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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Des &#171; antifas &#187; trait&#233;s de fascistes : les perversions s&#233;mantiques de l'extr&#234;me droite se banalisent</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Des-antifas-traites-de-fascistes-les-perversions-semantiques-de-l-extreme</link>
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		<dc:date>2021-12-14T07:26:57Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lucie Delaporte</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>L'extr&#234;me-droite dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-12-14</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Collabos ! Collabos ! &#187; Ce sont les cris lanc&#233;s par des militants d'&#201;ric Zemmour, dimanche 5 novembre, &#224; son meeting de Villepinte, aux journalistes accus&#233;s d'hostilit&#233; envers leur candidat. L'infamie du qualificatif, rattach&#233; &#224; la Collaboration avec l'occupant allemand, peut surprendre de la part des partisans d'un candidat qui a entrepris, justement, de r&#233;habiliter le mar&#233;chal P&#233;tain. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de M&#233;diapart. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette &#233;trange inversion n'est pourtant que le nouvel avatar d'un patient travail (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Droite-extreme-en-Europe-+" rel="tag"&gt;L'extr&#234;me-droite dans le monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-12-14-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-12-14&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton50815-6e6cf.jpg?1781289142' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Collabos ! Collabos ! &#187; Ce sont les cris lanc&#233;s par des militants d'&#201;ric Zemmour, dimanche 5 novembre, &#224; son meeting de Villepinte, aux journalistes accus&#233;s d'hostilit&#233; envers leur candidat. L'infamie du qualificatif, rattach&#233; &#224; la Collaboration avec l'occupant allemand, peut surprendre de la part des partisans d'un candidat qui a entrepris, justement, de r&#233;habiliter le mar&#233;chal P&#233;tain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/101221/des-antifas-traites-de-fascistes-les-perversions-semantiques-de-l-extreme-droite-se-banalisent&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;diapart&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;trange inversion n'est pourtant que le nouvel avatar d'un patient travail de subversion s&#233;mantique, op&#233;r&#233; par l'extr&#234;me droite depuis des ann&#233;es. Un travail qui a notamment permis de qualifier les militants antifascistes de &#171; fascistes &#187;, comme r&#233;cemment encore les antiracistes de &#171; nouveaux racistes &#187;. Pire : cette entreprise de dynamitage du langage a contamin&#233; une partie des m&#233;dias et du d&#233;bat public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, lorsque &#201;ric Zemmour est emp&#234;ch&#233; d'effectuer sereinement sa visite &#224; Marseille par les &#171; antifas &#187;, ses soutiens crient sur les r&#233;seaux sociaux aux &#171; m&#233;thodes fascistes &#187; des antifascistes. Un renversement martel&#233; dans la presse de droite et d'extr&#234;me droite depuis des mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le site d'extr&#234;me droite Boulevard Voltaire raconte m&#234;me l'histoire d'une nonne qui a &#171; &lt;a href=&#034;https://www.bvoltaire.fr/exclu-bv-zemmour-a-marseille-une-religieuse-a-chasse-des-antifas-qui-saccageaient-un-restaurant/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chass&#233; les antifas&lt;/a&gt; &#187; en train de taguer un restaurant marseillais o&#249; avait d&#233;jeun&#233; Zemmour. Recueillant le t&#233;moignage anonyme de cette s&#339;ur, le journal raconte ce &#171; miracle &#187; : &#171; Elle leur a demand&#233; ce qu'ils faisaient. Ils ont essay&#233; de se justifier : &#8220;C'est un facho !&#8221; &#8220;C'est vous les fascistes !&#8221;, a r&#233;pondu sans concession la nonne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques semaines plus t&#244;t, dans le m&#234;me journal, c'est l'&#233;ditorialiste canadien Mathieu Bock-C&#244;t&#233; qui &lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/vox/politique/mathieu-bock-cote-la-violence-des-antifas-et-la-presidentielle-20211203&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;explique&lt;/a&gt; que les &#171; antifas &#187;, &#171; ces milices d'extr&#234;me gauche &#187; harcelant le candidat patriote &#201;ric Zemmour, &#171; nous rappellent que le totalitarisme porte aussi un drapeau rouge &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain du meeting de Villepinte, o&#249; des militants de SOS Racisme ont &#233;t&#233; frapp&#233;s par des supporters de Zemmour, l'avocat Gilles-William Goldnadel se fend d'un &#233;dito dans &lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/vox/politique/gilles-william-goldnadel-de-quel-cote-se-trouve-le-fascisme-intolerant-20211206&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Figaro&lt;/a&gt; fustigeant l'attitude des &#171; antifas &#187; voulant faire taire par la violence le pol&#233;miste d'extr&#234;me droite. &#171; Le fascisme intol&#233;rant habite de quel c&#244;t&#233; de la rue politique ? &#187;, s'alarme-t-il. L'homme vient d'ailleurs de publier Manuel de r&#233;sistance au fascisme d'extr&#234;me gauche (&#201;ditions de Passy), qu'il pr&#233;sente comme &#171; interdit &#224; la vente pour tous ceux qui n'ont pas encore compris que le fascisme &#233;tait aujourd'hui situ&#233; &#224; l'extr&#234;me gauche de l'&#233;chiquier politique et intellectuel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La rh&#233;torique du miroir permet de renvoyer &#224; l'adversaire les accusations de fascisme ou de violence pour lui couper l'herbe sous le pied et surtout noyer le sens de ces expressions. L'id&#233;e, en traitant n'importe qui &#8211; notamment les antifascistes &#8211; de fascistes, est de discr&#233;diter non seulement les adversaires politiques mais la notion m&#234;me de fascisme comme syst&#232;me de pens&#233;e et d'organisation du politique totalitaire &#187;, explique la chercheuse C&#233;cile Alduy, qui va publier en f&#233;vrier La langue d'&#201;ric Zemmour (Seuil).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela d&#233;mon&#233;tise l'accusation port&#233;e contre Zemmour et les groupuscules n&#233;onazis qui le soutiennent et &#233;taient au meeting. Si les antifascistes sont &#8220;fascistes&#8221;, plus personne ne l'est, le mot n'a plus aucun sens &#187;, poursuit-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour elle, traiter les journalistes de &#171; collabos &#187; participe &#224; cet &#171; appauvrissement s&#233;mantique &#187;. &#171; &#8220;Collabo&#8221; devient juste une insulte, d&#233;tach&#233;e de son sens historique tr&#232;s pr&#233;cis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les attentats islamistes de 2015, l'expression &#171; islamo-collabo &#187; avait fleuri dans la presse d'extr&#234;me droite, notamment dans Valeurs actuelles, pour cibler les personnalit&#233;s engag&#233;es dans la lutte contre l'islamophobie. Une mani&#232;re habile de d&#233;coller une &#233;tiquette qui colle &#224; cette famille politique pour la mettre sur ses adversaires. L'&#233;ditorialiste du Figaro Ivan Rioufol avait aussi sign&#233; dans ce journal, en novembre 2019, un &#233;dito dans lequel il conspuait ceux qui appelaient &#224; aller manifester contre l'islamophobie apr&#232;s les tirs sur la mosqu&#233;e de Bayonne, les d&#233;signant comme &#171; le gratin des collabos de l'islamisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une entourloupe purement lexicale et rh&#233;torique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Idem pour toute la rh&#233;torique entonn&#233;e par l'extr&#234;me droite, mais aussi une partie de la gauche, consistant &#224; faire passer les nouveaux antiracistes pour des &#171; racialistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous assistons depuis quelques ann&#233;es &#224; une entreprise d'inversion s&#233;mantique &#224; but politique, pr&#233;cise la chercheuse &#224; Stanford, sp&#233;cialiste de s&#233;miotique. Il s'agit de d&#233;tacher les mots des objets ou groupes qu'ils d&#233;signent normalement pour les retourner contre ceux-l&#224; m&#234;mes dont c'est le combat politique de militer contre certaines formes de discrimination ou de violences en les accusant de faire ce qu'ils condamnent. Ainsi, en accusant les militants antiracistes d'&#234;tre &#8220;racialistes&#8221; , on sous-entend, in fine, qu'ils sont &#8220;racistes&#8221;. Le syllogisme est consternant : les antiracistes parlent de racisme, donc utilisent la notion de &#8220;race&#8221;, donc sont &#8220;racialistes&#8221;, sous-entendu &#8220;racistes&#8221;. Une entourloupe purement lexicale et rh&#233;torique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'historien de l'extr&#234;me droite Nicolas Lebourg, cette bataille s&#233;mantique a une longue histoire au sein de l'extr&#234;me droite fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les ann&#233;es 1960, le th&#233;oricien d'extr&#234;me droite Dominique Venner th&#233;orise ainsi l'id&#233;e qu'il faut, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, &#171; r&#233;inventer le vocabulaire politique, imposer ses mots et changer ceux des adversaires &#187;. Il s'inscrit d'ailleurs dans la droite ligne de groupes d'extr&#234;me droite europ&#233;ens qui r&#233;fl&#233;chissent &#224; la mani&#232;re de &#171; d&#233;sataniser &#187; le national-socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sera ensuite, en France, le combat principal du courant de la Nouvelle Droite &#8211; un bel euph&#233;misme pour ce groupe radical &#8211; d'Alain de Benoist &#224; partir des ann&#233;es 1970. L'adoption de la loi Pleven en 1972, qui p&#233;nalise la parole raciste, contraint aussi l'extr&#234;me droite &#224; reformuler son discours. &#171; On ne dit alors plus &#8220;race&#8221; mais &#8220;identit&#233;&#8221; &#187;, selon la nouvelle rh&#233;torique adopt&#233;e par les identitaires et port&#233;e aujourd'hui par Jean-Yves Le Gallou, pr&#233;sent au premier rang du meeting de Zemmour, &#224; Villepinte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; partir de 1982, Jean-Marie Le Pen commence &#224; ne plus revendiquer l'&#233;tiquette de parti d'extr&#234;me droite, reconnaissant que l'expression sent trop le soufre &#187;, pr&#233;cise Nicolas Lebourg. Marine Le Pen, comme &#201;ric Zemmour, crie &#224; la stigmatisation d&#232;s lors que la presse l'identifie &#224; cette famille politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la disqualification des adversaires &#8211; les antiracistes, les antifascistes &#8211; par l'extr&#234;me droite, le r&#244;le d'un intellectuel comme Pierre-Andr&#233; Taguieff a &#233;t&#233; d&#233;terminant. &#171; Taguieff va jouer un r&#244;le de matrice &#187;, souligne Nicolas Lebourg dans Les nazis ont-il surv&#233;cu ? Enqu&#234;te sur les internationales fascistes et les crois&#233;s de la race blanche (Seuil 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article publi&#233; en 1986 dans un ouvrage collectif auquel participe &#233;galement le penseur de la Nouvelle Droite Alain de Benoist, Taguieff dresse un premier parall&#232;le saisissant entre les &#171; antiracistes &#187; et les racistes. Il y d&#233;nonce la &#171; politisation de l'antiracisme &#187; qui &#171; lui conf&#232;re une fonction instrumentale dans une guerre id&#233;ologique dont l'un des objectifs est de paralyser l'adversaire &#187;. Les antiracistes sont des censeurs mus par une id&#233;ologie totalitaire. Un sillon qu'il ne va cesser de creuser ensuite de livre en livre et qui fera des &#233;mules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 2007, Zemmour revendique cet h&#233;ritage en s'en prenant au pr&#233;sident de SOS Racisme, Dominique Sopo, comme le souligne S&#233;bastien Fontenelle. &#171; C'est le r&#233;sultat d'une longue pr&#233;paration des esprits &#187;, note le journaliste qui collabore au collectif Les mots sont importants. Dans Les &#201;ditocrates (La D&#233;couverte, 2018), il cite une tribune r&#233;dig&#233;e par Zemmour dans &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/idees/article/2007/10/11/immigration-le-reel-interdit-par-eric-zemmour_965798_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Monde&lt;/a&gt; en 2007 : &#171; Sopo ne sait pas qu'on a lu Pierre-Andr&#233; Taguieff ; on a bien compris que le progressisme antiraciste n'&#233;tait que le successeur du communisme, avec les m&#234;mes m&#233;thodes totalitaires mises au point par le Komintern dans les ann&#233;es 1930. &#8220;Tout anticommuniste est un chien&#8221;, disait Sartre. Tout adversaire de l'antiracisme est pire qu'un chien. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui sont d'ailleurs les vrais fascistes pour &#201;ric Zemmour ? Il est vain de les chercher &#224; l'extr&#234;me droite du spectre politique puisqu'ils sont aujourd'hui, et depuis l'origine, &#224; gauche. &#171; Les fascistes sont des gens de gauche &#187;, mart&#232;le-t-il sur CNews en juin 2021, comme le note le chercheur Jonathan Preda dans un article de &lt;a href=&#034;https://tempspresents.com/2021/12/06/eric-zemmour-et-linterpretation-du-fascisme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Temps pr&#233;sents&lt;/a&gt;. &#171; Qu'importe si ce n'est en aucune mani&#232;re une nouveaut&#233; &#187;, note-t-il, et si le socialisme d'origine de Mussolini n'est un fait contest&#233; par personne. L'important est de vider de son sens le fascisme et de le renvoyer &#224; la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, &#201;ric Zemmour a &#233;t&#233; &#224; bonne &#233;cole. &#171; Socialisme et fascisme : une m&#234;me famille ? &#187; est ainsi le th&#232;me d'une r&#233;union du Club de l'horloge, &#233;manation de la Nouvelle Droite, organis&#233;e le 22 novembre 1983. &#171; Ses membres sont invit&#233;s &#224; discuter autour du th&#232;me : discuter est un bien grand mot tant l'&#233;quivalence propos&#233;e est affirm&#233;e et r&#233;affirm&#233;e tout au long des interventions. Les recherches de Zeev Sternhell sur les origines du fascisme sont reprises et caricatur&#233;es. D'une synth&#232;se entre nationalisme et socialisme, le fascisme devient un socialisme national. [...] &#8220;Changer la vie&#8221; selon le slogan de campagne du pr&#233;sident socialiste Mitterrand deviendrait l'&#233;quivalent d'une volont&#233; totalitaire de cr&#233;er un homme nouveau ! &#187;, rel&#232;ve Jonathan Preda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;ric Zemmour est l'h&#233;ritier de cette longue tradition de subversion s&#233;mantique men&#233;e par les tenants de la bataille culturelle. La presse qui se livre &#224; ces hasardeuses analogies depuis quelques semaines aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lucie Delaporte&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#171; identit&#233; &#187; est-elle la version lisse du mot &#171; race &#187; ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-identite-est-elle-la-version-lisse-du-mot-race</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/L-identite-est-elle-la-version-lisse-du-mot-race</guid>
		<dc:date>2017-08-29T07:43:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Lebourg</dc:creator>


		<dc:subject>L'extr&#234;me-droite dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Extr&#234;me-droite</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-08-29</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La difficult&#233; est d'abord de d&#233;finir le politiquement correct. En France, c'est une chose acquise que le ph&#233;nom&#232;ne est d&#251; &#224; l'influence cens&#233;ment d&#233;bilitante des &#201;tats-Unis. En 1996, Philippe de Villiers publiait un Dictionnaire du politiquement correct o&#249; il se voulait arch&#233;ologue du langage, en exposant que le politiquement correct serait une &#171; tyrannie de la minorit&#233; &#187; au b&#233;n&#233;fice de la globalisation, et aurait &#233;t&#233; impos&#233; &#224; la France par Bruxelles apr&#232;s &#234;tre n&#233; outre-Atlantique. Mais, aux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2017-08-29-+" rel="tag"&gt;Edition du 2017-08-29&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton31718-00f7f.jpg?1781336177' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La difficult&#233; est d'abord de d&#233;finir le politiquement correct. En France, c'est une chose acquise que le ph&#233;nom&#232;ne est d&#251; &#224; l'influence cens&#233;ment d&#233;bilitante des &#201;tats-Unis. En 1996, Philippe de Villiers publiait un Dictionnaire du politiquement correct o&#249; il se voulait arch&#233;ologue du langage, en exposant que le politiquement correct serait une &#171; tyrannie de la minorit&#233; &#187; au b&#233;n&#233;fice de la globalisation, et aurait &#233;t&#233; impos&#233; &#224; la France par Bruxelles apr&#232;s &#234;tre n&#233; outre-Atlantique. Mais, aux &#201;tats-Unis, le politiquement correct a &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233; par la droite conservatrice comme une francisation des m&#339;urs... Une dispute entre France et &#201;tats-Unis o&#249; chacun vise &#224; attribuer la paternit&#233; d'un ph&#233;nom&#232;ne &#224; l'autre : comment mieux dire la difficile image du politiquement correct ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;http://www.slate.fr/story/149658/version-lisse-mot-race-extreme-droite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Slate.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons. Durant la d&#233;cennie 1970, la gauche am&#233;ricaine se concentre sur la question des &#171; minorit&#233;s &#187;. &#171; Un homme ne peut &#234;tre politiquement correct et phallocrate en m&#234;me temps &#187;, &#233;crit en 1970 Toni Cade Bambara. D&#232;s lors, cela se complique... L'&#233;criture d'un article demande que l'on d&#233;finisse les personnages que l'on &#233;voque. Si je r&#233;dige hors du politiquement correct, j'&#233;crirais &#171; l'&#233;crivain Toni Cade Bambara &#187;. Mais si j'ai assimil&#233; ses principes, il me faut noter &#171; l'&#233;crivaine afro-am&#233;ricaine &#187;. Car, apr&#232;s une d&#233;cennie 1970 o&#249; les universit&#233;s am&#233;ricaines vont se concentrer sur les &#233;tudes des minorit&#233;s, les campus vont lancer dans les ann&#233;es 1980 cette grande entreprise de red&#233;finition du langage qu'est le politiquement correct.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'anti-Am&#233;rique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour combattre les discriminations, le politiquement correct travaillait donc &#224; une correction, c'est-&#224;-dire une r&#233;organisation, du langage qui fut amplement moqu&#233;e, mais qui sut partiellement s'imposer. Ce succ&#232;s am&#232;ne &#224; un tir de barrage des milieux conservateurs, qui estiment que cette invasion mine la coh&#233;sion nationale d'une soci&#233;t&#233; pluraliste, au risque de la &#171; ghetto&#239;sation &#187; et du &#171; multiculturalisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au politiquement correct, les Fran&#231;ais reprochent tout ce qui leur para&#238;t d&#233;plaisant dans la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine. Ils omettent qu'eux-m&#234;mes se sont pos&#233; des questionnements proches, comme le souligne la cr&#233;ation d'une commission relative au vocabulaire concernant les activit&#233;s des femmes en 1984. En 1991, un article de la tr&#232;s s&#233;rieuse et intellectuelle revue Esprit donne bien le ton. Pointant nombre de v&#233;ritables d&#233;rives et ridicules, d&#233;non&#231;ant une soci&#233;t&#233; prise d'un n&#233;o maccarthysme, il s'ach&#232;ve en s'horrifiant que six mille entreprises am&#233;ricaines n'acceptent plus les fumeurs. Dans la France de 2016, il est acquis que l'on ne fume plus dans les lieux de travail : alors, sommes-nous d&#233;sormais soumis au politiquement correct, ou avions-nous amalgam&#233; celui-ci avec d'autres questions ? Peut-&#234;tre un peu les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que le d&#233;bat s'invite &#224; un moment de bouff&#233;e d'anti-am&#233;ricanisme. 