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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Kwame Nkrumah et la lutte de classe : &#171; African personality &#187;, consciencisme et panafricanisme dans le capitalisme &#8211; Partie III</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Kwame-Nkrumah-et-la-lutte-de-classe-African-personality-consciencisme-et-46550</link>
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		<dc:date>2021-02-16T08:07:42Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Nanga</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique du Sud</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-02-02</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous la troisi&#232;me et derni&#232;re partie de l'&#233;tude de Jean Nanga (voir liens des deux pr&#233;c&#233;dentes parties &#224; la fin de l'article). Les deuxi&#232;me et premi&#232;re parties sont disponibles ici. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du site du CADTM. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour lire la premi&#232;re partie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour lire la deuxi&#232;me partie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Du CPP de Nkrumah &#224; l'ANC de Mandela : comme une triste r&#233;p&#233;tition historique &lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, derri&#232;re la &#171; crise de la connaissance &#187; sous forme de persistance post-coloniale du nationalisme culturel, issu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Afrique-du-Sud-+" rel="tag"&gt;Afrique du Sud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-02-02-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-02-02&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L143xH150/arton46550-5f7f2.jpg?1781417906' class='spip_logo spip_logo_right' width='143' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous la troisi&#232;me et derni&#232;re partie de l'&#233;tude de Jean Nanga (voir liens des deux pr&#233;c&#233;dentes parties &#224; la fin de l'article). Les deuxi&#232;me et premi&#232;re parties sont disponibles ici.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Kwame-Nkrumah-et-la-lutte-de-classe-African-personality-consciencisme-et-19416&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site du CADTM&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lire la &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/Kwame-Nkrumah-et-la-lutte-de-classe-African-personality-consciencisme-et-45799?var_mode=calcul&#034;&gt;premi&#232;re partie&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lire la &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/Kwame-Nkrumah-et-la-lutte-de-classe-African-personality-consciencisme-et-46541&#034;&gt;deuxi&#232;me partie&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du CPP de Nkrumah &#224; l'ANC de Mandela : comme une triste r&#233;p&#233;tition historique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, derri&#232;re la &#171; crise de la connaissance &#187; sous forme de persistance post-coloniale du nationalisme culturel, issu en grande partie de la &#171; biblioth&#232;que coloniale &#187;, derri&#232;re les masques n&#233;gro-africains (African personality, socialisme africain, etc.), parfois amalgam&#233;s au &#8220;socialisme scientifique&#8221;, s'exprimaient bien, dans le cas du CPP de Nkrumah &#8211; comme d'autres en Afrique post-coloniale &#8211; les int&#233;r&#234;ts sociaux petits-bourgeois de la fraction dominante au sein du Parti-&#201;tat (CPP). Ceci a logiquement abouti au premier &#233;chec retentissant de ladite &#171; r&#233;volution africaine &#187; [1]. C'est ainsi que dans les classes populaires ghan&#233;ennes, il n'y avait pas eu de mobilisation assez d&#233;termin&#233;e contre les putschistes, pour d&#233;fendre un r&#233;gime certes confront&#233; &#224; la baisse du cours du cacao (un des deux principaux produits d'exportation), &#224; un surendettement, au gel des pr&#234;ts britanniques, &#233;tats-uniens, en guise de chantage, etc. Mais un r&#233;gime qui les avait aussi d&#233;laiss&#233;es socialement, avait musel&#233; les syndicats des salari&#233;&#183;e&#183;s, etc., bris&#233; l'&#233;lan du mouvement des femmes (All African Women's League, Federation of Gold Coast Women, etc.) en le r&#233;duisant &#224; un rouage bureaucratis&#233; (National Council of Ghana Women) du CPP [2]. Pourquoi d&#233;fendre un r&#233;gime dont les t&#233;nors se pr&#233;occupaient surtout de la conservation de leurs privil&#232;ges mat&#233;riels &#8211; Nkrumah &#233;tant personnellement consid&#233;r&#233; comme une des exceptions &#8211;, voire de leur m&#233;tamorphose en bourgeois, sous le couvert dudit socialisme africain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;chec de Nkrumah m&#233;rite d'&#234;tre m&#233;dit&#233; &#187; avait dit P. Hountondji au moment o&#249; l'Afrique connaissait ses premiers &#201;tats dirig&#233;s par des partis se proclamant &#8220;marxistes-l&#233;ninistes&#8221;, constructeurs du socialisme scientifique. Mais, il s'est finalement av&#233;r&#233;, dans les cas du Congo-Brazzaville et du B&#233;nin &#8211; valable aussi pour les quelques autres (malgr&#233; une certaine d&#233;sinformation anti-marxiste/anticommuniste, il n'&#233;taient pas bien nombreux au cours des ann&#233;es 1970-1980 pouvant &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme tels : Angola, Cap-Vert, Ethiopie post-imp&#233;riale, Guin&#233;e-Bissau, Mozambique, Somalie, Zimbabwe) &#8211; qu'il s'agissait d'un &#171; marxisme de fa&#231;ade [&#8230;] id&#233;ologie d'une bourgeoisie administrative et compradore, d'une v&#233;ritable sorcellerie, aux antipodes de la &#8220;science&#8221; &#187; [3]. La m&#233;ditation sur le cas ghan&#233;en (sous Nkrumah), entre autres, n'ayant pas &#233;t&#233; effectivement &#224; l'ordre du jour, ces r&#233;gimes ont &#233;t&#233; emport&#233;s par le vent de la d&#233;mocratisation (port&#233; par la r&#233;action sociale populaire aux cons&#233;quences nocives des programmes d'ajustement structurel n&#233;olib&#233;ral cens&#233;s rem&#233;dier &#224; la crise de la dette publique ext&#233;rieure des &#201;tats, entre autres expressions d'une crise des &#233;conomies n&#233;ocoloniales) ayant souffl&#233; sur nombre de r&#233;gimes africains structurellement n&#233;ocoloniaux, sans distinction d'id&#233;ologie (proclam&#233;e ou non), &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1980. Au cours de laquelle se n&#233;gociait la fin de l'apartheid constitutionnel en Afrique du Sud (institu&#233; en 1948), dont la concr&#233;tisation initi&#233;e par la lib&#233;ration de Nelson Mandela (1990) a &#233;t&#233; accueillie avec une grande joie par nombre de panafricanistes progressistes, consid&#233;rant cette victoire sur l'apartheid constitutionnel comme le prodrome d'une Afrique du Sud de la justice sociale. Ce qui ne manquerait pas de r&#233;percussions ailleurs en Afrique. D'autant plus que le pouvoir de l'ANC &#8211; hormis les deux ans de transition &#8211; va &#234;tre celui d'une Alliance Tripartite, avec le Parti communiste sud-africain (SACP) et le Congr&#232;s des syndicats d'Afrique du Sud (COSATU). Mais cela s'est assez vite av&#233;r&#233; par la suite comme du &#171; Talk left, walk right &#187; [4] . Une r&#233;p&#233;tition historique, en quelque sorte, dans un contexte international de marche triomphale du n&#233;olib&#233;ralisme, au cours duquel la cote politique du progressisme social &#233;tait au plus bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ANC, Fin de l'apartheid et &#171; post-apartheid apartheid &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il s'est assez vite av&#233;r&#233; que les int&#233;r&#234;ts r&#233;ellement d&#233;fendus par l'ANC (membre de l'Internationale socialiste dont les organisations membres s'accommodent g&#233;n&#233;ralement du n&#233;olib&#233;ralisme, une fois au pouvoir, voire avant) sont principalement ceux de la petite bourgeoisie noire, une composante en croissance du capital local qui, dans ce cas sud-africain, est le plus ancien et le plus d&#233;velopp&#233; d'Afrique. Pour le d&#233;veloppement duquel, faut-il rappeler, avait &#233;t&#233; constitutionnalis&#233; la supr&#233;matie blanche (apartheid), pendant quatre d&#233;cennies. Au fil des ann&#233;es, la fin de l'apartheid constitutionnel a principalement signifi&#233;, en mati&#232;re sociale, une consolidation de la classe capitaliste sud-africaine (dont une fraction &#8220;&#233;clair&#233;e&#8221; avait consid&#233;r&#233;, dans les ann&#233;es 1980, que le r&#233;gime d'apartheid constitutionnel devenait caduc), gr&#226;ce &#224;, entre autres, plus de participation des Noir&#183;e&#183;s [5] &#224; la dite classe, &#224; partir d'une production volontariste de capitalistes noir&#183;e&#183;s (le Black Economic Empowerment, BEE), en partie li&#233;&#183;e&#183;s &#224; l'ANC. Autrement dit, plus de participation de Noir&#183;e&#183;s d'une part &#224; la domination capitaliste, &#224; l'exploitation, &#224; la surexploitation de la force de travail en Afrique du Sud. Celle-ci y est tr&#232;s majoritairement noire, sud-africaine, mais aussi originaire d'ailleurs en Afrique, principalement de certains pays voisins, et dans une moindre mesure d'autres sous-r&#233;gions du continent. D'autre part, ce capital noir participe au sous-imp&#233;rialisme sud-africain dans la sous-r&#233;gion australe (dans la continuation du capital de l'apartheid constitutionnel), voire hors d'Afrique australe. &#192; l'instar de la tentative de rivaliser avec l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais en Centrafrique (2007-2013), que le renversement du pr&#233;sident Fran&#231;ois Boziz&#233; a enterr&#233;e, avec 13 membres des forces arm&#233;es sud-africaines en RCA. Il est fort probable que ce capital noir participe aussi &#224; l'expansion extra-africaine du capital sud-africain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps que cette &#171; rapacious elite black bourgeoisie &#187; [6], n&#233;e sous la pr&#233;sidence du h&#233;ros de la lutte anti-apartheid, Nelson Mandela &#8211; ainsi lou&#233; par Achille Mbembe, s'inspirant du philosophe Hegel : &#171; En lui, l'Afrique du Sud, cet accident g&#233;ographique qui peine &#224; se faire concept, aura trouv&#233; son Id&#233;e &#187; [7] &#8211;, se sont d&#233;velopp&#233;es les in&#233;galit&#233;s sociales, &#224; propos desquelles l'Afrique du Sud est devenue ces derni&#232;res ann&#233;es une championne mondiale [8]. L'ANC, ayant reni&#233; son &#8220;programme minimum&#8221;, la Charte de la Libert&#233; (1955) &#8211; marqu&#233;e aussi bien par le contexte keyn&#233;sien post-Seconde Guerre mondiale que par la strat&#233;gie de la r&#233;volution nationale d&#233;mocratique et populaire, l'&#8220;&#233;tapisme&#8221; de son principal alli&#233; historique, le SACP &#8211; en arrivant au pouvoir (1994-1996), voire avant (c'est en 1991 que Mandela, a fait son chemin de Davos), et embrass&#233; le n&#233;olib&#233;ralisme [9], a ainsi produit une &#171; post-apartheid apartheid South Africa &#187; (Percy More). Une nouvelle forme de soci&#233;t&#233; d'apartheid o&#249; l'on retrouve des vives s&#233;quelles de l'apartheid constitutionnel (blanc/noir) ainsi qu'un &#233;largissement du foss&#233; entre les classes sociales parmi les Noir&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En guise d'aur&#233;ole de ce &#171; post-apartheid apartheid &#187;, a &#233;t&#233; r&#233;activ&#233;e, instrumentalis&#233;e, une version sud-africaine/zimbabw&#233;enne de l'african personality : l'Ubuntu. Cette pr&#233;tendue philosophie traditionnelle (sud-africaine, par la suite consid&#233;r&#233;e comme celle de toute l'Afrique dite noire), dont le suppos&#233; principe (en nguni/zulu) &#171; umuntu ngumuntu ngabantu &#187; (en anglais : &#171; a person is a person through others persons &#187; ; traduction litt&#233;rale en fran&#231;ais : &#171; une personne ne l'est que gr&#226;ce &#224;/&#224; travers d'autres personnes &#187; ; traduction courante : &#171; je suis, parce que nous sommes &#187;) [10] ne fait qu'exprimer le communautarisme/communalisme suppos&#233; caract&#233;riser essentiellement les (n&#233;gro-)Africain&#183;e&#183;s, les Noir&#183;e&#183;s. Par opposition &#233;videmment &#8211; comme dans la n&#233;gritude, la philosophie bantoue (pr&#233;sent&#233;e par le r&#233;v&#233;rend p&#232;re Placide Tempels, missionnaire belge au Congo belge), le consciencisme, le communautarisme &#8211; &#224; l'individualisme suppos&#233; caract&#233;riser essentiellement, les Blancs/Blanches Europ&#233;en&#183;ne&#183;s, les Occidentaux/Occidentales. Il s'agit d'une mise &#224; jour de l'ignorance historique, assez satisfaite, h&#233;rit&#233;e de la &#171; biblioth&#232;que coloniale &#187;, d&#233;j&#224; mentionn&#233;e plus haut, et de la compatibilit&#233; de ce nationalisme culturel (porteur, dans l'Afrique du Sud de Nelson Mandela, de Thabo Mbeki, d'une suppos&#233;e &#171; Renaissance africaine &#187; ; Jacob Zuma ayant plus &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme &#171; 100 % Zulu Boy &#187;) avec le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ladite philosophie traditionnelle (n&#233;gro-)africaine apr&#232;s avoir, par exemple, &#233;t&#233; invoqu&#233;e pour la r&#233;conciliation nationale sud-africaine, a &#233;t&#233; int&#233;gr&#233;e, &#224; partir de 2002, dans le vade-mecum du capital sud-africain (sous h&#233;g&#233;monie blanche), le King Report on Corporate for Governance for South Africa qui recommande en son point 38, la n&#233;cessit&#233; de l'&#171; observation et la prise en compte de la vision du monde et de la culture africaine dans la gouvernance des entreprises en Afrique du Sud &#187;, avec une mention explicite &#224; &#171; l'Ubuntu (humanit&#233;) &#187;. Cette recommandation &#233;tait suivie de l'indication de suppos&#233;s particularismes africains, parmi lesquels une pr&#233;f&#233;rence pour le consensus plut&#244;t que pour la discorde (entendre le conflit de classe, rejet&#233;, &#224; l'&#233;poque d&#233;j&#224;, aussi bien par le conscienciste Nkrumah que par le fabien Arthur Lewis) [11]. Participent alors &#224; la publicit&#233; de l'Ubuntu, des int&#233;r&#234;ts de classe hostiles &#224; toute id&#233;ologie d&#233;barrass&#233;e des &#171; mythologies oppos&#233;es de l'imp&#233;rialisme et du nationalisme des peuples coloniaux &#187; (Adiele Eberechukuwu Afigbo, op. cit.). Les int&#233;r&#234;ts du capital convergent avec ceux du nationalisme petit-bourgeois post-colonial qui s'av&#232;re assez sensible aux opportunit&#233;s de mutation sociale ascendante individuelle/individualiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; illustr&#233; dans le Ghana nouvellement ind&#233;pendant, par exemple, par la trajectoire d'un D.-K. Foevie : au d&#233;part un dirigeant tr&#232;s combatif du syndicat des mineurs, la Mine Employees Union, pendant la p&#233;riode coloniale, puis du Trade Unions Congress (TUC), alli&#233; du CPP au pouvoir. Par la suite, il &#171; accepta en 1958 des conditions restrictives d'une nouvelle structure du TUC, et, tout en restant &#224; la t&#234;te du syndicat, rejoignit la direction de la State Gold Mining Corporation, et en prenant m&#234;me la direction quelque temps apr&#232;s &#187; (F. Cooper, p. 443). Le CPP &#233;tant alors hostile &#224; la lutte de classe prol&#233;tarienne en p&#233;riode post-coloniale. Quatre d&#233;cennies plus tard, en Afrique du Sud, c'est l'ancien dirigeant de la National Union of Mineworkers pendant la p&#233;riode d'apartheid, pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e constituante (1994), et, &#224; l'&#233;poque, pr&#233;sum&#233; dauphin de Mandela &#224; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique, num&#233;ro 2 de l'ANC sous la pr&#233;sidence de Jacob Zuma, Cyril Ramaphosa qui acc&#232;de en 2018 &#224; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique. Et, ce qui n'est pas un d&#233;tail, apr&#232;s avoir amass&#233; une fortune colossale &#8211; comme quelque autre ancien dirigeant syndical noir &#8211; en tant que, entre autres, actionnaire important de la LonMin (entreprise mini&#232;re ayant fait massacrer une trentaine de ses mineurs en gr&#232;ve, &#224; Marikana, en ao&#251;t 2012, suite &#224; un appel &#224; la r&#233;pression polici&#232;re par, entre autres, lui-m&#234;me), patron de Mc Do en Afrique du Sud et membre du conseil consultatif international de Coca-Cola. Peut-il encore promouvoir la lutte de classe des exploit&#233;&#183;e&#183;s, le renversement du capitalisme, toy-toyer en chantant &#171; I am a socialist &#187; ? Quant &#224; son ex-rival et vainqueur pour la succession de Mandela, &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat sud-africain, Thabo Mbeki (membre du bureau politique du SACP jusqu'en 1990), il partage actuellement avec le num&#233;ro 1 du capital africain, Aliko Dangote, la co-pr&#233;sidence des AfroChampions. Derri&#232;re la corruption expos&#233;e de Zuma, il y a la constitution d'un tr&#232;s large r&#233;seau familial d'entreprises (priv&#233;es) dans diff&#233;rents secteurs dit &#171; Zuma Incorporated &#187; [12]. L'avidit&#233; accumulatrice y est telle que des dirigeants de l'ANC ont, pendant la crise sanitaire et sociale actuelle, surfactur&#233; la vente &#224; l'&#201;tat de mat&#233;riel sanitaire (masques, gel hydro-alcoolique), des denr&#233;es de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; destin&#233;e aux tr&#232;s d&#233;muni&#183;e&#183;s, au titre de l'aide sociale pendant le confinement. Denr&#233;es alimentaires que d'autres dirigeants de l'ANC ont partiellement d&#233;tourn&#233;es et revendues. Des manifestations locales de la profitabilit&#233; pour les riches que constitue aussi la lutte contre la pand&#233;mie en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Connaissance et &#233;mancipation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette flagrante d&#233;rive de l'organisation leader du mouvement sud-africain d'&#233;mancipation (la plus ancienne organisation et parmi les plus prestigieuses d'Afrique, dont l'&#233;rosion de l'&#233;lectorat ne fait que progresser d'une &#233;lection &#224; l'autre, malgr&#233; sa maestria en mati&#232;re de client&#233;lisme [13]), m&#233;rite d'&#234;tre m&#233;dit&#233;e hors d'Afrique du Sud aussi, plus s&#233;rieusement sans doute que les &#8220;&#233;checs&#8221; pr&#233;c&#233;dents. Surtout par celles et ceux qui mettent encore l'accent essentiellement que sur la commune identit&#233; raciale comme facteur de la &#171; r&#233;volution africaine &#187;. Car celle-ci ne pourra &#234;tre entreprise avec efficience sans, entre autres, une culture de l'&#171; analyse lucide &#187; &#8211; d&#233;pourvue &#233;videmment de biais racialiste ou g&#233;oculturaliste, h&#233;ritage de l'ethnologie coloniale fructifi&#233; aussi de la petite-bourgeoisie politicienne autant qu'intellectuelle, celle-ci alimentant celle-l&#224; &#8211;, c'est-&#224;-dire une culture de la &#171; connaissance concr&#232;te de la r&#233;alit&#233; de chaque pays et de l'Afrique ainsi que des exp&#233;riences concernant d'autres peuples &#187;, et de la &#171; critique juste &#187; (Amilcar Cabral, &#171; Une crise de connaissance &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, la &#171; r&#233;volution africaine &#187; ne devrait &#234;tre envisag&#233;e ou pens&#233;e ni en se focalisant sur une seule identit&#233; (chaque &#234;tre humain &#233;tant toujours une imbrication ou un complexe d'identit&#233;s, appartenant ainsi en m&#234;me temps &#224; plusieurs cat&#233;gories sociales), mais en articulant les identit&#233;s de classe, de genre [14], d'ethnie ou de race [15], voire d'autres, dans le cadre de la soci&#233;t&#233; capitaliste g&#233;n&#233;ralement n&#233;ocoloniale, ni dans l'isolement national ou m&#234;me continental, ni sans articulation du socio-&#233;conomique et de l'&#233;cologique. Ceci s'av&#232;re particuli&#232;rement exigeant en mati&#232;re de connaissance &#8211; l'&#233;cologie reposant le probl&#232;me de l'articulation de la connaissance de la nature avec celle des soci&#233;t&#233;s &#8211;, vu l'unit&#233; de l'identit&#233; et de la diversit&#233; des soci&#233;t&#233;s humaines, la tr&#232;s grande diversit&#233; de toute la vie extra-humaine, les probl&#232;mes cr&#233;&#233;s par le Progr&#232;s et ceux qui pourront d&#233;couler de la &#8220;transition &#233;cologique&#8221; dans chaque formation sociale, toujours en articulation avec le reste du monde (totalit&#233; plus concr&#232;te dans la phase actuelle de la mondialisation qu'auparavant, comme nous le rappelle le nouveau virus corona, avec sa pand&#233;mie), les impr&#233;vus et incertitudes de l'histoire humaine. Comme le disait d&#233;j&#224; en son temps Mehdi Ben Barka : &#171; Les probl&#232;mes qui se posent maintenant et qui se poseront dans l'avenir deviennent de plus en plus complexes et ne peuvent &#234;tre affront&#233;s que par une &#233;tude s&#233;rieuse et approfondie &#187; [16]. Ce qui exige une d&#233;mocratisation dans la mesure du possible, de la production des connaissances, de leur diffusion/circulation, leur libre discussion et leur am&#233;lioration, en articulant la th&#233;orie et la pratique (les luttes sociales, les exp&#233;rimentations alternatives, etc.), la qu&#234;te du vrai et le sens du bien commun (&#233;cologique et social). &#192; l'oppos&#233; du sort fait actuellement, par les classes dirigeantes, au d&#233;veloppement de la connaissance des et dans les soci&#233;t&#233;s africaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, l'id&#233;al d'une &#233;mancipation de l'Afrique souffre aussi particuli&#232;rement des cons&#233;quences de l'attaque men&#233;e, partout ailleurs aussi dans le monde, depuis les ann&#233;es 1980, par le volet &#201;cole/&#201;ducation des politiques d'ajustement structurel n&#233;olib&#233;ral impos&#233;es par les institutions financi&#232;res internationales (Banque mondiale, FMI). Attaque port&#233;e contre la &#8220;massification&#8221; dite parfois &#8220;d&#233;mocratisation&#8221; post-coloniale de la scolarisation (au taux variant selon les pays ; plus masculine que f&#233;minine, plus urbaine que rurale &#8230;), revenant ainsi &#224; une restriction de l'acc&#232;s des jeunes issu&#183;e&#183;s des classes populaires, des familles pauvres, &#224; l'instruction secondaire et sup&#233;rieure qui avait &#233;t&#233; rendu possible par ladite massification (au lendemain de l'ind&#233;pendance du Ghana &#171; on lan&#231;a le plan de r&#233;formes de l'enseignement probablement le plus ambitieux de toute l'Afrique. Les portes des &#233;coles primaires, secondaires, et des universit&#233;s furent largement ouvertes &#224; tous [&#8230;] Trois universit&#233;s furent cr&#233;&#233;es, au lieu d'une seule au d&#233;part. Le nombre d'&#233;tudiants s'&#233;leva de quelques centaines [871 [17] ] en 1957 &#224; pr&#232;s de 7 000 en 1966 &#187;, selon S. Ikoku, op. cit., p. 20). Certes, il ne s'agissait pas d'une scolarisation usant de quelque p&#233;dagogie conscientisante, car elle &#233;tait organis&#233;e selon la conception dominante, bourgeoise, de l'&#201;cole &#8211; principalement, un appareil contribuant &#224; la reproduction de l'ordre &#233;tabli, dont le fonctionnement requiert aussi l'int&#233;gration de personnes issues des classes sociales, des milieux sociaux populaires, la production de transfuges de classe &#8211; adopt&#233;e et adapt&#233;e par les &#201;tats n&#233;ocoloniaux africains (dont nombre de dirigeant&#183;e&#183;s sont encore issu&#183;e&#183;s de familles appartenant aux couches sociales populaires). Par exemple, toujours au Ghana de Nkrumah, &#171; Des universitaires occidentaux dont les vues sur l'organisation de l'enseignement sup&#233;rieur &#233;taient d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;es dans leurs pays d'origine contr&#244;laient effectivement les universit&#233;s ghan&#233;ennes. Ou bien, ce contr&#244;le &#233;tait remis &#224; des Africains qui &#233;taient soit inexp&#233;riment&#233;s, soit nationalistes, mais d'une mani&#232;re sentimentale, ou encore opportunistes [&#8230;] Bref, les universit&#233;s vivaient dans le style traditionnel de l'Angleterre du XVIIIe si&#232;cle, au lieu d'&#234;tre des centres intellectuels de la nouvelle Afrique &#187; (S. Ikoku, p. 21).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;cole post-coloniale/n&#233;ocoloniale s'est aussi caract&#233;ris&#233;e, se caract&#233;rise, par une forte s&#233;lection : sans pour autant f&#233;tichiser les dipl&#244;mes, le taux de r&#233;ussite &#224; l'examen de fin du secondaire, baccalaur&#233;at, par exemple, est g&#233;n&#233;ralement inf&#233;rieur &#224; 50 % &#8211; voire jusqu'&#224; 20 % &#8211; des candidat&#183;e&#183;s, succ&#232;s minoritaire pour une minorit&#233; parvenue jusque l&#224;. Par exemple, au Maroc : &#171; le taux d'analphab&#233;tisme stagne &#224; plus de 43 % de la population. Si la scolarisation a consid&#233;rablement augment&#233;, le taux de d&#233;perdition annuelle des &#233;l&#232;ves fait que seule 13 % d'une cohorte arrive au baccalaur&#233;at &#187; [18]. Taux de d&#233;perdition qui est aussi tr&#232;s &#233;lev&#233; en Afrique du Sud, avant la douzi&#232;me ann&#233;e, celle du matric (&#233;quivalent du baccalaur&#233;at), surtout dans les couches sociales les plus d&#233;favoris&#233;es. Et, comme par application du &#171; post-apartheid apartheid &#187;, il existe deux examens distincts du matric : l'un pour le secondaire priv&#233;, l'autre pour le secondaire public o&#249; ne sont pas g&#233;n&#233;ralement scolaris&#233;s les enfants des ex-dirigeant&#183;e&#183;s du mouvement anti-apartheid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, l'&#233;cole post-coloniale/n&#233;ocoloniale africaine se caract&#233;rise aussi, presque partout, par une trop faible dotation en structures de documentation, de recherche. Comme l'affirmait, &#224; juste titre Jean-Marc &#201;la, en se limitant &#224; l'Afrique dite subsaharienne : &#171; En Afrique noire, mettre de l'argent pour &#233;quiper un laboratoire est une absurdit&#233; pour de nombreux chefs d'&#201;tat qui ont bien d'autres pr&#233;occupations [&#8230;]les priorit&#233;s sont ailleurs que dans la recherche et l'activit&#233; scientifique au sein d'une soci&#233;t&#233; en devenir [&#8230;] &#192; l'&#233;vidence, les contraintes de l'ajustement structurel ne sauraient servir d'alibi pour expliquer l'absence des infrastructures de recherche dans les universit&#233;s africaines. Bien avant la crise &#233;conomique qui s'est aggrav&#233;e dans les ann&#233;es 80, les budgets de r&#233;pression ou de r&#233;pression et ceux de la Pr&#233;sidence de la R&#233;publique ont toujours &#233;t&#233; sup&#233;rieurs aux ressources consacr&#233;es &#224; l'enseignement sup&#233;rieur et &#224; la recherche en Afrique noire &#187; [19]. La part moyenne actuellement affich&#233;e de presque 17 % consacr&#233;e &#224; l'&#201;ducation dans les budgets nationaux (dans la partie dite subsaharienne) s'av&#232;re concr&#232;tement tr&#232;s inf&#233;rieure aux besoins de ces soci&#233;t&#233;s &#224; la population majoritairement jeune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pire, cette attaque n&#233;olib&#233;rale pousse d'une part &#224; la hausse des frais d'inscription dans les &#233;tablissements sup&#233;rieurs publics, de l'autre &#224; favoriser l'enseignement priv&#233;, l'une et l'autre &#233;tant en conformit&#233; avec la discrimination par l'argent, ce f&#233;tiche de la soci&#233;t&#233; capitaliste, dont le culte est universellement en intensification. Les objectifs dans l'enseignement sup&#233;rieur surtout sont d&#233;sormais appel&#233;s &#224; &#234;tre &#233;tablis &#171; en &#233;troite collaboration avec l'industrie et le commerce &#187; [20] &#8211; fondations philanthrocapitalistes et firmes transnationales interviennent ainsi dans l'organisation de la recherche acad&#233;mique en Afrique, aussi &#224; travers le financement du NEPAD devenu l'agence de d&#233;veloppement de l'Union Africaine, voire avec le soutien des Nations unies &#8211; marginalisant et d&#233;pr&#233;ciant les savoirs ou disciplines qui ne s'av&#232;rent pas assez int&#233;ressantes pour le Capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette agression n&#233;olib&#233;rale de l'&#201;cole, pourtant n&#233;ocoloniale, il y a au niveau acad&#233;mique africain, cens&#233; haut lieu du savoir, inexistence de d&#233;bats de fonds, quasi-inexistence des r&#233;flexions sur ce qui a &#233;t&#233; traditionnellement nomm&#233; &#201;cole, comme un des facteurs de l'&#233;mancipation collective [21]. Celle-ci est d'ailleurs de plus en plus consid&#233;r&#233;e comme un projet d&#233;suet par l'&#8220;&#233;lite&#8221; intellectuelle davantage embarqu&#233;e aussi dans l'individualisme n&#233;olib&#233;ral, chaque jour un peu plus sous le charme des doux chants du monstre capitaliste dit n&#233;olib&#233;ral. Pour le philosophe sud-africain Michael Neocosmos, &#171; What seems to be underlying the thinking of intellectuals today in Africa is fundamentally a &#8216;fear of the masses', what Ranci&#232;re [La haine de la d&#233;mocratie, 2005] refers to as &#8216;demophobia' &#187; [22]. Il n'y a pas en effet dans l'Afrique actuelle des intellectuel&#183;le&#183;s de grande r&#233;putation pouvant &#234;tre consid&#233;r&#233;&#183;e&#183;s comme des compagnons/compagnes de route radicaux/radicales des classes populaires &#8211; la pr&#233;occupation premi&#232;re de celles-ci n'&#233;tant pas g&#233;n&#233;ralement l'Identit&#233; (raciale s'entend) ou le g&#233;oculturalisme, &#224; la mode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hors de ce monde acad&#233;mique, il y a trop peu &#8211; en proportionnalit&#233; inverse de l'ampleur du travail &#224; accomplir &#8211; d'organisations, de r&#233;seaux, de centres, s'av&#233;rant producteurs, &#224; partir de diff&#233;rents secteurs de la soci&#233;t&#233;, de connaissances critiques, alternatives, pour l'&#233;mancipation des damn&#233;&#183;e&#183;s de la terre. Par ailleurs, il fait un peu plus que planer sur bon nombre de ces r&#233;seaux et organisations, sp&#233;cialis&#233;es sur tel ou tel fragment de la r&#233;alit&#233;/totalit&#233;, la tentation de consid&#233;rer chacune que son &#171; fragment est &#8220;plus complet&#8221; que les autres &#187; [23], d'opter pour une approche suppos&#233;e apolitique/non politique &#8211; surtout quand des fondations philanthropiques du capital contribuent &#224; leur financement. Cette carence dans la production des connaissances, participant de la lutte pour l'&#233;mancipation collective, provient aussi du fait que les organisations politiques, les organisations syndicales (des travailleurs/travailleuses) africaines pouvant &#234;tre porteuses d'une alternative au capitalisme, pouvant interagir avec d'autres secteurs de la &#8220;soci&#233;t&#233; civile&#8221;, sont devenues, comme jamais auparavant, quasiment invisibles [24], voire sont actuellement inexistantes dans la grande majorit&#233; des soci&#233;t&#233;s africaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, par exemple, la jeunesse africaine scolaris&#233;e &#8211; partie d&#233;terminante d'un avenir d'&#233;mancipation &#8211; se trouve, comme jamais auparavant, g&#233;n&#233;ralement &#224; la merci de l'h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique du Capital, en campagne de promotion, ces derni&#232;res ann&#233;es, de certaines fili&#232;res de formation les plus favorables &#224; sa reproduction. &#192; l'instar de l'ouverture dans plusieurs pays africains &#8211; de Maurice au Maroc, en passant par le S&#233;n&#233;gal, la R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo, le Kenya &#8211; des succursales des business schools d'Europe et des &#201;tats-Unis, ou qui s'en inspirent, de la suppos&#233;e g&#233;n&#233;rosit&#233; de Huawei offrant des bourses d'&#233;tudes concernant le num&#233;rique &#8211; bien plus nocif que les &#171; sc&#233;narios des films d'Hollywood &#187; que Nkrumah consid&#233;rait comme des &#171; armes &#187; de la domination n&#233;ocoloniale &#8211;, dont l'emprise devrait &#234;tre combattue (&#224; titre de rappel : la 4G est arriv&#233;e en Centrafrique avant de l'&#234;tre en France), y compris pour raison &#233;cologique. Des structures de reproduction de la domination, relayant la diffusion de la culture d'une certaine inculture, ne pouvant que consolider l'&#171; absence d'id&#233;ologie &#187; (Fanon, Cabral), &#171; le d&#233;faut id&#233;ologique &#187; (Cabral), que renforcer l'h&#233;g&#233;monie du capitalisme dont l' &#171; id&#233;ologie est devenue un sens commun, donnant le sentiment qu'il n'y a pas d'alternative &#187; [25]. Quant &#224; la grande partie de cette jeunesse, issue des classes populaires, et ne pouvant acc&#233;der &#224; ces formations consid&#233;r&#233;es comme privil&#233;gi&#233;es, sans toutefois &#233;chapper aux influences de l'id&#233;ologie dominante &#8211; aussi calibr&#233;e pour les diff&#233;rentes cat&#233;gories sociales &#8211;, elle est destin&#233;e &#224; y demeurer, &#224; &#234;tre expos&#233;e soit aux emplois qui s'av&#232;rent davantage flexibles, pr&#233;caires, soit au ch&#244;mage massif &#8211; l'arm&#233;e de r&#233;serve du prol&#233;tariat &#8211; ainsi qu'aux fl&#233;aux sociaux que les soci&#233;t&#233;s capitalistes sont habiles &#224; produire ou entretenir pour la diversion des victimes du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, cette offensive n&#233;olib&#233;rale sur le terrain de l'&#201;cole est une promesse d'aggravation au sein des soci&#233;t&#233;s africaines de la conception de la connaissance (mondialement &#233;tablie) dont la dynamique, ayant contribu&#233; &#224; rendre le capital &#171; comme ma&#238;tre et possesseur de la nature &#187; (gr&#226;ce &#224; la technoscience pouvant &#234;tre d&#233;finie comme la capture de la science par la technique pour les besoins de l'industrie, capitaliste en l'occurrence), s'av&#232;re de nos jours &#233;cocidaire (avec son culte de la croissance &#233;conomique, du progr&#232;s, de l'innovation, etc.), reproductrice/productrice universellement des injustices sociales, avec laquelle il est, par cons&#233;quent, n&#233;cessaire &#8211; d'une &#171; n&#233;cessit&#233; contingente &#187; [26] s'entend &#8211; de pr&#233;parer la rupture. Sans, toutefois, que soit envisag&#233;, en Afrique, au nom de quelque suppos&#233;e &#233;pist&#233;mologie racialis&#233;e ou g&#233;oculturelle, de faire table rase du savoir produit en quatre &#224; trois si&#232;cles de sciences modernes (dites occidentales). En d&#233;pit du fait qu'elles ont aussi &#233;t&#233; g&#233;n&#233;ralement, sont encore instrumentalis&#233;es dans l'organisation, la justification de l'exploitation, de l'oppression des humains par d'autres, des in&#233;galit&#233;s &#224; travers le monde. Car en m&#234;me temps ont &#233;t&#233; et sont produites, &#224; la marge ou ouvertement contre ce syst&#232;me &#233;cocidaire, des connaissances &#8211; Fanon parlait de tenir compte aussi des &#171; th&#232;ses quelques fois prodigieuses soutenues [en] Europe &#187; (Les damn&#233;s de la terre, Conclusion [27]) mais qui n'ont pu &#234;tre concr&#233;tis&#233;es &#8211; pouvant, tout comme des savoirs couramment dits endog&#232;nes, servir de points d'appui pour le d&#233;veloppement d'une autre dynamique de la connaissance &#8211; sans lequel il n'y aura pas d'&#233;mancipation (ne pouvant &#234;tre que collective) &#8211; articul&#233;e aux luttes sociales, en lien avec le principe d'une &#233;mancipation &#224; l'&#233;gard aussi bien de la maltraitance de la nature extra-humaine [28], que de l'exploitation des humains (classes domin&#233;es, majoritaires) par d'autres (classes dominantes, minoritaires), ou encore des oppressions (celles post&#233;rieures au capitalisme et qu'il a recycl&#233;es &#8211; la phallocratie, par exemple &#8211;, ainsi que les nouvelles qu'il a produites)&#8230; Autrement dit, &#171; il faut [en effet] plus que la seule connaissance. Il faut un bouleversement complet de tout notre mode de production pass&#233;, et avec lui, de tout notre r&#233;gime social actuel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Nanga, 2 octobre 2020&lt;br class='autobr' /&gt;
Je remercie Michel Cahen pour ses observations. Mais je suis seul responsable des imperfections du texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le putsch militaire de 1965 en Alg&#233;rie, ayant men&#233; au pouvoir une autre faction du Front de lib&#233;ration nationale, a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; comme une continuation de la r&#233;volution alg&#233;rienne. Autrement dit, m&#234;me dirig&#233;e par le colonel Houari Boumediene, la R&#233;publique alg&#233;rienne d&#233;mocratique et populaire &#233;tait r&#233;put&#233;e offrir un soutien particulier et l'asile aux r&#233;volutionnaires d'Afrique et d'ailleurs. Ce que rappelle, de fa&#231;on bien r&#233;sum&#233;e, le r&#233;cent article de Youcef Oussama Bounab : &#171; Algeria's forgotten revolutionary history &#187;, Africa is a country, 19 march 2020, &lt;a href=&#034;https://africasacountry.com/2020/03/algerias-forgotten-revolutionary-history&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://africasacountry.com/2020/03/algerias-forgotten-revolutionary-history&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cf., par exemple, Awoa Kwakyem a Opong, Rewriting Women into Ghanaian History 1950-1966, University of Accra, MPhil History Degree, Septembre 2012, disponible sur &lt;a href=&#034;http://ugspace.ug.edu.gh&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://ugspace.ug.edu.gh&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Fabien Eboussi Boulaga, Les conf&#233;rences nationales en Afrique noire. Une affaire &#224; suivre, Paris, Karthala, 1993, p. 36.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Patrick Bond, Talk Left, Walk Right. South Africa's Frustrated Global Reforms, Scottsville (South Africa), University of Kwazulu Natal Press, 2004 (ouvrage t&#233;l&#233;chargeable gratuitement sur le site de l'auteur : &lt;a href=&#034;http://ccs.ukzn.ac.za/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://ccs.ukzn.ac.za/&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Dans le langage du mouvement anti-apartheid, les Coloureds et les (descendant&#183;e&#183;s d')Indien&#183;ne&#183;s sont des Noir&#183;e&#183;s. Depuis 2008, les descendant&#183;e&#183;s de Chinois&#183;es sont aussi officiellement class&#233;&#183;e&#183;s comme Noir&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Magobo Percy More, &#171; Locating Frantz Fanon in Post-Apartheid South Africa &#187;, Journal of Asian and African Studies, 2014, DOI : 10.1177/0021909614561103.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Achille Mbembe, &#171; Nelson Mandela, les chemins inattendus &#187;, Le Monde diplomatique, ao&#251;t 2013, p. 14-15. Il s'agit d'une adaptation du propos rapport&#233; du philosophe Hegel sur Napol&#233;on Bonaparte, qu'il a vue &#171; &#224; cheval &#187;, suppos&#233; incarner alors l'&#171; Esprit absolu &#187;. Comme il a &#233;t&#233; dit plus haut, dans la philosophie de Hegel, l'Esprit, l'Id&#233;e ou la Raison est le principe de l'Histoire, l'Histoire est le d&#233;ploiement de ce principe qui se r&#233;alise particuli&#232;rement en certains peuples (&#171; moments &#187;), s'incarne en de &#171; grands hommes &#187; &#8230; En l'occurrence, le grand homme Mandela, en promouvant le BEE, entre autres, a, d'une certaine fa&#231;on, exprim&#233; l'esprit n&#233;olib&#233;ral du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Cf. parmi les derni&#232;res &#233;tudes : Aroop Chatterjee, L&#233;o Czajka, Amory Gethin, Estimating the Distribution of Household Weath in South Africa, Southern Centre for Inequality Studies and World Inequality Lab, april 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] L'activiste anti-apartheid et sociologue Trevor Ngwane rappelle ainsi, laconiquement, la mutation de Mandela concernant l'option n&#233;olib&#233;rale de l'ANC : &#171; In january 1990 he'd announced &#8211; in the note smuggled out from Pollsmoor Prison &#8211; that nationalization continued to be the policy of the ANC ; &#8216;growth through redistribution' was the line. By September 93 he was touring Western capitals with the National Party Finance Minister, Derek Keys, speaking at the UN, pleading for foreign investment and guaranteeing the repatriation of profits and capital-protection measures. Without detracting from those twenty-seven years in jail &#8211; what that cost him, what he stood for &#8211; Mandela has been the real sellout, the biggest betrayer of his people. &#187;, &#171; Sparks in the township &#187;, New Left Review, 22, july-august 2003, (p. 37-56), p. 41 pour la citation. Une lecture contraire &#224; celle dithyrambique d'Achille Mbembe, ci-dessus cit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] C'est en fait la transfiguration, &#224; partir des ann&#233;es 1930, en Afrique du Sud, d'un principe monarchique zulu : &#171; inkosi yinkosi ngabantu &#187; (traduit en anglais par &#171; a king is a king through the people &#187;), cf., par exemple, Table-ronde &#171; &#8216;Ubuntu' and &#8216;race' : being with others between two discourses &#187;, The Salon from Johannesburg, n&#176; 6, 2013, (p. 37-44), p. 41, pour la citation ; Sabelo J. Ndlovu-Gatsheni, &#171; Inkosi yinkosi ngabantu : an interrogation of governance in precolonial Africa &#8211; the case of the Ndebele of Zimbabwe &#187;, Southern African Humanities, Vol. 20, 2008, p. 375&#8211;397. Ce n'est pas ici le lieu de d&#233;velopper la critique de l'ubuntulogie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] King Report on Corporate Governance for South Africa, Executive Summary, Juta &amp; Company Limited, march 2002, p. 17-18 (notre propre traduction). Dans l'&#233;dition mise &#224; jour de 2009, le King Report III, r&#233;f&#233;rence est toujours faite &#224; la prise en compte de l'Ubuntu dans la gestion du personnel (p. 9, 14, 61). Aim&#233; C&#233;saire reprochait &#224; La philosophie bantou du missionnaire chr&#233;tien et belge au Congo, Tempels, de pr&#233;senter les choses comme si &#171; les Bantous ne demandent de satisfaction que d'ordre ontologique &#187;, au bonheur, &#233;videmment, des compagnies belges (Discours sur le colonialisme, Paris, Pr&#233;sence Africaine, 1955, p. 36-37).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] M&amp;G Centre for Investigative Journalism, &#171; Zuma Incorporated &#187;, Mail &amp; Guardian/amaBhungane, March19, 2010, &lt;a href=&#034;http://amabhungane.co.za/article/2010-03-19-Zuma-incorporated&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://amabhungane.co.za/article/2010-03-19-Zuma-incorporated&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Certes, &#224; la diff&#233;rence du Ghana ayant instaur&#233;, apr&#232;s referendum, le monopartisme, l'ANC au pouvoir, dans un contexte multipartiste, veille sur les m&#233;canismes client&#233;listes de stabilisation d'une masse critique de son &#233;lectorat, y compris au sein de la g&#233;n&#233;ration des Noir&#183;e&#183;s n'ayant pas subi le r&#233;gime d'apartheid (les &#171; born free &#187;) et v&#233;cu le combat men&#233; par l'ANC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Comme il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; mentionn&#233; plus haut, la diff&#233;renciation raciale interne (concitoyenne) ne concerne qu'une partie de soci&#233;t&#233;s africaines, &#224; la diff&#233;rence de sa r&#233;alit&#233; normative dans les soci&#233;t&#233;s o&#249; sont install&#233;es les diasporas africaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Cf., par exemple, Carole Boyce Davis, &#171; Pan-Africanism, transnational black feminism and the limits of culturalist analyses in African gender discourses &#187;, Feminist Africa, 19, 2014, p. 78-93, disponible sur &lt;a href=&#034;http://www.feministafrica.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.feministafrica.org&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Mehdi Ben Barka, op. cit. p. 58.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Selon le World Survey of Education de l'Unesco, cit&#233; par Abou Moumouni Dioffo, L'&#233;ducation en Afrique. (Nouvelle &#233;dition &#224; partir du texte de 1964, sous la direction de Fr&#233;d&#233;ric Caille. Avant-propos de Mamadou Badji), Qu&#233;bec, &#201;ditions science et bien commun, 2019, p. 198 ; disponible sur le site des Classiques des sciences sociales : &lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Montassir Sakhi et Hamza Esmili, &#171; Comprendre et agir, appel &#224; un autre Maroc : cr&#233;er les conditions d'un nouveau mouvement social &#187;, Contretemps, 7 mai 2015, &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/comprendre-et-agir-appel-a-un-autre-maroc-creer-les-conditions-dun-nouveau-mouvement-social/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/comprendre-et-agir-appel-a-un-autre-maroc-creer-les-conditions-dun-nouveau-mouvement-social/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Jean-Marc Ela, L'Afrique &#224; l'&#232;re du savoir : science, soci&#233;t&#233; et pouvoir, Paris, L'Harmattan, 2006, p. 198. Acqu&#233;rir, avec l'argent public, des propri&#233;t&#233;s priv&#233;es immobili&#232;res, avec parcs automobiles de luxe, &#224; travers le monde, par exemple, semble consid&#233;r&#233;, par ces dirigeants et leur prog&#233;niture, comme beaucoup plus important que, par exemple, l'ouverture des biblioth&#232;ques scolaires ou publiques, ou leur r&#233;approvisionnement, quand il en existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Issa Shivji &#171; Les avocats dans le contexte du n&#233;olib&#233;ralisme : des suppliants professionnels de l'autorit&#233;, ou la conscience d'amateurs de la soci&#233;t&#233; ? Discours d'adieu &#224; l'occasion du d&#233;part officiel &#224; la retraite de l'Universit&#233; de Dar es Salaam, Tanzanie, 15 juillet 2006 &#187;, CODESRIA Bulletin, Nos 3 &amp; 4, 2006, (p. 17-28), p. 25-26, disponible sur &lt;a href=&#034;http://www.codesria.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.codesria.org&lt;/a&gt;. Cf. aussi, par exemple, Zipporah Musau, &#171; Universit&#233;s entrepreneuriales : associer recherche et affaires &#187;, Afrique Renouveau, &#233;dition sp&#233;ciale Jeunes, 2017, &lt;a href=&#034;https://www.un.org/africarenewal/fr/magazine/&#233;dition-sp&#233;ciale-sur-la-jeunesse-2017/universit&#233;s-entrepreneuriales-associer-recherche-et&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.un.org/africarenewal/fr/magazine/&#233;dition-sp&#233;ciale-sur-la-jeunesse-2017/universit&#233;s-entrepreneuriales-associer-recherche-et&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Cf., par exemple, les n&#176; 1 &amp; 2, 2009, de la Revue de l'enseignement sup&#233;rieur en Afrique (publi&#233;e par le Codesria, acronyme anglais du Conseil sup&#233;rieur pour le d&#233;veloppement de la recherche en sciences sociales en Afrique) consacr&#233;s au Processus de Bologne (programme de n&#233;olib&#233;ralisation de l'enseignement sup&#233;rieur en Europe) en Afrique ; disponible sur &lt;a href=&#034;http://www.codesria.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.codesria.org&lt;/a&gt;. Cf. aussi, par exemple, Lila Chouli, &#171; Le n&#233;olib&#233;ralisme dans l'enseignement sup&#233;rieur burkinab&#233; &#187;, Savoir/Agir, n&#176; 10, d&#233;cembre 2009, p. 119-127 ; Jean-Marc &#201;la, idem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Michael Neocosmos, &#171; Thinking Political Emancipation and the Social Sciences in Africa : Some Critical Reflections &#187;, Africa Development, Volume XXXIX, N&#176; 1, 2014, (p. 125-158), p. 146, disponible sur ww.codesria.org.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Ngugi Wa Thiong'o, Pour une Afrique libre, Paris, Philippe Rey, 2017[Calcutta, Seagull Books, 2015 ; traduction de l'anglais par Samuel Sfez], p. 122. L'altermondialisme bien que se voulant anti-globalisation semble n'avoir pas d&#233;velopp&#233; parmi les organisations (et leurs membres) une conscience des liens du fragment/de la partie (secteur exploit&#233;/opprim&#233; ou territoire) et de la totalit&#233;/globalit&#233;, de l'&#233;tablissement n&#233;cessaire des liens/articulation entre les diff&#233;rents fragments constituant la totalit&#233; capitaliste, dans la perspective de mettre un terme &#224; celle-ci. C'est une question, entre autres, de formation m&#233;thodologique, li&#233;e, bien s&#251;r, &#224; l'id&#233;al poursuivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Le syndicat national des travailleurs de la m&#233;tallurgie d'Afrique du Sud (NUMSA) a lanc&#233;, en 2018, apr&#232;s son expulsion du Cosatu, le Parti socialiste r&#233;volutionnaire des travailleurs/travailleuses (SRWP) dont le nombre de voix (24 000) obtenu aux derni&#232;res &#233;lections sud-africaines s'est av&#233;r&#233; tr&#232;s inf&#233;rieur au nombre de ses membres (340 000) ainsi que des membres (800 000) de sa conf&#233;d&#233;ration syndicale, la F&#233;d&#233;ration des syndicats d'Afrique du Sud (SAFTU, cr&#233;&#233;e en 2017, apr&#232;s l'expulsion du Numsa et d'autres d&#233;parts de la Cosatu), cf., par exemple, Allan Kolski Horwitz, &#171; The collapse of Numsa's movement for socialism ? &#187;, Amandla !, issue n&#176; 65, August 2019, p. 24-25. C'est le probl&#232;me l&#233;ninien du d&#233;calage entre la conscience trade-unioniste et la conscience politique de classe parmi les prol&#233;taires, en l'occurrence dans la soci&#233;t&#233; au prol&#233;tariat le plus organis&#233; et mobilis&#233; d'Afrique, parmi les plus mobilis&#233;s au monde, comme le lui reproche le Forum de Davos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Issa Shivji, &#171; Reclaiming Pan-Africanism for social emancipation &#187;, Amandla !, Issue n&#176; 67/68, december 2019, (p. 32-34), p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Concernant cet apparent oxymore, cf. Daniel Bensa&#239;d, Marx l'intempestif. Grandeurs et mis&#232;res d'une aventure critique (XIXe - XXe si&#232;cles), Paris, Fayard, 1995, p. 302-320.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] En ce 21e si&#232;cle, ce n'est pas au &#171; tiers monde de recommencer une histoire de l'homme &#187; (comme l'affirmait Fanon au d&#233;but de la phrase), mais c'est la t&#226;che des divers et vari&#233;s collectifs militants de l'&#233;mancipation humaine &#233;galitaire de partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Par exemple, pour Friedrich Engels, &#171; les faits nous rappellent &#224; chaque pas que nous ne r&#233;gnons nullement sur la nature comme un conqu&#233;rant r&#232;gne sur un peuple &#233;tranger, comme quelqu'un qui serait hors de la nature, mais que nous lui appartenons avec notre chair, notre sang, notre cerveau, que nous sommes dans son sein et que toute notre domination sur elle r&#233;side dans l'avantage que nous avons sur l'ensemble des autres cr&#233;atures de conna&#238;tre ses lois et de pouvoir nous en servir judicieusement. Et en fait, nous apprenons chaque jour &#224; comprendre plus correctement ces lois et &#224; conna&#238;tre les cons&#233;quences plus ou moins lointaines de nos interventions dans le cours normal des choses de la nature. Surtout depuis les &#233;normes progr&#232;s de la science de la nature au cours de ce si&#232;cle, nous sommes de plus en plus &#224; m&#234;me de conna&#238;tre aussi les cons&#233;quences naturelles lointaines, tout au moins de nos actions les plus courantes dans le domaine de la production, et, par suite, d'apprendre &#224; les ma&#238;triser. Mais plus il en sera ainsi, plus les hommes non seulement sentiront, mais sauront &#224; nouveau qu'ils ne font qu'un avec la nature et plus deviendra impossible cette id&#233;e absurde et contre nature d'une opposition entre l'esprit et la mati&#232;re, l'homme et la nature, l'&#226;me et le corps, id&#233;e qui s'est r&#233;pandue en Europe depuis le d&#233;clin de l'antiquit&#233; classique et qui a connu avec le christianisme son d&#233;veloppement le plus &#233;lev&#233;. &#187;, &#171; Le r&#244;le du travail dans la transformation du singe en homme &#187;, in Dialectique de la nature (1983), (p. 134-143), p. 142 de l'&#233;dition num&#233;ris&#233;e de la collection &#8220;Les classiques des sciences sociales&#8221; : &lt;a href=&#034;http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/&lt;/a&gt;. Aux cons&#233;quences naturelles, s'ajoutent les &#171; cons&#233;quences sociales indirectes et lointaines de notre activit&#233; productive et, de ce fait, la possibilit&#233; nous est donn&#233;e de dominer et de r&#233;gler ces cons&#233;quences aussi. Mais pour bien mener cette r&#233;glementation, il faut plus que la seule connaissance. Il faut un bouleversement complet de tout notre mode de production pass&#233;, et avec lui, de tout notre r&#233;gime social actuel &#187; (idem).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'hydrog&#232;ne, trop gourmand en &#233;nergie pour &#234;tre &#233;cologique (1/3)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-hydrogene-trop-gourmand-en-energie-pour-etre-ecologique-1-3</link>
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		<dc:date>2021-02-09T09:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Celia Izoard</dc:creator>


		<dc:subject>Changements climatiques</dc:subject>
		<dc:subject>Plan&#232;te</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-02-02</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;ENQU&#202;TE 1/3 &#8212; Les plans de relance gouvernemental et europ&#233;en font la part belle &#224; l'hydrog&#232;ne, qui serait l'&#233;nergie &#171; verte &#187; de l'avenir. Pourtant, la production de ce gaz pose de nombreux d&#233;fis &#233;cologiques et l'enjeu de cette conversion para&#238;t davantage &#233;conomique que climatique. Cet article est le premier d'une enqu&#234;te en trois volets consacr&#233;e &#224; l'hydrog&#232;ne. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Reporterre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet article est le premier d'une enqu&#234;te en trois volets consacr&#233;e &#224; l'hydrog&#232;ne. Le deuxi&#232;me volet &#171; Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-environnementaliste-" rel="directory"&gt;Mouvement environnementaliste&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Changements-climatiques-+" rel="tag"&gt;Changements climatiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Planete-+" rel="tag"&gt;Plan&#232;te&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-02-02-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-02-02&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH94/arton46611-c3666.jpg?1781417907' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;ENQU&#202;TE 1/3 &#8212; Les plans de relance gouvernemental et europ&#233;en font la part belle &#224; l'hydrog&#232;ne, qui serait l'&#233;nergie &#171; verte &#187; de l'avenir. Pourtant, la production de ce gaz pose de nombreux d&#233;fis &#233;cologiques et l'enjeu de cette conversion para&#238;t davantage &#233;conomique que climatique. Cet article est le premier d'une enqu&#234;te en trois volets consacr&#233;e &#224; l'hydrog&#232;ne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/L-hydrogene-trop-gourmand-en-energie-pour-etre-ecologique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Reporterre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article est le premier d'une enqu&#234;te en trois volets consacr&#233;e &#224; l'hydrog&#232;ne. Le deuxi&#232;me volet &#171; Le plan hydrog&#232;ne fran&#231;ais ent&#233;rine discr&#232;tement la relance du nucl&#233;aire &#187; ; le troisi&#232;me : &#171; L'hydrog&#232;ne, un r&#234;ve industriel mais pas &#233;cologique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre dernier, une nouvelle publicit&#233; est apparue dans nos journaux. Entreprise en pointe du stockage de carburant, &lt;a href=&#034;https://twitter.com/plasticomnium/status/1331900510677266434&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Plastic Omnium y montrait un verre d'eau&lt;/a&gt;, avec ce message : &#171; Voil&#224; tout ce qu'on rejette en roulant &#224; l'hydrog&#232;ne. &#187; Un carburant fantastique qui ne rejette que de l'eau, voici la promesse qui accompagne le lancement de plans hydrog&#232;ne dans le monde entier. Demain, selon ce discours, les camions, les avions et les trains rouleront &#224; l'hydrog&#232;ne, les usines tourneront &#224; l'hydrog&#232;ne, la pollution et les &#233;missions de dioxyde de carbone (CO2) chuteront et la catastrophe climatique sera &#233;vit&#233;e. En France, le gouvernement a promis de d&#233;penser plus de sept milliards d'euros sur dix ans pour d&#233;velopper ce nouveau &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Vecteur_%C3%A9nerg%C3%A9tique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vecteur d'&#233;nergie&lt;/a&gt;. Et pour piloter cette grande transformation, il vient de cr&#233;er un Conseil national de l'hydrog&#232;ne, rassemblant une palette de patrons d'entreprises aujourd'hui peu connues pour leur engagement contre le r&#233;chauffement climatique : Total, Air Liquide, Engie, Airbus, KemOne, ArcelorMittal, Faureci [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; notre verre d'eau. Il est question d'un v&#233;hicule dont le r&#233;servoir stocke de l'hydrog&#232;ne [2], gaz qui est soit utilis&#233; comme carburant d'un moteur &#224; combustion interne, soit pour alimenter une pile &#224; combustible faisant fonctionner un moteur &#233;lectrique. Le pot d'&#233;chappement rejette de la vapeur d'eau et non des particules nocives et du CO2 issus de la combustion des d&#233;riv&#233;s p&#233;troliers. En revanche, que les v&#233;hicules soient thermiques ou &#233;lectriques, &#224; hydrog&#232;ne ou pas, pr&#232;s de la moiti&#233; (environ 46%) des particules fines qu'ils &#233;mettent r&#233;sulte de l'abrasion des freins, des pneus et des rev&#234;tements routiers, car aucun v&#233;hicule ne rejette &#171; que de l'eau &#187; [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'hydrog&#232;ne est dit &#171; vert &#187; quand cette &#233;lectricit&#233; est issue de sources renouvelables&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la question essentielle est : d'o&#249; vient l'hydrog&#232;ne qui fait rouler ce v&#233;hicule ? L'hydrog&#232;ne (H2) pur est tr&#232;s peu pr&#233;sent &#224; l'&#233;tat naturel. Cette raret&#233; fait que la totalit&#233; de l'hydrog&#232;ne utilis&#233; est produite industriellement selon divers proc&#233;d&#233;s. Aujourd'hui, plus de 95 % de l'hydrog&#232;ne produit dans le monde est issu du m&#233;thane, du p&#233;trole ou du charbon [4], par des proc&#233;d&#233;s tr&#232;s polluants [5], notamment en mati&#232;re d'&#233;missions de gaz &#224; effet de serre. Le message de la publicit&#233; de Plastic Omnium est donc mensonger : m&#234;me en oubliant les particules &#233;mises par le v&#233;hicule hors pot d'&#233;chappement, la production de l'hydrog&#232;ne qui le fait rouler rejette beaucoup de CO2. Enfin, pour l'instant, esp&#232;rent les partisans de ce vecteur d'&#233;nergie, car tout l'enjeu des plans hydrog&#232;ne est de &#171; d&#233;carboner &#187; cette production &#224; l'horizon 2030 ou 2050.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment faire ? C'est l&#224; qu'intervient un autre proc&#233;d&#233; de production de l'hydrog&#232;ne, connu depuis plus d'un si&#232;cle : l'&#233;lectrolyse de l'eau, qui, gr&#226;ce &#224; un courant &#233;lectrique, permet de d&#233;composer l'eau (H2O) en oxyg&#232;ne (d'un point de vue chimique, du dioxyg&#232;ne, O2) et en hydrog&#232;ne (d'un point de vue chimique, du dihydrog&#232;ne H2). Mais, si le principe est simple, il demande 1. une production en s&#233;rie de gigantesques &#233;lectrolyseurs, eux-m&#234;mes grands consommateurs de m&#233;taux ou de produits toxiques [6] ; 2. des quantit&#233;s d'&#233;lectricit&#233; consid&#233;rables pour l'&#233;lectrolyse elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hydrog&#232;ne est dit &#171; vert &#187; quand cette &#233;lectricit&#233; est issue de sources renouvelables, et &#171; jaune &#187; quand elle provient des r&#233;acteurs nucl&#233;aires, peu &#233;metteurs de CO2 [7]. Il existe aussi un hydrog&#232;ne &#171; bleu &#187; qui, lui, n'est pas produit par &#233;lectrolyse, mais reformage de gaz fossile dont on tente ensuite de capturer les &#233;missions de carbone. Pour achever de brouiller les pistes dans ce labyrinthe &#233;nerg&#233;tique, il est aussi question d'hydrog&#232;ne &#171; propre &#187;, &#171; z&#233;ro &#233;mission &#187; ou &#171; d&#233;carbon&#233; &#187;. C'est clair comme un verre d'eau&#8230; pollu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire rouler d'ici 2030 cent mille camions &#224; l'hydrog&#232;ne d&#233;carbon&#233; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de sa &#171; &lt;a href=&#034;https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:52020DC0301&amp;rid=1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;strat&#233;gie de l'hydrog&#232;ne pour une Europe climatiquement neutre&lt;/a&gt; &#187;, pr&#233;sent&#233;e en juillet 2020, l'Union europ&#233;enne a &lt;a href=&#034;https://hydrogeneurope.eu/news/coalition-statement-another-milestone-uptake-fuel-cell-trucks&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;valid&#233; l'objectif des industriels du secteur&lt;/a&gt;, qui est de faire rouler d'ici 2030 cent mille camions &#224; l'hydrog&#232;ne d&#233;carbon&#233;. Car le syst&#232;me du v&#233;hicule &#233;lectrique avec batteries ne convient pas aux mobilit&#233;s lourdes, sauf &#224; embarquer des batteries excessivement pesantes. Le plan est donc de faire rouler &#224; l'hydrog&#232;ne les transports longue distance : frets routier, maritime, a&#233;rien. Notons que cet objectif de cent mille camions est tr&#232;s modeste au regard des trois millions de camions qui parcourent l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la demande de Reporterre, une &#233;quipe de chercheurs de l'Atelier d'&#233;cologie politique a calcul&#233; combien d'&#233;lectricit&#233; serait n&#233;cessaire pour faire rouler les camions gr&#226;ce &#224; de l'hydrog&#232;ne produit par &#233;lectrolyse avec de l'&#233;lectricit&#233; non fossile [8]. R&#233;sultat : pour alimenter cent mille camions de plus de seize tonnes parcourant une moyenne de 160.000 km/an, il faudrait 92,4 TWh/an (t&#233;rawattheures par an), soit quinze r&#233;acteurs nucl&#233;aires ou 910 km&#178; de panneaux solaires. Et si on cherchait &#224; remplacer la totalit&#233; du parc de poids lourds en faisant rouler trois millions de camions &#224; l'hydrog&#232;ne, il faudrait alors 2.772 TWh/an, soit 427 r&#233;acteurs nucl&#233;aires ou 27.200 km&#178; de panneaux solaires, c'est-&#224;-dire plus de deux fois la taille de l'&#206;le-de-France !