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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Le revenu de base ou l'ombre de l'&#233;mancipation</title>
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		<dc:date>2016-12-20T11:12:41Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Claude Laumonier</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Revenu minimum garanti</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2016-12-20</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au cours des Nuits debout, qui ont accompagn&#233; la longue mobilisation du printemps 2016 contre la loi travail, l'instauration d'un &#171; revenu de base &#187;, universel et inconditionnel a &#233;t&#233; l'objet de d&#233;bats nombreux et vifs, entre militants, libertaires, anticapitalistes, &#171; d&#233;croissants &#187;, membres du &#171; r&#233;seau salariat &#187; (1). &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Imprecor. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Un emploi, c'est un droit, Un revenu, c'est un d&#251;&#034;. Slogan du mouvement des ch&#244;meurs de d&#233;cembre 1997 &lt;br class='autobr' /&gt;
Aux yeux d'une partie de ceux qui ont combattu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Revenu-minimum-garanti-+" rel="tag"&gt;Revenu minimum garanti&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2016-12-20-+" rel="tag"&gt;Edition du 2016-12-20&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH98/arton29156-555ce.jpg?1674697393' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au cours des Nuits debout, qui ont accompagn&#233; la longue mobilisation du printemps 2016 contre la loi travail, l'instauration d'un &#171; revenu de base &#187;, universel et inconditionnel a &#233;t&#233; l'objet de d&#233;bats nombreux et vifs, entre militants, libertaires, anticapitalistes, &#171; d&#233;croissants &#187;, membres du &#171; r&#233;seau salariat &#187; (1).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;http://www.inprecor.fr/article-D%C3%89BAT-Le%20revenu%20de%20base%20ou%20l%E2%80%99ombre%20de%20l%E2%80%99%C3%A9mancipation?id=1951&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Imprecor&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Un emploi, c'est un droit, Un revenu, c'est un d&#251;&#034;. Slogan du mouvement des ch&#244;meurs de d&#233;cembre 1997&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux yeux d'une partie de ceux qui ont combattu le projet de loi gouvernemental &#171; et son monde &#187; le revenu de base appara&#238;t comme une r&#233;ponse concr&#232;te au ch&#244;mage de masse et &#224; la g&#233;n&#233;ralisation de la pr&#233;carit&#233;. Il ouvrirait, de plus, une possibilit&#233; &#233;mancipatrice : ne plus devoir subir un travail salari&#233; p&#233;nible, contraint et souvent mal pay&#233;, et pouvoir choisir librement un emploi ou toute autre forme d'activit&#233; r&#233;mun&#233;r&#233;e ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec des pr&#233;occupations bien diff&#233;rentes, dans l'ambiance feutr&#233;e des institutions de la R&#233;publique, l'id&#233;e fait aussi son chemin : le Conseil national du num&#233;rique s'est prononc&#233; en faveur de l'instauration d'un revenu inconditionnel, et le S&#233;nat a constitu&#233; une &#171; mission d'information &#187; sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du Parti communiste et du Parti de gauche &#224; des personnalit&#233;s de droite comme Fr&#233;deric Lef&#232;vre, ancien porte-parole et ministre de N. Sarkozy, en passant par les diff&#233;rents courants &#233;cologistes, les &#171; frondeurs &#187; du Parti socialiste (PS) ou le Premier ministre, Manuel Valls, la r&#233;flexion et les prises de position se multiplient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;re en date, Marine Le Pen, pr&#233;sidente du Front national, dit &#171; r&#233;fl&#233;chir &#224; la question &#187; : elle pourrait ainsi tenter donner un habillage pr&#233;sentable &#224; la revendication r&#233;actionnaire du &#171; salaire maternel &#187;, en vue de maintenir les femmes au foyer. Ce serait ainsi, selon elle, le moyen que ce ne soient plus &#171; toujours les m&#234;mes &#187; qui b&#233;n&#233;ficient des aides sociales et toujours &#171; les m&#234;mes qui les financent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le revenu de base risque donc de s'inviter dans la prochaine campagne pr&#233;sidentielle fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat est international : en Suisse, le 5 juin 2016, une votation a rejet&#233; l'instauration du revenu inconditionnel, au terme d'une campagne de plusieurs mois. Dans l'&#201;tat espagnol, le revenu de base est inscrit au programme de Podemos. En Grande-Bretagne, il est d&#233;fendu par John Mac Donnel, responsable des questions &#233;conomiques dans l'&#233;quipe de la gauche travailliste de Jeremy Corbyn, et en Italie par Rifondazione Communista.