du test de cette p&#233;riode d&#233;cisive est qu'autant le KKE qu'Antarsya ont prouv&#233; que leur importance est n&#233;gligeable. Pour nous, le seul autre choix aurait &#233;t&#233; de rompre avec la direction de Syriza plus t&#244;t. Et m&#234;me, vu le contexte dans lequel nous &#233;tions apr&#232;s la bifurcation cruciale de fin 2011, d&#233;but 2012, nous aurions &#233;t&#233; imm&#233;diatement marginalis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul r&#233;sultat concret qui aurait pu en r&#233;sulter aurait &#233;t&#233; d'ajouter encore quelques groupes &#224; la douzaine qui constitue d&#233;j&#224; Antarsya et Antarsya aurait remport&#233; 1% plut&#244;t que 0,7%. Cela signifiait aussi offrir Syriza sur un plateau &#224; Tsipras et &#224; sa majorit&#233;, ou du moins aux forces qui ne sont pas dans la Plate-forme de Gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, il est clair que pour la soci&#233;t&#233; grecque, la seule opposition de gauche visible au gouvernement est le KKE. On ne peut pas nier ce fait, mais ils sont totalement insignifiants d'un point de vue politique. Nous n'avons pas parl&#233; du r&#244;le du KKE pendant le r&#233;f&#233;rendum, mais c'&#233;tait vraiment une caricature de leur insignifiance. Ils ont appel&#233; &#224; un vote nul en demandant aux gens de voter sur des bulletins qu'ils avaient faits eux-m&#234;mes avec un &#171; double-non &#187; (non &#224; l'UE et non au gouvernement). Ces bulletins n'&#233;taient &#233;videmment pas valides et toute l'op&#233;ration s'est sold&#233;e par un fiasco. Les dirigeants du KKE n'ont m&#234;me pas &#233;t&#233; soutenus par leur propre base, et ces bulletins invalides n'ont &#233;t&#233; utilis&#233;s que par 1% des votants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, &#224; c&#244;t&#233; d'eux, il y a la Plate-forme de Gauche. Les grecs le savent et les m&#233;dias ne cessent de nous le r&#233;p&#233;ter, la b&#234;te noire de Tsipras c'est Lafazanis et la Plate-forme de Gauche. On peut aussi ajouter Zoe Kostantopoulou dans cette cat&#233;gorie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que nous sortons grandis de ce qui s'est pass&#233;. Nous avons une base sur laquelle d&#233;marrer un nouveau cycle, une force qui a &#233;t&#233; &#224; l'avant-plan de cette bataille politique et qui a une exp&#233;rience sans pr&#233;c&#233;dent. Tout le monde est bien conscient que si nous ne construisons pas sur cet acquis, la gauche ne sera plus qu'un champ de ruines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, celui de la reconstruction de la gauche anticapitaliste, sans pr&#233;tendre que nous sommes la seule force qui peut jouer un r&#244;le, nous reconnaissons combien les enjeux sont majeurs, ce qui nous investit d'une haute responsabilit&#233; sur ce que nous allons faire dans les temps &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. IOU (&#171; I Owe You &#187;) : Il s'agit d'une promesse &#233;crite de paiement &#233;mise par un d&#233;biteur qui, pour une raison ou une autre, n'a pas d'argent liquide.&lt;br class='autobr' /&gt;
2.&lt;br class='autobr' /&gt;
Agence charg&#233;e de mettre en &#339;uvre la privatisation (NdT).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction : S. Nerina, pour &lt;a href=&#034;http://www.avanti4.be&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.avanti4.be&lt;/a&gt;, revue par nos soins.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gr&#232;ce : &#171; Le non n'est pas vaincu, nous continuons &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Grece-Le-non-n-est-pas-vaincu-nous-continuons</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Grece-Le-non-n-est-pas-vaincu-nous-continuons</guid>
		<dc:date>2015-08-04T12:58:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Stathis Kouvelakis</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec le peuple grec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-06-30</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;(Tir&#233; du site Europe solidaire sans fronti&#232;res) &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;sumons &#224; tr&#232;s grands traits. Le 25 janvier 2015, Syriza remporte les &#233;lections l&#233;gislatives grecques sur un programme de rupture ; le 5 juillet, c'est un tonitruant &#171; OXI &#187;, &#224; 61 %, qui envoie les petits barons de l'ordre europ&#233;en dans les cordes ; le lendemain, Y&#225;nis Varouf&#225;kis, ministre des Finances grec, est pouss&#233; vers la sortie ; le lundi 13 juillet, le tout-venant apprend que les dix-huit heures de bataille psychologique, &#224; la fameuse (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Grece-+" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Solidarite-avec-la-Grece-+" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Solidarite-avec-le-peuple-grec-+" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; avec le peuple grec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-06-30-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-06-30&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH87/arton22890-d5412.jpg?1677097178' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;(Tir&#233; du site Europe solidaire sans fronti&#232;res)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons &#224; tr&#232;s grands traits. Le 25 janvier 2015, Syriza remporte les &#233;lections l&#233;gislatives grecques sur un programme de rupture ; le 5 juillet, c'est un tonitruant &#171; OXI &#187;, &#224; 61 %, qui envoie les petits barons de l'ordre europ&#233;en dans les cordes ; le lendemain, Y&#225;nis Varouf&#225;kis, ministre des Finances grec, est pouss&#233; vers la sortie ; le lundi 13 juillet, le tout-venant apprend que les dix-huit heures de bataille psychologique, &#224; la fameuse &#171; table des n&#233;gociations &#187;, ont eu raison des espoirs mis dans le gouvernement grec : capitulation en rase campagne, entend-on. La couleuvre de l'aust&#233;rit&#233; aval&#233;e contre un hypoth&#233;tique r&#233;&#233;chelonnement de la dette.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &#171; J'assume la responsabilit&#233; d'un texte auquel je ne crois pas &#187;, affirme Tsipras &#224; la t&#233;l&#233;vision publique grecque. Mercredi, le comit&#233; central de Syriza rejette l'accord et d&#233;nonce &#171; un coup d'&#201;tat contre toute notion de d&#233;mocratie et de souverainet&#233; populaire &#187;. Les minist&#232;res d&#233;missionnaires partent en claquant la porte, le texte passe avec les voix de la droite et de la social-d&#233;mocratie grecques, les gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales repartent et la place Syntagma s'enflamme. &#171; Trahison &#187; ; la messe est dite. Pour Stathis Kouv&#233;lakis, philosophe francophone, membre du Comit&#233; central de Syriza et figure de la Plateforme de gauche, l'&#233;quation s'av&#232;re toutefois plus complexe, si l'on tient &#224; prendre toute la mesure de ces r&#233;cents &#233;v&#233;nements. Entretien pour y voir plus clair et, surtout, organiser la riposte.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ballast &#8211; Vous &#233;mettez des r&#233;serves quant &#224; la critique de Tsipras en termes de &#171; trahison &#187;, qui revient pourtant fr&#233;quemment dans les gauches radicales europ&#233;ennes depuis l'accord du 12 juillet. Pourquoi la consid&#233;rez-vous comme inefficace ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stathis Kouv&#233;lakis &#8211; Je ne nie pas que le terme de &#171; trahison &#187; soit ad&#233;quat pour traduire une perception spontan&#233;e de l'exp&#233;rience Syriza. Il est &#233;vident que les 62 % qui ont vot&#233; &#171; non &#187; au r&#233;f&#233;rendum et les millions de gens qui ont cru en Syriza se sentent trahis. N&#233;anmoins, je nie la pertinence analytique de la cat&#233;gorie de trahison car elle repose sur l'id&#233;e d'une intention consciente : consciemment, le gouvernement Tsipras aurait fait le contraire de ce qu'il s'&#233;tait engag&#233; &#224; faire. Je pense que cette cat&#233;gorie obscurcit la r&#233;alit&#233; de la s&#233;quence en cours, qui consiste dans la faillite d'une strat&#233;gie politique bien pr&#233;cise. Et quand une strat&#233;gie fait faillite, les acteurs qui en &#233;taient les porteurs se retrouvent uniquement face &#224; de mauvais choix ou, autrement dit, &#224; une absence de choix. Et c'est tr&#232;s exactement ce qui s'est pass&#233; avec Tsipras et le cercle dirigeant du gouvernement. Ils ont cru possible de parvenir &#224; un compromis acceptable en jouant cette carte de la n&#233;gociation &#8211; qui combinait une adaptation r&#233;aliste et une fermet&#233; quant &#224; des lignes rouges, dans le but d'obtenir un &#171; compromis honorable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la Tro&#239;ka des cr&#233;anciers n'&#233;tait nullement dispos&#233;e &#224; c&#233;der quoi que ce soit, et a imm&#233;diatement r&#233;agi, en mettant d&#232;s le 4 f&#233;vrier le syst&#232;me bancaire grec au r&#233;gime sec. Tsipras et le gouvernement, refusant toute mesure unilat&#233;rale, comme la suspension du remboursement de la dette ou la menace d'un &#171; plan B &#187; impliquant la sortie de l'euro, se sont rapidement enferm&#233;s dans une spirale qui les amenait d'une concession &#224; une autre et &#224; une d&#233;t&#233;rioration constante du rapport de force. Pendant que ces n&#233;gociations &#233;puisantes se d&#233;roulaient, les caisses de l'&#201;tat grec se vidaient et le peuple se d&#233;mobilisait &#8211; r&#233;duit &#224; un &#233;tat de spectateur passif d'un th&#233;&#226;tre lointain sur lequel il n'avait prise. Ainsi, quand Tsipras affirme le 13 juillet qu'il n'avait pas d'autre choix que de signer cet accord, il a en un sens raison. &#192; condition de pr&#233;ciser qu'il a fait en sorte de ne pas se retrouver avec d'autres choix possibles. Dans le cas pr&#233;cis de la Gr&#232;ce, on assiste &#224; une faillite flagrante de cette strat&#233;gie pour la simple raison qu'elle n'avait pr&#233;vu aucune solution de repli. Il y a un v&#233;ritable aveuglement de Tsipras et la majorit&#233; de Syriza dans l'illusion europ&#233;iste : l'id&#233;e qu'entre &#171; bons europ&#233;ens &#187;, nous finirons par nous entendre m&#234;me si, par ailleurs, demeurent des d&#233;saccords importants ; une croyance dure comme fer que les autres gouvernements europ&#233;ens allaient respecter le mandat l&#233;gitime de Syriza. Et, pire encore, l'id&#233;e de brandir l'absence de &#171; plan B &#187; comme un certificat de bonne conduite europ&#233;iste, qui fut le comble de cet aveuglement id&#233;ologique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de &#171; trahison &#187; emp&#234;che d'analyser et de remettre en cause la strat&#233;gie ; elle emp&#234;che de parler en termes d'analyse strat&#233;gique et point aveugle id&#233;ologique ; elle rabat tout sur les &#171; intentions des acteurs &#187; &#8211; qui resteront toujours une bo&#238;te noire &#8211; et se fonde sur l'illusion na&#239;ve selon laquelle ceux-ci sont ma&#238;tres de leurs actes. Par ailleurs, elle emp&#234;che de saisir le c&#339;ur du probl&#232;me, &#224; savoir l'impuissance de cette politique : la violence de la r&#233;action d'un adversaire a &#233;t&#233; sous-estim&#233;e alors m&#234;me que le gouvernement Syriza, par son existence m&#234;me, &#233;tait all&#233; suffisamment loin pour la d&#233;clencher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus en plus de voix s'&#233;l&#232;vent dans l'Europe du Sud pour d&#233;noncer le carcan de la monnaie unique. Ce d&#233;bat a-t-il s&#233;rieusement eu lieu au sein du gouvernement Tsipras et de Syriza ? Y&#225;nis Varouf&#225;kis, apr&#232;s avoir d&#233;missionn&#233;, a affirm&#233; avoir propos&#233; un plan de sortie de l'euro ou, du moins, la mise en circulation d'une monnaie nationale au plus dur des n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;bat n'a jamais v&#233;ritablement eu lieu &#8212; ou, plut&#244;t, il n'a eu lieu que de fa&#231;on limit&#233;e, au sein de Syriza, pendant les cinq derni&#232;res ann&#233;es. Et ce fut toujours contre la volont&#233; de la majorit&#233; de la direction du parti, par une sorte d'&#233;tat de fait cr&#233;&#233; par le positionnement d'une minorit&#233; substantielle en faveur d'une sortie de l'euro, comme condition n&#233;cessaire pour la rupture avec les politiques d'aust&#233;rit&#233; et le n&#233;olib&#233;ralisme. La majorit&#233; de la direction du parti n'a jamais vraiment accept&#233; la l&#233;gitimit&#233; de ce d&#233;bat. La sortie de l'euro n'&#233;tait pas pr&#233;sent&#233;e comme une option politique critiquable avec des inconv&#233;nients qui justifiaient un d&#233;saccord. Elle &#233;tait purement et simplement identifi&#233;e &#224; une catastrophe absolue. Syst&#233;matiquement, il nous &#233;tait reproch&#233; que si nous d&#233;fendions la sortie de l'euro, nous &#233;tions des crypto-nationalistes ou que la sortie de l'euro entra&#238;nerait un effondrement du pouvoir d'achat des classes populaires et de l'&#233;conomie du pays. En r&#233;alit&#233;, c'&#233;taient les arguments du discours dominant qui &#233;tait repris par nos camarades. Ils ne cherchaient donc pas un v&#233;ritable d&#233;bat argument&#233; mais &#224; nous disqualifier symboliquement, &#224; disqualifier la l&#233;gitimit&#233; de nos arguments &#224; l'int&#233;rieur de Syriza et de la gauche radicale. Ainsi, quand Syriza est arriv&#233; au pouvoir, la question s'est pos&#233;e par la logique m&#234;me de la situation, puisqu'il est rapidement devenu &#233;vident que ces n&#233;gociations n'aboutissaient &#224; rien. D&#233;j&#224;, l'accord du 20 f&#233;vrier indiquait bien que Syriza &#233;tait contraint de reculer au cours de ce bras de fer. Mais cette discussion s'est d&#233;roul&#233;e &#224; huis clos : jamais de fa&#231;on publique et jamais avec le s&#233;rieux n&#233;cessaire &#8212; si l'on excepte bien s&#251;r les prises de position de la Plateforme de gauche de Syriza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y&#225;nis Varouf&#225;kis, de son c&#244;t&#233;, avait pos&#233; &#224; divers moments la question d'un plan B. Panay&#243;tis Lafaz&#225;nis et la Plateforme de gauche mettaient r&#233;guli&#232;rement sur la table ces propositions. Il faut pr&#233;ciser que le plan B ne se limite pas simplement &#224; la reprise d'une souverainet&#233; mon&#233;taire. Il met en avant l'interruption du remboursement des cr&#233;anciers, le placement des banques sous contr&#244;le public et un contr&#244;le de capitaux au moment du d&#233;clenchement de l'affrontement. C'&#233;tait, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, prendre l'initiative plut&#244;t que d'&#234;tre &#224; la tra&#238;ne de n&#233;gociations qui amenaient un recul apr&#232;s l'autre. Le gouvernement n'a m&#234;me pas fait les gestes minimaux afin d'&#234;tre en mesure de tenir bon quand les Europ&#233;ens appuy&#232;rent sur le bouton nucl&#233;aire, c'est-&#224;-dire en arr&#234;tant totalement l'approvisionnement en liquidit&#233; avec l'annonce du r&#233;f&#233;rendum. Le r&#233;f&#233;rendum lui-m&#234;me aurait pu &#234;tre con&#231;u comme le &#171; volet politique &#187; du plan B : il a donn&#233; une id&#233;e d'un sc&#233;nario r&#233;aliste conduisant &#224; la rupture avec les cr&#233;anciers et la zone euro. Le raisonnement aurait pu &#234;tre le suivant : Le mandat initial de Syriza, celui issu des urnes du 25 janvier, &#233;tait de rompre avec l'aust&#233;rit&#233; dans le cadre de l'euro ; nous avons bien vu que c'&#233;tait impossible dans ce cadre ; donc nous nous pr&#233;sentons de nouveau devant le peuple ; le peuple confirme son mandat en disant &#171; Non &#224; l'aust&#233;rit&#233; et faites le n&#233;cessaire &#187;. C'est effectivement ce qui s'est pass&#233; avec la victoire &#233;crasante du &#171; non &#187;, lors du r&#233;f&#233;rendum du 5 juillet, mais il &#233;tait d&#233;j&#224; trop tard ! Les caisses &#233;taient d&#233;j&#224; vides et rien n'avait &#233;t&#233; fait pour pr&#233;parer une solution alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous soulignez les rapports de force qui ont travers&#233; Syriza depuis 2010. Comment expliquer que la frange acquise &#224; l'Union europ&#233;enne et l'euro l'ait emport&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut replacer ces d&#233;bats dans un cadre plus large : celui de la soci&#233;t&#233; grecque, et d'une fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, celui des soci&#233;t&#233;s de la p&#233;riph&#233;rie europ&#233;enne. Avant la crise de 2008-2010, les pays les plus europhiles au sein de l'Union europ&#233;enne &#233;taient pr&#233;cis&#233;ment ceux du sud et de la p&#233;riph&#233;rie. Il faut bien comprendre que, pour ces pays, l'adh&#233;sion &#224; l'UE signifie une certaine modernit&#233;, &#224; la fois &#233;conomique et politique, une image de prosp&#233;rit&#233; et de puissance que l'euro vient valider &#224; un niveau symbolique. C'est l'aspect f&#233;tichiste de la monnaie que Karl Marx a soulign&#233; : en ayant la monnaie commune dans sa poche, le Grec acc&#232;de symboliquement au m&#234;me rang que l'Allemand ou le Fran&#231;ais. Il y a ici quelque chose de l'ordre du &#171; complexe du subalterne &#187;. C'est notamment ce qui nous permet de comprendre pourquoi les &#233;lites dominantes grecques ont constamment jou&#233; avec la peur de la sortie de l'euro &#8212; leur carte ma&#238;tresse depuis la d&#233;but de la crise. Tous les &#171; sacrifices &#187; sont justifi&#233;s au nom du maintien dans l'euro. La peur du Grexit est &#233;trang&#232;re &#224; la rationalit&#233; &#233;conomique. Elle ne repose pas sur les cons&#233;quences &#233;ventuelles d'un retour &#224; la monnaie nationale ; par exemple : les difficult&#233;s pour les importations ou, &#224; l'inverse, les nouvelles facilit&#233;es &#224; l'exportation. Au niveau du &#171; sens commun &#187;, la sortie de l'euro charrie une sorte de tiers-mondisation symbolique. Pour le Grec moyen qui r&#233;siste &#224; l'id&#233;e d'une sortie de la zone euro, la justification de son refus renvoie &#224; la peur d'une r&#233;gression du pays au rang de nation pauvre et retardataire &#8211; qui &#233;tait effectivement le sien il y a quelques d&#233;cennies. N'oublions pas que la soci&#233;t&#233; grecque a &#233;volu&#233; tr&#232;s rapidement et que le souvenir de la mis&#232;re et de la pauvret&#233; est encore pr&#233;sent dans les couches populaires et dans les g&#233;n&#233;rations &#226;g&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je viens de dire explique aussi l'apparent paradoxe du vote massif du &#171; non &#187; chez les jeunes. Le journal Le Monde fait son reportage en disant : &#171; Toutes ces g&#233;n&#233;rations des 18-30 ans qui ont grandi avec l'euro et l'Union europ&#233;enne, qui ont b&#233;n&#233;fici&#233; des programmes Erasmus et des &#233;tudes sup&#233;rieures [le niveau d'acc&#232;s &#224; l'enseignement sup&#233;rieur en Gr&#232;ce est parmi les plus &#233;lev&#233;s d'Europe], comment se fait-il qu'elles se retournent contre l'Europe ? &#187; La raison est en fait que les jeunes g&#233;n&#233;rations ont moins de raisons que les autres de partager ce complexe de la subalternit&#233; ! Cet &#171; europ&#233;isme &#187; ambiant de la soci&#233;t&#233; grecque est rest&#233; toutefois h&#233;g&#233;monique, y compris dans les forces d'opposition aux politiques n&#233;olib&#233;rales &#8212; &#224; l'exception du Parti communiste, tr&#232;s isol&#233; et sectaire. Et cela explique pourquoi Syriza a choisi, d&#232;s le d&#233;but, de s'adapter &#224; l'europ&#233;isme et d'avoir une strat&#233;gie &#233;lectoraliste &#224; court terme plut&#244;t que d'entrer dans un travail de p&#233;dagogie qui consisterait &#224; dire : &#171; Nous ne sommes pas contre l'Europe ou l'euro par principe, mais si eux sont contre nous, et qu'ils nous emp&#234;chent d'atteindre nos objectifs, il nous faudra riposter. &#187; C'est un discours qui demandait un certain courage politique, chose dont Tsipras et la majorit&#233; de la direction de Syriza s'est r&#233;v&#233;l&#233;e &#234;tre totalement d&#233;pourvue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;f&#233;rendum n'&#233;tait donc en rien la possibilit&#233; d'une rupture mais un simple mouvement tactique afin de renforcer Tsipras dans les n&#233;gociations ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tsipras est un grand tacticien. Penser que tout ce qui s'est pass&#233; est conforme &#224; un plan pr&#233;&#233;tabli serait se tromper lourdement. C'est une gestion au jour le jour de la situation qui a pr&#233;valu, sans vision strat&#233;gique autre que celle de la recherche de l'illusoire &#171; compromis honorable &#187; dont j'ai parl&#233; auparavant. Le r&#233;f&#233;rendum a &#233;t&#233; con&#231;u, d'embl&#233;e, comme un geste tactique, comme une issue &#224; une impasse dans laquelle le gouvernement s'est trouv&#233; &#224; la fin du mois de juin, lorsque le plan Juncker a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; sous la forme d'un ultimatum. Mais, en annon&#231;ant le r&#233;f&#233;rendum, Tsipras a lib&#233;r&#233; des forces qui sont all&#233;es bien au-del&#224; de ses intentions. Il faut ici souligner le fait que l'aile droite du gouvernement et de Syriza ont tr&#232;s bien per&#231;u, elles, le potentiel conflictuel et de radicalisation que comportait objectivement la dynamique r&#233;f&#233;rendaire, et c'est pour cela qu'elles s'y sont fortement oppos&#233;es. Je vais vous livrer une anecdote. Le jour du grand rassemblement du vendredi [3 juillet], une foule immense s'&#233;tait rassembl&#233;e dans le centre-ville d'Ath&#232;nes. Tsipras est all&#233; &#224; pied de la r&#233;sidence du Premier ministre &#224; la place Syntagma, s&#233;par&#233;es par quelques centaines de m&#232;tres. C'est une sc&#232;ne de type latino-am&#233;ricaine qui s'est produite : une foule enthousiaste s'est form&#233;e derri&#232;re lui et l'a conduit en triomphateur jusqu'&#224; la mar&#233;e humaine de la place du Parlement. Quelle a &#233;t&#233; la r&#233;action de Tsipras ? Il a pris peur et a abr&#233;g&#233; les trois quarts du discours qu'il avait pr&#233;par&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous racontez qu'Euclide Tsakalotos, ministre des Finances grecques apr&#232;s la d&#233;mission de Y&#225;nis Varouf&#225;kis, pr&#233;parait son intervention devant l'Eurogroupe comme un professeur d'universit&#233; pr&#233;pare sa contribution &#224; un colloque. Ne pointez-vous pas ici un des probl&#232;mes de la gauche radicale : une parfaite analyse des ph&#233;nom&#232;nes mais une incapacit&#233; &#224; mener des rapports de force, &#224; &#233;tablir des strat&#233;gies gagnantes, &#224; jouer sur les contradictions de l'adversaire ? Est-ce d&#251; &#224; la promotion des savoirs acad&#233;miques au sein de la gauche radicale au d&#233;triment d'autres profils ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis tr&#232;s r&#233;ticent par rapport aux explications sociologistes : je ne pense pas qu'elles permettent de comprendre la situation. Dans un entretien &#224; Mediapart [1], Tsakalotos expliquait en effet que, lorsqu'il est all&#233; &#224; Bruxelles, il avait pr&#233;par&#233; ses argumentaires de fa&#231;on tr&#232;s s&#233;rieuse. Il s'attendait &#224; entendre des contre-arguments et, au lieu de cela, il s'est retrouv&#233; face &#224; un mur de technocrates r&#233;p&#233;tant des r&#232;gles et des proc&#233;dures. Il avait &#233;t&#233; choqu&#233; du faible niveau de la discussion &#8211; comme s'il s'agissait d'un colloque universitaire o&#249; le meilleur argument l'emporte. Or tout en &#233;tant moi-m&#234;me universitaire, et m&#234;me un ancien camarade de parti de Tsakalotos (nous avons milit&#233; dans le Parti eurocommuniste grec dans les ann&#233;es 1980), je n'en suis pas moins en d&#233;saccord profond avec lui. Par ailleurs, s'il y avait un reproche &#224; lui faire, c'est justement un d&#233;faut d'analyse ! La gauche, dans son ensemble, a consid&#233;rablement sous-estim&#233; la n&#233;cessit&#233; d'analyser s&#233;rieusement l'Union europ&#233;enne. Au lieu de cela, nous avons eu droit, pendant des d&#233;cennies, au recours &#224; une longue litanie de v&#339;ux pieux : &#171; l'Europe sociale &#187;, &#171; l'Europe des citoyens &#187;, &#171; faire bouger les lignes en Europe &#187;, etc. Ce genre de discours sont r&#233;p&#233;t&#233;s inlassablement depuis des d&#233;cennies alors qu'ils ont fait la preuve flagrante de leur impuissance et de leur incapacit&#233; &#224; avoir la moindre prise sur le r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re remarque &#224; propos du statut sociologique du discours europ&#233;iste : je fais partie d'un d&#233;partement d'&#201;tudes europ&#233;ennes dans une universit&#233; britannique. Je peux vous assurer que mes coll&#232;gues, qui sont du c&#244;t&#233; mainstream, qui sont donc universitaires mais qui connaissent de fa&#231;on intime la machine europ&#233;enne, ont toujours refus&#233; de prendre au s&#233;rieux la vision de Syriza. Ils n'arr&#234;taient pas d'ironiser sur les na&#239;fs qui pensaient qu'&#224; coups de n&#233;gociations et d'&#233;changes de bons arguments on arriverait &#224; rompre avec le cadre des politiques europ&#233;ennes, c'est-&#224;-dire avec l'aust&#233;rit&#233; et le n&#233;olib&#233;ralisme. Personne n'a pris ce discours au s&#233;rieux chez les gens inform&#233;s, alors, qu'&#224; l'inverse, il d&#233;clenchait une sorte d'extase parmi les cadres et bon nombre de militants des formations de la gauche radicale europ&#233;enne. Nous avons ici affaire &#224; une question de politique avec un grand &#171; P &#187;, &#224; la puissance de l'id&#233;ologie dominante et &#224; une d&#233;ficience d'analyse et de pens&#233;e strat&#233;gique, loin de toute explication r&#233;ductrice en termes de position sociologique des acteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Slavoj &#381;i&#382;ek a &#233;crit le 20 juillet que &#171; Syriza devrait exploiter, en montrant un pragmatisme impitoyable, en pratiquant le calcul le plus glacial, les f&#234;lures les plus minces de l'armure de l'adversaire. Syriza devrait instrumentaliser tous ceux qui r&#233;sistent &#224; la politique h&#233;g&#233;monique de l'Union europ&#233;enne, des conservateurs britanniques &#224; l'UKIP, le parti pour l'ind&#233;pendance du Royaume-Uni. Syriza devrait flirter effront&#233;ment avec la Russie et la Chine, elle devrait caresser l'id&#233;e de donner une &#238;le &#224; la Russie afin que celle-ci en fasse sa base militaire en M&#233;diterran&#233;e, juste pour effrayer les strat&#232;ges de l'OTAN. Paraphrasons un peu Dosto&#239;evski : maintenant que le Dieu-Union europ&#233;enne a failli, tout est permis [2]. &#187; Y souscrivez-vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ici deux questions en une. Tout d'abord, il s'agit de s'interroger sur les contradictions internes &#224; l'Union europ&#233;enne et, ensuite, de se demander que faire en dehors de ce cadre. Quant &#224; la premi&#232;re, la strat&#233;gie du gouvernement Tsipras consistait justement &#224; exploiter ses contradictions internes, r&#233;elles ou, surtout, suppos&#233;es. Ils pensaient pouvoir jouer sur l'axe Hollande-Renzi &#8211; vus comme des gouvernements plus &#171; ouverts &#187; &#224; une approche anti-aust&#233;rit&#233; &#8211;, Mario Draghi &#8211; vu &#233;galement sur une ligne divergente de l'orthodoxie rigoriste de Wolfgang Sch&#228;uble [Ministre allemand des Finances] &#8211; et, enfin, sur le facteur am&#233;ricain &#8211; per&#231;u comme pouvant faire pression sur le gouvernement allemand. Tout cela s'est r&#233;v&#233;l&#233; une illusion compl&#232;te. Bien entendu, il ne s'agit pas de nier l'existence de contradictions dans le bloc adverse : le FMI, par exemple, a une logique de fonctionnement et des priorit&#233;s en partie distinctes de celles de la Commission europ&#233;enne. Ceci dit, toutes ces forces convergent sur un point fondamental : d&#232;s qu'une menace r&#233;elle &#233;merge, et Syriza en &#233;tait une car il remettait en cause l'aust&#233;rit&#233; et le n&#233;olib&#233;ralisme, toutes ces forces ont fait bloc pour la d&#233;truire politiquement. Voyons le num&#233;ro de Fran&#231;ois Hollande. Il essaie d'endosser aupr&#232;s de l'opinion fran&#231;aise un r&#244;le soi-disant amical vis-&#224;-vis des Grecs. En r&#233;alit&#233;, il n'a &#233;t&#233; qu'un facilitateur de l'&#233;crasement du gouvernement grec par le gouvernement allemand : ces acteurs-l&#224; sont d'accord sur l'essentiel, &#224; savoir sur une strat&#233;gie de classe &#8212; les divergences ne portent que sur des nuances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire maintenant, en dehors du cadre de l'Union europ&#233;enne ? Penser pouvoir s'appuyer sur l'administration Obama est une fausse bonne id&#233;e, on l'a vu. Quant &#224; la Russie, c'&#233;tait sans doute une carte &#224; explorer. Syriza l'a tent&#233;e sans vraiment y croire ; en r&#233;alit&#233;, la diplomatie russe est tr&#232;s conservatrice. Elle ne vise pas du tout &#224; favoriser des ruptures dans le bloc europ&#233;en. La Russie, dans ses pourparlers avec Syriza, souhaitait un gouvernement dissonant quant &#224; l'attitude antirusse des Occidentaux suite &#224; l'affaire ukrainienne et aux sanctions &#233;conomiques. Mais &#224; condition de rester dans le cadre de l'Union europ&#233;enne et de l'euro ! En d&#233;pit de quelques bonnes paroles, la Russie n'a &#233;t&#233;, &#224; aucun moment, un alli&#233; du gouvernement Syriza : il me semble douteux de croire qu'elle serait dispos&#233;e &#224; faire davantage si les choses &#233;taient all&#233;es jusqu'&#224; la rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'aucuns avancent que Tsipras temporise et attend les &#233;lections g&#233;n&#233;rales espagnoles de novembre pour avoir le soutien de Pablo Iglesias &#8211; en pariant sur une victoire de Podemos. Cela vous semble-t-il cr&#233;dible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce genre de propos rel&#232;ve d'une tromperie manifeste. En signant cet accord, la Gr&#232;ce est soumise &#224; un carcan qui va bien au-del&#224; de celui impos&#233; par les m&#233;morandums pr&#233;c&#233;dents. C'est un v&#233;ritable m&#233;canisme institutionnalis&#233; de mise sous tutelle du pays et de d&#233;membrement de sa souverainet&#233;. Il ne s'agit pas simplement d'une liste &#8211; comme les na&#239;fs peuvent le croire &#8211; de mesures d'aust&#233;rit&#233; tr&#232;s dures, mais de r&#233;formes structurelles qui remod&#232;lent le c&#339;ur de l'appareil d'&#201;tat : le gouvernement grec perd en effet le contr&#244;le des principaux leviers de l'&#201;tat. L'appareil fiscal devient une institution dite &#171; ind&#233;pendante &#187; ; elle se retrouve en fait dans les mains de la Tro&#239;ka. Un conseil de politique budg&#233;taire est mis en place, qui est habilit&#233; &#224; op&#233;rer des coupes automatiques sur le budget si le moindre &#233;cart est signal&#233; par rapport aux objectifs en mati&#232;re d'exc&#233;dents, fix&#233;s par les m&#233;morandums. L'agence des statistiques devient elle aussi &#171; ind&#233;pendante &#187; ; en r&#233;alit&#233;, elle devient un appareil de surveillance en temps r&#233;el des politiques publiques directement contr&#244;l&#233; par la Tro&#239;ka. La totalit&#233; des biens publics consid&#233;r&#233;s comme privatisables sont plac&#233;s sous le contr&#244;le d'un organisme pilot&#233; par la Tro&#239;ka.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Priv&#233; de tout contr&#244;le de sa politique budg&#233;taire et mon&#233;taire, le gouvernement grec, quelle que soit sa couleur, est d&#233;sormais d&#233;poss&#233;d&#233; de tout moyen d'agir. La seule chose qui reste sous contr&#244;le de l'&#201;tat grec est l'appareil r&#233;pressif. Et on voit bien qu'il commence &#224; &#234;tre utilis&#233; comme avant, c'est-&#224;-dire pour r&#233;primer des mobilisations sociales. Les gaz lacrymog&#232;nes d&#233;vers&#233;s sur la place Syntagma du 15 juillet, suivis d'arrestations de militants, de passages &#224; tabac et maintenant de proc&#232;s devant les tribunaux de syndicalistes, ne sont qu'un avant-go&#251;t de ce qui nous attend lorsque la situation sociale se durcira, lorsque les saisies des r&#233;sidences principales se multiplieront, lorsque les retrait&#233;s subiront de nouvelles coupes dans leur retraite, lorsque les salari&#233;s seront d&#233;poss&#233;d&#233;s du peu de droits qu'ils leur restent. Le maintien du tr&#232;s autoritaire Yannis Panoussis comme ministre responsable de l'ordre public, et qui se voit &#233;galement confier le portefeuille de l'immigration, est un signal clair du tournant r&#233;pressif qui s'annonce. Ceux qui &#233;voquent donc une strat&#233;gie de &#171; gain de temps &#187; ne provoquent chez moi qu'un m&#233;lange de d&#233;go&#251;t et de r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous analysez les r&#233;sultats du r&#233;f&#233;rendum du 5 juillet comme un vote de classe. Pensez-vous, comme Fr&#233;d&#233;ric Lordon en France, que l'Union europ&#233;enne et l'euro sont l'opportunit&#233; historique donn&#233;e &#224; la gauche radicale de reconstruire une fronti&#232;re de classe dans nos soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes ? Faut-il, d'apr&#232;s vous, profiter des &#233;lans d'une sorte de &#171; patriotisme &#233;mancipateur &#187; (&#171; D&#233;fendre les Grecs contre la Tro&#239;ka &#187;, dit-on) &#8211; pour constituer des identit&#233;s politiques &#171; nationales-populaires &#187; (Gramsci), comme en Am&#233;rique latine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me situe, de par ma formation intellectuelle au sein du marxisme, &#224; la convergence de ces deux dimensions : associer la dimension de classe et la dimension nationale-populaire. Cela me para&#238;t d'autant plus pertinent dans le cadre des pays domin&#233;s comme la Gr&#232;ce. Disons-le sans ambages : l'Union europ&#233;enne est une construction imp&#233;rialiste &#8211; par rapport, certes, au reste du monde, mais aussi en interne, au sens o&#249; elle reproduit des rapports de domination imp&#233;riale en son sein. On peut distinguer au moins deux p&#233;riph&#233;ries : la p&#233;riph&#233;rie Est (les anciens pays socialistes), qui sert de r&#233;servoir de main-d'&#339;uvre bon march&#233;, et la p&#233;riph&#233;rie Sud (c'est un sud g&#233;opolitique, et non g&#233;ographique, qui inclut l'Irlande). Ces pays sont soumis &#224; des r&#233;gimes de souverainet&#233; limit&#233;e de plus en plus institutionnalis&#233;s via la m&#233;canique des m&#233;morandums. Quant &#224; la force du vote &#171; non &#187; au r&#233;f&#233;rendum, elle vient de l'articulation de trois param&#232;tres : la dimension de classe, la dimension g&#233;n&#233;rationnelle et la dimension nationale-populaire. Cette derni&#232;re explique pourquoi le &#171; non &#187; l'a emport&#233; m&#234;me dans les d&#233;partements de tradition conservatrice. Je pense que pour devenir h&#233;g&#233;monique, la gauche a besoin de tenir les deux bouts. D'abord, une identit&#233; de classe adapt&#233;e &#224; l'&#232;re du n&#233;olib&#233;ralisme, du capitalisme financier et des nouvelles contradictions qui en r&#233;sultent &#8212; la question de la dette et des banques est un mode essentiel (mais non unique) sur lequel repose aujourd'hui l'antagonisme entre Travail et Capital. Par ailleurs, ces forces de classe doivent prendre la direction d'un bloc social plus large, capable d'orienter la formation sociale dans une nouvelle voie. Il devient ainsi bloc historique qui &#171; se fait Nation &#187; , autrement dit, qui assume une h&#233;g&#233;monie nationale-populaire. Antonio Gramsci a beaucoup travaill&#233; l&#224;-dessus, oui : articuler la dimension de classe et nationale-populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'une question complexe, qui se pose diff&#233;remment selon chaque histoire nationale. En France, ou dans les nations anciennement coloniales et imp&#233;rialistes, la notion nationale-populaire ne se pose pas de la m&#234;me fa&#231;on qu'en Gr&#232;ce ; comme elle ne se pose de la m&#234;me fa&#231;on en Gr&#232;ce qu'en Tunisie, ou dans un pays asiatique ou latino-am&#233;ricain. L'enjeu est d'analyser les contradictions propres des formations sociales. Ceci &#233;tant dit, la force de Syriza, et plus largement de la gauche radicale grecque (qui a un enracinement profond dans l'histoire contemporaine du pays et dans les luttes pour la lib&#233;ration nationale), est qu'elle combine la dimension de classe et la dimension nationale-populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sc&#233;nario grec a permis de dessiller les yeux des d&#233;fenseurs de l'&#171; autre Europe &#187;. N'est-ce pas l&#224; le grand succ&#232;s de Syriza : avoir r&#233;v&#233;l&#233; en quelques semaines la nature anti-d&#233;mocratique des institutions europ&#233;ennes ? Par exemple, le dernier vote au Parlement grec a donn&#233; &#224; voir un spectacle ahurissant : des d&#233;put&#233;s qui doivent se prononcer sur un texte de 977 pages, re&#231;u 24 heures plus t&#244;t&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien que les d&#233;faites servent &#224; quelque chose ! Malheureusement, ce que je vois dominer, m&#234;me maintenant, dans la gauche radicale, ce sont des r&#233;flexes d'auto-justification : malgr&#233; tout, il faut trouver des excuses &#224; ce que fait Tsipras, tourner autour du pot, laisser croire qu'il ne s'agit que d'un mauvais moment &#224; passer, etc. J'esp&#232;re que ce n'est qu'un m&#233;canisme psychologique transitoire face &#224; l'&#233;tendue du d&#233;sastre et que nous aurons rapidement le courage de regarder la r&#233;alit&#233; en face, le courage de r&#233;fl&#233;chir sur les raisons de ce d&#233;sastre. Je ne sais pas, pour ma part, ce qu'il faut de plus comme d&#233;monstration &#233;clatante de l'inanit&#233; de la position selon laquelle on peut rompre avec le n&#233;olib&#233;ralisme dans le cadre des institutions europ&#233;ennes ! L'un des aspects les plus choquants des d&#233;veloppements qui font suite &#224; la signature de l'accord est qu'on est revenu exactement &#224; la situation de 2010-2012, en mati&#232;re de d&#233;mocratie, ou plut&#244;t de sa n&#233;gation ! &#192; savoir que m&#234;me les proc&#233;dures formelles de la d&#233;mocratie parlementaire &#8211; on voit d'ailleurs qu'elles ne sont pas que formelles au regard des efforts d&#233;ploy&#233;s pour les supprimer &#8211; ne sont pas respect&#233;es. Les d&#233;put&#233;s n'ont eu que quelques heures pour prendre connaissance de pav&#233;s monstrueux qui changent de fond en comble le code de proc&#233;dure civile : 800 pages, qui faciliteront la saisie des maisons ou renforcent la position juridique des banques en cas de litige avec des emprunteurs. En outre, on trouve dans ce m&#234;me projet de loi la transposition d'une directive europ&#233;enne sur l'int&#233;gration au syst&#232;me bancaire europ&#233;en, qui permet, en cas de faillite des banques, de pratiquer ce qu'on appelle un &#171; bail-in &#187;, c'est-&#224;-dire un pr&#233;l&#232;vement sur les d&#233;p&#244;ts bancaires pour renflouer les banques. Le cas chypriote se g&#233;n&#233;ralise &#224; l'&#233;chelle de l'Europe. Tout cela a &#233;t&#233; vot&#233; le 22 juillet par les m&#234;mes proc&#233;dures d'urgence que Syriza n'avait cess&#233; de d&#233;noncer durant toutes ces ann&#233;es, et qu'il est d&#233;sormais oblig&#233; d'accepter puisqu'il a capitul&#233; devant les cr&#233;anciers. Le mot &#171; capituler &#187; est sans doute faible. J'ai vraiment des r&#233;actions de honte quand je vois un parti dont je suis toujours membre &#234;tre au gouvernement et se livrer &#224; ce type de pratiques, qui tournent en d&#233;rision les notions les plus &#233;l&#233;mentaires du fonctionnement d&#233;mocratique des institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le vote par le Parlement grec de l'accord d'aust&#233;rit&#233; et desdites &#171; r&#233;formes structurelles &#187;, comment se red&#233;finit l'&#233;chiquier politique grec ? Va-t-on vers une scission de Syriza ou, du moins, une recomposition des forces de gauche radicale ? D'autant que les gr&#232;ves repartent et la place Syntagma se remplit de nouveau...