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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Le RN porte un projet fasciste (1re partie)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-RN-porte-un-projet-fasciste-1re-partie</link>
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		<dc:date>2022-04-12T11:23:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Ugo Palheta</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Mont&#233;e de l'extr&#234;me-droite en France</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-04-05</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce texte d'Ugo Palheta est extrait de La Possibilit&#233; du fascisme (La D&#233;couverte, 2018). Sociologue, membre de l'Observatoire national de l'extr&#234;me droite, Ugo Palheta est l'auteur de nombreux articles pour Contretemps, et, plus r&#233;cemment avec Ludivine Bantigny, de Face &#224; la menace fasciste (Textuel, 2021), et avec Omar Slaouti de D&#233;faire le racisme, affronter le fascisme (La Dispute, 2022). &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du site de la revue Contretemps 7 avril 2022 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Ugo Palheta &lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on en croit les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Montee-de-l-extreme-droite-en-France-+" rel="tag"&gt;Mont&#233;e de l'extr&#234;me-droite en France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-04-05-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-04-05&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH76/arton52276-47fd0.jpg?1674683040' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='76' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte d'Ugo Palheta est extrait de La Possibilit&#233; du fascisme (La D&#233;couverte, 2018). Sociologue, membre de l'Observatoire national de l'extr&#234;me droite, Ugo Palheta est l'auteur de nombreux articles pour Contretemps, et, plus r&#233;cemment avec Ludivine Bantigny, de Face &#224; la menace fasciste (Textuel, 2021), et avec Omar Slaouti de D&#233;faire le racisme, affronter le fascisme (La Dispute, 2022).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/rn-le-pen-projet-fasciste-1re-partie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Contretemps&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
7 avril 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Ugo Palheta&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Si l'on en croit les sondages, l'extr&#234;me droite pourrait obtenir dimanche, lors du 1er tour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle fran&#231;aise, autour d'un tiers des voix (en cumulant les voix de Le Pen, Zemmour et Dupont-Aignant). En outre, si elle parvient au 2nd tour, Marine Le Pen est annonc&#233;e tr&#232;s haut au 2nd tour, plus haut que jamais (autour de 48,5%). S'il en est ainsi, c'est que la p&#233;n&#233;tration de l'id&#233;ologie port&#233;e par l'extr&#234;me droite, historiquement forte dans cette vielle puissance imp&#233;riale en d&#233;clin qu'est la France, a encore progress&#233; au cours des derni&#232;res ann&#233;es, largement promue par la plupart des &#171; grands &#187; m&#233;dias et notamment l'empire m&#233;diatique qu'a constitu&#233; le milliardaire Bollor&#233; : son projet a &#233;t&#233; ainsi banalis&#233;, l&#233;gitim&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mais comment caract&#233;riser cette id&#233;ologie et ce projet ? Devenu Rassemblement national sans que rien de fondamental ne change dans son programme ou sa strat&#233;gie, le Front national est de moins en moins caract&#233;ris&#233; par les observateurs, mais aussi par les militant-es et organisations de gauche ou syndicales, comme un parti fasciste ou n&#233;ofasciste. R&#233;put&#233;e approximative et militante, cette cat&#233;gorisation ferait l'impasse, nous dit-on, sur toute une s&#233;rie de traits propres au fascisme qui seraient absents dans le cas du FN/RN. Comme le montre ici Ugo Palheta dans un texte en 2 parties, caract&#233;riser ainsi le parti de Marine Le Pen permet au contraire de saisir les propri&#233;t&#233;s distinctives de son projet.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6524 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/9782348037474-2-627x1024.jpg?6524/eb3e9fa4e462d3ad4c1245b6eb30a902f6f6ad2ca161f662defdbed515278426&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH817/eb3e9fa4e462d3ad-fed6ad8f-c8992.jpg?1717553233' width='500' height='817' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Politiquement, le fascisme se caract&#233;rise sp&#233;cifiquement par la volont&#233; &#8211; incarn&#233;e par un chef et port&#233;e par une organisation &#8211; d'&#339;uvrer, par une vaste op&#233;ration de &#171; purification &#187;, &#224; la renaissance ou plus modestement &#224; la d&#233;fense d'une nation glorieuse mais en voie de d&#233;composition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;barrasser cette nation mythifi&#233;e de toutes les formes d'alt&#233;rit&#233; et de contestation qui en menaceraient l'identit&#233;, l'unit&#233; et l'int&#233;grit&#233;, permettrait de mettre un coup d'arr&#234;t au processus de d&#233;cadence mis en branle indistinctement par le cosmopolitisme du capital et l'internationalisme de la gauche, la finance &#171; apatride &#187; et les immigr&#233;s &#171; d&#233;racin&#233;s &#187;[1]. Or c'est bien dans ce cadre marqu&#233; par le d&#233;sir d'une r&#233;volution spirituelle qui amorcerait une r&#233;g&#233;n&#233;ration nationale, et non simplement dans la (si commune) r&#233;f&#233;rence au peuple, d&#233;celable sous des formes diff&#233;rentes chez tous les courants politiques, que s'inscrit clairement la politique du FN/RN. &#192; Marseille le 19 avril 2017, apr&#232;s un appel &#224; une &#171; insurrection nationale &#187;, Marine Le Pen affirmait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt; Nous sommes sous la menace d'une dilution de notre identit&#233; nationale. Posons-nous les questions : allons-nous pouvoir vivre encore longtemps comme des Fran&#231;ais en France ? Alors que des quartiers entiers deviennent quasiment des zones &#233;trang&#232;res ? Alors que des r&#232;gles ou des modes de vie venus d'ailleurs tentent de nous &#234;tre impos&#233;s ?&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs pr&#233;cisions sont toutefois n&#233;cessaires. Tout d'abord, m&#234;me si le FN/RN est fond&#233; sur une matrice politique qui n'a gu&#232;re chang&#233; depuis la cr&#233;ation du Front national en 1972, malgr&#233; les ravalements successifs de fa&#231;ade, il ne constitue assur&#233;ment pas le d&#233;calque des parts partis fascistes classiques, en particulier parce qu'il ne dispose pas de milices arm&#233;es de masse. C'est seulement dans des circonstances sp&#233;cifiques que le FN/RN pourrait &#234;tre amen&#233; &#224; se d&#233;velopper en v&#233;ritable mouvement militant de masse capable d'&#234;tre pr&#233;sent partout, au-del&#224; de la sc&#232;ne &#233;lectorale ou m&#233;diatique, et d'exercer la violence par le biais de telles milices. Ce n'est donc pas le pass&#233; fasciste du FN/RN qui devrait nous inqui&#233;ter mais son devenir-fasciste. Comme l'&#233;crivait Maurice Duverger en 1962 : &#171; Le microbe fasciste restera d&#233;pourvu de virulence r&#233;elle tant qu'il ne trouvera pas un terrain pour germer[2] &#187;. Le &#171; microbe fasciste &#187; a depuis trouv&#233; ce &#171; terrain &#187; dans les contradictions du capitalisme n&#233;olib&#233;ral, le durcissement autoritaire de l'&#201;tat, l'aiguisement du nationalisme fran&#231;ais et la mont&#233;e de l'islamophobie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, caract&#233;riser le FN/RN comme n&#233;ofasciste n'implique nullement que l'ensemble de ses militant&#183;es, et encore moins de ses &#233;lecteurs&#183;rices, soient favorables ici et maintenant &#224; l'installation d'une dictature d'extr&#234;me droite, ou se r&#233;f&#232;rent au fascisme comme &#224; un mod&#232;le. Pour autant, on ne saurait &#233;carter ni une dynamique de radicalisation politique qui pourrait s'emparer d'une partie du corps social dans des circonstances exceptionnelles de crise ou au terme d'un processus plus progressif de polarisation politique, en particulier car le terrain a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; par des d&#233;cennies de diffusion et de respectabilisation de la x&#233;nophobie et du racisme, ni la possibilit&#233; que le FN/RN s'appuie sur cette base &#233;lectorale pour parvenir au pouvoir par la voie l&#233;gale. L'exemple des fascismes italien et allemand durant l'entre-deux-guerres montre en effet que ces mouvements ont pu l'emporter et se maintenir durablement aux commandes de l'&#201;tat en disposant d'une audience de masse et en s'alliant avec des pans de la droite conservatrice mais sans parvenir &#224; obtenir le soutien de la majorit&#233; de la population. Dans le cas allemand, le maximum du soutien dont les nazis purent se pr&#233;valoir avant janvier 1933 fut de 37 % (bien davantage d'ailleurs que Mussolini en Italie avant son acc&#232;s au pouvoir), et si leurs &#233;lecteurs partageaient sans doute pour beaucoup un ultra-nationalisme et un antis&#233;mitisme plus ou moins visc&#233;ral, leurs motivations &#233;taient h&#233;t&#233;rog&#232;nes. Ils &#233;taient pour la plupart loin d'adh&#233;rer &#224; l'int&#233;gralit&#233; de la politique mise en &#339;uvre par Hitler dans les ann&#233;es suivantes, en particulier &#224; la volont&#233; de guerre expansionniste et a fortiori &#224; la &#171; solution finale &#187;[3]. Cela n'emp&#234;cha nullement les nazis de conqu&#233;rir le pouvoir politique et de mener au d&#233;sastre d'une nouvelle guerre mondiale et du g&#233;nocide. Nous n'en sommes &#233;videmment pas l&#224;, mais on ne saurait prendre pr&#233;texte du fait que les &#233;lecteurs du FN/RN n'ont qu'une connaissance tr&#232;s partielle de son programme ou ne souhaitent pas l'av&#232;nement d'une dictature pour nier ou minimiser le danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons encore qu'il n'y a pas de &#171; nature &#187; immuable du FN/RN. Comme tout parti, il n'est pas fig&#233; et pourrait se transformer en profondeur en fonction de dynamiques internes et de son environnement externe. En particulier, il n'est nullement interdit de penser qu'il puisse &#233;voluer dans les ann&#233;es &#224; venir vers un parti de la droite conservatrice. Le poids croissant des &#233;lus au sein du FN/RN pourrait engager un processus de notabilisation, amenant peu &#224; peu sa direction &#224; subordonner le maintien de son programme historique, de son ind&#233;pendance politique et de l'objectif de la conqu&#234;te du pouvoir national, &#224; la sauvegarde des postes obtenus dans les institutions, nationales ou locales. N&#233;anmoins, le FN/RN ne cherche pas v&#233;ritablement, du moins pour l'instant, &#224; construire des alliances au sommet avec la droite traditionnelle et continue de mener une guerre de position pour parvenir au pouvoir seul, ou en d&#233;tachant des pans entiers de la droite. Si ses dirigeants n'&#233;taient que de simples opportunistes en qu&#234;te de postes dans les institutions, ils rallieraient sans d&#233;lai les partis de la droite traditionnelle ou chercheraient par tous les moyens, notamment en reniant ou en &#233;dulcorant certaines de leurs positions, &#224; nouer des alliances &#233;lectorales r&#233;guli&#232;res avec ces partis afin d'obtenir bien davantage de si&#232;ges d'&#233;lus. Or, depuis sa cr&#233;ation en 1972, le FN devenu RN &#8211; comme les organisations fascistes de l'entre-deux-guerres &#8211; a toujours maintenu son ind&#233;pendance politique et ne s'est alli&#233; qu'exceptionnellement &#224; la droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut &#233;voquer pour finir la question de la violence. &#192; nouveau, on aurait tort d'imaginer une rupture franche entre le FN de Jean-Marie Le Pen et celui de sa fille. D&#232;s la fondation du parti, l'objectif de constituer une vitrine &#233;lectorale de l'extr&#234;me droite impliquait la mise en sourdine, sinon le refus, des trop visibles batailles de rue avec la gauche r&#233;volutionnaire. Le FN/RN dispose n&#233;anmoins avec le DPS &#8211; &#171; D&#233;partement protection s&#233;curit&#233; &#187;, &#233;galement surnomm&#233; du temps de Jean-Marie Le Pen &#171; D&#233;pend du pr&#233;sident seulement &#187; &#8211; d'un service d'ordre partiellement militaris&#233;, par l'emploi de techniques militaires et par son recrutement parmi d'anciens militaires, policiers ou vigiles. Outre les fonctions classiquement assum&#233;es par un service d'ordre (protection des dirigeants, des meetings et des apparitions publiques), le DPS a pu proc&#233;der parfois &#8211; selon des t&#233;moignages rassembl&#233;s &#224; la fin des ann&#233;es 1990 &#8211; &#224; des actions offensives, essentiellement contre des militants anti-FN (d&#233;nomm&#233;es &#171; missions punitives &#187;)[4]. Dans la derni&#232;re p&#233;riode, pour laquelle on dispose de moins d'informations, il semblerait non seulement que le DPS &#8211; qui avait beaucoup p&#226;ti de la scission m&#233;gr&#233;tiste &#8211; ait &#233;t&#233; progressivement marginalis&#233; par la pr&#233;sidente du FN en raison de l'attachement de ses membres &#224; Jean-Marie Le Pen, au profit de l'entreprise de s&#233;curit&#233; d'Axel Loustau (ex du GUD et proche de Marine Le Pen)[5], mais qu'il ait en outre cess&#233; d'assumer des fonctions offensives (exp&#233;ditions punitives contre des &#171; ennemis &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le FN/RN, l'&#233;poque est &#224; la &#171; guerre de position &#187; au sens de Gramsci, donc moins &#224; la prise du pouvoir par des moyens insurrectionnels qu'&#224; la conqu&#234;te progressive de l'h&#233;g&#233;monie permettant de pr&#233;parer l'acc&#232;s au pouvoir politique. N&#233;anmoins, la pr&#233;sence en son sein d'anciens dirigeants du Bloc identitaire (Philippe Vardon notamment), la collaboration avec des figures de l'extr&#234;me droite pass&#233;es par le GUD, ainsi que le soutien apport&#233; aux identitaires ou &#224; d'autres groupuscules (notamment Bastion social), semble attester d'une certaine division des t&#226;ches : vitrine &#233;lectorale et vaisseau amiral de l'extr&#234;me droite, le FN d&#233;l&#232;guerait l'exercice de la violence &#8211; notamment contre les mobilisations &#233;tudiantes dans la p&#233;riode r&#233;cente &#8211; aux groupuscules qui gravitent autour de lui. Pour ne prendre que quelques exemples r&#233;cents : au printemps 2018, les principaux dirigeants du FN/RN se f&#233;licitaient de l'initiative de &#171; G&#233;n&#233;ration identitaire &#187; au col de l'&#201;chelle, visant &#224; s'opposer symboliquement, mais aussi physiquement, &#224; l'entr&#233;e en France de migrants. Durant la m&#234;me p&#233;riode, alors que des militants fascistes agressaient r&#233;guli&#232;rement des &#233;tudiant&#183;es mobilis&#233;&#183;es dans plusieurs universit&#233;s, Louis Aliot appelait &#224; la t&#233;l&#233;vision &#224; &#171; virer manu militari &#187; les &#171; bloqueurs &#187; et se f&#233;licitait de l'offensive gouvernementale contre les &#171; zadistes &#187; &#224; Notre-Dame-des-Landes. Cela signale une fois de plus que, face &#224; la contestation sociale, le FN/RN se tient toujours du c&#244;t&#233; de l'ordre, soutient les gouvernements d&#233;sireux d'employer la force et maintient un projet ultra-autoritaire, aspirant &#224; aller plus loin et plus vite dans l'&#233;crasement de toute opposition. Il faut enfin rappeler l'influence et l'implantation du FN/RN au sein des appareils r&#233;pressifs d'&#201;tat, en particulier dans les services les plus violents (BAC, CRS, etc.). Cette situation peut faire passer pour superflue aux yeux de ses dirigeants le fait de se doter de milices pr&#233;pos&#233;es au harc&#232;lement et &#224; la r&#233;pression des opposants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;l&#233;gitimation de la violence politique et l'objectif de la conqu&#234;te du pouvoir contraignent ainsi le FN/RN &#224; limiter au maximum la possibilit&#233; d'actes violents rappelant trop visiblement l'ancrage du parti dans les traditions brutales de l'extr&#234;me droite, et &#224; emp&#234;cher l'existence en son sein de groupes aspirant &#224; jouer un r&#244;le &#233;quivalent &#224; celui des SA au sein du parti nazi (fonction que Fran&#231;ois Duprat avait assign&#233;e aux groupes nationalistes-r&#233;volutionnaires dans les ann&#233;es 1970 lorsqu'il &#233;tait une figure majeure du FN[6]). N&#233;anmoins, le FN/RN pr&#233;pare les esprits &#224; un usage intensifi&#233; de la violence en recourant fr&#233;quemment &#224; la rh&#233;torique de la &#171; guerre civile &#187;. Comme l'affirmait Marine Le Pen elle-m&#234;me : &#171; &lt;i&gt;Depuis quarante ans au moins, tout observateur lucide et objectif voit monter les probl&#232;mes quand depuis trop d'ann&#233;es, d'intimidations en intimidations et d'agressions anti-fran&#231;aises en actes terroristes, la perspective de la guerre civile n'est plus un fantasme &lt;/i&gt; &#187;. Le FN pr&#233;tend ainsi &#234;tre seul &#224; m&#234;me d'en emp&#234;cher la survenue tout en ne cessant pas de souffler sur les braises de l'islamophobie, de la romophobie et de la x&#233;nophobie, en agitant la menace d'une &#171; cinqui&#232;me colonne &#187; islamiste ou d'une destruction de la nation fran&#231;aise. Quelle politique croit-on qu'un parti pr&#233;tendant depuis tant d'ann&#233;es que la France est &#171; submerg&#233;e &#187; et &#171; colonis&#233;e &#187; par des &#233;l&#233;ments consid&#233;r&#233;s comme &#171; anti-nationaux &#187; et &#171; inassimilables &#187;, m&#232;nerait s'il parvenait au pouvoir ? Pense-t-on s&#233;rieusement qu'un tel parti ne ferait que prolonger les politiques men&#233;es par les gouvernements bourgeois traditionnels ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : Meeting du FN, 1er mai 2012 / Wikimedia Commons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Sur ce point, voir La Possibilit&#233; du fascisme, chapitre 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cit&#233; in J.-P. Gautier, Les extr&#234;mes droites en France, Paris, Syllepse, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] W. S. Allen &#233;voque dans son livre les sentiments &#171; mitig&#233;s &#187; que nourrissaient les &#233;lecteurs du NSDAP &#224; son &#233;gard, le percevant comme un mixte de gens &#171; convenables &#187; et de &#171; voyous &#187;. Voir : Une petite ville nazie, op. cit., p. 122-123. Plus g&#233;n&#233;ralement, voir : I. Kershaw, L'opinion allemande sous le nazisme, Paris, CNRS &#201;ditions, 1995 [1983]. Pour une critique de l'id&#233;e que les &#171; masses &#187; auraient &#171; d&#233;sir&#233; le fascisme &#187;, voir : N. Poulantzas, &#171; &#192; propos de l'impact populaire du fascisme &#187;, in M.-A. Macciocchi, &#201;l&#233;ments pour une analyse du fascisme, tome 1, Paris, 10/18, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Voir les auditions effectu&#233;es lors de l'enqu&#234;te parlementaire sur le DPS men&#233;e en 1999 : &lt;a href=&#034;http://www.assemblee-nationale.fr/11/dossiers/dps/auditi02.asp&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.assemblee-nationale.fr/11/dossiers/dps/auditi02.asp&lt;/a&gt;. Voir &#233;galement &#224; propos de Claude Hermant, membre du DPS pendant six ans et r&#233;cemment condamn&#233; &#224; sept ans de prison pour trafic d'armes (dont certaines auraient servi &#224; Amedy Coulibaly dans la tuerie de l'hypercacher : R. D&#233;ly et K. Laske, &#171; Confessions d'un fant&#244;me &#187;, Lib&#233;ration, 6 juin 2001, &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/societe/2001/06/06/confessions-d-un-fantome_367082&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.liberation.fr/societe/2001/06/06/confessions-d-un-fantome_367082&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Voir : A. Mestre et C. Monnot, &#171; Crise au FN : Marine Le Pen &#233;carte le service d'ordre historique au profit d'un proche &#187;, Droites extr&#234;mes, 3 septembre 2015, &lt;a href=&#034;http://droites-extremes.blog.lemonde.fr/2015/09/03/crise-au-fn-marine-le-pen-ecarte-le-service-dordre-historique-au-profit-dun-proche/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://droites-extremes.blog.lemonde.fr/2015/09/03/crise-au-fn-marine-le-pen-ecarte-le-service-dordre-historique-au-profit-dun-proche/&lt;/a&gt;. Sur les liens entre Marine Le Pen et Axel Loustau, voir : M. de Turchi, &#8220;Marine est au courant de tout&#8230;&#8221;. Argent secret, financements et hommes de l'ombre, Paris, Flammarion, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Ainsi Fran&#231;ois Duprat a-t-il pu &#233;crire : &#171; Notre conception r&#233;volutionnaire est, elle aussi, fort simple : nous devons savoir faire cohabiter une organisation de combat et une organisation de formation et d'encadrement. Sans les SA, jamais le NSDAP n'aurait pu prendre le pouvoir, mais sans la Politische Organisation les SA n'auraient pas mieux r&#233;ussi que les Corps francs de Kapp et Luttwitz, lors du putsch de 1920&#8230; Dans l'hypoth&#232;se o&#249; le mouvement nationaliste-r&#233;volutionnaire dispose des forces n&#233;cessaires &#224; une lutte violente et soutenue, si ces forces sont disciplin&#233;es et organis&#233;es, il peut rallier &#224; lui les masses de droite, qui recherchent toujours une force susceptible de les rassurer. [Il faut que s'accentue la crise &#233;conomique, que l'&#201;tat s'affaiblisse et] une solution radicale pourra devenir acceptable pour des millions de Fran&#231;ais&#8230; Une R&#233;volution ne pourra s'accomplir que si nombre de conservateurs paisibles cessent d'&#234;tre tent&#233;s par la perp&#233;tuation de l'ordre r&#233;gnant. [Si la R&#233;volution se fait par un coup de force permis par la crise], seul le mouvement capable de lancer dans la rue de nombreux militants, combatifs et disciplin&#233;s, pourra remporter la victoire et sauver notre civilisation &#187;. Cit&#233; in : N. Lebourg et J. Beauregard, Fran&#231;ois Duprat. L'homme qui r&#233;inventa l'extr&#234;me droite, op. cit., p. 204.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le RN porte un projet fasciste (2e partie)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-RN-porte-un-projet-fasciste-2e-partie</link>