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs villes des Pays-Bas s'appr&#234;tent &#224; l'exp&#233;rimenter ainsi que la Finlande, gouvern&#233;e par une coalition de droite et d'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux conclusions s'imposent pour les anticapitalistes : une prise de position dans ce d&#233;bat est n&#233;cessaire. Mais il faut pour cela reprendre les choses &#171; &#224; la racine &#187; afin d'&#233;claircir les enjeux d'une mesure d&#233;fendue simultan&#233;ment par des militant-e-s avec lesquelles nous nous retrouvons dans les luttes contre l'aust&#233;rit&#233; et la pr&#233;carit&#233; et par ceux-l&#224; m&#234;me dont nous combattons les plans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une id&#233;e subversive ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but septembre 2016, le Conseil d&#233;partemental du Nord a sanctionn&#233; 2 000 b&#233;n&#233;ficiaires du RSA (2) qui, n'&#233;tant pas inscrits &#224; P&#244;le emploi (3), auraient ainsi &#171; prouv&#233; &#187; leur d&#233;sint&#233;r&#234;t pour la recherche d'un travail. Dans un premier temps, leur allocation sera r&#233;duite de 100 &#8364; par mois, puis suspendue pendant 4 mois, avant de l'&#234;tre d&#233;finitivement si leur comportement ne change pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le d&#233;partement du Haut-Rhin, les b&#233;n&#233;ficiaires de la m&#234;me allocation doivent d&#233;sormais transmettre, &#224; des fins de contr&#244;le, leurs relev&#233;s bancaires ; objectif : s'assurer qu'ils n'ont pas fait de d&#233;penses inconsid&#233;r&#233;es avec l'aum&#244;ne d&#233;risoire qui leur est vers&#233;e. De plus, &#224; partir de janvier 2017, ils seront tenus d'effectuer sept heures de travaux forc&#233;s (appel&#233;s par antiphrase &#171; b&#233;n&#233;volat &#187;) pour en b&#233;n&#233;ficier. Ces mesures tracassi&#232;res et humiliantes interviennent alors m&#234;me que plus d'un tiers des personnes &#233;ligibles au RSA de base (dit RSA socle) n'en font pas la demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce climat marqu&#233; par la mise au pilori des &#171; assist&#233;s &#187; et des &#171; fraudeurs aux prestations sociales &#187;, le revenu inconditionnel irrite et scandalise les tenants de la mise au travail syst&#233;matique des ch&#244;meurs. L'affiche des partisans du &#171; Non &#187; lors du r&#233;f&#233;rendum suisse en offre une illustration caricaturale. On y voit un gros homme, &#224; l'air abruti, affal&#233; sur un canap&#233;, il a devant lui une pizza, deux canettes de bi&#232;re et une couronne sur la t&#234;te. Un slogan accompagne l'appel au vote &#171; non &#187; : &#171; 2 500 Fr (suisses) par mois, qui paiera ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse va de soi : le &#171; payeur &#187; sera le travailleur suisse qui se l&#232;ve t&#244;t et travaille dur, contraint d'entretenir le &#171; roi fain&#233;ant &#187; vautr&#233; sur son canap&#233;. Le &#171; profiteur &#187; c'est lui bien s&#251;r, et non les banques et les entreprises suisses, dont la contribution au financement du revenu de base n'est m&#234;me pas envisag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attribuer &#224; chacun un revenu permettant de vivre sans devoir se justifier appara&#238;t, dans ces conditions, &#224; une partie des ch&#244;meurs, des jeunes, des pr&#233;caires, comme une bouff&#233;e d'oxyg&#232;ne dans ce climat naus&#233;abond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mettre les pauvres au travail : une n&#233;cessit&#233; pour le capitalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;nonciation de &#171; l'oisivet&#233; &#187; des classes populaires, &#171; m&#232;re de tous les vices &#187;, et les de politiques r&#233;pressives de mise au travail qui l'accompagnent, sont aussi anciennes que le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rafles, l'enfermement ou le bannissement des vagabonds et des pauvres, leur contr&#244;le et leur stigmatisation, pour les obliger &#224; travailler dans les conditions les plus inhumaines, ont accompagn&#233; l'ascension de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en fut de m&#234;me avec les peuples coloniaux, que leur &#171; paresse naturelle &#187; emp&#234;chait de savourer les bienfaits du travail ext&#233;nuant dans les plantations pour des salaires mis&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; l'esclave ou au serf, propri&#233;t&#233; du ma&#238;tre ou du seigneur, le travailleur &#171; libre &#187; de la soci&#233;t&#233; capitaliste doit &#171; choisir &#187; de vendre sa force de travail. Il est donc imp&#233;ratif, pour la bourgeoisie, de cr&#233;er les conditions imposant &#224; celui/celle qui ne poss&#232;de que ses bras et son cerveau pour gagner sa vie, de venir les proposer aux conditions voulues par le Capital, sur le march&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx attirait toutefois l'attention, dans Salaire prix et profit (1865), sur les difficult&#233;s que peuvent rencontrer les capitalistes dans cette voie. Parlant des &#201;tats-Unis, il &#233;crivait : &#171; Le Capital a beau s'y &#233;vertuer ; il ne peut emp&#234;cher que le march&#233; du travail ne s'y vide constamment par la transformation continuelle des ouvriers salari&#233;s en paysans se suffisant &#224; eux-m&#234;mes. La situation d'ouvrier salari&#233; n'est pour une tr&#232;s grande partie des Am&#233;ricains qu'un stade transitoire qu'ils sont s&#251;rs de quitter au bout d'un temps plus ou moins rapproch&#233; &#187; (4). La possibilit&#233; de partir &#224; la &#171; conqu&#234;te de l'Ouest &#187;, de s'approprier des terres et de devenir paysan, &#233;tait