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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Les soul&#232;vements arabes de l'hiver 2010-2011 : une source d'inspiration mondiale</title>
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		<dc:date>2021-03-29T20:20:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julien Salingue</dc:creator>


		<dc:subject>La r&#233;volution arabe en marche</dc:subject>
		<dc:subject>La r&#233;volution arabe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-03-30</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La grande r&#233;volte de 2010-2011 fut un pr&#233;curseur d'autres soul&#232;vements &#224; l'&#233;chelle internationale, ouvrant une vague de contestation mondiale du capitalisme n&#233;olib&#233;ral autoritaire. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Europe solidaire sans fronti&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ann&#233;e 2011 s'&#233;tait ouverte avec les soul&#232;vements tunisien et &#233;gyptien, qui inspir&#232;rent rapidement d'autres populations de la r&#233;gion. Mais au-del&#224; de la zone Moyen-Orient-Afrique du Nord, d'autres s'empar&#232;rent des &#171; printemps arabes &#187;, d'abord pour exprimer leur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-La-revolution-arabe-en-marche-+" rel="tag"&gt;La r&#233;volution arabe en marche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-La-revolution-arabe-+" rel="tag"&gt;La r&#233;volution arabe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-03-30-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-03-30&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton47535-210d3.jpg?1781844089' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La grande r&#233;volte de 2010-2011 fut un pr&#233;curseur d'autres soul&#232;vements &#224; l'&#233;chelle internationale, ouvrant une vague de contestation mondiale du capitalisme n&#233;olib&#233;ral autoritaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article57370&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire sans fronti&#232;re&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 2011 s'&#233;tait ouverte avec les soul&#232;vements tunisien et &#233;gyptien, qui inspir&#232;rent rapidement d'autres populations de la r&#233;gion. Mais au-del&#224; de la zone Moyen-Orient-Afrique du Nord, d'autres s'empar&#232;rent des &#171; printemps arabes &#187;, d'abord pour exprimer leur solidarit&#233; avec les peuples en lutte, mais aussi pour se mobiliser &#224; leur tour, en &#233;cho aux premiers soul&#232;vements de l'hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des Indign&#233;Es &#224; Occupy Wall Street&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pense ici entre autres au mouvement des places, ou des Indign&#233;Es, en Europe, avec notamment la spectaculaire mobilisation du 15 mai 2011 &#224; Madrid. En octobre 2011, l'universitaire Bertrand Badie expliquait ainsi (lemonde.fr, 26 octobre 2011) : &#171; La correspondance est forte. Dans le temps d'abord. Le &#171; printemps arabe &#187; s'amorce en d&#233;cembre 2010, et les premiers fr&#233;missements d'un mouvement des &#171; indign&#233;s &#187; s'observent au Portugal et en Gr&#232;ce d&#232;s mars 2011 pour gagner toute leur visibilit&#233; &#224; partir du 15 mai en Espagne. Dans les formes, ensuite. On retrouve dans les deux cas le m&#234;me rejet explicite de toute organisation partisane des mobilisations, la m&#234;me m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard des professionnels de la politique quels qu'ils soient, le m&#234;me scepticisme &#224; l'&#233;gard des id&#233;ologies&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'on pense &#233;galement au mouvement Occupy, avec notamment sa principale d&#233;clinaison &#224; Wall Street, lanc&#233; en septembre 2011, qui affirmait alors sur son site : &#171; Nous sommes les 99 % de la population qui ne tol&#233;rons plus la rapacit&#233; et la corruption des 1 % restants. Nous nous servons des tactiques r&#233;volutionnaires du Printemps arabe pour arriver &#224; nos fins et nous encourageons l'usage de la non-violence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un mouvement mondial &#171; synchronis&#233; mais non coordonn&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si les mobilisations ont pris des formes diverses et ont connu des trajectoires tr&#232;s diff&#233;rentes, entre autres en raison des contextes socio-politiques nationaux, les ph&#233;nom&#232;nes d'identification se sont reproduits et amplifi&#233;s au cours des ann&#233;es qui ont suivi, avec le d&#233;veloppement d'un mouvement mondial &#171; synchronis&#233; mais non coordonn&#233; &#187;, selon la foule de notre camarade Dan La Botz, remettant en cause le capitalisme n&#233;olib&#233;ral-autoritaire : &#171; Quand les Catalans sont all&#233;s bloquer l'a&#233;roport de Barcelone le 14 octobre [2019], ils ont affirm&#233; s'inspirer des m&#233;thodes de Hong Kong. Qui en retour a vu s'afficher, par solidarit&#233;, le 24 octobre [2019], en plein centre-ville, des centaines de drapeaux catalans brandis par des manifestants pour d&#233;noncer &#171; le m&#234;me destin tragique &#187; &#187; [1]. Gilets jaunes au Liban ou en Irak, parapluies &#224; Paris, masques de Guy Fawkes, de Dali ou du Joker un peu partout, techniques de r&#233;sistance &#224; la r&#233;pression qui voyagent de l'&#201;gypte aux &#201;tats-Unis, de Hong Kong au Chili : des r&#233;voltes interconnect&#233;es, qui se regardent, se nourrissent et se soutiennent symboliquement, face &#224; des gouvernements adeptes des m&#234;mes politiques aust&#233;ritaires et r&#233;pressives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix ans apr&#232;s, nous ne devons pas l'oublier : les soul&#232;vements arabes de l'hiver 2010-2011 furent, alors que les effets d&#233;sastreux de la crise de 2008-2009 se faisaient de plus en plus sentir, l'expression de la possibilit&#233;, et m&#234;me de la n&#233;cessit&#233;, de se r&#233;volter contre un ordre injuste, et une source d'inspiration et de fiert&#233; pour les opprim&#233;Es et les exploit&#233;Es du monde entier. &#192; l'occasion du dixi&#232;me anniversaire de ces soul&#232;vements, le meilleur hommage que l'on puisse rendre aux insurg&#233;Es martyrs et &#224; toutes celles et tous ceux qui continuent de se battre dans l'adversit&#233;, est de demeurer intransigeants quant &#224; notre anti-imp&#233;rialisme, notre internationalisme et notre solidarit&#233; avec les peuples en lutte, mais aussi et surtout d'amplifier notre combat, ici et maintenant, pour un monde meilleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julien Salingue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Nicolas Bourcier, &#171; Alg&#233;rie, Liban, Irak, Chili, Hongkong... La contestation est mondiale &#187;, lemonde.fr, 8 novembre 2019.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Les r&#233;voltes arabes de 2011 au fil de l'histoire</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-revoltes-arabes-de-2011-au-fil-de-l-histoire</link>
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		<dc:date>2021-03-23T07:17:55Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aya Khalil, Georges Corm</dc:creator>


		<dc:subject>La r&#233;volution arabe en marche</dc:subject>
		<dc:subject>La r&#233;volution arabe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-03-23</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Parce que le temps social &#8211; toujours pluriel et souvent contradictoire &#8211; ne peut souffrir qu'on l'ampute du lent mouvement de la longue histoire, nous avons rencontr&#233;, &#224; l'occasion des dix ans des r&#233;voltes arabes de 2011, l'historien et &#233;conomiste Georges Corm. Figure intellectuelle et progressiste majeure, sp&#233;cialiste du monde arabe, Georges Corm est l'auteur d'une &#339;uvre prolifique. Parmi ses ouvrages, l'incontournable Le Proche-Orient &#233;clat&#233; (1956-2012) (Gallimard, 1983), Orient-Occident, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton47385-7c6bc.jpg?1781844090' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Parce que le temps social &#8211; toujours pluriel et souvent contradictoire &#8211; ne peut souffrir qu'on l'ampute du lent mouvement de la longue histoire, nous avons rencontr&#233;, &#224; l'occasion des dix ans des r&#233;voltes arabes de 2011, l'historien et &#233;conomiste Georges Corm. Figure intellectuelle et progressiste majeure, sp&#233;cialiste du monde arabe, Georges Corm est l'auteur d'une &#339;uvre prolifique. Parmi ses ouvrages, l'incontournable Le Proche-Orient &#233;clat&#233; (1956-2012) (Gallimard, 1983), Orient-Occident, la fracture imaginaire (La D&#233;couverte, 2002), Le Liban contemporain (La D&#233;couverte, 2003), ou encore La Nouvelle Question d'Orient (La D&#233;couverte, 2017).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article57248&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire sans fronti&#232;re&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;f&#233;rence au printemps des peuples europ&#233;ens de 1848, les r&#233;voltes de 2011 seront vite d&#233;sign&#233;es par le terme de &#171; Printemps arabe &#187;, autant par les commentateurs occidentaux que ceux du monde arabe. Si l'analogie avec 1848 a pour m&#233;rite d'inscrire la s&#233;quence r&#233;volutionnaire arabe dans le temps long de l'histoire, elle rend moins &#233;vidente sa g&#233;n&#233;alogie avec les mouvements d'ind&#233;pendance et de lib&#233;ration nationale des ann&#233;es 1950 et 1960. Comment peut-on penser les soul&#232;vements arabes de 2011 au fil de l'histoire des r&#233;voltes populaires arabes ? Quelles sont les continuit&#233;s et les ruptures ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement, je n'aime pas l'expression de &#171; Printemps arabe &#187;. C'est une expression import&#233;e d'une histoire diff&#233;rente du continent europ&#233;en, et qui emp&#234;che d'envisager l'historicit&#233; plus imm&#233;diate de ces r&#233;voltes. Je pr&#233;f&#232;re donc parler des &#171; r&#233;voltes arabes de 2011 &#187;, qui ont ouvert une nouvelle p&#233;riode de l'histoire arabe. Par ailleurs, je suis &#233;tonn&#233; de constater l'omission r&#233;currente dans les productions acad&#233;miques occidentales de l'influence de ces r&#233;voltes sur les soul&#232;vements qui les ont suivis de l'autre c&#244;t&#233; de la M&#233;diterran&#233;e. Les Indign&#233;s en Espagne, en Gr&#232;ce, jusqu'aux &#201;tats-Unis avec Occupy Wall Street&#8230; Ce type d'omission est r&#233;v&#233;lateur de la permanence en Occident d'une vision essentialisante du monde arabe, et ce malgr&#233; l'existence de courants universitaires postcoloniaux ou postmodernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne donc la g&#233;n&#233;alogie historique de ces r&#233;voltes, on peut dans un premier temps faire le lien avec les grands mouvements populaires de l'&#233;poque nass&#233;rienne. Gamal Abdel Nasser dont on a f&#234;t&#233; il y a trois mois le cinquanti&#232;me anniversaire de son d&#233;c&#232;s a &#233;t&#233; une figure majeure de l'histoire contemporaine arabe et mondiale. Il a incarn&#233; la lutte anticoloniale et tiersmondiste avec une force d'autant plus grande qu'elle puisait sa source dans la volont&#233; populaire. Les rassemblements gigantesques qui ont marqu&#233; l'&#233;pop&#233;e nass&#233;rienne n'&#233;taient pas de nature contestataire, mais ils sont int&#233;ressants &#224; &#233;voquer puisqu'ils montraient des peuples arabes en mouvement qui appelaient &#224; la lutte et &#224; la r&#233;sistance, dans une relation d'osmose avec Nasser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on remonte plus loin, au IXe si&#232;cle, on peut &#233;voquer les Qarmates qui sont &#224; l'origine d'un grand mouvement de protestation r&#233;unissant intellectuels, travailleurs des villes et paysans s'&#233;tendant jusqu'au Bahre&#239;n, Oman et le Yemen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, bien s&#251;r, il y a la longue s&#233;quence des luttes anticoloniales auxquelles ont massivement particip&#233; les peuples d&#232;s la fin du 19e si&#232;cle et ce dans l'ensemble du monde arabe (&#224; l'exception de la p&#233;ninsule arabique, qui est un cas particulier). En Alg&#233;rie contre l'invasion puis l'occupation fran&#231;aise, en &#201;gypte contre l'occupation britannique, puis entre 1920 et 1940 en Syrie et au Liban contre le colonialisme fran&#231;ais et son projet de tron&#231;onnage de la Syrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens rapidement sur cet &#233;pisode tant il a d&#233;termin&#233; les conflits futurs de la r&#233;gion. La France avait d&#233;tach&#233; le Liban de la Syrie et, suite &#224; cela, elle comptait cr&#233;er de toute pi&#232;ce un &#201;tat alaouite, un &#201;tat druze, un &#201;tat d'Alep, etc, &#224; l'encontre de la volont&#233; des peuples de la Syrie g&#233;ographique qui souhaitaient leur ind&#233;pendance dans un &#201;tat syrien uni comprenant la Syrie actuelle, le Liban et la Palestine. En 1925, une insurrection populaire se d&#233;clenche contre le mandat fran&#231;ais et pour l'ind&#233;pendance d'une Syrie arabe unie. La France la r&#233;prima de mani&#232;re extr&#234;mement brutale, par des bombardements f&#233;roces sur Damas et le Jabal druze. Puis, pourtant cens&#233;e &#234;tre fille a&#238;n&#233;e de l'&#201;glise, elle c&#233;da &#224; la Turquie en 1939 la r&#233;gion syrienne d'Antioche, berceau historique des &#201;glises naissantes. Je pense qu'il reste des traces tr&#232;s fortes de cette p&#233;riode du mandat dans l'actuelle politique de la France &#224; l'&#233;gard de la Syrie. D'une certaine fa&#231;on, la France ne pardonne pas &#224; la Syrie de lui avoir tant tenu t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;voltes de 2011 ne sont pas directement anticoloniales ou antiimp&#233;rialistes. Cependant, la &#171; libert&#233; &#187; et la &#171; dignit&#233; &#187; qui revenaient souvent dans les slogans des manifestants doivent s'entendre dans la continuit&#233; des luttes anticoloniales, comme des revendications de lib&#233;ration collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui connait votre &#339;uvre sait l'importance que vous donnez &#224; la dialectique de la fragmentation et de l'unit&#233; dans l'histoire de la r&#233;gion arabe depuis la chute de l'Empire ottoman. Que ce soit dans votre monumental Le Proche-Orient &#233;clat&#233; (1956-2012) [1], ou dans l'un de vos derniers ouvrages Pens&#233;e et politique dans le monde arabe [2], il s'agit &#224; chaque fois d'examiner la fa&#231;on dont cette dialectique structure la vie politique et intellectuelle de la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1983, vous parliez de &#171; balkanisation &#187; du Proche-Orient, entendu comme le travail des imp&#233;rialismes europ&#233;ens puis &#233;tasunien(-isra&#233;lien) visant &#224; d&#233;pecer la r&#233;gion sur des crit&#232;res ethniques et religieux selon la c&#233;l&#232;bre devise : diviser pour mieux r&#233;gner. Alors que cette vague de protestations semblait rassembler les soci&#233;t&#233;s arabes dans une unit&#233; de destin, comment la dynamique de la fragmentation a-t-elle (une fois encore) pris le dessus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dynamique de la fragmentation fait partie de tout groupement humain, mais en tant que th&#233;matique elle est particuli&#232;rement pr&#233;sente dans la culture arabe, avec le terme de &#171; fitna &#187; qui se traduit en fran&#231;ais par d&#233;sordre et antagonisme &#224; la fois. L'histoire des Arabes est rythm&#233;e par cette dialectique constante entre l'appel &#224; l'unit&#233; et l'appel &#224; la dissidence ; dialectique qui a commenc&#233; tr&#232;s t&#244;t ainsi que le montre Hichem Dja&#239;t dans son livre La grande discorde [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la fragmentation (ou la balkanisation) du Proche-Orient, qui a longtemps fait l'objet de mes travaux, rel&#232;ve de dynamiques exog&#232;nes. Elle trouve ses racines dans les d&#233;coupages coloniaux de la fin de la Premi&#232;re guerre mondiale. Lorsque l'Empire ottoman s'effondre, le mouvement d'unit&#233; arabe &#233;tait alors puissant. Il a &#233;t&#233; bris&#233; par la pr&#233;sence militaire des colonialismes europ&#233;ens et leur d&#233;pe&#231;age de la r&#233;gion en entit&#233;s politiques plus ou moins viables, sur des bases ethniques et confessionnelles, et aux dimensions territoriales et d&#233;mographiques vari&#233;es. Le nom de la Syrie en arabe c'est Bilad As-Sham, Pays de Damas (au pluriel) &#8211; appellation magnifique qui illustre &#224; elle seule la conception plurielle et inclusive du sentiment d'appartenance des peuples de la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le rappelle souvent : d&#232;s 1840, avant m&#234;me la naissance du mouvement sioniste, les Britanniques pr&#233;conisaient de convaincre les citoyens anglais de confession juive de s'installer en Palestine pour contrebalancer l'influence fran&#231;aise en M&#233;diterran&#233;e de l'Est, une des r&#233;gions les plus strat&#233;giques du monde car elle est la route vers les Indes. La D&#233;claration Balfour ensuite en 1917, et le soutien europ&#233;en et &#233;tasunien vibrant au sionisme plus g&#233;n&#233;ralement, s'inscrit dans le cadre du contr&#244;le colonial du monde arabe. Du point de vue de la fragmentation, la seule cr&#233;ation d'Isra&#235;l a coup&#233; g&#233;ographiquement le Maghreb arabe du Machrek arabe, et l'&#201;gypte de la Syrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais pourquoi les colonialismes europ&#233;ens auraient admis &#224; la fin de la Premi&#232;re guerre mondiale les formations d'un grand &#201;tat turc et d'un grand &#201;tat iranien, et pas celle d'un grand &#201;tat arabe ? C'est une opposition que vous notez dans votre livre Pens&#233;e et politique dans le monde arabe, je vous cite : &#171; Cette fragmentation contraste comme on l'a vu avec la reconstitution d'un &#201;tat turc moderne d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1920, arc-bout&#233; sur le vaste territoire anatolien et ses fa&#231;ades maritimes en M&#233;diterran&#233;e et en mer Noire. Elle contraste aussi avec la continuit&#233; de l'&#201;tat iranien &#187; (p.133)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, la Turquie et l'Iran &#233;taient des entit&#233;s politiques massives et unies &#224; la fin du 19e si&#232;cle. Ensuite, Ataturk a r&#233;alis&#233; une r&#233;volution modernisante, brutale certes, mais qui a chass&#233; militairement les envahisseurs occidentaux du territoire turc. En comparaison, l'espace social arabe ne constituait plus une entit&#233; politique unie et coh&#233;rente depuis des si&#232;cles. L'&#201;gypte avait maintenu une certaine coh&#233;sion sur les bases de l'&#201;tat pharaonique lui permettant d'arracher une certaine autonomie politique durant la p&#233;riode mamelouke, mais cela restait fragile. Or, au d&#233;but du 20e si&#232;cle, se former en &#201;tat-nation exigeait &#224; la fois un certain degr&#233; de totalisation au sein d'un territoire donn&#233;, et les moyens de se d&#233;fendre contre le colonialisme europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au reste, ces politiques coloniales de fragmentation de la r&#233;gion ne se sont &#233;videmment pas poursuivies sans heurts. Les populations ont r&#233;sist&#233; autant que faire se peut &#224; cette dynamique. C'est d'ailleurs de ces r&#233;sistances continues qu'ont &#233;merg&#233; dans les ann&#233;es 1950 et 1960 les mouvements radicaux antiimp&#233;rialistes. De fait, la lutte anticoloniale a redynamis&#233; le panarabisme sous diff&#233;rentes variantes (baathiste, nass&#233;rienne, marxisante&#8230;). En 1958, l'&#201;gypte de Nasser et la Syrie baathiste d&#233;cident de ne faire qu'un seul &#201;tat &#8211; la R&#233;publique arabe unie. Une tentative qui n'a pas tenue pour un tas de raisons, mais qui refl&#233;tait la forte volont&#233; populaire de s'unir dans un projet &#233;mancipateur. Or, l'imp&#233;rialisme occidental n'a eu qu'un objectif : casser ce mouvement d'unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une guerre redoutable a &#233;t&#233; men&#233;e contre le panarabisme par des agressions militaires directes d'une part, et par l'instrumentalisation des mouvances islamistes d'autre part. Des ressources financi&#232;res immenses ont &#233;t&#233; d&#233;ploy&#233;es pour propager le wahhabisme saoudien afin de contrer le panarabisme socialisant, dans le contexte de la guerre froide. Et cette guerre se poursuit aujourd'hui encore. L'imp&#233;rialisme occidental ne tol&#232;re pas la pr&#233;sence de grands &#201;tats arabes qui ne lui soient pas assujettis sur les plans &#233;conomique et politique ; la non-suj&#233;tion &#224; l'imp&#233;rialisme se traduisant par le refus de la normalisation avec Isra&#235;l. L'invasion de l'Irak en 2003 et la guerre de Syrie quelques ann&#233;es apr&#232;s ont eu pour cons&#233;quence l'implosion de ces &#201;tats, avec le d&#233;veloppement des logiques tribales et r&#233;gionales qui en d&#233;coule. Que Daech ait pu se constituer et s'&#233;tendre ainsi est le produit d'une longue histoire d'instrumentalisation des mouvements islamistes par l'imp&#233;rialisme occidental ; histoire dont est &#233;galement issu Oussama Ben Laden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les r&#233;voltes arabes ont provoqu&#233; des reconfigurations politiques diff&#233;rentes d'un pays &#224; l'autre. Les tyrans &#224; la t&#234;te de l'&#201;gypte et de la Tunisie ont pris leurs jambes &#224; leur cou, quand dans d'autres pays des conflits arm&#233;s extr&#234;mement violents ont &#233;clat&#233;. Comment les soul&#232;vements populaires de 2011 ont-ils agi sur les crises que traversaient les &#201;tats arabes ? En quoi se sont-ils heurt&#233;s aux antagonismes g&#233;opolitiques structurels ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la Syrie, j'aimerais rappeler la d&#233;claration de l'ancien ministre des affaires &#233;trang&#232;res fran&#231;aises Laurent Fabius en 2012 : &#171; Al Nosra fait du bon boulot en Syrie &#187;. Pendant au moins deux ans, de 2011 &#224; 2013, par un tour de passe-passe discursif et id&#233;ologique &#233;tonnant, les mouvements jihadistes terroristes &#233;taient devenus des mouvements de lib&#233;ration de la Syrie dans les grands m&#233;dias occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre cela, s&#251;rement est-il utile de rappeler le contexte d'alors. Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, une offensive imp&#233;rialiste men&#233;e par le couple franco-&#233;tasunien fut lanc&#233;e contre le r&#233;gime syrien pour son soutien au Hezbollah et son alliance avec l'Iran. En octobre 2003, soit quelques mois apr&#232;s le d&#233;clenchement de la guerre d'Irak, Bush adopte le Syria Accountability and Lebanese Sovereignty Restoration Act (SALSRA) qui accuse le r&#233;gime syrien de &#171; soutenir le terrorisme international &#187; et pr&#233;voit des sanctions si la Syrie poursuivait la politique d&#233;nonc&#233;e. Le mois suivant, Bush explique qu'il s'agit de cr&#233;er un nouveau Moyen-Orient, avec des r&#233;gimes arabes appel&#233;s &#224; devenir &#171; d&#233;mocratiques &#187; et &#224; partager les &#171; valeurs &#187; de l'Occident, parmi lesquelles le souci de la s&#233;curit&#233; d'Isra&#235;l, ce qui implique la normalisation. En 2008, Sarkozy tente une autre approche : faire adh&#233;rer la Syrie &#224; l'Union pour la M&#233;diterran&#233;e, esp&#233;rant par l&#224; que le r&#233;gime changerait son positionnement g&#233;ostrat&#233;gique. Or, les r&#233;sultats escompt&#233;s n'ont pas suivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le r&#233;gime syrien porte une lourde responsabilit&#233; dans la fa&#231;on dont les choses ont d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; et dans la propagation de pratiques particuli&#232;rement violentes, cela ne fait aucun doute. Par ailleurs, sur le plan &#233;conomique, le gouvernement syrien avait commis une erreur consid&#233;rable dans les ann&#233;es 2000 en engageant le pays vers des politiques n&#233;olib&#233;rales. Par la voix de son vice-premier ministre des affaires &#233;conomiques, Al-Dardari, il avait diminu&#233; les subventions &#224; l'agriculture, alors qu'elle &#233;tait affect&#233;e par la s&#233;cheresse et qu'elle repr&#233;sentait un des secteurs &#233;conomiques cl&#233; de la Syrie lui assurant &#8211; et ce n'est pas rien &#8211; son autosuffisance alimentaire. De plus, le gouvernement avait inconsid&#233;r&#233;ment conclu un accord de libre-&#233;change avec la Turquie dont l'&#233;conomie &#233;tait beaucoup plus avanc&#233;e ; cela a permis par la suite &#224; la Turquie de devenir un acteur majeur &#224; l'int&#233;rieur de la Syrie. Cette orientation n&#233;olib&#233;rale du r&#233;gime syrien, pensant ainsi se rapprocher des puissances occidentales, n'a &#233;videmment pas permis de r&#233;pondre &#224; la tr&#232;s forte pression d&#233;mographique et aux besoins des habitants, bien au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les manifestations commencent en mars 2011, l'agitation occidentale en faveur d'un changement de r&#233;gime en Syrie s'inscrivait dans le cadre de l'offensive imp&#233;rialiste ; il n'&#233;tait aucunement question de soutenir les Syriens dans leur qu&#234;te de justice sociale et d'une vie politique d&#233;mocratique. La multiplication des conf&#233;rences internationales et les d&#233;clarations am&#233;ricaines et fran&#231;aises ont confirm&#233; l'instrumentalisation des manifestations populaires pour faire valoir des agendas g&#233;opolitiques qui n'ont rien &#224; voir avec les revendications des Syriens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Libye, un tout autre sc&#233;nario s'est jou&#233;. Le r&#233;gime libyen &#233;tait lui aussi autoritaire, voire dictatorial, d'o&#249; la col&#232;re populaire, mais la redistribution des revenus issus de l'exploitation du p&#233;trole permettait un niveau de vie digne aux Libyens, ainsi qu'aux &#201;gyptiens et aux Tunisiens qui travaillaient en Libye. Si Khadafi est tomb&#233; aussi vite, c'est tout simplement parce qu'il y a eu une campagne de bombardements massifs de l'OTAN dont l'objectif principal &#233;tait d'&#233;liminer Kadhafi. Rien ne peut r&#233;sister &#224; cela. Sarkozy souhaitait &#233;touffer l'affaire du financement de sa campagne &#233;lectorale, et au passage mettre la main sur les ressources du pays. Cela a justifi&#233; que sans scrupules un pays soit d&#233;truit, avec les cons&#233;quences terribles que l'on connait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, pour ce qui est de la Tunisie et de l'&#201;gypte, un facteur fondamental a pr&#233;cipit&#233; la chute de ces r&#233;gimes : le positionnement de l'arm&#233;e. Il faudrait sans doute proc&#233;der &#224; une analyse plus approfondie des liens entre les r&#233;gimes de ces &#201;tats avec leurs arm&#233;es. Grosso modo, dans les deux cas, la pression &#233;norme des r&#233;voltes populaires a soit cr&#233;&#233; soit exacerb&#233; la dissension entre les arm&#233;es et les r&#233;gimes de telle sorte que &#8211; &#224; un moment donn&#233; &#8211; les arm&#233;es ont l&#226;ch&#233; les r&#233;gimes. Ce facteur est d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nombre d'intellectuels conviennent que le panarabisme socialisant est d&#233;sormais r&#233;volu, en tant qu'&#233;poque et en tant qu'id&#233;e. Qu'on date sa disparition &#224; 1967, 1970 ou 1982, une sorte de proc&#232;s permanent en souligne les erreurs ; erreurs qui seraient inh&#233;rentes &#224; l'id&#233;e elle-m&#234;me. C'est un ph&#233;nom&#232;ne qui se rapproche sensiblement de la condamnation du communisme &#224; partir des ann&#233;es 1980. Il n'est plus bon de s'en revendiquer : communisme ou panarabisme appartiendraient &#224; des &#233;poques pass&#233;es. Pourtant, les constats sociaux et politiques au principe du panarabisme restent relativement actuels&#8230; Quels seraient selon vous les contours d'un nouveau panarabisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas en la d&#233;faite ou en la r&#233;signation des peuples. L'id&#233;e panarabe contemporaine fait son chemin dans le monde arabe depuis la fin du 19e si&#232;cle, elle condense des aspirations populaires tr&#232;s vives et tr&#232;s anciennes de lib&#233;ration et d'unit&#233;. Lorsque Isra&#235;l officialise en 1948 le rapt de la Palestine, les peuples du Maghreb et du Machrek se sont sentis directement concern&#233;s et ont particip&#233; comme ils pouvaient &#224; une guerre qui &#233;tait perdue d'avance. Lorsque Nasser redonne vie au panarabisme &#224; partir de 1956, les peuples arabes sont spontan&#233;ment avec lui. Lib&#233;rer les territoires occup&#233;s, assurer l'ind&#233;pendance politique et &#233;conomique face &#224; l'imp&#233;rialisme occidental et &#233;difier une &#233;conomie socialisante &#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale restaient les seuls recours possibles aux peuples arabes pour sortir du marasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'unit&#233; arabe doit &#234;tre pens&#233;e sous la forme concr&#232;te de f&#233;d&#233;ration, et non pas d'&#201;tat-nation. Je pense que ce qui manque actuellement c'est un pays phare qui puisse &#234;tre pr&#233;sent et actif sur la sc&#232;ne arabe, comme ont pu l'&#234;tre par exemple l'&#201;gypte, ou l'Alg&#233;rie &#224; sa suite puisque l'&#201;gypte de Sadate fut expuls&#233;e de la Ligue arabe durant plusieurs ann&#233;es pour avoir sign&#233; la paix avec Isra&#235;l par l'accord de Camp David.