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recomposition est certaine et elle sera de grande ampleur. Il est peut-&#234;tre trop t&#244;t pour en avoir les contours exacts mais j'aimerais insister sur deux &#233;l&#233;ments. Le premier est la situation interne de Syriza. Il faut bien comprendre que les choix du gouvernement Tsipras n'ont pas de l&#233;gitimit&#233; au sein du parti. La majorit&#233; des membres du Comit&#233; central a sign&#233; un texte commun, dans lequel l'accord est rejet&#233; et consid&#233;r&#233; comme le produit d'un coup d'&#201;tat contre le gouvernement grec. Une convocation imm&#233;diate du comit&#233; central est exig&#233;e &#8212; et elle s'est heurt&#233;e &#224; une fin de non-recevoir de Tsipras, pr&#233;sident du parti &#233;lu, lui-aussi, directement par le Congr&#232;s. La quasi-totalit&#233; des f&#233;d&#233;rations du parti et des sections locales votent des motions dans le m&#234;me sens. On est devant une situation de blocage. Du c&#244;t&#233; des proches de Tsipras, le ton devient extr&#234;mement agressif envers ceux qui sont en d&#233;saccord avec les choix qui ont &#233;t&#233; faits. Il est tr&#232;s choquant de voir que certains membres du parti reprennent mot pour mot les arguments propag&#233;s par les m&#233;dias, jusqu'aux calomnies qui pr&#233;sentent les d&#233;fenseurs de plans alternatifs, comme Varouf&#225;kis ou Lafazanis, comme des putschistes, des comploteurs de la drachme, des align&#233;s sur le Grexit, fa&#231;on Sch&#228;uble. Nous avons donc peu de raisons d'&#234;tre optimistes quant &#224; l'&#233;volution de la situation interne de de Syriza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'essentiel est ailleurs. La gauche de Syriza, dans ses diverses expressions (m&#234;me si la Plateforme de gauche en constitue l'&#233;pine dorsale), se fixe &#224; pr&#233;sent comme objectif la traduction et la repr&#233;sentation politique du peuple du &#171; non &#187; aux m&#233;morandums et &#224; l'aust&#233;rit&#233;. La situation nouvelle cr&#233;&#233;e est que le bloc social, avec ses trois dimensions &#8211; de classe, de g&#233;n&#233;ration et national-populaire &#8211;, se retrouve d&#233;sormais orphelin de repr&#233;sentation politique. C'est &#224; cette construction politique qu'il faut maintenant s'atteler. Il s'agit de rassembler, de fa&#231;on tr&#232;s large, des forces politiques &#224; l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur de Syriza. Les premiers signes qui nous parviennent sont positifs. Mais il est vital d'impliquer &#233;galement dans ce nouveau projet des acteurs non strictement politiques, qui ont men&#233; la bataille du &#171; non &#187; par en-bas, dans le mouvement social. C'est absolument extraordinaire : les initiatives, que ce soit sur les lieux de travail ou dans les quartiers, ont litt&#233;ralement fus&#233; en l'espace de quelques jours ; d'autres se sont cr&#233;&#233;es dans la foul&#233;e du r&#233;f&#233;rendum ou se constituent actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image que v&#233;hiculent les m&#233;dias, selon laquelle &#171; en Gr&#232;ce, tout le monde est soulag&#233;, Tsipras est tr&#232;s populaire &#187;, est tr&#232;s loin de la r&#233;alit&#233;. Il y a un tr&#232;s grand d&#233;sarroi, de la confusion, une difficult&#233; &#224; admettre ce qui s'est pass&#233;. Un ami a utilis&#233; le terme de &#171; choc post-traumatique &#187;. Cela signifie qu'une partie de l'&#233;lectorat du &#171; non &#187; est dans un tel d&#233;sarroi qu'elle ne sait plus sur quel pied danser et se dit qu'il n'y avait peut-&#234;tre pas d'autre choix possible. Mais nombreux sont ceux, surtout parmi les secteurs sociaux les plus massivement engag&#233;s dans le &#171; non &#187; &#8211; &#224; savoir les jeunes et les milieux populaires &#8211;, qui sont r&#233;volt&#233;s et disponibles pour participer ou soutenir un projet alternatif. La Plateforme de gauche tient son premier meeting public au grand air &#224; Ath&#232;nes, lundi prochain [27 juillet &#8212; aujourd'hui]. Le titre de cette manifestation sera : &#171; Le non n'est pas vaincu. Nous continuons. &#187; Il faut construire de fa&#231;on nouvelle la voix du &#171; non &#187; de classe, d&#233;mocratique et anti-Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la strat&#233;gie qu'aurait d&#251; entreprendre la gauche radicale fran&#231;aise suite &#224; la victoire du &#171; non &#187; au r&#233;f&#233;rendum sur le Trait&#233; Constitutionnel Europ&#233;en en 2005, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exactement. Et au lieu de &#231;a, elle a r&#233;gress&#233; et s'est emp&#234;tr&#233;e dans des luttes de boutique internes. Au lieu de pousser la critique de l'UE plus loin, &#224; partir de l'acquis de la campagne du &#171; non &#187;, elle est revenue en arri&#232;re et n'a cess&#233; de rab&#226;cher la litanie de &#171; l'Europe sociale &#187; et de la r&#233;forme des institutions europ&#233;ennes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet d'une plateforme commune des gauches radicales sud-europ&#233;ennes, afin d'&#233;tablir un programme concert&#233; de sortie de l'euro, est-il envisageable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 35 ans, j'essaie d'&#234;tre un militant communiste. Ce qui m'int&#233;resse est une strat&#233;gie anticapitaliste pour ici et maintenant, dans un pays europ&#233;en et dans la conjoncture o&#249; nous vivons. Et je consid&#232;re effectivement que cela serait la m&#233;diation n&#233;cessaire afin d'&#233;tablir une strat&#233;gie anticapitaliste effective, non pas bas&#233;e sur un propagandisme abstrait ou sur des vell&#233;it&#233;s de r&#233;p&#233;tition des sch&#233;mas anciens dont on sait pertinemment qu'ils ne sont plus valides, mais sur les contradictions actuelles ; une strat&#233;gie qui tire les le&#231;ons des exp&#233;riences politiques r&#233;centes, des luttes, des mouvements sociaux et qui essaie d'avancer dans ce sens, en posant la question du pouvoir et de la strat&#233;gie politique. Ce n'est donc pas simplement un projet pr&#233;tendument &#171; anti-europ&#233;en &#187;, ce n'est d'ailleurs pas un projet limit&#233; &#224; l'Europe du Sud, mais un projet authentiquement internationaliste &#8212; qui suppose en effet des formes de coordination plus avanc&#233;es des forces d'opposition au syst&#232;me. Ce qu'il faut, c'est une nouvelle gauche anticapitaliste. Et l'une des conditions, non pas suffisante mais n&#233;cessaire pour y parvenir, est d'ouvrir un front r&#233;solu contre notre adversaire actuel, c'est-&#224;-dire l'Union europ&#233;enne et tout ce qu'elle repr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans vos interviews, &#233;crits et articles, vous avez pris l'habitude d'&#233;crire syst&#233;matiquement entre guillemets &#171; la gauche de la gauche &#187; ou &#171; la gauche radicale &#187;. Cette incapacit&#233; &#224; se d&#233;finir clairement &#8211; sans ambages ni guillemets &#8211; marque-t-elle le signe que les identit&#233;s politiques h&#233;rit&#233;es du XXe si&#232;cle sont, pour partie, devenues obsol&#232;tes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme de &#171; gauche radicale &#187; est sans doute utile car il correspond &#224; cette situation mouvante. On est dans un entre-deux et les formulations souples sont n&#233;cessaires, ou du moins in&#233;vitables, pour permettre aux processus de se d&#233;ployer de fa&#231;on nouvelle, en rupture avec des sch&#233;mas pr&#233;&#233;tablis. Ce qui caract&#233;rise Syriza sont ses racines tr&#232;s profondes dans le mouvement communiste et la gauche r&#233;volutionnaire grecque. En d'autres termes, Syriza est issu de la recomposition de mouvements dont le but commun &#233;tait la remise en cause, non pas seulement des politiques d'aust&#233;rit&#233; ou n&#233;olib&#233;rales, mais du capitalisme lui-m&#234;me. Il y a donc d'un c&#244;t&#233; un aspect de radicalit&#233; r&#233;elle, mais de l'autre, on a vu que la strat&#233;gie choisie &#233;tait profond&#233;ment inad&#233;quate et renvoyait &#224; des faiblesses de fond et, par l&#224; m&#234;me, &#224; des contradictions dans la constitution de Syriza, qui n'a pas r&#233;sist&#233; &#224; cette &#233;preuve terrible du pouvoir gouvernemental. La contradiction a ainsi fini par &#233;clater. Il s'agit &#224; pr&#233;sent d'assumer ce fait et de passer &#224; une &#233;tape suivante pour que cette exp&#233;rience ch&#232;rement acquise par le peuple grec et les forces de la gauche de combat servent au moins &#224; ouvrir une perspective d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KOUVELAKIS Stathis , Ballast&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Entretien accessible en ligne sur &lt;a href=&#034;http://fischer02003.over-blog.com/2015/04/interview-d-euclide-tsakalotos.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://fischer02003.over-blog.com/2015/04/interview-d-euclide-tsakalotos.html&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] &#171; Le courage du d&#233;sespoir &#187;} accessible en ligne sur &lt;a href=&#034;http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20150720.OBS2830/exclusif-le-courage-du-desespoir-par-slavoj-i-ek.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20150720.OBS2830/exclusif-le-courage-du-desespoir-par-slavoj-i-ek.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Entretien in&#233;dit pour le site de Ballast :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.revue-ballast.fr/stathis-kouvelakis/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.revue-ballast.fr/stathis-kouvelakis/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une cenne la tonne !</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Une-cenne-la-tonne</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Une-cenne-la-tonne</guid>
		<dc:date>2015-08-03T19:34:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>G&#233;rard Montpetit</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Environnement</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte contre les &#233;nergies fossiles</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-06-30</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans un blogue, M. Michel Kelly-Gagnon, pr&#233;sident de l'Institut &#233;conomique de Montr&#233;al, affirme que &#171; pour cro&#238;tre &#224; nouveau, l'industrie des ressources doit &#234;tre libre d'agir... &#187; . Et, sans les nommer, il fait un parall&#232;le entre les politiques du gouvernement Notley de l'Alberta et celles du gouvernement Marois qui, selon lui, ont fait fuir la prosp&#233;rit&#233;. Il nous dit qu'&#171; en ce moment, &#231;a va mal... &#187;. Et il ajoute : &#171; Il serait donc avis&#233;, d'un point de vue de politiques publiques, de ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Opinions-" rel="directory"&gt;Opinions&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Environnement-187-+" rel="tag"&gt;Environnement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Lutte-contre-les-energies-fossiles-+" rel="tag"&gt;Lutte contre les &#233;nergies fossiles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-06-30-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-06-30&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans un blogue, M. Michel Kelly-Gagnon, pr&#233;sident de l'Institut &#233;conomique de Montr&#233;al, affirme que &#171; pour cro&#238;tre &#224; nouveau, l'industrie des ressources doit &#234;tre libre d'agir... &#187; . Et, sans les nommer, il fait un parall&#232;le entre les politiques du gouvernement Notley de l'Alberta et celles du gouvernement Marois qui, selon lui, ont fait fuir la prosp&#233;rit&#233;. Il nous dit qu'&#171; en ce moment, &#231;a va mal... &#187;. Et il ajoute : &#171; Il serait donc avis&#233;, d'un point de vue de politiques publiques, de ne pas aggraver le probl&#232;me avec, en plus, l'ajout de taxes et de r&#233;glementations nuisibles &#224; l'industrie. &#187; Est-ce qu'il se pourrait que Monsieur Kelly-Gagnon propose une solution &#224; peine digne du 19e si&#232;cle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur est membre du CCCPEM, La Pr&#233;sentation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au cinqui&#232;me paragraphe, il affirme que &#171; les p&#233;troli&#232;res sont loin d'&#234;tre largement subventionn&#233;es... &#187;. Pour preuve, il cite un texte de M. Chiassin, un recherchiste de l'I&#201;DM qui est tellement d&#233;connect&#233; de la r&#233;alit&#233; qu'il ignore qu'il n'y a jamais eu de moratoire l&#233;gal au sujet des gaz de schiste dans les basses terres du Saint-Laurent. Pourtant le FMI (Fonds mon&#233;taire international) affirme que les subventions pour les &#233;nergies fossiles atteignent 10 millions de dollars par minute et qu'elles drainent 5300 milliards $ en fonds publics au niveau mondial. Entre le FMI ou l'I&#201;DM, lequel est le plus cr&#233;dible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux que r&#234;ver &#224; ce que ces subventions pourraient g&#233;n&#233;rer comme richesse et comme emplois si elles &#233;taient investies dans les &#233;nergies vertes. Au lieu de &#231;a, M. Kelly-Gagnon propose une politique de &#171; laisser-faire &#187; &#233;conomique extr&#234;me : ce que l'extr&#234;me-droite am&#233;ricaine appelle le &#171; trickle down theory &#187;. Selon cette th&#233;orie, si le 1 % des extr&#234;mement riches a beaucoup, beaucoup d'argent, il y aura quelques miettes qui se rendront jusqu'au bas-peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi bien pour le Plan nord qu&#233;b&#233;cois que pour le p&#233;trole albertain, M. Kelly-Gagnon croit qu'avec &#171; un environnement normal, elle [l'industrie extractive] saura rebondir &#187;. Est-ce que cela veut dire qu'il faut avoir un taux de redevances ridiculement bas, que le gouvernement doive payer les routes et les autres infrastructures ? Ou comme l'affirme le rapport du V&#233;rificateur g&#233;n&#233;ral, que le contribuable moyen doit payer le milliard et demi de dollars pour d&#233;contaminer les sites miniers orphelins ? Avec ce genre d'environnement &#233;conomique douillet, n'importe quelle industrie peut g&#233;n&#233;rer des profits ! Mais y a-t-il un b&#233;n&#233;fice pour les Qu&#233;b&#233;cois, les Albertains ou les Canadiens ? Un climat propice pour l'industrie, d'accord ; mais il faut que ce soit &#233;galement gagnant-gagnant pour notre soci&#233;t&#233;. La th&#232;se de M. Kelly-Gagnon, en fait, appara&#238;t plut&#244;t mitig&#233;e suite &#224; un r&#233;cent article qui affirme que le Qu&#233;bec a plut&#244;t perdu 1,4 milliard de dollars en douze ans dans l'exploration mini&#232;re et g&#233;n&#233;r&#233; &#224; peine 4 % environ sur les 44 milliards de dollars de valeur brute des minerais extraits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les ann&#233;es cinquante, durant la grande noirceur, on a s&#233;v&#232;rement bl&#226;m&#233; Duplessis pour avoir vendu notre minerai de fer &#224; &#171; une cenne la tonne &#187; ! Mais, au moins, il exigeait que les compagnies mini&#232;res paient pour les infrastructures. Contrairement &#224; M. Kelly-Gagnon, &#224; M. Chiassin et &#224; l'I&#201;DM, je n'ai pas la pr&#233;tention d'&#234;tre un &#233;conomiste. Tout ce que j'ai, c'est mon intelligence et mon gros bon sens ! Vendre &#224; rabais une mati&#232;re premi&#232;re non-renouvelable sans transformation secondaire et tertiaire, c'est une vieille id&#233;e du XIXe si&#232;cle. &#199;a cr&#233;e tr&#232;s peu d'emplois. Et &#231;a laisse toutes les &#233;conomies qui tol&#232;rent ces id&#233;es r&#233;trogrades &#224; la merci des fluctuations des march&#233;s mondiaux. Dans un article intitul&#233; &#171; Le pari perdu &#187; paru r&#233;cemment dans Le Devoir, on nous dit que le gouvernement Harper paie aujourd'hui le prix de son obsession p&#233;troli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les industries extractives sont incapables de fonctionner sans des milliards en subventions - en plus d'obtenir la ressource au prix du XIXe si&#232;cle (serait-ce le prix &#233;tabli lorsque la loi des mines a &#233;t&#233; promulgu&#233;e en 1881 ?) et de refiler la facture de leurs contaminations &#224; nos gouvernements - , ces dinosaures &#233;conomiquement inadapt&#233;s ne m&#233;ritent pas de survivre. Je rappellerai au pr&#233;sident de l'I&#201;DM que Darwin appelle &#231;a &#171; Survival of the fittest &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Discours de Zo&#233; Konstantopoulou pr&#233;sidente du parlement Grec : &#034;Prot&#233;ger, comme notre conscience nous y oblige, les causes justes et les droits sacr&#233;s, inviolables et non n&#233;gociables de notre peuple et de notre soci&#233;t&#233;.&#034;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Discours-de-Zoe-Konstantopoulou-presidente-du-parlement-Grec-Proteger-comme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Discours-de-Zoe-Konstantopoulou-presidente-du-parlement-Grec-Proteger-comme</guid>
