<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.pressegauche.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
	<link>https://www.pressegauche.org/</link>
	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.pressegauche.org/spip.php?id_mot=1476&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
		<url>https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L144xH36/ptag-logo-1200x300px-02d59.png?1781022263</url>
		<link>https://www.pressegauche.org/</link>
		<height>36</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>L'effondrement des soci&#233;t&#233;s humaines est-il in&#233;vitable ? Une critique de la &#171; collapsologie &#187; : C'est la lutte qui est &#224; l'ordre du jour, pas la r&#233;signation endeuill&#233;e</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-effondrement-des-societes-humaines-est-il-inevitable-Une-critique-de-la-37166</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/L-effondrement-des-societes-humaines-est-il-inevitable-Une-critique-de-la-37166</guid>
		<dc:date>2018-12-04T09:11:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel Tanuro</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2018-12-04</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bat sur l'effondrement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Mardi 27 mars 2018 | Europe solidaire sans fronti&#232;res &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le cadre de notre dossier sur la probl&#233;matique de l'effondrement, nous republions deux articles de Daniel Tanuro. Le premier &#233;tudie les perspectives de la collapsologie d'un point de vue &#233;cosocialiste. Le deuxi&#232;me est une critique du livre de Pablo Servigne et de Rafa&#235;l Stevens. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Comment tout peut s'effondrer &#187; est le titre d'un ouvrage paru en 2015. Pablo Servigne et Rapha&#235;l Stevens, les auteurs, reprenaient la th&#232;se de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Environnement-41-" rel="directory"&gt;Environnement&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-12-04-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-12-04&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Debat-sur-l-effondrement-+" rel="tag"&gt;D&#233;bat sur l'effondrement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH69/arton37166-b7eda.png?1782141554' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='69' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mardi 27 mars 2018 | Europe solidaire sans fronti&#232;res&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans le cadre de notre dossier sur la probl&#233;matique de l'effondrement, nous republions deux articles de Daniel Tanuro. Le premier &#233;tudie les perspectives de la collapsologie d'un point de vue &#233;cosocialiste. Le deuxi&#232;me est une critique du livre de Pablo Servigne et de Rafa&#235;l Stevens.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comment tout peut s'effondrer &#187; est le titre d'un ouvrage paru en 2015. Pablo Servigne et Rapha&#235;l Stevens, les auteurs, reprenaient la th&#232;se de l'effondrement des soci&#233;t&#233;s popularis&#233;e par l'auteur &#224; succ&#232;s Jared Diamond. Pr&#233;tendant se limiter au constat d'un effondrement in&#233;vitable au vu des diagnostics de la science, les deux auteurs cr&#233;aient le terme de &#171; collapsologie &#187;, autrement dit la science de la catastrophe &#233;cologique entra&#238;nant l'effondrement de la soci&#233;t&#233; humaine. Le terme a eu un certain succ&#232;s, au point que Le Monde, dans son &#233;dition du 14 janvier 2018, a cru pouvoir distinguer la naissance d'une &#171; nouvelle science interdisciplinaire &#187;...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pablo Servigne a b&#233;n&#233;fici&#233; de nombreuses possibilit&#233;s m&#233;diatiques d'en exposer l'analyse. Voulant en savoir plus et favoriser un d&#233;bat ouvert sur la &#171; collapsologie &#187; et les &#171; collapsologues &#187;, &#171; Moins ! &#187; (un journal d'&#233;cologie politique de Suisse romande), a sollicit&#233; une contribution de Daniel Tanuro. Tanuro avait d&#233;j&#224; propos&#233; une analyse critique de &#171; Comment tout peut s'effondrer &#187;, lors de la sortie du livre [1]. Dans le texte ci-dessous (publi&#233; avec l'aimable autorisation de la r&#233;daction de &#171; Moins ! &#187;), il approfondit le d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; collapsologie &#187; et l'&#233;cosocialisme pr&#233;sentent certains points communs mais aussi de s&#233;rieuses diff&#233;rences. Il faut souhaiter que le d&#233;bat permette de les aplanir, ou &#224; d&#233;faut de les clarifier. C'est dans cet esprit que cette contribution est &#233;crite. Nous sommes d'accord sur un point important : il ne s'agit pas d'une crise, au sens o&#249; on parle d'une crise &#233;conomique ou d'une crise de foie, c'est-&#224;-dire de ph&#233;nom&#232;nes passagers. Ce &#224; quoi nous sommes confront&#233;s est infiniment plus grave. Mais l'avenir reste ouvert, malgr&#233; tout. C'est la lutte qui est &#224; l'ordre du jour, pas la r&#233;signation endeuill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le programme international g&#233;osph&#232;re-biosph&#232;re, la soutenabilit&#233; de la civilisation humaine d&#233;pend de neuf param&#232;tres &#233;cologiques. On d&#233;finit pour chacun une fronti&#232;re de dangerosit&#233; &#224; ne pas franchir. La reconstitution en cours de la couche d'ozone est le seul point positif. La fronti&#232;re est inconnue pour deux param&#232;tres. Elle est franchie pour trois des six autres : le d&#233;clin de la biodiversit&#233;, la perturbation du cycle de l'azote et la concentration atmosph&#233;rique en gaz &#224; effet de serre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contentons-nous d'une indication concernant le changement climatique : les scientifiques situent entre +1&#176;C et +4&#176;C (par rapport &#224; l'&#232;re pr&#233;industrielle) le point de basculement au-del&#224; duquel la calotte glaciaire du Groenland se disloquera, entra&#238;nant in fine une hausse de sept m&#232;tre du niveau des oc&#233;ans. Depuis 2016, le r&#233;chauffement est sup&#233;rieur &#224; 1&#176;C ; nous sommes donc dans la zone dangereuse. De toute mani&#232;re, sans mesures drastiques, une hausse de 60 &#224; 80cm du niveau des oc&#233;ans est fort probable dans les prochaines d&#233;cennies. Plusieurs centaines de millions de personnes seront alors contraintes de d&#233;m&#233;nager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne serions pas dans cette situation tragique si de s&#233;rieuses r&#233;ductions des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre avaient &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;es dans le sillage de la Conf&#233;rence de Rio, en 1992. Mais les &#233;missions ont augment&#233; plus vite que jamais. Un record a m&#234;me &#233;t&#233; battu en 2017 : 3,7% de hausse ! Au rythme actuel, le budget carbone donnant deux chances sur trois de ne pas d&#233;passer 1,5&#176;C de r&#233;chauffement sera &#233;puis&#233; en 2030 ; celui de 2&#176;C le sera en 2050.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; collapsologues &#187; en concluent qu'un effondrement est in&#233;vitable et qu'il a d&#233;j&#224; commenc&#233; [2]. Ils s'inscrivent dans l'analyse de Jared Diamond : la soci&#233;t&#233; scie la branche environnementale sur laquelle elle est assise ; elle s'effondrera par cons&#233;quent, comme se sont effondr&#233;es d'autres soci&#233;t&#233;s humaines dans le pass&#233; (l'&#238;le de P&#226;ques, les Mayas, etc.) [3]. Qu'est-ce que cela signifie ? Il ne s'agit pas simplement de l'effondrement d'une structure politico-&#233;tatique, comme ce fut le cas avec la chute de l'empire romain, mais d'un &#171; &#233;cocide &#187;, entra&#238;nant le d&#233;passement de la &#171; capacit&#233; de charge &#187; et la disparition d'une grande partie de la population, voire de la majorit&#233; de celle-ci. Le succ&#232;s de cette th&#232;se a &#233;t&#233; assur&#233; par la m&#233;taphore de l'&#238;le de P&#226;ques. Selon Diamond, les Pascuans se seraient multipli&#233;s jusqu'&#224; &#234;tre 30 000. Ils auraient d&#233;truit l'&#233;cosyst&#232;me en coupant les grands palmiers pour d&#233;placer leurs statues, de sorte que 4/5e de la population aurait disparu. La plan&#232;te d'aujourd'hui serait dans la m&#234;me situation. Un effondrement global serait sur le point de se produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette vision que reprennent Pablo Servigne et Rapha&#235;l Stevens. Seulement, les choses ne se sont pas du tout pass&#233;es comme &#231;a &#224; l'&#238;le de P&#226;ques. Il est maintenant bien &#233;tabli que les Pascuans n'ont jamais &#233;t&#233; plus de 3500. Les grands palmiers auraient disparu suite &#224; la