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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Salvador Allende Le m&#233;decin qui devint Pr&#233;sident</title>
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		<dc:date>2023-09-12T07:15:34Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Giovanni Princigalli</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-09-12</dc:subject>
		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Chili</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'Association des Chiliens du Qu&#233;bec a &#233;t&#233; fond&#233;e pas des r&#233;fugi&#233;s politiques. Parmi ceux-ci, certains ont subi la torture. Cette association organise actuellement un cycle d'expositions et films du 7 au 22 septembre dans plusieurs sites de la ville de Montr&#233;al. L'occasion est sp&#233;ciale : le 50e anniversaire du coup d'&#233;tat au Chili et la mort du Pr&#233;sidente Salvador Allende, le 11 septembre 1973. &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; l'&#233;poque j'&#233;tais &#226;g&#233; de 5 ans. J'habitais en Italie. Mes parents avaient accueilli des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-chili-354-+" rel="tag"&gt;Chili&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L116xH150/salvador_allende_gossens--a994b.jpg?1781038718' class='spip_logo spip_logo_right' width='116' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'Association des Chiliens du Qu&#233;bec a &#233;t&#233; fond&#233;e pas des r&#233;fugi&#233;s politiques. Parmi ceux-ci, certains ont subi la torture. Cette association organise actuellement un cycle d'expositions et films du 7 au 22 septembre dans plusieurs sites de la ville de Montr&#233;al. L'occasion est sp&#233;ciale : le 50e anniversaire du coup d'&#233;tat au Chili et la mort du Pr&#233;sidente Salvador Allende, le 11 septembre 1973.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque j'&#233;tais &#226;g&#233; de 5 ans. J'habitais en Italie. Mes parents avaient accueilli des r&#233;fugi&#233;s chiliens. Ils &#233;taient des artistes, ou mieux des muralistes, avec des longs cheveux, des visages avec les traits d'une jeunesse, qui malgr&#233; tout, &#233;tait encore souriante et vivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allende est n&#233; en 1908. Ancien m&#233;decin, il a &#233;t&#233; co-fondateur en 1933 du Parti Socialiste du Chili. Sa pr&#233;sidence est renvers&#233;e par un coup d'&#233;tat militaire men&#233; par Augusto Pinochet. Le projet fut planifi&#233; et soutenu par Richard Nixon et Henry Kissinger afin d'arr&#234;ter l'avanc&#233;e du socialisme en Am&#233;rique Latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous les bombes des aviateurs putschistes, Allende tente une derni&#232;re r&#233;sistance d&#233;sesp&#233;r&#233;e, portant un casque de soldat et muni d'un fusil qui lui avait &#233;t&#233; offert par Fidel Castro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression des militaires fut f&#233;roce. Elle commence soudainement au stade national, qui sert de prison &#224; ciel ouvert pour 40 000 personnes et dans des camps de concentration organis&#233;s &#224; la h&#226;te. Dans le stade, se trouve aussi le c&#233;l&#232;bre chansonnier Victor Jara, qui fut d'abord tortur&#233;, puis, a eu les doigts coup&#233;s &#224; la hache pour l'emp&#234;cher de continuer &#224; jouer de la guitare pendant sa d&#233;tention. Enfin, il fut ex&#233;cut&#233;. Ce coup d'&#233;tat fut un choc pour toutes les d&#233;mocraties du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore aujourd'hui, on se demande pourquoi l'arm&#233;e, du simple soldat &#224; l'officier, s'est livr&#233;e &#224; tant de barbaries, torturant et tuant des adolescents et des femmes (m&#234;me enceintes). Aussi, des ouvriers, des ain&#233;s, des ministres et des officiers fid&#232;les &#224; Allende, parmi lesquels on compte les g&#233;n&#233;raux Carlos Parts, Sergio Poblete et Alberto Bachelet. Celui-ci fut tortur&#233; comme sa fille Michelle, &#224; l'&#233;poque &#226;g&#233;e de 25 ans (qui un jour sera la Pr&#233;sidente du Chili) et de sa femme (l'anthropologue Angela Jeria). Un chagrin du plus pour Bachelet fut de voir que ses tortionnaires &#233;taient des sous-officiers plus jeunes que lui, que lui-m&#234;me avait form&#233;s et command&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sadisme et cette f&#233;rocit&#233; furent d&#233;clench&#233;s par une id&#233;ologie nazi-fasciste, mais aussi par une sorte de racisme de classe, une haine contre la gauche et les pr&#234;tres catholiques qui soutenaient les pauvres, contre les coutumes des jeunes de l'&#233;poque, leur musique, ainsi que la po&#233;sie de Pablo Neruda, et un m&#233;pris pour les officiers loyaux &#224; la constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allende retenait que le socialisme pouvait &#234;tre construit pacifiquement et d&#233;mocratiquement. Il &#233;tait un romantique, tr&#232;s proche de la pens&#233;e socialiste des origines : libertaire, humaniste, communautaire. De ce point de vue, il divergeait des id&#233;es et m&#233;thodes de Fidel Castro, qui &#233;tait pourtant son ami.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au New York Times, Allende avait dit : &#034;&lt;i&gt;Pour vous, &#234;tre communiste ou socialiste, c'est &#234;tre totalitaire, pour moi, ce n'est pas &#231;a .... Au contraire, je crois que le socialisme lib&#232;re l'homme &#8220;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les ann&#233;es 60 et 80, dans le climat de la guerre froide, un m&#233;lange d'int&#233;r&#234;ts politiques convergent dans un seul et m&#234;me but : &#171; arr&#234;ter les reformes socialistes ou progressistes &#187;. On parle de mouvements n&#233;ofascistes, de la CIA, de la Mafia (italienne et am&#233;ricaine), des militaires r&#233;actionnaires, du grand capital. On assiste &#224; une longue file de violents renversements, je cite juste : le coup d'&#233;tat en Gr&#232;ce en 1967, qui fut pr&#233;c&#233;d&#233; par l'assassinat du leader socialiste Grig&#243;ris Lambr&#225;kis (que Yves Montand, lui aussi socialiste, interpr&#232;te dans le c&#233;l&#232;bre film Z de Costas Gavas), l'assassinat en 1968 du liberal Bob Kennedy (d'ailleurs pas de tout socialiste), la terrible dictature argentine en 1975, et l'assassinat en 1986 du premier ministre de Su&#232;de, le social-d&#233;mocrate Olof Palme (qui pourtant &#233;tait anti-communiste). Toutes ces actions, ont eu comme r&#233;sultat final, celui de redimensionner &#233;norm&#233;ment les ambitions des partis de gauche, avec la cons&#233;quence d'&#233;teindre les aspirations des classes subalternes. Aujourd'hui , m&#234;me le br&#233;silien Ignacio Lula, qu'on peut consid&#233;rer comme l'&#226;me plus &#224; gauche de la gauche internationale (et cela, sans d&#233;border dans le populisme et l'autoritarisme de Maduro et Ortega), ne pourra jamais r&#233;aliser ni la social-d&#233;mocratie non communiste envisag&#233;e par Olof Palme , ni un socialisme d&#233;mocratique inspir&#233; du marxisme comme le souhaitait Allende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques minutes avant de mourir, Allende avait prononc&#233; &#224; la radio son dernier et c&#233;l&#232;bre discours : &#171; &lt;i&gt;Le processus social ne va pas dispara&#238;tre parce que dispara&#238;t un dirigeant (&#8230;) il ne pourra pas &#234;tre arr&#234;t&#233; [...] Travailleur de ma patrie (&#8230;) D'autres hommes d&#233;passeront ces temps obscurs et amers, o&#249; la trahison pr&#233;tend s'imposer. Allez de l'avant, sachant que t&#244;t ou tard s'ouvriront les grandes avenues sur lesquelles passera l'homme libre pour construire une soci&#233;t&#233; meilleure&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allende reste une figure incontournable, inspirante et un martyr du socialisme, de la pens&#233;e humaniste et des droits et aspirations des travailleurs et des opprim&#233;s. Il nous a laiss&#233; en h&#233;ritage aussi des exemples de l'&#233;mancipation des femmes : sa fille Isabel Allende Bussi, actuellement vice-pr&#233;sidente de l'Internationale Socialiste et sa ni&#232;ce Isabel Allende, la c&#233;l&#232;bre &#233;crivaine.&lt;/p&gt;
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		<title>Les deux fant&#244;mes qui hantent le Chili</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-deux-fantomes-qui-hantent-le-Chili</link>
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		<dc:date>2023-09-12T06:38:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Franck Gaudichaud</dc:creator>


		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2023-09-12</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, un m&#233;decin, les urnes et la d&#233;mocratie. De l'autre, un coup d'&#201;tat g&#233;n&#233;ral, des armes et une dictature. Parmi les protagonistes du 11 septembre 1973, le panth&#233;on chilien devrait pouvoir choisir facilement. Et pourtant... &lt;br class='autobr' /&gt; 9 septembre 2023 | tir&#233; de Viento sur https://vientosur.info/los-dos-fantasmas-que-acechan-a-chile/ &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Continuez &#224; savoir que, beaucoup plus t&#244;t que tard, vous ouvrirez &#224; nouveau les grandes voies par lesquelles passe l'homme libre, pour construire une soci&#233;t&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-chili-354-+" rel="tag"&gt;Chili&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-09-12-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-09-12&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/la_fin_du_regime_allende-0b371.png?1781169190' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, un m&#233;decin, les urnes et la d&#233;mocratie. De l'autre, un coup d'&#201;tat g&#233;n&#233;ral, des armes et une dictature. Parmi les protagonistes du 11 septembre 1973, le panth&#233;on chilien devrait pouvoir choisir facilement. Et pourtant...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;9 septembre 2023 | tir&#233; de Viento sur&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://vientosur.info/los-dos-fantasmas-que-acechan-a-chile/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://vientosur.info/los-dos-fantasmas-que-acechan-a-chile/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Continuez &#224; savoir que, beaucoup plus t&#244;t que tard, vous ouvrirez &#224; nouveau les grandes voies par lesquelles passe l'homme libre, pour construire une soci&#233;t&#233; meilleure &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Des deux c&#244;t&#233;s de l'&#233;chiquier politique, presque tous les Chiliens connaissent le dernier communiqu&#233; de Salvador Allende, d'o&#249; provient cette citation. Ce discours, appel&#233; &#171; de las alamedas &#187;, est prononc&#233; le 11 septembre 1973 &#8211; lors du coup d'&#201;tat foment&#233; par le g&#233;n&#233;ral Augusto Pinochet &#8211; par le pr&#233;sident chilien &#233;lu en 1970. Allende est enferm&#233; dans le palais pr&#233;sidentiel de La Moneda, avec quelques amis proches et des armes brandies. Il sait qu'il ne sortira pas vivant du b&#226;timent pr&#233;sidentiel. Dans ce dernier discours &#224; la population, Allende entend laisser &#171; une le&#231;on morale qui punira le crime, la l&#226;chet&#233; et la trahison &#187; ainsi que le t&#233;moignage &#171; d'un homme digne et loyal &#224; la patrie &#187;. 50 ans plus tard, comme il l'avait pr&#233;dit, le &#171; m&#233;tal tranquille &#187; de sa voix continue de r&#233;sonner et le premier pr&#233;sident marxiste d&#233;mocratiquement &#233;lu de l'histoire du C&#244;ne Sud reste l'une des figures centrales de l'histoire mondiale de la gauche au XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plus fort de la guerre froide, l'exp&#233;rience de la &lt;i&gt;voie chilienne vers le socialisme&lt;/i&gt; a dur&#233; moins de trois ans (de novembre 1970 &#224; septembre 1973). Cependant, il a transform&#233; le pays andin de neuf millions d'habitants et passionn&#233; le monde intellectuel et militant, d'un bout &#224; l'autre de la plan&#232;te. La gauche (rassembl&#233;e autour du Parti socialiste et du Parti communiste) qui a donn&#233; naissance, en 1969, &#224; la coalition qui prend le nom d'Unit&#233; populaire (UP), a propos&#233; une transition &#224; la fois d&#233;mocratique et r&#233;volutionnaire, institutionnelle, &#233;lectorale et d&#233;sarm&#233;e : il ne s'agissait plus de parier sur les gu&#233;rilleros et les kalachnikovs, mais sur la mobilisation des classes populaires et du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'appuyant &#8211; &#224; tort &#8211; sur ce qu'ils consid&#232;rent comme une tradition historique l&#233;galiste de l'arm&#233;e et sur une certaine flexibilit&#233; de l'&#201;tat chilien, Allende et ses partisans ont pari&#233; que les militaires respecteraient le suffrage universel et qu'il serait possible d'imposer la volont&#233; majoritaire &#224; l'oligarchie sans tirer le moindre coup de feu. Loin des options strat&#233;giques de la r&#233;volution cubaine, ce pari a &#233;t&#233; jug&#233; suicidaire par la gauche extraparlementaire, qui comprend le Mouvement de la gauche r&#233;volutionnaire (MIR), alors dirig&#233; par Miguel Enr&#237;quez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire d'Allende le 4 septembre 1970 (avec une majorit&#233; relative de 36,6 % des voix) contre les candidats de droite et d&#233;mocrates-chr&#233;tiens a suscit&#233; une immense vague d'espoir. Les 40 mesures du gouvernement, prises au d&#233;but du mandat, visaient &#224; promouvoir la croissance, &#224; redistribuer &#8211; de mani&#232;re tr&#232;s ambitieuse &#8211; les richesses, &#224; augmenter les salaires, &#224; approfondir la r&#233;forme agraire initi&#233;e sous le gouvernement pr&#233;c&#233;dent et m&#234;me &#224; placer les principales ressources nationales (notamment mini&#232;res) sous contr&#244;le &#233;tatique. La nationalisation de plusieurs dizaines de grandes entreprises et de 90% des banques a permis la constitution d'un Espace de Propri&#233;t&#233; Sociale (APS) dans lequel un syst&#232;me de cogestion a &#233;t&#233; mis en place, entre salari&#233;s et administrations publiques. Le secteur priv&#233; reste toutefois tr&#232;s pr&#233;sent dans l'&#233;conomie nationale. Le pays conna&#238;t un climat d'effervescence : gr&#232;ves, occupations de terres ou d'usines se multiplient... Mais la gauche est rest&#233;e minoritaire au Parlement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;action&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie et les grands propri&#233;taires terriens ont r&#233;agi &#224; la politique de la coalition comme les vampires &#224; l'ail : ils frissonnaient de peur. Le 6 novembre 1970, le pr&#233;sident am&#233;ricain Richard Nixon a d&#233;clar&#233; au Conseil national de s&#233;curit&#233; : &#171; Notre principale pr&#233;occupation avec le Chili est la possibilit&#233; qu'il [Allende] puisse consolider son pouvoir et que le monde ait l'impression qu'il r&#233;ussirait. (...). Nous ne devons pas laisser l'Am&#233;rique latine penser qu'elle peut s'engager dans cette voie sans en subir les cons&#233;quences. &#187; Le pr&#233;sident chilien avait pris ses fonctions deux jours plus t&#244;t. En 1971, l'expropriation du cuivre (la plus grande r&#233;serve mondiale), alors aux mains des entreprises am&#233;ricaines, est interpr&#233;t&#233;e comme une d&#233;claration de guerre par la Maison Blanche. Allende s'est &#233;galement impos&#233; comme un dirigeant des &#201;tats non align&#233;s. Il d&#233;fend le droit des pays colonis&#233;s &#224; l'autod&#233;termination et d&#233;nonce le syst&#232;me financier international. Tr&#232;s vite, la Central Intelligence Agency (CIA), l'ambassade des &#201;tats-Unis, ainsi que de puissantes multinationales touch&#233;es par les nationalisations, ont conspir&#233; pour abattre cette exp&#233;rience radicale originaleen plein vol.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Evgeny Morozov, &#171; ITT et le coup d'&#201;tat contre Allende &#187;, Le Monde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Santiago, au Chili, la droite &#8211; soutenue par Washington &#224; travers des millions de dollars (comme le montrera une enqu&#234;te du S&#233;nat am&#233;ricain)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les deux volumes du rapport sur les auditions men&#233;es par le S&#233;nat des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8211; s'est fix&#233; pour objectif de d&#233;manteler le bloc sociopolitique qui soutient la gauche au pouvoir. Il a commenc&#233; &#224; chercher le soutien de sections r&#233;actionnaires des forces arm&#233;es. Les attaques de Patria y Libertad, une organisation d'extr&#234;me droite, ont fait trembler la population. Les grandes entreprises et certaines professions lib&#233;rales ont provoqu&#233; des boycotts et des lock-out pour d&#233;vaster l'&#233;conomie. Les m&#233;dias conservateurs &#8211; en particulier le journal &lt;i&gt;El Mercurio&lt;/i&gt; &#8211; rouages essentiels de ce dispositif, n'ont cess&#233; de mettre en garde contre les &#171; d&#233;rives &#187; de la &#171; dictature marxiste &#187;. Le si&#232;ge se refermait progressivement sur le processus r&#233;volutionnaire, tandis que l'explosion de l'inflation, le boycott international et le d&#233;veloppement du march&#233; parall&#232;le ali&#233;naient les couches moyennes urbaines. En 1972, le Parti chr&#233;tien-d&#233;mocrate met de c&#244;t&#233; ses doutes et se tourne vers l'opposition frontale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement ouvrier a r&#233;sist&#233;. En r&#233;ponse &#224; chaque tentative de gr&#232;ve patronale, les formes d'auto-organisation et de pouvoir populaire, notamment au sein des cordons industriels, se multiplient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Franck Gaudichaud (dir.), Nous vaincrons ! Exp&#233;riences chiliennes du pouvoir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais la gauche &#233;tait de plus en plus divis&#233;e tandis que le gouvernement persistait &#224; croire qu'il serait possible d'&#233;viter la confrontation. En vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du 11 septembre 1973, avec le soutien de l'administration Nixon (mais aussi &#8211; on le sait maintenant &#8211; de la dictature br&#233;silienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Archives de la s&#233;curit&#233; nationale, &#171; Le Br&#233;sil a encourag&#233; le renversement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), les diff&#233;rentes branches des forces arm&#233;es se sont r&#233;volt&#233;es. La gauche a &#233;t&#233; d&#233;sarm&#233;e, &#224; la fois politiquement et militairement. La bataille du Chili a connu une fin dramatique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Patricio Guzm&#225;n, La Batalla de Chile, production Atacama, France-Cuba-Chili, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. S'appuyant sur un catholicisme national-conservateur et la doctrine de la s&#233;curit&#233; nationale, la dictature civilo-militaire a ferm&#233; le parlement, r&#233;prim&#233; les syndicats dans le sang, proclam&#233; l'&#233;tat de si&#232;ge, pratiqu&#233; la censure. Contre le cancer marxiste, le terrorisme d'&#201;tat s'est abattu sur le pays. Pendant 16 ans, l'arm&#233;e et la police politique ont tortur&#233; des dizaines de milliers de personnes et assassin&#233; plus de 3 200, dont plus d'un millier sont toujours port&#233;es disparues aujourd'hui (leurs corps n'ont jamais &#233;t&#233; retrouv&#233;s). Des centaines de milliers de personnes ont &#233;t&#233; contraintes &#224; l'exil. Cette p&#233;riode de violences de masse co&#239;ncide, depuis 1975, avec celle d'une th&#233;rapie de choc &#233;conomique qui transforme le Chili en laboratoire &#224; ciel ouvert du n&#233;olib&#233;ralisme : le pays devient le parangon des Chicago Boys et des th&#233;ories mon&#233;taristes appr&#233;ci&#233;es par l'&#233;conomiste Milton Friedman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;50 ans apr&#232;s le coup d'&#201;tat chilien, la guerre des m&#233;moires fait des ravages dans un pays profond&#233;ment fractur&#233;. Soutenu par le Parti communiste, il est vrai que Gabriel Boric (Frente Amplio) a r&#233;ussi &#224; battre &#8211; avec 56 % des voix &#8211; Jos&#233; Antonio Kast (Parti r&#233;publicain, PR), candidat d'extr&#234;me droite, lors de la campagne pr&#233;sidentielle de 2021, affichant un programme critique de n&#233;olib&#233;ralisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Tout commence au Chili &#187;, Le Monde diplomatique, janvier 2022.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cependant, Kast est sorti victorieux du premier tour, laissant les partis traditionnels loin derri&#232;re. Admirateur avou&#233; du g&#233;n&#233;ral Pinochet, l'homme fort de la droite chilienne est le fils d'un ancien lieutenant nazi qui a fui l'Europe. Catholique fondamentaliste, il soutient, comme sa famille, la dictature (un de ses fr&#232;res &#233;tait m&#234;me ministre). De son c&#244;t&#233;, si Boric cite volontiers Allende en exemple, c'est avant tout pour souligner le respect des institutions et des droits de l'homme face &#224; ceux qui ont sap&#233; la d&#233;mocratie en 1973, et non pour exalter le militant anti-imp&#233;rialiste. Sans majorit&#233; parlementaire, sans liens r&#233;els avec les mouvements populaires et avec une partie de sa coalition soumise &#224; un scandale de corruption, Boric gouverne &#224; &lt;i&gt;l'extr&#234;me centre&lt;/i&gt;, loin des &#171; centres commerciaux &#187; imagin&#233;s par Allende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il y a deux ans, la fin de l'h&#233;ritage autoritaire et du n&#233;olib&#233;ralisme semblait possible, gr&#226;ce &#224; la force du grand soul&#232;vement social d'octobre 2019. Aujourd'hui, ce sont les r&#233;actionnaires qui ont le vent en poupe. Apr&#232;s le rejet massif par r&#233;f&#233;rendum du projet de Constitution, f&#233;ministe et progressiste en 2022, &#224; pr&#233;sent, paradoxalement, c'est le PR qui est charg&#233; de diriger la r&#233;daction d'une nouvelle Magna Carta, apr&#232;s ses excellents r&#233;sultats aux &#233;lections constitutives de mai 2023. Ainsi, les fils de Pinochet sont cr&#233;dit&#233;s de la responsabilit&#233; de remplacer la Constitution de 1980, imagin&#233;e par leur mentor...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux fant&#244;mes hantent alors la politique chilienne et deux voies diff&#233;rentes se dessinent pour le pays : un ancien dictateur d&#233;c&#233;d&#233; en 2006 et qui n'a jamais &#233;t&#233; jug&#233; ; Un socialiste pacifiste, tu&#233; avec une mitrailleuse &#224; la main. Depuis 50 ans, le Chili h&#233;site...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Franck Gaudichaud&lt;/i&gt;, professeur d'histoire et d'&#233;tudes latino-am&#233;ricaines &#224; l'Universit&#233; de Toulouse Jean Jaur&#232;s. Auteur, entre autres, de D&#233;couvrir la r&#233;volution chilienne (1970-1973), Les &#201;ditions sociales, Paris, 2023. Traduction : Micaela Houston.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Article publi&#233; dans Le Monde diplomatique, &#233;dition uruguayenne, septembre 2023, envoy&#233; par l'auteur &#224; Viento sur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******&lt;/p&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir les deux volumes du rapport sur les auditions men&#233;es par le S&#233;nat des &#201;tats-Unis : &#171; &lt;i&gt; Multinational corporations and United States foreign policy&lt;/i&gt; &#187;, Government Printing Office, Washington, DC, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Franck Gaudichaud (dir.), Nous vaincrons ! Exp&#233;riences chiliennes du pouvoir populaire, Syllepse, Paris, 2023 (deuxi&#232;me &#233;dition).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Archives de la s&#233;curit&#233; nationale, &#171; Le Br&#233;sil a encourag&#233; le renversement d'Allende au Chili &#187;, 31-3-23, &lt;a href=&#034;https://nsarchive.gwu.edu&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://nsarchive.gwu.edu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Patricio Guzm&#225;n, La Batalla de Chile, production Atacama, France-Cuba-Chili, 1975-1979, documentaire en trois parties.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &#171; Tout commence au Chili &#187;, Le Monde diplomatique, janvier 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Chili 1970-1973 : la respiration saccad&#233;e du pouvoir populaire. </title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Chili-1970-1973-la-respiration-saccadee-du-pouvoir-populaire</link>
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		<dc:date>2023-09-12T06:37:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Franck Gaudichaud</dc:creator>


		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2023-09-12</dc:subject>
		<dc:subject>Chili</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans le cadre d'une r&#233;flexion d&#233;j&#224; amorc&#233;e ici m&#234;me sur les le&#231;ons de l'exp&#233;rience Allende au Chili, &#233;trangl&#233;e il y a 40 ans par un coup d'Etat militaire appuy&#233; par la puissance &#233;tats-unienne, nous reproduisons ici un entretien avec Franck Gaudichaud initialement paru dans la revue Inprecor. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Contretemps 9 octobre 2013 &lt;br class='autobr' /&gt;
Entretien avec Franck Gaudichaud &lt;br class='autobr' /&gt;
9 octobre 2013 Chili 1970-1973 : la respiration saccad&#233;e du pouvoir populaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Inprecor : Tu viens de publier deux livres sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-chili-354-+" rel="tag"&gt;Chili&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-09-12-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-09-12&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Chili-+" rel="tag"&gt;Chili&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH49/nyc62246_big-b9d03.jpg?1781169191' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='49' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le cadre d'une r&#233;flexion d&#233;j&#224; amorc&#233;e ici m&#234;me sur les le&#231;ons de l'exp&#233;rience Allende au Chili, &#233;trangl&#233;e il y a 40 ans par un coup d'Etat militaire appuy&#233; par la puissance &#233;tats-unienne, nous reproduisons ici un entretien avec Franck Gaudichaud initialement paru dans la revue Inprecor.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Contretemps&lt;br class='autobr' /&gt;
9 octobre 2013&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien avec Franck Gaudichaud&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 octobre 2013 Chili 1970-1973 : la respiration saccad&#233;e du pouvoir populaire.&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L296xH225/b120c4076fd0683e-f4efd68d-5279a.jpg?1781169192' width='296' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inprecor : Tu viens de publier deux livres sur l'exp&#233;rience chilienne des ann&#233;es 1970-1973. C'est probablement la derni&#232;re grande exp&#233;rience d'une tentative de r&#233;forme du capitalisme, dont on conna&#238;t le terrible r&#233;sultat. Dans le cours de cette exp&#233;rience, on a assist&#233; non seulement &#224; une politique gouvernementale mais &#233;galement &#224; une mobilisation populaire. Est-ce que tu peux pr&#233;senter en quoi consistait cette exp&#233;rience populaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franck Gaudichaud : L'int&#233;r&#234;t de revenir sur cette p&#233;riode, c'est de voir comment &#8212; comme dans toutes les grandes s&#233;quences de mont&#233;es r&#233;volutionnaires &#8212; il y a eu un ph&#233;nom&#232;ne de d&#233;bordement des grands partis, des centrales syndicales, des directions politiques. Dans le cadre sp&#233;cifique de ce que la gauche parlementaire chilienne a appel&#233; &#171; la voie institutionnelle au socialisme &#187;, il y a eu un d&#233;bordement du cadre l&#233;gal et politique. Le pari d'Allende et de la coalition qui a remport&#233; les &#233;lections en 1970 &#233;tait justement la possibilit&#233; &#8211;en plein guerre froide- d'une transition pacifique ou &#171; l&#233;gale &#187; au socialisme, se d&#233;marquant aussi bien de l'URSS que de la lutte arm&#233;e (comme &#224; Cuba). Une transition envisag&#233;e comme graduelle, par &#233;tapes, respectant la Constitution de 1925 et l'Etat en place, Etat cens&#233; &#234;tre assez &#171; flexible &#187; pour int&#233;grer des r&#233;formes radicales. Il pariait aussi que les forces arm&#233;es &#233;taient &#171; constitutionnalistes &#187;, qu'elles respecteraient le suffrage universel et le r&#233;sultat &#233;lectoral. Ces paris strat&#233;giques de la &#171; voie chilienne &#187; sont alors d&#233;nonc&#233;s par la gauche r&#233;volutionnaire de l'&#233;poque, le Mouvement de la gauche r&#233;volutionnaire (MIR) notamment, comme &#171; r&#233;formistes bourgeois &#187;. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment le cadre institutionnel (et alors que la coalition de l'Unit&#233; populaire reste minoritaire au parlement) qui va &#234;tre progressivement d&#233;pass&#233; par la dynamique de la lutte des classes, par le mouvement ouvrier, m&#234;me si ce mouvement ouvrier reste tr&#232;s largement encadr&#233; par les deux grands partis gouvernementaux &#8212; le Parti communiste (PCC) et le Parti socialiste (PSC) (auquel il faut ajouter la D&#233;mocratie-chr&#233;tienne qui poss&#232;de un vrai ancrage syndical). Il y avait donc une dynamique contradictoire, dialectique, entre le gouvernement et sa base sociale mobilis&#233;e, entre les grands partis de la gauche parlementaire et leurs militants ; des directions politiques et syndicales qui &#224; partir de 1972 sont peu &#224; peu d&#233;pass&#233;es par la dynamique des luttes sociales et par des formes d'auto-organisation &#8212; encore embryonnaires &#8212; dans les quartiers pauvres &lt;i&gt;(poblaciones&lt;/i&gt;), dans les entreprises, nomm&#233;es &#171; pouvoir populaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inprecor : Qu'est-ce qui fait qu'&#224; un moment donn&#233; les travailleurs, la population en g&#233;n&#233;ral, se mobilise et commence &#224; r&#233;aliser les choses par elle-m&#234;me ? Comment arrive-t-on l&#224; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franck Gaudichaud : Ce qu'il faut rappeler, c'est que l'arriv&#233;e de l'Unit&#233; populaire au gouvernement ne se fait pas dans le cadre d'une &#171; &#233;lection &#224; froid &#187;, mais que cette victoire &#233;lectorale est le produit d'une mont&#233;e en puissance des mobilisations sociales depuis le milieu des ann&#233;es 1960. L'&#233;lection m&#234;me d'Allende &#224; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique se fait dans le cadre des mobilisations collectives. Par exemple, celles des Comit&#233;s de l'Unit&#233; populaire (CUP), qui &#233;taient sens&#233;s se transformer ensuite en quelque chose de plus que des comit&#233;s &#233;lectoraux. 14 000 comit&#233;s ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s, mobilisant des dizaines de milliers de militant-e-s. L'arriv&#233;e d'Allende &#224; la pr&#233;sidence en 1970, ce n'est pas la fin des luttes, c'est l'extension des luttes. Les travailleurs utilisent l'&#233;lection d'Allende non pas en attendant ce qu'il va faire, mais en acc&#233;l&#233;rant leurs mobilisations, particuli&#232;rement par les gr&#232;ves et occupations d'usines. On voit par exemple l'augmentation exponentielle du nombre des gr&#232;ves &#171; ill&#233;gales &#187;, qui va encore s'acc&#233;l&#233;rer en 1971-1972, au fur et &#224; mesure que la bourgeoisie et les grands partis de droite comprennent que c'est aussi au niveau &#233;conomique, sur le terrain de la lutte des classe, qu'ils doivent combattre le mouvement qui accompagne Allende. En face, la r&#233;ponse n'est pas de s'en remettre uniquement au pr&#233;sident &#8212; m&#234;me si sa figure reste tut&#233;laire pour de grandes majorit&#233;s ouvri&#232;res jusqu'au bout. Les ouvriers et syndicalistes pensent qu'il faut d&#233;fendre le gouvernement, mais surtout le processus de transformation, avec les outils dont les travailleurs disposent : occupation des usines, manifestation de rue, autod&#233;fense des quartiers, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des grands projets du gouvernement d'Allende, c'&#233;tait la constitution de &#171; l'aire de propri&#233;t&#233; sociale &#187;, form&#233;e des entreprises nationalis&#233;es. Il y a eu nationalisation &#8211; et expropriation sans indemnit&#233;s- des immenses mines de cuivre, alors aux mains de grandes multinationales et de l'imp&#233;rialisme, nationalisation des grands monopoles industriels &#8212; 91 &#8212;, du syst&#232;me bancaire&#8230; Mais de nombreux salari&#233;s n'&#233;taient pas inclus dans cette &#171; aire sociale &#187; qui pr&#233;voyait &#233;galement un syst&#232;me de cogestion et de participation originale. Ces derniers ont alors dit : &#171; nous aussi, nous voulons int&#233;grer ce secteur nationalis&#233;, on veut avoir le droit de participer, de profiter de meilleurs salaires, ne plus d&#233;pendre du patron, etc&#8230; &#187; et donc, au nom des premi&#232;res mesures prises par le gouvernement, ils se mettent &#224; d&#233;passer le cadre restreint, l&#233;gal, des r&#233;formes propos&#233;e par l'unit&#233; populaire, &#224; occuper leurs entreprises pour imposer leur nationalisation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inprecor : Est-ce que ce ph&#233;nom&#232;ne du &#171; pouvoir populaire &#187; commence dans le secteur qui n'a pas &#233;t&#233; nationalis&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franck Gaudichaud : En fait, il s'agit d'une dynamique combin&#233;e. Les grands bastions ouvriers (manufacturiers par exemple), int&#233;gr&#233;s dans le secteur nationalis&#233;, commencent peu &#224; peu &#224; critiquer les limites du syst&#232;me de cogestion propos&#233; par le gouvernement et la principale centrale syndicale, le CUT : l'&#201;tat y nommait un administrateur et il y avait un syst&#232;me de cogestion avec des repr&#233;sentants des travailleurs et de &#171; comit&#233;s de production &#187;. Dans certaines de ces entreprises, o&#249; il y avait une forte pr&#233;sence de l'aile gauche de l'unit&#233; populaire, du PS1 en particulier, ou du MIR, les syndicalistes ont commenc&#233; &#224; questionner et &#224; approfondir le syst&#232;me de cogestion. En m&#234;me temps, dans les entreprises qui n'ont pas &#233;t&#233; nationalis&#233;es, la demande d'int&#233;gration devient de plus en plus forte. Elle se fait par pression sur le gouvernement &#8212; les manifestations, les barricades dans les grandes art&#232;res p&#233;riph&#233;riques de Santiago &#8212; ou, tr&#232;s souvent, par des occupations d'usines d&#233;non&#231;ant les abus patronaux. Ces &#171; tomas &#187; se font aussi, de plus en plus, en r&#233;action aux attaques de la bourgeoisie et de l'extr&#234;me-droite. Le moment du saut qualitatif, c'est octobre 1972. Dans le superbe film-documentaire &#171; La bataille du Chili &#187;, Patricio Guzm&#225;n a intitul&#233; ce moment &#171; L'insurrection de la bourgeoisie &#187; &#8212; c'est une bonne image : il y a alors lockout patronal &#224; une &#233;chelle de masse, blocage du pays par le syndicat des camionneurs (financ&#233; directement par la CIA) et appuy&#233; par les professions lib&#233;rales. Les limites et faiblesses du l&#233;galisme ent&#234;t&#233; d'Allende se font jour plus clairement pour nombre de militant-e-s ; le gouvernement semble paralys&#233; &#8212; il commence alors &#224; appeler les militaires pour maintenir &#171; l'ordre &#187; et essayer de d&#233;nouer le probl&#232;me. La r&#233;ponse des travailleurs, est occuper beaucoup plus d'entreprises &#8212; dans certaines les travailleurs initient des formes partielles et transitoires de contr&#244;le ouvrier &#8212; et d'aider au ravitaillement des quartiers alentours, de cr&#233;er des formes de transport collectif alternatif, etc. C'est l&#224; que surgissent ce qu'on a appel&#233; les &#171; cordones industriales &#187; (cordons industriels), des coordinations horizontales, territoriales, essentiellement situ&#233;es dans les grandes art&#232;res p&#233;riph&#233;riques de Santiago mais que l'on retrouve aussi (bien que de mani&#232;re moindre) de Arica au nord (dans le secteur de l'&#233;lectronique) jusqu'en Patagonie (Punta Arenas) en passant par des villes comme Concepci&#243;n ou Valparaiso. Donc dans tout le pays, c'est le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne d'auto-organisation et de coordination territoriale qui surgit d'en bas, gr&#226;ce au travail de syndicalistes et militant-e-s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inprecor : Comment fonctionnait un tel &#171; cordon industriel &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franck Gaudichaud : Il y a eu plusieurs dizaines de ces coordinations &#224; Santiago. Il y a une discussion historiographique sur les chiffres, mais ce sont plusieurs dizaines de milliers de salari&#233;-e-s qui &#233;taient concern&#233;-e-s (environ 100 000 sur le plan national). J'ai travaill&#233; durant plusieurs ann&#233;es &#224; Santiago sur la presse, en faisant des dizaines d'interviews, mais il reste difficile d'&#233;tablir le nombre exact de ces structures, car certaines sont tr&#232;s actives et d'autres n'existent que &#171; sur le papier &#187;, dans la propagande de la gauche. C'&#233;tait un ph&#233;nom&#232;ne n&#233;anmoins important, m&#234;me s'il restait minoritaire, mais il concernait des secteurs cl&#233;s de l'&#233;conomie et des franges tr&#232;s actives du champ syndical et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus puissant de ces cordons industriels &#233;tait celui de Cerillos-Maip&#250;, dans la commune la plus industrialis&#233;e de Santiago (avec 250 entreprises et des milliers de travailleurs). Son organisation territoriale lin&#233;aire est tr&#232;s claire, car les entreprises ont &#233;t&#233; construites le long des axes routiers et des voies de chemin de fer. Comme je l'explique dans mon livre, il existe ainsi un &#171; cordon en soi &#187;, existant objectivement dans la g&#233;ographie de la ville, qui va donner un &#171; cordon pour soi &#187;, une organisation mobilis&#233;e, issue de l'auto-organisation de la classe ouvri&#232;re. A Maip&#250;, un grand nombre d'entreprises moyennes, qui n'&#233;taient pas int&#233;gr&#233;es dans l'aire de la propri&#233;t&#233; sociale, &#233;taient des bastions syndicaux du MIR et de l'aille gauche du PS (tr&#232;s dynamique). D&#232;s juin 1972, donc avant la grande crise d'octobre, ce cordon industriel commence &#224; s'organiser. Cela indique que cette forme d'organisation &#233;tait latente au sein de la classe ouvri&#232;re et cela explique comment lors de la crise d'octobre ces organisations se multiplient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces cordons naissent, en g&#233;n&#233;ral, de l'initiative de militant-e-s de gauche et de syndicalistes. Dans les entreprises les plus mobilis&#233;es, ils sont le fruit de v&#233;ritables assembl&#233;es ouvri&#232;res, qui &#233;lisent un ou deux d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; l'assembl&#233;e du cordon industriel. L'enqu&#234;te que j'ai r&#233;alis&#233; sur le terrain indique cependant qu'il faut relativiser l'image du &#171; soviet &#224; la chilienne &#187;, car il ne s'agit qu'un d&#233;but embryonnaire de formes de double pouvoir (au sens de L&#233;nine ou du marxiste bolivien Zavaleta Mercado) &#8212; ce qui explique aussi en partie la rapidit&#233; du coup d'&#201;tat &#8212;. Les cordons ont souvent du mal &#224; d&#233;passer le stade d&#233;fensif et transitoire, du fait des orientations politiques majoritaires de la gauche, de conflits inter-partisans au sein des entreprises et des probl&#232;mes de coordination communale et nationale. Ces assembl&#233;es sont ouvertes &#224; toutes et tous, mais en g&#233;n&#233;ral ce sont essentiellement les militant-e-s des partis et les dirigeants syndicalistes de gauche qui y viennent et les animent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inprecor : Ces assembl&#233;es &#233;taient-elles une forme de d&#233;passement ou de d&#233;veloppement des comit&#233;s d'unit&#233; populaire ou fut-ce quelque chose de diff&#233;rent ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franck Gaudichaud : C'&#233;tait quelque chose de bien diff&#233;rent car les comit&#233;s d'unit&#233; populaire sont rentr&#233;s en r&#233;cession d&#232;s 1971, faute d'orientation politique de la part de la direction de l'unit&#233; populaire. Les cordons &#233;taient donc vraiment ancr&#233;s dans la classe ouvri&#232;re industrielle, ils r&#233;clamaient le contr&#244;le ouvrier, l'acc&#233;l&#233;ration des r&#233;formes, tout en d&#233;fendant le gouvernement face &#224; la bourgeoisie. Ils sont entr&#233;s en contradiction avec la Centrale unique des travailleurs (CUT), qui avait une faible organisation territoriale. Les cordons ont donc suppl&#233;&#233; ce d&#233;ficit d'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inprecor : Comment fonctionnait l'assembl&#233;e des travailleurs dans une usine ? &#201;tait-ce une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de tous les travailleurs ou bien seulement une partie d'entre eux y participaient ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franck Gaudichaud : C'est aussi une limite, c'est une histoire souvent diff&#233;renci&#233;e, usine par usine. Une &#233;tude monographique a &#233;t&#233; faite sur la grande l'usine textile Yarur par l'historien Peter Winn (2). Yarur, un bastion de la classe ouvri&#232;re, o&#249; le niveau d'organisation &#233;tait tel que ce sont de v&#233;ritables assembl&#233;es de tous les travailleurs qui surgissent, discutant de politique, de l'orientation de la production dans l'usine, mais aussi de la lutte des classes au niveau national, de la participation au cordon, des limites de la gauche gouvernementale ou de la voie institutionnelle allendiste&#8230; Dans d'autres usines, c'&#233;tait plus limit&#233; et les AG ne regroupaient que les travailleurs les plus organis&#233;s et les plus conscients, souvent celles et ceux appartenant &#224; l'aile gauche du PS. Selon la g&#233;ographie politique dans l'usine, il n'y avait pas la m&#234;me dynamique. Par exemple, une &#233;tude r&#233;alis&#233;e &#224; chaud aupr&#232;s de plus de 30 entreprises confirme que l&#224; o&#249; la d&#233;mocratie chr&#233;tienne ou le PCC dominaient, le niveau de participation &#233;tait beaucoup plus faible, c'&#233;tait la bureaucratie syndicale qui donnait la ligne et la construction des Cordons n'&#233;taient pas prioritaire (3). On voit l&#224; le r&#244;le fondamental jou&#233; par le PCC dans la p&#233;riode pour canaliser, &#171; mod&#233;rer &#187; mais aussi pour freiner ce type d'initiatives &#171; par en bas &#187; qui d&#233;passaient le cadre de la CUT et les orientations &#233;tapistes du gouvernement. Le PCC a tout d'abord condamn&#233; fermement les cordons industriels envisag&#233;s comme une division des travailleurs, une initiative &#171; gauchiste &#187; et &#171; aventuriste &#187;, alors que ce sont pourtant les cordons industriels qui en octobre 1972, puis en juin 1973, dans les grands moments de crise, qui ont permis &#224; Allende de rester pr&#233;sident. C'est la qu'appara&#238;t clairement le r&#244;le de tout un secteur de l'unit&#233; populaire, en particulier du Parti communiste du fait de son implantation syndicale, pour freiner les initiatives d'auto-organisation et de ce que je nomme &#171; pouvoir populaire constituant &#187;, car cela remettait en cause les n&#233;gociations en cours avec la d&#233;mocratie-chr&#233;tienne au parlement. Au contraire, l'aile gauche du PS, les chr&#233;tiens r&#233;volutionnaires, le MIR appelaient &#224; &#171; avancer sans transiger &#187; et &#171; cr&#233;er, cr&#233;er, le pouvoir populaire &#187;, sans d'ailleurs que cela soit toujours suivi par des actions concr&#232;tes. Entre propagande et action, il y avait aussi parfois de nombreux &#233;carts !