une alternative au salariat. Elle obligeait les capitalistes am&#233;ricains &#224; augmenter les salaires sous peine de voir leurs entreprises d&#233;sert&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux yeux de ses d&#233;fenseurs, le revenu de base permettrait, d'une mani&#232;re identique, de refuser n'importe quel travail salari&#233; aux conditions voulues par l'employeur, et de s'inventer une vie hors du salariat, sans qu'il soit n&#233;cessaire de bouleverser les rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le revenu inconditionnel : de l'utopie &#224; la r&#233;alit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'en est-il quand l'utopie pr&#233;tend s'inscrire dans la r&#233;alit&#233; ?La d&#233;finition consensuelle du revenu inconditionnel de base (RIB) &#8211; inconditionnel, universel, permanent, inali&#233;nable et cumulable avec d'autres ressources &#8211; pr&#233;tend fixer un &#171; cadre, &#224; l'int&#233;rieur duquel diff&#233;rentes options sont possibles &#187; (5). Elle ne fait en r&#233;alit&#233; que masquer des projets oppos&#233;s s'inscrivant dans des perspectives contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces contradictions apparaissent sur 3 questions cl&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; le montant du revenu de base revendiqu&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; la place (maintenue ou non) de la protection sociale ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; les modalit&#233;s de financement du RIB.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un revenu pour vivre ou pour survivre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on prend au s&#233;rieux la proposition d'un revenu permettant &#224; chacun-e de satisfaire ses besoins fondamentaux, sans avoir recours &#224; une autre forme de r&#233;mun&#233;ration, le revenu net, vers&#233; &#224; chacun-e devrait s'&#233;lever au montant du salaire minimum interprofessionnel (SMIC) que nous revendiquons (soit aux alentours de 1 700 ou 1 800 &#8364; net).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait pour le moins s'attendre &#224; ce que les d&#233;fenseurs du RIB exigent un revenu correspondant au SMIC actuel (soit 1 146 &#8364; nets sur une base de 35h).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en est tr&#232;s loin. Seuls les partisans les plus &#224; gauche du RIB envisagent une allocation aux alentours de 1 000 &#8364;. Pour les autres, le revenu de base s'apparente plut&#244;t &#224; une sorte de &#171; minimum social &#187; inconditionnel de quelques centaines d'euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marc de Basquiat et Gaspard Koenig, partisans lib&#233;raux tr&#232;s en vue du RIB, ont fix&#233; le montant de ce qu'ils appellent le &#171; Liber &#187; &#224; 450 &#8364; pour les adultes et 225 pour un enfant (6)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un petit pas en avant, mais de grands bonds en arri&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un revenu de base m&#234;me minimal aurait certes l'avantage sur les actuels &#171; minima sociaux &#187; de permettre &#224; tous les b&#233;n&#233;ficiaires potentiels de le recevoir effectivement. Il ne les contraindrait pas &#224; l'humiliante obligation de devoir sans cesse prouver leur mis&#232;re et leur bonne volont&#233; de trouver un travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce petit pas en avant ouvre en m&#234;me temps la voie de grands bonds en arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un revenu de base d&#233;risoire ne permettrait pas de refuser un emploi pr&#233;caire ou trop mal pay&#233;. La &#171; s&#233;curit&#233; &#187; des quelques centaines d'euros qu'il apporterait justifierait aux yeux des employeurs l'extension de toutes les formes d'emplois pr&#233;caires et la baisse des salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; flexis&#233;curit&#233; &#187; ainsi instaur&#233;e favoriserait la disparition de l'emploi statutaire ou &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e, au profit du temps partiel impos&#233;, de contrats courts, du recours g&#233;n&#233;ralis&#233; aux &#171; emplois Uber &#187; et aux &#171; auto-entrepreneurs &#187;. Ces deux derni&#232;res &#171; nouveaut&#233;s &#187; constituent en fait un retour aux formes les plus archa&#239;ques de l'exploitation, celles du &#171; journalier &#187; (f&#251;t-il un travailleur &#171; intellectuel &#187;) contraint de vendre individuellement sa force de travail sur le march&#233;, sans aucune des garanties collectives qu'ont pu acqu&#233;rir les salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une mesure &#171; sociale &#187;&#8230; pour d&#233;manteler la protection sociale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t croissant pour le RIB des forces politiques (droite, extr&#234;me droite, PS) favorables &#224; l'aust&#233;rit&#233; et aux contre-r&#233;formes lib&#233;rales a un autre fondement. Elles comptent l'utiliser pour en finir avec une protection sociale jug&#233;e beaucoup trop g&#233;n&#233;reuse pour les salari&#233;s et co&#251;teuse pour le Capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on prend le cas de la France, la protection sociale instaur&#233;e au lendemain de la Seconde Guerre mondiale (principalement