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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
	<link>https://www.pressegauche.org/</link>
	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>D&#233;bat. Un manifeste &#233;cosocialiste. Pour un cheminement &#233;galitaire et coop&#233;ratif vers l'&#233;cosocialisme !</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Debat-Un-manifeste-ecosocialiste-Pour-un-cheminement-egalitaire-et-cooperatif</link>
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		<dc:date>2020-10-20T08:07:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Green Left Australie</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cosocialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Australie</dc:subject>
		<dc:subject>Actualit&#233;s &#233;cosocialistes</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-06-16</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les &#233;cosocialistes d'Australie appellent &#224; un nouveau mouvement de masse pour emp&#234;cher le capitalisme de d&#233;truire notre avenir commun. Le journal australien Green Left a publi&#233; ce projet de Manifeste &#233;cosocialiste le 24 septembre. Il sera discut&#233; et d&#233;velopp&#233; lors des conf&#233;rences sur l'&#171; Ecosocialisme 2020 : De la r&#233;bellion &#224; la r&#233;volution &#187;, &#224; Sydney, Perth et en ligne, les 24 et 25 octobre. (R&#233;d.) &lt;br class='autobr' /&gt; Paru sur le site Alencontre Australie, D&#233;bats, &#201;cologie 14 octobre 2020 &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Ecosocialisme-" rel="directory"&gt;&#201;cosocialisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Ecosocialisme-158-+" rel="tag"&gt;&#201;cosocialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Australie-+" rel="tag"&gt;Australie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Actualites-ecosocialistes-+" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s &#233;cosocialistes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-06-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-06-16&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH108/arton45139-9b829.jpg?1781365635' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='108' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les &#233;cosocialistes d'Australie appellent &#224; un nouveau mouvement de masse pour emp&#234;cher le capitalisme de d&#233;truire notre avenir commun. Le journal australien Green Left a publi&#233; ce projet de Manifeste &#233;cosocialiste le 24 septembre. Il sera discut&#233; et d&#233;velopp&#233; lors des conf&#233;rences sur l'&#171; Ecosocialisme 2020 : De la r&#233;bellion &#224; la r&#233;volution &#187;, &#224; Sydney, Perth et en ligne, les 24 et 25 octobre. (R&#233;d.)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Paru sur le site Alencontre Australie, D&#233;bats, &#201;cologie&lt;br class='autobr' /&gt;
14 octobre 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes en pleine urgence climatique et il n'y a pas d'issue sans changer radicalement l'organisation de la soci&#233;t&#233;. Si l'humanit&#233; ne se lib&#232;re pas de la course &#224; des profits toujours plus importants et de la croissance &#233;conomique toujours plus forte des capitalistes, la seule hausse des temp&#233;ratures mondiales rendra la plan&#232;te inhabitable pour les humains et des millions d'autres esp&#232;ces vivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons de toute urgence trouver une voie collective vers un nouveau mode de vie fond&#233; sur la solidarit&#233; humaine et la durabilit&#233; &#233;cologique.&lt;br class='autobr' /&gt;
1.- L'urgence est maintenant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les incendies catastrophiques, les ph&#233;nom&#232;nes m&#233;t&#233;orologiques extr&#234;mes, la mont&#233;e du niveau des mers et l'effondrement choquant de la biodiversit&#233; sont une r&#233;alit&#233; apr&#232;s seulement 1&#176;C de r&#233;chauffement climatique. Au rythme actuel des &#233;missions mondiales de gaz &#224; effet de serre, nous nous dirigeons vers une augmentation de 2 &#224; 3 &#176;C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les nombreuses mises en garde des plus grands scientifiques du monde, aucun des sommets mondiaux sur le climat n'a produit les objectifs, et encore moins les actions, n&#233;cessaires pour faire face &#224; l'urgence climatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements d'un certain nombre de pays riches &#8211; dont les &#201;tats-Unis et l'Australie &#8211; d&#233;fendent la cupidit&#233; des g&#233;ants des combustibles fossiles. Ils r&#233;sistent aussi obstin&#233;ment aux appels en faveur de r&#233;ductions contraignantes et efficaces des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre et au paiement par les pays les plus riches de la dette climatique due au reste du monde qu'ils exploitent et oppriment impitoyablement depuis des g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'urgence climatique n'est qu'une partie de l'affrontement historique entre le syst&#232;me capitaliste et la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cupidit&#233; des entreprises a d&#233;truit des &#233;cosyst&#232;mes entiers et empoisonn&#233; les terres et les mers avec des d&#233;chets toxiques. Le d&#233;frichement, men&#233; par l'agrobusiness capitaliste, a priv&#233; la plan&#232;te de la couverture foresti&#232;re n&#233;cessaire pour absorber le dioxyde de carbone et fournir un habitat &#224; de nombreuses esp&#232;ces. Il a &#233;galement d&#233;clench&#233; de nouvelles pand&#233;mies mortelles, telles que la Covid-19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'urgence climatique et la pand&#233;mie Covid-19 sont les sympt&#244;mes du dangereux clivage que le capitalisme a cr&#233;&#233; avec la nature et qu'il continue &#224; exacerber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la pand&#233;mie Covid-19 nous montre aussi que les &#233;lites dirigeantes privil&#233;gi&#233;es, d'une part, et la majorit&#233; qu'elles exploitent et oppriment, d'autre part, ne peuvent pas continuer &#224; l'ancienne mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bilan terrible du Covid-19 aux &#201;tats-Unis, le pays le plus riche et le plus puissant du monde, montre que m&#234;me les plus privil&#233;gi&#233;s ne seront pas &#233;pargn&#233;s par l'impact de la crise existentielle que le capitalisme a cr&#233;&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
2.- Nous devons aller au-del&#224; du capitalisme pour aller vers l'&#233;cosocialisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une centaine d'entreprises du secteur des combustibles fossiles sont responsables de 71 % des &#233;missions mondiales de gaz &#224; effet de serre. L'activiste climatique Greta Thunberg a soulign&#233; que la classe capitaliste a d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233; beaucoup plus que le budget carbone mondial, qui, selon l'accord de Paris, est n&#233;cessaire pour maintenir le r&#233;chauffement climatique &#224; 1,5&#176;C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tentatives des sommets sur le climat pour trouver des solutions capitalistiques &#224; l'urgence climatique n'ont pas fonctionn&#233;. &#171; Les solutions de march&#233; &#187;, telles que le commerce du carbone, ont &#233;chou&#233; m&#234;me dans les quelques &#201;tats capitalistes o&#249; elles ont &#233;t&#233; mises en &#339;uvre. Toute &#171; &#233;cologisation &#187; du capitalisme, que ces solutions de march&#233; auraient pu encourager, rel&#232;ve du trop peu et trop tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire marche arri&#232;re face &#224; un changement climatique catastrophique, il faut prendre des mesures d'urgence pour d&#233;mocratiser l'&#233;conomie. Pour ce faire, les industries critiques telles que l'&#233;nergie, les transports, l'agroalimentaire et les institutions financi&#232;res qui y investissent doivent &#234;tre plac&#233;es sous contr&#244;le social &#8211; d&#232;s maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela sera n&#233;cessaire pour passer rapidement &#224; 100 % d'&#233;nergies renouvelables et pour r&#233;duire les &#233;missions nettes de carbone &#224; un niveau aussi proche que possible de z&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela montre qu'il est urgent de remplacer le capitalisme par une soci&#233;t&#233; &#233;cosocialiste qui pourrait s'attaquer aux injustices flagrantes et r&#233;parer la rupture du capital avec la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les entreprises riches et puissantes, qui dirigent maintenant le monde, ont vol&#233; une grande partie de leur capital de d&#233;part directement ou indirectement par le biais du pillage colonial. Ils ont d&#233;truit de nombreuses soci&#233;t&#233;s &#224; travers le monde, dont beaucoup &#233;taient organis&#233;es depuis des milliers d'ann&#233;es autour des valeurs sociales &#171; originales &#187; d'&#233;galitarisme, de coop&#233;ration et de coexistence avec la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un avenir &#233;cosocialiste n&#233;cessiterait un retour &#224; de tels principes, avec le b&#233;n&#233;fice des avanc&#233;es technologiques utilis&#233;es pour le bien social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le capitalisme, presque chaque avanc&#233;e technologique est utilis&#233;e pour approfondir l'exploitation de la majorit&#233; et de la nature, ou pour construire de dangereuses armes de destruction massive et de suppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une soci&#233;t&#233; &#233;cosocialiste lib&#233;rerait la cr&#233;ativit&#233; humaine en traduisant les gains de productivit&#233; en une semaine de travail radicalement plus courte. Cela est &#233;galement n&#233;cessaire pour lib&#233;rer la majorit&#233; de la population &#8211; aujourd'hui exploit&#233;e au point d'&#234;tre &#233;puis&#233;e ou rejet&#233;e comme main-d'&#339;uvre exc&#233;dentaire &#8211; d'exercer un contr&#244;le d&#233;mocratique direct de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une soci&#233;t&#233; &#233;cosocialiste devra &#234;tre fond&#233;e sur une d&#233;mocratie directe &#224; la base qui permette aux communaut&#233;s d'avoir un v&#233;ritable contr&#244;le sur leur destin.&lt;br class='autobr' /&gt;
3.- La d&#233;fense violente du pouvoir et des privil&#232;ges par le capitalisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soci&#233;t&#233;s g&#233;antes utilisent tout leur pouvoir et leurs privil&#232;ges pour d&#233;fendre leurs int&#233;r&#234;ts &#233;troits &#8211; alors m&#234;me qu'il devient de plus en plus &#233;vident que l'humanit&#233; ne peut plus continuer comme avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles ach&#232;tent des gouvernements ou &#233;liminent tous ceux qui remettent en cause leurs int&#233;r&#234;ts. Elles promeuvent et financent des mouvements n&#233;gationnistes, racistes, misogynes et ouvertement fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles ont d&#233;j&#224; plong&#233; des nations enti&#232;res dans une guerre permanente pour prot&#233;ger leur droit de piller et d'exploiter le monde. Aujourd'hui, elles soutiennent m&#234;me des forces de droite violentes aux &#201;tats-Unis qui menacent de d&#233;clencher une guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles sont pr&#234;tes &#224; utiliser la puissance militaire disproportionn&#233;e des &#201;tats-Unis et de leurs alli&#233;s des pays riches pour pr&#233;server une division du travail capitaliste mondialis&#233;e grossi&#232;rement in&#233;gale et un pr&#233;tendu &#171; droit &#187; de continuer &#224; r&#233;percuter les co&#251;ts de la crise &#233;cologique sur les pays les plus pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles r&#233;sistent aux appels &#224; des r&#233;parations pour les pays qu'ils ont pill&#233;s et empoisonn&#233;s. Elles bloquent les demandes faites aux pays riches pour qu'ils adoptent des r&#233;ductions plus importantes et plus s&#233;v&#232;res des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre et pour que les technologies renouvelables soient partag&#233;es &#224; travers le monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
4.- Construire un mouvement pour la r&#233;volution &#233;cosocialiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouveau mouvement de masse pour la r&#233;volution &#233;cosocialiste doit &#234;tre construit &#224; partir du mouvement radical d'urgence climatique et d'autres mouvements de masse progressistes, tels que le Black Lives Matter, qui d&#233;fient le syst&#232;me capitaliste face &#224; la mont&#233;e des mouvements fascistes, du racisme, du sexisme et des attaques contre les libert&#233;s civiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous ces mouvements, nous entendons des appels &#224; mettre fin au capitalisme et &#224; construire un nouvel avenir fond&#233; sur les traditions collectives et &#233;cologiquement durables que le capitalisme a tent&#233; de faire dispara&#238;tre de son mieux au cours des 400 derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;cosocialistes cherchent &#224; unir et &#224; amplifier ces voix en faveur d'un v&#233;ritable changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire nous apprend que la conscience politique des gens peut se d&#233;velopper rapidement dans le cadre d'une lutte collective soutenue et que ces mouvements agissent comme des &#233;coles de d&#233;mocratie directe. Ils peuvent &#233;galement donner naissance &#224; de nouvelles institutions de d&#233;mocratie populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, il est d'une importance cruciale de construire des mouvements de masse autour de programmes de mesures imm&#233;diates et transitoires que l'urgence climatique exige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les programmes verts radicaux du new deal, d&#233;fendus par l'ancien leader travailliste britannique Jeremy Corbyn, le Parti vert am&#233;ricain et le s&#233;nateur am&#233;ricain Bernie Sanders, sont des exemples d'un tel programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le potentiel de changement du syst&#232;me d'un tel programme de transition ne peut &#234;tre r&#233;alis&#233; que par un mouvement de masse ind&#233;pendant qui d&#233;passe les limites des campagnes &#233;lectorales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aggravation de la crise &#224; laquelle nous sommes confront&#233;s aujourd'hui montre clairement que le temps est compt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps d'emp&#234;cher le capitalisme de d&#233;truire notre avenir commun s'&#233;puise. La n&#233;cessit&#233; de construire ce mouvement de masse pour le changement signifie que nous devons de toute urgence mettre en place des organisations &#233;cosocialistes et des r&#233;seaux mondiaux qui puissent unir leur impact. (Article publi&#233; sur le site Climate &amp; Capitalism, le 29 septembre 2020 ; traduction r&#233;daction A l'Encontre)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Plus que jamais, poursuivre le combat antiraciste et antifasciste en Gr&#232;ce !</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Plus-que-jamais-poursuivre-le-combat-antiraciste-et-antifasciste-en-Grece</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Plus-que-jamais-poursuivre-le-combat-antiraciste-et-antifasciste-en-Grece</guid>
		<dc:date>2020-10-20T07:07:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>A. Sartzekis</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-06-16</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chryssi Avgi (CA &#8211; Aube dor&#233;e) est d&#233;sormais reconnue comme &#171; organisation criminelle &#187; suite au verdict de la cour p&#233;nale d'Ath&#232;nes, mercredi 7 octobre. &lt;br class='autobr' /&gt; Paru dans l'Hebdo L'Anticapitaliste - 539 (15/10/2020) &lt;br class='autobr' /&gt;
Cr&#233;dit Photo Magda Fyssas, m&#232;re du rappeur antifasciste Pavlos Fyssas tu&#233; par les nazis en 2013. Eurokinissi / Stelios Missinas &lt;br class='autobr' /&gt;
Par A. Sartzekis &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, ce proc&#232;s fera date, ne serait-ce que pour y avoir vu la l&#226;chet&#233; des fiers &#224; bras de CA, se d&#233;faussant les uns sur les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-06-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-06-16&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH80/arton45137-71683.jpg?1781365636' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chryssi Avgi (CA &#8211; Aube dor&#233;e) est d&#233;sormais reconnue comme &#171; organisation criminelle &#187; suite au verdict de la cour p&#233;nale d'Ath&#232;nes, mercredi 7 octobre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Paru dans l'Hebdo L'Anticapitaliste - 539 (15/10/2020)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;dit Photo&lt;br class='autobr' /&gt;
Magda Fyssas, m&#232;re du rappeur antifasciste Pavlos Fyssas tu&#233; par les nazis en 2013. Eurokinissi / Stelios Missinas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par A. Sartzekis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, ce proc&#232;s fera date, ne serait-ce que pour y avoir vu la l&#226;chet&#233; des fiers &#224; bras de CA, se d&#233;faussant les uns sur les autres et faisant plaider maintenant les circonstances att&#233;nuantes. Face &#224; eux, il faut souligner la fermet&#233; de la pr&#233;sidente de la cour, la v&#233;ritable unit&#233; d'action des avocatEs des victimes d&#233;montrant le projet politique criminel, sans oublier le r&#244;le important de journalistes, comme Dimitris Psarras et son livre Aube dor&#233;e. Une premi&#232;re le&#231;on est qu'il est possible, en accompagnant le proc&#232;s d'une mobilisation puissante, d'obtenir une importante victoire judiciaire qui pourrait donner des id&#233;es dans d'autres pays d'Europe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une victoire historique &#224; ne pas se laisser voler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'autre le&#231;on imm&#233;diate est qu'il convient de donner toute sa port&#233;e &#224; ce proc&#232;s historique. Car la victoire est r&#233;ellement historique : jamais les fascistes n'avaient vraiment &#233;t&#233; poursuivis en Gr&#232;ce, puisqu'apr&#232;s-guerre, les pires assassins collabos des nazis avaient &#233;t&#233; recrut&#233;s pour lutter contre les communistes et qu'apr&#232;s la junte des colonels (1967-1974), seuls quelques dirigeants avaient &#233;t&#233; condamn&#233;s, mais le chef de la jeunesse fasciste a pu devenir tranquillement le chef de CA !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, depuis quelques jours, on ne compte plus les d&#233;clarations des politiciens les plus pourris se vantant d'&#234;tre les artisans de cette &#171; victoire de la d&#233;mocratie &#187; et insistant comme le Premier ministre Mitsotakis sur la n&#233;cessaire vigilance contre &#171; les extr&#234;mes &#187; ! M&#234;me si cette man&#339;uvre ne prend pas, le mouvement antifasciste a tout int&#233;r&#234;t &#224; rappeler tr&#232;s largement que si CA a pu agir comme les SA d'Hitler, c'est bien parce qu'une partie de la droite est all&#233;e jusqu'&#224; r&#234;ver de gouverner avec ce groupe, effray&#233;e qu'elle &#233;tait par la force du mouvement populaire contre les m&#233;morandums et comptant sur CA pour l'attaquer frontalement. Si des armateurs ont financ&#233; CA, c'&#233;tait entre autres pour qu'elle agresse les syndicalistes des ports et qu'elle implante des syndicats maison. Il ne faudra jamais oublier les d&#233;clarations complices de dirigeants de la droite, mais aussi de chefs du PASOK comme Loverdos, se f&#233;licitant de voir un mouvement &#171; s'attaquer &#187; enfin &#224; des questions comme l'immigration&#8230; Et cela sans oublier la complicit&#233; de certains chefs religieux, de stars, sans oublier les m&#233;dias, tel Stefanos Kasimatis, du tr&#232;s &#171; s&#233;rieux &#187; quotidien Kathimerini, osant &#233;crire en 2012 que &#171; tous ceux qui croient en la d&#233;mocratie doivent un grand merci &#224; Chryssi Avgi &#187;&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Poursuivre la bataille&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait faire un floril&#232;ge de ces &#233;c&#339;urantes complicit&#233;s. Ce qui a alors chang&#233; la donne, c'est la peur du gouvernement Samaras d'une &#233;meute populaire apr&#232;s le meurtre du rappeur antifasciste Pavlos Fyssas en 2013, et la droite s'est r&#233;sign&#233;e &#224; faire ouvrir un proc&#232;s qui aura dur&#233; presque six ans. Mais elle ne s'est jamais attaqu&#233;e aux racines du mal. Au contraire, elle les cultive, certes en veillant &#224; ne pas laisser se d&#233;velopper un trop fort groupe fasciste autonome. Et sa politique vise &#224; incorporer des fascistes pr&#233;tendus assagis (!), en montrant clairement que la bourgeoisie grecque &#8211; et europ&#233;enne &#8211; h&#233;sitera moins que jamais &#224; &#233;touffer cyniquement les droits d&#233;mocratiques, &#224; cultiver le racisme, &#224; intensifier une r&#233;pression criminelle &#8211; mais qu'elle fait valoir comme l&#233;gale &#8211; en couvrant les flics du ministre Chrysso&#239;dis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, de fait, le ver est dans le fruit : d'apr&#232;s un sondage du 8 octobre (journal Efimerida ton Syntakton), un CA sans violence mais avec les m&#234;mes id&#233;es a le soutien de 20 % des sond&#233;Es ! C'est dire l'urgence, et il est &#233;vident que le combat de fond, c'est bien de mettre fin au syst&#232;me qui nourrit le racisme et le fascisme, ce dont le mouvement antifasciste est bien conscient. Mais des revendications antifascistes imm&#233;diates sont indispensables, comme celles de la dissolution des corps de r&#233;pression (nids de pro&#173;nazis), la d&#233;mission du ministre de la Police et de celui des Migrations, des campagnes contre certains &#171; journalistes vedettes &#187; racistes et semeurs de haine&#8230; Un signe encourageant : lors de la r&#233;pression contre la manif antifasciste du 7 octobre, de nombreux habitantEs ont ouvert leurs portes aux jeunes poursuivis, et cette solidarit&#233;, on ne l'avait pas vue depuis longtemps&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Aube Dor&#233;e en prison - Le mouvement antifasciste toujours dans la rue</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Aube-Doree-en-prison-Le-mouvement-antifasciste-toujours-dans-la-rue</link>
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		<dc:date>2020-10-20T07:07:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>OKDE-Spartakos</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-06-16</dc:subject>

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&lt;p&gt;La vague &#233;clatante qui a submeg&#233; Ath&#232;nes et toutes les villes de Gr&#232;ce dans la matin&#233;e du 7 octobre a marqu&#233; l'aboutissement du mouvement antifasciste qui a r&#233;ussi &#224; imposer au tribunal ce qui avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; dans la conscience de la grande majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re et de la jeunesse : Aube Dor&#233;e est condamn&#233;e comme organisation criminelle. &lt;br class='autobr' /&gt; Paru sur le site Fourth International. Thousands of people gather for a protest outside a court Athens, October 7, 2020. (Yorgos (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Grece-+" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-06-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-06-16&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH72/arton45168-f001d.jpg?1781365636' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='72' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La vague &#233;clatante qui a submeg&#233; Ath&#232;nes et toutes les villes de Gr&#232;ce dans la matin&#233;e du 7 octobre a marqu&#233; l'aboutissement du mouvement antifasciste qui a r&#233;ussi &#224; imposer au tribunal ce qui avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; dans la conscience de la grande majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re et de la jeunesse : Aube Dor&#233;e est condamn&#233;e comme organisation criminelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Paru sur le site Fourth International.&lt;br class='autobr' /&gt;