prolif&#233;ration de rongeurs import&#233;s par les Polyn&#233;siens. Le myst&#232;re de l'arr&#234;t de la production des statues s'explique par des facteurs sociaux. Le coup de gr&#226;ce &#224; la civilisation pascuane a &#233;t&#233; port&#233; par une cause ext&#233;rieure : les raids esclavagistes, qui ont d&#233;cim&#233; la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des sp&#233;cialistes des diff&#233;rents cas cit&#233;s par Diamond se sont associ&#233;.e.s pour produire un livre collectif tout &#224; fait remarquable : Questioning Collapse [4]. Il s'agit d'un ouvrage scientifique, pas d'un livre grand public ; il n'a donc pas eu le retentissement de Effondrement. Mais pourquoi des scientifiques comme Pablo Servigne et Rapha&#235;l Stevens continuent-ils &#224; citer Diamond ? Pourquoi ne mentionnent-ils pas Questioning Collapse, qui conclut que la th&#232;se de l'effondrement environnemental des soci&#233;t&#233;s du pass&#233; n'a aucun fondement ? Ils pourraient le faire parce que, s'agissant du pr&#233;sent, les &#171; collapsologues &#187; ont tout &#224; fait raison : la destruction environnementale fait planer une menace r&#233;elle d'effondrement. Les &#233;cosocialistes partagent enti&#232;rement cette inqui&#233;tude. Par contre, nous sommes en profond d&#233;saccord avec la mani&#232;re r&#233;sign&#233;e de consid&#233;rer l'effondrement comme un &#233;v&#233;nement &#224; accepter parce qu'il serait in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pablo Servigne d&#233;clare dans une interview que cette in&#233;vitabilit&#233; se base sur un &#171; faisceau de preuves scientifiques &#187; [5]. Cette affirmation est extr&#234;mement contestable. En v&#233;rit&#233;, quand des sp&#233;cialistes de la menace environnementale sortent du strict expos&#233; des faits, deux grandes orientations apparaissent.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re est celle de chercheur.e.s pour qui la croissance est une vache sacr&#233;e. Iles croient que des technologies miracles permettront d'&#233;viter la catastrophe, sans rien changer au syst&#232;me &#233;conomique. Cette orientation est nettement majoritaire. Dans le 5e rapport du GIEC (qui fait la synth&#232;se des travaux existants), plus de 90% des sc&#233;narios visant &#224; rester sous 2&#176;C de r&#233;chauffement sont bas&#233;s sur l'hypoth&#232;se d'un d&#233;ploiement massif de la bio-&#233;nergie avec capture et s&#233;questration du carbone (une forme de g&#233;o-ing&#233;nierie pleine de risques &#233;cologiques et sociaux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde orientation, tr&#232;s minoritaire, &#233;mane de chercheur.e.s pour qui la croissance est une calamit&#233; mais qui imputent la responsabilit&#233; de la catastrophe au genre humain. La technologie et la production sociale, selon elleux, seraient productivistes par d&#233;finition. L'id&#233;e que la soci&#233;t&#233; actuelle va droit dans le mur parce qu'elle a pour but le profit de capitalistes qui se battent pour des parts de march&#233; ne les effleure m&#234;me pas. Du coup, r&#233;duire la population est pour ces gens la seule solution. Certain.e.s disent carr&#233;ment que la Terre est malade de l'humanit&#233;. La disparition du genre humain leur semble plus facile &#224; imaginer que celle du capitalisme, qui n'existe pourtant que depuis deux cents ans&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ces deux orientations ont en commun de faire comme si les rapports sociaux de la soci&#233;t&#233; capitaliste relevaient de lois naturelles. Or, au lieu de critiquer &#171; la Science &#187; sur ce point, les &#171; collapsologues &#187; l'imitent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'interview cit&#233;e plus haut, Pablo Servigne explique que l'effondrement est in&#233;vitable parce que &#171; notre soci&#233;t&#233; est bas&#233;e &#224; la fois sur les &#233;nergies fossiles et sur le syst&#232;me-dette &#187; : &#171; pour fonctionner, elle a besoin de toujours plus de croissance &#187;, or &#171; sans &#233;nergies fossiles, il n'y a plus de croissance &#187;, &#171; donc les dettes ne seront jamais rembours&#233;es &#187;, donc &#171; tout notre syst&#232;me socio-&#233;conomique va s'effondrer &#187;, dit-il. La m&#234;me analyse est d&#233;velopp&#233;e dans l'ouvrage &#233;crit avec Stevens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, on ne peut pas m&#233;langer ainsi les pommes des