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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Mort de Jos&#233; Mujica : le repos du guerrier</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Mort-de-Jose-Mujica-le-repos-du-guerrier</link>
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		<dc:date>2025-05-20T10:48:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roberto Montoya</dc:creator>


		<dc:subject>Uruguay</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2025-05-20</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#034;Mon cycle est termin&#233;. Sinc&#232;rement, je meurs et le guerrier a droit &#224; son repos&#034;. Le 9 janvier, Jos&#233; Alberto Mujica Cordano (Montevideo, 1935-2025), Pepe Mujica, ancien gu&#233;rillero de Tupamaro, ancien d&#233;put&#233;, ancien pr&#233;sident de l'Uruguay, fait ses adieux publiquement apr&#232;s avoir annonc&#233; que les m&#233;tastases de son cancer de l'&#339;sophage d&#233;couvert en 2024 avaient &#171; colonis&#233; &#187; son foie et qu'il ne donnerait plus d'interviews et n'accepterait plus de soins palliatifs. Le mardi 13 mai, sa vie s'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-05-20-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-05-20&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH90/mujica-559d3.png?1747738342' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#034;Mon cycle est termin&#233;. Sinc&#232;rement, je meurs et le guerrier a droit &#224; son repos&#034;. Le 9 janvier, Jos&#233; Alberto Mujica Cordano (Montevideo, 1935-2025), Pepe Mujica, ancien gu&#233;rillero de Tupamaro, ancien d&#233;put&#233;, ancien pr&#233;sident de l'Uruguay, fait ses adieux publiquement apr&#232;s avoir annonc&#233; que les m&#233;tastases de son cancer de l'&#339;sophage d&#233;couvert en 2024 avaient &#171; colonis&#233; &#187; son foie et qu'il ne donnerait plus d'interviews et n'accepterait plus de soins palliatifs. Le mardi 13 mai, sa vie s'est d&#233;finitivement arr&#234;t&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://vientosur.info/muere-jose-mujica-el-descanso-del-guerrero/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://vientosur.info/muere-jose-mujica-el-descanso-del-guerrero/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 mai 2025&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#226;ge de 89 ans, le v&#233;t&#233;ran de la politique a laiss&#233; des instructions pour &#234;tre enterr&#233; avec sa chienne Manuela dans sa maison, la ferme Rinc&#243;n del Cerro, &#224; la p&#233;riph&#233;rie de Montevideo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Issu d'une famille modeste, cultivateur de fleurs ayant abandonn&#233; ses &#233;tudes secondaires pour travailler dans les champs, d'origine basque et italienne, Mujica a rejoint le Mouvement national des Tupamaros (MLN-T), une organisation arm&#233;e de gauche n&#233;e dans le feu de la r&#233;volution cubaine au d&#233;but des ann&#233;es 1960. Il a &#233;t&#233; touch&#233; par balle six fois lors d'affrontements avec la police. Il a pass&#233; 15 ans de sa vie en prison et s'est &#233;vad&#233; de deux d'entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1971, avec le chef supr&#234;me et fondateur des Tupamaros, Ra&#250;l Sendic, et d'autres dirigeants historiques -Eleuterio Fern&#225;ndez Huidobro, Jorge Manera Lluberas et de nombreux militants-, il a men&#233; une &#233;vasion spectaculaire de la prison de Punta Carretas, recr&#233;&#233;e dans le film La noche de 12 a&#241;os, de l'Uruguayen &#193;lvaro Brechner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans tirer un coup de feu, en silence, en rampant dans un tunnel de 40 m&#232;tres depuis leurs cellules, dans une op&#233;ration complexe qui a dur&#233; 20 minutes, 106 militants des Tupamaros, de l'OPR-33, des FARO et cinq prisonniers de droit commun, r&#233;partis sur trois &#233;tages diff&#233;rents de la prison, ont r&#233;ussi &#224; s'&#233;chapper par la sortie d'une maison priv&#233;e situ&#233;e &#224; l'ext&#233;rieur, pr&#233;c&#233;demment occup&#233;e par un commando de soutien aux Tupamaros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mujica a &#233;t&#233; &#224; nouveau emprisonn&#233; en 1972 et a retrouv&#233; la libert&#233; en 1985, avec le retour de la d&#233;mocratie en Uruguay. Avec d'autres anciens dirigeants tupa et d'autres groupes de la gauche radicale, Mujica cr&#233;e quatre ans plus tard le Mouvement pour la participation populaire (MPP), qui fait partie de la coalition de centre-gauche Frente Amplio, n&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Frente Amplio remporte les &#233;lections pr&#233;sidentielles pour la quatri&#232;me fois en novembre 2024 avec Yamand&#250; Orsi, le dauphin de Mujica, comme candidat &#224; la pr&#233;sidence, et Carolina Cosse comme vice-pr&#233;sidente, soutenu-es par plusieurs forces de la gauche radicale de la coalition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Frente Amplio regroupe une trentaine de partis, mouvements et courants de gauche, socialistes, communistes, trotskistes et d&#233;mocrates-chr&#233;tiens. Dans leur programme commun, ils se d&#233;finissent comme progressistes, anti-imp&#233;rialistes, antiracistes et anti-patriarcaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pepe Mujica a &#233;t&#233; d&#233;put&#233; du Frente Amplio, s&#233;nateur, ministre de l'agriculture de Tabar&#233; V&#225;zquez et est devenu pr&#233;sident de l'Uruguay en 2010 apr&#232;s avoir remport&#233; les primaires de cette coalition h&#233;t&#233;roclite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements du Frente Amplio, ceux du socialiste Tabar&#233; V&#225;zquez (2005-2010 et 2015-2020) et de Pepe Mujica (2010-2015) ont d&#233;finitivement bris&#233; le bipartisme, l'alternance existant depuis des d&#233;cennies entre le Parti national et le Parti Colorado.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la promotion d'un programme de mesures sociales progressistes d&#232;s le premier gouvernement du Frente Amplio, les divisions en son sein sont rapidement apparues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tabar&#233; V&#225;zquez a oppos&#233; son veto &#224; une proposition de la majorit&#233; de la coalition, approuv&#233;e par le Parlement, visant &#224; l&#233;galiser l'interruption de grossesse. Il a &#233;galement oppos&#233; son veto &#224; une proposition l&#233;gislative du Frente Amplio visant &#224; abolir la Ley de Caducidad, qui avait laiss&#233; impunis les crimes commis par les militaires, les policiers et les civils pendant la dictature militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tabar&#233; V&#225;zquez a accept&#233; seulement que certains responsables de ces crimes ne soient pas couverts par cette amnistie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mujica a remplac&#233; V&#225;zquez en 2010 apr&#232;s le second triomphe &#233;lectoral du Frente Amplio et a apport&#233; une tendance plus progressiste au gouvernement. Pendant son mandat, l'avortement et le mariage homosexuel ont &#233;t&#233; l&#233;galis&#233;s, et l'Uruguay est devenu le premier pays au monde &#224; l&#233;galiser la vente et la consommation contr&#244;l&#233;es de marijuana, r&#233;glement&#233;es par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous appliquons un principe tr&#232;s simple , disait Mujica, reconna&#238;tre les faits. L'avortement est vieux comme le monde. Aujourd'hui, les femmes ne se rendent pas directement &#224; la clinique pour avorter. C'&#233;tait le cas lorsque c'&#233;tait clandestin. Ici, elle va voir un psychologue et elle est bien soign&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au mariage homosexuel, il a d&#233;clar&#233; : &#171; On dit que c'est moderne, mais c'est plus ancien que nous tous. C'est une r&#233;alit&#233; objective. Il existe et ne pas le l&#233;galiser reviendrait &#224; torturer les gens inutilement &#187;. &#171; Laissons chacun faire ce qu'il veut de son cul &#187;, a-t-il d&#233;clar&#233; lors d'une entrevue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il dirait la m&#234;me chose de la consommation de marijuana : &#171; C'est un outil pour lutter contre le trafic de drogue, qui est un crime grave, et pour prot&#233;ger la soci&#233;t&#233; &#187;. Mujica a apport&#233; une pr&#233;cision : &#171; Mais attention, les &#233;trangers ne pourront pas venir en Uruguay pour acheter de la marijuana ; il n'y aura pas de tourisme de la marijuana &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'&#233;tant un petit pays de 3,5 millions d'habitants sans importance particuli&#232;re au niveau international, l'Uruguay a jou&#233; un r&#244;le actif dans les nouvelles organisations r&#233;gionales d'Am&#233;rique latine et des Cara&#239;bes au cours des premi&#232;res d&#233;cennies du 21e si&#232;cle, lorsque des gouvernements plus progressistes que jamais dans l'histoire de la r&#233;gion sont arriv&#233;s au pouvoir, sous les gouvernements du Frente Amplio et en particulier sous le mandat de Mujica.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des forces progressistes aux caract&#233;ristiques diff&#233;rentes sont arriv&#233;es au pouvoir en Argentine, en Uruguay, au Chili, au Br&#233;sil, au Paraguay, en Bolivie, en &#201;quateur, au Salvador, au Venezuela et au Nicaragua, et contrairement aux turbulences, aux divisions internes et aux graves d&#233;viations id&#233;ologiques qu'ont connues plusieurs de ces processus, le Frente Amplio est parvenu &#224; maintenir une relative stabilit&#233; interne malgr&#233; les diff&#233;rences entre les groupes qui le composent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mujica a attribu&#233; ces d&#233;viations dans d'autres pays au culte de la personnalit&#233; et &#224; l'&#233;loignement de nombreux dirigeants des mouvements sociaux et des majorit&#233;s qui les ont port&#233;s au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, il a fini par se montrer tr&#232;s critique non seulement &#224; l'&#233;gard de Daniel Ortega, qui suivait la d&#233;rive dictatoriale de l'ancien dirigeant du FSLN, ou de Nicol&#225;s Maduro, qu'il consid&#233;rait comme ayant trahi l'id&#233;ologie chaviste, mais aussi &#224; l'&#233;gard de Cristina Kirchner ou d'Evo Morales, qui n'avaient pas accept&#233; que &#171; leur temps soit r&#233;volu &#187; et &#224; qui il recommandait de s'effacer et de passer le relais aux nouvelles g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la vie, il y a un temps pour arriver et un temps pour partir , a d&#233;clar&#233; M. Mujica. Un bon dirigeant est celui qui non seulement fait de bonnes choses, mais qui a aussi la capacit&#233; de cr&#233;er une bonne &#233;quipe capable de les poursuivre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me lorsqu'il &#233;tait pr&#233;sident, Mujica n'a jamais cess&#233; de vivre avec sa compagne Luc&#237;a dans leur modeste ferme de 20 hectares &#224; Rinc&#243;n del Cerro, une zone rurale proche de la capitale uruguayenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il travaillait personnellement la terre avec son tracteur et vendait sa production, car pendant des ann&#233;es, il a donn&#233; 90 % de son salaire &#224; des &#339;uvres sociales et 5 % au Movimiento de Participaci&#243;n Popular (MPP). Il affirmait qu'avec les pesos qui lui restaient, le salaire de s&#233;nateur de sa compagne et les produits qu'il vendait, ils avaient de quoi vivre ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la mort de sa compagne de toujours, Luc&#237;a Topolansky, ancienne Tupamara et ancienne s&#233;natrice, la ferme passera aux mains du MPP, a d&#233;cid&#233; le couple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie aust&#232;re de l'ancien gu&#233;rillero, sa simplicit&#233;, sa fa&#231;on de parler simple et directe, sa lutte contre la corruption et le gaspillage, son engagement social, sa capacit&#233; &#224; parler et &#224; dialoguer avec le peuple comme avec les dirigeants des grandes puissances, sa tol&#233;rance et sa recherche constante du consensus avec ceux qui d&#233;fendaient d'autres positions id&#233;ologiques, lui ont valu le respect m&#234;me de nombreux hommes politiques et de personnes aux positions diam&#233;tralement oppos&#233;es aux siennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; cela, sa vie politique publique n'a pas &#233;t&#233; exempte de critiques s&#233;v&#232;res de la part des secteurs qui partageaient son militantisme au sein des Tupamaros, ainsi que de la part de militants d'autres groupes de gauche. Nombreux &#233;taient ceux qui affirmaient que Mujica &#233;tait absorb&#233; par le syst&#232;me m&#234;me qu'il avait combattu depuis sa jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 2007, il avait fait une d&#233;claration dans laquelle il faisait l'autocritique de son pass&#233; de gu&#233;rillero : &#171; Je regrette profond&#233;ment d'avoir pris les armes avec peu d'habilet&#233; et de ne pas avoir &#233;vit&#233; une dictature en Uruguay &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'adaptation de l'ancien gu&#233;rillero aux temps nouveaux, sa fa&#231;on particuli&#232;re de faire de la politique depuis le parlement, d'abord comme d&#233;put&#233;, puis comme s&#233;nateur et enfin comme pr&#233;sident, a souvent &#233;t&#233; per&#231;ue par les secteurs les plus radicaux de la gauche comme un abandon des valeurs id&#233;ologiques des Tupamaros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les critiques qu'il a re&#231;ues de la part des secteurs de gauche, parfois tr&#232;s dures, portaient sur divers aspects de ses positions politiques : l'absence d'avanc&#233;es significatives en mati&#232;re de redistribution des richesses au cours de son mandat, ses changements de position &#224; l'&#233;gard des militaires, ou encore ses divergences avec le mouvement f&#233;ministe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2019, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; &#233;lu s&#233;nateur, il fait des d&#233;clarations controvers&#233;es et agressives &#224; l'hebdomadaire uruguayen Voces. Il va jusqu'&#224; dire que &#171; Le mouvement f&#233;ministe est tout &#224; fait inutile &#187;. Mujica reconna&#238;t le machisme, d&#233;nonce la soci&#233;t&#233; patriarcale, mais affirme que le f&#233;minisme ne peut pas remplacer la lutte des classes. &#171; Je vois aussi des classes sociales au sein m&#234;me du mouvement f&#233;ministe &#187;, a-t-il affirm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;claration qui a peut-&#234;tre suscit&#233; le plus de critiques au sein du mouvement f&#233;ministe uruguayen est celle qu'il a faite dans la m&#234;me entrevue &#224; propos du r&#244;le des femmes &#224; la maison : &#171; Les femmes ont une responsabilit&#233; envers leurs enfants qui n'est pas celle des hommes. Elles font tout pour les nourrir et les prot&#233;ger. Une femme est toujours une m&#232;re, et nous parcourons le monde en ayant toujours besoin d'une m&#232;re, parce que sinon vous ne savez m&#234;me pas o&#249; se trouve votre chemise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche a &#233;galement critiqu&#233; Mujica et Topolansky en raison de leur opinion sur l'arm&#233;e et des relations qu'ils ont entretenues avec les forces arm&#233;es au cours de leur mandat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des controverses qui dure depuis des ann&#233;es au sein du Frente Amplio concerne la position &#224; adopter par rapport &#224; la loi 15.848 sur l'extinction des cr&#233;ances punitives de l'&#201;tat, adopt&#233;e en 1986 sous le gouvernement de Julio Mar&#237;a Sanguinetti, chef du parti conservateur traditionnel Colorado, qui a remport&#233; les premi&#232;res &#233;lections apr&#232;s le retour de la d&#233;mocratie en 1984.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette loi amnistie les crimes commis par la dictature militaire entre 1973 et le 1er mars 1985, date de l'entr&#233;e en fonction de Sanguinetti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face aux critiques du Frente Amplio et de certains secteurs de la soci&#233;t&#233;, Sanguinetti a soumis le maintien ou l'annulation de cette loi d'impunit&#233; &#224; un pl&#233;biscite populaire en 1989. Selon certains analystes, la crainte d'une r&#233;volte des militaires et de leur retour au pouvoir pourrait avoir &#233;t&#233; la raison pour laquelle le pl&#233;biscite a abouti au maintien de la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mujica a d&#233;nonc&#233; le pr&#233;sident Sanguinetti &#224; l'&#233;poque pour avoir utilis&#233; la loi controvers&#233;e afin d'entraver l'enqu&#234;te sur les cas de prisonniers disparus. Pendant sa pr&#233;sidence, Sanguinetti a d&#233;cid&#233; de prot&#233;ger en vertu de cette loi des cas tels que la d&#233;tention du militant communiste &#193;lvaro Balbi, arr&#234;t&#233; en 1975, emmen&#233; au bataillon d'infanterie 13, o&#249; il a &#233;t&#233; retrouv&#233; mort le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Mujica est arriv&#233; au pouvoir, il a annul&#233; la d&#233;cision de Sanguinetti, qui avait &#233;galement &#233;t&#233; critiqu&#233;e par la Cour interam&#233;ricaine des droits de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2009, avec Tabar&#233; V&#225;zquez au pouvoir, le Frente Amplio a de nouveau fait pression pour obtenir un nouveau pl&#233;biscite, et le m&#234;me r&#233;sultat s'est r&#233;p&#233;t&#233;. La majorit&#233; des Uruguayens a d&#233;cid&#233; de maintenir la loi en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mujica a toujours critiqu&#233; le fait que, lors de ce pl&#233;biscite, la question de la Ley de Caducidad n'a pas &#233;t&#233; pos&#233;e comme un vote ind&#233;pendant, mais a &#233;t&#233; incluse comme un vote secondaire le m&#234;me jour que les &#233;lections g&#233;n&#233;rales ; une simple case &#224; remplir que de nombreux &#233;lecteurs ont laiss&#233;e vide. &#171; Il ne faut pas en conclure que la majorit&#233; des Uruguayens sont avec les r&#233;presseurs, dira Mujica, mais ce qu'ils veulent, c'est tourner la page, regarder vers l'avant et non vers l'arri&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2011, alors que Pepe Mujica est d&#233;j&#224; pr&#233;sident, le Frente Amplio soumet au vote du Congr&#232;s la proposition d'organiser un troisi&#232;me pl&#233;biscite sur la loi pour tenter de l'abolir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mujica a &#233;t&#233; critiqu&#233; par une grande partie du Frente Amplio lui-m&#234;me pour avoir rejet&#233; cette proposition qu'il avait d&#233;fendue auparavant. Sa position &#233;tait similaire &#224; celle adopt&#233;e par un autre ancien dirigeant historique des Tupamaros, Eleuterio Fern&#225;ndez Huidobro : &#171; M&#234;me si nous ne sommes pas d'accord, nous devons respecter ce que nos citoyens ont d&#233;j&#224; dit lors d'un pl&#233;biscite &#224; deux reprises, la volont&#233; du peuple doit &#234;tre respect&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, M. Mujica a d&#233;clar&#233; qu'il n'utiliserait en aucun cas sa pr&#233;rogative pr&#233;sidentielle pour opposer son veto &#224; l'initiative pr&#233;sent&#233;e par son parti politique et qu'il respecterait la discipline du vote. Tous deux ont vot&#233; en faveur de l'annulation de la Ley de Caducidad. Leurs votes ont &#233;t&#233; d&#233;cisifs ; on savait que le vote serait tr&#232;s serr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la proposition l&#233;gislative n'a pas &#233;t&#233; adopt&#233;e. Le vote s'est sold&#233; par une &#233;galit&#233; de 49 voix parce qu'un d&#233;put&#233; du Frente Amplio, V&#237;ctor Semproni, ancien dirigeant syndical de premier plan et ancien gu&#233;rillero de Tupamaro, dont le vote &#233;tait attendu, s'est absent&#233; du vote, de sorte que l'initiative n'a pas eu lieu et que la Ley de Caducidad est rest&#233;e en vigueur. Semproni a ensuite &#233;t&#233; sanctionn&#233; par le tribunal de conduite politique du Frente Amplio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fern&#225;ndez Huidobro, quant &#224; lui, a d&#233;missionn&#233; de son si&#232;ge de s&#233;nateur du Frente Amplio pour marquer son opposition, mais ne l'a pas partag&#233; avec la coalition. Il est ensuite devenu ministre de la d&#233;fense dans le second gouvernement de Tabar&#233; V&#225;zquez et a critiqu&#233; nombre de ses anciens coll&#232;gues et d'organisations de d&#233;fense des droits de l'homme pour avoir &#171; stigmatis&#233; &#187; les militaires. &#171; Ce sont des malades qui parlent en permanence des forces arm&#233;es et des militaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses d&#233;clarations, faites lors d'un discours pour la Journ&#233;e de l'arm&#233;e le 18 mai 2015, ont incit&#233; le Bureau politique du Frente Amplio &#224; publier une d&#233;claration s&#233;v&#232;re et trois des organisations membres de la coalition, La Vertiente Artiguista, Casa Grande et le Partido por la Victoria, &#224; demander sa d&#233;mission en tant que ministre. Elles ont d&#233;nonc&#233; la position de l'ancien dirigeant de Tupamaro comme une atteinte &#224; l'ensemble de la lutte pour la m&#233;moire historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pepe Mujica a &#233;vit&#233; d'entrer dans cette controverse, mais sa position sur la question &#233;tait d&#233;j&#224; connue, au moins depuis 2008, lorsqu'il a d&#233;clar&#233; qu'il ne se consacrait pas &#224; &#171; cultiver l'oubli ou &#224; cultiver la m&#233;moire &#187;. &#171; J'ai d&#233;cid&#233; de m'engager dans ce qui me semble &#234;tre le monde de mes petits-enfants, dans lequel je ne serai pas &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en 2014, il fait une d&#233;claration &#224; La Rep&#250;blica &#224; propos des officiers militaires de la dictature emprisonn&#233;s qui relance le d&#233;bat au sein du Frente Amplio : &#171; Je ne me suis pas battu pour avoir des vieux en prison. Je pr&#233;f&#233;rerais qu'ils meurent chez eux (...) Pourquoi devrions-nous avoir un type de 85 ans en prison ? Que la mort les trouve dans un coin quelque part et qu'ils soient assign&#233;s &#224; r&#233;sidence ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est rest&#233;e latente pendant toutes ces ann&#233;es, depuis le moment o&#249; la d&#233;mocratie est revenue en Uruguay, il y a 40 ans. La parution en 2024 du livre Los Indomables, de Pablo Cohen, avec des entrevues de Mujica et Topolansky, a relanc&#233; la pol&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancien s&#233;nateur et partenaire de Mujica y affirme que &#171; les t&#233;moins de crimes contre l'humanit&#233; commis pendant la derni&#232;re dictature ont menti dans leurs d&#233;clarations &#224; la justice afin d'obtenir la condamnation d'anciens officiers militaires &#187;. Mujica a approuv&#233; cette grave accusation : &#171; Il n'y en a pas eu beaucoup, mais il y en a eu, et ils l'ont fait par d&#233;pit, par vengeance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle accusation a &#233;t&#233; un v&#233;ritable coup dur pour les survivants de la dictature, pour les parents des 192 disparus au moins, pour les milliers de victimes de repr&#233;sailles et les exil&#233;s, et a repr&#233;sent&#233; un coup de semonce pour les r&#233;presseurs qui sont accus&#233;s d'avoir syst&#233;matiquement menti &#224; la justice au sujet des crimes de la dictature, et d'avoir fait obstruction aux enqu&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s, le couple Mujica-Topolansky a re&#231;u Guido Manini R&#237;os, un homme entr&#233; au Liceo Militar en 1973, l'ann&#233;e m&#234;me du coup d'&#201;tat des forces arm&#233;es, et qui deviendra au fil des ans le controvers&#233; commandant en chef de l'arm&#233;e sous le gouvernement de Tabar&#233; V&#225;zquez en 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses critiques constantes des enqu&#234;tes de la justice sur les crimes de la dictature ont conduit le Frente Amplio &#224; exiger sa d&#233;mission et V&#225;zquez s'en est finalement d&#233;barrass&#233; en 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manini entre alors en politique et fonde le parti de droite Cabildo Abierto, dont il est s&#233;nateur, devenant de facto le porte-parole des revendications des officiers militaires emprisonn&#233;s de la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2020, il r&#233;p&#232;te depuis son si&#232;ge au S&#233;nat des propos similaires &#224; ceux tenus par Mujica en 2014 : &#171; Jusqu'&#224; quand des militaires octog&#233;naires continueront-ils &#224; &#234;tre poursuivis pour des faits qui se sont produits il y a 50 ans ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manini a demand&#233; &#224; Mujica &#224; plusieurs reprises d'interc&#233;der pour am&#233;liorer les conditions des prisonniers militaires afin qu'ils puissent finir de purger leur peine dans leur pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son tour, l'ancien dirigeant de Tupamaro l'a pri&#233; de demander &#224; son propre peuple de collaborer imm&#233;diatement en fournissant des informations sur les lieux o&#249; se trouvent les prisonniers de l'opposition ayant disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que le Frente Amplio ait obtenu la majorit&#233; au S&#233;nat mais pas &#224; la Chambre des d&#233;put&#233;s a conduit certains secteurs de la gauche uruguayenne &#224; craindre que les relations cordiales que Mujica et son vice-pr&#233;sident &#233;lu, Yatmand&#250; Orsi, entretenaient avec l'entourage des militaires ne conduisent le Frente Amplio &#224; rechercher le soutien des deux s&#233;nateurs du Cabildo Abierto afin de faire passer ses budgets et ses lois au sein de l'assembl&#233;e l&#233;gislative. Si cela s'&#233;tait produit, cela aurait provoqu&#233; une crise majeure au sein du Frente Amplio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mujica n'est pas le seul des nombreux anciens chefs de gu&#233;rilla devenus pr&#233;sidents avec l'arriv&#233;e de la d&#233;mocratie en Am&#233;rique latine et en Afrique &#224; s'&#234;tre vu reprocher sa m&#233;tamorphose par ses anciens camarades militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nelson Mandela, leader du Congr&#232;s national africain (ANC) et de l'organisation de gu&#233;rilla Umkhonti we Sizwe (MK) (Lance de la nation), qui, apr&#232;s 27 ans d'emprisonnement, allait devenir pr&#233;sident de l'Afrique du Sud, en a fait personnellement l'exp&#233;rience. Nombre de ses anciens coll&#232;gues lui ont reproch&#233; de faire trop de concessions &#224; ceux qui avaient &#233;t&#233; complices de l'apartheid, de l'oppression, de la r&#233;pression brutale et des crimes dont la population noire majoritaire, dont Mandela faisait lui-m&#234;me partie, avait &#233;t&#233; victime pendant des d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi le cas de Dilma Rousseff, marxiste comme Mandela et Mujica, militante de la gu&#233;rilla du Grupo Pol&#237;tica Oper&#225;ria (Polop), elle aussi tortur&#233;e et emprisonn&#233;e pendant deux ans, et qui finira par devenir pr&#233;sidente du Br&#233;sil. La gauche radicale a remis en cause sa politique de coexistence au pouvoir avec des secteurs de la droite, qui sont pr&#233;cis&#233;ment ceux qui finiront par la trahir et par organiser un coup d'&#201;tat en douceur pour la renverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la plupart des pays d'Am&#233;rique latine et des Cara&#239;bes qui ont subi des dictatures militaires sanglantes financ&#233;es et arm&#233;es par l'empire am&#233;ricain, l'Uruguay n'a pas encore r&#233;gl&#233; ses comptes avec les r&#233;presseurs, et parmi ceux qui les ont combattus &#224; l'&#233;poque, comme Pepe Mujica, ils sont nombreux ceux qui comprennent qu'&#171; il y a des dettes qui ne peuvent jamais &#234;tre pay&#233;es ; elles se portent dans le sac &#224; dos &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec son humour mordant et son ironie, le vieux gu&#233;rillero a d&#233;clar&#233; dans un discours &#224; son peuple en novembre 2018, apr&#232;s lui avoir demand&#233; de lutter pour l'unit&#233; de la gauche et alors que l'ombre de la Faucheuse semblait se profiler au loin : &#171; Je veux vous dire, camarades, de tout mon c&#339;ur, que lorsque le dernier voyage arrivera, et parce que j'aime la vie malgr&#233; toute la douleur, je voudrais dire &#224; celui qui nous emm&#232;ne de l'autre c&#244;t&#233; : S'il vous pla&#238;t, servez une nouvelle tourn&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
