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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>La Constituante nationale de l'&#201;quateur </title>
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		<dc:date>2008-09-23T07:29:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>David Poulin-Litvak</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;mocratie participative</dc:subject>
		<dc:subject>International</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La Constituante nationale de l'Equateur a si&#233;g&#233; de d&#233;cembre 2007 jusqu'en juillet 2008. Les membres de la Constituante ont &#233;labor&#233; une proposition de nouvelle constitution qui ira au r&#233;f&#233;rendum le 28 septembre prochain. L'auteur a eu l'occasion de fr&#233;quenter d'avril &#224; juin 2008 le monde de la Constituante, d'abord en tant que journaliste-chercheur ind&#233;pendant, puis en tant que conseiller volontaire pour certains membres de l'Assembl&#233;e. Il s'est aussi pench&#233; sur l'exp&#233;rience de r&#233;forme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-International-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Democratie-participative-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie participative&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-International-67-+" rel="tag"&gt;International&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L110xH150/arton2548-0aadb.jpg?1781998748' class='spip_logo spip_logo_right' width='110' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La Constituante nationale de l'Equateur a si&#233;g&#233; de d&#233;cembre 2007 jusqu'en juillet 2008. Les membres de la Constituante ont &#233;labor&#233; une proposition de nouvelle constitution qui ira au r&#233;f&#233;rendum le 28 septembre prochain. L'auteur a eu l'occasion de fr&#233;quenter d'avril &#224; juin 2008 le monde de la Constituante, d'abord en tant que journaliste-chercheur ind&#233;pendant, puis en tant que conseiller volontaire pour certains membres de l'Assembl&#233;e. Il s'est aussi pench&#233; sur l'exp&#233;rience de r&#233;forme constitutionnelle v&#233;n&#233;zuelienne, qui a culmin&#233; lors du r&#233;f&#233;rendum de d&#233;cembre 2007.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s trois mois d'observation sur le terrain &#224; la Constituante nationale de l'&#201;quateur, je me permets ici de consigner un bilan critique de l'exp&#233;rience et, dans un second temps, quelques pistes de perspectives pour le Qu&#233;bec. Tout d'abord, il convient peut-&#234;tre d'expliquer, o&#249;, dans son parcours historique, se trouve l'&#201;quateur. L'&#201;quateur est &#224; la crois&#233;e des chemins, un peu comme le Qu&#233;bec l'&#233;tait dans les ann&#233;es soixante, entre un r&#233;gime mafieux et une v&#233;ritable d&#233;mocratie au service du peuple. L'on pourrait dire, pour simplifier, que l'&#201;quateur se trouve au moment de sa R&#233;volution tranquille. Cependant, comme la R&#233;volution tranquille qu&#233;b&#233;coise &#233;tait vraiment un pr&#233;lude &#224; l'&#233;closion du mouvement souverainiste, la R&#233;volution citoyenne entreprise par le gouvernement de Correa est un pr&#233;lude, une transition, qui m&#232;nera indubitablement &#224; une autre phase plus achev&#233;e de l'exp&#233;rience &#233;quatorienne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La constitution&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une constitution de transition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc voir la nouvelle constitution &#233;quatorienne comme une constitution de transition. Cette constitution, en fait, ne contient rien d'&#233;minemment &#171; r&#233;volutionnaire &#187; dans une perspective de droit constitutionnel compar&#233;, bien qu'il y ait plusieurs &#233;l&#233;ments innovants qui m&#233;ritent d'&#234;tre soulign&#233;s, ce que nous ferons. Avant d'y arriver, il convient tout de m&#234;me de pr&#233;ciser que dans une perspective interne cependant, cette constitution marquera un tournant ind&#233;niable dans l'histoire politique du pays. Tout comme le gouvernement Lesage le faisait en 1960, le gouvernement Correa est en train de mettre en branle un projet de &#171; Ma&#238;tres chez-nous ! &#187;, un projet de r&#233;appropriation du pays par ses habitants, et non par l'ext&#233;rieur et la mafia interne. Le principal changement, donc, en &#201;quateur, sera la cr&#233;ation d'un &#201;tat social digne de ce nom, qui nationalise certains secteurs et b&#226;tit un &#201;tat fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Renforcement de l'&#201;tat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les d&#233;tails, en &#201;quateur, cela signifie, d'une part, mettre la main sur les ressources nationales, affirmer la souverainet&#233; de l'&#201;tat en ces domaines et ouvrir la porte &#224; la constitution d'entreprises publiques qui chapeautent leur exploitation, puis, d'autre part, affirmer qu'il est du devoir de l'&#201;tat de r&#233;aliser certains services publics, puis de cr&#233;er un cadre pour leur r&#233;alisation. Concr&#232;tement, donc, ce qui importe, c'est l'affirmation que les ressources non-renouvelables sont de la propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat, c'est la loi de r&#233;cup&#233;ration de l'usage des ressources p&#233;troli&#232;res, c'est la loi mini&#232;re (mandato minero, qui a force de loi), puis, c'est aussi l'affirmation que l'&#233;ducation publique &#224; tous les niveaux, ce qui inclut l'&#233;ducation sup&#233;rieure jusqu'au troisi&#232;me cycle, sera la&#239;que et gratuite, c'est la d&#233;p&#233;nalisation du travail informel, le coup de hache donn&#233;e dans la pr&#233;carisation, et bien d'autres &#233;l&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Innovations dignes d'&#233;mulation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les &#233;l&#233;ments plus r&#233;volutionnaires, dans une perspective comparative, et desquels on peut s'inspirer, on doit premi&#232;rement noter un fort courant &#233;cologiste, un autre moins bien d&#233;fini, qui reste &#224; ancrer dans la pratique, celui relatif &#224; la participation citoyenne, puis enfin, un souci transversal d'inclusion qui se d&#233;cline &#224; l'&#233;quatorienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;cologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des innovations les plus significatives de la nouvelle constitution sera la reconnaissance des droits de la nature. La nature devient une personne morale dot&#233;e de droits intrins&#232;ques. Pour garantir le respect et la jouissance de ces droits, la constituante a cr&#233;&#233; un Ombudsman de l'environnement et de la nature, puis un Superintendant environnemental. De plus, l'&#201;quateur a aussi aboli la culture des OGM sur son territoire, avec possibilit&#233; d'exception s'il en va de l'int&#233;r&#234;t national. Finalement, l'eau devient un droit humain fondamental, la garantie duquel l'&#201;tat est garant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Participation citoyenne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Note : cette section est plus d&#233;taill&#233;e, puisqu'il s'agit d'un sujet qui m'int&#233;resse particuli&#232;rement, les lecteurs moins int&#233;ress&#233;s pourront lire cette partie entre les lignes, puis sauter &#224; la prochaine partie.