avec la cr&#233;ation de la S&#233;curit&#233; sociale) a permis de passer d'un syst&#232;me d'assistance aux plus pauvres, &#224; un salaire garanti, y compris pour les salari&#233;s se trouvant &#171; hors emploi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les retraites se sont progressivement transform&#233;es en &#171; salaire continu&#233; &#187;, permettant de conserver la r&#233;mun&#233;ration des meilleures ann&#233;es de travail. L'assurance maladie a permis l'acc&#232;s aux meilleurs soins pour tous. Les journ&#233;es de maladie ont &#233;t&#233;, pour une large part, indemnis&#233;es, ainsi que les cong&#233;s maternit&#233;. Les allocations ch&#244;mage se sont rapproch&#233;es du salaire au moment du licenciement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un mot, les cotisations sociales (c'est-&#224;-dire une partie du salaire) ont permis aux salari&#233;s plac&#233;s pour une raison quelconque &#171; hors emploi &#187;, non plus de b&#233;n&#233;ficier d'une assistance minimum mais de conserver l'essentiel de leur r&#233;mun&#233;ration et d'acc&#233;der aux soins dans de bonnes conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie a d&#251; accepter cette situation compte tenu des rapports de forces sociaux. Elle a pu la tol&#233;rer dans un contexte d'expansion &#233;conomique. Elle n'a cess&#233; de vouloir la liquider depuis le dernier quart du XXe si&#232;cle, dans un contexte de crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La multiplication des contre-r&#233;formes des retraites, de l'assurance maladie, des allocations familiales, de l'assurance ch&#244;mage ont remis en cause ces acquis. La baisse des &#171; charges sociales &#187; c'est-&#224;-dire de la partie socialis&#233;e du salaire, la destruction des services publics font partie des objectifs principaux des politiques lib&#233;rales mises en place en France comme partout en Europe avec le soutien actif de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa version lib&#233;rale, le RIB, en rempla&#231;ant des pans entiers de la couverture sociale, aurait le double avantage pour le Capital et ses repr&#233;sentants d'appara&#238;tre comme une mesure &#171; sociale &#187;, tout en permettant un laminage de la protection sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que pr&#233;conise sans vergogne la Fondation Jean-Jaur&#232;s, &#171; bo&#238;te &#224; id&#233;es &#187; du Parti socialiste fran&#231;ais. Elle formule trois sc&#233;narios, le second ayant sa pr&#233;f&#233;rence :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Un revenu de base &#224; 500 &#8364; par adulte serait compens&#233; par un d&#233;mant&#232;lement de l'assurance maladie et de l'assurance ch&#244;mage ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Si l'on passait &#224; 750 &#8364;, on y ajouterait les retraites ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Dans un autre sc&#233;nario, plus hypoth&#233;tique, diff&#233;rentes recettes fiscales s'ajouteraient pour atteindre un RIB de 1 000 &#8364;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces propositions ont suscit&#233; des r&#233;serves, m&#234;me chez les d&#233;fenseurs les plus mod&#233;r&#233;s du revenu de base. Le Mouvement fran&#231;ais pour le revenu de base a rappel&#233;, &#224; cette occasion, les termes de sa charte : &#171; L'instauration d'un revenu de base ne doit pas remettre en cause les syst&#232;mes publics d'assurances sociales, mais compl&#233;ter et am&#233;liorer la protection sociale existante. &#187; Dont acte, mais quelles garanties offrent de telles d&#233;clarations de principe si elles ne s'accompagnent pas des moyens effectifs de &#171; compl&#233;ter et am&#233;liorer la protection sociale existante &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela supposerait une augmentation tr&#232;s significative des cotisations sociales et/ou de la d&#233;pense publique, ce que la plupart des d&#233;fenseurs du RIB ne sont pas pr&#234;ts &#224; envisager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revenu de base anticapitaliste ou droit au salaire pour tous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans du revenu de base avec lesquelles nous d&#233;battons dans les Nuits debout ou sur nos lieux de travail, sont le plus souvent oppos&#233;s &#224; la vision lib&#233;rale (dominante) du RIB. Ils rejettent l'id&#233;e d'un RIB de mis&#232;re. Ils s'opposent aux attaques contre la protection sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est alors consid&#233;rer que la question du revenu minimum est un &#233;l&#233;ment d'un tout beaucoup plus vaste englobant les salaires et la protection sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la raison pour laquelle nous nous situons, pour notre part, non dans la seule perspective d'assurer un &#171; revenu de base &#187; &#224; chacun et chacune, mais dans celle du droit au salaire pour tous. Ce droit doit comporter la revendication d'un salaire au minimum &#233;gal au SMIC pour tous (et d'un revenu de remplacement du m&#234;me montant pour toutes celles et ceux qui se trouvent &#171; hors emploi &#187; : pension, allocation ch&#244;mage, indemnit&#233;s journali&#232;res&#8230;), il ne peut s'y limiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En repla&#231;ant la revendication d'un