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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Netflix : la nouvelle ali&#233;nation de masse ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Netflix-la-nouvelle-alienation-de-masse</link>
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		<dc:date>2022-10-25T07:54:06Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fabien Escalona, Joseph Confavreux</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Cultures, arts et soci&#233;t&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-10-25</dc:subject>

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&lt;p&gt;La plateforme vid&#233;o change nos habitudes de spectateurs et bouscule le cin&#233;ma. Pour le pire uniquement ? &#201;change entre le producteur Romain Blondeau, auteur de &#171; Netflix, l'ali&#233;nation en s&#233;rie &#187;, et le critique Herv&#233; Aubron. &lt;br class='autobr' /&gt; 16 octobre 2022 | tir&#233; de mediapart.fr &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme d'autres plateformes, Netflix est dans le viseur de celles et ceux qui se mobilisent pour la p&#233;rennit&#233; du cin&#233;ma fran&#231;ais, dont le mod&#232;le &#233;conomique est tr&#232;s fortement fragilis&#233;. Mais, &#224; c&#244;t&#233; de cet aspect propre &#224; un de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-10-25-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-10-25&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH95/arton54604-b79c8.png?1781629743' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='95' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La plateforme vid&#233;o change nos habitudes de spectateurs et bouscule le cin&#233;ma. Pour le pire uniquement ? &#201;change entre le producteur Romain Blondeau, auteur de &#171; Netflix, l'ali&#233;nation en s&#233;rie &#187;, et le critique Herv&#233; Aubron.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;16 octobre 2022 | tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/161022/netflix-la-nouvelle-alienation-de-masse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mediapart.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme d'autres plateformes, Netflix est dans le viseur de celles et ceux qui se mobilisent pour la p&#233;rennit&#233; du cin&#233;ma fran&#231;ais, dont le mod&#232;le &#233;conomique est tr&#232;s &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie/071022/les-francais-desertent-le-grand-ecran-le-septieme-art-broie-du-noir&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;fortement fragilis&#233;&lt;/a&gt;. Mais, &#224; c&#244;t&#233; de cet aspect propre &#224; un de nos secteurs culturels les mieux prot&#233;g&#233;s jusqu'&#224; aujourd'hui, la critique monte aussi &#224; propos des productions de Netflix elles-m&#234;mes, et de ce que l'usage de cette plateforme nous fait en tant que spectateurs et spectatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un petit essai paru &#224; la rentr&#233;e, Netflix, l'ali&#233;nation en s&#233;rie (Seuil, 2022), &lt;strong&gt;Romain Blondeau&lt;/strong&gt; rel&#232;ve par exemple &#224; quel point les contenus de cette firme mondialis&#233;e sont devenus standardis&#233;s. Ancien journaliste, aujourd'hui producteur impliqu&#233; dans &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/051022/le-cinema-embleme-d-une-politique-culturelle-fantoche&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'appel &#224; des &#233;tats g&#233;n&#233;raux&lt;/a&gt; du cin&#233;ma, il d&#233;nonce des habitudes de consommation qui participent du &#171; monde diminu&#233; et toujours plus domestiqu&#233; auquel r&#234;ve la Silicon Valley &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mieux comprendre cette charge et &#233;voquer les politiques culturelles qui seraient appropri&#233;es, nous lui avons propos&#233; un dialogue avec le critique &lt;strong&gt;Herv&#233; Aubron&lt;/strong&gt;. Dans le num&#233;ro des Cahiers du cin&#233;ma de mars 2021, ce dernier avait caract&#233;ris&#233; Netflix comme un &#171; &lt;i&gt; empire du neutre&lt;/i&gt; &#187;, &#233;voquant des films en forme de &#171; &lt;i&gt;r&#233;cits circulaires, [qui] avancent en faisant du surplace&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mediapart : Est-ce qu'il n'y a pas quelque chose de classique, voire de convenu &#224; d&#233;noncer comme ali&#233;nant un nouveau m&#233;dium de masse, avant qu'il n'entre dans les m&#339;urs ? Des intellectuels illustres ont fait le m&#234;me diagnostic &#224; propos d'autres supports : la radio, le cin&#233;ma, la t&#233;l&#233;, l'arriv&#233;e d'Internet&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Romain Blondeau&lt;/strong&gt; : D'abord, les critiques d'hier n'&#233;taient pas forc&#233;ment &#224; c&#244;t&#233; de la plaque. L'ali&#233;nation produite par Netflix ne nous exon&#232;re pas des ali&#233;nations pr&#233;c&#233;dentes, comme celle produite par la t&#233;l&#233;vision, et je me suis inspir&#233; de cet h&#233;ritage critique, de Neil Postman, Bourdieu, etc. Mais je crois que par le pass&#233;, nous &#233;tions davantage en capacit&#233; des r&#233;sister &#224; ces ali&#233;nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre, je reviens sur la phrase de Patrick Le Lay, alors PDG de TF1, prononc&#233;e en 2004 sur &#171; le temps de cerveau disponible &#187;. Elle avait cr&#233;&#233; une pol&#233;mique nationale, au point qu'il avait &#233;t&#233; somm&#233; de s'expliquer. La phrase du PDG de Netflix, Reed Hastings, affirmant en 2017 que &#171; [son] seul concurrent dans cette industrie, c'est le sommeil &#187;, est beaucoup plus invasive. Mais elle a &#224; peine &#233;t&#233; relev&#233;e. Elle n'a suscit&#233; aucune pol&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble qu'avec Netflix, l'ali&#233;nation a atteint une phase terminale. Tout va plus vite et se d&#233;cline sur plusieurs &#233;crans, dont celui de notre t&#233;l&#233;phone : l'ali&#233;nation est dans notre poche. Sans mythifier la salle de cin&#233;ma, on peut au moins dire que l'on y regarde quelque chose de mani&#232;re synchrone, et que l'on regarde ensemble dans la m&#234;me direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, je ne crois gu&#232;re aux th&#232;ses sur les communaut&#233;s virtuelles qui se formeraient autour des s&#233;ries, comme Sandra Laugier le d&#233;fend ; l'id&#233;e que l'on n'est jamais seul face &#224; un &#233;cran d'ordinateur, mais que l'on est un parmi des millions, et que ces millions font communaut&#233;. Politiquement, cela me para&#238;t incons&#233;quent, notamment parce que nous sommes dans une p&#233;riode o&#249; le cin&#233;ma est fragilis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai toujours &#233;t&#233; int&#233;ress&#233; par les discours th&#233;oriques qui consistent &#224; trouver du cin&#233;ma partout, m&#234;me dans les lieux les plus impurs, et je viens moi-m&#234;me de cette &#233;cole critique. Mais ces discours ne sont possibles, je veux dire politiquement responsables, qu'&#224; la condition d'avoir un cin&#233;ma puissant et majoritaire. Ce qui n'est plus le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herv&#233; Aubron : Il est vrai que le cin&#233;ma a pu &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un spectacle ali&#233;nant. Mais le binge watching [le fait de regarder une s&#233;rie d'une traite &#8211; ndlr] et d&#233;sormais le speed watching [qui permet d'acc&#233;l&#233;rer la vitesse de d&#233;filement des images &#8211; ndlr] dont parle Romain Blondeau dans son essai nous font franchir un seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les gens suivent une s&#233;rie sur un &#233;cran de portable ou de t&#233;l&#233;phone, pourquoi pas en acc&#233;l&#233;r&#233;, regardent-ils toujours vraiment les images qui d&#233;filent ? Si Netflix demeure tr&#232;s opaque sur ses audiences r&#233;elles, c'est aussi parce qu'on ne sait pas combien de gens sont vraiment devant leur &#233;cran, ou font autre chose en m&#234;me temps, ou s'endorment dans leur lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien s&#251;r toujours des gens qui dorment ou pensent &#224; autre chose dans une salle de cin&#233;ma, mais cela n'a rien &#224; voir en termes d'implication, de pr&#233;sence, d'attention, m&#234;me flottante, ou tout simplement de disponibilit&#233;, qui passe aussi par un abandon, alors que le streaming, selon moi, peut s'inscrire dans un horizon d'hyperactivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les salles sont d&#233;sert&#233;es, et il n'y a pourtant jamais eu autant de tournages, &#224; tel point que l'on peut manquer sur les plateaux de techniciens ou de mat&#233;riel&#8230; Il est assez terrible de se dire qu'il y a peut-&#234;tre plus de figures humaines sur les &#233;crans que devant, que les flux d'images et de r&#233;cits se d&#233;versent peut-&#234;tre sans spectateurs au sens ancien du terme, tout simplement parce qu'ils ne sont pas &#171; l&#224; &#187;, au sens le plus large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un plan symbolique, il est frappant que le succ&#232;s de la s&#233;rie Squid Game, qui met en sc&#232;ne beaucoup d'ex&#233;cutions sommaires, ait co&#239;ncid&#233; avec le drame survenu sur le tournage d'un western &#224; l'ancienne, intitul&#233; Rust, avec Alec Baldwin, dont la chef-op a trouv&#233; la mort suite &#224; la manipulation d'une arme r&#233;ellement charg&#233;e. Cela a r&#233;v&#233;l&#233; une d&#233;gradation des conditions de tournage, y compris pour le cin&#233;ma &#171; classique &#187;, tant la boulimie des plateformes suscite une inflation.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Il faut assumer une logique d&#233;croissante dans notre consommation des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romain Blondeau&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;lin&#233;arisation, qui permet de regarder tous les &#233;pisodes &#224; la suite, a-t-elle vraiment chang&#233; le regard ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. B. :&lt;/strong&gt; Oui. Attendre un &#233;pisode d'une semaine sur l'autre, laisser la fiction phosphorer en nous, &#231;a nous rendait plus agissants, &#231;a nous impliquait davantage. Et puis cela permettait d'instaurer une ritualit&#233;, voire une sacralit&#233; des rendez-vous. La s&#233;rie House of the Dragon, actuellement diffus&#233;e sur HBO, est sans doute de moindre qualit&#233; que Games of Thrones, mais son rythme de diffusion, avec des &#233;pisodes non accessibles imm&#233;diatement, produit une stimulation plus forte pour moi que les s&#233;ries disponibles d'un bloc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. A .&lt;/strong&gt; : Twin Peaks, The Return, de David Lynch, constitue un r&#233;cent sommet des s&#233;ries en streaming, mais avait gard&#233; le rythme d'un &#233;pisode mis en ligne chaque semaine. Il ne faut pas oublier que le binge watching est un terme d&#233;riv&#233; de l'alcoolisme : le binge drinking. Cela renvoie &#224; un c&#244;t&#233; addictif, mais peut aussi &#234;tre connot&#233; de mani&#232;re cool, &#224; l'instar d'un pilier de bar se targuant de tenir l'alcool.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. B. &lt;/strong&gt; : Je suis agac&#233; par ce chantage au &#171; cool &#187;, qui nous pr&#233;sente la situation actuelle comme un progr&#232;s qu'il serait impossible ou inconvenant de questionner. On nous oppose souvent, de fa&#231;on relativiste, que le cin&#233;ma a surv&#233;cu &#224; la t&#233;l&#233; ou &#224; la VHS. Mais l'argument est faible, dans la mesure o&#249; si le cin&#233;ma a pu r&#233;sister &#224; la t&#233;l&#233;vision et &#224; la vid&#233;o, c'est justement parce que ces derni&#232;res ont &#233;t&#233; r&#233;gul&#233;es, parce qu'on leur a oppos&#233; des politiques culturelles volontaristes et ambitieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, on ne sait plus r&#233;guler des industries qui ont des si&#232;ges sociaux &#224; l'autre bout du monde et pratiquent &#171; l'optimisation fiscale &#187;, au point que Netflix, qui gagne des milliards, n'a pay&#233; que 770 000 euros d'imp&#244;ts en France en 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'il faut renverser ce stigmate de la ringardise. Dire que le lieu du cool, c'est la salle de cin&#233;ma. Une ville sans cin&#233;ma, c'est une ville enlaidie. Un spectateur seul dans son salon se prive d'un lieu de sociabilit&#233; et d'une exp&#233;rience &#233;mancipatrice. Il faut assumer une logique d&#233;croissante dans notre consommation des images, assumer d'&#234;tre des Amish du cin&#233;ma !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on affirmer cela alors que Netflix a &#233;t&#233; en pointe dans la repr&#233;sentation des minorit&#233;s et sur certaines th&#233;matiques, &#224; l'instar des violences polici&#232;res, invisibles dans la production de s&#233;ries fran&#231;aises et encore peu montr&#233;es dans le cin&#233;ma mainstream ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. B.