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les changements qui ont trait &#224; la participation citoyenne sont de trois ordres. Tout d'abord, l'on peut noter l'utilisation de la participation citoyenne indirecte, par la r&#233;introduction du sort pour constituer certaines entit&#233;s publiques ; puis, dans plusieurs autres secteurs, l'on pr&#233;voit une participation citoyenne qui sera d&#233;finie dans la loi ; enfin, l'on a aussi retouch&#233; de mani&#232;re significative les processus p&#233;titionnels dits d'initiative populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle constitution cr&#233;e deux nouvelles fonctions de l'&#201;tat, en plus des fonctions classiques (l&#233;gislative, ex&#233;cutive et judiciaire). Ces deux fonctions sont la fonction &#233;lectorale et la fonction de contr&#244;le social. La premi&#232;re regroupe en son sein un Conseil National &#201;lectoral et un Tribunal du Contentieux &#201;lectoral, l'autre comprend un Conseil de Participation Citoyenne et de Contr&#244;le Social et plusieurs entit&#233;s autonomes de contr&#244;le social et administratif : l'Ombudsman, l'&#201;valuateur g&#233;n&#233;ral et les Superintendants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conseillers du CNE, les magistrats du TCE ainsi que l'&#201;valuateur g&#233;n&#233;ral seront nomm&#233;s par des Commissions de s&#233;lection qui seront mixtes : chacune des cinq fonctions de l'&#201;tat y nommera un repr&#233;sentant et un nombre &#233;gal de citoyens seront tir&#233;s au sort parmi une liste de volontaires. L'id&#233;e, en deux mots, c'est de rendre leur s&#233;lection plus ind&#233;pendante des pouvoirs &#233;lus. Il s'agit donc d'un petit pas, mais d'un pas int&#233;ressant. Notons au passage que l'&#201;quateur, comme le Mexique, a d&#233;j&#224; utilis&#233; la s&#233;lection al&#233;atoire pour superviser les &#233;lections, mais c'est la premi&#232;re fois que l'on cr&#233;e une fonction &#233;lectorale dont la s&#233;lection des plus hauts dirigeants incorporera l'usage du sort. L'id&#233;e de fonction ou de pouvoir &#233;lectoral existe cependant ailleurs en Am&#233;rique Latine (Costa Rica, Venezuela, Nicaragua). Il ne s'agit pas d'un changement r&#233;volutionnaire, quoique cela ait une importance certaine dans un &#201;tat o&#249; les &#233;lections ont souvent &#233;t&#233; manipul&#233;es, mais sans doute d'une piste de changement qui pourrait &#234;tre am&#233;lior&#233;e et bonifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, l'on peut noter que la constitution utilise ces organes plus ind&#233;pendants des pouvoirs &#233;lus pour d'autres fonctions : le Conseil National &#201;lectoral nommera les membres du Conseil de Participation Citoyenne et Contr&#244;le Social qui chapeaute l'autre fonction ; ce Conseil, &#224; son tour, nommera l'Ombudsman ; il nommera aussi les Superintendants et le Procureur G&#233;n&#233;ral, mais au sein d'une liste soumise par le pr&#233;sident de la r&#233;publique ; les magistrats de la Cour Constitutionnelle, d'ailleurs renforc&#233;e, seront aussi s&#233;lectionn&#233;s par un comit&#233; o&#249; l'un tiers de repr&#233;sentants seront nomm&#233;s par ce Conseil. La constitution oblige aussi le l&#233;gislateur &#224; organiser la participation ou le contr&#244;le citoyen dans la s&#233;lection du Conseil de la Magistrature &#8211; qui lui-m&#234;me nommera les 21 membres de la Cour Nationale de Justice (h&#233;riti&#232;re de la Cour Supr&#234;me) &#8211; des magistrats r&#233;guliers, des organes de planification du d&#233;veloppement &#224; tous les &#233;chelons, des Conseils pour l'&#233;galit&#233; et en mati&#232;re de communication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La constitution contient aussi un article pour encadrer l'organisation de la participation citoyenne &#224; tous les &#233;chelons de l'&#201;tat. L'on y pr&#233;voit la cr&#233;ation d'instances de participation compos&#233;es de repr&#233;sentants &#233;lus, des repr&#233;sentants territoriaux des gouvernements sup&#233;rieurs (r&#233;gimen dependiente) et de la soci&#233;t&#233;. Ces instances ont pour fonction de participer &#224; l'&#233;laboration des plans et des politiques aux diff&#233;rents &#233;chelons, d'am&#233;liorer l'investissement public et de d&#233;finir l'agenda de d&#233;veloppement, d'&#233;laborer les budgets gouvernementaux de mani&#232;re participative, de mettre en place des m&#233;canisme garantissant la transparence, la reddition de comptes et le contr&#244;le social, d'initier des processus communicationnels d&#233;mocratiques et ind&#233;pendants et de promouvoir la participation citoyenne. Il s'agit donc d'un plan bien ambitieux, qui reste &#224; &#234;tre d&#233;fini dans la loi. En plus de ces &#233;l&#233;ments, notons l'id&#233;e originale d'une chaise du peuple dans toutes les sessions des conseils des gouvernements subnationaux. Selon les th&#232;mes abord&#233;s, un repr&#233;sentant citoyen l'occupe et participe sans droit de vote aux d&#233;bats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle constitution renforce aussi les processus p&#233;titionnels face au Parlement. Les citoyens pourront dor&#233;navant proposer des lois ou m&#234;me des projets d'amendements constitutionnels avec un faible nombre de signatures, 0.25% pour des p&#233;titions proposant l'adoption d'un projet de loi et 1% pour des projets d'amendement constitutionnel. Ce qui est innovateur, cependant, c'est l'obligation qu'a le parlement de d&#233;lib&#233;rer de la proposition, &#224; d&#233;faut de quoi, apr&#232;s un d&#233;lai de six mois ou d'un an, la loi ou l'amendement propos&#233; entre automatiquement en vigueur. Il s'agit donc d'un droit de saisie du Parlement, le for&#231;ant &#224; d&#233;lib&#233;rer. De plus, les signatures de 5% des citoyens inscrits au registre &#233;lectoral suffiront pour provoquer une consultation populaire par r&#233;f&#233;rendum au niveau national, tandis que 15% suffiront pour initier un rappel du Pr&#233;sident. La constitution pr&#233;voit aussi un droit de consultation pr&#233;alable pour les projets de d&#233;veloppements ayant d'importants impacts environnementaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inclusion est un th&#232;me important dans la nouvelle constitution &#233;quatorienne. Notons tout d'abord un souci de parit&#233; de sexes, obligatoire, dans les organes de la fonction &#233;lectorale et de la fonction de contr&#244;le social, puis recommand&#233;e, dans les organes de la fonction judiciaire. L'alternance hommes-femmes sur les listes &#233;lectorales est aussi un principe qui existait d&#233;j&#224; avant la constitution. Il s'agit donc d'un axe transversal de la constitution &#233;quatorienne. Ensuite, un &#233;l&#233;ment fort innovateur qui pourrait &#234;tre qualifi&#233; de r&#233;volutionnaire est la repr&#233;sentation des &#201;quatoriens &#224; l'ext&#233;rieur, qui sont nombreux, puisqu'il y a eu de fortes vagues d'immigration, dans la fonction l&#233;gislative. La constitution cr&#233;e des circonscriptions sp&#233;ciales pour les &#201;quatoriens &#224; l'ext&#233;rieur et six des 124 membres de l'Assembl&#233;e nationale seront &#233;lus dans ces circonscriptions. Ils voteront &#233;galement aux &#233;lections pr&#233;sidentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la massue identitaire de la nouvelle constitution est sans doute le principe de plurinationalit&#233;, relatif aux nations indig&#232;nes, ainsi qu'aux communaut&#233;s noires et montubiennes du pays. Ce principe implique des droits politiques sp&#233;ciaux ainsi que la reconnaissance des langues autochtones. Il ne s'agit pas d'un principe dont les cons&#233;quences sont enti&#232;rement d&#233;finies, d&#233;taill&#233;es, mais plut&#244;t d'un point de d&#233;part, dont les ramifications resteront &#224; pr&#233;ciser et ancrer dans la r&#233;alit&#233;. L'on fait aussi r&#233;f&#233;rence dans la constitution a la Pachamama, la M&#232;re Terre, que l'on mentionne aux c&#244;t&#233;s de la nature, puis, au concept quechua de Sumak Kawsay, c'est-&#224;-dire de Bien Vivre, qui a une acception &#224; la fois