Thousands of people gather for a protest outside a court Athens, October 7, 2020. (Yorgos Karahalis/AP)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;claration de l'OKDE-Spartakos&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des dizaines de milliers de travailleurs, de membres de syndicats et d'organisations politiques, de ch&#244;meurs, d'immigrants, de jeunes, d'antifascistes, ont &#233;rig&#233; un mur contre la barbarie fasciste et mis un terme &#224; un cycle historique, envoyant Aube Dor&#233;e et ses ramifications en prison et dans les poubelles de l'histoire. Pavlos et Sahzad, mais aussi les juifs de Thessalonique et de Ioannina, les assassin&#233;s de Kalavrita et de Viannos, les h&#233;ros de Kokkinia et de Kalogreza se sont lev&#233;s et ont cri&#233; avec nous. C'est une claire victoire de classe, une victoire absolument n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les n&#233;onazis n'ont pas &#233;t&#233; condamn&#233;s gr&#226;ce au caract&#232;re pr&#233;tendument d&#233;mocratique du gouvernement. Le gouvernement de Mitsotakis, comme le gouvernement de Samaras avant lui, a &#233;t&#233; contraint de rompre ses liens consanguins avec les nazis et de les tra&#238;ner en justice sous le poids de la lutte antifasciste massive et multiforme qui, en particulier apr&#232;s l'assassinat de Fyssas, s'est transform&#233;e en avalanche dans chaque ville et quartier du pays. La Nouvelle D&#233;mocratie ne s'est pas soudainement int&#233;ress&#233;e &#224; nettoyer la soci&#233;t&#233; des assassins fascistes qui pendant tant d'ann&#233;es ont agi sans &#234;tre d&#233;rang&#233;s avec le soutien ouvert de la police, le soutien financier des armateurs et des patrons et le blanchiment par les m&#233;dias syst&#233;miques. La bourgeoisie craignait que le mouvement antifasciste ne se transforme en un soul&#232;vement de classe g&#233;n&#233;ralis&#233; et a donc d&#233;cid&#233; qu'elle ne pouvait pas, &#224; ce stade, investir dans le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les n&#233;o-nazis n'ont pas plus &#233;t&#233; condamn&#233;s par l'antifascisme l&#226;che et institutionnel de SYRIZA. L'invocation constante &#224; la d&#233;mocratie bourgeoise et &#224; la normalit&#233;, surtout dans des conditions des m&#233;morandums et de la d&#233;pr&#233;ciation du parlementarisme et du syst&#232;me politique, n'a r&#233;ussi qu'&#224; faire appara&#238;tre les nazis comme ceux qui combattent &#171; contre tout &#187;. Pire encore, la tol&#233;rance institutionnelle appuy&#233;e du gouvernement SYRIZA et le retard dans la conduite du proc&#232;s ont agi comme du vent dans les voiles du gang nazi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La condamnation d'Aube Dor&#233;e est exclusivement une conqu&#234;te du mouvement antifasciste de classe. Il y a quelques ann&#233;es, les nazis semblaient invincibles et puissants dans les rues et dans les quartiers. Le r&#244;le conscient des organisations politiques qui ont soulign&#233; la n&#233;cessit&#233; d'un mouvement politique antifasciste de front uni, de comit&#233;s et d'assembl&#233;es antifascistes, l'action de masse, voire la confrontation physique avec le gang nazi ; la contribution inestimable des avocats dans le contentieux civil devant les tribunaux ; l'instict de classe au sein des quartiers populaires et des lieux de travail ; les r&#233;flexes antifascistes de la jeunesse ; la m&#233;moire collective des atrocit&#233;s des Nazis ; le sentiment d&#233;mocratique de masse qui enflamme encore chaque ann&#233;e la majorit&#233; du peuple &#224; l'anniversaire de la r&#233;volte de l'Universit&#233; polytechnique : tout cela a cr&#233;&#233; une situation compl&#232;tement diff&#233;rente en quelques ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le mouvement antifasciste a m&#251;ri de mani&#232;re impressionnante ces derni&#232;res ann&#233;es et cela nous emplit d'espoir. En tant qu'OKDE-Spartakos, pendant des d&#233;cennies, bien avant qu'Aube Dor&#233;e ne devienne un parti parlementaire, nous avions d&#233;chiffr&#233; le ph&#233;nom&#232;ne fasciste avec ses particularit&#233;s historiques et soulign&#233; au mieux de nos capacit&#233;s l'urgence d'y r&#233;pondre, loin de la logique des fronts &#034;d&#233;mocratiques&#034; interclasses, ainsi que des visions de la violence fasciste comme suppl&#233;tif &#034;simplement&#034; para-&#233;tatique ou simpliste de la r&#233;pression &#233;tatique, l'arbitraire des employeurs, la violence du ch&#244;mage ou le conservatisme social. La contribution &#224; la compr&#233;hension du ph&#233;nom&#232;ne et les nombreuses ann&#233;es de participation cons&#233;quente aux mobilisations antifascistes nous am&#232;ne &#224; nous consid&#233;rer comme partie organique de ce mouvement beaucoup plus large qui a vaincu Aube Dor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire historique du 7 octobre ouvre de nouvelles perspectives pour l'antifasciste et le mouvement de classe en g&#233;n&#233;ral. Il est &#233;vident que ND, voulant se pr&#233;senter comme un garant de &#171; d&#233;mocratie et normalit&#233; &#187; mettra en avant la rh&#233;torique de la &#171; th&#233;orie du fer &#224; cheval &#187;. La r&#233;pression et la dispersion du rassemblement d'hier &#224; Ath&#232;nes montrent que le gouvernement ne peut tol&#233;rer des dizaines de milliers d'antifascistes c&#233;l&#233;brant la condamnation des nazis. L'interdiction de toute mobilisation montre derni&#232;rement son attitude envers ceux qui combattent. Il ne tient qu'&#224; nous de ne pas laisser le mouvement &#234;tre &#233;touff&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre le racisme et les mythes nationalistes reste pertinente et importante. Apr&#232;s l'&#233;crasement d'Aube Dor&#233;e, nous allons &#233;galement &#233;craser la politique d'extermination des r&#233;fugi&#233;s et des immigr&#233;s, les id&#233;es nationalistes de grandeur et d'expansion et la course aux armements contre la Turquie et le reste de nos voisins, le sexisme et le patriarcat, les divers soi-disant &#034;indign&#233;s&#034; d'extr&#234;me droite qui tenteront de combler le vide laiss&#233; par Aube Dor&#233;e. Il n'y a pas de temps pour le repos, mais il n'y a pas non plus de temps pour le pessimisme. Tout est devant nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ath&#232;nes, le 8 octobre 2020.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Etats-Unis-d&#233;bat. &#171; Se pr&#233;parer &#224; la crise &#233;lectorale de novembre &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Etats-Unis-debat-Se-preparer-a-la-crise-electorale-de-novembre</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Etats-Unis-debat-Se-preparer-a-la-crise-electorale-de-novembre</guid>
		<dc:date>2020-10-20T07:05:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Adam Shils</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique du Nord</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-06-16</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Donald Trump a donn&#233; un aper&#231;u clair de ses projets pour la p&#233;riode post&#233;lectorale lors du premier d&#233;bat pr&#233;sidentiel t&#233;l&#233;vis&#233; [29 septembre]. Trump enverra des &#233;quipes de voyous dans les bureaux de vote sous l'apparence de surveillants du scrutin. &lt;br class='autobr' /&gt; Publi&#233; sur le site Alencontre 13 octobre 2020 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Adam Shils &lt;br class='autobr' /&gt;
Les bulletins de vote par correspondance seront d&#233;nonc&#233;s comme des fraudes et des contrefa&#231;ons. Un puits sans fond de contestations juridiques sera ouvert. Des proc&#232;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Etats-Unis-" rel="directory"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Etats-Unis-231-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-du-Nord-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique du Nord&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-06-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-06-16&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton45128-be5fd.jpg?1781365636' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Donald Trump a donn&#233; un aper&#231;u clair de ses projets pour la p&#233;riode post&#233;lectorale lors du premier d&#233;bat pr&#233;sidentiel t&#233;l&#233;vis&#233; [29 septembre]. Trump enverra des &#233;quipes de voyous dans les bureaux de vote sous l'apparence de surveillants du scrutin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; sur le site Alencontre&lt;br class='autobr' /&gt;
13 octobre 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Adam Shils&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bulletins de vote par correspondance seront d&#233;nonc&#233;s comme des fraudes et des contrefa&#231;ons. Un puits sans fond de contestations juridiques sera ouvert. Des proc&#232;s interminables cr&#233;eront un crescendo de panique dans les m&#233;dias. Des organisations d'extr&#234;me droite, comme les Proud Boys, seront &#171; en attente &#187;. C'est la strat&#233;gie de tension qu'il souhaite cr&#233;er.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que Trump souhaite faire ces choses ne signifie pas qu'il en sera n&#233;cessairement capable. Nous ne devons pas nous pr&#233;cipiter. Cependant, il serait insens&#233; de ne pas nous pr&#233;parer &#224; la possibilit&#233; qu'elles se produisent. De nombreux articles sur ce site ont d&#233;j&#224; examin&#233; le contexte politique des &#233;lections. Le but de cet article est d'examiner la strat&#233;gie socialiste dans une possible crise en novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier volet de notre strat&#233;gie commence avant la fermeture des bureaux de vote. Il s'agit d'une vigoureuse contre-mobilisation contre les soi-disant &#171; observateurs des scrutins &#187; de Trump. Ces voyous auront clairement pour but de d&#233;courager et d'intimider les &#233;lecteurs. Nous pouvons facilement visualiser des groupes racistes arm&#233;s se tenant devant les bureaux de vote dans les quartiers afro-am&#233;ricains. Les socialistes devront d&#233;velopper les tactiques et les alliances appropri&#233;es pour affronter et isoler ces forces.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soutenir les manifestations pour les droits d&#233;mocratiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la situation post-&#233;lectorale, il convient d'expliquer notre position de base. Les socialistes soutiennent la d&#233;fense, la pr&#233;servation et l'extension de tous les droits d&#233;mocratiques et des libert&#233;s civiles. Le droit d'un vainqueur &#233;lectoral &#224; assumer une fonction est un droit d&#233;mocratique fondamental. Si Joe Biden remporte les &#233;lections, nous soutenons son droit &#224; devenir pr&#233;sident. Nous participerions pleinement aux manifestations qui r&#233;clament la mise en &#339;uvre des r&#233;sultats du scrutin. Les socialistes prendront leur place dans les manifestations de masse qui risquent d'avoir lieu si Trump tente de voler l'&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, nous pourrions bien devoir lutter contre les d&#233;mocrates pour &#233;tendre et approfondir le mouvement. Nous avons ici un exemple tir&#233; de l'histoire pour nous guider. Le vote de 2000 concernant les r&#233;sultats d'Al Gore et George W. Bush en Floride a &#233;t&#233; fortement contest&#233;. Les r&#233;publicains ont commenc&#233; &#224; initier des actions contre les d&#233;mocrates pendant la p&#233;riode tumultueuse du recomptage. Les m&#233;moires de Jane McAlevey [syndicaliste, universitaire, auteure d'&#233;tudes sur le mouvement ouvrier] et l'excellent film Recount de la cha&#238;ne HBO t&#233;moignent de la capitulation du Parti d&#233;mocrate. Notre objectif sera d'approfondir le mouvement de masse, et non de se pr&#233;occuper de la &#171; respectabilit&#233; &#187; de la proc&#233;dure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous souhaitons voir le mouvement s'&#233;tendre au-del&#224; des simples marches et rassemblements de rue. Les travailleurs postaux pourraient refuser toute action inspir&#233;e par Louis DeJoy [responsable de la poste] et Trump qui entraverait la distribution efficace des bulletins de vote par correspondance. Des occupations symboliques, comme celles qui ont eu lieu dans le Capitole du Wisconsin lors de la grande bataille du secteur public de 2011, repr&#233;sentent une autre possibilit&#233;. De telles actions n&#233;cessiteraient l'organisation de vastes r&#233;seaux de soutien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va sans dire que d&#233;fendre les r&#233;sultats de l'&#233;lection est une tout autre affaire que de soutenir ou d'appuyer politiquement Joe Biden et le Parti d&#233;mocrate. Nous marcherons en tant que d&#233;fenseurs des droits d&#233;mocratiques, et non en tant que partisans de Joe Biden. L'extr&#234;me gauche devra r&#233;fl&#233;chir aux meilleurs moyens de pr&#233;senter notre ind&#233;pendance de classe lors des manifestations contre Trump. Ce probl&#232;me est particuli&#232;rement aigu &#233;tant donn&#233; qu'il n'existe aucune grande organisation socialiste qui puisse organiser de larges contingents et pr&#233;senter ses id&#233;es par le biais d'un journal central. Nous devrions examiner la possibilit&#233; de participer aux manifestations avec des groupes de Black Lives Matter. Les partisans de la campagne Howie Hawkins / Angela Walker [Green Party] peuvent &#233;galement trouver des moyens de travailler ensemble pour faire sentir une pr&#233;sence ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est fort probable que les manifestations contre un vol de l'&#233;lection par Trump se d&#233;roulent dans une atmosph&#232;re tr&#232;s tendue. Des contre-manifestations de l'extr&#234;me droite sont &#224; l'ordre du jour. Il sera important d'organiser efficacement les mobilisations. Les manifestations auront besoin d'une &#171; direction centrale &#187; dont les intentions et les plans seront clairement communiqu&#233;s aux participants. Des &#233;quipes de service d'ordre bien organis&#233;es seront n&#233;cessaires pour d&#233;fendre les manifestations. Les socialistes ont une r&#233;elle exp&#233;rience dans ce domaine et peuvent apporter une contribution importante au succ&#232;s de ces manifestations.&lt;br class='autobr' /&gt;
Garder la t&#234;te froide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me s'il &#233;tait un apologiste de l'imp&#233;rialisme britannique, Rudyard Kipling [1865-1936, auteur entre autres du c&#233;l&#232;bre Livre de la jungle et Tu seras un homme mon fils] savait comment tourner une phrase. La n&#233;cessit&#233; de &#171; garder la t&#234;te froide quand ceux autour de vous perdent la leur &#187; est une injonction importante pour nous. Le caract&#232;re funeste ou la menace du trumpisme ne changent en rien la nature de classe fondamentale de Joe Biden et du Parti d&#233;mocrate. Trump est peut-&#234;tre sur le sentier de la guerre, mais le Parti d&#233;mocrate est toujours une composante int&#233;grale de la classe capitaliste &#233;tatsunienne. L'action de masse dans les rues et sur les lieux de travail est toujours le moyen de r&#233;sister. Soutenir le Parti d&#233;mocrate sape encore cette r&#233;sistance en soutenant l'organisation qui absorbe et assimile le m&#233;contentement dans ce pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ici les &#233;lections, nous avons du pain sur la planche : soutenir tous les exemples de lutte comme les manifestations qui ont suivi la peine minimale inflig&#233;e &#224; la police suite au meurtre de Breonna Taylor [assassin&#233;e dans la nuit du 12 au 13 mars 2020 par la police de Louiseville dans le Kentucky], soutenir le ticket EcoSocialiste vert de Howie Hawkins et Angela Walker 2020, et d&#233;fier les brutes d'extr&#234;me droite &#171; observatrices du scrutin &#187;. Tout en travaillant sur ces projets, les socialistes continueront &#224; d&#233;fendre leur point de vue sur les raisons pour lesquelles les Biden et les d&#233;mocrates font partie du probl&#232;me et non de la solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si une crise devait se d&#233;velopper apr&#232;s les &#233;lections, notre approche d'ensemble est claire : soutien &#233;nergique &#224; toutes les mobilisations pour la d&#233;fense des droits d&#233;mocratiques, soutien constant aux perspectives d'ind&#233;pendance et de lutte des classes. (Article publi&#233; sur le site d'International Socialism Project, le 4 octobre 2020 ; traduction r&#233;daction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adam Shils est un enseignant &#224; la retraite de la r&#233;gion de Chicago. Il a une longue histoire d'activit&#233; dans les mouvements syndical et marxiste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Etats-Unis-d&#233;bat. Quelle orientation des courants de DSA adoptent-ils face au Parti d&#233;mocrate, dans une perspective &#233;lectorale ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Etats-Unis-debat-Quelle-orientation-des-courants-de-DSA-adoptent-ils-face-au</link>
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		<dc:date>2020-10-20T07:05:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul D'Amato</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique du Nord</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-06-16</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;De nombreux membres de la gauche aux &#201;tats-Unis, y compris certains anciens partisans d'une politique ind&#233;pendante face aux d&#233;mocrates et aux r&#233;publicains, ont adopt&#233; l'id&#233;e que des socialistes puissent se pr&#233;senter sur des listes du Parti d&#233;mocrate. &lt;br class='autobr' /&gt; 13 octobre 2020 Alencontre D&#233;bats, Etats-Unis 0 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Paul D'Amato &lt;br class='autobr' /&gt;
(Certains sont m&#234;me all&#233;s plus loin, en se pronon&#231;ant pour un vote en faveur Joe Biden.) L'argument a &#233;t&#233; que cela donnerait &#224; notre camp le temps de renforcer ses forces (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Afrique-du-Nord-+" rel="tag"&gt;Afrique du Nord&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH99/arton45127-f14d3.jpg?1781365636' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;De nombreux membres de la gauche aux &#201;tats-Unis, y compris certains anciens partisans d'une politique ind&#233;pendante face aux d&#233;mocrates et aux r&#233;publicains, ont adopt&#233; l'id&#233;e que des socialistes puissent se pr&#233;senter sur des listes du Parti d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;13 octobre 2020 Alencontre D&#233;bats, Etats-Unis 0&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Paul D'Amato&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Certains sont m&#234;me all&#233;s plus loin, en se pronon&#231;ant pour un vote en faveur Joe Biden.) L'argument a &#233;t&#233; que cela donnerait &#224; notre camp le temps de renforcer ses forces afin qu'&#224; l'avenir il puisse y avoir une rupture r&#233;ussie avec le Parti d&#233;mocrate pour former un troisi&#232;me parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils affirment, comme de nombreux porte-parole de DSA (Democratic Socialists of America), que le fait de fonctionner ind&#233;pendamment du Parti d&#233;mocrate condamne d&#233;sormais les socialistes &#224; l'isolement et que l'utilisation des listes du Parti d&#233;mocrate est la seule fa&#231;on de gagner les &#233;lections, d'attirer des forces et de pr&#233;parer le terrain pour une future rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des partisans de cette strat&#233;gie, qualifi&#233;e de &#171; pause sale &#187; [de &#171; rupture postpos&#233;e &#187;], insistent sur le fait que leur compr&#233;hension du r&#244;le que joue le Parti d&#233;mocrate dans la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine n'a pas chang&#233;. Ils le consid&#232;rent toujours comme un parti des grandes firmes qui ne peut &#234;tre chang&#233; de l'int&#233;rieur. Ce qui est diff&#233;rent cette fois-ci, affirment-ils, c'est que depuis 2016, un mouvement socialiste s'est d&#233;velopp&#233; en grande partie gr&#226;ce &#224; la popularit&#233; de Bernie Sanders (s&#233;nateur ind&#233;pendant du Vermont) qui s'est pr&#233;sent&#233; comme candidat d&#233;mocrate &#224; la pr&#233;sidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tempestmag, un site web r&#233;cemment cr&#233;&#233; par d'anciens membres de l'Organisation socialiste internationale (ISO) et plusieurs autres, a publi&#233; un article de Joe Evica et Andrew Sernatinger, &#171; Taking the dirty break seriously &#187; (Prendre au s&#233;rieux la pause sale), qui insiste sur cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article contient une critique convaincante et puissante de ce que certaines sections de DSA ont d&#233;crit, en utilisant une expression invent&#233;e par l'ancien membre de l'ISO Eric Blanc, comme la &#171; strat&#233;gie de la pause sale &#187;, montrant de fa&#231;on convaincante que la pratique r&#233;elle de DSA dans la pr&#233;sentation (ou le soutien) de candidats utilisant les listes des d&#233;mocrates finit par &#234;tre &#171; similaire au r&#233;alignement &#187; (c'est-&#224;-dire changer le parti de l'int&#233;rieur) plut&#244;t que de cr&#233;er une dynamique pour une quelconque rupture. Ils &#233;crivent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La position d'Alexandria Ocasio-Cortez [&#233;lue en novembre 2028 &#224; la Chambre des repr&#233;sentants pour le 14e district de New York] et d'autres militants pose un probl&#232;me majeur &#224; ceux qui sont partisans de la CSE [Class Struggle Elections] ou de la &#171; pause sale &#187;, comme l'explique Eric Blanc. Si la majorit&#233; des candidats se placent fermement au sein du Parti d&#233;mocrate et n'ont pas l'intention d'en sortir eux-m&#234;mes, qu'est-ce qui nous fait penser que ces efforts nous pr&#233;parent &#224; une rupture ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ajoutent : &#171; Les candidats soutenus par DSA n'ont g&#233;n&#233;ralement pas de comptes &#224; rendre &#224; l'organisation et ne travaillent pas directement &#224; sa construction, et encore moins &#224; une rupture politique avec le Parti d&#233;mocrate. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'y a aucune preuve &#187;, concluent-ils, que cette approche a &#171; tout fait pour pr&#233;parer l'ind&#233;pendance politique : on pourrait compter, d'un c&#244;t&#233;, les campagnes partisanes que DSA a soutenues et qui ne d&#233;pendent pas du Parti d&#233;mocrate. En effet, il y a eu plus de contr&#244;le du d&#233;sir de se pr&#233;senter en dehors du Parti d&#233;mocrate que d'encouragement du besoin de rompre avec lui. Choisir de ne pas cr&#233;er d'organisation ind&#233;pendante tout en utilisant la liste &#233;lectorale du Parti d&#233;mocrate exclut la possibilit&#233; de cr&#233;er une communaut&#233; de personnes capables de s'en d&#233;tacher. Plut&#244;t que d'&#234;tre un moyen efficace, bien que &#171; sale &#187;, de cr&#233;er un terrain plus favorable &#224; la rupture, cette strat&#233;gie nous maintient &#224; l'int&#233;rieur du Parti d&#233;mocrate. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un argument convaincant, que beaucoup d'entre nous ont fait valoir au cours des derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'article tire son &#233;pingle du jeu en acceptant le postulat de base de la strat&#233;gie de la &#171; pause sale &#187; selon laquelle la gauche devrait utiliser les listes &#233;lectorales du Parti d&#233;mocrate (c'est-&#224;-dire travailler &#224; l'int&#233;rieur du parti), mais qu'elle devrait le faire d'une mani&#232;re plus efficace. &#171; Nous devons nous assurer qu'en nous salissant &#187;, &#233;crivent-ils, &#171; nous ne finissons pas par re-l&#233;gitimer le Parti d&#233;mocrate au lieu de l'affaiblir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs de l'article cit&#233; proposent la strat&#233;gie suivante pour les candidats de DSA qui se pr&#233;sentent sur les listes du Parti d&#233;mocrate afin de mettre en &#339;uvre efficacement la &#171; sale pause &#187;. Ils doivent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Etre clairs sur leur politique dans les campagnes &#233;lectorales &#8211; ce que nous faisons doit &#234;tre distinct ;&lt;br class='autobr' /&gt; S'abstenir de promouvoir le Parti d&#233;mocrate, de se qualifier &#171; fiers d'&#234;tre d&#233;mocrates &#187; ou de pr&#233;tendre d'une autre mani&#232;re &#171; r&#233;parer &#187; ou &#171; reconqu&#233;rir &#187; le parti ;&lt;br class='autobr' /&gt; Poursuivre les r&#233;formes qui rendent les candidatures ind&#233;pendantes plus ais&#233;es, plus r&#233;alisables et plus comp&#233;titives ;&lt;br class='autobr' /&gt; Ne pas nuire &#224; l'int&#233;r&#234;t en faveur des initiatives ind&#233;pendantes (troisi&#232;me parti) ;&lt;br class='autobr' /&gt; S'abstenir de prendre des postes dans les structures du Parti d&#233;mocrate ;&lt;br class='autobr' /&gt; Ne pas soutenir d'autres d&#233;mocrates, en particulier apr&#232;s avoir perdu une primaire, &#224; moins que le d&#233;mocrate ne remplisse &#233;galement les crit&#232;res mentionn&#233;s ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces six crit&#232;res pour une &#171; pause sale &#187; plus efficace sont une version &#233;dulcor&#233;e des propositions faites par Joe Evica il y a quelques ann&#233;es lorsqu'il &#233;tait membre de l'ISO. A l'&#233;poque, il a propos&#233; une strat&#233;gie de &#171; rupture propre et sale &#187; avec les crit&#232;res suivants. Le candidat doit : se d&#233;crire comme un socialiste et un anticapitaliste qui refuse l'appui des grands capitaux ; d&#233;clarer ouvertement qu'il n'est pas d&#233;mocrate et d&#233;clarer que les d&#233;mocrates sont un parti capitaliste ; refuser d'appuyer tout autre d&#233;mocrate qui n'a pas la m&#234;me position d&#233;clar&#233;e ; expliquer qu'il utilise uniquement la liste &#233;lectorale d&#233;mocrate &#8211; parce que les tiers sont bloqu&#233;s par le syst&#232;me &#8211; pour cr&#233;er des ouvertures pour un tiers parti ; et, enfin, se pr&#233;senter comme ind&#233;pendant s'il perd au cours de la primaire d&#233;mocrate [qui s&#233;lectionne les candidats].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette proposition, en &#233;non&#231;ant de mani&#232;re simple et audacieuse ce qu'une &#171; pause sale &#187; devrait entra&#238;ner pour &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme telle expose imm&#233;diatement sa propre faiblesse d&#233;cisive. Le Parti d&#233;mocrate ne permettrait en aucun cas aux candidats de promouvoir des politiques et des propositions qui s'opposent ouvertement &#224; lui. Ils ont &#224; peine tol&#233;r&#233; Bernie Sanders &#8211; qui a d&#233;clar&#233; sa loyaut&#233; au parti et a tenu sa promesse de soutenir les deux candidats d&#233;mocrates centristes lorsqu'il a perdu les primaires en 2016 [Hillary Clinton] et en 2020 [Joe Biden]. En effet, l'appareil d&#233;mocrate a travaill&#233; dur pour s'assurer &#224; chaque fois que Sanders ne remporterait pas l'investiture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ils n'ont pas accept&#233; Sanders, ils mobiliseraient certainement encore plus toutes les ressources du parti, y compris en r&#233;&#233;crivant si n&#233;cessaire ses r&#232;gles, pour emp&#234;cher tout candidat de se pr&#233;senter aux primaires en tant que d&#233;mocrate qui pr&#233;tendrait ouvertement vouloir saper le parti et en tirer des votes en faveur d'un tiers parti. En r&#233;alit&#233;, ils l'ont d&#233;j&#224; fait : en 2019, le DNC [Democratic National Committee] a exig&#233; que tous les candidats &#224; la pr&#233;sidence signent un engagement (que Bernie a sign&#233;) stipulant qu'ils &#171; sont d&#233;mocrates&#8230; sont membres du Parti d&#233;mocrate ; accepteront la nomination d&#233;mocrate ; et se pr&#233;senteront et serviront en tant que membres du Parti d&#233;mocrate &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#171; vraie &#187; politique de &#171; pause sale &#187;, donc, serait morte &#224; l'arriv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu importe &#224; quel point une organisation ou un candidat pr&#233;tend mettre en &#339;uvre une &#171; pause sale &#187;, ils seront imm&#233;diatement oblig&#233;s de faire de s&#233;rieux compromis politiques afin de pouvoir m&#234;me se pr&#233;senter en tant que d&#233;mocrates. Utiliser une liste &#233;lectorale &#171; efficacement &#187; signifie donc que vous &#234;tes d&#233;j&#224; sur la voie de la paix avec le parti. De plus, il existe une pression naturelle, en dehors de toute mesure disciplinaire qui pourrait &#234;tre prise sur toute personne se pr&#233;sentant comme d&#233;mocrate, pour qu'elle se solidarise avec le parti, m&#234;me si c'est de fa&#231;on critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;volution a eu lieu entre l'ancienne proposition et celle du nouvel article mentionn&#233; [publi&#233; dans Tempestmag], qui impose des exigences beaucoup plus l&#233;g&#232;res aux candidats potentiels de DSA et utilise un langage beaucoup plus vague. Le candidat doit &#171; &#234;tre clair sur sa politique &#187;, ne pas &#171; promouvoir le Parti d&#233;mocrate &#187;, ne pas saper l'int&#233;r&#234;t pour les initiatives des partis tiers, et ne pas accepter un emploi dans le parti ou soutenir des d&#233;mocrates non soutenus par DSA. La position des auteurs repr&#233;sente peut-&#234;tre une reconnaissance d&#233;tourn&#233;e de l'impossibilit&#233; pratique de la strat&#233;gie de la &#171; pause sale &#187; en toutes circonstances. Le fait qu'aucun candidat soutenu par DSA ne se soit pr&#233;sent&#233; sur la base de la strat&#233;gie de la &#171; pause sale &#187; n'est-il pas la preuve que le concept n'est qu'une couverture pour rester dans le parti et rien de plus ? N'est-il pas &#233;galement r&#233;v&#233;lateur qu'Eric Blanc, qui a initialement invent&#233; le terme &#171; dirty break &#187; (pause sale), appelle maintenant les membres de DSA &#224; voter pour Joe Biden ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me partie de l'article mentionn&#233;, en expliquant comment mieux faire la &#171; pause sale &#187;, annule la premi&#232;re partie. Les auteurs ne tirent pas la conclusion logique de leur analyse. Si la &#171; pause sale &#187; est une feuille de vigne pour rester li&#233; au Parti d&#233;mocrate, alors &#224; quoi peut-elle bien servir pour les socialistes ? (Article publi&#233; sur le site d'International Socialism Project, le 8 octobre 2020 ; traduction r&#233;daction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul D'Amato est l'auteur de The Meaning of Marxism et a &#233;t&#233; le r&#233;dacteur en chef de l'International Socialist Review. Il est l'auteur de nombreux articles sur un large &#233;ventail de sujets.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Plus d'un millier de syndicalistes et d'activistes assassin&#233;s en Colombie depuis l'accord de paix</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Plus-d-un-millier-de-syndicalistes-et-d-activistes-assassines-en-Colombie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Plus-d-un-millier-de-syndicalistes-et-d-activistes-assassines-en-Colombie</guid>
		<dc:date>2020-10-13T06:51:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Thomas</dc:creator>


		<dc:subject>Colombie</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-06-16</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il y a quatre ans, le 26 septembre 2016, &#233;tait sign&#233; un accord de paix entre les autorit&#233;s colombiennes et les Forces arm&#233;es r&#233;volutionnaires de Colombie (FARC), cens&#233; mettre fin &#224; cinquante-deux ans de conflit arm&#233;. Mais la paix, les Colombiens et Colombiennes l'attendent toujours. Une analyse du chercheur Fr&#233;d&#233;ric Thomas. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res vendredi 25 septembre 2020 &lt;br class='autobr' /&gt;
par THOMAS Fr&#233;d&#233;ric Contrairement &#224; ses deux grands voisins, le Venezuela et le Br&#233;sil, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Colombie-+" rel="tag"&gt;Colombie&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-06-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-06-16&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton45068-032dd.jpg?1781365636' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a quatre ans, le 26 septembre 2016, &#233;tait sign&#233; un accord de paix entre les autorit&#233;s colombiennes et les Forces arm&#233;es r&#233;volutionnaires de Colombie (FARC), cens&#233; mettre fin &#224; cinquante-deux ans de conflit arm&#233;. Mais la paix, les Colombiens et Colombiennes l'attendent toujours. Une analyse du chercheur Fr&#233;d&#233;ric Thomas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
vendredi 25 septembre 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;par THOMAS Fr&#233;d&#233;ric&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ses deux grands voisins, le Venezuela et le Br&#233;sil, la Colombie n'occupe gu&#232;re de place dans nos m&#233;dias. &#192; croire que, longtemps coinc&#233; dans la rubrique &#171; narcotrafic &#187;, le pays de Pablo Escobar s'est normalis&#233; avec la signature de l'accord de paix, en 2016. Fin de la guerre, fin de l'histoire. D'o&#249; l'oubli &#8211; m&#233;diatique en tous les cas &#8211; dans lequel le pays est tomb&#233;&#8230; Et le choc &#224; y regarder de plus pr&#232;s, pour quiconque d&#233;couvre la gravit&#233; de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2019, la Fondation pour la libert&#233; de la presse a enregistr&#233; 113 menaces et 360 agressions contre des journalistes. Class&#233;e 130e sur 180 pays en mati&#232;re de libert&#233; de la presse, loin derri&#232;re l'Argentine (64e) et m&#234;me le Br&#233;sil (107e), la Colombie se montre plus dangereuse encore pour les travailleurs, au point de faire partie des &#171; dix pires pays &#187; au monde selon la Conf&#233;d&#233;ration syndicale internationale (CSI) [1]. Si le nombre d'assassinats de syndicalistes a baiss&#233; pendant la p&#233;riode 2014-2016, alors que se n&#233;gociait l'accord de paix, il est &#224; nouveau en hausse depuis 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Record du nombre de d&#233;fenseurs environnementaux assassin&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 2016 et 2018, dans pr&#232;s de la moiti&#233; des cas, les auteurs des assassinats de syndicalistes n'ont pas &#233;t&#233; identifi&#233;s. Parmi ceux qui le sont, la plupart sont des paramilitaires. En 2018, ann&#233;e particuli&#232;rement meurtri&#232;re, 34 syndicalistes furent tu&#233;s. 14 autres entre 2019 et d&#233;but 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Colombie d&#233;tient &#233;galement le triste record du nombre de d&#233;fenseurs environnementaux assassin&#233;s. En 2019, 212 personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es &#224; travers le monde pour avoir d&#233;fendu pacifiquement leurs terres ou s'&#234;tre oppos&#233;es &#224; la destruction de la nature. 64 d'entre eux &#233;taient colombiens. Encore s'agit-il d'une approximation minimale car bien souvent les cas ne sont pas enregistr&#233;s [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin 2019, selon le Haut Commissariat pour les r&#233;fugi&#233;s (HCR), il y avait un peu plus de six millions de personnes d&#233;plac&#233;es en Syrie &#224; cause du conflit qui ravage ce pays depuis 2011. En Colombie, huit millions de personnes sont d&#233;plac&#233;es &#224; cause des violences. C'est le pays qui continue d'enregistrer le nombre le plus &#233;lev&#233; de d&#233;plac&#233;s internes au monde [3]. &#192; ceux-ci, il convient d'ajouter plus de 1,2 million de migrants v&#233;n&#233;zu&#233;liens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une guerre pour d&#233;placer les personnes des terres convoit&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de se r&#233;sorber, le nombre de d&#233;plac&#233;s est reparti &#224; la hausse en 2018. Depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e 2020, plus de 16 000 personnes ont &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;es [4]. Des chiffres qui jettent une lumi&#232;re crue sur la dynamique du conflit arm&#233; : il y a des d&#233;plac&#233;s &#224; cause de la guerre, mais surtout une guerre pour d&#233;placer les personnes des terres convoit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 f&#233;vrier 2020 fut pr&#233;sent&#233; le Rapport annuel du Haut Commissariat des Nations unies pour les droits humains sur la situation en Colombie durant l'ann&#233;e 2019 [5]. Il dresse un sombre tableau. 36 attaques, provoquant la mort de 133 personnes &#8211; chiffre le plus &#233;lev&#233; depuis 2014 &#8211; ont &#233;t&#233; enregistr&#233;es cette ann&#233;e-l&#224;. En outre, 108 d&#233;fenseurs des droits humains ont &#233;t&#233; assassin&#233;s. L'organisation colombienne, Indepaz, a comptabilis&#233;, quant &#224; elle, le 21 ao&#251;t 2020, le milli&#232;me dirigeant social ou d&#233;fenseur des droits humains assassin&#233; depuis la signature de l'accord de paix en 2016 [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sid&#233;ration face aux coups et &#224; la brutalit&#233; ne doit pas faire croire &#224; une violence &#171; gratuite &#187; ou &#171; aveugle &#187;. La logique de la guerre est connue et document&#233;e, ainsi que ses marqueurs historiques, territoriaux et &#171; d&#233;veloppementalistes &#187;. Le rapport du HCR le rappelle : sur les 108 d&#233;fenseurs tu&#233;s, deux-tiers s'occupaient des droits des communaut&#233;s et groupes ethniques, et les trois-quarts d'entre eux ont &#233;t&#233; assassin&#233;s en milieu rural, dans des municipalit&#233;s caract&#233;ris&#233;es par une pauvret&#233; sup&#233;rieure &#224; la moyenne nationale, une violence end&#233;mique, et la pr&#233;sence de groupes arm&#233;s et de cultures illicites (le plus souvent la coca).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le taux d'impunit&#233; pour les homicides contre les d&#233;fenseurs des droits avoisine 95 %&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre ou cinq d&#233;partements, dont Antioquia et le Cauca, sur les 32 que compte le pays, concentrent la majorit&#233; des exactions. Ainsi, selon Indepaz, sur les 51 exactions qui ont eu lieu dans le pays depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e, plus de la moiti&#233; se sont d&#233;roul&#233;es dans trois d&#233;partements : Antioquia, Nari&#241;o et Cauca [7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La courbe de la violence aggrave les in&#233;galit&#233;s de l'un des pays d&#233;j&#224; les plus in&#233;galitaires du continent latino-am&#233;ricain. La pauvret&#233; est trois fois plus &#233;lev&#233;e en milieu rural qu'en milieu urbain, l'analphab&#233;tisme quatre fois plus. Les populations autochtones et les communaut&#233;s afro-colombiennes, majoritairement rurales, cumulent les discriminations et sont particuli&#232;rement affect&#233;es par la violence. Le HCR exprimait d'ailleurs sa pr&#233;occupation concernant les homicides des communaut&#233;s autochtones du Cauca, dont 66 membres du peuple Nasa, au nord du d&#233;partement, ont &#233;t&#233; tu&#233;s en 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manque d'acc&#232;s &#224; la justice, l'impunit&#233; &#8211; le taux d'impunit&#233; pour les homicides contre les d&#233;fenseurs des droits humains tourne autour de 95 % &#8211;, l'absence de r&#233;parations, mat&#233;rielles et symboliques, envers les victimes, le refus de s'attaquer aux causes structurelles du conflit arm&#233; qui a d&#233;chir&#233; le pays&#8230; Tout cela participe du cycle de d&#233;ni, de violence et d'injustice. La Colombie a encore &#233;t&#233; frapp&#233;e de plein fouet par une terrible vague de violences cet &#233;t&#233;, avec dix massacres en ao&#251;t [8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la terre est au centre de la guerre. La r&#233;forme agraire int&#233;grale, inscrite dans l'accord de paix, constitue l'un des principaux d&#233;fis du d&#233;passement du conflit arm&#233;. Et la mesure de l'&#233;chec de quatre ans de paix. Sur les 6,5 millions d'hectares d&#233;poss&#233;d&#233;s au cours des d&#233;cennies pr&#233;c&#233;dentes, moins de 6% ont &#233;t&#233; restitu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accord de paix suppose une coexistence entre agriculture paysanne et extractivisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le processus n'avance pas, c'est beaucoup moins du fait de difficult&#233;s techniques ou de lenteurs bureaucratiques qu'en raison d'une contre-r&#233;forme agraire, dont la d&#233;possession est le principal marqueur, et qui demeure l'objectif du pouvoir. L'accord de paix suppose une coexistence entre agriculture paysanne et extractivisme, &#224; savoir l'exploitation intensive de ressources naturelles peu ou pas transform&#233;es, et principalement destin&#233;es &#224; l'exportation. Dans les faits, il n'y a pas cohabitation, mais subordination de l'agriculture paysanne aux dynamiques de la globalisation n&#233;olib&#233;rale, centr&#233;es sur les m&#233;ga-projets &#233;nerg&#233;tiques et les monocultures d'exportation [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que cette strat&#233;gie pr&#233;vaudra et que le rapport de force, liant le pouvoir et ceux qui ont d&#233;poss&#233;d&#233; les paysans et paysannes en accaparant leurs terres, ne sera pas renvers&#233;, la paix restera &#171; en attente &#187;. Or, la mani&#232;re de regarder ce qui se passe en Colombie, le fait d'&#233;couter et de partager la soif de justice et de dignit&#233; des acteurs colombiens, participe, &#224; sa mesure, fut-elle d&#233;risoire, de ce renversement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi sombre et d&#233;sesp&#233;rant que puisse &#234;tre ce tableau, il n'en reste pas moins partiel, bouscul&#233; et travers&#233; d'&#233;clairs, aux couleurs des populations autochtones, des communaut&#233;s afro-colombiennes, des mouvements de femmes et de paysans, des organisations syndicales et &#233;tudiantes, de toutes les luttes qui dessinent un autre pays. On peut m&#234;me avancer que ce sont la beaut&#233; et la richesse de ces ressources naturelles, la force et la diversit&#233; de ces luttes, que la logique de la guerre cherche &#224; capter et &#224; neutraliser, butant sans cesse sur la r&#233;sistance qu'elles lui opposent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Thomas, docteur en sciences politiques, charg&#233; d'&#233;tude au CETRI &#8211; Centre tricontinental.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Imbrication. Femmes, race et classe dans les mouvements sociaux</title>
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		<dc:date>2020-08-25T08:19:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jules Falquet</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-06-16</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Contretemps publie l'introduction du livre de Jules Falquet, Imbrication, Femmes, race et classe dans les mouvements sociaux, paru en f&#233;vrier 2020 aux &#233;ditions du Croquant. Ce livre s'arr&#234;te sur la complexit&#233; des identit&#233;s, des loyaut&#233;s et des int&#233;r&#234;ts de chacun-e dans les mouvements sociaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ouvrage pr&#233;sente l'histoire de luttes guerrill&#232;res (Salvador), Indiennes-paysannes (mouvement zapatiste au Mexique) ou Noires (Br&#233;sil, R&#233;publique Dominicaine, USA), ainsi que les mouvements de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres et revues&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-06-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-06-16&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L111xH150/arton44108-9a2b3.png?1781365636' class='spip_logo spip_logo_right' width='111' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Contretemps publie l'introduction du livre de Jules Falquet, Imbrication, Femmes, race et classe dans les mouvements sociaux, paru en f&#233;vrier 2020 aux &#233;ditions du Croquant. Ce livre s'arr&#234;te sur la complexit&#233; des identit&#233;s, des loyaut&#233;s et des int&#233;r&#234;ts de chacun-e dans les mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage pr&#233;sente l'histoire de luttes guerrill&#232;res (Salvador), Indiennes-paysannes (mouvement zapatiste au Mexique) ou Noires (Br&#233;sil, R&#233;publique Dominicaine, USA), ainsi que les mouvements de femmes, f&#233;ministes et lesbiens du continent : les femmes des Am&#233;riques et des Cara&#239;bes nous tendent un miroir exceptionnel pour mieux comprendre &#171; l'intersectionnalit&#233; &#187; &#224; un moment de foisonnement des luttes, parfois d&#233;routant. Partant du quotidien de ces mouvements pour parvenir &#224; une v&#233;ritable &#171; science des opprim&#233;&#183;e&#183;s &#187;, ce livre s'adresse aussi bien au public curieux qu'aux activistes et au monde de la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extrait du livre de Jules Falquet, &lt;i&gt;Imbrication. Femmes, race et classe dans les mouvemetns sociaux&lt;/i&gt;, publi&#233; le 20 mars 2020 aux &#201;ditions du Coquant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de la revue de critique communiste Contretemps&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/imbrication-femmes-race-classe-mouvements-sociaux/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/imbrication-femmes-race-classe-mouvements-sociaux/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction de l'ouvrage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La situation sociale, politique, &#233;conomique et environnementale actuelle, en France comme dans le monde, para&#238;t &#224; beaucoup d&#233;sesp&#233;rante. De nombreuses luttes &#233;clatent ici et l&#224;, mais la r&#233;pression est brutale. La volont&#233; de faire &#233;merger des alliances suffisamment larges pour inverser le rapport de forces se heurte &#224; la d&#233;sorientation politique. Pour quel projet lutter ? Avec qui ? Les organisations de classe traditionnelles (partis, syndicats) qui avaient rassembl&#233; et gagn&#233; d'importantes victoires au XX&#232;me si&#232;cle, sont discr&#233;dit&#233;es, et beaucoup ne savent plus si le prol&#233;tariat existe encore &#8212;m&#234;me si la tr&#232;s haute bourgeoisie et les nouveaux riches se portent bien. Les luttes des f&#233;ministes, transform&#233;es en demande de parit&#233; et d'inclusion des droits des LGBTQI+[1], semblent devenues un marqueur du monde &#171; occidental &#187;, une &#171; preuve de civilisation &#187; au nom de laquelle les gouvernements des anciens pays colonisateurs pr&#233;tendent justifier leurs agressions contre les pays du Sud, les migrant-e-s et les quartiers populaires. Quant au racisme, face &#224; la mondialisation-fragmentation du march&#233; du travail et &#224; la complexification des migrations, il a pris tant de formes pour viser tant de cibles que l'on ne sait plus tr&#232;s bien par o&#249; l'attaquer : lutte contre les politiques migratoires iniques et pour les papiers, contre la discrimination au logement et &#224; l'embauche, contre l'islamophobie bien fran&#231;aise mais aussi internationale ? Lutte pour d&#233;coloniser les mouvements dits progressistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, quand