combustibles fossiles et les poires de la dette ! Les entreprises fossiles et leurs actionnaires ne veulent pas arr&#234;ter d'exploiter les stocks fossiles parce que cela ferait &#233;clater une bulle financi&#232;re, OK. Mais cette bulle est compos&#233;e de capitaux fictifs. C'est le produit de la sp&#233;culation. Cela n'a rien &#224; voir avec le monde physique. Aucune loi naturelle ne dit que la facture de l'&#233;clatement de la bulle de carbone doit &#234;tre pay&#233;e par le reste de la soci&#233;t&#233;. Aucune loi naturelle ne dit donc que cet &#233;clatement doit faire s'effondrer la population mondiale. Aucune loi naturelle ne dit non plus que la seule mani&#232;re d'&#233;chapper &#224; cette menace est de &#171; faire son deuil &#187; et de se retirer &#224; la campagne pour fonder de petites communaut&#233;s r&#233;silientes (des exp&#233;riences int&#233;ressantes par ailleurs, ce n'est pas le d&#233;bat). Que les actionnaires paient les frais de leur gabegie, et le probl&#232;me de la dette sera r&#233;solu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de la moiti&#233; des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre est attribuable aux dix pour cent les plus riches de la population mondiale. Autrement dit : plus de la moiti&#233; de l'&#233;nergie consomm&#233;e vise &#224; satisfaire les besoins des riches. Ajoutons l'&#233;nergie gaspill&#233;e &#224; fabriquer des armes (pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des riches) et des produits &#224; obsolescence programm&#233;e (pour augmenter les profits des riches), ainsi que le gaspillage de pr&#232;s de la moiti&#233; de la production alimentaire mondiale (d&#251; surtout &#224; la course au profit institu&#233;e par les riches) et l'analyse change du tout au tout. La situation est gravissime ? Oui ! Il y a une menace d'effondrement ? Oui. Mais cette issue n'est pas du tout &#171; in&#233;vitable &#187;. Elle risque de devenir in&#233;vitable si nous n'imposons pas des r&#233;ponses anticapitalistes. Nuance ! Les pratiques communautaires alternatives, par cons&#233;quent, doivent s'articuler sur une strat&#233;gie sociale et sur des luttes anticapitalistes, notamment pour bloquer les projets d'expansion du capital fossile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En refusant de tirer cette conclusion simple, les collapsologues se mettent sur un terrain tr&#232;s glissant : celui de la r&#233;signation fataliste face au risque de voir des centaines de millions d'&#234;tres humains payer de leur vie la destruction de l'environnement par la folie croissanciste du capital. Dans leur ouvrage, Servigne et Stevens &#233;voquent sans aucune distance critique des pronostics d'effondrement de plus de la moiti&#233; de la population mondiale. Leur appel fataliste &#224; &#171; accepter le deuil &#187; pourrait donc prendre une signification sinistre. Ce risque de d&#233;rapage d&#233;coule pr&#233;cis&#233;ment du fait que la &#171; collapsologie &#187; naturalise les rapports sociaux &#224; la mani&#232;re des chercheurs partisans de la deuxi&#232;me orientation &#233;voqu&#233;e ci-dessus, dont certain.e.s (Diamond par exemple) sont des n&#233;omalthusiens. Les r&#233;ponses h&#233;sitantes de Pablo Servigne au sujet de Malthus sont d'ailleurs significatives : sa grille de lecture &#171; collapsologique &#187; l'emp&#234;che de voir que l'auteur du Principe de population n'est pas un &#233;cologiste avant l'heure mais l'id&#233;ologue cynique de l'&#233;limination des pauvres au profit de l'accumulation par les riches [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un second ouvrage (&#233;crit avec Gauthier Chapelle), Pablo Servigne prolonge la r&#233;flexion de Kropotkine sur l'entraide dans le monde vivant [7]. C'est un point important. En particulier, la coop&#233;ration est une caract&#233;ristique d'Homo sapiens en tant qu'animal social. Le capitalisme, qui est bas&#233; sur la lutte de tou.te.s contre tou.te.s, est donc un mode de production contre-nature. Il faut esp&#233;rer que ce constat permettra aux &#171; collapsologues &#187; de sortir de leur r&#233;signation endeuill&#233;e. Mais il ne suffit pas d'appeler la biologie &#224; la rescousse. Car la nature humaine n'existe concr&#232;tement qu'&#224; travers ses formes historiques. L'entraide vraie, celle qui se manifeste spontan&#233;ment mais fugitivement dans les catastrophes, ne peut se solidifier que dans l'auto-organisation