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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Une critique de la d&#233;croissance</title>
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		<dc:date>2011-02-22T13:36:45Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Garrouste</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2011-02-22</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;croissance</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Presse-toi &#224; gauche fait &#233;cho du d&#233;bat qui traverse le mouvement &#233;cologiste &#224; propos de l'objectif de d&#233;croissance. Remettant en question le mod&#232;le productiviste du capitalisme, la mouvance en faveur de la d&#233;croissance pose le probl&#232;me du type de d&#233;veloppement qu'une soci&#233;t&#233; &#233;cologiste devrait mettre sur pied. Nous vous proposons &#224; ce sujet la contribution de Laurent Garrouste. &lt;br class='autobr' /&gt; La mouvance d&#233;croissante est h&#233;t&#233;rog&#232;ne. Je choisis, sans y associer aucune connotation p&#233;jorative, le terme de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L123xH150/arton6625-36271.png?1675223691' class='spip_logo spip_logo_right' width='123' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Presse-toi &#224; gauche fait &#233;cho du d&#233;bat qui traverse le mouvement &#233;cologiste &#224; propos de l'objectif de d&#233;croissance. Remettant en question le mod&#232;le productiviste du capitalisme, la mouvance en faveur de la d&#233;croissance pose le probl&#232;me du type de d&#233;veloppement qu'une soci&#233;t&#233; &#233;cologiste devrait mettre sur pied. Nous vous proposons &#224; ce sujet la contribution de Laurent Garrouste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La mouvance d&#233;croissante est h&#233;t&#233;rog&#232;ne. Je choisis, sans y associer aucune connotation p&#233;jorative, le terme de mouvance plut&#244;t que celui de mouvement parce qu'il me semble mieux d&#233;crire la grande diversit&#233; de cet ensemble travers&#233; de courants contraires voire hostiles. Elle comprend des militants proches de la gauche radicale ou de l'extr&#234;me gauche, comme des militants refusant de se positionner sur l'axe gauche droite, certains d&#233;fendant des conceptions pouvant les apparenter &#224; la deep ecology anglo-saxonne [1] susceptibles de les conduire &#224; des d&#233;rives r&#233;actionnaires. Il est cependant visible que cette mouvance est travaill&#233;e par un courant de radicalisation vers la gauche, un courant plus ou moins explicitement anticapitaliste, lui-m&#234;me composite, courant dont nous discuterons plus particuli&#232;rement les orientations dans cet article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est erron&#233; de pol&#233;miquer avec cette mouvance en faisant comme s'il s'agissait d'un tout homog&#232;ne. La lecture du livre collectif Objectif d&#233;croissance [2] par exemple permet assez bien de rep&#233;rer cette diversit&#233;. Les d&#233;saccords sur l'orientation et la strat&#233;gie politiques sont profonds. La critique apport&#233;e aux d&#233;croissants pris en bloc telle qu'elle est formul&#233;e par exemple par Cyril Di M&#233;o dans son livre La face cach&#233;e de la d&#233;croissance appara&#238;t ainsi unilat&#233;rale. Si elle touche souvent juste s'agissant de diverses figures se r&#233;clamant de la d&#233;croissance et d&#233;monte efficacement les discours r&#233;actionnaires, elle minimise les d&#233;saccords au sein de la mouvance d&#233;croissante, et la port&#233;e radicale et progressiste de la critique de la croissance formul&#233;e par de nombreux militants [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur r&#233;duit certains courants &#224; leur versant r&#233;actionnaire : ainsi l'&#233;cof&#233;minisme est-il par exemple ramen&#233; &#224; l'orientation de ses repr&#233;sentantes les plus r&#233;gressives par certaines citations tri&#233;es sur le volet sans mentionner les d&#233;bats qui traversent ce courant ni pr&#233;ciser qu'il en existe une version incontestablement progressiste [4]. D'autre part, le fait que des critiques virulentes contre les d&#233;rives &#233;manent de nombreux militants d&#233;croissants est largement gomm&#233; du livre, par exemple le combat exemplaire de Paul Ari&#232;s contre les courants environnementalistes n&#233;o-malthusiens, r&#233;actionnaires ou sectaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est important de reconna&#238;tre l'existence d'un courant militant d&#233;croissant d&#233;fendant la perspective d'un mode de rupture radical et progressiste avec le syst&#232;me, m&#234;me si cela n'emp&#234;che pas des d&#233;saccords importants avec beaucoup de ses membres. Il faut aussi reconna&#238;tre l'apport de ce courant dans le d&#233;bat politique de ces derni&#232;res ann&#233;es en France : la r&#233;activation d'un mode de critique de l'irrationalit&#233; du capitalisme, par la critique frontale de la croissance capitaliste et la d&#233;nonciation de son insoutenabilit&#233; sociale et &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique d&#233;croissante a une autre vertu, celle de provoquer le d&#233;bat &#224; gauche sur ce que peut-&#234;tre une politique &#233;conomique alternative. Trop de courants &#224; gauche ont fait l'&#233;conomie d'une critique ouverte et sans concession de la fuite en avant productiviste du capitalisme dont l'apologie de la croissance comme objectif de la politique &#233;conomique constitue un &#233;l&#233;ment id&#233;ologique essentiel. Cela n&#233;cessite de se d&#233;marquer d'une approche keyn&#233;sienne, s'effor&#231;ant de cr&#233;dibiliser la perspective de conqu&#234;te d'am&#233;liorations sociales gr&#226;ce &#224; une politique de relance &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche a pour caract&#233;ristique de faire l'impasse sur les cons&#233;quences &#233;cologiques de la croissance capitaliste. Sans compter qu'elle est &#233;conomiquement et socialement inop&#233;rante comme le montre Michel Husson dans son dernier livre, car elle ignore &#171; la crise syst&#233;mique d'un capitalisme qui revendique ouvertement son incapacit&#233; &#224; r&#233;pondre aux besoins les plus urgents de la population &#187;. Les propositions se focalisent alors sur les outils d'une autre politique macro&#233;conomique sans prendre en compte la r&#233;alit&#233; du &#171; fonctionnement d'un capitalisme hyperconcurrentiel &#187; [5]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'examiner de mani&#232;re d&#233;taill&#233;e quelques uns des principaux probl&#232;mes soulev&#233;s par le projet de la d&#233;croissance, il convient d'aborder la question des bases scientifiques de cette th&#233;orie. Bon nombre de d&#233;croissancistes s'appuient en effet sur la th&#233;orie de l'entropie d&#233;velopp&#233;e par l'&#233;conomiste roumain Nicolas Georgescu-Roegen [6]. S'appuyant sur la seconde loi de la thermodynamique, selon laquelle l'&#233;nergie utilisable dans un syst&#232;me isol&#233; est irr&#233;m&#233;diablement d&#233;grad&#233;e ce qui conduit &#224; une augmentation de l'entropie, il l'a compl&#233;t&#233; en formulant ce qu'il consid&#232;re &#234;tre une quatri&#232;me loi de la thermodynamique : &#171; dans un syst&#232;me clos, l'entropie de la mati&#232;re doit tendre vers un maximum &#187;, &#171; la mati&#232;re dissip&#233;e (n'&#233;tant) pas recyclable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; humaine d&#233;graderait donc de mani&#232;re in&#233;luctable la quantit&#233; d'&#233;nergie et de mati&#232;re utilisables disponibles sur terre, rendant n&#233;cessaire d'op&#233;rer une d&#233;croissance de l'activit&#233; &#233;conomique afin de ralentir le processus et d'augmenter la dur&#233;e de vie sur terre de l'esp&#232;ce humaine qui ne saurait se passer d'&#233;nergie et de mati&#232;re de basse entropie : &#171; la croissance actuelle doit non seulement cesser, mais &#234;tre invers&#233;e &#187;. Ce raisonnement en apparence implacable est critiquable &#224; plusieurs &#233;gards. En premier lieu, la perspective d'&#233;puisement des ressources - &#224; &#233;ch&#233;ance de quelques d&#233;cennies au rythme de la consommation actuelle - concerne l'&#233;nergie fossile et l'&#233;nergie nucl&#233;aire, issues de stocks non renouvelables (p&#233;trole, gaz, charbon et uranium).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apport en &#233;nergie solaire &#224; la surface de la terre est par contre surabondant pour une dur&#233;e fabuleusement longue &#224; l'&#233;chelle humaine (plusieurs milliards d'ann&#233;es) puisqu'il d&#233;pend de la dur&#233;e de vie du soleil : syst&#232;me clos mais non pas isol&#233; au sens thermodynamique, la terre, si elle n'&#233;change pas de mati&#232;re, &#233;change en effet de l'&#233;nergie avec l'espace (rayonnement solaire incident mais aussi rayonnement infrarouge &#233;mis). L'homme n'utilise aujourd'hui qu'une tr&#232;s faible part de ce potentiel qui pourrait couvrir six &#224; sept fois sa consommation &#233;nerg&#233;tique totale globale actuelle [7]. L'autre point cl&#233; est la question de la disponibilit&#233; de la mati&#232;re elle-m&#234;me : cette question, comme la pr&#233;c&#233;dente est abord&#233;e de mani&#232;re purement d&#233;terministe par Georgescu-Roegen en postulant un &#233;coulement temporel lin&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas tenu compte de facteurs d&#233;terminants dans les processus de recyclage de la mati&#232;re &#224; la surface de la terre, &#224; commencer par le r&#244;le jou&#233; par les processus vivants constitutifs de la biosph&#232;re [8]. Comme l'ont montr&#233; Ilya Prigogine et Isabelle Stengers, la vie, qui ob&#233;it &#224; une thermodynamique des syst&#232;mes non isol&#233;s loin de l'&#233;quilibre thermodynamique, est cr&#233;atrice d'ordre &#224; partir de l'&#233;nergie solaire re&#231;ue [9]. Elle structure et r&#233;gule les grands cycles biog&#233;ochimiques des diff&#233;rents &#233;l&#233;ments cl&#233;s, carbone, azote, phosphore, soufre, etc. Le potentiel d'&#233;nergie disponible permettant d'effectuer un recyclage est potentiellement ind&#233;fini du fait de l'apport solaire [10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si cela ne suffit sans doute pas &#224; exclure la possibilit&#233; de p&#233;nurie de certains &#233;l&#233;ments sous des formes utilisables &#224; une &#233;chelle lointaine, la question n'est pas tant une in&#233;luctabilit&#233; physique que celle des choix politiques permettant d'ouvrir un autre avenir. Ceci d&#233;pend en premier lieu de la capacit&#233; de l'homme &#224; passer d'un syst&#232;me &#233;conomique bas&#233; sur les &#233;nergies fossiles &#224; un syst&#232;me &#233;conomique bas&#233; sur les &#233;nergies renouvelables, d&#233;rivant de mani&#232;re directe ou indirecte pour l'essentiel de l'&#233;nergie solaire [11]. Cela suppose aussi de rompre avec le gaspillage intrins&#232;que au syst&#232;me capitaliste afin d'optimiser les processus de recyclage et de minimiser les pollutions g&#233;n&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique sans concession de la croissance capitaliste est n&#233;cessaire &#224; toute critique anticapitaliste cons&#233;quente. La racine de la crise &#233;cologique globale actuelle renvoie en effet au caract&#232;re intrins&#232;quement productiviste du capitalisme. Fond&#233; sur la concurrence entre capitaux nombreux pour la