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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title> Ind&#233;pendance et socialisme : un couple qui ne va pas de soi</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Independance-et-socialisme-un-couple-qui-ne-va-pas-de-soi</link>
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		<dc:date>2023-02-28T12:09:12Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Fran&#231;ois Delisle</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2023-02-28</dc:subject>
		<dc:subject>Ind&#233;pendance et projet de soci&#233;t&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est devenu un lieu commun au sein de la gauche d'associer souverainet&#233; du Qu&#233;bec et une forme ou une autre de socialisme. Cette mani&#232;re de voir les choses a longtemps justifi&#233; &#034;l'appui tactique&#034; d'une large frange de la gauche au Parti qu&#233;b&#233;cois. La souverainet&#233;, argumentait-on en substance, rendrait enfin possible une politique d'&#233;galit&#233; sociale enti&#232;rement d&#233;finie chez nous puisque l'&#201;tat du Qu&#233;bec d&#233;tiendrait enfin tous les pouvoirs n&#233;cessaires &#224; l'&#233;tablissement d'un authentique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Opinions-" rel="directory"&gt;Opinions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-02-28-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-02-28&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Independance-et-projet-de-societe-+" rel="tag"&gt;Ind&#233;pendance et projet de soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/4-10-45bf7.jpg?1677586364' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est devenu un lieu commun au sein de la gauche d'associer souverainet&#233; du Qu&#233;bec et une forme ou une autre de socialisme. Cette mani&#232;re de voir les choses a longtemps justifi&#233; &#034;l'appui tactique&#034; d'une large frange de la gauche au Parti qu&#233;b&#233;cois.&lt;br class='autobr' /&gt;
La souverainet&#233;, argumentait-on en substance, rendrait enfin possible une politique d'&#233;galit&#233; sociale enti&#232;rement d&#233;finie chez nous puisque l'&#201;tat du Qu&#233;bec d&#233;tiendrait enfin tous les pouvoirs n&#233;cessaires &#224; l'&#233;tablissement d'un authentique socialisme sans devoir tenir compte de la pr&#233;sence (et de la pr&#233;s&#233;ance) souvent encombrante de l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral canadien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci est vrai en th&#233;orie mais en pratique, on passe sous silence (ou on ne soucie pas) des obstacles qui se dressent devant l'accession du Qu&#233;bec &#224; sa souverainet&#233;, surtout de la longue et cahoteuse p&#233;riode de transition qui suivrait la victoire &#233;ventuelle du OUI &#224; l'ind&#233;pendance. Pour bien en comprendre les tenants et aboutissants, la &#034;realpolitik&#034; s'impose. Bref, il faut regarder la r&#233;alit&#233; bien en face. Le tableau n'est pas joli &#224; contempler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Qu&#233;bec occupe une position strat&#233;gique au sein de la f&#233;d&#233;ration canadienne sur bien des plans, tant celui de la g&#233;ographie (c'est la province la plus vaste) que de la population (c'est la plus peupl&#233;e apr&#232;s l'Ontario voisine) ; la seconde ville en importance au pays s'y trouve (Montr&#233;al, l'ancienne m&#233;tropole) en face de laquelle passe une voie de circulation maritime vitale pour le commerce canadien, la Voie maritime du Saint-Laurent. Qu&#233;bec, autre port d'importance niche &#224; l'entr&#233;e de la vall&#233;e du Saint-Laurent. L'essentiel du fleuve traverse la province fran&#231;aise et il donne acc&#232;s &#224; l'Atlantique. L'&#233;conomie et le commerce ontariens en d&#233;pendent largement pour ce qui est des liens avec l'Union europ&#233;enne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ottawa (et indirectement Washington) ont tout int&#233;r&#234;t au maintien de la structure politique et territoriale actuelle du Canada. Ajoutons que toute une partie de la classe politique francophone a fait &#224; la longue son nid dans la capitale f&#233;d&#233;rale, sa position, son influence et ses revenus d&#233;pendent du maintien du r&#233;gime f&#233;d&#233;ral. On remarque aussi chez elle un fort attachement sentimental au Canada. Inutile d'insister sur l'opinion canadienne-anglaise, n&#233;cessairement tr&#232;s nationaliste, ce qui la porte &#224; d&#233;fendre becs et ongles le Canada sous sa forme pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;coule de cet expos&#233; sommaire que les obstacles sur la route de l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec sont nombreux, aigus et redoutables. L'affirmer ne revient pas &#224; tomber dans le terrorisme psychologique mais &#224; constater froidement les faits. Entrons maintenant dans le vif du sujet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Advenant une victoire du OUI &#224; la souverainet&#233; (association ou pas), tout d'abord elle risquerait d'&#234;tre obtenue &#224; l'arrach&#233;, ce qui donnerait des pr&#233;textes aux f&#233;d&#233;ralistes (tant francophones qu'anglophones) pour en contester la l&#233;gitimit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
.&lt;br class='autobr' /&gt;
Supposons que se trouve alors au Qu&#233;bec un gouvernement de coalition solidaro-p&#233;quiste, domin&#233; par Gabriel Nadeau-Dubois et Paul Saint-Pierre Plamondon. S'ouvrirait la fameuse p&#233;riode de transition marqu&#233;e par des n&#233;gociations houleuses avec le gouvernement en poste &#224; Ottawa, peu importe sa couleur politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les points en litige ne manqueraient pas : la question de l'int&#233;grit&#233; territoriale de l'entit&#233; qu&#233;b&#233;coise, pour Ottawa celle des liens &#224; maintenir entre l'Ontario &#224; l'ouest et les Provinces maritimes &#224; l'est, la ren&#233;gociation des accords commerciaux et financiers avec le Canada et les &#201;tats-Unis (ce qui aurait d'importantes r&#233;percussions sur les march&#233;s montr&#233;alais, torontois et new-yorkais) et bien d'autres probl&#232;mes plus limit&#233;s mais d&#233;licats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est illusoire de croire (et irresponsable de laisser penser) que la classe politique f&#233;d&#233;rale et le Canada anglais laisseraient partir le Qu&#233;bec de bonne gr&#226;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sc&#233;nario le plus probable est le suivant : Ottawa ferait tra&#238;ner les choses en longueur dans l'espoir de gagner du temps et de lasser les Qu&#233;b&#233;cois et Qu&#233;b&#233;coises. Il mettrait aussi tout en oeuvre pour que le gouvernement souverainiste &#224; Qu&#233;bec soit battu au scrutin suivant et qu'une &#233;quipe f&#233;d&#233;raliste le remplace, ce qui &#224; ses yeux, r&#232;glerait enfin le probl&#232;me. Si, contre toute attente, l'&#233;lectorat qu&#233;b&#233;cois r&#233;&#233;lisait le gouvernement Dubois-Plamondon, le f&#233;d&#233;ral se r&#233;signerait sans doute &#224; reprendre les n&#233;gociations. Pour cela, il faudrait que Qu&#233;b&#233;cois et Qu&#233;b&#233;coises fassent preuve de beaucoup de t&#233;nacit&#233; et de courage ; ils finiraient par arracher le morceau mais au prix de sacrifices &#233;conomiques et financiers consid&#233;rables. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, pour absorber les coups de boutoir d'Ottawa et sauvegarder les &#233;quilibres financiers &#233;l&#233;mentaires, le gouvernement ind&#233;pendantiste d'une r&#233;publique du Qu&#233;bec en devenir n'aurait d'autre choix que de pratiquer une politique d'aust&#233;rit&#233; &#224; une &#233;chelle encore jamais vue. Il faut se rendre compte que les int&#233;r&#234;ts en jeu pour Ottawa sont &#233;normes. Il ne ferait pas de cadeaux &#224; la &#034;Belle province&#034;. Bien entendu, des deux c&#244;t&#233;s (Ottawa et Qu&#233;bec), on devrait faire des concessions, mais plus du c&#244;t&#233; qu&#233;b&#233;cois que &#034;canadian&#034; (le rapport de forces &#233;tant ce qu'il est...). &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'ensuit que des politiques sociales expansives se feraient attendre longtemps, faute de moyens. On devrait au contraire se serrer la ceinture.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
De plus, se poserait le probl&#232;me de l'int&#233;grit&#233; territoriale du Qu&#233;bec. Surtout si les lib&#233;raux &#233;taient au pouvoir &#224; Ottawa, ils avanceraient une id&#233;e bien trudeauiste : au nom de la d&#233;mocratie, ils exigeraient que les r&#233;gions du Qu&#233;bec ayant opt&#233; majoritairement pour le NON &#224; la souverainet&#233; aient le droit de continuer &#224; faire partie de la f&#233;d&#233;ration canadienne ; donc, bien des contestations territoriales &#224; l'horizon et qui, &#224; la limite, en mettant les choses au pire, pourraient d&#233;boucher sur une guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, se pointerait la question am&#233;rindienne. On sait que la grande majorit&#233; des Am&#233;rindiens et Am&#233;rindiennes sont f&#233;d&#233;ralistes et qu'ils ont vot&#233; NON &#224; la souverainet&#233;, tant en mai 1980 qu'en octobre 1995. Il en irait ainsi lors d'un troisi&#232;me r&#233;f&#233;rendum. Or, sur le plan international, avec la mont&#233;e justifi&#233;e mis pas toujours bien inform&#233;e du courant indianiste, la cause am&#233;rindienne est intouchable. &#201;videmment, Ottawa ne se priverait pas de l'utiliser pour d&#233;nigrer les &#034;s&#233;paratisses&#034; r&#233;put&#233;s faire fi de la volont&#233; des Premi&#232;res Nations.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme pour les r&#233;gions ayant majoritairement opt&#233; pour le NON, les Am&#233;rindiens et Am&#233;rindiennes se verraient reconna&#238;tre le droit de demeurer au sein du Canada ; leurs r&#233;serves formeraient comme autant de petites enclaves f&#233;d&#233;rales au sein de la nouvelle r&#233;publique du Qu&#233;bec. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces probl&#232;mes entra&#238;nent d'autres sous-probl&#232;mes dont le r&#232;glement s'&#233;tendrait sur des ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction du gouvernement souverainiste, qu'elle soit domin&#233;e par Nadeau-Dubois et Plamondon ou d'autres leaders aurait-elle les reins assez solides et la force de caract&#232;re voulue pour conduire le processus ind&#233;pendantiste &#224; son terme ? On n'en sait rien, mais le Qu&#233;bec n'est gu&#232;re pr&#233;par&#233; en ce moment &#224; affronter ce genre de situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le courant souverainiste subit une baisse de ferveur notable par les temps qui courent ; cela pr&#233;lude-t-il &#224; sa disparition ou conna&#238;tra-t-il un rebond ? Le fait est que Qu&#233;bec solidaire n'en parle gu&#232;re et met plut&#244;t l'accent sur son programme social. Le Parti qu&#233;b&#233;cois a b&#233;n&#233;fici&#233; lors du dernier scrutin d'une &#233;tonnante remont&#233;e, qui semble se poursuivre mais &#224; 18% d'intentions de vote r&#233;v&#233;l&#233;es lors du plus r&#233;cent sondage, il n'est pas encore dans la zone &#034;payante&#034; (20%) qui autorise certains espoirs. Quand on pense qu'il a d&#233;j&#224; obtenu 49% des voix en avril 1981... Il mise clairement sur l'ind&#233;pendance et la social-d&#233;mocratie pour regagner de la cr&#233;dibilit&#233; aupr&#232;s des &#233;lecteurs et &#233;lectrices, mais il a encore du chemin &#224; faire pour devenir une alternative au gouvernement caquiste. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux formations politiques devront clarifier une question centrale : donnent-elles priorit&#233; &#224; la lutte pour l'ind&#233;pendance ou pour le socialisme ? Dans le le premier cas, il faut &#234;tre conscient qu'elle prendra beaucoup de place et ce, qu'on le veuille ou non, au d&#233;triment de politiques redistributives. Ce serait d'autant plus vrai si l'adh&#233;sion au projet souverainiste recueillait l'assentiment d'une majorit&#233; d'&#233;lecteurs et d'&#233;lectrices lors d'un hypoth&#233;tique troisi&#232;me r&#233;f&#233;rendum. Les exclus de notre soci&#233;t&#233; (ch&#244;meurs, assist&#233;s sociaux, travailleurs &#224; faible revenu et &#224; statut pr&#233;caire) n'ont aucune garantie que leurs int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques seront sauvegard&#233;s quand viendraient les heures p&#233;rilleuses des n&#233;gociations avec Ottawa. L'acc&#232;s &#224; l'ind&#233;pendance ne se con&#231;oit pas en dehors d'un environnement social et &#233;conomique concret. &lt;br class='autobr' /&gt;
La p&#233;riode de transition exigerait &#233;norm&#233;ment de sacrifices de la part de la population ; les divisons sociales et politiques se creuseraient comme toujours en pareil contexte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme le faisait remarquer avec justesse le d&#233;funt Pierre Bourgault durant la d&#233;cennie 1970, &#034;Le Parti qu&#233;b&#233;cois a le devoir de ne rien cacher &#224; la population.&#034; Un avertissement qui vaut toujours pour les ind&#233;pendantistes d'aujourd'hui, qu'ils soient solidaires ou p&#233;quistes. Mais ceux-ci ont-ils l'&#233;toffe d'un Pierre Bourgault ou d'un Ren&#233; L&#233;vesque ? &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Fran&#231;ois Delisle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La lutte pour l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec, axe strat&#233;gique d'une transition &#233;mancipatrice </title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-lutte-pour-l-independance-du-Quebec-axe-strategique-d-une-transition</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/La-lutte-pour-l-independance-du-Quebec-axe-strategique-d-une-transition</guid>
		<dc:date>2018-09-18T12:44:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Mouterde</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats</dc:subject>
		<dc:subject>Ind&#233;pendance et projet de soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-09-18</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; pour la revue les Nouveaux Cahiers du Socialisme qui nous a accord&#233; la permission de le publier. &lt;br class='autobr' /&gt;
S'il y a eu quelque chose d'&#233;minemment positif qui ait ressorti du colloque montr&#233;alais de La Grande Transition, c'est bien cette id&#233;e d&#233;cisive, d&#233;clin&#233;e de multiples fa&#231;ons : en ce d&#233;but de 21i&#232;me si&#232;cle et &#224; l'heure du capitalisme n&#233;olib&#233;ralis&#233;, il ne peut &#234;tre possible de penser le changement social autrement que dans la dur&#233;e, que sur le mode d'une transition &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Gauche-politique-intellectuelle-et-debats-" rel="directory"&gt;Gauche politique, intellectuelle et d&#233;bats&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Debats-515-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Independance-et-projet-de-societe-+" rel="tag"&gt;Ind&#233;pendance et projet de soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-09-18-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-09-18&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH61/arton36040-9d485.png?1674912259' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='61' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; pour la revue les Nouveaux Cahiers du Socialisme qui nous a accord&#233; la permission de le publier.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y a eu quelque chose d'&#233;minemment positif qui ait ressorti du colloque montr&#233;alais de &lt;i&gt;La Grande Transition&lt;/i&gt;, c'est bien cette id&#233;e d&#233;cisive, d&#233;clin&#233;e de multiples fa&#231;ons : en ce d&#233;but de 21i&#232;me si&#232;cle et &#224; l'heure du capitalisme n&#233;olib&#233;ralis&#233;, il ne peut &#234;tre possible de penser le changement social autrement que dans la dur&#233;e, que sur le mode d'une transition &#224; anticiper et pr&#233;parer. Et cela, parce les transformations soci&#233;tales qui apparaissent n&#233;cessaires et urgentes, ne peuvent &#234;tre que de l'ordre du &#171; structurel &#187;, impliquant des changements d'orientation majeurs n&#233;cessitant des processus de transformation continus ne pouvant se r&#233;aliser que sur des p&#233;riodes de temps long. D'o&#249; d'ailleurs pendant ce colloque, cette pr&#233;occupation qu'on trouvait partout quant &#224; une urgente et indispensable transition &#233;cologique &#224; mener au Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pourtant, et c'est sans doute un des points aveugles de ce colloque, si la transition a &#233;t&#233; r&#233;fl&#233;chie en long et en large, elle l'a &#233;t&#233; surtout d'un point de vue technique, et n'a pas donn&#233; lieu &#224; d'amples r&#233;flexions sur sa dimension proprement politique, c'est-&#224;-dire sur la fa&#231;on dont, en termes de constitution de rapports de force sociopolitiques, on pouvait penser et travailler concr&#232;tement &#224; l'avancement de cette transition. Pas plus que la transition n'a &#233;t&#233; l'occasion de s'arr&#234;ter pr&#233;cis&#233;ment sur le cas du Qu&#233;bec lui-m&#234;me dont tout le monde conna&#238;t pourtant les historiques aspirations &#224; la souverainet&#233; ; &#233;tant la seule nation d'origine europ&#233;enne qui &#224; l'instar de Puerto Rico n'a pu obtenir son ind&#233;pendance politique en Am&#233;rique, tout en n'ayant cependant jamais cess&#233; d'en caresser l'objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or lorsqu'on s'emploie, dans le cas du Qu&#233;bec, non pas &#224; s&#233;parer, mais au contraire &#224; combiner les dimensions plus techniques et plus politiques de la transition, en cherchant &#224; les penser ensemble, on s'aper&#231;oit que s'ouvre un vaste champ de r&#233;flexions th&#233;oriques et pratiques particuli&#232;rement f&#233;cond, quoi qu'encore en friche, sur lequel il serait plus que n&#233;cessaire de se clarifier ensemble les id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; tout l'int&#233;r&#234;t de s'arr&#234;ter &#224; la question de la transition &#224; l'aune de la perspective de l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec. Car faire le pari que l'ind&#233;pendance pourrait &#234;tre au Qu&#233;bec cet axe strat&#233;gique &#224; travers lequel s'esquisserait aujourd'hui une transition vers des changements &#233;mancipateurs, oblige &#224; repenser &#224; partir d'un &#339;il neuf, toute la dynamique des luttes et du changement social actuel. En sachant cependant qu'on ne part pas de rien et qu'il existe d&#233;j&#224; au Qu&#233;bec des forces politiques et intellectuelles non n&#233;gligeables &#8211;comme Qu&#233;bec solidaire ou encore au sein de certains secteurs du Oui Qu&#233;bec et de l'IREC&#8212; qui ont entrepris une riche r&#233;flexion sur l'ind&#233;pendance et qui l'ont fait en tentant de prendre en compte les nouvelles coordonn&#233;es de la p&#233;riode politique que nous traversons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nouvelle p&#233;riode historique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car depuis les ann&#233;es 1980, le red&#233;ploiement du capitalisme n&#233;olib&#233;ral et le d&#233;membrement des pays dits socialistes, la donne socio-politique a chang&#233; du tout au tout, interdisant de reprendre &#224; son compte, sans les bonifier et r&#233;actualiser de part en part, les outils et concepts du pass&#233; ; loin de tout calque et copie paresseuse. Non seulement parce que les grands r&#233;cits du pass&#233; concernant tant le communisme que la social-d&#233;mocratie ou le nationalisme populaire (et par cons&#233;quent l'id&#233;al de souverainet&#233; nationale) ont perdu bien de leur aura et l&#233;gitimit&#233;, mais aussi parce que dans le sillage de l'expansion du capitalisme n&#233;olib&#233;ral financiaris&#233; et aux c&#244;t&#233;s de traditionnels mouvements sociaux, ont surgi avec une intensit&#233; in&#233;dite, de nouveaux mouvements sociaux pointant du doigt de nouvelles contradictions g&#233;n&#233;r&#233;es par le syst&#232;me global (voir par exemple le mouvement f&#233;ministe Me/Too, les Autochtones d'Idle no more, le Printemps &#233;rable, les mobilisations &#233;cologique contre &#201;nergie Est ou Transmoutain, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette p&#233;riode de changements majeurs, de grands basculements, et partant d'incertitudes et de doutes, nous place donc devant des d&#233;fis in&#233;dits, obligeant &#224; penser la transition de mani&#232;re totalement renouvel&#233;e. Avec en prime une formidable crise de la repr&#233;sentation politique, et plus globalement une crise g&#233;n&#233;ralis&#233;e des valeurs culturelles collectives &#224; travers lesquelles avaient &#233;t&#233; pens&#233;s jusqu'&#224; pr&#233;sent le changement sociopolitique ou l'action r&#233;volutionnaire ; celles par exemple de la souverainet&#233; nationale, de l'&#201;tat dit &#171; providence &#187;, de la r&#233;publique (plus ou moins sociale) ou encore du socialisme (quelles que soient ses variantes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes d'aujourd'hui n'appartiennent donc plus en propre &#224; ce vaste mouvement historique de constitution progressive d'un &#171; pouvoir contre-h&#233;g&#233;monique &#187; ascendant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous empruntons ici &#224; Gramsci, cette id&#233;e d'un &#171; pouvoir-contre h&#233;g&#233;monique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui globalement, entre les ann&#233;es 1848 et 1980, avait peu &#224; peu r&#233;ussi &#224; se constituer, puis &#224; tenir en lisi&#232;re et m&#234;me &#224; faire reculer les puissants pouvoirs h&#233;g&#233;moniques en place des classes dominantes, en imposant &#8211;via notamment la constitution de syndicats, de partis de gauche, de lois progressistes, d'&#201;tats dits &#171; providence &#187;, etc.