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		<dc:date>2022-04-12T11:22:32Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Ugo Palheta</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Mont&#233;e de l'extr&#234;me-droite en France</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-04-05</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce texte d'Ugo Palheta est extrait de La Possibilit&#233; du fascisme (La D&#233;couverte, 2018). Sociologue, membre de l'Observatoire national de l'extr&#234;me droite, Ugo Palheta est l'auteur de nombreux articles pour Contretemps, et, plus r&#233;cemment avec Ludivine Bantigny, de Face &#224; la menace fasciste (Textuel, 2021), et avec Omar Slaouti de D&#233;faire le racisme, affronter le fascisme (La Dispute, 2022). &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du site de la revue Contretemps 7 avril 2022 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Ugo Palheta &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a une double tentation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-04-05-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-04-05&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton52277-bf463.jpg?1674683040' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte d'Ugo Palheta est extrait de La Possibilit&#233; du fascisme (La D&#233;couverte, 2018). Sociologue, membre de l'Observatoire national de l'extr&#234;me droite, Ugo Palheta est l'auteur de nombreux articles pour Contretemps, et, plus r&#233;cemment avec Ludivine Bantigny, de Face &#224; la menace fasciste (Textuel, 2021), et avec Omar Slaouti de D&#233;faire le racisme, affronter le fascisme (La Dispute, 2022).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/rn-le-pen-fascisme-2e-partie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Contretemps&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
7 avril 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Ugo Palheta&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une double tentation lorsqu'on cherche &#224; appr&#233;hender la place du racisme dans le projet actuel du FN/RN. La premi&#232;re consiste &#224; refuser d'op&#233;rer la moindre distinction entre les forces dominantes qui composent et structurent le champ politique fran&#231;ais, au nom des convergences ind&#233;niables qui se sont accomplies entre elles sur les politiques migratoires et l'islamophobie ; distinguer reviendrait &#224; absoudre droite et gauche de leurs responsabilit&#233;s dans le d&#233;veloppement du nationalisme et du racisme dans le champ politique. La seconde am&#232;ne, au pr&#233;texte de certains remaniements politiques et programmatiques du FN/RN &#8211; en particulier l'&#233;viction de Jean-Marie Le Pen et de militants exprimant trop ouvertement leur antis&#233;mitisme, mais aussi la place plus grande prise par les questions socio-&#233;conomiques dans le discours et le programme frontiste[1]) &#8211; &#224; consid&#233;rer que la x&#233;nophobie et le racisme n'auraient plus qu'une place marginale au sein du FN, qu'il s'agisse des options de ses dirigeants et de ses membres, des aspirations de son &#233;lectorat ou de ses fondements id&#233;ologiques, et un r&#244;le secondaire dans son ascension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe au contraire de rappeler deux constats, simples mais politiquement cruciaux : le FN/RN constitue &#8211; avec Reconqu&#234;te, le parti r&#233;cemment fond&#233; par Zemmour &#8211; la composante la plus brutalement raciste du nationalisme fran&#231;ais ; le racisme a jou&#233; &#8211; et joue toujours &#8211; un r&#244;le central dans son id&#233;ologie et dans son d&#233;veloppement (ce qui ne doit pas &#234;tre confondu avec l'id&#233;e qu'il serait central en chaque moment dans sa propagande). Contrairement &#224; ce qui est bien souvent affirm&#233;, le parti de Marine Le Pen n'a en rien rompu &#8211; et ne semble pas en voie de rompre dans les mois ou ann&#233;es &#224; venir &#8211; avec le projet politique qui fut celui de l'extr&#234;me droite fran&#231;aise lorsque celle-ci s'est engag&#233;e dans la construction du mouvement au d&#233;but des ann&#233;es 1970 : une pr&#233;tendue r&#233;g&#233;n&#233;ration de la nation et de son unit&#233;, fond&#233; sur la volont&#233; d'une purification, par la mise au pas &#8211; sinon la soustraction violente &#8211; de tous les &#233;l&#233;ments consid&#233;r&#233;s comme &#171; &#233;trangers &#187; voire &#171; tra&#238;tres &#187; &#224; la nation, ou per&#231;us comme des sources potentielles de d&#233;sordre et de division. Ses dirigeants maintiennent ce socle id&#233;ologique du mouvement par des d&#233;clarations ciblant prioritairement les musulmans et les migrants. Mais ils visent aussi les &#233;lites qu'ils d&#233;signent comme &#171; mondialistes &#187; &#8211; aussi bien de droite que de gauche &#8211; parce qu'elles seraient complices de l'&#171; invasion migratoire &#187;, assimil&#233;e &#224; une entreprise de destruction d&#233;lib&#233;r&#233;e de la nation et de l'identit&#233; fran&#231;aises. D'o&#249; la double cible de Marine Le Pen dans ses discours de campagne : &#171; le totalitarisme islamiste et le totalitarisme mondialiste[2] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On affirme pourtant que l'ultra-nationalisme, la x&#233;nophobie et le racisme ne joueraient plus le m&#234;me r&#244;le qu'autrefois dans le d&#233;veloppement du FN. Ses &#233;lecteurs ne seraient plus mus essentiellement par l'hostilit&#233; aux &#171; &#233;trangers &#187;[3], mais aussi par des revendications sociales. On constate &#233;galement, &#224; raison, que le racisme et la x&#233;nophobie sont pr&#233;sents dans d'autres segments de la population qui, pour autant, ne votent pas en faveur du FN/RN. Or c'est l&#224; manquer le fait primordial : ce qui fait la particularit&#233; de l'&#233;lectorat du FN/RN, c'est &#224; la fois son niveau d'hostilit&#233; nettement plus &#233;lev&#233; &#224; l'&#233;gard des immigr&#233;s, des musulmans, des juifs ou des Roms et le fait qu'il consid&#232;re l'immigration, la s&#233;curit&#233; et la &#171; menace terroriste &#187;, mais aussi les valeurs et l'&#171; identit&#233; fran&#231;aise &#187;, comme les enjeux politiques centraux[4]. Aucune question &#233;conomique et sociale ne figure au premier, deuxi&#232;me ou troisi&#232;me rang des motivations du vote frontiste. Or les in&#233;galit&#233;s et les injustices sociales &#233;taient la premi&#232;re motivation du vote en faveur de M&#233;lenchon et Hamon, et la situation &#233;conomique et l'emploi celle du vote pour Macron et Fillon. Le FN/RN est ainsi per&#231;u comme le parti qui s'oppose le mieux, non &#224; la d&#233;t&#233;rioration de la situation &#233;conomique et sociale ou aux in&#233;galit&#233;s croissantes, mais &#224; ce qui est per&#231;u par ses &#233;lecteurs comme un danger de dissolution d&#233;mographique de la France, de destruction culturelle de l'&#171; identit&#233; fran&#231;aise &#187; et/ou de marginalisation sociopolitique des &#171; vrais Fran&#231;ais &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le FN/RN n'est donc pas simplement parvenu &#224; rendre acceptables, et m&#234;me respectables, des &#171; analyses &#187; et des propositions autrefois jug&#233;es scandaleuses. On l'a vu, il a b&#233;n&#233;fici&#233; en cela du travail accompli par des dirigeants de droite mais aussi de gauche : tous ont pr&#233;tendu r&#233;pondre aux succ&#232;s frontistes en empruntant &#224; Le Pen certaines de ses propositions et surtout son langage. Il est bien &#233;vident par ailleurs que le racisme et la x&#233;nophobie n'ont pas attendu le FN/RN pour &#234;tre pr&#233;sents au sein de la population fran&#231;aise, dans les classes poss&#233;dantes comme parmi la petite bourgeoisie et la classe ouvri&#232;re (m&#234;me quand cette derni&#232;re &#233;tait largement acquise &#224; la gauche, notamment au PCF). Le v&#233;ritable coup de force du FN, c'est d'avoir r&#233;ussi &#224; imposer au c&#339;ur de la politique fran&#231;aise un clivage opposant les nationaux aux &#171; &#233;trangers &#187; mais aussi la nation &#224; des menaces diverses (les diff&#233;rents &#171; mondialismes &#187;). Or ce clivage &#233;tait rest&#233; marginal entre 1945 et le d&#233;but des ann&#233;es 1980. L'ascension du FN/RN est donc incompr&#233;hensible si l'on ne place pas au centre de l'attention le racisme et la x&#233;nophobie, qui ont eu une triple fonction, aupr&#232;s de son &#233;lectorat mais aussi de sa base militante : mobiliser les &#233;motions d'une frange de la population (affect), souder une communaut&#233; imaginaire (culture)[5] et rationaliser une vision du monde (id&#233;ologie). Il n'y a de ce point de vue rien d'anodin au fait que, lors des meetings de Marine Le Pen, c'est lorsque les questions d'immigration sont abord&#233;es que le public appara&#238;t le plus mobilis&#233;, en particulier &#224; travers le slogan tr&#232;s largement repris : &#171; on est chez nous &#187;[6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'immigration ou l'identit&#233; nationale ne prennent-ils pas objectivement moins de place dans le discours frontiste, en raison de la strat&#233;gie de &#171; d&#233;diabolisation &#187; et du &#171; tournant social &#187; ? Cela est &#233;vident, au vu des deux campagnes pr&#233;sidentielles de Marine Le Pen. Mais c'est que le FN/RN n'a plus besoin aujourd'hui de rappeler sans cesse ses positions en la mati&#232;re. Au contraire, pour &#233;largir son audience &#224; des franges de la population jusqu'ici &#233;loign&#233;es, il lui faut faire des incursions sur des terrains &#8211; services publics, &#233;cologie, droits des femmes, la&#239;cit&#233;, etc. &#8211; qui n'&#233;taient pas d&#233;j&#224; les siens. Pour autant, il ne s'agit g&#233;n&#233;ralement pas d'une reprise telles quelles de positions &#171; de gauche &#187;, mais d'une traduction dans le langage politique propre &#224; l'extr&#234;me droite : celui de la nation menac&#233;e de d&#233;cadence et de d&#233;g&#233;n&#233;rescence du fait de l'immigration, de l'affirmation de l'islam et de la mondialisation &#233;conomique. Durant sa derni&#232;re campagne pr&#233;sidentielle, Marine Le Pen a ainsi construit l'essentiel de ses discours autour de la menace d'une &#171; disparition &#187;, d'une &#171; dissolution &#187; ou d'une &#171; soumission &#187; de la France sous l'effet de deux &#171; mondialismes &#187; qui constitueraient deux &#171; totalitarismes &#187; : le &#171; mondialisme financier et affairiste &#187; et le &#171; mondialisme djihadiste &#187; ; ou encore &#171; la mondialisation d'en bas avec l'immigration massive, levier du dumping social mondial, et la mondialisation d'en haut avec la financiarisation de l'&#233;conomie &#187;. La rh&#233;torique proph&#233;tique et catastrophiste de la &#171; destruction de la France &#187;, r&#233;guli&#232;rement employ&#233;e par Marine Le Pen, n'a d'autre objectif que de servir un nationalisme radical et exclusiviste. Ce dernier demeure en effet la formule g&#233;n&#233;ratrice de la quasi-totalit&#233; des analyses et des propositions avanc&#233;es par le FN, et charrie immanquablement la x&#233;nophobie et le racisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le FN/RN a-t-il rompu avec l'antis&#233;mitisme, qui a constitu&#233; depuis la deuxi&#232;me moiti&#233; du xixe si&#232;cle l'un des fondamentaux de l'extr&#234;me droite ? Il importe sur ce point de distinguer les &#233;lecteurs&#183;rices et la direction. L'antis&#233;mitisme des sympathisant&#183;es du FN/RN &#8211; tel que le mesurent les enqu&#234;tes d'opinion[7] &#8211; se situe &#224; un niveau bien sup&#233;rieur &#224; celui des autres franges de l'&#233;lectorat. Cela devrait d'ailleurs suffire &#224; d&#233;mentir le lieu commun m&#233;diatico-politique, relay&#233; bruyamment par quelques id&#233;ologues et dirigeants politiques, selon lequel la gauche radicale et les &#171; arabo-musulmans &#187; auraient aujourd'hui le monopole de l'antis&#233;mitisme (rebaptis&#233; &#171; nouvelle jud&#233;ophobie &#187;), du fait de leur antisionisme. Au passage, comme cela a &#233;t&#233; montr&#233; par Nonna Mayer il y a d&#233;j&#224; une quinzaine d'ann&#233;es et confirm&#233; par de nombreuses &#233;tudes depuis[8], c'est parmi les &#233;lecteurs&#183;rices de la gauche radicale que les st&#233;r&#233;otypes antis&#233;mites et la m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard des juifs est la moins &#233;lev&#233;e (au d&#233;but des ann&#233;es 2000, 18 % exprimaient des opinions m&#233;fiantes &#224; l'&#233;gard des juifs). &#192; l'inverse, c'est parmi les &#233;lecteurs&#183;rices d'extr&#234;me droite que ces st&#233;r&#233;otypes et cette m&#233;fiance &#233;taient les plus forts (40 % d'opinions m&#233;fiantes), de m&#234;me que les st&#233;r&#233;otypes et l'hostilit&#233; &#224; l'&#233;gard des musulman&#183;es, des Rom&#183;es, des immigr&#233;&#183;es, des &#233;trangers&#183;&#232;res, etc. Que des dispositions racistes soient ais&#233;ment transf&#233;rables d'une minorit&#233; &#224; une autre, des musulman&#183;es aux juifs&#183;ves ou l'inverse, ne devrait d'ailleurs gu&#232;re pr&#234;ter &#224; &#233;tonnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste qu'il y a bien eu une volont&#233; consciente de la part de la direction du FN/RN d'emp&#234;cher les saillies antis&#233;mites de sa base militante, notamment de ses candidat&#183;es aux &#233;lections, et d'en finir avec la n&#233;gation ou la minimisation du g&#233;nocide des juifs d'Europe. Vice-pr&#233;sident du FN, Louis Aliot d&#233;clarait ainsi en d&#233;cembre 2013 : &#171; &lt;i&gt; En distribuant des tracts dans la rue, le seul plafond de verre que je voyais ce n'&#233;tait pas l'immigration ni l'islam&#8230; D'autres sont pires que nous sur ces sujets-l&#224; [sic]. C'est l'antis&#233;mitisme qui emp&#234;che les gens de voter pour nous. Il n'y a que cela. &#192; partir du moment o&#249; vous faites sauter ce verrou id&#233;ologique, vous lib&#233;rez le reste. [&#8230;] Depuis que je la connais, Marine Le Pen est d'accord avec cela. Elle ne comprenait pas pourquoi et comment son p&#232;re et les autres ne voyaient pas que c'&#233;tait le verrou. [&#8230;] C'est la chose &#224; faire sauter&lt;/i&gt;[9]. &#187; C'est donc de mani&#232;re purement opportuniste que le FN a abandonn&#233; l'antis&#233;mitisme : la stigmatisation des juifs ou les sympathies n&#233;gationnistes que manifestaient &#224; intervalles r&#233;guliers ses dirigeants, de Le Pen &#224; Gollnisch, sont &#224; pr&#233;sent davantage per&#231;us par la direction du FN comme un boulet que comme un levier pour attirer vers le parti d'extr&#234;me droite de nouveaux segments de l'&#233;lectorat. Et d'ailleurs, comment penser qu'il y a l&#224; davantage que de l'opportunisme quand la quasi-totalit&#233; des cadres du RN actuel, dont Marine Le Pen &#233;videmment, ont commenc&#233; &#224; militer lorsque Jean-Marie Le Pen et n'ont jamais &#233;mis la moindre critique &#224; propos de ses propos antis&#233;mites ou n&#233;gationnistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le FN/RN actuel ne s'est pas arr&#234;t&#233; l&#224; puisque, s'inscrivant dans la rh&#233;torique de la &#171; nouvelle jud&#233;ophobie &#187;, il a cherch&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es &#224; dresser les juifs contre ceux qui seraient ses v&#233;ritables ennemis, &#224; savoir les musulman&#183;es et la gauche radicale.&lt;i&gt; Il a &#233;t&#233; soutenu en cela par la Ligue de d&#233;fense juive (LDJ), que Marine Le Pen a d&#233;fendue lors des manifestations de l'&#233;t&#233; 2014 en solidarit&#233; avec Gaza[10]. Au cours de ces derni&#232;res, ce groupuscule d'extr&#234;me droite &#8211; d'ailleurs interdit dans plusieurs pays (notamment les &#201;tats-Unis) &#8211; avait tent&#233; d'agresser des manifestant&#183;es. En 2018, apr&#232;s avoir insult&#233; et menac&#233; des &#233;lus de la France insoumise et les avoir contraints &#224; quitter la Marche blanche en l'honneur de Mireille Knoll, les militants de la LDJ ont escort&#233; les dirigeant&#183;es du FN/RN. De m&#234;me doit-on se souvenir, car cela n'a rien d'anecdotique, que Rogier Cukierman, alors pr&#233;sident du Conseil repr&#233;sentatif des institutions juives de France (CRIF), avait pu d&#233;clarer en 2002 que le score de Jean-Marie Le Pen &#171; est un message aux musulmans pour qu'ils se tiennent tranquilles&lt;/i&gt;[11] &#187;. Cette rh&#233;torique de la &#171; nouvelle jud&#233;ophobie &#187;, dont les musulman&#183;es et la gauche radicale seraient les agents, a &#233;t&#233; mise en circulation dans les ann&#233;es 2000 par des &#171; intellectuels &#187; comme P.