recherche et la maximisation du profit, la dynamique du syst&#232;me conduit chaque capitaliste individuel &#224; toujours &#233;tendre l'&#233;chelle de sa production, pour pouvoir vendre plus et moins cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tendance permanente &#224; la croissance et &#224; la surproduction se combine avec l'absence de valeur &#233;conomique de la nature. L'&#233;valuation mon&#233;taire des ressources naturelles et des services des &#233;cosyst&#232;mes &#233;tant impossible, le syst&#232;me fonctionne comme si ses pr&#233;l&#232;vements et ses rejets n'avaient aucun co&#251;t puisqu'ils n'ont pas de co&#251;t &#233;conomique (ou un co&#251;t &#233;conomique estim&#233; sans rapport avec l'utilit&#233; r&#233;elle). Le capital agit comme s'il pouvait puiser dans une corne d'abondance et rejeter dans un puits sans fond. La n&#233;cessit&#233; d'accro&#238;tre toujours la production est donc immanente au mouvement m&#234;me de valorisation du capital qui se d&#233;ploie sans int&#233;gration de la contrainte environnementale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous partageons donc avec les d&#233;croissants cette critique radicale de la croissance capitaliste, sans laquelle il ne saurait y avoir de r&#233;ponse s&#233;rieuse &#224; la crise &#233;cologique. Nous n'en tirons pas pour autant les m&#234;mes cons&#233;quences. Opposer la d&#233;croissance &#224; la croissance, c'est en effet opposer &#224; un syst&#232;me &#233;rigeant en but supr&#234;me un objectif &#233;conomique, un autre objectif &#233;conomique, son double invers&#233;. Or les d&#233;croissants se trouvent bien en peine d'indiquer jusqu'&#224; quel point il convient de d&#233;cro&#238;tre et &#224; quel rythme [12]. Ce qu'il convient d'opposer &#224; la recherche permanente du profit, et &#224; la croissance destructive socialement et &#233;cologiquement qu'elle induit, c'est bien une autre finalit&#233; sociale, que l'on peut r&#233;sumer par la formule de satisfaction &#233;cologique des besoins sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela suppose de ma&#238;triser d&#233;mocratiquement les choix &#233;conomiques : donc de rompre avec le capitalisme qui par essence laisse ces choix aux mains de la minorit&#233; d&#233;tentrice des grands moyens de production et d'&#233;change. Bref de s'engager d'ouvrir la voie &#224; un &#233;cosocialisme. La perspective fondamentale structurant le fonctionnement social et &#233;conomique change radicalement. D&#232;s lors la croissance n'est qu'un probl&#232;me second. Notre projet de soci&#233;t&#233; ne fait donc pas de la croissance &#233;conomique son but [13]. La croissance ne peut &#234;tre qu'un moyen, subordonn&#233; &#224; l'objectif de satisfaction &#233;cologique des besoins sociaux. Dans ce cadre, la croissance, si croissance il y a, ne peut &#234;tre qu'utile et soutenable, c'est &#224; dire en coh&#233;rence avec l'avanc&#233;e vers l'objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivant les moments et les pays, le r&#233;sultat agglom&#233;r&#233; de l'activit&#233; &#233;conomique peut-&#234;tre soit la croissance soit la d&#233;croissance. En tout &#233;tat de cause, la phase de transition, o&#249; s'op&#232;re un bouleversement du syst&#232;me productif implique n&#233;cessairement la croissance forte de certains secteurs comme la d&#233;croissance radicale d'autres (arr&#234;t du nucl&#233;aire, r&#233;duction drastique de la production d'armement ou de la production de pesticides et d'engrais, etc.). Il est cependant important de souligner que le processus de ce bouleversement ne peut que se traduire par de la croissance &#224; court et moyen terme, en effet les activit&#233;s de reconversion et de cr&#233;ation de nouvelles fili&#232;res sont g&#233;n&#233;ratrices de croissance (si l'on s'en tient aux cat&#233;gories comptables actuelles), et au Sud la croissance est n&#233;cessaire pour enclencher un autre d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut cependant suffire de mettre en avant la n&#233;cessit&#233; d'une croissance utile et soutenable comme alternative au discours croissanciste dominant, d'autant que celui-ci joue aussi de plus en plus sur le registre ambigu de la &#171; croissance durable &#187;. En effet, un discours anticapitaliste doit &#234;tre structur&#233; autour de la n&#233;cessit&#233; de satisfaire les besoins sociaux de mani&#232;re &#233;cologique et sa d&#233;clinaison concr&#232;te (construire des logements, les isoler, d&#233;manteler les centrales nucl&#233;aires, d&#233;velopper les &#233;nergies renouvelables,&#8230;) : l'objectif politique doit &#234;tre celui l&#224; et non une croissance utile et soutenable qui ne peut &#234;tre qu'un moyen &#233;ventuel pour atteindre cet objectif [14].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tout &#224; fait paradoxal que les th&#233;oriciens d&#233;croissants qui ne cessent pour beaucoup de r&#233;p&#233;ter qu'il faut sortir de l'&#233;conomie, du d&#233;veloppement, et m&#234;me de la production et de la consommation, identifiant ces cat&#233;gories avec le capitalisme lui-m&#234;me et affirmant qu'il ne saurait y avoir d'autre &#233;conomie, d'autre d&#233;veloppement d'autre mani&#232;re de produire ou de consommer que capitalistes, ne trouvent pour s'y opposer qu'une cat&#233;gorie &#233;conomique. Cette contradiction est justifi&#233;e par un argument de tactique politique : &#171; la d&#233;croissance est un mot obus destin&#233; &#224; briser l'id&#233;ologie dominante &#187; pr&#233;cise Paul Ari&#232;s [15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#171; un slogan politique aux implications th&#233;oriques &#187; rench&#233;rit Serge Latouche convenant qu'en &#171; toute rigueur, il