de la lutte contre la destruction capitaliste. En fin de compte, pour prendre le dessus, il lui faudra jeter les bases d'une autre soci&#233;t&#233;, bas&#233;e sur la satisfaction des besoins humains r&#233;els, d&#233;mocratiquement et prudemment d&#233;termin&#233;s dans le respect des &#233;cosyst&#232;mes. C'est cette lutte et cette forme historique que nous appelons &#233;cosocialisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Daniel Tanuro&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Article &#224; para&#238;tre dans Moins !, journal d'&#233;cologie politique en Suisse romande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Daniel Tanuro, ESSF (article 35111), Crise socio-&#233;cologique : Pablo Servigne et Rafa&#235;l Stevens, ou l'effondrement dans la joie.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Comment tout peut s'effondrer. Petit manuel de collapsologie, Pablo Servigne et Rapha&#235;l Stevens, Seuil, 2015.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Jared Diamond, Effondrement : Comment les soci&#233;t&#233;s d&#233;cident de leur disparition ou de leur survie, Folio essais 2009.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] Questioning Collapse. Human Resilience, Ecological Vulnerability, and the Aftermath of Empire, Patricia A. McAnany et al., Cambridge University Press, 2010.&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] Reporterre, 7 mai 2015&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] Interview &#224; Contretemps, 7 mars 2018. Les collapsologues disent que les populations pauvres du Sud seront les moins touch&#233;es par l'effondrement, parce que leur existence est la moins artificielle. C'est h&#233;las (mais est-ce une surprise ?) le contraire qui risque de se passer - et qui se passe d&#233;j&#224; sous nos yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
[7] L'entraide. L'autre loi de la jungle, Pablo Servigne et Gauthier Chapelle, Les liens qui lib&#232;rent, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pablo Servigne et Rafa&#235;l Stevens, ou l'effondrement dans la joie
6 juin 2015 par Daniel Tanuro&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme l'indiquent le titre et le sous-titre de leur ouvrage (1), Pablo Servigne et Rapha&#235;l Stevens s'inscrivent dans la voie trac&#233;e il y a quelques ann&#233;es par Jared Diamond, dont le livre &#171; Collapse &#187; (&#171; Effondrement &#187; en fran&#231;ais) est devenu un best seller traduit en de nombreuses langues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Collapsologie &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rappel, Diamond s'appuyait sur une analyse des crises &#233;cologiques &#171; anthropiques &#187; du pass&#233; qui, selon lui, ont &#233;t&#233; le facteur d&#233;terminant de la disparition des cit&#233;s mayas, de la civilisation de l'Ile de P&#226;ques, et de nombreuses autres civilisations. Il pr&#233;disait un effondrement analogue de la soci&#233;t&#233; actuelle, mais &#224; une &#233;chelle globale cette fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;futations nombreuses et solides dont cette th&#233;orie a fait l'objet (2) n'emp&#234;chent pas Pablo Servigne et Rafa&#235;l Stevens d'y adh&#233;rer. En m&#234;me temps, leur d&#233;marche diff&#232;re de celle de Diamond : ils analysent la destruction environnementale actuelle, en d&#233;duisent un effondrement probable &#224; court terme, s'interrogent ensuite sur ce que nous apprennent les civilisations pass&#233;es et concluent par une s&#233;rie de consid&#233;rations d&#233;mographiques, sociologiques, psychologiques et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ouvrage de &#171; collapsologie &#187; pr&#233;sente une autre diff&#233;rence avec celui de Diamond : alors que &#171; Collapse &#187; tentait d'effrayer le lecteur en d&#233;crivant l'effondrement comme une plong&#233;e dans la barbarie, allant jusqu'au retour du cannibalisme, ce livre-ci veut nous amener &#224; &#171; aller de l'avant, retrouver un avenir d&#233;sirable, voir dans l'effondrement une formidable opportunit&#233; pour la soci&#233;t&#233; &#187; (p. 233).