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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Afrique du Sud. Renverser la haine et combattre l'effet Trump</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Afrique-du-Sud-Renverser-la-haine-et-combattre-l-effet-Trump</link>
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		<dc:date>2025-03-04T06:35:33Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Bond </dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-03-04</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique du Sud</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique du sud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Parti pris &#183; Le crime de Stilfontein, o&#249; des centaines de mineurs artisanaux ont &#233;t&#233; affam&#233;s par la police sud-africaine, entre ao&#251;t 2024 et janvier, a de nouveau mis en lumi&#232;re la politique x&#233;nophobe de l'&#201;tat sud-africain. Ces ouvriers ill&#233;gaux, d&#233;sesp&#233;r&#233;s au point d'accepter des conditions de travail abominables, viennent souvent de pays limitrophes, comme le Mozambique, avec lesquels l'Afrique du Sud entretient des relations asym&#233;triques. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de afriquexxi 26 f&#233;vrier 2025 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-03-04-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-03-04&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Afrique-du-Sud-+" rel="tag"&gt;Afrique du Sud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Afrique-du-sud-1421-+" rel="tag"&gt;Afrique du sud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/47e00c09b7767492030a7f1c4b157c07.jpg-04154.webp?1781068617' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Parti pris &#183; Le crime de Stilfontein, o&#249; des centaines de mineurs artisanaux ont &#233;t&#233; affam&#233;s par la police sud-africaine, entre ao&#251;t 2024 et janvier, a de nouveau mis en lumi&#232;re la politique x&#233;nophobe de l'&#201;tat sud-africain. Ces ouvriers ill&#233;gaux, d&#233;sesp&#233;r&#233;s au point d'accepter des conditions de travail abominables, viennent souvent de pays limitrophes, comme le Mozambique, avec lesquels l'Afrique du Sud entretient des relations asym&#233;triques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de afriquexxi&lt;br class='autobr' /&gt;
26 f&#233;vrier 2025&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Patrick Bond&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette image montre un carrefour routier en ext&#233;rieur. &#192; gauche, un panneau marron avec un symbole de police indique &#034;SAPS Khuma&#034;, sugg&#233;rant la pr&#233;sence d'un poste de police local. &#192; droite, un panneau vert montre deux fl&#232;ches directionnelles : une vers &#034;Vermaasdrift&#034; et l'autre vers &#034;Stilfontein&#034;. L'environnement est caract&#233;ris&#233; par une v&#233;g&#233;tation verte et dense, avec quelques arbres en arri&#232;re-plan et un ciel nuageux, cr&#233;ant une atmosph&#232;re calme et naturelle. Le sol est asphalt&#233;, donnant l'impression d'une route peu fr&#233;quent&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des centaines de mineurs ont &#233;t&#233; affam&#233;s par la police &#224; Stilfontein, en Afrique du Sud.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169; Willem Cronje / Alamy&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article a initialement &#233;t&#233; publi&#233; le 30 janvier en anglais dans le &lt;a href=&#034;https://globallabourcolumn.org/2025/01/30/south-africas-stilfontein-mine-disaster-reveals-a-regional-labour-crisis/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Global Labour Column&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit de l'anglais par Michael Pauron&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant plusieurs mois, entre ao&#251;t 2024 et janvier, des centaines de mineurs du secteur informel, dans le centre de l'Afrique du Sud, ont &#233;t&#233; affam&#233;s par l'&#201;tat, ce qui a choqu&#233; le pays et le monde entier. Seule une centaine de corps ont &#233;t&#233; d&#233;couverts dans la mine de Stilfontein, &#224; proximit&#233; des &#233;quipements de sauvetage, alors que beaucoup d'autres se trouvent encore dans les profondeurs des mines d'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces cadavres marquent un point bas dans une lutte des classes explicite d&#233;guis&#233;e par une x&#233;nophobie rampante qui plaira &#224; Donald Trump. La perspective d'une visite de ce dernier &#224; Johannesburg en novembre, lorsque le pr&#233;sident Cyril Ramaphosa accueillera le sommet des dirigeants du G20, est ironique. Dans un discours prononc&#233; en novembre 2024 lors du G20 de Rio de Janeiro, Cyril Ramaphosa s'est insurg&#233; contre &#171; &lt;i&gt; l'utilisation de la faim comme arme de guerre, comme nous le voyons actuellement dans certaines parties du monde, notamment &#224; Gaza et au Soudan &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, quelques jours auparavant, le ministre &#224; la Pr&#233;sidence auquel Ramaphosa fait souvent appel pour expliquer au public la politique de l'&#201;tat, Khumbudzo Ntshavheni, avait justifi&#233; plusieurs semaines d'oppression polici&#232;re contre les mineurs de Stilfontein en les qualifiant de &#171; &lt;i&gt;criminels&lt;/i&gt; &#187; et en proclamant que la police devait &#171; &lt;i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.dailymaverick.co.za/article/2024-11-13-we-will-smoke-them-out-ntshavheni-talks-tough-amid-scepticism-over-number-of-zama-zamas-trapped-underground/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les faire sortir&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;. Au moment de cette d&#233;claration, cela faisait d&#233;j&#224; trois mois que les mineurs &#233;taient priv&#233;s de nourriture, d'eau et de m&#233;dicaments vitaux &#8211; par exemple, des antir&#233;troviraux renfor&#231;ant le syst&#232;me immunitaire pour les travailleurs vivant avec le VIH.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque plus de 1 800 mineurs de Stilfontein ont refait surface, ils ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s. La grande majorit&#233; d'entre eux sont des immigr&#233;s des pays voisins, travaillant dans des conditions infernales. Les travailleurs survivants, affam&#233;s pendant des semaines, avaient fini par se livrer &#224; l'anthropophagie sur leurs camarades d&#233;c&#233;d&#233;s et par manger des insectes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La moiti&#233; des r&#233;serves d'or de la plan&#232;te&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; environ deux heures de route au sud-ouest de Johannesburg, d'anciennes mines d'or &#233;tablies dans les ann&#233;es 1940-1960 s'&#233;tendent sur tout le paysage. Leur profondeur de 2,8 kilom&#232;tres &#8211; voire 4 kilom&#232;tres pour la mine de Carletonville, &#224; mi-chemin entre Stilfontein et Johannesburg &#8211; atteint le filon le plus prolifique du monde. En effet, l'or du Reef, d&#233;couvert au milieu des ann&#233;es 1880, repr&#233;sentait &#224; son apog&#233;e la moiti&#233; des r&#233;serves d'or historiques de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; c&#244;t&#233; de l'or, du diamant, du charbon, du platine, du mangan&#232;se, du minerai de fer et des autres filons miniers &#233;puis&#233;s qui ont fait la r&#233;putation de l'Afrique du Sud, on trouve les rebuts de la d&#233;gradation capitaliste : plus de 6 000 mines n'ont jamais &#233;t&#233; correctement ferm&#233;es. Consid&#233;r&#233;es comme &#233;puis&#233;es par l'exploitation mini&#232;re formelle, nombre d'entre elles sont aujourd'hui nettoy&#233;es par des mineurs artisanaux d&#233;sesp&#233;r&#233;s. Des r&#233;sidus subsistent &#8211; par exemple, dans les colonnes qui soutiennent des toits vieux de plus d'un si&#232;cle, ou dans les raclures le long des parois des tunnels &#8211; qui sont tous d'une dangerosit&#233; exceptionnelle. &#201;crivant sur les conditions de travail &#224; Stilfontein, le journaliste du&lt;i&gt; Sunday Times &lt;/i&gt; Isaac Mahlangu &lt;a href=&#034;https://www.timeslive.co.za/sunday-times/news/2025-01-19-how-death-stalked-stilfonteins-dark-stinking-depths/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;a d&#233;crit&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une hi&#233;rarchie souterraine dans laquelle ceux qui creusaient et exploitaient les mines aux niveaux les plus bas &#233;taient principalement des &#233;trangers, la majorit&#233; d'entre eux venant du Mozambique. Tr&#232;s peu de Sud-Africains faisaient ce travail. Ceux qui travaillaient &#224; des niveaux sup&#233;rieurs &#233;taient des tireurs de corde ou s'occupaient du traitement de l'or. La poussi&#232;re d'or &#233;tait la principale monnaie d'&#233;change pour l'achat de marchandises dans le magasin situ&#233; au niveau 10, dans les profondeurs du site.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un sac de 5 kilos de farine de ma&#239;s co&#251;te 5 000 rands, soit vingt-cinq fois son prix en surface. Un ouvrier lui a dit : &#171; &lt;i&gt;Un bouchon de Colgate [dentifrice] rempli d'or vaut 3 000 rands [environ 156 euros] sous terre, mais le magasin ne rend pas la monnaie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ils doivent mourir comme des rats &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des t&#233;moignages continuent d'&#233;merger sur la mani&#232;re dont la police et les administrateurs responsables de Stilfontein Gold Mining (qui avaient abandonn&#233; le site depuis longtemps) ont contribu&#233; &#224; cette tuerie. Bien que le capitalisme soit responsable de l'extr&#234;me irresponsabilit&#233; environnementale, sociale et &#233;conomique dans tout le Reef, de nombreuses personnes en Afrique du Sud ont &#233;t&#233; pouss&#233;es &#224; faire des remarques x&#233;nophobes et inhumaines. Elles ont &#233;t&#233; encourag&#233;es par des populistes de droite tr&#232;s en vue qui ont surf&#233; sur l'effet Trump.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la pression montait pour sauver la vie des mineurs, la ministre adjointe de la Police, Shela Polly Boshielo, a d&#233;clar&#233; : &#171; Nous cr&#233;ons un pr&#233;c&#233;dent en disant que les gens peuvent descendre sous terre, s'adonner &#224; l'exploitation mini&#232;re ill&#233;gale, obtenir tout l'argent et tout le reste, et que [le gouvernement viendra] ensuite les sauver... Nous n'avons m&#234;me pas affaire &#224; des Sud-Africains qui essaient de gagner leur vie. Ce n'est pas le cas. [Ces personnes] sont dans l'ill&#233;galit&#233;.{} &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vice-pr&#233;sident de l'Alliance patriotique, Kenny Kunene, a tenu des propos encore plus virulents : &#171; &lt;i&gt; Je n'ai aucune sympathie pour ceux qui sont morts en volant les richesses de notre pays... Je n'ai absolument aucune sympathie. Il faut qu'ils meurent tous comme des rats sous terre. Ils n'ont qu'&#224; br&#251;ler en enfer.&lt;/i&gt; &#187; Un th&#232;me r&#233;current est que les mineurs artisanaux volent la soci&#233;t&#233;, comme l'a laiss&#233; entendre un autre homme politique, le pr&#233;sident d'ActionSA et ancien maire de Johannesburg, Herman Mashaba, qui a d&#233;clar&#233; : &#171; &lt;i&gt;Personnellement, je n'ai aucune sympathie pour la criminalit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'aboutissement sanglant de politiques perfides &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la mi-janvier &#233;galement, le ministre des Ressources mini&#232;res et p&#233;troli&#232;res, Gwede Mantashe, a annonc&#233; ne pas &#234;tre d'accord avec des militants locaux qui proposaient la r&#233;gularisation de l'exploitation mini&#232;re artisanale, ce qui pour lui revenait &#224; demander que son minist&#232;re &#171; &lt;i&gt;accorde des licences aux Mozambicains, aux Zimbabw&#233;ens et aux ressortissants du Lesotho pour voler de l'or. C'est une activit&#233; criminelle. C'est une attaque contre [l']&#233;conomie [sud-africaine] commise par des ressortissants &#233;trangers pour l'essentiel &lt;/i&gt; &#187;. Mantashe a tent&#233; de chiffrer ce &#171; vol &#187; : &#171; &lt;i&gt;L'exploitation mini&#232;re ill&#233;gale est une guerre contre l'&#233;conomie... Ce sont des criminels qui attaquent l'&#233;conomie. Le commerce illicite de m&#233;taux pr&#233;cieux est estim&#233; en 2024 &#224; environ 60 milliards de rands [312 millions d'euros], une perte pour l'&#233;conomie du pays.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe trois r&#233;ponses possibles aux x&#233;nophobes. La premi&#232;re fait appel aux valeurs humanistes de base de l'&#171; ubuntu &#187; (&#171; &lt;i&gt; nous sommes ce que nous sommes gr&#226;ce aux autres&lt;/i&gt; &#187;). Le soutien syndical le plus actif est celui de Mametlwe Sebei, pr&#233;sident du Syndicat sud-africain des travailleurs des industries g&#233;n&#233;rales, qui est &#233;galement avocat sp&#233;cialis&#233; dans les droits humains. Alors que deux ministres du gouvernement (Mantashe et le ministre de la police) visitaient Stilfontein &#224; la mi-janvier, Sebei a d&#233;clar&#233; lors d'une r&#233;union de la communaut&#233; non loin des puits de mine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ces ministres sont ici sur la sc&#232;ne du crime. Des centaines de mineurs sont morts sous terre dans ce qui ne peut &#234;tre que l'aboutissement sanglant de leurs pratiques polici&#232;res perfides, planifi&#233;es et ex&#233;cut&#233;es avec l'approbation des plus hautes sph&#232;res de l'&#201;tat, y pris le Cabinet (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La communaut&#233; a refus&#233; de rencontrer les ministres, qui ont d&#251; se retirer honteusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me r&#233;ponse consiste &#224; souligner qu'en comparaison avec l'orpaillage pratiqu&#233; avec des moyens artisanaux, il existe une fuite massive de richesses mini&#232;res op&#233;r&#233;e par les soci&#233;t&#233;s mini&#232;res multinationales, qui est loin d'&#234;tre compens&#233;e par un r&#233;investissement dans l'&#233;conomie, la soci&#233;t&#233; et les infrastructures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Notre pays est pill&#233; par l'Afrique du Sud &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, la plus-value qui alimente le capitalisme sud-africain est le fruit du travail d'ouvriers immigr&#233;s depuis au moins 150 ans, et ces pays souffrent eux-m&#234;mes d'une &#171; mal&#233;diction &#187; des ressources du fait des entreprises de Johannesburg. Comme l'explique Solomon Mondlane, de la Coalition de l'alliance d&#233;mocratique (opposition) du Mozambique et candidat malheureux &#224; la &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Mozambique-Il-n-est-pas-impossible-de-voir-apparaitre-une-nouvelle-guerilla&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;derni&#232;re &#233;lection pr&#233;sidentielle&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt; 50 % de notre gaz au Mozambique va en Afrique du Sud. 80 % de notre &#233;lectricit&#233; au Mozambique est destin&#233;e &#224; l'Afrique du Sud. Et elle l'ach&#232;te moins cher qu'elle co&#251;te ici au Mozambique, o&#249; nous payons le double pour ce qui est produit dans notre pays. Et ils nous disent qu'on les envahit, alors qu'en r&#233;alit&#233; notre pays est pill&#233; par l'Afrique du Sud.