1991, c'est aussi l'ann&#233;e de guerre occidentale contre l'Irak qui para&#238;t ouvrir un monde unipolaire o&#249; l'Am&#233;rique r&#233;gnerait en ma&#238;tre au nom de sa force et de sa conception de la morale. Contre l'imp&#233;rialisme suppos&#233; des &#201;tats-Unis une p&#233;tition pacifiste r&#233;unit des membres de la Nouvelle droite et des signatures de gauche. On retrouve le m&#234;me m&#233;lange dans le &#171; collectif contre l'Eurodisneyland &#187;. On a le m&#234;me alliage dans le journal alors dirig&#233; par Jean-Edern Hallier, L'Idiot international. Cela cr&#233;era une pol&#233;mique sur un &lt;a href=&#034;http://www.slate.fr/story/105895/anachronique-irrationnel-appel-jacques-sapir&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ph&#233;nom&#232;ne fantasm&#233; de &#171; rouges-bruns &#187;&lt;/a&gt;. Mais cela signifie quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'extr&#234;me droite et le combat culturel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Instinctivement, chacun a &#224; l'esprit les revendications de briser le politiquement correct port&#233;es par l'extr&#234;me droite. On cite sans fin l'usage du philosophe marxiste italien Antonio Gramsci par les intellectuels du courant dit de &#171; la Nouvelle droite &#187; &#224; partir des ann&#233;es 1970 : cet usage les aurait men&#233; &#224; privil&#233;gier les reformations lexicales pour mener le combat culturel devant permettre la victoire politique. Les choses s'av&#232;rent en fait plus complexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1950 se form&#232;rent des internationales europ&#233;ennes compos&#233;es de ceux qui estimaient que l'erreur d'Adolf Hitler avait &#233;t&#233; de pr&#233;f&#233;rer l'imp&#233;rialisme allemand &#224; l'&#233;dification sinc&#232;re d'une Europe unie. Constatant leur &#233;chec politique, certains d&#233;cid&#232;rent d'abandonner le combat partisan pour investir celui des repr&#233;sentations : ce fut le lancement de la revue allemande &lt;a href=&#034;http://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=LIGNES0_004_0126&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nation Europa&lt;/a&gt;, toujours active, par l'ancien Waffen-SS Arthur Ehrhardt, ou les romans de science-fiction nazie de de l'ancien Waffen-SS autrichien &lt;a href=&#034;http://tempspresents.com/2012/06/02/stephane-francois-esoterisme-nazi-wilhelm-landig-et-thule/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Wilhelm Landig&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix ans apr&#232;s, l'id&#233;e s'est impos&#233;e chez tous ceux qui conservent une nostalgie du nazisme, ainsi la section fran&#231;aise de la World Union of National-Socialists (WUNS) entame-t-elle une r&#233;flexion sur son vocabulaire, consciente, selon une formule d'une de ses notes internes, qu'il faudrait &#171; d&#233;sataniser &#187; l'image du national-socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des militants fran&#231;ais pr&#233;domine d'abord l'activisme pour maintenir l'Alg&#233;rie fran&#231;aise. Mais la guerre d'Alg&#233;rie suit celle d'Indochine, et cette derni&#232;re a amen&#233; les milieux militaires puis factieux &#224; se r&#233;approprier les principes de &#171; la guerre r&#233;volutionnaire &#187; qui les avaient vaincus. La question de la refondation du vocabulaire s'impose avec le constat de l'&#233;chec de l'Organisation de l'Arm&#233;e Secr&#232;te (OAS). Le colonel Trinquier, l'un des p&#232;res de la &#171; guerre contre-subversive &#187;, insiste sur ce th&#232;me. Mais c'est aussi devenu un dada de &lt;a href=&#034;https://tempspresents.com/2013/05/23/dominique-venner-renouvellement-racisme-stephane-francois-nicolas-lebourg/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dominique Venner&lt;/a&gt;, et les notes internes de sa F&#233;d&#233;ration des Etudiants Nationalistes (FEN) ne cessent de revenir sur cette n&#233;cessit&#233; de r&#233;inventer le vocabulaire politique, d'imposer ses mots et de changer le sens de ceux des adversaires. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix ans plus tard, les nationalistes-europ&#233;ens fran&#231;ais voient mourir leur &#233;ni&#232;me groupuscule, le &lt;a href=&#034;http://tempspresents.com/2015/06/20/du-mouvement-nationaliste-du-progres-au-rassemblement-europeen-pour-la-liberte-un-cas-decole-et-ses-enseignements/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rassemblement europ&#233;en de la libert&#233;&lt;/a&gt; (REL). Les intellectuels de cette tendance lancent un nouveau projet : la Nouvelle droite, principalement incarn&#233;e par le Groupement de Recherches et d'&#201;tudes pour la Civilisation Europ&#233;enne (Grece) d'Alain de Benoist, et une strat&#233;gie d'influence culturelle et de subversion lexicale qu'ils qualifient de &#171; gramscisme de droite &#187; (sur le philosophe communiste Antonio Gramsci et aujourd'hui, il faut lire &lt;a href=&#034;http://www.slate.fr/source/86325/gael-brustier&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ga&#235;l Brustier&lt;/a&gt; ou de &#171; m&#233;tapolitique &#187;. La r&#233;f&#233;rence &#224; Gramsci vient donner un nouveau lustre &#224; ce qui &#233;tait donc une pratique endog&#232;ne &#224; l'extr&#234;me droite radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancien pr&#233;sident du Grece, Jacques Marlaud, a d&#233;fini celui-ci comme &#233;tant &#171; tout travail de r&#233;flexion, d'analyse, de diffusion d'id&#233;es et de pratiques culturelles susceptible d'influencer &#224; long terme la soci&#233;t&#233; politique. Il ne s'agit plus de prendre le pouvoir, mais de lui fournir un aliment id&#233;ologique, philosophique et culturel capable d'orienter (ou de contredire) ses d&#233;cisions &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bataille des mots est d&#233;clar&#233;e prioritaire. Par ailleurs, c'est une n&#233;cessit&#233; impos&#233;e de l'ext&#233;rieur. En effet, en 1972, la France adopte une l&#233;gislation antiraciste, la loi Pleven, qui interdit tout ce qu'avait &#233;t&#233; la propagande du REL. Un groupuscule nationaliste-europ&#233;en proche de la Nouvelle droite adresse une consigne aux militants : le mot &#171; race &#187; doit &#234;tre remplac&#233; par celui d'&#171; identit&#233; &#187;. Cela devient vite un gimmick de la Nouvelle droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, le mouvement n'avait pas exclu d'influer sur un &#233;ventuel r&#233;armement intellectuel de la droite en vue de la reconqu&#234;te des positions qu'elle avait perdues au profit d'une gauche alors encore h&#233;g&#233;monique dans le champ culturel. L'instrument de cette influence &#233;tait le Club de l'Horloge, think-tank regroupant des journalistes, des essayistes et des hauts-fonctionnaires. Fond&#233;, en 1974 par Yvan Blot, Jean-Yves Le Gallou et Henry de Lesquen, bient&#244;t rejoints par Bruno M&#233;gret, un temps prot&#233;g&#233; par Michel Poniatowski, le Club a produit quelques ouvrages tr&#232;s comment&#233;s et inspir&#233;s par une doctrine qu'on peut qualifier de sociale-darwiniste (le n&#233;o-lib&#233;ralisme venant compl&#233;ter le racialisme pour produire un n&#233;o-darwinisme int&#233;gral), et qui devint progressivement nationale-lib&#233;rale en &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; La bataille des mots devient prioritaire &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Horlogers sont des radicaux, id&#233;ologiquement, des technocrates, socialement, des pragmatiques, tactiquement. Bruno M&#233;gret quitte le parti chiraquien et lance les Comit&#233;s d'Action R&#233;publicaine (CAR) en janvier 1982. Les Horlogers se pr&#233;sentaient d&#233;j&#224; depuis quelques ann&#233;es comme &#171; les nouveaux r&#233;publicains &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les CAR (10.000 membres revendiqu&#233;s en 1983, probablement dans les 4.000 en r&#233;alit&#233;) se sp&#233;cialisent dans la d&#233;nonciation de &#171; l'id&#233;ologie marxiste &#187; des manuels scolaires, de ceux d'histoire en particulier, avec un vif succ&#232;s : entre septembre et octobre 1982, les arguments d&#233;velopp&#233;s sont repris par Minute, Aspects de la France, Pr&#233;sent, Le Figaro Magazine, Le Figaro mais aussi par VSD, La Croix et Le Point. Avantage du th&#232;me, par ailleurs structurel &#224; l'extr&#234;me droite : il permet une redite d&#232;s la rentr&#233;e suivante, avec de nouveaux communiqu&#233;s conspuant &#171; les manuels marxistes pr&#233;sentant la lutte des classes comme le seul ressort de l'histoire &#187;. Trente ans apr&#232;s, les magazines droitis&#233;s content annuellement que les manuels censurent l'Histoire de France pour complaire au politiquement correct, comme on le verra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les CAR participent aux activit&#233;s du Club de l'Horloge, qui cherche &#224; fournir des munitions &#224; toutes les droites. Il organise un s&#233;minaire intitul&#233; &#171; La Bataille des mots. Pour un nouveau langage politique de l'opposition &#187;, dont il publie la quintessence dans sa Lettre d'information du quatri&#232;me trimestre 1982. Ce document contient en germe tous les principes que les Horlogers vont tenter d'inculquer &#224; la droite, puis qu'ils vont appliquer m&#233;thodiquement au FN quand ils en prendront la direction. Et eux aussi ont l'obsession de changer le langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ditorial de Michel Leroy pose en pr&#233;ambule : &#171; La &#034;bataille des mots&#034; devient prioritaire (...) Les mots sont une arme essentielle dans le combat politique. Il faut les manier avec pr&#233;caution et ne pas les retourner contre soi. Il faut savoir enfin que les mots du vocabulaire politique sont porteurs d'un projet et qu'ils prennent leur signification r&#233;elle dans une structure doctrinale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sept principes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suit donc un dossier d'Yvan Blot sur les &#171; Sept principes de langage politique pour l'opposition &#187; qui m&#233;rite d'&#234;tre cit&#233; tant il va marquer la rh&#233;torique des droites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Le premier principe serait d'avoir &#171; un langage autonome &#187; : ne pas dire &#171; nationalisation &#187; mais &#171; &#233;tatisation &#187;, ne pas dire &#171; in&#233;galit&#233; &#187; mais &#171; justice sociale &#187;, ce qui &#171; r&#233;habilite l'id&#233;e de m&#233;rite &#187;, etc. Ne pas attaquer les socialistes sur le th&#232;me de &#171; l'efficacit&#233; &#233;conomique &#187;, mais dire qu'ils provoquent des injustices sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le deuxi&#232;me principe est d'avoir un langage d&#233;mystificateur : la lutte contre l'&#201;tat Providence doit s'effectuer au niveau &#171; &#233;thique &#187; au nom des principes connot&#233;s positivement : &#171; libert&#233;, &#233;galit&#233;, fraternit&#233;, paix, justice, unit&#233; nationale, etc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Le troisi&#232;me est d'avoir un langage &#171; humain et humaniste &#187; : il ne faut pas user d'un &#171; langage technocratique &#187; et dire que le socialisme &#171; consid&#232;re l'homme comme le produit de son milieu social &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Le quatri&#232;me est d'avoir un &#171; langage unitaire &#187; : la droite doit utiliser le vocabulaire de la gauche pour &#171; permettre de minorer l'adversaire sur le plan du langage &#187; ; il convient de ne pas user des r&#233;f&#233;rences conservatrices ou de quelque autre type, seules doivent &#234;tre utilis&#233;es des r&#233;f&#233;rences r&#233;publicaines qui seraient celles qui priment avec &#233;vidence chez les Fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le cinqui&#232;me est d'avoir un &#171; langage populaire &#187; : la population est attach&#233;e &#224; la s&#233;curit&#233;, il faut donc affirmer le d&#233;sint&#233;r&#234;t des socialistes &#224; cet &#233;gard et dire que la s&#233;curit&#233; est inscrite dans la D&#233;claration des Droits de l'Homme et du Citoyen. Il faut attaquer les associations et les organes repr&#233;sentatifs au nom de la &#171; d&#233;mocratie authentique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Le sixi&#232;me est d'avoir un &#171; langage actuel &#187; : il faut s'emparer de toutes les nouvelles aspirations qui peuvent se faire jour (libert&#233;, &#233;cologie, r&#233;gionalisme) pour ne pas les laisser &#224; ses adversaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Le septi&#232;me, sans doute l'essentiel, est d'avoir &#171; un langage enracin&#233; dans la tradition r&#233;publicaine &#187; : il faut citer Danton ou Robespierre, car cela permet de &#171; toucher le c&#339;ur des Fran&#231;ais &#187;. De plus, on &#171; ne doit pas laisser aux marxistes le monopole de l'Histoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article se trouve suivi par un &#171; Petit glossaire politique &#187; qui, sur un mod&#232;le r&#233;cup&#233;r&#233; ensuite pour le FN, donne une liste de mots qu'il faut substituer &#224; d'autres : &#171; conservatisme &#187; est p&#233;joratif et doit &#234;tre remplac&#233; par &#171; r&#233;formisme &#187; ; &#171; droite &#187; par &#171; r&#233;publicains &#187; et &#171; gauche &#187; par &#171; socialistes &#187; ; &#171; g&#233;n&#233;rosit&#233; &#187; doit se dire &#171; nivellement &#187; ; &#171; front &#233;conomique &#187; doit &#234;tre &#233;crit &#224; la place de &#171; travailleurs &#187;, ce qui permet d'englober ensemble les chefs d'entreprise, les cadres et les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reformulation du n&#233;o-lib&#233;ralisme ici pr&#233;sent&#233;e se retrouvera dans le vocabulaire des droites, jusqu'au FN &#8211;au d&#233;but des ann&#233;es 1990, son programme affirmait ainsi que &#171; les entreprises &#233;tatis&#233;es &#187; doivent &#234;tre &#171; rendues aux Fran&#231;ais &#187;, plut&#244;t que d'&#233;crire que les entreprises nationales seraient privatis&#233;es. Elle montre parfaitement comment deux pans politiques de prime abord si oppos&#233;s, multiculturalisme et extr&#234;me droite, sont alors en train de travailler &#224; la r&#233;organisation des lexiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Front National et Nouvelle droite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une strat&#233;gie lexicale ne fait pas des &#233;lus. En 1985, les &#233;lections cantonales s'av&#232;rent une douche froide : les 150 candidats m&#233;gretistes pr&#233;sent&#233;s dans 75 d&#233;partements ne font pas plus de 2%. Or, la m&#234;me ann&#233;e, Jean-Yves Le Gallou, &#233;narque et membre de la &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_r%C3%A9publicain_(France)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;direction du Parti R&#233;publicain&lt;/a&gt; comme du Club de l'Horloge, est d&#233;&#231;u par l'accueil fait &#224; son livre La Pr&#233;f&#233;rence nationale. Il passe au FN, et son concept devient le c&#339;ur nucl&#233;aire du parti. Avec Patrick Buisson (&lt;a href=&#034;http://www.slate.fr/story/84233/patrick-buisson-charles-maurras&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.slate.fr/story/84233/patrick-buisson-charles-maurras&lt;/a&gt;), ils encouragent Bruno M&#233;gret &#224; faire le pas. Patrick Buisson r&#234;ve d'une union de toutes les droites ; avec l'ex nationaliste-europ&#233;en et ex-secr&#233;taire-g&#233;n&#233;ral du FN Alain Renault, ils &#233;ditent &#224; cette &#233;poque un Guide de l'Opposition qui m&#234;le tout ensemble Raymond Barre et Jean-Marie Le Pen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelques ann&#233;es, les n&#233;o-droitiers prennent le contr&#244;le de l'appareil frontiste. Ils lancent la revue th&#233;orique frontiste Identit&#233;, qui reformule tout le corpus de l'extr&#234;me droite autour de ce mot-concept. Sont &#233;galement mis en place un conseil scientifique, un centre d'&#233;tude et d'argumentaires (sous l'&#233;gide de Jean-Yves Le Gallou), et un atelier de propagande. Il s'agit d'harmoniser et de normaliser toutes les formes du discours politique. La bataille du vocabulaire demeure essentielle. Bruno M&#233;gret l'affirme sans rel&#226;che : &#171; Les mots sont des armes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme trente ans avant Dominique Venner aux militants de la FEN, l'&#233;quipe M&#233;gret fournit &#224; son tour aux militants FN une check-list lexicale avec les expressions &#224; abolir et celles par lesquelles les remplacer : &#171; L'extr&#234;me-droite (FN) &#187; ? &#171; La vraie droite, la droite nationale &#187; ; &#171; les communistes &#187; ? &#171; Les derniers staliniens &#187; ; &#171; SOS Racisme, Licra, Mrap, etc. &#187; ? &#171; Les lobbies de l'immigration &#187; ; &#171; Les patrons &#187; ? &#171; Les employeurs &#187; ; &#171; Le sens de l'Histoire &#187; ? &#171; Les al&#233;as de l'Histoire &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno M&#233;gret peut bient&#244;t se f&#233;liciter que &#171; sur le plan des id&#233;es, nous avons r&#233;ussi &#224; impr&#233;gner la soci&#233;t&#233;, y compris dans son vocabulaire avec les notions d'identit&#233; et d'&#233;tablissement &#187;. Cette mani&#232;re de s'auto-congratuler n'a jamais cess&#233;, et on pourrait ainsi citer de nombreuses r&#233;centes d&#233;clarations de Marion Mar&#233;chal Le Pen y ressemblant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'identitairement correct&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parlait de &#171; lep&#233;nisation des esprits &#187;, on a &#233;voqu&#233; ensuite &#171; la zemmourisation des esprits &#187;. Dans le monde post-11-Septembre, o&#249; le FN est d'abord en crise &#224; la suite de la scission m&#233;gretiste de 1998-1999, ce sont les intellectuels fran&#231;ais qui vont imiter leurs homologues am&#233;ricains n&#233;o-conservateurs pour sonner la charge contre le politiquement correct jug&#233; &#171; orwellien &#187;, et r&#233;affirmer leur refus d'un progressisme pour eux synonyme de d&#233;cadence. Feu sur les minorit&#233;s et ceux qui auraient abandonn&#233; &#171; les Fran&#231;ais &#187; &#224; leur profit. Convergence de bien des esprits dans une rel&#233;gitimation des &lt;a href=&#034;http://www.slate.fr/story/96431/bebe-rom-champlan-zemmour-le-pen&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;conceptions&lt;/a&gt; d'un r&#244;le biologique de l'&#201;tat en un espace norm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fdesouche, Pol&#233;mia (anim&#233; par Jean-Yves Le Gallou), etc. : toute une galaxie web est l&#224;, surnomm&#233;e &#171; r&#233;acosph&#232;re &#187; ou &#171; fachosph&#232;re &#187; par la presse, mais qui se qualifie elle-m&#234;me de &#171; sites de r&#233;information &#187; (sur le web d'extr&#234;me droite lire la &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/09/21/voyage-au-c-ur-de-la-fachosphere_5001001_823448.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;riche enqu&#234;te&lt;/a&gt; que viennent de publier Dominique Albertini et David Doucet). Ici aussi on corrige le vocabulaire pour imposer des id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;ric Zemmour n'a cess&#233; d'expliquer qu'il m&#232;ne &#171; le combat des id&#233;es &#187;, qu'il fait du &#171; Gramsci &#187;. Toute la droite l'a ensuite r&#233;p&#233;t&#233;. M&#234;me Nicolas Sarkozy a pr&#233;tendu s'inspirer du philosophe italien, d&#233;clarant : &#171; Au fond, j'ai fait mienne l'analyse de Gramsci : le pouvoir se gagne par les id&#233;es &#187;. Soit du Gramsci filtr&#233; par de Benoist filtr&#233; par Zemmour...