		<dc:date>2015-07-25T15:29:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Zoe Konstantopoulou</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec le peuple grec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-06-30</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Mesdames et messieurs, chers coll&#232;gues, En de pareils instants, nous devons agir et parler avec sinc&#233;rit&#233; institutionnelle et courage politique. Nous devons assumer chacune et chacun la responsabilit&#233; qui nous revient. &lt;br class='autobr' /&gt; Prot&#233;ger, comme notre conscience nous y oblige, les causes justes et les droits sacr&#233;s, inviolables et non n&#233;gociables de notre peuple et de notre soci&#233;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sauvegarder l'h&#233;ritage de ceux qui ont donn&#233; leur vie et leur libert&#233; pour que nous vivions aujourd'hui libres. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Grece-+" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Solidarite-avec-la-Grece-+" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Solidarite-avec-le-peuple-grec-+" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; avec le peuple grec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-06-30-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-06-30&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH87/arton22825-66218.png?1679028256' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mesdames et messieurs, chers coll&#232;gues, En de pareils instants, nous devons agir et parler avec sinc&#233;rit&#233; institutionnelle et courage politique. Nous devons assumer chacune et chacun la responsabilit&#233; qui nous revient.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Prot&#233;ger, comme notre conscience nous y oblige, les causes justes et les droits sacr&#233;s, inviolables et non n&#233;gociables de notre peuple et de notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauvegarder l'h&#233;ritage de ceux qui ont donn&#233; leur vie et leur libert&#233; pour que nous vivions aujourd'hui libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;server l'h&#233;ritage des nouvelles g&#233;n&#233;rations et celles &#224; venir ainsi que la civilisation humaine, de m&#234;me que ces valeurs inali&#233;nables qui caract&#233;risent et donnent un sens &#224; notre existence individuelle et collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fa&#231;on dont chacun choisit de d&#233;cider et d'agir peut varier, mais personne n'a le droit de se moquer, de d&#233;grader, de d&#233;nigrer ou d'utiliser &#224; une fin politique les d&#233;cisions qui sont issues d'un processus et d'une &#233;preuve qui touchent au c&#339;ur de notre existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous toutes et tous sommes et serons jug&#233;s au regard de notre attitude et de nos d&#233;cisions, de nos oui et de nos non, de nos actes et de nos omissions, de notre coh&#233;rence, de nos r&#233;sistances, de notre abn&#233;gation et de notre d&#233;sint&#233;ressement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis cinq mois, le Gouvernement, qui a comme tronc la Gauche et comme noyau les forces anti-m&#233;morandum, livre un combat in&#233;gal dans des conditions d'asphyxie et de chantage contre une Europe qui a trahi les objectifs inscrits dans ses statuts, &#224; savoir le bien-&#234;tre des peuples et des soci&#233;t&#233;s, une Europe qui utilise la monnaie commune, l'euro, non pas comme moyen d'atteindre le bien-&#234;tre social, mais comme levier et instrument d'assujettissement et d'humiliation des peuples et des gouvernements rebelles, une Europe qui est en train de se transformer en une prison cauchemardesque pour ses peuples alors qu'elle a &#233;t&#233; construite pour &#234;tre leur maison hospitali&#232;re commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple grec a confi&#233; &#224; ce Gouvernement la grande cause de sa lib&#233;ration des cha&#238;nes du m&#233;morandum, de l'&#233;tau de la mise sous tutelle et de la mise sous surveillance qui a &#233;t&#233; impos&#233;e &#224; la soci&#233;t&#233; sous le pr&#233;texte de la dette, une dette ill&#233;gale, ill&#233;gitime, odieuse et insoutenable, dont la nature, comme l'ont d&#233;montr&#233; les conclusions pr&#233;liminaires de la Commission pour la V&#233;rit&#233; de la Dette Publique, &#233;tait d&#233;j&#224; connue par les cr&#233;anciers depuis 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une dette qui n'a pas surgi comme un ph&#233;nom&#232;ne m&#233;t&#233;orologique, mais qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par les gouvernements pr&#233;c&#233;dents avec des contrats entach&#233;s de corruption, avec des commissions, des pots-de-vin, des clauses l&#233;onines et des taux d'int&#233;r&#234;t astronomiques dont ont tir&#233; b&#233;n&#233;fice des banques et des compagnies &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une dette que la Tro&#239;ka, en accord avec les pr&#233;c&#233;dents gouvernements, a transform&#233; frauduleusement de dette priv&#233;e en dette publique, sauvant ainsi les banques fran&#231;aises et allemandes mais aussi les banques priv&#233;es grecques, condamnant le peuple grec &#224; vivre dans des conditions de crise humanitaire, et en mobilisant et r&#233;tribuant pour ce faire les organes de la corruption m&#233;diatique charg&#233;s de terroriser et tromper les citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dette, que ni le peuple ni le gouvernement actuel n'ont ni cr&#233;&#233; et gonfl&#233;, est utilis&#233;e depuis cinq ans comme instrument d'asservissement du peuple par des forces qui agissent &#224; l'int&#233;rieur de l'Europe dans le cadre d'un totalitarisme &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#233;pris de la morale et du droit, l'Allemagne n'a pas acquitt&#233; jusqu'&#224; aujourd'hui ses dettes &#224; la petite Gr&#232;ce r&#233;sistante dont l'histoire reconna&#238;t l'attitude h&#233;ro&#239;que. Des dettes qui d&#233;passent la dette publique grecque et repr&#233;sentent un montant de 340 milliards d'euros selon les calculs mod&#233;r&#233;s de la Commission de la Cour des Comptes qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par le gouvernement pr&#233;c&#233;dent, quand la pr&#233;tendue dette publique grecque a &#233;t&#233; chiffr&#233;e &#224; 325 milliards d'euros. L'Allemagne a b&#233;n&#233;fici&#233; du plus grand effacement de dette apr&#232;s la Seconde Guerre Mondiale afin qu'elle se remette sur pied, avec le concours g&#233;n&#233;reux de la Gr&#232;ce. Or, c'est cette m&#234;me Allemagne qui a accord&#233; sa protection &#224; des responsables d'entreprises coupables d'actes de corruption avec les pr&#233;c&#233;dents gouvernements et leurs partis politiques, comme Siemens, et elle les a prot&#233;g&#233;s en les soustrayant &#224; la justice grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, l'Allemagne se comporte comme si l'Histoire et le peuple grec avaient des dettes envers elle, comme si elle voulait prendre sa revanche historique pour ses atrocit&#233;s, en appliquant et en imposant une politique qui constitue un crime non seulement envers le peuple grec, mais aussi un crime contre l'humanit&#233;, au sens p&#233;nal du terme car il s'agit ici d'une agression syst&#233;matique et de grande envergure a contre une population avec l'objectif bien pr&#233;m&#233;dit&#233; de produire sa destruction partielle ou totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et malheureusement, alors qu'ils devraient se montrer &#224; la hauteur de leurs responsabilit&#233;s et du moment historique, des gouvernements et des institutions se rendent complices de cette agression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesdames et messieurs, chers coll&#232;gues,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soumettre le peuple et le gouvernement &#224; des conditions d'asphyxie et &#224; la menace d'une violente faillite, par la cr&#233;ation artificielle et pr&#233;m&#233;dit&#233;e des conditions d'une catastrophe humanitaire, constitue une violation directe de toutes les conventions internationales qui prot&#232;gent les droits de l'Homme, de la Charte de l'ONU, des Conventions Europ&#233;ennes, mais aussi des Statuts m&#234;mes de la Cour P&#233;nale Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chantage n'est pas une fatalit&#233;. Et la cr&#233;ation et la mise en place de conditions dont le but est de supprimer le libre arbitre, ne permet &#224; personne de parler de libert&#233; de &#171; choix &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cr&#233;anciers font du chantage sur le gouvernement. Ils agissent frauduleusement alors qu'ils savaient depuis 2010 que la dette n'&#233;tait pas soutenable. Ils agissent consciemment, puisqu'ils reconnaissent dans leurs d&#233;clarations la n&#233;cessit&#233; de l'octroi d'une aide humanitaire &#224; la Gr&#232;ce. Une aide humanitaire pour quelle raison ? Pour une catastrophe naturelle impr&#233;vue et inattendue ? Un s&#233;isme impr&#233;vu, une inondation, un incendie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Une aide humanitaire qui est la cons&#233;quence de leur choix conscient et calcul&#233; de priver le peuple de ses moyens de subsistance, en fermant le robinet des liquidit&#233;s, en repr&#233;sailles &#224; la d&#233;cision d&#233;mocratique du Gouvernement et du Parlement d'organiser un r&#233;f&#233;rendum et donner la parole au peuple pour qu'il d&#233;cide lui-m&#234;me de son avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple grec a honor&#233; le Gouvernement qui lui a fait confiance ainsi que le Parlement qui lui a donn&#233; le droit de prendre sa vie et son destin entre ses mains. Il a dit un NON courageux et fier,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NON aux chantages,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NON aux ultimatums,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NON aux memoranda de l'assujettissement,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NON au paiement d'une dette qu'il n'a pas cr&#233;&#233; et dont il n'est pas responsable,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NON &#224; des nouvelles mesures de mis&#232;re et de soumission,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce NON, les cr&#233;anciers persistent obstin&#233;ment &#224; vouloir le transformer en OUI, avec la complicit&#233; perfide de ceux qui sont responsables de ces memoranda et qui en ont tir&#233; profit, ceux qui ont cr&#233;&#233; la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce NON du peuple nous d&#233;passe toutes et tous et nous oblige &#224; d&#233;fendre son droit &#224; lutter pour sa vie, lutter pour ne pas vivre une vie &#224; moiti&#233; ou une vie servile, pour &#234;tre fier de tout ce qu'il va laisser &#224; ses successeurs et &#224; l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Gouvernement est aujourd'hui objet d'un chantage afin de lui faire accepter tout ce qu'il ne veut pas, qui n'&#233;mane pas de lui et qu'il combat. Le Premier Ministre a parl&#233; avec sinc&#233;rit&#233;, courage, franchise et d&#233;sint&#233;ressement. Il est le plus jeune Premier Ministre et il est aussi celui qui a lutt&#233; comme aucun de ses pr&#233;d&#233;cesseurs pour les droits d&#233;mocratiques et sociaux du peuple et des nouvelles g&#233;n&#233;rations, qui a repr&#233;sent&#233; et repr&#233;sente notre g&#233;n&#233;ration et lui donne espoir. Je l'honore et je continuerai toujours de l'honorer pour son attitude et ses choix. Et en m&#234;me temps, je consid&#232;re de ma responsabilit&#233; institutionnelle, en tant que Pr&#233;sidente du Parlement, de ne pas fermer les yeux et feindre ne pas comprendre le chantage. Jamais je ne pourrai voter et l&#233;gitimer le contenu de l'accord et je crois que la m&#234;me chose vaut et vaudra pour le Premier Ministre, qui est aujourd'hui l'objet d'un chantage utilisant l'arme de la survie de ce peuple. Je crois que la m&#234;me chose vaut pour le Gouvernement et les groupes parlementaires qui le soutiennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma responsabilit&#233; envers l'histoire dans cette institution, je l'assume en r&#233;pondant &#171; pr&#233;sente &#187; au d&#233;bat et au vote d'aujourd'hui. Je consid&#232;re ainsi que je suis plus utile au peuple, au Gouvernement et au Premier Ministre, aux g&#233;n&#233;rations futures et aux soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes, en exposant au grand jour les v&#233;ritables conditions dans lesquelles le parlement est appel&#233; &#224; prendre des d&#233;cisions et en refusant le chantage, au nom de l'alin&#233;a 4 de l'article 120 de la Constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple grec est le deuxi&#232;me &#224; subir une telle agression &#224; l'int&#233;rieur de la zone euro. Il a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233; par Chypre en mars 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tentative d'imposer des mesures que le peuple a rejet&#233;es par r&#233;f&#233;rendum, en utilisant le chantage de la fermeture des banques et la menace de la faillite, constitue une violation brutale de la Constitution et qui prive le Parlement des pouvoirs que lui attribue cette m&#234;me Constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun et chacune a le droit et a le devoir de r&#233;sister. Aucune r&#233;sistance dans l'histoire n'a &#233;t&#233; facile. Cependant, nous avons demand&#233; le vote et la confiance du peuple pour affronter les difficult&#233;s et c'est face &#224; ces difficult&#233;s que nous devons maintenant r&#233;ussir. Et sans avoir peur.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zoe Konstantopoulou &#8211; 13 juillet 2015&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction : Yorgos Mitralias relue par Patrick Saurin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://cadtm.org/Jamais-je-ne-pourrai-voter-et&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cadtm.org/Jamais-je-ne-pourrai-voter-et&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Au Far West d'Hydrocarbures Anticosti</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Au-Far-West-d-Hydrocarbures-Anticosti</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Au-Far-West-d-Hydrocarbures-Anticosti</guid>
		<dc:date>2015-07-24T15:15:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Benoit St-Hilaire, Martin Poirier</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Environnement</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte contre les &#233;nergies fossiles</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-06-30</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au cours des 17e et 18e si&#232;cles, la traite des fourrures repr&#233;sentait la principale activit&#233; &#233;conomique de la Nouvelle-France. La traite des fourrures s'appuyait sur le troc. Les Fran&#231;ais offraient divers produits europ&#233;ens aux Am&#233;rindiens en &#233;change de fourrures et de peaux. Parmi les marchandises pris&#233;es par les Am&#233;rindiens, on comptait des fruits, de la poudre &#224; fusil, des couvertures, des miroirs, des v&#234;tements, des briquets, des aiguilles &#224; coudre, de l'eau de vie, des chaudrons, etc. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Opinions-" rel="directory"&gt;Opinions&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Environnement-187-+" rel="tag"&gt;Environnement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Lutte-contre-les-energies-fossiles-+" rel="tag"&gt;Lutte contre les &#233;nergies fossiles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-06-30-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-06-30&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au cours des 17e et 18e si&#232;cles, la traite des fourrures repr&#233;sentait la principale activit&#233; &#233;conomique de la Nouvelle-France. La traite des fourrures s'appuyait sur le troc. Les Fran&#231;ais offraient divers produits europ&#233;ens aux Am&#233;rindiens en &#233;change de fourrures et de peaux. Parmi les marchandises pris&#233;es par les Am&#233;rindiens, on comptait des fruits, de la poudre &#224; fusil, des couvertures, des miroirs, des v&#234;tements, des briquets, des aiguilles &#224; coudre, de l'eau de vie, des chaudrons, etc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au XXIe si&#232;cle, ces vieilles m&#233;thodes douteuses sont reprises par les nouveaux colonisateurs pour obtenir le &#171; consentement &#187; &#224; l'exploitation du territoire, et elles visent tous les types de populations. Dans le secteur des hydrocarbures, les entreprises p&#233;troli&#232;res et gazi&#232;res utilisent diff&#233;rentes techniques d&#233;tourn&#233;es afin de continuer &#224; s'approprier les ressources naturelles en esp&#233;rant que les populations ne r&#233;agiront pas. On n'a qu'&#224; penser &#224; la soci&#233;t&#233; albertaine Questerre qui s'&#233;tait attir&#233; des critiques apr&#232;s avoir financ&#233;, &#224; raison de 20 000 $, un clocher d'&#233;glise &#224; Saint-&#201;douard-de-Lotbini&#232;re (1). En 2011, Talisman Energy, autre compagnie de l'Alberta, &#233;tait pr&#233;sente au Qu&#233;bec, mais aussi au P&#233;rou, o&#249; elle finan&#231;ait des &#233;coles, des dispensaires m&#233;dicaux et autres commodit&#233;s et distribuait bien s&#251;r de l'argent afin de mieux faire passer la pilule pour pouvoir forer sur les terres des communaut&#233;s am&#233;rindiennes Achuar (2). &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2012, P&#233;trolia a repris l'id&#233;e des &#233;coles et a contribu&#233; financi&#232;rement &#224; la restauration d'une cour d'&#233;cole de Gasp&#233;. D&#233;cid&#233;s &#224; bien faire passer son message dans la population de la Gasp&#233;sie, P&#233;trolia et son partenaire Qu&#233;b&#233;nergie ont m&#234;me financ&#233; enti&#232;rement une s&#233;rie d'&#233;missions d'&#171; information &#187; portant sur leurs projets p&#233;troliers. Celles-ci ont &#233;t&#233; diffus&#233;es sur les ondes de la t&#233;l&#233;vision communautaire locale, mais aussi sur Internet. Un publireportage, de dire certains citoyens de la r&#233;gion (3). &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand cela ne passe pas, alors tous les moyens sont bons. En 2009, Talisman Energy est m&#234;me all&#233;e jusqu'&#224; amener un groupe arm&#233; favorable &#224; l'exploitation au P&#233;rou pour affronter des manifestants qui s'y opposaient. La situation a failli d&#233;g&#233;n&#233;rer en v&#233;ritable conflit violent (4). La division est donc une des armes utilis&#233;es. Ici, au Qu&#233;bec, on n'a pas besoin d'appliquer ce genre de tactique frontale ; il suffit d'imiter les Romains et d'offrir du pain et des jeux. C'est ainsi qu'Hydrocarbures Anticosti (le consortium regroupant P&#233;trolia, Corridor Resources, Maurel &amp; Prom et Ressources Qu&#233;bec), par l'entremise de leur laquais, Denis Duteau, ancien maire d'Anticosti, ont d&#233;cid&#233; d'organiser un &#171; bin beau pestacle pour remercier &#187; la population d'Anticosti. &#171; Nous avons pens&#233; qu'il serait int&#233;ressant de faire une soir&#233;e et d'y convier les r&#233;sidents, les travailleurs saisonniers et les chasseurs pr&#233;sents &#187;, a &#233;crit Denis Duteau dans un prospectus remis dans les bo&#238;tes aux lettres des r&#233;sidents de la municipalit&#233; de Port-Menier. Il ajoute : &#171; Le spectacle sera gratuit et nous aurons comme artistes invit&#233;s les Fr&#232;res &#224; Ch'val &#187;. Il laisse son num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone et son courriel. (6) Serait-ce dans l'espoir que les citoyens l'appellent pour le remercier &#224; leur tour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remercier de quoi au juste ? De s'&#234;tre laiss&#233; forer ? D'avoir vu 115 millions $ de fonds publics dilapid&#233;s pour le mirage de la sp&#233;culation sur un p&#233;trole hypoth&#233;tique ? (5) Aller f&#234;ter pour se r&#233;jouir d'entendre Hydrocarbures Anticosti annoncer dans son prospectus que l'&#238;le servira de cobaye pour la fracturation visant le p&#233;trole de schiste en 2016 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, on ne peut en vouloir aux Fr&#232;res &#224; Ch'val de vouloir gagner leur vie alors m&#234;me que le gouvernement bafoue la culture en sabrant 2,5 millions $ dans le CALQ le jour m&#234;me de la f&#234;te nationale des Qu&#233;b&#233;cois. Apr&#232;s tout, Philippe Couillard poursuit dans la logique n&#233;olib&#233;rale de Jean Charest, qui a toujours pr&#234;ch&#233; que l'avenir de la culture r&#233;sidait entre les mains du priv&#233;. Hydrocarbures Anticosti pr&#234;che par l'exemple, et le gouvernement, lui, se charge d'assurer l'avenir du p&#233;trole en pigeant dans les fonds publics. La boucle de la grande d&#233;possession, aux relents de colonialisme &#224; la sauce 21e si&#232;cle, essaye ainsi de se boucler en s'enfon&#231;ant dans le puits sans fonds de l'exploitation des hydrocarbures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, la r&#233;signation ne semble pas &#234;tre le mot de la fin dans cette &#233;ternelle histoire de l'exploitation des peuples. En effet, une manifestation sera organis&#233;e le soir dudit &#171; pestacle &#187;, le 12 septembre, devant le local des Chevaliers de Colomb &#224; Port-Menier, afin de clamer le refus des citoyens &#224; la poursuite des travaux d'Hydrocarbures Anticosti. Pour bien des Qu&#233;b&#233;cois, la fracturation c'est NON. Et ceux d'entre nous qui ne peuvent se rendre sur l'&#238;le auront peut-&#234;tre l'id&#233;e d'appeler eux aussi pour remercier Hydrocarbures Anticosti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) &lt;a href=&#034;http://tvanouvelles.ca/lcn/economie/archives/2013/02/20130218-114946.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://tvanouvelles.ca/lcn/economie/archives/2013/02/20130218-114946.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) &lt;a href=&#034;http://www.pressegauche.org/spip.php?article8991&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.pressegauche.org/spip.php?article8991&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) &lt;a href=&#034;http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/352896/petrolia-mene-une-operation-charme-aupres-des-gaspesiens&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/352896/petrolia-mene-une-operation-charme-aupres-des-gaspesiens&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=5NHvivffChs&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=5NHvivffChs&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(5) &lt;a href=&#034;http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/399867/anticosti-petrole-quebec&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/399867/anticosti-petrole-quebec&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(6) &lt;a href=&#034;https://fr.scribd.com/doc/271950875/Hydrocarbures-Anticosti-ete-2015&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.scribd.com/doc/271950875/Hydrocarbures-Anticosti-ete-2015&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'erreur de Tsipras</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-erreur-de-Tsipras</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/L-erreur-de-Tsipras</guid>