soci&#233;tale, humaine, mais aussi socionaturelle, c'est-&#224;-dire relative &#224; la soci&#233;t&#233; au sein de l'environnement naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autres changements&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les autres changements, il convient de souligner l'adoption d'une loi qui limite la r&#233;mun&#233;ration &#224; l'int&#233;rieur du secteur public &#224; 25 fois la r&#233;mun&#233;ration au salaire minimum du pays. Le pr&#233;sident gagne un tel salaire, et maintenant, les hauts fonctionnaires ne pourront gagner davantage que lui. Il s'agit d'une attaque contre la &#171; Bureaucratie dor&#233;e &#187; qui s'&#233;tait install&#233;e. Une telle mesure est unique au monde, et met en place une logique qui pourrait &#234;tre &#233;mul&#233;e dans d'autres secteurs (OSBL, partenariat public-priv&#233;s, repr&#233;sentants politiques), voire au niveau soci&#233;tal. La constitution a aussi mis en place un syst&#232;me de supervision de la dette publique, avec un Comit&#233; de l'endettement et du financement, pour limiter l'endettement. Elle interdit aussi le monopole ou l'oligopole direct ou indirect dans le secteur m&#233;diatique et interdit plus sp&#233;cifiquement toute propri&#233;t&#233; crois&#233;e des m&#233;dias avec les groupes financiers.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le processus constitutionnel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il importe de brosser un rapide portrait de la r&#233;alit&#233; politique interne du pays pour comprendre pourquoi cette constitution, bien qu'elle contienne des &#233;l&#233;ments int&#233;ressants, reste une constitution de transition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, il faut dire que le bloc gouvernemental au sein de l'Assembl&#233;e constituante &#233;tait divis&#233;. Les membres plus r&#233;volutionnaires &#233;taient fr&#233;quemment tenus en &#233;chec par des membres plus conservateurs du bloc. Ils &#233;taient cependant unis face &#224; l'opposition que je n'h&#233;site pas &#224; d&#233;crire comme une mafia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la plus grande contrainte venait sans doute du fait que cette constitution doit &#234;tre adopt&#233;e en r&#233;f&#233;rendum, et malgr&#233; un score impressionnant aux &#233;lections de la constituante, l'absence de contr&#244;le de la sph&#232;re m&#233;diatique rend l'issue du r&#233;f&#233;rendum incertaine. La constituante n'avait donc pas les mains libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des strat&#233;gies utilis&#233;es &#224; cet effet a &#233;t&#233; celle du consensus, interne &#224; l'Assembl&#233;e. Le bloc gouvernemental a ainsi r&#233;ussi &#224; coopter indirectement et partiellement certains membres de l'opposition, et donc &#224; briser son unit&#233;. Il y avait donc, dans une assembl&#233;e de 130 membres, dont 80 sont du bloc gouvernemental, plusieurs votes en pl&#233;ni&#232;re o&#249; les r&#233;sultats &#233;taient sup&#233;rieurs &#224; 80, presque tous, en fait, et d'autres m&#234;me d&#233;passaient 90, voire 100. Ce consensus, naturellement, limite la port&#233;e r&#233;volutionnaire du projet &#233;quatorien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre &#233;l&#233;ment contraignant pour l'assembl&#233;e est politique : bien qu'il existe une s&#233;paration partielle du pouvoir constitutionnel et l&#233;gislatif, car le mandat de l'Assembl&#233;e est avant tout constitutionnel, plusieurs sinon tous les membres de l'Assembl&#233;e aspirent &#224; &#234;tre &#233;lus d&#233;put&#233;s dans la prochaine l&#233;gislature, sinon, mieux, &#224; &#234;tre nomm&#233; ministre. Cette volont&#233; d&#233;pend de Rafael Correa, le Pr&#233;sident, et de ses associ&#233;s, qui ont exerc&#233; un ind&#233;niable effet conservateur &#8211; ou peut-&#234;tre peureux, frileux &#8211; sur les d&#233;cisions de la Constituante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces &#233;l&#233;ments s'ajoute aussi une colonisation intellectuelle, cette peur d'innover, surtout venant de cette droite non-r&#233;volutionnaire du bloc, qui emp&#234;chait, r&#233;ellement, les propositions plus radicales et structurelles de passer. Cependant, l'on peut n&#233;anmoins dire que si la constitution stabilise le pays et met en branle un processus de renforcement de l'&#201;tat, en plus des quelques graines de r&#233;volution qui ont &#233;t&#233; sem&#233;es, ce sera d&#233;j&#224; &#231;a de gagn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les le&#231;ons pour le Qu&#233;bec&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les le&#231;ons pour le Qu&#233;bec seraient, je le crains, fort nombreuses. Je me contenterai ici de proposer quelques avenues pour les partis plus nouveaux qui ont flirt&#233; avec l'id&#233;e de constituante, ou qui la proposent. Tout d'abord, il faut dire que l'id&#233;e d'une constituante &#233;lue ne tend pas &#224; &#234;tre tr&#232;s r&#233;volutionnaire, pour les raisons &#233;voqu&#233;es plus haut. J'aurais donc tendance &#224; dire qu'il serait mieux de tenter d'innover et de mettre en place une constituante d'un type nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une constituante mixte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on pourrait, par exemple, cr&#233;er une constituante mixte : 100 &#233;lus, 100 citoyens s&#233;lectionn&#233;s de mani&#232;re al&#233;atoire, 25 repr&#233;sentants d'organisations de la soci&#233;t&#233; civile tir&#233;s au sort et 25 professeurs universitaires ou coll&#233;gial tir&#233;s au sort. Une telle constituante aurait l'avantage de mieux repr&#233;senter le peuple, les forces politiques, les forces vives et les cerveaux du Qu&#233;bec. &#201;videmment, l'on pourrait penser que tous ne devraient pas avoir droit de vote, les profs et les repr&#233;sentants de mouvements sociaux (puisque tous ne sont pas &#233;ligibles), mais il n'est pas non plus inconcevable, &#224; mon avis, de les incorporer pleinement, puisqu'ils sont s&#233;lectionn&#233;s de mani&#232;re al&#233;atoire, et de cr&#233;er une assembl&#233;e avec 250 votants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait aussi recommandable de stratifier les trois derniers groupes, pour assurer que les sexes, les groupes d'&#226;ges et les r&#233;gions soient &#233;quitablement repr&#233;sent&#233;s dans le premier groupe ; que les organisations &#233;conomiques (syndicats, patronats, etc.), sociales, culturelles, politiques (droits humains, droits politiques, etc.) et &#233;cologiques soient &#233;quitablement repr&#233;sent&#233;s dans le second groupe ; puis que les sp&#233;cialisations de sciences humaines, de sciences de la nature, et des arts, lettres, philosophie, etc. les soient dans le dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conditions de succ&#232;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La constituante devrait susciter des d&#233;lib&#233;rations larges au sein de la population, puis, apr&#232;s avoir recueilli les propositions de tous et chacun, d&#233;lib&#233;rer pour faire une premi&#232;re proposition de constitution. Cette premi&#232;re proposition devrait &#234;tre soumise &#224; une seconde consultation, pour v&#233;rifier si cela correspond vraiment &#224; la volont&#233; de la population, tout d'abord, puis pour modifier la proposition initiale en cons&#233;quence si ce n'est pas le cas, mais aussi pour am&#233;liorer, approfondir, remanier certaines dispositions. C'est ce que j'appelle &#171; la double consultation &#187;, que l'on peut assimiler &#224; la double lecture que l'on fait en chambre parlementaire pour les projets de lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, l'Assembl&#233;e devrait pouvoir jouir du temps