&lt;/strong&gt; : L&#224;, nous parlions des usages de Netflix, des modes de consommation. Mais j'admets que Netflix a &#233;t&#233; un alli&#233; objectif des nouvelles luttes &#233;galitaires. La plateforme a d&#233;plac&#233; quelque chose dans l'industrie du cin&#233;ma, l'a oblig&#233;e &#224; r&#233;agir sur les questions de visibilit&#233; des minorit&#233;s. Il ne faut cependant pas se leurrer : il s'agissait d'un calcul commercial cherchant &#224; convaincre certains publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre vertu de Netflix que je reconnais, c'est d'avoir favoris&#233; des productions locales exportables au niveau mondial dans une logique &#171; glocale &#187;. Et alors qu'il &#233;tait quasi impossible d'exporter des films sous-titr&#233;s aux &#201;tats-Unis, ils ont g&#233;n&#233;ralis&#233; la possibilit&#233; de regarder une s&#233;rie sous-titr&#233;e et de donner acc&#232;s &#224; des productions en VO.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Netflix veut couvrir tous les publics possibles, le plus r&#233;actionnaire comme le plus suppos&#233;ment progressiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herv&#233; Aubron&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce qu'au cours des ann&#233;es Netflix, on peut rep&#233;rer une vraie bascule en termes d'esth&#233;tique et d'&#233;criture dans sa production ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. B.&lt;/strong&gt; : Oui. Je la date un peu arbitrairement de 2017, avec La Casa de Papel. Netflix a touch&#233; un public tr&#232;s large &#224; ce moment-l&#224;, au-del&#224; des s&#233;riphiles, et s'est lanc&#233; dans une vraie course &#224; la production. La plateforme &#233;tait d&#233;j&#224; en croissance, mais c'est devenu exponentiel. Elle a aussi fait &#233;voluer son mod&#232;le &#233;conomique, elle s'est financiaris&#233;e, elle s'est endett&#233;e, et s'est contrainte &#224; une production massive et standardis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, elle produit de mani&#232;re standardis&#233;e une s&#233;rie cor&#233;enne anticapitaliste (Squid Game) aussi bien qu'un show sur l'immobilier de luxe en France, qui dresse le portrait &#233;logieux d'une famille d'expropriateurs (L'Agence). Elle diffuse une mini-s&#233;rie sur le poids des violences sexuelles (Unbelievable) mais aussi un film polonais faisant l'apologie de la culture du viol (365 jours). Sa ligne est tr&#232;s confuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. A.&lt;/strong&gt; : Netflix se veut comme une sph&#232;re, couvrant tous les publics possibles, le plus r&#233;actionnaire comme le plus suppos&#233;ment progressiste. Tout cela aboutit &#224; un immense effet de neutralisation. C'est le &#171; en m&#234;me temps &#187; que d&#233;crit Romain Blondeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de cela, il y a les grandes signatures &#8211; Scorsese, les fr&#232;res Coen, Fincher &#8211; qui constituent en quelque sorte le rayon &#171; &#233;picerie fine &#187;, mais qui, alors qu'ils ont carte blanche, embrayent sur ce processus de neutralisation, en envoyant trop d'effets d'art ou de signature qui s'annulent. On se retrouve donc avec des films qui ressemblent &#224; des grosses machines an&#233;mi&#233;es des films gris, tel The Irishman ou Monk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. B.&lt;/strong&gt; : L'embl&#232;me le plus r&#233;cent de &#231;a, c'est Ath&#233;na, de Romain Gavras, qui distribue des sens et des contre-sens, et finit par tout neutraliser, au point d'aboutir &#224; un film purement confusionniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Iriez-vous jusqu'&#224; dire qu'il y a eu un &#226;ge d'or de libert&#233;, puis une standardisation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. A. &lt;/strong&gt; : Il est difficile de parler &#171; d'&#226;ge d'or &#187; pour une firme fond&#233;e en 2014. Au tout d&#233;but, Sense8 [&lt;i&gt;une s&#233;rie de science-fiction transgenre et m&#233;taphysique con&#231;ue par les s&#339;urs Wachowski &#8211; ndlr&lt;/i&gt;] &#233;tait une bizarrerie, hors cahier des charges, mais l'audience n'a pas d&#251; satisfaire Netflix. Des productions se risquaient aussi &#224; des all&#233;gories de Netflix elle-m&#234;me.&lt;i&gt; Okja,&lt;/i&gt; de Boog Joon-ho, faisait le portrait d'une firme qui s'appelle Mirando (ce qui &#233;voque les yeux, le regard), et envoie des b&#234;tes transg&#233;nique &#224; l'abattoir &#8211; peut-&#234;tre le b&#233;tail des fictions ou des spectateurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. B.&lt;/strong&gt; : Avec Squid Game, mais aussi avec Lupin, on voit comment Netflix avale tout, m&#234;me ce qui pourrait para&#238;tre antagoniste au capitalisme. Bella Ciao, le chant des partisans italiens, est devenu l'hymne de leur carton pop plan&#233;taire La Casa de Papel ! C'est le g&#233;nie noir de ce capitalisme de plateforme que d'arriver &#224; p&#233;n&#233;trer tous les march&#233;s, m&#234;me avec des contenus qui lui sont antagonistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. A. &lt;/strong&gt; : Les films Netflix utilisent quasiment toujours le montage altern&#233;, entre une action pr&#233;sente et des r&#233;miniscences qui, morcel&#233;es, peuvent appara&#238;tre comme des &#233;pisodes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;.H. A &lt;/strong&gt; : Les films Netflix sont toujours des films en montage altern&#233;, avec un arc narratif du pr&#233;sent au pr&#233;sent, et puis des r&#233;miniscences. Dans les s&#233;ries, les arcs sont morcel&#233;s, comme des &#233;pisodes. Dans des films comme Monk ou The Irish Man, le principe de savoir ce qui va arriver est import&#233; dans le film, qu'on pourrait d&#233;couper en &#233;pisodes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. B. &lt;/strong&gt; : Le code typique de l'industrie s&#233;rielle, c'est la pluralit&#233; des points de vue, qui est le produit du montage altern&#233;. Une s&#233;rie ne peut pas avoir un point de vue conducteur dans une logique de march&#233;, puisqu'il faut pouvoir parler &#224; toutes les audiences, produire de l'identification chez tous les spectateurs, concerner &#224; la fois &#224; des gens &#226;g&#233;s et des adolescents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, en travaillant maintenant dans l'industrie du cin&#233;ma, je constate &#224; quel point le sc&#233;nario, avec ses signifiants et ses informations, est devenu l'objet central d'un film, pour le financement et apr&#232;s. On peut tr&#232;s difficilement faire valoir la mise en sc&#232;ne pour un projet. Une s&#233;rie Netflix ne filme rien d'autre que du texte, un sc&#233;nario qui se d&#233;plie. Et c'est ce sc&#233;nario qui est devenu roi, sous l'influence &#233;vidente de la plateforme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me endroit o&#249; la logique s&#233;rielle infuse, c'est l'id&#233;e de vitesse. Gavras a reconnu r&#233;cemment avoir &#233;crit, travaill&#233; et mis en sc&#232;ne le plan-s&#233;quence d'ouverture d&lt;i&gt;'Athena&lt;/i&gt; pour le proposer &#224; une plateforme, en &#171; sachant &#187; que le public d&#233;cide dans les cinq premi&#232;res minutes s'il va continuer &#224; regarder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. A. &lt;/strong&gt; : Paradoxalement, le sc&#233;nario d'Ath&#233;na n'est pas une machinerie rutilante et pourrait tenir sur un post-it. On retrouve une forme de confusion g&#233;n&#233;rale dans l'autre film r&#233;cent de Netflix, &lt;i&gt;Blonde,&lt;/i&gt; qui dit tout et son contraire sur la figure de Marylin Monroe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. B.&lt;/strong&gt; : C'est vrai. Blonde s'annonce avec des signaux ultra-f&#233;ministes mais c'est le film le plus violemment patriarcal et misogyne que j'ai vu depuis longtemps, avec des sc&#232;nes pro-life et des vues subjectives depuis l'ut&#233;rus de Marylin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224;&lt;i&gt; Ath&#233;na&lt;/i&gt;, sa r&#233;ception a &#233;t&#233; assez bonne &#224; la Mostra de Venise, ce qui illustre, selon moi, la mani&#232;re tr&#232;s contestable dont les films Netflix sont montr&#233;s. Les films de prestige de la plateforme b&#233;n&#233;ficient d'avant-premi&#232;res dans certains grands festivals, &#224; destination d'une petite &#233;lite, puis ils sont montr&#233;s de mani&#232;re &#233;v&#232;nementielle dans les grandes villes du monde, toujours &#224; destination d'un public choisi de happy few. Et ensuite, la masse du public va les voir sur son petit &#233;cran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on pense que le cin&#233;ma a &#233;t&#233; invent&#233; pour les pauvres et les enfants, pour ceux qui ne savent pas lire, cette mani&#232;re de projeter les films &#224; deux vitesse est terrifiante.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un hasard si, sur Netflix, les films des grands cin&#233;astes sont parmi les moins bons de leurs auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romain Blondeau&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que Netflix a tout de m&#234;me invent&#233; des choses d'un point de vue cin&#233;matographique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. A. &lt;/strong&gt; : Netflix n'a invent&#233; que dans le champ des s&#233;ries. Sur le plan des films, les plus grandes signatures n'ont pas livr&#233; l&#224; leurs &#339;uvres les plus fortes. Uncut Gems, de Joshua et Ben Safdie, est un des plus grands films des derni&#232;res ann&#233;es, mais c'est presque incidemment qu'il s'est retrouv&#233; sur Netflix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous leurs films finissent par tourner en rond, ce qu'annon&#231;aient les plans circulaires de &lt;i&gt;Roma&lt;/i&gt;, d'Alfonso Cuar&#243;n, qui a &#233;t&#233; un des premiers grands noms d&#233;bauch&#233;s par Netflix. Et alors que les premi&#232;res productions &#233;taient tourn&#233;es vers l'anticipation, d&#233;sormais on a le plus souvent affaire &#224; des films assez r&#233;tro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. B. &lt;/strong&gt; : Ils ont tout de m&#234;me acc&#233;l&#233;r&#233; une forme de repr&#233;sentation des minorit&#233;s qui aurait fini par se produire &#224; Hollywood, mais ils l'ont fait avec dix ans d'avance. Pour le reste, je trouve que Netflix est en train de faire dispara&#238;tre la figure du producteur dans la fabrique des films, au m&#234;me titre qu'il est en train de balayer les distributeurs du circuit de sa diffusion. Et cela se ressent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un hasard si, sur Netflix, les films des grands cin&#233;astes sont parmi les moins bons de leurs auteurs. C'est parce qu'il n'y a pas d'&#233;diteurs ou alors qu'il y en a trop. &#192; Netflix, les grandes signatures n'ont pas vraiment de producteurs derri&#232;re elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour les s&#233;ries, cela fonctionne comme un comit&#233; d'audit, avec une quinzaine d'interlocuteurs, qui annotent les sc&#233;narios, qui apportent chacun leur point de vue, et cette addition de subjectivit&#233;s am&#232;ne n&#233;cessairement &#224; une standardisation, au &#171; moyen &#187;, qui se diffuse partout. &#192; l'inverse de ces pratiques, je crois beaucoup au duo entre un producteur et un r&#233;alisateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous craignez donc que Netflix ne d&#233;nature l'&#233;conomie du cin&#233;ma au sens large, en plus de contribuer &#224; vider les salles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. B.&lt;/strong&gt; : Le probl&#232;me est que le cin&#233;ma se met &#224; courir derri&#232;re Netflix, alors qu'il ne saura jamais faire la m&#234;me chose. Un des enjeux des &#233;tats g&#233;n&#233;raux que nous demandons, c'est pr&#233;cis&#233;ment de dire que l'industrie audiovisuelle et celle du cin&#233;ma ne sont pas identiques, alors qu'il existe une porosit&#233; de plus en plus forte, encourag&#233;e par le Centre national du cin&#233;ma (CNC). Ce n'est pas dire qu'une industrie est sup&#233;rieure &#224; une autre, mais simplement qu'elles sont diff&#233;rentes, qu'elles n'ont pas le m&#234;me vocabulaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que notre industrie du cin&#233;ma est un champion national, qui cr&#233;e de l'emploi, de la richesse mon&#233;taire et de la richesse symbolique, on cherche de plus en plus &#224; imiter les grands groupes de contenu audiovisuel, sans avoir leurs moyens ni leur savoir-faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. A. :&lt;/strong&gt; Il est paradoxal que le CNC, dont le pr&#233;sident Dominique Boutonnat est contest&#233;, appelle &#224; d&#233;velopper les productions pour les plateformes. Si l'id&#233;e est de devenir un pays qui propose des studios moins chers qu'aux Etats-Unis pour produire des s&#233;ries uniformes, c'est une dr&#244;le d'ambition. On a le sentiment que la seule id&#233;e est de faire de la France un prestataire de services pour les grands groupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. B.