le terme d'intersectionnalit&#233; appara&#238;t en France, il y a quelques ann&#233;es, il d&#233;clenche toutes sortes de r&#233;actions. Certain-e-s s'en emparent comme d'une mani&#232;re noble de d&#233;signer enfin un point aveugle des luttes antiracistes comme des luttes f&#233;ministes (et bien plus encore, des luttes de classe), &#224; savoir les femmes faisant l'objet du racisme. A la place de la notion, il est vrai assez insatisfaisante, de &#171; racis&#233;es &#187;, les femmes Noires[2] ou Arabes deviennent visibles en tant qu' &#171; intersectionnelles &#187;. D'autres s'offusquent de l'importation d'un jargon venu des Etats-Unis, forc&#233;ment inadapt&#233; pour d&#233;crire les sp&#233;cificit&#233;s de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Certain-e-s y voient une mode universitaire ou militante sur laquelle surfer pour obtenir cr&#233;dits et notori&#233;t&#233;. Une petite minorit&#233;, dont la voix porte de fa&#231;on inversement proportionnelle &#224; son poids statistique, pousse des cris scandalis&#233;s en assimilant dans une m&#234;me r&#233;probation conservatrice la suppos&#233;e &#171; th&#233;orie du genre &#187; et l'intersectionnalit&#233;. Dans tout cela, l'histoire des id&#233;es est bien malmen&#233;e et le projet originel li&#233; &#224; ce concept, &#224; savoir la lutte pour la justice sociale, para&#238;t loin (Bilge, 2015). Mais dans le fond, de quoi parlons-nous au juste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer &#224; dissiper le bruit et la fureur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sexe, race et classe : ces incompris&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe de nombreuses mani&#232;res d'essayer de comprendre ces notions complexes que sont la classe (concept accept&#233; quoique souvent mal d&#233;fini), le sexe (naturalis&#233; &#224; tort, mais tenu pour acquis par la majorit&#233; des gens) et la &#171; race &#187; (th&#232;me si sensible que par moments, j'y mettrai des guillemets). Pour beaucoup, ces trois notions font r&#233;f&#233;rence &#224; l'identit&#233; individuelle des personnes et constituent en quelque sorte les coordonn&#233;es qui les situent les unes par rapport aux autres. Il peut s'agir d'identit&#233;s &#171; objectives &#187; (les guillemets indiquant que tout cela est toujours relatif &#8212;mais est-on ou non, par exemple, propri&#233;taire de moyens de production ?), subjectives (g&#233;n&#233;ralement, les personnes blanches estiment en quelque sorte qu'elles n'ont pas de couleur ni de &#171; race &#187;) ou encore assign&#233;es (le policier qui frappe &#224; mort une lesbienne noire parce qu'il l'a prise pour un homme et pour un d&#233;linquant est indiff&#233;rent au fait qu'il s'agit en r&#233;alit&#233; d'une m&#232;re de famille qui emm&#232;ne son fils &#224; un cours de musique &#8212;comme cela a &#233;t&#233; le cas de Luana/Luan Victor Barbosa, &#224; qui ce livre est d&#233;di&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous un autre angle, d&#233;velopp&#233; notamment dans le cadre des luttes collectives, on peut penser en termes de syst&#232;mes sociaux. Le syst&#232;me capitaliste serait celui qui produit les classes sociales, le syst&#232;me patriarcal produirait des d&#233;finitions arbitraires des femmes et des hommes et ferait correspondre fillettes et petits gar&#231;ons &#224; ces mod&#232;les, par la socialisation &#171; positive &#187; et si n&#233;cessaire, la sanction. Le syst&#232;me raciste entretiendrait la marginalisation et l'oppression de certains groupes humains par d'autres, au pr&#233;texte que des apparences physiques diverses correspondraient &#224; des &#171; races &#187; aux aptitudes diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, on peut envisager ces notions, comme le fait une partie de la sociologie &#8212;et tout particuli&#232;rement la th&#233;orie f&#233;ministe mat&#233;rialiste &#224; laquelle j'adh&#232;re&#8212;, comme le r&#233;sultat de rapports sociaux. Les rapports sociaux &#233;tant eux-m&#234;mes d&#233;finis comme des rapports de pouvoir ou tensions qui structurent l'enti&#232;ret&#233; du champ social autour d'enjeux &#8212;notamment, le travail. Chacun de ces rapports sociaux cr&#233;e deux groupes antagoniques principaux, dialectiquement li&#233;s l'un &#224; l'autre par des int&#233;r&#234;ts contradictoires[3]. Dans cette perspective, les rapports capitalistes qui se sont mis en place sur les d&#233;combres du f&#233;odalisme et de l'Ancien r&#233;gime, suite &#224; une double r&#233;volution bourgeoise puis industrielle, ont progressivement cr&#233;&#233; (principalement) deux classes (dites sociales) antagoniques, le prol&#233;tariat et la bourgeoisie. Les rapports sociaux de sexe, en pr&#233;tendant s'appuyer sur la biologie, d&#233;finissent des femmes et des hommes comme des entit&#233;s naturelles et immuables &#8212;bien que chacun-e puisse en r&#233;alit&#233; constater la variabilit&#233; du &#171; f&#233;minin &#187; et du &#171; masculin &#187; avec le temps ou dans diff&#233;rentes cultures. Enfin, les rapports sociaux de race tels que nous les connaissons aujourd'hui sont apparus d'abord avec la &#171; reconqu&#234;te &#187; de l'Espagne par les reines et rois catholiques contre les Juifs et les Maures, m&#234;lant dans un premier temps une id&#233;e de &#171; puret&#233; du sang &#187; avec la religion profess&#233;e. Puis la d&#233;couverte d'un continent jusque-l&#224; compl&#232;tement inconnu de l'Europe, arbitrairement baptis&#233; Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes &#8212;que j'appellerai ici plut&#244;t Abya Yala[4] ou Am&#233;frique ladine[5] et sa colonisation ont donn&#233; lieu peu &#224; peu &#224; une nouvelle logique de &#171; race &#187; : les populations locales de ces immenses colonies ont &#233;t&#233; homog&#233;n&#233;is&#233;es en tant qu'Indienn-ne-s, deshumanis&#233;-e-s, brutalement et massivement assassin&#233;es et leurs survivant-e-s sauvagement mis-es au travail, tandis que d'autres populations europ&#233;ennes marginales, puis d'autres populations arrach&#233;es au continent africain, ont &#233;t&#233; envoy&#233;es de force dans ces nouvelles colonies et tenues en esclavage. Lorsque la traite a commenc&#233; &#224; se d&#233;velopper et &#224; se concentrer sur les c&#244;tes de l'Afrique subsaharienne[6], un nouveau discours a assimil&#233; la couleur de peau Noire &#224; un certain nombre de traits r&#233;put&#233;s intrins&#232;ques, eux-m&#234;mes construits de mani&#232;re &#224; justifier l'injustifiable traitement r&#233;serv&#233; &#224; ces Africain-e-s et &#224; leurs descendant-e-s. Simultan&#233;ment, celles et ceux qui b&#233;n&#233;ficiaient de leur travail sont devenu-e-s blanc-he-s et se sont attribu&#233; les qualit&#233;s inverses des d&#233;fauts dont ielles[7] pr&#233;tendaient que les premier-e-s &#233;taient affect&#233;-e-s. C'est ainsi que je comprendrai la race ici : comme une construction historique et arbitraire qui n'est bas&#233;e sur aucune diff&#233;rence de fond en nature &#8212;ceci pos&#233;, je lui enl&#232;verai g&#233;n&#233;ralement les guillemets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels liens entre sexe, race et classe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la mani&#232;re dont les liens entre sexe, classe et race ont &#233;t&#233; pens&#233;s, il existe une histoire plut&#244;t longue de la r&#233;flexion. L'importance relative du sexe et de la classe pour la R&#233;volution a fait l'objet de d&#233;bats depuis deux cents ans au moins, avec les St Simonien-ne-s d&#232;s les ann&#233;es 1820 et surtout avec Flora Tristan entre 1830 et 1844. Les d&#233;bats devinrent plus &#226;pres &#224; partir de 1889, avec la II&#232;me internationale, et plus encore &#224; partir de 1919, avec la III&#232;me &#8212;ces deux organisations exigeant comme on le verra au chapitre 1 que l'on mette en veilleuse les questions de sexe pour construire l'unit&#233; du prol&#233;tariat. Bien plus tard, en 1968, c'est la jeune syndicaliste &#233;tats-unienne Frances Beal qui, la premi&#232;re, pose par &#233;crit les implications d'&#234;tre &#224; la fois consid&#233;r&#233;e comme Noire et comme femme. Cependant, c'est aux militantes du Combahee River Collective de Boston qu'il revient l'honneur d'avoir collectivement formul&#233; par &#233;crit pour la premi&#232;re fois en 1977 l'id&#233;e que racisme, capitalisme, patriarcat et h&#233;t&#233;rosexualit&#233; formaient des syst&#232;mes d'oppression imbriqu&#233;s [interlocking systems of oppression]. Pourtant, c'est un autre d&#233;bat qui est davantage visible &#224; la fin des ann&#233;es 70 et au d&#233;but des ann&#233;es 80 : celui qui concerne l'articulation entre patriarcat et capitalisme. Ce d&#233;bat oppose des marxistes plus ou moins f&#233;ministes &#224; des f&#233;ministes plus ou moins radicales. Les positions vont depuis l'affirmation que le capitalisme est un syst&#232;me qui englobe le patriarcat (r&#233;duit &#224; une instance id&#233;ologique ou culturelle) jusqu'&#224; l'id&#233;e contraire selon laquelle le patriarcat a pr&#233;c&#233;d&#233; le capitalisme et s'observe &#233;galement dans le socialisme &#8212;en passant par diverses positions selon lesquelles les deux syst&#232;mes sont articul&#233;s mais relativement autonomes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, quand la proposition de l'intersectionnalit&#233; appara&#238;t, &#224; la toute fin des ann&#233;es 80 et en m&#234;me temps que se d&#233;veloppe l'&#233;pist&#233;mologie f&#233;ministe Noire, beaucoup de choses ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; th&#233;oris&#233;es, m&#234;me si elles ne sont pas n&#233;cessairement int&#233;gr&#233;es dans les d&#233;bats. Il faut aussi constater que les propositions de la diaspora Noire qui vit au Br&#233;sil (pourtant num&#233;riquement la plus importante) restent inconnues des anglophones ou des francophones, tandis que les anglophones, lusophones et hispanophones passent &#224; c&#244;t&#233; des apports du f&#233;minisme mat&#233;rialiste francophone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1990 voient se d&#233;velopper d'autres tendances. D'une part, des perspectives post-modernes et post-coloniales qui affirment qu'il faut cesser de raisonner sur la base de cat&#233;gories g&#233;n&#233;riques-universalisantes comme peuvent l'&#234;tre &#171; les femmes &#187;. D'autre part, un retour progressif de th&#232;ses d'inspiration marxiste et/ou globalisantes, comme les courants d&#233;coloniaux qui &#233;mergent en Am&#233;rique du Sud et aux Etats-Unis peu avant le tournant du mill&#233;naire et s'enrichissent de perspectives f&#233;ministes d&#232;s la fin des ann&#233;es 2000 &#8212;nous y reviendrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois &#233;chelles pour une question&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit la perspective dans laquelle on envisage l'articulation des rapports sociaux, on peut distinguer au moins trois niveaux d'interrogation. Le premier se place &#224; l'&#233;chelle des personnes, des processus de subjectivation, de la conscience et de l'identit&#233;. On se demande alors ce que les diff&#233;rents syst&#232;mes et leur conjonction produisent sur les identit&#233;s, les comportements, les discriminations. On s'interroge &#233;galement, d'un point de vue &#233;pist&#233;mologique, sur le point de vue [standpoint] sur la soci&#233;t&#233; que cr&#233;e pour chacun-e sa position particuli&#232;re dans les diff&#233;rents rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me niveau se trouve &#224; l'&#233;chelle tr&#232;s macro et abstraite des syst&#232;mes eux-m&#234;mes : certes, ils se construisent mutuellement, se renforcent ou s'appuient les uns sur les autres, mais il ne s'agit pas d'une simple addition. Ils peuvent &#234;tre par moments en contradiction ou en concurrence : les normes qu'ils produisent par exemple, s'av&#232;rent bien souvent paradoxales pour les personnes. Plus structurellement, les logiques globales des syst&#232;mes semblent aussi entrer en contradiction. Ainsi, par exemple, la tendance du syst&#232;me capitaliste &#224; absorber toute la main-d'&#339;uvre en vue de son exploitation, en mettant les femmes sur le march&#233; du travail salari&#233;, vide les foyers et provoque de mani&#232;re r&#233;p&#233;t&#233;e des crises de la reproduction sociale qui en viennent &#224; menacer la continuit&#233; m&#234;me du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, on peut se demander comment l'articulation de ces rapports sociaux ou syst&#232;mes &#233;volue avec le temps &#8212;et s'ils ont toujours coexist&#233;. Cette perspective s'int&#233;resse alors davantage &#224; la fa&#231;on dont la dynamique de l'articulation de ces rapports produit le mouvement de l'histoire humaine, tout au moins dans les derniers si&#232;cles. Il s'agit alors de revisiter l'histoire lin&#233;aire du capitalisme en mettant en lumi&#232;re l'action de plusieurs dynamiques ou contradictions imbriqu&#233;es au lieu de la seule contradiction de classe (&#171; sociale &#187;) comme moteur de l'histoire (Falquet, 2016 ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Projet de l'ouvrage et fondements &#233;pist&#233;mo-m&#233;thodologiques &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'&#233;rosion des sch&#233;mas d'analyse et d'action pr&#233;c&#233;dents, &#224; la difficult&#233; &#224; mettre en pratique de nouveaux concepts parfois mal compris et au d&#233;sarroi g&#233;n&#233;ralis&#233; caus&#233; par le mart&#232;lement de l'id&#233;e qu'il n'y aurait pas d'alternative, cet ouvrage affirme un double objectif, th&#233;orique et pratique. D'une part, documenter et mieux comprendre les luttes sociales qui tentent de r&#233;sister aux injustices r&#233;sultant de ces multiples rapports sociaux imbriqu&#233;s et y cherchent des alternatives. D'autre part, apporter &#224; la compr&#233;hension th&#233;orique du fonctionnement simultan&#233; de plusieurs rapports sociaux (tout particuli&#232;rement de sexe, race et classe).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, l'analyse des mouvements sociaux comme producteurs non seulement d'action mais aussi de savoirs et d'analyses, constituera la cl&#233; d'entr&#233;e. Deux grandes raisons pr&#233;sident &#224; ce choix. D'abord, les mouvements sociaux ont l'avantage de se trouver au niveau mezzo : ils nous parlent de conscience et d'actions collectives qui s'appuient sur des situations individuelles tout en visant &#224; transformer un cadre structurel, ce qui permet d'observer aussi bien le micro-social que le macro-social. Ensuite, parce qu'ils nous permettent d'aller au-del&#224; des agir-sentir-penser individuels, plus fragiles et souvent plus difficiles &#224; objectiver. La praxis socio-politique, souvent dense, durable, engageante &#8212;et pour beaucoup, co&#251;teuse et risqu&#233;e&#8212; constitue au contraire un mat&#233;riau d'analyse pr&#233;cieux, public, d&#233;j&#224; &#233;labor&#233; et partiellement ordonn&#233; par les acteur-e-s. Produisant actions, discours, tracts, manifestes et autres documents concrets, elle constitue en quelque sorte la face mat&#233;rielle et collective de la subjectivation individuelle[8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre choix m&#233;thodologique important consiste &#224; se centrer sur des mouvements sociaux essentiellement ou exclusivement compos&#233;s de membres de groupes minoritaires[9] dans un ou plusieurs des rapports sociaux. Je me concentrerai ici sur ceux o&#249; l'on trouve une grande proportion de personnes socialement consid&#233;r&#233;es comme femmes. Deux raisons &#224; ce : d'abord, la pr&#233;misse &#233;pist&#233;mologique que je partage avec Patricia Hill Collins, pour qui les femmes Noires ordinaires poss&#232;dent bel et bien un point de vue sp&#233;cifique sur leur situation et sur la r&#233;alit&#233; sociale (1990) ; et Monique Wittig, qui place au centre de son projet de science des opprim&#233;-e-s, les minoritaires qui refusent de se laisser d&#233;poss&#233;der de leur propre savoir et compr&#233;hension des faits[10] (1980). Ensuite, le fait que ce sont pr&#233;cis&#233;ment des minoritaires &#224; plusieurs &#233;gards, les femmes Noires de classe populaire, qui ont &#233;t&#233; les premi&#232;res &#224; prendre &#224; bras le corps le sujet de l'articulation sexe-race-classe. De fait, jusqu'&#224; aujourd'hui, la tr&#232;s grande majorit&#233; des r&#233;flexions sur la question est port&#233;e par des f&#233;ministes, principalement racis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me &#233;l&#233;ment de m&#233;thodologie : tous les mouvements pr&#233;sent&#233;s et analys&#233;s dans cet ouvrage sont issus du continent Am&#233;ricain. Ce choix ob&#233;it lui-m&#234;me &#224; plusieurs consid&#233;rations. Abya Yala est d'abord mon champ de sp&#233;cialit&#233;, &#224; propos duquel je travaille et o&#249; j'ai v&#233;cu durant d'importantes p&#233;riodes depuis trente ans. Ensuite, travailler sur Abya Yala est doublement heuristique. D'une part, parce qu'une colonisation tr&#232;s ancienne, brutale, profonde et durable combin&#233;e &#224; deux si&#232;cles d'ind&#233;pendance ont cr&#233;&#233; entre ce continent et l'Europe une familiarit&#233; certaine en m&#234;me temps qu'une alt&#233;rit&#233; r&#233;elle &#8212;soit une distance id&#233;ale pour nous tendre un miroir particuli&#232;rement r&#233;v&#233;lateur. Ensuite, parce que ce qui appara&#238;t d'abord comme un chemin de traverse &#224; travers des r&#233;gions exotiques et pleines de ferveur r&#233;volutionnaire &#8212;bien sympathiques mais subalternes et finalement peu propices &#224; la mont&#233;e en g&#233;n&#233;ralit&#233; th&#233;orique&#8212; nous conduit pourtant pr&#233;cis&#233;ment dans l'arri&#232;re-cour des &#171; ma&#238;tres du monde &#187;, au c&#339;ur du n&#233;olib&#233;ralisme en train de se b&#226;tir. Or, une sorte de privil&#232;ge &#233;pist&#233;mique[11] se niche dans cette zone g&#233;opolitique, durement exploit&#233;e mais indispensable, tenue pour quantit&#233; n&#233;gligeable alors m&#234;me qu'elle se trouve aux premi&#232;res loges des transformations du capitalisme et dont la population peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme les nouveaux outsider-within[12] de la soci&#233;t&#233; &#233;tats-unienne et par extension, de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale. Nous verrons ce qu'il en ressort en termes &#233;pist&#233;mologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Point de vue situ&#233; et m&#233;thodologie&lt;br class='autobr' /&gt;
O&#249; suis-je ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;ciser d'o&#249; l'on parle est encore souvent vu par les positivistes comme l'aveu d'un regrettable exhibitionnisme-militantisme et d'un parti-pris non-scientifique. Pourtant, je me situe dans la longue lign&#233;e d'un f&#233;minisme qui a besoin non seulement de savoir d'o&#249; les gens parlent, mais aussi qui demande &#224; chacun-e de prendre la mesure du poids de sa position dans sa capacit&#233; &#224; voir et &#224; comprendre ce dont elle ou il parle. Ainsi, ma position en termes sociologiques s'&#233;nonce comme suit : de classe privil&#233;gi&#233;e tant dans mon origine que dans la profession que j'exerce (enseignante chercheuse statutaire dans une universit&#233; parisienne), de nationalit&#233; privil&#233;gi&#233;e (fran&#231;aise), blanche, non migrante et enfin consid&#233;r&#233;e comme une femme. En termes politiques, j'essaie de contribuer aux luttes collectives pour abolir les rapports sociaux de classe, de race et de sexe. Je combats ma minorisation comme femme par le f&#233;minisme, mais aussi par lesbianisme politique tel que th&#233;oris&#233; par Monique Wittig : je lutte de toutes mes forces contre la pens&#233;e straight en m&#234;me temps que je tente quotidiennement d'&#233;chapper aux rapports d'appropriation priv&#233;e et collectifs mis en &#233;vidence par Colette Guillaumin (2016 [1978])[13].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse des avantages/inconv&#233;nients d'&#234;tre politiquement ou sociologiquement minoritaire ou majoritaire, en g&#233;n&#233;ral et par rapport aux personnes et aux groupes dont on parle, d'en &#234;tre proche ou lointain-e politiquement, emplit des livres entiers : mon objectif ici est simplement de donner quelques &#233;l&#233;ments aux lectrices et lecteurs afin qu'ielles en tirent leurs propres r&#233;flexions. Je sympathise sans aucun doute possible avec les mouvements dont je parlerai ici &#8212;ce qui ne signifie nullement une absence d'esprit critique. Au contraire, il me semble que la proximit&#233; ou la participation donne acc&#232;s &#224; plus d'information (surtout dans des mouvements partiellement clandestins du fait de la r&#233;pression qu'ils affrontent, comme plusieurs de ceux dont je parlerai) et fonde un double droit et devoir de critique. Par ailleurs, ma proximit&#233; avec ces mouvements reste relative. Je me trouve m&#234;me plut&#244;t en retrait, de par ma position sociologique et parce que j'occupe depuis 2003 un poste universitaire &#224; temps complet en France, ce qui a distendu mes liens avec l'autre c&#244;t&#233; de l'Atlantique et avec la militance. Je m'efforce pourtant de faire perdurer ces liens malgr&#233; le manque de temps, car ils me semblent essentiels, tant d'un point de vue &#233;pist&#233;mologique que personnel. De fait, une part consid&#233;rable de mes apprentissages th&#233;oriques, politiques et humains ont eu lieu dans des r&#233;gions p&#233;riph&#233;riques de la M&#233;soam&#233;rique (au Chiapas et au Salvador notamment), en participant au mouvement f&#233;ministe et lesbien, et en proximit&#233; avec diff&#233;rents mouvements populaires. Je leur dois &#233;norm&#233;ment et je travaille dans l'objectif de contribuer &#224; leur r&#233;tro-alimentation et &#224; leurs luttes, notamment dans le cadre du pr&#233;sent ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une m&#233;thodologie composite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#233;thodologie combine ici sociohistoire, science politique et anthropologie, alli&#233;es &#224; des observations sociologiques et ethnographiques directes. La plus grande partie du mat&#233;riau provient des recherches dites de terrain que j'effectue depuis trois d&#233;cennies dans les diff&#233;rentes r&#233;gions concern&#233;es. J'ai v&#233;cu au Chiapas presque un an en 1989-1990, avant le soul&#232;vement zapatiste (qui fait l'objet du 2&#232;me chapitre) et je suis retourn&#233;e de tr&#232;s nombreuses fois sur place. J'ai ensuite v&#233;cu plus de deux ans au Salvador (analys&#233; au chapitre 1), pour mes recherches de th&#232;se. J'ai particip&#233; au mouvement f&#233;ministe et lesbien-f&#233;ministe de la r&#233;gion &#224; chaque fois que je vivais sur le continent. Sur plus de vingt ans, j'ai assist&#233; &#224; plusieurs rencontres continentales f&#233;ministes et lesbiennes f&#233;ministes, qui donnent le pouls de ces mouvements et permettent de rencontrer-retrouver les militantes dispers&#233;es aux quatre coins du monde. J'ai interview&#233; et traduit plusieurs d'entre elles. Je me suis &#233;galement appuy&#233;e sur la litt&#233;rature grise aussi bien que scientifique, en tentant de mettre en valeur le travail des autrices du continent, surtout Autochtones et Noires. Tout cela nourrit les chapitres 4, 5 et 6. Le chapitre 3 a requis un autre type de m&#233;thodologie, s'agissant d'un pays que je connaissais mal (les Etats-Unis) et d'un groupe n'existant plus et auquel en tant que blanche je n'aurais absolument pas pu participer (le Combahee River Collective). Je m'&#233;tais, &#224; l'origine, propos&#233; de traduire en fran&#231;ais sa D&#233;claration f&#233;ministe Noire[14] et il me semblait important de contextualiser ce texte fondateur : ce travail constitue la base du chapitre 3. Je me suis appuy&#233;e tr&#232;s fortement sur la litt&#233;rature secondaire[15], ainsi que sur un r&#233;seau de coll&#232;gues, complices et amies poss&#233;dant une connaissance fine des Etats-Unis et des luttes f&#233;ministes Noires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;cisions th&#233;oriques et conceptuelles&lt;br class='autobr' /&gt;
