<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.pressegauche.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
	<link>https://www.pressegauche.org/</link>
	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.pressegauche.org/spip.php?id_mot=1571&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
		<url>https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L144xH36/ptag-logo-1200x300px-02d59.png?1692368156</url>
		<link>https://www.pressegauche.org/</link>
		<height>36</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Birmanie et Bangladesh &#8211; R&#233;fugi&#233;s rohingyas : catastrophe humanitaire et &#233;cologique. Enjeux politiques, economiques et strat&#233;giques</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Birmanie-et-Bangladesh-Refugies-rohingyas-catastrophe-humanitaire-et-ecologique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Birmanie-et-Bangladesh-Refugies-rohingyas-catastrophe-humanitaire-et-ecologique</guid>
		<dc:date>2020-02-18T12:56:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guillaume Delacroix</dc:creator>


		<dc:subject>Bengladesh</dc:subject>
		<dc:subject>Birmanie</dc:subject>
		<dc:subject>Inde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-02-11</dc:subject>
		<dc:subject>Rohingyas</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis la fin du mois d'ao&#251;t, 620 000 membres de la communaut&#233; rohingya de Birmanie sont venus se r&#233;fugier &#224; l'extr&#234;me sud du Bangladesh, pourchass&#233;s par l'arm&#233;e birmane. Dans les camps b&#226;tis en catastrophe au milieu des rizi&#232;res, au c&#339;ur d'un drame humanitaire absolu, ils tentent de survivre &#224; la faim et &#224; la peur, sans oser penser &#224; l'avenir. (1/3) &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Mediapart. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cox's Bazar (Bangladesh), envoy&#233; sp&#233;cial.- La langue de terre bangladaise qui s'&#233;tire le long du littoral birman est (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Bengladesh-+" rel="tag"&gt;Bengladesh&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Birmanie-+" rel="tag"&gt;Birmanie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Inde-822-+" rel="tag"&gt;Inde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-02-11-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-02-11&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Rohingyas-+" rel="tag"&gt;Rohingyas&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH96/arton42008-b3886.jpg?1674689103' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis la fin du mois d'ao&#251;t, 620 000 membres de la communaut&#233; rohingya de Birmanie sont venus se r&#233;fugier &#224; l'extr&#234;me sud du Bangladesh, pourchass&#233;s par l'arm&#233;e birmane. Dans les camps b&#226;tis en catastrophe au milieu des rizi&#232;res, au c&#339;ur d'un drame humanitaire absolu, ils tentent de survivre &#224; la faim et &#224; la peur, sans oser penser &#224; l'avenir. (1/3)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/131117/refugies-rohingyas-une-catastrophe-sanitaire-un-desastre-ecologique?onglet=full&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mediapart&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cox's Bazar (Bangladesh), envoy&#233; sp&#233;cial.- La langue de terre bangladaise qui s'&#233;tire le long du littoral birman est enchanteresse. C&#244;t&#233; mer, une plage longiligne de plus d'une centaine de kilom&#232;tres borde le golfe du Bengale. Les gens d'ici pr&#233;tendent qu'elle est la plus longue du monde. Ombrag&#233;e de pins Casuarina aux allures de tamaris, elle est le paradis des surfeurs. C&#244;t&#233; terre, d'innombrables bras de rivi&#232;res sinueuses abritent &#224; leur retour du large les bateaux de p&#234;che en conque. D&#232;s l'aube, les paysans s'affairent &#224; la serpe dans les rizi&#232;res. En ces premiers jours de novembre, les nuages sombres de la mousson s'en sont all&#233;s et la r&#233;colte d'automne a commenc&#233;. Malgr&#233; la chaleur suffocante, la campagne est &#224; peine jaunissante, agr&#233;ment&#233;e de bouquets de palmiers &#224; b&#233;tel aux troncs z&#233;br&#233;s. Qui pourrait imaginer que c'est dans ce cadre tropical f&#233;erique que se joue actuellement un drame humanitaire absolu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pass&#233;e la ville d'Ukhiya, la route menant de Cox's Bazar &#224; la pointe sud du Bangladesh est jalonn&#233;e de camps de r&#233;fugi&#233;s o&#249; s'entassent pr&#232;s d'un million de Rohingyas. Ils &#233;taient, jusqu'&#224; l'&#233;t&#233; dernier, un peu plus de 200 000 membres de cette communaut&#233; musulmane &#224; avoir fui depuis plusieurs d&#233;cennies la Birmanie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que le 9 octobre 2016, trois postes-fronti&#232;res ont &#233;t&#233; attaqu&#233;s par des insurg&#233;s, servant de pr&#233;texte aux massacres perp&#233;tr&#233;s par l'arm&#233;e birmane, les tueries ont repris mieux que jamais, d&#233;nonc&#233;es par l'ONU et diverses organisations de d&#233;fense des droits de l'homme comme un &#171; nettoyage ethnique &#187;. Et le flot a brusquement gonfl&#233; cet &#233;t&#233;, apr&#232;s de nouvelles attaques aux postes fronti&#232;re survenues le 25 ao&#251;t. Au dernier pointage r&#233;alis&#233; le 12 novembre par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), une agence intergouvernementale rattach&#233;e l'an pass&#233; &#224; l'ONU et qui, pour la premi&#232;re fois de son existence, a la responsabilit&#233; de coordonner l'action sur le terrain, 620 000 personnes sont arriv&#233;es en deux mois du district de Maungdaw, o&#249; les militaires birmans br&#251;lent leurs villages et les pourchassent en commettant les pires exactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On raconte que plusieurs dizaines de milliers d'autres candidats &#224; l'exil attendent leur tour, l&#224;-bas, &#224; l'horizon. Parmi les derniers arrivants, Sadek Hussein, 22 ans, et sa femme Hotiza Begum, 21 ans. Nous les rencontrons en bord de route, deux b&#233;b&#233;s de six et dix-huit mois dans les bras, h&#233;b&#233;t&#233;s et compl&#232;tement affam&#233;s. &#171; On a march&#233; pendant douze jours et on a pass&#233; la fronti&#232;re le 4 novembre. On n'a rien mang&#233; depuis deux jours &#187;, murmurent-ils, &#224; bout de forces. Ils viennent de Buthidaung, une ville situ&#233;e &#224; une cinquantaine de kilom&#232;tres &#224; vol d'oiseau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis fin ao&#251;t, une v&#233;ritable ville et plusieurs villages ont surgi de nulle part, prenant d'assaut la moindre colline, le moindre recoin de terre disponible. Dans ce Bangladesh quatre fois plus petit que la France et peupl&#233; de 170 millions d'habitants, la densit&#233; humaine est l'une des plus &#233;lev&#233;es au monde. Le gouvernement n'a eu d'autre choix que de laisser &#224; ces migrants les zones rurales relevant du minist&#232;re des for&#234;ts. Il a mis &#224; leur disposition 3 000 acres (1 214 hectares), sans imaginer que l'&#233;rection d'une multitude d'abris de fortune s'accompagnerait d'un d&#233;sastre &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'ils ont besoin de place, les Rohingyas arasent les collines, terrassent leurs flancs friables et sculptent des escaliers de fortune, provoquant ici ou l&#224; des effondrements. Parce qu'ils ont besoin, aussi, de gagner un peu d'argent en vendant le bois opportun&#233;ment d&#233;bit&#233; en fagots, tr&#232;s recherch&#233; pour alimenter le feu des cuisines ou pour fabriquer du mobilier, ils coupent et d&#233;racinent des milliers d'arbres. Fromagers, eucalyptus et jusqu'aux h&#233;v&#233;as qui valent &#224; la r&#233;gion le surnom de &#8220;jardin du caoutchouc&#8221;, aucune essence n'est &#233;pargn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bambous, eux, arrivent de Cox's Bazar et sont utilis&#233;s sur place en squelette et charpente des habitations des camps. Ils sont achemin&#233;s en quantit&#233;s effarantes par des camions surcharg&#233;s roulant pied au plancher, obligeant parfois les rickshaws &#224; plonger au foss&#233; pour d&#233;gager le passage. L'OIM distribue des sacs qui, une fois remplis de sable, peuvent servir de sout&#232;nement. Le gouvernement bangladais, de son c&#244;t&#233;, est en passe d'achever la construction de dix routes d'acc&#232;s et de cinq ponts, tandis que dans les camps