&lt;/strong&gt; : L'id&#233;e du plan &#171; &lt;i&gt;France 2030&lt;/i&gt; &#187;, port&#233; par le CNC, consiste en effet &#224; cr&#233;er des grands studios pour l'audiovisuel, au risque de d&#233;faire un cin&#233;ma national financ&#233; par une caisse nationale. Il s'agit d'un tr&#233;sor, que le gouvernement veut d&#233;faire, de la m&#234;me mani&#232;re qu'il s'en prend &#224; la S&#233;curit&#233; sociale ou &#224; l'assurance-ch&#244;mage, avec les m&#234;mes accusations de pass&#233;isme, et de paresse subventionn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est notre &#171; &lt;i&gt;d&#233;j&#224;-l&#224; communiste &lt;/i&gt; &#187;, comme dirait Bernard Friot, nos tr&#233;sors nationaux, qui sont aujourd'hui d&#233;tricot&#233;s par des logiques marchandes. C'est un syst&#232;me que le monde entier nous envie, et qui a &#233;t&#233; imit&#233; avec succ&#232;s par des pays comme la Cor&#233;e du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;C'est une occasion &#224; saisir pour renouveler le cin&#233;ma en tant que lieu .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herv&#233; Aubron&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les plateformes alternatives offrent-elles une piste pour &#233;viter l'ali&#233;nation et la mort &#233;conomique du cin&#233;ma ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. B. &lt;/strong&gt; : Puisque les plateformes ambitionnent de remplacer les cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision, on peut imaginer que Netflix prenne la place qu'occupait TF1. La question est de savoir quelles plateformes pourraient jouer le r&#244;le d'Arte ou de France T&#233;l&#233;visions, et plus g&#233;n&#233;ralement de la meilleure mani&#232;re d'int&#233;grer les plateformes &#224; l'&#233;cosyst&#232;me existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'il ne faut pas toucher &#224; l'exclusivit&#233; de la salle dans la diffusion initiale des films, m&#234;me s'il faut sans doute r&#233;fl&#233;chir &#224; nouveaux frais &#224; la chronologie des m&#233;dias. &#199;a ne me r&#233;jouit pas mais c'est ainsi. Il y a d'ailleurs parfois des n&#233;gociations qui vont d&#233;j&#224; dans le sens d'une meilleure cohabitation entre la salle et le streaming. Par exemple, la plateforme MUBI avait n&#233;goci&#233; deux mois de salles pour Annette, de Carax, avant de le mettre en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H. A. &lt;/strong&gt; : On ne peut pas tout mettre sur le dos des plateformes non plus. C'est une occasion &#224; saisir pour renouveler le cin&#233;ma en tant que lieu. Le gigantisme des multiplexes est mis &#224; l'&#233;preuve, et cela peut remettre en selle les salles ind&#233;pendantes &#224; l'int&#233;rieur des villes. Mais il ne s'agit plus d'uniquement projeter des films, sans rien autour : cela doit redevenir un lieu ouvert &#224; la vie locale, aux diverses communaut&#233;s, abriter par exemple un caf&#233;, un restaurant, d'autres espaces culturels. Autrement dit : un lieu construit autour des &#233;crans mais qui ne s'y r&#233;sume pas, qui les prolonge autrement, projette et se projette, au sens le plus large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. B. :&lt;/strong&gt; Je crois aussi &#224; la salle comme lieu de sociabilit&#233;, tr&#232;s diff&#233;rente d'une id&#233;e en vogue consistant &#224; proposer des salles &#171; premium &#187; afin de r&#233;sister &#224; la d&#233;sertion des salles. Selon cette id&#233;e mortif&#232;re, il s'agit d'offrir des beaux espaces, des &#233;quipements de grande qualit&#233;, mais &#224; un public forc&#233;ment plus privil&#233;gi&#233;, pour des tarifs plus &#233;lev&#233;s. Le cin&#233;ma ne doit jamais devenir un loisir &#171; premium &#187;, il doit rester un lieu populaire, accessible aux pauvres et aux enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joseph Confavreux et Fabien Escalona&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Exterminez toutes ces brutes &#187;. Entretien avec Raoul Peck</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Exterminez-toutes-ces-brutes-Entretien-avec-Raoul-Peck</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Exterminez-toutes-ces-brutes-Entretien-avec-Raoul-Peck</guid>
		<dc:date>2022-02-08T07:51:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle Garo, Raoul Peck</dc:creator>


		<dc:subject>Cultures, arts et soci&#233;t&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-02-08</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Arte diffuse actuellement le nouveau documentaire en 4 parties du cin&#233;aste ha&#239;tien Raoul Peck, auteur notamment de &#171; Lumumba &#187;, d'un film sur le jeune Marx, ou encore de &#171; I am not your Negro &#187;. Il y retrace la g&#233;n&#233;alogie du racisme moderne, qui s'est propag&#233; &#224; partir de l'Europe sur plusieurs si&#232;cles et qui d'inf&#233;riorisation en d&#233;shumanisation, d'essentialisation en d&#233;monisation, a abouti au g&#233;nocide des Am&#233;rindiens, &#224; la mise en esclavage de millions d'Africains, &#224; la colonisation du monde (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Cinema-" rel="directory"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Cultures-arts-et-societes-+" rel="tag"&gt;Cultures, arts et soci&#233;t&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-02-08-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-02-08&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH71/arton51341-9fad3.png?1781267884' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='71' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Arte diffuse actuellement le nouveau documentaire en 4 parties du cin&#233;aste ha&#239;tien Raoul Peck, auteur notamment de &#171; Lumumba &#187;, d'un film sur le jeune Marx, ou encore de &#171; I am not your Negro &#187;. Il y retrace la g&#233;n&#233;alogie du racisme moderne, qui s'est propag&#233; &#224; partir de l'Europe sur plusieurs si&#232;cles et qui d'inf&#233;riorisation en d&#233;shumanisation, d'essentialisation en d&#233;monisation, a abouti au g&#233;nocide des Am&#233;rindiens, &#224; la mise en esclavage de millions d'Africains, &#224; la colonisation du monde et jusqu'au g&#233;nocide des Juifs d'Europe. Dans cet entretien, il revient sur l'origine de ce film et les ressorts de sa construction.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;31 janvier 2022 | tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/extermination-colonialisme-esclavage-racisme-documentaire-peck/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;contretemps.eu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contretemps &#8211; La diffusion par Arte et auparavant par HBO d'une &#339;uvre si radicalement critique au sujet du racisme et de l'esclavage est un &#233;v&#233;nement, dans le contexte politique et m&#233;diatique actuel. Quelle est l'origine de votre film ? S'agit-il d'une commande ou d'un projet personnel ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Raoul Peck&lt;/strong&gt; &#8211; Comme la plupart de mes films, l'origine est toujours organique. Je r&#233;agis &#224; ce que je vis et ce que je vois autour de moi, je fais des films sur le pr&#233;sent et c'est ma forme d'engagement, de la m&#234;me mani&#232;re que d'autres s'engagent dans des institutions ou des partis politiques. Ce film est donc issu d'un certain nombre de ressentis, de discussions sur ce qui se passe autour de moi, que ce soit en Europe, en France ou aux &#201;tats-Unis. Le film est la forme compacte, artistique et politique de ces ressentis, &#233;motions et analyses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la suite de I Am Not Your Negro, j'ai &#233;t&#233; invit&#233; par tous les studios aux &#201;tats-Unis. L&#224;-bas, quand vous avez du succ&#232;s, tout le monde vous invite et vous demande ce que vous voulez faire ensuite. J'ai d&#233;j&#224; travaill&#233; avec HBO. Nous avons fait mon film Sometimes in April ensemble, en 2005, sur le g&#233;nocide des Tutsi au Rwanda. Apr&#232;s I Am Not Your Negro, Richard Plepler, alors pr&#233;sident d'HBO, m'a demand&#233; : &#171; qu'est-ce que tu veux faire maintenant ? &#187;. &#192; vrai dire, j'avais plut&#244;t envie de de prendre un peu de repos. Je lui ai dit : &#171; peut-&#234;tre faire quelques recherches, lire beaucoup et &#233;crire un peu &#187;. J'avais surtout besoin de temps. Un mois plus tard, il m'a offert un contrat de trois ans avec HBO pour d&#233;velopper ce que je voudrais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ces entrefaites, un ami &#233;diteur m'a fait d&#233;couvrir le livre de Sven Lindqvist et &#231;a a tout de suite fait tilt : il contenait tout ce que j'essayais de mani&#232;re d&#233;sorganis&#233;e d'accumuler au cours de ces ann&#233;es. Il s'agissait aussi de formuler une r&#233;ponse face &#224; certaines r&#233;actions de d&#233;ni suscit&#233;es par I Am Not Your Negro, notamment en France. Il fallait donc repartir &#224; la source m&#234;me de cette histoire. Quand commence-t-elle, quand peut-on commencer &#224; parler de supr&#233;matisme blanc ? &#192; quel moment commence-t-on &#224; hi&#233;rarchiser les races ? &#192; quel moment le terme de &#171; race &#187; prend-il racine, devient-il politique d'&#201;tat et enveloppe-t-il les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes ? Toutes ces questions me paraissaient essentielles &#224; &#233;clairer, dans une Europe qui, quelque part, a oubli&#233; ses propres racines et ses propres rep&#232;res, et o&#249; n'importe quel populiste aujourd'hui &#8211; et il y en a beaucoup &#8211; peut proclamer ses soi-disant &#171; v&#233;rit&#233;s &#187;, fond&#233;s sur&#8230; rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de l&#224;, l'id&#233;e est devenue un projet : examinons et d&#233;construisons 600 &#224; 700 ans d'histoire eurocentrique. Il est rare d'avoir la totale libert&#233; que j'ai eue &#224; la fois sur le contenu du film et sa forme. Le format de quatre &#233;pisodes &#233;tait &#233;galement ma d&#233;cision. C'est seulement une fois que le propos, la d&#233;monstration, la force du film &#233;taient l&#224;, que nous avons verrouill&#233; les choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CT &#8211; Concernant la construction de film : elle est tr&#232;s complexe. Je suis frapp&#233;e notamment par les croisements constants entre votre histoire personnelle, via le recours &#224; des archives familiales o&#249; l'on vous voit enfant et jeune homme, et l'histoire globale que vous narrez. Pouvez-vous revenir sur cette dimension de votre travail, sur l'inspiration que vous puisez dans votre propre itin&#233;raire et dans les images qui l'accompagnent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais vous utilisez aussi beaucoup d'autres mat&#233;riaux : une voix off qui dit un texte, la v&#244;tre, durant tout le film, des inserts didactiques, des citations de films -les v&#244;tres, mais bien d'autres encore-, des archives documentaires, des sc&#232;nes de fiction tourn&#233;es pour les besoins de ce film o&#249; on retrouve le m&#234;me acteur dans le r&#244;le du colon blanc : cet ensemble, donne une structure particuli&#232;rement complexe &#224; votre film, kal&#233;idoscopique m&#234;me, tout en restant accessible &#224; un public large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous mettez cette construction au service d'une histoire globale reconstitu&#233;e dans son unit&#233; profonde. Pourriez-vous revenir sur ce qui, au premier abord, peut sembler un paradoxe, cette construction tr&#232;s savante et par moments presque &#233;clat&#233;e et un propos tr&#232;s coh&#233;rent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;RP&lt;/strong&gt; &#8211; Ceci est d&#251; &#224; la mani&#232;re de construire le film d'apr&#232;s une forme organique : ce n'est pas simplement une histoire que je mets sur papier et que je n'ai plus qu'&#224; ex&#233;cuter. D&#232;s le d&#233;part, c'est tout un processus et dispositif que je mets en place. C'est d'abord le livre de Sven Lindqvist, qui d&#233;clenche le projet et en devient le premier pilier. Sven a mis dans un ordre coh&#233;rent toutes ces diverses id&#233;es que j'avais au cours des quarante derni&#232;res ann&#233;es. J'y ai retrouv&#233; un parcours que, d'une certaine fa&#231;on, je reconnais progressivement avoir effectu&#233; moi aussi de mon c&#244;t&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sven livre aussi les r&#233;f&#233;rences scientifiques et litt&#233;raires qui permettent ce voyage &#224; travers l'histoire de l'Europe, de mani&#232;re claire, transparente, et coh&#233;rente. Cela m'a fourni une colonne vert&#233;brale solide. Ensuite, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas laisser de c&#244;t&#233; les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique qui jouent dans cette histoire un r&#244;le primordial, non seulement dans la construction du capitalisme, mais &#233;galement dans tout le reste de l'histoire, de l'Europe et de la plan&#232;te. Il &#233;tait clair qu'il fallait d&#233;construire cette dichotomie d'un Ancien Monde et d'un Nouveau Monde comme si les deux n'avaient presque rien &#224; voir l'un avec l'autre. Sven d&#233;montre que c'est l'Europe g&#233;nocidaire qui va coloniser l'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de l&#224;, j'ai poursuivi le travail avec le livre de Roxanne Dunbar-Ortiz[1], experte &#233;minente de l'histoire des indig&#232;nes d'Am&#233;rique. Elle a &#233;crit