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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Terres d'exil</title>
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		<dc:date>2018-01-23T15:48:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Manon Ann Blanchard</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2018-01-23</dc:subject>
		<dc:subject>Terres d'exil</dc:subject>

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&lt;p&gt;J'ai trouv&#233; ce billet un apr&#232;s-midi en fouillant dans un tiroir pour retrouver une facture. Il &#233;tait pli&#233; en quatre. &#192; le regarder, car je l'ai regard&#233;, tourn&#233; entre mes doigts et hum&#233; aussi, cherchant &#224; retrouver l'origine de cet ar&#244;me de foug&#232;re discret, mais ent&#234;t&#233;, &#224; contempler le petit billet pli&#233; en quatre, j'ai devin&#233; que c'&#233;tait de toi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je l'ai d&#233;pli&#233; d&#233;licatement, esp&#233;rant et redoutant d'y trouver ton &#233;criture, voix vivante, fr&#233;missante et pour moi irr&#233;m&#233;diablement perdue. Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Litterature-et-fiction-" rel="directory"&gt;&#201;crits et fiction&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-01-23-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-01-23&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH118/arton33391-b27ee.jpg?1676772075' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='118' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai trouv&#233; ce billet un apr&#232;s-midi en fouillant dans un tiroir pour retrouver une facture. Il &#233;tait pli&#233; en quatre. &#192; le regarder, car je l'ai regard&#233;, tourn&#233; entre mes doigts et hum&#233; aussi, cherchant &#224; retrouver l'origine de cet ar&#244;me de foug&#232;re discret, mais ent&#234;t&#233;, &#224; contempler le petit billet pli&#233; en quatre, j'ai devin&#233; que c'&#233;tait de toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai d&#233;pli&#233; d&#233;licatement, esp&#233;rant et redoutant d'y trouver ton &#233;criture, voix vivante, fr&#233;missante et pour moi irr&#233;m&#233;diablement perdue. Le papier bleu avait commenc&#233; &#224; jaunir aux encornures, je manipulai le tout avec crainte. La feuille &#233;tait couverte de ton &#233;criture et je souris au soleil qui m'&#233;clairait, &#224; la r&#233;miniscence heureuse qui m'assaillait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quand date le petit mot que je tiens entre mes doigts ? Ton &#233;criture danse pour moi comme ton corps ondoyait sous mes paumes, il y a d&#233;j&#224; longtemps. C'est un souvenir douloureux, affamant, qui me tord les tripes et m'&#233;blouit&#8230; Je me souviens, oui, de la fureur de nos chairs confondues, je reconnais la trace de tes dents sur mon &#233;paule et j'ai sous la langue le go&#251;t de tes hanches. Mes mains tremblent et la feuille fr&#233;mit curieusement, imitant le clapotement du ruisseau contre le roc. Tu coulais ainsi contre moi et moi en toi, il y a trop longtemps, un temps interminable que je re&#231;ois en plein c&#339;ur aujourd'hui. Je n'ai chant&#233; ou dans&#233; ma v&#233;rit&#233; qu'entre tes doigts. Et je voudrais danser, maintenant, pour c&#233;l&#233;brer le bonheur et la vie, et la faim qui m'obs&#232;de, me ramenant au d&#233;sir, &#224; mon c&#339;ur qui bat, &#224; tout mon corps f&#233;brile, terriblement, douloureusement, vivant. Mais, d&#233;sormais, il faudrait danser seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; es-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;###&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai cru te voir ce matin en sortant de chez moi. Il n'y a pas de hasard. Tes cheveux longs, ch&#226;tain tr&#232;s clair, &#233;taient rassembl&#233;s en une tresse qui d&#233;valait entre tes reins, tu tenais la main d'une enfant fort jolie qui me regarda un instant de ses yeux immenses. Je t'ai suivie, ta d&#233;marche dansante me menant dans la foule. Puis, je t'ai perdue au d&#233;tour d'une rue. J'ai march&#233; un temps, port&#233; par mon &#233;lan, puis j'ai ralenti le pas, avan&#231;ant de plus en plus lentement, jusqu'&#224; m'immobiliser. Dans ma poitrine se contractait p&#233;niblement mon c&#339;ur. Autour de moi, sur la place que les