jug&#233; n&#233;cessaire pour accomplir sa mission. Bien s&#251;r, certains me diront que faire une constitution ne requiert pas trop de temps, et je suis d'accord, si l'on sait o&#249; l'on va et que l'on n'envisage pas d'explorer certaines avenues innovatrices, cependant, si l'on d&#233;sire explorer certaines de ces avenues, il serait peut-&#234;tre pr&#233;f&#233;rable d'ouvrir la porte &#224; ce qu'elles puissent &#234;tre pes&#233;es de mani&#232;re sereine. L'on a vu en &#201;quateur comment la constituante a &#171; butch&#233; &#187; la finale, sans v&#233;ritable d&#233;bat de fond, sur les derniers &#233;l&#233;ments de la constitution, parce qu'ils &#233;taient coinc&#233;s dans le temps. La situation &#233;tait si tendue que cela a men&#233; &#224; la d&#233;mission de son premier pr&#233;sident, Alberto Acosta, qui &#233;tait d'avis qu'une extension &#233;tait n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un probl&#232;me se pose ici, celui de la relation de cette Constituante avec les pouvoirs &#233;lus. En &#201;quateur, l'on a dot&#233; l'Assembl&#233;e constituante des pleins pouvoirs, puis l'on a dissous le congr&#232;s, re&#231;u la d&#233;mission du pr&#233;sident, r&#233;institu&#233; le pr&#233;sident et assum&#233; les pouvoirs l&#233;gislatifs. Au Qu&#233;bec, il serait impossible d'attribuer le pouvoir l&#233;gislatif &#224; une telle Assembl&#233;e Constituante, ce qui implique de deux choses l'une : que ses membres ne pourront qu'&#234;tre d&#233;put&#233;s ou membres de la constituante, ou qu'ils pourraient cumuler les deux fonctions. Les deux solutions sont imparfaites, mais j'aurais tendance &#224; pr&#233;f&#233;rer la derni&#232;re, pour garantir que les membres de l'assembl&#233;e ne soient pas des politiques de seconde classe. Cela m'am&#232;ne cependant &#224; une seconde possibilit&#233;, j'admettrai, fort originale, mais que l'on peut consid&#233;rer comme exploratoire : une constituante bicam&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une Constituante bicam&#233;rale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e serait, simplement, d'&#233;lire une Assembl&#233;e Nationale Constituante, puis, &#224; ses c&#244;t&#233;s de cr&#233;er une Assembl&#233;e Citoyenne Constituante. La premi&#232;re exercerait un mandat l&#233;gislatif et constitutionnel, tandis que la seconde exercerait un simple mandat constitutionnel. Les deux assembl&#233;es auraient cependant un pouvoir &#233;gal en mati&#232;re constitutionnelle. Ce qui implique deux possibilit&#233;s : la premi&#232;re est qu'elles s'entendent sur une proposition commune de constitution. La seconde est qu'elles diff&#232;rent, et donc qu'elles puissent chacune proposer un projet diff&#233;rent de constitution. C'est &#233;videmment cette seconde possibilit&#233; qui pose plus probl&#232;me, car elle implique un mode de scrutin diff&#233;rent pour son adoption. Cependant, ce n'est pas si compliqu&#233;. Le mode de scrutin qui devrait &#234;tre utilis&#233; serait un scrutin pr&#233;f&#233;rentiel o&#249; les citoyens indiqueraient, en ordre de pr&#233;f&#233;rence, leurs choix constitutionnels : proposition de l'Assembl&#233;e Nationale, de l'Assembl&#233;e Citoyenne ou le statu quo. Le scrutin pr&#233;f&#233;rentiel permet de d&#233;terminer l'option pr&#233;f&#233;rentielle du peuple, qui serait celle retenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre question est celle de sa composition. Elle pourrait &#234;tre constitu&#233;e de 100 citoyens s&#233;lectionn&#233;s de mani&#232;re al&#233;atoire et stratifi&#233;e, puis de 25 autres membres choisis par ces derniers. Les 25 membres sp&#233;ciaux pourraient avoir ou non droit de vote, mais dans tous les cas, je crois qu'il serait sage qu'un minimum d'entre eux proviennent des groupes de la soci&#233;t&#233; civile, et qu'un minimum, aussi, du monde acad&#233;mique. Neuf de chaque groupe me semblerait &#233;quilibr&#233;. Il serait concevable, de plus, que certains d'entre eux puissent m&#234;me venir de l'ext&#233;rieur (ou n'avoir pas la citoyennet&#233; qu&#233;b&#233;coise), mais s'ils ne r&#233;sident pas au Qu&#233;bec, ils ne devraient cependant pas avoir droit de vote. Cela permettrait de recruter des comp&#233;tences particuli&#232;res. Naturellement, les membres citoyens auraient droit &#224; une &#233;quipe de travail pour les &#233;pauler, ils pourraient m&#234;me &#234;tre s&#233;lectionn&#233;s un an &#224; l'avance et se voir offrir une bourse d'&#233;tude pour perfectionner leurs comp&#233;tences dans le domaine de leur choix pendant cette ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe, malheureusement pour les lecteurs fatigu&#233;s &#8211; &#231;a ach&#232;ve &#8211;, deux derni&#232;res options, mais qui sont plus radicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une Constituante citoyenne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re consisterait &#224; cr&#233;er une Constituante Citoyenne ad hoc similaire &#224; cette Assembl&#233;e Citoyenne Constituante. Elle serait cependant la seule &#224; faire une proposition &#224; la population. Le gouvernement pourrait n&#233;anmoins lui soumettre ses avis, recommandations, voire un projet initial de constitution pour lancer le d&#233;bat. Cependant, c'est la Constituante Citoyenne qui d&#233;ciderait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une Assembl&#233;e citoyenne permanente&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde, elle, serait de cr&#233;er une Assembl&#233;e Constitutionnelle permanente, qui serait similaire &#224; celle susmentionn&#233;e, mais dont les membres seraient p&#233;riodiquement renouvel&#233;s. La permanence d'une telle Assembl&#233;e n'implique pas qu'elle si&#232;ge en permanence, elle pourrait hiberner durant des hivers constitutionnels, cependant, cela implique quelle puisse se saisir et d&#233;lib&#233;rer si elle juge qu'il y a mati&#232;re &#224; changer la constitution. Cette Assembl&#233;e pourrait donc &#234;tre tr&#232;s active au d&#233;but, hiberner, puis se re-saisir lorsqu'un &#233;t&#233; constitutionnel se pointe &#224; l'horizon (ou un &#233;t&#233; indien&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus du pouvoir d'initier un r&#233;f&#233;rendum pour r&#233;former ou amender la constitution, une telle assembl&#233;e pourrait initier un r&#233;f&#233;rendum pour proposer un changement structurel au pays, que ce changement ait ou non une dimension constitutionnelle. Pensons &#224; la n&#233;cessit&#233; d'ancrer la participation citoyenne aux diff&#233;rents niveaux du gouvernement et aux changements structurels qui doivent &#234;tre entrepris pour faire face &#224; la crise &#233;cologique qui nous rattrape. Pensons &#224; la question linguistique, et &#224; l'opportunit&#233; de mettre en place un large projet de francisation sur le long terme. Pensons &#224; la crise identitaire qui a frapp&#233; le Qu&#233;bec, et &#224; la n&#233;cessit&#233;, selon certains, de d&#233;finir et d'&#233;noncer nos valeurs. Toutes ces questions, qui sont structurelles, et pour lesquelles une perspective de long terme est n&#233;cessaire, pourraient faire l'objet de d&#233;lib&#233;rations au sein d'une telle assembl&#233;e, puis, si elle le juge bon, d'une proposition r&#233;f&#233;rendaire sur laquelle le peuple serait amen&#233; &#224; se prononcer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quatre options, donc, la Constituante mixte, la Constituante bicam&#233;rale, la Constituante citoyenne et l'Assembl&#233;e citoyenne permanente, s'ajoutent aux autres propositions plus conservatrices-imitatrices, qui sont de rel&#233;guer la t&#226;che &#224; l'Assembl&#233;e nationale (PQ), ou de cr&#233;er une Constituante s&#233;par&#233;e, mais &#233;lue (QS).