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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Le compte &#224; rebours vers la criminalisation des personnes LGBT+ au Ghana est engag&#233;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-compte-a-rebours-vers-la-criminalisation-des-personnes-LGBT-au-Ghana-est</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ma&#235;lle Jenn </dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-06-16</dc:subject>
		<dc:subject>Ghana</dc:subject>
		<dc:subject>LGBT</dc:subject>
		<dc:subject>04_02 - 2 ou 4 articles</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le parlement du Ghana a adopt&#233; la loi la plus r&#233;pressive du continent africain contre les personnes LGBT+ le 29 mai dernier. Intitul&#233;e &#171; projet de loi sur les droits sexuels de l'homme et les valeurs familiales &#187;, elle pr&#233;voit trois ans d'emprisonnement pour les personnes LGBT+, cinq ans pour toute personne faisant &#171; la promotion, le parrainage ou le soutien d&#233;lib&#233;r&#233; d'activit&#233;s LGBT+ &#187;. Mais cela ne s'arr&#234;te pas l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Le Journal d'Alter 3 juin 2026 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Ma&#235;lle Jenn &lt;br class='autobr' /&gt;
Carte du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-06-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-06-16&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Ghana-+" rel="tag"&gt;Ghana&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-LGBT-+" rel="tag"&gt;LGBT&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L104xH150/carte-du-ghana-aux-couleurs-lgbt-_-darwinekgay-6-september-2011-cc-by-sa-3.0-via-wikicommons-scaled-d701a.webp?1781612070' class='spip_logo spip_logo_right' width='104' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le parlement du Ghana a adopt&#233; la loi la plus r&#233;pressive du continent africain contre les personnes LGBT+ le 29 mai dernier. Intitul&#233;e &#171; projet de loi sur les droits sexuels de l'homme et les valeurs familiales &#187;, elle pr&#233;voit trois ans d'emprisonnement pour les personnes LGBT+, cinq ans pour toute personne faisant &#171; la promotion, le parrainage ou le soutien d&#233;lib&#233;r&#233; d'activit&#233;s LGBT+ &#187;. Mais cela ne s'arr&#234;te pas l&#224;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://alter.quebec/le-compte-a-rebours-vers-la-criminalisation-des-personnes-lgbt-au-ghana-est-engage/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Journal d'Alter&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
3 juin 2026&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Ma&#235;lle Jenn&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Carte du Ghana aux couleurs LGBT+ @ DarwinekGay - 6 September 2011 CC BY-SA 3.0 via wikicommons&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma&#235;lle Jenn, collaboration sp&#233;ciale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi va encore plus loin dans la criminalisation en pr&#233;voyant condamner jusqu'&#224; dix ans de prison les activit&#233;s de promotions LGBT+ destin&#233;es &#224; la jeunesse ghan&#233;enne. Elle pr&#233;voit toutefois que les avocats, les m&#233;decins et les m&#233;dias pourront toujours effectuer leur t&#226;che de d&#233;fense et de protection &#224; leurs &#233;gards. La loi attend d&#233;sormais la signature du pr&#233;sident John Dramani Mahama, le m&#234;me qui avait d&#233;j&#224; d&#233;clar&#233; le 18 novembre 2025 devant le Conseil chr&#233;tien du Ghana promettre de signer le texte si le parlement l'adoptait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un parcours de cinq ans&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce projet n'est pas nouveau. Il avait &#233;t&#233; propos&#233; pour la premi&#232;re fois en 2021 et adopt&#233;e &#224; l'unanimit&#233; en f&#233;vrier 2024, sans toutefois recevoir la signature de l'ancien pr&#233;sident, Nana Akufo-Addo. Adoptant une posture internationale se montrant favorable aux droits humains, il subissait les pressions financi&#232;res du Fonds mon&#233;taire international (FMI) pour ne pas consentir &#224; le signer, malgr&#233; les appels en ce sens au Ghana.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.africanews.com/2025/03/03/ghana-le-parlement-reintroduit-une-loi-anti-lgbt/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Selon Africanews&lt;/a&gt;, la loi compromettait le &#171; financement de plusieurs milliards de dollars de la Banque mondiale &#187; et pouvait possiblement &#171; faire d&#233;railler un programme de pr&#234;ts de trois milliards de dollars du FMI &#187;. L'ancien pr&#233;sident &#233;tait rest&#233; prudent et en retrait. Son refus de signer avait permis d'emp&#234;cher la promulgation de la loi selon le principe de caducit&#233; des projets de loi de la constitution ghan&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, d&#232;s mars 2025, deux mois apr&#232;s la prise de fonction du nouveau chef d'&#201;tat, plusieurs d&#233;put&#233;s ont r&#233;introduit le texte de loi comme proposition de loi priv&#233;e. De fil en aiguille, apr&#232;s un an de proc&#233;dure, le parlement l'a finalement de nouveau adopt&#233;e le 29 mai avec le soutien du pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le sympt&#244;me d'une homophobie pr&#233;pond&#233;rante au Ghana&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce projet conservateur est symptomatique d'une homophobie taboue, mais pr&#233;pond&#233;rante au Ghana. La premi&#232;re loi criminalisant l'homosexualit&#233; avait &#233;t&#233; promulgu&#233;e en 1861 par l'Empire britannique dans l'ensemble de ses colonies. Depuis, l'h&#233;ritage colonial de l'homophobie se manifeste surtout dans l'influence du pouvoir moral des &#201;glises &#233;vang&#233;liques, en particulier celle de la Pentec&#244;te. Elles attirent plus de 40 % de la population ghan&#233;enne. C'est dans ce terreau fertile que des organisations chr&#233;tiennes occidentales ont largement investi. Selon une &lt;a href=&#034;https://www.opendemocracy.net/en/africa-us-christian-right-50m/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;enqu&#234;te men&#233;e par openDemocracy&lt;/a&gt;, des organisations nord-am&#233;ricaines ont d&#233;pens&#233; plus de cinquante-quatre millions de dollars depuis 2007 sur le continent africain dans des op&#233;rations de lobbying aupr&#232;s des gouvernements locaux pour y insuffler une lutte conservatrice en &#233;chec sur leur propre territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;put&#233; ougandais et ministre d'&#201;tat au commerce, &#224; l'industrie et aux coop&#233;ratives, David Bahati, est &#224; l'origine de la loi anti-homosexualit&#233; draconienne &#171; Kill the Gays &#187; de 2009 dans ce pays. Il &#233;tait associ&#233; &#224; la Fellowship Foundation, une organisation &#233;tats-unienne chr&#233;tienne opaque. Le Ghana s'inscrit dans ce m&#234;me r&#233;seau d'influence conservateur d'extr&#234;me droite occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'historien et politologue sp&#233;cialiste du Ghana, Jeffray Haynes, montre que les organisations qui op&#232;rent dans ce pays, la &lt;i&gt;Family Wach International&lt;/i&gt; &#233;tats-unienne et le &lt;i&gt;Christian Council International&lt;/i&gt; hollandais, jouent un r&#244;le de catalyseur d'une homophobie d&#233;j&#224; r&#233;gnante. Elles organisent des conf&#233;rences, des activit&#233;s &#233;ducatives. Elles financent des projets qui ont pour but de prot&#233;ger des valeurs h&#233;t&#233;ronorm&#233;es de la famille traditionnelle et de la souveraine africaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trump, US Aid et le climat politique conservateur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concordance entre le retour de Donald Trump en janvier 2025 et la r&#233;introduction du texte de loi n'est pas fortuite. La pression financi&#232;re du FMI, qui constituait le principal obstacle &#224; l'adoption de la loi, n'est plus &#224; craindre, selon John Ntim Fordjour. Le d&#233;put&#233; ghan&#233;en, co-signataire de la loi, &lt;a href=&#034;https://76crimes.com/2025/03/07/ghanas-harsh-anti-lgbtq-bill-is-back/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;a d&#233;clar&#233; en mars 2025&lt;/a&gt; que &#171; le climat politique mondial est favorable aux valeurs conservatrices comme en t&#233;moignent les d&#233;clarations conservatrices audacieuses du pr&#233;sident Donald Trump &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le renforcement des politiques conservatrices &#224; l'international depuis le retour de Trump traduit &#224; la fois le rayonnement d'une id&#233;ologie radicalis&#233;e et l'usage de la domination financi&#232;re &#233;tats-unienne comme instrument de puissance faisant du contr&#244;le des flux d'aide un nouveau vecteur d'imp&#233;rialisme normatif. L&#224; o&#249; Trump d&#233;cide de laisser couler, il peut couper net. Depuis 2025, le gouvernement des &#201;tats-Unis a d&#233;cid&#233; de geler une partie des aides &#233;trang&#232;res de l'United States Agency for International Development (USAID) qui ont particuli&#232;rement touch&#233; le secteur de la sant&#233;, dont les services de VIH destin&#233;s aux personnes LGBT+. Cela laisse d'autant plus de zones vuln&#233;rables dans lesquels les r&#233;seaux philanthropiques ultraconservateurs vont s'engouffrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi aura pour effet de r&#233;primer celles et ceux qui &#233;taient d&#233;j&#224; largement marginalis&#233;.es et discrimin&#233;.es dans la soci&#233;t&#233; ghan&#233;enne. Rappelons qu'aujourd'hui, environ 96 % de la population ghan&#233;enne est contre l'homosexualit&#233;, per&#231;ue g&#233;n&#233;ralement comme modernisation occidentale impropre aux traditions africaines. Il s'agit d'un environnement d'hostilit&#233; et de forte stigmatisation sociale qui engendre une vuln&#233;rabilit&#233; des personnes homosexuelles, bisexuelles, transgenre ou queer. &lt;a href=&#034;https://link.springer.com/article/10.1186/s13104-020-05111-4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une &#233;tude statistique anglo-ghan&#233;enne de 2020&lt;/a&gt;a r&#233;v&#233;l&#233; que 47 % des jeunes LGBT+ ghan&#233;ens c'&#233;taient d&#233;j&#224; automutil&#233;.es au moins une fois au cours de leur vie, contre 23 % pour les jeunes h&#233;t&#233;rosexuel.les. L'&#233;tude rapporte aussi une consommation de drogues et de substances en hausse. La stigmatisation sociale p&#232;se d&#233;j&#224; lourdement sur la sant&#233; mentale des personnes concern&#233;es. L'institutionnalisation de leur marginalisation laisse pr&#233;sager une aggravation d'une situation d&#233;j&#224; trop critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mardi 2 juin, William Nyarko, directeur ex&#233;cutif de l'Africa Center for International Law and Accountability (ACILA) a annonc&#233; que le texte de loi de 2026 pourrait faire face &#224; des contestations constitutionnelles. Selon Rightify Ghana, une organisation de d&#233;fense LGBT+, le Parlement ne s'est pas conform&#233; aux conditions du &lt;i&gt;quorum&lt;/i&gt; constitutionnel : sur les 276 d&#233;put&#233;s, seulement 34 auraient &#233;t&#233; pr&#233;sents. Or, la Constitution de 1992 stipule que la moiti&#233; des membres doit &#234;tre pr&#233;sente &#224; la Chambre. Ce chiffre, nuan&#231;ant l'unanimit&#233; de l'adh&#233;sion parlementaire au projet, est encore &#224; ce jour &#224; v&#233;rifier. Ce recours pr&#233;sente lui-m&#234;me des limites, car il n'emp&#234;che pas le parlement de revoter le texte avec le &lt;i&gt;quorum&lt;/i&gt; requis ni que le pr&#233;sident se d&#233;cide &#224; signer avant la proc&#233;dure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://campaigns.allout.org/ghana-reject-the-anti-lgbt-bill&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On peut encore soutenir l'opposition &#224; la signature de la loi, en cliquant ici.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Abonnez-vous &#224; notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir acc&#232;s aux articles publi&#233;s chaque semaine. &lt;/h2&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les femmes &#224; la t&#233;l&#233; : strat&#233;gies pour diffuser le f&#233;minisme au Ghana</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-femmes-a-la-tele-strategies-pour-diffuser-le-feminisme-au-Ghana</link>
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		<dc:date>2022-09-13T06:58:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ama Pratt</dc:creator>


		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Ghana</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-09-13</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ama Pratt partage son exp&#233;rience chez Pan African t&#233;l&#233;vision lors du webinaire sur f&#233;minisme et communication de Capire &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots &lt;br class='autobr' /&gt;