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		<title>Le Frente Amplio remporte les &#233;lections en Uruguay</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-Frente-Amplio-remporte-les-elections-en-Uruguay</link>
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		<dc:date>2024-12-10T12:15:38Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Revista Movimento</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-12-10</dc:subject>
		<dc:subject>Uruguay</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Yamand&#250; Orsi, candidat du parti de centre-gauche Frente Amplio (Front large), a battu son rival du Parti national lors du second tour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle en Uruguay, qui s'est tenu fin novembre. Le premier tour avait eu lieu le 24 octobre, simultan&#233;ment avec les &#233;lections l&#233;gislatives et deux r&#233;f&#233;rendums. &lt;br class='autobr' /&gt; 6 d&#233;cembre 2024 | tir&#233; d'Inprecor.org | Photo : Com&#237;cio da Frente Ampla - &#169; Com&#237;cio da Frente Ampla https://inprecor.fr/node/4473 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Frente Amplio large (FA) gouvernera &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH92/victoire_du_frente_amplio_en_uruguay-b6fed.png?1733832945' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Yamand&#250; Orsi, candidat du parti de centre-gauche Frente Amplio (Front large), a battu son rival du Parti national lors du second tour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle en Uruguay, qui s'est tenu fin novembre. Le premier tour avait eu lieu le 24 octobre, simultan&#233;ment avec les &#233;lections l&#233;gislatives et deux r&#233;f&#233;rendums.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;6 d&#233;cembre 2024 | tir&#233; d'Inprecor.org | Photo : Com&#237;cio da Frente Ampla - &#169; Com&#237;cio da Frente Ampla&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt;Le Frente Amplio large (FA) gouvernera &#224; nouveau le pays suite &#224; sa victoire au second tour des &#233;lections qui se sont tenues ce dimanche 24 novembre. Le candidat de la coalition Frente Amplio, le professeur d'histoire Yamand&#250; Orsi, a battu le candidat du Parti national (conservateur) &#193;lvaro Delgado de pr&#232;s de 4 %, ce qui permettra &#224; la formation de centre-gauche d'acc&#233;der &#224; nouveau &#224; la pr&#233;sidence du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Orsi &#233;tait le candidat soutenu par l'ancien pr&#233;sident Jos&#233; Mujica et avait remport&#233; les primaires du FA face &#224; Carolina Cosse, qui &#233;tait, elle, soutenue par les groupes de gauche du Frente Amplio. Battue aux primaires, Carolina Cosse a finalement particip&#233; en tant que candidate &#224; la vice-pr&#233;sidence. L'extr&#234;me droite repr&#233;sent&#233;e par le parti Cabildo Abierto du g&#233;n&#233;ral de r&#233;serve Manini R&#237;os, qui avait obtenu de bons r&#233;sultats lors des derni&#232;res &#233;lections, a cette fois-ci subi une d&#233;faite importante et est pass&#233;e de trois s&#233;nateurs et neuf d&#233;put&#233;s en 2019 &#224; seulement deux d&#233;put&#233;s aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simultan&#233;ment au premier tour des &#233;lections pr&#233;sidentielles &#233;tait organis&#233; un pl&#233;biscite qui visait &#224; inscrire le th&#232;me de la S&#233;curit&#233; sociale dans la constitution comme un droit humain fondamental. Bien qu'il ait pr&#232;s de 40 % des suffrages, le changement n'a pas atteint le niveau n&#233;cessaire pour &#234;tre approuv&#233;. Dans une interview exclusive &#224; la Revista Movimento1 accord&#233;e entre les deux tours des &#233;lections, la s&#233;natrice suppl&#233;ante Cecilia Vercellino (PVP/FA) expliquait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pl&#233;biscite sur la S&#233;curit&#233; sociale proposait d'incorporer dans la Constitution de la R&#233;publique trois mesures de protection, qui s'opposaient &#224; la loi vot&#233;e par le gouvernement actuel, et qui allaient beaucoup plus loin : lier les pensions les plus basses au salaire minimum national. En d'autres termes, faire qu'aucun retrait&#233; ne gagne moins que le salaire minimum national (ce gouvernement a gel&#233; les pensions, elles n'ont pas augment&#233; durant tout son mandat) ; r&#233;tablir &#224; 60 ans l'&#226;ge minimum &#224; partir duquel on peut, si on le souhaite, prendre sa retraite (ce gouvernement a port&#233; l'&#226;ge minimum &#224; 65 ans) ; et surtout, principale proposition progressiste, a g&#233;n&#233;r&#233; toute la controverse : l'&#233;limination du profit dans la gestion de la S&#233;curit&#233; sociale, ce qui signifie la fin des AFAP (Gestionnaires priv&#233;s des fonds de retraite par capitalisation en Uruguay). Il ne reste que 12 pays dans le monde avec ce mod&#232;le d'AFAPs et l'Uruguay est l'un d'entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le FA &#233;tait divis&#233; sur cette question. D&#232;s le d&#233;part, ses dirigeants ont clairement indiqu&#233; qu'ils ne soutiendraient aucune proposition de pl&#233;biscite, avec ou sans AFAP. Ils ne voulaient ni n'acceptaient de s'engager dans une autre lutte, qu'ils consid&#233;raient comme perdue, et qui pouvait, selon eux, d&#233;tourner l'attention et les forces destin&#233;es &#224; la reconqu&#234;te du gouvernement. Des secteurs comme celui auquel j'appartiens (le PVP, Parti pour la Victoire du Peuple) n'&#233;taient pas et ne sont pas d'accord avec ce point de vue d'une partie de la FA et, avec le Parti socialiste et le Parti communiste (eux aussi partie prenante du FA), nous avons soutenu l'initiative du PIT-CNT (la conf&#233;d&#233;ration syndicale uruguayenne) d&#232;s le d&#233;but, bien s&#251;r avec des nuances et des d&#233;bats, mais nous l'avons fait sans h&#233;sitation parce que, si nous devions perdre et si nous avions tort, nous pr&#233;f&#233;rerions le faire en soutenant et en appuyant la classe ouvri&#232;re organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau gouvernement du FA, qui n'aura pas la majorit&#233; absolue au parlement &#224; deux si&#232;ges pr&#232;s, a d&#233;j&#224; annonc&#233; la n&#233;cessit&#233; de lutter contre la pauvret&#233; en r&#233;formant le syst&#232;me de protection sociale pour combattre l'actuelle situation de pauvret&#233; qui affecte environ 20 % des enfants de moins de six ans et de cr&#233;er un syst&#232;me unique contre le crime organis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Publi&#233; le 25 novembre 2024 par la revue Movimento, traduit par Luc Mineto&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
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		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Uruguay : le candidat de gauche Yamand&#250; Orsi arrive en t&#234;te au premier tour</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Uruguay-le-candidat-de-gauche-Yamandu-Orsi-arrive-en-tete-au-premier-tour</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Uruguay-le-candidat-de-gauche-Yamandu-Orsi-arrive-en-tete-au-premier-tour</guid>
		<dc:date>2024-11-05T11:53:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Luis Reygada</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-11-05</dc:subject>
		<dc:subject>Uruguay</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le dauphin de l'ex-pr&#233;sident Jos&#233; &#171; Pepe &#187; Mujica ( 2010-2015 ), Yamand&#250; Orsi est arriv&#233; en 1re position &#8211; avec 44 % des suffrages &#8211; au premier tour de la pr&#233;sidentielle, dimanche 27 octobre. Le second tour se tiendra le 24 novembre. &lt;br class='autobr' /&gt; Par Luis Reygada, Tir&#233; de L'Humanit&#233;, France, le 28 octobre 2024. https://www.humanite.fr/monde/jose-mujica/uruguay-le-candidat-de-gauche-yamandu-orsi-arrive-en-tete-au-premier-tour &lt;br class='autobr' /&gt;
Vers un retour de la gauche au pouvoir en Uruguay ? Le dauphin (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2024-11-05-+" rel="tag"&gt;Edition du 2024-11-05&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Uruguay-+" rel="tag"&gt;Uruguay&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH103/orsi_uruguay-a9306.webp?1730807604' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='103' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le dauphin de l'ex-pr&#233;sident Jos&#233; &#171; Pepe &#187; Mujica ( 2010-2015 ), Yamand&#250; Orsi est arriv&#233; en 1re position &#8211; avec 44 % des suffrages &#8211; au premier tour de la pr&#233;sidentielle, dimanche 27 octobre. Le second tour se tiendra le 24 novembre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Par Luis Reygada, &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; de L'Humanit&#233;, France, le 28 octobre 2024.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/monde/jose-mujica/uruguay-le-candidat-de-gauche-yamandu-orsi-arrive-en-tete-au-premier-tour&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.humanite.fr/monde/jose-mujica/uruguay-le-candidat-de-gauche-yamandu-orsi-arrive-en-tete-au-premier-tour&lt;/a&gt; &lt;span class='ressource spip_out'&gt;&lt;&lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/monde/jose-mujica/uruguay-le-candidat-de-gauche-yamandu-orsi-arrive-en-tete-au-premier-tour&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.humanite.fr/monde/jose-...&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers un retour de la gauche au pouvoir en Uruguay ? Le dauphin del'ex-pr&#233;sident Jos&#233; &#171; &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/-/cactus/pepe-mujica-le-president-le-plus-pauvre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pepe &#187; Mujica&lt;/a&gt; (2010-2015) Yamand&#250; Orsi (parti Frente Amplio) est arriv&#233; en 1re position &#8211; avec 44 % des suffrages &#8211; au premier tour de la pr&#233;sidentielle, ce dimanche 27 octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que plus de 2,7 millions d'&#233;lecteurs &#233;taient appel&#233;s aux urnes pour d&#233;signer le successeur&lt;a href='https://www.pressegauche.org/&lt;span class='ressource spip_out'&gt;&lt;&lt;a href=&#034;https:/www.humanite.fr/monde/uruguay/en-uruguay-la-droite-emporte-la-presidence&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https:/www.humanite.fr/monde/urugu...&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt;'&gt;deLuis Lacalle Pou&lt;/a&gt; (droite ; Parti national), Orsi a battu de plus de 15 points Alvaro Delgado.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier pourra toutefois compter sur le soutien des sympathisants du candidat du parti Colorado (droite), Andr&#233;s Ojeda &#8211; arriv&#233; en troisi&#232;me position avec pr&#232;s de 16 % des voix &#8211; lors du second tour, le 24 novembre. &#171; &lt;i&gt; /Redoublons d'efforts pour construire une nouvelle &#232;re progressiste&lt;/i&gt; / &#187;, a twitt&#233; Carolina Cosse, militante communiste et candidate &#224; la vice-pr&#233;sidence aux c&#244;t&#233;s d'Orsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;photo Le candidat du parti Frente Amplio, Yamandu Orsi, le 27 octobre 2024, &#224; Montevideo prononce un discours &#224; l'annonce des r&#233;sultats.&#169; REUTERS/Mariana Greif&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le r&#233;f&#233;rendum en d&#233;fense de la s&#233;curit&#233; sociale au centre de la lutte de classes en Uruguay</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-referendum-en-defense-de-la-securite-sociale-au-centre-de-la-lutte-de</link>
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		<dc:date>2024-10-29T10:48:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ruben Navarro</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-10-29</dc:subject>
		<dc:subject>Uruguay</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce dimanche 27 octobre aura lieu en Uruguay le premier tour des &#233;lections pr&#233;sidentielles et celle des repr&#233;sentants &#8211; d&#233;put&#233;s et s&#233;nateurs. En m&#234;me temps, les votants devront s'exprimer sur le r&#233;f&#233;rendum contre la r&#233;forme de la s&#233;curit&#233; sociale. &lt;br class='autobr' /&gt; 23 octobre 2024 | rit&#233; d'Inprecor.org https://inprecor.fr/node/4385 &lt;br class='autobr' /&gt;
La campagne &#233;lectorale est marqu&#233;e par l'absence de propositions, &#224; tel enseigne que m&#234;me le journal de droite El Observador, parle d'une campagne plate qui devient sale1 . Les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce dimanche 27 octobre aura lieu en Uruguay le premier tour des &#233;lections pr&#233;sidentielles et celle des repr&#233;sentants &#8211; d&#233;put&#233;s et s&#233;nateurs. En m&#234;me temps, les votants devront s'exprimer sur le r&#233;f&#233;rendum contre la r&#233;forme de la s&#233;curit&#233; sociale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;23 octobre 2024 | rit&#233; d'Inprecor.org&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://inprecor.fr/node/4385&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://inprecor.fr/node/4385&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne &#233;lectorale est marqu&#233;e par l'absence de propositions, &#224; tel enseigne que m&#234;me le journal de droite El Observador, parle d'une campagne plate qui devient sale1 .&lt;br class='autobr' /&gt;
Les conditions actuelles pour acc&#233;der &#224; la retraite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme de la S&#233;curit&#233; sociale du 2 mai 2023 fixe l'&#226;ge de d&#233;part &#224; la retraite &#224; 65 ans, alors qu'elle &#233;tait de 60 ans jusqu'en ao&#251;t 2023. Cette r&#233;forme a &#233;t&#233; adopt&#233;e par le gouvernement actuel, une coalition h&#233;t&#233;roclite de droite tr&#232;s conservatrice qui a soutenu le candidat et actuel pr&#233;sident Luis Lacalle Pou, du parti Nacional, fils de l'ancien pr&#233;sident Luis Alberto Lacalle Herrera (entre 1990 et 1995). Les autres membres de la coalition sont le parti Colorado, Cabildo Abierto (extr&#234;me droite dont le chef est un militaire issu d'une famille li&#233;e historiquement &#224; l'extr&#234;me droite et &#224; la dictature militaire) et deux autres partis mineurs. Pour sa part, le Frente Amplio, de type front populaire compos&#233; de partis d'origine ouvri&#232;re (PCU, PS, PVP et de forces bourgeoises) a vot&#233; contre cette loi et a propos&#233; des amendements lors du d&#233;bat parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reforme &#233;tablit une cotisation obligatoire au BPS (Banco de Previsi&#243;n Social), la caisse de retraites cog&#233;r&#233;e par l'&#201;tat, les patrons et les repr&#233;sentants des travailleurs2 , mais aussi aux AFAP (Administradoras de Fondos de Ahorro Provisional), des organismes priv&#233;s ou de capital mixte, des fonds de pension. Les apports aux AFAP sont donc obligatoires au-dessus d'un certain seuil (voir ci-dessous). Ces AFAP prennent une &#171; commission &#187; d'entre 4% et 6% m&#234;me si on ne cotise pas, y compris en cas de ch&#244;mage. Les pr&#233;l&#232;vements effectu&#233;s sur les cotisations obligatoires pay&#233;es par les travailleurs sont g&#233;r&#233;s par le BPS, institution publique, ce qui signifie qu'elles n'ont aucun frais de gestion &#224; ce niveau-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les AFAP sont apparues en 1996, sous le deuxi&#232;me mandat de Julio Mar&#237;a Sanguinetti (parti Colorado, droite lib&#233;rale) lorsque celui-ci a introduit le Syst&#232;me de Pr&#233;voyance Mixte, un coup de massue au syst&#232;me solidaire existant. Cette r&#233;forme imposait la cotisation obligatoire aux AFAP &#224; partir d'un revenu &#233;quivalent, en euros constants, &#224; environ 1900 euros ( 86600 pesos).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, la cotisation au BPS et aux AFAP se distribue comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Si le salaire brut est inf&#233;rieur &#224; $85.607 (en pesos uruguayens, environ 1900 euros) : La cotisation est de 15% du salaire. La moiti&#233; va au BPS et l'autre moiti&#233; est transf&#233;r&#233;e sur le Compte d'&#201;pargne Inidividuel de l'AFAP choisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Si le salaire brut se situe entre $85.607 y $128.410 (entre 1900 et 2850 euros) : Cotisation de 15% du salaire repartie de la mani&#232;re suivante : jusqu'&#224; $85.607, une moiti&#233; reste au BPS et l'autre &#224; une AFAP. La part de cotisation qui d&#233;passe ce montant va au BPS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Si le salaire brut se situe entre $128.410 y $256.821 (entre 2850 et 5700 euros) : La cotisation est toujours de 15% du salaire brut et elle se ventile de la mani&#232;re suivante : Le 15% des $85.607 reste au BPS et tout ce qui d&#233;passe ce seuil est transf&#233;r&#233; sur le Compte d'&#201;pargne Individuel dans une AFAP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dessous du premier seuil (environ 1900 euros), la cotisation aux AFAP et optionnelle. Chaque travailleur se voit pr&#233;lever trois &#171; commissions &#187; de ses cotisations de retraite : Une &#171; commission d'administration &#187; qui varie entre 4,4% et 6,6 % selon le gestionnaire priv&#233; de fonds ; une autre commission qui varie entre 15,6% et 16,7%, pr&#233;lev&#233;e celle-ci par la Banque des Assurances, qui appartient &#224; l'&#201;tat (Banco de Seguros del Estado) et enfin une commission de &#171; garde &#187;, qui tourne autour de 0,0015%, &#224; la Banque Centrale de l'Uruguay.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces AFAP, qui disposent d'un fonds d'environ 24 milliards de dollars, financent des projets de l'&#201;tat mais aussi des investissements &#224; risque dans l'immobilier, y compris des quartiers priv&#233;s &#224; Punta del Este, haut lieu de la sp&#233;culation immobili&#232;re, une &#171; place to be &#187; de la grande bourgeoisie latinoam&#233;ricaine et &#233;tasunienne. Elles financent aussi des projets de certaines mairies dont deux des plus grandes villes de l'Uruguay, Montevideo et Canelones, gouvern&#233;es par la coalition progressiste, le Frente Amplio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gen&#232;se du pl&#233;biscite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux mois apr&#232;s l'adoption de la r&#233;forme, l'Association des travailleurs de la s&#233;curit&#233; sociale (ATSS, travailleurs du BPS) a pr&#233;sent&#233; une motion &#224; la direction du PIT-CNT, la centrale syndicale unique, en proposant un r&#233;f&#233;rendum dans le but de abroger la r&#233;forme des retraites du gouvernement et d'introduire dans la Constitution trois points : 1) suppression des AFAP, 2) &#233;tablir l'&#226;ge de d&#233;part &#224; la retraite &#224; 60 ans avec 30 annuit&#233;s et 3) le montant des retraites ne pourra pas &#234;tre inf&#233;rieur au Salaire Minimum National.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 ao&#251;t 2023, sur 44 syndicats et f&#233;d&#233;rations membres de la direction du PIT-CNT, 16 ont vot&#233; pour mais, suite aux abstentions, la proposition a &#233;t&#233; adopt&#233;e par la centrale ouvri&#232;re. Le d&#233;bat a &#233;t&#233; dur. La f&#233;d&#233;ration des m&#233;tallos &#8211; la UNTMRA &#8211; et le courant Gerardo Cuesta (tous les deux sous tr&#232;s influenc&#233;s par le PC) proposaient ne pas toucher aux fonds de pension, les AFAP. Mais le syndicat des travailleurs de la s&#233;curit&#233; sociale a jou&#233; un r&#244;le cl&#233; en r&#233;ussissant &#224; faire adopter la suppression de ces fonds priv&#233;s, pour la plupart inf&#233;od&#233;s et contr&#244;les par des multinationales de la sp&#233;culation, sauf un, g&#233;r&#233; par une banque d'&#201;tat, le Banco Rep&#250;blica.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel au r&#233;f&#233;rendum a &#233;t&#233; appuy&#233; par la FUCVAM, la coop&#233;rative de logements (qui a un poids important dans la soci&#233;t&#233; uruguayenne, m&#234;me si &#224; pr&#233;sent elle compte peu de militants) la FEUU, F&#233;d&#233;ration des &#201;tudiants Universitaires de l'Uruguay (une tradition tr&#232;s importante mais un poids devenu tr&#232;s relatif) et d'autres organisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;clencher un r&#233;f&#233;rendum il faut recueillir 10% des inscrits, un peu moins de 250.000 signatures sur quelques 2.680.000 inscrits sur le registre &#233;lectoral. Ce seuil a &#233;t&#233; atteint d&#232;s le d&#233;but avril 2023. Mais les organisateurs du r&#233;f&#233;rendum ont r&#233;ussi &#224; recueillir un total de 430.000 signatures avec des campagnes quartier par quartier, en parcourant l'ensemble du territoire, et les ont d&#233;pos&#233;es au si&#232;ge du Parlement le 27 avril 2023. La proc&#233;dure r&#233;f&#233;rendaire &#233;tait ainsi enclench&#233;e avec une marge suffisante afin d'&#233;viter les signatures non valid&#233;es par la Cour &#201;lectorale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La campagne du pl&#233;biscite, la gauche et les &#233;lections&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;f&#233;rendum est tomb&#233; comme un cheveu dans la soupe dans la valse &#233;lectorale, comme &#171; Le convive de pierre &#187; de Tirso de Molina, cette statue de don Gonzalo qui &#224; la fin du repas prend la main de Don Juan et le conduit en enfer. Les r&#233;actions des partis politiques n'ont pas &#233;t&#233; imm&#233;diates. Le pr&#233;sident de la R&#233;publique (Partido Nacional, droite conservatrice, parti h&#233;ritier de la grande bourgeoisie propri&#233;taire terrienne), a tard&#233; &#224; r&#233;agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res r&#233;actions sont venues de la gauche. Les partis communiste et socialiste, ainsi que d'autres partis moins importants, comme le PVP (Partido por la Victoria del Pueblo) ont soutenu l'initiative du mouvement ouvrier d&#232;s le d&#233;but. Leurs militants syndiqu&#233;s ont particip&#233; &#224; la campagne de collecte de signatures. Ils ont mis leurs appareils &#224; contribution de la campagne du Pit-Cnt. Mais un secteur tr&#232;s important du Frente Amplio, le MPP (Mouvement de Participation Populaire) de l'ancien pr&#233;sident Mujica, s'est rapidement positionn&#233; contre l'initiative des travailleurs organis&#233;s. L'idole de milliers de militants du monde entier a dit que &#171; l'approbation du r&#233;f&#233;rendum de la s&#233;curit&#233; sociale serait le chaos et que le chemin est la loi &#187;3 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les candidats de la gauche &#224; la pr&#233;sidence et vice-pr&#233;sidence, Yamand&#250; Orsi et Carolina Cosse ne voteront pas le &#171; S&#237; &#187; au r&#233;f&#233;rendum. La coalition de gauche a d&#233;cid&#233; de laisser &#171; libert&#233; d'action &#187; &#224; ses militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une tribune de 112 &#171; experts &#187; du Frente Amplio a annonc&#233; qu'ils feraient campagne contre le r&#233;f&#233;rendum de la centrale syndicale4 . Parmi les signataires de cette tribune on retrouve le potentiel futur ministre d'&#233;conomie en cas de victoire &#233;lectorale du Frente Amplio, Gabriel Oddone. Les arguments sont les m&#234;mes que l'on a pu entendre dans la bouche de la droite lors de la lutte contre la r&#233;forme des retraites en France. Et en plus du &#171; chaos &#187; de Mujica, la peur, la menace de &#171; devoir &#187; doubler les imp&#244;ts sur les b&#233;n&#233;fices des entreprises, de devoir multiplier par quatre les cotisations patronales ou encore de devoir passer la TVA de 22% &#224; 35%. Un discours connu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la dirigeante du syndicat des travailleurs de la s&#233;curit&#233; sociale (ATSS), Nathalie Barb&#233;, a balay&#233; les arguments alarmistes du capital et ses gestionnaires de droite et de gauche en signalant que &#171; sans perdre les 5 milliards de dollars qui iront aux fonds parapublics jusqu'en 2060 seulement &#187;, avec 1,5 milliard de dollars suppl&#233;mentaires par an dans les caisses de l'&#201;tat et &#171; sans parler des 24 milliards de dollars actuellement accumul&#233;s dans les fonds d'&#233;pargne &#187; qui reviendront progressivement &#224; l'&#201;tat lorsque les contrats de fonds fiduciaires prendront fin, &#171; il y a suffisamment de ressources pour financer la r&#233;forme &#187;5 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chambres patronales se sont manifest&#233;es contre le r&#233;f&#233;rendum, cela va de soi. Les arguments vont de &#171; l'impact n&#233;gatif que cela aurait pour le pays &#187; au fait que cela &#171; nuirait &#224; la r&#233;putation internationale de l'Uruguay &#187;6 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le vote du dimanche 27 novembre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le scrutin pr&#233;sidentiel s'annonce serr&#233;. La coalition progressiste devrait obtenir plus de voix que la droite, mais pas assez pour &#233;viter un second tour, autour de 44% des voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre option de gauche, une alliance entre la Unidad Popular et le Parti des Travailleurs (parti fr&#232;re de Pol&#237;tica Obrera en Argentine, le parti d'Altamira) n'a pas r&#233;ussi &#224; cr&#233;er une alternative de gauche et n'obtiendrait qu'un pour cent des voix. Le pilier de l'Unidad Popular est le Mouvement 26M &#8211; scission historique du MLN Tupamaros. Ce mouvement a quitt&#233; le Frente Amplio en 2008. Cependant, son dirigeant de