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dirigeant syndical sud-africain le plus connu, Zwelinzima Vavi, de la F&#233;d&#233;ration sud-africaine des syndicats, est d'accord :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'Afrique du Sud est souvent accus&#233;e d'&#234;tre un sous-imp&#233;rialiste et de jouer ce r&#244;le vis-&#224;-vis de ses voisins et du reste du continent africain. Nos filles et nos fils [qui servent dans l'arm&#233;e sud-africaine] ont &#233;t&#233; envoy&#233;s dans les r&#233;gions septentrionales du Mozambique pour mener une guerre pour le compte de multinationales [TotalEnergies, ExxonMobil, ENI, BP, etc.] qui font la queue pour exploiter les &#233;normes gisements de gaz au Cabo Delgado. Et ils y sont all&#233;s, bien s&#251;r, avec des instructions claires de la France. Le pr&#233;sident fran&#231;ais, si vous vous en souvenez, est venu &#224; l'improviste &#224; l'Union Buildings (2) [en mai 2021] pour faire pression sur l'Afrique du Sud afin qu'elle d&#233;ploie des soldats pour surveiller les vastes gisements de gaz dans les r&#233;gions septentrionales du Mozambique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_49983 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.pressegauche.org/IMG/webp/c1f78e4e58ff7fa44fc8b5c9c1a6583a.jpg.webp?49983/a1998faf2a75803c0f73018630fceeaac4a9e07089deae69470fd0614c95abb8' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH333/c1f78e4e58ff7fa44fc8b5c9c1a6583a.jpg-20ea1.webp?1781068617' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident fran&#231;ais, Emmanuel Macron, et son homologue sud-africain, Cyril Ramaphosa, &#224; Johannesburg, le 28 mai 2021.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169; GovernmentZA/Flickr&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vavi poursuit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est ce qui me rend malade &#8211; quand les gens disent : &#171; Ils volent nos mines, ils volent notre or. &#187; Attendez, de quoi parlez-vous ? De quel or s'agit-il ? Comment avez-vous b&#233;n&#233;fici&#233;, en tant que Sud-Africain noir, de cet or que vous voulez prot&#233;ger ? Et comment c&#233;l&#233;brer la mort de 78 personnes &#171; qui volent notre or et qui sont des ressortissants &#233;trangers ill&#233;gaux &#187; ? Les Mozambicains ne viennent pas en Afrique du Sud par choix. ils ne traversent pas le parc Kruger &#224; la recherche d'un portefeuille alors que lorsqu'ils sont d&#233;vor&#233;s par les lions, les l&#233;opards et les hy&#232;nes, il est impossible de retrouver des cadavres entiers... Si vous deviez passer quatre ou cinq jours par semaine avec vos enfants qui pleurent, assis, impuissants, ne sachant que faire ? C'est le d&#233;sespoir qui les pousse. Le fait que la plupart des personnes secourues dans ces mines &#8211; les &#8220;zama zamas&#8221; &#8211; soient originaires du Mozambique n'est pas une co&#239;ncidence. C'est parce que la r&#233;volution a &#233;chou&#233; l&#224;-bas, comme elle est en train d'&#233;chouer ici en Afrique du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Renforcer les liens entre les communaut&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propres &#233;checs de Ramaphosa sont indiscutables : ancien dirigeant du Syndicat national des mineurs, son investissement majeur dans l'entreprise britannique Lonmin en 2012 l'a conduit &#224; traiter la gr&#232;ve des &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Dix-ans-apres-le-massacre-rien-n-a-change-a-Marikana&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mineurs de Marikana&lt;/a&gt;de &#171; &lt;i&gt; crime ignoble&lt;/i&gt; &#187; dans des courriels qu'il a r&#233;dig&#233;s 24 heures avant que la police massacre 34 op&#233;rateurs de foreuses de platine qui r&#233;clamaient un salaire de 1 000 dollars (956 euros) par mois. Ramaphosa &#233;tait membre du conseil d'administration de Lonmin et avait par ailleurs conseill&#233; &#224; l'entreprise de continuer &#224; utiliser des flux financiers illicites offshore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'avenir, nous devons reconstruire la solidarit&#233; sud-africaine avec ceux qui luttent au Mozambique &#8211; une solidarit&#233; qui avait motiv&#233; les manifestations d'&#233;tudiants en 1976, peu de temps apr&#232;s que les nationalistes de gauche avaient battu les brutaux colons portugais, ce qui a conduit &#224; l'ind&#233;pendance. Cette solidarit&#233; est aujourd'hui n&#233;cessaire pour renforcer les liens entre les communaut&#233;s et les travailleurs, d'autant plus que de nouvelles voix &#171; rebelles &#187; s'&#233;l&#232;vent contre les nationalistes d&#233;sormais corrompus. C'est l'agenda que sont en train de forger les mineurs artisanaux eux-m&#234;mes, soutenus par la General Industries Workers Union of South Africa (Giwusa), la South African Federation of Trade Unions (Saftu), la Mining Affected Communities United in Action (Macua) et des avocats progressistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'ils r&#233;clament une commission d'enqu&#234;te sur les centaines de morts de Stilfontein, une partie du travail consiste &#224; renverser psychologiquement la haine qui r&#232;gne au sein de l'&#201;tat et de la soci&#233;t&#233;. Cela est n&#233;cessaire pour que le &#171; vol &#187; des richesses mini&#232;res souveraines soit mieux compris &#8211; et pour que l'internationalisme remplace la x&#233;nophobie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
1. Le Cabinet est le niveau le plus &#233;lev&#233; de l'ex&#233;cutif sud-africain. Il est compos&#233; du pr&#233;sident, du vice-pr&#233;sident et des ministres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le si&#232;ge de la pr&#233;sidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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		<title>Une nouvelle organisation socialiste en Afrique du Sud</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Une-nouvelle-organisation-socialiste-en-Afrique-du-Sud</link>
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		<dc:creator>Inprecor</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-04-02</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique du Sud</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique du sud</dc:subject>

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&lt;p&gt;120 d&#233;l&#233;gu&#233;s se sont r&#233;unis &#224; l'Universit&#233; de Wits du 14 au 17 d&#233;cembre 2023 pour lancer Zabalaza for Socialism (ZASO, Zabalaza signifie lutte), une organisation &#233;cosocialiste, f&#233;ministe et antiraciste. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Inprecor 719 - avril 2024 26 mars 2024 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Inprecor &lt;br class='autobr' /&gt;
Les militant&#183;es qui s'&#233;taient regroup&#233;&#183;es au sein de Dialogues for an Anti-Capitalist Future &#8211; apr&#232;s la d&#233;g&#233;n&#233;rescence politique du &#171; NUMSA Moment &#187; (une opportunit&#233; pour un large regroupement de la gauche suite &#224; l'expulsion (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;120 d&#233;l&#233;gu&#233;s se sont r&#233;unis &#224; l'Universit&#233; de Wits du 14 au 17 d&#233;cembre 2023 pour lancer Zabalaza for Socialism (ZASO, Zabalaza signifie lutte), une organisation &#233;cosocialiste, f&#233;ministe et antiraciste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Inprecor 719 - avril 2024&lt;br class='autobr' /&gt;
26 mars 2024&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Inprecor&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militant&#183;es qui s'&#233;taient regroup&#233;&#183;es au sein de Dialogues for an Anti-Capitalist Future &#8211; apr&#232;s la d&#233;g&#233;n&#233;rescence politique du &#171; NUMSA Moment &#187; (une opportunit&#233; pour un large regroupement de la gauche suite &#224; l'expulsion du NUMSA, le syndicat de gauche National Union of Metalworkers of South Africa, du COSATU, le Congr&#232;s des syndicats sud-africains, et la d&#233;cision du NUMSA d'explorer la construction d'un mouvement pour le socialisme avec d'autres forces de gauche) &#8211; ont pris l'initiative audacieuse de lancer une organisation r&#233;volutionnaire. La majorit&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s provenaient de divers syndicats et mouvements sociaux, ce qui a permis &#224; la ZASO d'avoir une base solide dans le mouvement populaire. La ZASO a &#233;t&#233; renforc&#233;e par l'implication d'un certain nombre d'activistes &#233;rudits ayant une longue exp&#233;rience de la politique de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lancement de ZASO a lieu &#224; un moment tr&#232;s difficile pour la gauche fragment&#233;e en Afrique du Sud. &#192; la veille de c&#233;l&#233;brer 30 ans de d&#233;mocratie, le pays s'effondre sous l'impact de l'aust&#233;rit&#233;, de la privatisation et d'autres politiques n&#233;olib&#233;rales, ainsi que de la corruption syst&#233;mique. Le 29 mai, des &#233;lections nationales et provinciales doivent avoir lieu sans qu'aucun parti de gauche cr&#233;dible ne soit en lice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://inprecor.fr/node/3917&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gilbert Achcar est intervenu &#224; cette conf&#233;rence et y a pr&#233;sent&#233; un discours sur la situation politique et les perspectives de la gauche.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des fissures dans le monolithe : les mouvements sociaux dans l'Afrique du Sud post-apartheid</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Des-fissures-dans-le-monolithe-les-mouvements-sociaux-dans-l-Afrique-du-Sud</link>
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		<dc:date>2018-03-20T08:32:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Leo Zeilig, Peter Dwyer</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique du Sud</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-03-20</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique du sud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le mouvement de masse contre l'apartheid en Afrique du Sud a constitu&#233; l'un des derniers grands mouvements de lib&#233;ration du 20&#232;me si&#232;cle et la fin de l'apartheid, l'un des exploits les plus importants de ce si&#232;cle. Lors des premi&#232;res &#233;lections d&#233;mocratiques du pays en avril 1994, les millions de gens impliqu&#233;s dans le mouvement de lib&#233;ration ont port&#233; au pouvoir l'ANC (African National Congress) avec plus de 62% des suffrages alors que le taux de participation avoisinait les 100%. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Afrique-du-sud-1421-+" rel="tag"&gt;Afrique du sud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH92/arton34070-8c73a.jpg?1781260238' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le mouvement de masse contre l'apartheid en Afrique du Sud a constitu&#233; l'un des derniers grands mouvements de lib&#233;ration du 20&#232;me si&#232;cle et la fin de l'apartheid, l'un des exploits les plus importants de ce si&#232;cle. Lors des premi&#232;res &#233;lections d&#233;mocratiques du pays en avril 1994, les millions de gens impliqu&#233;s dans le mouvement de lib&#233;ration ont port&#233; au pouvoir l'ANC (African National Congress) avec plus de 62% des suffrages alors que le taux de participation avoisinait les 100%.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/mouvements-sociaux-apartheid-afrique-du-sud/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas recourir &#224; l'hyperbole que de consid&#233;rer l'&#233;lection de Nelson Mandela en tant que premier pr&#233;sident noir d'Afrique du Sud comme le point culminant de cette lutte, signalant un d&#233;placement fondamental dans l'histoire politique sud-africaine. Cela a insuffl&#233; de l'espoir non seulement en Afrique du Sud mais dans le monde entier, les m&#233;dias internationaux proclamant l'av&#232;nement de la &#171; nation arc-en-ciel &#187; de la &#171; nation du miracle &#187; et de la &#171; nouvelle Afrique du Sud &#187;. Les premi&#232;res ann&#233;es de la transition vers une d&#233;mocratie lib&#233;rale non-raciale ont passionn&#233; le monde et furent d&#233;fendues dans une pl&#233;thore de livres &#224; succ&#232;s, tels que Tomorrow is Another Country d'Alistair Sparks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix-huit ans apr&#232;s, une s&#233;rie de changements politiques et sociaux ont eu lieu. Nombre de droits conquis de longue date et consid&#233;r&#233;s comme acquis dans la plus grande partie du monde &#8211; tels que le droit de gr&#232;ve et de former des partis politiques &#8211; sont &#224; pr&#233;sent inscrits dans la loi sud-africaine. Au-del&#224; de l'institutionnalisation d'&#233;lections r&#233;guli&#232;res, libres et &#233;quitables, fond&#233;es sur le principe &#171; une personne un suffrage &#187;, la nouvelle Constitution de la R&#233;publique d'Afrique du Sud (1996) et la D&#233;claration des droits ont promulgu&#233; une s&#233;rie de changements progressistes qui confient &#224; l'Etat la mission de combattre toutes les formes de discrimination. Elabor&#233;s sur la base des principes fondamentaux du lib&#233;ralisme progressiste, ces documents fondateurs vont beaucoup plus loin et &#233;tablissent un certain nombre de droits socio&#233;conomiques qui allaient de soi pour l'essentiel de la population noire : le droit d'avoir acc&#232;s &#224; un logement ad&#233;quat et &#224; suffisamment de nourriture et d'eau, les soins m&#233;dicaux, la S&#233;curit&#233; sociale et l'absence d'expulsions arbitraires[1]. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1995, c'est &#233;galement sous le gouvernement ANC qu'a eu lieu la plus grande expansion &#233;conomique dans l'histoire de l'Afrique du Sud contemporaine, puisque le PIB a cru en moyenne de 3,5% par an et l'acc&#232;s au logement, &#224; l'eau et &#224; l'&#233;lectricit&#233; s'est am&#233;lior&#233; pour des millions de Noirs. De 1993 &#224; 2004, la proportion de foyers ayant acc&#232;s &#224; l'eau courante et &#224; l'&#233;lectricit&#233; est pass&#233;e respectivement de 59,3% &#224; 67,8% et de 51,9% &#224; 80,2%[2]. A travers les aides sociales, le gouvernement a distribu&#233; des milliards de rands [monnaie sud-africaine, NdT] aux plus pauvres. Gr&#226;ce aux pensions alimentaires, d'invalidit&#233; et de retraite, le nombre de personnes recevant des aides sociales est pass&#233; entre 1990 et 2006 de 2,6 &#224; 12 millions, r&#233;duisant la pauvret&#233; parmi les foyers les plus pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, malgr&#233; ces progr&#232;s, l'Afrique du Sud conna&#238;t aujourd'hui une crise sociale provoqu&#233;e par la pauvret&#233; et l'in&#233;galit&#233;, le ch&#244;mage de masse et la plus grande &#233;pid&#233;mie de SIDA au monde. Les r&#233;percussions de ce processus se traduisent au sein de l'alliance tripartie au pouvoir par un &#233;tat quasi-permanent de luttes intestines, diff&#233;rentes fractions man&#339;uvrant pour accro&#238;tre leur influence[3]. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'ANC agit comme un bloc monolithique sur la sc&#232;ne &#233;lectorale et a tent&#233; d'utiliser la soci&#233;t&#233; civile pour &#233;viter et &#233;craser toute dissension, cela n'a pas emp&#234;ch&#233; le d&#233;veloppement de fractures et de tensions dans et autour de l'Alliance Tripartite dominante, ainsi que l'&#233;mergence de nouvelles constellations de forces sociales critiques du gouvernement, m&#234;me si elles demeurent de faible ampleur. Pour comprendre comment et pourquoi cela est arriv&#233;, et pour &#233;valuer les perspectives politiques des mouvements sociaux, il est important de consid&#233;rer les processus interd&#233;pendants qui constituent la totalit&#233; de l'exp&#233;rience v&#233;cue. Par exemple, seulement deux semaines apr&#232;s l'&#233;lection g&#233;n&#233;rale de 2009 au cours de laquelle 65,9% des votants ont r&#233;&#233;lu l'ANC pour la quatri&#232;me fois cons&#233;cutive, le pays a &#233;t&#233; scandalis&#233; par une s&#233;rie de protestations s&#233;ditieuses et violentes dans les townships, impliquant des dizaines de milliers de personnes. Alors que les manifestations prirent les commentateurs par surprise, la complexit&#233; de la vie politique sud-africaine et la nature tenace des mouvements sociaux ont &#233;t&#233; saisis par un analyste remarquant qu'en Afrique du Sud, &#171; ils ne font pas que voter, ils jettent aussi des briques &#187;[4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous souhaitons lever toute ambigu&#239;t&#233; sur le fait que, m&#234;me si globalement l'ampleur et la profondeur de l'activisme du mouvement social ne se situent pas aux m&#234;mes niveaux qu'au milieu des ann&#233;es 1980 (c'est-&#224;-dire au point culminant du mouvement de lib&#233;ration), nous d&#233;fendons l'id&#233;e qu'il a contribu&#233; significativement &#224; la vie d&#233;mocratique depuis 1994 : il a simultan&#233;ment encourag&#233;, consolid&#233; et stimul&#233; le corps politique sud-africain, en formulant des revendications et des exigences, ainsi qu'en r&#233;clamant la paternit&#233; de &#8211; et en obtenant &#8211; d'importantes conqu&#234;tes politiques et sociales. Avoir r&#233;ussi cela dans un environnement d&#233;chir&#233; par les &#171; virus jumeaux &#187; du ch&#244;mage de masse et du VIH/SIDA est pour le moins remarquable et m&#233;rite notre attention largement au m&#234;me titre que l'histoire de la r&#233;bellion contre l'apartheid. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'activisme au pouvoir : 1990-1994&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec de nombreuses organisations anti-apartheid l&#233;galis&#233;es et des dirigeants cl&#233;s tel Nelson Mandela, lib&#233;r&#233;s de prison, l'ANC devint de facto l'incarnation politique du mouvement de lib&#233;ration. Au moment o&#249; elle repr&#233;sentait le mouvement de lib&#233;ration dans des n&#233;gociations avec le r&#233;gime, les actions de la direction de l'ANC peuvent &#234;tre comprises comme celles d'un &#171; gouvernement-en-attente &#187; cherchant &#224; trouver une solution politique qui assure une stabilit&#233; de long-terme pour elle-m&#234;me. Les transitions entre mouvements de lib&#233;ration et partis d'ind&#233;pendance furent sous-tendues en Afrique par des changements politiques effectu&#233;s en lien avec les contextes strat&#233;giques. Pour l'ANC, le paysage politique dans lequel la lutte de lib&#233;ration avait &#233;t&#233; men&#233;e &#233;tait en train de se transformer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que la direction de l'ANC n'ait pas &#233;t&#233; attach&#233;e &#224; une perspective socialiste, elle voyait &#8211; comme nombre de mouvements africains de lib&#233;ration nationale &#8211; l'Union sovi&#233;tique comme une sorte de mod&#232;le, ou comme un frein &#224; l'imp&#233;rialisme &#233;tats-unien. L'effondrement du bloc &#171; communiste &#187; priva l'ANC d'un soutien mat&#233;riel et id&#233;ologique, et les variantes du capitalisme auxquelles elle pouvait se r&#233;f&#233;rer &#233;taient limit&#233;es. Les autres gouvernements capitalistes du Tiers-monde &#233;taient de plus en plus press&#233;s &#224; se r&#233;former en conformit&#233; avec l'&#233;mergence du consensus n&#233;olib&#233;ral de Washington. La faiblesse de la gauche ind&#233;pendante au sein du mouvement de lib&#233;ration eut pour cons&#233;quence l'absence d'une orientation alternative, en termes de pratiques et de politiques. C'est ainsi que la strat&#233;gie de l'ANC se d&#233;pla&#231;a de telle mani&#232;re que &#171; n'importe quel compromis devenait acceptable d&#232;s lors qu'il ne bloquait pas la r&#232;gle de la majorit&#233; &#187;[5]. Pour la direction de l'ANC, cela impliqua des concessions afin d'&#233;viter une r&#233;action politique et de convaincre la bourgeoisie blanche et les investisseurs internationaux qu'ils pouvaient lui faire confiance pour gouverner. Cela signifia &#233;galement le contr&#244;le de ses partisans, en particulier des organisations militantes de masse comme la COSATU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'ANC, pr&#233;occup&#233;e par la fin de l'apartheid, ne disposait pas d'un programme solide en mati&#232;re de politique &#233;conomique, ses suggestions initiales firent &#233;cho au travail r&#233;alis&#233; par le &#171; Groupe tendances &#233;conomiques &#187; de la COSATU, que l'on peut r&#233;sumer par l'id&#233;e de &#171; croissance &#233;conomique &#224; travers la redistribution &#187;. Cela &#233;tait en claire opposition avec les id&#233;es propres au n&#233;olib&#233;ralisme de &#171; redistribution &#224; travers la croissance &#187; (c'est-&#224;-dire de ruissellement vers le bas), dont beaucoup parvinrent &#224; se faire une place dans le document de l'ANC datant de 1990 et intitul&#233; &#171; Document de discussion sur la politique &#233;conomique &#187;, qui constitua le fondement de la politique controvers&#233;e &#171; Croissance de l'emploi et redistribution &#187; (GEAR), initi&#233;e en 1996. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus ne faisait pas l'unanimit&#233; au sein de l'Alliance. N&#233;anmoins, &#233;tant donn&#233; que les militants du Parti communiste d'Afrique du Sud (SACP) d&#233;fendaient une &#171; version de gauche &#187; de la th&#233;orie des deux &#233;tapes de la r&#233;volution nationale d&#233;mocratique (RND) &#8211; la d&#233;mocratie lib&#233;rale d'abord, le &#171; socialisme &#187; ensuite &#8211; pour justifier des changements tactiques, l'opposition ind&#233;pendante n'&#233;tait pas capable de mobiliser les autres composantes autour de ses revendications, et les voix critiques furent marginalis&#233;es. Dans la mesure o&#249; la direction de la COSATU &#233;tait majoritairement compos&#233;e de militants du SACP, elle &#233;tait attach&#233;e &#224; la th&#233;orie de la RND. Ainsi, le r&#244;le des militants du SACP au sein de la COSATU a &#233;t&#233; d&#233;cisif. Sans aucune opposition fondamentale et cr&#233;dible &#224; gauche, repr&#233;sentant un contrepoids id&#233;ologique et organisationnel, le tournant &#233;tait rendu plus facile. [&#8230;] On peut pr&#233;sumer, &#224; titre d'hypoth&#232;se, que l'&#233;chec de la gauche ind&#233;pendante &#224; construire une alternative politique et organisationnelle sur les lieux de travail et dans les townships a constitu&#233; l'une des raisons de l'&#233;chec &#224; s'opposer &#224; la direction g&#233;n&#233;rale de la COSATU et &#224; la transition men&#233;e par l'ANC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des tensions subsist&#232;rent. 120 000 personnes salu&#232;rent Mandela au rassemblement organis&#233; &#224; l'improviste au stade FNB &#224; Johannesburg le 12 f&#233;vrier 1990, le jour qui suivit sa sortie de prison, un symbole saisissant des espoirs de changement. La signification de ces jours dramatiques ne fut pas sans effet sur ceux et celles qui descendirent dans la rue. Il ne s'agissait pas d'une simple liesse ; c'&#233;tait politique, dans la mesure o&#249; les travailleurs appelaient, entre autres choses, &#224; un salaire d&#233;cent et la reconnaissance des syndicats. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mesure que les dirigeants de l'ANC s'approchaient des positions de pouvoir, ils consid&#233;r&#232;rent inappropri&#233;es leurs strat&#233;gies les plus militantes des ann&#233;es 1980, alors que l'organisation subissait sa propre transition vers un parti adapt&#233; &#224; la politique &#233;lectorale et &#224; l'exercice du pouvoir. Dans son autobiographie, Mandela se souvient d'avoir vu, lors d'un rassemblement de protestation de 200 000 personnes en juin 1992 tenu apr&#232;s le meurtre de 46 personnes &#224; Boipatong par des partisans de l'Inkatha Freedom Party, des banderoles sur lesquelles on pouvait lire &#171; Mandela, donne-nous des armes &#187; ou &#171; la victoire par le combat, pas par la parole &#187;, et avoir pens&#233; &#171; c'est le moment d'apaiser les choses &#187;. Certains dirigeants de l'ANC r&#233;clam&#232;rent l'abandon des n&#233;gociations, mais il d&#233;fendit qu' &#171; il n'y avait aucune alternative &#224; ce processus &#187;[6]. [&#8230;] N&#233;anmoins, l'ANC utilisa son r&#244;le dirigeant pour faire pression sur le r&#233;gime. Lorsque quatre millions de salari&#233;s arr&#234;t&#232;rent le travail en ao&#251;t 1992, ce fut la plus importante gr&#232;ve politique dans l'histoire de l'Afrique du Sud, d&#233;montrant l'envie des masses de passer &#224; l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs sections du mouvement de lib&#233;ration se pr&#233;paraient aussi pour les &#233;lections. La COSATU tint un congr&#232;s sp&#233;cial illustrant son &#233;volution vers un syndicalisme strat&#233;gique &#8211; une strat&#233;gie &#224; travers laquelle le mouvement ouvrier collabore sur un terrain institutionnel avec l'Etat et le patronat pour r&#233;aliser des r&#233;formes politiques et &#233;conomiques. L'ANC adopta le Programme Reconstruction et D&#233;veloppement (PRD), inspir&#233; par la COSATU, qui constitua la pi&#232;ce ma&#238;tresse de sa plateforme &#233;lectorale. Keyn&#233;sien dans le ton, le PRD constituait le programme pour une &#171; nouvelle Afrique du Sud &#187; : un plaidoyer pour la construction d'un million de logements &#224; bas co&#251;t, pour fournir l'&#233;lectricit&#233; &#224; 2,5 millions d'habitations &#224; l'horizon de l'an 2000, et pour procurer l'eau courante et des syst&#232;mes d'&#233;vacuation des eaux &#224; un million de foyers. La possibilit&#233; existait clairement pour la COSATU de forger une relation de travail avec l'ANC et d'influer sur le processus d'&#233;laboration des politiques publiques, ce qui &#233;tait encourag&#233; par le PRD. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; l'ANC faisait de plus en plus r&#233;f&#233;rence au r&#244;le des march&#233;s et &#233;chouait &#224; s'engager pr&#233;cis&#233;ment en faveur des nationalisations, les tensions persist&#232;rent. L'&#233;minent militant de l'ANC Tokyo Sewwale, &#224; pr&#233;sent ministre de l'am&#233;nagement du territoire, d&#233;clara : &#171; si vous leur donnez une politique, un drapeau&#8230; et que vous prenez cela pour du changement, vous pr&#233;parez simplement une deuxi&#232;me r&#233;volution, mortelle cette fois &#187;[7]. Le cours des &#233;v&#233;nements s'acc&#233;l&#233;ra apr&#232;s l'assassinat du leader du SACP, Chris Hani, le 10 avril 1993. Deux gr&#232;ves et deux immenses marches, organis&#233;es en 6 jours en r&#233;ponse au meurtre de Hani, obtinrent l'appui de 90% des habitants de Pretoria-Witwatersrand-Vereeniging (&#224; pr&#233;sent Gauteng), et pr&#232;s de 88% dans le Natal (aujourd'hui KwaZulu-Natal), d&#233;montrant que l'ANC &#233;tait effectivement un gouvernement-en-attente. En juin 1993, les &#233;lections furent fix&#233;es au 27 avril 1994. L'ANC commen&#231;a sa campagne &#233;lectorale en f&#233;vrier 1994 et des dizaines de milliers de d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux de la COSATU, et des militants d'autres mouvements sociaux, se mirent &#224; la disposition des &#233;quipes &#233;lectorales de permanents &#224; temps plein de l'ANC. Enfin, une gr&#232;ve des fonctionnaires &#224; Bophuthatswana en f&#233;vrier se transforma rapidement en une r&#233;volte &#224; grande &#233;chelle lorsque des &#233;tudiants et des sections de la police et de l'arm&#233;e se joignirent aux travailleurs, et la r&#233;volte de &#171; Bop &#187; de mars constitua le dernier moment d&#233;cisif sur la route des &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la lib&#233;ration &#224; la lib&#233;ralisation : avril 1994-juin 1999&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dimension politique de la crise du r&#233;gime d'apartheid fut pour l'essentiel r&#233;solue en avril lorsque l'ANC remporta 252 des 400 si&#232;ges de l'Assembl&#233;e Nationale et une large majorit&#233; dans toutes, sauf deux, les &#233;lections provinciales. Les &#233;lections furent une victoire pour les mouvements sociaux sud-africains, qui attendaient du Pr&#233;sident Mandela et du PRD qu'ils entament la liquidation de l'h&#233;ritage &#233;conomique et social de l'apartheid et qu'ils pr&#233;parent une nouvelle Constitution qui abrogerait la l&#233;gislation d'apartheid et inscrirait l'&#233;galit&#233; dans la loi. Cependant, comme nous l'avons vu, l'&#233;volution de l'ANC et de sa politique se traduisit par un virage politique vers le centre. Sa ressemblance avec un parti social-d&#233;mocrate traditionnel fut renforc&#233;e lorsque Mandela conserva le ministre des Finances du Parti National, Derek Keys. Par l&#224;, il &#171; combla investisseurs, chefs d'entreprises, Sud-Africains blancs [&#8230;] et le monde ext&#233;rieur [&#8230;] en manifestant son attachement &#224; l'&#233;conomie de march&#233; et &#224; la mod&#233;ration politique &#187;[8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement ANC entreprit d'&#233;tablir une nouvelle relation avec le monde ext&#233;rieur, structur&#233;e par la position de l'Afrique du Sud dans la division internationale du travail et dans le contexte post-1989. [&#8230;] La &#171; nouvelle Afrique du Sud &#187; fut reclass&#233;e en tant que &#171; march&#233; &#233;mergent &#187; ; avec une croissance de l'&#233;conomie de 3,3% en 1995, la r&#233;duction de la pauvret&#233; devint de plus en plus d&#233;pendante d'une strat&#233;gie &#233;conomique plus orthodoxe de &#171; redistribution par la croissance &#187;. Les dirigeants patronaux firent pression sur le gouvernement pour rendre l'&#233;conomie plus comp&#233;titive, conscients que cela &#171; n&#233;cessiterait vraisemblablement un affrontement avec les grands syndicats du pays &#187;[9]. Cela se manifesta par une gr&#232;ve des infirmi&#232;res en octobre et novembre 1995 au sujet des bas salaires et des conditions de travail, qui fournit un premier aper&#231;u de la d&#233;sillusion &#224; l'&#233;gard du nouveau gouvernement et de l'id&#233;e que les politiciens venaient de trouver un bon filon pour leur propre enrichissement. Les infirmi&#232;res affirm&#232;rent : &#171; Nous refusons de subventionner le gouvernement et leurs belles voitures. Vive le PRD. Nous voulons notre part des b&#233;n&#233;fices &#187;[10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1996 le bureau en charge de la mise en &#339;uvre du PRD fut ferm&#233; et transf&#233;r&#233; au vice-pr&#233;sident, Thabo Mbeki. Ceci fut rapidement suivi en juin par l'annonce d'une nouvelle strat&#233;gie macro&#233;conomique appel&#233;e GEAR, dont la pierre de touche &#233;tait &#171; la discipline budg&#233;taire, les all&#233;gements fiscaux pour les entreprises, des efforts en faveur de l'abandon du contr&#244;le des changes, la vente des avoirs de l'Etat et une flexibilit&#233; accrue sur le march&#233; du travail &#187;[11]. La politique fiscale du GEAR entrait en contradiction avec les objectifs de l'ANC pour les propositions d'&#233;quit&#233; sociale telles qu'expos&#233;es dans le PRD. [&#8230;] Un de ces &#233;l&#233;ments &#233;tait la r&#233;duction des droits de douane sur les &#233;changes commerciaux et des subventions &#224; l'exportation, soumettant les entreprises sud-africaines &#224; la comp&#233;tition &#233;trang&#232;re, notamment du march&#233; chinois et des autres march&#233;s mondiaux, dans un processus d'exacerbation des tensions avec les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants patronaux salu&#232;rent le GEAR, favorable aux investisseurs ; The Economist loua le gouvernement ANC pour la mise en place d'une &#171; politique macro&#233;conomique conservatrice &#187; et rassura les investisseurs : &#171; &#224; l'encontre de ceux qui craignent que les socialistes amers de l'ANC confisqueraient les richesses, les nouveaux dirigeants partagent les m&#234;mes aspirations capitalistes que les anciens &#187;[12]. Tandis que la direction du SACP f&#233;licita l'ANC pour sa r&#233;sistance face au &#171; dogmatisme du libre-march&#233; &#187; et pour avoir conserv&#233; au service public un r&#244;le &#233;conomique cl&#233;, la COSATU se fit l'&#233;cho du malaise des travailleurs &#224; l'&#233;gard du gouvernement, bien que les critiques en provenance de la gauche se focalis&#232;rent sur le fait que le GEAR n'avait pas d'abord &#233;t&#233; discut&#233; au sein des structures de l'Alliance. [&#8230;] Un affrontement entre la COSATU et le gouvernement ANC semblait in&#233;vitable. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Normaliser &#187; les relations de travail&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'image d'autres partis de gouvernement post-lib&#233;ration en Afrique, le gouvernement ANC ne perdit pas de temps dans les tentatives de cooptation des membres des syndicats afin de r&#233;gulariser les relations entre travailleurs et entreprises, dans l'id&#233;e de cr&#233;er une stabilit&#233; politique et &#233;conomique. Les dirigeants de la COSATU du mouvement de lib&#233;ration furent nomm&#233;s comme membres de l'ANC au parlement, et ils obtinrent des postes dans les minist&#232;res. Une s&#233;rie de l&#233;gislations relatives au travail furent vot&#233;es. [&#8230;] Bien que ces changements inscrivirent dans la nouvelle Constitution le droit des employeurs &#224; embaucher des briseurs de gr&#232;ve, le caract&#232;re sacr&#233; des rapports sociaux capitalistes et la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, ils furent bien accueillis par la COSATU et de nombreux travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incorporer les directions du mouvement ouvrier dans des n&#233;gociations sur les conventions collectives, afin d'&#233;viter le conflit, &#233;tait un autre aspect de la strat&#233;gie de l'ANC. La cr&#233;ation du Conseil National du D&#233;veloppement Economique et du Travail lia les d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux &#224; un processus bureaucratique de n&#233;gociations qui emp&#234;cha l'action et mit une v&#233;ritable pression sur la direction de la COSATU et sur les d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux afin qu'ils &#171; maintiennent l'ordre &#187; parmi leurs propres membres. Ceci faisait partie d'une restructuration plus large des relations entre patronat et travailleurs destin&#233;e &#224; forcer les repr&#233;sentants syndicaux &#224; contr&#244;ler leur base et &#224; &#171; normaliser &#187; les relations entre patrons et salari&#233;s sur le mod&#232;le de l'Europe de l'Ouest. [&#8230;] Durant le premier Congr&#232;s post-&#233;lection de la COSATU en septembre 1997, Mandela tenta de convaincre la COSATU de laisser une chance au GEAR, &#171; mais fut ouvertement ignor&#233; par des d&#233;l&#233;gu&#233;s en col&#232;re &#187;. Le Congr&#232;s rejeta sans ambigu&#239;t&#233; le GEAR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 1997, Thabo Mbeki rempla&#231;a Nelson Mandela &#224; la t&#234;te de l'ANC, lui assurant son maintien &#224; la pr&#233;sidence apr&#232;s les &#233;lections de juin 1999. Entre 1996 et 1998, la plupart des objectifs du GEAR furent manqu&#233;s. Au lieu d'une croissance &#233;conomique, le PIB tomba de 3,2% en 1996 &#224; 1,6% en 1997 et &#224; 0,1% en 1998. Au lieu de la cr&#233;ation de nouveaux emplois, la perte d'emplois fut de 71 000, 126 000 et 186 000. [&#8230;] Les gr&#232;ves se multipli&#232;rent, principalement autour des salaires, intensifiant la pression sur le gouvernement ; le nombre de jours de gr&#232;ves, 3,8 millions, &#233;tait quatre fois plus &#233;lev&#233; qu'en 1997, bien que toujours pas au niveau des ann&#233;es 1980. Certaines gr&#232;ves, notamment celles des professeurs, des employ&#233;s municipaux et des employ&#233;s des services publics, avaient une composante anti-privatisation &#8211; et partant, un &#233;l&#233;ment &#171; politique &#187;. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes de politique sociale, la Campagne Action Traitement (TAC) fut lanc&#233;e lors de la Journ&#233;e Internationale des Droits de l'Homme le 10 d&#233;cembre 1998, afin de pointer l'&#233;chec du gouvernement &#224; fournir de l'aide m&#233;dicale et extra-m&#233;dicale au nombre croissant de gens touch&#233;s par le VIH. Alors qu'elle passa largement inaper&#231;ue &#224; l'&#233;poque, la TAC devint l'un des mouvements sociaux les plus victorieux. S'inspirant des traditions du mouvement anti-apartheid, elle mit en place des alliances avec toute une s&#233;rie de forces telles que la COSATU et le Conseil Sud-Africain des Eglises. [&#8230;] Au cours du processus, la TAC obligea le gouvernement &#224; fournir gratuitement des m&#233;dicaments antir&#233;troviraux aux personnes victimes du VIH.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que le gouvernement ANC ne r&#233;ussit pas &#224; atteindre beaucoup des objectifs du PRD et que, lors de ses cinq ann&#233;es de mandat, un demi-million d'emplois furent perdus, les &#233;lecteurs d&#233;montr&#232;rent l'&#233;tendue de leur fid&#233;lit&#233; lors des &#233;lections g&#233;n&#233;rales de 1999, en r&#233;&#233;lisant l'ANC avec 66,35% des voix, surpassant ainsi le score d'avril 1994[13]. [&#8230;] Pourtant, en s'en tenant aux dispositions pr&#233;vues par le GEAR, le gouvernement se contraignait par sa propre limitation conservatrice des d&#233;penses. Peu apr&#232;s la publication du manifeste &#233;lectoral de l'ANC en 1999, le vice-pr&#233;sident de l'ANC Jacob Zuma d&#233;clara : &#171; Rien ne changera en termes de politique gouvernementale[14] &#187;. En outre, &#171; les dirigeants politiques, Mbeki compris, n'ont pas montr&#233; de signes en faveur de la recherche d'un compromis, et ont plut&#244;t promis aux march&#233;s financiers une mise en &#339;uvre acc&#233;l&#233;r&#233;e du GEAR &#187;. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'av&#232;nement de la d&#233;mocratie lib&#233;rale en Afrique du Sud prit donc place sous la direction d'un gouvernement ANC qui accepta les politiques n&#233;olib&#233;rales comme la meilleure fa&#231;on de s'attaquer &#224; l'h&#233;ritage de l'apartheid. Il cr&#233;a des institutions corporatistes afin de restructurer les relations entre l'Etat et la soci&#233;t&#233; (et, partant, entre le capital et le travail), tentant par l&#224; de rendre le capitalisme sud-africain plus comp&#233;titif. Bien que des droits formels et une constitution lib&#233;rale repr&#233;sentaient un progr&#232;s, de nombreux probl&#232;mes et tensions subsist&#232;rent. La croissance &#233;conomique in&#233;gale eut pour cons&#233;quence que les in&#233;galit&#233;s raciales persist&#232;rent, et furent exacerb&#233;es avec la croissance d'une nouvelle classe moyenne noire intensifiant l'in&#233;galit&#233;. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nouveau mill&#233;naire, nouveaux mouvements&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau mondial, les ann&#233;es 1990 commenc&#232;rent avec l'effondrement du &#171; communisme &#187; et le cri de ralliement &#171; il n'y a pas d'alternative &#187; au march&#233; libre. Pourtant, de mani&#232;re paradoxale, la d&#233;cennie s'acheva avec la &#171; bataille de Seattle &#187; en novembre 1999, durant laquelle le mouvement anticapitaliste global connut son premier moment de gloire, avec son propre cri de ralliement : &#171; un autre monde est possible &#187;. De m&#234;me, on peut comprendre la perplexit&#233; des commentateurs devant l'&#233;mergence de mouvements sociaux post-apartheid, sous le gouvernement de l'ANC[15]. Toutefois, si on la comprend comme une r&#233;ponse &#224; l'incarnation locale du n&#233;olib&#233;ralisme sous la forme du programme pour la Croissance, l'Emploi et la Redistribution (GEAR), le sens du d&#233;veloppement de ces mouvements commence &#224; appara&#238;tre. Ces mouvements sont un &#233;l&#233;ment cl&#233; de la r&#233;ponse mondiale et continentale &#224; l'impact du capitalisme n&#233;olib&#233;ral sur la vie des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1999 en particulier, une s&#233;rie de mouvements sociaux locaux &#233;mergea &#224; travers le pays. Les organismes communautaires tels que le Forum Anti-Privatisation (APF) et le Comit&#233; de Crise de l'Electricit&#233; de Soweto dans le Gauteng, le Forum des Citoyens Pr&#233;occup&#233;s dans le KwaZulu-Natal, et la Campagne Anti-Expulsions (AEC) dans le Cap-Occidental furent une tentative de coordonner les luttes de la classe ouvri&#232;re contre la marchandisation et la privatisation incessantes par l'ANC de services de base. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'&#233;tait pas difficile de voir ce qui alimentait la col&#232;re. Dix ans apr&#232;s les premi&#232;res &#233;lections d&#233;mocratiques, les Indices de N&#233;gociation des Services de Recherche du Travail (Labor Research Services) indiquaient que les dirigeants avaient re&#231;u des augmentations annuelles moyennes de 29 % contre seulement 6,5 % pour les travailleurs, &#224; peine le niveau de l'inflation. La proportion du revenu national allant au capital augmenta, ce qui alimenta la popularit&#233; de l'id&#233;e que &#171; les riches deviennent plus riches et les pauvres deviennent plus pauvres &#187;[16]. [&#8230;] A peine les sc&#232;nes avaient-elles &#233;t&#233; d&#233;mont&#233;es apr&#232;s une s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements publics chor&#233;graphi&#233;s pour c&#233;l&#233;brer dix ans de d&#233;mocratie que les manifestants se retrouvaient dans la rue, tandis que le pays &#233;tait plong&#233; dans de nombreuses gr&#232;ves et manifestations violentes. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La chute de Mbeki et la rupture du consensus n&#233;olib&#233;ral&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de 2006, il y avait en moyenne environ six mille manifestations de quartier et de communaut&#233; par an, un taux plus &#233;lev&#233; que pour tout autre pays dans le monde except&#233; la Chine. Le fait qu'elles &#233;taient souvent, mais pas exclusivement, organis&#233;es par des militants du SACP et de l'ANC est un rappel important pour ceux qui avaient consid&#233;r&#233; que l'Alliance et ses nombreux militants &#233;taient &#171; comme les piliers de la politique du gouvernement &#187; et ne proposaient pas &#171; une v&#233;ritable r&#233;ponse aux conditions changeantes &#187;[17]. [&#8230;] La gr&#232;ve violente des vigiles en 2006 fut un tournant. Bien qu'elle fut d&#233;faite dans la pratique, elle repr&#233;senta plus qu'un r&#233;veil ponctuel. Ce fut le d&#233;but d'une convergence importante. Alors que les mouvements sociaux et les r&#233;voltes communautaires mettaient en g&#233;n&#233;ral en mouvement des ch&#244;meurs et des travailleurs du secteur informel, des militants syndicaux &#233;taient actifs dans ces mouvements, m&#234;me s'ils ne dirigeaient pas toujours les luttes communautaires, en tant que syndicalistes organis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 2006 marqua le renouveau de la classe ouvri&#232;re organis&#233;e, manifestant dans ses quartiers et faisant gr&#232;ve dans les lieux de travail. Entre 2003 et 2006, le nombre de jours perdus pour cause de gr&#232;ve est pass&#233; d'un demi-million &#224; 2,6 millions, la plus grosse partie en 2006. Une grande gr&#232;ve des travailleurs du secteur public eut lieu en juin 2007 et devint la plus grande gr&#232;ve de l'histoire de l'Afrique du Sud. Elle dura quatre semaines, onze millions de jours travail furent perdus, et elle impliqua plus de sept cent mille travailleurs en gr&#232;ve ainsi que trois cent mille autres pour qui il &#233;tait ill&#233;gal de faire gr&#232;ve. Des groupes de soutien &#224; la gr&#232;ve furent mis en place, des piquets militants gardaient les lieux de travail, et des slogans politiques critiques de l'ANC &#233;merg&#232;rent peu &#224; peu. Pourtant, les dirigeants des mouvements sociaux et d'organisations telles que l'APF et l'AEC consid&#232;rent que l'unique centre de gravit&#233; de la lutte &#233;tait dans les mouvements sociaux et ne r&#233;ussirent pas &#224; r&#233;pondre de fa&#231;on durable et coh&#233;rente &#224; ces nouveaux d&#233;veloppements. Le r&#244;le de la COSATU dans l'Alliance conduisit de nombreux militants de gauche &#224; n&#233;gliger le r&#244;le de la classe ouvri&#232;re &#8211; certains r&#233;p&#233;tant m&#234;me la th&#233;orie des ann&#233;es 1970 faisant des syndiqu&#233;s autant de repr&#233;sentants d'une &#171; aristocratie ouvri&#232;re &#187;. Par cons&#233;quent, la gauche ne fit aucune v&#233;ritable tentative en direction des gr&#232;ves et des manifestations dans les lieux de travail et en direction des syndicats. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves militantes et les protestations dans les townships au cours des derni&#232;res ann&#233;es ont eu l'effet cumulatif de r&#233;duire en poussi&#232;re le consensus n&#233;olib&#233;ral &#224; l'int&#233;rieur de l'Alliance. Beaucoup, en particulier dans le COSATU et le SACP, esp&#233;raient que l'&#233;lection de Jacob Zuma &#224; la pr&#233;sidence inaugurerait une nouvelle p&#233;riode de stabilit&#233; sociale et d'influence de la gauche &#224; l'int&#233;rieur de l'Alliance. Mais tandis que les manifestations pr&#233;c&#233;dentes portaient sur des questions telles que la p&#233;nurie d'eau et de logement, la diff&#233;rence est que les manifestations actuelles sont plus g&#233;n&#233;rales et plus violentes. [&#8230;] L'&#233;lection de Zuma et la d&#233;faite de Mbeki ont marqu&#233; un tournant majeur. Comme nous l'avons dit, Zuma a &#233;t&#233; vu comme incarnant une direction nouvelle par la gauche de l'Alliance, y compris des &#233;l&#233;ments de la COSATU/SACP et les millions de personne qui ont vot&#233; pour l'ANC. M&#234;me si nous pensons que Zuma est un faux messie, l&#224; n'est pas la question. Il a suscit&#233;, chez des millions de gens, l'espoir que soit possible un nouvel avenir pour le pauvre de l'Afrique du Sud. Bien que nous consid&#233;rons que l'&#233;mergence des mouvements sociaux &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1990 est importante, c'est la formulation de la col&#232;re et de la frustration par les dirigeants du SACP et du COSATU dans les structures de l'Alliance qui a d&#233;truit Mbeki. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, &#233;tant donn&#233; l'ampleur des soul&#232;vements qui ont domin&#233; les ann&#233;es 1980 et la puissance conserv&#233;e par le mouvement syndical, notamment la COSATU, il est important de se demander pourquoi la classe ouvri&#232;re ne s'est pas oppos&#233;e plus directement au gouvernement de l'ANC. Une partie de l'explication est que la direction tout comme les militants de base ont mis tous leurs espoirs dans les &#233;lections, les consid&#233;rant comme le meilleur moyen d'obtenir de nouveaux changements. Malgr&#233; de nombreuses protestations militantes, des gr&#232;ves, et des d&#233;bats virulents avec la direction de l'ANC (et parfois du SACP), le r&#244;le de la COSATU (comme de ses syndicats affili&#233;s) est li&#233; &#224; sa fonction g&#233;n&#233;rale en tant que syndicat. Sa direction et une bonne partie de ses membres partagent, &#224; un niveau g&#233;n&#233;ral, une hypoth&#232;se de base avec la direction de l'ANC selon laquelle le capitalisme est immuable, et qu'il s'agit donc de mettre en place un &#171; capitalisme &#224; visage humain. &#187; En bref, leur option politique pratique pr&#233;f&#233;r&#233;e est de r&#233;organiser les pi&#232;ces du jeu d'&#233;checs plut&#244;t que de jeter le jeu ; par cons&#233;quent, ils lancent et arr&#234;tent les gr&#232;ves comme on ouvrirait et fermerait un robinet, pour effectuer une pression afin d'accro&#238;tre leur influence politique au sein de l'Alliance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas pour autant r&#233;duire les gr&#232;ves &#224; des actions &#171; formelles &#187;, comme le font certains militants de mouvements sociaux tels qu'Oupa Lehulere et Dale McKinley de l'APF. Zuma a permis la convergence de l'opposition &#224; la politique de Mbeki. Ceci &#8211; ainsi que les gr&#232;ves et les protestations dans les townships &#8211; a redonn&#233; confiance dans la COSATU et le SACP. L'&#233;lection a cr&#233;&#233; de nouvelles occasions de faire reculer l'agenda n&#233;olib&#233;ral. La classe ouvri&#232;re se trouvait au centre de cette constellation changeante des forces populaires. La voie &#224; suivre doit &#234;tre une unit&#233; entre la classe ouvri&#232;re organis&#233;e, les ch&#244;meurs des townships, et d'autres soutiens des mouvements sociaux. Il n'y a pas de muraille de Chine ou d'aristocratie ouvri&#232;re qui s&#233;pare les deux &#8211; le cordon ombilical de l'in&#233;galit&#233; est ce qui unit cette classe ouvri&#232;re. La catastrophe pour la gauche sud-africaine a &#233;t&#233; une politique qui a c&#233;l&#233;br&#233; uniquement la r&#233;sistance des pauvres tout en ignorant et en d&#233;nigrant les luttes des travailleurs organis&#233;s. [&#8230;] Bien que la COSATU et le SACP n'offrent pas encore une alternative anti-h&#233;g&#233;monique, une politique de ce type peut &#233;merger de cette unit&#233;. Les militants comprennent que les mouvements n'&#233;mergent pas sous leur forme d&#233;finitive, mais &#224; travers un processus de lutte et d'engagement. Les attaques x&#233;nophobes contre les travailleurs immigr&#233;s africains en 2009 et la pr&#233;sence g&#233;n&#233;ralis&#233;e de la violence, domestique ou non, en Afrique du Sud expriment la mani&#232;re dont les frustrations populaires sont d&#233;tourn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute &#233;vidence, &#224; court terme, il est peu probable que ces luttes puissent &#234;tre unies. Bien que certains militants des mouvements sociaux, comme Dale McKinley[18] lancent des appels &#224; l'unit&#233; dans la classe ouvri&#232;re, cela dissimule une hostilit&#233; &#224; la COSATU et au SACP. Cette unit&#233; ne peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e qu'&#224; travers un dialogue avec les principales organisations de la classe ouvri&#232;re. Une &#233;tape &#233;vidente serait un front uni des luttes populaires dans l'objectif d'unir les mouvements des townships et de la classe ouvri&#232;re organis&#233;e. COSATU, et son immense poids social, bas&#233;e sur le lieu de production, occupera un r&#244;le central dans ce front uni, pour organiser et forger des liens avec les ch&#244;meurs et les travailleurs non syndiqu&#233;s dans les secteurs formel et informel. McKinley et d'autres supposent que nous pouvons ne pas tenir compte de la direction de la COSATU et du SACP et que l'unit&#233; est tout simplement un jeu de saute-mouton. Concevoir le changement comme provenant en grande partie de man&#339;uvres au sein de l'Alliance affaiblit les dirigeants de ces organisations, mais ils sont respect&#233;s par des millions de personnes et leur existence ne peut &#234;tre ignor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous d&#233;fendons au contraire l'id&#233;e que les luttes ont besoin d'une plate-forme commune de revendications qui puisse unir tout le monde, ind&#233;pendamment des all&#233;geances et des opinions politiques. Cette politique est celle qui a &#233;t&#233; men&#233;e durant des ann&#233;es dans des mouvements unitaires o&#249; les gens marchent et protestent contre quelque chose, ce qui les unit, tout en d&#233;battant de ce qui les divise. Une telle approche a &#233;t&#233; d&#233;crite en Am&#233;rique Latine par la formule &#171; parler en marchant &#187; . Cet avenir de lutte commune est un d&#233;fi pos&#233; &#224; la direction de la COSATU et du SACP, mais aussi aux diff&#233;rentes organisations ind&#233;pendantes des mouvements sociaux : l'ABM, l'APF, la TAC, et les autres. Il pr&#233;sente la perspective d'une lutte unifi&#233;e contre le n&#233;olib&#233;ralisme en Afrique du Sud. Si la crise mondiale a annonc&#233; l'agonie du capitalisme n&#233;olib&#233;ral, la gauche sud-africaine a la responsabilit&#233; d'&#233;laborer patiemment l'unit&#233; contre le capitalisme n&#233;olib&#233;ral qui inspirera le continent au nord du Limpopo &#224; faire de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion &#8211; Un ensemble vari&#233; de r&#233;sistances et de faux proph&#232;tes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que l'activit&#233; des mouvements sociaux n'ait pas atteint les niveaux vertigineux du milieu des ann&#233;es 1980, le pays a &#233;t&#233; en proie &#224; un ensemble vari&#233; de protestations. Le gouvernement a cherch&#233; &#224; d&#233;samorcer les conflits sociaux en s'appuyant sur des r&#233;seaux de n&#233;gociation corporatistes, mais contrairement &#224; beaucoup d'autres gouvernements africains post-ind&#233;pendances qui ont eu plus de succ&#232;s pour &#233;viter les mouvements syndicaux que leurs pr&#233;d&#233;cesseurs coloniaux, le gouvernement de l'ANC a &#233;t&#233; jusqu'ici incapable d'emp&#234;cher le d&#233;veloppement des conflits de classe ou de s'assurer que les revendications des travailleurs soient uniquement abord&#233;es dans des structures reconnues par l'Etat. Malgr&#233; la r&#233;pression parfois violente de certaines sections de la soci&#233;t&#233; civile combin&#233;e aux op&#233;rations de s&#233;duction men&#233;es envers d'autres, le gouvernement n'a pas r&#233;ussi &#224; &#233;touffer le m&#233;contentement ; alors qu'elle cherchait &#224; reconfigurer les relations dans l'Etat et la soci&#233;t&#233; civile, l'Afrique du Sud post-apartheid a &#233;t&#233; ponctu&#233;e par plusieurs gr&#232;ves de masse et une multiplicit&#233; de protestations sociales. De diff&#233;rentes mani&#232;res, la vague presque ininterrompue de protestations dans les townships depuis mai 2009 et les efforts renouvel&#233;s pour revigorer les relations avec l'Alliance sous la pr&#233;sidence de Jacob Zuma t&#233;moignent de l'utilisation continue par la COSATU de l'action directe comme moyen de pression &#224; l'int&#233;rieur de l'Alliance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce climat de r&#233;bellion cr&#233;e de consid&#233;rables possibilit&#233;s et d&#233;fis pour les militants radicaux afin d'aider &#224; organiser les manifestations et &#224; unir les luttes des ch&#244;meurs pauvres des townships et des travailleurs pauvres afin de construire une alternative politique qui soit en mesure de commencer &#224; contester la domination de l'ANC. Lors de la naissance de nouveaux mouvements sociaux en 2001, Ashwin Desai a not&#233; que les militants &#171; ont soulev&#233;, mais n'ont pas encore r&#233;pondu &#224; la question de l'organisation ou des organisations qui serviront le mieux la contestation croissante &#187;[19]. Les orientations autonomistes du mouvement altermondialiste international sont pass&#233;es comme des feuilles emport&#233;es par le vent en Afrique du Sud, et beaucoup de participants aux nouveaux mouvements sociaux, se d&#233;tournant comme il est compr&#233;hensible de la politique stalinienne et formaliste, ont longtemps &#233;t&#233; r&#233;ticents &#224; discuter ou &#224; proposer des formes d'organisation collective qui pourraient commencer &#224; construire ce pont et fournir aux militants de la soci&#233;t&#233; civile une forme pratique, strat&#233;gique, id&#233;ologique, et p&#233;dagogique &#8211; c'est &#224; dire la notion d'un type de parti ou d'autre organisation collective con&#231;ue comme un p&#244;le politique ouvert aux individus (au lieu d'&#234;tre r&#233;serv&#233; &#224; des repr&#233;sentants de groupes, comme c'est le cas dans la mise en r&#233;seau actuelle des mouvements sociaux). Un tel outil est selon nous n&#233;cessaire pour approfondir les fissures dans le monolithe de l'ANC et commencer &#224; constituer une communaut&#233; politique qui vise explicitement &#224; transcender les identit&#233;s particuli&#232;res tout en soutenant et en s'appuyant sur les luttes qu'elles engendrent dans la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter Dwyer enseigne l'&#233;conomie politique &#224; Ruskin College et L&#233;o Zeilig est chercheur &#224; l'Institute of Commonwealth Studies (universit&#233; de Londres). Ils ont &#233;crit ensemble l'ouvrage African Struggles Today : Social Movements since Independence (2011). Ce texte est une version r&#233;duite d'un chapitre de ce livre. Il a &#233;t&#233; publi&#233; en fran&#231;ais dans le num&#233;ro 23 de Contretemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit par Sol&#232;ne Brun, Sylvestre Jaffard et Ugo Palheta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Pendant l'apartheid (1948-1994), les gens &#233;taient divis&#233;s en quatre classifications raciales, par ordre d&#233;croissant de population : Africains, &#8216;Coloured', Blancs, Indiens. Les &#171; Africains &#187; sont le peuple indig&#232;ne dont les anc&#234;tres &#233;taient pr&#233;sents dans la r&#233;gion avant l'arriv&#233;e des colons europ&#233;ens. &#171; Couloured &#187; se r&#233;f&#232;re l&#233;galement aux personnes de &#171; sang m&#233;lang&#233; &#187;, signifiant souvent, mais pas toujours, blanc et Africain. &#171; Indiens &#187; se r&#233;f&#232;re aux habitants descendants des populations sud-asiatiques, et &#171; Blancs &#187; aux descendants des colons europ&#233;ens. Les militants politiques rejet&#232;rent cette classification consid&#233;r&#233;e raciste. Le terme &#171; Noir &#187; a une connotation politique progressiste et est un terme inclusif r&#233;f&#233;rant &#224; tous les Sud-Africains qui ne sont pas &#171; blancs &#187;. Nous utiliserons ce terme bien que, &#224; certains moments, il sera n&#233;cessaire d'employer des termes comme &#171; Africain &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Constitu&#233;e le 9 mai 1990, l'Alliance est dirig&#233;e par l'ANC au gouvernement et inclut le Congr&#232;s des syndicats sud-africains (COSATU) et le Parti Communiste Sud-Africain (SACP &#8211; anciennement connu sous le nom de Parti Communiste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Susan Booysen, analyste politique, cit&#233;e dans Michael Georgy, &#171; S. Africa Riots Press Zuma to Live Up to Promises &#187;, Reuters, 24 juillet 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Mac Maharaja (&#224; present porte-parole pr&#233;sidentiel), cit&#233; dans Heribert Adam, Frederik van Zyl Slabbert, et Kogila Moodley, Comrades in Business : Post-Liberation Politics in South Africa (Cape Town : Tafleberg, 1998), p. 69.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Mandela, Long Walk to Freedom, p. 724.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Star, 4 mars 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Financial Times, 7 mai 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Financial Times, 2 mai 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Cit&#233; dans Adam et al., Comrades in Business, p. 151.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Sunday Times, 16 juin 1996.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Economist, 12 octobre 1996.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] The Star, 9 juillet 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Cit&#233; par Edward Cottle, &#171; ANC Election Manifesto is a Decoy &#187;, South African Labour Bulletin, vol. 2, n&#176;4 (ao&#251;t 1999), p. 80.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] En Afrique du Sud, l'expression &#171; mouvements sociaux &#187; a pris une signification particuli&#232;re, plus &#233;troite que ce qu'elle signifie plus g&#233;n&#233;ralement. Ici, elle r&#233;f&#232;re &#224; un groupe d'organisations principalement communautaires, qui sont largement ind&#233;pendantes et qui, &#224; diff&#233;rents degr&#233;s, sont critiques de la politique et des pratiques du gouvernement ANC et de l'Alliance dirig&#233;e par l'ANC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Labour Research Service, Labour Research Service Annual Report 2004-2005, disponible &#224; &lt;a href=&#034;http://www.lrs.org.za/docs/Annual_Report2004-5.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lrs.org.za/docs/Annual_Report2004-5.pdf&lt;/a&gt; (visit&#233; le 30 mai 2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] C'est ce qu'un militant des mouvements sociaux affirma. Voir Ashwin Desai, We are the Poors : Community Struggles in Post-Apartheid South Africa (New York : Monthly Review Press, 2002), p. 124, et Dale McKinley et Prishani Naidoo, &#171; New Social Movements in South Africa &#187;, Development Update, vol. 5, n&#176;2 (2004), pp. 14-15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Exclu du SACP en 2000, Dale McKinley a &#233;t&#233; le co-fondateur de l'APF. (NdT)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Desai, We Are the Poors, p. 49.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Afrique du Sud. Cyril Ramaphosa relance le n&#233;olib&#233;ralisme (I)</title>
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		<dc:date>2018-03-20T08:29:50Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Bond </dc:creator>


		<dc:subject>Afrique du Sud</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-03-20</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique du sud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le coup d'Etat &#171; soft &#187; du 14 f&#233;vrier 2018 au cours duquel Cyril Ramaphosa a &#233;ject&#233; de la pr&#233;sidence Jacob Zuma, apr&#232;s environ neuf ans au pouvoir et une lutte humiliante afin d'&#233;viter de d&#233;missionner, a des implications locales et g&#233;opolitiques contradictoires. L'applaudissement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233; &#224; voir Zuma s'en aller r&#233;sonne avec force. Toutefois, sa d&#233;mission soul&#232;ve imm&#233;diatement des pr&#233;occupations quant aux tendances n&#233;olib&#233;rales, favorables aux grandes entreprises, du nouveau (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/arton34065-26a88.jpg?1781068618' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le coup d'Etat &#171; soft &#187; du 14 f&#233;vrier 2018 au cours duquel Cyril Ramaphosa a &#233;ject&#233; de la pr&#233;sidence Jacob Zuma, apr&#232;s environ neuf ans au pouvoir et une lutte humiliante afin d'&#233;viter de d&#233;missionner, a des implications locales et g&#233;opolitiques contradictoires. L'applaudissement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233; &#224; voir Zuma s'en aller r&#233;sonne avec force. Toutefois, sa d&#233;mission soul&#232;ve imm&#233;diatement des pr&#233;occupations quant aux tendances n&#233;olib&#233;rales, favorables aux grandes entreprises, du nouveau pr&#233;sident ainsi que de son pass&#233; de corruption financi&#232;re et son engagement dans une guerre de classe contre les travailleurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de&lt;a href=&#034;http://alencontre.org/afrique/afrique-du-sud/afrique-du-sud-cyril-ramaphosa-relance-le-neoliberalisme-i.