revenu minimum pour tous sur le terrain du salaire. nous la lions aux revendications de l'ensemble des salari&#233;s (augmentions de salaires, indexation des salaires sur les prix, d&#233;fense de la protection sociale) pour l'accroissement de la part des salaires dans la richesse cr&#233;&#233;e (salaire et salaire socialis&#233;), au d&#233;triment de celle des profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; revenu de base &#187; n'est plus alors une revendication &#171; &#224; c&#244;t&#233; &#187; de celle des salari&#233;s. Il devient un &#233;l&#233;ment du combat de tous les salari&#233;s (qu'ils soient &#171; dans &#187; ou &#171; hors emploi &#187;) pour le salaire (direct et socialis&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi sera &#233;vit&#233;e la division entre ch&#244;meurs, jeunes et pr&#233;caires d'un c&#244;t&#233; et le reste des salari&#233;s de l'autre, qu'exploitent tous ceux qui surfent sur la d&#233;magogie populiste opposant les &#171; assist&#233;s &#187; aux salari&#233;s qui travaillent dur et n'obtiennent jamais rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel financement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les modalit&#233;s de financement du RIB propos&#233;es par les uns et les autres compl&#232;tent et &#233;clairent chacune des options pr&#233;sent&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les d&#233;fenseurs de l'option lib&#233;rale, il n'est &#233;videmment pas question de prendre sur les profits. Le revenu minimum qu'ils pr&#233;conisent a pour unique vocation d'&#233;viter les situations de mis&#232;re extr&#234;me en vue de maintenir la &#171; coh&#233;sion sociale &#187;. Si la r&#233;partition des richesses produites doit &#234;tre modifi&#233;e, ce doit en faveur du Capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour eux, de mani&#232;re coh&#233;rente, le RIB doit donc &#234;tre financ&#233; par des coupes dans la protection sociale et par une fiscalit&#233; n'op&#233;rant pratiquement aucune redistribution aux d&#233;pens des plus hauts revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le projet de &#171; Liber &#187; d&#233;j&#224; cit&#233; de Koenig et de Basquiat, pr&#233;voit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; la suppression des &#171; minima sociaux &#187; et des allocations familiales ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; l'exon&#233;ration des employeurs de tout financement de la protection sociale autre que le ch&#244;mage et la retraite ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; le remplacement de l'imp&#244;t (progressif, donc pesant proportionnellement plus sur les hauts revenus) et de la CSG/CRDS par une taxe uniforme &#224; 35 % quels que soient les revenus !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue anticapitaliste, l'alternative &#224; ces projets lib&#233;raux ne peut &#234;tre que le maintien et l'&#233;largissement de la &#171; part salariale &#187; : salaire direct et cotisations sociales (7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute de cette boussole, les tenants d'une version non lib&#233;rale du revenu de base oscillent entre des propositions peu coh&#233;rentes allant d'imp&#244;ts particuli&#232;rement injustes tels la TVA &#224; une hausse de l'imp&#244;t sur le revenu ou un accroissement des cotisations sociales (salaire socialis&#233;) (8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenu mon&#233;taire &#171; de base &#187; ou gratuit&#233; des biens et service &#171; de base &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'attribution du revenu mon&#233;taire individuel qu'est le RIB ne prend pas en compte la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;ponse socialis&#233;e aux besoins fondamentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de la sant&#233; l'illustre tr&#232;s clairement. Les besoins de soins de sant&#233; ne peuvent &#234;tre satisfaits par l'allocation d'un revenu mon&#233;taire m&#234;me &#233;lev&#233;, comme le montre l'exemple d&#233;sastreux des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acc&#232;s &#233;gal de tous aux soins n'est r&#233;alisable que par la gratuit&#233;, c'est-&#224;-dire une r&#233;ponse socialis&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; S&#233;curit&#233; sociale remboursant &#224; 100 % tous les soins et les m&#233;dicaments prescrits ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; pas d'avance de frais sur les soins et les m&#233;dicaments ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; service public de sant&#233;, proche et gratuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule l'extension du champ de la gratuit&#233; &#224; l'ensemble des biens et services essentiels (soins de sant&#233;, &#233;ducation, logement, transports, culture, sport, r&#233;seaux de communication, eau et &#233;nergie), est en mesure de r&#233;aliser le principe &#171; &#224; chacun selon ses besoins &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Disparition de l'emploi salari&#233; ou partage du travail et abolition du salariat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de leurs divergences, les d&#233;fenseurs du revenu de base s'accordent sur une question essentielle. L'instauration d'un revenu d&#233;connect&#233; de l'emploi serait la