eux-m&#234;mes, l'arm&#233;e a terrass&#233; 6 kilom&#232;tres de pistes et pr&#233;voit d'en r&#233;aliser encore 16. &#171; La d&#233;gradation est aussi &#233;pouvantable qu'irr&#233;m&#233;diable. &#199;a va trop vite, on n'a pas le temps de les arr&#234;ter &#187;, s'&#233;meut Shamsud Douza, l'un des repr&#233;sentants locaux d'un minist&#232;re dont l'intitul&#233; en dit long sur la destin&#233;e funeste de ce pays. Litt&#233;ralement : le minist&#232;re de la gestion des catastrophes et des secours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques jours, l'arm&#233;e bangladaise tente de d&#233;montrer aux r&#233;fugi&#233;s qu'ils peuvent b&#226;tir sans d&#233;truire la v&#233;g&#233;tation, laquelle peut du reste apporter une ombre bienvenue. Couper un arbre est m&#234;me dor&#233;navant passible d'une amende mais Runa Khan, fondatrice de l'organisation non gouvernementale Friendship (&#171; amiti&#233; &#187;), pr&#233;dit n&#233;anmoins le pire. &#171; Cette r&#233;gion de Cox's Bazar et de Chittagong, la deuxi&#232;me plus grande ville du Bangladesh, constitue une ceinture verte, dit-elle, elle est d'une fragilit&#233; extr&#234;me, car son sol est form&#233; de limons et de sable qui ne demandent qu'&#224; s'affaisser. Un cyclone, un incendie ou une forte mousson, et tout peut dispara&#238;tre du jour au lendemain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;viter tout contact avec les mati&#232;res f&#233;cales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourtant l&#224;, dans cette ceinture verte, que les Rohingyas sont bien oblig&#233;s d'&#233;lire domicile. L&#224; qu'ils creusent avec les moyens du bord pour trouver de l'eau dans la nappe phr&#233;atique. &#171; La ressource est al&#233;atoire et un hydrog&#233;ologue vient d'arriver pour d&#233;terminer les meilleurs endroits o&#249; forer &#187;, nous confie le Haut Commissariat aux r&#233;fugi&#233;s (HCR). En attendant, des milliers de puits pompent &#224; une trentaine de m&#232;tres de profondeur et bient&#244;t, des machines arriveront pour forer plus bas, &#224; pr&#232;s de 200 m&#232;tres sous terre. Car il s'agit de faire remonter en surface de l'eau propre qui n'ait pas &#233;t&#233; contamin&#233;e par les dizaines de milliers de latrines qui surgissent dans le paysage, tels des champignons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au d&#233;but, c'&#233;tait l'horreur, les gens faisaient leurs besoins partout dans les champs. Puis peu &#224; peu, on s'est mis &#224; creuser des petites fosses consolid&#233;es par des anneaux en b&#233;ton d'environ 60 centim&#232;tres de haut, surmont&#233;es d'un cabanon &#187;, explique Abu Nayeem, charg&#233; des questions d'hygi&#232;ne &#224; Friendship. Au bout d'un mois, les fosses d&#233;bordent. On les recouvre alors de sable et on en creuse d'autres, un peu plus loin, un peu plus profondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camp de r&#233;fugi&#233;s le plus vaste, Kutupalong, est aussi le plus ancien. C'est ici que les Rohingyas des premi&#232;res vagues migratoires, celles de 1978 et 1991, se sont install&#233;s. Situ&#233; pr&#232;s du hameau de Gundum, &#224; 500 m&#232;tres &#224; vol d'oiseau de la fronti&#232;re birmane, il abritait au d&#233;part 33 000 personnes. Aujourd'hui, ils sont pr&#232;s de 540 000 &#224; tenter d'y survivre. Les b&#226;ches en plastique estampill&#233;es HCR pars&#232;ment la contr&#233;e &#224; perte de vue. &#192; quelques kilom&#232;tres plus au sud, en direction de Teknaf et de son rivage rendu tristement c&#233;l&#232;bre par les bateaux qui y accostent charg&#233;s de r&#233;fugi&#233;s, un chemin de terre quitte la route principale &#224; hauteur de Noapara. Nous nous y engageons &#224; pied et marchons plus de 2 kilom&#232;tres, au milieu d'un paysage bucolique de rizi&#232;res habit&#233; il y a encore un mois par une quinzaine d'&#233;l&#233;phants sauvages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudain, au d&#233;tour d'une colline, surgit Unchiprang, un camp de 40 000 r&#233;fugi&#233;s. Une fourmili&#232;re humaine grouillante fait la queue pour obtenir des rations de nourriture, se prot&#233;geant de l'insolation &#224; l'aide de parapluies. Deux &#233;normes r&#233;servoirs d'eau ont &#233;t&#233; pos&#233;s &#224; l'entr&#233;e par l'organisation Oxfam International. Jean-Jacques Simon, un Canadien qui travaille ici pour l'Unicef, nous informe qu'un programme de construction de 10 000 toilettes va d&#233;marrer incessamment. &#171; Nous devons agir sur tout le cycle des maladies hydriques, de l'alimentation en eau potable aux latrines, en faisant tout notre possible pour &#233;viter que les enfants ne soient en contact avec les excr&#233;ments &#187;, souligne-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Risque majeur : l'&#233;pid&#233;mie de polio et de chol&#233;ra, la maladie de l'eau sale et des mati&#232;res f&#233;cales. Aucun cas de ces deux maladies n'a encore &#233;t&#233; officiellement diagnostiqu&#233;, mais plusieurs personnes sont mortes de diarrh&#233;e aigu&#235;, obligeant les organisations humanitaires &#224; une vigilance extr&#234;me. Le premier cimeti&#232;re b&#226;ti &#224; la h&#226;te contenait trois cents places, il a &#233;t&#233; vite plein et un nouveau site vient d'ouvrir, plus loin dans la campagne. D'apr&#232;s le HCR, un tiers des familles sont en situation de grande vuln&#233;rabilit&#233; sanitaire, avec 120 000 femmes enceintes, 14 % de m&#232;res seules, une forte proportion de personnes &#226;g&#233;es &#224; risque et des milliers d'enfants orphelins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Unicef fait de la pr&#233;vention et vient de lancer, en partenariat avec l'Organisation mondiale de la sant&#233; et le gouvernement bangladais, une deuxi&#232;me campagne de vaccination, avec 35 &#233;quipes sur le terrain. Juch&#233; sur un talus, un volontaire en blouse blanche, muni d'un haut-parleur, appelle les adultes &#224; faire venir leurs enfants au plus vite. Il en profite pour rappeler &#224; tout le monde de se laver les mains avant de manger et apr&#232;s &#234;tre all&#233; aux toilettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque jour, cinq cents enfants se voient administrer les vaccins par voie orale. &#171; Il faut aussi traiter d'urgence le probl&#232;me de la malnutrition, qui touche un enfant sur quatre et se r&#233;v&#232;le s&#233;v&#232;re chez plus de 7 % d'entre eux &#187;, pr&#233;cise Jean-Jacques Simon. Leur syst&#232;me immunitaire est tr&#232;s faible et quand la distribution de compl&#233;ments alimentaires et de vitamine A ne suffit pas, les petits sont envoy&#233;s directement &#224; l'h&#244;pital de campagne que M&#233;decins sans fronti&#232;res a mont&#233; &#224; proximit&#233; de Kutupalong.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Balukhali, le deuxi&#232;me plus grand camp qui s'est tellement agrandi qu'il jouxte d&#233;sormais Kutupalong, plusieurs maternit&#233;s en t&#244;le ondul&#233;e viennent d'ouvrir. Dans l'une d'entre elles, g&#233;r&#233;e par Friendship avec le soutien de la Fondation M&#233;rieux et des m&#233;decins de la Cha&#238;ne de l'Espoir, une petite centaine de femmes d&#233;filent quotidiennement. Nous y rencontrons Amina Khatun, une jeune femme qui dit avoir &#171; 19 ou 20 ans &#187; et qui berce dans ses bras Noyufa, sa fillette &#226;g&#233;e de quatre semaines. &#171; J'ai travers&#233; la fronti&#232;re le 2 septembre, enceinte de sept mois, apr&#232;s avoir travers&#233; des rivi&#232;res avec de l'eau sale jusqu'&#224; la poitrine, raconte-t-elle. J'ai accouch&#233; en arrivant, toute seule, dans ma tente. Dans six semaines, mon b&#233;b&#233; aura son premier vaccin, je crois qu'il est sauv&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment g&#233;rer la peur du kaki et du sang&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pi&#232;ce voisine, le docteur Saifuddin Akhtar compte et recompte les m&#233;dicaments de sa pharmacie. Antibiotiques, traitements contre la toux et contre la dysenterie, parac&#233;tamol, solutions salines de r&#233;hydratation&#8230; Son stock n'est pas mirobolant, mais c'est un d&#233;but. Une &#233;quipe de jeunes architectes b&#233;n&#233;voles est arriv&#233;e dans la matin&#233;e de la capitale, Dacca, pour partager avec les ONG quelques astuces constructives. Parmi eux, Razzia Hassan Chowdhury et Mumtaheena Rifat insistent sur la n&#233;cessit&#233; d'avoir des toitures &#233;tanches et des syst&#232;mes de ventilation naturelle pour rafra&#238;chir l'int&#233;rieur. &#171; L'&#233;vacuation des eaux us&#233;es est un vrai probl&#232;me, il faut jouer sur l'&#233;puration naturelle en creusant &#224; l'ext&#233;rieur de la clinique des rigoles suffisamment larges et profondes, avec des bordures solides en brique ou en ciment &#187;, indiquent-ils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois les abris attribu&#233;s, la nourriture distribu&#233;e, les m&#233;dicaments dispens&#233;s, surgit une question : et apr&#232;s ? &#171; Apr&#232;s l'&#233;preuve de la migration, la question de l'avenir est une source d'angoisse, une inconnue que les r&#233;fugi&#233;s doivent apprendre &#224; g&#233;rer &#187;, t&#233;moigne May Maloney, coordinatrice de l'accompagnement psychosocial &#224; la F&#233;d&#233;ration internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. &#192; leur arriv&#233;e dans les camps, les Rohingyas sont rassembl&#233;s dans des centres de transit, o&#249; ils sont pour la plupart en &#233;tat de choc. &#171; Nous les aidons &#224; parler, &#224; exprimer leurs peurs, et &#224; vivre dans un premier temps au jour le jour &#187;, raconte May Maloney.