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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Comment la Chine redessine l'Asie du Sud-Est</title>
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		<dc:date>2025-09-23T10:40:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Andrea Ferrario</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-09-23</dc:subject>
		<dc:subject>Chine</dc:subject>
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&lt;p&gt;Des dettes du Laos aux &#233;quilibres fragiles de la Tha&#239;lande : cinq exemples montrent comment P&#233;kin tisse un r&#233;seau de d&#233;pendances &#233;conomiques et politiques. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/09/19/comment-la-chine-redessine-lasie-du-sud-est/?jetpack_skip_subscription_popup &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis des ann&#233;es, la Chine tisse un r&#233;seau dense de relations en Asie du Sud-Est, combinant investissements, infrastructures, coop&#233;ration technologique et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH86/chine-0e3d8.webp?1758624010' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='86' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des dettes du Laos aux &#233;quilibres fragiles de la Tha&#239;lande : cinq exemples montrent comment P&#233;kin tisse un r&#233;seau de d&#233;pendances &#233;conomiques et politiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Entre les lignes et les mots&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/09/19/comment-la-chine-redessine-lasie-du-sud-est/?jetpack_skip_subscription_popup&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/09/19/comment-la-chine-redessine-lasie-du-sud-est/?jetpack_skip_subscription_popup&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis des ann&#233;es, la Chine tisse un r&#233;seau dense de relations en Asie du Sud-Est, combinant investissements, infrastructures, coop&#233;ration technologique et pression diplomatique. Les pays de la r&#233;gion strat&#233;giquement situ&#233;s entre l'oc&#233;an Indien et le Pacifique sont aujourd'hui au c&#339;ur d'une transformation silencieuse qui red&#233;finit leurs orientations &#233;conomiques et, dans de nombreux cas, leurs structures d&#233;cisionnelles elles-m&#234;mes. La Chine a articul&#233; sa strat&#233;gie autour d'une s&#233;rie d'initiatives qui vont bien au-del&#224; du champ &#233;conomique. La &#171; s&#233;curit&#233; nationale globale &#187;, concept d&#233;sormais central dans la pens&#233;e strat&#233;gique chinoise, englobe des domaines tels que l'alimentation, la finance, la technologie, le cyberespace et m&#234;me l'opinion publique. Dans cette optique, les initiatives promues au sud de la fronti&#232;re ne sont pas isol&#233;es, mais s'inscrivent dans un projet global visant &#224; consolider une zone d'influence stable, favorable aux int&#233;r&#234;ts de P&#233;kin et moins perm&#233;able &#224; la pr&#233;sence de rivaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Asie du Sud-Est est id&#233;ale pour ce projet. Ses &#233;conomies, dynamiques mais encore vuln&#233;rables, ont besoin de capitaux, de technologies et d'infrastructures. La Chine est pr&#234;te &#224; les fournir, mais &#224; des conditions qui ne se limitent pas aux taux d'int&#233;r&#234;t. L'acc&#232;s pr&#233;f&#233;rentiel aux ports, aux chemins de fer et aux centres logistiques, la promotion d'accords num&#233;riques bilat&#233;raux, la construction de laboratoires partag&#233;s et de plates-formes industrielles communes ne sont que quelques-uns des instruments mis en &#339;uvre. &#192; cela s'ajoute un travail minutieux avec les &#233;lites politiques et entrepreneuriales, souvent men&#233; loin des projecteurs. Tous les gouvernements ne r&#233;agissent pas de la m&#234;me mani&#232;re. Certains pays se sont laiss&#233;s absorber presque enti&#232;rement, d'autres tentent de se d&#233;brouiller en conservant une marge de man&#339;uvre. Tous &#233;voluent toutefois dans un contexte o&#249; la Chine a su tirer parti des incertitudes mondiales et du retrait d'autres acteurs pour consolider sa position. Plus qu'une conqu&#234;te fulgurante, il s'agit d'un lent r&#233;&#233;quilibrage qui modifie les habitudes logistiques, les d&#233;pendances &#233;nerg&#233;tiques et les liens institutionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la suite de cet article, nous analyserons cinq cas embl&#233;matiques, chacun repr&#233;sentatif &#224; sa mani&#232;re d'une forme diff&#233;rente d'influence : de la d&#233;pendance structurelle &#224; la cooptation s&#233;lective, du compromis calcul&#233; &#224; la r&#233;sistance prudente. Il en ressortira une mosa&#239;que h&#233;t&#233;rog&#232;ne, mais tendant vers une convergence : l'adaptation, plus ou moins consciente, &#224; une pr&#233;sence chinoise qui semble destin&#233;e &#224; durer.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Laos : le prototype de la d&#233;pendance structurelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Laos est aujourd'hui peut-&#234;tre l'exemple le plus flagrant de la capacit&#233; de l'influence chinoise &#224; remodeler profond&#233;ment un pays, au point de compromettre son ind&#233;pendance effective. En quelques ann&#233;es, le gouvernement de Vientiane a li&#233; son destin &#233;conomique, logistique et technologique &#224; celui de la Chine, en acceptant un mod&#232;le de d&#233;veloppement fortement d&#233;pendant du cr&#233;dit et de la pr&#233;sence directe de la R&#233;publique populaire. La rh&#233;torique officielle parle de partenariat strat&#233;gique et de modernisation acc&#233;l&#233;r&#233;e, mais la r&#233;alit&#233; quotidienne montre une &#233;conomie en difficult&#233;, une population appauvrie et une administration de plus en plus perm&#233;able aux int&#233;r&#234;ts ext&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise est &#233;vidente. Les salaires dans la fonction publique ont &#233;t&#233; r&#233;duits, les retraites sont vers&#233;es avec retard, les denr&#233;es alimentaires subissent des hausses constantes et les m&#233;nages ont du mal &#224; faire face aux d&#233;penses de base. La d&#233;valuation du kip, la monnaie nationale, a &#233;rod&#233; en quelques ann&#233;es le pouvoir d'achat de la population urbaine et rurale, tandis que l'inflation se maintient &#224; des niveaux &#233;lev&#233;s. Le pays, qui n'a pas les ressources n&#233;cessaires pour faire face &#224; ses dettes, n'a &#233;vit&#233; le d&#233;faut de paiement que gr&#226;ce &#224; un soutien discret mais constant de la Chine. En &#233;change, il a c&#233;d&#233; le contr&#244;le d'infrastructures essentielles, les droits d'exploitation des ressources naturelles et des parts importantes de son espace &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expansion chinoise ne s'est pas limit&#233;e aux chemins de fer et aux centrales &#233;lectriques. Dans de nombreuses zones urbaines, les activit&#233;s commerciales et les complexes r&#233;sidentiels sont aujourd'hui enti&#232;rement g&#233;r&#233;s par des op&#233;rateurs chinois, souvent soumis &#224; des r&#233;glementations distinctes de celles qui s'appliquent au reste du pays. Le r&#233;seau &#233;lectrique a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; &#224; une entreprise chinoise en garantie des pr&#234;ts re&#231;us. L'acc&#232;s pr&#233;f&#233;rentiel &#224; des zones &#233;conomiques sp&#233;ciales, la construction d'infrastructures cl&#233;s et la diffusion du mandarin comme langue technique dans l'administration publique sont les signes d'un processus qui va bien au-del&#224; de la coop&#233;ration &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ce contexte, le gouvernement continue de tenir un discours optimiste. Chaque visite officielle chinoise s'accompagne de nouveaux protocoles d'accord et de projets communs, souvent pr&#233;sent&#233;s comme des succ&#232;s in&#233;galables. L'absence d'espace critique dans les m&#233;dias, le contr&#244;le de l'information et le consensus apparent contribuent &#224; maintenir cette image fig&#233;e. Cependant, les tensions sociales s'intensifient. Dans une &#233;cole de la banlieue de la capitale, un enseignant commentait, r&#233;sign&#233; : &#171; Les Chinois sont partout, ils parlent entre eux, ils construisent, ils ach&#232;tent, mais nous ne comptons presque plus pour rien &#187;. Ce t&#233;moignage, recueilli par Le Monde, refl&#232;te un sentiment qui peine &#224; &#233;merger mais qui est de plus en plus r&#233;pandu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas du Laos montre clairement ce qui peut arriver lorsqu'un petit pays vuln&#233;rable adopte une strat&#233;gie de d&#233;veloppement fond&#233;e sur la d&#233;pendance &#224; un seul acteur dominant. Il n'y a pas eu d'occupation ni de mise sous tutelle formelle, mais le r&#233;sultat n'est pas tr&#232;s diff&#233;rent de ce qu'aurait produit un contr&#244;le direct, &#224; savoir une souverainet&#233; vid&#233;e de sa substance, une &#233;conomie asservie et une soci&#233;t&#233; qui s'adapte en silence &#224; un nouveau centre de commandement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Cambodge : une alliance personnelle et structurelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Cambodge, l'influence chinoise a trouv&#233; un terrain fertile gr&#226;ce &#224; la convergence entre les int&#233;r&#234;ts strat&#233;giques de P&#233;kin et le projet dynastique de la famille Hun. Le long maintien au pouvoir de Hun Sen, suivi de l'ascension de son fils Hun Manet &#224; la t&#234;te du gouvernement, a assur&#233; la continuit&#233; d'une relation construite au fil du temps, consolid&#233;e par un r&#233;seau dense d'accords, d'investissements et de faveurs r&#233;ciproques. Plus qu'une simple alliance politique, c'est une relation de symbiose qui s'est &#233;tablie, dans laquelle la l&#233;gitimit&#233; interne du r&#233;gime repose en grande partie sur la protection et le soutien &#233;conomique de la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la diff&#233;rence du Laos, o&#249; la d&#233;pendance se manifeste sous la forme d'une dette, le Cambodge conna&#238;t plut&#244;t une convergence strat&#233;gique. La Chine a massivement investi dans le pays, avec des projets allant des infrastructures &#224; la s&#233;curit&#233;. Le port de Ream, en cours d'agrandissement, est au centre des pr&#233;occupations en raison de ses potentialit&#233;s militaires. Les man&#339;uvres militaires conjointes, ainsi que la fourniture d'&#233;quipements &#224; la police et &#224; l'arm&#233;e cambodgiennes, confirment une collaboration qui va au-del&#224; du symbolique. P&#233;kin a trouv&#233; dans le gouvernement de Phnom Penh un alli&#233; fiable, pr&#234;t &#224; d&#233;fendre ses positions, y compris dans les forums multilat&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets de cette pr&#233;sence sont particuli&#232;rement visibles sur la c&#244;te. La ville de Sihanoukville, autrefois fr&#233;quent&#233;e par les touristes locaux et occidentaux, a &#233;t&#233; transform&#233;e en quelques ann&#233;es par une vague de capitaux chinois. Casinos, tours r&#233;sidentielles, centres commerciaux et h&#244;tels se sont multipli&#233;s, souvent sans plan d'urbanisme coh&#233;rent. La