un livre fondateur, tout aussi fondateur que le livre de Howard Zinn[2], que j'ai rencontr&#233; et que je cite &#233;galement dans le film. &#192; ces deux piliers solides s'ajoute un troisi&#232;me, Michel-Rolph Trouillot avec son livre Silencing the Past[3], qui permet une critique et une d&#233;construction de l'histoire elle-m&#234;me, et de la fa&#231;on dont on raconte l'histoire. Que retenons-nous de l'histoire ? Que passons-nous sous silence ? Qui &#233;crit l'histoire ? C'&#233;tait la matrice de cet &#233;change entre Roxanne, Sven et Michel-Rolph Trouillot. Et paradoxalement, ces trois livres recr&#233;ent un parcours entre l'Afrique, l'Europe, l'Am&#233;rique et les Antilles, qui se trouve correspondre &#224; mon propre parcours. C'est ainsi que la partie personnelle vient se greffer petit &#224; petit, sans avoir &#233;t&#233; dans le projet initial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat final, dans toute sa complexit&#233;, ne donne pas forc&#233;ment &#224; voir le processus d'une construction qui passe d'abord par une d&#233;construction. Je cr&#233;e des strates au fur et &#224; mesure de mes r&#233;actions &#224; ce que je trouve face &#224; moi, sur la table : il se trouve donc un moment o&#249; je ressens ce besoin de convoquer ma propre histoire, ce que j'explique par bon nombre de raisons. L'une d'elles est la totale transparence n&#233;cessaire quant &#224; ma propre relation avec le sujet du film, ce qui donne une autre connotation, et ce qui oblige aussi, comme Sven l'a fait, comme d'autres l'ont fait, &#224; se mettre soi-m&#234;me &#224; nu, dans ce processus, parce qu'il ne s'agit pas de tricher. Sven a &#233;crit son livre la col&#232;re au ventre, et de la m&#234;me mani&#232;re, mon film est un film visc&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car &#224; un moment donn&#233;, comme je le dis dans le film, il faut aller au bout des choses. On ne peut pas tenir longtemps une attitude &#171; d'artiste &#187; au-dessus de la foule ou de scientifique dans un laboratoire qui analyse froidement les choses. Non, il s'agit de vies r&#233;elles humaines. C'est un film sur la vie, c'est un film sur l'humain et ce qu'on en fait aujourd'hui. Il est important de se rappeler que mon combat concerne le pr&#233;sent, en France et ailleurs. On le voit &#224; travers ce qui se passe dans la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine aujourd'hui, ainsi que dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Ce sont les m&#234;mes tensions. Et le film permet de voir &#224; travers ce brouillard, &#224; travers le discours d&#233;magogique, raciste et ignorant, de figures qui peuplent les r&#233;seaux sociaux et envahissent les plateaux de t&#233;l&#233;vision prof&#233;rant les m&#234;mes aberrations, et qui choisissent de ne voir que la partie de leur histoire de laquelle ils s'accommodent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon travail est de montrer toute l'histoire, en faisant &#233;galement le r&#233;cit de la partie manquante. Pour un historien, faire le choix de s'int&#233;resser &#224; une partie de l'histoire uniquement, c'est d'une certaine mani&#232;re hi&#233;rarchiser le r&#233;cit de l'histoire, donc hi&#233;rarchiser les &#234;tres humains acteurs de cette histoire. Dans un de mes films pr&#233;c&#233;dents, je r&#233;p&#232;te la phrase : &#171; tous les morts n'ont pas la m&#234;me valeur &#187;. C'est tragique : on en est &#224; un point o&#249; les morts n'ont pas la m&#234;me valeur, on hi&#233;rarchise les cadavres, et donc les &#234;tres vivants eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CT &#8211; Durant tout le film, vous vous appuyez sur des travaux de chercheurs, vous utilisez et citez des livres, vous ins&#233;rez en incrustation des donn&#233;es dat&#233;es et chiffr&#233;es, des cartes, des sch&#233;mas. Mais dans le m&#234;me temps, vous recourez constamment &#224; l'&#233;motion, &#224; la passion : c'est un film &#171; visc&#233;ral &#187;, avez-vous dit. Pourriez-vous pr&#233;ciser la mani&#232;re dont la col&#232;re, la passion, l'&#233;motion viennent non pas contrarier le propos didactique, mais au contraire lui donner plus de force et plus de force politique, en particulier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;RP &lt;/strong&gt; &#8211; Je pense que &#231;a a toujours &#233;t&#233; le parti pris de mon travail, ma d&#233;marche a toujours &#233;t&#233; citoyenne, personnelle, artistique. Et d&#232;s mon premier film, cette d&#233;marche est pr&#233;sente : comment atteindre mes contemporains ? Comment, sans faire la le&#231;on, parler et t&#233;moigner de choses v&#233;cues ? Tout mon cin&#233;ma s'inscrit dans le r&#233;el, qu'il s'agisse de fiction ou de documentaire. Je n'ai jamais fait la diff&#233;rence, de ce point de vue. Le contenu arrive en premier. C'est apr&#232;s que je me demande quelle est la meilleure forme pour raconter cette histoire. Mais la d&#233;marche fondamentale est toujours un r&#233;cit, des personnages, au-del&#224; de la possibilit&#233; d'une d&#233;marche scientifique ou historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pars de ce qui me fait r&#233;agir dans le monde aujourd'hui : comment cr&#233;er un r&#233;cit d'apr&#232;s ce ressenti ? Mon ressenti, mais aussi mon analyse politique, soci&#233;tale. C'est peut-&#234;tre cette discipline qui me permet de g&#233;rer la complexit&#233; de mes sujets et de ne m'imposer aucune limite &#8211; notamment formelle &#8211; avec ces films. D'o&#249; le m&#233;lange possible des genres (entre fiction et documentaire), parce que je pense que je ma&#238;trise suffisamment bien les deux, ce qui me donne une r&#233;elle libert&#233; cr&#233;ative tout en respectant les conventions de l'un comme de l'autre. Fondamentalement, c'est la partie cr&#233;ative qui me motive le plus, c'est le fait de ne jamais s&#233;parer le contenu de la forme : c'est ce qui cr&#233;e des r&#233;cits in&#233;dits, des formes in&#233;dites et c'est cela qui me passionne dans mon m&#233;tier de cin&#233;aste. Sinon j'aurais pu &#233;crire des livres et m'en contenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CT &#8211; Je voudrais revenir sur cette question du r&#233;cit, sur laquelle vous insistez beaucoup. Du fait de son titre, &lt;i&gt;Exterminez toutes ces brutes&lt;/i&gt;, vous placez ce film aussi sous le signe de la fiction, du roman de Joseph Conrad, au travers de Sven Lindqvist, ce qui est aussi une fa&#231;on de r&#233;fl&#233;chir &#224; l'histoire, &#224; la construction d'une analyse qui est toujours en m&#234;me temps un r&#233;cit, qui se confronte &#224; ses choix, &#224; ses limites, &#224; sa validit&#233; scientifique. En face du r&#233;cit que vous proposez, il n'existe pas seulement un refoulement ou un d&#233;ni, ces &#171; tristes certitudes de l'ignorance &#187; dites-vous dans le film. Il existe un autre r&#233;cit, id&#233;ologique, raciste et n&#233;ocolonial, qui accompagne la remont&#233;e de l'extr&#234;me droite, mais aussi la permanence des in&#233;galit&#233;s et des discriminations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment concevez-vous ce qui n'est pas un simple heurt des r&#233;cits, mais un profond conflit politique et social aussi, comment inscrivez-vous votre travail dans ce contexte conflictuel contemporain, lourd de menaces ? Comment la construction complexe de votre film vous permet-elle d'affronter le r&#233;cit id&#233;ologique dominant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;RP &lt;/strong&gt; &#8211; Nous sommes des &#234;tres humains, nous sommes des &#234;tres collectifs et nous adh&#233;rons &#224; des r&#233;cits. Nous vivons tous les jours accompagn&#233;s de r&#233;cits. Le probl&#232;me, c'est que le r&#233;cit dominant est un r&#233;cit r&#233;ducteur, qu'il faut justement d&#233;construire et casser. D'o&#249; l'importance que j'accorde &#224; la place du r&#233;cit puisque c'est ce qui me permet de toucher l'autre. Il est important &#233;galement dans un r&#233;cit, d'en montrer la construction. J'essaie d'&#234;tre le plus transparent possible. J'essaie de laisser des &#171; espaces &#187; pour que celui &#224; qui ce r&#233;cit s'adresse puisse r&#233;fl&#233;chir de son c&#244;t&#233;, des espaces de r&#233;flexion, mais aussi des espaces de questionnement et de contradiction. J'&#339;uvre &#224; ce que ma parole ne s'impose pas comme une parole c&#233;leste qu'on ne peut mettre en doute. Au contraire, souvent, mes phrases se terminent par un point d'interrogation. C'est une mani&#232;re d'impliquer activement celui qui re&#231;oit et de lutter contre ce ph&#233;nom&#232;ne qui s'est d&#233;velopp&#233; en particulier ces quarante derni&#232;res ann&#233;es : les r&#233;cits nous sont adress&#233;s en tant que consommateurs plut&#244;t qu'en tant qu'acteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant c'est l&#224; toute la beaut&#233; de la narration, on le sait quand on est enfant et qu'on lit des livres. On peut aussi le voir quand on apprend &#224; lire &#224; un enfant, et qu'on lui raconte une histoire le soir : ses yeux brillent, il participe, il pose des questions, il r&#233;pond, c'est une relation active. C'est loin d'&#234;tre une simple &#171; consommation &#187; avant d'aller dormir. On consomme beaucoup d'images, beaucoup de t&#233;l&#233;vision, beaucoup de films, on est sur son canap&#233; et on engloutit. Mais cela cr&#233;e-t-il de la pens&#233;e, du questionnement ? Je n'en suis pas s&#251;r. Je tente une approche diff&#233;rente. Ce film est complexe, oui, mais je donne aussi les cl&#233;s et les codes de cette complexit&#233;, j'en donne la grille de lecture, je ne tente jamais de tromper personne. J'essaie de donner au spectateur les instruments de sa propre &#233;dification, de sa propre r&#233;ception du r&#233;cit, c'est &#224; lui de choisir de les utiliser ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre r&#233;alit&#233; est complexe, l'histoire est complexe. La preuve : pendant 600 ou 700 ans, l'Europe a racont&#233; la m&#234;me histoire. Or, cette histoire est fausse, elle est fausse dans la mesure o&#249; elle ne tient pas compte du reste de la plan&#232;te, de la majorit&#233; des humains. L'Europe a d&#233;cid&#233; qu'elle &#233;tait au centre du monde, elle l'&#233;tait, &#233;conomiquement, mais culturellement et philosophiquement la diversit&#233; et la multiplicit&#233; globale ont &#233;t&#233; &#233;touff&#233;es. Elle a annihil&#233; ou, comme le dit Michel-Rolph, a r&#233;duit au silence toutes les autres pens&#233;es, toutes les autres histoires qui sont pourtant parties prenantes de l'histoire humaine. Il faut mettre fin &#224; ce silence, c'est primordial et c'est ce pour quoi j'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CT &#8211; Dans le film, vous dites : &#171; Ce n'est pas le savoir qui nous manque, mais le courage de comprendre ce que nous savons et d'en tirer les conclusions &#187;. Est-ce que, dans le cadre d'un tel travail, vous vous sentez isol&#233; dans le monde du cin&#233;ma et plus largement dans le contexte contemporain ? Ou bien consid&#233;rez-vous qu'il y existe un regain d'int&#233;r&#234;t, &#224; nouveau des pr&#233;occupations artistiques, intellectuelles mais aussi et surtout des luttes autour de ces questions de domination ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;RP&lt;/strong&gt; &#8211; Isol&#233;, jamais : je pense plut&#244;t qu'une grande majorit&#233; de mes coll&#232;gues sont &#224; c&#244;t&#233; de la plaque, par rapport &#224; leur r&#244;le d'artiste dans une soci&#233;t&#233;. Je reste toujours &#233;veill&#233; et &#233;merveill&#233; par ce que je d&#233;couvre, par ce que je lis. Mais le cin&#233;ma est majoritairement un art commercial, qui rapporte de l'argent, qui cr&#233;e des profits. Il ne faut pas &#234;tre na&#239;f sur le r&#244;le id&#233;ologique que joue le cin&#233;ma, le cin&#233;ma dominant am&#233;ricain en particulier. Certes, ma mani&#232;re de voir n'est peut-&#234;tre pas le courant dominant, mais je ne m'estime pas isol&#233;. J'estime que ce sont ceux qui refusent de voir, de conna&#238;tre et d'apprendre qui s'isolent dans un repli born&#233; d'une certaine mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est vrai que, ce qui me permet de fonctionner ainsi, c'est d'avoir su d&#232;s le d&#233;part &#8211; merci monsieur Marx ! &#8211; qu'il me fallait avoir ma propre autonomie &#233;conomique et qu'il ne fallait jamais d&#233;pendre de qui que ce soit, sinon aucun de mes r&#233;cits n'aurait pu voir le jour. Tous mes films se sont fabriqu&#233;s en choisissant des fili&#232;res in&#233;dites ou des alli&#233;s, jusqu'au jour o&#249; un studio am&#233;ricain m'a permis de faire le film le plus libre de toute mon existence professionnelle, en voil&#224; une contradiction ! Mais j'ai toujours su qu'il fallait trouver ses alli&#233;s &#224; l'int&#233;rieur du monstre lui-m&#234;me, &#224; l'int&#233;rieur de la machine elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'&#233;tais plus jeune, je consid&#233;rais que faire des films, c'&#233;tait une sorte de gu&#233;rilla. Il fallait frapper fort et dispara&#238;tre. Et c'est un peu ce que j'ai fait pendant toute ma carri&#232;re et ce qui m'a permis de durer. Quand je reviens sur ma filmographie, j'y vois des films qu'on n'attendait pas et auxquels on n'avait pas r&#233;serv&#233; la moindre place, mais qui se sont quand m&#234;me faits. D'autres, qui avaient les m&#234;mes moyens ou la m&#234;me capacit&#233; de les faire que moi, ne les ont pas faits. Je sais pertinemment que c'est ma libert&#233; qui m'a permis de faire mes films et je ne me suis jamais laiss&#233; enfermer, sur aucun territoire, que ce soit aux &#201;tats-Unis, en France ou en Allemagne. Quand je rencontrais un mur infranchissable, je partais ailleurs, je poursuivais mes projets l&#224; o&#249; ils &#233;taient r&#233;alisables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CT &#8211; Vous avez aussi un autre alli&#233; de taille, votre public. Vous avez toujours &#233;t&#233; tr&#232;s soucieux de la r&#233;ception active de vos films, dont nous parlions tout &#224; l'heure, en intervenant sur leurs conditions de diffusion et de distribution. Je pense &#224; la premi&#232;re projection de votre film sur le Rwanda dans un stade &#224; Kigali, devant des milliers de personnes. Vous avez aussi fait en sorte que votre film sur Lumumba touche un tr&#232;s large public, en Afrique tout particuli&#232;rement. Quant au film dont nous parlons,&lt;i&gt; Exterminez toutes ces brutes&lt;/i&gt;, il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; diffus&#233; aux &#201;tats-Unis et vu par un grand nombre de spectateurs sur la plate-forme de HBO.