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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Le football comme forme du politique</title>
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		<dc:date>2010-07-06T12:26:55Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Vassort</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique du Sud</dc:subject>
		<dc:subject>Coupe du monde de football</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2010-07-06</dc:subject>

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&lt;p&gt;La situation de crise, que conna&#238;t depuis quelques ann&#233;es l'Afrique du Sud, dispara&#238;t dans les festivit&#233;s pr&#233;par&#233;es qui font taire les oppositions. Le football comme n&#233;cessaire outil de gouvernement anti-d&#233;mocratique, voil&#224; sans doute l'une des hypoth&#232;ses les plus pr&#233;gnantes de ces derni&#232;res ann&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt; L'organisation de la Coupe du monde en Afrique du Sud est l'occasion de d&#233;velopper des fantasmes multiples sur la force d&#233;mocratique de l'institution footballistique. Principale manifestation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L149xH150/arton4854-7a564.png?1674693935' class='spip_logo spip_logo_right' width='149' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La situation de crise, que conna&#238;t depuis quelques ann&#233;es l'Afrique du Sud, dispara&#238;t dans les festivit&#233;s pr&#233;par&#233;es qui font taire les oppositions. Le football comme n&#233;cessaire outil de gouvernement anti-d&#233;mocratique, voil&#224; sans doute l'une des hypoth&#232;ses les plus pr&#233;gnantes de ces derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'organisation de la Coupe du monde en Afrique du Sud est l'occasion de d&#233;velopper des fantasmes multiples sur la force d&#233;mocratique de l'institution footballistique. Principale manifestation sportive, la Coupe du monde de football serait l'occasion, comme il y a quinze ans la Coupe du monde de rugby (1995), d'offrir l'image d'une possible r&#233;conciliation du peuple sud-africain dans toutes ses composantes. La proposition est, malgr&#233; tout, invers&#233;e et ce sont les Blancs qui sont invit&#233;s &#224; se r&#233;jouir autour du sport pratiqu&#233; par les Noirs. Derri&#232;re cette r&#233;conciliation suppos&#233;e sont r&#233;it&#233;r&#233;es les id&#233;es les plus communes et les mieux convenues sur les bienfaits potentiels d'une telle organisation pour l'&#233;conomie locale, pour le syst&#232;me politique et social, pour l'int&#233;gration du pays au sein du march&#233; mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dimension politique du sport, soutenue par le discours des personnes les plus influentes du pays, Nelson Mandela, Desmond Tutu, Frederik De Klerk[1], est relay&#233;e partout dans le monde, par les m&#233;dias, les institutions politiques et &#233;conomiques et souvent d&#233;sormais par les intellectuels eux-m&#234;mes. La situation de crise, que conna&#238;t depuis quelques ann&#233;es l'Afrique du Sud, dispara&#238;t dans les festivit&#233;s pr&#233;par&#233;es qui font taire les oppositions. Le football comme n&#233;cessaire outil de gouvernement anti-d&#233;mocratique, voil&#224; sans doute l'une des hypoth&#232;ses les plus pr&#233;gnantes de ces derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La force du discours&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;it&#233;rations discursives ont, tant dans l'environnement politique que dans celui du sport, force de preuves. Ainsi chacun verse, concernant la pratique sportive, dans la posture la plus vulgaire, affirmation d'un soi-disant d&#233;sir collectif g&#233;n&#233;ral et unanime. Le dernier exemple de cet &#233;tat de fait, et qui peut servir d'analyseur du syst&#232;me, est constitu&#233; par le choix du pays qui organisera le Championnat d'Europe des nations de football 2016. Pour cette occasion, le 28 mai 2010, Nicolas Sarkozy, devant le comit&#233; de s&#233;lection de l'UEFA (Union Europ&#233;enne de Football Association), a plaid&#233; en faveur de la candidature fran&#231;aise &#224; l'organisation de ce Championnat. Cette candidature semble, comme le rappelle Sarkozy lui-m&#234;me, avoir fait l'objet d'une &#233;tude strat&#233;gique en fonction de moyens et de finalit&#233;s vis&#233;es &#233;conomiques, politiques et id&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi d&#233;clare-t-il : &#171; Nous, nous pensons en France que le sport est une r&#233;ponse &#224; la crise. C'est justement parce qu'il y a une crise, qu'il y a des probl&#232;mes, qu'il faut mobiliser tout le pays vers l'organisation de grands &#233;v&#233;nements &#187; a-t-il d&#233;clar&#233; &#171; et qu'est ce qu'il y a de plus fort que le sport et, &#224; l'int&#233;rieur du sport, qu'est-ce qu'il y a de plus fort que le football ? [&#8230;] C'est une d&#233;cision pour nous strat&#233;gique qui engage tout le pays face &#224; la crise [&#8230;]. Ce n'est pas un engagement de la F&#233;d&#233;ration, ce n'est pas un engagement de la Ligue, c'est un engagement de tout un peuple. On a envie de recevoir en France. [&#8230;] Il n'y a pas la gauche et la droite, il n'y a pas le sud et le nord, il n'y a pas l'est et l'ouest, il y a tout un pays mobilis&#233; pour avoir cet &#233;v&#233;nement &#187;[2]. Pour comprendre ce que repr&#233;sente une Coupe du monde, comme celle qui se d&#233;roule en Afrique du Sud, il faut comprendre la posture de Sarkozy face au sport, particuli&#232;rement le football.