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprenez qu'il y a en tout cas un lien indestructible entre les Arabes : leur langue. Vous avez beau fragmenter, appuyer les clivages communautaires ou religieux, il reste qu'une langue rassemble ces peuples. La langue arabe est le r&#233;servoir de la culture collective ; il suffit de constater combien les chansons, po&#232;mes et romans circulent d'un bout &#224; l'autre des pays de la r&#233;gion. Les intellectuels arabes se connaissent tous, de l'Irak au Maroc en passant par le Liban ; ils se lisent et discutent leurs travaux. Nous avons &#233;galement le Centre des &#233;tudes pour l'unit&#233; arabe et l'Institut d'&#233;tudes palestiniennes &#224; Beyrouth qui sont deux lieux de la pens&#233;e nationale arabe. Ils font un travail formidable de publication : on parle de plusieurs centaines de revues, ouvrages, essais publi&#233;s, qui pr&#233;sentent des analyses sociales et politiques sur le monde arabe sous de multiples angles, et assurent une conservation de la m&#233;moire. Ces institutions organisent de surcro&#238;t des conf&#233;rences et des colloques acad&#233;miques dans les capitales arabes permettant aux intellectuels de se rencontrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, et surtout, il y a la Palestine : elle f&#233;d&#232;re les sentiments panarabes. Et je ne crois pas qu'il soit possible d'&#233;touffer la question palestinienne, quelques soient les moyens d&#233;ploy&#233;s, parmi eux la normalisation des relations entre Isra&#235;l et les petites royaut&#233;s b&#233;douines de la P&#233;ninsule arabique. &#192; cet &#233;gard, je trouve la r&#233;sistance palestinienne r&#233;ellement admirable. C'est en d&#233;finitive &#224; partir de la Palestine que se dessineront les contours d'un nouveau panarabisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georges Corm&lt;br class='autobr' /&gt;
Aya Khalil&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Les r&#233;voltes arabes de 2011 au fil de l'histoire. Entretien avec Georges Corm</title>
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		<dc:date>2021-03-02T07:13:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Georges Corm</dc:creator>


		<dc:subject>La r&#233;volution arabe en marche</dc:subject>
		<dc:subject>La r&#233;volution arabe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-03-02</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Parce que le temps social &#8211; toujours pluriel et souvent contradictoire &#8211; ne peut souffrir qu'on l'ampute du lent mouvement de la longue histoire, nous avons rencontr&#233;, &#224; l'occasion des dix ans des r&#233;voltes arabes de 2011, l'historien et &#233;conomiste Georges Corm. Figure intellectuelle et progressiste majeure, sp&#233;cialiste du monde arabe, Georges Corm est l'auteur d'une oeuvre prolifique. Parmi ses ouvrages, l'incontournable Le Proche-Orient &#233;clat&#233; (1956-2012) (Gallimard, 1983), Orient-Occident, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-La-revolution-arabe-en-marche-+" rel="tag"&gt;La r&#233;volution arabe en marche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-La-revolution-arabe-+" rel="tag"&gt;La r&#233;volution arabe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-03-02-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-03-02&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH87/arton47053-c263a.png?1781844091' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Parce que le temps social &#8211; toujours pluriel et souvent contradictoire &#8211; ne peut souffrir qu'on l'ampute du lent mouvement de la longue histoire, nous avons rencontr&#233;, &#224; l'occasion des dix ans des r&#233;voltes arabes de 2011, l'historien et &#233;conomiste Georges Corm. Figure intellectuelle et progressiste majeure, sp&#233;cialiste du monde arabe, Georges Corm est l'auteur d'une oeuvre prolifique. Parmi ses ouvrages, l'incontournable Le Proche-Orient &#233;clat&#233; (1956-2012) (Gallimard, 1983), Orient-Occident, la fracture imaginaire (La D&#233;couverte, 2002), Le Liban contemporain (La D&#233;couverte, 2003), ou encore La Nouvelle Question d'Orient (La D&#233;couverte, 2017).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/revoltes-arabes-histoire-monde-arabe-entretien-corm/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En r&#233;f&#233;rence au printemps des peuples europ&#233;ens de 1848, les r&#233;voltes de 2011 seront vite d&#233;sign&#233;es par le terme de &#171; Printemps arabe &#187;, autant par les commentateurs occidentaux que ceux du monde arabe. Si l'analogie avec 1848 a pour m&#233;rite d'inscrire la s&#233;quence r&#233;volutionnaire arabe dans le temps long de l'histoire, elle rend moins &#233;vidente sa g&#233;n&#233;alogie avec les mouvements d'ind&#233;pendance et de lib&#233;ration nationale des ann&#233;es 1950 et 1960. Comment peut-on penser les soul&#232;vements arabes de 2011 au fil de l'histoire des r&#233;voltes populaires arabes ? Quelles sont les continuit&#233;s et les ruptures ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement, je n'aime pas l'expression de &#171; Printemps arabe &#187;. C'est une expression import&#233;e d'une histoire diff&#233;rente du continent europ&#233;en, et qui emp&#234;che d'envisager l'historicit&#233; plus imm&#233;diate de ces r&#233;voltes. Je pr&#233;f&#232;re donc parler des &#171; r&#233;voltes arabes de 2011 &#187;, qui ont ouvert une nouvelle p&#233;riode de l'histoire arabe. Par ailleurs, je suis &#233;tonn&#233; de constater l'omission r&#233;currente dans les productions acad&#233;miques occidentales de l'influence de ces r&#233;voltes sur les soul&#232;vements qui les ont suivis de l'autre c&#244;t&#233; de la M&#233;diterran&#233;e. Les Indign&#233;s en Espagne, en Gr&#232;ce, jusqu'aux &#201;tats-Unis avec Occupy Wall Street&#8230; Ce type d'omission est r&#233;v&#233;lateur de la permanence en Occident d'une vision essentialisante du monde arabe, et ce malgr&#233; l'existence de courants universitaires postcoloniaux ou postmodernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne donc la g&#233;n&#233;alogie historique de ces r&#233;voltes, on peut dans un premier temps faire le lien avec les grands mouvements populaires de l'&#233;poque nass&#233;rienne. Gamal Abdel Nasser dont on a f&#234;t&#233; il y a trois mois le cinquanti&#232;me anniversaire de son d&#233;c&#232;s a &#233;t&#233; une figure majeure de l'histoire contemporaine arabe et mondiale. Il a incarn&#233; la lutte anticoloniale et tiersmondiste avec une force d'autant plus grande qu'elle puisait sa source dans la volont&#233; populaire. Les rassemblements gigantesques qui ont marqu&#233; l'&#233;pop&#233;e nass&#233;rienne n'&#233;taient pas de nature contestataire, mais ils sont int&#233;ressants &#224; &#233;voquer puisqu'ils montraient des peuples arabes en mouvement qui appelaient &#224; la lutte et &#224; la r&#233;sistance, dans une relation d'osmose avec Nasser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on remonte plus loin, au IX&#232;me si&#232;cle, on peut &#233;voquer les Qarmates qui sont &#224; l'origine d'un grand mouvement de protestation r&#233;unissant intellectuels, travailleurs des villes et paysans s'&#233;tendant jusqu'au Bahre&#239;n, Oman et le Yemen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, bien s&#251;r, il y a la longue s&#233;quence des luttes anticoloniales auxquelles ont massivement particip&#233; les peuples d&#232;s la fin du 19&#232;me si&#232;cle et ce dans l'ensemble du monde arabe (&#224; l'exception de la p&#233;ninsule arabique, qui est un cas particulier). En Alg&#233;rie contre l'invasion puis l'occupation fran&#231;aise, en &#201;gypte contre l'occupation britannique, puis entre 1920 et 1940 en Syrie et au Liban contre le colonialisme fran&#231;ais et son projet de tron&#231;onnage de la Syrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens rapidement sur cet &#233;pisode tant il a d&#233;termin&#233; les conflits futurs de la r&#233;gion. La France avait d&#233;tach&#233; le Liban de la Syrie et, suite &#224; cela, elle comptait cr&#233;er de toute pi&#232;ce un &#201;tat alaouite, un &#201;tat druze, un &#201;tat d'Alep, etc, &#224; l'encontre de la volont&#233; des peuples de la Syrie g&#233;ographique qui souhaitaient leur ind&#233;pendance dans un &#201;tat syrien uni comprenant la Syrie actuelle, le Liban et la Palestine. En 1925, une insurrection populaire se d&#233;clenche contre le mandat fran&#231;ais et pour l'ind&#233;pendance d'une Syrie arabe unie. La France la r&#233;prima de mani&#232;re extr&#234;mement brutale, par des bombardements f&#233;roces sur Damas et le Jabal druze. Puis, pourtant cens&#233;e &#234;tre fille a&#238;n&#233;e de l'&#201;glise, elle c&#233;da &#224; la Turquie en 1939 la r&#233;gion syrienne d'Antioche, berceau historique des &#201;glises naissantes. Je pense qu'il reste des traces tr&#232;s fortes de cette p&#233;riode du mandat dans l'actuelle politique de la France &#224; l'&#233;gard de la Syrie. D'une certaine fa&#231;on, la France ne pardonne pas &#224; la Syrie de lui avoir tant tenu t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;voltes de 2011 ne sont pas directement anticoloniales ou antiimp&#233;rialistes. Cependant, la &#171; libert&#233; &#187; et la &#171; dignit&#233; &#187; qui revenaient souvent dans les slogans des manifestants doivent s'entendre dans la continuit&#233; des luttes anticoloniales, comme des revendications de lib&#233;ration collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui connait votre &#339;uvre sait l'importance que vous donnez &#224; la dialectique de la fragmentation et de l'unit&#233; dans l'histoire de la r&#233;gion arabe depuis la chute de l'Empire ottoman. Que ce soit dans votre monumental Le Proche-Orient &#233;clat&#233; (1956-2012)[1], ou dans l'un de vos derniers ouvrages Pens&#233;e et politique dans le monde arabe[2], il s'agit &#224; chaque fois d'examiner la fa&#231;on dont cette dialectique structure la vie politique et intellectuelle de la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1983, vous parliez de &#171; balkanisation &#187; du Proche-Orient, entendu comme le travail des imp&#233;rialismes europ&#233;ens puis &#233;tasunien(-isra&#233;lien) visant &#224; d&#233;pecer la r&#233;gion sur des crit&#232;res ethniques et religieux selon la c&#233;l&#232;bre devise : diviser pour mieux r&#233;gner. Alors que cette vague de protestations semblait rassembler les soci&#233;t&#233;s arabes dans une unit&#233; de destin, comment la dynamique de la fragmentation a-t-elle (une fois encore) pris le dessus ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dynamique de la fragmentation fait partie de tout groupement humain, mais en tant que th&#233;matique elle est particuli&#232;rement pr&#233;sente dans la culture arabe, avec le terme de &#171; fitna &#187; qui se traduit en fran&#231;ais par d&#233;sordre et antagonisme &#224; la fois. L'histoire des Arabes est rythm&#233;e par cette dialectique constante entre l'appel &#224; l'unit&#233; et l'appel &#224; la dissidence ; dialectique qui a commenc&#233; tr&#232;s t&#244;t ainsi que le montre Hichem Dja&#239;t dans son livre La grande discorde[3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la fragmentation (ou la balkanisation) du Proche-Orient, qui a longtemps fait l'objet de mes travaux, rel&#232;ve de dynamiques exog&#232;nes. Elle trouve ses racines dans les d&#233;coupages coloniaux de la fin de la Premi&#232;re guerre mondiale. Lorsque l'Empire ottoman s'effondre, le mouvement d'unit&#233; arabe &#233;tait alors puissant. Il a &#233;t&#233; bris&#233; par la pr&#233;sence militaire des colonialismes europ&#233;ens et leur d&#233;pe&#231;age de la r&#233;gion en entit&#233;s politiques plus ou moins viables, sur des bases ethniques et confessionnelles, et aux dimensions territoriales et d&#233;mographiques vari&#233;es. Le nom de la Syrie en arabe c'est Bilad As-Sham, Pays de Damas (au pluriel) &#8211; appellation magnifique qui illustre &#224; elle seule la conception plurielle et inclusive du sentiment d'appartenance des peuples de la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le rappelle souvent : d&#232;s 1840, avant m&#234;me la naissance du mouvement sioniste, les Britanniques pr&#233;conisaient de convaincre les citoyens anglais de confession juive de s'installer en Palestine pour contrebalancer l'influence fran&#231;aise en M&#233;diterran&#233;e de l'Est, une des r&#233;gions les plus strat&#233;giques du monde car elle est la route vers les Indes. La D&#233;claration Balfour ensuite en 1917, et le soutien europ&#233;en et &#233;tasunien vibrant au sionisme plus g&#233;n&#233;ralement, s'inscrit dans le cadre du contr&#244;le colonial du monde arabe. Du point de vue de la fragmentation, la seule cr&#233;ation d'Isra&#235;l a coup&#233; g&#233;ographiquement le Maghreb arabe du Machrek arabe, et l'&#201;gypte de la Syrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais pourquoi les colonialismes europ&#233;ens auraient admis &#224; la fin de la Premi&#232;re guerre mondiale les formations d'un grand &#201;tat turc et d'un grand &#201;tat iranien, et pas celle d'un grand &#201;tat arabe ? C'est une opposition que vous notez dans votre livre Pens&#233;e et politique dans le monde arabe, je vous cite : &#171; Cette fragmentation contraste comme on l'a vu avec la reconstitution d'un &#201;tat turc moderne d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1920, arc-bout&#233; sur le vaste territoire anatolien et ses fa&#231;ades maritimes en M&#233;diterran&#233;e et en mer Noire. Elle contraste aussi avec la continuit&#233; de l'&#201;tat iranien &#187; (p.133)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, la Turquie et l'Iran &#233;taient des entit&#233;s politiques massives et unies &#224; la fin du 19&#232;me si&#232;cle. Ensuite, Ataturk a r&#233;alis&#233; une r&#233;volution modernisante, brutale certes, mais qui a chass&#233; militairement les envahisseurs occidentaux du territoire turc. En comparaison, l'espace social arabe ne constituait plus une entit&#233; politique unie et coh&#233;rente depuis des si&#232;cles. L'&#201;gypte avait maintenu une certaine coh&#233;sion sur les bases de l'&#201;tat pharaonique lui permettant d'arracher une certaine autonomie politique durant la p&#233;riode mamelouke, mais cela restait fragile. Or, au d&#233;but du 20&#232;me si&#232;cle, se former en &#201;tat-nation exigeait &#224; la fois un certain degr&#233; de totalisation au sein d'un territoire donn&#233;, et les moyens de se d&#233;fendre contre le colonialisme europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au reste, ces politiques coloniales de fragmentation de la r&#233;gion ne se sont &#233;videmment pas poursuivies sans heurts. Les populations ont r&#233;sist&#233; autant que faire se peut &#224; cette dynamique. C'est d'ailleurs de ces r&#233;sistances continues qu'ont &#233;merg&#233; dans les ann&#233;es 1950 et 1960 les mouvements radicaux antiimp&#233;rialistes. De fait, la lutte anticoloniale a redynamis&#233; le panarabisme sous diff&#233;rentes variantes (baathiste, nass&#233;rienne, marxisante&#8230;). En 1958, l'&#201;gypte de Nasser et la Syrie baathiste d&#233;cident de ne faire qu'un seul &#201;tat &#8211; la R&#233;publique arabe unie. Une tentative qui n'a pas tenue pour un tas de raisons, mais qui refl&#233;tait la forte volont&#233; populaire de s'unir dans un projet &#233;mancipateur. Or, l'imp&#233;rialisme occidental n'a eu qu'un objectif : casser ce mouvement d'unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une guerre redoutable a &#233;t&#233; men&#233;e contre le panarabisme par des agressions militaires directes d'une part, et par l'instrumentalisation des mouvances islamistes d'autre part. Des ressources financi&#232;res immenses ont &#233;t&#233; d&#233;ploy&#233;es pour propager le wahhabisme saoudien afin de contrer le panarabisme socialisant, dans le contexte de la guerre froide. Et cette guerre se poursuit aujourd'hui encore. L'imp&#233;rialisme occidental ne tol&#232;re pas la pr&#233;sence de grands &#201;tats arabes qui ne lui soient pas assujettis sur les plans &#233;conomique et politique ; la non-suj&#233;tion &#224; l'imp&#233;rialisme se traduisant par le refus de la normalisation avec Isra&#235;l. L'invasion de l'Irak en 2003 et la guerre de Syrie quelques ann&#233;es apr&#232;s ont eu pour cons&#233;quence l'implosion de ces &#201;tats, avec le d&#233;veloppement des logiques tribales et r&#233;gionales qui en d&#233;coule. Que Daech ait pu se constituer et s'&#233;tendre ainsi est le produit d'une longue histoire d'instrumentalisation des mouvements islamistes par l'imp&#233;rialisme occidental ; histoire dont est &#233;galement issu Oussama Ben Laden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les r&#233;voltes arabes ont provoqu&#233; des reconfigurations politiques diff&#233;rentes d'un pays &#224; l'autre. Les tyrans &#224; la t&#234;te de l'&#201;gypte et de la Tunisie ont pris leurs jambes &#224; leur cou, quand dans d'autres pays des conflits arm&#233;s extr&#234;mement violents ont &#233;clat&#233;. Comment les soul&#232;vements populaires de 2011 ont-ils agi sur les crises que traversaient les &#201;tats arabes ? En quoi se sont-ils heurt&#233;s aux antagonismes g&#233;opolitiques structurels ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la Syrie, j'aimerais rappeler la d&#233;claration de l'ancien ministre des affaires &#233;trang&#232;res fran&#231;aises Laurent Fabius en 2012 : &#171; Al Nosra fait du bon boulot en Syrie &#187;. Pendant au moins deux ans, de 2011 &#224; 2013, par un tour de passe-passe discursif et id&#233;ologique &#233;tonnant, les mouvements jihadistes terroristes &#233;taient devenus des mouvements de lib&#233;ration de la Syrie dans les grands m&#233;dias occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre cela, s&#251;rement est-il utile de rappeler le contexte d'alors. Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, une offensive imp&#233;rialiste men&#233;e par le couple franco-&#233;tasunien fut lanc&#233;e contre le r&#233;gime syrien pour son soutien au Hezbollah et son alliance avec l'Iran. En octobre 2003, soit quelques mois apr&#232;s le d&#233;clenchement de la guerre d'Irak, Bush adopte le Syria Accountability and Lebanese Sovereignty Restoration Act (SALSRA) qui accuse le r&#233;gime syrien de &#171; soutenir le terrorisme international &#187; et pr&#233;voit des sanctions si la Syrie poursuivait la politique d&#233;nonc&#233;e. Le mois suivant, Bush explique qu'il s'agit de cr&#233;er un nouveau Moyen-Orient, avec des r&#233;gimes arabes appel&#233;s &#224; devenir &#171; d&#233;mocratiques &#187; et &#224; partager les &#171; valeurs &#187; de l'Occident, parmi lesquelles le souci de la s&#233;curit&#233; d'Isra&#235;l, ce qui implique la normalisation. En 2008, Sarkozy tente une autre approche : faire adh&#233;rer la Syrie &#224; l'Union pour la M&#233;diterran&#233;e, esp&#233;rant par l&#224; que le r&#233;gime changerait son positionnement g&#233;ostrat&#233;gique. Or, les r&#233;sultats escompt&#233;s n'ont pas suivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le r&#233;gime syrien porte une lourde responsabilit&#233; dans la fa&#231;on dont les choses ont d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; et dans la propagation de pratiques particuli&#232;rement violentes, cela ne fait aucun doute. Par ailleurs, sur le plan &#233;conomique, le gouvernement syrien avait commis une erreur consid&#233;rable dans les ann&#233;es 2000 en engageant le pays vers des politiques n&#233;olib&#233;rales. Par la voix de son vice-premier ministre des affaires &#233;conomiques, Al-Dardari, il avait diminu&#233; les subventions &#224; l'agriculture, alors qu'elle &#233;tait affect&#233;e par la s&#233;cheresse et qu'elle repr&#233;sentait un des secteurs &#233;conomiques cl&#233; de la Syrie lui assurant &#8211; et ce n'est pas rien &#8211; son autosuffisance alimentaire. De plus, le gouvernement avait inconsid&#233;r&#233;ment conclu un accord de libre-&#233;change avec la Turquie dont l'&#233;conomie &#233;tait beaucoup plus avanc&#233;e ; cela a permis par la suite &#224; la Turquie de devenir un acteur majeur &#224; l'int&#233;rieur de la Syrie. Cette orientation n&#233;olib&#233;rale du r&#233;gime syrien, pensant ainsi se rapprocher des puissances occidentales, n'a &#233;videmment pas permis de r&#233;pondre &#224; la tr&#232;s forte pression d&#233;mographique et aux besoins des habitants, bien au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les manifestations commencent en mars 2011, l'agitation occidentale en faveur d'un changement de r&#233;gime en Syrie s'inscrivait dans le cadre de l'offensive imp&#233;rialiste ; il n'&#233;tait aucunement question de soutenir les Syriens dans leur qu&#234;te de justice sociale et d'une vie politique d&#233;mocratique. La multiplication des conf&#233;rences internationales et les d&#233;clarations am&#233;ricaines et fran&#231;aises ont confirm&#233; l'instrumentalisation des manifestations populaires pour faire valoir des agendas g&#233;opolitiques qui n'ont rien &#224; voir avec les revendications des Syriens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Libye, un tout autre sc&#233;nario s'est jou&#233;. Le r&#233;gime libyen &#233;tait lui aussi autoritaire, voire dictatorial, d'o&#249; la col&#232;re populaire, mais la redistribution des revenus issus de l'exploitation du p&#233;trole permettait un niveau de vie digne aux Libyens, ainsi qu'aux &#201;gyptiens et aux Tunisiens qui travaillaient en Libye. Si Khadafi est tomb&#233; aussi vite, c'est tout simplement parce qu'il y a eu une campagne de bombardements massifs de l'OTAN dont l'objectif principal &#233;tait d'&#233;liminer Kadhafi. Rien ne peut r&#233;sister &#224; cela. Sarkozy souhaitait &#233;touffer l'affaire du financement de sa campagne &#233;lectorale, et au passage mettre la main sur les ressources du pays. Cela a justifi&#233; que sans scrupules un pays soit d&#233;truit, avec les cons&#233;quences terribles que l'on connait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, pour ce qui est de la Tunisie et de l'&#201;gypte, un facteur fondamental a pr&#233;cipit&#233; la chute de ces r&#233;gimes : le positionnement de l'arm&#233;e. Il faudrait sans doute proc&#233;der &#224; une analyse plus approfondie des liens entre les r&#233;gimes de ces &#201;tats avec leurs arm&#233;es. Grosso modo, dans les deux cas, la pression &#233;norme des r&#233;voltes populaires a soit cr&#233;&#233; soit exacerb&#233; la dissension entre les arm&#233;es et les r&#233;gimes de telle sorte que &#8211; &#224; un moment donn&#233; &#8211; les arm&#233;es ont l&#226;ch&#233; les r&#233;gimes. Ce facteur est d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nombre d'intellectuels conviennent que le panarabisme socialisant est d&#233;sormais r&#233;volu, en tant qu'&#233;poque et en tant qu'id&#233;e. Qu'on date sa disparition &#224; 1967, 1970 ou 1982, une sorte de proc&#232;s permanent en souligne les erreurs ; erreurs qui seraient inh&#233;rentes &#224; l'id&#233;e elle-m&#234;me. C'est un ph&#233;nom&#232;ne qui se rapproche sensiblement de la condamnation du communisme &#224; partir des ann&#233;es 1980. Il n'est plus bon de s'en revendiquer : communisme ou panarabisme appartiendraient &#224; des &#233;poques pass&#233;es. Pourtant, les constats sociaux et politiques au principe du panarabisme restent relativement actuels&#8230; Quels seraient selon vous les contours d'un nouveau panarabisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas en la d&#233;faite ou en la r&#233;signation des peuples. L'id&#233;e panarabe contemporaine fait son chemin dans le monde arabe depuis la fin du 19&#232;me si&#232;cle, elle condense des aspirations populaires tr&#232;s vives et tr&#232;s anciennes de lib&#233;ration et d'unit&#233;. Lorsque Isra&#235;l officialise en 1948 le rapt de la Palestine, les peuples du Maghreb et du Machrek se sont sentis directement concern&#233;s et ont particip&#233; comme ils pouvaient &#224; une guerre qui &#233;tait perdue d'avance. Lorsque Nasser redonne vie au panarabisme &#224; partir de 1956, les peuples arabes sont spontan&#233;ment avec lui. Lib&#233;rer les territoires occup&#233;s, assurer l'ind&#233;pendance politique et &#233;conomique face &#224; l'imp&#233;rialisme occidental et &#233;difier une &#233;conomie socialisante &#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale restaient les seuls recours possibles aux peuples arabes pour sortir du marasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'unit&#233; arabe doit &#234;tre pens&#233;e sous la forme concr&#232;te de f&#233;d&#233;ration, et non pas d'&#201;tat-nation. Je pense que ce qui manque actuellement c'est un pays phare qui puisse &#234;tre pr&#233;sent et actif sur la sc&#232;ne arabe, comme ont pu l'&#234;tre par exemple l'&#201;gypte, ou l'Alg&#233;rie &#224; sa suite puisque l'&#201;gypte de Sadate fut expuls&#233;e de la Ligue arabe durant plusieurs ann&#233;es pour avoir sign&#233; la paix avec Isra&#235;l par l'accord de Camp David.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprenez qu'il y a en tout cas un lien indestructible entre les Arabes : leur langue. Vous avez beau fragmenter, appuyer les clivages communautaires ou religieux, il reste qu'une langue rassemble ces peuples. La langue arabe est le r&#233;servoir de la culture collective ; il suffit de constater combien les chansons, po&#232;mes et romans circulent d'un bout &#224; l'autre des pays de la r&#233;gion. Les intellectuels arabes se connaissent tous, de l'Irak au Maroc en passant par le Liban ; ils se lisent et discutent leurs travaux. Nous avons &#233;galement le Centre des &#233;tudes pour l'unit&#233; arabe et l'Institut d'&#233;tudes palestiniennes &#224; Beyrouth qui sont deux lieux de la pens&#233;e nationale arabe. Ils font un travail formidable de publication : on parle de plusieurs centaines de revues, ouvrages, essais publi&#233;s, qui pr&#233;sentent des analyses sociales et politiques sur le monde arabe sous de multiples angles, et assurent une conservation de la m&#233;moire. Ces institutions organisent de surcro&#238;t des conf&#233;rences et des colloques acad&#233;miques dans les capitales arabes permettant aux intellectuels de se rencontrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, et surtout, il y a la Palestine : elle f&#233;d&#232;re les sentiments panarabes. Et je ne crois pas qu'il soit possible d'&#233;touffer la question palestinienne, quelques soient les moyens d&#233;ploy&#233;s, parmi eux la normalisation des relations entre Isra&#235;l et les petites royaut&#233;s b&#233;douines de la P&#233;ninsule arabique. &#192; cet &#233;gard, je trouve la r&#233;sistance palestinienne r&#233;ellement admirable. C'est en d&#233;finitive &#224; partir de la Palestine que se dessineront les contours d'un nouveau panarabisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : Ayman Baalbaki, Untitled (Lost and Destruction), 2010.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Maghreb-Machrek : l'id&#233;e de r&#233;volution</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Maghreb-Machrek-l-idee-de-revolution</link>