Vari&#233;t&#233; de la conscience de soi des femmes &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si toutes les soci&#233;t&#233;s aujourd'hui connues semblent distinguer au moins des femelles et des m&#226;les, les mani&#232;res concr&#232;tes dont chacune organise et conceptualise les rapports sociaux de sexe sont extr&#234;mement vari&#233;es. En 1985, dans un article fondateur, l'anthropologue Nicole-Claude Mathieu montrait les profondes diff&#233;rences dans la mani&#232;re de concevoir le sexe, le genre et la sexualit&#233;, selon les &#233;poques et les cultures. Elle mettait ainsi en &#233;vidence trois grandes conceptions de l'identit&#233; : naturaliste (mode I), culturaliste (mode II) et socio-logique (mode III).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le &#171; mode I &#187;, qui nous est souvent le plus familier, au point de le penser unique, on croit dur comme fer que le sexe est naturel et se d&#233;cline en deux et seulement deux cat&#233;gories mutuellement exclusives, femelles et m&#226;les &#8212;qui s'incarnent dans les corps des individus. Le sexe est con&#231;u comme central dans l'identit&#233;, identit&#233; pens&#233;e de mani&#232;re individuelle. Le sexe d&#233;termine m&#233;caniquement le genre social (&#233;galement d&#233;clin&#233; en deux types r&#233;put&#233;s ais&#233;ment reconnaissables et mutuellement exclusifs, les femmes et les hommes). L'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; est vue comme le couronnement naturel et la confirmation &#233;clatante de &#171; la diff&#233;rence des sexes &#187;, elle-m&#234;me con&#231;ue comme naturelle, universelle et intangible (selon une id&#233;ologie que Monique Wittig (1980) baptisa la pens&#233;e straight[16]). Ce mode I, aux expressions vari&#233;es, domine largement dans les soci&#233;t&#233;s occidentales contemporaines &#8212;et donc dans la majorit&#233; des mouvements f&#233;ministes et LGBTQI qui s'y sont &#233;panouis. La conception naturaliste de l'identit&#233; est &#233;galement pr&#233;sente aussi bien chez les Swahili du Kenya ou les Hijras de l'Inde que chez les Inuit du cercle polaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le &#171; mode II &#187;, l'identit&#233; qui prime est celle de genre. Elle est collective, li&#233;e &#224; des pratiques sociales communes et g&#233;n&#233;ralement scand&#233;e par de multiples initiations et rituels. Elle est appuy&#233;e par diverses associations plus ou moins formelles regroupant les femmes, les jeunes femmes, les hommes de tel groupe d'&#226;ge, les guerriers, etc. Le sexe n'est qu'un support symbolique du genre, avec lequel il maintient une relation analogique. Cependant, l'on a bien conscience que le genre est avant tout culture et appartenance collective. L'habit, par exemple, fait le sexe. L'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; reste aussi obligatoire que dans le mode I, mais elle est diff&#233;rente puisqu'elle met en lien des personnes de genre oppos&#233;, ind&#233;pendamment de leur sexe. Ce mode II, dans toutes ses variantes, domine dans un certain nombre de soci&#233;t&#233;s non-occidentales[17]. Il a donn&#233; lieu &#224; bon nombre d'incompr&#233;hensions et de condamnations chez bien des colonisateur-e-s et des anthropologues, mais aussi &#224; une certaine fascination chez d'autres, croyant voir des lesbiennes, des gays, des queers ou des trans l&#224; o&#249; la population concern&#233;e organise en fait le respect de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;. Selon Mathieu, ce mode II peut aussi &#234;tre discern&#233; chez certaines &#171; f&#233;ministes socialistes &#187; ou &#171; f&#233;ministes marxistes &#187; anglo-saxonnes (en France, dans la tendance dite &#171; lutte de classes &#187;). Elle indique aussi que &#171; dans les soci&#233;t&#233;s occidentales, cette bipartition en groupes de sexe existe dans les communaut&#233;s paysannes. En milieu urbain y correspondent des ph&#233;nom&#232;nes comme les &#171; clubs de femmes &#187; &#187; (pp 221-222).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans le &#171; mode III &#187;, qui caract&#233;rise notamment les courants que Mathieu nomme f&#233;minisme radical et lesbianisme politique dans les soci&#233;t&#233;s occidentales contemporaines, on a conscience que le genre est une cat&#233;gorie politique d'opposition et de hi&#233;rarchie, arbitraire, sociale. Comme l'a &#233;crit Christine Delphy (1998), on sait tr&#232;s bien que le genre construit le sexe au cours d'un long processus que Mathieu nomme la diff&#233;renciation des sexes (2014 [1991b]). C'est la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re qui, selon le genre attribu&#233; aux personnes, travaille sans rel&#226;che les esprits mais aussi directement les corps, en y apposant toutes sortes de marques plus ou moins permanentes destin&#233;es &#224; signifier et &#224; naturaliser la &#171; diff&#233;rence &#187; des sexes et surtout, les in&#233;galit&#233;s de pouvoir (Guillaumin, 1992). Mathieu place &#233;galement dans ce mode III le mouvement de r&#233;sistance au mariage qui compta jusqu'&#224; une centaine de milliers d'ouvri&#232;res de la soie dans le Delta de la rivi&#232;re Perle au sud de la Chine entre 1865 et 1935, ou la r&#233;volte des paysannes Kono de l'est du Sierra Leone en 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#234;tre et se sentir femme (ou homme) recouvre des r&#233;alit&#233;s extr&#234;mement diff&#233;rentes, y compris dans un m&#234;me espace national. Les analyses des personnes et des mouvements f&#233;ministes ou LGBTQI d&#233;pendent du mode de conceptualisation des liens entre sexe, genre et sexualit&#233; dans lequel ielles se trouvent. Retenons que Mathieu affirme que le mode II peut favoriser la mobilisation en tant que femmes, sur la base d'une conscience de sexe partag&#233;e s'&#233;laborant dans des entre soi de femmes &#8212;lorsque ceux-ci sont socialement encourag&#233;s. Cependant, cette mobilisation n'est pas n&#233;cessairement &#171; f&#233;ministe &#187; au sens du mode III.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plusieurs compr&#233;hensions du f&#233;minisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre &#233;l&#233;ment important est la complexit&#233; du mouvement f&#233;ministe, travers&#233; de profonds antagonismes. Monique Wittig (1980) a &#233;t&#233; la premi&#232;re &#224; souligner l'ambigu&#239;t&#233; du terme m&#234;me de f&#233;minisme. Certaines le comprennent comme une d&#233;fense de ce que Wittig appelle le &#171; mythe de La Femme &#187;, &#224; savoir une d&#233;fense de la f&#233;minit&#233; et de toutes ses composantes telles que d&#233;finies par le syst&#232;me patriarcal en vigueur. D'autres &#224; l'inverse visent l'abolition pure et simple des rapports sociaux (de sexe) dont la logique cr&#233;e les femmes (comme opprim&#233;es) et les hommes (comme oppresseurs). Dans une conf&#233;rence tenue en 1998, Colette Guillaumin (2017) proposait pour sa part de distinguer &#171; la diversit&#233; des mouvements de femmes &#224; travers leur mode d'intervention sociale selon qu'ils seraient dans une optique &#8216;corporatiste', &#8216;syndicale' ou &#8216;politique' &#187;. La logique corporatiste signifie se concentrer uniquement sur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; les int&#233;r&#234;ts des &#171; femmes en tant que femmes &#187;, c'est-&#224;-dire explicitement et intrins&#232;quement en tant que piliers de leur communaut&#233;, d&#233;finies par les hommes de cette communaut&#233; &#224; laquelle et auxquels elles appartiennent. [Il s'agit] en quelque sorte de d&#233;fense et promotion des int&#233;r&#234;ts d'un groupe professionnel, celui des &#233;pouses et m&#232;res [&#8230;]. Ce corporatisme serait la d&#233;fense des vraies femmes [&#8230; selon une&#8230;] conception des femmes comme &#233;l&#233;ments d'une communaut&#233; o&#249; elles doivent prendre leur place, toute leur place et seulement leur place. &#187; (Guillaumin, 2017)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La logique &#171; syndicale &#187; est d&#233;finie comme :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; la d&#233;fense des femmes certes, mais &#233;galement l'acquisition de droits meilleurs ou plus &#233;quitables, bref une conqu&#234;te et une recomposition de la distribution sociale, celle des r&#244;les et celle des biens, de fa&#231;on &#224; ce que hommes et femmes atteignent une sorte d'&#233;quilibre statutaire de partenaires, sans d'ailleurs que le statut de &#171; femme &#187; et celui d'&#171; homme &#187; soient eux-m&#234;mes interrog&#233;s. &#187; &lt;/i&gt; (idem)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette logique n'interroge donc pas non plus l'existence m&#234;me des femmes et des hommes, m&#234;me si elle cherche ce qu'on nomme parfois l'&#233;quit&#233;. Enfin,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La perspective diff&#232;re encore si on envisage le f&#233;minisme comme mouvement &#171; politique &#187;, c'est-&#224;-dire comme un mouvement qui a un projet de soci&#233;t&#233; ou qui cherche &#224; en produire un &#187; &lt;/i&gt; (idem)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous en avertit clairement Guillaumin,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; la &#171; d&#233;fense du droit des femmes &#187; et l'anti-sexisme ne sont pas n&#233;cessairement li&#233;s &#224; une pr&#233;occupation d'&#233;mancipation, parfois m&#234;me au contraire [&#8230;] Qu'est-ce, en effet, que &#171; les int&#233;r&#234;ts des femmes &#187; ? Parfois, on croit r&#233;pondre en demandant : &#171; les int&#233;r&#234;ts de quelles femmes ? &#187;, mais c'est une mauvaise question. Ce ne sont pas les femmes qui sont diff&#233;rentes (quoique bien &#233;videmment elles le soient dans leur existence quotidienne), ce sont leurs choix politiques qui le sont. Et ensuite, ce sont leurs possibilit&#233;s mat&#233;rielles qui le sont et ne permettent pas les m&#234;mes d&#233;cisions pratiques. &#187;&lt;/i&gt; (idem)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;flexion sera particuli&#232;rement utile pour comprendre certaines positions de femmes Indiennes zapatistes que nous analyserons dans le chapitre 2 : il est tout &#224; fait possible d'&#234;tre organis&#233;es en tant que femmes, y compris dans un projet r&#233;volutionnaire, sans avoir de projet d'&#233;mancipation pour les femmes, ou en faisant des choix politiques &#171; surd&#233;termin&#233;s &#187; par des possibilit&#233;s mat&#233;rielles qui ne permettent pas, justement, de formuler toutes les revendications que l'on estime d&#233;sirables. Patricia Hill Collins (1986) signale un ph&#233;nom&#232;ne ressemblant pour les femmes Noires, qui peuvent avoir une analyse tr&#232;s aff&#251;t&#233;e des injustices mais taire certaines revendications quand elles se savent dans une situation mat&#233;rielle d&#233;favorable. Elle sugg&#232;re donc de repenser l'activisme pour comprendre la mani&#232;re dont les femmes Noires agissent dans un cadre de &#171; structures d'opportunit&#233;s &#187; bien particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, un travail d'Elsa Galerand (2006) sur la plus grande &#171; organisation-parapluie &#187; transnationale de femmes se revendiquant actuellement comme f&#233;ministe (la Marche mondiale des femmes (MMF)) montre &#224; quel point diff&#233;rentes f&#233;ministes peuvent comprendre de mani&#232;res tr&#232;s vari&#233;es les &#171; int&#233;r&#234;ts des femmes &#187;. Galerand se demande comment appara&#238;t, ou non, une &#171; classe des femmes &#187; (que la MMF pourrait &#171; repr&#233;senter &#187;) qui se mobiliserait en fonction de ses int&#233;r&#234;ts dans les rapports sociaux de sexe. En analysant deux revendications qui causent alors des d&#233;saccords dans la MMF (l'interruption volontaire de grossesse et le lesbianisme), elle fait appara&#238;tre plusieurs paradoxes. Elle constate tout d'abord que les revendications qui font consensus sont celles qui sont li&#233;es &#224; la d&#233;nonciation de la mondialisation et des rapports Nord-Sud (autrement dit, au capitalisme et au colonialisme-racisme). En revanche, IVG et lesbianisme (au sens de Wittig), qui sont pourtant des revendications-cl&#233;s si les femmes veulent pouvoir d&#233;cider de leur procr&#233;ation et tenter d'&#233;chapper &#224; l'appropriation, divisent. En d'autres termes, des revendications qui devraient logiquement &#234;tre au c&#339;ur de la lutte de la MMF puisqu'elles sont centrales pour l'organisation des rapports sociaux de sexe, sont justement celles qui ne font pas consensus. Galerand ajoute que l'analyse que font les f&#233;ministes qu&#233;b&#233;coises du refus de certaines femmes &#171; du Sud &#187; face &#224; ces revendications, est doublement probl&#233;matique. D'une part, parce que les premi&#232;res estiment que c'est un &#171; retard culturel &#187; ou l'existence &#171; d'autres priorit&#233;s &#187; (sous entendu, mat&#233;rielles et &#171; plus s&#233;rieuses &#187;) qui explique les r&#233;ticences des secondes. D'autre part, parce que l'analyse montre &#224; quel point ce sont en r&#233;alit&#233; les f&#233;ministes du Qu&#233;bec qui ont une compr&#233;hension r&#233;ductrice de l'IVG et du lesbianisme, comme s'il s'agissait de &#171; lubies &#187; ou de revendications &#171; de confort &#187;, alors que l'imposition de pratiques h&#233;t&#233;rosexuelles suivies de grossesses forc&#233;es est au c&#339;ur de l'oppression mat&#233;rielle des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques pr&#233;cisions sur la race (et la classe)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les &#171; rapports sociaux de sexes &#187;, le concept m&#234;me de &#171; rapports sociaux de race &#187; reste insuffisamment utilis&#233; malgr&#233; son importance pour d&#233;naturaliser les logiques racistes et les &#233;tudier d'une mani&#232;re pleinement sociologique. Rappelons avec Dani&#232;le Juteau (2017) que Guillaumin (1972) a &#233;t&#233; la premi&#232;re &#224; souligner que le racisme n'&#233;tait pas le traitement in&#233;galitaire et injuste de groupes diff&#233;rents qui lui pr&#233;existeraient, mais bien la logique qui cr&#233;e id&#233;ologiquement puis produit socialement et mod&#232;le physiquement ces groupes en vue de leur imposer un traitement diff&#233;renci&#233; &#8212;tout particuli&#232;rement le travail esclave ou forc&#233;. J'entendrai ces rapports sociaux de race comme Guillaumin, &#224; savoir comme des rapports d'appropriation physique des corps comme machines-&#224;-force de travail, l&#233;gitim&#233;s par une puissante id&#233;ologie de la Nature[18] qui se forge progressivement dans le syst&#232;me colonial de plantation organis&#233; par la traite transatlantique. Cependant, si Guillaumin pense particuli&#232;rement &#224; la mise en esclavage de populations Africaines et &#224; la naturalisation du marqueur &#171; peau noire &#187;, pour ce qui nous int&#233;resse, il faudra &#233;galement inclure dans l'&#233;quation les tr&#232;s nombreuses et tr&#232;s diverses populations autochtones du continent Am&#233;ricain[19]. Beaucoup d'entre elles ont &#233;galement fait l'objet de contrainte au travail sous diff&#233;rentes formes, voire de mise en esclavage pure et simple, m&#234;me si d'autres sont parvenues jusqu'&#224; aujourd'hui &#224; &#233;viter le contact avec le monde occidental. C'est pourquoi il faut souligner l'existence de plusieurs logiques de rapports sociaux de race construisant plusieurs groupes &#171; racis&#233;s &#187; bien diff&#233;rents, de m&#234;me qu'il existe en fait plusieurs sortes de groupes &#171; racisants &#187;. Nous aurons l'occasion de revenir sur ces questions dans l'ouvrage, tout particuli&#232;rement dans sa deuxi&#232;me partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, on aura dans ce livre un aper&#231;u d'une grande vari&#233;t&#233; des logiques de racisation. Les populations Noires et blanches d'Abya Yala diff&#232;rent de celles des Etats-Unis, mais aussi de celles de la France m&#233;tropolitaine : on se gardera donc de tout parall&#232;le h&#226;tif. Les rapports sociaux de race constituant les populations Indiennes diff&#232;rent &#233;galement de ceux qui cr&#233;ent les populations Noires. Quant au m&#233;tissage, absolument central politiquement, sociologiquement et dans la vie concr&#232;te des personnes, il s'av&#232;re extr&#234;mement complexe et capital pour comprendre le continent. Il a abouti &#224; cr&#233;er toutes sortes de groupes au-del&#224; des cat&#233;gories connues en Europe (Indien-ne-s, Noir-e-s et blanc-he-s). Il existe par exemple de nombreuses logiques de m&#233;tissage entre populations Indiennes et Noires, produisant des populations parfois consid&#233;r&#233;es comme Afrodescendantes (Garifuna), d'autres fois comme Indiennes (Miskito). Et plus largement, comme le montrent les fameuses &#171; peintures de castes &#187; du XVIII&#232;me si&#232;cle, il existe une infinit&#233; d'unions possibles entre personnes elles-m&#234;mes m&#233;tiss&#233;es qui complexifient la situation. Il ne faut pas s'y tromper cependant : ce m&#233;tissage ne signifie aucunement une att&#233;nuation du racisme, qui reste orient&#233; vers un id&#233;al g&#233;n&#233;ral de blanchiment. Quant aux populations blanches cr&#233;oles, du fait m&#234;me du m&#233;tissage, je les qualifierai parfois de blanches, parfois de blanches-m&#233;tisses (m&#234;me s'il existe de tr&#232;s nombreuses fa&#231;ons de les d&#233;nommer selon les contextes). En effet, si la plupart apparaissent comme privil&#233;gi&#233;es dans les rapports de race sur le continent, lorsqu'elles sont en Europe ou aux Etats-Unis, la plupart sont trait&#233;es comme racis&#233;es. Cela, m&#234;me si certaines populations d'origine europ&#233;enne ont mis leur point d'honneur &#224; &#233;viter tout &#171; m&#233;lange &#187; et s'enorgueillissent parfois de poss&#233;der un sang de rh&#233;sus O[20].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi &#233;voquer les liens complexes mais &#233;troits que la race poss&#232;de sur le continent avec la classe. On sait que la compr&#233;hension marxiste classique des classes sociales et du d&#233;veloppement du capitalisme occidental a &#233;t&#233; r&#233;cemment questionn&#233;e par la th&#233;orie d&#233;coloniale. Le p&#233;ruvien Anibal Quijano (2000) notamment, a affirm&#233; que la formation des classes en Abya Yala avait &#233;t&#233; assez diff&#233;rente de celle qui avait pr&#233;valu en Europe. Sur le &#171; vieux continent &#187;, l'analyse marxiste montre comment un processus historique de plusieurs si&#232;cles a progressivement transform&#233; des soci&#233;t&#233;s f&#233;odales, en faisant appara&#238;tre des communes libres &#224; partir du milieu du XI&#232;me si&#232;cle, puis des bourgs et des villes franches, au sein desquelles une bourgeoisie s'est peu &#224; peu form&#233;e, dont on conna&#238;t le destin historique accompli &#224; la fin du XVIII&#232;me si&#232;cle : renverser le monde f&#233;odal et prendre le pouvoir. Cette bourgeoisie s'est ensuite consolid&#233;e tout au long du XIX&#232;me si&#232;cle, en m&#234;me temps que se d&#233;veloppait sur les d&#233;combres de l'ancien r&#233;gime une v&#233;ritable r&#233;volution industrielle. Apr&#232;s un accouchement particuli&#232;rement long et &#233;prouvant, celle-ci donnait le jour &#224; une nouvelle configuration sociale o&#249; certains finirent par discerner une nouvelle classe sociale en formation, qui fut baptis&#233;e prol&#233;tariat et &#224; qui ils pr&#233;sag&#232;rent un avenir radieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Abya Yala, rien de tout cela. Les choses commenc&#232;rent plus tard mais beaucoup plus brutalement en 1492 par un immense g&#233;nocide qui an&#233;antit vraisemblablement 90% de la population originelle, extr&#234;mement diverse, transforma brutalement en &#171; Indien-ne-s &#187; les rares survivant-e-s et les mit aussit&#244;t au travail. C'est la raison pour laquelle Quijano affirme que bien avant l'apparition du prol&#233;tariat en Europe, la premi&#232;re classe sociale qui permit l'accumulation primitive &#8212;qui devait engendrer le capitalisme&#8212; &#233;tait en fait une population racis&#233;e. Pour le dire tr&#232;s rapidement, selon Quijano, les Blanc-he-s se seraient ensuite et jusqu'&#224; aujourd'hui, r&#233;serv&#233; l'acc&#232;s au travail salari&#233; &#8212; &#224; la prol&#233;tarisation comme condition &#171; noble &#187; si l'on peut dire. Nous ne pouvons ici rentrer dans la complexit&#233; des d&#233;bats ouverts par cette r&#233;flexion. Cependant, il est utile de souligner que sur le continent, la race et la classe sont effectivement li&#233;es d'une mani&#232;re sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, jusqu'&#224; aujourd'hui, la couleur fonc&#233;e de la peau y reste tr&#232;s fortement corr&#233;l&#233;e &#224; une position sociale tr&#232;s d&#233;favoris&#233;e. Pourtant, il y eut depuis le d&#233;but de la colonisation, par le m&#233;canisme des affranchissements, du rachat ou de la fuite, des Noir-e-s et des M&#233;tis-ses libres. Certain-e-s poss&#233;dant m&#234;me des esclaves, voire devenant &#224; leur tour trafiquant-e-s, comme une partie des c&#233;l&#232;bres Agoudas, acc&#233;dant &#224; des positions sociales &#233;minentes. Si les Indien-ne-s, davantage confin&#233;-e-s ou r&#233;fugi&#233;-e-s dans le monde rural, connurent structurellement moins d'ascension sociale, l'un d'entre eux &#8212;Benito Ju&#225;rez, au Mexique&#8212; fut cependant deux fois &#233;lu &#224; la pr&#233;sidence du pays, en 1861 et 1867. Au demeurant, la &#171; couleur &#187; de la peau n'est pas l'&#233;l&#233;ment d&#233;terminant de la classification ethnico-raciale pour les Indien-ne-s : c'est g&#233;n&#233;ralement la ma&#238;trise ou non d'une langue Indienne qui est utilis&#233;e, notamment dans les recensements[21]. Il est donc difficile de superposer rigoureusement les positions de classe et de race, tout du moins en fonction de marqueurs ph&#233;notypiques. D'autant plus que l'on trouve aujourd'hui, notamment au Br&#233;sil et en Argentine, de larges pans de populations blondes aux yeux bleus dans les plus basses classes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, Abya Yala n'a pas r&#233;ellement connu l'&#233;volution de structures f&#233;odales vers un syst&#232;me capitaliste via une urbanisation progressive suivie d'un processus r&#233;volutionnaire, ni &#224; la formation d'un couple dialectique bourgeoisie/prol&#233;tariat. Il y eut certes des Quilombos et des Palenques[22] essentiellement Noirs et des &#171; zones de refuge &#187; Indiennes, rompant partiellement avec les cha&#238;nes esclavagistes et f&#233;odales, mais aucune ville franche ne se d&#233;veloppa. De m&#234;me, bien qu'on ait assit&#233; &#224; d'importantes luttes pour l'ind&#233;pendance, mobilisant des pans entiers des populations Indiennes et Noires &#224; l'or&#233;e du XIX&#232;me si&#232;cle, on ne vit pas &#224; proprement parler de processus r&#233;volutionnaire d&#233;truisant les anciennes classes. De fait, l'industrialisation et la prol&#233;tarisation des classes populaires furent tr&#232;s longtemps et presque partout emp&#234;ch&#233;es par le maintien du latifundisme agro-exportateur et du p&#233;onage. La paysannerie et le prol&#233;tariat agricole rest&#232;rent et demeurent extr&#234;mement importants jusqu'&#224; aujourd'hui. Ainsi, la peau fonc&#233;e est associ&#233;e &#224; l'absence de privil&#232;ges, mais aussi souvent &#224; la ruralit&#233; ou aux emplois informels urbains, plut&#244;t qu'au prol&#233;tariat industriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#202;tre