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car Antonio Gramsci ne se contentait pas de parler de combat culturel pour la prise du pouvoir. La Nouvelle droite et bon nombre de ses &#233;mules ont d&#233;laiss&#233; une &#233;tape : la construction d'un &#171; bloc historique &#187;. Celui-ci lie des groupes sociaux qui n'ont certes pas les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques mais qui d&#233;passent l'antagonisme de ceux-ci et assurent un compromis pour s'emparer des institutions. Alors que l'extr&#234;me droite est par d&#233;finition interclassiste, elle a totalement omis cet aspect : imposer une grille de lecture du monde sans construire un bloc historique c'est avoir l'h&#233;g&#233;monie culturelle et laisser le pouvoir &#224; des adversaires minoritaires. Une partie du FN a commenc&#233; &#224; comprendre ce sch&#233;ma apr&#232;s les &#233;lections d&#233;partementales et r&#233;gionales. Le refus d'admettre cela de la part de la direction du FN a &#233;t&#233; pay&#233; cash en mai 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;gretisme, le &#171; marinisme &#187; et le n&#233;oconservatisme en habits fran&#231;ais ont &#233;t&#233; capables d'investir le r&#233;f&#233;rentiel lexical r&#233;publicain, de le subvertir si ce n'est le piller, mais ils n'ont pas construit une offre politique pleinement adapt&#233;e &#224; la demande qu'ils ont excit&#233;e &#8211;le FN en &#233;tant toutefois le plus proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'identitarisme est aujourd'hui le politiquement correct&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on entend par politiquement correct la domination d'un discours, l'identitarisme est ainsi aujourd'hui le politiquement correct. Du zemmourisme, &lt;a href=&#034;http://tempspresents.com/2014/10/07/ce-que-zemmour-veut-dire-dominique-sistach/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dominique Sistach &#233;crivait&lt;/a&gt; : &#171; Le principe de ces doxas r&#233;actionnaires et populistes invite toujours &#224; positionner la croyance au-dessus du r&#233;el, tout en revendiquant le leadership total sur la r&#233;alit&#233;, et par voie d'incidence, la mainmise sur la v&#233;rit&#233; &#187;. Qui a d&#233;j&#224; regard&#233; un de ces d&#233;bats t&#233;l&#233;vis&#233;s o&#249; s'&#233;charpe un r&#233;actionnaire n&#233;o-conservateur et un-e progressiste de la gauche multiculturaliste reconna&#238;t cette m&#234;me volont&#233; farouche de monopoliser la repr&#233;sentation du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un cas assez fascinant est r&#233;v&#233;lateur. Il a trait aux manuels d'histoire. Ils ne sont plus d&#233;sormais accus&#233;s d'&#234;tre marxistes, mais multiculturalistes. Depuis quelques ann&#233;es fleurissent des articles de presse qui affirment que les manuels scolaires ont &#233;t&#233; purg&#233; de la pr&#233;sence de Charles Martel et de la bataille de Poitiers, que des historiens avaient minimis&#233; le choc des civilisations qu'e&#251;t &#233;t&#233; cette bataille, afin de complaire aux populations d'origine arabo-musulmane. William Blanc et Christophe Naudin sont partis de l&#224; pour leur passionnant Charles Martel et la bataille de Poitiers : de l'&lt;a href=&#034;http://editionslibertalia.com/catalogue/ceux-d-en-bas/charles-martel-et-la-bataille-de-poitiers&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Histoire au mythe identitaire&lt;/a&gt;. Apr&#232;s l'&#233;tude des faits et leur repr&#233;sentation jusqu'&#224; nos jours, ils consacrent un chapitre &#224; cette question de la censure des manuels. Or, l'&#233;tude de ces manuels scolaires depuis la IIIe R&#233;publique montre le caract&#232;re fantasmatique de ces assertions. Au mieux, la bataille est repr&#233;sent&#233;e comme un &#233;l&#233;ment d'&#233;dification nationale, non comme un affrontement entre civilisations ou ethnies. Ces ph&#233;nom&#232;nes historiques que furent Charles Martel et la bataille de Poitiers ne sont devenus des &#233;l&#233;ments des imaginaires politiques qu'avec la socialisation des repr&#233;sentations des extr&#234;mes droites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#201;douard Drumont sut les red&#233;ployer dans sa mythologie antis&#233;mite, il a fallu attendre la guerre du Kosovo et le 11-Septembre pour qu'ils deviennent centraux, et que puisse du m&#234;me coup s'installer le mythe qu'on avait cherch&#233; &#224; les effacer. Comme le montrent entres autres les citations de Lor&#224;nt Deutsch ou d'&#201;ric Zemmour, un ench&#226;ssement d'artefacts se popularise, affirmant qu'une simple bataille fut une gigantomachie des civilisations, prof&#233;rant qu'une amn&#233;sie fut instaur&#233;e sciemment dans une nouvelle phase de cet &#233;ternel choc, et les auteurs se pr&#233;sentant comme les h&#233;rauts d'une anamn&#232;se sociale contre des &#171; historiens officiels &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui d&#233;noncent sempiternellement le langage orwellien du politiquement correct r&#233;&#233;crivent l'histoire et les mots avec fougue. De m&#234;me, politiquement correct et alt&#233;rophobie n'envisagent l'un et l'autre l'individu que par son appartenance &#224; un groupe ethno-culturel : l'individu n'est ni &#233;mancip&#233; ni membre d'une classe sociale, etc. Il est soumis &#224; son &#171; identit&#233; &#187; groupale &#8211; fusse-t-elle d&#233;finie comme &#171; la&#239;que &#187;. La loi Pleven de 1972 fournit &#224; l'extr&#234;me droite la n&#233;cessit&#233; de sa modernisation, mais elle permet aussi d'enfermer l'individu dans un groupe auquel il est somm&#233; d'appartenir &#8211; voir &#224; ce sujet les &lt;a href=&#034;http://www.telerama.fr/idees/affirmer-que-le-blaspheme-n-a-qu-une-dimension-religieuse-est-une-grave-erreur,136536.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;critiques formul&#233;es&lt;/a&gt; par Anastasia Colosimo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun se croit l'ennemi irr&#233;conciliable de l'autre, mais multiculturalistes et r&#233;actionnaires convergent dans une obsession de l'identit&#233;, o&#249; chacun devrait &#234;tre avec ceux qui lui seraient semblables plut&#244;t qu'&#233;gaux. Chaque individu est somm&#233; d'&#234;tre culturellement normalis&#233;. Le multiculturaliste dogmatique pr&#233;tendra que le racisme est blanc de fa&#231;on institutionnelle, un prol&#233;taire blanc n'&#233;tant pas cens&#233; &#234;tre domin&#233; par un riche noir, le descendant d'un peuple colonis&#233; &#233;tant fatalement victime de l'ex-colonisateur. Le r&#233;actionnaire dogmatique pr&#233;tendra que la femme est victime de discriminations en Orient, mais que l'Occident jud&#233;o-chr&#233;tien pr&#233;serve les libert&#233;s des femmes, en ramenant la question de l'&#233;galit&#233; hommes-femmes &#224; des &#233;l&#233;ments qui excluent tous les discriminants socio-&#233;conomiques et toute historicisation au b&#233;n&#233;fice d'une repr&#233;sentation en gros blocs ahistoriques et sans antagonismes internes. On comprend pourquoi tant de fougueux progressistes font de si bons r&#233;actionnaires en vieillissant. Le politiquement correct porte l'identitarisme comme la nu&#233;e porte l'orage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dix th&#232;ses sur l'extr&#234;me droite en Europe</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/CONTRETEMPSREVUE-DE-CRITIQUE-COMMUNISTE-Dix</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/CONTRETEMPSREVUE-DE-CRITIQUE-COMMUNISTE-Dix</guid>
		<dc:date>2017-08-29T07:42:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michael L&#246;wy</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>L'extr&#234;me-droite dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Extr&#234;me-droite</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-08-29</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous republions un court article de Michael L&#246;wy initialement paru sur son blog en 2015 puis dans la revue Lignes. La conjoncture pr&#233;sente rend sa lecture utile et n&#233;cessaire, tant on s'efforce &#8211; dans les &#171; grands &#187; m&#233;dias mais aussi, malheureusement, dans une partie de la gauche &#8211; &#224; banaliser le danger mortel que fait peser le FN sur les vies des minorit&#233;s, sur les libert&#233;s et droits les plus fondamentaux (ceux notamment de s'organiser, de se r&#233;unir et de s'exprimer), et sur l'existence (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Debats-138-" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Droite-extreme-en-Europe-+" rel="tag"&gt;L'extr&#234;me-droite dans le monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Extreme-droite-+" rel="tag"&gt;Extr&#234;me-droite&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2017-08-29-+" rel="tag"&gt;Edition du 2017-08-29&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton30789-06fce.jpg?1781965581' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous republions un court article de Michael L&#246;wy initialement paru sur son blog en 2015 puis dans la revue Lignes. La conjoncture pr&#233;sente rend sa lecture utile et n&#233;cessaire, tant on s'efforce &#8211; dans les &#171; grands &#187; m&#233;dias mais aussi, malheureusement, dans une partie de la gauche &#8211; &#224; banaliser le danger mortel que fait peser le FN sur les vies des minorit&#233;s, sur les libert&#233;s et droits les plus fondamentaux (ceux notamment de s'organiser, de se r&#233;unir et de s'exprimer), et sur l'existence m&#234;me de la gauche et des mouvements sociaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de la &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/lowy-extreme-droite-europe-danger-fasciste/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. Les &#233;lections europ&#233;ennes ont confirm&#233; une tendance qu'on observe depuis quelques ann&#233;es dans la plupart des pays du Continent : la spectaculaire mont&#233;e de l'extr&#234;me-droite. C'est un ph&#233;nom&#232;ne sans pr&#233;c&#233;dent depuis les ann&#233;es 1930. Dans plusieurs pays cette mouvance obtenait entre 10 et 20%, aujourd'hui dans trois pays (France, Angleterre, Danemark) elle atteint d&#233;j&#224; entre 25-30% des voix. En fait, son influence est plus vaste que son &#233;lectorat : elle contamine avec ses id&#233;es la droite &#171; classique &#187; et m&#234;me une partie de la gauche social-lib&#233;rale. Le cas fran&#231;ais est le plus grave, la perc&#233;e du Front National d&#233;passe toutes les pr&#233;visions, m&#234;me les plus pessimistes. Comme l'&#233;crivait le site M&#233;diapart dans un &#233;ditorial r&#233;cent, &#171; il est minuit moins cinq &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. Cette extr&#234;me-droite est tr&#232;s diverse, on peut observer toute une gamme depuis les partis ouvertement n&#233;o-nazis, comme l' &#171; Aube Dor&#233;e &#187; grecque, jusqu'&#224; des forces bourgeoises parfaitement int&#233;gr&#233;es dans le jeu politique institutionnel comme l'UDC suisse. Ce qu'ils ont en commun c'est le nationalisme chauvin, la x&#233;nophobie, le racisme, la haine des immigr&#233;s &#8211; notamment &#171; extra-europ&#233;ens &#187; &#8211; et des Rroms (le plus vieux peuple europ&#233;en), l'islamophobie, l'anticommunisme. &#192; cela on peut ajouter, dans beaucoup de cas, l'antis&#233;mitisme, l'homophobie, la misogynie, l'autoritarisme, le m&#233;pris de la d&#233;mocratie, l'europhobie. Sur d'autres questions &#8211; par exemple pour ou contre le n&#233;o-lib&#233;ralisme u la la&#239;cit&#233; &#8211; cette mouvance est plus divis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. Ce serait une erreur de croire que le fascisme et l'antifascisme sont des ph&#233;nom&#232;nes du pass&#233;. Certes, on ne trouve pas aujourd'hui des partis de masses fascistes comparables au NSDAP allemand des ann&#233;es 1930, mais d&#233;j&#224; &#224; cette &#233;poque le fascisme ne se r&#233;sumait pas &#224; ce seul mod&#232;le : le franquisme espagnol et le salazarisme portugais &#233;taient bien diff&#233;rents des mod&#232;les italien ou allemand. Une partie importante de l'extr&#234;me-droite europ&#233;enne aujourd'hui a une matrice directement fasciste et/ou n&#233;o-nazie : c'est le cas de l' &#171; Aube Dor&#233;e &#187; grecque, du Jobbik hongrois, de Svoboda et du Secteur Droite ukrainiens, etc. ; mais cela vaut aussi, sous une autre forme, pour le Front National fran&#231;ais, le FP&#214; autrichien, le Vlaams Belang belge, et d'autres, dont les cadres fondateurs ont eu des liens &#233;troits avec le fascisme historique et les forces de la collaboration avec le Troisi&#232;me Reich. Dans d'autres pays &#8211; Hollande, Suisse, Angleterre, Danemark &#8211; les partis d'extr&#234;me droite n'ont pas des origines fascistes, mais ils partagent avec les premiers le racisme, la x&#233;nophobie et l'islamophobie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. Un des arguments pour d&#233;montrer que l'extr&#234;me-droite a chang&#233; et n'a plus grand-chose &#224; voir avec le fascisme c'est son acceptation de la d&#233;mocratie parlementaire et de la voie &#233;lectorale pour arriver au pouvoir. Rappelons qu'un certain Adolf Hitler est arriv&#233; &#224; la Chancellerie par un vote l&#233;gal du Reichstag, et que le Mar&#233;chal P&#233;tain a &#233;t&#233; &#233;lu Chef de l'Etat par le Parlement fran&#231;ais. Si le Front National arrivait au pouvoir par des &#233;lections &#8211; une hypoth&#232;se que malheureusement on ne peut plus &#233;carter &#8211; que resterait-il de la d&#233;mocratie en France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V. La crise &#233;conomique qui s&#233;vit en Europe depuis 2008 a donc, de fa&#231;on largement pr&#233;dominante (&#224; l'exception de la Gr&#232;ce), favoris&#233; plut&#244;t l'extr&#234;me droite que la gauche radicale. La proportion entre les deux forces est totalement d&#233;s&#233;quilibr&#233;e, contrairement &#224; la situation europ&#233;enne des ann&#233;es 1930, qui voyait, dans plusieurs pays, une mont&#233;e parall&#232;le du fascisme et de la gauche antifasciste. L'extr&#234;me-droite actuelle a sans doute profit&#233; de la crise, mais celle-ci n'explique pas tout : en Espagne et au Portugal, deux des pays les plus frapp&#233;es par la crise, l'extr&#234;me-droite reste marginale. Et en Gr&#232;ce, si l' &#171; Aube Dor&#233;e &#187; a connu une croissance exponentielle, elle reste largement d&#233;pass&#233;e par Syriza, la Coalition de la Gauche Radicale. En Suisse et en Autriche, deux pays largement &#233;pargn&#233;s par la crise, l'extr&#234;me-droite raciste d&#233;passe souvent les 20%. Il faut donc &#233;viter les explications &#233;conomicistes qui sont souvent avanc&#233;es par la gauche. Des facteurs historiques jouent sans doute un r&#244;le : une large et ancienne tradition antis&#233;mite dans certains pays ; la persistance des courants collaborationnistes depuis la Deuxi&#232;me Guerre Mondiale ; la culture coloniale, qui impr&#232;gne les attitudes et les comportements longtemps apr&#232;s la d&#233;colonisation &#8211; non seulement dans les anciens Empires, mais dans presque tous les pays d'Europe. Tous ces facteurs sont pr&#233;sents en France et contribuent &#224; expliquer le succ&#232;s du lep&#233;nisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI. Le concept de &#171; populisme &#187;, employ&#233;e par certains politologues, par les m&#233;dias et m&#234;me par une partie de la gauche, est parfaitement incapable de rendre compte du ph&#233;nom&#232;ne en question, et ne sert qu'&#224; semer la confusion. Si dans l'Am&#233;rique Latine des ann&#233;es 1930 jusqu'en 1960 le terme correspondait &#224; quelque chose de relativement pr&#233;cis &#8211; le varguisme, le p&#233;ronisme, etc. &#8211; son usage en Europe &#224; partir des ann&#233;es 1990 est de plus en plus vague et impr&#233;cis. On d&#233;finit le populisme comme &#171; une position politique qui prend le parti du peuple contre les &#233;lites &#187;, ce qui est valable pour presque n'importe lequel mouvement ou parti politique. Ce pseudo-concept, appliqu&#233; aux partis d'extr&#234;me-droite, conduit &#8211; volontairement ou involontairement &#8211; &#224; les l&#233;gitimer, &#224; les rendre plus acceptables, sinon sympathiques &#8211; qui n'est pas pour le peuple contre les &#233;lites ? &#8211; en &#233;vitant soigneusement les termes qui f&#226;chent : racisme, x&#233;nophobie, fascisme, extr&#234;me-droite. &#171; Populisme &#187; est aussi utilis&#233; de fa&#231;on d&#233;lib&#233;r&#233;ment mystificatrice par des id&#233;ologues n&#233;o-lib&#233;raux pour op&#233;rer un amalgame entre l'extr&#234;me droite et la gauche radicale, caract&#233;ris&#233;s comme &#171; populisme de droite &#187; et &#171; populisme de gauche &#187;, puisque oppos&#233;s aux politiques lib&#233;rales, &#224; l' &#171; Europe &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VII. La gauche, toutes tendances confondues, a &#8211; &#224; quelques exceptions pr&#232;s &#8211; cruellement sous-estim&#233; le danger. Elle n'a pas vu venir la vague brune, et donc elle n'a pas trouv&#233; n&#233;cessaire de prendre l'initiative d'une mobilisation antifasciste. Pour certains courants de la gauche, l'extr&#234;me-droite n'&#233;tant qu'un sous-produit de la crise et du ch&#244;mage, c'est &#224; ses causes qu'il faut s'attaquer, et non au ph&#233;nom&#232;ne fasciste lui-m&#234;me. Ces raisonnements typiquement &#233;conomicistes ont d&#233;sarm&#233; la gauche face &#224; l'offensive id&#233;ologique raciste, x&#233;nophobe et nationaliste de l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIII. Aucun groupe social n'est immunis&#233; contre la peste brune. Les id&#233;es de l'extr&#234;me-droite, et en particulier le racisme, ont contamin&#233; une grande partie non seulement de la petite bourgeoisie et des ch&#244;meurs, mais aussi de la classe ouvri&#232;re et de la jeunesse. Dans le cas fran&#231;ais cela est particuli&#232;rement frappant. Ces id&#233;es n'ont aucun rapport avec la r&#233;alit&#233; de l'immigration : le vote pour le Front National, par exemple, est particuli&#232;rement &#233;lev&#233; en certains r&#233;gions rurales qui n'ont jamais vu un seul immigr&#233;. Et les immigrants Rroms, qui ont &#233;t&#233; r&#233;cemment l'objet d'une vague d'hyst&#233;rie raciste assez impressionnante &#8211; avec la complaisante participation de l'alors Ministre &#171; socialiste &#187; de l'Int&#233;rieur, M. Manuel Valls &#8211; sont moins de vingt mille sur tout le territoire de la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IX. Une autre analyse &#171; classique &#187; de la gauche sur le fascisme est celle qui l'explique essentiellement comme un instrument du grand capital pour &#233;craser la r&#233;volution et le mouvement ouvrier. Or, comme aujourd'hui le mouvement ouvrier est tr&#232;s affaibli, et le danger r&#233;volutionnaire inexistant, le grand capital n'a pas int&#233;r&#234;t &#224; soutenir les mouvements d'extr&#234;me droite, et donc la menace d'une offensive brune n'existe pas. Il s'agit, encore une fois, d'une vision &#233;conomiciste, qui ne rend pas compte de l'autonomie propre aux ph&#233;nom&#232;nes politiques &#8211; les &#233;lecteurs peuvent choisir un parti que n'a pas la faveur de la grande bourgeoisie &#8211; et qui semble ignorer que le grand capital peut s'accommoder de toutes sortes de r&#233;gimes politiques, sans trop d'&#233;tats d'&#226;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X. Il n'y a pas de recette magique pour combattre l'extr&#234;me-droite. Il faut s'inspirer, avec une distance critique, des traditions antifascistes du pass&#233;, mais il faut aussi savoir innover pour r&#233;pondre aux nouvelles formes du ph&#233;nom&#232;ne. Il faut savoir combiner les initiatives locales avec des mouvements socio-politiques et culturels unitaires solidement organis&#233;s et structur&#233;s, &#224; l'&#233;chelle nationale et continentale. L'unit&#233; peut se faire ponctuellement avec tout le spectre &#171; r&#233;publicain &#187;, mais un mouvement antifasciste organis&#233; ne sera efficace et cr&#233;dible que s'il est impuls&#233; par des forces qui se situent hors du consensus n&#233;o-lib&#233;ral dominant. Il s'agit d'une lutte qui ne peut pas se limiter aux fronti&#232;res d'un seul pays, mas doit s'organiser &#224; l'&#233;chelle de toute l'Europe. Le combat contre le racisme, et la solidarit&#233; avec ses victimes est une des composantes essentielles de cette r&#233;sistance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Barcelone : Ramblas antifascistes</title>