-A. Taguieff ou A. Finkielkraut. Elle a r&#233;cemment &#233;t&#233; r&#233;activ&#233;e telle quelle via une tribune r&#233;dig&#233;e par Philippe Val et sign&#233;e par &#171; trois cents intellectuels, artistes et hommes politiques &#187;[12]. Or il est ind&#233;niable qu'elle fournit au parti d'extr&#234;me droite un argument imparable pour se d&#233;barrasser d'un encombrant stigmate, alors m&#234;me qu'un parti dont l'&#233;lectorat demeure &#224; ce point empreint d'antis&#233;mitisme pourrait &#234;tre tent&#233; de r&#233;introduire ce venin dans des circonstances o&#249; cela lui semblerait n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si l'antis&#233;mitisme a &#233;t&#233; pour l'instant abandonn&#233; par la direction du FN/RN, au moins superficiellement et pour des raisons de respectabilit&#233;, c'est pour mieux lui substituer un racisme ciblant sp&#233;cifiquement les musulmans. Cette islamophobie est beaucoup moins susceptible que l'antis&#233;mitisme d'&#234;tre condamn&#233; politiquement et elle se situe dans le prolongement des formes structurelles prises par le racisme en France, qui affectent principalement les descendants de colonis&#233;s. Si le racisme demeure central dans la construction et le renforcement du FN/RN, c'est d'abord qu'il constitue le ciment id&#233;ologique de sa base militante et d'une partie importante de son &#233;lectorat : 80% des sympathisant&#183;es du FN/RN s'estimaient eux-m&#234;mes &#171; racistes &#187; (&#171; plut&#244;t racistes &#187; ou &#171; un peu racistes &#187;) en 2014, un chiffre tr&#232;s &#233;lev&#233; et pourtant certainement minimis&#233; du fait du sentiment d'ill&#233;gitimit&#233; qui continue d'entourer une telle d&#233;claration. Encore doit-on pr&#233;ciser que c'est avant tout sous la forme d'une violente hostilit&#233; aux musulmans (r&#233;els ou pr&#233;sum&#233;s) que se manifeste aujourd'hui le racisme de l'&#233;lectorat d'extr&#234;me droite : un &#171; &lt;i&gt; trait caract&#233;ristique des sympathisants du FN est une polarisation anti-islam exacerb&#233;e, bien plus marqu&#233;e que leur antis&#233;mitisme&lt;/i&gt;[13] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nonna Mayer pr&#233;cise d'ailleurs &#224; quel point, malgr&#233; la progression constat&#233;e de l'islamophobie dans l'ensemble de la population entre 2009 et 2014, l'&#233;lectorat du FN continuait sur ce point de se distinguer des sympathisant&#183;es d'autres partis : &#171; &lt;i&gt;Le refus des sympathisants FN de voir dans les musulmans des citoyens comme les autres d&#233;passe de 48 points celui qu'on observe chez les sympathisants des autres partis (contre 23 points dans le cas des Fran&#231;ais juifs), leur jugement n&#233;gatif de la religion musulmane est sup&#233;rieur de 42 points (contre 20 pour la religion juive), leur sentiment que les musulmans forment un &#8220;groupe &#224; part&#8221; de 35 points (contre 14 quand il s'agit des juifs) et leur refus de sanction judiciaire pour des propos insultants de 28 points (contre 21).&lt;/i&gt; &#187; L'islamophobie, on l'a vu, se retrouve &#8211; sous des formes brutales ou euph&#233;mis&#233;es, revendiqu&#233;es ou d&#233;tourn&#233;es &#8211; dans la quasi-totalit&#233; du champ politique. Reste que le FN/RN en est l'expression politique la plus assum&#233;e et la plus violente, autrement dit la plus &#224; m&#234;me de mettre en &#339;uvre, sinon le r&#234;ve sinistre d'&#201;ric Zemmour d'une d&#233;portation de millions de musulman&#183;es, du moins une politique de mise au pas, de discrimination syst&#233;matique de ces derniers&#183;&#232;res et d'institutionnalisation compl&#232;te de cette discrimination. Cela impliquerait non seulement l'interdiction d'exister publiquement en tant que musulmans mais l'institution d'une compl&#232;te in&#233;galit&#233; des droits, &#224; laquelle les gouvernements ont d'ores et d&#233;j&#224; contribu&#233; ces quinze derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc moins un changement de &#171; nature &#187; du FN/RN, ni d'ailleurs de sa strat&#233;gie d'ensemble, qui s'est trouv&#233; au c&#339;ur du conflit entre Jean-Marie Le Pen et sa fille, qu'une divergence de tactique politique. Le v&#233;ritable changement impuls&#233; par Marine Le Pen &#8211; qui, sur ce point comme sur d'autres, a fait du &#171; m&#233;gr&#233;tisme sans M&#233;gret &#187; &#8211; c'est d'avoir mis au premier plan le &#171; probl&#232;me de l'islam &#187;. Ainsi a-t-elle radicalis&#233; par l'islamophobie la rh&#233;torique x&#233;nophobe du FN[14], tout en op&#233;rant un recodage &#171; r&#233;publicain &#187; du discours frontiste. Si a pu s'imposer l'illusion d'une transformation profonde du FN, c'est du fait de la tr&#232;s large diffusion de l'islamophobie, qui tend &#224; rendre acceptable l'hostilit&#233; publiquement manifest&#233;e &#224; l'&#233;gard des musulmans, mais aussi du discours public faisant de l'immigration et des immigr&#233;s un &#171; probl&#232;me &#187; &#224; r&#233;soudre, et ce depuis les ann&#233;es 1970. Cette double progression de l'islamophobie et de la x&#233;nophobie, coupl&#233;e &#224; l'affirmation d'une &#171; nouvelle la&#239;cit&#233; &#187; permettant de stigmatiser les musulmans au nom de la d&#233;fense de la &#171; R&#233;publique &#187;, tend ainsi &#224; l&#233;gitimer par avance toutes les sorties les plus ouvertement racistes du FN, du moins d&#232;s lors qu'elle vise les musulmans et les migrants (extra-europ&#233;ens ou roms). On doit d'ailleurs remarquer que l'antagonisme entre le p&#232;re et sa fille, pr&#233;sent&#233; fallacieusement comme une controverse entre une ligne &#171; dure &#187; et une ligne &#171; mod&#233;r&#233;e &#187;, n'a pas &#233;clat&#233; lorsque Jean-Marie Le Pen, &#233;voquant le pr&#233;tendu &#171; risque de submersion &#187; de la France par l'immigration, avait affirm&#233; en mai 2014, faisant allusion &#224; l'&#233;pid&#233;mie qui s&#233;vissait alors en Afrique, que &#171; Monseigneur Ebola peut r&#233;gler &#231;a en trois mois &#187;. Cette d&#233;claration n'avait alors suscit&#233; aucune condamnation de la part de la direction du FN et de sa pr&#233;sidente ; bien au contraire, elle l'avait soutenu[15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que Marine Le Pen ne rechigne jamais elle-m&#234;me &#224; employer la rh&#233;torique de l'&#171; invasion &#187;, de l'&#171; occupation &#187; ou de la &#171; colonisation &#187; de la France par les populations &#233;trang&#232;res, et plus sp&#233;cifiquement extra-europ&#233;ennes et musulmanes. Elle retrouve l&#224;, non simplement Renaud Camus[16], mais le Drumont de La France juive ou encore l'&#233;crivain pr&#233;fasciste Maurice Barr&#232;s[17]. Ainsi pouvait-elle affirmer en septembre 2015, &#224; propos de l'afflux de r&#233;fugi&#233;s : &#171; &lt;i&gt;L'invasion migratoire que nous subissons n'aura rien &#224; envier &#224; celle du ive si&#232;cle et aura peut-&#234;tre les m&#234;mes cons&#233;quences&lt;/i&gt;[18]. &#187; La pr&#233;sidente du FN s'est par ailleurs pr&#233;sent&#233;e aux &#233;lections r&#233;gionales de 2015 sur un programme aspirant, entre autres, &#224; &#171; d&#233;noncer et &#233;radiquer toute immigration bact&#233;rienne[19] &#187;. Quelques semaines plus tard, elle n'h&#233;sitait pas utiliser la rh&#233;torique de la guerre civile : &#171; &lt;i&gt;Nous n'avons pas d'autre choix que de gagner cette guerre. Si nous &#233;chouons, le totalitarisme islamiste prendra le pouvoir dans notre pays, comme il l'a pris en Libye avec l'aide de Nicolas Sarkozy, comme il tente de le prendre en Syrie, en &#201;gypte, en Tunisie, etc. [&#8230;] La charia remplacera notre Constitution, l'islam radical se substituera &#224; nos lois, nos b&#226;timents d&#233;truits, la musique prohib&#233;e, l'&#233;puration religieuse avec son cort&#232;ge d'horreurs, etc.&lt;/i&gt;[20] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu auparavant, elle invitait dans un tweet &#224; relire Le Camp des saints, un livre d'anticipation devenu un classique de l'extr&#234;me droite et fond&#233; sur le postulat d'une &#171; incompatibilit&#233; des races lorsqu'elles se partagent un m&#234;me milieu ambiant &#187;. Dans ce livre, l'&#233;crivain Jean Raspail d&#233;crivait la colonisation de la France par un million de migrants et la r&#233;sistance arm&#233;e de quelques &#171; Fran&#231;ais de souche &#187;, tirant sur les &#171; envahisseurs &#187; et finalement trahis par un gouvernement &#171; multiracial &#187;[21]. Si Marine Le Pen disait esp&#233;rer une fin diff&#233;rente, elle d&#233;fendait l'ouvrage en pr&#233;textant de son &#171; acuit&#233; &#187; et de sa &#171; modernit&#233; incroyables &#187;. De m&#234;me avait-elle lou&#233; le livre de Michel Houellebecq, Soumission, en affirmant que la proph&#233;tie sur laquelle &#233;tait fond&#233; l'ouvrage &#8211; la victoire pr&#233;sidentielle d'un candidat islamiste en 2022 apr&#232;s deux mandats de Fran&#231;ois Hollande&#8230; &#8211; &#171; pourrait un jour devenir r&#233;alit&#233; &#187;. Elle avait aussi f&#233;licit&#233; son auteur pour avoir point&#233; la &#171; complicit&#233; &#187; de l'UMP et du PS comme moteur de la progression du &#171; fondamentalisme islamiste &#187;[22]. En employant cette rh&#233;torique de la &#171; colonisation &#187; de la France par des &#233;l&#233;ments allog&#232;nes, Marine Le Pen s'inscrit pleinement dans une vieille strat&#233;gie frontiste. Fran&#231;ois Duprat lui-m&#234;me, l'un des principaux strat&#232;ges de l'extr&#234;me droite n&#233;ofasciste dans l'apr&#232;s-guerre (et un moment num&#233;ro 2 du FN[23]), avait explicit&#233; d&#232;s 1976 : &#171; &lt;i&gt;Quiconque croit que notre nation est colonis&#233;e acceptera t&#244;t ou tard nos m&#233;thodes d'action en vue de sa lib&#233;ration&lt;/i&gt;[24]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants frontistes mettent ainsi d'autant plus en avant un proph&#233;tisme x&#233;nophobe et islamophobe de la conqu&#234;te de la France par &#171; l'islam &#187;[25] qu'ils d&#233;fendent un proph&#233;tisme identitaire de la renaissance de la nation fran&#231;aise. Mais ils le font en pr&#233;tendant que l'immigration ne serait vis&#233;e qu'en tant que ph&#233;nom&#232;ne sociopolitique, et non les immigr&#233;s en tant que personnes. Ces derniers subiraient actuellement, non pas les politiques anti-migratoires, mais la destruction des nations par le &#171; mondialisme &#187; (sous la forme du d&#233;racinement et de la perte des rep&#232;res culturels) : s'opposer &#224; l'immigration constituerait paradoxalement la seule v&#233;ritable d&#233;fense des immigr&#233;s. Cette tactique rh&#233;torique ne tient pourtant g&#233;n&#233;ralement pas longtemps. Marine Le Pen a ainsi multipli&#233; les d&#233;clarations dans lesquelles elles pr&#233;sentent les immigr&#233;s extra-europ&#233;ens et/ou les musulmans (dont une grande partie ne sont pas immigr&#233;s mais descendants d'immigr&#233;s, sans m&#234;me parler des convertis) comme une menace, une cinqui&#232;me colonne, voire une force d'occupation. D&#232;s 2010, Marine Le Pen d&#233;veloppait ce discours de l'&#171; occupation &#187; &#8211; faisant &#224; l'&#233;vidence jouer le sous-entendu de l'occupation de la France par l'Allemagne nazie &#8211; pour &#233;voquer les pri&#232;res effectu&#233;es par des musulmans dans la rue, en prenant grand soin d'en exag&#233;rer l'ampleur et d'en dissimuler la cause (le faible nombre de mosqu&#233;es en France)[26].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les dirigeants du FN/RN ne s'arr&#234;tent pas &#224; l'id&#233;e d'occupation ou de colonisation. Les immigr&#233;s extra-europ&#233;ens et leurs enfants sont syst&#233;matiquement assimil&#233;s &#224; la d&#233;linquance, voire aux crimes les plus r&#233;voltants, ce qui ne peut pas ne pas appara&#238;tre comme un appel implicite, non seulement &#224; les expulser, mais &#224; les punir de la mani&#232;re la plus brutale. Lors de son meeting au Z&#233;nith de Paris en avril 2012, elle r&#233;pondait aux milliers de personnes vocif&#233;rant &#171; &lt;i&gt; on est chez nous&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Et parce que vous &#234;tes chez vous, vous avez le droit de ne plus vouloir de ces Franco-Alg&#233;riens comme Mohammed Merah, de ces Franco-Angolais comme l'assassin de Bouguenais, de ces Franco-Maliens comme le forcen&#233; de Paris ! Nous voulons des Fran&#231;ais amoureux de leur drapeau, fiers de leur pays ! &lt;/i&gt; &#187; Dans un autre discours, tenu &#224; Nantes le 25 mars 2012, elle affirmait : &#171; &lt;i&gt; Combien de Mohamed Merah dans les bateaux, les avions, qui chaque jour arrivent en France remplis d'immigr&#233;s ?&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Combien de Mohamed Merah parmi les enfants de ces immigr&#233;s non assimil&#233;s ?&lt;/i&gt; &#187; Ces propos ne pr&#234;tent gu&#232;re &#224; ambig&#252;it&#233; : selon Marine Le Pen, les immigr&#233;s extra-europ&#233;ens, mais aussi leurs enfants (Mohamed Merah n'&#233;tant pas lui-m&#234;me immigr&#233; puisqu'il est n&#233; &#224; Toulouse), doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s non seulement comme des fauteurs de troubles potentiels, mais comme des assassins et terroristes en puissance, et trait&#233;s en cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des probl&#232;mes rencontr&#233;s par le FN/RN d&#232;s sa cr&#233;ation a &#233;t&#233; de donner une forme acceptable aux obsessions purificatrices qui ont toujours &#233;t&#233; au centre du projet fasciste. La condamnation universelle du nazisme, dans le contexte post-1945, rendait n&#233;cessaire une sophistication de la x&#233;nophobie et du racisme. Ceux-ci ne pouvaient plus se dire qu'au travers d'euph&#233;mismes, de sous-entendus, de r&#233;f&#233;rences cod&#233;es ou d'expressions &#224; double sens &#8211; sous peine de vouer les h&#233;ritiers de Maurras, Barr&#232;s, Doriot ou Brasillach aux condamnations judiciaires et &#224; la marginalit&#233; &#233;lectorale. Les enqu&#234;tes historiques et sociologiques donnent &#224; voir le travail effectu&#233;, au sein du FN, pour fa&#231;onner des militants et former des cadres capables d'att&#233;nuer dans leurs discours la violence raciste inh&#233;rente &#224; l'extr&#234;me droite. L'historienne Val&#233;rie Igounet, qui a pu acc&#233;der aux brochures de formation, cite ainsi une note interne de l'IFN r&#233;dig&#233;e et diffus&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 1990, intitul&#233;e &#171; L'image du Front national &#187;, dans laquelle on peut lire : &#171; &lt;i&gt;Pour s&#233;duire,&lt;strong&gt; il faut d'abord &#233;viter de faire peur et de cr&#233;er un sentiment de r&#233;pulsion&lt;/strong&gt;. Or dans notre soci&#233;t&#233; soft et craintive, les propos excessifs inqui&#232;tent et provoquent la m&#233;fiance ou le rejet dans une large partie de la population. Il est donc essentiel, lorsqu'on s'exprime en public, d'&#233;viter les propos outranciers et vulgaires. On peut affirmer la m&#234;me chose avec autant de vigueur dans un langage pos&#233; et accept&#233; par le grand public. De fa&#231;on certes caricaturale, au lieu de dire &#8220;&lt;strong&gt;les bougnoules &#224; la mer&#8221;, disons qu'il faut &#8220;organiser le retour chez eux des immigr&#233;s du tiers-monde&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;[27]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le remaniement identitaire de l'id&#233;ologie frontiste &#8211; empruntant sans le dire, et souvent sans le savoir, aux &#233;laborations th&#233;oriques du GRECE[28] &#8211; a permis de recycler le vieux fonds raciste de l'extr&#234;me droite en &#233;pousant le processus de culturalisation du racisme. On l'a vu, ce processus se retrouve bien au-del&#224; du FN/RN depuis les ann&#233;es 1980, et les jeunes militants ont aujourd'hui largement incorpor&#233; ce remaniement. &#171; &#192; travers le discours diff&#233;rentialiste, l'extr&#234;me droite a en fait trouv&#233; un mode de traitement symbolique original de l'immigration l&#233;gitimant une certaine x&#233;nophobie tout en s'adaptant &#224; la condamnation politico-juridique du racisme[29]. &#187; On doit d'ailleurs remarquer que, m&#234;me au temps o&#249; le racisme biologique s'affichait sans fards, le racisme culturel &#8211; c'est-&#224;-dire l'alt&#233;risation, l'inf&#233;riorisation et la discrimination d'un groupe au nom de traits culturels pr&#233;sum&#233;s &#8211; n'&#233;tait jamais tr&#232;s loin, y compris dans le cas de l'antis&#233;mitisme nazi[30]. Peut-&#234;tre regarderait-on d'ailleurs d'un autre &#339;il les propositions frontistes d'interdire l'abattage rituel en France[31], si l'on prenait au s&#233;rieux le fait que le parti nazi organisa &#224; plusieurs reprises des campagnes contre l'abattage rituel li&#233; &#224; la religion juive. L'objectif &#233;vident &#233;tait de stigmatiser publiquement les juifs en les pr&#233;sentant &#224; la fois comme radicalement &#233;trangers aux &#171; traditions allemandes &#187; et comme coupables de barbarie[32].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la progression du FN/RN a repos&#233; en bonne partie sur la banalisation de ses th&#232;ses par des partis et des intellectuels de droite comme de gauche, s'il n'aurait pu s'enraciner sans le processus d'impr&#233;gnation x&#233;nophobe et raciste, il serait erron&#233; et dangereux de pr&#233;tendre que son acc&#232;s au pouvoir ne ferait que prolonger les politiques d'ores et d&#233;j&#224; men&#233;es. Un parti dont le succ&#232;s repose &#224; ce point sur la x&#233;nophobie et le racisme, qui est per&#231;u &#224; ce point comme le meilleur d&#233;fenseur de l'int&#233;r&#234;t des Blancs, ne pourrait acc&#233;der et se maintenir au pouvoir sans donner en permanence des gages &#224; son &#233;lectorat. Il lui faudrait l&#226;cher la bride &#224; des appareils r&#233;pressifs d'&#201;tat dont une partie importante des membres sont d'ores et d&#233;j&#224; acquis &#224; ses positions, et donc aller beaucoup plus loin dans l'entreprise d'assujettissement des immigr&#233;&#183;es et descendants d'immigr&#233;&#183;es postcoloniaux, des musulman&#183;es, des Rom&#183;es et certainement des juifs&#183;ves (quoi qu'en disent actuellement les dirigeants du FN/RN).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NOTES&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Sur ce point, voir le chapitre consacr&#233; au FN/RN dans La Possibilit&#233; du fascisme (chapitre 5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] On notera au passage que la rh&#233;torique du &#171; totalitarisme islamique &#187; ou &#171; islamiste &#187; comme ennemi principal &#233;tait partag&#233;e aussi bien par F. Fillon que par M. Le Pen lors des derni&#232;res &#233;lections pr&#233;sidentielles, le premier ayant fait para&#238;tre quelques mois avant l'&#233;lection un ouvrage intitul&#233; : &#171; Vaincre le totalitarisme islamique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Il faut rappeler combien cette cat&#233;gorie juridique d' &#171; &#233;tranger &#187; fonctionne, dans l'id&#233;ologie raciste de l'extr&#234;me droite, comme une cat&#233;gorie ethno-raciale, distinguant les &#171; vrais Fran&#231;ais &#187; (dits aussi &#171; Fran&#231;ais de souche &#187;) et les autres, c'est-&#224;-dire les non-Blancs, qu'ils soient de nationalit&#233; &#233;trang&#232;re ou fran&#231;aise (dans ce dernier cas ils seront consid&#233;r&#233;s comme des &#171; Fran&#231;ais de papier &#187;, selon une vieille expression d'extr&#234;me droite qui continue d'&#234;tre employ&#233;e au FN, et r&#233;cemment par Nadine Morano, ancienne ministre de N. Sarkozy, &#224; propos de Rokhaya Diallo).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Parmi de nombreuses &#233;tudes sur les motivations des votes, Voir &#171; Comprendre le vote au 1er tour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle &#187;, 23 avril 2017, &lt;a href=&#034;http://www.lexpress.fr/actualite/politique/fn/fn-la-contre-proposition-de-nicolas-bay-a-celle-de-florian-philippot_1929423.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lexpress.fr/actualite/politique/fn/fn-la-contre-proposition-de-nicolas-bay-a-celle-de-florian-philippot_1929423.html&lt;/a&gt;, p. 28.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] On se souvient de l'excellente formule d'Anne Tristan &#224; propos des militants frontistes, au terme de son enqu&#234;te au sein du FN marseillais : &#171; Ils s'aiment de d&#233;tester ensemble &#187;. Voir A. Tristan, Au Front, Paris, Gallimard, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Il suffit de visionner quelques discours de meeting pour le constater. Voir par exemple le discours prononc&#233; par Marine Le Pen au Zenith de Paris le 17 avril 2012 : &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=YcbbSXO8qvA&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=YcbbSXO8qvA&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Voir N. Mayer, &#171; Le mythe de la d&#233;diabolisation du FN &#187;, La Vie des id&#233;es, 4 d&#233;cembre 2015, &lt;a href=&#034;http://www.laviedesidees.fr/Le-mythe-de-la-dediabolisation-du-FN.