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		<dc:date>2021-02-16T06:58:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joseph Daher</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>La r&#233;volution arabe en marche</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-02-16</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'&#233;ruption des soul&#232;vements populaires dans la r&#233;gion du Moyen Orient et Afrique du Nord (MOAN) il y a maintenant 10 ans a lanc&#233; une d&#233;cennie de r&#233;sistances &#224; travers le monde, d&#233;fiant l'ordre capitaliste et autoritaire dans lequel nous vivons. L'&#233;tincelle du soul&#232;vement populaire a commenc&#233; en Tunisie, puis s'est rapidement &#233;tendue &#224; l'&#201;gypte et au reste de la r&#233;gion du MOAN. Cela a conduit au d&#233;part de plusieurs dictateurs (Ben Ali, Moubarak, Khadafi et Ali Abdallah Saleh) qui gouvernaient (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Afrique-208-+" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-La-revolution-arabe-en-marche-+" rel="tag"&gt;La r&#233;volution arabe en marche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-02-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-02-16&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH86/arton46831-df94e.jpg?1781844091' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='86' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;ruption des soul&#232;vements populaires dans la r&#233;gion du Moyen Orient et Afrique du Nord (MOAN) il y a maintenant 10 ans a lanc&#233; une d&#233;cennie de r&#233;sistances &#224; travers le monde, d&#233;fiant l'ordre capitaliste et autoritaire dans lequel nous vivons. L'&#233;tincelle du soul&#232;vement populaire a commenc&#233; en Tunisie, puis s'est rapidement &#233;tendue &#224; l'&#201;gypte et au reste de la r&#233;gion du MOAN. Cela a conduit au d&#233;part de plusieurs dictateurs (Ben Ali, Moubarak, Khadafi et Ali Abdallah Saleh) qui gouvernaient depuis des d&#233;cennies.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://solidarites.ch/journal/382-2/quand-lidee-de-revolution-est-devenue-tangible/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Solidarit&#233;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans aucun doute, la plus grande r&#233;ussite des soul&#232;vements populaires a &#233;t&#233; de ramener l'id&#233;e de r&#233;volutions dans l'horizon des possibles. Ces soul&#232;vements ont rappel&#233; que seules les masses d&#233;veloppant leur propre potentiel de mobilisation pourront r&#233;aliser le changement &#224; travers leur action collective. C'est l'ABC de la politique r&#233;volutionnaire, mais cette id&#233;e avait &#233;t&#233; largement discr&#233;dit&#233;e au cours des derni&#232;res d&#233;cennies dans de larges sections de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette volont&#233; de changement radical par en bas a d&#233;pass&#233; la r&#233;gion du MOAN pour r&#233;sonner dans diverses r&#233;gions du monde, notamment l'&#201;tat espagnol (Mouvement des Indign&#233;s) et les &#201;tats-Unis (Occupy Wall Street), ainsi que d'autres &#201;tats d'Afrique subsaharienne comme le Burkina Faso (contre la hausse des prix et la r&#233;pression) et de nombreux autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme l'&#233;clatement des processus r&#233;volutionnaires r&#233;gionaux a eu des cons&#233;quences massives &#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale et mondiale, les r&#233;actions brutales contre les aspirations des classes populaires de la r&#233;gion du MOAN sont venues des pouvoirs locaux, r&#233;gionaux et des acteurs imp&#233;rialistes. Ces acteurs, malgr&#233; leurs diff&#233;rences et rivalit&#233;s, avaient n&#233;anmoins le m&#234;me objectif : mettre fin &#224; l'espoir de lib&#233;ration et d'&#233;mancipation suscit&#233; par les classes populaires de la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;checs d'un certain nombre de soul&#232;vements &#224; cause de la violence des contre-r&#233;volutions n'ont pas emp&#234;ch&#233;, &#224; la fin de 2018 et 2019, une &#171; deuxi&#232;me vague &#187; des processus r&#233;volutionnaires au Soudan, en Alg&#233;rie, au Liban et en Irak. Deux nouveaux dictateurs sont renvers&#233;s apr&#232;s 30 ans de pouvoir, tandis que les classes dirigeantes n&#233;olib&#233;rales confessionnelles au Liban et en Irak ont &#233;t&#233; d&#233;fi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; deuxi&#232;me vague &#187; s'est produite au milieu d'une mont&#233;e des mobilisations populaires massives &#224; travers le monde. De nombreux mouvements de protestations contre l'autoritarisme se mettent en place &#224; Hong Kong et en Catalogne, tandis que de l'Am&#233;rique du Sud au Moyen-Orient, des manifestations massives et des gr&#232;ves ont &#233;clat&#233; apr&#232;s l'introduction de nouvelles mesures d'aust&#233;rit&#233; et de nouvelles taxes, augmentant encore davantage le co&#251;t de la vie. Des gr&#232;ves et des manifestations f&#233;ministes massives ont &#233;t&#233; organis&#233;es pour lutter contre les offensives r&#233;actionnaires attaquant les droits des femmes des &#201;tats-Unis &#224; la Pologne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2020, c'est le mouvement de Black Lives Matter qui a secou&#233; l'ordre capitaliste et raciste &#233;tasunien, et les gr&#232;ves climatiques massives qui continuent de s'organiser presque partout dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;clenchement des processus r&#233;volutionnaires de la r&#233;gion du MOAN au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie fait partie des &#233;v&#233;nements majeurs et r&#233;volutionnaires de l'histoire humaine. La premi&#232;re vague de r&#233;voltes en 2011 a marqu&#233; l'ouverture d'une &#233;poque inachev&#233;e de r&#233;volutions et de contre-r&#233;volutions au MOAN qui nous concernent toutes et tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos destins sont li&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joseph Daher&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Soul&#232;vements populaires en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, dix ans apr&#232;s Ce n'est que le d&#233;but</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Soulevements-populaires-en-Afrique-du-Nord-et-au-Moyen-Orient-dix-ans-apres-Ce</link>
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		<dc:date>2021-02-02T07:14:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joseph Daher</dc:creator>


		<dc:subject>La r&#233;volution arabe en marche</dc:subject>
		<dc:subject>La r&#233;volution arabe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-02-02</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les processus r&#233;volutionnaires de la r&#233;gion du Moyen-Orient et Afrique du Nord (MOAN) sont le r&#233;sultat de la confluence et du renforcement mutuel de diff&#233;rentes insatisfactions, luttes et mobilisations populaires. Ces batailles sont &#233;troitement li&#233;es entre elles. Nous devons comprendre les soul&#232;vements populaires r&#233;gionaux comme un processus r&#233;volutionnaire prolong&#233; ou &#224; long terme, qui permet de combiner la nature r&#233;volutionnaire des situations actuelles et le chemin encore &#224; parcourir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH78/arton46575-6b346.jpg?1781844092' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='78' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt; Les processus r&#233;volutionnaires de la r&#233;gion du Moyen-Orient et Afrique du Nord (MOAN) sont le r&#233;sultat de la confluence et du renforcement mutuel de diff&#233;rentes insatisfactions, luttes et mobilisations populaires. Ces batailles sont &#233;troitement li&#233;es entre elles. Nous devons comprendre les soul&#232;vements populaires r&#233;gionaux comme un processus r&#233;volutionnaire prolong&#233; ou &#224; long terme, qui permet de combiner la nature r&#233;volutionnaire des situations actuelles et le chemin encore &#224; parcourir pour r&#233;aliser leurs objectifs d&#233;mocratiques et sociaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Solidarit&#233;s Suisse&lt;br class='autobr' /&gt;
28 janvier 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Joseph Daher&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les r&#233;volutions sont les locomotives de l'histoire &#187; disait Karl Marx (La lutte des classes en France).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les racines du processus r&#233;volutionnaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces soul&#232;vements sont enracin&#233;s d'un c&#244;t&#233; dans le despotisme et l'autoritarisme, et de l'autre dans le blocage du d&#233;veloppement des forces productives en raison des rapports de production. Les causes profondes de la situation &#233;conomique sont enracin&#233;es dans le mode de production capitaliste dominant dans la r&#233;gion du MOAN, un capitalisme aventureux, sp&#233;culatif et commercial caract&#233;ris&#233; par une recherche de profits &#224; court terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie de la r&#233;gion est trop concentr&#233;e sur l'extraction de p&#233;trole et de gaz naturel, le sous-&#173;d&#233;veloppement des secteurs productifs, le surd&#233;veloppement des secteurs de services et alimentant diverses formes d'investissements sp&#233;culatifs, en particulier dans l'immobilier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du fait de la nature patrimoniale de ces &#201;tats, les centres de pouvoir (politique, militaire et &#233;conomique) sont concentr&#233;s dans une famille et sa clique. Ainsi, se d&#233;veloppe un capitalisme de copinage, domin&#233; par une bourgeoisie d'&#201;tat. Dans le cas de l'&#201;gypte, de la Tunisie, de l'Alg&#233;rie et du Soudan, les syst&#232;mes politiques &#233;taient proches d'une forme de n&#233;opatrimonialisme : un syst&#232;me r&#233;publicain institutionnalis&#233; autoritaire avec une plus ou moins grande autonomie de l'&#201;tat vis-&#224;-vis des dirigeants, susceptibles d'&#234;tre remplac&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque pays a ses sp&#233;cificit&#233;s, mais tous souffrent de sympt&#244;mes similaires. Ces &#233;conomies sont caract&#233;ris&#233;es par une polarisation dans des secteurs limit&#233;s, des taux d'emploi tr&#232;s bas associ&#233;s &#224; des taux extr&#234;mement &#233;lev&#233;s d'&#233;migration de la main d'&#339;uvre qualifi&#233;e. Dans le cas des monarchies du Golfe, la majorit&#233; de la population active est compos&#233;e de travailleur&#183;euse&#183;s migrant&#183;e&#183;s temporaires, priv&#233;&#183;e&#183;s des droits politiques et civils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manque de d&#233;veloppement &#233;conomique et l'appauvrissement de larges secteurs de la soci&#233;t&#233; ont provoqu&#233; une augmentation des protestations sociales et ouvri&#232;res au cours des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dant le d&#233;clenchement des soul&#232;vements populaires dans divers pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Diverses offensives contre-r&#233;volutionnaires&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comparable en cela &#224; la R&#233;volution russe de 1917, l'&#233;ruption des soul&#232;vements populaires dans le MOAN a constitu&#233; une menace mondiale pour tous les acteurs locaux, r&#233;gionaux et internationaux, notamment en raison de l'importance des ressources &#233;nerg&#233;tiques telles que le p&#233;trole et le gaz en leur sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, apr&#232;s une br&#232;ve p&#233;riode de confusion, les r&#233;gimes dictatoriaux, les puissances r&#233;gionales et imp&#233;rialistes ont r&#233;agi &#224; ces soul&#232;vements soudains, rapides et de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;gimes autoritaires et despotiques de la r&#233;gion du MOAN ont g&#233;n&#233;ralement fait preuve d'une brutalit&#233; s&#233;v&#232;re dans la r&#233;pression des mouvements de protestation, en tuant et en emprisonnant massivement des manifestant&#183;e&#183;s. Ils ont souvent &#233;t&#233; aid&#233;s par des acteur&#183;ice&#183;s r&#233;gionaux&#183;ales et imp&#233;rialistes dans leurs actions, que ce soit de mani&#232;re politique, &#233;conomique et/ou militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, les mouvements fondamentalistes islamiques, soutenus par les puissances r&#233;gionales ont tent&#233; de d&#233;tourner ou de r&#233;primer les mouvements sociaux d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaiblissement relatif de la puissance et de l'influence &#233;tasunienne dans cette r&#233;gion avant 2011 en raison de l'&#233;chec de l'occupation de l'Irak et de la crise financi&#232;re mondiale de 2008 a laiss&#233; plus d'espaces politiques non seulement aux autres forces internationales comme la Russie (la Chine &#224; un moindre degr&#233;), mais surtout aux &#201;tats r&#233;gionaux. Ces derniers ont pu jouer un r&#244;le croissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, diff&#233;rentes alliances d'&#201;tats r&#233;gionaux et internationaux se sont &#233;tablies pour tenter de mettre fin aux soul&#232;vements : l'Arabie Saoudite et les &#201;mirats Arabes Unis sont intervenus militairement &#224; Bahre&#239;n avec le soutien des &#201;tats-Unis et ont lanc&#233; une guerre contre le Y&#233;men (tous deux avec le soutien initial du Qatar), tandis que l'Iran et la Russie sont intervenus en Syrie. T&#233;h&#233;ran et ses forces politiques alli&#233;es en Irak et au Liban se sont &#233;galement oppos&#233;s aux mouvements de protestation dans ces pays et n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; r&#233;primer les manifestant&#183;e&#183;s. Outre ces deux axes, le r&#244;le de la Turquie, politiquement soutenue par son alli&#233; le Qatar, a &#233;galement &#233;t&#233; d&#233;terminant en soutenant le mouvement des Fr&#232;res Musulmans et autres mouvements fondamentalistes islamiques, et en intervenant de plus en plus fr&#233;quemment en Syrie dans les r&#233;gions domin&#233;es par le PYD, la branche syrienne du PKK, dans la poursuite de sa guerre contre l'autod&#233;termination kurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les relations d'interd&#233;pendance sont de plus tr&#232;s pr&#233;sentes. Le dernier exemple est le d&#233;but de la r&#233;conciliation entre le Qatar d'un c&#244;t&#233; et l'Arabie Saoudite (et, dans une moindre mesure les &#201;mirats Arabes Unis) de l'autre. Cela pourrait potentiellement ouvrir la voie &#224; un rapprochement entre l'Arabie Saoudite et la Turquie dans un avenir proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intervention des puissances r&#233;gionales et imp&#233;rialistes refl&#232;te une volont&#233; profonde d'&#233;craser ces r&#233;volutions de masse et d'emp&#234;cher leur diffusion. Elles sont conscientes que leur succ&#232;s sapera les fondements de leur h&#233;g&#233;monie et/ou de leurs pouvoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette offensive contre-r&#233;volutionnaire a &#233;galement donn&#233; lieu &#224; une intensification des attaques contre les Palestinien&#183;ne&#183;s. L'imp&#233;rialisme &#233;tasunien, sous la pr&#233;sidence de Donald Trump, a fortement soutenu (bien plus que les administrations pr&#233;c&#233;dentes) l'apartheid et l'&#201;tat colonial d'Isra&#235;l. De plus, les processus de normalisation officielle entre Isra&#235;l et ses alli&#233;s r&#233;actionnaires dans la r&#233;gion, en particulier les monarchies du Golfe, ont pour objectif d'isoler encore davantage la question palestinienne. Cela renforce &#233;galement l'alliance r&#233;gionale d'opposition &#224; l'Iran soutenue par les &#201;tats-Unis. Le gouvernement &#233;tasunien du nouveau pr&#233;sident Biden continuera tr&#232;s probablement sur la m&#234;me voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements de protestation ont d&#251; faire face &#224; divers acteurs contre-r&#233;volutionnaires peu dispos&#233;s &#224; voir s'imposer des changements d&#233;mocratiques et socio-&#233;conomiques radicaux. Dans cette perspective, il est important de comprendre qu'une contre-&#173;r&#233;volution ne consiste pas &#224; un simple retour &#224; la situation initiale. Elle est pire &#224; bien des &#233;gards, que ce soit en termes d'approfondissement de l'autoritarisme et des politiques r&#233;pressives, mais aussi des politiques n&#233;olib&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;fi de la gauche : construire un instrument politique pour r&#233;sister&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement de masse a r&#233;v&#233;l&#233; l'extr&#234;me faiblesse de la gauche radicale et de la classe ouvri&#232;re organis&#233;e. Celle-ci a &#233;t&#233; incapable d'intervenir en tant que force politique centrale parmi les classes populaires et de participer &#224; leur auto-organisation pour r&#233;pondre &#224; leurs revendications &#233;conomiques et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les seules exceptions &#224; cette situation se situaient en Tunisie et au Soudan. Dans les deux pays, la pr&#233;sence d'organisations syndicales de masse telles que l'UGTT tunisien et les associations professionnelles soudanaises a &#233;t&#233; un &#233;l&#233;ment cl&#233;. Elles ont r&#233;ussi &#224; rassembler les masses en lutte. De m&#234;me, dans les deux pays, les organisations f&#233;ministes de masse ont jou&#233; un r&#244;le particuli&#232;rement important dans la promotion des droits des femmes et la lutte pour les droits d&#233;mocratiques et socio-&#233;conomiques, bien que ces derniers restent fragiles et pas compl&#232;tement consolid&#233;s. Dans les deux cas, des limites existent n&#233;anmoins. L'une des principales est l'orientation politique de leurs dirigeant&#183;e&#183;s. Ces derniers&#183;&#232;res recherchent souvent une forme de collaboration et d'entente avec les &#233;lites dirigeantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la majorit&#233; des autres pays de la r&#233;gion n'avaient pas en leur sein ce type de forces organis&#233;es en place ou le m&#234;me niveau d'organisations de masse. La mise en place de ces outils sera pourtant essentielle pour les luttes futures. La gauche doit jouer un r&#244;le central dans la construction et le d&#233;veloppement de larges structures politiques alternatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; cette n&#233;cessit&#233;, la gauche doit &#233;galement d&#233;velopper une strat&#233;gie politique qui ne cherche pas uniquement une r&#233;volution politique comme horizon, mais une r&#233;volution sociale dans laquelle les structures de la soci&#233;t&#233; et les modes de production soient radicalement modifi&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, il est important de d&#233;velopper un projet de classe ind&#233;pendant promouvant et d&#233;fendant les droits d&#233;mocratiques et socio-&#233;conomiques. Depuis 2011, de larges secteurs de la gauche ont malheureusement collabor&#233; avec des acteurs contre-r&#233;volutionnaires, des r&#233;gimes autoritaires et des acteurs fondamentalistes islamiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de se tourner vers l'une ou l'autre de ces deux forces, la gauche doit se concentrer sur la construction d'un front ind&#233;pendant, d&#233;mocratique et progressiste qui tente d'aider &#224; l'auto-organisation des travailleur&#183;euse&#183;s et des opprim&#233;&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus r&#233;volutionnaire du MOAN fait partie int&#233;grante de la r&#233;sistance populaire mondiale contre l'ordre n&#233;olib&#233;ral et autoritaire. Cependant, personne ne peut s'attendre &#224; un chemin ais&#233; dans un processus r&#233;volutionnaire ; historiquement, cela n'a jamais &#233;t&#233; le cas. Les processus r&#233;volutionnaires sont des &#233;v&#233;nements &#224; long terme, caract&#233;ris&#233;s par des moments de mobilisation importants et d'autres plus faibles selon le contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, le r&#244;le de la gauche et des progressistes est parfaitement clair : construire une alternative sociale et d&#233;mocratique inclusive et lutter contre tous les acteurs contre-r&#233;volutionnaires, qu'ils soient locaux, r&#233;gionaux et internationaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas &#224; la fin des soul&#232;vements de la r&#233;gion du MOAN. Ce n'est que le d&#233;but&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joseph Daher&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La premi&#232;re d&#233;cennie du processus r&#233;volutionnaire arabe</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-premiere-decennie-du-processus-revolutionnaire-arabe-46618</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/La-premiere-decennie-du-processus-revolutionnaire-arabe-46618</guid>
		<dc:date>2021-02-02T07:13:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilbert Achcar</dc:creator>


		<dc:subject>La r&#233;volution arabe en marche</dc:subject>
		<dc:subject>La r&#233;volution arabe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-02-02</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 17 d&#233;cembre 2010, un jeune vendeur de rue &#224; Sidi Bouzid, dans le centre de la Tunisie, provoquait en s'immolant une temp&#234;te politique qui allait rapidement s'&#233;tendre au reste du pays, puis &#224; l'ensemble de la r&#233;gion arabophone dans ce qu'il est convenu, depuis 2011, d'appeler &#171; le printemps arabe &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; Quatri&#232;me Internationale 31 janvier 2021 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Gilbert Achcar &lt;br class='autobr' /&gt;
Les premiers mois de ce &#171; printemps &#187; furent euphoriques : une immense vague de protestations massives d&#233;ferlait sur la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-02-02-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-02-02&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH72/arton46618-f6d35.jpg?1781844093' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='72' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 17 d&#233;cembre 2010, un jeune vendeur de rue &#224; Sidi Bouzid, dans le centre de la Tunisie, provoquait en s'immolant une temp&#234;te politique qui allait rapidement s'&#233;tendre au reste du pays, puis &#224; l'ensemble de la r&#233;gion arabophone dans ce qu'il est convenu, depuis 2011, d'appeler &#171; le printemps arabe &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quatri&#232;me Internationale&lt;br class='autobr' /&gt;