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inprecor : Quel &#233;tait en 1970-1973 le taux de syndicalisation ? Et l'influence des partis politiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franck Gaudichaud : Le taux de syndicalisation &#233;tait tr&#232;s diff&#233;renci&#233; selon les secteurs. Dans le secteur public, la syndicalisation &#233;tait quasiment obligatoire, donc le taux de syndicalisation atteignait plus de 85 % ! Dans le secteur priv&#233;, la syndicalisation &#233;tait importante &#8212; de l'ordre de 20 % &#8212; selon les secteurs. La Centrale unique des travailleurs (CUT) &#233;tait h&#233;g&#233;monique et fondamentale pour les mobilisations, mais elle ne repr&#233;sentait pas tout le mouvement syndical, car dans les petites et moyennes entreprises, il y avait de nombreux syndicats non affili&#233;s &#224; la CUT, du fait du code du travail. La CUT r&#233;unit tout de m&#234;me environ 700 000 salari&#233;s en 1970 (sur une population de 9 millions d'habitants). Au sein de la centrale, il y avait trois courant politiques principaux : le PC &#8212; tr&#232;s fort, tr&#232;s structur&#233; et disciplin&#233;, fortement marqu&#233; par le stalinisme (il avait plus de 250 000 membres) qui &#233;tait le principal appui d'Allende ; le PS, beaucoup plus divis&#233;, avec une forte aile gauche capable m&#234;me d'appeler &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale insurrectionnelle, plus interclassiste (environs 180 000 membres) et il ne faut pas oublier la D&#233;mocratie chr&#233;tienne, qui &#233;tait la deuxi&#232;me force syndicale. L'extr&#234;me gauche, c'&#233;tait alors surtout le Mouvement de la gauche r&#233;volutionnaire (MIR), tr&#232;s jeune (form&#233; en 1965), marqu&#233; par la th&#233;orie de la &#171; guerre populaire prolong&#233; &#187; et devant faire face &#224; l'h&#233;g&#233;monie des grands partis ouvriers, s'ins&#233;rant dans les secteurs plus marginalis&#233;s de la classe ouvri&#232;re, moins contr&#244;l&#233;s -voire abandonn&#233;s- par la CUT, avec environ 10/15 000 militant-e-s tr&#232;s actifs et un cercle de sympathisants plus large. Il existait par ailleurs d'autres petites organisations comme le PSR (parti socialiste r&#233;volutionnaire) ou la Ligue communiste qui se reconnaissent alors dans la 4&#176; internationale. Plus les limites du projet d'Allende sont apparues et les possibilit&#233;s d'une transition l&#233;galiste entraient en crise et plus l'influence du MIR dirig&#233; par Miguel Enriquez, s'est d&#233;velopp&#233;e, en particulier au sein de la gauche de l'unit&#233; populaire. La politique miriste oscillait alors entre une critique du &#171; r&#233;formisme et du l&#233;galisme bourgeois &#187; d'Allende et des tentatives d'alliance avec l'aile gauche du PS. Le MIR a m&#234;me fournit un temps une protection rapproch&#233;e au pr&#233;sident Allende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inprecor : Dans le d&#233;bat que tu as anim&#233; lors de l'Universit&#233; d'&#233;t&#233; du NPA, un camarade chilien avait soulign&#233; qu'au sein des structures du pouvoir populaire, qui d&#233;passait par la pratique le projet de l'unit&#233; populaire, la grande majorit&#233; des travailleurs &#233;taient en m&#234;me temps &#171; allendistes &#187;. Comment expliques-tu cette situation, des avanc&#233;es pratiques et en m&#234;me temps une forme de soumission id&#233;ologique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franck Gaudichaud : Jusqu'au bout Allende est rest&#233; pour la grande majorit&#233; du mouvement ouvrier &#171; le camarade pr&#233;sident &#187;, un symbole bien plus qu'&#233;lectoral. Il a m&#234;me une influence de plus en plus forte sur les ouvriers d&#233;mocrates chr&#233;tiens, qui voyaient bien que le gouvernement avait pris des mesures en faveur des salari&#233;-e-s &#8212; augmentation des salaires, nationalisation du cuivre, participation et co-gestion ouvri&#232;re&#8230; L'aura charismatique d'Allende n'a pas &#233;t&#233; remis en cause jusqu'au bout, malgr&#233; les limites de son programme ou les illusions sur les forces arm&#233;es &#171; constitutionnalistes &#187;. La contradiction dialectique est que le pouvoir populaire se d&#233;veloppait au nom de la d&#233;fense du gouvernement, mais sur la base des revendications propres des travailleurs&#8230; qui d&#233;passaient ce m&#234;me gouvernement, comme tous les partis d'ailleurs. Par exemple, les mots d'ordre du cordon industriel Cerillos y Maip&#250; de 1972, c'est &#224; la fois l'extension du secteur nationalis&#233;, certains demandent un Assembl&#233;e constituante et la fermeture du &#171; Parlement bourgeois &#187;, en &#233;cho &#224; l'Assembl&#233;e populaire de Concepci&#243;n de mai 1972, le ravitaillement sous contr&#244;le populaire, une intervention politique dans l'arm&#233;e pour y chasser les r&#233;actionnaires&#8230; Ils avaient donc des revendications allant bien au del&#224; du cadre qu'Allende s'&#233;tait fix&#233;, mais c'&#233;tait toujours au nom des objectifs de la gauche gouvernementale. En t&#233;moigne &#233;galement la lettre &#171; au camarade pr&#233;sident &#187;, du 5 septembre 1973, de la coordination provinciale des cordons industriels de Santiago (qui est pr&#233;sent dans le livre &#171; Venceremos &#187;), qui disait en substance &#171; si vous ne faites pas confiance aux masses, si vous continuez &#224; tergiverser et &#224; chercher des alliances parlementaires avec la D&#233;mocratie chr&#233;tienne ou &#224; int&#233;grer les militaires au gouvernement, vous aurez la responsabilit&#233; du massacre froid de la classe ouvri&#232;re &#187;. Mais c'est encore une demande &#224; Allende pour qu'il s'appuie plus fortement sur les formes de pouvoir populaire. Cela souligne aussi que le secteur dit &#171; rupturiste &#187;, r&#233;volutionnaire &#8212; le MIR, l'aile gauche du PS et les secteurs chr&#233;tiens radicalis&#233;s &#8212; n'a pas r&#233;ussi &#224; faire passer, &#224; proposer un projet alternatif &#224; l'allendisme, &#224; la strat&#233;gie d'une transition l&#233;gale, pacifique, au socialisme. A deux reprises, Allende int&#232;gre les plus hauts repr&#233;sentants des forces arm&#233;es &#224; son gouvernement, y compris aux c&#244;t&#233;s des plus hautes dirigeants de la CUT, eux aussi nomm&#233;s ministres&#8230; C'est Allende qui nomme Pinochet chef d'Etat major en aout 1973, persuad&#233; qu'il s'agit d'un &#171; l&#233;galiste &#187;. Et c'est l'arm&#233;e qui est charg&#233;e par l'unit&#233; populaire de reprendre en main le ravitaillement ou de &#171; contr&#244;ler &#187; la circulation des armes, ce qui lui permet un an avant le coup d'investir les usines et d'&#233;valuer les r&#233;sistances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les militants miristes avaient eu raison sur une s&#233;rie de choses &#8212; ils annon&#231;aient le coup d'&#201;tat plus de deux ans &#224; l'avance, ils insistaient sur la n&#233;cessit&#233; d'un travail politique aupr&#232;s des soldats ainsi que sur la n&#233;cessit&#233; de renforcer les formes de pouvoir populaire &#8212; cette organisation r&#233;volutionnaire n'a pas pu repr&#233;senter une alternative politique nationale, aux yeux des grandes masses populaires, qui aurait pu faire basculer le cours de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In&lt;strong&gt;precor : Peux tu revenir sur l'Assembl&#233;e populaire de Concepci&#243;n ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franck Gaudichaud : Les divergences s'accumulaient au sein de la gauche, &#224; la suite des tractations permanentes d'Allende et du PC pour essayer de trouver des accords avec la D&#233;mocratie chr&#233;tienne pour pouvoir continuer &#224; l&#233;gif&#233;rer et &#224; consolider leur mod&#232;le, alors que la gauche -c'est essentiel- est minoritaire au parlement. Face &#224; cela, on assiste &#224; la mont&#233;e des luttes sociales qui font que des secteurs locaux et r&#233;gionaux du PS, du MAPU &#8212; des chr&#233;tiens radicalis&#233;s qui sont sortis de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne &#8212; et du MIR appellent &#224; acc&#233;l&#233;rer les choses, &#224; &#171; avancer sans transiger &#187;, &#224; entrer en rupture avec l'&#201;tat et l'ordre dominant. Suite &#224; des grandes manifestations, en mai 1972, a lieu une Assembl&#233;e populaire &#224; Concepci&#243;n &#224; l'appel des dizaines d'organisations syndicales et sociales, de comit&#233;s de quartiers, et de toute la gauche, sans les communistes. L'assembl&#233;e appelle &#224; l'unification des formes du pouvoir populaire. Parfois, &#224; post&#233;riori, on a voulu y voir une sorte de double pouvoir populaire. En r&#233;alit&#233;, cela a &#233;t&#233; une grande assembl&#233;e d&#233;lib&#233;rative, d'alerte, de la part de la gauche de l'unit&#233; populaire et de l'extr&#234;me gauche, plus d'interpellation du gouvernement, qu'un double pouvoir, comme on l'a parfois cru ici en France. Au d&#233;but, il devait s'agir d'un d&#233;bat entre partis, mais les syndicalistes et les militants sociaux ont impos&#233; leur voix, intervenant sur les contradictions de la p&#233;riode, critiquant leurs directions politiques, etc. L'assembl&#233;e a &#233;t&#233; imm&#233;diatement d&#233;nonc&#233;e : par le PC, qui a &#233;t&#233; le seul parti refusant d'y participer, comme une man&#339;uvre gauchiste, voire manipul&#233;e par l'imp&#233;rialisme, et par Allende lui-m&#234;me, qui d&#232;s le lendemain dans une tribune du &lt;i&gt;Mercurio&lt;/i&gt;, en soulignant qu'il pourrait s'agir d'une division dangereuse pour le gouvernement populaire et appelant &#224; l'unit&#233; derri&#232;re l'&#233;xcutif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inprecor : Tu as parl&#233; des cordons industriels. Il y avait aussi ce qui a &#233;t&#233; appel&#233; les &#171; commandos communaux &#187;. Peux tu dire en quoi c'est diff&#233;rent des cordons&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franck Gaudichaud : Les commandos communaux &#233;taient essentiellement une revendication du MIR et de certains secteurs de la gauche de l'unit&#233; populaire. Ils &#233;taient cens&#233;s regrouper au del&#224; de la classe ouvri&#232;re, tous les secteurs domin&#233;s des classes populaires, les &#171; pauvres de la ville &#187; comme disait le MIR, les &#233;tudiants, les petits commer&#231;ants, les paysans. Ce devait &#234;tre une pr&#233;figuration de futures communes r&#233;volutionnaires. C'est la th&#233;orie, d&#233;fendue en particulier par le MIR. Dans la pratique, on constate qu'ils avaient beaucoup de mal &#224; d&#233;passer le stade d'une organisation des secteurs sociaux urbains dits &#171; marginaux &#187;, des&lt;i&gt; pobladores &lt;/i&gt; et les probl&#233;matiques du ravitaillement de ces quartiers. Le manque de jonction entre classe ouvri&#232;re et ces fractions importantes du mouvement social, a &#233;t&#233; une autre difficult&#233; pour ce processus r&#233;volutionnaire : comment construire l'unit&#233; de ce camp social, tr&#232;s h&#233;t&#233;rog&#232;ne et aux pratiques historiques s&#233;par&#233;es ? La gauche du PS au contraire souhaitait donner la priorit&#233; aux cordons. Tr&#232;s souvent ce d&#233;bat a repr&#233;sent&#233; la diff&#233;rence de l'insertion sociale des partis : le PS &#233;tait tr&#232;s fort dans les cordons industriels et la classes ouvri&#232;re, le MIR, qui avait une faible insertion industrielle, a d&#233;velopp&#233; les commandos communaux, en partant des quartiers pauvres, comme &#224; Nueva La Habana. &#192; post&#233;riori, on peut analyser cela comme une orientation erron&#233;e du MIR, qui a toujours voulu que les cordons industriels &#8212; la forme la plus avanc&#233;e du pouvoir populaire constituant chilien &#8212; soient r&#233;int&#233;gr&#233;s dans la CUT, car dans sa conception le commando communal &#233;tait la forme v&#233;ritable forme du pouvoir populaire. Or ce qui a fonctionn&#233; r&#233;ellement, ce sont les cordons industriels, tout du moins &#224; Santiago et dans certaines villes moyennes&#8230; Bien sur, il faudrait &#233;galement analyser ce qui se passe &#224; la campagne, mais c'est un autre d&#233;bat et cela signifie une autre recherche. Quoi qu'il en soit, le MIR n'a pas saisi jusqu'au bout la n&#233;cessit&#233; de centraliser, de coordonner ces cordons industriels, qui furent parmi les &#171; tr&#233;sors perdus &#187; -pour paraphraser Hanna Arendt- de la r&#233;volution chilienne&#8230; et qui &#224; 40 ans du coup d'Etat et de la r&#233;pression, m&#233;ritent d'&#234;tre sortis de l'oubli afin d'en tirer des le&#231;ons pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Jan Malewski.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Franck Gaudichaud, est enseignant-chercheur &#224; l'universit&#233; de Grenoble et membre des revues &lt;i&gt;Dissidences&lt;/i&gt; et&lt;i&gt; ContreTemps&lt;/i&gt;. Il vient de publier deux livres. Le premier, &#171; Chili : mille jours qui &#233;branl&#232;rent le monde, Le gouvernement Allende (1970-1973) &#187; (Presses Universitaires de Rennes, Rennes 2013 &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=3265&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=3265&lt;/a&gt;), analyse la discordance du temps entre les luttes sociales et le temps institutionnel du gouvernement Allende, ainsi que la crise du projet du passage pacifique au socialisme. Le second, &#171; Venceremos &#187; (Syllepse, Paris 2013- &lt;a href=&#034;http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_37_iprod_580-Venceremos-.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.syllepse.net/lng_FR_srub_37_iprod_580-Venceremos-.html&lt;/a&gt;), pr&#233;sente en fran&#231;ais les documents du pouvoir populaire chilien des ann&#233;es 1970-1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photographie : Christopher Anderson&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nos contenus sont sous licence Creative Commons, libres de diffusion, et Copyleft. Toute parution peut donc &#234;tre librement reprise et partag&#233;e &#224; des fins non commerciales, &#224; la condition de ne pas la modifier et de mentionner auteur&#183;e(s) et URL d'origine activ&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;r&#233;f&#233;rences&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8679;1 Le Parti socialiste chilien &#233;tait &#224; l'&#233;poque un parti marxiste, avec un secteur gauche tr&#232;s fort, notamment issu du trotskisme. Il n'avait rien en commun avec la figure du PS actuel. Il n'&#233;tait pas membre de la Deuxi&#232;me Internationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8679;2 Peter Winn, Weavers of Revolution : The Yarur Workers and Chile's Road to. Socialism, New York, Oxford University Press, 1986.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8679;3 Juan Espinosa and Andrew Zimbalist, Economic Democracy : Workers' Participation in Chilean Industry, 1970&#8211;1973, London, Academic Press, 1978.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chili. &#171; Pour r&#233;cup&#233;rer la m&#233;moire historique &#187; (I)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Chili-Pour-recuperer-la-memoire-historique-I</link>
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		<dc:date>2023-06-20T06:47:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Luis Vitale</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-06-20</dc:subject>
		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Chili</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En septembre 2023 sera comm&#233;mor&#233; le coup d'Etat de 1973 de Pinochet contre le gouvernement de l'Unit&#233; Populaire symbolis&#233; par Salvador Allende. Mettre en perspective les 30 ans qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; l'av&#233;nement de l'Unit&#233; Populaire en septembre 1970 nous appara&#238;t comme une n&#233;cessit&#233; politico-historique afin de mieux situer dans leur trajectoire les trois ans de &#171; transformations sociales profondes &#187; qu'a connues la soci&#233;t&#233; chilienne. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de A l'Encontre 31 mai 2023 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Luis Vitale (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-06-20-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-06-20&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Chili-+" rel="tag"&gt;Chili&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-chili-354-+" rel="tag"&gt;Chili&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L110xH150/pararecuperarvitale-750x1024-d1240.jpg?1781169192' class='spip_logo spip_logo_right' width='110' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En septembre 2023 sera comm&#233;mor&#233; le coup d'Etat de 1973 de Pinochet contre le gouvernement de l'Unit&#233; Populaire symbolis&#233; par Salvador Allende. Mettre en perspective les 30 ans qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; l'av&#233;nement de l'Unit&#233; Populaire en septembre 1970 nous appara&#238;t comme une n&#233;cessit&#233; politico-historique afin de mieux situer dans leur trajectoire les trois ans de &#171; transformations sociales profondes &#187; qu'a connues la soci&#233;t&#233; chilienne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de A l'Encontre&lt;br class='autobr' /&gt;
31 mai 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Luis Vitale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction par A l'Encontre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1999 a &#233;t&#233; publi&#233; un ouvrage intitul&#233;&lt;i&gt; Para recuperar la memoria historica. Frei, Allende y Pinochet &lt;/i&gt; (Ed. ChileAmerica-CESOC, Santiago). Un des principaux animateurs de cette recherche a &#233;t&#233; Luis Vitale. Luis Vitale &#233;tait d'origine argentine, n&#233; en 1927 &#224; Villa Maza dans la province de Buenos Aires. Conjointement &#224; sa fonction de professeur d'histoire &#224; l'Universit&#233; nationale de La Plata, il s'engagea dans les rangs du Partido Obrero Revolucionario, au c&#244;t&#233; entre autres d'Adolfo Gilly.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1955 il s'installa au Chili et en est devenu citoyen. Luis Vitale a conjugu&#233; une activit&#233; militante, dans une tradition trotskyste, et un travail d'historien reconnu. Il est l'auteur, entre autres, de l'&lt;i&gt;Interpretaci&#243;n Marxista de la Historia de Chile&lt;/i&gt;, en 8 tomes, publi&#233; d&#232;s 1967. Il participa &#224; la cr&#233;ation du MIR (Movimiento de Izquierda Revolucionaria). Arr&#234;t&#233; lors du coup d'Etat, il fut d&#233;tenu et tortur&#233;, pui reclus dans le camp de concentration de Chacabuco, dans le nord du Chili. Sa d&#233;termination y fut remarqu&#233;e. Une campagne internationale pour sa lib&#233;ration aboutit &#224; un succ&#232;s : en 1974, il fut lib&#233;r&#233; et obtint une chaire d'histoire &#224; l'Universit&#233; Goethe &#224; Francfort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite il enseigna dans de nombreuses universit&#233;s, entre autres au Venezuela de 1978 &#224; 1985. Sa pr&#233;sence dans ce pays et les conditions de travail qui lui ont &#233;t&#233; faites lui ont permis d'&#233;crire une histoire g&#233;n&#233;rale de l'Am&#233;rique latine en 9 tomes publi&#233;e par les Ediciones Universidad Central de Venezuela (Caracas, 1984). De retour au Chili, il fut reconnu comme historien au pass&#233; et au pr&#233;sent militant. C'est &#224; ce titre qu'il anima l'ouvrage &lt;i&gt;Para recuperar la memoria historica. Frei, Allende y Pinochet&lt;/i&gt;. Il disparut en 2010 et fit disperser ses cendres dans l'ancienne mine de charbon de Lota comme forme de participation et d'hommage aux luttes combatives du mouvement ouvrier du Chili.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous publierons de larges contributions de Luis Vitale qui constituent la colonne vert&#233;brale de cet ouvrage. Dans sa &#171; Nota Introductoria &#187; &#8211; traduite ici par &#171; Pourquoi cet ouvrage ? &#187; &#8211;, Vitale en explicite le sens historique et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce premier extrait porte sur la place des courants sociaux-chr&#233;tiens et leurs convergences et divergences au sein de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne qui dessine les traits constitutifs du gouvernement d'Eduardo Frei du 3 novembre 1964 au 3 novembre 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La traduction fran&#231;aise de ces contributions a &#233;t&#233; effectu&#233;e par Ruben Navarro et Hans-Peter Renk. Nous les en remercions chaleureusement. (&lt;strong&gt;R&#233;d. &lt;i&gt;A l'Encontre&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_42477 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH470/0c07bb76f85960cc-696e7a3e-56f83.jpg?1781169193' width='500' height='470' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi cet ouvrage ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Luis Vitale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quotidien&lt;i&gt; El Mercurio&lt;/i&gt; du 12 novembre 1998 rapporte que &#171; le vice-pr&#233;sident du S&#233;nat, Mario R&#237;os, a inform&#233; qu'un groupe de s&#233;nateurs de l'opposition avait demand&#233; au s&#233;nateur Carlos Cantero [Renovaci&#243;n Nacional] de lancer une &#233;tude pour cr&#233;er une commission multisectorielle charg&#233;e d'&#233;tudier l'histoire du Chili de ces derni&#232;res ann&#233;es. Mario R&#237;os a expliqu&#233; que l'objectif est de mettre en place une commission d'&#233;tude plus large que celle cr&#233;&#233;e pendant le gouvernement de Patricio Aylwin [1990-1994, d&#233;mocrate chr&#233;tien] et pr&#233;sid&#233;e par Ra&#250;l Rettig [Commission nationale de la v&#233;rit&#233; et de la r&#233;conciliation du Chili 1990-1991], pour analyser l'histoire politique et institutionnelle des gouvernements des trois derni&#232;res d&#233;cennies &#187;. Le lendemain, un autre article du m&#234;me quotidien affirmait : &#171; Un groupe de 24 s&#233;nateurs de l'opposition, aussi bien ind&#233;pendants que membres de divers courants, a demand&#233; officiellement au Pr&#233;sident de la R&#233;publique de cr&#233;er une commission charg&#233;e d'analyser les &#233;v&#233;nements historiques qui ont eu lieu dans les ann&#233;es qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; le soul&#232;vement militaire &#187; [coup d'&#201;tat de Pinochet de septembre 1973].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette position et &#224; d'autres, comme celle de l'amiral Arancibia en juin 1999 &#8211; visant manifestement &#224; justifier le coup d'&#201;tat militaire et &#224; consacrer son analyse biais&#233;e et id&#233;ologique en tant que &#171; v&#233;rit&#233; officielle &#187; &#8211;, nous avons form&#233; une &#233;quipe d'historiens pour agir en tant que commission alternative &#224; la proposition de la droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre interpr&#233;tation globale des 30 derni&#232;res ann&#233;es, expos&#233;e dans diff&#233;rents chapitres de cet ouvrage, est que se sont produits au Chili des processus historiques &#224; moyen et long terme, avec deux p&#233;riodes : l'une de discontinuit&#233;-continuit&#233; et l'autre de rupture-continuit&#233;. La premi&#232;re a &#233;t&#233; inaugur&#233;e en 1964 par Eduardo Frei Montalva [pr&#233;sident de novembre 1964 &#224; novembre 1970], initiateur d'une nouvelle phase de d&#233;mocratisation politique, sociale et culturelle dans l'histoire du Chili, une phase ayant eu une continuit&#233; historique durant le gouvernement de Salvador Allende, mais &#224; un stade plus avanc&#233; de la lutte sociale. La seconde, de rupture puis de discontinuit&#233;-continuit&#233;, a commenc&#233; avec le coup d'&#201;tat militaire de 1973 et s'est poursuivie avec une certaine discontinuit&#233; et d'importantes nuances de diff&#233;renciation durant les gouvernements de la Concertaci&#243;n [alliance entre autres de la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne et de la social-d&#233;mocratie].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; notre avis, d&#232;s 1964 a commenc&#233; une phase historique culminant en septembre 1973, ce qui a g&#233;n&#233;r&#233; un processus de discontinuit&#233; par rapport au gouvernement de droite de Jorge Alessandri [novembre 1958-novembre 1964]. Il est &#233;vident que les gouvernements Frei et Allende [novembre 1970-11 septembre 1973] avaient des sp&#233;cificit&#233;s d&#233;coulant du contexte international et latino-am&#233;ricain et, plus pr&#233;cis&#233;ment, de projets politiques diff&#233;rents : la D&#233;mocratie chr&#233;tienne et l'Unit&#233; populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, la mise en &#339;uvre imm&#233;diate du programme d'Allende ne peut s'expliquer sans prendre en compte les mesures de Frei de &#171; chilenisation du cuivre &#187;, de r&#233;forme agraire et de participation populaire, un processus que nous qualifions de continuit&#233; historique, bien qu'il existe des diff&#233;rences &#233;videntes entre les deux, exprim&#233;es dans la politique de nationalisation d'Allende, dans l'approfondissement de la r&#233;forme agraire et, surtout, dans la cr&#233;ation de l'aire de propri&#233;t&#233; sociale et de la forme de participation &#224; travers le contr&#244;le ouvrier et l'administration des entreprises par les travailleurs, en acc&#233;l&#233;rant la cr&#233;ation des Cordons industriels [Cordones Industriales], des Comandements communaux [Commandos Comunales], des Centres de la r&#233;forme agraire [Centros de Reforma Agraria] et des Conseils d'approvisionnement et de contr&#244;le des prix [Juntas de Abastecimiento y Precios].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une analyse rigoureuse permet de conclure que les mesures du gouvernement Allende ont objectivement constitu&#233; une continuit&#233; historique, &#224; un niveau plus radical, du processus ouvert par la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne. En termes de sociologie politique, il s'agissait d'un processus de r&#233;volution d&#233;mocratique qui n'a pas atteint le stade socialiste, car l'Unit&#233; Populaire a remport&#233; le gouvernement sur le plan &#233;lectoral mais ne d&#233;tenait pas le pouvoir r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allende a accompli pratiquement toutes les t&#226;ches d&#233;mocratiques bourgeoises non accomplies par la classe dirigeante au cours des XIXe et XXe si&#232;cles. De plus, il a adopt&#233; des mesures qui d&#233;passaient ces t&#226;ches d&#233;mocratiques bourgeoises, comme l'expropriation des entreprises priv&#233;es lors de la cr&#233;ation de l'aire de propri&#233;t&#233; sociale et d'autres mesures mentionn&#233;es auparavant. M&#234;me s'il est &#233;vident &#8211; pour quiconque veut faire une analyse objective &#8211; que l'Unit&#233; Populaire n'a pas atteint l'&#233;tape de la transition vers le socialisme : ceci pour la simple raison qu'elle n'a jamais eu le pouvoir, puisque sont rest&#233;s intacts le Parlement, le pouvoir judiciaire, les Forces arm&#233;es et d'autres institutions bourgeoises, en fin de compte les artisans du coup d'&#201;tat militaire. &#192; proprement parler, l'Unit&#233; Populaire n'a pas r&#233;ussi &#224; changer le caract&#232;re de l'&#201;tat ou &#224; cr&#233;er un nouveau type d'institutionnalit&#233; formalisant les embryons de pouvoir populaire. En conclusion, et conform&#233;ment aux th&#232;ses des auteurs qui ont analys&#233; l'&#201;tat dans le monde, comme Harold Laski [&lt;i&gt;Reflections On the Revolution of our Time&lt;/i&gt;, 1943], et au caract&#232;re des r&#233;volutions du XXe si&#232;cle analys&#233; dans le r&#233;cent livre de Hobsbawn [&lt;i&gt;L'&#194;ge des extr&#234;mes : le court XXe si&#232;cle 1914-1991&lt;/i&gt;], l'Unit&#233; Populaire a r&#233;alis&#233; une partie de sa strat&#233;gie de r&#233;volution par &#233;tapes, tout d'abord avec l'&#233;tape bourgeoise-d&#233;mocratique. Mais, historiquement, l'accomplissement de la premi&#232;re &#233;tape n'a jamais &#233;t&#233; une garantie pour passer &#224; la seconde, l'&#233;tape socialiste, car pour cela, il faut prendre effectivement le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon une cat&#233;gorie historique &#8211; syst&#233;matis&#233;e par Braudel et approfondie par d'autres chercheurs &#8211;, nous pourrions dire que de 1964 &#224; 1973, il y a eu un temps de &#171; moyenne dur&#233;e &#187;, drastiquement coup&#233; en deux par le coup d'&#201;tat militaire du 11 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le militarisme a ouvert une nouvelle p&#233;riode de rupture-discontinuit&#233;-continuit&#233;, que l'on pourrait presque qualifier de &#171; longue dur&#233;e &#187; : cette p&#233;riode englobe non seulement les 17 ann&#233;es de r&#232;gne des Forces arm&#233;es en tant qu'institution, mais aussi les ann&#233;es des gouvernements de la Concertaci&#243;n, puisque ceux-ci &#233;taient soumis &#224; la Constitution de 1980 et au &#171; pouvoir de facto &#187; exerc&#233; par les militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de dire que les gouvernements de la Concertaci&#243;n sont politiquement &#233;gaux &#224; ceux de Pinochet, puisqu'ils ont &#233;t&#233; &#233;lus d&#233;mocratiquement. Mais leur administration a &#233;t&#233; pi&#233;g&#233;e par les accords explicites ou tacites entre la Concertaci&#243;n et les militaires &#8211; accords qui commencent &#224; &#234;tre connus du public &#8211; et les conditions impos&#233;es par Pinochet pour c&#233;der le pouvoir, notamment la continuit&#233; de la politique &#233;conomique, les privatisations, le syst&#232;me binominal des &#233;lections, les &#171; s&#233;nateurs d&#233;sign&#233;s &#187;, l'autonomie des Forces arm&#233;es et l'inamovibilit&#233; des fonctionnaires nomm&#233;s par la dictature, y compris les enseignants des trois degr&#233;s de l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la soi-disant &#171; p&#233;riode de transition &#187; n'est pas termin&#233;e, apr&#232;s une d&#233;cennie de gouvernements &#233;lus par vote populaire. Le pays traverse toujours les m&#234;mes traumatismes apparus brutalement il y a un quart de si&#232;cle, sans que l'on sache encore quand ils pourront &#234;tre surmont&#233;s. &#192; moins que d'&#233;ventuels sursauts sociaux ou que de nouveaux gouvernements disposant de majorit&#233;s parlementaires dans les deux Chambres ne d&#233;cident de r&#233;clamer une Assembl&#233;e constituante [ce qui encore d'actualit&#233; en 2022 et 2023 &#8211; r&#233;d.] qui couperait &#224; sa racine l'h&#233;ritage des militaires &#8211; qui n'est pas seulement le fait des Forces arm&#233;es, mais qui compte aussi dans ses rangs des civils de droite &#8211;, ce processus historique pourrait se transformer en un temps non pas de presque, mais de &#171; longue dur&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre principal int&#233;r&#234;t n'est pas de dire ce qui se serait pass&#233; au Chili si les partis de gauche avaient appliqu&#233; telle ou telle tactique politique, mais d'analyser ce qui s'est r&#233;ellement pass&#233; au cours de ces 30 ann&#233;es. Le but n'est pas non plus de centrer notre analyse sur une pol&#233;mique avec les quelques historiens ayant &#233;crit sur cette p&#233;riode. Nous ne sommes pas les d&#233;positaires d'une quelconque v&#233;rit&#233; absolue. Nous ne sommes pas non plus impartiaux, bien que nous aspirions &#224; &#234;tre objectifs dans nos recherches, sans pour autant &#234;tre objectivistes. (Santiago, mars 1999)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; *****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le premier gouvernement DC : Eduardo Frei Montalva (1964-1970)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_42478 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L230xH350/bb292cb46bac5c63-82d10595-5822f.jpg?1781074952' width='230' height='350' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Eduardo Frei Montalva&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants d&#233;mocrates-chr&#233;tiens, qui pour la premi&#232;re fois dans l'histoire du Chili sont arriv&#233;s au gouvernement en 1964, &#233;taient les m&#234;mes et de la m&#234;me g&#233;n&#233;ration sociale-chr&#233;tienne du d&#233;but des ann&#233;es 1930, mais &#224; la fois diff&#233;rents, avec plus d'exp&#233;rience, bien que moins de conviction dans la r&#233;alisation de certains aspects de leur utopie et, surtout, avec une ambition de pouvoir m&#251;rie pendant trois d&#233;cennies de compromis politiques avec des forces &#233;trang&#232;res &#224; leur strat&#233;gie communautaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se sont inspir&#233;s du contenu social de l'encyclique&lt;i&gt; Rerum Novarum&lt;/i&gt; (1891), de Juan Concha et de Tizzoni, pr&#233;curseurs chiliens des id&#233;es social-chr&#233;tiennes au d&#233;but du XXe si&#232;cle. Ils avaient lu avec passion les critiques de l'&#201;glise &#224; l'&#233;gard du r&#233;gime lib&#233;ral bourgeois, ils avaient &#233;t&#233; touch&#233;s par l'encyclique &lt;i&gt;Quadrag&#233;simo Anno&lt;/i&gt; (1931), par l'&#339;uvre de Marc Sagnier, organisateur du groupe &#171; Le Sillon &#187; [organe d'un mouvement d'&#233;ducation populaire lanc&#233; en 1899] &#8211; m&#234;me s'ils n'en partageaient pas ses critiques envers l'&#201;glise &#8211; et ils &#233;taient particuli&#232;rement influenc&#233;s par la revue&lt;i&gt; Esprit&lt;/i&gt;, dirig&#233;e &#224; partir de 1932 par Emmanuel Mounier ; ils suivaient avec attention les exp&#233;riences sociales des Jeunesses ouvri&#232;res catholiques et la formation du Secr&#233;tariat international des syndicats chr&#233;tiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e de Jacques Maritain [1] a &#233;t&#233; d&#233;cisive dans la formation politique de la g&#233;n&#233;ration sociale-chr&#233;tienne chilienne, surtout pour ses suggestions pratiques pour faire avancer la philosophie n&#233;o-thomiste, parmi lesquelles : la soci&#233;t&#233; ne sera ni individualiste ni collective, pas de suppression mais un passage du capitalisme priv&#233; au service du travail, la copropri&#233;t&#233; des moyens de travail [2] et d'autres postulats oscillant entre l'utopisme et la na&#239;vet&#233; face aux capitalistes. Cependant, une id&#233;e cl&#233; de Maritain a s&#233;duit la g&#233;n&#233;ration d'Ignacio Palma [1910-1988, d&#233;mocrate-chr&#233;tien, pr&#233;sident du S&#233;nat de mai 1972 &#224; mai 1973, il s'opposa ouvertement au coup d'Etat], Manuel Garret&#243;n [dirigeant &#233;tudiant de l'Universit&#233; catholique en 1963-64, sociologue, participa au courant de la R&#233;novation socialiste], Eduardo Frei et Bernardo Leighton [1909-1985, d&#233;mocrate-chr&#233;tien, critique de la dictature militaire] : cr&#233;er des partis sociaux-chr&#233;tiens mais pas des partis confessionnels au contraire des partis conservateurs, dont les membres devaient &#234;tre obligatoirement catholiques et inconditionnels de l'&#201;glise. La g&#233;n&#233;ration chilienne des ann&#233;es 1930 s'est ralli&#233;e &#224; l'id&#233;e de Maritain, en cr&#233;ant un parti d'inspiration chr&#233;tienne mais suffisamment large pour inclure des protestants et d'autres personnes pas vraiment croyantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la base de cette tactique, les jeunes dirigeants du Parti conservateur (Frei avait 27 ans) ont fond&#233; la Phalange nationale en 1935 : ils se sont alors s&#233;par&#233;s du &#171; tronco Peluc&#243;n &#187; [conservateurs] en 1938, pour protester contre le soutien du Parti conservateur au magnat Gustavo Ross Santa Mar&#237;a, et ils ont appuy&#233; le gouvernement de Front populaire, dirig&#233; par Pedro Aguirre Cerda, avec l'objectif d'aplanir certains des angles vifs soulev&#233;s par une certaine gauche socialiste, objectif explicit&#233; par un pr&#234;tre dans une lettre au Pape : &#171; En r&#233;alit&#233;, je crois que l'attitude de la Phalange, discutable politiquement, n'a pu &#224; aucun moment &#234;tre tax&#233;e d'anticatholique et elle a essay&#233; de proc&#233;der en accord avec l'autorit&#233; eccl&#233;siastique ; sa politique, parfois trop candide et cr&#233;dule, a &#233;t&#233; de tendre la main aux gauches pour adoucir la situation et &#233;viter une rupture avec l'&#201;glise et une r&#233;volution sociale, et je crois qu'on peut dire qu'ils ont r&#233;ussi ; ils ont &#233;t&#233; un &#233;l&#233;ment de pacification &#187; [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soutien de la Phalange au Front Populaire, bien accueilli par Aguirre Cerda, un radical qui n'&#233;tait pas hostile &#224; l'&#201;glise, fut &#224; nouveau confirm&#233; lors de la candidature pr&#233;sidentielle de Juan Antonio R&#237;os [pr&#233;sident d'avril 1942 &#224; juin 1946], qui a nomm&#233; en 1945 au poste de ministre des Travaux publics le jeune Frei, &#226;g&#233; alors de 34 ans. Mais celui-ci ne tarda pas &#224; d&#233;missionner apr&#232;s le massacre anti-ouvrier de la Place Bulnes, ordonn&#233; par le vice-pr&#233;sident Alfredo Duhalde en 1946. Cependant, la Phalange, qui comptait d&#233;j&#224; trois d&#233;put&#233;s, Manuel Garret&#243;n, Radomiro Tomic [il approuvera en 1971 la nationalisation du cuivre et s'exilera en Suisse apr&#232;s le coup d'Etat] et Jorge Ceardi, a pris un nouveau tournant en optant pour l'un des candidats pr&#233;sidentiels de la droite : Eduardo Cruz-Coke, un conservateur social-chr&#233;tien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que vaincue lors de ce scrutin, la Phalange a continu&#233; &#224; exercer une influence politique et intellectuelle en cr&#233;ant, &#224; l'initiative de Mario Aguirre et Gabriel Vald&#233;s, l'importante maison d'&#233;dition Editorial del Pac&#237;fico, et en g&#233;n&#233;rant de nouvelles r&#233;flexions avec les livres d'Alejandro Magnet, Ismael Bustos, Jaime Castillo V. et des jeunes chercheurs Jacques Chonchol [ministre de l'Agriculture de novembre 1970 &#224; novembre 1972, il a contribu&#233; d&#232;s 1969 &#224; la cr&#233;ation du Movimiento de Acci&#243;n Popular Unitario-MAPU] et Julio Silva Solar [a int&#233;gr&#233; aussi le MAPU puis la Izquierda Cristiana], en plus de la production intellectuelle d'Eduardo Frei.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le gouvernement de Gabriel Gonz&#225;lez Videla, la Phalange a poursuivi sa trajectoire en zigzag. Elle a pass&#233; de l'opposition ferme &#224; l'int&#233;gration au gouvernement. Ignorant la politique autoritaire de Gonz&#225;lez Videla, qui avait expuls&#233; les trois ministres communistes de son administration, elle a soutenu le pacte militaire avec les &#201;tats-Unis et a fini par entrer au gouvernement avec la nomination de Bernardo Leighton au minist&#232;re de l'&#201;ducation, et d'Ignacio Palma V. au poste de ministre des Terres et de la Colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une fois encore, nous nous retrouvons, dit Leighton, sur une m&#234;me ligne que les conservateurs. Nous sommes entr&#233;s dans le gouvernement pour continuer de d&#233;fendre une interpr&#233;tation de la doctrine sociale-chr&#233;tienne, au sens o&#249; ce gouvernement devait servir d'instrument pour les travailleurs. Il s'agissait sans aucun doute d'une attitude responsable de notre part, politiquement responsable ; peut-&#234;tre s'agissait-il d'une erreur partisane, car les Chiliens ordinaires n'ont pas compris qu'un parti comme le n&#244;tre, qui &#233;tait dans l'opposition, entre au gouvernement &#187; [4]. Frei a &#233;galement tent&#233; de justifier ce comportement politique dans les termes suivants : &#171; Il est vrai que, quelles que soient les erreurs, que nous n'ignorons pas, et les limites que nous reconnaissons &#224; l'actuelle formule politique de centre-gauche, elle repr&#233;sente potentiellement la solution la plus &#233;quilibr&#233;e possible pour gouverner &#187; [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des ann&#233;es plus tard, Rafael Agust&#237;n Gumucio r&#233;fl&#233;chissait aux mesures prises par ces dirigeants pas si jeunes de la Phalange : &#171; Lorsqu'elle s'est associ&#233;e &#224; d'autres partis, elle a perdu sa singularit&#233; id&#233;ologique. M&#234;me s'il faut noter que, de 1957 &#224; 1964, cette perte de singularit&#233;, qui cherchait la rupture, a &#233;t&#233; plus l&#233;g&#232;re de ce qu'elle serait plus tard &#187; [6]. Gumucio se r&#233;f&#233;rait peut-&#234;tre &#224; la campagne pr&#233;sidentielle de Frei en 1958, teint&#233;e de r&#233;formisme et de concessions politiques &#224; son Commandement des ind&#233;pendants [Comando de Independientes] [7] pour arracher des voix &#224; la candidature de droite de J. Alessandri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des ann&#233;es 1950, le social-christianisme chilien est devenu un parti avec une grande influence populaire. En 1952, il a tent&#233; de former une coalition de centre-gauche avec le Parti radical pour affronter la candidature d'Iba&#241;ez &#224; la pr&#233;sidence. Frei a atteint le deuxi&#232;me tour, mais le Parti radical a fait &#233;clater l'alliance. En 1953, est cr&#233;&#233;e la F&#233;d&#233;ration social-chr&#233;tienne [Federaci&#243;n Socialcristiana] regroupant la Phalange nationale et le nouveau groupe dissident conservateur &#8211; dirig&#233; par Horacio Walker, Pablo Larra&#237;n, Pedro Undurraga et Jorge Mardones Restat &#8211;, le Parti conservateur social-chr&#233;tien [Partido Conservador Socialcristiano]. Toux deux ont fusionn&#233; en juillet 1957, donnant ainsi naissance au Parti d&#233;mocrate-chr&#233;tien. Ils ont &#233;t&#233; rejoints tr&#232;s vite par un secteur du Parti d&#233;mocratique national (PADENA), le d&#233;put&#233; du groupe d'Iba&#241;ez, Jose Musalem, et l'ex-conservateur Tomas Pablo, ce qui portait la repr&#233;sentation parlementaire de la toute nouvelle D&#233;mocratie chr&#233;tienne &#224; 14 d&#233;put&#233;s et un s&#233;nateur pour Santiago : Eduardo Frei, &#233;lu &#224; ce poste pour la deuxi&#232;me fois, la premi&#232;re fois il avait &#233;t&#233; &#233;lu en 1949 &#224; Coquimbo et Atacama. L'arriv&#233;e de nouveaux membres et de personnalit&#233;s politiques provenant d'autres tendances a fait augmenter le nombre de militants, tandis que les id&#233;aux d'antan &#233;taient remis en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#233;n&#233;ration des ann&#233;es 1930 a commenc&#233; &#224; entrevoir la possibilit&#233; de devenir une puissance alternative, car stimul&#233;e par les tendances politiques europ&#233;ennes de l'apr&#232;s-guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes puissances ont maintenu leur politique de &#171; guerre froide &#187; pour arr&#234;ter la r&#233;volution anticoloniale en Asie et en Afrique, qui dans certains pays, comme la Chine, la Cor&#233;e et l'Indochine, empruntait la voie de la lib&#233;ration nationale et sociale. La bourgeoisie a compris qu'elle ne pouvait pas continuer de soutenir des partis de droite discr&#233;dit&#233;s, incapables de servir de m&#233;diateurs face aux grandes mobilisations des travailleurs en Italie, en France, en Allemagne, en Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devenait donc n&#233;cessaire d'encourager la cr&#233;ation de nouveaux partis capables de canaliser les protestations populaires ; des partis en mesure de contester l'h&#233;g&#233;monie des socialistes et des communistes ; des nouveaux partis dot&#233;s d'une &#233;thique et d'une id&#233;ologie coh&#233;rente, susceptibles de redonner espoir &#224; la g&#233;n&#233;ration frustr&#233;e de l'apr&#232;s-guerre ; des partis, somme toute, s'inscrivant dans un courant de pens&#233;e mondial et capables de limiter le soutien populaire &#224; l'autre courant, &#233;galement mondial : le socialisme, en pleine ascension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement des partis d&#233;mocrates-chr&#233;tiens a commenc&#233; &#224; &#234;tre encourag&#233;, sans pour autant &#233;carter les alliances avec les courants traditionnels de la droite. Rapidement, a &#233;t&#233; form&#233;e l'Union d&#233;mocrate-chr&#233;tienne mondiale (UCDM) qui a rapidement remport&#233; le gouvernement en Allemagne en 1950 avec la CDU, dirig&#233;e par Konrad Adenauer ; en Italie avec Alcide De Gasperi et Amintore Fanfani ; en France en 1947 avec le Mouvement R&#233;publicain Populaire (MRP) de Robert Schuman, gouvernant en coalition avec les radicaux et les sociaux-d&#233;mocrates ; en Belgique en 1950, apr&#232;s la d&#233;mission du roi L&#233;opold en faveur de son fils Baudouin, le Parti social-chr&#233;tien est devenu la premi&#232;re force &#233;lectorale aux &#233;lections de 1958.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dynamique s'amor&#231;ait &#233;galement en Am&#233;rique latine, avec la fondation de l'ODCA (Oganizaci&#243;n Dem&#243;crata Cristiana de Am&#233;rica) et le r&#244;le jou&#233; par le COPEI [catholicisme social] v&#233;n&#233;zu&#233;lien, dirig&#233; par Rafael Caldera, apr&#232;s la chute du dictateur P&#233;rez Jim&#233;nez en 1958 pour soutenir le gouvernement &#233;lu de R&#243;mulo Betancourt [pr&#233;sident de f&#233;vrier 1959 &#224; mars 1964] du parti Acci&#243;n Democr&#225;tica ; le Mouvement d&#233;mocrate-chr&#233;tien du Paraguay ; le Parti social-chr&#233;tien du Nicaragua, cr&#233;&#233; en 1955 ; le PDC guat&#233;malt&#232;que, fond&#233; la m&#234;me ann&#233;e ; le PDC p&#233;ruvien, qui a soutenu Bela&#250;nde Terry [premi&#232;re pr&#233;sidence de juillet 1963 &#224; octobre 1968] ; le PDC uruguayen, organis&#233; par Juan Pablo Terra ; les noyaux d&#233;mocrates chr&#233;tiens d'Argentine, dirig&#233;s par Juan T. Lewis puis par Horacio Suelle ; l'Union Civique Nationale du Panama, cr&#233;&#233;e en 1955, ainsi que le PDC bolivien et la D&#233;mocratie chr&#233;tienne &#233;quatorienne, sans oublier le Parti r&#233;volutionnaire social-chr&#233;tien de la R&#233;publique dominicaine, organis&#233; en 1962. En m&#234;me temps, naissait la Centrale latino-am&#233;ricaine des syndicats chr&#233;tiens [Central Latinoamericana de Sindicatos Cristianos], rebaptis&#233;e ult&#233;rieurement Conf&#233;d&#233;ration latino-am&#233;ricaine des travailleurs [8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Chili, en quelques ann&#233;es, le Parti d&#233;mocrate-chr&#233;tien a connu une progression remarquable, influen&#231;ant de vastes secteurs des travailleurs et des couches moyennes, qui ont sympathis&#233; avec les postulats de la D&#233;claration de principes de la premi&#232;re Convention nationale, tenue en 1957 : &#171; La D&#233;mocratie chr&#233;tienne affirme que le pouvoir &#233;conomique ne doit reposer ni sur des individus anim&#233;s par le d&#233;sir de profit illimit&#233;, ni sur l'&#201;tat monopolistique. L'&#233;conomie humaine tend &#224; regrouper les hommes en communaut&#233;s de travail, propri&#233;taires du capital et des moyens de production et dont les objectifs sont concordants, et &#224; faire de l'&#201;tat, en tant que r&#233;gisseur du bien commun, la plus haute expression de cette vie communautaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 1958, Frei, avec le slogan &#171; La v&#233;rit&#233; a son heure &#187;, identique au titre de son livre, a obtenu environ 250 000 voix, et le nombre d'adh&#233;rents a augment&#233; avec l'incorporation d'un secteur de propri&#233;taires agricoles de taille moyenne provenant du Parti agraire travailliste [Partido Agrario Laborista], mais il a perdu en homog&#233;n&#233;it&#233; sociale. Au d&#233;but des ann&#233;es 1960, le parti &#233;tait l'une des principales forces au sein des syndicats d'&#233;tudiants, du mouvement coop&#233;ratif, des syndicats de travailleurs, du mouvement des &#171; pobladores &#187; [personnes sans toit qui occupaient des terrains pour y construire des logements] et surtout des syndicats d'employ&#233;s professionnels et techniques. Cette influence lui a permis de devenir le premier parti politique du pays lors des &#233;lections municipales d'avril 1963, en obtenant 23% des voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un roman de l'&#233;poque nous parle de la ferveur des jeunes sociaux-chr&#233;tiens des classes moyennes &#224; &#234;tre avec les pauvres. Il s'agit du roman&lt;i&gt; Mara&lt;/i&gt;, de Carmen Valle, pseudonyme de Blanca Subercaseaux de Vald&#233;s (Ed. Del Pac&#237;fico, Santiago, 1965). Le roman se d&#233;roule &#224; Santiago au d&#233;but des ann&#233;es 1960 et met en sc&#232;ne une jeune femme d'origine petite bourgeoise, Mara, qui, apr&#232;s avoir rencontr&#233; des gar&#231;ons catholiques, d&#233;cide d'aller vivre dans un quartier &#171; marginal &#187; de la banlieue de Las Condes. Dans le roman, il est clair que cette d&#233;marche envers les pauvres avait un caract&#232;re paternaliste. Le jeune id&#233;ologue, Marcos, abandonne plus tard ses id&#233;aux &#224; cause d'une histoire d'amour frustr&#233;e et devient un homme d'affaires. Et il en va de m&#234;me pour plusieurs des personnages sociaux-chr&#233;tiens. Seule Mara est rest&#233;e coh&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre &lt;i&gt;Las fuentes de la democracia cristiana&lt;/i&gt;, de l'un de ses principaux th&#233;oriciens, Jaime Castillo Velasco, publi&#233; en 1963, a donn&#233; &#224; la DC une plus grande densit&#233; de pens&#233;e, une mystique du changement et une strat&#233;gie vers une soci&#233;t&#233; communautaire, mais il a approfondi dialectiquement la contradiction entre la direction et une base qui commence &#224; croire en une nouvelle utopie, en une soci&#233;t&#233; diff&#233;rente du capitalisme. Castillo remonte dans l'histoire pour d&#233;montrer le caract&#232;re rebelle de J&#233;sus, en diff&#233;renciant les moments o&#249; &#171; le christianisme agit comme une id&#233;ologie rebelle &#187; et les p&#233;riodes d'une &#171; certaine r&#233;alisation des id&#233;es chr&#233;tiennes &#187; (page 31) et d'autres th&#232;mes sur lesquels je me suis permis de pol&#233;miquer dans mon livre &lt;i&gt;Esencia y Apariencia de la Democracia Cristiana&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1964 aux &#201;ditions Arancibia. Cette contradiction entre l'id&#233;al communautaire et la praxis concr&#232;te de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne au gouvernement est devenue permanente pendant et apr&#232;s la pr&#233;sidence d'Eduardo Frei, car les jeunes croyaient r&#233;ellement &#224; une &#171; r&#233;volution dans la libert&#233; &#187; et &#224; l'humanisme int&#233;gral pr&#234;ch&#233; par leurs ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon livre sur la D&#233;mocratie chr&#233;tienne est le r&#233;sultat d'une longue enqu&#234;te commenc&#233;e au milieu des ann&#233;es 1950, dont la premi&#232;re trace a &#233;t&#233; un article que j'ai publi&#233; en janvier 1957 dans le journal &lt;i&gt;Frente Obrero&lt;/i&gt;, organe du Partido Obrero Revolucionario [la section chilienne de la IVe Internationale]. Quand Allende a entendu son ami Labarca parler de ce travail, il m'a invit&#233; dans sa maison de Guardia Vieja en f&#233;vrier 1964.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'a aussit&#244;t demand&#233; : &#171; Pensez-vous que la candidature de Frei est le nouveau visage de la droite, comme le disent mes camarades de gauche ? &#187; Je lui ai r&#233;pondu par une autre question : &#171; Et qu'en pensez-vous ? &#187;. &#8211; &#171; Non, mon ami, comment pourrais-je dire de telles sottises, alors qu'il est public et notoire que le programme de Frei signifie une rupture avec la position traditionnelle de la droite. Ce que nous devons faire imm&#233;diatement, c'est mener une bataille sur le front id&#233;ologique, en d&#233;m&#234;lant la v&#233;ritable pens&#233;e de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne et les diff&#233;rences avec nous. C'est pourquoi je vous demande de terminer votre enqu&#234;te aussi vite que possible &#187;. &#8211; &#171; &#201;coutez, camarade Allende, je ne fais pas de livres sur commande. Ce que je pourrais faire, c'est un r&#233;sum&#233; des quelque 300 pages que j'ai &#233;crites et que je dois remettre &#224; l'imprimerie Arancibia, car vous savez que j'ai &#233;t&#233; condamn&#233; et confin&#233; &#224; Curepto, &#224; la suite de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale convoqu&#233;e par le pr&#233;sident de la Centrale unitaire des travailleurs [Central unitaria de los trabajadores], notre cher ami Clotario Blest, afin d'emp&#234;cher Alessandri de rompre les relations diplomatiques avec Cuba &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines contradictions avaient &#233;t&#233; relev&#233;es par Julio Silva Solar, d'abord en tant que co-auteur avec Jacques Chonchol de &lt;i&gt;Hacia un mundo comunitario&lt;/i&gt; (1950) et ensuite dans son livre&lt;i&gt; A trav&#233;s del marxismo &lt;/i&gt; (1951) : &#171; Il serait insens&#233; de supposer qu'un mouvement historique de cette ampleur va d&#233;boucher sur un &#233;ventail de r&#233;formes de l'entreprise, de participations, de cogestion et autres formules propos&#233;es comme autant de solutions. Et m&#234;me la propri&#233;t&#233; communautaire est falsifi&#233;e lorsqu'elle est plac&#233;e sur le terrain de l'entreprise &#187; [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'incapacit&#233; des partis traditionnels &#224; servir de m&#233;diateurs dans les luttes sociales, des membres de la Chambre de commerce, des agriculteurs d'un nouveau genre et, surtout, des entrepreneurs industriels ont vu dans la D&#233;mocratie chr&#233;tienne le meilleur moyen de consolider et de moderniser la structure capitaliste, car elle pouvait garantir les relations commerciales avec les &#201;tats-Unis et l'Europe occidentale, comme l'avait d&#233;montr&#233; le groupe parlementaire de la Phalange en 1955 en votant la loi sur la &#171; Nouvelle approche du cuivre &#187; et le &#171; R&#233;f&#233;rendum sur le sel &#187;, qui profitaient aux entreprises &#233;trang&#232;res. Parall&#232;lement, une grande partie de la petite bourgeoisie et des intellectuels, des professionnels et des techniciens, d&#233;senchant&#233;s par le Parti radical, a commenc&#233; &#224; se r&#233;unir autour du Parti d&#233;mocrate-chr&#233;tien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quasi simultan&#233;ment, les administrations nord-am&#233;ricaines, en particulier le pr&#233;sident John Kennedy [janvier 1961-novembre 1963], conseillaient aux classes dirigeantes, et notamment aux partis du centre, un plan de r&#233;formes visant &#224; neutraliser l'impact de la R&#233;volution cubaine, synth&#233;tis&#233; dans le projet connu sous le nom de &#171; Alliance pour le progr&#232;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, la gauche, en particulier le Parti communiste, &#233;tudiait la possibilit&#233; de pr&#233;senter un candidat de compromis entre le Front d'action populaire [Frente de acci&#243;n popular] et la D&#233;mocratie chr&#233;tienne, candidat qui aurait pu &#234;tre Baltazar Castro. Une aile du Parti socialiste remettait m&#234;me en cause Salvador Allende. &#192; la fin de l'ann&#233;e 1963, Allende nous a invit&#233;s, Clotario Blest, Enrique Sep&#250;lveda et moi-m&#234;me, dans son bureau du S&#233;nat, pour nous informer du d&#233;roulement de ces n&#233;gociations et de sa d&#233;cision de se pr&#233;senter, m&#234;me sans le soutien de ces partis, comme candidat aux &#233;lections pr&#233;sidentielles, et pour cela il a demand&#233; &#224; Clotario Blest, qui venait de quitter la pr&#233;sidence de la Centrale unique des travailleurs, de lui apporter son soutien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La D&#233;mocratie chr&#233;tienne refusant de n&#233;gocier un candidat ind&#233;pendant, Allende est proclam&#233; candidat par le Front d'action populaire et les ind&#233;pendants, qui cr&#233;ent en juillet 1964 le &lt;i&gt;Movimiento de Independientes de Izquierda&lt;/i&gt;(MIDA), compos&#233; de personnalit&#233;s telles que Guillermo Garc&#237;a Burr, Carlos Vasallo R., Max Nolff, Jos&#233; Santos Gonz&#225;lez Vera, Gonzalo Rojas, Dr. Alfonso Asenjo et un important secteur de militaires retrait&#233;s, dirig&#233; par Teodoro Ruiz, Oscar Squella, Ernesto Rejman et par un front civique-militaire, repr&#233;sent&#233; par Manlio Bustos. La campagne d'Allende s'est amplifi&#233;e gr&#226;ce &#224; la propagande des milliers de comit&#233;s ind&#233;pendants qui se sont cr&#233;&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment, un livre sign&#233; sous le pseudonyme de Perceval, intitul&#233;&lt;i&gt; &#161;Gan&#243; Allende !