&#8211; des espaces d&#233;mocratiques grandissants permettant de donner plus de pouvoir d'influence au peuple d'en bas, aux classes populaires et subalternes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et au Qu&#233;bec, comme dans bien des r&#233;gions du globe, on a pu vivre &#8211;&#224; travers les sp&#233;cificit&#233;s qui sont les siennes&#8212; ce mouvement historique de constitution d'un pouvoir contre h&#233;g&#233;monique ascendant, avec ses moments forts (les ann&#233;es 40, la R&#233;volution dite tranquille, les ann&#233;es 1970), mais aussi avec son brutal effondrement au tournant des ann&#233;es 80. Nous pla&#231;ant aujourd'hui devant un panorama politique dans lequel la strat&#233;gie politique &#171; nationaliste et populaire &#187; que le Parti qu&#233;b&#233;cois avait mise en oeuvre, tout au moins &#224; ses origines, se trouve aujourd'hui en profond d&#233;clin, frapp&#233; d'une crise majeure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il va de soi que les politiques nationalistes et populaires&#8212; telles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Alors qu'au m&#234;me moment surgissent, parall&#232;lement &#224; de nouvelles forces sociales, de nouveaux d&#233;fis sociaux et politiques tout &#224; fait in&#233;dits : non seulement celui de la transiton &#233;cologique, mais aussi ceux de nouvelles aspirations &#233;mancipatrices (f&#233;ministes, antiracistes, &#233;cologistes, n&#233;o-ind&#233;pendantistes, etc.), n&#233;anmoins &#233;troitement imbriqu&#233;es &#8211;et ce n'est pas un mince probl&#232;me&#8212; &#224; la mont&#233;e en force de larges sentiments identitaires et x&#233;nophobes particuli&#232;rement inqui&#233;tants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Combiner &#233;troitement &#171; exercice du pouvoir &#187; et &#171; prise de pouvoir &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, comment dans ce contexte penser le renouvellement du discours sur l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec ? Justement en pensant la lutte &#224; l'ind&#233;pendance &#224; travers un arc-en-ciel de revendications sp&#233;cifiques r&#233;unies pourtant strat&#233;giquement autour d'une m&#234;me cause. Et en la figurant sur le mode de la transition, comme un vaste processus de radicalisation sociale et populaire dont la dynamique ascendante se pr&#233;pare soigneusement en amont, se cristallise au moment o&#249; s'ouvre par le biais d'une &#233;ventuelle prise de pouvoir gouvernemental ou &#233;tatique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il y a &#233;videmment une grande diff&#233;rence entre la prise de pouvoir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la possibilit&#233; d'un changement radical d'orientation, et se poursuit ensuite en aval sur de longues ann&#233;es pour maintenir en l'&#233;tat le changement de cap initial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser aujourd'hui au Qu&#233;bec, la transition &#224; travers l'axe strat&#233;gique de l'ind&#233;pendance, c'est donc la penser sur le mode d'une &#171; rupture d&#233;mocratique &#187; continu&#233;e, une rupture s'effectuant dans la dur&#233;e, &#224; travers la mise en marche d'un mouvement grandissant de mobilisations sociales et populaires plurielles qui promeut, soutient et accompagne l'arriv&#233;e d'un gouvernement ind&#233;pendantiste ainsi que les mesures institutionnelles qu'il prendra pour faire avancer son objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit ici, et contrairement par exemple &#224; l'approche privil&#233;gi&#233;e par John Holloway&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir : Le sens de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; la prise de pouvoir &#187; gouvernemental ou &#233;tatique et &#171; l'exercice d'un pouvoir &#187; contre-h&#233;g&#233;monique construit depuis le bas, peuvent &#8212;loin de s'opposer&#8211; tout &#224; fait se conjuguer, pourvu que soient articul&#233;es leurs interventions respectives. C'est d'ailleurs dans cette combinaison f&#233;conde que git sans doute la possibilit&#233; d'&#233;viter, et les approches chim&#233;riques du changement social (n&#233;gligeant toute l'importance du pouvoir gouvernemental ou &#233;tatique), et les tragiques d&#233;rapages pass&#233;s incarn&#233;s par le fiasco des pays dits socialistes (ayant jet&#233; aux orties tout de la d&#233;mocratie populaire, directe ou participative). En n'oubliant cependant pas de rappeler que l'on doit consid&#233;rer le moment de la prise de pouvoir gouvernemental ou &#233;tatique, comme &#233;tant ce moment charni&#232;re o&#249; peut commencer &#224; se concr&#233;tiser, s'incarner institutionnellement (dans un n&#339;ud de pouvoir particuli&#232;rement dense) ce changement d'orientation radical qui n&#233;anmoins ne pourra garder sa force r&#233;volutionnaire que s'il est accompagn&#233; et talonn&#233; depuis le bas par un pouvoir populaire contre-h&#233;g&#233;monique chaque fois plus puissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle serait donc la forme g&#233;n&#233;rale que devrait prendre &#8211;pour ne pas retomber dans les travers du pass&#233;&#8212; ce processus transitoire men&#233; autour de l'ind&#233;pendance. Mais quel en serait son contenu, quels devraient &#234;tre les th&#232;mes autour desquels il pourrait prendre son envol, se d&#233;ployer en priorit&#233;, s'enraciner dans de larges secteurs de la population d'aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &lt;strong&gt;projet de pays pour le Qu&#233;bec du 21i&#232;me si&#232;cle&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce propos Eric Martin, Un pays en commun, socialisme et ind&#233;pendance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la lutte pour l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec permettrait de faire face &#224; au moins 3 d&#233;fis produits par les donn&#233;es de la nouvelle p&#233;riode sociopolitique que nous traversons : (1) le d&#233;fi des dynamiques d&#233;r&#233;gul&#233;es d'une &#233;conomie capitaliste, financiaris&#233;e et apatride ; (2) le d&#233;fi d'inqui&#233;tantes bouff&#233;es de x&#233;nophobie et de racisme fortement marqu&#233;es &#224; droite ; le d&#233;fi ; (3) le d&#233;fi de la dispersion et de la fragmentation des forces sociales et politiques de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or un projet d'ind&#233;pendance investi par une perspective de gauche &#8212;comme on le pense &#224; Qu&#233;bec solidaire&#8212;, pourrait justement transformer ces 3 difficiles d&#233;fis en occasions privil&#233;gi&#233;es de relancer un nouveau cycle prometteur de transformations sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire face aux d&#233;pendances de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; le premier d&#233;fi : aujourd'hui la formation sociale qu&#233;b&#233;coise est malmen&#233;e par une formidable d&#233;pendance &#233;conomique ; faisant par exemple que tendent de mani&#232;re r&#233;currente &#224; s'y imposer les choix &#233;conomiques privil&#233;gi&#233;s par les classes dominantes des &#201;tats-Unis ou de leurs alli&#233;s subalternes au Canada. C'est ce qu'on peut appeler l'axe Toronto-Calgary au travers duquel se nouent &#233;troitement extractivisme tout azimut, m&#233;ga secteur financier branch&#233; sur les manipulations mon&#233;taristes et accords de libre &#233;change concoct&#233;s dans le plus grand secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat canadien est donc le centre n&#233;vralgique, le noyau organisateur de ce projet. Par les pouvoirs r&#233;galiens qu'il monopolise et la fonction de relais des diktats de l'&#233;conomie mondialis&#233;e qu'il assume sans vergogne, il d&#233;termine par cons&#233;quent toutes les d&#233;cisions clefs concernant l'avenir du Qu&#233;bec, expression m&#234;me de la persistance d'une tutelle politique n&#233;ocoloniale pesant sur le Qu&#233;bec et le r&#233;duisant &#224; l'&#233;tat de nation-croupion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire l'ind&#233;pendance c'est justement mettre fin &#224; ce statut &#171; subalterne &#187; ; c'est se donner les moyens &#224; travers la volont&#233; de s'affirmer collectivement et de d&#233;cider souverainement des lois auxquelles on veut ob&#233;ir, de mettre &#224; bas la tutelle coloniale en rassemblant des forces sociales autour d'un projet politique commun : celui de la d&#233;fense d'un &#171; bien commun &#187; qu'on d&#233;termine ensemble, d&#233;mocratiquement, &#224; l'encontre de pressions ext&#233;rieures ne r&#233;pondant qu'aux int&#233;r&#234;ts d'une petite minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car m&#234;me si derni&#232;res ann&#233;es, les pouvoirs traditionnels de la nation ont &#233;t&#233; grug&#233;s par la mise en avant de grands espaces &#233;conomiques de libre march&#233; (ALENA, etc.), ils gardent encore suffisamment de mordant pour non seulement se faire entendre &#224; l'&#233;chelle du monde, mais aussi pour se d&#233;ployer sur un espace territorial viable o&#249; pourraient se nouer des communaut&#233;s de destin solides aspirant &#224; plus de souverainet&#233; sur leurs conditions d'existence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce que ne pourrait aucunement prendre en charge, par exemple, une ville (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pouvoirs de la nation pourraient ainsi devenir, une fois r&#233;cup&#233;r&#233;s par le Qu&#233;bec et au nom d'une souverainet&#233; populaire active et progressiste, ce rempart vis-&#224;-vis des effets pervers de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale contemporaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En Am&#233;rique latine cette conception populaire et progressiste de la nation a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas pour rien qu'au Qu&#233;bec, l'aspiration &#224; l'ind&#233;pendance ou &#224; la souverainet&#233;, est encore si pr&#233;sente. Il y a bien s&#251;r le fait que ne cessent de se faire sentir les effets contraignants et d&#233;poss&#233;dants du verrou politique f&#233;d&#233;ral. Mais il y a aussi et surtout les legs de l'histoire r&#233;cente qui continuent &#224; hanter la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise, d'autant plus qu'ils ont &#233;t&#233; v&#233;cus comme un moment d'affirmation et de fiert&#233; &#8211;certes inachev&#233; et en partie d&#233;fait&#8212; mais dont beaucoup gardent la nostalgie. Les sondages nous le montrent bien, il reste encore aujourd'hui &#8211;malgr&#233; la formidable offensive de la droite&#8212; un bon tiers de la population du Qu&#233;bec qui globalement se dirait pr&#234;t &#224; opter pour une option souverainiste. Ce qui repr&#233;sente une base appr&#233;ciable pour reconstituer un bloc social cons&#233;quent autour de la lutte &#224; l'ind&#233;pendance, et sur cette base relancer un cycle ascendant de reconstitution d'un pouvoir contre-h&#233;g&#233;monique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#233;videmment une telle orientation ind&#233;pendantiste &lt;strong&gt;requiert d'importantes conditions sine qua non&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces conditions que nous indiquons ici ainsi que celles qui suivent plus bas, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et notamment celles de proposer un projet de pays pour le Qu&#233;bec qui serait d'abord pens&#233; en fonction des int&#233;r&#234;ts populaires des grandes majorit&#233;s qui y habitent, et donc qui mettrait l'accent non seulement sur l'implication populaire aliment&#233;e par des m&#233;canismes permanents de d&#233;mocratie participative, mais aussi sur l'a priori que l'&#226;me d'une nation est d'abord celle de ses grandes majorit&#233;s actuellement subalternes (le 99%), et qu'il y a &#224; ce niveau une v&#233;ritable bataille &#224; mener pour qu'elles puissent, par une reprise de pouvoir qu'on encouragerait et favoriserait partout, se trouver au c&#339;ur de ce processus de transformation sociale, en position h&#233;g&#233;monique. C'est d'ailleurs une des fonctions &#224; laquelle pourrait contribuer la Constituante, telle que pens&#233;e par QS sur le mode participatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut insister l&#224;-dessus : cette orientation d&#233;lib&#233;r&#233;ment populaire, il en va de la r&#233;ussite m&#234;me du projet ind&#233;pendantiste, dans la mesure o&#249; avec la mondialisation n&#233;olib&#233;rale et ses pouss&#233;es &#224; l'int&#233;gration continentale, les groupes &#233;conomiques les plus importants du Qu&#233;bec qui &#8211;&#224; l'abri de l'&#201;tat providence&#8212; avaient pris leur envol dans les ann&#233;es 1960-70, n'ont plus gu&#232;re aujourd'hui &#171; d'int&#233;r&#234;ts d'affaires &#187; &#224; vouloir que le Qu&#233;bec se transforme en &#201;tat ind&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire face &#224; la polarisation identitaire et au populisme de droite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second grand d&#233;fi auquel nous sommes aujourd'hui confront&#233;s au Qu&#233;bec, c'est celui de la mont&#233;e de la x&#233;nophobie, du racisme et des logiques du bouc &#233;missaire se focalisant sur le personnage de l'&#233;tranger ou du migrant. Or la lutte &#224; l'ind&#233;pendance, c'est justement ce qui nous permettrait de d&#233;jouer/d&#233;nouer &#8211;&#224; travers la proposition d'une ind&#233;pendance inspirante et source d'affirmation positive&#8212; les tentations de crispation identitaires actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte pour l'ind&#233;pendance pourrait repr&#233;senter une sorte d'anti-dote d&#233;lib&#233;r&#233;ment tourn&#233; vers l'avenir et propos&#233; &#224; tous et toutes, sous forme d'un projet politique de vivre-ensemble soucieux du bien commun qui permette la reconnaissance forte, citoyenne, plurielle et &#233;galitaire de toute une collectivit&#233;. Comme le dit l'historien fran&#231;ais Patrick Boucheron&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Patrick Boucheron, Conjurer la peur, Paris, Seuil, 2003.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; Il existe une angoisse sourde qu'on doit &#171; a&#233;rer &#187;, en faisant quelque chose ensemble. &#187; Aujourd'hui, bien des peuples de la terre ont besoin, pour faire face aux dangers et angoisses n&#233;s de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale, de &#171; faire quelque chose ensemble &#187;, et en particulier de r&#233;affirmer collectivement leur souverainet&#233; sur leurs propres conditions d'existence, en r&#233;alisant en quelque sorte &#171; une seconde ind&#233;pendance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, au Qu&#233;bec, nous avons peut-&#234;tre plus facilement qu'ailleurs la possibilit&#233; de redonner sens et force &#224; ces volont&#233;s ou aspirations si vitales d'affirmation nationale et communautaire, justement parce que nous pouvons les enraciner dans l'histoire et les traditions d'une petite nation en lutte depuis longtemps contre la domination coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; condition cependant&lt;/strong&gt;, de le faire en se campant d'abord et avant tout sur le terrain politique de la citoyennet&#233;, pens&#233;e de la mani&#232;re la plus large et inclusive possible, en l'armant certes de la d&#233;fense d'une langue, d'une culture publique commune et d'un territoire partag&#233;, mais aussi &#8211;comme l'avaient pens&#233; les Patriotes de 1837&#8211; de valeurs politiques de gauche : celles de la justice sociale, de la d&#233;mocratie, du pluralisme, de la tol&#233;rance et de l'inclusion. En imaginant aussi un &#201;tat qu&#233;b&#233;cois &#171; plurinational &#187;, par le biais duquel les Nations autochtones du Qu&#233;bec pourraient &#234;tre reconnues en toute &#233;galit&#233; comme les premiers occupants de ce territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; condition aussi d'imaginer ce processus d'ind&#233;pendance, non pas comme d&#233;sir de se replier sur soi et de se s&#233;parer du reste du monde, mais comme volont&#233; de renouer &#8212;sur les ruines du f&#233;d&#233;ralisme canadien dominateur&#8212; des liens nouveaux de solidarit&#233; et surtout de vie commune entre peuples et communaut&#233;s qui le d&#233;sireraient, le choisiraient d&#233;mocratiquement : les Nations autochtones, les minorit&#233;s linguistiques et communautaires, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire face &#224; la fragmentation des forces sociales et politiques de gauche&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; le troisi&#232;me d&#233;fi, peut-&#234;tre le plus pernicieux, dans la mesure o&#249; il exige de notre part la constitution d'un nouveau r&#233;cit &#233;mancipateur ind&#233;pendantiste, en phase avec les temps pr&#233;sents, susceptible de combiner dans un ensemble plus vaste, non seulement la volont&#233; de souverainet&#233; politique mais aussi la lutte contre les pr&#233;dations subies par la nature et contre les diverses oppressions g&#233;n&#233;r&#233;es par le syst&#232;me global. C'est l&#224; tout l'int&#233;r&#234;t de la perspective ind&#233;pendantiste qui cherche &#224; combiner pour le Qu&#233;bec &#171; question nationale et question sociale &#187; : elle nous permettrait de penser l'ind&#233;pendance comme cet axe strat&#233;gique &#8211;et par cons&#233;quent axe pratique&#8212; au travers duquel pourrait &#234;tre initi&#233;e concr&#232;tement, sur le mode transitoire, la lutte contre la tutelle n&#233;ocoloniale, mais aussi et en m&#234;me temps contre ce syst&#232;me qui alimente de mani&#232;re combin&#233;e oppression de genre, de peuples, de classes, de races et de pressions mortif&#232;res sur la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte pour l'ind&#233;pendance pourrait repr&#233;senter au Qu&#233;bec cette fen&#234;tre entrouverte, ou encore cette br&#232;che au travers de laquelle les forces sociales de gauche s'engouffreraient en conjuguant leurs efforts pour faire avancer la cause de la souverainet&#233; politique populaire du Qu&#233;bec, mais aussi, en m&#234;me temps, celles des luttes sociales progressistes d'aujourd'hui : communautaires, syndicales, f&#233;ministes, &#233;cologistes, autochtones, etc. Mani&#232;re de contrecarrer les tendances actuelles &#224; la fragmentation des forces de gauche, en participant &#224; une lutte commune, reprenant sur le mode pluriel et inclusif, mais &#224; travers un cadre strat&#233;gique commun, la multiplicit&#233; de ses aspirations &#233;mancipatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car si la perspective intersectionnelle, permet de faire voir ces diff&#233;rentes oppressions, de les distinguer les unes des autres, elle n'a n&#233;anmoins pas la vertu, ni de montrer ce qui unit toutes ces oppressions les unes aux autres, ni non plus de dessiner le cadre strat&#233;gique et politique &#224; travers lequel elles pourraient &#234;tre combattues conjointement. Il reste d'ailleurs &#224; ce propos &#8211;autre condition &#224; prendre en compte&#8212; dans le mouvement ind&#233;pendantiste contemporain qu&#233;b&#233;cois, tout un travail d'&#233;laboration collectif et d'approfondissement &#224; mener autour de cette toile de fond, de cette toile commune des luttes sociales et politiques contemporaines. &#192; l'heure de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale, la lutte pour l'ind&#233;pendance politique du Qu&#233;bec, ne peut plus se r&#233;duire &#224; celle de l'acquisition &#233;troite de la souverainet&#233; politique, tant celle-ci se trouve d&#233;termin&#233;e par, et combin&#233;e &#224;, une s&#233;rie d'autres facteurs (en particulier &#233;conomiques), et tant celle-ci, quand elle reprend &#224; son compte les int&#233;r&#234;ts populaires, pose la question m&#234;me de la remise en cause global d'un certain ordre &#233;tabli. Et c'est sans doute autour d'une compr&#233;hension renouvel&#233;e du capitalisme n&#233;olib&#233;ral et de la multiplicit&#233; des oppressions qu'il ne cesse de r&#233;alimenter, qu'il serait possible de comprendre comment &#171; ce mode de production &#187; et d'&#233;change g&#233;n&#233;rant l'exploitation du travail est aussi et en m&#234;me temps, &#171; un mode de reproduction &#187; de relations sociales, r&#233;alimentant en permanence, de par sa puissance m&#234;me, de multiples autres oppressions (n&#233;ocoloniale, de genre, de classes, de races, etc.). &#192; la mani&#232;re d'un syst&#232;me global dont l'influence se fait sentir aujourd'hui partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour ne pas conclure :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande transition, sur laquelle on a pris l'habitude ces temps-ci de se pencher avec attention, pourrait prendre un sens tout &#224; fait concret et pratique pour le Qu&#233;bec. En se concevant &#224; travers l'axe strat&#233;gique de la lutte &#224; l'ind&#233;pendance (une ind&#233;pendance &#233;cosocialiste, f&#233;ministe, pluraliste, d&#233;mocratique et internationaliste), elle pourrait non seulement aider &#224; penser l'actualisation d'indispensables transformations &#233;cologiques et &#233;nerg&#233;tiques, mais surtout permettre le rassemblement strat&#233;gique de forces sociales qui parce que r&#233;unies dans un projet politique qui les comprendrait toutes, pourraient stimuler la remise en route d'un vaste et puissant mouvement de mobilisation sociale et populaire, et ainsi rendre effective cette &#171; rupture d&#233;mocratique &#187; &#233;mancipatrice pens&#233;e dans la dur&#233;e, et dont nous avons tant besoin pour commencer &#224; nous extraire tant de la d&#233;pendance politique que des affres du capitalisme n&#233;olib&#233;ralis&#233; d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Faire de la politique &#224; gauche ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extrait de Pierre Mouterde, Les strat&#232;ges romantiques. Rem&#233;dier aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique quand on est de gauche renvoie d'abord et avant tout &#224; la question de l'organisation d'une puissance collective, mieux encore &#224; celle de la constitution d'une puissance collective des gens d'en bas. Elle renvoie &#224; cette force commune qui peut surgir de l'ensemble des classes populaires et subalternes. Parce que la gauche a le sens de la r&#233;alit&#233; bien terre &#224; terre, parce que son combat s'inscrit dans le projet de faire exister, dans le quotidien des soci&#233;t&#233;s, des droits sociaux et &#233;conomiques inali&#233;nables, elle a appris qu'une collectivit&#233; humaine est d'abord tiss&#233;e, parcoure par des rapports de force et de pouvoir que l'on ne peut faire bouger et &#233;voluer que si l'on est capable de mobiliser &#224; leur encontre toute la puissance, toute la force devenue collective des gens ou des classes subalternes (&#8230;) La politique est d'abord et avant tout un art de la strat&#233;gie ; un art destin&#233; &#224; redonner &#224; l'ensemble de ceux et celles qui en sont priv&#233;s le pouvoir de l'affirmation de soi, et partant la possibilit&#233; de faire leur propre histoire. La politique, c'est donc end derni&#232;re instance, un vaste exercice d'empowerment collectif d&#233;bouchant sur la remise en cause de rapports de force &#233;conomiques, sociaux, politiques et culturels et sur l'instauration d'un nouvel ordre social plus juste, plus &#233;galitaire, et &#224; l'heure des d&#233;s&#233;quilibres &#233;cologiques grandissants, plus respectueux de l'environnement, et de la vie elle-m&#234;me prise dans toutes ses dimensions. &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rendre possible l'impossible&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique rel&#232;ve donc de l'art de la strat&#233;gie, celle de se donner les moyens de s'inscrire dans la trame de rapports de forces concrets, dans les temps est espaces d'une soci&#233;t&#233; donn&#233;e, et de tenter d'en modifier les param&#232;tres &#224; son avantage. Il y a ainsi dans la politique une dimension de calcul, d'analyse froide et lucide, soucieuse des r&#233;alit&#233;s concr&#232;tes et en m&#234;me temps audacieuse, partant du principe comme le dit Walter Benjamin, que la &#171; politique prime l'histoire &#187;, et que par cons&#233;quent l'action collective si elle est pens&#233;e avec toutes les ressources de l'intelligence et de la lucidit&#233; humaine, peut faire la diff&#233;rence, aider &#224; ce que l'histoire penne un autre cours. En ce sens la politique, ce n'est pas l' &#171; art du possible &#187;, c'est-&#224;-dire l'art de trouver vaille que vaille des compromis entre de multiples contraintes. La politique, c'est &#171; l'art de rendre les choses possibles &#187;, l'art de transformer le monde des &#234;tres humains en cherchant &#224; mieux ma&#238;triser temps et espaces donn&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous empruntons ici &#224; Gramsci, cette id&#233;e d'un &#171; pouvoir-contre h&#233;g&#233;monique &#187; du prol&#233;tariat et des classes subalternes qui, dans certains pays occidentaux et au fil de guerres dites de &#171; position &#187; avec la bourgeoisie, se constituerait peu &#224; peu dans la dur&#233;e en parvenant &#224; repr&#233;senter une force sociopolitique et culturelle alternative non n&#233;gligeable. Et nous nous permettons de relire l'histoire des derniers 150 ans du mouvement ouvrier et populaire international &#8211;dans le sillage des intuitions de Immanuel Wallerstein et Giovanni Arrighi (voir &lt;i&gt;Le grand tumulte, les mouvements sociaux dans l'&#233;conomie-monde&lt;/i&gt;, Paris La d&#233;couverte, 1991)&#8212; comme &#233;tant celle d'un vaste mouvement historique de constitution d'un &#171; pouvoir contre-h&#233;g&#233;monique &#187; ascendant des classes populaires et subalternes, et qui se serait brutalement &#233;puis&#233; &#224; la fin de la d&#233;cennie des ann&#233;es 80 sous le coup, tant du red&#233;ploiement capitaliste et n&#233;olib&#233;ral, que de l'effondrement de l'Union sovi&#233;tique et des 3 grandes alternatives sociopolitiques anti-syst&#233;miques qui avaient alors cours : le communisme (&#224; l'Est), la social-d&#233;mocratie (&#224; l'Ouest) et le national-populisme (au Sud).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il va de soi que les politiques nationalistes et populaires&#8212; telles qu'exp&#233;riment&#233;es et interpr&#233;t&#233;es par le PQ entre les ann&#233;es 60 et 80&#8212; ont leur part de responsabilit&#233; dans ce d&#233;clin et cette crise : refus croissant de donner sa juste place aux classes populaires et subalternes ; erreurs strat&#233;giques r&#233;p&#233;t&#233;es ; progressive acceptation des politiques n&#233;olib&#233;rales, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il y a &#233;videmment une grande diff&#233;rence entre la prise de pouvoir gouvernemental &#224; travers les &#233;lections (qui au mieux donne acc&#232;s au pouvoir l&#233;gislatif et &#224; une partie du pouvoir ex&#233;cutif), et la prise de pouvoir &#233;tatique qui renvoie &#224; la prise de contr&#244;le des diff&#233;rents appareils r&#233;pressifs (arm&#233;e, polices, etc.) ainsi que de l'appareil judiciaire et des diff&#233;rents institutions de l'appareil public et para-public &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir John Holloway, &lt;i&gt;Changer le monde sans prendre le pouvoir : Le sens de la r&#233;volution aujourd'hui&lt;/i&gt;, Syllepse/Lux, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce propos Eric Martin, Un pays en commun, socialisme et ind&#233;pendance au Qu&#233;bec, &#201;cosoci&#233;t&#233;, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce que ne pourrait aucunement prendre en charge, par exemple, une ville comme Montr&#233;al, ainsi que le laisse supposer bien &#233;trangement Jonathan Durand Folco dans son dernier essai &lt;i&gt;&#192; nous la ville, trait&#233; de municipalisme&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, &#201;cosoci&#233;t&#233;, 2017&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En Am&#233;rique latine cette conception populaire et progressiste de la nation a pu prendre la forme d'une nation qui se soul&#232;ve contre l'empire (US) et qui aspire ainsi &#224; &#171; une seconde ind&#233;pendance &#187; ; ph&#233;nom&#232;ne apparaissant justement lors de p&#233;riodes de forte &#233;bullition sociale et de remise en cause de l'ordre &#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces conditions que nous indiquons ici ainsi que celles qui suivent plus bas, repr&#233;sentent un enjeu d&#233;cisif, dans la mesure o&#249; c'est le fait de ne pas les avoir suffisamment pris en compte qui rendraient compte, en partie tout au moins, des &#233;checs ou d&#233;rapages r&#233;cents du populisme de gauche de ces derni&#232;res ann&#233;es, lui qui a justement tendance, pris qu'il est dans les urgences d'un agenda pens&#233; trop souvent seulement en termes &#233;lectoraux, &#224; les courcircuiter ou minimiser. Voir &#224; ce propos, au-del&#224; de toutes leurs particularit&#233;s, les difficult&#233;s ou d&#233;rives v&#233;cues r&#233;cemment par les exp&#233;riences men&#233;es au Venezuela, &#201;quateur et Bolivie, mais aussi celles incarn&#233;es par Podemos et Syriza (et aussi, &#224; sa mani&#232;re, par La France Insoumise).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Patrick Boucheron, &lt;i&gt;Conjurer la peur&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extrait de Pierre Mouterde, &lt;i&gt;Les strat&#232;ges romantiques. Rem&#233;dier aux d&#233;sordres du monde contemporain&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, &#201;cosoci&#233;t&#233;s, 2017, pp. 159-161.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Idem.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gauche : Du bon usage de la nation et de la souverainet&#233; </title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Gauche-Du-bon-usage-de-la-nation-et-de-la-souverainete</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Gauche-Du-bon-usage-de-la-nation-et-de-la-souverainete</guid>