31 janvier 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Gilbert Achcar&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers mois de ce &#171; printemps &#187; furent euphoriques : une immense vague de protestations massives d&#233;ferlait sur la r&#233;gion, culminant dans six soul&#232;vements majeurs &#8211; l'&#201;gypte, le Y&#233;men, le Bahre&#239;n, la Libye et la Syrie, ayant suivi l'exemple de la Tunisie. Mais peu apr&#232;s cette premi&#232;re mont&#233;e, la vague r&#233;volutionnaire refluait et &#233;tait suivie d'une offensive contre-r&#233;volutionnaire. La r&#233;volution bahre&#239;nienne fut assi&#233;g&#233;e et r&#233;prim&#233;e. Le r&#233;gime syrien r&#233;ussit &#224; r&#233;sister au soul&#232;vement populaire, mu&#233; en guerre civile, jusqu'&#224; ce que l'Iran vienne &#224; sa rescousse en 2013. Peu apr&#232;s, un coup d'&#201;tat militaire r&#233;actionnaire eut lieu en &#201;gypte, suivi d'autres revers ainsi que du d&#233;clenchement de guerres civiles en Libye et au Y&#233;men. Cette lourde d&#233;faite dissipa les derni&#232;res illusions ; l'euphorie c&#233;da la place au pessimisme, tandis que beaucoup annon&#231;aient la fin des r&#234;ves du &#171; printemps arabe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'euphorie et l'abattement &#233;taient tous deux cependant des r&#233;actions impressionnistes superficielles &#224; la vague r&#233;volutionnaire et au reflux qui la suivit. Tous deux n&#233;gligeaient deux caract&#233;ristiques fondamentales du big bang qui a secou&#233; la r&#233;gion en 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re caract&#233;ristique est que l'explosion avait des causes profondes dans la crise structurelle insurmontable r&#233;sultant de la transformation du syst&#232;me sociopolitique dominant en obstacle au d&#233;veloppement, entra&#238;nant des taux de croissance &#233;conomique tr&#232;s faibles et, par cons&#233;quent, des niveaux de ch&#244;mage tr&#232;s &#233;lev&#233;s, chez les jeunes et les femmes en particulier. Le reflux de la vague r&#233;volutionnaire et l'assaut r&#233;actionnaire qui suivit n'ont r&#233;solu en rien cette crise structurelle fondamentale. Bien au contraire, elle n'a fait que s'aggraver dans les conditions d'instabilit&#233; politique qui pr&#233;valent au niveau r&#233;gional depuis le d&#233;but de la crise. Cela signifie que les &#233;v&#233;nements de 2011 n'&#233;taient que la phase initiale d'un processus r&#233;volutionnaire &#224; long terme qui ne prendra fin que lorsque le changement radical indispensable du syst&#232;me sociopolitique dominant aura lieu. A d&#233;faut d'un tel changement, la r&#233;gion risque de s'enfoncer dans un d&#233;clin d&#233;sastreux, annon&#231;ant une longue p&#233;riode historique de d&#233;cadence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me caract&#233;ristique n&#233;glig&#233;e est le contr&#244;le &#233;troit exerc&#233; par le syst&#232;me politique et social dans la r&#233;gion arabe sur les principaux leviers du pouvoir d'&#201;tat &#8211; en particulier les forces arm&#233;es. L'espoir, tr&#232;s r&#233;pandu dans les premiers mois du &#171; printemps arabe &#187;, que la r&#233;gion conna&#238;trait une &#171; transition d&#233;mocratique &#187; aussi ais&#233;e que celle qu'ont connue d'autres parties du monde, reposait sur une sous-estimation na&#239;ve de la solidit&#233; du corps principal de l'&#201;tat et de sa colonne vert&#233;brale r&#233;pressive, ainsi que de la disposition des &#233;lites dirigeantes &#224; d&#233;truire leur pays, massacrer leurs populations ou les refouler afin de pr&#233;server leur pouvoir et leurs privil&#232;ges &#8211; comme l'a fait le r&#233;gime syrien. Cette illusion na&#239;ve a &#233;t&#233; renforc&#233;e lorsque ce qui se passa en Tunisie et en &#201;gypte &#8211; o&#249; l'&#171; &#201;tat profond &#187; sacrifia son sommet [Ben Ali, Moubarak] pour pr&#233;server ses fondations jusqu'&#224; ce qu'un nouveau sommet apparaisse comme la partie &#233;merg&#233;e de l'iceberg &#8211; fut confondu avec le &#171; renversement du r&#233;gime &#187; que le peuple voulait, selon le c&#233;l&#232;bre slogan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;r&#233;es ensemble, ces deux caract&#233;ristiques conduisent &#224; la conclusion que le changement dont la r&#233;gion a besoin pour surmonter sa crise chronique n&#233;cessite des directions ou des organes dirigeants du mouvement populaire d'un haut niveau de d&#233;termination r&#233;volutionnaire et de fid&#233;lit&#233; &#224; l'int&#233;r&#234;t populaire. De telles directions sont indispensables pour g&#233;rer le processus r&#233;volutionnaire et surmonter les &#233;preuves et les d&#233;fis difficiles auxquels il faut in&#233;vitablement faire face afin de vaincre les r&#233;gimes existants en gagnant leur base sociale, tant civile que militaire. Il faut des directions capables de se hisser au niveau requis pour assurer la transformation de l'&#201;tat d'une machine d'extorsion sociale au profit d'une minorit&#233; &#224; un outil au service de la soci&#233;t&#233; et de sa majorit&#233; laborieuse. Tant que de tels organes dirigeants n'auront pas &#233;merg&#233; ou r&#233;ussi &#224; prendre le dessus, le processus r&#233;volutionnaire se poursuivra inexorablement &#224; travers des phases de flux et de reflux, des avanc&#233;es r&#233;volutionnaires et des r&#233;gressions contre-r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re d&#233;cennie du processus r&#233;volutionnaire arabe a confirm&#233; qu'il s'agit bien d'un processus &#224; long terme. L'&#233;chec du &#171; printemps arabe &#187; &#8211; avec des guerres civiles dans trois pays et le r&#233;tablissement dans d'autres de l'ancien r&#233;gime avec une nouvelle figure de proue, plus laide encore dans le cas de l'&#201;gypte &#8211; n'a nullement apport&#233; de stabilit&#233; sociale &#224; la r&#233;gion. Des &#233;ruptions sociales et des protestations politiques ont continu&#233; &#224; se produire dans un pays apr&#232;s l'autre, et d'une r&#233;gion &#224; l'autre au sein du m&#234;me pays, comme cela a &#233;t&#233; le cas au Maroc, en Tunisie, en &#201;gypte, au Soudan, en Jordanie, en Syrie, en Irak, et ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huit ans apr&#232;s la premi&#232;re vague r&#233;volutionnaire, la r&#233;gion a connu une seconde vague inaugur&#233;e par le soul&#232;vement soudanais enclench&#233; il y a deux ans, le 19 d&#233;cembre 2018. Il a &#233;t&#233; suivi en 2019 par le Hirak alg&#233;rien et les soul&#232;vements en Irak et au Liban. Au total, dix &#201;tats arabes ont ainsi connu des soul&#232;vements au cours de la d&#233;cennie qui s'ach&#232;ve. Autrement dit, pr&#232;s de la moiti&#233; des pays de la r&#233;gion et la grande majorit&#233; de sa population ont connu des explosions r&#233;volutionnaires massives. En outre, presque tous les autres pays arabes ont connu une augmentation notoire des protestations sociales et politiques au cours de la d&#233;cennie. Et s'il est vrai que la pand&#233;mie de Covid-19 a entrav&#233; les luttes sociales en cours et inhib&#233; l'&#233;mergence de nouvelles, cet impact ne durera pas, d'autant que l'exacerbation par la pand&#233;mie de la crise &#233;conomique r&#233;gionale ne peut qu'attiser davantage la col&#232;re populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus grand d&#233;fi auquel est confront&#233;e la g&#233;n&#233;ration actuelle de r&#233;volutionnaires, politis&#233;e au cours des soul&#232;vements &#8211; et la condition fondamentale de sa capacit&#233; &#224; passer du soul&#232;vement &#224; la r&#233;volution victorieuse &#8211; r&#233;side dans la question susmentionn&#233;e de la direction, dans ses deux dimensions organisationnelle et politique. Non seulement dans la r&#233;gion arabe, mais dans le monde entier, la nouvelle g&#233;n&#233;ration rebelle se m&#233;fie &#224; juste titre des anciennes formations politiques et id&#233;ologiques, sachant qu'elles ont abouti &#224; l'autoritarisme bureaucratique ou au leadership individuel, et qu'elles ont trahi les principes qu'elles pr&#233;tendaient incarner afin de s'accommoder de divers types d'oppression sociale, politique et culturelle. La nouvelle g&#233;n&#233;ration rebelle tient &#224; l'organisation horizontale &#224; la base ; elle rejette le centralisme hi&#233;rarchique et opte pour une coordination en r&#233;seau, selon une mani&#232;re qu'illustrent le mieux les &#171; comit&#233;s de r&#233;sistance &#187; au Soudan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politiquement, comme tous les processus r&#233;volutionnaires &#224; long terme de l'histoire, le processus r&#233;gional est cumulatif. Chaque g&#233;n&#233;ration tire les le&#231;ons de ses exp&#233;riences et de ses &#233;checs, le&#231;ons qui sont transmises d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre, et d'un pays &#224; l'autre, au sein d'un m&#234;me long processus historique. Nous avons vu ainsi comment la deuxi&#232;me vague r&#233;volutionnaire &#8211; ou ce que certains commentateurs ont appel&#233; le &#171; second printemps arabe &#187; &#8211; a &#233;vit&#233; les illusions qui avaient affaibli la vague pr&#233;c&#233;dente. Il suffit de comparer les trois pays de la r&#233;gion qui ont en commun d'&#234;tre gouvern&#233;s par leurs forces arm&#233;es : l'&#201;gypte, le Soudan et l'Alg&#233;rie. Tandis qu'en 2011, puis en 2013, les illusions sur le r&#244;le de &#171; sauveur &#187; des forces arm&#233;es ont pr&#233;valu en &#201;gypte, les mouvements populaires ult&#233;rieurs au Soudan et en Alg&#233;rie ont &#233;vit&#233; cet &#233;cueil et ont r&#233;affirm&#233; leur exigence d'un gouvernement civil comme condition pr&#233;alable &#224; la d&#233;mocratie. De m&#234;me, les mouvements en Irak et au Liban ont tous deux r&#233;ussi &#224; &#233;viter de tomber dans le pi&#232;ge des clivages confessionnels longtemps utilis&#233;s par les groupes au pouvoir afin de diviser le peuple et consolider leur h&#233;g&#233;monie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain qu'il y a encore beaucoup de chemin &#224; parcourir entre l'&#233;tat pr&#233;sent des mouvements populaires, en particulier les mouvements de jeunes, et la r&#233;alisation des aspirations progressistes r&#233;volutionnaires de la nouvelle g&#233;n&#233;ration. Pendant ce temps, l'ordre r&#233;actionnaire arabe continue de fourbir ses armes, tandis que ses dirigeants se coalisent dans l'opposition au processus r&#233;volutionnaire r&#233;gional. Le chemin vers l'&#233;mancipation r&#233;volutionnaire souhait&#233;e est long et ardu, mais la d&#233;termination &#224; le prendre est renforc&#233;e par la conscience que la seule alternative est l'ignominie et la barbarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 d&#233;cembre 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Traduit par &#192; l&#180;encontre de l'original arabe paru le 16 d&#233;cembre 2010 dans le quotidien Al-Quds al-Arabi)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du m&#234;me auteur&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re d&#233;cennie du processus r&#233;volutionnaire arabe&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels : penseur de la guerre, penseur de la r&#233;volution&lt;br class='autobr' /&gt;
La religion peut-elle servir le progr&#232;s social ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Printemps arabe, dix ans apr&#232;s. Entretien avec Gilbert Achcar</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-Printemps-arabe-dix-ans-apres-Entretien-avec-Gilbert-Achcar</link>
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		<dc:date>2021-02-02T07:12:56Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilbert Achcar</dc:creator>


		<dc:subject>La r&#233;volution arabe en marche</dc:subject>
		<dc:subject>La r&#233;volution arabe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-02-02</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les soul&#232;vements qui se sont succ&#233;d&#233;s au Moyen Orient en 2011 semblaient morts et enterr&#233;s jusqu'&#224; la nouvelle vague de mobilisations qui a commenc&#233; en 2018. Gilbert Achcar fait partie des principaux analystes de ces mouvements. Ses livres sur le sujet &#8211; notamment Le Peuple veut et Sympt&#244;mes morbides (tous deux publi&#233;s aux &#233;ditions Actes sud) &#8211; sont essentiels pour quiconque aspire &#224; comprendre la trajectoire historique de la r&#233;gion lors de la derni&#232;re d&#233;cennie. Nous publions ici un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH69/arton46619-50444.jpg?1781844093' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='69' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les soul&#232;vements qui se sont succ&#233;d&#233;s au Moyen Orient en 2011 semblaient morts et enterr&#233;s jusqu'&#224; la nouvelle vague de mobilisations qui a commenc&#233; en 2018. Gilbert Achcar fait partie des principaux analystes de ces mouvements. Ses livres sur le sujet &#8211; notamment Le Peuple veut et Sympt&#244;mes morbides (tous deux publi&#233;s aux &#233;ditions Actes sud) &#8211; sont essentiels pour quiconque aspire &#224; comprendre la trajectoire historique de la r&#233;gion lors de la derni&#232;re d&#233;cennie. Nous publions ici un entretien r&#233;alis&#233; r&#233;cemment par Jeff Goodwin pour la revue Catalyst, dans lequel G. Achcar expose sa vision du processus r&#233;volutionnaire initi&#233; en 2011.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/revolutions-arabes-egypte-tunisie-achcar/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeff Goodwin : Commen&#231;ons avec les &#233;v&#232;nements les plus r&#233;cents dont tu aimerais discuter. J'imagine que c'est la seconde vague de soul&#232;vements ou de contestations qui a commenc&#233; dans la r&#233;gion il y a deux ans.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilbert Achcar : Je commencerai avec un sujet encore plus imm&#233;diat : la pand&#233;mie en cours et ses cons&#233;quences sur ce que les m&#233;dias ont appel&#233; &#171; second Printemps arabe &#187; en r&#233;f&#233;rence &#224; l'onde de choc de 2011. Prenons le cas alg&#233;rien, le plus parlant : une manifestation gigantesque avait lieu toutes les semaines au point d'&#234;tre devenue comme un rituel. Tous les vendredis (le jour de repos hebdomadaire localement), une grande vague populaire d&#233;ferlait, dans les rues de la capitale, Alger, en particulier. Or, cela s'est arr&#234;t&#233; brusquement avec la pand&#233;mie. Le gouvernement a trouv&#233; un bon pr&#233;texte pour dire aux gens : &#171; C'est termin&#233; maintenant. Vous devez rester chez vous. &#187; Au Soudan, le mouvement de masse a &#233;galement &#233;t&#233; interrompu et paralys&#233; pour un temps par la pand&#233;mie. Il s'en est all&#233; de m&#234;me en Irak et au Liban.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, il y a des moments o&#249; la col&#232;re est telle que les gens sont pr&#234;ts &#224; braver la pand&#233;mie pour manifester &#8211; vous en savez quelque chose aux &#201;tats-Unis avec le mouvement Black Lives Matter ! Il arrive un moment o&#249; les gens n'en peuvent plus, comme ce fut le cas au Liban apr&#232;s l'explosion gigantesque au port de Beirut le 4 ao&#251;t 2020. Le Soudan et l'Irak, eux aussi, ont vu la reprise de mobilisations. Mais on ne peut nier l'impact de la Covid-19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;JG : Une fois la pand&#233;mie vaincue &#8211; esp&#233;rons que ce sera bient&#244;t &#8211; les mouvements reprendront-ils &#224; partir de l&#224; o&#249; ils &#233;taient arriv&#233;s, ou bien ont-ils &#233;t&#233; affaiblis substantiellement par la pause ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GA : C'est une bonne question, qui renvoie &#224; des diff&#233;rences importantes entre les cas. L&#224; o&#249; existe un mouvement organis&#233;, ce qui n'est effectivement le cas qu'au Soudan, le mouvement se poursuit, quoiqu'&#224; plus basse intensit&#233;. Plus on se d&#233;barrassera de la pand&#233;mie et de la peur qu'elle engendre, plus le mouvement soudanais pourra reprendre de l'ampleur gr&#226;ce &#224; sa continuit&#233; organis&#233;e. Par contraste, alors que le mouvement soudanais est remarquablement structur&#233; avec des niveaux diff&#233;rents d'organisation et de repr&#233;sentation, le mouvement populaire alg&#233;rien de 2019 &#233;tait inorganis&#233;, dans le sens de l'absence de repr&#233;sentation l&#233;gitime et de structures reconnues. Les mouvements au Liban et en Irak souffrent, eux aussi, d'un manque de direction et d'organisation. Dans le cas du Liban, cela refl&#232;te la composition sociale et politique tr&#232;s diverse du mouvement, auquel participe un large &#233;ventail de forces qui n'ont en commun que le d&#233;sir de se d&#233;barrasser de l'&#233;lite du pouvoir existante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, les facteurs de base, qui ont men&#233; &#224; l'explosion sociale il y a dix ans, sont toujours pr&#233;sents, partout dans la r&#233;gion ; ils vont m&#234;me de mal en pis d'ann&#233;e en ann&#233;e. La pand&#233;mie ne fait qu'aggraver les choses. Tandis qu'elle joue un r&#244;le contre-r&#233;volutionnaire dans l'imm&#233;diat en entravant la mobilisation de masse, elle approfondit en m&#234;me temps la crise qui a d&#233;clench&#233; la r&#233;volte de masse initiale. &#192; l'exception de petits &#201;tats p&#233;troliers tr&#232;s riches, habit&#233;s en grande majorit&#233; par des migrants susceptibles d'&#234;tre d&#233;port&#233;s &#224; merci, la plupart des &#201;tats de la r&#233;gion subiront une chute brutale de leurs revenus, y compris des remises migratoires, et une augmentation massive du ch&#244;mage. Ils souffriront des cons&#233;quences de la baisse &#224; long terme pr&#233;vue pour les prix du p&#233;trole, celui-ci &#233;tant une source majeure des flux mon&#233;taires dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;JG : Tu as dit que les causes fondamentales des soul&#232;vements sont toujours l&#224;, voire qu'ils empirent. Je suppose que cela veut dire que la seconde vague de contestation a &#233;t&#233; propuls&#233;e par les m&#234;mes facteurs que la premi&#232;re vague.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GA : Je crois qu'il n'y a gu&#232;re de doute &#224; ce sujet. En Jordanie en 2018, le catalyseur de la contestation sociale &#233;tait un d&#233;cret gouvernemental augmentant les imp&#244;ts. Au Soudan, c'&#233;taient des mesures d'aust&#233;rit&#233; supprimant des subventions de prix au d&#233;triment des plus pauvres. Au Liban, c'&#233;tait une nouvelle taxe que le gouvernement tenta d'imposer sur la communication t&#233;l&#233;phonique par Internet (VoIP). En Irak, la contestation sociale s'&#233;tait nettement amplifi&#233;e au cours des derni&#232;res ann&#233;es. Et si l'affaire qui a d&#233;clench&#233; le mouvement en Alg&#233;rie &#233;tait directement politique &#8211; la tentative de renouveler le mandat du pr&#233;sident pour un cinqui&#232;me quinquennat &#8211; cela ne veut pas dire qu'elle n'&#233;tait pas li&#233;e &#224; de graves probl&#232;mes socio&#233;conomiques chroniques. On pourrait dire la m&#234;me chose d'autres pays de la premi&#232;re vague, o&#249; le soul&#232;vement a &#233;t&#233; enclench&#233; sur des questions politiques, alors qu'il &#233;tait tr&#232;s clair que des probl&#232;mes sociaux et &#233;conomiques profond&#233;ment enracin&#233;s sous-tendaient la col&#232;re politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon livre de 2013, Le Peuple veut. Une exploration radicale du soul&#232;vement arabe, j'ai identifi&#233; les racines profondes de l'explosion dans le d&#233;veloppement entrav&#233; de cette partie du monde, qui a connu des taux de croissance (notamment par habitant) plus faibles que d'autres r&#233;gions d'Asie et d'Afrique pendant les d&#233;cennies pr&#233;c&#233;dentes. La cons&#233;quence la plus frappante en a &#233;t&#233; un ch&#244;mage massif des jeunes, pour lequel la r&#233;gion d&#233;tient depuis longtemps le record mondial. C'est un indice crucial pour comprendre le soul&#232;vement de 2011 qui, comme tous les soul&#232;vements, a &#233;t&#233; principalement impuls&#233; par des jeunes, qui se voyaient sans avenir. Un sondage r&#233;alis&#233; en 2010 a montr&#233; qu'une proportion tr&#232;s &#233;lev&#233;e des jeunes de la r&#233;gion souhaitaient &#233;migrer sans retour ; le pourcentage le plus &#233;lev&#233; s'est trouv&#233; en Tunisie, o&#249; pr&#232;s de 45 % disaient vouloir quitter le pays de fa&#231;on permanente. Il est certain que le ch&#244;mage des jeunes, comme le ch&#244;mage en g&#233;n&#233;ral, ont empir&#233; depuis 2010, et plus que jamais maintenant avec la pand&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; JG : Dirais-tu que les jeunes ont &#233;t&#233; aux premiers rangs des soul&#232;vements partout dans la r&#233;gion, ou bien y a-t-il eu des diff&#233;rences dans la composition de classe des mouvements ? En d'autres termes, quand tu parles de la pr&#233;sence des jeunes aux premiers rangs, parles-tu de jeunes de la classe moyenne, ou d'&#233;tudiant.e.s d'origine ouvri&#232;re ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GA : Comme tout mouvement populaire de grande envergure, ces mouvements traversent couches et classes sociales, mais c'est l&#224; o&#249; l'&#226;ge compte le plus. Si l'on y cherche des membres de la classe moyenne, on trouvera surtout des jeunes, et beaucoup moins de personnes plus &#226;g&#233;es. Cependant, la grande majorit&#233; des gens dans les rues appartenait aux classes plus pauvres : classe ouvri&#232;re, classe moyenne inf&#233;rieure, ch&#244;meurs et ch&#244;meuses, dont un grand nombre de dipl&#244;m&#233;.e.s de milieux modestes dans une r&#233;gion o&#249; le taux d'inscription dans l'enseignement sup&#233;rieur est plus &#233;lev&#233; que dans d'autres parties du Sud mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est le produit de la phase nationaliste, d&#233;veloppementaliste qui a culmin&#233; dans les ann&#233;es 1960, et dont l'un des acquis, l'&#233;ducation gratuite, a engendr&#233; un taux d'inscription &#233;lev&#233; dans l'enseignement sup&#233;rieur. En cons&#233;quence, les dipl&#244;m&#233;.e.s constituent une proportion &#233;lev&#233;e des personnes au ch&#244;mage. La participation massive d'&#233;tudiant.e.s et de dipl&#244;m&#233;.e.s au mouvement explique aussi le r&#244;le cl&#233; qu'ils et elles ont pu jouer gr&#226;ce &#224; leur ma&#238;trise des nouvelles technologies de communication et des r&#233;seaux sociaux. Il fut un temps en 2011 o&#249; les m&#233;dias ont m&#234;me d&#233;crit le Printemps arabe comme une r&#233;volution Facebook. C'&#233;tait une exag&#233;ration, certes, mais ce n'&#233;tait pas enti&#232;rement faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, la capacit&#233; &#224; s'organiser varie d'un pays &#224; l'autre ; elle d&#233;pend des niveaux de r&#233;pression pr&#233;existants, du type de classe ouvri&#232;re, de son degr&#233; de concentration, etc. Si l'on consid&#232;re le pays o&#249; tout a commenc&#233;, c'est-&#224;-dire la Tunisie &#8211; le premier pays o&#249; le mouvement de masse, surgi en d&#233;cembre 2010, est parvenu &#224; se d&#233;barrasser du pr&#233;sident en janvier 2011 &#8211; ce n'est pas une co&#239;ncidence que tout y ait commenc&#233;. La Tunisie est, en effet, le seul pays de la r&#233;gion dot&#233; d'un mouvement ouvrier autonome organis&#233; et puissant. Le mouvement ouvrier tunisien a jou&#233; un r&#244;le crucial en transformant une &#233;ruption de col&#232;re spontan&#233;e en un mouvement de masse qui s'est &#233;largi &#224; tout le pays. Le syndicat des enseignants, en particulier, a jou&#233; un r&#244;le cl&#233; dans la radicalisation du mouvement et la pression sur la direction syndicale centrale. Le jour o&#249; Ben Ali a fui le pays &#233;tait celui de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on se tourne ensuite vers le deuxi&#232;me pays qui a rejoint le mouvement, l'&#201;gypte, on constate qu'il a connu la vague de gr&#232;ves ouvri&#232;res la plus importante de son histoire dans les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dant 2011. Il y avait quelques syndicats ind&#233;pendants embryonnaires, mais les syndicats officiels &#233;taient inf&#233;od&#233;s au gouvernement, de sorte que le mouvement ouvrier organis&#233; n'&#233;tait pas en mesure de diriger le soul&#232;vement. Le renversement de Hosni Moubarak par les militaires en f&#233;vrier 2011 fut toutefois pr&#233;cipit&#233; par la vague massive de gr&#232;ves d&#233;clench&#233;e dans les jours pr&#233;c&#233;dant sa d&#233;mission forc&#233;e, mobilisant des centaines de milliers de travailleurs et travailleuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bahre&#239;n est un autre des six pays entr&#233;s en soul&#232;vement en 2011. Bien que cela soit peu connu, il s'y trouvait un mouvement ouvrier important &#8211;- qui a jou&#233; un r&#244;le cl&#233; dans la premi&#232;re phase du soul&#232;vement, avant d'&#234;tre durement r&#233;prim&#233; par la monarchie. Voil&#224; donc des pays o&#249; le r&#244;le de la classe ouvri&#232;re a &#233;t&#233; crucial dans le soul&#232;vement, et de fa&#231;on tr&#232;s consciente. Par ailleurs, dans les rues de tous les pays qui ont connu une forte pouss&#233;e de la contestation sociale et politique en 2011, il est &#233;vident que les classes populaires ont &#233;t&#233; les plus impliqu&#233;es ; il suffit de regarder les images des manifestations pour s'en convaincre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les institutions financi&#232;res internationales ont essay&#233; de repr&#233;senter le Printemps arabe comme une r&#233;volte de la classe moyenne, conform&#233;ment &#224; leur cadrage n&#233;olib&#233;ral qui a voulu y voir l'expression d'une aspiration populaire &#224; davantage de lib&#233;ralisation &#233;conomique. Elles ont reconnu qu'il y avait des causes &#233;conomiques au bouleversement r&#233;gional, mais les ont attribu&#233;es non &#224; la mise en &#339;uvre de leurs recettes n&#233;olib&#233;rales, mais au manque de vigueur dans cette mise en &#339;uvre. C'est n'importe quoi, bien s&#251;r ; seuls des n&#233;olib&#233;raux ultra-dogmatiques peuvent nier que le tournant n&#233;olib&#233;ral a consid&#233;rablement aggrav&#233; les conditions socio&#233;conomiques de la r&#233;gion pr&#233;alablement aux soul&#232;vements. J'ai expliqu&#233; comment cela est arriv&#233; dans Le Peuple veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;JG : On dit souvent que la Tunisie fait exception dans la r&#233;gion. Selon cette perspective, les soul&#232;vements ont &#233;chou&#233; partout ailleurs. Certains ont expliqu&#233; cela par l'organisation exceptionnelle du mouvement ouvrier en Tunisie. Est-ce convaincant comme analyse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GA : La r&#233;ponse n'est pas un simple oui ou non. Il faut d'abord se demander si le soul&#232;vement en Tunisie a vraiment &#233;t&#233; le succ&#232;s que l'on dit. La r&#233;ponse est oui, si l'on parle de d&#233;mocratisation. Dans ce sens sp&#233;cifique, la Tunisie est devenue ce que l'on pourrait appeler une d&#233;mocratie &#233;lectorale depuis 2011. De ce point de vue, le soul&#232;vement a r&#233;ussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais a-t-il r&#233;ussi &#224; r&#233;soudre les probl&#232;mes sociaux et &#233;conomiques que nous avons &#233;voqu&#233;s ? Pas du tout, malheureusement. Rien n'a chang&#233; en mati&#232;re d'&#233;conomie politique. Sous la pression du FMI et de la Banque mondiale, les choses ont m&#234;me empir&#233;. La Tunisie a connu des explosions sociales intermittentes dans diverses parties du pays depuis 2011, provoqu&#233;es par les m&#234;mes questions qui ont conduit au soul&#232;vement d'il y a dix ans ; une r&#233;volte majeure a eu lieu encore r&#233;cemment. Croire que la Tunisie a r&#233;ussi et qu'elle est sortie de l'auberge serait se tromper lourdement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, les deux questions que tu as mentionn&#233;es &#8211; la r&#233;ussite et le r&#244;le du mouvement ouvrier &#8211; sont rarement li&#233;es dans le discours dominant. Ceux et celles qui d&#233;crivent la Tunisie comme ayant r&#233;ussi ne soulignent pas, en g&#233;n&#233;ral, l'importance du mouvement ouvrier comme cl&#233; de ce succ&#232;s. Ils ou elles recourent habituellement &#224; quelque explication culturaliste, de type orientaliste. Le mouvement ouvrier est &#224; peine mentionn&#233;, m&#234;me si le r&#244;le de celui-ci dans le maintien de la paix sociale a &#233;t&#233; r&#233;compens&#233; par un Prix Nobel de la paix, partag&#233; avec trois autres acteurs sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce r&#244;le pose un gros probl&#232;me, car plut&#244;t que de lutter avec force pour les revendications sociales de la population, la direction syndicale a pass&#233; son temps &#224; conclure des accords avec l'organisation patronale afin de garantir une alternance en douceur des gouvernements bourgeois. De ce fait, la Tunisie est la preuve tangible que le probl&#232;me n'est pas la &#171; gouvernance &#187; : il ne s'agit pas seulement de d&#233;mocratisation. Il s'agit fondamentalement de probl&#232;mes sociaux et &#233;conomiques profonds qui se traduisent in&#233;luctablement en m&#233;contentement politique. Il n'y aura pas de sortie de la crise sans changement socio&#233;conomique radical, mais on en est encore loin dans la Tunisie d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; JG : Si en d&#233;pit de la transition d&#233;mocratique en Tunisie, les m&#234;mes politiques &#233;conomiques restent fondamentalement en place, dirais-tu que le gouvernement devrait s'attaquer aux probl&#232;mes &#233;conomiques profonds que tu as &#233;voqu&#233;s ? Ou bien s'agit-il de probl&#232;mes si profond&#233;ment enracin&#233;s qu'ils ne rel&#232;vent pas de politiques gouvernementales en quelque sorte &#8211; ce type de capitalisme est stagnant et ne saurait &#234;tre r&#233;form&#233; ; il doit &#234;tre d&#233;mantel&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GA : Comme tu sais, la vision n&#233;olib&#233;rale du monde repose sur le dogme selon lequel le secteur priv&#233; doit constituer la locomotive. Mettez le secteur priv&#233; aux commandes et tout sera r&#233;solu, c'est le rem&#232;de miracle que pr&#244;nent les n&#233;olib&#233;raux. Le FMI pr&#233;conise exactement la m&#234;me recette &#224; tous les pays du monde. Cela n'a aucun sens, m&#234;me d'un point de vue capitaliste pragmatique, car il faut tenir compte du fait que les divers pays ont des conditions diff&#233;rentes. Dans la r&#233;gion du monde dont nous parlons, &#224; cause de la nature du syst&#232;me &#233;tatique, les conditions de base permettant un d&#233;veloppement impuls&#233; par le capitalisme priv&#233; sont tout simplement inexistantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains &#201;tats, comme la Turquie ou l'Inde, sont r&#233;guli&#232;rement cit&#233;s en exemples de pays o&#249; le capitalisme priv&#233;, dans des conditions n&#233;olib&#233;rales, a r&#233;alis&#233; des taux de d&#233;veloppement assez rapides pendant un certain temps, f&#251;t-ce &#224; un co&#251;t social &#233;lev&#233; &#8211; cette histoire est d'ailleurs termin&#233;e &#224; pr&#233;sent. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, cependant, cela ne pouvait pas avoir lieu, car l'argent priv&#233; a besoin d'un environnement s&#251;r et pr&#233;visible afin de s'engager dans les investissements lourds &#224; long terme que requiert le d&#233;veloppement. Ce qui pr&#233;vaut dans la r&#233;gion, c'est un pouvoir d'&#201;tat despotique combin&#233; avec des niveaux &#233;lev&#233;s de n&#233;potisme et de comp&#233;rage. Il faudrait renverser radicalement tout cela. Il n'y a pas d'issue au blocage du d&#233;veloppement sans r&#244;le central du secteur public, contrairement &#224; la perspective n&#233;olib&#233;rale. La r&#233;gion a besoin d'un nouveau type de d&#233;veloppementalisme qui soit d&#233;mocratique, et non pas men&#233; par des r&#233;gimes autoritaires et bureaucratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux sources du financement public, il est bien connu que les riches ne paient pas d'imp&#244;ts dans cette partie du monde. Les seules personnes qui paient des imp&#244;ts sont les salari&#233;.e.s du secteur formel, une minorit&#233; de la force de travail. La r&#233;gion est connue pour ses fuites massives de capitaux et ses d&#233;tournements de fonds. Les ressources sont pomp&#233;es par les groupes sociaux parasitaires qui contr&#244;lent l'&#201;tat. Ainsi, il n'y a pas d'issue &#224; tout cela sans renverser la structure sociopolitique dans son ensemble. Se d&#233;barrasser d'un pr&#233;sident revient &#224; ne couper que la partie visible de l'iceberg si la structure dirigeante est pr&#233;serv&#233;e comme cela a &#233;t&#233; le cas dans tous les pays de la r&#233;gion dont les pr&#233;sidents ont &#233;t&#233; forc&#233;s de partir. C'est particuli&#232;rement &#233;vident lorsqu'ils y ont &#233;t&#233; contraints par l'ossature militaire du r&#233;gime, comme cela s'est pass&#233; en &#201;gypte, en Alg&#233;rie et au Soudan, trois pays qui ont en commun le r&#244;le dominant des forces arm&#233;es dans le r&#233;gime politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;JG : Nous n'avons pas parl&#233; jusqu'ici des puissances externes comme les &#201;tats-Unis, la Russie, etc., ce qui en soi pourrait indiquer qu'elles n'ont pas jou&#233; un r&#244;le aussi important que ce que pensent certains. Quel r&#244;le les grandes puissances ont-elles jou&#233; pendant la derni&#232;re d&#233;cennie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GA : Quand on parle du n&#233;olib&#233;ralisme, des institutions financi&#232;res internationales qui imposent leurs recettes, on parle bien s&#251;r d'un syst&#232;me domin&#233; par les pays imp&#233;rialistes occidentaux, les &#201;tats-Unis au premier chef. Et pourtant, lorsque les soul&#232;vements eurent lieu en 2011, l'h&#233;g&#233;monie &#233;tats-unienne dans la r&#233;gion &#233;tait tr&#232;s affaiblie, par suite de la lourde d&#233;faite des desseins de Washington en Irak. L'ann&#233;e 2011 &#233;tait celle du retrait des troupes am&#233;ricaines de ce pays. Cet &#233;chec a port&#233; un coup tr&#232;s dur au projet imp&#233;rial des &#201;tats-Unis, et pas seulement au Moyen-Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la comparaison entre Barack Obama et Donald Trump, on pense &#224; C. Wright Mills et &#224; son analyse de la centralisation du pouvoir dans le syst&#232;me pr&#233;sidentiel &#233;tats-unien, surtout en ce qui concerne la politique &#233;trang&#232;re et la projection de puissance. Les int&#233;r&#234;ts de classe fondamentaux sous-tendant le gouvernement &#233;tats-unien peuvent bien rester les m&#234;mes, mais les politiques concr&#232;tes d&#233;pendent beaucoup de qui occupe la Maison-Blanche. Lors du soul&#232;vement en &#201;gypte en 2011, Obama tenait &#224; ne pas donner l'impression que les &#201;tats-Unis soutenaient la dictature, en contradiction flagrante avec son propre discours sur la d&#233;mocratie. En 2009, en effet, Obama avait prononc&#233; l'une de ses premi&#232;res grandes allocutions au Caire, pr&#234;chant les libert&#233;s d&#233;mocratiques pour la r&#233;gion. Il aurait &#233;t&#233;, en outre, fort imprudent pour les &#201;tats-Unis de s'opposer &#224; ce qui ressemblait &#224; l'&#233;poque &#224; un tsunami d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Obama fit donc pression sur Moubarak pour des r&#233;formes. Lorsque ce dernier s'av&#233;ra peu apte ou enclin &#224; le faire, Washington donna son feu vert &#224; l'arm&#233;e &#233;gyptienne pour se d&#233;barrasser du pr&#233;sident. Fondamentalement, Obama avait le choix entre deux options. L'une &#233;tait de soutenir les r&#233;gimes en place contre les mouvements de contestation, option pr&#244;n&#233;e par les Saoudiens et d'autres monarchies du Golfe. Obama &#233;tait r&#233;ticent &#224; emprunter cette voie pour la raison que je viens d'expliquer. Si Trump avait &#233;t&#233; pr&#233;sident &#224; l'&#233;poque, il est probable qu'il l'aurait emprunt&#233;e sans trop h&#233;siter. L'autre option qui s'offrait &#224; Obama &#233;tait celle offerte par le Qatar, devenu sponsor des Fr&#232;res musulmans depuis les ann&#233;es 1990. Ce statut avait pourvu l'&#233;mirat d'une influence sur un interlocuteur majeur au sein des forces d'opposition au niveau r&#233;gional, permettant ainsi &#224; Washington d'essayer d'aiguiller le mouvement dans un sens qui ne serait pas nuisible aux int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'Obama choisit de faire, sauf &#224; Bahre&#239;n, o&#249; il ferma les yeux devant l'intervention contre-r&#233;volutionnaire men&#233;e par le royaume saoudien. Il facilita l'&#233;lection &#224; la pr&#233;sidence &#233;gyptienne de Mohamed Morsi, le candidat des Fr&#232;res musulmans, en emp&#234;chant l'arm&#233;e de supprimer sa victoire &#233;lectorale. Durant son unique ann&#233;e de pr&#233;sidence, Morsi a largement respect&#233; les r&#232;gles du jeu &#233;dict&#233;es par Washington pour la r&#233;gion, m&#234;me en ce qui concerne Isra&#235;l. C'est pourquoi l'administration Obama fut m&#233;contente du coup d'&#201;tat qui le renversa en 2013, m&#234;me si elle finit par accepter de mauvaise gr&#226;ce le fait accompli. Cela aussi montre les limites du pouvoir &#233;tats-unien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, il y eut l'exp&#233;rience libyenne. Obama fut entra&#238;n&#233; dans ce conflit &#224; contre-c&#339;ur ; l'expression devenue c&#233;l&#232;bre pour d&#233;crire sa ligne de conduite &#233;tait &#171; diriger de l'arri&#232;re &#187;. Le mouvement en Libye ne voulait pas de bottes &#233;trang&#232;res sur son territoire, et Obama non plus ne voulait pas y engager de troupes. En cons&#233;quence, une campagne de bombardement fut men&#233;e en soutien &#224; un soul&#232;vement arm&#233; contre une dictature brutale, dans l'espoir que Washington et ses alli&#233;s parviendraient &#224; l'aiguiller vers la meilleure issue possible pour les &#201;tats-Unis : un compromis entre le r&#233;gime et l'opposition qui aurait laiss&#233; en place les appareils &#233;tatiques. C'est ce qui s'est pass&#233; au Y&#233;men en 2011, devenu le mod&#232;le pr&#233;f&#233;r&#233; d'Obama qu'il pr&#244;na pour la Syrie en 2012. Mais il &#233;choua compl&#232;tement dans cette voie en Libye, notamment &#224; cause de l'intransigeance de Kadhafi. La structure enti&#232;re de l'&#201;tat finit par s'effondrer lorsque le soul&#232;vement eut lieu dans la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hormis l'&#233;chec libyen, l'autre intervention majeure directe des Etats-Unis fut celle men&#233;e contre &#171; l'&#201;tat islamique &#187; (EI). Ce groupe ultra-terroriste &#233;mergea en Syrie sur les marges du soul&#232;vement r&#233;gional, constituant une menace directe pour les int&#233;r&#234;ts &#233;tats-uniens, en particulier lorsqu'il franchit la fronti&#232;re vers l'Irak en 2014, se d&#233;ployant ainsi dans un pays riche en p&#233;trole. Washington mena alors une nouvelle campagne de bombardement et chercha des alli&#233;s sur le terrain. Pour le gouvernement Obama et le Pentagone, la collaboration tant avec les forces de gauche kurdes en Syrie qu'avec les milices pro-iraniennes en Irak dans le combat contre l'EI ne parut pas poser de probl&#232;me. Cette intervention militaire ne visait cependant qu'&#224; contrer l'EI, et non &#224; contribuer au reversement du gouvernement que ce soit en Irak ou en Syrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'h&#233;g&#233;monie des &#201;tats-Unis dans la r&#233;gion avait atteint son apog&#233;e dans les ann&#233;es 1990 apr&#232;s la premi&#232;re guerre contre l'Irak, pour ensuite retomber &#224; un bas niveau durant le Printemps arabe. L'imp&#233;rialisme russe, rival de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, exploita ces faiblesses de la mani&#232;re opportuniste qui caract&#233;rise Poutine. Lorsqu'il vit que Washington &#233;tait en d&#233;saccord avec les Saoudiens &#224; la suite du coup d'&#201;tat en &#201;gypte, il s'empressa de leur montrer son soutien ainsi qu'au dictateur &#233;gyptien. Lorsqu'il vit que la tension montait entre le pr&#233;sident turc Recep Tayyip Erdogan et Washington &#224; cause de l'alliance de l'administration Obama avec les Kurdes, il fit des avances au dirigeant turc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Syrie avait &#233;t&#233; sous l'influence de Moscou depuis des d&#233;cennies et l'arm&#233;e russe y disposait d'installations militaires. L'Iran commen&#231;a &#224; intervenir en soutien au r&#233;gime syrien en 2013, puis, constatant que m&#234;me cette intervention iranienne en d&#233;fense d'Assad n'avait pas incit&#233; Washington &#224; apporter une aide d&#233;cisive &#224; l'opposition syrienne, Poutine intervint &#224; son tour en 2015, pr&#233;servant le r&#233;gime d'un effondrement imminent. Au vu de la faiblesse g&#233;n&#233;rale manifest&#233;e par les &#201;tats-Unis dans la r&#233;gion, Moscou a ensuite &#233;tendu son activit&#233; militaire &#224; la Libye, o&#249; elle soutient un camp, aux c&#244;t&#233;s de l'&#201;gypte, des &#201;mirats Arabes Unis et de la France, contre l'autre, soutenu par la Turquie et le Qatar. Les Saoudiens ne sont pas engag&#233;s en Libye, pas plus qu'en 2011. Ils sont embourb&#233;s dans leur guerre qu'ils m&#232;nent contre l'Iran par procuration au Y&#233;men aux d&#233;pens de la population de ce pauvre pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;JG : Est-il juste de dire que la position am&#233;ricaine dans la r&#233;gion est en recul depuis le d&#233;but des soul&#232;vements, tandis que celles de la Russie et de l'Iran se sont renforc&#233;es dans une certaine mesure ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GA : Tout &#224; fait. Bien que le gouvernement Trump ait chang&#233; de cap sur certaines questions pour complaire &#224; ses acolytes saoudiens, ni Trump ni personne n'est dispos&#233; &#224; d&#233;ployer massivement des troupes am&#233;ricaines dans la r&#233;gion, &#224; moins d'une grave menace pour les int&#233;r&#234;ts &#233;tats-uniens. Ils savent que pousser trop loin la confrontation avec l'Iran pourrait entra&#238;ner d'&#233;normes cons&#233;quences &#233;conomiques en affectant le march&#233; du p&#233;trole et par l&#224; m&#234;me, l'&#233;conomie mondiale. Les Iraniens le savent eux aussi, et c'est pourquoi l'Iran semble bien peu dissuad&#233; et continue &#224; se comporter en cons&#233;quence. L'imp&#233;rialisme am&#233;ricain e&#251;t-il dispos&#233; de la toute-puissance que certains lui pr&#234;tent, l'Iran n'aurait pas alors &#233;t&#233; le principal b&#233;n&#233;ficiaire de l'invasion &#233;tats-unienne de l'Irak, au point que le gouvernement de ce pays est devenu son vassal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, en fait, la raison pour laquelle le soul&#232;vement r&#233;cent en Irak est fortement hostile &#224; l'Iran &#8211; pas au peuple iranien, bien s&#251;r, mais au r&#233;gime iranien qui s'ing&#232;re dans les affaires de leur pays et empi&#232;te sur leur souverainet&#233;. Celles et ceux qui sont descendus dans les rues en Irak sont majoritairement des chiites, qui n'en sont pas moins clairement hostiles &#224; l'influence iranienne et rejettent toute domination &#233;trang&#232;re, qu'elle &#233;mane de Washington ou de T&#233;h&#233;ran. Au Liban aussi, on a vu une participation importante de chiites au soul&#232;vement de 2019, qui d&#233;passa remarquablement les divisions confessionnelles en s'opposant &#233;galement aux amis de T&#233;h&#233;ran et de Washington r&#233;unis dans la coalition gouvernementale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;JG : Si je comprends bien ce que tu disais pr&#233;c&#233;demment, le capitalisme n'a pas vraiment d'avenir dans la r&#233;gion. Il n'a pas de solution &#224; l'heure actuelle. Seule une sorte de socialisme d&#233;mocratique pourrait offrir une issue, avec un mode de d&#233;veloppement enti&#232;rement nouveau.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GA : Je dirais que le socialisme d&#233;mocratique est certainement l'option la plus souhaitable. Mais en th&#233;orie, on pourrait aussi imaginer une issue sur la base d'un r&#233;gime d&#233;veloppementaliste autoritaire du genre de ceux qui ont pr&#233;sid&#233; &#224; la transformation de certains pays d'Asie orientale. Cependant, une telle &#233;ventualit&#233; ne se profile nulle part &#224; l'horizon. La question cruciale est que le secteur public doit jouer un r&#244;le central pour sortir de la crise dans le cadre d'un d&#233;veloppementalisme de type nouveau, dont il est bien plus probable qu'il soit socialiste que capitaliste. Nous vivons en outre &#224; une &#233;poque o&#249; les gens sont beaucoup moins dispos&#233;s &#224; tol&#233;rer les dictatures du genre commun dans les ann&#233;es 1960. L'aspiration &#224; la d&#233;mocratie est tr&#232;s largement partag&#233;e. Dans les pays du Moyen Orient et d'Afrique du Nord, les gens ont retenu de leur exp&#233;rience qu'ils peuvent renverser des gouvernements par des mobilisations de rue, et c'est une le&#231;on tr&#232;s importante, en effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;JG : Malgr&#233; le lien que tu fais entre les soul&#232;vements et la forme stagnante de capitalisme dans la r&#233;gion, nombre d'observateur.rice.s restent frapp&#233;.e.s par la faiblesse des voix ouvertement anticapitalistes. Les revendications de d&#233;mocratie et de libert&#233; ont &#233;t&#233; mises au premier plan dans ces mouvements populaires, mais les forces explicitement socialistes paraissent &#224; peine audibles. Est-ce correct ? Et si oui, comment faut-il comprendre la faiblesse de l'id&#233;ologie socialiste et anticapitaliste dans la r&#233;gion ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GA : Si l'on parle de forces anticapitalistes dot&#233;es d'un programme socialiste, il est incontestable qu'elles sont tr&#232;s faibles dans la r&#233;gion. Bien que de petits groupes, marginaux, aient pu parfois jouer un r&#244;le disproportionn&#233;, comme ce fut le cas en &#201;gypte en 2011, cela ne change rien au fait que ces groupes sont tr&#232;s faibles et minoritaires. Mais c'est une chose que de s'opposer au capitalisme en th&#233;orie, et c'en est une autre que de s'opposer au capitalisme r&#233;ellement existant. Dans ce dernier sens, il y a &#233;norm&#233;ment de gens qui ne supportent plus le capitalisme corrompu et le n&#233;olib&#233;ralisme. Ces gens veulent se d&#233;barrasser du syst&#232;me socio&#233;conomique dans lequel ils vivent. Cela ne veut pas dire que la plupart sont consciemment socialistes, mais ils partagent une aspiration profonde &#224; la justice sociale entendue dans un sens plus vague, et c'est l&#224; le point de d&#233;part qui compte. Le Printemps Arabe avait fait de la justice sociale l'un de ses principaux slogans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire n'a jamais connu de r&#233;volutions &#8211; pas m&#234;me la Russie de 1917 &#8211; dans lesquelles la plupart des gens &#233;taient des socialistes d&#233;termin&#233;s &#224; abolir le capitalisme. Les choses ne se passent pas comme cela. Dans les pays du Moyen Orient et d'Afrique du Nord, une grande partie, voire, une bonne majorit&#233; de la jeune g&#233;n&#233;ration d&#233;fend des valeurs progressistes allant de la d&#233;mocratie &#224; la justice sociale. Un slogan cl&#233; du soul&#232;vement en 2011 &#233;tait &#171; Pain, libert&#233; et justice sociale &#187;. C'est une bonne d&#233;finition de l'aspiration dominante, &#224; laquelle on peut ajouter la &#171; dignit&#233; nationale &#187;, autrement dit, l'anti-imp&#233;rialisme, ainsi que l'antisionisme l&#224; o&#249; Isra&#235;l est impliqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment mesurer tout cela ? Aucun institut de sondage n'a pos&#233; ce genre de question ; le plus souvent, ils posent des questions ineptes. Toutefois, une bonne indication a &#233;t&#233; donn&#233;e lors du premier tour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle en &#201;gypte en 2012, la plus libre dans l'histoire du pays. Les deux principaux concurrents &#233;taient le candidat de l'ancien r&#233;gime et celui du mouvement int&#233;griste des Fr&#232;res musulmans. Des versions &#233;dulcor&#233;es des deux candidats &#233;taient &#233;galement en lice : un candidat du r&#233;gime et un candidat islamique tous deux &#171; mod&#233;r&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cinqui&#232;me candidat dans cette course, bien qu'ayant le moins de moyens financiers et organisationnels, arriva en troisi&#232;me position, talonnant les deux favoris. Ce candidat &#233;tait un nass&#233;rien (en r&#233;f&#233;rence &#224; Gamal Abdel-Nasser, qui dirigea l'&#201;gypte dans sa p&#233;riode &#171; socialiste &#187; dans les ann&#233;es 1960) au discours ouvertement socialiste. Mais c'est un nass&#233;rien nouvelle mani&#232;re, qui se r&#233;f&#232;re aux r&#233;formes sociales et aux nationalisations extensives des ann&#233;es Nasser, tout en reconnaissant que la dictature est une partie de l'h&#233;ritage nass&#233;rien dont il faut se d&#233;barrasser au profit de valeurs d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait donc le consid&#233;rer comme un repr&#233;sentant du socialisme d&#233;mocratique au sens o&#249; la plupart des gens entendent cela. Et pourtant, il obtint la pluralit&#233; des voix dans les principaux centres urbains de l'&#201;gypte, dont Le Caire et Alexandrie. Voil&#224; un excellent t&#233;moignage du fait qu'il existe une aspiration diffuse &#224; quelque chose de radicalement diff&#233;rent, m&#234;me si cette aspiration n'est pas port&#233;e par une organisation. Et c'est ce qui est le plus important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; JG : Si je te comprends bien, il existe dans la r&#233;gion une base potentielle pour un mouvement de masse socialiste d&#233;mocratique. Le probl&#232;me est que les organisations socialistes sont faibles. Elles ont &#233;t&#233; d&#233;truites par les dictateurs, affaiblies par les pouvoirs autoritaires. Personne n'a &#233;t&#233; en mesure de mobiliser ces attentes sociales d&#233;mocratiques ou de justice sociale qui semblent tr&#232;s r&#233;pandues dans la r&#233;gion.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GA : Je ne dirais pas &#171; sociales d&#233;mocratiques &#187; parce que ce terme peut, bien s&#251;r, renvoyer &#224; une exp&#233;rience avant tout europ&#233;enne qui a produit un certain type d'organisation avec les r&#233;sultats que nous savons. Quant au terme &#171; socialiste &#187;, il n'est pas l'apanage des marxistes, bien entendu. Si l'on prend les r&#233;volutions russes comme exemple, il existait un courant de masse, les socialistes r&#233;volutionnaires, qu'il serait difficile de d&#233;crire comme marxiste. Dans le cas de la Commune de Paris, la plupart des protagonistes ne se r&#233;f&#233;raient m&#234;me pas au &#171; socialisme &#187;. L'&#233;l&#233;ment d&#233;terminant ici tient &#224; l'aspiration &#224; l'&#233;galit&#233; sociale, &#224; un autre type de soci&#233;t&#233;, et en m&#234;me temps, &#224; une d&#233;mocratie radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors oui, le probl&#232;me majeur n'est pas l'absence d'un milieu favorable &#224; un changement radical tel que celui dont nous discutons ; ce milieu existe, mais il manque d'organisation et reste donc faible. Il y a l&#224; une observation que l'on peut faire au sujet des mouvements sociaux en g&#233;n&#233;ral. Lorsqu'un mouvement de masse prend principalement la forme d'occupations de places publiques, on peut y voir une d&#233;monstration de puissance num&#233;rique, mais c'est en m&#234;me temps un signe de faiblesse qualitative. Pourquoi ? Parce que si le mouvement &#233;tait vraiment fort et bien organis&#233;, il passerait d'une &#171; guerre de position &#187; &#224; une &#171; guerre de mouvement &#187; en visant la prise du pouvoir. Mais s'il ne fait que rester sur les places publiques, c'est en v&#233;rit&#233; parce qu'il sait qu'il ne peut pas, &#224; lui seul, renverser le r&#233;gime, et encore moins prendre le pouvoir. Aussi s'attend-il &#224; ce qu'une autre force renverse le gouvernement de l'int&#233;rieur du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#201;gypte, le mouvement populaire comptait sur l'arm&#233;e pour le faire, et en effet, l'arm&#233;e d&#233;posa le pr&#233;sident. Il en fut de m&#234;me en Alg&#233;rie et au Soudan, m&#234;me si le mouvement de masse ne se fit pas d'illusions au sujet des militaires dans ces deux derniers pays, contrairement &#224; ce qui arriva en &#201;gypte. Un mouvement de masse ne peut s'emparer des centres du pouvoir que s'il est organis&#233; &#8211; c'est ce que traduit la c&#233;l&#232;bre m&#233;taphore de la vapeur et du piston. Et c'est exactement ce qui fait cruellement d&#233;faut dans la r&#233;gion. Le mouvement le plus avanc&#233; &#224; cet &#233;gard est celui du Soudan qui a d&#233;velopp&#233; des structures de direction de fa&#231;on remarquable &#8211; non pas le genre de direction centralis&#233;e auquel pourraient penser ceux pour qui l'exp&#233;rience russe reste le mod&#232;le &#224; suivre, mais des structures de direction beaucoup plus horizontales : une organisation en r&#233;seau d'une envergure impressionnante. Le mouvement a &#233;labor&#233; un programme de revendications claires qui correspondent bien &#224; ce que j'ai d&#233;crit comme &#233;tant des aspirations semi-conscientes &#224; un socialisme d&#233;mocratique, au sens large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Soudan est exceptionnel &#224; cet &#233;gard, et cela en partie parce qu'il s'agit d'un pays o&#249; a exist&#233; une forte tradition communiste. Nombreux sont celles et ceux qui sont pass&#233;s par le Parti communiste soudanais. La plupart ont fini par le quitter, surtout parce qu'il conserve des traits staliniens, comme dans d'autres partis de la m&#234;me famille. &#192; plus d'un titre, c'est un &#171; dinosaure &#187;, mais en m&#234;me temps, il regroupe un grand nombre de jeunes dans ses rangs, et des tensions existent entre la direction centrale et les membres jeunes et femmes. Il n'en demeure pas moins que le parti a jou&#233; un r&#244;le incontestable dans le d&#233;veloppement d'une culture de gauche, ou progressiste, qui est r&#233;pandue dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, je ne voudrais pas donner l'impression que le Soudan est en passe de mener &#224; bien le processus r&#233;volutionnaire. Il y a eu les effets de la pand&#233;mie, que nous avons &#233;voqu&#233;s. Et, surtout, il y a toutes sortes d'ing&#233;rences internationales, dont celle d'une administration Trump surtout int&#233;ress&#233;e &#224; pousser le Soudan &#224; &#233;tablir des relations avec Isra&#235;l. Ils ont exerc&#233; un v&#233;ritable chantage sur ce pays tr&#232;s pauvre, en refusant de le retirer de la liste des &#201;tats terroristes &#233;tablie par Washington &#224; moins qu'il n'accepte de reconna&#238;tre Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature &#233;gyptienne et les monarchies du Golfe sont les principaux soutiens de l'arm&#233;e soudanaise. Le pays est dans une p&#233;riode de transition, avec une sorte de dualit&#233; de pouvoirs entre l'ancien r&#233;gime, c'est-&#224;-dire les militaires, et le mouvement populaire. C'est une situation tr&#232;s difficile, de toute &#233;vidence. Le processus r&#233;volutionnaire y est plus avanc&#233; que dans tout autre pays de la r&#233;gion, mais il a encore un long chemin &#224; parcourir, et les militaires peuvent encore s'av&#233;rer tr&#232;s m&#233;chants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;JG : Tu as insist&#233; sur l'importance d'une organisation forte. Quand les soul&#232;vements ont commenc&#233; en 2011, il y avait un certain optimisme, un sentiment que la r&#233;gion pouvait &#234;tre &#224; la veille d'une transition vraiment importante. Et cependant, cette transition n'a pas eu lieu. Il y eut beaucoup d'espoirs d&#233;&#231;us et de d&#233;ceptions, et pire encore. Dirais-tu que cette absence d'organisation populaire forte fut le talon d'Achille des soul&#232;vements ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GA : Oui, certainement. La faiblesse organisationnelle est cruciale. C'est le facteur qui manque pour que le processus r&#233;volutionnaire puisse m&#251;rir. Et il n'est pas &#233;crit dans le ciel que cela va se faire. C'est un processus ouvert : dans la meilleure des hypoth&#232;ses, les conditions finiront par &#234;tre r&#233;unies et un changement radical pourra s'op&#233;rer ; la pire hypoth&#232;se est un blocage historique d&#233;bouchant sur de nouvelles trag&#233;dies, &#224; l'instar de celle dont la Syrie fournit un terrible exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faiblesse de la gauche traditionnelle est en partie le fait de ses propres