Le mot &#171; f&#233;minisme &#187; au Ghana &#8211; et, j'oserais dire, dans la majeure partie de l'Afrique &#8211; porte une certaine connotation n&#233;gative. Beaucoup de gens refusent de s'identifier comme f&#233;ministes, et c'est notre premier d&#233;fi en communication. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous ne pouvez pas communiquer une id&#233;e correctement si les gens ne s'identifient pas &#224; elle. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-mouvement-des-femmes-dans-le-monde-+" rel="tag"&gt;Le mouvement des femmes dans le monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Ghana-+" rel="tag"&gt;Ghana&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-09-13-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-09-13&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton53588-dcde0.png?1781364425' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ama Pratt partage son exp&#233;rience chez Pan African t&#233;l&#233;vision lors du webinaire sur f&#233;minisme et communication de Capire&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/07/30/les-femmes-a-la-tele-strategies-pour-diffuser-le-feminisme-au-ghana/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre les lignes et les mots&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot &#171; f&#233;minisme &#187; au Ghana &#8211; et, j'oserais dire, dans la majeure partie de l'Afrique &#8211; porte une certaine connotation n&#233;gative. Beaucoup de gens refusent de s'identifier comme f&#233;ministes, et c'est notre premier d&#233;fi en communication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous ne pouvez pas communiquer une id&#233;e correctement si les gens ne s'identifient pas &#224; elle. C'est pourquoi notre strat&#233;gie est de situer le f&#233;minisme dans un contexte politique pertinent. Situer notre lutte pour l'id&#233;al d'un monde avec une r&#233;partition &#233;gale des richesses, avec des droits &#233;gaux, o&#249; nous pouvons vivre notre vie de la meilleure fa&#231;on. Nous devons pr&#233;senter cela comme quelque chose qui profite aux deux sexes. C'est une fa&#231;on de dire que notre combat est bas&#233; sur la construction d'un monde &#233;galitaire en unifiant les luttes. Pour ce faire, nous pla&#231;ons les personnes les plus faibles au centre de toutes nos activit&#233;s. Il s'agit d'une valorisation des luttes li&#233;es &#224; la question du genre comme &#233;tant peut-&#234;tre la lutte centrale de tout ce que nous faisons. Par cons&#233;quent, l'autonomisation des femmes est une question de d&#233;part &#224; la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela a de nombreuses couches. Nous examinons des questions telles que les droits reproductifs, la marchandisation de notre nature, la violence sexiste, la privatisation de la sant&#233; et de l'&#233;ducation. Mais comment communiquer ces choses d'une mani&#232;re qui favorise la transformation ? Je le vois de deux mani&#232;res : la sensibilisation et l'influence. Nous voulons sensibiliser &#8211; et peut-&#234;tre que je tiens pour acquis l'appr&#233;ciation de tous les contextes tr&#232;s culturels et tr&#232;s traditionnels, le fait que beaucoup de nos citoyens africains et citoyennes africaines sont profond&#233;ment li&#233;(e)s &#224; la culture et aux traditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, comment sensibiliser afin d'avoir une influence pour que cette transformation soit possible ? La perception est tout dans ce sens. Dans Pan African TV, nous avons d&#233;cid&#233; que la programmation et le contenu t&#233;l&#233;visuel sont notre chemin. Nous cr&#233;ons du contenu d&#233;lib&#233;r&#233;ment et consciemment pour r&#233;pondre &#224; ce grand &#171; comment &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me strat&#233;gie est celle des &#233;v&#233;nements. Il ne s'agit pas de grands &#233;v&#233;nements prestigieux, mais de trouver des moyens d'acc&#233;der aux espaces informels. La cat&#233;gorisation des femmes est l&#224;, nous avons nos &#233;tudiantes, nos march&#233;s, nos coop&#233;ratives. Il faut aller dans ces espaces informels, les &#233;couter et consid&#233;rer leur perspective, de leur point de vue. Certains de nos contenus impliquent m&#234;me d'aller dans ces lieux pour avoir un contact direct. Notre objectif avec ce genre de strat&#233;gie serait l'action. Inspirer les gens &#224; faire quelque chose, &#224; prendre une initiative, &#224; bouger, &#224; parler. Aller &#224; des &#233;v&#233;nements serait l'une de ces choses, car les gens viennent de chez eux pour donner leur compte, et cela conduit &#224; des transformations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la programmation, nous avons des histoires sur les march&#233;s : nous entrons dans ces march&#233;s, nous parlons &#224; ces femmes et nous comprenons quels sont leurs d&#233;fis et les propositions qu'elles ont pour les r&#233;soudre, les fa&#231;ons dont elles attendent que les pouvoirs en place les r&#233;solvent. Le dialogue est la cl&#233;. Et la repr&#233;sentativit&#233; est importante pour nous, car nous avons besoin de voir des femmes s'asseoir &#224; ces tables et s'impliquer. Mais la repr&#233;sentativit&#233; ne r&#233;sout pas tous nos probl&#232;mes. Pour nous, la repr&#233;sentativit&#233; serait la cerise sur le g&#226;teau, ce g&#226;teau &#233;tant un monde o&#249; toutes les femmes &#8211; et par extension tous les &#234;tres humains &#8211; vivent au mieux de leur potentiel. La repr&#233;sentativit&#233; devient ainsi une facette, une fa&#231;on plus progressiste de faire les choses. Nos activit&#233;s et notre strat&#233;gie doivent aller dans le sens de l'ensemble. Nous recherchons un monde o&#249; les femmes ont acc&#232;s aux moyens de production et de distribution, avec une &#233;galit&#233; r&#233;elle et effective. Et puis la repr&#233;sentativit&#233; devient un bonus, car c'est une fa&#231;on de voir nos femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie est la valorisation r&#233;elle du contexte et de la perception culturelle. Une identification du f&#233;minisme dans un contexte spatial. Les femmes ici diraient qu'elles sont progressistes et veulent de l'avancement, mais qu'elles ne sont pas f&#233;ministes. Nous devons donc d'abord valoriser cela, puis trouver un moyen de rendre le f&#233;minisme plus pertinent. La communication vise &#224; positionner le f&#233;minisme d'une mani&#232;re qui soit pertinente pour nous toutes, avec la d&#233;finition de ce qu'est le f&#233;minisme et comment il est pertinent pour nous, en tant que peuples du monde, et pour notre lutte ultime pour un monde &#233;galitaire pour tous les peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comment ferions-nous cela ? Ici, en regardant le f&#233;minisme au centre de tout et en disant que nous commen&#231;ons par le bas, cela devient la forme principale et donne plus de pertinence &#224; la lutte. Nous apportons le f&#233;minisme dans tous les espaces. Pour les programmes et les contenus t&#233;l&#233;vis&#233;s, mais aussi en visitant des espaces non officiels pour &#233;couter et canaliser les activit&#233;s de communication d'une mani&#232;re qui soit pertinente pour ces espaces dans lesquels nous sommes engag&#233;es, en examinant les probl&#232;mes sp&#233;cifiques auxquels nous sommes confront&#233;es en tant que femmes. &#192; la t&#233;l&#233;vision, dans les vid&#233;oclips, nous essayons de cr&#233;er une repr&#233;sentativit&#233; plus progressive en ce qui concerne la fa&#231;on dont les femmes sont positionn&#233;es et repr&#233;sent&#233;es. C'est notre strat&#233;gie, une approche plus holistique de la fa&#231;on dont nous voyons les vertus h&#233;g&#233;moniques, comme la force, par exemple. Nous parlons de force non seulement en termes de force physique, mais aussi en termes de force &#233;motionnelle. En ce sens, je dis que nous pourrions consid&#233;rer des valeurs telles que la bienveillance comme essentielles &#224; notre identit&#233;, ce qui place les femmes et leur force dans une perspective positive. Ce que nous avons, ce que nous sommes et notre contribution ne sont pas laiss&#233;s de c&#244;t&#233;. Les soins, l'entretien que nous promouvons sont au c&#339;ur de nos luttes. Et nous transmettons cela avec la valeur que ces choses ont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel vient de notre identification en tant que f&#233;ministes. Si dans ce contexte culturel il y a un mauvais sentiment autour du nom, comment contourner cela et agir ? La r&#233;ponse, pour nous, est de rester pertinent, car lorsque vous commencez &#224; expliquer votre position, cela va au c&#339;ur de ce que nous avons en commun. Les gens se rendent compte qu'ils ont des histoires, des luttes et des d&#233;fis similaires. Dans la communaut&#233;, lorsque nous partageons ce que nous avons en commun et comprenons l'unicit&#233; de nos histoires et de nos luttes, cela va au-del&#224; du nom et de ce que nous choisissons d'appeler. Nos luttes sont les m&#234;mes &#8211; nous sommes tous et toutes &#224; la recherche d'un monde o&#249; nous sommes &#233;gaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la lutte, il y a des sous-luttes, donc nous commen&#231;ons par les personnes les plus faibles. Et puisque les femmes sont &#224; la base de la base, cela signifie une compr&#233;hension et une appr&#233;ciation de la pertinence de ce que nous faisons en tant que f&#233;ministes, et de la pertinence de savoir qui et ce que nous sommes afin de construire notre agenda commun. Alors peut-&#234;tre que plus de femmes s'identifieront &#224; ce que nous faisons et s'identifieront comme f&#233;ministes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi nos programmes et &#233;v&#233;nements sont centr&#233;s sur la communaut&#233;. Nous allons sur les lieux et nous &#233;coutons les femmes, voix en g&#233;n&#233;ral marginalis&#233;es au sein de la communaut&#233;. Nous &#233;coutons ces voix et perspectives car, en fin de compte, c'est ce qui nous m&#232;nera vers la transformation que nous recherchons. Et le destin est un monde &#233;galitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ama Pratt&lt;br class='autobr' /&gt;
Ama Pratt est directrice ex&#233;cutive de la Fondation OBAASIMA et directrice g&#233;n&#233;rale de Pan African TV. Elle est l'animatrice de l'&#233;mission &#171; Sur le canap&#233; avec Ama Pratt &#187; [The Couch With Ama Pratt], dans laquelle elle discute des questions sociales, de la politique et des questions concernant les travailleurs et travailleuses et les marginalis&#233;(e)s de la soci&#233;t&#233;. Cet article est une &#233;dition de la contribution d'Ama Pratt lors du webinaire de Capire &#171; Strat&#233;gies politiques de communication f&#233;ministe et populaire &#187;, tenu le 05 juillet 2022.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;dition par Bianca Pessoa&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit du portugais par Andr&#233;ia Manfrin Alves&lt;br class='autobr' /&gt;
Langue originale : Anglais&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Kwame Nkrumah et la lutte de classe : &#171; African personality &#187;, consciencisme et panafricanisme dans le capitalisme &#8211; Partie II</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Kwame-Nkrumah-et-la-lutte-de-classe-African-personality-consciencisme-et-46541</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Kwame-Nkrumah-et-la-lutte-de-classe-African-personality-consciencisme-et-46541</guid>
		<dc:date>2021-02-09T07:51:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Nanga</dc:creator>


		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-02-02</dc:subject>
		<dc:subject>Ghana</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Introduction aux trois parties : 1960 est l'ann&#233;e du passage du Ghana au statut de r&#233;publique, Kwame Nkrumah en devenant le pr&#233;sident. Soixante ans plus tard, il demeure en Afrique une r&#233;f&#233;rence majeure. Cependant, il y a cinq d&#233;cennies d&#233;j&#224;, le philosophe Paulin Hountondji avait lanc&#233; un appel : &#171; L'&#233;chec de Nkrumah m&#233;rite d'&#234;tre m&#233;dit&#233; &#187;. C'est &#224; une compr&#233;hension de cet &#233;chec que veut, modestement, contribuer ce texte. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du site du CADTM. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous publions ci-dessous la deuxi&#232;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-02-02-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-02-02&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Ghana-+" rel="tag"&gt;Ghana&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH98/arton46541-02db4.jpg?1781364426' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Introduction aux trois parties : 1960 est l'ann&#233;e du passage du Ghana au statut de r&#233;publique, Kwame Nkrumah en devenant le pr&#233;sident. Soixante ans plus tard, il demeure en Afrique une r&#233;f&#233;rence majeure. Cependant, il y a cinq d&#233;cennies d&#233;j&#224;, le philosophe Paulin Hountondji avait lanc&#233; un appel : &#171; L'&#233;chec de Nkrumah m&#233;rite d'&#234;tre m&#233;dit&#233; &#187;. C'est &#224; une compr&#233;hension de cet &#233;chec que veut, modestement, contribuer ce texte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Kwame-Nkrumah-et-la-lutte-de-classe-African-personality-consciencisme-et-19340&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site du CADTM&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous la deuxi&#232;me partie de l'&#233;tude de Jean Nanga. Pour la &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/Kwame-Nkrumah-et-la-lutte-de-classe-African-personality-consciencisme-et-45799?var_mode=calcul&#034;&gt;partie 1, voir Kwame Nkrumah et la lutte de classe&lt;/a&gt;. Pour la &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/Kwame-Nkrumah-et-la-lutte-de-classe-African-personality-consciencisme-et-46550&#034;&gt;troisi&#232;me partie, c'est ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CPP : Entre socialisme africain et socialisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, malgr&#233; la mention, alors consid&#233;r&#233;e comme nouvelle, de la &#8220;lutte des classes&#8221; dans le discours de certains membres d'un CPP (devenu parti unique en janvier 1964), Le Consciencisme demeurait encore attach&#233; &#224; l'African personality, au socialisme africain, alors ardemment d&#233;fendu par maints dirigeants du CPP. Certes, la &#8220;R&#233;volution&#8221; ghan&#233;enne &#233;tait cens&#233;e entr&#233;e dans une nouvelle phase apr&#232;s l'instauration (par voie r&#233;f&#233;rendaire) du monopartisme (au nom aussi de la suppos&#233;e tradition africaine), avec le lancement du plan septennal (1964-1970), mais celui-ci a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; par Ikoku comme une &#171; politique &#233;conomique [&#8230;] orient&#233;e vers le socialisme, mais mise en &#339;uvre par des hommes hostiles au socialisme, li&#233;s au capitalisme &#233;tranger, et souvent corrompus &#187; (op. cit., p. 214). De son c&#244;t&#233; Y. B&#233;not a parl&#233; du &#171; Ghana socialiste [qui] manque de socialistes &#187; (op. cit., p. 243). L'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; sociale, id&#233;ologique, du CPP, mise sous le tapis pendant la phase de la lutte anticoloniale, pour l'ind&#233;pendance nationale, le non progressisme de l'entourage britannique de Nkrumah (soulign&#233; par L. Kaba) s'exprimaient derri&#232;re cet attachement de la majorit&#233; de la direction du CPP au socialisme africain, ce rejet de la lutte des classes, qui ne s'appuyait nullement sur une sociologie de la soci&#233;t&#233; ghan&#233;enne d'alors, sur laquelle &#233;tait cens&#233;e s'appuyer la politique sociale de l'&#201;tat ghan&#233;en selon Nkrumah. C'est, par exemple, le d&#233;ni de la lutte des classes qui explique l'insignifiance des expressions suppos&#233;es de l'ant&#233;riorit&#233; du &#8220;socialisme africain&#8221; &#224; l'&#233;gard du marxisme, pr&#233;sent&#233;es par Baako, sans allusion &#224; la question fondamentale de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production dans la soci&#233;t&#233; ghan&#233;enne post-coloniale ainsi que des classes sociales qui lui sont li&#233;es. Sinon, en la consid&#233;rant de fa&#231;on assez l&#233;g&#232;re, comme le rapporte Yves B&#233;not : &#171; Il [Baako] avait d&#233;clar&#233; quelques semaines plus t&#244;t [en avril 1964], &#224; un meeting organis&#233; par les syndicats, que le socialisme &#233;tait une affaire de cerveaux, et non de richesse et de pauvret&#233;. Celui qui est riche mais fait servir son cerveau &#224; un usage progressiste est socialiste, alors que celui qui est pauvre mais utilise mal son cerveau, est r&#233;actionnaire. Les travailleurs d'Accra se content&#232;rent de rire &#187; [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, le CPP, se voulant parti de la &#171; nation enti&#232;re &#187;, en p&#233;riode post-coloniale, ne pouvait &#234;tre d&#233;pourvu d'&#233;l&#233;ments de la &#171; classe [&#8230;] associ&#233;e