passants d&#233;sertaient peu &#224; peu, de hauts immeubles montaient la garde et je me sentais cern&#233;, &#233;cras&#233;. Je vis un banc, je m'y assis. Je contemplai l'horizon au-dessus des toits, l'azur pur et profond que tu aimais. Lorsque j'abaissai les yeux, tu me regardais en souriant, assise &#224; une terrasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;# # #&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que nos regards se sont crois&#233;s, j'ai eu le sentiment d'&#234;tre victime d'un envo&#251;tement. Pench&#233;e sur ton bol de caf&#233; au lait, tu avais lev&#233; bri&#232;vement les yeux et nous &#233;tions rest&#233;s interdits, charm&#233;s l'un devant l'autre. J'&#233;tais pris de vertige devant les deux yeux insondables qui me fixaient sans me voir, devant tout ton &#234;tre suspendu, immobile, attentif comme face &#224; une r&#233;v&#233;lation tr&#232;s grave dont on ne veut perdre la moindre parcelle. Ta bouche entrouverte, les petites narines de ton nez droit, palpitantes, l'ovale mince de ton visage et son teint de porcelaine, la longue m&#232;che de cheveux &#233;chapp&#233;e de ta natte me ram&#232;nent tout droit au temps o&#249; je t'aimais et o&#249; nous n'avions pas le droit de vivre ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;# # #&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'entends tes pas dans l'escalier, le cliquetis de tes clefs, tu entres dans le petit logement. C'est chez nous, ni chez toi, ni chez moi, un lieu perch&#233; sur la ville, o&#249; nous nous retrouvons parfois, un espace blanc que nous avons meubl&#233; de nos r&#234;ves, de notre d&#233;sir et o&#249; nous nous donnons rendez-vous lorsque la faim de l'autre nous tenaille cruellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu n'allumes pas. J'entends ton souffle flairer le vent, chercher mon parfum, puis marquer son approbation d'un l&#233;ger claquement des l&#232;vres. Je t'&#233;coute errer &#224; t&#226;tons dans l'ombre, &#224; la recherche des allumettes et des chandelles. Puis la clart&#233; m'inonde, chaude, rassurante comme tes doigts sur ma nuque.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;# # #&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu me regardes encore. Tu bois &#224; m&#234;me le bol le caf&#233; trop chaud sans r&#233;aliser que tu te br&#251;les. Je ne te l&#226;che pas des yeux, pareillement obnubil&#233;, enregistrant chaque d&#233;tail oubli&#233;, de la ligne du cou aux &#233;paules droites jusqu'aux seins plus pleins qu'autrefois et &#224; la jolie guipure bleue entrevue dans le d&#233;collet&#233; du cache-c&#339;ur de tricot de soie noire. Il faut refaire le tour de ce que je sais de toi, red&#233;couvrir ce que j'avais oubli&#233; et conqu&#233;rir ce que le temps t'a rajout&#233; : je voudrais baiser les petites rides fines &#224; la commissure de tes paupi&#232;res. Le temps se d&#233;pose sur toi sans te ravager. Tu as fini par r&#233;cup&#233;rer ta libert&#233; de mouvement : tu d&#233;poses ta tasse de caf&#233;, tu tentes de regarder ailleurs, mais tes yeux cent fois reviennent sur les miens : le sortil&#232;ge agit toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;# # #&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tu me rejoins sur le lit bas o&#249; je me suis blottie tout &#224; l'heure, tremp&#233;e de larmes. Il n'y a que nous deux, la lueur vacillante de la chandelle et, au loin, la ville, ses lumi&#232;res et son ronronnement repu qui nous parvient faible, feutr&#233;, assourdi. Quand ton grand corps puissant m'entoure, me cerne, je ne per&#231;ois plus rien du monde que les battements m&#234;l&#233;s de nos c&#339;urs. En moi, pourtant, une d&#233;chirure silencieuse et lente s'op&#232;re, le ciel de mes entrailles est transperc&#233; par un &#233;clair et longtemps apr&#232;s j'entends, moi, j'entends le tonnerre qui m'&#233;clate au c&#339;ur pendant que de mon sexe coule une pluie fine qui mouille, oui, qui mouille sur tes doigts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas pleurer. Je ne veux pas vomir. Je vais m'ouvrir sous la pouss&#233;e implacable de mon d&#233;sir, de ton d&#233;sir qui montent ensemble jusqu'&#224; ma conscience kal&#233;idoscop&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le mal vient de ce que je t'aime. Je m'en tirerais encore s'il n'y avait