		<dc:date>2018-09-18T12:43:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roger Martelli</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats</dc:subject>
		<dc:subject>Ind&#233;pendance et projet de soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-09-18</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'Europe, on le sait, n'est plus du domaine des &#171; relations internationales &#187;. L'Union oriente les politiques &#233;conomiques et fa&#231;onne le droit fran&#231;ais. La capacit&#233; &#224; parler der l'espace continental et &#224; en faire un terrain national de lutte est un enjeu structurant. Mais il est redoutable, source permanente de confusion, d'illusion, de ressentiment ou de d&#233;sesp&#233;rance. Le prochain horizon &#233;lectoral est celui des &#233;lections europ&#233;ennes de 2019. Dans ces temps de grande turbulence (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-70-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Debats-515-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Independance-et-projet-de-societe-+" rel="tag"&gt;Ind&#233;pendance et projet de soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-09-18-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-09-18&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH99/arton33423-c63a3.jpg?1674912259' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'Europe, on le sait, n'est plus du domaine des &#171; relations internationales &#187;. L'Union oriente les politiques &#233;conomiques et fa&#231;onne le droit fran&#231;ais. La capacit&#233; &#224; parler der l'espace continental et &#224; en faire un terrain national de lutte est un enjeu structurant. Mais il est redoutable, source permanente de confusion, d'illusion, de ressentiment ou de d&#233;sesp&#233;rance. Le prochain horizon &#233;lectoral est celui des &#233;lections europ&#233;ennes de 2019. Dans ces temps de grande turbulence continentale, il est d&#233;cisif de d&#233;finir l'&#233;tat d'esprit qui pourra le plus utilement alimenter la controverse publique. C'est moins une question de programme que de coh&#233;rence, dans le projet comme dans le discours&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tir&#233; de : Newsletter Intercoll n&#176;5&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est des d&#233;bats qui ne m&#233;ritent pas que nous nous y &#233;puisions. Celui du &#171; souverainisme &#187; en fait partie. Il m'est d&#233;j&#224; arriv&#233; de dire que je me m&#233;fie de ces notions en &#171; -isme &#187; qui donnent l'impression que l'on ma&#238;trise un probl&#232;me, alors m&#234;me que l'on est en train de l'obscurcir. &#171; Totalitarisme &#187; et &#171; populisme &#187; font ainsi partie des mots qui permettent d'englober, dans une m&#234;me r&#233;probation, des ph&#233;nom&#232;nes radicalement antagoniques. Je consid&#232;re que le &#171; souverainisme &#187; peut s'ajouter &#224; la liste. Ce n'est pas parce que l'on se r&#233;f&#232;re au d&#233;sir d'agir sur la soci&#233;t&#233; comme un &#171; tout &#187; que l'on est totalitaire ; ce n'est pas parce qu'on se r&#233;clame du &#171; peuple &#187; que l'on est populiste ; ce n'est pas parce que l'on invoque la &#171; souverainet&#233; &#187; que l'on est souverainiste. En revanche, il est des mani&#232;res de parler de la nation et de la souverainet&#233; qui peuvent pr&#233;senter des risques qu'il vaut mieux &#233;valuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour de nombreux responsables de la France insoumise, l'objectif strat&#233;gique est de ne pas laisser les symboles de la nation &#224; l'extr&#234;me droite. Voil&#224; qui n'a rien de choquant, en tout cas pour des oreilles berc&#233;es par le discours communiste de l'apog&#233;e. La nation fait partie des affects mobilisateurs, depuis la fin du XVIIIe si&#232;cle. Elle rel&#232;ve ce que l'historien am&#233;ricain Benedict Anderson a appel&#233; la &#171; communaut&#233; imagin&#233;e &#187;, immat&#233;rielle certes, mais pas moins r&#233;elle que tout autre objet social. Elle n'est pas de m&#234;me nature que les autres affects, par exemple ceux de la classe ou de la religion, mais elle s'articule avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nation en elle-m&#234;me ne peut &#234;tre dot&#233;e d'un signe positif ou n&#233;gatif. Se r&#233;clamer d'elle peut &#234;tre propulsif ou n&#233;gatif, progressiste ou r&#233;trograde : tout d&#233;pend du moment et du lieu. Partout, elle peut &#234;tre l'une ou l'autre, parfois l'une apr&#232;s l'autre. Aucune forme d'attachement &#224; la nation ne pr&#233;serve des d&#233;rives possibles vers le quant-&#224;-soi cocardier et belliciste. En sens inverse, aucune n'interdit &#224; l'imaginaire collectif de contribuer &#224; l'&#233;mancipation collective des individus. Il n'y a pas &#171; une &#187; conception fran&#231;aise de la nation et &#171; une &#187; conception allemande, mais &#171; des &#187; conceptions qui peuvent &#234;tre parfaitement antagoniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de la France, la nation &#171; na&#238;t &#187; &#224; gauche. Fille de la R&#233;volution, elle fait corps avec l'&#233;mergence de la souverainet&#233; populaire, l'appel &#224; la citoyennet&#233; et le magist&#232;re de la loi. Mais son origine r&#233;volutionnaire ne l'a jamais emp&#234;ch&#233;e, d&#232;s les premiers temps, de glisser vers l'esprit de fermeture et l'exaltation de la puissance. Patriotisme et nationalisme ne se confondent pas. Ils s'opposent m&#234;me souvent, mais ils s'entrem&#234;lent aussi. Tout compte fait, c'est en se r&#233;clamant de la conception de la nation &#233;nonc&#233;e par Jaur&#232;s que ses h&#233;ritiers socialistes s'engag&#232;rent, en 1914, dans une &#171; Union sacr&#233;e &#187; qui en tuait pourtant l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'affirme toutefois que l'&#233;poque actuelle oblige &#224; la plus grande prudence, quand on use ostensiblement du r&#233;f&#233;rent national. Nous sommes &#224; un moment o&#249;, &#171; &#233;tat de guerre &#187; et obsession identitaire aidant, la mondialisation financi&#232;re et ses ravages poussent un peu partout &#224; la mont&#233;e du repli sur soi, des &#233;go&#239;smes et des ressentiments. La pouss&#233;e des extr&#234;mes droites, des ethnocentrismes, des nationalismes de riches est l'effet redoutable des polarit&#233;s s&#233;parant les &#234;tres humains, des d&#233;mocraties en panne et d'une politique qui perd de son sens. Quel que soit le lieu, monde, regroupement continental, nation ou local, nous subissons les contrecoups de cette d&#233;possession et de ce recul de l'esp&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile de se le cacher : le nationalisme qui domine notre temps n'est pas un nationalisme progressiste, mais un nationalisme de r&#233;traction et d'exclusion. Il est aux antipodes de cette fiert&#233; nationale qui irrigua le combat populaire d&#233;mocratique, des sans-culottes jusqu'&#224; l'antifascisme et au-del&#224;. Il est des moments qui, plus que d'autres, portent le souci de l'enracinement national vers la m&#233;fiance vis-&#224;-vis de l'autre, la x&#233;nophobie, le trac&#233; des fronti&#232;res, le refus du partage. Voil&#224; qui ne doit conduire en aucune mani&#232;re &#224; renoncer &#224; toute r&#233;f&#233;rence appuy&#233;e &#224; la nation et aux valeurs qu'elle peut alimenter. Mais cela devrait pousser &#224; manier avec prudence la propension &#224; survaloriser son usage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d'autant moins le faire que, si la question de la souverainet&#233; est au c&#339;ur des enjeux d&#233;mocratiques contemporains, rien n'oblige &#224; la polariser sur la seule question nationale. Le d&#233;cisif, quand on insiste sur la souverainet&#233;, est de rappeler qu'elle vaut d&#232;s l'instant o&#249; elle est &#171; populaire &#187; et que ce qui importe n'est donc pas le territoire dans lequel elle doit s'exercer. Sur quoi fonder l'id&#233;e qu'il est un lieu o&#249; cette souverainet&#233; serait plus pertinente qu'ailleurs ? La proximit&#233; et la familiarit&#233; ? Autant dire qu'il n'y aurait alors de souverainet&#233; possible qu'au niveau du local le plus &#233;troit, ce qui reviendrait &#224; admettre que tout autre territoire est vou&#233; &#224; la souverainet&#233; des &#171; comp&#233;tences &#187; et donc au pouvoir des technostructures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, l'enjeu n'est pas de disputer quoi que ce soit &#224; l'extr&#234;me droite, mais de travailler &#224; d&#233;placer majoritairement les terrains de la controverse. O&#249; que l'on soit, dans une municipalit&#233;, en France, en Europe et au-del&#224;, la source des maux est partout la m&#234;me : l'exaltation de la concurrence, la promotion de la gouvernance et le culte de l'identit&#233;. Arracher la nation &#224; l'extr&#234;me droite en reprenant ses mots est aussi illusoire que penser pouvoir arracher l'id&#233;e de libert&#233; au lib&#233;ralisme dominant. C'est seulement en rattachant des valeurs au socle intangible de l'&#233;galit&#233;, de la citoyennet&#233; et de la solidarit&#233; que l'on emp&#234;che la d&#233;rive populaire, vers les d&#233;lires ethnocentristes de l'extr&#234;me droite ou vers la r&#233;signation macronienne devant le r&#232;gne de la finance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reprise pure et simple des discours anciens de la &#171; nation r&#233;volutionnaire &#187; n'emp&#234;chera pas massivement cette double tentation possible. Par elle-m&#234;me, l'id&#233;e nationale ne prot&#232;ge pas de l'ultralib&#233;ralisme, pas plus que l'id&#233;e europ&#233;enne ne pr&#233;munit contre les d&#233;rives nationalistes et ethnocentristes. Au contraire, la fi&#232;vre nationaliste, en Espagne, en Autriche, en Hongrie ou ailleurs et les errances de la &#171; gouvernance &#187; europ&#233;enne se nourrissent, comme deux faces d'un m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne qui ali&#232;ne les peuples tout aussi bien que les individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, nous ne sommes plus dans les ann&#233;es trente, ni m&#234;me dans ces ann&#233;es d'apr&#232;s-guerre o&#249; l'&#201;tat national &#233;tait un pivot majeur de la r&#233;gulation des soci&#233;t&#233;s. Ce n'est pas qu'il ait perdu toutes ses capacit&#233;s, loin de l&#224;, mais nous vivons dans une autre &#233;poque. Le monde, d'une certaine fa&#231;on, a &#233;t&#233; r&#233;uni sous la f&#233;rule d'une mondialisation financi&#232;re qui se confond avec le r&#232;gne universel de la marchandise. La mondialisation est aujourd'hui celle du capital, de part en part. On n'infl&#233;chit donc pas cette mondialisation : on la combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublions pas toutefois qu'elle est la r&#233;ponse capitaliste &#224; un besoin qui, lui, n'a rien de capitaliste en soi. D&#233;sormais, les soci&#233;t&#233;s humaines sont interp&#233;n&#233;tr&#233;es, ce qui trace pour toute l'humanit&#233; les contours d'une communaut&#233; plan&#233;taire de destin, &#233;conomique, sociale, &#233;cologique, culturelle. &#192; c&#244;t&#233; de la mondialisation, ou plut&#244;t recouverte par elle et m&#234;me contredite par elle, il y a ce que le po&#232;te &#201;douard Glissant appelle la &#171; mondialit&#233; &#187;, c'est-&#224;-dire l'interd&#233;pendance g&#233;n&#233;ralis&#233;e de tous les devenirs humains. D&#232;s lors, il y a quelque chose de d&#233;pass&#233; dans les mani&#232;res anciennes de &#171; faire monde &#187;. La domination imp&#233;riale, l'&#233;quilibre des puissances ou m&#234;me la juxtaposition des &#201;tats-nations ne suffisent plus &#224; r&#233;gir le d&#233;veloppement global du monde tel qu'il est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes dans une &#233;poque o&#249; nous trouvons tout &#224; la fois des nations (l'&#201;tat national reste un cadre de base incontournable de la souverainet&#233; populaire), des relations n&#233;cessaires entre les nations (de &#171; l'inter-nations &#187; pourrait-on dire) et des formes de gestion globale qui se situent d'ores et d&#233;j&#224; au-del&#224; des nations (on peut alors parler de &#171; supranational &#187;). Que cela plaise ou non, que cela soit complexe ou non, c'est sur ces trois registres que se joue l'avenir de l'&#233;mancipation et du d&#233;veloppement sobre des capacit&#233;s humaines. Placer l'un ou l'autre, quel qu'il soit, en position pr&#233;&#233;minente peut l'affaiblir, alors m&#234;me que l'on souhaite le conforter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut-on croire d'ailleurs que l'extension d&#233;mocratique et la lutte contre la logique financi&#232;re seraient plus faciles dans le cadre national ? Dans les ann&#233;es 1970-1980, c'est d'abord dans chaque &#201;tat, dans chaque nation, que le mouvement ouvrier et d&#233;mocratique a &#233;t&#233; battu. &#192; la limite, le cadre contraignant de la norme europ&#233;enne a &#233;t&#233; plut&#244;t une mani&#232;re de d&#233;douaner les responsables nationaux : &#171; nous ne pouvons pas faire autrement, parce que l'Europe ne permet pas de le faire &#187;. En fait, on peut craindre &#224; rebours qu'une survalorisation des responsabilit&#233;s de l'Union conduise &#224; sous-estimer celles des logiques, des institutions, des formations et des individus &#224; l'&#233;chelle de chaque nation. Si l'essentiel de la faute est du c&#244;t&#233; de Bruxelles, peut s'installer la conviction qu'il sera plus simple de traiter les probl&#232;mes chez nous. Mais quels seront les effets de cette croyance quand, une fois acquise une majorit&#233; &#233;lectorale, viendra le temps des premiers obstacles et des grands choix structurants ? Souvenons-nous de 1981 et des grandes envol&#233;es combattives et &#171; anticapitalistes &#187; de Fran&#231;ois Mitterrand. Elles tinrent t&#234;te l'espace d'un matin, non pas parce que l'Europe les d&#233;sesp&#233;ra, mais parce que la mesure n'avait pas &#233;t&#233; prise suffisamment des obstacles r&#233;els, en France comme en Europe, et des mobilisations que cela impliquait, en Europe comme en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le c&#339;ur des responsabilit&#233;s est du c&#244;t&#233; du &#171; syst&#232;me &#187;, force est de se convaincre que ce syst&#232;me est tout autant national, que continental et plan&#233;taire. &#192; toutes les &#233;chelles de territoire et de temps, c'est en construisant les dynamiques de rassemblement populaire les plus larges possible, que l'on pourra contredire les logiques en cours et, ce faisant, que l'on donnera &#224; la souverainet&#233; les bases mat&#233;rielles et mentales de son expansion. &#192; toutes les &#233;chelles, dans des formes et selon des temporalit&#233;s diff&#233;rentes, et pas &#224; un moment magique et sur un territoire privil&#233;gi&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si cela est vrai, il ne sert &#224; rien de contourner les probl&#232;mes : c'est dans tous les territoires sans exception que la souverainet&#233; est en panne. La souverainet&#233; nationale est min&#233;e par les carences d&#233;mocratiques qui en font un v&#339;u pieux ; les relations internationales sont gangren&#233;es par les jeux des puissances ; la souverainet&#233; supranationale n'existant pas, la r&#233;gulation du tout est confi&#233;e &#224; la gouvernance des technostructures. Ne faisons donc pas comme si la souverainet&#233; existait quelque part, miraculeusement prot&#233;g&#233;e des al&#233;as du syst&#232;me. Elle n'est ni &#224; conqu&#233;rir ni &#224; reconqu&#233;rir, mais &#224; fonder partout sur des bases modernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qui garde en ligne de mire la vis&#233;e de subversion des logiques sociales ali&#233;nantes, la hi&#233;rarchie des territoires est un leurre. L'&#233;mancipation dans un seul pays ne se fera pas ; le cadre actuel de l'Union est incompatible avec tout progr&#232;s substantiel de l'&#233;galit&#233; et de la citoyennet&#233; ; le monde n'est rien d'autre que celui de la mondialisation. Puisque les trois affirmations sont vraies en m&#234;me temps, il convient de les traiter toutes trois en m&#234;me temps. Il ne s'agit pas d'abord de lutter contre l'extr&#234;me droite en lui arrachant des mots, mais d'ins&#233;rer des mots dans un autre projet, d'autres finalit&#233;s, d'autres fa&#231;ons de &#171; faire soci&#233;t&#233; &#187; que l'on objecte en m&#234;me temps &#224; l'extr&#234;me droite, &#224; la droite et &#224; toutes les forces de r&#233;signation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, selon les moments, il peut arriver que la conscience du changement n&#233;cessaire progresse plus vite &#224; un endroit plut&#244;t qu'&#224; un autre. Mais la source des mobilisations possibles est toujours d'autant plus active qu'elle renvoie &#224; des espaces plus vastes. Si la crise de la social-d&#233;mocratie s'est acc&#233;l&#233;r&#233;e, c'est parce qu'elle s'est observ&#233;e dans des cas nationaux diff&#233;rents. Si la &#171; gauche radicale &#187; progresse, y compris chez nous, c'est parce que &#171; l'air du temps &#187; favorise un peu partout l'essor d'une certaine radicalit&#233;. Toute avanc&#233;e s'affirme d'autant plus possible qu'elle appara&#238;t r&#233;aliste &#224; des &#233;chelles diff&#233;rentes. Et si le combat &#233;mancipateur a des chances de s'imposer, c'est d&#232;s l'instant o&#249; il n'est pas celui &#171; d'un seul pays &#187; &#8212; illusion mortelle du XXe si&#232;cle &#8212; mais celui d'une exigence proprement transnationale. Le champ du supranational n'est ni plus ni moins adapt&#233; que celui du national pour stimuler l'engagement des individus, structurer les mouvements, combattre la r&#233;signation, nourrir l'esprit d'initiative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas laisser la nation &#224; l'extr&#234;me droite ? Sans nul doute. Mais il ne faut pas laisser non plus la mondialit&#233; aux chantres du lib&#233;ralisme et de la mondialisation. Et il ne faut pas laisser l'id&#233;e europ&#233;enne &#8212; je dis bien &#171; l'id&#233;e &#187; et non pas &#171; l'Union europ&#233;enne &#187; actuelle &#8212; aux t&#233;nors du &#171; il n'y a pas d'alternative &#187;. Toute autre fa&#231;on de r&#233;fl&#233;chir &#224; terme peut appara&#238;tre comme un raccourci &#233;vident. Elle ne manquera pourtant pas de conduire vers de nouvelles d&#233;sillusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2005, au moment du r&#233;f&#233;rendum sur le projet de trait&#233; constitutionnel europ&#233;en, on trouva dans le camp d'un Non une minorit&#233; venue de la droite et de l'extr&#234;me droite ; et l'on vit se m&#234;ler dans le choix du Oui des votes de droite et des votes de gauche. On se met &#224; &#233;voquer l'id&#233;e que, en 2019, pourraient bien concourir deux listes &#224; la gauche de la gauche, l'une qui, bien &#224; gauche, n'h&#233;siterait pourtant pas &#224; s'adresser aux &#233;lecteurs &#171; souverainistes de droite &#187; et une autre qui m&#234;lerait une gauche d'adaptation et une part de la gauche d'alternative. Les &#171; europ&#233;istes &#187; et les &#171; anti-Europ&#233;ens &#187; ? Imperceptiblement, on pourrait s'installer dans l'id&#233;e que la dynamique rassembleuse qui fut celle de 2005 serait irr&#233;m&#233;diablement derri&#232;re nous. Or la dynamique fut possible parce que, &#224; la diff&#233;rence du d&#233;bat autour de Maastricht en 1992, nous d&#233;cid&#226;mes de laisser au vestiaire les pol&#233;miques entre &#171; europ&#233;istes &#187; et &#171; souverainistes &#187;, entre &#171; f&#233;d&#233;ralistes &#187; et &#171; conf&#233;d&#233;ralistes &#187; et d'autres encore. Nous avons mis le doigt sur l'essentiel : le social et le d&#233;mocratique, la rupture r&#233;aliste avec le syst&#232;me contraignant de la concurrence et de la gouvernance. En proc&#233;dant ainsi, nous avons obtenu une majorit&#233; et nous avons fait en sorte que cette majorit&#233; soit elle-m&#234;me majoritairement &#224; gauche. Cette fa&#231;on de faire n'est pas &#224; remiser dans les placards du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a aucune fatalit&#233; &#224; ce qu'advienne la division de ce qui s'appela nagu&#232;re le &#171; courant antilib&#233;ral &#187; et que l'on appellera comme on voudra demain. Mais si cette division advenait, je ne saurais dire combien grand serait mon d&#233;sarroi. Car, pour moi, il n'existe qu'une possibilit&#233; raisonnable : celle d'une liste rassemblant une gauche bien &#224; gauche, constructive, mais en rupture franche avec l'Union europ&#233;enne telle qu'elle se fait. Une liste de l'ambition populaire, capable comme en 2005 de contester partout les logiques qui d&#233;font aujourd'hui toutes les soci&#233;t&#233;s sans exception, du local au plan&#233;taire. Cette liste sera nationale par la force des choses &#8212; il n'est pas de lutte dont la forme ne soit pas nationale. Mais elle ne sera pas &#171; avant tout nationale &#187;, comme le voulait le discours des communistes dans les ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Sortir du d&#233;bat f&#233;d&#233;ralisme-ind&#233;pendance</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Sortir-du-debat-federalisme-independance</link>
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		<dc:date>2018-05-01T12:46:38Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Fran&#231;ois Delisle</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec solidaire</dc:subject>