au pouvoir social &#187; pendant la p&#233;riode coloniale et que l'ind&#233;pendance avait d'ailleurs d&#233;velopp&#233;e, &#233;largie. Aussi &#224; partir de l'africanisation des postes de direction qu'avait initi&#233;e Nkrumah devenu Premier ministre du nouvel &#201;tat ind&#233;pendant (1957, membre du Commonwealth et ayant ainsi pour cheffe la Reine d'Angleterre). Bien au contraire, leur pr&#233;sence &#233;tait devenue assez d&#233;terminante dans la vie du CPP, par cons&#233;quent dans sa gestion de l'&#201;tat, dans la structuration de la soci&#233;t&#233; ghan&#233;enne. Ce qui s'illustrait d&#233;j&#224; par, entre autres, des pratiques qui se d&#233;velopperont aussi dans les autres &#201;tats ind&#233;pendants africains. Ainsi, d&#232;s 1960 (ann&#233;e de apr&#232;s l'&#233;rection du Ghana en R&#233;publique), C. L. R. James (un des anciens mentors marxistes de Nkrumah) faisait remarquer aux cadres du CPP que &#171; When I was here in 1957, I got certain impressions of what was taking place. Since I have come back here in 1960 there has been great progress. The situation however has changed and I notice now what was not noticeable then, a tremendous concern with bribery and corruption in government. I have seen it in the newspapers and people are talking to me about it and people who are patriotic citizens are talking about it because they want their country in that respect also to be as advanced as any other country in the world &#187; (July 1960) [2]. Samuel Ikoku, &#8211; un de ceux que des caciques du CPP consid&#233;raient comme des agents de Moscou voulant &#233;loigner Nkrumah du socialisme africain, en le poussant &#224; mettre l'accent sur les int&#233;r&#234;ts de classe &#8211;, va parler de l'existence de &#171; clans procapitalistes &#187;, d'une &#171; aile capitaliste du CPP &#187; (p. 194) &#224; son arriv&#233;ec au pouvoir, ayant produit par la suite des &#171; nouveaux riches du gouvernement &#187; (p. 204), &#171; la droite du parti, c'est-&#224;-dire des nouveaux riches, des trafiquants haut plac&#233;s &#187; (p. 215). Il va de soi que les int&#233;r&#234;ts de ceux-ci ne s'identifiaient pas &#224; ceux des classes populaires, base du CPP comprise. &#192; tel point qu'au lendemain des &#233;lections l&#233;gislatives de 1965, ayant consacr&#233; le pouvoir de la droite, des procapitalistes &#224; la direction du CPP &#8211; pour lesquels travailler &#224; la satisfaction des besoins sociaux des classes populaires n'&#233;tait pas une priorit&#233; &#8211;, &#171; le Ghana se trouvait dans cette posture ridicule, de confier la marche vers le socialisme &#224; un parlement [monopartiste, CPP] hostile au socialisme &#187; (p. 121) [3]. Alors qu'une telle transformation, du capitalisme n&#233;ocolonial au socialisme, devrait s'articuler avec une interpr&#233;tation dynamique de la soci&#233;t&#233; &#224; transformer, qu'auraient partag&#233;e les parlementaires, au moins &#8211; &#224; d&#233;faut de favoriser la participation &#233;largie, au sein des classes populaires, &#224; la production et discussion de cette interpr&#233;tation. Ceci aurait &#233;t&#233; incompatible avec l'id&#233;ologie petite-bourgeoise du socialisme africain, avec un r&#233;gime monopartiste (anti-d&#233;mocratique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; titre de rappel, encore une fois : en 1962, soit deux ans avant la publication de Le Consciencisme, Nkrumah avait, dans une approche assez illusionn&#233;e de la sociologie, consid&#233;r&#233;, face aux africanistes, que c'est la sociologie qui &#171; apporte les fondements les plus solides pour une politique sociale &#187;, non pas l'ethnologie, m&#234;me transfigur&#233;e, d'o&#249; sont issues les id&#233;es de l' African personality, du socialisme africain. Mais, celles-ci &#233;taient davantage instrumentalis&#233;es, au fil des ann&#233;es post-coloniales, par la majorit&#233; droiti&#232;re de la direction du CPP, dirigeant l'&#201;tat ghan&#233;en et d&#233;sormais principalement anim&#233;e par la reproduction &#233;largie de ses privil&#232;ges, comme on put le voir en r&#233;action &#224; la publication de Le n&#233;ocolonialisme, dernier stade de l'imp&#233;rialisme (1965) dont l'accent l&#233;ninien du titre n'&#233;tait pas consid&#233;r&#233; comme de bon augure pour ses int&#233;r&#234;ts, ses privil&#232;ges [4]. Ainsi, &#233;tait confirm&#233; que le discours sur le &#171; retour aux sources &#187; pouvait &#234;tre &#171; une expression consciente ou inconsciente, d'opportunisme politique de la part de la petite-bourgeoisie &#187; [5], ici en p&#233;riode post-coloniale. N&#233;anmoins, Nkrumah avait apparemment choisi de sous-estimer ou n&#233;gliger cette expression plut&#244;t consciente qu'inconsciente de l'opportunisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Panafricanisme &#224; dominante n&#233;ocoloniale et anti-imp&#233;rialisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette attitude s'&#233;tendait &#224; son panafricanisme, comme l'illustre sa volont&#233; obsessionnelle de construire un panafricanisme &#233;mancipateur avec des dirigeants africains demeur&#233;s assez subordonn&#233;s aux anciennes puissances coloniales, s'av&#233;rant pourtant d&#233;fenseurs des int&#233;r&#234;ts n&#233;ocoloniaux. C'&#233;tait comme si, par la gr&#226;ce de l'African personality, l'id&#233;al panafricaniste, suppos&#233;ment commun, aurait transcend&#233; l'adh&#233;sion consciente au n&#233;ocolonialisme, la transfigurant en processus &#233;mancipateur des peuples : &#171; l'int&#233;r&#234;t de l'Afrique doit &#234;tre le premier souci des chefs d'&#201;tats africains &#187; (L'Afrique doit s'unir, 1963). Alors que l'auteur de cet ouvrage est d&#233;j&#224; d&#233;nonciateur pertinent du n&#233;o-colonialisme (chapitre XVIII), bien conscient que le statut de &#171; p&#232;res de l'ind&#233;pendance &#187; de nombre de ses pairs &#8211; parmi ceux qui avaient re&#231;u l'ind&#233;pendance dans les premi&#232;res ann&#233;es de la d&#233;cennie 1960 &#8211; avait &#233;t&#233; acquis sans qu'ils aient brill&#233; par quelque v&#233;ritable lutte contre l'&#201;tat colonial, par quelque confrontation syst&#233;matique avec l'ordre colonial. &#192; l'instar de celle que manifestait au Congo belge &#201;mery Patrice Lumumba, &#224; la t&#234;te du Mouvement national congolais. Leur statut ayant g&#233;n&#233;ralement &#233;t&#233; acquis comme par quelque faveur de la puissance coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce f&#251;t le cas dans les colonies fran&#231;aises d'Afrique &#233;quatoriale et occidentale, o&#249;, lors du referendum de 1958, presque tous les principaux dirigeants politiques avaient dress&#233; l'&#233;crasante majorit&#233; du corps &#233;lectoral des territoires &#224; refuser l'ind&#233;pendance. Ils pr&#233;f&#233;raient la m&#233;tamorphose de la domination coloniale, c'est-&#224;-dire la Communaut&#233;, sous domination m&#233;tropolitaine &#233;videmment (on n'avait pas manqu&#233; de parler de &#8220;Commonwealth &#224; la fran&#231;aise&#8221;), succ&#233;dant &#224; l'Union fran&#231;aise (1946-1958) ayant d&#233;j&#224; fait de certains d'entre eux des membres du gouvernement fran&#231;ais. Ainsi, F&#233;lix Houphou&#235;t-Boigny (membre des gouvernements fran&#231;ais, de f&#233;vrier 1956 &#224; mai 1961 et pr&#233;sident de la C&#244;te d'Ivoire &#224; partir de novembre 1960 &#8211; il n'y a pas d'erreur dans les dates) avait mal re&#231;u, deux ans plus tard, en 1960, le tournant &#8220;d&#233;colonisateur&#8221; de l'&#201;tat colonial fran&#231;ais (la C&#244;te d'Ivoire acc&#232;de &#224; l'ind&#233;pendance en ao&#251;t 1960 et le pr&#233;sident de cette nouvelle R&#233;publique est en m&#234;me temps ministre du gouvernement fran&#231;ais jusqu'en mai 1961). Mais il a vite &#233;t&#233; rassur&#233; pour la suite par le maintien de la tutelle imp&#233;rialiste fran&#231;aise, &#224; travers, entre autres, les accords dits de coop&#233;ration entre la France et les nouveaux &#201;tats dits ind&#233;pendants (conservant les bases militaires fran&#231;aises sur leurs territoires). Pour Mehdi Ben Barka, cela &#171; a consist&#233; en r&#233;sum&#233; &#224; accorder &#8220;g&#233;n&#233;reusement&#8221; l'ind&#233;pendance politique, au besoin en cr&#233;ant des &#201;tats factices, &#224; proposer une coop&#233;ration dont le but &#233;tait une pr&#233;tendue prosp&#233;rit&#233;, mais dont les bases objectives sont en dehors de l'Afrique &#187; [6]. C'&#233;tait la m&#233;tamorphose du colonialisme en &#171; n&#233;ocolonialisme, dernier stade de l'imp&#233;rialisme &#187; (d&#233;j&#224; pratiqu&#233; ailleurs, par exemple en Am&#233;rique dite latine). N&#233;ocolonialisme, que les puissances imp&#233;rialistes avaient mis &#224; l'ordre du jour des rapports Nord-Sud et auquel n'allait pas &#233;chapper alors m&#234;me un &#201;tat qui n'avait pas subi strictement la colonisation, l'&#201;thiopie (membre de la Soci&#233;t&#233; des Nations, mais tragiquement occup&#233;e de 1936 &#224; 1941 par l'Italie fasciste de Benito Mussolini) [7], alors dirig&#233;e par l'empereur Hail&#233; S&#233;lassi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La participation de l'&#201;thiopie &#224; la Conf&#233;rence Afro-Asiatique de Bandung (avril 1955) avait &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e, en cette p&#233;riode de guerre dite froide, par son alignement derri&#232;re les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique pendant la guerre de Cor&#233;e (1950-1953) et l'h&#233;bergement d'une base militaire &#233;tats-unienne, de 1954 &#224; la chute de l'empereur en 1974, au prix d'une forte d&#233;pendance financi&#232;re. Elle exprimait ainsi, malgr&#233; le non-alignement proclam&#233;, une subordination concr&#232;te &#224; des int&#233;r&#234;ts occidentaux. N&#233;anmoins, cette &#201;thiopie imp&#233;riale (dans un empire, le principe ce n'est pas l'&#233;galit&#233;, mais l'in&#233;galit&#233; entre les &#234;tres humains) va &#234;tre &#8211; aussi pour la symbolique d'avoir &#233;chapp&#233; &#224; la colonisation &#8211; le lieu de naissance de l'Organisation de l'unit&#233; africaine (1963) et abriter son si&#232;ge. Comme s'il s'agissait de symboliser aussi que l'anti-colonialisme &#8211; tardivement manifest&#233; par bon nombre de &#8220;p&#232;res de l'ind&#233;pendance&#8221; &#8211;, faussement suppos&#233; anti-imp&#233;rialiste, ne signifiait surtout pas anticapitalisme, en ces temps de la guerre dite froide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La posture anti-imp&#233;rialiste &#233;tant alors, comme il a &#233;t&#233; dit plus haut, non seulement celle d'un Arthur Lewis, bien qu'&#233;conomiste du d&#233;veloppement, d'un d&#233;veloppement capitaliste et partisan du Congr&#232;s pour la libert&#233; de la culture, mais aussi celle du chef du Gouvernement provisoire de la France lib&#233;r&#233;e de l'occupation allemande nazie, le g&#233;n&#233;ral Charles de Gaulle. L'organisateur de la Conf&#233;rence des gouverneurs g&#233;n&#233;raux &#224; Brazzaville (1944) qui avait &#233;cart&#233; dans ses recommandations &#171; la constitution &#233;ventuelle, m&#234;me lointaine, de self-governments dans les colonies &#187; et qui comme premier pr&#233;sident de la Ve R&#233;publique fran&#231;aise (&#224; partir de 1958), consid&#233;r&#233; comme &#8220;d&#233;colonisateur&#8221;, ayant pourtant eu sa part de guerre contre les nationalisme alg&#233;rien (1954-1962) et camerounais (1955-1971), s'est, en effet, proclam&#233; anti-imp&#233;rialiste, &#224; un certain moment : &#171; Nous avons proc&#233;d&#233; &#224; la premi&#232;re d&#233;colonisation jusqu'&#224; l'an dernier. Nous allons passer maintenant &#224; la seconde. Apr&#232;s avoir donn&#233; l'ind&#233;pendance &#224; nos colonies, nous allons prendre la n&#244;tre. L'Europe occidentale est devenue, sans m&#234;me s'en apercevoir, un protectorat des Am&#233;ricains. Il s'agit maintenant de nous d&#233;barrasser de leur domination [&#8230;] Le grand probl&#232;me, maintenant que l'affaire d'Alg&#233;rie est r&#233;gl&#233;e, c'est l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain. Le probl&#232;me est en nous, parmi nos couches dirigeantes, parmi celles des pays voisins. Il est dans les t&#234;tes. &#187; (4 janvier 1963) [8]. Comme si l'esprit de la Communaut&#233; n'avait pas continu&#233; d'animer les relations des &#201;tats nouvellement ind&#233;pendants avec l'ancienne m&#233;tropole coloniale, impactant le processus panafricaniste institutionnel. Sous la forme, entre autres, d'opposition men&#233;e par F. Houphou&#235;t-Boigny &#224; l'orientation pr&#233;conis&#233;e par Kwame Nkrumah (L'Afrique doit s'unir, 1963), ayant abouti &#224; une Organisation de l'unit&#233; africaine, &#224; l'unit&#233; minimale plut&#244;t qu'au d&#233;clenchement d'un processus devant aboutir &#224; une union africaine. L'attitude du chef de l'&#201;tat ivoirien, par ailleurs co-leader du projet de l'Eurafrique, illustrait assez bien, selon Nkrumah, le n&#233;ocolonialisme, fran&#231;ais en l'occurrence, dont la critique va s'accentuer, avec la publication de Le n&#233;o-colonialisme, dernier stade de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos d'un Ghana communiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier ouvrage de Nkrumah pr&#233;sident exprime non seulement sa conscience des m&#233;canismes de d&#233;pendance des ex-colonies fran&#231;aises &#224; l'&#233;gard de l'ex-m&#233;tropole coloniale, devenue m&#233;tropole n&#233;ocoloniale, comme obstacle &#224; l'unit&#233; africaine vers l'union africaine, mais aussi celle de la toile tiss&#233;e par l'imp&#233;rialisme, en g&#233;n&#233;ral. &#192; l'&#233;gard duquel l'&#201;tat ghan&#233;en ne pouvait alors, malheureusement, se targuer d'&#234;tre ind&#233;pendant et qui ne pouvait, selon Nkrumah, &#234;tre combattu, avec efficience, que dans une unit&#233; africaine vers l'union des &#201;tats africains. Emprise imp&#233;rialiste &#224; laquelle Nkrumah s'accommodait, en effet, comme le rappelait en mai 1964 un journaliste &#233;tats-unien, paraissant bien conna&#238;tre le Ghana, voire Nkrumah et connu de lui, et qui s'&#233;tait m&#234;me encore entretenu avec Nkrumah quelques semaines auparavant, &#171; Although Ghana would seen to be on the verge of becoming an orthodox Marxist state, there is a wide gap between theory and reality. Only one foreign firm has been nationalized &#8211; and generously compensated. Ghana's trade is still largely with Europe, and most foreign aid still come from the West. Nkrumah has repeatedly insisted that there is plenty of room for private foreign investment. In fact, the success of his seven-year development plan depends on it &#187; [9]. Une situation &#233;conomique qui ne pouvait que fragiliser le projet panafricaniste de Nkrumah, surtout dans une p&#233;riode se caract&#233;risant en m&#234;me temps par, entre autres, une marxisation du discours nationaliste, socialiste du CPP, en fait celui de son aile gauche, minoritaire. Ce qui