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; l'encontre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;pisode du massacre [des mineurs] de Marikana de 2012 n'est toujours pas referm&#233;, en d&#233;pit de son discours devant le Parlement, le 20 f&#233;vrier, au cours duquel il a demand&#233; pardon. Les nouvelles lois que Ramaphosa soutient auront pour effet de limiter le droit de gr&#232;ve au moment m&#234;me o&#249; le nouveau budget subit des coupes et que des hausses d'imp&#244;t frappent les plus pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan international, l'&#233;mergence de l'alliance entre le Br&#233;sil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud en 2010 (lorsque Beijing invita Pretoria &#224; bord) constituait, du moins en &#233;tait-il convaincu, le principal legs de Zuma : les BRICS offraient un potentiel &#233;norme pour d&#233;fier l'h&#233;g&#233;monie abusive de l'Occident. La r&#233;alit&#233;, toutefois, s'est r&#233;v&#233;l&#233;e d&#233;cevante, en particulier au sein du pays le plus in&#233;gal et agit&#233; des cinq, l'Afrique du Sud, o&#249; la direction form&#233;e &#224; Moscou parlait &#171; gauche &#187; de mani&#232;re experte&#8230; tout en marchant &#224; droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'&#232;re Zuma, une aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire plus extr&#234;me, doubl&#233;e du retour &#224; une accumulation centr&#233;e sur les minerais, sous Ramaphosa, ne fera qu'amplifier la mis&#232;re localement &#8211; tout en laissant, probablement, l'engagement de l'Afrique du Sud envers le projet des BRICS dans le marais. La premi&#232;re indication est apparue le 21 f&#233;vrier lorsque le ministre des Finances dont a h&#233;rit&#233; Ramaphosa, Malusi Gigaba [ministre sous Zuma de mai 2014 &#224; mars 2017 ; et ministre des Finances du 31 mars au 27 f&#233;vrier 2018], entach&#233; par la corruption, a impos&#233; l'aust&#233;rit&#233; et a lib&#233;ralis&#233; le contr&#244;le des changes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fin des Zuptanomics&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chute de Zuma est le r&#233;sultat d'un changement d'&#233;quilibre [dans la balance &#171; du pouvoir &#187;] au cours des derni&#232;res semaines. Il trouve son origine, d'un c&#244;t&#233;, dans les changements du soutien client&#233;laire au sein de la direction de l'African National Congress (ANC), principalement en cons&#233;quence d'une corruption &#224; large &#233;chelle financ&#233;e gr&#226;ce &#224; une hausse rapide de la dette publique (passant de 28% &#224; 55% du PIB depuis 2009) ; de l'autre, dans les perspectives mena&#231;antes pour l'ANC en vue des &#233;lections de 2019. Cela est d&#251;, sous la forme souvent grotesque par laquelle Zuma a fusionn&#233; l'&#233;thique personnelle, un traditionalisme ethnique fond&#233; sur le patriarcat [au sens de &#171; patriarche &#187;, ce qui n'exclut &#233;videmment pas la dimension que poss&#232;de l'autre signification du terme ; Zuma s'identifie &#224; l'&#171; ethnie zouloue &#187;] et une accumulation de capitaux par le biais de gangs criminels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux mois, la direction de l'ANC a &#233;lu de justesse Ramaphosa &#8211; contre Nkozasana Dlamini-Zuma, qui occupait r&#233;cemment, entre 2012 et 2017, le poste de pr&#233;sidente de la Commission de l'Union africaine et &#233;tait vue comme loyale envers son ancien mari &#8211; dans l'espoir qu'il puisse restaurer le prestige du parti, gagn&#233; &#224; l'&#233;poque o&#249; l'ANC, entre 1912 et 1994, &#233;tait un mouvement de lib&#233;ration, puis sous la pr&#233;sidence de Nelson Mandela (1994-1999). Ramaphosa est pourtant coupable d'&#233;vasion fiscale significative en faveur des firmes qu'il dirigeait, l'entreprise mini&#232;re de la platine Lonmin ainsi que la plus grande firme de t&#233;l&#233;phonie mobile du continent (MTN). L'usine &#224; gaz controvers&#233;e Shanduka [un holding d'investissement actif dans les ressources naturelles, les t&#233;l&#233;communications, l'alimentaire, etc. fond&#233; par &#171; l'ancien syndicaliste &#187; Ramaphosa] ainsi que les franchises locales de McDonald's et de Coca-Cola sont d'autres dimensions contribuant &#224; ses richesses. Il a retir&#233; ses investissements &#224; partir de 2016 lorsque ses richesses estim&#233;es &#224; 550 millions de dollars ont &#233;t&#233; plac&#233;es aupr&#232;s d'un organisme ind&#233;pendant de gestion d'actifs (blind trust).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ramaphosa a d&#233;sormais devant lui une &#171; fen&#234;tre d'opportunit&#233; &#187; de 15 mois pour effacer la m&#233;moire &#233;lectorale visc&#233;rale des &#171; combinaisons &#187; dites &#171; Zupta &#187; qui &#8211; en parall&#232;le &#224; l'alignement de Ramaphosa avec le &#171; monopoly du capital blanc &#187; [expression, controvers&#233;e, qui sert &#224; d&#233;signer la puissance &#233;conomique des &#171; &#233;lites blanches &#187; ainsi que les collusions, au travers de la corruption, entre les diverses &#233;lites et l'Etat] &#8211; ont influenc&#233; de mani&#232;re si malsaine l'Etat sud-africain tout au long de la derni&#232;re d&#233;cennie, au moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le surnom &#171; Zupta &#187; combine deux composantes : les membres de la famille et les clients de Zuma, qui agissaient sous la direction de trois fr&#232;res riches, souvent de mauvais go&#251;t, les Gupta, des immigr&#233;s Indiens. La strat&#233;gie de &#171; capture de l'Etat &#187; par ces derniers a &#233;t&#233; engag&#233;e au d&#233;but de la d&#233;cennie 2000, mais n'a attir&#233; l'attention des citoyens qu'&#224; la suite d'un luxueux mariage au sein de la famille Gupta, en 2013, au cours duquel les r&#232;gles de l'immigration et de la s&#233;curit&#233; &#224; l'a&#233;roport ont &#233;t&#233; viol&#233;es de mani&#232;re notoire en faveur des invit&#233;s Indiens. En outre, afin de payer la facture de 2,5 millions de dollars, les Gupta et leurs alli&#233;s &#8211; comprenant apparemment le nouveau secr&#233;taire de l'ANC, Ace Magashule &#8211; ont pill&#233; un fonds de soutien agricole destin&#233; &#224; des paysans noirs de la province Free State [capitale Bloemfontain], dont le dirigeant officiel est encore Magashule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du scrutin au sein de l'ANC, en d&#233;cembre dernier, Magashule a battu de peu le colistier de Ramaphosa pour le poste de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral. Son destin repose toutefois sur l'&#233;tendue des poursuites contre les Gupta et dans quelle mesure appara&#238;tront des t&#233;moignages concernant son implication dans le pillage des coffres provinciaux pour leurs affaires. Si les Gupta &#233;vitent une arrestation en Afrique du Sud et ne fournissent donc pas un t&#233;moignage accablant sur Magashule, il est possible qu'il conserve son emploi dans les mois, voire les ann&#233;es, &#224; venir, &#224; l'instar de Zuma, malgr&#233; les doutes r&#233;pandus au sujet de sa probit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de 1,25 milliard de dollars par ann&#233;e ont &#233;t&#233; perdus en faveur du pillage Zupta, selon ce que reconna&#238;t l'ancien ministre des finances, Pravin Gordhan, en particulier par le biais des grandes compagnies para-&#233;tatiques de l'&#233;nergie et des transports. Il s'agit, certes, d'une petite fraction des 22 milliards perdus chaque ann&#233;e dans la surfacturation des contrats publics, op&#233;r&#233;e par l'&#233;lite des affaires la plus corrompue au monde, selon les termes de la soci&#233;t&#233; d'audit PricewaterhouseCoopers (PwC). Au c&#339;ur des combines (circuits) de Johannesburg, du Cap, de Stellenbosch et de Durban du White Monopoly Capital, PwC rapporte que &#171; huit cadres sup&#233;rieurs sur dix commettent des crimes &#233;conomiques &#187;, en particulier par le biais de la fraude lors de passation de contrats publics, par le blanchiment d'argent, le d&#233;tournement d'actifs ainsi que les pots-de-vin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; &#233;lu &#224; la t&#234;te de l'ANC en d&#233;cembre dernier, lorsque Ramaphosa a battu l'ancienne pr&#233;sidente de l'Union africaine Nkosazana Dlamini-Zuma (une ancienne &#233;pouse de Jacob), le nouveau dirigeant a gracieusement remerci&#233; son pr&#233;d&#233;cesseur. Seuls deux legs ont &#233;t&#233; mentionn&#233;s : la mise en avant du Plan nation de d&#233;veloppement (NDP) [un programme qui pr&#233;tend, &#224; l'horizon 2030, lutter contre les in&#233;galit&#233;s et la suppression des in&#233;galit&#233;s] ainsi que la fourniture de m&#233;dicaments gratuits contre le sida &#224; quatre millions de Sud-Africains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re r&#233;ussite a en effet &#233;lev&#233; de 10 ans l'esp&#233;rance de vie par rapport aux 52 ans au d&#233;but des ann&#233;es 2000 [52 ans en 2005 contre 62 en 2015]. La bataille historique de l'organisation Treatment Action Compaign contre les profits de Big Pharmacorp et le n&#233;gationnisme envers le sida de l'ancien pr&#233;sident Thabo Mbeki avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; remport&#233;e sans soutien visible de Zuma en 2004. C'est-&#224;-dire bien avant qu'il ne devienne pr&#233;sident en 2009 [Mbeki a contest&#233; l'origine virale de la maladie et il est largement consid&#233;r&#233; comme responsable des retards pris dans l'introduction de traitements antir&#233;troviraux en Afrique du Sud, voir ici et ici].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ramaphosa mettra fi&#232;rement en &#339;uvre le NDP (South Africa's National Development Plan) au cours des prochaines ann&#233;es car il en est le co-auteur. L'engagement principal du plan, dans lequel la question climatique est absente, en termes d'infrastructures consiste en une ligne ferroviaire d'un co&#251;t de 75 milliards de dollars, principalement dans le but d'exporter 18 milliards de tonnes de charbon. Il implique 50 projets majeurs dont 14 sont d&#233;j&#224; lanc&#233;s. L'agence ferroviaire, Transnet, dispose d'un cr&#233;dit chinois de 5 milliards de dollars en vue de financer l'achat de locomotives, suffisamment puissantes pour tirer des trains charg&#233;s de charbon, longs de 3 kilom&#232;tres, fabriqu&#233;es en Chine. La corruption &#171; Zupta &#187; est toutefois d&#233;j&#224; un probl&#232;me majeur en ce qui concerne les acquisitions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une combinaison malsaine de politiques client&#233;laires et de n&#233;olib&#233;ralisme se poursuivra sans aucun doute, &#233;tant donn&#233; que le 26 f&#233;vrier, Ramaphosa a annonc&#233; un nouveau cabinet dans lequel prendront place deux anciens ministres des Finances c&#233;l&#233;br&#233;s par les march&#233;s financiers &#8211; Nhlanhla Nene et Pravin Gordhan &#8211; ainsi qu'un pr&#233;sident adjoint, David Mabuza, &#224; la t&#234;te de la province de l'est de Mpumalanga [ancien Transvaal] depuis 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;d&#233;cesseur de Mabuza &#224; ce poste, Mathews Phosa &#8211; qui &#233;tait aussi un ancien tr&#233;sorier de l'ANC &#8211;, avait des formules cinglantes sur sa r&#233;putation de voleur corrompu : &#171; Il est plong&#233; dans un nuage de scandales et laissez-moi vous dire qu'il le suivra l&#224; o&#249; il se trouve aujourd'hui&#8230; Les gens le craignent. Ils parlent de meurtres dans la province, lorsque l'on parle de ceux-ci, ils sont li&#233;s &#224; lui&#8230; Je ne pense pas que l'ANC remportera les &#233;lections de 2019. &#187; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dirigeant de la nouvelle F&#233;d&#233;ration des syndicats d'Afrique du Sud (la deuxi&#232;me plus importante derri&#232;re le Congr&#232;s des syndicats d'Afrique du Sud qui soutient l'ANC), Zwelinzima Vavi, &#233;tait tout aussi critique envers les nouveaux ministres : &#171; La nomination de Ramaphosa n'a rien chang&#233;. Il a chang&#233; quelques t&#234;tes, mais il est toujours enracin&#233; dans une ANC corrompue et favorable au capital &#224; la t&#234;te de laquelle se trouvait son pr&#233;d&#233;cesseur. Il est particuli&#232;rement incroyable qu'il ait nomm&#233; un pr&#233;sident adjoint, et donc un pr&#233;sident potentiel, qui est impliqu&#233; depuis des ann&#233;es dans certains des crimes les plus s&#233;rieux [de la r&#233;gion], lorsqu'il &#233;tait premier ministre de Mpumalanga. Au nombre de ces crimes se trouvent des pots-de-vin pr&#233;sum&#233;s pour l'obtention de contrats pour des installations li&#233;es &#224; la Coupe du monde [en 2010], des menaces et l'espionnage envers des journalistes ainsi que la constitution d'une liste noire d'opposants politiques, parmi lesquels au moins 15 ont &#233;t&#233; assassin&#233;s, alors que personne n'a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; pour ces meurtres. &#187; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est des aspects positifs, toutefois, Ramaphosa a d&#233;mis l'alli&#233; &#233;troit de Zuma au sein du cabinet, le ministre de l'&#233;nergie David Mahlobo, ce qui a pour r&#233;sultat que la tentative d'achat par Pretoria de huit r&#233;acteurs nucl&#233;aires aupr&#232;s de Rosatom [compagnie russe] pour 100 milliards de dollars est d&#233;sormais hautement improbable. Cela est principalement d&#251; &#224; l'aggravation de la crise de la dette de Pretoria, ce qui fait qu'il ne reste qu'une r&#233;alisation au cr&#233;dit de Zuma : les r&#233;unions annuelles de &#171; networking &#187; avec des dirigeants &#224; Beijing, Brasilia, Delhi et Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les r&#233;formes des BRICS ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens commun, tel qu'il est exprim&#233; &#224; la fin de l'ann&#233;e derni&#232;re par le chercheur en politique &#233;trang&#232;re Oscar van Heerden, veut que Zuma &#171; ait assur&#233; notre ascendance au sein du groupe g&#233;ostrat&#233;gique des BRICS, compos&#233; du Br&#233;sil, de la Russie, de l'Inde et de la Chine : les &#233;conomies &#233;mergentes du monde. C'est un point important car dans la recherche d'un ordre mondial plus &#233;quitable et plus juste, ce groupe fournit un contrepoids aux puissances occidentales dominantes. Les BRICS offrent un meilleur acc&#232;s aux relations commerciales ainsi que de meilleurs dispositifs mondiaux de s&#233;curit&#233;. &#187; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fiert&#233; a &#233;t&#233; &#233;galement formul&#233;e par Zuma, en partie par le biais de son avatar, le politicien et homme d'affaires Gaytom McKenzie, qui a commis un ouvrage &#171; raconte-tout &#187; du type Fire and Fury [allusion &#224; l'ouvrage d'anecdotes, rapidement traduit en de nombreuses langues, de Michael Wolff], Kill Zuma by Any Means Necessary.