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La banalit&#233; du discours n'a d'&#233;gale que son efficacit&#233; politique et sans doute sa dangerosit&#233;. Lorsque Sarkozy d&#233;clare : &#171; Nous, nous pensons en France que le sport est une r&#233;ponse &#224; la crise. C'est justement parce qu'il y a une crise, qu'il y a des probl&#232;mes, qu'il faut mobiliser tout le pays vers l'organisation de grands &#233;v&#233;nements &#187;, nous percevons la n&#233;cessit&#233; de cr&#233;er une identit&#233; bas&#233;e sur un d&#233;sir collectif de transformation de la soci&#233;t&#233; afin de r&#233;pondre aux difficult&#233;s que la crise &#233;conomique et politique fait &#233;merger, particuli&#232;rement au sein des populations les plus vuln&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est sans doute n&#233;cessaire, pour interpr&#233;ter ce discours, de plonger dans le contexte politique fran&#231;ais et dans la structure des r&#233;ponses &#224; la crise apport&#233;es par Nicolas Sarkozy et le gouvernement de Fran&#231;ois Fillon. Que faut-il comprendre par &#171; c'est justement parce qu'il y a une crise, qu'il y a des probl&#232;mes, qu'il faut mobiliser tout le pays vers l'organisation de grands &#233;v&#233;nement &#187; ? Sans doute faut-il admettre que le pays, entr&#233; en r&#233;cession, va conna&#238;tre une p&#233;riode de rigueur &#233;conomique et budg&#233;taire susceptible d'agresser une partie non n&#233;gligeable de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce pas le sens des d&#233;cisions prises dans le cadre de la LOLF (loi organique relative aux lois de finances) et de la RGPP (r&#233;vision g&#233;n&#233;rale des politiques publiques) qui visent, sous couvert d'&#233;conomie budg&#233;taire, &#224; la destruction des services publics d'&#233;ducation, de sant&#233;, des transports, des &#233;nergies, de la gestion des eaux ? Il en va de m&#234;me pour ce qui concerne le d&#233;bat sur l'&#226;ge de la retraite et le nombre d'anuit&#233;s de cotisation. Dans ce cadre, dans cette dimension politique, les &#171; grands &#233;v&#233;nements &#187; sportifs sont les spectacles &#233;voqu&#233;s par Guy Debord qui &#233;crivait que &#171; le spectacle n'est pas un ensemble d'images, mais un rapport social entre des personnes, m&#233;diatis&#233; par des images &#187;[3]. Il existe donc au travers des &#233;v&#233;nements, de leur spectacularisation, non pas seulement des images en tant que celles-ci seraient hors de la vie mais un processus, &#171; un rapport social &#187; que les images permettent de porter &#224; connaissance et de d&#233;velopper. L'accumulation des images/spectacles concoure &#224; l'&#233;loignement du v&#233;cu par la r&#233;it&#233;ration permanente de la situation spectaculaire ce qui fait que dor&#233;navant, &#171; toute la vie des soci&#233;t&#233;s dans lesquelles r&#232;gnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacles &#187;[4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le spectacle fait donc soci&#233;t&#233;, tout en &#233;tant une partie de celle-ci et, comme le signale Guy Debord, en participant, instrumentalement, de son unification. Mais &#171; en tant que partie de la soci&#233;t&#233;, il est express&#233;ment le secteur qui concentre tout regard et toute conscience. Du fait m&#234;me que ce secteur est s&#233;par&#233;, il est le lieu du regard abus&#233; et de la fausse conscience &#187;[5]. Du regard abus&#233; &#224; la fausse conscience[6], le spectacle dissimule l'essence soci&#233;tale derri&#232;re des images qui se substituent &#224; la r&#233;alit&#233; quotidienne de l'homme moderne et au fondement du processus capitaliste de production. Cet homme devient alors l'objet passif du quotidien car &#171; le spectacle se pr&#233;sente comme une &#233;norme positivit&#233; indiscutable et inaccessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne dit rien de plus que &#8220;ce qui appara&#238;t est bon, ce qui est bon appara&#238;t&#8221;. L'attitude qu'il exige par principe est cette acceptation passive qu'il a d&#233;j&#224; en fait obtenu par sa mani&#232;re d'appara&#238;tre sans r&#233;plique, par son monopole de l'apparence &#187;[7]. Cette passivit&#233; est l'instrument indispensable &#224; l'&#233;laboration d'un regard abus&#233;, de la fausse conscience et de la fausse identit&#233;. Le d&#233;tournement de la r&#233;alit&#233; n'est possible que dans la passivit&#233; accept&#233;e face au spectacle. C'est en tant que divertissement, donc d&#233;tournement, que &#171; les grands &#233;v&#233;nements &#187; sportifs, particuli&#232;rement footballistique, participant de la soci&#233;t&#233; du spectacle, adviennent en tant qu'instruments de l'&#233;laboration id&#233;ologique, active et passive. En ce sens la soci&#233;t&#233; du spectacle et l'id&#233;ologie du divertissement ne reposent pas sur le mod&#232;le de la pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre &#8211; bien que faisant suite aux th&#233;ories de Siegfried Kracauer, de Walter Benjamin, de Max Horkheimer et de Th&#233;odor W. Adorno, nous avons une id&#233;e plus pr&#233;cise de ce que peuvent devenir les arts et la culture &#224; l'&#233;poque de la reproduction industrielle &#8211; mais sur la marchandisation de la vie dans sa globalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance id&#233;ologique du spectacle est telle que Nicolas Sarkozy &#233;voque tout d'abord le soutien de &#171; tout un peuple &#187;, acc&#233;l&#233;rant la marchandisation id&#233;ologique des populations puis affirme, avec raison, que le pays, en pareille occasion, ne conna&#238;t plus ni de droite ni de gauche ce qui, pour le personnel politique semble confirm&#233; par les d&#233;clarations du maire socialiste de Paris, Bertrand Delano&#235;. Ce dernier, &#224; la suite de tous les &#233;lus UMP, esp&#232;re que cet &#233;v&#233;nement sera &#171; celui de la convivialit&#233;, de la f&#234;te, des &#233;motions et des valeurs partag&#233;es &#187;[8], alors que Martine Aubry estime que cette d&#233;signation est &#171; un honneur &#187;[9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en se reposant sur ces bases que le pays s'appr&#234;te &#224; utiliser des budgets publics pour la r&#233;novation ou la construction de stades. 1,7 milliard d'euros seraient para&#238;t-il n&#233;cessaires pour cette op&#233;ration, mais l'histoire montre que ces estimations sont souvent sous-&#233;valu&#233;es[10]. Il est probable que les d&#233;penses totales s'&#233;l&#232;veront plus que de raison (3, 4 milliards d'euros ou plus). Nicolas Sarkozy avait-il cela en t&#234;te lorsqu'il copinait avec les anciens joueurs de football que son Zidane, Karembeu ou Djorkaeff ? Arnaud Lagard&#232;re, ami du Pr&#233;sident, fils de Jean-Luc et pr&#233;sident du groupe Lagard&#232;re ne l'a pas oubli&#233;, lui qui d&#233;clare le 1er juin que l'organisation du Championnat d'Europe des nations &#171; tombe vraiment bien &#187; pour ses affaires[11]. Le march&#233; sportif est &#233;valu&#233; aujourd'hui &#224; plus de 100 milliards de dollars, il est, comme le rappelle Lagard&#232;re, &#171; l'un des rares march&#233;s en croissance &#187;. Il ne s'agit donc plus pour les hommes d'affaires de se comporter en m&#233;c&#232;nes mais de faire du sport l'une des branches les plus actives, proportionnellement l'une des plus rentables de l'&#233;conomie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le football, particuli&#232;rement la Coupe du monde, poss&#232;de une dimension politique de d&#233;politisation des masses, et permet une appropriation par le capital de l'ensemble des espaces &#233;conomiques, g&#233;ographiques et sociaux. Il semble donc logique que les institutions politiques participant du d&#233;veloppement capitaliste participe du d&#233;veloppement footballistique. En cela le discours sur le sport participe des strat&#233;gies de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'exploitation africaine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud n'est donc pas le fruit du hasard. Pays riche qui poss&#232;de une population pauvre, elle repr&#233;sente l'id&#233;al de l'exploitation de l'homme par l'homme pour l'appropriation des ressources naturelles. Le mythe de la nation &#171; arc-en-ciel &#187;, soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique post-Apartheid a fait long feu et, d&#233;sormais, la soci&#233;t&#233; sud-africaine reproduit, dans un contexte diff&#233;rent de celui de l'Apartheid, les &#171; crimes barbares, le fl&#233;au des viols, des vols et des escroqueries, l'enrichissement ind&#233;cent d'un petit nombre, la reconversion comme forme d'impunit&#233;, les fonctions officielles comme exercice de r&#233;cup&#233;ration, l'effondrement des services indispensables, le renforcement et la poursuite du racisme, l'absence de morale publique et m&#234;me de sens commun &#187;[12].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la situation politico-&#233;conomique ne suffit pas pour permettre au pays de trouver une nouvelle voie, l'institution sportive est toujours pr&#233;sente pour faire croire &#224; l'&#233;mergence d'une soci&#233;t&#233; nouvelle, plus juste et plus ouverte. C'&#233;tait le cas de la Coupe du monde de rugby en 1995 qui s'est disput&#233;e en Afrique du Sud. Sur la Coupe du monde de football 2010 reposent les m&#234;mes discours et les m&#234;mes strat&#233;gies de d&#233;veloppement &#233;conomique, politique et social et de l'&#233;ternelle r&#233;conciliation des peuples sud-africains. Pourtant aucun de ces &#171; secteurs &#187; ne b&#233;n&#233;ficiera d'un effet Coupe du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle Afrique peut profiter d'une telle organisation ? Celle dont la pauvret&#233; a explos&#233; au cours des derni&#232;res d&#233;cennies ? Celle dont un tiers des habitants vivent avec moins d'un demi-dollar par jour ? Celle qui voit se multiplier les guerres civiles ? Celles des enfants des dictateurs et assassins Mobutu, Taylor, Idi Amin, Mugabe ou Bokassa ? Celle ravag&#233;e par les famines comme celle de 2002 qui au Malawi, en Zambie, au nord de l'Afrique du