&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; largement diffus&#233;. Il pr&#233;sentait un Chili imaginaire d&#233;vast&#233; politiquement, &#233;conomiquement et culturellement par un gouvernement extr&#233;miste ; ce livre faisait partie de la &#171; campagne de terreur &#187; orchestr&#233;e par la droite et le centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1964, Frei a pr&#233;sent&#233; un programme visant &#224; gagner les voix des classes moyennes, des ouvriers, des pobladores et des paysans, afin de rivaliser avec la gauche, repr&#233;sent&#233;e par Allende. Il avait d&#233;j&#224; gagn&#233; les voix de la droite suite &#224; la prise de position des partis conservateur et lib&#233;ral, qui apr&#232;s le &#171; Naranjazo &#187; &#8211; ou triomphe de la gauche le 15 mars 1964 avec l'&#233;lection extraordinaire du d&#233;put&#233; Oscar Naranjo &#224; Curic&#243; &#8211; ont d&#233;cid&#233; de rompre l'alliance avec le Parti radical et son candidat Julio Dur&#225;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; slogans &#187; populaires de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne ont touch&#233; de vastes secteurs de la population opprim&#233;e, en particulier l'engagement en faveur de la &#171; promotion populaire &#187;, du &#171; logement pour tous &#187;, de la r&#233;forme agraire, de l'augmentation des salaires et des traitements et d'une r&#233;forme de l'&#233;ducation qui faciliterait l'acc&#232;s &#224; l'universit&#233;. Le slogan &#171; R&#233;volution en libert&#233; &#187; a fait mouche aupr&#232;s des jeunes assoiff&#233;s de changement, qui ont progressivement rejoint la &#171; Marche de la Jeune Patrie &#187;, qui a d&#233;fil&#233; d'Arica &#224; Magallanes et dont le point culminant a &#233;t&#233; le rassemblement massif au Parque Cousi&#241;o, aujourd'hui O'Higgins : &#171; Certains diront un demi-million de personnes. Les autres, entre quatre-vingts et cent mille &#187; [10]. Clotario Blest avait cependant des r&#233;serves : &#171; La r&#233;volution en libert&#233; si vant&#233;e ne sera qu'une nouvelle farce pour les travailleurs (&#8230;) Je n'ai pas le moindre doute que ce gouvernement finira par n'&#234;tre ni d&#233;mocrate ni chr&#233;tien &#187; [11]. (&lt;i&gt;A suivre&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Jacques Maritain, &lt;i&gt;Humanismo Integral&lt;/i&gt;, &#201;d. Ercilla, Santiago, 1941 ;&lt;i&gt; Para una filosof&#237;a de la Persona Humana&lt;/i&gt;, &#201;d. Letras, Santiago, 1938 ; &lt;i&gt;Problemas espirituales y Temporales de una nueva cristiandad&lt;/i&gt;, &#201;d. Fides, Buenos Aires, 1936.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Idem, en particulier &lt;i&gt;Humanismo Integral&lt;/i&gt;, pages 116, 158, 185, 261.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Alejandro Magnet,&lt;i&gt; El Padre Hirtado&lt;/i&gt;, &#201;d. del Pac&#237;fico, Santiago, p. 254.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Bernardo Leighton, &#171; Partido Dem&#243;crata Cristiano &#187;, in :&lt;i&gt; Pensamiento de los Partidos Pol&#237;ticos de Chile&lt;/i&gt;. &#201;d. Ciencias Pol&#237;ticas y Administrativas, Universidad de Chile, 1952, p. 9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Eduardo Frei M., &lt;i&gt;El socialcristianismo&lt;/i&gt;, &#201;d. del Pac&#237;fico, Santiago, 1961, p. 4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Rafael Agust&#237;n Gumucio, &lt;i&gt;Apuntes de medio siglo&lt;/i&gt;, &#201;d. Chile Am&#233;rica-CESOC, Santiago, 1994, p. 133.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Rafael Agust&#237;n Gumucio, &#171; De la Falange a la Democracia Cristiana &#187;, Ap&#233;ndice al libro de Ricardo Boizard,&lt;i&gt; La Democracia Cristiana en Chile&lt;/i&gt;, &#201;d. del Pac&#237;fico, Santiago, 1963, pp. 321, 323 et surtout 324 : &#171; Le commun des phalangistes ne se sentait pas &#224; l'aise de se voir brid&#233; dans ses impulsions naturelles et ne comprenait pas certains dirigeants ind&#233;pendants, dont les id&#233;es les amenaient &#224; souhaiter un r&#233;formisme mod&#233;r&#233;. (&#8230;) Beaucoup se demanderont &#224; juste titre pourquoi, si la Phalange avait des r&#233;serves sur la mani&#232;re dont la campagne &#233;tait men&#233;e, elle n'a pas r&#233;agi contre ces erreurs en imposant une autre ligne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Voir la gen&#232;se et l'&#233;volution de ces PDC dans les textes suivants : J.E. Rivera Oviedo, &lt;i&gt;Los socialcristianos en Venezuela&lt;/i&gt;, &#201;d. Centauro, 2e &#233;dition, Caracas, 1977. Caldera, Rafael,&lt;i&gt; Especificidades de la Democracia Cristiana&lt;/i&gt;, Caracas, 1961. Blanca, Carlos, &lt;i&gt;Construir el Partido : nuestra tarea&lt;/i&gt;. Comit&#233; Dep. PDC, Lima. Barriga, Luis,&lt;i&gt; Notas sobre la Democracia Cristiana&lt;/i&gt; en Ecuador, Caracas, 1984. Parera, Ricardo,&lt;i&gt; La Democracia Cristiana en Argentina&lt;/i&gt;, &#201;d. Nahuel, Buenos Aires, 1967. Jaramillo, Francisco, &lt;i&gt;La Democracia Cristiana colombiana&lt;/i&gt;, &#201;d. del Caribe, Bogot&#225;, 1962. Brena, Tom&#225;s, &lt;i&gt;La Democracia Cristiana en Uruguay&lt;/i&gt;, Montevideo, 1946.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Julio Silva Solar,&lt;i&gt; A trav&#233;s del marxismo&lt;/i&gt;, &#201;d. del Pac&#237;fico, Santiago, 1951, p. 132.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Guillermo Blanco&lt;i&gt;, Eduardo Frei. El hombre de la Patria Joven&lt;/i&gt;, &#201;d. Aconcagua, Santiago, 1984, p. 54.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] M&#243;nica Echeverr&#237;a, &lt;i&gt;Antihistoria de un luchador&lt;/i&gt;, Clotario Blest, &#201;d. LOM, Santiago, 1993, p. 260.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Chili. &#171; Pour r&#233;cup&#233;rer la m&#233;moire historique &#187; (II)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Chili-Pour-recuperer-la-memoire-historique-II</link>
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		<dc:date>2023-06-20T06:46:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Luis Vitale</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-06-20</dc:subject>
		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Chili</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans cette seconde contribution de Luis Vitale portant, ici, sur la p&#233;riode du gouvernement d'Eduardo Frei (voir l'introduction &#224; cette p&#233;riode publi&#233;e sur ce site le 31 mai) sont mises en relief les r&#233;formes &#233;conomiques et sociales qui, &#224; la fois, traduisaient une modernisation de la soci&#233;t&#233; chilienne et l'endiguement face &#224; une mont&#233;e sociale. Des r&#233;formes qui s'inscrivaient dans le cadre de &#171; l'Alliance pour le progr&#232;s &#187; instaur&#233;e par les Etats-Unis en 1961, suite &#224; la r&#233;volution cubaine. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-06-20-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-06-20&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Chili-+" rel="tag"&gt;Chili&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-chili-354-+" rel="tag"&gt;Chili&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH120/35097542_highres-1024x820-c3b72.jpg?1781169194' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='120' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans cette seconde contribution de Luis Vitale portant, ici, sur la p&#233;riode du gouvernement d'Eduardo Frei (voir l'introduction &#224; cette p&#233;riode publi&#233;e sur ce site le 31 mai) sont mises en relief les r&#233;formes &#233;conomiques et sociales qui, &#224; la fois, traduisaient une modernisation de la soci&#233;t&#233; chilienne et l'endiguement face &#224; une mont&#233;e sociale. Des r&#233;formes qui s'inscrivaient dans le cadre de &#171; l'Alliance pour le progr&#232;s &#187; instaur&#233;e par les Etats-Unis en 1961, suite &#224; la r&#233;volution cubaine. Luis Vitale donne ici son importance &#224; une dimension souvent n&#233;glig&#233;e dans l'historiographie dite de gauche : les transformations culturelles. Sur le sens de cet ouvrage&lt;i&gt; Para recuperar la memoria historica. Frei, Allende y Pinochet &lt;/i&gt; et sur la biographie de l'auteur, voir la pr&#233;sentation &#224; cette s&#233;rie de contributions. (R&#233;d.&lt;i&gt; A l'Encontre&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de A l'Encontre&lt;br class='autobr' /&gt;
1 juin 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eduardo Frei Montalva lors d'un meeting, date inconnue. (AP Photo/ La Tercera)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*** &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;La gestion du pr&#233;sident Eduardo Frei Montalva&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Par Luis Vitale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La D&#233;mocratie chr&#233;tienne a remport&#233; les &#233;lections pr&#233;sidentielles du 4 septembre 1964 avec le soutien explicite des partis conservateur et lib&#233;ral, Eduardo Frei a obtenu 1 409 012 voix (56%) contre les 977 902 (39%) de Salvador Allende, candidat du Front d'action populaire, et les 125 233 voix (5%) de Julio Dur&#225;n, repr&#233;sentant du Parti radical. Il convient de noter que les partis conservateur et lib&#233;ral avaient repr&#233;sent&#233; 31,2% de l'&#233;lectorat lors des &#233;lections l&#233;gislatives en 1961.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La D&#233;mocratie chr&#233;tienne a fait le pari d'obtenir une majorit&#233; dans les deux chambres [syst&#232;me bicam&#233;ral : Chambre des d&#233;put&#233;s et S&#233;nat] afin de faire passer les lois radicales qu'elle avait propos&#233;es. C'est pourquoi, apr&#232;s avoir remport&#233; la pr&#233;sidence, elle a lanc&#233; la campagne &#171; Un Parlement pour Frei &#187;. Les &#233;lections de 1965 lui ont offert une grande victoire &#233;lectorale, avec une majorit&#233; absolue &#224; la Chambre des d&#233;put&#233;s mais, au S&#233;nat, elle est rest&#233;e minoritaire, un r&#233;sultat limitant donc ses chances de r&#233;aliser les r&#233;formes envisag&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan &#171; d&#233;veloppementiste &#187; du gouvernement Frei consistait principalement &#224; promouvoir la production de cuivre par le biais d'un partenariat de l'&#201;tat avec des entreprises &#233;trang&#232;res, &#224; augmenter la production agricole au moyen de la r&#233;forme agraire et &#224; stimuler le d&#233;veloppement de certaines branches industrielles gr&#226;ce &#224; la fusion d'entreprises chiliennes avec le capital de monopoles internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1955, la D&#233;mocratie chr&#233;tienne avait repris les conceptions &#171; d&#233;veloppementistes &#187; de la Commission &#233;conomique pour l'Am&#233;rique Latine (CEPAL). Selon Alberto Sep&#250;lveda Almarza, &#171; Frei avait collabor&#233; avec la CEPAL. L'une des figures les plus importantes de ce bureau des Nations Unies, le Chilien Jorge Ahumada, est devenue l'un des inspirateurs du programme pr&#233;sidentiel de Frei en 1964 &#187; [12].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan de Frei reposait &#8211; comme tous les mod&#232;les &#171; d&#233;veloppementistes &#187; &#8211;sur les nouvelles fonctions assum&#233;es par l'&#201;tat depuis les ann&#233;es 1930, clairement &#233;nonc&#233;es en 1966 par le congr&#232;s national de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne : le &#171; contr&#244;le de l'&#201;tat sur les instruments et les m&#233;canismes du syst&#232;me &#233;conomique &#187;, c'est-&#224;-dire l'&#201;tat en tant que planificateur et r&#233;gulateur de l'&#233;conomie, associ&#233; aux grands propri&#233;taires au travers d'entreprises mixtes, &#171; d&#233;limitant les domaines de travail et les r&#232;gles du jeu entre le secteur public et le secteur priv&#233; &#187;. Dans son message au Congr&#232;s (1969), Frei d&#233;clarait : &#171; Plus de 70% des ressources financi&#232;res nationales sont, de fait, entre les mains de l'&#201;tat, qui contr&#244;le directement 50% du cr&#233;dit. Il exerce un contr&#244;le total sur les op&#233;rations de commerce ext&#233;rieur. Les secteurs fondamentaux de l'&#233;conomie, tels que les chemins de fer, l'&#233;lectricit&#233;, les compagnies a&#233;riennes et le p&#233;trole sont aux mains de l'&#201;tat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin d'obtenir davantage de ressources pour l'&#201;tat et ses projets sociaux, le gouvernement chr&#233;tien-d&#233;mocrate a soumis au Parlement un projet de loi appel&#233; &#171; Imp&#244;t sur la fortune &#187;, qui a &#233;videmment &#233;t&#233; bloqu&#233; par les d&#233;put&#233;s et s&#233;nateurs de droite. Le plan de Frei ne pr&#233;voyait pas l'introduction de r&#233;formes constitutionnelles substantielles, et encore moins la formulation d'une nouvelle Constitution. En tout cas, les quelques r&#233;formes constitutionnelles pr&#233;sent&#233;es par le gouvernement au Congr&#232;s national (aux deux chambres) ont &#233;t&#233; rejet&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a alors d&#251; solliciter de nouveaux pr&#234;ts, accord&#233;s rapidement par les gouvernements d&#233;mocrates-chr&#233;tiens d'Europe et par les &#201;tats-Unis, soucieux de garantir la gestion de ce nouveau parti de rechange (la DC), en plus de la progression des relations &#233;conomiques avec l'URSS, le Chili devenant, apr&#232;s Cuba, &#171; le pays d'Am&#233;rique latine qui a re&#231;u le plus d'aide sovi&#233;tique &#187; [13]. Tous les rapports s'accordent &#224; dire que sous le gouvernement Frei, les pr&#234;ts des &#201;tats-Unis ont &#233;t&#233; fr&#233;quents, comme le certifie Kissinger dans ses m&#233;moires : le pr&#233;sident Johnson [novembre 1963-janvier 1969] a autoris&#233; deux pr&#234;ts au gouvernement Frei, l'un de 40 millions de dollars en 1969 et l'autre de 70 millions de dollars en 1970, en plus d'autres pr&#234;ts accord&#233;s en 1965 et 1967. Ainsi, la dette ext&#233;rieure est pass&#233;e de 1.869 millions de dollars en 1964 &#224; 3.886 millions de dollars en 1970, selon le rapport de 1971 de la Direction de la Planification Nationale [Oficina de Planificaci&#243;n Nacional].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, Eduardo Frei a promu la r&#233;activation de l'Association latino-am&#233;ricaine de libre-&#233;change aupr&#232;s des pr&#233;sidents du Venezuela, de la Colombie, de l'&#201;quateur et du P&#233;rou, mais sans grand succ&#232;s, si ce n'est quelques avanc&#233;es en mati&#232;re d'int&#233;gration financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des premi&#232;res ann&#233;es de son administration, Frei a pu mettre en &#339;uvre une partie de son plan de d&#233;veloppement gr&#226;ce &#224; la bonne situation &#233;conomique du pays. A notre avis, il y a eu deux phases : une phase de prosp&#233;rit&#233; de 1965 &#224; 1966 et une phase de stagnation avec des indices de r&#233;cession de 1967 &#224; 1970. Dans la premi&#232;re phase, le prix du cuivre a atteint le niveau record de 70 cents la livre en moyenne annuelle, en raison de la demande enregistr&#233;e suite &#224; la guerre du Vietnam et de l'expansion de l'&#233;conomie &#233;tasunienne, ainsi que d'une croissance de la production et de l'exportation de fer, d'acier, de cellulose, de bois et de farine de poisson. Le produit int&#233;rieur brut a augment&#233; de 5% en 1965 et de 6,6% en 1966.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers signes de d&#233;t&#233;rioration ont commenc&#233; en 1967, selon le rapport de la Commission &#233;conomique pour l'Am&#233;rique Latine. Le produit int&#233;rieur brut n'a augment&#233; que de 3% en 1967. En 1968, la d&#233;t&#233;rioration a &#233;t&#233; accentu&#233;e par la s&#233;cheresse qui a d&#233;vast&#233; le Chili du Norte Chico &#224; Chill&#225;n [400 km au sud de Santiago]. Le ralentissement &#233;conomique s'est poursuivi en 1969 et 1970 et la courbe inflationniste a atteint plus de 30% par an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne au gouvernement a renforc&#233; le r&#244;le h&#233;g&#233;monique de la bourgeoisie industrielle dans le bloc de pouvoir de la classe dirigeante, un r&#244;le favoris&#233; par le soutien du Pr&#233;sident aux industries exportatrices. Cela a acc&#233;l&#233;r&#233; l'investissement des capitaux financiers &#233;trangers dans les industries cl&#233;s, telles que la m&#233;tallurgie, l'automobile, la p&#233;trochimie, l'&#233;lectronique et la cellulose. Dans la m&#233;tallurgie, des capitaux am&#233;ricains ont pris le contr&#244;le d'Inchalam, d'American Screw et de Siam di Tella ; le consortium ADELA a achet&#233; une participation majoritaire dans CINTAC et COMPAC. La General Motors et Ford Motors Co. ont commenc&#233; &#224; monopoliser la production et la distribution d'automobiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'industrie automobile &#187;, disaient Caputo et Pizarro, &#171; est l'un des exemples les plus clairs du processus de monopolisation industrielle aux mains d'entreprises &#233;trang&#232;res &#187; [14].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;valuation similaire a &#233;t&#233; faite par Pedro Vuskovic [il sera ministre de l'Economie sous Allende] dans une enqu&#234;te men&#233;e en 1970 : &#171; Sur les 160 principales soci&#233;t&#233;s industrielles par actions, plus de la moiti&#233; pr&#233;sente une participation &#233;trang&#232;re &#187; [15]. En 1969, la soci&#233;t&#233; IANSA (Industria Azucarena Nacional), fond&#233;e en 1941 par la Corporaci&#243;n de Fomento de la Producci&#243;n de Chile, avait cess&#233; d'&#234;tre nationale, la majorit&#233; des actions &#233;tant pass&#233;e aux mains de la General Tire and Rubber Co.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif de cette politique &#233;conomique visait &#224; tenter de reformuler le mod&#232;le d'accumulation, qui montrait des signes d'affaiblissement en Am&#233;rique latine et en particulier au Chili depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1960.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La &#171; chilenisation &#187; du cuivre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une large aspiration de la majorit&#233; du peuple chilien, d&#233;fendue par d'&#233;minents politiciens dans les ann&#233;es 1920, 1930 et 1940 et reprise par le g&#233;n&#233;ral Ib&#225;&#241;ez [pr&#233;sident de novembre 1952 au 3 novembre 1958] lors de sa campagne pr&#233;sidentielle en 1952, &#233;tait le passage des richesses en cuivre de notre territoire des mains des entreprises nord-am&#233;ricaines &#224; celles de l'&#201;tat. Cette demande nationale a commenc&#233; &#224; &#234;tre partiellement concr&#233;tis&#233;e par le gouvernement de Frei, ouvrant un processus qui a conduit &#224; l'une des mesures les plus souverainistes d'Allende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En consid&#233;rant le cuivre comme la &#171; cl&#233; &#187; de l'&#233;conomie, l'administration de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne a propos&#233; en 1965 d'acqu&#233;rir 51% des actions des soci&#233;t&#233;s &#233;trang&#232;res qui depuis le d&#233;but du si&#232;cle s'&#233;taient empar&#233;es du cuivre. Elle a nomm&#233; Radomiro Tomic comme son interlocuteur aupr&#232;s de ces soci&#233;t&#233;s. En 1959, la Braden Copper Co, qui d&#233;tenait la mine d'El Teniente, filiale chilienne de la Kennecott Copper Co, avait investi 86,8 millions de dollars dans le cuivre, la Chile Exploraci&#243;n 280,2 millions et la Andes Mining Co. 170 millions, toutes deux filiales de la Anaconda Copper Mining.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet de &#171; chilenisation &#187; des mines de cuivre n'a pas constitu&#233; une totale nationalisation, mais ce fut un pas significatif. L'accord propos&#233; par le gouvernement aux soci&#233;t&#233;s qui ont accept&#233; l'offre pr&#233;voyait l'achat de 51% des actions, sur la base de la valeur comptable nette des soci&#233;t&#233;s au 31 d&#233;cembre 1969. Le prix serait pay&#233; sur 12 ans, par versements semestriels, avec un taux d'int&#233;r&#234;t de 6%. Certaines entreprises ne l'ont pas accept&#233;, comme Anaconda, qui contr&#244;lait les mines de Chuquicamata [dans le d&#233;sert d'Atacama] et de El Salvador [dans le nord, dans la r&#233;gion d'Atacama], mais une soci&#233;t&#233; mixte a &#233;t&#233; form&#233;e (incluant Anaconda), Explotadora Cordillera, avec une participation de l'&#201;tat de 25% pour exploiter une nouvelle mine, Exotica, pr&#232;s de Chuquicamata. Cette entreprise &#233;tait charg&#233;e &#233;galement d'effectuer des prospections g&#233;ologiques, avec un accord pr&#233;voyant que l'&#201;tat chilien serait associ&#233; &#224; l'exploitation des mines qui pourraient &#234;tre d&#233;couvertes ult&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec d'autres compagnies, comme la Corporaci&#243;n Cerro, il a &#233;t&#233; convenu de former la Sociedad Minera Andina, dans laquelle l'&#201;tat chilien participerait &#224; hauteur de 25% du capital. Avec la Kennecot Corporation, il a &#233;t&#233; convenu que l'&#201;tat ach&#232;terait 51% de la Braden Copper Co. en formant une soci&#233;t&#233; mixte pour exploiter la mine El Teniente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait une clause tr&#232;s importante : le transfert des 49% restants des actions d'Anaconda s'effectuerait &#224; partir du 31 d&#233;cembre 1972, mais il faudrait payer &#224; Anaconda 60% du solde du prix d'achat de 51% des actions. Le prix du 49% serait le montant obtenu en multipliant la moyenne des b&#233;n&#233;fices annuels de ce 49% entre 1970 et la date de la vente par un facteur multiplicateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce facteur multiplicateur serait de 8, et si la vente &#233;tait finalis&#233;e en 1973, il diminuerait d'un demi-point par an jusqu'en 1977. En d'autres termes, le paiement de 49% serait presque trois fois plus &#233;lev&#233; que le prix de 51% des actions. Mais cette op&#233;ration n'a jamais &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e car Allende d&#233;cida en 1971 de d&#233;cr&#233;ter purement et simplement la nationalisation du cuivre. En outre, cette proc&#233;dure accordait &#233;galement &#224; ces entreprises un abattement fiscal et douanier pendant plusieurs ann&#233;es et la commercialisation du march&#233; restait le monopole des compagnies et l'administration demeurait dans leurs mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette association du capital de l'&#201;tat avec le capital monopolistique international a re&#231;u le nom de &#171; nationalisation convenue &#187;, elle a &#233;t&#233; critiqu&#233;e par la droite et, sur certains points, par le Parti radical et la gauche, et m&#234;me par des d&#233;put&#233;s d&#233;mocrates-chr&#233;tiens, comme Julio Silva Solar, lors de la s&#233;ance de la Chambre du 27 juillet 1965.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un sp&#233;cialiste dans la mati&#232;re, Mario Vega, a d&#233;clar&#233; &#224; l'&#233;poque : &#171; La valeur du gisement a &#233;t&#233; pay&#233;e en tenant compte de la rentabilit&#233; ; ainsi, si le gisement &#233;tait de haute qualit&#233;, les co&#251;ts d'extraction &#233;taient faibles et, par cons&#233;quent, la rentabilit&#233; &#233;tait &#233;lev&#233;e. Le prix &#224; payer par l'&#201;tat chilien pour 51% des actions a &#233;t&#233; fix&#233; sur cette base favorable aux entreprises &#187; [16].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres &#233;conomistes ont calcul&#233; qu'avec cet accord le Chili a perdu dans le commerce du cuivre, puisqu'il recevait auparavant 183 dollars par tonne de cuivre et qu'&#224; partir de cette signature, il n'en recevrait plus que 157. Les entreprises &#233;trang&#232;res pourraient obtenir en quelques ann&#233;es un b&#233;n&#233;fice de 4.500 millions de dollars, soit 1.000 millions de dollars de plus que ce qu'elles ont obtenu en un demi-si&#232;cle d'exploitation de nos richesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;forme agraire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut une autre t&#226;che d&#233;mocratique bourgeoise &#8211; comme dans le cas de la R&#233;volution fran&#231;aise de 1789 &#8211; du gouvernement de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne, attendue depuis longtemps par les paysans. Agit&#233;e pendant des d&#233;cennies par les partis de gauche et mise en avant par la &#171; R&#233;publique socialiste &#187; de 1932, reprise dans les discours par le Front populaire et par Carlos Ib&#225;&#241;ez lors de sa campagne pr&#233;sidentielle de 1952 et initi&#233;e de fa&#231;on si modeste par Jorge Alessandri en 1960 qu'elle fut connue sous le nom de &#171; r&#233;forme du pot de fleurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1960, les latifundistes avaient laiss&#233; des millions d'hectares non cultiv&#233;s. Les exploitations de plus de 1000 hectares, selon le recensement de 1965, monopolisaient plus de 72% de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, mais moins de terres que les petits et moyens producteurs pratiquant des cultures intensives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; la r&#233;forme agraire a commenc&#233;, la r&#233;partition des terres, selon le recensement agricole de 1965, &#233;tait la suivante :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_42480 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/tableau1lvitale-1024x292.jpg?42480/cdf3574d26cef289810c38cede4658ff5c6acdbc49a55e183c9a494ee920ef10&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH143/cdf3574d26cef289-4ff68cb8-9c89f.jpg?1781169195' width='500' height='143' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La loi sur la r&#233;forme agraire limitait la propri&#233;t&#233; &#224; un maximum de 80 hectares de terres irrigu&#233;es de bonne qualit&#233; ou leur &#233;quivalent, de sorte que sur les terres de cultures pluviales ou de montagne l'&#233;quivalent de 80 hectares pouvait &#234;tre multipli&#233; par cinq ou plus. Les propri&#233;taires terriens conservaient alors les meilleures terres et vendaient les terres non cultiv&#233;es. Par ailleurs, ils ont subdivis&#233; leurs domaines en parcelles de 80 hectares, plac&#233;es au nom de leurs proches. La loi n'&#233;tait pas obligatoire, c'est-&#224;-dire qu'elle ne contraignait pas le gouvernement &#224; exproprier mais l'habilitait &#224; proc&#233;der &#224; la distribution des terres. Les terres expropri&#233;es devaient &#234;tre compens&#233;es par un paiement initial en esp&#232;ces et le reste par des versements &#233;chelonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des sp&#233;cialistes de renom, tels que Sergio Aranda et Alberto Mart&#237;nez, ont soulign&#233; opportun&#233;ment : &#171; Bien que la r&#233;forme agraire ait &#233;t&#233; un coup dur pour les secteurs de la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re et, de ce point de vue, on ne doit pas la sous-estimer. (&#8230;) En fait, les expropriations d&#233;cid&#233;es par le Conseil de la Corporation de la r&#233;forme agraire jusqu'au 30 d&#233;cembre 1969 s'&#233;levaient &#224; 248 900 hectares de terres irrigu&#233;es et &#224; 2 6920 500 hectares de terres ne n&#233;cessitant pas d'irrigation, soit 20,1% du total des terres irrigu&#233;es et 9,4% de la superficie nationale des domaines agricoles. (&#8230;) Apr&#232;s plus de quatre ans de r&#233;forme agraire, p&#233;riode pendant laquelle on supposait que le processus serait rapide et agressif, le latifundio r&#233;gnait toujours dans la campagne chilienne avec plus de 5300 unit&#233;s et une superficie de plus de 22 millions d'hectares &#187; [17]. Effectivement, fin 1969, seules 17 400 familles en avaient b&#233;n&#233;fici&#233;, sur un objectif total de 100 000 petits propri&#233;taires que s'&#233;tait fix&#233; le gouvernement de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les limites de cette r&#233;forme agraire, qui a n&#233;anmoins enclench&#233; un processus historique dans le monde agricole chilien, ont &#233;t&#233; analys&#233;es par Jacques Chonchol, qui a connu le processus de l'int&#233;rieur en tant que directeur de l'Instituto de Desarollo Agropecuario sous le gouvernement de Frei : &#171; D'une part, il s'agissait d'une r&#233;forme agraire inscrite dans le cadre d'un programme d'action sociale visant &#224; un changement profond et, d'autre part, d'un programme destin&#233; &#224; acc&#233;l&#233;rer le d&#233;veloppement &#233;conomique, mais dans les moules de la soci&#233;t&#233; pr&#233;existante. (&#8230;) Il n'est donc pas surprenant que le programme de r&#233;forme agraire ait &#233;t&#233; un processus assez difficile de n&#233;gociation politique et sociale ; d'une part, il fallait r&#233;pondre aux aspirations existantes et &#224; celles qui avaient &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es par des r&#233;alisations concr&#232;tes ; d'autre part, il fallait essayer de r&#233;concilier le secteur des propri&#233;taires existant avec le programme de changement &#187;. Chonchol ajoute : &#171; Pr&#233;cisons maintenant quels &#233;taient les domaines dans lesquels il fallait chercher la conciliation. Tout d'abord, il s'agissait de maintenir, au sein de l'agriculture, un secteur capitaliste priv&#233;, sensiblement plus moderne, plus efficace. (&#8230;) Un deuxi&#232;me aspect est entr&#233; en jeu dans la conciliation entre la r&#233;forme agraire et les latifundistes. Le programme d'ensemble pr&#233;voyait une acc&#233;l&#233;ration du processus de d&#233;veloppement &#233;conomique, ce qui impliquait de ne pas effrayer les groupes d'entrepreneurs non agricoles, appel&#233;s &#224; participer &#224; ce d&#233;veloppement par le biais du processus parall&#232;le de r&#233;forme agraire. (&#8230;) Les tentatives visaient donc &#224; d&#233;montrer aux industriels que la r&#233;forme agraire &#233;tait une bonne affaire pour eux puisque, dans la mesure o&#249; elle signifiait une redistribution des revenus, elle assurait un &#233;largissement d'un march&#233; int&#233;rieur &#233;troit, une possibilit&#233; d'expansion industrielle. (&#8230;) Le troisi&#232;me aspect &#224; souligner est que l'objectif &#233;tait de donner la propri&#233;t&#233; aux paysans le plus rapidement possible, afin de donner une stabilit&#233; sociale &#224; l'agriculture et au syst&#232;me politique en g&#233;n&#233;ral &#187; [18].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distribution des terres a suscit&#233; de grandes attentes parmi les travailleurs agricoles. Les gr&#232;ves agraires, les occupations de terres et la syndicalisation sont des signes &#233;loquents de ce processus. En ce sens, les r&#233;flexions de l'&#233;quipe de la Pastorale Rurale de Talca illustrent tr&#232;s bien le processus : &#171; A partir de 1966, nous nous sommes rendu compte que les paysans s'engageaient de plus en plus dans leur d&#233;sir de lib&#233;ration et de justice, et que c'&#233;tait le d&#233;but d'un grand mouvement que nous avons appel&#233; le &#8216;r&#233;veil paysan'. &#192; partir de ce moment-l&#224;, nous avons commenc&#233; &#224; soutenir ce r&#233;veil paysan par le biais de l'Action Catholique Rurale, et nous avons donc organis&#233; un plan de rencontres avec les dirigeants paysans en nous aidant de brochures sur le progr&#232;s comme quelque chose de bon et de voulu par Dieu. (&#8230;) Au bout de deux ans de r&#233;forme agraire, les colons avaient clairement conscience de constituer un mouvement. Ensemble, ils ont form&#233; une Coop&#233;rative R&#233;gionale &#187; [19]. Les colonies, inaugur&#233;es par Frei, sont le r&#233;sultat d'accords entre la Corporaci&#243;n de Reforma Agraria, cr&#233;&#233;e par Alessandri dans le cadre de sa mini-r&#233;forme agraire, et les paysans et les journaliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action de l'oligarchie terrienne &#8211; avec ses patronymes h&#233;rit&#233;s de l'&#233;poque coloniale ou acquis par des mariages et de l'argent frais &#8211; a &#233;t&#233; si violente qu'elle a d&#233;pass&#233; le sens traditionnel de &#171; l'&#234;tre profond chilien &#187;, selon les normes de comportement &#233;tablies par le &#171; Manuel de Carre&#241;o &#187; [manuel d'urbanit&#233; et de bonnes mani&#232;res, &#233;crit en 1853 par Manuel Antonio Carre&#241;o]. Les barrages routiers et les blocages, orchestr&#233;s par les propri&#233;taires terriens et soutenus par le tout nouveau Parti national &#8211; une fusion des partis conservateur et lib&#233;ral &#8211; ont &#233;t&#233; fr&#233;quents et violents, ils d&#233;passaient la l&#233;galit&#233; m&#234;me qu'ils avaient con&#231;ue depuis l'&#232;re portalienne [de Diego Portales, 1793-1837, id&#233;ologue de &#171; l'ordre portalien &#187; dans les ann&#233;es 1830]. Ils ont &#233;t&#233; jusqu'&#224; commettre des assassinats, comme celui du militant d&#233;mocrate-chr&#233;tien Hern&#225;n Mery, perp&#233;tr&#233; en avril 1970 par des &#233;l&#233;ments de droite. Alors qu'il travaillait pour la Corporaci&#243;n de Reforma Agraria, Mery s'&#233;tait rendu &#224; Linares pour prendre possession d'une propri&#233;t&#233; rurale, &#171; une action qui a &#233;t&#233; violemment repouss&#233;e par les anciens propri&#233;taires du bien et qui a entra&#238;n&#233; sa mort &#187; [20].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, cette r&#233;forme agraire, recommand&#233;e par &#171; l'Alliance pour le Progr&#232;s &#187;, fut importante pour le processus social qu'elle a ouvert dans le secteur agricole, mais limit&#233;e en termes de transformation radicale de la structure agraire. Fondamentalement, la distribution des terres non cultiv&#233;es visait &#224; promouvoir le d&#233;veloppement du capitalisme agraire, &#224; essayer d'&#233;tendre le march&#233; int&#233;rieur de l'industrie des biens de consommation, ainsi qu'&#224; canaliser la mont&#233;e du mouvement des paysans en cr&#233;ant une sorte de &#171; tampon social &#187; avec les petits propri&#233;taires b&#233;n&#233;ficiaires de la distribution des terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La promotion populaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait l'une des priorit&#233;s sociales que le gouvernement Frei s'&#233;tait fix&#233;es afin d'int&#233;grer, de pr&#233;f&#233;rence, les habitants pauvres de la p&#233;riph&#233;rie urbaine dans son programme de r&#233;alisations, mais il s'est &#233;galement &#233;tendu aux secteurs paysans vivant &#224; proximit&#233; des villes rurales. Dans la mise en &#339;uvre de ce plan social, il a pu compter sur le j&#233;suite belge Roger Vekemans, qui, apr&#232;s son arriv&#233;e au Chili &#224; la fin des ann&#233;es 1950, a exerc&#233; une influence notable avec la diffusion de sa &#171; Th&#233;orie de la marginalit&#233; &#187;. Le Centre pour le d&#233;veloppement &#233;conomique et social de l'Am&#233;rique latine, dirig&#233; par Vekemans &#8211; en m&#234;me temps collaborateur de la revue &lt;i&gt;Mensaje&lt;/i&gt; &#8211;, fut l'un des importants organismes de recherche ayant diffus&#233; sa pens&#233;e, forg&#233;e &#224; l'Universit&#233; de Louvain en Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce pr&#234;tre et sociologue, &#171; l'un des principaux probl&#232;mes de la d&#233;mocratie dans les pays sous-d&#233;velopp&#233;s &#233;tait l'existence de larges secteurs de la population (&#8230;) en situation de marginalisation. Les &#8220;marginaux&#8221; &#233;taient les &#8220;prol&#233;taires&#8221; modernes, les sans-abri, les personnes sans &#233;ducation ni participation &#224; la vie sociale. L'&#233;tat de marginalit&#233; &#233;tait &#171; radical &#187;, c'est-&#224;-dire que seule l'intervention d'un &#171; agent ext&#233;rieur &#187; pouvait changer cette situation et leur faire prendre conscience de leur &#233;tat. Par cons&#233;quent, une politique de promotion populaire &#233;tait n&#233;cessaire &#187; [21].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la mise en &#339;uvre de ce plan, la D&#233;mocratie chr&#233;tienne a re&#231;u 820 000 dollars en 1965 du gouvernement belge, o&#249; les chr&#233;tiens-d&#233;mocrates exer&#231;aient une influence consid&#233;rable. L'un des &#233;picentres de cette activit&#233; ont &#233;t&#233; les Conseils de voisins [Juntas de Vecinos], cr&#233;&#233;s dans les ann&#233;es 1940-1950. Jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 1960, ces organisations de voisins dans un m&#234;me quartier fonctionnaient sans formalit&#233;s juridiques et ne b&#233;n&#233;ficiaient d'aucun soutien budg&#233;taire ou municipal. Elles se concentraient sur le bien-&#234;tre et le d&#233;veloppement de ces bidonvilles [construits sur des terrains occup&#233;s] qui avaient pouss&#233; &#171; comme des champignons &#187; [&lt;i&gt;callampas&lt;/i&gt;] en raison de l'exode rural massif stimul&#233; par la mont&#233;e du ph&#233;nom&#232;ne d'industrialisation-urbanisation. En 1964, il a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; un projet de loi visant &#224; les r&#233;gulariser, en leur accordant la personnalit&#233; juridique afin qu'ils puissent avoir acc&#232;s &#224; des ressources &#233;conomiques. Apr&#232;s quatre ans de d&#233;bats au Parlement, le projet de loi a &#233;t&#233; promulgu&#233; par le pr&#233;sident Frei le 19 juillet 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des avanc&#233;es en mati&#232;re de droits humains : logement, sant&#233;, &#233;ducation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport aux droits humains les plus &#233;l&#233;mentaires exig&#233;s par les secteurs les plus d&#233;munis, le gouvernement de Frei a approfondi un processus ouvert par le Front Populaire et qui, poursuivi par Ib&#225;&#241;ez et Jorge Alessandri, a atteint ult&#233;rieurement une plus grande ampleur sous le gouvernement de Salvador Allende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Plan pour le logement constitue objectivement une continuation de celui pratiqu&#233; par Jorge Alessandri, notamment dans la construction de nouveaux types de logements pour les classes moyennes, favoris&#233;e par les Associations d'&#233;pargne et de cr&#233;dit. En plus des maisons construites dans des communes de Santiago comme &#209;u&#241;oa, Vitacura, San Miguel, San Bernardo et d'autres &#224; Valpara&#237;so, Concepci&#243;n et Talca sous l'administration Alessandri, de nouveaux logements ont &#233;t&#233; construits par le gouvernement DC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frei n'a pas seulement acc&#233;l&#233;r&#233; la construction de ce type de logements pour les secteurs moyens, il a aussi pris soin de cr&#233;er et d'am&#233;liorer des logements dans les&lt;i&gt; poblaciones callampas&lt;/i&gt;, souvent sous la pression des occupations de terres des &#171; sans-toit &#187;, notamment dans les communes de Santiago (Barrancas, La Reina, Conchal&#237;, La Granja), Concepci&#243;n (Partal) et d'autres provinces. L'op&#233;ration &lt;i&gt;Sitio &lt;/i&gt; [Politique de logements pour les personnes &#224; faible revenu, 1965] et la construction de logements par les habitants eux-m&#234;mes ont &#233;t&#233; encourag&#233;es. La Corporation d'am&#233;lioration urbaine [Corporaci&#243;n de Mejoramiento Urbano], fond&#233;e en 1968, a lanc&#233; aussi un plan de r&#233;am&#233;nagement de Santiago.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le domaine de la sant&#233; a fait l'objet d'une attention particuli&#232;re, avec le renforcement du Service national de sant&#233; et l'investissement d'une partie du budget national dans les soins m&#233;dicaux pour les secteurs les plus pauvres de la population. La m&#233;decine chilienne, r&#233;put&#233;e depuis des d&#233;cennies, s'est plac&#233;e au niveau des meilleures d'Am&#233;rique Latine, les m&#233;decins faisant preuve &#224; la fois d'un sens de la communaut&#233; et de capacit&#233;s scientifiques dans les nombreuses polycliniques qui ont &#233;t&#233; ouvertes dans les quartiers. En 1966, fut approuv&#233; le plan d&#233;cennal d&#233;finissant la sant&#233; comme un droit fondamental des habitants d&#232;s la naissance, garanti par l'&#201;tat. L'ann&#233;e suivante, un d&#233;cret a &#233;tabli le Formulaire national des m&#233;dicaments ; en 1968, une loi sur la m&#233;decine de soins pour les employ&#233;s a &#233;t&#233; adopt&#233;e et, en 1969, les Programmes de d&#233;veloppement communautaire dans les cliniques ont vu le jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nouvelles lois sur le travail ont &#233;t&#233; adopt&#233;es, telles que la loi n&#176; 16.744 de 1968 sur les accidents du travail et les maladies professionnelles, avec la fusion de l'ancienne Caisse des accidents du travail et le Service de s&#233;curit&#233; sociale et, dans son article 3, la cr&#233;ation de l'Assurance des accidents scolaires. La loi a &#233;galement approuv&#233; l'inamovibilit&#233; &#224; la fin du contrat de travail [non-licenciement sans juste cause qualifi&#233;e], a apport&#233; des modifications &#224; la loi sur la syndicalisation des ouvriers agricoles, dont le salaire minimum avait &#233;t&#233; fix&#233; en 1965. Une autre initiative importante dans le processus de d&#233;mocratisation politique du pays fut l'approbation en 1969 du droit de vote pour les personnes &#226;g&#233;es de plus de 18 ans, y compris les analphab&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Culture et vie quotidienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme de l'&#233;ducation que les classes moyennes et le mouvement &#233;tudiant r&#233;clamaient depuis des d&#233;cennies a &#233;t&#233; acc&#233;l&#233;r&#233;e. Outre la construction de nouvelles &#233;coles et de nouveaux lyc&#233;es, y compris des &#233;coles du soir, un plan de bourses pour les &#233;tudiants, en particulier ceux issus de m&#233;nages pauvres, et une augmentation des petits d&#233;jeuners et des d&#233;jeuners scolaires ont &#233;t&#233; mis en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan p&#233;dagogique, il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de moderniser l'enseignement en fonction des besoins du progr&#232;s industriel et commercial. Les 6 ann&#233;es d'enseignement primaire et les 6 ann&#233;es d'enseignement secondaire ont &#233;t&#233; remplac&#233;es par un cycle de base de 8 ans, r&#233;duisant ainsi de 4 ans l'enseignement secondaire pr&#233;-universitaire ; de toute fa&#231;on, si les lyc&#233;ens ne pouvaient entrer &#224; l'universit&#233;, ils en sortiraient avec de meilleures formations pour des emplois qualifi&#233;s ; ils se perfectionneraient ensuite dans des instituts universitaires tels que l'Instituto Nacional de Capacitaci&#243;n Profesional. Dans le m&#234;me temps, les cours de formation continue pour les enseignants du secondaire et du primaire ont &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;s, en cr&#233;ant des organismes sp&#233;ciaux tels que le Centro de Perfeccionamiento de Profesores. &#171; Les centres d'&#233;ducation commune et les &#233;coles pour adultes ont accueilli un total de 350 000 personnes en 1965 et 1969, ce qui a permis de r&#233;duire le taux d'analphab&#233;tisme de 16,4% en 1964 &#224; 11% &#187; [22].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps &#8211; conform&#233;ment &#224; la conception de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne &#8211;, l'enseignement priv&#233; a b&#233;n&#233;fici&#233; d'un grand soutien et il s'est d&#233;velopp&#233; &#224; tel point que les &#233;coles priv&#233;es ont atteint 25% de l'enseignement dispens&#233; dans le pays, v&#233;hiculant des pr&#233;jug&#233;s que l'on voulait imposer &#224; une jeunesse qui en avait assez de la moralisation et des tabous sexuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine de l'enseignement sup&#233;rieur, des avanc&#233;es tr&#232;s importantes ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es, en grande partie comme r&#233;sultat de la nouvelle r&#233;forme universitaire &#233;labor&#233;e par les &#233;tudiants de l'Universit&#233; Catholique elle-m&#234;me et de l'Universit&#233; du Chili.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans d'autres domaines culturels, des progr&#232;s ont &#233;galement &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;s, poursuivant le processus de d&#233;mocratisation de la culture entam&#233; par le gouvernement de Pedro Aguirre Cerda. Les g&#233;n&#233;rations des ann&#233;es 1940 et 1950 gardent un souvenir &#233;mu des concerts de l'Orchestre symphonique, de la Chorale de l'Universit&#233; du Chili, dirig&#233;e par l'inoubliable Mario Baeza Gajardo (d&#233;c&#233;d&#233; en 1998) et du Ballet national, dirig&#233; par Ernest Uthoff, dans les parcs, avec des milliers de personnes assises sur l'herbe, sans remarquer qu'il &#233;tait d&#233;j&#224; difficile de respirer normalement &#224; cause de la pollution qui envahissait Santiago, Valpara&#237;so, Concepci&#243;n et d'autres villes, en raison du processus d'industrialisation et des probl&#232;mes d'urbanisation ; avec aussi ses cons&#233;quences de pollution sonore, des gaz d'&#233;chappement en raison de la croissance exponentielle des voitures et des bus. La population de Santiago est pass&#233;e de 1 390 000 habitants en 1952 &#224; 2 220 000 en 1960 et 2 780 000 en 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; la m&#233;thodologie de l'histoire orale, nous connaissons l'impact des repr&#233;sentations du Th&#233;&#226;tre exp&#233;rimental de l'Universit&#233; du Chili [Teatro Experimental de la Universidad de Chile], d&#233;crit comme l'une des meilleures troupes d'Am&#233;rique Latine, avec des metteurs en sc&#232;ne de grande qualit&#233; tels que Pedro de la Barra et Pedro Ortous, avec des acteurs et actrices de la stature de Rub&#233;n Sotoconil, Agust&#237;n Sir&#233;, B&#233;lgica Castro, Roberto Parada, Mar&#233;s Gonz&#225;lez, Franklin Caicedo et, plus tard, la Compa&#241;&#237;a de los Cuatro de Humberto et Pepe Duvauchelle, Angela et Orieta Esc&#225;mez. Et des dramaturges de qualit&#233; : Luis Alberto Heiremans, Isidora Aguirre, Jorge D&#237;az, Eric Wolf et d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;galement devenu courant de visiter le Museo de Bellas Artes pour voir non seulement les peintures des classiques mais aussi des peintres chiliens, comme Roberto Matta, Camilo Mori, Nemesio Ant&#250;nez, Gracia Barrios, Jos&#233; Venturelli et Jos&#233; Balmes ; les sculptures de deux femmes remarquables : Lily Garafulic et Marta Colvin. La magie du cin&#233;ma s'est &#233;tendue aux cin&#233;mas de quartier, avec des projections en matin&#233;e, l'apr&#232;s-midi et le soir, nous faisant revivre les meilleures sc&#232;nes du rebelle James Dean ou d'Yves Montand dans &#171; Le salaire de la peur &#187; et les films chiliens &#171; El chacal de Nahuel Toro &#187;, de Miguel Litt&#237;n et du cr&#233;ole aust&#232;re Nelson Villagra, comme une marque de l'&#233;poque sociale dans laquelle nous vivions, &#171; Deja que los perros ladren &#187; de Naum Kramarenko, &#171; Trois tristes tigres &#187; de Ra&#250;l Ruiz, &#171; Valpara&#237;so, mi amor &#187; d'Aldo Francia et &#171; Largo viaje &#187; de Patricio Kaulen, qui ont ouvert une nouvelle &#232;re de notre cin&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les foires annuelles du livre dans le Parque Forestal, qui r&#233;unissaient en plein air des centaines de milliers de personnes des secteurs moyens et pauvres, &#233;taient une source de bonheur tant pour eux que pour les &#233;crivains, qui pouvaient ainsi donner &#224; un vaste public et recevoir de lui la meilleure &#233;nergie pour continuer &#224; cr&#233;er ; et dans le coucher de soleil du fleuve Mapocho, tous regardaient les meilleurs ensembles artistiques. C'est l&#224; que sont devenus populaires les chants de Margot Loyola et de Violeta Parra, qui a fait ses derniers adieux dans une tente sur la Plaza Almagro, sous le gouvernement de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne. Partout, des &lt;i&gt;pe&#241;as&lt;/i&gt; [lieux d'interpr&#233;tation de musiques dites folkloriques] ont &#233;t&#233; ouvertes dans cette phase d'essor du meilleur du folklore chilien, avec des paroles qui rappelaient l'angoisse et l'amour de notre peuple, allant au-del&#224; de la simple complainte paysanne de l'&#233;poque des &lt;i&gt;huasos&lt;/i&gt;, nom donn&#233; aux paysans pauvres et gardiens de troupeaux par les propri&#233;taires terriens. La &lt;i&gt;cueca&lt;/i&gt; [chant et danse typique] a envahi des locaux ferm&#233;s et des espaces en plein air, son apprentissage s'est g&#233;n&#233;ralis&#233; gr&#226;ce aux nouvelles g&#233;n&#233;rations, ouvertes aux meilleurs aspects du pass&#233; mais aussi d'un pr&#233;sent qui les faisait vibrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des romans tels que &lt;i&gt; Hijo de ladr&#243;n&lt;/i&gt; de Manuel Rojas, &lt;i&gt;Coronaci&#243;n &lt;/i&gt; de Jos&#233; Donoso, Eloy de Carlos Droguet,&lt;i&gt; Seg&#250;n el orden del tiempo &lt;/i&gt; de Jos&#233; Agust&#237;n Palazuelos,&lt;i&gt; El peso de la noche&lt;/i&gt; de Jorge Edwards, &lt;i&gt;Los &#250;ltimos d&#237;as&lt;/i&gt; de Fernando Rivas, &lt;i&gt;A la sombra de los d&#237;as &lt;/i&gt; de Guillermo At&#237;as, ont suscit&#233; l'enthousiasme et l'angoisse d'un nombre consid&#233;rable de lecteurs,&lt;i&gt; La fiesta del rey Acab &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Frecuencia modulada &lt;/i&gt; d'Enrique Lafourcade, &lt;i&gt;Caballo de copas, Am&#233;rika,Am&#233;rika, Am&#233;rika&lt;/i&gt; et&lt;i&gt; Ma&#241;ana los guerreros &lt;/i&gt; de Fernando Alegr&#237;a et d'autres de cette g&#233;n&#233;ration prolifique de romanciers chiliens, contemporains de nouveaux po&#232;tes tels que Jorge Narv&#225;ez, Jaime Quezada, Jorge Tellier, Miguel Arteche, Efra&#237;n Barquero, Oscar Hahn, Mahfud Massis, Gonzalo Rojas et Gonzalo Mill&#225;n. Beaucoup d'entre eux sont des Nerudistes [r&#233;f&#233;rence &#224; Pablo Neruda], des Rokhistes [r&#233;f&#233;rence &#224; Pablo de Rokha] ou des Parristas [r&#233;f&#233;rence &#224; Nicanor Parra] passionn&#233;s, de ces grands intellectuels pour qui, comme le disait Enrique Lhin, la litt&#233;rature &#171; n'est pas &#233;trang&#232;re au peuple, elle n'appartient pas &#224; une &#233;lite, elle parle de mani&#232;re claire ou alors sombre, elle a sa propre histoire &#187; [23].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les autres avanc&#233;es dans le rapport entre la culture et la vie quotidienne, qui fait et constitue l'histoire &#8211; malgr&#233; la r&#233;sistance des historiens traditionnels &#224; les consid&#233;rer comme des sources &#8211;, il convient de souligner la r&#233;volution d&#233;clench&#233;e par la d&#233;couverte de la pilule contraceptive, qui a facilit&#233; des relations plus libres et relativement plus s&#251;res ; une r&#233;volution surtout pour les femmes, qui ont pu exploiter leur pleine capacit&#233; de jouissance, de plaisir sexuel et pas seulement de reproduction. Ce qui, auparavant, n'avait &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; qu'&#224; moiti&#233; par un groupe minoritaire de femmes, a commenc&#233; &#224; se g&#233;n&#233;raliser dans les ann&#233;es 60, un ph&#233;nom&#232;ne accept&#233; par des secteurs d&#233;mocrates-chr&#233;tiens et avec des r&#233;serves par leur gouvernement. (Traducteurs : Ruben Navarro, Hans-Peter Renk) &lt;i&gt;(A suivre&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Alberto Sep&#250;lveda Almarza, &lt;i&gt;Los a&#241;os de la Patria Joven : la Pol&#237;tica chilena entre 1938-1970&lt;/i&gt;, &#201;d. Chile Am&#233;rica-CESOC, Santiago, 1996, p. 51.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Alberto Sep&#250;lveda A., op.cit., p. 69.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] O. Caputo y R. Pizarro,&lt;i&gt; Dependencia e inversi&#243;n extranjera, Chile hoy&lt;/i&gt;, &#233;d. Siglo XXI, M&#233;xique-Chili, 1970, p. 197.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Article de Pedro Vuskovic, &lt;i&gt;Punto Final&lt;/i&gt;, N&#176; 112, p. 13, 1-9-1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Mario Vera : &#171; Detr&#225;s del cobre &#187;, &lt;i&gt;Cuadernos de la Realidad Nacional&lt;/i&gt;, Santiago, janvier 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Sergio Aranda et Alberto Mart&#237;nez, &#171; Estructura Econ&#243;mica : algunas caracter&#237;sticas fundamentales &#187;,&lt;i&gt; Chile hoy&lt;/i&gt;, &#201;d. Siglo XXI, M&#233;xique-Chili, 1970, p. 146-148.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Jacques Chonchol, &#171; Poder y reforma agraria en la experiencia chilena &#187;,&lt;i&gt; Chile hoy&lt;/i&gt;, &#201;d. Siglo XXI, M&#233;xique-Chili, 1970, p. 271-274&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Equipo de Pastoral Rural de Talca, &#171; Cambios de mentalidad en el campesinado chileno por la Reforma Agraria &#187;, &lt;i&gt;Revista Pastoral Popular&lt;/i&gt;, N&#176; 115, janvier-f&#233;vrier 1970, Santiago, p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] &lt;i&gt;El Pensamiento de la Democracia Cristiana&lt;/i&gt;, &#201;d. Direcci&#243;n Nacional de Capacitaci&#243;n Doctrinaria, Santiago, 1973, p. 14.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Alberto Sep&#250;lveda A. : &#339;uvre cit&#233;e, p. 52. Ces concepts de Vekemans ont &#233;t&#233; &#233;labor&#233;s et diffus&#233;s par le Centro Bellarmino, la DESAL et la revue &lt;i&gt;Mensaje&lt;/i&gt;, et font partie des &#233;l&#233;ments les plus remarquables de la campagne pr&#233;sidentielle de Frei.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Carlos Cariola, &#171; Los &#250;ltimos 20 a&#241;os de la Educaci&#243;n chilena &#187;, &lt;i&gt;Mensaje&lt;/i&gt;, N&#176; 202-203, septembre-octobre 1971, p. 463.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Enrique Lhin, &#171; 20 a&#241;os de poes&#237;a chilena &#187;, &lt;i&gt;Mensaje&lt;/i&gt;, N&#176;202-203, septembre-octobre 1971, p. 491&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chili. &#171; Pour r&#233;cup&#233;rer la m&#233;moire historique &#187; (III)</title>