que le d&#233;sir, mais cet amour me tue, me foudroie, me fait rena&#238;tre, autre, &#233;trang&#232;re &#224; moi-m&#234;me, pr&#234;te &#224; tous les p&#233;rils. Et le p&#233;ril est l'ordinaire de cette ville en guerre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;# # #&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais que tu penses &#224; ce que nous f&#251;mes autrefois. Je ne pense moi-m&#234;me qu'&#224; cela. Chaque minute de chaque heure de ma vie depuis que nous nous sommes quitt&#233;s, il y a un instant fugace o&#249; je suis ravag&#233; par la douleur de t'avoir perdue. Le deuil, l'absence, tout l'autel des souvenirs que j'avais dress&#233; en m&#233;moire de nous, d'un morceau tendre et doux de moi-m&#234;me mort en exil, s'&#233;croule et s'embrase en cr&#233;pitant : tu es devant moi, accessible, &#233;mue, et tu ne t'es pas enfuie. J'avance la main comme pour v&#233;rifier que tu es vraiment l&#224;. Tu sursautes violemment. Puis ta main s'ouvre lentement et se pose, oiseau l&#233;ger, sur la mienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;# # #&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je t'aime et je tourne sous ta main, comme une b&#234;te qui fuit le feu avant de se r&#233;signer &#224; l'affronter. C'est ce que je fais en ouvrant ta bouche, son fruit m&#251;r et charnu, en la buvant, en te prenant &#224; pleines mains, en affilant ton plaisir au creux de mes seins, le long de mes doigts, au plus creux de mes reins. Nous feulons soudain, jumeaux dans l'apoth&#233;ose et sombrons sans nous d&#233;sunir. Rien de ce qui fait le monde ne nous rejoint plus. Chaque fois que nous nous retrouvons sous le regard de l'autre, nous atteignons une autre dimension de ce que nous sommes. Tu me dis souvent que c'est pire pour toi : que tu as le souffle coup&#233; quand tu penses &#224; ce lieu dominant la cit&#233;, &#224; nous deux dans le d&#233;sordre des draps. Je ne veux pas savoir qui de nous deux souffre le plus. Il nous suffit d'&#234;tre l'un &#224; l'autre d&#233;fendus et de tout braver pour nous &#233;chouer contre l'autre, r&#233;cif, phare aux confins de la nuit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;# # #&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne parlons pas. D&#233;j&#224;, avant, nous parlions peu. Je suis sans phrase. Tu es capable de longs silences, que tu meubles de tes regards, d'une activit&#233; sans tr&#234;ve et parfois d'une chanson qui descend en longues volutes vers les nu&#233;es de la ville. Nos paumes se racontent tout ce qui s'est pass&#233; depuis la derni&#232;re fois qu'elles se sont &#233;treintes. Rien n'a chang&#233;. Je le sais au rythme de ton sang sous mes doigts et au sourire serein qui t'&#233;claire depuis que je me suis assis devant toi. Elle est si risible aujourd'hui, la catastrophe qui nous avait s&#233;par&#233;s. Risible, ridicule, grotesque et path&#233;tique comme toutes les guerres qui d&#233;chirent le monde et s&#233;parent les amis, les familles, les amants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je porte tes doigts &#224; mes l&#232;vres. J'ai enfin cess&#233; d'&#234;tre seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;# # #&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ensuite... nos mains se repoussent, s'emm&#234;lent paumes &#224; paumes, doigts enchev&#234;tr&#233;s, se reconnaissent, dunes s&#232;ches aux soies tendues. Elles valsent, les mains, de concert sur le velours de la peau affam&#233;e de l'amant, de l'amante se mourant d'abreuver les d&#233;serts d'une solitude torride. Ne semblait-elle pas, jusqu'&#224; l'instant t&#233;nu o&#249; la peau effleure la peau, sans rem&#232;de ? Nous oublions tout &#224; cet instant o&#249; nos dermes confondus ne sont plus qu'un seul pouls, un corps multiforme, &#233;pars, gardant une coh&#233;rence propre aux gestes de l'amour. Nous oublions la faim, l'absence, le tabou et redevenons les amants n&#233;s l'un pour l'autre, destin&#233;s l'un &#224; l'autre par une loi ant&#233;rieure &#224; celle des hommes, une loi o&#249; la nature dicte aux &#234;tres la polarisation extr&#234;me qui les pousse l'un contre l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'oubliais tout cela dans tes bras, autrefois, mon amour, mais je ne peux ce soir oublier que je devrai peut-&#234;tre renoncer &#224; ce qui me vient de toi. Je perdrai pourtant, je le sais, la souffrance aigu&#235; qui aiguillonne cette nuit chacun de mes gestes, chacune de mes caresses. Elle s'endormira en moi, se lovera en mon c&#339;ur et resurgira un jour, fulgurante.