effrayait, n&#233;anmoins, les chancelleries des &#201;tats capitalistes d&#233;velopp&#233;s, &#224; en croire un article ant&#233;rieur du m&#234;me journal &#233;tats-unien dont l'auteur, &#224; la diff&#233;rence de son confr&#232;re (&#233;crivant post&#233;rieurement), n'&#233;tait pas port&#233; &#224; la distinction entre la diffusion de cette rh&#233;torique &#8220;r&#233;volutionnaire&#8221; et le &#8220;r&#233;alisme&#8221; &#233;conomique du r&#233;gime : &#171; Diplomats in Accra [&#8230;] have conclued, almost unanimously, that that country is rapidly becoming an undisguised Marxist state. They hold that the Government of President Kwame Nkrumah is seeking ideological control over the judiciary, education, the civil service, the army, the police. These views are confirmed almost daily by the Government owned press and radio, which have proclaimed &#8220;total war&#8221; on capitalism and are demanding a nationwide purge of all &#8220;antiprogressive&#8221; elements [&#8230;] The most radical change in the Government's Policy is sudden emphasis on the &#8220;class struggle&#8221;. Until recently, President Nkrumah maintained that Ghana was seeking to develop &#8220;African Socialism&#8221; and that, because of the &#8220;communal&#8221; nature of African society, class frictions were non existent &#187; [10]. Une telle pr&#233;sentation du climat politique rendait, n&#233;anmoins, probl&#233;matique, hypoth&#233;quait certaines contributions attendues, des &#201;tats-Unis par exemple, au financement du plan septennal du r&#233;gime de Nkrumah (1964-1970). Planification &#233;conomique qui ne pouvait pourtant &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme incompatible avec le capitalisme en cette p&#233;riode post-Seconde Guerre mondiale, assez marqu&#233;e par le Plan Marshall, con&#231;u sous la pr&#233;sidence de Harry Truman pour les &#201;tats d'Europe aux &#233;conomies d&#233;truites par la guerre. Ainsi que par l'influence de l'&#233;conomiste h&#233;t&#233;rodoxe britannique John Maynard Keynes, th&#233;oricien de l'&#201;tat acteur &#233;conomique, du &#8220;plein emploi&#8221;, caract&#233;ristiques, entre autres, de la p&#233;riode qui va &#234;tre dite du Welfare State, des Trente Glorieuses (grosso modo 1945-1975). Ce plan ghan&#233;en &#8211; ni le premier, ni l'unique en cette Afrique post-colonis&#233;e ou n&#233;ocolonis&#233;e &#8211; avait &#233;t&#233;, de surcro&#238;t, &#233;labor&#233; avec la participation d'&#233;conomistes lib&#233;raux [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'id&#233;e propag&#233;e d'un Ghana communiste ne correspondait pas aux faits, a r&#233;it&#233;r&#233; Ikoku qui, &#224; la diff&#233;rence du journaliste du New York Times, ne limite pas la pr&#233;sence &#8220;occidentale&#8221; au domaine &#233;conomique, d&#233;mystifiant davantage aussi bien la propagande des supporters progressistes du r&#233;gime de Nkrumah que la d&#233;sinformation men&#233;e &#224; l'&#233;poque par ses adversaires : &#171; Cette accusation de communisme ne repose sur rien [&#8230;] Sur le plan &#233;conomique, en 1962-1963, lors du premier grand assaut de la contre-r&#233;volution, moins de 10 % du commerce ghan&#233;en se faisaient avec les pays socialistes. En 1966, sur 200 millions de livres emprunt&#233;s au dehors, moins de 20 millions provenaient de pays socialistes. &#192; la fin de 1965, moins de 5 % de sp&#233;cialistes &#233;trangers travaillant au Ghana venaient de pays socialistes. Et s'il est vrai que l'assistance technique pour les services de s&#233;curit&#233; provenait de l'U.R.S.S., tout le personnel &#233;tranger de l'arm&#233;e venait d'Angleterre et du Canada. Quant aux investissements priv&#233;s &#233;trangers, ils &#233;taient tous occidentaux, sauf quelques entreprises libanaises et indiennes. Bref, la campagne contre le pr&#233;tendu communisme de Nkrumah n'avait d'autre but que de servir de couverture &#224; l'attaque occidentale contre un pays africain dont la volont&#233; d'ind&#233;pendance d&#233;rangeait les int&#233;r&#234;ts des puissances imp&#233;rialistes &#187; (p. 195-196). Ce qui peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme incoh&#233;rent, quand abstraction est faite de la politique ext&#233;rieure des &#201;tats-Unis face au nationalisme des &#201;tats d&#233;pendants/domin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, du renversement en 1909 (apr&#232;s une quinzaine d'ann&#233;es d'all&#233;geance au capital &#233;tats-unien, n'ayant pas emp&#234;ch&#233; le refus de la concession d'un canal inter-oc&#233;anique &#224; celui-ci) du pr&#233;sident nicaraguayen Jos&#233; Santos Zelaya &#224; l'annulation par le gouvernement des &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique du pr&#234;t promis au gouvernement &#233;gyptien de Gamal Abdel Nasser (l'ayant appris &#224; la radio) pour la construction du barrage d'Assouan &#8211; &#224; cause, entre autres, de la manifestation de non alignement ayant consist&#233; &#224; acheter des armes &#224; l'URSS, de la reconnaissance de la R&#233;publique populaire de Chine par l'&#201;gypte, de l'intention exprim&#233;e d'obtenir de l'URSS une participation au financement de la construction du barrage d'Assouan&#8230; [12] &#8211;, en passant par le putsch militaire de juin 1954 au Guatemala contre le Pr&#233;sident (colonel) Jacobo Arbenz Guzman (nationaliste social-d&#233;mocrate/pro-capitaliste ayant entrepris une r&#233;forme &#233;conomique &#8211; principalement la r&#233;forme agraire, consid&#233;r&#233;e comme une atteinte &#224; la &#8220;souverainet&#233;&#8221; de l'&#233;tats-unienne United Fruit Company, cr&#233;atrice des &#8220;r&#233;publiques banani&#232;res&#8221; &#8211; finalement victime d'un putsch militaire co-organis&#233; par la CIA, apr&#232;s quatre ans de pr&#233;sidence) [13], voire par l'intention d'&#233;carter De Gaulle de la direction de la France post-Lib&#233;ration (ni co-organisatrice, ni participante &#224; la Conf&#233;rence des vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale &#224; Yalta, f&#233;vrier 1945), les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique ont montr&#233; les limites qu'ils fixaient au nationalisme, &#224; l'ind&#233;pendance de leurs suppos&#233;s partenaires. Comme l'a rapport&#233; John P. C. Matthews : &#171; Neutralism in the West sphere of influence (i.e. the free world), he [John Foster Dulles, le Secr&#233;taire d'&#201;tat du pr&#233;sident Dwight David Eisenhower] told an audience in Iowa on June 9th, &#8220;is an immoral and shortsighted conception &#187; [14].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nkrumah qui en appelait aux capitaux occidentaux et voulait avoir un &#201;tat entrepreneur &#233;conomique, banal en plein keyn&#233;sianisme dans les soci&#233;t&#233;s capitalistes d&#233;velopp&#233;es, n'&#233;tait pas communiste sans &#234;tre anti-communiste [15]. Cependant, n'&#233;tait-ce pas une &#171; conception sans perspicacit&#233; et immorale &#187; de sa part de s'ing&#233;rer dans la guerre du Vietnam, non pas en s'alignant derri&#232;re les &#201;tats-Unis pour l'&#233;crasement du Front National de Lib&#233;ration vietnamien (dirig&#233; par Ho Chi Minh) mena&#231;ant les int&#233;r&#234;ts des &#201;tats-Unis (obs&#233;d&#233;s par la th&#233;orie des dominos [16]) dans cette sous-r&#233;gion asiatique, mais, en voulant, au nom du non alignement, jouer les m&#233;diateurs, en commen&#231;ant par consulter la Chine, tout en propageant la critique du n&#233;ocolonialisme (qu'illustrait le r&#233;gime du Sud Vietnam, gouvern&#233; par Ngo Dinh Diem, contr&#244;l&#233; par les &#201;tats-Unis) ? Un crime de l&#232;se-majest&#233; imp&#233;rialiste, un mauvais exemple, malgr&#233; le fait d'avoir caress&#233; publiquement les &#201;tats-Unis dans le sens du poil, &#224; un mois de son renversement (accompli par des hi&#233;rarques militaires ghan&#233;ens pendant le voyage de Nkrumah en Chine, pour ladite m&#233;diation) : &#171; The United States is a capitalist country. In fact, it is the leading capitalist power in the world today. Like Britain in the heyday of its imperial power, the United States is, and rightly so, adopting a conception of dual mandate in its relations with the developing world. This dual mandate, if properly applied, could enable the United States to increase its own prosperity and at the same time assist in increasing the prosperity of the developing countries &#187; [17]. La prosp&#233;rit&#233; de toutes les classes sociales de ces pays, voire d&#233;j&#224; de celles de toutes les classes sociales &#233;tats-uniennes ? Ou celle de la classe dirigeante, accompagn&#233;e d'une classe dite moyenne, charg&#233;es de reproduire la d&#233;pendance ? Une posture apolog&#233;tique des &#201;tats-Unis qui semble tr&#232;s surprenante de la part de l'auteur de Le n&#233;o-colonialisme, dernier stade de l'imp&#233;rialisme. Car cette opinion, apparemment motiv&#233;e diplomatiquement, tranche avec la d&#233;monstration du livre, d'une rigueur d&#233;termin&#233;e par un id&#233;al paraissant avoir gagn&#233; en pr&#233;cision &#224; partir du mitan de ann&#233;es 1960 et qui hantait le d&#233;partement d'&#201;tat &#233;tats-unien, affirmant entre autres qu'&#171; Au premier rang des n&#233;o-colonialistes, on trouve les &#201;tats-Unis, qui ont longtemps domin&#233; l'Am&#233;rique latine. Ils se sont tourn&#233;s vers l'Europe, maladroitement d'abord, puis avec plus de s&#251;ret&#233; apr&#232;s la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, quand la plupart des pays de ce continent &#233;taient endett&#233;s &#224; leur &#233;gard. Depuis lors, avec m&#233;thode et minutie, le Pentagone s'est mis en devoir de consolider leur emprise, dont on peut constater les effets dans le monde entier &#187; (Chapitre 18 : Les m&#233;canismes du n&#233;ocolonialisme [18]. Comme un brouillage, une ambigu&#239;t&#233; &#8211; l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; id&#233;ologique de son entourage a &#233;t&#233; &#233;voqu&#233; plus haut &#8211;, ayant, en fin de compte, caract&#233;ris&#233; le discours et la pratique de Nkrumah pr&#233;sident, avec laquelle il ne rompra effectivement (au niveau du discours) que pendant son exil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;African personality et lutte des classes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, alors que son ex-principal conseiller &#233;conomique, W. A. Lewis &#8211; ayant n&#233;anmoins contribu&#233; &#224; l'&#233;laboration du plan septennal de l'&#201;tat ghan&#233;en (1964-1970), comme il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; indiqu&#233; &#8211;, affirmait, &#224; juste titre, en 1965, &#224; partir de la diversit&#233; des soci&#233;t&#233;s africaines, de la r&#233;alit&#233; des nouveaux &#201;tats africains co-existant dans l'Organisation de l'Unit&#233; Africaine cr&#233;&#233;e depuis deux ans (1963), que &#171; L'id&#233;e que de cette diversit&#233; sortira quelque chose qui sera universellement ou uniquement africain semble d'une grande invraisemblance &#8211; qu'il s'agisse de la &#8220;n&#233;gritude&#8221;, de la &#8220;personnalit&#233; africaine&#8221;, ou de quelque syst&#232;me intrins&#232;quement africain. La seule m&#233;thode de pens&#233;e f&#233;conde, quand il s'agit du peuple africain consiste &#224; le consid&#233;rer, d'une part, comme aussi divers que le reste de l'humanit&#233;, et d'autre part, comme exactement semblable au reste de l'humanit&#233;, en ce qu'il ob&#233;it aux m&#234;mes motivations fondamentales et qu'il est susceptible de r&#233;agir &#224; peu pr&#232;s de la m&#234;me fa&#231;on que les autres peuples &#187; (Lewis, p. 40), Nkrumah &#233;tait, de son c&#244;t&#233;, rest&#233; attach&#233; encore quelques ann&#233;es &#224; l'African personality. Car, cette croyance sert encore de principe organisateur &#224; l'&#233;dition, revue et corrig&#233;e en 1969 (pendant son exil guin&#233;en) de Le Consciencisme, en d&#233;pit de certaines modifications faites (recens&#233;es par le philosophe b&#233;ninois Paulin J. Hountondji [19]). Pourtant, lors de sa communication &#224; un s&#233;minaire cairote, intitul&#233;e &#171; African Socialism revisited &#187; (1967), soit deux ans avant cette nouvelle &#233;dition de Le Consciencisme, il avait exprim&#233; une remise en cause de la vision idyllique de l'Afrique pr&#233;coloniale sur laquelle &#233;tait fond&#233;e l'id&#233;e du communalisme africain : &#171; All available evidence from the history of Africa up to the eve of the European colonisation, shows that African society was neither classless nor devoid of a social hierarchy. Feudalism existed in some parts of Africa before colonisation ; and feudalism involves a deep and exploitative social stratification, funded on the ownership of land. It must also be noted that slavery existed in Africa before European colonisation, although the earlier European contact gave slavery in Africa some of its most vicious characteristics &#187; [20].