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		<dc:date>2017-08-29T07:25:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dimitris Fasfalis</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>L'extr&#234;me-droite dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-08-29</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qui aurait cru il y a quelque temps que dans les rues de Barcelone, on assisterait &#224; une sc&#232;ne pareille : une foule compacte qui avance et qui scande &#034;dehors les fascistes&#034; ? Ce n'est pas un &#034;remake&#034; de la Barcelone prol&#233;tarienne insurg&#233;e d&#233;crite par George Orwell. Cela a eu lieu vendredi dernier, sur les Ramblas. Le jour d'apr&#232;s de l'attentat. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le Monde (&#233;dition du 20-21 ao&#251;t), Florence Aubenas d&#233;crit de la mani&#232;re suivante ce qui se passe sur les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Droite-extreme-en-Europe-+" rel="tag"&gt;L'extr&#234;me-droite dans le monde&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH66/arton31721-8a22b.jpg?1781965581' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='66' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Qui aurait cru il y a quelque temps que dans les rues de Barcelone, on assisterait &#224; une sc&#232;ne pareille : une foule compacte qui avance et qui scande &#034;dehors les fascistes&#034; ? Ce n'est pas un &#034;remake&#034; de la Barcelone prol&#233;tarienne insurg&#233;e d&#233;crite par George Orwell. Cela a eu lieu vendredi dernier, sur les Ramblas. Le jour d'apr&#232;s de l'attentat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/dimitris-fasfalis/blog/230817/ramblas-antifascistes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le Monde (&#233;dition du 20-21 ao&#251;t), Florence Aubenas d&#233;crit de la mani&#232;re suivante ce qui se passe sur les Ramblas en fin de journ&#233;e : &#034;C'est l&#224; encore qu'en fin de journ&#233;e, jaillis d'on ne sait o&#249;, une trentaine d'hommes d&#233;ploie une banni&#232;re : &#034;Pro-fronti&#232;res, pro-nation, anti-islam&#034;. Un grand, avec une jambe de bois, exhibe un tee-shirt &#034;Arm&#233;e espagnole&#034; et le drapeau national sur son blouson. D'autres portent les couleurs de groupuscules d'extr&#234;me droite. Sur les Ramblas, la foule se retourne d'un bloc. Elle avance vers eux, compacte, d&#233;termin&#233;e, martelant &#034;dehors les fascistes&#034; ou &#034;contre la terreur de Daech la haine fasciste ne passera pas.&#034; Elle se rapproche toujours plus nombreuse, toujours plus soud&#233;e. Les cr&#226;nes ras&#233;s sont dos au mur, contre la fa&#231;ade d'un h&#244;tel. Alors l'un enl&#232;ve sa casquette, enfile &#224; chaque doigt d'&#233;paisses bagues de m&#233;tal et brandit haut les poings. Ses amis multiplient les doigts d'honneur. La foule s'approche encore, presque &#224; les toucher tandis que vers la place de l'universit&#233; une manifestation s'est form&#233;e d'elle-m&#234;me, aux cris de &#034;ni terrorisme, ni islamophobie&#034;. Il est presque 20 heures.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sc&#232;ne politique inattendue dans ces circonstances de deuil collectif, mais si r&#233;confortante pour tous les opposants &#224; la mont&#233;e de l'extr&#234;me droite en Europe. Sc&#232;ne bienvenue. Que nous dit-elle sur notre situation aujourd'hui ? Si on essaie de d&#233;passer son caract&#232;re furtif et singulier qui est propre &#224; tout &#233;v&#233;nement, il est possible d'en saisir une signification en nous int&#233;ressant aux r&#233;gularit&#233;s structurelles contenues dans la sc&#232;ne d&#233;crite ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action spontan&#233;e de la foule &#224; Barcelone indique tout d'abord qu'aux yeux de plusieurs seule la politique peut sauver - litt&#233;ralement - le monde. L'indiff&#233;rence, le cynisme et l'apathie ambiants de notre &#233;poque n'ont pas r&#233;ussi &#224; venir &#224; bout des cultures politiques et des m&#233;moires des gauches d'&#233;mancipation. Les Ramblas le confirment tout autant que Charlottesville. Bien au contraire, on serait tent&#233;s de voir dans ce qui s'est pass&#233; sur les Ramblas un d&#233;sir nouveau de politique, venant d'en bas et pr&#234;t &#224; en d&#233;coudre avec les adversaires de l'int&#233;r&#234;t public. D&#233;sir nouveau d'une partie des classes subalternes europ&#233;ennes qui s'&#233;tait d&#233;j&#224; manifest&#233;e r&#233;guli&#232;rement dans les mouvements des places en Europe du Sud, plusieurs conflits sociaux des quinze derni&#232;res ann&#233;es et dans les Nuits debout en France au printemps 2016. Tous ceux impliqu&#233;s dans cette transformation politique refusent d&#233;sormais de s'accommoder avec le monde tel qu'il va et cherchent des voies de transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, l'instabilit&#233;, les conflits et la violence ne sont pas le triste destin des r&#233;gions pauvres et domin&#233;es du monde. Le destin de ces derni&#232;res est plus que jamais li&#233; au n&#244;tre. M&#234;me si les conflits sont concentr&#233;s dans cet &#034;arc de crises&#034; des diplomates, qui va de l'Afrique du Nord et le Sahel jusqu'en Asie centrale et du Sud, en passant par le Moyen-Orient, ils ont des impacts multiformes sur le monde entier. La politique aujourd'hui commence donc avec le monde. Aussi &#233;trange que cela puisse para&#238;tre &#224; certains, les enjeux li&#233;s &#224; la guerre en Syrie, par exemple, deviennent aujourd'hui aussi importants nationalement dans les pays europ&#233;ens que les enjeux strictement nationaux comme les &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales, les r&#233;formes et contre-r&#233;formes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la vitesse &#224; laquelle l'instabilit&#233; et la violence se propagent dans le monde semble &#234;tre plus &#233;lev&#233;e qu'auparavant. Les dirigeants du monde, et plus largement les classes dirigeantes des puissances mondiales, dominent le monde sans toutefois le ma&#238;triser. Les conflits et leurs dynamiques d'extension semblent clairement les d&#233;passer &#224; tel point que la guerre appara&#238;t comme omnipr&#233;sente &#224; l'&#233;chelle du monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Avis de temp&#234;te au Front National</title>
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		<dc:date>2017-08-22T07:43:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Paul Gautier</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>L'extr&#234;me-droite dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-08-22</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D&#233;stabilis&#233; par sa d&#233;faite &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, que Jean-Yves Le Gallou (ex FN, ex MNR) qualifie de &#171; fiasco int&#233;gral &#187;, le Front national voit les difficult&#233;s s'amonceler. Le vaisseau frontiste tangue et les couteaux sortent du placard. Marine Le Pen semble affaiblie : cacophonie sur la question de l'Euro, retraite de Marion Mar&#233;chal Le Pen, ratage du face &#224; face avec Emmanuel Macron (Marine Le Pen semblait bien loin du slogan &#171; La France apais&#233;e &#187;) , fronde contre Florian Philippot (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton31646-741b8.jpg?1781551325' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;stabilis&#233; par sa d&#233;faite &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, que Jean-Yves Le Gallou (ex FN, ex MNR) qualifie de &#171; fiasco int&#233;gral &#187;, le Front national voit les difficult&#233;s s'amonceler. Le vaisseau frontiste tangue et les couteaux sortent du placard. Marine Le Pen semble affaiblie : cacophonie sur la question de l'Euro, retraite de Marion Mar&#233;chal Le Pen, ratage du face &#224; face avec Emmanuel Macron (Marine Le Pen semblait bien loin du slogan &#171; La France apais&#233;e &#187;) , fronde contre Florian Philippot et son &#233;quipe accus&#233;e de sectarisme, vie interne scl&#233;ros&#233;e, remise en cause de l'organisation, manque de d&#233;mocratie flagrant car le Comit&#233; Central renouvel&#233; depuis 2014 n'a jamais &#233;t&#233; convoqu&#233;, aucune r&#233;union du Bureau Politique depuis 2016 &#8211; car Jean-Marie Le Pen en est membre de droit et chacun sait que les relations sont tr&#232;s tendues entre Marine Le Pen, la direction frontiste et le &#171; Pr&#233;sident d'honneur &#187;. La question &#171; de la profonde transformation &#187; promise par la pr&#233;sidente est renvoy&#233;e au congr&#232;s qui devrait se tenir au d&#233;but de l'ann&#233;e 2018.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La crise apparait complexe &#224; plusieurs niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ligne concernant le programme &#233;conomique et en particulier la question de la sortie de l'Euro ch&#232;re &#224; Florian Philippot pour qui &#171; sans monnaie nationale, pas de patriotisme &#233;conomique, pas de contr&#244;le possible sur notre d&#233;mocratie &#187;. Certains dirigeants, dont Gilbert Collard, consid&#232;rent qu'il faut prendre acte du rejet des Fran&#231;ais concernant la sortie de l'Euro et que &#171; pour nous, la question de l'Euro est termin&#233;e, le peuple a fait son r&#233;f&#233;rendum dimanche dernier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marine Le Pen a repris l'autocratisme de Jean-Marie Le Pen et la d&#233;mocratie n'a jamais &#233;t&#233; inscrite dans l'ADN frontiste, remise en cause du &#171; marinisme &#187;, affaires judiciaires (attach&#233;s parlementaires &#224; Strasbourg, surfacturation des campagnes &#233;lectorales via des soci&#233;t&#233;s g&#233;r&#233;es par des anciens du GUD (Axel Lousteau, Fr&#233;d&#233;ric Chatillon) groupuscule fasciste, probl&#232;mes financiers qui n&#233;cessitent le lancement d'un &#171; emprunt patriotique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela compose un cocktail qui peut rapidement devenir explosif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Cas Florian Philippot, quand le num&#233;ro 2 veut devenir le calife&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assez impopulaire au sein du Front national, sa ligne est de plus en plus contest&#233;e car consid&#233;r&#233;e comme responsable de l'&#233;chec et trop &#171; gauchisante &#187;. Pour Fr&#233;d&#233;ric Pichon (n&#176;2 du groupuscule souverainiste SIEL, un temps alli&#233; du Front national) &#171; il est temps d'en finir avec la ligne Philippot &#187;. Florian Philippot, qui peut compter sur sa garde rapproch&#233;e, souffle sur les braises. Il menace de quitter le mouvement, si la question de la monnaie unique passe aux oubliettes. Pour Nicolas Bay, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, il s'agit &#171; d'un chantage mal venu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Florian Philippot a lanc&#233;, sans pr&#233;venir la direction, son sigle &#171; Patriotes &#187;, cens&#233; &#234;tre une boite &#224; id&#233;es pour refonder le parti. Certains frontistes, dont Jean Richard Sulzer (&#233;conomiste du Fn) consid&#232;rent que par cette action, il &#171; s'est plac&#233; de lui-m&#234;me hors du parti &#187;. Au cours de son histoire, le Front national a montr&#233; que le num&#233;ro 2 est dans les faits plac&#233; sur un si&#232;ge &#233;jectable. C'est le fusible qui saute en cas de crise (Bruno M&#233;gret, Carl Lang, Bruno Gollnisch ). Cependant, la situation semble plus compliqu&#233;e. En effet, la ligne de Florian Philippot a port&#233; ses fruits dans le Nord et l'Est de la France et il apparait difficile de convaincre un &#233;lectorat du bien fond&#233; d'un retour &#224; la ligne d'un lib&#233;ralisme &#233;conomique (comme &#224; l'&#233;poque o&#249; Jean-Marie Le Pen se prenait pour le Reagan fran&#231;ais).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marion Mar&#233;chal Le Pen prend sa retraite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le Front national, l'annonce faite par Marion Mar&#233;chal Le Pen de son retrait de la vie politique est un coup dur et repr&#233;sente la perte d'un poids lourd ; tr&#232;s populaire dans le parti (&#233;lue en t&#234;te des candidats au Comit&#233; Central), elle repr&#233;sentait la ligne &#171; lib&#233;rale conservatrice &#187;. Elle est oppos&#233;e au &#171; Ni Droite, Ni Gauche &#187; pr&#244;n&#233; par Marine Le Pen et Florian Philippot. Elle a d&#233;fendu une ligne clairement ancr&#233;e &#224; droite. Elle s'est d'abord adress&#233;e &#224; la presse locale, puis &#224; TV Libert&#233;s (t&#233;l&#233;vision sur le net dirig&#233;e par des ex frontistes, membres du Parti de la France de Carl Lang, anti-marinistes et favorables &#224; Jean-Marie Le Pen), puis elle a donn&#233; une longue interview &#224; l'hebdomadaire de &#171; la droite d&#233;complex&#233;e &#187; : Valeurs Actuelles titr&#233; &#171; le testament politique de Marion Mar&#233;chal Le Pen &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marion Mar&#233;chal Le Pen a toujours march&#233; sur deux jambes : enracinement local et ancrage &#224; droite. Derri&#232;re des difficult&#233;s personnelles, son d&#233;part traduit en fait une opposition &#224; la ligne politique actuelle. Marion Mar&#233;chal Le Pen a toujours mis en avant la question identitaire, d&#233;clarant que &#171; l'identit&#233; repr&#233;sente l'enjeu essentiel de la civilisation &#187;. La question &#171; est de savoir comment conserver, vivifier, transmettre ce ciment social &#187;. Pour elle, la question identitaire permet de transcender les clivages et relie les deux &#233;lectorats conservateur et populaire. D'autre part, le lib&#233;ralisme &#233;conomique doit repr&#233;senter le mod&#232;le &#233;conomique &#224; d&#233;fendre en r&#233;gulant la mondialisation. Cette position est en opposition totale avec la ligne &#233;tatique de Marine Le Pen et de Florian Philippot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre question clivante : comment arriver &#224; d&#233;passer le fameux &#171; plafond de verre &#187; qui bloque la progression du parti ? Marion Mar&#233;chal Le Pen se d&#233;clare favorable &#224; une &#171; Union patriotique &#187; qui serait &#171; plus une r&#233;union des hommes que des partis &#187;. Il existe, pour elle, une &#171; zone blanche &#187; dans laquelle se trouvent certains courants conservateurs pr&#233;sents chez Les R&#233;publicains, chez Nicolas Dupont-Aignan (l'&#233;ph&#233;m&#232;re potentiel Premier ministre en cas de victoire de Marine Le Pen), Philippe de Villiers, des &#233;lus et des cadres de droite et le Front national. Dans cette &#171; zone blanche &#187;, il y a une recomposition &#224; op&#233;rer (Laurent Wauquiez, membre des R&#233;publicains, soutien de La Manif pour Tous semble &#234;tre un interlocuteur potentiel). Pour Marion Mar&#233;chal Le Pen &#171; la droite a &#233;t&#233; depuis des ann&#233;es sous le poids psychologique de la Gauche, le poids du Front national la force &#224; se repositionner &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ajoute que &#171; face aux dirigeants politiques actuels qui ne raisonnent plus &#224; l'&#233;chelle nationale mais &#224; l'&#233;chelle mondiale et dont Emmanuel Macron semble actuellement le meilleur repr&#233;sentant (ultra f&#233;d&#233;rateur europ&#233;en, soumis &#224; l'Allemagne, repr&#233;sentant d'une politique immigrationniste), seuls les Patriotes d&#233;fendent l'enracinement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Front national arrive-t-il au bout du Front national ? Marine Le Pen saura-t-elle le faire &#233;voluer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise est &#224; la fois profonde et paradoxale. En effet, avec presque 11 millions de voix au deuxi&#232;me tour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, le Front national a pulv&#233;ris&#233; tous les records. Cependant, s'est d&#233;velopp&#233; un sentiment de ressenti &#8211; d'apr&#232;s un cadre frontiste &#171; c'est que nous avons &#233;chou&#233;. Et c'est le ressenti qui compte &#187;. Un certain nombre de circonscriptions semblait gagnables dans le Nord, l'Est et le Sud de la France dans la perspective des &#233;lections l&#233;gislatives. Cependant, vu l'impact de la campagne pr&#233;sidentielle, les dirigeants avaient revu leurs estimations &#224; la baisse et avaient tabl&#233; sur une quinzaine de d&#233;put&#233;s dont Marine Le Pen, ce qui aurait permis la formation d'un groupe &#224; l'Assembl&#233;e Nationale) qui serait entr&#233; pour la deuxi&#232;me fois &#224; la chambre des d&#233;put&#233;s (en 1985-1988, avec le scrutin proportionnel, le FN avait eu 35 d&#233;put&#233;s). Le r&#233;sultat aux l&#233;gislatives semblait donc crucial. Pour certains dirigeants &#171; on garde le discours lisse et on r&#232;gle &#231;a apr&#232;s les l&#233;gislatives &#187;. Nicolas Bay, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, commen&#231;a &#224; d&#233;velopper un discours plus &#171; pro-business &#187; et moins anxiog&#232;ne sur l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Front national est pass&#233; &#224; c&#244;t&#233; de son objectif final et au soir du 18 juin seulement 8 d&#233;put&#233;s frontistes ont &#233;t&#233; &#233;lus. Plusieurs raisons peuvent &#234;tre avanc&#233;es. Les divisions et la campagne rat&#233;e. Les l&#233;gislatives confirment la dynamique de la pr&#233;sidentielle, le Front national a toujours fait moins bien aux l&#233;gislatives qu'aux pr&#233;sidentielles (en 2012, 18% aux pr&#233;sidentielles et 14% aux l&#233;gislatives), le mode de scrutin continue de bloquer le Front national qui ne parvient pas &#224; nouer des alliances pour passer des accords au second tour et poss&#232;de donc tr&#232;s peu de r&#233;serve. Toutefois, il est &#224; noter que le Front national est pass&#233; de 2 &#224; 8 d&#233;put&#233;s sans aucune triangulaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marine Le Pen arrivera-t-elle &#224; faire prendre un nouveau tournant au Front National ? L'annonce de r&#233;formes internes dans un parti qui pratique plus t&#244;t les purges que la culture d&#233;mocratique et le recours aux d&#233;bats, n'est-elle qu'une simple poudre aux yeux pour calmer le jeu ? Le Front national arrivera-t-il &#224; f&#233;d&#233;rer autour de lui et &#224; r&#233;aliser un aggiornamento et une remise &#224; plat totale ? Va-t-il se positionner comme un parti populiste comme certains de ses alli&#233;s en Europe, avec la question identitaire en centralit&#233;, reprendre la th&#233;matique du lib&#233;ralisme &#233;conomique et la recherche d'alliances avec des courants de droite classique au niveau local ou national &#8211; avec en toile de fond la question de &#171; la pr&#233;f&#233;rence nationale &#187; consid&#233;r&#233;e comme non n&#233;gociable par Louis Alliot mais qui est un blocage pour Les R&#233;publicains &#8211; ou d&#233;fendre un souverainisme int&#233;gral, un interventionnisme &#233;tatique dans le domaine &#233;conomique et camper sur le &#171; Ni Droite, Ni Gauche &#187; ? A terme, la ligne d&#233;fendue par Marion Mar&#233;chal Le Pen va-t-elle supplanter celle de Florian Philippot au sein d'un parti en pleine crise identitaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le s&#233;minaire dit de &#171; refondation &#187; qui devait apporter certaines clarifications n'a d&#233;bouch&#233; sur aucune donn&#233;e concr&#232;te. Deux lignes se sont oppos&#233;es, celle de Florian Philippot centr&#233;e sur la question de la monnaie unique et celle de Nicolas Bay qui pr&#244;ne un retour aux fondamentaux, &#224; la ligne identitaire, anti immigr&#233;e, anti islam (cr&#233;neau sur lequel, le parti apparait cr&#233;dible pour une partie de l'&#233;lectorat de droite) , de d&#233;fense de la famille et retour au lib&#233;ralisme &#233;conomique en rupture avec l'&#233;tatisme consid&#233;r&#233; comme &#171; gauchiste &#187; de Florian Philippot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communiqu&#233; final renvoie la question de l'Euro en fin de quinquennat et met en avant la d&#233;fense &#171; de nos diff&#233;rentes souverainet&#233;s en commen&#231;ant prioritairement par la souverainet&#233; territoriale et donc la ma&#238;trise de nos fronti&#232;re migratoires et commerciale &#187;. Comme le pr&#233;cise Jean-Lin Lacapelle (responsable des f&#233;d&#233;rations) &#171; la souverainet&#233; mon&#233;taire n'est pas une priorit&#233;. La premi&#232;re chose &#224; faire, c'est sortir de Schengen pour retrouver nos fronti&#232;res &#187;. Quel que soit l'avenir de la &#171; refondation &#187; et l'issue du prochain congr&#232;s en 2018, le danger demeure et la vigilance s'impose.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La lep&#233;nisation des esprits, un livre de Pierre Tevanian et Sylvie Tissot</title>