population locale a &#233;t&#233; en partie expuls&#233;e des quartiers centraux, les prix ont augment&#233;, le paysage urbain a &#233;t&#233; boulevers&#233;. La croissance, concentr&#233;e dans quelques secteurs, a principalement profit&#233; aux entrepreneurs chinois et aux personnalit&#233;s proches du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le reste du pays &#233;galement, la coop&#233;ration s'&#233;tend &#224; des secteurs cl&#233;s : routes, ponts, barrages, r&#233;seaux num&#233;riques. Les entreprises chinoises participent &#224; des projets de d&#233;veloppement agricole, g&#232;rent des zones industrielles et proposent des syst&#232;mes de surveillance urbaine. Le gouvernement cambodgien a accueilli cette p&#233;n&#233;tration comme une opportunit&#233;, favorisant l'enseignement du mandarin dans les &#233;coles publiques et renfor&#231;ant les &#233;changes universitaires. La structure &#233;tatique s'adapte progressivement aux protocoles, aux mod&#232;les et aux priorit&#233;s d&#233;finis par P&#233;kin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, cette centralit&#233; chinoise comporte &#233;galement des vuln&#233;rabilit&#233;s. L'&#233;conomie cambodgienne, m&#234;me si elle est en croissance, reste fragile et d&#233;pendante de quelques secteurs. Le risque qu'une crise en Chine ou un changement de ligne politique ait des r&#233;percussions imm&#233;diates sur le pays est r&#233;el. Mais pour les dirigeants de Phnom Penh, le lien avec P&#233;kin est consid&#233;r&#233; comme une garantie de stabilit&#233; et de protection. Le syst&#232;me qui s'est consolid&#233; n'a pas seulement accept&#233; l'influence chinoise : il en a fait un &#233;l&#233;ment essentiel de sa survie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tha&#239;lande : un &#233;quilibre fragile&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Tha&#239;lande se distingue des autres pays analys&#233;s par sa tradition ind&#233;pendante, h&#233;rit&#233;e d'une longue histoire d'&#233;quilibre entre puissances rivales. Cette attitude se refl&#232;te encore aujourd'hui dans la gestion des relations avec la Chine, per&#231;ue &#224; la fois comme un partenaire indispensable et une source potentielle d'ing&#233;rence. Bangkok a cherch&#233; &#224; tirer parti de la concurrence entre P&#233;kin et Washington pour conserver une marge de man&#339;uvre, mais les contradictions internes et les pressions ext&#233;rieures rendent cette strat&#233;gie de plus en plus difficile &#224; maintenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie tha&#239;landaise est fortement int&#233;gr&#233;e &#224; celle de la Chine. La Chine est le premier partenaire commercial du pays et a investi dans de nombreux projets d'&#233;quipements, notamment la ligne ferroviaire &#224; grande vitesse qui devrait relier le nord du pays au r&#233;seau chinois en passant par le Laos. &#192; cela s'ajoutent des accords dans les secteurs de l'automobile, du tourisme et de la logistique. Toutefois, l'adoption des technologies chinoises et la participation &#224; des initiatives promues par P&#233;kin n'ont jamais &#233;t&#233; automatiques. Les autorit&#233;s tha&#239;landaises ont &#224; plusieurs reprises ralenti ou ren&#233;goci&#233; les termes de projets jug&#233;s trop d&#233;s&#233;quilibr&#233;s tout en cherchant &#224; renforcer la coop&#233;ration avec d'autres acteurs r&#233;gionaux et internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan politique, les relations avec la Chine sont &#233;troitement li&#233;es aux dynamiques internes du pouvoir. La monarchie, les dirigeants militaires et les &#233;lites entrepreneuriales partagent dans une certaine mesure la m&#234;me conception d'une Tha&#239;lande neutre, mais appel&#233;e &#224; jouer un r&#244;le central dans la r&#233;gion. Cependant, au sein m&#234;me de ces cercles, des divergences d'orientation apparaissent. Certains secteurs pr&#244;nent un rapprochement plus net avec P&#233;kin, d'autres craignent qu'une d&#233;pendance excessive ne compromette l'autonomie strat&#233;gique du pays. La gestion de l'&#233;quilibre, plus qu'un art diplomatique, est devenue un exercice quotidien de compromis et d'adaptations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tensions entre la Tha&#239;lande et le Cambodge pour le contr&#244;le des eaux entourant l'&#238;le de Ko Kut et ses ressources en gaz naturel offrent un exemple concret de la mani&#232;re dont la Chine peut influencer les dynamiques r&#233;gionales de fa&#231;on opaque. Bien qu'elle ne soit pas directement impliqu&#233;e dans le conflit, P&#233;kin est li&#233;e aux deux pays par des int&#233;r&#234;ts convergents, et sa position ambigu&#235; contribue &#224; rendre le cadre des n&#233;gociations plus incertain. Ce type de situation alimente en Tha&#239;lande la crainte que la Chine, plut&#244;t que de jouer le r&#244;le de m&#233;diateur, agisse comme un acteur int&#233;ress&#233; par le maintien d'une tension contr&#244;l&#233;e qui renforce sa position centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Tha&#239;lande n'est pas un pays passif et dispose de ressources institutionnelles, &#233;conomiques et militaires suffisantes pour mener une politique &#233;trang&#232;re autonome. Mais la pression croissante, combin&#233;e &#224; l'&#233;rosion de la confiance dans d'autres interlocuteurs internationaux tels que les &#201;tats-Unis, rend de plus en plus co&#251;teux le maintien d'une position &#233;quilibr&#233;e. Le risque n'est pas tant celui d'une subordination formelle que celui d'une convergence progressive par inertie, dans laquelle la libert&#233; de choix se r&#233;duirait sans &#234;tre explicitement supprim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vietnam et Malaisie : l'art difficile de l'&#233;quilibre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Vietnam et la Malaisie font face &#224; la pr&#233;sence chinoise &#224; partir de positions diff&#233;rentes, mais tous deux tentent, avec des r&#233;sultats contrast&#233;s, de maintenir une position autonome dans une r&#233;gion o&#249; les pressions se multiplient. Les deux pays ne partagent ni la m&#234;me histoire ni la m&#234;me structure &#233;conomique, mais ils sont unis par un besoin strat&#233;gique commun : &#233;viter que l'influence de P&#233;kin ne se transforme en une subordination structurelle, sans pour autant renoncer aux avantages &#233;conomiques qu'elle comporte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Vietnam est peut-&#234;tre le plus prudent et le plus m&#233;fiant des pays de la r&#233;gion &#224; l'&#233;gard de la Chine. Le souvenir de la guerre de 1979 est encore vif, tout comme les tensions entre les deux pays en mer de Chine m&#233;ridionale, et malgr&#233; les discours sur la coop&#233;ration, Hano&#239; se m&#233;fie des intentions chinoises. Dans le m&#234;me temps, le pays est profond&#233;ment int&#233;gr&#233; dans la cha&#238;ne de valeur asiatique et entretient avec la Chine l'une de ses relations commerciales les plus intenses. Les exportations vietnamiennes d&#233;pendent en grande partie des mati&#232;res premi&#232;res et des composants chinois, et toute tentative de diversification s'av&#232;re lente et co&#251;teuse. Le d&#233;couplage technologique entre les &#201;tats-Unis et la Chine a offert au Vietnam une occasion rare. Les entreprises occidentales ont transf&#233;r&#233; une partie de leur production dans le pays, r&#233;duisant ainsi leur d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de la fabrication chinoise. Mais ce transfert a &#233;galement expos&#233; Hano&#239; &#224; de nouvelles pressions. Les autorit&#233;s am&#233;ricaines ont commenc&#233; &#224; surveiller le Vietnam pour des pratiques pr&#233;sum&#233;es de triangulation commerciale, l'accusant de servir de passerelle pour les marchandises chinoises destin&#233;es au march&#233; am&#233;ricain. Le pays se trouve ainsi pris entre deux feux : il doit exploiter la rivalit&#233; sino-am&#233;ricaine pour renforcer son &#233;conomie, sans toutefois devenir une cible ou un pion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le positionnement de la Malaisie est plus ambivalent, l'influence chinoise s'y manifestant sous des formes plus nuanc&#233;es mais tout aussi p&#233;n&#233;trantes. Ces derni&#232;res ann&#233;es, P&#233;kin a renforc&#233; sa coop&#233;ration avec Kuala Lumpur dans des secteurs sensibles tels que l'intelligence artificielle, les technologies num&#233;riques et les transports. La visite du pr&#233;sident chinois a abouti &#224; une s&#233;rie de nouveaux accords qui renforcent le r&#244;le de la Chine en tant que principal partenaire strat&#233;gique. Dans le m&#234;me temps, la Malaisie exporte beaucoup vers les &#201;tats-Unis et b&#233;n&#233;ficie encore d'une certaine ouverture aux capitaux occidentaux. Le gouvernement malaisien a d&#233;clar&#233; &#224; plusieurs reprises qu'il ne souhaitait pas s'engager en faveur d'un camp ou d'un autre, mais cette position est de plus en plus difficile &#224; tenir. Les &#233;lites &#233;conomiques et politiques sont divis&#233;es : certaines poussent &#224; une convergence plus explicite avec la Chine, d'autres craignent que cela ne r&#233;duise la marge de man&#339;uvre pour n&#233;gocier avec d'autres acteurs internationaux. La diplomatie malaisienne continue d'invoquer l'&#233;quilibre et la neutralit&#233;, mais la structure &#233;conomique du pays refl&#232;te une r&#233;alit&#233; plus complexe, o&#249; les choix formels ne co&#239;ncident pas toujours avec les choix effectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux pays montrent, chacun &#224; leur mani&#232;re, la difficult&#233; d'une strat&#233;gie m&#233;diane. Le Vietnam r&#233;siste avec prudence mais d&#233;pend d'un r&#233;seau de production qui le lie &#233;troitement &#224; la Chine. La Malaisie tente de naviguer entre deux p&#244;les mais risque de se retrouver dans une position de subordination dissimul&#233;e sous une apparence de souplesse. Dans les deux cas, la Chine n'impose pas mais dispose, en proposant des accords, des technologies, des capitaux et des alliances qui s'ins&#232;rent dans les espaces laiss&#233;s vacants par d'autres. Le choix n'est pas toujours contraignant mais les cons&#233;quences le sont bel et bien.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Convergences et divergences dans la d&#233;pendance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;n&#233;tration chinoise en Asie du Sud-Est n'est pas homog&#232;ne mais contrast&#233;e. Elle va de mod&#232;les de d&#233;pendance structurelle, comme au Laos et au Cambodge &#224; des configurations plus souples, comme en Tha&#239;lande, au Vietnam et en Malaisie. Dans tous les cas, ce sont les m&#233;canismes (pr&#234;ts garantis, investissements directs, concessions strat&#233;giques, formation d'&#233;lites locales) qui rendent l'influence chinoise efficace, et non seulement les id&#233;ologies ou la propagande. Il ne s'agit pas d'une domination explicite ou militaire, mais d'une h&#233;g&#233;monie silencieuse qui s'exerce &#224; plusieurs niveaux : &#233;conomique, technologique et institutionnel. Dans certains cas, les gouvernements ont utilis&#233; l'axe avec P&#233;kin pour compenser des d&#233;ficiences internes ou pour renforcer leurs r&#233;gimes politiques, presque toujours au d&#233;triment de la transparence, de la neutralit&#233; administrative et, surtout, de la libert&#233; de leurs populations. L&#224; o&#249; la Chine a pris le r&#244;le d'interlocuteur privil&#233;gi&#233;, la marge de man&#339;uvre s'est r&#233;duite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'influence chinoise se consolide dans les contextes o&#249; les dirigeants politiques sont pr&#234;ts &#224; c&#233;der des pouvoirs de d&#233;cision en &#233;change d'un soutien &#233;conomique, d'infrastructures cl&#233;s en main ou d'une l&#233;gitimation diplomatique. Cela vaut autant pour les pays aux institutions fragiles que pour ceux qui conservent une certaine autonomie. Ce qui change, c'est la vitesse &#224; laquelle les r&#232;gles locales s'adaptent &#224; des logiques ext&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andrea Ferrario&lt;br class='autobr' /&gt;