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Il est trop tard &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce plaidoyer pour une vision optimiste sur l'effondrement est b&#226;ti sur un double constat : le syst&#232;me industriel va dans le mur et &#171; il est trop tard pour b&#226;tir une v&#233;ritable &#233;conomie stable bas&#233;e sur la soutenabilit&#233; &#187;. Par contre, &#171; il n'est jamais trop tard pour construire des petits syst&#232;mes r&#233;silients &#224; l'&#233;chelle locale qui permettront de mieux endurer les chocs &#233;conomiques, sociaux et &#233;cologiques &#224; venir &#187; (p. 237). En fait, c'est m&#234;me tout ce qu'il nous resterait &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon nos auteurs, en effet, il n'est pas seulement &#171; trop tard &#187;, mais beaucoup, beaucoup, trop tard. Au point que &#171; il est possible que, dans le grand silence du monde post-industriel, nous revenions &#224; une situation bien plus pr&#233;caire qu'au Moyen Age &#187; (p. 255). La r&#233;alit&#233; est telle qu'il n'y a plus d'autre choix que se &#171; d&#233;brancher &#187; du &#171; syst&#232;me industriel &#187; pour ne pas &#234;tre &#171; entra&#238;n&#233; dans sa chute &#187;. Comme &#171; peu d'habitants des pays riches savent manger, construire leur maison, s'habiller ou se d&#233;placer sans l'aide du syst&#232;me industriel, tout l'enjeu consiste &#224; s'organiser pour retrouver les savoirs et les techniques qui permettent de reprendre possession de nos moyens de subsistance &#187; (p.241).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Processus de deuil &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Servigne et Stevens, le chemin &#224; suivre vers ce &#171; d&#233;branchement &#187; est avant tout psychologique : il s'agit de &#171; passer par un processus de deuil &#187;. Cette &#171; transition int&#233;rieure &#187; (p. 235) nous permettra en fin de compte d'atteindre &#171; l'&#233;tape de l'acceptation (de l'effondrement), indispensable pour retrouver un sentiment de reconnaissance et d'espoir &#187; (p. 233). Une fois cette &#233;tape atteinte, nous serons pr&#234;t-e-s &#224; rejoindre les r&#233;seaux de transition qui &#171; grandissent &#224; une vitesse qui n'a d'&#233;gale que le bonheur qu'ils procurent &#187; (p. 234).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui, &#171; nous &#187; ? Nous tous et toutes ? Pas s&#251;r&#8230; Les auteurs sugg&#232;rent assez nettement qu'une contraction brutale de la population mondiale est in&#233;vitable, voire n&#233;cessaire, &#224; court terme. Ils citent trois sources : le rapport Meadows (&#171; d&#233;clin irr&#233;versible et incontr&#244;l&#233; &#224; partir de 2030 &#187;) (p. 203), certains &#171; collapsologues &#187; qui pr&#233;voient une population mondiale entre &#171; quelques millions &#224; 1 ou 2 milliards en 2100 &#187; (!) (p. 205), et un chercheur qui estime que, sans engrais azot&#233;s, &#171; deux personnes sur cinq ne seraient pas en vie aujourd'hui dans le monde &#187; (p. 206). Le livre semble donc indiquer que &#171; l'&#233;tape d'acceptation &#187; &#224; atteindre implique aussi que nous fassions notre deuil de la possibilit&#233; d'&#233;viter cette h&#233;catombe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La m&#233;taphore de la voiture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'aura compris : Servigne et Stevens s'assument comme des &#171; catastrophistes &#187;&#8230; mais des catastrophistes sereins, car ce qui s'effondre ne peut que s'effondrer et ne vaut pas la peine d'&#234;tre maintenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne discuterai pas ici leur tendance &#233;vidente &#224; forcer le trait (3). Je ne le ferai pas parce que l'essentiel, selon moi, est ceci : au-del&#224; des exag&#233;rations, les auteurs ont raison de comparer le syst&#232;me actuel &#224; un v&#233;hicule qui fonce vers un mur et acc&#233;l&#232;re. Par contre, leur choix de sauter de la voiture en marche pour s'en aller faire du mara&#238;chage en abandonnant les autres passagers &#224; leur sort est extr&#234;mement discutable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre choix possible serait de neutraliser le chauffeur fou pour &#233;craser le frein, limiter les d&#233;g&#226;ts au maximum et ouvrir un d&#233;bat de soci&#233;t&#233; sur le danger de ce genre de v&#233;hicule. Mais Servigne et Stevens n'y croient pas. Impossible, disent-ils, parce que &#171; la stabilit&#233; du syst&#232;me-dette repose enti&#232;rement sur la croissance &#187; : &#171; Nous avons besoin de croissance pour continuer &#224; rembourser les cr&#233;dits, &#224; payer des pensions, ou m&#234;me &#224; emp&#234;cher la mont&#233;e du ch&#244;mage &#187; (p. 104). Selon eux, les logiques interd&#233;pendantes du syst&#232;me financier et du syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique bas&#233; sur le carbone nous verrouillent &#224; la croissance, rendant ainsi l'effondrement in&#233;vitable. M&#234;me la d&#233;croissance est pour eux une &#171; hypoth&#232;se irr&#233;aliste &#187; (p. 192).