Sud, au Botswana, au Lesotho, dans certaines r&#233;gions du Zimbabwe et de l'Angola mena&#231;ait plus de 14 millions d'enfants, d'hommes et de femmes de &#171; mort imm&#233;diate &#187;[13] ? Celle du sida ? De quelle Coupe du monde s'agit-il ? Celle de la violence, de la pauvret&#233;, de la x&#233;nophobie et des viols ? Celle des grandes entreprises occidentales, du capitalisme triomphant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Coupe du monde de football est organis&#233;e entre les fusils de la police, de l'arm&#233;e, des milices priv&#233;es, et les barbel&#233;s des zones prot&#233;g&#233;es, inaccessibles &#224; la majorit&#233; de la population. La s&#233;gr&#233;gation sociale qui a remplac&#233; la s&#233;gr&#233;gation raciale participe du d&#233;veloppement de toutes les criminalit&#233;s. La ville de Johannesburg &#8212; l'une des &#171; capitales mondiales du crime &#187;[14] se distingue particuli&#232;rement par ses disparit&#233;s &#233;conomiques et sociales, et pour les exactions qui s'y d&#233;roulent. &#171; Le c&#233;l&#232;bre quartier de Hillbrow proche du centre de Johannesburg, l'un des rares quartiers qui apr&#232;s avoir &#233;t&#233; enti&#232;rement blanc jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 1980, est devenu enti&#232;rement noir aujourd'hui. Il rassemble sur environ un kilom&#232;tre carr&#233; presque tous les maux de la soci&#233;t&#233; urbaine : pauvret&#233;, promiscuit&#233;, trafic de drogue, prostitution, corruption, criminalit&#233;, auxquels s'est ajout&#233;e la pand&#233;mie du sida &#187;[15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; violence &#187; limite les libert&#233;s de d&#233;placements, le d&#233;veloppement &#233;conomique local et celui de liens sociaux harmonieux et &#233;quilibr&#233;s. &#171; Chaque jour on rel&#232;ve plus de 300 meurtres ou agressions violentes dans le pays. Selon le tr&#232;s s&#233;rieux magazine allemand Der Spiegel, on compte chaque ann&#233;e en Afrique du Sud, 18 500 meurtres, 20 500 tentatives d'assassinat, 55 000 viols, 227 000 agressions violentes et au moins 5 000 enl&#232;vements &#187;[16]. Philippe Gervais-Lambony note qu'avec une fourchette de 20 000 &#224; 25 000 meurtres par an cela correspond &#224; un taux de 25 % plus &#233;lev&#233; qu'aux &#201;tats-Unis[17]. De m&#234;me, l'auteur remarque qu'il y a dans le pays 4 millions de permis de port d'armes et peut-&#234;tre plus d'un million d'armes &#224; feu ill&#233;gales, ce qui repr&#233;sente huit fois plus d'armes que n'en poss&#232;dent la police et l'arm&#233;e r&#233;unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais derri&#232;re ces violences criminelles se cache le d&#233;sarroi d'une population qui voit cro&#238;tre les in&#233;galit&#233;s et qui, parfois, produit elle-m&#234;me ces violences collectives et politiques. Ainsi en 2008 et 2009 des &#233;meutes se sont d&#233;clar&#233;es, des groupes d'hommes d&#233;cidant du nettoyage ethnique des quartiers d&#233;sh&#233;rit&#233;s et rendant les &#233;trangers responsables du ch&#244;mage end&#233;mique. C'est ainsi que le capital organise la division des travailleurs et des populations vuln&#233;rables. Des &#171; milices &#187; arm&#233;es de lances, de couteaux, d'armes &#224; feu, se pr&#233;sentaient devant le domicile des &#233;trangers. La situation de ces derniers est pourtant d'une pr&#233;carit&#233; absolue, pourtant, les habitats de fortune ont tout de m&#234;me &#233;t&#233; saccag&#233;s par ces milices autoproclam&#233;es, les portes d&#233;fonc&#233;es, les cabanes faites de t&#244;les, de caisses de bois et de plastique, d&#233;truites et leurs habitants jet&#233;s dans la rue, s'ils ne sont pas tu&#233;s[18].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette ambiance, la Coupe de monde est l'occasion, comme toutes organisation sportive de niveau mondial, d'accro&#238;tre l'ordre policier et la militarisation de l'espace. &#171; Pour que les criminels ne cherchent &#224; profiter de l'&#233;v&#233;nement, 40 000 policiers ont &#233;t&#233; recrut&#233;s : au total 190 000 hommes en bleu seront pr&#233;sents, sans compter les gardes priv&#233;s de s&#233;curit&#233;. Le directeur de la police, Bheki Cele, a promis [&#8230;] qu'il &#8220;ne restera plus aux criminels qu'un tr&#232;s, tr&#232;s petit espace, et nous allons couper l'oxyg&#232;ne dans cet espace&#8221;. Les d&#233;penses de s&#233;curit&#233; s'&#233;l&#232;veront &#224; 1,3 milliard de rands (117 millions d'euros), et des tribunaux d'exception traiteront de tous les cas li&#233;s au Mondial &#187;[19]. J&#233;r&#244;me Valcke, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la FIFA d&#233;clare m&#234;me que &#171; le chef de la police est venu [le] remercier en disant qu'il n'aurait jamais obtenu autant de budgets pour avoir plus d'h&#233;licopt&#232;res, plus de syst&#232;mes de protection sous-marine, plus de syst&#232;mes de protection au niveau des fronti&#232;res, des fusils d'assaut, des snipers &#187;[20] sans la Coupe du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Afrique du Sud n'arrive pas &#224; investir pour r&#233;duire les s&#233;gr&#233;gations mais, par l'effet du football, peut investir sur la militarisation de