Source &#8211; Andrea Ferrario, 23 juillet 2025&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://andreaferrario1.substack.com/p/come-la-cina-ridisegna-lasia-sudorientale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://andreaferrario1.substack.com/p/come-la-cina-ridisegna-lasia-sudorientale&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit pour ESSF par pierre Vandevoorde avec l'aide de Deeplpro&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?rubrique1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article75804&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******&lt;/p&gt;
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		<title>Comment la Chine redessine l'Asie du Sud-Est</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Comment-la-Chine-redessine-l-Asie-du-Sud-Est</link>
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		<dc:date>2025-08-19T13:05:18Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Andrea Ferrario</dc:creator>


		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Malaisie</dc:subject>
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		<dc:subject>Cambodge</dc:subject>

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&lt;p&gt;Des dettes du Laos aux &#233;quilibres fragiles de la Tha&#239;lande : cinq exemples montrent comment P&#233;kin tisse un r&#233;seau de d&#233;pendances &#233;conomiques et politiques. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res 23 juillet 2025 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Andrea Ferrario &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis des ann&#233;es, la Chine tisse un r&#233;seau dense de relations en Asie du Sud-Est, combinant investissements, infrastructures, coop&#233;ration technologique et pression diplomatique. Les pays de la r&#233;gion strat&#233;giquement situ&#233;s entre l'oc&#233;an Indien et le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des dettes du Laos aux &#233;quilibres fragiles de la Tha&#239;lande : cinq exemples montrent comment P&#233;kin tisse un r&#233;seau de d&#233;pendances &#233;conomiques et politiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
23 juillet 2025&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Andrea Ferrario&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis des ann&#233;es, la Chine tisse un r&#233;seau dense de relations en Asie du Sud-Est, combinant investissements, infrastructures, coop&#233;ration technologique et pression diplomatique. Les pays de la r&#233;gion strat&#233;giquement situ&#233;s entre l'oc&#233;an Indien et le Pacifique sont aujourd'hui au c&#339;ur d'une transformation silencieuse qui red&#233;finit leurs orientations &#233;conomiques et, dans de nombreux cas, leurs structures d&#233;cisionnelles elles-m&#234;mes. La Chine a articul&#233; sa strat&#233;gie autour d'une s&#233;rie d'initiatives qui vont bien au-del&#224; du champ &#233;conomique. La &#171; s&#233;curit&#233; nationale globale &#187;, concept d&#233;sormais central dans la pens&#233;e strat&#233;gique chinoise, englobe des domaines tels que l'alimentation, la finance, la technologie, le cyberespace et m&#234;me l'opinion publique. Dans cette optique, les initiatives promues au sud de la fronti&#232;re ne sont pas isol&#233;es, mais s'inscrivent dans un projet global visant &#224; consolider une zone d'influence stable, favorable aux int&#233;r&#234;ts de P&#233;kin et moins perm&#233;able &#224; la pr&#233;sence de rivaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Asie du Sud-Est est id&#233;ale pour ce projet. Ses &#233;conomies, dynamiques mais encore vuln&#233;rables, ont besoin de capitaux, de technologies et d'infrastructures. La Chine est pr&#234;te &#224; les fournir, mais &#224; des conditions qui ne se limitent pas aux taux d'int&#233;r&#234;t. L'acc&#232;s pr&#233;f&#233;rentiel aux ports, aux chemins de fer et aux centres logistiques, la promotion d'accords num&#233;riques bilat&#233;raux, la construction de laboratoires partag&#233;s et de plates-formes industrielles communes ne sont que quelques-uns des instruments mis en &#339;uvre. &#192; cela s'ajoute un travail minutieux avec les &#233;lites politiques et entrepreneuriales, souvent men&#233; loin des projecteurs. Tous les gouvernements ne r&#233;agissent pas de la m&#234;me mani&#232;re. Certains pays se sont laiss&#233;s absorber presque enti&#232;rement, d'autres tentent de se d&#233;brouiller en conservant une marge de man&#339;uvre. Tous &#233;voluent toutefois dans un contexte o&#249; la Chine a su tirer parti des incertitudes mondiales et du retrait d'autres acteurs pour consolider sa position. Plus qu'une conqu&#234;te fulgurante, il s'agit d'un lent r&#233;&#233;quilibrage qui modifie les habitudes logistiques, les d&#233;pendances &#233;nerg&#233;tiques et les liens institutionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la suite de cet article, nous analyserons cinq cas embl&#233;matiques, chacun repr&#233;sentatif &#224; sa mani&#232;re d'une forme diff&#233;rente d'influence : de la d&#233;pendance structurelle &#224; la cooptation s&#233;lective, du compromis calcul&#233; &#224; la r&#233;sistance prudente. Il en ressortira une mosa&#239;que h&#233;t&#233;rog&#232;ne, mais tendant vers une convergence : l'adaptation, plus ou moins consciente, &#224; une pr&#233;sence chinoise qui semble destin&#233;e &#224; durer.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Laos : le prototype de la d&#233;pendance structurelle&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Laos est aujourd'hui peut-&#234;tre l'exemple le plus flagrant de la capacit&#233; de l'influence chinoise &#224; remodeler profond&#233;ment un pays, au point de compromettre son ind&#233;pendance effective. En quelques ann&#233;es, le gouvernement de Vientiane a li&#233; son destin &#233;conomique, logistique et technologique &#224; celui de la Chine, en acceptant un mod&#232;le de d&#233;veloppement fortement d&#233;pendant du cr&#233;dit et de la pr&#233;sence directe de la R&#233;publique populaire. La rh&#233;torique officielle parle de partenariat strat&#233;gique et de modernisation acc&#233;l&#233;r&#233;e, mais la r&#233;alit&#233; quotidienne montre une &#233;conomie en difficult&#233;, une population appauvrie et une administration de plus en plus perm&#233;able aux int&#233;r&#234;ts ext&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise est &#233;vidente. Les salaires dans la fonction publique ont &#233;t&#233; r&#233;duits, les retraites sont vers&#233;es avec retard, les denr&#233;es alimentaires subissent des hausses constantes et les m&#233;nages ont du mal &#224; faire face aux d&#233;penses de base. La d&#233;valuation du kip, la monnaie nationale, a &#233;rod&#233; en quelques ann&#233;es le pouvoir d'achat de la population urbaine et rurale, tandis que l'inflation se maintient &#224; des niveaux &#233;lev&#233;s. Le pays, qui n'a pas les ressources n&#233;cessaires pour faire face &#224; ses dettes, n'a &#233;vit&#233; le d&#233;faut de paiement que gr&#226;ce &#224; un soutien discret mais constant de la Chine. En &#233;change, il a c&#233;d&#233; le contr&#244;le d'infrastructures essentielles, les droits d'exploitation des ressources naturelles et des parts importantes de son espace &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expansion chinoise ne s'est pas limit&#233;e aux chemins de fer et aux centrales &#233;lectriques. Dans de nombreuses zones urbaines, les activit&#233;s commerciales et les complexes r&#233;sidentiels sont aujourd'hui enti&#232;rement g&#233;r&#233;s par des op&#233;rateurs chinois, souvent soumis &#224; des r&#233;glementations distinctes de celles qui s'appliquent au reste du pays. Le r&#233;seau &#233;lectrique a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; &#224; une entreprise chinoise en garantie des pr&#234;ts re&#231;us. L'acc&#232;s pr&#233;f&#233;rentiel &#224; des zones &#233;conomiques sp&#233;ciales, la construction d'infrastructures cl&#233;s et la diffusion du mandarin comme langue technique dans l'administration publique sont les signes d'un processus qui va bien au-del&#224; de la coop&#233;ration &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ce contexte, le gouvernement continue de tenir un discours optimiste. Chaque visite officielle chinoise s'accompagne de nouveaux protocoles d'accord et de projets communs, souvent pr&#233;sent&#233;s comme des succ&#232;s in&#233;galables. L'absence d'espace critique dans les m&#233;dias, le contr&#244;le de l'information et le consensus apparent contribuent &#224; maintenir cette image fig&#233;e. Cependant, les tensions sociales s'intensifient. Dans une &#233;cole de la banlieue de la capitale, un enseignant commentait, r&#233;sign&#233; : &#171; Les Chinois sont partout, ils parlent entre eux, ils construisent, ils ach&#232;tent, mais nous ne comptons presque plus pour rien &#187;. Ce t&#233;moignage, recueilli par Le Monde, refl&#232;te un sentiment qui peine &#224; &#233;merger mais qui est de plus en plus r&#233;pandu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas du Laos montre clairement ce qui peut arriver lorsqu'un petit pays vuln&#233;rable adopte une strat&#233;gie de d&#233;veloppement fond&#233;e sur la d&#233;pendance &#224; un seul acteur dominant. Il n'y a pas eu d'occupation ni de mise sous tutelle formelle, mais le r&#233;sultat n'est pas tr&#232;s diff&#233;rent de ce qu'aurait produit un contr&#244;le direct, &#224; savoir une souverainet&#233; vid&#233;e de sa substance, une &#233;conomie asservie et une soci&#233;t&#233; qui s'adapte en silence &#224; un nouveau centre de commandement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Cambodge : une alliance personnelle et structurelle&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Cambodge, l'influence chinoise a trouv&#233; un terrain fertile gr&#226;ce &#224; la convergence entre les int&#233;r&#234;ts strat&#233;giques de P&#233;kin et le projet dynastique de la famille Hun. Le long maintien au pouvoir de Hun Sen, suivi de l'ascension de son fils Hun Manet &#224; la t&#234;te du gouvernement, a assur&#233; la continuit&#233; d'une relation construite au fil du temps, consolid&#233;e par un r&#233;seau dense d'accords, d'investissements et de faveurs r&#233;ciproques. Plus qu'une simple alliance politique, c'est une relation de