l'&#233;poque, Ra&#250;l Sendic (fils de l'ancien dirigeant du MLN) est rest&#233; dans la coalition. Cette alliance &#8211; Unidad Popular-Frente de los Trabajadores &#8211; refl&#232;te une recherche de recomposition de la gauche, une recomposition qui peine, qui a du mal &#224; trouver des alternatives en dehors de la gauche institutionalis&#233;e. Plusieurs r&#233;unions de militants issus de divers courants de la gauche radicale ont lieu depuis un certain temps sans que cela se traduise au niveau organisationnel et encore moins &#233;lectoral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement ouvrier s'est plac&#233; au centre des d&#233;bats et de la lutte de classes. &#171; Le conflit de classes s'exprime dans le r&#233;f&#233;rendum de la s&#233;curit&#233; sociale et non pas dans les &#233;lections nationales &#187;, affirme Mario Pieri7 . Le mouvement ouvrier est affaibli. Affaibli par des conditions objectives : travail pr&#233;caire ou informel, fermetures d'usines, poids des zones franches (des zones de non-droit)&#8230; mais aussi subjectives, comme la &#171; cohabitation &#187; pendant 15 ans, dans le cadre de trois gouvernements successifs de la gauche entre 2005 et 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier sondage estime que le &#171; S&#237; &#187; au r&#233;f&#233;rendum obtiendrait 47% d'approbation, 43% serait contre et 10% n'ont pas pris encore de d&#233;cision8 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bataille est rude. Les m&#234;mes partis qui ont particip&#233; &#224; la recherche de signatures pour d&#233;clencher le r&#233;f&#233;rendum et qui participent activement de la campagne diff&#233;rencient clairement la campagne &#233;lectorale du r&#233;f&#233;rendum. Ainsi, par exemple, le parti Communiste ne fait presque pas r&#233;f&#233;rence au r&#233;f&#233;rendum dans ses clips de campagne, sauf dans les r&#233;seaux sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, le possible futur ministre de l'&#201;conomie du Frente Amplio, Gabriel Oddone, est parti aux &#201;tats-Unis o&#249; il s'entretiendra avec la Banque Mondiale, le Fonds Mon&#233;taire International et des repr&#233;sentants des entrepreneurs et des finances. Il ne sera de retour en Uruguay que le samedi 26, la veille des &#233;lections. Des entretiens qui en disent long sur une &#233;ventuelle &#171; rupture &#187;, ou pas, si la gauche institutionnelle venait &#224; gagner les &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'autre r&#233;f&#233;rendum&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me r&#233;f&#233;rendum concerne le droit pour les &#171; forces de l'ordre &#187; d'effectuer des perquisitions nocturnes dans les domiciles priv&#233;s sous pr&#233;texte de &#171; lutte contre le trafic de drogues &#187;. En r&#233;alit&#233;, ce droit de perquisition nocturne existe d&#233;j&#224; mais seulement lorsque la justice l'autorise. Les mesures pointent les petits dealers avec une vision purement r&#233;pressive. Une proposition populiste face &#224; une augmentation de la violence, qu'elle soit r&#233;elle ou ressentie. &#192; l'initiative de ce r&#233;f&#233;rendum on retrouve Cabildo Abierto, le parti de l'ancien militaire Guido Manini R&#237;os, dont les positions flirtent avec l'extr&#234;me droite et il est soutenu par les quatre autres membres de la coalition qui gouverne (parti nacional, parti colorado, parti de la gente et parti independiente). Les derniers sondages indiquent qu'il pourrait &#234;tre adopt&#233;. En effet, malgr&#233; une baisse dans les intentions de vote, il b&#233;n&#233;ficie encore de 56% d'approbation parmi les votants. La gauche dans son ensemble s'est prononc&#233;e contre cette initiative9 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 octobre 2024&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. qui&#233;n, por qu&#233;, para qu&#233;&#8221;. El Observador, 20-10-2024&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La direction du BPS est compos&#233;e de 7 membres. L'ex&#233;cutif en d&#233;signe directement 4 d'entre eux. Les 3 autres sont &#233;lus directement par la population concern&#233;e et repr&#233;sentent les entrepreneurs, les travailleurs et les retrait&#233;s respectivement. Cette institution est le fruit de l'unification &#233;tablie dans la Constitution de 1967 des principales caisses de retraites, dont certaines avaient &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es d&#232;s la fin du XIXe si&#232;cle. Certains secteurs, comme la banque, les professionnels universitaires qui exercent en lib&#233;ral, les notaires ou les militaires ont encore une caisse ind&#233;pendante. ladiaria.com.uy/economia/articulo/2020/12/las-cajas-paraestatales-y-sus-regimenes-jubilatorios/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Jos&#233; Mujica dijo que la aprobaci&#243;n del plebiscito de la seguridad social ser&#237;a un &#034;caos&#034; y cree que &#034;el camino es la ley&#034;. El Observador, 26-9-2024 &lt;a href=&#034;http://www.elobservador.com.uy/nacional/jose-mujica-dijo-que-la-aprobacion-del-plebiscito-la-seguridad-social-seria-un-caos-y-cree-que-el-camino-es-la-ley-n5962720&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.elobservador.com.uy/nacional/jose-mujica-dijo-que-la-aprobacion-del-plebiscito-la-seguridad-social-seria-un-caos-y-cree-que-el-camino-es-la-ley-n5962720&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
4 &lt;br class='autobr' /&gt;
5. Y, sin embargo, se mueve. Agust&#237;n B&#252;chner, Brecha, 9-8-2024. brecha.com.uy/y-sin-embargo-se-mueve-4/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. C&#225;maras empresariales expresaron preocupaci&#243;n por el plebiscito de la seguridad social. La Diaria, 21-10-2024. ladiaria.com.uy/elecciones/articulo/2024/10/camaras-empresariales-expresaron-preocupacion-por-el-plebiscito-de-la-seguridad-social&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. El conflicto de clases se expresa en el plebiscito de la seguridad social, no en las elecciones nacionales. Mario Pieri, Correspondencia de Prensa, 1-10-2024 correspondenciadeprensa.com/ ?p=43816&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. 47% del electorado se inclina a votar por el plebiscito de la seguridad social, seg&#250;n Factum. La Diaria, 15-10-2024. ladiaria.com.uy/elecciones/articulo/2024/10/47-del-electorado-se-inclina-a-votar-por-el-plebiscito-de-la-seguridad-social-segun-factum/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 9. Allanamientos nocturnos &#191;qu&#233; propone la reforma a la Constituci&#243;n que se vota el domingo ? B&#250;squeda, 21-10-2024 &lt;a href=&#034;http://www.busqueda.com.uy/informacion/allanamientos-nocturnos-que-propone-la-reforma-la-constitucion-que-se-vota-el-domingo-n5393853&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.busqueda.com.uy/informacion/allanamientos-nocturnos-que-propone-la-reforma-la-constitucion-que-se-vota-el-domingo-n5393853&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Am&#233;rique latine : la pand&#233;mie comme r&#233;v&#233;lateur</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Amerique-latine-la-pandemie-comme-revelateur</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Amerique-latine-la-pandemie-comme-revelateur</guid>
		<dc:date>2020-04-21T11:23:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Salama</dc:creator>


		<dc:subject>Argentine</dc:subject>
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		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Coronavirus</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-04-21</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La pand&#233;mie du Covid-19 affecte d&#233;sormais l'ensemble de la plan&#232;te, &#224; des degr&#233;s et selon une temporalit&#233; qui varient suivant les r&#233;gions concern&#233;es. La propagation de ce virus, parfois qualifi&#233; de &#171; coronacapitalisme &#187;, est assur&#233;ment le r&#233;v&#233;lateur du fonctionnement du capitalisme n&#233;olib&#233;ral global. Il montre aussi bien les fractures g&#233;opolitiques existantes, que celles qui segmentent, sur le plan internes, nos soci&#233;t&#233;s, tout en mettant au grand jour les choix irresponsables de la plupart (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Argentine-+" rel="tag"&gt;Argentine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Mexique-+" rel="tag"&gt;Mexique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Chili-+" rel="tag"&gt;Chili&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Perou-+" rel="tag"&gt;P&#233;rou&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Bresil-+" rel="tag"&gt;Br&#233;sil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Uruguay-+" rel="tag"&gt;Uruguay&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Coronavirus-1579-+" rel="tag"&gt;Coronavirus&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-04-21-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-04-21&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton43128-f1dc6.jpg?1675537367' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La pand&#233;mie du Covid-19 affecte d&#233;sormais l'ensemble de la plan&#232;te, &#224; des degr&#233;s et selon une temporalit&#233; qui varient suivant les r&#233;gions concern&#233;es. La propagation de ce virus, parfois qualifi&#233; de &#171; coronacapitalisme &#187;, est assur&#233;ment le r&#233;v&#233;lateur du fonctionnement du capitalisme n&#233;olib&#233;ral global. Il montre aussi bien les fractures g&#233;opolitiques existantes, que celles qui segmentent, sur le plan internes, nos soci&#233;t&#233;s, tout en mettant au grand jour les choix irresponsables de la plupart des diff&#233;rents gouvernements en place ces trente derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/amerique-latine-pandemie-coronavirus/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce texte, l'&#233;conomiste Pierre Salama revient sur le sc&#233;nario actuel en Am&#233;rique latine et souligne &#224; quel point les classes populaires du sous-continent sont d&#233;sormais soumis &#224; une &#171; double peine &#187; : celle de la crise sanitaire dans un contexte de syst&#232;mes de sant&#233; d&#233;labr&#233;s et celle d'une crise &#233;conomique qui va s'accroitre encore les in&#233;galit&#233;s sociales, le mal-d&#233;veloppement et le travail pr&#233;caire. Pierre Salama pr&#234;che n&#233;anmoins pour que ce moment d'incertitude et de tension soit d'abord, face aux Bolsonaro et consorts, celui de la solidarit&#233;. Il ajoute qu'il est urgent de mener de nouvelles r&#233;flexions, apr&#232;s l'&#233;chec des gouvernements progressistes, sur les alternatives &#224; construire pour faire sortir l'Am&#233;rique latine de la d&#233;pendance et de l'extractivisme, afin de penser &#171; un renouvellement complet de la mani&#232;re de penser l'&#233;conomique et le politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Un mal qui r&#233;pand la terreur, Mal que le Ciel en sa fureur Inventa pour punir les crimes de la terre&#8230; Ils ne mouraient pas tous, mais tous &#233;taient frapp&#233;s&#8230; &#187;. Jean de la Fontaine : Les animaux malades de la peste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Covid-19 provoque une crise d'une ampleur in&#233;gal&#233;e dans le monde : partout la production chute, le ch&#244;mage enfle, les revenus baissent. Apr&#232;s avoir atteint les pays d'extr&#234;me Orient, puis l'Europe et plus tardivement les Etats-Unis, elle arrive d&#232;s &#224; pr&#233;sent en Am&#233;rique latin et demain en Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des gouvernements, pas tous, interviennent fortement, bousculent les principes sacr&#233;s auxquels ils se rattachaient hier. Ainsi en est-il de l'ampleur des d&#233;ficits publics, de la prise en charge du ch&#244;mage partiel par les Etats, des nationalisations possibles dans des secteurs consid&#233;r&#233;s comme strat&#233;giques&#8230; Et demain, probablement, ces gouvernements qui, hier encore, &#233;taient adeptes d'une intervention de moins en moins importante de l'Etat dans l'&#233;conomique et d'un alignement des services publics sur les r&#232;gles du marchand, accepteront de d&#233;roger &#224; ces r&#232;gles et penseront &#224; red&#233;finir les fronti&#232;res entre le march&#233; et l'Etat afin de retrouver un minimum de souverainet&#233; sanitaire, voire de mani&#232;re plus large, industrielle, si toutefois nous sommes capables de leur rappeler leurs engagements. Le discours interventionniste ne pr&#233;domine pas en Am&#233;rique latine, principalement au Mexique o&#249; le discours officiel consiste &#224; privil&#233;gier les d&#233;penses sociales mais sans d&#233;gager les moyens pour le faire, ou bien au Br&#233;sil o&#249; les d&#233;cisions des ministres de la sant&#233; sont souvent contrecarr&#233;es par les pr&#233;sidents de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes confront&#233;s &#224; une crise manifeste de la globalisation. La pand&#233;mie est un r&#233;v&#233;lateur des dysfonctionnements d'un capitalisme d&#233;brid&#233; o&#249; les Etats c&#233;daient de plus en plus la place au march&#233;, ici les firmes multinationales, mais aussi une fois la contagion prenant de l'importance, du retour des Etats/Nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La globalisation ne sera plus ce qu'elle a &#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ Les termes &#171; gagnants &#187; et &#171; perdants &#187;, sont souvent utilis&#233;s dans la litt&#233;rature &#233;conomique. Les pays qui &#171; gagnent &#187; seraient ceux qui connaissent une augmentation de leur participation dans le commerce mondial et inversement. Quelques pays, surtout asiatiques, accroissent leur participation relative dans le produit int&#233;rieur brut mondial entre 1980 et 2018. A l'inverse, les pays d'Am&#233;rique latine ont vu leur part d&#233;croitre de plusieurs points. Si on se limite au commerce international des produits manufactur&#233;s, en 2017, sur les dix premiers exportateurs mondiaux, seul le Mexique est pr&#233;sent (10&#176; place), le Br&#233;sil &#233;tant &#224; la 30&#176; place selon l'OMC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est simpliste de consid&#233;rer que des pays puissent &#234;tre gagnants et d'autres perdants. Limiter les pays &#224; des nations n'est pas en soi pertinent. La globalisation s'accompagne de fragmentations territoriales au sein des Etats/Nations. Elle produit en effet des cons&#233;quences n&#233;gatives y compris dans les nations qui sont apparemment gagnantes, et par ricochet sur des segments de classes sociales. Les nations sont en effet compos&#233;es de territoires o&#249; se concentrent les gains venant de la mondialisation et d'autres o&#249; ce sont les pertes qui dominent. Dans les territoires qui gagnent avec la mondialisation la proportion de ceux qui connaissent une &#233;volution favorable de leurs salaires est plus importante que dans les territoires qui perdent o&#249; se concentrent alors basse et moyenne qualification, faibles salaires, menaces sur l'emploi et pr&#233;carisation accentu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la globalisation commerciale, la division internationale du travail a profond&#233;ment chang&#233;. Certains pays du Sud, en Asie, sont devenus des ateliers du monde, d'autres, en Am&#233;rique latine, se sont &#224; nouveau sp&#233;cialis&#233;s dans l'exploitation de leurs ressources naturelles, &#224; l'exception notable du Mexique et des pays l'Am&#233;rique centrale[1]. Ils se sont reprimaris&#233;s. Les exportations de produits manufactur&#233;s s'&#233;levaient &#224; 51% de l'ensemble des exportations en 2006 au Br&#233;sil &#8211; 70% pour les importations-, les autres exportations &#233;tant compos&#233;es de produits agricoles et de mati&#232;res premi&#232;res (mines et combustibles). Un peu plus de dix ans plus tard, en 2017, les exportations de produits manufactur&#233;s s'&#233;l&#232;vent &#224; 36% -74% pour les importations- (source IEDI, n&#176;892, 2018). L'&#233;volution est donc rapide et, de fait, elle a d&#233;but&#233; d&#232;s la fin des ann&#233;es 1990. A l'inverse, au niveau mondial, les exportations de produits manufactur&#233;s s'&#233;l&#232;vent &#224; 70% de l'ensemble des exportations en 2017, auxquels il faut ajouter 12% correspondant &#224; la cat&#233;gorie &#171; autres produits manufactur&#233;s, selon l'OMC. Enfin, 80% des exportations mondiales sont effectu&#233;es par dix pays parmi lesquels on trouve le Mexique en queue de peloton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1990 et surtout 2000, on a assist&#233; &#224; un bouleversement de la division internationale du travail dans l'industrie mondiale gr&#226;ce au d&#233;veloppement de l'internet, &#224; la baisse du co&#251;t des transports et aux capacit&#233;s de certains pays asiatiques d'adapter leur offre tr&#232;s rapidement aux brusques changements de la demande mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est ainsi pass&#233; d'une relation entre deux acteurs &#224; une relation entre un acteur, le donneur d'ordre et &#171; n &#187; acteurs situ&#233;es dans diff&#233;rents pays, surtout au Sud mais &#233;galement au Nord ce qui se traduit par un &#233;clatement de la chaine internationale de valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;changes de biens industriels Sud &#8211; Sud se sont d&#233;velopp&#233;s. Cependant, les pays latino-am&#233;ricains, en g&#233;n&#233;ral, ont peu particip&#233; au processus d'&#233;clatement de la chaine de valeur. Ils restent relativement ferm&#233;s &#224; l'exception, dans une certaine mesure, du Mexique et quelques pays d'Am&#233;rique centrale. Cependant, dans l'ensemble les pays latino-am&#233;ricains ont pu davantage s'ouvrir &#224; l'ext&#233;rieur sans que ne p&#232;se la contrainte externe comme par le pass&#233;, gr&#226;ce aux gains procur&#233;s par l'exploitation de mati&#232;res premi&#232;res vers la Chine principalement, ce qui leur a permis d'importer davantage de biens manufactur&#233;s. Cette phase semble termin&#233;e et les contraintes externes r&#233;apparaissent avec force dans des &#233;conomies devenus moins industrialis&#233;es et plus vuln&#233;rables aux &#233;volutions des volumes export&#233;s et des prix des mati&#232;res premi&#232;res.[2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les pays d'Am&#233;rique latine restent fig&#233;s dans un cadran caract&#233;ris&#233; par une densit&#233; industrielle par t&#234;te faible et une un part &#233;galement faible de l'industrie (valeur ajout&#233;e) dans le PIB, les pays asiatiques progressent en misant sur l'industrialisation fond&#233;e de plus en plus sur des produits de haute technologie et des exportations de produits complexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'ouverture croissante, l'emploi et le travail sont soumis &#224; des contraintes externes de plus en plus &#233;lev&#233;es. L'emploi tend &#224; devenir plus pr&#233;caire et avec l'essor d'internet, l' &#171; ub&#233;risation &#187; des activit&#233;s devient de plus en plus importante sauf si une volont&#233; politique de prot&#233;ger davantage les salari&#233;s s'affirme. Ce fut le cas dans plusieurs pays latino-am&#233;ricains gr&#226;ce &#224; l'arriv&#233;e de gouvernements progressistes dans les ann&#233;es 2000 : l'informalit&#233; a baiss&#233;, les salaires r&#233;els ont augment&#233; plus rapidement que la productivit&#233; du travail et la protection sociale s'est d&#233;velopp&#233;e, au d&#233;triment il est vrai de la comp&#233;titivit&#233;, les r&#233;formes structurelles n&#233;cessaires n'ayant pas &#233;t&#233; prises, les gouvernements progressistes s'&#233;tant arr&#234;t&#233;s &#224; mi-chemin. Aujourd'hui, avec le retour des droites, ces quelques acquits sont remis en question. Il reste que la pr&#233;carit&#233;, le d&#233;classement, croissant et les in&#233;galit&#233;s de revenus augmentent. Jusqu'&#224; quand de telles &#233;volutions sont-elles soutenables en termes politiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2008, la globalisation fl&#233;chit, la croissance des exportations mondiales ne d&#233;passe plus nettement celle du PIB mondial, elle lui est parfois inf&#233;rieure. Depuis 2008 la globalisation parait s'essouffler. Des mesures protectionnistes se multiplient depuis 2012. Avec, l'accession de Trump &#224; la pr&#233;sidence des Etats-Unis (2017), elles sont &#224; la fois plus importantes et tendent &#224; se g&#233;n&#233;raliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La globalisation parait c&#233;der le pas &#224; la d&#233;-globalisation pour deux raisons : la premi&#232;re d'ordre technologique : il est possible de relocaliser la production de certaines activit&#233;s dans les pays avanc&#233;s gr&#226;ce &#224; l'essor de la r&#233;volution num&#233;rique, cette m&#234;me r&#233;volution qui hier permettait de d&#233;localiser plus facilement. La seconde raison tient aux effets d&#233;l&#233;t&#232;res de la globalisation sur la coh&#233;sion sociale : davantage d'in&#233;galit&#233;s de revenus, emplois supprim&#233;s et mobilit&#233; r&#233;duite se traduit souvent un protectionnisme de plus en plus prononc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ L'ironie de l'Histoire est que la crise de la globalisation est arriv&#233;e l&#224; o&#249; aucun &#233;conomiste, aucun sociologue, aucun politique ne l'avaient pr&#233;vue. Aucun. M&#234;me si d&#232;s &#224; pr&#233;sent certains tentent de faire croire qu'eux l'avaient pr&#233;vue. Certes, qu'elles viennent de droite, souvent extr&#234;me, ou de gauche, les critiques de la globalisation &#233;taient nombreuses. Certains mettant en avant leur conception de la nation, pr&#233;conisaient un retour au protectionnisme qui, parfois, pouvait s'apparenter &#224; de l'autarcie. D'autres, plut&#244;t de gauche et issus des rangs &#233;cologistes, plaidaient pour un altermondialisme, refusant les fronti&#232;res, recherchant la coop&#233;ration entre Etats pour imposer des normes &#233;thiques (comme le travail d&#233;cent) et environnementale beaucoup plus rigoureuses. Mais aucun ne pouvait penser que les formes nouvelles prises par la globalisation, &#224; savoir l'&#233;clatement international de la cha&#238;ne de valeur de la production, pouvait &#224; ce point fragiliser les diff&#233;rentes &#233;conomies au point de les rendre extr&#234;mement vuln&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette globalisation non contr&#244;l&#233;e, fruit des libert&#233;s accord&#233;es d'exploiter la main d'&#339;uvre peu ch&#232;re et d&#233;truire l'environnement, a produit le chaos. Les th&#233;oriciens du chaos ont montr&#233; que le battement d'ailes d'un papillon pouvait entra&#238;ner &#224; l'autre bout de la terre un effondrement, et que cette &#233;p&#233;e de Damocl&#232;s pouvait tomber &#224; n'importe quel moment et entra&#238;ner des catastrophes&#8230;Cette th&#232;se, qui est par exemple appliqu&#233;e &#224; la finance, ne l'a jamais &#233;t&#233; &#224; la globalisation. Il a suffi d'une pand&#233;mie pour que d'un coup d'&#233;paule le syst&#232;me &#233;conomique actuel s'effondre par des effets en cha&#238;ne se nourrissant les uns des autres. L'incapacit&#233; de fournir ici des segments de produits d'une cha&#238;ne de valeur internationale dispers&#233;e au gr&#233; de faibles co&#251;ts de main-d'&#339;uvre, entra&#238;ne ailleurs, c'est-&#224;-dire dans d'autres pays, des arr&#234;ts de la production plus ou moins importants, une augmentation du ch&#244;mage et, de ce fait, une baisse de la demande pr&#233;cipitant une d&#233;pression &#233;conomique. Ce battement d'ailes du papillon r&#233;v&#232;le surtout que la d&#233;sindustrialisation, le sym&#233;trique de cette globalisation, la perte consid&#233;rable de souverainet&#233;, notamment et surtout dans l'industrie pharmaceutique, ne se traduit pas seulement par des co&#251;ts financiers, mais surtout par un amoncellement de morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Double peine pour les pauvres, la crise et la pand&#233;mie qui renforce la crise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1/ Les pays latino-am&#233;ricains diff&#232;rent les uns des autres. Certains ont une population importante (le Br&#233;sil avec 207 millions d'habitants, le Mexique avec 132 millions), &#224; l'inverse d'autres, comme l'Uruguay ou les pays d'Am&#233;rique centrale, sont relativement peu peupl&#233;s. Le PIB par t&#234;te est &#233;lev&#233; au Br&#233;sil, en Argentine, au Mexique (entre le quart et le tiers de celui des Etats-Unis) etc., un peu moins en Colombie et au P&#233;rou, beaucoup moins dans d'autres. Certains pays sont riches en ressources naturelles, d'autres beaucoup moins. Enfin les populations n'ont pas toutes la m&#234;me origine, davantage europ&#233;enne dans le c&#244;ne sud de l'Am&#233;rique latine, davantage d'origine indienne dans les pays andins, en Am&#233;rique centrale et au Mexique ou d'origine africaine dans d'autres pays comme le Br&#233;sil, dans les Cara&#239;bes. Leurs histoires ne sont pas exactement semblables m&#234;me si au long du XX&#176; si&#232;cle les plus importants d'entre eux ont pu avoir des exp&#233;riences proches tant au niveau politique (Per&#243;n en Argentine, Vargas au Br&#233;sil, Cardenas au Mexique) et au niveau &#233;conomique (r&#233;gime de croissance tourn&#233; vers le march&#233; int&#233;rieur dit de substitution des importations).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue structurel, la plupart des pays latino-am&#233;ricains ont de nombreux points communs qui constituent en quelle que sorte les huit plaies de l'Am&#233;rique latine : 1/ des in&#233;galit&#233;s de patrimoine et de revenus tr&#232;s importantes ; 2/ une informalit&#233; des emplois et un taux de pauvret&#233; cons&#233;quents ; 3/ une reprimarisation de leur &#233;conomie ; 4/ une d&#233;t&#233;rioration de l'environnement importante ; 5/ une ouverture financi&#232;re plus importante que l'ouverture commerciale ; 6/ Une d&#233;sindustrialisation pr&#233;coce ; 7/ Une tendance &#224; la stagnation &#233;conomique ; 8/ Un niveau de violence extr&#234;mement important surtout au Mexique, au Br&#233;sil, au Salvador, en Honduras et au Guatemala.