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, tr&#232;s peu d'organisations humanitaires offraient un accompagnement psychologique, mais des experts commencent &#224; arriver sur place. Ils doivent notamment traiter la peur qui s'empare des migrants au moment du couvre-feu. &#192; la tomb&#233;e de la nuit, vers 17 heures, tous craignent pour leurs maigres effets personnels. Malgr&#233; les petits panneaux solaires autonomes, les camps se retrouvent pratiquement plong&#233;s dans le noir, le gouvernement bangladais n'ayant pour l'instant install&#233; que 50 r&#233;verb&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'angoisse est particuli&#232;rement pr&#233;gnante chez les enfants. Dans le camp d'Hakimpara, sur la commune de Thaing Khali, la Croix-Rouge a dress&#233; un abri &#224; flanc de colline d'o&#249; nous parvient un chant. Tous les matins, vers 11 heures, Patrizia Messina, psychologue italienne, et Hisumoto Nakushima, physioth&#233;rapeute japonais, re&#231;oivent une cinquantaine d'enfants qui r&#233;p&#232;tent inlassablement la m&#234;me comptine, &#171; pour instaurer un rituel et normaliser le quotidien &#187;, disent-ils. La s&#233;ance se poursuit avec une s&#233;ance de relaxation faite de longs exercices de respiration et de positions d'&#233;quilibre proches du yoga. &#171; Nous travaillons sur l'estime de soi, &#224; l'aide d'un miroir dans lequel nous poussons les enfants &#224; se regarder, et sur l'expression des sentiments, &#224; l'aide d'&#233;motic&#244;nes qu'ils peuvent d&#233;signer du doigt pour manifester leur joie, leur peine, leur honte ou leur culpabilit&#233; &#187;, d&#233;taille Patrizia. Parfois, la panique survient &#224; la simple vue d'un v&#234;tement kaki ou d'une goutte de sang. Des r&#233;actions &#171; anormales &#187;, parfois &#171; d&#233;mentes &#187;, qui n&#233;cessitent une assistance psychologique imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps-l&#224;, les adultes se pr&#233;occupent de trouver de quoi nourrir leur famille. Les distributions de riz et de lentilles ne suffisent pas. &#192; l'int&#233;rieur des camps, des &#233;tals sont vite apparus le long des pistes sablonneuses, o&#249; les r&#233;fugi&#233;s les plus fut&#233;s revendent au prix fort des victuailles qu'ils ont r&#233;ussi &#224; se procurer sur le march&#233; du dimanche, &#224; Balukhali. Aubergines, radis blancs, topinambours, piments et poissons s&#233;ch&#233;s sont 10 % &#224; 15 % plus chers qu'&#224; l'ext&#233;rieur des camps. Dans toute la p&#233;ninsule de Cox's Bazar, la population autochtone commence &#224; se plaindre de l'inflation provoqu&#233;e par la hausse subite de la demande en denr&#233;es alimentaires et en mat&#233;riaux de construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de la crise, l'OIM a fait savoir que le Bangladesh avait besoin de 434 millions de dollars au minimum, pour assurer la survie des migrants rohingyas au cours des six prochains mois. Le 23 octobre, une conf&#233;rence des donateurs, organis&#233;e &#224; Gen&#232;ve par l'Union europ&#233;enne et le Kowe&#239;t, a permis d'enregistrer 100 millions de dollars de nouvelles promesses de dotations, une somme qui va s'ajouter aux 235 millions de dollars d&#233;j&#224; engag&#233;s depuis le 25 ao&#251;t. &#171; Ce sont des cacahu&#232;tes au regard des co&#251;ts directs et indirects de cette crise sur l'&#233;conomie locale, avec des fonctionnaires en nombre insuffisant qui consacrent aujourd'hui tout leur temps aux r&#233;fugi&#233;s et n'ont plus ni le temps ni les moyens, de s'occuper du reste &#187;, s'emporte Iftekhar uz Zaman, directeur ex&#233;cutif de Transparency International Bangladesh. Venue r&#233;cemment se rendre compte de la situation sanitaire, sociale et environnementale, la pr&#233;sidente de M&#233;decins sans fronti&#232;res (MSF), Joanne Liu, a tir&#233; la sonnette d'alarme. Selon elle, les camps de Cox's Bazar sont &#171; une bombe &#224; retardement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guillaume Delacroix&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rohingyas : derri&#232;re la religion, le p&#233;trole et le gaz</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Rohingyas-derriere-la-religion-le-petrole-et-le-gaz</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Rohingyas-derriere-la-religion-le-petrole-et-le-gaz</guid>
		<dc:date>2020-02-18T12:52:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guillaume Delacroix</dc:creator>


		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Bengladesh</dc:subject>
		<dc:subject>Birmanie</dc:subject>
		<dc:subject>Inde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-02-11</dc:subject>
		<dc:subject>Rohingyas</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pendant que le gouvernement bangladais n&#233;gocie un accord de rapatriement avec le ministre de l'int&#233;rieur birman, militaire de carri&#232;re, les r&#233;fugi&#233;s re&#231;oivent des permis de s&#233;jour. Ils gardent pr&#233;cieusement le moindre papier attestant leur lien avec l'Arakan, la province qu'ils ont fuie et dont la Chine r&#234;ve de prendre le contr&#244;le, en raison des hydrocarbures qu'elle rec&#232;le.(2/3) &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de M&#233;diapart. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cox's Bazar (Bangladesh), envoy&#233; sp&#233;cial.- C'est une longue tente blanche dress&#233;e sur un (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Chine-+" rel="tag"&gt;Chine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Bengladesh-+" rel="tag"&gt;Bengladesh&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Birmanie-+" rel="tag"&gt;Birmanie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Inde-822-+" rel="tag"&gt;Inde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-02-11-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-02-11&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Rohingyas-+" rel="tag"&gt;Rohingyas&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH104/arton42009-24561.jpg?1674689103' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='104' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pendant que le gouvernement bangladais n&#233;gocie un accord de rapatriement avec le ministre de l'int&#233;rieur birman, militaire de carri&#232;re, les r&#233;fugi&#233;s re&#231;oivent des permis de s&#233;jour. Ils gardent pr&#233;cieusement le moindre papier attestant leur lien avec l'Arakan, la province qu'ils ont fuie et dont la Chine r&#234;ve de prendre le contr&#244;le, en raison des hydrocarbures qu'elle rec&#232;le.(2/3)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/161117/rohingyas-derriere-la-religion-le-petrole-et-le-gaz?onglet=full&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;diapart&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cox's Bazar (Bangladesh), envoy&#233; sp&#233;cial.