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5513 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2021-02-01_a_15.27.24.png?5513/159046d3cf80646fd7f423ca6e0023828bedbeed44cf2fd18c9d1687344e3be7&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH731/159046d3cf80646f-0f2e5ee0-e62e4.png?1781417907' width='500' height='731' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais le plan hydrog&#232;ne du gouvernement, &lt;a href=&#034;https://www.economie.gouv.fr/presentation-strategie-nationale-developpement-hydrogene-decarbone-france&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pr&#233;sent&#233; le 8 septembre 2020&lt;/a&gt;, comme celui de l'Union europ&#233;enne, vise en premier lieu, pour r&#233;duire les &#233;missions de CO2, &#224; d&#233;carboner la production d'hydrog&#232;ne d&#233;j&#224; utilis&#233;e par l'industrie lourde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faudrait 33 km&#178; de panneaux photovolta&#239;ques, soit 4.622 terrains de football &#8212; pour une seule usine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France consomme aujourd'hui chaque ann&#233;e pr&#232;s de 900.000 tonnes d'hydrog&#232;ne, en grande partie de l'hydrog&#232;ne carbon&#233;, qui &lt;a href=&#034;https://www.economie.gouv.fr/presentation-strategie-nationale-developpement-hydrogene-decarbone-france&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;engendre de l'ordre de 9 millions de tonnes de CO2 par an&lt;/a&gt;. Le gaz est quasi exclusivement utilis&#233; pour le raffinage des produits p&#233;troliers, la production d'ammoniac (engrais azot&#233;s) ou encore celle du m&#233;thanol destin&#233; &#224; la production de plastiques. Il s'agit donc d'avoir recours &#224; un hydrog&#232;ne &#171; d&#233;carbon&#233; &#187; destin&#233; &#224; l'industrie lourde. Prenons, par exemple, l'usine d'engrais azot&#233;s Bor&#233;alis Grand-Quevilly, en banlieue de Rouen (Seine-Maritime), &#224; deux pas de l'usine Lubrizol : elle produit 400.000 tonnes d'ammoniac (NH3) par an &#224; partir d'hydrog&#232;ne. Selon l'&lt;a href=&#034;https://reporterre.net/IMG/pdf/calculsatecopolpourreporterre.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Atelier d'&#233;cologie politique&lt;/a&gt;, pour alimenter cette production en hydrog&#232;ne produit par &#233;lectrolyse &#224; partir d'&#233;lectricit&#233; renouvelable, il faudrait 33 km&#178; de panneaux photovolta&#239;ques, soit 4.622 terrains de football &#8212; pour une seule usine ! Comment trouver de telles surfaces sans engloutir des terres arables et des for&#234;ts ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justement, en Gironde, Engie et Neoen s'appr&#234;tent &#224; raser 1.000 hectares de pins maritimes pour &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/Dans-les-Landes-pour-faire-du-solaire-on-detruit-les-forets&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;implanter un complexe photovolta&#239;que et un site de production d'hydrog&#232;ne&lt;/a&gt;. S'il voit le jour, ce complexe sera l'un des plus grands sites photovolta&#239;ques d'Europe ; il repr&#233;sente pourtant moins d'un tiers de ce qu'il faudrait pour d&#233;carboner l'usine Bor&#233;alis Grand-Quevilly.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier exercice de math&#233;matique : combien d'&#233;lectricit&#233; faudrait-il pour remplir un seul des objectifs de la strat&#233;gie europ&#233;enne &#224; l'horizon 2030, celui consistant &#224; remplacer l'hydrog&#232;ne fossile actuellement consomm&#233; par l'industrie europ&#233;enne (p&#233;trochimie et engrais) par de l'hydrog&#232;ne issu de l'&#233;lectrolyse &#224; partir d'&#233;lectricit&#233; renouvelable ? L&#224; encore, les chercheurs de l'&lt;a href=&#034;https://reporterre.net/IMG/pdf/calculsatecopolpourreporterre.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Atelier d'&#233;cologie politique ont fourni quelques ordres de grandeur&lt;/a&gt;. En tenant compte des pertes li&#233;es &#224; la compression et au transport, il faudrait 558 TWh d'&#233;lectricit&#233; : l'&#233;quivalent de 86 r&#233;acteurs nucl&#233;aires ou 5.500 km&#178; d'&#233;oliennes ou 5.470 km&#178; de panneaux photovolta&#239;ques, soit la superficie du d&#233;partement de l'Ard&#232;che. Quant &#224; l'ambition pour 2050, qui est de produire 2.250 TWh/an d'hydrog&#232;ne par &#233;lectrolyse, elle n&#233;cessite simplement de multiplier par sept ce qu'on vient d'&#233;noncer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Cr&#233;er un march&#233; de 130 milliards d'euros &#224; l'horizon 2030, et de 820 milliards &#224; l'horizon 2050 &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thierry Lepercq, auteur de Hydrog&#232;ne, le nouveau p&#233;trole (Cherche Midi, 2019) et conseiller des grands groupes gaziers, envisage cette croissance fulgurante de la consommation d'&#233;lectricit&#233; avec une certaine d&#233;sinvolture : &#171; Pour remplacer les combustibles fossiles en Europe, il nous faudrait 15.000 TWh/an [soit cinq fois la consommation actuelle de l'UE, &lt;a href=&#034;https://bilan-electrique-2018.rte-france.com/europe-vision-europeenne-de-lelectricite/#&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;autour de 3.331 TWh/an en 2017-2018&lt;/a&gt;]. On peut le faire, &#224; condition que ce soit &#8220;bankable&#8221;. &#187; En clair, &#224; condition que les pouvoirs publics subventionnent l'hydrog&#232;ne &#171; vert &#187;, dont le co&#251;t de production est aujourd'hui trois fois sup&#233;rieur &#224; l'hydrog&#232;ne &#171; gris &#187; ou &#171; noir &#187;, celui issu du gaz, du p&#233;trole ou du charbon. Philippe Boucly, pr&#233;sident de France Hydrog&#232;ne [9] et ex-directeur de GRT Gaz, admet lui aussi le probl&#232;me aupr&#232;s de Reporterre, sans pour autant l'endosser : &#171; Les politiques n'ont pas conscience des quantit&#233;s d'&#233;lectricit&#233; &#224; produire pour remplacer les &#233;nergies fossiles. Je vous l'accorde, c'est monstrueux. &#187; France Hydrog&#232;ne, l'association de promotion de l'hydrog&#232;ne qui regroupe notamment Total, Areva, Air Liquide, Engie, Arkema et les leaders du stockage de carburant Faurecia et Plastic Omnium, est pourtant largement &#224; l'origine du plan gouvernemental. &#192; l'image de l'ensemble des plans hydrog&#232;ne actuellement d&#233;clin&#233;s sur la plan&#232;te, dont l'impulsion d&#233;coule du &lt;a href=&#034;https://hydrogencouncil.com/en/davos-world-economic-forum/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sommet Hydrogen Council, qui a r&#233;uni &#224; Davos&lt;/a&gt;, en janvier 2017, treize PDG d'entreprises telles que Air Liquide, Alstom, Anglo American, BMW Group, Daimler, ENGIE, Honda, Hyundai, Kawasaki, Royal Dutch Shell, The Linde Group, Total et Toyota.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est probablement la raison pour laquelle, dans aucun des plans hydrog&#232;ne actuellement lanc&#233;s par les pouvoirs publics ne figure l'id&#233;e de r&#233;duire la production p&#233;trochimique ou le volume des transports pour faire d&#233;cro&#238;tre les &#233;missions de CO2. L'enjeu semble plut&#244;t, comme l'&#233;crit le FCH-JU, un partenariat public priv&#233; missionn&#233; par la Commission europ&#233;enne pour son plan hydrog&#232;ne, de &#171; cr&#233;er pour les compagnies p&#233;troli&#232;res, gazi&#232;res et pour les &#233;quipementiers un march&#233; de 130 milliards d'euros &#224; l'horizon 2030, et de 820 milliards &#224; l'horizon 2050 &#187; [10]. Des pr&#233;occupations davantage &#233;conomiques qu'&#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La composition de ce conseil est &lt;a href=&#034;https://www.ecologie.gouv.fr/installation-du-conseil-national-lhydrogene&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;disponible ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le gaz hydrog&#232;ne, ou hydrog&#232;ne dans le langage courant, est chimiquement du dihydrog&#232;ne, de formule H2. Dans cet article, &#171; hydrog&#232;ne &#187; signifie &#171; dihydrog&#232;ne &#187; (H2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Selon la Programmation pluriannuelle de l'&#233;nergie 2019-2023 2024-2028, Minist&#232;re de la transition &#233;cologique, p. 323. Qui cite &#171; &#201;valuation prospective de la qualit&#233; de l'air &#224; l'horizon 2020 en &#206;le-de-France &#187;, Airparif, septembre 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Les hydrocarbures sont issus de la combinaison d'atomes de carbone et d'hydrog&#232;ne. Ainsi, le m&#233;thane (CH4), constituant principal du gaz naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] &lt;a href=&#034;https://www.ifpenergiesnouvelles.fr/enjeux-et-prospective/decryptages/energies-renouvelables/tout-savoir-lhydrogene&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Reformage du m&#233;thane, oxydation partielle du p&#233;trole, gaz&#233;ification du charbon.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Par exemple de la potasse caustique pour la technologie alcaline, la plus courante ; du platine et de l'iridium pour la technologie PEM &#224; membrane polym&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Selon &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Hydrog%C3%A8ne_vert&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Wikipedia&lt;/a&gt;, &#171; le terme &#8220;hydrog&#232;ne vert&#8221; ou &#8220;hydrog&#232;ne propre&#8221; d&#233;signe le dihydrog&#232;ne produit &#224; partir d'&#233;nergie renouvelable par le processus d'&#233;lectrolyse. On le distingue de &#8220;l'hydrog&#232;ne gris&#8221;, produit &#224; partir par vaporeformage du m&#233;thane, de &#8220;l'hydrog&#232;ne noir&#8221;, produit &#224; partir de source fossile ou d'&#233;lectricit&#233; en d&#233;coulant ou encore de &#8220;l'hydrog&#232;ne jaune&#8221;, produit &#224; partir d'&#233;nergie nucl&#233;aire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Tous les calculs r&#233;alis&#233;s par l'At&#233;copol pour Reporterre sont d&#233;taill&#233;s &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/IMG/pdf/calculsatecopolpourreporterre.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans ce document&lt;/a&gt;. L'At&#233;copol a par ailleurs r&#233;alis&#233; une &#233;tude sur l'avion &#224; hydrog&#232;ne, parue dans la revue Terrestres : &lt;a href=&#034;https://atecopol.hypotheses.org/4356&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Avion &#224; hydrog&#232;ne : quelques &#233;l&#233;ments de d&#233;senfumage &#187;&lt;/a&gt;, septembre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] &lt;a href=&#034;https://afhypac.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Association fran&#231;aise pour l'hydrog&#232;ne et les piles &#224; combustibles&lt;/a&gt; (Afhypac) est devenue &lt;a href=&#034;https://www.h2-mobile.fr/actus/france-hydrogene-transformation-afhypac-expliquee-philippe-boucly/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;France Hydrog&#232;ne&lt;/a&gt; le 7 octobre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Fuel Cells and Hydrogen Joint Undertaking, &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/IMG/pdf/hydrogen_roadmap_europe_report.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hydrogen Roadmap Europe&lt;/a&gt;, 2019, p. 9.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Kwame Nkrumah et la lutte de classe : &#171; African personality &#187;, consciencisme et panafricanisme dans le capitalisme &#8211; Partie II</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Kwame-Nkrumah-et-la-lutte-de-classe-African-personality-consciencisme-et-46541</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Kwame-Nkrumah-et-la-lutte-de-classe-African-personality-consciencisme-et-46541</guid>
		<dc:date>2021-02-09T07:51:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Nanga</dc:creator>


		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-02-02</dc:subject>
		<dc:subject>Ghana</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Introduction aux trois parties : 1960 est l'ann&#233;e du passage du Ghana au statut de r&#233;publique, Kwame Nkrumah en devenant le pr&#233;sident. Soixante ans plus tard, il demeure en Afrique une r&#233;f&#233;rence majeure. Cependant, il y a cinq d&#233;cennies d&#233;j&#224;, le philosophe Paulin Hountondji avait lanc&#233; un appel : &#171; L'&#233;chec de Nkrumah m&#233;rite d'&#234;tre m&#233;dit&#233; &#187;. C'est &#224; une compr&#233;hension de cet &#233;chec que veut, modestement, contribuer ce texte. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du site du CADTM. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous publions ci-dessous la deuxi&#232;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-02-02-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-02-02&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Ghana-+" rel="tag"&gt;Ghana&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH98/arton46541-02db4.jpg?1781364426' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Introduction aux trois parties : 1960 est l'ann&#233;e du passage du Ghana au statut de r&#233;publique, Kwame Nkrumah en devenant le pr&#233;sident. Soixante ans plus tard, il demeure en Afrique une r&#233;f&#233;rence majeure. Cependant, il y a cinq d&#233;cennies d&#233;j&#224;, le philosophe Paulin Hountondji avait lanc&#233; un appel : &#171; L'&#233;chec de Nkrumah m&#233;rite d'&#234;tre m&#233;dit&#233; &#187;. C'est &#224; une compr&#233;hension de cet &#233;chec que veut, modestement, contribuer ce texte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Kwame-Nkrumah-et-la-lutte-de-classe-African-personality-consciencisme-et-19340&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site du CADTM&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous la deuxi&#232;me partie de l'&#233;tude de Jean Nanga. Pour la &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/Kwame-Nkrumah-et-la-lutte-de-classe-African-personality-consciencisme-et-45799?var_mode=calcul&#034;&gt;partie 1, voir Kwame Nkrumah et la lutte de classe&lt;/a&gt;. Pour la &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/Kwame-Nkrumah-et-la-lutte-de-classe-African-personality-consciencisme-et-46550&#034;&gt;troisi&#232;me partie, c'est ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CPP : Entre socialisme africain et socialisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, malgr&#233; la mention, alors consid&#233;r&#233;e comme nouvelle, de la &#8220;lutte des classes&#8221; dans le discours de certains membres d'un CPP (devenu parti unique en janvier 1964), Le Consciencisme demeurait encore attach&#233; &#224; l'African personality, au socialisme africain, alors ardemment d&#233;fendu par maints dirigeants du CPP. Certes, la &#8220;R&#233;volution&#8221; ghan&#233;enne &#233;tait cens&#233;e entr&#233;e dans une nouvelle phase apr&#232;s l'instauration (par voie r&#233;f&#233;rendaire) du monopartisme (au nom aussi de la suppos&#233;e tradition africaine), avec le lancement du plan septennal (1964-1970), mais celui-ci a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; par Ikoku comme une &#171; politique &#233;conomique [&#8230;] orient&#233;e vers le socialisme, mais mise en &#339;uvre par des hommes hostiles au socialisme, li&#233;s au capitalisme &#233;tranger, et souvent corrompus &#187; (op. cit., p. 214). De son c&#244;t&#233; Y. B&#233;not a parl&#233; du &#171; Ghana socialiste [qui] manque de socialistes &#187; (op. cit., p. 243). L'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; sociale, id&#233;ologique, du CPP, mise sous le tapis pendant la phase de la lutte anticoloniale, pour l'ind&#233;pendance nationale, le non progressisme de l'entourage britannique de Nkrumah (soulign&#233; par L. Kaba) s'exprimaient derri&#232;re cet attachement de la majorit&#233; de la direction du CPP au socialisme africain, ce rejet de la lutte des classes, qui ne s'appuyait nullement sur une sociologie de la soci&#233;t&#233; ghan&#233;enne d'alors, sur laquelle &#233;tait cens&#233;e s'appuyer la politique sociale de l'&#201;tat ghan&#233;en selon Nkrumah. C'est, par exemple, le d&#233;ni de la lutte des classes qui explique l'insignifiance des expressions suppos&#233;es de l'ant&#233;riorit&#233; du &#8220;socialisme africain&#8221; &#224; l'&#233;gard du marxisme, pr&#233;sent&#233;es par Baako, sans allusion &#224; la question fondamentale de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production dans la soci&#233;t&#233; ghan&#233;enne post-coloniale ainsi que des classes sociales qui lui sont li&#233;es. Sinon, en la consid&#233;rant de fa&#231;on assez l&#233;g&#232;re, comme le rapporte Yves B&#233;not : &#171; Il [Baako] avait d&#233;clar&#233; quelques semaines plus t&#244;t [en avril 1964], &#224; un meeting organis&#233; par les syndicats, que le socialisme &#233;tait une affaire de cerveaux, et non de richesse et de pauvret&#233;. Celui qui est riche mais fait servir son cerveau &#224; un usage progressiste est socialiste, alors que celui qui est pauvre mais utilise mal son cerveau, est r&#233;actionnaire. Les travailleurs d'Accra se content&#232;rent de rire &#187; [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, le CPP, se voulant parti de la &#171; nation enti&#232;re &#187;, en p&#233;riode post-coloniale, ne pouvait &#234;tre d&#233;pourvu d'&#233;l&#233;ments de la &#171; classe [&#8230;] associ&#233;e au pouvoir social &#187; pendant la p&#233;riode coloniale et que l'ind&#233;pendance avait d'ailleurs d&#233;velopp&#233;e, &#233;largie. Aussi &#224; partir de l'africanisation des postes de direction qu'avait initi&#233;e Nkrumah devenu Premier ministre du nouvel &#201;tat ind&#233;pendant (1957, membre du Commonwealth et ayant ainsi pour cheffe la Reine d'Angleterre). Bien au contraire, leur pr&#233;sence &#233;tait devenue assez d&#233;terminante dans la vie du CPP, par cons&#233;quent dans sa gestion de l'&#201;tat, dans la structuration de la soci&#233;t&#233; ghan&#233;enne. Ce qui s'illustrait d&#233;j&#224; par, entre autres, des pratiques qui se d&#233;velopperont aussi dans les autres &#201;tats ind&#233;pendants africains. Ainsi, d&#232;s 1960 (ann&#233;e de apr&#232;s l'&#233;rection du Ghana en R&#233;publique), C. L. R. James (un des anciens mentors marxistes de Nkrumah) faisait remarquer aux cadres du CPP que &#171; When I was here in 1957, I got certain impressions of what was taking place. Since I have come back here in 1960 there has been great progress. The situation however has changed and I notice now what was not noticeable then, a tremendous concern with bribery and corruption in government. I have seen it in the newspapers and people are talking to me about it and people who are patriotic citizens are talking about it because they want their country in that respect also to be as advanced as any other country in the world &#187; (July 1960) [2]. Samuel Ikoku, &#8211; un de ceux que des caciques du CPP consid&#233;raient comme des agents de Moscou voulant &#233;loigner Nkrumah du socialisme africain, en le poussant &#224; mettre l'accent sur les int&#233;r&#234;ts de classe &#8211;, va parler de l'existence de &#171; clans procapitalistes &#187;, d'une &#171; aile capitaliste du CPP &#187; (p. 194) &#224; son arriv&#233;ec au pouvoir, ayant produit par la suite des &#171; nouveaux riches du gouvernement &#187; (p. 204), &#171; la droite du parti, c'est-&#224;-dire des nouveaux riches, des trafiquants haut plac&#233;s &#187; (p. 215). Il va de soi que les int&#233;r&#234;ts de ceux-ci ne s'identifiaient pas &#224; ceux des classes populaires, base du CPP comprise. &#192; tel point qu'au lendemain des &#233;lections l&#233;gislatives de 1965, ayant consacr&#233; le pouvoir de la droite, des procapitalistes &#224; la direction du CPP &#8211; pour lesquels travailler &#224; la satisfaction des besoins sociaux des classes populaires n'&#233;tait pas une priorit&#233; &#8211;, &#171; le Ghana se trouvait dans cette posture ridicule, de confier la marche vers le socialisme &#224; un parlement [monopartiste, CPP] hostile au socialisme &#187; (p. 121) [3]. Alors qu'une telle transformation, du capitalisme n&#233;ocolonial au socialisme, devrait s'articuler avec une interpr&#233;tation dynamique de la soci&#233;t&#233; &#224; transformer, qu'auraient partag&#233;e les parlementaires, au moins &#8211; &#224; d&#233;faut de favoriser la participation &#233;largie, au sein des classes populaires, &#224; la production et discussion de cette interpr&#233;tation. Ceci aurait &#233;t&#233; incompatible avec l'id&#233;ologie petite-bourgeoise du socialisme africain, avec un r&#233;gime monopartiste (anti-d&#233;mocratique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; titre de rappel, encore une fois : en 1962, soit deux ans avant la publication de Le Consciencisme, Nkrumah avait, dans une approche assez illusionn&#233;e de la sociologie, consid&#233;r&#233;, face aux africanistes, que c'est la sociologie qui &#171; apporte les fondements les plus solides pour une politique sociale &#187;, non pas l'ethnologie, m&#234;me transfigur&#233;e, d'o&#249; sont issues les id&#233;es de l' African personality, du socialisme africain. Mais, celles-ci &#233;taient davantage instrumentalis&#233;es, au fil des ann&#233;es post-coloniales, par la majorit&#233; droiti&#232;re de la direction du CPP, dirigeant l'&#201;tat ghan&#233;en et d&#233;sormais principalement anim&#233;e par la reproduction &#233;largie de ses privil&#232;ges, comme on put le voir en r&#233;action &#224; la publication de Le n&#233;ocolonialisme, dernier stade de l'imp&#233;rialisme (1965) dont l'accent l&#233;ninien du titre n'&#233;tait pas consid&#233;r&#233; comme de bon augure pour ses int&#233;r&#234;ts, ses privil&#232;ges [4]. Ainsi, &#233;tait confirm&#233; que le discours sur le &#171; retour aux sources &#187; pouvait &#234;tre &#171; une expression consciente ou inconsciente, d'opportunisme politique de la part de la petite-bourgeoisie &#187; [5], ici en p&#233;riode post-coloniale. N&#233;anmoins, Nkrumah avait apparemment choisi de sous-estimer ou n&#233;gliger cette expression plut&#244;t consciente qu'inconsciente de l'opportunisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Panafricanisme &#224; dominante n&#233;ocoloniale et anti-imp&#233;rialisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette attitude s'&#233;tendait &#224; son panafricanisme, comme l'illustre sa volont&#233; obsessionnelle de construire un panafricanisme &#233;mancipateur avec des dirigeants africains demeur&#233;s assez subordonn&#233;s aux anciennes puissances coloniales, s'av&#233;rant pourtant d&#233;fenseurs des int&#233;r&#234;ts n&#233;ocoloniaux. C'&#233;tait comme si, par la gr&#226;ce de l'African personality, l'id&#233;al panafricaniste, suppos&#233;ment commun, aurait transcend&#233; l'adh&#233;sion consciente au n&#233;ocolonialisme, la transfigurant en processus &#233;mancipateur des peuples : &#171; l'int&#233;r&#234;t de l'Afrique doit &#234;tre le premier souci des chefs d'&#201;tats africains &#187; (L'Afrique doit s'unir, 1963). Alors que l'auteur de cet ouvrage est d&#233;j&#224; d&#233;nonciateur pertinent du n&#233;o-colonialisme (chapitre XVIII), bien conscient que le statut de &#171; p&#232;res de l'ind&#233;pendance &#187; de nombre de ses pairs &#8211; parmi ceux qui avaient re&#231;u l'ind&#233;pendance dans les premi&#232;res ann&#233;es de la d&#233;cennie 1960 &#8211; avait &#233;t&#233; acquis sans qu'ils aient brill&#233; par quelque v&#233;ritable lutte contre l'&#201;tat colonial, par quelque confrontation syst&#233;matique avec l'ordre colonial. &#192; l'instar de celle que manifestait au Congo belge &#201;mery Patrice Lumumba, &#224; la t&#234;te du Mouvement national congolais. Leur statut ayant g&#233;n&#233;ralement &#233;t&#233; acquis comme par quelque faveur de la puissance coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce f&#251;t le cas dans les colonies fran&#231;aises d'Afrique &#233;quatoriale et occidentale, o&#249;, lors du referendum de 1958, presque tous les principaux dirigeants politiques avaient dress&#233; l'&#233;crasante majorit&#233; du corps &#233;lectoral des territoires &#224; refuser l'ind&#233;pendance. Ils pr&#233;f&#233;raient la m&#233;tamorphose de la domination coloniale, c'est-&#224;-dire la Communaut&#233;, sous domination m&#233;tropolitaine &#233;videmment (on n'avait pas manqu&#233; de parler de &#8220;Commonwealth &#224; la fran&#231;aise&#8221;), succ&#233;dant &#224; l'Union fran&#231;aise (1946-1958) ayant d&#233;j&#224; fait de certains d'entre eux des membres du gouvernement fran&#231;ais. Ainsi, F&#233;lix Houphou&#235;t-Boigny (membre des gouvernements fran&#231;ais, de f&#233;vrier 1956 &#224; mai 1961 et pr&#233;sident de la C&#244;te d'Ivoire &#224; partir de novembre 1960 &#8211; il n'y a pas d'erreur dans les dates) avait mal re&#231;u, deux ans plus tard, en 1960, le tournant &#8220;d&#233;colonisateur&#8221; de l'&#201;tat colonial fran&#231;ais (la C&#244;te d'Ivoire acc&#232;de &#224; l'ind&#233;pendance en ao&#251;t 1960 et le pr&#233;sident de cette nouvelle R&#233;publique est en m&#234;me temps ministre du gouvernement fran&#231;ais jusqu'en mai 1961). Mais il a vite &#233;t&#233; rassur&#233; pour la suite par le maintien de la tutelle imp&#233;rialiste fran&#231;aise, &#224; travers, entre autres, les accords dits de coop&#233;ration entre la France et les nouveaux &#201;tats dits ind&#233;pendants (conservant les bases militaires fran&#231;aises sur leurs territoires). Pour Mehdi Ben Barka, cela &#171; a consist&#233; en r&#233;sum&#233; &#224; accorder &#8220;g&#233;n&#233;reusement&#8221; l'ind&#233;pendance politique, au besoin en cr&#233;ant des &#201;tats factices, &#224; proposer une coop&#233;ration dont le but &#233;tait une pr&#233;tendue prosp&#233;rit&#233;, mais dont les bases objectives sont en dehors de l'Afrique &#187; [6]. C'&#233;tait la m&#233;tamorphose du colonialisme en &#171; n&#233;ocolonialisme, dernier stade de l'imp&#233;rialisme &#187; (d&#233;j&#224; pratiqu&#233; ailleurs, par exemple en Am&#233;rique dite latine). N&#233;ocolonialisme, que les puissances imp&#233;rialistes avaient mis &#224; l'ordre du jour des rapports Nord-Sud et auquel n'allait pas &#233;chapper alors m&#234;me un &#201;tat qui n'avait pas subi strictement la colonisation, l'&#201;thiopie (membre de la Soci&#233;t&#233; des Nations, mais tragiquement occup&#233;e de 1936 &#224; 1941 par l'Italie fasciste de Benito Mussolini) [7], alors dirig&#233;e par l'empereur Hail&#233; S&#233;lassi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La participation de l'&#201;thiopie &#224; la Conf&#233;rence Afro-Asiatique de Bandung (avril 1955) avait &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e, en cette p&#233;riode de guerre dite froide, par son alignement derri&#232;re les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique pendant la guerre de Cor&#233;e (1950-1953) et l'h&#233;bergement d'une base militaire &#233;tats-unienne, de 1954 &#224; la chute de l'empereur en 1974, au prix d'une forte d&#233;pendance financi&#232;re. Elle exprimait ainsi, malgr&#233; le non-alignement proclam&#233;, une subordination concr&#232;te &#224; des int&#233;r&#234;ts occidentaux. N&#233;anmoins, cette &#201;thiopie imp&#233;riale (dans un empire, le principe ce n'est pas l'&#233;galit&#233;, mais l'in&#233;galit&#233; entre les &#234;tres humains) va &#234;tre &#8211; aussi pour la symbolique d'avoir &#233;chapp&#233; &#224; la colonisation &#8211; le lieu de naissance de l'Organisation de l'unit&#233; africaine (1963) et abriter son si&#232;ge. Comme s'il s'agissait de symboliser aussi que l'anti-colonialisme &#8211; tardivement manifest&#233; par bon nombre de &#8220;p&#232;res de l'ind&#233;pendance&#8221; &#8211;, faussement suppos&#233; anti-imp&#233;rialiste, ne signifiait surtout pas anticapitalisme, en ces temps de la guerre dite froide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La posture anti-imp&#233;rialiste &#233;tant alors, comme il a &#233;t&#233; dit plus haut, non seulement celle d'un Arthur Lewis, bien qu'&#233;conomiste du d&#233;veloppement, d'un d&#233;veloppement capitaliste et partisan du Congr&#232;s pour la libert&#233; de la culture, mais aussi celle du chef du Gouvernement provisoire de la France lib&#233;r&#233;e de l'occupation allemande nazie, le g&#233;n&#233;ral Charles de Gaulle. L'organisateur de la Conf&#233;rence des gouverneurs g&#233;n&#233;raux &#224; Brazzaville (1944) qui avait &#233;cart&#233; dans ses recommandations &#171; la constitution &#233;ventuelle, m&#234;me lointaine, de self-governments dans les colonies &#187; et qui comme premier pr&#233;sident de la Ve R&#233;publique fran&#231;aise (&#224; partir de 1958), consid&#233;r&#233; comme &#8220;d&#233;colonisateur&#8221;, ayant pourtant eu sa part de guerre contre les nationalisme alg&#233;rien (1954-1962) et camerounais (1955-1971), s'est, en effet, proclam&#233; anti-imp&#233;rialiste, &#224; un certain moment : &#171; Nous avons proc&#233;d&#233; &#224; la premi&#232;re d&#233;colonisation jusqu'&#224; l'an dernier. Nous allons passer maintenant &#224; la seconde. Apr&#232;s avoir donn&#233; l'ind&#233;pendance &#224; nos colonies, nous allons prendre la n&#244;tre. L'Europe occidentale est devenue, sans m&#234;me s'en apercevoir, un protectorat des Am&#233;ricains. Il s'agit maintenant de nous d&#233;barrasser de leur domination [&#8230;] Le grand probl&#232;me, maintenant que l'affaire d'Alg&#233;rie est r&#233;gl&#233;e, c'est l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain. Le probl&#232;me est en nous, parmi nos couches dirigeantes, parmi celles des pays voisins. Il est dans les t&#234;tes. &#187; (4 janvier 1963) [8]. Comme si l'esprit de la Communaut&#233; n'avait pas continu&#233; d'animer les relations des &#201;tats nouvellement ind&#233;pendants avec l'ancienne m&#233;tropole coloniale, impactant le processus panafricaniste institutionnel. Sous la forme, entre autres, d'opposition men&#233;e par F. Houphou&#235;t-Boigny &#224; l'orientation pr&#233;conis&#233;e par Kwame Nkrumah (L'Afrique doit s'unir, 1963), ayant abouti &#224; une Organisation de l'unit&#233; africaine, &#224; l'unit&#233; minimale plut&#244;t qu'au d&#233;clenchement d'un processus devant aboutir &#224; une union africaine. L'attitude du chef de l'&#201;tat ivoirien, par ailleurs co-leader du projet de l'Eurafrique, illustrait assez bien, selon Nkrumah, le n&#233;ocolonialisme, fran&#231;ais en l'occurrence, dont la critique va s'accentuer, avec la publication de Le n&#233;o-colonialisme, dernier stade de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos d'un Ghana communiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier ouvrage de Nkrumah pr&#233;sident exprime non seulement sa conscience des m&#233;canismes de d&#233;pendance des ex-colonies fran&#231;aises &#224; l'&#233;gard de l'ex-m&#233;tropole coloniale, devenue m&#233;tropole n&#233;ocoloniale, comme obstacle &#224; l'unit&#233; africaine vers l'union africaine, mais aussi celle de la toile tiss&#233;e par l'imp&#233;rialisme, en g&#233;n&#233;ral. &#192; l'&#233;gard duquel l'&#201;tat ghan&#233;en ne pouvait alors, malheureusement, se targuer d'&#234;tre ind&#233;pendant et qui ne pouvait, selon Nkrumah, &#234;tre combattu, avec efficience, que dans une unit&#233; africaine vers l'union des &#201;tats africains. Emprise imp&#233;rialiste &#224; laquelle Nkrumah s'accommodait, en effet, comme le rappelait en mai 1964 un journaliste &#233;tats-unien, paraissant bien conna&#238;tre le Ghana, voire Nkrumah et connu de lui, et qui s'&#233;tait m&#234;me encore entretenu avec Nkrumah quelques semaines auparavant, &#171; Although Ghana would seen to be on the verge of becoming an orthodox Marxist state, there is a wide gap between theory and reality. Only one foreign firm has been nationalized &#8211; and generously compensated. Ghana's trade is still largely with Europe, and most foreign aid still come from the West. Nkrumah has repeatedly insisted that there is plenty of room for private foreign investment. In fact, the success of his seven-year development plan depends on it &#187; [9]. Une situation &#233;conomique qui ne pouvait que fragiliser le projet panafricaniste de Nkrumah, surtout dans une p&#233;riode se caract&#233;risant en m&#234;me temps par, entre autres, une marxisation du discours nationaliste, socialiste du CPP, en fait celui de son aile gauche, minoritaire. Ce qui effrayait, n&#233;anmoins, les chancelleries des &#201;tats capitalistes d&#233;velopp&#233;s, &#224; en croire un article ant&#233;rieur du m&#234;me journal &#233;tats-unien dont l'auteur, &#224; la diff&#233;rence de son confr&#232;re (&#233;crivant post&#233;rieurement), n'&#233;tait pas port&#233; &#224; la distinction entre la diffusion de cette rh&#233;torique &#8220;r&#233;volutionnaire&#8221; et le &#8220;r&#233;alisme&#8221; &#233;conomique du r&#233;gime : &#171; Diplomats in Accra [&#8230;] have conclued, almost unanimously, that that country is rapidly becoming an undisguised Marxist state. They hold that the Government of President Kwame Nkrumah is seeking ideological control over the judiciary, education, the civil service, the army, the police. These views are confirmed almost daily by the Government owned press and radio, which have proclaimed &#8220;total war&#8221; on capitalism and are demanding a nationwide purge of all &#8220;antiprogressive&#8221; elements [&#8230;] The most radical change in the Government's Policy is sudden emphasis on the &#8220;class struggle&#8221;. Until recently, President Nkrumah maintained that Ghana was seeking to develop &#8220;African Socialism&#8221; and that, because of the &#8220;communal&#8221; nature of African society, class frictions were non existent &#187; [10]. Une telle pr&#233;sentation du climat politique rendait, n&#233;anmoins, probl&#233;matique, hypoth&#233;quait certaines contributions attendues, des &#201;tats-Unis par exemple, au financement du plan septennal du r&#233;gime de Nkrumah (1964-1970). Planification &#233;conomique qui ne pouvait pourtant &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme incompatible avec le capitalisme en cette p&#233;riode post-Seconde Guerre mondiale, assez marqu&#233;e par le Plan Marshall, con&#231;u sous la pr&#233;sidence de Harry Truman pour les &#201;tats d'Europe aux &#233;conomies d&#233;truites par la guerre. Ainsi que par l'influence de l'&#233;conomiste h&#233;t&#233;rodoxe britannique John Maynard Keynes, th&#233;oricien de l'&#201;tat acteur &#233;conomique, du &#8220;plein emploi&#8221;, caract&#233;ristiques, entre autres, de la p&#233;riode qui va &#234;tre dite du Welfare State, des Trente Glorieuses (grosso modo 1945-1975). Ce plan ghan&#233;en &#8211; ni le premier, ni l'unique en cette Afrique post-colonis&#233;e ou n&#233;ocolonis&#233;e &#8211; avait &#233;t&#233;, de surcro&#238;t, &#233;labor&#233; avec la participation d'&#233;conomistes lib&#233;raux [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'id&#233;e propag&#233;e d'un Ghana communiste ne correspondait pas aux faits, a r&#233;it&#233;r&#233; Ikoku qui, &#224; la diff&#233;rence du journaliste du New York Times, ne limite pas la pr&#233;sence &#8220;occidentale&#8221; au domaine &#233;conomique, d&#233;mystifiant davantage aussi bien la propagande des supporters progressistes du r&#233;gime de Nkrumah que la d&#233;sinformation men&#233;e &#224; l'&#233;poque par ses adversaires : &#171; Cette accusation de communisme ne repose sur rien [&#8230;] Sur le plan &#233;conomique, en 1962-1963, lors du premier grand assaut de la contre-r&#233;volution, moins de 10 % du commerce ghan&#233;en se faisaient avec les pays socialistes. En 1966, sur 200 millions de livres emprunt&#233;s au dehors, moins de 20 millions provenaient de pays socialistes. &#192; la fin de 1965, moins de 5 % de sp&#233;cialistes &#233;trangers travaillant au Ghana venaient de pays socialistes. Et s'il est vrai que l'assistance technique pour les services de s&#233;curit&#233; provenait de l'U.R.S.S., tout le personnel &#233;tranger de l'arm&#233;e venait d'Angleterre et du Canada. Quant aux investissements priv&#233;s &#233;trangers, ils &#233;taient tous occidentaux, sauf quelques entreprises libanaises et indiennes. Bref, la campagne contre le pr&#233;tendu communisme de Nkrumah n'avait d'autre but que de servir de couverture &#224; l'attaque occidentale contre un pays africain dont la volont&#233; d'ind&#233;pendance d&#233;rangeait les int&#233;r&#234;ts des puissances imp&#233;rialistes &#187; (p. 195-196). Ce qui peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme incoh&#233;rent, quand abstraction est faite de la politique ext&#233;rieure des &#201;tats-Unis face au nationalisme des &#201;tats d&#233;pendants/domin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, du renversement en 1909 (apr&#232;s une quinzaine d'ann&#233;es d'all&#233;geance au capital &#233;tats-unien, n'ayant pas emp&#234;ch&#233; le refus de la concession d'un canal inter-oc&#233;anique &#224; celui-ci) du pr&#233;sident nicaraguayen Jos&#233; Santos Zelaya &#224; l'annulation par le gouvernement des &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique du pr&#234;t promis au gouvernement &#233;gyptien de Gamal Abdel Nasser (l'ayant appris &#224; la radio) pour la construction du barrage d'Assouan &#8211; &#224; cause, entre autres, de la manifestation de non alignement ayant consist&#233; &#224; acheter des armes &#224; l'URSS, de la reconnaissance de la R&#233;publique populaire de Chine par l'&#201;gypte, de l'intention exprim&#233;e d'obtenir de l'URSS une participation au financement de la construction du barrage d'Assouan&#8230; [12] &#8211;, en passant par le putsch militaire de juin 1954 au Guatemala contre le Pr&#233;sident (colonel) Jacobo Arbenz Guzman (nationaliste social-d&#233;mocrate/pro-capitaliste ayant entrepris une r&#233;forme &#233;conomique &#8211; principalement la r&#233;forme agraire, consid&#233;r&#233;e comme une atteinte &#224; la &#8220;souverainet&#233;&#8221; de l'&#233;tats-unienne United Fruit Company, cr&#233;atrice des &#8220;r&#233;publiques banani&#232;res&#8221; &#8211; finalement victime d'un putsch militaire co-organis&#233; par la CIA, apr&#232;s quatre ans de pr&#233;sidence) [13], voire par l'intention d'&#233;carter De Gaulle de la direction de la France post-Lib&#233;ration (ni co-organisatrice, ni participante &#224; la Conf&#233;rence des vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale &#224; Yalta, f&#233;vrier 1945), les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique ont montr&#233; les limites qu'ils fixaient au nationalisme, &#224; l'ind&#233;pendance de leurs suppos&#233;s partenaires. Comme l'a rapport&#233; John P. C. Matthews : &#171; Neutralism in the West sphere of influence (i.e. the free world), he [John Foster Dulles, le Secr&#233;taire d'&#201;tat du pr&#233;sident Dwight David Eisenhower] told an audience in Iowa on June 9th, &#8220;is an immoral and shortsighted conception &#187; [14].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nkrumah qui en appelait aux capitaux occidentaux et voulait avoir un &#201;tat entrepreneur &#233;conomique, banal en plein keyn&#233;sianisme dans les soci&#233;t&#233;s capitalistes d&#233;velopp&#233;es, n'&#233;tait pas communiste sans &#234;tre anti-communiste [15]. Cependant, n'&#233;tait-ce pas une &#171; conception sans perspicacit&#233; et immorale &#187; de sa part de s'ing&#233;rer dans la guerre du Vietnam, non pas en s'alignant derri&#232;re les &#201;tats-Unis pour l'&#233;crasement du Front National de Lib&#233;ration vietnamien (dirig&#233; par Ho Chi Minh) mena&#231;ant les int&#233;r&#234;ts des &#201;tats-Unis (obs&#233;d&#233;s par la th&#233;orie des dominos [16]) dans cette sous-r&#233;gion asiatique, mais, en voulant, au nom du non alignement, jouer les m&#233;diateurs, en commen&#231;ant par consulter la Chine, tout en propageant la critique du n&#233;ocolonialisme (qu'illustrait le r&#233;gime du Sud Vietnam, gouvern&#233; par Ngo Dinh Diem, contr&#244;l&#233; par les &#201;tats-Unis) ? Un crime de l&#232;se-majest&#233; imp&#233;rialiste, un mauvais exemple, malgr&#233; le fait d'avoir caress&#233; publiquement les &#201;tats-Unis dans le sens du poil, &#224; un mois de son renversement (accompli par des hi&#233;rarques militaires ghan&#233;ens pendant le voyage de Nkrumah en Chine, pour ladite m&#233;diation) : &#171; The United States is a capitalist country. In fact, it is the leading capitalist power in the world today. Like Britain in the heyday of its imperial power, the United States is, and rightly so, adopting a conception of dual mandate in its relations with the developing world. This dual mandate, if properly applied, could enable the United States to increase its own prosperity and at the same time assist in increasing the prosperity of the developing countries &#187; [17]. La prosp&#233;rit&#233; de toutes les classes sociales de ces pays, voire d&#233;j&#224; de celles de toutes les classes sociales &#233;tats-uniennes ? Ou celle de la classe dirigeante, accompagn&#233;e d'une classe dite moyenne, charg&#233;es de reproduire la d&#233;pendance ? Une posture apolog&#233;tique des &#201;tats-Unis qui semble tr&#232;s surprenante de la part de l'auteur de Le n&#233;o-colonialisme, dernier stade de l'imp&#233;rialisme. Car cette opinion, apparemment motiv&#233;e diplomatiquement, tranche avec la d&#233;monstration du livre, d'une rigueur d&#233;termin&#233;e par un id&#233;al paraissant avoir gagn&#233; en pr&#233;cision &#224; partir du mitan de ann&#233;es 1960 et qui hantait le d&#233;partement d'&#201;tat &#233;tats-unien, affirmant entre autres qu'&#171; Au premier rang des n&#233;o-colonialistes, on trouve les &#201;tats-Unis, qui ont longtemps domin&#233; l'Am&#233;rique latine. Ils se sont tourn&#233;s vers l'Europe, maladroitement d'abord, puis avec plus de s&#251;ret&#233; apr&#232;s la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, quand la plupart des pays de ce continent &#233;taient endett&#233;s &#224; leur &#233;gard. Depuis lors, avec m&#233;thode et minutie, le Pentagone s'est mis en devoir de consolider leur emprise, dont on peut constater les effets dans le monde entier &#187; (Chapitre 18 : Les m&#233;canismes du n&#233;ocolonialisme [18]. Comme un brouillage, une ambigu&#239;t&#233; &#8211; l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; id&#233;ologique de son entourage a &#233;t&#233; &#233;voqu&#233; plus haut &#8211;, ayant, en fin de compte, caract&#233;ris&#233; le discours et la pratique de Nkrumah pr&#233;sident, avec laquelle il ne rompra effectivement (au niveau du discours) que pendant son exil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;African personality et lutte des classes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, alors que son ex-principal conseiller &#233;conomique, W. A. Lewis &#8211; ayant n&#233;anmoins contribu&#233; &#224; l'&#233;laboration du plan septennal de l'&#201;tat ghan&#233;en (1964-1970), comme il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; indiqu&#233; &#8211;, affirmait, &#224; juste titre, en 1965, &#224; partir de la diversit&#233; des soci&#233;t&#233;s africaines, de la r&#233;alit&#233; des nouveaux &#201;tats africains co-existant dans l'Organisation de l'Unit&#233; Africaine cr&#233;&#233;e depuis deux ans (1963), que &#171; L'id&#233;e que de cette diversit&#233; sortira quelque chose qui sera universellement ou uniquement africain semble d'une grande invraisemblance &#8211; qu'il s'agisse de la &#8220;n&#233;gritude&#8221;, de la &#8220;personnalit&#233; africaine&#8221;, ou de quelque syst&#232;me intrins&#232;quement africain. La seule m&#233;thode de pens&#233;e f&#233;conde, quand il s'agit du peuple africain consiste &#224; le consid&#233;rer, d'une part, comme aussi divers que le reste de l'humanit&#233;, et d'autre part, comme exactement semblable au reste de l'humanit&#233;, en ce qu'il ob&#233;it aux m&#234;mes motivations fondamentales et qu'il est susceptible de r&#233;agir &#224; peu pr&#232;s de la m&#234;me fa&#231;on que les autres peuples &#187; (Lewis, p. 40), Nkrumah &#233;tait, de son c&#244;t&#233;, rest&#233; attach&#233; encore quelques ann&#233;es &#224; l'African personality. Car, cette croyance sert encore de principe organisateur &#224; l'&#233;dition, revue et corrig&#233;e en 1969 (pendant son exil guin&#233;en) de Le Consciencisme, en d&#233;pit de certaines modifications faites (recens&#233;es par le philosophe b&#233;ninois Paulin J. Hountondji [19]). Pourtant, lors de sa communication &#224; un s&#233;minaire cairote, intitul&#233;e &#171; African Socialism revisited &#187; (1967), soit deux ans avant cette nouvelle &#233;dition de Le Consciencisme, il avait exprim&#233; une remise en cause de la vision idyllique de l'Afrique pr&#233;coloniale sur laquelle &#233;tait fond&#233;e l'id&#233;e du communalisme africain : &#171; All available evidence from the history of Africa up to the eve of the European colonisation, shows that African society was neither classless nor devoid of a social hierarchy. Feudalism existed in some parts of Africa before colonisation ; and feudalism involves a deep and exploitative social stratification, funded on the ownership of land. It must also be noted that slavery existed in Africa before European colonisation, although the earlier European contact gave slavery in Africa some of its most vicious characteristics &#187; [20].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la non ambigu&#239;t&#233; du propos, un partisan de l'afrocentricit&#233; a cit&#233; cette communication de Nkrumah en faisant de lui un d&#233;fenseur persistant de ce qu'il avait entrepris de critiquer, en se r&#233;f&#233;rant m&#234;me &#224; ce passage de la communication : &#171; Today &#8216;African Socialism' seems to espouse the view that the traditional society was a classless society imbued with the spirit of humanism and to express a nostalgia for that spirit. Such a conception of socialism makes a fetish of the communal African society &#187; [21]. Il semble ne l'avoir pas compris, car en guise de commentaire &#8211; comme pour celles et ceux qui n'auraient pas compris le propos de Nkrumah &#8211; il affirme : &#171; The central theme in African socialism is communalism. African communalism maintains that the central values of Africans in traditional societies were communal rather than individualistic. Individualism belongs to the West while communalism belongs to Africa &#187;. La critique du f&#233;tichisme du communalisme est transform&#233;e, par l'afrocentriste, en apologie du suppos&#233; communalisme. Il en est autant chez son coll&#232;gue Kwame Botwe-Asamoah quand dans sa pr&#233;sentation des &#171; trois aspects de la pens&#233;e philosophico-politique de Nkrumah &#187; [22], il affirme que &#171; First, his socio-political philosophy returns to traditional African ethics, humanistic values and egalitarian mode of production to formulate a new socio-economic system for post-independence Africa &#187;. Ce qui est bien logique, vu qu'il n'y a aucune r&#233;f&#233;rence &#224; &#171; African Socialism revisited &#187; et que La lutte des classes en Afrique y appara&#238;t comme une r&#233;f&#233;rence tr&#232;s mineure, non sans amalgame, y compris comparativement &#224; des textes ant&#233;rieurs &#224; et contemporains de la premi&#232;re &#233;dition de Le Consciencisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il est possible d'arguer que m&#234;me dans La lutte des classes en Afrique (1970 ; 1972 pour la traduction fran&#231;aise), cette croyance en l'African personality n'a pas tout &#224; fait disparu, car en parlant de l'&#171; id&#233;ologie de la R&#233;volution africaine &#187;, &#224; la fin du chapitre 6 (&#171; Intelligentsia et intellectuels &#187;), il pr&#233;cise qu'&#171; Unique en son genre, elle s'est d&#233;velopp&#233;e dans le cadre de la R&#233;volution africaine. Elle est, enfin, le produit de la Personnalit&#233; africaine, autant que des principes du socialisme scientifique &#187; (p. 48). Auparavant, dans le chapitre 3 (&#171; Caract&#233;ristiques et id&#233;ologies des classes &#187;, il a reproch&#233; &#224; la n&#233;gritude de donner &#171; une description erron&#233;e de la personnalit&#233; africaine &#187; (p. 29). Autrement dit, la sienne propre ne renvoyait pas &#224; une fiction, n'&#233;tait pas erron&#233;e. Mais ce sont les rares occurrences de &#171; personnalit&#233; africaine &#187; dans La lutte des classes en Afrique. African personality qui, rappelons-le, avait une connotation ind&#233;niablement racialiste chez E. W. Blyden, hostile au m&#233;tissage &#8220;racial&#8221;, malgr&#233; la sympathie qu'il a exprim&#233;e pour l'Islam (d'origine arabe). Cette connotation, h&#233;rit&#233;e de la grammaire coloniale, n'a pas absolument disparu chez Nkrumah, car dans la &#171; Conclusion &#187;, resurgit la confusion entre panafricanisme et pann&#233;grisme, un effacement de la pluralit&#233; &#8220;raciale&#8221; de l'Afrique : &#171; C'est autour de la lutte des peuples africains pour la lib&#233;ration et l'unit&#233; du Continent qu'une authentique culture n&#233;gro-africaine prendra sa forme. L'Afrique est un Continent, un Peuple, une Nation &#187; (p. 107) [23]. Une &#171; authentique culture n&#233;gro-africaine &#187;, &#224; c&#244;t&#233;, par exemple, d'une authentique culture kabyle (il n'y a, selon les historien&#183;ne&#183;s, de peuple kabyle, depuis des mill&#233;naires, qu'en Kabylie, en Alg&#233;rie, en Afrique), d'une culture afrikaner (produite depuis le XVIIe si&#232;cle par les Boers &#8211; paysan&#183;ne&#183;s originaires de Hollande &#8211; en Afrique du Sud) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cet ouvrage, publi&#233; quelques mois apr&#232;s la derni&#232;re &#233;dition de Le Consciencisme que sont critiqu&#233;es, faisant suite &#224; &#171; African Socialism revisited &#187;, les &#171; conclusions erron&#233;es, postulant que l'Afrique constituait une entit&#233; distincte &#224; laquelle ne s'appliquaient pas les crit&#232;res &#233;conomiques et valables pour le reste du monde &#187;, la propagation &#171; des mythes tels que ceux du &#8220;Socialisme africain&#8221; et du &#8220;socialisme pragmatique&#8221; &#187; [24]. Il y est plus qu'esquiss&#233; une pratique de la sociologie &#171; qui, plus que toute autre discipline, apporte les fondements les plus solides pour une politique sociale &#187; (Discours aux africanistes, 1962, op. cit.), d'une sociologie critique, pr&#233;sentant une typologie des classes sociales en Afrique, leur origine, leurs caract&#233;ristiques et id&#233;ologies, y compris le rapport de la classe &#224; la race, dans une Afrique qu'il consid&#232;re alors comme &#171; le th&#233;&#226;tre d'une violente lutte des classes &#187; (p. 10) &#8211; lutte des classes que le Premier ministre Nkrumah avait consid&#233;r&#233; comme &#171; pass&#233; de mode &#187; en p&#233;riode post-coloniale. Ce qui pouvait aboutir &#224; la r&#233;volution socialiste africaine, moment de la r&#233;volution socialiste mondiale (dernier chapitre et Conclusion). La r&#233;percussion sur son panafricanisme &#233;tait assez &#233;vident : l'OUA dont il avait &#233;t&#233; l'un des artisans est alors consid&#233;r&#233;e comme s&#233;rieusement plomb&#233;e par la nature des &#201;tats qui la composent, &#233;tant soumis, quasiment tous, aux puissances imp&#233;rialistes. Cette critique &#8211; autocritique implicite &#8211; du &#171; mythe &#187; du &#8220;socialisme africain&#8221; a &#233;t&#233; aussi omise, r&#233;cemment, par Blondin Ciss&#233; qui pourtant indique La lutte des classes en Afrique dans la bibliographie de son texte (&#171; La probl&#233;matique de la Renaissance africaine dans le Consciencisme de Nkrumah : pour une relecture du socialisme africain &#187; [25]), mais sans qu'il y en ait une quelconque trace dans l'article. Il est vrai que parler de la lutte des classes n'est pas actuellement &#224; la mode ou gratifiant, dans l'intelligentsia africaine peut-&#234;tre pire qu'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, ce qui n'est pas aussi souvent relev&#233;, m&#234;me le Tiers-Monde, consid&#233;r&#233; comme une troisi&#232;me voie, un non-alignement, un neutralisme entre le capitalisme et le socialisme, n'est d&#233;sormais, pour Nkrumah, qu'un mythe, comme une posture d'&#233;vitement de la r&#233;alit&#233; bipolaire d'alors par les &#201;tats qui s'en revendiquent encore &#171; a form of political escapism &#8211; a reluctance to face the stark realities of the present situation. The oppressed and exploited peoples are the struggling revolutionary masses committed to the socialist world. Some of them are not yet politically aware. Others are very much aware, and are already engaged in the armed liberation struggle. At whatever stage they have reached in their resistance to exploitation and oppression, they belong to the permanent socialist r&#233;volution. They do not constitute a &#8216;Third World'. They are part of the revolutionary upsurge which is everywhere challenging the capitalist, imperialist and neo-colonialist power structure of reaction and counter-revolution. There are thus two worlds only, the revolutionary and the counter-revolutionary world &#187; [26]. Une critique du Tiers-Monde diff&#233;rente de celle faite, par la suite, par exemple, par Hannah Arendt. Selon celle-ci le Tiers-Monde est &#171; une id&#233;ologie, une illusion &#187; &#8211; dans l'acception p&#233;jorative d'id&#233;ologie, &#233;videmment &#8211;, qui n'avait d'int&#233;r&#234;t en fait que pour &#171; des peuples qui se trouvent situ&#233;s au plus bas niveau &#8211; c'est-&#224;-dire les Noirs africains &#187; [27] &#8211; un m&#233;pris racialiste non surprenant de la part de celle qui &#233;tait, par exemple, partisane du maintien de la s&#233;gr&#233;gation raciale scolaire aux &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique [28].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Nkrumah, qui s'&#233;tait accept&#233; au pouvoir comme Osagyefo (r&#233;dempteur), omettait de mentionner que cette connaissance erron&#233;e des r&#233;alit&#233;s africaines en g&#233;n&#233;ral, de la r&#233;alit&#233; ghan&#233;enne en particulier, avait guid&#233; sa politique &#224; la t&#234;te de la R&#233;publique du Ghana. Qu'il avait ainsi contribu&#233; &#8211; &#224; son insu ? &#8211; &#224; contrecarrer la r&#233;volution africaine en mettant sous le boisseau le principe donc la pratique de la lutte des classes &#8211; comme l'ont rappel&#233; diff&#233;remment Samuel Ikoku, Frederick Cooper, cit&#233;s plus haut &#8211; sous pr&#233;texte d'unit&#233; nationale (post-coloniale) suppos&#233;e anti-imp&#233;rialiste incarn&#233;e par le CPP. Au nom de ce qui passait alors pour un &#171; retour aux sources africaines &#187; &#8211; justifiant, au passage, entre autres, l'instauration du monopartisme comme dans les autres post-colonies africaines, av&#233;r&#233;es n&#233;ocoloniales. En revanche, son ami Cabral &#8211; ayant profit&#233; de son m&#233;tier d'agronome, ainsi que de l'implantation rurale de la lutte arm&#233;e, pour enrichir sa connaissance des soci&#233;t&#233;s du Cap-Vert et de Guin&#233;e-Bissau (voire d'Angola [29]) &#8211;, &#224; titre de rappel, consid&#233;rait par contre ledit &#171; retour aux sources africaines &#187; comme pouvant &#234;tre une &#171; expression consciente ou inconsciente d'opportunisme politique de la part de la petite-bourgeoisie &#187; [30]. En effet, tout comme L. S. Senghor, chantre du &#171; socialisme africain &#8211; enfant l&#233;gitime des compromissions n&#233;ocoloniales &#187; [31], ne pouvait parler d'exploitation des paysan&#183;ne&#183;s talib&#233;s de la confr&#233;rie mouride (productrice d'arachide pour les huileries coloniales, continu&#233;e sous le n&#233;ocolonialisme) par les dignitaires de celle-ci [32], Nkrumah pr&#233;sident paraissait m&#234;me conciliateur concernant les relations, &#233;videmment in&#233;galitaires, entre les autorit&#233;s dites traditionnelles &#8211; partisanes, contre l'unitarisme de Nkrumah, d'un Ghana f&#233;d&#233;ral, o&#249; les &#201;tats f&#233;d&#233;r&#233;s devraient leur servir de fiefs &#8211; et leurs sujet&#183;te&#183;s, par ailleurs citoyen&#183;ne&#183;s de la R&#233;publique du Ghana. Une telle attitude de Nkrumah pr&#233;sident pouvait alors &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une mise &#224; jour post-coloniale/n&#233;ocoloniale de la superposition de tr&#232;s d&#233;testables abus pr&#233;coloniaux et coloniaux, &#233;voqu&#233;e par Aim&#233; C&#233;saire dans son Discours sur le colonialisme (apr&#232;s avoir affirm&#233;, de fa&#231;on plut&#244;t provocatrice : &#171; je fais l'apologie syst&#233;matique des civilisations para-europ&#233;ennes &#187;, p. 21).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du panafricanisme comme culturalisme petit-bourgeois&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'impact d'une telle attitude th&#233;orique sur la pratique de la &#171; r&#233;volution africaine &#187; qu'a relev&#233;, dans un passage de son hommage fun&#232;bre (largement conventionnel) &#224; Nkrumah, Cabral (qui, &#224; titre de rappel, fixait comme but &#224; la r&#233;volution africaine, voie de l'&#233;mancipation, l'abolition de &#171; toutes les formes d'oppression &#187;, de &#171; l'exploitation du travail par qui que ce soit &#187; [33]) : &#171; Oui, l'imp&#233;rialisme est criminel et sans scrupules, mais nous ne devons pas tout mettre sur son large dos. [&#8230;] Jusqu'&#224; quel point donc le succ&#232;s de la trahison au Ghana aurait-il &#233;t&#233; li&#233; ou non &#224; des probl&#232;mes de la lutte des classes, des contradictions de la structure sociale, du r&#244;le du Parti et d'autres institutions, y compris les forces arm&#233;es, dans le cadre d'un nouvel &#201;tat ind&#233;pendant ? Jusqu'&#224; quel point, nous demandons-nous, le succ&#232;s de la trahison ne serait-il pas li&#233; au probl&#232;me de la d&#233;finition correcte de cette entit&#233; historique et artisane de l'histoire qu'est le peuple, et &#224; son action quotidienne en d&#233;fense de ses propres conqu&#234;tes dans l'ind&#233;pendance ? &#187; [34]. Ces propos &#233;taient en fait adress&#233;s, assez &#233;videmment, non plus &#224; Nkrumah, mais &#224; celles/ceux &#8211; majoritaires ? [35]&#8211; qui, alors, se passaient toujours d'une &#171; analyse lucide &#187; des soci&#233;t&#233;s africaines tout en pr&#233;tendant lutter pour l'&#233;mancipation de l'Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces propos peuvent aussi &#234;tre adress&#233;s, mutatis mutandis, aux tenant&#183;e&#183;s actuel&#183;le&#183;s d'un panafricanisme dominant et demeurant simpliste dans la critique du n&#233;ocolonialisme &#8211; La lutte des classes en Afrique ayant effectu&#233; &#224; propos une avanc&#233;e par rapport &#224; Le n&#233;ocolonialisme, dernier stade de l'imp&#233;rialisme, en y incluant &#8211; en termes de &#171; collaborateurs &#187;, certes &#8211; les acteurs africains. Ils peuvent enfin &#234;tre adress&#233;s &#224; celles et ceux qui paraissent aveugles (volontairement ?) au contexte actuel d'une lutte de classe men&#233;e non seulement par l'imp&#233;rialisme, les institutions financi&#232;res internationales, mais aussi par les capitalistes africain&#183;e&#183;s [36] dans le cadre d'&#201;tats africains davantage ins&#233;r&#233;s dans le capitalisme, voire dirig&#233;s, ici et l&#224;, par des capitalistes av&#233;r&#233;s. Cet ensemble constitue ainsi le bloc capitaliste post-colonial/n&#233;ocolonial, tr&#232;s conscient de ses int&#233;r&#234;ts d&#233;terminants, communs (en d&#233;pit de son caract&#232;re hi&#233;rarchis&#233; et d'in&#233;vitables divergences internes, fractionnelles aux d&#233;terminations diverses). Ce bloc capitaliste n&#233;ocolonial (sans fronti&#232;res) m&#232;ne une lutte contre les classes sociales et milieux sociaux populaires en g&#233;n&#233;ral (petite paysannerie agricole, prol&#233;tariat et assimil&#233;s, sous-prol&#233;tariat, etc.), avec un impact particulier sur les femmes de ces classes populaires, sur lesquelles reposent aussi, &#233;videmment, les t&#226;ches essentielles de reproduction. Il s'agit d'une lutte pour l'accumulation du capital expliquant aussi, surtout en cette p&#233;riode o&#249; pr&#233;vaut l'id&#233;ologie de la &#171; fin des id&#233;ologies &#187;, l'instrumentalisation des identit&#233;s ethniques/r&#233;gionales/nationales et confessionnelles par des fractions politiciennes des classes dirigeantes dans certaines soci&#233;t&#233;s africaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, apparemment, &#224; en croire l'attitude de certain&#183;e&#183;s nationalistes africain&#183;e&#183;s, n&#233;gro-africain&#183;e&#183;s surtout, il ne faudrait pas tenir compte de la participation africaine &#224; ce bloc capitaliste post-colonial (n&#233;olib&#233;ral) et au capital international. Ainsi, les &#8220;AfroChampions&#8221;, des capitalistes africain&#183;e&#183;s investissant au-del&#224; du cadre national, et les &#8220;African Globalizers&#8221;, qui investissent aussi hors d'Afrique, devraient &#234;tre regard&#233;s avec fiert&#233;. Au nom de l'appartenance commune &#224; l'Afrique, et pour leurs supporteurs/supportrices n&#233;gro-africain&#183;e&#183;s, au nom de l'identit&#233; raciale commune. L'Afrique &#233;tant souvent expos&#233;e &#224; ce r&#233;ductionnisme m&#233;lanique. Pourtant, l'ampleur du capital accumul&#233;, voire la c&#233;l&#233;rit&#233; de cette accumulation, exprime au moins qu'elles/ils ne sont pas moins exploiteurs/exploiteuses que &#171; les riches richissimes &#187; d'ailleurs, avec lesquel&#183;le&#183;s elles/ils partagent d&#233;sormais &#171; les pages porno-financi&#232;res des magazines Forbes et Fortune &#187; [37]. La situation est devenue bien pire que celle constat&#233;e, avec un accent assez fanonien, par le Nkrumah de La lutte des classes en Afrique : &#171; En Afrique, l'ennemi interne, qui est la bourgeoisie r&#233;actionnaire, doit &#234;tre d&#233;masqu&#233; : il s'agit d'une classe d'exploiteurs, de parasites et de collaborateurs des imp&#233;rialistes et n&#233;o-colonialistes, desquels d&#233;pend le maintien de leurs positions puissantes et privil&#233;gi&#233;es. La bourgeoisie africaine est essentielle &#224; la continuit&#233; de la domination et de l'exploitation imp&#233;rialistes et n&#233;o-colonialistes &#187; (p. 104).