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		<dc:date>2017-05-16T08:42:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marc B</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>L'extr&#234;me-droite dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-05-16</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte revient sur 30 ans de d&#233;rive politique, m&#233;diatique, culturelle, qui ont abouti le 23 avril 2017 &#224; une nouvelle perc&#233;e du FN, aujourd'hui plus pr&#232;s que jamais du pouvoir pr&#233;sidentiel et de l'h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique, et d'ores-et-d&#233;j&#224; pleinement normalis&#233;. Il revient &#233;galement sur la notion de lep&#233;nisation qui, pour analyser la vie politique fran&#231;aise, n'a h&#233;las pas fini de servir. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Initialement paru dans la revue La Pens&#233;e en mai 2006, ce texte est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Droite-extreme-en-Europe-+" rel="tag"&gt;L'extr&#234;me-droite dans le monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2017-05-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2017-05-16&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L103xH150/arton30898-c560d.jpg?1781391448' class='spip_logo spip_logo_right' width='103' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte revient sur 30 ans de d&#233;rive politique, m&#233;diatique, culturelle, qui ont abouti le 23 avril 2017 &#224; une nouvelle perc&#233;e du FN, aujourd'hui plus pr&#232;s que jamais du pouvoir pr&#233;sidentiel et de l'h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique, et d'ores-et-d&#233;j&#224; pleinement normalis&#233;. Il revient &#233;galement sur la notion de lep&#233;nisation qui, pour analyser la vie politique fran&#231;aise, n'a h&#233;las pas fini de servir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/030517/la-lepenisation-des-esprits-par-pierre-tevanian-et-sylvie-tissot&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Initialement paru dans la revue La Pens&#233;e en mai 2006, ce texte est repris dans le recueil Les mots sont importants, de Pierre Tevanian et Sylvie Tissot, publi&#233; en 2010 aux &#201;ditions Libertlia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence de Jean-Marie Le Pen au second tour &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle en 2002, l'existence d'une profonde discrimination selon l'origine r&#233;elle ou suppos&#233;e, les profanations de lieux religieux (synagogues, mosqu&#233;es, cimeti&#232;res) : tous ces ph&#233;nom&#232;nes et bien d'autres t&#233;moignent de la persistance d'un profond racisme en France. Depuis longtemps, philosophes, historiens, sociologues, mais aussi militants anti-racistes se sont efforc&#233;s d'expliquer ce ph&#233;nom&#232;ne, et depuis 2002 une explication semble s'&#234;tre s'impos&#233;e : le racisme se nourrit des effets de la crise &#233;conomique - ch&#244;mage, pr&#233;carit&#233;, d&#233;t&#233;rioration des liens sociaux et des conditions de vie dans les quartiers populaires. Une explication insuffisante, voire pernicieuse, que le concept de &#034;lep&#233;nisation&#034; permet de contester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette explication, que semble &#233;tayer le fort taux de vote pour le candidat du Front national parmi les ouvriers, pr&#233;sente un int&#233;r&#234;t certain : plut&#244;t que de renvoyer &#224; des processus psychologiques, voire &#224; une nature humaine invariablement m&#233;fiante par rapport &#224; l'&#233;tranger, elle souligne l'impact de processus sociaux et &#233;conomiques. Le racisme est ainsi appr&#233;hend&#233; comme une production sociale. Pourtant, en le ramenant &#224; un simple comportement de protestation, ce sch&#233;ma ne prend pas en compte les opinions racistes comme des ph&#233;nom&#232;nes autonomes, non r&#233;ductibles &#224; l'expression d'une col&#232;re sociale. Il tend &#233;galement &#224; passer sous silence les cons&#233;quences concr&#232;tes du racisme pour les populations qui le subissent. Enfin, il repose sur un certain nombre de pr&#233;suppos&#233;s qu'Annie Collovald s'est r&#233;cemment attach&#233;e &#224; r&#233;futer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce livre important, Le &#171; populisme du FN &#187;, un dangereux contresens, l'auteure montre, &#224; l'aide de donn&#233;es &#233;lectorales pr&#233;cises, le caract&#232;re erron&#233; des analyses qui voient dans les classes populaires les principaux soutiens du Front national. Int&#233;grer l'abstention et la non inscription sur les listes &#233;lectorales, beaucoup plus importantes chez les classes populaires, permet de donner une plus juste mesure du pourcentage d'&#233;lecteurs FN au sein de cette population. Les commer&#231;ants et professions ind&#233;pendantes apparaissent alors comme les premiers soutiens du parti d'extr&#234;me droite. Dans son livre, Annie Collovald retrace la gen&#232;se de ce sens devenu commun chez les sp&#233;cialistes du commentaire politique, et surtout, elle invite &#224; s'interroger sur ses effets sociaux. Avec cette analyse, en effet, s'impose &#171; la figure fantasmatique d'un peuple mena&#231;ant pour la stabilit&#233; de la d&#233;mocratie &#187;, &#171; d&#233;l&#233;gitimant tous ceux pour qui le &#8220;peuple&#8220; est une cause &#224; d&#233;fendre au profit de la l&#233;gitimation de ceux qui pour qui le &#8220;peuple&#8220; est un probl&#232;me &#224; r&#233;soudre &#187; [1]. Le peuple porterait ainsi une responsabilit&#233;, compr&#233;hensible mais &#233;crasante, dans la persistance du racisme en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Centrant l'explication de la crise de la d&#233;mocratie et de la repr&#233;sentation politique sur les classes populaires, cette analyse a aussi pour effet d'exon&#233;rer les &#233;lites politiques et m&#233;diatiques de toute responsabilit&#233;. Or c'est pr&#233;cis&#233;ment le r&#244;le jou&#233; par la classe politique et les m&#233;dias dans la mont&#233;e du Front national que nous voudrions souligner, ouvrant ainsi &#224; une autre approche du racisme. Le racisme, comme nous avons voulu l'expliquer dans notre Dictionnaire de la lep&#233;nisation des esprits [2], n'est pas, ou pas sp&#233;cialement, une caract&#233;ristique de la &#171; France d'en bas &#187; ; il est m&#234;me, &#224; beaucoup d'&#233;gards, une production de la &#171; France d'en haut &#187;, et le r&#233;sultat de la r&#233;appropriation dans ses discours de grilles d'analyse, d'arguments, de sch&#233;mas de pens&#233;e d'extr&#234;me droite. &#192; quelle r&#233;alit&#233; renvoie ce que le ministre socialiste Robert Badinter avait, le premier, qualifi&#233; de &#171; lep&#233;nisation des esprits &#187; ? Quelle forme a t-elle prise et jusqu'o&#249; s'est-elle &#233;tendue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire n'est pas lin&#233;aire, mais deux &#233;pisodes marquants s'en d&#233;gagent : la politisation, &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1980, de la question de l'immigration et la focalisation des d&#233;bats politiques autour du &#171; probl&#232;me de l'immigration &#187; ; la mont&#233;e en force, dans la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1990, des discours s&#233;curitaires centr&#233;s sur les jeunes des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#034;probl&#232;me de l'immigration&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps confin&#233;e au sein de l'administration [3], la question de l'immigration a fait l'objet, &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1970, d'une politisation croissante. Investie par les associations, les m&#233;dias, la classe politique, elle est devenue un des objets de clivages politiques et de d&#233;bats publics. Mais, loin d'&#234;tre pos&#233;e de fa&#231;on &#171; neutre &#187;, cette question a &#233;t&#233; probl&#233;matis&#233;e d'une certaine mani&#232;re. Alors que les mouvements et les associations de gauche et d'extr&#234;me gauche engag&#233;s dans cette cause voyaient leur influence d&#233;cliner, l'analyse a &#233;t&#233; recadr&#233;e &#224; la fin des ann&#233;es 1980 sur les probl&#232;mes que poseraient les immigr&#233;s (et non plus ceux qu'ils subissent), que ce soit &#224; la France, &#224; la situation de l'emploi, aux d&#233;ficits publics ou encore au niveau de d&#233;linquance [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre les m&#233;dias, cette &#233;volution doit beaucoup &#224; un certain nombre de d&#233;clarations politiques prenant pour cible les immigr&#233;s. Si des personnalit&#233;s de gauche (comme le Pr&#233;sident Fran&#231;ois Mitterrand ou le Premier Ministre Michel Rocard [5]) ont pu participer &#224; la d&#233;signation des immigr&#233;s comme menace, la lep&#233;nisation des esprits est d'abord le fait de la droite. Jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 1990, le Parti socialiste cherche &#224; &#233;viter la question de l'immigration, ou alors met l'accent sur le premier volet du diptyque sur lequel va reposer la politique d'immigration en France, quels que soient les gouvernements successifs : l'&#171; int&#233;gration &#187; des immigr&#233;s ayant vocation &#224; rester sur le territoire fran&#231;ais et l'&#233;loignement des irr&#233;guliers. Au Parti communiste, les amalgames entretenus entre drogue, d&#233;linquance et immigration sont r&#233;guli&#232;rement repris par certains maires (notamment ceux de Vitry et de Montigny-l&#232;s-Cormeilles). La direction nationale, qui initialement leur apporte son soutien, &#233;volue toutefois, &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1980, vers d'autres positions sur la question de l'immigration, soulignant la n&#233;gation des droits de l'homme et l'exploitation &#233;conomique des sans papiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc avant tout &#224; droite, et depuis la d&#233;cision de fermer les fronti&#232;res en 1974, que se d&#233;veloppent les discours les plus r&#233;pressifs &#224; l'encontre de l'immigration, d'abord en vue d'encourager les retours d'immigr&#233;s install&#233;s en France, ensuite, devant l'&#233;chec de cette politique, pour lutter contre les arriv&#233;es r&#233;guli&#232;res et irr&#233;guli&#232;res. En 1986, le ministre de l'Int&#233;rieur, Charles Pasqua, s'illustre en proc&#233;dant &#224; l'expulsion collective de &#171; 101 Maliens &#187;. Des pratiques et un discours r&#233;pressifs s'imposent, toujours plus m&#233;diatis&#233;s et progressivement banalis&#233;s en d&#233;pit des protestations qui peuvent s'exprimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'orientation r&#233;pressive se renforce au fur et &#224; mesure que l'&#233;chec de la politique &#233;conomique lib&#233;rale &#171; dure &#187; men&#233;e par le gouvernement Chirac en 1986 appara&#238;t patent. La question de l'immigration va devenir, apr&#232;s 1988, un vrai cheval de bataille. Un angle d'attaque privil&#233;gi&#233; est ainsi trouv&#233; pour attaquer la gestion de la gauche. Mais l'objectif consiste aussi, en multipliant les d&#233;clarations de &#171; fermet&#233; &#187; &#224; l'encontre des immigr&#233;s, &#224; r&#233;cup&#233;rer les voix du Front national, dans les ann&#233;es o&#249; ce parti se d&#233;veloppe consid&#233;rablement, jusqu'&#224; conqu&#233;rir plusieurs si&#232;ges &#224; l'Assembl&#233;e nationale et dans les conseils r&#233;gionaux, ainsi que quelques mairies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein du discours qui se d&#233;veloppe ainsi, deux id&#233;es, directement issues de la rh&#233;torique d'extr&#234;me droite, reviennent sans cesse, pour gagner un caract&#232;re d'&#233;vidence de plus en plus partag&#233;e. La th&#233;matique de la menace va d'abord s'incarner dans la d&#233;nonciation d'une &#171; invasion &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Invasion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous sommes victimes d'une invasion apparemment pacifique mais qui, &#233;videmment, nous menace mortellement dans notre identit&#233; et notre s&#233;curit&#233; &#187;, Jean-Marie Le Pen&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le type de probl&#232;mes auxquels nous allons &#234;tre confront&#233;s n'est plus l'immigration, mais l'invasion &#187;, Val&#233;rie Giscard d'Estaing, UDF&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Intrusion, occupation, invasion. Les trois mots sont exacts. Pour invasion, je suis reparti consulter le dictionnaire qui donne deux d&#233;finitions : action de p&#233;n&#233;trer et de se r&#233;pandre dangereusement. Et il n'est pas innocent de le comprendre. Un million de clandestins, c'est l'effectif de cent divisions, non arm&#233;es certes, mais qui p&#232;sent lourdement sur les conditions de notre existence et de notre identit&#233; nationale &#187;, Michel Poniatowski, UDF&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qui &#233;tait une immigration de renfort d&#233;mographique devient une immigration de substitution de peuplement &#187;, Jean-Louis Debr&#233;, RPR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis maire d'une commune dans laquelle se trouvent des &#233;coles o&#249; il y a 60 de non francophones. Je le dis calmement avec s&#233;r&#233;nit&#233;. Cela pose des probl&#232;mes aux &#233;lus locaux et cela posera dans l'avenir aux Fran&#231;ais des probl&#232;mes consid&#233;rables (...) Dans les Bouches-du-Rh&#244;ne, si l'&#233;volution actuelle se poursuit, s'il n'y a pas de diminution de la communaut&#233; &#233;trang&#232;re, dans quelques ann&#233;es (probablement avant la fin du si&#232;cle), il y aura plus d'&#233;trangers que de Fran&#231;ais de souche &#187;, Fran&#231;ois L&#233;otard, UDF&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Osons avancer une hypoth&#232;se : si 10% des 500 millions de jeunes Africains que l'Afrique comptera en 2025 venaient tenter leur chance en Europe chaque ann&#233;e, ce sont entre 30 et 50 millions de jeunes Africains qui arriveraient, soit la population d'un pays comme l'Espagne, c'est dire l'ampleur du probl&#232;me que nous avons &#224; g&#233;rer &#187;, Daniel Colin, RPR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les nations existent. Chacun d&#233;fend son existence l&#233;gitimement &#187;, Jean-Pierre Chev&#232;nement, MDC [6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce vieux th&#232;me de l'extr&#234;me droite fran&#231;aise, tr&#232;s pris&#233; par Jean-Marie Le Pen, a &#233;t&#233; repris explicitement par la droite parlementaire au d&#233;but des ann&#233;es 1980. &#171; Il faut arr&#234;ter cette invasion &#187;, pouvait-on lire en 1983 dans un trac de Roger Chinaud et Jean-Pierre Bloch (UDF) en faveur du candidat Alain Jupp&#233; (RPR). Il est revenu en force au d&#233;but des ann&#233;es 1990 et l'on a pu entendre le d&#233;put&#233; RPR Jacques Myard proph&#233;tiser &#171; la guerre civile &#187; si rien n'&#233;tait fait pour contenir les &#171; hordes qui d&#233;ferlent sous la pression d&#233;mographique du Sud &#187;. Ce discours fait appara&#238;tre les immigr&#233;s, non plus seulement comme des parasites ou comme un &#171; probl&#232;me &#187; &#224; r&#233;gler, mais aussi comme des agresseurs, justifiant ainsi la violence qui leur est faite en la faisant passer pour un acte de l&#233;gitime d&#233;fense. Bas&#233; sur des analyses erron&#233;es (et maintes fois r&#233;fut&#233;es, notamment sur le lien entre immigration et ch&#244;mage, immigration et d&#233;ficits de la s&#233;curit&#233; sociale, immigration et d&#233;linquance [7]), ce discours occulte en outre l'histoire d'une autre &#171; migration &#187;, celle des colonisateurs fran&#231;ais dans les pays du Maghreb et de l'Afrique noire, des violences qu'ils ont perp&#233;tr&#233;es et de la d&#233;structuration de ces soci&#233;t&#233;s qui est aussi un des facteurs des migrations actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce discours sur l'invasion a &#233;t&#233; d'autant plus efficace qu'il est venu se greffer - deuxi&#232;me th&#233;matique sur laquelle nous voudrions insister ici - sur une certaine conception de la nation fran&#231;aise. L'immigration ne peut en effet &#234;tre pr&#233;sent&#233;e comme un danger pour la France que parce que celle-ci est con&#231;ue comme une entit&#233; bas&#233;e sur une &#171; identit&#233; &#187; homog&#232;ne et immuable &#224; travers des si&#232;cles. Cette nation, garantie par l'existence d'un socle de populations &#171; de souche &#187;, h&#233;riti&#232;re de valeurs communes, ne pourrait par cons&#233;quent se perp&#233;tuer qu'en limitant l'arrivant de corps &#171; &#233;trangers &#187;. Cette conception nationaliste, construite sur un mod&#232;le &#171; organiciste &#187;, nie l'histoire d&#233;j&#224; longue de l'immigration en France, mais aussi les conditions sociales et &#233;conomiques de l'int&#233;gration des immigr&#233;s. Cette vision se traduit surtout par une s&#233;rie de d&#233;clarations sur le &#171; seuil de tol&#233;rance &#187; et d'appels r&#233;p&#233;t&#233;s &#224; la mise en &#339;uvre de &#171; quotas &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Seuil de tol&#233;rance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est tr&#232;s bien qu'il y ait des Fran&#231;ais jaunes, des Fran&#231;ais noirs, des Fran&#231;ais bruns. Ils montrent que la France est ouverte &#224; toutes les races et qu'elle a une vocation universelle. Mais &#224; condition qu'ils restent une petite minorit&#233; ; sinon la France ne serait plus la France. (...) Vous croyez que le corps fran&#231;ais peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et apr&#232;s-demain quarante ? (...) Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-deux-Eglises, mais Colombey les deux Mosqu&#233;es ! &#187;, Charles de Gaulle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a une overdose d'immigration &#187;, Jacques Chirac, RPR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le seuil de tol&#233;rance est franchi &#187;, Alain Jupp&#233;, RPR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le seuil de tol&#233;rance est d&#233;pass&#233; depuis les ann&#233;es 1970 &#187;, Fran&#231;ois Mitterrand&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'immigration est absorbable &#224; petites doses &#187;, Jean-Pierre Chev&#232;nement [8]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ins&#233;curit&#233; et les nouvelles classes dangereuses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re de parler de l'immigration conna&#238;t certes, durant cette p&#233;riode, un changement positif : sans doute en raison de la l&#233;gitimit&#233; acquise par les luttes de sans-papiers, la d&#233;signation du &#171; clandestin &#187; comme figure de la menace est devenue moins efficace, et donc moins mobilis&#233;e. Mais le contre-feu raciste ne tarde pas &#224; se mettre en place : la &#171; question de l'immigration &#187; laisse la place &#224; celle de l'&#171; ins&#233;curit&#233; &#187;, et &#224; la th&#233;matique de l'invasion venue de l'ext&#233;rieur se substituent la mise en garde contre &#171; la d&#233;linquance, l'ins&#233;curit&#233; et l'incivilit&#233; &#187;, l'incrimination de mineurs &#171; de plus en plus jeunes et de plus en plus violents &#187;, la d&#233;signation de &#171; zones de non droit o&#249; la police ne va plus &#187; et l'invocation d'une &#171; crise de l'autorit&#233;, des rep&#232;res et des valeurs &#187;. De cette situation, &#171; l'ang&#233;lisme et le laxisme &#187; seraient responsables, comme on nous l'a continuellement r&#233;p&#233;t&#233; &#224; partir de 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette analyse se g&#233;n&#233;ralise d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1990. La politique de la ville mise en &#339;uvre par la gauche sur les quartiers dits sensibles, ax&#233;e sur la &#171; participation &#187; des habitants et la &#171; restauration du lien social &#187;, fait alors l'objet de critiques virulentes. G&#233;rard Larcher explique par exemple dans un rapport parlementaire que cette politique, trop sociale &#224; son go&#251;t, occulte la responsabilit&#233; des habitants et notamment des jeunes dans les probl&#232;mes de ces quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est, il faut bien l'admettre, le retour de la gauche au pouvoir au printemps 1997 qui marque le tournant d&#233;cisif puisque cette derni&#232;re op&#232;re un spectaculaire ralliement de la gauche gouvernementale &#224; l'id&#233;ologie dite s&#233;curitaire. Le Parti socialiste remporte en effet les &#233;lections de juillet 2007 sur la base d'un programme &#233;non&#231;ant &#171; trois priorit&#233;s : l'emploi, la sant&#233; et l'&#233;ducation &#187;, et quelques semaines plus tard, dans son discours d'orientation g&#233;n&#233;rale, le premier ministre Lionel Jospin annonce finalement &#171; deux priorit&#233;s : l'emploi et la s&#233;curit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc eu un choix politique d&#233;lib&#233;r&#233; : rien, ni dans les sondages ni dans le champ politique, ne pousse alors la gauche &#224; adopter une telle politique. La droite vient de subir une cinglante d&#233;faite &#233;lectorale, le Front national conna&#238;t une crise profonde en raison de la scission entre le FN et le MNR, et la d&#233;linquance n'arrive qu'au cinqui&#232;me rang des &#171; pr&#233;occupations des Fran&#231;ais &#187;, derri&#232;re le ch&#244;mage, la pauvret&#233;, la maladie et les accidents de la route. Elle ne deviendra la premi&#232;re pr&#233;occupation qu'apr&#232;s plusieurs ann&#233;es d'une intense campagne m&#233;diatique et politique [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ralliement de la gauche gouvernementale aux dogmes s&#233;curitaires est officialis&#233; au colloque de Villepinte en octobre 1997 : Lionel Jospin et son ministre de l'int&#233;rieur Jean-Pierre Chev&#232;nement y d&#233;clarent que &#171; la s&#233;curit&#233; est une valeur de gauche &#187;, en l'inscrivant dans la filiation du &#171; droit &#224; la s&#251;ret&#233; &#187; de la D&#233;claration des Droits de l'Homme. Cette &#233;volution sera l&#233;gitim&#233;e par une s&#233;rie de tribunes, rapports et expertises fortement m&#233;diatis&#233;es : rapport sur les mineurs d&#233;linquants des d&#233;put&#233;s socialistes Christine Lazerges et Jean-Pierre Balduyck publi&#233; en avril 1998 (et proposant d'instaurer un couvre-feu et de &#171; responsabiliser les parents de d&#233;linquants &#187; par la suppression des allocations familiales) ; manifeste lanc&#233; en septembre 1998 par neuf intellectuels, intitul&#233; &#171; R&#233;publicains n'ayant plus peur ! &#187; appelant &#224; refonder la R&#233;publique en &#171; restaurant l'autorit&#233; &#187; et en instaurant la &#171; tol&#233;rance z&#233;ro des petites infractions &#187; pour les mineurs des &#171; quartiers sensibles &#187; ; publication en 1999 d'un Que sais-je ? sur les Violences et ins&#233;curit&#233;s urbaines &#233;crit par un ancien militant d'extr&#234;me droite (Xavier Raufer) et un entrepreneur en s&#233;curit&#233; (Alain Bauer), qui expliquent qu'&#171; au-del&#224; de toutes les th&#233;ories d'inspiration sociologique, l'origine la plus certaine du crime, c'est le criminel lui-m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs livres ont d&#233;j&#224; mis en cause la pertinence du diagnostic avanc&#233; par le gouvernement Jospin pour justifier le virage s&#233;curitaire [10]. On insistera ici sur ses cons&#233;quences. Car ce tournant s&#233;curitaire ne se limite pas &#224; des discours : il s'est traduit