		<dc:subject>Ind&#233;pendance et projet de soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-05-01</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;On glose beaucoup par les temps qui courent sur les chances qu'a (ou n'a pas) le Parti qu&#233;b&#233;cois de reprendre du galon en vue du prochain scrutin avec par exemple, le retour au bercail de Jean-Marie Aussant et la nomination de V&#233;ronique Hivon comme &#171; cocheffe &#187; du parti. Certains commentateurs sugg&#232;rent que si le PQ renouait franchement avec l'ind&#233;pendance, il retrouverait ainsi sa v&#233;ritable vocation et augmenterait ses chances de rassembler les souverainistes. &lt;br class='autobr' /&gt; Or, les tergiversations (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Politique-" rel="directory"&gt;Politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-solidaire-22-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec solidaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Independance-et-projet-de-societe-+" rel="tag"&gt;Ind&#233;pendance et projet de soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-05-01-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-05-01&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH71/arton34589-f58dd.png?1674912259' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='71' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On glose beaucoup par les temps qui courent sur les chances qu'a (ou n'a pas) le Parti qu&#233;b&#233;cois de reprendre du galon en vue du prochain scrutin avec par exemple, le retour au bercail de Jean-Marie Aussant et la nomination de V&#233;ronique Hivon comme &#171; cocheffe &#187; du parti. Certains commentateurs sugg&#232;rent que si le PQ renouait franchement avec l'ind&#233;pendance, il retrouverait ainsi sa v&#233;ritable vocation et augmenterait ses chances de rassembler les souverainistes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Or, les tergiversations de la direction du Parti qu&#233;b&#233;cois depuis des ann&#233;es sur ce sujet s'expliquent avant tout par l'opposition d'une majorit&#233; d'&#233;lecteurs &#224; l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec, laquelle s'est exprim&#233;e &#224; deux reprises lors des r&#233;f&#233;rendums de mai 1980 et d'octobre 1995, tenus l&#224;-dessus. Rien n'indique qu'ils ont chang&#233; d'avis, bien au contraire. Ils ont bien d'autres soucis auxquels le Parti qu&#233;b&#233;cois ne r&#233;pond pas vraiment et dont il a &#233;t&#233; &#224; l'origine dans le pass&#233; ; surtout le ralliement relatif de ses directions successives &#224; ce qu'il est convenu de nommer le r&#233;trolib&#233;ralisme depuis le d&#233;but de la d&#233;cennie 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction p&#233;quiste actuelle fait face &#224; un double d&#233;fi : sur sa droite, la CAQ rassemble beaucoup de nationalistes f&#233;d&#233;ralistes (et certains souverainistes), sur sa gauche Qu&#233;bec solidaire dont les membres ont &#233;t&#233; d&#233;&#231;us par le virage r&#233;trolib&#233;ral du parti depuis trente ans. Et certains d'entre eux sont davantage socialistes ou sociaux-d&#233;mocrates qu'ind&#233;pendantistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ici rappeler que durant la d&#233;cennie 1970 (la premi&#232;re de l'existence du Parti qu&#233;b&#233;cois), on d&#233;battait beaucoup au sein du parti non seulement d'accession du Qu&#233;bec &#224; la souverainet&#233;, mais aussi d'un mod&#232;le de soci&#233;t&#233; plus &#233;galitaire que l'ind&#233;pendance devait permettre, ce qu'on tend &#224; oublier aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une aspiration qui a &#233;t&#233; trahie par le gouvernement L&#233;vesque seconde et derni&#232;re mani&#232;re (1981-1985) qui le premier, a appliqu&#233; des compressions budg&#233;taires massives au sein de la fonction publique qu&#233;b&#233;coise, ce qui explique sa d&#233;faite aux urnes en 1985. C'est lui qui au niveau provincial, a inaugur&#233; les politiques qualifi&#233;es de r&#233;trolib&#233;rales, une orientation qui, pour l'essentiel, s'est confirm&#233;e par la suite. Comme on le voit, l'actuel gouvernement lib&#233;ral de Philippe Couillard et celui de son pr&#233;d&#233;cesseur Jean Charest n'ont rien invent&#233;. En fait, tous les gouvernements qu&#233;b&#233;cois qui se sont succ&#233;d&#233; depuis 1980 peu importe leur couleur partisane ont appliqu&#233; des politiques &#233;conomiques, sociales et financi&#232;res fondamentalement semblables. Comme les autres partis sociaux-d&#233;mocrates occidentaux, le Parti qu&#233;b&#233;cois tient un discours social-d&#233;mocrate dans l'opposition et durant les campagnes &#233;lectorales mais une fois au pouvoir, il applique souvent des politiques contraires sous divers pr&#233;textes, le plus courant &#233;tant un &#233;tat des finances publiques plus pr&#233;caire que pr&#233;vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas, du Parti qu&#233;b&#233;cois, la &#171; discipline souverainiste &#187; a souvent servi de discours de diversion face &#224; cette orientation plus ou moins r&#233;trolib&#233;rale. C'est celle-ci qui explique dans une bonne mesure la d&#233;saffection d'une partie substantielle de la gauche &#224; l'&#233;gard du parti. Qu&#233;bec solidaire est n&#233; pr&#233;cis&#233;ment de ce d&#233;senchantement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains se d&#233;solent de ce que pour la premi&#232;re fois depuis des lunes, le d&#233;bat f&#233;d&#233;ralisme-ind&#233;pendance ne monopolisera plus le d&#233;bat &#233;lectoral cette fois-ci. Je pense qu'il faut au contraire s'en r&#233;jouir et d&#233;noncer la duplicit&#233; des faux progressistes p&#233;quistes pour proposer enfin de s'attaquer concr&#232;tement aux in&#233;galit&#233;s sociales de plus en plus criantes qui rongent la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise comme les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ne signifie pas pour autant balancer par dessus bord ce qu'on appelle la question nationale. Mais non seulement ne doit-elle plus servir de discours de diversion comme ce fut souvent le cas dans le pass&#233;, mais il faudrait cesser de la r&#233;duire &#224; la controverse f&#233;d&#233;ralisme-ind&#233;pendance, laquelle est tr&#232;s polarisante et a tendance &#224; rel&#233;guer &#224; l'arri&#232;re-plan le th&#232;me des in&#233;galit&#233;s sociales. L'affirmation nationale du Qu&#233;bec ne passe pas obligatoirement par la souverainet&#233;. Il importe de sortir du f&#233;tichisme ind&#233;pendantiste &#224; gauche et envisager une forme ou une autre de f&#233;d&#233;ralisme renouvel&#233;, ax&#233; sur une autonomie accrue pour le Qu&#233;bec au sein de la f&#233;d&#233;ration canadienne. Il faudrait au moins &#233;voquer la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Fran&#231;ois Delisle&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ouvrir le d&#233;bat sur les rapports entre notre projet social et notre perspective ind&#233;pendantiste</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Ouvrir-le-debat-sur-les-rapports-entre-notre-projet-social-et-notre-perspective</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Ouvrir-le-debat-sur-les-rapports-entre-notre-projet-social-et-notre-perspective</guid>
		<dc:date>2018-03-27T16:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Presse-toi &#224; gauche !</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-12-19</dc:subject>
		<dc:subject>Ind&#233;pendance et projet de soci&#233;t&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La fusion de Qu&#233;bec solidaire et d'Option nationale offre un cadre de d&#233;bats et d'actions communes &#224; la gauche ind&#233;pendantiste. Elle ne ferme pas les d&#233;bats politiques, car elle ne constitue pas une r&#233;ponse toute faite aux questions strat&#233;giques et tactiques qui vont se poser &#224; l'avenir. Cela est bel et bien le cas puisque la tenue d'un congr&#232;s est pr&#233;vue en 2019 sur la &#171; r&#233;vision de l'ensemble du programme, notamment (mais non exclusivement) dans une optique d'arrimage avec le programme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Debats-515-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2017-12-19-+" rel="tag"&gt;Edition du 2017-12-19&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Independance-et-projet-de-societe-+" rel="tag"&gt;Ind&#233;pendance et projet de soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH92/arton33201-aa7cc.png?1674912254' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La fusion de Qu&#233;bec solidaire et d'Option nationale offre un cadre de d&#233;bats et d'actions communes &#224; la gauche ind&#233;pendantiste. Elle ne ferme pas les d&#233;bats politiques, car elle ne constitue pas une r&#233;ponse toute faite aux questions strat&#233;giques et tactiques qui vont se poser &#224; l'avenir. Cela est bel et bien le cas puisque la tenue d'un congr&#232;s est pr&#233;vue en 2019 sur la &#171; r&#233;vision de l'ensemble du programme, notamment (mais non exclusivement) dans une optique d'arrimage avec le programme d'Option nationale &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entente de principe entre Option nationale et Qu&#233;bec solidaire adopt&#233;e par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il suffit d'une lecture attentive des deux programmes pour voir que cet arrimage va demander des &#233;claircissements fondateurs. Il s'agira essentiellement de traiter l'articulation des rapports entre la perspective ind&#233;pendantiste et le projet de soci&#233;t&#233; &#233;galitaire, d&#233;mocratique, f&#233;ministe et &#233;cologiste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ces &#233;claircissements n&#233;cessiteront de soumettre &#224; la r&#233;flexion des questions essentielles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Comment d&#233;finir une nation et la nation qu&#233;b&#233;coise en particulier ? Quels sont les divers types de nationalisme et comment se situer face &#224; ces derniers ? Comment caract&#233;riser le nationalisme qu&#233;b&#233;cois ? Quels rapports peut-ont &#233;tablir entre nationalisme et internationalisme ? Comment s'est v&#233;cu le rapport entre les luttes nationales et les luttes des femmes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Comment caract&#233;riser la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise ? Colonie de l'int&#233;rieur ? Formation sociale nationale et de classe domin&#233;e ? Comment caract&#233;riser l'&#233;tat canadien lui-m&#234;me ? Prisons des peuples ? &#201;tat patriarcal ? &#201;tat imp&#233;rialiste ? Associ&#233; junior de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Comment d&#233;finir l'ind&#233;pendance ? Que signifie un Qu&#233;bec ind&#233;pendant et inclusif ? Statut politique partag&#233; par plus de 200 pays ? Rapport de d&#233;connexion avec l'imp&#233;rialisme dans une rupture d&#233;coloniale ? Comment s'articule le statut d'ind&#233;pendance politique avec l'ind&#233;pendance &#233;conomique et l'ind&#233;pendance &#233;nerg&#233;tique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quel sens et quel impact aura l'ind&#233;pendance pour l'&#201;tat canadien ? Quel horizon ouvre-t-elle pour pour les peuples et nations et la majorit&#233; populaire dans cet &#201;tat ? Quelles alliances peuvent &#234;tre envisag&#233;es &#224; ces niveaux ? Quels rapports entretenir avec les nations autochtones et inuites dans le cadre de l'ind&#233;pendance ? Comment peut se concr&#233;tiser leur droit &#224; l'autod&#233;termination ? Quelles sont les diff&#233;rentes conceptions qui existent dans le mouvement national sous ce rapport ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quelle strat&#233;gie privil&#233;gier dans la lutte pour l'ind&#233;pendance ? Le projet d'ind&#233;pendance se situe-t-il oui ou non sur l'axe gauche-droite ? Et qu'est-ce que cela signifie dans l'un ou l'autre cas ? La lutte pour l'ind&#233;pendance signifie-t-elle qu'il faut ignorer la division de la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise en classes sociales ? La lutte ind&#233;pendantiste est-elle indiff&#233;rente &#224; la nature de sa direction de classe ? Comment la lutte contre le caract&#232;re patriarcal de la soci&#233;t&#233; est-elle confront&#233;e par la r&#233;alit&#233; pluriculturelle de notre soci&#233;t&#233; ? Comment faire de l'expression de la souverainet&#233; populaire un moteur de la lutte pour l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; quelques questions qui peuvent inspirer vos r&#233;flexions d'ici le congr&#232;s de Qu&#233;bec solidaire annonc&#233; pour 2019. Nous comptons sur vos contributions sur l'une ou l'autre de ces questions, car elles pourraient constituer un effort collectif pour nous aider &#224; mieux comprendre un monde qu'il faut conna&#238;tre si nous voulons le transformer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entente de principe entre Option nationale et Qu&#233;bec solidaire adopt&#233;e par leurs congr&#232;s respectifs&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Couronne et l'autorit&#233; du peuple</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-constituante-dessinons-les-contours-du-pays</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/La-constituante-dessinons-les-contours-du-pays</guid>
		<dc:date>2018-03-27T12:05:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Laplante</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats</dc:subject>
		<dc:subject>Ind&#233;pendance et projet de soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-03-27</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Samedi 24 mars 2018 | dans le cadre de la tourn&#233;e du Oui-Qu&#233;bec sous le th&#232;me la constituante pour dessiner les contours du pays. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous publions ci-dessous, la vid&#233;o du discours de M. Robert Laplante, directeur de l'IR&#201;C et de la revue l'Action nationale. Il a entretenu les participant-e-s sur la l&#233;gitimit&#233; politique d'une Assembl&#233;e constituante dans le cadre constitutionnel et politique canadien.&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Independance-et-projet-de-societe-+" rel="tag"&gt;Ind&#233;pendance et projet de soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-03-27-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-03-27&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH89/arton34191-766ee.png?1674912260' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='89' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Samedi 24 mars 2018 | dans le cadre de la tourn&#233;e du Oui-Qu&#233;bec sous le th&#232;me la constituante pour dessiner les contours du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous, la vid&#233;o du discours de M. Robert Laplante, directeur de l'IR&#201;C et de la revue l'Action nationale. Il a entretenu les participant-e-s sur la l&#233;gitimit&#233; politique d'une Assembl&#233;e constituante dans le cadre constitutionnel et politique canadien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/RP7TymuIm_E&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; encrypted-media&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'ind&#233;pendance : Et si on changeait de strat&#233;gie&#8230;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-independance-Et-si-on-changeait-de-strategie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/L-independance-Et-si-on-changeait-de-strategie</guid>
		<dc:date>2018-03-27T12:04:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Dubuc</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats</dc:subject>
		<dc:subject>Ind&#233;pendance et projet de soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-03-27</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;2018/03/22 | tir&#233; de l'Aut'journal &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant que les feux m&#233;diatiques sont concentr&#233;s sur la crise au Bloc Qu&#233;b&#233;cois et le seront, bient&#244;t, sur les passes d'armes de la campagne &#233;lectorale, un travail de fond, discret mais efficace, se m&#232;ne, au ras des p&#226;querettes, pour faire avancer la cause de l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec. Claudette Carbonneau, la pr&#233;sidente de OUI-Qu&#233;bec, est venue nous rencontrer dans les bureaux de l'aut'journal et pour nous en parler avec enthousiasme. &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Nous compl&#233;tons (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/arton34190-d87ad.png?1674912260' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;2018/03/22 | tir&#233; de l'Aut'journal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que les feux m&#233;diatiques sont concentr&#233;s sur la crise au Bloc Qu&#233;b&#233;cois et le seront, bient&#244;t, sur les passes d'armes de la campagne &#233;lectorale, un travail de fond, discret mais efficace, se m&#232;ne, au ras des p&#226;querettes, pour faire avancer la cause de l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec. Claudette Carbonneau, la pr&#233;sidente de OUI-Qu&#233;bec, est venue nous rencontrer dans les bureaux de l'aut'journal et pour nous en parler avec enthousiasme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Nous compl&#233;tons notre tourn&#233;e du Qu&#233;bec sur le projet de Constituante. Nous avons rencontr&#233; un grand nombre des militantes et des militants dans onze r&#233;gions du Qu&#233;bec. Il nous reste &#224; voir ceux du Bas-Saint-Laurent et de la r&#233;gion de Qu&#233;bec. Le tout va culminer dans un Grand Rassemblement, le 9 juin prochain &#187;, nous informe la pr&#233;sidente des Organisations Unies pour l'Ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est &#233;videmment pas la premi&#232;re fois qu'on parle de constitution dans les rangs souverainistes. Mais, jusqu'ici, on l'a presque toujours fait &#224; partir d'une approche n&#233;gative. &#171; Toutes les constitutions nous ont &#233;t&#233; impos&#233;es, sans que le peuple soit consult&#233;. C'&#233;tait le cas en 1867 et en 1981. Pourtant, une constitution, c'est important pour un peuple, pour un pays. On n'a qu'&#224; voir comment, aux &#201;tats-Unis, on fait toujours r&#233;f&#233;rence &#224; la constitution du pays &#187;, fait-elle remarquer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une constitution, comme le rappelle le d&#233;pliant que OUI-Qu&#233;bec distribue dans toutes les assembl&#233;es de la tourn&#233;e, c'est &#171; la loi fondamentale d'une communaut&#233; politique qui d&#233;finit son r&#233;gime, ses institutions, ses grandes valeurs et ses principes, et qui garantit ses droits fondamentaux. En somme, c'est la colonne vert&#233;brale d'un &#201;tat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On trace, au cours de ces rencontres, les contours du pays ; on explique ce qu'est une R&#233;publique, ce que contiendrait une Constitution qu&#233;b&#233;coise : une Charte des droits, des dispositions sur la langue, la la&#239;cit&#233;, etc. On n'entre pas dans le d&#233;tail de ces questions, c'est la future assembl&#233;e constituante citoyenne qui le fera. C'est elle qui aura le mandat de r&#233;diger un projet de constitution. Nous, on explique le concept, la d&#233;marche pour y arriver, la composition possible de l'Assembl&#233;e constituante et son fonctionnement &#233;ventuel &#187;, pr&#233;cise l'ancienne pr&#233;sidente de la CSN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche est compl&#232;tement nouvelle au Qu&#233;bec. &#171; En 1980 et 1995, les deux r&#233;f&#233;rendums portaient exclusivement sur le statut politique du Qu&#233;bec &#187;, nous rem&#233;more-t-elle. En 1995, M. Parizeau avait mis sur pied la Commission sur l'avenir du Qu&#233;bec, qui a effectu&#233; une tourn&#233;e du Qu&#233;bec pour consulter la population sur l'avant-projet de loi contenant la question r&#233;f&#233;rendaire. En fouillant dans les archives de l'aut'journal, on d&#233;couvre qu'&#224; la grande surprise des commissaires, les gens n'intervenaient pas sur le libell&#233; de la question, mais faisaient valoir leurs pr&#233;occupations et leurs revendications, bref, leur &#171; projet de soci&#233;t&#233; &#187;, comme les journalistes l'ont rapport&#233; &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impliquer la population, lui donner le go&#251;t d'exercer son pouvoir constituant, c'est le virage que veut faire prendre au mouvement ind&#233;pendantiste le OUI-Qu&#233;bec, ce regroupement citoyen o&#249; se retrouvent, dans une volont&#233; de converger, des ind&#233;pendantistes de toutes sensibilit&#233;s politiques. &#171; On constate, comme tout le monde, une stagnation relative du mouvement ind&#233;pendantiste, un essoufflement de la mobilisation, un recul de l'appui populaire au projet d'ind&#233;pendance et une multiplication des partis ind&#233;pendantistes. On s'est donc demand&#233; ce qu'il fallait faire pour sortir de cette impasse politique &#187;, relate Claudette Carbonneau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solution r&#233;side, selon OUI-Qu&#233;bec, dans le retour &#224; un principe de base, la mise au premier plan de la souverainet&#233; populaire. &#171; Il faut sortir le projet d'ind&#233;pendance des seules mains des partis politiques et remettre les citoyennes et les citoyens au c&#339;ur m&#234;me du processus d'accession &#224; l'ind&#233;pendance, leur confier la t&#226;che de dessiner les contours du pays, en r&#233;digeant un projet de constitution, qui refl&#232;te leurs valeurs et leurs aspirations. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les OUI-Qu&#233;bec et les partis ind&#233;pendantistes (PQ, QS, ON, BQ ) avaient d&#233;termin&#233;, en table de concertation, les futures &#233;tapes de cette nouvelle strat&#233;gie pour atteindre l'ind&#233;pendance. Les congr&#232;s des partis politiques n'ont pas &#233;t&#233; saisis de cette proposition. Il faudra bien un jour ou l'autre mener &#224; terme ces travaux pour aboutir &#224; une &#171; feuille de route commune pour les ind&#233;pendantistes &#187;. La proposition &#233;labor&#233;e en 2017 se d&#233;cline en cinq &#233;tapes. Il faut d'abord, &#233;lire une majorit&#233; d'ind&#233;pendantistes &#224; l'Assembl&#233;e nationale. Puis, adopter une loi fondamentale transitoire qui permettra d'encadrer la marche vers l'ind&#233;pendance. Une autre loi devra &#234;tre adopt&#233;e, celle cr&#233;ant l'Assembl&#233;e constituante charg&#233;e d'&#233;laborer un projet de constitution d'un Qu&#233;bec ind&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette assembl&#233;e sera form&#233;e de citoyennes et de citoyens issus de tous les milieux en respectant, insiste Claudette Carbonneau, des principes de parit&#233; hommes/femmes, de repr&#233;sentativit&#233; de la minorit&#233; anglophone et des minorit&#233;s culturelles, des diff&#233;rents groupes sociaux, etc. Pour r&#233;diger le projet de constitution, ils devront mener une vaste consultation publique &#224; travers le Qu&#233;bec. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, un r&#233;f&#233;rendum sera organis&#233; en demandant &#224; la population de se prononcer &#224; la fois sur le statut politique du Qu&#233;bec (Oui ou non &#224; l'ind&#233;pendance) et sur le projet de constitution (Oui ou non &#224; son adoption).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Claudette Carbonneau, il n'y a pas d'autres avenues pour se sortir de l'impasse actuelle que d'impliquer la soci&#233;t&#233; civile. &#171; C'est tr&#232;s mobilisateur. Je l'ai constat&#233; en Catalogne. Ce sont les organisations de la soci&#233;t&#233; civile qui r&#233;ussissent &#224; rassembler un million de personnes dans les rues de Barcelone &#187;. Et c'est avec une envie non dissimul&#233;e que la pr&#233;sidente de OUI-Qu&#233;bec constate que 40 000 personnes acceptent de donner 5 euros par mois &#224; ces organisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle prend &#233;galement acte que les Catalans viennent d'enclencher une d&#233;marche d'assembl&#233;e constituante similaire &#224; celle propos&#233;e par OUI-Qu&#233;bec afin d'augmenter leurs appuis au sein de la population. En parall&#232;le, ils comptent aussi travailler &#224; la reconnaissance internationale. &#171; C'est une autre le&#231;on de leur exp&#233;rience que nous pouvons faire n&#244;tre &#187;, de conclure Claudette Carbonneau.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ind&#233;pendance contre nationalisme</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Independance-contre-nationalisme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Independance-contre-nationalisme</guid>
		<dc:date>2018-03-13T12:22:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Simon Tremblay-Pepin</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats</dc:subject>
		<dc:subject>Ind&#233;pendance et projet de soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-03-13</dc:subject>

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&lt;p&gt;tir&#233; du site Raisons sociales &lt;br class='autobr' /&gt;