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ce panafricanisme demeure encore prisonnier de sa nature de classe originelle, petite-bourgeoise, marqu&#233; par le clivage racial am&#233;ricain (h&#233;rit&#233; de l'esclavage) et colonial (en Afrique dite noire), ne s'int&#233;ressant pas &#224; la sociologie actuelle des soci&#233;t&#233;s africaines, aux luttes de classe qui s'y d&#233;roulent n&#233;anmoins, tr&#232;s souvent en faveur de la classe exploiteuse (toutes races confondues). Ce panafricanisme post-colonial s'est ainsi plac&#233; dans le sillage d'un Hail&#233; Selassi&#233;, d&#233;finissant ainsi, dans son c&#233;l&#232;bre discours &#224; la tribune des Nations unies en octobre 1963 (post&#233;rieur &#224; la naissance, sous son &#233;gide, de l'OUA), sa lutte contre l'exploitation : &#171; Pour ce qui est de l'&#233;galit&#233; entre les hommes, l&#224; aussi il y a un d&#233;fi et une opportunit&#233; &#224; saisir ; le d&#233;fi est d'insuffler une vie nouvelle aux id&#233;aux d&#233;j&#224; inscrits dans la Charte, l'opportunit&#233; est de rapprocher les hommes de la libert&#233; et de la vraie &#233;galit&#233; [&#8230;] l'&#233;galit&#233; entre les hommes que nous visons est &#224; l'oppos&#233; de l'exploitation d'un peuple par un autre, dont les pages de l'histoire, et en particulier celles &#233;crites sur les continents d'Afrique et d'Asie, nous parlent si abondamment. L'exploitation ainsi consid&#233;r&#233;e pr&#233;sente plusieurs aspects, mais quelle que soit la forme qu'il prenne, ce fl&#233;au doit &#234;tre &#233;vit&#233; l&#224; o&#249; il n'existe pas et &#233;radiqu&#233; l&#224; o&#249; il existe &#187;. On voit bien l&#224; une conception limit&#233;e de l'&#233;galit&#233;, entre &#8220;peuples&#8221; et non pas entre concitoyen&#183;ne&#183;s [38], assez logique pour un &#8220;Roi des rois&#8221;, ne pouvant concevoir une &#233;galit&#233; avec ses sujets (m&#234;me quand elle est dite parlementaire, la monarchie a pour principe la situation, consid&#233;r&#233;e comme naturelle, de la famille imp&#233;riale/royale/princi&#232;re au dessus de l'&#233;galit&#233; entre citoyen&#183;ne&#183;s/sujet&#183;te&#183;s, comme dans La ferme des animaux de George Orwell) en b&#233;n&#233;ficiaire qu'il &#233;tait de la soumission des rapports sociaux f&#233;odaux au capitalisme. Ainsi la revendication de l'&#233;galit&#233; multidimensionnelle &#8211; l'in&#233;galit&#233; sociale &#233;tant consubstantielle au capitalisme (la racisation &#233;tant une construction sociale) &#8211; dans les soci&#233;t&#233;s africaines n'est pas courante chez ces panafricanistes, plut&#244;t proches, en effet, d'un Hail&#233; Selassi&#233; que d'un Walter Rodney qui incluait la lutte des classes dans le combat panafricaniste post-colonial [39].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, bien moins encore que dans les ann&#233;es 1960-1970, ne se profile pas vraiment &#224; l'horizon la d&#233;sertion massive &#8211; &#171; suicide &#187; disait Cabral [40] &#8211; politique de leur classe sociale par des membres de la petite bourgeoisie, pour se mettre du c&#244;t&#233; des classes exploit&#233;es africaines, des cat&#233;gories sociales opprim&#233;&#183;e&#183;s d'Afrique. Pourtant il ne pourra &#234;tre question d'&#233;mancipation effective de l'Afrique que suite &#224; une victoire sur l'exploitation, les oppressions, les injustices/in&#233;galit&#233;s qui concernent la tr&#232;s grande majorit&#233; des Africain&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce panafricanisme dominant &#8211; surtout dans son expression &#224; partir des m&#233;tropoles imp&#233;rialistes o&#249; g&#233;n&#233;ralement persiste le racisme [41], demeure attrayant le postmodernisme &#8211; s'accroche principalement au discours identitaire &#8220;racial&#8221; diversement d&#233;clin&#233; (essentialisme, culturalisme, une certaine d&#233;colonialit&#233;, etc.), n'articulant pas, sinon mal, cette identit&#233; raciale (noire, principalement) &#8211; &#233;rig&#233;e en Identit&#233; &#8211; opprim&#233;e, avec les autres formes d'identit&#233; (de sexe/genre, de classe, etc.) opprim&#233;es et exploit&#233;es. D'une part, on &#233;tablit couramment la confusion entre panafricanisme et pan-n&#233;grisme &#8211; quand on parle de &#8220;diaspora africaine&#8221; ou de &#8220;personnes d'ascendance africaine&#8221;, il faut entendre &#8220;diaspora noire&#8221;, &#8220;personnes d'ascendance n&#233;gro-africaine&#8221; [42] &#8211; et ainsi les Africain&#183;e&#183;s non noir&#183;e&#183;s, de l'Afrique septentrionale &#224; l'Afrique australe (o&#249; persiste dans certaines soci&#233;t&#233;s un racisme anti-Noir&#183;e&#183;s), en passant par l'Afrique occidentale (o&#249; persiste aussi dans quelques soci&#233;t&#233;s une discrimination ethnique &#224; l'&#233;gard des populations touaregs et arabes), ne feraient pas partie des Africain&#183;e&#183;s. Ce qui est une r&#233;gression par rapport &#224; Nkrumah d&#233;non&#231;ant que l' &#171; On cherche &#224; diviser l'Afrique en deux zones fictives, au nord et au sud du Sahara, en insistant sur les diff&#233;rences de race, de religion et de culture &#187; (L'Afrique doit s'unir). D'autre part, on postule l'existence d'une solidarit&#233;, le partage des m&#234;mes valeurs par les N&#233;gro-Africain&#183;e&#183;s &#8211; voire par les Noir&#183;e&#183;s, quel que soit leur pays ou continent, du fait de leur appartenance au &#171; monde noir &#187;, de leur suppos&#233;e n&#233;gritude substantielle. Par exemple, le Rapport alternatif sur l'Afrique (RASA) en posant la question (c'est en fait un principe dudit rapport) &#171; L'Afrique et les Africains ne doivent-ils pas construire leurs propres instruments de mesure de leurs progr&#232;s et de leurs d&#233;fis &#224; partir des valeurs et r&#233;alit&#233;s qui leur sont propres ? &#187; prouve la persistance de l'influence de la &#171; biblioth&#232;que coloniale &#187; : quelles peuvent bien &#234;tre ces valeurs que partageraient toute l'Afrique dite noire, les N&#233;gro-Africain&#183;e&#183;s d'hier, comme d'aujourd'hui, sans distinction des appartenances de classe sociale, de genre, etc. ? &#201;videmment, lesdites valeurs sont pr&#233;tendues propres &#224; l'Afrique, comme il a &#233;t&#233; dit plus haut, sans quelque comparaison historique, sym&#233;trique, avec ce dont elles sont cens&#233;es &#234;tre distingu&#233;es, une tradition h&#233;rit&#233;e de l'ethnologie coloniale/occidentale. Bien qu'on y retrouve la r&#233;f&#233;rence &#224; Fanon et Cabral concernant &#171; l'absence d'id&#233;ologie &#187;, &#171; la carence id&#233;ologique &#187; (p. 82), la mention de &#171; classes dirigeantes locales d&#233;sireuses [seulement ?] de participer &#224; l'exploitation de leur peuple &#187; (p. 84), ce texte &#224; plusieurs mains, id&#233;ologiquement &#233;clectique, est n&#233;anmoins &#224; dominante diff&#233;rentialiste/culturaliste et non assum&#233;e comme &#233;tant &#224; dominante pro-capitaliste (m&#234;me si y ont contribu&#233; quelques uns des rares intellectuel&#183;le&#183;s anticapitalistes africain&#183;e&#183;s). Ceci n'est possible qu'en ne s'int&#233;ressant nullement &#224; la sociologie, &#224; la vie concr&#232;te de ces soci&#233;t&#233;s. On reproduit ainsi le m&#233;pris pour l'histoire n'ayant cess&#233; de montrer que cette commune appartenance n'avait pas, par exemple, emp&#234;ch&#233; des actes de chauvinisme national massif, voire officiel, entre n&#233;gro-africains, d'Abidjan (vers la fin de la p&#233;riode coloniale) &#224; Durban (la n&#233;gro-afrophobie post-apartheid : le si chauvin prince Mangosuthu Gatsa Buthelezi a &#233;t&#233; de fa&#231;on continue ministre de l'Int&#233;rieur sous la pr&#233;sidence de Nelson Mandela, puis de Thabo Mbeki), en passant par Brazzaville (l'expulsion massive, il y a quelques ann&#233;es, des Congolais&#183;e&#183;s de l'autre rive fluviale). Cette croyance ou fantasme sur la solidarit&#233; n&#233;gro-africaine &#8211; voire du &#171; monde noir &#187; &#8211; exprime en effet un aveuglement fr&#233;quent face aux faits historiques. Ou une certaine surdit&#233; &#224; l'&#233;gard, par exemple, de la pr&#233;cision apport&#233;e, au d&#233;but des ann&#233;es 1970, par l'un des initiateurs/initiatrices du mouvement de la n&#233;gritude, Aim&#233; C&#233;saire, s'&#233;tant affirm&#233; &#171; contre une id&#233;ologie fond&#233;e sur la n&#233;gritude [&#8230;] quand une th&#233;orie, disons litt&#233;raire, se met au service d'une politique, je crois qu'elle devient infiniment d&#233;testable [&#8230;] parce que je crois effectivement qu'il y a la lutte des classes, par exemple [&#8230;] Je refuse absolument une esp&#232;ce de pann&#233;grisme idyllique &#224; force de confusionnisme [&#8230;] la n&#233;gritude je ne la rejette pas, mais je la regarde avec un &#339;il extr&#234;mement critique [&#8230;] En plus, ma conception de la n&#233;gritude n'est pas biologique, elle est culturelle et historique. Je crois qu'il y a toujours un certain danger &#224; fonder quelque chose sur le sang que l'on porte, les trois gouttes de sang noir [&#8230;] Si on fait &#231;a, on tombe dans un gobinisme renvers&#233;. Et &#231;a me para&#238;t grave &#187; [43].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, il y a une sorte d'europ&#233;ocentrisme/occidentalocentrisme dans ce panafricanisme pann&#233;griste, car il semble encore tr&#232;s pr&#233;occup&#233; &#224; affirmer une &#171; fiert&#233; africaine &#187; [44] (entendre &#8220;fiert&#233; noire&#8221;) face au narcissisme de l'&#8220;Europ&#233;en blanc&#8221; (avec son extension am&#233;ricaine), plac&#233; de ce fait comme central, duquel on semble attendre une reconnaissance, pourtant si &#233;vidente, d'humanit&#233; enti&#232;re. Une prolongation ainsi de ce que Fanon, parlant de la Soci&#233;t&#233; africaine de culture (initi&#233;e par Alioune Diop, le fondateur de la revue Pr&#233;sence Africaine et de la maison d'&#233;dition &#233;ponyme, principale organisatrice des Congr&#232;s des &#233;crivains et artistes noirs, Paris 1956 et Rome 1959) consid&#233;rait comme des &#171; manifestations exhibitionnistes : montrer aux Europ&#233;ens qu'il existe une culture africaine, s'opposer aux Europ&#233;ens ostentatoires et narcissistes, tel sera le comportement habituel des membres de cette Soci&#233;t&#233; &#187;. Contre ce narcissisme des dominant&#183;e&#183;s jouissant pathologiquement de leur blanchit&#233;, se dresse un narcissisme r&#233;actif des domin&#233;&#183;e&#183;s qui se manifeste de nos jours postmodernistes de fa&#231;on amplifi&#233;e, du fait aussi de l'importance des images, du num&#233;rique qui accro&#238;t celle-ci. Fanon parlait d'un &#171; cul-de-sac &#187;, pouvant certes, pour quelques tenant&#183;e&#183;s actuel&#183;le&#183;s de ladite fiert&#233;, &#234;tre rentable en esp&#232;ces sonnantes et tr&#233;buchantes, en carri&#232;re sur le march&#233; spectaculaire acad&#233;mico-m&#233;diatique des identit&#233;s (l'identit&#233; de classe exploit&#233;e en &#233;tant exclue) &#8211; dont le centre demeure l'Europe et les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique &#8211;, en pr&#233;sence r&#233;guli&#232;re garantie dans les villes dudit centre, leurs lieux de pouvoir intellectuel, source de prestige (occidentalocentr&#233;). Mais sans toutefois avoir des effets perceptibles concernant ou vraiment contribuer &#224; la lutte pour l'&#233;mancipation des peuples africains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kwame Nkrumah et la lutte de classe : &#171; African personality &#187;, consciencisme et panafricanisme dans le capitalisme &#8211; Partie I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kwame Nkrumah et la lutte de classe : &#171; African personality &#187;, consciencisme et panafricanisme dans le capitalisme &#8211; Partie II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kwame Nkrumah et la lutte de classe : &#171; African personality &#187;, consciencisme et panafricanisme dans le capitalisme &#8211; Partie III (&#224; venir)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Y. B&#233;not, op. cit., note infrapaginale 22, p. 200.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] C. L. R. James, Nkrumah and the Ghana Revolution, London, Allison &amp; Busby, 1977, p. 172 (&#224; propos de cette conf&#233;rence aux cadres du CPP, C. L. R. James indique dans l'introduction de son livre que &#171; Nkrumah learnt about the speech and its reception, expressed his approval and told me that he would get the text printed. I sent the script to him and it was never acknowledged, far less printed &#187; (p. 10). Autrement dit, il s'agit d'une promesse non tenue ressemblant &#224; la censure d'un texte contenant des passages critiques &#224; l'&#233;gard du gouvernement. Au tout d&#233;but de la &#171; r&#233;volution dahom&#233;enne &#187;, le philosophe b&#233;ninois Paulin J Hountondji, affirmait concernant le CPP, dans l'espoir que quelque le&#231;on en soit tir&#233;e : &#171; Nkrumah a &#233;chou&#233; parce que son Parti, le &#8220;Convention People's Party&#8221; n'&#233;tait plus en 1966 cette puissante organisation de masse qu'il avait &#233;t&#233; de 1949 &#224; 1957, ann&#233;e de l'ind&#233;pendance, mais &#233;tait devenu un champ d'intrigues et de luttes d'influences, entre adulateurs et corrompus d'un Chef coup&#233; du peuple [&#8230;] L'&#233;chec de Nkrumah m&#233;rite d'&#234;tre m&#233;dit&#233; &#187;, Libert&#233;s, Cotonou, Editions Renaissance, 1973, p. 58.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Par ailleurs, concernant ce plan de d&#233;veloppement, cens&#233; mener au socialisme, selon Ikoku, Ama Biney rappelle que &#171; world class economists such as Dudley Seers, Arthur Lewis, Nicholas Caldor [Kaldor], Albert Hirschmann, Joseph Bognar, and Tony Killick contibuted before its official launch in 1964 &#187;, Ama Biney, op. cit., p. 109.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Selon Samuel Ikoku, protagoniste de la guerre gauche-droite autour de Nkrumah, l'aile droite contr&#244;lant le parlement mais inqui&#232;te de la critique du n&#233;ocolonialisme que d&#233;veloppait d&#233;sormais Nkrumah, consid&#233;r&#233;e comme une menace pour leurs int&#233;r&#234;ts, r&#233;agissait, par exemple, en rappelant, par tract, que &#171; le socialisme africain [&#8230;] n'est pas ath&#233;e et ne repose pas sur la lutte des classes. Ils pr&#233;tendaient que Nkrumah &#233;tait tomb&#233; sous l'influence de gens qui &#233;taient des agents de Moscou [&#8230;] D'autres tracts exigeaient de lui qu'il renvoie ces hommes sous peine d'&#234;tre accus&#233; d'avoir trahi son premier id&#233;al de socialisme africain &#187;, S. G. Ikoku, op. cit., p. 215-216.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Amilcar Cabral, &#171; Le r&#244;le de la culture dans la lutte pour l'ind&#233;pendance &#187; (1972), in Unit&#233; et Lutte, p. 179.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Mehdi Ben Barka, &#171; La r&#233;volution nationale en Afrique et en Asie &#187; (1963), in Mehdi Ben Barka (recueil de textes), Gen&#232;ve, CETIM, 2013, p. 62.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] &#192; titre de rappel, le Ghana de Nkrumah n'est pas le premier &#201;tat ind&#233;pendant d'Afrique, car bien avant lui, &#233;taient ind&#233;pendants, par ordre chronologique : l'Ethiopie (n'ayant pas &#233;t&#233; strictement une colonie, malgr&#233; l'invasion par l'Italie fasciste), le Lib&#233;ria (1847), l'&#201;gypte (1922), la Libye (1951), le Maroc (1956), le Soudan (1956), la Tunisie (1956).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Alain Peyrefitte, C'&#233;tait de Gaulle, Paris, Gallimard, 2002, p. 603 et 606. De Gaulle se r&#233;f&#232;re &#224; l'emprise &#233;tats-unienne subs&#233;quente &#224; l'European Recovery Program ou Plan Marshall (1948-1952), une aide subordonnante aux &#201;tats d'Europe occidentale, qui s'&#233;tendait aux colonies. Dans le cas fran&#231;ais : &#171; L'Outre-mer fran&#231;ais a b&#233;n&#233;fici&#233; sur les cr&#233;dits Marshall ordinaires de $287 millions environ, soit 11 % de l'aide totale &#224; la France et &#224; ses territoires d&#233;pendants [&#8230;] On remarque que dans le partage entre pays d'Afrique du Nord et d'Afrique Noire, l'Afrique du Nord l'emporte largement [&#8230;] La gestion de l'aide Marshall dans les TOM a entrain&#233; des incidents finalement plus nombreux qu'en France. Les heurts entre le n&#233;o-imp&#233;rialisme lib&#233;ral am&#233;ricain et le narcissisme paternaliste fran&#231;ais &#233;taient in&#233;vitables &#187;, selon G&#233;rard Bossuat (&#171; La contre-valeur de l'aide am&#233;ricaine &#224; la France et &#224; ses territoires d'Outre-Mer &#187;, in Colloque tenu &#224; Bercy les 21, 22 et 23 mars 1991 sous la direction de R&#233;n&#233; Girault et Maurice L&#233;vy-Leboyer, Le Plan Marshall et le rel&#232;vement &#233;conomique de l'Europe, Paris, Comit&#233; pour l'histoire &#233;conomique et financi&#232;re de la France, Minist&#232;re des Finances, 1993, (p. 177-199), p. 195 et 196 pour la citation). Par anti-imp&#233;rialisme, en 1966-1967, De Gaulle, en retirant la France de l'OTAN, a mis fin &#224; la pr&#233;sence sur le sol fran&#231;ais des bases (30) de l'arm&#233;e des &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique, install&#233;es en France &#224; partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais tout en maintenant au m&#234;me moment les bases militaires fran&#231;aises dans presque toutes ses anciennes colonies. Autrement dit, un anti-imp&#233;rialiste n&#233;ocolonialiste/imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] &#171; Portait of Nkrumah as Dictator &#187;, New York Times, May 3, 1964, &lt;a href=&#034;https://www.nytimes.com/1964/05/03/archives/portrait-of-nkrumah-as-dictator.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.nytimes.com/1964/05/03/archives/portrait-of-nkrumah-as-dictator.html&lt;/a&gt;. &#192; propos de cette domination du capital occidental, cf. aussi, par exemple, l'historien africaniste Robert Cornevin (dans un article publi&#233; quelques jours apr&#232;s le putsch militaire) &#171; Le coup d'&#201;tat militaire d'Accra ne doit pas nous faire oublier les r&#233;alisations dues au socialisme ghan&#233;en &#187;, Le Monde diplomatique, mars 1966, p. 1 et 3. Dans son article cit&#233; plus haut &#8211; une recension de l'ouvrage de l'un des &#233;conomistes cit&#233;s plus haut (Tony Killick, Development economics in action : a study of economic Policy in Ghana, second edition, London and New York, Routledge, 2010) ayant contribu&#233; &#224; la pr&#233;paration du plan septennal de l'&#201;tat ghan&#233;en &#8211;, Jasper Ayelazuno (Abembia) affirme, concernant le suppos&#233; socialisme de l'&#233;conomie ghan&#233;enne sous Nkrumah, que &#171; This is a serious theoretical oversight since Killick admits that, for all his socialist and [anti]neocolonialism rhetoric, Nkrumah did not nationalise private enterprises. Rather, he tried to woo foreign direct investments and even transacted business with private capital. Killick also notes that the liberal governments of Ghana (i.e., the NLC, the Busia-led government and the Kuffuor-led government) also continued with some of Nkrumah's state-interventionist policies &#187;, p. 390.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] &#171; Ghana is Viewed As Going Marxist ; Regime Proclaiming &#8216;Total War' on Capitalism &#187;, Lagos, January 8, 1964, &lt;a href=&#034;https://www.nytimes.com/1964/01/09/archives/ghana-is-viewed-as-going-marxist-regime-proclaiming-total-war-on.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.nytimes.com/1964/01/09/archives/ghana-is-viewed-as-going-marxist-regime-proclaiming-total-war-on.html&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Dans le Tanganyika nouvellement ind&#233;pendant, le Premier ministre &#8220;socialiste africain&#8221; Julius Nyerere, a nomm&#233; au minist&#232;re des Finances, un colonial conservateur de droite, ayant auparavant servi comme ministre au Kenya (colonial) et qui int&#233;grera par la suite la Banque mondiale, Sir Ernest Vase. Celui-ci a &#233;t&#233;, en cela, consid&#233;r&#233; comme le cerveau du Plan Triennal de D&#233;veloppement (1961-1964). Son influence dans l'organisation du gouvernement tanganyikais est alors, n&#233;anmoins, consid&#233;r&#233;e comme incongrue par Nkrumah. Le ministre de la Sant&#233; et du Travail du Tanganyika &#233;tait aussi un Britannique, D. N. M. Bryceson. Le deuxi&#232;me plan, le Plan Quinquennal (1964-1969), a &#233;t&#233; &#233;labor&#233; par &#171; une &#233;quipe de six &#8220;experts&#8221; &#233;trangers sous la direction de M. J. Faudon &#187;, Michael Jennings, &#171; &#8216;We Must Run While Others Walk' : popular participation and development crisis in Tanzania, 1961-9 &#187;, Journal of Modern African Studies, 41, 2, 2003, (p. 163&#8211;187), p, 165, DOI : 10.1017/S0022278X0300421X.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] &#171; Le Congr&#232;s am&#233;ricain qui repr&#233;sente les &#201;tats am&#233;ricains avait demand&#233; que soit coup&#233;e toute aide &#224; l'&#201;gypte, car nous avons refus&#233; d'accepter l'occupation et l'exploitation de notre territoire. Ce fut notre punition &#187;, Discours de Gamal Abdel Nasser [annon&#231;ant la nationalisation de la Compagnie du Canal de Suez] (Alexandrie, 26 juillet 1956), Notes et &#233;tudes documentaires : &#201;crits et Discours du colonel Nasser, Paris, La Documentation fran&#231;aise. 20.08.1956, n&#176; 2.206 ; &lt;a href=&#034;http://www.cvce.eu/obj/Discours_de_Gamal_Abdel_Nasser_Alexandrie_26_juillet_1956-fr-d0ecf835-9f40-4c43-&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cvce.eu/obj/Discours_de_Gamal_Abdel_Nasser_Alexandrie_26_juillet_1956-fr-d0ecf835-9f40-4c43-&lt;/a&gt; a2ed-94c186061d2a.html.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Dans son discours d'investiture &#224; la pr&#233;sidence du Guatemala (1951), Arbenz s'&#233;tait clairement pos&#233; en partisan du capitalisme en affirmant comme l'un des trois objectifs fondamentaux de son gouvernement &#171; a convertir a Guatemala de un pa&#237;s atrasado y de econom&#237;a predominantemente feudal en un pa&#237;s moderno y capitalista [&#8230;] nuestra pol&#237;tica tendra que estar basada necesariamente en el impulso a la iniciativa privada, en el desarollo del capital guatemalteco en cuyas manos deberi&#225;n encontrarse las actividades fundamentales de la econom&#237;a nacional, y en cuanto al capital extranjero debemos repetir que sera bienvenido siempre que se ajuste &#224; las distintas condiciones que se van creando en la medida que nos desarrollamos, que se subordine siempre a las leyes guatelmaltecas, coopere al desenvolvimiento &#233;conomico del pa&#237;s y se abstenga estrictamente de intervenir en la vida politica y social de la Naci&#243;n &#187;, &#171; Discurso de Jacobo Arbenz Guzman, el 15 de marzo de 1951 &#187;, Comunidades de Poblaci&#243;n en Resistencia, &lt;a href=&#034;https://web.archive.org/web/20141222002546/http://cpr-urbana.blogspot.com72013/08/discurso-de-jacobo-arbenz-guzman-el-15.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://web.archive.org/web/20141222002546/http://cpr-urbana.blogspot.com72013/08/discurso-de-jacobo-arbenz-guzman-el-15.html&lt;/a&gt;. (ma traduction : &#171; transformer le Guatemala d'un pays arri&#233;r&#233; et d'&#233;conomie &#224; pr&#233;dominance f&#233;odale en un pays moderne et capitaliste [&#8230;] notre politique sera n&#233;cessairement bas&#233;e sur la stimulation de l'initiative priv&#233;e, le d&#233;veloppement d'un capital guat&#233;malt&#232;que dans les mains duquel devront se trouver les secteurs fondamentaux de l'&#233;conomie nationale, et quant au capital &#233;tranger nous r&#233;p&#233;tons qu'il sera toujours le bienvenu, s'ajustant aux conditions distinctes qui seront cr&#233;&#233;es au cours de notre d&#233;veloppement, en respectant toujours les lois du Guatemala, coop&#233;rant au d&#233;veloppement du pays et s'abstenant strictement de s'ing&#233;rer dans la vie politique et sociale de la Nation [guat&#233;malt&#232;que] &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] P. C. Matthews, &#171; John Foster Dulles and the Suez Crisis of 1956. A Fifty Year Perspective &#187;, American Diplomacy, September 2006, &lt;a href=&#034;http://www.unc.edu/depts/diplomat/item/2006/0709/matt/matthew_suez.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.unc.edu/depts/diplomat/item/2006/0709/matt/matthew_suez.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Dans le sixi&#232;me paragraphe de l'Introduction de Le n&#233;o-colonialisme, dernier stade de l'imp&#233;rialisme, Nkrumah pr&#233;cise que &#171; La lutte contre le n&#233;ocolonialisme n'a pas pour but d'interdire le placement des capitaux des pays d&#233;velopp&#233;s dans les pays qui le sont moins, mais d'emp&#234;cher l'utilisation de la puissance financi&#232;re des nations industrielles &#224; l'appauvrissement des nations moins d&#233;velopp&#233;es &#187;. Comme l'avait dit quelques ann&#233;es auparavant le pr&#233;sident nationaliste bourgeois guat&#233;malt&#232;que J. Arbenz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Pour les strat&#232;ges &#233;tats-uniens la perte d'un pays dans cette sous-r&#233;gion asiatique pouvait entrainer un autre, puis un autre, etc., par r&#233;percussion &#8211; comme semblait l'illustrer alors la menace de perdre le Vietnam, apr&#232;s avoir perdu la Chine. C'est ce qu'il fallait endiguer au Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] K. Nkrumah, &#171; Discours du pr&#233;sident ghan&#233;en lors de l'inauguration du barrage de la Haute-Volta &#187;, 22 janvier 1966, &lt;a href=&#034;http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMDictionnaire?iddictionnaire=1795&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMDictionnaire?iddictionnaire=1795&lt;/a&gt;. Sur le putsch, cf. le chap. 14 &#171; La contre-r&#224;volution : c) F&#233;vrier 1966 &#187; de l'ouvrage d&#233;j&#224; cit&#233; d'Ikoku, r&#233;dig&#233; longtemps avant la d&#233;classification des documents &#233;tats-uniens relatifs au putsch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Dans L'Afrique doit s'unir (1963), il concluait ainsi son commentaire d'une d&#233;claration de l'&#233;conomiste du D&#233;partement d'&#201;tat, th&#233;oricien majeur du d&#233;veloppement et strat&#232;ge imp&#233;rialiste, Walt Whitman Rostow (auteur de Les &#233;tapes de la croissance &#233;conomique, publi&#233; en 1960, un classique de la &#8220;science &#233;conomique&#8221; orthodoxe sur le d&#233;veloppement, capitaliste s'entend) : &#171; C'est sans doute l&#224; l'un des r&#233;sum&#233;s les plus cyniques, mais aussi les plus sinc&#232;res jamais publi&#233;s de la fa&#231;on dont un pays riche r&#233;agit en face des besoins et des esp&#233;rances des jeunes nations du monde &#187; (p. 213 de la r&#233;&#233;dition de 1994). Pour l'int&#233;r&#234;t port&#233; par l'administration &#233;tats-unienne au Ghana pendant les deux derni&#232;res ann&#233;es de pr&#233;sidence de Nkrumah, au G&#233;n&#233;ral Ankrah, avant et apr&#232;s le putsch, on peut consulter le volume des Foreign Relations of the United States (FRUS) consacr&#233; au Ghana : FRUS 1964-68, Vol. XXIV : Africa, Ghana (&lt;a href=&#034;http://www.state.gov/www.about_state/history/vol_xxiv&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.state.gov/www.about_state/history/vol_xxiv&lt;/a&gt; )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Dans son ouvrage classique, Sur la &#8220;philosophie africaine&#8221; (Paris, Maspero, 1976), Paulin Hountondji, critique de l'ethnophilosophie &#8211; terme inspir&#233; du titre de la th&#232;se inachev&#233;e de Nkrumah : Mind and Thought in Primitive Society. A Study in Ethno-Philosophy with Special Reference to the Akan Peoples of the Gold Coast, West Africa &#8211; a proc&#233;d&#233;, dans le chapitre 7 (&#171; L'Id&#233;e de Philosophie dans le Consciencisme de Nkrumah) &#224; une comparaison de la premi&#232;re &#233;dition (1964) et la derni&#232;re (1970), concernant le rapport &#224; l'africanisme. Ainsi, conclut-il, par exemple, que &#171; malgr&#233; les remaniements importants ainsi op&#233;r&#233;s, l'&#233;dition de 1970 reste largement tributaire des pr&#233;suppositions id&#233;ologiques d'avant 1965. Plut&#244;t que de repl&#226;trer le texte initial, Nkrumah aurait d&#251;, pour &#234;tre cons&#233;quent avec lui-m&#234;me, renier purement et simplement l'ancien texte et &#233;crire &#224; nouveaux frais un nouveau livre &#187; (p. 179). Cf. aussi, par exemple, Gr&#233;goire Mavounia, &#171; Notes sur l'&#233;volution de la pens&#233;e de K. Nkrumah (Du &#8220;consciencisme&#8221; &#224; la &#8220;lutte des classes&#8221;) &#187; (Revue congolaise de droit, n&#176; 1, janvier-juin 1987, p. 49-65).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] K. Nkrumah, &#171; African Socialism revisited &#187; (1967), Paper read at the Africa Seminar held in Cairo at the invitation of the two organs At-Talia and Problems of Peace and Socialism, &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/subject/africa/nkrumah/1967/african-socialism-revisited.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/subject/africa/nkrumah/1967/african-socialism-revisited.htm&lt;/a&gt;, Adjei-Gyamfi Yaw, &#171; Afrocentricity : An Important Feature of the Pan African Tradition &#187;, This is Africa, october 2, 2018 ; &lt;a href=&#034;https://thisisafrica.me/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://thisisafrica.me/&lt;/a&gt;. Il est clair que l'afrocentriste n'a pas compris qu'il s'agit d'une critique par Nkrumah du f&#233;tichisme dudit communalisme africain. Il en est autant de son coll&#232;gue Kwame Botwe-Asamoah quand il affirme dans la pr&#233;face de son ouvrage sur Nkrumah (Kwame Nkrumah's Politico-Cultural Thought and Policies. An African-Centered Paradigm for the Second Phase of the African Revolution, London &amp; New York, Routledge, 2005) que &#171; his socio-political philosophy returns to traditional African ethics, humanistic values and egalitarian mode of production to formulate a new socio-economic system for post-independence Africa &#187;. Cf. aussi les pages 166-168 de la conclusion de l'ouvrage de Botwe-Asamoah qui ne se r&#233;f&#232;re aucunement &#224; ce qui est post&#233;rieur &#224; Le Consciencisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Adjei-Gyamfi Yaw, &#171; Afrocentricity : An Important Feature of the Pan African Tradition &#187;, This is Africa, october 2, 2018 ; &lt;a href=&#034;https://thisisafrica.me/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://thisisafrica.me/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Kwame Nkrumah's Politico-Cultural Thought and Policies. An African-Centered Paradigm for the Second Phase of the African Revolution, London &amp; New York, Routledge, 2005, p. x.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Un d&#233;tail sans doute : l'&#233;pouse de Nkrumah &#233;tait d'origine &#233;gyptienne, une Africaine s&#233;mite &#8220;blanche&#8221; ou &#8220;brune&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] K. Nkrumah, La lutte des classes en Afrique, Paris, Pr&#233;sence Africaine, 1972 [Londres, Panaf Books Ltd, 1970, traduit de l'anglais par Marie-A&#239;da Bah Diop], p. 10. Pour les &#171; &#8220;socialismes africains&#8221;, en plus de l'ouvrage de Yves B&#233;not d&#233;j&#224; cit&#233; cf., par exemple, Sa&#239;d Bouamama, Figures de la r&#233;volution africaine. De Kenyatta &#224; Sankara, Paris, La D&#233;couverte, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Pr&#233;sence Africaine, 2012/2, N&#176; 185-186, p. 61-76, &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-presence-africaine-2012-1-page-61.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/revue-presence-africaine-2012-1-page-61.htm&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] K. Nkrumah, &#171; The Myth of the Third World &#187;, Labour Monthly, october 1968, p. 462-465 ; &lt;a href=&#034;http://www.unz.org/Pub/LabourMonthly-1968oct-00462&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.unz.org/Pub/LabourMonthly-1968oct-00462&lt;/a&gt;. Id&#233;e reprise dans La lutte des classes en Afrique : &#171; Le monde en d&#233;veloppement n'est pas un bloc homog&#232;ne oppos&#233; &#224; l'imp&#233;rialisme. Le concept de &#8220;Tiers-Monde est illusoire. Car, pour une large part, il demeure sous domination imp&#233;rialiste &#187;, p. 102.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Hannah Arendt, &#171; Politique et r&#233;volution &#187; (1970), in H. Arendt, Du mensonge &#224; la violence. Essais de politique contemporaine, Paris, Calmann-L&#233;vy/Presses Pocket &#8220;Agora&#8221;, 1972 [1969-1972], (p. 209-241), p. 218.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Hannah Arendt, &#171; R&#233;flexions sur Little Rock &#187; (1959), in Hannah Arendt, Responsabilit&#233; et jugement, Paris, Payot, 2005, p. 217-236.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] En agronome, Cabral, r&#233;sidant alors au Portugal avait &#233;t&#233; en mission plusieurs fois en Angola, entre 1955 et 1958, o&#249; il avait, par ailleurs, particip&#233; &#224; l'organisation du mouvement angolais de lib&#233;ration nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] A. Cabral, Unit&#233; et Lutte, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Stanislas Adotevi, op. cit., p. 115.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] En plus du livre de Jean Copans, Les marabouts de l'arachide. La confr&#233;rie mouride et les paysans du S&#233;n&#233;gal (Paris, Le Sycomore, 1980), on peut consulter, par exemple, l'article de Mohamed Gu&#232;ye, &#171; Touba, une zone de non-droit au c&#339;ur de la R&#233;publique &#187;, D&#233;fis Sud, f&#233;vrier-mars 2015, p. 17-19) ; et plus port&#233;s sur le politique et le religieux : l'ouvrage de Christian Coulon, Le marabout et le prince (Islam et pouvoir au S&#233;n&#233;gal), Bordeaux, Institut d'&#233;tudes politiques/Centre d'&#233;tude d'Afrique noire, 1981, l'article de Sanou Mbaye, &#171; Les d&#233;rives d'un bic&#233;phalisme politico-religieux &#187;, Pambazuka, 17 avril 2009, &lt;a href=&#034;http://www.pambazuka.org/fr/category/comment/55700&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.pambazuka.org/fr/category/comment/55700&lt;/a&gt;), l'entretien vid&#233;o : &#171; Moussa S&#232;ne Absa [cin&#233;aste s&#233;n&#233;galais] accuse : &#8220;les politiciens et les marabouts ont pris ce pays en otage&#8221; &#187;, entretien vid&#233;o, du 4 f&#233;vrier 2020, &lt;a href=&#034;https://www.leral.net/Moussa-Sene-Absa-accuse-les-politiciens-et-les-marabouts-ont-pris-ce-pays-en-otage_a269736.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.leral.net/Moussa-Sene-Absa-accuse-les-politiciens-et-les-marabouts-ont-pris-ce-pays-en-otage_a269736.html&lt;/a&gt; (la vid&#233;o est en ligne sur plusieurs sites s&#233;n&#233;galais).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] Extrait d'un propos de Cabral aux gu&#233;rilleros, au village de Mak&#233; en 1966, rapport&#233; par G&#233;rard Chaliand, Lutte arm&#233;e en Afrique, Paris, Fran&#231;ois Maspero, 1967, p. 49.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] A. Cabral, &#171; Allocution prononc&#233;e &#224; l'occasion de la Journ&#233;e Kwame Nkrumah &#187; (&#224; l'occasion de ses obs&#232;ques), Pr&#233;sence Africaine, num&#233;ro d'hommage &#224; Nkrumah, 1972, p. 5-10. Kwame Botwe-Asamoah cite l'hommage de Cabral &#224; Nkrumah en ne mentionnant pas ce passage critique (p. 174).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] Sur quoi s'est appuy&#233; le Rapport alternatif sur l'Afrique (RASA). Num&#233;ro z&#233;ro. Un rapport pour l'Afrique par l'Afrique, Dakar, juin 2018, &lt;a href=&#034;http://www.rasa-africa.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.rasa-africa.org&lt;/a&gt;) en affirmant que &#171; De 1960 &#224; 1970, les premiers intellectuels &#233;taient &#224; la fois r&#233;volutionnaires et panafricanistes &#187; (p. 56) ? Que peut bien signifier &#171; r&#233;volutionnaires &#187;, surtout quand la phrase suivante dit que &#171; Beaucoup &#233;taient dans l'ombre des premiers dirigeants comme conseillers &#187; ? Des intellectuels &#171; r&#233;volutionnaires &#187; ayant servi de conseillers aux dirigeants n&#233;ocoloniaux qu'&#233;taient presque tous les suppos&#233;s &#171; p&#232;res des ind&#233;pendances africaines &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] Cf., par exemple, J. Nanga, &#171; Aper&#231;u sur l'actuelle classe dominante en Afrique &#187;, CADTM, 29 janvier 2018, &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Apercu-sur-actuelle-classe&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.cadtm.org/Apercu-sur-actuelle-classe&lt;/a&gt;. Pour Jacqueline Mugo (secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale de Business Africa, une association patronale panafricaine, et directrice de la F&#233;d&#233;ration des employeurs du Kenya), par exemple, la flexibilit&#233; est le pr&#233;sent et l'avenir du march&#233; du travail (J. Mugo, &#171; En Afrique, l'entrepreneuriat est per&#231;u comme l'une des cl&#233;s de la croissance &#187;, Agyp.co, 12 f&#233;vrier 2017, &lt;a href=&#034;https://www.agyp.co/en-afrique-lentrepreneuriat-est-percu-comme-lune-des-cles-de-la-croissance/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.agyp.co/en-afrique-lentrepreneuriat-est-percu-comme-lune-des-cles-de-la-croissance/&lt;/a&gt;), ce qui est une assomption de la pr&#233;carit&#233;, de la pr&#233;carisation des emplois, des revenus des moyen&#183;ne&#183;s et petit&#183;e&#183;s salari&#233;&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] Eduardo Galeano, Sens dessus dessous. L'&#233;cole du monde &#224; l'envers, Paris, Homnisph&#232;res, 2004 [Uruguay, Ediciones del Chancito, et autres &#233;ditions d'Argentine, de Colombie et du Mexique, 1998 ; traduit de l'espagnol (Uruguay) par Lydia ben Ytzhak], p. 28.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] Quand dans le m&#234;me discours il d&#233;nonce &#8211; dans un passage rendu c&#233;l&#232;bre par sa mise en chanson/musique par Bob Marley &amp; The Wailers, sous le titre de &#171; War &#187; &#8211; l'existence dans &#171; certaines nations des citoyens de premi&#232;re classe et de seconde classe &#187;, ce n'est pas en pensant aux classes sociales, mais aux races, comme le dit aussi bien la phrase ant&#233;rieure sur les races &#8220;sup&#233;rieure&#8221; et &#8220;inf&#233;rieure&#8221; ainsi que celle post&#233;rieure faisant r&#233;f&#233;rence &#224; la couleur de la peau devant devenir aussi insignifiante que celle des yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] Cf., par exemple, Walter Rodney, &#171; Panafricanisme et lutte des classes &#187; (1974-1975), P&#233;riode, &lt;a href=&#034;http://revueperiode.net/panafricanisme-et-lutte-des-classes/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://revueperiode.net/panafricanisme-et-lutte-des-classes/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40] A. Cabral, &#171; Fondements et objectifs de la lib&#233;ration nationale et structure sociale &#187;, p. 168-169.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[41] Par exemple, en Angleterre encore monarchique (avec sa minorit&#233; de nobles et l'&#233;crasante majorit&#233; de roturier&#183;e&#183;s) dans le personnel enseignant des universit&#233;s, c'est-&#224;-dire dans l'&#233;lite intellectuelle, &#171; L'&#233;cart de salaire entre les Blancs et les minorit&#233;s ethniques est de 9%, mais il s'&#233;l&#232;ve &#224; 14 % pour les seuls Noirs. Ces minorit&#233;s sont exclues des postes les plus prestigieux &#187;, Aris Martinelli, &#171; Une gr&#232;ve &#224; l'Universit&#233; dans l'Angleterre r&#233;actionnaire &#187;, Contretemps, 19 mars 2020, &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[42] Cf., par exemple, RASA, op. cit., p. 35 et p. 38 o&#249; la fa&#231;on de mentionner le racisme anti-Noir&#183;e&#183;s en Afrique du Nord &#8211; ind&#233;niablement existant, inacceptable et, heureusement, combattu sur place &#8211; donne l'impression que n'est pas incluse dans le RASA cette partie de l'Afrique, o&#249; certes la consid&#233;ration d'&#234;tre Africain&#183;e ne semble pas si &#233;tablie, au sein des populations majoritairement non noires (cf., par exemple, St&#233;phanie Pouessel (dir.), Noirs au Maghreb. Enjeux identitaires, Tunis/Paris, Institut de recherche sur le Maghreb contemporain/Karthala, 2012), du fait de la r&#233;duction de l'africanit&#233; &#224; la n&#233;gro-africanit&#233; &#224; l'&#233;gard de laquelle persistent des pr&#233;jug&#233;s, du racisme h&#233;rit&#233; aussi bien du pass&#233; de traite transsaharienne que de l'image dominante de la n&#233;grit&#233; diffus&#233;e dans le monde par les cultures racistes blanches d'Europe et des Am&#233;riques. En m&#234;me temps, il existe dans des soci&#233;t&#233;s ouest-africaines, une discrimination &#224; l'&#233;gard de la partie touar&#232;gue (non noire) de la population, rendue visible en ce XXIe si&#232;cle par quelque &#233;ni&#232;me r&#233;bellion arm&#233;e. Ainsi, l'id&#233;e de l'Afrique que v&#233;hicule ce rapport, malgr&#233; la contribution de quelques Africain&#183;e&#183;s non noir&#183;e&#183;s, est racialiste, un h&#233;ritage du colonialisme avec lequel on pr&#233;tend pourtant vouloir rompre &#233;pist&#233;miquement. Ainsi : qu'est-ce que l'Afrique, qui est Africain&#183;e en ce XXIe si&#232;cle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[43] Aim&#233; C&#233;saire &#224; Lilyan Kesteloot, cit&#233; par Ren&#233; Depestre, Bonjour et adieu &#224; la n&#233;gritude suivi de Travaux d'identit&#233;, Paris, Robert Laffont, 1980, p. 144-145. La pr&#233;cision apport&#233;e par C&#233;saire (en 1972-1973) s'oppose &#224; la conception de Senghor ayant &#233;rig&#233; la n&#233;gritude en id&#233;ologie (le &#8220;socialisme africain&#8221; &#233;tant une &#233;manation des valeurs du &#8220;monde noir&#8221;). L'&#233;motion n&#232;gre de Senghor rel&#232;ve aussi du &#171; gobinisme renvers&#233; &#187;, car pour Gobineau &#171; Que l'immense sup&#233;riorit&#233; des blancs dans le domaine entier de l'intelligence, s'associe &#224; une inf&#233;riorit&#233; non moins marqu&#233;e dans l'intensit&#233; des sensations. Le blanc est beaucoup moins dou&#233; que le noir et que le jaune sous le rapport sensuel &#187; (Essai sur l'in&#233;galit&#233; des races, page 197 de l'&#233;dition &#233;lectronique dans la collection &#8220;Les classiques des sciences sociales&#8221; sur le site de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Chicoutimi : &lt;a href=&#034;http://www.uqac.ca/Classiques_des_sciences_sociales&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.uqac.ca/Classiques_des_sciences_sociales&lt;/a&gt;. Quant aux &#171; trois gouttes de sang noir &#187;, c'est le titre d'un ouvrage d'Elie Faure (Les trois gouttes de sang, Paris, Edgar Malf&#232;re, &#233;diteur, 1929, p. 113-114), historien de l'art &#8211; auquel Senghor s'est souvent r&#233;f&#233;r&#233; &#8211; d&#233;fenseur d'un g&#233;nie rythmique du Noir, en transfigurant, positivement, l'id&#233;e de Gobineau. Il s'agit, chez C&#233;saire, d'une critique de l'appropriation invers&#233;e du principe raciste &#233;tats-unien du &#8220;one-drop rule&#8221;, la goutte de sang &#8220;non blanc&#8221; qui suffisait pour exclure les m&#233;tis&#183;ses de la race blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[44] RASA, p. 103. Cf. aussi p. 48 o&#249; est cit&#233; Abdoulaye Wade, alors pr&#233;sident du S&#233;n&#233;gal (&#171; il faut raviver la fiert&#233; africaine &#187;), qui est rest&#233; assez fid&#232;le &#224; cet &#171; ent&#234;tement &#187; (&#171; L'ent&#234;tement est la libert&#233; qui se fixe en une singularit&#233; et se tient &#224; l'int&#233;rieur de la servitude &#187;, selon Hegel, Ph&#233;nom&#233;nologie de l'Esprit 1, 1807, Paris, Gallimard, 1993 [traduction de l'allemand et notes par Gwendoline Jarczyk et Pierre-Jean Labarri&#232;re], p. 204 ; il s'agit ici de la servitude organis&#233;e par et pour le Capital dont la dynamique a produit, entre autres : 1&#176;) la conqu&#234;te des &#8220;Am&#233;riques&#8221;, le massacre des autochtones/ &#8220;Indien&#183;ne&#183;s&#8221; et l'importation esclavagiste des Noir&#183;e&#183;s ; 2&#176;) la colonisation de l'Afrique), depuis la critique du f&#233;d&#233;ralisme colonial, sans revendication de l'ind&#233;pendance (A. Wade, &#171; Imposture du f&#233;d&#233;ralisme &#187;, Pr&#233;sence Africaine, n&#176; 5, d&#233;cembre 1955-janvier 1956, p. 101-105), jusqu'&#224; la co-conception du NEPAD (Nouveau partenariat pour le d&#233;veloppement de l'Afrique) que l'altermondialiste nig&#233;rien Moussa Tchangari a, de fa&#231;on tr&#232;s pertinente, d&#233;nomm&#233; le &#171; boubou africain du n&#233;olib&#233;ralisme &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'anthropoc&#232;ne et la Dialectique de la nature d'Engels</title>
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		<dc:date>2021-02-09T07:50:55Z</dc:date>
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		<dc:creator>John Bellamy Foster </dc:creator>


		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-02-02</dc:subject>

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&lt;p&gt;Dans le chapitre &#171; Le r&#244;le du travail dans la transformation du singe en homme &#187; de sa Dialectique de la nature, Friedrich Engels &#233;crivait : &#171; Chaque ph&#233;nom&#232;ne r&#233;agit sur l'autre et inversement &#187; (1). Aujourd'hui, deux cents ans apr&#232;s sa naissance, Engels peut &#234;tre vu comme un des fondateurs de la pens&#233;e &#233;cologique de notre temps. &lt;br class='autobr' /&gt; Paru dans Inprecor No 670-680, nocembre-d&#233;cembre 2020 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par John Bellamy Foster* &lt;br class='autobr' /&gt;
Si la th&#233;orie de Karl Marx de la fracture m&#233;tabolique est aujourd'hui au c&#339;ur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L107xH150/arton46657-0dfb7.jpg?1781170177' class='spip_logo spip_logo_right' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le chapitre &#171; Le r&#244;le du travail dans la transformation du singe en homme &#187; de sa Dialectique de la nature, Friedrich Engels &#233;crivait : &#171; Chaque ph&#233;nom&#232;ne r&#233;agit sur l'autre et inversement &#187; (1). Aujourd'hui, deux cents ans apr&#232;s sa naissance, Engels peut &#234;tre vu comme un des fondateurs de la pens&#233;e &#233;cologique de notre temps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Paru dans Inprecor No 670-680, nocembre-d&#233;cembre 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par John Bellamy Foster*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la th&#233;orie de Karl Marx de la fracture m&#233;tabolique est aujourd'hui au c&#339;ur de l'&#233;cologie historico-mat&#233;rialiste, il n'en reste pas moins vrai que les contributions d'Engels &#224; notre compr&#233;hension du probl&#232;me &#233;cologique global restent indispensables, enracin&#233;es dans ses propres enqu&#234;tes approfondies sur le m&#233;tabolisme universel de la nature, qui ont renforc&#233; et &#233;largi l'analyse de Marx. Comme Paul Blackledge l'a d&#233;clar&#233; dans une &#233;tude r&#233;cente de la pens&#233;e d'Engels, sa conception d'une dialectique de la nature permet de comprendre les crises &#233;cologiques comme &#233;tant enracin&#233;es dans &#171; la nature ali&#233;n&#233;e des relations sociales capitalistes &#187;. (2) Par son caract&#232;re exhaustif et global, le travail d'Engels sur la dialectique de la nature et de la soci&#233;t&#233; peut aider &#224; clarifier les d&#233;fis majeurs auxquels l'humanit&#233; est confront&#233;e &#224; l'&#233;poque de l'anthropoc&#232;ne et de l'actuelle crise &#233;cologique plan&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La course &#224; la ruine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se faire une id&#233;e de l'importance contemporaine de la critique &#233;cologique d'Engels en commen&#231;ant par la c&#233;l&#232;bre formule de Walter Benjamin de 1940, souvent cit&#233;e par les &#233;cosocialistes, dans ses Paralipom&#232;nes et variantes de &#8220;Sur le concept d'histoire&#8221; : &#171; &lt;i&gt; Marx avait dit que les r&#233;volutions sont la locomotive de l'histoire mondiale. Mais il se peut que les choses se pr&#233;sentent tout autrement. Il se peut que les r&#233;volutions soient l'acte, par l'humanit&#233; qui voyage dans ce train, de tirer les freins d'urgence &#187;. Dans l'interpr&#233;tation bien connue de Michael L&#246;wy &#171; l'image sugg&#232;re que si l'humanit&#233; permet au train de suivre son chemin &#8211; d&#233;j&#224; trac&#233; par la structure d'acier des rails &#8211; et que rien ne retient sa progression, nous nous pr&#233;cipiterons directement dans le d&#233;sastre, ou dans l'ab&#238;me &lt;/i&gt; &#187;. (3)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image dramatique de Benjamin d'une locomotive &#224; la d&#233;rive et, par cons&#233;quent, de la n&#233;cessit&#233; de concevoir la r&#233;volution comme l'emploi d'un frein de secours, rappelle un passage similaire dans Anti-D&#252;hring d'Engels, &#233;crit &#224; la fin des ann&#233;es 1870, un ouvrage que Benjamin, comme tous les socialistes &#224; son &#233;poque, connaissait bien. Engels y indique que la classe capitaliste est une &#171; classe sous la conduite de laquelle la soci&#233;t&#233; court &#224; sa ruine, comme une locomotive dont le m&#233;canicien n'a pas assez de force pour ouvrir la soupape de s&#251;ret&#233; bloqu&#233;e. &#187; C'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment l'incapacit&#233; du capital &#224; contr&#244;ler &#171; les forces productives engendr&#233;es par le mode de production capitaliste moderne &#187;, y compris leurs effets destructeurs impos&#233;s &#224; son environnement naturel et social, qui &#171; &lt;i&gt;poussent, comme sous l'effet d'une n&#233;cessit&#233; naturelle, toute la soci&#233;t&#233; bourgeoise au-devant de la ruine ou de la r&#233;volution &#187;. Par cons&#233;quent, &#171; si l'on ne veut pas voir toute la soci&#233;t&#233; moderne p&#233;rir &#187;, Engels pr&#233;conisait un n&#233;cessaire &#171; bouleversement du mode de production et de r&#233;partition &#187; (4).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;taphore d'Engels diff&#232;re l&#233;g&#232;rement de celle de Benjamin, avec l'objectif d'ouvrir la soupape de s&#233;curit&#233; afin d'&#233;viter une explosion de la chaudi&#232;re &#8211; une cause assez courante d'accidents de train du milieu &#224; la fin du XIXe si&#232;cle (5). Si le syst&#232;me peut &#234;tre per&#231;u comme une &#171; course &#224; la ruine &#187;, la r&#233;volution consiste moins &#224; simplement arr&#234;ter l'&#233;lan vers l'avant qu'&#224; exercer un contr&#244;le sur les forces incontr&#244;lables de la production. En effet, l'argument &#233;cologique et &#233;conomique d'Engels ne reposait pas, comme ce serait le cas aujourd'hui, sur la notion qu'il y a trop de production par rapport &#224; la capacit&#233; de charge globale de la terre, perspective qui est &#224; peine pr&#233;sente au moment o&#249; il &#233;crit. Sa principale pr&#233;occupation &#233;cologique concernait la destruction aveugle provoqu&#233;e par le capitalisme sur les environnements locaux et r&#233;gionaux &#8211; m&#234;me si elle s'&#233;tendait sur une aire de plus en plus mondiale. Les effets de cette destruction &#233;taient visibles et &#233;vidents dans la pollution industrielle, la d&#233;forestation, la d&#233;gradation du sol et la d&#233;t&#233;rioration g&#233;n&#233;rale des conditions de vie et d'environnement de la classe ouvri&#232;re (y compris les &#233;pid&#233;mies p&#233;riodiques). Engels a &#233;galement soulign&#233; la d&#233;vastation de l'environnement de r&#233;gions enti&#232;res (et de leurs climats), comme la destruction &#233;cologique qui a jou&#233; un si grand r&#244;le dans la chute des civilisations anciennes, en raison principalement de la d&#233;sertification, et les dommages environnementaux impos&#233;s par le colonialisme aux cultures et aux modes de production traditionnels (6). Comme Marx, Engels &#233;tait profond&#233;ment pr&#233;occup&#233; par les &#171; holocaustes victoriens &#187; du colonialisme britannique (par exemple en Inde la famine due &#224; la destruction de son &#233;cologie et de son infrastructure hydrologique), ainsi que par l'expropriation et l'extermination qui ont ruin&#233; l'&#233;cologie et le peuple irlandais (7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que, dans ces m&#234;mes pages o&#249; la question &#171; ruine ou r&#233;volution &#187; est pos&#233;e, on trouve le passage sans doute le plus productiviste (et, en ce sens, apparemment prom&#233;th&#233;en) parmi toutes les &#339;uvres de Marx et Engels (8) : Engels &#233;crit dans l'Anti-D&#252;hring que l'av&#232;nement du socialisme rendrait possible &#171; &lt;i&gt;un d&#233;veloppement des forces productives ininterrompu, progressant &#224; un rythme toujours plus rapide, et (&#8230;) un accroissement pratiquement sans bornes de la production elle-m&#234;me &lt;/i&gt; &#187; (9). Cependant, dans le contexte dans lequel Engels &#233;crivait, ce n'est pas vraiment contradictoire. L'id&#233;e qu'une soci&#233;t&#233; future, lib&#233;r&#233;e de l'irrationalit&#233; de la production capitaliste, permettrait ce qui pouvait para&#238;tre comme un d&#233;veloppement presque illimit&#233; de la production, selon les normes du XIXe si&#232;cle, &#233;tait pratiquement universelle parmi les penseurs radicaux de l'&#233;poque. C'&#233;tait un reflet naturel du niveau encore faible de d&#233;veloppement mat&#233;riel dans la plupart des pays du monde au moment de la r&#233;volution industrielle, face &#224; l'&#233;chelle encore incommensurablement vaste de la terre elle-m&#234;me. La production manufacturi&#232;re mondiale allait augmenter &#171; d'environ 1 730 fois &#187; dans les cent cinquante ann&#233;ess entre 1820 &#8211; lorsque Engels est n&#233;, au moment de la r&#233;volution industrielle du d&#233;but du XIXe si&#232;cle &#8211; et 1970, lorsque le mouvement &#233;cologique moderne est n&#233;, au moment du premier Jour de la Terre. (10) De plus, dans l'analyse d'Engels (comme dans celle de Marx), la production n'a jamais &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme une fin en soi, mais plut&#244;t comme un simple moyen de cr&#233;er une soci&#233;t&#233; plus libre et plus &#233;galitaire, dans un processus de d&#233;veloppement humain durable (11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux si&#232;cles apr&#232;s sa naissance, la profondeur de la compr&#233;hension d'Engels de la nature syst&#233;matique de la destruction par le capitalisme de l'environnement naturel et social, ainsi que son d&#233;veloppement d'une perspective naturaliste dialectique, font de son &#339;uvre, avec celle de Marx, un point de d&#233;part pour une critique &#233;cosocialiste r&#233;volutionnaire. Comme l'a not&#233; l'anthropologue marxiste Eleanor Leacock, Engels, dans la Dialectique de la nature, a cherch&#233; &#224; d&#233;velopper la base conceptuelle pour comprendre &#171; l'interd&#233;pendance compl&#232;te des relations sociales humaines et des relations humaines avec la nature &#187; (12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La revanche de la nature&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les probl&#232;mes &#233;cologiques sont le produit des relations entre le syst&#232;me et l'&#233;chelle. Dans l'analyse d'Engels, c'est le syst&#232;me qui est avant tout soulign&#233;. Dans son grand ouvrage, la Condition de la classe ouvri&#232;re en Angleterre, &#233;crit alors qu'il avait tout juste la vingtaine, il s'est concentr&#233; sur les conditions environnementales et &#233;pid&#233;miologiques destructrices de la r&#233;volution industrielle dans les grandes villes manufacturi&#232;res, en particulier Manchester. Il a soulign&#233; les conditions &#233;cologiques horribles impos&#233;es aux travailleurs par le nouveau syst&#232;me industriel : pollution, contamination toxique, d&#233;t&#233;rioration physique, &#233;pid&#233;mies p&#233;riodiques, mauvaise nutrition et mortalit&#233; &#233;lev&#233;e de la classe ouvri&#232;re, toutes associ&#233;es &#224; une exploitation &#233;conomique extr&#234;me. La Condition de la classe ouvri&#232;re en Angleterre reste unique de par sa puissante mise en accusation du &#171; meurtre social &#187; inflig&#233; par le capitalisme &#224; la population au moment de la r&#233;volution industrielle (13). Marx, pour qui le livre d'Engels a &#233;t&#233; le point de d&#233;part de ses propres &#233;tudes &#233;pid&#233;miologiques dans le Capital, l'a utilis&#233; pour analyser les &#171; &#233;pid&#233;mies p&#233;riodiques &#187; et la destruction du sol comme preuves de la rupture m&#233;tabolique du capitalisme. En Allemagne, l'analyse par Engels de l'&#233;tiologie des maladies dans la Condition de la classe ouvri&#232;re en Angleterre a eu une influence bien au-del&#224; des cercles socialistes. Rudolf Virchow, m&#233;decin pathologiste allemand, c&#233;l&#232;bre pour &#234;tre l'auteur de Die Cellularpathologie (la pathologie cellulaire), s'est r&#233;f&#233;r&#233; favorablement au livre d'Engels dans son propre travail pionnier en &#233;pid&#233;miologie sociale (14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette compr&#233;hension que les conditions mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233; de classes capitaliste &#233;taient environnementales autant qu'&#233;conomiques, appara&#238;t clairement dans toute l'&#339;uvre d'Engels. De plus, en cherchant constamment &#224; fusionner les perspectives mat&#233;rialistes et dialectiques de la nature et de la soci&#233;t&#233;, Engels est finalement arriv&#233; &#224; la th&#232;se que la &#171; nature &#187;, dont les &#234;tres humains sont une partie &#233;mergente, &#233;tait la &#171; preuve de la dialectique &#187; &#8211; une affirmation qui serait mieux comprise aujourd'hui en disant que l'&#233;cologie est la preuve de la dialectique (15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la perspective &#233;volutionniste-&#233;cologique d&#233;velopp&#233;e par Engels, &#233;vidente dans ses &#339;uvres de la maturit&#233; telles que Dialectique de la Nature et Anti-D&#252;hring, ce qui distinguait les &#234;tres humains des animaux non humains &#233;tait le r&#244;le du travail dans la transformation et la ma&#238;trise de l'environnement, rendant possible pour &#171; les hommes &#187; de devenir dans la soci&#233;t&#233; future &#171; des ma&#238;tres r&#233;els et conscients de la nature, parce que et en tant que ma&#238;tres de leur propre vie en soci&#233;t&#233;. &#187; (16) Mais cette tendance &#224; une plus grande ma&#238;trise de la nature &#224; certains &#233;gards, d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233;e sous le capitalisme, masquait aussi une tendance syst&#233;matique &#224; l'expansion des crises &#233;cologiques, puisque toute tentative de conqu&#234;te de la nature au m&#233;pris des limites des lois naturelles ne pouvait que conduire, finalement, aux catastrophes &#233;cologiques. Au milieu du XIXe si&#232;cle cela se voyait, d'abord et avant tout, dans la d&#233;vastation &#233;cologique provoqu&#233;e par le colonialisme : &#171; &lt;i&gt; Les planteurs espagnols &#224; Cuba qui incendi&#232;rent les for&#234;ts sur les pentes et trouv&#232;rent dans la cendre assez d'engrais pour une g&#233;n&#233;ration d'arbres &#224; caf&#233; extr&#234;mement rentables, que leur importait que, par la suite, les averses tropicales emportent la couche de terre superficielle d&#233;sormais sans protection, ne laissant derri&#232;re elle que les rochers nus ? Vis-&#224;-vis de la nature comme de la soci&#233;t&#233;, on ne consid&#232;re principalement, dans le mode de production actuel, que le r&#233;sultat le plus proche, le plus tangible ; et ensuite on s'&#233;tonne encore que les cons&#233;quences lointaines des actions visant &#224; ce r&#233;sultat imm&#233;diat soient tout autres, le plus souvent tout &#224; fait oppos&#233;es&lt;/i&gt; &#187; (17).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Engels, le point de d&#233;part d'une approche rationnelle de l'environnement se trouvait dans le c&#233;l&#232;bre aphorisme de Francis Bacon selon lequel &#171; on ne peut vaincre la nature qu'en lui ob&#233;issant &#187; &#8211; c'est-&#224;-dire en d&#233;couvrant et en se conformant &#224; ses lois (18). Pourtant, selon Marx et Engels, le principe baconien, dans la mesure o&#249; il &#233;tait appliqu&#233; dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise, &#233;tait avant tout trait&#233; comme une &#171; ruse &#187; pour conqu&#233;rir la nature afin de la soumettre aux lois du capital d'accumulation et de concurrence (19). La science a &#233;t&#233; transform&#233;e en un simple appendice du profit, consid&#233;rant les limites de la nature comme de simples barri&#232;res surmontables. L'application rationnelle de la science dans la soci&#233;t&#233; dans son ensemble ne serait possible que dans un syst&#232;me dans lequel les producteurs associ&#233;s r&#233;gulent la relation m&#233;tabolique humaine &#224; la nature sur une base non ali&#233;n&#233;e, conform&#233;ment aux v&#233;ritables besoins et potentiels humains et aux exigences de la reproduction &#224; long terme. Cela indiquait la contradiction entre, d'une part, la dialectique propre de la science, qui reconnaissait de plus en plus notre &#171; unit&#233; avec la nature &#187; et le besoin associ&#233; de contr&#244;le social, et, d'autre part, la pulsion myope du capitalisme vers l'accumulation &#224; l'infini, avec son incontr&#244;labilit&#233; inn&#233;e et sa n&#233;gligence des cons&#233;quences environnementales (20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette profonde perspective mat&#233;rialiste critique qui a conduit Engels &#224; souligner l'absurdit&#233; de la notion de conqu&#234;te de la nature &#8211; comme si la nature &#233;tait un territoire &#233;tranger &#224; soumettre, et comme si l'humanit&#233; ne se trouvait pas au c&#339;ur m&#234;me du m&#233;tabolisme terrestre. Une telle tentative de conqu&#234;te de la terre ne pouvait conduire qu'&#224; ce qu'il appelait, m&#233;taphoriquement, la &#171; revanche &#187; de la nature, &#224; mesure que divers seuils critiques (ou points de basculement) &#233;taient franchis : &#171; &lt;i&gt;Cependant ne nous flattons pas trop de nos victoires sur la nature. Elle se venge sur nous de chacune d'elles. Chaque victoire a certes en premier lieu les cons&#233;quences que nous avons escompt&#233;es, mais, en second et en troisi&#232;me lieu, elle a des effets tout diff&#233;rents, impr&#233;vus, qui ne d&#233;truisent que trop souvent ces premi&#232;res cons&#233;quences. Les gens qui, en M&#233;sopotamie, en Gr&#232;ce, en Asie Mineure et autres lieux essartaient les for&#234;ts pour gagner de la terre arable, &#233;taient loin de s'attendre &#224; jeter par l&#224; les bases de l'actuelle d&#233;solation de ces pays, en d&#233;truisant avec les for&#234;ts les centres d'accumulation et de conservation de l'humidit&#233;. Sur le versant sud des Alpes, les montagnards italiens qui saccageaient les for&#234;ts de sapins, conserv&#233;es avec tant de sollicitude sur le versant nord, n'avaient pas id&#233;e qu'ils sapaient par l&#224; l'&#233;levage de haute montagne sur leur territoire ; ils soup&#231;onnaient moins encore que, par cette pratique, ils privaient d'eau leurs sources de montagne pendant la plus grande partie de l'ann&#233;e et que celles-ci, &#224; la saison des pluies, allaient d&#233;verser sur la plaine des torrents d'autant plus furieux. (&#8230;) Et ainsi les faits nous rappellent &#224; chaque pas que nous ne r&#233;gnons nullement sur la nature comme un conqu&#233;rant r&#232;gne sur un peuple &#233;tranger, comme quelqu'un qui serait en dehors de la nature, mais que nous lui appartenons avec notre chair, notre sang, notre cerveau, que nous sommes dans son sein et que toute notre domination sur elle r&#233;side dans l'avantage que nous avons sur l'ensemble des autres cr&#233;atures de conna&#238;tre ses lois et de pouvoir nous en servir judicieusement. &lt;/i&gt; &#187; (21)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; une action consciente en accord avec la science rationnelle, les &#234;tres humains &#233;taient capables de s'&#233;lever dans une mesure consid&#233;rable au-dessus de &#171; l'influence d'effets impr&#233;vus, de forces incontr&#244;l&#233;es &#187;, percevant &#171; les cons&#233;quences plus ou moins lointaines de nos interventions dans le cours normal des choses de la nature &#187;. Pourtant, m&#234;me en ce qui concerne &#171; des peuples les plus d&#233;velopp&#233;s de notre temps &#187;, il se pourrait qu'une &#171; disproportion gigantesque subsiste entre les buts fix&#233;s d'avance et les r&#233;sultats obtenus &#187;, de sorte que &#171; les effets inattendus pr&#233;dominent &#187; et que &#171; les forces incontr&#244;l&#233;es sont beaucoup plus puissantes que celles qui sont mises en &#339;uvre suivant un plan. &#187; Les &#233;conomies de produits de base bas&#233;es sur les classes n'ont atteint &#171; que par exception le but voulu &#187;, produisant plus souvent le &#171; r&#233;sultat contraire &#187;. Par cons&#233;quent, une approche rationnelle, scientifique et durable de la relation humaine &#224; la nature et &#224; la soci&#233;t&#233; sous le capitalisme &#233;tait impossible (22).