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		<dc:creator>Luis Vitale</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-06-20</dc:subject>
		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Chili</dc:subject>

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&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir pr&#233;sent&#233; les origines et la signification politico-historique du gouvernement d'Eduardo Frei (1964-1970), Luis Vitale met l'accent dans cette contribution sur l'&#233;mergence des mouvements sociaux, ouvriers, paysans, &#233;tudiants, f&#233;ministes. Sous l'effet de cette activation des secteurs exploit&#233;s et opprim&#233;s, les diff&#233;renciations au sein du courant d&#233;mocrate-chr&#233;tien s'accentuent. Le mouvement syndical ouvrier et paysan affirme une ind&#233;pendance de classe. Conjointement, les r&#233;actions (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH78/funeral_de_victimas_en_puerto_montt_0-b6d94.jpg?1781169195' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='78' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir pr&#233;sent&#233; les origines et la signification politico-historique du gouvernement d'Eduardo Frei (1964-1970), Luis Vitale met l'accent dans cette contribution sur l'&#233;mergence des mouvements sociaux, ouvriers, paysans, &#233;tudiants, f&#233;ministes. Sous l'effet de cette activation des secteurs exploit&#233;s et opprim&#233;s, les diff&#233;renciations au sein du courant d&#233;mocrate-chr&#233;tien s'accentuent. Le mouvement syndical ouvrier et paysan affirme une ind&#233;pendance de classe. Conjointement, les r&#233;actions autoritaires et r&#233;pressives s'affirment. Sur le sens de cet ouvrage&lt;i&gt; Para recuperar la memoria historica. Frei, Allende y Pinochet&lt;/i&gt; et sur la biographie de l'auteur, voir la pr&#233;sentation &#224; cette s&#233;rie de contributions. (R&#233;d. &lt;i&gt;A l'Encontre&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de A l'Encontre&lt;br class='autobr' /&gt;
2 juin 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fun&#233;railles &#224; Puerto Montt apr&#232;s le massacre du 9 mars 1969.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'irruption des mouvements sociaux&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Luis Vitale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'irruption des mouvements sociaux, tant anciens que nouveaux, a &#233;t&#233; stimul&#233;e non seulement par la consolidation de la R&#233;volution cubaine, mais aussi par le Mai 68 fran&#231;ais, la mont&#233;e des travailleurs et des &#233;tudiants argentins, exprim&#233;e dans le &#171; Cordobazo &#187; [en mai 1969 &#224; Cordoba, Argentine] et le &#171; Chaque&#241;azo &#187; de 1969, les quatre gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales en Uruguay (1967-1969), soutenues par les Tupamaros, les luttes de la Centrale ouvri&#232;re bolivienne (COB), les mobilisations populaires contre la visite de Nelson Rockefeller dans son &#171; arri&#232;re-cour &#187; et par l'exemple du Che, tomb&#233; au combat lors de l'Octobre rouge et noir de 1967 [mort de Che Guevara le 9 octbre 1967 : ex&#233;cution d&#233;cid&#233;e par le gouvernement de Ren&#233; Barrientos].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements sociaux chiliens ont alors entrevu la possibilit&#233; d'aller au-del&#224; de ce qui avait &#233;t&#233; promis pour r&#233;aliser les espoirs suscit&#233;s par le programme de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paysannat a repris sa marche sous Frei. Elle r&#233;clamait des terres. Elle s'&#233;tait d&#233;j&#224; soulev&#233;e dans les ann&#233;es 1930, soutenue par la Ligue des paysans pauvres [Liga de los campesinos pobres], soul&#232;vement frein&#233; par les accords du Front Populaire avec les propri&#233;taires, lesquels, en 1940, ont suspendu pendant cinq ans la discussion d'un projet de syndicalisation pour les travailleurs agricoles. Projet formul&#233; ensuite mais de mani&#232;re limit&#233;e en 1947 par la loi n&#176; 881. La mobilisation a &#233;t&#233; raviv&#233;e par l'appel de la Centrale unique des travailleurs, pr&#233;sid&#233;e par Clotario Blest, au premier Congr&#232;s national paysan en 1960 suivi de la rapide fondation de la F&#233;d&#233;ration paysanne et indig&#232;ne en 1961, ainsi que par ses luttes pendant le gouvernement de Jorge Alessandri, sous le slogan &#171; La terre ou la mort &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte de la R&#233;volution cubaine et prenant au s&#233;rieux la r&#233;forme agraire de la DC, le paysannat a initi&#233; des saisies de terres et la pr&#233;sentation de plateformes revendicatives. Entre 1965 et 1966, il y a eu plus de 500 gr&#232;ves ; 31 d'entre elles ont impliqu&#233; la saisie de domaines, et 10 d'entre elles concernaient les Mapuches et leur volont&#233; de r&#233;cup&#233;rer leurs anciennes terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves les plus importantes ont &#233;t&#233; celles de Molina en 1967 et de San Miguel (Aconcagua) en juin 1968, lorsque les membres du Sindicato Alianza ont occup&#233; la ferme de Ruperto Toro Bayle [dans la r&#233;gion de Valparaiso] et ont r&#233;sist&#233; &#224; la r&#233;pression du Grupo M&#243;vil, une nouvelle force des&lt;i&gt; Carabineros &lt;/i&gt; [importante force r&#233;pressive]. Cette lutte a constitu&#233; un jalon important dans l'unit&#233; ouvriers-paysans-&#233;tudiants gr&#226;ce &#224; la large solidarit&#233; du mouvement &#233;tudiant, y compris la Jeunesse d&#233;mocrate-chr&#233;tienne. Parall&#232;lement, le processus de syndicalisation des paysans s'est acc&#233;l&#233;r&#233; : de quelques milliers de travailleurs agricoles organis&#233;s en 24 syndicats en 1964, avec 1658 membres, on est pass&#233; en 1969 &#224; 394 syndicats avec 103 644 membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journaliers agricoles ont compris plus rapidement que les ouvriers des usines la n&#233;cessit&#233; de lutter de mani&#232;re unifi&#233;e par la pr&#233;sentation de revendications uniques par province, ce qui a abouti &#224; la gr&#232;ve nationale de mai 1969, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale la plus importante jusqu'alors dans l'histoire de la paysannerie chilienne. Les occupations se sont g&#233;n&#233;ralis&#233;es en 1969 avec l'appropriation de 25 terrains dans le Norte Chico, 44 &#224; Melipilla [dans la r&#233;gion m&#233;tropolitaine de Santiago] et plus de 40 &#224; Curic&#243;. La combativit&#233; s'est &#233;galement exprim&#233;e par la s&#233;questration de patrons, comme otages, pour faire face &#224; la r&#233;pression, ainsi que par des barricades et la coupure des lignes t&#233;l&#233;phoniques et t&#233;l&#233;graphiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un an et demi apr&#232;s le d&#233;but du gouvernement de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne, les travailleurs &#8211; aussi bien ceux qui avaient vot&#233; pour Allende que ceux qui avaient soutenu Frei &#8211; ont commenc&#233; &#224; combler le foss&#233; politico-&#233;lectoral et &#224; s'unir dans l'action pour leurs revendications imm&#233;diates, un ph&#233;nom&#232;ne massivement relay&#233; par le quotidien populaire &lt;i&gt;El Clar&#237;n&lt;/i&gt; qui &#8211; sous la direction du controvers&#233; Dar&#237;o Saint Marie et de Alberto Gamboa, avec Oscar Waiss, Agapito (Hern&#225;n Millas) et Sherlock Holmes (Ra&#250;l Morales &#193;lvarez) &#224; la r&#233;daction &#8211; avait un tirage de 150 000 exemplaires, sup&#233;rieur, sauf le dimanche, &#224; celui de &lt;i&gt;El Mercurio&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de l'ann&#233;e 1966, il s'est produit un lent r&#233;veil du &lt;strong&gt;prol&#233;tariat urbain et minier&lt;/strong&gt; et une radicalisation des&lt;strong&gt; couches moyennes salari&#233;es&lt;/strong&gt;. Ce r&#233;veil s'est exprim&#233; dans les gr&#232;ves des enseignants et des employ&#233;s de banque, un processus d'ensemble qui s'est accentu&#233; en 1967. En 1965 il y a eu 723 gr&#232;ves, en 1967 il y en a eu 1142, des luttes qui ont d&#233;bouch&#233; sur la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 23 novembre 1967 contre le projet de r&#233;ajustement salarial approuv&#233; pour l'ann&#233;e suivante. La gr&#232;ve a &#233;t&#233; fortement r&#233;prim&#233;e, avec un bilan de 5 morts et plus d'une centaine de bless&#233;s. La mont&#233;e en puissance s'est poursuivie en 1968, avec les gr&#232;ves des travailleurs du textile, des m&#233;tallurgistes de Huachipato [conurbation de Concepci&#243;n] et, surtout, avec la gr&#232;ve et l'occupation de l'usine Saba. Lors de cette gr&#232;ve, la solidarit&#233; &#233;tudiante et de la toute nouvelle &#201;glise Jeune [Iglesia Joven] se sont exprim&#233;es lorsque 34 travailleurs ont &#233;t&#233; d&#233;tenus pendant neuf mois, accus&#233;s d'avoir mis le feu &#224; l'entreprise. Cette ann&#233;e-l&#224;, des secteurs des fonctionnaires se sont mis en gr&#232;ve aux Postes et T&#233;l&#233;graphes, un conflit remarquable par sa d&#233;termination et sa combativit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour avoir une id&#233;e de l'ampleur de ces luttes, nous reproduisons un tableau comparatif de 1970, &#233;labor&#233; par la Direction G&#233;n&#233;rale du Travail :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_42483 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/photo_1-15.jpg?42483/6825017c4b5ca14e23fe96208fefd12d8ca0b8d841c39d3c67e9357daadc9f72&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH84/6825017c4b5ca14e-eb455c13-7b090.jpg?1781169196' width='500' height='84' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce processus de mont&#233;e ouvri&#232;re s'est poursuivi en 1969 avec des gr&#232;ves &#224; Mademsa, Madeco, Fensa et des occupations des usines Metalpar, Famela et Somela. De mai &#224; juin, le point culminant a &#233;t&#233; les gr&#232;ves de la Marine marchande nationale, de l'Instituto de Desarrollo Agropecurio, des cheminots et des fonctionnaires, repr&#233;sent&#233;s par l'Association nationale des employ&#233;s publics, ainsi que la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des paysans, d&#233;j&#224; cit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon une &#233;tude de Clotario Blest, le 31 d&#233;cembre 1968, on comptait 2 420 000 travailleurs, ouvriers et employ&#233;s, dont 472 841 &#233;taient syndiqu&#233;s, un chiffre encore plus &#233;lev&#233; si l'on y ajoute les 250 000 employ&#233;s publics, dont 90% &#233;taient affili&#233;s &#224; leurs f&#233;d&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, 19% des travailleurs &#233;taient syndiqu&#233;s dans le secteur priv&#233;, ce qui, ajout&#233; au secteur public, donne un pourcentage de syndicalisation de la main-d'&#339;uvre de l'ordre de 25%, un pourcentage assez &#233;lev&#233; par rapport &#224; n'importe quel autre pays d'Am&#233;rique latine et m&#234;me &#224; certains pays europ&#233;ens [24].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Ve congr&#232;s national de la Centrale unique des travailleurs a eu lieu du 20 au 24 novembre. Il a consolid&#233; l'unit&#233; du mouvement syndical, en mettant en &#233;chec la ligne du &#171; parall&#233;lisme syndical &#187; [existence de plusieurs syndicats dans une entreprise] impuls&#233;e par la D&#233;mocratie chr&#233;tienne. Dans la Commission N&#176; 1, les d&#233;l&#233;gu&#233;s socialistes, ceux du Mouvement de la gauche r&#233;volutionnaire (MIR) et les ind&#233;pendants ont rejet&#233; le compte rendu de la direction nationale sortante, pr&#233;sid&#233;e par Luis Figueroa, du PC. Cependant, la &#171; voie de d&#233;veloppement non capitaliste &#187; propos&#233;e par les d&#233;l&#233;gu&#233;s du Parti communiste et de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne a &#233;t&#233; approuv&#233;e. Le vote pour une nouvelle direction, exprimant le nombre de voix par les d&#233;l&#233;gu&#233;s de chaque syndicat, traduisait l'influence politique suivante : Parti communiste : 134 250, Parti socialiste : 63 818, D&#233;mocratie chr&#233;tienne : 30 165, Parti Radical : 23 825, Union socialiste populaire : 11 511 et MIR : 4667 voix. La nuit d'ouverture de ce congr&#232;s, des agents de renseignement ont arr&#234;t&#233; Patricio Figueroa et Norman Gamboa, d&#233;l&#233;gu&#233; de la F&#233;d&#233;ration des travailleurs de la sant&#233;, tous deux membres de l'&#233;quipe de soutien aux d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux du MIR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Duque et Pastrana [25], les&lt;strong&gt; pobladores&lt;/strong&gt; &#171; sans toit &#187; ont effectu&#233; plus d'une centaine d'occupations de terrains &#224; Santiago (Barranca, La Reina, Conchal&#237;, La Granja), &#224; Concepci&#243;n (Partal, San Miguel) et &#224; Puerto Montt, o&#249; les forces r&#233;pressives ont perp&#233;tr&#233; un massacre. Le nom de&lt;i&gt; campamentos&lt;/i&gt; a commenc&#233; &#224; se g&#233;n&#233;raliser, certains d'entre eux &#233;taient faits dans le cadre de &#171; l'Op&#233;ration Sitio &#187;, terminologie utilis&#233;e par la Corporaci&#243;n de la Vivienda. Le mois de janvier de 1970 marque le d&#233;but d'un &#171; &#233;t&#233; chaud &#187;. Le 2 janvier, quelque 600 familles ont occup&#233; des terrains adjacents &#224; la colonie de La Bandera et, &#224; cette occasion, le d&#233;put&#233; Mario Palestro a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;. Le 27 mars 1970, s'est tenu le Congr&#232;s des sans-toit [Pobladores sin Casa], avec la participation de 39 comit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des secteurs des&lt;i&gt; pobladores &lt;/i&gt; ont r&#233;ussi &#224; organiser des embryons de &#171; milices populaires &#187; dans le campement &#171; L&#233;nine &#187; de Talcahuano [une des communes de Grand Concepci&#243;n] ainsi qu'&#224; Santiago, dans les camps &#171; 26 de enero &#187; et &#171; Poblaci&#243;n Santa Adriana &#187;, o&#249; une femme, Herminia Concha, une des premi&#232;res dirigeantes du mouvement des &lt;i&gt;pobladores,&lt;/i&gt; a jou&#233; un r&#244;le remarquable. Le 1er septembre 1966, les habitants de Santa Adriana, rapportait le journal&lt;i&gt; El Rebelde&lt;/i&gt;, &#171; ont organis&#233; un d&#233;fil&#233; dans le centre de Santiago, au cours duquel ils ont &#233;t&#233; violemment r&#233;prim&#233;s par les &lt;i&gt;Carabineros&lt;/i&gt;. Le 3 septembre 1966, alors que Frei &#233;tait en d&#233;placement dans les&lt;i&gt; poblaciones &lt;/i&gt; de La Cisterna, les habitants ont d&#233;ploy&#233; une grande banderole sur laquelle on pouvait lire : &#8220;Par la raison et par la force, la ferme Santa Elena sera &#224; nous&#8221;. Frei a manifest&#233; sa col&#232;re en d&#233;clarant qu'il n'accepterait aucune pression et a promis de r&#233;soudre le probl&#232;me dans les trois jours &#187; [26].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction du Parti d&#233;mocrate-chr&#233;tien, &#224; contre-courant de sa jeunesse, a tent&#233; de contenir ce soul&#232;vement populaire en usant de diverses tactiques. Dans le mouvement ouvrier organis&#233;, elle a tent&#233; de mettre en &#339;uvre ce que l'on appelle le &#171; parall&#233;lisme syndical &#187;, une politique qui consistait &#224; promouvoir la cr&#233;ation dans chaque entreprise ou lieu de travail d'autant de syndicats qu'il y avait de courants id&#233;ologiques. Avec cette pr&#233;tendue d&#233;fense de la libert&#233; syndicale, l'objectif &#233;tait de diviser non seulement les syndicats par entreprise mais aussi les F&#233;d&#233;rations et la Centrale unique des travailleurs elle-m&#234;me, une ligne d'action promue par le ministre du Travail, William Thayer Ojeda. Le pr&#233;sident de la R&#233;publique est all&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sider, lors des c&#233;l&#233;brations du 1er mai, des manifestations parall&#232;les &#224; celles organis&#233;es par la Centrale unique des travailleurs. Bien que cet objectif n'ait pas &#233;t&#233; atteint dans le secteur urbain, la tactique de division a &#233;t&#233; consomm&#233;e dans le secteur agricole avec la cr&#233;ation de plusieurs centrales syndicales, telles que &#171; Triunfo Campesino &#187;, &#171; Libertad &#187; et &#171; Provincias Agrarias Unidas &#187;, parall&#232;lement &#224; la F&#233;d&#233;ration paysanne et indig&#232;ne [Federaci&#243;n Campesina e Ind&#237;gena], qui faisait partie de la Centrale unique des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un proc&#233;d&#233; semblable a &#233;t&#233; appliqu&#233; dans les Conseils de voisins (Juntas de Vecinos), en les divisant selon des crit&#232;res id&#233;ologiques &#8211; entre ceux contr&#244;l&#233;s par la D&#233;mocratie chr&#233;tienne et ceux contr&#244;l&#233;s par la gauche &#8211; et pour cela, elle s'est servi de la Promotion populaire, des travaux d'assainissement, de l'installation de l'eau potable, de l'&#233;lectricit&#233; ainsi que de maisons pr&#233;fabriqu&#233;es, tant attendues par les habitants des zones urbaines-p&#233;riph&#233;riques pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression des mobilisations a fini par effacer le visage populaire de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne, notamment apr&#232;s le massacre de Puerto Montt [dans la province de Llanquihue] en 1969, &#224; Pampa Irigoin, o&#249; 10 villageois ont &#233;t&#233; assassin&#233;s par des Carabineros alors qu'ils r&#233;clamaient leur droit &#224; poss&#233;der leur propre maison. Par ailleurs, le 11 mars 1966, six mineurs et deux femmes ont &#233;t&#233; tu&#233;s dans la gr&#232;ve de la mine El Teniente. Le ministre de la D&#233;fense, Juan de Dios Carmona, a alors &#171; ordonn&#233; l'envoi de troupes militaires pour prendre le contr&#244;le de la mine (&#8230;) le matin du 1ermars, les travailleurs ont re&#231;u l'ordre de lib&#233;rer leurs locaux syndicaux, ce qu'ils ont refus&#233; de faire. &#192; ce moment-l&#224;, de nombreux travailleurs, leurs femmes et de nombreux enfants se trouvaient &#224; l'int&#233;rieur (&#8230;) Les troupes ont install&#233; leurs armes sur la place, ont vis&#233; le local syndical et ont ouvert le feu. (&#8230;) Deux femmes et six travailleurs ont &#233;t&#233; tu&#233;s et 37 autres ont &#233;t&#233; bless&#233;s &#187; [27].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouveau massacre a lieu le 23 novembre 1967 lors de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale appel&#233;e par la Centrale unique des travailleurs pour protester contre le plan d'ajustement salarial. Le gouvernement a pratiquement laiss&#233; le champ libre aux militaires pendant 24 heures. L'arm&#233;e et l'arm&#233;e de l'air ont attaqu&#233; une population d&#233;sarm&#233;e par voie terrestre et par les airs, tuant 4 travailleurs et un gar&#231;on de huit ans, selon les chiffres officiels, qui ne refl&#232;tent pas toujours la v&#233;rit&#233; lorsqu'il s'agit de r&#233;pression de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre a &#233;t&#233; donn&#233; aussi de r&#233;primer la gr&#232;ve des travailleurs du cuir et des chaussures et la marche vers Santiago &#8211; &#224; laquelle participaient des milliers de paysans de Talca et Curic&#243; &#8211;, ainsi que l'intervention militaire lors de la gr&#232;ve des Postes et T&#233;l&#233;graphes. Dans le m&#234;me temps, un pr&#233;c&#233;dent de censure des id&#233;es politiques a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; lorsque le s&#233;nateur socialiste Carlos Altamirano [a &#233;t&#233; d&#233;put&#233; de 1961 &#224; 1965 et s&#233;nateur de 1965 &#224; 1973, sera le dirigeant du Parti socialiste depuis 1971] a &#233;t&#233; priv&#233; de son immunit&#233; apr&#232;s avoir &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; le 25 mars 1968. Peu avant, en 1965, la jeune combattante sociale Magaly Honorato avait &#233;t&#233; d&#233;tenue et plac&#233;e &#224; l'isolement dans la prison pour femmes et harcel&#233;e jusqu'&#224; ce qu'elle prenne la d&#233;cision extr&#234;me de se suicider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le&lt;strong&gt; mouvement des femmes&lt;/strong&gt; a commenc&#233; &#224; se r&#233;approprier la th&#233;orie f&#233;ministe, reprenant le protagonisme social du Mouvement pour l'&#233;mancipation de la femme chilienne [Movimiento pro Emancipaci&#243;n de la Mujer Chilena], anim&#233; par Elena Caffarena, Olga Poblete, Graciela Mandujano et d'autres militantes, des ann&#233;es 1930 et 1940. Ceci malgr&#233; l'id&#233;ologie n&#233;o-thomiste de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne au gouvernement, qui bloquait l'avanc&#233;e anti-patriarcale, freinait l'avanc&#233;e de la conscience de genre et de classe par des politiques paternalistes dans les Conseils de voisins, en formant un front uni avec la droite contre le divorce, tout en perp&#233;tuant dans les faits l'oppression machiste et les multiples manifestations de discrimination &#224; l'&#233;gard des femmes, tant au travail que dans la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception d&#233;mocrate-chr&#233;tienne du r&#244;le de la femme s'inspire de la philosophie traditionnelle de Thomas d'Aquin et des n&#233;o-thomistes comme Nicolas Berdiaev [1874-1946], qui est all&#233; jusqu'&#224; affirmer : &#171; Le principe masculin doit dominer le principe f&#233;minin, mais celui-ci ne doit pas &#234;tre esclave. Ce n'est pas la femme &#233;mancip&#233;e semblable &#224; l'homme, mais l'&#233;ternel f&#233;minin, qui aura un r&#244;le &#224; jouer dans la p&#233;riode future de la soci&#233;t&#233; &#187; [28]. Au fond, &#171; l'&#233;ternel f&#233;minin &#187; servait &#224; embellir l'oppression &#233;ternelle de la moiti&#233; de la population mondiale, dans la version de Berdiaev sur la &#171; nouvelle chr&#233;tient&#233; &#187; &#224; venir. Plus tard, l'id&#233;ologue le plus important du christianisme social, Jacques Maritain, a &#233;t&#233; plus cat&#233;gorique : &#171; Les femmes mari&#233;es ne remplissent pas les m&#234;mes fonctions &#233;conomiques que les hommes, mais s'occupent du foyer domestique. (&#8230;) A supposer que, dans l'ordre des relations &#233;conomiques, la femme mari&#233;e soit nourrie par l'homme, elle ne perdrait pas pour autant le sens de la libert&#233; personnelle, qui devrait &#233;galement s'accompagner d'une pleine reconnaissance juridique pour exercer cette fonction sur laquelle la Bible insiste, c'est-&#224;-dire aider l'homme &#187; [29].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la base de ces principes, la D&#233;claration de principes du Parti d&#233;mocrate-chr&#233;tien (1957) a &#233;tabli dans sa section IV son concept patriarcal de la &#171; dignit&#233; des femmes &#187;, en plus de son opposition au divorce et au contr&#244;le de la natalit&#233;, comme elle l'a d&#233;montr&#233; dans sa gestion gouvernementale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mouvement &#233;tudiant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la r&#233;forme universitaire chilienne des ann&#233;es 1920, les &#233;tudiants ont enregistr&#233; plusieurs avanc&#233;es, notamment en 1932 et 1944, mais le mouvement &#233;tudiant &#233;tait r&#233;duit &#224; l'activisme des militants des partis politiques jusqu'aux ann&#233;es 1960, lorsque de nouveaux id&#233;aux ont apport&#233; de l'air frais et de l'enthousiasme avec le slogan du Mai 68 fran&#231;ais : &#171; Il est interdit d'interdire &#187;. Par ailleurs, le nombre d'&#233;tudiants universitaires est pass&#233; d'environ 10 000 en 1952 &#224; 42 000 en 1965.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle R&#233;forme Universitaire, lanc&#233;e en juin 1967 &#224; Valpara&#237;so, a imm&#233;diatement connu une explosion presque inou&#239;e &#224; l'Universit&#233; Catholique, lorsque les &#233;tudiants ont exig&#233;, par pl&#233;biscite, le d&#233;part de l'&#233;v&#234;que Alfredo Silva Santiago, en m&#234;me temps qu'ils occupaient le campus universitaire le 11 ao&#251;t. Pour tenter de d&#233;samorcer cette crise, qui se d&#233;roulait dans un pays gouvern&#233; par la D&#233;mocratie chr&#233;tienne, le Vatican a d&#233;sign&#233; comme m&#233;diateur l'archev&#234;que Ra&#250;l Silva Henr&#237;quez qui, en commun accord avec les &#233;tudiants, dirig&#233;s par Miguel &#193;ngel Solar, a nomm&#233; Fernando Castillo Velasco comme nouveau pr&#233;sident de l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement s'est &#233;tendu &#224; l'universit&#233; de Concepci&#243;n. Les &#233;tudiants, dirig&#233;s par Luciano Cruz Aguayo, ont obtenu une repr&#233;sentation de 25% dans les d&#233;cisions les concernant et de 20% &#224; l'Universit&#233; du Chili, ainsi que 10% pour les employ&#233;s administratifs. De nouveaux programmes d'&#233;tudes ont &#233;t&#233; approuv&#233;s dans les Assembl&#233;es enseignants-&#233;tudiants, ainsi que l'ouverture de concours et de chaires parall&#232;les, la modification du syst&#232;me d'&#233;valuation, les dispenses d'assiduit&#233;, l'augmentation du nombre de s&#233;minaires avec un changement de m&#233;thodologie de la part des professeurs pour permettre la participation active des &#233;tudiants, ainsi que l'organisation de l'enseignement et de la recherche en d&#233;partements avec une relative autonomie [30].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1968, lorsque le Grupo M&#243;vil des&lt;i&gt; Carabineros&lt;/i&gt;, r&#233;cemment cr&#233;&#233;, est entr&#233; dans l'Universit&#233; du Chili, et plus pr&#233;cis&#233;ment dans le &#171; Pedag&#243;gico &#187;, pour r&#233;primer une manifestation d'&#233;tudiants, l'autonomie du territoire universitaire a alors &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;e, une aspiration de longue date qui a &#233;t&#233; mise de nouveau &#224; l'ordre du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre avanc&#233;e importante a &#233;t&#233; l'ouverture des universit&#233;s aux travailleurs, avec des horaires en soir&#233;e pour faciliter leur pr&#233;sence. L'aire de diffusion et d'extension s'est &#233;largie aux secteurs populaires avec des conf&#233;rences et des expositions d'art, et des activit&#233;s de chant et de danse. Cependant, des secteurs d'&#233;tudiants ont confondu les centres universitaires et des locaux de leurs partis respectifs, en essayant d'imposer les pr&#233;tendus&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; cours de conscientisation &#187;, qui allaient jusqu'&#224; imposer, de mani&#232;re sectaire, le concept d'une Universit&#233; militante pour tous, oubliant ainsi la suggestion de 1923 du leader &#233;tudiant cubain Julio Antonio Mella [1903-1929] : pour faire la r&#233;forme int&#233;grale de l'Universit&#233;, il faut d'abord faire la r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps &#233;tudiant a &#233;tendu son champ d'action aux secteurs populaires, renfor&#231;ant sa solidarit&#233; avec les conflits des travailleurs et des &lt;i&gt;pobladores&lt;/i&gt;, dans la perspective de l'unit&#233; travailleurs-paysans-&#233;tudiants. Le11 ao&#251;t 1968, &#224; l'aube, des membres du r&#233;cent Mouvement Jeune &#201;glise [Movimiento Iglesia Joven], pour la plupart des &#233;tudiants universitaires, ont occup&#233; la Cath&#233;drale de Santiago, accompagn&#233;s de pr&#234;tres progressistes et de Clotario Blest, ils exigeaient que l'&#201;glise s'implique davantage dans les probl&#232;mes r&#233;els des opprim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La D&#233;mocratie chr&#233;tienne, apr&#232;s avoir gagn&#233; la majorit&#233; dans les F&#233;d&#233;rations universitaires, a vu baisser son soutien dans les centres &#233;tudiants et elle a finalement perdu les &#233;lections de la F&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants du Chili en 1969 face &#224; l'avanc&#233;e de la gauche socialiste, du MIR, des communistes et des rebelles d&#233;mocrates-chr&#233;tiens qui ne partageaient plus la politique de leur parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;clin &#233;lectoral de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse comparative des &#233;lections parlementaires, en particulier pour les d&#233;put&#233;s, montre que le Parti d&#233;mocrate-chr&#233;tien a connu une chute manifeste, passant de 42,3% en 1965 &#224; 29,8% en 1969, comme le montre le tableau comparatif suivant que nous avons &#233;tabli sur la base des donn&#233;es de la Direction du Registre Electoral :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_42484 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/photo_2-17.jpg?42484/3d2abe34718840360ab5a9fac688e8e23f65b07b3ab4d0183286ac0dd75e231b&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH250/3d2abe3471884036-d285ce52-cae09.jpg?1781169197' width='500' height='250' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il convient de pr&#233;ciser que les votes des partis conservateur et lib&#233;ral en 1969 se sont port&#233;s sur le Parti national, n&#233; apr&#232;s 1965, et que l'Union socialiste populaire n'a &#233;t&#233; fond&#233;e qu'en 1967, apr&#232;s la scission de Ra&#250;l Ampuero, Tom&#225;s Chadwick, Ram&#243;n Silva Ulloa, Ferm&#237;n Fierro, Eduardo Osorio et d'autres. En 1965, la droite a subi sa pire d&#233;faite &#233;lectorale depuis 1938.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Situation interne de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique du gouvernement, en particulier les concessions faites aux secteurs de la droite et aux investisseurs nord-am&#233;ricains et europ&#233;ens et, surtout, la r&#233;action autoritaire ainsi que la r&#233;pression des mobilisations des mouvements sociaux ont donn&#233; naissance au sein de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne &#224; des tendances, qui se sont transform&#233;es en fractions quasiment irr&#233;conciliables. Apr&#232;s les premiers mois de gouvernement, il y a eu des luttes pour la direction du parti entre la tendance pro-gouvernementale, dirig&#233;e par Patricio Aylwin et William Thayer Arteaga &#8211; renforc&#233;e par la deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration, Enrique Krauss et Andr&#233;s Zald&#237;var &#8211; et les vigoureuses tendances critiques qui prenaient de l'ampleur. En 1965, Aylwin fut &#233;lu pr&#233;sident du parti avec 220 voix contre 188 pour le jeune d&#233;put&#233; Alberto Jerez ; mais deux ans plus tard, il fut remplac&#233; par Rafael Agust&#237;n Gumucio lorsque la strat&#233;gie de d&#233;veloppement de la &#171; voie non capitaliste &#187; est approuv&#233;e en juin 1967.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1968, lorsque fut abord&#233;e au sein du Conseil national la question des relations du parti avec le gouvernement, Jaime Castillo Velasco a pris la pr&#233;sidence du parti, puis il a tr&#232;s vite c&#233;d&#233; la place &#224; Ren&#225;n Fuentealba, critique de certaines politiques de l'administration Frei [31]. Tomic avait pr&#233;venu en 1965 que si le programme du gouvernement n'&#233;tait pas respect&#233;, &#171; la R&#233;volution en libert&#233; se limiterait au bavardage inoffensif d'un r&#233;formisme &#233;mascul&#233; &#187; [32].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tendance &#171; troisi&#232;me voie &#187;, compos&#233;e principalement de jeunes &#233;tudiants universitaires, &#233;tait regroup&#233;e autour de Luis Maira, Pedro Felipe Ram&#237;rez, Antonio Cavalla, Jos&#233; Miguel Insulza et Juan Enrique Miguel, avec des militants plus exp&#233;riment&#233;s comme Bosco Parra et Jacques Chonchol. La tendance &#171; rebelle &#187; &#233;tait anim&#233;e par Rafael Agust&#237;n Gumucio, Julio Silva Solar, Alberto Jerez et Vicente Sota, soutenus par la jeunesse, principalement Rodrigo Ambrosio, Enrique Correa et Juan Enrique Vega. A cette &#233;poque, la D&#233;mocratie chr&#233;tienne comptait entre 60 000 et 70 000 militants actifs, influents dans les mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1969, un important secteur de militants dirig&#233; par Rodrigo Ambrosio, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la Jeunesse, le d&#233;put&#233; Alberto Jerez, Julio Silva Solar, Jacques Chonchol et d'autres dirigeants politiques et sociaux reconnus, a pris la d&#233;cision de se s&#233;parer du parti, en adoptant une plate-forme politique clairement de gauche, comme expression du m&#233;contentement de la base, ce qui a accentu&#233; progressivement la contradiction qui existait depuis des ann&#233;es entre la direction et la base. La Jeunesse universitaire exigeait un plus grand engagement en faveur des exploit&#233;s et des opprim&#233;s et une politique plus autonome vis-&#224;-vis des centres du capital monopolistique. La base ouvri&#232;re et paysanne voulait, &#224; son tour, une lutte moins feutr&#233;e contre les patrons. Cette rupture a donn&#233; naissance &#224; un parti, le Mouvement d'action populaire unitaire (MAPU), qui s'est rapidement d&#233;fini comme marxiste. Deux ans plus t&#244;t, un petit groupe s'&#233;tait d&#233;tach&#233; de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne et, m&#251; par la victoire de la R&#233;volution cubaine, avait adopt&#233; le nom de Camilo Torres, en hommage au pr&#234;tre gu&#233;rillero colombien du d&#233;but des ann&#233;es 1960 [tu&#233; en 1966 lors d'un affrontement avec l'arm&#233;e]. (Traduction : Ruben Navarro et Hans-Peter Renk) (A suivre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Clotario Blest, &#171; Organizaci&#243;n de la clase trabajadora &#187;, &lt;i&gt;Punto Final&lt;/i&gt;, Santiago, 22 avril 1969, p. 22-25.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] J. Duque et E. Pastrana, &#171; La movilizaci&#243;n reivindicativa urbana en los sectores populares en Chile. 1969-1972 &#187;, &lt;i&gt;Revista Latinoamericana de Ciencias Sociales&lt;/i&gt;, FLACSO, Santiago, d&#233;cembre 1972, p. 259 et 293. Voir aussi : Vicente Espinoza, Para una historia de los pobres de la ciudad, &#201;d. Sur, Santiago, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] &lt;i&gt;El Rebelde&lt;/i&gt;, N&#176; 39, septiembre 1966, p. 4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Patricio Manns,&lt;i&gt; Las grandes masacres&lt;/i&gt;, Collection &#171; Nosotros los chilenos &#187;, &#201;d. Quimant&#250;, Santiago, 1970, p. 74 &#224; 77.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Nicol&#225;s Berdiaeff. &lt;i&gt;Una nueva Edad Media&lt;/i&gt;, &#201;d. Ercilla, Santiago, 1933, p. 73. La g&#233;n&#233;ration sociale-chr&#233;tienne de la Phalange, arriv&#233;e au gouvernement en 1964, s'inspirait de ce libre pour ce qui est de la place de la femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Jacques Maritain, &lt;i&gt;Problemas espirituales y temporales de una nueva cristiandad&lt;/i&gt;, &#201;d. FIDES, Buenos Aires, 1934, p. 164.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] Manuel Barrera, &lt;i&gt;La universidad chilena&lt;/i&gt;, &#201;d. Insora, Santiago, 1969.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Direction Nacional de Capacitaci&#243;n Doctrinaria,&lt;i&gt; El Pensamiento de la Democracia Cristiana. Dimensiones del Socialismo Comunitario&lt;/i&gt;, Santiago, 1973, p. 14. Un autre livre &#233;crit par un membre de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne est celui de Jorge Guarello,&lt;i&gt; Nuestros paisanos dem&#243;crata cristianos&lt;/i&gt;, Vi&#241;a del Mar, 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Discours lors du deuxi&#232;me congr&#232;s de l'Union internationale des Jeunes d&#233;mocrates-chr&#233;tiens, 10 juin 1965, Berlin, repris par Rodomiro Tomic,&lt;i&gt; Testimonios&lt;/i&gt;, &#201;d. Emisi&#243;n, Santiago, 1988, p. 89.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Chili. &#171; Pour r&#233;cup&#233;rer la m&#233;moire historique &#187; (IV)</title>
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		<dc:creator>Luis Vitale</dc:creator>


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&lt;p&gt;Dans cette quatri&#232;me contribution ayant trait &#224; la p&#233;riode du gouvernement Frei (1964-1970), Luis Vitale, apr&#232;s avoir &#233;tabli les origines du MIR (Mouvement de la gauche r&#233;volutionnaire) &#8211; dont le nom r&#233;sonnera internationalement plus tard &#8211;, souligne la convergence entre la droite nationale, oppos&#233;e &#224; l'orientation de la DC gouvernementale, et les secteurs militaires, ceci replac&#233; dans le contexte de militarisation impuls&#233;e par les Etats-Unis en Am&#233;rique du Sud. Dans les prochaines (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L104xH150/viaux-b4e7d.jpg?1781169197' class='spip_logo spip_logo_right' width='104' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans cette quatri&#232;me contribution ayant trait &#224; la p&#233;riode du gouvernement Frei (1964-1970), Luis Vitale, apr&#232;s avoir &#233;tabli les origines du MIR (Mouvement de la gauche r&#233;volutionnaire) &#8211; dont le nom r&#233;sonnera internationalement plus tard &#8211;, souligne la convergence entre la droite nationale, oppos&#233;e &#224; l'orientation de la DC gouvernementale, et les secteurs militaires, ceci replac&#233; dans le contexte de militarisation impuls&#233;e par les Etats-Unis en Am&#233;rique du Sud. Dans les prochaines contributions seront d&#233;velopp&#233;s les &#233;pisodes de l'Unit&#233; Populaire, du gouvernement Allende. Sur le sens de cet ouvrage &lt;i&gt;Para recuperar la memoria historica. Frei, Allende y Pinochet &lt;/i&gt; et sur la biographie de Luis Vitale, voir la pr&#233;sentation &#224; cette s&#233;rie de contributions. (R&#233;d.&lt;i&gt; A l'Encontre&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de A l'Encontre&lt;br class='autobr' /&gt;