Indien-ne ou Noir-e en Am&#233;frique ladine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mani&#232;re de r&#233;sum&#233;, retenons que pour Abya Yala, parler de populations Indiennes peut renvoyer &#224; des situations assez diff&#233;rentes, que l'on peut regrouper autour de trois p&#244;les. Des populations urbaines, g&#233;n&#233;ralement issues de migrations internes assez r&#233;centes, parlant la langue nationale et en partie &#171; fondues &#187; dans le reste de la population m&#233;tisse &#8212;elles constituent parfois la majorit&#233; de la population Indienne. Des populations rurales-paysannes &#8212;souvent descendantes des peuples vassalis&#233;s par les grands empires Azt&#232;que, Maya et Inca, ont &#233;t&#233; graduellement oblig&#233;es &#224; un processus de &#171; colonisation agricole &#187; interne les repoussant vers des zones inhospitali&#232;res. Enfin, des populations rurales-foresti&#232;res, y compris les populations dites &#171; non-contact&#233;es &#187; souvent descendantes des populations qui &#233;taient demeur&#233;es en dehors des grands Empires pr&#233;hispaniques, g&#233;n&#233;ralement monolingues et parmi les moins &#171; int&#233;gr&#233;es &#187; au reste de la soci&#233;t&#233;. Dans leur ensemble, les populations Indiennes, m&#234;me urbaines, revendiquent g&#233;n&#233;ralement un lien tr&#232;s fort avec le territoire-Terre, qu'elles d&#233;fendent avec la derni&#232;re &#233;nergie car il est associ&#233; &#224; leur vie culturelle et spirituelle et donc &#224; leur existence-m&#234;me en tant que groupes sp&#233;cifiques. Il est extr&#234;mement rare de trouver des Indien-ne-s dans les classes sup&#233;rieures, m&#234;me si la derni&#232;re d&#233;cennie a vu &#233;merger de nouvelles g&#233;n&#233;rations d'intellectuel-le-s Indien-ne-s (au Br&#233;sil ou au Guatemala par exemple) dont les travaux constituent une des composantes les plus stimulantes de la litt&#233;rature du continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les populations Noires quant &#224; elles, si elles revendiquent tr&#232;s souvent leur ancestralit&#233;, ne poss&#232;dent g&#233;n&#233;ralement pas le m&#234;me lien au territoire-Terre &#8212;m&#234;me lorsqu'il s'agit de communaut&#233;s rurales et paysannes ou foresti&#232;res install&#233;es au m&#234;me endroit depuis longtemps, comme c'est le cas des communaut&#233;s quilombolas du Br&#233;sil ou palenqueras de Colombie. Une partie tr&#232;s importante de la population Noire est urbaine, parle la langue dominante m&#234;me si elle utilise parfois &#233;galement un cr&#233;ole propre, et l'&#233;ventail des appartenances de classe est plut&#244;t plus ouvert que celui des populations Indiennes. Une part sans doute plus importante est prol&#233;taire agricole ou industrielle, alors qu'il existe une plus forte tradition de petite paysannerie parmi les populations Indiennes, certaines &#233;tant parvenues &#224; conserver des terres (rarement les m&#234;mes qu'il y a cinq cents ans) malgr&#233; la colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, sur le plan du vocabulaire le plus adapt&#233; pour nommer ces diff&#233;rentes populations, l'ouvrage montre mes &#233;volutions et mes h&#233;sitations. Elles se placent &#224; plusieurs niveaux. D'abord, plusieurs termes sont utilis&#233;s par les populations concern&#233;es : ils diff&#232;rent selon les r&#233;gions mais aussi les p&#233;riodes, les luttes produisant souvent de nouvelles d&#233;nominations, qui ne sont pas adopt&#233;es au m&#234;me rythme par tout le monde. Ensuite, la traduction en fran&#231;ais varie elle aussi selon les pays francophones concern&#233;s, les courants th&#233;oriques et politiques ; de plus, elle &#233;volue. Ainsi, lorsque j'ai commenc&#233; mes recherches, le terme &#171; autochtone &#187; &#233;tait utilis&#233; presque exclusivement au Qu&#233;bec, tandis que le reste de la francophonie employait essentiellement le terme &#171; Indien &#187;. En effet, la traduction de l'espagnol ind&#237;gena (terme g&#233;n&#233;ralement consid&#233;r&#233; comme moins d&#233;pr&#233;ciatif qu'indio) ne saurait &#234;tre &#171; indig&#232;ne &#187; qui, faisant r&#233;f&#233;rence &#224; un statut colonial bien particulier, constituerait non seulement un complet anachronisme mais aussi un certain m&#233;pris de l'histoire, sachant que les Europ&#233;ens de l'&#233;poque pensaient &#234;tre parvenus en Inde et non pas en &#171; indig&#233;nie &#187;. En dehors de ce probl&#232;me de choix du terme en fran&#231;ais, on notera que toute une partie des mouvements du continent se nomment Indios ou Ind&#237;genas et tr&#232;s peu se disent Aut&#243;ctonas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, j'ai moi-m&#234;me suivi plusieurs usages successifs, pour &#234;tre au plus pr&#232;s des termes utilis&#233;s par les premi&#232;r-e-s concern&#233;-e-s tout en restant intelligible pour le public francophone. La nouvelle terminologie propos&#233;e par les f&#233;ministes antiracistes comme la th&#233;oricienne afrobr&#233;silienne L&#233;lia Gonz&#225;lez (que l'on rencontrera au chapitre 4), puis plus r&#233;cemment par le courant d&#233;colonial, peuvent d&#233;concerter. R&#233;p&#233;tons donc qu'Abya Yala d&#233;signera dans cet ouvrage, l'Am&#233;rique latine (Mexique, Am&#233;rique centrale, Am&#233;rique du Sud) et les Cara&#239;bes, &#224; l'exclusion des Etats-Unis et du Canada. Le terme Am&#233;frique ladine, en revanche, inclura les Etats-Unis. Afin d'&#233;viter les anachronismes et les effets de mode, j'emploierai &#233;galement la d&#233;signation classique d'Am&#233;rique latine et des Cara&#239;bes, dans la mesure o&#249; elle a tr&#232;s longtemps &#233;t&#233; utilis&#233;e par les militant-e-s du continent pour se nommer et reste en vigueur en dehors des cercles d&#233;coloniaux. De la m&#234;me mani&#232;re, j'&#233;cris parfois Noir-e, parfois Afro, parfois Afrodescendant-e, ou encore Am&#233;fricain-e, selon les contextes et en fonction des p&#233;riodes d'&#233;criture des chapitres, sachant que m&#234;me parmi les militant-e-s, l'usage n'est pas tranch&#233;. Enfin, pour ce qui est des populations Indiennes, beaucoup pr&#233;f&#232;rent aujourd'hui des termes qui ne les assignent pas &#224; une erreur g&#233;ographique et coloniale (autochtones, premi&#232;res nations, peuples originaires, peuples premiers) ou mieux, qui les d&#233;signe de mani&#232;re non-homog&#233;n&#233;&#239;sante, par le nom de leur langue sp&#233;cifique, au reste souvent diff&#233;rent de celui qui leur avait &#233;t&#233; attribu&#233; par les anthropologues. Ainsi au Guatemala, la majeure partie des Indien-ne-s sont plus pr&#233;cis&#233;ment Maya, mais les groupes Maya se subdivisent en ethnies tr&#232;s diff&#233;renci&#233;es dont les langues ne sont pas mutuellement compr&#233;hensibles, comme les Mam et les Kakchikel ou les Ixil. Au Mexique, les Pur&#233;pecha ont choisi de revendiquer cette appellation plut&#244;t que l'ancien &#171; Tarasque &#187; qui les qualifiait. Dans les Andes, les Kichwa ne sont autres que les Quechua. Je m'efforcerai ici en tout cas de respecter les usages contextuels des un-e-s et des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation des chapitres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les six chapitres qui composent l'ouvrage ont un double objectif. D'abord, sur un plan socio-historique, documenter l'histoire et l'action de mouvements sociaux &#224; travers la perspective de l'imbrication des rapports sociaux de sexe, race et classe. Il s'agit notamment d'aller au-del&#224; de l'id&#233;e que les mouvements sociaux sont, ou devraient &#234;tre avant tout, bas&#233;s sur la mobilisation d'identit&#233;s &#8212;tout particuli&#232;rement les mouvements de femmes ou de populations racis&#233;es, souvent si naturalis&#233;es que l'on s'&#233;tonne que leurs mouvements ne soient pas unis et monolithiques. L'essentialisme strat&#233;gique qui semble poindre parfois dans certains de ces mouvements m&#233;rite d'ailleurs, lui aussi, d'&#234;tre interrog&#233; &#224; l'aune de l'imbrication des rapports sociaux. Il s'agit &#233;galement de saisir la complexit&#233; de la conscience des individu-e-s qui les composent, et des &#233;volutions de cette conscience de soi dans le cadre de luttes collectives. Ensuite, sur le plan &#233;pist&#233;mologique, l'ouvrage cherche &#224; comprendre les liens entre positions multiplement minoritaires et &#233;laboration d'analyses complexes de la r&#233;alit&#233; sociale. On vise aussi &#224; mieux saisir comment la production des savoirs est li&#233;e aux dynamiques de participation, d'autonomisation et d'alliance avec d'autres mouvements sociaux &#171; mono-cause &#187; (organis&#233;s pour transformer un seul rapport social). Enfin, on tentera de montrer dans quelles conditions peuvent &#233;merger &#224; partir de groupes sociaux minoris&#233;s &#224; tous les &#233;gards, des projets politiques larges, qui aillent au-del&#224; de leurs int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques et soient susceptibles de produire un changement global &#8212;avec pour horizon l'abolition simultan&#233;e de tous les rapports sociaux de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier chapitre porte sur l'exp&#233;rience des (ex)-gu&#233;rill&#232;res du Salvador, petit pays d'Am&#233;rique centrale de 6 millions d'habitant-e-s, qui traversa douze ans de guerre r&#233;volutionnaire marxiste-l&#233;niniste (1980-1992) revendiquant la r&#233;forme agraire et la d&#233;mocratisation du pays, apr&#232;s un long processus pr&#233;r&#233;volutionnaire port&#233; par un fort mouvement populaire qui souleva l'ensemble du pays &#224; partir de 1970. J'y ai moi-m&#234;me v&#233;cu plus de deux ans, de 1992 &#224; 1994, juste apr&#232;s la signature des accords de paix, pour y mener des recherches doctorales sur la participation des femmes au processus r&#233;volutionnaire puis au red&#233;ploiement du mouvement des femmes dans l'apr&#232;s-guerre. Simultan&#233;ment &#224; ce travail de recherche, en tant que (tr&#232;s jeune) f&#233;ministe, j'ai particip&#233; &#224; ce processus autant que je le pouvais et que les Salvadoriennes me permettaient de le faire. Ce premier chapitre reprend un article-bilan publi&#233; en 2009 sur ce que je comprenais &#224; l'&#233;poque comme l'in&#233;vitable et utile autonomisation des femmes et de leur mouvement, des partis politiques de gauche classique. En effet, j'avais constat&#233; un soutien paradoxal des organisations r&#233;volutionnaires &#171; de classe &#187; aux revendications des femmes &#8212;une forte incitation &#224; leur engagement, assortie d'une limite &#224; ne pas franchir : ne pas &#171; diviser la lutte &#187; en se revendiquant d'un f&#233;minisme forc&#233;ment &#171; (petit) bourgeois &#187;. J'avais alors en t&#234;te l'exemple tr&#232;s fran&#231;ais de la prise de distance du mouvement f&#233;ministe par rapport aux partis de gauche, apr&#232;s d'&#226;pres d&#233;bats notamment avec les organisations gauchistes (Boon et Al., 1983).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce premier chapitre analyse ainsi le paradoxe qui permet &#224; une organisation tr&#232;s structur&#233;e de mobiliser des militantes sur un projet faisant centralement r&#233;f&#233;rence &#224; des int&#233;r&#234;ts de classe (prol&#233;taire), qui plus est d&#233;finis au masculin, alors que le profil sociologique de ces militantes est tout autre. Je m'y concentre sur la construction id&#233;ologique[23] de ce processus &#171; d'arraisonnement des femmes &#187;, une notion que j'emprunte &#224; Mathieu (1985 a). J'&#233;claire ensuite les conditions de possibilit&#233; de la (prise de) conscience individuelle et collective, par diff&#233;rentes femmes, d'int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques &#171; en tant que femmes &#187;, en lien avec un processus de prise d'autonomie organisationnelle par rapport aux partis et &#224; un rapprochement avec le mouvement f&#233;ministe continental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc de r&#233;fl&#233;chir &#224; ce que peuvent signifier les &#171; int&#233;r&#234;ts &#187; des femmes, alors qu'elles sont travers&#233;es par d'autres rapports sociaux, ici tout particuli&#232;rement de classe. Il s'agit aussi de penser la fa&#231;on dont certaines Salvadoriennes ont, &#224; la suite de leur exp&#233;rience dans la gu&#233;rilla, tent&#233; de construire un mouvement prenant en compte &#224; la fois la lutte contre le syst&#232;me capitaliste et des perspectives f&#233;ministes. Ce premier chapitre permet &#233;galement de constater la fausset&#233; de l'id&#233;e selon laquelle les mouvements se construisent sur la base des identit&#233;s &#171; pr&#233;existantes &#187; des militant-e-s. Bien au contraire, c'est au sein m&#234;me des luttes que les individus construisent progressivement une conscience de leurs int&#233;r&#234;ts et un projet politique. Ce projet ne correspond pas forc&#233;ment m&#233;caniquement &#224; leur position sociale objective et peut aller bien au-del&#224;, voire contre, certains de leurs int&#233;r&#234;ts &#171; objectifs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me chapitre se penche sur une autre lutte arm&#233;e, apparue &#224; peine deux ans apr&#232;s la fin de la guerre au Salvador, dans un territoire tr&#232;s proche et pourtant profond&#233;ment diff&#233;rent. Alors que la gu&#233;rilla salvadorienne concernait l'ensemble d'un petit pays ethniquement tr&#232;s homog&#232;ne, dans une claire perspective marxiste-l&#233;niniste, la lutte n&#233;o-zapatiste, tout en suscitant un enthousiasme consid&#233;rable dans tout le pays et &#224; l'&#233;tranger, ne concerne qu'une partie restreinte d'un Etat particuli&#232;rement d&#233;sh&#233;rit&#233; et m&#233;connu du pays, le Chiapas. Cette lutte est men&#233;e de surcro&#238;t par un acteur presque exclusivement paysan-Indien. Ainsi, apr&#232;s avoir analys&#233; un mouvement posant &#224; la fois des questions de classe et de sexe, on examinera un mouvement o&#249; c'est la race (fortement corr&#233;l&#233;e &#224; la classe mais mise en avant &#224; l'exclusion de celle-ci) qui se combine au sexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interrogation se d&#233;ploie en deux temps. Le premier correspond au tout premier travail de terrain que j'ai r&#233;alis&#233; pendant presque un an, entre 1989 et 1990, &#224; propos de la scolarisation diff&#233;rentielle des fillettes Indiennes au Chiapas. J'avais alors l'impression que les fillettes, et plus largement les femmes Indiennes, &#233;taient prises en tenailles par une contradiction entre d'une part la n&#233;cessit&#233; d'&#233;tudier au moins autant que les gar&#231;ons pour pouvoir &#171; se d&#233;brouiller &#187; dans le vaste monde m&#233;tis et d'autre part, la volont&#233; (parentale et communautaire) de les pr&#233;server de la violence raciste, voire ethnocidaire, des logiques acculturatrices du syst&#232;me scolaire &#8212;cela d'autant plus que leur &#233;tait assign&#233; le r&#244;le de principales agentes de transmission de la langue maternelle et de la culture quotidienne. Cette assignation, pour efficace qu'elle soit sur le plan collectif pour garantir une certaine &#171; pr&#233;servation culturelle &#187;, me semblait probl&#233;matique, car reposant sur la contradiction entre des int&#233;r&#234;ts en tant que femme et d'autres en tant qu'Indienne, ainsi que sur l'obligation pour les femmes de faire passer leurs int&#233;r&#234;ts &#171; en tant que femme &#187; derri&#232;re leurs int&#233;r&#234;ts &#171; en tant qu'Indienne &#187; et surtout derri&#232;re les int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs de leur communaut&#233; voire des populations Indiennes en g&#233;n&#233;ral. Le deuxi&#232;me temps s'ouvre quelques ann&#233;es apr&#232;s, lorsque l'un des tout premiers textes que le soul&#232;vement zapatiste fait conna&#238;tre est une &#171; Loi r&#233;volutionnaire des femmes zapatistes &#187;. Il s'agit alors de comprendre comment les Indiennes zapatistes ont r&#233;ussi &#224; affirmer des int&#233;r&#234;ts &#171; en tant que femmes &#187; dans une organisation politique originellement marxiste-l&#233;niniste, en se structurant en tant que femmes mais sans quitter l'organisation &#171; mixte &#187;, et surtout comment depuis leur propre position minoritaire dans les rapports sociaux de sexe comme dans ceux de race, elles ont r&#233;ussi &#224; concilier leurs int&#233;r&#234;ts de race et de sexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, en examinant cette loi plus pr&#233;cis&#233;ment, on se rend compte que les choses sont plus complexes et que la diversit&#233; des Indiennes emp&#234;che de penser leurs int&#233;r&#234;ts comme pleinement unifi&#233;s. Qui plus est, elles doivent &#233;viter le pi&#232;ge d'une instrumentalisation par l'Etat, qui tente d'utiliser un discours &#171; de genre &#187; pour attaquer une des bases de la survie mat&#233;rielle et culturelle des populations Indiennes : l'acc&#232;s collectif &#224; la terre. A nouveau, on insistera sur l'importance du contexte pour comprendre comment s'imbriquent concr&#232;tement les rapports sociaux. D'abord, le contexte historique et politique : les situations de guerre, r&#233;pression et clandestinit&#233; ou de polarisation socio-politique intense, restreignent consid&#233;rablement les possibilit&#233;s de penser et d'agir de mani&#232;re complexe. Ensuite, le contexte culturel, qui implique une conceptualisation particuli&#232;re du sexe et du genre. Ici, une conception proche du mode II semble avoir favoris&#233; l'organisation &#171; en tant que femmes &#187;, m&#234;me si cela ne pr&#233;juge pas d'orientations &#171; f&#233;ministes &#187;. Enfin, sur le plan &#233;pist&#233;mologique, on verra qu'un point de vue minoritaire dans les deux rapports permet de comprendre qu'il est possible de concilier ses int&#233;r&#234;ts de sexe et de race, l&#224; o&#249; des femmes blanches (comme moi-m&#234;me) ou des hommes Indiens (comme leurs parents et camarades) tendent &#224; les traiter comme oppos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me chapitre reprend un travail de sociohistoire r&#233;alis&#233; en 2005 depuis la France, en plein d&#233;bat sur la question des signes religieux &#224; l'&#233;cole. Tentant un pas de c&#244;t&#233; dans les d&#233;bats tr&#232;s virulents concernant le racisme au sein du mouvement f&#233;ministe fran&#231;ais, avec le souhait de faire r&#233;appara&#238;tre dans la discussion aussi bien les diff&#233;rences de classe que la question de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, je me consacrai alors &#224; traduire la D&#233;claration f&#233;ministe Noire du groupe &#233;tats-unien Combahee River Collective. En effet, ces militantes avaient propos&#233; une analyse particuli&#232;rement importante des effets imbriqu&#233;s de quatre syst&#232;mes d'oppression simultan&#233;s et qu'elles se refusaient &#224; hi&#233;rarchiser : le racisme, le patriarcat, le capitalisme et l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;. Cependant, elles avaient pos&#233; ce d&#233;bat dans un contexte historique et culturel bien diff&#233;rent et assez mal connu en France, qu'il me semblait capital d'expliciter. Je me livrai alors &#224; une longue recherche bibliographique &#8212;aid&#233;e par les immenses progr&#232;s d'internet et plusieurs complices-interm&#233;diaires politico-cuturelles&#8212; qui m'amena &#224; mieux cerner les conditions de possibilit&#233; de production d'une telle analyse et &#224; mieux comprendre les pratiques politiques propos&#233;es, en cons&#233;quence, par le groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'av&#232;re particuli&#232;rement int&#233;ressant, avec ce chapitre, de rattacher pour une fois les Etats-Unis non pas tant au monde occidental et au Nord qu'au reste du continent Am&#233;ricain. J'y propose &#233;galement un changement d'&#233;chelle. En effet, il ne s'agit plus d'un vaste mouvement social poss&#233;dant une dimension arm&#233;e, affectant un important territoire sur plusieurs d&#233;cennies, dans un contexte majoritairement rural et paysan. Au contraire, on parle ici d'un groupe de quelques dizaines de personnes &#224; peine, essentiellement de classe populaire, mais cette-fois-ci urbaines. Et au lieu de saisir les rapports sociaux imbriqu&#233;s &#224; partir de certaines contradictions apparentes, il s'agit de comprendre comment les rapports sociaux sont analys&#233;s par des personnes plac&#233;es en situation minoritaire dans tous ces rapports simultan&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces personnes ont particip&#233; &#224; des groupes organis&#233;s autour de la race, &#224; d'autres organis&#233;s autour du sexe et &#224; d'autres encore, autour de la classe, mais d&#233;cident de s'organiser de mani&#232;re autonome &#8212;tout en continuant &#224; participer dans les autres mouvements. Le chapitre discute &#233;galement la fa&#231;on dont les membres du Combahee River Collective ont formul&#233; une politique &#171; de l'identit&#233; &#187; qui, en r&#233;alit&#233;, critique toute naturalisation de l'identit&#233; et propose au contraire des objectifs politiques &#171; universels &#187;. J'y analyse leurs strat&#233;gies et leurs apports, notamment dans le domaine de la critique de l'institution familiale et des m&#233;taphores naturalistes qui s'y rapportent. Enfin, sur le plan &#233;pist&#233;mologique, ce chapitre permet de constater que m&#234;me le point de vue &#233;pist&#233;mique &#171; privil&#233;gi&#233; &#187; qui &#233;tait le leur, depuis une situation enti&#232;rement minoritaire, peut d&#233;boucher sur un point aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quatri&#232;me chapitre prolonge l'analyse des apports consid&#233;rables des f&#233;ministes Noires d'Am&#233;frique ladine en retournant dans le sud du continent et dans les Cara&#239;bes. Il nous permet de saisir la grande diversit&#233; des conceptualisations de la race, bas&#233;es sur des rapports sociaux de race bien diff&#233;rents, alors m&#234;me que ces rapports sociaux concernent tous des populations Noires issues de la traite et de l'esclavage dans des cadres de supr&#233;matie blanche. Depuis les ann&#233;es 80 jusqu'&#224; l'actualit&#233;, en insistant sur la d&#233;cennie 90 durant laquelle se d&#233;veloppent les conceptualisations fondamentales de plusieurs groupes, j'&#233;voquerai dans ce chapitre essentiellement les contextes bien distincts du Br&#233;sil et de la R&#233;publique dominicaine, qui ont vu na&#238;tre plusieurs organisations et initiatives pr&#233;curseuses particuli&#232;rement significatives. Il s'agit ici de r&#233;flexions issues de groupes de femmes Noires d'origine populaire urbaine, qui partent d'embl&#233;e du principe de l'imbrication des dimensions raciales, sexuelles et capitalistes et qui pour beaucoup d'entre elles, s'inscrivent &#233;galement dans une militance lesbienne organis&#233;e (les militantes du Combahee pour leur part, &#224; l'&#233;poque, se disant lesbiennes &#224; titre plus personnel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On constatera ici que la d&#233;finition diff&#233;rente du m&#233;tissage et de la race, ainsi que le contenu explicitement culturel de l'identit&#233; Noire, qui constituent leur contexte, conduisent les militantes &#224; une analyse passablement diff&#233;rente de celle du Combahee. De surcro&#238;t, en se projetant dans un cadre transnational et continental et en se d&#233;ployant sur une p&#233;riode bien plus longue, les analyses du f&#233;minisme Noir am&#233;fricain et carib&#233;en d&#233;bouchent sur une r&#233;flexion particuli&#232;rement importante. En effet, certaines d'entre elles parviennent &#224; d&#233;passer radicalement les perspectives identitaires et les luttes locales imm&#233;diates pour raisonner clairement en termes de rapports sociaux imbriqu&#233;s, de construction de mouvement &#224; l'&#233;chelle