seule r&#233;ponse possible &#224; la disparition in&#233;luctable du travail salari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une tribune du Monde, Pascal Terrasse, d&#233;put&#233; PS, auteur d'un rapport sur l'&#233;conomie collaborative r&#233;sume ce point de vue : &#171; la transition num&#233;rique n'est plus une utopie. Elle est &#224; notre porte. Beaucoup d'emplois vont &#234;tre d&#233;truits avec la robotisation et la num&#233;risation des proc&#233;d&#233;s industriels. Le travail et le salariat se feront plus rares. On estime qu'en Europe, un travailleur sur quatre sera en dehors du salariat ou ind&#233;pendant en 2020 (&#8230;) le robot fera demain ce que l'homme fait aujourd'hui. Et cela avec toujours les m&#234;mes b&#233;n&#233;fices pour les entreprises. L'enjeu sera de redistribuer mieux et plus &#233;quitablement la richesse produite. C'est pour cette raison que je milite pour la cr&#233;ation d'un revenu universel de base. &#187; (9) La disparition d'un emploi sur quatre serait en quelque sorte la cons&#233;quence d'une &#171; loi naturelle &#187;. Elle n'aurait pas de causes sociales mais r&#233;sulterait d'innovations scientifiques et techniques in&#233;luctables. Il serait donc absurde et vain de s'y opposer. Il ne resterait qu'&#224; s'y adapter et le revenu de base serait l'outil privil&#233;gi&#233; de cette adaptation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#232;se fataliste a d&#233;j&#224; connu son heure de gloire dans les ann&#233;es 1980. &#192; cette &#233;poque, des proph&#232;tes annonc&#232;rent la &#171; fin du travail &#187;. L'un d'eux, Andr&#233; Gorz, en avait d&#233;duit logiquement l'impossibilit&#233; d'un projet &#233;mancipateur port&#233; par un prol&#233;tariat (les salari&#233;s) en voie d'extinction. Il fit donc ses &#171; Adieux au prol&#233;tariat &#187; (10) et devint l'un des th&#233;oriciens du revenu inconditionnel, seul moyen d'assurer selon lui une &#233;mancipation hors du travail, de la &#171; non-classe des non-travailleurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rification empirique de la proph&#233;tie tardant &#224; venir, la th&#232;se de la &#171; fin du travail &#187; connut une p&#233;riode d'&#233;clipse. Elle ressurgit aujourd'hui, sous les atours de la &#171; r&#233;volution num&#233;rique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; m&#234;me des effets de cette r&#233;volution sur la productivit&#233; du travail et sur l'emploi est l'objet d'un important d&#233;bat. La th&#232;se de gains de productivit&#233; issus de l'&#233;conomie num&#233;rique et de la robotisation, accompagn&#233;s de suppressions massives d'emplois, est fortement contest&#233;e. Ce n'est pas l'objet de cette intervention et nous renvoyons, en particulier sur ce point, aux &#233;crits de Michel Husson sur le &#171; bluff &#187; de la robotisation (11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le remplacement du travail vivant (humain) par du travail mort (outils, machines, robots etc.) afin d'accro&#238;tre la productivit&#233; du travail est bien l'un des m&#233;canismes fondamentaux de l'&#233;conomie capitaliste. Pourtant, m&#234;me dans le cadre capitaliste, il n'y a pas de fatalit&#233; &#224; ce que cela se traduise m&#233;caniquement par des suppressions d'emplois. D'autres possibilit&#233;s existent et se sont r&#233;alis&#233;es : l'accroissement de la richesse produite et/ou la r&#233;duction du temps de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le rappelle une &#233;tude de l'INSEE (12), en un peu plus d'un si&#232;cle (1890-2008) si la productivit&#233; du travail a &#233;t&#233; multipli&#233;e par 18, le PIB a &#233;t&#233; multipli&#233; par pr&#232;s de 10, le temps de travail divis&#233; par deux&#8230; et l'emploi a augment&#233; de 40 % (de 18,3 millions &#224; 25,8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont en effet les lois qui r&#233;gissent la soci&#233;t&#233; capitaliste (et non les innovations technologiques) qui sont &#224; l'origine des licenciements et du ch&#244;mage. Ces lois ne seront certes abolies qu'avec le capitalisme lui m&#234;me, mais &#224; l'&#232;re du num&#233;rique et de la robotisation, il n'y a pas plus de raisons qu'&#224; celle des r&#233;volutions technologiques qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e pour que le mouvement ouvrier abandonne l'un de ses combats fondamentaux : celui de la r&#233;duction du temps de travail et du partage du travail entre tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se r&#233;signer en consid&#233;rant le ch&#244;mage et la pr&#233;carit&#233; comme des r&#233;alit&#233;s intangibles qu'il faudrait am&#233;nager et institutionnaliser par l'attribution d'un &#171; revenu de base &#187; n'ouvre, &#224; l'inverse, aucune perspective &#233;mancipatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre projet est celui d'une soci&#233;t&#233; des &#171; producteurs associ&#233;s &#187;. C'est-&#224;-dire une soci&#233;t&#233; o&#249;, l'exploitation de l'homme ayant disparu, l'ensemble des producteurs d&#233;cident collectivement de ce qu'ils produisent et de comment ils le produisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce projet suppose que chacun contribue, en fonction de ses possibilit&#233;s, &#224; la production et la reproduction