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi incorporer une dimension citoyenne &#224; une Constituante ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il me semble ici n&#233;cessaire d'expliquer pourquoi il me semble opportun de consid&#233;rer ces options, si ce n'est d&#233;j&#224; clair. Lorsque l'on discute de se doter d'une constitution, les &#233;lus sont, en quelque sorte, en conflit d'int&#233;r&#234;t. Il s'agit, en effet, de discuter du syst&#232;me dans lequel, eux, &#339;uvrent. Leurs int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats entrent en conflit, in&#233;vitablement, avec la perspective structurelle dont il est question. En revanche, les citoyens s&#233;lectionn&#233;s de mani&#232;re al&#233;atoire, eux, sont ind&#233;pendants des politiques, ils peuvent consid&#233;rer changer des choses qui les d&#233;rangent. Cela n'est pas dire que les politiques ne doivent pas avoir voix au chapitre, mais plut&#244;t qu'ils ne doivent pas avoir toute la place, ni m&#234;me peut-&#234;tre plus qu'une voix sans droit de vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des exemples frappants de ce type de probl&#232;me est la question du mode de scrutin au Qu&#233;bec. L'on peut &#234;tre pour ou contre, mais il faut reconna&#238;tre que les grands partis politiques &#233;lus sous l'empire de l'actuel mode de scrutin ne sont pas objectifs lorsqu'il en vient de consid&#233;rer d'ouvrir la porte de l'Assembl&#233;e nationale aux verts et aux solidaires. Le PQ les voit comme des comp&#233;titeurs, &#224; tort ou &#224; raison, car ce sont peut-&#234;tre davantage des partenaires, tandis que le PLQ et l'ADQ n'ont pas int&#233;r&#234;t &#224; avoir des gens de gauche et des &#233;cologistes critiquer leurs positions id&#233;ologiques et les int&#233;r&#234;ts qu'ils d&#233;fendent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela m'am&#232;ne &#224; l'autre probl&#232;me des dits &#233;lus : ces derniers sont &#233;lus, certes, mais ils ne d&#233;pendent cependant pas que de la volont&#233; citoyenne. Ils d&#233;pendent aussi de ceux qui financent leurs partis, leurs campagnes politiques ; ils sont soumis aux pressions des lobbies organis&#233;s, qui s'organisent mieux s'ils ont plus d'argent ; puis, enfin, ils d&#233;pendent des m&#233;dias, propri&#233;t&#233;s priv&#233;es financ&#233;s par des publicit&#233;s pay&#233;es par les grandes entreprises. Les &#233;lus sont donc, en un mot, plac&#233;s entre le peuple et le capital. Ils sont donc en conflit d'int&#233;r&#234;t structurel ; certains, moins polis, diront que notre syst&#232;me de repr&#233;sentation est un syst&#232;me de corruption organis&#233;e, que les &#233;lus sont structurellement corrompus. Et qui l&#233;gif&#232;re dans les champs &#233;lectoraux et m&#233;diatiques, qui l&#233;gif&#232;re en mati&#232;re de lobbying ? Les &#233;lus. Il y a ici un probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une proposition de structure institutionnelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le r&#233;gler, une solution serait simplement de cr&#233;er, apr&#232;s avoir mis en place une telle Assembl&#233;e constitutionnelle, une seconde chambre citoyenne du Parlement, s&#233;lectionn&#233;e de mani&#232;re similaire, et qui aurait pour fonction de l&#233;gif&#233;rer dans les mati&#232;res susmentionn&#233;es : &#233;lections, m&#233;dias, lobbying. Une telle Assembl&#233;e pourrait aussi avoir le pouvoir de proposer des lois, et celui d'opposer un veto constructif aux lois propos&#233;es par l'Assembl&#233;e nationale. Elle pourrait aussi avoir le pouvoir d'&#233;valuer p&#233;riodiquement le gouvernement et d'initier un rappel si elle le juge d&#233;favorablement en vue de sa plateforme politique et de ses promesses &#233;lectorales. Elle pourrait aussi proposer directement des politiques au gouvernement, &#224; la sph&#232;re ex&#233;cutive, et se prononcer a priori lorsqu'il s'agit de d&#233;cisions qui font parfois partie de la sph&#232;re autonome de l'ex&#233;cutif, comme l'entr&#233;e en guerre ou la signature de trait&#233;s internationaux. Elle pourrait m&#234;me s'opposer &#224; une action gouvernementale, en geler l'application, jusqu'&#224; temps que le gouvernement change d'avis ou &#224; tout le moins r&#233;ponde aux objections pos&#233;es par cette Assembl&#233;e citoyenne. Elle pourrait aussi nommer les hauts fonctionnaires des corps &#233;tatiques qui g&#232;rent les &#233;lections, les m&#233;dias, qui exercent un contr&#244;le administratif ou social (ombudsman et &#233;valuateur g&#233;n&#233;ral), et avoir son mot &#224; dire en mati&#232;re de nomination des repr&#233;sentants de l'&#201;tat dans la sph&#232;re internationale, qui est, pr&#233;sentement, hors d'atteinte des citoyens ordinaires. Naturellement, les plus critiques de ces pouvoirs devraient &#234;tre soumis &#224; des contrepoids ou &#224; des majorit&#233;s qualifi&#233;es pour &#233;viter des d&#233;rives ou des blocages indus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste un autre probl&#232;me, celui du pouvoir judiciaire, qui requiert un troisi&#232;me organe, une Cour constitutionnelle citoyenne. Cet organe nommerait la moiti&#233; des juges de la Cour supr&#234;me, tandis que les pouvoirs &#233;lus nommeraient l'autre moiti&#233;. Lorsqu'il y aurait des questions d'interpr&#233;tation constitutionnelle, cette Cour pourrait &#234;tre saisie, et les juges de la Cour supr&#234;me devraient alors plaidoyer leurs opinions constitutionnelles ; la Cour citoyenne voterait sur leurs opinions. La seconde chambre citoyenne du Parlement pourrait aussi proposer un Code d'&#233;thique politique, qui s'appliquerait aux &#233;lus, et cette Cour serait donc amen&#233;e &#224; voter sur les opinions des juges de la Cour supr&#234;me dans les affaires politiques, en mati&#232;re de corruption, de haute trahison, et des autres cas d&#233;finis dans le Code.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons ici que ces deux derni&#232;res propositions devancent un peu mon propos. Ils illustrent cependant le genre de proposition qui pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233; par une Assembl&#233;e constitutionnelle, une Constituante citoyenne, ou une constituante mixte ou bicam&#233;rale ayant une dimension citoyenne. Notons au passage que les chances de voir d&#233;battre s&#233;rieusement d'une telle proposition par une Constituante &#233;lue sont relativement nulles. C'est pourquoi, en fin de compte, la nature de la Constituante elle m&#234;me, conditionnera, finalement, la Constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que je veux une d&#233;mocratie participative qui ne soit pas que consultative, ou qu'implant&#233;e aux niveaux inf&#233;rieurs de l'&#201;tat, municipaux et r&#233;gionaux, je crois que l'utilisation de la s&#233;lection al&#233;atoire, une forme de participation indirecte, est le meilleur moyen d'acc&#233;der aux sph&#232;res sup&#233;rieures, nationales, de l'&#201;tat. La s&#233;lection al&#233;atoire, parce qu'elle inclut potentiellement tous les citoyens, mais qu'elle n'en s&#233;lectionne qu'un &#233;chantillon, est un processus de participation indirecte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit cependant d'un processus &#233;minemment participatif. Les corps citoyens auront comme obligation de provoquer une d&#233;lib&#233;ration soci&#233;tale plus large sur les questions de nature structurelles ou constitutionnelles qui pr&#233;c&#232;dent la tenue d'un r&#233;f&#233;rendum ou lorsqu'il s'agit de faire des changements majeurs dans les domaines &#233;lectoral, m&#233;diatique et de lobbying. Il ne s'agira cependant pas de consulter la population de mani&#232;re verticale, gouvernants-gouvern&#233;s, mais bien d'une consultation