transnationale et se projeter dans une analyse globale de la mondialisation, depuis le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plan &#233;pist&#233;mologique, on verra que c'est en ancrant leur position collective comme femmes racis&#233;es et appauvries vivant dans des r&#233;gions du monde qui affrontent la recolonisation, dans une longue histoire d'activisme et de r&#233;sistance, structur&#233;e par l'&#233;laboration d'une culture elle-m&#234;me orient&#233;e par des spiritualit&#233;s alternatives, que ces f&#233;ministes parviennent &#224; une analyse si compl&#232;te et &#171; universelle &#187; de l'imbrication des rapports sociaux et de la dynamique historique de cette imbrication. C'est aussi &#224; partir de l&#224; que peut na&#238;tre leur proposition de &#171; devenir Noir-e-s &#187; comme projet politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cinqui&#232;me chapitre ouvre la r&#233;flexion sur le mouvement f&#233;ministe latino-am&#233;ricain et des Cara&#239;bes, analys&#233; globalement, &#224; l'&#233;chelle transnationale, notamment &#224; travers ses rencontres continentales, en revenant sur les origines de la p&#233;riode contemporaine, c'est-&#224;-dire principalement le dernier tiers du vingti&#232;me si&#232;cle. Il s'appuie sur trente ans de participation plus ou moins intense et directe &#224; ce mouvement et &#224; ces rencontres, tout particuli&#232;rement autour de la VI&#232;me rencontre continentale de 1993 au Salvador, au cours de laquelle s'est nou&#233; une opposition durable entre deux grandes tendances, &#171; autonomes &#187; et &#171; institutionnelles &#187;, sur fond de pr&#233;paratifs de la Conf&#233;rence ONUsienne de P&#233;kin. Le chapitre reprend une s&#233;rie d'articles que j'ai publi&#233;s sur les VI&#232;me, VII&#232;me et VIII&#232;me rencontres f&#233;ministes continentales, ainsi que diff&#233;rents &#233;l&#233;ments d&#233;velopp&#233;s dans ma th&#232;se de doctorat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A travers ce chapitre, il s'agit de saisir certaines sp&#233;cificit&#233;s du f&#233;minisme continental qui, en comparaison des mouvements d'Europe, para&#238;t particuli&#232;rement fort, massif, organis&#233; et unifi&#233;. Les origines politiques de ses premi&#232;res militantes, tout comme la composition de classe et de &#171; race &#187; de la population du continent, expliquent certaines de ses particularit&#233;s. On soulignera &#233;galement le poids d'un contexte historique et g&#233;opolitique plut&#244;t d&#233;favorable, puisqu'il s'agit de la &#171; d&#233;cennie perdue &#187; du continent, faite de dictatures et d'imposition des plans d'ajustement structurel, qui d&#233;bouche sur le tournant n&#233;olib&#233;ral des ann&#233;es 90. Cependant, on verra que la croissance du mouvement est aussi li&#233;e &#224; des strat&#233;gies de construction particuli&#232;rement efficaces dont il s'est dot&#233; &#8212;reconnaissant et affrontant les diff&#233;rences de classe-race et les oppositions politiques en son sein &#224; travers une distinction explicite entre mouvement f&#233;ministe et mouvement des femmes, et gr&#226;ce &#224; la proposition originale du &#171; f&#233;minisme des secteurs populaires &#187;. On verra &#233;galement comment ce courant, port&#233; &#224; l'origine par des militantes &#171; de gauche &#187; cherchant &#224; lier les questions de sexe et de classe, s'est transform&#233; en tendance &#171; f&#233;mocrate &#187; accompagnant r&#233;solument l'inclusion des &#171; pauvres femmes du Sud &#187; dans le courant principal du &#171; d&#233;veloppement &#187; d&#233;sormais n&#233;olib&#233;ral pr&#244;n&#233; par la coop&#233;ration internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cet aspect, le f&#233;minisme du continent peut &#234;tre observ&#233; comme un &#171; laboratoire &#187; fascinant de la nouvelle politique des institutions internationales, dont les femmes du continent ont involontairement constitu&#233; les cobayes et simultan&#233;ment, les premi&#232;res et tr&#232;s perspicaces analystes. Le paradoxe cruel auquel a abouti le &#171; f&#233;minisme des secteurs populaires &#187; peut s'expliquer par le divorce croissant entre les int&#233;r&#234;ts objectifs de la nouvelle &#233;lite transnationalis&#233;e qui se forme dans le sillage des Conf&#233;rences ONUsiennes, et ceux des femmes populaires souvent racis&#233;es du continent qui font l'objet de l'attention des premi&#232;res &#8212;les unes se voyant r&#233;mun&#233;rer en dollars pour leurs rapports tandis que le brutal appauvrissement des autres suite &#224; l'ajustement structurel peine &#224; &#234;tre compens&#233; par des micro-projets productifs. C'est ainsi qu'on comprendra l'&#233;chec d'une r&#233;elle alliance autour du projet pourtant prometteur de lier les luttes f&#233;ministes avec la lutte de classe, au moment m&#234;me o&#249; le tournant n&#233;olib&#233;ral du capitalisme l'aurait pourtant rendu particuli&#232;rement utile. Le fait est que le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne d'institutionnalisation du f&#233;minisme &#224; travers la promotion internationalis&#233;e du &#171; genre &#187; et l'ONGisation du mouvement f&#233;ministe s'est &#233;tendue progressivement jusque dans les pays du Centre, contribuant &#233;galement &#224; produire dans ces pays un divorce croissant entre femmes, selon des logiques diff&#233;rentes mais pourtant parall&#232;les li&#233;es &#224; une certaine d&#233;politisation-d&#233;radicalisation du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sixi&#232;me et dernier chapitre aborde pr&#233;cis&#233;ment l'autre face de ce processus, en pr&#233;sentant vingt ans d'histoire du courant auto-baptis&#233;e &#171; autonome &#187;, qui se constitue d&#232;s 1993 comme la tendance oppos&#233;e &#224; l'institutionnalisation du mouvement sous l'&#233;gide de la coop&#233;ration internationale. M&#234;me s'il s'agit d'un courant minoritaire, aujourd'hui fragment&#233; et fortement invisibilis&#233; dans la plupart des recherches, il s'av&#232;re particuli&#232;rement important &#224; &#233;tudier. En effet, il propose un regard extr&#234;mement critique, d&#233;capant et pr&#233;curseur sur le processus ONUsien de P&#233;kin de 1995 et plus largement, sur le &#171; d&#233;veloppement &#187;. Vingt-cinq ans et deux crises &#233;conomiques majeures plus tard, certaines de leurs analyses commencent &#224; se frayer un chemin dans le sens commun, notamment la critique du micro-cr&#233;dit &#171; pour les femmes &#187; et le rejet de la doctrine n&#233;olib&#233;rale du FMI et de la Banque mondiale et m&#234;me de la sollicitude empoisonn&#233;e de l'ONU dans le r&#244;le du &#171; policier gentil &#187; du nouvel ordre global et d'&#171; alli&#233; des femmes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit dans ce chapitre comment, apr&#232;s des d&#233;buts percutants au moment de P&#233;kin, le courant &#171; autonome &#187; &#233;clate puis se recompose progressivement au d&#233;but des ann&#233;es 2000, dans un dialogue critique avec le reste du mouvement f&#233;ministe du continent, mais surtout gr&#226;ce &#224; son travail dans le mouvement lesbien et au cours des rencontres continentales de ce dernier. En effet, celles qui prennent la t&#234;te de la r&#233;flexion sont des lesbiennes, au sens politique de Wittig, mais aussi pour plusieurs d'entre elles, racis&#233;es et tr&#232;s impliqu&#233;es dans la lutte contre le racisme et ses manifestations concr&#232;tes et structurelles : militarisation et guerre pour assurer la colonisation interne et internationale. Ainsi, l'autonomie &#233;volue progressivement vers une analyse de l'imbrication des logiques h&#233;t&#233;ropatriarcales, racistes et classistes du n&#233;olib&#233;ralisme. La participation aux luttes concr&#232;tes conduit certaines militantes &#224; une r&#233;flexion de plus en plus pouss&#233;e sur la v&#233;ritable recolonisation du continent. Le lien avec d'autres femmes et f&#233;ministes Autochtones et Afros, comme avec une frange alternative de l'universit&#233;, am&#232;ne toute une partie d'entre elles sur la piste des analyses d&#233;coloniales, dont elles constituent aujourd'hui le ferment le plus prometteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan &#233;pist&#233;mologique, on verra que c'est en liant th&#233;orie et pratique, gr&#226;ce &#224; une r&#233;flexion collective &#224; l'&#233;chelle transnationale permise notamment par les rencontres f&#233;ministes puis lesbiennes-f&#233;ministes continentales et les logiques d'auto-formation, et enfin parce qu'une partie significative d'entre elles occupent des positions minoritaires aussi bien dans les rapports de sexe que de classe et surtout de race-nationalit&#233;-statut migratoire, qu'une partie des f&#233;ministes autonomes d'Abya Yala est parvenue &#224; proposer des analyses, des strat&#233;gies et des actions parmi les plus novatrices et porteuses d'espoir que l'on peut trouver &#224; l'heure actuelle. Elles ne demandent qu'&#224; &#234;tre mieux connues, partag&#233;es et bien &#233;videmment, adapt&#233;es au contexte, prolong&#233;es et mises en pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remerciements&lt;br class='autobr' /&gt;
A Tu&#237;ra Kayap&#243; et sa ni&#232;ce Maial Paiakan, femmes Kayap&#243;, guerri&#232;res pour la libert&#233; du fleuve Xing&#250; en Amazonie, qui ont accept&#233; que cette photo prise lors du 14&#232;me campement Terra Livre &#224; Brasilia du 24 au 28 avril 2017, devienne la couverture de ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Debora Sara&#237;va, qui sachant mon admiration de longue date pour Tu&#237;ra Kayap&#243;, m'avait offert cette photo dont elle est l'autrice, qu'elle a ensuite g&#233;n&#233;reusement accept&#233; de donner pour ce livre, et &#224; Felipe Milanes qui m'a mise en contact avec Maial Paiakan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu&#237;ra Kayap&#243; lutte depuis longtemps contre les barrages. En 1989, elle &#233;tait apparue &#224; la t&#233;l&#233;vision, brandissant une machette sous le nez d'un ing&#233;nieur de l'entreprise Electrobras, en d&#233;clarant &#171; Tu es un menteur. Nous n'avons pas besoin d'&#233;lectricit&#233;. L'&#233;lectricit&#233; ne nous am&#232;nera pas &#224; manger. Nous avons besoin que nos rivi&#232;res coulent librement : notre futur en d&#233;pend. Nous avons besoin de notre for&#234;t pour chasser et cueillir notre nourriture. Nous n'avons pas besoin de ton barrage. &#187; Peu apr&#232;s, la Banque mondiale avait annul&#233; un pr&#234;t de 500 millions de dollars au Br&#233;sil et le projet de barrage sur le fleuve Xing&#250; avait &#233;t&#233; retir&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2016, le complexe de barrages connus comme &#171; Belo Monte &#187; a cependant fini par &#234;tre dress&#233;, avec des cons&#233;quences d&#233;sastreuses pour les populations Indiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.rejectedprincesses.com/blog/modern-worthies/tuira-kayapo&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.rejectedprincesses.com/blog/modern-worthies/tuira-kayapo&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.globalvoices.org/2016/11/18/203350/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.globalvoices.org/2016/11/18/203350/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Lesbiennes, gays, bisexuel-le-s, transsexuel-le-s, queer, intersexes et plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Conform&#233;ment &#224; certaines traditions militantes et tout particuli&#232;rement aux d&#233;cisions des r&#233;dactrices et &#233;ditrices de la D&#233;claration f&#233;ministe Noire du Combahee dont on parlera au chapitre 3, je reprends ici la majuscule qu'elles ont choisi d'utiliser pour des mots tels que Black, Lesbienne ou Juive, m&#234;me lorsqu'il s'agit d'adjectifs, dans un but de revalorisation des groupes mentionn&#233;s. Je l'&#233;tendrai aux termes d&#233;signant les Autochtones et l'ensemble des groupes faisant l'objet du racisme. Pour d'autres pr&#233;cisions concernant les termes que j'utiliserai pour nommer les personnes Indiennes ou Noires, on se reportera &#224; la fin de cette introduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] On peut complexifier ce raisonnement, mais &#224; ce stade, il importe de comprendre que les rapports de pouvoir, con&#231;us dans un sens W&#233;berien, cr&#233;ent des antagonismes profonds qui opposent deux &#224; deux des groupes sociaux selon leurs int&#233;r&#234;ts. Cette analyse abstraite n'est en rien contradictoire avec le fait que dans la r&#233;alit&#233;, chaque personne appartienne simultan&#233;ment et/ou successivement &#224; plusieurs groupes sociaux, selon les antagonismes et les situations en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Un certain nombre de mouvements sociaux ont repris dans une perspective d&#233;coloniale ce terme utilis&#233; par les populations Kuna de Colombie et du Panam&#225; pour d&#233;signer leur terre avant l'invasion europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Concept propos&#233; par la f&#233;ministe Noire br&#233;silienne L&#233;lia Gonzalez, comme on le verra au chapitre 4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] La premi&#232;re main-d'&#339;uvre utilis&#233;e pour suppl&#233;er aux populations autochtones d&#233;cim&#233;es fut une combinaison de populations captives arrach&#233;es &#224; l'Afrique et d'Europ&#233;ens mis&#233;rables, les &#171; engag&#233;s &#187;. Ainsi &#224; la Barbade, la premi&#232;re &#238;le des Cara&#239;bes &#224; conna&#238;tre une exploitation intensive, la majorit&#233; des Irlandais envoy&#233;s cultiver du tabac &#224; partir de 1630, en remplacement de la population Indienne extermin&#233;e, est constitu&#233;e d'engag&#233;s. Quand il ne s'agissait pas d'enl&#232;vement par la ruse, la force ou pour dette, les contrats de &#171; servitude volontaire &#187; proposaient le financement de la travers&#233;e et un entretien en nature contre un &#224; sept ans de travail. Le payeur pouvait restreindre les activit&#233;s des engag&#233;s (notamment en leur interdisant le mariage, or il s'agissait souvent d'hommes jeunes), vendre ou transf&#233;rer le contrat &#224; un autre employeur et recourir &#224; des sanctions l&#233;gales (notamment l'emprisonnement en cas de fuite). La formule fut tr&#232;s utilis&#233;e au XVII&#232;me dans les colonies nord-am&#233;ricaines, o&#249; ces serviteurs engag&#233;s constitu&#232;rent entre un tiers et deux tiers des personnes blanches d&#233;barqu&#233;es entre 1630 et 1785. Dans l'ensemble des Cara&#239;bes, leur nombre est estim&#233; &#224; 500.000. On sait &#233;galement que parmi les femmes europ&#233;ennes qui arriv&#232;rent dans les colonies, beaucoup &#233;taient des &#171; Filles du Roy &#187;, autrement dit, prises dans les h&#244;pitaux et amen&#233;es de force (ce qui nuance s&#233;rieusement l'&#233;quation femmes blanches des colonies = bourgeoises). L'Europe connut ensuite un besoin croissant de retenir sa propre population, entam&#233;e par les guerres cromwelliennes (1641-1653), les famines et la peste. L'Afrique sub-saharienne au contraire voyait se multiplier la main-d'&#339;uvre &#171; lib&#233;r&#233;e &#187; par les troubles li&#233;s &#224; la colonisation europ&#233;enne (surtout apr&#232;s la chute du royaume du Congo en 1665). Il en r&#233;sulta d'abord une nette africanisation des d&#233;port&#233;-e-s. Puis la traite elle-m&#234;me prit un essor consid&#233;rable &#224; partir de 1672 (cr&#233;ation en Angleterre de la Compagnie royale d'Afrique et en France de la Compagnie du S&#233;n&#233;gal) puis de 1674, lorsque Fran&#231;ais et Anglais commenc&#232;rent &#224; disputer aux Hollandais le monopole du transport des esclaves et que la culture du sucre connut un d&#233;veloppement exponentiel dans les Cara&#239;bes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Par ce n&#233;ologisme, je d&#233;signe l'ensemble des personnes et pas seulement celles qui sont socialement consid&#233;r&#233;es comme des hommes. Une autre possibilit&#233; aurait &#233;t&#233; d'utiliser le terme ul, propos&#233; par Mich&#232;le Causse. Au-del&#224; d'une &#171; inclusivit&#233; &#187; qui ne remet pas n&#233;cessairement en cause la fiction sociale d'une existence &#171; naturelle &#187; des femmes et des hommes (et des autres), le ul permet un r&#233;el &#171; d&#233;-marquage &#187;, selon la conceptualisation de Dominique Bourque, qui poursuit les analyse de Wittig et Guillaumin. Cependant, le terme ne s'&#233;tant pas encore impos&#233;, j'ai pr&#233;f&#233;r&#233; ielle, qui est d&#233;j&#224; familier &#224; certaines personnes. Sur le sujet, on pourra voir notamment Bourque, 2006 ; Barsac et Causse, 2014 et Armengaud et Bourque, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Pour reprendre la conceptualisation de Colette Guillaumin sur l'id&#233;el et le mat&#233;riel comme les deux faces de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Au sens de Colette Guillaumin, c'est-&#224;-dire de moindre pouvoir (et non au sens quantitatif). Je pr&#233;f&#232;re ce qualificatif &#224; opprim&#233; ou exploit&#233;, l'un se r&#233;f&#233;rant davantage au politique, l'autre &#224; une dimension &#233;conomique. Quant au concept de domination, j'&#233;vite de l'utiliser en faisant mienne la critique de Nicole-Claude Mathieu (1985 b) pour qui il s'agit du terme pr&#233;f&#233;r&#233; des groupes dominants car il donne un semblant de l&#233;gitimit&#233; naturelle au ph&#233;nom&#232;ne. Elle en donne l'exemple suivant : n'entend-on pas une grande diff&#233;rence entre &#171; la montagne domine la plaine &#187; et &#171; la montagne opprime la plaine &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Wittig s'appuie sur l'exemple d'un paysan roumain de 1848 en lutte, d&#233;put&#233; d'une assembl&#233;e populaire, s'adressant &#224; un groupe de dominants : &#171; Why do the gentlemen say it was not slavery for we know it to have been slavery, this sorrow that we have sorrowed &#187; (p. 60). Autrement dit : Pourquoi ces Messieurs disent-ils qu'il ne s'agissait pas d'esclavage, puisque nous savons bien que c'&#233;tait de l'esclavage, cette affliction que nous avons souffert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Ce concept, d&#233;velopp&#233; notamment par bell hooks (1989), nous parle des personnes en situation d'inclusion et d'exclusion simultan&#233;e, dont un des exemples classiques et historiques apport&#233;s par les f&#233;ministes Noires &#233;tats-uniennes est celui des travailleuses domestiques Noires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Pour reprendre le concept d&#233;velopp&#233; notamment par Patricia Hill Collins (1986).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] &#171; Le concept central de Colette Guillaumin est celui des rapports de sexage, qu'elle d&#233;finit comme des rapports d'appropriation physique directe, &#171; un rapport de classe g&#233;n&#233;ral o&#249; l'ensemble de l'une est &#224; la disposition de l'autre &#187; (1992 [1978], pp 21-22). Elle en distingue deux composantes : l'appropriation individuelle ou priv&#233;e et l'appropriation collective. L'appropriation individuelle a lieu par le biais du mariage ou de ses avatars, l'institution matrimoniale ne constituant qu'une des surfaces institutionnelles possibles du rapport global d'appropriation. L'appropriation collective est souvent occult&#233;e par l'institution matrimoniale, sur laquelle les critiques se focalisent. Guillaumin distingue quatre expressions concr&#232;tes de l'appropriation : l'appropriation du temps, des produits du corps, l'obligation sexuelle et la charge physique des membres du groupe (incluant les membres valides m&#226;les du groupe). Elle d&#233;crit ensuite cinq moyens de l'appropriation de la classe des femmes par celle des hommes, qui peuvent, ou non, &#234;tre sp&#233;cifiques aux rapports de sexage : le march&#233; du travail ; le confinement dans l'espace ; la d&#233;monstration de force (les coups) ; la contrainte sexuelle ; l'arsenal juridique et le droit coutumier (idem, pp 39-45). Enfin, elle insiste sur le fait que l'appropriation concerne l'individualit&#233; physique toute enti&#232;re, l'esprit et le corps de la personne, un corps pens&#233; comme &#171; corps-machine &#224; travailler &#187;. [&#8230;] Elle d&#233;finit le sexage comme un rapport o&#249; c'est l'unit&#233; mat&#233;rielle productrice de la force de travail qui est prise en main, et pas seulement la force de travail, soulignant la proximit&#233; du sexage avec le servage et l'esclavage. &#187; (Falquet, 2015).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Comme j'ai traduit les deux Lois r&#233;volutionnaires des femmes zapatistes qui seront ici discut&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Internet offrant &#224; certains documents de l'&#233;poque, num&#233;ris&#233;s, un acc&#232;s peut-&#234;tre meilleur que celui dont disposaient les militantes d'alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Du coup, &#171; l'identit&#233; sexuelle/sexualit&#233; &#187; ne constitue pas un 4&#232;me rapport social, mais bel et bien la cl&#233; de vo&#251;te des rapports sociaux de sexe. En effet, c'est l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, comprise tant comme pratique relationnelle que comme organisatrice de l'institution familiale, fondamentalement asym&#233;trique selon qu'elle concerne les femmes ou les hommes, qui constitue simultan&#233;ment la fin et le moyen du maintien des rapports sociaux de sexe. C'est ce qu'a d'ailleurs affirm&#233; Monique Wittig (dont l'analyse concerne le mode I) : les femmes sont h&#233;t&#233;rosexuelles par d&#233;finition, tandis que les hommes sont, tout court, et peuvent se livrer aux pratiques sexuelles qui leur chantent, tant qu'ils ne donnent pas &#224; penser qu'ils se mettent en position de femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Par exemple chez les Igbo et Ibibio dans le Nigeria des ann&#233;es 1930, dans les royaumes Azande du Sud &#8211;Soudan avant la colonisation, parmi les Nandi du Kenya, les Gimi et les Baruya de Nouvelle Guin&#233;e ou diff&#233;rentes populations Indiennes des plaines d'Am&#233;rique du Nord (selon Mathieu). Comme on le verra, on peut penser qu'il concerne aussi une partie des populations Indiennes et Noires d'Am&#233;rique Latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Avec la majuscule qu'utilise Guillaumin pour bien marquer qu'il s'agit d'une id&#233;ologie&#8230; naturaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Malgr&#233; cinq si&#232;cles de g&#233;nocide, il reste aujourd'hui au moins 826 peuples autochtones diff&#233;rents sur le continent (CEPAL, 2014).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Le rh&#233;sus O &#233;tant dans ce cas caract&#233;ristique d'origines basques, elles-m&#234;mes r&#233;put&#233;es avoir conserv&#233; toute leur puret&#233; en &#233;chappant aux influences juives et maures pendant la p&#233;riode o&#249; la p&#233;ninsule espagnole &#233;tait conquise (Casa&#250;s Arzu, 1992).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Ou parfois le degr&#233; d'instruction : au d&#233;but des ann&#233;es 90, la Cour supr&#234;me colombienne rejeta la revendication d'indianit&#233; d'un groupe urbain en arguant que celui-ci pr&#233;sentait un niveau de scolarisation&#8230; trop &#233;lev&#233;. Il s'agissait en fait de leur refuser la reconnaissance de droits de propri&#233;t&#233; sur la terre. (Gros, 1991).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Ces deux termes font r&#233;f&#233;rence aux lieux physiques, souvent fortifi&#233;s et difficiles d'acc&#232;s, o&#249; se r&#233;fugiaient et s'installaient les personnes s'&#233;chappant des plantations. Certains sont devenus avec les ann&#233;es d'importantes communaut&#233;s, principalement peupl&#233;es de populations afrodescendantes, mais aussi souvent d'autres fuyard-e-s du syst&#232;me colonial dominant. Parfois, leurs descendant-e-s y habitent jusqu'&#224; aujourd'hui &#8212;on parle alors (au Br&#233;sil) de plusieurs centaines de remanentes de Quilombos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] J'ai analys&#233; ailleurs ses dimensions mat&#233;rielles, notamment la division sexuelle du travail r&#233;volutionnaire (Falquet, 2003 et 2019).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nouvelle parution de la revue Relations : La spiritualit&#233; pour changer le monde ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Nouvelle-parution-de-la-revue-Relations-La-spiritualite-pour-changer-le-monde</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Nouvelle-parution-de-la-revue-Relations-La-spiritualite-pour-changer-le-monde</guid>