des conditions mat&#233;rielles d'existence de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contribution, gr&#226;ce aux gains de productivit&#233;, n&#233;cessitera un temps de plus en plus r&#233;duit. Elle permettra de lib&#233;rer pour tous un temps librement choisi, pour la participation aux d&#233;bats et aux d&#233;cisions de la soci&#233;t&#233;, &#224; la vie sociale, pour s'adonner &#224; des loisirs et des activit&#233;s cr&#233;atrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mod&#232;le n'est pas celui d'une soci&#233;t&#233; dont une partie continuerait &#224; subir l'exploitation capitaliste, pendant que l'autre b&#233;n&#233;ficierait d'un revenu minimum, produit du travail des salari&#233;s dans l'emploi en choisissant sa &#171; libre activit&#233; &#187;. Cette &#171; libre activit&#233; &#187; risque, par ailleurs, dans la plupart des cas, d'&#234;tre un travail salari&#233; des plus pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;fense du &#171; droit au salaire pour tous &#187;, permise par le salaire socialis&#233;, ne s'oppose pas &#224; l'exigence du &#171; droit &#224; l'emploi &#187; et au partage du travail, elle en est au contraire le compl&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le salaire socialis&#233; permet par les cotisations sociales de financer par du salaire les situations &#171; hors emploi &#187;. Cela ne rel&#232;ve pas d'une d&#233;cision individuelle mais d'un choix collectif qui d&#233;finit les situations permettant de b&#233;n&#233;ficier de la redistribution de la part socialis&#233;e du salaire. Il s'agit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; soit du cas o&#249; le salari&#233; n'est pas en &#233;tat de travailler (maladie, handicap) ou est priv&#233; d'emploi (ch&#244;mage) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; soit de situations o&#249; la soci&#233;t&#233; d&#233;cide qu'une partie de ses membres n'ont pas a &#234;tre dans l'emploi, tout en b&#233;n&#233;ficiant d'un salaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. pour leur permettre de se d&#233;velopper et d'apprendre (c'est le r&#244;le des allocations familiales ou d'un pr&#233;salaire &#233;tudiant) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. parce qu'ils ne doit plus &#234;tre tenus de travailler (pension de retraite).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solidarit&#233; entre travailleurs &#171; dans l'emploi &#187; et &#171; hors d'emploi &#187; cr&#233;e ce droit par la mutualisation des cotisations vers&#233;es dans les caisses de S&#233;curit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle alternative ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ampleur prise par le d&#233;bat actuel sur le revenu de base r&#233;sulte de la rencontre d'attentes et d'objectifs contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; du patronat et des forces politiques &#224; son service, une mutation est en train de s'op&#233;rer. Ce qui leur apparaissait hier comme une dangereuse utopie, pourrait dans sa version lib&#233;rale devenir un produit utile pour faire accepter la pr&#233;carisation g&#233;n&#233;rale de l'emploi, l'acceptation du ch&#244;mage et la destruction de la protection sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre, l'affaiblissement du mouvement ouvrier et la perte de cr&#233;dibilit&#233; des projets d'&#233;mancipation sociale renforcent les doutes, dans les classes populaires, sur les possibilit&#233;s de &#171; changer les bases &#187; de cette soci&#233;t&#233;, par un changement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nourrit l'int&#233;r&#234;t pour des propositions comme le revenu de base, projet concret qui semble &#224; port&#233;e de main et susceptible sinon de changer le monde du moins de nourrir l'espoir d'une vie meilleure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour offrir une alternative, il ne suffit pas d'une d&#233;nonciation (par ailleurs indispensable) des projets lib&#233;raux et de leurs dangers, &#224; laquelle on ajouterait une propagande g&#233;n&#233;rale pour &#171; l'abolition du salariat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'objectif illusoire et &#224; hauts risques du &#171; revenu de base &#187;, nous devons opposer une alternative en termes de revendications concr&#232;tes et de mobilisation, partant des attentes et des aspirations des salari&#233;s, des jeunes, des retrait&#233;s, et dans lesquelles ils puissent se reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces revendications s'organisent autour de trois questions essentielles, abord&#233;es dans cet expos&#233; : le &#171; droit au salaire &#187; pour tous, couvrant toutes les situations de &#171; hors emploi &#187; ; le droit &#224; l'emploi en partageant le travail entre tous ; l'extension du champ de la gratuit&#233;, gr&#226;ce &#224; la g&#233;n&#233;ralisation des services publics gratuits et de qualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En s'engageant sur ces objectifs de lutte, qui pour &#234;tre r&#233;alis&#233;s totalement supposent le renversement de la soci&#233;t&#233; capitaliste, il deviendra possible de redonner cr&#233;dibilit&#233; &#224; un r&#233;el projet d'&#233;mancipation sociale et d'offrir une alternative &#224; un &#171; revenu de base &#187; qui