horizontale, de citoyens &#224; citoyens, ce qui diff&#232;re grandement. C'est pourquoi je la qualifie non pas de consultation, mais bien de d&#233;lib&#233;ration. Il s'agit donc d'un processus &#233;minemment participatif, et &#233;galitaire, fond&#233;e sur une conception &#233;galitaire des citoyens, sur une conception proprement citoyenne de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, donc, il importe de souligner que la fonction de ce grand jury citoyen n'est pas tant de d&#233;cider, de mener l'&#201;tat, mais bien d'&#233;valuer les propositions citoyennes, celles de mouvements organis&#233;s, des intellectuels et des acad&#233;miques, et de s&#233;lectionner celles qu'ils croient la meilleure, voire d'innover sur le fondement de leurs consultations, et de formuler une proposition originale qui conjugue certains int&#233;r&#234;ts ou fusionne certaines perspectives. En ce sens, l'on pourrait apparenter de telles instances citoyennes &#224; des jurys politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons finalement que la l&#233;gitimit&#233; politique, d&#233;mocratique de telles instances ne se fonde pas sur la d&#233;l&#233;gation de pouvoir, forc&#233;e, comme dans les syst&#232;mes repr&#233;sentatifs, mais bien sur la repr&#233;sentativit&#233; sociod&#233;mographique. Une instance citoyenne, parce qu'elle est s&#233;lectionn&#233;e de mani&#232;re al&#233;atoire et stratifi&#233;e, repr&#233;sente en miniature le corps soci&#233;tal. L'on oppose donc ici une l&#233;gitimit&#233; mixte, &#233;litiste dans l'accession r&#233;elle aux fonctions de repr&#233;sentation, mais fond&#233;e sur une base populaire par le biais du suffrage universel des adultes, &#224; une l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique, fond&#233;e sur l'&#233;galit&#233; des citoyens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Une d&#233;l&#233;gation de Qu&#233;bec solidaire en &#201;quateur et au Venezuela</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Une-delegation-de-Quebec-solidaire-en-Equateur-et-au-Venezuela</link>
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		<dc:date>2008-06-30T15:07:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Mouterde</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;mocratie participative</dc:subject>
		<dc:subject>International</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alors qu'il est de bon ton au PQ et &#228; l'ADQ de parler de Constitution ou m&#234;me de Constituante, une d&#233;l&#233;gation de Qu&#233;bec solidaire emmen&#233;e par Amir Khadir s'est rendue en &#201;quateur et au Venezuela pour observer les processus constituants en marche dans ces deux pays. L'objectif : rencontrer des acteurs du mouvement social, des responsables politiques et des militants de base et tenter de comprendre comment de larges secteurs de la population &#8211;le peuple d'en bas&#8212; ont pu &#234;tre impliqu&#233;s&#168;dans un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-International-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Democratie-participative-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie participative&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-International-67-+" rel="tag"&gt;International&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH113/arton2329-412de.jpg?1781999900' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors qu'il est de bon ton au PQ et &#228; l'ADQ de parler de Constitution ou m&#234;me de Constituante, une d&#233;l&#233;gation de Qu&#233;bec solidaire emmen&#233;e par Amir Khadir s'est rendue en &#201;quateur et au Venezuela pour observer les processus constituants en marche dans ces deux pays. L'objectif : rencontrer des acteurs du mouvement social, des responsables politiques et des militants de base et tenter de comprendre comment de larges secteurs de la population &#8211;le peuple d'en bas&#8212; ont pu &#234;tre impliqu&#233;s&#168;dans un v&#233;ritable processus de mobilisation sociale et de d&#233;mocratie participative et populaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En &#201;quateur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En &#201;quateur, la d&#233;l&#233;gation de Qu&#233;bec solidaire a rencontr&#233; des responsables du mouvement autochtone oeuvrant dans la CONAIE (la conf&#233;d&#233;ration des nationalit&#233;s indig&#232;nes de l'&#201;quateur) et dans le mouvement politique Pachakutik ainsi que dans la premi&#232;re universit&#233; autochtone du pays, Amawtay Wasi. Elle a aussi pris contact avec divers responsables de la coalition gouvernementale, Acuerdo Pa&#237;s, favorables &#224; la &#8220;r&#233;volution citoyenne&#8221; du Pr&#233;sident Correa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, elle s'est rendue &#224; Montecristi pour observer les travaux de l'Assembl&#233;e constituante d'&#201;quateur. Elle y a rencontr&#233; de nombreux parlementaires ainsi quassist&#233; &#224; une session de l'Assembl&#233;e et particip&#233; &#224; une conf&#233;rence de presse donn&#233;e par le pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e constitutante, Alberto Acosta.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Au Venezuela&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;l&#233;gation de Qu&#233;bec solidaire a &#233;t&#233; invit&#233;e par l'Institut v&#233;n&#233;zu&#233;lien de formation diplomatique, Pedro Gual.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir en d&#233;but de semaine, lors d'une conf&#233;rence organis&#233;e par l'institut, soulev&#233; l'importance des d&#233;g&#226;ts produits par le n&#233;olib&#233;ralisme au Qu&#233;bec, notamment dans le domaine de la sant&#233;, la d&#233;l&#233;gation de Qu&#233;bec solidaire s'emploiera &#224; mesurer &#8211;au travers de nombreuses rencontres avec le mouvement social&#8212; les avanc&#233;es comme les difficult&#233;s actuelles du processus de bolivarien de transformation sociale et populaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un autre Qu&#233;bec possible&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D'ores et d&#233;j&#224;, on peut affirmer qu'au del&#224; de tous les clich&#233;s courant sur la r&#233;volution bolivarienne du Venezuela ou sur la r&#233;volution citoyenne de l'&#201;quateur, il existe dans ces deux pays de tr&#232;s riches exp&#233;riences de transformation sociale dont la gauche du Qu&#233;bec pourrait s'inspirer pour faire na&#238;tre dans le contexte qui est le sien, un &#8220;autre Qu&#233;bec possible&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Photo : Il s'agit de Jorge Huaman, coordonateur du Pachakutik, bras politique de la CONAIE (Conf&#233;d&#233;ration des nationalit&#233;s indig&#232;nes de l'&#201;quateur), accompagn&#233; d'Amir Khadir et de Pierre Mouterde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les difficult&#233;s de l'exp&#233;rience constituante &#233;quatorienne</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-difficultes-de-l-experience-constituante-equatorienne</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Les-difficultes-de-l-experience-constituante-equatorienne</guid>
		<dc:date>2008-06-30T14:14:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Mouterde</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;mocratie participative</dc:subject>