conviendrait de parler au niveau th&#233;orique d'a-croissance, comme on parle d'ath&#233;isme, plus que de d&#233;-croissance &#187; [16]. Ces consid&#233;rations n'ont cependant pas pour effet de changer l'utilisation du mot de d&#233;croissance par ces deux auteurs, employ&#233; comme un concept. Le moins que l'on puisse dire est que cette ind&#233;termination th&#233;orique et cette confusion des registres ne facilite pas le d&#233;bat politique. Ce qui unifie &#8211; superficiellement &#8211; la mouvance d&#233;croissante est en effet un accord sur un moyen de transformation sociale (d&#233;cro&#238;tre) non sur une vision de la soci&#233;t&#233; transform&#233;e. Le temps n'est il pas venu de la clarification sur les buts ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'examen des projets politiques des diff&#233;rents th&#233;oriciens fait appara&#238;tre une grande diversit&#233; et de profonds d&#233;saccords. La question de la strat&#233;gie politique est ici d&#233;terminante : faut-il s'engager dans le champ politique ? Cr&#233;er un parti ou un mouvement comme le plaident Vincent Cheynet ou Paul Ari&#232;s ? Tabler sur une hypoth&#233;tique r&#233;volution culturelle et attendre la grande catastrophe en suivant Serge Latouche ? Ou miser sur les changements &#224; la base via les exp&#233;rimentations collectives voire les seuls comportements individuels en pariant sur l'exemplarit&#233; de la &#171; simplicit&#233; volontaire &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sortie de la soci&#233;t&#233; industrielle et de l'industrialisme constitue un th&#232;me r&#233;current. Je ne peux &#234;tre que d'accord sur la n&#233;cessit&#233; de rompre avec le mode actuel d'organisation du travail et les conditions du travail qu'il d&#233;termine. Mais comment et pour quoi faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;croissants prompts &#224; d&#233;noncer le conservatisme syndical ne semblent gu&#232;re compter sur les travailleurs &#224; qui leur discours ne s'adresse pas. Cette ext&#233;riorit&#233; au monde du travail est hautement probl&#233;matique. Peut-on penser sortir de la soci&#233;t&#233; industrielle sans ceux qui la font tourner et la subissent au premier chef ? Quant au projet, il peine &#224; articuler choix productifs et choix d&#233;mocratiques : il s'agit certes d'une question complexe, mais peut-elle trouver une solution dans la petite unit&#233; de production et le seul pouvoir local ? Ce qui est en d&#233;bat ici n'est pas la n&#233;cessit&#233; de relocaliser la production, mais dans le fait de savoir si cette production peut &#234;tre organis&#233;e en juxtaposant les petites unit&#233;s de production avec en mod&#232;le la petite production marchande de proximit&#233; [17].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le r&#233;sume Alain Caill&#233; dans un article critique le projet d&#233;croissant s'apparente &#224; &#171; l'utopie rurale nostalgique &#187; de &#171; l'organisation de la plan&#232;te enti&#232;re sous forme d'une myriade de villages et de quartiers de villes (&#8230;) &#233;conomiquement autarciques et politiquement autonomes &#187; [18]. Ce mod&#232;le flou para&#238;t au pire r&#233;gressif au mieux totalement illusoire. Sortir du capitalisme suppose d'acqu&#233;rir la ma&#238;trise des grands choix de soci&#233;t&#233; dont les choix &#233;conomiques : cela suppose d'articuler les niveaux de d&#233;cision d&#233;mocratiques. Si la gestion de la production devrait relever des travailleurs des unit&#233;s de production concern&#233;es, ce ne peut &#234;tre le cas du type et de la quantit&#233; de ce qui est produit. Or toute cette probl&#233;matique est ignor&#233;e ou esquiv&#233;e par la plupart des d&#233;croissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ext&#233;riorit&#233; au monde salari&#233; se retrouve dans la tendance &#224; survaloriser le r&#244;le jou&#233; par la consommation, et par voie de cons&#233;quence &#224; s'illusionner sur les r&#233;ponses &#224; mettre en avant. &#171; Il est un domaine o&#249; l'innovation peut vraiment porter ses fruits : celui des actions personnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'innovation de produits et services doit laisser place &#224; &#171; l'innovation d'un style de vie &#187; qui r&#233;duise notre consommation (&#8230;) pour qu'un autre type d'&#233;conomie se d&#233;veloppe, bas&#233;e sur l'entraide, la convivialit&#233;, la r&#233;ponse aux vrais besoins et non &#224; ceux cr&#233;&#233;s par la publicit&#233; et la mode &#187; &#233;crit par exemple Fran&#231;ois Schneider [19]. Ainsi il serait possible de changer l'&#233;conomie et le mode de vie par la consommation. Evitons un faux d&#233;bat : la critique du mode de consommation est indispensable &#224; toute critique du capitalisme cons&#233;quente, cependant cette critique doit s'articuler &#224; une critique du mode de production, et se baser sur le lien r&#233;el entre production et consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; la mythologie consum&#233;riste, ce sont ceux qui d&#233;cident de ce qui est produit qui d&#233;cident de ce qui est consomm&#233;, donc pas les travailleurs. Paul Ari&#232;s est conscient du danger politique : &#171; Un pi&#232;ge serait de nous enfermer dans l'id&#233;e que l'essentiel se joue d&#233;sormais au niveau de la consommation et des consommateurs. &#187; [20]. Le pilotage par le profit a pour effet l'incapacit&#233; du syst&#232;me &#224; satisfaire de nombreux besoins fondamentaux du fait de leur insolvabilit&#233;. Le pilotage par la valeur d'&#233;change implique que coexistent &#224; la fois surproduction et sous-production, surconsommation et sous-consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Choix