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus le taux de croissance du PIB est faible, moins la mobilit&#233; sociale est importante et ceci d'autant plus si les d&#233;penses en &#233;ducation restent insuffisantes. Avec un tissu industriel fragilis&#233;, les pays latino-am&#233;ricains pourront-ils faire preuve de r&#233;silience face &#224; la pand&#233;mie du covid 19 et de ses lourds effets &#233;conomiques et sociaux et ce, &#224; quelles conditions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise a plusieurs dimensions. Elle n'arrive pas sur un &#171; corps sain &#187; pr&#234;t &#224; rebondir une fois la pand&#233;mie pass&#233;e. En effet, 1/ quasiment tous les pays de la r&#233;gion et particuli&#232;rement les plus grands et puissants d'entre eux &#8211; Argentine, Br&#233;sil, Mexique &#8211; souffrent d'une tendance &#224; la stagnation de leur taux de croissance du PIB. [3]Cette tendance &#224; la stagnation sur longue p&#233;riode a plusieurs causes : des in&#233;galit&#233;s des revenus et du patrimoine tr&#232;s prononc&#233;es, de faibles taux d'investissement dus &#224; des comportements rentiers de plus en plus prononc&#233;s se manifestant par une financiarisation excessive, des fuites de capitaux et une consommation ostentatoire, une d&#233;sindustrialisation plus ou moins forte et des d&#233;penses en recherche d&#233;veloppement &#171; r&#233;duites aux acqu&#234;ts &#187; (entre 0.5% et 1,1% du PIB selon les pays, pour r&#233;f&#233;rence en France ces d&#233;penses s'&#233;l&#232;vent &#224; 2.4% du PIB et en Cor&#233;e du Sud &#224; 4.5% du PIB.. 2/ Depuis quelques ann&#233;es, l'Argentine, le Venezuela connaissent une crise &#233;conomique profonde coupl&#233;e d'une inflation devenue plus ou moins incontr&#244;lable surtout au Venezuela. Le Br&#233;sil, apr&#232;s une crise tr&#232;s prononc&#233;e, &#233;quivalente &#224; celle des ann&#233;es 1930, manifeste une incapacit&#233; &#224; rebondir. Le Mexique entre en r&#233;cession, et d'autres pays connaissent un ralentissement de leur activit&#233; &#233;conomique (Colombie, etc.). 3/ Enfin du retour de la contrainte externe avec la baisse du cours des mati&#232;res premi&#232;res et des volumes vendus, celles-ci s'accentuant avec la g&#233;n&#233;ralisation de la crise due &#224; la pand&#233;mie au niveau mondial et la forte chute de la demande des pays asiatiques grands importateurs de ces mati&#232;res premi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ Les pays d'Am&#233;rique latine vivent plusieurs crises en m&#234;me temps qui se nourrissent les unes des autres. La crise est profonde. Elle est structurelle en ce qu'elle remet en question les modes m&#234;mes d'expansion du capitalisme ces derni&#232;res d&#233;cennies. En Am&#233;rique latine, la crise li&#233;e &#224; la pand&#233;mie s'ajoute &#224; d'autres crises latentes ou pr&#233;sentes que nous venons de citer. Le m&#233;lange est d'autant plus explosif que plusieurs gouvernements ne semblent pas avoir mesur&#233; l'ampleur du danger en n'adoptant pas des politiques &#233;conomiques contracycliques &#224; la hauteur de l'&#233;v&#233;nement, voire en minorisant les dangers (une amulette pourrait faire office de rem&#232;de &#224; la pand&#233;mie, dixit le pr&#233;sident du Mexique, une &#171; gripette &#187; pour le pr&#233;disent du Br&#233;sil, plaidant contre leurs propres ministres pour que ne soient pas mises en &#339;uvre des mesures qui pourraient faire chuter l'&#233;conomie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiques de lutte contre la contagion sont en g&#233;n&#233;ral tr&#232;s en-de&#231;&#224; de ce qui se serait n&#233;cessaire. Elles sont de deux ordres : 1/ Les mesures &#171; barri&#232;res &#187;, le lavage syst&#233;matique des mains et le confinement partiel (hors personnes travaillant dans des secteurs li&#233;s &#224; la sant&#233;, &#224; l'alimentation et au transport) ; 2/ Des politiques &#233;conomiques contracycliques pour freiner la mont&#233;e de la crise et demain relancer l'&#233;conomie. Les premi&#232;res rencontrent des difficult&#233;s de mises en application dans les quartiers regroupant les habitants les plus d&#233;favoris&#233;s. Dans les cas extr&#234;mes, les maisons n'ont pas d'eau potable, voire courante et il est donc difficile de se laver les mains r&#233;guli&#232;rement, la densit&#233; de population y est tr&#232;s importante et donc les mesures &#171; barri&#232;res &#187; ne sont pas faciles &#224; appliquer et enfin, comme la plupart des personnes y demeurant ont le souvent des emplois informels et ne sont pas ou mal prot&#233;g&#233;es par le syst&#232;me sanitaire, le confinement se r&#233;duit &#224; choisir entre Charybde et Scylla, soit mourir de faim en respectant le confinement, soit augmenter consid&#233;rablement la possibilit&#233; d'&#234;tre contamin&#233; et de contaminer son voisinage en allant travailler. A cela s'ajoute la volont&#233; par certains pr&#233;sidents &#8211; au Br&#233;sil de mani&#232;re caricaturale &#8211;, mais aussi par les sectes &#233;vang&#233;liques dont l'influence est particuli&#232;rement &#233;lev&#233;e chez les plus pauvres et les moins &#233;duqu&#233;s, de tout faire pour s'opposer au confinement impos&#233; par les gouverneurs des Etats (dans le cas de f&#233;d&#233;ration) ou bien des autorit&#233;s locales au pr&#233;texte que cette pand&#233;mie n'est qu'une petite grippe et que si le confinement devait &#234;tre appliqu&#233; il entrainerait une crise irr&#233;parable produisant un nombre de d&#233;c&#232;s plus &#233;lev&#233; que celui produit par la pand&#233;mie[4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiques contracycliques sont le plus souvent peu importantes &#8211; sauf probablement en Argentine en pleine crise &#233;conomique[5] &#8211; compte tenus d'abord des difficult&#233;s financi&#232;res (moins de recettes budg&#233;taires du fait de la crise latente pr&#233;-pand&#233;mie, de la r&#233;duction relative de la valeur des exportations de mati&#232;res premi&#232;res, des fuites enfin de capitaux et de la fraude fiscale), reports de charges sociales, voire des imp&#244;ts dus, si ce n'est leur suppression[6], et du manque de volont&#233; politique de certains pays de favoriser une augmentation de la dette publique du &#224; l'essor des d&#233;penses publiques sans recettes correspondantes. C'est la position orthodoxe &#8211; d'un autre &#226;ge &#8211; du pr&#233;sident mexicain qui tout en d&#233;sirant accroitre les d&#233;penses sociales ne s'en donne pas les moyens en acceptant de creuser le d&#233;ficit fiscal qui, de toutes les mani&#232;res augmentera du fait de la mont&#233;e de la crise &#233;conomique. En g&#233;n&#233;ral l'aide aux plus pauvres est faible (un peu plus de 100 dollars par mois par exemple au Br&#233;sil), augmentation des d&#233;penses en sant&#233;, l'aide aux entreprises est &#233;galement faible (le ministre des finances br&#233;silien avait tent&#233; de prendre un arr&#234;t&#233; autorisant de conserver le personnel pendant quatre mois sans salaire et sans travail, et devant le toll&#233; politique, est revenu sur cette mesure pr&#233;textant une erreur &#8230;administrative). M&#234;me ces mesures bien timides rencontrent parfois l'ire des pr&#233;sidents, c'est encore le cas du pr&#233;sident br&#233;silien qui tente de renvoyer son ministre de la sant&#233; pour d&#233;penses inconsid&#233;r&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque tous les pays latino-am&#233;ricains paient au prix fort le fait que les d&#233;penses de sant&#233; sont tr&#232;s faibles en pourcentage du PIB. L'ensemble des d&#233;penses de sant&#233; publique &#8211; priv&#233;e en Am&#233;rique latine repr&#233;sente 8.5% du PIB, avec de tr&#232;s fortes disparit&#233;s entre les pays et au sein de ces pays. C'est en Argentine, au Br&#233;sil, en Colombie, au Chili et en Uruguay qu'elles sont les plus &#233;lev&#233;es (entre 9 et 10%), et en Equateur, en Bolivie, au Venezuela, au Mexique qu'elles sont le plus faibles (entre 3 et 5.5%) selon l'Ocde. Pour m&#233;moire, les d&#233;penses de sant&#233; publiques et priv&#233;es s'&#233;l&#232;vent en moyenne &#224; 12.5%, avec de fortes disparit&#233;s en 2018 : 16.9% du PIB aux Etats-Unis, 11.2% en Allemagne et en France, 8.9% au Chili et 5.5% au Mexique. Les syst&#232;mes de sant&#233; publics sont tr&#232;s souvent fragment&#233;s selon les corporations (employ&#233;s du p&#233;trole, travailleurs de l'Etat, etc.,) mais aussi selon l'Etat central, les Etats f&#233;d&#233;r&#233;s ce qui souvent accroit l'inefficacit&#233; du syst&#232;me et permet &#224; la corruption de se d&#233;velopper. Lorsqu'on compare le nombre de lits (soins intensifs) par 100000 habitants et le nombre de ventilateurs, en 2020, on observe que le Br&#233;sil &#8211; avec de tr&#232;s fortes disparit&#233;s r&#233;gionales &#8211; met &#224; la disposition de ses malades un tiers de lits en moins et 3/5 de ventilateurs en moins que les Etats-Unis. L'Argentine est un peu mieux dot&#233;e en lits de soins intensifs, le Mexique est tr&#232;s loin derri&#232;re et le P&#233;rou est encore plus loin ainsi qu'on peut le voir dans le graphique ci-dessous (The Economist, 8 avril 2020) [7]. Si on ajoute que les 25% les plus riches de la population &#8211; c'est-&#224;-dire les riches et les classes moyennes hautes et moyennes &#8211; ont surtout acc&#232;s au syst&#232;me priv&#233; de sant&#233; et que ce dernier poss&#232;de environ la moiti&#233; des lits en soins intensifs et des ventilateurs, on comprend que la situation sanitaire de la majeure partie de la population est particuli&#232;rement vuln&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise due &#224; la pand&#233;mie a pour vecteur la globalisation. Elle se greffe sur un tissu &#233;conomique extr&#234;mement affaibli. Elle est un r&#233;v&#233;lateur de l'ensemble des dysfonctionnements du capitalisme et plus particuli&#232;rement en Am&#233;rique latine. Les premi&#232;res victimes sont les plus pauvres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'informalit&#233; (70% en Bolivie, 63% au P&#233;rou, 47% au Br&#233;sil) et la pauvret&#233; restent tr&#232;s importantes en Am&#233;rique latine. En Argentine, elle atteint 50% de ceux qui sont dans l'informel. Ces derni&#232;res ann&#233;es, l'informalit&#233; et la pauvret&#233; ont eu tendance &#224; augmenter de nouveau notamment et surtout au Br&#233;sil et en Argentine. Comme le notent plusieurs sociologues et m&#233;decins, les malades pauvres d&#233;c&#233;deront chez eux, voire mourront &#171; &#224; la porte l'h&#244;pital &#187;, selon le Professeur de m&#233;decine Miguel Strougi de l'USP (O Globo, 23 mars 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une relation entre la pauvret&#233; et l'ob&#233;sit&#233;, due la plupart du temps &#224; la &#171; mal bouffe &#187;. Les pauvres au Mexique, un peu moins au Br&#233;sil, relativement moins en Argentine et pour les pays avanc&#233;s, aux Etats-Unis, en Grande Bretagne, sont le plus souvent ob&#232;ses. Les cat&#233;gories vuln&#233;rables aux revenus modestes le sont &#233;galement, mais dans une moins grande mesure, les classes moyennes encore moins. Il y a une relation &#233;lev&#233;e entre l'ob&#233;sit&#233; et le diab&#232;te, l'hypertension et les risques cardio-vasculaires. La pand&#233;mie affecte donc plus particuli&#232;rement les pauvres et les cat&#233;gories vuln&#233;rables et ce d'autant plus que leur acc&#232;s aux soins est plus restreint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays avanc&#233;s, ce sont surtout les populations &#226;g&#233;es qui ont le plus de risque de succomber &#224; la pand&#233;mie car elles souffrent plus que les jeunes du diab&#232;te, de l'hypertension etc. En Am&#233;rique latine ce sont surtout les pauvres et des pauvres relativement jeunes. Fin mars, le quart des patients hospitalis&#233;s &#224; Rio de Janeiro souffrant de cette pand&#233;mie a moins de 40 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le confinement est le plus souvent impossible &#224; faire respecter dans les bidonvilles les plus mis&#233;rables pour des raisons &#233;videntes : surpopulation rendant difficiles la distanciation sociale, conditions sanitaires d&#233;sastreuses entra&#238;nant des grandes difficult&#233;s &#224; se laver souvent les mains, et surtout informalit&#233; et pauvret&#233; conjugu&#233;e font que le droit au retrait est une abstraction, que le choix est en fait entre travailler ou mourir de faim. Pour autant, l'ensemble de ces mesures sont n&#233;cessaires mais elles exigent pour &#234;tre un minimum efficace une plus grande g&#233;n&#233;rosit&#233; de l'Etat en distribuant des revenus un peu plus cons&#233;quents aux pauvres et en les testant pour isole les contamin&#233;s de leur famille et de leur entourage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les gouvernements sous-estiment le danger et n'ont pas de politiques de pr&#233;vention comme la distanciation sociale, d'interdiction comme le confinement, ne d&#233;cident pas de verser aux plus pauvres un revenu minimum ou le font de mani&#232;re insuffisante ; lorsque des pr&#233;sidents s'opposent &#224; leurs ministres et plaident pour le maintien du niveau d'activit&#233; &#233;conomique, se moquant de ceux qui sur-jouent la crise sanitaire alors que la v&#233;ritable catastrophe serait la crise &#233;conomique ; lorsque des sectes religieuses, de plus en plus influentes, disent que par la pri&#232;re collective on pourra repousser Satan, cheval de Troie de la pand&#233;mie&#8230; alors on ne peut &#234;tre que pessimiste. C'est une qui d&#233;signe comme criminels ceux qui se refusent &#224; faire face &#224; cette pand&#233;mie et pr&#233;conisent la reprise du travail quel qu'en soit le co&#251;t humain, sans m&#234;me attendre que la pand&#233;mie ralentisse, que le pourcentage d'immunis&#233;s ait atteint un minimum. Mais c'est aussi un moment qui par son ampleur, ses cons&#233;quences d&#233;sastreuses sur certaines cat&#233;gories de la population, par l'exploitation politique que peuvent en faire des partis et des &#233;glises, soit par sectarisme, soit par populisme, peut ouvrir la voie &#224; des gouvernements d'extr&#234;me droite mais aussi, &#224; l'inverse, une opportunit&#233; &#224; saisir pour construire une autre soci&#233;t&#233; fonctionnant avec d'autres modes que la recherche exclusive du profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une crise qui appelle un renouvellement complet de la mani&#232;re de penser l'&#233;conomique et le politique. Aujourd'hui, le primat est &#224; la solidarit&#233;, ce n'est malheureusement pas assez le cas surtout en Am&#233;rique latine, aux Etats-Unis et dans quelques autres pays. Demain, quand les conditions sanitaires seront r&#233;unies, ce sera l'heure de la reprise du travail, en esp&#233;rant que la solidarit&#233; se maintiendra, que le mod&#232;le &#233;conomique ne sera pas une reprise de l'ancien, sinon l'Histoire se r&#233;p&#233;tera comme une trag&#233;die&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le Mexique s'est sp&#233;cialis&#233; dans l'exportation de produits manufactur&#233;s &#224; destination essentiellement des Etats-Unis et du Canada. Cependant, &#224; la diff&#233;rence de nombre de pays asiatiques, le Mexique et les pays d'Am&#233;rique centrale se sont cantonn&#233;s pour l'essentiel &#224; des activit&#233;s d'assemblage &#224; l'exception en partie de certains secteurs comme l'industrie automobile o&#249; le nombre d'&#233;quipementier a augment&#233; gr&#226;ce, non pas &#224; une politique industrielle mais &#224; la venue d'entreprises transnationales. L'ouverture croissante n'a pas eu d'effets positifs sur la croissance au Mexique, les effets multiplicateurs sur le PIB &#233;tant faibles ce qui explique que parmi les grands pays latino-am&#233;ricains, il ait &#233;t&#233; celui dont la croissance a &#233;t&#233; la plus faible ces vingt-cinq derni&#232;res ann&#233;es. La complexification de son tissu industriel est &#233;galement faible et ou/bien apparente et trompeuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Voir le dossier de la revue &#171; Recherches Internationales &#187;, n&#176; 115, 2020, dirig&#233; par Posado Th, Rogalski M., et Salama P., intitul&#233; L'Am&#233;rique latine en bascule avec les &#233;crits de Gaudichaud F., Destremau B., Gaulard M., salama P., Svampa M., Chaponni&#232;re JR. et Ventura Ch. Voir &#233;galement le dernier livre de Gaulard M. et Salama P. , 2020, L'&#233;conomie de l'Am&#233;rique latine, ed. Breal (non disponible &#224; cause de la pand&#233;mie, les librairies &#233;tant ferm&#233;es&#8230;), pour les aspects plus politiques, voir Gaudichaud F., Modonesi M., Weber JR, 2020, Fin de partie, Am&#233;rique latine, les exp&#233;riences progressistes dans l'impasse (1998-2019, ed. Syllepse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Un exemple : Le taux de croissance du PIB par t&#234;te mexicain a &#233;t&#233; seulement de 0.8% en moyenne par an entre 1983 et 2017, bien inf&#233;rieur de celui des Etats&#8211;Unis sur la m&#234;me p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Ce dernier argument r&#233;apparait dans les pays avanc&#233;s mais apr&#232;s des semaines de confinement. Il &#233;tait mis en avant &#233;galement par ceux qui consid&#233;raient que l'immunisation de masse (60% de la population) passait par la contagion en oubliant le nombre consid&#233;rable de morts qu'elle provoquerait, c'est d'ailleurs pourquoi il a &#233;t&#233; abandonn&#233; en Grande Bretagne, aux Pays Bas et partiellement, bine timidement, par Trump aux Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Ce qui explique la forte mont&#233;e de la popularit&#233; du pr&#233;sident Fernandez nouvellement &#233;lu (74% d'appui) fin Mars, et &#224; l'inverse la chute de celle du pr&#233;sident Mexicain dit AMLO qui reste pourtant encore &#233;lev&#233;e (58.4%), sup&#233;rieure a celle du pr&#233;sident Bolsonaro (autour de 30% qui correspond &#224; son socle &#171; &#233;vang&#233;lique &#187;, les couches moyennes sup&#233;rieures &#8211; qui lui &#233;taient acquise-contestant ses prises de position sur la pand&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Voir un article significatif paru dans le Financial Times du 13 Avril intitul&#233; : &#171; Four Mexico states call for new tax deal with L&#243;pez Obrador &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Les pays qui ont plus de 10 lits hospitaliers par mille habitants (il ne s'agit pas ici de lits &#224; soins intensifs dits de r&#233;animation, ont eu le plus faible taux de mortalit&#233; provoqu&#233; par la pand&#233;mie Hong Kong a 14.5 lits, le Japon dix. C'est loin d'&#234;tre le cas du Br&#233;sil qui poss&#232;de1.95 lits par mille habitants. Dans les dix derni&#232;res ann&#233;es le Br&#233;sil a supprim&#233; 40000 &#224; 50000 lits, faute de ressources suffisantes pour les maintenir (O Globo, 23 mars, voir aussi : Financial Times du 13 avril 2020). Voir &#233;galement : Barceno A., 2020, 3 avril, &#171; Coyuntura, escenarios y proyecciones hasta 2030 ante la presente crisis de covid -19 &#187;, 1-65, CEPAL, pour des donn&#233;es plus compl&#232;tes par pays, p. 21.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Uruguay. Le verrou progressiste (I)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Uruguay-Le-verrou-progressiste-I</link>
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		<dc:date>2018-03-27T12:35:58Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Elena Herrera</dc:creator>


		<dc:subject>Uruguay</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-03-27</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;8 mars 2018. &#171; Tous ensemble. &#187; Les journaux et les nouvelles t&#233;l&#233;vis&#233;es montrent l'&#233;norme manifestation. Les r&#233;seaux sociaux explosent sous le flux f&#233;ministe. Les dirigeants et les opposants tournent au violet. Plus de 200,000 personnes. Des femmes de tous &#226;ges. La foule color&#233;e couvre un long tron&#231;on de l'avenue principale de Montevideo. Des centaines de vid&#233;os diffusent les images de ce kal&#233;idoscope. Impressionnant. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de &#192; l'encontre. Pour lire la 2e partie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les revendications (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Uruguay-+" rel="tag"&gt;Uruguay&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-03-27-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-03-27&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton34187-0e4cf.jpg?1677097320' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;8 mars 2018. &#171; Tous ensemble. &#187; Les journaux et les nouvelles t&#233;l&#233;vis&#233;es montrent l'&#233;norme manifestation. Les r&#233;seaux sociaux explosent sous le flux f&#233;ministe. Les dirigeants et les opposants tournent au violet. Plus de 200,000 personnes. Des femmes de tous &#226;ges. La foule color&#233;e couvre un long tron&#231;on de l'avenue principale de Montevideo. Des centaines de vid&#233;os diffusent les images de ce kal&#233;idoscope. Impressionnant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;http://alencontre.org/laune/uruguay-le-verrou-progressiste-i.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; l'encontre&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour lire &lt;a href=&#034;http://www.pressegauche.org/Uruguay-Le-verrou-progressiste-II&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la 2e partie&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les revendications ayant trait au genre et &#224; l'&#233;galit&#233; s'adressent aux pouvoirs de l'Etat (gouvernement, parlement, justice). L'horrible vague de f&#233;minicides et l'imparable &#171; violence domestique &#187; (qui concerne principalement les jeunes, les travailleuses et les femmes pauvres) s'ajoutent &#224; la part d'indignation et de rage. Au fur et &#224; mesure que la marche progresse, un &#233;cran g&#233;ant de l'Impo (Centre d'information officiel) indique que l'Uruguay &#171; est le pays o&#249; le taux d'assassinats de femmes est le plus &#233;lev&#233; au monde &#187;. Pour &#234;tre exact, cette donn&#233;e serait en contradiction avec les chiffres fournis par les Nations Unies et la CEPAL (Commission &#233;conomique pour l'Am&#233;rique latine et les Cara&#239;bes), qui parlent d'un &#171; pays avec peu de violence de genre &#187; (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cart salarial entre homme et femmes constitue l'une des nombreuses r&#233;criminations. Bien qu'elle se soit &#171; progressivement r&#233;duite &#187;, l'in&#233;galit&#233; salariale est une insulte : les femmes gagnent en moyenne 23,9% de moins que les hommes pour la m&#234;me t&#226;che. Cela signifie que &#171; si un homme et une femme commen&#231;aient &#224; travailler dans la m&#234;me position le 1er janvier, la femme serait pay&#233;e &#224; partir du 28 mars, de sorte qu'elle travaillerait gratuitement les 87 premiers jours de l'ann&#233;e &#187; (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rences dans les d&#233;clarations lues pendant la Marche ne diminuent pas l'intensit&#233; du &#171; ph&#233;nom&#232;ne social &#187;. Elles r&#233;affirment la fertilit&#233; du mouvement des femmes qui s'empare de l'espace public. M&#234;me si &#171; &#224; l'int&#233;rieur &#187; du f&#233;minisme militant s'expriment des &#171; diff&#233;rences id&#233;ologiques et g&#233;n&#233;rationnelles &#187; qui &#171; renouvellent le d&#233;bat historique entre l'autonomie, l'institutionnalisation et le r&#244;le de l'&#233;tat &#187; (3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, la gr&#232;ve internationale des femmes n'a pas eu le m&#234;me &#233;cho dans tous les secteurs. Alors que, dans certains endroits, les activit&#233;s &#233;taient totalement ou partiellement paralys&#233;es (sant&#233; publique, lyc&#233;es publics, Universit&#233; de la R&#233;publique et quelques entit&#233;s du secteur priv&#233;), la grande majorit&#233; des travailleuses n'ont pas pu participer &#224; l'appel. M&#234;me avec la syndicalisation, les salari&#233;es des usines, des boulangeries, des magasins, des restaurants, des pharmacies, des centres commerciaux, des supermarch&#233;s, les femmes astreintes aux travaux domestiques, au nettoyage en sous-traitance, engag&#233;es dans les centres d'appels, ont c&#233;l&#233;br&#233; le 8 mars au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, elles exigent le respect, veulent &#234;tre libres, vivre sans peur. Bien qu'elles n'aient pas particip&#233; &#224; la Marche, et n'ont pas non plus fait la gr&#232;ve. Les raisons qui l'expliquent rel&#232;vent d'un constat : elles constituent les 70% des &#171; secteurs populaires &#187; qui ne sont pas en mesure de r&#233;aliser les &#171; arr&#234;ts de travail partiels &#187; d&#233;cr&#233;t&#233;s par l'appareil de la centrale syndicale PIT-CNT (4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des preuves imparables : La critique de l'oppression patriarcale, la revendication des droits de genre, et donc l'&#233;mancipation des femmes, sont ins&#233;parables de la lutte de classe. Sans modifier les rapports de force entre le travail et le capital, sans remettre en cause le despotisme des patrons, sans &#233;liminer les conditions d'emplois pr&#233;caires et la pauvret&#233; salariale, sans faire &#233;chec &#224; la menace de licenciement, sans balayer le harc&#232;lement machiste du lieu de travail, la &#171; condition f&#233;minine &#187; continuera d'&#234;tre subordonn&#233;e. Bien pire pour les travailleuses, seules ou en tant que cheffes de m&#233;nage, dont le revenu moyen d&#233;passe &#224; peine un salaire minimum mensuel de 430$.