lacunes. Dans la r&#233;gion, cette gauche traditionnelle a une double origine. L'une est le nationalisme, le nationalisme petit-bourgeois, avec tous ses probl&#232;mes et son absence de clairvoyance politique et sociale. L'autre est le stalinisme. L'un et l'autre ont &#233;t&#233; durement atteints par la chute des r&#233;gimes dont ils d&#233;pendaient. Les ann&#233;es 1970 ont vu la d&#233;cadence et le d&#233;clin du nationalisme arabe, tandis que la chute de l'Union sovi&#233;tique fit des ann&#233;es 1990 une p&#233;riode de crise profonde pour l'ensemble du mouvement communiste dans la r&#233;gion. On trouve ici et l&#224; des r&#233;sidus plus ou moins importants de cette gauche du vingti&#232;me si&#232;cle, mais elle est en crise terminale dans l'ensemble, et je ne pr&#233;vois pas qu'elle puisse ressurgir dans ses formes traditionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il faudrait, c'est un nouveau mouvement progressiste &#224; m&#234;me de se constituer en expression de la nouvelle radicalisation. Si l'on prend l'exemple du Soudan, la force la plus prometteuse y est constitu&#233;e par ce qui est connu sous le nom de &#171; comit&#233;s de r&#233;sistance &#187;. Ce sont des comit&#233;s de quartiers impliquant des dizaines de milliers de personnes, des jeunes pour la plupart, organis&#233;s &#224; la base. Ils se m&#233;fient de toute tentative de d&#233;tournement de leur mouvement et sont allergiques au centralisme et tr&#232;s attach&#233;s &#224; la pr&#233;servation de l'autonomie de chaque comit&#233;. Il y a l&#224; une diff&#233;rence majeure avec l'ancienne gauche. Ils utilisent les m&#233;dias sociaux et s'organisent de fa&#231;on horizontale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi tenir compte du r&#244;le des femmes dans ces mouvements. Au cours de la premi&#232;re vague de 2011, leur participation &#233;tait d&#233;j&#224; remarquable. Des femmes organis&#233;es ont jou&#233; un r&#244;le important en Tunisie. Le d&#233;veloppement le plus surprenant fut celui de la participation notoire des femmes au Y&#233;men, pays o&#249; leur statut est terriblement oppressif. Mais la seconde vague de 2019 vit ce r&#244;le des femmes atteindre un niveau sup&#233;rieur. Au Soudan, les femmes ont constitu&#233; la majorit&#233; du mouvement de masse. En Alg&#233;rie, elles ont constitu&#233; une partie importante de la mobilisation. Au Liban, les femmes ont &#233;t&#233; au premier plan, ce qui a influenc&#233; l'Irak o&#249; elles &#233;taient peu visibles au d&#233;part. Il y a une interaction manifeste entre ces mouvements en &#233;mulation, apprenant les uns des autres. Le r&#244;le de premier plan des femmes contraste aussi avec la gauche traditionnelle, tr&#232;s machiste quand bien m&#234;me elle pr&#233;tendrait le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;JG : Tu sembles rester optimiste quant &#224; l'apparition d'une gauche d'un genre nouveau dans la r&#233;gion. Mais cela a l'air d'un processus qui prendra des d&#233;cennies avant d'arriver &#224; maturit&#233;. Quelle est la prochaine &#233;tape selon toi dans la r&#233;gion ? Quelles &#233;chelles de temps envisages-tu pour ce processus r&#233;volutionnaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GA : C'est un processus de longue dur&#233;e, bien s&#251;r. Quand tu penses &#224; toutes les grandes r&#233;volutions, elles se sont &#233;tendues sur de bien longues p&#233;riodes. La r&#233;volution fran&#231;aise commen&#231;a en 1789. Mais quand prit-elle fin ? La question est en d&#233;bat chez les historien.ne.s : jusqu'&#224; un si&#232;cle plus tard pour certains, et pas moins de dix ans pour tou.te.s. Dans le cas de la r&#233;volution chinoise, le premier &#233;pisode majeur au vingti&#232;me si&#232;cle eut lieu en 1911 et le bouleversement se poursuivit jusqu'en 1949, et bien au-del&#224; en fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, l'apparition d'une nouvelle force progressiste ne prend pas n&#233;cessairement des d&#233;cennies. Ce dont nous avons parl&#233; &#224; propos du Soudan n'est pas l'aboutissement de plusieurs d&#233;cennies de pr&#233;paratifs clandestins. Ces comit&#233;s de r&#233;sistance se sont constitu&#233;s en 2019 avec la r&#233;volution. M&#234;me l&#224; o&#249; il y eu des reculs et des d&#233;faites du mouvement, les militant.e.s r&#233;fl&#233;chissent sur leur exp&#233;rience et en tirent des enseignements. Partout des initiatives ont &#233;t&#233; prises afin de s'organiser. Bien entendu, cela peut devenir tr&#232;s difficile en cas de r&#233;pression massive comme en &#201;gypte. Mais t&#244;t ou tard, la situation explosera &#224; nouveau et il faut esp&#233;rer que celles et ceux qui ont fait les exp&#233;riences pr&#233;c&#233;dentes en auront retenu les le&#231;ons et essayeront d'agir diff&#233;remment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; accus&#233; de pessimisme en 2011, lorsque j'avertissais que les choses ne seraient pas faciles et n&#233;cessiteraient beaucoup de patience et une perspective de long terme. J'expliquais que ce qui s'&#233;tait pass&#233; en Tunisie et en &#201;gypte, avec le renversement des deux pr&#233;sidents, ne pouvait avoir lieu en Libye et en Syrie sans bain de sang. J'avertissais &#233;galement que le fait de se d&#233;barrasser de Ben Ali en Tunisie ou de Moubarak en &#201;gypte ne signifiait pas que le peuple avait r&#233;ussi &#224; renverser le r&#233;gime, comme le proclamait le c&#233;l&#232;bre slogan : &#171; le peuple veut le renversement du r&#233;gime &#187;. Atteindre cet objectif prendra beaucoup de temps et n&#233;cessitera que beaucoup de conditions soient r&#233;unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On m'a alors qualifi&#233; de pessimiste. Quelques ann&#233;es plus tard, beaucoup des m&#234;mes personnes qui avaient d'abord &#233;t&#233; prises d'euphorie se mirent &#224; jouer les Cassandre, en expliquant que le processus &#233;tait mort et enterr&#233;. Mais ce n'&#233;tait qu'une autre illusion impressionniste. Les pr&#233;jug&#233;s orientalistes sur l'incompatibilit&#233; culturelle de la r&#233;gion avec la d&#233;mocratie la&#239;que resurgirent de plus belle. Et cette fois, lorsque j'insistais sur le fait que ce retour de b&#226;ton n'&#233;tait qu'une seconde phase dans un processus historique de longue dur&#233;e, je me voyais accus&#233; d'optimisme na&#239;f.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, je ne pense pas en termes d'optimisme et de pessimisme, m&#234;me au sens de la c&#233;l&#232;bre formule alliant le &#171; pessimisme de la raison &#187; &#224; &#171; l'optimisme de la volont&#233; &#187;. En r&#233;alit&#233;, l'optimisme de la volont&#233; d&#233;pend de l'existence d'un espoir : aussi pessimiste que puisse &#234;tre la raison, elle doit laisser une place &#224; l'esp&#233;rance sans laquelle il ne saurait y avoir d'optimisme de la volont&#233;, except&#233; pour une toute petite minorit&#233;. Ce qui est d&#233;terminant est de reconna&#238;tre qu'un potentiel existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, affirmer que la r&#233;gion conna&#238;tra d'autres soul&#232;vements ne rel&#232;ve pas en soi de &#171; l'optimisme &#187;. Les soul&#232;vements peuvent, h&#233;las, finir en bains de sang et l'&#233;ventualit&#233; d'un sort tel que celui qu'a connu la Syrie ne saurait assur&#233;ment relever de &#171; l'optimisme &#187;. Le pays a &#233;t&#233; enti&#232;rement d&#233;vast&#233;, les morts se comptent par centaines de milliers, sans parler des personnes handicap&#233;es pour le restant de leurs jours et des personnes d&#233;plac&#233;es en dehors de leurs lieux d'habitation ou contraintes &#224; quitter le pays. C'est la pire trag&#233;die de notre &#233;poque jusqu'&#224; pr&#233;sent, et pourtant, m&#234;me en Syrie, et m&#234;me dans des zones sous contr&#244;le du r&#233;gime, d'importantes protestations sociales ont encore eu lieu r&#233;cemment. On pourrait penser qu'apr&#232;s tout ce qui s'est pass&#233;, les gens seraient terroris&#233;s au point de devenir passifs, mais &#231;a n'a pas &#233;t&#233; le cas. Compte tenu de l'horreur de l'exp&#233;rience syrienne, c'est la meilleure preuve, que le potentiel r&#233;volutionnaire est toujours pr&#233;sent. La seule pr&#233;diction que l'on puisse faire &#224; propos des pays du Moyen Orient et d'Afrique du Nord sans risque de se tromper est que la tourmente r&#233;gionale ne va pas se calmer dans un avenir pr&#233;visible : la r&#233;gion restera en &#233;bullition jusqu'&#224; ce que les conditions permettent un changement radical. L'autre voie, sinon, est celle de la barbarie, mais tant que le potentiel r&#233;volutionnaire restera vivant, il y aura un espoir raisonn&#233;, rendant l'action pour la r&#233;alisation des conditions d'un changement radical manifestement cruciale et urgente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction de David Buxton et Thierry Labica&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Il y a 10 ans, les soul&#232;vements arabes</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Il-y-a-10-ans-les-soulevements-arabes</link>
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		<dc:date>2020-12-15T07:10:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julien Salingue</dc:creator>


		<dc:subject>La r&#233;volution arabe en marche</dc:subject>
		<dc:subject>La r&#233;volution arabe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-12-15</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 17 d&#233;cembre 2010, le jeune Mohamed Bouazizi, vendeur ambulant &#224; Sidi Bouzid, ville du centre de la Tunisie, s'immolait par le feu apr&#232;s la confiscation, par les forces de s&#233;curit&#233; du r&#233;gime de Ben Ali, de son outil de travail (une charrette et une balance). Ce geste tragique fut le d&#233;clencheur d'un soul&#232;vement populaire r&#233;gional qui, 10 ans plus tard, n'a pas fini de bouleverser la r&#233;gion Moyen-Orient Afrique du Nord ni d'inspirer les peuples du monde entier &lt;br class='autobr' /&gt; Revue L'Anticapitaliste (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH95/arton46080-12902.jpg?1781844094' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='95' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 17 d&#233;cembre 2010, le jeune Mohamed Bouazizi, vendeur ambulant &#224; Sidi Bouzid, ville du centre de la Tunisie, s'immolait par le feu apr&#232;s la confiscation, par les forces de s&#233;curit&#233; du r&#233;gime de Ben Ali, de son outil de travail (une charrette et une balance). Ce geste tragique fut le d&#233;clencheur d'un soul&#232;vement populaire r&#233;gional qui, 10 ans plus tard, n'a pas fini de bouleverser la r&#233;gion Moyen-Orient Afrique du Nord ni d'inspirer les peuples du monde entier&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Revue L'Anticapitaliste n&#176;121 (d&#233;cembre 2020)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Julien Salingue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;dit Photo&lt;br class='autobr' /&gt;
Place Tahrir au Caire, 18 f&#233;vrier 2011. DR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'immolation de Mohamed Bouazizi a suscit&#233; un sentiment d'identification collective, bien au-del&#224; des fronti&#232;res de la Tunisie, c'est qu'elle a incarn&#233;, de mani&#232;re dramatique, la situation mis&#233;rable d'une jeunesse pr&#233;caire, sans avenir, sujette &#224; la r&#233;pression et &#224; l'arbitraire de policiers reproduisant les pratiques client&#233;listes des clans au pouvoir, en exigeant des bakchichs pour &#171; fermer les yeux &#187; sur des pratiques ill&#233;gales aux yeux de la bureaucratie administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Violence de la contre-r&#233;volution&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extr&#234;me pauvret&#233;, in&#233;galit&#233;s, ch&#244;mage de masse chez les jeunes, mainmise des dirigeants et de leurs proches sur les richesses nationales, poids du client&#233;lisme et persistance de l'autoritarisme : c'est la conjonction &#8211; et la persistance &#8211; de ces facteurs qui ont &#233;t&#233; les causes expliquant le soul&#232;vement r&#233;gional, et pas uniquement l'absence de d&#233;mocratie politique. Si des revendications d&#233;mocratiques ont bien &#233;t&#233; mises en avant, les analyses r&#233;duisant les aspirations populaires &#224; la demande d'&#233;lections libres et de pluralisme politique se sont av&#233;r&#233;es erron&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; d&#233;faut d'alternative progressiste cr&#233;dible et malgr&#233; la puissance et la massivit&#233; des soul&#232;vements, on a progressivement assist&#233;, &#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale, y compris dans les pays o&#249; des &#233;lections ont &#233;t&#233; organis&#233;es, &#224; une polarisation r&#233;actionnaire entre, d'une part, anciens r&#233;gimes et, d'autre part, int&#233;grisme islamique domin&#233; par les Fr&#232;res musulmans, ce qui a pos&#233; une chape de plomb sur les aspirations populaires de 2010-2011, les politiques des puissances r&#233;gionales et internationales contribuant &#224; alimenter cette polarisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les revendications des peuples insurg&#233;s n'ont pas &#233;t&#233; satisfaites et, bien au contraire, la r&#233;gion a connu une v&#233;ritable descente aux enfers : alliance des forces contre-r&#233;volutionnaires en Tunisie, restauration autoritaire en &#201;gypte, d&#233;sint&#233;gration de la Libye, conflits sanglants au Y&#233;men et en Syrie&#8230; Les rivalit&#233;s entre les p&#244;les contre-r&#233;volutionnaires n'ont pas m&#233;caniquement ouvert d'espace pour les forces progressistes, et ces derni&#232;res sont aujourd'hui davantage dans une strat&#233;gie de survie que de d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 10 ann&#233;es qui se sont &#233;coul&#233;es depuis l'onde de choc de 2010-2011 ont &#233;galement &#233;t&#233; l'occasion, pour les puissances imp&#233;rialistes, de faire la d&#233;monstration de leur hypocrisie criminelle et de leur cynisme morbide, pr&#233;occup&#233;es avant tout par la &#171; stabilisation &#187; &#233;conomique et la redistribution des zones d'influence et aucunement par l'am&#233;lioration des conditions de vie des peuples de la r&#233;gion. Malgr&#233; des discours de fa&#231;ade sur la n&#233;cessaire &#171; d&#233;mocratisation &#187;, le soutien politique et militaire apport&#233; &#224; la r&#233;action r&#233;gionale s'est ainsi renforc&#233;, en d&#233;pit de la r&#233;pression tous azimuts, des centaines de milliers de morts et des millions de r&#233;fugi&#233;Es et d&#233;plac&#233;Es. Le tapis rouge r&#233;cemment d&#233;roul&#233; au dictateur Sissi par l'autocrate Macron en est l'une des illustrations les plus r&#233;centes&#8230; et les plus r&#233;pugnantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une source d'inspiration mondiale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les raisons de la col&#232;re sont toujours bien l&#224;, et ceux qui faisaient le pari d'une stabilisation r&#233;gionale par la contre-r&#233;volution en sont pour leurs frais. Du Liban &#224; l'Alg&#233;rie, de l'Irak au Maroc, des soul&#232;vements de plus ou moins grande ampleur se sont succ&#233;d&#233; au cours des derni&#232;res ann&#233;es, montrant que la contre-offensive r&#233;actionnaire, incapable d'&#233;teindre l'incendie r&#233;gional, n'a pas &#233;t&#233; capable de stabiliser la situation et de produire un &#171; nouvel ordre &#187; consolid&#233; et un tant soit peu l&#233;gitime. Qui plus est, la grande r&#233;volte de 2010-2011 fut un pr&#233;curseur d'autres soul&#232;vements &#224; l'&#233;chelle internationale, ouvrant une vague de contestation mondiale du capitalisme n&#233;o-lib&#233;ral autoritaire, du Chili &#224; Hong Kong en passant par Porto Rico, autant de pays o&#249; l'h&#233;ritage des soul&#232;vements arabes a &#233;t&#233; explicitement revendiqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 ans apr&#232;s, nous ne devons pas l'oublier : les soul&#232;vements de l'hiver 2010-2011 furent, malgr&#233; la violence de la contre-r&#233;volution, l'expression de la possibilit&#233;, et m&#234;me de la n&#233;cessit&#233;, de se r&#233;volter contre un ordre injuste, et une source d'inspiration et de fiert&#233; pour les opprim&#233;Es et les exploit&#233;Es du monde entier. &#192; l'occasion du dixi&#232;me anniversaire de ces soul&#232;vements, le meilleur hommage que l'on puisse rendre aux insurg&#233;Es martyrs et &#224; toutes celles et tous ceux qui continuent de se battre dans l'adversit&#233;, est de demeurer intransigeants quant &#224; notre anti-imp&#233;rialisme, notre internationalisme et notre solidarit&#233; avec les peuples en lutte, mais aussi et surtout d'amplifier notre combat, ici et maintenant, pour un monde meilleur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Revolution without Revolutionaries &#187; d'Asef Bayat : Comprendre les printemps arabes</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Revolution-without-Revolutionaries-d-Asef-Bayat-Comprendre-les-printemps-arabes</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Revolution-without-Revolutionaries-d-Asef-Bayat-Comprendre-les-printemps-arabes</guid>
		<dc:date>2018-05-29T07:41:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Gresh</dc:creator>


		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>La r&#233;volution arabe en marche</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-05-29</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Que s'est-il vraiment pass&#233; ? Comment en est-on arriv&#233; l&#224; ? Sept ans apr&#232;s leur d&#233;clenchement, que reste-t-il des r&#233;volutions arabes ? Autant de questions que pose le sociologue Asef Bayat et auxquelles il apporte des r&#233;ponses originales dans un ouvrage parfois d&#233;cousu, mais assur&#233;ment l'un des plus stimulants qui aient &#233;t&#233; &#233;crits sur le sujet. Chercheur reconnu, l'auteur a v&#233;cu deux moments r&#233;volutionnaires dans la r&#233;gion, &#224; T&#233;h&#233;ran avec la chute du chah en 1978-1979 et au Caire en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L100xH150/arton35005-782e6.jpg?1781844099' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Que s'est-il vraiment pass&#233; ? Comment en est-on arriv&#233; l&#224; ? Sept ans apr&#232;s leur d&#233;clenchement, que reste-t-il des r&#233;volutions arabes ? Autant de questions que pose le sociologue Asef Bayat et auxquelles il apporte des r&#233;ponses originales dans un ouvrage parfois d&#233;cousu, mais assur&#233;ment l'un des plus stimulants qui aient &#233;t&#233; &#233;crits sur le sujet. Chercheur reconnu, l'auteur a v&#233;cu deux moments r&#233;volutionnaires dans la r&#233;gion, &#224; T&#233;h&#233;ran avec la chute du chah en 1978-1979 et au Caire en 2011-2012, ce qui fait de lui un t&#233;moin privil&#233;gi&#233;, qualifi&#233; pour dresser un tableau comparatif de ces deux exp&#233;riences.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://orientxxi.info/lu-vu-entendu/comprendre-les-printemps-arabes,2459&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Orient XXI&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1979, en Iran, l'id&#233;e de &#171; r&#233;volution &#187; disposait d'un fort &#233;cho dans de larges segments de la population, modernes ou traditionalistes. Elle &#233;tait implant&#233;e aussi bien chez les marxistes que dans l'islam politique, port&#233;e par la figure embl&#233;matique d'Ali Shariati, un penseur islamo-marxiste. La chute du chah a co&#239;ncid&#233; avec l'effondrement de l'appareil &#233;tatique et le d&#233;veloppement d'un mouvement social fait d'occupations de terres, de logements, d'usines. Les id&#233;aux r&#233;publicains, m&#233;lange d'affirmation de la souverainet&#233; populaire et d'aspiration &#224; la justice sociale embrasaient les esprits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde vivait alors le temps des r&#233;volutions, notamment dans ce qu'on appelait alors le tiers-monde, du Y&#233;men &#224; la Palestine, de l'Am&#233;rique latine aux colonies portugaises. Une &#233;poque marqu&#233;e par la victoire du peuple vietnamien sur les &#201;tats-Unis et par l'effondrement des derniers d&#233;bris des empires coloniaux. Toutes ces luttes nourrissaient l'imaginaire intellectuel des r&#233;volutionnaires iraniens, qu'ils soient marxistes ou religieux. L'hostilit&#233; aux puissances occidentales, en premier lieu les &#201;tats-Unis, &#233;tait g&#233;n&#233;rale et l'h&#233;g&#233;monie des id&#233;es socialistes s'affirmait dans de nombreux domaines. M&#234;me des mouvements comme les Fr&#232;res musulmans, bien moins radicaux que leurs homologues iraniens, pr&#244;naient &#171; le socialisme islamique &#187;. Transformations politiques et transformations &#233;conomiques et sociales &#233;taient profond&#233;ment li&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une &#233;poque post-id&#233;ologique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trente ans plus tard, le monde a chang&#233; de base, l'horizon r&#233;volutionnaire s'est dissip&#233; dans les brumes, nous vivons une &#233;poque post-id&#233;ologique. &#171; Les voix actuelles, remarque Bayat, qu'elles soient s&#233;culi&#232;res ou islamistes, acceptent l'&#233;conomie de march&#233;, les relations de propri&#233;t&#233; et la rationalit&#233; n&#233;olib&#233;rale. &#187; Ce tournant a d&#233;politis&#233; les oppositions &#224; travers le monde. Elles se sont concentr&#233;es sur la d&#233;fense des droits humains, des droits individuels, ceux des femmes et des minorit&#233;s, sans toujours comprendre que la conqu&#234;te de ces droits &#233;tait profond&#233;ment li&#233;e aux questions sociales et de classe. Et, si les r&#233;volutions arabes se sont diffus&#233;es &#224; une vitesse stup&#233;fiante, du Maroc &#224; la Syrie, mettant &#224; bas quatre dictateurs en six mois, elles n'ont jamais marqu&#233;, ni m&#234;me revendiqu&#233;, une rupture radicale avec l'ordre &#233;conomique et social ancien. Faut-il attribuer les &#233;checs qui se sont multipli&#233;s depuis lors &#224; la &#171; contre-r&#233;volution &#187; ? Explication bien courte, constate l'auteur, car les mouvements r&#233;volutionnaires engendrent, toujours et partout, la contre-r&#233;volution. &#171; La question pos&#233;e, remarque-t-il justement, est plut&#244;t de savoir si les r&#233;volutions ont &#233;t&#233; suffisamment r&#233;volutionnaires pour contre-balancer les p&#233;rils de la restauration &#187;. Dans le cas du monde arabe, la r&#233;ponse est non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors, peut-on parler de r&#233;volutions, alors que les principaux acteurs des changements ne disposaient ni d'un projet ni d'une id&#233;ologie r&#233;volutionnaire ? Oui, et c'est ce qui explique le titre du livre, &#171; R&#233;volution sans r&#233;volutionnaires &#187;, car le processus a &#233;chapp&#233; en partie &#224; ses promoteurs, avec l'irruption de &#171; ceux d'en bas &#187; qui depuis des dizaines d'ann&#233;es ont mis en place des strat&#233;gies de r&#233;sistance et de lutte. Ici Bayat poursuit sa r&#233;flexion, entam&#233;e dans Life as Politics1, sur les villes &#224; l'heure du n&#233;olib&#233;ralisme. L'urbanisation massive et les transformations provoqu&#233;es par l'&#233;rosion du r&#244;le de l'&#201;tat, les licenciements dans le secteur public, ont stimul&#233; le travail occasionnel et informel et abouti &#224; une situation dans laquelle &#171; une partie significative de la population urbaine, les subalternes, est contrainte d'agir, de subsister, ou simplement de vivre dans l'espace public, dans la rue, dans une &#8223;&#233;conomie de plein air&#8221;. &#187; Cet espace du dehors, la rue en d'autres termes, devient alors &#171; un atout indispensable pour la subsistance &#233;conomique et la vie sociale et culturelle d'une grande partie de la population urbaine &#187;, y compris pour les jeunes &#233;tudiants et dipl&#244;m&#233;s. Il devient un lieu permanent d'affrontements plus ou moins feutr&#233;s, plus ou moins violents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que les villes ont cr&#233;&#233; de nouveaux besoins que l'&#201;tat est de moins en moins capable de satisfaire, et ont fait na&#238;tre de nouvelles revendications (notamment pour les services). L'&#201;tat est per&#231;u comme l'instance qui doit fournir ces services (&#224; la campagne peu de gens comptent vraiment sur lui), dont on a besoin, mais qui ne remplit plus ce r&#244;le et se borne &#224; &#171; surveiller et punir &#187;. Dans un sondage r&#233;alis&#233; &#224; la veille de la r&#233;volution de 2011, l'eau potable ou les &#233;gouts sont plus souvent revendiqu&#233;s par les &#201;gyptiens que l'acc&#232;s &#224; l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#171; non-mouvements sociaux &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans la rue aussi que se forme une conscience collective des jeunes. Ils sont contraints de d&#233;fier l'ordre existant, incarn&#233; par la police, que ce soit les vendeurs de rue, les jeunes non conformistes ou les supporteurs des clubs de football, les ultras. Et, loin d'&#234;tre impuissants, les pauvres se mobilisent, dans une &#171; politique de la rue &#187; (street politics) &#224; travers ce que l'auteur appelle les &#171; non-mouvements sociaux &#187;. En quoi sont-ils diff&#233;rents des mouvements sociaux ? Ils sont d'abord orient&#233;s vers l'action plut&#244;t que mus par une id&#233;ologie ; ils mettent directement en &#339;uvre leurs revendications ; leur action n'est pas s&#233;par&#233;e de la vie quotidienne ; ils ne sont pas le fait de petits groupes, mais, comme Bayat l'&#233;crivait dans Life as Politics, &#171; ils sont une pratique courante de la vie quotidienne men&#233;e par des millions de personnes. (&#8230;) Quel est l'effet &#8220;grand nombre&#8221; ? Tout d'abord, un grand nombre de personnes agissant en commun a pour effet de normaliser et de l&#233;gitimer les actes qui sont autrement jug&#233;s ill&#233;gitimes. L'action du grand nombre est susceptible de prendre et de s'approprier des espaces de pouvoir dans la soci&#233;t&#233; au sein desquels les subalternes peuvent cultiver, consolider et reproduire leur contre-pouvoir. (....) Ils peuvent s'associer, g&#233;n&#233;rant une dynamique plus puissante que leur somme individuelle2. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;sistance se manifeste dans la vie quotidienne. Elle s'exprime sur le terrain, par la conqu&#234;te des trottoirs par les marchands ambulants, les occupations de terrain, les constructions ill&#233;gales, les jeunes qui affirment leur droit au divertissement, comme par les femmes musulmanes qui affirment leur autonomie dans l'espace public. Ces non-mouvements font partie de la vie quotidienne et ce sont eux qui ont donn&#233; aux &#171; printemps arabes &#187;, leur caract&#232;re r&#233;volutionnaire. Ils ont permis de d&#233;border le cadre trop &#233;troit de la pens&#233;e &#171; raisonnable &#187;, mais n'ont pas pu &#234;tre relay&#233;s, car la classe politique &#233;tait impr&#233;gn&#233;e par l'ind&#233;passable id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale. Comme le remarque Bayat, &#171; alors que les r&#233;volutions arabes ont incarn&#233; dans la pratique des pouss&#233;es et des initiatives radicales de la part des subalternes, aucune articulation intellectuelle s&#233;rieuse, aucun cadre id&#233;ologique ou mouvement social ne les a ancr&#233;s &#187;. Au contraire, &#171; le bon sens n&#233;olib&#233;ral des &#233;lites, aussi bien lib&#233;rales qu'islamistes &#187; a d&#233;nigr&#233; ces initiatives. Et c'est &#233;videmment ce qui diff&#233;rencie cette situation de celle des ann&#233;es 1970. Le fait qu'aucun th&#233;oricien de l'ampleur d'Ali Shariati ne se soit impos&#233; confirme un vide id&#233;ologique, perceptible ailleurs dans le monde avec l'effondrement de la perspective tiers-mondiste et socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une dangereuse absence d'horizon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette absence d'horizon a soulign&#233; les limites de la &#171; politique de la rue &#187;. &#171; Les manifestations sur la place Tahrir, &#233;crit l'auteur, comme celle de Puerta del Sol &#224; Madrid ou de Liberty Square &#224; New York ont &#233;t&#233; s&#251;rement, dans la p&#233;riode r&#233;cente, l'expression la plus forte de cette &#8220;politique de la rue&#8221;. Mais elles &#233;taient aussi en cela, &#8220;extra-ordinaires&#8221;, ce qui, en temps ordinaire, r&#233;v&#232;le leurs limites ; elles ne peuvent &#234;tre maintenues pour une longue p&#233;riode de temps. (....) Parce qu'elles sont par d&#233;finition s&#233;par&#233;es de la vie quotidienne. &#187; Et c'&#233;tait &#233;videmment encore plus vrai dans le monde arabe qu'en Occident, car les mobilisations de longue dur&#233;e se sont traduites concr&#232;tement, pour les plus pauvres, par une d&#233;t&#233;rioration du niveau de vie due &#224; &#171; l'instabilit&#233; &#187;, &#224; la chute du tourisme, &#224; la baisse des investissements, &#224; l'incapacit&#233; d'&#233;tats d&#233;j&#224; pauvres et affaiblis par des dizaines d'ann&#233;es de corruption et de politiques n&#233;olib&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des acquis les plus significatifs de ces r&#233;volutions arabes, et aussi le plus durable, note Bayat, est &#171; le changement dans la conscience des gens &#187; dont le signe fut le surgissement brutal des id&#233;es conservatrices et lib&#233;rales sur la sc&#232;ne politique, des d&#233;bats passionn&#233;s et in&#233;dits. L'opinion occidentale, alarm&#233;e par les gros titres de la presse sur &#171; l'automne islamiste &#187; n'en a per&#231;u qu'un des volets : le d&#233;veloppement du salafisme et des id&#233;es conservatrices &#8212; avec l'apparition d'hommes barbus, de femmes en burqa ou de brigades de m&#339;urs3 &#8212;, sous-estimant la mobilisation pourtant forte autour des id&#233;es de pluralisme, d'&#201;tat civil, de droits des femmes, l'apparition d'un ath&#233;isme public. Malgr&#233; le retour de b&#226;ton, malgr&#233; les guerres, il est peu probable que ce dynamisme vienne &#224; s'&#233;teindre, il prend simplement des formes nouvelles, parfois culturelles, parfois souterraines, mais toujours vives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'issue de ce long p&#233;riple, on ne peut manquer de s'interroger : &#171; le cas arabe &#187; est-il si &#171; exceptionnel &#187; que cela, malgr&#233; ses sp&#233;cificit&#233;s &#8212; notamment l'affaiblissement de l'&#201;tat-nation sous les coups de boutoir de l'incomp&#233;tence de ses dirigeants et des organisations transnationales type Al-Qaida ou &#201;tat islamique ? Partout un carcan id&#233;ologique s'est impos&#233; au fil des ann&#233;es, r&#233;sum&#233; par la phrase de Margaret Thatcher : &#171; Il n'y a pas d'alternative. &#187; Il faudrait renoncer &#224; toute id&#233;e de changement profond ; la seule voie vers des lendemains qui chantent passe par les r&#233;formes du march&#233; du travail ou l'ouverture des march&#233;s. Au risque de d&#233;sesp&#233;rer ceux qui vivent concr&#232;tement l'effet de ces politiques, et de voir se r&#233;pandre la fascination pour les utopies mill&#233;naristes et sanglantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Gresh&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Life as politics. How ordinary people change the Middle East, Stanford University Press, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Ibid., p. 20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- L'auteur consacre un chapitre passionnant et riche &#224; la question de l'islamisme et du parall&#232;le avec la th&#233;ologie de la lib&#233;ration chr&#233;tienne. Il explique pourquoi ce parall&#232;le n'est pas pertinent et les limites fondamentales des mouvements islamistes. Nous reviendrons sur ces questions dans un autre article.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La r&#233;volution du Jerrican &#8211; Les luttes populaires &#224; caract&#232;re environnemental dans la r&#233;gion arabe</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-revolution-du-Jerrican-Les-luttes-populaires-a-caractere-environnemental</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/La-revolution-du-Jerrican-Les-luttes-populaires-a-caractere-environnemental</guid>
		<dc:date>2018-04-24T08:13:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Luiza Toscane</dc:creator>


		<dc:subject>La r&#233;volution arabe en marche</dc:subject>
		<dc:subject>Plan&#232;te</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-04-24</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ces trois derni&#232;res ann&#233;es ont vu les populations et groupes opprim&#233;s de la r&#233;gion arabe mener des luttes environnementales au quotidien [1]. De 2015 &#224; 2017, ces luttes se sont g&#233;n&#233;ralis&#233;es, intensifi&#233;es et radicalis&#233;es, d&#233;bouchant sur de rares victoires et s'affrontant &#224; la surdit&#233; ou la r&#233;pression des pouvoirs. Il n'en reste pas moins qu'elles constituent une exp&#233;rience in&#233;dite dans la r&#233;gion et pourraient bien &#234;tre un moteur du processus r&#233;volutionnaire en cours. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Europe (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-environnementaliste-" rel="directory"&gt;Mouvement environnementaliste&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-La-revolution-arabe-en-marche-+" rel="tag"&gt;La r&#233;volution arabe en marche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Planete-+" rel="tag"&gt;Plan&#232;te&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-04-24-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-04-24&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH99/arton34529-f12f0.jpg?1781042225' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ces trois derni&#232;res ann&#233;es ont vu les populations et groupes opprim&#233;s de la r&#233;gion arabe mener des luttes environnementales au quotidien [1]. De 2015 &#224; 2017, ces luttes se sont g&#233;n&#233;ralis&#233;es, intensifi&#233;es et radicalis&#233;es, d&#233;bouchant sur de rares victoires et s'affrontant &#224; la surdit&#233; ou la r&#233;pression des pouvoirs. Il n'en reste pas moins qu'elles constituent une exp&#233;rience in&#233;dite dans la r&#233;gion et pourraient bien &#234;tre un moteur du processus r&#233;volutionnaire en cours.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article44144&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire sans fronti&#232;re&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article qui suit ne traite que des mobilisations &#224; l'initiative des populations et n'aborde pas les activit&#233;s importantes d'associations d'autant plus si ces derni&#232;res sont ant&#233;rieures au processus r&#233;volutionnaire dans la r&#233;gion (Green Peace, &#201;gyptiens Anti Charbon, etc). En revanche il ne n&#233;glige pas les tentatives de structuration mises en place dans la foul&#233;e des mobilisations [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les militants&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces luttes sont le fait des populations elles-m&#234;mes, g&#233;n&#233;ralement issues des r&#233;gions marginalis&#233;es, de lieux-dits, hameaux et autres villages &#233;loign&#233;s des villes. Ayant &#224; affronter des probl&#232;mes quotidiens et locaux, les manifestations se d&#233;roulent g&#233;n&#233;ralement sur les lieux d'habitation ou devant les locaux polluants en projet ou en activit&#233; (fontaine ass&#233;ch&#233;e, station de dessalement, d&#233;potoir, fleuve, &#233;gout), devant le si&#232;ge de l'entit&#233; locale consid&#233;r&#233;e comme responsable (les offices d'assainissement, les compagnies des eaux, les carri&#232;res ou usines, mairie) et plus rarement devant le si&#232;ge des responsables &#224; un plus haut niveau comme le gouvernorat (c'est le cas en Egypte : Zagazig, Daqehliya, Al Buha&#239;ra) et tr&#232;s exceptionnellement devant l'Assembl&#233;e nationale, ou dans la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont donc massivement des femmes et des enfants qui manifestent, car souvent en premi&#232;re ligne pour ces t&#226;ches (transport de l'eau) dans un contexte marqu&#233; par une division des t&#226;ches que n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; traduire avec tact un habitant de Toghzaz (Tunisie) : &#171; Quand on a un &#226;ne, tant mieux, sinon c'est les femmes qui transportent l'eau &#187; [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes sont men&#233;es par les travailleurs (les travailleurs de Sanmar TCI, en lutte pour leur survie apr&#232;s des d&#233;c&#232;s et des blessures dus &#224; des explosions ou des produits toxiques, &#224; Port Sa&#239;d, &#201;gypte), les &#233;l&#232;ves (&#224; Gargour en Tunisie), gr&#232;ves des coll&#233;giens pour l'eau (&#224; Chabiba, Tunisie), luttes men&#233;es par les lyc&#233;ens pour l'eau (&#224; Igherm au Maroc), et leurs parents (Tunisie, &#201;gypte), par les enseignants, les &#233;boueurs (Alg&#233;rie), les plongeurs professionnels, les m&#233;decins du public et du priv&#233; (en Tunisie, contre les coupures d'eau) et le personnel m&#233;dical (&#224; Bouzeguene en Alg&#233;rie pour l'eau), les paysans (&#201;gypte), les p&#234;cheurs (Nil, &#201;gypte, Saint-Simon, Ouza&#239; et Borj Hammoud au Liban, mer Rouge, Soudan), les travailleurs des soci&#233;t&#233;s d'eau potable : les travailleurs d'El Salam (&#201;gypte) font un sit-in et menacent de gr&#232;ve, car ils ne peuvent faire leur travail au service de la population, par manque d'eau), les &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, diverses couches sociales rentrent en lutte avec des int&#233;r&#234;ts potentiellement divergents &#224; long terme ; la revendication de l'eau d'irrigation port&#233;e par des agriculteurs pratiquant la culture de plantes (past&#232;ques, tomate industrielle (Guelma, Alg&#233;rie), petits pois ou riz) dans cette r&#233;gion peut &#234;tre antagonique avec celles des populations priv&#233;es d'eau potable. C'est le cas &#224; Zagora (Maroc) o&#249; la culture de la past&#232;que destin&#233;e &#224; l'exportation pompe la nappe phr&#233;atique. Des commer&#231;ants (abattoirs) r&#233;clament de l'eau pour leur activit&#233; (&#224; Suez en &#201;gypte). Des citoyens de Kom Hamada se plaignent du fait que les agriculteurs br&#251;lent le bois et le riz et polluent l'air. Des industriels du tourisme de masse ou de luxe se joignent parfois aux manifestants, car les odeurs pestilentielles des fleuves, des &#233;gouts et des ordures peuvent porter pr&#233;judice &#224; leur activit&#233;, mais ils ne remettent pas en cause leur activit&#233; elle-m&#234;me, souvent polluante elle aussi (cars, quads, navires de croisi&#232;re, etc.) ou qui fait main basse sur l'eau (piscines, golfs). Ces pratiques sont partie prenante de la politique de pr&#233;dation et de restructuration n&#233;olib&#233;rale, qui, si elles ne sont pas le sujet de l'article, expliquent en partie le stress hydrique &#224; longueur d'ann&#233;e, et partant les luttes incessantes pour l'eau. En revanche, les revendications des p&#234;cheurs rejoignent g&#233;n&#233;ralement celles des populations (&#224; Teboulba, Ksibet El Mediouni en Tunisie, Borj Hammoud au Liban).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;thodes de lutte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations contre la pollution de l'air voient des cort&#232;ges masqu&#233;s avec pr&#233;sence d'enfants (&#224; Safi au Maroc contre l'importation d'ordures, &#224; Bagdad en Irak, &#224; Qalaa Sghira en Tunisie contre une briqueterie), ou le port de combinaisons de protection contre la pollution de l'eau, des visages grim&#233;s ou peints &#224; la couleur de la pollution (Liban, les visages des enfants des p&#234;cheurs sont recouverts &#224; la peinture rouge, la couleur de l'eau de mer). Au Khouzestan, certains manifestants peuvent rev&#234;tir la tenue arabe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestants pour l'eau arborent des jerricans vides, des bouteilles pleines d'eau du robinet, sale ou saum&#226;tre, des bougies pour les manifestations nocturnes (&#224; Tanger au Maroc). Les manifestants viennent parfois avec leurs troupeaux assoiff&#233;s (&#224; Oued Beja, Mahdia en Tunisie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestants arborent banderoles, pancartes, avec des revendications en arabe, tifinagh, persan ou h&#233;breu, rarement en anglais, des communiqu&#233;s en arabe, tifinagh, fran&#231;ais et plus rarement en anglais et allemand (&#224; Al Qusair en &#201;gypte, suite &#224; l'&#233;pid&#233;mie de Dengue), des portraits du roi au Maroc, des drapeaux nationaux (Maroc) ou des drapeaux amazigh (Maroc). Ils reprennent parfois l'hymne national ou celui de la Tunisie (&#224; Safi au Maroc, pour l'eau et l'&#233;lectricit&#233;). Le slogan &#171; Le peuple veut &#187; est d&#233;clin&#233; en fonction des revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes sont men&#233;es de fa&#231;on graduelle ou conjointement par divers moyens : p&#233;titions, selfie (devant les immondices en Mauritanie), presse (&#201;gypte, notamment via Sahafat Al Muwaten, soit &#171; La page du citoyen &#187; de Al yom Al Sabaa), r&#233;seaux sociaux, mais le moyen le plus r&#233;pandu est la manifestation de rue, parfois pendant plusieurs jours d'affil&#233;e (manifestations nocturnes &#224; Ouargla pour l'eau en Alg&#233;rie). Certains d&#233;bouchent sur des sit-in, rarement p&#233;rennes (Kafr Ed Dawar en &#201;gypte, pour l'eau). Dans le cas de sit-in illimit&#233;s, des tentes sont mont&#233;es (barrages Tamtatouche et Toudgha au Maroc, centrale &#233;lectrique de Jiyeh et &#224; Karaoun, contre la pollution du canal d'irrigation, ou &#224; Hana, Hermel, pour l'eau au Liban, &#224; In Salah en Alg&#233;rie). Dans un seul cas, qui dure depuis 7 ans, il s'agit de logements en dur dans une zone occup&#233;e &#224; Imider au Maroc contre la pollution due aux mines d'argent et pour l'emploi. L'&#171; occupation &#187; est un mode d'action qui semble avoir d&#233;cru depuis 2011. En revanche, la structuration des mouvements s'est renforc&#233;e avec des initiatives parall&#232;les ; art, chant, festival (de l'ordure en Tunisie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des manifestants qui voient leurs manifestations ignor&#233;es s'en remettent &#224; la fermeture de mairies parfois pour plusieurs jours d'affil&#233;e (Chaber El Ameur, Tifaou en Alg&#233;rie), de da&#239;ra (Tala Amara, Mchadallah ou Bouzeguene en Alg&#233;rie), de d&#233;l&#233;gation (Mdhilla en Tunisie), de l'Alg&#233;rienne Des Eaux (&#224; Djebla ou Mchadallah), d'usines d'or (Soudan), de stations de pompages (&#224; Lota Ouadouz, Arzew, et Lanser Azezga en Alg&#233;rie, &#224; Deraw en &#201;gypte), au br&#251;lage des ordures (&#224; Akbou en Alg&#233;rie), &#224; leur d&#233;versement devant la municipalit&#233; (&#224; Tobruk en Libye), au blocage des rails du train amenant le phosphate du bassin minier &#224; Gab&#232;s ou des camions de phosphate &#224; Sbih en Tunisie, &#224; l'incendie d'entreprises aurif&#232;res (&#224; Batana ou Kalogi et la demeure du commissaire de Kalogi au Sud Kordofan au Soudan) dans le cadre du combat contre les entreprises aurif&#232;res utilisant du cyanure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des gr&#232;ves ont lieu : des lyc&#233;ens (&#224; Bezaia, pr&#232;s de Naplouse,) des &#233;l&#232;ves &#224; l'initiative des parents (&#224; Bir Ali Ben Khelifa en Tunisie, &#224; Wadi Nakra, dans le gouvernorat d' Assouan en Egypte), des gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales de villes (commer&#231;ants d'Azzefoun en Alg&#233;rie, populations de Jerada, Laouinat Touissit, Guefait, Oued El Himer, Sidi Boubker et Guenfouda au Maroc, apr&#232;s le d&#233;c&#232;s de deux mineurs, Bouchemma en Tunisie), des gr&#232;ves &#224; l'initiative des travailleurs (la clinique de Bouzegu&#232;ne en Alg&#233;rie), des &#233;boueurs (Khemis Miliana, Alg&#233;rie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve de la faim (&#224; Beyrouth, au Liban, lors de la crise des ordures, dans les villages de Fakous, en &#201;gypte, pour l'eau) et la cha&#238;ne humaine (Ahwaz, contre le d&#233;tournement du fleuve Karoun) restent des moyens exceptionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rassemblements au centre des villages n'ayant pour seul spectateur ou interlocuteur que les acteurs eux-m&#234;mes, les manifestants vont se d&#233;placer progressivement, vers les routes r&#233;gionales, puis nationales, pour les couper (Y&#233;men, Tunisie, Maroc, Alg&#233;rie) et rendre publique (et parfois &#171; impopulaire &#187;) leur col&#232;re. Ce peut &#234;tre aussi le cas du blocage de voies ferr&#233;es (Mit Yazid, Al Gharbiyya en &#201;gypte). Les blocages de route sont r&#233;alis&#233;s &#224; l'aide de pierres, de branches, de pneus en feu, de barricades, de camions, de bateaux (au Liban &#224; l'initiative de p&#234;cheurs ne pouvant travailler &#224; cause des d&#233;chets d&#233;vers&#233;s dans la mer) ou de construction de murs de briques (Annaba, en Alg&#233;rie, pour l'eau). Au Maroc, les mobilisations pour l'eau donnent lieu &#224; des marches sur des dizaines de kilom&#232;tres, &#224; pied (Tazourt/Fes, Tazouta/Sefrou, Zmar/Chichawa, Zaoui El Fath/Tazaou, A&#239;t Sebaa Al Jarouf/Souab, Kandar Raouda/Sefrou, Zaouiat Cheikh/Beni Melal, Marbouh/Marrakech, Al Bayada/Marrakech) ou de manifestations &#224; dos d'&#226;ne (&#224; Rouajee, A&#239;n Blal ou Qaria Ba Mohammed). Ces manifestations rendent ces populations visibles et audibles et reproduisent les longs trajets que femmes et enfants font quotidiennement pour se ravitailler en eau. Les caravanes de voitures sont rares. Au Y&#233;men, une marche de l'eau est organis&#233;e d'Ibb &#224; Taez pour ravitailler en eau la population assi&#233;g&#233;e par les Houthis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les revendications&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier rang des revendications et en termes de nombre de manifestations dans tous les pays arrive la question de l'eau, qu'elle soit absente, pollu&#233;e ou sal&#233;e. Les questions de la s&#233;cheresse ou du changement climatique n'expliquent pas &#224; elles seules ce ph&#233;nom&#232;ne puisque les manifestations pour l'eau ont lieu toute l'ann&#233;e, hiver comme &#233;t&#233;. On distingue la revendication pour l'eau potable et celle de l'eau d'irrigation, pollu&#233;e et/ou absente &#233;galement, mais qui n'est pas toujours port&#233;e par les m&#234;mes cat&#233;gories de population. La lutte pour l'eau potable est souvent conjugu&#233;e &#224; une lutte pour la baisse des tarifs de l'eau puisque les populations payent souvent l'eau une fois (celle du robinet), une seconde fois (celle des jerricans) et une troisi&#232;me (le transport des jerricans). Et dans les m&#233;tropoles, les populations luttent contre la facturation de l'eau, apr&#232;s la privatisation des services (Maroc). Elles luttent contre le d&#233;tournement de fleuves (petit Zab au Kurdistan d'Irak, Karoun au Khouzestan, dans les deux cas par le pouvoir iranien), pour l'autorisation de forage de puits art&#233;sien (Timedkit en Alg&#233;rie), contre la fermeture de puits (Jrabta au Liban), contre la pollution de fleuves (Estwan, Litani, Rachine et A&#239;n Al Qamar au Liban, Sbiba et Tassa en Tunisie), contre les forages anarchiques de puits (Akachich et Menata au Maroc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la pollution de l'air renvoie aux questions des poussi&#232;res industrielles, de l'absence d'&#233;gouts ou &#224; celle des ordures d&#233;vers&#233;es n'importe o&#249; par les pouvoirs publics ou les entreprises (Sharonim &#224; Ta&#239;be, Cisjordanie), la lutte contre les d&#233;chets s'est enrichie d'une lutte contre leur importation (Maroc) ou leur exportation (Liban).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les populations rentrent en lutte contre des entreprises polluantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; mines d'argent (Imider au Maroc),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; mines d'or utilisant le cyanure : (des dizaines au Soudan [4], Tiouite au Maroc, Taziast en Mauritanie)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; carri&#232;res de pierres (Tulkarem en Cisjordanie)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; carri&#232;res de tuf (&#224; Bouaita en Alg&#233;rie)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de concassage (&#224; Isly au Maroc)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'agr&#233;gats (&#224; Fraksa en Alg&#233;rie),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de sable (&#224; Jbeil au Liban)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; centrale &#233;lectrique (&#224; Jiyeh au Liban)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; centrale thermique (&#224; Mohammedia au Maroc)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; raffineries de p&#233;trole (&#224; Mustorad en &#201;gypte),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; cimenteries (Al Tahama en Arabie Saaoudite, Helwan Cement Italcementi Groups &#224; Minieh, Wadi Al Qamar et Sanmar Trust Chemical Industries (TCI), Port Sa&#239;d, en &#201;gypte, Al Hallabat en Jordanie, A&#239;n Dara au Liban, SANAD &#224; Wadi Cha&#239;r en Cisjordanie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; gaz de schiste (In Salah, A&#239;n Fares en Alg&#233;rie),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; briqueteries (&#224; Qalaa Sghira en Tunisie),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; pl&#226;treries (Oued Ghar en Tunisie),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; teintureries (&#224; Kfour Er Ramel en &#201;gypte, et SEFITA &#224; Mekn&#232;s au Maroc),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; entreprises de potasse (&#224; Mazar Janoubi en Jordanie)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; tailles de pierre (&#224; Tkout en Alg&#233;rie, Douar Lashab et Ouled Salah au Maroc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; huilerie (Sidi Madhkour en Tunisie)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; aluminium (Bouficha en Tunisie)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; farine et huile de poisson (&#224; Nouadhibou en Mauritanie)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#201;levage de poulets (&#224; Al Hadida au Soudan)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Abattage industriel de poulets (&#224; Anfeh au Liban)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Extraction de l'huile &#224; l'hexane (&#224; Bziza au Liban)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; fermes d'aquaculture intensive (&#224; Beja&#239;a en Alg&#233;rie),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d&#233;p&#244;ts de bouteilles de gaz jouxtant des d&#233;p&#244;ts d'essence et des habitations (&#224; Maan en Jordanie)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; implantation de d&#233;chetterie (&#224; Kitta en Jordanie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les entreprises polluent g&#233;n&#233;ralement l'air et la nappe phr&#233;atique qu'elles ont souvent contribu&#233; &#224; ass&#233;cher au pr&#233;alable (usines de phosphate, Tunisie). Les populations s'opposent aussi &#224; des projets (centrale aliment&#233;e au charbon &#224; Qatraneh, Jordanie,) autant dire que la pollution industrielle va entra&#238;ner &#224; son tour des luttes pour l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau des transports, les populations luttent contre le passage de camions de gros tonnage laissant dans leur sillages produits polluants et pollution sonore (&#224; El Moghoun en Alg&#233;rie, charg&#233;s de phosphorite par Jordan India Fertiliser Company (JIFCO) &#224; Maan en Jordanie, &#224; Deel Al Abdusalam, dans le Sultanat d'Oman, &#224; Fadasi au Soudan).