Un vieux couple se brise, celui de l'ind&#233;pendance et du nationalisme. La fin de la relation s'enfonce dans une de ces longues chicanes o&#249; l'on ne reconna&#238;t plus qui a dit quoi, qui d&#233;fend quoi et o&#249; l'acrimonie prend le dessus sur la compr&#233;hension et l'&#233;coute. &lt;br class='autobr' /&gt; Je vais essayer dans ce texte de proposer une interpr&#233;tation de cette d&#233;r&#233;liction, de ce d&#233;tricotage. Non pour le regretter, mais pour l'assumer. Car l'argument majeur ici est simple : il est parfois (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Debats-" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Debats-515-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Independance-et-projet-de-societe-+" rel="tag"&gt;Ind&#233;pendance et projet de soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-03-13-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-03-13&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH80/arton33971-9ab0c.png?1674912260' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; du site &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.pressegauche.org/raisons-sociales.com'&gt;Raisons sociales&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un vieux couple se brise, celui de l'ind&#233;pendance et du nationalisme. La fin de la relation s'enfonce dans une de ces longues chicanes o&#249; l'on ne reconna&#238;t plus qui a dit quoi, qui d&#233;fend quoi et o&#249; l'acrimonie prend le dessus sur la compr&#233;hension et l'&#233;coute.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je vais essayer dans ce texte de proposer une interpr&#233;tation de cette d&#233;r&#233;liction, de ce d&#233;tricotage. Non pour le regretter, mais pour l'assumer. Car l'argument majeur ici est simple : il est parfois bon d'en finir, l'ind&#233;pendance et le nationalisme s'empoisonnent mutuellement. Le but n'est pas de tracer l'histoire compl&#232;te de cette idylle, de sa gloire &#224; sa chute, mais de pr&#233;senter une structure logique qui nous permette de comprendre ce qui se passe et, surtout, d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La victoire de la d&#233;pendance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Qu&#233;bec le nationalisme a &#233;t&#233;, pendant les ann&#233;es 1960-1970, un &#233;l&#233;ment modernisateur, progressiste et profond&#233;ment li&#233; &#224; la question de l'ind&#233;pendance[i]. Il &#233;tait d&#233;sign&#233; sous le vocable de n&#233;onationalisme car il s'&#233;loignait de la logique de la survivance et de l'attachement au catholicisme qui avait caract&#233;ris&#233; le nationalisme jusqu'alors. Il &#233;tait &#233;galement en dialogue avec les mouvements de d&#233;colonisation du Tiers-Monde[ii]. Concept en tension entre plusieurs p&#244;les et forc&#233;ment transitoire, le n&#233;onationalisme proposait un d&#233;passement politique des aspirations nationales traditionnelles. En ce sens, il a particip&#233;, lors de la r&#233;volution tranquille, &#224; la mise sur pied d'institutions qui structurent le Qu&#233;bec contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir des ann&#233;es 1980 cependant, deux mouvements viendront profond&#233;ment transformer ce n&#233;onationalisme pour le faire r&#233;gresser. Le premier mouvement, bien s&#251;r, est celui des d&#233;faites r&#233;f&#233;rendaires qui marquent un arr&#234;t abrupte du d&#233;passement politique du nationalisme traditionnel. D&#232;s 1980, la transition commence &#224; s'op&#233;rer : le Qu&#233;bec d&#233;construit tranquillement les espaces politiques qu'il avait con&#231;us pour op&#233;rer de fa&#231;on souveraine[iii]. Il semble entendu que ces institutions, dans un contexte provincial, n'ont plus d'utilit&#233; comme lieu de d&#233;cision politique et qu'elles doivent plut&#244;t devenir des espaces o&#249; sont offerts des services aux citoyen&#183;ne&#183;s devenus consommateurs et consommatrices. Privatisation de certaines soci&#233;t&#233;s d'&#201;tat, sous-financement des services publics, mais surtout transition vers une logique manag&#233;riale priv&#233;e au sein m&#234;me de l'appareil gouvernemental. On corrompt ou on &#233;limine carr&#233;ment les outils qui permettent de d&#233;cider ensemble &#224; partir du Qu&#233;bec. Il &#233;tait d'autant plus facile d'op&#233;rer cette transition que les institutions cr&#233;&#233;es pendant la R&#233;volution tranquille donnaient une place pr&#233;pond&#233;rante aux technocrates et aux entrepreneurs canadiens-fran&#231;ais qui, une fois leurs vestes retourn&#233;es, pouvaient tr&#232;s bien faire de ces outils d'&#233;mancipation des outils d'asservissement[iv]. Apr&#232;s la d&#233;faite de 1995, le sommet socio-&#233;conomique de 1996 fait passer cette d&#233;possession &#224; une autre vitesse : d&#233;ficit-z&#233;ro, r&#233;ing&#233;nierie, modernisation, aust&#233;rit&#233; et tuttti quanti[v]. Pendant ce temps, le gouvernement f&#233;d&#233;ral change aussi sa fa&#231;on d'intervenir dans les comp&#233;tences provinciales : en &#233;ducation (financement de la recherche universitaire et cr&#233;dits d'imp&#244;ts sur les garderies), en sant&#233; (r&#233;duction des transferts), en infrastructures, en &#233;nergie, en culture et communications[vi].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le gouvernement du Qu&#233;bec d&#233;structure ses espaces de prise de d&#233;cisions, d'autres structures se mettent en place au-del&#224; de sa capacit&#233; d'action[vii].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me mouvement, global celui-l&#224; : la mondialisation n&#233;olib&#233;rale. Je n'en ferai pas ici la description, on l'a amplement faite. Disons simplement ceci ; le Qu&#233;bec, comme le reste du monde, est sujet &#224; une r&#233;organisation de la prise de d&#233;cisions &#233;conomiques. Les accords de libre-&#233;change et la mont&#233;e des corporations transnationales limitent fortement les capacit&#233;s d&#233;cisionnelles des gouvernements[viii]. Ces entreprises se pensent d'ailleurs par-del&#224; les lois nationales (celles de l'imp&#244;t, bien s&#251;r, mais aussi au-del&#224; des codes civil et p&#233;nal) selon une logique offshore qui se construit d'abord sur la maximisation du profit. Le point de d&#233;part de ces entreprises c'est l'absence de loi : elles s'adaptent ensuite en fonction de leurs besoins en ressources (mat&#233;rielles ou humaines) pour qu'une part &#8211; la plus restreinte possible &#8211; de leurs activit&#233; soit soumise aux r&#232;gles pr&#233;valant dans le pays qui offre ces ressources au plus bas prix[ix]. Le r&#244;le des &#201;tats est alors d'offrir les meilleures ressources au plus bas prix et avec le moins d'encadrement possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; grande s&#233;duction &#187; &#224; laquelle se livre l'&#233;tat n'a qu'un objet : amener le plus d'entreprises et d'investissements, en esp&#233;rant une cr&#233;ation d'emploi et en attendant le miracle des retomb&#233;es &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;checs r&#233;f&#233;rendaires et la mondialisation ont une m&#234;me cons&#233;quence, la d&#233;pendance. Le Qu&#233;bec ne prend plus de d&#233;cisions politiques. Ici, il attend le premier ministre du Canada ; l&#224;, ses partenaires priv&#233;s dans un PPP ; l&#224;, la Cour supr&#234;me du Canada ; l&#224;, un minist&#232;re qu&#233;b&#233;cois devenu agence gouvernementale ; l&#224;, l'Office national de l'&#233;nergie ; l&#224;, une soci&#233;t&#233; d'&#233;tat dont le CA est compos&#233; de membres &#171; ind&#233;pendants &#187;. &#201;conomiquement non plus il n'a pas de prise : il joue un r&#244;le de figurant lors des n&#233;gociations d'accord commerciaux, il a d'ailleurs renonc&#233; par leur truchement &#224; son droit de nationaliser et d'exproprier des entreprises &#233;trang&#232;res, il ne planifie plus ni l'&#233;conomie, ni le d&#233;veloppement. Quand les &#171; fleurons nationaux &#187; qu'il a particip&#233; &#224; construire &#224; coups de milliards quittent le port pour profiter d'un paradis fiscal ou pour participer &#224; l'enfer du travail &#224; tr&#232;s bas prix, il reste sur le quai agitant son mouchoir. Les budgets du Qu&#233;bec des dix derni&#232;res ann&#233;es en font la d&#233;monstration : les seuls gestes d'importance n'ont eu qu'un objectif, stimuler l'entreprise priv&#233;e et les investissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ruse &#233;tonnante de la raison, les d&#233;faites r&#233;f&#233;rendaires et la mondialisation n&#233;olib&#233;rale auront impos&#233; &#224; tous les politicien&#183;ne&#183;s d'adopter la rh&#233;torique nationaliste, en particulier sur les nombreux dossiers qui &#233;chappent &#224; leur pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Le nationalisme aujourd'hui&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 20 ans et la d&#233;faite de 1995, tous les gouvernements du Qu&#233;bec sont nationalistes. Ils sont nationalistes chacun &#224; leur mani&#232;re, mais ils le sont tous immanquablement. Contrairement &#224; ce que voudraient nous faire croire ceux qui s'ennuient d'un &#226;ge d'or, le nationalisme n'est pas une h&#233;ro&#239;que exception, c'est une triste norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nationalisme dont je parle est double. D'abord, il propose une exaltation de la nation et de ses m&#233;rites &#8211; un chauvinisme plus ou moins doux, suivant la situation lors de laquelle on l'expose et la personne qui le met de l'avant. Ensuite, le nationalisme pr&#233;tend vouloir d&#233;fendre cette nation contre les p&#233;rils &#8211; parfois r&#233;els, souvent imaginaires, toujours nombreux &#8211; qui la menacent. Cette dualit&#233; c&#233;l&#233;bration/protection fait de la nation qu&#233;b&#233;coise un objet folkloris&#233; et univoque qu'on brandit avec insistance pour tout et pour rien.[x]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Couillard nous pond un document grandiloquent sur la constitution canadienne[xi], il enfile la grande armure du nationalisme qu&#233;b&#233;cois. Le premier ministre, &#244; le plus f&#233;d&#233;raliste des &#234;tres, devient le parangon de notre libert&#233; collective, se livre &#224; une longue tirade sur la n&#233;cessaire autonomie du Qu&#233;bec et annonce qu'il s'en va d&#233;fendre notre besoin imp&#233;rieux de signer la constitution de Halifax jusqu'&#224; Vancouver[xii]. Dans un tout autre contexte, mais sur le m&#234;me ton, sur son compte Facebook, il nous pr&#233;sentait de jolies vid&#233;os du Lac-Saint-Jean avec des prises de vue en h&#233;licopt&#232;re et des gens si sympathiques. Ce qu'il l'aime son Qu&#233;bec !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Legault met de l'avant une politique nataliste pour que les b&#233;b&#233;s natifs prennent plus de place que l'immigration dans la croissance de la population[xiii]. Pourquoi ? Pour prot&#233;ger la place du Qu&#233;bec dans le Canada sans c&#233;der &#224; la menace migratoire, bien s&#251;r. Que le Qu&#233;bec reste le plus blanc possible, tout en pouvant n&#233;gocier avec Ottawa. Mais ces d&#233;tours identitaires ne sont pas le &#171; but ultime &#187; de la CAQ, son but c'est de rendre les Qu&#233;b&#233;cois &#171; plus riches &#187;. Comment ? En allant faire des &#171; deals &#187; avec des &#171; gros investisseurs &#187; &#233;trangers[xiv]. En montrant &#224; tous ces cr&#233;sus &#224; quel point le Qu&#233;bec est une terre d'accueil formidable pour leurs investissements. Vendre le Qu&#233;bec &#224; perte d'&#226;me, c'est encore l'aimer pour le nationalisme de Fran&#231;ois Legault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Fran&#231;ois Lis&#233;e, a d&#233;fendu &#224; peu pr&#232;s toutes les positions politiques disponibles[xv]. Sa constance : la rh&#233;torique nationaliste. De Sortie de secours &#224; Pour une gauche efficace en passant par Nous, la charte et la burka qui cache des AK-47[xvi], le seul ton qui unit tous les couacs, c'est le tr&#233;molo dans la voix quand on parle de la patrie ch&#233;rie. &#171; On existe ! On existe ! &#187; scandait-il un 24 juin, il n'y a pas si longtemps[xvii]. Il offrait alors le r&#233;sum&#233; le plus synth&#233;tique du nationalisme qu&#233;b&#233;cois des 20 derni&#232;res ann&#233;es. S'&#233;poumoner &#224; affirmer son existence, sans pour autant obtenir de r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces chefs de partis ne sont pas des exceptions, on aurait pu utiliser les m&#234;mes mots pour parler de Jean Charest, de Pauline Marois ou de Bernard Landry.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Nationalisme des incapables et nationalisme des irresponsables&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Qu&#233;bec, depuis 20 ans, le nationalisme est soit la politique des incapables, soit celle des irresponsables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incapables, car le nationalisme qu&#233;b&#233;cois est un succ&#233;dan&#233; de politique. On bombe le torse, on se montre fiers d'&#234;tre qu&#233;b&#233;cois, on va s&#233;duire, n&#233;gocier, exiger, demander et, surtout, on promet, mais, tr&#232;s rarement, on d&#233;cide. Parce qu'en fait les d&#233;cisions se prennent ailleurs, les probl&#232;mes et leurs solutions sont inatteignables pour notre volont&#233; directe. Nous sommes lourdement d&#233;pendants politiquement et &#233;conomiquement des d&#233;cisions des autres et le nationalisme est notre fa&#231;on bien &#224; nous de le nier. Hier comme aujourd'hui le nationalisme se propose de combattre des choses qui sont hors de sa port&#233;e : le d&#233;s&#233;quilibre fiscal, les changements climatiques, les transferts en sant&#233;, la mondialisation, la crise financi&#232;re, le partage des pouvoirs, les choix d'investissements des multinationales, les d&#233;cisions des agences de notation, les r&#232;gles des accords de commerce, les droits compensatoires, etc. Devant tous ses probl&#232;mes le discours nationaliste ne peut que pr&#233;tendre, menacer ou implorer. Jamais d&#233;cider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nationalisme des incapables c'est d'aller, la larme &#224; l'&#339;il, parler aux travailleurs et travailleuses de Bombardier en leur disant que &#171; pas un boulon, pas une pi&#232;ce, pas un avion &#187; de chez Boeing ne sera vendu au Canada tant que des droits compensatoires seront impos&#233;s par les &#201;tats-Unis, en sachant tr&#232;s bien qu'on n'a aucun pouvoir pour prendre cette d&#233;cision[xviii]. C'est pr&#233;tendre imposer des conditions &#224; des compagnies p&#233;troli&#232;res sans avoir les moyens de les faire respecter[xix]. C'est vouloir que le Qu&#233;bec soit une des soci&#233;t&#233;s les plus &#233;galitaires du monde entre les hommes et les femmes en &#171; encourage[ant] les entreprises &#224; atteindre la parit&#233; dans leurs lieux d&#233;cisionnels &#187;[xx]. C'est faire des missions commerciales &#224; l'&#233;tranger pour implorer les grands argentiers de ce monde de venir investir chez nous sans pouvoir faire autre chose que de se croiser les doigts pour que &#231;a marche[xxi]. C'est qu&#233;mander des bonnes cotes de cr&#233;dit &#224; Moody's et Standard and Poors[xxii].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous ces appels la m&#234;me litanie : nous allons gagner parce que nous sommes fiers, bons, courageux, talentueux, nous avons de belles r&#233;ussites et ceux qui prennent les d&#233;cisions le reconna&#238;tront et opineront en notre faveur. Quand on obtient ce qu'on veut on sabre le champagne. Quand ces bonnes d&#233;cisions ne viennent pas, on en est d&#233;j&#224; &#224; scander un nouveau &#171; on existe ! &#187; sous une nouvelle banni&#232;re. &#192; d&#233;faut de pouvoir poser des gestes politiques et de pouvoir changer la vie des gens, on aura gonfl&#233; une fiert&#233; nationale et flatt&#233; notre &#233;go en se disant qu'on est formidables et que, si l'on n'obtient pas tout ce qu'on veut, c'est toujours la faute des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant les &#233;checs r&#233;p&#233;t&#233;s de ces appels &#224; la fiert&#233; et de ces semblants de courage, on assiste &#224; un transfert des nationalismes. De celui des incapables, on passe &#224; celui des irresponsables &#8211; qui peuvent tr&#232;s bien &#234;tre les m&#234;mes personnes qui changent leur strat&#233;gie. Sachant qu'ils ne peuvent gagner les batailles r&#233;elles sur lesquelles ils n'ont aucun pouvoir, ces nationalistes vont s'attaquer &#224; des probl&#232;mes imaginaires, mais sur lesquels on peut r&#233;ellement agir. Devant les vaines agitations du nationalisme des incapables, le nationalisme des irresponsables se pr&#233;sente comme d&#233;cid&#233; et effectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut prot&#233;ger la langue et la culture, mais le probl&#232;me n'est plus l'imp&#233;rialisme culturel &#233;tasunien &#8211; contre lequel on ne peut rien &#8211;, il devient les immigrants et immigrantes sur lesquels on a un pouvoir bien r&#233;el. De m&#234;me, l'&#233;galit&#233; entre les femmes et les hommes n'est pas bloqu&#233;e par le sexisme quotidien et par les diff&#233;rences salariales persistantes, en particulier dans le secteur priv&#233;. Non, c'est l'islamisation rampante qui vient couvrir toutes les femmes d'un voile. Le Qu&#233;bec n'est pas pleinement la&#239;que ? Rien &#224; voir avec le financement public des &#233;coles priv&#233;es majoritairement confessionnelles ou les symboles religieux qu'on trouve encore dans plusieurs services publics, c'est parce que des dames veulent prendre l'autobus sans montrer leur visage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des situations concr&#232;tes, des solutions concr&#232;tes et des politicien&#183;ne&#183;s qui changent les choses : voil&#224; le portrait que le nationalisme des irresponsables donne de lui-m&#234;me. Or, ce nationalisme scie la branche sur laquelle il s'assoit. La nation, enti&#232;rement r&#233;ifi&#233;e, est utilis&#233;e comme objet unitaire au nom duquel on devrait s'opposer au danger venant de l'ext&#233;rieur et port&#233; par les flots migratoires. Or, la nation r&#233;elle ne correspond jamais &#224; la chose qu'en font les nationalistes. Par exemple, elle contient d&#233;j&#224; sa part d'immigrant&#183;e&#183;s que le nationalisme des irresponsables n'a pas le choix d'int&#233;grer &#224; la nation (au risque, si on remonte trop loin, de devoir exclure tout le monde sauf les autochtones). Comment choisir ? En tra&#231;ant des lignes, souvent arbitraires. Ces lignes ce sont les sch&#233;mas de Bernard Drainville qui pr&#233;sente sa charte des valeurs[xxiii]. C'est Fran&#231;ois Legault qui vante les immigrants asiatiques, plus acceptables que les autres selon lui[xxiv]. C'est la ministre Vall&#233;e qui tente de se d&#233;patouiller avec l'application de la loi 62[xxv]. Finalement, en s'attaquant &#224; ce qu'on pr&#233;sente comme ext&#233;rieur, c'est &#224; la nation elle-m&#234;me qu'on s'attaque, c'est en elle qu'on g&#233;n&#232;re des divisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet national r&#233;ifi&#233; s'effrite alors et c'est encore la faute de ceux qui sont arriv&#233;s ici sur le tard. Avant, tout &#233;tait clair, c'est leur pr&#233;sence qui embrouille tout nous dit le nationalisme des irresponsables. Les strat&#233;gies politiques &#224; courte vues que nous venons de pr&#233;senter donne un angle, un cadrage aux probl&#232;mes politiques, &#233;conomiques et culturels qui alimentent toute une s&#233;rie de pr&#233;jug&#233;s. On voit ensuite monter les crimes haineux[xxvi]. C'est ainsi que se construit la x&#233;nophobie et le racisme. Irresponsables d'abord par leur participation active &#224; cette structuration de l'espace public, ils le sont doublement lorsqu'ils jouent les surpris devant la mont&#233;e de l'extr&#234;me-droite organis&#233;e dont ils ont pourtant nourri le terreau.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;La majorit&#233; fragile et ses oublis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sociolinguistique d&#233;crit la majorit&#233; francophone qu&#233;b&#233;coise comme une majorit&#233; fragile[xxvii]. Ce terme refl&#232;te pr&#233;cis&#233;ment sa situation linguistique. L'avenir du fran&#231;ais au Qu&#233;bec n'est jamais assur&#233;, il a &#233;t&#233; &#224; plusieurs reprises en danger et il exige une intervention &#233;tatique forte pour subsister dans un contexte hostile &#224; son d&#233;veloppement o&#249; il est enclav&#233; par une langue et une culture imp&#233;rialiste. La loi 101 est un exemple de cette intervention, mais le financement du livre, du th&#233;&#226;tre, de la t&#233;l&#233;, du cin&#233;ma, de la recherche, des publications scientifiques et des m&#233;dias fait partie de ce qui permet la survie de cette culture[xxviii].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation de l'&#201;tat qu&#233;b&#233;cois et la mondialisation qui ont &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;s plus haut fragilisent plus encore cette majorit&#233;. Les structures qui permettent sa reproduction ne tiennent constamment qu'&#224; un fil, car toujours potentiellement remises en question, soit par le gouvernement qui les a mises en place, soit par un gouvernement ext&#233;rieur qui en conteste depuis des lustres la l&#233;gitimit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne s'agit pas ici de &#171; peurs &#187; irrationnelles, de traits psychologiques ou de traumatismes d'un triste pass&#233; qu'il faudrait maintenant savoir d&#233;passer. La disparition des conditions de reproduction de la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise, de sa culture et de ses institutions est une chose tout &#224; fait possible (elle a d'ailleurs failli se produire dans un pass&#233; pas si lointain). C'est d'abord un ensemble de faits historiques, g&#233;ographiques, linguistiques et d&#233;mographiques, qui posent ce probl&#232;me de fa&#231;on &#233;vidente. Mais il est amplifi&#233; par un contexte social propre qui n'a jamais permis d'assurer que certaines institutions soient pratiquement intouchables et fondamentales par leur inscription, par exemple, dans une constitution. Ces institutions &#233;tant constamment menac&#233;es, la fragilit&#233; persiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, aussi fragile soit-elle, la majorit&#233; est aussi&#8230; majoritaire. Elle a donc, en partie du moins, les ressources et les responsabilit&#233;s d'une majorit&#233;. Une de ces importantes responsabilit&#233;s c'est d'assurer que ses institutions soient justes et &#233;quitables pour tout le monde, en particulier pour les communaut&#233;s minoritaires. Or, trop souvent, ces responsabilit&#233;s, la majorit&#233; au Qu&#233;bec ne les prend pas. Tourn&#233;s vers notre fragilit&#233;, mais incapables d'y mettre fin en posant un geste clair, nous nous fermons les yeux sur nos pires travers et nous cultivons de tr&#232;s dangereuses id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On souhaiterait que notre propre fragilit&#233; nous rende sensible &#224; celles des autres, qu'elle nous rende accueillants et ouverts &#224; leur &#233;gard, malheureusement notre r&#233;action rel&#232;ve souvent du repli sur soi. C'est le caract&#232;re tragique de la majorit&#233; fragile qui n'a pas r&#233;ussi &#224; se prendre en main. Obs&#233;d&#233;e par son propre sort, elle ne voit pas que les pouvoirs et les institutions qu'elle a mises en place et qu'il lui faut prot&#233;ger ont aussi leur revers, leur part d'ombre. Quand on fait la lumi&#232;re sur cette part d'ombre, la majorit&#233; se braque se sentant vex&#233;e et attaqu&#233;e.[xxix] Comme si nous n'avions pas la maturit&#233; n&#233;cessaire pour admettre notre statut de majorit&#233; et les responsabilit&#233;s qui viennent avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, des groupes marginalis&#233;s ou minoritaires font &#233;tat de r&#233;alit&#233;s troublantes et nous peinons &#224; les entendre, voire nous leur reprochons de faire le proc&#232;s du Qu&#233;bec[xxx]. Plus encore, nous n'agissons pas pour changer clairement la donne avec les outils qui sont d&#233;j&#224; &#224; notre disposition face &#224; des probl&#232;mes que nous connaissons tr&#232;s bien. Nous pourrions d&#232;s aujourd'hui et sans la moindre peine poser tant de gestes d&#233;cisifs pour la vie de tellement de gens. Par exemple, reconna&#238;tre certaines langues (de l'inuktitut &#224; l'ab&#233;naki en passant par la langue des signes qu&#233;b&#233;coise &#8211; notons que certaines d'entre elles n'existent qu'ici dans le monde) et assurer leur p&#233;rennit&#233; ; proc&#233;der &#224; l'embauche de personnes issues de la diversit&#233; dans la fonction publique pour que celle-ci refl&#232;te la diversit&#233; r&#233;elle de la population ; mettre fin &#224; la pauvret&#233; et aux besoins criant d'acc&#232;s &#224; des services essentiels dans certaines communaut&#233;s autochtones, en collaboration avec elles et sans attendre le gouvernement f&#233;d&#233;ral ; reconna&#238;tre les dipl&#244;mes des nouveaux arrivants en d&#233;passant le corporatisme de certains corps de m&#233;tier ; &#233;tablir un processus de traitement des plaintes contre la police qui semble neutre et qui porte &#224; cons&#233;quences ; r&#233;gler les disparit&#233;s salariales qui subsistent encore &#8211; m&#234;me dans le secteur public &#8211; entre les hommes et les femmes ; offrir les soins de sant&#233; ad&#233;quats aux personnes qui sont sur le territoire du Qu&#233;bec, peu importe leur statut migratoire et sans d&#233;lais de carence. Ces gestes nous pourrions les poser maintenant. Ils ne nous mettraient pas en danger, bien au contraire, ils participeraient &#224; nous rendre plus fort&#183;e&#183;s, plus serein&#183;e&#183;s et &#224; nous sentir moins menac&#233;&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation de d&#233;pendance a men&#233; la majorit&#233; fragile non pas &#224; s'assumer, mais &#224; adopter le nationalisme des incapables. Quand ses tenants ont montr&#233; leurs &#233;videntes limites, les nationalistes irresponsables nous ont enfonc&#233; dans une dynamique encore plus malsaine avec nos concitoyen&#183;ne&#183;s marginalis&#233;s ou minoris&#233;s. Ces derniers ne sont plus seulement g&#234;nants, ils deviennent la source du danger qui menace l'&#233;quilibre pr&#233;caire de notre soci&#233;t&#233;. Cette id&#233;e tordue selon laquelle quelques centaines de milliers de personnes parmi les moins fortun&#233;es sont plus dangereuses que l'imp&#233;rialisme &#233;conomique et culturel qui nous entoure ou que la crise climatique qui nous guette rel&#232;ve soit du d&#233;lire, soit du d&#233;ni. Le d&#233;lire propre aux gens qui veulent oublier qu'ils ont choisi de ne pas s'attaquer aux vrais probl&#232;mes auxquels ils sont confront&#233;s. Le d&#233;ni de la prise de nos responsabilit&#233;s comme peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne b&#226;tit rien de bon en exaltant le sentiment national. Pas plus en nourrissant l'id&#233;e que nous sommes, par essence, meilleurs que les autres et que la nation est un objet immuable qu'il faut prot&#233;ger contre des attaques &#233;trang&#232;res. Tout ce qui reste de ces op&#233;rations de flatterie c'est un &#233;go surdimensionn&#233;, mais immanquablement fl&#233;tri par des d&#233;cisions dont nous ne sommes pas ma&#238;tres, ce qui g&#233;n&#232;re un dangereux ressentiment.