concr&#232;tement par une l&#233;gislation de plus en plus r&#233;pressive, et une l&#233;gitimation accrue des abus policiers [11]. La loi sur la s&#233;curit&#233; quotidienne, vot&#233;e &#224; la quasi unanimit&#233; en 2001, cr&#233;e par exemple un nouveau d&#233;lit, la &#171; fraude habituelle &#187; : les personnes interpell&#233;es dix fois pour fraude dans les transports en commun sont d&#233;sormais passibles de six mois de prison et de 7500 euros d'amendes. Une autre loi vot&#233;e au m&#234;me moment autorise les forces de police &#224; d&#233;loger les jeunes qui se regroupent dans les halls d'immeuble, m&#234;me si aucun d&#233;lit n'a &#233;t&#233; commis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tournant s&#233;curitaire participe de la lep&#233;nisation des esprits dans la mesure o&#249; il entretient et attise la stigmatisation des classes populaires, et plus particuli&#232;rement de la jeunesse immigr&#233;e ou issue de l'immigration, dont la pr&#233;sence et les comportements sont pr&#233;sent&#233;s comme la cause des probl&#232;mes. Et si la menace ne semble plus provenir de l'ext&#233;rieur du pays, le discours s&#233;curitaire souligne toutefois de mani&#232;re quasi-syst&#233;matique l'origine &#171; &#233;trang&#232;re &#187; de ces populations, en la pr&#233;sentant comme un &#233;l&#233;ment crucial des probl&#232;mes sociaux. Le rapport B&#233;nisiti, r&#233;dig&#233; par un d&#233;put&#233; de droite en 2004, constitue l'aboutissement de ce processus : consacr&#233; aux probl&#232;mes de d&#233;linquance, il met en cause le bilinguisme des enfants issus de l'immigration et appelle &#224; stopper l'apprentissage de tout &#171; patois &#187; au sein de ces familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; exprim&#233;e par Sarkozy en novembre 2005 d'expulser les &#233;meutiers &#233;trangers hors de France proc&#232;de d'une m&#234;me grille de lecture : il v&#233;hicule sournoisement l'id&#233;e que les &#171; agitateurs &#187; sont forc&#233;ment des &#233;trangers et consacre un fonctionnement r&#233;publicain qui, loin de l'indiff&#233;rence aux origines dont se pr&#233;vaut la R&#233;publique, ne cesse de produire et d'institutionnaliser des cat&#233;gories ethnicis&#233;es et essentialis&#233;es. Des &#171; sauvageons &#187; dont parlait le ministre de l'int&#233;rieur Jean-Pierre Chev&#232;nement aux &#171; racailles &#187; &#233;voqu&#233;s par son homologue du gouvernement Raffarin, on retrouve ce double processus de stigmatisation caract&#233;ristique des nouvelles classes dangereuses : l'insistance sur la d&#233;linquance et la focalisation sur les origines &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e en force des grilles de lecture s&#233;curitaires a ainsi directement confort&#233; l'analyse de Jean-Marie Le Pen selon laquelle les probl&#232;mes sociaux renverraient aux comportements d&#233;viants d'une population &#233;trang&#232;re mal int&#233;gr&#233;e. Cette lep&#233;nisation des esprits, qui a rendu possible la pr&#233;sence du leader du Front national au second tour des &#233;lections pr&#233;sidentielles de 2002 sans m&#234;me qu'il ait besoin de faire campagne, a eu des effets redoutables pour la gauche. L'h&#233;g&#233;monie de l'approche raciste et culturaliste des probl&#232;mes sociaux s'op&#232;re aux d&#233;pens des grilles d'analyse sociales port&#233;es par la gauche depuis le dix-neuvi&#232;me si&#232;cle : l'id&#233;e que les d&#233;viances sociales ne rel&#232;vent pas simplement de comportements individuels &#224; r&#233;primer mais renvoient &#224; des causes socio-&#233;conomiques, sur lesquelles seule une action collective peut jouer peut jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de fait, d&#232;s la fin des ann&#233;es 1980, il est devenu quasiment impossible au sein de la classe politique fran&#231;aise d'aborder l'immigration sans partir du constat d'un probl&#232;me pos&#233; par l'immigration &#224; la France. C'est donc d'un m&#234;me mouvement son identit&#233; sociale et son identit&#233; anti-raciste qu'abandonne le Parti socialiste : tout se passe comment si les dirigeants de ce parti avaient renonc&#233; &#224; voir dans les immigr&#233;s et leurs descendants des alli&#233;s ou des victimes &#224; d&#233;fendre pour les pr&#233;senter avant tout comme des fauteurs de troubles. En d&#233;pit de la cr&#233;ation par la ministre Martine Aubry de l'&#233;ph&#233;m&#232;re Groupe d'&#233;tudes et de lutte contre les discriminations, ce combat ne sera jamais une priorit&#233; politique, alors m&#234;me que plusieurs &#233;tudes t&#233;moignent d'une discrimination massive, que ce soit dans l'emploi ou dans le logement, ou encore face &#224; la police [12].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#171; p&#233;ril islamiste &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis lors, on observe une certaine continuit&#233;. Au sauvageon incrimin&#233; par Jean-Pierre Chev&#232;nement fait &#233;cho la racaille d&#233;nonc&#233;e par Nicolas Sarkozy. Mais une diff&#233;rence de taille s&#233;pare les deux discours : l&#224; o&#249; le ministre de Jospin organisait tout son propos autour d'une opposition entre &#171; la R&#233;publique &#187; porteuse de droit et d'&#233;galit&#233; et les jeunes d&#233;linquants en perte de rep&#232;res, c'est sa propre personne que Nicolas Sarkozy pr&#233;sente comme recours face &#224; la &#171; racaille &#187;. &#192; cet &#233;gard, ce ne sont plus seulement des relents racistes que l'on entend mais une valorisation de la figure individuelle du chef guerrier et viril (comme le sous-entend d'ailleurs la figure phallique du karcher dans la c&#233;l&#232;bre saillie du candidat Sarkozy). Une figure caract&#233;ristique du lep&#233;nisme comme de tous les fascismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces figures plus ou moins fantasm&#233;es autour desquelles s'est organis&#233; le d&#233;bat public &#8211; au d&#233;triment par exemple du ch&#244;meur ou de l'ouvrier &#8211; n'ont cess&#233; d'&#233;voluer, en se focalisant notamment sur l'Islam et sur deux figures-repoussoir : le barbu et la voil&#233;e [13]. La conception culturaliste et &#224; relents racistes d'un &#171; choc des civilisations &#187; fait ici sentir son influence, renforc&#233;e apr&#232;s le 11 septembre et la campagne bushienne contre l'Irak. Th&#233;oris&#233;e initialement par Samuel Huntington, cette th&#232;se s'incarne aujourd'hui dans une doxa largement reprise en France, opposant un Islam par essence dangereux, violent et obscurantiste &#224; un Occident incarnant les valeurs de la&#239;cit&#233;, de libert&#233; et d'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette focalisation r&#233;cente sur les populations maghr&#233;bines, d'origine maghr&#233;bine ou plus largement associ&#233;es au &#171; monde musulman &#187; nous incite &#224; nous interroger, au-del&#224; de l'influence de l'extr&#234;me droite fran&#231;aise, sur le r&#244;le que joue, dans la persistance du racisme, l'imaginaire et l'id&#233;ologie coloniale &#8211; une id&#233;ologie qui a irrigu&#233; l'ensemble de la classe politique et de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise [14].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Annie Collovald, Le &#171; populisme du FN &#187;, un dangereux contresens, Broissieux, Le Croquant, 2004, p 18. Sur la haine du peuple que manifeste l'incrimination de &#171; l'individu d&#233;mocratique &#187; tout puissant, voir aussi Jacques Ranci&#232;re, La haine de la d&#233;mocratie, Paris, La Fabrique, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Pierre Tevanian et Sylvie Tissot, Dictionnaire de la lep&#233;nisation des esprits, Paris, Esprit frappeur, 2002&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Sur le traitement de l'immigration dans la p&#233;riode 1945-1975, voir Alexis Spire, &#201;trangers &#224; la carte. L'administration de l'immigration en France, Paris, Grasset, 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Pour une analyse de cette &#233;volution dans la presse, voir Simone Bonnafous, L'immigration prise aux mots, Paris, Kim&#233;, 1991&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le premier ayant d&#233;clar&#233; en 1989 que le seuil de tol&#233;rance &#233;tait atteint, tandis que le second estime, en 1990, que la France ne peut accueillir &#171; toute la mis&#232;re du monde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] J.-M. Le Pen, Pr&#233;sent, 30-31/09/1991 et 02/10/1991 cit&#233; dans M. Souchard, S. Wahnich et alii, Le Pen, les mots, Paris, Le Monde &#233;ditions, 1998 ; V. Giscard d'Estaing, Le Figaro Magazine, 21/09/ 1991 ; M. Poniatowski, cit&#233; dans l'Ev&#233;nement du Jeudi, 31/10/1991 ; J.L.D Debr&#233;, Le Figaro, 97/11/1996 ; F. L&#233;otard, France Inter, 03/10/1983, cit&#233; par M. Chemillier-Gendreau dans L'injustifiable, Bayard-Edition, 1998 ; D. Colin, Assembl&#233;e nationale, 17/12/1996, Journal Officiel, p. 8449 ; J.P. Chev&#232;nement, Le Monde, 26/02/1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Voir sur ces points les articles &#171; Avantages sociaux &#187;, &#171; Ch&#244;mage &#187;, &#171; D&#233;linquance &#187;, &#171; Mis&#232;re du monde &#187;, du Dictionnaire de la lep&#233;nisation des esprits, op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Ch. De Gaulle, cit&#233; par A. Peyrefitte dans C'&#233;tait de Gaulle, De Fallois, 1994 ; J. Chirac, 22/02/1991 et 21/06/1991 ; A. Jupp&#233;, La voix des Fran&#231;ais, f&#233;vrier 1991 ; F. Mitterrand, Antenne 2, 10/12/1989 ; Jean-Pierre Chev&#232;nement, Le Monde, 26/02/1997&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Cf. Pierre Tevanian, Le minist&#232;re de la peur. R&#233;flexions sur le nouvel ordre s&#233;curitaire, L'Esprit frappeur, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Laurent Mucchielli, Violences et ins&#233;curit&#233; : fantasmes et r&#233;alit&#233;s dans le d&#233;bat fran&#231;ais, La D&#233;couverte, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Voir la chronologie de ces lois sur le site LMSI : &#171; De Chev&#232;nement &#224; Sarkozy : g&#233;n&#233;alogie du nouvel ordre s&#233;curitaire (1997-2004) &#187;. Voir aussi Laurent Bonelli, La France a peur, La d&#233;couverte, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Cf. Pierre Tevanian, &#171; Une discrimination syst&#233;mique. Quelques donn&#233;es chiffr&#233;e sur le racisme et son impunit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Sur ces figures voir Nacira Guenif-Souilamas et Eric Mass&#233;, Les f&#233;ministes et le gar&#231;on arabe, Editions de l'aube, 2004, et Pierre Tevanian, Le voile m&#233;diatique, Raisons, d'agir, 2005, et La r&#233;publique du m&#233;pris, La D&#233;couverte, 2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Cf. Pierre Tevanian, La R&#233;publique du m&#233;pris, La d&#233;couverte, 2007.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Premi&#232;res l&#233;zardes &#224; la fa&#231;ade du FN</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Premieres-lezardes-a-la-facade-du-FN</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Cuenod</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>L'extr&#234;me-droite dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-05-16</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le Front national veut muer pour mieux se placer dans la recomposition de la vie politique fran&#231;aise, comme l'a annonc&#233; sa pr&#233;sidente, Marine Le Pen, dimanche soir. Mais le FN y laissera-t-il sa peau ? &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s dimanche soir, son p&#232;re Jean-Marie Le Pen s'est vigoureusement oppos&#233; &#224; cette transformation et au changement de nom du parti qu'il a cofond&#233; en octobre 1972 sur les d&#233;combres du mouvement n&#233;ofasciste Ordre Nouveau. De son point de vue, le r&#233;sultat obtenu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH94/arton30902-be37e.jpg?1781751940' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le Front national veut muer pour mieux se placer dans la recomposition de la vie politique fran&#231;aise, comme l'a annonc&#233; sa pr&#233;sidente, Marine Le Pen, dimanche soir. Mais le FN y laissera-t-il sa peau ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/cuenod/blog/090517/premieres-lezardes-la-facade-du-fn&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s dimanche soir, son p&#232;re Jean-Marie Le Pen s'est vigoureusement oppos&#233; &#224; cette transformation et au changement de nom du parti qu'il a cofond&#233; en octobre 1972 sur les d&#233;combres du mouvement n&#233;ofasciste Ordre Nouveau. De son point de vue, le r&#233;sultat obtenu par Marine Le Pen est un &#233;chec due &#224; l'influence qu'exerce sur elle son principal conseiller et vice-pr&#233;sident du FN, Florian Philippot. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, &#224; 89 ans, Jean-Marie Le Pen ne constituera pas pendant longtemps un obstacle sur la route de sa fille. N&#233;anmoins, le cofondateur du parti conserve un certain pouvoir de nuisance qu'il peut d'autant plus faire valoir que les divisions ne manquent pas au sein du Front national. Le FN n'a jamais &#233;t&#233; un parti monolithique contrairement &#224; ce que la pr&#233;&#233;minence du Chef pouvait le faire penser. Le talent de Jean-Marie Le Pen fut de faire cohabiter en une seule entit&#233; politique les traditionnelles familles de l'extr&#234;me-droite fran&#231;aise &#173;&#8211; p&#233;tainiste, royaliste, catholique int&#233;griste, nationale-r&#233;volutionnaire, n&#233;ofasciste &#173;&#8211; qui se sont souvent oppos&#233;es, y compris durant l'Occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conserver l'harmonie au sein de son parti, Jean-Marie Le Pen pr&#233;f&#233;rait agir sur l'Ex&#233;cutif de l'ext&#233;rieur, en &#233;vitant de diluer son mouvement dans des alliances form&#233;es en vue d'exercer les responsabilit&#233;s gouvernementales. Marine Le Pen a choisi une strat&#233;gie inverse ; elle veut exercer la r&#233;alit&#233; du pouvoir. Or, il lui sera impossible de viser cet objectif sans alliance. La premi&#232;re qu'elle a conclue, celle avec Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan &#8211; qui veut rester ind&#233;pendant du FN &#8211; n'a gu&#232;re &#233;t&#233; convaincante[1]. Mais ce fut un d&#233;but. Dans l'optique des &#233;lections l&#233;gislatives (11 et 18 juin), elle cherche &#224; attirer dans ses filets l'aile droite du parti Les R&#233;publicains en pleine d&#233;composition. Et pour ce faire, il est pr&#233;f&#233;rable de transformer le FN en &#233;curie pr&#233;sidentielle, en &#233;vacuant les symboles encore li&#233;s &#224; l'extr&#234;me-droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au sud, le FN fait moins bien que pr&#233;vu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne va pas sans r&#233;sistance au sein des &#233;l&#233;ments les plus militants du Front national qui risquent d'&#233;largir les l&#233;zardes. Les nombreuses divisions au sein du parti se f&#233;d&#232;rent en deux grands courants, deux figures et deux r&#233;gions. La tendance incarn&#233;e par Marine Le Pen et Florian Philippot (un ancien proche du souverainiste de gauche Chev&#232;nement) est ancr&#233;e dans le nord et l'est de la France que la pr&#233;sidente du FN a arrach&#233;s aux socialistes. Son propos est nettement social, &#233;tatique, antilib&#233;ral et souverainiste. Il s'adresse &#224; l'&#233;lectorat ouvrier du FN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre courant est repr&#233;sent&#233; par la ni&#232;ce, Marion Mar&#233;chal-Le Pen, d&#233;put&#233;e du Vaucluse. Son propos met en exergue l'identit&#233; nationale et culturelle, le catholicisme conservateur et int&#233;griste ; en revanche, ce courant d&#233;fend une conception lib&#233;rale de l'&#233;conomie, l'Etat devant se concentrer sur son autorit&#233; r&#233;galienne (arm&#233;e, police, fronti&#232;re). Son &#233;lectorat est moins ouvrier qu'au nord et plus repr&#233;sent&#233; dans le monde du commerce, des artisans, des petits patrons et des nostalgiques de l'Alg&#233;rie fran&#231;aise, nombreux dans cette r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'on s'attendait &#224; ce qu'elle prenne la t&#234;te de la R&#233;gion Provence-Alpes-C&#244;tes d'Azur, tr&#232;s favorable au FN, Marine Le Pen y a &#233;t&#233; battue assez largement par Emmanuel Macron (44, 5% contre 55,4%). M&#234;me dans le Vaucluse, fief de Marion Mar&#233;chal-Le Pen, la candidate frontiste ne fait pas un tabac (46,5% contre 53,4% &#224; Macron). La mobilisation du FN s'est donc r&#233;v&#233;l&#233;e moins forte que pr&#233;vue, ce qui peut d&#233;montrer que le message &#171; social &#187; de Marine Le Pen ne passe pas de fa&#231;on optimale aupr&#232;s des frontistes du sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, la pr&#233;sidente du FN ou de sa nouvelle mouture devra &#233;quilibrer savamment les investitures de candidats en vue des l&#233;gislatives pour colmater les br&#232;ches. Pour l'instant, Marion Mar&#233;chal-Le Pen et ses partisans se tiennent sur la r&#233;serve. En cas de r&#233;sultats d&#233;cevants aux l&#233;gislatives, les couteaux seront d&#233;gain&#233;s au sein du parti. Et de la famille Le Pen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-No&#235;l Cu&#233;nod&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article a paru dans une version plus courte dans la Tribune de Gen&#232;ve et 24 Heures de mardi 9 mai 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] A Yerres, pr&#232;s de Paris, fief du d&#233;put&#233;-maire Nicolas Dupont-Aignan, Marine Le Pen r&#233;alise un score inf&#233;rieur (31,5%) &#224; celui qu'elle a obtenu sur le plan national (33,9%).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les alli&#233;s du Front national en Europe</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-allies-du-Front-national-en-Europe</link>
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		<dc:date>2017-05-09T12:53:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Am&#233;lie Poinssot, M&#233;diapart</dc:creator>


		<dc:subject>L'extr&#234;me-droite dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Extr&#234;me-droite</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-05-09</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les droites extr&#234;mes sont d&#233;j&#224; au pouvoir en Europe : en Hongrie, en Pologne. Elles se renforcent en Autriche, en Allemagne, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, au Danemark. Comment gouvernent-elles, comment p&#232;sent-elles sur les politiques publiques ? Avec Am&#233;lie Poinssot, journaliste &#224; Mediapart. &lt;br class='autobr' /&gt; tir&#233; de m&#233;diapart.fr&lt;/p&gt;


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		</description>


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les droites extr&#234;mes sont d&#233;j&#224; au pouvoir en Europe : en Hongrie, en Pologne. Elles se renforcent en Autriche, en Allemagne, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, au Danemark. Comment gouvernent-elles, comment p&#232;sent-elles sur les politiques publiques ? Avec Am&#233;lie Poinssot, journaliste &#224; Mediapart.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/050517/les-allies-du-front-national-en-europe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;m&#233;diapart.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/0Enwo_kiPXc&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La pr&#233;tendue conversion sociale du FN, un emballage pour masquer son obsession x&#233;nophobe</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-pretendue-conversion-sociale-du-FN-un-emballage-pour-masquer-son-obsession</link>