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la non ambigu&#239;t&#233; du propos, un partisan de l'afrocentricit&#233; a cit&#233; cette communication de Nkrumah en faisant de lui un d&#233;fenseur persistant de ce qu'il avait entrepris de critiquer, en se r&#233;f&#233;rant m&#234;me &#224; ce passage de la communication : &#171; Today &#8216;African Socialism' seems to espouse the view that the traditional society was a classless society imbued with the spirit of humanism and to express a nostalgia for that spirit. Such a conception of socialism makes a fetish of the communal African society &#187; [21]. Il semble ne l'avoir pas compris, car en guise de commentaire &#8211; comme pour celles et ceux qui n'auraient pas compris le propos de Nkrumah &#8211; il affirme : &#171; The central theme in African socialism is communalism. African communalism maintains that the central values of Africans in traditional societies were communal rather than individualistic. Individualism belongs to the West while communalism belongs to Africa &#187;. La critique du f&#233;tichisme du communalisme est transform&#233;e, par l'afrocentriste, en apologie du suppos&#233; communalisme. Il en est autant chez son coll&#232;gue Kwame Botwe-Asamoah quand dans sa pr&#233;sentation des &#171; trois aspects de la pens&#233;e philosophico-politique de Nkrumah &#187; [22], il affirme que &#171; First, his socio-political philosophy returns to traditional African ethics, humanistic values and egalitarian mode of production to formulate a new socio-economic system for post-independence Africa &#187;. Ce qui est bien logique, vu qu'il n'y a aucune r&#233;f&#233;rence &#224; &#171; African Socialism revisited &#187; et que La lutte des classes en Afrique y appara&#238;t comme une r&#233;f&#233;rence tr&#232;s mineure, non sans amalgame, y compris comparativement &#224; des textes ant&#233;rieurs &#224; et contemporains de la premi&#232;re &#233;dition de Le Consciencisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il est possible d'arguer que m&#234;me dans La lutte des classes en Afrique (1970 ; 1972 pour la traduction fran&#231;aise), cette croyance en l'African personality n'a pas tout &#224; fait disparu, car en parlant de l'&#171; id&#233;ologie de la R&#233;volution africaine &#187;, &#224; la fin du chapitre 6 (&#171; Intelligentsia et intellectuels &#187;), il pr&#233;cise qu'&#171; Unique en son genre, elle s'est d&#233;velopp&#233;e dans le cadre de la R&#233;volution africaine. Elle est, enfin, le produit de la Personnalit&#233; africaine, autant que des principes du socialisme scientifique &#187; (p. 48). Auparavant, dans le chapitre 3 (&#171; Caract&#233;ristiques et id&#233;ologies des classes &#187;, il a reproch&#233; &#224; la n&#233;gritude de donner &#171; une description erron&#233;e de la personnalit&#233; africaine &#187; (p. 29). Autrement dit, la sienne propre ne renvoyait pas &#224; une fiction, n'&#233;tait pas erron&#233;e. Mais ce sont les rares occurrences de &#171; personnalit&#233; africaine &#187; dans La lutte des classes en Afrique. African personality qui, rappelons-le, avait une connotation ind&#233;niablement racialiste chez E. W. Blyden, hostile au m&#233;tissage &#8220;racial&#8221;, malgr&#233; la sympathie qu'il a exprim&#233;e pour l'Islam (d'origine arabe). Cette connotation, h&#233;rit&#233;e de la grammaire coloniale, n'a pas absolument disparu chez Nkrumah, car dans la &#171; Conclusion &#187;, resurgit la confusion entre panafricanisme et pann&#233;grisme, un effacement de la pluralit&#233; &#8220;raciale&#8221; de l'Afrique : &#171; C'est autour de la lutte des peuples africains pour la lib&#233;ration et l'unit&#233; du Continent qu'une authentique culture n&#233;gro-africaine prendra sa forme. L'Afrique est un Continent, un Peuple, une Nation &#187; (p. 107) [23]. Une &#171; authentique culture n&#233;gro-africaine &#187;, &#224; c&#244;t&#233;, par exemple, d'une authentique culture kabyle (il n'y a, selon les historien&#183;ne&#183;s, de peuple kabyle, depuis des mill&#233;naires, qu'en Kabylie, en Alg&#233;rie, en Afrique), d'une culture afrikaner (produite depuis le XVIIe si&#232;cle par les Boers &#8211; paysan&#183;ne&#183;s originaires de Hollande &#8211; en Afrique du Sud) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cet ouvrage, publi&#233; quelques mois apr&#232;s la derni&#232;re &#233;dition de Le Consciencisme que sont critiqu&#233;es, faisant suite &#224; &#171; African Socialism revisited &#187;, les &#171; conclusions erron&#233;es, postulant que l'Afrique constituait une entit&#233; distincte &#224; laquelle ne s'appliquaient pas les crit&#232;res &#233;conomiques et valables pour le reste du monde &#187;, la propagation &#171; des mythes tels que ceux du &#8220;Socialisme africain&#8221; et du &#8220;socialisme pragmatique&#8221; &#187; [24]. Il y est plus qu'esquiss&#233; une pratique de la sociologie &#171; qui, plus que toute autre discipline, apporte les fondements les plus solides pour une politique sociale &#187; (Discours aux africanistes, 1962, op. cit.), d'une sociologie critique, pr&#233;sentant une typologie des classes sociales en Afrique, leur origine, leurs caract&#233;ristiques et id&#233;ologies, y compris le rapport de la classe &#224; la race, dans une Afrique qu'il consid&#232;re alors comme &#171; le th&#233;&#226;tre d'une violente lutte des classes &#187; (p. 10) &#8211; lutte des classes que le Premier ministre Nkrumah avait consid&#233;r&#233; comme &#171; pass&#233; de mode &#187; en p&#233;riode post-coloniale. Ce qui pouvait aboutir &#224; la r&#233;volution socialiste africaine, moment de la r&#233;volution socialiste mondiale (dernier chapitre et Conclusion). La r&#233;percussion sur son panafricanisme &#233;tait assez &#233;vident : l'OUA dont il avait &#233;t&#233; l'un des artisans est alors consid&#233;r&#233;e comme s&#233;rieusement plomb&#233;e par la nature des &#201;tats qui la composent, &#233;tant soumis, quasiment tous, aux puissances imp&#233;rialistes. Cette critique &#8211; autocritique implicite &#8211; du &#171; mythe &#187; du &#8220;socialisme africain&#8221; a &#233;t&#233; aussi omise, r&#233;cemment, par Blondin Ciss&#233; qui pourtant indique La lutte des classes en Afrique dans la bibliographie de son texte (&#171; La probl&#233;matique de la Renaissance africaine dans le Consciencisme de Nkrumah : pour une relecture du socialisme africain &#187; [25]), mais sans qu'il y en ait une quelconque trace dans l'article. Il est vrai que parler de la lutte des classes n'est pas actuellement &#224; la mode ou gratifiant, dans l'intelligentsia africaine peut-&#234;tre pire qu'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, ce qui n'est pas aussi souvent relev&#233;, m&#234;me le Tiers-Monde, consid&#233;r&#233; comme une troisi&#232;me voie, un non-alignement, un neutralisme entre le capitalisme et le socialisme, n'est d&#233;sormais, pour Nkrumah, qu'un mythe, comme une posture d'&#233;vitement de la r&#233;alit&#233; bipolaire d'alors par les &#201;tats qui s'en revendiquent encore &#171; a form of political escapism &#8211; a reluctance to face the stark realities of the present situation. The oppressed and exploited peoples are the struggling revolutionary masses committed to the socialist world. Some of them are not yet politically aware. Others are very much aware, and are already engaged in the armed liberation struggle. At whatever stage they have reached in their resistance to exploitation and oppression, they belong to the permanent socialist r&#233;volution. They do not constitute a &#8216;Third World'. They are part of the revolutionary upsurge which is everywhere challenging the capitalist, imperialist and neo-colonialist power structure of reaction and counter-revolution. There are thus two worlds only, the revolutionary and the counter-revolutionary world &#187; [26]. Une critique du Tiers-Monde diff&#233;rente de celle faite, par la suite, par exemple, par Hannah Arendt. Selon celle-ci le Tiers-Monde est &#171; une id&#233;ologie, une illusion &#187; &#8211; dans l'acception p&#233;jorative d'id&#233;ologie, &#233;videmment &#8211;, qui n'avait d'int&#233;r&#234;t en fait que pour &#171; des peuples qui se trouvent situ&#233;s au plus bas niveau &#8211; c'est-&#224;-dire les Noirs africains &#187; [27] &#8211; un m&#233;pris racialiste non surprenant de la part de celle qui &#233;tait, par exemple, partisane du maintien de la s&#233;gr&#233;gation raciale scolaire aux &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique [28].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Nkrumah, qui s'&#233;tait accept&#233; au pouvoir comme Osagyefo (r&#233;dempteur), omettait de mentionner que cette connaissance erron&#233;e des r&#233;alit&#233;s africaines en g&#233;n&#233;ral, de la r&#233;alit&#233; ghan&#233;enne en particulier, avait guid&#233; sa politique &#224; la t&#234;te de la R&#233;publique du Ghana. Qu'il avait ainsi contribu&#233; &#8211; &#224; son insu ? &#8211; &#224; contrecarrer la r&#233;volution africaine en mettant sous le boisseau le principe donc la pratique de la lutte des classes &#8211; comme l'ont rappel&#233; diff&#233;remment Samuel Ikoku, Frederick Cooper, cit&#233;s plus haut &#8211; sous pr&#233;texte d'unit&#233; nationale (post-coloniale) suppos&#233;e anti-imp&#233;rialiste incarn&#233;e par le CPP. Au nom de ce qui passait alors pour un &#171; retour aux sources africaines &#187; &#8211; justifiant, au passage, entre autres, l'instauration du monopartisme comme dans les autres post-colonies africaines, av&#233;r&#233;es n&#233;ocoloniales. En revanche, son ami Cabral &#8211; ayant profit&#233; de son m&#233;tier d'agronome, ainsi que de l'implantation rurale de la lutte arm&#233;e, pour enrichir sa connaissance des soci&#233;t&#233;s du Cap-Vert et de Guin&#233;e-Bissau (voire d'Angola [29]) &#8211;, &#224; titre de rappel, consid&#233;rait par contre ledit &#171; retour aux sources africaines &#187; comme pouvant &#234;tre une &#171; expression consciente ou inconsciente d'opportunisme politique de la part de la petite-bourgeoisie &#187; [30]. En effet, tout comme L. S. Senghor, chantre du &#171; socialisme africain &#8211; enfant l&#233;gitime des compromissions n&#233;ocoloniales &#187; [31], ne pouvait parler d'exploitation des paysan&#183;ne&#183;s talib&#233;s de la confr&#233;rie mouride (productrice d'arachide pour les huileries coloniales, continu&#233;e sous le n&#233;ocolonialisme) par les dignitaires de celle-ci [32], Nkrumah pr&#233;sident paraissait m&#234;me conciliateur concernant les relations, &#233;videmment in&#233;galitaires, entre les autorit&#233;s dites traditionnelles &#8211; partisanes, contre l'unitarisme de Nkrumah, d'un Ghana f&#233;d&#233;ral, o&#249; les &#201;tats f&#233;d&#233;r&#233;s devraient leur servir de fiefs &#8211; et leurs sujet&#183;te&#183;s, par ailleurs citoyen&#183;ne&#183;s de la R&#233;publique du Ghana. Une telle attitude de Nkrumah pr&#233;sident pouvait alors &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une mise &#224; jour post-coloniale/n&#233;ocoloniale de la superposition de tr&#232;s d&#233;testables abus pr&#233;coloniaux et coloniaux, &#233;voqu&#233;e par Aim&#233; C&#233;saire dans son Discours sur le colonialisme (apr&#232;s avoir affirm&#233;, de fa&#231;on plut&#244;t provocatrice : &#171; je fais l'apologie syst&#233;matique des civilisations para-europ&#233;ennes &#187;, p. 21).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du panafricanisme comme culturalisme petit-bourgeois&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'impact d'une telle attitude th&#233;orique sur la pratique de la &#171; r&#233;volution africaine &#187; qu'a relev&#233;, dans un passage de son hommage fun&#232;bre (largement conventionnel) &#224; Nkrumah, Cabral (qui, &#224; titre de rappel, fixait comme but &#224; la r&#233;volution africaine, voie de l'&#233;mancipation, l'abolition de &#171; toutes les formes d'oppression &#187;, de &#171; l'exploitation du travail par qui que ce soit &#187; [33]) : &#171; Oui, l'imp&#233;rialisme est criminel et sans scrupules, mais nous ne devons pas tout mettre sur son large dos. [&#8230;] Jusqu'&#224; quel point donc le succ&#232;s de la trahison au Ghana aurait-il &#233;t&#233; li&#233; ou non &#224; des probl&#232;mes de la lutte des classes, des contradictions de la structure sociale, du r&#244;le du Parti et d'autres institutions, y compris les forces arm&#233;es, dans le cadre d'un nouvel &#201;tat ind&#233;pendant ? Jusqu'&#224; quel point, nous demandons-nous, le succ&#232;s de la trahison ne serait-il pas li&#233; au probl&#232;me de la d&#233;finition correcte de cette entit&#233; historique et artisane de l'histoire qu'est le peuple, et &#224; son action quotidienne en d&#233;fense de ses propres conqu&#234;tes dans l'ind&#233;pendance ? &#187; [34]. Ces propos &#233;taient en fait adress&#233;s, assez &#233;videmment, non plus &#224; Nkrumah, mais &#224; celles/ceux &#8211; majoritaires ? [35]&#8211; qui, alors, se passaient toujours d'une &#171; analyse lucide &#187; des soci&#233;t&#233;s africaines tout en pr&#233;tendant lutter pour l'&#233;mancipation de l'Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces propos peuvent aussi &#234;tre adress&#233;s, mutatis mutandis, aux tenant&#183;e&#183;s actuel&#183;le&#183;s d'un panafricanisme dominant et demeurant simpliste dans la critique du n&#233;ocolonialisme &#8211; La lutte des classes en Afrique ayant effectu&#233; &#224; propos une avanc&#233;e par rapport &#224; Le n&#233;ocolonialisme, dernier stade de l'imp&#233;rialisme, en y incluant &#8211; en termes de &#171; collaborateurs &#187;, certes &#8211; les acteurs africains. Ils peuvent enfin &#234;tre adress&#233;s &#224; celles et ceux qui paraissent aveugles (volontairement ?) au contexte actuel d'une lutte de classe men&#233;e non seulement par l'imp&#233;rialisme, les institutions financi&#232;res internationales, mais aussi par les capitalistes africain&#183;e&#183;s [36] dans le cadre d'&#201;tats africains davantage ins&#233;r&#233;s dans le capitalisme, voire dirig&#233;s, ici et l&#224;, par des capitalistes av&#233;r&#233;s. Cet ensemble constitue ainsi le bloc capitaliste post-colonial/n&#233;ocolonial, tr&#232;s conscient de ses int&#233;r&#234;ts d&#233;terminants, communs (en d&#233;pit de son caract&#232;re hi&#233;rarchis&#233; et d'in&#233;vitables divergences internes, fractionnelles aux d&#233;terminations diverses). Ce bloc capitaliste n&#233;ocolonial (sans fronti&#232;res) m&#232;ne une lutte contre les classes sociales et milieux sociaux populaires en g&#233;n&#233;ral (petite paysannerie agricole, prol&#233;tariat et assimil&#233;s, sous-prol&#233;tariat, etc.), avec un impact particulier sur les femmes de ces classes populaires, sur lesquelles reposent aussi, &#233;videmment, les t&#226;ches essentielles de reproduction. Il s'agit d'une lutte pour l'accumulation du capital expliquant aussi, surtout en cette p&#233;riode o&#249; pr&#233;vaut l'id&#233;ologie de la &#171; fin des id&#233;ologies &#187;, l'instrumentalisation des identit&#233;s ethniques/r&#233;gionales/nationales et confessionnelles par des fractions politiciennes des classes dirigeantes dans certaines soci&#233;t&#233;s africaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, apparemment, &#224; en croire l'attitude de certain&#183;e&#183;s nationalistes africain&#183;e&#183;s, n&#233;gro-africain&#183;e&#183;s surtout, il ne faudrait pas tenir compte de la participation africaine &#224; ce bloc capitaliste post-colonial (n&#233;olib&#233;ral) et au capital international. Ainsi, les &#8220;AfroChampions&#8221;, des capitalistes africain&#183;e&#183;s investissant au-del&#224; du cadre national, et les &#8220;African Globalizers&#8221;, qui investissent aussi hors d'Afrique, devraient &#234;tre regard&#233;s avec fiert&#233;. Au nom de l'appartenance commune &#224; l'Afrique, et pour leurs supporteurs/supportrices n&#233;gro-africain&#183;e&#183;s, au nom de l'identit&#233; raciale commune. L'Afrique &#233;tant souvent expos&#233;e &#224; ce r&#233;ductionnisme m&#233;lanique. Pourtant, l'ampleur du capital accumul&#233;, voire la c&#233;l&#233;rit&#233; de cette accumulation, exprime au moins qu'elles/ils ne sont pas moins exploiteurs/exploiteuses que &#171; les riches richissimes &#187; d'ailleurs, avec lesquel&#183;le&#183;s elles/ils partagent d&#233;sormais &#171; les pages porno-financi&#232;res des magazines Forbes et Fortune &#187; [37]. La situation est devenue bien pire que celle constat&#233;e, avec un accent assez fanonien, par le Nkrumah de La lutte des classes en Afrique : &#171; En Afrique, l'ennemi interne, qui est la bourgeoisie r&#233;actionnaire, doit &#234;tre d&#233;masqu&#233; : il s'agit d'une classe d'exploiteurs, de parasites et de collaborateurs des imp&#233;rialistes et n&#233;o-colonialistes, desquels d&#233;pend le maintien de leurs positions puissantes et privil&#233;gi&#233;es. La bourgeoisie africaine est essentielle &#224; la continuit&#233; de la domination et de l'exploitation imp&#233;rialistes et n&#233;o-colonialistes &#187; (p. 104).