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;La rupture est d&#233;j&#224; consomm&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture entre ind&#233;pendance et nationalisme est d&#233;j&#224; advenue. &#192; droite, les d&#233;s sont jet&#233;s et la Coalition avenir Qu&#233;bec (CAQ) a choisi son camp. Dans une r&#233;cente plaquette autopromotionnelle, le d&#233;put&#233; caquiste de Borduas, Simon Jolin-Barrette, &#233;crivait : &#171; Nul besoin d'&#234;tre un ind&#233;pendantiste exalt&#233; pour avoir l'avenir du Qu&#233;bec &#224; c&#339;ur. Nul besoin d'&#234;tre ind&#233;pendantiste pour &#234;tre nationaliste, et pour exiger que le Qu&#233;bec soit respect&#233; &#224; part enti&#232;re. &#187;[xxxi]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune avocat ambitieux a raison et s'inscrit parfaitement dans le nationalisme qui a domin&#233; la sc&#232;ne qu&#233;b&#233;coise des 20 derni&#232;res ann&#233;es. Il veut &#171; exiger &#187; qu'on respecte le Qu&#233;bec. Il ne veut pas d&#233;cider, il veut plaider. En effet, l'ind&#233;pendance devient, au mieux une menace utile (le couteau sur la gorge de L&#233;on Dion), au pire un encombrant projet &#224; remettre &#224; plus tard (selon la strat&#233;gie Lis&#233;e), mais elle n'est en rien n&#233;cessaire. D'o&#249; la pertinence de l'autonomisme ad&#233;quiste maintenant caquiste qui a, dans son ing&#233;nuit&#233;, au moins l'avantage de l'honn&#234;tet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Fran&#231;ois Simard, ancien ministre p&#233;quiste d&#233;sormais identifi&#233; &#224; la CAQ reprend le m&#234;me refrain, mais avec plus de profondeur[xxxii]. En se d&#233;solant de la ti&#233;deur nationaliste des &#233;lites actuelles, il croit qu'il est temps d'en finir avec le projet de pays d&#233;j&#224; refus&#233; deux fois par la population. Pour lui, cela nous permettrait enfin de reprendre les armes de d&#233;bats muscl&#233;s avec Ottawa pour n&#233;gocier une place au sein de la f&#233;d&#233;ration canadienne. Simard propose de troquer les chim&#232;res d'un pays qui ne vient jamais &#224; la r&#233;alit&#233; de notre place bien concr&#232;te dans le Canada. Cette place se prendrait, bien s&#251;r, au sein du syst&#232;me politique et &#233;conomique actuel auquel adh&#232;re par ailleurs le sociologue caquiste, qui se dit exc&#233;d&#233; par l'h&#233;g&#233;monie de la gauche au Parti qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le message de Jolin-Barette et de Simard est simple : parachevons la r&#233;gression nationaliste et d&#233;barrassons nous des encombrantes scories ind&#233;pendantistes. Finalement, tout ce qu'on veut c'est un sentiment national exacerb&#233; qui permet aux &#233;lites locales de mener leurs combats &#224; Ottawa en b&#233;n&#233;ficiant du support populaire. Que faut-il obtenir dans ces n&#233;gociations ? Plus de pouvoir pour les provinces, une meilleure reconnaissance du Qu&#233;bec au sein de la f&#233;d&#233;ration canadienne et peut-&#234;tre, avec un peu de chance, &#171; l'honneur et l'enthousiasme &#187; chers &#224; Brian Mulroney.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car voil&#224; toute la question pour la droite : la position humiliante du Qu&#233;bec, son honneur entach&#233;. Son honneur politique, quand un piteux Philippe Couillard re&#231;oit le camouflet d'un Justin Trudeau qui ne veut pas n&#233;gocier. Son honneur &#233;conomique quand il re&#231;oit plus de p&#233;r&#233;quation que les autres provinces. Pour laver l'honneur, il faut r&#233;duire l&#233;g&#232;rement la d&#233;pendance politique (en obtenant des bons deals avec Ottawa) et s'adapter le mieux possible &#224; notre d&#233;pendance &#233;conomique (en obtenant des bons deals avec les investisseurs &#233;trangers).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers la CAQ, la droite nationaliste a compl&#232;tement rompu avec l'ind&#233;pendance.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Ind&#233;pendance ou r&#233;signation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sortir du nationalisme, il ne reste que deux options : la r&#233;signation ou l'ind&#233;pendance. La r&#233;signation serait l'arr&#234;t d&#233;missionnaire du nationalisme actuel. Ne m&#234;me plus faire les fanfaronnades d'usage aujourd'hui, ne plus pr&#233;tendre &#224; rien. S'&#233;clipser &#224; la fois comme soci&#233;t&#233; et comme potentiel politique. Devenir un morceau de la courtepointe canadienne, revendiquer des droits &#224; la Cour supr&#234;me et s'int&#233;grer le mieux possible &#224; l'&#233;conomie mondialis&#233;e. Plus besoin de nationalisme, il n'y aura plus de pr&#233;tention &#224; quoi que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, n&#233;anmoins, une autre option pour sortir du nationalisme : l'ind&#233;pendance. Au Qu&#233;bec ce mot est accol&#233; &#224; d'&#233;tranges significations, il est compris comme une version &#171; pure et dure &#187; de ce qui a &#233;t&#233; appel&#233; la &#171; souverainet&#233; du Qu&#233;bec &#187;. Repla&#231;ons un peu le vocabulaire. La souverainet&#233; ce n'est pas l'ind&#233;pendance, c'est la capacit&#233; effective d'exercer un pouvoir politique dans un espace et un temps donn&#233;. Il y a d&#233;j&#224; de la souverainet&#233; au Qu&#233;bec, il y a m&#234;me une souveraine. Il y a aussi des petits espaces &#8211; que la constitution nomme comp&#233;tences &#8211; o&#249; chaque ordre de gouvernement exerce &#224; peu pr&#232;s sa souverainet&#233;. Preuve qu'on peut &#234;tre souverains, sans &#234;tre ind&#233;pendants. Il faut certes r&#233;gler la question de l'origine de la souverainet&#233; au Qu&#233;bec, qui doit venir du peuple[xxxiii] et non de la reine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fa&#231;on qu'a un peuple d'exercer sa souverainet&#233; est tr&#232;s simple, c'est de se former en assembl&#233;e constituante et d'&#233;tablir lui-m&#234;me les r&#232;gles de son vivre-ensemble en &#233;crivant une constitution. Beaucoup de peuples l'ont fait, le Qu&#233;bec peut le faire &#224; son tour. C'est le moment o&#249; l'on rompt avec le pouvoir royal et o&#249; l'on dit : non, le pouvoir qui institue la politique ici, c'est nous. On fait alors une br&#232;che dans le cadre f&#233;d&#233;ral et colonial. Mais ce geste de souverainet&#233; n'est qu'un premier pas et il ne garantit pas l'ind&#233;pendance. Dans beaucoup de r&#233;publiques le peuple est th&#233;oriquement souverain, mais l'ind&#233;pendance n'est pas pour autant acquise. Le peuple peut avoir d&#233;cid&#233; par un geste instituant de former une r&#233;publique (c'est l'expression de sa souverainet&#233;), mais il n'a pas n&#233;cessairement &#233;limin&#233; ce qui le rend politiquement et &#233;conomiquement d&#233;pendant. Ainsi, plusieurs peuples ont exerc&#233; leur souverainet&#233;, mais peu de nations sont r&#233;ellement ind&#233;pendantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, l'ind&#233;pendance, c'est arr&#234;ter de d&#233;pendre des autres pour prendre ses d&#233;cisions. C'est la fin de l'adolescence, c'est l'atteinte de la maturit&#233; pour un peuple, c'est la prise des responsabilit&#233;s. Pour atteindre l'ind&#233;pendance, il faut que la nouvelle constitution propose certains changements substantiels qui permettent au Qu&#233;bec de rompre avec la d&#233;pendance politique et &#233;conomique. Contrairement &#224; ce que soutiennent les tenants du souverainisme traditionnel au Qu&#233;bec, l'absence de contenu n'est pas un avantage, elle est en fait contre-productive car elle permet d'envisager une souverainet&#233; qui ne change rien &#224; nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est donc pas tellement qu'il faille une ind&#233;pendance qui m&#232;nera &#224; un pays &#171; &#224; gauche &#187; contre une ind&#233;pendance &#171; &#224; droite &#187; (les choix d&#233;mocratiques faits apr&#232;s l'ind&#233;pendance sauront bien nous dire l&#224;-dessus o&#249; loge le Qu&#233;bec), c'est simplement qu'il faut se donner des cadres pour qu'une v&#233;ritable ind&#233;pendance soit possible. Or, ces cadres ont plus souvent &#233;t&#233; pens&#233;s &#224; gauche qu'&#224; droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, il est crucial d'ouvrir imm&#233;diatement une discussion avec les peuples autochtones qui habitent le territoire du Qu&#233;bec, pour qu'ils puissent participer ou dialoguer avec notre processus de sortie du r&#233;gime colonial et, s'ils le souhaitent, &#233;tablir le leur propre. Avec ces peuples, toutes les options doivent &#234;tre sur la table &#8211; incluant les questions territoriales &#8211; car une condition &#224; l'ind&#233;pendance d'un peuple, c'est qu'il reconnaisse celle des autres. Il s'agit d'&#233;tablir un v&#233;ritable dialogue entre peuples dans l'esprit d'une d&#233;colonisation de notre rapport au Canada et des rapports que nous entretenons entre nous. Le r&#244;le de la majorit&#233; francophone dans ce processus est de se d&#233;faire &#224; la fois de son r&#244;le de colonis&#233; et de colonisateur, une t&#226;che collective complexe et exigeante, mais qui trouve sa solution dans des gestes politiques clairs et non dans la rh&#233;torique (qu'elle rel&#232;ve d'un nationalisme n&#233;ocolonial ou d'une approche proto-m&#233;tisse fleur bleue). Ce qui &#233;mergera lors de ce dialogue ou m&#234;me les conclusions de celui-ci peuvent ne pas nous plaire, mais la d&#233;marche n'est pas moins essentielle &#224; notre propre sortie de la d&#233;pendance. Toute ind&#233;pendance qui se ferait sans un tel processus serait factice car elle ne participerait pas &#224; d&#233;passer les tensions coloniales qui traversent encore nos r&#233;alit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports coloniaux sont le propre de la d&#233;pendance, il faut en sortir.[xxxiv]&lt;br class='autobr' /&gt;
En deuxi&#232;me lieu, il est crucial d'&#233;tablir dans la constitution &#224; la fois les institutions qui assurent la p&#233;rennit&#233; d'une soci&#233;t&#233; francophone en Am&#233;rique et le traitement &#233;quitable et juste des minorit&#233;s au sein de cette soci&#233;t&#233;. En brisant la d&#233;pendance politique au r&#233;gime f&#233;d&#233;ral et &#224; sa constitution par ces gestes, on brise la logique dans laquelle le nationalisme s'inscrit en ce moment. On d&#233;-fragilise la majorit&#233; en donnant une s&#233;curit&#233; &#224; ses institutions et, du m&#234;me geste, on d&#233;finit comme &#233;tant fondamentaux les droits des minorit&#233;s qui &#224; la fois vivent aux c&#244;t&#233;s de la majorit&#233; et la composent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il est n&#233;cessaire d'ouvrir toutes les discussions sur les questions &#233;conomiques, entre autre le rapport aux accords commerciaux, celui &#224; la monnaie canadienne et ceux des rapports &#233;conomiques avec les autres peuples. L'ind&#233;pendance exige de faire des choix sur ces questions. Peut-on &#234;tre ind&#233;pendants si nos lois peuvent &#234;tre invalid&#233;es ailleurs ? Peut-on &#234;tre ind&#233;pendants si nos choix mon&#233;taires ne sont pas pris chez nous ? Toutes ces questions, plusieurs peuples se les posent et donnent des r&#233;ponses diff&#233;rentes, il faudra les affronter directement pour savoir ce que l'ind&#233;pendance &#233;conomique veut dire pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, la souverainet&#233; est un geste, l'ind&#233;pendance exige un contenu qui r&#233;ponde au contexte de d&#233;pendance dans lequel se trouve le Qu&#233;bec. Le nationalisme n'est que le d&#233;ni de ce contexte de d&#233;pendance par le biais de l'exaltation de la nation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si nous empruntons le chemin de l'ind&#233;pendance, notre r&#233;flexion collective s'inscrira dans une tradition qui nous pr&#233;c&#232;de et qui a tent&#233; de penser comment pourrait s'articuler notre fa&#231;on de briser la d&#233;pendance politique et &#233;conomique ici, au Qu&#233;bec[xxxv]. Dans le d&#233;bat entourant l'&#233;criture d'une constitution, des d&#233;cennies de riches r&#233;flexions socialistes, f&#233;ministes, &#233;cologistes, antiracistes, autochtones et altermondialistes sur la souverainet&#233; et l'ind&#233;pendance alimenteront la gauche pour faire des propositions concr&#232;tes sur notre fa&#231;on de nous inscrire dans le monde par des r&#232;gles et des institutions. La droite politique, avec ses traditions et ses id&#233;es y participera aussi, mais elle aura le devoir d'expliquer comment ses propositions r&#233;pondent aux questions fondamentales que pose la prise de notre ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne sera plus question alors de demander des permissions, de se vanter et de flatter. Il sera question de prendre des d&#233;cisions face &#224; nos &#233;gaux et de vivre avec leurs cons&#233;quences. C'est &#233;conomique, comme politique. Nous pouvons faire des erreurs, mais ce seront nos erreurs, pas celles d'un autre gouvernement qu'on peut ensuite bl&#226;mer sans se sentir concern&#233;s.[xxxvi]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ind&#233;pendance, c'est l'entr&#233;e collective sur la sc&#232;ne de l'interd&#233;pendance globale. &#192; peine sommes-nous adultes que nous constatons notre grand besoin d'&#234;tre en relation avec les autres. Pour un pays, les autres ce sont les autres peuples du monde et les &#233;cosyst&#232;mes que nous habitons. Notre premier travail est de comprendre, &#233;couter, d&#233;couvrir ceux et celles avec qui nous partageons le monde. Cette compr&#233;hension exigera de participer &#224; sa transformation pour assurer sa survie[xxxvii]. Devenus ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, ces relations avec les autres nous participons &#224; les fixer : il n'y pas un ministre d'Ottawa qui &#233;coute nos dol&#233;ances, qui les met dans la grande liste de toutes les dol&#233;ances des autres provinces et qui fait son choix. Bien s&#251;r, il y a des rapports de pouvoir en jeu, mais nous y participons, nous cessons d'en &#234;tre les spectateurs.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;En finir avec la d&#233;pendance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; d'ind&#233;pendance n'a besoin d'aucune exaltation, d'aucun chauvinisme, d'aucune impression que nous serions meilleurs que d'autres. La volont&#233; d'ind&#233;pendance est fond&#233;e sur la r&#233;alit&#233; d'une communaut&#233; politique dont les fronti&#232;res sont politico-culturelles et non ethniques. Politiques, car il existe une s&#233;rie d'institutions (l'assembl&#233;e nationale, bien s&#251;r, mais surtout : un syst&#232;me d'&#233;ducation, un syst&#232;me de sant&#233;, des biblioth&#232;ques, des maisons de la culture, des m&#233;dias, une administration publique, un r&#233;gime fiscal, un code civil, un syst&#232;me d'aide sociale, etc.) qui regroupent tout le monde qui habite le Qu&#233;bec, peu importe son origine ou son lieu de vie sur le territoire (ces institutions sont des produits de notre monde actuel, elles ne sont pas parfaites et &#224; sauvegarder en l'&#233;tat, sans les remettre en question. Elles contiennent toujours une part d'ali&#233;nation). Culturelles, car il existe une s&#233;rie de r&#233;alit&#233;s culturelles (une langue commune et plusieurs langues minoritaires, un cin&#233;ma, des chansons, une litt&#233;rature, une r&#233;flexion scientifique, une architecture, un design, une fa&#231;on de prendre soin du territoire, une cuisine, un humour, des vedettes, des m&#339;urs et coutumes, etc.) qui se croisent et dans lesquelles &#233;volue la population du Qu&#233;bec (l&#224; encore, la culture est un espace tendu, qui contient sa part d'ombre). Au sens descriptif, il s'agit d'une soci&#233;t&#233;. Au sens politique, les gens qui habitent cette soci&#233;t&#233; forment un peuple qui peut prendre des d&#233;cisions de nature politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ind&#233;pendance consiste &#224; dire que ce peuple devrait pouvoir prendre ses d&#233;cisions par lui-m&#234;me. Je n'ai pas besoin d'aimer particuli&#232;rement les ougandais&#183;e&#183;s ou les guat&#233;malt&#232;ques pour dire qu'ils ont toute la l&#233;gitimit&#233; de prendre de fa&#231;on ind&#233;pendante l'ensemble des d&#233;cisions politiques qui les concernent. Ni d'ailleurs pour souhaiter, par solidarit&#233;, qu'aucun imp&#233;rialisme ne vienne contrevenir &#224; cette autod&#233;termination. Je peux m&#234;me aimer profond&#233;ment un peuple ou, au contraire, qu'il provoque chez moi de l'antipathie sans que cela ait de cons&#233;quences sur le fait qu'il doit &#234;tre libre. Pas besoin de nationalisme pour aimer la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les choses ne peuvent pas en rester &#224; des consid&#233;rations abstraites quand on souhaite transformer le monde et agir politiquement. Forc&#233;ment on &#233;volue dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e. Nous ne sommes pas des citoyen&#183;ne&#183;s du monde loin des institutions et des cultures. Nous baignons dedans. C'est le lieu de notre engagement, ce sont les gens et les institution que l'on aime et d&#233;teste tout &#224; la fois et avec qui, irr&#233;m&#233;diablement, on partage notre avenir. Ainsi, l'histoire fait que nous sommes au Qu&#233;bec et non ailleurs. Et qu'au Qu&#233;bec, la possibilit&#233; de prendre des d&#233;cisions de fa&#231;on ind&#233;pendante n'est pas r&#233;gl&#233;e. Qu'on le fasse parce qu'on pense que le droit &#224; l'autod&#233;termination vaut la peine en soi ou qu'on le fasse parce qu'avoir tous les pouvoirs politiques et &#233;conomiques sera n&#233;cessaire pour transformer la soci&#233;t&#233; devient une question s&#233;mantique, il en r&#233;sulte qu'il faut faire l'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mettre fin &#224; notre d&#233;pendance politique et &#233;conomique envers le colonialisme canadien et la mondialisation n&#233;olib&#233;rale n'exige aucun nationalisme. En fait, si on veut en finir avec le nationalisme, c'est avec la d&#233;pendance qu'il faut d'abord r&#233;gler nos comptes. La d&#233;pendance &#233;conomique au syst&#232;me mondialis&#233; et la d&#233;pendance politique au f&#233;d&#233;ralisme canadien. Par une situation historique complexe que j'ai tent&#233; de d&#233;crire ici, cette double d&#233;pendance participe &#224; cr&#233;er le nationalisme qui domine la politique qu&#233;b&#233;coise depuis 20 ans et qui nous conduit vers de dangereuses d&#233;rives aujourd'hui. En finir avec ces liens malsains de d&#233;pendance permet, &#224; gauche, de penser un projet de transformation sociale substantiel qui n'est pas balis&#233; par des fronti&#232;res politiques et &#233;conomiques impos&#233;es d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un grand merci &#224; Marianne Di Croce et &#224; Eric Martin qui ont relu ce texte et m'ont fait des commentaires pr&#233;cieux qui l'ont grandement transform&#233;. Merci aussi &#224; Julie Chateauvert et Jonathan Durand-Folco qui par leurs conseils et r&#233;flexions ont grandement nourri l'intuition &#224; l'origine de ce texte. Bien s&#251;r, tout ce beau monde n'a aucune responsabilit&#233; dans les inepties qu'on trouvera immanquablement dans ce texte, leurs contributions ont plut&#244;t tent&#233; de les limiter.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#8211;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un grand merci &#224; Marianne Di Croce et &#224; Eric Martin qui ont relu ce texte et m'ont fait des commentaires pr&#233;cieux qui l'ont grandement transform&#233;. Merci aussi &#224; Julie Chateauvert et Jonathan Durand-Folco qui par leurs conseils et r&#233;flexions ont grandement nourri l'intuitions &#224; l'origine de ce texte. Bien s&#251;r, tout ce beau monde n'a aucune responsabilit&#233; dans les inepties qu'on trouvera immanquablement dans ce texte, leurs contributions ont plut&#244;t tent&#233; de les limiter.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[i] Sur cette question, l'ouvrage suivant me semble bien exposer la complexit&#233; de cette p&#233;riode tout en gardant une approche critique : McRoberts, Kenneth et Dale Posgate, D&#233;veloppement et modernisation du Qu&#233;bec, Montr&#233;al : Bor&#233;al Express, 1983, 350 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
[ii] J'en ai d&#233;j&#224; parl&#233; dans les pages de cette revue &#224; partir de Parti Pris (&lt;a href=&#034;http://raisons-sociales.com/articles/trois-reflexions-charte-valeurs-quebecoises-partir-parti-pris/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://raisons-sociales.com/articles/trois-reflexions-charte-valeurs-quebecoises-partir-parti-pris/&lt;/a&gt;), mais pour une r&#233;flexion beaucoup plus &#233;tendue et nuanc&#233;e on consultera : Mills, Sean, Contester l'empire &#8211; Pens&#233;e postcoloniale et militantisme, Montr&#233;al : Hurtibise, 2011, 360 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
[iii] Ce n'est d'ailleurs pas le fait que du deuxi&#232;me r&#232;gne de Bourassa comme on le dira trop souvent, cachant avec complaisance les ignominies de la p&#233;riode p&#233;quiste s'&#233;tendant de la fin du r&#233;f&#233;rendum &#224; 1985. On y oublie alors les nombreux reculs sociaux caus&#233;s par les politique d'aust&#233;rit&#233; mise alors en place, l'adh&#233;sion &#224; la th&#232;se de la sauvegarde du dollars canadien fort, la loi sp&#233;ciale de 1982, la tentative de privatisation de la SAQ et bien d'autres b&#234;tises encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
[iv] Pour tout le d&#233;tail de cet argument voir : IRIS, D&#233;possession, une histoire &#233;conomique du Qu&#233;bec contemporain, Montr&#233;al : Lux &#233;diteur, 2015, 328 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
[v] G&#233;linas, Jacques B., Le virage &#224; droite des &#233;lites politiques qu&#233;b&#233;coises, Montr&#233;al : &#201;cosoci&#233;t&#233;, 2003, 248 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
[vi] Nombre de travaux de l'IRIS ont montr&#233; ces transitions dans le financement f&#233;d&#233;ral.&lt;br class='autobr' /&gt;
[vii] Voir : Savard-Tremblay, op. cit., p.57-111.&lt;br class='autobr' /&gt;
[viii] G&#233;linas, Jacques B., Le n&#233;olibre-&#233;change, L'hypercollusion business-politique, Montr&#233;al : &#201;cosoci&#233;t&#233;, 2015, 192 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
[ix] Denault, Alain, Offshore, Paradis fiscaux et souverainet&#233; criminelle, Montr&#233;al : &#201;cosoci&#233;t&#233;, 2010, 120 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