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avez-vous des retours sur l'accueil qu'il a re&#231;u aux &#201;tats-Unis ? Qu'esp&#233;rez-vous de sa diffusion en France, &#224; qui vous adressez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;RP&lt;/strong&gt; &#8211; J'ai toujours tent&#233; de faire des films qui puissent durer. Je me suis toujours prot&#233;g&#233; de l'exigence du succ&#232;s commercial. Qu'il s'agisse de Lumumba ou d'autres films, j'ai essay&#233; de les faire dans des contextes professionnels &#171; normaux &#187;, mais je savais qu'ils devraient trouver leur chemin et qu'il n'y avait aucune garantie qu'ils soient vus, en tout cas pas forc&#233;ment par un large public. D'une certaine mani&#232;re, ma chance est que, de par le contenu de mes films, je m'adresse &#224; un public tr&#232;s large, g&#233;ographiquement et sur la dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un de mes films peut sortir en salles en France ou aux USA, sans pour autant faire l'objet d'une grande campagne de publicit&#233;, ou sans qu'une grande chaine ne m'invite au journal pour en parler. Pour Lumumba, par exemple, je n'ai pas &#233;t&#233; invit&#233; en prime time, parce que ceux qui en d&#233;cident n'ont pas estim&#233; que le film m&#233;ritait ce genre de publicit&#233;. Mais le film a quand m&#234;me circul&#233; et aujourd'hui encore, il circule beaucoup, tout simplement parce que j'ai veill&#233; &#224; ce qu'il ne soit pas dat&#233;. Au moment de f&#234;ter les ind&#233;pendances africaines ou de parler des h&#233;ros africains, lorsqu'il s'agit de parler de la colonisation et de la d&#233;colonisation, c'est ce film qui est montr&#233;. Il est beaucoup projet&#233; dans les universit&#233;s, dans les &#233;coles, dans les associations. C'est cette p&#233;rennit&#233;-l&#224; que je cherche et non pas le succ&#232;s ponctuel, commercial, &#233;ph&#233;m&#232;re. L'un de mes premiers films documentaires, Lumumba, mort d'un proph&#232;te, est depuis plus de trente ans montr&#233; dans les universit&#233;s am&#233;ricaines. Sometimes in April reste le film principal sur le g&#233;nocide rwandais, en fiction. Parce qu'il est tr&#232;s pr&#232;s de la v&#233;rit&#233; et qu'il est bas&#233; sur des r&#233;cits r&#233;els, ce qui n'est pas le cas d'H&#244;tel Rwanda par exemple, qui est un r&#233;cit fabriqu&#233;, voire factuellement erron&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant &lt;i&gt;Exterminez toutes ces brutes&lt;/i&gt;, HBO a accept&#233; de mettre la s&#233;rie &#224; disposition de toutes les &#233;coles am&#233;ricaines. D'ailleurs, on a inaugur&#233; cette mise &#224; disposition en octobre &#224; l'occasion de la Journ&#233;e des Indig&#232;nes aux &#201;tats-Unis, qui est un nouvel anniversaire, sur le mod&#232;le de la journ&#233;e Martin Luther King. Je crois qu'il y a eu plus de 4 000 &#233;coles et universit&#233;s au premier rendez-vous, la projection &#233;tait accompagn&#233;e d'une aide p&#233;dagogique aux professeurs pour les cours et les discussions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me situe hors de la notion de consommation, hors de la notion de simple divertissement. Il y a beaucoup de films &#224; succ&#232;s que l'on ne voit qu'une seule fois, certains deviennent parfois des films cultes, mais ce n'est pas ma d&#233;marche. Ma d&#233;marche consiste &#224; faire en sorte que ce travail accumul&#233; puisse continuer &#224; jouer son r&#244;le. Dans ce sens, plus le temps passe, plus je me rends compte que mes films continuent &#224; exister. Gr&#226;ce au succ&#232;s de I Am Not Your Negro, beaucoup de gens d&#233;couvrent les films pr&#233;c&#233;dents. Cela se reproduit aussi avec Exterminez toutes ces brutes. J'essaie d'accumuler une &#339;uvre et des savoirs que je mets &#224; la disposition pour les g&#233;n&#233;rations &#224; venir. Ils en feront ce qu'ils voudront, mais j'aurai fait ma part et mon travail de passeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; CT &#8211; Concernant toujours ces enjeux de votre travail, dans l'entretien que vous avez donn&#233; en mai 2021 &#224; la chaine d'information am&#233;ricaine Democracy Now, vous parlez de dialogue &#224; reconstruire et vous inscrivez votre film dans la perspective d'un tel dialogue entre diff&#233;rentes histoires. Faute de quoi, il existe un risque, dites-vous, que chacun &#171; garde pour soi son propre malheur &#187;. Pour surmonter cet enfermement dans des histoires s&#233;par&#233;es, vous montrez dans votre film qu'elles sont en r&#233;alit&#233; communes, profond&#233;ment indissociables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouvez-vous revenir sur l'importance qu'il y a selon vous de r&#233;articuler ces histoires s&#233;par&#233;es, de les rassembler non pas d'abord pour produire un r&#233;cit plus global, mais pour produire des effets aussi &#224; l'&#233;chelle de cette histoire globale qui est encore la n&#244;tre, aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;RP&lt;/strong&gt; &#8211; Vous parliez des r&#233;percussions de ce film aux &#201;tats-Unis : c'est vrai, cela m'a &#233;tonn&#233; qu'il n'y ait pas eu plus de pol&#233;miques, mais j'ai ensuite compris pourquoi : le sujet &#233;tait trop lourd, la charge virale de ce film &#8211; pour parler dans les termes d'aujourd'hui &#8211; &#233;tait trop lourde pour permettre une attaque frontale de la part de quiconque. Tous les journaux ont parl&#233; du film et j'ai parfois re&#231;u des critiques dithyrambiques. Pourtant, dans ce film, j'&#233;branle la notion m&#234;me de ce qu'est l'Am&#233;rique pour les Am&#233;ricains, leur conviction d'avoir conquis un territoire vierge sur lequel ils auraient tout construit. Or le film dit exactement le contraire, qu'il s'agit d'une colonisation de peuplement : cette r&#233;alit&#233; est irrecevable mentalement et politiquement aux &#201;tats-Unis. Et pourtant, le film n'a pas &#233;t&#233; attaqu&#233; sur ce front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, c'est la premi&#232;re fois que sont r&#233;unis le g&#233;nocide indig&#232;ne, l'esclavage et la Shoah dans un m&#234;me film, montrant leur relation, montrant l'origine g&#233;nocidaire de l'Europe et sa propagation sur tous les continents. Je tente de faire tomber les murs qui s&#233;parent les douleurs et les cons&#233;quences de cette s&#233;paration. Est-ce une mani&#232;re &#233;galement de hi&#233;rarchiser ces douleurs ? Il est important de savoir que Hitler s'est inspir&#233; du g&#233;nocide am&#233;rindien. Il a envoy&#233; des gens pour observer comment les Am&#233;ricains avaient organis&#233; les lois s&#233;gr&#233;gationnistes. Il a &#233;crit lui-m&#234;me, &#224; plusieurs reprises, que l'Am&#233;rique avait &#233;t&#233; sa grande source d'inspiration. Si on ne sait pas &#231;a, on ne peut pas comprendre la continuit&#233; du d&#233;bat, on ne peut pas comprendre pourquoi il y a des fascistes aujourd'hui en France qui se r&#233;f&#232;rent &#224; Charlemagne, sans se r&#233;f&#233;rer &#224; cette partie de l'histoire d'Am&#233;rique qui constitue leur propre histoire .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En compartimentant, on devient incapable de comprendre le chaos et la cacophonie actuelle, parce que chacun arrive avec son petit bout d'histoire fabriqu&#233; seul dans son grenier ou son laboratoire de vainqueur, et essaie de nous le faire avaler. Moi, j'essaie de raconter avec mes partenaires, Sven, Roxanne, Michel-Rolph, l'histoire de tous. Ce n'est pas un hasard que je parte de l'Afrique, berceau de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de race n'est pas scientifique, puisque nous sommes une seule et m&#234;me race humaine. La forme, le contenu et la syntaxe ne sont jamais innocents. C'est pour cela que, constamment, j'essaie de relier les points parce qu'ils se conditionnent. Et si on n'a pas compris cette histoire pass&#233;e, on ne comprendra pas le pr&#233;sent. Le pass&#233; est en permanence dans notre pr&#233;sent, et ce pass&#233; explique bien des choses : nos comportements sociaux, nos paroles, nos contradictions et nos combats. C'est la parcellisation, je pourrais m&#234;me dire la tribalisation, y compris &#224; l'int&#233;rieur de mouvements progressistes, qui est terrible. On ne se parle pas, ou plus, ou peu, m&#234;me au sein des groupes solidaires. C'est le probl&#232;me de la gauche aujourd'hui, chacun se prot&#232;ge et se r&#233;fugie dans sa petite chapelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai termin&#233; mon film avec des voix d'enfants en r&#233;volte partout dans le monde, sur les images d'Auschwitz : ce contraste pour essayer d'illustrer le prix qu'on risque encore une fois de payer si l'on ne se bat pas. On a travaill&#233; longtemps avant de trouver cette fin. Il fallait en m&#234;me temps que le film s'ach&#232;ve sur une esp&#233;rance. Et je suis tr&#232;s curieux du monde que ces enfants, de toutes ces langues diff&#233;rentes, r&#233;ussiront ou non &#224; construire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Propos recueillis par Isabelle Garo.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Illustration : Slave Trade, by John Raphael Smit. Image credit : Everett &#8211; Art/Shutterstock.&lt;i&gt;com&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Roxanne Dunbar-Ortiz, Contre-histoire des &#201;tats-Unis, Wildproject Editions, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Howard Zinn, Une histoire populaire des &#201;tats-Unis, Agone, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Michel-Rolph Trouillot, Silencing the Past : Power and the Production of History, Beacon Press, 2015.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Il &#233;tait une fois dans mon pays</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Il-etait-une-fois-dans-mon-pays</link>