		<dc:date>2020-08-24T09:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Revue Relations</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-06-16</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans le contexte actuel de crises &#233;cologique, soci&#233;tale et sanitaire plan&#233;taires, la spiritualit&#233; appara&#238;t comme un soutien pr&#233;cieux et essentiel &#224; un grand nombre de personnes engag&#233;es socialement, croyantes ou non. Pour elles, la vie int&#233;rieure, le ressourcement, la qu&#234;te de sens ou l'attention &#224; une transcendance &#8211; tout ce &#224; quoi renvoie d'une certaine mani&#232;re la spiritualit&#233; &#8211; sont fondamentaux. Mais au-del&#224; des pratiques individuelles, la spiritualit&#233; peut-elle &#234;tre un moteur d'action (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres et revues&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-06-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-06-16&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L143xH150/arton44210-1fb32.png?1781365637' class='spip_logo spip_logo_right' width='143' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le contexte actuel de crises &#233;cologique, soci&#233;tale et sanitaire plan&#233;taires, la spiritualit&#233; appara&#238;t comme un soutien pr&#233;cieux et essentiel &#224; un grand nombre de personnes engag&#233;es socialement, croyantes ou non. Pour elles, la vie int&#233;rieure, le ressourcement, la qu&#234;te de sens ou l'attention &#224; une transcendance &#8211; tout ce &#224; quoi renvoie d'une certaine mani&#232;re la spiritualit&#233; &#8211; sont fondamentaux. Mais au-del&#224; des pratiques individuelles, la spiritualit&#233; peut-elle &#234;tre un moteur d'action collective pour la justice sociale et la dignit&#233; humaine ? Une voie pour r&#233;enchanter et humaniser un monde aux abois ? Ce dossier se penche sur ces questions qui peuvent para&#238;tre contre-intuitives dans nos soci&#233;t&#233;s s&#233;cularis&#233;es, en s'attardant aussi &#224; des enseignements que peuvent nous apporter diff&#233;rentes traditions spirituelles et religieuses.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dossier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La spiritualit&#233; pour changer le monde ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Emiliano Arpin-Simonetti et&lt;br class='autobr' /&gt;
Christophe Genois-Lefran&#231;ois&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Changement de civilisation et spiritualit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dominique Bourg&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'engagement social comme exp&#233;rience spirituelle&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Guy C&#244;t&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;cof&#233;minisme : joindre le cosmique, l'humain&lt;br class='autobr' /&gt;
et le sacr&#233;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pierrette Daviau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'effondrement n'est pas l'apocalypse&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ariane Collin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'exigence de retenue&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Robert Mager&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dimension spirituelle de l'action sociale : une perspective musulmane&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mohammed Taleb&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La proph&#233;tie des sept feux, t&#233;moin d'une histoire de mobilisation&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Extrait du livre de Leanne Betasamosake Simpson, Danser sur le dos de notre tortue (Varia, 2018)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Artiste invit&#233;e&lt;/strong&gt; : Virginia P&#233;s&#233;mapeo Bordeleau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; d&#233;couvrir aussi dans ce num&#233;ro&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre &#233;ditorial &lt;strong&gt;&#171; De l'espoir &#187; par Catherine Caron&lt;/strong&gt; ; un d&#233;bat entre &lt;strong&gt;Eve-Lyne Couturier et Blanche Gionet-Lavigne&lt;/strong&gt; autour de l'id&#233;e de ne pas faire d'enfants pour sauver la plan&#232;te ; une entrevue avec &lt;strong&gt;Omar Benderra&lt;/strong&gt; sur la d&#233;liquescence du r&#233;gime alg&#233;rien ; une analyse sur le g&#233;nocide culturel des Ou&#239;ghours par &lt;strong&gt;Dilmurat Mahmut&lt;/strong&gt; et une r&#233;flexion de &lt;strong&gt;David Worm&#228;ker&lt;/strong&gt;, &#171; Pour les confin&#233;s seulement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, les derni&#232;res chroniques de la saison sign&#233;es par l'&#233;crivaine et po&#232;te &lt;strong&gt;Marie-C&#233;lie Agnant&lt;/strong&gt;, l'&#233;crivaine, po&#232;te et com&#233;dienne &lt;strong&gt;Violaine Forest&lt;/strong&gt; et le j&#233;suite &lt;strong&gt;Bernard Sen&#233;cal&lt;/strong&gt;, ma&#238;tre zen et fondateur d'une communaut&#233; oecum&#233;nique en Cor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En librairies, en kiosques et en ligne le 10 juillet.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Crise raciale, crise sociale et prise de pouvoir</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Crise-raciale-crise-sociale-et-prise-de-pouvoir</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Crise-raciale-crise-sociale-et-prise-de-pouvoir</guid>
		<dc:date>2020-08-24T08:15:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Donald Cuccioletta</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Blogues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-06-16</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;George Floyd a &#233;t&#233; assassin&#233; par des policiers &#224; Minneapolis. Une autre victime du racisme syst&#233;mique qui gangr&#232;ne la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine. George Floyd fait partie maintenant de la longue liste d'assassinat qui a d&#233;but&#233; avec l'esclavage. Les &#233;meutes dans plus de 140 villes ont marqu&#233; l'imaginaire et l'esprit de lutte &#224; travers le monde. &#171; Black Lives Matter &#187; a fait le tour de la plan&#232;te. Le slogan &#171; No Justice, No Peace &#187; a aussi lanc&#233; un avertissement &#224; la classe politique des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Blogues-" rel="directory"&gt;Blogues&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Etats-Unis-231-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Blogues-738-+" rel="tag"&gt;Blogues&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-06-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-06-16&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton44079-74c29.jpg?1781365637' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;George Floyd a &#233;t&#233; assassin&#233; par des policiers &#224; Minneapolis. Une autre victime du racisme syst&#233;mique qui gangr&#232;ne la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine. George Floyd fait partie maintenant de la longue liste d'assassinat qui a d&#233;but&#233; avec l'esclavage. Les &#233;meutes dans plus de 140 villes ont marqu&#233; l'imaginaire et l'esprit de lutte &#224; travers le monde. &#171; Black Lives Matter &#187; a fait le tour de la plan&#232;te. Le slogan &#171; No Justice, No Peace &#187; a aussi lanc&#233; un avertissement &#224; la classe politique des &#201;tats-Unis : cette nouvelle g&#233;n&#233;ration qui &#233;tait au c&#339;ur des manifestations sera patiente, mais pas aussi patiente que leurs parents et leurs grands-parents, pour obtenir justice pour George Floyd.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous avons remarqu&#233; la pr&#233;sence de cette coalition objective, rarement vue depuis les ann&#233;es soixante, entre les Afro-am&#233;ricains, les Latinx et les jeunes blancs (&#233;veill&#233; par le discours sociopolitique de Bernie Sanders). Certes, le but des manifestations &#233;tait de signaler le cancer qu'est le racisme syst&#233;mique aux &#201;tats-Unis. Par contre, avec l'&#233;volution des manifestations, les revendications se sont &#233;largies pour inclure la lutte contre la pauvret&#233;, la gratuit&#233; scolaire pour les universit&#233;s, un programme de sant&#233; universel, une soci&#233;t&#233; juste et d&#233;mocratique, et la lutte pour une soci&#233;t&#233; &#233;cologique. Les revendications &#233;largies incluent maintenant la lutte contre le capitalisme qui est &#224; la source du racisme syst&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple assez remarquable de l'&#233;largissement des revendications qui c'est manifest&#233; depuis la mort de George Floyd, est ce qui se passe depuis mercredi le 10 juin par les manifestants et manifestantes dans la ville de Seattle. La police de Seattle craignait une attaque contre leur poste de police dans un quartier qui fut alors abandonn&#233;. Ils ont barricad&#233; les fen&#234;tres, barr&#233; les portes et ont fui le quartier. Les manifestants et les manifestantes &#224; Seattle ont tr&#232;s vite saisi l'occasion pour ceinturer le quartier avec le poste de police au milieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quartier s'appelle maintenant la &#171; zone &#187; autonome de Capital Hill &#224; Seattle. Une forme de Commune de Seattle a &#233;t&#233; fond&#233;e par cette alliance de manifestants o&#249; il et elles offrent des services m&#233;dicaux, une cantine pour des repas, du th&#233;&#226;tre et de l'art de la rue, un lieu pour se reposer et un feuillet d'&#233;ducation populaire, tout ceci dans l'esprit de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de Seattle de 1919, en pleine crise de la grippe espagnole. Ils et elles pr&#233;voient d'ici quelques jours pr&#233;parer des d&#233;jeun&#233;s pour les enfants pauvres de Capital Hill, comme l'a fait le Black Panther Party &#224; Oakland en 1968. Ne soyons pas surpris de voir d'autres communes apparaitre dans d'autres villes des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident comme il le fait depuis maintenant deux semaines, a menac&#233; le maire de Seattle et le gouverneur de l'&#201;tat de Washington que si la situation continue &#224; se d&#233;t&#233;riorer il va envoyer l'arm&#233;e. Les d&#233;mocrates, comme les hypocrites qu'ils sont, ont pris une position de conciliation et ont affirm&#233; qu'avec Biden, il y aurait une enqu&#234;te suivie par un rapport comme le Pr&#233;sident Johnson a fait avec le Rapport Kerner &#224; la suite des &#233;meutes &#224; D&#233;troit en 1967. Le Rapport Kerner est rest&#233; sur les tablettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne soyons pas encore surpris si, avec les derniers &#233;v&#233;nements, Obama fait une apparition pour sauver le Parti d&#233;mocrate. Mais nous savons que cette nouvelle g&#233;n&#233;ration que nous voyons dans les rues n'&#233;coute plus les d&#233;mocrates et surtout pas BIden et Obama qui n'ont rien fait pour la communaut&#233; afro-am&#233;ricaine alors qu'ils &#233;taient au pouvoir. La position de ses militants et militantes n'est ni les r&#233;publicains, ni les d&#233;mocrates. En somme nous assistons au rejet du vote strat&#233;gique lib&#233;ral, qui fait gagner de toute fa&#231;on un des deux partis capitalistes pour quatre ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers cette r&#233;volte sociale, il y a une &#233;lection pr&#233;sidentielle f&#233;d&#233;rale qui attitre l'attention, mais aussi des &#233;lections contest&#233;es par des candidats et candidates socialistes et progressistes &#224; d'autres postes dans le syst&#232;me politique am&#233;ricain. Il y a un socialiste qui se pr&#233;sente au poste de s&#233;nateur pour l'&#201;tat de New York (comme l'avait fait Julie Salazar, qui l'appuie) dans le comit&#233; de Brooklyn. Jabari Brisport est un enseignant, soutenu par le DSA (Democractic Socialists of America), la s&#233;natrice Julie Salazar et Aleandria Ocasio-Cortez, pour qui il a travaill&#233; durant sa propre campagne &#233;lectorale. Il a de tr&#232;s bonnes chances de remporter la primaire d&#233;mocrate du 23 juin, contre deux autres candidates de la machine &#233;lectorale du Parti d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce jour, il devance ces deux opposants dans l'appui des &#233;lecteurs et le montant d'argent qu'il a recueille. Il est un Afro-Am&#233;ricain et a milit&#233; au sein de Black Lives Matter. Il vient d'un milieu ouvrier. Son p&#232;re &#233;tait syndiqu&#233; aux Steel Workers (Metallos) et sa m&#232;re &#233;tait syndiqu&#233;e aux Communication Workers of America (les travailleurs et travailleuses de la Communication de l'Am&#233;rique). Il a commenc&#233; son engagement dans la politique &#233;lectoral avec Bernie Sanders en 2016. S'il emporte la nomination d&#233;mocrate, et gagne l'&#233;lection contre son adversaire r&#233;publicain il sera le premier noir LGBTQ &#224; &#234;tre &#233;lu au S&#233;nat de l'&#201;tat de New York. Une &#233;lection importante pour solidifier le travail d&#233;j&#224; commenc&#233; depuis 2018 par la S&#233;natrice Julie Salazar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jabari Brisport n'est pas seule &#224; se pr&#233;sent&#233; dans l'arrondissement de Brooklyn et celui du Queens juste &#224; c&#244;t&#233;. Il y a trois candidats et candidates socialistes, tous et toutes membres du DSA, qui militent dans leurs quartiers contre le racisme syst&#233;mique, la pauvret&#233; et pour les logements sociaux. Les trois -Phara Souffrant, Marcela Mitanyes et Zouhran Mamdani- se pr&#233;sentent &#224; la l'Assembl&#233;e l&#233;gislative et, selon les sondages locaux, m&#232;nent aussi dans les primaires d&#233;mocrates du 23 juin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jabari Brisport est ces trois autres candidates et candidates ont constitu&#233; une &#233;quipe pour travailler ensemble pour leurs &#233;lections respectives et &#233;ventuellement travailler en &#233;quipe avec la s&#233;natrice Julie Salazar. Il est certain que leurs adversaires, tant d&#233;mocrates que r&#233;publicains, vont utiliser les &#233;meutes, les violences pour attaquer ces quatre candidats et candidates et pour effrayer l'&#233;lectorat. Nous devons nous attendre &#224; ce que plus ces candidats et ces candidates avanceront dans le processus &#233;lectoral, plus ils et elles seront accus&#233;.e.s de tous les maux de se monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le FBI, comme un instrument de l'&#233;tat, est d&#233;j&#224; en &#233;tat d'alerte pour d&#233;truire tout mouvement, socialiste, progressiste, anarchiste, syndicaliste, comme ils l'on fait dans le pass&#233; et continueront de le faire pour d&#233;fendre la classe capitaliste. L'histoire des &#201;tats-Unis est l&#224; pour le prouver. Mais il faut nous dire que ce moment dont nous sommes t&#233;moins nous enseigne plusieurs le&#231;ons. Il faut surtout, de toutes nos forces, soutenir nos camarades aux &#201;tats-Unis. Ils et elles ont besoin de notre appui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lotta Continua&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Retour &#224; la normale ?</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Beaudet</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
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		<dc:subject>Edition du 2020-06-16</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est le mot d'ordre des dominants dans le monde entier, qu'ils soient autoritaires (&#201;tats-Unis, Br&#233;sil, Inde, Hongrie, etc.), ou seulement n&#233;olib&#233;raux &#171; ordinaires &#187;, comme au Canada, en France, en Su&#232;de, en Espagne, etc.). Le poids d&#233;cisif dans cette volont&#233; d'un &#171; retour &#224; la normalit&#233; &#187; vient des capitalistes petits, moyens et grands, qui pensent &#233;videmment que leur business est plus important que la sant&#233;. Les gouvernements, &#171; d&#233;mocratiquement &#187; &#233;lus ou non, suivent la &#171; ligne &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; La (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L106xH150/arton44080-e9d3c.jpg?1781365637' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est le mot d'ordre des dominants dans le monde entier, qu'ils soient autoritaires (&#201;tats-Unis, Br&#233;sil, Inde, Hongrie, etc.), ou seulement n&#233;olib&#233;raux &#171; ordinaires &#187;, comme au Canada, en France, en Su&#232;de, en Espagne, etc.). Le poids d&#233;cisif dans cette volont&#233; d'un &#171; retour &#224; la normalit&#233; &#187; vient des capitalistes petits, moyens et grands, qui pensent &#233;videmment que leur business est plus important que la sant&#233;. Les gouvernements, &#171; d&#233;mocratiquement &#187; &#233;lus ou non, suivent la &#171; ligne &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;mocratie avec un petit &#171; D &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la pand&#233;mie, les dispositifs politiques habituels ont &#233;t&#233; minimis&#233;s, dont les assembl&#233;es &#233;lues et d'autres m&#233;canismes permettant aux soci&#233;t&#233;s de participer, si ce n'est que d'une mani&#232;re limit&#233;e, au d&#233;bat public. Se profilait alors la tendance syst&#233;mique, dans le capitalisme n&#233;olib&#233;ral globalis&#233;, d'atrophier la d&#233;mocratie repr&#233;sentative, de confier les &#171; vraies &#187; d&#233;cisions &#224; des pouvoirs ex&#233;cutifs tr&#232;s restreints, second&#233;s par les think-tanks de droite opaques. Cette droite n'est pas contre la d&#233;mocratie, &#224; condition que le peuple accepte ses r&#232;gles du jeu. S'il le faut, il y a un Plan B qui est celui de foncer dans l'aventure autoritaire, quitte &#224; ce que cela soit un peu p&#233;rilleux. En France avant l'invasion nazie, la bourgeoisie fran&#231;aise criait &#171; Mieux vaut Hitler que le Front populaire &#187;&#8230; Il n'y a pas si longtemps, les admirateurs qu&#233;b&#233;cois et canadiens de Mussolini et de Franco se comptaient par milliers au sein des &#233;lites politiques et &#233;conomiques. Des &#171; lib&#233;raux &#187; qui se disent d&#233;fenseurs de la d&#233;mocratie n'ont pas peur de d&#233;ployer les forces du (d&#233;)ordre) quand la r&#233;sistance est trop forte, comme par exemple avec les peuples autochtones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une &#171; tendance &#187; autoritaire est bien en vie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la loi 61 avait &#233;t&#233; adopt&#233;e, le gouvernement aurait &#233;norm&#233;ment r&#233;duit l'espace politique institutionnel. Les m&#233;diocres ministres &#171; &#233;conomiques &#187; de la CAQ y tenaient beaucoup, habitu&#233;s comme ils le sont &#224; g&#233;rer leurs entreprises comme s'ils en &#233;taient ma&#238;tres et rois. L'id&#233;e de consulter la population, dans leur esprit r&#233;actionnaire, est saugrenue. Mais comme on le sait, il y a une lev&#233;e des boucliers d'&#224; peu pr&#232;s tout ce qui existe au niveau syndical et associatif. Qu&#233;bec Solidaire est mont&#233; au front, avec l'hypocrite appui du Parti Lib&#233;ral qui ne se g&#234;nait jamais, pendant les longues ann&#233;es qu'il &#233;tait au pouvoir, de b&#226;illonner, de censurer et de r&#233;primer, comme on l'a vu pendant le printemps &#233;rable de 2012. La petite victoire d'avoir refus&#233; la loi 61 ne doit pas nous faire oublier l'essentiel cependant. L'Assembl&#233;e nationale, n'est pas vraiment un espace d&#233;mocratique o&#249; s'exprime la soci&#233;t&#233;. C'est un lieu &#233;litiste, con&#231;u, dans le sillon de ses g&#233;niteurs colonialistes britanniques, pour une sorte de grande mise en sc&#232;ne. Dans la grande majorit&#233; des cas, les d&#233;cisions sont d&#233;j&#224; prises par les &#233;lites politiques et &#233;conomiques pour institutionnaliser, l&#233;galiser si on peut dire, leur domination de classe. La &#171; normalit&#233; &#187;, c'est le droit de propri&#233;t&#233; qui permet de traiter les humains comme des marchandises, de piller la Pachamama comme si elle &#233;tait une vulgaire &#171; petite chose &#187;, de participer &#224; l'&#233;chelle mondiale &#224; imposer, &#224; coups de fusils s'il le faut, la &#171; loi et l'ordre &#187; contre des peuples qui disent non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#171; anomalies &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De temps en temps dans ces instances, il y a des &#171; anomalies &#187;, qui viennent la plupart du temps de partis ou de personnalit&#233;s politiques qui sont &#224; l'ext&#233;rieur du syst&#232;me et qui ont &#233;t&#233; &#233;lus gr&#226;ce &#224; la mobilisation citoyenne. Les vrais d&#233;cideurs sont pr&#234;ts, mais pas toujours, &#224; laisser ces emp&#234;cheurs de tourner en rond d'avoir une petite voix, tout en les emp&#234;chant d'atteindre une masse critique. Quand ces dissidents deviennent puissants et m&#234;me h&#233;g&#233;moniques, alors on les tape, comme on l'a vu 1000 fois dans l'histoire contemporaine. Ce n'est pas du fatalisme de reconna&#238;tre le caract&#232;re factice de cette d&#233;mocratie, une d&#233;mocratie avec un petit &#171; D &#187;, mais il faut &#234;tre r&#233;aliste. Les luttes politiques et sociales, contrairement &#224; Hollywood, ne se concluent pas par des &#171; happy ending &#187;. Ce n'est pas une histoire de &#171; bons &#187; et de &#171; m&#233;chants &#187;. Changer la soci&#233;t&#233;, c'est changer de syst&#232;me, y compris et surtout, la mani&#232;re de gouverner. Il n'y aura jamais, dans le syst&#232;me politique canadien et qu&#233;b&#233;cois, de changement sans que ce syst&#232;me m&#234;me soit &#233;radiqu&#233; et r&#233;invent&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand on reprendra notre &#233;lan&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'assembl&#233;e nationale va reprendre ses travaux &#224; l'automne, on nous dira que c'est le &#171; retour &#224; la normale &#187;. Mais nous oserons dire, ce n'est pas cela qu'on veut. Nos 10 Solidaires pourront confronter le programme aust&#233;ritaire qui va rebondir. Cependant, il faudra bien plus que cela. L'opposition des Solidaires dans cette instance d&#233;mocratique (avec un petit &#171; D &#187;) ne pourra pas se substituer aux mouvements qui doivent prendre l'initiative, sachant qu'on aura dans les prochains mois &#224; mener une bataille opini&#226;tre, de dur&#233;e, partout, dans les entreprises, dans nos milieux de vie. Il faudra imaginer des strat&#233;gies, d'autres sortes de blocages qui surgiront par les mouvements et aussi, par l'auto-organisation citoyenne. Sans cela, sans cette pression par en bas, les d&#233;bats, qu'ils soient factices ou prolong&#233;s &#224; l'Assembl&#233;e nationale, vont aboutir, &#224; coup s&#251;r, &#224; ce que veut cette oligarchie qui, en passant, domine outrageusement les instances parlementaires avec moins de 30 % du vote populaire. Il est alors risible d'entendre les m&#233;dias et leurs mercenaires parler du r&#232;gne de la &#171; majorit&#233; &#187;. On va s'assurer que cette tromperie ne dure pas &#233;ternellement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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