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles luttent contre des projets :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; touristique (Aokas en Alg&#233;rie),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; urbain (le projet de Lafarge de construction d'un hub urbain &#224; Fuheis, Jordanie),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; industriel (cimenterie turque &#224; Beith Kahel en Cisjordanie)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; barrages (Kajbar, Dal et Shirek au Soudan, Souk N'tlata en Alg&#233;rie, Bisri au Liban, Tamalout et Tamtatouche au Maroc, Legreynatt en Mauritanie),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; contre une autoroute (Maamar en Alg&#233;rie) ou pour une bretelle de cette m&#234;me autoroute (Ighil Azi, A&#239;t Rzine) afin d'&#233;viter la marginalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, d'autres luttes ont pour objectif la lutte contre les effets de la pollution, les populations luttent pour l'ouverture d'h&#244;pitaux &#224; Tkout (Batna, Alg&#233;rie) o&#249; la silicose a fait 138 d&#233;c&#232;s chez les tailleurs de pierres, &#224; Gab&#232;s (Tunisie) o&#249; l'activit&#233; du Groupe Chimique Tunisien (GCT) est l&#233;tale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les d&#233;plac&#233;s d'anciens projets (barrages) continuent de lutter pour leur retour sur leurs terres en Egypte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les entreprises polluantes sont nationales ou &#233;trang&#232;res (Lafarge, Total, Amendis-V&#233;olia, Sanmar TCI, Inde, JIFCO, jordano-indienne, Kinross, Agrium Qalloubia, Canada, TAHE International Metal Mining.Inc, Turquie) ou financ&#233;es par des fonds &#233;trangers : Jordanie, Gesellschatf F&#252;r Internationale Zusammenarbeit, Ambassade du Canada, Agence japonaise de Coop&#233;ration internationale, UNDP /ONU impliqu&#233;s dans un projet de d&#233;chetterie &#224; Kitta, Jordanie, Tunisie)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des luttes pour la pr&#233;servation d'espaces verts (parc Jamal Abdelnasser &#224; Kowe&#239;t, parc du Belv&#233;d&#232;re &#224; Tunis et colline de Sidi Bou Sa&#239;d en Tunisie, Parc Hosh &#224; Beyrouth au Liban, Lac Mezaya, bande bois&#233;e d'Aokas, Bois des Oliviers ou gorges de Kherrata en Alg&#233;rie, jardin du quartier Al Hasni &#224; Casablanca au Maroc, zone prot&#233;g&#233;e de Wadi Al Kaf et Hassaka, au nord-ouest d'H&#233;bron), pour la r&#233;ouverture du parc d'A&#239;n Sara, Karak, en Jordanie, pour les pins d'Akkar au Liban, ou encore pour l'autorisation de forage de puits art&#233;siens (Alg&#233;rie), la pr&#233;servation des oryx (Oman), des flamants roses (&#224; Maysan en Irak), pour sauver les mouettes &#224; Costa Brava (Liban). Et enfin il y a la mise en valeur de nouveaux modes de d&#233;placement (bicyclette, Tunisie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La convergence des revendications&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une revendication vient rarement seule, mais assortie de celles de constructions d'&#233;quipements (&#233;lectricit&#233;, gaz, &#233;coles, routes, espaces verts) et dans certains cas, il y a des cahiers de revendications (&#224; Rajish en Tunisie, les revendications vont de la lutte contre la pollution &#224; l'emploi ou l'&#233;lection d'un conseil municipal ind&#233;pendant et la restitution de terres accapar&#233;es par des entrepreneurs). Dans le cas d'Imider, ce ne sont plus seulement des revendications,mais des propositions concernant aussi la scolarisation, les &#233;coles, qui ont &#233;t&#233; &#233;labor&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'interpellation des pouvoirs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces luttes se d&#233;roulent &#224; l'&#233;chelon local et les populations interpellent le responsable le plus proche, pour l'inviter &#224; agir, ou pour exiger sa d&#233;mission ou son &#233;viction. Les populations qui interpellent le pouvoir central sont &#233;gyptiennes (slogans qui s'adressent &#224; Sissi), marocaines (photos du roi et slogans, ayant conscience que tout est d&#233;cid&#233; au Palais), mauritaniennes, ces derni&#232;res manifestant parfois devant le Palais pr&#233;sidentiel, et libanaises (lors de la crise des d&#233;chets). L'international est rarement sollicit&#233;, &#224; l'exception des slogans des Arabes du Khouzestan qui en appellent ouvertement &#224; l'ONU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La prise en charge des populations par elles-m&#234;mes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; autogestion &#187; est rare, la majorit&#233; des populations s'adressant aux pouvoirs pour exiger des droits ; cependant se d&#233;veloppent dans certaines r&#233;gions des initiatives qui partent du principe que les pouvoirs sont carents ou incapables : recours aux sourciers et puisatiers (&#224; Maatkas en Alg&#233;rie), r&#233;habilitation de fontaines publiques (Tizi N'tetla en Alg&#233;rie) (nettoyages des villages, des rues, des plages (les plages de 14 wilayas en Alg&#233;rie, nettoyage de l'eau de mer de huit plages par des plongeurs volontaires &#224; Tabarja au Liban, mises en place de tri s&#233;lectif, mise en place d'un village &#171; mod&#232;le &#187; &#224; Kafr Wahb en &#201;gypte), plantation de ch&#234;nes (&#224; Kitta en Jordanie). Ces initiatives peuvent &#234;tre per&#231;ues comme accompagnant le d&#233;sengagement de l'&#201;tat et elles ne d&#233;bouchent pas forc&#233;ment sur des dynamiques d'autogestion plus &#233;tendues. Et encore, cet article ne traite pas des milliers de projets financ&#233;s par des ONG, locales ou internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque ces populations sont des groupes opprim&#233;s, elles ont d&#233;j&#224; tendance &#224; mettre en place une structuration autonome : (Iguersafene et Taourirt en Kabylie, &#233;co projets en Cisjordanie et &#224; Gaza). En revanche, l'autogestion est de mise dans les zones lib&#233;r&#233;es en Syrie. La guerre a fait dispara&#238;tre toute vell&#233;it&#233; de s'adresser &#224; un quelconque pouvoir (remise en &#233;tat de puits &#224; Al Houla (Homs) ou campagnes de solidarit&#233; dans les camps de r&#233;fugi&#233;s en Syrie, ou encore &#224; Mossoul o&#249; la population creuse des puits apr&#232;s le d&#233;part de Daech, Irak). Rien n'indique non plus que ces initiatives relevant de la survie &#233;l&#233;mentaire d&#233;boucheront sur une autogestion &#224; long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des luttes sur le long terme men&#233;es par des populations locales qui ont eu recours &#224; l'occupation ponctuelle, car victorieuse dans le cas d'In Salah en Alg&#233;rie et illimit&#233;e dans le cas d'Imider, cette derni&#232;re lutte avec occupation ayant d&#233;bouch&#233; sur la mise en place d'un autre projet de soci&#233;t&#233; pour la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La jonction avec les luttes des groupes opprim&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes pour l'environnement sont largement li&#233;es aux questions des groupes nationaux ou culturels opprim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, on a vu que c'est dans ces r&#233;gions que se d&#233;veloppe le plus l'autogestion en mati&#232;re environnementale, d'autre part se diffuse l'id&#233;e que ces r&#233;gions sont n&#233;glig&#233;es, parce qu'habit&#233;es par des non-Arabes (Rif, Zagora, Jerrada, au Maroc, Kabylie en Alg&#233;rie, Nubiens expuls&#233;s de leurs terres en Egypte et au Soudan). Dans certains cas, l'arme &#233;cologique est utilis&#233;e &#224; dessein contre ces minorit&#233;s : Territoires occup&#233;s, Gaza, Nubiens du Soudan, Arabes d'Iran). En r&#233;ponse, les luttes n'en sont que plus m&#234;l&#233;es et plus fortes (Amazighs, Palestiniens, Sahraouis d'Assa au Maroc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines ont parfois des soutiens internationaux (Amazighs dans la diaspora, Palestiniens) que ce soit au plan politique ou mat&#233;riel. La question d'Imider est relay&#233;e d'abord comme une lutte amazighe par les Amazighs. Les Kabyles sont aid&#233;s dans les projets d'autogestion par leur diaspora, et les Palestiniens comptent sur le mouvement anti sioniste. Ces luttes sont per&#231;ues comme des luttes de minorit&#233;s, car soutenues en tant que telles, et non des luttes environnementales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question environnement/Emploi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question &#233;cologique et question sociale sont &#233;troitement li&#233;es, car les populations qui luttent pour l'eau et contre les d&#233;chets sont en g&#233;n&#233;ral les m&#234;mes qui sont affect&#233;es et/ou luttent contre le ch&#244;mage. Du c&#244;t&#233; des travailleurs, la question se d&#233;cline de diverses mani&#232;res : les travailleurs eux-m&#234;mes luttent pour leur survie (150 travailleurs de la carri&#232;re de la zone du Piton &#224; Akbou, en Alg&#233;rie, au ch&#244;mage depuis la fermeture impos&#233;e par la mobilisation des populations, exigent de reprendre le travail). Les &#233;boueurs de Khemis Miliana en Alg&#233;rie font gr&#232;ve pour &#234;tre prot&#233;g&#233;s. Les travailleurs s'opposent aux revendications des populations (briqueterie de Qalaa Sghira en Tunisie). Les travailleurs sont int&#233;ress&#233;s aux revendications des populations parce qu'il s'agit d'eux-m&#234;mes : port&#233;e par des populations affect&#233;es qui sont aussi celles qui travaillent dans les entreprises, la revendication sera &#171; des explosifs de moindre intensit&#233; &#187; dans une carri&#232;re d'agr&#233;gats (Ath Mansour, Bouira, en Alg&#233;rie).. Des travailleurs du Groupe Chimique Tunisien se joignent au sit-in des populations contre le d&#233;versement du phosphogypse dans la mer &#224; Gab&#232;s o&#249; 200 000 personnes vivent de l'industrie du phosphate. Du c&#244;t&#233; des populations, la question du ch&#244;mage et de l'environnement est &#233;troitement li&#233;e. Il y a ambivalence, les locaux r&#233;clamant leur emploi prioritairement dans des entreprises polluantes (en Irak dans les soci&#233;t&#233;s p&#233;troli&#232;res qui ont ass&#233;ch&#233; les Marais de Bahla, jeunes de Tunisie qui r&#233;clament de l'emploi dans les mines de phosphate ou de gaz (Redeyef, Bouchemma, Gargour) dont ils d&#233;noncent par ailleurs les effets sur la nappe phr&#233;atique, jeunes de Boujniba et de Khouribka au Maroc qui exigent du travail &#224; l'Office Ch&#233;rifien des Phosphates (Office Ch&#233;rifien des Phosphates) dont ils d&#233;noncent la pollution) ou dans la compagnie des eaux, travailleurs de Jerrada (Maroc) qui continuent de descendre dans des mines ferm&#233;es depuis presque vingt ans au p&#233;ril de leur vie tout en accusant les barons du charbon, soutenus par des &#233;lus locaux de les y contraindre. Dans un cas unique, une population a pr&#233;f&#233;r&#233; vivre sainement plut&#244;t que travailler pour mourir, en refusant l'implantation de la SIAPE (d&#233;riv&#233;s du phosphate) &#224; Mdhilla (Tunisie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela pose la question des syndicats, largement absents de ces combats pr&#233;cit&#233;s ; o&#249; sont les syndicats de Lafarge, de Kinross ? La Tunisie fait un peu exception, m&#234;me si l'Union G&#233;n&#233;rale Tunisienne du Travail (UGTT) para&#238;t plus &#224; l'aise dans les luttes contre les effets de la pollution (d&#233;fense des &#233;l&#232;ves, des professeurs victimes de l'eau contamin&#233;e, revendication de la construction d'h&#244;pitaux) et moins &#224; l'aise dans la d&#233;nonciation des activit&#233;s polluantes. Elle a exprim&#233; sa satisfaction d&#232;s l'annonce de l'arr&#234;t du d&#233;versement du phosphogypse dans la mer d'ici huit ans (&#231;a va dans le bon sens) ..., annul&#233; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale d&#233;cid&#233;e par l'Union R&#233;gionale de UGTT et l'Union locale de l'Union Tunisienne de l'Industrie du Commerce et de l'Artisanat (UTICA) &#224; Redeyef pour l'eau potable suite &#224; des &#171; promesses &#187; de la Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG) ; en revanche, l'UGTT s'associe plus volontiers aux luttes d'apr&#232;s-coup : d&#233;c&#232;s d'un travailleur et mobilisation, d&#233;c&#232;s d'une &#233;l&#232;ve et gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans l'&#233;ducation et la sant&#233; &#224; Bir Ali Ben Khelifa, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;action des pouvoirs en place&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques victoires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pouvoirs ignorent les revendications ou parent au plus press&#233;. On envoie un camion-citerne &#224; une population assoiff&#233;e (&#224; Nafra en &#201;gypte), ou &#224; un &#233;tablissement m&#233;dical sans eau (clinique de Bouzeguene en Alg&#233;rie). On promet et parfois l'eau est r&#233;tablie pour une courte p&#233;riode puis coup&#233;e &#224; nouveau. Il y a eu des combats remport&#233;s (annulation de projet de cimenterie, Batna en Alg&#233;rie), mise en cause du projet de fermes d'aquaculture au lac Mezaya (&#224; Bejaia en Alg&#233;rie), fermeture de l'usine d'extraction de l'huile &#224; l'hexane (&#224; Bziza au Liban), annulation du projet de route traversant le parc du Belv&#233;d&#232;re &#224; Tunis, arr&#234;t du projet de construction &#224; Sidi Bou Sa&#239;d, Tunisie), abandon du projet de plage priv&#233;e &#224; Ramlet El Beida au Liban).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pouvoirs semblent reculer ponctuellement puis laissent le temps passer. Ainsi l'exploitation du gaz de schiste est &#224; nouveau envisag&#233;e apr&#232;s un coup d'arr&#234;t de deux ans dans le sud alg&#233;rien. L'usine d'engrais de MOPCO, ferm&#233;e suite &#224; des mobilisations a repris son activit&#233; en 2016 (&#201;gypte). Lafarge a d&#251; fermer sa cimenterie &#224; Fuheis (Jordanie) suite aux mobilisations des habitants, mais ces derniers luttent maintenant contre le projet de hub urbain de l'entreprise. Les habitants sont partag&#233;s sur les engagements pris par les pouvoirs (calendrier sur huit ans de l'arr&#234;t du d&#233;versement du phosphogypse dans la mer &#224; Gab&#232;s, Tunisie), ou sur l'annulation de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; Redeyef (Tunisie) suite aux engagements des responsables sur l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des demi-r&#233;ponses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;ponses paraissent inadapt&#233;es : majoritairement c'est le d&#233;ni qui fait loi : &#171; Non l L'eau n'est pas pollu&#233;e &#187;. Il peut y avoir reconnaissance implicite, avec la distribution d'une machine de respiration artificielle aux tailleurs de pierre &#224; Tkout (Batna) en Alg&#233;rie, ou r&#233;ponse locale ou partielle : le gouverneur du Caire (&#201;gypte) d&#233;cide d'acheter les ordures, mais pas les d&#233;chets alimentaires. La compagnie des eaux de Galil&#233;e annonce une baisse r&#233;troactive des factures d'eau en compensation des pr&#233;judices dus &#224; l'eau pollu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des sanctions sont prises pour l'exemple (&#201;gypte, Tunisie) contre des responsables de la soci&#233;t&#233; d'eau, ou annonc&#233;es contre des entreprises (au Liban, 283 entreprises sur le fleuve Litani doivent &#171; r&#233;gulariser &#187; leur situation, et 23 sont ferm&#233;es &#171; provisoirement &#187; en &#201;gypte), quelquefois avec l'arri&#232;re-pens&#233;e de prot&#233;ger davantage l'industrie touristique que les habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a parfois des reconnaissances du probl&#232;me : en Arabie Saoudite, les autorit&#233;s reconnaissent que les 150 &#233;tudiantes de Qunfundha ont &#233;t&#233; intoxiqu&#233;es &#224; cause de la pollution de l'eau. Suite &#224; l'&#233;pid&#233;mie de dengue &#224; Al Qusair en &#201;gypte, le minist&#232;re de la Sant&#233; reconna&#238;t que la larve s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; cause de l'&#233;rosion du fer blanc qui recouvre les couvercles des r&#233;servoirs, mais reste &#224; savoir quels seront les moyens mis en place par la suite. En Jordanie, le minist&#232;re de l'Environnement reconna&#238;t que des boues &#233;mettant des gaz toxiques ont &#233;t&#233; d&#233;vers&#233;es &#224; Wadi Al Ghadir Al Abyad par un entrepreneur local et promet qu'elles seront enlev&#233;es, mais ne parle pas de sanctions &#224; l'encontre du contrevenant. Le maire de Saham (Sultanat d'Oman) reconna&#238;t les probl&#232;mes li&#233;s au passage de camions, mais recourt &#224; d'autres camions, citernes cette fois-ci pour d&#233;verser de l'eau sur la route et diminuer le niveau de poussi&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il y a des &#171; solutions &#187;, il s'agit de d&#233;localiser :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les ordures au Liban, de la terre &#224; la mer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le phosphogypse en Tunisie, de Gab&#232;s &#224; Oudhref,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la SIAPE, de Sfax &#224; Mdhilla, en Tunisie,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des entreprises aurif&#232;res d'une ville &#224; l'autre, au Soudan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;localise aussi des villes : Sohar dans une ville nouvelle &#224; Liwa (Oman), et des projets sont en cours : une nouvelle capitale en &#201;gypte, &#224; l'est du Caire, par une joint venture entre l'arm&#233;e et des soci&#233;t&#233;s priv&#233;es, et des financements chinois, une &#171; &#233;co cit&#233; &#187; &#224; Zenata (Maroc), une ville &#171; 100 % &#233;colo &#187; &#224; N&#233;om, en Arabie Saoudite, pour la bagatelle de 500 milliards de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des mesures gadget sont prises en haut, ainsi la cr&#233;ation d'une police environnementale (Maroc, Tunisie) qui ne figurait pas &#233;videmment parmi les revendications des populations. Certaines mesures de &#171; protection de l'environnement &#187; ont parfois un effet inattendu qui peut se retourner contre le pouvoir : l'interdiction de l'abattage d'arbres au Soudan entra&#238;ne une p&#233;nurie de bois de chauffage, et partant, la fermeture des boulangeries, car le gaz est trop cher, avec dans la foul&#233;e une &#233;meute estudiantine pour le pain. Mohsene Fikri, marocain, qui vendait un poisson interdit de p&#234;che, est broy&#233; dans une benne &#224; ordure et son assassinat d&#233;clenche un mouvement social sans pr&#233;c&#233;dent et de longue dur&#233;e au Maroc. La police environnementale en Tunisie (une police de plus) s'attaque aux vendeurs ambulants... d'eau qui vont manifester &#224; leur tour pour leur droit au travail !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ralement on r&#233;pond qu'on n'a pas le budget, ou pas de solution, ce qui a l'avantage de la franchise et de renvoyer &#224; la nature du probl&#232;me, les populations &#224; leur solitude, mais aussi &#224; leur imagination pour cr&#233;er des solutions alternatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;pression&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression de l'information : Le pouvoir coupe Internet (Khouzestan), emp&#234;che des journalistes &#233;trangers de couvrir les manifestations (Khouzestan). La r&#233;pression emp&#234;che la tenue de r&#233;unions (Soudan). Elle frappe d'abord les manifestant.e.s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression des militants &#233;cologistes : arrestations au Khuzestan (dont un mineur, Ali Kab-Aomair), &#224; Oman, et par dizaines en &#201;gypte, poursuites en Tunisie, &#201;gypte ou Maroc, condamnations &#224; de lourdes peines (Maroc, Tunisie, Oman), licenciements de travailleurs ( &#201;gypte).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des manifestants sont bless&#233;s au Maroc ou en Irak, voire tu&#233;s (&#224; Najaf pour l'eau et l'&#233;lectricit&#233; en Irak, au Soudan dans les manifestations contre les entreprises aurif&#232;res).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat d'urgence est d&#233;cr&#233;t&#233; dans l'Etat du Sud Kordofan au Soudan afin que les entreprises aurif&#232;res utilisant le cyanure puissent travailler sans entraves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin les poursuites concernent aussi les journalistes qui couvrent les probl&#232;mes environnementaux ou les mobilisations (Hiba Abdelazim au Soudan, Hassan Bouras en Alg&#233;rie), les artistes (le caricaturiste Tahar Djehiche, &#224; propos du gaz de schiste, Alg&#233;rie, la chanteuse Sherine Abdelwahab, &#224; propos de la qualit&#233; de l'eau du Nil, &#201;gypte)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les soutiens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les revendications s'entrecroisent, il n'y a pas &#171; soutien &#187; aux luttes, mais jonction des luttes ainsi la lutte anti cyanure et la lutte anti barrage au Soudan sont men&#233;es par les populations nubiennes, qui se voient d&#233;plac&#233;es et promues &#224; la mort lente. Au Maroc, les revendications sociales et &#233;cologiques sont tellement m&#234;l&#233;es qu'elles se sont confondues, &#224; Imider, dans le Rif, &#224; Zagora, &#224; Jerrada, d&#233;voilant la nature exacte de ce combat, un combat essentiellement politique, mettant en cause le pouvoir central que r&#233;v&#232;le un des slogans : &#171; Ni parlement, ni gouvernement. Insoumission &#187; &#224; Khouribka en 2017. Les luttes environnementales ont gagn&#233; le soutien d'associations luttant pour les droits de l'homme (sections de l'Association marocaine des Droits de l'Homme (AMDH) ou d'ATTAC au Maroc, de la Ligue Tunisienne pour la d&#233;fense des Droits de l'Homme (LTDH) ou de UGTT, Tunisie). Elles ont entra&#238;n&#233; dans leur sillage la cr&#233;ation d'innombrables collectifs ad hoc (Collectif pour la d&#233;fense de la bande bois&#233;e d'Aokas, Alg&#233;rie) ou probablement p&#233;rennes : Comit&#233;s pour l'environnement au Soudan, Observatoire de l'Eau en Tunisie, &#171; Vous puez &#187; au Liban&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les questions environnementales sont parfois reprises par des &#233;diles (pour leur r&#233;&#233;lection ?) (&#224; Bziza au Liban, Mustapha Achelwaw sur la question de l'eau &#224; Alnif au Maroc, qui d&#233;missionne), m&#234;me quand la formation politique &#224; laquelle ils appartiennent n'a strictement aucune pr&#233;occupation &#233;cologique (le d&#233;put&#233; du Parti de la Justice et du D&#233;veloppement (PJD) concernant la mine d'or de Tiouit, Maroc) ou par des d&#233;put&#233;s repr&#233;sentant des minorit&#233;s opprim&#233;es (15 d&#233;put&#233;s du Khouzestan arborant des masques noirs au Parlement iranien, la d&#233;put&#233;e &#233;gyptienne Hala Abou Saad s'adresse au ministre des Ressources hydrauliques au sujet de la pollution &#224; l'aluminium dans le gouvernorat de Kafr Al Cheikh). Des d&#233;put&#233;s kowe&#239;tiens participent &#224; la manifestation pour le parc Jamal Abdelnasser &#224; Kowe&#239;t. Des d&#233;put&#233;s soudanais attribuent l'insuffisance r&#233;nale et les cancers &#224; la pollution de l'eau. La justice est rarement sollicit&#233;e et r&#233;pond quelquefois favorablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question environnementale au Khouzestan est reprise par les Moujahidin du peuple, qui s'&#233;taient av&#233;r&#233;s moins loquaces lors de l'utilisation de gaz chimiques contre les Kurdes &#224; Halabja par le pouvoir irakien de Saddam Hussein auquel ils &#233;taient alors alli&#233;s. Les partis politiques reprennent rarement ces revendications, sinon en Kabylie (Front des Forces socialistes, Rassemblement pour la Culture et la D&#233;mocratie, Parti socialiste des Travailleurs). En revanche, l&#224; o&#249; les questions environnementales remettent en cause les sommets de l'&#201;tat, tous les partis prennent position, pas forc&#233;ment sur des bases principielles (crise des ordures, cimenterie d'A&#239;n Dara, divergences des partis sur la question de la station d'&#233;puration &#224; Al Ayoun, fleuve Assi au Liban).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, la gauche n'est pas bavarde et encore moins active, m&#234;me si la solidarit&#233; internationale des militants &#233;cologistes s'est traduite lors de la COP 22 &#224; Marrakech avec Imider (Maroc), du Forum Social Mondial en 2015 &#224; Tunis avec la lutte internationale contre le phosphogypse en Tunisie. Des soutiens internationaux se sont exprim&#233;s &#224; la population d'In Salah contre le gaz de schiste (Alg&#233;rie). On d&#233;j&#224; vu, les groupes opprim&#233;s (Khouzestan, Palestine, Amazigh, Nubiens) ont recours &#224; leur propre diaspora ou a des r&#233;seaux de solidarit&#233; internationale (Territoires occup&#233;s, Gaza, collecte internationale pour financer un ch&#226;teau d'eau &#224; Khuz'a), mais sont rarement soutenus par les militants &#233;cologistes. La lutte pour la colline de Sidi Bou Sa&#239;d (village touristique de Tunisie qui voit se d&#233;verser chaque ann&#233;e des centaines de milliers de visiteurs) a vu une p&#233;tition sur Change.org.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ecologie et processus r&#233;volutionnaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les combats &#233;cologistes sont fragment&#233;s, locaux, et pourtant ils partent des m&#234;mes causes. Aucune force ne s'est donn&#233; pour objectif de les faire converger ni d'op&#233;rer une jonction entre ces luttes et d'autres mouvements sociaux. Cet article n'a fait que d&#233;montrer des jonctions et des convergences de fait, sur fond de mouvement r&#233;volutionnaire in&#233;gal dans la r&#233;gion. En Iran, les luttes des populations arabes pour l'&#233;cologie sont d&#233;cal&#233;es, mais se m&#232;nent en parall&#232;le des luttes des populations iraniennes pour la justice sociale et la d&#233;mocratie. Gageons qu'&#224; court terme, elles s'y m&#234;leront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des luttes environnementales ont d&#233;fi&#233; les pouvoirs en place dans trois pays, le Soudan, o&#249; les luttes environnementales ont accompagn&#233; le mouvement r&#233;volutionnaire ascendant ces derniers mois, le Liban, o&#249; la question des d&#233;chets partie de Beyrouth, est devenue une question nationale du fait de la politique consistant &#224; d&#233;localiser les ordures un peu partout, et surtout parce qu'elle a mis &#224; nu la corruption et le fonctionnement du syst&#232;me politique, et enfin au Maroc, o&#249; la question environnementale a &#233;t&#233; en creux un des points de d&#233;part du mouvement du Rif et l'un des moteurs des soul&#232;vements de Zagora et Jerada. La force de ce mouvement r&#233;side dans sa capacit&#233; &#224; s'&#234;tre transform&#233; d'embl&#233;e en un mouvement social mobilisant des r&#233;gions enti&#232;res, &#233;laborant des cahiers de revendications pouvant &#234;tre repris par l'ensemble des populations marocaines, soit une dimension sociale et politique assum&#233;e. Il est le strict pendant de l'incapacit&#233; officielle &#224; offrir une quelconque solution comme l'a formul&#233; le Pr&#233;sident de la soci&#233;t&#233; d'eau potable de Gizeh (&#201;gypte) : &#171; Je n'ai pas de solution &#187;. L'incurie officielle et les capacit&#233;s des populations &#224; offrir des solutions alternatives sont porteuses d'espoir pour un mouvement r&#233;volutionnaire arabe largement mis &#224; l'&#233;preuve dans une s&#233;rie d'autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puissent ces quelques lignes avoir contribu&#233; &#224; rendre visibles ces luttes locales et &#224; faire &#233;merger une solidarit&#233; large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luiza Toscane&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article a b&#233;n&#233;fici&#233; de la relecture et des remarques de Lotfi Chawqui. Qu'il en soit ici vivement remerci&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Cet article se veut un compl&#233;ment et une suite &#224; un pr&#233;c&#233;dent article, ESSF (article 44145) Les r&#233;volutions arabes et les luttes environnementales : &#171; Le peuple veut l'eau au robinet &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
44145&lt;br class='autobr' /&gt;
On pourra aussi se reporter &#224; : &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/edition/revolutions-dans-le-monde-arabe/article/230416/le-processus-revolutionnaire-arabe-et-les-luttes-ecologistes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/edition/revolutions-dans-le-monde-arabe/article/230416/le-processus-revolutionnaire-arabe-et-les-luttes-ecologistes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Pour conna&#238;tre les luttes au jour le jour entre 2015 et 2017, se reporter &#224; : ESSF (article 43991), Vivre au compte goutte, Non ! &#8211; Relev&#233; non exhaustif de luttes pour l'environnement dans la r&#233;gion arabe (2015-2017) :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article43991&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article43991&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &lt;a href=&#034;https://nawaat.org/portail/2015/12/09/crise-eau-tunisie-soif-nord/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://nawaat.org/portail/2015/12/09/crise-eau-tunisie-soif-nord/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Se reporter pour plus de d&#233;tails &#224; : ESSF (article 41992), Soudan, ru&#233;e contre l'or ! Mobilisations populaires contre les usines utilisant le mercure ou le cyanure :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article41992&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article41992&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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