[x] On r&#233;pondra &#224; ceci que je vise donc un certain nationalisme et non pas le nationalisme en g&#233;n&#233;ral. On dira que le nationalisme que j'attaque est soit &#233;triqu&#233;, &#233;troit ou exacerb&#233;. Ou alors, dans le cas pr&#233;cis du Qu&#233;bec, on &#233;voquera &#8211; notamment pour ce que je pr&#233;senterai plus bas comme le nationalisme des incapables &#8211; l'expression &#171; affirmation nationale &#187;. Tout le monde a droit &#224; ses d&#233;finitions, bien s&#251;r, mais je veux prendre le temps ici d'expliquer en quoi, selon moi, je m'attaque &#224; tout le nationalisme qu&#233;b&#233;cois et non &#224; une simple version de celui-ci. Pour ce faire, je m'appui en partie sur une interpr&#233;tation maussienne du nationalisme que je puise dans Karsenti, Bruno et Cyril Lemieux, Socialisme et sociologie, Paris : &#201;ditions EHESS, 2017, 192 p. (Merci &#224; Jonathan Durand-Folco de me l'avoir fait conna&#238;tre). La conscience nationale &#8211; savoir qu'on existe dans une nation, qu'une nation est un fait social r&#233;el m&#234;me si elle est compos&#233; d'&#233;l&#233;ments imaginaires, y vivre et souhaiter s'y &#233;panouir individuellement et collectivement &#8211; n'est pas le nationalisme. Le nationalisme d&#233;signe une id&#233;ologie portant sur la nation (donc ce n'est pas non plus l'amour individuel de la nation ou de la patrie, qui n'est pas une id&#233;ologie construite et structur&#233;e &#8211; bien que le nationalisme puisse &#234;tre li&#233;, voire peut provoquer cet amour). Quand j'emploi nationalisme dans les pages qui suivent, je parle d'une id&#233;ologie qui f&#233;tichise la nation, qui la rend univoque et la dote d'une essence particuli&#232;re et d'une trajectoire &#171; naturelle &#187; (s'enrichir, &#233;tendre son influence, conqu&#233;rir, p&#233;ricliter, dispara&#238;tre, etc.). Le nationalisme ce n'est donc pas penser la nation ou souhaiter le meilleur pour le peuple qui vit en son cadre, sinon tout le monde qui pense ou fait de la politique dans le cadre national devient nationaliste et ce mot ne voudrait plus rien dire de sp&#233;cifique. Pour justifier l'existence du suffixe &#171; isme &#187; il faut un syst&#232;me de pens&#233;e organis&#233;. Pour reprendre l'ouvrage &#233;voqu&#233; plus haut : &#171; Loin de consid&#233;rer la nation de mani&#232;re sociologique, autrement dit loin de comprendre, de r&#233;fl&#233;chir et d'&#233;laborer le cadre qu'elle repr&#233;sente, le nationalisme la soustrait &#224; l'examen et la r&#233;duit &#224; un pr&#233;suppos&#233; non interrog&#233; &#187; (p.17). Cette f&#233;tichisation permet d'utiliser la nation &#224; des fins politiques pr&#233;cises, notamment en la portant aux nues ou en la pr&#233;sentant comme mise en p&#233;ril. Tout ceci n'emp&#234;che pas le nationalisme d'&#234;tre parfois ouvert et progressiste (comme le n&#233;onationalisme des ann&#233;es 1960-1970) ou d'&#234;tre tout le contraire en fonction de qui le porte. Le nationalisme s'adapte aussi, comme toute id&#233;ologie, au contexte politique et culturel dans lequel il &#233;volue. Je m'attaque ici au nationalisme qu&#233;b&#233;cois des 20 derni&#232;res ann&#233;es, non pas &#224; sa version &#233;triqu&#233;e ou ethnique, mais au nationalisme qu&#233;b&#233;cois en g&#233;n&#233;ral. Enfin, bien que je sois conscient que cette d&#233;finition ne fasse pas l'unanimit&#233; (mais quelle d&#233;finition du nationalisme fait donc l'unanimit&#233; ?), je crois qu'elle permet de rendre compte de la vaste majorit&#233; des usages du mot nationalisme et de la pratique politique du nationalisme dans l'espace public qu&#233;b&#233;cois. Il n'est donc pas question ni de contester l'existence de la nation, ni du peuple, mais de proposer d'abandonner une certaine habitude du discours et de l'action politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
[xi] Secr&#233;tariat aux affaires intergouvernementales canadiennes, Qu&#233;b&#233;cois, notre fa&#231;on d'&#234;tres canadiens, Politique d'affirmation du Qu&#233;bec et de relations canadiennes, Qu&#233;bec, Juin 2017, 180 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
[xii] &lt;a href=&#034;http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201705/31/01-5103184-quebec-relance-le-debat-constitutionnel.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201705/31/01-5103184-quebec-relance-le-debat-constitutionnel.php&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[xiii] &lt;a href=&#034;http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201711/25/01-5144809-conseil-de-la-caq-legault-mise-sur-une-politique-nataliste.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201711/25/01-5144809-conseil-de-la-caq-legault-mise-sur-une-politique-nataliste.php&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[xiv] &lt;a href=&#034;https://coalitionavenirquebec.org/fr/blog/2016/01/19/un-quebec-plus-riche-le-but-ultime-de-la-caq/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://coalitionavenirquebec.org/fr/blog/2016/01/19/un-quebec-plus-riche-le-but-ultime-de-la-caq/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[xv] Il a n&#233;anmoins op&#233;r&#233; un clair virage identitaire, pour s'en convaincre on lira Pelletier, Jacques, &#171; De la hantise identitaire &#224; l'islamophobie &#187; dans L'universit&#233; : Fin de partie et autres &#233;crits &#224; contre-courants, Montr&#233;al : Varia, 2017, p.75-109.&lt;br class='autobr' /&gt;
[xvi] &lt;a href=&#034;http://www.ledevoir.com/politique/quebec/480241/course-au-pq-les-grandes-entrevues-du-devoir-rouvrir-la-boite-de-pandore&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ledevoir.com/politique/quebec/480241/course-au-pq-les-grandes-entrevues-du-devoir-rouvrir-la-boite-de-pandore&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[xvii] &lt;a href=&#034;http://www.cliqueduplateau.com/2016/06/26/on-existe-silence-on-existe-silence/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cliqueduplateau.com/2016/06/26/on-existe-silence-on-existe-silence/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[xviii] &lt;a href=&#034;http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1058238/boeing-a-peut-etre-gagne-une-bataille-mais-la-guerre-est-loin-detre-finie-dit-couillard&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1058238/boeing-a-peut-etre-gagne-une-bataille-mais-la-guerre-est-loin-detre-finie-dit-couillard&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[xix] &lt;a href=&#034;http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1057994/projet-hydrocarbures-acceptabilite-sociale-philippe-couillard&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1057994/projet-hydrocarbures-acceptabilite-sociale-philippe-couillard&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[xx] Secr&#233;tariat de la condition f&#233;minine, Ensemble pour l'&#233;galit&#233; : Strat&#233;gie gouvernementale pour l'&#233;galit&#233; entre les femmes et les hommes vers 2021, Qu&#233;bec, 2017, p.108.&lt;br class='autobr' /&gt;
[xxi] &lt;a href=&#034;http://www.lapresse.ca/affaires/economie/quebec/201801/27/01-5151673-le-quebec-en-chine-au-bon-moment-et-dans-le-bon-creneau-se-felicite-couillard.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lapresse.ca/affaires/economie/quebec/201801/27/01-5151673-le-quebec-en-chine-au-bon-moment-et-dans-le-bon-creneau-se-felicite-couillard.php&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[xxii] Bouchard, Lucien, &#171; Conf&#233;rence de presse &#8211; Bilan de la session &#187;, 19 juin 1997 cit&#233; dans Savard-Tremblay, Simon-Pierre, L'&#201;tat succursale, La d&#233;mission politique au Qu&#233;bec, Montr&#233;al : VLB &#233;diteur, 2016, p.82-83.&lt;br class='autobr' /&gt;
[xxiii] &lt;a href=&#034;http://www.ledevoir.com/politique/quebec/392020/le-projet-de-charte-des-valeurs-est-depose&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ledevoir.com/politique/quebec/392020/le-projet-de-charte-des-valeurs-est-depose&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[xxiv] &lt;a href=&#034;http://www.journaldemontreal.com/2012/08/14/francois-legault-les-asiatiques-et-l039effort-si-c039etait-vrai&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.journaldemontreal.com/2012/08/14/francois-legault-les-asiatiques-et-l039effort-si-c039etait-vrai&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[xxv] &lt;a href=&#034;http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201710/24/01-5141079-loi-62-la-ministre-stephanie-vallee-se-contredit.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201710/24/01-5141079-loi-62-la-ministre-stephanie-vallee-se-contredit.php&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[xxvi] &lt;a href=&#034;http://www.lapresse.ca/actualites/national/201711/29/01-5145231-hausse-de-20-des-crimes-haineux-au-quebec.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lapresse.ca/actualites/national/201711/29/01-5145231-hausse-de-20-des-crimes-haineux-au-quebec.php&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[xxvii] Un grand merci &#224; Julie Chateauvert de m'avoir introduit &#224; cette notion, fort utile pour comprendre le Qu&#233;bec.&lt;br class='autobr' /&gt;
[xxviii] Reste &#224; voir encore comment on organise se financement, le choix de la cr&#233;ation d'entreprises culturelles selon la logique &#233;tasuniennes (surtout dans le cin&#233;ma) est contradictoire comme le montre : Desjardins, Denys, La Vie priv&#233;e du cin&#233;ma, Qu&#233;bec : Les films du Centaure, 2011, 240 minutes.&lt;br class='autobr' /&gt;
[xxix] Voir &#224; ce sujet : Conradi, Alexa, Les angles morts, Perspectives sur le Qu&#233;bec actuel, Montr&#233;al : Remue-M&#233;nage, 2017, 228 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
[xxx] &lt;a href=&#034;http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201703/27/01-5082800-lisee-reproche-a-couillard-de-faire-le-proces-des-quebecois.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201703/27/01-5082800-lisee-reproche-a-couillard-de-faire-le-proces-des-quebecois.php&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[xxxi] Jolin-Barrette, Simon, J'ai confiance, R&#233;flexions (sans cynisme) d'un jeune politicien, Montr&#233;al : Qu&#233;bec Am&#233;rique, 2018, p.39.&lt;br class='autobr' /&gt;
[xxxii] Simard, Jean-Fran&#231;ois, L'id&#233;ologie du hasard, Montr&#233;al : Fides, 2018, 199 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
[xxxiii] Voir sur l'id&#233;e de peuple &#8211; un terme qui pour moi comporte une plasticit&#233; politique et qui est loin d'&#234;tre une notion fig&#233;e &#8211; les r&#233;flexions, que je partage, de Conradi, op. cit., p.213-216. On pourra aussi lire : Alain Badiou, Pierre Bourdieu, Judith Butler, Sadri Khiari, Jacques Ranci&#232;re, Georges Didi-Huberman, Qu'est-ce qu'un peuple ?, Paris : La Fabrique, 2013, 124 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
[xxxiv] Une voix tr&#232;s convaincante &#224; cet &#233;gard est celle de Ma&#239;t&#233;e Labrecque-Saganash dont on peut lire les &#233;clairantes chroniques dans le quotidien montr&#233;alais M&#233;tro. Dans les pages de la pr&#233;sente revue on lira le tr&#232;s int&#233;ressant texte de B&#225;lint Demers qui, bien que je ne partage pas certaines de ses affirmations, a l'avantage de poser comme essentiel le maillage des processus de d&#233;coloniation des diff&#233;rents peuples pr&#233;sents sur le territoire : &lt;a href=&#034;http://raisons-sociales.com/articles/notes-populisme-quebecois/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://raisons-sociales.com/articles/notes-populisme-quebecois/&lt;/a&gt; . Enfin, plus largement sur les dynamique coloniales on lira le tout r&#233;cemment traduit Coulthard, Glen, Peau rouge, masques blancs, Contre la politique coloniale de la reconnaissance, Montr&#233;al : Lux, 2018, 368 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
[xxxv] Voir : Martin, Eric, Un pays en commun, Socialisme et ind&#233;pendance au Qu&#233;bec, Montr&#233;al : &#201;cosoci&#233;t&#233;, 2017, 265 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
[xxxvi] Voir &#224; cet &#233;gard les arguments convaincants de : Aussant, Jean-Martin, La fin des exils, R&#233;sister &#224; l'imposture des peurs, Montr&#233;al : Documents, 2017, p.76-95.&lt;br class='autobr' /&gt;
[xxxvii] &#192; ce sujet, lire l'important Casselot, Marie-Anne et Val&#233;rie Lefebvre-Faucher, Faire partie du monde, r&#233;flexion &#233;cof&#233;ministes, Montr&#233;al : Remue-M&#233;nage, 2017, 176 p.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La gauche face &#224; l'ind&#233;pendance</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-gauche-face-a-l-independance</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/La-gauche-face-a-l-independance</guid>
		<dc:date>2018-03-13T12:22:26Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;line Hequet</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats</dc:subject>
		<dc:subject>Ind&#233;pendance et projet de soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-03-13</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Si on est l&#224; aujourd'hui, je pense que c'est &#224; cause de cette toute petite phrase qui s'est gliss&#233;e dans l'entente de fusion entre QS et ON en novembre dernier : &lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi les sources d'oppression d&#233;nonc&#233;es par le parti unifi&#233; dans ses communications publiques et la promotion de ses id&#233;es, le r&#233;gime colonial canadien sera plac&#233; au m&#234;me niveau d'importance que le n&#233;olib&#233;ralisme. Par ailleurs, le &#171; Qu&#233;bec-bashing &#187; sera d&#233;nonc&#233; et combattu par le parti unifi&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; &#199;a a amen&#233; plusieurs personnes &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Debats-" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Debats-515-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Independance-et-projet-de-societe-+" rel="tag"&gt;Ind&#233;pendance et projet de soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-03-13-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-03-13&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton33972-b67f0.png?1674912260' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Si on est l&#224; aujourd'hui, je pense que c'est &#224; cause de cette toute petite phrase qui s'est gliss&#233;e dans l'entente de fusion entre QS et ON en novembre dernier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Parmi les sources d'oppression d&#233;nonc&#233;es par le parti unifi&#233; dans ses communications publiques et la promotion de ses id&#233;es, le r&#233;gime colonial canadien sera plac&#233; au m&#234;me niveau d'importance que le n&#233;olib&#233;ralisme. Par ailleurs, le &#171; Qu&#233;bec-bashing &#187; sera d&#233;nonc&#233; et combattu par le parti unifi&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#199;a a amen&#233; plusieurs personnes &#224; se demander si le Qu&#233;bec &#233;tait r&#233;ellement une nation opprim&#233;e et m&#234;me &#224; se demander s'il s'agissait d'une nation tout court. C'est &#233;videmment le point d'achoppement majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains souverainistes ne se r&#233;clament pas du nationalisme mais, selon moi, si on voit l'ind&#233;pendance comme une fin en soi &#8211; c'est-&#224;-dire si on pense que de se s&#233;parer du reste du Canada, c'est positif en soi &#8211; c'est qu'on est forc&#233;ment nationaliste. On pense qu'on va lib&#233;rer la nation de ses cha&#238;nes ou que quelque chose comme un peuple va enfin pouvoir s'autod&#233;terminer. Selon moi, ces deux choses-l&#224; reviennent exactement au m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut difficilement y avoir de projet d'ind&#233;pendance qui ne soit pas bas&#233; sur le nationalisme. Sinon, sur quelle base d&#233;ciderait-on de l'&#233;chelle de la nouvelle soci&#233;t&#233; ? Si l'on veut se s&#233;parer, c'est qu'il y a forc&#233;ment quelque chose comme un &#171; nous &#187; et quelque chose comme un &#171; eux &#187; et que ces deux choses-l&#224; peuvent &#234;tre tranch&#233;es au couteau, puisque c'est ce qu'on pr&#233;tend faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule exception &#224; laquelle je puisse penser, c'est ce que j'appelle l'ind&#233;pendantisme opportuniste. On utiliserait la structure provinciale d&#233;j&#224; en place comme moyen pour r&#233;aliser un autre projet de soci&#233;t&#233; qui, lui, serait la v&#233;ritable fin. Mais encore faut-il que ce soit n&#233;cessaire ou m&#234;me souhaitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, si on &#233;lisait un gouvernement de Qu&#233;bec solidaire &#224; l'&#233;chelle provinciale et que celui-ci voulait changer le mode de r&#233;mun&#233;ration des m&#233;decins &#8211; un exemple anodin &#8211; on pourrait d&#233;cider de d&#233;chirer nos chemises et de se s&#233;parer pour faire ce qu'on veut et hop ! pu de cr&#233;dit d'imp&#244;t. Je reviendrai sur l'ind&#233;pendantisme opportuniste &#224; la fin de ma pr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour revenir &#224; l'ind&#233;pendance comme fin en soi, qui est maintenant le projet de Qu&#233;bec solidaire &#8211; qui souhaite d&#233;noncer le &#171; Qu&#233;bec bashing &#187; sur toutes les tribunes &#8211; je pense que c'est important de souligner que le nationalisme, c'est un projet qui est, par d&#233;finition, bas&#233; sur &lt;i&gt;l'exclusion.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendons-nous, ce n'est pas forc&#233;ment mal en soi. Par exemple, dans le mouvement f&#233;ministe, les espaces non mixtes sont aussi bas&#233;s sur l'exclusion. Il faut alors d&#233;terminer qui est une femme et qui n'en est pas une et , oui, on d&#233;chire notre chemise l&#224;-dessus aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la m&#234;me chose avec la nation : il faut d&#233;terminer o&#249; elle commence et o&#249; elle finit et donc qui est dedans et qui est dehors. Les ind&#233;pendantistes de gauche pr&#233;tendent souvent qu'une chose telle qu'un nationalisme inclusif est possible. C'est-&#224;-dire qu'il est possible de r&#233;aliser un projet de soci&#233;t&#233; inclusif de certaines personnes et exclusif de d'autres. &#201;videmment, je pense qu'il s'agit d'une acrobatie assez complexe &#224; r&#233;aliser, sinon je ne serais pas ici et on serait tous encore en train de lire le journal en pyjama.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, comment d&#233;termine-t-on qui est dans la nation ? &#201;videmment, tous les progressistes qui ont encore leur t&#234;te tiennent &#224; se distinguer du nationalisme ethnique, qui ne reconna&#238;t comme membres de la nation que les gens de descendance canadienne-fran&#231;aise. Puisque cette posture est raciste, les s&#233;paratistes de gauche se r&#233;clament du nationalisme &lt;i&gt;civique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le probl&#232;me, c'est que la distinction entre les deux types de nationalismes n'est pas aussi radicale que ce que l'on pr&#233;tend&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rogers Brubaker, &#171; The Manichean Myth : Rethinking the Distinction Between (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La v&#233;rit&#233;, c'est que si on d&#233;finit le nationalisme ethnique comme fond&#233; uniquement sur les liens de sang, &#231;a ne correspond pratiquement &#224; aucun mouvement r&#233;el. La plupart de ces mouvements &#171; r&#233;ellement existants &#187; (les Basques, les Croates, les G&#233;orgiens) comportent aussi une importante dimension &lt;i&gt;culturelle.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne voit alors plus tr&#232;s bien la diff&#233;rence avec le nationalisme civique. Mais si on inclut la dimension culturelle dans la d&#233;finition du nationalisme ethnique, alors on peut soudainement y associer la plupart des mouvements, comme les Catalans ou les &#201;cossais qui, eux, se r&#233;clament pourtant du nationalisme civique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, si on enl&#232;ve l'aspect culturel du nationalisme civique, la nation ne devient alors qu'une association volontaire d'individus qui ne portent pas de marqueur culturel particulier, une association qui serait &#224; renouveler chaque jour. &#201;videmment, dans la vraie vie, il n'y a pas de nation qui corresponde &#224; cette abstraction-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;finition moins restrictive serait celle d'une entreprise collective bas&#233;e sur un consentement individuel &#224; adh&#233;rer &#224; des valeurs, des institutions et une identit&#233; communes. &#199;a sonne bien quand on le dit comme &#231;a, mais je ne comprends pas comment on peut ne pas faire le lien entre un projet national bas&#233; sur l'adh&#233;sion &#224; des valeurs communes et la charte des valeurs, tellement d&#233;cri&#233;e dans les rangs de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles seraient les valeurs propres &#224; la nation qu&#233;b&#233;coise qui ne seraient pas souhaitables pour le reste du Canada ? Et qui ne seraient pas d&#233;j&#224; garanties par la Charte des droits et libert&#233;s ? Que ferait-on des citoyens et des citoyennes qui ne les respectent pas ? En fait, cette d&#233;finition, m&#234;me si elle sonne bien, n'est pas vraiment performative, parce qu'elle ne permet pas de dire qui fait partie de la nation et qui n'en fait pas partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon moi, il n'y a pas de bonne fa&#231;on d'&#234;tre Qu&#233;b&#233;cois.e. Lorsqu'on ne respecte pas les lois, les r&#232;gles que l'on s'est fix&#233;es en commun, on paye une amende, on fait des travaux communautaires ou on va en prison, mais on n'arr&#234;te pas d'&#234;tre Qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pareil pour l'adh&#233;sion volontaire &#224; une identit&#233; collective. Il y a certainement des gens au Qu&#233;bec qui s'identifient davantage au Canada. Qu'est-ce qu'on ferait d'eux si jamais le Qu&#233;bec devenait ind&#233;pendant ? Il y a aussi des gens qui s'identifient davantage avec leur pays de naissance qui n'est pas le Canada. Sont-ils des tra&#238;tres &#224; la nation ? &#199;a nous am&#232;ne donc &#224; nous demander si &#234;tre Qu&#233;b&#233;cois, c'est davantage que d'avoir une carte soleil (ce qui est d&#233;j&#224; pas mal, si on se compare aux Am&#233;ricain.e.s). C'est-&#224;-dire, est-ce que c'est vraiment autre chose que d'&#234;tre r&#233;sident.e permanent.e sur le territoire du Qu&#233;bec ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entends &#201;ric Martin grommeler dans le fond de la salle que ce que je d&#233;cris, c'est l'effondrement des communs, l'av&#232;nement de la postmodernit&#233;, voire la mort du monde. Mais je fais juste relever que les &#171; communs &#187; dont on parle, ce ne sont pas ceux de tous le monde, ce sont ceux de la majorit&#233;. Les gens peuvent habiter sur le territoire qu&#233;b&#233;cois et partager une langue, une histoire commune, une culture, mais ils ne le font pas forc&#233;ment. Et lorsqu'ils ne le font pas, ils sont encore Qu&#233;b&#233;cois.e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des gens au Qu&#233;bec qui ne parlent pas Fran&#231;ais et si le Qu&#233;bec se s&#233;pare, ils seront encore l&#224;. Il y a des gens qui sont des immigrants de premi&#232;re g&#233;n&#233;ration, comme Sybel &#8211; si je ne m'abuse &#8211; et moi, qui ne partagent pas d'office l'histoire du groupe majoritaire. Ils doivent en apprendre les grandes lignes pour avoir leur citoyennet&#233;, mais peut-on les forcer &#224; d&#233;velopper un rapport &#233;motif avec elles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des gens qui n'adh&#232;rent pas &#224; la culture majoritaire, qui mangent &#233;pic&#233; ou qui vont &#224; la mosqu&#233;e ou n'&#233;coutent que de la musique et des s&#233;ries am&#233;ricaines. Et alors ? En aucun cas ces personnes ne sont-elles moins qu&#233;b&#233;coises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles sont qu&#233;b&#233;coises parce qu'elles sont n&#233;es au Qu&#233;bec ou ont &#233;t&#233; admises sur le territoire Qu&#233;b&#233;cois, soit par n&#233;cessit&#233; &#233;conomique, pour retrouver des familles ou pour prot&#233;ger des gens dont la vie est menac&#233;e. Si elles ont envie de se rallier &#224; un projet commun, un projet de gauche esp&#233;rons-le, h&#233; bien tant mieux. &#192; nous de les convaincre. Mais jamais &#231;a ne sera 100% de la population, sinon &#231;a voudrait dire que nous vivons sous un r&#233;gime totalitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce que je viens d'expliquer, &#231;a peut avoir l'air abstrait, mais ce que j'essaye de montrer, c'est &#224; quel point il est difficile de tracer les contours du &#171; nous &#187; autrement qu'en suivant les fronti&#232;res du Qu&#233;bec. Et si le nous, ce sont simplement les gens qui habitent &#224; l'int&#233;rieur de ces fronti&#232;res-l&#224;, on peut se demander pourquoi il faudrait se s&#233;parer du reste du Canada ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, si on se rapporte au fameux point 9 de l'entente, on sait que c'est parce qu'il est pr&#233;sum&#233; que les habitant.e.s du territoire du Qu&#233;bec sont discrimin&#233;.e.s. &#199;a veut dire que quelqu'un, quelque part dans le ROC, a &#233;t&#233; capable de discerner un &#171; eux &#187; per&#231;u comme inf&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a &#233;t&#233; vrai pendant