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il est vrai que la Marche des femmes &#8211; malgr&#233; leurs diff&#233;rences et leurs limites &#8211; partage le podium avec la Marche du silence (20 mai) et la Marche de la diversit&#233; sexuelle (28 septembre). Ce sont les seules manifestations vraiment massives qui secouent l'apathie politique, trois fois par an. M&#234;me si elles sont tr&#232;s diff&#233;rentes par leur origine, leur identit&#233;, et les revendications mises en avant. La Marche du Silence (5) appel&#233;e par les M&#232;res et Familles des Disparus appelle &#224; la V&#233;rit&#233; et &#224; la Justice. Elle exige inlassablement la fin de l'impunit&#233; et la punition des criminels du terrorisme d'&#233;tat (6). Bien que les mascarades du gouvernement persistent (7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Marche pour la diversit&#233; sexuelle, organis&#233;e par les LGBTI, les groupes f&#233;ministes et culturels, les ONG et les institutions officielles, met en lumi&#232;re les droits acquis, les avanc&#233;es juridiques et met en garde contre la discrimination enracin&#233;e. Sa composante juv&#233;nile est forte, bien que depuis quelques ann&#233;es elle jouit d'un &#171; marketing &#187; politique progressiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que diff&#233;rentes, des caract&#233;ristiques communes se d&#233;notent entre ces trois Marches. Elles sont pacifiques, inclusives, tol&#233;rantes. Elles revalorisent la solidarit&#233;. Certes, aucune d'entre elles ne fixe des barri&#232;res de classe, ne d&#233;veloppe des slogans anticapitalistes, ni ne cherche &#224; subvertir ce qui est &#233;tabli. En d'autres termes, elles n'ont pas l'intention de contester l'ordre du capital ou l'&#171; autorit&#233; l&#233;gitime &#187; de l'&#233;tat et de ses institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de tomber dans la critique sectaire, elles rel&#232;vent de la r&#233;alit&#233;. Les trois Marches pr&#233;sentent une image claire du &#171; pays progressiste &#187;, l'Uruguay. L&#224; o&#249; les divers &#171; agendas d&#233;mocratiques &#187; de la &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187; d&#233;passent de loin les indices de &#171; conflit du travail &#187; et les plateformes &#171; classistes &#187; du &#171; mouvement syndical organis&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une simple comparaison suffirait : le PIT-CNT pr&#233;tend avoir environ 400,000 membres (30% des salari&#233;s ayant un &#171; emploi formel &#187;), mais depuis de nombreuses ann&#233;es, la centrale syndicale n'a pas r&#233;ussi &#224; rassembler 500 travailleurs/travailleuses lors de la manifestation du 1er Mai. La Place des Martyrs de Chicago est toujours &#224; moiti&#233; pleine. Par contre, les parcs sont bond&#233;s, comme pour une journ&#233;e de vacances en famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'horizon ind&#233;passable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance sociale existe. Elle est d'ordre d&#233;fensif. Les plateformes de luttes le montrent. Mobilisations des Conseils salariaux (n&#233;gociation tripartite entre le gouvernement, les employeurs et les syndicats) ; protestations contre le &#171; mod&#232;le extractif &#187; (mines, p&#226;te &#224; papier, etc.) et pour la d&#233;fense de l'eau ; les travailleurs ruraux exigeant le respect de la &#171; loi des 8 heures &#187; et la fin de la r&#233;pression des employeurs ; les familles des adolescents emprisonn&#233;s qui r&#233;agissent suite aux t&#233;moignages des tortures inflig&#233;es par les fonctionnaires syndiqu&#233;s de l'Inisa (Institut national pour l'inclusion sociale des adolescents) ; les &#233;boueurs qui demandent que leur travail soit plus respect&#233; et digne ; les &#233;crits sur l'impunit&#233; du terrorisme d'&#233;tat ; les femmes mobilis&#233;es qui d&#233;noncent la violence sexiste ; les revendications exigeant un budget plus important pour la sant&#233;, l'&#233;ducation et le logement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les banderoles d&#233;ploy&#233;es dans rues et les graffitis sur les murs font allusion &#224; l'&#171; ajustement budg&#233;taire &#187;, aux &#171; r&#233;ductions salariales &#187;, &#224; la privatisation et &#224; l'externalisation des services publics, ainsi qu'&#224; la corruption (av&#233;r&#233;e) au sein de l'administration des services de sant&#233; de l'&#233;tat (ASSE). Il semble que le &#171; n&#233;olib&#233;ralisme sauvage &#187; soit au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines de ces luttes ont &#233;t&#233; massives, radicales. Comme les enseignants et les professeurs &#224; l'hiver 2015. Tabar&#233; V&#225;zquez [pr&#233;sident de la R&#233;publique depuis le 1er mars 2015 ; et d&#233;j&#224; &#224; ce poste entre 2005 &#224; 2010, entre-temps, ce fut Jos&#233; (Pepe) Mujica] a d&#233;cr&#233;t&#233; l'&#171; essentialit&#233; des services &#187;, ce qui interdit les gr&#232;ves. Le Directeur national du Travail &#233;tait Juan Castillo, ancien dirigeant du PIT-CNT, aujourd'hui secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Parti communiste de l'Uruguay (PCU). Les gr&#233;vistes ont &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;s par les brigades anti&#233;meutes de la Garde r&#233;publicaine. Ils ont perdu cette bataille et leurs organisations en ont &#233;t&#233; affaiblies. C'est ainsi r&#233;alis&#233; l'objectif (rendu public face aux m&#233;dias) de Jos&#233; Mujica : les syndicats de l'&#233;ducation &#171; il faut les mettre dans la merde &#187;. Bien que le 1er mars 2010, lorsqu'il prenait ses fonctions en tant que chef de l'Etat, il ait annonc&#233; au Parlement ses trois objectifs principaux : &#171; &#233;ducation, &#233;ducation, &#233;ducation &#187;. Hillary Clinton, radieuse, l'a applaudi debout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats des enseignant&#183;e&#183;s continuent de se battre. Il en va de m&#234;me pour des milliers de travailleurs et travailleuses. Cependant, les aspirations &#224; un &#171; salaire digne &#187; et &#224; la &#171; justice sociale &#187; ne brisent pas ce que beaucoup de commentateurs appellent l'&#171; h&#233;g&#233;monie progressiste &#187; [du gouvernement du Frente Amplio] qui, en fait, fonctionne comme un verrou id&#233;ologique et programmatique. O&#249; la perspective de l'&#233;mancipation sociale et du &#171; d'aller au-del&#224; &#187;, du &#171; d&#233;passement &#187;, est enferm&#233;e dans les deux pr&#233;misses fondamentales qui d&#233;finissent le &#171; changement possible &#187; : l'acceptation du capitalisme et la collaboration de classe. Les revendications ont une limite : cet horizon ind&#233;passable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les termes utilis&#233;s par le chef (Mujica) des Tupamaros officiels. D'une part, l'&#233;conomie capitaliste &#171; est un outil de prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique &#187; (8). Il est impossible de gagner &#171; avec des d&#233;crets ou avec des d&#233;cisions purement politiques. C'est un changement d'&#233;poque. Nous utilisons les ressources du capitalisme avec le maximum d'intelligence pour essayer d'avoir des soci&#233;t&#233;s beaucoup plus qualifi&#233;es &#187; (9). D'autre part, &#171; les discussions syndicales ne peuvent pas porter uniquement sur les salaires (&#8230;). Le travailleur doit commencer &#224; prendre en charge les difficult&#233;s et les r&#233;alisations des entreprises en exigeant qu'elles avancent et que de plus elles r&#233;investissent. Nous ne pouvons pas rester si loin des vicissitudes des hauts et des bas d'une entreprise alors qu'il y a tant de choses en jeu. &#187; (10)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La professeure Alma Bolon l'avait d&#233;j&#224; pos&#233; lucidement. Mujica n'est pas seulement &#171; le h&#233;ros de l'op&#233;ration m&#233;diatico-&#233;thique la plus r&#233;ussie dans ce pays &#187;, mais aussi &#171; le cadeau dont la droite uruguayenne n'a jamais os&#233; r&#234;ver &#187; (11). Quelque temps apr&#232;s ces d&#233;clarations lapidaires, une &#233;tude de l'Institut Fraser (Canada) avec le soutien du Centro de Estudios para el Desarrollo, un think tank lib&#233;ral, a certifi&#233; que l'attachement de l'ancien membre de la gu&#233;rilla aux &#171; r&#232;gles &#187; du march&#233; &#233;tait absolument sinc&#232;re : pendant sa pr&#233;sidence (2010-2015), le pays a atteint le &#171; plus haut degr&#233; de libert&#233; &#233;conomique &#187; (12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences de cette &#233;pouvantable m&#233;tamorphose de la &#171; gauche historique &#187; sont &#233;crasantes. Elles enterrent les principes. Ils effacent les antagonismes entre riches et pauvres. Elles domestiquent les consciences. Il n'y a pas de classes irr&#233;conciliables. La &#171; culture ouvri&#232;re &#187; c&#232;de la place au &#171; statut de classe moyenne &#187;. La lutte de classe devient un jeu d'&#233;changes n&#233;goci&#233;s ou de &#171; compromis convenus &#187;. La &#171; coexistence citoyenne &#187; et l'&#171; int&#233;r&#234;t national &#187; deviennent la norme. Les perceptions socioculturelles sont confuses, m&#234;me les plus &#233;l&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; militaires r&#233;pressifs &#187; sont devenus la &#171; police amie &#187;. Les membres du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur (dirig&#233; par Eduardo Bonomi, un autre fonctionnaire des Tupamaros) pr&#233;tendent &#234;tre pris en otage dans les &#171; quartiers critiques &#187; de la p&#233;riph&#233;rie urbaine de Montevideo (13). Les voisins, les commer&#231;ants et les syndicats des transports r&#233;clament la police et la soutiennent. Ils sont l'arme institutionnelle pour pers&#233;cuter les &#171; mauvais pauvres &#187; et, surtout, pour punir les principaux &#171; ennemis de la s&#233;curit&#233; &#187; : les &#171; adolescents d&#233;linquants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'atmosph&#232;re de guerre est une horreur. Pendant la pr&#233;sidence de Mujica, l'&#233;tat r&#233;pressif s'est renforc&#233;. La dur&#233;e d'incarc&#233;ration des adolescents a augment&#233; (14). La majorit&#233; des personnes tu&#233;es et bless&#233;es dans cette &#171; lutte contre la criminalit&#233; &#187; ont moins de 35 ans. Le taux de population carc&#233;rale est le plus &#233;lev&#233; d'Am&#233;rique latine (15), 62% des 12,000 d&#233;tenus ont moins de 29 ans. Le nombre de &#171; femmes d&#233;tenues &#187; a augment&#233; de 583% en dix ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pauvret&#233; n'a plus de racines socio-&#233;conomiques, mais est un &#171; probl&#232;me personnel et priv&#233; &#187; (16) lorsqu'elle n'est pas le r&#233;sultat d'un processus de &#171; lumpenisation &#187; et de &#171; favelisation &#187;. Un pourcentage &#233;lev&#233; de personnes (beaucoup d'&#233;lecteurs du Frente Amplio) critiquent les plans sociaux, pensent que ce qui est fait pour r&#233;duire la pauvret&#233; &#171; est plus que le n&#233;cessaire &#187; (17). Sans se soucier de savoir que les &#171; transferts mon&#233;taires directs &#187; aux m&#233;nages les plus pauvres ne repr&#233;sentent que 0,2% du budget national ; ni que 350,000 personnes (11% de la population totale du pays) survivent encore dans le &#171; noyau dur &#187; de la &#171; pauvret&#233; structurelle &#187;. Le Bureau de la planification et du budget (OPP) affirme que le &#171; pays &#233;galitaire &#187; montre des signes de fracture (17).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PIT-CNT coop&#232;re &#224; des &#171; projets productifs &#187;, appuie l'investissement priv&#233;, local et &#233;tranger. Les syndicats de la construction et de la m&#233;tallurgie (dirig&#233;s par le Parti communiste) admettent l'installation de la troisi&#232;me &#171; m&#233;ga-usine &#187; transnationale de p&#226;te de cellulose : &#171; elle g&#233;n&#232;re des emplois et des salaires &#187;. La pollution de l'environnement, les exon&#233;rations fiscales importent peu comme le fait que les &#171; travaux d'infrastructure routi&#232;re &#187; soient pay&#233;s par l'&#233;tat (18), soit par les salari&#233;s consommateurs par le biais de la TVA, entre autres. Cela pour ce qui concerne tous les projets les plus importants. C'est la loi de la &#171; participation publique-priv&#233;e &#187; (PPP) qui, enfin, commence &#224; stimuler la &#171; croissance &#233;conomique &#187;. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, un seul projet avait &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; : la construction d'une &#171; prison mod&#232;le &#187; de 1800 places, o&#249; les d&#233;tenus pourront manger du poisson jusqu'&#224; deux fois par semaine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements du Frente Amplio ont acc&#233;l&#233;r&#233; la contre-r&#233;volution agraire. Les propri&#233;taires de l'agrobusiness la d&#233;finissent comme une &#171; r&#233;volution surprenante &#187; (19). Les &#233;ditorialistes lib&#233;raux sont plus tranchants dans leur jugement. On se souviendra du gouvernement Mujica &#171; pour ne pas avoir concr&#233;tis&#233; les d&#233;sastres que les Tupamaros proposaient il y a quatre d&#233;cennies [&#8230;]. Il n'y a pas de &#8220;r&#233;forme agraire&#8221; (sauf celle que les hommes d'affaires br&#233;siliens ont d&#233;velopp&#233;e avec un succ&#232;s incontestable dans la campagne uruguayenne), la banque priv&#233;e est en mains &#233;trang&#232;res, les relations avec le FMI sont excellentes, les multinationales et les capitaux &#233;trangers sont non seulement les bienvenus, mais ils ont &#233;t&#233; d&#233;sesp&#233;r&#233;ment sollicit&#233;s par les dirigeants tupamaros [&#8230;] et le &#171; transfert de la terre &#187; aux propri&#233;taires &#233;trangers s'est &#233;tendu comme peu souvent dans l'histoire de l'Uruguay sous les deux gouvernements du Frente Amplio. &#187; (20) Aide-m&#233;moire : Mujica a &#233;t&#233; ministre de l'Agriculture, de l'Elevage et de la P&#234;che de 2010 &#224; 2014 pendant le premier mandat de Tabar&#233; V&#225;zquez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte d&#233;favorable, les syndicats de travailleurs ruraux d&#233;noncent la surexploitation, les salaires de mis&#232;re, les pers&#233;cutions syndicales, les agressions physiques, les conditions de travail d&#233;plorables. Et ils se battent, bien que le taux de syndicalisation ne soit que d'environ 6%. Ils appellent &#224; la promotion d'une production sans OGM pour le march&#233; int&#233;rieur ; et pour des pr&#234;ts aux coop&#233;ratives. En d'autres termes, ils proposent un autre mod&#232;le d'&#171; acc&#232;s &#224; la terre &#187;. Toutefois, la &#171; r&#233;forme agraire &#187; et les &#171; expropriations &#187; sont absentes de la longue liste des &#171; revendications imm&#233;diates &#187; (21).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A suivre ; article envoy&#233; le 16 mars 2018 par l'auteur, responsable du service Correspondencia de Prensa qui collabore avec A l'Encontre ; traduction A l'Encontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) &#171; Uruguay es un pa&#237;s con poca violencia de g&#233;nero &#187;. La Diaria, edici&#243;n Fin de Semana, 3-3-2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) &#171; Brecha salarial : las mujeres trabajan 87 d&#237;as gratis al a&#241;o &#187;. Informe Equal Pay Day divulgado por el estudio de abogados Ferrere, El Pa&#237;s, 8-3-2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) &#171; Esta es mi revoluci&#243;n. El feminismo militante en Uruguay &#187;, Daiana Garc&#237;a, Brecha, 9-3-2018, y Correspondencia de Prensa, 9-3-2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) Plenario Intersindical de Trabajadores-Convenci&#243;n Nacional de Trabajadores, central sindical &#250;nica.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5) La Marche rappelle celle du 20 mai 1976, pendant la dictature (1973-1985), quand furent assassin&#233;s) &#224; Buenos Aires les d&#233;put&#233;s Zelmar Michelini (du Frente Amplio) et H&#233;ctor Guti&#233;rrez Ruiz (du Partido Nacional, ainsi que Rosario Barredo et William Whitelaw (ex-membres du mouvement tupamaros). Ils &#233;taient tous en exil. Le crime a &#233;t&#233; commis par les militaires uruguayens et argentins dans le cadre de la coordination r&#233;pressive des dictatures du C&#244;ne Sud (Argentine, Br&#233;sil, Chili, Paraguay, Uruguay), plus tard connue sous le nom d'&#171; Op&#233;ration Condor &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6) &#171; Las cloacas de la impunidad &#187;, par Ernesto Herrera, Rebeli&#243;n, 22-1-2015 (&lt;a href=&#034;http://www.rebelion.org/noticia.php?id=194573&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.rebelion.org/noticia.php?id=194573&lt;/a&gt;) et A l'Encontre : Le &#171; pr&#233;sident normal &#187; assure l'impunit&#233; des militaires criminels &#171; normaux &#187; 6-2-2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7) &#171; Hasta ac&#225; llegamos &#187;, La renuncia de Familiares al Grupo por Verdad y Justicia&#8221;, Samuel Blixen, Brecha, 2-3-2018 y Correspondencia de Prensa, 3-3-2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8) D&#233;jeuner de Mujica (12-12-2012) avec 200 entrepreneurs de l'h&#244;tellerie, de l'immobilier, de la restauration. Une activit&#233; organis&#233;e par &#171; Destino Uruguay &#187; dans le restaurant Boca Chica &#224; Punta del Este. B&#250;squeda, 27-12-2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9) Entretien avec Mujica, dans le quotidien El Mercurio, Santiago de Chile, 5-1-2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10) Entretien avec Mujica, suppl&#233;ment El Empresario, El Pa&#237;s, 5-4-2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11) &#171; El 14 de abril &#187;, Ana Bolon, hebdomadaire Brecha, 13-4-2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12) &#171; Uruguay tuvo con Mujica su mayor grado de libertad econ&#243;mica &#187;, B&#250;squeda, 5-10-2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13) &#171; Los polic&#237;as denuncian sentirse &#8220;rehenes&#8221; en los barrios cr&#237;ticos &#187;. El Pa&#237;s, Montevideo, 9-3-2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14) &#171; Seguridad, pobreza y criminalizaci&#243;n. La profundizaci&#243;n del estado punitivo en Uruguay &#187;, Ana Juanche y Giani Di Palma, Revista Contrapunto, Montevideo, mayo de 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15) &#171; La benevolencia de la izquierda con los criminales es un mito &#187;, entretien avec le sociologue Luis Eduardo Mor&#225;s dans l'hebdomadaire Hebreo, Montevideo Portal, 3-3-2018 et Correspondencia de Prensa, 10-3-2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16) &#171; La pobreza como un problema personal y privado. El ropaje des-socializante de las nuevas pol&#237;ticas sociales &#187;, Bentura, Alonso, Mariatti, Brecha, 2-9-2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17) &#171; Es pobre por &#8220;su culpa&#8221; : la nueva grieta uruguaya &#187;, Tomer Urwicz, El Pa&#237;s, 24-9-2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18) Il y a d&#233;j&#224; deux usines de p&#226;te g&#233;antes : l'une d'UPM (anciennement Botnia), une transnationale finlandaise, situ&#233;e dans la ville de Fray Bentos, d&#233;partement de R&#237;o Negro ; et l'autre de Montes del Plata, propri&#233;t&#233; d'Arauco et Stora Enso, d'origine chilienne et su&#233;do-finlandaise, situ&#233;e &#224; Conchillas, d&#233;partement de Colonia. La seconde appartenant &#224; UPM sera situ&#233;e pr&#232;s de la ville de Paso de los Toros, entre les d&#233;partements de Durazno et Tacuaremb&#243;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19) &#171; Agro. La revoluci&#243;n sorprendente &#187;, Rosanna Dellazoppa, Fin de Siglo, Montevideo, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20) &#171; Dos a&#241;os de Mujica &#187;, Claudio Paolillo, B&#250;squeda, 1-3-2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21) &#171; El conflicto del campo en la mirada de los trabajadores. La s&#233;ptima mochila &#187;, Salvador Neves, Brecha, 9-3-2018, y Correspondencia de Prensa, 10-3-2018.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Uruguay. Le verrou progressiste (II)</title>
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		<dc:date>2018-03-27T12:35:17Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Elena Herrera</dc:creator>


		<dc:subject>Uruguay</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-03-27</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1er mars 2018. Il n'y a plus d'enthousiasme. Ni les foules qui descendent dans la rue pour saluer Tabar&#233; V&#225;zquez, le &#171; camarade pr&#233;sident &#187;, comme c'&#233;tait le cas, il y a 13 ans, lorsque le Frente Amplio a pris le pouvoir pour la premi&#232;re fois. A cette occasion, le &#171; progressisme &#187; a opt&#233; pour &#171; d&#233;fendre sa gestion &#187;, pour &#171; une nouvelle strat&#233;gie de communication &#187; : le R&#233;seau national de radio et t&#233;l&#233;vision. Pas de raffut militant, pas d'agitation de drapeaux. Ainsi, les &#233;lecteurs m&#233;ditent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH87/arton34188-e5705.jpg?1677097320' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;1er mars 2018. Il n'y a plus d'enthousiasme. Ni les foules qui descendent dans la rue pour saluer Tabar&#233; V&#225;zquez, le &#171; camarade pr&#233;sident &#187;, comme c'&#233;tait le cas, il y a 13 ans, lorsque le Frente Amplio a pris le pouvoir pour la premi&#232;re fois. A cette occasion, le &#171; progressisme &#187; a opt&#233; pour &#171; d&#233;fendre sa gestion &#187;, pour &#171; une nouvelle strat&#233;gie de communication &#187; : le R&#233;seau national de radio et t&#233;l&#233;vision. Pas de raffut militant, pas d'agitation de drapeaux. Ainsi, les &#233;lecteurs m&#233;ditent attentivement chez eux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;http://alencontre.org/ameriques/amelat/uruguay/uruguay-le-verrou-progressiste-ii.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; l'encontre&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour lire la &lt;a href=&#034;http://www.pressegauche.org/Uruguay-Le-verrou-progressiste-I&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1&#232;re partie&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cycle ou parenth&#232;se ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les troupes de choc approuvent sans plaisanter, aussi bien le contenu que la modalit&#233;. Il s'agit des milliers de &#171; cadres politiques &#187; et de syndicalistes qui se sont recycl&#233;s en &#171; gestionnaires/administrateurs &#187; de l'appareil d'Etat. Pousser &#171; plus &#224; gauche &#187;. Et qu'ils restent viss&#233;s &#224; leurs &#171; postes de confiance politique &#187;. Ils ont depuis longtemps abandonn&#233; la th&#232;se de &#171; l'orientation en dispute &#187;. Ses principaux instigateurs, le Mouvement pour la participation du peuple (MPP) et le Parti communiste, l'ont ray&#233;e du dictionnaire. Ils d&#233;fendent leur part du pouvoir au sein de la &#171; nouvelle &#233;lite dirigeante &#187;. Op&#233;rations de client&#233;lisme, achat d'ONG, trafic d'influence, utilisation des fonds publics. En un mot : faire carri&#232;re en tant que strate sociale privil&#233;gi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d'une d&#233;cennie apr&#232;s ce &#171; buzz politique &#187; qui annon&#231;ait, selon Tabar&#233; V&#225;zquez, un &#171; chemin de transformation &#187; qui ferait &#171; trembler les racines des arbres &#187;, le r&#233;sultat est, au mieux, tr&#232;s maigre. M&#234;me d'un point de vue &#171; r&#233;formiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lois sur la protection du travail ; droits syndicaux ; &#171; r&#233;cup&#233;ration des salaires &#187; (entre 2005-2013) ; r&#233;duction de la pauvret&#233; et de l'indigence (entre 2005-2015) ; &#171; nouvel agenda des droits &#187; (d&#233;criminalisation de l'avortement, l&#233;galisation de la marijuana, mariage homosexuel). Bref, 600'000 personnes (27% de la population) se sont int&#233;gr&#233;es dans la consommation &#171; confortable &#187; de la &#171; classe moyenne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les &#171; questions en suspens &#187; d&#233;passent la liste de celles qualifi&#233;es de r&#233;ussites. Malgr&#233; une d&#233;cennie marqu&#233;e par un record historique de &#171; croissance &#233;conomique &#187; qui a permis une &#171; reprise salariale sans pr&#233;c&#233;dent &#187;, pr&#232;s de la moiti&#233; de la main-d'&#339;uvre &#171; est pay&#233;e moins de 600 dollars par mois &#187; (22). Le taux de ch&#244;mage s'&#233;l&#232;ve &#224; 8,5% (145'000 personnes). &#171; Un chiffre &#8220;non dramatique&#8221; selon le gouvernement. Mais dans le cas des jeunes, le taux de ch&#244;mage se situe &#224; pr&#232;s de 25%. Environ 185'000 personnes vivent dans des &#171; habitats informels &#187;. Les 15'000 logements populaires que Mujica avait promis dans le cadre de son &#171; g&#233;n&#233;reux &#187; Plan Juntos &#233;taient au nombre de moins de 3000 &#224; la fin de son mandat. Les grossesses d'adolescentes atteignent 17% dans les quartiers les plus pauvres et z&#233;ro dans les quartiers les plus riches. Seulement 2% d'&#171; enfants de la classe ouvri&#232;re &#187; entrent &#224; l'universit&#233;. Dans l'enseignement public, 6 &#233;l&#232;ves sur 10 ne terminent pas les six ann&#233;es du cycle des &#233;tudes secondaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lignes directrices du programme &#233;conomique, certifi&#233;es par les institutions financi&#232;res internationales en juin 2005 &#224; Washington, D.C., sont en vigueur. L'attachement aux conditions impos&#233;es par la &#171; mondialisation &#187; capitaliste, aussi. La dette ext&#233;rieure frauduleuse est pay&#233;e ponctuellement. Tout compte fait, le progressisme s'est av&#233;r&#233; &#234;tre un &#171; changement possible &#187;&#8230; dans la m&#234;me direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc exag&#233;r&#233; de parler de deux &#171; cycles &#187; ou de deux &#171; &#226;ges &#187;. Le n&#233;olib&#233;ralisme et le &#171; post-n&#233;olib&#233;ralisme &#187; convergent dans la m&#234;me logique. La prose &#171; n&#233;o-d&#233;veloppementaliste &#187; n'est qu'un euph&#233;misme qui ne change pas l'&#233;quation. La &#171; matrice &#187; a &#233;t&#233; con&#231;ue par les gouvernements de coalition &#171; colorados et blancos &#187; [les deux partis bourgeois historiques] au cours de la &#171; d&#233;cennie perdue &#187; des ann&#233;es 1990 et continue de l'&#234;tre. Les piliers sont les m&#234;mes : Loi sur la production foresti&#232;re [p&#226;te &#224; papier] ; Loi sur l'investissement ; Loi sur les zones franches ; Syst&#232;me d'administration des Fonds d'&#233;pargne pr&#233;visionnelle [capitalisation individuelle, selon le syst&#232;me en vigueur d&#232;s 1996] (Afap) ; Loi sur les ports. Lorsque le Frente Amplio &#233;tait une opposition de gauche, il s'&#233;tait oppos&#233; &#224; ce processus de contre-r&#233;formes n&#233;olib&#233;rales, promouvant dans certains cas des pl&#233;biscites et des r&#233;f&#233;rendums. Aucune de ces contre-r&#233;formes n'a &#233;t&#233; abrog&#233;e au cours de ces 13 ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; cycle progressiste &#187; a consist&#233;, en fait, en une plus grande continuit&#233; : d&#233;r&#233;glementation financi&#232;re ; d&#233;nationalisation de la production et de la commercialisation des produits exportables : soja (100% OGM), viande, riz, bl&#233;, produits laitiers ; concentration des terres et transfert &#224; des propri&#233;taires &#233;trangers ; multiplication du r&#233;gime des zones franches ; exon&#233;rations fiscales pour les multinationales de la p&#226;te &#224; papier et mini&#232;res ; privatisation et sous-traitance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements successifs du Frente Amplio y ont ajout&#233; : l'imp&#244;t sur le revenu des personnes physiques (IRPF), lors du premier mandat de T. V&#225;zquez ; la Loi sur la &#171; participation publique-priv&#233;e &#187; (PPP) et celle sur l'&#171; inclusion financi&#232;re &#187;, mandat de Mujica (23) ; la privatisation et l'externalisation des zones d'activit&#233;s et des services du Banco de la Rep&#250;blica (BROU), sous le deuxi&#232;me mandat de V&#225;zquez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A aucun moment, l'agenda &#233;conomique n'a envisag&#233; une v&#233;ritable r&#233;partition des richesses. La &#171; rentabilit&#233; &#187; des entreprises a toujours &#233;t&#233; prot&#233;g&#233;e contre les fluctuations &#171; cycliques &#187; de l'&#233;conomie. En tout &#233;tat de cause, le &#171; progressisme &#187; a b&#233;n&#233;fici&#233; de la parenth&#232;se ouverte par le &#171; boom des mati&#232;res premi&#232;res &#187; (entre 2004 et 2011), afin de cacher le &#171; conflit distributif &#187; et g&#233;n&#233;rer des ressources pour l'investissement public et le financement d'un processus &#171; d'assistance sociale &#187;. Bien que le montant allou&#233; &#224; ces politiques n'ait jamais atteint le 0,4% du PIB (24).