		<dc:date>2015-07-22T17:27:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Perry Anderson</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec le peuple grec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-06-30</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'historien britannique Perry Anderson revient sur la crise grecque et analyse l'&#233;chec de la strat&#233;gie du premier ministre grec. &#171; Tsipras et ses coll&#232;gues ont r&#233;p&#233;t&#233; &#224; qui voulait les entendre qu'il &#233;tait hors de question d'abandonner l'euro. Ce faisant, ils ont renonc&#233; &#224; tout espoir s&#233;rieux de n&#233;gocier avec l'Europe r&#233;elle &#8212; et non l'Europe qu'ils fantasmaient. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; La crise grecque a provoqu&#233; un m&#233;lange pr&#233;visible d'indignation et d'auto-satisfaction en Europe, o&#249; l'on oscille entre (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Grece-+" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Solidarite-avec-la-Grece-+" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Solidarite-avec-le-peuple-grec-+" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; avec le peuple grec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-06-30-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-06-30&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH113/arton22870-51706.jpg?1681117235' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'historien britannique Perry Anderson revient sur la crise grecque et analyse l'&#233;chec de la strat&#233;gie du premier ministre grec. &#171; Tsipras et ses coll&#232;gues ont r&#233;p&#233;t&#233; &#224; qui voulait les entendre qu'il &#233;tait hors de question d'abandonner l'euro. Ce faisant, ils ont renonc&#233; &#224; tout espoir s&#233;rieux de n&#233;gocier avec l'Europe r&#233;elle &#8212; et non l'Europe qu'ils fantasmaient. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La crise grecque a provoqu&#233; un m&#233;lange pr&#233;visible d'indignation et d'auto-satisfaction en Europe, o&#249; l'on oscille entre d&#233;ploration de la duret&#233; de l'accord impos&#233; &#224; Ath&#232;nes et c&#233;l&#233;bration du maintien in extremis de la Gr&#232;ce dans la famille europ&#233;enne, ou bien les deux &#224; la fois. La premi&#232;re r&#233;action est aussi futile que la seconde. Une analyse r&#233;aliste ne laisse de place &#224; aucune des deux. Que l'Allemagne soit une fois de plus la puissance h&#233;g&#233;monique du continent n'est pas un scoop en 2015 : la chose est &#233;vidente depuis au moins vingt ans. Que la France se comporte comme sa servante, dans une relation assez semblable &#224; celle du Royaume-Uni vis-a-vis des Etats-Unis, n'est pas davantage une nouveaut&#233; politique : apr&#232;s De Gaulle, la classe politique fran&#231;aise a retrouv&#233; ses r&#233;flexes des ann&#233;es 1940. Elle s'accommode, et m&#234;me admire, la puissance dominante du jour : hier Washington, aujourd'hui Berlin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins surprenante encore est l'issue actuelle de l'union mon&#233;taire. Depuis l'origine, les avantages &#233;conomiques de l'int&#233;gration europ&#233;enne, qui vont de soi pour l'opinion bien-pensante de tout bord, ont en r&#233;alit&#233; &#233;t&#233; tr&#232;s mod&#233;r&#233;s. En 2008, les calculs de Barry Eichengreen et Andrea Boltho, deux &#233;conomistes favorables &#224; l'int&#233;gration, concluaient que celle-ci avait augment&#233; le PIB du march&#233; commun de 3 ou 4% entre la fin des ann&#233;es 1950 et le milieu des ann&#233;es 1970, que l'impact du Syst&#232;me Mon&#233;taire Europ&#233;en &#233;tait insignifiant, que l'Acte unique europ&#233;en a pu ajouter 1%, et que l'Union mon&#233;taire n'avait quasiment aucun effet discernable sur la croissance ou la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait avant que la crise financi&#232;re mondiale ne frappe l'Europe. Depuis, le carcan de la monnaie unique s'est r&#233;v&#233;l&#233; aussi d&#233;sastreux pour les Etats du sud de l'Europe qu'avantageux pour l'Allemagne, o&#249; la r&#233;pression salariale &#8212; masquant une tr&#232;s faible croissance de la productivit&#233;&#8212; a assur&#233; &#224; l'industrie allemande son avantage comp&#233;titif contre le reste de l'Europe. Quant aux taux de croissance, la comparaison avec les chiffres du Royaume-Uni ou de la Su&#232;de, depuis Maastricht, suffit &#224; d&#233;monter l'affirmation que l'euro aurait profit&#233; &#224; un pays autre que son principal architecte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; la r&#233;alit&#233; de la &#171; famille europ&#233;enne &#187; telle qu'elle a &#233;t&#233; construite par l'Union mon&#233;taire et le Pacte de stabilit&#233;. Mais son id&#233;ologie est in&#233;branlable : dans le discours officiel et intellectuel, l'UE garantit toujours la paix et la prosp&#233;rit&#233; du continent, bannit le spectre de la guerre entre les nations, d&#233;fend les valeurs de la d&#233;mocratie et des droits de l'Homme, et fait respecter les principes d'un libre march&#233; mod&#233;r&#233;, socle de toutes les libert&#233;s. Ses r&#232;gles sont fermes mais souples, r&#233;pondant &#224; un double imp&#233;ratif de solidarit&#233; et d'efficacit&#233;. Pour les sensibilit&#233;s baignant dans cette id&#233;ologie commune &#224; l'ensemble du personnel politique europ&#233;en et &#224; la vaste majorit&#233; du commentaire m&#233;diatique, la souffrance des Grecs a &#233;t&#233; un spectacle douloureux. Mais heureusement, le bon sens a fini par triompher, un compromis a &#233;t&#233; trouv&#233; et il ne reste plus qu'&#224; esp&#233;rer tous ensemble que l'Union n'a pas subi de dommage irr&#233;parable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la victoire &#233;lectorale de Syriza en janvier, le cours de la crise en Gr&#232;ce &#233;tait &#233;galement pr&#233;visible, &#224; l'exception du rebondissement final. Les origines de la crise &#233;taient doubles : la qualification frauduleuse &#224; l'entr&#233;e dans la zone euro par le PASOK de Simitis et l'impact du krach global de 2008 sur l'&#233;conomie fragile d'une Gr&#232;ce endett&#233;e et non comp&#233;titive. Depuis 2010, des programmes d'aust&#233;rit&#233; successifs &#8212; autrefois appel&#233;s &#171; plans de stabilisation &#187; &#8212; dict&#233;s par l'Allemagne et la France, dont les banques &#233;taient les plus expos&#233;es au risque de d&#233;faut grec, ont &#233;t&#233; mis en oeuvre sur place par la Tro&#239;ka compos&#233;e de la Commission europ&#233;enne, de la BCE et du FMI. Cinq ann&#233;es de ch&#244;mage de masse et de coupes budg&#233;taires sociales plus tard, la dette atteignait de nouveaux sommets. Dans ce contexte, Syriza a gagn&#233; parce qu'il promettait avec fougue et conviction de mettre fin &#224; la soumission &#224; la Tro&#239;ka. Il &#171; ren&#233;gocierait &#187; les termes de la tutelle europ&#233;enne. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comptait-il y parvenir ? Tout simplement en implorant un traitement plus doux, et en jurant quand celui-ci ne venait pas &#8212; des implorations et des jurons, donc, adress&#233;s aux nobles valeurs de l'Europe, auxquelles le Conseil europ&#233;en ne pouvait &#234;tre indiff&#233;rent. Il n'&#233;tait que trop clair, d&#232;s le d&#233;part, que ce d&#233;versement de supplications et d'impr&#233;cations &#233;tait incompatible avec toute id&#233;e de sortie de l'euro. Pour deux raisons. Les dirigeants de Syriza n'arrivaient pas &#224; faire la distinction mentale entre l'appartenance &#224; la zone euro et &#224; l'UE, consid&#233;rant la sortie de l'une comme &#233;quivalent de l'expulsion de l'autre, soit le pire cauchemar pour les bons Europ&#233;ens qu'ils assuraient &#234;tre. Ensuite, ils savaient que, gr&#226;ce aux fonds structurels et &#224; la convergence initiale des taux d'int&#233;r&#234;t europ&#233;ens, le niveau de vie des Grecs avait effectivement progress&#233; pendant les ann&#233;es Potemkine de Simitis. Les Grecs avaient donc de bons souvenirs de l'euro, qu'ils ne reliaient pas &#224; leur mis&#232;re actuelle. Plut&#244;t que d'essayer d'expliquer ce lien, Tsipras et ses coll&#232;gues ont r&#233;p&#233;t&#233; &#224; qui voulait les entendre qu'il &#233;tait hors de question d'abandonner l'euro. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, ils ont renonc&#233; &#224; tout espoir s&#233;rieux de n&#233;gocier avec l'Europe r&#233;elle &#8212; et non l'Europe qu'ils fantasmaient. La menace &#233;conomique d'un Grexit &#233;tait certes beaucoup plus faible en 2015 qu'en 2010, les banques allemandes et fran&#231;aises ayant &#233;t&#233; renflou&#233;es entre temps par les plans de soi-disant sauvetage de la Gr&#232;ce. Malgr&#233; quelques voix alarmistes r&#233;siduelles, le minist&#232;re des finances allemand savait depuis un moment que les cons&#233;quences mat&#233;rielles d'un d&#233;faut Grec ne seraient pas dramatiques. Mais du point de vue de l'id&#233;ologie europ&#233;enne &#224; laquelle adh&#232;rent tous les gouvernements de la zone euro, ce coup symbolique port&#233; &#224; la monnaie unique, et au &#171; projet europ&#233;en &#187; comme on aime &#224; l'appeler ces jours-ci, aurait &#233;t&#233; une r&#233;gression terrible qu'il fallait emp&#234;cher &#224; tout prix. Si Syriza avait &#233;labor&#233; d&#232;s son arriv&#233;e au pouvoir un plan B pour un d&#233;faut organis&#233; &#8212; en pr&#233;parant les contr&#244;les de capitaux, l'impression d'une monnaie parall&#232;le et d'autres mesures de transition imposables en 24 heures pour &#233;viter le d&#233;sordre &#8212; et menac&#233; l'UE de l'appliquer, il aurait dispos&#233; d'armes de n&#233;gociation. S'il avait d&#233;clar&#233; qu'en cas d'&#233;preuve de force, il retirerait la Gr&#232;ce de l'OTAN, m&#234;me Berlin aurait r&#233;fl&#233;chi &#224; deux fois &#224; un troisi&#232;me programme d'aust&#233;rit&#233;, devant la crainte am&#233;ricaine que suscite une telle perspective. Mais pour les Candides de Syriza, ceci &#233;tait encore plus tabou que l'id&#233;e d'un Grexit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; un interlocuteur priv&#233; de tout levier et alternant entre implorations et insultes, pourquoi les puissances europ&#233;ennes auraient-elles fait la moindre concession, sachant d&#232;s le d&#233;part que tout ce qu'elles d&#233;cideraient serait in fine accept&#233; ? Sous cet angle, leur conduite a &#233;t&#233; tout &#224; fait rationnelle. La seule surprise notable dans cette chronique &#233;crite d'avance f&#251;t que Tsipras annonce, en d&#233;sespoir de cause, un r&#233;f&#233;rendum sur le troisi&#232;me m&#233;morandum et que l'&#233;lectorat le rejette massivement. Arm&#233; de ce &#171; Non &#187; retentissant, Tsipras a &#233;mis un &#171; oui &#187; penaud &#224; un quatri&#232;me memorandum encore plus dur que le pr&#233;c&#233;dent, pr&#233;tendant &#224; son retour de Bruxelles qu'il n'avait pas d'autre choix en raison de l'attachement des Grecs &#224; l'euro. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas avoir pos&#233; cette question l&#224; au referendum : &#234;tre vous pr&#234;ts &#224; tout accepter pour rester dans l'euro ? En appelant &#224; voter Non, et en exigeant un Oui docile moins d'une semaine apr&#232;s, Syriza a retourn&#233; sa veste aussi vite que les cr&#233;dits de guerre avaient &#233;t&#233; vot&#233;s par la sociale-d&#233;mocratie en 1914, m&#234;me si, cette fois-ci, une minorit&#233; du parti a sauv&#233; son honneur. A court terme, Tsipras prosp&#233;rera sur les ruines de ses promesses, comme l'avait fait le premier ministre travailliste britannique Ramsay MacDonald, dont le gouvernement d'union nationale compos&#233; en majorit&#233; de conservateurs avait impos&#233; l'aust&#233;rit&#233; en pleine Grande d&#233;pression, avant de mourir dans le m&#233;pris de ses contemporains et de la post&#233;rit&#233;. La Gr&#232;ce a d&#233;j&#224; eu sa part de dirigeants de cet acabit. Peu de gens ont oubli&#233; l'Apostasia de Stephanopolous en 1965 (1). Le pays aura sans doute &#224; en subir d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quid de la logique plus large de la crise ? Tous les sondages montrent que, partout, l'attachement &#224; l'Union europ&#233;enne a &#8212; &#224; juste titre &#8212; fortement d&#233;clin&#233; en dix ans. Elle est d&#233;sormais vue comme ce qu'elle est : une structure oligarchique, gangr&#233;n&#233;e par la corruption, construite sur le d&#233;ni de la souverainet&#233; populaire, imposant un r&#233;gime &#233;conomique amer de privil&#232;ges pour quelques uns et de contraintes pour tous les autres. Mais ceci ne signifie pas qu'elle soit mortellement menac&#233;e par le bas. La col&#232;re monte dans la population, mais faute de catastrophe, le premier instinct sera toujours de s'accrocher &#224; ce qui existe, aussi repoussant que cela puisse &#234;tre, plut&#244;t que de se risquer &#224; ce qui pourrait &#234;tre radicalement diff&#233;rent. Ceci ne changera que si, et quand, la col&#232;re sera plus forte que la peur. Pour le moment, ceux qui vivent sur la peur &#8212; la classe politique &#224; laquelle Tsipras et ses coll&#232;gues appartiennent d&#233;sormais &#8212; peuvent &#234;tre tranquilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) L'Apostasia d&#233;signe le transfuge de ren&#233;gats men&#233;s par Stephanos Stephanopoulos d'un gouvernement d'Union des Centres &#224; un r&#233;gime nomm&#233; par le Roi, deux ans avant le coup d'Etat militaire de 1967.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Non &#224; l'aust&#233;rit&#233;, au troisi&#232;me m&#233;morandum, au n&#233;olib&#233;ralisme ! &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Non-a-l-austerite-au-troisieme-memorandum-au-neoliberalisme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Non-a-l-austerite-au-troisieme-memorandum-au-neoliberalisme</guid>
		<dc:date>2015-07-22T12:14:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Red Network</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec le peuple grec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-06-30</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La lutte des travailleurs et travailleuses et des forces populaires, la lutte de la gauche, peut ouvrir la voie alternative, avec une politique transitoire vers une &#233;mancipation socialiste. &lt;br class='autobr' /&gt;
Publi&#233; par Alencontre1 le 21 - juillet - 2015 &lt;br class='autobr' /&gt; SYRIZA ne peut pas et ne doit pas &#234;tre transform&#233; en parti du m&#233;morandum. &lt;br class='autobr' /&gt;