		<dc:subject>International</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une d&#233;l&#233;gation de Qu&#233;bec solidaire emmen&#233;e par Amir Khadir s'est rendue d&#233;but juin, en &#201;quateur et au Venezuela pour chercher &#224; mieux comprendre les processus constituants et les exp&#233;riences de d&#233;mocratie participative en cours dans ces deux pays. &lt;br class='autobr' /&gt; En &#201;quateur, elle a eu la possibilit&#233; &#8211; en plus de mener de nombreuses entrevues avec des acteurs sociaux et politiques de Quito&#8212;de passer quelques jours &#224; Montecristi, si&#232;ge de l'Assembl&#233;e Constituante et d'y rencontrer ou d'y voir travailler (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-International-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-International-67-+" rel="tag"&gt;International&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH113/arton2328-197ff.jpg?1781999900' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une d&#233;l&#233;gation de Qu&#233;bec solidaire emmen&#233;e par Amir Khadir s'est rendue d&#233;but juin, en &#201;quateur et au Venezuela pour chercher &#224; mieux comprendre les processus constituants et les exp&#233;riences de d&#233;mocratie participative en cours dans ces deux pays.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En &#201;quateur, elle a eu la possibilit&#233; &#8211; en plus de mener de nombreuses entrevues avec des acteurs sociaux et politiques de Quito&#8212;de passer quelques jours &#224; Montecristi, si&#232;ge de l'Assembl&#233;e Constituante et d'y rencontrer ou d'y voir travailler les &#171; constituants &#187; de la coalition &#171; Alliance Pays &#187;, dont le Pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e, Alberto Acosta qui vient, &#224; la surprise g&#233;n&#233;rale, de donner sa d&#233;mission. Occasion de mieux comprendre les espoirs comme les tensions qui traversent ce projet de refondation constitutionnel hors du commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sait, en &#201;quateur, le processus de changement social men&#233; sous la houlette de son Pr&#233;sident Rapha&#235;l Correa, n'en est &#8211;si on le compare &#224; celui du Venezuela&#8212; qu'&#224; ses premiers pas, puisque l'&#233;lection de ce dernier ne remonte qu'&#224; novembre 2006. On sait que depuis cependant, Rapha&#235;l Correa est parvenu &#224; gagner deux scrutins &#233;lectoraux (l'un en avril 2007, l'autre en septembre 2007) qui lui ont permis non seulement de faire adopter d&#233;mocratiquement le principe d'une Assembl&#233;e Constituante, mais encore d'y disposer d'une large majorit&#233; (80 sur 130 des parlementaires &#233;lus appartiennent &#224; la coalition gouvernementale &#171; Alliance Pays &#187;). En fait il s'agit de la premi&#232;re &#233;tape d'une &#171; r&#233;volution citoyenne &#187; que depuis le d&#233;but de son mandat il appelle de ses v&#339;ux et qui au del&#224; d'importantes modifications constitutionnelles aspire &#224; promouvoir des r&#233;formes majeures en termes &#233;thique, &#233;conomique, &#233;ducatif et de sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Priorit&#233; au d&#233;bat, &#224; la d&#233;mocratie participative&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis bient&#244;t 6 mois, est donc entr&#233;e en fonction une Assembl&#233;e Constituante qui, sous la direction de son pr&#233;sident, Alberto Acosta, s'est lanc&#233;e dans un v&#233;ritable exercice de refondation de la souverainet&#233; nationale. Mais loin de vouloir l&#233;gif&#233;rer en vase clos, les constituants de la coalition gouvernementale ont donn&#233; la priorit&#233; au d&#233;bat, en faisant largement appel aux contributions de tous les groupes et mouvements sociaux qui d&#233;siraient s'exprimer et faire valoir leur point de vue. Mani&#232;re de mener un v&#233;ritable exercice de d&#233;mocratie participative capable de prendre en compte les aspirations de secteurs toujours plus larges de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultats : Les constituants sont en passe de doter l'&#201;quateur de balises constitutionnelles infiniment plus d&#233;mocratiques, &#233;cologiques et progressistes que par le pass&#233;, notamment par la reconnaissance du principe de la pluri-nationalit&#233; (il y a pr&#232;s de 40% d'indig&#232;nes en &#201;quateur), la formalisation d'un 4i&#232;me pouvoir (le pouvoir citoyen) et l'&#233;laboration de droits reconnus &#224; la nature (devenant ainsi une personne morale, une premi&#232;re !). Mais parce que les constituants majoritaires ont donn&#233; priorit&#233; au d&#233;bat, parce qu'ils ont cherch&#233; &#224; mener un travail en profondeur, ils ont pris du retard et se trouvent dans l'incapacit&#233; de finaliser leurs travaux pour la date fix&#233;e du 26 juillet. C'est la goutte qui &#8211;semble-t-il&#8212; a fait d&#233;border le vase et a conduit le Pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e Alberto Acosta &#224; donner sa d&#233;mission : &#171; Rapha&#235;l Correa, mon ami, dit que ce serait un suicide politique de ne pas en finir pour le 26 juillet. Je crois au contraire que nous devons prendre le temps suffisant pour que le d&#233;bat et la constitution soient de qualit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, et toutes les rencontres faites &#224; Montecristi l'ont confirm&#233;&#8212;cette d&#233;mission est le r&#233;v&#233;lateur de profondes tensions qui traversent, depuis quelques temps d&#233;j&#224;, la coalition &#171; Alliance Pays &#187; dont le pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e Constituante incarnait l'aile gauche et militante. Proche des mouvements altermondialiste et indig&#232;ne d'&#201;quateur, avec lesquels il a particip&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 2000 &#224; la lutte contre le Trait&#233; de libre commerce ( TLC) et la Zone de libre &#233;change des Am&#233;riques ( Zl&#233;a), Alberto Acosta s'&#233;tait illustr&#233; en d&#233;fendant une s&#233;rie de propositions d'un courant plus &#224; gauche qui ne rencontraient pas toujours facilement l'aval du Pr&#233;sident Correa. Ainsi avait-il r&#233;ussi &#224; arr&#234;ter &#8211;temporairement !&#8212; l'exploitation du gisement p&#233;trolier ITT de Yasuni (au c&#339;ur d'une grande r&#233;serve &#233;cologique en pleine for&#234;t amazonienne) moyennant une initiative fort originale :l'&#201;quateur s'engageait &#224; ne pas exploiter ces gisements et par cons&#233;quent &#224; prot&#233;ger l'extraordinaire biodiversit&#233; de la r&#233;gion ainsi qu'&#224; faire sa part en terme de lutte au r&#233;chauffement climatique, &#224; la condition que la communaut&#233; internationale puisse l'aider, en lui fournissant la moiti&#233; des revenus dont il aurait disposer en l'exploitant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re avait-il tent&#233;, suite &#224; de difficiles conflits entre la Conf&#233;d&#233;ration des peuples indig&#232;nes (CONAIE) et le Pr&#233;sident lui-m&#234;me, de concilier les demandes autochtones concernant la n&#233;cessit&#233; constitutionnelle de &#171; leur consentement pr&#233;alable &#187; &#224; tout projet de d&#233;veloppement minier, avec les volont&#233;s de Rapha&#235;l Correa de d&#233;velopper l'industrie mini&#232;re et extractive (or et cuivre, notamment) dans laquelle, soit dit en passant, de nombreuses entreprises canadiennes sont tr&#232;s activement impliqu&#233;es. Plus r&#233;cemment, il s'&#233;tait object&#233; au fait que le Pr&#233;sident puisse penser donner l'amnistie &#224; Gustavo Noboa, un ex pr&#233;sident soup&#231;onn&#233; de malversation et corruption.