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est significatif que ce m&#234;me point de vue g&#233;n&#233;ral sur le capitalisme et l'&#233;cologie, articul&#233; par Engels, soit repris quelques ann&#233;es plus tard par Ray Lankester, qui &#233;tait le prot&#233;g&#233; de Charles Darwin et Thomas Huxley, proche ami de Marx (et qu'Engels connaissait) et le principal biologiste britannique de la g&#233;n&#233;ration apr&#232;s Darwin. Lankester &#233;tait un socialiste fabien qui avait lu et avait &#233;t&#233; influenc&#233; par le Capital de Marx. Dans son livre de 1911, The Kingdom of Man (qui rassemble une conf&#233;rence de 1905 &#224; Oxford, &#171; le Fils insurg&#233; de la nature &#187;, son discours de 1906 en tant que pr&#233;sident de la British Association for the Advancement of Science et son article &#171; Les revanches de la nature &#187; sur maladie du sommeil africaine), Lankester insiste sur le fait que la domination humaine croissante sur la terre donne lieu, de fa&#231;on contradictoire, &#224; un potentiel accru de catastrophes &#233;cologiques &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire. Ainsi, dans le chapitre sur &#171; Les revanches de la nature &#187;, il qualifie l'humanit&#233; de &#171; perturbateur de la Nature &#187; et donc responsable de maladies &#233;pid&#233;miques p&#233;riodiques mena&#231;ant l'humanit&#233; avec d'autres esp&#232;ces. &#171; Il semble &#234;tre une opinion l&#233;gitime &#187;, &#233;crit Lankester, &#171; que toute maladie dont les animaux [y compris l'animal humain] (et probablement les plantes aussi) sont responsables, sauf &#233;v&#233;nement transitoire et tr&#232;s exceptionnel, est due &#224; l'intervention de l'homme &#187; (23). De plus, cela pourrait &#234;tre attribu&#233; &#224; un syst&#232;me domin&#233; par les &#171; march&#233;s &#187; et les &#171; n&#233;gociants cosmopolites en finance &#187; qui sapent toute approche rationnelle et scientifique visant &#224; concilier nature et production humaine (24). Lankester d&#233;veloppera plus tard cet argument, &#233;crivant syst&#233;matiquement sur &#171; l'effacement de la nature par l'homme &#187; (25).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Marx et Engels dans leurs derniers &#233;crits, Lankester voyait dans le &#171; Royaume de l'Homme &#187; l'av&#232;nement d'un &#233;tat de l'humanit&#233; en permanence sur le fil du rasoir &#233;cologique, engendr&#233; par le capitalisme, qui, si les conditions naturelles &#233;taient pi&#233;tin&#233;es par l'accumulation de capital rapace, conduirait &#224; un d&#233;clin environnemental catastrophique. Si elle ne devait pas d&#233;truire les bases m&#234;mes de son existence, l'humanit&#233; n'avait donc pas d'autre choix que de contr&#244;ler sa production, de remplacer les diktats &#233;troits de l'accumulation du capital et d'adopter les diktats d'une science rationnelle en phase avec le d&#233;veloppement co&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Dialectique de la nature et l'histoire&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les intuitions &#233;cologiques d'Engels sont indissociables de ses recherches sur la dialectique de la nature dont elles sont issues. Pourtant, le tout premier principe de ce qui devait &#234;tre connu en tant que tradition philosophique du marxisme occidental &#233;tait qu'on ne pouvait pas dire que la dialectique s'applique &#224; la nature ext&#233;rieure, c'est-&#224;-dire ce qu'Engels d&#233;signait comme la &#171; dialectique dite objective &#187; n'existe pas au-del&#224; du domaine actif du sujet humain (26) Les relations dialectiques, et m&#234;me les objets du raisonnement dialectique, &#233;taient ainsi confin&#233;s &#224; la sph&#232;re historique humaine, o&#249; on peut dire que le m&#234;me sujet-objet pourrait s'appliquer, puisque toute r&#233;alit&#233; non r&#233;flexive (transfactuelle) en dehors de la conscience humaine et de l'action humaine &#233;tait exclue de l'analyse (27). Avec le rejet complet de la dialectique de la nature dans la tradition marxiste occidentale, l'extraordinaire puissance des explorations d'Engels dans ce domaine et l'&#233;norme influence qu'elles exer&#231;aient sur la pens&#233;e &#233;volutionniste et &#233;cologique dans les sciences naturelles et sur le marxisme ont &#233;t&#233; perdues, sauf pour un petit nombre de scientifiques de gauche et de mat&#233;rialistes dialectiques. Incapable de voir la dialectique comme li&#233;e &#224; la nature mat&#233;rielle, la philosophie marxiste occidentale avait tendance &#224; rel&#233;guer &#224; la fois la science naturelle et la nature ext&#233;rieure elle-m&#234;me dans le domaine du m&#233;canisme et du positivisme. Le r&#233;sultat fut de cr&#233;er un gouffre profond apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale entre la conception dominante de la philosophie marxiste en Occident et les sciences naturelles (et entre le marxisme occidental et la conception mat&#233;rialiste de la nature) &#8211; au moment m&#234;me o&#249; le mouvement &#233;cologique &#233;mergeait comme une force politique majeure (28)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La restauration des perspectives du mat&#233;rialisme historique classique dans ce domaine n&#233;cessite donc de retrouver, &#224; un certain niveau, la conception d'Engels de la dialectique de la nature (29). Ce qui implique de rejeter les critiques et pol&#233;miques, souvent peu ou mal argument&#233;es, de l'approche d'Engels de la dialectique de la nature. Ces critiques portent en g&#233;n&#233;ral contre les trois grandes &#171; lois &#187; dialectiques qu'il a emprunt&#233;es &#224; Hegel et auxquelles il a donn&#233; une nouvelle signification mat&#233;rialiste : 1) la transformation de la quantit&#233; en qualit&#233; et vice versa, 2) l'identit&#233; ou l'unit&#233; des contraires, et 3) la n&#233;gation de la n&#233;gation (30) En &#233;crivant sur la &#171; Philosophie de la science d'Engels &#187;, Peter T. Manicas, par exemple, s'est plaint de la nature &#171; presque vide de sens &#187; de ces lois (31). Mais, dans l'analyse d'Engels, il ne s'agissait pas de lois &#233;troites et fixes au sens positiviste, mais, plut&#244;t, dans la terminologie actuelle, de larges &#171; principes ontologiques &#187; con&#231;us dialectiquement, &#233;quivalents &#224; des propositions fondamentales tels le principe de l'uniformit&#233; de la nature, le principe de la perp&#233;tuit&#233; de la substance et le principe de causalit&#233;. En fait, l'approche d'Engels de la dialectique a remis en question de diverses mani&#232;res la compr&#233;hension de ces m&#234;mes principes tels qu'ils &#233;taient avanc&#233;s par la science de son &#233;poque (32).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;valuation la plus succincte et la plus p&#233;n&#233;trante des contributions d'Engels &#224; la dialectique de la nature fournie par un sp&#233;cialiste des sciences naturelles se trouve dans un pamphlet de 1936 intitul&#233; Engels as a Scientist du c&#233;l&#232;bre scientifique marxiste J.D. Bernal, professeur de physique et de radiocristallographie au Birkbeck College de l'Universit&#233; de Londres. Bernal a d&#233;peint Engels comme un philosophe et historien des sciences dont on ne pouvait pas &#171; dire qu'il &#233;tait amateur &#187; &#233;tant donn&#233; la gamme des contacts scientifiques qu'il avait d&#233;velopp&#233;s &#224; Manchester, et qu'il avait atteint un niveau d'analyse qui d&#233;passait de loin celui des philosophes professionnels de la science de son &#233;poque, comme Herbert Spencer et William Whewell en Angleterre et Friedrich Lange en Allemagne (33). Selon Bernal la compr&#233;hension profonde d'Engels du d&#233;veloppement historique de la science &#224; son &#233;poque repose sur une perception dialectique dans laquelle &#171; le concept de la nature &#233;tait toujours un tout et un processus &#187; (34). Engels avait emprunt&#233; cela de mani&#232;re critique &#224; Hegel, reconnaissant que derri&#232;re la pr&#233;sentation id&#233;aliste de ce dernier du changement dialectique dans sa Logique se trouvaient des processus dont on pourrait dire qu'ils &#233;taient objectivement inh&#233;rents &#224; la nature, tels qu'ils &#233;taient capt&#233;s par la cognition humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En abordant la premi&#232;re des trois &#171; lois &#187; dialectiques ou principes ontologiques qu'Engels avait tir&#233;s de Hegel &#8211; comment les changements de quantit&#233; peuvent conduire &#224; des transformations qualitatives et son contraire &#8211; Bernal a soulign&#233; son caract&#232;re essentiel pour une approche scientifique de la nature. &#171; Avec une perspicacit&#233; remarquable, Engels dit que &#8220;les soi-disant constantes de la physique ne sont en majeure partie pas autre chose que la d&#233;signation de points nodaux, auxquels un apport ou un retrait quantitatifs de mouvement entra&#238;nent dans l'&#233;tat du corps en question une modification qualitative&#8221; (&#8230;) Nous commen&#231;ons seulement &#224; appr&#233;cier la justesse essentielle de ces remarques et la signification de ces points nodaux &#187;. &#192; cet &#233;gard, Bernal a soulign&#233; la r&#233;f&#233;rence d'Engels au tableau p&#233;riodique de Dmitri Mendeleev comme un exemple de transformations qualitatives r&#233;sultant de changements quantitatifs continus, ainsi que la relation entre les notions de base d'Engels et les d&#233;couvertes permises par la th&#233;orie quantique (35). L'approche d'Engels, comme l'a indiqu&#233; le math&#233;maticien marxiste britrannique Hyman Levy, tend vers concept de &#171; changement de phase &#187; tel qu'employ&#233; dans la physique moderne (36).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, nous savons que ce principe dialectique vaut &#233;galement pour la biologie. Par exemple, l'augmentation de la densit&#233; de population de micro-organismes (une augmentation quantitative) peut provoquer un changement dans l'expression g&#233;n&#233;tique, conduisant &#224; la formation de quelque chose de nouveau (un changement qualitatif). Au fur et &#224; mesure que les populations bact&#233;riennes augmentent, les signaux (produits chimiques) &#233;mis par chaque organisme s'accumulent &#224; un niveau qui active les g&#232;nes, conduisant &#224; la production de biofilm mucilagineux dans lequel les organismes s'int&#232;grent. Les biofilms peuvent &#234;tre compos&#233;s d'un certain nombre d'organismes et attacher des organismes &#224; presque toutes les surfaces, des conduites d'eau aux roches des ruisseaux, de la plaque dentaire aux aux racines dans le sol (37).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me loi d'Engels, l'interp&#233;n&#233;tration des contraires, est plus difficile &#224; d&#233;finir, mais toujours d'une importance supr&#234;me pour la recherche scientifique. Dans l'explication de Bernal, il y a deux principes li&#233;s : 1) &#171; tout implique son contraire &#187; et 2) il n'y a &#171; dans la nature aucune ligne dure et rapide &#187;. Engels a illustr&#233; ce dernier point en se r&#233;f&#233;rant &#224; la c&#233;l&#232;bre d&#233;couverte de Lankester selon laquelle le crabe fer &#224; cheval (Limulus) &#233;tait un arachnide, une partie de la famille des araign&#233;es et des scorpions, une r&#233;v&#233;lation qui avait surpris le monde scientifique et boulevers&#233; les classifications biologiques pr&#233;c&#233;dentes (38). Bernal affirmait qu'Engels &#171; s'est approch&#233; tr&#232;s pr&#232;s des id&#233;es modernes de relativit&#233; &#187; dans son application de ce principe dialectique &#224; la physique et &#224; la question de la mati&#232;re et du mouvement (ou de l'&#233;nergie) (39). La notion d'Engels de l'unit&#233; des contraires est souvent vue dans la dialectique marxienne d'aujourd'hui sous l'angle du r&#244;le des relations internes, dans laquelle au moins un des corr&#233;latifs d&#233;pend de l'autre (40). Comme Engels lui-m&#234;me l'a observ&#233;, la reconnaissance que les relations m&#233;caniques avec &#171; cette fixit&#233; et cette valeur absolues qu'on leur imputait ne sont introduites dans la nature que par notre r&#233;flexion, tel est l'essentiel de la conception dialectique de la nature &#187; (41).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;gation de la n&#233;gation, la troisi&#232;me loi dialectique informelle d'Engels, qui, comme Bernal l'a not&#233;, semblait si paradoxale avec l'emploi de mots simples, visait &#224; faire comprendre que, au cours de son d&#233;veloppement historique ou de son &#233;volution dans le temps, tout ce qui se trouve dans le monde objectif est appel&#233; &#224; g&#233;n&#233;rer quelque chose de diff&#233;rent, une nouvelle r&#233;alit&#233; &#233;mergente, repr&#233;sentant de nouvelles relations mat&#233;rielles et de nouveaux niveaux &#233;mergents, souvent par l'action de facteurs r&#233;cessifs ou d'&#233;l&#233;ments r&#233;siduels, pr&#233;c&#233;demment surmont&#233;s, qui sont encore inh&#233;rents au pr&#233;sent. L'existence mat&#233;rielle dans son ensemble peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme conduisant &#224; une hi&#233;rarchie des niveaux organisationnels, tandis que le changement transformateur signifie souvent le passage d'un niveau &#224; un autre, comme le passage de la graine &#224; la plante (42).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement de ce que l'on appelle les &#171; propri&#233;t&#233;s &#233;mergentes &#187; est d&#233;sormais consid&#233;r&#233; comme un concept biologique et &#233;cologique de base. Dans un contexte &#233;cologique, cela se produit lorsque des communaut&#233;s d'esp&#232;ces interagissent de mani&#232;re &#224; produire de nouvelles caract&#233;ristiques, pour la plupart impr&#233;vues, r&#233;sultant du comportement de chaque esp&#232;ce dans la communaut&#233; (43). Un champ agricole de deux hectares avec un m&#233;lange de quatre esp&#232;ces diff&#233;rentes (en polyculture) peut conduire &#224; un rendement total sup&#233;rieur &#224; deux hectares consacr&#233;s &#224; la seule culture de chacune des esp&#232;ces s&#233;par&#233;ment. Cela peut se produire pour diverses raisons : par exemple, une meilleure utilisation de la lumi&#232;re du soleil et de l'eau, et une diminution des dommages caus&#233;s par les insectes dans le champ de polyculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La co&#233;volution des organismes produit &#233;galement de nouvelles propri&#233;t&#233;s. Par exemple, au cours de l'&#233;volution, les insectes se nourrissant des feuilles de certaines plantes conduisent au d&#233;veloppement de nombreux m&#233;canismes de d&#233;fense chez ces plantes. Par exemple, la production de produits chimiques qui inhibent l'alimentation de l'insecte et l'&#233;mission de produits chimiques qui recrutent des organismes (souvent de petites gu&#234;pes) qui pondent leurs &#339;ufs dans l'insecte, qui est ensuite tu&#233; &#224; mesure que les &#339;ufs se d&#233;veloppent. Mais le va-et-vient continue. Dans au moins un cas, celui de la chenille du Sphinx de la tomate [Manduca quinquemaculata], la gu&#234;pe doit &#233;galement injecter un virus qui d&#233;sactive le syst&#232;me immunitaire de la chenille pour permettre aux &#339;ufs de gu&#234;pe de se d&#233;velopper. L'&#233;volution cr&#233;e constamment quelque chose de diff&#233;rent, parfois dramatiquement, &#224; mesure que les organismes interagissent. Dans certains cas, cela conduit &#224; des changements fondamentaux dans des &#233;cosyst&#232;mes entiers et &#224; l'&#233;mergence de nouvelles esp&#232;ces dominantes dans des environnements particuliers. Comme l'&#233;crivait Engels, l'&#233;mergence, au sens de &#171; la n&#233;gation de la n&#233;gation se pr&#233;sente r&#233;ellement dans les deux r&#232;gnes [v&#233;g&#233;tal et animal] du monde organique &#187; (44).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant qu'historien des sciences, Engels, selon Bernal, &#233;tait remarquable dans son analyse des trois grandes r&#233;volutions scientifiques du XIXe si&#232;cle : 1) la thermodynamique &#8211; les lois de la conservation et de l'interchangeabilit&#233; des formes d'&#233;nergie et de l'entropie ; 2) l'analyse de la cellule organique et le d&#233;veloppement de la physiologie ; et 3) la th&#233;orie de l'&#233;volution de Darwin bas&#233;e sur la s&#233;lection naturelle par variation inn&#233;e (45). Comme Ilya Prigogine, laur&#233;at du prix Nobel de chimie 1977 devait plus tard l'observer, la grande perspicacit&#233; d'Engels fut de reconna&#238;tre que ces trois r&#233;volutions de la science physique &#171; rejetaient la vision m&#233;caniste du monde &#187; et se rapprochait &#171; de l'id&#233;e d'un d&#233;veloppement historique de la nature &#187; (46).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les pr&#233;occupations d'Engels, Bernal distingue la recherche de &#171; la synth&#232;se de tous les processus affectant la vie, l'&#233;cologie animale et la distribution [biologique] &#187; (47) Ce qui a rendu cette synth&#232;se possible &#233;tait sa conception du mouvement dialectique et du changement, soulignant la complexit&#233; des interactions mat&#233;rielles et l'introduction de nouvelles puissances &#233;mergentes, dans un processus d'origine, de d&#233;veloppement et de d&#233;clin. &#171; L'id&#233;e centrale du mat&#233;rialisme dialectique &#187;, explique Bernal, &#171; est celle de la transformation (&#8230;). La t&#226;che essentielle de la dialectique mat&#233;rialiste est d'expliquer le qualitativement nouveau &#187;, de d&#233;couvrir les conditions de l'&#233;mergence d'une nouvelle &#171; hi&#233;rarchie organisationnelle &#187; (48).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, la r&#233;alisation pionni&#232;re d'Engels a &#233;t&#233; d'utiliser sa conception dialectique de la nature pour mettre en lumi&#232;re les quatre probl&#232;mes mat&#233;rialistes de &#171; l'origine &#187; qui subsistaient apr&#232;s Darwin : 1) l'origine de l'univers (qui, selon Engels, &#233;tait une auto-origine telle que envisag&#233;e dans l'hypoth&#232;se n&#233;bulaire d'Emmanuel Kant et Pierre-Simon Laplace) ; 2) l'origine de la vie (pour laquelle Engels a r&#233;fut&#233; la notion de Justus von Liebig et Hermann Helmholtz de l'&#233;ternit&#233; de la vie et a plut&#244;t mis en &#233;vidence une origine chimique se concentrant sur le complexe de produits chimiques sous-jacents au protoplasme, en particulier les prot&#233;ines) ; 3) l'origine de la soci&#233;t&#233; humaine (pour laquelle Engels est all&#233; plus loin que tout autre penseur de son temps en expliquant l'&#233;volution de la main et des outils par le travail, et avec eux le cerveau et le langage, en anticipant les d&#233;couvertes ult&#233;rieures en pal&#233;oanthropologie) ; et 4) l'origine de la famille (pour laquelle il a expliqu&#233; la base matrilin&#233;aire originelle de la famille et la naissance de la famille patriarcale avec la propri&#233;t&#233; priv&#233;e). (49)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette fa&#231;on, Engels, insistait Bernal, avait anticip&#233; ou pr&#233;figur&#233; nombre des d&#233;veloppements de la science mat&#233;rialiste. &#171; Engels, qui a salu&#233; le principe de la conversion d'une forme d'&#233;nergie en une autre, aurait &#233;galement salu&#233; la transformation de la mati&#232;re en &#233;nergie. Le mouvement en tant que mode d'existence de la mati&#232;re [le grand postulat d'Engels] acquerrait ici sa v&#233;rit&#233; finale &#187; (50). Comme Bernal l'a not&#233; ailleurs, Engels &#171; &lt;i&gt;a vu plus clairement que la plupart des physiciens &#233;minents de son temps l'importance de l'&#233;nergie et son ins&#233;parabilit&#233; de la mati&#232;re. Aucun changement dans la mati&#232;re, a-t-il d&#233;clar&#233;, ne pouvait se produire sans un changement d'&#233;nergie, et vice versa. (&#8230;) [La] substitution du mouvement &#224; la force pour laquelle Engels se bat tout au long &#233;tait le point de d&#233;part de la critique de la m&#233;canique par Einstein &lt;/i&gt; &#187; (51).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, c'est la large perspective sur l'&#233;cologie &#233;manant de la dialectique d'Engels qui a constitu&#233; l'intuition la plus importante de la Dialectique de la nature et c'est la raison pour laquelle un retour &#224; la mani&#232;re de raisonner d'Engels reste si important. Comme Bernal l'a fait valoir, l'une des contributions cruciales d'Engels a &#233;t&#233; sa critique des notions de la conqu&#234;te humaine absolue de la nature. Engels avait puissamment diagnostiqu&#233; l'incapacit&#233; de la soci&#233;t&#233; humaine, et en particulier du mode de production capitaliste, &#224; pr&#233;voir les cons&#233;quences &#233;cologiques de ses actions, tra&#231;ant &#171; les effets des cons&#233;quences physiques ind&#233;sirables de l'interf&#233;rence humaine avec la nature, telles que la coupe des for&#234;ts et la propagation des d&#233;serts &#187; (52).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres scientifiques socialistes britanniques de premier plan des ann&#233;es 1930 et 1940 ont &#233;galement &#233;t&#233; impressionn&#233;s par les avertissements &#233;cologiques d'Engels. Pour le grand biochimiste et historien des sciences Joseph Needham, Engels pourrait &#234;tre d&#233;crit comme quelqu'un &#171; &#224; qui rien n'&#233;chappe &#187;. Engels a ainsi soulign&#233;, selon les mots de Needham, qu'un &#171; jour viendra peut-&#234;tre o&#249; la lutte de l'humanit&#233; contre les conditions d&#233;favorables de la vie sur notre plan&#232;te sera devenue si s&#233;v&#232;re que la poursuite de l'&#233;volution sociale deviendra impossible &#187;, se r&#233;f&#233;rant &#224; l'extinction &#233;ventuelle de l'esp&#232;ce humaine (53). Pour Needham, un tel point de vue critique, qui rejetait l'hypoth&#232;se grossi&#232;re du progr&#232;s lin&#233;aire, a &#233;galement servi &#224; &#233;clairer l'extraordinaire gaspillage et la destruction &#233;cologique de la soci&#233;t&#233; capitaliste - o&#249; le caf&#233; &#233;tait cultiv&#233; pour alimenter les foyers de locomotives. Cela soulevait la question d'une &#171; interpr&#233;tation thermodynamique de la justice &#187; puisque l'ali&#233;nation de la nature (y compris l'ali&#233;nation de l'&#233;nergie), comme Engels l'avait laiss&#233; entendre, &#171; gaspillait &#187; de r&#233;elles possibilit&#233;s humaines dans le pr&#233;sent et le futur (54).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le biologiste J.B.S. Haldane - l'une des deux grandes figures britanniques (avec R.A. Fisher) de la synth&#232;se n&#233;o-darwinienne, r&#233;conciliant la biologie darwinienne avec la r&#233;volution de la g&#233;n&#233;tique - voyait Engels comme &#171; la principale source &#187; de la dialectique mat&#233;rialiste. En comparant Engels &#224; Charles Dickens par rapport &#224; la r&#233;volution industrielle, Haldane a soulign&#233; qu'Engels voyait de plus en plus loin. &#171; &lt;i&gt;Dickens avait une connaissance de premi&#232;re main de ces conditions [de pauvret&#233; et de pollution]. Il les a d&#233;crits avec une indignation br&#251;lante et avec beaucoup de d&#233;tails. Mais son attitude &#233;tait plus de piti&#233; que d'espoir. Engels a vu la mis&#232;re et la d&#233;gradation des ouvriers, mais il a vu &#224; travers. Dickens n'a jamais sugg&#233;r&#233; que s'ils voulaient &#234;tre sauv&#233;s, ils devaient se sauver eux-m&#234;mes. Engels a vu que c'&#233;tait non seulement souhaitable mais in&#233;vitable &lt;/i&gt; &#187; (55).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reconnaissance de l'importance de la dialectique de la nature d'Engels s'est &#233;tendue &#224; notre &#233;poque. Les biologistes de Harvard, Richard Levins et Richard Lewontin, devaient consacrer leur ouvrage d&#233;sormais classique The Dialectical Biologist &#224; Engels, s'inspirant fortement, quoique quelque peu de fa&#231;on critique, de son analyse (56). Le pal&#233;ontologue et th&#233;oricien de l'&#233;volution Stephen Jay Gould, coll&#232;gue de Levins et Lewontin &#224; Harvard, devait observer qu'Engels a fourni le meilleur cas de co&#233;volution g&#232;ne-culture au XIXe si&#232;cle, c'est-&#224;-dire la meilleure explication de l'&#233;volution humaine du vivant m&#234;me de Darwin, &#233;tant donn&#233; que la co&#233;volution g&#232;ne-culture est la forme que doivent prendre toutes les th&#233;ories coh&#233;rentes de l'&#233;volution humaine. (57)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le d&#233;veloppement par Engels d'une dialectique de l'&#233;mergence qui se r&#233;v&#233;lera finalement le plus r&#233;volutionnaire. La signification de cette perspective &#8211; ontologiquement, &#233;pist&#233;mologiquement, m&#233;thodologiquement &#8211; a &#233;t&#233; saisie par Needham dans sa propre analyse r&#233;volutionnaire des &#171; niveaux int&#233;gratifs &#187; (ou &#233;mergence) dans Time, the Refreshing River (un titre qui renvoyait au grand mat&#233;rialiste ancien, H&#233;raclite) : &#171; &lt;i&gt; Marx et Engels ont eu l'audace d'affirmer que cela [le processus dialectique] se produit en fait dans la nature en &#233;volution elle-m&#234;me, et que le fait incontestable que cela se produit dans notre pens&#233;e sur la nature est parce que nous et notre pens&#233;e faisons partie de la nature. On ne peut consid&#233;rer la nature autrement que comme une s&#233;rie de niveaux d'organisation, une s&#233;rie de synth&#232;ses dialectiques. De la particule ultime &#224; l'atome, de l'atome &#224; la mol&#233;cule, de la mol&#233;cule &#224; l'agr&#233;gat collo&#239;dal, de l'agr&#233;gat &#224; la cellule vivante, de la cellule &#224; l'organe, de l'organe au corps, du corps animal &#224; l'association sociale, la s&#233;rie des niveaux d'organisation est compl&#232;te. Rien d'autre que l'&#233;nergie (comme nous appelons maintenant mati&#232;re et mouvement) et les niveaux d'organisation (ou les synth&#232;ses dialectiques stabilis&#233;es) &#224; diff&#233;rents niveaux n'ont &#233;t&#233; n&#233;cessaires pour la construction de notre monde.&lt;/i&gt; &#187; (58)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Engels dans l'anthropoc&#232;ne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est largement reconnu dans la science contemporaine (bien que ce ne soit pas encore officiel) que, du point de vue du temps g&#233;ologique, l'&#233;poque de l'Holoc&#232;ne, qui remonte &#224; pr&#232;s de douze mille ans, a pris fin &#224; partir des ann&#233;es 1950, remplac&#233;e par l'actuelle &#233;poque anthropoc&#232;ne. Le d&#233;but de l'anthropoc&#232;ne a &#233;t&#233; provoqu&#233; par une grande acc&#233;l&#233;ration des impacts anthropog&#233;niques sur l'environnement, de sorte que l'&#233;chelle de l'&#233;conomie humaine en est venue &#224; rivaliser avec les principaux cycles biog&#233;ochimiques de la plan&#232;te elle-m&#234;me, entra&#238;nant des fractures dans les limites plan&#233;taires qui d&#233;finissent le syst&#232;me terrestre comme un foyer s&#251;r pour l'humanit&#233; (59). L'Anthropoc&#232;ne repr&#233;sente donc ce que Lankester avait pr&#233;c&#233;demment appel&#233; le &#171; Royaume de l'Homme &#187;, dans le sens critique o&#249; il l'avait &#233;nonc&#233;, c'est-&#224;-dire que l'humanit&#233; &#233;tait de plus en plus le &#171; perturbateur &#187; de l'environnement naturel &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire. Par cons&#233;quent, la soci&#233;t&#233; n'a d'autre choix que de rechercher l'application rationnelle de la science, et donc le renversement d'un ordre social dans lequel la science a &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233;e &#224; un simple moyen par lequel &#171; le tr&#233;sor et le luxe sont ouverts aux capitalistes &#187; (60). Dans les termes plus &#233;nergiques d'Engels (et de Marx), cela signifiait que la condition pour la r&#233;gulation rationnelle du m&#233;tabolisme entre l'humanit&#233; et la nature, et donc l'application rationnelle de la science, c'&#233;tait la transformation du mode de production et de distribution. Toute autre voie conduisait &#224; l'accumulation de catastrophes (61).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans l'Anthropoc&#232;ne que la dialectique de l'&#233;cologie d'Engels peut enfin &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme prenant tout son sens. C'est l&#224; que l'accent qu'il met sur l'interd&#233;pendance de tout ce qui existe, l'unit&#233; des contraires, les relations internes, le changement discontinu, l'&#233;volution &#233;mergente, la r&#233;alit&#233; de la destruction des &#233;cosyst&#232;mes et du climat, et la critique des notions lin&#233;aires de progr&#232;s peuvent tous &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme essentiels pour l'avenir m&#234;me de l'humanit&#233; et de la Terre telle que nous la connaissons. Engels &#233;tait parfaitement conscient que dans les conceptions scientifiques modernes, &#171; la nature enti&#232;re se r&#233;sout elle-m&#234;me en histoire et l'histoire ne se distingue de l'histoire de la nature que comme le processus de d&#233;veloppement d'organismes conscients &#187; (62). Dans la mesure o&#249; l'humanit&#233; est ali&#233;n&#233;e de son propre travail et du processus de production, et donc de son m&#233;tabolisme avec la nature, cela ne peut signifier que la destruction de la nature aussi bien que de la soci&#233;t&#233;. La croissance quantitative du capital a conduit &#224; une transformation qualitative du rapport humain &#224; la terre elle-m&#234;me, que seule une soci&#233;t&#233; de producteurs associ&#233;s peut rationnellement aborder. Cela est li&#233; au fait qu'un mode de production qualitatif particulier (tel que le capitalisme) est associ&#233; &#224; une matrice sp&#233;cifique de demandes quantitatives, tandis qu'un mode de production transform&#233; qualitativement (comme dans le socialisme) peut conduire &#224; une matrice quantitative tr&#232;s diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels d&#233;montre que le capitalisme &#171; dilapide &#187; les ressources naturelles du monde, y compris les combustibles fossiles (63) : la pollution urbaine, la d&#233;sertification, la d&#233;forestation, l'&#233;puisement du sol et le changement climatique (r&#233;gional) sont tous le r&#233;sultat de formes de production non planifi&#233;es, incontr&#244;l&#233;es et destructrices, &#233;videntes dans l'&#233;conomie marchande capitaliste. Dans la foul&#233;e de Marx et de Liebig, il expliquait que l'&#233;norme probl&#232;me des eaux us&#233;es de Londres &#233;tait une manifestation de la fracture m&#233;tabolique, qui enlevait les nutriments du sol et les envoyait vers les villes surpeupl&#233;es o&#249; ils devenaient une source de pollution (64). Il a soulign&#233; la base de classe de la propagation p&#233;riodique des &#233;pid&#233;mies de variole, de chol&#233;ra, de typhus, de typho&#239;de, de tuberculose, de scarlatine, de coqueluche et d'autres maladies contagieuses qui affectaient les conditions environnementales de la classe ouvri&#232;re, avec une mauvaise alimentation, le surmenage, l'exposition &#224; des substances toxiques au travail et les blessures de toutes sortes sur le lieu du travail. Il a insist&#233;, sur la base de la nouvelle science de la thermodynamique, que le changement &#233;cologique historique &#233;tait irr&#233;versible et que la survie elle-m&#234;me de l'humanit&#233; &#233;tait finalement en question (65). &#192; propos des rapports actuels de production et d'environnement, il a &#233;crit sur une soci&#233;t&#233; qui est face &#224; la ruine ou &#224; la r&#233;volution. Le meurtre social de travailleurs en milieu urbain et les famines en Irlande et en Inde coloniales &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme des indices de l'exploitation extr&#234;me, de la d&#233;gradation &#233;cologique et m&#234;me de l'extermination massive de populations juste en dessous de la surface de la soci&#233;t&#233; capitaliste (66).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur toutes ces bases, Engels, comme Marx, a soutenu que le m&#233;tabolisme humain avec la nature devrait &#234;tre r&#233;gul&#233; par des producteurs associ&#233;s en conformit&#233; (ou en co&#233;volution) avec les lois de la nature telles que comprises par la science, tout en r&#233;pondant aux besoins individuels et collectifs. Une telle application rationnelle de la science, cependant, est impossible sous le capitalisme. Le d&#233;veloppement lui-m&#234;me n'est pas non plus contr&#244;lable sous le capitalisme, car il est fond&#233; sur un gain individuel imm&#233;diat. Pour mettre en &#339;uvre une approche scientifique globale et rationnelle, conforme aux besoins humains et aux conditions environnementales durables, il faut une soci&#233;t&#233; dans laquelle un syst&#232;me de planification &#224; long terme dans l'int&#233;r&#234;t de la cha&#238;ne des g&#233;n&#233;rations humaines puisse &#234;tre mis en &#339;uvre (67).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but, l'analyse d'Engels a implicitement int&#233;gr&#233; une notion de ce que l'on peut appeler le prol&#233;tariat environnemental. Ainsi, alors que le capitalisme s'int&#233;ressait &#224; &#171; l'&#233;conomie politique du capital &#187;, la classe ouvri&#232;re dans ses phases les plus opprim&#233;es et aussi les plus radicales s'int&#233;ressait &#224; l'ensemble de l'existence, toujours &#224; partir des besoins &#233;l&#233;mentaires. Appeler les objectifs des travailleurs une &#171; &#233;conomie politique de la classe ouvri&#232;re &#187;, comme Marx l'a fait autrefois, n'est peut-&#234;tre pas faux, mais il serait plus correct dans la terminologie actuelle de dire que les travailleurs, dans leurs luttes plus r&#233;volutionnaires, s'efforcent principalement de cr&#233;er une nouvelle &#233;cologie politique de la classe ouvri&#232;re, soucieuse de tout son environnement et de ses conditions de vie de base, qui ne peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e que sur une base communautaire (68). C'est ce qui ressort si bien de l'ouvrage d'Engels intitul&#233; la Situation de la classe laborieuse en Angleterre, o&#249; il expose syst&#233;matiquement la pollution de l'air et de l'eau, les &#233;gouts contamin&#233;s, les aliments frelat&#233;s, le manque de nutrition, les substances toxiques au travail, les blessures fr&#233;quentes et la morbidit&#233; et la mortalit&#233; &#233;lev&#233;es de la classe ouvri&#232;re &#8211; et consid&#232;re la lutte pour le socialisme comme la seule v&#233;ritable voie &#224; suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la Situation de la classe laborieuse en Angleterre a soulev&#233; des questions qui reviennent maintenant au premier plan dans l'Anthropoc&#232;ne. Pour Marx, l'&#339;uvre de jeunesse d'Engels a exerc&#233; une influence durable le conduisant &#224; d&#233;signer les &#171; &#233;pid&#233;mies p&#233;riodiques &#187; comme une manifestation de la fracture m&#233;tabolique parall&#232;lement &#224; la destruction du sol. De nombreuses pages du Capital sont consacr&#233;es &#224; simplement tenter de mettre &#224; jour l'analyse &#233;pid&#233;miologique d'Engels des d&#233;cennies plus tard (69). Aujourd'hui, dans le contexte de la pand&#233;mie Covid-19, ces id&#233;es prennent une importance renouvel&#233;e comme point de d&#233;part de la longue r&#233;volution pour un monde &#233;cosocialiste (70). Pourtant, pour faire avancer de telles analyses, il est n&#233;cessaire d'explorer une science (et un art) dialectique enracin&#233;e dans une conception de &#171; l'unit&#233; &#187; complexe de l'humanit&#233; et de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Tout est vendu &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels admirait la po&#233;sie de Percy Bysshe Shelley, qu'il consid&#233;rait comme un &#171; g&#233;nie &#187;. Dans sa jeunesse il &#233;crivait : &#171; une tendresse et une originalit&#233; dans la repr&#233;sentation de la nature que seul Shelley peut r&#233;aliser. &#187; (71) Dans les premi&#232;res strophes du Mont Blanc de Shelley, nous trouvons une dialectique mat&#233;rialiste de la nature et de l'esprit qui n'est pas sans rappeler celle d'Engels :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;ternel univers des choses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Coule &#224; travers l'esprit, et roule ses rapides vagues,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tant&#244;t obscures &#8211; tant&#244;t &#233;tincelantes &#8211;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tant&#244;t r&#233;fl&#233;chissant l'ombre &#8211;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tant&#244;t renvoyant la splendeur, o&#249; des secrets r&#233;servoirs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La source de l'humaine pens&#233;e apporte le tribut&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De ses eaux &#8211; avec un bruit qui n'est qu'&#224; moiti&#233; le sien &#187; (72)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Shelley, qui dans Queen Mab &#233;crivait sur l'ali&#233;nation de la nature par la soci&#233;t&#233; bourgeoise en m&#234;me temps que sur l'amour de cette nature &#8211; &#171; Tout est vendu : la lumi&#232;re m&#234;me du ciel est v&#233;nale ; les dons d'amour de la terre sont in&#233;puisables &#187; &#8211;, Engels a vu le besoin profond de r&#233;conciliation de l'humanit&#233; avec la nature, que seule une r&#233;volution pouvait apporter (73).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er novembre 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* John Bellamy Foster, professeur de sociologie &#224; l'Universit&#233; d'Oregon, est r&#233;dacteur en chef de la Monthly Review. En fran&#231;ais on peut lire son livre Marx &#233;cologiste, &#233;ditions Amsterdam, Paris 2011. Cet article a &#233;t&#233; d'abord publi&#233; dans la Monthly Review vol. 72 n&#176; 6 de novembre 2020, &lt;a href=&#034;https://monthlyreview.org/2020/11/01/engelss-dialectics-of-nature-in-the-anthropocene/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://monthlyreview.org/2020/11/01/engelss-dialectics-of-nature-in-the-anthropocene/&lt;/a&gt; (Traduit de l'anglais par JM).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Friedrich Engels, Dialectique de la nature, p. 140 (&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1883/00/engels_dialectique_nature.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1883/00/engels_dialectique_nature.pdf&lt;/a&gt;) Dialectique de la nature est un ouvrage inachev&#233; de Friedrich Engels, non publi&#233; du vivant de l'auteur. La correspondance de Marx et Engels montre que d&#232;s 1873, Engels projetait d'&#233;crire un grand travail sur la dialectique dans la nature. En 1882, Engels semble avoir rassembl&#233; toutes ses notes, mais la mort de Marx, en 1883, le force &#224; abandonner son travail pour des t&#226;ches plus urgentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Paul Blackledge, Friedrich Engels and Modern Social and Political Theory (State University of New York Press, Albany 2019), p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Walter Benjamin, GS, I, 3, p. 1232. Il s'agit d'une des notes pr&#233;paratoires des Th&#232;ses, qui n'appara&#238;t pas dans les versions finales du document. Le passage de Marx auquel se r&#233;f&#232;re Benjamin figure dans Luttes de classes en France (1850) : &#171; Die Revolutionen sind die Lokomotiven der Geschichte &#187; (le mot &#171; mondial &#187; ne figure pas dans le texte de Marx). Michael L&#246;wy, Walter Benjamin : avertissement d'incendie. Une lecture des th&#232;ses &#171; Sur le concept d'histoire &#187; (PUF, 2001, puis &#201;ditions de l'Aube, 2018), pp. 53-54.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. F. Engels, Anti-D&#252;hring, &#171; &#201;conomie Politique &#8211; I. Objet et m&#233;thode &#187; : (&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611q.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611q.htm&lt;/a&gt;) et &#171; &#201;conomie Politique &#8211; II. Th&#233;orie de la violence &#187; (&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611r.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611r.htm&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Les explosions de chaudi&#232;re de locomotive dues &#224; des soupapes de s&#233;curit&#233; d&#233;fectueuses et mal r&#233;gl&#233;es &#233;taient courantes au milieu du XIXe si&#232;cle. Press&#233;s par le temps, les m&#233;caniciens de locomotive coin&#231;aient ou fixaient souvent les soupapes de s&#233;curit&#233;, bloquant ainsi les soupapes de s&#233;curit&#233; du train, qui ne s'ouvraient pas ou qu'ils ne parvenaient plus &#224; ouvrir rapidement. Cf. Christian H. Hewison, Locomotive Boiler Explosions (David &amp; Charles, Newton Abbot 1983), pp. 11, 18-19, 36, 49, 54-56, 82, 85, 110.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Marx et Engels, Collected Works vol. 25, p. 459 ; John Bellamy Foster, &#171; Capitalism and the Accumulation of Catastrophe &#187;, Monthly Review vol. 63, n&#176; 7 (d&#233;cembre 2011), pp. 5-7 ; Karl Marx et Friedrich Engels, Marx-Engels Gesamtausgabe (MEGA) IV/31 (Akadamie Verlag, Amsterdam 1999), pp. 512-515.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Marx &amp; Engels, Collected Works vol. 25, p. 167 ; Karl Marx &amp; Friedrich Engels, Marx-Engels Gesamtausgabe (MEGA) IV/18 (Walter de Gruyter, Berlin 2019), pp. 670-74, 731 (extraits choisis par Marx) ; Mike Davis, Late Victorian Holocausts : El Ni&#241;o Famines and the Making of the Third World (Verso, London 2001) ; Marx &amp; Engels, Ireland and the Irish Question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Sur la notion de productivisme extr&#234;me et, en ce sens, de prom&#233;th&#233;isme, ainsi que sur son absence quasi totale dans la pens&#233;e de Marx et Engels, cf. John Bellamy Foster, The Ecological Revolution (Monthly Review Press, New York 2009), pp. 226-229.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. F. Engels, Anti-D&#252;hring, &#171; Socialisme &#8211; II. Notions th&#233;oriques &#187; (&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ab.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ab.htm&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Walt Rostow, The World Economy (University of Texas Press, Austin 1978), pp. 47-48 et 659-662.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Sur le d&#233;veloppement humain durable en tant que cadre r&#233;gissant &#224; la fois la pens&#233;e de Marx et d'Engels, voir Paul Burkett, &#171; Marx's Vision of Sustainable Human Development &#187;, Monthly Review vol. 57, n&#176; 5 (octobre 2005), pp. 34-62.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Eleanor Leacock, Pr&#233;face &#224; F. Engels, The Origin of the Family, Private Property and the State (International Publishers, New York 1972), p. 245. Commentaire en fran&#231;ais sur cette pr&#233;face sur ce lien : &lt;a href=&#034;http://sortirducapitalisme.fr/notes-de-lecture/223-preface-de-l-origine-de-la-famille-de-la-propriete-privee-et-de-l-etat-friedrich-engels-eleanor-leacock&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://sortirducapitalisme.fr/notes-de-lecture/223-preface-de-l-origine-de-la-famille-de-la-propriete-privee-et-de-l-etat-friedrich-engels-eleanor-leacock&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Marx &amp; Engels, Collected Works, vol. 4, pp. 394, 407 ; Ian Angus, &#171; Cesspools, Sewage, and Social Murder &#187;, Monthly Review vol. 70, n&#176; 3 (juillet-ao&#251;t 2018), p. 38 ; John Bellamy Foster, The Return of Nature (Monthly Review Press, New York 2020), pp. 182-195.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Howard Waitzkin, The Second Sickness (Free Press, New York 1983), pp. 71-72.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Marx &amp; Engels, Collected Works, vol. 25, p. 23 ; Foster, The Return of Nature, p. 254.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. F. Engels, Anti-D&#252;hring, &#171; Socialisme &#8211; II. Notions th&#233;oriques &#187;, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Friedrich Engels, Dialectique de la nature, op. cit. p. 143.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. F. Bacon, Novum Organum ou r&#232;gles v&#233;ritables pour l'interpr&#233;tation de la Nature (1620), Charpentier, Paris 1843 : &lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Nouvel_Organum/Texte_entier&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Nouvel_Organum/Texte_entier&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Friedrich Engels, Dialectique de la nature, op. cit., p. 141 ; Karl Marx, Grundrisse (Penguin, London 1973).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. Friedrich Engels, Dialectique de la nature, op. cit., p. 141.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. Friedrich Engels, Dialectique de la nature, op. cit., p. 141.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. Ibid., p. 32.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. Ray Lankester, The Kingdom of Man (Henry Holt and Co., New York 1911), pp. 1-4, 26, 31-33 ; John Bellamy Foster, The Return of Nature, pp. 61-64.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. R. Lankester, The Kingdom of Man, p. 31 ; Joseph Lester, Ray Lankester and the Making of Modern British Biology (British Society for the History of Science, Oxford 1995), pp. 163-164.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25. Ray Lankester, Science from an Easy Chair (Henry Holt and Co., New York 1913), pp. 365-369.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26. Friedrich Engels, Dialectique de la nature, op. cit., p. 169. La critique de Dialectique de la nature d'Engels trouve ses origines dans la note n&#176; 6 de Georg Luk&#225;cs dans Histoire et conscience de classe, bien que Luk&#225;cs, comme il l'a expliqu&#233; plus tard, n'ait jamais compl&#232;tement abandonn&#233; la notion de &#171; dialectique purement objective &#187; et tendait &#224; promouvoir une telle dialectique naturaliste, bas&#233;e sur Marx plus que sur Engels, dans sa pens&#233;e ult&#233;rieure. N&#233;anmoins, le rejet de la dialectique de la nature est devenu axiomatique pour le marxisme occidental &#224; partir des ann&#233;es 1920, et s'est renforc&#233; dans la p&#233;riode qui a suivi la Seconde Guerre mondiale. Georg Luk&#225;cs, History and Class Consciousness (MIT Press, Cambridge 1971), pp. 24, 207. Voir &#233;galement Russell Jacoby, &#171; Western Marxism &#187; dans A Dictionary of Marxist Thought, ed. Tom Bottomore (Blackwell, Oxford 1983), pp. 523-526 ; John Bellamy Foster, The Return of Nature, pp. 11-22. Sur le d&#233;bat g&#233;n&#233;ral concernant Engels au sein du marxisme contemporain, voir Paul Blackledge, Frederick Engels and Modern Social and Political Theory, pp. 1-20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27. Comme l'a fait valoir Roy Bhaskar, la n&#233;cessit&#233; de consid&#233;rer le domaine intransitif ou transfactuel &#233;tablit la distinction entre l'&#233;pist&#233;mologique et l'ontologique, contre la tendance, dans une grande partie de la philosophie contemporaine, y compris la tradition philosophique marxiste occidentale, &#224; promouvoir l'erreur &#233;pist&#233;mologique, caract&#233;ristique de l'id&#233;alisme, dans laquelle l'ontologie est subsum&#233;e dans l'&#233;pist&#233;mologie. L'adh&#233;sion au sophisme &#233;pist&#233;mologique rendrait impossible tout mat&#233;rialisme coh&#233;rent ou toute science naturelle. Roy Bhaskar, Dialectic : The Pulse of Freedom (Verso, London 1993), pp. 397, 399-400, 405.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28. C'est ce que l'on peut voir dans The Concept of Nature in Marx d'Alfred Schmidt, publi&#233; en 1962, la m&#234;me ann&#233;e que Printemps silencieux de Rachel Carson. L'&#339;uvre de Schmidt, produit de l'&#201;cole de Francfort (influenc&#233;e notamment par ses mentors Max Horkheimer et Theodor Adorno), niait pour l'essentiel la dialectique de la nature et toute r&#233;conciliation de l'humanit&#233; avec la nature &#224; l'aube de l'&#233;mergence du mouvement environnemental moderne. Alfred Schmidt, The Concept of Nature in Marx (Verso, Londres 1970).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29. Ce paragraphe et les six suivants ont &#233;t&#233; adapt&#233;s de John Bellamy Foster, The Return of Nature, pp. 379-381.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30. Friedrich Engels, Dialectique de la nature, op. cit., p. 52.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31. Peter T. Manicas, &#171; Engels's Philosophy of Science &#187;, dans Engels After Marx, ed. Manfred B. Steger et Terrell Carver (Pennsylvania University Press, University Park : 1999), p. 77.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32. Craig Dilworth, &#171; Principles, Laws, Theories, and the Metaphysics of Science &#187;, Synthese 101, n&#176; 2 (1994), pp. 223-247. Le principe d'uniformit&#233; (ou d'uniformisme), associ&#233; le plus &#233;troitement &#224; Charles Lyell, a &#233;t&#233; contest&#233; par le concept d'&#233;volution de Darwin, bien que le gradualisme de Darwin ait minimis&#233; le conflit. Stephen Jay Gould et le pal&#233;ontologue Niles Eldredge devaient remettre en cause l'uniformisme beaucoup plus radicalement dans leur th&#233;orie de l'&#233;quilibre ponctu&#233; des ann&#233;es 1980. Voir : Richard York and Brett Clark, The Science and Humanism of Stephen Jay Gould (Monthly Review Press, New York 2011), pp. 28, 40-42. La notion traditionnelle de perp&#233;tuation de la substance a &#233;t&#233; remise en question &#224; l'&#233;poque d'Engels par le d&#233;veloppement du concept d'&#233;nergie en physique. En relation avec ces deux principes ontologiques et le principe de causalit&#233;, o&#249; il abordait l'&#233;change complexe de cause &#224; effet, les &#171; lois &#187; dialectiques ou principes ontologiques d'Engels ont non seulement saisi les changements r&#233;volutionnaires qui se produisaient dans la science de son temps, mais ont &#233;galement pr&#233;figur&#233; de diverses mani&#232;res les d&#233;couvertes ult&#233;rieures. Pour les vues d'Engels sur la causalit&#233;, voir Dialectique de la nature, op. cit., pp. 186-187.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33. D. Bernal, Engels and Science (Labour Monthly Pamphlets, London 1936), pp. 1-2. (cf. : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/bernal/works/1930s/engels.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/bernal/works/1930s/engels.htm&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;34. Ibid., p. 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35. Ibid., pp. 5-7 ; Citation de Friedrich Engels, Dialectique de la nature, op. cit., p. 55.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36. Hyman Levy, A Philosophy for a Modern Man (Alfred A. Knopf, New York 1938), pp. 30-32, 117, 227-228.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37. Ce paragraphe a &#233;t&#233; &#233;crit par Fred Magdoff. Voir &#233;galement : Fred Magdoff &amp; Chris Williams, Creating an Ecological Society (Monthly Review Press, New York 2017), p. 215.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38. Friedrich Engels, Dialectique de la nature, op. cit., p. 184 ; E. Ray Lankester, &#171; Limulus an Arachnid &#187;, Quarterly Journal of Microscopical Science n&#176; 2 (1881), pp. 504-548, 609-649 ; John Bellamy Foster, The Return of Nature, pp. 56, 249.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39. J.D. Bernal, Engels and Science, pp. 7-8, J.D. Bernal, &#171; Dialectical Materialism &#187; dans Aspects of Dialectical Materialism, by Hyman Levy et al. (Watts and Co., London 1934), pp. 107-108.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40. J.D. Bernal, Engels and Science, p. 7 ; John Bellamy Foster, The Return of Nature, p. 242.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;41. Friedrich Engels, Anti-D&#252;hring, pr&#233;face (deuxi&#232;me &#233;dition) du 23 septembre 1885 : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;42. Les trois lois informelles de la dialectique d'Engels peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme li&#233;es &#224; l'&#233;mergence, en particulier la premi&#232;re et la troisi&#232;me. La troisi&#232;me loi informelle d'Engels, la n&#233;gation de la n&#233;gation, comme l'a soutenu Roy Bhaskar dans Dialectics : Pulse of Freedom, &#171; soul&#232;ve la question des absences exclues [absenting absences] et de la r&#233;affirmation des &#233;l&#233;ments perdus ou ni&#233;s de la r&#233;alit&#233;. Bernal a d&#233;velopp&#233; une analyse de la n&#233;gation de la n&#233;gation en termes de r&#244;le des r&#233;sidus qui r&#233;apparaissent et transforment les relations &#224; travers des processus &#233;volutifs complexes &#187;. Roy Bhaskar, Dialectic : The Pulse of Freedom (Verso, London 1993), pp. 150-152, 377-378 ; J.D. Bernal, Dialectical Materialism, op. cit. pp. 103-104.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;43. Ce paragraphe et le suivant ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s dans leur quasi-totalit&#233; par Fred Magdoff.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;44. Friedrich Engels, Anti-D&#252;hring, XIII. Dialectique. N&#233;gation de la n&#233;gation : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611o.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611o.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;45. J.D. Bernal, Engels and Science, pp. 8-10 ; Friedrich Engels, Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande (&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1888/02/fe_18880221.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1888/02/fe_18880221.htm&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;46. Ilya Prigogine &amp; Isabelle Stengers, Order Out of Chaos (Bantam, New York 1984), pp. 252-253. (&#201;crit et paru en fran&#231;ais : la Nouvelle Alliance : m&#233;tamorphose de la science, Gallimard, Paris 1979.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;47. J.D. Bernal, Engels and Science, p. 4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;48. J.D. Bernal, Dialectical Materialism, pp. 90, 102, 107, 112-117.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;49. J.D. Bernal, Engels and Science, pp. 10-12. En ce qui concerne Engels sur les origines de la vie, Richard Levins et Richard Lewontin ont &#233;crit que &#171; le mat&#233;rialisme dialectique s'est [n&#233;cessairement] surtout concentr&#233; sur certains aspects choisis de la r&#233;alit&#233;. Nous avons parfois mis l'accent sur la mat&#233;rialit&#233; de la vie par rapport au vitalisme, comme lorsque Engels a dit que la vie &#233;tait le mouvement des &#8220;corps albumineux&#8221; (c'est-&#224;-dire des prot&#233;ines ; maintenant, nous pourrions dire des macromol&#233;cules). Cela semble &#234;tre en contradiction avec notre rejet du r&#233;ductionnisme mol&#233;culaire, mais refl&#232;te simplement diff&#233;rents moments d'un d&#233;bat en cours o&#249; les principaux adversaires &#233;taient d'abord l'accent vitaliste mis sur la discontinuit&#233; entre les domaines inorganique et vivant, puis l'effacement r&#233;ductionniste des sauts de niveau r&#233;els &#187;. Richard Lewontin &amp; Richard Levins, Biology Under the Influence (Monthly Review Press, New York 2007), p. 103.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;50. J.D. Bernal, Engels and Science, pp. 13-14.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;51. J.D. Bernal, The Freedom of Necessity (Routledge and Kegan Paul, London 1949), p. 362.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;52. Ibid., pp. 364-365.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;53. Joseph Needham, Time, the Refreshing River (George Allen and Unwin, London 1943), pp 214-215 ; Engels, Ludwig Feuerbach.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;54. J. Needham, Time, the Refreshing River, pp. 214-215 ; Marx and Engels, Collected Works, vol. 46, p. 411.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;55. B. S. Haldane, The Marxist Philosophy and the Sciences (Random House, New York 1939), pp. 199-200 ; John Bellamy Foster, The Return of Nature, p. 391.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;56. Richard Levins &amp; Richard Lewontin, The Dialectical Biologist (Harvard University Press, Cambridge 1985).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;57. Stephen Jay Gould, An Urchin in the Storm (W.W. Norton, New York 1987), pp. 111-112.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;58. Needham, Time, the Refreshing River, pp. 14-15. Engels a &#233;crit : &#171; c'est pr&#233;cis&#233;ment la transformation de la nature par l'homme, et non la nature seule en tant que telle, qui est le fondement le plus essentiel et le plus direct de la pens&#233;e humaine, et l'intelligence de l'homme a grandi dans la mesure o&#249; il a appris &#224; transformer la nature &#187;. Friedrich Engels, Dialectique de la nature, op. cit., p. 186.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;59. Voir : John Bellamy Foster, Brett Clark, Richard York, The Ecological Rift (Monthly Review Press, New York 2010), pp. 13-18 ; Ian Angus, Facing the Anthropocene (Monthly Review Press, New York 2016) ; Clive Hamilton, Defiant Earth (Polity, Cambridge 2017).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;60. Lester, Ray Lankester, p. 164.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;61. John Bellamy Foster, &#171; Capitalism and the Accumulation of Catastrophe &#187;, pp. 1-2, 15-16 ; Foster, The Return of Nature, pp. 64, 286-287.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;62. Friedrich Engels, Dialectique de la nature, op. cit., p. 192.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;63. Marx and Engels, Collected Works, vol. 46, p. 411.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;64. Friedrich Engels, La question du logement, 3e partie, &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1872/00/logement.htm#NW-ANCHOR-42&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1872/00/logement.htm#NW-ANCHOR-42&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;65. Sur l'approche d'Engels en mati&#232;re de thermodynamique, voir John Bellamy Foster &amp; Paul Burkett, Marx and the Earth (Haymarket, Chicago 2016), pp. 137-203.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;66. &#192; propos des &#233;crits de Marx et Engels sur la d&#233;gradation &#233;cologique et l'extermination dans l'Irlande coloniale, voir John Bellamy Foster &amp; Brett Clark, The Robbery of Nature (Monthly Review Press, New York 2020), pp. 64-77.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;67. Engels a clairement indiqu&#233; que la r&#233;gulation rationnelle des relations entre l'homme et la nature, et donc une application rationnelle de la science, n'&#233;tait possible qu'avec &#171; un bouleversement complet de tout notre mode de production &#187; (Friedrich Engels, Dialectique de la nature, op. cit., p. 142). Sur l'ali&#233;nation de la science sous le capitalisme, voir Istv&#225;n M&#233;sz&#225;ros, Marx's Theory of Alienation (Merlin, London 1975), pp. 101-102. Le r&#244;le de la science sous le capitalisme est pr&#233;cis&#233; dans la notion de &#171; double nature de la science &#187; de Richard Levins : Richard Levins, &#171; Ten Propositions on Science and Antiscience &#187;, Social Text n&#176; 46&#8211;47 (1996), pp. 103-104. Le caract&#232;re incontr&#244;lable du capital est th&#233;oris&#233; dans Istv&#225;n M&#233;sz&#225;ros, Beyond Capital (Monthly Review Press, New York 1995), p. 713.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;68. Karl Marx, On the First International, ed. Saul Padover (McGraw-Hill, New York 1973), p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;69. Voir John Bellamy Foster, The Return of Nature, pp. 197-204.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;70. John Bellamy Foster &amp; Istvan Suwandi, &#171; COVID-19 and Catastrophe Capitalism &#187;, Monthly Review vol 72, n&#176; 2 (June 2020), pp. 3-4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;71. Marx et Engels, Collected Works, vol. 2, pp. 95-101, 497 ; vol. 4, p. 528. L'admiration d'Engels pour Shelley l'a conduit &#224; tenter de traduire en allemand Queen Mab, ainsi que The Sensitive Plant. Voir John Green, Engels : A Revolutionary Life (Artery, London 2008), pp. 28-29, 59. Pour un traitement fascinant de la po&#233;sie et de la politique r&#233;volutionnaires de Shelley, voir Annette Rubinstein, The Great Tradition in English Literature (Monthly Review Press, New York 1953), pp. 516-64&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;72. Percy Bysshe Shelley, Mont-Blanc (traduction fran&#231;aise) : &lt;a href=&#034;https://short-edition.com/fr/classique/percy-bysshe-shelley/mont-blanc-1&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://short-edition.com/fr/classique/percy-bysshe-shelley/mont-blanc-1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;73. Percy Bysshe Shelley, Complete Poetical Works, p. 773. Marx a d&#233;peint Shelley comme &#171; essentiellement un r&#233;volutionnaire &#187;, un point de vue qu'Engels partageait. Edward Aveling &amp; Eleanor Marx Aveling, Shelley's Socialism (The Journeyman, London 1975), p. 4.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Propagation de la Covid-19 par a&#233;rosol : La sant&#233; des salari&#233;s fait encore les frais de l'incoh&#233;rence du ministre Dub&#233;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Propagation-de-la-Covid-19-par-aerosol-La-sante-des-salaries-fait-encore-les</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Propagation-de-la-Covid-19-par-aerosol-La-sante-des-salaries-fait-encore-les</guid>