1. La signature de l'accord avec les &#171; institutions &#187;, la signature du troisi&#232;me m&#233;morandum (protocole) [apr&#232;s ceux de 2010 et 2012] par le gouvernement de SYRIZA est un fait (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Grece-+" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Solidarite-avec-la-Grece-+" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Solidarite-avec-le-peuple-grec-+" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; avec le peuple grec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-06-30-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-06-30&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton22868-d9892.jpg?1679047995' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La lutte des travailleurs et travailleuses et des forces populaires, la lutte de la gauche, peut ouvrir la voie alternative, avec une politique transitoire vers une &#233;mancipation socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; par Alencontre1 le 21 - juillet - 2015&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SYRIZA ne peut pas et ne doit pas &#234;tre transform&#233; en parti du m&#233;morandum.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La signature de l'accord avec les &#171; institutions &#187;, la signature du troisi&#232;me m&#233;morandum (protocole) [apr&#232;s ceux de 2010 et 2012] par le gouvernement de SYRIZA est un fait choquant qui change toutes les coordonn&#233;es de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accord cible les droits sociaux qui ont surv&#233;cu &#224; la temp&#234;te des m&#233;morandums 1 et 2, cr&#233;e des m&#233;canismes de surveillance, des m&#233;canismes de promotion incontr&#244;l&#233;e des privatisations et des m&#233;canismes de coupes automatiques dans les d&#233;penses sociales qui transforment en na&#239;vet&#233; enfantine l'espoir que ce protocole, s'il est vot&#233; et accept&#233;, pourrait &#234;tre modifi&#233; pendant son application, qu'il sera possible de l'assurer avec un certain &#171; visage humain &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet accord cr&#233;e un nouveau contexte de d&#233;fis pour la r&#233;sistance ouvri.re et sociale qui t&#244;t ou tard se produira, comme dans le cas des protocoles un et deux. Et cette fois, les luttes du monde du travail seront contre un gouvernement dans lequel les gens ont d&#233;pos&#233; leurs espoirs et &#224; qui ils ont donn&#233; leur vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acceptation de l'accord cr&#233;e des dangers &#233;vidents pour le parti de SYRIZA qui a &#233;t&#233; fond&#233; sur la base d'une opposition efficace, d'une opposition manifeste contre l'aust&#233;rit&#233; des m&#233;morandums. Et aujourd'hui on lui demande de se transmuer en force de rationalisation d'un nouveau et dur m&#233;morandum, en force d'acceptation de l'aust&#233;rit&#233;, au moins, dit-on, pour un certain temps au nom de la survie du &#8230; gouvernement de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La signature de troisi&#232;me protocole est pr&#233;sent&#233;e par la direction de SYRIZA comme r&#233;sultat d'un chantage brutal. Il s'agit d'une adh&#233;sion &#224; la perception de : &#171; il n'y a pas d'alternative &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des responsabilit&#233;s critiques et les mauvais choix sont ainsi att&#233;nu&#233;s. Comme l'id&#233;e que nous pourrions mettre en &#339;uvre un renversement anti-m&#233;morandum de l'aust&#233;rit&#233; dans un cadre de tol&#233;rance de l'euro, gr&#226;ce &#224; des n&#233;gociations et &#224; travers le consensus des leaderships europ&#233;ens. Au m&#234;me titre que la politique du gouvernement qui a gel&#233; tout renversement, sur le &#171; front int&#233;rieur &#187; [en Gr&#232;ce], contre les &#233;lites &#233;conomiques, qui s'est engag&#233; &#224; &#233;viter les &#171; actions unilat&#233;rales &#187;, en essayant d'apaiser les &#171; institutions &#187; et de faciliter l'obtention d'un &#171; compromis honorable &#187;. Comme l'accord du 20 f&#233;vrier 2015, qui engage le gouvernement sur la voie d'une politique suicidaire de paiement sur service de la dette, &#171; totalement et &#224; temps &#187;, aboutissant &#224; la r&#233;duction radicale des ressources de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces actions et ces failles ont bloqu&#233; le gouvernement et l'ont conduit vers le mortel dilemme final. Et face &#224; ce dilemme il n'a pas pu trouver la force de fournir la r&#233;ponse promise : si nous sommes appel&#233;s &#224; choisir entre un Grexit et un nouveau protocole, nous devons rejeter le nouveau protocole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. En arri&#232;re-fond de cet emprisonnement se trouvent des jugements constants erron&#233;s (par exemple quant au processus de &#171; l'approfondissement &#187; de l'Union Europ&#233;enne), mais aussi des choix strat&#233;giques (comme indique le passage du mot d'ordre du Congr&#232;s de Syriza, &#171; pas de sacrifice pour l'euro &#187;, &#224; celui de la n&#233;gociation respectueuse aboutissant respect : &#171; l'euro &#224; n'importe quel prix &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi, le &#171; choix &#233;lectif &#187; tel qu'il s'exprime dans les &#171; transcriptions &#187; [lors des n&#233;gociations] des dirigeants sociaux-d&#233;mocrates consid&#233;r&#233;s comme n&#233;cessaires et capables de fournir des &#171; appuis &#187; aux forces loyalistes et &#224; l'Etat &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi le &#171; gouvernementalisme &#187;, cette perception que le gouvernement de gauche est une fin en soi plut&#244;t qu'un moyen, un instrument qui ne doit pas nous mettre en opposition avec notre monde, avec notre propre base sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En arri&#232;re-plan, se trouvent de m&#234;me certaines caract&#233;ristiques id&#233;ologiques et politiques du gauche europ&#233;en moderne qui, bien qu'elle les rejet&#226;t &#224; l'unanimit&#233; lors du congr&#232;s fondateur de SYRIZA, sont revenues &#224; la surface, dans le tourbillon de la confrontation avec les cr&#233;anciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. L'accord avec les cr&#233;anciers ne peut pas &#234;tre accept&#233;. SYRIZA doit trouver la force pour l'emp&#234;cher et le briser. Il est &#233;vident que cela ne peut &#234;tre possible qu'&#224; travers un soutien d&#233;cisif du monde du travail, des ch&#244;meurs et ch&#244;meuses, des couches paup&#233;ris&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce monde-l&#224;, avec un fier 62%, a dit NON et se montre disponible pour s'engager sur le chemin d'un revirement. Le NON est venu en r&#233;ponse &#224; une vague sans pr&#233;c&#233;dent de chantage o&#249; se distinguait la menace d'expulsion de l'euro. Et pourtant, les gens ont insist&#233;. C'&#233;tait litt&#233;ralement le m&#233;pris de leur r&#233;sistance, de sugg&#233;rer que le NON ne constituait pas un mandat de rupture. Et bien plus encore, le changement soudain en faveur du OUI, la confluence dans le Conseil &#171; national unitaire &#187; [le 6 juillet] des dirigeants politiques et l'apparition de la signature contre-nature : SYRIZA-ND-PASOK-TO POTAMI. L'apparition du spectre politique qui, finalement, a vot&#233;, par principe, l'accord, en violant de la sorte toute la g&#233;om&#233;trie politique du r&#233;f&#233;rendum, mais aussi celle des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que le tournant n&#233;cessaire &#224; une politique contre le troisi&#232;me protocole doit compter sur le monde du NON, les comit&#233;s du NON qui doivent se mettre en avant partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. De ce cycle tragique de n&#233;gociations on doit tirer des conclusions politiques. A travers la lutte contre l'aust&#233;rit&#233;, le monde du travail et le gouvernement devraient et doivent pr&#233;parer les forces qui peuvent aller jusqu'&#224; une victoire. Et cela inclut, maintenant, avec &#233;vidence, l'&#233;tape de la rupture avec l'euro et l'UE, sous la direction du mouvement ouvrier et de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'une politique radicalement diff&#233;rente des menaces que Sch&#228;uble brandit : le Grexit comme exclusion temporaire, l'aust&#233;rit&#233; profonde comme condition pour la consolidation du capitalisme grec, la r&#233;int&#233;gration dans l'euro apr&#232;s ce &#171; traitement &#187;. Au lieu de cela, la gauche doit int&#233;grer son propre projet le conflit avec la zone euro, dans le cadre d'un projet anti-austerit&#233;, d'une politique anti-capitaliste, d'une transition vers une perspective socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. De cette p&#233;riode, le parti SYRIZA sort profond&#233;ment bless&#233;. Son fonctionnement collectif et d&#233;mocratique, tel qu'exig&#233; par le texte des 109 membres [sur 201] du Comit&#233; Central, est un pr&#233;alable &#224; toute reconstruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Sur cette base on doit lutter contre la d&#233;mobilisation-frustration de nombreux membres. Le monde de SYRIZA n'a pas encore dit son dernier mot !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Sur cette base on doit imm&#233;diatement r&#233;pondre &#224; cette vague de menaces et de calomnies &#8211; vague sur laquelle surfent avec une joie sauvage les pires des m&#233;dias bourgeois &#8211; contre les cadres de SYRIZA et les voix qui insistent sur le NON.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est n&#233;cessaire afin d'engager la bataille pour l'indispensable virage &#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Une partie de SYRIZA esp&#232;re trouver une voie de sortie dans les &#233;lections, apr&#232;s avoir &#171; lanc&#233; &#187; l'Accord du troisi&#232;me m&#233;morandum. Cela est une illusion tragique. Les cr&#233;anciers et leurs alli&#233;s locaux vont exiger que la responsabilit&#233; de l'application de l'accord soit enti&#232;rement assum&#233;e, en mettant d&#233;j&#224; en question la &#171; libert&#233; &#187; d'Alexis Tsipras d'avoir recours aux urnes, en septembre ou octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais r&#233;ciproquement : apr&#232;s avoir accept&#233; l'accord, le seul &#171; ordre &#187; auquel peut pr&#233;tendre la direction de SYRIZA sera une meilleure gestion des politiques qu'implique le m&#233;morandum. Et dans ce cas-l&#224;, la r&#233;ponse du monde du travail, comme le montre le pass&#233; de DIMAR [Gauche d&#233;mocratique], peut &#234;tre tr&#232;s diff&#233;rente des pr&#233;visions des sondeurs actuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul d&#233;bouch&#233; pour SYRIZA est le rejet de l'accord, la lutte pour son renversement. Ensemble avec le monde, dans les luttes dans la vie, dans les conflits politiques. Comme pendant les dix ann&#233;es qui se sont &#233;coul&#233;es &#8230; (Traduction A.C, &#233;dit&#233;e par A l'Encontre)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Briser le tabou du &#171; Grexit &#187; dans la gauche &#8211; Un d&#233;bat ancr&#233; dans la r&#233;alit&#233; du moment</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Briser-le-tabou-du-Grexit-dans-la-gauche-Un-debat-ancre-dans-la-realite-du</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Briser-le-tabou-du-Grexit-dans-la-gauche-Un-debat-ancre-dans-la-realite-du</guid>
		<dc:date>2015-07-22T12:04:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel Tanuro</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec le peuple grec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-06-30</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Soutenez-vous le Grexit (la sortie de la Gr&#232;ce de l'Euro) ? &#187; Si un Charles Michel quelconque devait un jour me poser la question (c'est heureusement peu probable), je l'enverrais dans les roses. Je lui dirais que je suis pour l'annulation de la dette grecque et le droit du gouvernement grec de rompre avec l'aust&#233;rit&#233;, comme ses &#233;lecteur-trice-s le lui ont demand&#233;, et comme 61% des Grecs l'ont confirm&#233; par r&#233;f&#233;rendum. Qu'on ne compte pas sur moi pour appuyer les Sch&#228;uble, Dijsselbloem, Van (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Grece-+" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Solidarite-avec-la-Grece-+" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Solidarite-avec-le-peuple-grec-+" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; avec le peuple grec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-06-30-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-06-30&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH150/arton22849-05a90.png?1707726698' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Soutenez-vous le Grexit (la sortie de la Gr&#232;ce de l'Euro) ? &#187; Si un Charles Michel quelconque devait un jour me poser la question (c'est heureusement peu probable), je l'enverrais dans les roses. Je lui dirais que je suis pour l'annulation de la dette grecque et le droit du gouvernement grec de rompre avec l'aust&#233;rit&#233;, comme ses &#233;lecteur-trice-s le lui ont demand&#233;, et comme 61% des Grecs l'ont confirm&#233; par r&#233;f&#233;rendum. Qu'on ne compte pas sur moi pour appuyer les Sch&#228;uble, Dijsselbloem, Van Overtveldt et autres &#171; vrais Finlandais &#187; qui veulent virer la Gr&#232;ce de leur club parce qu'elle n'est pas assez riche &#224; leur go&#251;t. Cela me semble la seule r&#233;ponse digne d'un militant de gauche, internationaliste, partisan du droit d&#233;mocratique des peuples &#224; l'autod&#233;termination.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mais quand un militant de gauche me pose la m&#234;me question (c'est heureusement plus fr&#233;quent), ma r&#233;ponse est diff&#233;rente. Je commence par dire que le droit d&#233;mocratique du peuple grec &#224; l'autod&#233;termination lui conf&#232;re le droit de quitter ce club o&#249; les riches le pressent comme un citron, mettent son pays sous tutelle, s'approprient ses richesses, et l'humilient de surcro&#238;t. Et je vais plus loin : constatant qu'un nombre croissant de camarades en Gr&#232;ce pr&#244;nent le Grexit, je dis qu'ils-elles ont raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une question politique pratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que les militants dans la gauche de Syriza et dans les forces alli&#233;es, en lien avec une r&#233;sistance sociale face au troisi&#232;me m&#233;morandum mortif&#232;re, doivent lutter pour se doter d'un gouvernement de gauche radicale vraiment radical. Un gouvernement qui affrontera les institutions de l'Union Europ&#233;enne en prenant au plus vite toutes les mesures anticapitalistes concr&#232;tes et indispensables au bien de la majorit&#233; sociale, en sachant que cela forcera les autres gouvernements de l'UE &#224; l'exclure de l'Euro. De sorte que 1&#176;) soit accrue la probabilit&#233; que ce Grexit puisse se d&#233;rouler dans les conditions et au moment o&#249; le gouvernement grec l'aura d&#233;cid&#233;, ce qui implique aussi une pr&#233;paration de multiples d&#233;crets &#224; proposer sur le champ (une sorte d'&#233;tat d'urgence constitutionnel et l&#233;gal) ; 2&#176;) il causera le maximum de dommage &#224; la machine de guerre capitaliste qu'est l'Union Europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi cette r&#233;ponse ? Parce que, dans le contexte concret d'aujourd'hui &#8211; afin d'avoir un coup d'avance sur une sortie contrainte d&#233;cid&#233;e de facto par les effets cumul&#233;s du troisi&#232;me m&#233;morandum et/ou les d&#233;cisions d'instances de l'UE &#8211; il n'y a tout simplement pas d'autre solution pour d&#233;fendre au mieux (il faudrait dire : &#171; au moins pire &#187;) les int&#233;r&#234;ts des travailleur-euse-s, des paysan-ne-s, des retrait&#233;-e-s et de la jeunesse de Gr&#232;ce. Ce n'est pas une question id&#233;ologique, au sens o&#249; veulent le faire croire les d&#233;tracteurs &#224; gauche du Grexit, mais une question pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mieux vaut anticiper&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accord que l'Eurogroupe a impos&#233; &#224; Tsipras (et que Tsipras a impos&#233; au peuple grec contre la majorit&#233; des membres de la direction de son propre parti, gr&#226;ce au soutien de la droite et du PASOK !) ne fait qu'aggraver la situation qui a pouss&#233; Sch&#228;uble et les autres &#224; vouloir l'expulsion de la Gr&#232;ce de l'Euro. Les mesures pr&#233;vues vont approfondir le ch&#244;mage, la d&#233;pression et l'exode, les soldes budg&#233;taires primaires exig&#233;s dans l'accord ne seront pas r&#233;alis&#233;s, la privatisation des actifs ne donnera pas les r&#233;sultats escompt&#233;s et l'all&#232;gement de la dette sera insuffisant (l'accord exclut d'ailleurs toute diminution de sa valeur nominale). La Gr&#232;ce s'enfoncera donc davantage dans le marasme. Sans tarder, les &#171; ordolib&#233;raux &#187; remettront le Grexit sur le tapis, dans des conditions qui seront encore pires pour le peuple grec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mieux vaut anticiper, tant qu'il y a encore quelques marges de man&#339;uvre. Mieux vaut anticiper aussi pour des raisons politiques. Le fait que le groupe autour de Tsipras ait trahi le &#171; Non &#187; et se soit alli&#233; aux partis du &#171; Oui &#187;, le fait que toute une caste politique se recompose ainsi pour assumer une politique inf&#226;me, indigne et humiliante, qui foule aux pieds les principes &#233;l&#233;mentaires de la d&#233;mocratie, risque d'ouvrir un boulevard aux n&#233;onazis d'Aube dor&#233;e. La menace est r&#233;elle. Cela met toutes les forces de gauche qui ont men&#233; la campagne du &#171; Non &#187; face &#224; la responsabilit&#233; historique de s'unir maintenant pour donner une r&#233;ponse sociale aux aspirations l&#233;gitimes &#224; la souverainet&#233; populaire. Il s'agit de profiter du fait que la gauche est encore largement majoritaire dans le pays. Il s'agit de profiter du fait que la &#171; crise nationale &#187; grecque (au sens o&#249; l'entendait L&#233;nine, c'est-&#224;-dire &#171; une crise de la nation toute enti&#232;re &#187;) est ancr&#233;e dans le social pour remettre &#224; l'ordre du jour la perspective d'un gouvernement qui rompra vraiment avec les memoranda. Il faut le faire en tirant la le&#231;on principale des six mois &#233;coul&#233;s, &#224; savoir : il est impossible de sortir des clous du n&#233;olib&#233;ralisme par le biais d'un accord n&#233;goci&#233; dans le respect des r&#232;gles de l'Eurozone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voir en face la r&#233;alit&#233; de l'isolement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pr&#233;parer le plus vite possible un Grexit de gauche. Pas pour revenir &#224; une Europe des Etats nations, donc, pas par &#171; souverainisme &#187;, mais parce que la classe ouvri&#232;re et la jeunesse grecques, depuis des ann&#233;es, et plus encore depuis six mois, restent dramatiquement isol&#233;es dans leur combat courageux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire &#233;lectorale de Syriza, en janvier dernier, a ouvert une br&#232;che dans la chape de plomb aust&#233;ritaire qui &#233;crase et &#233;touffe le monde du travail sur l'ensemble du continent. Mais, cette br&#232;che, c'est peu dire que les directions traditionnelles du mouvement ouvrier et de la gauche n'ont rien fait pour l'&#233;largir : elles ont tout fait pour la colmater. La CES a &#233;t&#233; jusqu'&#224; d&#233;savouer le r&#233;f&#233;rendum, et &#224; appeler de facto pour le oui. Les nuances entre partis sociaux-d&#233;mocrates du Nord et du Sud de l'Europe sont rest&#233;es dans le registre de la division des r&#244;les entre les bons et les mauvais flics. Et la gauche de la gauche, politique aussi bien que syndicale, n'a pas &#233;t&#233; capable de changer cette situation. C'est un constat douloureux, mais incontournable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Podemos en renfort ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On objectera que Podemos arrive en renfort, et que sa victoire &#233;lectorale changera la donne. Nous esp&#233;rons tous et toutes cette victoire, comme nous avons esp&#233;r&#233; celle de Syriza, &#233;videmment. Mais, outre qu'elle n'est pas certaine, il n'est pas certain non plus qu'elle d&#233;bouche sur un autre sc&#233;nario que celui qui s'est concr&#233;tis&#233; en Gr&#232;ce depuis six mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pablo Iglesias a d&#233;clar&#233; soutenir l'acceptation par Tsipras du troisi&#232;me m&#233;morandum : cela r&#233;v&#232;le &#224; tout le moins un s&#233;rieux probl&#232;me d'orientation. Un premier test sera celui de la gestion de villes comme Madrid et Barcelone. Il y a certes une gauche au sein de Podemos, comme au sein de Syriza, et l'&#233;volution possible de ce parti, vu son origine, est sans doute plus ouverte que celle de Syriza. D&#232;s lors, la question tactique pos&#233;e est en fait la suivante : la perspective d'un Grexit de gauche (car la sortie de l'Euro ne peut pas se faire en deux coups de cuill&#232;re &#224; pot) consoliderait-elle Podemos comme force de rupture ou favoriserait-elle plut&#244;t son alignement &#171; n&#233;o-r&#233;formiste &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous penchons pour la premi&#232;re r&#233;ponse. Car si le Grexit est clairement con&#231;u comme un acte de rupture anti-aust&#233;rit&#233; et de