l'espace. Cela s'organise d'ailleurs dans une &#233;trange harmonie puisque la coop&#233;ration internationale, qui a tant de mal &#224; mettre en place les aides pour lutter contre les grandes pand&#233;mies, l'extr&#234;me pauvret&#233;, les famines ou effacer la dette des pays les plus pauvres, fonctionne parfaitement lorsqu'il s'agit de football et de puissance polici&#232;re puisque les forces de l'ordre sud-africaines se sont form&#233;es aupr&#232;s des forces de police europ&#233;enne[21]. N&#233;anmoins, cela ne rassure en rien puisque la violence &#233;mane souvent des forces de l'ordre elle-m&#234;me, comme le rappelle la journaliste fran&#231;aise, Sophie Bouillon, prix Albert Londres 2008 qui, arr&#234;t&#233;e &#224; Johannesburg en compagnie d'un ami zimbabw&#233;en a subit toute la violence polici&#232;re. Son ami a &#233;t&#233; frapp&#233; &#224; coups de pied et de poing, puis ils ont &#233;t&#233; asperg&#233;s de spray au poivre, arr&#234;t&#233;s et emprisonn&#233;s. Ils ont subi les insultes racistes et le pouvoir presque sans limite de policiers blancs car ils sont &#233;trangers et que l'un d'eux vient du Zimbabwe[22].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;curit&#233; est l'un des principaux sujets d'inqui&#233;tudes, m&#234;me pour les journalistes ou les &#233;quipes nationales de football. Ainsi certains journalistes sont accompagn&#233;s de gardes du corps arm&#233;s[23] qui laissent leurs armes &#224; l'entr&#233;e des camps d'entra&#238;nement des &#233;quipes de football. L'h&#244;tel o&#249; s&#233;journe l'&#233;quipe de France est prot&#233;g&#233; de barbel&#233;s &#233;lectrifi&#233;s et une fois dans l'enceinte de l'&#233;tablissement, pour aller voir l'&#233;quipe, il faut encore prendre une navette et passer trois barrages successifs de police et des policiers patrouillent autours du terrain de football de l'h&#244;tel[24]. Cela n'emp&#234;che pas des journalistes, deux portugais et un espagnol, de subir une agression &#224; main arm&#233;e pendant leur sommeil dans un h&#244;tel de Magaliesburg. La police songerait d&#233;sormais &#224; mettre en place des escortes pour les journalistes lorsque la nuit tombe[25].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Coupe du monde de football, d&#232;s les premiers jours de comp&#233;tition, redouble les violences r&#233;currentes du pays. Comme cela &#233;tait pr&#233;vu[26], les m&#233;contentements sont &#233;cras&#233;s. Ainsi les manifestations de stadiers, qui voient leur salaire baiss&#233; de moiti&#233; lors des jours sans match alors que les heures de travail ne diminuent pas (de 26 &#224; 13 euros pour des journ&#233;es d&#233;butant &#224; 6 heures du matin pour se finir &#224; minuit sans solution pour rentrer dormir), ont d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; et la police anti-&#233;meute est intervenue en tirant balles en caoutchouc et gaz lacrymog&#232;nes. Plusieurs stadiers auraient &#233;t&#233; hospitalis&#233;s et une femme serait d&#233;c&#233;d&#233;e, m&#234;me si la FIFA (pourquoi elle ?) d&#233;ment cette information[27].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De peur de la contagion des revendications et manifestations, la FIFA a demand&#233; la prise en charge des stades par la police ce qui a &#233;t&#233; fait dans quatre stades sur les dix de la comp&#233;tition. De ce fait, les travailleurs ont &#233;t&#233; licenci&#233;s, les responsables de la FIFA estimant que cela ne les regardait pas. Loin de la Coupe du monde, mais pourtant si proche, &#224; la sortie de Johannesburg, le township de Diepsloot, comme beaucoup d'autres, est pauvre, tr&#232;s pauvre et conna&#238;t une grande violence. Ici aucune trace des milliards de dollars d&#233;pens&#233;s pour l'&#233;v&#233;nement, pas de travail, seul un &#233;cran g&#233;ant &#224; &#233;t&#233; install&#233; sans que la population ne puisse y aller puisque la nuit tomb&#233;e &#171; on se ferait tuer &#187;[28]. Meurtres pour des cigarettes, viols et, pour les policiers une constatation : &#171; La nuit, on ne peut rien faire. Nous ne sommes pas assez nombreux et on ne voit rien dans les ruelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour, les interventions sont trop d&#233;licates et encore plus dangereuses &#187;[29]. Depuis quelques temps la population s'organise et fait r&#233;gner la mob justice, la loi de la foule. Une victime d&#233;signe un coupable et la population le lynche dans la rue. Le coupable l'est-il toujours ? De ce fait, &#171; la nuit il faut faire attention aux mauvais gar&#231;ons et, le jour, il faut faire attention &#224; ne pas &#234;tre pris pour un mauvais gar&#231;on &#187;[30]. La Coupe du monde organise donc l'espace des violences et de l'ordre policier sans jamais permettre quelque &#171; r&#233;conciliation &#187; que cela soit sauf dans les fantasmes des journalistes sportifs qui fr&#233;quentent les stades (et pourtant l'&#233;quipe de France en 2010 n'est pourtant pas un mod&#232;le de r&#233;conciliation) mais pas la rue sud-africaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La FIFA : un capitalisme antid&#233;mocratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Afrique du Sud a, depuis sa p&#233;riode d'Apartheid, construit