productifs non d&#233;mocratiques, subordination du travailleur, gaspillage d'&#233;nergie et de mati&#232;re, mis&#232;re, ali&#233;nation des besoins, mode et biens de consommation dangereux pour la sant&#233; et l'environnement : toutes ces dimensions sont &#233;troitement li&#233;es, et doivent &#234;tre contest&#233;es simultan&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours visant &#224; reprocher aux salari&#233;s de d&#233;fendre le niveau de leur salaire est le fr&#233;quent corollaire d'une vision d&#233;form&#233;e de la sph&#232;re de la consommation. &#171; Un second pi&#232;ge serait de devenir malgr&#233; nous les meilleurs alli&#233;s du Medef en d&#233;nigrant ceux qui revendiquent de meilleurs salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salauds de pauvres qui osez revendiquer alors qu'il y a beaucoup plus pauvres que vous et que la Terre est au plus mal &#187;, &#233;crit lucide Paul Ari&#232;s. Les salari&#233;s sont prisonniers d'un mode de consommation ali&#233;nant. La d&#233;gradation du niveau de vie n'en est pas moins r&#233;elle et chiffr&#233;e. De nombreux besoins de base non satisfaits. La lutte pour les salaires est une lutte pour le partage de la richesse produite. Elle n'a pas bien s&#251;r ipso facto une dynamique anticapitaliste, cependant aujourd'hui une lutte g&#233;n&#233;ralis&#233;e sur les salaires impliquerait une confrontation avec le fonctionnement m&#234;me du capitalisme ultralib&#233;ral contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on penser que s'engage un mouvement visant &#224; bouleverser cette soci&#233;t&#233; sans que la question de la richesse produite et de son contr&#244;le soit cardinale ? Plut&#244;t que se focaliser sur les salari&#233;s d&#233;fendant leur niveau de vie dans le cadre du syst&#232;me, l'important n'est il pas de s'en prendre &#224; ceux qui d&#233;cident et imposent les modes de consommation, et en profitent, c'est-&#224;-dire les membres des classes dominantes. Car pour reprendre le titre du remarquable livre du journaliste Herv&#233; Kempf ce sont bien les riches qui d&#233;truisent la plan&#232;te : &#171; Pourquoi, d&#232;s lors les caract&#233;ristiques actuelles de la classe dirigeante mondiale sont elles le facteur essentiel de la crise &#233;cologique ? Parce qu'elle s'oppose aux changements radicaux qu'il faudrait mener pour emp&#234;cher l'aggravation de la situation. Comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indirectement par le statut de sa consommation : son mod&#232;le tire vers le haut la consommation g&#233;n&#233;rale, en poussant les autres &#224; l'imiter. Directement, par le contr&#244;le du pouvoir &#233;conomique et politique, qui lui permet de maintenir cette in&#233;galit&#233; (de consommation) &#187; [21]. Exiger qu'un revenu maximum soit fix&#233; au-del&#224; duquel tout gain suppl&#233;mentaire est r&#233;cup&#233;r&#233; constitue sans doute une bonne revendication dans cette perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combiner question sociale et question &#233;cologique suppose d'articuler &#224; la bataille sur les salaires, un combat pour l'extension de la sph&#232;re de la gratuit&#233; sur lequel Paul Ari&#232;s insiste &#224; juste titre dans son dernier livre. Ainsi l'exigence de l'attribution d'un quota gratuit de killowatts/heures (ou de litres de fiouls) et de litres d'eau pour la consommation priv&#233;e de chacun (fix&#233;s au niveau de consommation moyen d'un salari&#233;), au-del&#224; duquel la consommation suppl&#233;mentaire serait factur&#233;e &#224; un co&#251;t croissant et progressif et certains usages p&#233;nalis&#233;s (piscine, jet, yacht, 4/4, etc.) para&#238;t essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle permet de combiner bataille pour l'effectivit&#233; des droits, pour l'am&#233;lioration du niveau de vie, et orientation &#233;cologique. Encore faut-il s'assurer que ce sont bien les riches qui payent cette gratuit&#233; et non pas l'ensemble des salari&#233;s pour les plus pauvres d'entre eux. La bataille pour une r&#233;forme fiscale radicale prend alors toute son importance. Elle suppose de se d&#233;marquer des versions dominantes de l'&#233;cotaxe qui propose de taxer tous les consommateurs sans distinguer ni le niveau de revenu ni l'usage, et sont fr&#233;quemment assorties d'un projet visant &#224; r&#233;cup&#233;rer le montant de la taxe par une baisse des cotisation sociales qui aurait pour effet de fragiliser un peu plus le syst&#232;me de protection sociale [22].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne partageons pourtant pas l'autre axe, tenant souvent une place importante dans les projets politiques d&#233;croissants, par exemple chez Paul Ari&#232;s ou chez Andr&#233; Gorz, du revenu minimum d'existence inconditionnel. Outre que ces deux auteurs sont discrets sur le niveau de ce revenu [23], que beaucoup fixent sans &#233;tat d'&#226;me au-dessous du niveau actuel du SMIC fran&#231;ais [24], il nous semble totalement erron&#233; de tabler sur son instauration pour permettre un d&#233;but de sortie de la soci&#233;t&#233; industrielle du travail exploit&#233; et de ses dommages &#233;cologiques. L'instauration de ce type de revenu aurait pour effet de scinder profond&#233;ment le salariat, l'immense majorit&#233; des salari&#233;s ne pouvant se contenter d'un revenu dont le montant ne pourrait &#234;tre que d&#233;risoire. Ceux qui pourraient &#233;chapper au travail c&#244;toieraient donc ceux qui en resteraient prisonniers, tout en b&#233;n&#233;ficiant de l'activit&#233; de ces derniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus fondamentalement, l'exigence d'&#233;galit&#233; implique de d&#233;fendre un mod&#232;le o&#249; chacun