- C'est une longue tente blanche dress&#233;e sur un terrain poussi&#233;reux, pr&#232;s du camp de r&#233;fugi&#233;s de Balukhali. Des soldats en uniforme sont post&#233;s &#224; l'entr&#233;e, vert pour les soldats de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re, brun pour les gardes-fronti&#232;res, bleu pour le bataillon paramilitaire Ansar. Les migrants rohingyas en provenance de Birmanie patientent en file indienne, attendant d'&#234;tre enregistr&#233;s pour obtenir un toit, &#224; boire et &#224; manger, des soins au dispensaire et une place &#224; l'&#233;cole pour les enfants. L'arm&#233;e enregistre leur nom, leur village d'origine et leur date d'entr&#233;e au Bangladesh. Elle les prend en photo et rel&#232;ve leurs empreintes digitales. De grands ventilateurs rafra&#238;chissent le mat&#233;riel informatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la sortie, chaque r&#233;fugi&#233; re&#231;oit une carte plastifi&#233;e format carte de cr&#233;dit. Au verso appara&#238;t un code-barres. Au recto, l'intitul&#233; suivant : carte d'enregistrement de citoyen birman. Les Rohingyas n'en croient pas leurs yeux. Priv&#233;s de citoyennet&#233; en 1982, ce qui fait d'eux la plus grande communaut&#233; apatride de la plan&#232;te, les voici avec un lien reconnu &#224; la terre birmane, &#233;crit noir sur blanc par le gouvernement bangladais. Ce n'est qu'un succ&#233;dan&#233; de permis de s&#233;jour mais il fait plaisir &#224; cette population presque exclusivement musulmane qui n'avait eu droit par le pass&#233;, au mieux, qu'&#224; des cartes sur lesquelles la junte militaire birmane tamponnait le mot &#8220;bengali&#8221;, en r&#233;f&#233;rence &#224; la langue officielle du Bangladesh, histoire de les consid&#233;rer comme des &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ennui, c'est que les Rohingyas ne parlent pas bengali. Ils s'expriment en rohingya, une variante du chittagongais, le dialecte du sud du Bangladesh, voire parfois en arakanais, la langue de cet &#201;tat d'Arakan dont ils ont &#233;t&#233; chass&#233;s. Qu'importe... Le 15 novembre, les services d'immigration bangladais ont indiqu&#233; &#234;tre en possession des donn&#233;es biom&#233;triques de 527 600 r&#233;fugi&#233;s, soit 85 % de tous ceux qui ont pass&#233; la fronti&#232;re depuis fin ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En arpentant l'art&#232;re principale du camp de Kutupalong, nous rencontrons Mustafa, un jeune homme de 25 ans au regard perdu dans le vide. S'il accepte de nous montrer son permis de s&#233;jour, il ne veut visiblement pas nous en dire plus. Il nous prie de le suivre &#224; travers les collines, jusqu'&#224; son abri de fortune o&#249;, pour s'abriter d'un soleil de plomb, se terrent sa femme et ses trois enfants en bas &#226;ge. Le petit dernier est venu au monde trois jours apr&#232;s la f&#234;te de l'A&#239;d-el-K&#233;bir, alors qu'ils venaient de traverser la rivi&#232;re s&#233;parant la Birmanie du Bangladesh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mustafa et les siens ont faim, si bien que cette histoire de papier d'identit&#233; les laisse de marbre. &#171; On remercie la communaut&#233; internationale et le gouvernement du Bangladesh de nous permettre de rester ici. Mais ce qu'on veut, c'est rentrer chez nous, d&#233;clare-t-il sans c&#233;r&#233;monie. &#192; condition, bien s&#251;r, que notre statut de Rohingya et notre nationalit&#233; birmane soient reconnus. &#192; condition, aussi, que nous soyons libres de nos d&#233;placements en Birmanie. Sinon, on pr&#233;f&#232;re mourir ici. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assis par terre, sur le pas de sa porte, Mustafa a les larmes aux yeux. Ses paroles s'emballent. &#171; En Birmanie, le gouvernement faisait des photos de famille pour pouvoir en contr&#244;ler tous les membres. Si quelqu'un mourait ou qu'un b&#233;b&#233; naissait, &#231;a faisait des tas d'histoires, car la photo ne correspondait plus &#224; la r&#233;alit&#233; et la police nous punissait &#187;, raconte-t-il. Il montre la photo en question et brandit toute une s&#233;rie de petits papiers agraf&#233;s entre eux, qui pourraient servir en cas de retour au pays : &#171; Ce sont mes titres de propri&#233;t&#233;, six acres de terre que je poss&#232;de en Arakan [2,4 hectares &#8211; ndlr], sur lesquels l'arm&#233;e birmane est en train de r&#233;colter mon riz. &#187; Il le sait parce que des copains rest&#233;s l&#224;-bas lui racontent ce qu'ils voient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cach&#233;s dans la jungle, ces derniers ne peuvent pas venir jusqu'au Bangladesh. On raconte en effet que l'arm&#233;e birmane tire sur tous ceux qui sortent &#224; d&#233;couvert. Ils restent donc &#224; proximit&#233; de leur village et communiquent avec des t&#233;l&#233;phones portables qu'ils arrivent &#224; recharger avec l'&#233;nergie solaire. Comment, dans un tel contexte, demander aux Rohingyas de retourner dans un pays qu'ils ont fui en se faisant arnaquer par les passeurs et les faux agents de change, et o&#249; de toutes les fa&#231;ons, leurs habitations ont &#233;t&#233; ray&#233;es de la carte ? &#171; Il faudrait d'abord &#234;tre d'accord sur les termes employ&#233;s &#187;, pointe Chowdhury Abrar, professeur de relations internationales &#224; l'universit&#233; de Dacca, que nous avons rencontr&#233; le 2 novembre dans les locaux du centre de recherche sur les r&#233;fugi&#233;s et les mouvements migratoires qu'il dirige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'expression &#171; nettoyage ethnique &#187; est inappropri&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re mise au point : les Rohingyas sont bien des r&#233;fugi&#233;s. &#171; Les conventions internationales sont tr&#232;s claires : il faut qu'il y ait franchissement d'une fronti&#232;re, la peur justifi&#233;e d'&#234;tre pers&#233;cut&#233; pour des raisons ethniques, religieuses ou politiques, le fait que le pays d'origine ne fournisse pas de protection ou que la population ne puisse pas assurer elle-m&#234;me sa propre protection&#8230; Les Rohingyas remplissent ces crit&#232;res &#187;, observe-t-il, ajoutant que si le Bangladesh refuse aujourd'hui de parler de r&#233;fugi&#233;s, de peur d'en avoir la charge pour le restant de leurs jours, il n'avait pas eu cette pudeur lors des vagues de migration pr&#233;c&#233;dentes, en 1978, 1991 et 1992, 2012&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le gouvernement met en avant que le pays n'est pas signataire de la convention des Nations unies sur les r&#233;fugi&#233;s et parle d'&#8220;infiltr&#233;s&#8221; ou de &#8220;population birmane d&#233;plac&#233;e de force&#8221;, cela n'a aucun sens, car le statut de r&#233;fugi&#233; est pr&#233;cis&#233;ment li&#233; &#224; la notion de droit au retour &#187;, s'indigne Chowdhury Abrar. Deuxi&#232;me mise au point : le &#8220;nettoyage ethnique&#8221; est selon lui une expression &#171; &#224; bannir &#187;. En droit international, en effet, c'est le g&#233;nocide qui est passible de mesures de r&#233;torsion, pas le nettoyage ethnique. &#171; La communaut&#233; internationale ne veut pas parler de g&#233;nocide parce qu'elle ne veut pas avoir &#224; intervenir pour stopper les horreurs en cours, pr&#233;tend notre interlocuteur, elle s'abrite derri&#232;re la commission conduite par Kofi Annan, laquelle est charg&#233;e de trouver une solution mais n'a obtenu aucun r&#233;sultat &#224; ce jour. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Install&#233; &#224; Kutupalong depuis 1992, Abdul Mabut est loin de ces consid&#233;rations. &#194;g&#233; de 54 ans, il est instituteur dans l'une des &#233;coles primaires du camp. La question de l'identit&#233; est pour lui tr&#232;s simple. &#171; Je suis un Rohingya de Birmanie, ma patrie, c'est la Birmanie &#187;, ass&#232;ne-t-il, avant de s'engouffrer dans sa maison au sol en terre battue. Il en ressort avec une bo&#238;te en plastique vert contenant tous les papiers de sa famille : une carte d'identit&#233; birmane qu'il avait miraculeusement obtenue en 1990. Il nous montre du doigt les mots &#233;crits en birman : nationalit&#233; birmane, statut rohingya. Puis il nous tend son carnet de famille, accord&#233; par les autorit&#233;s en 1988. Cette fois, Abdul appara&#238;t comme un citoyen arakanais, preuve que la Birmanie a chang&#233; plusieurs fois de pied sur la question. &#171; Je suis convaincu que je rentrerai un jour chez moi &#187;, nous confie-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re, l'arm&#233;e birmane ne cesse de r&#233;p&#233;ter que seuls pourraient &#234;tre un jour autoris&#233;s &#224; revenir ceux qui poss&#232;dent des papiers d'identit&#233; birmans en bonne et due forme. Autant dire personne. Le gouvernement civil, sous l'autorit&#233; d'Aung San Suu Kyi, est en revanche