symbiose qui s'est &#233;tablie, dans laquelle la l&#233;gitimit&#233; interne du r&#233;gime repose en grande partie sur la protection et le soutien &#233;conomique de la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la diff&#233;rence du Laos, o&#249; la d&#233;pendance se manifeste sous la forme d'une dette, le Cambodge conna&#238;t plut&#244;t une convergence strat&#233;gique. La Chine a massivement investi dans le pays, avec des projets allant des infrastructures &#224; la s&#233;curit&#233;. Le port de Ream, en cours d'agrandissement, est au centre des pr&#233;occupations en raison de ses potentialit&#233;s militaires. Les man&#339;uvres militaires conjointes, ainsi que la fourniture d'&#233;quipements &#224; la police et &#224; l'arm&#233;e cambodgiennes, confirment une collaboration qui va au-del&#224; du symbolique. P&#233;kin a trouv&#233; dans le gouvernement de Phnom Penh un alli&#233; fiable, pr&#234;t &#224; d&#233;fendre ses positions, y compris dans les forums multilat&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets de cette pr&#233;sence sont particuli&#232;rement visibles sur la c&#244;te. La ville de Sihanoukville, autrefois fr&#233;quent&#233;e par les touristes locaux et occidentaux, a &#233;t&#233; transform&#233;e en quelques ann&#233;es par une vague de capitaux chinois. Casinos, tours r&#233;sidentielles, centres commerciaux et h&#244;tels se sont multipli&#233;s, souvent sans plan d'urbanisme coh&#233;rent. La population locale a &#233;t&#233; en partie expuls&#233;e des quartiers centraux, les prix ont augment&#233;, le paysage urbain a &#233;t&#233; boulevers&#233;. La croissance, concentr&#233;e dans quelques secteurs, a principalement profit&#233; aux entrepreneurs chinois et aux personnalit&#233;s proches du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le reste du pays &#233;galement, la coop&#233;ration s'&#233;tend &#224; des secteurs cl&#233;s : routes, ponts, barrages, r&#233;seaux num&#233;riques. Les entreprises chinoises participent &#224; des projets de d&#233;veloppement agricole, g&#232;rent des zones industrielles et proposent des syst&#232;mes de surveillance urbaine. Le gouvernement cambodgien a accueilli cette p&#233;n&#233;tration comme une opportunit&#233;, favorisant l'enseignement du mandarin dans les &#233;coles publiques et renfor&#231;ant les &#233;changes universitaires. La structure &#233;tatique s'adapte progressivement aux protocoles, aux mod&#232;les et aux priorit&#233;s d&#233;finis par P&#233;kin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, cette centralit&#233; chinoise comporte &#233;galement des vuln&#233;rabilit&#233;s. L'&#233;conomie cambodgienne, m&#234;me si elle est en croissance, reste fragile et d&#233;pendante de quelques secteurs. Le risque qu'une crise en Chine ou un changement de ligne politique ait des r&#233;percussions imm&#233;diates sur le pays est r&#233;el. Mais pour les dirigeants de Phnom Penh, le lien avec P&#233;kin est consid&#233;r&#233; comme une garantie de stabilit&#233; et de protection. Le syst&#232;me qui s'est consolid&#233; n'a pas seulement accept&#233; l'influence chinoise : il en a fait un &#233;l&#233;ment essentiel de sa survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tha&#239;lande : un &#233;quilibre fragile&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Tha&#239;lande se distingue des autres pays analys&#233;s par sa tradition ind&#233;pendante, h&#233;rit&#233;e d'une longue histoire d'&#233;quilibre entre puissances rivales. Cette attitude se refl&#232;te encore aujourd'hui dans la gestion des relations avec la Chine, per&#231;ue &#224; la fois comme un partenaire indispensable et une source potentielle d'ing&#233;rence. Bangkok a cherch&#233; &#224; tirer parti de la concurrence entre P&#233;kin et Washington pour conserver une marge de man&#339;uvre, mais les contradictions internes et les pressions ext&#233;rieures rendent cette strat&#233;gie de plus en plus difficile &#224; maintenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie tha&#239;landaise est fortement int&#233;gr&#233;e &#224; celle de la Chine. La Chine est le premier partenaire commercial du pays et a investi dans de nombreux projets d'&#233;quipements, notamment la ligne ferroviaire &#224; grande vitesse qui devrait relier le nord du pays au r&#233;seau chinois en passant par le Laos. &#192; cela s'ajoutent des accords dans les secteurs de l'automobile, du tourisme et de la logistique. Toutefois, l'adoption des technologies chinoises et la participation &#224; des initiatives promues par P&#233;kin n'ont jamais &#233;t&#233; automatiques. Les autorit&#233;s tha&#239;landaises ont &#224; plusieurs reprises ralenti ou ren&#233;goci&#233; les termes de projets jug&#233;s trop d&#233;s&#233;quilibr&#233;s tout en cherchant &#224; renforcer la coop&#233;ration avec d'autres acteurs r&#233;gionaux et internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan politique, les relations avec la Chine sont &#233;troitement li&#233;es aux dynamiques internes du pouvoir. La monarchie, les dirigeants militaires et les &#233;lites entrepreneuriales partagent dans une certaine mesure la m&#234;me conception d'une Tha&#239;lande neutre, mais appel&#233;e &#224; jouer un r&#244;le central dans la r&#233;gion. Cependant, au sein m&#234;me de ces cercles, des divergences d'orientation apparaissent. Certains secteurs pr&#244;nent un rapprochement plus net avec P&#233;kin, d'autres craignent qu'une d&#233;pendance excessive ne compromette l'autonomie strat&#233;gique du pays. La gestion de l'&#233;quilibre, plus qu'un art diplomatique, est devenue un exercice quotidien de compromis et d'adaptations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tensions entre la Tha&#239;lande et le Cambodge pour le contr&#244;le des eaux entourant l'&#238;le de Ko Kut et ses ressources en gaz naturel offrent un exemple concret de la mani&#232;re dont la Chine peut influencer les dynamiques r&#233;gionales de fa&#231;on opaque. Bien qu'elle ne soit pas directement impliqu&#233;e dans le conflit, P&#233;kin est li&#233;e aux deux pays par des int&#233;r&#234;ts convergents, et sa position ambigu&#235; contribue &#224; rendre le cadre des n&#233;gociations plus incertain. Ce type de situation alimente en Tha&#239;lande la crainte que la Chine, plut&#244;t que de jouer le r&#244;le de m&#233;diateur, agisse comme un acteur int&#233;ress&#233; par le maintien d'une tension contr&#244;l&#233;e qui renforce sa position centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Tha&#239;lande n'est pas un pays passif et dispose de ressources institutionnelles, &#233;conomiques et militaires suffisantes pour mener une politique &#233;trang&#232;re autonome. Mais la pression croissante, combin&#233;e &#224; l'&#233;rosion de la confiance dans d'autres interlocuteurs internationaux tels que les &#201;tats-Unis, rend de plus en plus co&#251;teux le maintien d'une position &#233;quilibr&#233;e. Le risque n'est pas tant celui d'une subordination formelle que celui d'une convergence progressive par inertie, dans laquelle la libert&#233; de choix se r&#233;duirait sans &#234;tre explicitement supprim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vietnam et Malaisie : l'art difficile de l'&#233;quilibre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Vietnam et la Malaisie font face &#224; la pr&#233;sence chinoise &#224; partir de positions diff&#233;rentes, mais tous deux tentent, avec des r&#233;sultats contrast&#233;s, de maintenir une position autonome dans une r&#233;gion o&#249; les pressions se multiplient. Les deux pays ne partagent ni la m&#234;me histoire ni la m&#234;me structure &#233;conomique, mais ils sont unis par un besoin strat&#233;gique commun : &#233;viter que l'influence de P&#233;kin ne se transforme en une subordination structurelle, sans pour autant renoncer aux avantages &#233;conomiques qu'elle comporte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Vietnam est peut-&#234;tre le plus prudent et le plus m&#233;fiant des pays de la r&#233;gion &#224; l'&#233;gard de la Chine. Le souvenir de la guerre de 1979 est encore vif, tout comme les tensions entre les deux pays en mer de Chine m&#233;ridionale, et malgr&#233; les discours sur la coop&#233;ration, Hano&#239; se m&#233;fie des intentions chinoises. Dans le m&#234;me temps, le pays est profond&#233;ment int&#233;gr&#233; dans la cha&#238;ne de valeur asiatique et entretient avec la Chine l'une de ses relations commerciales les plus intenses. Les exportations vietnamiennes d&#233;pendent en grande partie des mati&#232;res premi&#232;res et des composants chinois, et toute tentative de diversification s'av&#232;re lente et co&#251;teuse. Le d&#233;couplage technologique entre les &#201;tats-Unis et la Chine a offert au Vietnam une occasion rare. Les entreprises occidentales ont transf&#233;r&#233; une partie de leur production dans le pays, r&#233;duisant ainsi leur d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de la fabrication chinoise. Mais ce transfert a &#233;galement expos&#233; Hano&#239; &#224; de nouvelles pressions. Les autorit&#233;s am&#233;ricaines ont commenc&#233; &#224; surveiller le Vietnam pour des pratiques pr&#233;sum&#233;es de triangulation commerciale, l'accusant de servir de passerelle pour les marchandises chinoises destin&#233;es au march&#233; am&#233;ricain. Le pays se trouve ainsi pris entre deux feux : il doit exploiter la rivalit&#233; sino-am&#233;ricaine pour renforcer son &#233;conomie, sans toutefois devenir une cible ou un pion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le positionnement de la Malaisie est plus ambivalent, l'influence chinoise s'y manifestant sous des formes plus nuanc&#233;es mais tout aussi p&#233;n&#233;trantes. Ces derni&#232;res ann&#233;es, P&#233;kin a renforc&#233; sa coop&#233;ration avec Kuala Lumpur dans des secteurs sensibles tels que l'intelligence artificielle, les technologies num&#233;riques et les transports. La visite du pr&#233;sident chinois a abouti &#224; une s&#233;rie de nouveaux accords qui renforcent le r&#244;le de la Chine en tant que principal partenaire strat&#233;gique. Dans le m&#234;me temps, la Malaisie exporte beaucoup vers les &#201;tats-Unis et b&#233;n&#233;ficie encore d'une certaine ouverture aux capitaux occidentaux. Le gouvernement malaisien a d&#233;clar&#233; &#224; plusieurs reprises qu'il ne souhaitait pas s'engager en faveur d'un camp ou d'un autre, mais cette position est de plus en plus difficile &#224; tenir. Les &#233;lites &#233;conomiques et politiques sont divis&#233;es : certaines poussent &#224; une convergence plus explicite avec la Chine, d'autres craignent que cela ne r&#233;duise la marge de man&#339;uvre pour n&#233;gocier avec d'autres acteurs internationaux. La diplomatie malaisienne continue d'invoquer l'&#233;quilibre et la neutralit&#233;, mais la structure &#233;conomique du pays refl&#232;te une r&#233;alit&#233; plus complexe, o&#249; les choix formels ne co&#239;ncident pas toujours avec les choix effectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux pays montrent, chacun &#224; leur mani&#232;re, la difficult&#233; d'une strat&#233;gie m&#233;diane. Le Vietnam r&#233;siste avec prudence mais d&#233;pend d'un r&#233;seau de production qui le lie &#233;troitement &#224; la Chine. La Malaisie tente de naviguer entre deux p&#244;les mais risque de se retrouver dans une position de subordination dissimul&#233;e sous une apparence de souplesse. Dans les deux cas, la Chine n'impose pas mais dispose, en proposant des accords, des technologies, des capitaux et des alliances qui s'ins&#232;rent dans les espaces laiss&#233;s vacants par d'autres. Le choix n'est pas toujours contraignant mais les cons&#233;quences le sont bel et bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Convergences et divergences dans la d&#233;pendance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;n&#233;tration chinoise en Asie du Sud-Est n'est pas homog&#232;ne mais contrast&#233;e. Elle va de mod&#232;les de d&#233;pendance structurelle, comme au Laos et au Cambodge &#224; des configurations plus souples, comme en Tha&#239;lande, au Vietnam et en Malaisie. Dans tous les cas, ce sont les m&#233;canismes (pr&#234;ts garantis, investissements directs, concessions strat&#233;giques, formation d'&#233;lites locales) qui rendent l'influence chinoise efficace, et non seulement les id&#233;ologies ou la propagande. Il ne s'agit pas d'une domination explicite ou militaire, mais d'une h&#233;g&#233;monie silencieuse qui s'exerce &#224; plusieurs niveaux : &#233;conomique, technologique et institutionnel. Dans certains cas, les gouvernements ont utilis&#233; l'axe avec P&#233;kin pour compenser des d&#233;ficiences internes ou pour renforcer leurs r&#233;gimes politiques, presque toujours au d&#233;triment de la transparence, de la neutralit&#233; administrative et, surtout, de la libert&#233; de leurs populations. L&#224; o&#249; la Chine a pris le r&#244;le d'interlocuteur privil&#233;gi&#233;, la marge de man&#339;uvre s'est r&#233;duite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'influence chinoise se consolide dans les contextes o&#249; les dirigeants politiques sont pr&#234;ts &#224; c&#233;der des pouvoirs de d&#233;cision en &#233;change d'un soutien &#233;conomique, d'infrastructures cl&#233;s en main ou d'une l&#233;gitimation diplomatique. Cela vaut autant pour les pays aux institutions fragiles que pour ceux qui conservent une certaine autonomie. Ce qui change, c'est la vitesse &#224; laquelle les r&#232;gles locales s'adaptent &#224; des logiques ext&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andrea Ferrario&lt;br class='autobr' /&gt;
P.-S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Traduit pour ESSF par pierre Vandevoorde avec l'aide de Deeplpro&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source - Andrea Ferrario, 23 juillet 2025 :&lt;br class='autobr' /&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Asie du Sud-Est : des r&#233;gimes de plus en plus autoritaires</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Asie-du-Sud-Est-des-regimes-de-plus-en-plus-autoritaires</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Asie-du-Sud-Est-des-regimes-de-plus-en-plus-autoritaires</guid>
		<dc:date>2019-01-29T12:45:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Rousset</dc:creator>


		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Philippines</dc:subject>
		<dc:subject>Indon&#233;sie</dc:subject>
		<dc:subject>Cambodge</dc:subject>
		<dc:subject>Vietnam</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-01-29</dc:subject>
		<dc:subject>Laos</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est une version longue du chapitre 7 (partie II) d'un dossier sur l'Asie du Sud-Est en cours d'&#233;criture pour le r&#233;seau Ritimo. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Europe solidaire sans fronti&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
A partir, surtout, du milieu des ann&#233;es 1980, la chute des dictatures militaires (Indon&#233;sie) et autres r&#233;gimes de loi martiale (Philippines) en Asie du Sud-Est, comme d'ailleurs en Am&#233;rique latine, &#224; ouvert une p&#233;riode dite de d&#233;mocratisation. Elle est pour l'essentiel aujourd'hui close. La tendance &#171; lourde &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Asie-Proche-Orient-423-+" rel="tag"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Philippines-+" rel="tag"&gt;Philippines&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Indonesie-+" rel="tag"&gt;Indon&#233;sie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Cambodge-+" rel="tag"&gt;Cambodge&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Vietnam-+" rel="tag"&gt;Vietnam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-01-29-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-01-29&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH96/arton37588-b1644.jpg?1674711797' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est une version longue du chapitre 7 (partie II) d'un dossier sur l'Asie du Sud-Est en cours d'&#233;criture pour le r&#233;seau Ritimo.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article47638&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire sans fronti&#232;re&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir, surtout, du milieu des ann&#233;es 1980, la chute des dictatures militaires (Indon&#233;sie) et autres r&#233;gimes de loi martiale (Philippines) en Asie du Sud-Est, comme d'ailleurs en Am&#233;rique latine, &#224; ouvert une p&#233;riode dite de d&#233;mocratisation. Elle est pour l'essentiel aujourd'hui close. La tendance &#171; lourde &#187; est maintenant une mont&#233;e de l'autoritarisme, accompagn&#233;e d'attaques croissantes &#224; l'encontre des droits humains, m&#234;me les plus &#233;l&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tendance n'est pas propre &#224; cette partie du monde, tant s'en faut, et a de multiples causes. Elle a pris des formes diff&#233;rentes suivant les pays. L'Asie du Sud-Est est en effet une r&#233;gion particuli&#232;rement diverse et complexe dans sa g&#233;ographie comme dans son histoire. Si l'on tente d'analyser les &#233;volutions politiques en cours d'un point de vue d'embl&#233;e global, on court le risque de ne pas aller au-del&#224; de g&#233;n&#233;ralit&#233;s parfois trompeuses, en se concentrant sur l'impact des facteurs internationaux (qui, par ailleurs, sont trait&#233;s dans d'autres chapitres de ce dossier). Nous ferons ici l'inverse : choisir un certain nombre de pays qui, chacun &#224; sa mani&#232;re, illustre une facette sp&#233;cifique de la &#171; crise de la d&#233;mocratisation &#187;, aboutissant soit au retour soit ou au maintien de r&#233;gimes autoritaires ou dictatoriaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Philippines et la faillite d'une &#171; d&#233;mocratie &#233;litiste &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tradition parlementaire est plus importante aux Philippines que dans tout autre pays d'Asie du Sud-Est. Elle a pris forme sous la colonisation &#233;tats-unienne, d&#232;s avant l'ind&#233;pendance (d&#233;cr&#233;t&#233;e en 1946). Vid&#233;e de contenu sous le r&#233;gime de loi martiale de Ferdinand Marcos (1972-1986), elle a &#233;t&#233; r&#233;tablie apr&#232;s le renversement de la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Constitution adopt&#233;e dans la foul&#233;e du soul&#232;vement de 1986 &#233;tait la plus d&#233;mocratique dans l'histoire du pays (et de bien d'autres). Les &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e nationale se font par circonscription, co&#251;tent tr&#232;s cher et sont domin&#233;es par les &#233;lites. Une minorit&#233; de d&#233;put&#233;.es seront dor&#233;navant &#233;lu.es, &#224; la proportionnelle, sur des listes nationales dont la fonction est d'assurer la repr&#233;sentation des secteurs populaires et marginalis&#233;s de la soci&#233;t&#233;. Cependant, quand la dynamique transformatrice initi&#233;e par la &#171; r&#233;volution de f&#233;vrier &#187; s'est &#233;puis&#233;e, les organisations politiques traditionnelles en ont pris le contr&#244;le par le biais de formations politiques fant&#244;mes. Aujourd'hui, seuls les mouvements soutenus par le PC (mao&#239;ste, clandestin) arrivent encore &#224; obtenir des &#233;lu.es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie parlementaire a repris son cours d'avant 1972. Les partis traditionnels n'ont pas de programme, d&#233;fendant les int&#233;r&#234;ts de grandes familles poss&#233;dantes, implant&#233;es dans les provinces : les &#171; clans &#187; ou &#171; dynasties politiques &#187;. Le client&#233;lisme est de r&#232;gle, ainsi que les renversements d'alliances en faveur du clan qui emporte la pr&#233;sidentielle. Beaucoup d'argent est d&#233;pens&#233; dans la joute &#233;lectoralex et cet investissement doit &#234;tre rentable pour qui l'emporte. Sous Benigno Aquino III (pr&#233;sident de 2010 &#224; 2016), les d&#233;rives de ce syst&#232;me marqu&#233; par l'entre-soi des &#233;lites se sont accentu&#233;es. Les pauvres n'ont b&#233;n&#233;fici&#233; ni de la &#171; d&#233;mocratie &#187; ni du d&#233;veloppement &#233;conomique. Les classes moyennes se sont retourn&#233;es contre une pr&#233;sidence trop incomp&#233;tente et corrompue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la faillite de la &#171; d&#233;mocratie &#233;litiste &#187; qui a ouvert la voie &#224; la victoire inattendue de Rodrigo Duterte, l'actuel pr&#233;sident. Ce dernier appartient bien &#224; un clan r&#233;gional, mais qui n'&#233;tait pas int&#233;gr&#233; aux cercles du pouvoir. Il a jou&#233; de cette marginalit&#233; politique et g&#233;ographique (il &#233;tait maire de Davao, dans l'&#238;le m&#233;ridionale de Mindanao), de sa capacit&#233; &#224; parler-peuple, des r&#233;seaux sociaux, en se pr&#233;sentant comme l'homme fort qui agirait, lib&#233;r&#233; du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; sa d&#233;magogie populiste, Duterte s'attaque aux pauvres de bien des fa&#231;ons. Ce sont plut&#244;t les classes moyennes qui le soutiennent activement. La &#171; guerre &#224; la drogue &#187; lui a permis d'imposer l'arbitraire et l'impunit&#233; comme une nouvelle norme. Les assassinats extrajudiciaires perp&#233;tr&#233;s par la police, les (para)militaires et hommes de main font partie du quotidien. En deux ans, elle avait d&#233;j&#224; fait, selon les estimations de 7 000 &#224; 20 000 victimes, le chiffre r&#233;el &#233;tant certainement proche du haut de la fourchette. Comment qualifier un tel r&#233;gime ? Certains courants de la gauche philippine pensent qu'il est fasciste, d'autres pas (ou pas encore), mais cela d&#233;pend de la d&#233;finition tr&#232;s variable que chacun donne du fascisme. Face &#224; cette situation, un large front de d&#233;fense de la d&#233;mocratie et de la justice sociale s'est constitu&#233; dans le cadre de la coalition iDefend [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la population perd tout espoir dans les institutions (politiques, judiciaires, administrative&#8230;), le basculement dans un r&#233;gime ouvertement autoritaire et arbitraire peut s'av&#233;rer particuli&#232;rement brutal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Tha&#239;lande et la d&#233;mocratie &#233;trangl&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 50s, l'arm&#233;e a assur&#233; son contr&#244;le sur la soci&#233;t&#233; tha&#239;landaise et la monarchie a consid&#233;rablement renforc&#233; son pouvoir (y compris &#233;conomique, elle serait devenue la famille royale la plus riche du monde). La phase de d&#233;mocratisation s'est ouverte en 1992 avec l'adoption d'une Constitution relativement progressive visant &#224; la modernisation institutionnelle du pays. Le milliardaire Thaksin Shinawatra a emport&#233; une premi&#232;re victoire &#233;lectorale en 2001. Il n'&#233;tait pas antimonarchique, mais repr&#233;sentait l'aile moderniste de la bourgeoisie tha&#239;landaise. Il s'est acquis un large soutien populaire en mettant en &#339;uvre des programmes sociaux. Ancien lieutenant-colonel de police, il a couvert des ex&#233;cutions extrajudiciaires au nom de la &#171; guerre au crime &#187; et contre l'irr&#233;dentisme musulman dans le sud du pays ; n&#233;anmoins, il a redonn&#233; aux &#233;lections un r&#244;le effectif et a &#233;largi l'espace d&#233;mocratique en laissant des revendications populaires s'exprimer jusque dans le champ &#233;lectoral. Les mouvements sociaux ont gagn&#233; en force et visibilit&#233;, la gauche a retrouv&#233; une capacit&#233; d'expression politique au sein de la mouvance composite des Chemises rouges, rassemblant ses soutiens dans la population (en particulier dans le Nord, le Nord-Est et la r&#233;gion de Bangkok).