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ce panafricanisme demeure encore prisonnier de sa nature de classe originelle, petite-bourgeoise, marqu&#233; par le clivage racial am&#233;ricain (h&#233;rit&#233; de l'esclavage) et colonial (en Afrique dite noire), ne s'int&#233;ressant pas &#224; la sociologie actuelle des soci&#233;t&#233;s africaines, aux luttes de classe qui s'y d&#233;roulent n&#233;anmoins, tr&#232;s souvent en faveur de la classe exploiteuse (toutes races confondues). Ce panafricanisme post-colonial s'est ainsi plac&#233; dans le sillage d'un Hail&#233; Selassi&#233;, d&#233;finissant ainsi, dans son c&#233;l&#232;bre discours &#224; la tribune des Nations unies en octobre 1963 (post&#233;rieur &#224; la naissance, sous son &#233;gide, de l'OUA), sa lutte contre l'exploitation : &#171; Pour ce qui est de l'&#233;galit&#233; entre les hommes, l&#224; aussi il y a un d&#233;fi et une opportunit&#233; &#224; saisir ; le d&#233;fi est d'insuffler une vie nouvelle aux id&#233;aux d&#233;j&#224; inscrits dans la Charte, l'opportunit&#233; est de rapprocher les hommes de la libert&#233; et de la vraie &#233;galit&#233; [&#8230;] l'&#233;galit&#233; entre les hommes que nous visons est &#224; l'oppos&#233; de l'exploitation d'un peuple par un autre, dont les pages de l'histoire, et en particulier celles &#233;crites sur les continents d'Afrique et d'Asie, nous parlent si abondamment. L'exploitation ainsi consid&#233;r&#233;e pr&#233;sente plusieurs aspects, mais quelle que soit la forme qu'il prenne, ce fl&#233;au doit &#234;tre &#233;vit&#233; l&#224; o&#249; il n'existe pas et &#233;radiqu&#233; l&#224; o&#249; il existe &#187;. On voit bien l&#224; une conception limit&#233;e de l'&#233;galit&#233;, entre &#8220;peuples&#8221; et non pas entre concitoyen&#183;ne&#183;s [38], assez logique pour un &#8220;Roi des rois&#8221;, ne pouvant concevoir une &#233;galit&#233; avec ses sujets (m&#234;me quand elle est dite parlementaire, la monarchie a pour principe la situation, consid&#233;r&#233;e comme naturelle, de la famille imp&#233;riale/royale/princi&#232;re au dessus de l'&#233;galit&#233; entre citoyen&#183;ne&#183;s/sujet&#183;te&#183;s, comme dans La ferme des animaux de George Orwell) en b&#233;n&#233;ficiaire qu'il &#233;tait de la soumission des rapports sociaux f&#233;odaux au capitalisme. Ainsi la revendication de l'&#233;galit&#233; multidimensionnelle &#8211; l'in&#233;galit&#233; sociale &#233;tant consubstantielle au capitalisme (la racisation &#233;tant une construction sociale) &#8211; dans les soci&#233;t&#233;s africaines n'est pas courante chez ces panafricanistes, plut&#244;t proches, en effet, d'un Hail&#233; Selassi&#233; que d'un Walter Rodney qui incluait la lutte des classes dans le combat panafricaniste post-colonial [39].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, bien moins encore que dans les ann&#233;es 1960-1970, ne se profile pas vraiment &#224; l'horizon la d&#233;sertion massive &#8211; &#171; suicide &#187; disait Cabral [40] &#8211; politique de leur classe sociale par des membres de la petite bourgeoisie, pour se mettre du c&#244;t&#233; des classes exploit&#233;es africaines, des cat&#233;gories sociales opprim&#233;&#183;e&#183;s d'Afrique. Pourtant il ne pourra &#234;tre question d'&#233;mancipation effective de l'Afrique que suite &#224; une victoire sur l'exploitation, les oppressions, les injustices/in&#233;galit&#233;s qui concernent la tr&#232;s grande majorit&#233; des Africain&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce panafricanisme dominant &#8211; surtout dans son expression &#224; partir des m&#233;tropoles imp&#233;rialistes o&#249; g&#233;n&#233;ralement persiste le racisme [41], demeure attrayant le postmodernisme &#8211; s'accroche principalement au discours identitaire &#8220;racial&#8221; diversement d&#233;clin&#233; (essentialisme, culturalisme, une certaine d&#233;colonialit&#233;, etc.), n'articulant pas, sinon mal, cette identit&#233; raciale (noire, principalement) &#8211; &#233;rig&#233;e en Identit&#233; &#8211; opprim&#233;e, avec les autres formes d'identit&#233; (de sexe/genre, de classe, etc.) opprim&#233;es et exploit&#233;es. D'une part, on &#233;tablit couramment la confusion entre panafricanisme et pan-n&#233;grisme &#8211; quand on parle de &#8220;diaspora africaine&#8221; ou de &#8220;personnes d'ascendance africaine&#8221;, il faut entendre &#8220;diaspora noire&#8221;, &#8220;personnes d'ascendance n&#233;gro-africaine&#8221; [42] &#8211; et ainsi les Africain&#183;e&#183;s non noir&#183;e&#183;s, de l'Afrique septentrionale &#224; l'Afrique australe (o&#249; persiste dans certaines soci&#233;t&#233;s un racisme anti-Noir&#183;e&#183;s), en passant par l'Afrique occidentale (o&#249; persiste aussi dans quelques soci&#233;t&#233;s une discrimination ethnique &#224; l'&#233;gard des populations touaregs et arabes), ne feraient pas partie des Africain&#183;e&#183;s. Ce qui est une r&#233;gression par rapport &#224; Nkrumah d&#233;non&#231;ant que l' &#171; On cherche &#224; diviser l'Afrique en deux zones fictives, au nord et au sud du Sahara, en insistant sur les diff&#233;rences de race, de religion et de culture &#187; (L'Afrique doit s'unir). D'autre part, on postule l'existence d'une solidarit&#233;, le partage des m&#234;mes valeurs par les N&#233;gro-Africain&#183;e&#183;s &#8211; voire par les Noir&#183;e&#183;s, quel que soit leur pays ou continent, du fait de leur appartenance au &#171; monde noir &#187;, de leur suppos&#233;e n&#233;gritude substantielle. Par exemple, le Rapport alternatif sur l'Afrique (RASA) en posant la question (c'est en fait un principe dudit rapport) &#171; L'Afrique et les Africains ne doivent-ils pas construire leurs propres instruments de mesure de leurs progr&#232;s et de leurs d&#233;fis &#224; partir des valeurs et r&#233;alit&#233;s qui leur sont propres ? &#187; prouve la persistance de l'influence de la &#171; biblioth&#232;que coloniale &#187; : quelles peuvent bien &#234;tre ces valeurs que partageraient toute l'Afrique dite noire, les N&#233;gro-Africain&#183;e&#183;s d'hier, comme d'aujourd'hui, sans distinction des appartenances de classe sociale, de genre, etc. ? &#201;videmment, lesdites valeurs sont pr&#233;tendues propres &#224; l'Afrique, comme il a &#233;t&#233; dit plus haut, sans quelque comparaison historique, sym&#233;trique, avec ce dont elles sont cens&#233;es &#234;tre distingu&#233;es, une tradition h&#233;rit&#233;e de l'ethnologie coloniale/occidentale. Bien qu'on y retrouve la r&#233;f&#233;rence &#224; Fanon et Cabral concernant &#171; l'absence d'id&#233;ologie &#187;, &#171; la carence id&#233;ologique &#187; (p. 82), la mention de &#171; classes dirigeantes locales d&#233;sireuses [seulement ?] de participer &#224; l'exploitation de leur peuple &#187; (p. 84), ce texte &#224; plusieurs mains, id&#233;ologiquement &#233;clectique, est n&#233;anmoins &#224; dominante diff&#233;rentialiste/culturaliste et non assum&#233;e comme &#233;tant &#224; dominante pro-capitaliste (m&#234;me si y ont contribu&#233; quelques uns des rares intellectuel&#183;le&#183;s anticapitalistes africain&#183;e&#183;s). Ceci n'est possible qu'en ne s'int&#233;ressant nullement &#224; la sociologie, &#224; la vie concr&#232;te de ces soci&#233;t&#233;s. On reproduit ainsi le m&#233;pris pour l'histoire n'ayant cess&#233; de montrer que cette commune appartenance n'avait pas, par exemple, emp&#234;ch&#233; des actes de chauvinisme national massif, voire officiel, entre n&#233;gro-africains, d'Abidjan (vers la fin de la p&#233;riode coloniale) &#224; Durban (la n&#233;gro-afrophobie post-apartheid : le si chauvin prince Mangosuthu Gatsa Buthelezi a &#233;t&#233; de fa&#231;on continue ministre de l'Int&#233;rieur sous la pr&#233;sidence de Nelson Mandela, puis de Thabo Mbeki), en passant par Brazzaville (l'expulsion massive, il y a quelques ann&#233;es, des Congolais&#183;e&#183;s de l'autre rive fluviale). Cette croyance ou fantasme sur la solidarit&#233; n&#233;gro-africaine &#8211; voire du &#171; monde noir &#187; &#8211; exprime en effet un aveuglement fr&#233;quent face aux faits historiques. Ou une certaine surdit&#233; &#224; l'&#233;gard, par exemple, de la pr&#233;cision apport&#233;e, au d&#233;but des ann&#233;es 1970, par l'un des initiateurs/initiatrices du mouvement de la n&#233;gritude, Aim&#233; C&#233;saire, s'&#233;tant affirm&#233; &#171; contre une id&#233;ologie fond&#233;e sur la n&#233;gritude [&#8230;] quand une th&#233;orie, disons litt&#233;raire, se met au service d'une politique, je crois qu'elle devient infiniment d&#233;testable [&#8230;] parce que je crois effectivement qu'il y a la lutte des classes, par exemple [&#8230;] Je refuse absolument une esp&#232;ce de pann&#233;grisme idyllique &#224; force de confusionnisme [&#8230;] la n&#233;gritude je ne la rejette pas, mais je la regarde avec un &#339;il extr&#234;mement critique [&#8230;] En plus, ma conception de la n&#233;gritude n'est pas biologique, elle est culturelle et historique. Je crois qu'il y a toujours un certain danger &#224; fonder quelque chose sur le sang que l'on porte, les trois gouttes de sang noir [&#8230;] Si on fait &#231;a, on tombe dans un gobinisme renvers&#233;. Et &#231;a me para&#238;t grave &#187; [43].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, il y a une sorte d'europ&#233;ocentrisme/occidentalocentrisme dans ce panafricanisme pann&#233;griste, car il semble encore tr&#232;s pr&#233;occup&#233; &#224; affirmer une &#171; fiert&#233; africaine &#187; [44] (entendre &#8220;fiert&#233; noire&#8221;) face au narcissisme de l'&#8220;Europ&#233;en blanc&#8221; (avec son extension am&#233;ricaine), plac&#233; de ce fait comme central, duquel on semble attendre une reconnaissance, pourtant si &#233;vidente, d'humanit&#233; enti&#232;re. Une prolongation ainsi de ce que Fanon, parlant de la Soci&#233;t&#233; africaine de culture (initi&#233;e par Alioune Diop, le fondateur de la revue Pr&#233;sence Africaine et de la maison d'&#233;dition &#233;ponyme, principale organisatrice des Congr&#232;s des &#233;crivains et artistes noirs, Paris 1956 et Rome 1959) consid&#233;rait comme des &#171; manifestations exhibitionnistes : montrer aux Europ&#233;ens qu'il existe une culture africaine, s'opposer aux Europ&#233;ens ostentatoires et narcissistes, tel sera le comportement habituel des membres de cette Soci&#233;t&#233; &#187;. Contre ce narcissisme des dominant&#183;e&#183;s jouissant pathologiquement de leur blanchit&#233;, se dresse un narcissisme r&#233;actif des domin&#233;&#183;e&#183;s qui se manifeste de nos jours postmodernistes de fa&#231;on amplifi&#233;e, du fait aussi de l'importance des images, du num&#233;rique qui accro&#238;t celle-ci. Fanon parlait d'un &#171; cul-de-sac &#187;, pouvant certes, pour quelques tenant&#183;e&#183;s actuel&#183;le&#183;s de ladite fiert&#233;, &#234;tre rentable en esp&#232;ces sonnantes et tr&#233;buchantes, en carri&#232;re sur le march&#233; spectaculaire acad&#233;mico-m&#233;diatique des identit&#233;s (l'identit&#233; de classe exploit&#233;e en &#233;tant exclue) &#8211; dont le centre demeure l'Europe et les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique &#8211;, en pr&#233;sence r&#233;guli&#232;re garantie dans les villes dudit centre, leurs lieux de pouvoir intellectuel, source de prestige (occidentalocentr&#233;). Mais sans toutefois avoir des effets perceptibles concernant ou vraiment contribuer &#224; la lutte pour l'&#233;mancipation des peuples africains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kwame Nkrumah et la lutte de classe : &#171; African personality &#187;, consciencisme et panafricanisme dans le capitalisme &#8211; Partie I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kwame Nkrumah et la lutte de classe : &#171; African personality &#187;, consciencisme et panafricanisme dans le capitalisme &#8211; Partie II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kwame Nkrumah et la lutte de classe : &#171; African personality &#187;, consciencisme et panafricanisme dans le capitalisme &#8211; Partie III (&#224; venir)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Y. B&#233;not, op. cit., note infrapaginale 22, p. 200.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] C. L. R. James, Nkrumah and the Ghana Revolution, London, Allison &amp; Busby, 1977, p. 172 (&#224; propos de cette conf&#233;rence aux cadres du CPP, C. L. R. James indique dans l'introduction de son livre que &#171; Nkrumah learnt about the speech and its reception, expressed his approval and told me that he would get the text printed. I sent the script to him and it was never acknowledged, far less printed &#187; (p. 10). Autrement dit, il s'agit d'une promesse non tenue ressemblant &#224; la censure d'un texte contenant des passages critiques &#224; l'&#233;gard du gouvernement. Au tout d&#233;but de la &#171; r&#233;volution dahom&#233;enne &#187;, le philosophe b&#233;ninois Paulin J Hountondji, affirmait concernant le CPP, dans l'espoir que quelque le&#231;on en soit tir&#233;e : &#171; Nkrumah a &#233;chou&#233; parce que son Parti, le &#8220;Convention People's Party&#8221; n'&#233;tait plus en 1966 cette puissante organisation de masse qu'il avait &#233;t&#233; de 1949 &#224; 1957, ann&#233;e de l'ind&#233;pendance, mais &#233;tait devenu un champ d'intrigues et de luttes d'influences, entre adulateurs et corrompus d'un Chef coup&#233; du peuple [&#8230;] L'&#233;chec de Nkrumah m&#233;rite d'&#234;tre m&#233;dit&#233; &#187;, Libert&#233;s, Cotonou, Editions Renaissance, 1973, p. 58.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Par ailleurs, concernant ce plan de d&#233;veloppement, cens&#233; mener au socialisme, selon Ikoku, Ama Biney rappelle que &#171; world class economists such as Dudley Seers, Arthur Lewis, Nicholas Caldor [Kaldor], Albert Hirschmann, Joseph Bognar, and Tony Killick contibuted before its official launch in 1964 &#187;, Ama Biney, op. cit., p. 109.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Selon Samuel Ikoku, protagoniste de la guerre gauche-droite autour de Nkrumah, l'aile droite contr&#244;lant le parlement mais inqui&#232;te de la critique du n&#233;ocolonialisme que d&#233;veloppait d&#233;sormais Nkrumah, consid&#233;r&#233;e comme une menace pour leurs int&#233;r&#234;ts, r&#233;agissait, par exemple, en rappelant, par tract, que &#171; le socialisme africain [&#8230;] n'est pas ath&#233;e et ne repose pas sur la lutte des classes. Ils pr&#233;tendaient que Nkrumah &#233;tait tomb&#233; sous l'influence de gens qui &#233;taient des agents de Moscou [&#8230;] D'autres tracts exigeaient de lui qu'il renvoie ces hommes sous peine d'&#234;tre accus&#233; d'avoir trahi son premier id&#233;al de socialisme africain &#187;, S. G. Ikoku, op. cit., p. 215-216.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Amilcar Cabral, &#171; Le r&#244;le de la culture dans la lutte pour l'ind&#233;pendance &#187; (1972), in Unit&#233; et Lutte, p. 179.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Mehdi Ben Barka, &#171; La r&#233;volution nationale en Afrique et en Asie &#187; (1963), in Mehdi Ben Barka (recueil de textes), Gen&#232;ve, CETIM, 2013, p. 62.