plus souple, envisageant, selon nos informations, un retour sans contr&#244;le d'identit&#233;. La prix Nobel de la paix 1991 ne prononce toujours pas le mot &#171; Rohingya &#187;, mais elle vient de faire savoir que le processus de rapatriement &#171; des personnes d&#233;plac&#233;es &#187; serait enclench&#233; d'ici &#224; d&#233;but d&#233;cembre, le temps de signer un accord avec le Bangladesh, dont le brouillon a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; le 24 octobre par les ministres de l'int&#233;rieur des deux pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La Dame de Rangoun &#187;, comme on l'appelait avant qu'elle ne gagne les &#233;lections l&#233;gislatives de novembre 2015 et n'entre quatre mois plus tard au gouvernement sous le titre de conseill&#232;re sp&#233;ciale de l'&#201;tat, est en r&#233;alit&#233; coinc&#233;e [1]. Si elle prenait ouvertement le parti des Rohingyas, elle se mettrait &#224; dos la quasi-totalit&#233; de ses concitoyens, dont la haine &#224; l'&#233;gard des musulmans de l'Arakan est notoire, notamment dans la r&#233;gion de Mandalay o&#249; s&#233;vit un moine bouddhiste fondamentaliste, Ashin Wirathu, parfois compar&#233; &#224; Hitler. Et l'arm&#233;e s'efforcerait aussit&#244;t de l'&#233;vincer du pouvoir. &#171; Actuellement, d&#232;s qu'Aung San Suu Kyi tente d'apaiser le climat sur l'affaire des Rohingyas, le g&#233;n&#233;ral Min Aung Hlaing, chef d'&#233;tat-major de l'arm&#233;e, la recadre imm&#233;diatement &#187;, indique une source proche du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Birmanie, l'Occident a tendance &#224; l'oublier, est toujours aux mains des militaires : les ministres de l'int&#233;rieur, de la d&#233;fense et des fronti&#232;res sont des hommes en uniforme, ainsi que 25 % des parlementaires. En Arakan de surcro&#238;t, la Ligue nationale pour la d&#233;mocratie d'Aung San Suu Kyi est minoritaire &#224; l'assembl&#233;e r&#233;gionale, et ce sont les militaires qui contr&#244;lent l'administration territoriale. En clair, Aung San Suu Kyi a le choix entre le suicide politique et le silence propre &#224; sauver le processus de d&#233;mocratisation de son pays, quitte &#224; ruiner sa r&#233;putation personnelle. Elle a choisi la seconde voie, car elle garde en m&#233;moire l'assassinat de son conseiller juridique, en janvier 2017. Un &#233;v&#233;nement interpr&#233;t&#233; comme un avertissement : celui-ci &#233;tait de confession musulmane et revenait d'un voyage en Indon&#233;sie, o&#249; plusieurs dirigeants r&#233;gionaux s'&#233;taient retrouv&#233;s pour &#233;voquer les tensions religieuses en Arakan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la crise humanitaire en cours au Bangladesh pourtant, la religion n'est qu'un alibi. &#192; Rastar Matha, nous avons ainsi visit&#233; un camp de r&#233;fugi&#233;s o&#249; s'entassent 145 familles rohingyas de confession... hindoue, tandis que dans le centre-ville de Cox's Bazar, nous avons d&#233;couvert un march&#233; de pr&#234;t-&#224;-porter tenu par une communaut&#233; birmane d'Arakanais... bouddhistes. En r&#233;alit&#233;, les Rohingyas n'ont d'autre tort que de s'&#234;tre install&#233;s en Arakan depuis des si&#232;cles et d'y avoir eu beaucoup d'enfants (lire ici notre rappel historique). Pour leur malheur, le monde s'est industrialis&#233; et la province est devenue hautement strat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des milliards de dollars d'investissements chinois&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, l'Arakan est r&#233;put&#233; &#234;tre l'Etat le plus pauvre de Birmanie avec, au nord, autour du fief de Maungdaw, des Rohingyas paysans et petits-bourgeois vivant de la culture du riz et du commerce du bois de teck, et au sud de la ville de Sittwe, des Arakanais de souche, petits commer&#231;ants et fonctionnaires. Or, comme l'a rappel&#233; r&#233;cemment Annabelle Heugas, chercheuse &#224; l'Institut birman des &#233;tudes strat&#233;giques et internationales [2], c'est le sous-sol qui est prometteur : &#171; En 2004, l'entreprise cor&#233;enne Daewoo a d&#233;couvert un gisement de gaz offshore de 127 milliards de m&#232;tres cubes &#187;, dont les Chinois se sont aussit&#244;t empar&#233;s, avec le feu vert de l'arm&#233;e birmane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La China National Petroleum Cooperation, en partenariat avec les entreprises publiques indiennes Gas Authority of India Limited et Oil and Natural Gas Corporation Limited, a d&#232;s lors construit un gazoduc qui, depuis 2013, achemine 12 milliards de m&#232;tres cubes de gaz par an depuis le port de Kyaukpyu, jusqu'&#224; la province du Yunnan. L'Arakan rec&#232;le &#233;galement du p&#233;trole, et en avril 2017 la Chine a mis en service un ol&#233;oduc, parall&#232;le au gazoduc, pour pomper l'or noir birman. Selon Annabelle Heugas, &#171; les deux conduites ont co&#251;t&#233; 2,5 milliards de dollars &#187;, soit 2,1 milliards d'euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeu en valait la chandelle, car P&#233;kin, sous couvert de ressusciter les routes de la soie, cherche &#224; diversifier ses circuits de ravitaillement &#233;nerg&#233;tique, afin de ne plus &#234;tre uniquement tributaire du d&#233;troit de Malacca qui s&#233;pare l'Indon&#233;sie de la Malaisie, par o&#249; transitent actuellement 80 % du p&#233;trole import&#233; du Moyen Orient. Pour faire de Kyaukpyu un nouveau point de passage, plus court et plus s&#251;r, le fonds d'investissement chinois Citic finance depuis fin 2015 la construction d'un port en eaux profondes entour&#233; d'une zone &#233;conomique sp&#233;ciale, pour 10 milliards de dollars (8,5 milliards d'euros).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une infrastructure qui prendrait encore plus de sens si la rumeur de la pr&#233;sence d'uranium dans la r&#233;gion &#233;tait confirm&#233;e. Selon l'Initiative contre la menace nucl&#233;aire (NTI), une association qui r&#233;unit des scientifiques et des diplomates du monde entier, &#171; le gouvernement birman a entrepris des travaux d'exploration, mais l'ampleur et les sp&#233;cificit&#233;s de ces activit&#233;s ne sont pas connues &#187;. Tout juste le minist&#232;re de l'&#233;nergie a-t-il reconnu l'existence de &#171; cinq sites potentiels d'uranium &#187; autour de Mandalay, dans le centre du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le Bangkok Post toutefois, &#171; une dizaine de gisements &#187; aurait &#233;t&#233; rep&#233;r&#233;e, &#171; dont deux tr&#232;s importants &#187;. Des documents confidentiels am&#233;ricains r&#233;v&#233;l&#233;s en 2010 par WikiLeaks [3] &#233;voquaient quant &#224; eux &#171; des exp&#233;ditions d'uranium birman vers la Chine &#187; et &#171; la pr&#233;sence de trois cents ouvriers nord-cor&#233;ens construisant une infrastructure souterraine en b&#233;ton arm&#233; &#187; pr&#232;s de Minbu, une ville situ&#233;e &#224; 50 kilom&#232;tres de l'Arakan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Inde, qui ne veut pas &#234;tre en reste, d&#233;veloppe pour sa part le port de commerce de Sittwe et projette de construire une plate-forme multimodale, en vue d'&#233;tablir des liens maritimes vers Calcutta, et terrestres vers les &#201;tats du Mizoram et de l'Assam, en passant &#224; travers les zones de l'Arakan habit&#233;es par les Rohingyas. &#171; Voil&#224; pourquoi la Chine et l'Inde aspirent &#224; la stabilit&#233; dans la r&#233;gion et refusent de se ranger du c&#244;t&#233; des Occidentaux pour exiger de la Birmanie une solution au probl&#232;me rohingya &#187;, conclut Annabelle Heugas. En somme, les deux g&#233;ants d'Asie pr&#233;f&#232;rent consid&#233;rer eux aussi les Rohingyas comme des terroristes et les savoir au Bangladesh, afin de mieux prot&#233;ger leurs investissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La seule chose qui les int&#233;resse, c'est le contr&#244;le du golfe du Bengale. La communaut&#233; internationale ne dit rien parce que beaucoup d'int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques sont en jeu &#187;, r&#233;sume Runa Khan, fondatrice de l'ONG Friendship, &#224; qui les derniers d&#233;veloppements donnent raison. Mercredi 15 novembre, le secr&#233;taire d'&#201;tat am&#233;ricain, Rex Tillerson, s'est rendu en Birmanie et lors d'une conf&#233;rence de presse commune avec Aung San Suu Kyi, il s'est d&#233;clar&#233; oppos&#233; &#171; &#224; toute sanction &#233;conomique globale &#187; contre la Birmanie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps-l&#224;, &#224; Dacca, les autorit&#233;s bangladaises se pr&#233;parent &#224; plusieurs ann&#233;es d'attente. Priorit&#233; : stopper la croissance d&#233;mographique des familles rohingyas qui comptent bien souvent une dizaine d'enfants chacune. Dans les camps de Cox's Bazar, le gouvernement pousse les organisations humanitaires &#224; former les r&#233;fugi&#233;s au planning familial. Les dispensaires distribuent la pilule et les pr&#233;servatifs &#224; tour de bras. Ils proposent aussi aux femmes de se faire st&#233;riliser, &#171; sur la base du volontariat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, au large de Chittagong, la marine bangladaise a re&#231;u l'ordre d'acc&#233;l&#233;rer les travaux d'am&#233;nagement de Bhasan Char, une &#238;le d&#233;serte de 5 300 hectares form&#233;e il y a une vingtaine d'ann&#233;es par l'accumulation de limons charri&#233;s par le fleuve Meghna depuis l'Himalaya. L'endroit n'est accessible qu'apr&#232;s deux heures de navigation, depuis le port de Noakhali. Un ponton de d&#233;barquement et des &#233;quipements destin&#233;s &#224; produire de l'&#233;lectricit&#233; et &#224; stocker de l'eau sont en construction. &#171; C'est sur cette terre du bout du monde, r&#233;guli&#232;rement submerg&#233;e &#224; mar&#233;e haute, que les Rohingyas pourraient &#234;tre bient&#244;t d&#233;port&#233;s &#187;, rapporte Ashraf Haque, chercheur en relations internationales &#224; la facult&#233; de sciences sociales de l'universit&#233; de Dacca. &#171; Le gouvernement a mobilis&#233; 10 milliards de takas (103,6 millions d'euros) pour la rendre habitable, ce qui montre qu'&#224; ses yeux la crise des Rohingyas ne sera pas r&#233;solue de sit&#244;t. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guillaume Delacroix&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment la Birmanie s'est faite berner par P&#233;kin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son &#233;dition dat&#233;e du 15 novembre 2017, l'hebdomadaire indien Tehelka consacre un long article &#224; la pr&#233;sence chinoise en Birmanie. Le magazine apporte notamment des pr&#233;cisions sur les contreparties consenties par P&#233;kin au gouvernement birman, lors de la signature des contrats de construction du gazoduc et de l'ol&#233;oduc reliant le port de Kyaukpyu &#224; la ville chinoise de Kunming, dans la province du Yunnan (770 km). On apprend que la China National Petroleum Corporation (CNPC) s'est engag&#233;e &#224; verser durant trente ans une redevance annuelle de 13,8 millions de dollars (11,7 millions d'euros) &#224; la Birmanie, ainsi qu'un p&#233;age de 1 dollar par tonne de p&#233;trole brut pomp&#233; au large de l'Arakan. La Birmanie r&#233;cup&#232;re en outre 2 millions de p&#233;trole brut par an depuis l'ol&#233;oduc, pour sa propre consommation. Cela repr&#233;sente seulement 9% des volumes que la Chine s'approprie dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Au Bangladesh, l'arriv&#233;e massive des Rohingyas bouleverse le jeu politique</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Au-Bangladesh-l-arrivee-massive-des-Rohingyas-bouleverse-le-jeu-politique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Au-Bangladesh-l-arrivee-massive-des-Rohingyas-bouleverse-le-jeu-politique</guid>
		<dc:date>2020-02-18T12:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guillaume Delacroix</dc:creator>


		<dc:subject>Bengladesh</dc:subject>
		<dc:subject>Birmanie</dc:subject>
		<dc:subject>Inde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-02-11</dc:subject>
		<dc:subject>Rohingyas</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alors que des &#233;lections g&#233;n&#233;rales doivent se tenir dans un an, les Bangladais assistent &#224; une instrumentalisation de la situation des centaines de milliers de r&#233;fugi&#233;s en provenance de Birmanie par les deux principaux partis, la Ligue Awami, au pouvoir, et le BNP. Le tout, sur fond d'islamisation rampante et de combats avec des groupes terroristes. Reportage de notre envoy&#233; sp&#233;cial. (3/3) &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de M&#233;diapart. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cox's Bazar (Bangladesh), de notre envoy&#233; sp&#233;cial.- Il y a ceux qui jurent (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Bengladesh-+" rel="tag"&gt;Bengladesh&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Birmanie-+" rel="tag"&gt;Birmanie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Inde-822-+" rel="tag"&gt;Inde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-02-11-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-02-11&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Rohingyas-+" rel="tag"&gt;Rohingyas&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton42010-e9531.jpg?1674689103' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que des &#233;lections g&#233;n&#233;rales doivent se tenir dans un an, les Bangladais assistent &#224; une instrumentalisation de la situation des centaines de milliers de r&#233;fugi&#233;s en provenance de Birmanie par les deux principaux partis, la Ligue Awami, au pouvoir, et le BNP. Le tout, sur fond d'islamisation rampante et de combats avec des groupes terroristes. Reportage de notre envoy&#233; sp&#233;cial. (3/3)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/251117/au-bangladesh-l-arrivee-massive-des-rohingyas-bouleverse-le-jeu-politique?onglet=full&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;diapart&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cox's Bazar (Bangladesh), de notre envoy&#233; sp&#233;cial.- Il y a ceux qui jurent ignorer de qui il s'agit, comme Mohammed, arriv&#233; d&#233;but octobre dans le camp de r&#233;fugi&#233;s de Kutupalong : &#171; Nous, on n'a jamais vu les gars d'Al-Yakin. &#192; cause d'eux, les Birmans ont racont&#233; que les Rohingyas &#233;taient tous des terroristes, mais c'&#233;tait juste un pr&#233;texte pour nous faire partir. &#187; Et puis, il y a ceux qui pr&#233;tendent les avoir regard&#233;s droit dans les yeux, comme Rotna Raddrew, une Hindoue qui assure que ce sont eux qui ont attaqu&#233; son village et tortur&#233; la population, dans la province birmane de l'Arakan. &#171; Ils &#233;taient 80, ils portaient tous des tee-shirts et des pantalons noirs, avec un foulard sur le visage. Avant d'aller attaquer les postes de police, ils ont &#233;gorg&#233; 86 personnes &#187;, ass&#232;ne-t-elle, le visage dur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre interpr&#232;te est dubitatif : &#171; &#199;a, c'est la version des Hindous, qui esp&#232;rent rentrer en Birmanie avant les musulmans, en racontant qu'ils n'ont jamais &#233;t&#233; inqui&#233;t&#233;s par l'arm&#233;e birmane. Tout le monde sait que c'est faux et d&#233;crire &#224; quoi ressemblent les combattants d'Al-Yakin, c'est tellement facile : ils sont en photo sur tous les r&#233;seaux sociaux ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Al-Yaqin, ou plus exactement Harakah Al-Yaqin, est le nom qu'emploient dans leur langue les r&#233;fugi&#233;s du sud du Bangladesh pour d&#233;signer l'Arm&#233;e du salut des Rohingyas de l'Arakan (Arsa). Ce mouvement insurg&#233; s'est donn&#233; pour mission de &#171; lib&#233;rer le peuple rohingya de l'oppression perp&#233;tr&#233;e par les r&#233;gimes birmans successifs &#187; et d&#233;ment appartenir &#224; une quelconque mouvance islamiste. La Birmanie, le Bangladesh et l'Inde pensent pourtant le contraire et le qualifient m&#234;me d'organisation &#171; terroriste &#187;, notamment parce que son chef pr&#233;sum&#233;, Ata Ullah, qui aurait grandi en Arabie saoudite, est n&#233; au Pakistan de parents ayant fui l'Arakan &#224; la fin des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors d'un passage d&#233;but septembre dans la capitale birmane, Naypyidaw, le premier ministre indien Narendra Modi a laiss&#233; entendre que l'attaque du 25 ao&#251;t dernier contre une trentaine de postes-fronti&#232;res entre la Birmanie et le Bangladesh avait &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e avec le soutien de l'Inter-Services Intelligence (ISI), le renseignement de l'arm&#233;e pakistanaise. Il a aussi fait circuler l'information selon laquelle Ata Ullah aurait &#233;t&#233; entra&#238;n&#233; par l'organisation islamiste arm&#233;e pakistanaise Lashkar-e-Toiba (LeT), b&#234;te