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.laviedesidees.fr/Le-mythe-de-la-dediabolisation-du-FN.html&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Voir &#171; Nouvelle jud&#233;ophobie ou vieil antis&#233;mitisme ? &#187;, Raisons politiques, 2004, 4, n&#176;16. Pour des donn&#233;es plus r&#233;centes, Voir l'&#233;tude publi&#233;e en d&#233;cembre 2017 par l'IPSOS pour la Fondation du juda&#239;sme fran&#231;ais, qui montre une fois de plus que c'est parmi les symotahisants du FN que les pr&#233;jug&#233;s antis&#233;mites sont de loin les plus r&#233;pandus : &lt;a href=&#034;https://www.ipsos.com/sites/default/files/ct/news/documents/2017-12/fjf_note_de_synthese_evolution-relation-a-l-autre-societe-francaise.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ipsos.com/sites/default/files/ct/news/documents/2017-12/fjf_note_de_synthese_evolution-relation-a-l-autre-societe-francaise.pdf&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Voir V. Igounet, &#171; Jean-Marie Le Pen est-il trop antis&#233;mite pour le &#8216;&#8216;nouveau'' FN ? &#187;, 6 mai 2015, &lt;a href=&#034;https://blog.francetvinfo.fr/derriere-le-front/2015/05/06/jean-marie-le-pen-est-il-trop-antisemite-pour-le-nouveau-fn.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blog.francetvinfo.fr/derriere-le-front/2015/05/06/jean-marie-le-pen-est-il-trop-antisemite-pour-le-nouveau-fn.html&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Le vendredi 1er ao&#251;t 2014, elle d&#233;clarait sur RTL : &#171; S'il existe une Ligue de d&#233;fense juive, c'est qu'il y a un grand nombre de juifs qui se sentent en ins&#233;curit&#233;. Ils ont le sentiment que monte un nouvel antis&#233;mitisme en France et qui est le fait de confrontations communautaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Voir S. Johsua, &#171; Cukierman, valse avec Le Pen &#187;, Regards, 3 mars 2015, &lt;a href=&#034;http://www.regards.fr/web/article/cukierman-valse-avec-le-pen&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.regards.fr/web/article/cukierman-valse-avec-le-pen&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Voir &#171; Manifeste &#8220;contre le nouvel antis&#233;mitisme&#8221; &#187;, Le Parisien, 21 avril 2018, &lt;a href=&#034;http://www.leparisien.fr/societe/manifeste-contre-le-nouvel-antisemitisme-21-04-2018-7676787.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.leparisien.fr/societe/manifeste-contre-le-nouvel-antisemitisme-21-04-2018-7676787.php&lt;/a&gt;. Voir la critique de ce texte par D. Vidal : &#171; Contre l'antis&#233;mitisme, avec d&#233;termination et sang-froid &#187;, Mediapart, 23 avril 2018, &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/dominique-vidal/blog/230418/contre-l-antisemitisme-avec-determination-et-sang-froid&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/dominique-vidal/blog/230418/contre-l-antisemitisme-avec-determination-et-sang-froid&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Voir N. Mayer, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Bruno M&#233;gret et le Mouvement national r&#233;publicain (MNR) &#8211; parti qu'il a fond&#233; apr&#232;s son exclusion du FN &#8211; avaient en effet d&#233;velopp&#233; un discours violemment islamophobe d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 2000, soit dix ans avant le FN. Sur l'histoire sinueuse de l'islamophobie &#224; l'extr&#234;me droite, Voir N. Lebourg, &#171; Marine Le Pen, l'extr&#234;me-droite et l'islamophobie &#187;, Le Nouvel Observateur, 2 mai 2012, &lt;a href=&#034;https://www.nouvelobs.com/politique/l-observateur-du-lepenisme/20120329.OBS5016/marine-le-pen-l-extreme-droite-et-l-islamophobie.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.nouvelobs.com/politique/l-observateur-du-lepenisme/20120329.OBS5016/marine-le-pen-l-extreme-droite-et-l-islamophobie.html&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Voir : &#171; Marine Le Pen affirme que les propos de son p&#232;re sur Ebola ont &#233;t&#233; &#8220;d&#233;natur&#233;s&#8221; &#187;, Lib&#233;ration, 22 mai 2014, &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/planete/2014/05/22/marine-le-pen-denonce-les-propos-denatures-de-son-pere-sur-ebola_1024727&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.liberation.fr/planete/2014/05/22/marine-le-pen-denonce-les-propos-denatures-de-son-pere-sur-ebola_1024727&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Celui-ci note au passage que &#171; maintenant, le FN aimerait bien r&#233;cup&#233;rer le contenu [de la th&#233;orie du &#8220;grand remplacement&#8221;]. Il en est donc &#224; d&#233;clarer, un peu ridiculement, qu'il y a bien remplacement, oui, mais qu'il n'est pas grand ; que &#8220;grand&#8221; ajoute &#224; la tournure un on ne sait quoi de suspect, de non scientifique. [&#8230;] Car enfin, si le remplacement n'est pas grand, qu'est-ce qu'il leur faut ? Un g&#233;nocide en bonne et due forme ? &#187;. Voir &#171; Renaud Camus : &#8216;&#8216;Si le remplacement n'est pas grand, qu'est-ce qu'il leur faut ?'' &#187;, Boulevard Voltaire, 9 juillet 2017, &lt;a href=&#034;http://www.bvoltaire.fr/remplacement-nest-grand-quest-quil-faut/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.bvoltaire.fr/remplacement-nest-grand-quest-quil-faut/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Sur les origines anciennes de la rh&#233;torique du &#171; grand remplacement &#187;, Voir G. Kauffmann, Le Nouveau FN. Les vieux habits du populisme, Paris, Seuil, 2016, p. 88-91. Sur Maurice Barr&#232;s, Voir Z. Sternhell, Maurice Barr&#232;s et le nationalisme fran&#231;ais, Paris, Fayard, 2016 [1972].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Voir &#171; Pour Marine Le Pen, l'afflux de migrants pourrait ressembler aux invasions barbares &#171; du IVe si&#232;cle &#187; &#187;, Le Parisien, 14 septembre 2015, &lt;a href=&#034;http://www.leparisien.fr/flash-actualite-politique/pour-marine-le-pen-l-afflux-de-migrants-pourrait-ressembler-aux-invasions-barbares-du-ive-siecle-14-09-2015-5091663.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.leparisien.fr/flash-actualite-politique/pour-marine-le-pen-l-afflux-de-migrants-pourrait-ressembler-aux-invasions-barbares-du-ive-siecle-14-09-2015-5091663.php&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Voir &#171; R&#233;gionales : &#8216;&#8216;&#233;radiquer l'immigration bact&#233;rienne'', l'improbable proposition de Marine Le Pen &#187;, Lib&#233;ration, 10 novembre 2015, &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/direct/element/regionales-eradiquer-limmigration-bacterienne-limprobable-proposition-de-marine-le-pen_22553/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.liberation.fr/direct/element/regionales-eradiquer-limmigration-bacterienne-limprobable-proposition-de-marine-le-pen_22553/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Voir &#171; Marine Le Pen : &#171; Si nous &#233;chouons, la charia remplacera notre Constitution &#187; &#187;, Le Point, 3 d&#233;cembre 2015, &lt;a href=&#034;http://www.lepoint.fr/politique/marine-le-pen-si-nous-echouons-la-charia-remplacera-notre-constitution-02-12-2015-1986750_20.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lepoint.fr/politique/marine-le-pen-si-nous-echouons-la-charia-remplacera-notre-constitution-02-12-2015-1986750_20.php&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Voir D. Albertini, &#171; L'un des livres favoris de Marine Le Pen d&#233;crit une apocalypse migratoire &#187;, Lib&#233;ration, 16 septembre 2015, &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/france/2015/09/16/le-livre-de-chevet-de-marine-le-pen-decrit-une-apocalypse-migratoire_1383026&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.liberation.fr/france/2015/09/16/le-livre-de-chevet-de-marine-le-pen-decrit-une-apocalypse-migratoire_1383026&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Voir &#171; Pour Marine Le Pen, le dernier livre de Houellebecq &#171; pourrait devenir une r&#233;alit&#233; &#187; &#187;, Le Lab politique/Europe 1, 5 janvier 2015, &lt;a href=&#034;http://lelab.europe1.fr/Pour-Marine-Le-Pen-le-dernier-livre-de-Houllebecq-pourrait-devenir-une-realite-19990&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://lelab.europe1.fr/Pour-Marine-Le-Pen-le-dernier-livre-de-Houllebecq-pourrait-devenir-une-realite-19990&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Voir N. Lebourg et J. Beauregard, Fran&#231;ois Duprat. L'homme qui r&#233;inventa l'extr&#234;me droite, Paris, Nouveau Monde, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Ibid., p. 205.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] D&#232;s 1987 le FN diffusait des affiches o&#249; figurait une pr&#233;tendue citation d'un responsable du Hezbollah &#233;non&#231;ant : &#171; Dans vingt ans, c'est s&#251;r, la France sera une r&#233;publique islamique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Voici ses mots, qui ne pr&#234;tent gu&#232;re &#224; ambig&#252;it&#233; : &#171; Maintenant il y a dix ou quinze endroits o&#249;, de mani&#232;re r&#233;guli&#232;re, un certain nombre de personnes viennent pour accaparer les territoires. Je suis d&#233;sol&#233;e, mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde Guerre mondiale, s'il s'agit de parler d'occupation, on pourrait en parler, pour le coup, parce que &#231;a c'est une occupation du territoire. C'est une occupation de pans du territoire, des quartiers dans lesquels la loi religieuse s'applique, c'est une occupation. Certes y a pas de blind&#233;s, y a pas de soldats, mais c'est une occupation tout de m&#234;me et elle p&#232;se sur les habitants &#187;. Voir V. Igounet, &#171; Une histoire d'un hold-up id&#233;ologique sur le FN loin d'&#234;tre termin&#233;e &#187;, Le Monde, 4 d&#233;cembre 2017, &lt;a href=&#034;https://blog.francetvinfo.fr/derriere-le-front/2017/12/04/une-histoire-dun-hold-up-ideologique-de-lr-sur-le-fn-loin-detre-terminee.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blog.francetvinfo.fr/derriere-le-front/2017/12/04/une-histoire-dun-hold-up-ideologique-de-lr-sur-le-fn-loin-detre-terminee.html&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] V. Igounet, Le Front national, op. cit., p. 230.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Sur le GRECE, voir notamment : P.-A. Taguieff, Sur la Nouvelle Droite. Jalons d'une analyse critique, Paris, &#201;ditions Descartes et Cie, 1994. Concernant l'influence de la Nouvelle droite sur le FN, Voir J.-Y. Camus, &#171; Le Front national et la nouvelle droite &#187;, in S. Cr&#233;pon, A. D&#233;z&#233; et N. Mayer, Les faux-semblants du Front national. Sociologie d'un parti politique, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Voir S. Cr&#233;pon, La Nouvelle extr&#234;me droite. Enqu&#234;te sur les jeunes militants du Front national, Paris, L'Harmattan, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] Sur ce point, Voir R. Eatwell, &#171; Fascism and Racism &#187;, in J. Breuilly (ed.), The History of Nationalism, Oxford, Oxford University Press, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Voir par exemple : &#171; Le Pen veut interdire l'abattage des animaux sans &#233;tourdissement pr&#233;alable &#187;, Le Point, 25 avril 2017, &lt;a href=&#034;http://www.lepoint.fr/politique/le-pen-veut-interdire-l-abattage-des-animaux-sans-etourdissement-prealable-25-04-2017-2122403_20.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lepoint.fr/politique/le-pen-veut-interdire-l-abattage-des-animaux-sans-etourdissement-prealable-25-04-2017-2122403_20.php&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Voir notamment : William S. Allen, Une petite ville nazie, Paris, Tallandier, 2016 [1967], p. 89 : &#171; Les nazis d&#233;cid&#232;rent ensuite de soulever la col&#232;re populaire contre les m&#233;thodes employ&#233;es par les juifs pour l'abattage du b&#233;tail. En cons&#233;quence, ils organis&#232;rent une r&#233;union sur ce sujet, avec projections en couleurs et discours prononc&#233; par le pr&#233;sident d'une soci&#233;t&#233; hanovrienne pour la protection des animaux. Au cours de la r&#233;union, les dirigeants nazis de Thalburg firent savoir publiquement qu'ils &#233;taient oppos&#233;s aux pratiques isra&#233;lites &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Extr&#234;me droitisation et crises des gauches</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Extreme-droitisation-et-crises-des-gauches</link>
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		<dc:date>2015-12-15T13:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sin&#233; Mensuel</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>L'extr&#234;me-droite dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-12-08</dc:subject>
		<dc:subject>Mont&#233;e de l'extr&#234;me-droite en France</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;tir&#233; du blogue de Philippe Corcuff - m&#233;diapart.fr &lt;br class='autobr' /&gt;
Entretien avec Philippe Corcuff, paru sous le titre &#171; La gauche radicale en pleine confusion &#187; dans Sin&#233; Mensuel, n&#176; 46, octobre 2015, publi&#233; pour la premi&#232;re fois sur internet ici et suivi d'un post-scriptum du 7 d&#233;cembre 2015. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la nouvelle avanc&#233;e du FN au 1er tour des &#233;lections r&#233;gionales, un &#233;clairage historique, sociologique et politique sur l'extr&#234;me droitisation en cours et sur ses rapports avec les crises des gauches&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt; Sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L95xH150/arton24443-3863b.jpg?1677097081' class='spip_logo spip_logo_right' width='95' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; du blogue de Philippe Corcuff - m&#233;diapart.fr&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien avec Philippe Corcuff, paru sous le titre &#171; La gauche radicale en pleine confusion &#187; dans Sin&#233; Mensuel, n&#176; 46, octobre 2015, publi&#233; pour la premi&#232;re fois sur internet ici et suivi d'un post-scriptum du 7 d&#233;cembre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la nouvelle avanc&#233;e du FN au 1er tour des &#233;lections r&#233;gionales, un &#233;clairage historique, sociologique et politique sur l'extr&#234;me droitisation en cours et sur ses rapports avec les crises des gauches&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur les r&#233;fugi&#233;s, comme sur d'autres sujets qui traversent la soci&#233;t&#233;, les intellectuels sont bien silencieux. Vous parlez de d&#233;sintellectualisation. Qu'est-ce que cela veut dire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les intellectuels sont moins pr&#233;sents dans le paysage politique fran&#231;ais pour plusieurs raisons. Premi&#232;rement, la gauche dominante s'int&#233;resse plus aujourd'hui au showbiz pour ses estrades &#233;lectorales qu'aux chercheurs pour ses r&#233;flexions. Deuxi&#232;mement, les cadres id&#233;ologiques comme le marxisme qui reliaient les intellectuels professionnels &#224; l'engagement se sont effondr&#233;s. Troisi&#232;mement, le monde intellectuel sous l'angle de l'universit&#233; et de la recherche est devenu beaucoup plus sp&#233;cialis&#233;. Il est plus &#224; l'&#233;cart d'une globalisation des probl&#232;mes de la cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'accord mais l'intellectuel est un citoyen tout de m&#234;me&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour intervenir dans la cit&#233;, avoir une vision globale est n&#233;cessaire. Aujourd'hui, l'intellectuel professionnel appara&#238;t &#233;parpill&#233; comme tout le monde dans des micro-cr&#233;neaux, les vues d'ensemble s'effacent, l'action politique se segmente elle-m&#234;me ou patine dans un brouillard &#233;paissi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Autre disparue, la gauche de la gauche qui, d'apr&#232;s vous, perd tous ses rep&#232;res&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche radicale n'a pas su suppl&#233;er aux d&#233;faillances n&#233;olib&#233;rales du PS. Pire, les attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher ont &#233;t&#233; un r&#233;v&#233;lateur de fortes confusions. Il y a ceux qui disaient qu'il fallait &#234;tre la&#239;c en pointant surtout du doigt l'islam. D'autres r&#233;pondaient que la la&#239;cit&#233; &#233;tait un truc colonial mena&#231;ant principalement les musulmans. Il y avait ceux qui faisaient primer la lutte contre l'antis&#233;mitisme, d'autres contre l'islamophobie et d'autres encore contre les fondamentalismes islamistes. Ces divisions ont oubli&#233; la boussole historique de la gauche &#233;mancipatrice : la convergence des opprim&#233;s. Est-ce si difficile d'&#234;tre la&#239;c et antiraciste, de combattre l'islamophobie, l'antis&#233;mitisme et les fondamentalismes islamistes ? Avec l'embrouillamini de ces d&#233;bats, la gauche radicale est partie en vrille. La Gr&#232;ce a acc&#233;l&#233;r&#233; ce processus. J'ai vu sur internet des comparaisons d&#233;lirantes entre la suppos&#233;e attitude des &#171; Allemands &#187; en g&#233;n&#233;ral vis-&#224;-vis de la Gr&#232;ce et Auschwitz. Bref une pouss&#233;e de germanophobie avec des relents n&#233;gationnistes ! Avant m&#234;me ces d&#233;rapages, il y avait cette attente mythologique de &#171; l'homme providentiel &#187;. Ts&#237;pras &#233;tait presque un dieu vivant et en quelques jours il est devenu un &#171; salaud &#187;. Qu'est-ce que cette gauche qui a besoin d'adorer des dieux humains et de cracher sur des &#171; tra&#238;tres &#187; &#224; la place de l'implication dans des actions &#233;mancipatrices ? Et n'a-t-on pas enfin compris que la d&#233;l&#233;gation de nos attentes &#224; des professionnels de la politique n'a pas grand-chose &#224; voir avec le projet d&#233;mocratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez fait un livre sur le retour des ann&#233;es 1930, Les ann&#233;es 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard (&#233;ditions Textuel, 2014). Vous voyez l'Europe rebasculer dans le fascisme et le nazisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans les ann&#233;es 30, l'extr&#234;me droite porte une solution nationaliste et x&#233;nophobe. Apr&#232;s la crise de 1929, il y a aussi eu des difficult&#233;s sociales et des probl&#232;mes de r&#233;fugi&#233;s. La construction antis&#233;mite du &#171; probl&#232;me juif &#187; s'est pr&#233;sent&#233;e comme un d&#233;rivatif. Aujourd'hui, il y a la construction du &#171; probl&#232;me musulman &#187;, mais aussi du &#171; probl&#232;me rom &#187;, et on n'en a toujours pas fini avec &#171; le probl&#232;me juif &#187;&#8230; Mais je ne crois pas que ce soit la m&#234;me extr&#234;me droite. Si Marine Le Pen arrive au pouvoir, les camps d'extermination sont peu probables, mais de fortes r&#233;gressions autoritaires et x&#233;nophobes, oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; De l&#224; &#224; faire une analogie&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas identit&#233; entre aujourd'hui et les ann&#233;es 1930, mais des ressemblances inqui&#233;tantes. Il y a actuellement une extr&#234;me-droitisation des esprits, une aimantation id&#233;ologique et politique par les th&#232;mes de l'extr&#234;me droite. M&#234;me si le FN n'arrive jamais au pouvoir, il est d'ailleurs d&#233;j&#224; au c&#339;ur de la politique partisane, de l'imaginaire politique et des politiques publiques telles qu'elles sont men&#233;es &#224; droite et &#224; gauche. On le voit d&#232;s qu'il s'agit des pratiques musulmanes (foulard, cantines scolaires, etc.), des Roms ou r&#233;cemment avec les r&#233;fugi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les ann&#233;es 1930, il y avait une confrontation avec une gauche puissante qui n'existe plus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aujourd'hui des facteurs mod&#233;rateurs et aggravants. Mod&#233;rateurs ? Par exemple, l'extr&#234;me droite n'est pas militaris&#233;e comme hier. Mais le principal facteur aggravant, c'est l'&#233;tat structurel d'affaiblissement militant et intellectuel des gauches et du syndicalisme. Or, apr&#232;s les &#233;meutes fascisantes de f&#233;vrier 1934, il y a eu le Front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les ann&#233;es 1930, des gens comme Doriot passent de la gauche &#224; l'extr&#234;me droite, mais l&#224; ce n'est pas encore arriv&#233;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des gens comme Philippot ont sympathis&#233; avec le chev&#232;nementisme avant de passer au FN. Un &#233;conomiste qui se d&#233;finissait comme de gauche et proche de Sapir, Philippe Murer, est conseiller de Marine Le Pen. Quant &#224; Sapir, en envisageant la possibilit&#233; d'une alliance &#224; terme avec le FN, il est la pointe la plus avanc&#233;e des s&#233;ductions nationales-&#233;tatistes au sein de la gauche radicale. Pour l'instant, on a des Doriot d'op&#233;rette, mais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une expression revient souvent dans votre livre : th&#233;ories du complot. Les pens&#233;es conspirationnistes sont &#224; la mode ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique sociale classique s'est appuy&#233;e sur des concepts pensant des structures sociales enserrant nos existences comme le capitalisme. Pour Marx, le capitalisme, ce n'est pas les m&#233;chants riches qui essaient de piquer l'argent aux gentils pauvres. C'est une force impersonnelle qui contraint tout le monde. Le capitalisme, ce n'est pas James Bond, mais plut&#244;t la machinerie de Matrix. Cette critique structurelle du capitalisme est en train de se perdre dans le grand public. Aujourd'hui, &#234;tre critique pour beaucoup, c'est d&#233;noncer des individus qui manipulent dans l'ombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on pense que le probl&#232;me principal du capitalisme, c'est quelques riches ou quelques journalistes qui tirent les ficelles dans l'ombre, il suffit de s'en d&#233;barrasser pour que tout baigne...Une critique simpliste s'est ainsi d&#233;velopp&#233;e. C'est m&#234;me devenu l'un des principaux canaux de renaissance d'une extr&#234;me droite id&#233;ologique ; ce que j'appelle le n&#233;oconservatisme x&#233;nophobe, sexiste, homophobe et nationaliste, avec deux p&#244;les, celui islamophobe et n&#233;grophobe de Zemmour et celui antis&#233;mite de Soral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans votre livre, vous consacrez justement un chapitre &#224; Soral et un autre &#224; Zemmour. N'est-ce pas trop ? Ne vaut-il pas mieux les ignorer&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Zemmour est &#224; plus de 300 000 ventes ! Les vid&#233;os de Soral peuvent d&#233;passer le million de vues. Parmi les &#233;tudiants aujourd'hui, beaucoup connaissent Soral, ce qui n'est pas le cas pour les g&#233;n&#233;rations plus &#226;g&#233;es qui, elles, via la t&#233;l&#233; connaissent bien Zemmour. Les &#233;gouts sont d&#233;vers&#233;s vers divers types de publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est tout de m&#234;me un paradoxe de voir qu'il y a beaucoup de choses en commun, pas pour les m&#234;mes raisons, entre le Front de gauche et ce que dit Marine Le Pen.