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but, il n'y a eu qu'une seule politique &#233;conomique, coh&#233;rente. Elle n'a jamais &#233;t&#233; l'objet d'affrontements. Il n'y a pas non plus eu de luttes acharn&#233;es entre &#171; deux &#233;quipes &#233;conomiques &#187;. Les lignes directrices ont &#233;t&#233; &#233;tablies par son principal th&#233;oricien et metteur en &#339;uvre : le cr&#233;dible Danilo Astori. L'historien et politologue Gerardo Caetano, que personne ne peut qualifier de &#171; radical &#187; ou de &#171; non inform&#233; &#187;, le d&#233;crit avec pr&#233;cision. &#171; Je trouve cela tr&#232;s amusant quand on me dit qu'Astori est le grand perdant dans les &#233;lections internes du Frente Amplio. Dans les trois grands gouvernements du Frente, apr&#232;s le pr&#233;sident, il a sans doute &#233;t&#233; l'homme le plus puissant de ces 11 ann&#233;es. V&#225;zquez l'a toujours ou presque toujours soutenu et Mujica, m&#234;me lorsqu'il a eu des discussions, l'a &#233;galement toujours soutenu &#224; l'heure de v&#233;rit&#233;. Ensuite, la simple mise en discussion de la politique &#233;conomique du gouvernement du Frente Amplio a toujours relev&#233; du tabou. &#187; (25) Et cela continue de l'&#234;tre, m&#234;me s'il y a parfois des cris et des moments de col&#232;re. Et bien que beaucoup de militant&#183;e&#183;s soient troubl&#233;s et mal &#224; l'aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un parti d'Etat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne n'a pr&#233;tendu, ni m&#234;me imagin&#233;, que le Frente Amplio formerait un gouvernement de &#171; rupture anticapitaliste &#187;. Qu'il remettrait en cause les &#171; relations sociales de production &#187; ou qu'il d&#233;molirait les institutions du r&#233;gime bourgeois de domination politique. Ni qu'il adopterait une position souverainiste contre l'arrogance du &#171; camp imp&#233;rialiste &#187;. En fait, il est en faveur de la signature d'accords de libre-&#233;change avec n'importe qui. Par exemple, c'est l'un des partenaires du Mercosur qui est le plus &#224; m&#234;me de mettre en &#339;uvre rapidement l'accord en cours de n&#233;gociation avec l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa d&#233;finition strat&#233;gique &#233;tait bas&#233;e sur l'acc&#232;s au pouvoir de l'Etat, se soumettant au r&#233;gime de la &#171; d&#233;mocratie gouvernable &#187;. M&#234;me apr&#232;s la brutale crise &#233;conomique et financi&#232;re de 2001-2003, son engagement a &#233;t&#233; pr&#233;cis : la &#171; fid&#233;lit&#233; institutionnelle &#187;. Alors que divers analystes nationaux et internationaux (y compris le FMI) ont rapport&#233; que le pr&#233;sident en charge de l'&#233;poque, Jorge Batlle (du Parti Colorado) avait &#171; ses jours compt&#233;s &#187;, le Frente a amorti les terribles cons&#233;quences sociales en &#171; ne br&#251;lant pas la prairie &#187;. Il n'y a pas eu de pillages, pas de gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales, pas d'assembl&#233;es de quartier, pas de gens avec des casseroles dans les bus comme &#224; Buenos Aires. Et encore moins le mot d'ordre : &#171; Qu'ils d&#233;gagent tous &#187;. C'&#233;tait le dernier examen et il l'a r&#233;ussi. Ce fut le tremplin vers la victoire &#233;lectorale d'octobre 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que le Frente Amplio n'est pas arriv&#233; au gouvernement sous l'impulsion d'une vague d'insurrections populaires ou de r&#233;bellions massives. C'est la diff&#233;rence avec l'Argentine, la Bolivie, l'Equateur, le Venezuela. Il n'&#233;tait pas oblig&#233; de passer par les &#171; r&#233;formes structurelles &#187; du programme &#171; anti-oligarchique &#187; et &#171; anti-imp&#233;rialiste &#187; de 1971, datant de sa fondation. La r&#233;forme agraire, la nationalisation des banques priv&#233;es, la r&#233;forme urbaine, la nationalisation du commerce ext&#233;rieur n'&#233;taient plus une r&#233;f&#233;rence programmatique de la classe ouvri&#232;re et de ses alli&#233;s populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise de 2001-2003 a marqu&#233; un tournant. Les revendications initiales se sont abaiss&#233;es. La situation socio-&#233;conomique d&#233;sastreuse a fait grimper le &#171; gonflement des attentes &#187;. Il &#233;tait n&#233;cessaire de &#171; r&#233;tablir &#187; des conditions de vie tol&#233;rables. Plus de 150'000 travailleurs avaient perdu leur emploi dans le secteur priv&#233; ; les salaires avaient chut&#233; de 20% ; la pauvret&#233; et le d&#233;nuement frappaient 39% de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, le progressisme a pris en charge &#171; l'h&#233;ritage maudit &#187; transmis par la &#171; crise du n&#233;olib&#233;ralisme &#187;. Il a reconstruit en partie le &#171; tissu social &#187;, r&#233;duit le taux de la &#171; pauvret&#233; r&#233;cente &#187; et, fondamentalement, r&#233;tabli une &#171; normalisation &#187; syst&#233;mique. Il a exerc&#233; le pouvoir en tant que parti d'Etat. En d'autres termes, en tant que parti de l'ordre capitaliste. Un &#233;l&#233;ment qualitatif et qui configure cet exercice du pouvoir que les secteurs &#171; d&#233;concert&#233;s &#187;, &#171; frenteamplistas &#187;, oublient en g&#233;n&#233;ral dans leurs analyses. Avec des majorit&#233;s parlementaires (lors les deux premiers mandats) et sans former un gouvernement de coalition avec la grande bourgeoisie &#8211; comme dans le cas du Parti du Travail (PT) au Br&#233;sil &#8211; le &#171; progressisme &#187; uruguayen a appliqu&#233; avec prudence la strat&#233;gie d'&#171; unit&#233; nationale &#187; bas&#233;e sur une politique coh&#233;rente de collaboration de classe. Qui, il faut le dire, avait (et a) obtenu un large consentement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;vidence : la &#171; d&#233;cadence id&#233;ologique &#187; du &#171; centre gauche &#187; s'est faite par &#233;tapes. Elle a commenc&#233; avec les diff&#233;rentes &#171; mises &#224; jour programmatiques &#187;, avec l'acc&#232;s au gouvernement municipal de Montevideo il y a 28 ans [Tabar&#233; V&#225;zquez a &#233;t&#233; maire de Montevideo de mai 1990 &#224; mai 1994], et avec l'id&#233;e verticaliste selon laquelle les &#171; changements &#187; sont plus efficaces et durables, s'ils sont faits &#171; d'en haut &#187;. Ce qui aboutit &#224; d&#233;courager ainsi tout processus d'auto-organisation en dehors de la sph&#232;re institutionnelle (partis, syndicats, organisations &#233;tudiantes, ONG coopt&#233;es). Des raisons qui sont aussi oubli&#233;es par les militants du Frente Amplio qui, aujourd'hui, sont critiques et qui se demandent ce qui se termine et ce qui commence (26). Sans avoir de r&#233;ponses sur la nature et la fonction actuelle du Front large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces politiques qui d&#233;cident au sein du Frente Amplio et soutiennent le gouvernement ne peuvent plus &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme membres de &#171; la gauche &#187;, ni dans un sens pratique ni dans un sens programmatique. Sa couche dirigeante est essentiellement un groupe de fonctionnaires (hauts et moyens) et de parlementaires qui vivent des fonctions publiques et des nominations &#233;lectorales. Elle n&#233;gocie au sein de l'appareil d'Etat avec un groupe d'ennemis de la classe ouvri&#232;re (la droite politique, les m&#233;dias, les entreprises patronales, les institutions financi&#232;res internationales, les gouvernements imp&#233;rialistes ou r&#233;actionnaires). Il s'agit d'une couche sociale conservatrice qui, au-del&#224; de ses contorsions discursives et de &#171; virages &#224; gauche &#187; proclam&#233;s, est irr&#233;cup&#233;rable, m&#234;me pour une lutte plus ou moins &#171; r&#233;formiste &#187;. Son horizon strat&#233;gique est le pouvoir pour le pouvoir lui-m&#234;me. Son programme est d&#233;pourvu d'un projet de nation souveraine et orphelin de toute notion d'&#233;mancipation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, cela n'implique pas de sous-estimer le Frente Amplio en tant que machine &#233;lectorale. Il continuera &#224; &#234;tre pr&#233;sent sur ce terrain. Comme reste indiscutable sa capacit&#233; de gagner &#224; nouveau des votes et des intentions de personnes qui sont enclines &#224; se rallier &#171; au moins pire &#187; afin que la droite historique ne revienne pas aux affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conclusions de ces 13 ann&#233;es de &#171; progressisme &#187; en Uruguay co&#239;ncident avec celles &#233;tablies par Decio Machado et Ra&#250;l Zibechi concernant les gouvernements dits &#171; nationaux et populaires &#187; ou &#171; post-n&#233;olib&#233;raux &#187; du &#171; cycle progressif &#187; en Am&#233;rique du Sud. &#171; Ce qui est entr&#233; en crise, c'est un projet qui cherchait &#224; g&#233;rer un capitalisme qui existe vraiment (c'est-&#224;-dire extractif), mais avec de bonnes mani&#232;res. Le r&#233;sultat des ann&#233;es consacr&#233;es &#224; la gestion du mod&#232;le a &#233;t&#233; l'&#233;mergence de nouveaux profils de gestionnaires qui ont &#233;t&#233; int&#233;gr&#233;s aux &#233;chelons sup&#233;rieurs de l'Etat, soit dans les administrations centrales, soit dans les entreprises d'Etat, en alliance avec des entreprises priv&#233;es. La crise du progressisme r&#233;v&#232;le ce que le discours a tent&#233; de masquer : comment les politiques sociales, sous la th&#233;matique de la justice sociale, de la lutte contre la pauvret&#233; et contre l'in&#233;galit&#233;, se sont limit&#233;es &#224; coopter les dirigeants populaires pour essayer de domestiquer les mouvements des plus pauvres, &#187; (27)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, le vrai &#171; conflit &#187; implique la (re)construction d'un &#171; camp strat&#233;gique &#187; de la gauche socialiste et r&#233;volutionnaire. Et cela pas seulement pour corriger &#171; l'orientation perdue &#187; de l'ancienne gauche. Si la fonction centrale du &#171; progressisme &#187; est celle de cadenasser le &#171; potentiel anticapitaliste &#187; des masses laborieuses, le d&#233;fi des forces explicitant &#171; un projet et une intention r&#233;volutionnaire &#187; est (ou devrait &#234;tre) de forger un lien r&#233;el avec les r&#233;sistances syndicales et populaires (qui indiquent en tant que telles une autre voie possible), en &#233;tant un protagoniste visible, sans pr&#233;tentions d'avant-garde, proposant des alternatives programmatiques et strat&#233;giques antagonistes au pouvoir de l'Etat et &#224; son architecture institutionnelle. Bref, une gauche anti-parlementaire, avec un &#171; vote nul &#187; dans le cirque &#233;lectoral. Dans un tel contexte, les militants &#171; d&#233;&#231;us et troubl&#233;s &#187; du Frente Amplio font face &#224; un dilemme : inconfortables &#224; l'int&#233;rieur du Frente ? Dans une situation encore pire &#224; l'ext&#233;rieur ? (Montevideo, 16 mars 2018 ; article envoy&#233; par l'auteur, responsable du service Correspondencia de Prensa qui collabore avec A l'Encontre ; traduction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22) &#171; Hijos de la tierra. Apuntes sobre la econom&#237;a pol&#237;tica del Uruguay &#187;, Gabriel Oyhant&#231;abal y Rodrigo Alonso, art&#237;culo publicado en el libro Entre : ensayos sobre lo empieza y lo que termina, Estuario editora, Montevideo, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23) Sur le pouvoir des &#171; services financiers &#187; et leurs cons&#233;quences &#233;conomiques et sociales, il y a une &#233;tude rigoureuse de Lena Levinas, chercheuse &#224; l'Institut d'&#233;conomie de l'Universit&#233; f&#233;d&#233;rale de Rio de Janeiro, &#171; La financierizaci&#243;n de la pol&#237;tica social : el caso brasile&#241;o &#187;, publi&#233;e sur le site de Sin Permiso, 10-10-2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24) &#171; Modos de ocultar el conflicto distributivo. Focopol&#237;tica en Uruguay &#187;, Leticia P&#233;rez, Brecha, 26-8-2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25) &#171; El pr&#243;ximo presidente del FA tendr&#225; que hacer varios parricidios &#187;, entrevista a Gerardo Caetano, Brecha, 22-7-2016, y Correspondencia de Prensa, 23-7-2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26) Un r&#233;sum&#233; des positions de ces secteurs critiques est pr&#233;sent&#233; par le sociologue Gabriel Delacoste dans une interview intitul&#233;e &#171; La decadencia del progresismo no es electoral sino ideol&#243;gica &#187;, Brecha, 9-2-2018. Lacoste fait partie du groupe de jeunes universitaires et militants de diff&#233;rents r&#233;seaux sociaux, militants du Frente Amplio, qui ont publi&#233; le livre cit&#233; &#224; la note 22.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27) Cambiar el mundo desde arriba. Los l&#237;mites del progresismo. Decio Machado y Ra&#250;l Zibechi, Ediciones desde abajo, Bogot&#225;, 2016.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Uruguay : luttes sociales, fragmentations et crise progressiste</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Uruguay-luttes-sociales-fragmentations-et-crise-progressiste</link>
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		<dc:date>2018-01-16T14:16:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Mar&#237;a Noel Sosa, Mariana Men&#233;ndez , Diego Castro</dc:creator>


		<dc:subject>Uruguay</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-01-16</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La lutte des femmes et l'anti-extractivisme r&#233;v&#232;lent certaines limites des politiques men&#233;es par les autorit&#233;s uruguayennes. S'opposer &#224; la domination patriarcale et aux effets socio-environnementaux d&#233;l&#233;t&#232;res de la d&#233;pendance &#224; la division internationale du travail suppose des actions et des positionnements qui participent d'une remise en question globale de l'agenda &#171; modernisateur d&#233;veloppementaliste &#187; du gouvernement progressiste. &lt;br class='autobr' /&gt;
tir&#233; de : Objet : 2017 - 51 - 30 d&#233;cembre : notes de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L100xH150/arton33244-b7478.png?1674928210' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La lutte des femmes et l'anti-extractivisme r&#233;v&#232;lent certaines limites des politiques men&#233;es par les autorit&#233;s uruguayennes. S'opposer &#224; la domination patriarcale et aux effets socio-environnementaux d&#233;l&#233;t&#232;res de la d&#233;pendance &#224; la division internationale du travail suppose des actions et des positionnements qui participent d'une remise en question globale de l'agenda &#171; modernisateur d&#233;veloppementaliste &#187; du gouvernement progressiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tir&#233; de : Objet : 2017 - 51 - 30 d&#233;cembre : notes de lecture, textes, annonces, p&#233;tition&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le contexte actuel et afin d'en comprendre les particularit&#233;s, nous avons choisi la lutte comme cl&#233; d'interpr&#233;tation. Les luttes sociales qui, dans les ann&#233;es 1990 et 2000, se sont produites en Uruguay et dans la r&#233;gion contre le n&#233;olib&#233;ralisme, ont pr&#233;c&#233;d&#233; et habilit&#233; le cycle progressiste et l'arriv&#233;e au pouvoir du Front large (Frente Amplio). La relation entre les mouvements populaires et la gauche politique a alors &#233;tabli un premier sc&#233;nario complexe et flou qui s'est caract&#233;ris&#233; principalement par un pacte social, que nous pouvons appeler &#171; h&#233;g&#233;monie progressiste &#187; (Castro et coll., 2014 et 2015). Le gouvernement a jou&#233; un r&#244;le efficace lors des conflits sociaux, en r&#233;pondant principalement par l'institutionnalisation des demandes, ce qui a provoqu&#233; en retour un certain reflux des luttes et de leurs capacit&#233;s d'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les attentes d&#233;pos&#233;es par les mouvements populaires uruguayens dans le progressisme &#8211; appel&#233; &#224; mieux redistribuer les richesses et &#224; d&#233;velopper l'incidence populaire sur les affaires publiques &#8211;&#8194;ont &#233;t&#233; graduellement mises &#224; distance par les politiques gouvernementales. Un affaiblissement de l'&#171; h&#233;g&#233;monie progressiste &#187; s'en est suivi, ainsi que l'apparition de fissures dans le pacte social atteint jusque-l&#224;. Le consensus de la redistribution1, sur lequel a pu reposer la construction de l'h&#233;g&#233;monie progressiste (Castro et coll., 2015), s'est vu &#233;trangl&#233; par la crise &#233;conomique de ces derni&#232;res ann&#233;es. Cons&#233;quences principales : limitations des salaires et r&#233;ductions des d&#233;penses publiques, notamment dans l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces mesures r&#233;gressives, plusieurs actions collectives ont surgi. Des espaces de n&#233;gociation institutionnalis&#233;s se sont ouverts (sur les salaires et les conditions de travail), mais d'autres mobilisations en revanche sont rest&#233;es sans r&#233;ponse. Nous allons ici nous centrer sur deux luttes particuli&#232;rement remarquables &#8211; l'anti-extractivisme et la lutte des femmes contre la violence &#8211;, pour conclure sur quelques observations d'ordre plus g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les luttes anti-extractivisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Uruguay, les mobilisations de ces derni&#232;res ann&#233;es contre l'extractivisme se sont essentiellement concentr&#233;es sur le projet Aratiri, mine &#224; ciel ouvert d'extraction de fer pour l'exportation. Cette lutte emmen&#233;e par l'&#171; Assembl&#233;e permanente de la d&#233;fense de la terre et des biens naturels &#187; a r&#233;alis&#233; huit manifestations nationales. Suite &#224; la suspension momentan&#233;e du projet Aratiri en mars 2016, les mobilisations se sont alors tourn&#233;es vers l'interdiction de nouveaux transg&#233;niques et la qualit&#233; de l'eau. Actuellement, l'&#171; Assembl&#233;e pour l'eau du fleuve Santa Luc&#237;a &#187; est un des espaces les plus dynamiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principaux fleuves qui alimentent le pays en eau potable sont pollu&#233;s. Les pollutions tant du fleuve Santa Luc&#237;a que celles du fleuve Negro sont les cons&#233;quences du productivisme dans la r&#233;gion, notamment de l'utilisation de produits chimiques dans l'agriculture. Les monocultures de soja et l'industrie foresti&#232;re ont un impact sur la qualit&#233; de l'eau destin&#233;e &#224; la consommation des principales villes du pays. En d&#233;coule une privatisation d'un nouveau genre o&#249; les entreprises bafouent de facto le droit des populations &#224; l'acc&#232;s &#224; une eau potable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces luttes sont latentes et tr&#232;s fragment&#233;es selon les localit&#233;s et les probl&#233;matiques, ce qui leur donne un caract&#232;re inconstant et sporadique. Elles &#233;mergent face &#224; un conflit ou une situation ponctuelle, mais retrouvent tr&#232;s vite leur caract&#232;re discontinu une fois l'actualit&#233; pass&#233;e. Cette fragmentation dans le temps des luttes &#233;cologiques peut &#234;tre &#224; la fois un avantage et une faiblesse. Cela peut repr&#233;senter une force s'il existe une articulation des diff&#233;rentes composantes qui respecte l'autonomie de chaque groupe. Ainsi, l'articulation entre actions locales et organisations traditionnelles plus structur&#233;es repr&#233;sente un d&#233;fi, car les syndicats par exemple gardent un logiciel &#171; modernisateur &#187;, attach&#233; &#224; l'exploitation mini&#232;re et aux emplois qu'elle engendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le extractiviste ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233; seulement comme une activit&#233; d'extraction de mati&#232;res premi&#232;res, mais aussi comme un processus d'&#171; accumulation par d&#233;possession &#187; (Harvey, 2004). Plusieurs auteurs ont aliment&#233; la conceptualisation de l'extractivisme : Zibechi (2016) parle de &#171; soci&#233;t&#233;s extractivistes ou de formes sociales extractivistes &#187;, d'autres parlent d'&#171; extractivisme &#233;tendu &#187; (Gago et Mezzadra, 2015), c'est-&#224;-dire un extractivisme allant au-del&#224; de ses formes &#233;cologique et &#233;conomique, ou encore de &#171; r&#233;gime politique de l'extractivisme &#187; (Guti&#233;rrez et Gago, 2017) qui, en plus d'exproprier les richesses, est capable d'influencer les politiques publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La lutte des femmes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence des femmes dans les luttes sociales r&#233;centes sur le continent a gagn&#233; en force et en visibilit&#233;. Cette pr&#233;sence accrue se d&#233;veloppe tant en milieu urbain que rural et sur plusieurs fronts, tels que les luttes contre la violence machiste, contre la violence qui implique une d&#233;possession des moyens d'existence, ainsi que contre les cons&#233;quences de l'extractivisme dans leurs vies et sur leurs territoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sud et plus sp&#233;cifiquement dans la r&#233;gion de R&#237;o de la Plata, la capacit&#233; f&#233;ministe d'interpellation de la soci&#233;t&#233; est all&#233;e en progressant. Depuis 2014, &#224; Montevideo, chaque fois qu'a lieu un &#171; f&#233;minicide &#187;, un rassemblement est organis&#233; sur une place du centre-ville. Auparavant, la notion de f&#233;minicide &#233;tait identifi&#233;e en tant que &#171; crime passionnel &#187;. Le premier rassemblement appel&#233; &#171; alerte f&#233;ministe &#187; a r&#233;uni une vingtaine de femmes qui, en forme de demi-cercle, portaient des panneaux avec des slogans comme &#171; il l'a tu&#233;e parce qu'il pensait qu'elle &#233;tait sa propri&#233;t&#233; &#187; ou &#171; assassin&#233;e parce que femme &#187;. Ce type d'action, qui se poursuit, attire de plus en plus de monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel au rassemblement de Buenos Aires du 3&#8239;juin 2015 avec le slogan &#171; Ni una menos &#187; (&#171; Pas une de moins &#187;) s'est reproduit dans plus de dix villes du pays. Par la suite, la grande manifestation du 8&#8239;mars 2017 a permis au mouvement de prendre de l'ampleur et d'augmenter l'interpellation de la soci&#233;t&#233; vers une refonte des id&#233;es. La lutte des femmes a ainsi aid&#233; &#224; d&#233;velopper la capacit&#233; de d&#233;nonciation, d'auto-organisation et de renouvellement des critiques. Mais elle doit &#233;galement &#234;tre analys&#233;e comme un ensemble d'aspirations collectives de tous horizons, parfois contradictoires (Guti&#233;rrez, 2015).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, il faut signaler que le principal d&#233;tonateur des actions collectives fut le rejet de toutes violences, impliquant ainsi la d&#233;nonciation de la hi&#233;rarchisation entre les hommes et les femmes dans la soci&#233;t&#233;. Mais en pratique, la lutte ne s'est pas limit&#233;e aux relations interpersonnelles et a &#233;nonc&#233; tr&#232;s clairement les fondements structurels de l'in&#233;galit&#233;, ainsi que le lien existant entre violence contre les femmes et capital. Les contributions f&#233;ministes, et plus particuli&#232;rement celles de Federici (2013 et 2015), rendent compte de la relation entre la phase actuelle du capitalisme, ses caract&#233;ristiques extractivistes et l'augmentation de la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, les formes de mobilisation diff&#232;rent des formes classiques d'appropriation de l'espace public. La pr&#233;sence d'expressions artistiques et l'utilisation du corps se sont transform&#233;es en v&#233;ritables outils de sensibilisation. L'expression des revendications f&#233;ministes est de caract&#232;re po&#233;tique et ne ressemble pas &#224; une expression politique classique. Ce qui est recherch&#233; est un changement de paradigme : passer du statut de victime &#224; celui d'activiste afin de politiser la douleur et de chasser la peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prises de parole sont ind&#233;pendantes et destin&#233;es aux femmes et ne s'orientent pas, dans un premier temps, vers une demande ext&#233;rieure. C'est l'exp&#233;rimentation d'une expression politique o&#249; l'&#201;tat n'est pas au centre des pr&#233;occupations et des revendications. Ce qui est exprim&#233; n'est donc pas directement transform&#233; en une revendication politique en tant que telle. Ce n'est pas non plus une expression &#171; anti-&#201;tat &#187; ; le besoin de d&#233;montrer les responsabilit&#233;s, les limites et les ouvertures des institutions est bien pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moteur des revendications &#171; entre femmes &#187; se situe dans l'auto-organisation, l'interpellation de la soci&#233;t&#233; et la prise de responsabilit&#233;s au sein d'une hi&#233;rarchie qui les exclut. L'objectif est de d&#233;centrer les politiques institutionnelles, afin que nous devenions interlocuteurs et interlocutrices au sein d'un d&#233;bat plus ouvert dans l'espace public. Cela va &#224; contre-courant de la tutelle de l'&#201;tat caract&#233;ristique de ces derni&#232;res ann&#233;es. Les changements ne se voient pas seulement au niveau des interlocuteurs concern&#233;s, mais aussi en mati&#232;re d'objectifs de transformation et de temporalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux grandes th&#233;matiques &#224; d&#233;battre dans l'Am&#233;rique latine de ces derni&#232;res ann&#233;es sont l'analyse et l'&#233;valuation des politiques progressistes et la renaissance de la lutte des femmes. &#192; premi&#232;re vue, ces r&#233;alit&#233;s ne sont pas assez connect&#233;es &#224; l'agenda politique. D'un c&#244;t&#233;, la lutte des femmes se situe dans une temporalit&#233; distincte et exclue des objectifs &#233;lectoraux, tout en interf&#233;rant dans les relations de pouvoir tant au quotidien qu'au niveau structurel. D'un autre c&#244;t&#233;, il est certain que, selon nous, les luttes en cours d&#233;montrent les limites des politiques progressistes actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En clair, la segmentation des politiques sociales en faveur des femmes en situation de grande pr&#233;carit&#233; n'a pas forc&#233;ment fait &#233;voluer une r&#233;alit&#233; sociale compliqu&#233;e et difficile. La pr&#233;carit&#233; sociale n'a fait qu'augmenter et les femmes en sont les principales victimes. Cela dit, ces constatations ont permis de cr&#233;er du sens commun au sein de la dissidence et de recourir &#224; de nouvelles cl&#233;s pour penser la transformation des soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En guise de conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte des femmes et la lutte anti-extractiviste r&#233;v&#232;lent certaines limites des politiques des gouvernements progressistes dans notre pays et dans la r&#233;gion. Contrecarrer le probl&#232;me de la violence faite aux femmes, ainsi que les cons&#233;quences de la d&#233;pendance de nos &#233;conomies &#224; la division internationale du travail suppose des actions, des positionnements et des projets qui vont bien au-del&#224; de la logique du capital, du patriarcat et du mod&#232;le h&#233;rit&#233; de la colonisation. Or, manifestement, une telle remise en question globale ne fait pas partie des priorit&#233;s avanc&#233;es par les forces progressistes en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'identifier plus largement les caract&#233;ristiques des soci&#233;t&#233;s capitalistes actuelles comme la n&#244;tre. Le capitalisme extractiviste ne porte pas seulement &#224; cons&#233;quence sur le plan &#233;cologique et &#233;conomique. Il entra&#238;ne un r&#233;gime politique sp&#233;cifique car, dans cet &#201;tat d'exception permanent, les droits fondamentaux sont bafou&#233;s et les formes de politique communautaire et les connaissances qui ont garanti une certaine forme de subsistance depuis des si&#232;cles sont d&#233;truites. Le discours &#171; d&#233;veloppementaliste &#187; et &#171; modernisateur &#187; du progressisme et d'une grande partie de la gauche latino-am&#233;ricaine donne priorit&#233; &#224; la croissance &#233;conomique &#224; court terme par rapport &#224; la protection de la vie humaine, animale et v&#233;g&#233;tale. Ce positionnement est en contradiction avec les aspirations des luttes des femmes et des mobilisations anti-extractivisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le terrain des r&#233;sistances, la difficult&#233; se situe dans le fait de comprendre que toutes les luttes ne devraient faire qu'une, pour s'opposer aux diff&#233;rentes formes de domination. Des articulations sont &#224; construire, dans le respect des particularit&#233;s et des autonomies. La principale difficult&#233; r&#233;side sans doute dans le dialogue entre organisations plus structur&#233;es et plus &#233;mergentes : comment d&#233;passer les demandes sectorielles ou li&#233;es &#224; la production &#233;conomique, pour d&#233;velopper une analyse plus approfondie du mod&#232;le de d&#233;veloppement actuel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pillage extractiviste doit nous faire reconsid&#233;rer notre relation &#224; la nature, et la mobilisation des femmes nous oblige &#224; questionner les hi&#233;rarchies &#224; l'&#339;uvre au sein m&#234;me du monde populaire, qui l'affaiblissent. Ce sont l&#224; deux &#233;l&#233;ments essentiels que les luttes ont mis &#224; l'agenda des nouveaux horizons alternatifs et des pratiques &#233;mancipatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diego Castro, Mariana Men&#233;ndez et Mar&#237;a Noel Sosa2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction de l'espagnol : Mathieu Flament&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alternatives Sud : Etat des r&#233;sistances dans le Sud : Am&#233;rique latine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cetri &amp; Editions Syllepse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.cetri.be/Etat-des-resistances-dans-le-Sud-4511&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cetri.be/Etat-des-resistances-dans-le-Sud-4511&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.syllepse.net/lng_FR_srub_24_iprod_714-amerique-latine.