3 juin 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Luis Vitale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La politique des partis de gauche : le MIR&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais ici &#233;voquer quelques &#233;pisodes de la gauche que j'ai connus de l'int&#233;rieur, en tant que chercheur-t&#233;moin &#224; cette &#233;poque-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Mouvement de la gauche r&#233;volutionnaire (MIR) a &#233;t&#233; l'aboutissement d'un processus d'unification de 8 organisations r&#233;volutionnaires, stimul&#233; par Clotario Blest, fondateur en 1961 du Movimiento &#171; 3 de Noviembre &#187; (M3N) et du Movimiento Fuerzas Revolucionarias en 1962, compos&#233; d'organisations qui avaient une longue pratique aux c&#244;t&#233;s des travailleurs &#8211; comme le groupe anarchiste libertaire &#171; 7 de Julio &#187;, le Movimiento Social Progresista, dirig&#233; par Julio Stuardo (une scission du Parti radical), le Movimiento de Resistencia Antiimperialista (MRA), dirig&#233; par Luis Reinoso, ancien secr&#233;taire d'organisation du Parti communiste et exclu &#224; cause de ses &#171; d&#233;viations militaristes &#187;, la revue &lt;i&gt;Pol&#233;mica&lt;/i&gt;, dirig&#233;e par Tito Stefoni, l'Oposici&#243;n Socialista de Izquierda (OSI), de Gonzalo Villal&#243;n et Oscar Waiss, et le Parti ouvrier r&#233;volutionnaire qui, en 1942, avait pr&#233;sent&#233; Humberto Valenzuela (1909-1977) comme candidat ouvrier &#224; la pr&#233;sidence et qui avait recueilli 5170 voix. Plus tard, le POR a fait &#233;lire Luis Vitale comme dirigeant national de la Centrale unique des travailleurs pour la p&#233;riode 1958-1962.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus de regroupement de ces organisations s'est poursuivi et &#224; la fin il n'y en avait plus que deux en 1964 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a) &lt;/strong&gt; le Parti socialiste populaire &#8211; compos&#233; par la majorit&#233; des comit&#233;s r&#233;gionaux, ayant quitt&#233; le PS, des villes de Talca et de Coquimbo avec son principal dirigeant Mario Lobos ; par des jeunes qui avaient rompu avec la Jeunesse socialiste, comme Dant&#243;n Chel&#233;n Rojas ; par un secteur de pobladores dirig&#233; par V&#237;ctor Toro et Herminia Concha ; par une tendance issue du Movimiento de Independientes de Izquierda, dirig&#233;e par Enrique Reyes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b)&lt;/strong&gt; Vanguardia Revolucionaria Marxista, dont faisaient partie aussi les &#171; reinosistas &#187; [r&#233;f&#233;rence &#224; Luis Reinoso, opposant au sein du PC], comme Mart&#237;n Salas, le groupe trotskiste PRT, dirig&#233; par Chipo Cereceda, d'anciens membres des Jeunesses communistes, comme Gabriel Smirnow, qui s'&#233;taient s&#233;par&#233; du groupe pro-chinois &#171; Spartaco &#187; et qui avaient form&#233; le MRC en 1963, et ERTE, o&#249; militaient Miguel Enr&#237;quez et Bautista van Schouwen, qui avaient quitt&#233; les Jeunesses socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militants qui venaient du PS, du PC, du trotskisme, de la Jeunesse radicale r&#233;volutionnaire et quelques anarchistes, avaient des exp&#233;riences importantes de lutte sociale, tout comme Clotario Blest, pr&#233;sident de la Centrale unique des travailleurs pendant 9 ans. Leur pr&#233;sence au congr&#232;s fondateur du MIR (15 ao&#251;t 1965) et leur &#233;lection &#224; des postes du Comit&#233; central invalident la version &#8211; diffus&#233;e dans l'exil apr&#232;s la mort de Miguel Enr&#237;quez [1974] &#8211; selon laquelle le MIR aurait &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par un groupe d'&#233;tudiants de Concepci&#243;n. En effet, 15 jours apr&#232;s sa fondation, le MIR a envoy&#233; 32 d&#233;l&#233;gu&#233;s au IVe congr&#232;s national de la Centrale unique des travailleurs, avec une liste conduite par Humberto Valenzuela, dirigeant national des travailleurs municipaux et de la Centrale unique des travailleurs de la province de Santiago.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La version qui consiste &#224; dire que le MIR est n&#233; comme un groupe foquiste [r&#233;f&#233;rence au terme&lt;i&gt; foco&lt;/i&gt; comme &#171; foyer de gu&#233;rilla &#187;], avec des jeunes d&#233;pourvus de base th&#233;orique et arm&#233;s uniquement par des aspirations de r&#233;demption sociale, est &#233;galement erron&#233;e. Son programme fondateur &#233;tablissait que le MIR luttait pour le caract&#232;re socialiste, permanent et ininterrompu de la r&#233;volution, rejetant la th&#233;orie de la &#171; r&#233;volution par &#233;tapes &#187;, pr&#244;n&#233;e par le Parti communiste, ainsi que des orientations conjoncturelles pour les diff&#233;rents mouvements sociaux, qui permettraient de progresser dans la t&#226;che centrale : l'activit&#233; militante dans les organisations de la classe ouvri&#232;re. Par cons&#233;quent, il &#233;tait et il est faux de dire &#8211; comme l'a fait la presse bourgeoise dans le but de justifier le coup d'&#201;tat militaire &#8211; que le MIR s'est consacr&#233;, d&#232;s sa fondation, au terrorisme et &#224; des op&#233;rations foquistes arm&#233;es en marge des luttes des exploit&#233;s, telle qu'&#233;tait la pratique g&#233;n&#233;rale des courants autoproclam&#233;s castristes du d&#233;but des ann&#233;es 1960, des courants qui n'ont pas compris enti&#232;rement les aspects tactiques et strat&#233;giques de la R&#233;volution des &#171; barbus &#187; de Fidel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 1965 et 1967, le MIR a travers&#233; une p&#233;riode de structuration organique par en bas, d'homog&#233;n&#233;isation politique et de croissance dans les secteurs populaires. Dans la F&#233;d&#233;ration des travailleurs pl&#226;triers, Juan Ramos a &#233;t&#233; &#233;lu membre de la direction, dans la F&#233;d&#233;ration des travailleurs de la sant&#233;, ce fut le cas de Norman Gamboa et H&#233;ctor Villal&#243;n, dans le secteur du charbon, d'importants militants du MIR ont &#233;t&#233; &#233;lus et Luis Concha a &#233;t&#233; &#233;lu dans la F&#233;d&#233;ration des travailleurs de la construction. Dans le mouvement &#233;tudiant, le MIR s'est d&#233;velopp&#233; rapidement, surtout &#224; l'Universit&#233; de Concepci&#243;n, o&#249; Luciano Cruz Aguayo a &#233;t&#233; &#233;lu pr&#233;sident de la F&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants du Chili en 1967 et, rapidement, il est devenu le principal dirigeant de masse du MIR. &#192; Santiago aussi, le MIR a progress&#233; dans la F&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants du Chili, avec 1260 voix aux &#233;lections de 1968, ce qui lui a permis d'avoir, pour la premi&#232;re fois, un membre dans la F&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants du Chili, ainsi que les meilleurs scores aux facult&#233;s de sociologie, de psychologie et au Centre de m&#233;decine, en alliance avec le Parti socialiste. &#193;lvaro Rodas, qui &#233;tait &#233;galement un dirigeant des employ&#233;s de la Cour des Comptes, a jou&#233; un r&#244;le important parmi les &#233;tudiants en droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libre expression des id&#233;es et la pratique quotidienne de la d&#233;mocratie interne, assur&#233;es par son premier secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, Enrique Sep&#250;lveda, ont permis d'affiner progressivement les positions politiques exprim&#233;es dans le journal &lt;i&gt;El Rebelde &lt;/i&gt; et la revue th&#233;orique&lt;i&gt; Estrategia&lt;/i&gt;, m&#234;me si l'adoption de mesures pratiques accusait un certain retard. La persistance de ces faiblesses a conduit &#224; un changement de direction lors du IIe congr&#232;s (d&#233;cembre 1967), avec l'&#233;lection de Miguel Enr&#237;quez, soutenu par Bautista Schouwen, Luciano Cruz et de nombreux nouveaux d&#233;l&#233;gu&#233;s et, en particulier, par ceux qui venaient du trotskysme. Pour sa part, Luis Vitale, propos&#233; lors de ce congr&#232;s par le responsable de l'appareil militaire &#8211; dont le pseudonyme &#233;tait Zapata &#8211; n'a pas &#233;t&#233; &#233;lu au secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le MIR n'est pas seulement devenu la principale force &#233;tudiante &#224; l'Universit&#233; de Concepci&#243;n, avec d'importantes perc&#233;es &#224; l'Universit&#233; du Chili et dans d'autres &#233;tablissements, il s'est &#233;galement d&#233;velopp&#233; dans les secteurs de la classe ouvri&#232;re et des populations les plus pauvres. Il a particip&#233; avec un nombre important de d&#233;l&#233;gu&#233;s au Ve congr&#232;s national de la Centrale unique des travailleurs, qui s'est tenu en novembre 1968, et aux rencontres de &lt;i&gt;pobladores&lt;/i&gt;, dans le contexte de la mobilisation populaire de l'&#233;poque. Parmi ses militants, plus de 2000, on comptait principalement des jeunes, non seulement des &#233;tudiants mais aussi des ouvriers, des employ&#233;s et des membres des professions lib&#233;rales, des&lt;i&gt; pobladores&lt;/i&gt; et quelques paysans, ainsi que la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente, plus exp&#233;riment&#233;e dans la lutte sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les possibilit&#233;s de croissance ont &#233;t&#233; brutalement interrompues par des actions lanc&#233;es &#224; la h&#226;te, telles que l'expropriation de banques afin d'obtenir des fonds pour la lutte arm&#233;e, pr&#233;cis&#233;ment au moment o&#249; la candidature de Salvador Allende suscitait l'enthousiasme de larges secteurs de la population. L'enl&#232;vement du journaliste Osses par un commando du MIR en mai 1969 a &#233;t&#233; le pr&#233;texte utilis&#233; par le gouvernement de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne pour d&#233;clencher la pers&#233;cution du mouvement, ce qui a contraint ses dirigeants &#224; entrer dans la clandestinit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le IVe Congr&#232;s national, qui devait se tenir le 20 ao&#251;t 1969, mais qui n'a jamais eu lieu, aurait pu permettre de surmonter les divergences apparues. De mani&#232;re surprenante, lors d'une r&#233;union du Comit&#233; central le 27 juillet de cette ann&#233;e-l&#224;, le secteur majoritaire, compos&#233; de 9 membres, a propos&#233; une division. La minorit&#233;, qui comptait 6 repr&#233;sentants, dont plusieurs &#233;taient aussi jeunes que ceux de la majorit&#233;, s'y est oppos&#233;e en soulignant que c'&#233;tait une grave erreur de se s&#233;parer sans qu'il existe de grandes diff&#233;rences politiques et que l'important &#233;tait de soutenir, bien que de mani&#232;re critique, la candidature populaire de Salvador Allende. La tendance majoritaire a insist&#233; sur la n&#233;cessit&#233; de &#171; purger &#187; le parti des dirigeants qui s'opposaient aux actions arm&#233;es, en sachant que la minorit&#233; n'y avait pas renonc&#233; dans la mesure o&#249; celles-ci &#233;taient li&#233;es aux luttes des opprim&#233;s, et en pr&#233;cisant que les premi&#232;res armes dont a dispos&#233; le MIR provenaient de l'expropriation d'une armurerie par un commando trotskyste, dirig&#233; par &#171; Mondiola &#187;. La majorit&#233; refusait de participer au processus &#233;lectoral, et a lanc&#233; le slogan du boycott : &#171; Non aux &#233;lections &#187;. En bref, le fait de ne pas avoir soutenu alors Salvador Allende a &#233;t&#233;, &#224; mon avis, la principale erreur politique commise par le MIR dans toute son histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'opposition parlementaire &#224; la conspiration&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis conservateur et lib&#233;ral sont pass&#233;s d'une politique attentiste, avec leur soutien &#224; Frei, &#224; une politique d'affrontement : donc aller frapper aux portes des casernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un secteur du Parti radical est pass&#233; &#224; droite lorsque, pendant la Convention Nationale de 1965, le secteur de centre-gauche dirig&#233; par Luis Bossay a battu Julio Dur&#225;n. Celui-ci a quitt&#233; le parti avec Ra&#250;l Rettig, Pedro Enrique Alfonso, Edwin Lathrop et d'autres militants de longue date qui, plus tard, ont form&#233; le parti D&#233;mocratie radicale avec d'autres exclus en 1969 : &#193;ngel Faivovich, Germ&#225;n Pic&#243;, Jaime Tormo, Campos, Mercado et Se&#241;oret [33].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les premi&#232;res ann&#233;es, ces deux partis ont men&#233; une campagne aux relents de terrorisme id&#233;ologique, bas&#233;e sur des rumeurs et des sp&#233;culations visant &#224; alerter les entrepreneurs sur les projets gouvernementaux susceptibles de remettre en cause les droits de propri&#233;t&#233;, ainsi que sur la possible mise en place d'imp&#244;ts &#233;lev&#233;s sur le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les parlementaires des partis conservateur et lib&#233;ral se sont oppos&#233;s &#224; l'intervention du gouvernement au moment o&#249; des &#233;v&#233;nements survenus &#224; Colonia Dignidad [communaut&#233; sectaire cr&#233;&#233;e en 1961, issue d'une secte originaire de Rh&#233;nanie ; un de ses animateurs est un ex-pilote de l'air de l'arm&#233;e du III Reich ; en 1966 &#233;clate le scandale mentionn&#233; ci-dessous ; sous Pinochet, la colonie servira de camp de torture pour la police politique] ont &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;s, comme, par exemple, l'&#233;vasion du colon Wolfgang M&#252;ller, pers&#233;cut&#233; par les dirigeants nazis pour avoir &#233;t&#233; le premier &#224; d&#233;noncer des pratiques brutales de viol sur des mineurs, des enl&#232;vements de personnes et des meurtres. En revanche, l'intervention de la droite dans le &#171; Plan Camelot &#187;, d&#233;nonc&#233; par le sociologue Hugo Nuttini, un Am&#233;ricain nationalis&#233; chilien, dont le but &#233;tait d'obtenir des informations sur des actes terroristes pr&#233;sum&#233;s de la gauche, n'a jamais pu &#234;tre prouv&#233;e. Comme le souligne Dooner dans le livre cit&#233; plus haut, p. 71 : &#171; On a d&#233;couvert que le projet, appel&#233; Plan Camelot, &#233;tait parrain&#233; par le Pentagone [d&#232;s 1963] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps,&lt;i&gt; El Mercurio &lt;/i&gt; a soutenu le gouvernement, bien qu'avec des r&#233;serves, mais il lui a progressivement retir&#233; son soutien, notamment apr&#232;s la promulgation de la loi de r&#233;forme agraire et l'augmentation de la fiscalit&#233; : &#171; Au cours des trois derni&#232;res ann&#233;es, l'augmentation des imp&#244;ts a &#233;t&#233; la plus importante de toute la p&#233;riode depuis 1940. Les imp&#244;ts sont pass&#233;s de 3460 millions d'escudos &#224; 5979 millions d'escudos [monnaie chilienne entre 1960 et 1975] de sorte que, entre 1964 et 1967, la charge fiscale a augment&#233; &#224; un rythme de 222% plus rapide que celui des revenus &#187; [34]. La Sociedad de Fomento Fabril a rench&#233;ri en parlant d'&#171; une charge fiscale asphyxiante &#187; [35], et a critiqu&#233; &#233;galement la politique salariale de Frei lors de meetings publics qu'elle a organis&#233;s pour critiquer le gouvernement, comme l'a fait aussi la Soci&#233;t&#233; nationale d'agriculture, qui exigeait la lib&#233;ralisation des prix &#224; la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de conspiration de la droite a alors commenc&#233;, &#224; un point tel que le ministre de l'Int&#233;rieur, Bernardo Leighton, a d&#251; ordonner l'emprisonnement et le proc&#232;s de V&#237;ctor Garc&#237;a Garcena, pr&#233;sident du tout nouveau Parti National, dirig&#233; par Sergio Onofre Jarpa [il sera ministre de l'Int&#233;rieur d'ao&#251;t 1983 &#224; f&#233;vrier 1985 sous Pinochet], et qui rassemblait des partisans de Jorge Prat, aux tendances autoritaires et adepte d'un corporatisme de type mussolinien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une interview avec Jarpa, un journaliste lui a demand&#233; : &#171; Vous avez &#233;t&#233; accus&#233;s de putchisme lorsque Leighton a arr&#234;t&#233; la direction de votre parti. Depuis ce moment-l&#224; et &#224; plusieurs reprises, on a insist&#233; sur le fait qu'il y avait eu des bruits de bottes &#187;. Jarpa a donn&#233; la r&#233;ponse suivante : &#171; L'accusation de putschisme contre le Parti national &#233;tait une farce mont&#233;e par l'ancien ministre Leighton &#187; [36]. &#192; la fin du gouvernement d&#233;mocrate-chr&#233;tien, Jarpa est all&#233; jusqu'&#224; affirmer que &#171; le Chili traverse une &#233;tape de d&#233;cadence &#187; [37].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe&lt;i&gt; Fiducia&lt;/i&gt;, qui en 1967 avait adopt&#233; le nom de Soci&#233;t&#233; chilienne pour la d&#233;fense de la tradition, de la famille et de la propri&#233;t&#233;, s'est oppos&#233; frontalement &#224; la r&#233;forme agraire par le biais de deux publications : &lt;i&gt;Manifiesto &#224; la Naci&#243;n chilena et &#191;Es l&#237;cito a los cat&#243;licos discordar del proyecto de Reforma Agraria del Presidente Frei ?&lt;/i&gt;. Il qualifiait ce projet de &#171; dirigisme &#233;tatique &#187; et de &#171; pers&#233;cution socialiste et confiscatoire &#187;, contraire au &#171; droit naturel et au droit divin &#187; [38].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La droite accusait Frei d'ouvrir la voie au communisme, le qualifiant m&#234;me de &#171; Kerensky chilien &#187; en raison du r&#244;le que ce dirigeant russe a jou&#233; entre f&#233;vrier et octobre 1917, avant que n'&#233;clate la R&#233;volution des Soviets, men&#233;e par le parti bolchevique de L&#233;nine et Trotsky. Ce n'est pas un hasard si la droite s'est charg&#233;e de distribuer au Chili le livre intitul&#233;&lt;i&gt; Frei, el Kerensky chileno&lt;/i&gt;, du Br&#233;silien Fabio Vidigal Xabier Da Silveira, dont le titre original en portugais &#233;tait&lt;i&gt; Frei, o Kerensky chileno&lt;/i&gt;. Le titre du livre a &#233;t&#233; donn&#233; par la maison d'&#233;dition argentine Cruzada, dont les &#233;ditions, de la premi&#232;re en 1967 &#224; la cinqui&#232;me en juin 1968, ont totalis&#233; 23 000 exemplaires. Beaucoup d'entre eux ont &#233;t&#233; distribu&#233;s au Chili par des fili&#232;res contr&#244;l&#233;es par la droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde savait &#224; l'&#233;poque que la droite &#233;tait en contact avec les casernes par l'interm&#233;diaire du &#171; marquis Bulnes &#187; [Francisco Enrique Bulnes, s&#233;nateur du Parti conservateur], lequel n'h&#233;sitait pas &#224; proclamer &#171; le droit &#187; &#224; un coup d'&#201;tat. Cette id&#233;ologie avait &#233;t&#233; nourrie par les id&#233;es totalitaires de Gonz&#225;lez von Mar&#233;es, du &#171; buraliste &#187; [du nom du groupe de bourgeois commer&#231;ants &#8211; ayant le monopole de la vente de tabac, de th&#233; et de liqueurs &#8211;tr&#232;s conservateurs n&#233; en 1824 autour de Diego Portales] Jorge Prat et de Ram&#243;n Call&#237;s du Movimiento Revolucionario Nacional Sindicalista. En 1963, un secteur a envisag&#233; de proposer la candidature de Jorge Prat Echaurren &#224; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique, sur la base d'un &#171; nouvel &#201;tat &#187;, rappelant ainsi la tradition portalienne. Cette candidature a &#233;t&#233; retir&#233;e et Jorge Prat s'est &#224; nouveau pr&#233;sent&#233; sans succ&#232;s au S&#233;nat, aux c&#244;t&#233;s de Hugo G&#225;lvez, lors des &#233;lections l&#233;gislatives de 1965.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 1966, le fasciste Sergio Miranda Carrington, lors d'un meeting au Club Audax Italiano, a d&#233;clar&#233; sur un ton apocalyptique : &#171; Le temps de l'action est arriv&#233; &#187;, des propos repris en ch&#339;ur par une centaine de personnes qui se sont lev&#233;es et ont fait le salut nazi. L'ann&#233;e suivante, le Parti ouvrier national-socialiste est fond&#233;, dirig&#233; par Franz Pfeiffer, nazi avou&#233; et autoproclam&#233; &#171; chancelier du gouvernement de Dantzig en exil &#187; [39]. Cette ann&#233;e-l&#224;, le groupe ultraconservateur appel&#233; &#171; Tizona &#187; s'est form&#233; &#224; Valpara&#237;so, il &#233;tait dirig&#233; par Gonzalo Santa Mar&#237;a et Juan Antonio Widow, dont le fr&#232;re Andr&#233;s sera plus tard impliqu&#233; dans l'assassinat du g&#233;n&#233;ral Schneider. En m&#234;me temps, il s'est produit un renouveau de la droite avec l'insurrection du Movimiento Gremialista &#224; l'Universit&#233; catholique, dirig&#233;e par Jaime Guzm&#225;n, apr&#232;s la crise de 1967.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la presse on pouvait lire des commentaires sur la possibilit&#233; d'un coup d'&#201;tat et d'un auto-coup d'&#201;tat, sugg&#233;r&#233; de mani&#232;re &#224; peine voil&#233;e par &lt;i&gt;El Mercurio&lt;/i&gt;. Face &#224; la crise du Parlement avec le &#171; pouvoir de facto &#187; des militaires, le pr&#233;sident Frei a envisag&#233; l'id&#233;e d'int&#233;grer de nouveaux membres des forces arm&#233;es dans son cabinet. Sa d&#233;cision de cr&#233;er le Comit&#233; sup&#233;rieur de la s&#233;curit&#233; nationale, compos&#233;e du ministre de la D&#233;fense et des commandants en chef des trois arm&#233;es, l&#233;galisait la participation des militaires dans la vie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La tentative de coup d'&#201;tat du g&#233;n&#233;ral Viaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tentative de coup d'&#201;tat a eu lieu dans un contexte latino-am&#233;ricain bien particulier, dont l'une des caract&#233;ristiques &#233;tait la pr&#233;sence de gouvernements militaires dans le C&#244;ne Sud : Br&#233;sil, Argentine, Paraguay, P&#233;rou et Bolivie, soutenus par la r&#233;union des commandants en chef latino-am&#233;ricains, une instance promue par le chef d'&#233;tat-major de l'arm&#233;e &#233;tasunienne. Lors de la session qui s'est tenue en 1968, celui-ci a d&#233;clar&#233; que la seule fa&#231;on d'arr&#234;ter l'avanc&#233;e du communisme en Am&#233;rique latine &#233;tait l'&#233;tablissement de gouvernements dirig&#233;s par des militaires. Le g&#233;n&#233;ral chilien Sergio Castillo Ar&#225;nguiz a particip&#233; &#224; cette r&#233;union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avril de la m&#234;me ann&#233;e, &#171; quelque 80 &#233;l&#232;ves officiers de l'Acad&#233;mie de Guerre ont pr&#233;sent&#233; simultan&#233;ment des demandes individuelles de mise &#224; la retraite, ils justifiaient leur demande par leur faible r&#233;mun&#233;ration et l'absence de perspectives de carri&#232;re. Ces demandes de d&#233;mission ont provoqu&#233; un bouleversement institutionnel. Le g&#233;n&#233;ral Miqueles a &#233;t&#233; remplac&#233; par le g&#233;n&#233;ral Sergio Castillo Ar&#225;nguiz ; le ministre de la D&#233;fense, Juan de Dios Carmona, a &#233;t&#233; remplac&#233; par le g&#233;n&#233;ral &#224; la retraite Tulio Marambio &#187; [40]. Lors du d&#233;fil&#233; militaire de 1969, le major Arturo Marshall a refus&#233; de d&#233;filer devant la tribune pr&#233;sidentielle de Frei.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ses d&#233;buts, le mouvement des casernes avait apparemment un caract&#232;re corporatiste, notamment &#224; propos de l'augmentation des salaires et de l'achat d'armements pour prot&#233;ger la s&#233;curit&#233; ext&#233;rieure du pays, comme l'exprimait son porte-parole, le g&#233;n&#233;ral Roberto Viaux, alors commandant de la Premi&#232;re division de l'arm&#233;e &#224; Antofagasta, qui a demand&#233; la d&#233;mission du g&#233;n&#233;ral Tulio Marambio, ministre de la D&#233;fense. Lorsqu'il a &#233;t&#233; convoqu&#233; &#224; Santiago pour expliquer son attitude, il s'est retranch&#233;, le 21 octobre, dans la caserne de Tacna. Le gouvernement a d&#233;cr&#233;t&#233; l'&#233;tat de si&#232;ge. Dans son but de rassembler des forces au sein de l'arm&#233;e, Viaux a insist&#233; sur ses revendications apparemment corporatistes, en mettant l'accent sur une augmentation du salaire des militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ses raisons &#233;taient bel et bien d'ordre politique : il critiquait l'incapacit&#233; du gouvernement &#224; affronter la mobilisation populaire et &#224; r&#233;soudre les frictions inter-bourgeoises &#224; l'approche des &#233;lections pr&#233;sidentielles, qui pourraient voir la victoire du socialiste Salvador Allende. Le secteur militaire, dirig&#233; par Viaux, est apparu comme une alternative dans un contexte latino-am&#233;ricain o&#249; la tendance &#224; la militarisation &#233;tait manifeste, notamment apr&#232;s le coup d'&#201;tat de 1964 contre le pr&#233;sident Goulart au Br&#233;sil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Viaux n'a pas re&#231;u le soutien esp&#233;r&#233; de la part de ses compagnons d'armes et il a &#233;t&#233; oblig&#233; de revoir &#224; la baisse sa tentative de coup d'&#201;tat en demandant, simplement, au gouvernement de r&#233;soudre les probl&#232;mes des militaires. Frei a appel&#233; le peuple &#224; d&#233;fendre la l&#233;galit&#233; et la constitutionnalit&#233;. La Centrale unique des travailleurs, la F&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants du Chili, le syndicat des enseignants, la DC et la gauche ont appel&#233; &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour d&#233;fendre le gouvernement. Les militaires mutin&#233;s dans la caserne Tacna se sont rendus sans combat. Le gouvernement a accept&#233; une grande partie des revendications &#233;conomiques des soldats insubordonn&#233;s, et la plupart d'entre eux ont &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;s, tandis que d'autres, comme Viaux lui-m&#234;me, ont &#233;t&#233; mis &#224; la retraite. Le g&#233;n&#233;ral Ren&#233; Schneider a &#233;t&#233; nomm&#233; commandant en chef de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; tacnazo &#187; repouss&#233;, Viaux est devenu un professionnel du coup d'&#201;tat et, d&#232;s le premier jour de la victoire de l'Unit&#233; populaire, il a commenc&#233; &#224; conspirer pour emp&#234;cher Allende d'acc&#233;der &#224; la pr&#233;sidence. Il est parfaitement &#233;tabli que l'assassinat du g&#233;n&#233;ral Schneider en octobre 1970 a &#233;t&#233; planifi&#233; par Viaux dans le but de provoquer une intervention militaire avant l'entr&#233;e en fonction d'Allende, le 4 novembre de la m&#234;me ann&#233;e. Nous pensons qu'il y a eu une continuit&#233; politique entre les objectifs secrets du &#171; tacnazo &#187; et les tentatives de coup d'&#201;tat visant &#224; emp&#234;cher Allende de prendre ses fonctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les derniers mois du gouvernement DC ont &#233;t&#233; marqu&#233;s par des &#233;lections primaires pour d&#233;signer les candidats &#224; la pr&#233;sidence. Alors que la droite choisissait &#224; nouveau Jorge Alessandri et que le secteur progressiste de la DC parvenait &#224; imposer la candidature de Radomiro Tomic, la gauche devait trancher entre cinq noms : Salvador Allende (Parti socialiste), Jacques Chonchol (Mouvement d'action populaire unitaire), Pablo Neruda (Parti communiste), Alberto Baltra (Parti radical) et Rafael Tarud (Action populaire ind&#233;pendante). Ce processus de s&#233;lection s'est achev&#233; le 22 janvier 1970 par la d&#233;signation de Salvador Allende comme candidat &#224; la pr&#233;sidence. (Traduction : Ruben Navarro et Hans-Peter Renk) (&lt;i&gt;A suivre le lundi 5 juin&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] Patricio Dooner, &lt;i&gt;Cambios sociales y conflicto pol&#237;tico&lt;/i&gt;, &#201;CPU-ICHEH, Santiago, 1984, p. 72 et 174.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34]&lt;i&gt; El Mercurio&lt;/i&gt;, fin f&#233;vrier 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] Declaraci&#243;n del 17 de Marzo de 1968 de la Sociedad de Fomento fabril&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] Sergio Onofre Jarpa, &lt;i&gt;Creo en Chile&lt;/i&gt;, Soc. Impresora Chile Ltda., Santiago, 1973, p. 79.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] Idem, p. 91.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] Patricio Dooner,&lt;i&gt; Cambios sociales y conflicto pol&#237;tico&lt;/i&gt;, &#201;CPU-ICHEH, Santiago, 1984, p. 75 et 76.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] Ant&#233;d&#233;dents publi&#233;s dans la revue Mayor&#237;a, janvier 1973, Santiago, in : Paula Rivera y Marta S&#225;nchez, &lt;i&gt;La evoluci&#243;n P&#243;litica de la Derecha en el per&#237;odo 1958-1990, trabajo de investigaci&#243;n presentado a la C&#225;tedra sobre Am&#233;rica Latina del Prof. Luis Vitale&lt;/i&gt;, Universidad ARCIS, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40] Hern&#225;n Soto, &#171; Las armas constitucionales &#187;,&lt;i&gt; Punto Final&lt;/i&gt;, Santiago, mars 1999.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chili. &#171; Pour r&#233;cup&#233;rer la m&#233;moire historique &#187; (V)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Chili-Pour-recuperer-la-memoire-historique-V</link>
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		<dc:date>2023-06-20T06:45:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Luis Vitale</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-06-20</dc:subject>
		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Chili</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir analys&#233; la p&#233;riode du gouvernement d'Eduardo Frei (1964-1970) &#8211; voir les contributions publi&#233;es le 31 mai et les 1er, 2 et 3 juin &#8211;, Luis Vitale met l'accent ici sur la p&#233;riode cruciale allant de la victoire &#233;lectorale de Salvador Allende le 4 septembre 1970 &#8211; il est en premi&#232;re position sans majorit&#233; face &#224; deux autres candidats &#8211; &#224; sa prise de fonction le 4 novembre. Durant ces deux mois, les classes dominantes, avec l'appui direct des Etats-Unis, mettent en place un &#171; syst&#232;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-06-20-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-06-20&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Chili-+" rel="tag"&gt;Chili&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-chili-354-+" rel="tag"&gt;Chili&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH69/allendetomicalessandri-07fb7.jpg?1781169198' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='69' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir analys&#233; la p&#233;riode du gouvernement d'Eduardo Frei (1964-1970) &#8211; voir les contributions publi&#233;es le 31 mai et les 1er, 2 et 3 juin &#8211;, Luis Vitale met l'accent ici sur la p&#233;riode cruciale allant de la victoire &#233;lectorale de Salvador Allende le 4 septembre 1970 &#8211; il est en premi&#232;re position sans majorit&#233; face &#224; deux autres candidats &#8211; &#224; sa prise de fonction le 4 novembre. Durant ces deux mois, les classes dominantes, avec l'appui direct des Etats-Unis, mettent en place un &#171; syst&#232;me de garanties &#187; qui repose, d&#233;j&#224;, en grande partie sur un statut &#171; r&#233;nov&#233; &#187; de l'arm&#233;e. L'analyse de Luis Vitale est des plus instructives &#224; ce propos. Pour ce qui est l'ouvrage dont sont extraites ces contributions et sur la place et le r&#244;le de l'auteur, nous renvoyons &#224; l'introduction publi&#233;e le 31 mai. (R&#233;d.&lt;i&gt; A l'Encontre&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de A l'Encontre&lt;br class='autobr' /&gt;
5 juin 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Luis Vitale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le gouvernement de Salvador Allende : sa &#171; mise en place &#187; du 4 septembre au 4 novembre 1970&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que la campagne pr&#233;sidentielle de 1970 et l'arriv&#233;e au pouvoir de Salvador Allende doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;es chronologiquement pendant le mandat de Frei, nous nous permettons &#8211; avec une conception diff&#233;rente du &#171; temps historique &#187; &#8211; de les analyser dans ce chapitre, car ce qui s'est pass&#233; entre le 4 septembre 1970 (triomphe &#233;lectoral de l'Unit&#233; populaire) et le 4 novembre (investiture d'Allende comme pr&#233;sident) a eu des r&#233;percussions consid&#233;rables sur l'administration du pr&#233;sident assassin&#233; le 11 septembre 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sentation des candidats de droite &#8211; Jorge Alessandri [il a &#233;t&#233; pr&#233;sident de novembre 1958 &#224; novembre 1964] &#8211; et centriste &#8211; Radomiro Tomic [&#171; aile gauche &#187; de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne] &#8211; comme alternatives &#224; la candidature de Salvador Allende fut alors interpr&#233;t&#233;e par plusieurs analystes comme une erreur politique du centre-droit. &#192; leur tour, des ann&#233;es plus tard, d'&#233;minents dirigeants de l'Unit&#233; populaire (UP), comme Carlos Altamirano [pr&#233;sident du PS de 1971 &#224; 1979], ont affirm&#233; avec force qu'il aurait &#233;t&#233; plus opportun pour la gauche de s'allier &#224; la D&#233;mocratie chr&#233;tienne : &#171; Nous aurions d&#251; soutenir la candidature de Tomic et son programme &#187; [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains sociologues ont tent&#233; d'expliquer la division des candidatures avec les arguments suivants : &#171; Le Parti national &#8211; qui soutient Jorge Alessandri &#8211; puise ses votes dans les couches sup&#233;rieures traditionnelles, qui sont principalement situ&#233;es dans les zones d'activit&#233; agricole. Cependant, la pr&#233;sence de secteurs d'entrepreneurs li&#233;s aux activit&#233;s industrielles plus traditionnelles lui permet de se maintenir dans les centres de plus grande concentration industrielle. (&#8230;) La D&#233;mocratie chr&#233;tienne &#8211; qui propose la candidature de Tomic &#8211; repr&#233;senterait pour sa part une bourgeoisie industrielle moderne &#187; [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si, &#224; certains &#233;gards, cette analyse est correcte, elle &#233;tablissait une s&#233;paration trop structuraliste entre la soci&#233;t&#233; dite moderne et la soci&#233;t&#233; traditionnelle, pr&#244;n&#233;e par le sociologue Gino Germani, ainsi qu'une division statique entre les propri&#233;taires terriens et la bourgeoisie industrielle et entre l'industrie manufacturi&#232;re traditionnelle et celle de la zone dynamique et interm&#233;diaire qui, au sein du gouvernement de Jorge Alessandri, favorisait les industries exportatrices. Elle ne tenait pas compte non plus du fait que, en raison du d&#233;veloppement in&#233;gal et combin&#233; du capitalisme, les entrepreneurs agricoles avaient investi massivement dans le textile, la m&#233;tallurgie l&#233;g&#232;re et l'agroalimentaire, tandis que les industriels, pour leur part, rachetaient des exploitations agricoles. Ainsi, la bourgeoisie industrielle et la bourgeoisie agraire &#233;taient imbriqu&#233;es, par l'interm&#233;diaire de la capitalisation de la rente agraire, dans l'industrie et la territorialisation du profit industriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explication de ce groupe de sociologues sur les raisons de la fragmentation &#233;lectorale entre la droite et le centre ne satisfait pas ceux qui pensent que la lutte sociale a pris une dimension inattendue &#224; cause des mesures du gouvernement Frei, comme la r&#233;forme agraire, la &#171; chil&#233;nisation du cuivre &#187; et la dynamisation populaire. Cette &#233;quipe de politologues &#233;tait d'avis que la mont&#233;e du peuple avait aiguis&#233; la lutte des tendances au sein de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne, renfor&#231;ant l'aile gauche qui, en fin de compte, a impos&#233; la candidature de Radomiro Tomic comme le seul moyen de canaliser les larges secteurs populaires que la candidature d'Allende &#233;tait en train de gagner [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre &#233;quipe de chercheurs, dirig&#233;e par Fernando Castillo L., faisait l'analyse suivante : &#171; On pr&#233;tend que le triomphe &#233;lectoral de la gauche en 1970 est d&#251; &#224; la division de la bourgeoisie en deux candidatures. (&#8230;) Cette hypoth&#232;se se situe &#224; deux niveaux. Au niveau de l'apparence &#233;lectorale, elle explique la scission du front &#233;lectoral de la bourgeoisie. &#192; un autre niveau, plus profond, elle explique ce fait par l'existence d'une contradiction insurmontable entre les deux ailes de la bourgeoisie. Cependant, si l'on consid&#232;re le niveau id&#233;ologique de l'affrontement &#233;lectoral de 1970, on pourrait dire, au contraire, que c'&#233;tait une tentative rat&#233;e de la bourgeoisie de diviser les masses populaires en pr&#233;sentant une candidature populiste comme celle de Tomic [Fernando Castillo souligne : &#171; D'une certaine mani&#232;re, cette position peut &#234;tre vue dans la contribution de Luis Vitale, &#171; &lt;i&gt;&#191;Y despu&#233;s del 4, qu&#233; ?&lt;/i&gt; &#187;]. Si l'on examine de plus pr&#232;s ce que les deux hypoth&#232;ses tentent de dire, on s'aper&#231;oit qu'elles ne s'excluent pas tellement &#187; [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, Manuel Castells a d&#233;clar&#233; &#224; propos de la candidature de Tomic : &#171; Il a certes subtilis&#233; une partie de l'&#233;lectorat de droite, mais il a en fait soustrait l'essentiel de ses voix &#224; la gauche &#187; [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;f&#233;rences des ouvriers, des&lt;i&gt; pobladores&lt;/i&gt;, des classes moyennes radicalis&#233;es et des paysans &#233;tant divis&#233;es entre Allende et Tomic, la victoire d'Alessandri semblait assur&#233;e. Pour renforcer cela, les m&#233;dias aux mains de la droite ont instrumentalis&#233; une &#171; campagne de terreur &#187;, allant jusqu'&#224; dire qu'en cas de victoire d'Allende, les chars russes entreraient &#224; La Moneda et que les enfants chiliens seraient envoy&#233;s en Russie. &lt;i&gt;El Mercurio&lt;/i&gt; a publi&#233; une campagne publicitaire de &#171; Chile Joven &#187; qui montrait un char sovi&#233;tique arborant un marteau et une faucille sur la porte de La Moneda, avec une l&#233;gende qui disait : &#171; En Tch&#233;coslovaquie, ils ne pensaient pas non plus que cela arriverait. Mais les tanks russes sont arriv&#233;s &#187;. Ce &#224; quoi Allende a r&#233;pondu : la terreur &#171; n'est pas &#224; chercher hors de nos fronti&#232;res mais au Chili. La terreur se trouve dans la maladie des enfants, dans la malnutrition, dans les 600 000 enfants pr&#233;sentant des d&#233;ficiences intellectuelles en raison d'une mauvaise alimentation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tomic a progressivement hauss&#233; le ton de son discours populiste &#224; mesure que le soutien populaire &#224; Salvador Allende augmentait. Ses attaques formelles contre l'oligarchie et le capitalisme &#233;taient souvent aussi tranchantes que celles de l'UP, au point que plusieurs analystes ne trouvaient aucune diff&#233;rence substantielle entre Tomic et Allende. Plusieurs journaux ont fait une comparaison entre les deux candidats, pla&#231;ant le programme de Tomic dans une colonne et celui d'Allende dans l'autre, pour souligner la similitude de leurs programmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si un doute subsistait quant &#224; la division de la bourgeoisie sur ces deux candidats, le dernier meeting d'Alessandri, le dimanche 30 ao&#251;t 1970, a dissip&#233; tout malentendu, puisque toute la classe dirigeante et la petite bourgeoisie ais&#233;e ont r&#233;pondu pr&#233;sent. La quasi-totalit&#233; des habitants de Las Condes, Providencia, Vitacura et une partie de &#209;u&#241;oa et du centre de Santiago ont quitt&#233; leurs quartiers r&#233;sidentiels pour assister en masse au plus grand rassemblement jamais organis&#233; par la bourgeoisie chilienne. En m&#234;me temps, les rassemblements de masse d'Allende dans le Nord, &#224; Valpara&#237;so, Concepci&#243;n et, surtout, Santiago, laissaient pr&#233;sager une votation tr&#232;s serr&#233;e, comme cela a finalement &#233;t&#233; le cas :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_42491 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH126/d9eaf4e351fb191b-1fdb3e25-be8f1.jpg?1781169199' width='500' height='126' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Allende a remport&#233; les &#233;lections dans 10 provinces : dans les quatre provinces du nord, avec une majorit&#233; &#233;crasante de travailleurs des mines, de la mer, de la p&#234;che et des ports ; dans la province mini&#232;re et paysanne d'O'Higgins ; dans les provinces de Curic&#243; et de Talca, deux provinces avec une forte concentration de travailleurs agricoles ; dans la province de Concepci&#243;n, deuxi&#232;me centre du prol&#233;tariat industriel et minier ; dans la province d'Arauco, avec une pr&#233;dominance presque absolue des mineurs ; et dans la province de Magallanes, o&#249; l'on trouve une majorit&#233; de travailleurs du p&#233;trole et de paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alessandri a gagn&#233; &#224; Santiago et dans 12 provinces du centre-sud, principalement avec une majorit&#233; rurale. Tomic est arriv&#233; premier &#224; Valpara&#237;so et Ays&#233;n, deuxi&#232;me &#224; Concepci&#243;n, Caut&#237;n et Malleco, obtenant des pourcentages sup&#233;rieurs &#224; sa moyenne g&#233;n&#233;rale dans les bureaux de vote majoritairement f&#233;minins des communes pauvres des villes et des villages ruraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun candidat n'ayant obtenu la majorit&#233; absolue, il revenait au Congr&#232;s national [Chambre des s&#233;nateurs et Chambre des d&#233;put&#233;s r&#233;unis] de choisir l'un des deux candidats arriv&#233;s en t&#234;te [aucun n'ayant la majorit&#233;], comme le pr&#233;voyait la Constitution r&#233;form&#233;e de 1925. Jusqu'alors, lorsque se pr&#233;sentait cette configuration du vote pour les deux premiers candidats &#8211; comme ce fut le cas lors de l'&#233;lection de 1958 entre Alessandri et Allende &#8211;, il &#233;tait normal que le crit&#232;re du choix pour le candidat arriv&#233; en t&#234;te soit accept&#233; &#224; l'avance par le Congr&#232;s national. Mais en 1970 la situation politique &#233;tait diff&#233;rente, car la droite ne voulait pas voir la gauche prendre le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que s'est engag&#233; un processus historique entre le 4 septembre et le 4 novembre, au cours duquel trois options ont &#233;t&#233; tent&#233;es par la droite et le centre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) conditionner le soutien de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne &#224; l'engagement d'Allende &#224; respecter les bases d'un document appel&#233; &#171; Statut des garanties constitutionnelles &#187; (Estatuto de las Garantias Constitucionales) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) voter pour le second candidat, c'est-&#224;-dire pour Alessandri, une proposition de la droite parlementaire &#8211; avec un possible soutien de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne si Allende n'acceptait pas les conditions susmentionn&#233;es &#8211; consistant &#224; voter pour Alessandri, lequel apr&#232;s avoir assum&#233; la pr&#233;sidence pendant une courte p&#233;riode d&#233;missionnerait pour laisser place &#224; l'&#233;lection d'un nouveau pr&#233;sident, o&#249; la possibilit&#233; d'une candidature de Frei serait &#233;tudi&#233;e ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) la mise en oeuvre d'un coup d'&#201;tat militaire pour emp&#234;cher Allende de devenir pr&#233;sident, une variante qui avait le soutien du d&#233;partement d'&#201;tat am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;tails de chacune de ces alternatives &#233;taient les suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a) &lt;/strong&gt; Sept jours apr&#232;s le triomphe d'Allende, Benjam&#237;n Prado, pr&#233;sident du Parti d&#233;mocrate-chr&#233;tien, a d&#233;clar&#233; publiquement : &#171; La D&#233;mocratie chr&#233;tienne constitue la seule force politique d&#233;mocratique capable d'opposer sa solidit&#233; id&#233;ologique et le soutien de sa base, devenant ainsi le rempart le plus ferme pour la d&#233;fense de la libert&#233; et des garanties individuelles &#187; [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement et de mani&#232;re synchronis&#233;e, Andr&#233;s Zald&#237;var, ministre des Finances du gouvernement d&#233;mocrate-chr&#233;tien de Frei, a publi&#233; un rapport alarmant sur l'&#233;tat de l'&#233;conomie nationale : &#171; Suite &#224; l'&#233;lection, le comportement de l'&#233;conomie a radicalement chang&#233;. (&#8230;) Le premier impact s'est traduit essentiellement par une violente pression exerc&#233;e par les d&#233;tenteurs des d&#233;p&#244;ts et les &#233;pargnants pour retirer leurs ressources. (&#8230;) D'autre part, le flux d'entr&#233;es de capitaux s'est arr&#234;t&#233; brusquement et ne montre aucun signe de reprise. (&#8230;) Certaines entreprises ont proc&#233;d&#233; &#224; la suspension de leurs plans d'expansion et m&#234;me &#224; l'arr&#234;t de ceux qui &#233;taient en cours. (&#8230;) Apr&#232;s le 4 septembre, la construction de logements financ&#233;s par le secteur priv&#233; a &#233;t&#233; s&#233;rieusement affect&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'annonce catastrophiste de Zald&#237;var constituait une nouvelle version de la &#171; campagne de terreur &#187; sur le sort du Chili si Allende arrivait &#224; la pr&#233;sidence. La CIA a contribu&#233; &#224; hauteur de 1,8 millions dollars &#224; cette campagne, soutenue par un m&#233;morandum de l'entreprise International Telephone &amp; Telegraph (ITT) : &#171; Les possibilit&#233;s actuelles pour emp&#234;cher la prise du pouvoir par Allende reposent fondamentalement sur un effondrement &#233;conomique. (&#8230;) Des efforts clandestins sont d&#233;ploy&#233;s pour mettre en faillite une ou deux des plus importantes institutions d'&#233;pargne et de cr&#233;dit. On s'attend &#224; ce que cela d&#233;clenche une ru&#233;e sur les banques et la fermeture de certaines usines. (&#8230;) Le ch&#244;mage et les troubles pourraient produire suffisamment de violence pour obliger les militaires &#224; intervenir &#187; [7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;El Mercurio&lt;/i&gt; a profit&#233; de la situation pour affirmer le 25 septembre : &#171; Aujourd'hui, l'opinion publique constate qu'en quelques jours la panique a d&#233;truit une prosp&#233;rit&#233; qui semblait progresser r&#233;guli&#232;rement, tandis que l'utilisation de mesures telles que celles conseill&#233;es par l'Unit&#233; populaire serait capable d'acc&#233;l&#233;rer l'inflation &#224; des vitesses impr&#233;visibles, d&#233;truisant des capitaux qui ont mis de nombreuses ann&#233;es &#224; se former. (&#8230;) L'&#233;conomie est gravement menac&#233;e par un changement de syst&#232;me orient&#233; vers l'an&#233;antissement de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production. (&#8230;) Le Chili risque de glisser vers une catastrophe &#233;conomique &#187;. L'avertissement &#233;tait clair : il fallait &#224; tout prix emp&#234;cher Allende d'acc&#233;der &#224; la pr&#233;sidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques semaines plus tard, les d&#233;mocrates-chr&#233;tiens ont pr&#233;sent&#233; au candidat qui avait remport&#233; d&#233;mocratiquement les &#233;lections un document intitul&#233; &#171; Statut des garanties constitutionnelles &#187; pour obtenir qu'Allende s'engage &#224; respecter les points qui y &#233;taient pr&#233;sent&#233;s, une proposition rendue publique le 24 septembre. Les 75 parlementaires de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne voteraient en faveur d'Allende lors du Congr&#232;s seulement si cette exigence &#233;tait accept&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces conditions, pos&#233;es &#224; celui qui avait obtenu le plus de voix, contenaient un point de grande importance pour l'avenir du pays : le concept &#171; d'autonomie des forces arm&#233;es &#187;, qui n'&#233;tait m&#234;me pas envisag&#233; dans la Constitution de 1833 et encore moins dans la Constitution en vigueur, celle de 1925. Cette exigence des plus hautes autorit&#233;s de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne a &#233;t&#233; exprim&#233;e dans les termes pr&#233;cis suivants : &#171; Nous souhaitons que les forces arm&#233;es et le corps des carabiniers continuent &#224; &#234;tre une garantie de notre coexistence d&#233;mocratique. Cela exige le respect des structures organisationnelles et des hi&#233;rarchies des forces arm&#233;es et des carabiniers, des syst&#232;mes de nomination, des exigences et des r&#232;gles disciplinaires en vigueur, en veillant &#224; ce qu'elles soient &#233;quip&#233;es de mani&#232;re ad&#233;quate pour leur mission de garantir la s&#233;curit&#233; nationale, sans utiliser les t&#226;ches qui leur sont assign&#233;es pour participer au d&#233;veloppement national afin de les d&#233;tourner de leurs fonctions sp&#233;cifiques, et sans compromettre leurs budgets &#187; [8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point &#8211; ignorant ainsi les pouvoirs constitutionnels du pr&#233;sident, en sa qualit&#233; d'autorit&#233; supr&#234;me pour nommer les hauts commandements et remplacer tout g&#233;n&#233;ral ou corps militaire qui ne reconna&#238;trait pas l'ob&#233;issance au pr&#233;sident &#8211; a ensuite &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; comme une r&#233;forme constitutionnelle, approuv&#233;e par le Congr&#232;s le 22 octobre 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est g&#233;n&#233;ralement admis que l'autonomie des forces arm&#233;es n'a &#233;t&#233; sanctionn&#233;e que par la Constitution de 1980. La v&#233;rit&#233;, prouv&#233;e par des sources documentaires, montre sans &#233;quivoque que son origine remonte &#224; la r&#233;forme constitutionnelle du 22 octobre 1970. Il a alors &#233;t&#233; explicitement &#233;tabli que les forces arm&#233;es seraient la garantie de &#171; notre coexistence d&#233;mocratique &#187;, une attribution qui d&#233;passait leur fonction traditionnelle de garantie et de d&#233;fense de l'int&#233;grit&#233; territoriale et de la s&#233;curit&#233; nationale face &#224; toute menace ext&#233;rieure. Afin d'appr&#233;cier la signification transcendantale de cette r&#233;forme, nous transcrivons l'article 22, chapitre III, sur les garanties constitutionnelles, de la Constitution de 1925 : &#171; La force publique est essentiellement ob&#233;issante. Aucun corps arm&#233; ne peut discuter &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau concept du r&#244;le des forces arm&#233;es dans le cadre de l'intervention pour garantir la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure &#233;tait conforme &#224; la doctrine de s&#233;curit&#233; nationale recommand&#233;e par le d&#233;partement d'&#201;tat am&#233;ricain au d&#233;but des ann&#233;es 1960 et mise en pratique au Br&#233;sil avec le coup d'&#201;tat militaire contre le pr&#233;sident Joao Goulart en 1964.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette intervention politique des forces arm&#233;es faisait fi de leur devoir d'ob&#233;issance au pouvoir ex&#233;cutif et &#233;tait soutenue par la r&#233;solution d'&#171; autonomie &#187; qui leur avait &#233;t&#233; accord&#233;e dans la nouvelle r&#233;forme constitutionnelle et, en d&#233;finitive, par le pouvoir de la classe dirigeante, qui pouvait se sentir menac&#233;e par un &#233;ventuel changement du syst&#232;me politique et social. C'est d'ailleurs ainsi qu'a &#233;t&#233; justifi&#233; le coup d'&#201;tat militaire contre le gouvernement d'Allende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut noter que ce point, tout comme d'autres du &#171; statut des garanties &#187;, a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; par le Conseil national de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne. Il a toutefois rencontr&#233; l'opposition d'une majorit&#233; de sa base et, surtout, celle de Radomiro Tomic : comme candidat arriv&#233; en troisi&#232;me position, ce dernier a reconnu publiquement le triomphe de Salvador Allende et son droit &#224; &#234;tre pr&#233;sident, comme cela avait &#233;t&#233; traditionnellement le cas lors des &#233;lections pr&#233;sidentielles pr&#233;c&#233;dentes o&#249; aucun des candidats n'avait obtenu plus de 50% des voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commentant cette situation anormale, Clodomiro Almeyda a publi&#233; un article tr&#232;s bien argument&#233; dans le journal&lt;i&gt; Las &#218;ltimas Noticias&lt;/i&gt; : &#171; Le fait d'introduire dans le vocabulaire politique le concept inhabituel de l'&#8220;autonomie&#8221; des forces arm&#233;es et de placer ce concept sur le m&#234;me plan que celui de l'autonomie des universit&#233;s, comme s'il s'agissait d'id&#233;es analogues, contient &#8211; pour le moins &#8211; une dangereuse confusion conceptuelle et th&#233;orique aux cons&#233;quences politiques in&#233;luctables. (&#8230;) Les forces arm&#233;es ne sont pas, par d&#233;finition, autonomes au sens o&#249; le sont les universit&#233;s. L'essence de l'institution militaire est qu'elle est li&#233;e au pouvoir ex&#233;cutif, c'est-&#224;-dire &#224; la plus haute autorit&#233; de l'&#201;tat, par le lien de l'ob&#233;issance &#187; [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d'un quart de si&#232;cle plus tard, le 10 septembre 1995, le s&#233;nateur Bruno Siebert, g&#233;n&#233;ral &#224; la retraite, d&#233;clarait : &#171; Les dispositions constitutionnelles des forces arm&#233;es ne sont pas un h&#233;ritage du r&#233;gime militaire, qui s'est content&#233; de les recueillir et de les ordonner. (&#8230;) Elles sont tout simplement le bon h&#233;ritage du parti majoritaire au pouvoir, la D&#233;mocratie chr&#233;tienne, recueillant le fruit d'une &#233;volution du r&#233;gime d&#233;mocratique chilien &#187; [10], exprim&#233;e dans les garanties constitutionnelles propos&#233;es par la D&#233;mocratie chr&#233;tienne &#224; Salvador Allende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point des pr&#233;tendues &#171; garanties constitutionnelles &#187; consistait &#224; interdire toute intervention d'&#171; autres organismes de fait agissant au nom d'un suppos&#233; pouvoir populaire &#187;, avec l'intention &#233;vidente d'emp&#234;cher Allende de renforcer le pouvoir de sa base sociale. D'autres clauses font r&#233;f&#233;rence au caract&#232;re &#171; non-expropriable &#187; de tout moyen de communication, &#224; la libert&#233; d'expression, &#224; l'inviolabilit&#233; de la correspondance, &#224; la libert&#233; du travail, &#224; la volont&#233; de ne pas entraver la cr&#233;ation et le d&#233;veloppement des &#233;coles publiques priv&#233;es, &#224; la volont&#233; de ne pas modifier les textes et manuels traditionnels de l'enseignement primaire et secondaire. Les n&#233;gociations pour pr&#233;senter ces propositions au Congr&#232;s ont &#233;t&#233; men&#233;es par Ren&#225;n Fuentealba, Bernardo Leighton et Luis Maira (Parti d&#233;mocrate-chr&#233;tien) et Anselmo Sule, Orlando Millas et Luis Herrera (Unit&#233; populaire), et ont &#233;t&#233; approuv&#233;es par 94 voix et 10 abstentions, lors de la session du 15 octobre 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b)&lt;/strong&gt; Le choix de la droite, repr&#233;sent&#233;e par le Parti national, consistait &#224; appeler les s&#233;nateurs et les d&#233;put&#233;s &#224; voter au Congr&#232;s pour le candidat arriv&#233; en deuxi&#232;me position, Jorge Alessandri. Cette man&#339;uvre politique a &#233;chou&#233; lorsque Alessandri, dans un geste d&#233;mocratique, a fait une d&#233;claration publique le 19 octobre o&#249; il a renonc&#233; &#224; sa candidature, appelant ouvertement les parlementaires &#224; ne pas voter pour lui, dans le but &#233;vident d'aider (litt&#233;ralement) &#171; Don Salvador Allende &#224; assumer le commandement supr&#234;me dans un climat de grand calme &#187; [11]. Selon l'historien Rafael Gumucio, &#171; la man&#339;uvre a &#233;chou&#233; car la grande majorit&#233; de l'Assembl&#233;e nationale du Parti d&#233;mocrate-chr&#233;tien &#233;tait encline &#224; respecter la tradition &#187; [12].