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extr&#234;me droite est en train de voler la critique &#224; la gauche radicale. D'abord, &#224; travers ses th&#232;mes (la critique du n&#233;olib&#233;ralisme, de la mondialisation, des banques, des m&#233;dias, etc.), mais encore plus insidieusement avec la posture du &#171; politiquement incorrect &#187;. Ce n'est plus le caract&#232;re factuellement d&#233;montrable d'une critique ou sa valeur de justice qui font sa suppos&#233;e &#171; v&#233;rit&#233; &#187;, mais qu'elle se pose contre le pr&#233;tendu &#171; politiquement correct &#187;. Il suffit de faire de la provoc pour croire &#234;tre dans le vrai. Les appuis &#233;mancipateurs de la critique sont en train de s'effilocher, et c'est ainsi que certains peuvent croire qu'&#234;tre vraiment critique c'est &#234;tre raciste, puisque l'antiracisme serait &#171; politiquement correct &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les animateurs de la gauche radicale, souvent imbus de leur intelligence critique, ne semblent gu&#232;re s'en rendre compte. Et parmi les sympathisants de cette gauche de la gauche, l'importance prise par la critique du &#171; politiquement correct &#187; &#224; la place de la critique sociale &#233;mancipatrice ou l'attrait des explications conspirationnistes laissent ouvert un boulevard aux r&#233;cup&#233;rations par l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment analysez-vous les succ&#232;s du FN ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e du FN trouve une de ses sources principales dans la comp&#233;tition entre deux mani&#232;res de se repr&#233;senter la soci&#233;t&#233;. Ce que j'appelle le clivage de la justice sociale, fond&#233; sur la production et la r&#233;partition des ressources, et le clivage national-racial, le FN jouant de l'ambigu&#239;t&#233; entre le r&#233;f&#233;rent national et le r&#233;f&#233;rent ethnico-racial. Le clivage national-racial a commenc&#233; &#224; grimper au d&#233;but des ann&#233;es 80 sur le recul du clivage de la justice sociale, avec notamment la d&#233;composition du parti communiste, le recul de la CGT, la d&#233;syndicalisation et la d&#233;rive n&#233;olib&#233;rale du PS. Par contre, lors des gr&#232;ves et manifestations de 1995, le clivage de justice sociale a repris des couleurs au d&#233;triment du clivage national-racial. Depuis, le FN tient un discours national-social, pour lequel la solution sociale passe par la nation dans une lecture x&#233;nophobe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pensez que la droitisation du PS est responsable de la mont&#233;e en puissance du FN et, par ailleurs, vous dites que s'en prendre au virage social-lib&#233;ral du PS ne suffit pas&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abandon n&#233;olib&#233;ral du social par le PS a permis le d&#233;veloppement du clivage national-racial. Mais il y a d'autres facteurs, dont l'effondrement du courant stalinien qui a laiss&#233; un &#233;norme espace vide. En m&#234;me temps, il y a une responsabilit&#233; morale importante du sarkozysme. Sarkozy a pris la t&#234;te du brouillage id&#233;ologique, en contribuant &#224; installer plus durablement l'aimantation id&#233;ologique et politique par l'extr&#234;me droite. Dans ce processus d'extr&#234;me droitisation, les gouvernants du PS vont essayer de courir derri&#232;re le sarkozysme, lui-m&#234;me courant derri&#232;re le FN. Nous sommes au-del&#224; de la &#171; social-lib&#233;ralisation &#187;, nous entrons dans un contexte politique o&#249; l'extr&#234;me droitisation est devenue une des donn&#233;es cardinales. Par ailleurs, il y a une autre responsabilit&#233; : celle des organisations politiques de la gauche radicale (NPA, Front de gauche et Nouvelle Donne), incapables de construire une alternative depuis 1995. Ils ont eu vingt ans, nous avons eu vingt ans pour le faire, quand m&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez des solutions face &#224; ce foutoir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un livre qui para&#238;t ce mois-ci, Enjeux libertaires pour le XXIe si&#232;cle par un anarchiste n&#233;ophyte (Editions du Monde libertaire), j'essaye de dessiner un anarchisme pragmatique, deux mots qui ne vont pas souvent ensemble ! Je n'ai pas de solutions cl&#233;s en main &#224; proposer, car c'est aux gens &#224; b&#226;tir individuellement et collectivement leurs solutions. Dans une perspective d&#233;mocratique et libertaire, je ne peux que mettre &#224; disposition des pistes m&#233;thodologiques, afin d'aider &#224; formuler les probl&#232;mes. Quelques-unes de ces pistes ? Elargir la question sociale &#224; la vari&#233;t&#233; des in&#233;galit&#233;s et des discriminations (de classe, de genre, racistes, etc.), redonner une actualit&#233; &#224; la double vis&#233;e d'autogouvernement des individus et d'autogouvernement des peuples contre la professionnalisation politique, relancer un internationalisme par le bas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par la r&#233;daction de Sin&#233; Mensuel&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Face au d&#233;sastre &#8211; Le FN capte une forme d&#233;voy&#233;e de r&#233;volte quand la &#171; gauche radicale &#187; paie son interminable renoncement</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Face-au-desastre-Le-FN-capte-une-forme-devoyee-de-revolte-quand-la-gauche</link>
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		<dc:date>2015-12-15T12:53:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Stathis Kouvelakis</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>L'extr&#234;me-droite dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-12-15</dc:subject>
		<dc:subject>Mont&#233;e de l'extr&#234;me-droite en France</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;In&#233;vitablement, l'image d'une carte de l'hexagone qui &#171; noircit &#187; &#224; mesure de la progression du vote FN fait surgir la question de savoir si, &#224; l'instar de l'Italie ou de l'Allemagne de l'entre-deux guerres, la France ne serait pas &#224; la veille d'un basculement vers une forme d' &#171; &#201;tat d'exception &#187;, en d'autres termes vers le fascisme. D'autant que dans les pays en question, la mise en place de cet &#201;tat a d&#233;but&#233; par une prise du pouvoir par la voie &#233;lectorale et que, en mati&#232;re d' &#171; &#233;tat (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L138xH150/arton24560-8398c.png?1677097184' class='spip_logo spip_logo_right' width='138' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;In&#233;vitablement, l'image d'une carte de l'hexagone qui &#171; noircit &#187; &#224; mesure de la progression du vote FN fait surgir la question de savoir si, &#224; l'instar de l'Italie ou de l'Allemagne de l'entre-deux guerres, la France ne serait pas &#224; la veille d'un basculement vers une forme d' &#171; &#201;tat d'exception &#187;, en d'autres termes vers le fascisme. D'autant que dans les pays en question, la mise en place de cet &#201;tat a d&#233;but&#233; par une prise du pouvoir par la voie &#233;lectorale et que, en mati&#232;re d' &#171; &#233;tat d'exception &#187;, le chemin semble avoir d&#233;j&#224; &#233;t&#233; pris, avec l'instauration de l' &#171; &#233;tat d'urgence &#187; &#224; la suite des attentats du 13 novembre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fascisme comme r&#233;volte d&#233;voy&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comparaison n'est pourtant pas raison. La France de 2015 n'est ni l'Italie de 1920 ni l'Allemagne de Weimar : l'horizon n'est pas celui d'une guerre mondiale, le r&#233;gime parlementaire n'est pas sur le point de s'effondrer, l'extr&#234;me-droite est pour l'essentiel une machine &#233;lectorale et non une milice arm&#233;e, les organisations ouvri&#232;res sont tellement faibles que leur destruction n'est aucunement une condition de survie de la domination bourgeoise. Il manque &#224; la fois la condition d'une crise g&#233;n&#233;rale de l'Etat et celle d'une comp&#233;tition militaire inter-imp&#233;rialiste qui constituent la base du &#171; proc&#232;s de fascisation &#187; comme l'analysait Nicos Poulantzas dans son ouvrage classique Fascisme et dictature (1970). M&#234;me si le FN vient au pouvoir par la &#171; voie &#233;lectorale &#187;, ce ne sera pas une &#171; dictature fasciste &#187; qui s'ensuivra mais un consid&#233;rable durcissement du processus d&#233;j&#224; en cours de verrouillage autoritaire de l'Etat et des m&#233;canismes d'exclusion racialisante, qui pourront alors prendre une forme s'approchant d'un &#233;tat d'apartheid, de s&#233;paration institutionnalis&#233;e entre groupes qui sont pour l'essentiel des groupes de nationaux, totalement endog&#232;nes &#224; la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, mais qui constituent la cible de m&#233;canismes puissants de discrimination. Disons le autrement : le FN est bien porteur d'un projet politique tout &#224; fait coh&#233;rent, qui consiste &#224; construire un &#171; bloc social &#187; soud&#233; par un consensus autoritaire et raciste visant &#224; r&#233;soudre les contradictions sociales, et tout particuli&#232;rement la trajectoire de &#171; d&#233;classement &#187; de secteurs croissants de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, par l'instauration d'un r&#233;gime de s&#233;gr&#233;gation racialisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cependant quelque chose qui rapproche la dynamique du FN avec celle des fascismes de l'entre-deux guerres et qui va au-del&#224; des origines historiques de ce parti ou des filiations id&#233;ologiques entre ces courants politiques : c'est la capacit&#233; de ses forces &#224; pr&#233;senter comme des forces &#171; anti-syst&#232;me &#187;, capable d'articuler une col&#232;re populaire multiforme en la cristallisant vers le ciblage d'un &#171; ennemi int&#233;rieur &#187;. Il manque bien s&#251;r au FN le projet imp&#233;rialiste/expansionniste des fascismes historiques : en ce sens, sa dynamique est &#171; d&#233;fensive &#187;, il est le produit de l'&#233;poque du capitalisme mondialis&#233;, non de celle des imp&#233;rialismes en lutte pour le partage du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, c'est pr&#233;cis&#233;ment cet aspect du FN, sa capacit&#233; d'avoir capt&#233; et &#171; h&#233;g&#233;monis&#233; &#187; une forme de r&#233;volte, qui fait que toute strat&#233;gie de &#171; front r&#233;publicain &#187;, int&#233;gral ou partiel, ne peut que le nourrir, en l&#233;gitimant son discours du &#171; seul contre tous &#187; et son statut revendiqu&#233; de seule force &#224; s'opposer au &#171; syst&#232;me &#187;, et m&#234;me de fa&#231;on &#171; radicale &#187;. L'extr&#234;me-droite actuelle tire sa force pr&#233;cis&#233;ment de cette captation de la col&#232;re et de la radicalit&#233;, et c'est en ce sens que, comme tout fascisme, elle est une forme d&#233;voy&#233;e de r&#233;volte. L'autre face de ce processus n'est donc autre que l'impuissance radicale de la gauche dite &#171; radicale &#187;, son incapacit&#233; non seulement &#224; proposer une contre-h&#233;g&#233;monie des subalternes mais tout simplement &#224; se faire reconna&#238;tre comme la force qui porte la v&#233;ritable contestation face &#224; l'ordre existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un d&#233;sastre qui vient de loin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaiblissement extr&#234;me de la &#171; gauche radicale &#187;, attest&#233; par le record n&#233;gatif du scrutin de dimanche dernier (autour de 5% des suffrages exprim&#233;s), peut &#234;tre attribu&#233; &#224; des causes imm&#233;diates relativement simples &#224; cerner. Tout d'abord, une strat&#233;gie d'alliance &#8220;&#224; g&#233;om&#233;trie variable&#8221;, qui lors de scrutins pr&#233;c&#233;dents incluait &#233;galement des alliances entre la principale composante du Front de gauche (FdG), le PCF, avec le PS, qui ont mis &#224; l'&#233;preuve l'unit&#233; et la coh&#233;rence de cette coalition et rendu &#8220;illisible&#8221;, comme on dit, son positionnement. A cela il faut ajouter la forme cart&#233;lis&#233;e de cette coalition, qui a emp&#234;ch&#233; un v&#233;ritable ancrage &#8220;par en bas&#8221; et reproduit la fragmentation et des formes de comp&#233;tition interne. Pourtant, pour s&#233;rieux qu'ils soient, ces processus sont plut&#244;t des sympt&#244;mes que des causes du d&#233;clin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est plus fondamentalement en cause c'est un processus de d&#233;litement de l'identit&#233; id&#233;ologique et programmatique de la &#171; gauche radicale &#187;, qui tout &#224; la fois se nourrit de et conduit &#224; sa subalternisation accentu&#233;e, &#224; une social-d&#233;mocratie elle-m&#234;me devenue un loyal gestionnaire du n&#233;olib&#233;ralisme. Un tel processus est jalonn&#233; d'un encha&#238;nement de renoncements, de petites et grandes compromissions et omissions qu'illustrent, dans le cas de la France, le ralliement au consensus s&#233;curitaire et imp&#233;rialiste incarn&#233; par le vote unanime des d&#233;put&#233;s du FdG en faveur de la prolongation pour trois mois de l'&#233;tat d'urgence, le 19 novembre, suivi par les fusions de listes FdG avec celles du PS &#8220;pour faire barrage au FN&#8221; lors du second tour du scrutin r&#233;gional.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour dire les choses de fa&#231;on ramass&#233;e, la &#171; gauche radicale &#187; fran&#231;aise (et pas seulement) a cru et croit que l'opposition aux politiques n&#233;olib&#233;rales, assortie d'un soutien aux mobilisations sociales dont elles sont la cible, suffit &#224; faire une proposition politique. Derri&#232;re cette croyance on en trouve, en grattant un peu, une autre, qui consiste &#224; croire que la social-d&#233;mocratie s'&#233;tant ralli&#233;e au n&#233;olib&#233;ralisme, et le projet d'une r&#233;volution anticapitaliste ayant sombr&#233; avec la fin de l'URSS, un espace politique s'ouvrait aux forces qui persistaient dans la d&#233;fendre des acquis de l'Etat social, seul h&#233;ritage d&#233;sormais d&#233;fendable des luttes du mouvement ouvrier. Acquis dont on peut l&#233;gitimement penser qu'ils ont une incontestable port&#233;e historique, nonobstant les discours pseudo-subversifs de d&#233;nonciation de l'Etat social v&#233;hicul&#233;s par Toni Negri et l' extr&#234;me-gauche du bloc n&#233;olib&#233;ral, mais dont la d&#233;fense est tr&#232;s loin de constituer un projet politique digne de ce nom, a fortiori d'un projet porteur d'une rupture avec l'ordre capitaliste. Dans le meilleur des cas nous avons ici affaire &#224; ce que Gramsci appelait la dimension &#171; &#233;conomico-corporative &#187; de l'action politique, celle de la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats des classes subalternes d&#233;tach&#233;s de tout horizon &#171; h&#233;g&#233;monique &#187;, visant &#224; exercer un r&#244;le dirigeant pour orienter la formation sociale dans une direction antagoniste &#224; l'ordre existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir &#233;conomique et politique du capital et des institutions qui en sont la forme condens&#233;e (au niveau national et international) comporte toutefois bien d'autres aspects, qui font syst&#232;me. Pour nous limiter au cas de la France, citons dans le d&#233;sordre : les interventions imp&#233;rialistes, du Mali et de la Libye &#224; la Syrie ; la d&#233;rive autoritaire des institutions &#233;tatiques, verrouill&#233;es par un r&#233;gime pr&#233;sidentiel qui vide de toute substance la politique repr&#233;sentative ; la racialisation accentu&#233;e de groupes sociaux issus de l'immigration postcoloniale visant &#224; fragmenter les classes populaires ; l'Union Europ&#233;enne et ses institutions (dont la BCE et l'euro mais aussi le syst&#232;me de contr&#244;le des fronti&#232;res) comme moyens de &#171; sanctuariser &#187; les politiques n&#233;olib&#233;rales, briser les r&#233;sistances et contr&#244;ler sur un mode hi&#233;rarchisant les populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur tous ces aspects que les renoncements n'ont fait que s'accumuler : renoncement &#224; s'opposer &#224; l'offensive racialisante men&#233;e sous couvert de &#171; la&#239;cit&#233; &#187; et de &#171; d&#233;fense de la R&#233;publique &#187; et devenue politique officielle sous la pr&#233;sidence de Sarkozy, ce lep&#233;nisme &#171; all&#233;g&#233; &#187; qui a ouvert un nouveau boulevard au lep&#233;nisme tout court. Silence sur le r&#244;le de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais, notamment dans son pr&#233;-carr&#233; africain et dans le d&#233;cha&#238;nement de ses ambitions de pacotille (mais terriblement dangereuses) au Moyen-Orient. Europ&#233;isme b&#233;at, m&#234;me apr&#232;s l'&#233;crasement de la Gr&#232;ce. Absence totale de r&#233;flexion sur la d&#233;r&#233;liction d&#233;mocratique et la fuite en avant autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour couronner le tout, la condamnation des politiques n&#233;olib&#233;rales elles-m&#234;mes, est devenue de plus en plus rh&#233;torique, de moins en moins li&#233;e &#224; des propositions alternatives, et cela au moment m&#234;me o&#249; le rouleau-compresseur aust&#233;ritaire tend &#224; accr&#233;diter l'id&#233;e que toute r&#233;sistance est futile et toute alternative impraticable. La capitulation de Tsipras, qui a re&#231;u la bruyante approbation de Pierre Laurent, de Gregor Gysi ou de Pablo Iglesias, a puissamment