et chacune participe &#224; la production des biens et services n&#233;cessaires &#224; la soci&#233;t&#233; dans son ensemble. Pour que tous et toutes puissent travailler, le temps de travail doit &#234;tre r&#233;duit &#224; due proportion sans r&#233;duction de salaire et sans flexibilit&#233;. Ce qui n'a &#233;videmment rien &#224; voir avec la version lib&#233;rale du plein emploi qui consiste &#224; d&#233;multiplier les petits boulots pr&#233;caires, sous pay&#233;s et &#224; temps partiel. Enfin ces auteurs ne daignent pas r&#233;pondre &#224; une objection pourtant bien connue : comment &#233;viter que l'allocation universelle ne se transforme en formidable tremplin pour l'instauration d'un salaire maternel de fait et ne renforce les in&#233;galit&#233;s entre sexes au lieu de contribuer &#224; la lib&#233;ration de tous et toues ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre question cl&#233; de l'identit&#233; d&#233;croissanciste : le d&#233;veloppement. Serge Latouche pr&#233;tend qu'aucune conception possible du d&#233;veloppement ne saurait &#234;tre acceptable : le mot serait &#171; toxique &#187;. Cette assertion renvoie &#224; un d&#233;saccord profond qui va bien au-del&#224; d'une querelle s&#233;mantique. Non que j'ai une quelconque illusion sur le &#171; d&#233;veloppement durable &#187; et sur l'utilisation id&#233;ologique de cette formule. Mais le d&#233;voiement d'un terme ne suffit pas &#224; justifier son abandon. D'autant que peu de termes restent indemnes apr&#232;s les d&#233;sastres du si&#232;cle. Mais ce que le terme de d&#233;veloppement peut exprimer d'authentiquement progressiste ne trouve pas aujourd'hui &#224; s'exprimer par un meilleur terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute est-il n&#233;cessaire de parler d'autre d&#233;veloppement ou d'alterd&#233;veloppement pour se d&#233;marquer des conceptions lib&#233;rales dominantes, tout comme les d&#233;croissants se r&#233;solvent &#224;, parler de d&#233;croissance conviviale ou &#233;quitable pour &#233;viter toute confusion avec les fieff&#233;s r&#233;actionnaires. Le d&#233;saccord porte sur la n&#233;cessit&#233; de conserver la perspective m&#234;me d'un d&#233;veloppement. &#171; Il y a, dans la proposition, qui part d'un bon sentiment de nos amis altermondialistes, de vouloir &#171; construire des &#233;coles, des centres de soins, des r&#233;seaux d'eau potable et retrouver une autonomie alimentaire &#187;, un ethnocentrisme ordinaire qui est pr&#233;cis&#233;ment celui du d&#233;veloppement &#187;, &#233;crit-il ainsi. Reste que ces objectifs sont bel et bien d&#233;fendus par de nombreuses forces sociales progressistes au Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une orientation anticapitaliste doit &#234;tre bas&#233;e sur une critique radicale du d&#233;veloppement capitaliste : loin de constituer un mod&#232;le le Nord subit un mal d&#233;veloppement insoutenable socialement et &#233;cologiquement, dont l'envers est le sous-d&#233;veloppement du Sud, exploit&#233; et pill&#233;. Cette &#233;volution historique n'invalide pas la n&#233;cessit&#233; de garantir &#224; tout &#234;tre humain la possibilit&#233; d'acc&#233;der effectivement &#224; l'int&#233;gralit&#233; des droits civils, sociaux et environnementaux, hors d'atteinte aujourd'hui, dans le cadre du capitalisme au Sud comme au Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perspective de cet &#233;gal acc&#232;s &#224; l'&#233;chelle mondiale constitue bien un horizon de d&#233;veloppement sans pr&#233;c&#233;dent des soci&#233;t&#233;s humaines. Elle n'implique nullement un mod&#232;le unique. Au contraire, dans la mesure o&#249; elle ne peut &#234;tre que le r&#233;sultat d'une prise de pouvoir d&#233;mocratique subordonnant les choix &#233;conomiques &#224; des d&#233;cisions politiques, elle implique une diversit&#233; de trajectoires. Rappelons que cette perspective &#233;tait d&#233;j&#224; celle de Marx au 19e si&#232;cle qui invitait les socialistes russes &#224; s'appuyer sur le mode de fonctionnement de la commune rurale bas&#233;e sur la propri&#233;t&#233; commune, et non &#224; consid&#233;rer comme une &#171; fatalit&#233; &#187; que la Russie rejoigne le chemin suivi par l'occident [25].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le socialisme ne saurait &#234;tre construit dans un seul pays, sa construction dans chaque pays doit chercher &#224; s'appuyer les &#233;l&#233;ments progressistes de la tradition comme de la modernit&#233; ce qui suppose de les pr&#233;server en les transformant. Faut-il pour autant abandonner universalisme et m&#234;me humanisme comme nous y convie Serge Latouche, identifiant l'humanisme &#224; un &#171; occidentalocentrisme &#187; et plaidant pour un &#171; pluriversalisme &#187; [26], en total d&#233;saccord sur ces points avec Paul Ari&#232;s et Vincent Cheynet par exemple [27].