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens commun aussi bien que les thurif&#233;raires de Zuma doivent &#234;tre soumis &#224; l'&#233;preuve de la r&#233;alit&#233; : loin des gestes rh&#233;toriques permanents de Pretoria, les BRICS ont amplifi&#233; des processus mondiaux injustes et in&#233;quitables. Alors que trois membres des BRICS ont abrit&#233;, entre 2010 et 2018, la Coupe du monde entach&#233;e de corruption de la FIFA &#8211; ce qui n'est l&#224; que la manifestation la plus flagrante, quoique superficielle, de l'entr&#233;e dans l'imp&#233;rialisme (footballistique de Sepp Blatter) &#8211; les intentions de &#171; r&#233;formes &#187; de la gouvernance mondiale men&#233;e par les BRICS sont r&#233;v&#233;latrices :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Dans le domaine de la finance mondiale, la restructuration de la direction du FMI entre 2010 et 2015 a c&#233;d&#233; une place plus importante aux quatre membres des BRICS largement plus puissants (hausse des droits de vote de 37% pour la Chine, de 23% pour le Br&#233;sil, 11% pour l'Inde et 8% pour la Russie), mais la plupart des pays africains disposent aujourd'hui d'un droit de vote bien peu fiable (par exemple le Nigeria en a perdu 41% et m&#234;me l'Afrique du Sud a perdu 21%). Un droit de vote des BRIC &#8211; donc sans l'Afrique du Sud &#8211; plus &#233;lev&#233;. Il n'atteint juste pas le 15% n&#233;cessaire pour pr&#233;senter un veto. Fait-il une diff&#233;rence quelconque ? Apr&#232;s tout, les directeurs du bloc ont suivi &#224; trois reprises (en 2011, 2015 et 2016) leurs homologues occidentaux dans le soutien &#224; la directrice g&#233;n&#233;rale du FMI, Christine Lagarde, alors m&#234;me qu'elle &#233;tait poursuivie &#8211; et jug&#233;e en 2016 coupable par n&#233;gligence &#8211; pour une affaire de corruption criminelle de 490 millions de dollars remontant &#224; sa p&#233;riode comme ministre des Finances fran&#231;aise. La &#171; pratique libre &#187; (free ride) de Lagarde sugg&#232;re que les BRICS non seulement partagent son approche n&#233;olib&#233;rale mais aussi l'apparition d'une corruption politique syst&#233;mique au sommet de l'ordre financier mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; En outre, le Contingent Reserve Arrangement &#8211; un fonds de sauvetage th&#233;orique &#8211; de 100 milliards de dollars des BRICS renforce le FMI en obligeant les emprunteurs d'obtenir d'abord un pr&#234;t du FMI et de passer par un programme d'ajustement structurel avant d'acc&#233;der &#224; l'autre 70% de leur quota de contributions dans des p&#233;riodes d'urgence financi&#232;re. Et les dirigeants de la New Development Bank des BRICS &#8211; qui n'est pas supervis&#233;e par la soci&#233;t&#233; civile &#8211; se vantent d'un cofinancement et d'arrangements concernant le partage de personnel avec la Banque mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; En ce qui concerne le r&#233;chauffement climatique, l'Accord sur le climat de Paris (2015) a laiss&#233; les victimes sans une quelconque option de &#171; dette climatique &#187; contre l'Occident et les BRICS, dans la mesure o&#249; les pr&#233;tentions juridiques vis-&#224;-vis de la responsabilit&#233; des signataires sont interdites. Les engagements concernant les diminutions d'&#233;mission prises &#224; Paris sont trop faibles et, dans tous les cas, non contraignants &#8211; ce dont a t&#233;moign&#233; le d&#233;part de Trump, en juin dernier, sans qu'il provoque de punition officielle. Les &#233;missions militaires, maritimes et des transports a&#233;riens ne sont pas couverts [par ces engagements]. Les march&#233;s de carbone &#8211; soit la &#171; privatisation de l'air &#187; &#8211; ont &#233;t&#233; avalis&#233;s. La catastrophe climatique est ainsi in&#233;vitable, principalement pour le b&#233;n&#233;fice des industries qui produisent de grandes quantit&#233;s de carbone dans les pays riches et moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; En ce qui concerne le commerce mondial, le sommet de Nairobi de 2015 de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) a essentiellement mis un terme aux subsides agricoles et donc &#224; la souverainet&#233; alimentaire gr&#226;ce aux alliances cruciales conclues entre les repr&#233;sentants de Brasilia et de New Delhi avec les n&#233;gociateurs de Washington et de Bruxelles. Le leader favorable au capital de l'OMC est le Br&#233;sil, ce qui laisse penser que le remplacement des &#233;lites du Nord par celles du Sud continuera &#224; porter atteinte au &#171; Sud &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants des BRICS se sont r&#233;v&#233;l&#233;s des alli&#233;s vitaux de l'Occident dans chacun de ces moments r&#233;cents de la mal-gouvernance mondiale. Les accords &#224; court terme b&#233;n&#233;ficiant &#224; leurs agences para-&#233;tatiques et entreprises n&#233;olib&#233;rales, intens&#233;ment polluantes, surviennent toutefois &#224; une &#233;poque difficile. Les pr&#233;tendues &#171; am&#233;liorations dans les accords commerciaux &#187; que van Heerden relie &#224; l'&#232;re des BRICS sont, en r&#233;alit&#233;, accompagn&#233;es d'un d&#233;clin relatif plus important du commerce tel qu'il est mesur&#233; en rapport au PIB.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que l'ann&#233;e 2017 ait repr&#233;sent&#233; des volumes commerciaux plus &#233;lev&#233;s, entre 2008 et 2016, le ratio commerce mondial/PIB a diminu&#233; l&#233;g&#232;rement, passant de 61 &#224; 58%. Ce sont les BRICS qui figuraient en t&#234;te de cette baisse : le ratio commerce/PIB de la Chine a chut&#233; de 53 &#224; 36%, celui de l'Inde de 53 &#224; 40%, celui d'Afrique du Sud de 73 &#224; 60%, celui de la Russie de 53 &#224; 45% et, enfin, celui du Br&#233;sil de 28 &#224; 25%. Pour les deux premiers BRICS, la chute provient d'un r&#233;&#233;quilibrage par le biais d'une consommation nationale plus &#233;lev&#233;e plut&#244;t que par une croissance li&#233;e aux exportations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La part d&#233;clinante du commerce pour l'Afrique du Sud, la Russie et le Br&#233;sil refl&#232;te le pic du prix des mati&#232;res premi&#232;res juste avant l'effondrement financier mondial cette ann&#233;e, auquel ont succ&#233;d&#233; les r&#233;cessions suivantes. Depuis d&#233;but 2016, une hausse des prix des mati&#232;res premi&#232;res a encourag&#233; les pays d&#233;pendants de l'&#233;conomie extractive, tirant m&#234;me le Br&#233;sil, la Russie et l'Afrique du Sud hors de la r&#233;cession. Mais le renouveau de la volatilit&#233; &#233;conomique en 2018 &#8211; par exemple les milliers de milliards de dollars qui se sont &#233;vapor&#233;s des march&#233;s financiers pratiquement en une nuit au d&#233;but de ce mois [de f&#233;vrier] &#8211; porte la menace du retour d'une vuln&#233;rabilit&#233; extr&#234;me pour les mati&#232;res premi&#232;res, tel qu'en portent t&#233;moignage les oscillations folles des prix entre 2007 et 2015. (A suivre ; article publi&#233; le 27 f&#233;vrier sur le site Znet, traduction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick Bond a cor&#233;dig&#233; South Africa &#8211; The Present as History (Jacana Media, 2014) et publi&#233; Elite Transition : From apartheid to neo-liberalism in South Africa (Pluto Press, 2014). Plusieurs de ses articles ont &#233;t&#233; traduits sur le site A l'Encontre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Afrique du Sud. Cyril Ramaphosa relance le n&#233;olib&#233;ralisme (II)</title>
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		<dc:date>2018-03-20T08:29:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Bond </dc:creator>


		<dc:subject>Afrique du Sud</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-03-20</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique du sud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quant aux pr&#233;tendus &#171; meilleurs arrangements s&#233;curitaires mondiaux &#187;, le monde est ironiquement bien plus dangereux depuis que les BRICS (Br&#233;sil, Russie, Inde, Chine, et Afrique du Sud) ont pris leur forme actuelle en 2010 : en Syrie, dans les Etats du Golfe, en Ukraine et en Pologne, dans la p&#233;ninsule cor&#233;enne, au Sahel et dans la Corne de l'Afrique, ainsi qu'au sud de la mer de Chine. M&#234;me la fronti&#232;re indo-chinoise est touch&#233;e par des affrontements, lesquels ont &#233;t&#233; pr&#232;s de faire capoter (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/arton34066-163e7.jpg?1781068619' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quant aux pr&#233;tendus &#171; meilleurs arrangements s&#233;curitaires mondiaux &#187;, le monde est ironiquement bien plus dangereux depuis que les BRICS (Br&#233;sil, Russie, Inde, Chine, et Afrique du Sud) ont pris leur forme actuelle en 2010 : en Syrie, dans les Etats du Golfe, en Ukraine et en Pologne, dans la p&#233;ninsule cor&#233;enne, au Sahel et dans la Corne de l'Afrique, ainsi qu'au sud de la mer de Chine. M&#234;me la fronti&#232;re indo-chinoise est touch&#233;e par des affrontements, lesquels ont &#233;t&#233; pr&#232;s de faire capoter le sommet annuel des BRICS au milieu de l'ann&#233;e 2017.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;http://alencontre.org/afrique/afrique-du-sud/afrique-du-sud-cyril-ramaphosa-relance-le-neoliberalisme-ii.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; l'encontre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Turbulences g&#233;opolitiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le boycott de Narendra Modi du sommet de la Belt and Road Initiative [1], en mai dernier, &#233;tait d&#251; &#224; l'intrusion du m&#233;ga-projet de Beijing sur le terrain de ce que New Delhi consid&#232;re comme ses propres terres du Cachemire, d&#233;tenues aujourd'hui par le Pakistan. Il s'agit pour Xi Jiping du lopin de terre crucial reliant la Chine occidentale au port de Gwadar [extr&#234;me sud-ouest du Pakistan], sur la mer d'Arabie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que bloc g&#233;opolitique, les interventions publiques en mati&#232;re de s&#233;curit&#233; des BRICS se sont d&#233;roul&#233;es strictement dans le contexte du G20. Tout d'abord, en septembre 2013, les BRICS ont emp&#234;ch&#233; Barack Obama de bombarder la Syrie en faisant pression lors du sommet de ce groupe plus large &#224; Saint-P&#233;tersbourg. Ensuite, dix mois plus tard &#224; Amsterdam, les BRICS ont soutenu l'invasion russe (ou &#171; lib&#233;ration &#187;) de la Crim&#233;e apr&#232;s que l'Occident a menac&#233; d'expulser Moscou du G20 ; de la m&#234;me mani&#232;re que les Etats-Unis et l'Europe avaient jet&#233; Vladimir Poutine hors du G8, aujourd'hui G7. Toutefois, lorsque Donald Trump est venu, en juillet dernier, au sommet du G20 &#224; Hambourg, les dirigeants des BRICS se sont r&#233;v&#233;l&#233;s tr&#232;s polis malgr&#233; les nombreux appels visant &#224; sanctionner les Etats-Unis en raison de leur retrait des engagements sur le climat &#224; peine un mois plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, la s&#233;curit&#233; militaire et politique de la r&#233;gion d'Afrique australe s'est am&#233;lior&#233;e par rapport &#224; des &#233;poques ant&#233;rieures. Plus de deux millions de personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es par des r&#233;gimes blancs et leurs auxiliaires sur les fronts de la lutte contre le colonialisme et l'apartheid au cours des d&#233;cennies 1970 et 1980, en particulier au Mozambique et en Angola. Un plus grand nombre encore sont morts &#224; l'est de la R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo (RDC) au d&#233;but des ann&#233;es 2000, p&#233;riode et r&#233;gion d'extraction extr&#234;me des ressources mini&#232;res. Les deux interventions arm&#233;es r&#233;centes de Pretoria dans la r&#233;gion se sont faites en jonction avec les troupes de maintien de la paix de l'ONU en RDC (de 2013 &#224; aujourd'hui) et pour aider le r&#233;gime autoritaire aux abois de la R&#233;publique centrafricaine (2006-13).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux interventions sont vues comme des &#233;checs politico-militaire sous-imp&#233;rialistes dans la mesure o&#249; les violences se poursuivent dans les deux pays. A Bangui, capitale de Centrafrique, plus d'une dizaine de soldats de Pretoria ont &#233;t&#233; tu&#233;s en mars 2013 en d&#233;fendant des entreprises de Johannesburg, qui ont pass&#233; des contrats juteux, &#224; peine quelques jours avant la tenue du sommet &#171; Gateway to Africa &#187; des BRICS &#224; Durban, en Afrique du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui a trait &#224; la s&#233;curit&#233; locale, des soul&#232;vements majeurs en protestation contre les injustices ont &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;s et font l'objet d'une surveillance tr&#232;s &#233;troite dans chacun des pays des BRICS. Le pire moment, en Afrique du Sud, s'est d&#233;roul&#233; le 16 ao&#251;t 2012 lorsqu'une trentaine de mineurs ont &#233;t&#233; massacr&#233;s par la police. Cette derni&#232;re &#171; agissait ostensiblement &#187; &#224; la demande explicite (transmise par courriel le jour avant) du principal actionnaire local de la compagnie mini&#232;re de la platine Lonmin, qui exigeait une &#171; action d&#233;cisive &#187; contre les &#171; inf&#226;mes criminels &#187;. C'est-&#224;-dire les 4000 mineurs engag&#233;s dans une gr&#232;ve sauvage contre des salaires de mis&#232;re et des conditions de vie d&#233;plorables. L'actionnaire n'&#233;tait autre que Cyril Ramaphosa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les excuses pr&#233;sent&#233;es par Ramaphosa en 2017 &#224; propos de la formulation du courriel ont &#233;t&#233; rejet&#233;es par les familles des victimes comme relevant d'une posture d&#233;pourvue d'authenticit&#233;. Son engagement contraignant sur le plan l&#233;gal &#8211; alors qu'il &#233;tait &#224; la t&#234;te de l'ex&#233;cutif du Comit&#233; de transformation de Lonmin entre 2010 et 2013 &#8211; de construire 5500 logements pour les mineurs ne s'est jamais traduit dans la r&#233;alit&#233;. Sous le r&#232;gne de Ramaphosa, seules trois maisons ont &#233;t&#233; construites, laissant les taudis de Wonderkop et de Nkaneng sans approvisionnement &#233;lectrique et sanitaire (except&#233; les &#233;normes pyl&#244;nes qui, passant au-dessus, fournissent l'&#233;lectricit&#233; &#224; la fonderie de platine, quelques centaines de m&#232;tres plus loin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sa d&#233;fense, il a avanc&#233; de pr&#233;tendues difficult&#233;s financi&#232;res suite &#224; l'effondrement &#233;conomique mondial de 2008. La Banque mondiale lui avait pourtant allou&#233; un pr&#234;t de 100 millions de dollars pour y faire face. Ramaphosa, au lieu de cela, a d&#233;cid&#233; d'utiliser des fonds de la compagnie pour acheter des services marketing dans les Bermudes d'une valeur de 100 millions de dollars, par le biais de son contr&#244;le, via Shnaduka, exerc&#233; sur la principale firme partenaire du Black Empowerment de Lonmin, une entreprise qui, pour reprendre les paroles de l'avocat de Lonmin, &#171; a refus&#233; pendant de nombreuses ann&#233;es d'accepter la nouvelle structure &#187; afin de mettre un terme &#224; l'&#233;vasion fiscale vers les Bermudes &#8211; de la m&#234;me fa&#231;on qu'il s'est dirig&#233; vers des paradis fiscaux pour ses autres entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le poison des BRICS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus grande part du sens commun voulant que les BRICS suivent un agenda contre l'Occident est donc douteuse. M&#234;me sur le plan de la s&#233;curit&#233; individuelle, plusieurs politiciens sud-africains de premier plan sont pr&#233;occup&#233;s. Zuma lui-m&#234;me a affirm&#233; r&#233;guli&#232;rement que le fait qu'il a failli mourir en 2014 d'un compos&#233; toxique du ricin, avant d'&#234;tre rapidement pris en charge pendant deux semaines en Russie, &#233;tait li&#233; aux BRICS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t dernier, il a d&#233;clar&#233; devant les membres de l'ANC de sa circonscription rurale au KwaZulu-Natal (le lieu d'un grand nombre d'assassinats politiques), &#171; j'ai &#233;t&#233; empoisonn&#233; et je suis presque mort parce que l'Afrique du Sud a rejoint les BRICS sous ma direction &#187;. Zuma a renouvel&#233; cette accusation trois mois plus tard lors d'une interview &#224; la t&#233;l&#233;vision, laissant entendre qu'il s'agissait d'un complot occidental. Quelques jours avant d'&#234;tre jet&#233; &#224; la porte, sa famille a r&#233;gurgit&#233; l'id&#233;e que &#171; l'Occident &#187; &#233;tait responsable de sa chute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ramaphosa est-il un antidote face aux accomplissements au jeu des BRICS de Zuma ? Oui, selon le BRICS Post, dont le correspondant en Afrique du Sud a appel&#233; &#224; un remplacement de leadership imm&#233;diat. La branche sud-africaine du BRICS Business Council, dirig&#233;e par le magnat local de la presse Iqbal Surv&#233; (&#224; la t&#234;te du The Sekunjalo Group, sis &#224; Capte Town ; il contr&#244;le un nombre impressionnant de journaux, de publications online, etc.), a propos&#233; des titres d'un cynisme surprenant suite au discours de Zuma devant le Congr&#232;s de l'ANC en d&#233;cembre : &#171; Vintage Zuma