contribu&#233; &#224; cette baisse drastique du niveau d'attente, au point o&#249; le r&#244;le d'un correctif de la social-d&#233;mocratie appara&#238;t comme le maximum de ce que la &#171; gauche radicale &#187; peut esp&#233;rer obtenir dans la conjoncture actuelle, ainsi que l'indiquent l'accord PS/ Bloco-PCP au Portugal et le recentrage de Podemos en Espagne. La subalternisation id&#233;ologique et politique et l'impuissance devant la d&#233;t&#233;rioration de la situation sociale et politique sont fort logiquement au bout de ce processus de d&#233;litement graduel mais ininterrompu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, les injonctions &#224; l' &#171; unit&#233; &#187; ont quelque chose d'inop&#233;rant et vain. Il en est strictement de m&#234;me des appels incantatoires &#224; un &#171; grand mouvement social &#187;, ou un &#171; nouveau Mai 68 &#187;. Si on veut sortir de l'impuissance actuelle, il faut commencer par reconna&#238;tre que les formes sous lesquelles a &#233;t&#233; tent&#233;e la recomposition politique au cours de la derni&#232;re p&#233;riode ont toutes &#233;chou&#233;, et cela inclut les tentatives de faire &#233;merger des constructions viables &#224; partir des mobilisations sociales (qui n'ont pourtant pas manqu&#233;, tout particuli&#232;rement au cours de la p&#233;riode 1995-2006). Il en est de m&#234;me pour les forces qui ont persist&#233; dans la voie qui est celle de l'extr&#234;me-gauche depuis les ann&#233;es 1970, quels que soient par ailleurs les m&#233;rites des prises de position des uns et des autres en fonction des sujets. C'est le d&#233;litement id&#233;ologique et politique qui produit la fragmentation organisationnelle et amplifie les effets corrosifs de l'offensive n&#233;olib&#233;rale autoritaire sur le corps social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les (faibles) forces restantes qui se con&#231;oivent comme antagonistes au capitalisme &#8211; et dans la mesure o&#249; elles se con&#231;oivent ainsi et non comme des forces de &#171; refondation des valeurs de la gauche &#187; comme on peut le lire si souvent ces derniers temps &#8211; le ralliement derri&#232;re les forces les plus gestionnaires et les plus syst&#233;miques au nom du &#171; barrage anti-FN &#187; rel&#232;ve d'un suicide pur et simple. Ou plut&#244;t de la phase terminale de leur subalternisation/digestion par un social-lib&#233;ralisme ayant vir&#233; &#224; un n&#233;olib&#233;ralisme de plus en plus muscl&#233; et autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il reste encore un espoir il ne peut que r&#233;sider dans la possibilit&#233; d'une r&#233;action face au d&#233;sastre qui se dessine, dans l'affirmation d'une rupture d'avec les discours l&#233;nifiants et le train-train mortif&#232;re de l'interminable renoncement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait &#171; plus &#187; que temps, et c'est dans ce &#171; plus &#187; que r&#233;side la possibilit&#233;. Peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &#171; Face au d&#233;sastre &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://unitepopulaire-fr.org/2015/12/08/face-au-desastre-par-stathis-kouvelakis/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://unitepopulaire-fr.org/2015/12/08/face-au-desastre-par-stathis-kouvelakis/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Je persiste : faire barrage au FN, seul parti raciste !</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Je-persiste-faire-barrage-au-FN-seul-parti-raciste</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Je-persiste-faire-barrage-au-FN-seul-parti-raciste</guid>
		<dc:date>2015-12-15T12:52:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Gadrey</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>L'extr&#234;me-droite dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-12-15</dc:subject>
		<dc:subject>Mont&#233;e de l'extr&#234;me-droite en France</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;J'ai dout&#233; de mon choix hier en lisant de bons commentaires critiques de mon billet, mais mes doutes ont &#233;t&#233; lev&#233;s &#224; la fois par d'autres t&#233;moignages re&#231;us et par la lecture d'une analyse tr&#232;s r&#233;cente de Nonna Mayer, sp&#233;cialiste connue du FN, s'appuyant sur les sondages annuels effectu&#233;s pour la Commission nationale consultative des droits de l'homme depuis 1990, sondages qui explorent toutes les formes de racisme et de x&#233;nophobie. &lt;br class='autobr' /&gt; On y trouve de quoi contester fortement les arguments de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;J'ai dout&#233; de mon choix hier en lisant de bons commentaires critiques de mon billet, mais mes doutes ont &#233;t&#233; lev&#233;s &#224; la fois par d'autres t&#233;moignages re&#231;us et par la lecture d'une analyse tr&#232;s r&#233;cente de Nonna Mayer, sp&#233;cialiste connue du FN, s'appuyant sur les sondages annuels effectu&#233;s pour la Commission nationale consultative des droits de l'homme depuis 1990, sondages qui explorent toutes les formes de racisme et de x&#233;nophobie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On y trouve de quoi contester fortement les arguments de certains de mes critiques de gauche (pas tous) qui estiment qu'en r&#233;alit&#233; entre le FN tel qu'il a &#233;volu&#233; depuis le p&#232;re Le Pen et la droite des Xavier Bertrand et consorts, il n'y a plus gu&#232;re de diff&#233;rence. Ce serait presque &#171; bonnet blanc et blanc bonnet &#187; (encore un vieux r&#233;flexe de mon vieux pass&#233;&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ces sondages annuels permettent de fa&#231;on assez fine d'obtenir des r&#233;ponses &#224; des questions pr&#233;cises en distinguant bien les pr&#233;f&#233;rences politiques des personnes sond&#233;es. J'anticipe une objection : les id&#233;es des &#171; chefs &#187; (ou cheftaines) politiques ne sont pas forc&#233;ment celles de leur &#233;lectorat ? Sans nul doute, mais ces m&#234;mes chefs sont dans tous les cas conduits &#224; tenir compte au moins en partie de leurs &#233;lectorats respectifs, de leurs militants, et savoir ce que pense leur &#171; base &#187; de sympathisants sur le racisme, l'antis&#233;mitisme ou d'autres discriminations fait partie de l'anticipation des cons&#233;quences de leur installation au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Ajout du 10 d&#233;cembre, 11 heures : j'ai plac&#233; en annexe ma contestation d'un autre argument qui m'a &#233;t&#233; oppos&#233;, &#224; savoir la faible marge de man&#339;uvre suppos&#233;e d'une pr&#233;sidente de r&#233;gion FN, ce qui r&#233;duirait beaucoup l'enjeu politique]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que nous disent en tr&#232;s r&#233;sum&#233; ces enqu&#234;tes annuelles comment&#233;es par Nonna Mayer ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, contrairement aux effets d'image assez habilement projet&#233;es par Marine Le Pen et ses proches, sur toutes les questions relatives &#224; la perception de l'Autre, &#171; autre &#187; par ses origines, sa couleur de peau, sa religion, sa culture, et quelle que soit la vague de sondage retenue, les r&#233;ponses des sympathisants frontistes sont toujours BEAUCOUP plus n&#233;gatives que celles des sympathisants des autres partis, droite comprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment : &#171; si on r&#233;partit les personnes interrog&#233;es en quatre groupes par niveau croissant d'ethnocentrisme (le &#171; racisme &#187;), de &#171; tr&#232;s faible &#187; (scores 0-1) &#224; &#171; tr&#232;s fort &#187; (6-10), 87% d'entre eux sont tr&#232;s ethnocentristes, contre 48% des proches des partis de droite, 33 % des proches des partis du centre, et 18% des proches des partis de gauche. Surtout, si on regarde l'&#233;volution dans le temps des sympathisants FN, LA PROPORTION DES &#171; TRES RACISTES &#187; N'Y A PAS VARIE DEPUIS 2011, STABILISEE A 87%. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'arriv&#233;e de Marine Le Pen n'a donc pas att&#233;nu&#233; les pr&#233;jug&#233;s de ses sympathisants. En revanche les sympathisants des autres partis et surtout ceux de droite, dans un contexte de crise &#233;conomique et de d&#233;saffection politique, sont devenus plus racistes. La proportion des scores tr&#232;s &#233;lev&#233;s sur l'&#233;chelle d'ethnocentrisme est pass&#233;e dans le m&#234;me temps de 11 &#224; 21% chez les sympathisants de gauche (+10 points), de 58 &#224; 69% chez les centristes (+11), et de 33 &#224; 55% chez les sympathisants de droite (+22). L'&#233;cart entre le niveau de racisme au FN et dans les autres partis a certes un peu diminu&#233;, mais il reste spectaculaire, les frontistes distan&#231;ant encore les sympathisants des partis de droite de 32 points et ceux de gauche de 66 points. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le refus des sympathisants FN de voir dans les Musulmans des citoyens comme les autres d&#233;passe de 48 points celui qu'on observe chez les sympathisants des autres partis (23 points dans le cas des Fran&#231;ais juifs), leur jugement n&#233;gatif de la religion musulmane est sup&#233;rieur de 42 points (contre 20 pour la religion juive). &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une question, pos&#233;e depuis 1999, demande &#224; la personne interrog&#233;e d'&#233;valuer son propre degr&#233; de racisme : &#171; En ce qui vous concerne personnellement, diriez-vous de vous-m&#234;me que vous &#234;tes plut&#244;t raciste, un peu raciste, pas tr&#232;s raciste, pas raciste du tout ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet indicateur s'av&#232;re clivant, et &#233;troitement corr&#233;l&#233; aux &#233;chelles d'ethnocentrisme, d'antis&#233;mitisme et d'aversion &#224; l'islam. La fronti&#232;re passe entre ceux qui se disent plut&#244;t ou un peu racistes et les autres, les premiers donnant syst&#233;matiquement les r&#233;ponses les plus intol&#233;rantes. Sur la p&#233;riode &#233;tudi&#233;e, leur proportion moyenne tourne autour de 28 %. MAIS ELLE BAT TOUS LES RECORDS CHEZ LES PROCHES DU FN : 82% SE DISENT RACISTES (DONT 43% &#171; PLUTOT &#187; ET 39% &#171; UN PEU &#187;), ALORS QUE CHEZ LES PROCHES DES AUTRES PARTIS LA PROPORTION TOMBE A 25% ET 16% CHEZ LES PROCHES DES PARTIS DE GAUCHE. Si elle baisse de 5 points depuis 2011, elle reste &#224; un niveau exceptionnellement &#233;lev&#233; : 80% (contre 26% chez les proches des autres partis). La sympathie pour le FN est encore aujourd'hui le fait d'une tr&#232;s large majorit&#233; de &#171; racistes &#187; assum&#233;s, se revendiquant comme tels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces r&#233;sultats montrent un d&#233;calage certain entre le discours de la pr&#233;sidente du Front national et celui de ses soutiens. Les sympathisants d&#233;clar&#233;s de son parti se distinguent par un niveau record de rejet de l'Autre, rejet assum&#233; puisque quatre sur cinq se d&#233;finit comme &#171; raciste &#187;. Alors que Marine Le Pen a fait de l'antis&#233;mitisme un tabou, plus d'un sympathisant sur deux a des notes &#233;lev&#233;es sur une &#233;chelle de pr&#233;jug&#233;s anti-juifs. Alors qu'elle prend soin de cibler le &#171; fondamentalisme islamique &#187; et non l'Islam, ses partisans ne font pas la diff&#233;rence. Ils se distinguent des proches de tous les autres partis par leur niveau exceptionnellement &#233;lev&#233; d'&#171; islamophobie &#187;, au sens de rejet de l'Islam, de ses pratiques, et de ses fid&#232;les. La &#171; d&#233;diabolisation &#187; entreprise par Marine Le Pen n'est pas en phase avec la vision du monde de ses sympathisants. Le &#171; nouveau FN &#187;, &#224; cet &#233;gard, ressemble encore beaucoup &#224; l'ancien. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour aujourd'hui. Je laisse mes proches et bons amis qui vont s'abstenir ou voter blanc dans ma r&#233;gion se d&#233;brouiller avec &#231;a, mais en ce qui me concerne je mettrai mon grain de sable pour tenter d'emp&#234;cher LE SEUL PARTI TOUJOURS ET AUTHENTIQUEMENT RACISTE d'exercer le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#171; nous &#187; y parvenons alors que &#171; nous &#187; d&#233;testons (politiquement parlant) Xavier Bertrand et ses id&#233;es, cela voudra dire que le report de voix de gauche s'est effectu&#233; dans des proportions consid&#233;rables, non pas par un &#171; r&#233;flexe r&#233;publicain &#187; qui n'a plus gu&#232;re de sens, mais par un r&#233;flexe antiraciste (et anti homophobe, et pro droits des femmes, etc.) qui a toujours beaucoup de sens. Et si ce r&#233;flexe de gauche est massif, ce que je souhaite, cela voudra dire que les arguments de mes amis en question sont tr&#232;s tr&#232;s minoritaires &#224; gauche. Ce que je souhaite aussi. Cela dit, eux comme moi, nous avons une longue tradition de minoritaires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ANNEXE : l'un de mes critiques de gauche m'a indiqu&#233; un article qu'il recommande et dont voici le lien. Je ne connais pas l'auteur, Marc Laim&#233;, journaliste et sp&#233;cialiste des enjeux de l'eau, sans doute quelqu'un de tr&#232;s bien, mais ses consid&#233;rations sur le fonctionnement politique des conseils r&#233;gionaux ne correspondent absolument pas &#224; mes 20 ans d'exp&#233;rience de coop&#233;ration intense et r&#233;guli&#232;re (bien que toujours b&#233;n&#233;vole, donc ind&#233;pendante de toute pression) avec mon propre conseil r&#233;gional notamment sur des questions d'emploi et de transformation &#233;cologique et sociale. Je pense vraiment que ce journaliste ne conna&#238;t pas bien le sujet. Au fond, il nous explique que m&#234;me une pr&#233;sidente FN ne pourrait pas faire grand chose, donc pas grand mal, parce que son administration ne suivrait pas ou parce que des tas de choses essentielles se d&#233;cident nationalement et chez les Pr&#233;fets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains de ces arguments sont justes, mais cela ne correspond qu'&#224; une partie du pouvoir politique r&#233;gional et pas forc&#233;ment la plus importante. En r&#233;alit&#233;, un pr&#233;sident de r&#233;gion, s'il a une &#233;quipe soud&#233;e et une majorit&#233; acquise, peut d&#233;cider DE PRESQUE TOUT et devenir un potentat. Je ne dis pas du tout que j'ai observ&#233; cela avec les &#233;quipes de ma r&#233;gion, je dis qu'un pr&#233;sident d&#233;termin&#233; en a la possibilit&#233;, notamment pour tout ce qui concerne des cr&#233;dits qu'on attribue o&#249; l'on veut et qu'on coupe s&#232;chement ailleurs, pour fermer des services entiers et mettre fin &#224; des missions et des partenariats associatifs, etc. Sous-estimer ce pouvoir est peut-&#234;tre pratique quand on est partisan de l'abstention ou du vote blanc, mais c'est une grave erreur factuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lire le texte int&#233;gral &#034;Le mythe de la d&#233;diabolisation du FN &#8211; Les adh&#233;rents et sympathisants du Front National n'ont jamais cess&#233; d'&#234;tre raciste et x&#233;nophobe&#034; de Nonna Mayer : &lt;a href=&#034;http://www.pressegauche.org/spip.php?article24584&amp;var_mode=calcul&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.pressegauche.org/spip.php?article24584&amp;var_mode=calcul&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le &#171; post-fascisme &#187; en Europe : un processus de transformation politique dont on ignore largement l'issue</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-post-fascisme-en-Europe-un-processus-de-transformation-politique-dont-on</link>
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		<dc:date>2015-12-15T12:52:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Catherine Tricot, Enzo Traverso, Roger Martelli</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>L'extr&#234;me-droite dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-12-15</dc:subject>
		<dc:subject>Mont&#233;e de l'extr&#234;me-droite en France</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'historien Enzo Traverso d&#233;finit le post-fascisme comme un ph&#233;nom&#232;ne profond&#233;ment diff&#233;rent du fascisme classique et, surtout, comme un processus de transformation politique dont on ignore largement l'issue. &lt;br class='autobr' /&gt; En avant-premi&#232;re du dossier du prochain num&#233;ro de Regards, consacr&#233; aux droites extr&#234;mes, nous mettons en ligne une partie de cette interview d'Enzo Traverso &#8211; qui abordera aussi la notion d'&#171; islamo-fascisme &#187;&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Regards. La mont&#233;e des droites radicales en Europe suscite (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-12-15-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-12-15&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Montee-de-l-extreme-droite-en-France-+" rel="tag"&gt;Mont&#233;e de l'extr&#234;me-droite en France&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH131/arton24563-5150f.jpg?1674677815' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='131' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'historien Enzo Traverso d&#233;finit le post-fascisme comme un ph&#233;nom&#232;ne profond&#233;ment diff&#233;rent du fascisme classique et, surtout, comme un processus de transformation politique dont on ignore largement l'issue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En avant-premi&#232;re du dossier du prochain num&#233;ro de Regards, consacr&#233; aux droites extr&#234;mes, nous mettons en ligne une partie de cette interview d'Enzo Traverso &#8211; qui abordera aussi la notion d'&#171; islamo-fascisme &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Regards. La mont&#233;e des droites radicales en Europe suscite massivement des r&#233;f&#233;rences au fascisme historique. Vous avez manifest&#233; vos r&#233;ticences au jeu des analogies. Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enzo Traverso&lt;/strong&gt;. Les droites radicales qui montent aujourd'hui en Europe &#8211; une ascension spectaculaire dans certains pays comme la France &#8211; se nourrissent de la crise &#233;conomique, de m&#234;me que leurs anc&#234;tres des ann&#233;es entre les deux guerres. Mais cette crise est tr&#232;s diff&#233;rente de l'ancienne, le contexte a profond&#233;ment chang&#233; et m&#234;me les droites extr&#234;mes ne sont plus les m&#234;mes. Pendant les ann&#233;es 1930, le capitalisme semblait menac&#233; de s'effondrer. D'une part, &#224; cause de la r&#233;cession internationale et, d'autre part, &#224; cause de l'existence de l'URSS qui se pr&#233;sentait comme une alternative globale &#224; un syst&#232;me socio-&#233;conomique que tout le monde consid&#233;rait historiquement &#233;puis&#233;. La crise de ces derni&#232;res ann&#233;es a &#233;t&#233; d'abord une crise financi&#232;re, puis elle s'est install&#233;e dans la zone euro comme une crise de la dette publique. Aujourd'hui, le capitalisme se porte tr&#232;s bien et il n'a pas d'alternative visible ; il creuse les in&#233;galit&#233;s sociales mais ne cesse d'&#233;tendre son emprise &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les droites radicales demeurent marqu&#233;es par leurs origines fascistes, mais essaient de s'&#233;manciper de ce lourd h&#233;ritage &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment le capitalisme se situe-t-il, aujourd'hui, face aux mouvements d'extr&#234;me droite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les ann&#233;es 1930, les &#233;lites dominantes n'&#233;chappaient pas &#224; la spirale du nationalisme enclench&#233;e par la Grande Guerre et voyaient dans le fascisme une option politique possible (en Italie d'abord, puis en Allemagne, en Autriche, en Espagne, en Europe centrale, etc.). Sans ce soutien, les fascismes n'auraient pas pu se m&#233;tamorphoser de mouvements pl&#233;b&#233;iens en r&#233;gimes politiques. Aujourd'hui, en revanche, le capitalisme globalis&#233; ne soutient pas les mouvements d'extr&#234;me droite ; il s'accommode tr&#232;s bien de la Tro&#239;ka [la Commission de Bruxelles, la BCE et le FMI]. Pendant les ann&#233;es 1930, les fascismes exprimaient une tendance diffuse vers un renforcement des &#201;tats, ce que plusieurs analystes interpr&#233;taient comme l'av&#232;nement d'un &#201;tat &#8220;total&#8221; avant m&#234;me l'arriv&#233;e au pouvoir d'Hitler en Allemagne (renforcement de l'ex&#233;cutif, intervention &#233;tatique dans l'&#233;conomie, militarisation, nationalisme, etc.). L'&#8220;&#233;tat d'exception&#8221; qui s'installe aujourd'hui n'est pas fasciste ou fascisant, mais n&#233;olib&#233;ral : il transforme les autorit&#233;s politiques en simples ex&#233;cutants des choix des pouvoirs financiers qui dominent l'&#233;conomie globale. Il n'incarne pas l'&#201;tat fort, plut&#244;t un &#201;tat soumis, qui a transf&#233;r&#233; aux march&#233;s une grande partie de sa souverainet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez propos&#233; d'utiliser le concept de &#8220;post-fasciste&#8221; pour d&#233;signer la droite radicale de notre temps. En m&#234;me temps, vous reconnaissez les limites de cette notion. Pouvez-vous en dire plus ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de &#8220;post-fascisme&#8221; d&#233;signe une transition en cours dont on ne conna&#238;t pas encore l'aboutissement. Les droites radicales demeurent marqu&#233;es par leurs origines fascistes (en Europe centrale, elles revendiquent m&#234;me cette continuit&#233; historique), mais essaient de s'&#233;manciper de ce lourd h&#233;ritage et de faire peau neuve, en modifiant en profondeur leur culture et leur id&#233;ologie. Leur filiation avec le fascisme classique devient de plus en plus probl&#233;matique. Le cas fran&#231;ais est particuli&#232;rement embl&#233;matique de cette mutation, illustr&#233;e par le conflit entre Jean-Marie et Marine Le Pen : un leadership dynastique, dans lequel le p&#232;re incarne l'&#226;me fasciste originelle et la fille une nouvelle &#226;me qui voudrait transmigrer les valeurs anciennes (nationalisme, x&#233;nophobie, racisme, autoritarisme, protectionnisme &#233;conomique) dans un cadre r&#233;publicain et lib&#233;ral- d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lorsque l'ensemble de la classe politique fran&#231;aise s'aligne sur les positions du FN, lutter contre ce dernier au nom de la R&#233;publique devient presque incompr&#233;hensible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on appr&#233;hender les effets de cette transformation &#8220;post-fasciste&#8221; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mutation risque de dynamiter le cadre politique. Lorsque, apr&#232;s les attentats de janvier et surtout de novembre, c'est l'ensemble de la classe politique fran&#231;aise qui s'aligne sur les positions du FN (du PS &#224; la droite), lutter contre ce dernier au nom de la R&#233;publique devient presque incompr&#233;hensible. Le FN n'est pas une force &#8220;antir&#233;publicaine&#8221; comme pouvait l'&#234;tre l'Action fran&#231;aise sous la IIIe R&#233;publique. Sa mutation r&#233;v&#232;le plut&#244;t les contradictions intrins&#232;ques du national-r&#233;publicanisme. Il ne s'agit pas, sauf exception, d'une transition du fascisme vers la d&#233;mocratie, mais vers quelque chose de nouveau, encore inconnu, qui remet en question en profondeur les d&#233;mocraties r&#233;ellement existantes. Non plus le fascisme classique, mais pas encore autre chose : c'est dans ce sens que je l'ai appel&#233; post-fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans l'univers mental du &#8220;post-fascisme&#8221;, la haine du musulman a pris la place de celle du juif, sans que s'efface le vieux fonds de l'antis&#233;mitisme. Comment cela fonctionne-t-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement, l'antis&#233;mitisme &#233;tait un des piliers des nationalismes europ&#233;ens, notamment en France et en Allemagne. Il agissait comme un code culturel autour duquel on pouvait construire une id&#233;e d'&#8220;identit&#233; nationale&#8221; : le juif &#233;tait l'&#8220;anti-France&#8221;, un corps &#233;tranger qui rongeait et affaiblissait la nation de l'int&#233;rieur. L'&#233;pilogue g&#233;nocidaire du nazisme tend &#224; singulariser la haine des juifs et &#224; brouiller les analogies profondes qui existent entre l'antis&#233;mitisme europ&#233;en d'avant la seconde guerre mondiale et l'islamophobie contemporaine. Comme le juif autrefois, aujourd'hui le musulman est devenu l'ennemi int&#233;rieur : inassimilable, porteur d'une religion et d'une culture &#233;trang&#232;res aux valeurs occidentales, virus corrupteur des m&#339;urs et menace permanente de l'ordre social&#8230; Le juif anarchiste ou bolchevik a &#233;t&#233; remplac&#233; par le musulman djihadiste, le nez crochu par la barbe, le cosmopolitisme juif par le djihad international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La phobie du voile islamique a remplac&#233; la misogynie et l'homophobie des fascismes classiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le parall&#232;le se prolonge-t-il sous d'autres aspects ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en effet d'autres analogies : le spectacle d&#233;plorable de nos chefs d'&#201;tat se renvoyant la balle pour ne pas accueillir les r&#233;fugi&#233;s qui fuient les r&#233;gions ravag&#233;es par nos &#8220;guerres humanitaires&#8221; rappelle de pr&#232;s la conf&#233;rence d'&#201;vian de 1938, pendant laquelle les grandes puissances occidentales n'arriv&#232;rent pas &#224; trouver un accord pour accueillir les juifs qui quittaient l'Allemagne et l'Autriche nazifi&#233;es. Parall&#232;lement &#224; cette mutation, il y en a d'autres : la phobie du voile islamique a remplac&#233; la misogynie et l'homophobie des fascismes classiques. Aujourd'hui, dans plusieurs pays d'Europe occidentale, les mouvements post-fascistes pr&#234;chent l'exclusion et la haine au nom du droit et des libert&#233;s individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il s'agit d'un processus contradictoire, car les vieux pr&#233;jug&#233;s n'ont certes pas disparu au sein de l'&#233;lectorat de ces mouvements, mais la tendance est assez claire. Reste que nous ne pouvons pas combattre la x&#233;nophobie contemporaine avec les arguments de l'antifascisme traditionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien par Catherine Tricot, Roger Martelli&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &#171; L'historien Enzo Traverso d&#233;finit le post-fascisme comme un ph&#233;nom&#232;ne profond&#233;ment diff&#233;rent du fascisme classique et, surtout, comme un processus de transformation politique dont on ignore largement l'issue. &#187;. Regards. 9 d&#233;cembre 2015 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.regards.fr/web/article/enzo-traverso-la-mutation-post&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.regards.fr/web/article/enzo-traverso-la-mutation-post&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* La version int&#233;grale de cette interview est &#224; retrouver dans le num&#233;ro de Regards qui sort en fin d'ann&#233;e, au sein du dossier sur les conqu&#234;tes politiques et culturelles de l'extr&#234;me droite. Abonnement et commande au num&#233;ro :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.regards.fr/boutique/abonnement,4689&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.regards.fr/boutique/abonnement,4689&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le mythe de la d&#233;diabolisation du FN &#8211; Les adh&#233;rents et sympathisants du Front National n'ont jamais cess&#233; d'&#234;tre raciste et x&#233;nophobe</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-mythe-de-la-dediabolisation-du-FN-Les-adherents-et-sympathisants-du-Front</link>
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		<dc:date>2015-12-15T00:06:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nonna Mayer</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>L'extr&#234;me-droite dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-12-15</dc:subject>
		<dc:subject>Mont&#233;e de l'extr&#234;me-droite en France</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quoi qu'en dise sa pr&#233;sidente, le Front National n'a jamais cess&#233; d'&#234;tre raciste et x&#233;nophobe, &#224; en juger par l'opinion de ses adh&#233;rents et sympathisants. C'est ce que montre le sondage annuel effectu&#233; pour la Commission nationale consultative des droits de l'homme. &lt;br class='autobr' /&gt; Depuis que Marine Le Pen a &#233;t&#233; &#233;lue pr&#233;sidente du Front national, en janvier 2011, sa strat&#233;gie de conqu&#234;te du pouvoir passe par la &#171; d&#233;diabolisation &#187;, visant &#224; donner du FN l'image d'un parti &#171; comme les autres &#187; [1]. Il (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH150/arton24584-8ec72.jpg?1677097082' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quoi qu'en dise sa pr&#233;sidente, le Front National n'a jamais cess&#233; d'&#234;tre raciste et x&#233;nophobe, &#224; en juger par l'opinion de ses adh&#233;rents et sympathisants. C'est ce que montre le sondage annuel effectu&#233; pour la Commission nationale consultative des droits de l'homme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis que Marine Le Pen a &#233;t&#233; &#233;lue pr&#233;sidente du Front national, en janvier 2011, sa strat&#233;gie de conqu&#234;te du pouvoir passe par la &#171; d&#233;diabolisation &#187;, visant &#224; donner du FN l'image d'un parti &#171; comme les autres &#187; [1]. Il s'agit notamment de montrer qu'il n'est ni raciste, ni x&#233;nophobe, ni surtout antis&#233;mite. Louis Aliot, vice-pr&#233;sident du FN et d&#233;put&#233; europ&#233;en, le dit sans fard : &#171; La d&#233;diabolisation ne porte que sur l'antis&#233;mitisme. En distribuant des tracts dans la rue, le seul plafond de verre que je voyais, ce n'&#233;tait pas l'immigration, ni l'islam&#8230; D'autres sont pires que nous sur ces sujets l&#224;. C'est l'antis&#233;mitisme qui emp&#234;che les gens de voter pour nous. Il n'y a que cela&#8230; &#192; partir du moment o&#249; vous faites sauter ce verrou id&#233;ologique, vous lib&#233;rez le reste (..). &#187; (Entretien du 6 d&#233;cembre 2013, in Val&#233;rie Igounet, Le Front national de 1972 &#224; nos jours, Paris, Seuil, p. 420).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marine le Pen, pour sa part, n'a jamais tenu de propos antis&#233;mites ou n&#233;gationnistes, et elle a plus d'une fois condamn&#233; les propos antis&#233;mites de son p&#232;re. Elle se pr&#233;sente m&#234;me comme le meilleur rempart de la communaut&#233; juive contre &#171; l'antis&#233;mitisme islamique &#187;, cherchant, non sans succ&#232;s, &#224; s&#233;duire une partie de cet &#233;lectorat. Comme le souligne J&#233;r&#244;me Fourquet : &#171; quel meilleur gage de &#8220;normalisation&#8221; qu'un score &#233;lev&#233; (ou conforme &#224; la moyenne nationale) du FN dans l'&#233;lectorat de confession juive ? &#187; [2]. Et elle vise &#233;galement l'&#233;lectorat musulman, comme en t&#233;moigne la campagne de son parti en &#206;le-de-France pour les r&#233;gionales : des tracts sont distribu&#233;s portant la mention &#171; Musulman peut-&#234;tre, mais Fran&#231;ais d'abord &#187;, tandis qu'une affiche intitul&#233;e &#171; Quelle banlieue voulez-vous ? &#187; montre d'un c&#244;t&#233;, une jeune femme portant un bonnet phrygien et le drapeau tricolore peint sur ses joues, de l'autre la m&#234;me jeune femme (en fait Kelly Betesh, candidate FN sur la liste de Wallerand de Saint-Just) portant un niqab.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les provocations antis&#233;mites de Jean-Marie Le Pen&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 2005, quand il d&#233;clare dans un entretien au journal d'extr&#234;me droite Rivarol que &#171; l'Occupation allemande en France n'a pas &#233;t&#233; particuli&#232;rement inhumaine &#187;, Marine Le Pen s&#232;che pendant trois mois les r&#233;unions du bureau ex&#233;cutif et du bureau politique du FN. En 2011, elle qualifie ce qui s'est pass&#233; dans les camps de &#171; summum de la barbarie &#187; (Entretien du 3 f&#233;vrier 2011, Le Point, 2011). En avril 2014, sur son blog h&#233;berg&#233; par le FN, quand Jean-Marie Le Pen lance : &#171; On fera une fourn&#233;e la prochaine fois &#187; en r&#233;ponse au chanteur Patrick Bruel disant qu'il ne se produira pas dans les villes qui ont &#233;lu un maire FN, elle d&#233;nonce &#171; une faute politique &#187; et supprime son blog. Chaque fois qu'il r&#233;it&#232;re ses propos sur les chambres &#224; gaz comme un &#171; d&#233;tail de l'histoire &#187; (en 2008, 2009 et 2015) elle exprime publiquement son &#171; profond d&#233;saccord &#187;. Le 9 avril 2015, l'entretien qu'il accorde &#224; Rivarol, revenant sur &#171; le point de d&#233;tail &#187; et faisant l'&#233;loge du mar&#233;chal P&#233;tain, est la goutte de trop qui d&#233;clenche sa proc&#233;dure d'exclusion d&#233;finitive du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette strat&#233;gie ne fait pourtant pas l'unanimit&#233; dans le parti, si l'on en juge par les nombreuses d&#233;fections de nouvelles recrues, d&#233;&#231;ues de d&#233;couvrir une r&#233;alit&#233; &#224; mille lieux des discours de la pr&#233;sidente. Nadia Portheault, d'origine alg&#233;rienne, t&#234;te de liste FN &#224; Saint-Alban, en Haute-Garonne, est partie apr&#232;s qu'un cadre lui eut lanc&#233; : &#171; Toi et tes enfants, vous &#234;tes bons pour le four&#8230; &#187; (La voix du Midi, 4 novembre 2013). Arnaud Cl&#233;r&#233; aussi, transfuge de l'UMP dans la Somme, effar&#233; de voir des croix gamm&#233;es tatou&#233;es aux bras de certains militants, ou encore Anna Rosso-Roig (Front de gauche) &#224; Marseille et Vincent Morelle (UMP) &#224; Meaux. Sans compter les propos racistes et antis&#233;mites av&#233;r&#233;s de 104 candidats du FN aux d&#233;partementales de 2015, malgr&#233; les strictes consignes donn&#233;es par la direction. Ces exemples incitent &#224; s'interroger sur le degr&#233; de racisme et d'antis&#233;mitisme au sein du &#171; nouveau &#187; Front national. Le parti a-t-il vraiment chang&#233; &#224; cet &#233;gard, ou la strat&#233;gie de &#171; d&#233;diabolisation &#187; n'est-elle qu'un leurre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre &#224; cette question on dispose d'une base de donn&#233;es unique en son genre, celle du sondage annuel effectu&#233; pour la Commission nationale consultative des droits de l'homme depuis 1990 [3], qui explore toutes les formes de racisme et de x&#233;nophobie. Elle permet d'isoler une population particuli&#232;re, celle des sympathisants frontistes, soit les personnes qui citent le Front national comme le parti dont elles se sentent &#171; le plus proche ou disons le moins &#233;loign&#233; &#187;. Afficher ouvertement une proximit&#233; avec le parti frontiste engage certes moins que l'adh&#233;sion, mais plus qu'un simple vote. C'est le noyau dur de l'&#233;lectorat du FN, le plus fid&#232;le, le plus acquis &#224; ses id&#233;es, qui offre comme un miroir grossissant de ses transformations. Ce sondage permet d'une part de comparer les pr&#233;jug&#233;s racistes des sympathisants du FN &#224; ceux des sympathisants des autres partis politiques, d'autre part de v&#233;rifier si leur niveau de racisme a baiss&#233; depuis l'&#233;lection de Marine Le Pen &#224; la pr&#233;sidence du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un niveau record d'intol&#233;rance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le constat est sans appel. Sur toutes les questions relatives &#224; la perception de l'Autre, &#171; autre &#187; par ses origines, sa couleur de peau, sa religion, sa culture, et quelle que soit la vague de sondage retenue, les r&#233;ponses des sympathisants du FN sont toujours beaucoup plus n&#233;gatives que celles des sympathisants des autres partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de prendre les questions une par une, la technique des &#233;chelles d'attitudes permet de faire appara&#238;tre la structure des r&#233;ponses. Elle s&#233;lectionne les questions dont les r&#233;ponses sont les plus corr&#233;l&#233;es, relevant d'une m&#234;me attitude raciste ou &#171; ethnocentriste &#187;, au sens qu'un ethnologue comme Claude L&#233;vi-Strauss a donn&#233; &#224; ce terme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'attitude la plus ancienne (...) consiste &#224; r&#233;pudier purement et simplement les formes culturelles : morales, religieuses, sociales, esth&#233;tiques, qui sont les plus &#233;loign&#233;es de celles auxquelles nous nous identifions. &#171; Habitudes de sauvages &#187;, &#171; cela n'est pas de chez nous &#187;, &#171; on ne devrait pas permettre cela &#187;, etc., autant de r&#233;actions grossi&#232;res qui traduisent ce m&#234;me frisson, cette m&#234;me r&#233;pulsion, en pr&#233;sence de mani&#232;res de vivre, de croire ou de penser qui nous sont &#233;trang&#232;res. (Claude L&#233;vi-Strauss, Race et histoire, Paris, Gonthier, 1961, p.19-20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis cette m&#234;me technique classe les questions retenues par niveau croissant d'intol&#233;rance, comme les marches d'un escalier, allant du degr&#233; d'ethnocentrisme le plus bas au plus &#233;lev&#233;. Et elle permet de donner un score d'ethnocentrisme, allant de z&#233;ro pour les personnes qui ne donnent jamais la r&#233;ponse intol&#233;rante, &#224; 100 pour celles qui la donnent toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;chelle d'ethnocentrisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me &#233;chelle en dix questions a &#233;t&#233; utilis&#233;e de 2009 &#224; 2014. Le cumul des six vagues donne un &#233;chantillon total de 6090 personnes dont 458 proches du FN. Les r&#233;ponses en caract&#232;res gras rel&#232;vent de la m&#234;me attitude &#171; ethnocentriste &#187;, entre parenth&#232;ses figurent la moyenne des r&#233;ponses sur les six vagues. Ceux qui n'acceptent pas les Juifs ont tendance &#224; ne pas accepter non plus les Musulmans, les immigr&#233;s, les &#233;trangers. Il y a toutefois une hi&#233;rarchie des rejets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les six vagues, l'item qui d&#233;note le degr&#233; le plus &#233;lev&#233; d'ethnocentrisme est le refus absolu d'accorder aux Fran&#231;ais musulmans la qualit&#233; de citoyen &#224; part enti&#232;re (les &#171; pas d'accord du tout &#187; oppos&#233;e &#224; tous les autres), suivi de tr&#232;s pr&#232;s par le refus de l'accorder aux Fran&#231;ais juifs (&#171; plut&#244;t pas d'accord &#187; et &#171; pas d'accord du tout &#187;). Ces personnes, minoritaires, ont tendance &#224; donner la r&#233;ponse ethnocentriste &#224; toutes les autres questions. Inversement, l'item le moins discriminant renvoie au st&#233;r&#233;otype selon lequel les immigr&#233;s viendraient en France uniquement pour profiter des avantages sociaux, que plus de neuf personnes interrog&#233;es sur dix ne rejettent pas totalement (toutes celles qui choisissent une autre r&#233;ponse que &#171; pas d'accord du tout &#187;), sans pour autant partager n&#233;cessairement les pr&#233;jug&#233;s pr&#233;c&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Fran&#231;ais musulmans sont des Fran&#231;ais comme les autres : Tout &#224; fait d'accord, plut&#244;t d'accord, plut&#244;t pas d'accord, n'a pas r&#233;pondu / Pas d'accord du tout (9%)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Fran&#231;ais juifs sont des Fran&#231;ais comme les autres : Tout &#224; fait d'accord, plut&#244;t d'accord, n'a pas r&#233;pondu / Plut&#244;t pas d'accord, pas d'accord du tout (12%)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les travailleurs immigr&#233;s doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s ici comme chez eux puisqu'ils contribuent &#224; l'&#233;conomie fran&#231;aise : Tout &#224; fait d'accord, plut&#244;t d'accord, n'a pas r&#233;pondu / Plut&#244;t pas d'accord, pas d'accord du tout (23%)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il faut permettre aux Musulmans de France d'exercer leur religion dans de bonnes conditions : Tout &#224; fait d'accord, plut&#244;t d'accord, SR / Plut&#244;t pas d'accord, pas d'accord du tout (23%)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La pr&#233;sence d'immigr&#233;s est une source d'enrichissement culturel : Tout &#224; fait d'accord, plut&#244;t d'accord, n'a pas r&#233;pondu / Plut&#244;t pas d'accord, pas d'accord du tout (31%)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il faudrait donner le droit de vote aux &#233;lections municipales pour les &#233;trangers non europ&#233;ens r&#233;sidant en France depuis un certain temps : Tout &#224; fait d'accord, plut&#244;t d'accord, / n'a pas r&#233;pondu Plut&#244;t pas d'accord, pas d'accord du tout (51%)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il y a trop d'immigr&#233;s aujourd'hui en France : Tout &#224; fait d'accord, plut&#244;t d'accord / Plut&#244;t pas d'accord, pas d'accord du tout, n'a pas r&#233;pondu (62%)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les enfants d'immigr&#233;s n&#233;s en France ne sont pas vraiment Fran&#231;ais : Tout &#224; fait d'accord, plut&#244;t d'accord, plut&#244;t pas d'accord / Pas d'accord du tout, n'a pas r&#233;pondu (59%)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'immigration est la principale cause de l'ins&#233;curit&#233; : Tout &#224; fait d'accord, plut&#244;t d'accord, plut&#244;t pas d'accord / Pas d'accord du tout, n'a pas r&#233;pondu (77%)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; De nombreux immigr&#233;s viennent en France uniquement pour profiter de la protection sociale : Tout &#224; fait d'accord, plut&#244;t d'accord, plut&#244;t pas d'accord / Pas d'accord du tout, n'a pas r&#233;pondu (87%)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sympathisants du FN battent tous les records d'intol&#233;rance &#224; l'Autre. Si on r&#233;partit les personnes interrog&#233;es en quatre groupes par niveau croissant d'ethnocentrisme, de &#171; tr&#232;s faible &#187; (scores 0-1) &#224; &#171; tr&#232;s fort &#187; (6-10),. 