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.syllepse.net/lng_FR_srub_24_iprod_714-amerique-latine.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louvain-la-Neuve (Belgique) &amp; Paris 2017, 186 pages 13 euros&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Macri, un voisin g&#234;nant pour l'Uruguay ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Macri-un-voisin-genant-pour-l-Uruguay</link>
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		<dc:date>2015-12-15T12:31:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ernesto Herrera</dc:creator>


		<dc:subject>Argentine</dc:subject>
		<dc:subject>Uruguay</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-12-15</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le r&#233;sultat du deuxi&#232;me tour des &#233;lections en Argentine &#233;tait &#224; peine tomb&#233; lorsque Tabar&#233; Vazquez [pr&#233;sident de l'Uruguay, en fonction depuis le 1er mars 2015 ; ayant d&#233;j&#224; occup&#233; cette charge de 2005 &#224; 2010 ; membre du Front large, comme Jos&#233; Mujica, pr&#233;sident de mars 2010 &#224; mars 2015], sans h&#233;siter, a appel&#233; Mauricio Macri pour l'applaudir : &#171; Je vous f&#233;licite pour l'impeccable triomphe que vous avez remport&#233; &#187;. Se disant certain que le dirigeant de Cambiemos [Mauricio Macri] a &#171; la ferme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Uruguay-+" rel="tag"&gt;Uruguay&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-12-15-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-12-15&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton24582-70e71.jpg?1677097321' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le r&#233;sultat du deuxi&#232;me tour des &#233;lections en Argentine &#233;tait &#224; peine tomb&#233; lorsque Tabar&#233; Vazquez [pr&#233;sident de l'Uruguay, en fonction depuis le 1er mars 2015 ; ayant d&#233;j&#224; occup&#233; cette charge de 2005 &#224; 2010 ; membre du Front large, comme Jos&#233; Mujica, pr&#233;sident de mars 2010 &#224; mars 2015], sans h&#233;siter, a appel&#233; Mauricio Macri pour l'applaudir : &#171; Je vous f&#233;licite pour l'impeccable triomphe que vous avez remport&#233; &#187;. Se disant certain que le dirigeant de Cambiemos [Mauricio Macri] a &#171; la ferme intention de travailler conjointement avec le gouvernement uruguayen &#187; et de surmonter les diff&#233;rends qui sont apparus entre les deux pays [entre autres, sur les usines de p&#226;te &#224; papier et leurs effets polluants sur des eaux &#171; partag&#233;es &#187;].&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le lundi 23 novembre 2015, Vazquez s'est adress&#233; &#224; son Conseil des Ministres, r&#233;uni dans la localit&#233; de Carlos Reyes, dans le d&#233;partement de Durazno : &#171; Je vous demande un applaudissement fourni pour le pr&#233;sident &#233;lu et pour le peuple argentin &#187;. Et ils ont ob&#233;i.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tabar&#233; Vazquez a tout de suite &#233;voqu&#233; ce qu'il per&#231;oit chez son nouveau voisin : &#171; Beaucoup des propositions faites par Macri sont tr&#232;s int&#233;ressantes du point de vue d'une conception progressiste (&#8230;) Je ne le cataloguerai pas d'embl&#233;e comme un gouvernement n&#233;olib&#233;ral ni de droite, je crois qu'il s'agit d'un gouvernement auquel il faut pr&#234;ter attention pour voir comment il se d&#233;veloppe et il me semble qu'il a une bonne intention de promouvoir des politiques sociales &#187;.[1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces paroles du pr&#233;sident ont le poids de son investiture. Elles signifient que, dor&#233;navant, il existe une version officielle. La seule autoris&#233;e. A savoir, celle produite par la &#171; position de l'Etat &#187;. Elles signifient &#233;galement qu'il ne s'agit pas de manifester des sentiments de d&#233;couragement suite &#224; l'arriv&#233;e au pouvoir de la &#171; nouvelle droite &#187;. M&#234;me si ces d&#233;clarations n'ont pas &#233;t&#233; accueillies favorablement par les troupes du Frente Amplio (Front ample), les personnes qui l'ont applaudi lors du Conseil des ministres &#8211; pas plus que dans la direction du Frente Amplio d'ailleurs &#8211; ne l'ont d&#233;savou&#233;. Du coup, Macri n'est plus l'ic&#244;ne entrepreneuriale synonyme de &#171; ce qu'il y a de pire &#187; : ajustement, d&#233;valuation, privatisations, expropriation sociale, fonds vautours [sp&#233;culant sur la dette], impunit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce silence honteux peut se comprendre : ils pr&#233;f&#232;rent ne pas se souvenir qu'ils avaient tout mis&#233; sur l'autre candidat, celui qui a perdu les &#233;lections : Daniel Scioli, le candidat du &#171; lumpen p&#233;ronisme &#187; kirchneriste. Parce qu'il faut soit &#171; continuer &#224; avancer &#187;, soit &#171; retourner en arri&#232;re &#187;. Leur pr&#233;f&#233;rence pour le kirchnerisme &#233;tait tellement explicite que m&#234;me avant le premier tour du 25 octobre, Vazquez avait re&#231;u Daniel Scioli &#224; Montevideo, presque comme s'il s'agissait d'un chef d'Etat (d&#233;j&#224;) en fonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jos&#233; Mujica a lui aussi pris une position. Moins protocolaire. Il a travers&#233; le Rio de la Plata. Suivant les pas de Lula da Silva et de Evo Morales, le &#171; vieux sage &#187; s'est immerg&#233; dans la campagne &#233;lectorale. Le mercredi 7 octobre, dans la municipalit&#233; de Magdalena, province de Buenos Aires, il a partag&#233; un &#233;v&#233;nement avec les partisans de Kirchner. Dans de br&#232;ves d&#233;clarations aux m&#233;dias, Mujica a admis que sa visite &#171; n'&#233;tait pas d&#233;sint&#233;ress&#233;e &#187; : il voulait un &#171; avenir prosp&#232;re &#187; pour l'Argentine et il soutenait &#171; tout ce qui conviendrait au pays &#187;. Ensuite, il a visit&#233; &#8211; avec D. Scioli &#8211; une &#233;cole d'agriculture qui lui a d&#233;cern&#233; le titre de &#171; ma&#238;tre de l'agriculture et de l'&#233;levage latino-am&#233;ricain &#187;. [2] Heureusement pour lui, personne ne lui a demand&#233; comment se passait la &#171; r&#233;forme agraire &#187; en terre uruguayenne, car la r&#233;ponse les aurait oblig&#233;s &#224; lui retirer cette distinction. En effet, lorsqu'il &#233;tait ministre de l'Elevage, de l'agriculture et de la p&#234;che (2005-2009) et pr&#233;sident du pays (2010-2015), la concentration-ali&#233;nation de la terre n'a fait que s'approfondir. Et sous sa gestion la &#171; patrie productrice du soja &#187; s'est d&#233;finitivement affirm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la p&#233;riode du second tour &#233;lectoral en Argentine, P&#233;p&#233; Mujica a de nouveau donn&#233; de la voix. Apr&#232;s avoir dissert&#233; &#224; l'Universit&#233; de Sciences politiques de Paris [3] et lorsqu'on l'a consult&#233; sur les &#233;lections argentines, il a lanc&#233; son pronostic : &#171; C'est compliqu&#233;, je suis inquiet de ce qui va se passer (&#8230;) S'il gagne,j'attends de voir Macri gouverner (&#8230;) L'histoire montre que les p&#233;ronistes ne s'unissent que lorsqu'ils doivent affronter un non-p&#233;roniste, et alors ils lui rendent la vie impossible. &#187;. [4] Il faut reconna&#238;tre que c'est une v&#233;ritable bouff&#233;e de coh&#233;rence. M&#234;me s'il dit &#234;tre un admirateur du g&#233;n&#233;ral Juan Domingo Peron et de ses &#171; gouvernements sociaux &#187;, Mujica a une tr&#232;s mauvaise opinion du &#171; ph&#233;nom&#232;ne justicialiste &#187; [le p&#233;ronisme et ses produits]. Il fait preuve du m&#234;me anti-p&#233;ronisme historique qu'avaient impos&#233; &#224; leur &#233;poque le Parti communiste et le Parti socialiste en Uruguay. Rappelons que leurs principaux th&#233;oriciens, tout comme de nombreux intellectuels, l'ont caract&#233;ris&#233; comme &#233;tant un mouvement bourgeois et semi-fasciste, fond&#233; sur le lumpen-prol&#233;tariat et le syndicalisme mafieux. Ils consid&#233;raient que les &#171; descamisados &#187; (les sans chemise) de Evita P&#233;ron [1919-1952, elle est aux c&#244;t&#233;s de P&#233;ron entre 1945-1952] n'&#233;taient autre chose que des &#171; objets client&#233;laires &#187; et donc &#224; l'oppos&#233; d'une &#171; conscience de classe &#187;. Ce regard provincial n'a pas chang&#233; avec l'av&#232;nement du kirchnerisme ami [au pouvoir de 2003-2015, avec Nestor puis Cristina].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 novembre 2015, apr&#232;s la victoire de Cambiemos, le chef des Tupamaros [Mujica] a recommenc&#233; &#224; d&#233;goiser : &#171; Je souhaite ce qu'il y a de mieux &#187; pour l'Argentine, &#171; mais je crains pour sa stabilit&#233; institutionnelle (&#8230;) C'est une situation politique qui n'est pas facile ni simple &#187;. Sans dire davantage sur ses &#171; pr&#233;occupations &#187;, il a souhait&#233; &#171; de tout c&#339;ur &#187; que &#171; l'Argentine se porte le mieux possible avec son futur gouvernement, une Argentine qui a d&#233;cid&#233; que Monsieur Macri occuperait la pr&#233;sidence &#187;. L'hypoth&#232;se &#233;mise par Mujica lors de son &#233;mission radiophonique &#171; Hablando del Sur &#187; (Parlant depuis le Sud) n'a pas plu au gouvernement de Tabar&#233; Vazquez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En toute h&#226;te, Hector Lescano, l'ambassadeur uruguayen en Argentine, un homme faisant partie du cercle de confiance de Vazquez [5], a &#233;cart&#233; l'id&#233;e que la victoire de Macri pourrait repr&#233;senter un p&#233;ril pour la stabilit&#233; institutionnelle argentine et a assur&#233; : &#171; Je crois qu'il n'y a aucune possibilit&#233; de cela, tout le processus &#233;lectoral s'est d&#233;roul&#233; absolument normalement &#187;.[6]. En ce qui concerne les priorit&#233;s du gouvernement du Frente Amplio, il a relev&#233; qu'elles consisteraient &#224; d&#233;sentraver les exportations de certaines entreprises uruguayennes ; &#224; r&#233;gler dans les commissions bilat&#233;rales les dragages des canaux et des rivi&#232;res [aux fronti&#232;res] ; et &#224; g&#233;rer les questions environnementales communes. Mais surtout, &#224; &#171; avancer dans la justification du Mercosur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un soupir de soulagement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours avant le second tour, le ministre de l'Economie et des Finances, Danilo Astori [&#233;conomiste s'&#233;tant, il y a un peu plus d'une d&#233;cennie, revendiqu&#233; du marxisme], avait d&#233;j&#224; donn&#233; quelques &#233;l&#233;ments allant dans ce sens. Lors d'une conf&#233;rence sur le &#171; climat des affaires &#187; en Uruguay &#8211; conf&#233;rence organis&#233;e par le gouvernement et o&#249; Franco Uccelli, le directeur ex&#233;cutif pour les March&#233;s &#233;mergents de JP Morgan a aussi pris la parole &#8211; le g&#233;rant du &#171; progressisme &#187; a expliqu&#233; qu'il s'agissait non pas de savoir si &#171; nous sommes ou ne sommes pas &#187; dans le Mercosur, mais si le Mercosur &#171; pourra faire progresser en mati&#232;re d'accords commerciaux &#187;. Dans ce sens, il notait &#171; une plus grande disposition &#187; du Br&#233;sil &#224; entrer dans d'autres exp&#233;riences, par exemple avec l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre., il a d&#233;clar&#233; que &#171; l'Argentine avait constitu&#233; l'obstacle le plus important qu'avait connu le Mercosur jusqu'&#224; maintenant &#187; parce que &#171; son orientation en mati&#232;re de politique &#233;conomique a ralenti les accords avec d'autres blocs &#187;.[7] Mais au final il a pouss&#233; un soupir de soulagement : &#171; il est possible que ces prochains temps nous verrons des changements dans l'attitude de l'Argentine. &#187; [8]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de Macri ouvre, en effet, &#171; de nouvelles possibilit&#233;s &#187; au gouvernement du Frente Amplio. Si l'Uruguay doit &#171; approfondir et &#233;tendre son insertion internationale &#187; au-del&#224; du Mercosur et de sa sph&#232;re imm&#233;diate, il faudra bien faire avancer les n&#233;gociations avec le Mercosur et l'Union europ&#233;enne, op&#233;rer un rapprochement avec l'Accord de partenariat transpacifique (TPP) ou chercher &#224; s'int&#233;grer dans l'Alliance du Pacifique [initi&#233; en 2011, avec le Chili, la Colombie, le P&#233;rou et le Mexique], dans laquelle l'Uruguay d&#233;tient d&#233;j&#224; un statut d'observateur. On signalerait ainsi que le pays est &#171; ouvert au monde &#187; et gouvern&#233; par une force sage de centre-gauche, &#233;loign&#233; de tout populisme. C'est ce qu'a r&#233;affirm&#233; Vazquez, en France, le 29 octobre 2015, pendant qu'il d&#233;jeunait avec des entrepreneurs dans une rencontre organis&#233;e par la revue Politique Internationale. Le m&#234;me jour, Astori d&#233;veloppait les m&#234;mes th&#232;mes. Au cours du repas de midi avec les grands patrons du Mouvement des Entreprises de France, MEDEF, il a expliqu&#233; que l'Uruguay est en train d'ouvrir progressivement son &#233;conomie &#224; l'ensemble du monde et que ce pays offre des alternatives et des options pour les investissements &#224; cause de l'orientation strat&#233;gique qu'il a adopt&#233;e.[9]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien &#233;loign&#233; du discours &#171; latino-am&#233;ricaniste &#187; qui avait marqu&#233; les d&#233;buts du &#171; cycle progressiste &#187; en Am&#233;rique du Sud, le &#171; pragmatisme &#187; reprend ses droits. La d&#233;gradation des aspirations &#171; int&#233;grationnistes &#187; &#187;ne peut pas &#234;tre dissimul&#233;e. Plus qu'un fl&#233;chissement conjoncturel d&#251; aux restrictions entra&#238;n&#233;es par la crise capitaliste internationale, les chiffres indiquent un v&#233;ritable &#233;chec : le commerce entre les pays de la r&#233;gion n'atteint m&#234;me pas 20%. Les principaux destinataires des exportations &#8211; y compris pour des pays qui d&#233;fendent et int&#232;grent l'Alliance Bolivarienne pour l'Am&#233;rique (ALBA) &#8211; sont la Chine, les Etats-Unis, l'Union europ&#233;enne et la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de cette &#171; orientation strat&#233;gique &#187; &#233;labor&#233;e par le gouvernement du Frente Amplio, Macri est un &#171; alli&#233; &#187;, m&#234;me si le Frente ne partage pas les positions r&#233;actionnaires de ce dernier concernant le Venezuela. L'adh&#233;sion au &#171; libre-&#233;change &#187; et la ferveur pro &#233;tats-unienne du prochain pr&#233;sident argentin favorisent la politique de diversification des march&#233;s pour les produits uruguayens et, en d&#233;finitive, pousse &#224; l'arri&#232;re-plan le r&#233;cit se rapportant aux &#171; barri&#232;res id&#233;ologiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est bien connu que le &#171; climat des affaires &#187; peut surmonter tout obstacle politique et toute pudeur. Mujica l'avait d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233; le 12 mai 2014 &#224; la Maison Blanche, lorsqu'il a pos&#233; pour la photo la plus importante de sa vie, celle dont r&#234;ve tout &#171; homme d'Etat &#187; comme lui : re&#231;u par Barack Obama, chef de la principale puissance imp&#233;rialiste. Le &#171; vieux gu&#233;rillero &#187; a alors obtenu la r&#233;compense qu'il &#233;tait all&#233; chercher puisqu'il a pu placer les oranges uruguayennes sur le march&#233; nord-am&#233;ricain. Les six prisonniers de Guantanamo ont &#224; peine &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;s comme monnaie d'&#233;change [ayant trouv&#233; refuge en Uruguay], ou plut&#244;t comme &#171; bagayo &#187; d'&#233;change. [10] C'est ce qu'il a exprim&#233; sans ambages : &#171; Si je charge (Obama) avec le bagayo de Guantanamo quand je lui demande de vendre des oranges &#8211; qu'on me contredise ! &#8211; tu comprends ? Ce n'est pas de la corruption directe, mais&#8230; &#187;.[11]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ainsi que cela se passe, &#224; coup de mondanit&#233;s. Par la suite, il peut bien raconter que le capitalisme est &#171; une maladie comme la syphilis &#187; ; que Poutine &#171; est une statue &#187; ou que parmi les leaders mondiaux &#171; il n'y a jamais eu autant de m&#233;diocrit&#233; &#187;.[12] On le tol&#232;re. Les d&#233;tenteurs du pouvoir ont besoin de pr&#233;dicateurs comme lui : proche des pauvres, tout en &#233;tant capable de &#171; bagayear &#187;. Pendant ce temps il converse assis &#224; la table des exploiteurs, qui le connaissent bien et qui l'ont &#233;cout&#233; quand il expliquait : &#171; Les d&#233;bats syndicaux ne peuvent pas porter uniquement sur les salaires (&#8230;) Le travailleur doit commencer &#224; s'engager dans les difficult&#233;s et les r&#233;ussites des entreprises, pour exiger qu'elles aillent de l'avant et aussi qu'elles r&#233;investissent et se prot&#232;gent. Nous ne pouvons pas rester &#224; l'&#233;cart des vicissitudes d'une entreprise lorsque l'enjeu est si important. &#187; [13]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vendredi 4 d&#233;cembre 2015, &#224; Santiago de Chile, Tabar&#233; Vazquez a rendu visite &#224; la pr&#233;sidente Michelle Bachelet, son amie et &#171; camarade &#187;. Ils ont convenu de resserrer les liens entre l'Alliance du Pacifique &#8211; impuls&#233;e par les Etats-Unis &#8211; et le Mercosur en 2016, lorsque les deux pays assumeront respectivement les pr&#233;sidences pro tempore des deux blocs r&#233;gionaux. [14] En m&#234;me temps, ils ont sign&#233; un accord de coop&#233;ration tripartite qui leur permettra de &#171; soutenir des pays tiers d'Am&#233;rique latine et des Cara&#239;bes dans l'&#233;radication de l'in&#233;galit&#233; sociale et de la pauvret&#233;. &#187; D'apr&#232;s Michelle Bachelet, leurs deux pays &#171; ont toujours eu un sentiment de coop&#233;ration et de solidarit&#233; &#187;. Un peu plus t&#244;t, dans le m&#234;me Palais de la Moneda, Michelle Bachelet recevait Mauricio Macri. Au cours de cette rencontre, la pr&#233;sidente chilienne a invit&#233; Tabar&#233; Vazquez. Les premi&#232;res paroles que Macri a adress&#233;es &#224; son coll&#232;gue uruguayen ont &#233;t&#233; : &#171; R&#233;tablissons nos relations, car l'Uruguay a &#233;t&#233; tr&#232;s malmen&#233; &#187;. Les trois personnalit&#233;s ont &#233;t&#233; prises en photo dans le Salon d'audiences, comme s'il s'agissait d'une sorte de mini-sommet du C&#244;ne Sud. Ils se sont aussi mis d'accord pour op&#233;rer un rapprochement entre l'Alliance du Pacifique et Mercosur. Macri venait de rencontrer Dilma Rousseff &#224; Brasilia. Sur son compte Twitter, le pr&#233;sident &#233;lu a comment&#233; : &#171; Un agenda important nous attend pour donner plus de poids &#224; la r&#233;gion. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des inqui&#233;tudes latentes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute mani&#232;re, la d&#233;faite du kirchnerisme charrie de nuages dans le ciel &#233;conomique. Le gouvernement uruguayen a un &#171; souci &#187;. Tout d'abord, elle perturbe le panorama des investissements directs provenant du &#171; pays fr&#232;re &#187;. D'apr&#232;s la Banque centrale d'Uruguay, le stock d'investissements directs argentins a pass&#233; de 2'404 millions de dollars en 2010 &#224; 5'357 millions en 2013 (chiffres disponibles), soit le 27% du total. Donc en premi&#232;re position par rapport &#224; ceux provenant du Br&#233;sil (7%), de l'Espagne (6%) et des Etats-Unis (5%). Ces investissements ont acquis des positions dans le secteur agraire uruguayen, dans le march&#233; immobilier et dans le syst&#232;me bancaire. [15]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les patrons des entreprises agricoles argentines, par exemple, savent d&#233;j&#224; que Macri fera diminuer (jusqu'&#224; les &#233;liminer compl&#232;tement) les pr&#233;l&#232;vements fiscaux sur les profits &#224; l'exportation du secteur de l'agro. Il mettra, de m&#234;me, de l'ordre dans une &#233;conomie qui est en &#171; &#233;tat de chaos &#187;. Avec ces mesures, la campagne uruguayenne cessera d&#232;s lors d'&#234;tre aussi attractive, avec ce qui en d&#233;coule en termes d'investissements argentins. Christian Belaustegui, le pr&#233;sident de la Chambre argentine des propri&#233;taires ruraux a expliqu&#233; : &#171; Aujourd'hui l'Argentine redevient (attractive) parce qu'elle est plus comp&#233;titive que n'importe quel autre pays de la r&#233;gion, dans la mesure o&#249; elle a d&#233;j&#224; proc&#233;d&#233; &#224; l'ajustement des prix (d&#233;valuation) de 20% &#224; 30% depuis 2012 &#187;. [16]. Les restrictions &#224; l'achat de dollars et &#224; leur sortie du pays ( mesures en vigueur depuis 2008) seront &#233;galement &#233;limin&#233;es. Macri a assur&#233; qu'il allait lever la restriction dans les op&#233;rations de changes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin septembre 2015, le syst&#232;me financier uruguayen avait en d&#233;p&#244;t 4'520 millions (4,52 milliards) de dollars de &#171; non r&#233;sidants &#187;. Ces derniers &#233;tant en majorit&#233; argentins. Il est clair qu'avec le gouvernement de Cambiemos &#171; l'arri&#232;re-pays place bancaire &#187; tranquille se trouvera menac&#233;. Les analystes s'accordent pour dire que le nouveau pr&#233;sident va injecter une &#171; bombe de confiance &#187; dans l'&#233;conomie argentine. Dans un rapport du 2 novembre 2015, Walter Molano, analyste de MBP Securities expliquait : &#171; L'approche de Macri sera une th&#233;rapie de choc macro&#233;conomique. Il promet de laisser flotter la monnaie et d'&#233;liminer les subsides &#224; l'&#233;nergie d&#232;s qu'il assumera sa charge. Dirig&#233;e par une &#233;quipe d'&#233;conomistes brillants, l'Argentine va restaurer ses liens avec la communaut&#233; financi&#232;re internationale. &#187; [17]. Ainsi donc, les capitalistes argentins se remettront &#224; investir dans leur patrie. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que craint le gouvernement uruguayen. M&#234;me si les exportations uruguayennes vers l'Argentine n'atteignent que 5% du total [les principaux acheteurs continuent &#224; &#234;tre la Chine, le Br&#233;sil, l'Europe et les Etats-Unis], ce qui se pr&#233;pare est un retrait des capitaux argentins qui se trouvent en Uruguay. Ce sont les mauvaises nouvelles entra&#238;n&#233;es par le triomphe de Mauricio Macri, m&#234;me si d'apr&#232;s Tabar&#233; Vazquez il ne serait ni n&#233;olib&#233;ral ni de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une &#233;vidence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan strictement politique, les inqui&#233;tudes sont att&#233;nu&#233;es. M&#234;me si d'apr&#232;s la s&#233;natrice du Frente Amplio, Constanza Moreira, la victoire de Macri serait un &#171; recul &#187;, il n'existe pas de danger de contagion. En Uruguay, la &#171; nouvelle droite &#187; dans le style de Macri est rachitique. Elle ne mobilise pas des milliers de personnes dans la rue comme au Br&#233;sil [lors des manifestations contre Dilma Rousseff et le Parti des travailleurs], pas plus qu'elle ne gagne des &#233;lections l&#233;gislatives comme au Venezuela [victoire de la MUD]. Ses deux principales figures politiques, Pedro Bordaberry (Parti Colorado) et Luis Lacalle Pou (Parti National) n'ont m&#234;me pas pass&#233; avec succ&#232;s l'&#233;preuve des urnes, il y a une ann&#233;e. Pour le moment, la droite r&#233;fl&#233;chit &#224; comment se &#171; r&#233;orienter &#187;, en vue des prochaines &#233;lections qui auront lieu dans quatre ans. Jusqu'alors, ses dirigeants s'entra&#238;nent en interpellant des ministres et dans des commissions parlementaires o&#249; ils d&#233;noncent la corruption dans les entreprises publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;natrice Constanza Moreira &#8211; qui s'&#233;tait pr&#233;sent&#233;e contre Tabar&#233; Vazquez pour &#234;tre candidate du Frente Amplio &#224; la pr&#233;sidence &#8211; a expliqu&#233; : &#171; Le Frente Amplio est un grand champ de bataille &#187; o&#249; &#171; nous mesurons tous, la gauche et les mouvements sociaux, nos forces(&#8230;) nous avons besoin d'un adversaire ext&#233;rieur contre lequel lutter &#187;.