offre seulement l'ombre de l'&#233;mancipation. &#9632;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er octobre 2016&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Jean-Claude Laumonier est membre de la commission sant&#233; s&#233;cu social du Nouveau parti anticapitaliste (NPA, France) et militant de la IVe Internationale. Cette contribution est une version l&#233;g&#232;rement remani&#233;e pour Inprecor de l'introduction au d&#233;bat sur le revenu de base de l'universit&#233; d'&#233;t&#233; du NPA &#224; Port Leucate le 23 ao&#251;t 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Association cr&#233;&#233;e par le sociologue Bernard Friot d&#233;fendant le principe du &#171; salaire &#224; vie &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le revenu de solidarit&#233; active (RSA) est une allocation vers&#233;e aux personnes de plus de 25 ans n'ayant aucun revenu. Il est au 1er septembre 2016 de 535,17 &#8364; par mois pour une personne seule, 802,79 &#8364; pour un couple sans enfants et de 1 123,00 &#8364; pour un parent isol&#233; avec 2 enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. &#201;tablissement public charg&#233; de l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Karl Marx, Salaire, prix et profit, chapitre &#171; La lutte entre Capital et Travail et ses r&#233;sultats &#187; : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1865/06/km18650626o.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1865/06/km18650626o.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Site du Mouvement fran&#231;ais pour un revenu de base (MFRB) : &lt;a href=&#034;http://revenudebase.info/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://revenudebase.info/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Gaspard Koenig et Marc de Basquiat, Liber, un revenu de libert&#233; pour tous, &#233;ditions de l'Onde - G&#233;n&#233;ration libre, Paris 2015 (Disponible sur internet : &lt;a href=&#034;https://www.generationlibre.eu/wp-content/uploads/2014/05/un-LIBER-pour-tous.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.generationlibre.eu/wp-content/uploads/2014/05/un-LIBER-pour-tous.pdf&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Et, bien qu'elle soit plus difficile &#224; d&#233;limiter, la part des imp&#244;ts pr&#233;lev&#233;s sur les entreprises et redistribu&#233;s aux salari&#233;s (par exemple pour financer les services publics).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Dans un article du Monde diplomatique de mai 2013, Baptiste Mylondo affirme la n&#233;cessit&#233; de modalit&#233;s de financement se situant dans &#171; une logique de r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s &#187;, &#171; devant permettre une am&#233;lioration des conditions de vie &#187;, ne devant entra&#238;ner ni &#171; d&#233;gradation de la situation des plus d&#233;munis &#187;, ni &#171; remise en cause des acquis sociaux &#187;. Il envisage tour &#224; tour une hausse de la TVA, des &#171; &#233;cotaxes &#187;, une &#171; taxe Tobin &#187; sur les transactions financi&#232;res, l'utilisation de l'imp&#244;t sur le revenu ou&#8230; une hausse des cotisations sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Le Monde (&#201;conomie) du 24 avril 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Andr&#233; Gorz, Adieux au prol&#233;tariat, Le Seuil, Paris 1981.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Voir ses articles : &#171; Le grand bluff de la robotisation &#187; (&#192; l'encontre, 10 juin 2016 : &lt;a href=&#034;http://alencontre.org/societe/le-grand-bluff-de-la-robotisation.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://alencontre.org/societe/le-grand-bluff-de-la-robotisation.html&lt;/a&gt;) , &#171; Fin du travail, le temps des gourous &#187;, (&#192; l'encontre, 23 juin 2016 : &lt;a href=&#034;http://alencontre.org/economie/fin-du-travail-le-temps-des-gourous.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://alencontre.org/economie/fin-du-travail-le-temps-des-gourous.html&lt;/a&gt;) ; &#171; Revenu universel, utopie au temps d'Uber et des robots &#187; (Humanit&#233; Dimanche du 23 juin 2016 : &lt;a href=&#034;http://www.humanite.fr/revenu-universel-utopie-au-temps-duber-et-des-robots-610145&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.humanite.fr/revenu-universel-utopie-au-temps-duber-et-des-robots-610145&lt;/a&gt;) ; &#171; L'horizon de la transformation sociale devrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; du temps libre &#233;tendant le champ de la gratuit&#233; &#187;, (l'Anticapitaliste hebdo n&#176; 344 du 7 juillet 2016 : &lt;a href=&#034;http://hussonet.free.fr/horizon716.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://hussonet.free.fr/horizon716.pdf&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Pierre Villa, Un si&#232;cle de donn&#233;es macro&#233;conomiques (&#233;tude cit&#233;e par M. Husson, &#171; Droit &#224; l'emploi ou revenu universel &#187;, &#192; l'encontre (7 mai 2011) : &lt;a href=&#034;http://alencontre.org/economie/droit-a-l%E2%80%99emploi-ou-revenu-universel.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://alencontre.org/economie/droit-a-l%E2%80%99emploi-ou-revenu-universel.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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