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'universalisme ait servi et puisse servir un discours id&#233;ologique justifiant la domination, voil&#224; qui n'est gu&#232;re contestable. Ce qui l'est plus c'est de pr&#233;tendre que l'on ne saurait porter un jugement sur telle ou telle pratique ou repr&#233;sentation culturelle sous pr&#233;texte qu'on ne peut le faire que &#171; de l'int&#233;rieur de sa propre culture &#187;. Les diff&#233;rences culturelles primeraient sur la commune appartenance &#224; l'esp&#232;ce humaine et les principes politiques d&#233;coulant du postulat d'&#233;galit&#233;, de libert&#233; et de dignit&#233; de chaque homme et femme &#224; la base de l'humanisme. Latouche souffle d'ailleurs le chaud et le froid : &#171; En tant qu'occidental, je suis pr&#234;t &#224; d&#233;fendre bec et ongles des tas de valeurs &#171; humanistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je n'en fais pas un absolu, et je ne me sens pas le droit d'emp&#234;cher un hindou de consid&#233;rer comme un crime le meurtre d'une vache, ce qui ne m'emp&#234;chera pas de savourer un bon steak. &#187; L'exemple est trop bien choisi et ne porte gu&#232;re &#224; cons&#233;quence. On aurait aim&#233; que notre provocateur daigne r&#233;pondre par exemple &#224; la question suivante : Faut-il faire un absolu de l'interdiction de la pratique de l'excision ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face aux tergiversations d'un Serge Latouche, nombreux sont les militants, tels Paul Ari&#232;s et Vincent Cheynet qui plaident pour une entr&#233;e en politique de la d&#233;croissance. Le programme qu'ils d&#233;fendent est progressiste et souvent radical. La strat&#233;gie propos&#233;e n'en est pas moins probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233; on affirme par exemple que les objecteurs de croissance doivent &#171; s'opposer frontalement aux puissances &#233;conomiques et aux int&#233;r&#234;ts des classes dominantes &#187;, de l'autre on semble indiquer que le passage &#224; une autre soci&#233;t&#233; peut et doit s'op&#233;rer dans le cadre d&#233;mocratique actuel, pourtant fa&#231;onn&#233; par ces m&#234;mes classes. Alors que la critique port&#233;e au capitalisme appelle &#224; r&#233;organiser la soci&#233;t&#233; de fond en comble, la n&#233;cessit&#233; d'une perspective et d'une strat&#233;gie de transformation r&#233;volutionnaire est occult&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment penser pourtant que les dominants laisseront par exemple &#171; d&#233;manteler leurs multinationales &#187; sans coup f&#233;rir [28] ? Et comment penser vouloir tout changer sans s'appuyer sur un profond mouvement de contestation port&#233; par ceux l&#224; m&#234;me qui produisent les biens et les services ? L'avenir du courant d&#233;croissant progressiste suppose de r&#233;pondre &#224; ces questions. Mai d&#232;s lors ne doivent t-ils pas d&#233;finir leur identit&#233; d'apr&#232;s le nom de la soci&#233;t&#233; qu'ils entendent construire plut&#244;t que par un objectif &#233;conomique sur lequel convergent des orientations oppos&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La deep ecology ou &#233;cologie profonde tend &#224; mettre sur le m&#234;me plan la vie humain et non humaine. Elle d&#233;bouche fr&#233;quemment sur des positions n&#233;o-malthusianistes. On peut lire en fran&#231;ais : Arne Naess, &#171; Qu'est ce que l'&#233;cologie profonde ? &#187;, L'&#233;cologiste, n&#176;12, avril-mai-juin 2004, pp. 40-47, ainsi que le d&#233;bat contradictoire entre Murray Bookchin, d&#233;fendant une &#233;cologie sociale libertaire, et Dave Foreman, fondateur de Earth First !, d&#233;fenseur de l'&#233;cologie profonde : Murray Bookchin et Dave Foreman, Quelle &#233;cologie radicale ?, Ecologie sociale et &#233;cologie profonde en d&#233;bat, Atelier de cr&#233;ation libertaire et Silence, 1994, 139 pages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Silence, sous la coordination de Michel Bernard, Vincent Cheynet, Bruno Cl&#233;mentin, Objectif d&#233;croissance, vers une soci&#233;t&#233; harmonieuse, Parangon/Vs, 2005, 225 pages&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Cyril Di M&#233;o, La face cach&#233;e de la d&#233;croissance, L'Harmattan, 2006, 202 pages&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Cyril Di M&#233;o mentionne le livre de Maria Mies et Vandana Shiva sans en discuter le contenu avant d'exposer les vues d'autres &#233;cof&#233;ministes, si bien que le lecteur pense que les positions sont identiques, ce qui n'est pas le cas. Voir Maria Mies et Vandana Shiva, Ecof&#233;minisme, L'Harmattan, 1998, 363 pages, sp&#233;cialement pp. 26-33, 117-126, 181-182, 253-254, 335-336 et 347-355. Voir aussi sur ESSF l'interview de Maria Mies par Pierre Rousset : L'&#233;cof&#233;minisme, unit&#233; et diversit&#233; : comprendre le lien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Michel Husson, Un capitalisme pur, Page Deux, 2008, pages 144-148.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Nicolas Georgescu-Roegen, La d&#233;croissance, entropie, &#233;cologie, &#233;conomie, Editions Sang de la Terre, 2006, notamment pp. 67-78, 129, 180-183. A diff&#233;rents endroits, le th&#233;oricien confond les notions thermodynamiques de syst&#232;me clos et de syst&#232;me isol&#233;, voir par exemple p. 70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Daniel Tanuro, Face au changement climatique, solutions technologiques et d&#233;fis sociaux, en ligne sur &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Sylvie Faucheux et Jean-Pierre No&#235;l, Economie des ressources naturelles et de l'environnement, Armand Colin, 1995, pp. 39-61&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Ilya Prigogine et Isabelle Stengers, La Nouvelle Alliance, m&#233;tamorphose de la science, Gallimard, 1979 : &#171; le vivant fonctionne loin de l'&#233;quilibre, dans un domaine o&#249; les cons&#233;quences de la croissance de l'entropie ne peuvent plus &#234;tre interpr&#233;t&#233;es selon le principe d'ordre de Boltzmann, il fonctionne dans un domaine o&#249; les processus producteurs d'entropie, les processus qui dissipent l'&#233;nergie, jouent un r&#244;le constructif, sont source d'ordre. &#187;, p.193.