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, Francisco Bulnes Sanfuentes et Sergio Onofre Jarpa, hauts dirigeants du Parti national, ont insist&#233; pour voter en faveur d'Alessandri lors du Congr&#232;s et, en cas de d&#233;mission de ce dernier, une nouvelle &#233;lection pr&#233;sidentielle serait convoqu&#233;e, o&#249; l'on &#233;tudierait la possibilit&#233; d'une candidature d'Eduardo Frei : cela ne constituerait pas une r&#233;&#233;lection, puisqu'il y aurait eu un bref interr&#232;gne pendant la pr&#233;sidence d'Alessandri ; cette man&#339;uvre a &#233;chou&#233; en raison de la d&#233;termination de Jorge Alessandri &#224; respecter la premi&#232;re majorit&#233; obtenue par Allende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) D&#232;s le premier jour de la victoire d'Allende, l'option d'un coup d'&#201;tat militaire a &#233;t&#233; envisag&#233;e. La nuit du 4 septembre, alors que l'on annon&#231;ait officiellement les r&#233;sultats presque d&#233;finitifs, donnant la majorit&#233; &#224; Salvador Allende, il y a eu un moment d'angoisse lorsque des chars et des soldats, dirig&#233;s par le g&#233;n&#233;ral Camilo Valenzuela, ont avanc&#233; vers le palais pr&#233;sidentiel de La Moneda, obligeant des journalistes comme Augusto Olivares (de la cha&#238;ne 9 de l'Universit&#233; du Chili), inquiets de cette mobilisation militaire, &#224; se rendre sur les lieux de ces &#233;tranges &#233;v&#233;nements. &#192; ce moment-l&#224;, aucun politicien n'a &#233;tabli de lien entre le mouvement inhabituel des chars d'assaut et une tentative de coup d'&#201;tat. M&#234;me si des documents ult&#233;rieurs ont montr&#233; qu'&#224; cette &#233;poque le g&#233;n&#233;ral Camilo Valenzuela &#233;tait d&#233;j&#224; li&#233; &#224; la CIA et qu'il est devenu peu apr&#232;s un acteur cl&#233; dans les plans d'enl&#232;vement du g&#233;n&#233;ral Schneider [assassin&#233; en octobre 1970], selon les propres documents de la CIA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 22h30, &#171; le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur a promis, apr&#232;s avoir donn&#233; les derniers chiffres partiels, que &#8220;dans cinq minutes&#8221; le d&#233;pouillement d&#233;finitif serait annonc&#233;. Ces cinq minutes ont &#233;t&#233;, selon Hern&#225;n Millas, &#8220;les plus longues de l'ann&#233;e&#8221;. Ce n'est qu'&#224; 1h45 du matin, le lendemain, que le ministre Rojas a communiqu&#233; les r&#233;sultats &#187; [13].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment, cette nuit-l&#224;, d'&#233;minents dirigeants politiques se sont rendus &#224; la rue Phillip, la r&#233;sidence de Jorge Alessandri, pour obtenir son avis sur le r&#233;sultat de l'&#233;lection. Il a r&#233;pondu que son commandement &#233;lectoral reconnaissait la victoire d'Allende et que s'il y avait une quelconque intention de d&#233;savouer le vainqueur, ils devraient y r&#233;fl&#233;chir &#224; deux fois car cela pourrait entra&#238;ner une r&#233;bellion populaire [14].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des premi&#232;res semaines d'octobre, il s'est produit des &#233;v&#233;nements alarmants : la tentative d'assassinat d'Allende par l'ancien major Arturo Marshall avec un fusil &#224; lunettes, la tentative d'attentat &#224; l'a&#233;roport de Pudahuel, l'attentat contre Aniceto Rodr&#237;guez (secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Parti socialiste), et le complot d'officiers militaires &#224; la retraite, dont H&#233;ctor Mart&#237;nez Amaro, Manuel Mayorga et Hugo Schmidt. En ao&#251;t 1970, le commandant L&#243;pez avait publi&#233; un article dans l'organe officiel de l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral, la revue &lt;i&gt;Memorial del Ej&#233;rcito de Chile&lt;/i&gt;, o&#249; il d&#233;clarait : &#171; Il est plus important d'&#233;viter de d&#233;clencher la violence que de la r&#233;primer ou de planifier la r&#233;pression &#187; [15]. Et plus t&#244;t, en mars 1970, alors que le triomphe d'Allende &#233;tait tr&#232;s probable, a eu lieu le &#171; complot de P&#226;ques &#187;, dirig&#233; par l'ancien g&#233;n&#233;ral Horacio Gamboa N&#250;&#241;ez et le major Arturo Marshall, qui avait sign&#233; un texte de d&#233;position du pr&#233;sident Frei.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les premi&#232;res semaines de septembre 1970, la droite a tent&#233; de conqu&#233;rir une base sociale parmi la petite bourgeoisie et les classes moyennes salari&#233;es pour emp&#234;cher Allende d'acc&#233;der &#224; la pr&#233;sidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal quotidien chilien, &lt;i&gt;El Mercurio&lt;/i&gt;, dans son &#233;dition du 13 septembre, a appel&#233; ces secteurs &#224; exiger des garanties plus fermes pour conserver leurs maisons et leurs voitures, comme si Allende avait jamais d&#233;clar&#233; qu'il allait les leur enlever : &#171; Il convient que les secteurs moyens analysent dans leur sens et leur port&#233;e exacts les garanties qui leur sont propos&#233;es &#187;. Le m&#234;me jour, &lt;i&gt;El Mercurio&lt;/i&gt; a cherch&#233; dans son &#233;ditorial &#224; semer la panique parmi les propri&#233;taires de camions, d'autobus et de commerces de d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tentative d'&#233;largir la base sociale petite-bourgeoise a &#233;t&#233; tr&#232;s clairement men&#233;e par le groupe fasciste [paramilitaire] Patria y Libertad, qui connaissait les tactiques utilis&#233;es par Mussolini et Hitler pour gagner les couches moyennes conservatrices, qui pr&#233;f&#233;raient un r&#233;gime autoritaire. Son chef, Pablo Rodriguez Grez, a appel&#233;, lors du rassemblement du 11 septembre, organis&#233; dans le stade du Chili, &#224; la cr&#233;ation d'une &#171; &#233;p&#233;e civile &#187; : &#171; Ils ne passeront pas, ils ne peuvent pas passer ! (&#8230;) Ce processus &#233;lectoral prendra fin, quel que ce soit le vainqueur et quoi qu'il advienne. (&#8230;) Ceux qui pensent que nous menons le Chili &#224; la guerre civile ont peur et sont des l&#226;ches. (&#8230;) S'ils veulent la guerre civile, ils nous trouveront debout, ici. (&#8230;) Nous les avertissons, nous allons r&#233;tablir l'ordre au Chili et utiliser la force si n&#233;cessaire &#187; [16].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Viaux a d&#233;clar&#233; le 16 septembre que la &#171; Patrie n'est ni n&#233;gociable ni &#224; n&#233;gocier &#187; et qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; se battre &#171; avec ses compagnons d'armes &#187;. Pour sa part, la F&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants universitaires catholiques, dans sa d&#233;claration du 14 septembre, a appel&#233; les catholiques &#171; &#224; r&#233;veiller leur conscience religieuse et &#224; demander &#224; Dieu &#8211; avec une foi affich&#233;e et profonde &#8211; que la Providence interc&#232;de pour sauver le Chili du marxisme. (&#8230;) Nous n'&#233;pargnerons aucun effort, sacrifice ou risque, quels qu'ils soient, car c'est la Patrie elle-m&#234;me qui est en jeu &#187; [17].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des documents d'octobre 1970 prouvent que la CIA &#233;tait li&#233;e &#224; un secteur de l'arm&#233;e, tandis que ses agents tentaient de provoquer une riposte terroriste de la part de la gauche, comme l'indique l'un de ses documents : &#171; Les efforts se poursuivent &#233;galement pour provoquer une r&#233;action violente de l'extr&#234;me gauche, ce qui produirait l'atmosph&#232;re n&#233;cessaire &#224; une intervention militaire &#187; [18]. &#192; la mi-octobre, des officiers sup&#233;rieurs de la marine ont communiqu&#233; &#224; Allende &#171; l'existence de raz-de-mar&#233;e insoup&#231;onn&#233;s : le commandant en chef, l'amiral Porta Angulo, a &#233;t&#233; remplac&#233; par le chef de la zone navale de Valpara&#237;so, l'amiral Barrios Tirado &#187; [19].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'escalade du coup d'&#201;tat a atteint son paroxysme avec l'attentat contre Ren&#233; Schneider, commandant en chef de l'arm&#233;es, le 22 octobre &#224; 8h45. L'op&#233;ration a &#233;t&#233; dirig&#233;e et ex&#233;cut&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Roberto Viaux, auteur de la tentative de coup d'&#201;tat contre Frei analys&#233;e dans la contribution pr&#233;c&#233;dente. L'attentat, perp&#233;tr&#233; quelques heures avant la session du Congr&#232;s national, s'est sold&#233; par un affrontement au cours duquel le g&#233;n&#233;ral Schneider a &#233;t&#233; gri&#232;vement bless&#233;. Il avait fait preuve d'une manifeste vocation d&#233;mocratique en faveur du gouvernement l&#233;gitimement &#233;lu, connue sous le nom de &#171; doctrine Schneider &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 octobre &#224; 21h30, &#224; la t&#233;l&#233;vision nationale le pr&#233;sident Frei s'est adress&#233; au pays. Alors qu'il pronon&#231;ait ses premi&#232;res phrases, il a &#233;t&#233; interrompu lorsqu'il a dit : &#171; L'attaque contre Schneider comme d'autres&#8230; &#187; des voix se sont fait entendre, et l'&#233;mission a &#233;t&#233; imm&#233;diatement coup&#233;e. Une demi-heure plus tard, Frei a repris son discours, en omettant la premi&#232;re phrase. Cette situation inhabituelle a &#233;t&#233; entendue par des milliers de personnes, mais curieusement elle n'a pas &#233;t&#233; comment&#233;e par la presse [20].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des sources documentaires prouvent que le d&#233;partement d'&#201;tat et la CIA ont jou&#233; un r&#244;le actif dans la pr&#233;paration d'un coup d'&#201;tat militaire entre le 4 septembre et le 4 novembre, un fait sur lequel a enqu&#234;t&#233; la commission du Congr&#232;s pr&#233;sid&#233;e par le s&#233;nateur Frank Church [21]. Les agents de l'International Telephone &amp; Telegraph (propri&#233;taire de la Compa&#241;&#237;a de Tel&#233;fonos de Chile) Berrelex et Hendrix ont indiqu&#233; dans leurs rapports du 15 septembre que &#171; l'ambassadeur Edward Korry a finalement re&#231;u un message du D&#233;partement d'&#201;tat qui lui donnait le feu vert pour agir au nom du pr&#233;sident Nixon. Le message lui conf&#233;rait l'autorit&#233; supr&#234;me pour faire tout ce qui &#233;tait possible &#8211; &#224; d&#233;faut d'une action de type R&#233;publique dominicaine [coup d'&#201;tat de septembre 1963 contre Juan Bosch] &#8211; pour &#233;viter la prise du pouvoir par Allende &#187; [22].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son rapport au pr&#233;sident Nixon, l'ambassadeur Edward Korry, journaliste et correspondant de guerre en Europe &#224; la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'a mis en garde contre le danger de voir Allende acc&#233;der &#224; la pr&#233;sidence : &#171; Le Chili a vot&#233; calmement pour avoir un &#201;tat marxiste-l&#233;niniste, la premi&#232;re nation au monde &#224; faire ce choix librement et en toute connaissance de cause. Il aura un effet tr&#232;s profond sur l'Am&#233;rique latine &#187;. Dans ses m&#233;moires, Henry Kissinger a &#233;crit qu'imm&#233;diatement apr&#232;s la victoire &#233;lectorale d'Allende, Nixon &#171; &#233;tait hors de lui. Pendant plus d'une d&#233;cennie, il a critiqu&#233; les administrations d&#233;mocrates pour avoir permis l'&#233;tablissement du pouvoir communiste &#224; Cuba. Et maintenant, une autre Cuba &#233;tait n&#233;e sous sa propre administration &#187; [23].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des documents d&#233;classifi&#233;s en novembre 1998, appartenant aux archives &#233;tatsuniennes r&#233;v&#232;lent qu'en septembre 1970, le pr&#233;sident Richard Nixon a donn&#233; son feu vert au projet &#171; Fubelt &#187;, planifi&#233; par Henry Kissinger, conseiller &#224; la s&#233;curit&#233; nationale, et Richard Holmes, directeur de la CIA, pour emp&#234;cher Allende de prendre le pouvoir au Chili, projet dot&#233; d'un budget de 10 millions de dollars. Il indique &#233;galement que ce projet &#233;tait plac&#233; sous la supervision de Thomas Karamessines, chef des plans de la CIA, lequel soutenait les activit&#233;s conspiratrices du g&#233;n&#233;ral Roberto Viaux, un plan connu sous le nom de &#171; Track II &#187;. Dans ces 20 documents d&#233;classifi&#233;s &#8211; certains d'entre eux ont &#233;t&#233; caviard&#233;s &#8211; il &#233;tait indiqu&#233; que la droite chilienne &#233;tait aveugle et &#171; errait avec une myopie et une stupidit&#233; arrogante &#187;, pr&#234;chant &#171; la vengeance contre les d&#233;mocrates-chr&#233;tiens, qu'ils consid&#233;raient comme un ennemi plus clair, du fait de leur trahison de classe, que leur [v&#233;ritable] ennemi de classe &#187; [24].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt-quatre ans plus tard, William Colby, directeur de la CIA (1973-1976) sous Richard Nixon et Gerald Ford, a fait quelques remarques importantes le 26 mai 1994 sur la cha&#238;ne 7 de la t&#233;l&#233;vision, dans un reportage de l'&#233;mission &#171; El Mirador &#187;, anim&#233;e par Patricio Ba&#241;ados. Lorsque le journaliste lui a demand&#233; si la CIA &#233;tait intervenue dans le coup d'&#201;tat militaire de 1973, Colby a r&#233;pondu que la CIA avait effectivement soutenu cette intervention des forces arm&#233;es, mais que sa principale intervention avait eu lieu imm&#233;diatement apr&#232;s le triomphe de l'Unit&#233; populaire, car les &#201;tats-Unis n'&#233;taient pas pr&#234;ts &#224; permettre un nouveau Cuba ; une strat&#233;gie qu'ils ont r&#233;ussi &#224; mettre en &#339;uvre en octobre 1970 avec l'attentat contre le g&#233;n&#233;ral Schneider : &#171; On pensait que si on le mettait hors d'&#233;tat de nuire, non pas en le tuant, mais en l'enlevant, le reste des militaires accepterait de mener un coup d'&#201;tat contre Monsieur Allende. Mais le groupe que nous avons aid&#233; en lui fournissant des armes &#8211; parce que deux groupes pr&#233;voyaient d'enlever le g&#233;n&#233;ral Schneider &#8211; n'a pas particip&#233; &#224; l'assaut. Celui qui est pass&#233; &#224; l'action, c'est l'autre groupe, avec lequel nous avions rompu les relations parce qu'il &#233;tait tr&#232;s irresponsable &#187; [25].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Colby faisait allusion aux g&#233;n&#233;raux Roberto Viaux, Mario Igualt, Luis Binet, Ra&#250;l Cosmelli et d'autres, qui ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s, jug&#233;s et condamn&#233;s, principalement Viaux, qui est parti au Paraguay de Stroessner et est ensuite retourn&#233; au Chili sous le gouvernement militaire. Enfin, Colby a reconnu que la CIA a donn&#233; de l'argent pour emp&#234;cher Allende de prendre le pouvoir : &#171; Ce n'&#233;tait pas de l'argent pour des pots-de-vin ou des gains personnels, mais pour des militants et des publications. Mais nous avons toujours gard&#233; le contr&#244;le sur l'utilisation de cet argent et nous avions les moyens de v&#233;rifier si un journal avait effectivement augment&#233; sa diffusion gr&#226;ce &#224; notre aide &#187; [26].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Schneider est d&#233;c&#233;d&#233; le 23 octobre, paralysant la strat&#233;gie de la CIA qui, selon Colby, consistait &#224; enlever le g&#233;n&#233;ral pendant quelques jours, en rejetant la responsabilit&#233; de l'&#233;v&#233;nement sur la gauche, afin de colmater les fissures qui existaient dans l'arm&#233;e et d'homog&#233;n&#233;iser ses cadres pour canaliser le coup d'&#201;tat sans divisions internes. Mais le plan a &#233;chou&#233; parce que le commando de Viaux a agi trop vite ; le crime d'un g&#233;n&#233;ral contre un autre g&#233;n&#233;ral a accentu&#233; la division dans les rangs de l'arm&#233;e, rendant ainsi impossible la concr&#233;tisation du coup d'&#201;tat m&#233;ticuleusement pr&#233;par&#233; par la CIA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Congr&#232;s national a adopt&#233; la r&#233;forme constitutionnelle le 22 octobre, apr&#232;s quelques modifications partielles qu'il a effectu&#233;es aux exigences pr&#233;sent&#233;es par la D&#233;mocratie chr&#233;tienne, ce qui explique que les 80 parlementaires de l'Unit&#233; populaire aient vot&#233; pour ; les 45 d&#233;put&#233;s et s&#233;nateurs du Parti national se sont abstenus. Allende a &#233;t&#233; proclam&#233; pr&#233;sident par l'ensemble du Congr&#232;s le 24 octobre et a pris ses fonctions le 4 novembre. (Traducteurs Ruben Navarro et Hans-Peter Renk) (A suivre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Patricia Politzer, &lt;i&gt;Carlos Altamirano&lt;/i&gt;, Ed. Melqu&#237;ades, Santiago, 1989, p. 119.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] &#171; Conflicto Pol&#237;tico y Estructura Social &#187;, document &#233;labor&#233; par un groupe de professeurs du D&#233;partement de Sociologie de l'Universidad de Chile et de l'Institut Central de Sociologie de l'Universit&#233; de Concepci&#243;n, s/f, &#233;labor&#233; en 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Luis Vitale, &lt;i&gt;Y despu&#233;s del 4, &#191;qu&#233; ?&lt;/i&gt;, Ed. PLA, Santiago, 20-9-1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Fernado Castillo V., Rafael Echeverr&#237;a y Jorge Larrain : &#171; Las masas, el Estado y el problema del poder en Chile &#187;, &lt;i&gt;Cuadernos de la Realidad Nacional &lt;/i&gt; (CEREN), N&#176; 16, Santiago, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Manuel Castells,&lt;i&gt; La lucha de clases en Chile&lt;/i&gt;, Ed. Siglo XXI, M&#233;xico, 1974, p. 337&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] D&#233;clarations de Benjam&#237;n Prado, pr&#233;sident du PDC, au journal &lt;i&gt;El Mercurio&lt;/i&gt; &#8211; et d'autres -, Santiago, 11-9-1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7]&lt;i&gt; Documentos Secretos&lt;/i&gt; de la ITT, Empresa Editora Nacional Quimant&#250; Ltda., Santiago, 1972, p. 24.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8]&lt;i&gt; El Mercurio, El Clar&#237;n&lt;/i&gt; et d'autres journaux chiliens, 24-9-1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Journal&lt;i&gt; Las noticias de &#250;ltima hora&lt;/i&gt;, 25-9-1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] D&#233;clarations du s&#233;nateur Bruno Siebert, g&#233;n&#233;ral en retraite, au journal &lt;i&gt;La &#201;poca&lt;/i&gt;, 10-9-1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] D&#233;clarations de Jorge Alessandri R., &#224; &lt;i&gt;El Mercurio&lt;/i&gt; et d'autres journaux chiliens, Santiago, 19-10-1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Rafael Agust&#237;n Gumucio, &lt;i&gt;Apuntes de medio siglo&lt;/i&gt;, Ed. Chile-Am&#233;rica CESOC, Santiago, 1994, p. 195.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Luis &#193;lvarez, Francisco Castillo y Abraham Santib&#225;&#241;ez,&lt;i&gt; Septiembre 73. Martes 11. Auge y ca&#237;da de Allende&lt;/i&gt;, Ed. Triunfo, Santiago-Barcelona- Buenos Aires, Novembre 1973, p.12.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Cette information a &#233;t&#233; donn&#233;e par des membres de la famille d'Alessandri &#224; des personnes de confiance, pr&#233;sentes lors de la rencontre du 4 septembre 1970 &#224; 22h.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Catherine Lamour, &lt;i&gt;Le pari chilien&lt;/i&gt;, Ed. Stock, Paris, janvier 1972, cit&#233; par Hern&#225;n Soto dans l'article &#171; Ren&#233; Schneider : el soldado y sus ideas &#187;, Punto final, mars 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16]&lt;i&gt; El Mercurio&lt;/i&gt;, 15-9-1970, p. 24.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17]&lt;i&gt; El Diario Ilustrado et El Mercurio&lt;/i&gt;, 14-9-1970&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Loreto Daza : &#171; El golpe de Estado que la CIA organiz&#243; contra Allende &#187;, chapitre VII de la serie publi&#233;e par la revue&lt;i&gt; Qu&#233; Pasa&lt;/i&gt;, p. 3, Santiago, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] L. &#193;lvarez, F. Castillo et A Santib&#225;&#241;ez, op. cit. p 24.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] L'auteur de ce chapitre poss&#232;de le texte complet ; enregistrement effectu&#233; ce soir-l&#224; dans la salle des professeurs de l'Institut Central de Sociologie de l'Universit&#233; de Concepci&#243;n, en pr&#233;sence de dirigeants de la Federaci&#243;n de Estudiantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Augusto Zimmermann, &#171; El fallido intento para frenar a Allende &#187;, La Rep&#250;blica, Lima, 21-9-1995. Zimmermann est un journaliste et militant de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne du P&#233;rou, selon le journal&lt;i&gt; La &#201;poca&lt;/i&gt;, Santiago, 22-9-1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] &lt;i&gt;La CIA, 10 a&#241;os contra Chile&lt;/i&gt;. Documents du S&#233;nat des &#201;tats-Unis, Ed. Carlos Valencia, Bogota, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Henry Kissinger, &lt;i&gt;Mis memorias&lt;/i&gt;, Vol. I, Ed. Atl&#225;ntida, Buenos Aires, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] &#171; El pa&#237;s seg&#250;n Estados Unidos. Chilenos X en los Archivos Secretos &#187;, article d'Eduardo Sep&#250;lveda reproduit par&lt;i&gt; El Mercurio&lt;/i&gt;, 20-12-1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] D&#233;clarations &#224; la t&#233;l&#233;vision de William Colby, reproduites par &lt;i&gt;La Naci&#243;n&lt;/i&gt;, 27-5-1994. En 1970, le chef de la CIA &#233;tait Holmes, Colby &#233;tait un des hauts fonctionnaires de l'agence. Plus tard, il est devenu chef de la CIA. Il est mort noy&#233; apr&#232;s ces d&#233;clarations. Son corps a &#233;t&#233; retrouv&#233; mais on ne connait pas encore les causes de sa mort myst&#233;rieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Reportage de l'&#233;mission mentionn&#233;e pr&#233;c&#233;demment, retranscrit par &lt;i&gt;La Naci&#243;n&lt;/i&gt;, 27-5-1994.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Chili. &#171; Pour r&#233;cup&#233;rer la m&#233;moire historique &#187; (VI)</title>
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		<dc:date>2023-06-20T06:45:20Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Luis Vitale</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-06-20</dc:subject>
		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Chili</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir fix&#233; le cadre dans lequel Allende peut mettre en place le gouvernement d'Unit&#233; populaire, sous surveillance de l'arm&#233;e, Luis Vitale &#233;num&#232;re ce qui repr&#233;sente pour lui, dans la premi&#232;re phase du gouvernement de l'UP, les principales conqu&#234;tes socio-&#233;conomiques et politiques, ainsi que la dynamique et la structure des forces du mouvement populaire. Pour ce qui est l'ouvrage dont sont extraites ces contributions et sur la place et le r&#244;le de l'auteur, nous renvoyons &#224; l'introduction (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH95/cordonesinudstriales-44b22.jpg?1781169199' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='95' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir fix&#233; le cadre dans lequel Allende peut mettre en place le gouvernement d'Unit&#233; populaire, sous surveillance de l'arm&#233;e, Luis Vitale &#233;num&#232;re ce qui repr&#233;sente pour lui, dans la premi&#232;re phase du gouvernement de l'UP, les principales conqu&#234;tes socio-&#233;conomiques et politiques, ainsi que la dynamique et la structure des forces du mouvement populaire. Pour ce qui est l'ouvrage dont sont extraites ces contributions et sur la place et le r&#244;le de l'auteur, nous renvoyons &#224; l'introduction publi&#233;e le 31 mai. (R&#233;d.&lt;i&gt; A l'Encontre&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de A l'Encontre&lt;br class='autobr' /&gt;
6 juin 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Luis Vitale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les premi&#232;res mesures du pr&#233;sident Allende : novembre 1970-juillet 1972&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principales mesures adopt&#233;es par Allende du 4 novembre 1970 &#224; la mi-1972 ont marqu&#233;, &#224; notre avis, la premi&#232;re phase du gouvernement de l'Unit&#233; populaire. La deuxi&#232;me phase a commenc&#233; avec la gr&#232;ve patronale d'octobre cette m&#234;me ann&#233;e et s'est termin&#233;e par la tentative de coup d'&#201;tat appell&#233;e le &#171; tanquetazo &#187; en juin 1973. La troisi&#232;me, quant &#224; elle, s'est termin&#233;e par le coup d'&#201;tat militaire du 11 septembre 1973, des phases que nous allons maintenant d&#233;velopper en d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le triomphe de l'Unit&#233; populaire a eu lieu &#224; un moment o&#249; les mouvements sociaux en Am&#233;rique latine &#233;taient en plein essor : la r&#233;bellion des &#233;tudiants et des travailleurs argentins exprim&#233;e dans le &#171; Cordobazo &#187; de 1968, plusieurs gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales en Uruguay, les luttes des paysans et des travailleurs en Bolivie, qui ont abouti &#224; l'Assembl&#233;e populaire, pendant le gouvernement national anti-imp&#233;rialiste du g&#233;n&#233;ral Juan Jos&#233; Torres [octobre 1970-ao&#251;t 1971] et des manifestations dans presque tous les pays d'Am&#233;rique latine &#224; l'occasion de la tourn&#233;e de Nelson Rockefeller [envoy&#233; sp&#233;cial de Nixon en Am&#233;rique latine d&#232;s mai 1969]. En fait, un processus vers le changement social &#233;tait en cours dans le C&#244;ne Sud. Le Chili n'&#233;tait pas une exception avec la &#171; voie chilienne vers le socialisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des partisans de l'Unit&#233; populaire (UP) ont caract&#233;ris&#233; l'administration Allende comme un gouvernement de &#171; transition dans la transition &#187;, d'autres comme un gouvernement ouvrier, et d'autres encore ont parl&#233; d'un gouvernement bourgeois de type Front populaire, une caract&#233;risation historiquement incorrecte, car dans le Front populaire chilien de 1938 un parti bourgeois, le Parti radical, dirigeait l'alliance. En revanche, le gouvernement de l'Unit&#233; populaire r&#233;sultait d'une coalition h&#233;g&#233;monis&#233;e par les partis de gauche, Parti communiste et Parti socialiste. Les secteurs r&#233;siduels de la bourgeoisie ayant initialement soutenu Allende, comme le Parti radical, se sont divis&#233;s lorsque ce parti a fait scission et qu'une des fractions est pass&#233;e dans l'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti communiste a interpr&#233;t&#233; la victoire d'Allende comme la confirmation de sa th&#232;se sur la &#171; voie pacifique &#187; vers le socialisme, alors qu'il &#233;tait clair que les hommes d'affaires et le capital &#233;tranger, soutenus par les &#201;tats-Unis, mettaient en doute d&#232;s le d&#233;but la victoire politico-&#233;lectorale de la gauche, en mena&#231;ant d'une intervention arm&#233;e. En 1971, les Etats-Unis ont allou&#233; 2,5 millions de dollars pour subventionner la presse d'opposition. Puis ils ont r&#233;duit l'aide &#233;conomique &#233;tatsunienne de 80 millions de dollars en 1969 &#224; 8,6 millions de dollars en 1971 ; l'aide militaire de 11,8 millions de dollars en 1969 &#224; 5,7 millions de dollars en 1971 et l'aide totale des autres agences internationales de 76,4 millions de dollars en 1970 &#224; 15,4 millions de dollars en 1971, des chiffres qui ont encore baiss&#233; en 1972 et 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; quarante premi&#232;res mesures fondamentales &#187; annonc&#233;es par Allende se sont rapidement traduites par des investissements sociaux dans l'&#233;ducation, la sant&#233; et le logement et par le respect du droit du travail, jusqu'alors viol&#233; par les dirigeants entrepreneuriaux des villes et des campagnes. Le Chili a r&#233;tabli ses relations diplomatiques et commerciales avec Cuba. Le gouvernement d'Allende a adh&#233;r&#233; aux principes universels de non-intervention et du droit &#224; l'autod&#233;termination des nations, proclamant le Chili pays non align&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1971, a &#233;t&#233; approuv&#233;e la principale mesure promise par Allende : la nationalisation des mines de cuivre, puis de salp&#234;tre et de charbon, l'&#233;tatisation de la banque et la nationalisation de la compagnie des t&#233;l&#233;phones (ITT) [29].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La nationalisation du cuivre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1971, le pouvoir ex&#233;cutif a envoy&#233; au Parlement le projet de r&#233;forme constitutionnelle relatif &#224; l'exploitation des grandes mines de cuivre, qui proposait essentiellement la nationalisation des mines exploit&#233;es par les soci&#233;t&#233;s &#233;trang&#232;res : ce projet d&#233;duisait de la compensation pr&#233;c&#233;dente [la chil&#233;nisation du cuivre sous Frei] les b&#233;n&#233;fices comptables excessifs r&#233;alis&#233;s par les soci&#233;t&#233;s dans le cadre de la loi du &#171; Nuevo Trato &#187;. Apr&#232;s un long d&#233;bat, le 11 juillet 1971, le Congr&#232;s a approuv&#233; &#224; l'unanimit&#233; la proposition historique du pr&#233;sident Allende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'indemnisation &#224; verser aux mines nationalis&#233;es devait passer par les proc&#233;dures suivantes : la Cour des comptes de la R&#233;publique [Contralor&#237;a General de la Rep&#250;blica] &#233;tait charg&#233;e d'&#233;valuer la valeur comptable des entreprises au 31 d&#233;cembre 1970, en d&#233;duisant de ce chiffre les r&#233;&#233;valuations effectu&#233;es &#224; partir du 1er janvier 1965, la valeur des actifs mal utilis&#233;s et ce que le pr&#233;sident consid&#233;rait comme une rentabilit&#233; excessive : il s'agissait de r&#233;cup&#233;rer pour l'&#201;tat la &#171; rente &#233;conomique &#187; per&#231;ue ces derni&#232;res ann&#233;es par les entreprises &#233;trang&#232;res. La r&#233;forme constitutionnelle a &#233;galement &#233;tabli que les parties avaient le droit de faire appel de la d&#233;cision de l'organisme de contr&#244;le aupr&#232;s d'un tribunal sp&#233;cial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, les indemnit&#233;s accord&#233;es &#224; chaque entreprise ont &#233;t&#233; les suivantes, en dollars :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_42496 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/tableau5vitale-2.jpg?42496/a51c1f4ef1161396e3eb63dede99c56be6d14f9443333e0f5f1fb9ae113cc4f0&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH224/a51c1f4ef1161396-c270a800-61e56.jpg?1781169200' width='500' height='224' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les soci&#233;t&#233;s Exotica et Andina sont entr&#233;es en activit&#233; en 1971, elles n'&#233;taient donc pas soumises &#224; la d&#233;cote pour rentabilit&#233; excessive. Anaconda poss&#233;dait 75% des parts d'Exotica et avait droit &#224; une compensation de 7,6 millions de dollars ; Cerro poss&#233;dait 70% des parts d'Andina et avait droit &#224; une compensation de 12,8 millions de dollars. Selon la d&#233;cision de la Cour des comptes, aucune compensation n'&#233;tait due dans les cas de Chuquicamata, El Salvador et El Teniente &#187; [30].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces chiffres &#233;taient le r&#233;sultat de la d&#233;duction de la compensation fix&#233;e de la somme de 774 millions de dollars pour les rendements excessifs, un montant qui, ajout&#233; aux remises &#233;tablies par l'organisme officiel de contr&#244;le, faisait que les entreprises &#233;trang&#232;res devaient verser 375 millions de dollars &#224; l'&#201;tat chilien. Il convient de noter que ce total n'inclut pas les quelque 100 millions de dollars que les entreprises devaient au titre de la participation aux b&#233;n&#233;fices, ni les m&#233;taux pr&#233;cieux tels que l'or, l'argent, le molybd&#232;ne et autres qu'elles avaient sortis de notre pays sans que l'&#201;tat re&#231;oive aucune r&#233;tribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que certaines mines aient vu leur production augmenter, la chute du prix du cuivre sur le march&#233; mondial a affect&#233; la rentabilit&#233; des entreprises, ce qui a &#233;t&#233; aggrav&#233; par la p&#233;nurie d'intrants et de technologies pr&#233;c&#233;demment import&#233;s des &#201;tats-Unis et par l'&#233;change in&#233;gal traditionnel des grandes nations capitalistes avec celles du Tiers Monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'autres mesures de nationalisation : salp&#234;tre, fer et charbon&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1971, le gouvernement Allende a finalis&#233; le processus de nationalisation du salp&#234;tre en proc&#233;dant &#224; l'&#233;tatisation de la Compa&#241;&#237;a Salitrera Alemania et de la Sociedad Qu&#237;mica y Minera, une entreprise mixte appartenant &#224; des capitaux &#233;tasuniens et &#224; l'&#201;tat, dans laquelle ce dernier d&#233;tenait une participation de 37%. L'achat de la Sociedad Qu&#237;mica y Minera, qui poss&#233;dait les salp&#234;tri&#232;res d'Anglo-Lautaro et de Victoria, signifiait que toute la production de salp&#234;tre restait entre les mains de l'&#201;tat chilien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, le processus d'&#233;tatisation des soci&#233;t&#233;s d'exploitation du minerai de fer a aussi &#233;t&#233; achev&#233;. Il &#233;tait jusqu'alors limit&#233; au gisement d'Algarrobo, administr&#233; par la C&#237;a. de Acero del Pac&#237;fico. En 1971, l'&#201;tat en a pris le contr&#244;le, par l'interm&#233;diaire de la Corporaci&#243;n de Fomento de la Producci&#243;n, de toutes les actions de la C&#237;a. de Acero del Pacifico, en nationalisant les op&#233;rations de Bethelhem Iron Mines, qui exploitait El Tofo et El Romeral, ainsi que les soci&#233;t&#233;s Santa B&#225;rbara et Santa Fe. Ainsi, en 1971, l'&#201;tat en est venu &#224; contr&#244;ler 95% de la production de fer et de son processus de commercialisation, si l'on ajoute l'&#233;tatisation de la soci&#233;t&#233; Lota-Schwager Carboniferous Company.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Approfondissement de la r&#233;forme agraire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les 18 premiers mois de son gouvernement, Allende a proc&#233;d&#233; &#224; l'expropriation de 371 229 hectares de terres arables irrigu&#233;es, 877 553 hectares de terres arables de culture pluviale et 4 045 974 hectares d'irrigation de base ; au total 5,5 millions d'hectares expropri&#233;s et distribu&#233;s aux paysans qui, cumul&#233;s aux expropriations effectu&#233;es lors du gouvernement Frei [31], ont conduit &#224; la quasi-extinction des grandes propri&#233;t&#233;s au Chili. Une recherche effectu&#233;e au d&#233;but de l'ann&#233;e 1972 indique : &#171; Le gouvernement a rendu public son d&#233;sir de mettre fin aux grandes propri&#233;t&#233;s &#8211; ce qui impliquera l'expropriation de 2000 &#224; 2500 parcelles &#8211; dans deux ann&#233;es suppl&#233;mentaires, c'est-&#224;-dire avant la fin de l'ann&#233;e 1973 &#187; [32].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de noter que les expropriations de terres &#233;taient strictement conformes aux dispositions de la loi sur la r&#233;forme agraire de 1967 et aux recommandations de la Conf&#233;rence r&#233;gionale de la Comission &#233;conomique pour l'Am&#233;rique latine (CEPAL), en 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon des sp&#233;cialistes reconnus en la mati&#232;re, &#171; la superficie ensemenc&#233;e n'a pas diminu&#233; dans les exploitations r&#233;form&#233;es, mais a plut&#244;t augment&#233; dans certaines r&#233;gions, tandis que la valeur de la production agricole globale a augment&#233; d'environ 5% en 1970-1971 &#224; 6,1% en 1971-1972. (&#8230;) Si l'on compare le processus de r&#233;forme agraire au Chili avec des processus similaires dans d'autres pays d'Am&#233;rique latine ou du monde, on est impressionn&#233; par le succ&#232;s relatif obtenu. (&#8230;) Au Chili, un changement rapide a &#233;t&#233; op&#233;r&#233; dans le syst&#232;me foncier, &#233;liminant pratiquement les grandes propri&#233;t&#233;s, d&#233;finis par la loi comme des propri&#233;t&#233;s de plus de 80 hectares. En outre, il a &#233;t&#233; proc&#233;d&#233; &#224; certains changements dans l'acc&#232;s au cr&#233;dit, dans la commercialisation et dans la fixation des prix. Les paysans ont &#233;t&#233; plus impliqu&#233;s dans le processus qu'auparavant. (&#8230;). Les paysans et l'&#201;tat contr&#244;laient environ 35% des terres agricoles (cultiv&#233;es). Cependant, pr&#232;s de 30% des terres agricoles demeuraient dans des mains priv&#233;es, avec des parcelles comprises entre 40 et 80 hectares. (&#8230;) En 1965, on comptait environ 4876 parcelles de plus de 80 hectares, soit l'&#233;quivalent de 2% des propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res, comptant pour environ 55% des terres fertiles. Au milieu de l'ann&#233;e 1972, il restait environ 200 de ces grands domaines avec moins de 3% de la surface productive &#187; [33].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le revenu agricole moyen par personne &#233;tait encore inf&#233;rieur &#224; la moyenne nationale, malgr&#233; d'importantes subventions gouvernementales. La planification agricole gouvernementale a &#233;t&#233; assez inefficace. L'organisation technologique, &#233;conomique et sociale encore traditionnelle des paysans b&#233;n&#233;ficiaires comportait de s&#233;rieuses lacunes, en grande partie parce que les partis de l'Unit&#233; populaire n'ont pas r&#233;ussi &#224; se mettre d'accord sur des r&#232;gles institutionnelles claires pour les terrains occup&#233;s et les Centres de la r&#233;forme agraire (CERA). De plus, &#171; la concentration dans les villes de la grande majorit&#233; de la bureaucratie a conduit &#224; une structure administrative ayant peu &#224; voir avec les besoins actuels du pays et paralysant de nombreuses initiatives du pr&#233;sident &#187; [34].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Centres de la r&#233;forme agraire (CERA) ont &#233;t&#233; con&#231;us comme &#171; une grande coop&#233;rative &#187; qui unifierait plusieurs parcelles de terrain &#171; dans un terrain de taille &#233;conomique optimale &#187;, incorporant le nombre maximum de membres permanents, afin de r&#233;soudre le probl&#232;me du ch&#244;mage. Contrairement &#224; la colonie, &#171; le Centre de la r&#233;forme agraire se caract&#233;risait par l'&#233;galit&#233; &#233;conomique et sociale des diff&#233;rents groupes de paysans travaillant dans le lotissement, qui &#233;taient tous des membres &#233;gaux et de plein droit de la coop&#233;rative. Contrairement &#224; la colonie, le Centre de la r&#233;forme agraire a donn&#233; aux femmes les m&#234;mes droits qu'aux hommes pour la premi&#232;re fois dans l'histoire rurale chilienne. (&#8230;) C'&#233;tait une combinaison d'&#233;thique socialiste et d'incitations capitalistes. Les travailleurs se voyaient garantir le m&#234;me salaire minimum &#233;gal et recevaient des dividendes si leur productivit&#233; &#233;tait plus &#233;lev&#233;e &#187; [35]. Bien que le nombre de familles regroup&#233;es dans les Centres de la r&#233;forme agraire ait &#233;t&#233; plus faible que pr&#233;vu, d&#233;passant &#224; peine les 3000 familles en 1973, ce fut une exp&#233;rience pertinente d'autogestion paysanne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Centres de production &#233;taient des entreprises d'&#201;tat dot&#233;es d'une meilleure technologie et tenaient compte du soin de l'&#233;cosyst&#232;me, offrant ainsi de meilleures possibilit&#233;s d'emploi stable. C'&#233;tait une variante de la ferme d'&#201;tat, mais sans la bureaucratie de l'administration traditionnelle et avec la participation active des travailleurs. Les petites exploitations ont &#233;galement &#233;t&#233; regroup&#233;es en coop&#233;ratives, notamment dans la r&#233;gion Mapuche. Une autre mesure importante, prise en avril 1972, consistait &#224; transformer les grands vignobles en entreprises communes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, il subsistait encore un pourcentage &#233;lev&#233; de petites exploitations et un pourcentage consid&#233;rable du ch&#244;mage paysan traditionnel car le gouvernement &#233;tait incapable de d&#233;gager des ressources pour moderniser les activit&#233;s agricoles, alors m&#234;me que le budget de la r&#233;forme agraire avait &#233;t&#233; doubl&#233; en 1971 par rapport &#224; celui de 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;tatisation des banques et de la compagnie de t&#233;l&#233;phones International Telephone &amp; Telegraph&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principales banques ont &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;es par l'&#201;tat apr&#232;s les mesures d'&#233;tatisation des banques &#233;trang&#232;res et des banques priv&#233;es chiliennes. Jusqu'en 1970, 10% de ces banques monopolisaient plus de 50% des cr&#233;dits et des investissements ; 3 banques seulement concentraient 45% des d&#233;p&#244;ts, 55,1% des b&#233;n&#233;fices et 44,3% des cr&#233;dits [36]. De m&#234;me, 52 directeurs des 5 plus grandes banques priv&#233;es occupaient 316 si&#232;ges dans les conseils d'administration de soci&#233;t&#233;s anonymes, tandis qu'un directeur de la Banque du Chili, en f&#233;vrier 1971, occupait le m&#234;me poste dans 113 soci&#233;t&#233;s anonymes. De leur c&#244;t&#233;, les investisseurs &#233;trangers ont b&#233;n&#233;fici&#233; de l'obtention de cr&#233;dits &#224; des taux inf&#233;rieurs &#224; ceux pratiqu&#233;s dans leur propre pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tatisation des banques priv&#233;es a commenc&#233; en janvier 1971, par l'achat d'actions par la Corporaci&#243;n de Fomento de la Producci&#243;n, l'organisme habilit&#233; par les gouvernements pr&#233;c&#233;dents &#224; remplir cette fonction, qui a d&#233;l&#233;gu&#233; ses pouvoirs &#224; la Banque centrale, laquelle a allou&#233; 400 millions d'escudos &#224; ce titre. Par le biais de cette action l&#233;galement &#233;tablie, dans la moiti&#233; des 23 banques priv&#233;es nationales, l'&#201;tat est devenu propri&#233;taire de plus de 50% des actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, a commenc&#233; l'achat des actions des plus importantes banques &#233;trang&#232;res, comme la First National Bank, la Bank of London et des banques fran&#231;aises et italiennes. &#171; L'op&#233;ration a &#233;t&#233; men&#233;e avec le plein accord des parties. L'achat de ces banques s'est fait par le biais d'un cr&#233;dit que les banques &#233;trang&#232;res ont accord&#233; aux banques nationales acheteuses et avec une dur&#233;e qui variait, selon le cas, entre 5 et 7 ans &#187; [38].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, la destination des cr&#233;dits a chang&#233; en faveur des moyens et petits producteurs urbains et ruraux, avec des taux r&#233;duits de 18% &#224; 12% si le cr&#233;dit &#233;tait demand&#233; par des colonies, des coop&#233;ratives et d'autres organisations agraires coordonn&#233;es par l'Instituto de desarrollo Agropecuario. Ainsi la politique de d&#233;mocratisation de la distribution du cr&#233;dit a commenc&#233; &#224; &#234;tre mise en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment, la Compa&#241;&#237;a de Tel&#233;fono y Tel&#233;grafo, propri&#233;t&#233; de l'International Telephone &amp; Telegraph, a &#233;t&#233; nationalis&#233;e, affectant les importants investissements &#233;tatsuniens au Chili, un fait qui a intensifi&#233; l'offensive du D&#233;partement d'&#201;tat contre le gouvernement de l'Unit&#233; populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les changements dans le domaine de la commercialisation et de la distribution&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; la fin de l'ann&#233;e 1970, ces activit&#233;s &#233;taient monopolis&#233;es par des entreprises oligopolistiques telles que Williamson Balfour, Weir Scott, Gibbs, Duncan Fox et Codina. Le gouvernement Allende a d&#233;cid&#233; en 1971 de cr&#233;er des entreprises d'&#201;tat charg&#233;es de la commercialisation et de la distribution, en cr&#233;ant des organismes comme ENAVI, ECA, DINAC, SOCOAGRO, DINATEX, pour garantir la commercialisation par secteurs productifs et r&#233;orienter la distribution nationale, ce qui a port&#233; atteinte aux int&#233;r&#234;ts des monopoles, mais sans remplacer les commerces de d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement a promu la cr&#233;ation des Conseils d'approvisionnement et de contr&#244;le des prix [Juntas de Abastecimientos y Precios] constitu&#233;s dans chaque commune par les habitants eux-m&#234;mes, ce qui a g&#233;n&#233;r&#233; un processus d'autogestion dans la distribution des aliments aux secteurs les plus d&#233;sh&#233;rit&#233;s. Les entreprises de l'Aire de propri&#233;t&#233; sociale (APS) ont distribu&#233; leurs produits directement aux populations selon le montant que ces Conseils avaient demand&#233; aux organismes d'&#201;tat cit&#233;s pr&#233;c&#233;demment, bient&#244;t rejoints par la Direction de l'industrie et du commerce (DIRINCO) [39].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cr&#233;ation de l'Aire de propri&#233;t&#233; sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Area de Propriedad Social (APS) a &#233;t&#233; constitu&#233;e &#224; partir des entreprises nationalis&#233;es, telles que le cuivre, le salp&#234;tre, le charbon, la t&#233;l&#233;phonie et la t&#233;l&#233;graphie, ainsi que les firmes qui avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;tatis&#233;es (plus de 90 nouvelles entreprises ont &#233;tatis&#233;es entre novembre 1970 et fin 1972).