		<dc:date>2021-02-09T07:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alliance du personnel professionnel et technique de la sant&#233; et des services sociaux (APTS), Centrale des syndicats du Qu&#233;bec (CSQ), Conf&#233;d&#233;ration des syndicats nationaux (CSN), F&#233;d&#233;ration des travailleurs et des travailleuses du Qu&#233;bec (FTQ), F&#233;d&#233;ration interprofessionnelle de la sant&#233; du Qu&#233;bec (FIQ), Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP-Qu&#233;bec)</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Syndicalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Coronavirus</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-02-02</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D'une voix commune, les pr&#233;sidentes et pr&#233;sidents des organisations syndicales du r&#233;seau de la sant&#233; et des services sociaux (APTS, FIQ, FIQP, FSQ-CSQ, FSSS-CSN, FP-CSN, SCFP, SQEES-FTQ) d&#233;noncent haut et fort les directives du minist&#232;re de la Sant&#233; et des Services sociaux (MSSS) par lesquelles il refuse toujours l'acc&#232;s au masque N-95 pour les salari&#233;s qui travaillent aupr&#232;s des patients porteurs, ou suspect&#233;s de l'&#234;tre, de la COVID-19, et ce, malgr&#233; le fait que l'Institut national de sant&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton46594-4d764.jpg?1781417907' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D'une voix commune, les pr&#233;sidentes et pr&#233;sidents des organisations syndicales du r&#233;seau de la sant&#233; et des services sociaux (APTS, FIQ, FIQP, FSQ-CSQ, FSSS-CSN, FP-CSN, SCFP, SQEES-FTQ) d&#233;noncent haut et fort les directives du minist&#232;re de la Sant&#233; et des Services sociaux (MSSS) par lesquelles il refuse toujours l'acc&#232;s au masque N-95 pour les salari&#233;s qui travaillent aupr&#232;s des patients porteurs, ou suspect&#233;s de l'&#234;tre, de la COVID-19, et ce, malgr&#233; le fait que l'Institut national de sant&#233; publique du Qu&#233;bec (INSPQ) a reconnu, avec des mois de retard sur d'autres organisations sanitaires, que le virus se propageait par a&#233;rosol.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Sur la place publique, le ministre Christian Dub&#233; n'arr&#234;te pas de mentionner ses inqui&#233;tudes pour la sant&#233; physique et psychologique des personnes salari&#233;es du r&#233;seau, mais dans la r&#233;alit&#233; les directives soutenues par son minist&#232;re font plut&#244;t grimper leur niveau d'anxi&#233;t&#233; quant &#224; leur propre s&#233;curit&#233; et celle de leurs proches. Le ministre doit faire preuve de coh&#233;rence et rappeler &#224; l'ordre le minist&#232;re pour qu'il autorise le port du masque N-95 lorsque le personnel est en contact avec des usagers atteints de la COVID-19 ou suspect&#233;s de l'&#234;tre &#187;, ont d&#233;clar&#233; les dirigeants et dirigeantes syndicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un avis publi&#233; plus t&#244;t cette ann&#233;e, l'INSPQ a reconnu la propagation par a&#233;rosol de la COVID-19. Toutefois, faisant fi du principe de pr&#233;caution et sapant toute mesure de pr&#233;vention, il recommande le port du masque N-95 seulement lorsqu'une &#233;closion devient hors de contr&#244;le. Plut&#244;t que de suivre la proc&#233;dure (algorithme d&#233;cisionnel) complexe de l'INSPQ, les organisations syndicales proposent que les personnes salari&#233;es utilisent leur jugement professionnel pour d&#233;cider du port du N-95.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comment peut-on promouvoir l'usage d'un &#233;quipement de protection uniquement apr&#232;s une &#233;closion hors de contr&#244;le ? Est-ce qu'un pompier attend que le feu soit hors de contr&#244;le pour mettre son appareil respiratoire ? Est-ce qu'une soldate part au front sans casque de protection ? Et ce n'est pas une question de raret&#233; du N-95, le ministre a indiqu&#233; plusieurs fois qu'on n'en manquait plus. Ajoutons que le MSSS vient d'accorder un contrat de gr&#233; &#224; gr&#233; de 330 millions de dollars pour en assurer l'approvisionnement. Ce que l'on comprend des d&#233;cisions du minist&#232;re, c'est que la sant&#233; de nos membres est le cadet de ses soucis. C'est odieux &#187;, ont ajout&#233; les repr&#233;sentants des organisations syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de cette crise, le gouvernement fait appel &#224; la collaboration des organisations syndicales pour passer au travers de la pand&#233;mie. Cette collaboration semble toutefois unidirectionnelle, car chaque fois que les repr&#233;sentants syndicaux tentent d'obtenir une am&#233;lioration des conditions de sant&#233; et de s&#233;curit&#233; dans lesquelles travaillent leurs membres, ils et elles se voient opposer une fin de non-recevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le ministre Dub&#233; a l'occasion de prouver qu'il a vraiment &#224; c&#339;ur la sant&#233; et la s&#233;curit&#233; des salari&#233;s du r&#233;seau. Il doit faire preuve de leadership et respecter le principe de pr&#233;caution en mati&#232;re de pr&#233;vention et de contr&#244;le des infections. L'avis de l'INSPQ ne peut servir d'excuse &#224; son inaction &#187;, ont conclu les repr&#233;sentants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;conomie politique : apr&#232;s l'hibernation</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Economie-politique-apres-l-hibernation</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Economie-politique-apres-l-hibernation</guid>
		<dc:date>2021-02-09T07:28:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Husson</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-02-02</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La crise du Covid est une gigantesque d&#233;flagration dont les effets seront durables. Tout le monde comprend maintenant qu'il n'y aura donc pas de retour &#224; la normale. On pourrait en tirer la conclusion optimiste que la crise va ouvrir des &#171; jours meilleurs &#187;. Mais un point de vue plus r&#233;aliste est que le capitalisme, en tant que syst&#232;me, va faire de la r&#233;sistance et m&#234;me chercher &#224; mettre &#224; profit la crise pour renforcer sa supr&#233;matie. &lt;br class='autobr' /&gt; Paru sur le site Alencontre 2 f&#233;vrier 2021 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH98/arton46641-0e262.jpg?1781035296' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La crise du Covid est une gigantesque d&#233;flagration dont les effets seront durables. Tout le monde comprend maintenant qu'il n'y aura donc pas de retour &#224; la normale. On pourrait en tirer la conclusion optimiste que la crise va ouvrir des &#171; jours meilleurs &#187;. Mais un point de vue plus r&#233;aliste est que le capitalisme, en tant que syst&#232;me, va faire de la r&#233;sistance et m&#234;me chercher &#224; mettre &#224; profit la crise pour renforcer sa supr&#233;matie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Paru sur le site Alencontre&lt;br class='autobr' /&gt;
2 f&#233;vrier 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Michel Husson&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En attendant l'ann&#233;e derni&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel aurait pu &#234;tre le titre de cette contribution, en hommage &#224; Philip K. Dick (1928-1982). Elle est centr&#233;e sur la question de l'emploi qui concentre les enjeux sociaux de la p&#233;riode &#224; venir. Il faut commencer par prendre la mesure de cette crise et de ses effets d&#233;vastateurs sur l'emploi. Le bilan r&#233;alis&#233; par l'OIT [1] (Organisation internationale du travail) est &#233;clairant : &#171; les pertes en heures de travail pour 2020 ont &#233;t&#233; environ quatre fois plus importantes que pendant la crise financi&#232;re mondiale de 2009 &#187;. Et le monde entier est concern&#233;, comme l'illustre cette mappemonde &#233;tablie par l'OIT qui donne les pertes d'heures travaill&#233;es depuis la fin de 2019.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5516 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/hiberna2-1024x543.jpg?5516/b78ef764b532f6581fd3a923938fc9fa87a6fe82f616426b56934d7c83383d09&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH265/b78ef764b532f658-0ebc87da-774ba.jpg?1781035296' width='500' height='265' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette perte d'heures de travail se r&#233;partit &#224; parts &#224; peu pr&#232;s &#233;gales entre destructions d'emplois et maintien de l'emploi gr&#226;ce aux dispositifs de ch&#244;mage partiel ou assimil&#233;s, ce que l'OIT appelle &#171; r&#233;duction des heures de travail au sein de l'emploi &#187;. Ensuite, les destructions d'emplois conduisent en majorit&#233; &#224; une sortie du march&#233; du travail (&#171; glissement vers l'inactivit&#233; &#187;) et pour un tiers environ &#224; une augmentation du ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5517 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/hiberna3-1024x442.jpg?5517/107d627f791dd04a1ee63c7243d33e32eb86a72256eadcf969c10e0ff7208a96&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH216/107d627f791dd04a-8570b6f3-b06d6.jpg?1781035297' width='500' height='216' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le bilan &#224; l'&#233;chelle de la zone euro [2] est analogue, et on retrouve ce m&#234;me constat d'une chute significative des heures travaill&#233;es qui ne conduit qu'&#224; une hausse mod&#233;r&#233;e du ch&#244;mage. Il y a &#224; cela deux explications importantes qui ont des implications quant &#224; une (&#233;ventuelle) sortie de crise. La premi&#232;re est que, pour la plupart d'entre eux, les gouvernements europ&#233;ens ont recouru &#224; ce que l'on pourrait appeler une r&#233;duction &#171; d&#233;fensive &#187; de la dur&#233;e de travail, sous forme de ch&#244;mage partiel ou technique. Entre 2019 et 2020, le nombre total d'heures de travail a baiss&#233; d'environ 12% dans la zone euro, ce qui repr&#233;sente environ 35 milliards d'heures : c'est &#224; peu pr&#232;s le nombre total d'heures de travail effectu&#233;es en Espagne en 2019. Pourtant, l'emploi n'a baiss&#233;, dans le m&#234;me temps, &#171; que de &#187; 5 millions, soit environ 3%, alors que l'activit&#233; &#233;conomique (le PIB) a recul&#233; de 8%. Si l'on rapproche ces deux chiffres, la dur&#233;e moyenne de travail aurait baiss&#233; de l'ordre de 10%, passant de 1800 &#224; 1630 heures annuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le constat est le m&#234;me en France : selon l'Insee [3], le nombre d'heures travaill&#233;es a baiss&#233; de 20% entre mi-2019 et mi-2020, alors que l'emploi salari&#233; n'a recul&#233; que de 2,8%. L'OFCE [4] &#233;value &#224; 2,7 milliards le nombre d'heures ch&#244;m&#233;es prises en charge par le dispositif dit d'activit&#233; partielle, soit 1,5 million d'emplois &#233;quivalents temps plein &#8211; et 29 milliards d'euros d'indemnisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les pertes d'emplois, le taux de ch&#244;mage n'a augment&#233; que de 1,2 point dans la zone euro entre f&#233;vrier et octobre 2020. C'est l&#224; qu'intervient un second facteur clairement &#233;nonc&#233; par l'&#233;tude de la BCE d&#233;j&#224; cit&#233;e : &#171; la population active a baiss&#233; d'environ cinq millions de personnes au premier semestre 2020 &#187;. Une partie significative du volume d'emploi a &#233;t&#233; mis &#171; en hibernation &#187; avec le ch&#244;mage partiel, ou s'y est plac&#233; en se retirant du march&#233; du travail. Cette image de l'hibernation, emprunt&#233;e au dernier rapport du Conseil national de productivit&#233; [5], est heureuse car elle pose la bonne question : celle du r&#233;veil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De sombres perspectives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; des hypoth&#232;ses moyennement optimistes de lev&#233;e progressive des contraintes sanitaires, les perspectives sont sombres. Selon la Commission europ&#233;enne, le ch&#244;mage dans la zone euro augmenterait ainsi de 1,9 million en 2021, apr&#232;s 1,3 en 2020, portant le nombre de ch&#244;meurs &#224; pr&#232;s de 16 millions, et cela malgr&#233; une reprise de la croissance estim&#233;e &#224; 4%. Dans le cas de la France, les estimations convergent pour dire que 700 &#224; 800 000 emplois auront &#233;t&#233; d&#233;truits en 2020. En revanche, les pr&#233;visions pour 2021 ne font pas consensus [6] : 435 000 emplois seraient cr&#233;&#233;s selon le gouvernement dans son projet de budget, mais &#224; peu pr&#232;s z&#233;ro pour la Banque de France et l'OFCE. Le taux de ch&#244;mage devrait donc continuer &#224; augmenter, passant de 8,5 &#224; 10,7% selon la Commission europ&#233;enne. [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces pr&#233;visions sont &#233;videmment tr&#232;s al&#233;atoires dans la mesure o&#249; elles d&#233;pendent grandement de l'&#233;volution globale de la pand&#233;mie : le rythme de sa diffusion (ou de son extinction progressive) imprime un profil sp&#233;cifique aux &#233;volutions &#233;conomiques. L'imbrication entre crise sanitaire et cycle &#233;conomique est l'une des caract&#233;ristiques in&#233;dites de cette crise que nous avions soulign&#233;e dans une pr&#233;c&#233;dente contribution [8], et illustr&#233;e par le graphique reproduit ci-dessous (&#224; gauche). On peut le comparer avec le graphique de droite, qui illustre la pr&#233;vision de l'OCDE pour la zone euro [9], selon laquelle le niveau d'activit&#233; d'avant la crise ne sera retrouv&#233; qu'&#224; la fin 2022. On y remarque l'impact des confinements, mais la courbe reprend ensuite sa trajectoire. Toutes les pr&#233;visions ant&#233;rieures de l'OCDE (comme des autres institutions) sont ainsi &#224; la remorque des rebondissements sanitaires.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5518 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/hiberna4-1024x428.jpg?5518/c991b1c75c9ec5c19a76914fb1fd51f586770ec694f4654f41a72cc6d406f33e&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH209/c991b1c75c9ec5c1-79144d51-fbbb1.jpg?1781035297' width='500' height='209' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans cette situation de profonde incertitude o&#249; les param&#232;tres de la crise sanitaire sont mal ma&#238;tris&#233;s, la bourgeoisie et ses institutions se trouvent confront&#233;es &#224; un dilemme essentiel : quel doit &#234;tre le dosage optimal entre mesures de sauvegarde du syst&#232;me et retour &#224; un fonctionnement normal (business as usual). Ce dilemme porte sur deux questions essentielles : la gestion de la dette-Covid et le r&#233;tablissement du taux de profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire de la dette-Covid ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce domaine comme dans d'autres, la crise a conduit les classes dirigeantes &#224; faire des choix qui sont en contradiction totale avec leurs principes id&#233;ologiques : les normes budg&#233;taires europ&#233;ennes ont &#233;t&#233; suspendues, un plan de soutien coordonn&#233; a &#233;t&#233; mis en place. Il y a deux fa&#231;ons d'examiner ces volte-face. La premi&#232;re consiste &#224; d&#233;noncer de telles mesures comme insuffisantes ou provisoires, et ces critiques sont l&#233;gitimes. Mais ce serait sans doute une erreur de ne pas prendre acte de ces changements de politique, en montrant qu'ils indiquent, involontairement, la voie &#224; suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tournant le plus net est la gestion des dettes publiques qui ont, &#233;videmment, fortement augment&#233; en Europe. En France, par exemple, la dette publique va passer de 100% &#224; 120% du PIB. Or, cette &#171; dette-Covid &#187; a &#233;t&#233; g&#233;r&#233;e de mani&#232;re tout &#224; fait in&#233;dite. Elle a &#233;t&#233; &#233;mise de mani&#232;re en partie mutualis&#233;e, facilement plac&#233;e, puis rachet&#233;e en majeure partie par la BCE. La BCE a ainsi absorb&#233; une grande partie de la dette publique &#233;mise en 2020 : 76% pour l'Espagne, 73% pour la France, 70% pour l'Italie et 66% pour l'Allemagne [10]. Tout cela &#224; des taux d'int&#233;r&#234;t tr&#232;s faibles, voire n&#233;gatifs et avec des &#233;carts minimes entre les diff&#233;rents pays. Il faut encore une fois se f&#233;liciter de cet abandon des dogmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui se pose est alors : que faire de cette nouvelle dette ? Il y a sur ce sujet un d&#233;bat extr&#234;mement complexe &#8211; et virulent &#8211; entre les &#233;conomistes fran&#231;ais, y compris parmi les h&#233;t&#233;rodoxes. Il est difficile &#224; r&#233;sumer, d'autant plus qu'il renvoie &#224; des controverses sur la th&#233;orie mon&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A court terme, la prise en charge de cette dette suppl&#233;mentaire par les Banques centrales est un moindre mal et ne pose pas de probl&#232;me. Mais le droit de regard des march&#233;s financiers ne dispara&#238;t pas pour autant, puisque les titres de la dette publique sont toujours &#233;mis sur le march&#233; primaire : il serait na&#239;f de ne pas voir qu'ils restent en embuscade. L'objectif central devrait &#234;tre de se lib&#233;rer de cette emprise. Plut&#244;t que de viser &#224; une annulation de la partie de la dette d&#233;tenue par les banques centrales, il vaudrait mieux proposer une taxe-Covid d'urgence &#8211; et plus g&#233;n&#233;ralement la taxation des patrimoines les plus &#233;lev&#233;s &#8211;, la lutte contre l'&#233;vasion fiscale, l'institution d'un p&#244;le financier public, l'obligation faite aux banques d'un plancher de titres publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Intrins&#232;quement r&#233;versible&lt;/strong&gt;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui va se poser assez vite est de savoir jusqu'&#224; quand &#8211; et jusqu'&#224; quel niveau &#8211; les gouvernements et la BCE vont poursuivre leur politique du &#171; quoi qu'il en co&#251;te &#187;. En 2009, le FMI adressait cette recommandation &#224; la zone euro : &#171; &lt;i&gt;les mesures prises pour soutenir la r&#233;duction de la dur&#233;e de travail et l'augmentation des avantages sociaux &#8211; aussi importantes qu'elles soient pour accro&#238;tre les revenus et maintenir la main-d'&#339;uvre sur le march&#233; du travail &#8211; devraient &#234;tre intrins&#232;quement r&#233;versibles &lt;/i&gt; [11]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait ce qu'il en advint : en passant &#224; une politique de stricte aust&#233;rit&#233; en 2010, les pays europ&#233;ens ont aggrav&#233; la crise des dettes souveraines, s'infligeant un double dip (&#171; double creux &#187;) qui a repouss&#233; de plusieurs ann&#233;es une v&#233;ritable reprise de l'activit&#233;. La m&#234;me question se pose &#224; nouveau de choisir le bon timing : &#233;viter que le retour aux politiques pass&#233;es n'intervienne trop t&#244;t, sous peine de casser la reprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements ont sans doute appris de leurs erreurs pass&#233;es mais l'id&#233;e que les mesures prises dans l'adversit&#233; doivent &#234;tre &#171; intrins&#232;quement r&#233;versibles &#187; (pour reprendre cette d&#233;licieuse formule du FMI) n'a pas disparu de l'inconscient n&#233;o-lib&#233;ral. Voici ce que le m&#234;me FMI recommande aujourd'hui &#224; la France : &#171; &lt;i&gt;&#224; mesure que la reprise s'installera, les mesures d'urgence globales devraient c&#233;der la place &#224; des aides cibl&#233;es aux secteurs les plus dynamiques de l'&#233;conomie, tout en mettant en place un filet de s&#233;curit&#233; pour les personnes souffrant de la transition. Les efforts de r&#233;&#233;quilibrage ne devraient commencer que lorsque la reprise est confirm&#233;e mais le processus de planification, en revanche, devrait commencer d&#232;s maintenant afin de proposer une solution budg&#233;taire &#224; moyen terme cr&#233;dible, qui vise la r&#233;duction de la dette publique &lt;/i&gt; [12] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'OCDE adopte, comme le FMI, un ton mesur&#233;, mais qui n'en est pas moins inqui&#233;tant : &#171; &lt;i&gt;au cours des prochains mois, les pays devront vraisemblablement modifier et ajuster la composition et les caract&#233;ristiques de leurs programmes d'aides. En raison du co&#251;t des mesures d&#233;j&#224; mises en place, ils seront aussi confront&#233;s &#224; des d&#233;cisions difficiles pour d&#233;terminer comment cibler les d&#233;penses sans risquer de mettre pr&#233;matur&#233;ment fin au soutien octroy&#233; aux entreprises ou aux m&#233;nages qui en ont encore besoin&lt;/i&gt;[13] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ministre fran&#231;ais du budget est encore plus explicite : &#171; l&lt;i&gt;e pr&#233;sident de la R&#233;publique a &#233;t&#233; tr&#232;s clair &#224; ce sujet : nous avons su faire face &#224; la crise avec des dispositifs d'aides massives, mais ces dispositifs d'urgence sont amen&#233;s &#224; s'&#233;teindre progressivement au moment de la sortie de la crise. Le niveau de d&#233;penses que nous connaissons aujourd'hui n'est pas soutenable dans le temps &#187;. Bref, il faudra sortir, d&#232;s 2021, du &#171; quoi qu'il en co&#251;te &lt;/i&gt; [14] &#187;. Le gouvernement fran&#231;ais vient d'ailleurs de cr&#233;er une commission &#171; sur l'avenir des finances publiques &#187; dont la composition suffit &#224; montrer que son objectif est de justifier et organiser l'aust&#233;rit&#233; &#224; venir [15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Exub&#233;rance capitaliste&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un certain point de vue, le ministre du budget fran&#231;ais a raison : la politique actuelle de rachat par la BCE n'est pas &#171; soutenable dans le temps &#187;. Ces achats massifs de titres &#8211; le Quantitative easing &#8211; ont permis en effet de doper les cours boursiers, et c'est l'une des caract&#233;ristiques de cette crise de n'avoir n'a pas impact&#233; durablement les Bourses. Le graphique ci-dessous montre que le choc initial de la pand&#233;mie a certes fait chuter les cours d'un tiers environ, entre janvier et la fin mars 2020. Ensuite, gr&#226;ce &#224; la politique d'intervention massive des banques centrales, les cours boursiers ont retrouv&#233; un mouvement &#224; la hausse, plus marqu&#233; aux Etats-Unis (Dow Jones) qu'en France (CAC40).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5519 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH317/dd1bfbd0424a85f8-822e05a9-c2ebe.jpg?1781035297' width='500' height='317' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'effet collat&#233;ral de cet &#233;norme ballon d'oxyg&#232;ne est un creusement spectaculaire des in&#233;galit&#233;s de patrimoine, et en particulier immobilier : &#171; &lt;i&gt;cette politique mon&#233;taire va faire monter fortement les prix des actifs (ce mouvement a d&#233;j&#224; d&#233;but&#233;), donc va accro&#238;tre violemment les in&#233;galit&#233;s de patrimoine &#187; comme l'explique Patrick Artus, qui s'en inqui&#232;te : cela &#171; entra&#238;nera une critique encore plus violente du capitalisme, et peut-&#234;tre &#224; terme sa chute si une grande majorit&#233; des opinions consid&#232;re ces in&#233;galit&#233;s patrimoniales, qui ne r&#233;sultent pas d'un effort particulier, comme insupportables &lt;/i&gt; [16]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me s'ils ne vont pas &#224; &#233;voquer une chute du capitalisme, les &#233;conomistes du FMI sont pr&#233;occup&#233;s par cette exub&#233;rance boursi&#232;re. Ils reprennent &#224; leur compte l'inqui&#233;tude exprim&#233;e par &#171; divers analystes et investisseurs &#187; pour qui &#171; la valeur r&#233;elle des actifs &#224; risque, comme les actions et les obligations d'entreprises, semble ne pas correspondre &#224; la valeur du march&#233;. Ils soulignent les d&#233;calages existant entre les prix (tr&#232;s &#233;lev&#233;s) des march&#233;s des actions et les &#233;valuations d&#233;coulant des fondamentaux &#233;conomiques (encore faibles), en d&#233;pit de consid&#233;rables incertitudes &#233;conomiques &#187;. Ce d&#233;calage est mesur&#233; par le &#171; Q de Tobin &#187; qui rapporte la valeur des entreprises en Bourse &#8211; leur capitalisation &#8211; &#224; la valeur r&#233;elle de leurs actifs productifs. Le graphique ci-dessous [17] montre l'&#233;volution de cet indicateur depuis 30 ans pour les Etats-Unis. On constate effectivement qu'il atteint un sommet historique en d&#233;cembre dernier.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5520 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L354xH255/fd619b9e4228c67f-3fc875c4-64a88.jpg?1781035298' width='354' height='255' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour les &#233;conomistes du FMI d&#233;j&#224; cit&#233;s, &#171; les investisseurs font le pari d'un soutien politique constant, et il en r&#233;sulte une sorte d'exc&#232;s de confiance sur les march&#233;s [qui] augmente le risque d'une correction ou d'une &#8220;r&#233;&#233;valuation&#8221;. Une correction brutale et soudaine des prix des actifs &#8211; par exemple, &#224; la suite d'une hausse persistante des taux d'int&#233;r&#234;t &#8211; entra&#238;nerait un resserrement des conditions financi&#232;res. Cela pourrait interagir avec les vuln&#233;rabilit&#233;s financi&#232;res existantes, cr&#233;ant des r&#233;percussions sur la confiance et mettant en p&#233;ril la stabilit&#233; macrofinanci&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En th&#233;orie, les cours boursiers devraient refl&#233;ter les anticipations de profit. La d&#233;connexion que l'on peut observer signifie que les entreprises comptent sur une injection continue de liquidit&#233;s par la Banque centrale qui conduit &#224; la formation de &#171; bulles monstrueuses &#187;, comme le souligne Romaric Godin qui insiste sur &#171; &lt;i&gt;l'immense dilemme du prisonnier dans lequel les banques centrales sont enferm&#233;es, o&#249; les march&#233;s atteignent des niveaux injustifiables mais o&#249; elles ne peuvent se permettre de r&#233;tablir le rapport &#224; la r&#233;alit&#233; &#233;conomique [18]. &#187; Les &#233;conomistes du FMI ne disent pas autre chose : les d&#233;cideurs politiques vont donc &#234;tre confront&#233;s &#224; un &#171; dilemme difficile &#187; : ils doivent &#171; maintenir des conditions financi&#232;res faciles pour assurer la transition vers les vaccins et la reprise &#233;conomique. Mais ils doivent &#233;galement prot&#233;ger le syst&#232;me financier contre les cons&#233;quences involontaires de leurs politiques, tout en restant en accord avec leurs mandats &lt;/i&gt; [19] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus grave encore, et on se borne &#224; le signaler ici, le danger est que l'accumulation actuelle de dettes publiques serve d'argument pour restreindre le n&#233;cessaire financement public de la transition &#233;cologique [20].&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5521 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/hiberna8.jpg?5521/121161d08d07017da77be139060a81ddf3bd6279678383ff9a2cdb8b2f06d10a&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH414/121161d08d07017d-d8a46ce5-5a2b6.jpg?1781035298' width='500' height='414' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour vers le profit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les interrogations sur la gestion de la dette publique montrent que les gouvernements se projettent d&#233;j&#224; dans un retour &#224; la &#171; bonne sant&#233; &#187; budg&#233;taire, m&#234;me s'ils se pr&#233;occupent de son calibrage. Au-del&#224; des d&#233;bats techniques, il serait donc na&#239;f de penser qu'ils ont renonc&#233; &#224; leurs dogmes et que les &#171; jours d'apr&#232;s &#187; conduiront spontan&#233;ment &#224; une nouvelle &#171; gouvernance &#187;. Il en va de m&#234;me pour les capitalistes qui ont enregistr&#233; des pertes et dont l'objectif premier sera de r&#233;tablir la profitabilit&#233; mise &#224; mal par la pand&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le graphique ci-dessous [21] retrace l'&#233;volution en France du taux de marge, c'est-&#224;-dire la part du profit dans la valeur ajout&#233;e des soci&#233;t&#233;s non financi&#232;res. On observe la trace durable de la crise de 2008, puisque le taux de marge baisse jusqu'en 2013. Le profit se r&#233;tablit ensuite par paliers, le premier entre 2014 et 2015 (sous la pr&#233;sidence Hollande), le second &#224; partir de 2018 (sous la pr&#233;sidence Macron). Juste avant la crise du Covid, la rentabilit&#233; des entreprises fran&#231;aises avait &#233;t&#233; r&#233;tablie : le taux de marge &#233;tait alors de 33,3%, proche du niveau atteint avant la crise de 2008 (33,6 %) et m&#234;me du pic de 1989 &#224; 34% (apr&#232;s une petite d&#233;cennie d'aust&#233;rit&#233; socialiste). Le confinement l'a fait plonger &#224; un niveau tr&#232;s bas au deuxi&#232;me trimestre. La reprise au troisi&#232;me trimestre a permis de r&#233;cup&#233;rer m&#233;caniquement une partie du recul, mais les estimations de l'Insee pour le quatri&#232;me trimestre montrent que ce mouvement s'est interrompu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5522 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/hiberna7-1024x633.jpg?5522/50ae3588c5eb8d25fe59385f98dd59c92c06a4f0a247fdb7e0a68c2783646182&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH309/50ae3588c5eb8d25-5cd2b62c-f8477.jpg?1781035298' width='500' height='309' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, apr&#232;s une r&#233;cession, &#171; les entreprises ont une capacit&#233; d'ajustement et de redressement tr&#232;s rapide, ce qui n'est pas le cas pour le reste de l'&#233;conomie [22] &#187;. Une enqu&#234;te de l'Eurogroup consulting [23] montre d'ailleurs que le r&#233;tablissement de leurs profits est la principale pr&#233;occupation des grandes entreprises, hormis l'adaptation aux incertitudes li&#233;es &#224; la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe deux grandes m&#233;thodes pour atteindre cet objectif : la plus moderne consiste &#224; augmenter la productivit&#233; plus vite que le salaire, ce que le vieux Marx appelait plus-value relative. Cette crise serait alors l'occasion d'un coup de fouet par g&#233;n&#233;ralisation des formes diverses d'automatisation &#8211; d&#233;finie ici au sens large &#8211; depuis la robotisation jusqu'&#224; la &#171; plateformisation &#187;, en passant par le t&#233;l&#233;travail [24]. On pourrait ainsi mettre un terme &#224; la longue baisse tendancielle des gains de productivit&#233; ou en tout cas &#233;ponger les pertes de productivit&#233; li&#233;es &#224; la crise. C'est ce qu'esp&#232;rent certains, les &#171; techno-optimistes &#187;, comme l'expriment tr&#232;s clairement trois &#233;conomistes de la Banque de France : &#171; ces technologies pourraient contribuer fortement au rebond &#233;conomique apr&#232;s la crise du COVID-19 qui en a stimul&#233; le recours [25] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une enqu&#234;te de McKinsey aupr&#232;s de 800 chefs d'entreprise &#224; travers le monde montre qu'ils ont d&#233;j&#224; acc&#233;l&#233;r&#233; l'informatisation et l'automatisation pendant la pand&#233;mie, notamment sous forme de t&#233;l&#233;travail [26]. McKinsey estime par ailleurs que 10% des emplois europ&#233;ens seraient &#8220;doublement expos&#233;s&#8221; &#224; l'automatisation et &#224; la Covid-19, les femmes &#233;tant deux fois plus susceptibles que les hommes d'occuper ces emplois &#224; haut risque [27].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant les choses ne sont pas si simples : une &#233;tude portant sur les pr&#233;c&#233;dentes &#233;pid&#233;mies [28] montre qu'elles ont stimul&#233; l'automatisation, mais qu'elles ont malgr&#233; tout durablement r&#233;duit la productivit&#233; en raison de leurs effets perturbateurs : dislocation de la main-d'&#339;uvre, baisse de l'innovation et de l'investissement, etc. [29]. Cela supposerait en outre que les entreprises soient en mesure d'investir et de d&#233;penser en recherche-d&#233;veloppement. Or, ce n'est pas garanti, comme le signalent par exemple deux syndicalistes fran&#231;aises : &#171; la liste des entreprises qui profitent de la crise pour tailler dans leurs effectifs d'ing&#233;nierie, de recherche et d'encadrement est longue : Sanofi, Renault, Danone, Nokia, General Electric, Total, IBM, Airbus, Akka, Alten, CGG, Renault Trucks, etc. [30] &#187;. Reporter dans le temps de nouvelles d&#233;penses d'investissement est apr&#232;s tout un moyen de r&#233;tablir les comptes qui peut para&#238;tre raisonnable tant que l'on n'est pas sorti d'un climat d'incertitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des explications donn&#233;es au ralentissement des gains de productivit&#233; est la pr&#233;sence d'entreprises &#171; zombies &#187; qui feraient obstacle &#224; la diffusion des innovations technologiques. Cette th&#233;matique rebondit aujourd'hui &#224; propos des aides accord&#233;es aux entreprises pendant la crise. Le Conseil national de la productivit&#233; insiste sur le &#171; n&#233;cessaire retrait des mesures de soutien &#187; ; il signale le risque qu'il y aurait &#224; &#171; trop prot&#233;ger les entreprises d&#233;j&#224; &#233;tablies et peu productives [ce qui] emp&#234;cherait une r&#233;allocation du capital, des comp&#233;tences et des parts de march&#233; vers des entreprises plus productives &#187;. Certes, ce risque est pr&#233;sent&#233; comme mod&#233;r&#233;, cependant &#171; il est important de ne pas soutenir artificiellement des entreprises non viables une fois que l'activit&#233; sera repartie [31] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question des &#171; entreprises zombies &#187; est un bon exemple de la difficult&#233; &#224; d&#233;terminer le r&#233;glage optimal dans le temps. Elle est bien illustr&#233;e par la chef &#233;conomiste de la Direction du Tr&#233;sor : &#171; l'argument schump&#233;t&#233;rien devra, encore pour plusieurs mois, passer au second plan par rapport &#224; la n&#233;cessit&#233; de limiter les liquidations pour pr&#233;server le tissu productif et les comp&#233;tences, car l'incertitude va demeurer quant &#224; l'impact durable de la crise sur les mod&#232;les d'affaires [32] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rattraper le temps (de travail) perdu&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a d&#233;crit plus haut la r&#233;tention d'effectifs li&#233;e aux dispositifs de ch&#244;mage partiel. Ce m&#233;canisme est encore mieux illustr&#233; par le graphique ci-dessous [33]. On peut y observer que la chute de l'activit&#233; du deuxi&#232;me trimestre 2020 a entra&#238;n&#233; une baisse &#233;quivalente du nombre d'heures travaill&#233;es. Mais la baisse de l'emploi a &#233;t&#233; en grande partie amortie par diverses formes de r&#233;duction du temps de travail (RTT) que l'on a qualifi&#233;e de &#171; d&#233;fensive &#187; : c'est la zone verte du graphique. Le creux a &#233;t&#233; en partie combl&#233; au troisi&#232;me trimestre mais il reste un &#233;cart d'environ 4% entre l'emploi et celui qui serait &#171; conforme &#187; (toutes choses &#233;gales par ailleurs) au niveau de l'activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5523 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/hiberna9-1024x631.jpg?5523/ac6b65e1a3111f64534f71ec16da23ad20f8648a6b4f65e36aa682f2e773bbcf&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH308/ac6b65e1a3111f64-322c48ec-8656e.jpg?1781035299' width='500' height='308' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le raisonnement des employeurs va donc &#234;tre, naturellement, qu'il faut rattraper ce temps (de travail) perdu. La situation pour eux est d'autant moins tenable que la prise en charge d'une bonne partie de la masse salariale par les finances publiques ne saurait durer &#233;ternellement. La premi&#232;re solution est &#233;videmment de licencier, et elle est d&#233;j&#224; mise en &#339;uvre avec la multiplication par 3 en 2020 des plans de licenciements (cyniquement baptis&#233;s &#171; plans de sauvegarde de l'emploi &#187;), y compris dans les entreprises qui ne sont pas parmi les plus touch&#233;es par la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde est d'allonger la dur&#233;e du travail en contournant la l&#233;gislation, et on en revient &#224; la vieille plus-value absolue de Marx. Telle est l'id&#233;e simple qui sous-tend une note de l'Institut Montaigne publi&#233;e d&#232;s mai dernier [34], insistant sur la &#171; n&#233;cessaire augmentation de la dur&#233;e moyenne du travail &#187;. Cette note, &#233;manant du principal think tank du patronat (et de la macronie [35]) est r&#233;v&#233;latrice. Elle contenait un catalogue de mesures visant &#224; d&#233;tricoter la l&#233;gislation sur le temps de travail : &#171; d&#233;roger au temps de repos de 11 heures minimum par jour (&#8230;) donner des incitations nouvelles &#224; l'accroissement du temps de travail &#187;, etc. et tout cela, si possible &#171; au niveau de l'entreprise &#187;. Enfin, les fonctionnaires, notamment les enseignants, n'&#233;taient pas oubli&#233;s : il faudra bien &#171; rattraper les semaines de retard scolaire &#187;. Au niveau des entreprises, le patronat fera valoir cet argument : ce n'est pas le moment de se tourner les pouces ! A vrai dire, le terrain a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; largement pr&#233;par&#233; par les r&#233;formes r&#233;centes du march&#233; du travail, toutes sous-tendues par l'id&#233;e qu'il faut que &#231;a se passe &#171; au niveau des entreprises &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5524 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/hiberna10-1024x670.jpg?5524/9633c4e605968d8281d42829fcbeced29deae0e3143314e3fa0137e5779b701c&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH327/9633c4e605968d82-73323a7a-7e16e.jpg?1781035299' width='500' height='327' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e du ch&#244;mage a toujours pour effet de modifier le rapport de forces au d&#233;triment de salari&#233;s. Cette crise ne fait pas exception &#224; ce principe : une enqu&#234;te de l'Un&#233;dic [36], l'organisme qui g&#232;re l'indemnisation du ch&#244;mage en France, rel&#232;ve que &#171; les salari&#233;s comme les demandeurs d'emploi se disent pr&#234;ts &#224; des concessions pour se donner de meilleures chances de voir leur projet professionnel aboutir &#187; constate. Ce qu'un directeur d'agence de P&#244;le emploi (paraphrasant Marx) traduit ainsi : &#171; &#224; cause de la crise, il y a davantage de main-d'&#339;uvre disponible. Les employeurs peuvent se permettre de rester exigeants. Voire de l'&#234;tre davantage [37] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement contribue par anticipation &#224; ce durcissement des rapports sociaux. Il maintient une r&#233;forme r&#233;gressive de l'indemnisation du ch&#244;mage, se refuse &#224; l'extension aux jeunes de 18 &#224; 25 ans du RSA (une forme de revenu garanti) et il pr&#233;parerait en sous-main une ordonnance qui supprimerait la priorit&#233; accord&#233;e au versement des salaires en cas de faillite d'une entreprise [38].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;amorcer la pompe &#224; profit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ventuelle sortie de crise exacerbe une contradiction classique et permanente du capitalisme. Pour fonctionner, il a en effet besoin &#224; la fois de profit et de d&#233;bouch&#233;s. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, ce qui am&#233;liore le profit a pour effet de r&#233;duire les d&#233;bouch&#233;s, et c'est encore plus vrai dans la situation actuelle. Autrement dit, s'il est rationnel pour une entreprise donn&#233;e de r&#233;duire l'emploi pour redresser le profit, le r&#233;sultat global peut tr&#232;s bien &#234;tre un resserrement des d&#233;bouch&#233;s. Si, par ailleurs, l'Etat cherche &#224; restreindre ses d&#233;penses pour r&#233;duire le d&#233;ficit, le r&#233;sultat peut &#234;tre une r&#233;cession auto-inflig&#233;e. On a vu que, m&#234;me si les Etats semblent avoir tir&#233; la le&#231;on de la crise des dettes souveraines, ils restent anim&#233;s par le principe selon lequel une dette doit &#234;tre rembours&#233;e. Dans les deux cas, gestion des finances publiques et gestion de la main-d'&#339;uvre, la question est donc la m&#234;me : &#224; quel moment faudra-t-il passer aux ajustements forc&#233;ment brutaux n&#233;cessaires pour r&#233;cup&#233;rer le temps perdu et revenir &#224; un fonctionnement &#171; normal &#187; ? A quel moment les dispositifs d'urgence &#171; intrins&#232;quement r&#233;versibles &#187; devront-ils &#234;tre abandonn&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question, on l'aura compris, n'est pas de savoir s'il faut r&#233;tablir le profit, mais &#224; quelle vitesse. Le dilemme est encore accentu&#233; par l'extraordinaire h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de cette crise. Elle implique que le red&#233;marrage risque de se faire dans le d&#233;sordre, ce qui conduit les &#233;conomistes &#224; parler de reprise &#171; en K &#187; o&#249; certains repartent, tandis que d'autres p&#233;riclitent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5525 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/hiberna11-1024x781.jpg?5525/37cce09716962906fde5fde4b43402c185f741ed3960d2622ddb1d41a23b61a8&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH381/37cce09716962906-f8c16f9d-edc09.jpg?1781035300' width='500' height='381' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De plus, tout le monde n'a pas &#233;t&#233; frapp&#233; de la m&#234;me mani&#232;re, ce qui veut dire que les cicatrices de la crise ne dispara&#238;tront pas toutes, ou en tout cas pas &#224; la m&#234;me vitesse. Il y a les pr&#233;caires, les &#233;tudiants et les jeunes en g&#233;n&#233;ral, les salari&#233;s des secteurs particuli&#232;rement frapp&#233;s (restauration, culture, a&#233;ronautique, secteur associatif). A propos des &#233;tudiants, la revue du FMI [39] a publi&#233; un article au titre r&#233;v&#233;lateur : &#171; L'ombre permanente d'un d&#233;marrage malheureux &#187;. Au plan macro&#233;conomique, c'est la m&#234;me &#171; ombre permanente &#187; qui p&#232;se sur les diff&#233;rents &#233;l&#233;ments de la demande : les consommateurs (ou plut&#244;t les 20% les plus riches) vont-ils d&#233;penser leur &#171; &#233;pargne forc&#233;e &#187; ? Les entreprises vont-elles investir ? Les exportations vont-elles reprendre ? La fragilit&#233; des r&#233;ponses des &#233;conomistes &#224; ces questions est un bon indicateur du degr&#233; d'incertitude de la conjoncture actuelle [40].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, les formes d'ajustement de l'emploi seront elles aussi diff&#233;renci&#233;es : destructions pures et simples, faillites, plans sociaux, dispositifs de pr&#233;retraites, cong&#233;s sp&#233;ciaux, allongement et flexibilisation du temps de travail, extension des plateformes et du travail le dimanche, tout va &#234;tre mis en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question majeure va &#234;tre de coordonner une &#233;ventuelle reprise, de r&#233;tablir des circuits &#233;conomiques qui ne pourront l'&#234;tre &#224; l'identique. Il est &#233;videmment inutile de compter sur les entreprises pour r&#233;aliser cette coordination : chacune cherchera &#224; sortir du marasme dans un climat de concurrence exacerb&#233;e. Cette fonction devrait revenir &#224; l'Etat qui devrait organiser une &#171; planification &#187; de la reprise : on a vu que m&#234;me le FMI ne craignait pas d'utiliser ce mot sulfureux. Mais l'Etat n'a pas l'intention de s'engager sur cette voie, et d'ailleurs il ne dispose pas &#8211; ou plus &#8211; des leviers permettant d'assurer ce r&#233;glage. Il est par exemple incapable de moduler le retrait progressif des mesures de soutien (ch&#244;mage partiel, aides aux PME, pr&#234;ts bancaires, report d'imp&#244;ts et de cotisations, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce refus d'imposer aux entreprises la moindre contrainte est manifeste quand on examine le plan de relance fran&#231;ais. On n'y trouve rien ou presque en faveur des m&#233;nages les plus pauvres, aucune cr&#233;ation d'emplois publics, aucun contr&#244;le sur la gestion de l'emploi priv&#233;, mais en revanche des baisses d'imp&#244;ts significatives en faveur des entreprises, sans aucune condition. Ce refus de toute conditionnalit&#233; est le point-cl&#233; qui r&#233;v&#232;le une incompr&#233;hension profonde de la nature sp&#233;cifique de cette crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons-nous les violentes attaques lors de l'instauration des 35 heures en France. Elles allaient au-del&#224; de la d&#233;fense rationnelle des int&#233;r&#234;ts mis en cause. Il y a l&#224; un facteur subjectif qui va sans doute refaire surface, sous forme d'un &#171; esprit de revanche &#187; des classes dominantes, d&#233;cid&#233;es &#224; effacer tout ce que la crise leur a impos&#233;, et il est d&#233;j&#224; implicite dans certains discours et certaines pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc s'attendre &#224; un brutal retour de b&#226;ton social et politique, et s'y pr&#233;parer. Il n'y a pas une voie unique de sortie de crise qui serait dict&#233;e par des lois &#233;conomiques intangibles : tout d&#233;pendra des rapports de force. Il est donc urgent d'adopter des positions faisant le lien entre r&#233;sistance imm&#233;diate et projet de transformation sociale. Plut&#244;t que de s'&#233;charper sur la th&#233;orie de la monnaie, il faudrait redonner un contenu concret &#224; deux id&#233;es en mati&#232;re d'emploi. La premi&#232;re est celle de la r&#233;duction du temps de travail, puisque apr&#232;s tout elle a permis de r&#233;duire l'ampleur du choc. La seconde est celle d'une garantie de l'emploi et des revenus sociaux. C'est en tout cas sur ces questions vitales que porteront les conflits sociaux post-Covid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] OIT, Le COVID ?19 et le monde du travail, septi&#232;me &#233;dition, 25 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Robert Anderton et al., &#171; L'incidence de la pand&#233;mie de COVID-19 sur le march&#233; du travail de la zone euro &#187;, Bulletin &#233;conomique de la BCE, n&#176; 8, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Insee, Comptes des branches, r&#233;sultats trimestriels. Donn&#233;es t&#233;l&#233;chargeables ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] OFCE, &#171; Impact &#233;conomique de la pand&#233;mie en France et perspectives pour 2021 &#187;, 11 d&#233;cembre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Conseil national de productivit&#233;, Les effets de la crise Covid-19 sur la productivit&#233; et la comp&#233;titivit&#233;, janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Alain Ruello et Guillaume Calignon, &#171; Les &#233;conomistes et le gouvernement font le grand &#233;cart sur l'&#233;volution de l'emploi &#187;, Les Echos, 16 d&#233;cembre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] European Commission, European Economic Forecast, November 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Michel Husson, &#171; Rebond ou plongeon ? &#187;, A l'encontre, 29 avril 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] OCDE, Perspectives &#233;conomiques, d&#233;cembre 2020, p. 299.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Christophe Blot et Paul Hubert, &#171; Dettes publiques : les banques centrales &#224; la rescousse ? &#187;, OFCE, 27 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] FMI, &#171; D&#233;claration de la mission du FMI sur les politiques mises en oeuvre dans la zone euro &#187;, 8 juin 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Jeffrey Franks, Bertrand Gruss, Manasa Patnam et Sebastian Weber, &#171; Comprendre les priorit&#233;s de la France pendant la crise de la COVID-19 &#187;, FMI, 19 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] OCDE, Perspectives de l'emploi, 2020, p.92.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Olivier Dussopt, &#171; Il faut que 2021 marque la sortie du &#8216;quoi qu'il en co&#251;te &#187;, Les Echos, 20 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Romaric Godin, &#171; Finances publiques : une commission pour justifier l'aust&#233;rit&#233; future &#187;, Mediapart, 4 d&#233;cembre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Patrick Artus, &#171; La politique mon&#233;taire tr&#232;s expansionniste va-t-elle soutenir ou faire chuter le capitalisme ? &#187;, 21 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] source : Jill Mislinski, &#171; The Q Ratio and Market Valuation : December Update &#187;, advisorperpectives.com, January 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Romaric Godin, &#171; Apr&#232;s le Covid-19, un retour aux &#171; Ann&#233;es folles &#187; semble peu cr&#233;dible &#187;, Mediapart, 27 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Tobias Adrian and Fabio Natalucci, &#171; Financial Perils in Check for Now, Eyes Turn to Risk of Market Correction &#187;, blog IMF, January 27, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Esther Jeffers, Fran&#231;ois Morin, Dominique Plihon et Jean-Marie Harribey, &#171; Que la BCE prenne sa part pour le climat ! &#187;, blog Mediapart, 21 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Sources : Insee, Note de conjoncture, 15 d&#233;cembre 2020 ; Insee, Comptes nationaux trimestriels au 4&#232;me trimestre 2020, janvier 2021. Les donn&#233;es peuvent &#234;tre t&#233;l&#233;charg&#233;es ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Patrick Artus, &#171; Qu'est-ce qui se normalise rapidement apr&#232;s une r&#233;cession ? &#187;, 18 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Guillaume de Calignon, &#171; L'&#233;tonnant optimisme des grandes entreprises fran&#231;aises &#187;, Les Echos, 12 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Voir notre pr&#233;c&#233;dente contribution : &#171; Automatisation, productivit&#233; et Covid-19 &#187;, A l'encontre, 21 octobre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Gilbert Cette, Sandra Nevoux et Loriane Py, &#171; Les technologies digitales : une source de rebond de la productivit&#233; ? &#187;, Banque de France, 18 d&#233;cembre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] McKinsey Global Institute, What 800 executives envision for the postpandemic workforce, September 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] McKinsey Global Institute, The future of work in Europe, June 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Alistair Dieppe, Sinem Kilic Celik, Cedric Okou, &#171; Implications of Major Adverse Events on Productivity &#187;, The World Bank, September 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Sur cette question on renvoie aux pr&#233;cieuses contributions de Martin Anota : &#171; Quel est l'impact de l'&#233;pid&#233;mie de Covid-19 sur la productivit&#233; ? &#187;, 28 d&#233;cembre 2020 ; &#171; Avec la pand&#233;mie, les travailleurs doivent-ils craindre de voir arriver une vague de robots ? &#187; 16 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] Sophie Binet, Marie-Jos&#233; Kotlicki, &#171; Recherche et ing&#233;nierie : catastrophe industrielle en vue &#187;, Les Echos, 17 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Conseil national de productivit&#233;, Les effets de la crise Covid-19 sur la productivit&#233; et la comp&#233;titivit&#233;, janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Agn&#232;s B&#233;nassy-Qu&#233;r&#233;, &#171; 2021, l'ann&#233;e des zombis ? &#187;, 7 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] Source : Insee, Comptes nationaux trimestriels au 4&#232;me trimestre 2020, janvier 2021. Les donn&#233;es peuvent &#234;tre t&#233;l&#233;charg&#233;es ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] Bernard Martinot, &#171; Rebondir face au Covid-19 : l'enjeu du temps de travail &#187;, Institut Montaigne, mai 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] J&#233;r&#244;me Lefilli&#226;tre, &#171; L'Institut Montaigne, la tr&#232;s riche bo&#238;te &#224; id&#233;es de la macronie &#187;, Lib&#233;ration, 9 janvier 2021. Durant la campagne pr&#233;sidentielle de Macron, son &#233;quipe &#233;tait domicili&#233;e dans les locaux de l'Institut Montaigne : Laurent Mauduit, &#171; Le patronat h&#233;berge discr&#232;tement Emmanuel Macron &#187;, Mediapart, 7 avril 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] Un&#233;dic, &#171; Crise de la Covid-19 et march&#233; du travail &#187;, d&#233;cembre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] C&#233;cile Hautefeuille, &#171; Les ch&#244;meurs font des concessions, les employeurs ne transigent pas &#187;, Alternatives &#233;conomiques, 4 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] Laurent Mauduit, &#171; Le r&#233;gime de garantie des salaires en grave danger &#187;, Mediapart, 21 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] Hannes Schwandt et Till von Wachter, &#171; L'ombre permanente d'un d&#233;marrage malheureux &#187;, Finances &amp; D&#233;veloppement, d&#233;cembre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40] Pierre Madec et Herv&#233; P&#233;l&#233;raux, &#171; L'&#233;conomie fran&#231;aise en 2020-2022 selon le panel des pr&#233;visionnistes &#187;, OFCE, 29 janvier 2021.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La Collective lesbienne-f&#233;ministe salvadorienne de la Media Luna : fragments d'histoire</title>
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		<dc:date>2021-02-09T07:25:20Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jules Falquet</dc:creator>


		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-02-02</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#034;Cet article pr&#233;sente, sous forme de r&#233;cit, un fragment d'histoire lesbienne, celle des d&#233;buts de la Media Luna, depuis sa naissance en 1992 jusqu'&#224; mon d&#233;part du pays, en 1994. Il s'inscrit dans un effort de plus de vingt ans pour contribuer &#224; documenter le mouvement lesbien, auquel j'ai particip&#233; activement des deux c&#244;t&#233;s de l'Atlantique.&#034;(4) &lt;br class='autobr' /&gt; Contretemps 2 f&#233;vrier 2021 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Jules Falquet &lt;br class='autobr' /&gt;
Souvenirs, souvenirs&#8230; Le parc Balboa des Planes de Renderos, o&#249; nous &#233;tions, je crois, 6 ou 7, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-LGBTI-" rel="directory"&gt;Mouvement LGBTI+&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-mouvement-des-femmes-dans-le-monde-+" rel="tag"&gt;Le mouvement des femmes dans le monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-02-02-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-02-02&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH92/arton46642-bf5ef.jpg?1781417907' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#034;Cet article pr&#233;sente, sous forme de r&#233;cit, un fragment d'histoire lesbienne, celle des d&#233;buts de la Media Luna, depuis sa naissance en 1992 jusqu'&#224; mon d&#233;part du pays, en 1994. Il s'inscrit dans un effort de plus de vingt ans pour contribuer &#224; documenter le mouvement lesbien, auquel j'ai particip&#233; activement des deux c&#244;t&#233;s de l'Atlantique.&#034;(4)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Contretemps&lt;br class='autobr' /&gt;
2 f&#233;vrier 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Jules Falquet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvenirs, souvenirs&#8230; Le parc Balboa des Planes de Renderos, o&#249; nous &#233;tions, je crois, 6 ou 7, plus les enfants de Tere [1]. Nous nous regardions sans trop savoir comment commencer. Nous avions choisi ce lieu comme &#224; la fois discret, s&#251;r et &#171; neutre &#187; par rapport aux diff&#233;rentes forces de l'ancienne gu&#233;rilla du FMLN[2]. En effet, Victoria, une ex-guerill&#232;re, avait organis&#233; une premi&#232;re r&#233;union dans le local du Groupe de femmes n&#176;1 (li&#233; &#224; l'un des partis du FMLN), o&#249; elle travaillait, en invitant deux syndicalistes qu'elle savait lesbiennes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, Delia, ex-gu&#233;rill&#232;re d'une autre force du FMLN, n'&#233;tait pas venue. Je l'avais retrouv&#233;e ensuite dans les locaux du Groupe 2 (li&#233; &#224; cette autre force du FMLN), o&#249; elle travaillait comme avocate et cette fois-l&#224;, les autres avaient rat&#233; le rendez-vous. Aux Planes de Renderos, en ce mois de juin 1992, c'&#233;tait la premi&#232;re fois que nous &#233;tions &#171; toutes &#187; l&#224; et que, alors qu'il n'y avait encore aucun mouvement &#171; LGBT[3] &#187;, naquit ce qui allait devenir le premier groupe lesbien du Salvador, la Colectiva l&#233;sbica-feminista salvadore&#241;a de la Media Luna, famili&#232;rement appel&#233;e la Collective ou la Media Luna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article pr&#233;sente, sous forme de r&#233;cit, un fragment d'histoire lesbienne, celle des d&#233;buts de la Media Luna, depuis sa naissance en 1992 jusqu'&#224; mon d&#233;part du pays, en 1994. Il s'inscrit dans un effort de plus de vingt ans pour contribuer &#224; documenter le mouvement lesbien, auquel j'ai particip&#233; activement des deux c&#244;t&#233;s de l'Atlantique[4]. Cependant, cette-fois-ci, mon travail prend un tour plus personnel. En effet, il fait suite &#224; plusieurs sollicitations de la jeune g&#233;n&#233;ration d'universitaires et/ou militant-e-s LGBTQI+ du Salvador, aujourd'hui curieuse des d&#233;buts du mouvement[5]. Apr&#232;s m'avoir motiv&#233;e &#224; scanner l'un des rares exemplaires encore existant du premier bulletin du groupe qui attendait dans mes cartons l'heure de passer &#224; la post&#233;rit&#233; num&#233;rique, c'est la curiosit&#233; de ces jeunes militant-e-s qui, en me faisant intervenir comme &#171; enqu&#234;t&#233;e &#187;, m'encourage &#224; poursuivre cet effort de constitution et de partage d'archives, en prenant le temps de &#171; fixer &#187; par &#233;crit mon propre r&#233;cit. Je travaillerai donc ici &#224; partir de l'exploration de ma propre m&#233;moire, en m'inspirant de certaines m&#233;thodes de l'auto-ethnographie, particuli&#232;rement la re-souvenance (Dub&#233;, 2016). Je m'appuierai aussi sur les deux premiers exemplaires du bulletin de la Media Luna, ma propre th&#232;se de doctorat datant de 1997 et plusieurs articles que j'avais publi&#233;s &#224; l'&#233;poque dans la presse militante[6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'inscris depuis longtemps dans la perspective &#233;pist&#233;mologique du point de vue situ&#233;. Les sp&#233;cificit&#233;s du mouvement lesbien (dans sa diversit&#233; et sa complexit&#233;) me paraissent le justifier plus encore que l'&#233;tude d'autres mouvements. Il s'agit en effet d'un mouvement fragile et t&#233;nu, qui fuit en partie la visibilit&#233; et brouille souvent les pistes volontairement, tant par s&#233;curit&#233; que par d&#233;sir d'&#233;chapper aux lectures patriarcales et acad&#233;miques dominantes, d'autant plus qu'il rec&#232;le un consid&#233;rable potentiel de radicalit&#233;[7]. Ces caract&#233;ristiques devraient conduire &#224; utiliser pour l'&#233;tudier, aussi bien des outils de recueil de donn&#233;es qu'une grille d'analyse et une &#233;pist&#233;mologie particuli&#232;res &#8212;les r&#233;cits &#224; la premi&#232;re personne de militantes apparaissant d'une grande importance politique face &#224; l'effacement permanent et aux interpr&#233;tations r&#233;ductrices qui le menacent. J'apporterai au fil du texte un certain nombre d'&#233;l&#233;ments parfois tr&#232;s personnels qui visent moins &#224; me situer classiquement dans les rapports sociaux de pouvoir de classe, sexe et race, qu'&#224; donner &#224; voir mon histoire politique-personnelle qui constitue un filtre d&#233;terminant dans la fa&#231;on dont je restitue ces fragments d'histoire. De plus, il me semble que ma position de &#171; premi&#232;re-mondiste-europ&#233;enne &#187;, redouble et &#171; &#233;crase &#187; quelque peu les autres rapports de pouvoir : elle m&#233;rite d'&#234;tre pens&#233;e sp&#233;cifiquement. Or, elle s'inscrit &#224; son tour dans un cadre plus vaste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, il existe depuis plusieurs ann&#233;es et notamment &#224; partir du concept de colonialit&#233; du genre de Mar&#237;a Lugones (2008) des controverses autour de l'id&#233;e qu'on assisterait d&#232;s 1492 &#224; un plaquage-imposition occidentale-(n&#233;o)coloniale sur le continent, d'une conception du &#171; genre &#187; et de la sexualit&#233; &#171; modernes-coloniales &#187;. Dans une perspective th&#233;orique quelque peu diff&#233;rente, la proposition de Jasbir Puar (2007) de l'homonationalisme et les analyses qui se sont d&#233;velopp&#233;es dans son sillage sugg&#232;rent l'imposition dans les Suds, de modes de vie, sexualit&#233;s et &#171; cultures &#187; LGBTQI+ lib&#233;rales-occidentales. La &#171; visibilit&#233; &#187; et le &#171; coming out &#187; (sortie du placard) constitueraient tout particuli&#232;rement des paradigmes impos&#233;s, de m&#234;me que l'adoption d'identit&#233;s stables d&#233;finies selon des crit&#232;res, et m&#234;me des termes, occidentaux. Cette imposition existerait aussi bien au niveau des lectures occidentales qui sont faites de ces identit&#233;s et mouvements sociaux, qu'&#224; celui de la construction de ces mouvements et identit&#233;s (par l'intervention directe, financi&#232;re notamment, de r&#233;seaux internationaux et institutions bas&#233;-e-s dans le Nord et par l'action concr&#232;te de militant-e-s individuel-le-s). Ces analyses rejoignent en partie la critique port&#233;e d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 90 par le courant f&#233;ministe &#171; autonome &#187; du f&#233;minisme latino-am&#233;ricain et des Cara&#239;bes, de l'ONGisation et des tentatives de r&#233;cup&#233;ration et instrumentalisation du mouvement f&#233;ministe par les institutions internationales, premi&#232;res promotrices de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale (Bedregal et Al. 1993 ; Pisano et Al. 1996 ; Falquet 2011)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s convaincantes pour les mouvements f&#233;ministe et LGBTQI+, ces lectures m&#233;ritent des nuances concernant le mouvement lesbien-f&#233;ministe et tout particuli&#232;rement pour l'Am&#233;rique latine et les Cara&#239;bes. En effet, m&#234;me si le continent a historiquement constitu&#233; un terrain d'exp&#233;rience des pratiques de gouvernance et de contr&#244;le Etats-uniennes, il poss&#232;de &#233;galement une forte tradition politique propre et une longue histoire de r&#233;sistance &#224; l'imp&#233;rialisme colonialiste. J'ai d&#233;j&#224; propos&#233; une analyse de l'histoire du mouvement lesbien latino-am&#233;ricain et des Cara&#239;bes &#224; travers ses rencontres continentales, qui montre comment ce mouvement a pris appui sur des initiatives internationales et exog&#232;nes, sans toutefois s'y r&#233;duire ni se laisser dicter ses orientations (Falquet, 2020). Le pr&#233;sent travail s'inscrit dans cette perspective. C'est pourquoi &#224; la suite de G&#243;mez Ar&#233;valo, je tenterai aussi d'&#233;clairer l'importance de ce que les Argentines Eva Rodr&#237;guez et Alejandra Ciriza (2012) nomment &#171; trafics, voyages, migrations &#187; pour d&#233;crire la fa&#231;on dont, dans les ann&#233;es 60 et 70, un certain nombre de f&#233;ministes argentines ont &#233;t&#233; chercher elles-m&#234;mes dans d'autres espaces, temps et langues, de la mati&#232;re pour alimenter leurs r&#233;flexions. Autrement dit, l'agentivit&#233; et la volont&#233; de d&#233;velopper des liens transnationaux des femmes, des f&#233;ministes et des lesbiennes &#171; des Suds &#187;. Certaines r&#233;volutionnaires salvadoriennes ont voyag&#233;, dans les ann&#233;es 70 et 80 notamment, beaucoup de femmes ont &#233;t&#233; exil&#233;es, des &#233;trang&#232;res du continent et d'Europe sont venu-e-s dans un cadre &#171; d'internationalisme r&#233;volutionnaire &#187; et ces circulations d&#233;bordent, de beaucoup, les impositions et les sens uniques. Ce travail apportera donc des &#233;l&#233;ments pour penser tant les influences &#171; ext&#233;rieures &#187; que le poids des logiques &#171; endog&#232;nes &#187; pour comprendre le d&#233;veloppement de groupes et de mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte, qui d&#233;roule dans l'ordre chronologique le surgissement du premier groupe lesbien-f&#233;ministe du Salvador, permettra &#224; partir de cette histoire sp&#233;cifique, de mettre en &#233;vidence deux pistes d'analyses des groupes et mouvements lesbiens en g&#233;n&#233;ral. La premi&#232;re a trait aux effets de la raret&#233; des ressources (informations, moyens, personnes visibles ou identifiables) et aux strat&#233;gies individuelles et collectives pour y pallier en d&#233;veloppant des r&#233;seaux de survie et/ou liant le personnel et le politique (r&#233;seaux de possibles partenaires amoureuses, amicales, de solidarit&#233; mat&#233;rielle et &#233;motionnelle, d'&#233;changes politiques), incluant l'importance et la sp&#233;cificit&#233; de l'inter-classisme et l'inter-ethnicit&#233; souvent m&#234;me transnationale, des groupes. La deuxi&#232;me a trait &#224; l'importance de nous souvenir aujourd'hui d'un espace-temps d'avant le d&#233;ferlement de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale : pas de &#171; world-wide web &#187; avec ses ressources, son anonymat et ses &#233;changes instantan&#233;s et presque gratuits avec l'autre bout du globe, mais aussi une Am&#233;rique centrale en pleine post-guerre et encore toute emplie de sa fi&#232;re aspiration r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contexte et pr&#233;-histoire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Salvador, petit pays de 22.000 km carr&#233;s pour plus de 6 millions d'habitant-e-s, a connu &#224; partir de 1970 une d&#233;cennie de mont&#233;e du mouvement populaire et de pr&#233;paration clandestine de la lutte arm&#233;e, puis douze ann&#233;es de guerre civile r&#233;volutionnaire (1980-1992). Au d&#233;but des ann&#233;es 90, toute l'Am&#233;rique centrale est encore impr&#233;gn&#233;e du souffle r&#233;volutionnaire arm&#233; : en 1989 les Sandinistes ont perdu les &#233;lections mais restent tr&#232;s mobilis&#233;-e-s, au Guatemala, la gu&#233;rilla de l'URNG n&#233;gocie des Accords de paix qui aboutiront en 1996, le Honduras, base arri&#232;re de la Contra appuy&#233;e par les Etats-unis, bouillonne d'hommes en armes, tandis que le Costa Rica, pays d&#233;militaris&#233; n'ayant souffert ni guerre ni dictature, plut&#244;t prosp&#232;re et tr&#232;s majoritairement blanc-m&#233;tis (consid&#233;r&#233; &#224; tous ces titres comme la Suisse centram&#233;ricaine), accueille nombre de r&#233;fugi&#233;-e-s du Nicaragua et m&#234;me du Salvador. Quant aux premiers groupes lesbiens du continent, n&#233;s &#224; la confluence des mouvements f&#233;ministes et homosexuels (Mogrovejo, 2000), certains remontent &#224; 1979 (Argentine et Mexique) mais la plupart datent des ann&#233;es 80 (P&#233;rou, Chili, Br&#233;sil, R&#233;publique Dominicaine, Puerto Rico et Costa-Rica) et sont encore tr&#232;s fragiles (Bolt, 1996 ; Facio, 2003 ; Riquelme, 2006).&lt;br class='autobr' /&gt;