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;lection de Thaksin (puis de son &#233;pouse Yingluck, une fois qu'il a &#233;t&#233; contraint &#224; l'exil) a d&#233;bouch&#233; sur une p&#233;riode d'instabilit&#233; et de crise aigu&#235;s. La popularit&#233; des Shinawatra a &#233;t&#233; confirm&#233;e &#224; trois reprise lors d'&#233;lections (2001, 2005, 2011) : cependant, tous les pouvoirs &#233;tablis, y compris les institutions judiciaires et la Cour supr&#234;me, ont refus&#233; de reconna&#238;tre le verdict des urnes. Les &#233;lites conservatrices ne pouvaient accepter que la &#171; populace &#187; vienne modifier le jeu &#233;lectoral, que la l&#233;gitimit&#233; de revendications sociales soit reconnue et qu'une figure d'autorit&#233; &#171; bienveillante &#187; s'impose en concurrence avec celle du roi. Accus&#233; de corruption (un mal largement partag&#233; en Tha&#239;lande), Thaksin a subi deux putschs judiciaires. Par ailleurs, un vent r&#233;actionnaire a souffl&#233; sur les classes moyennes de la capitale, qui r&#234;vaient d'interdire aux pauvres de voter sous pr&#233;texte qu'ils seraient sensibles aux d&#233;magogues. Les Chemises blanches, royalistes, largement recrut&#233;es dans les classes moyennes de la capitale, ont &#233;t&#233; mobilis&#233;es face aux Chemises rouges &#224; l'encontre desquelles l'arm&#233;e a commis un v&#233;ritable massacre &#224; Bangkok en 2010. La loi martiale a &#233;t&#233; instaur&#233;e. Un premier coup d'&#201;tat a eu lieu en 2006, puis un second en 2014. Ce dernier a mis un point final &#224; l'ouverture d&#233;mocratique, l'arm&#233;e imposant une Constitution militaire int&#233;rimaire la dotant de pouvoirs exceptionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reprise en main a &#233;t&#233; radicale. Repr&#233;sent&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Prayuth Chan-ocha, l'arm&#233;e s'est &#224; nouveau retrouv&#233;e au centre du pouvoir. Apr&#232;s la mort de son p&#232;re, c'est le prince h&#233;ritier Vajiralongkorn, un homme caract&#233;riel (il a nomm&#233; son caniche &#224; la t&#234;te de l'arm&#233;e de l'air), volage, r&#233;put&#233; cruel, qui a assur&#233; la succession sous le nom de Rama X de la dynastie de Chakri (et non sa s&#339;ur, la princesse Sirindorn, pourtant plus rationnelle). Le crime de l&#232;se-majest&#233; est et l'invocation de la s&#233;curit&#233; nationale sont utilis&#233;s pour museler oppositions politiques et mouvements sociaux. La menace de repr&#233;sailles traverse les fronti&#232;res jusqu'en France et en Europe, &#224; l'encontre notamment des membres du R&#233;seau international des Tha&#239;landais pour la d&#233;mocratie. En Tha&#239;lande m&#234;me, on note cependant un regain de mobilisations sociales et d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rama X a pour projet l'imposition d'une monarchie absolue. Il veut rompre en sa faveur l'&#233;quilibre traditionnel des pouvoirs entre les militaires et le palais royal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s de nombreux reports, des &#233;lections l&#233;gislatives viennent d'&#234;tre annonc&#233;es pour le 24 mars 2019. Le scrutin se tiendra alors que r&#232;gne un &#233;tat juridique d'exception [2]. Bien que les partis soient &#224; nouveau autoris&#233;s &#224; faire campagne, ils n'auront que tr&#232;s peu de temps pour s'y pr&#233;parer &#8211; &#224; la diff&#233;rence de l'arm&#233;e qui a pr&#233;par&#233; le terrain. Quelle que soit son &#233;ventuelle issue, les centres r&#233;els de pouvoir se situeront en dehors du parlement [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En Birmanie, la d&#233;mocratie impossible&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2015, le retour au pouvoir de la Ligue nationale pour la D&#233;mocratie semblait montrer que de grandes avanc&#233;es d&#233;mocratiques &#233;taient encore possibles. En 1988, l'arm&#233;e avait frustr&#233; ce parti de sa victoire &#233;lectorale. Sa figure de proue, Aung San Suu Kyi, avait pass&#233; quelque 20 ans en r&#233;sidence surveill&#233;e. Elle incarnait la r&#233;sistance &#224; la dictature militaire, une dissidence obstin&#233;e. Elle avait re&#231;u le prix Nobel de la Paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a fallu rapidement d&#233;chanter. Pas de r&#233;elle d&#233;mocratisation. Le r&#233;gime est rest&#233; sous le contr&#244;le constitutionnel de l'arm&#233;e &#8211; avec cette fois l'aval d'Aung San Suu Kyi. Pire encore, la Birmanie a &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre de l'une des plus vastes op&#233;rations d'&#233;puration ethnique des temps modernes, avec l'exil forc&#233; de quelque 700.000 Rohingya, population majoritairement musulmane habitant la r&#233;gion c&#244;ti&#232;re de l'Arakan. Cette fois encore, Aung San Suu Kyi a couvert le crime de son autorit&#233;, non pas parce qu'elle &#233;tait otage des militaires, mais parce qu'elle appartient et s'identifie &#224; l'ethnie dominante en Birmanie &#8211; et parce que tr&#232;s gros enjeux &#233;conomiques &#233;taient en cause : il fallait faire place nette pour d'importants investissements, dont ceux li&#233;s &#224; la construction d'un &#171; corridor &#187; reliant la Chine &#224; l'oc&#233;an Indien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prix Nobel de la Paix de Suu Kyi lui a &#233;t&#233; retir&#233;. Ce fut une exp&#233;rience tr&#232;s am&#232;re pour les associations, pour toutes celles et tous ceux qui s'&#233;taient mobilis&#233;.es en sa d&#233;fense des ann&#233;es durant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fond&#233; en 1996, Info-Birmanie assure en France un suivi solidaire de ce pays et met &#224; notre disposition une documentation fouill&#233;e [4]. Sur le plan international, le Transnational Institute (TNI, Amsterdam) fait de m&#234;me, en anglais, notamment en ce qui concerne les droits des nombreuses minorit&#233;s ethniques [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Indon&#233;sie, l'h&#233;ritage de la dictature et la mont&#233;e de l'islamisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouverture d&#233;mocratique en Indon&#233;sie remonte &#224; la chute de la dictature Suharto (1998), qui fut l'une des plus sanglantes de l'histoire contemporaine. Elle a permis, l'ann&#233;e suivante, l'&#233;lection &#224; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique d'Abdurrahman Wahid, dit Gus Dur. Il dirigeait la grande association musulmane Nahdlatul Ulama (plut&#244;t la&#239;que, tr&#232;s &#233;loign&#233;e de l'islamisme contemporain) et &#233;tait positionn&#233; &#224; gauche. Il a engag&#233; des r&#233;formes et tent&#233; de r&#233;gler la crise au Timor oriental, encore sous brutale occupation militaire indon&#233;sienne. Il s'est rapidement heurt&#233; &#224; l'arm&#233;e qui, en 2001, a encercl&#233; le palais pr&#233;sidentiel. D&#233;mis de ses fonctions par l'Assembl&#233;e nationale, Gus Dur a &#233;t&#233; remplac&#233; par Megawati Soekarnoputri, fille du &#171; p&#232;re de l'Ind&#233;pendance &#187;. Elle restera &#224; ce poste jusqu'en 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espace d&#233;mocratique en Indon&#233;sie s'est depuis r&#233;duit comme peau de chagrin du fait de la faiblesse des forces de gauche, du poids de l'arm&#233;e (jamais &#233;pur&#233;e apr&#232;s le changement de r&#233;gime), de l'h&#233;ritage politique de la dictature et de la mont&#233;e de mouvements islamistes. Les principaux candidats &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle ont souvent &#233;t&#233; membres du parti du dictateur Suharto, le Golkar, ou ont occup&#233; des postes importants, civils ou militaires, durant son r&#232;gne. Des r&#233;formes &#233;lectorales successives ont rendu de plus en plus difficiles les candidatures ind&#233;pendantes des grands partis nationaux, r&#233;gionaux ou locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2014 a suscit&#233; bien des espoirs. Il n'y avait que deux candidats en lice. D'un c&#244;t&#233; Prabowo Subianto, figure de la dictature Suharto devenue multimillionnaire et membre d'unit&#233;s militaires coupables de nombreux massacre. De l'autre Joko Wido, dit Jokowi, gouverneur de Djakarta, un outsider n'appartenant ni &#224; un clan politique ni aux grands milieux d'Affaires, cultivant un profil de technocrate lib&#233;ral et efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jokowi a emport&#233; la joute &#233;lectorale. Cependant, il avait dans son entourage des hommes de la dictature, comme l'ancien chef des services secrets indon&#233;siens ou le g&#233;n&#233;ral Wiranto. Ce dernier a &#233;t&#233; plac&#233; en 2016 &#224; la t&#234;te du minist&#232;re contr&#244;lant les services de s&#233;curit&#233;, ce qui a provoqu&#233; une vive protestation d'Amnesty International : il avait &#233;t&#233; inculp&#233; de crimes contre l'humanit&#233; par un tribunal parrain&#233; par l'ONU !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e conjointe du racisme et d'un radicalisme islamiste, en rupture avec les traditions dominantes de l'islam indon&#233;sien, p&#232;se dor&#233;navant sur le d&#233;roulement des &#233;lections. En 2017, les mouvements conservateurs musulmans ont massivement occup&#233; la rue pour s'opposer &#224; la r&#233;&#233;lection de Basuki Tjahaja Purnama (dit Ahok) parce qu'il &#233;tait chr&#233;tien et chinois, en l'accusant de blasph&#232;me. Or, Jokowi a choisi comme candidat &#224; la vice-pr&#233;sidence, pour 2019, Ma'uf Amin, l'un des responsables de la campagne de diffamation contre Ahok.