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le sens d'une d&#233;mission&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que Alberto Acosta n'a d&#233;missionn&#233; que de son poste de pr&#233;sident. Il reste toujours membre de l'Assembl&#233;e Constituante et appara&#238;t toujours comme une personnalit&#233; de premier plan. Cette d&#233;mission n'en indique pas moins toutes les tensions de ce projet &#233;quatorien de &#171; r&#233;volution citoyenne &#187; qui, parce qu'il s'est donn&#233; les moyens de ne pas &#234;tre qu'&#171; une r&#233;forme cosm&#233;tique &#187; et &#171; un ajustement n&#233;olib&#233;ral de plus &#187;, finit par toucher &#224; des enjeux majeurs, en termes d&#233;mocratiques, &#233;cologiques et sociaux, vis-&#224;-vis desquels les pressions conservatrices p&#232;sent lourdement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;mission indique aussi comment l'approfondissement de ce processus de changement social est loin d'&#234;tre scell&#233; et qu'il d&#233;pend plus que tout de l'&#233;volution des rapports de force sociopolitiques qui traversent actuellement le pays, et de mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale l'Am&#233;rique latine enti&#232;re. En ce sens le refus r&#233;cent du Pr&#233;sident Correa de s'engager dans l'Alba (Alternative bolivarienne pour l'Am&#233;rique latine et les Cara&#239;bes) est autre signe r&#233;v&#233;lateur de ces difficult&#233;s. De quoi mettre en &#233;vidence comment en pleine &#232;re n&#233;olib&#233;rale les gouvernements latino-am&#233;ricains de gauche peinent, &#224; lever des obstacles qui se dressent devant eux pour installer plus de d&#233;mocratie et de justice sociale dans leurs propres pays ; et comment ils ont besoin, comme jamais de notre solidarit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L'auteur est professeur de philosophie au coll&#232;ge de Limoilou&lt;br class='autobr' /&gt;
Auteur et coordonnateur de l'ouvrage collectif L&#8216;avenir est &#224; gauche, 12 contributions au renouvellement de la gauche au Qu&#233;bec, Montr&#233;al, Ecosoci&#233;t&#233;, mai 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photo a &#233;t&#233; prise &#224; Montecristi, le 5 juin dernier, lors d'une conf&#233;rence de presse donn&#233;e par Alberto Acosta&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>D&#233;mocratie contre capitalisme</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Democratie-contre-capitalisme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Democratie-contre-capitalisme</guid>
		<dc:date>2006-03-03T18:48:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bernard Rioux</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;mocratie participative</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Thomas Coutrot, un &#233;conomiste membre du Conseil scientifique d'ATTAC et du R&#233;seau d'alerte sur les in&#233;galit&#233;s, a publi&#233; aux &#201;ditions La dispute une contribution essentielle sur la d&#233;mocratie participative comme strat&#233;gie de rupture avec le syst&#232;me actuel, D&#233;mocratie contre capitalisme. &lt;br class='autobr' /&gt; Le livre de Thomas Coutrot va r&#233;futer tant l'identification abusive entre rationalit&#233; &#233;conomique et capitalisme que celle entre capitalisme et d&#233;mocratie. En fait, cette p&#233;riode du n&#233;olib&#233;ralisme est celle (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L140xH150/arton13-2302b.jpg?1781999900' class='spip_logo spip_logo_right' width='140' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Thomas Coutrot, un &#233;conomiste membre du Conseil scientifique d'ATTAC et du R&#233;seau d'alerte sur les in&#233;galit&#233;s, a publi&#233; aux &#201;ditions La dispute une contribution essentielle sur la d&#233;mocratie participative comme strat&#233;gie de rupture avec le syst&#232;me actuel, D&#233;mocratie contre capitalisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le livre de Thomas Coutrot va r&#233;futer tant l'identification abusive entre rationalit&#233; &#233;conomique et capitalisme que celle entre capitalisme et d&#233;mocratie. En fait, cette p&#233;riode du n&#233;olib&#233;ralisme est celle de la crise de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative. Le recul g&#233;n&#233;ralis&#233; de la participation aux &#233;lections est un reflet patent de cette crise. Et cette r&#233;alit&#233;, nous dit Coutrot, s'explique facilement : &#171; Les gouvernements, pourtant &#233;lus de la majorit&#233;, privil&#233;gient sans rel&#226;che les int&#233;r&#234;ts d'une minorit&#233; : progressistes ou conservateurs, de gauche ou de droite, ils promeuvent inlassablement privatisations, pr&#233;carisation, amputation des droits sociaux, r&#233;ductions des imp&#244;ts des riches... &#187; (p. 9)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette crise de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative n'est pas tomb&#233;e du ciel. Elle est le fruit d'une entreprise de d&#233;politisation et de d&#233;mobilisation. D&#233;j&#224; en 1975, la Commission trilat&#233;rale affirmait : &#171; Le fonctionnement efficace d'un syst&#232;me politique d&#233;mocratique n&#233;cessite un certain degr&#233; d'apathie et de non-implication de la part de certains individus et groupes. &#187; (p. 40) Pour parvenir &#224; cette fin et d&#233;velopper la n&#233;cessaire r&#233;signation, on a d&#233;velopp&#233; l'ins&#233;curit&#233; et les in&#233;galit&#233;s, on a tol&#233;r&#233; la corruption, le mensonge et le cynisme. Ce sont d'ailleurs les couches sociales les plus touch&#233;es par la pr&#233;carit&#233;, le ch&#244;mage et la mis&#232;re qui sont les premi&#232;res &#224; d&#233;crocher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le centre de la pens&#233;e de Coutrot, c'est qu'on ne peut parler de d&#233;mocratie, ou m&#234;me de d&#233;mocratie participative, sans poser le probl&#232;me d'un contr&#244;le citoyen sur l'&#233;conomie. Son livre fait donc un bilan des forces et des limites des initiatives visant &#224; &#233;tablir un contr&#244;le citoyen sur l'&#233;conomie : exp&#233;riences d'&#233;conomie solidaire ou de commerce &#233;quitable, initiatives de contr&#244;le citoyen sur les politiques des entreprises, remise en question du contr&#244;le des actionnaires sur les d&#233;cisions impliquant les droits des salari&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, quand le lib&#233;ralisme &#233;conomique d&#233;truit les fondements du lib&#233;ralisme politique, c'est le lib&#233;ralisme lui-m&#234;me qu'il faut remettre en question. Quand l'in&#233;galit&#233; croissante et le contr&#244;le des grandes entreprises contribuent au recul de la d&#233;mocratie en instaurant une in&#233;galit&#233; d'acc&#232;s aux ressources politiques, il faut instaurer une dynamique qui lie le contr&#244;le citoyen sur les politiques de l'entreprise &#224; l'&#233;largissement de la d&#233;mocratie participative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;crit si bien Coutrot, &#171; Pour sortir par le haut du lib&#233;ralisme, la d&#233;mocratie doit se radicaliser au sens de s'enraciner dans les pratiques quotidiennes, et d'abord dans les pratiques &#233;conomiques et productives &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si son propos est de rappeler l'indispensable compl&#233;mentarit&#233; entre d&#233;mocratie politique et d&#233;mocratie &#233;conomique, il ne le fait pas uniquement sur le mode du rappel des grands principes, il propose toute une gamme de revendications pr&#233;cises qui sont autant de pistes &#224; explorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pistes propos&#233;es sont multiples mais convergentes. Il faut non seulement lire ce livre mais l'&#233;tudier pour tirer des le&#231;ons essentielles afin de ne pas rester emp&#234;tr&#233; dans les orni&#232;res du social-lib&#233;ralisme et du capitalisme &#224; visage humain qui ne m&#232;neront qu'&#224; de nouvelles impasses. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut, nous dit Coutrot, qu'&#233;merge une v&#233;ritable &#171; strat&#233;gie participative &#187; pour sortir du capitalisme et construire un socialisme d&#233;mocratique...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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