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] &#192; titre de rappel, le Ghana de Nkrumah n'est pas le premier &#201;tat ind&#233;pendant d'Afrique, car bien avant lui, &#233;taient ind&#233;pendants, par ordre chronologique : l'Ethiopie (n'ayant pas &#233;t&#233; strictement une colonie, malgr&#233; l'invasion par l'Italie fasciste), le Lib&#233;ria (1847), l'&#201;gypte (1922), la Libye (1951), le Maroc (1956), le Soudan (1956), la Tunisie (1956).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Alain Peyrefitte, C'&#233;tait de Gaulle, Paris, Gallimard, 2002, p. 603 et 606. De Gaulle se r&#233;f&#232;re &#224; l'emprise &#233;tats-unienne subs&#233;quente &#224; l'European Recovery Program ou Plan Marshall (1948-1952), une aide subordonnante aux &#201;tats d'Europe occidentale, qui s'&#233;tendait aux colonies. Dans le cas fran&#231;ais : &#171; L'Outre-mer fran&#231;ais a b&#233;n&#233;fici&#233; sur les cr&#233;dits Marshall ordinaires de $287 millions environ, soit 11 % de l'aide totale &#224; la France et &#224; ses territoires d&#233;pendants [&#8230;] On remarque que dans le partage entre pays d'Afrique du Nord et d'Afrique Noire, l'Afrique du Nord l'emporte largement [&#8230;] La gestion de l'aide Marshall dans les TOM a entrain&#233; des incidents finalement plus nombreux qu'en France. Les heurts entre le n&#233;o-imp&#233;rialisme lib&#233;ral am&#233;ricain et le narcissisme paternaliste fran&#231;ais &#233;taient in&#233;vitables &#187;, selon G&#233;rard Bossuat (&#171; La contre-valeur de l'aide am&#233;ricaine &#224; la France et &#224; ses territoires d'Outre-Mer &#187;, in Colloque tenu &#224; Bercy les 21, 22 et 23 mars 1991 sous la direction de R&#233;n&#233; Girault et Maurice L&#233;vy-Leboyer, Le Plan Marshall et le rel&#232;vement &#233;conomique de l'Europe, Paris, Comit&#233; pour l'histoire &#233;conomique et financi&#232;re de la France, Minist&#232;re des Finances, 1993, (p. 177-199), p. 195 et 196 pour la citation). Par anti-imp&#233;rialisme, en 1966-1967, De Gaulle, en retirant la France de l'OTAN, a mis fin &#224; la pr&#233;sence sur le sol fran&#231;ais des bases (30) de l'arm&#233;e des &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique, install&#233;es en France &#224; partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais tout en maintenant au m&#234;me moment les bases militaires fran&#231;aises dans presque toutes ses anciennes colonies. Autrement dit, un anti-imp&#233;rialiste n&#233;ocolonialiste/imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] &#171; Portait of Nkrumah as Dictator &#187;, New York Times, May 3, 1964, &lt;a href=&#034;https://www.nytimes.com/1964/05/03/archives/portrait-of-nkrumah-as-dictator.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.nytimes.com/1964/05/03/archives/portrait-of-nkrumah-as-dictator.html&lt;/a&gt;. &#192; propos de cette domination du capital occidental, cf. aussi, par exemple, l'historien africaniste Robert Cornevin (dans un article publi&#233; quelques jours apr&#232;s le putsch militaire) &#171; Le coup d'&#201;tat militaire d'Accra ne doit pas nous faire oublier les r&#233;alisations dues au socialisme ghan&#233;en &#187;, Le Monde diplomatique, mars 1966, p. 1 et 3. Dans son article cit&#233; plus haut &#8211; une recension de l'ouvrage de l'un des &#233;conomistes cit&#233;s plus haut (Tony Killick, Development economics in action : a study of economic Policy in Ghana, second edition, London and New York, Routledge, 2010) ayant contribu&#233; &#224; la pr&#233;paration du plan septennal de l'&#201;tat ghan&#233;en &#8211;, Jasper Ayelazuno (Abembia) affirme, concernant le suppos&#233; socialisme de l'&#233;conomie ghan&#233;enne sous Nkrumah, que &#171; This is a serious theoretical oversight since Killick admits that, for all his socialist and [anti]neocolonialism rhetoric, Nkrumah did not nationalise private enterprises. Rather, he tried to woo foreign direct investments and even transacted business with private capital. Killick also notes that the liberal governments of Ghana (i.e., the NLC, the Busia-led government and the Kuffuor-led government) also continued with some of Nkrumah's state-interventionist policies &#187;, p. 390.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] &#171; Ghana is Viewed As Going Marxist ; Regime Proclaiming &#8216;Total War' on Capitalism &#187;, Lagos, January 8, 1964, &lt;a href=&#034;https://www.nytimes.com/1964/01/09/archives/ghana-is-viewed-as-going-marxist-regime-proclaiming-total-war-on.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.nytimes.com/1964/01/09/archives/ghana-is-viewed-as-going-marxist-regime-proclaiming-total-war-on.html&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Dans le Tanganyika nouvellement ind&#233;pendant, le Premier ministre &#8220;socialiste africain&#8221; Julius Nyerere, a nomm&#233; au minist&#232;re des Finances, un colonial conservateur de droite, ayant auparavant servi comme ministre au Kenya (colonial) et qui int&#233;grera par la suite la Banque mondiale, Sir Ernest Vase. Celui-ci a &#233;t&#233;, en cela, consid&#233;r&#233; comme le cerveau du Plan Triennal de D&#233;veloppement (1961-1964). Son influence dans l'organisation du gouvernement tanganyikais est alors, n&#233;anmoins, consid&#233;r&#233;e comme incongrue par Nkrumah. Le ministre de la Sant&#233; et du Travail du Tanganyika &#233;tait aussi un Britannique, D. N. M. Bryceson. Le deuxi&#232;me plan, le Plan Quinquennal (1964-1969), a &#233;t&#233; &#233;labor&#233; par &#171; une &#233;quipe de six &#8220;experts&#8221; &#233;trangers sous la direction de M. J. Faudon &#187;, Michael Jennings, &#171; &#8216;We Must Run While Others Walk' : popular participation and development crisis in Tanzania, 1961-9 &#187;, Journal of Modern African Studies, 41, 2, 2003, (p. 163&#8211;187), p, 165, DOI : 10.1017/S0022278X0300421X.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] &#171; Le Congr&#232;s am&#233;ricain qui repr&#233;sente les &#201;tats am&#233;ricains avait demand&#233; que soit coup&#233;e toute aide &#224; l'&#201;gypte, car nous avons refus&#233; d'accepter l'occupation et l'exploitation de notre territoire. Ce fut notre punition &#187;, Discours de Gamal Abdel Nasser [annon&#231;ant la nationalisation de la Compagnie du Canal de Suez] (Alexandrie, 26 juillet 1956), Notes et &#233;tudes documentaires : &#201;crits et Discours du colonel Nasser, Paris, La Documentation fran&#231;aise. 20.08.1956, n&#176; 2.206 ; &lt;a href=&#034;http://www.cvce.eu/obj/Discours_de_Gamal_Abdel_Nasser_Alexandrie_26_juillet_1956-fr-d0ecf835-9f40-4c43-&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cvce.eu/obj/Discours_de_Gamal_Abdel_Nasser_Alexandrie_26_juillet_1956-fr-d0ecf835-9f40-4c43-&lt;/a&gt; a2ed-94c186061d2a.html.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Dans son discours d'investiture &#224; la pr&#233;sidence du Guatemala (1951), Arbenz s'&#233;tait clairement pos&#233; en partisan du capitalisme en affirmant comme l'un des trois objectifs fondamentaux de son gouvernement &#171; a convertir a Guatemala de un pa&#237;s atrasado y de econom&#237;a predominantemente feudal en un pa&#237;s moderno y capitalista [&#8230;] nuestra pol&#237;tica tendra que estar basada necesariamente en el impulso a la iniciativa privada, en el desarollo del capital guatemalteco en cuyas manos deberi&#225;n encontrarse las actividades fundamentales de la econom&#237;a nacional, y en cuanto al capital extranjero debemos repetir que sera bienvenido siempre que se ajuste &#224; las distintas condiciones que se van creando en la medida que nos desarrollamos, que se subordine siempre a las leyes guatelmaltecas, coopere al desenvolvimiento &#233;conomico del pa&#237;s y se abstenga estrictamente de intervenir en la vida politica y social de la Naci&#243;n &#187;, &#171; Discurso de Jacobo Arbenz Guzman, el 15 de marzo de 1951 &#187;, Comunidades de Poblaci&#243;n en Resistencia, &lt;a href=&#034;https://web.archive.org/web/20141222002546/http://cpr-urbana.blogspot.com72013/08/discurso-de-jacobo-arbenz-guzman-el-15.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://web.archive.org/web/20141222002546/http://cpr-urbana.blogspot.com72013/08/discurso-de-jacobo-arbenz-guzman-el-15.html&lt;/a&gt;. (ma traduction : &#171; transformer le Guatemala d'un pays arri&#233;r&#233; et d'&#233;conomie &#224; pr&#233;dominance f&#233;odale en un pays moderne et capitaliste [&#8230;] notre politique sera n&#233;cessairement bas&#233;e sur la stimulation de l'initiative priv&#233;e, le d&#233;veloppement d'un capital guat&#233;malt&#232;que dans les mains duquel devront se trouver les secteurs fondamentaux de l'&#233;conomie nationale, et quant au capital &#233;tranger nous r&#233;p&#233;tons qu'il sera toujours le bienvenu, s'ajustant aux conditions distinctes qui seront cr&#233;&#233;es au cours de notre d&#233;veloppement, en respectant toujours les lois du Guatemala, coop&#233;rant au d&#233;veloppement du pays et s'abstenant strictement de s'ing&#233;rer dans la vie politique et sociale de la Nation [guat&#233;malt&#232;que] &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] P. C. Matthews, &#171; John Foster Dulles and the Suez Crisis of 1956. A Fifty Year Perspective &#187;, American Diplomacy, September 2006, &lt;a href=&#034;http://www.unc.edu/depts/diplomat/item/2006/0709/matt/matthew_suez.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.unc.edu/depts/diplomat/item/2006/0709/matt/matthew_suez.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Dans le sixi&#232;me paragraphe de l'Introduction de Le n&#233;o-colonialisme, dernier stade de l'imp&#233;rialisme, Nkrumah pr&#233;cise que &#171; La lutte contre le n&#233;ocolonialisme n'a pas pour but d'interdire le placement des capitaux des pays d&#233;velopp&#233;s dans les pays qui le sont moins, mais d'emp&#234;cher l'utilisation de la puissance financi&#232;re des nations industrielles &#224; l'appauvrissement des nations moins d&#233;velopp&#233;es &#187;. Comme l'avait dit quelques ann&#233;es auparavant le pr&#233;sident nationaliste bourgeois guat&#233;malt&#232;que J. Arbenz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Pour les strat&#232;ges &#233;tats-uniens la perte d'un pays dans cette sous-r&#233;gion asiatique pouvait entrainer un autre, puis un autre, etc., par r&#233;percussion &#8211; comme semblait l'illustrer alors la menace de perdre le Vietnam, apr&#232;s avoir perdu la Chine. C'est ce qu'il fallait endiguer au Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] K. Nkrumah, &#171; Discours du pr&#233;sident ghan&#233;en lors de l'inauguration du barrage de la Haute-Volta &#187;, 22 janvier 1966, &lt;a href=&#034;http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMDictionnaire?iddictionnaire=1795&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMDictionnaire?iddictionnaire=1795&lt;/a&gt;. Sur le putsch, cf. le chap. 14 &#171; La contre-r&#224;volution : c) F&#233;vrier 1966 &#187; de l'ouvrage d&#233;j&#224; cit&#233; d'Ikoku, r&#233;dig&#233; longtemps avant la d&#233;classification des documents &#233;tats-uniens relatifs au putsch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Dans L'Afrique doit s'unir (1963), il concluait ainsi son commentaire d'une d&#233;claration de l'&#233;conomiste du D&#233;partement d'&#201;tat, th&#233;oricien majeur du d&#233;veloppement et strat&#232;ge imp&#233;rialiste, Walt Whitman Rostow (auteur de Les &#233;tapes de la croissance &#233;conomique, publi&#233; en 1960, un classique de la &#8220;science &#233;conomique&#8221; orthodoxe sur le d&#233;veloppement, capitaliste s'entend) : &#171; C'est sans doute l&#224; l'un des r&#233;sum&#233;s les plus cyniques, mais aussi les plus sinc&#232;res jamais publi&#233;s de la fa&#231;on dont un pays riche r&#233;agit en face des besoins et des esp&#233;rances des jeunes nations du monde &#187; (p. 213 de la r&#233;&#233;dition de 1994). Pour l'int&#233;r&#234;t port&#233; par l'administration &#233;tats-unienne au Ghana pendant les deux derni&#232;res ann&#233;es de pr&#233;sidence de Nkrumah, au G&#233;n&#233;ral Ankrah, avant et apr&#232;s le putsch, on peut consulter le volume des Foreign Relations of the United States (FRUS) consacr&#233; au Ghana : FRUS 1964-68, Vol. XXIV : Africa, Ghana (&lt;a href=&#034;http://www.state.gov/www.about_state/history/vol_xxiv&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.state.gov/www.about_state/history/vol_xxiv&lt;/a&gt; )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Dans son ouvrage classique, Sur la &#8220;philosophie africaine&#8221; (Paris, Maspero, 1976), Paulin Hountondji, critique de l'ethnophilosophie &#8211; terme inspir&#233; du titre de la th&#232;se inachev&#233;e de Nkrumah : Mind and Thought in Primitive Society. A Study in Ethno-Philosophy with Special Reference to the Akan Peoples of the Gold Coast, West Africa &#8211; a proc&#233;d&#233;, dans le chapitre 7 (&#171; L'Id&#233;e de Philosophie dans le Consciencisme de Nkrumah) &#224; une comparaison de la premi&#232;re &#233;dition (1964) et la derni&#232;re (1970), concernant le rapport &#224; l'africanisme. Ainsi, conclut-il, par exemple, que &#171; malgr&#233; les remaniements importants ainsi op&#233;r&#233;s, l'&#233;dition de 1970 reste largement tributaire des pr&#233;suppositions id&#233;ologiques d'avant 1965. Plut&#244;t que de repl&#226;trer le texte initial, Nkrumah aurait d&#251;, pour &#234;tre cons&#233;quent avec lui-m&#234;me, renier purement et simplement l'ancien texte et &#233;crire &#224; nouveaux frais un nouveau livre &#187; (p. 179). Cf. aussi, par exemple, Gr&#233;goire Mavounia, &#171; Notes sur l'&#233;volution de la pens&#233;e de K. Nkrumah (Du &#8220;consciencisme&#8221; &#224; la &#8220;lutte des classes&#8221;) &#187; (Revue congolaise de droit, n&#176; 1, janvier-juin 1987, p. 49-65).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] K. Nkrumah, &#171; African Socialism revisited &#187; (1967), Paper read at the Africa Seminar held in Cairo at the invitation of the two organs At-Talia and Problems of Peace and Socialism, &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/subject/africa/nkrumah/1967/african-socialism-revisited.