sa r&#233;putation sur l'existence des townships, quartiers de &#171; s&#233;paration &#187; dont certains quartiers se sont &#233;rig&#233;es comme tous les bidonvilles du monde, &#171; de bric et de broc &#187;, de mat&#233;riaux que les populations trouvaient pour se &#171; b&#226;tir &#187; un abri. Leur pauvret&#233; est souvent le r&#233;sultat de la &#171; s&#233;paration &#187; raciale qui perdure du fait de la s&#233;gr&#233;gation sociale. Chaque ville connait ces quartiers pauvres ou tr&#232;s pauvres. Le taux de ch&#244;mage du pays stagne aux alentours de 40 % de la population active et, contrairement &#224; ce qu'avaient annonc&#233; les dirigeants de l'African National Congress (ANC), non seulement il n'y a pas davantage de travail pour les plus d&#233;munis mais, de 1994 &#224; 2007, le pays a perdu un million et demi d'emplois[31]. Depuis 2007, la situation ne s'est pas am&#233;lior&#233;e et les &#233;meutes de 2008 et 2009, qui se reproduiront peut-&#234;tre apr&#232;s la Coupe du monde, &#233;v&#233;nement qui participe de la d&#233;gradation sociale et &#233;conomique du pays, sont le r&#233;sultat d'un nouvel appauvrissement des populations des townships qui ne voient plus dans la politique des dirigeants de l'ANC l'assurance de sortir du marasme et de toutes les formes de s&#233;gr&#233;gation. Le pays qui a perdu, sous le coup de la crise &#233;conomique g&#233;n&#233;ralis&#233;e, pr&#232;s de 300 000 emplois entre janvier et ao&#251;t 2009 voit sa situation &#233;trangement s'assombrir[32].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Fonds mon&#233;taire international (FMI), qui se trompe rarement dans ce cas de figure, a d&#233;cid&#233; depuis quelques ann&#233;es d'investir sur l'Afrique subsaharienne et une note de synth&#232;se datant de d&#233;cembre 2000[33] laissait clairement comprendre quelles &#233;taient les strat&#233;gies de cette institution humaniste. Parmi les recommandations, se trouve cette derni&#232;re : &#171; [&#8230;] instaurer un climat plus propice &#224; l'investissement et &#224; la production dans le secteur priv&#233;. Cela permettra &#224; ces pays d'am&#233;liorer leur productivit&#233; et leur comp&#233;titivit&#233; et de mieux tirer parti de la mondialisation de l'&#233;conomie &#187;[34]. Voil&#224; qui est clair, l'Afrique est un terrain de jeu pour le capital mondialis&#233;. Les investissements et la production ne se comprennent, de ce fait, que par le secteur priv&#233; et les effets ne peuvent &#234;tre que des effets de croissance, aucune autre voie n'est envisageable pour le FMI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, la FIFA est parfaitement &#224; son aise. Son histoire, son implantation plan&#233;taire d&#233;montre que son existence m&#234;me est totalement d&#233;termin&#233;e par le d&#233;veloppement capitaliste et sa croissance mondiale. Les interrelations entretenues par la FIFA avec les entreprises transnationales ou supranationales r&#233;v&#232;lent la nature du d&#233;veloppement concomitant du capitalisme et du sport mondial : dans chaque espace g&#233;ographique et entre chacun d'entre eux s'instituent des &#233;changes financiers qui visent &#224; la reproduction et &#224; l'accroissement du capital de l'institution footballistique. Ceci ne peut se faire que par l'organisation d'une exploitation r&#233;currente des ressources et des populations, d'un chantage r&#233;el et de pressions permanentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette puissance, la FIFA la doit &#224; ses 207 adh&#233;rents et &#224; un formidable chiffre d'affaires. En 1998, le chiffre d'affaires g&#233;n&#233;r&#233; par le football &#224; travers le monde &#233;tait &#224; peu pr&#232;s de 185 milliards d'euros[35], en 2010 il serait approximativement de 889, 5 milliards[36]. Entre 2003 et 2006, la FIFA aurait sans doute aspir&#233; aupr&#232;s de ses partenaires pr&#232;s de 1384,34 millions d'euros pour des d&#233;penses s'&#233;levant &#224; 1269,15 millions, la diff&#233;rence repr&#233;sentant le r&#233;sultat positif d'une association &#224; but non lucratif. Cela permet &#224; son pr&#233;sident d'occuper pendant la Coupe du monde 2006 en Allemagne une somptueuse suite de 420 m&#178; lou&#233;e 20 000 euros par jour. Aujourd'hui, &#171; les vingt-quatre membres du comit&#233; ex&#233;cutif et ses sept vice-pr&#233;sidents de la FIFA sont probablement mieux r&#233;tribu&#233;s que ceux de n'importe quelle entreprise multinationale du secteur concurrentiel. Son pr&#233;sident Sepp Blatter, dont la r&#233;mun&#233;ration reste &#8220;secret-d&#233;fense&#8221; &#233;margerait &#224; pr&#232;s de quatre millions de dollars par an &#187;[37].