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression des opposants se durcit. Les discriminations contre les religions minoritaires, les homosexuel.les, les femmes, la libert&#233; d'expression et de comportement se multiplient. La situation varie suivant les lieux dans cet immense archipel, mais de fa&#231;on croissante, les pouvoirs administratifs c&#232;dent aux exigences de mouvements intol&#233;rants qui veulent faire dispara&#238;tre de l'espace public tout ce qui n'est pas &#171; musulman &#187; (dans leur d&#233;finition sectaire du terme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;sillusions sont fortes, car les milieux progressistes esp&#233;raient qu'avec Jokowi, l'espace d&#233;mocratique serait au moins pr&#233;serv&#233;, m&#234;me s'il n'&#233;tait pas &#233;largi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En Malaisie, un tyran repenti ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1957 (date de l'ind&#233;pendance) &#224; 2018, la Malaisie a &#233;t&#233; dirig&#233;e par une m&#234;me coalition, d'abord sous le nom d'Alliance, puis, &#224; partir de 1973, sous celui de Barisan Nasional (Front national). Constitu&#233;e sur une base confessionnelle, elle comprenait trois partis : l'UMNO malais (United Malays National Organisation), la MCA chinoise (Malaysian Chinese Association) et le MIC indien (Malaysian Indian Congress), l'UMNO &#233;tant le parti dominant dans cette coalition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale personnalit&#233; politique de la Malaisie ind&#233;pendante est Mahathir Mohamad, cinq fois &#233;lu Premier ministre de 1981 &#224; 2003. Populairement appel&#233; &#171; Docteur M &#187;, cet ancien m&#233;decin, promoteur du nationalisme malais, est devenu une figure charismatique et autoritaire. Revenu au pouvoir en 2018 apr&#232;s avoir constitu&#233; une autre coalition, il appara&#238;t aujourd'hui comme un &#171; tyran repenti &#187;, selon l'expression du journaliste Bruno Philip [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mahathir a dirig&#233; la Malaisie d'une main de fer pendant 22 ans. Il a pers&#233;cut&#233; ses opposants, dont Anwar Ibrahim, plusieurs fois incarc&#233;r&#233; pour corruption et sodomie. Si l'homosexualit&#233; n'est pas criminalis&#233;e en tant que telle sur le plan f&#233;d&#233;ral, l'outrage &#224; la pudeur avec un autre homme l'est, ainsi que la sodomie (homosexuelle ou h&#233;t&#233;rosexuelle) &#8211; un leg de la l&#233;gislation coloniale britannique. Anwar a constamment affirm&#233; avoir &#233;t&#233; la victime de r&#232;glements de comptes politiques. Condamn&#233; &#224; neuf ans de prison en 2000, il n'est lib&#233;r&#233; qu'en 2004, apr&#232;s que la Cour supr&#234;me l'ait acquitt&#233; de toutes les accusations. De nouveau accus&#233; en 2008, il est finalement condamn&#233; en 2015 &#224; cinq ans de prison, mais a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; en 2018 apr&#232;s la victoire d'un bloc d'opposition pilot&#233; par&#8230; Mahathir lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2013, le pays &#233;tait dirig&#233; par Najib Razak, &#233;lu Premier ministre par deux fois. Apr&#232;s le d&#233;part de Mahatir en 2003, le r&#233;gime ne s'&#233;tait pas d&#233;mocratis&#233;, tant s'en faut : la vie politique &#233;tait ponctu&#233;e de r&#232;glements de comptes, d'assassinats non &#233;lucid&#233;s, d'emprisonnements arbitraires [7]. Une loi &#233;dict&#233;e en 2018 contre les &#171; fake news &#187; pouvait &#234;tre utilis&#233;e pour s'attaquer plus syst&#233;matiquement encore au droit d'expression des opposants. Or, le retour &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat de Mahathir Mohamad, vainqueur des &#233;lections de mai 2018 &#224; la t&#234;te de l'Alliance de l'espoir, Pakatan Harapan (PH), une nouvelle coalition de quatre partis, marque un nouveau tournant vers plus de d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anwar Ibrahim a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; de prison. Pour symboliser ses nouvelles vertus d&#233;mocratiques, Mahathir en a fait son dauphin : si tout se passe comme annonc&#233;, Anwar devrait lui succ&#233;der en 2020. Un autre opposant hier deux fois embastill&#233;, Lim Guan Eng, a &#233;t&#233; nomm&#233; ministre des Finances &#8211; il est le premier membre de la minorit&#233; chinoise &#224; &#234;tre nomm&#233; &#224; un tel poste depuis quarante-quatre ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mahatir propose l'abolition de la peine de mort, accorde une libert&#233; nouvelle &#224; la presse et annonce une politique plus &#233;galitaire entre les membres des diverses communaut&#233;s religieuses et ethniques. &#192; l'heure o&#249; ces lignes sont &#233;crites, il est bien trop t&#244;t pour pr&#233;voir ce qu'il adviendra de ses engagements. L'ambivalence de la situation est illustr&#233;e par le &#171; point d'&#233;tape &#187; pr&#233;sent&#233;, fin 2018, par la coalition de d&#233;fense des droits humains Suaram : d'un c&#244;t&#233;, elle dresse une longue liste d'exigences d&#233;mocratiques sur lesquelles le Premier ministre fait silence. De l'autre, elle reconna&#238;t que l'ann&#233;e &#233;coul&#233;e est celle d'un grand tournant, le changement d'administration donnant l'occasion de fleurir aux aspirations de la population [8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Vietnam et le capitalisme de connivence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays d'Indochine, le d&#233;veloppement du capitalisme a &#233;t&#233; impuls&#233; de fa&#231;on autoritaire par les partis au pouvoir et il a, en retour, renforc&#233; les traditions bureaucratiques pr&#233;existantes tout en soumettant les populations &#224; de nouvelles formes de d&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le cas au Vietnam o&#249;, &#224; la suite de la Chine, le r&#233;gime impulse le d&#233;veloppement d'un nouveau capitaliste, sans remettre en cause le r&#232;gne d'un parti unique. Cette transition autoritaire provoque de nombreuses r&#233;sistances sociales et nationales, posant la question du respect de droits pourtant formellement garantis par la Constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un projet d'&#171; unit&#233;s administratives et &#233;conomiques sp&#233;ciales &#187; a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;, provoquant en juin 2018 des manifestations de rue sans pr&#233;c&#233;dent dans de nombreuses villes du pays. La concession de ces zones franches devait en effet &#234;tre remise &#224; la Chine. Hanoi est pourtant en &#233;tat de quasi-guerre avec P&#233;kin sur le contr&#244;le d'archipels en mer de Chine du Sud, mais les affaires &#233;tant les affaires et la corruption aidant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestant.es portaient des pancartes avec des mots d'ordre tels que &#171; Pas de terre &#224; louer pour la Chine pour 99 ans, pas m&#234;me pour une journ&#233;e &#187;. Les femmes &#233;taient bien souvent en t&#234;te des cort&#232;ges, en particulier des anciennes combattantes de la guerre de lib&#233;ration. Le pouvoir a d&#233;nonc&#233; la manipulation des sentiments patriotiques par des &#171; saboteurs et troubleurs &#187; (sic).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les zones &#233;conomiques sp&#233;ciales accordent aux investisseurs &#233;trangers la possibilit&#233; de ne pas respecter le droit du travail, d'employer des fonctionnaires, de profiter d'all&#233;gements fiscaux, d'employer une main-d'&#339;uvre &#233;trang&#232;re sans permis pendant 180 jours, d'ouvrir des casinos (le tout favorisant l'expansion de la prostitution ?) [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2014, le Vietnam avait connu une vague de manifestations et d'&#233;meutes, touchant au moins 22 provinces. En fait, les luttes sociales urbaines et rurales font partie du paysage politique. Il y a beaucoup de gr&#232;ves ouvri&#232;res et de r&#233;sistances paysannes, en particulier contre l'accaparement de leurs terres. La r&#233;pression peut &#234;tre brutale (on compte des morts et des cas de torture) du fait de la police ou de nervis. La justice condamne plus souvent les protestataires qu'elle ne les prot&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette situation, la r&#233;pression politique s'accentue. Derni&#232;rement, la blogueuse M&#7865; N&#7845;m a &#233;t&#233; condamn&#233;e &#224; 10 ans de prison pour avoir &#233;crit des articles sur Facebook. Le professeur Chu H&#7843;o, directeur des &#233;ditions Tri Th&#7913;c [Connaissances], une des maisons d'&#233;dition les plus ouvertes et les plus appr&#233;ci&#233;es du pays, est menac&#233; de sanctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas d'aujourd'hui que la justice est politique au Vietnam. La nouveaut&#233;, c'est qu'elle est maintenant au service d'un capitalisme de connivence et non plus seulement d'une bureaucratie de parti-Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Laos et le bassin du M&#233;kong&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Laos, autre pays d'Indochine, la &#171; mise en valeur &#187; en cours du bassin du M&#233;kong illustre l'ampleur du probl&#232;me. 51 barrages ont &#233;t&#233; construits et 46 autres &#233;taient en construction en juillet 2018, cet &#233;norme march&#233; attirant des transnationales de nombreux pays, dont la France. Des projets pouvant &#234;tre soutenus par la Banque mondiale qui assure que toutes les pr&#233;cautions sont prises pour garantir la pr&#233;servation de l'environnement et des droits des populations locales (condamn&#233;es pour certaines &#224; &#234;tre d&#233;plac&#233;es ou priv&#233;es de leurs ressources alimentaires). Comment garantir quoi que ce soit de tel quand l'ensemble du cours du M&#233;kong se voit impact&#233;, alors que le r&#233;gime &#233;touffe toute expression d&#233;mocratique et contr&#244;le &#233;troitement l'information, que les l'objectif des &#171; partenaires &#233;conomiques &#187; de toute nationalit&#233; est le profit, que l'influence de P&#233;kin est aujourd'hui dominante&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'&#233;voque pas ici des dangers hypoth&#233;tiques. Les incidents et les incidences sont d'ores et d&#233;j&#224; multiples. L'un des plus graves accidents est la rupture d'un battage le 23 juillet 2018 faisant probablement des centaines des centaines de victimes, si ce n'est un millier. 6000 personnes ont d&#251; fuir. 5 milliards de m&#232;tres cubes d'eau ont &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;s dans la rivi&#232;re S&#233;kong (un affluent du M&#233;kong), bon nombre de villages &#233;tant noy&#233;s en aval. Le d&#233;sastre &#233;tait parfaitement pr&#233;visible [10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est devenu Sombath Somphon ? La disparition forc&#233;e de Sombath Somphonau Laos repr&#233;sente une exp&#233;rience am&#232;re pour la solidarit&#233; Europe-Asie. Il a &#233;t&#233; enlev&#233; selon toutes vraisemblances par un service de police apr&#232;s avoir jou&#233;, en 2012, un r&#244;le pivot dans l'organisation du Forum populaire Asie-Europe (AEPF) de Vientiane. Ce forum est organis&#233; tous les deux ans, parall&#232;lement aux rencontres intergouvernementales Asie-Europe (ASEM).