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		<dc:date>2021-12-07T08:12:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Mouterde</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Cultures, arts et soci&#233;t&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-11-30</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La casa latino-am&#233;ricaine, maison commune de tous les membres de la diaspora latino-am&#233;ricaine vivant &#224; Qu&#233;bec, s'est toujours caract&#233;ris&#233;e par sa volont&#233; de participer &#224; la reconnaissance comme &#224; l'int&#233;gration des Latino-am&#233;ricains qui ont &#233;t&#233; amen&#233;s &#8212;al&#233;as de la vie politique ou &#233;conomique&#8212; &#224; refaire leur vie au Qu&#233;bec. &lt;br class='autobr' /&gt; Il y a n&#233;anmoins quelque chose qui attire l'attention dans Il &#233;tait une fois dans mon pays, le projet subventionn&#233; par la ville de Qu&#233;bec que La CASA vient de terminer (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-11-30-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-11-30&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH115/arton50640-73d04.png?1781629744' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='115' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La casa latino-am&#233;ricaine, maison commune de tous les membres de la diaspora latino-am&#233;ricaine vivant &#224; Qu&#233;bec, s'est toujours caract&#233;ris&#233;e par sa volont&#233; de participer &#224; la reconnaissance comme &#224; l'int&#233;gration des Latino-am&#233;ricains qui ont &#233;t&#233; amen&#233;s &#8212;al&#233;as de la vie politique ou &#233;conomique&#8212; &#224; refaire leur vie au Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a n&#233;anmoins quelque chose qui attire l'attention dans Il &#233;tait une fois dans mon pays, le projet subventionn&#233; par la ville de Qu&#233;bec que La CASA vient de terminer et qu'elle pr&#233;sentait au centre Durocher le 27 novembre 2021 au grand public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La culture comme facteur d'affirmation collective&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit en effet de l'importance accord&#233;e &#224; la culture, ou plut&#244;t aux cultures latino-am&#233;ricaines, et &#224; la n&#233;cessit&#233; de les faire vivre et revivre et surtout conna&#238;tre aupr&#232;s du public qu&#233;b&#233;cois. Mais avec un seul et m&#234;me objectif : en faire tout en m&#234;me temps un facteur d'affirmation collective et une clef pour faciliter l'int&#233;gration dans une relation d'&#233;galit&#233; et de r&#233;ciprocit&#233; avec les membres de la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise d'accueil. Apr&#232;s nous, ne faut-il pas savoir d'o&#249; l'on vient pour mieux choisir la direction que l'on souhaiterait prendre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisqu'&#224; cause de la pand&#233;mie, il n'a pas &#233;t&#233; possible de mener le projet en pr&#233;sentiel et donc d'organiser des ateliers de danses et de contes et l&#233;gendes ainsi qu'il &#233;tait pr&#233;vu au d&#233;part, on a modifi&#233; le projet initial en demandant &#224; chaque communaut&#233; latino de participer &#224; la conception d'une video de 8 minutes qui mettrait en valeurs les caract&#233;ristiques culturelles de son pays d'origine, notamment en contant dans sa langue une de ses l&#233;gendes ainsi qu'en faisant apercevoir les danses qu'on y pratique. En plus du Qu&#233;bec qui y participait de plein droit, 7 pays latinos ou apparent&#233;s ont d&#233;cid&#233; de jouer le jeu : Argentine, Ha&#239;ti, Colombie, Chili, Br&#233;sil, Mexique, P&#233;rou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il faut le dire, le r&#233;sultat en a valu la chandelle. Et en ce sens, bravo &#224; Rodrigo Rodriguez pour la qualit&#233; professionnelle de son travail de vid&#233;aste ! Car non seulement le projet a permis de stimuler la cr&#233;ativit&#233; culturelle des familles latino-am&#233;ricaines impliqu&#233;es (parents comme enfants) dans ces 7 projets, mais encore il a permis de r&#233;aliser des videos de qualit&#233; faisant conna&#238;tre bien des particularit&#233;s culturelles latino-am&#233;ricaines et qui pourront dor&#233;navant &#234;tre &#224; la disposition, dans les biblioth&#232;ques de la ville, de ceux et celles, enfants comme parents, qui voudraient mieux conna&#238;tre les langues comme les r&#233;alit&#233;s culturelles des peuples latino-am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La richesse culturelle des peuples des Am&#233;riques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre la l&#233;gende br&#233;silienne du petit gnome Sacy qui fait tourner le lait et effraye les animaux, et celle du fant&#244;me de l'&#233;rabli&#232;re qui oblige le bouilleur d'&#233;rable qu&#233;b&#233;cois &#224; faire amende honorable ; entre la tragique histoire d'amour des volcans mexicains Ixtacihualtl et Popocat&#233;petl et l'histoire de la soupe au giraumon ha&#239;tienne c&#233;l&#233;brant l'ind&#233;pendance ; ou encore entre la l&#233;gende du lama argentin ou les combats chiliens de Trentren Vilu et Caicai VIlu, et la l&#233;gende de l'Eldorado colombien ou de Manco Capac et Mama Ocllo du P&#233;rou, on a pu ainsi d&#233;couvrir un peu de la richesse culturelle de peuples des Am&#233;riques, en somme tout ce qui permet &#224; un peuple de se lier ensemble et d'exister comme tel. Non pas par nostalgie, mais comme mani&#232;re d'exister ici et maintenant dans la soci&#233;t&#233; d'accueil et de lui faire b&#233;n&#233;ficier de toute la richesse de ces cultures dont elle h&#233;rite et qu'elle peut ainsi combiner de mani&#232;re originale &#224; la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce pas aussi ainsi que l'on pourra faire advenir cette culture m&#233;tiss&#233;e qui pourrait caract&#233;riser le Qu&#233;bec de demain et lui permettre de devenir ainsi &#233;ventuellement souverain et ind&#233;pendant de la plus belle mani&#232;re qui soit ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rire de tout son saoul en allant voir la pi&#232;ce Meet-Inc</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Rire-de-tout-son-saoul-en-allant-voir-la-piece-Meet-Inc</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Rire-de-tout-son-saoul-en-allant-voir-la-piece-Meet-Inc</guid>
		<dc:date>2021-12-07T08:03:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Mouterde</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Cultures, arts et soci&#233;t&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-12-07</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Meet-Inc,, c'est une r&#233;alisation du collectif Hommeries qui se donne au th&#233;&#226;tre Premier acte, jusqu'au 11 d&#233;cembre &#224; Qu&#233;bec. Et si vous avez envie de vous extraire des langueurs de d&#233;cembre ou encore d'&#233;chapper &#224; cet univers socio-politique si morose dans lequel nous baignons ces derniers temps, eh bien pendant pr&#232;s pr&#232;s d'une heure et demie vous serez servis ! &lt;br class='autobr' /&gt; En effet, avec ces trois fous du roi, ou mieux dit encore, avec ces trois bouffons (Douchebag, Lacharrue,et Wannabe) qu'incarnent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-12-07-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-12-07&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH79/arton50743-cd9dd.jpg?1781047135' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Meet-Inc,, c'est une r&#233;alisation du collectif Hommeries qui se donne au th&#233;&#226;tre Premier acte, jusqu'au 11 d&#233;cembre &#224; Qu&#233;bec. Et si vous avez envie de vous extraire des langueurs de d&#233;cembre ou encore d'&#233;chapper &#224; cet univers socio-politique si morose dans lequel nous baignons ces derniers temps, eh bien pendant pr&#232;s pr&#232;s d'une heure et demie vous serez servis !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En effet, avec ces trois fous du roi, ou mieux dit encore, avec ces trois bouffons (Douchebag, Lacharrue,et Wannabe) qu'incarnent avec une formidable &#233;nergie, Paul Fruteau de Laclos, Val&#233;rie Boutin et Guillaume Pelletier, tout y est caricatural, grotesque et excessif, et si grossi&#232;rement obsc&#232;ne qu'on fini par n'avoir qu'envie de se r&#233;jouir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est l&#224; l'int&#233;ressant, sans pour autant oublier ce qui se cache derri&#232;re ces cascades de rire qui, comme le dit l'adage, pourraient bien nous donner le go&#251;t de finir... par pleurer. Car derri&#232;re cet art de la d&#233;rision pouss&#233;e &#224; son comble, on cherche en m&#234;me temps &#224; nous faire r&#233;fl&#233;chir sur un th&#232;me clef et dont pourtant ces derni&#232;res ann&#233;es on semble avoir oubli&#233; l'importance d&#233;cisive : celui du travail ali&#233;n&#233; dans la soci&#233;t&#233; capitaliste et n&#233;olib&#233;rale qui est la n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en tous cas le fil d'Ariane de cette petite troupe qui ne manque pas de s'en prendre &#224; tous les travers qui en d&#233;coulent, au point de nous renvoyer &#224; un festival de v&#233;rit&#233;s qui ne peuvent que faire cruellement r&#233;fl&#233;chir : accumulation de marchandises et donc de d&#233;chets jetables sous le signe de l'obsolescence programm&#233; ; lutte contre le temps et horaires scand&#233;s par la course g&#233;n&#233;ralis&#233;e au profit ; arrogance des patrons ou des p'tits chefs enrubann&#233;e de publicit&#233;s sirupeuses d'une soci&#233;t&#233; de consommation omnipr&#233;sente ; vie malmen&#233;e et d&#233;risoire de salari&#233;s condamn&#233;s &#224; l'insignifiance. Tout y est, pour y retrouver comme dans un miroir d&#233;formant, bien des traits de nos propres vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et justement c'est ce qui sauve le tout : que ce soit sur le mode du rire jubilatoire et d&#233;brid&#233;. Comme si ici la cible choisie &#233;tait d&#233;cid&#233;ment si grosse et devenue si tabou &#8212;ne serait-ce que parce qu'elle a fini par d&#233;terminer une grande partie de nos vies et qu'on ne sait plus trop comment aujourd'hui s'en d&#233;fendre&#8212; qu'il fallait en passer par des bouffonneries extr&#234;mes pour nous en montrer toute l'implacable r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ces temps de rectitude politique, o&#249; tout un chacun doit prendre ses pr&#233;cautions pour para&#238;tre aux yeux d'autrui vertueux et ne pas dire un mot de trop, le th&#233;&#226;tre de bouffonneries pourrait bien &#234;tre la mani&#232;re par excellence de sortir de nos langues de bois et de nous ramener &#224; l'essentiel. Apr&#232;s tout le fou du roi, n'ose-t-il pas dire ce que le roi lui-m&#234;me (en l'occurrence notre soci&#233;t&#233;) ne peut pas dire ? Qu'on ose le dire : il faut aller voir Meet-inc !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu&#233;bec Le 3 d&#233;cembre 2021&lt;br class='autobr' /&gt;
Pierre Mouterde, sociologue et essayiste&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>District 31 et la banalisation de la violence</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/District-31-et-la-banalisation-de-la-violence</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/District-31-et-la-banalisation-de-la-violence</guid>
		<dc:date>2021-02-02T08:10:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;mily P.-G.</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Cultures, arts et soci&#233;t&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-02-02</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La t&#233;l&#233;-s&#233;rie la plus &#233;cout&#233;e du Qu&#233;bec [1,8 millions de t&#233;l&#233;spectateurs chaque semaine], District 31, a mis en sc&#232;ne le lundi 18 janvier une s&#233;quence o&#249; un homme se pr&#233;sente au poste de police avec une main mutil&#233;e, expliquant que sa femme lui a coup&#233; le pouce durant son sommeil. La l&#233;g&#232;ret&#233; avec laquelle la situation est trait&#233;e renforce des attitudes sexistes qui ne devraient plus &#234;tre accept&#233;es en 2021. &lt;br class='autobr' /&gt; Publi&#233; le 26 janvier 2021 | tir&#233; d'Alternative socialiste | Photo : tout.tv - (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Cultures-arts-et-societes-+" rel="tag"&gt;Cultures, arts et soci&#233;t&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-02-02-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-02-02&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH78/arton46610-a4fc5.png?1781033592' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='78' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La t&#233;l&#233;-s&#233;rie la plus &#233;cout&#233;e du Qu&#233;bec [1,8 millions de t&#233;l&#233;spectateurs chaque semaine], District 31, a mis en sc&#232;ne le lundi 18 janvier une s&#233;quence o&#249; un homme se pr&#233;sente au poste de police avec une main mutil&#233;e, expliquant que sa femme lui a coup&#233; le pouce durant son sommeil. La l&#233;g&#232;ret&#233; avec laquelle la situation est trait&#233;e renforce des attitudes sexistes qui ne devraient plus &#234;tre accept&#233;es en 2021.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; le 26 janvier 2021 | tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://alternativesocialiste.org/2021/01/26/district-31-et-la-banalisation-de-la-violence/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Alternative socialiste&lt;/a&gt; | Photo : tout.tv - District 31, &#233;pisode 65.