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez dit &#171; capitalisme &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est pas seulement que Servigne et Stevens ne croient pas que cette autre voie puisse se concr&#233;tiser : ils ne semblent m&#234;me pas envisager qu'elle puisse exister. Dans leur m&#233;taphore, en effet, la voiture est comme un monstre m&#233;canique sans chauffeur acc&#233;l&#233;rant sa course sous l'effet de lois naturelles implacables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gros probl&#232;me, ici, est que les auteurs font comme si les lois de l'&#233;conomie &#233;taient aussi intangibles que celles de l'effet de serre, ou de l'acidification des oc&#233;ans. Cela appara&#238;t tr&#232;s clairement dans la premi&#232;re partie de leur ouvrage, o&#249; ils traitent en parall&#232;le de la crise sociale et de la crise &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple parmi d'autres : comparant la courbe de la concentration atmosph&#233;rique croissante en gaz &#224; effet de serre &#224; une courbe exponentielle cens&#233;e figurer la hausse future des prix du p&#233;trole, Servigne et Stevens concluent que la seconde repr&#233;sente &#171; un mur. Un mur infranchissable puisqu'il est b&#226;ti sur les lois de la thermodynamique &#187; (p. 57).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette mani&#232;re de voir les choses &#233;tait exacte, il n'y aurait effectivement gu&#232;re d'autre solution que de sauter en marche en abandonnant celles et ceux qui refusent de voir la r&#233;alit&#233;&#8230; Mais elle est fausse : les prix de l'&#233;nergie et les dettes (publiques ou priv&#233;es) ne sont pas r&#233;gis par les lois de la physique mais par les lois sociales d'un mode de production d&#233;termin&#233; : le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui-ci est le grand absent de l'analyse de Servigne et Stevens. Le mot &#171; productivisme &#187; n'appara&#238;t qu'une fois dans l'ouvrage. Le mot &#171; capitalisme &#187; appara&#238;t trois fois mais sans aucun contenu, presque par hasard, comme un objet perdu. Le lien entre ce syst&#232;me particulier et l'accumulation n'est m&#234;me pas &#233;voqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Technique et rapports sociaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Servigne et Stevens posent bri&#232;vement la question au d&#233;but de leur ouvrage : &#171; pourquoi la voiture acc&#233;l&#232;re-t-elle ? &#187; Mais il n'apportent pas de r&#233;ponse convaincante. Ils se contentent de noter que &#171; certains sp&#233;cialistes de l'Anthropoc&#232;ne datent le d&#233;but (de cet emballement) au milieu du XIX si&#232;cle, lorsque l'usage du charbon et de la machine &#224; vapeur s'est g&#233;n&#233;ralis&#233; &#187;. Puis ils louent &#171; l'incroyable clairvoyance &#187; d'une citation d'Henri Bergson qui dit que &#171; La r&#233;volution qu'elle (la machine &#224; vapeur) a op&#233;r&#233;e dans l'industrie a boulevers&#233; les relations entre les hommes &#187; (pp. 34-35).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, c'est inexact : il a &#233;videmment fallu que les relations entre les &#234;tres humains aient &#233;t&#233; boulevers&#233;es au pr&#233;alable pour que la machine &#224; vapeur soit utilis&#233;e &#224; produire toujours plus de marchandises pour le profit, au lieu d'&#234;tre utilis&#233;e &#224; satisfaire les besoins en r&#233;duisant le temps de travail et la p&#233;nibilit&#233; du travail. La machine n'a fait que reproduire, approfondir et &#233;tendre sans fin un bouleversement social qui l'avait pr&#233;c&#233;d&#233;e (4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi consistait ce bouleversement ? Telle est la question &#224; r&#233;soudre pour percer le myst&#232;re de l'accumulation forcen&#233;e qui ravage la plan&#232;te depuis deux si&#232;cles. Il consistait en l'apparition du capital, c'est-&#224;-dire du rapport social d'exploitation du travail (et des ressources naturelles) par des propri&#233;taires concurrents