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Coupe du monde 2010 se joue dans dix stades diff&#233;rents dont certains sont construits pour l'occasion et d'autres r&#233;nov&#233;s. Le plus important sera celui de Johannesburg dont la capacit&#233; pourra atteindre 94 000 places et le plus petit accueillera 40 000 personnes. Ces infrastructures surdimensionn&#233;es, en regard de la capacit&#233; &#233;conomique des Sud-Africains, sont appel&#233;es &#224; &#234;tre sous-exploit&#233;es et donc &#224; devenir une charge importante pour la population (15 millions d'euros par an[38]). D'autant que, comme le d&#233;nonce l'ex-compagnon de Mandela, Dennis Brutus, &#171; quand on construit d'&#233;normes stades, on d&#233;tourne des ressources [&#8230;] qui auraient pu servir &#224; construire des &#233;coles ou des h&#244;pitaux &#187;[39]. L'organisation, qui comme toujours, para&#238;t &#234;tre &#233;conomiquement int&#233;ressante pour l'organisateur, permettra des b&#233;n&#233;fices pour l'&#233;conomie priv&#233;e et sera d&#233;ficitaire pour l'&#233;conomie publique. Le sociologue Ashwin Desai, estime que &#171; le drame, c'est que les fonds publics ont &#233;t&#233; pill&#233;s pour toute une p&#233;riode de notre histoire. Les gens continueront de vivre dans des bidonvilles, les emplois ne seront pas durables. C'est un grossier d&#233;tournement de fonds &#187;[40]. Mais, appareil de la fausse conscience[41], en tant qu'appareil strat&#233;gique capitaliste (ASC)[42], certains peuvent encore croire, comme le prix Nobel Desmond Tutu, que la Coupe du monde servira l'unit&#233; et la r&#233;conciliation[43].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps la FIFA, &#201;tat-football, impose sa loi dans des p&#233;rim&#232;tres qu'elle s'approprie : elle impose contractuellement un &#171; acc&#232;s exclusif &#224; ses partenaires commerciaux qui, en &#233;change, ont vers&#233; 1 milliard de dollars de royalties en 2010 &#187;[44] et exclue les travailleurs sud-africains de ce march&#233; potentiel. Les stades sont devenus des lieux de haute surveillance &#233;conomique. Ainsi quelques jeunes femmes habill&#233;es de robes orange, couleur de la marque de bi&#232;re hollandaise Bavaria mais &#233;galement du maillot des Pays-Bas ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es et interrog&#233;es plusieurs heures dans les bureaux de la FIFA, soup&#231;onn&#233;es de faire une concurrence d&#233;loyale. Deux d'entre elles doivent passer devant le tribunal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ornement des masses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abrutissement g&#233;n&#233;ralis&#233; des populations les constitue en masse ou, comme l'a &#233;crit Hannah Arendt, en &#171; populace moderne toujours plus nombreuse &#8211; c'est-&#224;-dire les d&#233;class&#233;s de toutes les couches sociales &#187;[45] qui ne se retrouvent que dans la gr&#233;garisation de la vie qui se r&#233;pand au travers des stades, des f&#234;tes hallucin&#233;es (rave-party) ou des f&#234;tes d'&#201;tat (Nuits blanches, F&#234;te du cin&#233;ma, F&#234;te de la musique, etc&#8230;). Aujourd'hui, la Coupe du monde en Afrique du Sud fait tomber quelques masques. L'&#233;quipe de France de football pluriethnique et unie n'est plus qu'un pauvre fantasme. Les joueurs se d&#233;chirent au rythme de leurs int&#233;r&#234;ts individuels et cela met en lumi&#232;res les erreurs conceptuelles de ceux qui essaient de repriser les b&#233;ances que la violence de la comp&#233;tition institue et des sociologues qui, nombreux, n'imaginaient pas que la comp&#233;tition, pour sportive qu'elle soit, reste capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chasse au bouc &#233;missaire, victime expiatoire, participe de ce spectacle en donnant aux fauves m&#233;diatiques la substance permettant de dig&#233;rer tout le reste. Le spectacle, l'ornement de la masse, comme le nommait Siegfried Kracauer, peut encore f&#233;d&#233;rer de mani&#232;re gr&#233;gaire, mais la lucidit&#233; ne peut plus &#234;tre absente des d&#233;tours politiques que cet ornement prend pour g&#233;n&#233;rer une domination toujours plus grande en France comme ailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Afrique du Sud, elle, se r&#233;veillera sans doute, &#224; la fin de la comp&#233;tition, avec la &#171; gueule de bois &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;penses effectu&#233;es, le peu de retomb&#233;es financi&#232;res auront appauvri le pays, particip&#233; de l'accroissement des disparit&#233;s &#233;conomiques, sociales et politiques. Mais, plus grave sans doute, en 1995, le rugby, sport de blancs avait men&#233; le pays &#224; la victoire. Si, en 2010, le football, sport de noirs, devait voir l'&#233;quipe nationale &#233;limin&#233;e au premier tour, alors tous les vieux d&#233;mons ressortiront peut-&#234;tre avec plus de virulences qu'aujourd'hui car les rumeurs circulent d&#233;j&#224; : &#171; les Sud-Africains ont promis de reprendre les violences contre les &#233;trangers d&#232;s la fin du Mondial &#187;[46]. Le racisme n'a pas de couleur ni de patrie, mais il repose toujours sur une comp&#233;tition r&#233;elle ou fantasm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Voir sur le sujet, Ronan David, Fabien Lebrun, Patrick Vassort, Footafric. Coupe du monde, capitalisme et n&#233;ocolonialisme, Montreuil, &#201;ditions L'&#201;chap&#233;e, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] &lt;a href=&#034;http://www.lepoint.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lepoint.fr&lt;/a&gt;, 28 mai 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Guy Debord, La Soci&#233;t&#233; du spectacle, Paris, Gallimard, 1996, p. 4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Ibidem., p. 3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Ibid., paragraphe 3, p. 4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Joseph Gabel, La Fausse conscience, Paris, Les &#201;ditions de Minuit, 1962.