noire de l'Inde en raison de son combat pour le rattachement du Cachemire au Pakistan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On mesure ainsi le degr&#233; d'instrumentalisation de l'Arsa, discipline dans laquelle l'arm&#233;e birmane, appel&#233;e Tatmadaw dans son pays, est championne toutes cat&#233;gories, d&#233;signant cette &#171; Arm&#233;e du salut &#187; comme la responsable de tous les maux dans l'ouest de la Birmanie et menant actuellement contre elle une guerre d'une violence inou&#239;e, qui a fait fuir en quelques semaines plus de 620 000 Rohingyas. Elle qualifie d'ailleurs les militants de l'Arsa de &#171; terroristes bangalais &#187;, alors que les int&#233;ress&#233;s sont r&#233;put&#233;s vivre cach&#233;s dans les montagnes Mayu, au nord de l'Arakan. C&#244;t&#233; birman, donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les services secrets birmans &#233;valuent les effectifs de l'Arsa &#224; 600 individus environ, Tatmadaw a visiblement des probl&#232;mes de calculette : elle a d'abord estim&#233; que les auteurs des attaques du 25 ao&#251;t &#233;taient un millier, pour dire ensuite qu'ils &#233;taient 4 000 et finalement affirmer, dans un rapport surr&#233;aliste publi&#233; le 13 novembre, qu'ils &#233;taient &#171; au minimum 6 200, au maximum plus de 10 000 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Bangladesh, dans les camps de r&#233;fugi&#233;s de Cox's Bazar, l'Arsa n'est pas tr&#232;s populaire. &#171; Quand ils sont arriv&#233;s, les Rohingyas &#233;taient en col&#232;re contre ces insurg&#233;s, mais le climat est en train de changer et certains commencent &#224; les consid&#233;rer comme des &#8220;fr&#232;res&#8221; qui d&#233;fendent leurs int&#233;r&#234;ts en Birmanie &#187;, nous confie le repr&#233;sentant d'une ONG, qui demande l'anonymat. Sur les collines de Kutupalong et de Balukhali, des haut-parleurs crachotent parfois des versets du Coran, indiquant la pr&#233;sence d'une madrasa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nombre inv&#233;rifiable d'&#233;coles coraniques ont surgi au milieu des abris en bambou. Elles sont officiellement financ&#233;es par des associations musulmanes de charit&#233;, mais les organisations humanitaires internationales les tiennent &#224; l'&#339;il. &#171; Nous surveillons plus particuli&#232;rement les adolescents, indique le Croissant-Rouge. Ils sont d&#233;s&#339;uvr&#233;s et constituent une cible parfaite pour des adultes qui chercheraient &#224; les embrigader. &#187; Pour contrer ce risque, les &#233;coles des camps jouent la carte de la mixit&#233;, en accueillant les enfants des villages bangladais autochtones des alentours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que l'infiltration de militants de l'Arsa, c'est la radicalisation religieuse qui est crainte. &#171; Le risque est tr&#232;s fort, c'est pourquoi nous avons ouvert des clubs sp&#233;cifiques pour les 15-18 ans, afin de les occuper dans la journ&#233;e, sous l'encadrement d'experts de la psychologie de l'enfant &#187;, explique l'Unicef, qui se penche en particulier sur ceux qui sont &#171; non accompagn&#233;s &#187; (les orphelins, en jargon onusien) ou &#171; s&#233;par&#233;s &#187; (ceux qui ont perdu l'un au moins des deux parents). &#171; Apr&#232;s l'urgence sanitaire, vient le temps de la convalescence. Quand les Rohingyas auront retrouv&#233; leurs forces, ils se transformeront en tigres et organiseront la lutte pour rentrer chez eux, car ils savent qu'ils n'ont pas d'avenir au Bangladesh &#187;, analyse Runa Khan, pr&#233;sidente de l'ONG Friendship.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le retour hypoth&#233;tique des nationalistes, la d&#233;rive de la gauche la&#239;que&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre ce qui est en cours sur les rives du golfe du Bengale, nous avons interrog&#233; Ali Riaz, &#233;crivain bangladais et professeur de sciences politiques asiatiques &#224; l'universit&#233; am&#233;ricaine de l'Illinois. &#171; Avec la menace islamiste actuelle, c'est tout le Bangladesh qui est une Cocotte-Minute &#187;, d'apr&#232;s lui. &#171; &#192; la fronti&#232;re birmane a fortiori, il pourrait y avoir rapidement des tensions locales avec les Rohingyas, ou entre les Rohingyas eux-m&#234;mes. Dans les camps, les r&#233;fugi&#233;s sont d&#233;sesp&#233;r&#233;s et constituent un excellent terreau pour les organisations terroristes internationales &#187;, dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la situation empire par manque de nourriture, de m&#233;dicaments et d'abris, la religion deviendra &#171; un refuge facile &#187;. &#171; Il se trouve que dans le cas pr&#233;sent, il s'agit de l'islam. Mais ce serait la m&#234;me chose avec le bouddhisme, le juda&#239;sme ou le christianisme &#187;, estime Ali Riaz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Dacca, qui se trouve &#224; 418 km de Cox's Bazar si l'on en croit les panneaux de signalisation en bord de route, en tout &#233;tat de cause, les migrants bousculent le jeu politique g&#233;n&#233;ral. Des &#233;lections l&#233;gislatives figurent &#224; l'agenda de la fin de l'ann&#233;e 2018, sans que personne ne sache vraiment si un scrutin &#171; libre et juste &#187; pourra se tenir. Les paris vont bon train. En 2014, le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP, droite) avait boycott&#233; le rendez-vous, estimant que les r&#232;gles &#233;l&#233;mentaires de la d&#233;mocratie n'&#233;taient pas respect&#233;es. Absent depuis lors du Parlement, il pourrait &#234;tre en mesure de gagner l'an prochain, s'il ressuscitait son alliance du pass&#233; avec le Bangladesh Jamaat-e-Islami, parti islamique mod&#233;r&#233;. Encore faudrait-il que ses dirigeants cessent de d&#233;serter le d&#233;bat public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa pr&#233;sidente, Khaleda Zia, qui fut premi&#232;re ministre de 1991 &#224; 1996 et de 2001 &#224; 2006, vient d'ailleurs de rentrer au pays, apr&#232;s plusieurs mois pass&#233;s en Angleterre. &#192; peine arriv&#233;e, le 30 octobre, elle s'est rendue dans les camps de r&#233;fugi&#233;s pour une op&#233;ration de communication dont personne n'a &#233;t&#233; dupe. Tout en distribuant des cartons de produits alimentaires et de v&#234;tements, elle a pris soin de prendre un b&#233;b&#233; dans ses bras, sous l'objectif des cam&#233;ras de t&#233;l&#233;vision, afin de fustiger &#171; l'incapacit&#233; &#187; du gouvernement d'organiser le rapatriement des Rohingyas en Birmanie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; Dacca, on se souvient pourtant qu'&#224; l'&#233;poque o&#249; Khaleda Zia &#233;tait au pouvoir, les femmes rohingyas pouvaient obtenir la citoyennet&#233; bangladaise en se mariant avec un Bangladais, tandis que les hommes rohingyas se voyaient offrir une carte d'&#233;lecteur s'ils s'engageaient &#224; voter BNP &#187;, raconte un journaliste du Daily Star, le premier quotidien du pays, sous r&#233;serve que nous ne r&#233;v&#233;lions pas son identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; M&#234;me s'il existe un consensus de fa&#231;ade entre le BNP et sa grande rivale, la Ligue Awami, sur la n&#233;cessit&#233; de trouver une solution diplomatique avec la Birmanie pour renvoyer les r&#233;fugi&#233;s au lieu d'o&#249; ils viennent, chaque formation essaie de tirer avantage de la situation &#187;, observe Ali Riaz. Tout au long de la route donnant acc&#232;s aux camps de r&#233;fugi&#233;s, alternent en effet des portraits de Khaleda Zia et de l'actuelle chef du gouvernement, Sheikh Hasina, que ses partisans pr&#233;sentent comme &#171; la m&#232;re de l'humanit&#233; &#187;. Cette derni&#232;re n'a, para&#238;t-il, qu'une id&#233;e en t&#234;te : &#234;tre toujours aux commandes lorsque le Bangladesh, fond&#233; par son p&#232;re, Sheikh Mujibur Rahman, c&#233;l&#232;brera, en 2021, le cinquanti&#232;me anniversaire de son ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son parti, la Ligue Awami (centre gauche, la&#239;c), nie toute pr&#233;sence de l'islamisme radical international sur le territoire. &#192; la suite de l'attaque, le 1er juillet 2016, contre le restaurant Holey Artisan Bakery, &#224; Dacca, qui avait fait 24 morts, dont 18 &#233;trangers, le gouvernement a point&#233; du doigt le Jamaat-ul-Mujahideen Bangladesh (&#171; L'Assembl&#233;e des djihadistes &#187;), une organisation terroriste bangladaise interdite en 2005 et r&#233;apparue sous le nom