r&#233;volte anti-despotique, il favorisera la prise de conscience et encouragera la mobilisation. De la m&#234;me mani&#232;re que la br&#232;ve campagne pour le &#171; Non &#187; au r&#233;f&#233;rendum, parce qu'elle apparaissait comme acte de rupture, a augment&#233; qualitativement le niveau de la solidarit&#233; avec le peuple grec dans les autres pays de l'UE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un Grexit internationaliste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire que le Grexit de gauche peut et doit &#234;tre un Grexit internationaliste. Une mani&#232;re, pour les travailleur-euse-s et les jeunes de Gr&#232;ce de dire &#224; leurs fr&#232;res et s&#339;urs de toute l'Europe : d&#233;sol&#233;s, nous n'avons plus d'autre choix que celui-l&#224; ; nous esp&#233;rions d&#233;clencher une lutte commune contre cette Europe du capital, mais nous comprenons vos difficult&#233;s, l'in&#233;galit&#233; des situation et des rythmes, les obstacles auxquels vous faites face ; cependant, ne vous trompez pas sur nos intentions ; notre perspective reste de renverser l'UE avec vous pour construire ensemble une autre Europe ; c'est pourquoi nous restons solidaires de vos luttes et nous vous demandons de rester solidaires de la n&#244;tre ; nous en aurons fort besoin car nous allons vers des &#233;preuves difficiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pas une partie de plaisir&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Grexit, en effet, ne sera pas une partie de plaisir. Les difficult&#233;s seront immenses, surtout dans les premiers temps. Le seul moyen de les affronter sera de mener vraiment une toute autre politique, de type &#233;cosocialiste. Divers &#233;conomistes de gauche dans Syriza ont formul&#233; une s&#233;rie de propositions concr&#232;tes pour cela, sur le plan &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le fond de l'affaire est politique : stimuler l'auto-organisation et l'autogestion dans les quartiers, les villages ; s'inspirer du &#171; budget participatif &#187; de Porto Alegre (&#224; la belle p&#233;riode) ; construire des comit&#233;s populaire de contr&#244;le des prix (avec publication sur un site web) ; r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s sociales et lutter contre la bureaucratie ; favoriser l'&#233;mancipation des femmes ; int&#233;grer les sans papiers ; gagner les petits paysans en d&#233;veloppant un projet de souverainet&#233; alimentaire en rupture avec l'agrobusiness (circuits courts, collaborations consommateurs/producteurs) ; acc&#233;l&#233;rer la transition &#233;nerg&#233;tique vers les renouvelables et l'efficience ; organiser la production de m&#233;dicaments g&#233;n&#233;riques ; d&#233;velopper un autre tourisme et&#8230; profiter du tourisme comme d'un levier pour peser sur les opinions publiques en Europe. Ce ne sont que des exemples. Ce n'est pas &#224; nous d'&#233;crire ce programme, les camarades de Gr&#232;ce s'en chargeront et, le cas &#233;ch&#233;ant, nous nous mettrons &#224; leur &#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une voie plus tortueuse que pr&#233;vu mais il n'y en a pas d'autre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e qu'un pays puisse rompre avec l'Euro est souvent un tabou dans la gauche anti-UE et internationaliste dont nous faisons partie. Pas parce que nous aurions des illusions sur l'UE, pas parce que nous croirions &#224; la possibilit&#233; de &#171; changer l'UE &#187; ou de cr&#233;er une &#171; Europe sociale &#187; dans le cadre de l'UE, mais parce que notre perspective est d'abattre l'UE pour la remplacer par une autre Europe &#8211; d&#233;mocratique, sociale, g&#233;n&#233;reuse : les Etats-Unis socialistes d'Europe, seul niveau o&#249; il soit r&#233;alistement envisageable de mettre en &#339;uvre des alternatives anticapitalistes coh&#233;rentes. La profonde division entre pays &#8211;approfondie par l'UE &#8211; nous oblige aujourd'hui, dans le cas grec, &#224; briser ce tabou et &#224; envisager une voie plus tortueuse vers notre objectif. Il n'en d&#233;coule nullement que nous plaiderions pour un Frexit, un Brexit, un Italexit ou que sais-je encore. Mais il s'agit d'ouvrir une issue concr&#232;te pour le peuple grec &#233;trangl&#233;, et il n'y en a, h&#233;las, pas d'autre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &#171; Briser le tabou du GREXIT dans la gauche &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.lcr-lagauche.org/briser-le-tabou-du-grexit-dans-la-gauche/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lcr-lagauche.org/briser-le-tabou-du-grexit-dans-la-gauche/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>QU&#201;BEC, R&#201;VEILLE-TOI !</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/QUEBEC-REVEILLE-TOI</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/QUEBEC-REVEILLE-TOI</guid>
		<dc:date>2015-07-21T15:16:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denise Campillo</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Environnement</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-06-30</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La r&#233;union annuelle du Conseil de la F&#233;d&#233;ration vient de s'achever avec l'adoption de la Strat&#233;gie canadienne de l'&#233;nergie. Cette strat&#233;gie, dont l'objectif et la d&#233;marche sont louables, &#171; repose sur la collaboration entre les provinces et territoires pour fa&#231;onner un avenir qui assurera la s&#233;curit&#233; &#233;nerg&#233;tique, contribuera &#224; la croissance et &#224; la prosp&#233;rit&#233; &#233;conomiques et fera appel &#224; des normes environnementales et &#224; une responsabilit&#233; sociale &#233;lev&#233;es. &#187; [1]. Malheureusement, en amalgamant (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Opinions-" rel="directory"&gt;Opinions&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Environnement-187-+" rel="tag"&gt;Environnement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-06-30-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-06-30&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;union annuelle du Conseil de la F&#233;d&#233;ration vient de s'achever avec l'adoption de la Strat&#233;gie canadienne de l'&#233;nergie. Cette strat&#233;gie, dont l'objectif et la d&#233;marche sont louables, &#171; repose sur la collaboration entre les provinces et territoires pour fa&#231;onner un avenir qui assurera la s&#233;curit&#233; &#233;nerg&#233;tique, contribuera &#224; la croissance et &#224; la prosp&#233;rit&#233; &#233;conomiques et fera appel &#224; des normes environnementales et &#224; une responsabilit&#233; sociale &#233;lev&#233;es. &#187; [1]. Malheureusement, en amalgamant sans aucun discernement tous les types d'&#233;nergie, renouvelables ou non, elle fixe deux objectifs totalement contradictoires : lutter contre les changements climatiques et soutenir l'exploitation des hydrocarbures.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Faut-il encore une fois revenir sur la question des hydrocarbures ? Faut-il d&#233;montrer, une fois de plus, que ce secteur &#233;nerg&#233;tique, si pr&#233;sent et puissant soit-il, est toxique, et doit se mettre en mode freinage ? Car c'est l'avenir de l'humanit&#233; qui est en jeu si nous laissons s'emballer le syst&#232;me atmosph&#233;rique. Si le Qu&#233;bec semble un peu &#233;pargn&#233; depuis un an ou deux par le r&#233;chauffement, ce n'est pas le cas du reste de la plan&#232;te, o&#249; les convulsions du climat causent des souffrances humaines et des perturbations &#233;conomiques. Nous ne pouvons l'ignorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, en tant que Qu&#233;b&#233;cois, nous avons en ce moment une &#233;norme responsabilit&#233;, puisque les d&#233;cisions prises aujourd'hui vont avoir de lourdes cons&#233;quences dans un horizon de quelques ann&#233;es seulement. On ne peut plus aujourd'hui &#233;viter de poser la question du d&#233;veloppement des hydrocarbures dans le contexte canadien. Tous les indicateurs sociaux, &#233;conomiques et financiers, toutes les voix qui s'&#233;l&#232;vent dans tous les secteurs, de la NOAA au FMI, de l'ONU au pape Fran&#231;ois, sont en effet unanimes : au lieu d'accro&#238;tre l'offre d'hydrocarbures (qui est tout &#224; fait suffisante &#224; l'&#233;chelle mondiale), il est maintenant indispensable de r&#233;duire la demande de ces produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour r&#233;duire cette demande, des d&#233;cisions d'ordre politique, social, &#233;conomique et technologique s'imposent, notamment dans le domaine de l'am&#233;nagement urbain et des transports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la Strat&#233;gie canadienne de l'&#233;nergie vise entre autres &#224; favoriser le d&#233;veloppement du secteur des &#233;nergies non renouvelables pour soutenir l'&#233;conomie des provinces de l'Ouest. Est-ce une bonne id&#233;e ? N'y a-t-il pas d'autres fa&#231;ons d'aider nos partenaires de la f&#233;d&#233;ration canadienne ? (Car que nous soyons f&#233;d&#233;ralistes ou ind&#233;pendantistes, nos liens resteront forts avec l'ensemble du Canada.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'invite le Qu&#233;bec &#224; se r&#233;veiller et &#224; prendre une position extr&#234;mement ferme dans ce dossier : nous devons dire NON &#224; la multiplication des ol&#233;oducs et des trains charg&#233;s de p&#233;trole de l'Ouest. NON &#224; une augmentation de la production de p&#233;trole des sables bitumineux et de gaz de schiste. Il faut r&#233;orienter les d&#233;cisions d'investissement et d'aide financi&#232;re aux compagnies d'extraction et de transport des hydrocarbures. Les fonds publics doivent aider l'Alberta et la Saskatchewan &#224; convertir leur &#233;conomie aux ressources renouvelables. Ce que le Canada doit exporter, ce ne sont pas ses hydrocarbures, ce sont ses &#233;nergies propres et surtout son savoir-faire pour contribuer &#224; lutter contre la catastrophe climatique qui menace tous les &#234;tres humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Denise Campillo&lt;br class='autobr' /&gt;
Membre du Regroupement Vigilance Hydrocarbures Qu&#233;bec&lt;br class='autobr' /&gt;
Roxton Falls&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 20 juillet 2015&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] &lt;a href=&#034;http://www.pmprovincesterritoires.ca/phocadownload/publications/fr_canadian_energy_strategy_july17_fnl.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.pmprovincesterritoires.ca/phocadownload/publications/fr_canadian_energy_strategy_july17_fnl.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Costas Lapavitsas : &#034;La voie de la sagesse, c'est celle de la sortie de l'euro et du changement social&#034;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Costas-Lapavitsas-La-voie-de-la-sagesse-c-est-celle-de-la-sortie-de-l-euro-et</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Costas-Lapavitsas-La-voie-de-la-sagesse-c-est-celle-de-la-sortie-de-l-euro-et</guid>
		<dc:date>2015-07-20T01:35:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Costas Lapavitsas</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec le peuple grec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-06-30</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est la transcription traduite de l'intervention de Costas Lapavitsas au colloque &#171; Democracy Rising &#187;, tenu &#224; Ath&#232;nes le 17 juillet 2015. Les intertitres sont de notre responsabilit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Costas Lapavitsas est d&#233;put&#233; &#233;lu au Parlement grec, membre de la Plateforme de gauche de Syriza, et professeur d'&#233;conomie &#224; SOAS (School of Oriental and African Studies, Londres). &lt;br class='autobr' /&gt;
(tir&#233; du site Contretemps) &lt;br class='autobr' /&gt; Une capitulation d&#233;sastreuse &lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement Syriza vient de signer un nouvel accord de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Grece-+" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Solidarite-avec-la-Grece-+" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Solidarite-avec-le-peuple-grec-+" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; avec le peuple grec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-06-30-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-06-30&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH116/arton22855-afb04.png?1678984465' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='116' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est la transcription traduite de l'intervention de Costas Lapavitsas au colloque &#171; Democracy Rising &#187;, tenu &#224; Ath&#232;nes le 17 juillet 2015. Les intertitres sont de notre responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Costas Lapavitsas est d&#233;put&#233; &#233;lu au Parlement grec, membre de la Plateforme de gauche de Syriza, et professeur d'&#233;conomie &#224; SOAS (School of Oriental and African Studies, Londres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(tir&#233; du site Contretemps)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une capitulation d&#233;sastreuse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement Syriza vient de signer un nouvel accord de sauvetage. C'est un tr&#232;s mauvais accord, pour des raisons &#233;videntes que je vais &#233;num&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, cet accord est r&#233;cessif. Il va plonger l'&#233;conomie grecque dans la r&#233;cession. Parce que les seules augmentations d'imp&#244;ts s'&#233;l&#232;vent &#224; 2% du PIB. Elles concernent surtout la TVA, imp&#244;t indirect pr&#233;lev&#233; sur des produits principalement consomm&#233;s par les travailleurs. Mais elles concernent aussi les entreprises et vont d'abord frapper les petites et moyennes entreprises, qui demeurent la colonne vert&#233;brale de l'&#233;conomie grecque. L'agriculture est sans doute le secteur le plus durement touch&#233; par cette augmentation : l'imp&#244;t sur le revenu vers&#233; par les agriculteurs va doubler, et ils seront soumis &#224; de nouvelles obligations. Ces mesures sont incontestablement r&#233;cessives. Elles arrivent &#224; un moment o&#249; l'&#233;conomie grecque chancelle au bord du pr&#233;cipice. Il ne fait aucun doute qu'elles vont la faire basculer dans la r&#233;cession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, l'accord impose des mesures clairement in&#233;galitaires. Elles vont exacerber les in&#233;galit&#233;s dans le pays. Ne laissez personne vous dire le contraire : le gros des recettes fiscales viendra des imp&#244;ts indirects, dont on sait qu'ils sont facteur d'in&#233;galit&#233;. Les in&#233;galit&#233;s vont s'accro&#238;tre parce que les mesures imposent de prendre 800 millions par an dans les retraites. Elles feront peser une charge suppl&#233;mentaire sur les retrait&#233;s, qui comptent d&#233;j&#224; en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale parmi les couches les plus pauvres de la population. Et bien s&#251;r, les in&#233;galit&#233;s vont aussi s'accro&#238;tre parce que le ch&#244;mage va augmenter cette ann&#233;e et l'ann&#233;e prochaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet accord est mauvais parce qu'il ne rem&#233;diera en rien au probl&#232;me de la dette du pays. Il ne pr&#233;voit pas de restructuration de la dette. Il va remplacer une cat&#233;gorie particuli&#232;re de dette par une autre. Il pourrait entra&#238;ner une am&#233;lioration marginale &#8211; marginale &#8211; sur le plan des taux d'int&#233;r&#234;t et de l'&#233;talement de la dette. Et celle-ci va sans aucun doute augmenter de 20 &#224; 25 milliards pour recapitaliser les banques. Selon le FMI, le ratio dette sur PIB devrait passer &#224; 200% l'an prochain. C'est tr&#232;s probablement ce qui va arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;mement, l'accord ne pr&#233;voit absolument rien pour le d&#233;veloppement du pays. Le &#171; paquet &#187; de 35 milliards d'euros n'existe tout simplement pas. Ces sommes ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; allou&#233;es &#224; la Gr&#232;ce dans les divers fonds. Nous ne savons pas quand ni comment le pays percevra de l'argent frais. Rien, donc, en mati&#232;re de d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, cet accord est clairement de type n&#233;ocolonial. Le gouvernement de gauche a sign&#233; un accord n&#233;ocolonial. Il l'est pour plusieurs raisons. J'en &#233;voquerai trois : tout d'abord, l'accord pr&#233;voit l'&#233;tablissement d'un fonds de privatisation de 50 milliards d'euros, sous contr&#244;le &#233;tranger, et qui aura pour mission de vendre des biens publics. Les 25 premiers milliards seront destin&#233;s aux banques. S'il reste quelque chose &#8211; et il ne restera rien car on n'atteindra jamais 50 milliards &#8211;, les sommes serviront au remboursement de la dette et, peut-&#234;tre, &#224; l'investissement. Par cons&#233;quent, ce fonds vendra tout ce qu'il est possible de vendre pour recapitaliser les banques. Nous venons d'accepter de vendre nos bijoux de famille pour recapitaliser des banques grecques en faillite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons aussi accept&#233; de mener des r&#233;formes de l'administration publique sous la houlette de l'UE. Nous avons accept&#233; de nous soumettre &#224; un contr&#244;le qui non seulement sera tr&#232;s s&#233;v&#232;re mais qui durera bien plus longtemps que les 3 ans que durera l'accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mes yeux, cet accord repr&#233;sente une capitulation d&#233;sastreuse. Ce n'est pas Brest-Litovsk. Ceux d'entre vous qui le croient se trompent. Il ne s'agit pas de gagner du temps pour asseoir le pouvoir bolchevique &#224; Moscou et &#224; Leningrad. Il ne s'agit pas de gagner du temps, car il n'y a pas de temps &#224; gagner. Le temps, en l'occurrence, joue en faveur de l'ennemi. Ce n'est pas une man&#339;uvre tactique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet accord revient &#224; mettre le pays sur une voie qui n'a qu'une seule issue. Une issue qui ne sert pas les int&#233;r&#234;ts du peuple. Quant &#224; savoir qui est le v&#233;ritable vainqueur de cet accord, c'est l'&#233;vidence m&#234;me. Le vainqueur est devant vous. C'est l'oligarchie, qui s'exprime dans les m&#233;dias de masse. Voil&#224; pourquoi les m&#233;dias exultent et c&#233;l&#232;brent cette victoire. La r&#233;alit&#233; est parfois exactement ce qu'elle para&#238;t &#234;tre. Il est inutile de gratter la surface. Si vous lisez les grands journaux et que vous &#233;coutez les m&#233;dias, vous savez qui a gagn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le produit d'une erreur strat&#233;gique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors pourquoi ? Pourquoi cette capitulation ? Pourquoi en est-on arriv&#233; l&#224; apr&#232;s le grand enthousiasme d'il y a six mois, apr&#232;s le fort soutien que nous ont apport&#233; les mobilisations de la base dans ce pays et en Europe ? Pourquoi ? Pour moi, la r&#233;ponse est claire. Elle tient &#224; une mauvaise strat&#233;gie, strat&#233;gie qui fut certes assez bonne pour gagner les &#233;lections, mais qui s'est r&#233;v&#233;l&#233;e d&#233;sastreuse une fois Syriza arriv&#233; au pouvoir. Cette mauvaise strat&#233;gie a fait long feu. Quelle est-elle ? Elle est tr&#232;s simple, et elle a &#233;t&#233; explicitement formul&#233;e &#224; maintes