1992-1994 : une p&#233;riode exceptionnelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Salvador, les accords de cessez-le feu, puis de Paix, sign&#233;s le 16 janvier 1992, ouvrent une p&#233;riode de &#171; d&#233;mocratisation &#187; qui dure un peu plus de deux ans[8]. Ce qui appara&#238;tra ensuite comme une parenth&#232;se exceptionnelle entre d'interminables ann&#233;es de violence prend &#224; ce moment le visage de la d&#233;militarisation du pays et de la vie quotidienne, du retour, pour une dizaine de milliers de gu&#233;rillerxs, &#224; la vie civile, et de la pr&#233;paration enthousiaste des premi&#232;res &#233;lections libres et g&#233;n&#233;rales (pr&#233;sidentielles, l&#233;gislatives et municipales) pr&#233;vues pour avril 1994 et auxquelles la gu&#233;rilla du FMLN, transform&#233;e en parti politique en bonne et due forme, sera autoris&#233;e &#224; participer. L'enjeu, pour les deux camps, sera de &#171; gagner dans les urnes ce que les armes n'ont pas permis de d&#233;cider &#187;. P&#233;riode tr&#232;s particuli&#232;re, donc, dans laquelle par une chance extraordinaire s'inscrit presque exactement mon long s&#233;jour au Salvador[9] : j'arrive le 2 janvier 1992 &#224; San Salvador, juste &#224; temps pour voir flotter une immense banderole du FMLN sur les tours de la cath&#233;drale, &#224; 9h du matin au centre-ville, banderole que j'ose &#224; peine regarder et moins encore photographier de peur de me faire rep&#233;rer et qui a disparu une heure apr&#232;s quand je repasse. Je quitte le Salvador en mai 1994, apr&#232;s que se soit finalement tenu le deuxi&#232;me tour des &#233;lections, retard&#233; plusieurs semaines pour cause de tentative de fraude du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le moment, je ne r&#233;alise pas qu'il s'agit d'une p&#233;riode exceptionnelle : toute la premi&#232;re ann&#233;e est marqu&#233;e par la crainte que les hostilit&#233;s ne reprennent, tant est grande la mauvaise volont&#233; du gouvernement qui tarde &#224; appliquer les accords et tente de les vider de leur sens. Pendant toute l'ann&#233;e 1992, la d&#233;militarisation tra&#238;ne en longueur, les escadrons de la mort ne sont ni dissous, ni m&#234;me inqui&#233;t&#233;s[10], les terres et b&#233;n&#233;fices promis pour les d&#233;mobilis&#233;-e-s des deux camps arrivent au compte-goutte. Pourtant, fin 1992, comme pr&#233;vu, les derni&#232;r-e-s 20% de guerillerxs d&#233;posent formellement les armes et quittent les derniers campements. L'ann&#233;e 1993 est essentiellement tourn&#233;e vers la pr&#233;paration des &#233;lections : les cinq branches du FMLN se sont transform&#233;es en parti(s) et r&#233;apprennent &#224; faire de la politique sans armes, tandis qu'&#224; travers la coalition Mujeres 94, le mouvement f&#233;ministe renaissant aiguillonne le mouvement des femmes pour pr&#233;senter une plateforme revendicative &#224; n&#233;gocier avec tous les partis, tout en pr&#233;parant d'arrache-pied la 6&#232;me rencontre f&#233;ministe continentale qui doit avoir lieu en novembre 1993 avec environ 2.000 f&#233;ministes &#8212;rencontre dont les Salvadoriennes ont obtenu d'&#234;tre les amphitryonnes, sans trop savoir toutefois ce que peut bien signifier au juste, &#171; &#234;tre f&#233;ministes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne part jamais de rien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'arrive au Salvador, j'ai 23 ans et je suis d&#233;j&#224; lesbienne, affirm&#233;e, depuis plusieurs ann&#233;es. Mais c'est surtout au Mexique[11], depuis ma premi&#232;re manifestation du 25 novembre 1989 &#224; Mexico, puis &#224; San Cristobal de Las Casas, dans le Chiapas, que je suis vraiment devenue une lesbienne et f&#233;ministe militante, dans le groupe de femmes qui venait de se former. Le groupe ne se revendiquant pas f&#233;ministe et d&#233;sapprouvant la pratique des graffitis, les trois ou quatre &#171; gauchistes &#187; du groupe et moi-m&#234;me f&#251;mes rapidement pouss&#233;es vers la sortie et retrouvant le (seul) couple de lesbiennes semi-visibles de San Cristobal qui s'en &#233;taient &#233;galement fait &#233;carter, nous form&#226;mes derechef la Comal-Citlamina[12], un nouveau groupe dans lequel presque toutes se lanc&#232;rent sans transition dans des relations amoureuses entre femmes. La Comal n'&#233;tait cependant pas un groupe lesbien mais f&#233;ministe qui se consacrait &#224; l'appui aux jeunes travailleuses domestiques Indiennes en ville maltrait&#233;es par leurs patron-ne-s, &#224; l'aide aux pratiques abortives clandestines, aux femmes de la prison de la ville et de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, &#224; la lutte contre les violences et &#224; l'auto-formation. Tels furent mes r&#233;els d&#233;buts dans la militance car &#224; Paris, malgr&#233; mes recherches, je n'&#233;tais tomb&#233;e que sur deux bo&#238;tes de nuit &#171; lesbiennes &#187; assez peu accueillantes et quelques r&#233;unions de la Maison des femmes de Paris cit&#233; Prost, o&#249; des vieillardes dans la quarantaine m'ignoraient superbement malgr&#233; mes efforts et, peut-&#234;tre, &#224; cause de la couleur bleue paon dont je teignais alors mes cheveux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, quand j'arrive au Salvador, je suis pleinement et compl&#232;tement lesbienne, mais aussi, habitu&#233;e &#224; un lesbianisme clandestin, vis-&#224;-vis du tout-venant bien entendu, mais aussi face aux f&#233;ministes non-lesbiennes et bien s&#251;r aux familles des mes amies (parents, enfants). Coutumi&#232;re du &#171; que rien ne se sache &#187;, du secret protecteur, m&#234;me s'il est parfois illusoire et souvent pesant. Famili&#232;re aussi de l'isolement, de la solitude et de la lesbophobie. Un peu surprise quand-m&#234;me par le poids de la culpabilit&#233;, dans ces terres tr&#232;s catholiques[13]. M&#234;me si moi aussi je me suis longtemps demand&#233; si j'&#233;tais frapp&#233;e par une sorte de &#171; mal&#233;diction &#187;, ou juste une esp&#232;ce de d&#233;faut de cuisson. J'ai pu constater au cours des ann&#233;es que beaucoup de lesbiennes ont d'abord pens&#233; &#234;tre la seule au monde &#224; &#234;tre &#171; comme &#231;a &#187;. Du coup, pour beaucoup, une fois trouv&#233;e une compagne, souvent sans mettre aucun mot sur ce qui se passe, plus question de se quitter car il n'existe sans doute nulle part d'autres femmes &#171; comme nous &#187; &#8230; Je suis aussi coutumi&#232;re des couples butch-fems, assez fr&#233;quents parmi les lesbiennes de classe populaire et pour la plupart non-f&#233;ministes qui constituent une bonne partie des milieux lesbiens informels que je fr&#233;quente au Mexique. O&#249; l'on boit sec, souvent. J'ai conscience que pour &#233;largir les cercles souvent terriblement &#233;troits dans lesquels nous &#233;voluons, o&#249; le manque d'alternatives amoureuses produit souvent de la violence, que ce soit pour faire durer le couple ou suite &#224; diverses &#171; trahisons &#187; souvent crois&#233;es[14], il existe fondamentalement deux solutions : aller en bo&#238;te rencontrer des femmes homosexuelles souvent non f&#233;ministes, ou bien aller en manif et rencontrer des f&#233;ministes souvent non lesbiennes. Dans ce contexte, on con&#231;oit que toute &#171; nouvelle &#187; lesbienne, qu'elle vienne d'une autre ville, d'un autre pays du continent, ou bien d'Europe ou des Etats-Unis, est bienvenue &#8212;&#224; l'&#233;poque ces derni&#232;res, m&#234;me si elles sont parfois critiqu&#233;es pour leur arrogance imp&#233;rialiste, ne sont pas encore des coop&#233;rantes d'ONGs g&#233;n&#233;reusement r&#233;mun&#233;r&#233;es par rapport aux salaires locaux pour appliquer des perspectives de genre made in ONU. En Am&#233;rique centrale, beaucoup sont encore (vues comme) des internationalistes solidaires (ou elles-m&#234;mes des r&#233;fugi&#233;es politiques officieuses, Italiennes ou Basques notamment) dont quelques-unes ont accompagn&#233; les gu&#233;rillas locales. Certaines y ont m&#234;me laiss&#233; leur vie, comme au Salvador les s&#339;urs &#233;tats-uniennes de l'ordre Maryknoll et l'infirmi&#232;re fran&#231;aise Madeleine Lagadec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, quand j'arrive au Salvador, je cherche bien s&#251;r les f&#233;ministes. Et quand je les trouve &#8212;elles ne sont qu'une poign&#233;e &#224; se revendiquer de ce &#171; gros mot &#187;, car elles sont toutes &#224; un degr&#233; ou &#224; un autre proches du FMLN et tr&#232;s ancr&#233;es encore dans l'orthodoxie marxiste-l&#233;niniste &#8212;, je cherche celles qui pourraient &#234;tre lesbiennes. L'ann&#233;e derni&#232;re, j'ai fait rire Nicola Ch&#225;vez Courtright qui m'interrogeait pour sa th&#232;se doctorale, en lui disant que je cherchais deux indices : celles qui portaient des pantalons (mais si !) et celles&#8230; qui fumaient en public. J'ai eu honte quand elle a ri. Oui, fumer en public. D'autres &#224; l'&#233;poque, au Salvador, disaient qu'un indice infaillible &#233;tait le type de poches du pantalon &#8212;je n'ai h&#233;las jamais r&#233;ussi &#224; comprendre lequel. D&#233;tails t&#233;nus, &#233;tranges, absurdes, mais d&#233;tails vitaux pour certaines personnes, &#224; certains moments. Il faut rappeler la solitude des lesbiennes, dans ces temps recul&#233;s &#8212;quand il n'y avait pas internet ni de visibilit&#233; ou si peu&#8230; Je me souviens de ma premi&#232;re marche de la fiert&#233; &#224; Paris, en 1988 probablement. Nous &#233;tions deux cent ou trois cent tout compris dans la rue et pas si fi&#232;r-e-s que &#231;a que tous ces curieux nous d&#233;visagent, nous reconnaissent, peut-&#234;tre. Inqui&#232;t-e-s aussi des jugements et des violences toujours possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc je cherchais les lesbiennes, des lesbiennes &#8212;une seule lesbienne, m&#234;me, m'aurait suffi. Mais rien. Celle qui fumait avait quatre filles et un compagnon. Celle qui avait les cheveux courts portait une jupe en jean (elle &#233;tait lesbienne, j'en eus la confirmation peu apr&#232;s, mais extr&#234;mement secr&#232;te). Et c'est tout. Je suis all&#233;e, aussi, avec un ami fran&#231;ais qui vivait au Salvador depuis bien longtemps, dans l'unique bo&#238;te gay qui existait alors dans la capitale, El Or&#225;culo. Il s'agissait d'un &#233;tablissement discret tapi dans une zone sombre, juste au-dessus du Bulevar de los Heroes, dans un immeuble glauque. Je n'en ai pas gard&#233; un souvenir imp&#233;rissable et dans ma m&#233;moire, il n'y avait pas de femmes. J'y ai vu par contre un concours de Miss travesti qui me reste &#224; l'esprit : je me souviens encore de cette jeune beaut&#233; v&#234;tue d'un juste-au-corps rouge moulant et de ses longs cheveux bruns naturels qui tombaient, impeccablement lisses, bien en-dessous de sa taille &#8212;et la comparaison avec les lesbiennes de ma connaissance &#233;tait si frappante que je me demande jusqu'&#224; aujourd'hui ce que peut bien signifier &#171; la diff&#233;rence sexuelle &#187; et quelle folie humaine a sugg&#233;r&#233; un jour de classer les corps et les &#234;tres par rapport &#224; elle. Toujours est-il que je me suis dit que je n'allais pas supporter cette solitude.&lt;br class='autobr' /&gt;
Montelimar (Nicaragua)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en suis l&#224;, quand en mars 1992, j'apprends qu'une rencontre centram&#233;ricaine de femmes va avoir lieu au Nicaragua. Je suis admise, in extremis, dans le bus de la d&#233;l&#233;gation salvadorienne. Parmi la grosse cinquantaine de voyageuses, il y a quelques autres &#233;trang&#232;res install&#233;es de longue date au Salvador, appel&#233;es &#224; l'&#233;poque &#171; Salvadoriennes par option &#187; : Romina, une journaliste &#233;tats-unienne proche d'une des forces du Front (c'est par elle que j'ai eu l'information), deux bonnes s&#339;urs elles aussi &#233;tats-uniennes proches de la m&#234;me organisation, s&#339;ur Pamela et s&#339;ur Petra, qui vivent ensemble (avec d'autres s&#339;urs en Christ, je suppose[15]), une f&#233;ministe basque &#233;lectron-libre. Il y a aussi une Br&#233;silienne, de l'&#233;glise luth&#233;rienne (proche d'une autre force du FMLN).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rencontre rassemble 500 femmes de tout l'isthme centram&#233;ricain et des r&#233;fugi&#233;es au Mexique, &#224; Mont&#233;limar, un ancien et magnifique domaine de Somoza au bord de la mer, transform&#233; par le FSLN en baln&#233;aire populaire. La rencontre ne s'intitule pas f&#233;ministe, afin de ne pas effrayer, mais &#171; de femmes &#187;, sous le titre &#171; Une nouvelle femme, un nouveau pouvoir &#187;. Elle s'inscrit dans le processus r&#233;gional de pr&#233;paration de la 6&#232;me rencontre continentale, celle-ci bel et bien f&#233;ministe, que l'Am&#233;rique centrale a pris collectivement l'engagement d'organiser pour 1993. Les Nicaraguayennes, fortes de leur exp&#233;rience r&#233;volutionnaire, pensent devoir en &#234;tre les h&#244;tesses, mais au dernier moment, pouss&#233;es en ce sens par un couple de lesbiennes basco-mexicain &#171; bien inform&#233;es &#187; qui promet de venir les aider &#224; pr&#233;parer les choses[16], les Salvadoriennes leur ravissent cet honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'heure, pour moi comme pour la plupart des Salvadoriennes, cette rencontre est surtout une d&#233;couverte, une incroyable premi&#232;re&#8230; Toutes ces femmes ! Parmi elles, certaines se revendiquent clairement f&#233;ministes, surtout parmi les Costaricaines, les Nicaraguayennes et une partie des r&#233;fugi&#233;es-exil&#233;es au Mexique. Certaines m&#234;me, c'est s&#251;r, sont lesbiennes : je d&#233;couvre avec bonheur dans le programme un atelier sur le lesbianisme. Le jour dit, &#224; l'heure dite, je m'approche pr&#233;cautionneusement du point de rendez-vous, sur la plage. Chemin faisant, je vois d'autres femmes qui, elles aussi h&#233;sitantes rejoignent discr&#232;tement l'endroit. Beaucoup ne ressemblent gu&#232;re &#224; l'id&#233;e que je me fais des lesbiennes. Nous finissions par &#234;tre une vingtaine, qui nous observons du coin de l'oeil. Les organisatrices de l'atelier sont Costaricaines &#8212;c'est dans ce pays qu'existe le plus ancien groupe lesbien consolid&#233; de la r&#233;gion[17], les Entendidas[18] (Mogrovejo, 2000 ; Facio, 2003). L'expectative est palpable, m&#234;l&#233;e de g&#234;ne : il y a du vent, beaucoup de soleil et surtout, nous sommes l&#224; en plein-air, au vu et au su de tout le monde&#8230; Les organisatrices proposent que nous allions nous installer dans leur chambre-bungalow, pour &#234;tre plus &#224; l'aise. Un frisson parcourt l'assistance et sur le chemin, plusieurs filent &#224; l'anglaise &#8212;je comprends qu'elles craignent de tomber dans un guet-apens. Quand nous nous installons en rond par terre dans la chambre pour le cercle de pr&#233;sentations initiales, nous ne sommes plus tr&#232;s nombreuses. Chacune dit son nom et la raison de sa pr&#233;sence, et l&#224;, patatras : &#224; part les organisatrices et moi (il me semble), aucune ne dit &#234;tre lesbienne. Bien au contraire, l'une, infirmi&#232;re, est venue pour apprendre comment mieux traiter les &#171; malades &#187; qu'elle rencontre parfois dans l'exercice de sa profession. Une autre rench&#233;rit : il para&#238;t qu'elles ont une pilosit&#233; surabondante et qu'elles sont parfois agressives. Certaines molestent les enfants, croit-on savoir. Les organisatrices, pleines d'&#224;-propos, nous rassurent sur le caract&#232;re non-pathologique et non-contagieux du ph&#233;nom&#232;ne, expliquent qu'elles attendaient des lesbiennes mais qu'elles vont modifier la dynamique pr&#233;vue, et nous voil&#224; parties pour deux heures de jeux pour briser la glace et d'exercices divers qui nous conduisent &#224; aborder en tout bien tout honneur, &#224; partir de nos (maigres) v&#233;cus, la question des amiti&#233;s &#233;tranges ou passionn&#233;es et des attirances entre femmes. Le climax est atteint quand, de deux en deux, nous devons demander &#224; la comparse que nous avons choisie, qu'elle nous fasse &#171; quelque chose qui nous fait plaisir &#187; et r&#233;ciproquement. La seule Salvadorienne qui &#224; ce qu'il me semble, est rest&#233;e, me demande de lui brosser les cheveux, avant que je lui demande de me masser les &#233;paules. Le temps s'ach&#232;ve et l'atelier prend fin. Nous nous dispersons, toujours discr&#232;tement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir venu, la nouvelle de l'atelier s'&#233;tant diffus&#233;e comme une tra&#238;n&#233;e de poudre, celles qui ont &#171; fil&#233; &#187; regrettent que leur frayeur leur ait fait rater cette occasion si unique d'en savoir plus sur la question. Tant et si bien que le dernier soir, une Salvadorienne r&#233;ussit &#224; organiser une autre r&#233;union, sp&#233;cialement pour les Salvadoriennes, cette fois-ci avec le couple mexico-basque d&#233;j&#224; mentionn&#233;, qui sont parmi les rares lesbiennes d&#233;clar&#233;es de la rencontre. On apprend dans la foul&#233;e qu'elles s'appr&#234;tent &#224; venir s'installer au Salvador pour contribuer &#224; la pr&#233;paration de la future rencontre f&#233;ministe continentale. Cette fois-ci, nous sommes plus de cinquante &#224; nous bousculer dans la petite chambre de Carla et Nora, qui m&#232;nent la conversation. Je n'ai aucun souvenir de ce qu'elles ont pu dire, mais aucune des Salvadoriennes ne manque &#224; l'appel et aucune non plus ne dit ce soir-l&#224; &#234;tre lesbienne. Mais toutes ressortent enchant&#233;es et surexcit&#233;es par la r&#233;union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cinq jours dans cet autre monde, il faut remonter dans le bus et laisser toutes ces vieilles et nouvelles amies, complices, camarades, futures adversaires aussi peut-&#234;tre. Les au-revoir sont anim&#233;s, les rires et les slogans fusent. Je revois alors le jour de notre d&#233;part de San Salvador, certaines avaient &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;es par leur mari, qui leur envoyait des saluts et des derni&#232;res recommandations auxquelles elles r&#233;pondaient souriantes et rassurantes du haut de la fen&#234;tre du v&#233;hicule. Ici, on pleure, on se serre dans les bras, on chante. Pour ma part, c'est &#224; l'&#233;cart, hors de leur vue &#224; toutes, que j'&#233;change un dernier baiser avec la femme que j'ai rencontr&#233;e : elle est lesbienne assum&#233;e, certes, mais moi, je retourne au Salvador et j'essaie de ne pas me &#171; donner de couleur &#187; comme on dit. Pendant les longues heures du retour, assise entre mon amie journaliste solidaire de la cause lesbienne, Delia, la f&#233;ministe &#224; la jupe en jean que je sais maintenant lesbienne et proche d'une autre f&#233;ministe que je crois lesbienne (celle qui a organis&#233; la conversation impromptue &#224; Montelimar), Victoria, qui n'est pas lesbienne mais conna&#238;t un couple de lesbiennes dans un des syndicats proche du parti, et en envoyant des clins d'&#339;il &#224; s&#339;ur Pamela sagement assise quelques si&#232;ges plus loin, nous formons des plans pour essayer d'organiser un groupe lesbien &#224; notre retour, au Salvador.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;buts pr&#233;caires et clandestins (juin 1992 &#8211; juin 1993)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re ann&#233;e d'existence de la Media luna est caract&#233;ris&#233;e par la clandestinit&#233; compl&#232;te : en dehors du groupe, presque personne, sauf deux ou trois f&#233;ministes tri&#233;es sur le volet, ne sait que le groupe existe et aucune, absolument, ne doit savoir qui en fait partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Composer avec le sectarisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers temps sont conspiratifs et exaltants. O&#249; se voir, comment d&#233;limiter les p&#233;rim&#232;tres de s&#233;curit&#233; ? Car chacune veut &#233;viter de se r&#233;v&#233;ler lesbienne devant des femmes en qui elle n'aurait pas confiance. Victoria, ancienne combattante des fronts urbains qui est une complice active et tr&#232;s libre d'esprit, organise une r&#233;union secr&#232;te avec ses amies syndicalistes dans une pi&#232;ce ferm&#233;e du local de l'association f&#233;ministe o&#249; elle travaille, le Groupe 1 &#8212;celui-l&#224; m&#234;me qui s'appr&#234;te &#224; accueillir au Salvador Carla et Nora, le couple basco-mexicain, qu'elles ont en quelque sorte embauch&#233;es. Mais mon amie journaliste qui n'est pas lesbienne a l&#226;ch&#233; l'affaire, s&#339;ur Pamela (proche de la m&#234;me tendance du FMLN que Victoria et la journaliste) ne vit pas en ville et Delia n'est pas venue. Est-ce parce qu'elle est d'une autre &#171; force &#187; du FMLN et travaille dans un groupe de femmes li&#233; &#224; ce parti ? Une concurrence sourde mais opini&#226;tre pour prendre la t&#234;te du mouvement f&#233;ministe naissant oppose pendant toute la p&#233;riode le Groupe 1 et le Groupe 2, officieusement li&#233;s &#224; des forces diff&#233;rentes du FMLN. Il faudra sans cesse composer avec cette rivalit&#233;. Sur un plan plus personnel, je sais &#233;galement Delia tr&#232;s pr&#233;cautionneuse quant &#224; son secret &#8212;elle aussi a &#233;t&#233; combattante, dans des fronts de guerre ruraux, &#224; un rang interm&#233;diaire je crois, et elle ne voudrait &#224; aucun prix que le parti la sache lesbienne. Nous ne sommes donc que quatre : Victoria, les deux copines du syndicat, qui forment un couple et sont ouvri&#232;res dans une usine de bonbons, et moi. Elles sont tr&#232;s engag&#233;es dans le syndicat et courageuses, car tr&#232;s visibles, surtout la butch du couple. On promet de se revoir, mais quand je propose, par souci (implicite, bien s&#251;r) d'&#233;quilibre, de nous r&#233;unir dans le local du groupe o&#249; travaille Delia, elles se font &#233;vasives. Un autre jour je rencontre Delia, qui me dit : &#171; alors, on &#233;crit un projet &#187; ? J'ai un peu de mal &#224; comprendre, mais c'est bien cela : elle veut demander de l'argent &#224; la &#171; coop&#233;ration &#187; pour monter un groupe lesbien. Je tombe des nues. Je viens de participer plus d'un un an, en France, &#224; un groupe &#171; autonome &#187; qui se r&#233;unit dans un squat : ma logique spontan&#233;e est &#224; mille lieues de sa mani&#232;re de faire de la politique &#8212;m&#234;me si j'ai d&#233;j&#224; essay&#233;, tr&#232;s artisanalement, de r&#233;unir des fonds pour les copines de la Comal-Citlalmina de San Crist&#243;bal, qui r&#234;vaient d'acheter un v&#233;lo pour pouvoir se d&#233;placer plus facilement. Je n'ai au reste pas de franche opposition politique : cela me para&#238;t juste compl&#232;tement incongru. De l'argent, qui nous en donnerait et pour quoi faire ? L'urgent, n'est-ce pas de rompre l'isolement, de nous rencontrer, de parler &#8212;juste cela, qui ne co&#251;te presque rien ? Je comprends que les choses ne seront pas si simples. Les semaines passent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vient un soir o&#249; le Groupe 1 f&#234;te son troisi&#232;me anniversaire. La f&#234;te est anim&#233;e, beaucoup de nouvelles t&#234;tes, dont plusieurs dizaines de paysannes de l'ancien territoire contr&#244;l&#233; par cette force de la gu&#233;rilla, et aussi une femme urbaine dont les mani&#232;res trahissent &#224; mes yeux la lesbienne. C'est une des premi&#232;res Salvadoriennes que je rencontre &#224; ne pas avoir milit&#233; directement dans le FMLN : elle a pass&#233; une partie de la guerre au Br&#233;sil, o&#249; elle &#233;tudiait et o&#249; elle a, &#224; ce que je comprends, eu l'occasion d'avoir des relations avec d'autres femmes-lesbiennes. Nous devenons amantes derechef et gr&#226;ce &#224; elle, j'entre pour la premi&#232;re fois dans un foyer salvadorien &#8212;ayant v&#233;cu jusque l&#224; dans une &#171; maison de s&#233;curit&#233; &#187; d'une des forces du FMLN que j'avais d&#251; quitter pour cause de harc&#232;lement sexuel, puis chez diff&#233;rent-e-s &#171; internationalistes &#187; li&#233;-e-s &#224; une force ou &#224; une autre. Pour des raisons de s&#233;curit&#233; (m&#233;fiance envers moi, prudence envers les voisin-e-s car les rares personnes &#233;trang&#232;res vivant dans le pays sont presque toutes vues comme des &#171; internationalistes &#187; et donc associ&#233;es au FMLN), aucune militante ne m'avait encore invit&#233;e chez elle. Hormis une fois, Minerva, une proche amie de Delia que je crois lesbienne car c'est une des f&#233;ministes les plus affirm&#233;es et qui poss&#232;de chez elle plusieurs &#233;tag&#232;res de (photocopies) de livres[19] sur toutes sortes de th&#232;mes, avec un &#233;norme rayon f&#233;ministe&#8230; Toujours est-il qu'avec Arety, je commence &#224; entrevoir l'entrelacs complexe des relations personnelles, familiales, officielles ou clandestines, qui traversent la soci&#233;t&#233; salvadorienne[20], o&#249; tout le monde a des parents communs et se conna&#238;t, au moins de loin, et o&#249; s'entrem&#234;lent toutes sorte de r&#233;seaux jusqu'au Guatemala voisin, au Nicaragua, au Costa-Rica et m&#234;me au Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Naissance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est finalement avec Delia que nous d&#233;cidons de faire une r&#233;union dans un lieu neutre, qui ne soit ni le local d'un groupe, ni un domicile priv&#233;. Reste l'ext&#233;rieur : un parc, gratuit et o&#249; personne ne devrait nous voir &#8212;et nous voici, comme racont&#233; au tout d&#233;but, sur les hauteurs de San Salvador, un beau jour de juin 1992. Delia est venue avec Tere, une femme timide au premier abord, peut-&#234;tre bien d'origine paysanne et qu'elle aurait connue dans les fronts de guerre, qui est sa compagne depuis de longues ann&#233;es, ainsi que les enfants de celle-ci, qu'elle a eus avec son mari, avant de rencontrer Delia, qui est visiblement l'&#233;poux dans leur couple. Arety est venue avec moi et il y a &#233;galement la jeune &#171; brigadiste &#187; &#233;tats-unienne, Katrina, qui ne fait que passer dans le pays. L'avantage des &#233;trang&#232;res de passage &#233;tant que connaissant peu de monde, elles ne risquent pas de &#171; cafter &#187; ou m&#234;me de gaffer involontairement par rapport aux autres Salvadoriennes ou au parti. M&#234;me si nous nous sommes d&#233;j&#224; vues par petits &#171; groupes &#187;, cette r&#233;union deviendra le vrai moment de fondation de la Media luna. En effet, lorsqu'assises en cercle par terre, nous commen&#231;ons par un &#171; tour de table &#187; de pr&#233;sentation, la premi&#232;re dit : je m'appelle X et (dans un souffle)&#8230; je suis lesbienne. Ses mots se d&#233;tachent sur notre silence. Admiratif et un peu paniqu&#233; : chacune soup&#232;se ce qu'il faut de courage pour prononcer ce mot-l&#224;, ce mot sale, ce mot moche, ce mot tabou, et pour se l'appliquer &#224; soi-m&#234;me, comme &#231;a sans d&#233;tour ni pr&#233;cautions, tout net. Dans le groupe d'ailleurs, deux des participantes r&#233;guli&#232;res qui nous rejoignirent bient&#244;t refus&#232;rent toujours obstin&#233;ment de dire si elles &#233;taient lesbiennes. L'une, la Doctora[21], au demeurant extr&#234;mement r&#233;serv&#233;e, &#233;vita syst&#233;matiquement la question (elle se rendit n&#233;anmoins &#224; la 3&#232;me rencontre lesbienne continentale avec Delia), tandis que l'autre, &#224; qui nous pos&#226;mes une fois la question directement, en confiance car sa s&#339;ur et elles &#233;taient devenues des pili&#232;res du groupe, r&#233;torqua qu'il s'agissait de sa vie priv&#233;e&#8230; Bref : cette premi&#232;re r&#233;union o&#249;, sans l'avoir aucunement planifi&#233;, nous commen&#231;&#226;mes chacune par cette affirmation, si simple et si lourde de sens, &#171; je suis lesbienne &#187;, reste dans ma m&#233;moire comme l'illustration d'une oppression tellement internalis&#233;e que prononcer un mot, le mot, &#224; voix haute, en soi, peut constituer une victoire. Et pour nous toutes, cette affirmation &#224; la fois spontan&#233;e et solennelle devant d'autres lesbiennes &#233;tait indubitablement une premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;trospectivement, je me demande s'il s'agissait d'une sorte de coming-out, quelque part &#171; forc&#233; &#187;, illustrant l'(auto-)imposition d'une identit&#233; (r&#233;ductrice par nature), d'une &#233;tiquette d&#233;formante et fonci&#232;rement inadapt&#233;e venue de l'occident premier-mondiste et colonisateur. Une logique d'&#233;tiquetage puis de (semi)visibilit&#233; sur un mode &#233;tranger-occidental, que j'aurais particip&#233; &#224; importer[22]. De m&#234;me que Carla, la Basque et dans une moindre mesure Nora, sa compagne mexicaine. De m&#234;me que les Costaricaines de Mont&#233;limar. Pourtant, avant ce jour, ces fondatrices de la Media luna ne vivaient-elles pas dans une autre forme d'imposition identitaire occidentale, en se comportant comme des &#171; femmes &#187; ? Car avec les lesbiennes et les f&#233;ministes d&#233;coloniales du continent, je pense plut&#244;t que la colonisation d'Abya Yala a cr&#233;&#233; le genre tel que nous le connaissons actuellement. Pour ces femmes un genre &#171; obscur &#187;, pour moi un genre &#171; light/lumineux &#187; (Lugones, 2019 [2008]), mais dans tous les cas un genre h&#233;t&#233;rosexualisant. Le lesbianisme que l'on peut lui opposer est logiquement inclus, au moins en partie, dans le m&#234;me horizon occidental-colonial, tant il semble difficile de &#171; retourner &#187; &#224; un imaginaire pr&#233;-colonial et ante-genre tout autant que de &#171; sortir &#187; vers un ailleurs radicalement autre &#8212;m&#234;me si l'on s'y efforce. Car il faudrait pour cela se lib&#233;rer simultan&#233;ment des rapports sociaux de sexe, de race et du mode de production capitaliste, ce qui n'est pas une mince affaire[23]. Mais revenons &#224; cette premi&#232;re &#171; auto-identification comme lesbienne &#187; : moderne-occidentale ou production endog&#232;ne, elle a en tout cas permis &#224; chacune d'entre nous et &#224; la Media luna collectivement, de construire un lesbianisme f&#233;ministe enracin&#233; dans cet espace-temps salvadorien particulier, h&#233;ritier et porteur d'un ensemble complexe de significations que chacune apportait avec elle et commen&#231;a &#224; (r&#233;)&#233;laborer avec les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux pas me rappeler avec une absolue certitude si Sara ou Corina sont l&#224; &#224; cette premi&#232;re r&#233;union, mais je crois bien que l'une des deux au moins est pr&#233;sente. Il s'agit d'un couple de lesbiennes Indiennes &#8212;venant d'une des trois seules communaut&#233;s indienne n'ayant pas &#233;t&#233; d&#233;cim&#233;e dans le terrible massacre anti-paysan qui a suivi la tentative d'insurrection communiste de 1932, et avec qui travaille le Groupe 1. Ces deux jeunes femmes, Sara et Corina, qui s'affirment tr&#232;s fi&#232;rement lesbiennes (dans la Collective, s'entend), vivent cependant une relation tourment&#233;e, l&#224;-bas dans leur village. Elles nous emm&#232;neront une fois conna&#238;tre ces quelques maisons cach&#233;es dans la verdure de part et d'autre d'un chemin de terre rural dans le centre du pays. Riant, Corina affirma que dans la journ&#233;e, pendant que les hommes &#233;taient aux champs au loin, les femmes profitaient pour se rendre visite entre elles, et que sa tante, sa grand-m&#232;re et bien d'autres encore, avaient toujours eu des relations entre elles. Simultan&#233;ment, au cours des mois, j'eus l'occasion de constater que la relation qu'elle maintenait avec Sara. incluait de la violence psychologique et physique puisque selon leurs dires, l'une avait menac&#233; de se suicider devant l'autre apr&#232;s l'avoir convoqu&#233;e au bord de la rivi&#232;re pour &#233;claircir leur relation. Chacune nous livrant tour &#224; tour diff&#233;rents fragments de cette histoire, j'en garde l'impression que m&#234;me dans cette communaut&#233; Indienne si accueillante aux relations entre femmes, un certain climat de secret et de r&#233;probation entourait leur relation et constituait une importante cl&#233; de compr&#233;hension du caract&#232;re paroxystique qu'elle pouvait rev&#234;tir &#8212;et elles venaient l'une puis l'autre alternativement au groupe, visiblement avides de trouver des personnes qui puisse entendre leur histoire et qui sait, l'arbitrer [24]. Une autre femme, m&#233;tisse celle-l&#224;, avait fait le contact entre Sara et Corina, et la Media Luna : Dina. Je me souviens peu d'elle, seulement qu'elle &#233;levait seule un fils d'une dizaine d'ann&#233;es, qu'elle &#233;tait tr&#232;s d&#233;prim&#233;e, malade, peut-&#234;tre, et que je finis par apprendre son d&#233;c&#232;s (suicide ?) Ces &#233;l&#233;ments convergent, dans mon esprit, avec un ensemble d'autres souvenirs de France ou du Chiapas pour entourer la situation lesbienne, quand on est particuli&#232;rement minoritaires, cach&#233;es et r&#233;prouv&#233;es, d'un halo de violence que beaucoup finissent par retourner contre elles/nous-m&#234;mes[25].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premiers pas&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; une quelconque d&#233;marche de &#171; visibilit&#233; &#187; impos&#233;e, la Media Luna na&#238;t et se d&#233;veloppe d'abord dans la clandestinit&#233; la plus compl&#232;te : presque toutes les participantes sont dans le secret total sur leur lesbianisme par rapport &#224; leurs proches. Elles craignent aussi pour leur travail, voire pour leur participation dans le mouvement des femmes, dont elles sont presque toutes d'actives militantes. D'o&#249; la double n&#233;cessit&#233; de la clandestinit&#233; dans le mouvement des femmes-f&#233;ministe et d'une strat&#233;gie d'autonomie par rapport aux cinq forces du FMLN qui le traversent. Comme nous l'&#233;crirons par la suite dans notre journal, Luna de miel (Lune de miel)[26] :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Depuis le premier moment, nous avons discut&#233; et d&#233;fini que nous serions un groupe autonome de n'importe quel parti politique et m&#234;me par rapport aux organisations de femmes (avec l'id&#233;e d'&#233;viter le sectarisme). [&#8230;] Nous avons d&#233;cid&#233; de nous r&#233;unir tous les huit jours, jusqu'&#224; pr&#233;sent de mani&#232;re clandestine, par peur d'&#234;tre r&#233;prim&#233;es, puisque persiste l'irrespect &#224; la dignit&#233; de la personne humaine : le fait que beaucoup d'entre nous aient particip&#233; au mouvement populaire nous a laiss&#233; tr&#232;s clairement cet enseignement.&lt;/i&gt; &#187; (Volcans/Luna de miel, 1993)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant cette premi&#232;re ann&#233;e, la Collective regroupe entre une demi-douzaine et une douzaine de femmes d'origines sociales vari&#233;s, entre vingt et trente-cinq ans, urbaines et rurales, pour la plupart issues du mouvement populaire et/ou des diff&#233;rentes organisations de l'ex-gu&#233;rilla[27]. Nous commen&#231;ons sans objectif tr&#232;s clair, &#224; part celui de rompre l'isolement, en rassemblant le plus de lesbiennes possibles &#8212;qu'elles soient d&#233;j&#224; &#171; d&#233;clar&#233;es &#187; ou selon nous &#171; encaminadas &#187;, c'est-&#224;-dire lesbiennes en puissance jusque l&#224; contrari&#233;es par l'absence d'espace et d'imaginaire, notamment parmi les f&#233;ministes. Il s'agit aussi de faire plus ample connaissance et de travailler notre &#171; auto-estime &#187; comme lesbiennes. Nous &#233;crivons r&#233;trospectivement l'ann&#233;e suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Le mouvement lesbien au Salvador est de formation toute r&#233;cente. Notre objectif premier est de conqu&#233;rir notre identit&#233; propre, qui nous aide &#224; &#233;lever notre auto-estime, pour continuer &#224; apporter au mouvement, pour obtenir une v&#233;ritable d&#233;mocratie et le respect des Droits Humains, pour les hommes et les femmes, depuis notre situation et notre personnalit&#233; comme lesbiennes.&lt;/i&gt; &#187; (idem)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe est encore tr&#232;s fragile. Une autre rencontre internationale permet de le consolider : la troisi&#232;me rencontre de lesbiennes latinas et carib&#233;ennes qui a lieu en juin 1992 &#224; Porto Rico. D. et la Doctora, qui s'y sont rendues[28], en ram&#232;nent mat&#233;riel, contacts et surtout, la certitude qu'il est possible de s'organiser comme lesbiennes. Mais comment fonctionner, concr&#232;tement ? Il faut d'abord structurer les conversations &#224; b&#226;tons rompus et pr&#233;ciser ce que cela peut bien signifier humainement et politiquement, d'&#234;tre lesbiennes. Je cite encore la premi&#232;re Luna llena :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Avant de commencer ces r&#233;unions, chacune se posait beaucoup de questions : comment parler de nous, de ce que nous vivions, comment aller de l'avant ? En parlant ensemble, nous nous rend&#238;mes compte que nous vivions toutes les m&#234;mes difficult&#233;s, et nous nous m&#238;mes d'accord sur un agenda de discussion dont le premier th&#232;me, choisi &#224; l'unanimit&#233;, &#233;tait &#171; comment sortir du placard &#187;, puis l'identit&#233; lesbienne, la sexualit&#233;, et une s&#233;rie d'autres d&#233;bats qui nous ont &#233;norm&#233;ment aid&#233;es &#224; nous sentir plus en accord avec nous-m&#234;mes, fi&#232;res d'&#234;tre ce que nous sommes : des femmes, des lesbiennes, pleines d'amour et de tendresse, de doutes, de contradictions, aim&#233;es, rebelles, et en lutte pour un monde plus libre et plus juste.&lt;/i&gt; &#187; (idem)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 1992, le groupe se donne un nom, qui affirme son ancrage f&#233;ministe et salvadorien : Collective Lesbienne F&#233;ministe de la Media Luna (COLFESMEL). Nous imaginons aussi un tee-shirt, violet bien entendu, avec une sorte de logo du groupe. Nous en sommes plut&#244;t fi&#232;res, m&#234;me si certaines n'osent pas ramener le leur chez elles, pr&#233;f&#233;rant le faire garder (pr&#233;cieusement) par des amies. A ce moment-l&#224;, nous avons d&#233;j&#224; commenc&#233; une s&#233;rie d'ateliers internes de r&#233;flexion (l&#233;gislation, sexualit&#233;, identit&#233;). Vient ensuite un d&#233;bat sur les relations de couple, plusieurs f&#234;tes, fins de semaine &#224; la mer ou &#224; la campagne, et de longues discussions dont les th&#232;mes s'enrichissent et se m&#233;langent : amours, d&#233;samours, conjoncture, f&#233;minisme, lectures diverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Strat&#233;gies de croissance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale strat&#233;gie de croissance en m&#234;me temps que de renforcement interne de la Collective consiste &#224; tabler sur la sociabilit&#233; amicale, amoureuse et festive. Nous organisons des f&#234;tes internes dans l'appartement que je partage avec d'autres internationalistes compr&#233;hensi-ve-s qui quittent les lieux pour la soir&#233;e. Nous y invitons syst&#233;matiquement des femmes ext&#233;rieures au groupe, que nous pensons lesbiennes, en devenir lesbien ou sympathisantes. Mais cela ne va pas sans pr&#233;cautions car la s&#233;curit&#233; doit primer et les indiscr&#233;tions peuvent aller tr&#232;s vite : si n'importe laquelle d'entre nous ne s'estime pas &#171; s&#251;re &#187; d'une invit&#233;e potentielle, nous nous abstenons. D'ailleurs la discr&#233;tion s'impose &#224; ces &#171; sympathisantes &#187; aussi, car si des personnes ext&#233;rieures apprenaient qu'elles fr&#233;quentent le groupe, elles seraient vite catalogu&#233;es elles aussi, ce que beaucoup ne d&#233;sirent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces activit&#233;s nous permettent de cr&#233;er un r&#233;seau de complicit&#233;s qui guide vers la Media Luna de possibles membres, ce qui constitue notre deuxi&#232;me strat&#233;gie de d&#233;veloppement. Certaines de celles avec qui nous entrons ainsi en contact sont d&#233;j&#224; des militantes &#8212;f&#233;ministes, &#233;cologistes, ou impliqu&#233;es dans le &#171; mouvement populaire &#187;. Les choses dans ce cas sont relativement faciles. D'autres n'ont aucun ant&#233;c&#233;dent militant. C'est alors souvent moi qui suis envoy&#233;e en &#233;claireuse, car les risques d'indiscr&#233;tion pour moi sont tr&#232;s faibles dans ces cas[29]. Je me souviens d'une tr&#232;s jeune fille dont on nous a dit qu'elle serait &#171; peut-&#234;tre int&#233;ress&#233;e &#187; &#224; conna&#238;tre le groupe. Je la rencontre dans un lieu tranquille, elle est d'apparence butch &#224; l'extr&#234;me mais nous parlons un bon moment sans jamais prononcer &#171; le mot &#187; ni faire aucune allusion &#171; au th&#232;me &#187; avant que je ne r&#233;ussisse &#224; l'inviter &#224; une r&#233;union &#171; d'un groupe qui peut l'int&#233;resser &#187;. La conversation m'&#233;voque celle que j'avais eue plusieurs mois auparavant avec la Doctora lors de notre premi&#232;re rencontre, o&#249; elle m'avait seulement parl&#233; pendant une longue heure &#171; de femmes qui ont des difficult&#233;s &#187; (en fait, elle-m&#234;me). Puis &#224; un certain moment, nous d&#233;cidons aussi &#171; d'aller vers &#187; celles que nous appelons &#171; les lesbiennes de bars &#187;, que nous pensons peut-&#234;tre plus affirm&#233;es dans leur &#171; identit&#233; &#187; mais probablement pas f&#233;ministes. Nous faisons chou blanc &#224; l'Oraculo, mais apprenons l'existence d'autres lieux, toujours dans le centre-ville : un minuscule &#171; bar &#187; dans un domicile priv&#233; (qui se r&#233;sume &#224; trois chaises dans une garage d&#233;sert), ainsi qu'un v&#233;ritable petit bar-discoth&#232;que o&#249; nous rencontrons deux lesbiennes tr&#232;s butch dans la vingtaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rencontre marque un tournant, car elle conduit la Media luna &#224; incorporer des lesbiennes qui non seulement n'ont aucune id&#233;e du f&#233;minisme, mais sont &#224; l'oppos&#233; du spectre politique d'o&#249; sont jusqu'ici issues les autres media-lunas : Tati et Nina sont deux amies de longue date, &#233;tudiantes en ing&#233;nierie dans la meilleure universit&#233; du pays et qui n'ont connu la guerre qu'adolescentes. Elles &#233;voluent dans un autre monde, fr&#233;quentant des bars gays de la tr&#232;s chic et droiti&#232;re Zone Rose, inaccessible sans voiture. Elles conduisent m&#234;me parfois jusqu'au Guatemala, o&#249; nous apprenons qu'il existe une tr&#232;s grande bo&#238;te gay sur deux &#233;tages. L'anonymat qu'elle leur permet vaut largement 5 heures de route &#224; l'aller et autant au retour. L'une des deux nous confie qu'elle se sent si isol&#233;e qu'elle s'appr&#234;te &#224; rentrer dans la branche locale de l'Opus dei, esp&#233;rant que l'extr&#234;me-droite ne soit en d&#233;finitive pas si ferm&#233;e au plan moral[30]. Nous nous regardons avec stupeur, mais comprenons mieux quand elle nous explique qu'elle d&#233;teste la gauche depuis qu'un de ses proches parents a &#233;t&#233; tu&#233; quand elle &#233;tait enfant, sous ses yeux ou presque, par le FMLN. Elles deviennent vite des membres solides de la Collective, mais ce sont les seules &#171; lesbiennes de bars &#187; (et encore, de bars chics) que nous parviendrons &#224; &#171; recruter &#187; : de fait, les bars de la zone rose drainent un public trop diff&#233;rent socialement et politiquement, quant aux lesbiennes de classe populaire, le genre de bars o&#249; elles seraient susceptibles d'aller n'ont rien de gay et sont donc &#171; introuvables &#187;. Finalement, notre strat&#233;gie se concentre sur le milieu f&#233;ministe, qui est sans &#233;quivoque celui que nous fr&#233;quentons le plus assid&#251;ment et o&#249; nous avons le plus de chance de trouver des interlocutrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux souvenirs, encore, de cette premi&#232;re ann&#233;e, illustrent le grand vide dans lequel nous nous trouvons : il n'existe presque aucune information &#224; cette &#233;poque sur le lesbianisme au Salvador, qui est encore presque coup&#233; du monde[31]. Toutes les bribes de lesbianisme sont &#224; saisir. Ainsi, quand vient dans le pays la juriste costaricaine Alda Facio, co-fondatrice du r&#233;seau latino-am&#233;ricain pour les droits des femmes CLADEM et qui ne se cache pas d'&#234;tre lesbienne, nous organisons imm&#233;diatement une mini-rencontre dans sa chambre d'h&#244;tel. Une autre fois, c'est l'anthropologue f&#233;ministe mexicaine Marcela Lagarde[32] qui est invit&#233;e au Salvador pour parler &#171; des relations entre femmes[33] &#187;. A cette p&#233;riode, le mouvement bruisse d'interrogations enfi&#233;vr&#233;es sur le lesbianisme et quand vient le jour dit, toutes se pressent avec curiosit&#233;. Las, Lagarde passe l'apr&#232;s-midi enti&#232;re &#224; &#233;voquer les relations m&#232;res-filles, entre s&#339;urs, entre amies, entre militantes&#8230; sans jamais prononcer le mot de lesbiennes ni &#233;voquer m&#234;me lointainement le d&#233;sir ou la passion amoureuse entre femmes. Quand je lui pose la question en priv&#233; apr&#232;s l'atelier, elle prend un air un peu contrit et propose avec empressement de m'envoyer d&#232;s son retour au Mexique un ensemble de r&#233;f&#233;rences &#8212;que j'attends encore &#224; ce jour[34]. Nous nous d&#233;brouillons autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Semi-visibilit&#233; et r&#233;pression : juin 1993-avril 1994&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la vie politique du pays et surtout dans celle du mouvement des femmes et f&#233;ministe, 1993 est une ann&#233;e-cl&#233;. Le temps de la guerre s'&#233;loigne tandis qu'il est encore permis de r&#234;ver de victoire aux &#233;lections. La Media Luna entre progressivement dans une deuxi&#232;me phase, celle du commencement d'une timide visibilit&#233;, bien vite entrav&#233;e par les circonstances ext&#233;rieures.&lt;br class='autobr' /&gt;
La fin des derniers tabous pour le mouvement f&#233;ministe salvadorien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des femmes est en train de s'affirmer de plus en plus f&#233;ministe, sous la double influence de la d&#233;sillusion croissante vis-&#224;-vis du FMLN et du processus de formation interne en vue de la 6&#232;me rencontre f&#233;ministe continentale. C'est dans ce cadre, qu'elle contribue &#224; fa&#231;onner, que la Media Luna commence pr&#233;cautionneusement &#224; sortir de la clandestinit&#233; &#8212;vis-&#224;-vis du mouvement f&#233;ministe, s'entend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La toute premi&#232;re apparition publique officielle du groupe et de trois de ses membres a lieu en juin 1993. Ce n'est pas la Media Luna qui en a choisi la date, les modalit&#233;s ni le lieu. Le Groupe 1 (o&#249; milite toujours notre complice Victoria qui nous a invit&#233;es, et o&#249; le couple Carla et Nora fait d&#233;sormais la pluie et le beau temps) a organis&#233; de son propre chef une journ&#233;e &#224; la fois festive et intime dans son local pour c&#233;l&#233;brer le jour international de la fiert&#233; gaie et lesbienne. Le 28 juin, plus de quarante personnes &#8212;dont quatre hommes et plusieurs Media Lunas cach&#233;es dans l'assistance&#8212; se pressent dans la salle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;v&#233;nement commence par une pr&#233;sentation musicale, suivie de lectures propos&#233;es par deux po&#233;tesses f&#233;ministes. Si la premi&#232;re est tr&#232;s clairement h&#233;t&#233;ra, la deuxi&#232;me, Silvia, lit un po&#232;me d'amour adress&#233; &#224; un certain &#171; Orlando &#187; en clin d'&#339;il &#224; Virginia Woolf[35]. Silvia est une ex-gu&#233;rill&#232;re et l'ex-compagne d'un dirigeant politico-militaire du parti du Groupe 2. L'exil dans plusieurs pays de la r&#233;gion lui a ouvert un horizon plus critique envers beaucoup de choses. Elle ne fait pas partie de la Media Luna &#224; ce moment-l&#224; et nous la rencontrons &#224; cette occasion, pourtant c'est elle qui &#171; fait face &#187; (qui &#171; da la cara &#187;) pour nous : solidaire, provocatrice et pourquoi ne pas le dire, l&#233;g&#232;rement kamikaze. Car m&#234;me si le public est plut&#244;t ouvert, on peut craindre qu'il ne soit pas compl&#232;tement acquis. Une dynamique int&#233;ressante est propos&#233;e ensuite : l'arbre des d&#233;sirs. Chacun-e &#233;crit sur un papier trois pratiques &#233;rotico-sexuelles qu'ielle aime bien faire ou qu'on lui fasse, on m&#233;lange tout puis on ouvre les papiers les uns apr&#232;s les autres, on les lit &#224; haute voix et on les colle sur un arbre dessin&#233; au mur. En permettant de se rendre compte de l'&#233;ventail des go&#251;ts sexuels des personnes pr&#233;sentes, cette dynamique montre que rien ne permet de distinguer &#224; priori des autres, des pratiques lesbiennes. Alors que les Media Lunas tentent de rester bien dissimul&#233;es dans le public, la tension tombe une premi&#232;re fois quand l'une des travailleuses du sexe invit&#233;e demande, au d&#233;but &#171; comment &#231;a, trois pratiques qu'on aime ? Mais le normal, quoi, le normal &#187;, puis une deuxi&#232;me fois quand une f&#233;ministe ancienne religieuse de l'Eglise luth&#233;rienne (li&#233;e au PC) d&#233;plie et lit un petit papier qui dit &#171; 69 &#187;, et devant les rires de certain-e-s, demande un peu f&#226;ch&#233;e pourquoi un simple chiffre d&#233;clenche tant de joie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mois plus tard, profitant de cette vague d'ouverture, la Media Luna est co-organisatrice reconnue de la deuxi&#232;me rencontre nationale de femmes qui a lieu au lac de Coatepeque, en pr&#233;paration de la tenue tr&#232;s prochaine de la 6&#232;me rencontre f&#233;ministe continentale (en novembre). Elle y propose deux ateliers, qui se d&#233;roulent devant un public nourri : l'un sur la maternit&#233; lesbienne et l'autre sur la sexualit&#233;. Tous deux provoquent des discussions passionn&#233;es. Presque aucune expression de rejet n'est &#224; d&#233;plorer, au contraire, un climat de sympathie domine de la part de nombreuses femmes dont d'ailleurs, l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; n'est mise en doute par personne. Deux nouvelles Media Lunas se font conna&#238;tre publiquement. La participation du groupe est m&#234;me salu&#233;e lors de la pl&#233;ni&#232;re finale. Ainsi, il semble que les lesbiennes aient &#233;t&#233; accept&#233;es par le mouvement comme une de ses composantes, sans difficult&#233; majeure. Pourtant, il n'est pas loin le temps o&#249; l'accusation de lesbianisme &#233;tait l'un des meilleurs moyens des organisations de gauche pour &#233;loigner &#171; leurs &#187; femmes du f&#233;minisme. D'ailleurs, beaucoup se gardent toujours de revendiquer leur appartenance au groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me moment de reconnaissance, quoique mitig&#233;e, du lesbianisme par le mouvement des femmes salvadorien, &#224; lieu en septembre 1993, lors de la finalisation de la Plateforme des femmes de Mujeres 94, organisation parapluie qui regroupe l'ensemble du mouvement. Le texte des revendications semble enfin pr&#234;t, quand brusquement on s'avise que deux points ont &#233;t&#233; &#171; oubli&#233;s &#187;. Le premier est l'interruption volontaire de grossesse : beaucoup redoutent de soulever la r&#233;probation. Pourtant, dans tous les forums, assembl&#233;es et r&#233;unions qui ont permis de faire remonter les revendications, l'inclusion de ce point a &#233;t&#233; r&#233;clam&#233;e. Si m&#234;me le mouvement n'ose pas le revendiquer dans sa plate-forme, comment esp&#233;rer l'obtenir un jour ? Apr&#232;s m&#251;re r&#233;flexion, on d&#233;cide d'enrober subtilement la question dans un titre plus g&#233;n&#233;ral : &#171; &lt;i&gt;maternit&#233; libre et volontaire &#187; et de le faire pr&#233;c&#233;der de tous les moyens d'&#233;viter une telle extr&#233;mit&#233; (&#233;ducation sexuelle compl&#232;te et acc&#232;s gratuit aux diff&#233;rentes m&#233;thodes contraceptives). Sur la question de la libre option sexuelle, le d&#233;bat est plus long. Alors que la question allait &#234;tre omise, Filomena[36] fait bravement remarquer que le point n'a pas &#233;t&#233; inclus dans la r&#233;daction finale. Certaines sugg&#232;rent qu'il en est peut-&#234;tre mieux ainsi, mais aucune n'ose dire qu'elle s'y oppose absolument. Apr&#232;s un silence, deux femmes prennent la parole pour soutenir avec chaleur l'id&#233;e que cette plate-forme doit &#234;tre celle de toutes les femmes et que c'est bien le moins qu'elle inclue les trois th&#232;mes fondamentaux du f&#233;minisme (lutte contre la violence, IVG et &#171; libre option sexuelle &lt;/i&gt; &#187;). Puisque Mujeres 94 assume l'avortement, pourquoi se montrer timides ? Prudentes, par contre, oui : il faut formuler la chose habilement, en &#233;vitant absolument le mot d'homosexualit&#233; et &#224; plus forte raison de lesbienne. Le mieux est encore de se placer du point de vue du droit : la Constitution n'affirme-t-elle pas le principe d'&#233;galit&#233; de toutes et de tous ? Pourquoi ne pas demander que soit ajout&#233; sp&#233;cifiquement cette &#233;galit&#233;-l&#224; dans la Loi supr&#234;me ? F. sugg&#232;re la r&#233;daction finale, incluse dans le titre g&#233;n&#233;ral &#171; Juridique &#187; et qui noie savamment le poisson en le m&#234;lant &#224; d'autres cat&#233;gories marginalis&#233;es mais en quelque sorte plus &#171; l&#233;gitimes &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Que le principe d'&#233;galit&#233; soit &#233;tendu &#224; des secteurs qui ne sont pas mentionn&#233;s dans la Constitution, comme les personnes handicap&#233;es, les personnes avec une option sexuelle diff&#233;rente et les groupes ethniques[37]&lt;/i&gt; &#187; (Plateforme des femmes de Mujeres 94)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette solution d&#233;rangeante pour, et par rapport aux femmes diff&#233;remment capables, aux femmes Indiennes et &#224; celles qui vivraient plusieurs de ces situations &#224; la fois &#8212;et cependant assez classique&#8212;, constitue une sorte de demi-victoire qui montre les avanc&#233;es r&#233;alis&#233;es en &#224; peine plus d'un an. La Media Luna en est-elle la seule responsable, ou bien est-ce une &#233;volution g&#233;n&#233;rale du mouvement des femmes et un climat d'euphorie g&#233;n&#233;ralis&#233;e qui en sont les causes principales ? Il est difficile de trancher, mais les Media Lunas se sentent pousser des ailes. A tel point qu'elles commencent &#224; pr&#233;parer une v&#233;ritable sortie du placard face au mouvement f&#233;ministe, &#224; l'occasion de la 6&#232;me rencontre continentale. Elles pr&#233;voient notamment de se faire conna&#238;tre par un bulletin-manifeste qui leur permette &#233;galement de recueillir quelque argent pour leurs activit&#233;s, et envisagent m&#234;me de proposer aux lesbiennes du continent de tenir une rencontre lesbienne (clandestine) &#224; l'issue de la rencontre f&#233;ministe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Campagne lesbophobe contre la 6&#232;me rencontre f&#233;ministe continentale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Courant septembre, la Media Luna pr&#233;pare son premier bulletin[38] et le mouvement f&#233;ministe est en &#233;bullition pour la derni&#232;re ligne droite des pr&#233;paratifs de la 6&#232;me rencontre, sans compter les &#233;lections de d&#233;but 1994 qui arrivent &#224; grands pas avec la plate-forme de Mujeres 94 &#224; n&#233;gocier. Une partie des militantes font m&#234;me tout cela &#224; la fois, notamment Delia, qui a &#233;t&#233; &#233;lue au Comit&#233; d'organisation de la 6&#232;me rencontre continentale et qui a &#233;t&#233; r&#233;cemment &#171; d&#233;bauch&#233;e &#187; de son organisation pour travailler avec le Groupe 1. Celui-ci s'affirme clairement comme le groupe &#171; le plus f&#233;ministe &#187; du mouvement, mais pas le plus &#171; grand &#187; et les tensions sont vives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brusquement, dans la troisi&#232;me semaine de septembre, commence dans les m&#233;dias une virulente campagne anonyme contre la 6&#232;me rencontre f&#233;ministe. La t&#233;l&#233;vision et la radio diffusent aux heures de grande &#233;coute un spot publicitaire qui pr&#233;tend que cette rencontre est une man&#339;uvre du FMLN orchestr&#233;e et financ&#233;e par le CISPES[39] afin de recruter des lesbiennes et des homosexuels pour le parti[40]. A l'incr&#233;dulit&#233; des organisatrices, succ&#232;de une certaine panique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Un ranch priv&#233; [qui devait &#234;tre lou&#233; pour abriter une partie des participantes] a r&#233;sili&#233; le contrat de location, dans un autre nous avons &#233;t&#233; inform&#233;es qu'on pensait suspendre le contrat. D'un autre c&#244;t&#233;, deux de nos organisations ont re&#231;u des appels t&#233;l&#233;phoniques insultants.&lt;/i&gt; &#187;[41]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est assez alarmante : le Groupe 1 a re&#231;u des appels t&#233;l&#233;phoniques qui menacent de &#171; descendre la premi&#232;re lesbienne qui pose le pied sur le sol de l'a&#233;roport &#187;, des membres de la Media Luna &#8212;pourtant anonymes&#8212; ont re&#231;u des menaces dont il est difficile de savoir si elles ont un lien avec la campagne contre la rencontre, mais qui n'en demeurent pas moins pr&#233;occupantes. Plusieurs h&#244;tels r&#233;serv&#233;s pour la Rencontre se refusent &#224; accueillir des lesbiennes. La presse &#224; scandale publie &#224; la Une des articles injurieux sur les lesbiennes[42]. Lors de la conf&#233;rence de presse imm&#233;diatement convoqu&#233;e par le Comit&#233; organisateur salvadorien, une &#233;quipe de vid&#233;o qui s'&#233;tait d'abord pr&#233;sent&#233;e comme une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision se r&#233;v&#232;le appartenir aux services de police gouvernementaux. A la tribune avec les autres membres du Comit&#233; organisateur, Delia a mis une jupe. Le Comit&#233; organisateur se montre tr&#232;s ferme et non-lesbophobe. Par contre, l'&#233;quipe vid&#233;o de la police s'empresse de cadrer sur le public, o&#249; se trouve&#8230; Une femme portant une longue et superbe barbe, sur qui elle zoome. Il s'agit d'une internationaliste des Etats-Unis que j'ai vue quelques jours avant dans une manifestation. Je m'empresse d'aller la pr&#233;venir qu'elle est film&#233;e, en lui expliquant en deux mots, car elle parle mal espagnol, les enjeux de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne de d&#233;nigrement est brutale et personne n'est tr&#232;s rassur&#233;e. Face &#224; cette difficult&#233; impr&#233;vue, qui s'ajoute au m&#233;contentement de certaines f&#233;ministes du reste du continent &#224; propos des quotas de participation et de la capacit&#233; des Salvadoriennes &#224; garantir le bon d&#233;roulement de la rencontre, plusieurs femmes proposent de suspendre les pr&#233;paratifs et de changer le lieu et la date de la rencontre. Cette proposition a le m&#233;rite de ressouder les Salvadoriennes contre cette reculade. Elles font bloc contre les attaques. Alors qu'elles sont loin d'&#234;tre toutes des amies de la Media Luna, elles affirment publiquement que le lesbianisme n'est aucunement un probl&#232;me, qu'il s'agit d'une question priv&#233;e et qu'il y aura bien &#233;videmment des lesbiennes dans la rencontre, parmi les autres femmes et f&#233;ministes. Elles insistent surtout sur le fait que la rencontre constitue un &#233;l&#233;ment essentiel de la construction du mouvement, lui-m&#234;me symbole et fer de lance de la d&#233;mocratisation du pays. Elles demandent une r&#233;union avec la mission ONUsienne d'observation de l'application des Accords de paix (l'ONUSAL) et le gouvernement pour exiger des garanties de s&#233;curit&#233; pour la rencontre. Le pr&#233;sident, avec qui elles parlent personnellement, leur promet de ne dresser aucune restriction &#224; l'organisation de l'&#233;v&#232;nement et de faire tout son possible pour en assurer le bon d&#233;roulement. La rencontre aura finalement lieu, sous une protection ONUsienne &#8212;fort r&#233;duite et discr&#232;te au demeurant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la Media Luna, nous d&#233;cidons de sortir malgr&#233; tout notre bulletin en le photocopiant &#224; la sauvette et en deux parties, les pages paires dans un magasin, les pages impaires dans un autre, avec moultes pr&#233;caution et non sans une petite boule au ventre. Par contre, beaucoup des media lunas y regardent &#224; deux fois avant de le proposer &#224; la vente (de la main &#224; la main) pendant la rencontre elle-m&#234;me. Quant aux &#233;v&#232;nements semi-publics dont nous avions r&#234;v&#233;, inutile d'y penser ! M&#234;me la traditionnelle manifestation f&#233;ministe qui cl&#244;t toujours les rencontres est annul&#233;e. D'ailleurs la plupart des lesbiennes venues du reste du continent ne sont pas t&#233;m&#233;raires. Plusieurs sont m&#234;me assez effray&#233;es et se font toutes petites : on ne peut pas dire que cette rencontre ait marqu&#233; une grande avanc&#233;e dans l'agenda lesbien continental. Par contre, la question de la rencontre ONUsienne de P&#233;kin fait des vagues. En effet, une lesbienne br&#233;silienne, Miriam Botassi (aujourd'hui d&#233;c&#233;d&#233;e) et sa compagne &#233;tats-unienne Ann Puntch font circuler un demi A4 tap&#233; &#224; la machine dans lequel elles d&#233;noncent le financement des pr&#233;paratifs de la rencontre de P&#233;kin par l'USAID &#8212;l'agence &#233;tats-unienne de coop&#233;ration, dont elles rappellent les liens avec la CIA et l'appui &#224; des exp&#233;riences de st&#233;rilisation de femmes Noires, &#224; Porto Rico notamment. Faisant le lien avec diff&#233;rentes col&#232;res, comme celle des Complices (Chiliennes et Mexicaines) qui critiquent vivement l'institutionnalisation-domestication du mouvement, celle des Mujeres Creando de Bolivie qui d&#233;fendent un f&#233;minisme anarchiste, antiraciste et frontalement anticapitaliste, ou encore celle d'une partie des Salvadoriennes qui voient avec m&#233;contentement certains groupes faire des croche-pieds aux autres afin d'accaparer les financements, ce petit tract met le feu aux poudres et ouvre une nouvelle p&#233;riode du f&#233;minisme continental, qui va d&#233;sormais s'organiser autour de la confrontation entre une tendance dite &#171; institutionnelle &#187; et une autre dite &#171; autonome &#187; (Bedregal et Al., 1993 ; Colectivo, 1997 ; Falquet, 1994 et 1998).&lt;br class='autobr' /&gt;