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/subject/africa/nkrumah/1967/african-socialism-revisited.htm&lt;/a&gt;, Adjei-Gyamfi Yaw, &#171; Afrocentricity : An Important Feature of the Pan African Tradition &#187;, This is Africa, october 2, 2018 ; &lt;a href=&#034;https://thisisafrica.me/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://thisisafrica.me/&lt;/a&gt;. Il est clair que l'afrocentriste n'a pas compris qu'il s'agit d'une critique par Nkrumah du f&#233;tichisme dudit communalisme africain. Il en est autant de son coll&#232;gue Kwame Botwe-Asamoah quand il affirme dans la pr&#233;face de son ouvrage sur Nkrumah (Kwame Nkrumah's Politico-Cultural Thought and Policies. An African-Centered Paradigm for the Second Phase of the African Revolution, London &amp; New York, Routledge, 2005) que &#171; his socio-political philosophy returns to traditional African ethics, humanistic values and egalitarian mode of production to formulate a new socio-economic system for post-independence Africa &#187;. Cf. aussi les pages 166-168 de la conclusion de l'ouvrage de Botwe-Asamoah qui ne se r&#233;f&#232;re aucunement &#224; ce qui est post&#233;rieur &#224; Le Consciencisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Adjei-Gyamfi Yaw, &#171; Afrocentricity : An Important Feature of the Pan African Tradition &#187;, This is Africa, october 2, 2018 ; &lt;a href=&#034;https://thisisafrica.me/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://thisisafrica.me/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Kwame Nkrumah's Politico-Cultural Thought and Policies. An African-Centered Paradigm for the Second Phase of the African Revolution, London &amp; New York, Routledge, 2005, p. x.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Un d&#233;tail sans doute : l'&#233;pouse de Nkrumah &#233;tait d'origine &#233;gyptienne, une Africaine s&#233;mite &#8220;blanche&#8221; ou &#8220;brune&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] K. Nkrumah, La lutte des classes en Afrique, Paris, Pr&#233;sence Africaine, 1972 [Londres, Panaf Books Ltd, 1970, traduit de l'anglais par Marie-A&#239;da Bah Diop], p. 10. Pour les &#171; &#8220;socialismes africains&#8221;, en plus de l'ouvrage de Yves B&#233;not d&#233;j&#224; cit&#233; cf., par exemple, Sa&#239;d Bouamama, Figures de la r&#233;volution africaine. De Kenyatta &#224; Sankara, Paris, La D&#233;couverte, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Pr&#233;sence Africaine, 2012/2, N&#176; 185-186, p. 61-76, &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-presence-africaine-2012-1-page-61.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/revue-presence-africaine-2012-1-page-61.htm&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] K. Nkrumah, &#171; The Myth of the Third World &#187;, Labour Monthly, october 1968, p. 462-465 ; &lt;a href=&#034;http://www.unz.org/Pub/LabourMonthly-1968oct-00462&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.unz.org/Pub/LabourMonthly-1968oct-00462&lt;/a&gt;. Id&#233;e reprise dans La lutte des classes en Afrique : &#171; Le monde en d&#233;veloppement n'est pas un bloc homog&#232;ne oppos&#233; &#224; l'imp&#233;rialisme. Le concept de &#8220;Tiers-Monde est illusoire. Car, pour une large part, il demeure sous domination imp&#233;rialiste &#187;, p. 102.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Hannah Arendt, &#171; Politique et r&#233;volution &#187; (1970), in H. Arendt, Du mensonge &#224; la violence. Essais de politique contemporaine, Paris, Calmann-L&#233;vy/Presses Pocket &#8220;Agora&#8221;, 1972 [1969-1972], (p. 209-241), p. 218.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Hannah Arendt, &#171; R&#233;flexions sur Little Rock &#187; (1959), in Hannah Arendt, Responsabilit&#233; et jugement, Paris, Payot, 2005, p. 217-236.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] En agronome, Cabral, r&#233;sidant alors au Portugal avait &#233;t&#233; en mission plusieurs fois en Angola, entre 1955 et 1958, o&#249; il avait, par ailleurs, particip&#233; &#224; l'organisation du mouvement angolais de lib&#233;ration nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] A. Cabral, Unit&#233; et Lutte, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Stanislas Adotevi, op. cit., p. 115.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] En plus du livre de Jean Copans, Les marabouts de l'arachide. La confr&#233;rie mouride et les paysans du S&#233;n&#233;gal (Paris, Le Sycomore, 1980), on peut consulter, par exemple, l'article de Mohamed Gu&#232;ye, &#171; Touba, une zone de non-droit au c&#339;ur de la R&#233;publique &#187;, D&#233;fis Sud, f&#233;vrier-mars 2015, p. 17-19) ; et plus port&#233;s sur le politique et le religieux : l'ouvrage de Christian Coulon, Le marabout et le prince (Islam et pouvoir au S&#233;n&#233;gal), Bordeaux, Institut d'&#233;tudes politiques/Centre d'&#233;tude d'Afrique noire, 1981, l'article de Sanou Mbaye, &#171; Les d&#233;rives d'un bic&#233;phalisme politico-religieux &#187;, Pambazuka, 17 avril 2009, &lt;a href=&#034;http://www.pambazuka.org/fr/category/comment/55700&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.pambazuka.org/fr/category/comment/55700&lt;/a&gt;), l'entretien vid&#233;o : &#171; Moussa S&#232;ne Absa [cin&#233;aste s&#233;n&#233;galais] accuse : &#8220;les politiciens et les marabouts ont pris ce pays en otage&#8221; &#187;, entretien vid&#233;o, du 4 f&#233;vrier 2020, &lt;a href=&#034;https://www.leral.net/Moussa-Sene-Absa-accuse-les-politiciens-et-les-marabouts-ont-pris-ce-pays-en-otage_a269736.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.leral.net/Moussa-Sene-Absa-accuse-les-politiciens-et-les-marabouts-ont-pris-ce-pays-en-otage_a269736.html&lt;/a&gt; (la vid&#233;o est en ligne sur plusieurs sites s&#233;n&#233;galais).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] Extrait d'un propos de Cabral aux gu&#233;rilleros, au village de Mak&#233; en 1966, rapport&#233; par G&#233;rard Chaliand, Lutte arm&#233;e en Afrique, Paris, Fran&#231;ois Maspero, 1967, p. 49.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] A. Cabral, &#171; Allocution prononc&#233;e &#224; l'occasion de la Journ&#233;e Kwame Nkrumah &#187; (&#224; l'occasion de ses obs&#232;ques), Pr&#233;sence Africaine, num&#233;ro d'hommage &#224; Nkrumah, 1972, p. 5-10. Kwame Botwe-Asamoah cite l'hommage de Cabral &#224; Nkrumah en ne mentionnant pas ce passage critique (p. 174).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] Sur quoi s'est appuy&#233; le Rapport alternatif sur l'Afrique (RASA). Num&#233;ro z&#233;ro. Un rapport pour l'Afrique par l'Afrique, Dakar, juin 2018, &lt;a href=&#034;http://www.rasa-africa.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.rasa-africa.org&lt;/a&gt;) en affirmant que &#171; De 1960 &#224; 1970, les premiers intellectuels &#233;taient &#224; la fois r&#233;volutionnaires et panafricanistes &#187; (p. 56) ? Que peut bien signifier &#171; r&#233;volutionnaires &#187;, surtout quand la phrase suivante dit que &#171; Beaucoup &#233;taient dans l'ombre des premiers dirigeants comme conseillers &#187; ? Des intellectuels &#171; r&#233;volutionnaires &#187; ayant servi de conseillers aux dirigeants n&#233;ocoloniaux qu'&#233;taient presque tous les suppos&#233;s &#171; p&#232;res des ind&#233;pendances africaines &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] Cf., par exemple, J. Nanga, &#171; Aper&#231;u sur l'actuelle classe dominante en Afrique &#187;, CADTM, 29 janvier 2018, &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Apercu-sur-actuelle-classe&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.cadtm.org/Apercu-sur-actuelle-classe&lt;/a&gt;. Pour Jacqueline Mugo (secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale de Business Africa, une association patronale panafricaine, et directrice de la F&#233;d&#233;ration des employeurs du Kenya), par exemple, la flexibilit&#233; est le pr&#233;sent et l'avenir du march&#233; du travail (J. Mugo, &#171; En Afrique, l'entrepreneuriat est per&#231;u comme l'une des cl&#233;s de la croissance &#187;, Agyp.co, 12 f&#233;vrier 2017, &lt;a href=&#034;https://www.agyp.co/en-afrique-lentrepreneuriat-est-percu-comme-lune-des-cles-de-la-croissance/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.agyp.co/en-afrique-lentrepreneuriat-est-percu-comme-lune-des-cles-de-la-croissance/&lt;/a&gt;), ce qui est une assomption de la pr&#233;carit&#233;, de la pr&#233;carisation des emplois, des revenus des moyen&#183;ne&#183;s et petit&#183;e&#183;s salari&#233;&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] Eduardo Galeano, Sens dessus dessous. L'&#233;cole du monde &#224; l'envers, Paris, Homnisph&#232;res, 2004 [Uruguay, Ediciones del Chancito, et autres &#233;ditions d'Argentine, de Colombie et du Mexique, 1998 ; traduit de l'espagnol (Uruguay) par Lydia ben Ytzhak], p. 28.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] Quand dans le m&#234;me discours il d&#233;nonce &#8211; dans un passage rendu c&#233;l&#232;bre par sa mise en chanson/musique par Bob Marley &amp; The Wailers, sous le titre de &#171; War &#187; &#8211; l'existence dans &#171; certaines nations des citoyens de premi&#232;re classe et de seconde classe &#187;, ce n'est pas en pensant aux classes sociales, mais aux races, comme le dit aussi bien la phrase ant&#233;rieure sur les races &#8220;sup&#233;rieure&#8221; et &#8220;inf&#233;rieure&#8221; ainsi que celle post&#233;rieure faisant r&#233;f&#233;rence &#224; la couleur de la peau devant devenir aussi insignifiante que celle des yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] Cf., par exemple, Walter Rodney, &#171; Panafricanisme et lutte des classes &#187; (1974-1975), P&#233;riode, &lt;a href=&#034;http://revueperiode.net/panafricanisme-et-lutte-des-classes/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://revueperiode.net/panafricanisme-et-lutte-des-classes/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40] A. Cabral, &#171; Fondements et objectifs de la lib&#233;ration nationale et structure sociale &#187;, p. 168-169.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[41] Par exemple, en Angleterre encore monarchique (avec sa minorit&#233; de nobles et l'&#233;crasante majorit&#233; de roturier&#183;e&#183;s) dans le personnel enseignant des universit&#233;s, c'est-&#224;-dire dans l'&#233;lite intellectuelle, &#171; L'&#233;cart de salaire entre les Blancs et les minorit&#233;s ethniques est de 9%, mais il s'&#233;l&#232;ve &#224; 14 % pour les seuls Noirs. Ces minorit&#233;s sont exclues des postes les plus prestigieux &#187;, Aris Martinelli, &#171; Une gr&#232;ve &#224; l'Universit&#233; dans l'Angleterre r&#233;actionnaire &#187;, Contretemps, 19 mars 2020, &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[42] Cf., par exemple, RASA, op. cit., p. 35 et p. 38 o&#249; la fa&#231;on de mentionner le racisme anti-Noir&#183;e&#183;s en Afrique du Nord &#8211; ind&#233;niablement existant, inacceptable et, heureusement, combattu sur place &#8211; donne l'impression que n'est pas incluse dans le RASA cette partie de l'Afrique, o&#249; certes la consid&#233;ration d'&#234;tre Africain&#183;e ne semble pas si &#233;tablie, au sein des populations majoritairement non noires (cf., par exemple, St&#233;phanie Pouessel (dir.), Noirs au Maghreb. Enjeux identitaires, Tunis/Paris, Institut de recherche sur le Maghreb contemporain/Karthala, 2012), du fait de la r&#233;duction de l'africanit&#233; &#224; la n&#233;gro-africanit&#233; &#224; l'&#233;gard de laquelle persistent des pr&#233;jug&#233;s, du racisme h&#233;rit&#233; aussi bien du pass&#233; de traite transsaharienne que de l'image dominante de la n&#233;grit&#233; diffus&#233;e dans le monde par les cultures racistes blanches d'Europe et des Am&#233;riques. En m&#234;me temps, il existe dans des soci&#233;t&#233;s ouest-africaines, une discrimination &#224; l'&#233;gard de la partie touar&#232;gue (non noire) de la population, rendue visible en ce XXIe si&#232;cle par quelque &#233;ni&#232;me r&#233;bellion arm&#233;e. Ainsi, l'id&#233;e de l'Afrique que v&#233;hicule ce rapport, malgr&#233; la contribution de quelques Africain&#183;e&#183;s non noir&#183;e&#183;s, est racialiste, un h&#233;ritage du colonialisme avec lequel on pr&#233;tend pourtant vouloir rompre &#233;pist&#233;miquement. Ainsi : qu'est-ce que l'Afrique, qui est Africain&#183;e en ce XXIe si&#232;cle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[43] Aim&#233; C&#233;saire &#224; Lilyan Kesteloot, cit&#233; par Ren&#233; Depestre, Bonjour et adieu &#224; la n&#233;gritude suivi de Travaux d'identit&#233;, Paris, Robert Laffont, 1980, p. 144-145. La pr&#233;cision apport&#233;e par C&#233;saire (en 1972-1973) s'oppose &#224; la conception de Senghor ayant &#233;rig&#233; la n&#233;gritude en id&#233;ologie (le &#8220;socialisme africain&#8221; &#233;tant une &#233;manation des valeurs du &#8220;monde noir&#8221;). L'&#233;motion n&#232;gre de Senghor rel&#232;ve aussi du &#171; gobinisme renvers&#233; &#187;, car pour Gobineau &#171; Que l'immense sup&#233;riorit&#233; des blancs dans le domaine entier de l'intelligence, s'associe &#224; une inf&#233;riorit&#233; non moins marqu&#233;e dans l'intensit&#233; des sensations. Le blanc est beaucoup moins dou&#233; que le noir et que le jaune sous le rapport sensuel &#187; (Essai sur l'in&#233;galit&#233; des races, page 197 de l'&#233;dition &#233;lectronique dans la collection &#8220;Les classiques des sciences sociales&#8221; sur le site de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Chicoutimi : &lt;a href=&#034;http://www.uqac.ca/Classiques_des_sciences_sociales&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.uqac.ca/Classiques_des_sciences_sociales&lt;/a&gt;. Quant aux &#171; trois gouttes de sang noir &#187;, c'est le titre d'un ouvrage d'Elie Faure (Les trois gouttes de sang, Paris, Edgar Malf&#232;re, &#233;diteur, 1929, p. 113-114), historien de l'art &#8211; auquel Senghor s'est souvent r&#233;f&#233;r&#233; &#8211; d&#233;fenseur d'un g&#233;nie rythmique du Noir, en transfigurant, positivement, l'id&#233;e de Gobineau. Il s'agit, chez C&#233;saire, d'une critique de l'appropriation invers&#233;e du principe raciste &#233;tats-unien du &#8220;one-drop rule&#8221;, la goutte de sang &#8220;non blanc&#8221; qui suffisait pour exclure les m&#233;tis&#183;ses de la race blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[44] RASA, p. 103. Cf. aussi p. 48 o&#249; est cit&#233; Abdoulaye Wade, alors pr&#233;sident du S&#233;n&#233;gal (&#171; il faut raviver la fiert&#233; africaine &#187;), qui est rest&#233; assez fid&#232;le &#224; cet &#171; ent&#234;tement &#187; (&#171; L'ent&#234;tement est la libert&#233; qui se fixe en une singularit&#233; et se tient &#224; l'int&#233;rieur de la servitude &#187;, selon Hegel, Ph&#233;nom&#233;nologie de l'Esprit 1, 1807, Paris, Gallimard, 1993 [traduction de l'allemand et notes par Gwendoline Jarczyk et Pierre-Jean Labarri&#232;re], p. 204 ; il s'agit ici de la servitude organis&#233;e par et pour le Capital dont la dynamique a produit, entre autres : 1&#176;) la conqu&#234;te des &#8220;Am&#233;riques&#8221;, le massacre des autochtones/ &#8220;Indien&#183;ne&#183;s&#8221; et l'importation esclavagiste des Noir&#183;e&#183;s ; 2&#176;) la colonisation de l'Afrique), depuis la critique du f&#233;d&#233;ralisme colonial, sans revendication de l'ind&#233;pendance (A. Wade, &#171; Imposture du f&#233;d&#233;ralisme &#187;, Pr&#233;sence Africaine, n&#176; 5, d&#233;cembre 1955-janvier 1956, p. 101-105), jusqu'&#224; la co-conception du NEPAD (Nouveau partenariat pour le d&#233;veloppement de l'Afrique) que l'altermondialiste nig&#233;rien Moussa Tchangari a, de fa&#231;on tr&#232;s pertinente, d&#233;nomm&#233; le &#171; boubou africain du n&#233;olib&#233;ralisme &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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