reprises. Nous r&#233;aliserons un changement radical en Gr&#232;ce, un changement radical en Europe, et nous le ferons de l'int&#233;rieur de la zone euro. Voil&#224; quelle &#233;tait la strat&#233;gie. Eh bien ce n'est pas possible. Un point, c'est tout. Les derniers mois ont d&#233;montr&#233; que ce n'&#233;tait tout simplement pas possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas une question d'id&#233;ologie &#8211; n&#233;olib&#233;rale ou autre. Ce n'est pas une affaire de r&#233;&#233;quilibrage des rapports de force politiques. Combien de fois ai-je entendu parler de r&#233;&#233;quilibrage ? Et voil&#224; que ce d&#233;bat revient sur la table, que l'on ressort cet argument : &#171; Attendons que le rapport de force politique change en Europe, si Podemos est &#233;lu, les choses seront diff&#233;rentes. &#187; Vous pourrez attendre longtemps. Tr&#232;s longtemps. Car ce n'est pas ainsi que la situation changera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ? Parce que l'union mon&#233;taire, dont la Gr&#232;ce fait partie, n'est pas de nature id&#233;ologique. Enfin elle l'est, mais il ne s'agit pas seulement d'id&#233;ologie. Ni de r&#233;&#233;quilibrage du rapport de force. C'est un m&#233;canisme institutionnel. Plus t&#244;t les Grecs le comprendront, mieux ce sera pour nous tous. On a affaire &#224; un m&#233;canisme institutionnel, &#224; une union mon&#233;taire, &#224; un ensemble hi&#233;rarchique qui agit dans l'int&#233;r&#234;t des grandes entreprises et d'un petit nombre de pays membres. Voil&#224; la nature de l'Union &#233;conomique et mon&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement, cette union mon&#233;taire a &#233;chou&#233;. En Gr&#232;ce, son &#233;chec est patent. Elle a ruin&#233; le pays. Et plus la Gr&#232;ce s'accroche &#224; sa place au sein de l'union, plus elle d&#233;truit son peuple et sa soci&#233;t&#233;. C'est un fait que l'histoire des unions mon&#233;taires a &#233;tabli depuis longtemps. Le probl&#232;me est qu'&#224; chaque fois, les gens refusent de voir la r&#233;alit&#233; en face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question de l'argent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi de faire une digression sur la question de la monnaie &#8211; apr&#232;s tout, je m'adresse ici &#224; un public d'universitaires et cela fait trente ans que j'&#233;tudie l'argent. L'argent est bien s&#251;r l'&#233;quivalent universel. La marchandise des marchandises. Je suis assez traditionaliste &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous sa forme la plus simple et la plus pure, c'est une chose. La plupart des gens consid&#232;rent que l'or est de la monnaie. Dans certains cas, c'est encore vrai. Quand elle est une chose, elle fonctionne de fa&#231;on aveugle et automatique, comme le font toutes les choses. Et elle est l'objet de la r&#233;ification. Les rapports sociaux vont s'incarner dans cette chose. De fa&#231;on aveugle et m&#233;canique, la soci&#233;t&#233; se soumet &#224; cette chose. Nous le savons depuis longtemps. Keynes parlait de l'esclavage du m&#233;tal jaune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, la monnaie moderne n'est pas une chose de ce type. Elle reste chose, mais pas une chose ayant la forme d'une marchandise produite. Elle est contr&#244;l&#233;e. Elle reste de la monnaie, mais elle est contr&#244;l&#233;e. Contr&#244;l&#233;e par des institutions, des comit&#233;s, des m&#233;canismes, toute une hi&#233;rarchie de relations. Cette hi&#233;rarchie et ce cadre produisent de la r&#233;ification. Une r&#233;ification qui diff&#232;re de celle de l'or. Ce que r&#233;ifient ces institutions, c'est la pratique. L'id&#233;ologie et les int&#233;r&#234;ts de classes se r&#233;ifient dans la pratique, dans l'institution elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que la gauche, en Europe et en Gr&#232;ce, s'est r&#233;v&#233;l&#233;e incapable de comprendre : les m&#233;canismes de l'Union europ&#233;enne et mon&#233;taire sont une pratique de classe r&#233;ifi&#233;e. Un point, c'est tout. Vous ne pouvez pas les transformer parce que vous avez gagn&#233; une &#233;lection en Gr&#232;ce. C'est impossible. Vous ne pourrez pas les changer parce que demain, Podemos sera au pouvoir en Espagne. Ce n'est pas possible. Donc de deux choses l'une : soit vous d&#233;truisez cet &#233;difice, soit vous l'acceptez tel qu'il est. Nous en avons d&#233;sormais la preuve irr&#233;futable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un programme radical suppose un plan de sortie de l'euro&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la vraie question est la suivante : que fait-on maintenant ? Je vais vous le dire, et sur ce point, ma propre pratique a valeur de preuve. La seule position coh&#233;rente au parlement ces derniers jours &#8211; coh&#233;rente avec deux choses : le mandat &#233;lectoral re&#231;u par Syriza le 25 janvier, et le r&#233;f&#233;rendum o&#249; le peuple a tr&#232;s clairement dit non aux plans de sauvetage &#8211;, la seule position coh&#233;rente avec ces expressions de la volont&#233; populaire, c'&#233;tait de dire non. Pas oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas une affaire de conscience morale. Je respecte la conscience de chacun, je comprends la difficult&#233; morale &#233;prouv&#233;e par chaque d&#233;put&#233;, chaque membre de Syriza, chaque citoyen grec. Mais ce n'est pas une question morale. Je ne sugg&#232;re absolument pas que le &#171; non &#187; est moralement sup&#233;rieur au &#171; oui &#187;. Je tiens &#224; le dire tr&#232;s clairement. Il ne s'agit pas ici de morale, mais de jugement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la politique qui compte ici, et la juste orientation politique &#224; prendre, c'&#233;tait de dire non. C'est la seule option qui permet de rester coh&#233;rent avec la volont&#233; populaire, avec les promesses que nous avons faites au peuple, et avec les mesures que nous serons susceptibles de prendre &#224; l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette orientation est maintenue, le &#171; oui &#187; nous plongera vraisemblablement dans d'immenses difficult&#233;s. D'immenses difficult&#233;s pour les raisons que je vous ai donn&#233;es et qui tiennent au contenu de l'accord. Il n'est pas possible d'accepter cet accord et de transformer la Gr&#232;ce. Ce ne sera pas possible car l'accord contient des m&#233;canismes de contr&#244;le tr&#232;s durs. Ces gens &#224; l'&#233;tranger ne sont pas idiots. Ils savent exactement de quoi il retourne. Et ils imposeront des conditions, des r&#233;gulations, des m&#233;canismes de contr&#244;le qui emp&#234;cheront Syriza de prendre des mesures allant dans le sens de ce &#224; quoi beaucoup aspirent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La preuve du pudding, c'est qu'on le mange. Ils exigent d&#233;j&#224; le retrait de la majeure partie des lois que nous avons adopt&#233;es au cours des cinq derniers mois, dans l'int&#233;r&#234;t des travailleurs. Et nous les retirerons. Ils nous contraignent &#224; le faire. Et vous vous imaginez qu'&#224; partir de maintenant, vous allez pouvoir adopter d'autres mesures l&#233;gislatives radicales ? Mais sur quelle plan&#232;te vivez-vous ? C'est impossible. Et ce ne sera pas possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revenir sur l'accord en s'appuyant sur le Non au r&#233;f&#233;rendum&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, qu'allons-nous faire ? Nous devons revenir sur l'acceptation de cet accord. Et concevoir un programme radical compatible avec nos valeurs, nos objectifs et le discours que nous avons tenu au peuple grec depuis tout ce temps, depuis toutes ces ann&#233;es. Et ce programme radical est impossible sans une sortie de l'euro. La seule chose &#224; quoi nous devions vraiment travailler, c'est au d&#233;veloppement d'un plan de sortie de l'euro qui nous permettra de mettre en &#339;uvre notre programme. C'est si &#233;vident que je suis stup&#233;fait qu'on ne l'ait toujours pas compris apr&#232;s cinq mois d'&#233;chec des n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avons-nous les forces requises ? Oui. Oui parce que le r&#233;f&#233;rendum, o&#249; le &#171; non &#187; a triomph&#233; sans appel, a d&#233;montr&#233; deux choses. Il a d&#233;montr&#233;, pour commencer, que l'euro est une affaire de classe. Ce n'est pas une forme d'argent impersonnelle. Comme je vous l'ai dit, il cristallise et contient des rapports de classe. Et les gens l'ont instinctivement compris : les riches ont vot&#233; &#171; oui &#187;, les pauvres ont vot&#233; &#171; non &#187; au r&#233;f&#233;rendum. Un point, c'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me chose d&#233;montr&#233;e par le r&#233;f&#233;rendum, et cela repr&#233;sente un &#233;norme changement : pour la premi&#232;re fois depuis cinq ans, la jeunesse grecque s'est exprim&#233;e. Nous &#233;tions nombreux &#224; attendre qu'elle le fasse. Et enfin, elle l'a fait. Et la jeunesse, cette jeunesse si attach&#233;e &#224; l'Europe, si &#233;duqu&#233;e, sans doute si &#233;loign&#233;e de tous ces dinosaures d'extr&#234;me gauche qui croient encore &#224; Marx et consorts &#8211; cette jeunesse grecque qui b&#233;n&#233;ficie des programmes Erasmus et qui voyage partout, cette jeunesse a dit non, &#224; 80%. Voil&#224; la base d'une orientation radicale, et d'une r&#233;orientation pour Syriza aujourd'hui. Si nous disons oui, si nous maintenons le oui, nous perdrons les jeunes. J'en ai la certitude absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment organiser une sortie de l'euro ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors comment initier cette nouvelle orientation ? Est-ce une chose impossible ? Ne vous imaginez pas qu'il n'existe pas de plan pour sortir de cette union mon&#233;taire d&#233;sastreuse et mettre en &#339;uvre une strat&#233;gie radicale. Il existe un plan. Seulement, on ne l'a jamais utilis&#233;. On ne l'a jamais d&#233;velopp&#233;, jamais &#233;tudi&#233; de mani&#232;re approfondie. Pour le mettre en &#339;uvre, il faut le d&#233;velopper, et il faut, par dessus tout, une volont&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce plan, sous forme de feuille de route, contiendra quelques points tr&#232;s clairs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Premi&#232;rement, d&#233;faut sur la dette nationale. Le d&#233;faut est l'arme des pauvres. La Gr&#232;ce doit faire d&#233;faut. Il n'y a aucune autre porte de sortie. Le pays est &#233;cras&#233; par sa dette. Un d&#233;faut serait donc un premier pas vers un profond effacement de la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Deuxi&#232;mement, nationalisation des banques. Nationalisation efficace des banques. Je veux dire par l&#224; que l'on nommera un commissaire public et un groupe de fonctionnaires et de technocrates qui savent comment s'y prendre. On leur demandera de diriger les banques et de renvoyer chez eux les membres des &#233;quipes dirigeantes actuelles. Voil&#224; ce qu'il faut faire. Sans avoir la moindre h&#233;sitation. Et nous changerons en cons&#233;quence la structure juridique de ces &#233;tablissements. La chose est tr&#232;s facile &#224; faire. Les banques continueront &#224; fonctionner sous un r&#233;gime de contr&#244;le des capitaux. On aura alors fait la moiti&#233; du chemin pour sortir de cette catastrophique union mon&#233;taire. Mais il faudra mettre en place un contr&#244;le ad&#233;quat des banques et des capitaux, pas ce contr&#244;le lamentable que nous avons vu ces deux derni&#232;res semaines. Il faudra que cela permette aux travailleurs et aux entreprises de retrouver une activit&#233; normale. C'est tout &#224; fait possible. On l'a vu &#224; plusieurs reprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Troisi&#232;mement, conversion de tous les prix, de toutes les obligations, de l'ensemble de la masse mon&#233;taire dans la nouvelle devise. On peut convertir tout ce qui rel&#232;ve du droit grec. Les d&#233;posants perdront une part de leur pouvoir d'achat, mais pas sur la valeur nominale de leurs d&#233;p&#244;ts. Mais ils y gagneront car le pouvoir d'achat de leur dette diminuera &#233;galement. Donc la majorit&#233; en sortira probablement gagnante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quatri&#232;mement, organisation de l'approvisionnement des march&#233;s prot&#233;g&#233;s : p&#233;trole, produits pharmaceutiques, nourriture. C'est tout &#224; fait possible en d&#233;finissant un ordre de priorit&#233;s, donc il faut s'y prendre un peu &#224; l'avance, pas &#224; la derni&#232;re minute. Il est &#233;vident que si vous pensez mettre tout cela en place le lundi matin et que vous commencez &#224; y r&#233;fl&#233;chir le dimanche, l'affaire sera difficile. J'en conviens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Enfin, d&#233;terminer comment on all&#233;gera la pression sur le taux de change. Le taux de change va probablement plonger puis remonter. C'est g&#233;n&#233;ralement ce qui se passe. Il se stabilisera &#224; un niveau d&#233;valu&#233;. J'envisage une d&#233;valuation de 15 &#224; 20% au final. Il faut donc savoir comment on ma&#238;trisera cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels seront les effets d'une sortie de l'euro ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que se passera-t-il donc si nous empruntons ce chemin ? D'abord, il faut s'y pr&#233;parer techniquement, et surtout, il faut y pr&#233;parer le peuple. Car pareille chose est impossible sans lui. Enfin, ce n'est pas tout &#224; fait vrai : on peut se passer du peuple, mais alors il faut envoyer les chars dans les rues. On peut aussi faire &#231;a. Mais ce n'est pas l'orientation de la gauche. La gauche veut y parvenir avec la participation du peuple, car nous voulons le lib&#233;rer de cette fa&#231;on, nous voulons le faire participer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que se passera-t-il donc si nous empruntons ce chemin ? J'ai vu des simulations et des mod&#233;lisations &#233;conom&#233;triques de l'effet que cela pourrait avoir sur le PIB, les prix, etc. Ce genre de chose est parfois tr&#232;s utile et int&#233;ressant &#224; lire. Mais dans ce cas, les simulations n'ont pas la moindre valeur. Pourquoi ? Parce que, par essence, la simulation et l'&#233;conom&#233;trie reposent sur la conservation des caract&#233;ristiques structurelles du mod&#232;le. Sinon, toute simulation est impossible. Ici, par construction, nous transformons la structure. C'est un changement de r&#233;gime. Ou, pour le dire autrement, si quelqu'un d&#233;cide de remettre sa vigne en culture, comment en pr&#233;voir les effets ? C'est cela qui va se passer. Il se produira un changement structurel. Donc toutes les pr&#233;visions chiffr&#233;es ne valent pas grand-chose. Ne croyez pas ceux qui vous disent qu'il y aura une r&#233;cession de 25%, une contraction du PIB de 50%. La v&#233;rit&#233; est qu'ils n'en savent rien. Ils sortent ces chiffres de leur chapeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mieux que l'on puisse faire dans ces conditions, c'est de concevoir des anticipations raisonn&#233;es fond&#233;es sur les exp&#233;riences ant&#233;rieures et sur la structure de l'&#233;conomie grecque. J'imagine que si nous empruntons cette voie en y &#233;tant pr&#233;par&#233;s, nous entrerons en r&#233;cession. Ce sera difficile. Cela durera probablement plusieurs mois, du moins la plong&#233;e durera plusieurs mois. Mais si je me fonde sur l'exp&#233;rience mon&#233;taire, je ne crois pas que cette situation durera plus de six mois. En Argentine, elle a dur&#233; trois mois. Puis l'&#233;conomie est repartie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contraction durera donc plusieurs mois, puis l'&#233;conomie red&#233;marrera. En revanche, il est probable qu'il faille attendre plus longtemps pour renouer avec des taux de croissance positifs, car la consommation, la confiance, et les petites et moyennes entreprises subiront sans doute un choc important. Je suppose que l'on reviendra &#224; des taux de croissance positifs au bout de 12 &#224; 18 mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois le pays sorti de cette p&#233;riode d'ajustement, je pense que l'&#233;conomie reviendra &#224; des taux de croissance rapides et soutenus. Pour deux raisons. D'abord, la reconqu&#234;te du march&#233; int&#233;rieur. Le changement de devise permettra au secteur productif de reconqu&#233;rir le march&#233; int&#233;rieur, de recr&#233;er des opportunit&#233;s et des activit&#233;s, toutes choses que l'on a vu &#224; chaque fois que se sont produits des &#233;v&#233;nements mon&#233;taires de cette ampleur. Et un gouvernement de gauche favorisera la reprise, pour qu'elle soit plus rapide et plus solide. En partie parce que les exportations vont tr&#232;s probablement repartir ; en partie parce que l'on mettra en place un programme soutenu d'investissement public qui favorisera aussi l'investissement priv&#233; et produira de la croissance pendant plusieurs ann&#233;es. Voil&#224; mes pr&#233;visions, je n'ai pas le temps de les d&#233;velopper ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La voie de la sagesse&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais ajouter deux choses. Il ne s'agit pas d'une sortie de l'Europe. Personne ne d&#233;fend cette id&#233;e. L'euro, l'Union europ&#233;enne et mon&#233;taire, ne se confond pas avec l'Europe &#8211; cette valeur d&#233;sincarn&#233;e, qui nous tourmente depuis si longtemps. Nous parlons ici de sortie de l'union mon&#233;taire. La Gr&#232;ce restera membre de l'Europe et des structures europ&#233;ennes tant que le peuple grec le souhaitera. Cette strat&#233;gie vise au contraire &#224; lib&#233;rer la Gr&#232;ce du pi&#232;ge que constitue l'union mon&#233;taire, &#224; lui permettre de renouer avec une croissance soutenue et avec la justice sociale, &#224; renverser le rapport de force au profit des travailleurs du pays. Je le regrette, mais il n'y a pas d'autre strat&#233;gie. S'imaginer le contraire, c'est poursuivre des chim&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ignore si la Gr&#232;ce optera pour cette strat&#233;gie. R&#233;cemment, je suis tomb&#233; sur une phrase tr&#232;s int&#233;ressante, attribu&#233;e &#224; un premier ministre isra&#233;lien. Il disait que les nations prennent la voie de la sagesse, mais seulement apr&#232;s avoir essay&#233; toutes les autres. Dans le cas de la Gr&#232;ce, je crains que ce ne soit ce qui nous attend. La voie de la sagesse, c'est celle de la sortie de l'euro et du changement social. J'esp&#232;re que Syriza le comprendra et dira non. Qu'il ne signera pas cet accord. Qu'il reviendra &#224; ses principes radicaux et &#224; ses valeurs radicales. Qu'il fera une nouvelle proposition &#224; la soci&#233;t&#233; grecque et s'engagera dans la voie de la sagesse.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/8vTTUcaYEWs&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Traduction : Nicolas Vieillescazes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir la vid&#233;o ici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos contenus sont plac&#233;s sous la licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 3.0 FR). Toute parution peut &#234;tre librement reprise et partag&#233;e &#224; des fins non commerciales, &#224; la condition de ne pas la modifier et de mentionner auteur&#183;e(s) et URL d'origine activ&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