New York, New York !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je quitte finalement le Salvador en mai 1994, la mort dans l'&#226;me. J'ai conscience que je viens de passer 28 mois parmi les plus forts de ma vie aupr&#232;s de femmes et de lesbiennes dont le courage, l'engagement et l'enthousiasme sont exceptionnels. J'ai &#233;norm&#233;ment appris &#224; leurs c&#244;t&#233;s et j'ai eu la chance unique de contribuer avec elles &#224; l'explosion d'un mouvement f&#233;ministe &#8212;que j'avais rat&#233;e en France. Certes, le FMLN n'a pas gagn&#233; les &#233;lections et c'est une immense d&#233;ception m&#234;me si en tant que f&#233;ministe, je suis extr&#234;mement critique des partis et de la politique traditionnelle. J'ai aussi vu se d&#233;chirer sous mes yeux le mouvement f&#233;ministe, &#224; l'&#233;chelle nationale tout autant que continentale, et je l'ai vu prendre la voie, que j'estime n&#233;faste, de l'institutionnalisation sous l'&#233;gide des institutions internationales et de leurs financements. Cela, sans pouvoir l'emp&#234;cher : mais comment l'aurais-je pu, insignifiante lesbienne &#233;trang&#232;re de vingt-cinq ans, somme toute bien innocente, mandat&#233;e par personne et sans acc&#232;s &#224; aucune source de financement ? J'essaie, et j'essaierai inlassablement de relayer les analyses de celles qui s'appellent d&#233;sormais les &#171; autonomes &#187;, en tentant d'y contribuer sans toutefois me mettre ind&#251;ment en avant, puisque je reste &#233;trang&#232;re et &#171; premi&#232;re-mondiste &#187;, blanche et &#233;conomiquement privil&#233;gi&#233;e. Cette situation ne fera h&#233;las que s'amplifier au cours des ann&#233;es avec mon recrutement &#224; l'universit&#233; (que j'ai toutefois pr&#233;f&#233;r&#233;, et de loin, au statut de coop&#233;rante qui m'aurait pourtant permis de rester sur le continent) et les effets d&#233;l&#233;t&#232;res des politiques n&#233;olib&#233;rales qui ont encore creus&#233; l'&#233;cart entre les pays enrichis et ceux qu'ils appauvrissent syst&#233;matiquement. Pour l'heure, je m'appr&#234;te &#224; revenir en France apr&#232;s un &#171; sas de d&#233;compression &#187; au Mexique, o&#249; vient d'appara&#238;tre un mouvement arm&#233;, indien, implant&#233; dans les r&#233;gions o&#249; j'ai travaill&#233; quelques ann&#233;es &#224; peine auparavant. Toutes mes amies lesbiennes et f&#233;ministes de la Comal-Citlalmina soutiennent tr&#232;s activement le mouvement &#8212;mais ceci est une autre histoire. Pour le moment, ce qui me fait &#171; tenir &#187; malgr&#233; la tristesse de quitter le Salvador, c'est la promesse de retrouver bient&#244;t Arety, mon ancienne compagne et notre complice des premiers jours, Victoria, qui a fait une incursion dans le lesbianisme, en juin &#224; New York pour les 25 ans des &#233;meutes de Stonewall : elles y ont &#233;t&#233; invit&#233;es pour repr&#233;senter le Salvador et j'y ferai un crochet avant mon retour &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;pisode curieux me revient &#224; la m&#233;moire, sans que je puisse le dater : deux internationalistes &#233;tats-uniennes du CISPES, visiblement lesbiennes, sont en visite dans le pays. Elles nous invitent, D. et moi, &#224; une r&#233;union. Apr&#232;s quelques &#233;changes, elles nous disent qu'elles ont appris notre existence et, &#224; notre grande surprise, qu'elles ont collect&#233; de l'argent pour nous. Le don se fait aux toilettes de l'une d'elles &#224; Delia. Nous ne comptons m&#234;me pas la somme sur le moment et bien s&#251;r, aucun re&#231;u ne fait foi de cet &#233;change, qui porte peut-&#234;tre sur quelques centaines de dollars. L'attention nous touche beaucoup. Pourtant, nous n'avions rien demand&#233; et ne savons pas r&#233;ellement quoi faire de cet argent inattendu, m&#234;me si nous trouvons vite &#224; l'utiliser. Une chose est s&#251;re : radio lesbienne internationale fonctionne. Un autre point m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233;, face &#224; l'invisibilisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e de l'apport des lesbiennes aux luttes sociales : c'est &#224; l'&#233;poque une jeune lesbienne f&#233;ministe d'ascendance italienne qui dirige le CISPES &#224; New York. Quelques mois plus tard, c'est tr&#232;s probablement &#224; travers ces contacts qu'arrive &#224; la Media Luna une invitation officielle, assortie de deux billets d'avion, pour repr&#233;senter le Salvador dans le cort&#232;ge &#171; mondial &#187; qui doit ouvrir la manifestation d'un million de LGBTQI+ qui s'organise pour les 25 ans des &#233;meutes de Stonewall.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand arrive enfin le mois de juin, je retrouve avec &#233;motion Arety et Victoria. Nous sommes log&#233;es chez la responsable de CISPES, dont la compagne vient de terminer le film lesbien Go Fish et une autre amie a r&#233;alis&#233; r&#233;cemment un film-documentaire sur le voguing, Paris is burning, que nous visionnons tous deux avec avidit&#233;. Nous sommes entour&#233;es de lesbiennes, nous d&#233;couvrons les bars lesbiens, la foule venue du monde entier pour l'&#233;v&#233;nement&#8230; Apr&#232;s les restrictions salvadoriennes, &#231;a fait un choc. Un beau soir, nous allons dans un bar lesbien o&#249; une femme danse nue sur le bar. Victoria, pourtant l'une des femmes les plus d&#233;lur&#233;es du mouvement f&#233;ministe salvadorien, me confie en sortant qu'elle se sent plus ou moins comme une nonne. Idem dans les diff&#233;rentes manifestations auxquelles nous participons, quand nous voyons les lesbiennes d&#233;filer nues, portant des dildos au sommet de leur cr&#226;ne ras&#233;, ou toutes sortes de militants BDSM avec pinces, menottes, combinaisons latex int&#233;grales et autres accessoires paradant en pleine rue. M&#234;me si j'ai d&#233;j&#224; connu tout cela dans les lieux underground de la fin des ann&#233;es 80 en Europe, le d&#233;calage me frappe. Quant &#224; Victoria, la t&#234;te lui ayant tourn&#233; devant tant d'exotisme et de &#171; libert&#233; &#187;, elle retourne au Salvador avec un magnifique piercing qui lui vaudra pendant plusieurs ann&#233;es d'&#234;tre appel&#233; &#171; celle du truc dans le nez &#187; &#8212;tant est encore puissant le conservatisme dans ce petit pays qui vient de sortir de la guerre, jusque dans le mouvement f&#233;ministe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, une g&#233;n&#233;ration apr&#232;s &#224; peine, les id&#233;aux r&#233;volutionnaires sont loin et une violence atroce s'est d&#233;cha&#238;n&#233;e au Salvador, devenu l'un des pays avec les plus forts taux d'assassinats au monde, apr&#232;s plusieurs gouvernements d'extr&#234;me-droite et une p&#233;riode de gouvernement par la gauche[43] qui s'est &#233;galement montr&#233; impuissant &#224; am&#233;liorer la situation &#233;conomique. Il est actuellement impensable de se r&#233;unir dans un parc et le discret piercing de Victoria fait p&#226;le figure face aux visages enti&#232;rement tatou&#233;s des membres des maras, ces gangs qui mettent le pays &#224; feu et &#224; sang, sans que l'on sache bien si la police et l'arm&#233;e les combattent ou en sont les complices. Pourtant, comme le signale le travail de synth&#232;se de G&#243;mez Ar&#233;valo (2017), pas moins de 15 groupes lesbiens sont apparus dans le pays depuis la disparition de la Media Luna en 1998, un peu avant la fin du gouvernement d'extr&#234;me droite vainqueur des &#233;lections &#171; du si&#232;cle &#187; de 1994. En forme de bref &#233;pilogue, signalons que la Media luna continue son existence jusqu'en 1998, puis s'&#233;tiole. En 2000 un groupe Renacer de la luna &#171; Renaissance de la lune &#187; se forme au sein du groupe mixte Entre amigos (form&#233; en 1994), sans grand succ&#232;s, marquant en quelque sorte la fin de ce que G&#243;mez Ar&#233;valo nomme la premi&#232;re vague lesbienne. Une deuxi&#232;me vague inclut les plus jeunes des anciennes Media Luna, plus &#233;loign&#233;es de la gu&#233;rilla, dont plusieurs font une sorte de &#171; coming out &#187; (selon les termes de G&#243;mez Ar&#233;valo) au sein du Groupe 1 o&#249; elles travaillent et y r&#233;alisent un ensemble d'activit&#233;s de visibilisation lesbienne, entre 2004 et 2008 approximativement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette p&#233;riode qu'il qualifie de deuxi&#232;me vague et baptise la &#171; r&#233;bellion lesbienne &#187;, voit appara&#238;tre une nouvelle g&#233;n&#233;ration de lesbiennes, essentiellement jeunes, urbaines et &#233;duqu&#233;es, dont une partie fait alliance avec le mouvement de la diversit&#233; sexuelle et qui, pour beaucoup, luttent pour une visibilit&#233; que la Media Luna n'aurait m&#234;me jamais imagin&#233;e, avec activit&#233;s culturelles, actions de rue et performances qui frappent les esprits. La p&#233;riode 2007-2011 marque le point culminant de cette vague qui revendique notamment la d&#233;sob&#233;issance et le plaisir. Beaucoup de groupes sont proches ou issus du Groupe 1, au point que dans cette p&#233;riode, le Groupe 1 est parfois pris pour un groupe lesbien. Une tendance plus anticapitaliste et anti-raciste s'affirme en 2009 parmi des jeunes proches de l'ancien Groupe 2, avec le Collectif D&#233;sob&#233;issance lesbienne, qui cherche notamment &#224; faire des contacts avec des lesbiennes de l'int&#233;rieur du pays (lire : rurales). Surtout ce groupe organise pour la premi&#232;re fois des rencontres nationales (en 2009, 2010 et 2011). Le d&#233;but 2010 voit l'inauguration de la Maison du groupe Kali-naualia[44], n&#233; d'une alliance avec des lesbiennes &#233;trang&#232;res, particuli&#232;rement embl&#233;matique de la mise en avant de la r&#233;bellion et de la jeunesse. En 2010, tandis qu'a lieu la 8&#232;me rencontre lesbienne-f&#233;ministe continentale au Guatemala tout proche, avec la participation d'une quinzaine de jeunes Salvadoriennes plut&#244;t de tendance &#171; diversit&#233; sexuelle &#187;, la Collective f&#233;ministe lesbiennes en action (n&#233;e en 2007) devient Las Desclosetadas[45], tr&#232;s critique du mouvement de la &#171; diversit&#233; sexuelle &#187; qu'elles estiment domin&#233; par les gays. Enfin, en 2011, trois groupes se rapprochent pour former une Articulation lesbienne-f&#233;ministe &#8220;Las Buscaniguas&#8221;[46] qui participe comme bloc &#224; la marche du 25 novembre. Bien qu'un certain nombre de groupes soient apparus dans les luttes de la &#171; diversit&#233; sexuelle &#187;, cette deuxi&#232;me vague, comme la Media Luna, s'associe davantage au mouvement f&#233;ministe, participant formellement des articulations du mouvement des femmes et recevant un appui &#233;conomique de certains groupes f&#233;ministes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure plus sp&#233;cifiquement sur la Media Luna, soulignons trois points. Tout d'abord, que c'est dans un moment r&#233;ellement exceptionnel, une p&#233;riode de toutes les audaces, comme me le faisait remarquer lors de notre deuxi&#232;me entretien, Nicola Ch&#225;vez Courtright, qu'est apparu ce tout premier groupe lesbien-f&#233;ministe. Pourtant, cette p&#233;riode que les plus jeunes Salvadorien-ne-s con&#231;oivent aujourd'hui comme un bref moment de libert&#233; et r&#233;trospectivement, d'insouciance, ne semblait pas vraiment tel &#224; l'&#233;poque. La guerre pouvait reprendre &#224; tout moment, le retour &#224; la vie civile, signifiant laisser son arme et reprendre son nom r&#233;el, s'av&#233;rait tr&#232;s ins&#233;curisant pour beaucoup, sans compter qu'il a aussi impliqu&#233; un brusque retour au foyer et &#224; la famille (parents et enfants) pour beaucoup de femmes, qui n'ayant pas v&#233;ritablement gagn&#233; la guerre, se sont surtout vu adresser beaucoup de reproches (mauvaise m&#232;re, fille &#171; perdue &#187;) et n'ont gu&#232;re eu acc&#232;s ni &#224; la terre, ni &#224; des formations, ni &#224; des emplois. Nous avons vu &#233;galement que les Media lunas &#233;taient dans l'ensemble extr&#234;mement pr&#233;cautionneuses, pour ne pas dire pleines de crainte, &#224; l'id&#233;e de se rendre visibles comme lesbiennes, et que l'hyst&#233;rie r&#233;pressive de la droite autour de la rencontre f&#233;ministe leur a plut&#244;t donn&#233; raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, m&#234;me si les plus jeunes g&#233;n&#233;rations lesbiennes ne sont pas directement issues de l'ancienne gu&#233;rilla, la concurrence entre les diff&#233;rentes forces du FMLN a structur&#233; en profondeur le mouvement social dans son ensemble, y compris le mouvement lesbien. En effet, deux groupes de femmes li&#233;s chacun &#224; un parti diff&#233;rent se sont fait concurrence &#224; la fin de la guerre pour prendre la t&#234;te du mouvement f&#233;ministe, et c'est indubitablement entre ces deux groupes en lutte pour l'h&#233;g&#233;monie qu'ont gravit&#233; les premi&#232;res Media lunas, mais aussi par la suite, les diff&#233;rents groupes qui se sont form&#233;s. Les lesbiennes et leurs groupes ont constitu&#233; un enjeu dans la comp&#233;tition entre ces deux tendances : il est int&#233;ressant de constater que la &#171; question lesbienne &#187; a servi en quelque sorte d'indice de radicalit&#233; f&#233;ministe ou peut-&#234;tre comme pendant la guerre, de marqueur pour attirer des financements internationaux. Cela, pour le mouvement f&#233;ministe et non pas pour le mouvement de la &#171; diversit&#233; &#187; qui semble s'&#234;tre montr&#233; peu int&#233;ress&#233; par les lesbiennes. Celles-ci se sont davantage ancr&#233;es dans des th&#233;matiques f&#233;ministes (r&#233;bellion, reprise de la rue, lutte contre la violence) que LGBTQI+ (droits et sant&#233; sexuel-le-s, mariage).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, quant &#224; savoir s'il existe une mani&#232;re typiquement salvadorienne et endog&#232;ne d'&#234;tre lesbienne ou si le lesbianisme n'est qu'une importation-imposition occidentale-lib&#233;rale, j'esp&#232;re avoir montr&#233; que la question est terriblement simplificatrice et en r&#233;alit&#233; mal pos&#233;e. Elle a m&#234;me un c&#244;t&#233; presque insultant quand elle semble refl&#233;ter l'arrogance en m&#234;me temps que la culpabilit&#233; de personnes du &#171; Nord &#187; qui de cette mani&#232;re, enferment les habitant-e-s des Suds dans une sorte de &#171; puret&#233; &#187; ou &#171; authenticit&#233; &#187; obligatoire (sur certains th&#232;mes seulement, comme on l'a d&#233;j&#224; soulign&#233;)[47]. Analyser qui finance quel type de groupes et de contenus, avec quelles intentions, mais aussi de qui met en circulation quelles id&#233;es, sugg&#232;re telle ou telle strat&#233;gie, est indubitablement int&#233;ressant. De m&#234;me que penser les effets de la migration et du retour (un million de Salvadorien-ne-s au bas mot se trouve aux Etats-Unis, soit une personne sur six ou une personne par famille), et bien entendu, de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale, avec ce que cela signifie de circulation culturelle et des modes de consommation (le pays est enti&#232;rement dollaris&#233; depuis 2001). Cependant, ce serait faire bien peu de cas des capacit&#233;s politiques et strat&#233;giques des Salvadoriennes que de croire qu'elles peuvent &#234;tre manipul&#233;es comme des pions : les longues ann&#233;es de pr&#233;paration de la r&#233;volution et pour beaucoup, la fr&#233;quentation des Etats-unien-ne-s sur leur propre terrain, et des internationalistes salvadorianis&#233;-e-s par option leur ont permis d'acqu&#233;rir un art assez consomm&#233; &#171; d'emmener pa&#238;tre les &#8216;contreparties' comme des moutons [vers ce qu'elles ont envie de voir][48] &#187; pour empocher l'argent (ou les id&#233;es), et en faire ce qu'elles consid&#232;rent comme le meilleur usage. Et puis &#234;tre le &#171; fait tout, mange-tout, avec l'aggravant d'&#234;tre Salvadorien-ne &#187;, comme a &#233;crit le grand po&#232;te Roque Dalton, donne une certaine exp&#233;rience des r&#233;seaux de survie et de circulation, de la campagne &#224; la capitale, de la capitale jusqu'aux autres pays de la r&#233;gion et de l&#224;, vers le Nord, mais aussi du retour, forc&#233; ou volontaire&#8230; Le transnationalisme et la circulation des id&#233;es et des corps, &#231;a les conna&#238;t et &#231;a ne leur fait pas peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AREVALO GOMEZ, Amaral Palevi, 2017, &#171; Entre placeres y rebeld&#237;as : organizaci&#243;n del movimiento de mujeres lesbianas en El Salvador &#187;, Semin&#225;rio Internacional Fazendo G&#234;nero 11 &amp; 13th Women's Worlds Congress (Anais Eletr&#244;nicos), Florian&#243;polis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BEDREGAL Ximena et al., Feminismos c&#243;mplices, gestos para una cultura tendenciosamente diferente, 1993, M&#233;xico-Santiago de Chile, Correa feminista.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BOLT GONZALEZ, Mary, Sencillamente diferentes&#8230; La autoestima de las mujeres lesbianas en los sectores urbanos de Nicaragua. Managua, Centro Editorial de la Mujer (CEM), 1996.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;COLECTIVO, 1997, Permanencia voluntaria en la utop&#237;a. El feminismo aut&#243;nomo en el VII Encuentro feminista latinoamericano y del Caribe, Chile, 1996. M&#233;xico : La Correa Feminista.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DEMCZUK Ir&#232;ne ; REMIGGI Franck W., 1998, Sortir de l'ombre : histoire des communaut&#233;s lesbienne et gaie de Montr&#233;al, Montr&#233;al, vlb &#233;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DUBE, Gabrielle, 2016, &#171; L'autoethonographie, une m&#233;thode de recherche inclusive &#187;, Pr&#233;sences, Vol.9, pp. 1-20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FACIO Alda, &#171; Ser lesbiana a finales del siglo pasado &#187;, in Ursula Rehaag Kopanke, et D. G. Su&#225;rez (eds.), (CIPAC/DDHH), Justicia para todas. Discriminaci&#243;n contra las lesbianas en Costa Rica, IGLHRC, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FALQUET Jules, 1994, &#171; Panorama du mouvement apr&#232;s la Sixi&#232;me rencontre f&#233;ministe latino-am&#233;ricaine et des Cara&#239;bes, novembre 1993 &#187;, Cahiers du GEDISST, n&#176; 9-10, 1994, p. 133-146.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FALQUET, Jules, 1997, Femmes, projets r&#233;volutionnaires, guerre et d&#233;mocratisation : l'apparition du mouvement des femmes et du f&#233;minisme au Salvador (1970-1994), Th&#232;se sous la direction de Christian Gros, IHEAL, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FALQUET, Jules, 1999, &#8220;Un amour qui a os&#233; dire son nom. Compte-rendu du livre de Norma Mogrovejo&#8221;. Nouvelles Questions F&#233;ministes , vol. 20, n&#176; 3, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FALQUET, Jules, 2006, &#8220;Le couple, ce douloureux probl&#232;me. Pour une analyse mat&#233;rialiste des arrangements amoureux entre lesbiennes&#8221;, Actes du 5&#232;me colloque international d'&#233;tudes lesbiennes &#8220;Tout sur l'amour (sinon rien)&#8221;. Toulouse : Bagdam Espace Lesbien. Pp 17-38.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FALQUET, Jules, 2011, &#171; &#8216;F&#233;ministes autonomes' latino-am&#233;ricaines et carib&#233;ennes : vingt ans de critiques de la coop&#233;ration au d&#233;veloppement &#187;, Recherches F&#233;ministes, vol. 24, n&#176;2-2011, pp. 39-58.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FALQUET, Jules, 2020, &#8220;Le mouvement lesbien f&#233;ministe d'Abya Yala &#224; travers ses rencontres continentales : analyses et alliances&#8221;, in : Lissell Quiroz, Femart, Presses universitaires de Rouen et du Havre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GOMEZ GRIJALVA Dorotea, 2012, Mi cuerpo es un territorio pol&#237;tico, Brecha L&#233;sbica, Voces decoloniales. &lt;a href=&#034;https://brechalesbica.files.wordpress.com/2010/11/mi-cuerpo-es-un-territorio-polc3adtico77777-dorotea-gc3b3mez-grijalva.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://brechalesbica.files.wordpress.com/2010/11/mi-cuerpo-es-un-territorio-polc3adtico77777-dorotea-gc3b3mez-grijalva.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LAGARDE, Marcela, Los cautiverios de las mujeres : madresposas, monjas, putas, presas y locas, UNAM, colecci&#243;n posgrado, M&#233;xico, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LUGONES, Maria (2019 [2008]), &#171; La colonialit&#233; du genre &#187;, Les cahiers du CEDREF, n&#176; 23. &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/cedref/1196&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/cedref/1196&lt;/a&gt;, premi&#232;re publication : 2008 en anglais (Worlds &amp; Knowledges Otherwise, 2) et en espagnol (Tabula Rasa, n&#176; 9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MUJERES 94, 1994, Plateforma de las mujeres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; MEDIA LUNA, Luna de miel, San Salvador, octubre 1993, premier bulletin, photocopie, 22 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MEDIA LUNA, Luna de miel, San Salvador, d&#233;cembre 1994, photocopie, 16p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MOGROVEJO, Norma, Un amor que se atrevi&#243; a decir su nombre. La lucha de las lesbianas y su relaci&#243;n con los movimientos homosexual y feminista en Am&#233;rica Latina. M&#233;xico, Plaza y Vald&#233;s, CDAHL, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paredes Julieta, Hilando fino desde el feminismo ind&#237;gena comunitario, La Paz, Comunidad Mujeres Creando Comunidad, Deutscher Entwicklungsdienst, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PISANO Margarita et al., Permanencia voluntaria en la utop&#237;a. El feminismo aut&#243;nomo en el VII Encuentro feminista latinoamericano y del Caribe, Chile, 1996, M&#233;xico, Correa feminista, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PUAR, K, Jasbir. 2007. Terrorist Assemblages. Homonationalism in Queer Times. Durham and London. Duke University Press. 335 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RAMBACH, Anne, RAMBACH, Marine, 2001, Les intellos pr&#233;caires, Paris, Fayard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RIQUELME Cecilia, &#171; Identidad l&#233;sbica. Una mirada hist&#243;rica &#187;, 1999, &lt;a href=&#034;http://www.rimaweb.com.ar/safopiensa/reflexles/identidadcriquelme.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.rimaweb.com.ar/safopiensa/reflexles/identidadcriquelme.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RODR&#205;GUEZ, AGUERO Eva ; CIRIZA, Alejandra. Viajes apasionados. Feminismos en la Argentina de los 60 y 70. Labrys, n. 22, 2012. &lt;a href=&#034;http://www.labrys.net.br/labrys22/aventure/alejandra%20ciriza.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.labrys.net.br/labrys22/aventure/alejandra%20ciriza.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RUMMEL, Ines, Saliendo del cl&#243;set. Ciudad Guatemala, Colectivo de mujeres Somos, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Para Orlando&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Orlando jam&#225;s volver&#225; a ser el que fue &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Virginia Woolf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Acercate&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traspasemos los miedo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;que mis angustias lleguen a un nivel soportable&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;y me permitan saborear&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;las olas de todos los mares de la tierra&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;deslinz&#225;ndose amorosamente&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;enmedio de mis piernas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aproxim&#225; tu cuerpo de muchacho&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;enga&#241;osamente fr&#225;gil&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;hay veredas desconocidas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;hasta el centro de una misma&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;y vos sos una.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#191;Que hacer entonces ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;el amor no pide permisos&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;que se sepa&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;asalta en la soledad de los parques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;delinque en los cines&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;desnuda en los arrabales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Acercate&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;contame la historia de tu sobrevivencia&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;despu&#233;s de varias guerras y guerrillas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;siendo as&#237;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;yo te contar&#233; la m&#237;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silvia Ethel Matus Avelar, Mexico 1987&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Aujourd'hui encore, il me semble plus prudent de pr&#233;server l'anonymat de ces femmes, aussi bien en tant que lesbiennes qu'en tant qu'ex gu&#233;rill&#232;res &#8212;et parfois les deux. Celles qui les connaissent les reconna&#238;tront pourtant ais&#233;ment, d'autant que j'ai conserv&#233; leur initiale. Pour les autres, j'ai aussi anonymis&#233; les groupes f&#233;ministes dont les noms auraient permis de reconna&#238;tre trop facilement les protagonistes de cette histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Front Farabundo Mart&#237; de lib&#233;ration nationale, form&#233; juste avant le d&#233;but de la guerre en 1980 par l'union de 5 forces ou partis &#8212;chacun ayant suscit&#233; au cours des ann&#233;es &#171; son &#187; organisation de femmes, de jeunes, &#233;tudiante, paysanne, syndicale&#8230; Du plus grand au plus petit : Forces populaires du lib&#233;ration (FPL), Parti communiste (PC), Arm&#233;e r&#233;volutionnaire du peuple (ERP), R&#233;sistance nationale (RN), Parti r&#233;volutionnaire des travailleurs centram&#233;ricain (PRTC).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Dans ce texte, j'utiliserai plut&#244;t le terme de &#171; diversit&#233; sexuelle &#187;, qui est couramment employ&#233; au Salvador et dans la r&#233;gion. Le tout premier groupe de la &#171; diversit&#233; &#187;, Entre amigos, appara&#238;t en 1994. Il r&#233;unit principalement des hommes gays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Si dans les derni&#232;res ann&#233;es, les travaux en espagnol et portugais sont devenus tr&#232;s nombreux et une partie est maintenant accessible en ligne, la production a longtemps &#233;t&#233; particuli&#232;rement r&#233;duite, discr&#232;te et les textes restent dispers&#233;s. Je me suis efforc&#233;e par la traduction et la contextualisation, de rendre disponibles aux francophones un certain nombre de textes produits par et concernant les lesbiennes latino-am&#233;ricaines et des Cara&#239;bes, publiquement visibles comme telles ou non : il s'agit de ce fait d'une sorte de puzzle dont les pi&#232;ces font plus ou moins sens selon qui les regarde. On trouvera de nombreux textes sur mon site : &lt;a href=&#034;http://julesfalquet.com/tag/theorie-lesbienne/page/2/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://julesfalquet.com/tag/theorie-lesbienne/page/2/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Lors de la 8&#232;me rencontre lesbienne-f&#233;ministe continentale qui avait lieu &#224; Ciudad Guatemala en 2010, j'eus la surprise de retrouver&#8230; Meztli, la fille de mon ancienne compagne, que j'avais connue &#224; l'&#226;ge de six ans. Elle me sollicita pour une r&#233;union avec un groupe de jeunes lesbiennes f&#233;ministes anticapitalistes (la Colectiva Desobediencia l&#233;sbica, dont je reparlerai dans la conclusion), au Salvador (ou je me rendis apr&#232;s la rencontre), pour &#233;changer sur les d&#233;buts de la Media Luna et l'actualit&#233; lesbienne. Je fus ensuite contact&#233;e en d&#233;cembre 2015 par Amaral Palevi Ar&#233;valo G&#243;mez, militant gay salvadorien &#233;tudiant au Br&#233;sil qui cherchait &#224; retracer l'histoire de la Media luna, &#224; qui je r&#233;pondis par mail avant de le rencontrer pour un entretien plus long en juillet 2017 au congr&#232;s du Fazendo G&#234;nero, au Br&#233;sil (on lira avec profit sa synth&#232;se des travaux sur les groupes lesbiens au Salvador : Ar&#233;valo G&#243;mez, 2017). En mai 2018, une autre universitaire-militante salvadorienne-&#233;tats-unienne, Nicola Ch&#225;vez Courtright, co-fondatrice des archives LGBTQ+ Amate au Salvador, me contacta &#233;galement pour un entretien &#8212;nous nous rencontr&#226;mes deux ans de suite &#224; Paris. Enfin, &#224; l'&#233;t&#233; 2018, m'&#233;tant rendue au Salvador, plusieurs jeunes lesbiennes (dont Meztli et d'autres filles d'un groupe d'amies ex-gu&#233;rill&#232;res, elles-m&#234;mes amies entre elles) organis&#232;rent une r&#233;union publique au public particuli&#232;rement nourri au cours de laquelle la &#171; vieille garde &#187; f&#233;ministe et lesbienne &#233;voqua les d&#233;buts de la Media luna &#224; l'attention de la jeune g&#233;n&#233;ration. Je pus constater &#224; cette occasion combien les souvenirs des unes et des autres, et surtout leur interpr&#233;tation, pouvait diff&#233;rer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Les cahiers du f&#233;minisme, Inprecor, Volcans, Lesbia. J'envisage de compl&#233;ter ce travail, apr&#232;s l'avoir traduit en espagnol, gr&#226;ce &#224; un nouveau s&#233;jour au Salvador au cours duquel je pourrai confronter mes souvenirs &#224; ceux des anciennes Medialuneras et sympathisantes qui voudront bien se pr&#234;ter &#224; l'exercice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Je ne parle pas ici de femmes ayant des pratiques homosexuelles, mais bien de lesbiennes politiques, que ce soit dans un sens plus wittigien ou plus f&#233;ministe et dont les luttes se placent bien au-del&#224; des &#171; pr&#233;f&#233;rences sexuelles &#187;, pour l'abolition des rapports sociaux de sexe in&#233;galitaires &#8212;et donc logiquement, pour l'abolition des autres rapports de pouvoir qui sont imbriqu&#233;s avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] On compte 90.000 personnes tu&#233;es pendant le conflit et environ 1 million de d&#233;plac&#233;-e-s, internes ou &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Je m'y installe pour effectuer mes recherches de doctorat sur la participation des femmes au projet r&#233;volutionnaire arm&#233;, &#224; l'origine pour un an et tr&#232;s soulag&#233;e que le pays ne soit plus en guerre alors que j'avais organis&#233; mon s&#233;jour en pensant arriver en plein conflit, comme lors de ma premi&#232;re visite &#224; l'&#233;t&#233; 1991. Incapable de partir &#224; l'issue de cette premi&#232;re ann&#233;e, je d&#233;cide finalement de rester jusqu'aux &#233;lections. J'ai choisi ce sujet par int&#233;r&#234;t militant f&#233;ministe et en tant que membre d'un premier comit&#233; de solidarit&#233; avec le FMLN (au Chiapas) puis d'un autre comit&#233; de solidarit&#233; avec le peuple salvadorien, &#224; Paris. Sans bourse ni r&#233;el rattachement institutionnel, je finance moi-m&#234;me mon s&#233;jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] En novembre d&#233;cembre 1993, face &#224; une r&#233;apparition des escadrons de la mort, une gr&#232;ve de la faim lanc&#233;e par l'Eglise catholique notamment vise &#224; obtenir leur d&#233;mant&#232;lement, en vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] J'y ai v&#233;cu de novembre 1989 &#224; septembre 1990, essentiellement dans le Chiapas, pour effectuer mes recherches de DEA, qui portaient sur la scolarisation diff&#233;rentielle des femmes autochtones (Tzeltal et Tzotzil), que je nommerai ici &#171; Indiennes &#187; car c'est le terme non-p&#233;joratif (m&#234;me si profond&#233;ment probl&#233;matique) qui &#233;tait majoritairement utilis&#233; &#224; l'&#233;poque et dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Comal signifiant, en plus d'&#234;tre un instrument de cuisine caract&#233;ristique sur lequel les femmes pr&#233;parent les tortillas : Colectiva organizadora de mujeres aut&#243;nomas en lucha. Citlalmina, dont le nom nahuatl &#233;voque la d&#233;esse des &#233;toiles femelles, est &#233;galement dans la mythologie-historique recr&#233;&#233;e par le romancier Antonia Velasco Pi&#241;a, une habitante de Tenochtitl&#225;n qui aurait men&#233; la r&#233;sistance arm&#233;e aux envahisseurs espagnols.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Sur la notion de la vie dans l'ombre, concernant le Qu&#233;bec, lui aussi tr&#232;s catholique, on pourra voir Demczuk, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] On verra &#224; ce sujet &#171; le couple, ce douloureux probl&#232;me &#187; (Falquet, 2006).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] On s'arrachait alors Monjas lesbianas : se rompe el silencio, &#233;dit&#233; par Rosemary Curb et Nancy Manahan en 1985, Seix Barral, 398 p., dont l'original en anglais venait de sortir (Lesbian Nuns : Breaking Silence, Naiad Press, 1985, 383 p.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Ces deux femmes, en particulier la Basque, qui a v&#233;cu plusieurs ann&#233;es en Uruguay puis au Nicaragua, joueront (non sans certaines oppositions) un r&#244;le consid&#233;rable dans le mouvement salvadorien, se pla&#231;ant en premi&#232;res formatrices des principaux groupes du pays, en particulier le Groupe 1 et le Groupe 2, tra&#231;ant un certain nombre de strat&#233;gies, notamment celle de la Plateforme des femmes, puis aiguillant certains groupes du Salvador et de la r&#233;gion vers d'importants financements europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Il y existe &#224; cette &#233;poque au Nicaragua un groupe lesbien, Xochiquetzal (du nom de la divinit&#233; azt&#232;que des fleurs et de l'amour). Quelques ann&#233;es plus tard, le groupe Lesbiradas se forme au Guatemala.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Ce nom signifie dans la r&#233;gion &#171; celles qui pigent &#187;, autrement dit, les lesbiennes. Fond&#233; en 1986 ou 1987, le groupe a organis&#233; la deuxi&#232;me rencontre lesbienne continentale, enti&#232;rement clandestine, au Costa Rica en 1990 (Mogrovejo, 2000 ; Falquet, 1999 et 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Poss&#233;der des livres est alors fort rare (et dangereux en cas de descente de l'arm&#233;e) dans ce petit pays que douze ans de guerre avaient quasiment coup&#233; du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Cette possibilit&#233; de se connecter &#224; des r&#233;seaux familiaux et aux sociabilit&#233;s, connaissances et opportunit&#233;s qui en d&#233;coulent &#233;tant souvent rare pour les lesbiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Car elle &#233;tait m&#233;decin. Je r&#233;alise que je n'ai jamais su son nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Notons bien que personne n'a sugg&#233;r&#233; cette dynamique en elle-m&#234;me, ni l'utilisation d'un terme en particulier (comme on l'a dit, beaucoup n'utilisaient de fait aucun terme, ou des p&#233;riphrases, ou diverses expressions sur la base de femme gay, homosexuelle, &#171; comme &#231;a &#187; etc). Le groupe n'a jamais eu pour objectif la visibilit&#233; en tant que lesbiennes de ses militantes (celles-ci ayant au contraire &#224; c&#339;ur de se prot&#233;ger chacune et mutuellement) mais bien &#233;ventuellement, &#224; terme, de rendre visible la non-in&#233;luctabilit&#233; de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] On comprend qu'il faudrait alors tout critiquer et repartir &#171; &#224; z&#233;ro &#187; : pas de langue espagnole, pas de voitures, pas de nourriture industrialis&#233;e ni de t&#233;l&#233;phones portables, pas de concepts politique de droite ni de gauche, etc. Et bien &#233;videmment, pas de sociologie ni de revues universitaires dans le sens occidental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Pour une analyse &#224; la premi&#232;re personne du v&#233;cu d'une femme Indienne lesbienne au Guatemala voisin, entre guerre et post-guerre, on pourra lire G&#243;mez Grijalva, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Il s'agit d'un th&#232;me complexe et peu abord&#233;. Le premier atelier organis&#233; sp&#233;cifiquement contre la violence entre lesbiennes auquel j'ai particip&#233; &#233;tait organis&#233; par une Mexicaine, pendant la 6&#232;me rencontre lesbienne-f&#233;ministe continentale de Rio, en mars 1999. J'assistai &#224; une autre discussion, moins organis&#233;e, lors de la 3&#232;me rencontre annuelle de la Coordination lesbienne &#224; Die, &#224; P&#226;ques 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Nuestra lucha para alcanzar la visibilidad, in : Luna de miel (1993). Traduction et publication en fran&#231;ais par l'auteure dans la revue Volcans, &#171; Notre lutte pour la visibilit&#233; &#187;. On trouvera plus d'information sur la Luna de miel dans la troisi&#232;me partie de cet article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] &#171; Nous sommes syndicalistes, indiennes, jeunes ou non, artistes, travailleuses sociales, avocates, m&#233;decins, m&#232;res, grosses, et toutes belles ! &#187; in : Luna de miel, op. cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] N'&#233;tant pas &#171; latina &#187;, je ne pourrai pas y participer : &#224; partir de la rencontre du Costa Rica (1990) jusqu'&#224; celle d'Argentine (incluse, 1995), seules les latinas, vivant sur le continent ou &#224; l'&#233;tranger, sont admises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Je reste quand-m&#234;me discr&#232;te dans le mouvement f&#233;ministe. C'est ainsi que j'entends un jour une camarade f&#233;ministe affirmer que les lesbiennes sont des violeuses et ni D., ni moi, qui sommes toutes les deux pr&#233;sentes, ne pouvons rien r&#233;torquer sans nous trahir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] La rumeur publique &#224; l'&#233;poque fait de Gloria Salguero Gross, la co-fondatrice puis dirigeante du parti d'extr&#234;me-droite au pouvoir, ARENA, li&#233; aux escadrons de la mort, une lesbienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Pour donner une id&#233;e, le t&#233;l&#233;phone couvre encore peu le pays : les num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone (fixes) &#224; la campagne se composent &#8230; d'un seul chiffre. On appelle l'op&#233;ratrice et on demande par exemple, le &#171; 1 &#187; &#224; Chalatenango..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Elle n'est pas encore entr&#233;e en politique, n'a pas encore &#233;t&#233; &#233;lue comme d&#233;put&#233;e sous l'&#233;tiquette du PRD et n'a pas encore pris la t&#234;te de la Commission parlementaire pour l'&#233;claircissement des f&#233;minicides (son rapport sur le sujet datant de 2005). Elle vient &#224; peine de publier sa (fort volumineuse) th&#232;se doctorale en 1993. Il s'agit cependant d&#233;j&#224; d'une f&#233;ministe &#224; la trajectoire reconnue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] Cet &#233;v&#233;nement a lieu en ao&#251;t 1992. Dans le cadre de la pr&#233;paration de la 6&#232;me rencontre f&#233;ministe continentale, les Salvadoriennes ne voulant pas &#171; &#234;tre en reste &#187; se sont lanc&#233;es dans un processus de formation acc&#233;l&#233;r&#233;e au f&#233;minisme. Les deux principaux groupes qui se disputent l'h&#233;g&#233;monie sur le mouvement f&#233;ministe, le Groupe 1 et le Groupe 2, ont r&#233;alis&#233; une s&#233;rie d'ateliers de formation interne avec C. et N. Dans le reste du mouvement, un processus plus collectif s'engage, dans le cadre duquel un autre groupe organise une s&#233;rie de conf&#233;rences avec des invit&#233;es prestigieuses (ce qui signifie g&#233;n&#233;ralement &#233;trang&#232;res).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] Je m'en doutais un peu, ayant d&#233;j&#224; eu l'occasion de l'entendre deux ans auparavant au Mexique, parler sans nuances de l'irr&#233;sistible d&#233;pendance-attrait des femmes envers les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] On trouvera le po&#232;me en annexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] Il s'agit d'une avocate et ex-commandante de la gu&#233;rilla, dont toutes s'accordent &#224; reconna&#238;tre l'&#233;quanimit&#233; et le sens moral. Elle n'a aucun lien avec la Media Luna et ne passe nullement pour lesbienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] Un groupe de femmes handicap&#233;es (ACOGIPRI) a suivi le processus des forums pr&#233;paratoires de Mujeres 94 avec enthousiasme, en y rappelant qu'un certain nombre de femmes &#233;taient handicap&#233;es &#224; la suite de violences domestiques, de cons&#233;quences d'avortements mal pratiqu&#233;s ou d'accouchements difficiles. Les Indiennes, en revanche, n'ont pas particip&#233; en tant que telles &#224; Mujeres 94. Il faut dire que la population indienne officiellement reconnue dans le pays se limite &#224; trois villages, comme on l'a dit plus haut, et qu'il n'existe pas d'organisation de femmes Indiennes. Quant aux populations Noires, le Salvador en a longtemps interdit la pr&#233;sence sur son sol &#8212;pour &#233;viter de concurrencer l'esclavisation de la main-d'&#339;uvre Indienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] La Luna de miel sera une sorte de fanzine d'une vingtaine de pages, maquett&#233; &#224; la colle et aux ciseaux, destin&#233; &#224; nous permettre d'exprimer nos exp&#233;riences et analyses, ainsi qu'&#224; visibiliser le groupe tout en permettant &#224; ses membres de conserver leur anonymat. Nous l'avions pens&#233; en vue d'une diffusion pendant la 6&#232;me rencontre continentale (car le reste du temps, tr&#232;s peu de Salvadoriennes auraient souhait&#233; l'acheter, le lire et moins encore garder chez elles un tel &#171; br&#251;lot &#187;). Cependant, comme on le verra plus bas, notre plan fut d&#233;jou&#233; par les circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] Le plus important comit&#233; de solidarit&#233; avec le Salvador des Etats-Unis, proche des FPL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40] Le spot montre un bus enflamm&#233; (d&#233;licat rappel des ann&#233;es soixante-dix, o&#249; le mouvement populaire br&#251;la quelques bus en protestation contre la hausse des prix des transports), puis une main qui se tend pour recevoir des dollars (allusion &#224; l'aide du CISPES) et finalement un plan fixe d'un tract interne du CISPES diffus&#233; aux &#201;tats-Unis et qui &#233;voque &#8212;entre mille autres choses&#8212; l'existence d'un groupe de lesbiennes f&#233;ministes au Salvador, la Media Luna. Le CISPES fait para&#238;tre un communiqu&#233; de protestation dans la presse salvadorienne d&#232;s le 28 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[41] Lettre envoy&#233;e par le Comit&#233; organisateur &#224; tous les groupes pour expliquer la situation et demander du soutien, 25 septembre 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[42] Je suis contact&#233;e &#224; cette occasion par une journaliste salvadorienne &#224; qui j'accorde un long entretien de &#171; d&#233;minage &#187; sur le lesbianisme. Contente de l'entretien, elle me confie &#224; la fin qu'elle n'a jamais eu l'occasion de se trouver face &#224; face avec une lesbienne. Je commence &#224; &#234;tre habitu&#233;e &#224; cette invisibilit&#233; et je ne la d&#233;trompe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[43] Un alli&#233; du FMLN gagne la pr&#233;sidence en 2009, puis un ancien dirigeant du FMLN en 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[44] Maison ensorcel&#233;e en n&#225;huatl. Elle ferme en 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[45] Ce qui signifie : celles qui sont sorties du placard, le groupe existe jusqu'en 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[46] Las Desclosetadas, Lesbos, Desobediencia L&#233;sbica et des lesbiennes ind&#233;pendantes. Buscaniguas &#233;voque, en argot salvadorien, l'id&#233;e de &#171; chercher les jupons &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[47] Tant de choses ont &#233;t&#233; &#233;crites &#224; ce sujet qu'il est impossible de faire justice &#224; cette discussion ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[48] Selon la formule imag&#233;e de l'ex commandante Rebeca Palacios, devenue depuis d&#233;put&#233;e, qui me dit un jour avec un grand sourire : &#171; attends, je reviens, estamos pastoreando a las contrapartes &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;volution cubaine, anti-imp&#233;rialisme et socialisme</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Revolution-cubaine-anti-imperialisme-et-socialisme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Revolution-cubaine-anti-imperialisme-et-socialisme</guid>
		<dc:date>2021-02-09T07:23:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thomas Posado et Jean-Baptiste Thomas</dc:creator>


		<dc:subject>Cuba</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-02-02</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D&#232;s f&#233;vrier 1959, protestant contre les proc&#232;s intent&#233;s &#224; l'encontre des anciens batistiens n'ayant pu quitter le pays &#224; temps avec leur chef, Washington formule ses premi&#232;res menaces concernant la r&#233;duction de ses achats de sucre cubain. Parall&#232;lement, l'agitation dans les campagnes, dans les villes et dans la jeunesse se poursuit[1]. &lt;br class='autobr' /&gt; Contretemps 5 f&#233;vrier 2021 &lt;br class='autobr' /&gt;
Thomas Posado et Jean-Baptiste Thomas, R&#233;volutions &#224; Cuba, de 1868 &#224; nos jours, Paris, Syllepse, 2020. &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;sistances et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Litterature-et-fiction-" rel="directory"&gt;&#201;crits et fiction&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Cuba-+" rel="tag"&gt;Cuba&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-02-02-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-02-02&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton46672-ee2bf.jpg?1781329788' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s f&#233;vrier 1959, protestant contre les proc&#232;s intent&#233;s &#224; l'encontre des anciens batistiens n'ayant pu quitter le pays &#224; temps avec leur chef, Washington formule ses premi&#232;res menaces concernant la r&#233;duction de ses achats de sucre cubain. Parall&#232;lement, l'agitation dans les campagnes, dans les villes et dans la jeunesse se poursuit[1].&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Contretemps&lt;br class='autobr' /&gt;
5 f&#233;vrier 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas Posado et Jean-Baptiste Thomas, R&#233;volutions &#224; Cuba, de 1868 &#224; nos jours, Paris, Syllepse, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;sistances et premi&#232;res victoires contre l'imp&#233;rialisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au mois de mai 1959, le texte de la r&#233;forme agraire promise par Castro depuis 1953 est rendu public. Il est certainement plus ambitieux que le programme qui avait &#233;t&#233; &#233;labor&#233; dans la Sierra en 1958 par Humberto Sor&#237; Mar&#237;n, ministre de l'agriculture, mais la r&#233;forme reste mod&#233;r&#233;e dans ses grands axes. Les tr&#232;s grandes propri&#233;t&#233;s sont vis&#233;es, mais la loi pr&#233;voit plusieurs d&#233;rogations : les nationalisations sont ainsi exclues dans les exploitations de moins de 400 hectares et m&#234;me de 1300 hectares dans le secteur sucrier et rizicole l&#224; o&#249; la production serait sup&#233;rieure de moiti&#233; au rendement national moyen, voire dans le cas d'exploitations ou d'entreprises &#233;trang&#232;res jug&#233;es utiles &#224; l'&#233;conomie nationale. Il est pr&#233;vu d'indemniser les propri&#233;taires sur la base de leurs d&#233;clarations fiscales par des obligations d'&#201;tat &#224; vingt ans. C'est d&#233;j&#224; trop pour la bourgeoisie. L'annonce de la r&#233;forme provoque un s&#233;isme au niveau bancaire et une premi&#232;re fuite de capitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; grand renfort d'encarts dans la presse, les associations patronales de producteurs et d'&#233;leveurs s'&#233;tranglent. Plusieurs personnalit&#233;s &#233;minentes du gouvernement manifestent leur opposition au texte. C'est le cas du ministre de l'agriculture lui-m&#234;me, mais aussi du pr&#233;sident de la R&#233;publique, Urrutia, forc&#233; de faire un pas de c&#244;t&#233; en juillet 1959 et remplac&#233; par Osvaldo Dortic&#243;s, ou encore d'Huber Matos, dirigeant de la premi&#232;re heure du M26 et gouverneur de la province de Camag&#252;ey, qui d&#233;missionne en octobre[2]. La r&#233;forme d&#233;cr&#233;t&#233;e le 4 juin au niveau national &#8211; un premier texte sp&#233;cial ayant &#233;t&#233; promulgu&#233; pour la seule Sierra Maestra le 17 mai &#8211;, se r&#233;alise dans un contexte marqu&#233; par une forte agitation dans les campagnes et dans les villes, une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#233;tant lanc&#233;e pour soutenir Castro dans son bras-de-fer avec Urrutia. Le 26 juillet, devant un demi-million de paysans, d'ouvriers et de jeunes rassembl&#233;s &#224; La Havane, place de la R&#233;volution (encore appel&#233;e &#171; place Civique &#187;, &#224; l'&#233;poque), pour comm&#233;morer l'assaut de 1953, Castro, qui a d&#233;missionn&#233; quelques jours plus t&#244;t, annonce qu'il reprendra son poste de premier ministre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'une premi&#232;re campagne d'attentats &#224; la bombe a secou&#233; la capitale au mois de juin, l'automne 1959 est caract&#233;ris&#233;, en province, par une s&#233;rie d'agressions perp&#233;tr&#233;es par des avionnettes contre des champs de canne et par le survol de La Havane par un B25 pilot&#233; par Pedro Luis D&#237;az Lanz, l'ancien chef de l'aviation r&#233;volutionnaire qui a fait d&#233;fection en juillet. Il largue des tracts ainsi que des explosifs qui font deux morts et quarante-cinq bless&#233;s. Ces op&#233;rations, auxquelles il faut ajouter une s&#233;rie de sabotages, sont l'&#339;uvre d'anticastristes autant que de partisans de Batista et ils op&#232;rent, sans &#234;tre inqui&#233;t&#233;s par les autorit&#233;s &#233;tats-uniennes, depuis la Floride.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CTC r&#233;agit en organisant un grand rassemblement de plusieurs centaines de milliers de personnes o&#249; l'on demande la plus grande fermet&#233; &#224; l'&#233;gard des contre-r&#233;volutionnaires. C'est dans ce contexte, endeuill&#233; de surcro&#238;t par la disparition, en octobre, du tr&#232;s populaire Camilo Cienfuegos dont l'avion dispara&#238;t en vol au cours d'un ouragan[3], que se cr&#233;e, le 22 octobre 1959, la Milice nationale r&#233;volutionnaire qui va bient&#244;t organiser jusqu'&#224; un demi-million de jeunes Cubains et Cubaines. La t&#226;che des miliciens, organis&#233;s par secteur d'activit&#233; (ouvriers, paysans et &#233;tudiants) est de seconder l'Arm&#233;e rebelle &#8211; qui ne se transformera en Forces arm&#233;es r&#233;volutionnaires qu'en d&#233;cembre 1961 &#8211; pour faire face &#224; toute agression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'en est trop pour les derniers repr&#233;sentants de l'aile bourgeoise lib&#233;rale hostile &#224; Batista du gouvernement et de la nouvelle administration. &#192; l'instar de Felipe Pazos, pr&#233;sident de la Banque nationale, ils d&#233;missionnent &#224; la h&#226;te fin novembre 1959 et quittent bient&#244;t le pays. Ils rejoignent les quelque 100 000 Cubains qui, selon les estima- tions, fuient l'&#238;le entre janvier 1959 et le premier semestre 1961, avec armes, bagages et surtout portefeuille, horrifi&#233;s par ce qu'ils appellent &#171; communisme &#187; mais qui n'est jamais que la consolidation d'une mobilisation r&#233;volutionnaire des masses populaires. Guevara, qui remplace Pazos &#224; la t&#234;te de la Banque nationale, signera les pesos cubains d'un simple &#171; Che &#187; ironique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le gouvernement Castro d&#233;veloppe une politique favorable aux classes subalternes, il s'attache cependant &#224; limiter l'auto-organisation de la population ou, du moins, ne l'encourage pas. D&#232;s l'ann&#233;e 1959, les conflits du travail qui &#233;clatent avec l'effondrement de Batista et les libert&#233;s d&#233;mocratiques qui en d&#233;coulent sont contenus par la direction r&#233;volutionnaire. Souvent on demande aux ouvriers de ne pas faire gr&#232;ve et de laisser de c&#244;t&#233; leurs revendications alors que le capitalisme est toujours en vigueur. En contrepartie, des conciliations ont lieu au minist&#232;re du travail et donnent souvent raison aux employ&#233;s et ouvriers. Les salaires sont augment&#233;s ; le temps de travail hebdomadaire r&#233;duit &#224; 44 ou 40 heures par semaine avec maintien du salaire &#224; 48 heures ; les tarifs de l'&#233;lectricit&#233; et du gaz sont baiss&#233;s de 30% ; le prix du t&#233;l&#233;phone et les loyers sont divis&#233;s par deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'ann&#233;e 1960, les tensions entre partisans d'une solution radicale et mod&#233;r&#233;s ainsi que les tensions politiques et sociales &#224; l'&#233;chelle de la soci&#233;t&#233; cubaine s'aiguisent davantage. Alors que la r&#233;forme agraire s'acc&#233;l&#232;re, puisque 600 000 hectares sont redistribu&#233;s dans la seule premi&#232;re semaine de l'ann&#233;e, contre 850 000 entre ao&#251;t et d&#233;cembre 1959, les bourgeois qui n'ont pas encore quitt&#233; le pays font leurs valises. Un pr&#234;t demand&#233; par La Havane est refus&#233; par Washington qui fait pression sur ses partenaires pour que les lignes de cr&#233;dit en direction de Cuba soient gel&#233;es. Parall&#232;lement, sur fond de recrudescence des op&#233;rations de sabotage dans tout le pays, un navire fran&#231;ais transportant des armes belges, La Coubre, explose dans le port de La Havane le 4 mars 1960, provoquant un massacre chez les dockers. C'est au cours de la manifestation massive qui s'organise en protestation contre ce qui ressemble fort &#224; un attentat qui porterait la marque ou, du moins, la complicit&#233; des &#201;tats-Unis, qu'Alberto Korda fait de Guevara le portrait iconique qui rapidement deviendra un symbole des ann&#233;es 68 et au-del&#224;. En juin, Washington annonce son intention de r&#233;duire drastiquement ses achats de sucre. Castro r&#233;plique qu'&#224; chaque coupe dans la cuota azucarera il r&#233;pondra par l'expropriation d'une centrale sucri&#232;re am&#233;ricaine. Dans la foul&#233;e, le gouvernement exproprie sans compensation les installations de Texaco et d'Esso puis de Shell, le 29 juin et le 1er juillet, car les dirigeants des filiales locales des deux multinationales refusent de raffiner le brut sovi&#233;tique livr&#233; par un tanker en avril. En r&#233;ponse, l'administration &#233;tats-unienne bloque l'achat de 700000 tonnes de sucre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Cubains r&#233;agissent en disant qu'ils envisagent de nationaliser toutes les entreprises nord-am&#233;ricaines, d&#233;cision qui sera suivie par la nationalisation de toutes les banques am&#233;ricaines, dont la Chase Manhattan et la City Bank en septembre. Au m&#234;me moment, alors que les &#201;tats-Unis annoncent leur intention de mettre en place un premier embargo commercial contre l'&#238;le, le 13 septembre 1959, le second voyage de Castro &#224; New York, pour se rendre &#224; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des Nations unies, est un exemple de guerre de communication des deux bords, mais aussi et surtout de provocation non n&#233;cessaire de la Maison Blanche : apr&#232;s qu'on a failli lui refuser un visa, Castro, qui r&#233;ussit finalement &#224; se rendre &#224; New York, quitte l'h&#244;tel dans lequel s&#233;journe sa d&#233;l&#233;gation pour protester contre les discriminations raciales que subissent les officiels afro-cubains et il s'installe &#224; Harlem. &#192; la fin de la visite, il doit quitter le sol am&#233;ricain &#224; bord d'un avion sovi&#233;tique car les autorit&#233;s &#233;tats-uniennes ont saisi celui de la pr&#233;sidence cubaine en raison d'impay&#233;s de La Havane vis-&#224;-vis de bourgeois ayant quitt&#233; l'&#238;le, r&#233;fugi&#233;s &#224; Miami et estimant, &#224; juste titre, avoir &#233;t&#233; expropri&#233;s de leurs biens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, c'est bien l'ent&#234;tement, l'animosit&#233; puis l'hostilit&#233; manifeste de Washington qui vont finir par d&#233;cider et sceller le rapprochement entre La Havane et Moscou, d'un c&#244;t&#233;, et la fraction gauche de la direction du M26 et les staliniens du PSP, de l'autre, sur fond de pression continue au niveau populaire, mais incapable de se transformer et de se structurer &#224; travers des organismes de type conseilliste (comit&#233;s autonomes ou conseils d'usine, de quartier, dans les campagnes ou sur les lieux d'&#233;tude). D'une part, la d&#233;fection croissante de cadres et de personnels sp&#233;cialis&#233;s (li&#233;s ou non &#224; l'ancien r&#233;gime, mais faisant le choix de quitter le pays ou de s'opposer &#224; l'orientation du gouvernement) et l'insuffisance de cadres de direction issus du mouvement r&#233;volutionnaire force les castristes, &#224; d&#233;faut de promouvoir une prise en main de leurs affaires par les masses mobilis&#233;es, &#224; se rapprocher du PSP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le s&#233;rieux de ses membres, la discipline de parti et l'exp&#233;rience militante sont une aide pr&#233;cieuse pour le nouveau gouvernement qui doit r&#233;pondre &#224; mille exigences et urgences. D'autre part, face &#224; la mont&#233;e de l'agressivit&#233; &#233;tats-unienne, les Cubains se tournent de plus en plus vers l'URSS, relativement absente jusqu'alors de l'h&#233;misph&#232;re am&#233;ricain. Contre vents et mar&#233;es, les partis staliniens latino-am&#233;ricains li&#233;s &#224; Moscou d&#233;fendent depuis la fin des ann&#233;es 1940 une ligne de coexistence pacifique ou, a minima, un mod&#233;rantisme extr&#234;me. &#192; l'inverse de ce qu'affirme la droite &#233;tats-unienne et cubaine, relay&#233;e par certains historiens, le choix de s'appuyer sur l'URSS est donc loin d'avoir &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; en amont. Les rapports entre le castrisme et les Sovi&#233;tiques seront d'ailleurs marqu&#233;s, au moins jusqu'en 1968, par de multiples tensions et d&#233;saccords qui finiront par se r&#233;sorber &#224; travers un alignement d&#233;finitif du r&#233;gime sur le bloc de l'Est &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1960. Par ailleurs, les liens &#233;conomiques entre l'URSS et Cuba sont bien plus anciens que l'arriv&#233;e des barbudos au pouvoir. Alors que les &#201;tats-Unis menacent tr&#232;s t&#244;t de r&#233;duire leurs achats de sucre cubain, les Sovi&#233;tiques, qui se proposent d'acqu&#233;rir 500000 tonnes de sucre en 1959 et s'engagent &#224; payer 31,3 millions de dollars sur deux ans, se situent bien en de&#231;&#224; du niveau de leurs importations sous Batista, lorsque les commandes pouvaient atteindre jusqu'&#224; 47,1 millions de dollars pour la seule ann&#233;e 1957.