longtemps au sujet de Canadien.ne.s de langue fran&#231;aise. Comme je viens d'argumenter, &#231;a ne concernait donc pas l'ensemble des habitant.e.s du Qu&#233;bec, mais disons une bonne majorit&#233;. Si seulement cette discrimination &#233;tait encore d'actualit&#233;, les minorit&#233;s non discrimin&#233;es du Qu&#233;bec (les minorit&#233;s de la minorit&#233;) pourraient se rallier par solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on n'a, &#224; ma connaissance, pas d'indicateur empirique en ce sens. &#201;conomiquement, les revenus m&#233;dians sont comparables entre les deux groupes linguistiques ; politiquement, les francophones sont bien repr&#233;sent&#233;.e.s, aussi bien sur la sc&#232;ne provinciale que f&#233;d&#233;rale ; culturellement, on pourrait difficilement argumenter que le Qu&#233;bec est &#224; l'agonie quand les gens du reste du pays se ruent ici pour venir s'amuser. Je ne sais pas si vous avez d&#233;j&#224; essay&#233; de passer vos vacances dans une autre province du Qu&#233;bec pendant Hochelaga, mais les gens vous regardent comme si vous &#233;tiez un.e demeur&#233;.e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les francophones restent minoritaires aujourd'hui, ils ne sont donc plus discrimin&#233;s. Il faut bien s&#251;r continuer de prot&#233;ger les droits linguistiques de cette minorit&#233;, comme on tente de prot&#233;ger les droits de toutes les minorit&#233;s au pays. Mais pour &#231;a, on a d&#233;j&#224; la loi 101. En plus, il y a aussi des francophones &#224; l'ext&#233;rieur du Qu&#233;bec et leur situation deviendrait beaucoup plus pr&#233;caire si la majorit&#233; des francophones quittaient le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines personnes argumentent que m&#234;me si les Canadien.ne.s de langue fran&#231;aise ne sont plus &#224; proprement parler discrimin&#233;.e.s, la nature de l'&#201;tat canadien est telle qu'il faudrait fuir au plus vite. L'&#201;tat canadien serait intrins&#232;quement capitaliste, patriarcal, colonialiste. Bref, tout ce qu'on n'aime pas. Et pour une raison myst&#233;rieuse, le Qu&#233;bec serait tout le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, on n'a pas besoin d'attendre une s&#233;paration pour constater que c'est totalement faux, puisque nous avons d&#233;j&#224; notre propre pallier gouvernemental et qu'il est tout aussi capitaliste, patriarcal et colonialiste. Sinon, on se demande pourquoi on aurait &#233;lu des n&#233;olib&#233;raux qui sont en train de pousser les infirmi&#232;res au bord de la crise de nerfs. On ne sait pas pourquoi cela changerait soudainement advenant une s&#233;paration. C'est comme si l'on voyait l'&#201;tat canadien comme quelque chose de fig&#233; et d'ext&#233;rieur &#224; nous. L'&#201;tat qu&#233;b&#233;cois serait, au contraire, comme un lieu de pouvoir &#224; investir. Mais il n'y a rien qui justifie ce traitement diff&#233;rentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a nous ram&#232;ne donc &#224; la question de la strat&#233;gie, puisque j'ai dit au d&#233;but que j'allais y revenir. Serait-il n&#233;cessaire ou m&#234;me souhaitable d'utiliser de fa&#231;on opportuniste la structure provinciale d&#233;j&#224; en place pour fonder un nouveau pays ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai l'impression qu'on fait face ici &#224; une logique circulaire. Beaucoup de militant.e.s de gauche vont s'investir dans des structures provinciales comme QS parce qu'ils s'identifient davantage au Qu&#233;bec qu'au Canada. Ceux et celles qui arrivent ensuite vont aller l&#224; o&#249; il y a d&#233;j&#224; de l'action, c'est-&#224;-dire &#224; l'&#233;chelle provinciale. Puis on utilise l'argument selon lequel les progressistes du Qu&#233;bec sont surtout mobilis&#233;.e.s &#224; l'&#233;chelle de la province pour dire que cette province devrait se s&#233;parer pour r&#233;aliser son projet de soci&#233;t&#233;. Mais on aurait tr&#232;s bien pu se mobiliser &#224; une autre &#233;chelle. On utilise le sentiment d'appartenance nationale pour stimuler l'engagement &#224; l'&#233;chelle &#171; nationale &#187;, puis on utilise l'ampleur de cet engagement comme preuve qu'il existe bien quelque chose tel qu'une nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si l'&#201;tat canadien est si pourri que &#231;a, pourquoi y laisserait-on les autres Canadien.ne.s ? Habituellement, les s&#233;paratistes de la gauche radicale comme la CUP &#8211; en Catalogne &#8211; vont argumenter que n'est pas &lt;i&gt;contre&lt;/i&gt; les autres travailleurs et travailleuses. Mais de toute &#233;vidence, ce n'est pas avec eux et elles non plus. Pourquoi ? C'est parce que l'on pense qu'il y a quelque chose comme un &#171; eux &#187; et un &#171; nous &#187;, ce qui nous ram&#232;ne &#224; l'argument du d&#233;but et la difficult&#233; de trancher qui appartient &#224; chacun des deux groupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que c'est vraiment difficile d'&#233;tablir des &#171; eux &#187; et des &#171; nous &#187; en dehors de r&#233;els rapports de domination entre les groupes. Pour moi, ce n'est plus le cas entre les Canadien.ne.s de langue fran&#231;aise et ceux et celles de langue anglaise. Si l'on pr&#233;tend combattre des syst&#232;mes tels que le capitalisme, alors la simple logique nous am&#232;ne &#224; conclure qu'il faut s'attaquer &#224; ceux et celles qui d&#233;tiennent les moyens de production et non prendre un d&#233;tour alambiqu&#233; par l'&#201;tat canadien pour faire croire que c'est pas parce qu'on aime pas les Canadien.ne.s anglais, mais finalement c'est &#231;a pareil.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rogers Brubaker, &#171; The Manichean Myth : Rethinking the Distinction Between 'Civic' and 'Ethnic' Nationalism &#187;, dans &lt;i&gt;Nation and National identity&lt;/i&gt;. (Zurich : R&#252;egger, 1999), p. 55-71.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un projet de pays contre la polarisation identitaire ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Un-projet-de-pays-contre-la-polarisation-identitaire</link>
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		<dc:date>2018-03-06T13:22:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Mouterde</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats</dc:subject>
		<dc:subject>Ind&#233;pendance et projet de soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-03-06</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Face &#224; l'ins&#233;curit&#233; et au repli identitaires caus&#233;s par la mondialisation n&#233;olib&#233;rale, le projet d'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec pourrait &#234;tre une voie de sortie&#8230; &#224; condition de prendre &#224; bras le corps la question sociale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; de la Revue Relations, num&#233;ro 794 - janvier-f&#233;vrier 2018 L'auteur, sociologue, philosophe et essayiste, vient de faire para&#238;tre Les strat&#232;ges romantiques. Rem&#233;dier aux d&#233;sordres du monde contemporain (&#201;cosoci&#233;t&#233;, 2017) &lt;br class='autobr' /&gt; Aujourd'hui au Qu&#233;bec, les interrogations autour de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Politique-" rel="directory"&gt;Politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Debats-515-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Independance-et-projet-de-societe-+" rel="tag"&gt;Ind&#233;pendance et projet de soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-03-06-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-03-06&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L137xH150/arton33886-340cf.png?1674912260' class='spip_logo spip_logo_right' width='137' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Face &#224; l'ins&#233;curit&#233; et au repli identitaires caus&#233;s par la mondialisation n&#233;olib&#233;rale, le projet d'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec pourrait &#234;tre une voie de sortie&#8230; &#224; condition de prendre &#224; bras le corps la question sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; de la &lt;a href=&#034;http://cjf.qc.ca/revue-relations/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Revue Relations&lt;/a&gt;, num&#233;ro 794 - janvier-f&#233;vrier 2018&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;L'auteur, sociologue, philosophe et essayiste, vient de faire para&#238;tre Les strat&#232;ges romantiques. Rem&#233;dier aux d&#233;sordres du monde contemporain (&#201;cosoci&#233;t&#233;, 2017)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Aujourd'hui au Qu&#233;bec, les interrogations autour de la question identitaire ou de l'immigration ne secouent pas seulement les partis de droite ou des forces politiques nationalistes comme le Parti qu&#233;b&#233;cois (PQ). Elles touchent aussi la gauche qu&#233;b&#233;coise dans son ensemble. Il suffit de penser aux d&#233;bats et questionnements passionn&#233;s qui ont eu cours &#224; Qu&#233;bec solidaire (QS) ces derni&#232;res ann&#233;es sur la la&#239;cit&#233; &#171; ouverte &#187; ou &#171; sans compromis &#187;, mais aussi aux possibles alliances &#224; nouer avec un PQ jug&#233; ou non trop x&#233;nophobe selon le camp o&#249; l'on se trouve ainsi que sur la meilleure mani&#232;re, quand on est progressiste, de faire &#233;chec &#224; la mont&#233;e du racisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche qu&#233;b&#233;coise &#8211; comme celle d'ailleurs en Occident &#8211; est donc elle aussi aux prises avec la question identitaire, mais sans qu'elle paraisse avoir a priori des solutions ad&#233;quates &#224; proposer. Elle est en effet partag&#233;e entre des r&#233;actions premi&#232;res faites de condamnations et de d&#233;nonciations virulentes et le souci de relativiser la port&#233;e de la question identitaire eu &#233;gard &#224; la question nationale, ou encore d'entreprendre une r&#233;flexion plus approfondie quant aux parades efficaces &#224; lui opposer. Car voil&#224; ce qui est inqui&#233;tant : pendant ce temps &#8211; malgr&#233; toutes les condamnations morales qui surgissent ici et l&#224; &#8211; les actes racistes, r&#233;actions x&#233;nophobes r&#233;currentes et projets politiques teint&#233;s de populisme de droite semblent se r&#233;pandre comme la peste sans qu'on ne parvienne &#8211; ne serait-ce que minimalement &#8211; &#224; en juguler la prolif&#233;ration. Qu'on pense par exemple &#224; l'attentat &#224; la grande mosqu&#233;e de Qu&#233;bec, en janvier 2017, ou, plus r&#233;cemment, &#224; l'apparition sur la sc&#232;ne m&#233;diatique du Qu&#233;bec des groupes La Meute ou Atalante, et &#224; la difficult&#233; d'en d&#233;l&#233;gitimer efficacement les interventions aupr&#232;s de la population, notamment &#224; propos de l'arriv&#233;e au Canada de demandeurs d'asile ha&#239;tiens qualifi&#233;s d'&#171; ill&#233;gaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des sympt&#244;mes pr&#233;sents depuis longtemps&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que le probl&#232;me ne date pas d'hier et qu'on en retrouve des sympt&#244;mes depuis longtemps. Rappelons-nous par exemple le fameux code de conduite d'H&#233;rouxville aux relents islamophobes, en 2007, ou encore la commission Bouchard-Taylor, dont aucune des propositions cl&#233;s n'a &#233;t&#233; accept&#233;e[1]. Et que dire de la &#171; Charte des valeurs &#187; pr&#244;n&#233;e par le PQ, instrumentalisant sans vergogne des sentiments islamophobes[2] ou, plus r&#233;cemment, des positions hautement m&#233;diatis&#233;es du chef du Parti qu&#233;b&#233;cois, Jean-Fran&#231;ois Lis&#233;e, &#224; propos de la burqa ou du burqini[3]. Pas de doute, depuis une dizaine d'ann&#233;es, il y a sur ces questions une sensibilit&#233; collective &#224; fleur de peau, de plus en plus pr&#233;occupante de par les remugles de x&#233;nophobie inqui&#232;te qui en &#233;manent et qui ne sont d'ailleurs pas propres au Qu&#233;bec. On les retrouve un peu partout dans les pays dits &#171; industrialis&#233;s avanc&#233;s &#187;, en particulier en Europe et aux &#201;tats-Unis, o&#249; des politiciens comme Marine Le Pen et Donald Trump font des ravages en surfant sans &#233;tats d'&#226;me sur la peur des &#233;trangers et la n&#233;cessit&#233; de s'en prot&#233;ger &#224; tout prix, cruellement m&#234;me, pourrait-on dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs l'ampleur du ph&#233;nom&#232;ne qui devrait nous mettre la puce &#224; l'oreille : des sensibilit&#233;s socialement aussi communes, des affects aussi collectivement partag&#233;s ne peuvent &#234;tre balay&#233;s du revers de la main ou minimis&#233;s, en les r&#233;duisant &#224; des r&#233;actions superficielles dont on pourrait facilement &#8211; &#224; condition de le vouloir fermement &#8211; venir &#224; bout, et qui seraient surtout le fruit &#8211; avance-t-on spontan&#233;ment &#224; gauche &#8211; de l'ignorance et de la m&#233;connaissance de l'autre ou encore du machiav&#233;lisme de d&#233;magogiques animateurs de radio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des transformations de fond&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ces ph&#233;nom&#232;nes d'intol&#233;rance grandissante ou d'hypersensibilit&#233; agressive &#224; la diff&#233;rence ethnoculturelle sont la cons&#233;quence de transformations &#233;conomiques, sociales, politiques et culturelles de fond dont on n'a pas suffisamment mesur&#233; la port&#233;e. Elles sont d'autant plus lourdes de cons&#233;quences qu'elles se renforcent mutuellement, en g&#233;n&#233;rant massivement, en particulier dans les pays du Nord, d&#233;sorientation, perte de sens, crise identitaire et ins&#233;curit&#233; collective chronique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s tout, si l'on combine le d&#233;ploiement sans frein d'un mode de r&#233;gulation n&#233;olib&#233;ral, avide de profits sonnants et tr&#233;buchants, &#224; la crise aigu&#235; des alternatives politiques ainsi qu'&#224; de nouvelles logiques culturelles nous conviant &#224; magnifier un pr&#233;sent sans cesse ressass&#233;, on aura l&#224; un cocktail de facteurs &#233;conomiques mais aussi socioculturels passablement d&#233;stabilisant et susceptible d'alimenter bien des angoisses collectives, avec en prime le surgissement de quelques-uns de ces monstres politiques auxquels les affects collectifs de peur d&#233;brid&#233;e peuvent si facilement redonner vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car d'un c&#244;t&#233;, marchandisation du monde oblige, nous voyons tous nos points de rep&#232;re sociaux et culturels se dissoudre ou se fragmenter un &#224; un et, de l'autre, nous avons l'impression d'entrer dans un univers incertain sur lequel nous n'avons aucune prise et qui semble nous proposer, de fa&#231;on chaque fois plus autoritaire, d'avoir pour seul id&#233;al commun d'appartenir &#224; un &#171; grand troupeau de consommateurs &#187;. D&#233;poss&#233;d&#233;s de sens &#224; donner &#224; notre vie comme de liens sociaux librement choisis &#224; travers lesquels nous pourrions nous affirmer, nous voil&#224; donc des sortes d'orphelins r&#233;duits &#224; la d&#233;sh&#233;rence et &#224; l'impuissance !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des identit&#233;s meurtries devenues meurtri&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi d'&#233;tonnant, alors, dans un tel contexte, que plusieurs d'entre nous puissent c&#233;der &#224; des tentations identitaires totalement improductives et croient voir dans l'autre &#8211; l'&#233;tranger, l'exil&#233;, le r&#233;fugi&#233; &#8211; un ennemi dangereux mena&#231;ant des identit&#233;s d&#233;j&#224; passablement meurtries qu'on voudrait d&#233;fendre farouchement, par tous les moyens possibles, fussent-ils meurtriers ? Se gorgeant au passage &#8211; par le biais d'un ennemi tout d&#233;sign&#233; transform&#233; en bouc &#233;missaire &#8211; de ce sentiment de puissance que procure l'appartenance &#224; un groupe qui s'est forg&#233; devant cette suggestive image d'adversit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La x&#233;nophobie ou les tentations racistes d'aujourd'hui renvoient donc &#224; des m&#233;canismes soci&#233;taux complexes sur lesquels les d&#233;nonciations morales ou les jugements vertueux &#224; l'emporte-pi&#232;ce n'ont gu&#232;re de prise ou qui sont bien inefficaces s'ils ne sont pas accompagn&#233;s d'une approche politique qui tienne compte des soubassements de nos soci&#233;t&#233;s, avec toutes les tensions et contradictions qui les traversent et s'y sont d&#233;pos&#233;es au fil de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le Qu&#233;bec, de par sa situation historique de nation minoritaire en mal de souverainet&#233; et de reconnaissance, est plus que tout autre pays susceptible de souffrir de ne pas pouvoir s'affirmer pour ce qu'il est, de ne pas pouvoir exister sans ambigu&#239;t&#233; comme peuple et comme nation &#224; part enti&#232;re aux yeux des autres nations de la terre. C'est m&#234;me ce qui d&#233;finit en grande partie son destin, constitue le fondement de son existence comme peuple. N'ayant pas r&#233;ussi &#224; gagner son ind&#233;pendance au XIXe si&#232;cle face &#224; la puissance coloniale britannique, le peuple du Qu&#233;bec n'en a pas moins jamais cess&#233;, sous une forme ou une autre, de r&#233;sister &#224; l'assimilation, de maintenir &#224; bout de bras &#8211; par-del&#224; les si&#232;cles &#8211; les sp&#233;cificit&#233;s de sa propre histoire, de sa langue et de sa culture. Mais sans jamais y arriver compl&#232;tement ; sans jamais parvenir &#224; &#234;tre, au sens profond du terme, &#171; ind&#233;pendant &#187; ; aux prises avec une identit&#233; pr&#233;caire, une identit&#233; sans cesse &#224; reconstruire, &#224; r&#233;affirmer et, d&#232;s lors, si facilement hant&#233;e, lors de p&#233;riodes incertaines et difficiles, par les tentations de l'ambivalence et de la frilosit&#233;, ou encore de la victimisation et du ressentiment, voire des identit&#233;s meurtri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aujourd'hui, nous traversons une p&#233;riode incertaine et difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire : la voie de l'ind&#233;pendance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit mieux, d&#232;s lors, ce qu'il serait possible de faire pour contrer &#8211; par-del&#224; les seuls jugements moraux st&#233;riles &#8211; ces tentations identitaires contemporaines si pr&#233;occupantes et r&#233;actives. Contre tous ces malaises soci&#233;taux d'aujourd'hui, ces frustrations et ces ressentiments collectifs raviv&#233;s par les logiques contemporaines de fragmentation-massification, il s'agirait de proposer une sorte d'antidote positif, inspirant et d&#233;lib&#233;r&#233;ment tourn&#233; vers l'avenir : un projet politique de vivre-ensemble soucieux du bien commun qui permette l'affirmation citoyenne de toute une collectivit&#233; &#224; renouveler. Comme le dit l'historien fran&#231;ais Patrick Boucheron dans son livre Conjurer la peur (Seuil, 2003) : &#171; Il existe une angoisse sourde qu'on doit &#171; a&#233;rer &#187;, en faisant quelque chose ensemble. &#187; Et aujourd'hui, bien des peuples de la terre ont besoin, pour faire face aux dangers n&#233;s de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale, de &#171; faire quelque chose ensemble &#187;, en particulier de r&#233;affirmer collectivement leur souverainet&#233; sur leurs propres conditions d'existence et de r&#233;aliser en quelque sorte &#171; une seconde ind&#233;pendance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, au Qu&#233;bec, nous avons peut-&#234;tre plus facilement qu'ailleurs la possibilit&#233; de redonner sens et force &#224; ces volont&#233;s ou aspirations si vitales d'affirmation nationale et communautaire, justement parce que nous pouvons les enraciner dans notre histoire, les arrimer concr&#232;tement aux luttes des g&#233;n&#233;rations pass&#233;es qui n'ont jamais cess&#233; d'&#234;tre en qu&#234;te d'affirmation, de souverainet&#233; ou d'ind&#233;pendance. &#192; condition, cependant, de le faire en se campant d'abord et avant tout sur le terrain politique de la citoyennet&#233;, pens&#233;e de la mani&#232;re la plus large et inclusive possible, en l'armant de la d&#233;fense d'une langue, d'une culture publique commune et d'un territoire partag&#233; et en lestant le projet d'ind&#233;pendance &#8211; comme l'avaient pens&#233; les Patriotes de 1837 &#8211; de valeurs politiques de gauche (celles de justice sociale, de d&#233;mocratie, de pluralisme, de tol&#233;rance et d'inclusion) permettant ainsi leur r&#233;alisation effective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc d'un projet politique de vivre-ensemble qui se fixe l'objectif d'une ind&#233;pendance progressiste ancr&#233;e dans la d&#233;fense collective du bien commun et qui embrasse d'un m&#234;me mouvement question nationale et question sociale. Cela aurait l'insigne avantage de r&#233;soudre bien des difficult&#233;s dans lesquelles se d&#233;bat la gauche aujourd'hui, notamment en faisant de la lutte pour l'ind&#233;pendance une lutte qui, en cette p&#233;riode difficile et incertaine, permettrait au Qu&#233;bec de contrer efficacement la mont&#233;e de l'intol&#233;rance, du racisme et de la peur. Non pas en brandissant une figure du peuple construite sur les seules bases ethniques, sombrant ainsi dans le pi&#232;ge des identit&#233;s meurtri&#232;res et de la stigmatisation de boucs &#233;missaires, mais en favorisant plut&#244;t &#8211; comme le propose entre autres la d&#233;marche constituante de Qu&#233;bec solidaire &#8211; la co-construction participative du pays du Qu&#233;bec avec ceux et celles qui pouvaient jusqu'ici s'en sentir exclus, notamment les peuples autochtones et les minorit&#233;s ethnoculturelles. Ce projet de pays ind&#233;pendant, b&#226;ti avec ces nouveaux alli&#233;s, pourrait redonner force &#224; un sentiment d'appartenance collectif et jeter les bases d'une communaut&#233; politique faisant d&#233;sormais bloc face aux tutelles grandissantes et d&#233;l&#233;t&#232;res de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple possible : celui de la la&#239;cit&#233;. Celle-ci pourrait &#234;tre d&#233;finie, avec toutes les nuances qui manquent tant aujourd'hui, sur le mode de l'ouverture, en tenant compte de la diversit&#233; dont est fait le Qu&#233;bec actuel, mais en ne craignant pas, en m&#234;me temps, d'affirmer ses propres principes r&#233;publicains (notamment celui de la s&#233;paration de l'&#201;tat et des institutions religieuses) et de les d&#233;fendre par l'interm&#233;diaire d'un &#201;tat qui n'a plus peur de s'imposer, tout &#224; la fois comme expression collective du bien commun et comme solide rempart contre les pr&#233;dations &#233;conomiques, &#233;cologiques et culturelles induites par les int&#233;r&#234;ts bien compt&#233;s d'une poign&#233;e de grands financiers et d'oligarques n&#233;olib&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend, dans ce contexte, combien la question de la lutte pour l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec devient, pour la gauche en g&#233;n&#233;ral et pour Qu&#233;bec solidaire en particulier, une question d'ordre strat&#233;gique prioritaire. Pas seulement comme &#233;l&#233;ment d'un programme qui en compte bien d'autres (le f&#233;minisme, l'&#233;cologie, la justice sociale, l'altermondialisme, etc.), mais comme seul projet capable d'articuler ensemble diff&#233;rentes luttes au sein d'un horizon de refondation par la base de l'&#201;tat qu&#233;b&#233;cois, permettant ainsi, en cette p&#233;riode difficile, de tenir en lisi&#232;re efficacement les monstres de la x&#233;nophobie grandissante ou du populisme de droite. Saura-t-on, &#224; gauche, en prendre acte et en saisir toute l'importance vitale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1]. N'ont &#233;t&#233; appliqu&#233;s ni le d&#233;placement du crucifix du Salon bleu de l'Assembl&#233;e nationale, ni l'interdiction des signes religieux pour les personnes en fonction d'autorit&#233; au sein de la fonction publique.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2]. &#192; titre d'exemple, la charte projet&#233;e visait &#224; bannir des institutions et des services publics les personnes portant des signes religieux apparents mais essentiellement associ&#233;s &#224; la pratique de l'islam, tout en autorisant la pr&#233;sence du cruci&#64257;x &#224; l'Assembl&#233;e nationale ou dans les conseils municipaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3]. &#171; En Afrique, les AK-47 sous les burqas, c'est av&#233;r&#233; &#187;, disait le chef p&#233;quiste. Voir Robert Dutrisac, &#171; Lis&#233;e propose une &#171; discussion &#187; sur l'interdiction de la burqa &#187;, Le Devoir, 17 septembre 2016.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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