qui avaient accapar&#233; les moyens de production (&#224; commencer par la terre) et se sont mis &#224; acheter, en &#233;change d'un salaire, la force de travail de celles et ceux qui en avaient &#233;t&#233; d&#233;poss&#233;d&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Transition, anticapitalisme et &#171; blockadia &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure cette recension, je voudrais citer deux points sur lesquels je suis &#224; la fois en accord et en d&#233;saccord avec Pablo Servigne et Rafa&#235;l Stevens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier : les auteurs ont raison d'&#233;crire qu'il n'est plus possible d'&#233;viter des catastrophes climatiques. Mais il est possible de les limiter s&#233;v&#232;rement en expropriant les secteurs de la finance et des combustibles fossiles pour r&#233;-instituer le bien commun. Les dettes publiques et les bulles sp&#233;culatives, en &#233;clatant, ne causeraient alors aucun dommage, et la collectivit&#233; disposerait des moyens pour financer des transports publics, soutenir &#224; grande &#233;chelle une agriculture organique de proximit&#233; et mener &#224; bien des plans publics d'isolation des logements. Rien ne l'emp&#234;cherait en outre de supprimer les productions inutiles ou nuisibles, de r&#233;duire radicalement le temps de travail et de d&#233;centraliser l'&#233;conomie pour la mettre sous le contr&#244;le des collectivit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second : les auteurs ont raison d'appeler &#224; multiplier les initiatives de transition en soulignant que celles-ci &#171; permettent de rassembler &#187; (p. 241). C'est en effet le grand avantage de ces initiatives : elles cr&#233;ent du lien social et montrent concr&#232;tement qu'autre chose est possible, qui &#233;mancipe et donne du sens. Mais cela ne suffit pas et le risque existe que ce mouvement de la transition, malgr&#233; ses progr&#232;s, ne parvienne m&#234;me pas &#224; freiner la catastrophe, ce qui augmenterait encore le d&#233;sarroi. C'est pourquoi il est n&#233;cessaire que les initiatives de base s'articulent sur une strat&#233;gie anticapitaliste d'ensemble incluant non seulement un programme &#233;cosocialiste mais aussi la mobilisation de masse contre les grands travaux d'infrastructure au service des fossiles (ce que Naomi Klein appelle &#171; blockadia &#187;). Curieusement, ce dernier aspect n'est pas non plus &#233;voqu&#233; dans l'ouvrage de Servigne et Stevens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Comment tout peut s'effondrer. Petit manuel de collaposologie &#224; l'usage des g&#233;n&#233;rations pr&#233;sentes &#187;, Pablo Servigne et Rapha&#235;l Stevens, Seuil 2015.&lt;br class='autobr' /&gt; Voir &#8211;notamment- le remarquable ouvrage collectif &#171; Questioning Collapse. Human Resilience, Ecological Vulnerability, and the Aftermath of Empire&#8221;, Patricia A. McAnany et al. 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Voici un exemple parmi d'autres : page 129 de leur livre, Servigne et Stevens &#233;crivent que &#8220;Le seul chemin &#224; prendre pour se m&#233;nager un espace sans danger est donc de stopper net la production et la consommation d'&#233;nergies fossiles, ce qui m&#232;ne &#224; un effondrement &#233;conomique et probablement politique et social, voire &#224; la fin de la civilisation thermo-industrielle&#8221;. Il faut certes stopper au plus vite vite l'usage des fossiles, mais le &#171; stopper net &#187; est &#233;videmment impossible sans &#171; effondrement &#187;, de sorte qu'on est ici dans le domaine de la proph&#233;tie autor&#233;alisatrice. Le danger est r&#233;el mais l'humanit&#233; peut encore utiliser un certain budget carbone. Le volume de celui-ci ne se d&#233;cr&#232;te pas au nom de la science : il doit faire l'objet d'une d&#233;lib&#233;ration d&#233;mocratique &#233;clair&#233;e par les sciences, nuance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Servigne et Stevens rejoignent ici les nombreux auteurs qui, &#224; l'instar de Lebeau, Ellul et d'autres, croient trouver la cause de l'accumulation dans &#171; la technique &#187; plut&#244;t que dans les rapports sociaux concrets. La contradiction de ces auteurs est que, ce faisant, ils tombent dans le f&#233;tichisme de la technique qui est caract&#233;ristique du syst&#232;me avec lequel ils pr&#233;tendent rompre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