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son message au Congr&#232;s du 4 mars 1971, le pr&#233;sident Salvador Allende a affirm&#233; : &#171; La mise en place du secteur de la propri&#233;t&#233; sociale est l'un de nos objectifs. L'incorporation en son sein de la plus grande partie de nos ressources essentielles, du syst&#232;me bancaire, des grandes propri&#233;t&#233;s, de la plus grande partie de notre commerce ext&#233;rieur, des monopoles industriels et de distribution, est un chantier d&#233;j&#224; entam&#233;, que nous devons approfondir. (&#8230;) L'importance du secteur public est traditionnelle dans notre pays. Environ 40% des d&#233;penses sont publiques. Plus de 70% des investissements proviennent de l'&#201;tat. Le secteur public a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par la bourgeoisie nationale pour favoriser l'accumulation priv&#233;e, pour consolider les structures productives concentr&#233;es du point de vue technologique et patrimonial. (&#8230;) Notre gouvernement entend le rendre quantitativement encore plus important, mais aussi qualitativement diff&#233;rent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus d'&#233;tatisation des entreprises &#233;manait des gouvernements pr&#233;c&#233;dents, en raison des nouvelles fonctions assum&#233;es par l'&#201;tat depuis les ann&#233;es 1930 jusqu'&#224; l'administration de droite de Jorge Alessandri, et s'est acc&#233;l&#233;r&#233; sous le gouvernement d'Eduardo Frei avec la &#171; chilenisation &#187; ou &#171; nationalisation concert&#233;e &#187; des entreprises &#233;trang&#232;res de cuivre. L'&#201;tat &#233;tait ainsi habilit&#233; &#224; nationaliser et &#224; acheter des entreprises, conform&#233;ment aux r&#233;formes constitutionnelles pr&#233;existantes, approuv&#233;es par le Congr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justification de cette mesure se basait sur le processus de concentration monopolistique qui avait eu lieu depuis les ann&#233;es 1950, et surtout jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1970. De mani&#232;re contradictoire, le processus d'&#233;tatisation et de concentration des monopoles industriels, men&#233; pr&#233;c&#233;demment par les gouvernements de la classe dominante, a facilit&#233; la cr&#233;ation par l'Unit&#233; populaire de l'Aire de propri&#233;t&#233; sociale (APS), sur des bases l&#233;gales et strictement constitutionnelles [40]. Des lois oubli&#233;es et jamais abrog&#233;es ont &#233;t&#233; sauv&#233;es &#8211; dont celle adopt&#233;e non pas pendant la br&#232;ve &#171; R&#233;publique socialiste &#187; (du 4 au 16 juin 1932), comme on l'a dit, mais sous le gouvernement centriste &#233;galement bref de Carlos D&#225;vila : le d&#233;cret-loi n&#176; 520 du 30 ao&#251;t 1932, donnant naissance au Commissariat g&#233;n&#233;ral aux subsistances et aux prix &#8211; devenu populaire sous le nom de &#171; br&#232;ches juridiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine de la propri&#233;t&#233; sociale et mixte, des op&#233;rations de &#171; march&#233; ouvert &#187; ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es par l'&#201;tat par le biais de la Corporation de d&#233;veloppement, comme cela s'est produit dans le cas de la banque ; l'intervention directe dans certaines entreprises, garantie par des dispositions constitutionnelles [41], ainsi que l'intervention dans des entreprises en cessation de paiement, dans celles qui ne respectaient pas l'obligation de produire et de distribuer des produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, mais qui sp&#233;culaient sur les prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement Allende a soumis au Parlement, fin 1971, un projet de loi sur les domaines de l'&#233;conomie et de la participation des travailleurs, explicit&#233; au d&#233;but du mois d'avril 1972, en compl&#233;ment des observations faites au pouvoir ex&#233;cutif par deux s&#233;nateurs de droite dans le projet de r&#233;forme constitutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les parlementaires de la droite et du centre ont tent&#233; de faire obstacle &#224; son approbation et de limiter les ressources, en faisant obstacle &#224; l'adoption de la loi budg&#233;taire de 1972. De surcro&#238;t, en 1972, la D&#233;mocratie chr&#233;tienne a pr&#233;sent&#233; un projet de loi visant &#224; bloquer le d&#233;veloppement de l'Aire de propri&#233;t&#233; sociale et mixte, modifiant l'article 10, paragraphe 10, faisant r&#233;f&#233;rence aux garanties constitutionnelles sur la propri&#233;t&#233;, et l'article 44 sur les pouvoirs du Congr&#232;s. L'objectif de la DC &#233;tait de &#171; priver le gouvernement de la possibilit&#233; de d&#233;cider quelles entreprises devaient &#234;tre nationalis&#233;es &#187;. De plus, cela supprimait les m&#233;canismes dont le gouvernement avait besoin pour proc&#233;der &#224; des &#233;tatisations sans passer par le Parlement, puisque, selon le projet de loi, l'ex&#233;cutif ne pourrait pas acqu&#233;rir des actions ou des droits sur des soci&#233;t&#233;s sans autorisation parlementaire &#187;. Comme justification, le s&#233;nateur Juan Hamilton [PDC, ancien ministre des Mines sous Frei] a invoqu&#233; &#171; l'inefficacit&#233; et le gaspillage &#187;, en plus d'une critique inhabituelle : &#171; La gestion &#233;tatique et centralis&#233;e commence &#224; &#233;touffer la libre cr&#233;ativit&#233; des travailleurs &#187; [42].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les 90 entreprises &#224; nationaliser, 74 appartenaient au secteur industriel, 6 au commerce de gros, 4 &#224; l'&#233;lectricit&#233;, au gaz et &#224; l'eau et 6 aux transports et aux communications. La Corporation de d&#233;veloppement, charg&#233;e de canaliser l'Aire de propri&#233;t&#233; sociale et mixte, a cr&#233;&#233; les Comit&#233;s sectoriels de d&#233;veloppement : agro-industrie, sid&#233;rurgie, m&#233;tallurgie, textiles, &#233;nergie, sylviculture, p&#234;che, automobile et chimie. Dans les industries de l'Aire de propri&#233;t&#233; sociale, la production a augment&#233; de 15% au cours de l'ann&#233;e 1971, selon l'Institut d'&#233;conomie de l'Universit&#233; du Chili. Les plus fortes augmentations ont &#233;t&#233; enregistr&#233;es dans les secteurs de la chimie et de l'alimentation et, surtout, dans l'une des zones industrielles les plus importantes : Concepci&#243;n, o&#249; la production a augment&#233; de 21% en 1971, contre moins de 3% pour la p&#233;riode 1967-70 [43].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La participation des travailleurs dans ces entreprises &#233;tait in&#233;gale, entre autres en raison de la diff&#233;rence d'opinions au sein de la Centrale unique des travailleurs et dans les syndicats de base, o&#249; les militants des partis de l'Unit&#233; populaire se disputaient le contr&#244;le, se comportant de mani&#232;re sectaire et verticale. Quoi qu'il en soit, la pression des travailleurs int&#233;ress&#233;s par cette alternative &#8211; qui allait au-del&#224; du contr&#244;le ouvrier et facilitait la gestion des entreprises &#8211; a permis d'obtenir en 1972 la participation active de 150 000 salari&#233;s dans 120 entreprises du secteur social, dont 35 avaient des Comit&#233;s de production, 30 avaient des Comit&#233;s de coordination des travailleurs et plus de 40 avaient des Comit&#233;s d'administration, notamment dans le textile et la m&#233;tallurgie [44].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce nombre est plus &#233;lev&#233; si l'on consid&#232;re les autres secteurs de la propri&#233;t&#233; sociale : 71 000 travailleurs sont intervenus dans la gestion des entreprises par le biais des Conseils d'administration, 44 000 ouvriers et employ&#233;s participaient aux Comit&#233;s de coordination et environ 100 000 &#233;taient repr&#233;sent&#233;s dans les Comit&#233;s de production. Toutefois, ce chiffre &#233;tait faible par rapport &#224; la main-d'&#339;uvre totale et aux adh&#233;rents des syndicats et de la Centrale unique des travailleurs (CUT).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les mouvements sociaux et leur degr&#233; d'autonomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;strong&gt;salari&#233;s&lt;/strong&gt;, aussi bien que les ouvriers et les employ&#233;s, ont atteint un haut degr&#233; de conscience de classe et aussi de conscience politique de classe &#224; cette &#233;poque, car non seulement leurs revendications &#233;conomiques (salaires et retraites) &#233;taient plus claires, mais ils avaient aussi un programme politique de changement social, une conscience politique de classe massive, rarement atteinte dans des processus qui ne m&#232;nent pas &#224; la r&#233;volution et &#224; la prise r&#233;elle du pouvoir, ce qui ne s'est pas produit sous le gouvernement de l'Unit&#233; populaire, pendant lequel a eu lieu une p&#233;riode pr&#233;-r&#233;volutionnaire frustr&#233;e par la politique &#171; &#233;tapiste &#187; des partis de gauche et par le coup d'&#201;tat militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience politique de classe avait d&#233;j&#224; exist&#233; &#224; certaines p&#233;riodes de l'histoire chilienne avec la cr&#233;ation du Parti ouvrier socialiste dirig&#233; par Luis Emilio Recabarren [1876-1924, le POS a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; en 1912], du Parti communiste dans les ann&#233;es 1920 et du Parti socialiste dans les ann&#233;es 1930, interrompue par la politique de collaboration de classe sous le Front populaire. Elle a retrouv&#233; une vitalit&#233; nouvelle avec la cr&#233;ation de la Centrale unique des travailleurs, pr&#233;sid&#233;e par Clotario Blest, et celle-ci a d&#233;pass&#233; les cadres traditionnels de l'&#233;conomicisme syndical pour s'&#233;lever &#224; un niveau politique national, avec la D&#233;claration de principes de 1953, affirmant que la Centrale unique des travailleurs aspirait &#224; remplacer le syst&#232;me capitaliste. Elle a acquis un degr&#233; encore plus important de conscience politique lorsque les exploit&#233;s et les opprim&#233;s ont donn&#233; la premi&#232;re majorit&#233; &#233;lectorale &#224; Allende, puis ils ont acquis une identit&#233; plus solide encore lorsqu'ils ont identifi&#233; comme putschiste la classe dirigeante, en tant qu'alli&#233;e des forces arm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience de classe a &#233;t&#233; renforc&#233;e pendant le gouvernement de l'Unit&#233; populaire avec plusieurs avanc&#233;es. L'une d'entre elles a &#233;t&#233; le processus de syndicalisation, pass&#233; &#224; 27% dans le secteur priv&#233; et &#224; 95,7% dans le secteur des travailleurs de l'&#201;tat, selon l'&#233;tude de Clotario Blest [45], en sachant qu'&#224; l'&#233;poque, peu de pays, m&#234;me en Europe, atteignaient ce chiffre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre &#233;tape dans l'identit&#233; de classe et l'adh&#233;sion syndicale a &#233;t&#233; le processus acc&#233;l&#233;r&#233; des gr&#232;ves. En 1971, il y a eu 2709 gr&#232;ves, et dans la premi&#232;re moiti&#233; de 1972 environ 1760 gr&#232;ves, non seulement pour des revendications &#233;conomiques, mais aussi pour intervenir dans l'expropriation des entreprises monopolistiques. Le mouvement s'est &#233;tendu aux campagnes, o&#249; en 1971, il y a eu des gr&#232;ves sur 1758 exploitations, avec 1278 &#171; confiscations &#187; de domaines, dont beaucoup &#171; &#224; portes ferm&#233;es &#187; afin d'emp&#234;cher les propri&#233;taires de r&#233;cup&#233;rer les machines et le b&#233;tail, avant d'&#234;tre touch&#233;s par les dispositions de la r&#233;forme agraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Mapuches ont repris leur lutte ancestrale pour la r&#233;cup&#233;ration de leurs terres, qui leur avaient &#233;t&#233; enlev&#233;es par les &#171; huincas &#187; exploiteurs [terme mapuche pour d&#233;signer les Blancs, et plus particuli&#232;rement les conqu&#233;rants espagnols du XVIe si&#232;cle, et incluant, par extension, les concepts d'usurpateur, de conqu&#233;rant, d'envahisseur, de voleur et de menteur] pendant plus de quatre si&#232;cles. Depuis 1972, on constate une augmentation significative d'occupations d'usines, de domaines et de terrains dans les &lt;i&gt;poblaciones &lt;/i&gt; pauvres de la p&#233;riph&#233;rie urbaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Cordons industriels et les Commandos communaux d&#233;bordent le verticalisme des partis de l'Unit&#233; populaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Cordons industriels ont &#233;t&#233; les organisations de base les plus importantes du mouvement syndical pendant le gouvernement Allende, reprenant l'exp&#233;rience territoriale des Mancomunales du d&#233;but du XXe si&#232;cle [structures mutualistes r&#233;gionales visant &#224; l'am&#233;lioration de la situation mat&#233;rielle et intellectuelle des travailleurs]. Ils &#233;taient structur&#233;s sur une base zonale, comme les sept Cordons de Santiago, comprenant Vicu&#241;a Mackenna, San Joaqu&#237;n, Cerrillos et d'autres communes de Santiago, ainsi que celles des provinces, notamment Concepci&#243;n et Valpara&#237;so. Ils n'&#233;taient pas organis&#233;s par les organisations syndicales mais par des syndicats de base dans toutes les usines et entreprises de la Commune. C'est pour cette raison que la r&#233;ponse de la Centrale unique des travailleurs &#233;tait incorrecte : les Cordons industriels provoqueraient la division du mouvement syndical ; une critique contest&#233;e par les dirigeants des Cordons : &#171; Les unions des diff&#233;rents syndicats de la Commune, regroup&#233;s dans notre organisation territoriale, ne se sont pas d&#233;saffili&#233;es de leurs f&#233;d&#233;rations respectives int&#233;gr&#233;es &#224; la Centrale unique des travailleurs ; par exemple, les syndicats textiles Hirmas, Yarur et autres continuent d'appartenir &#224; la F&#233;d&#233;ration Textile de la Centrale unique des travailleurs, ainsi que les syndicats de la F&#233;d&#233;ration M&#233;tal, Chimie et Alimentation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour renforcer leur organisation territoriale, les Cordons industriels se sont associ&#233;s aux Commandos communaux, form&#233;s par les habitants de la m&#234;me commune ou zone que les syndicats. De cette mani&#232;re, ils sont parvenus &#224; former un mouvement local vigoureux qui, &#224; mesure que la lutte des classes s'intensifiait, est devenu l'embryon d'un pouvoir local, que certains ont confondu avec une dualit&#233; de pouvoir avec le gouvernement Allende, alors qu'en fait ils soutenaient, avec certes quelques critiques, le pr&#233;sident de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, les Cordons industriels ont d&#233;bord&#233; les partis de l'Unit&#233; populaire &#224; plusieurs reprises car ils &#233;taient structur&#233;s &#224; partir de la base, avec des syndicalistes combatifs sans parti ou sympathisants de gauche. Leurs r&#233;solutions n'&#233;taient pas adapt&#233;es aux al&#233;as et aux tactiques du gouvernement et de la Centrale unique des travailleurs, mais aux d&#233;cisions d&#233;mocratiques de la base, qui souhaitait s'orienter vers des objectifs plus d&#233;finis et plus radicaux que ceux du gouvernement lui-m&#234;me, r&#233;affirmant ainsi son autonomie. Il existe des recherches exhaustives sur le sujet &#8211; notamment le livre volumineux et document&#233; de Miguel Silva, &lt;i&gt;Los Cordones Industriales y el socialismo desde abajo&lt;/i&gt; (1990) &#8211; d&#233;montrant le r&#244;le fondamental jou&#233; par ces organisations en termes de contr&#244;le ouvrier et d'administration des entreprises collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, elles allaient souvent au-del&#224; des exigences &#233;conomiques, s'&#233;levant &#224; un niveau socio-politique d'importance nationale &#224; des moments cruciaux. Le journal Aurora de Chile, dans son &#233;dition de juillet 1973, apr&#232;s le &#171; tanquetazo &#187; (29 juin 1973) ou tentative de coup d'&#201;tat dirig&#233; par le lieutenant-colonel Roberto Souper Onfray, d&#233;clare : &#171; Les Cordons industriels incorporent de nouveaux contingents de classe que la Centrale unique des travailleurs n'int&#232;gre pas, les syndicats non affili&#233;s, les travailleurs sans organisation syndicale, les employ&#233;s du secteur tertiaire. Les Cordons industriels ne sont pas incorpor&#233;s &#224; la l&#233;galit&#233; bourgeoise. (&#8230;) Ce sont les seules organisations de classe capables de s'incorporer &#224; un pouvoir territorial, dans une situation de confrontation directe avec la bourgeoisie, avec tous les avantages strat&#233;giques que cela implique &#187; [46].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les partis de l'Unit&#233; populaire parlaient de la classe ouvri&#232;re, ils ne faisaient r&#233;f&#233;rence qu'aux ouvriers et employ&#233;s organis&#233;s dans les syndicats. C'est pourquoi l'une de leurs faiblesses est de ne pas avoir pris en compte les aspirations des travailleurs non organis&#233;s, notamment dans les petites entreprises, avec 101 000 personnes travaillant dans l'artisanat et 175 000 dans les petites et moyennes entreprises, ainsi que des dizaines de milliers de travailleurs urbains non industriels, comme ceux du commerce. Mario Dur&#225;n a d&#233;clar&#233; : &#171; Le projet de l'Unit&#233; populaire de cr&#233;er l'Aire de propri&#233;t&#233; sociale ne concernait que quelque 180 000 travailleurs. Le nombre de travailleurs des petites entreprises et des artisans atteignait environ 280 000 et la grande majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re, ajout&#233;e au nombre &#233;norme de sous-employ&#233;s et de ch&#244;meurs, soit environ 400 000, donnait un total approximatif de 700 000 travailleurs qui n'&#233;taient pas associ&#233;s au projet politique &#187; [47].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, un pas important vers la d&#233;mocratisation des syndicats a &#233;t&#233; franchi en 1972 lorsque la Centrale unique des travailleurs a &#233;t&#233; appel&#233;e &#224; des &#233;lections nationales directes pour &#233;lire une nouvelle direction. Jusqu'alors, et comme c'&#233;tait la tradition dans tous les pays, la direction nationale de la centrale syndicale &#233;tait &#233;lue indirectement, par le biais de d&#233;l&#233;gu&#233;s repr&#233;sentant un certain nombre de membres. En 1972, les travailleurs chiliens ont vot&#233; sur leur lieu de travail, un &#233;v&#233;nement d&#233;mocratique sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire du mouvement syndical mondial. Le r&#233;sultat fut le suivant : les d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux proches du Parti communiste ont obtenu 173 068 voix, du Parti socialiste 143 140, du Parti d&#233;mocrate-chr&#233;tien 147 531, du Mouvement d'action populaire unitaire 25 983, du Parti radical 21 910, du Front des travailleurs r&#233;volutionnaires (MIR, Frente Revolucionario et autres groupes) 10 192, de l'Union socialiste populaire 5420, du Parti communiste r&#233;volutionnaire 3390 et de la Gauche chr&#233;tienne 3126 [48].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;lection d&#233;mocratique a montr&#233; que la gauche traditionnelle conservait sa force au sein de la Centrale unique des travailleurs tandis que la D&#233;mocratie chr&#233;tienne augmentait son influence dans la base syndicale, tout comme la toute nouvelle organisation politique, le Mouvement d'action populaire unitaire (MAPU). Le plus frappant a &#233;t&#233; la faible votation en faveur de la gauche r&#233;volutionnaire, montrant une faible influence dans le secteur des travailleurs organis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus de radicalisation des travailleurs, tant au niveau de la conscience de classe que de la conscience politique, a permis la r&#233;ponse militante au lock-out d'octobre 1972, lorsque les travailleurs ont r&#233;ussi &#224; briser les cadenas des usines et &#224; les mettre en service de mani&#232;re autogestionnaire, d&#233;montrant ainsi que les entreprises pouvaient fonctionner sans avoir besoin de leurs patrons, un &#233;v&#233;nement sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire du mouvement ouvrier international. La d&#233;faite sociale du lock-out des patrons par l'action d&#233;termin&#233;e de la classe ouvri&#232;re a d&#233;velopp&#233; un embryon de conscience de classe r&#233;volutionnaire, qui est l'un des plus hauts degr&#233;s de la conscience des salari&#233;s. Cet embryon a atteint son apog&#233;e en juin-juillet 1973, apr&#232;s le coup d'&#201;tat militaire avort&#233; du lieutenant-colonel Souper. &#192; ce moment-l&#224;, de vastes secteurs de la classe ouvri&#232;re ont pris conscience que le pouvoir &#233;tait en jeu et que, s'ils ne s'armaient pas massivement, la bourgeoisie porterait le coup d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains courants politiques &#233;taient d'avis que c'&#233;tait le moment cl&#233; pour avancer vers la prise r&#233;elle du pouvoir, bien que cela soit en contradiction avec la strat&#233;gie de l'Unit&#233; populaire, dont la plupart des dirigeants ont opt&#233; &#224; ce stade pour des n&#233;gociations avec la D&#233;mocratie chr&#233;tienne. D'autres analystes ont estim&#233; que le moment d&#233;cisif pour le progr&#232;s politique &#233;tait la d&#233;faite de la gr&#232;ve patronale en octobre 1972, car le rapport de force &#233;tait encore en faveur des opprim&#233;s, un moment o&#249; l'opposition n'avait pas encore d&#233;fini la tactique du coup d'&#201;tat militaire en raison de la division au sein des forces arm&#233;es entre le secteur constitutionnaliste, dirig&#233; par le g&#233;n&#233;ral Carlos Prats, et les militaires, convaincus de l'ill&#233;gitimit&#233; du gouvernement &#171; allendista &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, il y eut des analystes, bien apr&#232;s les &#233;v&#233;nements, qui ont jug&#233; que le moment cl&#233; pour progresser dans la l&#233;galit&#233; &#233;tait le r&#233;sultat des &#233;lections d'avril 1971, dans lesquelles l'Unit&#233; populaire a remport&#233; 50,1% des voix pour les conseils municipaux, un vote d&#233;mocratique jamais atteint auparavant par la gauche mondiale. Sans sous-estimer l'importance de la d&#233;faite du lock-out patronal en 1972, Gabriel Smirnow soutient [dans son ouvrage de 1977] que trois conditions &#233;taient r&#233;unies en avril 1971, et que celles-ci ne se reproduiraient plus jamais : &#171; La majorit&#233; de l'&#233;lectorat &#233;tait en faveur de l'Unit&#233; populaire, l'opposition bourgeoise n'avait pas r&#233;ussi &#224; reconstituer son unit&#233; puisque les deux mod&#232;les alternatifs restaient valables et diff&#233;renci&#233;s, et la majorit&#233; de l'appareil r&#233;pressif restait fid&#232;le au r&#233;gime constitutionnel &#187; [49].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut souligner dans le contexte de la mobilisation populaire que Salvador Allende a soutenu le&lt;strong&gt; mouvement des femmes &lt;/strong&gt; comme aucun des pr&#233;c&#233;dents pr&#233;sidents du Chili ; et cela par des actes et non par des promesses paternalistes, malgr&#233; le rejet du Parti national et du Parti d&#233;mocrate-chr&#233;tien, et m&#234;me le m&#233;contentement de la plupart des dirigeants de l'Unit&#233; populaire elle-m&#234;me, influenc&#233;s par l'id&#233;ologie patriarcale traditionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sensible aux demandes des femmes, Allende a encourag&#233; leur participation dans divers domaines :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) dans les entreprises o&#249; le contr&#244;le et l'administration de la production avaient lieu ;&lt;br class='autobr' /&gt;
b) dans les Conseils d'approvisionnement et de contr&#244;le des prix ;&lt;br class='autobr' /&gt;
c) dans l'auto-construction de logements et de polycliniques ;&lt;br class='autobr' /&gt;
d) dans les Conseils de voisins et les Commandos communaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette mani&#232;re, les relations entre les femmes et les hommes ont &#233;t&#233; plus transparentes, bien que ces derniers aient montr&#233; un certain ressentiment lorsque la femme, par exemple, payait &#224; l'avance le cin&#233;ma ou l'invitation &#224; d&#238;ner, car elle &#233;tait en mesure de le faire gr&#226;ce &#224; l'augmentation des salaires au cours des deux premi&#232;res ann&#233;es du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allende est all&#233; jusqu'&#224; proposer alors la cr&#233;ation du minist&#232;re de la Condition f&#233;minine ; il envisageait de nommer Carmen Gloria Aguayo comme ministre, mais il n'a pas pu le faire en raison de la r&#233;sistance des partis de l'Unit&#233; populaire. Quoi qu'il en soit, il a cr&#233;&#233; en 1971 le Secr&#233;tariat de la femme, qui faisait partie int&#233;grante du gouvernement. La m&#234;me ann&#233;e, il a encourag&#233; l'adoption d'un nouveau statut de la famille qui pr&#233;voyait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; le droit des femmes de conclure des contrats, d'ali&#233;ner et d'hypoth&#233;quer leurs biens sans l'autorisation de leur mari ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; de partager la garde et l'entretien des enfants avec leur conjoint ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; la filiation simple, mettant fin &#224; la distinction entre enfants l&#233;gitimes et ill&#233;gitimes ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; un nouveau statut juridique pour l'union stable des couples non officiellement mari&#233;s par l'&#233;tat civil ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; des tribunaux de la famille compos&#233;s d'un psychologue, d'un travailleur social et d'un avocat, pour favoriser le divorce apr&#232;s une p&#233;riode raisonnable de s&#233;paration, sans les obliger &#224; fournir des t&#233;moignages humiliants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, le gouvernement a cherch&#233; &#224; all&#233;ger la charge des femmes &#224; la maison en finan&#231;ant des cantines populaires dans les usines et dans le tr&#232;s fr&#233;quent&#233; b&#226;timent de la Cnuced &#8211; [la IIIe Conf&#233;rence de l'ONU sur le commerce et le d&#233;veloppement dans le Tiers Monde a eu lieu au Chili en 1972 ; &#224; pr&#233;sent, le b&#226;timent est devenu le Centre culturel Gabriela Mistral, ndt] &#8211; au centre de Santiago, ainsi que le &#171; Programme de repas pr&#233;par&#233;s &#187;, qui a mis &#224; la disposition des femmes salari&#233;es du secteur social plus de 150 000 plats pr&#233;par&#233;s qu'elles pouvaient acheter et emporter chez elles. Au total, 467 000 nouveaux emplois destin&#233;s aux femmes ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres mesures ont &#233;t&#233; prises : un demi-litre de lait pour les femmes enceintes et allaitantes, une augmentation du &#171; fuero maternal &#187; [avantage dont b&#233;n&#233;ficie une femme qui travaille depuis le d&#233;but de la grossesse et jusqu'&#224; un an et 84 jours apr&#232;s la date de l'accouchement. Pendant cette p&#233;riode, elle ne peut pas &#234;tre licenci&#233;e, ndt] et l'obligation pour les entreprises de plus de 20 femmes d'avoir des cr&#232;ches, une augmentation du cong&#233; postnatal pass&#233; de 45 &#224; 90 jours, et l'ouverture, en 1971, du premier centre de soins post-natals pour les femmes rurales. Construction de 73 nouveaux jardins d'enfants et r&#233;novation de 400 autres. Inauguration de l'espace appel&#233; &#171; Tour des femmes &#187; dans le b&#226;timent de la Cnuced, appel&#233; plus tard Diego Portales ; encouragement &#224; la syndicalisation des employ&#233;es de maison, ainsi que recommandation de 8 heures de travail et l'autorisation d'&#233;tudier dans des &#233;coles proches du lieu de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1971, de nombreuses femmes ont form&#233; des brigades de sant&#233;, qui collaboraient avec les polycliniques des &lt;i&gt;poblaciones&lt;/i&gt; les plus d&#233;favoris&#233;es. En 1972, les femmes de la commune de Barrancas de Santiago ont fond&#233; un centre pilote pour aborder collectivement les probl&#232;mes de sant&#233;, de logement, d'&#233;ducation et de transport. Ces initiatives et d'autres ont &#233;t&#233; soutenues avec enthousiasme par les parlementaires Mar&#237;a Elena Carrera et Laura Allende. Cette derni&#232;re a &#233;t&#233; attaqu&#233;e en 1973 par un commando d'extr&#234;me droite alors qu'elle voyageait dans sa Citro&#235;n 2 CV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t de cette ann&#233;e-l&#224;, des assembl&#233;es de paysannes se sont r&#233;unies sur les rives de la rivi&#232;re B&#237;ob&#237;o pour faire conna&#238;tre les Centres de la r&#233;forme agraire, o&#249; les femmes avaient, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire du Chili, les m&#234;mes droits &#224; la terre que les hommes. &#171; La participation des femmes a &#233;t&#233; rendue possible aussi bien par la n&#233;cessit&#233; de d&#233;finir la composition des unit&#233;s r&#233;form&#233;es que par la port&#233;e du processus d&#233;cisionnel. (&#8230;) L'une des critiques les plus fr&#233;quentes faites aux Centres de la r&#233;forme agraire (CERA) &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment qu'ils permettaient la participation des femmes &#187; [50].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; la gr&#232;ve patronale d'octobre 1972, les femmes des &lt;i&gt;poblaciones&lt;/i&gt; de Jos&#233; Mar&#237;a Caro et Santa Roza con Joaqu&#237;n (Santiago) ont bris&#233; les cadenas des magasins UNICOOP pour contrer les p&#233;nuries, d&#233;clench&#233;es artificiellement par la droite. De m&#234;me, les travailleurs de la SOPROLE ont occup&#233; l'entreprise pour garantir la distribution de lait, en augmentant la production &#224; 70 000 litres pendant quelques jours, gr&#226;ce au travail volontaire. Regroup&#233;es au sein d'un Front patriotique, les femmes se sont prononc&#233;es contre les menaces de coup d'&#201;tat. En 1972 et 1973, les affrontements entre les femmes anti-Allende de la haute et moyenne bourgeoisie et les femmes des &lt;i&gt;poblaciones&lt;/i&gt; et salari&#233;es qui travaillaient au centre de Santiago &#233;taient monnaie courante, les int&#233;r&#234;ts politiques primant sur les int&#233;r&#234;ts de genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, le protagonisme social des femmes sous l'Unit&#233; populaire a pris des dimensions massives comme jamais auparavant dans l'histoire du Chili. Ainsi, la conscience de classe politique s'est approfondie atteignant un niveau plus &#233;lev&#233; que la conscience de genre, en raison de l'absence d'organisations f&#233;ministes puissantes, m&#234;me si l'on avait connu des th&#233;oriciennes de grande qualit&#233; comme Julieta Kirkwood et des f&#233;ministes disposant de l'exp&#233;rience d'une Elena Caffarena et d'une Olga Poblet, fondatrices du Mouvement d'&#233;mancipation des femmes chiliennes dans les ann&#233;es 1930.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre secteur discrimin&#233;, les &lt;strong&gt;peuples originels&lt;/strong&gt;, a eu plus d'espace pour exprimer ses revendications ancestrales pour son territoire ou son habitat mill&#233;naire. Les Mapuches ont occup&#233; des domaines qui leur appartenaient, ils ont consolid&#233; de nouvelles organisations, &#233;lu de nouveaux&lt;i&gt; lonkos&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;weipifes&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;machis&lt;/i&gt; [autorit&#233;s ancestrales des communaut&#233;s mapuches] qui conservaient la tradition orale des luttes de Lautaro &#224; Panguilef, inspirateur de la R&#233;publique indig&#232;ne, durant la &#171; R&#233;publique socialiste &#187; de 1932. Ils ont conquis de nouveaux espaces publics pour exprimer leur vision du monde et ont obtenu que les Centres de r&#233;forme agraire (CERA) &#233;coutent et, dans certains cas, acceptent leurs revendications. En septembre 1972, Salvador Allende &#8211; qui fut le premier pr&#233;sident &#224; rendre officiellement visite au peuple mapuche, selon un t&#233;moignage oral transmis &#224; l'auteur (LV) &#8211; a promulgu&#233; une nouvelle loi indig&#232;ne qui modifiait progressivement celle adopt&#233;e en 1961.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, malgr&#233; ces avanc&#233;es, les Mapuches ne revendiquaient pas encore leur statut de nation originelle ou de peuple-nation au sein de l'&#201;tat chilien, cette approche a vu le jour sous de nouveaux dirigeants dans les ann&#233;es 1980-1990. En outre, pendant le gouvernement de l'Unit&#233; populaire, ils n'appr&#233;ciaient pas que les militants des partis de gauche tentent de s'immiscer dans leurs probl&#232;mes internes, en essayant de mener des luttes pour la r&#233;cup&#233;ration de leurs terres depuis l'ext&#233;rieur de leur habitat, selon les confessions ult&#233;rieures de certains exil&#233;s Mapuches et les &#233;crits qu'ils ont publi&#233;s pendant les premi&#232;res ann&#233;es apr&#232;s la dictature militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le Norte Grande [une r&#233;gion naturelle du nord du Chili], les Aymara ont &#224; nouveau fait sentir leur pr&#233;sence, d&#233;lib&#233;r&#233;ment omise apr&#232;s la guerre du Pacifique [1879-1884, au cours de laquelle le Chili a affront&#233; la Bolivie et le P&#233;rou] car ils avaient habit&#233; aussi bien en Bolivie qu'au P&#233;rou, et de nouveaux dirigeants ont &#233;merg&#233; au sein de la communaut&#233; o&#249; &#233;tait n&#233; Pedro Humires, un po&#232;te et un enseignant exemplaire d'&#233;cole primaire. De la province n&#233;glig&#233;e de Magallanes [extr&#234;me sud du Chili], les derniers descendants des Onas, Alacalufes (Kaweskar), une branche des Tehuelches (Selk'nam) et des Y&#225;manas ou Yaganes &#8211; dont les familles ancestrales avaient &#233;t&#233; extermin&#233;es par la conqu&#234;te des terres dont le but &#233;tait de pouvoir exploiter la nouvelle &#171; toison blanche &#187;, les moutons, import&#233;s par les Men&#233;ndez Behety et Men&#233;ndez Braun, porte-parole du capitalisme britannique &#8211; ont fait entendre leur voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant le gouvernement d'Allende, le mouvement des &lt;strong&gt;pobladores&lt;/strong&gt; a particip&#233; de mani&#232;re tr&#232;s large, que ce soit par de nouvelles &#171; saisies &#187; de terres, pour la premi&#232;re fois non r&#233;prim&#233;es de mani&#232;re arbitraire, ou par la mise en place d'organisations telles que les &#171; Camp L&#233;nine &#187; &#224; Talcahuano et &#171; Che Guevara &#187; &#224; Santiago, appel&#233; plus tard &#171; Nueva La Habana &#187;, et encore d'autres, avec une organisation autogestionnaire, comprenant des t&#226;ches d'auto-construction et de r&#233;habilitation de maisons, de cantines collectives et de cours d'&#233;ducation primaire et d'alphab&#233;tisation. Dans plusieurs camps, o&#249; le MIR avait gagn&#233; en influence sous la direction de V&#237;ctor Toro et Herminia Concha, des milices populaires ont &#233;t&#233; organis&#233;es, mais avec une faible structure politico-militaire, pour faire face au coup d'&#201;tat &#224; venir. Cependant, l'activit&#233; la plus importante du mouvement des &lt;i&gt;pobladores&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; de coordonner les Commandos communaux avec les Cordons industriels, au niveau zonal, la base d'un pouvoir populaire embryonnaire qui a commenc&#233; &#224; &#233;merger avec une force relative au cours de l'ann&#233;e 1972 [51].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le&lt;strong&gt; mouvement &#233;tudiant&lt;/strong&gt; a connu un d&#233;veloppement in&#233;gal. Il est parvenu &#224; consolider ses organisations dans les universit&#233;s et dans le secondaire pendant le gouvernement de l'Unit&#233; populaire, &#224; r&#233;affirmer sa demande d'autonomie universitaire, encourag&#233;e par le gouvernement lui-m&#234;me, &#224; r&#233;clamer des concours pour faire place &#224; de nouveaux et meilleurs professeurs, &#224; cr&#233;er de nouvelles chaires parall&#232;les, &#224; exercer concr&#232;tement sa participation de 25% aux d&#233;cisions de la communaut&#233; universitaire, &#224; obtenir des cours du soir pour les travailleurs qui voulaient entrer &#224; l'universit&#233;, &#224; &#233;tendre les t&#226;ches de diffusion ou d'extension universitaire aux secteurs populaires, &#224; occuper de nouveaux espaces de libert&#233;, &#224; renforcer l'unit&#233; travailleurs-paysans-&#233;tudiants conquise sous l'administration Frei. Cependant, en confondant l'ensemble du corps &#233;tudiant avec l'avant-garde &#233;tudiante, de graves erreurs sectaires ont &#233;t&#233; commises envers les &#233;tudiants qui ne partageaient pas les positions des partis de gauche, allant jusqu'&#224; cr&#233;er des &#171; cours de conscientisation &#187;, accept&#233;s par les autorit&#233;s de diverses universit&#233;s, au plus grand d&#233;plaisir des &#233;tudiants sans parti ou de l'opposition, qui avaient le sentiment de subir un &#171; lavage de cerveau &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette attitude sectaire et l'&#233;rosion de l'influence du gouvernement sur les classes moyennes &#8211; dont les enfants fr&#233;quentaient les universit&#233;s et constituaient la majorit&#233; du corps &#233;tudiant &#8211; ont conduit &#224; une profonde division du mouvement &#233;tudiant, non pas tant en raison de leurs revendications acad&#233;miques, mais pour des raisons de polarisation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ph&#233;nom&#232;ne a pu &#234;tre observ&#233; clairement en mai 1972, &#224; l'occasion de l'&#233;lection du recteur de l'Universit&#233; du Chili, o&#249; le candidat de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne et de la droite, Edgardo Boeninger, a triomph&#233; non seulement dans la cat&#233;gorie des professeurs mais, &#224; la grande surprise, dans le corps &#233;tudiant sur le total des voix obtenues par les autres candidats : Felipe Herrera pour les partis de l'Unit&#233; populaire, socialiste, communiste et radical ; Andr&#233;s Pascal du MIR et Luis Vitale pour le Frente Revolucionario et le Parti communiste r&#233;volutionnaire. La division du mouvement &#233;tudiant est devenue de plus en plus aigu&#235; en 1973, entra&#238;nant des affrontements entre lyc&#233;ens et &#233;tudiants. Ce processus regrettable a &#233;galement &#233;t&#233; encourag&#233; de mani&#232;re sectaire par l'opposition et les putschistes de droite, ravis par le d&#233;veloppement du &#171; gremialismo &#187;, dirig&#233; par Jaime Guzm&#225;n, qui avait gagn&#233; en influence non seulement &#224; l'Universit&#233; catholique mais dans de nombreuses universit&#233;s du pays. De son c&#244;t&#233;, la F&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants secondaires de Santiago dirigeait le mouvement dans les &#233;tablissements du secondaire par l'interm&#233;diaire de son pr&#233;sident G. Yungue (affili&#233; &#224; la D&#233;mocratie chr&#233;tienne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des &lt;strong&gt;Chr&#233;tiens pour le socialisme&lt;/strong&gt;, n&#233; sous le gouvernement d&#233;mocrate-chr&#233;tien, a connu un essor relatif, touchant des secteurs de la population d'inspiration chr&#233;tienne et surtout la base du Parti d&#233;mocrate chr&#233;tien et il a fini par rompre avec son parti pour former la Gauche chr&#233;tienne. Mais le sectarisme des partis de l'Unit&#233; populaire a encourag&#233; la division verticale au sein du Mouvement d'action populaire unitaire (MAPU).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du mois d'avril 1971, le groupe Chr&#233;tiens pour le socialisme a organis&#233; une r&#233;union &#224; laquelle ont particip&#233; les pr&#234;tres Gonzalo Arroyo, Pablo Richard, Santiago Thijsen, Renato Giavio de la Poblaci&#243;n de la Victoria, Esteban Gumucio de la Poblacion Jo&#227;o Goulart, Alfonso Baeza du Mouvement ouvrier d'action catholique, Nelson Soucy de la Poblaci&#243;n Mussa, Jos&#233; Arellano de la Poblaci&#243;n San Joaqu&#237;n, Hernan Leenrijse de San Bernardo et d'autres, avec la pr&#233;sence d'un invit&#233; sp&#233;cial, Gustavo Guti&#233;rrez, du P&#233;rou, l'un des plus importants th&#233;oriciens de la Th&#233;ologie de la lib&#233;ration. L'un des principaux accords auxquels ils sont parvenus &#233;tait de soutenir les mesures du pr&#233;sident Allende. Ils se sont rapidement &#233;tendus &#224; Valpara&#237;so, Antofagasta, Curic&#243;, Talca, Concepci&#243;n et Puerto Montt. Lors de cette r&#233;union, Santiago Thijsen a d&#233;clar&#233; : &#171; Nous ne sommes pas le Mouvement d'action populaire unitaire, nous ne voulons pas l'&#234;tre ; en tant que groupe, nous ne sommes d'aucun parti, nous militons pour le socialisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 avril 1972, la premi&#232;re rencontre latino-am&#233;ricaine des Chr&#233;tiens pour le socialisme s'est tenue au si&#232;ge du syndicat de l'usine textile Hirmas. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s, dont 250 pr&#234;tres, y compris l'&#233;minent th&#233;ologien mexicain Sergio M&#233;ndez Arceo, ont d&#233;cid&#233; de soutenir l'administration de Salvador Allende. Le 17 octobre 1971, le groupe Communaut&#233; des chr&#233;tiens r&#233;volutionnaires [Comunidad de Cristianos Revolucionarios] est n&#233; &#224; Vi&#241;a del Mar. Du 24 au 26 novembre de cette ann&#233;e-l&#224;, l'Assembl&#233;e des Chr&#233;tiens pour le socialisme s'est tenue &#224; Padre Hurtado, en pr&#233;sence de 140 pr&#234;tres, 80 religieuses, 20 pasteurs &#233;vang&#233;liques et 130 la&#239;cs. Le 7 juillet 1972, la r&#233;union &#171; La lutte des classes et l'&#201;vangile de J&#233;sus-Christ &#187; a &#233;t&#233; inaugur&#233;e, le p&#232;re Roberto Bolton a &#233;t&#233; invit&#233;, et un dialogue int&#233;ressant entre chr&#233;tiens et marxistes a eu lieu. Dans le th&#233;&#226;tre municipal de Santiago, en f&#233;vrier 1973, s'est d&#233;roul&#233; un hommage au pr&#234;tre gu&#233;rillero colombien Camilo Torres ; le discours principal a &#233;t&#233; prononc&#233; par le p&#232;re Mart&#237;n G&#225;rate, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral des Chr&#233;tiens pour le socialisme, qui a d&#233;clar&#233; : &#171; Nous, chr&#233;tiens, ne serons plus utilis&#233;s par les classes dirigeantes &#187; (Journal &lt;i&gt;La Naci&#243;n&lt;/i&gt;, f&#233;vrier 1973).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'intensification de la lutte politique et &#224; l'offensive de la droite, les Chr&#233;tiens pour le socialisme ont fait une d&#233;claration importante le 19 avril 1973 dans laquelle ils affirmaient : &#171; Nous ne voulons pas dire que le christianisme et le marxisme sont une seule et m&#234;me chose. Nous voulons seulement montrer que le christianisme ne peut jamais &#234;tre un obstacle pour que les pauvres sortent de leur situation de mis&#232;re &#187; (Journal &lt;i&gt;Noticias de &#250;ltima hora&lt;/i&gt;, 19 avril 1973). Quelques jours plus tard, le 27 du m&#234;me mois, face aux menaces de coup d'&#201;tat, ils ont soulign&#233; cat&#233;goriquement : &#171; Il est de notre devoir de montrer &#224; nos camarades, &#233;vang&#233;liques et catholiques, que l'utilisation de la religion voulue par la droite est contre la lib&#233;ration du peuple et, par cons&#233;quent, contre la lib&#233;ration que le Christ a pr&#234;ch&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le coup d'&#201;tat militaire, les membres du &#171; mouvement des Chr&#233;tiens pour le socialisme &#187; ont d&#233;clar&#233; qu'ils se sentaient parfois utilis&#233;s par les partis de l'Unit&#233; populaire qui, malgr&#233; leur m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard de tout ce qui sentait la soutane, les utilisaient sans comprendre la contribution politique apport&#233;e &#224; la gauche et au peuple par les partisans de la Th&#233;ologie de la lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, il convient de rappeler que la gauche chilienne &#233;tait une h&#233;riti&#232;re &#171; coh&#233;rente &#187; de la tradition lib&#233;rale du XIXe si&#232;cle et qu'elle continuait &#224; &#234;tre visc&#233;ralement anticl&#233;ricale, notamment les socialistes membres de la franc-ma&#231;onnerie. Il est connu que plusieurs pr&#233;sidents du Chili &#233;taient des sympathisants de la franc-ma&#231;onnerie &#8211; c'est le moins que l'on puisse dire. Parmi eux, Carlos Ib&#225;&#241;ez del Campo, Pedro Aguirre Cerda, Juan Antonio R&#237;os, Gabriel Gonz&#225;lez Videla et, comme il est de notori&#233;t&#233; publique, Salvador Allende. Le Chili est l'un des rares pays d'Am&#233;rique latine o&#249; la franc-ma&#231;onnerie a exerc&#233; un certain pouvoir&lt;i&gt; de facto&lt;/i&gt; au niveau politique, atteignant une influence notoire dans les universit&#233;s et, en g&#233;n&#233;ral, dans les diff&#233;rents domaines de la culture. Elle a m&#234;me influenc&#233; des secteurs de l'arm&#233;e, de la marine et de l'aviation, comme la g&#233;n&#233;ration des ann&#233;es 1920-1930, &#224; commencer par les jeunes officiers qui ont pratiquement gouvern&#233; le pays de 1925 &#224; 1932, de Carlos Ib&#225;&#241;ez &#224; Marmaduke Grove. Il n'est donc pas &#233;tonnant que les Chr&#233;tiens pour le socialisme aient &#233;t&#233; observ&#233;s avec suspicion par la gauche. Je me souviens que lorsque, en 1966, nous avons propos&#233;, au sein du Comit&#233; central du MIR, de collaborer avec les sympathisants de la Th&#233;ologie de la lib&#233;ration, nous avons &#233;t&#233; regard&#233;s comme des &#171; hurluberlus &#187;, pr&#233;cis&#233;ment par des jeunes dont les parents &#233;taient francs-ma&#231;ons. Des ann&#233;es plus tard, un groupe de Chr&#233;tiens pour le socialisme, comprenant des pr&#234;tres et des religieuses, a rejoint le MIR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des progr&#232;s dans la d&#233;mocratisation de la culture et dans les droits de l'homme les plus fondamentaux : sant&#233;, logement et &#233;ducation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement de Salvador Allende a poursuivi le processus de d&#233;mocratisation de la culture &#8211; commenc&#233; avec les gouvernements du Front populaire et poursuivi jusqu'&#224; celui d'Eduardo Frei Montalva &#8211; tant aux trois niveaux de l'enseignement que dans la promotion des diff&#233;rentes expressions artistiques, en favorisant l'acc&#232;s aux concerts publics, au th&#233;&#226;tre, aux expositions de peinture et autres expressions artistiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a mis l'accent sur la diffusion des livres &#224; des niveaux jamais atteints en Am&#233;rique latine, en soutenant la publication des classiques de la litt&#233;rature mondiale et des &#339;uvres de sciences sociales, dans des &#233;ditions de plus de 50 000 exemplaires par auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a investi dans les services de sant&#233;, de logement et d'&#233;ducation. En 1971, 131 &#233;coles ont &#233;t&#233; construites, avec 1884 salles de classe pour servir 83 000 nouveaux &#233;l&#232;ves, en assurant le petit-d&#233;jeuner scolaire, des mesures qui ont &#233;t&#233; encore plus importantes en 1972 et 1973. Au cours de la premi&#232;re ann&#233;e du gouvernement de l'Unit&#233; populaire, a commenc&#233; la construction de 76 000 logements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien qu'en 1971, six nouveaux h&#244;pitaux ont vu le jour et des r&#233;parations ont &#233;t&#233; effectu&#233;es dans la plupart des anciens h&#244;pitaux du Service national de sant&#233;, tout en stimulant la participation des infirmi&#232;res et des fonctionnaires &#224; la gestion de tous les domaines de la sant&#233;. Nombre d'entre eux, dont un important secteur de m&#233;decins, ont particip&#233; activement &#224; la cr&#233;ation de centres de sant&#233; dans les communes qui avaient le plus besoin de soins m&#233;dicaux &#224; Santiago, Valpara&#237;so, Concepci&#243;n et dans d'autres provinces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a ouvert de nouveaux espaces de libert&#233; pour la moiti&#233; de la population, les femmes, et d'autres secteurs discrimin&#233;s, comme les Mapuches, les Aymaras et autres peuples originels, des aspects qui t&#233;moignent d'une pr&#233;occupation constante pour les droits humains les plus essentiels des citoyens. (Traduction Ruben Navarro et Hans-Peter Renk) (&lt;strong&gt;A suivre le 8 juin&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Sergio Ramos, &lt;i&gt;Chile &#191;Una econom&#237;a en transici&#243;n ?&lt;/i&gt;, Cuadernos CESO, Universit&#233; du Chili, Santiago, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;]30] Institut d'&#233;conomie de l'Universit&#233; du Chili, &lt;i&gt;La econom&#237;a chilena en 1971&lt;/i&gt;, Santiago, 1971, p. 569 et 570.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Solon Barraclough y Alminio Affonso, &#171; Diagn&#243;stico de la Reforma Agraria (noviembre 1970-junio 1972) &#187;, &lt;i&gt;Cuadernos de la Realidad Nacional&lt;/i&gt; (CEREN), N&#176; 16, avril 1973, p. 71.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Ren&#233; Billaz y Eugenio Maffei, &#171; La Reforma Agraria chilena y el camino hacia el socialismo. Algunas consideraciones &#187;, &lt;i&gt;Cuadernos de la Realidad Nacional&lt;/i&gt; (CEREN), N&#176; 11, janvier 1972, p. 69.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] Ibid., pages 72, 75 et 77.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] Ibid., pages 75 et 76.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] Crist&#243;bal Kay y Peter Winn, &#171; La Reforma Agraria en el gobierno de la Unidad Popular &#187;, &lt;i&gt;Sociedad y Desarrollo&lt;/i&gt;, N&#176; 3, juillet-septembre 1972, CESO, Universit&#233; du Chili, pp. 14 et 15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] Rapport du CIAP, Banco Central, Santiago, f&#233;vrier 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] Jorge Leiva y Alejandro Guti&#233;rrez, &#171; Consideraciones acerca de la estatizaci&#243;n de la banca &#187;,&lt;i&gt; Mensaje&lt;/i&gt;, N&#176; 197, Santiago, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] Lillian Collyer y Eliana Sianyu, &#171; Proceso de Estatizaci&#243;n del Sistema Bancario &#187;,&lt;i&gt; La econom&#237;a chilena en 1971&lt;/i&gt;, Instituto de Econom&#237;a, Universidad de Chile, Santiago, 1972, pp. 580 &#224; 585.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] Pour plus d'informations, consulter Marta Harnecker, &#171; JAP y Poder Popular &#187;,&lt;i&gt; Chile Hoy&lt;/i&gt;, N&#176; 39, Santiago, 15-3-1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40] Kalki Glauser, &#171; &#193;reas de Propiedad bajo el gobierno de la Unidad Popular &#187;,&lt;i&gt; Cuadernos de la Realidad Nacional&lt;/i&gt; (CEREN) &#187;, N&#176; 9, Santiago, 1971 et Oscar G. Garret&#243;n, &#171; La importancia del &#193;rea de Propiedad Social y la definici&#243;n de las &#225;reas &#187;,&lt;i&gt; ibid&lt;/i&gt;. N&#176; 11, p 251.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[41] Eduardo Novoa Monreal, &#171; V&#237;as legales para avanzar hacia el socialismo &#187;, Mensaje, N&#176;167 et, du m&#234;me auteur, article dans la &lt;i&gt;Revista de Derecho Econ&#243;mico&lt;/i&gt;, mars 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[42] Danielle Ponchelet, &#171; El proyecto de Reforma Constitucional de la Democracia Cristiana : una cr&#237;tica &#187;,&lt;i&gt; La econom&#237;a chilena en 1971&lt;/i&gt;, op. cit. Pages 466 et 467.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[43] Claes Croner et Oriana Lazo, &#171; El &#225;rea de Propiedad Social en la Industria &#187;, La econom&#237;a chilena en 1971, op. cit., p. 421.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[44] &lt;i&gt;La econom&#237;a chilena en 1971&lt;/i&gt;, op. cit., p 423.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[45] Clotario Blest, &#171; El estado actual de la clase trabajadora &#187;, &lt;i&gt;Punto Final&lt;/i&gt;, N&#176; 177, Santiago, f&#233;vrier 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[46]&lt;i&gt; Aurora de Chile&lt;/i&gt;, N&#176; 33, Santiago, 27-7-1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[47] Mario Dur&#225;n Vidal,&lt;i&gt; El proceso pol&#237;tico de la UP&lt;/i&gt;, Bielefeld, Allemagne F&#233;d&#233;rale, 1978, p. 69.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[48] Francisco Zapata, &lt;i&gt;Las relaciones entre el movimiento obrero y el gobierno de Salvador Allende&lt;/i&gt;, Ed. El Colegio de M&#233;xico, 1974, p 26.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[49] Gabriel Smirnow, &lt;i&gt;La Revoluci&#243;n Desarmada&lt;/i&gt;. Chile 1970-73, ed. ERA, M&#233;xico, 1977, p. 28.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[50] Patricia Garret, &#171; La Reforma Agraria, organizaci&#243;n popular y participaci&#243;n de la mujer en Chile (1964-1973) &#187;, dans Magdalena Le&#243;n, &lt;i&gt;Las trabajadoras del agro&lt;/i&gt;, Ed. ACEP, Bogot&#225;, 1982, Vol. I, p. 288.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[51] E. Pastra&#241;a y M Threlfall, &lt;i&gt;Pan, techo y poder. El movimiento de pobladores en Chile (1970-1973&lt;/i&gt;), Ed. Siap-Planteos, Buenos Aires, 1974 et Jorge Giusti, Organizaci&#243;n y participaci&#243;n popular en Chile, Ed. FLACSO, Buenos Aires, 1973.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Chili. &#171; Pour r&#233;cup&#233;rer la m&#233;moire historique &#187; (VII)</title>