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		<dc:date>2017-05-09T08:11:29Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Val&#233;rie Igounet</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>L'extr&#234;me-droite dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-05-09</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En invoquant la justice sociale, la d&#233;fense des travailleurs, ou encore le protectionnisme &#233;conomique, Marine Le Pen s&#232;me le trouble chez beaucoup d'observateurs. Le Front national serait-il pass&#233; &#224; gauche ? L'analyse historique, que r&#233;sume la chercheuse Val&#233;rie Igounet dans cet article de la Revue Projet, montre, au fil d'un certain nombre de glissements s&#233;mantiques qui s'annoncent d&#232;s les ann&#233;es 80, que c'est avant tout pour s&#233;duire un &#233;lectorat ouvrier et populaire que le FN a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2017-05-09-+" rel="tag"&gt;Edition du 2017-05-09&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH75/arton30791-8cfa6.jpg?1781965583' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En invoquant la justice sociale, la d&#233;fense des travailleurs, ou encore le protectionnisme &#233;conomique, Marine Le Pen s&#232;me le trouble chez beaucoup d'observateurs. Le Front national serait-il pass&#233; &#224; gauche ? L'analyse historique, que r&#233;sume la chercheuse Val&#233;rie Igounet dans cet article de la Revue Projet, montre, au fil d'un certain nombre de glissements s&#233;mantiques qui s'annoncent d&#232;s les ann&#233;es 80, que c'est avant tout pour s&#233;duire un &#233;lectorat ouvrier et populaire que le FN a d&#233;lib&#233;r&#233;ment infl&#233;chi son discours. Sans, pour autant, renier ses fondements id&#233;ologiques, m&#226;tin&#233;s de pr&#233;f&#233;rence nationale et de rejet des immigr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article a initialement &#233;t&#233; publi&#233; dans la Revue Projet.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.bastamag.net/La-pretendue-conversion-sociale-du-FN-un-emballage-pour-masquer-son-obsession&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Basta Mag&lt;/a&gt; | 5 mai 2017 |Photo : &#169; Serge D'ignazio&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On peut &#234;tre amen&#233; &#224; d&#233;fendre des id&#233;es qui rejoignent celles du Front national &#187;, constatent, troubl&#233;s, certains militants associatifs. Rappelons cette s&#233;quence de fin 2014 : Thierry Lepaon, alors secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail (CGT), se trouve en s&#233;ance du bureau conf&#233;d&#233;ral de son syndicat. Il lit &#224; haute voix un tract dont les grandes lignes sont, entre autres, un n&#233;cessaire protectionnisme et la d&#233;fense des services publics par un &#201;tat strat&#232;ge recouvrant sa souverainet&#233; &#171; brad&#233;e &#187; &#224; Bruxelles. Il r&#233;colte l'assentiment g&#233;n&#233;ral de ses camarades. &#171; Il y a juste un probl&#232;me, explique-t-il. Ces &#233;l&#233;ments de langage ne proviennent pas de chez nous. Ce tract a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; par des gens du Front national. Alors, on fait quoi maintenant ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Front national (FN) a toujours port&#233; une attention particuli&#232;re &#224; son vocabulaire [1]. En t&#233;moigne cet extrait d'une brochure interne du d&#233;but des ann&#233;es 1990 : &#171; Aucun mot n'est innocent. On peut m&#234;me dire que les mots sont des armes, parce que derri&#232;re chaque mot se cache un arri&#232;re-plan id&#233;ologique et politique. [2] &#187; Le FN avance-t-il masqu&#233; ? Le choix des mots n'induit pas seulement certains citoyens et &#233;lecteurs &#224; la confusion. Le FN entend d&#233;tourner le sens de th&#232;mes fondamentaux qu'il reprend &#224; son compte. Depuis plusieurs d&#233;cennies, il s'approprie des termes, marqueurs et r&#233;f&#233;rences historiques de l'adversaire [3]. La conversion sociale du FN est-elle un mythe ou une r&#233;alit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question sociale ramen&#233;e au &#171; probl&#232;me &#187; de l'immigration&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une des premi&#232;res affiches du FN, imprim&#233;e d&#233;but 1973. Sur fond blanc se d&#233;tachent en lettres capitales rouges : &#171; Halte au ch&#244;mage, le travail aux fran&#231;ais &#187;. La d&#233;fense de l'identit&#233; nationale est ainsi ramen&#233;e sur le terrain social, celui de la gauche, et non sur le plan racial. Le FN entend, d&#232;s l'origine, draguer les classes populaires tout en pr&#233;servant son anticommunisme. Son marqueur central &#8211; la &#171; pr&#233;f&#233;rence nationale &#187; &#8211; s'impose quelques ann&#233;es plus tard. La th&#233;matique anti-immigration prend corps sous l'impulsion de l'id&#233;ologue Fran&#231;ois Duprat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une affiche r&#233;actualis&#233;e &#224; trois reprises (&#171; 1 million de ch&#244;meurs, c'est 1 million d'immigr&#233;s de trop ! La France et les Fran&#231;ais d'abord ! &#187;) expose la nouvelle orientation rh&#233;torique. L'immigration est pr&#233;sent&#233;e comme un &#171; probl&#232;me excessivement grave au regard de [la] situation &#233;conomique et sociale &#187;. &#171; Les immigr&#233;s (&#8230;) reviennent plus cher que les Fran&#231;ais et ils emp&#234;chent la r&#233;volution pacifique moderne qu'est la revalorisation du travail manuel [4]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Union symbolique de la nation et du travail&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de son septi&#232;me congr&#232;s, en 1985, le FN ne se contente pas de confirmer sa strat&#233;gie de rassemblement des d&#233;&#231;us de la droite. Il affirme vouloir s'ouvrir &#224; d'autres cat&#233;gories sociales, notamment les ouvriers, agriculteurs et employ&#233;s, en d&#233;fendant un &#171; syst&#232;me de cr&#233;ation de richesses pour tous et non un syst&#232;me qui ne favoriserait que les riches &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois ans plus tard, &#224; l'occasion du 1er mai 1988, le FN d&#233;file pour la premi&#232;re fois seul, en s'affranchissant des autres groupes de l'extr&#234;me droite fran&#231;aise. Jean-Marie Le Pen veut faire de ce jour de la f&#234;te du travail une &#171; immense manifestation nationale et populaire &#187; [5], ce que son parti justifie ainsi : &#171; Dans les premi&#232;res d&#233;cennies de ce si&#232;cle, le 1er mai &#233;tait consid&#233;r&#233; comme une journ&#233;e quasi r&#233;volutionnaire, o&#249; les partis et les syndicats de l'extr&#234;me gauche mobilisaient les masses militantes sous une foison de drapeaux rouges et d&#233;filaient sur des kilom&#232;tres de pav&#233; parisien. En 1941, le mar&#233;chal P&#233;tain d&#233;cida de transformer cette journ&#233;e d'affrontements sociaux en une f&#234;te du travail, officiellement ch&#244;m&#233;e, et une manifestation d'unit&#233; fran&#231;aise. La gauche et l'extr&#234;me gauche s'efforceront de refaire peu &#224; peu du 1er mai leur propre f&#234;te partisane et revendicative. Le Front national brise ce monopole syndicalo-gauchiste et parvient &#224; unir symboliquement, dans une m&#234;me ferveur, l'hommage &#224; Jeanne d'Arc et le salut fraternel &#224; l'ensemble du monde du travail, faisant de cette journ&#233;e &#224; la fois une manifestation de patriotisme et de solidarit&#233; nationale [6]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ann&#233;es 80 : le &#171; combat social &#187; devient troisi&#232;me pilier du FN&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#233;lections europ&#233;ennes de juin 1984, le FN recueille pr&#232;s de 11 % des suffrages. Dix d&#233;put&#233;s sont &#233;lus. Aux l&#233;gislatives du printemps 1986, il affiche 35 d&#233;put&#233;s, &#233;lus sous l'&#233;tiquette &#171; Rassemblement national &#187;. Le parti s'impose d&#232;s lors dans le paysage politique fran&#231;ais. Bruno M&#233;gret (nomm&#233; d&#233;l&#233;gu&#233; g&#233;n&#233;ral en novembre 1988) est l'un des artisans d'une nouvelle strat&#233;gie qui repose sur une certitude : si le FN veut arriver au pouvoir, il doit changer d'image. C'est le d&#233;but de la &#171; d&#233;diabolisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour accro&#238;tre son implantation, le FN fait du combat social le &#171; troisi&#232;me pilier de cr&#233;dibilit&#233; &#187; de son programme, apr&#232;s l'&#171; ins&#233;curit&#233; &#187; et la &#171; lutte contre l'immigration &#187;. Les &#171; 51 mesures (&#8230;) pour faire le point sur le social &#187; (B. M&#233;gret, 1992) doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme une premi&#232;re &#233;tape. Trois ans plus tard, lors de la pr&#233;sidentielle, Jean-Marie Le Pen obtient 15,3 % des suffrages exprim&#233;s au premier tour et le FN arrive en t&#234;te, pour la premi&#232;re fois, chez les ouvriers et les ch&#244;meurs. Pascal Perrineau parle de vote &#171; gaucho-lep&#233;niste &#187;. Nonna Mayer parle elle d'&#171; ouvri&#233;ro-lep&#233;nisme &#187; : ce sont &#171; avant tout des ouvriers qui se tournent vers le Front national. Et ils ne sont pas n&#233;cessairement de gauche, contrairement &#224; ce que sugg&#232;re le terme de &#034;gaucho-lep&#233;nisme&#034;. Il ne s'agit pas de n'importe quels ouvriers, mais de la fraction la plus &#034;ouvri&#232;re&#034; d'entre eux [7] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;gret et l'anti-mondialisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le FN se voit comme &#171; le premier mouvement ouvrier de France (...). 30 % des ouvriers, 21 % des artisans et des petits commer&#231;ants, 34 % des classes les plus d&#233;favoris&#233;es lui ont apport&#233; leurs suffrages. 19 % des hommes de 18 &#224; 24 ans, 16 % des femmes de 25 &#224; 34 ans ont vot&#233; pour lui [8] &#187;. Un sondage CSA &#171; sortie des urnes &#187;, r&#233;alis&#233; le 23 avril 1995, montre que 7 % des sympathisants de la CGT, 6 % de ceux de la CFDT (Conf&#233;d&#233;ration fran&#231;aise d&#233;mocratique du travail), 5 % de ceux de la CFTC (Conf&#233;d&#233;ration fran&#231;aise des travailleurs chr&#233;tiens), 24 % de ceux de la CFE-CGC (Conf&#233;d&#233;ration fran&#231;aise de l'encadrement-CGC) et 16 % de ceux de FO (Force ouvri&#232;re), ont vot&#233; Le Pen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin 1995, la France est confront&#233;e &#224; une crise sociale, d&#233;clench&#233;e contre le plan Jupp&#233; pour les retraites et la s&#233;curit&#233; sociale. Le syllogisme est &#233;clairant : la r&#233;gression sociale, affirme Bruno M&#233;gret, est la cons&#233;quence du &#171; mondialisme et du libre-&#233;changisme [9] &#187;. Le Front national se pr&#233;sente comme le seul parti r&#233;ellement social, car ce combat rejoint le combat national. Au d&#233;fil&#233; du 1er mai 1996, parmi les banderoles, on peut lire : &#171; Le social, c'est le FN &#187;. Jean-Marie Le Pen enr&#244;le la statue de Jeanne d'Arc dans la &#171; protestation passionn&#233;e et souvent violente de ceux qui, pour vivre, devraient vendre leur force de travail &#224; un prix souvent d&#233;risoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A partir de 2010, la ligne &#171; sociale &#187; s'impose&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le social &#171; n'est pas une carte &#224; jouer, mais l'essence m&#234;me du Front national &#187;, mart&#232;le-t-il lors d'un discours &#224; la Mutualit&#233; le 20 f&#233;vrier 1997. Un mois plus tard, lors du congr&#232;s de Strasbourg, le parti se dote d'un programme &#224; forte empreinte sociale : cr&#233;ation d'un revenu parental, salaire minimum augment&#233;, suppression des imp&#244;ts sur le revenu, all&#233;gement des charges des entreprises. Mais un principe p&#233;renne domine toujours : celui de la &#171; pr&#233;f&#233;rence nationale &#187; et donc de la priorit&#233; aux Fran&#231;ais dans les attributions. Le FN pr&#233;conise, par exemple, de taxer les entreprises employant des &#233;trangers. Une vingtaine d'ann&#233;es plus t&#244;t, un FN ultra-lib&#233;ral se pronon&#231;ait pour des privatisations dans les services publics ou pour la diminution des fonctionnaires et la suppression du salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig). La sociologie &#233;lectorale &#233;tait alors radicalement diff&#233;rente. &#192; partir de 1995, le FN se d&#233;place, dans tous les sens du terme, s'ouvrant &#224; des cat&#233;gories de population qui drainent un &#233;lectorat de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, le FN vit durablement les cons&#233;quences de la crise m&#233;gr&#233;tiste. Marine Le Pen et son &#233;quipe de G&#233;n&#233;rations Le Pen &#339;uvrent pour imposer une nouvelle orientation. En atteste la &#171; convention pr&#233;sidentielle &#187; de 2007, &#224; Lille, qui affiche encore un peu plus le th&#232;me de l'&#171; ins&#233;curit&#233; sociale &#187;, omnipr&#233;sente dans certains territoires. Jean-Marie Le Pen fustige la &#171; mondialisation men&#233;e &#224; marche forc&#233;e &#187;, l'immigration et rend hommage &#224; la lutte syndicale. Faisant r&#233;f&#233;rence &#224; la tradition ouvri&#232;re du Nord-Pas-de-Calais, il c&#233;l&#232;bre les combats qui &#171; arrach&#232;rent de haute lutte les droits essentiels du travailleur au patron de droit divin d'alors &#187;, et se pr&#233;sente en d&#233;fenseur des &#171; petits, des obscurs, des sans-grades, des travailleurs pauvres ou retrait&#233;s &#187;. Sa directrice de campagne n'est autre que Marine Le Pen. Les ann&#233;es 2010 signifient clairement la concr&#233;tisation de cette strat&#233;gie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;f&#233;rences &#224; Marx et &#224; Jaur&#232;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle pr&#233;sidente du FN donne le ton d&#232;s son premier discours : &#171; &#192; l'heure o&#249; la crise et la mondialisation font rage, quand tout s'effondre, il y a encore l'&#201;tat. &#034;&#192; celui qui n'a plus rien, la patrie est son seul bien&#034; disait Jaur&#232;s en son temps, lui aussi trahi par la gauche du FMI et des beaux quartiers ! &#187; Dans Pour que vive la France, pr&#233;figuration de son programme de la pr&#233;sidentielle de 2012, Marine Le Pen va jusqu'&#224; s'appuyer sur une citation du Capital de Karl Marx. Elle entend pr&#233;senter le FN comme un &#171; nouveau &#187; parti, puisant ses th&#233;matiques dans le terreau de la gauche traditionnelle, comme ses valeurs de justice sociale : &#171; La gauche abandonna peu &#224; peu la d&#233;fense des classes populaires, des travailleurs, des exploit&#233;s, oui j'ose le mot, pour la d&#233;fense monomaniaque de l'exclu du Tiers-monde et du sans-papiers, tellement plus exotique et plus valorisante sur le plan intellectuel. Abandonner la d&#233;fense du travailleur fran&#231;ais, ce beauf raciste et inculte qui allait bient&#244;t, et c'&#233;tait une raison suppl&#233;mentaire de l'abandonner, donner massivement ses voix au Front national, devint logique pour les grandes &#226;mes de la gauche [10]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la pr&#233;sidentielle de 2012, le profil de l'&#233;lecteur frontiste n'a pas fonci&#232;rement &#233;volu&#233; : il est peu dipl&#244;m&#233;, assez jeune. Ce sont des employ&#233;s, artisans, commer&#231;ants et ouvriers qui, dans leur majorit&#233;, votent FN. En 1973, moins de 3 % d'ouvriers avaient d&#233;pos&#233; un bulletin de vote frontiste dans l'urne. Aujourd'hui, ils sont pr&#232;s d'un tiers &#224; le faire. Non pas tant les ouvriers anciens &#233;lecteurs de gauche, mais &#171; de nouveaux ouvriers qui entrent dans le corps &#233;lectoral [11] &#187;, avec le renouvellement g&#233;n&#233;rationnel. Le recul du vote de gauche des ouvriers est donc port&#233; &#171; par de nouvelles cohortes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Strat&#233;gie d'ancrage syndical&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le FN de Marine Le Pen s'affiche comme le repr&#233;sentant des cat&#233;gories ouvri&#232;res et populaires : antilib&#233;ral, souverainiste, r&#233;publicain et la&#239;c. Certaines de ses villes laboratoires, comme H&#233;nin-Beaumont, se situent dans des berceaux de l'&#233;lectorat de gauche. Dans les territoires du Nord et de l'Est, les discours des repr&#233;sentants frontistes exploitent l'histoire et la m&#233;moire politiques. Ils surfent sur la mis&#232;re, reprennent les th&#232;mes de l'ins&#233;curit&#233; sociale, de la lutte syndicale et critiquent le patronat. La menace du &#171; mondialisme &#187; est sans cesse brandie. Dor&#233;navant, on ne voterait plus FN seulement pour sa th&#233;matique centrale anti-immigration, mais aussi pour des id&#233;es &#171; sociales &#187;. Le reniement de l'antis&#233;mitisme du p&#232;re pourrait parachever cet &#233;difice artificiel mis en place depuis plusieurs ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la perspective de la pr&#233;sidentielle de 2017, le FN a cr&#233;&#233; de multiples structures &#8211; think tank (Id&#233;es Nation), collectifs th&#233;matiques (Racine, Audace, Marianne...), ou syndicats &#8211; pr&#233;sent&#233;es comme ind&#233;pendantes du parti. Parmi elles, l'embl&#233;matique Front syndical. &#192; sa t&#234;te, un ancien juge aux prud'hommes de la CFDT, Dominique Bourse-Provence, conseiller r&#233;gional de l'&#206;le-de-France, charg&#233; de rallier des cadres syndicaux. Cet ancien &#233;lecteur socialiste met en avant l'arriv&#233;e de Marine Le Pen &#224; la pr&#233;sidence du FN pour justifier son adh&#233;sion : &#171; Elle a apport&#233; de la coh&#233;rence sur le plan &#233;conomique et social [12] &#187;, alors que la &#171; trahison &#187; des dirigeants syndicalistes a &#171; accompagn&#233; la d&#233;sindustrialisation de la France &#187;. Comme lui, d'anciens militants et militantes de gauche ou d'extr&#234;me gauche sont mis en avant. Ainsi du maire d'Hayange, Fabien Engelmann, ou de Val&#233;rie Laupies, membre du bureau politique du FN et conseill&#232;re municipale de Tarascon, qui fait partie du collectif Racine, un groupement d'enseignants &#171; patriotes portant les valeurs r&#233;publicaines &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des ressorts id&#233;ologiques inchang&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le FN affiche une dynamique &#233;lectorale sans pr&#233;c&#233;dent et, depuis les europ&#233;ennes de 2014, il d&#233;croche la premi&#232;re place aux premiers tours. Au second tour des r&#233;gionales de 2015, il comptabilisait 6,8 millions de voix (200 000 voix de plus qu'&#224; la pr&#233;sidentielle de 2012), engrangeant 240 conseillers r&#233;gionaux de plus qu'en 2010. Son implantation gagne du terrain et le nombre de ses &#233;lus, repr&#233;sentants et adh&#233;rents, ne cesse d'augmenter [13]. Le FN est-il pour autant le d&#233;fenseur et protecteur des Fran&#231;ais les plus d&#233;favoris&#233;s ? Sous couvert de justice sociale, la propagande frontiste puise toujours ses principaux ressorts id&#233;ologiques dans la &#171; pr&#233;f&#233;rence nationale &#187; &#8211; rebaptis&#233;e &#171; priorit&#233; nationale &#187; &#8211; et l'islamophobie pour d&#233;noncer l'in&#233;galit&#233; de traitement entre Fran&#231;ais et &#233;trangers, lesquels seraient avantag&#233;s, notamment pour les prestations sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, des &#233;lecteurs de gauche se tournent vers le FN. Ils veulent que &#171; &#231;a change &#187; et expriment leur rejet, avant tout, dans les &#233;lections interm&#233;diaires (les municipales de 2014). Dans les villes FN, notamment &#224; H&#233;nin-Beaumont, nombre d'entre eux peuvent se montrer satisfaits de la politique de l'&#233;quipe municipale. Mais leurs remarques concernent, avant tout, l'&#233;volution de leur ville quant &#224; la propret&#233;, l'organisation de f&#234;tes et manifestations, ainsi que la proximit&#233; du maire et de son &#233;quipe avec les habitants. L'empreinte sociale n'est pas d&#233;terminante. Et ce vote de &#171; gauche &#187; ne s'est pas encore port&#233; pour l'&#233;lection majeure, &#224; savoir la pr&#233;sidentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Val&#233;rie Igounet, historienne, chercheuse associ&#233;e &#224; l'Institut du Temps Pr&#233;sent (CNRS). Sp&#233;cialiste de l'extr&#234;me droite et du n&#233;gationnisme, elle a publi&#233; une histoire du front national, Le Front national : de 1972 &#224; nos jours. Le parti, les hommes, les id&#233;es &#187; (Seuil, 2014).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Notes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[1] Sur ce point, cf. C&#233;cile Alduy, St&#233;phane Wahnich, Marine Le Pen prise aux mots. D&#233;cryptage du nouveau discours frontiste, Seuil, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] &#171; L'image du Front national &#187;, Institut de formation nationale, d&#233;l&#233;gation g&#233;n&#233;rale, note interne, non dat&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] D&#232;s ses d&#233;buts, le FN r&#233;fute le qualificatif d'extr&#234;me droite. Trois adjectifs (social, populaire, national), rattach&#233;s au vocable &#171; droite &#187;, d&#233;finissent le Front national pour l'unit&#233; fran&#231;aise lors de son apparition dans le paysage politique fran&#231;ais, en octobre 1972 : &#171; La droite sociale, ennemie des monopoles capitalistes et des professionnels de la lutte de classe, qui ne refuse pas le progr&#232;s, mais entend le soumettre aux seuls int&#233;r&#234;ts de l'homme. La droite populaire, h&#233;riti&#232;re des traditions humanistes qui ont forg&#233; le visage de notre peuple : amour et go&#251;t de la terre, respect du travail, joie de l'amour et de la famille, sens de la responsabilit&#233;, loyaut&#233; des gouvernants, esprit de sacrifice et de fraternit&#233;. La droite nationale, pour qui l'amour de la patrie est la forme la plus haute de la solidarit&#233; entre les hommes de notre peuple, respectueuse &#224; la fois des anciens qui ont lutt&#233; et souffert pour que nous vivions libres et de ceux qui viennent &#224; nous et &#224; qui nous devons transmettre l'h&#233;ritage. &#187; (Front national, n&#176; 1, 7 novembre (sans mention de l'ann&#233;e), p. 1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] J.-M. Le Pen, cit&#233; dans &#171; Le Front national rend publique une premi&#232;re liste de 104 candidats &#187;, Le Monde, 13/01/1978.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Damien Bariller et Franck Timmermans, 20 ans au Front. L'histoire vraie du Front national, &#201;ditions nationales, 1993, p. 93.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Ibidem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Nonna Mayer, Ces Fran&#231;ais qui votent Le Pen, Flammarion, 2002, p. 35-36.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] &#171; Premier tour : surprise ! &#187;, National Hebdo, hors s&#233;rie, &#171; 1995 l'ann&#233;e Le Pen &#187;, p. 18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Bruno M&#233;gret, &#171; Comment r&#233;duire la fracture sociale ? &#187;, Les dossiers tricolores de National Hebdo, hors s&#233;rie, &#171; Les hommes de Le Pen &#187;, non dat&#233;, p. 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Pour que vive la France, &#233;d. Jacques Grancher, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Florent Gougou, intervention &#224; la Fondation Jean-Jaur&#232;s, &#171; Le FN, parti des ouvriers ? &#187;, 25/02/2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] &#171; Cadre CFDT, il est charg&#233; par le FN de lui ramener des syndicalistes &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.metronews.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.metronews.fr&lt;/a&gt;, 09/03/2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Pour autant, l'importance du FN &#224; l'&#233;chelle du pays est &#224; nuancer. En juillet 2015, il comptait 51 551 adh&#233;rents &#224; jour de leur cotisation, bien moins que le Parti socialiste, Les R&#233;publicains ou le Parti communiste. Il existe aujourd'hui 11 mairies FN sur environ 36 700, moins de 360 conseillers r&#233;gionaux sur 1757, environ 1 540 conseillers municipaux sur 536 500 et une soixantaine de conseillers d&#233;partementaux sur 4 108. Ils sont 23 eurod&#233;put&#233;s sur 74, 2 d&#233;put&#233;s sur 577 et 2 s&#233;nateurs sur 348.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ce que fait r&#233;ellement l'extr&#234;me droite quand elle arrive au pouvoir en Europe</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Ce-que-fait-reellement-l-extreme-droite-quand-elle-arrive-au-pouvoir-en-Europe</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Ce-que-fait-reellement-l-extreme-droite-quand-elle-arrive-au-pouvoir-en-Europe</guid>