lance un chant de cygne vengeur, d&#233;pourvu de toute responsabilit&#233; &#187; et &#171; Ramaphosa se pr&#233;pare &#224; faire face &#224; un avenir sombre pour l'Afrique du Sud &#187;. De tels titres participent &#224; la cacophonie des plaintes contre Zuma &#233;manant des milieux d'affaires et de la soci&#233;t&#233; civile. Accompagn&#233;es par un changement de pouvoir rapide au sein de l'ANC, elles ont conduit &#224; l'expulsion de Zuma de la pr&#233;sidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les BRICS sont aussi devenus un facteur politique local, car quelques heures avant qu'il ne quitte son poste, le 14 f&#233;vrier, Zuma a d&#233;clar&#233; &#224; la cha&#238;ne nationale : &#171; En vue du sommet, des BRICS, je devrais &#234;tre en position de vous introduire [Ramaphosa] aux autres dirigeants en disant voici le camarade qui prend ma suite. Cela aussi pour &#233;viter l'impression qui existe que Zuma a &#233;t&#233; expuls&#233; par un coup de coude. &#187; Et, selon Zuma, son successeur &#171; a &#233;t&#233; d'accord. Il a dit que c'&#233;tait une bonne proposition. Nous &#233;tions tous d'accord. &#187; La confirmation est venue quelques jours plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soupire collectif de soulagement qui s'est fait entendre dans la plupart des couches de la soci&#233;t&#233; sud-africaine &#8211; principalement dans les rangs de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie &#8211; est temp&#233;r&#233;, du c&#244;t&#233; de la gauche, par la connaissance approfondie des engagements de Ramaphosa pour une politique mini&#232;re extr&#234;me. Il est bien possible que &#8211; bien qu'il ait jusqu'ici compt&#233; sur les puissances capitalistes occidentales et les riches Blancs d'Afrique du Sud pour l'approvisionnement de ses fonds et pour ses opportunit&#233;s de franchises &#8211; Ramaphosa se tourne &#233;galement vers ses nouveaux alli&#233;s des BRICS, en particulier s'il en vient &#224; des responsabilit&#233;s plus difficiles, telle que l'imposition d'une aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est toutefois plus probable, apr&#232;s un accueil &#224; contrec&#339;ur du sommet des BRICS &#224; Sandton, qu'il t&#233;moigne seulement de ti&#232;des gestes symboliques envers les BRICS. C'est certainement de cette fa&#231;on que Ramaphosa gouvernera tr&#232;s probablement l'Afrique du Sud : suivant le courant afin de ne pas &#233;branler le bateau capitaliste. Dans un pays o&#249; les in&#233;galit&#233;s sont les plus importantes, il s'agit de la poursuite d'un empoisonnement diff&#233;rent, mais d'un type proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des paroles de gauche, un budget de droite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 20 f&#233;vrier, Ramaphosa a offert ces belles paroles dans une r&#233;ponse formelle aux critiques de son &#171; Adresse sur l'&#233;tat de la nation &#187; devant la principale chambre l&#233;gislative du pays : &#171; Les personnes les plus importantes ne sont pas celles qui arpentent les tapis rouges du parlement, mais celles qui passent leurs nuits sur les bancs &#224; ses portes. &#187; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 21 f&#233;vrier, malgr&#233; des affirmations contraires, la strat&#233;gie budg&#233;taire du ministre des Finances, Malusi Gigaba, frappe de mani&#232;re disproportionn&#233;e pr&#232;s des deux tiers de Sud-africains qui survivent en dessous de la ligne de pauvret&#233; ; et non pas 55% comme le pr&#233;tendent les statistiques officielles d'Afrique du Sud, StatsSA. Cette agence, selon l'unit&#233; de recherche sur le travail et le d&#233;veloppement d'Afrique du Sud de l'Universit&#233; du Cap, utilise une ligne de pauvret&#233; plus basse d'au moins un quart par rapport &#224; ce qu'elle devrait &#234;tre. Et pour ceux qui se trouvent au-dessus et disposent d'&#233;conomies, 43 milliards de dollars sur le total des fonds d'investissement institutionnels, s'&#233;levant &#224; 843 milliards, ils pourront bient&#244;t s'abriter &#224; l'&#233;tranger en raison d'un contr&#244;le des changes plus flexible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1991, la taxe sur la valeur ajout&#233;e (la TVA) a remplac&#233;, sur requ&#234;te du FMI, une taxe g&#233;n&#233;rale sur les ventes, malgr&#233; les protestations vigoureuses du Congress of South African Trade Unions (Cosatu). Le Cosatu a finalement exig&#233; &#8211; avec succ&#232;s &#8211; que certains biens alimentaires ne soient pas tax&#233;s. La derni&#232;re hausse de la TVA date de 1993, principalement en raison des pressions des organisations de travailleurs. S'dumo Dlamini, le pr&#233;sident du Cosatu, se souvient : &#171; Le gouvernement d'apartheid s'est effondr&#233; parce qu'il &#233;tait sous pression alors que le pays op&#233;rait une transition vers la d&#233;mocratie. Aujourd'hui, 25 ans plus tard, la TVA a augment&#233;. C'est une mauvaise chose pour les pauvres. C'est une mauvaise chose pour les travailleurs qui suent tous les jours. &#187; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carol Paton, du Business Day's, a en outre observ&#233; : &#171; Du c&#244;t&#233; des d&#233;penses, ce sont les communaut&#233;s pauvres qui ont &#233;t&#233; les plus grands perdants, en raison des coupes dans des entit&#233;s publiques telles que le service des passagers des trains d'Afrique du Sud et alors que les pr&#234;ts pour les infrastructures dans les provinces et les municipalit&#233;s ont &#233;t&#233; d&#233;vast&#233;s. &#187; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti communiste d'Afrique du Sud ajoute : &#171; Il est simplement faux d'affirmer, ainsi que l'a fait le ministre des Finances, que le 20% le plus pauvre ne sera pas touch&#233; par la hausse de la TVA. Pire encore, d'autres taxes indirectes, comme la redevance sur le carburant, auront un impact accru sur le co&#251;t de la vie, en particulier pour les pauvres. &#187; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des ONG les plus respect&#233;es dans le domaine de la lutte contre la pauvret&#233;, la Pietermaritzburg Agency for Community Social Action (Pacsa), a scrut&#233; le panier mensuel d'un consommateur &#224; faibles revenus. Il en r&#233;sulte que, d&#233;sormais, d&#232;s lors que moins de la moiti&#233; des 38 composantes du panier ne sont pas tax&#233;es, la TVA mensuelle seulement pour des achats d'aliments atteindra 19 dollars (la hausse de TVA de 1% repr&#233;sentant une augmentation de 1 dollar 30). Julie Smith, une chercheuse de la Pacsa, observe qu'&#171; afin de confectionner un repas, les m&#233;nages de la classe laborieuse n'utilisent pas seulement des aliments non tax&#233;s. Une m&#232;re n'envoie pas son enfant &#224; l'&#233;cole avec seulement quelques tranches de pain noir ; elle l'envoie avec un sandwich, ce qui exige, en plus du pain, de la margarine, du beurre de cacahu&#232;te ou du jambon, du fromage ou du polony [saucisse &#224; base de viande hautement transform&#233;e, une &#233;pid&#233;mie de list&#233;riose, occasionnant plusieurs dizaines de morts, li&#233;e &#224; ces saucisses vient d'&#233;clater en Afrique du Sud]. Or, tous ces aliments sont soumis &#224; la TVA. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'allocation familiale (Child Support Grant) a &#233;t&#233; &#233;lev&#233;e de 6,6% en octobre, atteignant 35,50 dollars mensuels, soit plus que le taux d'inflation pr&#233;vu &#224; 5,5%. Pacsa affirme toutefois que pour plus de 12 millions d'enfants d&#233;pendants de cette allocation, le rythme de l'inflation est bien plus &#233;lev&#233; : &#171; Au cours des derniers six mois, le co&#251;t pour nourrir des enfants &#226;g&#233;s entre 10 et 13 ans &#8211; avec un r&#233;gime de base mais nutritif &#8211; a cr&#251; de 8,8% pour atteindre 51 dollars. &#187; Les allocations pour personnes &#226;g&#233;es dont b&#233;n&#233;ficient 3,4 millions de pensionnaires ont aussi &#233;t&#233; augment&#233;es plus que le taux officiel d'inflation, &#224; 148 dollars mensuels &#224; partir du mois d'octobre, mais cette hausse reste en de&#231;&#224; du taux actuel d'inflation des aliments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est des gagnants, plusieurs ann&#233;es de protestations &#233;tudiantes (dans les universit&#233;s) &#233;nergiques ont &#233;t&#233; r&#233;compens&#233;es par une augmentation du budget annuel de 1,65 milliard de dollars pour 2020, de sorte qu'au moins le d&#233;but d'une &#233;ducation tertiaire gratuite figure d&#233;sormais au budget.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Un v&#233;ritable assaut n&#233;olib&#233;ral &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Gigaba, ministre des Finances, n'a toutefois impos&#233; aucune hausse substantielle de l'imp&#244;t sur la fortune, ce qui est r&#233;v&#233;lateur des sph&#232;res o&#249; r&#233;side le v&#233;ritable pouvoir social de l'un des pays les plus in&#233;galitaires au monde. Manifestement ravi, John Campbell, de Chartered Wealth Solutions [un fonds de pension et assurance vie], a remarqu&#233; : &#171; Il n'y a pas eu de changements sur les taux marginaux de l'imp&#244;t sur le revenu, sur le taux de l'imp&#244;t sur les trusts (45%) ou encore sur l'imp&#244;t sur les entreprises (28%). Les droits de transfert lors de ventes de propri&#233;t&#233; n'ont &#233;galement pas &#233;t&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
modifi&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, ceux qui se trouvent dans les tranches de revenus &#233;lev&#233;es vont souffrir en raison des effets de l'inflation sur l'imp&#244;t sur les revenus personnels qui impliquera une contribution de 600 millions de dollars, mais c'est moins du tiers du 1,9 milliard obtenu par la hausse socialement r&#233;gressive de la TVA. D'autres augmentations d'imp&#244;t, y compris celle de 0,05 dollar par litre de p&#233;trole, g&#233;n&#233;reront 600 millions suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en d&#233;coule que Gigaba a d&#233;plac&#233; le ratio dette totale/PIB d'une trajectoire ascendante partant de 53% aujourd'hui &#224; 55% dans sept ans plut&#244;t que 63%, tel que pr&#233;vu en octobre dernier. On s'attend &#224; ce que cela suffise &#224; apaiser l'agence de notation Moody pour qu'elle n'attribue pas la pire note aux obligations d'Afrique du Sud ainsi qu'elle mena&#231;ait de le faire, il y a moins d'un mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zwelinzima Vavi, le dirigeant de la South African Federation of Trade Unions, a critiqu&#233; Gigaba pour avoir maintenu le principal imp&#244;t sur les soci&#233;t&#233;s &#224; la moiti&#233; de son niveau de 1994 : &#171; Les imp&#244;ts sur les entreprises ne sont pas affect&#233;s, il s'agit l&#224; d'un v&#233;ritable assaut n&#233;olib&#233;ral contre les pauvres. Cela est fait sur la fausse conviction que si les riches sont &#233;pargn&#233;s, ils investiront leur argent et les pauvres en b&#233;n&#233;ficieront au final. Soit l'id&#233;e &#233;conomique, qui s'est r&#233;v&#233;l&#233;e un d&#233;sastre, du ruissellement (trickle down). &#187; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autorisation (soit un siphonnage) qu'a accord&#233;e Gigaba aux fonds de pension et aux assurances de retirer 5% suppl&#233;mentaires de leurs actifs vers des paradis fiscaux (offshore) m&#233;rite en effet un examen. En octobre dernier, le taux de la capitalisation des march&#233;s/PIB de la Bourse de Johannesburg a atteint un sommet in&#233;gal&#233;, soit plus de 16,2 billions de rands en valeurs actionnariales contre un PIB de 4,6 billions de rands pour 2017, soit un ratio de 450% (trois fois plus &#233;lev&#233; que le niveau mondial). Une diversification est donc bienvenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais laisser les investisseurs chercher &#224; l'&#233;tranger des retours sur investissement plus &#233;lev&#233;s que les 8,1% des obligations d'Etat sud-africaines &#8211; qui restent encore parmi les plus &#233;lev&#233;es du monde, &#224; l'&#233;gal de la Russie et du Venezuela &#8211; revient pourtant &#224; produire une autre trag&#233;die financi&#232;re. Alors qu'une partie de la compagnie d'assurances Old Mutual retourne d&#233;sormais sur la Bourse de Johannesburg pour y &#234;tre cot&#233;e &#8211; suite aux difficult&#233;s rencontr&#233;es &#224; la Bourse de Londres &#8211; et cela imm&#233;diatement apr&#232;s l'effondrement les Bourses mondiales d&#233;but f&#233;vrier, une telle volatilit&#233; financi&#232;re mondiale ne devrait-elle pas provoquer un renforcement du contr&#244;le des changes plut&#244;t qu'une lib&#233;ralisation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Gigaba admet que des &#171; remboursements &#233;lev&#233;s de la dette ext&#233;rieure &#187; frapperont durement au cours de l'ann&#233;e, mais avec pr&#232;s de 160 milliards de dollars (soit 48% du PIB), selon l'estimation la Reserve Bank d'Afrique du Sud, la dette ext&#233;rieure totale d'Afrique du Sud est aujourd'hui bien au-del&#224; de tout pr&#233;c&#233;dent historique, y compris lorsque P. W. Botha (pr&#233;sident entre 1984 et 1989) a fait d&#233;faut (le taux de la dette atteignait alors juste 42% du PIB).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Ramaphosa affirme &#234;tre engag&#233; dans une lutte contre les mouvements illicites de capitaux &#8211; son ant&#233;c&#233;dent d'encouragement des paradis fiscaux aupr&#232;s de Lonmin, MTN et Shanduka sugg&#232;re une certaine familiarit&#233; avec l'&#233;vasion fiscale &#8211; il aurait &#233;t&#233; plus logique pour Pretoria de suivre la route indiqu&#233;e par Beijing : renforcer au lieu d'&#233;mousser ce qui reste de contr&#244;le des transferts de capitaux. Ce revirement est coh&#233;rent avec l'engagement d&#233;clar&#233; de Ramaphosa envers les pauvres, lui aussi sabot&#233; par le budget de Gigaba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ces aspects, Ramaphosa pourra s'adapter avec aisance aux tendances n&#233;olib&#233;rales qui &#233;mergent au sein des BRICS, d&#232;s lors que le manteau de la promotion des politiques favorables &#224; la mondialisation est transf&#233;r&#233; des Etats-Unis &#224; la Chine. M&#234;me s'il n'adoptera jamais le faux anti-imp&#233;rialisme de Zuma, on peut s'attendre &#224; ce que Ramaphosa adopte des th&#232;mes nationalistes &#233;tant donn&#233; ses extraordinaires ant&#233;c&#233;dents dans les organisations &#233;tudiantes, syndicales et &#224; l'ANC. Il devra toutefois &#234;tre oubli&#233; comme un bourgeois insensible et non patriote. Et c'est dans le genre de Gigaba &#8211; &#224; moins qu'il ne soit remerci&#233; comme les ministres de l'&#233;nergie, des mines, du d&#233;veloppement social, du gouvernement local et des services publics, lesquels ont tous &#233;t&#233; des alli&#233;s de Gupta &#8211; qu'un nouveau surnom pourrait bien coller &#224; son gouvernement pour la prochaine p&#233;riode : le r&#233;gime Ramazupta. (Article publi&#233; le 27 f&#233;vrier sur le site Znet, traduction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick Bond a cor&#233;dig&#233; South Africa &#8211; The Present as History (Jacana Media, 2014) et publi&#233; Elite Transition : From apartheid to neo-liberalism in South Africa (Pluto Press, 2014). Plusieurs de ses articles ont &#233;t&#233; traduits sur le site A l'Encontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Connue aussi sous le nom de &#171; Nouvelle route de la soie &#187;, soit le d&#233;veloppement des liaisons ferroviaires en Eurasie depuis la Chine, pendant de la &#171; ceinture de perles &#187; qui vise &#224; assurer les liaisons maritimes en direction du Moyen-Orient et de l'Afrique. (R&#233;d. A l'Encontre)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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