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Guy Debord, La Soci&#233;t&#233; du spectacle, op. cit., p. 7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] L'&#201;quipe, 29 mai 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Ibidem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Patrick Vassort, Sexe, drogue et mafias. Sociologie de la violence sportive, Bellecombe-en Bauges, Le Croquant, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] L'&#201;quipe, 1er juin 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Breyten Breytenbach, Le Monde du milieu, Arles, Actes Sud, 2009, p. 45.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Jean Ziegler, L'Empire de la honte, Paris, Fayard, 2005, p. 291.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Patrick Bond, &#171; Johannesburg. De l'or et des gansters &#187;, in Mike Davis et Daniel B. Monk, Paradis infernaux. Les villes hallucin&#233;es du n&#233;o-capitalisme, Paris, Les Prairies Ordinaires, 2008, p. 168.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Richard Samin, &#171; Populisme et x&#233;nophobie dans Welcome to Our Hillbrow de Phaswane Mpe &#187;, in C&#233;cile Perrot, Michel Prum et Thierry Vircoulon (sous la direction de), L'Afrique du Sud &#224; l'heure de Jacob Zuma. La fin de la nation arc-en-ciel ?, Paris, L'Harmattan, 2009, p. 132.&lt;br class='autobr' /&gt;
[16] L'Express. L'hebdo des francophones du grand Toronto, 24 au 30 avril 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Philippe Gervais-Lambony, L'Afrique du Sud, Paris, Le Cavalier Bleu, 2009, p. 94.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Le Monde, 19 mai 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.liberation.fr&lt;/a&gt;, 5 d&#233;cembre 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lemonde.fr&lt;/a&gt;, 19 janvier 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Jeune Afrique, 31 d&#233;cembre 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Lib&#233;ration, 19 janvier 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] L'&#201;quipe, 9 juin 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] L'&#201;quipe, 8 juin 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] L'&#201;quipe, 11 juin 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Voir sur le sujet, Ronan David, Fabien Lebrun, Patrick Vassort, Footafric. Coupe du monde, capitalisme et n&#233;ocolonialisme, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Lib&#233;ration, 17 juin 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Le Figaro, 11 juin 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Ibidem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Philippe Gervais-Lambony, L'Afrique du Sud, op. cit., p. 117.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Ibidem, p. 118.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] Fonds mon&#233;taire international, &#171; Acc&#233;l&#233;rer la croissance et r&#233;duire la pauvret&#233; en Afrique Subsaharienne. Le r&#244;le du FMI &#187;, Note de synth&#232;se, d&#233;cembre 2000. A consulter sur &lt;a href=&#034;http://www.imf.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.imf.org&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] Ibidem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] Le Monde, 1er juin 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] Le Monde, 10 juin 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] J&#233;r&#244;me Jessel et Patrick Mendelewitsch, La Face cach&#233;e du foot Business, Paris, Flammarion, 2007, p. 37.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] Le Monde, 10 juin 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] &lt;a href=&#034;http://www.lepoint.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lepoint.fr&lt;/a&gt;, 14 d&#233;cembre 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40] &lt;a href=&#034;http://www.lepoint.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lepoint.fr&lt;/a&gt;, 14 d&#233;cembre 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[41] Joseph Gabel, La Fausse conscience. Essai sur la r&#233;ification, Paris, Les &#201;ditions de Minuit, 1962.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[42] Voir Patrick Vassort, &#201;pist&#233;mologie. Le cas de la sociologie du sport, Paris, L'Harmattan, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[43] &lt;a href=&#034;http://www.lepoint.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lepoint.fr&lt;/a&gt;, 14 d&#233;cembre 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[44] Le Monde, 10 juin 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[45] Hannah Arendt, Les Origines du totalitarisme. Eichmann &#224; J&#233;rusalem, Paris, Gallimard, 2002, p. 228.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[46] Lib&#233;ration, 14 juin 2010.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.contretemps.eu/" class="spip_out"&gt;Le site de la revue Contretemps&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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