[18] Et Macri est l'adversaire ext&#233;rieur le plus probable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, C. Moreira reconna&#238;t l'&#233;vidence : &#171; Il y a un &#233;puisement du cycle du progressisme qui est fortement li&#233; &#224; une croissance &#233;conomique assez spectaculaire qui s'est d&#233;velopp&#233;e depuis une douzaine d'ann&#233;es &#187;. Ce qui a entra&#238;n&#233; d'avantage pour les travailleurs et pour les couches sociales les plus pauvres, &#171; m&#234;me si elle n'a peut-&#234;tre pas r&#233;ussi &#224; entra&#238;ner une transformation structurelle de la soci&#233;t&#233; &#187;. [19] Autrement dit, le &#171; mod&#232;le de d&#233;veloppement &#187; est encore celui h&#233;rit&#233; des &#171; ann&#233;es n&#233;olib&#233;rales &#187;. Et la politique macro&#233;conomique est la m&#234;me que garantissent les institutions financi&#232;res de la mondialisation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a suffi que les prix des commodities baissent et que le dollar soit &#224; la hausse, que la demande chinoise ralentisse et que le Br&#233;sil entre en r&#233;cession, pour que le &#171; mod&#232;le &#187; commence &#224; se d&#233;liter. Avec la fin de la bonne conjoncture, donc d'une consommation stimul&#233;e et &#224; cr&#233;dit, sont apparus les premiers chiffres qui rendent compte d'un refroidissement &#233;conomique : chute du PIB et des exportations, augmentation du d&#233;ficit budg&#233;taire et restriction du cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Loi de planification budg&#233;taire (programme &#233;conomique pour les deux prochaines ann&#233;es), que la s&#233;natrice Moreira votera aussi dans quelques jours &#8211; qu'elle le veuille ou non &#8211; constitue la voie de &#171; l'ajustement graduel &#187; choisi par le gouvernement de T. Vazquez, avec les cons&#233;quences que l'on sait sur les revenus des travailleurs et travailleuses, sur l'emploi et sur les &#171; politiques sociales &#187;. Autrement dit, il y aura une augmentation de la pr&#233;carit&#233; salariale et de la pauvret&#233;, cela dans un &#171; pays productif &#187; o&#249; 600'000 travailleurs (55% de la force de travail) gagnent moins de deux salaires minimum [20] et o&#249; le 49% des enfants qui naissent appartiennent &#224; des &#171; foyers vuln&#233;rables &#187;, autrement dit, pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tabar&#233; Vazquez avait &#233;t&#233; &#233;lu avec un score de 78%. Moins d'une ann&#233;e plus tard, son taux d'approbation est descendu &#224; 36%. C'est un indicateur du fait qu'il existe dans la soci&#233;t&#233; un &#171; mal-&#234;tre croissant &#187;, y compris parmi les &#233;lecteurs du Frente Amplio. Des gr&#232;ves dans le secteur de l'&#233;ducation &#8211; les enseignant&#183;e&#183;s des &#233;coles, de lyc&#233;es, de l'universit&#233; du travail, en plus des mobilisations &#233;tudiantes &#8211; ont marqu&#233; en juillet ao&#251;t 2015 l'apog&#233;e de ce m&#233;contentement. N&#233;anmoins, il manque des indices concluants pour affirmer que l'&#171; h&#233;g&#233;monie progressiste &#187; (du Frente Amplio) est remise en question et encore moins pour indiquer que l'avanc&#233;e de la &#171; nouvelle droite &#187; dans la r&#233;gion dispose d'un espace dans le paradis de la stabilit&#233; politico-institutionnelle, l'Uruguay. Le consentement social et la collaboration des appareils syndicaux officialistes que dirige le PIT-CNT conf&#232;rent au progressisme le pouvoir de r&#233;guler et d'amortir les multiples signes de m&#233;contentement et les expressions de lutte populaire. (Montevideo, 7 d&#233;cembre 2015 ; traduction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] entretien, dans Voces, N&#176; 500, 26.12.2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Agence EFE, 7.10.2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Mujica a &#233;t&#233; l'un des invit&#233;s de la troisi&#232;me &#233;dition du forum &#171; Europe-Am&#233;rique latine, les nouveaux d&#233;fis des relations interr&#233;gionales &#187;, organis&#233; par le Centre de recherches internationales (CERI) de Science Po et la Banque de D&#233;veloppement de l'Am&#233;rique latine (CAF).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Infobae, 27.10.2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Dirigeant del Parti d&#233;mocrate chr&#233;tien. Il a &#233;t&#233; pr&#233;sident de la Commission de Programme du Frente Amplio et ministre du Tourisme et du Sport pendant le premier gouvernement de Tabar&#233; V&#225;zquez (2005-2010) et en partie de celui de Mujica (2010-2015).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Valeria Gil, El Pa&#237;s, 25.11.2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Conf&#233;rence sur l'investissement &#233;tranger direct et le climat des affaires en Uruguay, El Pa&#237;s, 13.11.2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Ib&#237;dem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] B&#250;squeda, 5.12.2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Terme p&#233;joratif g&#233;n&#233;ralement utilis&#233; pour d&#233;signer ceux qui font de la contrebande frontali&#232;re &#224; petite &#233;chelle. On appelle &#171; bagayeros &#187; ceux qui la pratiquent. On l'utilise aussi comme expression machiste pour d&#233;signer la laideur d'une femme ou quelque chose de superflu et de g&#234;nant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] T&#233;moignage &#224; Fernando Amado, d&#233;put&#233; du Partido Colorado et auteur du livre El club de los millones. Ser rico en Uruguay, Ed. Sudamericana, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Entretien dans le programme &#171; Salvados &#187; de la cha&#238;ne espagnole La Sexta, sous le titre &#171; Confesiones de un expresidente &#187;. Emis le dimanche 29 novembre 2015. Le journal El Pa&#237;s de Montevideo a publi&#233; des extraits de l'entretien le 27 novembre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Interview dans El Empresario, suppl&#233;ment de El Pa&#237;s, 5.4.2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] El Pa&#237;s, 5.12.2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] B&#250;squeda, 5.11.2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Ib&#237;dem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Ib&#237;dem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18) Entretien dans Brecha, 4.12.2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Ib&#237;dem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Le salaire minimum national (depuis le 1er janvier 2015) est l'&#233;quivalent de 335 dollars &#233;tats-uniens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>En Uruguay, l'environnement passe au second plan</title>
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		<dc:creator>Jean-Baptiste Mouttet</dc:creator>


		<dc:subject>Uruguay</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>
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&lt;p&gt;En d&#233;pit des d&#233;clarations de son pr&#233;sident, Jos&#233; Mujica, qui vient de c&#233;der sa place &#224; Tabar&#233; Vazquez, l'Uruguay se d&#233;bat entre deux tentations : doper sa croissance par l'exploitation des mati&#232;res premi&#232;res ou prot&#233;ger l'environnement. Comme dans beaucoup d'autres pays sud-am&#233;ricains, la premi&#232;re option finit souvent par l'emporter. &lt;br class='autobr' /&gt;
01 d&#233;cembre 2014 | Par Jean-Baptiste Mouttet | mediapart.fr &lt;br class='autobr' /&gt; Pile ou face ? C&#244;t&#233; pile : un pays qui a entam&#233; sa transition &#233;nerg&#233;tique, qui souhaite se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton20093-d84b6.jpg?1677097321' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En d&#233;pit des d&#233;clarations de son pr&#233;sident, Jos&#233; Mujica, qui vient de c&#233;der sa place &#224; Tabar&#233; Vazquez, l'Uruguay se d&#233;bat entre deux tentations : doper sa croissance par l'exploitation des mati&#232;res premi&#232;res ou prot&#233;ger l'environnement. Comme dans beaucoup d'autres pays sud-am&#233;ricains, la premi&#232;re option finit souvent par l'emporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;01 d&#233;cembre 2014 | Par Jean-Baptiste Mouttet | mediapart.fr&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pile ou face ? C&#244;t&#233; pile : un pays qui a entam&#233; sa transition &#233;nerg&#233;tique, qui souhaite se passer compl&#232;tement du p&#233;trole d'ici &#224; 2030, et o&#249; pr&#232;s du quart de l'&#233;lectricit&#233; consomm&#233;e provient de l'&#233;olien. Le gouvernement assure m&#234;me que les Uruguayens seront les plus grands consommateurs au monde de cette &#233;nergie renouvelable d'ici &#224; 2015. L'anti-consum&#233;risme de l'ex-pr&#233;sident de ce petit pays de moins de 3,5 millions d'habitants, Jos&#233; Mujica, est connu dans le monde entier. Il vit toujours dans sa &#171; chacra &#187; (petite ferme) et son discours prononc&#233; &#224; Rio+20, en juin 2012, demeure dans les m&#233;moires. Devant un auditoire surpris, il s'en prenait alors &#224; l'&#171; &#233;conomie de march&#233; &#187; et &#224; &#171; la consommation &#187; qui d&#233;truisent la plan&#232;te. &#171; La crise n'est pas &#233;cologique &#187;, disait-il, &#171; elle est politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; face : des champs de soja &#224; 100 % transg&#233;nique &#224; perte de vue, deux usines de p&#226;te &#224; papier qui recouvrent le pays d'eucalyptus &#224; la soif d'eau inassouvissable, un projet de mine de fer &#224; ciel ouvert avec cinq crat&#232;res de plusieurs centaines d'hectares, ayant pour corollaire le projet d'un port en eau profonde. Pour l'instant, et d'autant plus en p&#233;riode d'&#233;lections, le gouvernement uruguayen ne choisit pas. La protection de l'environnement fut peu abord&#233;e durant la campagne pr&#233;sidentielle. Le candidat de la coalition de gauche du Frente Amplio (Front large), Tabar&#233; V&#225;zquez, &#233;lu dimanche 30 novembre, ou son opposant, le lib&#233;ral Luis Lacalle Pou du Partido nacional se sont concentr&#233;s sur l'ins&#233;curit&#233;, l'&#233;ducation ou encore le rapatriement de six prisonniers retenus &#224; Guantanamo. Le candidat vert, C&#233;sar Vega, du tout jeune Partido ecologista radical intransigente (Parti &#233;cologiste radical intransigeant) fond&#233; en 2013, est &#224; peine parvenu &#224; r&#233;unir 0,75 % des voix au premier tour et ne fait m&#234;me pas son entr&#233;e &#224; l'Assembl&#233;e nationale comme esp&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcelo Fagundez, chauffeur de son &#233;tat, m&#232;ne campagne pour le Frente amplio (FA) depuis sa petite ville d'&#224; peine plus de 5 000 habitants, Guich&#243;n, &#224; l'ouest du pays. &#192; notre arriv&#233;e, il &#244;te le drapeau de la coalition de gauche qui coiffait son v&#233;hicule, et le range &#224; l'arri&#232;re de sa camionnette, au-dessus des drapeaux du Venezuela et de Cuba. &#171; Maintenant, je parle au nom de mon collectif en toute ind&#233;pendance &#187;, dit-il. Responsable du Groupe des voisins de Guich&#243;n pour la d&#233;fense de la terre et des biens naturels, il tente d'alerter les autorit&#233;s sur les activit&#233;s polluantes des entreprises agricoles et sylvicoles. En mai 2012, il exposait au S&#233;nat ses craintes de pollution des eaux par l'utilisation de produits agrotoxiques. Il ne remet pas pour autant en cause son soutien &#224; la coalition de gauche qui, selon lui, doit faire face &#224; &#171; de puissantes entreprises agricoles &#187; et &#171; une logique &#233;conomique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa ville est encercl&#233;e d'eucalyptus, utilis&#233;s pour r&#233;aliser la p&#226;te &#224; papier dans deux fabriques du pays appartenant d'une part &#224; l'entreprise finlandaise UPM, et d'autre part &#224; Montes del Plata, fond&#233;e en Uruguay. Les arbres, parfaitement droits, parfaitement align&#233;s, sont au garde-&#224;-vous sur plusieurs kilom&#232;tres. En bordure de ces for&#234;ts ordonn&#233;es, des terres nues : ce sont des champs de soja transg&#233;nique qui viennent d'&#234;tre moissonn&#233;s. &#192; Guich&#243;n, les p&#226;turages o&#249; paissent ses vaches, la pampa avec ses prairies aux hautes herbes clairsem&#233;es de palmiers, se font de plus en plus rares. Les paysages et l'&#233;cosyst&#232;me uruguayens sont menac&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sylviculture recouvre d&#233;sormais un million d'hectares. Une tr&#232;s grande surface, pour un pays qui compte 14 millions d'hectares de surface agricole utile. Cette culture a &#233;t&#233; favoris&#233;e par la loi foresti&#232;re de 1987, qui a attir&#233; des entreprises par une s&#233;rie d'avantages fiscaux. Les fabriques de p&#226;te &#224; papier d'UPM et Montes del Plata sont d'ailleurs des zones franches. &#171; Les grandes entreprises seraient de toute fa&#231;on venues sans ces aides &#187;, assure le professeur en g&#233;ographie Pierre Gautreau. &#171; Dans les ann&#233;es 1990, elles ont profit&#233; des prix bas du terrain, entre 500 et 600 dollars l'hectare. Vu les grandes surfaces des propri&#233;t&#233;s, il &#233;tait possible d'acheter de grandes &#233;tendues en peu d'op&#233;rations &#187;, explique le g&#233;ographe qui souligne aussi que la biodiversit&#233; de la prairie est encore peu mise en valeur internationalement. Son grignotage soul&#232;ve moins d'indignation que les menaces qui p&#232;sent sur la for&#234;t tropicale br&#233;silienne, par exemple. Le soja s'est lui d&#233;velopp&#233; dans les ann&#233;es 2000. 10 000 hectares &#233;taient cultiv&#233;s en 2000, pour aujourd'hui atteindre plus de 1,3 million d'hectares. Comme dans d'autres pays d'Am&#233;rique latine, l'expansion du soja s'explique par l'augmentation de la demande mondiale, la hausse des prix, quasiment continue depuis 2000, alli&#233;e &#224; la baisse des co&#251;ts de production que procure le transg&#233;nique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Chaque fois, on tente de se prot&#233;ger comme on peut. On court pour vite rentrer avec les enfants &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les habitants de Guich&#243;n n'ont plus confiance en l'eau du robinet. Comme beaucoup, le professeur &#224; l'&#233;cole technique de la ville, Carlos Urruty, pr&#233;f&#232;re acheter de l'eau en bouteille. Depuis sa petite ferme entour&#233;e de champs de soja, il dit craindre que les nappes phr&#233;atiques ne soient contamin&#233;es par les herbicides et les insecticides. Et cette eau manque. &#171; Tout le monde voit les changements. Il suffit de regarder le fond de nos puits qui sont presque &#224; sec &#187;, raconte Carlos Urruty. Les eucalyptus plant&#233;s non loin de l&#224; sont friands d'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s l'organisation de d&#233;fense de l'environnement REDES, affili&#233;e aux Amis de la terre, la monoculture d'arbres, si elle poursuit son expansion aux environs de la r&#233;serve Santa Lucia d'o&#249; provient 60 % de l'eau consomm&#233;e par les Uruguayens, menace &#171; la capacit&#233; de la r&#233;serve &#224; approvisionner suffisamment en eau l'aire m&#233;tropolitaine de Montevideo &#187;. Contact&#233;, UPM r&#233;torque que &#171; l'offre d'eau est plus que suffisante pour r&#233;aliser des cultures foresti&#232;res sans affecter n&#233;gativement la disponibilit&#233; pour d'autres ressources &#187;, et d'ajouter que les territoires occup&#233;s par la sylviculture sont d&#233;finis par le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a des esp&#232;ces d'animaux qui prolif&#232;rent, comme les sangliers, alors que des esp&#232;ces d'oiseaux autochtones disparaissent. C'est tout l'&#233;quilibre de notre environnement qui est modifi&#233; &#187;, poursuit le professeur de 49 ans. Les habitants de Guich&#243;n s'attardent sur l'&#233;pandage de produits agrotoxiques dans les champs de soja. Un b&#233;ret basque viss&#233; sur le cr&#226;ne, l'apiculteur Luis Thomas Leiva raconte avoir perdu trente ruches sur les 290 qu'il poss&#232;de, &#171; en une application &#187; il y a trois mois. Les trente ruches se situaient &#224; une centaine de m&#232;tres d'un champ de soja. &#171; Mais le pire, c'est qu'ils ne pr&#233;viennent pas &#187;, relate le vieil homme. &#171; Chaque fois, on tente de se prot&#233;ger comme on peut. On court pour vite rentrer avec les enfants &#187;, poursuit en &#233;cho, &#224; quelque kilom&#232;tres de l&#224;, Mabel Rivero, 44 ans, qui dit avoir des probl&#232;mes respiratoires et tousser r&#233;guli&#232;rement apr&#232;s les fumigations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;pouse de Carlos Urruty, Carolina Valdomir, a enregistr&#233; quinze fausses couches dans le village de novembre &#224; d&#233;cembre 2013, une &#171; p&#233;riode o&#249; les fumigations sont intenses &#187;, fait-elle savoir. Le couple a d&#233;nonc&#233; ces cas au minist&#232;re de la sant&#233;, qui n'a pas donn&#233; de r&#233;ponse. En poste depuis un an, la directrice de l'h&#244;pital de Guich&#243;n, Griselda Tealdi, pr&#233;f&#232;re &#233;luder le probl&#232;me, s'excusant de ne pas pouvoir r&#233;pondre &#224; nos questions car elle est trop r&#233;cemment arriv&#233;e dans l'&#233;tablissement. La m&#233;decin Mar&#237;a del Lourdes Su&#225;rez, qui est aussi la maire du village (Partido nacional), est un peu plus prolixe : &#171; Oui, il y a des patients qui souffrent de toux, de vomissements, des jeunes d&#233;veloppent un cancer. Cela peut venir de l'utilisation des produits agrotoxiques mais nous ne pouvons rien affirmer. Aucune &#233;tude n'a &#233;t&#233; faite sur le sujet. Je pense, d'ailleurs, que l'on peut attendre longtemps pour avoir un rapport de la sorte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 2013, une professeure des &#233;coles de Rol&#243;n, &#224; environ 40 kilom&#232;tres au sud de Guich&#243;n &#224; vol d'oiseau, a gagn&#233; un proc&#232;s contre Agronegocios del Plata (ADP) et a &#233;t&#233; indemnis&#233;e &#224; hauteur de 6 800 dollars. La professeure d&#233;non&#231;ait un &#233;pandage tout proche de l'&#233;cole o&#249; elle enseignait. Elle a souffert durant trois mois de d&#233;mangeaisons. Les habitants de Guich&#243;n pointent du doigt la m&#234;me entreprise. Cette derni&#232;re assure ne pas louer de terre, ni produire aux environs de Guich&#243;n depuis trois ans. &#171; Dans certains cas, les entreprises comme ADP commercialisent les graines cultiv&#233;es par des particuliers &#187;, assure de son c&#244;t&#233; Ignacio Cirio de REDES. Un moyen pratique pour ne pas assumer ses responsabilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet aspect n&#233;gatif est balay&#233; par le gouvernement. Les cultures g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;es sont entr&#233;es sur le territoire bien avant l'accession au pouvoir du Frente Amplio, en 2005, puisque d&#232;s octobre 1996, le soja OGM &#171; Roundup Ready &#187;, d&#233;velopp&#233; par Monsanto, &#233;tait autoris&#233;. La coalition de gauche n'a pas cherch&#233; pour autant &#224; en freiner l'expansion. En novembre 2010, le gouvernement a autoris&#233; les semences de soja transg&#233;niques A2704-12 (de Bayer Cropscience), MON89788, MON98788&#215;MON87701 (Monsanto). Concernant l'installation des fabriques de p&#226;tes &#224; papier, l'Uruguay a fait fi des inqui&#233;tudes de son grand voisin l'Argentine, de l'autre c&#244;t&#233; du fleuve Uruguay o&#249; sont install&#233;es les industries, provoquant ainsi depuis 2005 un long conflit diplomatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Pour Mujica, la mine, c'est le d&#233;veloppement &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soja transg&#233;nique et les fabriques de papier sont autant d'avanc&#233;es pour l'Uruguay selon le pr&#233;sident Jos&#233; Mujica. Le soja &#171; m&#233;rite un monument parce que c'est une plante sacr&#233;e qui nous a apport&#233; la rentabilit&#233; &#187;, a-t-il d&#233;clar&#233; d&#233;but novembre 2012, lors de la conf&#233;rence mondiale sur la recherche agricole. Montes del Plata est &#171; un bond en avant pour l'Uruguay &#187;, annon&#231;ait-il lors de l'inauguration de l'usine le 8 septembre dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'&#233;conomiste de l'universit&#233; de la R&#233;publique d'Uruguay Rodrigo Arim, cette politique productiviste n'est pas &#233;trang&#232;re &#224; la bonne sant&#233; &#233;conomique : &#171; La croissance de 4,4 % en 2013 s'explique par l'augmentation des prix des mati&#232;res premi&#232;res, que ce soit le bl&#233;, la viande, mais aussi le soja depuis ces vingt derni&#232;res ann&#233;es, et par les investissements qui, dans l'industrie papeti&#232;re, dans l'hydraulique ou encore le projet de port en eau profonde, donnent confiance aux investisseurs, attir&#233;s par notre stabilit&#233;. &#187; La politique de redistribution, les aides sociales ont fait diminuer la pauvret&#233; : 11,5 % de la population &#233;taient sous le seuil de pauvret&#233; en 2013, contre 20,9 % en 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet du grand port en eau profonde, que pourraient aussi utiliser le Br&#233;sil ou le Paraguay, est le serpent de mer du mandat de Jos&#233; Mujica qui en fait &#171; la d&#233;cision de politique &#233;trang&#232;re la plus importante de ce gouvernement &#187;. Ce projet devait fournir un d&#233;bouch&#233; rapide au fer extrait de la mine &#224; ciel ouvert Aratiri de la compagnie mini&#232;re Zamin Ferrous (enregistr&#233;e &#224; Jersey) via un min&#233;roduc (pipeline) de 212 kilom&#232;tres traversant une centaine de cours d'eau et 26 kilom&#232;tres de v&#233;g&#233;tation dites &#171; sensibles &#187;. Le projet Aratiri patine lui aussi. Les pol&#233;miques qu'il soul&#232;ve et les contestations des organisations &#233;cologistes ne poussent pas le gouvernement &#224; de nouvelles d&#233;clarations, et Jos&#233; Mujica a souhait&#233; obtenir la certitude que &#171; le pays &#187; y gagnera &#171; entre 800 et 1 000 millions de dollars &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ana Filippini, d'Uruguay Libre de Megamineria, organisation oppos&#233;e &#224; Aratiri, ne croit pas &#224; la fin du projet de mine &#224; ciel ouvert et pense qu'il ressortira des cartons une fois la campagne pr&#233;sidentielle pass&#233;e. Elle &#233;corne l'image v&#233;hicul&#233;e par les m&#233;dias internationaux d'un pr&#233;sident flirtant avec la d&#233;croissance : &#171; Jos&#233; Mujica, comme tous les membres du gouvernement, r&#233;p&#232;te que notre d&#233;veloppement passe par la productivit&#233;. Pour eux, la mine, c'est le d&#233;veloppement. &#187; Un des biographes de Jos&#233; Mujica, Mauricio Rabuffetti, d&#233;taille le paradoxe de Jos&#233; Mujica qui reversait 87 % de son salaire &#224; un programme de logement : consommer moins ne va pas de pair avec une conscience &#233;cologique. &#171; Pour Jos&#233; Mujica, moins tu poss&#232;des de choses mat&#233;rielles, plus tu es libre. Il ne poss&#232;de rien de neuf et, dans sa ferme, ses papiers et livres sont rang&#233;s dans des cagettes d'oranges. Il a grandi dans une soci&#233;t&#233; aust&#232;re o&#249; l'acc&#232;s aux biens mat&#233;riels &#233;tait compliqu&#233;. Il descend d'une famille d'immigrants, habitu&#233;s &#224; vivre dans la sobri&#233;t&#233;. Pour lui, cette fa&#231;on de vivre est naturelle, comme pour encore beaucoup d'Uruguayens de son &#226;ge. Mujica croit sinc&#232;rement que la crise &#233;cologique de la plan&#232;te s'explique par la consommation excessive plus que par la fa&#231;on dont on g&#232;re l'environnement. Sa priorit&#233; reste de cr&#233;er des emplois et c'est pour cela qu'il promeut un projet comme Aratiri. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi l'emploi qui est mis en avant pour le d&#233;veloppement du soja, ou par les usines de p&#226;te &#224; papier UPM qui d&#233;clarent embaucher 3 400 personnes directement. Pourtant, la porte-parole de REDES, Maria Selva Ortiz, soutient que &#171; le d&#233;partement Rio Negro [ndlr : &#224; l'ouest du pays] est celui qui a le plus de cultures d'arbres et un taux de ch&#244;mage parmi les plus &#233;lev&#233;s du pays &#187;. &#192; Guich&#243;n, les habitants sont moins enthousiastes que le gouvernement : &#171; J'ai travaill&#233; un mois et demi &#224; r&#233;colter le bois pour un sous-traitant d'UPM &#187;, commence Mabel Rivero, assise dans son jardin d'o&#249; s'aper&#231;oit la p&#233;pini&#232;re de l'entreprise. &#171; Ils ne t'appellent jamais par ton pr&#233;nom mais seulement par le num&#233;ro qu'ils te donnent le jour de l'embauche. Tu travailles 9 heures d'affil&#233;e avec seulement 15 minutes de pause. Par cons&#233;quent, beaucoup quittent l'entreprise, mais ils reviennent car il est difficile de trouver du travail ailleurs. &#187; L'entreprise r&#233;pond laconiquement : &#171; UPM respecte pleinement les normes et les l&#233;gislations de l'&#201;tat uruguayen, offrant &#224; ses employ&#233;s les moyens n&#233;cessaires pour d&#233;velopper leur travail de mani&#232;re ad&#233;quate. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un an, Mabel et son mari, Gerardo Monancillo, se sont retrouv&#233;s sans terre. Ils habitaient sur le terrain d'un &#233;leveur qui a d&#233;cid&#233; de louer ses terres &#224; une entreprise de soja. &#171; Je m'occupais du b&#233;tail du propri&#233;taire. Nous vivions l&#224;-bas. Nous avions notre petite maison puis, du jour au lendemain, tu te retrouves sans rien &#187;, raconte l'agriculteur, chapeau de paille viss&#233; sur le cr&#226;ne. &#171; J'&#233;tais seul pour surveiller 1 200 hectares pour un salaire mis&#233;rable, moins de 600 euros par mois. Je n'avais pas le temps de m'occuper de mes propres b&#234;tes. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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