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;# # #&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes lev&#233;s ensemble et sommes sortis dans cette ville, &#233;trang&#232;re encore, comme un couple banal et sans histoire. Je te suis. Je ne sais pas o&#249; nous allons. C'est un autre pays, c'est une autre ville. Je crois que nous allons chez toi. Nous entrons dans un immeuble haut, massif et gravissons les escaliers &#224; la vol&#233;e. Puis la porte s'ouvre sur un petit logement tout semblable &#224; celui de mes souvenirs et je croule sous les r&#233;miniscences, sous les ann&#233;es d'abandon, de solitude, d'errance, d'exil. Je coule entre tes bras ouverts, contre ta bouche fra&#238;che qui se refait mienne comme si jamais elle n'avait oubli&#233; l'empreinte de mes l&#232;vres. J'explore &#224; t&#226;tons, &#224; travers les v&#234;tements que je trousse, le corps havre qui m'accueille, me reprend, exacerb&#233; de d&#233;sir autant que je puis l'&#234;tre. Nous valsons jusqu'au mur, aveugles et sourds &#224; tout sauf aux coups de boutoir que nos corps, duellistes aim&#233;s, plus que d&#233;sir&#233;s, s'ass&#232;nent sans tr&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;# # #&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tes mains se crispent sur mes hanches et ton regard se plante dans le mien. Tu n'es jamais ailleurs quand nous nous aimons. Tu es l&#224;, intens&#233;ment, lumineusement, rien que pour moi. J'ai appris &#224; ne plus chercher derri&#232;re moi la femme que tu regardais avec autant de passion. Un jour, j'ai compris que tu &#233;tais aussi in&#233;luctablement riv&#233; &#224; moi que je pouvais l'&#234;tre &#224; toi. Jusque dans nos tabous les plus intimes, nos interdits les plus sacr&#233;s, nous nous rejoignons. Pourquoi a-t-il fallu que ce soit ceux-l&#224; m&#234;me que nous ayons &#224; traverser pour nous trouver ? Tes mains sur mes hanches se durcissent encore. Ton sexe entre enfin en moi. J'entre dans un plaisir centrifuge, dans un ouragan o&#249; nous tournoyons ensemble, de palier en palier, o&#249; ce qui semble la fin n'est que le d&#233;but d'un autre niveau de perception, de jouissance. Agripp&#233;s &#233;troitement &#224; l'autre, nous crevons nos &#226;mes de la surface jusqu'aux tr&#233;fonds, arm&#233;s d'un plaisir concentrique, au gr&#233; de flux et de reflux o&#249; nous nous laissons longtemps ballotter.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;# # #&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;clatons ensemble et les soubresauts du plaisir cachent mes sanglots. Le bonheur est douloureux. Je vivrai avec la folie, l'exaltation, la chance inou&#239;e de t'avoir retrouv&#233;e. Je murmure &#224; ton oreille : mon amour. Tu l&#232;ves la figure et chantes presque la r&#233;ponse, celle que je voulais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;# # #&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tu es l&#224; derri&#232;re moi, lov&#233; tout contre mon &#233;chine. Nous ne nous sommes pas encore s&#233;par&#233;s et nos corps et nos &#226;mes gardent de l'autre l'empreinte fid&#232;le. Pourtant, je te cache mes larmes et je te tais l'enfant de toi qui dort en mes flancs encore houleux. Cette souffrance silencieuse, je ne sais si je la revendiquerai, si vient un jour pour nous deux le temps des adieux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;# # #&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des pas retentissent dans l'escalier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore blottie contre lui, elle lui murmure &#224; l'oreille : &#171; Micha, ta fille arrive de l'&#233;cole. &#187; Ses yeux sont pleins d'une s&#233;r&#233;nit&#233; heureuse. Il titube jusqu'&#224; la fen&#234;tre : le logement domine la ville et au moment o&#249; l'enfant ouvre la porte, devant ses yeux &#233;tonn&#233;s qui sont d'elle et son sourire qui est de lui, il comprend que le bonheur est un autre exil o&#249; tous trois devront apprendre &#224; vivre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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