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les scripteurs de cette &#233;mission nous ont habitu&#233;s &#224; leur traitement d'un grand nombre de sujets d'actualit&#233;, en particulier ceux ayant trait &#224; la violence conjugale. Apr&#232;s cinq saisons d'action d'un corps policier souvent violent en gestes et en paroles, la l&#233;g&#232;ret&#233; soudaine avec laquelle la situation de violence conjugale du 18 janvier a &#233;t&#233; trait&#233;e est pour le moins d&#233;concertante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, un homme mutil&#233; se pr&#233;sente au poste. Il annonce que pendant la nuit, sa femme lui a coup&#233; le pouce avec un s&#233;cateur. Face &#224; la gravit&#233; du crime dont il a &#233;t&#233; victime, les enqu&#234;teurs en arri&#232;re-sc&#232;ne ne peuvent s'emp&#234;cher de rire et de le railler sur fond de musique comique. Lorsque l'auteur du crime, la femme de la victime, se pr&#233;sente au poste, la responsable se d&#233;charge du dossier au profit d'un autre. Un autre enqu&#234;teur annonce donc &#224; l'agresseure qu'elle sera arr&#234;t&#233;e pour voies de fait graves et rel&#226;ch&#233;e sous promesse de compara&#238;tre. Ces mots sont prononc&#233;s, l'air d&#233;sabus&#233;, avec comme trame de fond le fou rire du coll&#232;gue. Ce dernier ne trouve rien d'autre &#224; dire &#224; la femme que de se tenir loin de son mari. Les auteurs de District 31 banalisent ainsi une situation de violence conjugale avec voies de fait graves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;jug&#233;s sexistes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte de la s&#233;rie, cette sc&#232;ne est choquante car l'attitude du corps policier n'est pas celle qui est habituellement mise de l'avant dans les situations similaires o&#249; des femmes sont victimes de viols, d'harc&#232;lement ou de violence conjugale. Le changement complet d'attitude &#224; l'&#233;gard de l'homme qui vient porter plainte est flagrant. Ce type de repr&#233;sentation, dans lequel une femme est d'embl&#233;e une victime &#224; consid&#233;rer et un homme d'embl&#233;e un agresseur m&#233;prisable, contribue &#224; banaliser des violences qui nuisent pourtant bel et bien &#224; l'&#233;galit&#233; entre les genres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repr&#233;senter des rapports sociaux sains et &#233;galitaires n'est pas un &#171; devoir &#187; qui incomberait &#224; Luc Dionne et Fabienne Larouche. Ils vendent leurs sc&#233;narios comme d'autres vendent des cigarettes. District 31 est une fiction r&#233;aliste qui n'a aucune fonction critique ou progressiste. Elle participe plut&#244;t &#224; reproduire des pr&#233;jug&#233;s ainsi qu'une vision du monde o&#249; les travers de corruption, de violence, de meurtre, de parjure, etc. du corps policier sont in&#233;vitables et m&#234;me n&#233;cessaires &#224; l'ordre social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;pris des violences ordinaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, quand la mutilation d'un individu modeste est pr&#233;sent&#233;e &#224; l'&#233;cran comme quelque chose de risible lorsque l'auteure est sa femme, on tombe dans autre chose. Logique invers&#233;e de la c&#233;l&#233;bration des &#233;lites r&#233;pressives de l'&#201;tat, les auteurs d&#233;nigrent un homme ordinaire impuissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;crivant et en produisant une telle sc&#232;ne, Dionne et Larouche affichent leur m&#233;pris de la violence au sein des gens ordinaires. En se moquant de la sorte, Dionne et Larouche se d&#233;responsabilisent d'un probl&#232;me bien r&#233;el. D'autres s&#233;ries qui traitent de ce sujet &#8211; pensons &#224; M'entends-tu ? &#8211; proposent lors de l'&#233;coute des messages et des liens vers des ressources d'aide pour victimes de violence conjugale. Bien que limit&#233;s, ces efforts montrent tout de m&#234;me une prise de conscience sociale des r&#233;alit&#233;s repr&#233;sent&#233;es. Ils montrent que les cr&#233;atrices prennent leurs responsabilit&#233;s sociales au s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une banalisation qui fait mal &#224; tout le monde&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de place pour banaliser la violence conjugale. Il n'y a pas de place pour se moquer des victimes, peu importe leur sexe, leur genre, leur orientation ou leur pratiques sexuelles. Ce sexisme nuit &#224; tout le monde. Il brise nos liens de confiance. Il limite la solidarit&#233; de nos actions collectives. Il participe &#224; d&#233;sagr&#233;ger nos conditions de vie lorsque, concr&#232;tement, la violence nous fait quitter ou perdre notre emploi, un logement ou une famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les victimes de violence conjugale et familiale ont besoin de services accessibles et gratuits pour s'en sortir. &#199;a passe par un d&#233;veloppement des ressources pour femmes et hommes victimes de violences. De mani&#232;re plus large, &#231;a passe par un r&#233;investissement massif dans les services de sant&#233;, d'&#233;ducation, mais aussi par la lutte pour des salaires dignes ou des logements publics et abordables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est inacceptable que l'&#233;mission la plus regard&#233;e au Qu&#233;bec sur la cha&#238;ne d'&#201;tat banalise la violence conjugale. D'autant plus que la p&#233;riode de confinement a engendr&#233; une &lt;a href=&#034;https://alternativesocialiste.org/2020/11/25/violences-faites-aux-femmes-passer-des-commemorations-aux-moyens-dagir/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;hausse mondiale des violences faites aux femmes&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Se r&#233;approprier nos moyens de communication&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est ni par une r&#233;&#233;criture des &#233;pisodes ni par leur boycott qu'on doit esp&#233;rer un changement durable du discours des s&#233;ries &#224; succ&#232;s. Il est vain d'esp&#233;rer de la part des producteurs priv&#233;s d'&#233;missions populaires un contenu qui repr&#233;sente r&#233;ellement nos vies, qui nous poussent &#224; la solidarit&#233; ou qui d&#233;peint avec respect nos luttes et nos aspirations. La profitabilit&#233; aura toujours le dernier mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y a des comptes &#224; rendre, c'est d'abord du c&#244;t&#233; de l'acheteur et du diffuseur : Radio-Canada. Les d&#233;cennies d'aust&#233;rit&#233; et de gestion capitaliste nous ont compl&#232;tement retir&#233; des mains le contr&#244;le effectif du contenu diffus&#233;.&lt;a href=&#034;https://alternativesocialiste.org/2020/12/17/comment-fonctionnerait-une-economie-planifiee/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une prise de contr&#244;le d&#233;mocratique du contenu&lt;/a&gt;, op&#233;r&#233;e par les personnes syndiqu&#233;&#8901;es qui travaillent dans les m&#233;dias et celles qui consomment leur contenu, s'impose. Tout comme la mise sur pied d'un m&#233;dia de masse autonome g&#233;r&#233; par et pour la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le combat contre le sexisme cr&#233;&#233; par le capitalisme vous interpelle, consid&#233;rez &lt;a href=&#034;https://alternativesocialiste.org/joindre/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;joindre Alternative Socialiste !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Manif d'art 7 : art et r&#233;sistance</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Manif-d-art-7-art-et-resistance</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Manif-d-art-7-art-et-resistance</guid>
		<dc:date>2014-06-03T08:44:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nathalie C&#244;t&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Cultures, arts et soci&#233;t&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-06-03</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La Manif d'art de Qu&#233;bec est plus int&#233;ressante que jamais avec son th&#232;me de la r&#233;sistance. Jusqu'au 7 juin, 120 artistes proposent leurs productions dans diff&#233;rents lieux, &#224; l'Espace 400e, dans les centres d'artistes, dans les espaces publics ; de Qu&#233;bec &#224; L&#233;vis, en passant par Wendake. Retour sur quelques &#339;uvres &#224; voir absolument. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; du journal Droit de parole. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 1er mai dernier, marchant vers la place d'Youville pour rejoindre le rassemblement de la manifestation pour la Journ&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Evenements-" rel="directory"&gt;&#201;v&#233;nements&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Cultures-arts-et-societes-+" rel="tag"&gt;Cultures, arts et soci&#233;t&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2014-06-03-+" rel="tag"&gt;Edition du 2014-06-03&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH73/arton17908-fb065.png?1781629744' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='73' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La Manif d'art de Qu&#233;bec est plus int&#233;ressante que jamais avec son th&#232;me de la r&#233;sistance. Jusqu'au 7 juin, 120 artistes proposent leurs productions dans diff&#233;rents lieux, &#224; l'Espace 400e, dans les centres d'artistes, dans les espaces publics ; de Qu&#233;bec &#224; L&#233;vis, en passant par Wendake. Retour sur quelques &#339;uvres &#224; voir absolument.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du journal Droit de parole.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1945 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/CAPITALISM-KILLS-LOVE-1024x682.png?1945/4d1a590d880e17bb361200c8950f5e475af380c7b128a6b5cc6440f736e28dba&#034; class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PNG - 142.6 kio' type=&#034;image/png&#034;&gt;&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/CAPITALISM-KILLS-LOVE-1024x682-ad520-375e8.png?1781095106' width='150' height='100' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 1er mai dernier, marchant vers la place d'Youville pour rejoindre le rassemblement de la manifestation pour la Journ&#233;e internationale des travailleuses et des travailleurs, on entendait le bruit d'une manifestation monstre sur la c&#244;te d'Abraham. Pourtant, il n'y avait presque personne. C'&#233;tait une bande sonore diffus&#233;e du toit de M&#233;duse, sign&#233;e Mathieu Beaus&#233;jour. Il fallait &#234;tre l&#224; au bon moment pour faire cette exp&#233;rience &#233;ph&#233;m&#232;re. M&#234;me si c'est du c&#244;t&#233; de l'action r&#233;elle que se trouve le plus souvent la r&#233;sistance, on ne boudera certainement pas l'art qui y fait &#233;cho ou s'en revendique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la r&#233;sistance n'est pas seulement un th&#232;me accrocheur pour cette 7e &#233;dition de la biennale d'art actuel de Qu&#233;bec. On le constate avec la pr&#233;sentation de trois films sur le mouvement des Indign&#233;s, r&#233;alis&#233;s par l'Autrichien Oliver Ressier, pr&#233;sent&#233;s &#224; l'Espace 400e. Trois films sous-titr&#233;s en fran&#231;ais pr&#233;sentent des activistes de Madrid, d'Ath&#232;nes et de New York discutant entre eux, assis dans des parcs. Ils parlent de leur exp&#233;rience de d&#233;mocratie directe, de r&#233;sistance citoyenne, de r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Syntagma&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est particuli&#232;rement stimulant d'entendre les militants grecs ayant occup&#233; la place Syntagma, intellectuels de gauche, travailleurs pour les droits des ch&#244;meurs, repr&#233;sentantes d'assembl&#233;es populaires de quartiers d'Ath&#232;nes ; ils discutent de changements sociaux et de strat&#233;gies. Ce sont des travailleurs du communautaire politis&#233;s, un peu comme on en retrouve ici. Ces documentaires permettent de se reconnecter avec les aspirations des Indign&#233;s et de constater qu'elles sont toujours d'actualit&#233;. Et on se dit, contrairement &#224; ce que r&#233;p&#232;tent le nouveau premier ministre du Qu&#233;bec et ses acolytes qui veulent imposer un r&#233;gime d'aust&#233;rit&#233; au peuple : &#171; ce n'est pas le d&#233;ficit de l'&#201;tat qui est structurel, mais c'est peut-&#234;tre la crise qui l'est&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut compter plus d'une heure pour visionner ces trois films, dans le confort de canap&#233;s &#224; notre disposition. C'est une des oeuvres les plus politiques de l'&#233;v&#232;nement. Elle permet d'appr&#233;cier d'autant plus le travail de Martin Bureau, Robert Drouillard, Dominique Blain, Richard Martel, R&#233;becca Belmore et de plusieurs artistes &#233;trangers. L'ensemble est assez cosmopolite et c'est ce qu'on attend d'une biennale d'art actuel. Le n&#233;on de l'artiste fran&#231;aise Claire Fontaine, capitalism kills love, se joue des slogans politiques et publicitaires. Il questionne l'extension de la marchandisation jusque dans les rapports humains. Chaque &#339;uvre interpelle diff&#233;remment. La commissaire Vicky Chainey Gagnon a r&#233;ussi son pari de r&#233;unir des artistes qui &#171; proposent des alternatives aux r&#233;cits sociaux, politiques et historiques dominants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le printemps 2012&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra aussi voir l'installation vid&#233;o de Mark Boulos No Permanent Adress. Il a suivi pendant 2 mois des gu&#233;rilleros communistes dans la jungle Philippines ; ils livrent leurs r&#233;flexions sur &#171; le f&#233;minisme, l'amour et le militantisme &#187;. Autre &#339;uvre de la manif d'art qui t&#233;moigne d'un mouvement de r&#233;sistance r&#233;cent, l'installation Fractures, du Groupe d'action en cin&#233;ma &#201;pop&#233;e, collectif de cr&#233;ateurs anonymes, pr&#233;sente les films Insurgence, sur la mobilisation &#233;tudiante et sociale de 2012, et Rupture des entrevues avec des &#233;tudiants bless&#233;s et criminalis&#233;s. Pr&#233;sent&#233;s au studio d'Essai de M&#233;duse, les films gardent toujours vivant le mouvement &#233;tudiant. Ce sont des images diff&#233;rentes de celles que l'on a pu voir dans les m&#233;dias, le ton et le contexte, en font une exp&#233;rience &#224; part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En c&#244;toyant les &#339;uvres rassembl&#233;es pour cette manif d'art, on constate que c'est lorsqu'elles t&#233;moignent de la r&#233;sistance citoyenne qu'elles sont le plus convaincantes. Davantage, ces &#339;uvres donnent le go&#251;t de profiter pleinement de ce rare moment de rencontre entre art et politique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Manif d'art de Qu&#233;bec. R&#233;sistance &#8211; et puis nous avons construit de nouvelles formes. Jusqu'au 7 juin. Exposition centrale &#224; l'Espace 400e, 15 $. Les expositions p&#233;riph&#233;riques dans les centres d'artistes sont gratuites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Une &#339;uvre en n&#233;on de Claire Fontaine &#224; l'Espace 400e dans le cadre de la Manif d'art. Photo : Renaud Philippe&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vaincre la mort</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Vaincre-la-mort</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Vaincre-la-mort</guid>