		<dc:date>2017-05-09T07:48:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rachel Knaebel</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Hongrie</dc:subject>
		<dc:subject>Pologne</dc:subject>
		<dc:subject>L'extr&#234;me-droite dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Extr&#234;me-droite</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-05-09</dc:subject>

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&lt;p&gt;Que nous r&#233;serve l'avenir, si Marine Le Pen remporte l'&#233;lection pr&#233;sidentielle ? Pour s'en faire une id&#233;e, il peut &#234;tre utile de regarder du c&#244;t&#233; de nos voisins Hongrois et Polonais, qui ont port&#233; au pouvoir des forces nationalistes. Au sein m&#234;me de l'Union europ&#233;enne, Viktor Orban et le parti des fr&#232;res Kaczynski b&#226;tissent, loi apr&#232;s loi, des r&#233;gimes qui se dirigent d'un pas assur&#233; vers l'autoritarisme : contr&#244;le de la justice, de la presse et de l'art par le gouvernement, attaques contre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Pologne-+" rel="tag"&gt;Pologne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Droite-extreme-en-Europe-+" rel="tag"&gt;L'extr&#234;me-droite dans le monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Extreme-droite-+" rel="tag"&gt;Extr&#234;me-droite&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2017-05-09-+" rel="tag"&gt;Edition du 2017-05-09&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/arton30793-e6a33.jpg?1781965584' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Que nous r&#233;serve l'avenir, si Marine Le Pen remporte l'&#233;lection pr&#233;sidentielle ? Pour s'en faire une id&#233;e, il peut &#234;tre utile de regarder du c&#244;t&#233; de nos voisins Hongrois et Polonais, qui ont port&#233; au pouvoir des forces nationalistes. Au sein m&#234;me de l'Union europ&#233;enne, Viktor Orban et le parti des fr&#232;res Kaczynski b&#226;tissent, loi apr&#232;s loi, des r&#233;gimes qui se dirigent d'un pas assur&#233; vers l'autoritarisme : contr&#244;le de la justice, de la presse et de l'art par le gouvernement, attaques contre les ONG, racisme et x&#233;nophobie d'&#201;tat, remises en cause des libert&#233;s et droits fondamentaux... Deux gouvernements, hongrois et polonais, que les d&#233;put&#233;s FN au Parlement europ&#233;en ne manquent jamais de d&#233;fendre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.bastamag.net/Ce-que-fait-reellement-l-extreme-droite-quand-elle-arrive-au-pouvoir-en-Europe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Basta Mag&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 26 avril, le Premier ministre hongrois Viktor Orban &#233;tait invit&#233; au Parlement europ&#233;en pour y &lt;a href=&#034;http://www.la-croix.com/Monde/Hongrie-UE-accentue-pression-Viktor-Orban-2017-04-26-1300842622&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;fendre sa politique&lt;/a&gt; men&#233;e depuis sept ans. Au c&#339;ur du d&#233;bat : l'une de ses derni&#232;res mesures, la loi sur les universit&#233;s, qui vise directement l'universit&#233; am&#233;ricaine de Budapest (la Central european university), fond&#233;e en 1991 par le milliardaire et philanthrope &#233;tats-unien George Soros. L'&#233;tablissement accueille plusieurs milliers d'&#233;tudiants, venus de Hongrie et du monde entier. Avec la nouvelle loi, l'universit&#233; devra fermer. C'est un nouvel &#233;pisode dans une longue s&#233;rie de mesures d&#233;cid&#233;es par le gouvernement et le Parlement hongrois depuis 2010, resserrant un peu plus l'&#233;tau autoritaire du r&#233;gime Orban sur la soci&#233;t&#233; et l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qui a applaudi les propos d'Orban le 26 avril ? Les rangs de l'extr&#234;me droite, du groupe &#034;Europe des nations&#034;, c'est tout &#187;, t&#233;moigne la d&#233;put&#233;e fran&#231;aise au Parlement europ&#233;en Marie-Christine Vergiat &#8211; qui fait partie du groupe Gauches unies europ&#233;ennes. Parmi les d&#233;put&#233;s issus de l'extr&#234;me droite qui si&#232;gent &#224; Strasbourg, il y a vingt &#233;lus du Front national, dont Marine Le Pen, Florian Philippot, le maire d'H&#233;nin-Beaumont Steeve Briois, ou encore Louis Aliot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retraite forc&#233;e pour 10% des juges hongrois&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viktor Orban et son parti, le Fidesz, sont arriv&#233;s au pouvoir en 2010, en gagnant une majorit&#233; des deux-tiers au parlement hongrois. D&#232;s l'ann&#233;e suivante, son gouvernement lance des r&#233;formes affaiblissant la Cour constitutionnelle, contre-pouvoir charg&#233; de contr&#244;ler la conformit&#233; des lois avec les r&#232;gles de l'&#201;tat de droit. Une r&#233;forme &#224; laquelle Marine Le Pen a &lt;a href=&#034;http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/03/13/97001-20130313FILWWW00452-ue-le-fn-soutient-la-hongrie.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;apport&#233; son soutien&lt;/a&gt;. La m&#234;me ann&#233;e, une loi envoie en retraite anticip&#233;e 10% des juges du pays, en l'occurrence les plus exp&#233;riment&#233;s. &#171; Toute une g&#233;n&#233;ration de juges a &#233;t&#233; forc&#233;e de d&#233;missionner sans justification. Ils ont &#233;t&#233; remplac&#233;s par de nouveaux magistrats &#233;lus selon des r&#232;gles &#233;tablies par la m&#234;me loi, souligne Elena Crespi, de la Fondation internationale des droits de l'homme (FIDH). L'impact sur la magistrature a &#233;t&#233; &#233;norme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, le gouvernement hongrois a l&#233;gif&#233;r&#233; pour mettre au pas les m&#233;dias, et plac&#233; des proches du pouvoir &#224; leur t&#234;te. En octobre 2016, un journal critique &#224; l'&#233;gard du gouvernement, N&#233;pszabads&#225;g, a ainsi brutalement suspendu sa parution. Tous ses journalistes ont &#233;t&#233; licenci&#233;s. &#171; Cette fermeture est intervenue quelques jours avant la vente de l'organe de presse &#224; un entrepreneur proche du gouvernement &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.amnesty.org/fr/countries/europe-and-central-asia/hungary/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;note Amnesty international&lt;/a&gt; dans son rapport annuel 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Une loi taill&#233;e pour tuer les ONG &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autres ennemies du Premier ministre hongrois, les associations et ONG ont fait face &#224; des attaques &#224; r&#233;p&#233;tition depuis plusieurs ann&#233;es. &#171; Cela a commenc&#233; en ao&#251;t 2013, avec une campagne de calomnie initi&#233;e par des m&#233;dias proches du gouvernement &#187;, retrace la FIDH dans un &lt;a href=&#034;https://www.fidh.org/IMG/pdf/hungary_democracy_under_threat.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rapport&lt;/a&gt; sur la Hongrie. Les ONG, en particulier celles travaillant pour la d&#233;mocratie et contre les discriminations, sont accus&#233;es d'&#339;uvrer pour les partis politiques d'opposition. L'ann&#233;e suivante, un organisme gouvernemental lance une s&#233;rie d'audits sur les comptes des ONG hongroises ayant critiqu&#233; la politique d'Orban. La proc&#233;dure a donn&#233; lieu &#224; &#171; des op&#233;rations de police, &#224; la confiscation d'ordinateurs et de serveurs et &#224; de longues enqu&#234;tes, mais rien de p&#233;nalement r&#233;pr&#233;hensible n'avait &#233;t&#233; trouv&#233;, rel&#232;ve Amnesty. En octobre, une d&#233;cision de justice a enjoint &#224; l'Office gouvernemental de contr&#244;le (KEHI), cens&#233; &#234;tre ind&#233;pendant, de d&#233;voiler les arcanes de l'audit. Il a ainsi &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233; que cet audit avait &#233;t&#233; ordonn&#233; personnellement par le Premier ministre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pression sur les ONG ne s'est pas rel&#226;ch&#233;e depuis. Bien au contraire. D&#233;but avril, le gouvernement a d&#233;pos&#233; un projet de loi visant &#224; les obliger &#224; rendre publiques toutes leurs sources de financement provenant de l'&#233;tranger, ainsi que le nom de tous leurs donateurs. Le texte est proche de celui adopt&#233; en 2012 en Russie, classant les ONG recevant de l'argent de structures non-russes comme des &#171; agents de l'&#233;tranger &#187;... En Hongrie, les organisations recevant des financements ext&#233;rieurs, y compris en provenance de l'Union europ&#233;enne, devront inscrire sur leurs travaux la mention &#171; organisation civique financ&#233;e par l'&#233;tranger &#187;. &#171; C'est une loi taill&#233;e pour tuer les ONG d'un point de vue financier &#187;, analyse la d&#233;put&#233;e Marie-Christine Vergiat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les migrants syst&#233;matiquement enferm&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations qui tentent d'aider les migrants sont parmi les premi&#232;res vis&#233;es. &#171; Ce qui se passe en mati&#232;re de migration en Hongrie, c'est une honte pour l'Union europ&#233;enne, poursuit l'&#233;lue au Parlement europ&#233;en. Le pays place, syst&#233;matiquement, tous les migrants en d&#233;tention, y compris les demandeurs d'asile. &#187; Face &#224; la vague de r&#233;fugi&#233;s de 2015, la Hongrie d'Orban a r&#233;agi par l'installation d'une cl&#244;ture &#224; ses fronti&#232;res. Et par une violente r&#233;pression. En plus de la rh&#233;torique raciste qu'il cultive depuis des ann&#233;es, pr&#244;nant notamment l'id&#233;e d'une suppos&#233;e &lt;a href=&#034;http://www.courrierinternational.com/article/hongrie-viktor-orban-prone-lhomogeneite-ethnique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; homog&#233;n&#233;it&#233; ethnique &#187; hongroise&lt;/a&gt;, le Premier ministre a l&#233;gif&#233;r&#233; pour criminaliser les r&#233;fugi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui en Hongrie, le simple passage de la fronti&#232;re par des demandeurs d'asile est devenu un crime passible de trois ann&#233;es de prison. &#171; Une telle criminalisation viole l'article 31 de la Convention de 1951 (convention internationale sur les droits des r&#233;fugi&#233;s) &#187;, souligne la FIDH. Fin novembre, un ressortissant syrien a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; dix ans de prison pour des pr&#233;sum&#233;s &#171; actes de terrorisme &#187;. Il avait en fait forc&#233; une cl&#244;ture avec un groupe de migrants, un an plus t&#244;t &#224; la fronti&#232;re serbo-hongroise. Le &lt;a href=&#034;https://www.coe.int/fr/web/cpt/home&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comit&#233; europ&#233;en pour la pr&#233;vention de la torture&lt;/a&gt; et des associations actives localement font par ailleurs &#233;tat de mauvais traitements et de violences r&#233;currentes perp&#233;tr&#233;es par les forces de l'ordre hongroises contre les r&#233;fugi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le gouvernement a d&#233;pens&#233; plus de 20 millions d'euros en campagnes de communication pour d&#233;peindre les r&#233;fugi&#233;s et les migrants comme des criminels et des menaces pour la s&#233;curit&#233; nationale &#187;, ajoute Amnesty international. Dernier exemple : le r&#233;f&#233;rendum anti-immigration organis&#233; par Orban en octobre 2016, qui a finalement &#233;t&#233; invalid&#233; faute de participation. Ce r&#233;f&#233;rendum voulait s'opposer au processus de relocalisation des r&#233;fugi&#233;s mis en place par la Commission europ&#233;enne, qui devait pourtant &#224; l'origine permettre de relocaliser ailleurs en Europe une partie des nombreux r&#233;fugi&#233;s alors pr&#233;sents en Hongrie. Le d&#233;put&#233; europ&#233;en FN Nicolas Bay, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du parti, avait alors &lt;a href=&#034;http://www.frontnational.com/2015/05/victor-orban-donne-la-parole-a-son-peuple-sur-limmigration-une-lecon-de-democratie-a-tous-les-eurocrates/?doing_wp_cron=1493650789.5684850215911865234375&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;qualifi&#233;&lt;/a&gt; ce r&#233;f&#233;rendum de &#171; le&#231;on de d&#233;mocratie &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lib&#233;ralisme &#233;conomique et autoritarisme politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le de cette politique x&#233;nophobe et autoritaire, le gouvernement d'Orban lutte-t-il contre le pouvoir des banques et de la finance ? Prend-il des mesures de redistribution des richesses vers les travailleurs et les plus pauvres ? Pas du tout. La d&#233;rive d'Orban s'accompagne au contraire de g&#233;n&#233;reuses baisses d'imp&#244;t pour les entreprises. Fin 2016, le gouvernement hongrois a d&#233;cid&#233; d'abaisser l'imposition sur les soci&#233;t&#233;s de 19% &#224; 9%, ce qui en fait le plus bas d'Europe ! &lt;a href=&#034;http://www.euractiv.fr/section/euro-finances/news/la-hongrie-va-baisser-son-taux-dimposition-pour-seduire-les-multinationales&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une aubaine pour les multinationales&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'illib&#233;ralisme d'Orban, qui gagne du terrain en Europe, c'est le lib&#233;ralisme sur le plan &#233;conomique, et l'autoritarisme sur le plan de l'&#201;tat de droit. C'est ce que l'on peut imaginer de pire. Et c'est proche du programme du FN &#187;, souligne Marie-Christine Vergiat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En Pologne, main basse sur les m&#233;dias, attaque contre les droits des femmes et la justice&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Pologne, la situation est toute aussi pr&#233;occupante. &#171; Le pays a suivi le mod&#232;le hongrois. Mais ils ont &#233;t&#233; encore plus vite &#187;, constate Marie-Christine Vergiat. Le parti Droit et Justice (PiS), fond&#233; par les fr&#232;res Kaczynski, y r&#232;gne en ma&#238;tre depuis qu'il a obtenu la majorit&#233; absolue aux &#233;lections l&#233;gislatives de 2015. L&#224; encore, il s'est d'abord attaqu&#233; aux pouvoirs du tribunal constitutionnel, qui peut en principe bloquer les lois. Il a plac&#233; des fid&#232;les dans les m&#233;dias de l'audiovisuel public, il a tent&#233; de restreindre l'acc&#232;s du Parlement aux journalistes, et fondu la fonction de procureur g&#233;n&#233;ral dans le minist&#232;re de la Justice, remettant en cause l'ind&#233;pendance de la justice. Une mise au pas bien ordonn&#233;e des contre-pouvoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine de la culture, le gouvernent du PiS fait &#233;galement le m&#233;nage : en &#233;cartant les directeurs des institutions culturelles, des th&#233;&#226;tres, des centres culturels polonais &#224; l'&#233;tranger, pour y placer des proches, et promouvoir une vision nationaliste et conservatrice de l'art [1]. C'est encore une fois le mod&#232;le hongrois qui est suivi : &#224; peine arriv&#233; au pouvoir, Orban s'&#233;tait empress&#233; de placer deux figures de l'extr&#234;me droite n&#233;ofasciste et antis&#233;mite &#224; la t&#234;te du Nouveau th&#233;&#226;tre de Budapest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une loi adopt&#233;e en 2016 en Pologne, dite &#171; de lutte contre le terrorisme &#187;, a attribu&#233; de vastes pouvoirs &#224; l'Agence de s&#233;curit&#233; int&#233;rieure et donn&#233; une d&#233;finition tr&#232;s large des infractions li&#233;es au terrorisme. &#171; Les &#233;trangers &#233;taient particuli&#232;rement vis&#233;s dans cette loi, qui autorise leur surveillance secr&#232;te, y compris par des &#233;coutes et un contr&#244;le des communications &#233;lectroniques et des r&#233;seaux ou dispositifs de t&#233;l&#233;communications, en dehors de tout cadre judiciaire, et ce pendant trois mois &#187;, explique Amnesty. L&#224; aussi, le gouvernement surfe sur une rh&#233;torique ultra-x&#233;nophobe, et refuse d'accueillir ne serait que quelques milliers de demandeurs d'asile dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un FN qui fait peu de cas de l'&#201;tat de droit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les droits des femmes sont &#233;galement menac&#233;s. Ce n'est qu'apr&#232;s des mois de protestation que les Polonaises ont pouss&#233; le Parlement &#224; rejeter un projet de loi visant &#224; supprimer compl&#232;tement le droit &#224; l'avortement &#8211; qui est d&#233;j&#224; particuli&#232;rement restreint en Pologne &#8211; et criminalisant les femmes et m&#233;decins qui y auraient recours [2]. Les atteintes aux droits et libert&#233;s sont telles que la Commission europ&#233;enne a enclench&#233; en janvier 2016 une &#171; proc&#233;dure de sauvegarde de l'&#201;tat de droit &#187; &#224; l'encontre de Varsovie, un m&#233;canisme cens&#233; &#339;uvrer contre les d&#233;rives autoritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en disent les d&#233;put&#233;s FN au Parlement europ&#233;en ? L'&#233;lu &#201;douard Ferrand, chef de la d&#233;l&#233;gation fran&#231;aise du groupe d'extr&#234;me droite &#171; Europe des nations &#187;, a pr&#233;sent&#233; en r&#233;action une &lt;a href=&#034;http://www.frontnational.com/2016/01/resolution-du-groupe-enf-pour-soutenir-la-pologne-attaquee-dans-sa-souverainete-par-lunion-europeenne/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;solution&lt;/a&gt; pour &#171; soutenir la Pologne attaqu&#233;e dans sa souverainet&#233; &#187;. Sans un mot, &#233;videment, pour soutenir les femmes polonaises attaqu&#233;es dans leurs droits, la justice polonaise tenue en laisse, ni les r&#233;fugi&#233;s syst&#233;matiquement mis &#224; l'index.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rachel Knaebel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Voir ici. &lt;a href=&#034;http://www.ldh-france.org/feu-culture-les-medias-en-pologne-danuta-stolecka/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ldh-france.org/feu-culture-les-medias-en-pologne-danuta-stolecka/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Voir cet article. &lt;a href=&#034;http://mouvements.info/si-elles-veulent-samuser-quelles-samusent-la-victoire-amere-des-femmes-polonaises/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://mouvements.info/si-elles-veulent-samuser-quelles-samusent-la-victoire-amere-des-femmes-polonaises/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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