87% d'entre eux sont tr&#232;s ethnocentristes, contre 48% des proches des partis de droite, 33 % des proches des partis du centre, et 18% des proches des partis de gauche (Figure 1). Inversement, aucun proche du FN n'a sur notre &#233;chelle un score inf&#233;rieur &#224; 2 (contre respectivement 3% des sympathisants de droite, 11% des centristes et un quart des sympathisants de gauche). Surtout, si on regarde l'&#233;volution dans le temps des sympathisants FN, la proportion des &#171; tr&#232;s racistes &#187; n'y a pas vari&#233; depuis 2011, stabilis&#233;e &#224; 87%.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2517 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH366/211c5cd54a779ad9-20280e16-b2eb2.png?1721373635' width='500' height='366' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e de Marine Le Pen n'a donc pas att&#233;nu&#233; les pr&#233;jug&#233;s de ses sympathisants. En revanche les sympathisants des autres partis et surtout ceux de droite, dans un contexte de crise &#233;conomique et de d&#233;saffection politique, sont devenus plus racistes. La proportion des scores tr&#232;s &#233;lev&#233;s sur l'&#233;chelle d'ethnocentrisme est pass&#233;e dans le m&#234;me temps de 11 &#224; 21% chez les sympathisants de gauche (+10 points), de 58 &#224; 69% chez les centristes (+11), et de 33 &#224; 55% chez les sympathisants de droite (+22). L'&#233;cart entre le niveau de racisme au FN et dans les autres partis a certes un peu diminu&#233;, mais il reste spectaculaire, les frontistes distan&#231;ant encore les sympathisants des partis de droite de 32 points et ceux de gauche de 66 points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus d'islamophobes que d'antis&#233;mites&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un second trait caract&#233;ristique des sympathisants du FN est une polarisation anti-Islam exacerb&#233;e, bien plus marqu&#233;e que leur antis&#233;mitisme. Plusieurs questions du barom&#232;tre CNCDH, pos&#233;es &#224; l'identique sur une p&#233;riode plus longue que celles de l'&#233;chelle pr&#233;c&#233;dente (d&#232;s 2002 pour certaines), permettent de cerner l'image des minorit&#233;s culturelles et religieuses (juive, musulmane, maghr&#233;bine, asiatique, noire etc.) qui composent la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Elles portent sur la reconnaissance de leur citoyennet&#233; (leurs membres sont-ils &#171; des Fran&#231;ais comme les autres &#187; ?), leur degr&#233; d'int&#233;gration dans la soci&#233;t&#233; (forment-ils un &#171; groupe &#224; part &#187; ?), l'image positive ou n&#233;gative de leur religion, et la n&#233;cessit&#233; d'une sanction judiciaire accrue pour les insultes &#224; leur &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit l'orientation partisane, la minorit&#233; juive est de tr&#232;s loin la mieux accept&#233;e en France, et la minorit&#233; musulmane la plus rejet&#233;e. Ainsi 87% des personnes interrog&#233;es, en moyenne, estiment que les Fran&#231;ais juifs sont &#171; des Fran&#231;ais comme les autres &#187; mais 72% pensent pareil pour les Fran&#231;ais musulmans. L'id&#233;e que les Juifs forment &#171; un groupe &#224; part &#187; est partag&#233;e par 31 % des personnes interrog&#233;es mais 53% quand il s'agit des Musulmans. La religion juive &#233;voque quelque chose de n&#233;gatif &#224; 19% des personnes interrog&#233;es, mais la religion musulmane &#224; 36%. M&#234;me la demande de sanctions judiciaires accrues est un peu plus forte pour des propos comme &#171; sale Juif &#187; que pour &#171; sale Arabe &#187; (respectivement 81 et 78%).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le ph&#233;nom&#232;ne atteint un paroxysme chez les sympathisants du FN. La figure suivante montre la perception compar&#233;e des minorit&#233;s juive et musulmane par proximit&#233; partisane, opposant les proches du FN &#224; ceux des autres partis (Figure 2). Si les premiers sont toujours plus nombreux que les seconds &#224; avoir une perception n&#233;gative de ces deux minorit&#233;s (barres noires) compar&#233;s aux proches des autres partis politiques (barres grises), le diff&#233;rentiel partisan est encore plus marqu&#233; quand il s'agit des Musulmans et de l'Islam. Le refus des sympathisants FN de voir dans les Musulmans des citoyens comme les autres d&#233;passe de 48 points celui qu'on observe chez les sympathisants des autres partis (contre 23 points dans le cas des Fran&#231;ais juifs), leur jugement n&#233;gatif de la religion musulmane est sup&#233;rieur de 42 points (contre 20 pour la religion juive), leur sentiment que les Musulmans forment un &#171; groupe &#224; part &#187; de 35 points (contre 14 quand il s'agit des Juifs) et leur refus de sanction judiciaire pour des propos insultants de 28 points (contre 21).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;cart entre sympathisants et non sympathisants du FN se maintient apr&#232;s 2011 pour ce qui est des jugements n&#233;gatifs sur l'Islam et les Musulmans. En revanche l'image n&#233;gative de la religion juive et le sentiment que les Juifs forment un groupe &#224; part n'ont progress&#233; que chez les proches du FN (+ 5 points). Autrement dit, non seulement l'arriv&#233;e de Marine Le Pen aux commandes du parti n'a pas fait baisser le niveau relatif des pr&#233;jug&#233;s anti-musulmans chez ses sympathisants, mais leur niveau d'antis&#233;mitisme s'est accru, m&#234;me s'il reste bien inf&#233;rieur &#224; celui de leurs pr&#233;jug&#233;s islamophobes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2518 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH318/8b7258f47c7ab358-b5be3b6d-73b5f.png?1721373635' width='500' height='318' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une aversion marqu&#233;e aux pratiques de l'islam&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1989 et la pol&#233;mique sur le port du foulard &#224; l'&#233;cole, il y a eu en France une polarisation du d&#233;bat public autour des pratiques de l'Islam et de leur compatibilit&#233; avec les valeurs r&#233;publicaines. Sans surprise, c'est chez les proches du FN que cette aversion est la plus marqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te de la CNCDH de 2003, sur le terrain juste avant que la commission Stasi d&#233;pose son rapport, inclut pour la premi&#232;re fois une batterie de questions ainsi formul&#233;e : &#171; Selon vous, le respect des pratiques religieuses musulmanes suivantes peut-il, en France, poser probl&#232;me pour vivre en soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; fait, plut&#244;t, pas vraiment, pas du tout &#187;. On a repris cinq questions pos&#233;es d'abord en 2003 puis syst&#233;matiquement depuis 2007, concernant le port du voile, le je&#251;ne du ramadan, les pri&#232;res, l'interdiction de consommer de la viande de porc et de l'alcool, et le sacrifice du mouton lors de l'A&#239;d El K&#233;bir. C'est la modalit&#233; de r&#233;ponse la plus hostile qui a &#233;t&#233; retenue (pratique jug&#233;e &#171; tout &#224; fait &#187; probl&#233;matique) (Figure 3). Les proches du FN se distinguent l&#224; encore des proches des autres partis par leur niveau plus &#233;lev&#233; d'hostilit&#233; &#224; ces pratiques. L'&#233;cart est d'autant plus grand que celles-ci sont plus visibles dans l'espace public. Il atteint 41 points sur le sacrifice du mouton, 39 sur les pri&#232;res (sans doute comprises comme les pri&#232;res de rue, r&#233;guli&#232;rement stigmatis&#233;es par Marine Le Pen), 37 sur le port du voile, contre 30 pour le respect du Ramadan et des interdits alimentaires.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2519 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH308/12872258a8721533-f11e08fc-90173.png?1721373635' width='500' height='308' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si entre 2009 et 2014 le rejet de ces pratiques a consid&#233;rablement progress&#233; dans l'ensemble de la population, il a aussi continu&#233; &#224; monter chez les proches du FN, o&#249; il &#233;tait pourtant d&#233;j&#224; tr&#232;s &#233;lev&#233;. L'&#233;cart entre les sympathisants du FN et des autres partis a donc un peu diminu&#233; mais il reste tr&#232;s &#233;lev&#233;. On le voit sur une &#233;chelle d'aversion &#224; l'Islam, construite en ajoutant &#224; ces cinq questions sur les pratiques une question sur la perception compar&#233;e de la religion musulmane et de la religion catholique. La proportion de sympathisants frontistes avec des scores tr&#232;s &#233;lev&#233;s est pass&#233;e de 73% avant 2011 &#224; 81% apr&#232;s (contre 42 et 55% chez les non-frontistes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un antis&#233;mitisme sans &#233;quivalent dans les autres partis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans atteindre le niveau des pr&#233;jug&#233;s islamophobes, les pr&#233;jug&#233;s anti-juifs sont &#233;galement beaucoup plus fr&#233;quents chez les sympathisants du FN que chez ceux des autres partis. On peut le mesurer gr&#226;ce &#224; de nouvelles questions r&#233;cemment introduites dans les enqu&#234;tes de la CNCDH, compte tenu de l'inqui&#233;tude suscit&#233;e par la mont&#233;e des actes antis&#233;mites. Elles reprennent les st&#233;r&#233;otypes anti-juifs qui se sont accumul&#233;s au fil du temps : anti-juda&#239;sme chr&#233;tien, antis&#233;mitisme nazi &#224; base raciale, st&#233;r&#233;otypes autour de l'argent et du pouvoir excessif des Juifs, accusations de communautarisme, de &#171; double all&#233;geance &#187;, n&#233;gationnisme, sans oublier l'antisionisme. Depuis la Guerre des Six jours et l'occupation des territoires, un autre d&#233;bat s'est ouvert sur l'apparition &#224; gauche d'une &#171; nouvelle jud&#233;ophobie &#187;, qui serait masqu&#233;e derri&#232;re la critique d'Isra&#235;l et la d&#233;fense de la cause palestinienne [4] .&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2520 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH322/c0bb1c7eaf550c47-d9e3383f-3b5bd.png?1721373635' width='500' height='322' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La technique des &#233;chelles d'attitude, d&#233;j&#224; utilis&#233;e, montre que sur les dix questions relatives &#224; la perception des Juifs seules cinq rel&#232;vent d'une m&#234;me attitude &#171; antis&#233;mite &#171; : la croyance dans le pouvoir excessif des Juifs, le d&#233;ni de leur pleine citoyennet&#233; fran&#231;aise, le fait qu'ils formeraient un groupe &#171; &#224; part &#187;, le sentiment qu'Isra&#235;l pour eux compte plus que la France et leur rapport particulier &#224; l'argent. Les opinions sur Isra&#235;l et le conflit n'y entrent pas, pas plus que les th&#232;ses n&#233;gationnistes, l'antijuda&#239;sme religieux ou la sensibilit&#233; aux insultes antis&#233;mites. Sur cette &#233;chelle d'antis&#233;mitisme, les sympathisants du FN se distinguent des autres par leur niveau tr&#232;s &#233;lev&#233; de pr&#233;jug&#233;s antis&#233;mites : plus de la moiti&#233; ont des scores &#233;lev&#233;s (sup&#233;rieurs &#224; 3), contre un gros quart des sympathisants des autres partis (Figure 4). M&#234;me si la diff&#233;rence observ&#233;e entre proches et non proches du FN &#8211; 26 points de pourcentage &#8211; reste bien inf&#233;rieure &#224; celle qu'on observait quand il s'agissait de l'Islam et des Musulmans (Figures 2 et 3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me quand on aborde la question d'Isra&#235;l. L&#224; encore, les opinions n&#233;gatives sont bien plus nombreuses chez les sympathisants du FN que chez ceux des autres partis, et notamment ceux de l'extr&#234;me gauche, contrairement &#224; la th&#232;se d'une &#171; nouvelle jud&#233;ophobie &#187; qui serait en train de migrer de l'extr&#234;me droite &#224; l'extr&#234;me gauche de l'&#233;chiquier politique (respectivement 57% au FN, 41% &#224; l'UMP, 35% &#224; l'extr&#234;me gauche). Mais une fois encore le diff&#233;rentiel FN/non FN est bien plus marqu&#233; quand il s'agit d'un pays musulman comme l'Alg&#233;rie (36 points, contre 20 quand il s'agit de l'&#201;tat juif) (Figure 5).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2521 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH311/3a516699d70d8fcc-6a54c50b-2a5fd.png?1721373635' width='500' height='311' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un racisme assum&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la Seconde guerre mondiale et le traumatisme de la Shoah, la lutte contre le racisme, sous toutes ses formes, est devenue la norme dans les d&#233;mocraties occidentales. Les pr&#233;jug&#233;s sont reformul&#233;s de mani&#232;re plus acceptable, sur la base d'arguments culturels, en appelant &#224; des conflits de valeurs ou de civilisation plut&#244;t qu'en termes de race. C'est un racisme qualifi&#233; de &#171; soft &#187;, &#171; subtil &#187;, &#171; voil&#233; &#187;, &#171; symbolique &#187;, ou encore de &#171; diff&#233;rentialiste &#187;, par opposition au racisme &#171; in&#233;galitaire &#187; qui pr&#233;valait avant [5]. L'euph&#233;misation relative des discours et des programmes du FN, sa strat&#233;gie m&#234;me de d&#233;diabolisation &#187; en sont un signe. Pourtant cette &#233;volution n'appara&#238;t pas chez les sympathisants du FN, leur racisme s'exprime cr&#251;ment, &#224; l'ancienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le rep&#233;rer on dispose de deux questions. La premi&#232;re, r&#233;guli&#232;rement pos&#233;e depuis 2002, interroge la croyance en l'existence de races humaines. Il fallait choisir entre trois propositions : les races humaines n'existent pas, toutes les races humaines se valent, et il y a des races sup&#233;rieures &#224; d'autres. La proportion de personnes qui croient encore en l'existence de races humaines est minoritaire, avoisinant les 11% sur la p&#233;riode &#233;tudi&#233;e (2002-2014). Mais elle fait plus que tripler chez les sympathisants du FN, o&#249; elle atteint 36%. Et chez eux cette proportion n'a pas vari&#233; tout au long de la p&#233;riode, alors que chez les non sympathisants du FN elle a l&#233;g&#232;rement recul&#233; (de 10 avant 2011 &#224; 8% apr&#232;s). Une forme primaire de racisme, &#224; fondement biologique, reste donc encore pr&#233;sente chez une grosse minorit&#233; de frontistes, en d&#233;calage avec la ligne officielle du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde question, pos&#233;e depuis 1999, demande &#224; la personne interrog&#233;e d'&#233;valuer son propre degr&#233; de racisme : &#171; En ce qui vous concerne personnellement, diriez-vous de vous-m&#234;me que vous &#234;tes plut&#244;t raciste, un peu raciste, pas tr&#232;s raciste, pas raciste du tout ? &#187;. Cet indicateur s'av&#232;re clivant, et &#233;troitement corr&#233;l&#233; aux &#233;chelles d'ethnocentrisme, d'antis&#233;mitisme et d'aversion &#224; l'islam. La fronti&#232;re passe entre ceux qui se disent plut&#244;t ou un peu racistes et les autres, les premiers donnant syst&#233;matiquement les r&#233;ponses les plus intol&#233;rantes. Sur la p&#233;riode &#233;tudi&#233;e, leur proportion moyenne tourne autour de 28 %. Mais elle bat tous les records chez les proches du FN : 82% se disent racistes (dont 43% &#171; plut&#244;t &#187; et 39% &#171; un peu &#187;), alors que chez les proches des autres partis la proportion tombe &#224; 25% et 16% chez les proches des partis de gauche Si elle baisse de 5 points depuis 2011, elle reste &#224; un niveau exceptionnellement &#233;lev&#233; : 80% (contre 26% chez les proches des autres partis). La sympathie pour le FN est encore aujourd'hui le fait d'une tr&#232;s large majorit&#233; de &#171; racistes &#187; assum&#233;s, se revendiquant comme tels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;sultats montrent un d&#233;calage certain entre le discours de la pr&#233;sidente du Front national et celui de ses soutiens. Les sympathisants d&#233;clar&#233;s de son parti se distinguent par un niveau record de rejet de l'Autre, rejet assum&#233; puisque quatre sur cinq se d&#233;finit comme &#171; raciste &#187;. Alors que Marine Le Pen a fait de l'antis&#233;mitisme un tabou, plus d'un sympathisant sur deux a des notes &#233;lev&#233;es sur une &#233;chelle de pr&#233;jug&#233;s anti-juifs. Alors qu'elle prend soin de cibler le &#171; fondamentalisme islamique &#187; et non l'Islam, ses partisans ne font pas la diff&#233;rence. Ils se distinguent des proches de tous les autres partis par leur niveau exceptionnellement &#233;lev&#233; d'&#171; islamophobie &#187;, au sens de rejet de l'Islam, de ses pratiques, et de ses fid&#232;les. La &#171; d&#233;diabolisation &#187; entreprise par Marine Le Pen n'est pas en phase avec la vision du monde de ses sympathisants. Le &#171; nouveau FN &#187;, &#224; cet &#233;gard, ressemble encore beaucoup &#224; l'ancien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aller plus loin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C&#233;cile Alduy, St&#233;phane Wahnich, Marine Le Pen prise aux mots. D&#233;cryptage du nouveau discours frontiste, Paris, Seuil, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sylvain Cr&#233;pon, Alexandre D&#233;z&#233;, Nonna Mayer (dir.), Les faux semblants du Front national. Sociologie d'un parti politique, Paris, Presses de Sciences Po, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mayer Nonna, Guy Michelat, Vincent Tiberj, Tommaso Vitale, &#171; Le regard des chercheurs sur les ph&#233;nom&#232;nes de racisme &#187;, in CNCDH, La lutte contre le racisme, l'antis&#233;mitisme et la x&#233;nophobie - Ann&#233;e 2014, Paris, la Documentation Fran&#231;aise, p. 207-259.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vincent Tiberj, &#171; L'Islam et les Fran&#231;ais : cadrage des &#233;lites, dynamiques et crispations de l'opinion &#187;, Migrations Soci&#233;t&#233;, vol. 26, n&#176;155, 2014, p. 165-181.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Nonna Mayer, &#171; Le mythe de la d&#233;diabolisation du FN &#187;, La Vie des id&#233;es , 4 d&#233;cembre 2015. ISSN : 2105-3030. URL :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.laviedesidees.fr/Le-mythe-de-la-dediabolisation-du-FN.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.laviedesidees.fr/Le-mythe-de-la-dediabolisation-du-FN.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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