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		<dc:date>2023-06-20T06:44:57Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Luis Vitale</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-06-20</dc:subject>
		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Chili</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans la contribution pr&#233;c&#233;dente, Luis Vitale a pr&#233;sent&#233; les premi&#232;res mesures du gouvernement d'Unit&#233; populaire qui ont marqu&#233; la p&#233;riode novembre 1970-juillet 1972. Dans cette contribution, l'auteur d&#233;veloppe le processus d'attaque aux d&#233;cisions prises par l'UP &#8211; dont l'audience populaire restait tr&#232;s importante &#8211; qui d'une convergence entre la droite (Parti national et secteur majoritaire de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne) et les forces arm&#233;es passe &#224; des initiatives qui reviennent au noyau (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH149/chilijuin1973-1024x1020-3e21f.jpg?1781169201' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='149' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans la contribution pr&#233;c&#233;dente, Luis Vitale a pr&#233;sent&#233; les premi&#232;res mesures du gouvernement d'Unit&#233; populaire qui ont marqu&#233; la p&#233;riode novembre 1970-juillet 1972. Dans cette contribution, l'auteur d&#233;veloppe le processus d'attaque aux d&#233;cisions prises par l'UP &#8211; dont l'audience populaire restait tr&#232;s importante &#8211; qui d'une convergence entre la droite (Parti national et secteur majoritaire de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne) et les forces arm&#233;es passe &#224; des initiatives qui reviennent au noyau dirigeant des forces arm&#233;es, appuy&#233;es par les services des Etats-Unis. Luis Vitale termine ce chapitre en &#233;tablissant des &#233;l&#233;ments de bilan et en traduisant &#171; l'autocritique &#187; faite par Pedro Vuskovic. Pour ce qui est l'ouvrage dont sont extraites ces contributions et sur la place et le r&#244;le de l'auteur, nous renvoyons &#224; l'introduction publi&#233;e le 31 mai. (R&#233;d. &lt;i&gt;A l'Encontre&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de A l'Encontre&lt;br class='autobr' /&gt;
8 juin 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Luis Vitale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le comportement de l'opposition civile et les pr&#233;paratifs du coup d'&#201;tat militaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des premiers mois du gouvernement de l'Unit&#233; populaire (UP), l'un des principaux id&#233;ologues de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne, Claudio Orrego, a &#233;voqu&#233; la n&#233;cessit&#233; d'appliquer au Chili la &#171; tactique des mar&#233;chaux russes &#187; consistant &#224; se retirer pour prot&#233;ger Moscou dans la lutte contre l'arm&#233;e nazie. Selon lui, le Moscou qu'il fallait d&#233;fendre au Chili &#233;tait celui des institutions. Claudio Orrego &#233;tait convaincu que le gouvernement de l'Unit&#233; populaire finirait par s'enliser et que son image aupr&#232;s des masses se d&#233;t&#233;riorerait progressivement. Mais cette phase de repli a &#233;t&#233; de courte dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie chilienne et le d&#233;partement d'&#201;tat am&#233;ricain sont rapidement pass&#233;s &#224; la contre-offensive. Nixon a ordonn&#233; au directeur central du renseignement (CIA) Richard Helms [de 1966 &#224; f&#233;vrier 1973], d'acc&#233;l&#233;rer les op&#233;rations anti-Unit&#233; populaire. Le Comit&#233; sp&#233;cial &#233;tasunien a approuv&#233; le 28 janvier 1971 la somme de 1,24 million de dollars, puis un demi-million de dollars suppl&#233;mentaire, qui s'est ajout&#233; au 1,7 million destin&#233; &#224; certains m&#233;dias afin de d&#233;stabiliser le gouvernement Allende. Le 26 octobre 1972, au plus fort de la gr&#232;ve patronale, le Comit&#233; sp&#233;cial &#233;tatsunien a autoris&#233; la livraison de 1,427 millions de dollars aux putschistes chiliens et, plus tard, des sommes qui d&#233;passaient 1,2 million de dollars ont &#233;t&#233; d&#233;bloqu&#233;es [52].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tactique de l'opposition a commenc&#233; &#224; prendre forme au milieu de l'ann&#233;e 1972. Sa strat&#233;gie avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;e depuis les &#233;lections d'avril de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, au cours desquelles l'Unit&#233; populaire avait remport&#233; 51% des voix. &#192; ce moment-l&#224;, l'opposition a consid&#233;r&#233; que la voie &#233;lectorale devait &#234;tre abandonn&#233;e en raison du soutien massif apport&#233; &#224; l'administration de Salvador Allende. Cependant, en 1972, il existait encore certaines contradictions entre le Parti national et le Parti d&#233;mocrate-chr&#233;tien et, en particulier, au sein de ce dernier. Un secteur fort, dirig&#233; par Radomiro Tomic, Bernardo Leighton et Renan Fuentealba, souhaitait n&#233;gocier avec les dirigeants de l'Unit&#233; populaire pour &#233;viter le coup d'&#201;tat militaire, comme Tomic l'avait fait avec Allende en d&#233;cembre 1971 et Fuentealba en mai 1972. Ce n'est pas une co&#239;ncidence si les rapports des services de renseignement &#233;tatsuniens s'inqui&#232;taient d'une &#233;ventuelle n&#233;gociation entre la D&#233;mocratie chr&#233;tienne et l'Unit&#233; populaire, m&#234;me s'ils esp&#233;raient que &#171; la polarisation croissante de la soci&#233;t&#233; rejette la pr&#233;dilection chilienne pour le compromis politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs dirigeants de la gauche traditionnelle ont affirm&#233; que l'Unit&#233; populaire n'avait pas pris les mesures n&#233;cessaires pour parvenir &#224; un accord avec la D&#233;mocratie chr&#233;tienne. Cependant, il est prouv&#233; que l'Unit&#233; populaire, avec une certaine r&#233;ticence du Parti socialiste, a fait de son mieux pour parvenir &#224; un &#171; compromis &#187; qu'ils savaient &#171; historique &#187;. Carlos Altamirano lui-m&#234;me a avou&#233; que le Parti socialiste a soulev&#233; des d&#233;saccords nuanc&#233;s avec cette politique, mais &#171; nous avons accept&#233; d&#233;mocratiquement le crit&#232;re de la majorit&#233; et notre action n'a jamais vis&#233; &#224; entraver le dialogue &#187; [53]. M&#234;me la hi&#233;rarchie de l'&#201;glise catholique a encourag&#233; l'accord ; le 30 juillet 1973, &#224; la demande du cardinal Ra&#250;l Silva Henr&#237;quez [archev&#234;que de 1961 &#224; 1983], il y a eu une nouvelle tentative de rapprochement entre le gouvernement et la D&#233;mocratie chr&#233;tienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incorporation de militaires dans le cabinet, en ao&#251;t 1972, s'inscrivait dans la ligne du dialogue avec la D&#233;mocratie chr&#233;tienne. Le 5 avril 1973, le g&#233;n&#233;ral Carlos Prats &#233;crivait dans son journal : &#171; Nous avons besoin d'un accord avec les d&#233;mocrates-chr&#233;tiens. Le Pr&#233;sident nous a dit qu'il &#233;tait fermement convaincu de la n&#233;cessit&#233; du dialogue &#187; [54].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, &#224; ce stade du processus, Carlos Prats avait perdu une partie importante du soutien de ses compagnons d'armes. Le cabinet Unit&#233; populaire et militaires de 1973 n'&#233;tait pas le m&#234;me que celui de 1972 car le corps majoritaire des g&#233;n&#233;raux &#233;tait d&#233;j&#224; engag&#233; dans les pr&#233;paratifs du coup d'&#201;tat. Prats lui-m&#234;me &#233;crivait dans son journal, le 19 mai 1973 : &#171; Le temps nous dira si les forces arm&#233;es resteront unies. En leur sein, un processus de polarisation devient chaque jour plus &#233;vident. Pour la premi&#232;re fois depuis l'arriv&#233;e au pouvoir de l'Unit&#233; populaire, de nombreux membres des forces arm&#233;es expriment franchement, et parfois brutalement, leur d&#233;saccord avec les politiques du gouvernement &#187; [55].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un sociologue fran&#231;ais connu, t&#233;moin des &#233;v&#233;nements, Alain Touraine, note dans son Journal que la D&#233;mocratie chr&#233;tienne &#233;tait d&#233;termin&#233;e &#224; ce que &#171; les militaires remplacent les ministres de l'Unit&#233; populaire et m&#234;me, si c'est absolument n&#233;cessaire, Allende lui-m&#234;me. (&#8230;) Soit l'alliance actuelle est maintenue avec l'aide des militaires qui refusent la fragmentation de la soci&#233;t&#233;, soit cette alliance s'effondrera d'elle-m&#234;me et il y aura un coup d'&#201;tat. Cela donne un v&#233;ritable sens &#224; cette &#233;ventuelle pression politique des d&#233;mocrates-chr&#233;tiens : attendre la rupture sociale, encourager un coup d'&#201;tat militaire, en esp&#233;rant que l'arm&#233;e se borne &#224; imposer l'ordre et, une fois le pr&#233;sident &#233;cart&#233;, organiser quelques mois plus tard une nouvelle &#233;lection pr&#233;sidentielle dont la D&#233;mocratie chr&#233;tienne sortira victorieuse &#187; [56].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 mai 1973, les &#171; durs &#187; triomphent &#224; l'Assembl&#233;e nationale de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne et r&#233;ussissent &#224; remplacer Renan Fuentealba par Patricio Aylwin &#224; la pr&#233;sidence du parti, fermant ainsi la voie &#224; la n&#233;gociation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes d'affaires, plus conscients de la r&#233;alit&#233; de la lutte sociale que les dirigeants du parti, se sont rendu compte que leur syst&#232;me d'accumulation capitaliste &#233;tait de plus en plus en crise, comme l'a exprim&#233; avec acuit&#233; Mario Dur&#225;n Vidal &#233;voquant la situation en 1972 : &#171; Le processus cyclique Argent-Marchandise subit une rupture. Le prochain cycle de reproduction Argent-Marchandise ne se composera pas d'investissements, ni de l'achat cons&#233;quent de biens de production. La phase monnaie-marchandise prend un caract&#232;re sp&#233;culatif &#187; [57].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Confront&#233;e &#224; des augmentations de salaires et &#224; des cotisations sociales croissantes, qui affectaient le taux de profit dans le domaine de la production, la bourgeoisie a cherch&#233; &#224; compenser cette lacune par la sp&#233;culation et le &#171; march&#233; noir &#187;, en commen&#231;ant par op&#233;rer dans le domaine de la distribution des marchandises, sous-estim&#233; par la plupart des marxistes. S'il est vrai que la production est l'&#233;pine dorsale du syst&#232;me, &#224; certains moments, la circulation des marchandises joue un r&#244;le important. Les hommes d'affaires l'ont bien compris et ont appliqu&#233; la tactique du sabotage de l'approvisionnement et de la r&#233;tention des produits de consommation populaires. Le domaine de la sp&#233;culation et du march&#233; noir, qui appartient &#224; la sph&#232;re de la circulation, a &#233;t&#233; utilis&#233; pour ouvrir la voie au coup d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie a d&#233;plac&#233; le capital vers le secteur sp&#233;culatif, mais sans n&#233;gliger le capital productif, car pour sp&#233;culer avec des produits, il &#233;tait n&#233;cessaire de les produire, selon les lois de la reproduction &#233;largie. Ce cycle a continu&#233; &#8211; m&#234;me dans un r&#233;gime comme celui de l'Unit&#233; populaire, qui &#233;tait encore capitaliste &#8211; car le contraire aurait &#233;t&#233; de se renier en tant que classe sociale propri&#233;taire des moyens de production qui accapare la plus-value. La preuve en est que la production industrielle avait augment&#233; de 10% en 1971, selon la Sociedad de Fomento Fabril, laquelle a &#233;galement calcul&#233; une augmentation de 22% dans l'industrie des biens de consommation durables en 1972. Pedro Vuskovic [ministre de la Production industrielle de juin 1972 &#224; septembre 1973] m'a confi&#233; au Mexique, en exil, que le gouvernement de l'Unit&#233; populaire &#233;tait incapable de modifier les tendances g&#233;n&#233;rales du march&#233; int&#233;rieur, bas&#233; sur l'achat de produits de consommation durables, malgr&#233; les efforts pour promouvoir en priorit&#233; le d&#233;veloppement de l'industrie l&#233;g&#232;re pour assurer la production de ces biens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette forme de sp&#233;culation fut adopt&#233;e aussi par la moyenne et petite bourgeoisie, qui participait &#233;galement &#224; satisfaire la demande croissante de produits, en raison de l'augmentation du pouvoir d'achat des salari&#233;&#183;e&#183;s. Il a ainsi &#233;t&#233; cr&#233;&#233; une situation de &#171; p&#233;nurie &#187; g&#233;n&#233;ralis&#233;e, entra&#238;nant de longues &#171; files d'attente &#187; et des difficult&#233;s d'approvisionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique &#233;conomique de l'Unit&#233; populaire a pr&#233;cipit&#233; une crise du mode de fonctionnement capitaliste. Il s'est produit une situation o&#249; un appareil d'&#201;tat, administr&#233; par la gauche, &#233;tait confront&#233; &#224; une crise du syst&#232;me &#233;conomique dominant sans que le probl&#232;me du pouvoir ait &#233;t&#233; r&#233;solu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le climat pr&#233;alable au coup d'&#201;tat a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; par des actions parlementaires et extra-parlementaires ; tandis que le Parti national et le Parti d&#233;mocrate-chr&#233;tien faisaient obstacle aux projets de l'ex&#233;cutif, les dames de la bourgeoisie et des classes moyennes ais&#233;es d&#233;filaient avec des casseroles. Dans le m&#234;me temps, l'essor du &#171; pouvoir patronal &#187; a &#233;t&#233; encourag&#233;, favorisant les gr&#232;ves &#171; corporatistes &#187; dans le secteur des transports et des camions en octobre 1972 [58]. M&#234;me les travailleurs de la mine de cuivre d'El Teniente ont &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;s dans la gr&#232;ve [59], sans que la direction de l'Unit&#233; populaire prenne de mesures pour r&#233;pondre &#224; leurs revendications, &#224; l'exception d'Allende, qui s'est montr&#233; tr&#232;s sensible &#224; la r&#233;solution du conflit, avertissant qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de parvenir &#224; un accord avec les travailleurs, ceux-l&#224; m&#234;mes qui avaient vot&#233; pour lui. Cependant, les efforts du pr&#233;sident pour r&#233;soudre cette gr&#232;ve n'&#233;taient pas partag&#233;s par les partis gouvernementaux, qui confondaient les protestations des mineurs avec les mouvements s&#233;ditieux des chauffeurs routiers (MOPARE : Movimiento Patri&#243;tico de Recuperaci&#243;n Gremial) et du commerce de d&#233;tail, dirig&#233; par Rafael Cumsille [nomm&#233; en 1967 &#224; la t&#234;te de la Confederaci&#243;n Nacional del Comercio Detallista y Turismo]. Un t&#233;moin de l'&#233;poque, Rafael Agust&#237;n Gumucio, a d&#233;clar&#233; : &#171; On peut affirmer cat&#233;goriquement que les gr&#232;ves du minerai de cuivre d'El Teniente et les gr&#232;ves des camionneurs ont &#233;t&#233; financ&#233;es par la CIA &#187; [60].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le calendrier &#233;tait le suivant : a) pr&#233;parer les conditions pour exiger la capitulation de l'Unit&#233; populaire ; b) d&#233;clarer l'ill&#233;gitimit&#233; du gouvernement ; c) obtenir la d&#233;mission du pr&#233;sident Allende et remise du pouvoir &#224; l'opposition, sinon : d) coup d'Etat militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette strat&#233;gie et ces &#233;tapes tactiques &#233;taient similaires &#224; celles mises en &#339;uvre par les opposants au gouvernement de Balmaceda en 1891.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut en d&#233;duire que le recours &#224; la force n'&#233;tait pas exclusivement le fait des forces arm&#233;es, mais qu'il s'agissait de la conjonction de civils de droite et de militaires putschistes. Entre-temps, afin de d&#233;sarmer les quelques groupes en possession d'armes, qui n'avaient que des fusils et des mitrailleuses l&#233;g&#232;res, comme l'aile gauche du PS et le MIR, les membres de droite de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne et du Parti national ont fait adopter la loi sur le contr&#244;le des armes [le 21 octobre 1972], propos&#233;e par le parlementaire d&#233;mocrate-chr&#233;tien Juan de Dios Carmona, et ont imm&#233;diatement proc&#233;d&#233; &#224; des raids sur les Cordons industriels, l'ASMAR [chantier naval] et Lanera Austral [industrie textile].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat des tant attendues &#233;lections parlementaires de mars 1973 a acc&#233;l&#233;r&#233; les plans de coup d'&#201;tat, car le vote des partis de l'Unit&#233; populaire a atteint 46,5%, soit quatre points de moins seulement que lors des &#233;lections des conseillers municipaux de 1971. Pour la droite et la D&#233;mocratie chr&#233;tienne, cela signifiait qu'il leur serait presque impossible de remporter les &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1976 par les &#171; moyens pacifiques &#187; &#233;lectoraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, la polarisation au sein des forces arm&#233;es s'est intensifi&#233;e. Il y a eu des propositions de r&#233;aliser des consultations ouvertes dans les r&#233;giments, les navires et les bases a&#233;riennes. En 1973, sur le cuirass&#233; Almirante Latorre et sur la base a&#233;rienne d'El Belloto, les militaires constitutionnalistes ont remport&#233; presque autant de voix que ceux consid&#233;rant le gouvernement de l'Unit&#233; populaire comme ill&#233;gitime. On savait &#233;galement qu'un nombre important de membres du corps des carabiniers &#233;taient favorables au respect de la Constitution et du pr&#233;sident l&#233;galement &#233;lu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors le &#171; tanquetazo &#187; est arriv&#233;. La tentative de coup d'&#201;tat, men&#233;e par le lieutenant-colonel Souper le 29 juin 1973, a &#233;t&#233; rapidement repouss&#233;e par l'action du g&#233;n&#233;ral Prats pr&#232;s de La Moneda, mais c'&#233;tait un test d'une grande importance tactique pour les putschistes, car il leur a permis d'appr&#233;cier les h&#233;sitations et le manque de pr&#233;paration de l'Unit&#233; populaire pour faire face &#224; un coup d'&#201;tat. Fidel Castro, lors de sa visite au Chili &#224; la fin du mois de novembre 1971, avait raison lorsqu'il a d&#233;clar&#233;, devant plus de 70 000 personnes, au Stade national : &#171; Ce ne sont pas les r&#233;volutionnaires qui, dans la situation actuelle au Chili, cr&#233;ent la violence. Et si vous ne le savez pas, la vie elle-m&#234;me se chargera s&#251;rement de vous le prouver &#187; [61].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti communiste a analys&#233; le &#171; tanquetazo &#187; de mani&#232;re erron&#233;e : &#171; Les plans de la droite visant &#224; impliquer les forces arm&#233;es dans une aventure partisane ont &#233;chou&#233;. La solidit&#233; de nos institutions arm&#233;es qui ont rempli avec patriotisme et intransigeance la mission que leur conf&#232;re la Constitution. (&#8230;) La dignit&#233; et la fermet&#233; avec lesquelles le commandant en chef adjoint de l'arm&#233;e, Augusto Pinochet, a r&#233;pondu &#224; cette offensive m&#233;ritent d'&#234;tre soulign&#233;es car elles constituent un coup dur pour les politiciens qui veulent s'attaquer au prestige des soldats chiliens. (&#8230;) Les travailleurs ont pleinement confiance dans les soldats de la patrie et respectent leur sobri&#233;t&#233;, leur discipline, leur honn&#234;tet&#233; et leur patriotisme. Ceux qui attaquent les forces arm&#233;es sont des aventuriers r&#233;actionnaires et fascistes &#187;[62]. Cela ne n&#233;cessite pas de longs commentaires, sauf pour rappeler que la gauche griffonnait sur les murs le slogan &#171; Soldat, ami&#8230; &#187; et qu'en d&#233;cembre 1973, Pinochet r&#233;v&#233;lait &#224; un journaliste de l'agence Reuters que les pr&#233;paratifs du coup d'&#201;tat avaient &#233;t&#233; &#233;labor&#233;s dans des r&#233;unions secr&#232;tes depuis 1972.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Prats a clairement per&#231;u la situation lorsqu'il &#233;crivait dans son journal le 1er juillet 1973 : &#171; La tentative a &#233;t&#233; &#233;vit&#233;e, mais dans les quelques heures qui se sont &#233;coul&#233;es, nous pouvons d&#233;j&#224; constater qu'elle a eu pour effet de laisser place &#224; une d&#233;lib&#233;ration ouverte au sein des forces arm&#233;es qu'il sera impossible de contenir, quelle que soit l'application des r&#232;gles disciplinaires. (&#8230;) Comment ne pas parler de politique dans les casernes, alors qu'un r&#233;giment, avec son commandant &#224; sa t&#234;te, est descendu dans la rue pour attaquer le palais pr&#233;sidentiel et le ministre de la D&#233;fense, et que le commandant en chef a &#233;galement d&#251; descendre dans la rue pour d&#233;fendre le gouvernement constitutionnel, une mitraillette &#224; la main (&#8230;) Jamais l'arm&#233;e et les forces arm&#233;es n'ont &#233;t&#233; autant politis&#233;es qu'apr&#232;s les &#233;v&#233;nements dramatiques du 29 juin &#187; [63].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, jamais auparavant de vastes secteurs de femmes, d'ouvriers, de&lt;i&gt; pobladores&lt;/i&gt;, de paysans, de certains salari&#233;s de la classe moyenne et d'&#233;tudiants ne s'&#233;taient autant politis&#233;s, r&#233;clamant des armes pour vaincre les putschistes lors du rassemblement qui a eu lieu le soir du &#171; tanquetazo &#187; devant le balcon de La Moneda, o&#249; Allende a pris la parole. Quelques jours plus tard, dans certaines entreprises du secteur social qu'ils administraient, ils ont d&#233;cid&#233; d'investir des capitaux non pas dans des machines mais dans des armes, comme l'a rendu public le syndicat Socometal. En tout cas, ils &#233;taient conscients des insuffisances de l'Unit&#233; populaire face au coup d'&#201;tat. Une semaine auparavant, les organismes du &#171; pouvoir populaire &#187; ont envoy&#233; une lettre au pr&#233;sident Allende dans laquelle, de mani&#232;re proph&#233;tique, ils d&#233;claraient : &#171; Dans ce pays, il n'y aura pas de guerre civile mais un massacre froid et planifi&#233; de la classe ouvri&#232;re la plus consciente et la plus organis&#233;e d'Am&#233;rique latine, ainsi que sa destruction et sans doute sa d&#233;capitation sanglante &#187; [64].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des mois suivants, les &#233;v&#233;nements se sont aggrav&#233;s, sans que la droite renonce au coup d'&#201;tat ou que l'Unit&#233; populaire prenne des mesures concr&#232;tes en vue d'une solution. Au contraire, le discours enflamm&#233; de Carlos Altamirano au stade du Chili a exacerb&#233; le conflit. Lorsque la situation &#233;tait presque perdue &#8211; non par manque de combativit&#233; de la part des travailleurs mais &#224; cause des politiques d&#233;faitistes des partis d'une Unit&#233; populaire immobilis&#233;e &#8211;, le pr&#233;sident Allende a tent&#233; de trouver une issue en convoquant un pl&#233;biscite pour r&#233;soudre le conflit entre les diff&#233;rents pouvoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les hauts commandants militaires ont appris qu'un pl&#233;biscite devait &#234;tre convoqu&#233; entre le 10 et le 12 septembre, ils ont d&#233;cid&#233; d'avancer le coup d'&#201;tat au 11 septembre. &#192; ce stade des &#233;v&#233;nements, la D&#233;mocratie chr&#233;tienne avait perdu le contr&#244;le politique du processus. Augusto Pinochet (arm&#233;e de terre), Jos&#233; Toribio Merino (marine) et Gustavo Leigh (forces a&#233;riennes) avaient acquis une autonomie suffisante pour organiser le coup d'&#201;tat sans consulter les dirigeants des partis impliqu&#233;s dans la conspiration. M&#234;me le pr&#233;sident du S&#233;nat n'a pas &#233;t&#233; consult&#233; sur le jour du coup d'&#201;tat. Dans l'une des nombreuses ironies de l'histoire, lorsque Frei s'est rendu &#224; l'&#201;cole militaire le 11 septembre, &#224; la tomb&#233;e de la nuit, pour demander la lib&#233;ration d'un membre de sa famille emprisonn&#233; par erreur, un simple lieutenant lui ordonna de restituer sa voiture de fonction au S&#233;nat. Ainsi, le rideau de la farce tombait et commen&#231;ait la trag&#233;die.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques r&#233;flexions pour un bilan&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose qu'on ne peut pas reprocher au pr&#233;sident Allende, c'est de ne pas avoir tenu ses promesses de campagne, car pendant son gouvernement, il a r&#233;alis&#233; sa proposition de programme dans son int&#233;gralit&#233;. Personne ne peut lui reprocher de ne pas avoir fait du Chili un pays socialiste, au sens le plus profond du terme, c'est-&#224;-dire le passage du syst&#232;me capitaliste &#224; un mode de production socialiste, car il n'avait jamais formul&#233; cette promesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes de sociologie politique, il a essentiellement achev&#233; le programme de changements qui caract&#233;rise une r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise &#8211; telle qu'elle a &#233;t&#233; caract&#233;ris&#233;e historiquement apr&#232;s la R&#233;volution fran&#231;aise de 1789 &#8211; car il a nationalis&#233; les mati&#232;res premi&#232;res de base que sont les mines, le syst&#232;me financier et les t&#233;l&#233;communications, il a nationalis&#233; le syst&#232;me bancaire et la compagnie de t&#233;l&#233;phone International Telephone &amp; Telegraph (ITT), et il a cr&#233;&#233; un secteur &#233;conomique appel&#233; &#171; Aire de propri&#233;t&#233; sociale &#187;. Il a mis fin aux grandes propri&#233;t&#233;s par une r&#233;forme agraire conduisant &#224; l'expropriation de 5,5 millions d'hectares de terres et &#224; leur remise imm&#233;diate aux paysans, l'un des points fondamentaux qui caract&#233;risent un processus d&#233;mocratique bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nationalisation du cuivre a &#233;t&#233; la mesure la plus importante adopt&#233;e par le gouvernement de Salvador Allende :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. pour avoir r&#233;affirm&#233; le droit de nos pays d'Am&#233;rique latine &#224; r&#233;cup&#233;rer leurs richesses, ali&#233;n&#233;es par la classe dirigeante au capital monopoliste &#233;tranger ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. pour avoir donn&#233; une concr&#233;tisation historique, dans un pays particulier de notre Am&#233;rique &#8211; le Chili &#8211; &#224; l'un des points cl&#233;s du processus de lib&#233;ration nationale, inspir&#233; par la conception bolivarienne et la pens&#233;e nationale anti-imp&#233;rialiste des pr&#233;curseurs de notre souverainet&#233;, tels que Jos&#233; Mart&#237;, Eloy Alfaro, Jos&#233; Mar&#237;a Vargas Vila, Manuel Ugarte, C&#233;sar Augusto Sandino, Jos&#233; Carlos Mari&#225;tegui, Salvador de la Plaza et Julio Antonio Mella ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. pour avoir r&#233;cup&#233;r&#233; la m&#233;moire historique des Chiliens qui ont su d&#233;fendre la souverainet&#233; des richesses nationales, tels que Pedro F&#233;lix Vicu&#241;a, Francisco Bilbao, Santiago Arcos, Jos&#233; Manuel Balmaceda, Luis Emilio Recabarren, Marcial Mart&#237;nez, Tancredo Pinochet Le Brun, Eugenio Matte Hurtado et Ricardo A. Latcham ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. pour avoir montr&#233; que les gouvernements des pays hautement industrialis&#233;s, comme ceux d'Europe et des &#201;tats-Unis, prot&#232;gent les int&#233;r&#234;ts des soci&#233;t&#233;s transnationales, en violation de la D&#233;claration universelle adopt&#233;e par les Nations Unies, reconnaissant le droit des peuples &#224; l'autod&#233;termination et &#224; se gouverner comme ils l'entendent librement ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. pour avoir mis en &#233;vidence que les grandes puissances, au nom de leur conception particuli&#232;re de la d&#233;mocratie, s'arrogent le droit d'intervenir dans les pays du Tiers Monde, directement avec des troupes, en bombardant ces pays et en portant gravement atteinte &#224; la D&#233;claration des droits de l'homme, ou en favorisant des coups d'&#201;tat militaires, comme cela s'est produit au Chili, au Br&#233;sil, au Paraguay, en Uruguay, en Argentine, en Bolivie, au P&#233;rou, en Am&#233;rique centrale, en Jama&#239;que, &#224; Grenade et en Guyane, ainsi que dans des nations africaines et asiatiques, en ignorant les Constitutions et les lois approuv&#233;es d&#233;mocratiquement par ces peuples et en l&#233;gitimant ensuite de longues dictatures militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on peut reprocher &#224; la gestion gouvernementale de l'Unit&#233; populaire un certain manque d'efficacit&#233; dans l'administration de certaines entreprises nationalis&#233;es, ainsi que des manifestations de sectarisme politique contre l'opposition et entre les partis de gauche eux-m&#234;mes, comme le confirme l'ancien secr&#233;taire du PC, Luis Corval&#225;n, dans ses M&#233;moires : &#171; Le sectarisme a fait beaucoup de d&#233;g&#226;ts. Un comportement sectaire et arrogant a pris forme dans une partie de l'Unit&#233; populaire &#187; [65]. En outre, il y a eu des faiblesses tactiques et des actions inopportunes, notamment le lancement du projet d'&#233;cole nationale unifi&#233;e (ENU) qui, sans le vouloir, a &#233;t&#233; utilis&#233; par l'opposition politique comme pr&#233;texte pour accuser l'Unit&#233; populaire de mettre fin &#224; l'enseignement priv&#233; ou aux Colegios particulares (priv&#233;s subventionn&#233;s), ce que ce projet ne proposait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, il est faux de pr&#233;tendre que Allende &#233;tait inf&#233;od&#233; au &#171; bloc socialiste &#187;, alors qu'il a clairement proclam&#233; que le Chili &#233;tait un pays non align&#233;, aux c&#244;t&#233;s des peuples du Tiers Monde, des propos dont on peut ais&#233;ment trouver des traces. Il &#233;tait encore moins une marionnette de l'URSS pour mettre en &#339;uvre le &#171; communisme &#187; ; la preuve en est que le Chili, entre 1970 et 1973, n'a re&#231;u aucune aide &#233;conomique substantielle des pays autoproclam&#233;s &#171; socialistes &#187;, comme Allende lui-m&#234;me l'a d&#233;clar&#233; lors de rencontres priv&#233;es au retour de sa tourn&#233;e en Europe : &#171; Je n'ai re&#231;u que 20 millions de marks du dirigeant de la R&#233;publique f&#233;d&#233;rale d'Allemagne, Willy Brandt &#187;. Une information confirm&#233;e ult&#233;rieurement en 1997 et 1998 par un membre haut plac&#233; du KGB, le g&#233;n&#233;ral Nikola&#239; Leonov, ancien directeur adjoint des renseignements du Comit&#233; de s&#233;curit&#233; de l'Union sovi&#233;tique [66]. Celui-ci a notamment d&#233;clar&#233; au journaliste italien de &lt;i&gt;L'Unit&#224;&lt;/i&gt;, Giancarlo Summa : &#171; Le gouvernement de l'Unit&#233; populaire a demand&#233; 30 millions de dollars en 1973. Le Comit&#233; central nous a demand&#233; notre avis et nous avons, apr&#232;s de longues discussions et consultations, donn&#233; une r&#233;ponse n&#233;gative &#187; [67].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a aucune base s&#233;rieuse &#8211; &#224; la lumi&#232;re d'une tentative d'&#233;tablir la v&#233;rit&#233; historique &#8211; pour accuser Salvador Allende de vouloir balayer l'&#201;tat bourgeois et le syst&#232;me capitaliste, d'&#233;tablir le socialisme dans le sens le plus rigoureux du terme ; des objectifs qui, &#224; l'exception du MIR, du Frente Revolucionario et d'un secteur du Parti socialiste, n'ont jamais &#233;t&#233; envisag&#233;s par les partis de gouvernement, en particulier le Parti communiste, qui s'est limit&#233; &#224; r&#233;aliser la phase d&#233;mocratique bourgeoise, conform&#233;ment &#224; sa conception de la &#171; r&#233;volution par &#233;tapes &#187;. Le plan de l'Unit&#233; populaire, explicite dans les sources de l'&#233;poque, &#233;tait d'arriver en aussi bonne position que possible aux &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1976. Toutes les sp&#233;culations politiques sur un pr&#233;tendu auto-coup d'&#201;tat n'&#233;taient qu'un des nombreux pr&#233;textes pour justifier le coup d'&#201;tat militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, les accusations port&#233;es contre le gouvernement Allende ne visaient qu'&#224; cr&#233;er une atmosph&#232;re favorable au coup d'&#201;tat militaire, qui r&#233;tablirait l'ancien et traditionnel syst&#232;me de domination de classe pratiqu&#233; par les gouvernements oligarchiques des XIXe et XXe si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie de l'Unit&#233; populaire, qui consistait &#224; utiliser la l&#233;galit&#233; pour consolider le processus, a agi comme un v&#233;ritable &#171; boomerang &#187;, puisque les partis d'opposition se sont appuy&#233;s sur des m&#233;canismes l&#233;gaux qu'ils avaient eux-m&#234;mes cr&#233;&#233;s pour imposer, paradoxalement, une issue ill&#233;gale. Pendant que l'Unit&#233; populaire jurait fid&#233;lit&#233; &#224; la l&#233;galit&#233;, le Parti national et les d&#233;mocrates-chr&#233;tiens ont utilis&#233; l'arme juridique pour attaquer la Constitution et le gouvernement &#233;lu par la plus grande majorit&#233; d&#233;mocratique de l'histoire du Chili. Puisque la structure institutionnelle cr&#233;&#233;e par la classe dirigeante (le Parlement, le pouvoir judiciaire, la Cour des comptes et les forces arm&#233;es) est rest&#233;e intacte, les conditions du renversement du gouvernement de l'Unit&#233; populaire &#233;taient objectivement r&#233;unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, l'analyse objective des faits, au-del&#224; de toute approche id&#233;ologisante, nous permet d'affirmer que pendant les 1004 jours du gouvernement d'Allende, les r&#232;gles g&#233;n&#233;rales du syst&#232;me capitaliste ont &#233;t&#233; maintenues, bien qu'avec l'accomplissement complet des t&#226;ches d&#233;mocratiques bourgeoises non r&#233;solues par les pr&#233;sidents de la R&#233;publique qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;. Ainsi, il n'y a pas eu &#224; proprement parler de passage du capitalisme au socialisme, &#233;tant entendu qu'une r&#233;volution socialiste signifie le remplacement de la classe dirigeante par la majorit&#233; de la classe laborieuse, le d&#233;mant&#232;lement des institutions de l'&#201;tat bourgeois, principalement ses forces arm&#233;es et son Parlement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, il &#233;tait et il est &#233;galement faux de caract&#233;riser le gouvernement de l'UP comme une phase de &#171; transition vers le socialisme &#187;, car la science politique et les classiques du marxisme, de Marx &#224; L&#233;nine et Trotski, ont montr&#233; que la p&#233;riode de transition vers le socialisme commence par la prise du pouvoir par la classe ouvri&#232;re, avec d'autres mouvements sociaux, g&#233;n&#233;rant un nouveau type d'&#201;tat, gouvern&#233; par des organismes repr&#233;sentatifs des masses laborieuses. Les mesures de nationalisation et d'&#233;tatisation qui ont &#233;t&#233; prises ont souvent d&#233;rout&#233; les analystes du gouvernement Allende, lequel a, effectivement, &#233;tatis&#233; de grandes entreprises, mais cela ne permet pas de parler de socialisme au Chili, car il y a eu des nationalisations dans l'Argentine de Per&#243;n, dans la Bolivie de Paz Estenssoro, dans le Mexique de C&#225;rdenas, sans que l'on puisse les qualifier de socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, au cours de cette p&#233;riode, des mesures &#224; caract&#232;re socialiste ont &#233;t&#233; prises, telles que l'administration des entreprises par les travailleurs, la cr&#233;ation de fermes collectives, l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production aux mains des grands hommes d'affaires, permettant aux petits propri&#233;taires urbains et ruraux de garder leurs propri&#233;t&#233;s. Il n'existe aucun pr&#233;c&#233;dent qu'une telle transition aboutisse &#224; l'&#233;tablissement d'une soci&#233;t&#233; socialiste, un ph&#233;nom&#232;ne qui ne s'est produit dans aucun pays, y compris la Russie, la Chine, l'Europe de l'Est, la Cor&#233;e, le Vietnam et Cuba. Cette p&#233;riode de transition peut durer de nombreuses ann&#233;es, comme d'autres p&#233;riodes de transition dans l'histoire : songeons aux si&#232;cles de transition du mode de production esclavagiste au mode de production f&#233;odal et du mode de production f&#233;odal au mode de production capitaliste. Aucun politologue rigoureux ne pourrait prouver par des faits que le Chili, sous l'Unit&#233; populaire, a v&#233;cu une phase de transition vers le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pedro Vuskovic : une autocritique allant dans le bon sens&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des meilleures &#233;valuations du gouvernement de l'Unit&#233; populaire a &#233;t&#233; faite par l'&#233;minent ministre d'Allende, l'&#233;conomiste Pedro Vuskovic. Dans son ouvrage &lt;i&gt;Pol&#237;tica econ&#243;mica y Poder pol&#237;tico&lt;/i&gt; (publi&#233; en 1976), il est l'un des rares dirigeants de l'Unit&#233; populaire &#224; avoir os&#233; formuler une autocritique rigoureuse, dans le cadre d'une &#233;valuation positive des mesures adopt&#233;es par le pr&#233;sident Allende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il commence en disant que &#171; le besoin se fait sentir d'analyses critiques et autocritiques &#233;manant des forces populaires elles-m&#234;mes. (&#8230;) Cette t&#226;che d'&#233;valuation est encore en suspens. (&#8230;) La premi&#232;re chose qui ressort de l'exp&#233;rience du gouvernement populaire est l'accomplissement de t&#226;ches tr&#232;s grandes et d&#233;cisives, confi&#233;es &#224; la politique &#233;conomique, conjointement &#224; la faiblesse relative de la base de soutien politique sur laquelle elle devait reposer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vuskovic affirme que les partis de l'Unit&#233; populaire n'ont pas compris la relation intime entre les objectifs &#224; long terme et &#224; court terme : &#171; D'une part, la n&#233;cessit&#233; de l'imbrication et de la simultan&#233;it&#233; des deux objectifs a &#233;t&#233; remise en question, sugg&#233;rant qu'ils repr&#233;sentaient la coexistence de deux politiques diff&#233;rentes. L'une &#8216;r&#233;formiste', qui mettait l'accent sur les objectifs de stabilit&#233;, de redistribution et d'augmentation du niveau de vie mat&#233;riel, et l'autre &#8216;r&#233;volutionnaire', qui visait l'expropriation de la bourgeoisie et l'initiation des transformations socialistes. D'autre part, l'apport politique repr&#233;sent&#233; par la politique &#233;conomique &#224; court terme &#233;tait consid&#233;r&#233; comme fondamental, les r&#233;sultats imm&#233;diats &#233;tant consid&#233;r&#233;s comme un soutien qu'il ne fallait pas mettre en danger par une progression rapide des expropriations et du domaine social, ce qui pouvait d&#233;t&#233;riorer les possibilit&#233;s de neutraliser et de gagner plus de forces parmi la petite bourgeoisie ; par cons&#233;quent, ces derni&#232;res avaient tendance &#224; &#234;tre frein&#233;es. (&#8230;) Comme dans d'autres aspects, les diff&#233;rences de perception politique du processus au sein de l'Unit&#233; populaire ont emp&#234;ch&#233; une d&#233;cision politique pr&#233;cise et la conduite de la politique &#233;conomique a oscill&#233; de mani&#232;re erratique entre les deux options &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Acteur et t&#233;moin des d&#233;bats minist&#233;riels, Vuskovic souligne avec franchise que l'Unit&#233; populaire n'a pas pu agir rapidement face &#224; l'opposition bourgeoise : &#171; L'ensemble du processus devait in&#233;vitablement se d&#233;rouler dans le cadre d'une intensification croissante de la lutte des classes et de l'affrontement avec l'imp&#233;rialisme. C'&#233;tait le fait central auquel la direction politique devait r&#233;pondre sur ses diff&#233;rents niveaux et, bien s&#251;r, sur le niveau plus restreint de la politique &#233;conomique. En ce sens, si elle avait &#233;t&#233; prise avec la n&#233;cessaire cons&#233;quence, la pr&#233;paration &#224; cet in&#233;vitable affrontement aurait d&#251; et pu s'exprimer sous divers aspects : dans la rapidit&#233; avec laquelle les bases &#233;conomiques de soutien de la bourgeoisie ont &#233;t&#233; affect&#233;es, dans le degr&#233; de r&#233;orientation des relations &#233;conomiques ext&#233;rieures, dans diverses d&#233;cisions sur la formation et la gestion de l'Aire de propri&#233;t&#233; sociale, et m&#234;me dans une utilisation plus prudente des r&#233;serves de change en pr&#233;vision de l'encerclement financier auquel l'imp&#233;rialisme tendrait &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la participation populaire et le r&#244;le des Cordons industriels, Vuskovicl affirme qu'il y avait des id&#233;es contradictoires au sein des partis de l'Unit&#233; populaire : &#171; Les coordinations sectorielles des travailleurs en sont venues &#224; repr&#233;senter un pouvoir r&#233;el, mais elles n'&#233;taient pas reconnues formellement, ni encourag&#233;es, ni soutenues par la structure administrative et la direction politique, les divergences internes concernant la conception de la politique de masse se reproduisaient &#233;galement sur ce point. D'autant plus lorsqu'il s'agissait d'initiatives qui d&#233;passaient la sph&#232;re de la production pour devenir des expressions plus g&#233;n&#233;rales du pouvoir au sens large, comme ce fut le cas avec les Commandos communaux et les Cordons industriels. (&#8230;) L'acc&#232;s &#224; la participation &#233;tait relativement large dans le cas des entreprises de l'Aire de propri&#233;t&#233; sociale, mais tr&#232;s limit&#233; dans le cas des entreprises du domaine priv&#233;, o&#249; seule la constitution de &#8216;comit&#233;s de vigilance' &#233;tait stimul&#233;e, mais ils avaient peu de pouvoir et il leur &#233;tait accord&#233; tr&#232;s peu d'attention dans la pratique, tant au niveau de leur formation que du soutien qui leur a &#233;t&#233; apport&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vuskovic est transparent en soulignant qu'au sein de l'Unit&#233; populaire &#171; il y avait des divergences entre les conceptions qui attribuaient plus d'importance &#224; une politique de masses et &#224; une politique d'alliances, des divergences qui, dans les faits, ont &#233;t&#233; g&#233;n&#233;ralement r&#233;solues en faveur de cette derni&#232;re. (&#8230;) La politique d'alliances (avec des secteurs du centre) a sacrifi&#233; le d&#233;veloppement d'une politique de masses. (&#8230;) Le potentiel de mobilisation des masses et la gestation et le d&#233;veloppement de nouvelles formes de pouvoir populaire n'ont pas &#233;t&#233; suffisamment per&#231;us &#187; [68]. (Traduction Ruben Navarro et Hans-Peter Renk) (&lt;strong&gt;A suivre lundi 12 juin&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[52] Service de documentation du Congr&#232;s des &#201;tats-Unis : &#171; Chile, 1960-70 : a chronolgy, Chile since the election of Salvador Allende &#187;. Par ailleurs, des documents faisant partie du rapport du 21-6-1973 du Sous-comit&#233; de Relations Internationales du S&#233;nat des &#201;tats-Unis sur les Corporations multinationales, &#233;dit&#233; sous le nom &#171; ITT and Chile &#187;, dont une partie a &#233;t&#233; publi&#233;e en espagnol : &lt;i&gt;La CIA, 10 a&#241;os contra Chile&lt;/i&gt;, Bogot&#225;, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[53] Carlos Altamirano, &lt;i&gt;Dial&#233;ctica de una derrota&lt;/i&gt;, op. cit., p. 89.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[54] Carlos Prats, &lt;i&gt;Una vida por la legalidad&lt;/i&gt; (Journal), Ed. FCE, M&#233;xico, 1976, p 45.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[55] Ibid., p. 52.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[56] Alain Touraine,&lt;i&gt; Vida y muerte del Chile popular&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Diario del 29 de Julio de 1972 al 28 de noviembre de 1973, Ed. Siglo XXI, M&#233;xico, 1974, pp. 38 et 40. Le m&#234;me auteur disait le 28-9-1973 : &#171; La polique de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne semble r&#233;trospectivement insens&#233;e. (&#8230;) Elle appelle au coup d'&#201;tat mais sans en prendre la direction ou le contr&#244;le, de telle sorte qu'elle se retrouve aval&#233;e par lui. (&#8230;) Allende a essay&#233; de n&#233;gocier, y compris, &#224; la fin, en acceptant de remettre son pouvoir sur la table devant les &#233;lecteurs. En ce qui concerne la D&#233;mocratie chr&#233;tienne, elle a constamment refus&#233; la n&#233;gociation. Elle n'a pas voulu n&#233;gocier en ao&#251;t &#187; (Ibid., p. 40).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[57] Mario Dur&#225;n Vidal, op. cit., p 69.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[58]&lt;i&gt; Los Gremios Patronales, Documentos&lt;/i&gt;, Ed. Quimant&#250;, Santiago, 1972 et Claudio Dur&#225;n,&lt;i&gt; Propaganda de agitaci&#243;n en el per&#237;odo agosto 1972-marzo 1973&lt;/i&gt;, Ed. Chile Am&#233;rica-CESOC, Santiago, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[59] Sergio Bitar y Cris&#243;stomo Pizarro, &lt;i&gt;La ca&#237;da de Allende y la Huelga de El Teniente&lt;/i&gt;, Ed. Ornitorrinco, Santiago, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[60] Rafael Agust&#237;n Gumucio, &lt;i&gt;Apuntes de medio siglo&lt;/i&gt;, Ed. Chile Am&#233;rica-CESOC, Santiago, 1994, p. 137.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[61] Journaux chiliens ma&lt;i&gt; Noticias de &#250;ltima hora&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;El Siglo&lt;/i&gt;, 4-12-1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[62] &lt;i&gt;El Siglo&lt;/i&gt;, 29-6-1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[63] Carlos Prats : op. cit., p 59 et 62.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[64] Propos recueillis par Carlos Altamirano,&lt;i&gt; Dial&#233;ctica de una derrota&lt;/i&gt;, Ed. Siglo XXI, M&#233;xico, 1977, p. 114.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[65] Luis Corval&#225;n, &lt;i&gt;De lo vivido y lo peleado&lt;/i&gt;, Ed. LOM, Santiago, 1997. Aussi dans le reportage d'Hern&#225;n Millas : &#171; Los porfiados hechos de Lucho Corval&#225;n &#187;, journal &lt;i&gt;La &#201;poca&lt;/i&gt;, 21-9-1997, p11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[66] Interview r&#233;alis&#233;e par la journaliste Tamara Avetikian, &lt;i&gt;El Mercurio&lt;/i&gt;, Santiago, 26-9-1998, Cuerpo D, p. 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[67] Reportage republi&#233; par la revue chilienne &lt;i&gt;Punto Final&lt;/i&gt;, Santiago, ao&#251;t 1997, p. 27.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[68] Pedro Vuskovic : &lt;i&gt;Obras escogidas sobre Chile (1964-1992&lt;/i&gt;), ouvrage dirig&#233; par Ra&#250;l Maldonado, Ed. Del Centro de Estudios Pol&#237;ticos Latinoamericanos Sim&#243;n Bol&#237;var, CEPLA, Santiago, 1993.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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