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tractations et les discussions entre La Havane et Moscou ont commenc&#233; par des canaux officieux, mais ce n'est qu'en mai 1960 que les relations diplomatiques sont r&#233;tablies entre Cuba et l'URSS[4]. Au cours de l'&#233;t&#233;, alors que le ton monte &#224; Washington, les Sovi&#233;tiques proposent, le 1er juin, de fournir &#224; Cuba un quart du p&#233;trole que l'&#238;le importe puis, le 7 juillet, d'acqu&#233;rir la totalit&#233; des 700000 tonnes de sucre refus&#233;es par les &#201;tats-Unis. &#192; l'automne,Washington prend de nouvelles mesures de r&#233;torsion. Un premier embargo commercial contre l'&#238;le est annonc&#233; le 13 septembre 1960 et il est d&#233;cr&#233;t&#233; le 16 septembre, renforc&#233; par un second, qui exclut les m&#233;dicaments et certaines denr&#233;es alimentaires, un mois plus tard. L'objectif ne saurait &#234;tre plus clair : asphyxier l'&#233;conomie cubaine pour favoriser le m&#233;contentement et chasser les castristes du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chine populaire s'engage &#224; son tour, le 30 novembre, &#224; acheter un million de tonnes de sucre. &#192; Washington, en r&#233;ponse, on annonce le 16 d&#233;cembre que les achats de sucre seront bloqu&#233;s pour l'ann&#233;e 1961 et que la cuota azucarera n'a plus de raison d'&#234;tre. Sur l'&#238;le, la r&#233;colte bat son plein et elle avoisine les 6 millions de tonnes, vendues jusqu'alors dans leur quasi-totalit&#233; au voisin du Nord. &#192; l'hiver 1960, il est clair que les &#201;tats-Unis veulent la mort du r&#233;gime. Sur ce point, d'ailleurs, il est int&#233;ressant de souligner la concordance parfaite entre John F. Kennedy, qui vient de remporter les &#233;lections pr&#233;sidentielles, et son rival, Richard Nixon. Les op&#233;rations anticubaines mises en place sous Eisenhower vont d'ailleurs se poursuivre et monter d'un cran sous l'administration d&#233;mocrate. Entre-temps, le 3 janvier 1961, Washington rompt tout rapport diplomatique avec La Havane. La situation est &#224; un point de non-retour et les menaces d'intervention n'ont jamais &#233;t&#233; aussi pr&#233;cises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime n'a d'autre choix que de se radicaliser ou de p&#233;rir. C'est pour n'avoir jamais r&#233;pondu aux menaces des &#201;tats-Unis que le pr&#233;sident guat&#233;malt&#232;que Jacobo &#193;rbenz, d&#233;mocratiquement &#233;lu en 1951 avait fini par &#234;tre renvers&#233;, trois ans plus tard, lors d'un coup d'&#201;tat orchestr&#233; autant par la United Fruit Company que par la CIA. Tous, &#224; commencer par Guevara, pr&#233;sent au cours de l'&#233;v&#233;nement, ont en t&#234;te l'&#233;pisode de ce gouvernement progressiste d'un petit pays d'Am&#233;rique centrale balay&#233; d'un revers de la main par la grande multinationale de la banane &#233;tats-unienne qui s'&#233;tait sentie menac&#233;e dans ses int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas d'ailleurs sans &#233;motion qu'&#193;rbenz et l'ensemble des participants pr&#233;sents aux c&#233;r&#233;monies de cl&#244;ture du premier Congr&#232;s latino-am&#233;ricain de la jeunesse, le 6 ao&#251;t 1960, ovationnent le discours de Fidel Castro annon&#231;ant la nationalisation des entreprises nord-am&#233;ricaines. Lorsque Castro arrive au num&#233;ro 24 de sa liste de 26 entreprises &#233;tats-uniennes et d&#233;clare l'expropriation de la United Fruit, il y a un tonnerre d'applaudissements. En passant sous le contr&#244;le de l'&#201;tat, ces entreprises changent de nom &#233;galement et cette transformation onomastique n'est pas que symbolique. Dans la province d'Oriente, la centrale Delicias est rebaptis&#233;e &#171; Antonio Guiterras &#187; ; la Chaparra &#8211; la plus grande du pays, un temps g&#233;r&#233;e par l'ancien pr&#233;sident Menocal, homme de paille du capital &#233;tats-unien &#8211; devient &#171; Jes&#250;s Men&#233;ndez &#187;, du nom du &#171; g&#233;n&#233;ral de la canne &#187;, afro-cubain et syndicaliste, l'un des plus grands dirigeants ouvriers de l'&#238;le, assassin&#233; en 1948 ; quant &#224; la centrale Manat&#237;, elle devient, tout simplement, &#171; Alg&#233;rie libre &#187;, embl&#232;me de l'internationalisme du gouvernement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier, pouss&#233; dans ses retranchements, a en t&#234;te les principales coordonn&#233;es de la situation &#224; la lumi&#232;re de l'exp&#233;rience cubaine et latino-am&#233;ricaine depuis la fin de la colonisation espagnole : soit la voie de l'expropriation du capital priv&#233; et &#233;tranger se poursuit, accompagn&#233;e d'une mobilisation de l'ensemble de la population et de ses organisations, soit c'est l'&#233;chec qui guette le nouveau r&#233;gime et, &#224; terme, son renversement. Les provocations et l'agressivit&#233; nord-am&#233;ricaines, d'ailleurs, loin d'effrayer les Cubains ou d'alimenter leur m&#233;contentement contre le gouvernement castriste, renforcent leur d&#233;termination &#224; r&#233;sister, &#224; approfondir le processus entam&#233; en janvier 1959 et les soudent autour du r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'&#238;le, au niveau militaire et des milices, la mobilisation g&#233;n&#233;rale est d&#233;cr&#233;t&#233;e d&#232;s la fin 1960. En effet, tant les nouveaux services de s&#233;curit&#233; cubains que l'agence de presse Prensa latina, fond&#233;e sous la houlette de Gabriel Garc&#237;a M&#225;rquez, ont eu vent d'un projet d'invasion imminente organis&#233;e depuis le Guatemala. Dans les campagnes, dans la Sierra de l'Escambray et dans les grandes villes, une intense activit&#233; est d&#233;ploy&#233;e par les maquis anticastristes et les commandos urbains pilot&#233;s depuis la Floride. Le 12 avril 1961, le pr&#233;sident Kennedy assure qu'une invasion de Cuba n'est pas d'actualit&#233;. Trois jours plus tard, pourtant, les a&#233;roports militaires de La Havane, de Santiago et de Pi&#241;ar del R&#237;o sont bombard&#233;s. Les B26 &#224; l'origine des attaques portent un drapeau cubain sur leur fuselage mais il n'est aucun doute quant &#224; leur origine r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le surlendemain, la brigade 2 506 p&#233;n&#232;tre dans les eaux cubaines par la baie des Cochons et d&#233;barque sur la Playa Gir&#243;n, sur la c&#244;te m&#233;ridionale du centre de l'&#238;le, &#224; quelque 200 km de la capitale. Ils sont pr&#232;s de 1500 combattants, la plupart cubains, anciens policiers ou officiers du r&#233;gime de Batista, repris de justice ou t&#234;tes br&#251;l&#233;es, mercenaires sans scrupule ou anticommunistes convaincus, enfants de la bonne bourgeoise qui ont fui d&#232;s 1959[5]. Escort&#233;s par l'US Navy depuis le Nicaragua d'o&#249; ils sont partis, pourvus d'une couverture a&#233;rienne assur&#233;e par d'anciens pilotes de l'aviation militaire batistienne ou des lignes commerciales de Cubana de Aviaci&#243;n, la majorit&#233; des membres de l'exp&#233;dition est achemin&#233;e par quinze chalands et bateaux de d&#233;barquement avec, &#224; leur bord, de l'armement lourd, cinq tanks ainsi que des v&#233;hicules de transport de troupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, un peu plus de 170 soldats sont parachut&#233;s derri&#232;re les lignes cubaines. Les combats sont extr&#234;mement violents, commencent d&#232;s le 17 &#224; l'aube, et durent plus de quarante-huit heures. Cela est insuffisant pour cr&#233;er une t&#234;te de pont de fa&#231;on &#224; ce que l'administration nord-am&#233;ricaine reconnaisse le gouvernement provisoire qui &#233;tait cens&#233; &#234;tre proclam&#233; et pr&#233;sid&#233; par Mir&#243; Cardona, l'ancien premier ministre apr&#232;s la chute de Batista. De toute fa&#231;on, c'est toute l'op&#233;ration qui &#233;choue face &#224; la r&#233;sistance conjointe oppos&#233;e par les forces de police, l'arm&#233;e, les miliciens ainsi que par la population locale, p&#234;cheurs et charbonniers notamment, qui sont les premiers &#224; riposter &#224; l'attaque et refusent d'ob&#233;ir aux ordres des officiers cubains de la brigade 2506 convaincus que les civils allaient se soulever contre Castro le &#171; communiste &#187;. C'est l'exact oppos&#233; qui a lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas pour autant que l'activit&#233; militaire contre le r&#233;gime va cesser. Pendant quatre ans, jusqu'en 1965, des maquis vont perdurer, notamment dans la Sierra centrale de l'Escambray, n&#233;cessitant la mobilisation de pr&#232;s de 100 000 hommes et femmes sur l'ensemble de la p&#233;riode. Comme le souligne l'historien &#233;tats-unien Howard Jones, pour &#171; la Maison Blanche sous Kennedy, la baie des Cochons est davantage un contretemps qu'une d&#233;faite, et n'a pour objectif que de renvoyer &#224; plus tard la tentative de renverser Castro &#187;[6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Washington, en effet, n'aura de cesse de poursuivre cet objectif. Cependant, en dehors du Bureau ovale, l'invasion manqu&#233;e est un &#233;chec cuisant pour une administration &#233;tats-unienne qui refuse d'en assumer la responsabilit&#233; mais qui l'a organis&#233;e, soutenue et men&#233;e &#224; bien de bout en bout d'un point de vue logistique, militaire et politique. Pour l'&#238;le, c'est une victoire qui est le fruit d'une mobilisation populaire qui a commenc&#233;, en r&#233;alit&#233;, d&#232;s la fin de l'ann&#233;e 1958. L'&#233;cho de la victoire du peuple cubain, au niveau continental, et bien au-del&#224;, est absolument majeur : pour la premi&#232;re fois, une intervention nord-am&#233;ricaine a &#233;t&#233; mise en &#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement Cuba peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme &#171; le premier territoire libre d'Am&#233;rique &#187;, cristallisant enfin les r&#234;ves d'ind&#233;pendance v&#233;ritable des Jos&#233; Mart&#237;, Pancho Villa, Emiliano Zapata, Jos&#233; Carlos Mari&#225;tegui, Julio Antonio Mella, Augusto C&#233;sar Sandino ou Farabundo Mart&#237;. Cuba devient &#233;galement, avec cette &#233;ni&#232;me agression &#233;tats-unienne, la premi&#232;re r&#233;publique socialiste d'Am&#233;rique. En effet, lors des fun&#233;railles nationales organis&#233;es pour les victimes des bombardements a&#233;riens du 15 avril 1961, Fidel Castro proclame le caract&#232;re socialiste de la r&#233;volution. Le 25 avril, apr&#232;s l'&#233;chec de l'invasion, Washington d&#233;cr&#232;te l'embargo total et complet contre l'&#238;le. Une semaine plus tard, lors du d&#233;fil&#233; du 1er mai, le m&#234;me Castro d&#233;cr&#232;te qu'il faut d&#233;sormais consid&#233;rer l'&#238;le comme une r&#233;publique socialiste. Arriv&#233;s au pouvoir deux ans auparavant avec un programme antidictatorial, d&#233;mocratique et de r&#233;formes mod&#233;r&#233;es, le soutien dont jouissent les jeunes commandants de la Sierra au sein des classes populaires, de la jeunesse et du mouvement ouvrier est plus important que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aux origines d'un &#201;tat ouvrier d&#233;form&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question centrale, d'un point de vue marxiste, n'est pas tant formelle que structurelle. Dans les ann&#233;es 1960 et 1970, nombreux sont les &#201;tats, &#224; l'instar de l'Alg&#233;rie, de la Tanzanie ou du Y&#233;men, g&#233;n&#233;ralement r&#233;cemment lib&#233;r&#233;s de haute lutte du joug colonial ou n&#233;ocolonial, qui se proclament &#171; socialistes &#187; ou &#171; populaires &#187; et qui s'allient au bloc sovi&#233;tique ou encore usent d'une politique de non-alignement pour mieux man&#339;uvrer et ren&#233;gocier avec les puissances imp&#233;rialistes leur insertion sur l'&#233;chiquier g&#233;opolitique mondial. Cuba n'est pas de ceux- l&#224;. Davantage encore que le caract&#232;re socialiste de l'&#201;tat proclam&#233; par Castro au printemps 1961, le plus important est que, dans le cas cubain, la terminologie vient officialiser une transformation radicale des structures de l'&#238;le qui correspondent, &#224; partir de cette &#233;poque et ce jusqu'au processus de restauration capitaliste en cours aujourd'hui, &#224; celles d'un &#201;tat ouvrier d&#233;form&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'un &#201;tat ouvrier, &#224; l'instar de la Russie sovi&#233;tique des premi&#232;res ann&#233;es de la r&#233;volution d'Octobre, dans la mesure o&#249; le capital national et &#233;tranger a &#233;t&#233; totalement expropri&#233; sans indemnit&#233;s et que la rupture avec le syst&#232;me imp&#233;rialiste mondial est compl&#232;tement consomm&#233;e. Il s'agit n&#233;anmoins d'un &#201;tat ouvrier d&#233;form&#233; &#8211; et non d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;, comme dans le cas de l'URSS de la fin des ann&#233;es 1920, &#224; la suite de la consolidation au pouvoir de la bureaucratie stalinienne &#8211; dans la mesure o&#249; le pouvoir politique &#224; Cuba, d&#232;s le d&#233;but de la r&#233;volution, n'est pas aux mains du mouvement ouvrier, de la petite paysannerie, des masses populaires et de la jeunesse, par le biais de leurs propres organismes d'autorepr&#233;sentation &#8211; les soviets, dans le cas russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir politique qui remplace celui de la dictature batistienne est contr&#244;l&#233; par un secteur, en l'occurrence la direction du M26 et ses alli&#233;s, qui dit agir au nom des travailleurs des villes et des campagnes, qui jouit d'un degr&#233; ind&#233;niable de l&#233;gitimit&#233; et d'un consensus au sein de l'opinion populaire, sans pour autant que cela signifie une direction effective des masses sur leur propre devenir, sur les grands d&#233;bats &#224; affronter et sur les d&#233;cisions &#224; prendre, autant de conditions essentielles &#224; la possibilit&#233; d'un socialisme r&#233;ellement &#233;mancipateur et d&#233;mocratique. Cela ne veut pas pour autant dire que le syst&#232;me cubain de la premi&#232;re &#233;poque serait comparable au socialisme de caserne, autoritaire et r&#233;pressif, en vigueur en URSS &#224; la m&#234;me p&#233;riode, ainsi que dans ses satellites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, &#224; mesure que la dynamique r&#233;volutionnaire des premi&#232;res ann&#233;es va se stabiliser, que la tendance gu&#233;variste au sein de l'appareil d'&#201;tat va perdre en poids et s'effilocher et, surtout, que certains choix politiques et &#233;conomiques vont se faire, reliant de plus en plus &#233;troitement le sort de Cuba &#224; celui du bloc de l'Est, le tout combin&#233; &#224; un abandon de la strat&#233;gie d'une internationalisation de la r&#233;volution cubaine, alors oui, les choses vont changer. C'est alors que le socialisme cubain deviendra, progressivement, plus proche de ce qui se fait &#224; la m&#234;me &#233;poque &#224; l'est du rideau de fer, et quand bien m&#234;me il survivra &#224; la disparition de ce bloc, se distanciant du climat &#233;mancipateur et de la dynamique r&#233;volutionnaire qui, en d&#233;pit de toutes ses contradictions et de ses limites, caract&#233;rise la premi&#232;re d&#233;cennie de la r&#233;volution cubaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ruades des grands propri&#233;taires terriens et des entreprises &#233;trang&#232;res contr&#244;lant les principales centrales sucri&#232;res, l'hostilit&#233; des associations de producteurs et d'&#233;leveurs ainsi que la r&#233;action extr&#234;mement violente et disproportionn&#233;e des autorit&#233;s &#233;tats-uniennes face aux premi&#232;res mesures du nouveau gouvernement cubain en mati&#232;re agraire expliquent pourquoi le gouvernement, pouss&#233; dans ses retranchements, radicalise son projet. Mais il faut &#233;galement tenir compte, en contre- point, de la mobilisation constante de la petite paysannerie et du prol&#233;tariat rural poussant &#224; la r&#233;partition des terres et exigeant que les promesses faites dans la Sierra soient bien respect&#233;es, ce qui explique &#233;galement la plus grande radicalit&#233; de la r&#233;forme ainsi que les mesures d'expropriation contre le capital rural &#233;tranger qui sont prises. Cela n'allait pas de soi, si l'on s'en tient au texte initial de mai 1959.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons expliqu&#233;, la volont&#233; de l'administration &#233;tats-unienne de mettre le pays &#224; genoux en r&#233;duisant par &#224;-coups les achats de sucre cubain explique, parall&#232;lement, l'acc&#233;l&#233;ration du processus. En r&#233;action, le r&#233;gime cubain n'a pas recours &#224; de simples nationalisations contre indemnisation mais proc&#232;de &#224; des expropriations pures et simples des multinationales nord-am&#233;ricaines dans le secteur commercial, bancaire et industriel, ce qui est fort diff&#233;rent. Le processus, d'ailleurs, s'acc&#233;l&#232;re &#224; l'automne 1960. C'est ainsi le 13 octobre qu'entrent en vigueur les lois 890 et 891, absolument d&#233;cisives. La premi&#232;re permet d'exproprier sans indemnisation 382 grandes entreprises cubaines, tous secteurs confondus : 105 centrales sucri&#232;res, l'ensemble des brasseries et distilleries du pays, dont Bacard&#237;, mais &#233;galement les lignes de chemin de fer et les installations portuaires, l'industrie chimique, m&#233;tallurgique et textile ainsi que la plupart des supermarch&#233;s et des grandes drogueries dans les principales villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat contr&#244;le alors environ 80% de la capacit&#233; industrielle de l'&#238;le. Avec la loi 891, le gouvernement nationalise l'ensemble du secteur bancaire, tant &#233;tranger que cubain, &#224; l'exception des banques canadiennes. Le 15 octobre, c'est la r&#233;forme urbaine qui entre en vigueur.Apr&#232;s le premier d&#233;cret sur la baisse des loyers pris au d&#233;but du processus, le gouvernement envisage de r&#233;pondre de fa&#231;on encore plus radicale &#224; la crise du logement. Pour ce faire, il confisque contre indemnisation les propri&#233;t&#233;s des familles qui poss&#232;dent plus d'une unit&#233; immobili&#232;re. Les loyers sont d&#233;sormais payables directement &#224; l'&#201;tat, de fa&#231;on &#224; financer un grand programme de construction de logements publics et les locataires re&#231;oivent, au bout de cinq ou quinze ans, leur logement en usufruit. Le 15 octobre, par ailleurs, une autre loi de nationalisation est &#233;galement proclam&#233;e, permettant l'&#233;tatisation de 273 grandes entreprises cubaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la quasi-totalit&#233; de l'&#233;conomie de l'&#238;le, &#224; l'exception des petites entreprises et du commerce de d&#233;tail, qui se trouve aux mains de l'&#201;tat. En mai 1961, selon des chiffres officiels cubains, ce sont les trois quarts des &#233;changes ext&#233;rieurs de l'&#238;le qui se r&#233;alisent avec les pays du bloc sovi&#233;tique. Encore une fois, c'est tout autant l'intransigeance &#233;tats-unienne suivie de l'agression de la baie des Cochons que la pouss&#233;e constante des masses populaires qui d&#233;cident de cette orientation qualitativement diff&#233;rente du gouvernement r&#233;volutionnaire par rapport &#224; ses projets initiaux. C'est d&#233;sormais l'ensemble des rouages &#233;conomiques de l'&#238;le qui sont aux mains d'un &#201;tat qui n'a plus grand-chose &#224; voir avec cette r&#233;publique d&#233;pendante et sous tutelle, dirig&#233;e tour &#224; tour par des gouvernements plus ou moins corrompus et plus ou moins autoritaires, et qui a vu le jour en 1902.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, comme nous le soulignions, cette restructuration compl&#232;te de l'&#201;tat, qui a nationalis&#233; l'ensemble des moyens de production, de reproduction et de circulation du capital, contr&#244;le le secteur bancaire et le commerce interne et ext&#233;rieur, n'est pas corr&#233;l&#233;e &#224; un contr&#244;le politique complet et r&#233;el du processus par les principaux int&#233;ress&#233;s par ces r&#233;formes radicales, &#224; savoir les classes subalternes cubaines et le monde du travail. En revanche, la soci&#233;t&#233; cubaine change de fond en comble, remettant en cause les hi&#233;rarchies sociales, raciales et de genre model&#233;es par les rapports de propri&#233;t&#233; et de production caract&#233;ristiques du capitalisme semi-colonial et p&#233;riph&#233;rique qui ont structur&#233; l'&#238;le jusqu'alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, l'&#238;le fait des pas de g&#233;ant en termes d'acc&#232;s &#224; la culture, &#224; l'&#233;ducation, &#224; la sant&#233; et &#224; la pr&#233;vention. L&#224; encore, et ind&#233;pendamment de la propagande officielle autour des succ&#232;s cubains dans ces diff&#233;rents domaines, Cuba n'est pas un &#201;tat ouvrier d&#233;form&#233; ou &#171; socialiste &#187; en raison des politiques sociales ambitieuses qui sont port&#233;es par le nouveau r&#233;gime. Les caract&#233;ristiques d'&#201;tat ouvrier d&#233;form&#233; sont li&#233;es au processus d'expropriation qui a &#233;t&#233; men&#233; en amont. Ceci &#233;tant dit, ces mesures sociales radicales font figure d'exception au niveau latino-am&#233;ricain, autant &#224; l'&#233;poque qu'aujourd'hui. C'est la forme du nouvel &#201;tat, de m&#234;me que la planification &#233;conomique et des ressources, qui permettent des avanc&#233;es absolument majeures dans plusieurs domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau culturel et sportif, l'&#201;tat investit massivement pour que les loisirs soient &#224; la disposition de toutes et tous. Symbole de l'ancienne structure touristique h&#233;rit&#233;e de la p&#233;riode ant&#233;rieure, l'ensemble des plages du pays sont d&#233;clar&#233;es publiques le 17 mars 1959, les Cubains d&#233;couvrant pour la premi&#232;re fois certaines portions de leur littoral qui &#233;taient jusqu'alors r&#233;serv&#233;es aux &#233;trangers. Dans la foul&#233;e, le nouveau gouvernement fonde la grande maison d'&#233;dition et structure culturelle Casa de las Am&#233;ricas ainsi que l'Institut cubain d'art et d'industrie cin&#233;matographique (ICAIC) qui vont bient&#244;t permettre un rayonnement majeur des productions cubaines ; des r&#233;alisateurs aussi connus que Tom&#225;s Guti&#233;rrez Alea, Humberto Sol&#225;s ou Alejandro &#193;lvarez vont ainsi jouer un r&#244;le cl&#233; pour la popularit&#233; de la r&#233;volution &#224; &#233;chelle internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux secteurs dans lesquels le gouvernement r&#233;volutionnaire va &#233;galement investir massivement sont l'&#233;ducation et la sant&#233;. Dans le premier cas, une grande campagne nationale de mobilisation va &#234;tre d&#233;cr&#233;t&#233;e au cours de l'ann&#233;e 1961 de fa&#231;on &#224; lib&#233;rer le pays de l'illettrisme. Selon le recensement de 1953, un million de Cubains, soit pr&#232;s du quart de la population, &#233;tait analphab&#232;te. &#192; la fin de la campagne, en 1961, ce chiffre tombe &#224; 3,9 %. Le nombre d'&#233;coles, sur l'&#238;le, passe de 7 750 en 1958 &#224; pr&#232;s de 20 000 en 1975 alors que le corps enseignant passe, pour la m&#234;me p&#233;riode, de 23000 instituteurs et professeurs &#224; 166 000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau de la sant&#233; et de la pr&#233;vention, le gouvernement met en &#339;uvre une politique ambitieuse de maillage territorial et de formation. Pour ne prendre que quelques exemples, cela implique la construction de plus de 150 h&#244;pitaux au cours des quinze premi&#232;res ann&#233;es de la r&#233;volution &#8211; le pays n'en comptant que 95 en 1959 &#8211;, la multiplication par cinq des d&#233;penses de sant&#233; publique ainsi que l'&#233;radication, entre autres, de la poliomy&#233;lite, de la malaria et une baisse notable de la mortalit&#233; en couche et de la mortalit&#233; infantile, les taux cubains rejoignant au cours des ann&#233;es 1970 les taux des pays &#171; d&#233;velopp&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau de la soci&#233;t&#233; cubaine, de nouvelles organisations voient le jour, massivement investies par les classes subalternes, par la classe ouvri&#232;re urbaine, par la paysannerie, par les femmes et par la jeunesse. Cependant, elles n'ont pas de r&#244;le d&#233;cisionnel dans la nouvelle configuration &#233;tatico-politique qui voit le jour.Tout au plus sont-elles associ&#233;es aux prises de d&#233;cisions, comme des organes consultatifs. Parfois, et ce de fa&#231;on croissante &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1960, elles servent ou deviennent de simples courroies de transmission entre l'&#201;tat et le reste de la soci&#233;t&#233; qui voit son niveau de vie global et ses conditions de travail faire un bond gigantesque pour un pays qui, la veille encore, charriait les tares et les probl&#232;mes d'un pays &#171; sous-d&#233;velopp&#233; &#187;. En sus de la Milice nationale r&#233;volutionnaire, parmi les organismes qui voient le jour en 1959-1960, deux d'entre eux sont particuli&#232;rement importants. D'un c&#244;t&#233;, la F&#233;d&#233;ration des femmes cubaines (FMC), cr&#233;&#233;e le 23 ao&#251;t 1960, qui va bient&#244;t organiser &#224; travers toute l'&#238;le plusieurs centaines de milliers de femmes &#224; partir des premi&#232;res organisations de paysannes et des &#233;quipes syndicales f&#233;minines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle assure des fonctions d'&#233;ducation populaire, de formation politique, de d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des femmes dans une &#238;le qui n'a peut-&#234;tre pas l'apanage du machisme et du virilisme par rapport &#224; nombre de pays &#171; d&#233;velopp&#233;s &#187; ou &#171; sous-d&#233;velopp&#233;s &#187; &#224; la m&#234;me &#233;poque, mais o&#249; ces &#233;l&#233;ments restent tr&#232;s pr&#233;gnants. La FMC est prise en main, d&#232;s sa cr&#233;ation, par Vilma Esp&#237;n, seconde femme de Ra&#250;l Castro, qui en sera la pr&#233;sidente de 1960 &#224; 2007. La seconde organisation qui voit le jour alors que les menaces d'agression ext&#233;rieure se pr&#233;cisent et que les op&#233;rations de sabotage sont monnaie courante est celle des Comit&#233;s de d&#233;fense de la r&#233;volution (CDR).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sents dans chaque quartier ou p&#226;t&#233; de maison dans les grandes villes, usines et administrations, les CDR assurent une fonction sociale d'&#233;ducation populaire et de pr&#233;vention au niveau socio-sanitaire, mais &#233;galement des t&#226;ches de contr&#244;le et de vigilance. Tr&#232;s t&#244;t cependant, apr&#232;s 1962, Guevara lui-m&#234;me critiquera certains de leurs travers, le moralisme et la rigidit&#233; de certains de ses cadres, confondant vigilance politique contre les activit&#233;s contre-r&#233;volutionnaires et intromission dans la vie priv&#233;e des Cubains et des Cubaines. Cette tendance n'ira qu'en se renfor&#231;ant au fil du temps, transformant les CDR en succursales des organes officiels de s&#233;curit&#233;. D'entr&#233;e de jeu, les CDR sont tout sauf des conseils d&#233;cisionnaires de quartier ou d'entreprise permettant l'exercice de la d&#233;mocratie directe des producteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau des entreprises et des centrales sucri&#232;res, dans les campagnes, une multitude de comit&#233;s ont vu le jour &#224; partir de 1959, investis par les militants les plus aguerris mais aussi et surtout par les travailleurs et les travailleuses s'&#233;veillant &#224; la vie politique. Ces comit&#233;s assurent des fonctions de protection des unit&#233;s de production et, souvent, de gestion de la production en l'absence des cadres et des anciens dirigeants patronaux qui ont &#233;t&#233; destitu&#233;s ou ont fui. Parall&#232;lement, comme nous l'avons vu, la Centrale des travailleurs cubains est purg&#233;e de ses &#233;l&#233;ments &#171; mujalistes &#187; li&#233;s &#224; l'ancienne dictature et se retrouve d&#232;s le d&#233;but de l'ann&#233;e 1959 dirig&#233;e par l'aile ouvri&#232;re du M26 qui y est h&#233;g&#233;monique, y compris vis-&#224;-vis des communistes du PSP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rapidement, n&#233;anmoins, les organismes de base vont &#234;tre institutionnalis&#233;s &#224; travers la mise en place de conseils techniques et de commissions de dol&#233;ances dans les entreprises. Ces derniers n'auront jamais un pouvoir d&#233;cisionnaire, se limitant &#224; un r&#244;le d'interm&#233;diaire entre les collectifs ouvriers et les diff&#233;rents organes du pouvoir, &#224; commencer par le puissant Institut national de la r&#233;forme agraire, le minist&#232;re de l'industrie, celui de l'&#233;conomie et du travail. Les conseils n'existeront d'ailleurs qu'entre 1961 et 1962, alors que les commissions dispara&#238;tront en 1964. Au niveau syndical, les staliniens sont remis en selle sur intervention express de Fidel Castro, &#224; partir du 10e congr&#232;s de la CTC, organis&#233; en novembre 1959. Comme le souligne Samuel Farber :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; plusieurs reprises, le ministre Ernesto Guevara demandera aux travailleurs de se soumettre aux nouvelles normes gouvernementales et, plus important encore, de renoncer &#224; l'ind&#233;pendance de leurs syndicats. Ce que les travailleurs ont en g&#233;n&#233;ral accept&#233; en &#233;change de l'am&#233;lioration de leurs conditions de vie que leur a procur&#233; le nouveau r&#233;gime dont ils partagent par ailleurs les options anti-imp&#233;rialistes[7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les premi&#232;res ann&#233;es de la r&#233;volution, la CTC repr&#233;sente par cons&#233;quent davantage un appendice de l'appareil d'&#201;tat qu'un organisme autonome de d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts du monde du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on ne peut donc parler, &#224; Cuba, de la structuration d'une authentique d&#233;mocratie ouvri&#232;re &#8211; qui n'a de toute fa&#231;on absolument rien &#224; voir avec une d&#233;mocratie formelle bas&#233;e sur le suffrage universel et ax&#233;e sur un syst&#232;me repr&#233;sentatif qui &#233;chappe au contr&#244;le du monde du travail &#8211; le gouvernement met en place, parall&#232;lement, des instruments r&#233;pressifs dont le r&#244;le et la fonction sont discutables. Face aux menaces internes et externes qui p&#232;sent sur lui et dans un souci de protection de ses int&#233;r&#234;ts et de sa survie, tout r&#233;gime r&#233;volutionnaire est g&#233;n&#233;ralement contraint de mettre sur pied des mesures et des structures d'exception qui n'ont de l&#233;gitimit&#233; que tant qu'elles sont au service des int&#233;r&#234;ts des classes subalternes qui sont les acteurs du processus r&#233;volutionnaire et dans la mesure o&#249; elles sont appel&#233;es &#224; dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s t&#244;t, &#224; Cuba, &#224; ces mesures d'exception qui s'inscrivent contre les &#233;l&#233;ments ouvertement contre-r&#233;volutionnaires &#8211; il suffit de songer aux ex&#233;cutions conduites par Guevara &#224; La Caba&#241;a en janvier 1959 ou aux campagnes contre les maquis anticastristes jusqu'en 1965 &#8211; se superposent d'autres structures, davantage assimilables &#224; une politique autoritaire et de r&#233;pression d'opposants qui, tr&#232;s souvent, sont loin d'&#234;tre des &#171; ennemis &#187; r&#233;ellement mena&#231;ants pour le nouvel ordre r&#233;volutionnaire, lorsqu'il ne s'agit pas tout simplement de personnes accus&#233;es de &#171; d&#233;viance &#187;. On pensera ainsi aux Unit&#233;s militaires d'appui &#224; la production (UMAP) dans lesquelles sont intern&#233;s des Cubains et des Cubaines jug&#233;s &#171; asociaux &#187;, mais &#233;galement des pr&#234;tres catholiques et des pasteurs protestants, des dissidents r&#233;els autant que des citoyens accus&#233;s d'anticastrisme ou des homosexuels. La rectification et la reconnaissance de ses erreurs par l'&#201;tat cubain seront bien tardives et n'auront lieu qu'&#224; la fin des ann&#233;es 1980. Sans jamais &#234;tre comparable au syst&#232;me carc&#233;ral et r&#233;pressif en vigueur dans les autres pays du bloc sovi&#233;tique, la politique cubaine d'internement met n&#233;anmoins en relief, en sus d'une absence de d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire, d'autres traits extr&#234;mement probl&#233;matiques d'un &#201;tat ouvrier d&#233;form&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est enfin au niveau de la direction politique et de son monolithisme croissant que doivent &#233;galement &#234;tre analys&#233;es les limites du processus cubain du point de vue des nouvelles institutions. Au cours des premi&#232;res ann&#233;es de la r&#233;volution, il existe dans les faits un pluralisme partidaire des courants d&#233;fendant le processus de transformation. Il y a, bien entendu, le M26, mais &#233;galement le Directoire r&#233;volutionnaire, bien plus r&#233;duit, ou encore le PSP et m&#234;me le petit Parti ouvrier r&#233;volutionnaire, trotskiste, reconstruit en 1960. Ce dernier est d'ailleurs actif jusqu'en 1962, lorsque la r&#233;pression gouvernementale s'abat sur ses militants et le d&#233;mant&#232;le. Avec l'aiguisement des tensions vis-&#224;-vis des &#201;tats-Unis et dans un souci &#8211; pragmatique &#8211; de centralisation et d'efficacit&#233;, Castro met en place une nouvelle structure politique qui voit le jour dans le sillage de la mobilisation qui pr&#233;side &#224; la d&#233;faite de l'invasion de la baie des Cochons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Organisations r&#233;volutionnaires int&#233;gr&#233;es (ORI) sont officialis&#233;es le 22 mai 1961.Y confluent le M26, le DR et le PSP dont l'influence devient d&#233;cisive au sein de la direction de la nouvelle organisation. C'est d'ailleurs une d&#233;l&#233;gation des ORI qui repr&#233;sente Cuba au 23e congr&#232;s du PC sovi&#233;tique (PCUS) en octobre 1961. En mars de l'ann&#233;e suivante, les ORI se transforment en Parti unifi&#233; de la r&#233;volution socialiste (PURS) qui est la base du Parti communiste cubain dont le premier congr&#232;s (si l'on exclut la premi&#232;re formation du m&#234;me nom) s'ouvre le 3 octobre 1965, au cours duquel Castro donne lecture de la &#171; lettre d'adieu &#187; de Guevara.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] L'universit&#233; de La Havane rouvre ses portes le 11 mai 1959, apr&#232;s trois ans de fermeture administrative sur d&#233;cision de la dictature. Le centre universitaire devient l'un des principaux p&#244;les d'agitation de la jeunesse dans la capitale, brassant bien au-del&#224; des seuls &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Certains historiens estiment que Castro a man&#339;uvr&#233; pour obtenir le d&#233;placement d'Urrutia et la d&#233;position de Matos, qui est condamn&#233; &#224; vingt ans de r&#233;clusion pour r&#233;bellion. Ind&#233;pendamment de la fa&#231;on dont la justice est rendue, tant Urrutia que Matos font valoir que leur positionnement est li&#233; &#224; leur opposition &#224; l'&#171; infiltration communiste du gouvernement &#187;, mais il s'agit, en v&#233;rit&#233;, d'une hostilit&#233; manifeste &#224; l'&#233;gard d'une r&#233;forme des terres qu'ils jugent arbitraire et beaucoup trop radicale. Leurs partisans, lorsqu'ils ne s'exilent pas, gagnent les maquis contre-r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Cienfuegos dispara&#238;t en vol le 22 octobre 1959. Le corps et son avionnette ne seront jamais retrouv&#233;s. Dans l'opinion, on accuse imm&#233;diatement les partisans de Batista d'&#234;tre &#224; l'origine de sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] En novembre 1959, Tass, l'agence de presse officielle sovi&#233;tique, ouvre un bureau &#224; La Havane dirig&#233; par Aleksander Alekseev, dont le r&#244;le n'est pas simplement celui de couverture journalistique. En f&#233;vrier 1960, Anastas Miko&#239;an, &#224; l'&#233;poque vice-pr&#233;sident du Conseil des ministres de l'URSS, r&#233;alise un premier voyage de prise de contact dans le cadre d'une tourn&#233;e dans la r&#233;gion et prend langue avec nombre d'officiels cubains. Il incarnera par la suite le &#171; lobby cubain &#187; &#224; Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Selon les donn&#233;es collect&#233;es par la suite par les services cubains, les biens cumul&#233;s de 800 de ces volontaires cubains issus de la haute bourgeoisie auraient avoisin&#233;, avant 1959, 375 000 hectares de terres, 10 000 maisons et b&#226;timents, 70 industries, dix centrales sucri&#232;res, cinq mines ainsi que deux banques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Howard Jones, The Bay of Pigs, Oxford / New York, Oxford University Press, 2010, p.153.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Samuel Farber, Che Guevara : ombres et lumi&#232;res d'un r&#233;volutionnaire, Montr&#233;al/Paris, M. &#201;diteur/Syllepse, 2017, p.96.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Faire des vaccins un bien commun : un imp&#233;ratif mondial</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Faire-des-vaccins-un-bien-commun-un-imperatif-mondial</link>
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		<dc:date>2021-02-09T07:16:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pablo Pillaud-Vivien</dc:creator>


		<dc:subject>Le Monde</dc:subject>
		<dc:subject>Coronavirus</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-02-02</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les pays du Sud, Inde et Afrique du Sud en t&#234;te, m&#232;nent la bataille &#224; l'OMC pour faire tomber temporairement les brevets et les licences qui font des grandes entreprises pharmaceutiques les propri&#233;taires des vaccins contre le Covid-19. Mais les &#233;go&#239;smes nationaux des pays les plus riches et les logiques de march&#233; semblent plus forts que la r&#233;alit&#233; de l'urgence sanitaire. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de regards.fr &lt;br class='autobr' /&gt;
Les logiques du march&#233; semblent d'une solidit&#233; &#224; toute &#233;preuve. On a cru pendant un temps que la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-02-02-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-02-02&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton46602-f6746.jpg?1781417908' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les pays du Sud, Inde et Afrique du Sud en t&#234;te, m&#232;nent la bataille &#224; l'OMC pour faire tomber temporairement les brevets et les licences qui font des grandes entreprises pharmaceutiques les propri&#233;taires des vaccins contre le Covid-19. Mais les &#233;go&#239;smes nationaux des pays les plus riches et les logiques de march&#233; semblent plus forts que la r&#233;alit&#233; de l'urgence sanitaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;http://www.regards.fr/politique/article/l-ouverture-des-brevets-sur-les-vaccins-un-imperatif-mondial&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;regards.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les logiques du march&#233; semblent d'une solidit&#233; &#224; toute &#233;preuve. On a cru pendant un temps que la pand&#233;mie du Covid-19 allait, &#224; tout le moins, les interroger. Que nenni : on a mis en pause des secteurs entiers de nos &#233;conomies mondiales, on a fragilis&#233; des &#233;cosyst&#232;mes humains qui avaient trouv&#233; un fragile &#233;quilibre dans la mondialisation et on a fini par jeter dans la pr&#233;carit&#233; et la pauvret&#233; des milliers voire des millions de gens sans que cela n'&#233;meuve plus que cela les gouvernants. Pis, la lutte contre le virus dans sa dimension la plus scientifique et m&#233;dicale est devenue, elle aussi, un objet de concurrence n&#233;olib&#233;rale et entre nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les entreprises pharmaceutiques (notamment Pfizer, Moderna et AstraZeneca) qui d&#233;veloppent et vendent un vaccin contre le Covid-19 devraient ainsi gagner des milliards de dollars en cette ann&#233;e 2021. Un petit pactole auquel il faudra ajouter les profits engendr&#233;s par les traitements additionnels dans la mesure o&#249; les vaccins n'&#233;radiqueront vraisemblablement pas compl&#232;tement le virus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, ces entreprises dont on vante l'efficacit&#233; de leur recherche et d&#233;veloppement souffrent de carences dans l'optimisation de leurs cha&#238;nes de production et se retrouvent &#224; ne pouvoir honorer les contrats de vente de vaccins pass&#233;s avec les uns et les autres. Mais cela va m&#234;me plus loin : ces entreprises organisent aussi, de par-devers elles, les in&#233;galit&#233;s mondiales dans la prise en charge de la pand&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le nationalisme vaccinal en question&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'Organisation des Nations Unies (ONU) Ant&#243;nio Guterres a beau temp&#234;ter contre ce qu'il appelle &#171; le nationalisme vaccinal &#187; des pays riches qui &#171; emp&#234;chent de battre le Covid-19 &#187;, le constat est alarmant : 90% de la population des pays pauvres ne seront pas vaccin&#233;s en 2021 et, &#224; ce jour, 14% seulement de la population mondiale ont mis la main sur plus de la moiti&#233; des doses de vaccins disponibles. Le voeu formul&#233; par le pr&#233;sident fran&#231;ais Emmanuel Macron en mai 2020, de faire du vaccin &#171; un bien public mondial &#187;, semble ainsi bien loin. De m&#234;me, le dispositif COVAX, &#171; une initiative mondiale de l'Organisation mondiale de la sant&#233; (OMS) visant &#224; assurer un acc&#232;s rapide et &#233;quitable aux vaccins contre la Covid-19 pour tous les pays, quel que soit leur niveau de revenu &#187;, semble avoir s&#233;rieusement du plomb dans l'aile d'autant qu'il consiste &#224; payer aux laboratoires le vaccin au prix du march&#233; via un fonds commun (largement anim&#233; par le Gavi de la Fondation Bill &amp; Melinda Gates) : de fa&#231;on &#233;vidente, est donc accept&#233;e l'id&#233;e selon laquelle les pays les moins riches seront vaccin&#233;s dans trois ans, puisqu'il n'y a pas de doses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays dits du Sud s'inqui&#232;tent de cette in&#233;gale et injuste r&#233;partition des vaccins et des traitements contre le Covid-19. L'Afrique du Sud et l'Inde ont ainsi tent&#233; une offensive int&#233;ressante en octobre dernier : imposer aux entreprises pharmaceutiques qui d&#233;veloppent le vaccin et autres traitements pour faire face au Covid-19, de renoncer temporairement &#224; leur propri&#233;t&#233; intellectuelle sur leur brevets et licences. Ces deux pays, rejoints notamment par la Bolivie, le Swaziland, le Kenya, le Mozambique, la Mongolie, le Pakistan, le Venezuela et le Zimbabwe, n'ont d'ailleurs pas jet&#233; l'&#233;ponge et ont retent&#233; de faire &#233;merger un consensus sur le sujet fin janvier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une bataille &#224; l'OMC pour ouvrir les brevets des vaccins&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cadre de ce rapport de forces, c'est le conseil de l'ADPIC (l'Accord sur les aspects des droits de propri&#233;t&#233; intellectuelle qui touchent au commerce, un texte annex&#233; &#224; l'Accord instituant l'Organisation mondiale du commerce - OMC). Les d&#233;l&#233;gu&#233;s indiens et sud-africains y mettent en avant le fait que l'acc&#232;s in&#233;quitable aux vaccins au niveau mondial nous m&#232;ne droit vers &#171; un &#233;chec moral catastrophique &#187;, les accords sur les licences volontairement limit&#233;s, restrictifs et surtout non-transparents &#233;tant loin d'&#234;tre suffisants pour r&#233;pondre &#224; la demande mondiale massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif de ces pays est ainsi d'enclencher les m&#233;canismes d&#233;crits aux articles 31, 31bis et &#224; l'annexe 1 de la partie II &#171; Normes concernant l'existence, la port&#233;e et l'exercice des droits de propri&#233;t&#233; intellectuelle &#187; de l'Accord sur les ADPIC, tels qu'amend&#233;s par les dispositions de la D&#233;claration de Doha : ces dispositifs autorisent les membres de l'OMC qui n'ont pas les moyens mais qui ont la capacit&#233; de les produire, d'acheter certains m&#233;dicaments, sous couvert de l'urgence d'une situation sanitaire, pour leur march&#233; int&#233;rieur, par la d&#233;livrance de &#171; licences obligatoires &#187;. Ils permettent &#233;galement aux membres qui n'ont pas la capacit&#233; de fabrication d'importer des m&#233;dicaments de ceux qui les produisent &#224; bas prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'absolu, ces mesures peuvent - voire devraient - &#234;tre exploit&#233;es imm&#233;diatement vu la situation pand&#233;mique actuelle : seulement, dans l'&#233;tat actuel des textes, ce serait &#224; chaque pays d'engager une action individuelle pour obtenir ces &#171; licences obligatoires &#187;. Or ces processus sont lourds et prennent du temps - ce que les populations et les &#233;conomies des pays les plus pauvres ne peuvent se permettre. Mais surtout, certains membres comme les &#201;tats-Unis et le Royaume-Uni o&#249; les principales entreprises pharmaceutiques ayant d&#233;velopp&#233; un vaccin sont sises, n'ont pas ratifi&#233; l'amendement qui autorise les importations en provenance de pays qui produisent sous licence obligatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contre l'ouverture des brevets li&#233;s aux vaccins : les Etats-Unis et l'Union europ&#233;enne en t&#234;te&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, ce que demandent l'Afrique du Sud et l'Inde va plus loin que le cadre propos&#233; par l'OMC : ces deux pays cherchent &#224; suspendre les droits li&#233;s &#224; la propri&#233;t&#233; intellectuelle, aux dessins et mod&#232;les industriels, aux brevets et aux informations non divulgu&#233;es (secret commercial) pendant la dur&#233;e de la pand&#233;mie, &#171; jusqu'&#224; ce que la majorit&#233; de la population mondiale ait d&#233;velopp&#233; une immunit&#233; &#187;. Mais, pour l'instant, la r&#233;sistance &#224; cette proposition reste trop forte&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'OMC, en l'absence de consensus, l'adoption de cette d&#233;rogation temporaire qui permettrait de suspendre les r&#232;gles de propri&#233;t&#233; intellectuelle sur les vaccins compte tenu de la situation pand&#233;mique, n&#233;cessite une majorit&#233; de trois quarts des membres, c'est-&#224;-dire le soutien de 123 membres. Plus de 100 pays en voie de d&#233;veloppement, de nombreuses ONG, plusieurs agences de l'ONU dont l'OMS, et la soci&#233;t&#233; civile mondiale au sens large, soutiennent d'ores-et-d&#233;j&#224; le projet. Mais ce n'est pas suffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui s'y oppose ? L'Union europ&#233;enne, les Etats-Unis, la Suisse, le Royaume-Uni, la Norv&#232;ge, le Canada et le Japon, arguant que ce n'est pas qu'une question de propri&#233;t&#233; intellectuelle mais un probl&#232;me de capacit&#233; de production et d'approvisionnement en mati&#232;res premi&#232;res. Bien faible ergotage pour cacher un double fait : 1. Ces pays ont une foi in&#233;branlable dans le march&#233; et sa capacit&#233; &#224; trouver une solution pour mettre un terme &#224; cette pand&#233;mie mondiale. 2. Malgr&#233; tous les probl&#232;mes que l'on peut constater en France, ce sont ces pays qui s'en sortent le mieux en mati&#232;re de vaccination pour le moment&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;go&#239;smes nationaux et logiques de march&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience de la lutte mondiale contre le VIH pour l'acc&#232;s &#224; des antir&#233;troviraux abordables avaient pourtant d&#233;montr&#233; que l'on peut, dans une certaine mesure, faire plier les laboratoires pharmaceutiques, notamment lorsque les Etats les menacent avec les &#171; licences obligatoires &#187;. Mais surtout, la situation mondiale (comme sur beaucoup de sujets) devrait imposer que passent au second plan, les droits de brevet et de licence, derri&#232;re les droits des patients et des populations. Et de toutes les populations, m&#234;me des populations les plus pauvres, n'en d&#233;plaise aux marchands de vaccins. Car l'urgence est d'autant plus aigu&#235; que les pays africains sont actuellement sous le coup d'une vague virulente du Covid-19, notamment du fait du variant sud-africain, r&#233;put&#233; plus contagieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale des gouvernants des pays les plus riches sera-t-elle plus forte que l'urgence d'une mise en commun des ressources au niveau mondial pour lutter contre la pand&#233;mie de Covid-19 ? A ce stade, les &#233;go&#239;smes nationaux semblent &#234;tre des r&#232;gles d'airain. Mais les opinions publiques comme les oppositions de gauche peuvent aussi faire pression sur leurs dirigeants pour forcer un changement de la donne. Avant qu'il ne soit d&#233;finitivement trop tard pour que l'Histoire ne nous juge s&#233;v&#232;rement pour non-assistance &#224; peuples en danger (si ce n'est d&#233;j&#224; le cas).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Inde-Reportage. &#171; Nous avons d&#233;j&#224; march&#233;, nous marcherons encore, pour notre upajivika ! &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Inde-Reportage-Nous-avons-deja-marche-nous-marcherons-encore-pour-notre</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Inde-Reportage-Nous-avons-deja-marche-nous-marcherons-encore-pour-notre</guid>
		<dc:date>2021-02-09T07:12:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Shraddha Agarwal</dc:creator>


		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Inde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-02-02</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Nous avons emprunt&#233; 1000 roupies aux seths [propri&#233;taires de la ferme] pour venir ici. En &#233;change, nous allons travailler dans leurs champs pendant 4 &#224; 5 jours &#187;, a d&#233;clar&#233; Vijaybai Gangorde, 45 ans. Elle est arriv&#233;e &#224; Nashik [ville de plus d'un million d'habitants situ&#233;e dans le nord-ouest de l'&#201;tat du Maharashtra] le 23 janvier &#224; midi, dans un tempo [petit v&#233;hicule] peint en bleu et orange &#8211; une des premi&#232;res &#224; atteindre le Club de golf Maidan dans la ville, pour rejoindre la jatha (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Inde-822-+" rel="tag"&gt;Inde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-02-02-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-02-02&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton46652-cca53.jpg?1781417908' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Nous avons emprunt&#233; 1000 roupies aux seths [propri&#233;taires de la ferme] pour venir ici. En &#233;change, nous allons travailler dans leurs champs pendant 4 &#224; 5 jours &#187;, a d&#233;clar&#233; Vijaybai Gangorde, 45 ans. Elle est arriv&#233;e &#224; Nashik [ville de plus d'un million d'habitants situ&#233;e dans le nord-ouest de l'&#201;tat du Maharashtra] le 23 janvier &#224; midi, dans un tempo [petit v&#233;hicule] peint en bleu et orange &#8211; une des premi&#232;res &#224; atteindre le Club de golf Maidan dans la ville, pour rejoindre la jatha (marche) sur Mumbai.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Alencontre&lt;br class='autobr' /&gt;
29 janvier 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Shraddha Agarwal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cousine de Vijaybai, Tarabai Jadhav, 41 ans, l'accompagnait &#233;galement depuis Mohadi, leur village situ&#233; dans le taluka [sous-district] de Dindori, dans le district de Nashik. Elles y travaillent tous deux comme ouvri&#232;res agricoles pour un salaire journalier de 200 &#224; 250 roupies [2,25 &#224; 2,85 euros].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des cousins sont venus &#224; Nashik pour rejoindre d'autres agriculteurs &#8211; environ 15'000, principalement des districts de Nanded, de Nandurbar, de Nashik et de Palghar de l'Etat du Maharashtra &#8211; et se rendre sur le terrain d'Azad Maidan [o&#249; se d&#233;roulent, entre autres, les matchs de cricket], &#224; Mumbai. La distance est d'environ 180 kilom&#232;tres. Ils y vont pour protester contre les trois nouvelles lois agricoles. &#171; Nous marchons pour notre upajivika [notre gagne-pain] &#187;, a d&#233;clar&#233; Tarabai Jadhav.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un sit-in et une marche vers Raj Bhavan, la r&#233;sidence du gouverneur, dans le sud de Mumbai, ont &#233;t&#233; organis&#233;s par le Samyukta Shetkari Kamgar Morcha les 25 et 26 janvier, cela pour exprimer leur solidarit&#233; avec les agriculteurs qui protestent aux fronti&#232;res de Delhi. Des agriculteurs de 21 districts du Maharashtra, rassembl&#233;s par l'AIKS (All India Kisan Sabha), se sont r&#233;unis &#224; Mumbai pour ces manifestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plus de deux mois, des centaines de milliers d'agriculteurs, principalement du Pendjab et de l'Haryana, organisent des manifestations sur cinq sites aux fronti&#232;res de Delhi. Ils protestent contre les trois lois agricoles que le gouvernement central a d'abord promulgu&#233;es sous forme d'ordonnances le 5 juin 2020, puis pr&#233;sent&#233;es au Parlement sous forme de projets de loi agricole le 14 septembre, et qu'il s'est empress&#233; de transformer en lois avant le 20 de ce mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces lois sont : 1&#176; la premi&#232;re &#233;largit le champ d'application des zones de commercialisation des produits agricoles, qui passe de zones s&#233;lectionn&#233;es &#224; &#171; tout lieu de production, de collecte &#187; [les march&#233;s publics sont ainsi &#233;limin&#233;s] ; 2&#176; l'agriculture contractuelle est mise en place : soit un syst&#232;me de production fond&#233; sur des accords commerciaux entre les firmes agroalimentaires et les agriculteurs [ce qui donne aux firmes le contr&#244;le sur les prix, les quantit&#233;s et les d&#233;lais de livraison] ; 3&#176; le retrait des denr&#233;es alimentaires des produits essentiels tels que les c&#233;r&#233;ales, les l&#233;gumineuses, les pommes de terre, les oignons, les graines ol&#233;agineuses comestibles et les huiles [ce qui est li&#233; au projet du gouvernement de modifier l'&#233;ventail des biens alimentaires import&#233;s et export&#233;s].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les agriculteurs consid&#232;rent que cette l&#233;gislation est d&#233;vastatrice pour leurs moyens de subsistance, car elle &#233;largit le champ d'action dont disposent les grandes entreprises pour exercer un pouvoir encore plus grand sur l'agriculture. Ces lois sapent &#233;galement les principales formes de soutien au cultivateur, notamment le prix minimum de soutien (PSM), les Comit&#233;s de commercialisation des produits agricoles (APMC), les march&#233;s publics et bien d'autres choses encore. Les lois ont &#233;galement &#233;t&#233; critiqu&#233;es car elles affectent tous les Indiens, car elles privent tous les citoyens de leur droit de recours, ce qui porte atteinte &#224; l'article 32 de la Constitution indienne.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5526 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/indefemmesagr.jpg?5526/895e3b88dd75cdfdaf57791df4013a0283353954643f3a89856afc577a7ae0f4&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH446/895e3b88dd75cdfd-367c6e65-2ef09.jpg?1781417908' width='500' height='446' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vijaybai et Tarabai, qui appartiennent &#224; la communaut&#233; Koli Malhar [qualifi&#233;e d'indig&#232;nes], au statut d'Adivasi [inf&#233;rioris&#233;], une tribu r&#233;pertori&#233;e officiellement [consid&#233;r&#233;e comme hindoue bien qu'elle le conteste], ont pay&#233; 1000 roupies chacune pour un si&#232;ge dans le tempo lou&#233; pour se rendre &#224; Mumbai et retour. Elles ont emprunt&#233; cette somme parce qu'elles n'avaient pas d'&#233;conomies. &#171; Nous n'avions pas de travail pendant la fermeture [Covid-19] &#187;, a d&#233;clar&#233; Tarabai. &#171; Le gouvernement de l'Etat du Maharashtra avait promis 20 kg de bl&#233; gratuits pour chaque famille, mais seulement 10 kg ont &#233;t&#233; distribu&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la premi&#232;re fois que Vijaybai et Tarabai marchent en signe de protestation. &#171; Nous &#233;tions venues pour les deux marches &#8211; en 2018 et 2019 &#187;, disent-elles, faisant r&#233;f&#233;rence &#224; la longue marche de Kisan allant de Nashik &#224; Mumbai en mars 2018 ainsi qu'au rassemblement qui a suivi en f&#233;vrier 2019. A cette occasion, les agriculteurs ont exprim&#233; leur exigence de droits fonciers, de prix r&#233;mun&#233;rateurs pour les produits, d'exon&#233;ration de remboursement des pr&#234;ts et des aides en cas de s&#233;cheresse. De m&#234;me, ce n'est pas la premi&#232;re jatha [marche] organis&#233;e &#224; Nashik afin de protester contre les nouvelles lois agricoles. Le 21 d&#233;cembre 2020, environ 2000 agriculteurs s'&#233;taient rassembl&#233;s &#224; Nashik, dont 1000 sont partis rejoindre leurs homologues du nord dans la banlieue de Delhi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La seule fa&#231;on pour nous, les Adivasis, d'&#234;tre entendus consiste &#224; marcher [pour nos droits]. Cette fois aussi, nous ferons entendre nos voix &#187;, a d&#233;clar&#233; Vijaybai, qui s'est rendue avec Tarabai, au centre du club de golf Maidan, afin d'&#233;couter les discours des dirigeants de l'AIKS [Front paysan du Parti communiste indien].&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5527 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH412/37d009b9aea5fc76-2f370849-a7fe9.jpg?1781417908' width='500' height='412' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une fois tous les v&#233;hicules rassembl&#233;s, le convoi a quitt&#233; Nashik &#224; 18 heures ce soir-l&#224;. Les marcheurs se sont arr&#234;t&#233;s pour la nuit dans le temple Ghatandevi, dans la ville d'Igatpuri, dans le district de Nashik. Beaucoup d'entre eux avaient pr&#233;par&#233; un repas simple de chez eux &#8211; bajra cuits [pain de mil] et chutney &#224; l'ail. Apr&#232;s le d&#238;ner, ils ont &#233;tendu d'&#233;paisses couvertures sur des b&#226;ches &#224; c&#244;t&#233; du temple et se sont endormis. Azad Maidan se trouve &#224; 135 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, le plan &#233;tait de descendre le ghat [colline en gradins] de Kasara pr&#232;s d'Igatpuri et d'atteindre l'autoroute Mumbai-Nashik. Alors qu'ils se pr&#233;paraient &#224; partir &#224; 8 heures du matin, un groupe d'ouvriers agricoles a discut&#233; de l'avenir de leurs enfants dans le secteur agricole. &#171; M&#234;me si mon fils et ma fille ont tous deux obtenu leur dipl&#244;me, ils travaillent dans des fermes pour un maigre salaire de 100 [1,13 euro] &#224; 150 roupies, par jour &#187;, a expliqu&#233; Mukunda Kongil, 48 ans, du village de Nandurkipada, dans le taluka [sous-district] de Trimbakeshwar, dans le district de Nashik. Le fils de Mukunda a un bachelor en commerce et sa fille en &#233;ducation, mais ils travaillent tous deux comme ouvriers agricoles. &#171; Les emplois sont r&#233;serv&#233;s aux non-Adivasis &#187;, explique Mukunda, qui appartient &#224; la communaut&#233; Adivasi Warli, une tribu r&#233;pertori&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon fils a travaill&#233; si dur &#224; l'universit&#233; et maintenant il travaille dans des fermes tous les jours &#187;, dit Janibai Dhangare, 47 ans, &#233;galement une Adivasi Warli de Nandurkipada. &#171; Ma fille a termin&#233; son pandhravi [classe 15, c'est-&#224;-dire une licence]. Elle a essay&#233; de trouver un emploi &#224; Trimbakeshwar, mais il n'y avait pas de travail pour elle. Elle ne voulait pas me quitter et aller &#224; Mumbai. Cette ville est trop loin et les repas faits maison lui manqueraient &#187;, dit-elle, en emportant ses bhakris [pain sans levain] restants et en chargeant son sac dans le tempo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fermiers et les ouvriers agricoles ont march&#233; pendant 12 kilom&#232;tres du ghat &#224; l'autoroute avec leurs drapeaux, brandissant des slogans contre les nouvelles lois agricoles. Ils r&#233;clament l'abrogation des trois lois ainsi que des nouveaux codes du travail, tout en demandant une loi garantissant des prix minimum de soutien r&#233;mun&#233;rateur (PSM) et des facilit&#233;s d'approvisionnement dans tout le pays, a d&#233;clar&#233; Ashok Dhawale, pr&#233;sident de l'AIKS. &#171; Cette marche est une contribution importante &#224; la lutte nationale historique des centaines de milliers d'agriculteurs &#224; Delhi et dans tout le pays contre les politiques n&#233;olib&#233;rales et pro-entreprises du gouvernement central &#187;, a d&#233;clar&#233; Ashok Dhawale, qui voyage avec la colonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En arrivant sur l'autoroute, les paysans ont pris place dans les v&#233;hicules et se sont dirig&#233;s vers la ville de Thane. Tout au long de la route, diverses organisations leur ont fourni des bouteilles d'eau, des snacks et des biscuits. Ils se sont arr&#234;t&#233;s pour d&#233;jeuner dans un gurudwara [temple] &#224; Thane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait 19 heures, le 24 janvier, lorsque le jatha a atteint Azad Maidan dans le sud de Mumbai. Fatigu&#233;s, mais l'esprit clair, des agriculteurs du district de Palghar sont entr&#233;s sur le terrain en chantant et en dansant au son de la tarpa, un instrument &#224; vent traditionnel des Adivasis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai faim. Tout mon corps me fait mal, mais j'irai mieux apr&#232;s un peu de nourriture et de repos &#187;, a d&#233;clar&#233; Vijaybai, apr&#232;s s'&#234;tre install&#233;e avec son groupe d'ouvriers agricoles. &#171; Ce n'est pas nouveau pour nous &#187;, dit-elle. &#171; Nous avons d&#233;j&#224; march&#233; auparavant et nous marcherons encore. &#187; (Reportage publi&#233; dans le People's Archive of Rural India, le 26 janvier 2021 ; traduction r&#233;daction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Shraddha Agarwal est reporter et r&#233;dacteur en chef de la People's Archive of Rural India.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5528 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/azadmaidanmumbai-1024x645.jpg?5528/5a749618b62caae6801ae97983ee2d6cb79de46811077364076245d5a1484f55&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH315/5a749618b62caae6-1e92f4da-7bce3.jpg?1781417908' width='500' height='315' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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