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondateur du Centre de formation pour un d&#233;veloppement participatif, tr&#232;s connu et reconnu pour son engagement aupr&#232;s des paysans, Sombath avait &#233;t&#233; le principal interlocuteur issu de la soci&#233;t&#233; civile aupr&#232;s du monde associatif investi dans le Forum populaire et aupr&#232;s des gouvernements participants &#224; la rencontre ASEM. Lors de la s&#233;ance d'ouverture, ce r&#244;le avait &#233;t&#233; salu&#233; par le vice-ministre laotien pr&#233;sent &#224; la tribune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, deux mois plus tard, le 15 d&#233;cembre, Sombath a &#233;t&#233; victime d'une disparition forc&#233;e. Depuis, le gouvernement laotien refuse de donner une quelconque information sur ce qui lui est arriv&#233;. Tout porte &#224; croire que Sombath a d&#233;plu &#224; une fraction du parti unique au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son enl&#232;vement a provoqu&#233; un scandale diplomatique et de vives protestations de la part de l'Union europ&#233;enne et des Etats-Unis (sans &#234;tre pour autant accompagn&#233;es de sanctions concr&#232;tes). Tous les ans, pour leur part, les associations impliqu&#233;es dans le Forum populaire publient une d&#233;claration exigeant des autorit&#233;s laotiennes qu'elles disent ce qui lui est advenu. A chaque nouvelle r&#233;union du Forum, son &#233;pouse, Shui Meng Ng, est invit&#233;e &#224; intervenir et t&#233;moigner. Sombath n'est pas oubli&#233; [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Cambodge et les les ambitions dynastiques de Hun Sen&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tissu social au Cambodge a &#233;t&#233; particuli&#232;rement affect&#233; par l'ampleur des bombardements US pendant la p&#233;riode finale de la guerre d'Indochine et, plus profond&#233;ment encore, par le r&#233;gime de terreur &#233;tablit par les Khmers rouges sous la direction de la fraction Pol Pot. Le sort de la population est longtemps rest&#233; une question &#171; secondaire &#187; face aux enjeux g&#233;opolitiques, Washington et les puissances occidentales s'alliant avec P&#233;kin et Phnom Penh contre Hano&#239;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les Vietnamiens qui ont renvers&#233; le r&#233;gime khmer rouge en 1979, ont plac&#233; Hun Sen &#224; la t&#234;te du pays, puis se sont retir&#233;s. Hun Sen est un ancien Khmer rouge, mais n'appartenait pas &#224; la fraction Pol Pot (qui liquidait toute dissidence interne). Il a rompu avec l'Organisation en 1977. Il est aujourd'hui encore le Premier ministre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la signature d'un accord de paix en 1991, le pays a b&#233;n&#233;fici&#233; d'une aide internationale massive, mais qui a &#233;t&#233; largement d&#233;tourn&#233;e au profit du d&#233;veloppement d'int&#233;r&#234;ts priv&#233;s, de clans politiques et d'un capitalisme sauvage imbriqu&#233; &#224; de nombreux trafics (&#224; la fronti&#232;re tha&#239;landaise en particulier). L'&#233;conomie est aujourd'hui dop&#233;e par une fi&#232;vre d'investissements, notamment chinois. Le r&#233;gime politique se referme. L'opposition a &#233;t&#233; dissoute, ses dirigeants en prison ou en exil. Les r&#233;seaux sociaux, hier libres, sont plac&#233;s sous contr&#244;le, ainsi que la presse et les nombreuses ONG. Hun Sen fait face &#224; une crise de l&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la g&#233;n&#233;ration qui avait v&#233;cu la guerre d'Indochine et la terreur polpottienne, il b&#233;n&#233;ficiait d'une l&#233;gitimit&#233;, vu les &#233;preuves travers&#233;es. Ce n'est plus le cas pour la g&#233;n&#233;ration suivante, qui juge l'&#233;volution du pays &#8211; et prends la mesure du contraste entre le d&#233;veloppement &#233;conomique d'un c&#244;t&#233; et la mont&#233;e des in&#233;galit&#233;s sociales de l'autre &#8211; ainsi que l'omnipr&#233;sence de la corruption, le n&#233;potisme et la restriction croissante des libert&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hun Sen r&#233;pond &#224; cette situation en exaltant l'identit&#233; khm&#232;re, en promouvant les &#171; valeurs traditionnelles &#187;, en s'identifiant &#224; la Nation. Depuis la mort de l'ancien roi Norodom Sihanouk (qui avait abdiqu&#233;) en 2012, il tente de se construire une l&#233;gitimit&#233; royale. Selon l'universitaire Astrid Nor&#233;n-Nilsson, il s'agit de donner &#171; &#224; la d&#233;rive autoritaire du r&#233;gime une l&#233;gitimit&#233; divine et d'introduire la notion de succession dynastique &#187; [12]. L'offensive id&#233;ologique s'accompagne de mesures bien concr&#232;tes, comme l'adoption en f&#233;vrier 2018 d'une loi de l&#232;se-majest&#233;, sur le mod&#232;le de celle existant en Tha&#239;lande, qui vient s'ajouter &#224; un arsenal r&#233;pressif d&#233;j&#224; redoutable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 2013-2014 ont connu un pic de mobilisations. L'opposition politique &#233;tait alors capable de descendre dans la rue, des manifestations massives se d&#233;roulaient avec une participation remarquable de gr&#233;vistes (du secteur textile en particulier). En juillet 2016, un analyste politique tr&#232;s influent, Kem Ley, a &#233;t&#233; assassin&#233; apr&#232;s la publication d'un article sur l'immense fortune clan Hun Sen. Plus d'un million de personnes ont assist&#233; &#224; ses fun&#233;railles. Aujourd'hui cependant, la capacit&#233; de r&#233;sistance populaire semble faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En arri&#232;re-plan, un tournant autoritaire mondial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut se garder porter un regard &#171; exotique &#187; sur la mont&#233;e de l'autoritarisme en Asie du Sud-Est. La question se pose dans tous les continents, y compris l'Europe. Les structures de l'Union europ&#233;enne sont autoritaires par bien des aspects, les parlements nationaux n'ayant &#171; pas le droit &#187; de prendre des d&#233;cisions de fond contraires aux r&#233;glementations et trait&#233;s en vigueur sans qu'une &#233;preuve de force ne soit engag&#233;e &#224; leur encontre par le Conseil, la Commission et la Banque centrale (c'est le cas notamment de la Gr&#232;ce depuis les ann&#233;es 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans de nombreux pays occidentaux, la tendance est &#233;galement &#224; l'autoritarisme. En France, le verticalisme pr&#233;sidentiel et la non-repr&#233;sentativit&#233; (sociale comme politique) de l'Assembl&#233;e nationale sont mis en accusation &#224; l'occasion de la crise ouverte par le mouvement des gilets jaunes, depuis novembre 2018. Aux &#201;tats-Unis, Donald Trump n'est pas le dernier &#224; exprimer tout son m&#233;pris &#224; l'&#233;gard des droits humains. Au Br&#233;sil, le pr&#233;sident Bolsonaro affirme ouvertement son attachement &#224; la dictature et &#224; ses pratiques mortif&#232;res. Partout (ou presque), l'exercice des droits civiques est restreint au nom de politiques s&#233;curitaires et les syst&#232;mes de surveillance deviennent de plus en plus intrusifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'elle l'ait ou pas m&#233;rit&#233;e par le pass&#233;, la &#171; d&#233;mocratie occidentale &#187; a perdu son aura. Le &#171; mod&#232;le chinois &#187; de Xi Jinping en b&#233;n&#233;ficie : le mode de d&#233;veloppement capitaliste qu'il pr&#244;ne (et les financements qu'il offre) correspond aux attentes d'une partie significative des classes dominantes dans la r&#233;gion, m&#234;me s'il implique d'&#234;tre accompagn&#233; de pratiques politiques autoritaires. Les libert&#233;s d'association, d'expression et de manifestation sont corset&#233;es, et, dans bon nombre de pays, les ONG nationales sont de plus en plus plac&#233;es sous contr&#244;le &#233;tatique, l'aide qu'elles re&#231;oivent de leurs partenaires internationaux est tax&#233;e, surveill&#233;e, voire interdite. Le risque est de voir la solidarit&#233; internationale criminalis&#233;e &#8211; un risque qui devient r&#233;alit&#233; dans certains pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Rousset&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] &lt;a href=&#034;https://idefend.ph&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://idefend.ph&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Human Rights Watch, &#8220;Lift Restrictions on Fundamental Rigths to Enable Free and Fair Elections&#8221;, 15 septembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Voir Andrew MacGregor Marshall, &#8220;As the army and politicians bicker, Thailand's King amasses more power&#8221;, The Econmist (Asia), 3 janvier 2019. Disponible sur ESSF (article 47403), Thailand : As the army and politicians bicker, the king amasses more power :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article47403&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article47403&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] &lt;a href=&#034;http://www.info-birmanie.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.info-birmanie.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] &lt;a href=&#034;https://www.tni.org/en/myanmar-in-focus&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.tni.org/en/myanmar-in-focus&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Le Monde publi&#233; le 15 mai 2018. Disponible sur ESSF (article 47313), Mahathir, tyran repenti &#224; nouveau Premier ministre, au d&#233;fi de la d&#233;mocratie en Malaisie :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article47313&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article47313&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Bruno Philip, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] &lt;a href=&#034;https://www.suaram.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.suaram.net&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Dominique Foulon, ESSF (article 45174), &#8220;Pas de terre &#224; louer pour la Chine&#8221; : manifestations sans pr&#233;c&#233;dent au Vi&#234;t Nam contre les zones &#233;conomiques sp&#233;ciales :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article45174&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article45174&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Voir Harold Thibeault et Brunon Philip, &#171; La rupture d'un barrage au Laos, chronique d'un drame annonc&#233; &#187;, Le Monde du 25 juillet 2018, et Bruno Philip, &#171; Le d&#233;sastre aurait pu &#234;tre &#233;vit&#233;', Le Monde du 8 ao&#251;t 2018. Disponible sur ESSF (article 45666), D&#233;sastre au Laos apr&#232;s la rupture d'un barrage &#8211; La politique &#233;nerg&#233;tique du r&#233;gime et de la Chine en cause :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article45666&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article45666&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] &lt;a href=&#034;https://www.sombath.org/e&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sombath.org/e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Cit&#233; par Christine Chaumeau, &#171; Le r&#234;ve monarchqie du premier ministre camboddgien &#187;, Le Monde diplomatique, 1er juillet 2018. Disponible sur ESSF (article 45013), Le r&#234;ve monarchique du premier ministre cambodgien :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article45013&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article45013&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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