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] David Schawrtzmann, &#8220;The limits to entropy : the continuing misuse of thermodynamics in environnemental and marxist theory&#8221;, Science and Society, 2008, v.72, n&#176;1, pp. 43-62. Comme le pr&#233;cise cet auteur : &#8220;le d&#233;faut &#233;vident de la quatri&#232;me loi est de n&#233;gliger le flux possible d'&#233;nergie vers/hors du syst&#232;me qui est d&#233;fini comme clos mais non isol&#233;. En convertissant l'&#233;nergie de basse entropie et haute temp&#233;rature (radiation solaire) en chaleur de haute entropie et basse temp&#233;rature, un travail peut &#234;tre produit pour op&#233;rer le recyclage ind&#233;finiment &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Pour m&#233;moire, &#224; l'exception de la g&#233;othermie, toutes les autres &#233;nergies renouvelables sont issues de mani&#232;re directe ou indirecte de l'apport &#233;nerg&#233;tique solaire (solaire photovolta&#239;que et thermique bien s&#251;r, mais aussi &#233;olien, hydrolien, hydraulique, biomasse).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Comme le souligne par exemple Jean-Paul Harribey, &#171; Que faire : cro&#238;tre et d&#233;cro&#238;tre ? &#187;, Contretemps, n&#176;21, f&#233;vrier 2008, pp. 85-95.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Cette approche n'est pas nouvelle dans le courant marxiste critique. Voir ainsi Ernest Mandel, Trait&#233; d'&#233;conomie marxiste, Christian Bourgois, 1986, p. 663 : &#171; la croissance &#233;conomique n'est pas un but en soi. Le but, c'est la satisfaction des besoins de la soci&#233;t&#233;, des consommateurs, dans l'optique d'un d&#233;veloppement rationnel optimum de toutes les possibilit&#233;s humaines. De m&#234;me que l'optimum de la consommation n'implique nullement une croissance illimit&#233;e de celle-ci, la satisfaction des besoins humains n'implique pas en elle-m&#234;me un d&#233;veloppement continuel et illimit&#233; des forces productive. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] C'est un peut-&#234;tre point de d&#233;bat par exemple avec Michel Husson (op.cit., pp.132-134).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Paul Ari&#232;s, La d&#233;croissance, un nouveau projet politique, Golias, 2007, pp. 157-166&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Serge Latouche, Petit trait&#233; de d&#233;croissance sereine, Mille et une nuits, 2008, pp. 20-22.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Voir par exemple Vincent Cheynet, Le Choc de la D&#233;croissance, Seuil, 2008, 214 pages, pp. 84-85, 113.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Alain Caill&#233;, &#171; Les ambigu&#239;t&#233;s d'un discours &#187;, Entropia, n&#176;5, automne 2008, p.66.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Fran&#231;ois Schneider in Objectif d&#233;croissance, op.cit., p. 43.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Paul Ari&#232;s, op. cit., p. 253.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Herv&#233; Kempf, Comment les riches d&#233;truisent la plan&#232;te, Seuil, 2007, 150 pages, pp. 85-8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Serge Latouche d&#233;fend un projet d'&#233;cotaxes qui ne se d&#233;marque pas clairement de ces dangers : op.cit., pp. 113-115.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Voir Paul Ari&#232;s, op. cit., pp. 342-343, et Andr&#233; Gorz, Ecologica, Galil&#233;e, 2008, pp. 150-154.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Tel est la cas par exemple du courant Utopia du Parti Socialiste, qui bien que ne d&#233;fendant pas l'id&#233;e de d&#233;croissance, entretient des liens de d&#233;bat &#233;troit avec les cercles d&#233;fendant cette orientation. Il fixe le montant du revenu &#224; 600&#8364; mensuels. Voir les contributions de ce courant dans le livre collectif coordonn&#233; par Baptiste Mylondo, Pour une politique de d&#233;croissance, Golias, 2007, 124 pages, sp&#233;cialement pp. 70-72.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Karl Marx, &#338;uvres, Economie II, Gallimard, 1968, pp. 1551-1573. Dans la lettre du 8 mars 1881 &#224; Vera Zassoulitch, il indique ainsi : &#171; L'analyse donn&#233;e dans le Capital n'offre donc de raisons ni pour ni contre la vitalit&#233; de la commune rurale, mais l'&#233;tude sp&#233;ciale que j'en ai faite (&#8230;) m'a convaincu que cette commune est le point d'appui de la r&#233;g&#233;n&#233;ration sociale en Russie, mais, afin qu'elle puisse fonctionner comme tel, il faudrait d'abord &#233;liminer les influences d&#233;l&#233;t&#232;res qui l'assaillent de tous les c&#244;t&#233;s et ensuite lui assurer les conditions normales d'un d&#233;veloppement spontan&#233;. &#187; (p. 1558).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Serge Latouche, op.cit., pp. 147-158.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Paul Ari&#232;s, op. cit., pp. 299-307, et Vincent Cheynet, op.cit., pp. 131-139. Paul Ari&#232;s r&#233;cuse la perspective d'un altermondialisme pour celle d'un antimondialisme, insistant sur la primaut&#233; du local et de l'Etat nation pour organiser d&#233;mocratiquement une autre soci&#233;t&#233;. Le d&#233;fi est bien pourtant de changer le monde tant les crises sociales et &#233;cologiques sont plan&#233;taires. Cela implique que des r&#233;ponses doivent &#234;tre &#233;labor&#233;es &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire et pose le redoutable d&#233;fi de l'organisation d'une d&#233;mocratie mondiale. L'articulation des niveaux de d&#233;lib&#233;ration d&#233;mocratiques avec l'&#233;diction d'un v&#233;ritable principe de subsidiarit&#233; est indispensable, mais il ne saurait y avoir de solution nationale &#224; un probl&#232;me mondial, ni de sortie nationale durable d'un monde qui resterait domin&#233; par le capitalisme et l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Comme le propose Vincent Cheynet, op.cit. pp. 113 et 133.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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