de New Jamaat-ul-Mujahideen Bangladesh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, l'ex&#233;cutif a implicitement reconnu que le pays n'&#233;chappait pas &#224; la toile du terrorisme mondial, puisqu'il a donn&#233; ordre &#224; la police de cr&#233;er un nouveau corps d'&#233;lite, &#171; l'unit&#233; de lutte contre le crime transnational &#187;. C'est elle qui boucle aujourd'hui le quartier de Gulshan 2 o&#249; se trouvait le Holey Artisan Bakery et o&#249; plus aucun pi&#233;ton n'ose s'aventurer. Selon nos informations, une soixantaine d'individus soup&#231;onn&#233;s de pr&#233;parer des attentats ont depuis &#233;t&#233; tu&#233;s par les forces de l'ordre. Dernier incident en date, des pilotes de la compagnie low cost Biman Airlines ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s fin octobre. Ils &#233;taient, semble-t-il, en train de projeter un attentat suicide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence des Rohingyas dans le sud alourdit une atmosph&#232;re d&#233;j&#224; pesante, marqu&#233;e par des interpellations en masse (plus de 11 000 personnes, dont de nombreux repr&#233;sentants de l'opposition, ont &#233;t&#233; plac&#233;s en garde &#224; vue au printemps 2016) et par des assassinats &#224; la machette cibl&#233;s, contre des homosexuels et des blogueurs militants de la la&#239;cit&#233; et de la libert&#233; d'expression. Le tout sur fond de tr&#232;s forte croissance d&#233;mographique, de ch&#244;mage end&#233;mique et de pertes de terres importantes dues au r&#233;chauffement climatique et &#224; la mont&#233;e des eaux. &#171; On peut parler d'islamisation rampante &#187;, estime un diplomate europ&#233;en en poste &#224; Dacca, qui s'&#233;tonne de l'autorisation donn&#233;e r&#233;cemment aux professeurs des &#233;coles coraniques d'aller enseigner dans les &#233;coles publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La peur de voir les islamistes s'implanter dans les camps de r&#233;fugi&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans ce contexte, l'instrumentalisation de la question des r&#233;fugi&#233;s par la Ligue Awami n'est pas nouvelle. C'est juste l'ampleur qui a chang&#233;. Lors du pr&#233;c&#233;dent afflux de Rohingyas, &#224; l'automne 2016, Sheikh Hasina avait organis&#233; avec l'ONU une grande conf&#233;rence sur les migrations, qui avait &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233;e comme un vrai succ&#232;s politique &#187;, rappelle Nordine Drici, directeur du cabinet ND Consultance et auteur d'un r&#233;cent essai sur le Bangladesh (Face &#224; l'autoritarisme, les droits de l'homme en p&#233;ril, auto-&#233;dit&#233; par son cabinet, avril 2017, 95 pages).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aujourd'hui, la situation &#224; la fronti&#232;re birmane permet &#224; la premi&#232;re ministre de montrer au monde combien le Bangladesh est une nation musulmane amie des musulmans du monde entier. Cela lui permet d'amadouer la n&#233;buleuse des groupuscules islamistes, politiques ou pas politiques, qu'elle n'arrive pas &#224; contr&#244;ler &#187;, ajoute-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sheikh Hasina, surnomm&#233;e la &#171; Dame de fer &#187;, est en train de concentrer tous les pouvoirs, poursuit Nordine Drici : &#171; Avec elle, le r&#233;gime a vir&#233; &#224; l'autoritarisme et tourne maintenant au totalitarisme, si l'on se r&#233;f&#232;re aux d&#233;finitions de Raymond Aron et Hannah Arendt. &#187; Pour preuve, notre interlocuteur cite la loi de 2013 sur la torture qui a cr&#233;&#233; un vide juridique &#171; pour laisser les mains libres aux services de s&#233;curit&#233; &#187;, ou la propension du gouvernement &#224; vouloir contr&#244;ler &#171; tout ce qui touche &#224; la culture, &#224; la vision de l'histoire ou &#224; la censure de la presse &#187;, lorsque celle-ci s'int&#233;resse de trop pr&#232;s &#224; l'arm&#233;e, &#224; la justice ou &#224; la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le BNP a souvent nou&#233; des alliances avec des formations politiques religieuses, la Ligue Awami fonctionnait jusqu'ici sur le principe de la la&#239;cit&#233;. &#171; En r&#233;alit&#233;, elle agit de plus en plus sous l'influence du Hefazat-e-Islam Bangladesh &#187;, remarque Nordine Drici, en faisant r&#233;f&#233;rence &#224; la plus vaste organisation fondamentaliste du pays, qui repose sur un r&#233;seau de 25 000 madrasas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soup&#231;onn&#233;e de liens avec les talibans pakistanais, Hefazat-e-Islam Bangladesh pr&#244;ne l'interdiction de la mixit&#233; entre hommes et femmes dans les lieux publics, et l'inscription dans la Constitution de &#171; la confiance absolue en Allah &#187;. C'est elle qui, par exemple, a obtenu en mai dernier le d&#233;placement de la statue de la Justice que le gouvernement avait dress&#233;e devant le b&#226;timent de la Cour supr&#234;me, &#224; Dacca, au motif que l'&#339;uvre &#233;tait &#171; non islamique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre inqui&#233;tude : l'implantation de l'organisation &#201;tat islamique. &#171; Dans les camps de r&#233;fugi&#233;s de Cox's Bazar, le risque est r&#233;el, car beaucoup de Rohingyas ont &#233;t&#233; victimes d'atrocit&#233;s et veulent maintenant se venger &#187;, indique le repr&#233;sentant local de l'organisme anticorruption Transparency International. Iftekhar uz Zaman nous a re&#231;us dans son bureau &#224; Dacca et a voulu nous expliquer le ressentiment qui habite les migrants : &#171; Ils ont eu affaire &#224; de faux agents de change qui leur ont donn&#233; entre 2 000 et 4 500 takas pour 100 000 kyats birmans, au lieu des 6 000 takas auxquels ils avaient droit. &#187; Ils ont ensuite pay&#233; &#171; parfois plus de 5 000 takas par personne [51,70 euros &#8211; ndlr] &#187; pour prendre le bateau &#224; la fronti&#232;re, alors que la travers&#233;e co&#251;te normalement 200 takas (2 euros). Arriv&#233;s au Bangladesh, enfin, ils se sont vu r&#233;clamer &#171; 2 000 &#224; 5 000 takas [20,7 &#224; 51,7 euros &#8211; ndlr] pour obtenir un minuscule bout de terrain &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas &#233;tonnant qu'ensuite les Rohingyas cherchent des petits boulots et soient pr&#234;ts &#224; ne gagner que 20 takas de l'heure, contre 40 habituellement dans la r&#233;gion, et que ceux qui sont venus avec leur b&#233;tail cherchent &#224; vendre une vache 2 000 takas, alors que le prix normal se situe entre 20 000 et 30 000 takas (entre 207 et 310 euros). Pas &#233;tonnant non plus que les habitants de Cox's Bazar commencent &#224; en avoir assez. Le march&#233; du travail est d&#233;stabilis&#233;, l'acc&#232;s aux services publics de sant&#233; et d'&#233;ducation sature, le tourisme est an&#233;anti et le co&#251;t des produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; s'envole. &#171; Une b&#226;che en plastique pour couvrir un abri se monnaie 500 takas [5,20 euros &#8211; ndlr], alors qu'&#224; Dacca, elle co&#251;te moins de 10 takas [10 centimes d'euro &#8211; ndlr] &#187;, se plaint un homme rencontr&#233; sur le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;chelle macro&#233;conomique, l'impact de l'arriv&#233;e massive des migrants de Birmanie est tr&#232;s important. Selon le Centre pour le dialogue politique, un think tank qui vient de mener une &#233;tude de terrain avec le Haut Commissariat aux r&#233;fugi&#233;s (HCR), le Bangladesh a besoin de 71,26 milliards de takas (737 millions d'euros) pour tenir jusqu'en juin. Cela repr&#233;sente 1,8 % de son budget annuel et devrait lui faire perdre 0,3 point de croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un gros coup dur pour ce pays qui figure parmi les plus pauvres de la plan&#232;te : une contraction de pr&#232;s de 15 % des rapatriements de devises de sa diaspora pour cause de crise p&#233;troli&#232;re dans les pays du Golfe persique, une hausse de 66 % du prix du riz en raison de la p&#233;nurie induite par les inondations dramatiques provoqu&#233;es cet &#233;t&#233; par la mousson, et un coup de frein in&#233;dit des exportations de pr&#234;t-&#224;-porter, secteur cl&#233; du Bangladesh. Tous ces &#233;l&#233;ments laissent pr&#233;sager le pire pour les prochains mois et font peser d'&#233;normes incertitudes sur les &#233;lections &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guillaume Delacroix&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