		<dc:date>2013-02-19T09:37:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Manon Ann Blanchard</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Cultures, arts et soci&#233;t&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2013-02-05</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il ne suffit pas de dresser le constat th&#233;orique de nos tergiversations et de nos &#233;checs. On peut, oui, en faire son objet d'&#233;tudes, analyser notre d&#233;cadence et y sombrer. On peut, oui, mourir avec ce qui se meurt. On peut &#234;tre aval&#233; par l'hydre qui tue tout ce qui &#233;tait sp&#233;cifique dans ce que nous &#233;tions comme communaut&#233;, comme peuple. On peut prendre le deuil, porter le voile, voiler les miroirs, renoncer &#224; soi-m&#234;me. On peut changer d'all&#233;geance, sacrifier &#224; l'&#171; American way of life &#187;. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2013-02-05-+" rel="tag"&gt;Edition du 2013-02-05&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L50xH150/arton13040-14642.png?1781629744' class='spip_logo spip_logo_right' width='50' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il ne suffit pas de dresser le constat th&#233;orique de nos tergiversations et de nos &#233;checs. On peut, oui, en faire son objet d'&#233;tudes, analyser notre d&#233;cadence et y sombrer. On peut, oui, mourir avec ce qui se meurt. On peut &#234;tre aval&#233; par l'hydre qui tue tout ce qui &#233;tait sp&#233;cifique dans ce que nous &#233;tions comme communaut&#233;, comme peuple. On peut prendre le deuil, porter le voile, voiler les miroirs, renoncer &#224; soi-m&#234;me. On peut changer d'all&#233;geance, sacrifier &#224; l'&#171; American way of life &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut mourir. On peut EN mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il suffit de passer son manteau, d'ouvrir la porte et de descendre les escaliers. &#201;mergeant en plein soleil, nous croiseront bien quelques-unes, quelques-uns de ces jeunes qui nous enchantent et nous d&#233;sesp&#232;rent. Alors&#8230; Alors quoi ? Il ne sont pas d'ailleurs, ils sont d'ici et connaissent souvent cette terre mieux que nous-m&#234;me. Des ar&#234;tes de l'hydre, ils se sont fait des armes, appelons-les r&#233;seaux sociaux, Twitter, comme vous voulez. Tout ce que vous ex&#233;crez, ils le ma&#238;trisent en virtuoses. Mais ils sont n&#244;tres, amoch&#233;s dans notre sp&#233;cificit&#233; mais vivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ils sont barbares, ils sont les h&#233;ritiers de la barbarie de nos ann&#233;es de soumission, de compromis, de violence &#233;tatique accept&#233;s les yeux ferm&#233;s et toute honte bue. Mais moi, je ne les vois pas ainsi. Vous peut-&#234;tre. Vous surement dans votre besoin de vous dissocier de tout ce qui &#233;merge, de tout ce qui fait tache, vous qui craignez le moindre faux pli dans la mare de la rectitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De moi &#224; eux, &#224; elles, la communication n&#233;cessaire, l'observation, la compr&#233;hension puis l'apprentissage. La jonction se fait dans ce que nous avons de plus urgent : poser geste, agir, influer le cours du pr&#233;sent, sortir du th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descendre l'escalier, prendre pied dans la rue, exister dans le cumul de nos imperfections, dans l'apoth&#233;ose de nos cr&#233;ativit&#233;s moqueuses, iconoclastes, sardoniques, prendre la rue et agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agir et non r&#233;agir. Agir en marge, dedans, dehors, agir comme un peuple vivant, rompre avec cette mentalit&#233; de fossoyeurs de nos propres aspirations et devenir enfin ce que nous sommes capables d'&#234;tre, individuellement et collectivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vivre, intens&#233;ment et donner naissance enfin &#224; ce qui ne sera pas nous, ni ce que nous r&#234;vons mais un autre multiforme qui s'appartiendra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre d&#233;fi est de durer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le leur sera de vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ils ne sont pas de la m&#234;me trempe que ceux et celles qui les ont pr&#233;c&#233;d&#233;s et c'est tant mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens d'une manifestation un jour et d'un tribun qui disait : &#171; Un jour viendra o&#249; nos enfants nous demanderont des comptes &#187; ou quelque chose de la m&#234;me eau. Il est venu ce jour. Comment voulez-vous qu'il en soit autrement ? Qui a &#233;t&#233; t&#233;moin de vos humiliations, de votre course effr&#233;n&#233;e pour joindre chaque mois plus difficilement les deux bouts, ne vos insouciances, de votre aveuglement ? Qui a &#233;t&#233; t&#233;moin de vos impuissances ? Qui vous a entendu d&#233;filer la liste interminable de ce qui n'allait pas, tous les jours de toutes les semaines de tous les mois de toutes les ann&#233;es de son existence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vous n'&#233;tiez pas dupe, non, vous n'&#233;tiez pas dupe. Comment pouvez-vous un instant seulement, croire que nos enfants l'aient &#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que vous &#233;tiez convaincus que vous ne pouviez rien y changer. Ou peut-&#234;tre aviez-vous d&#233;l&#233;gu&#233; cette t&#226;che &#224; d'autres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il vous &#233;nerve ce vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il les &#233;nerve aussi. Vous pr&#233;f&#233;rez le NOUS ? Ah, mais il faut le gagner, ce NOUS. Il faut faire l'effort de voir et de comprendre, de changer aussi. Car la d&#233;cision qu'ils ont prise, qu'elles ont prise r&#233;fute votre postulat de base : oui on peut y changer quelque chose. Il faut admettre que l'on s'est tromp&#233; quelque part, prendre acte de notre erreur, s'ouvrir &#224; une autre fa&#231;on de d&#233;finir notre r&#233;alit&#233;, nos besoins, nos id&#233;aux de fa&#231;on coh&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes en qu&#234;te de coh&#233;rence. Nous sommes en qu&#234;te d'harmonie. Nous voudrions que notre monde, notre vie, soient en lien avec nos valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu sais comme quand on dit &#224; notre gamin de ne pas mordre le petit ami &#224; la garderie parce que la violence, ce n'est pas beau mais que le m&#234;me gamin se fait dire que l'implication du Canada en Afghanistan, c'est correct. Ou quand on parle de la Charte des droits et libert&#233;s mais qu'on ne veut pas de centre pour ex-toxicomanes dans notre quartier. Ou quand on se gargarise avec l'&#233;galit&#233; homme-femme mais qu'on regarde des films pornos le soir quand on pense que le gamin ne nous voit pas. Bien s&#251;r, on a une justification pour chacune de nos errances. Ou on n'en a pas et on s'en contrefout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les gamins, ils cherchent &#224; comprendre. C'est comme &#231;a, les gamins. Quand vient le temps de rendre des comptes, on doit soit se buter, soit admettre qu'on s'est plant&#233;. Et encore&#8230; Heureux ceux &#224; qui on demande des comptes ! C'est qu'on juge qu'on en vaut encore la peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de cet aveu d'impuissance peut &#233;merger ce NOUS. Parler avec, &#234;tre avec, de je &#224; toi, de vous &#224; eux en passant par moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit d'eux, d'elles qu'ils sont lyriques. Amalgam&#233; au qu&#233;b&#233;cois, lyrer, geindre, se lamenter, ce terme a des &#233;chos de d&#233;rision pour tous, qu'on ait ou non fait sa Litt&#233;rature. Les mots qu'ils utilisent sont grands et beaux, ils y mettent la passion, l'emphase qu'il faut car ils les utilisent &#224; bon escient et qu'elles et ils sont passionn&#233;Es, pleins de l&#8216;intuition de la justesse de leur cause. Elles et ils agissent par conviction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reprendrai pour qualifier leur mouvement le terme &#171; &#233;pique &#187; qui leur est cher. Pourquoi non ? Quand on a &#233;t&#233; berc&#233; comme ils et elles le furent dans leur enfance par des &#339;uvres comme la s&#233;rie des Harry Potter, le Seigneur de anneaux ou moult jeux vid&#233;o o&#249; la trame narrative se r&#233;sume au combat entre le bien et le mal, o&#249; les protagonistes, par leur courage et leur abn&#233;gation, leur don de soi, leur d&#233;termination font basculer le destin d'un monde, il est normal, voire n&#233;cessaire d'adopter de telles positions devant notre monde &#224; refaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait y penser avant de leur proposer de tels mod&#232;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait y penser quand nous &#233;tions assis &#224; c&#244;t&#233; de nos gamins &#224; &#233;couter ces &#339;uvres, berc&#233;s, nous aussi, par l'espoir que se l&#232;ve un jour une arm&#233;e d'Ents pour sauver notre monde. Il fallait y penser avant d'exiger aupr&#232;s de l'&#233;crivaine J.K. Rowling qu'Harry Potter ne meure pas ! Trop tard. Ils ont compris que debout, un homme, une femme peuvent influer la trajectoire d'une soci&#233;t&#233;, &#224; condition bien s&#251;r d'y mettre, le temps, l'&#233;nergie et l'abn&#233;gation n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors ils, elles, nous sommes sans peur. Anim&#233;s par la force de convictions bas&#233;es sur un id&#233;al, nous avan&#231;ons au m&#233;pris de dangers r&#233;els que nous ne concevons m&#234;me pas tant est grande la foi en nos convictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foi. Un autre mot tabou, &#233;vacu&#233; du discours. Au risque de vous &#233;corcher les oreilles, je dirai foi &#224; d&#233;faut d'autre mot pour nommer la certitude qui habite le mouvement que ce monde doit et va changer gr&#226;ce &#224; la mobilisation du peuple. Jamais un mouvement au Qu&#233;bec n'est all&#233; si loin et si large dans la remise en question du pouvoir. Jamais la r&#233;pression n'a &#233;t&#233; aussi sauvage, aussi barbare. Jamais l'apathie d'une partie du peuple, aiguillonn&#233; par des commentateurs que je ne peux qualifier de journalistes car il me reste un peu de respect pour cette profession, qui accepte, voire encourage l'&#201;tat &#224; r&#233;primer dans la violence un mouvement social d'envergure, n'a &#233;t&#233; aussi complice de sa propre oppression que dans les tristes jours du Printemps &#201;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais il n'est aussi clairement apparu qu'une partie du peuple avait renonc&#233; &#224; la d&#233;fense de ses propres int&#233;r&#234;ts au profit des int&#233;r&#234;ts des mieux nantis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au fond, que voulez-vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des bless&#233;s par centaines, dont certainEs sortent de l&#224; avec des handicaps permanents, est-ce bien ce que vous vouliez ? Surtout n'argumentez pas que &#171; quand on va &#224; des manifs comme &#231;a, il faut s'attendre &#224; cela &#187; Non, nous ne nous attendions pas &#224; cela. Nous ne nous attendions pas &#224; ce que des vitres cass&#233;es exigent un tribut de sang. Nous ne nous attendions pas &#224; ce qu'une partie du Qu&#233;bec endosse le fait qu'on matraque, qu'on gaze, qu'on blesse des jeunes qui sont notre avenir, notre force et notre survivance. Un pouvoir qui dresse une g&#233;n&#233;ration contre sa prog&#233;niture, dont le principal crime est de refuser de faire siennes les cha&#238;nes de ses a&#238;n&#233;s, des parents qui cautionnent les exactions de l'&#201;tat contre des jeunes qui pourraient &#234;tre leurs enfants, voil&#224; ce que j'ai vu au Qu&#233;bec lors du Printemps &#201;rable. Est-ce bien cela que vous vouliez ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce que vous attendez de cette g&#233;n&#233;ration qu'elle reprenne &#224; son compte votre &#171; travaille consomme pis ferme ta gueule &#187; je crois que vous &#234;tes loin de votre profit. Si vous les avez &#233;lev&#233;s avec amour et attention pour que leur avenir se borne &#224; ce qui a born&#233; votre vie, vous ne les m&#233;ritez pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne les m&#233;ritons pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je les ai pris comme un cadeau, un tr&#233;sor fabuleux et inesp&#233;r&#233;. Chacun des sourires re&#231;us en plein c&#339;ur d'une manifestation &#224; l'autre est grav&#233; dans mon &#226;me. Chacune des blessures, re&#231;ue, vue, entendue en direct sur CUTV, touch&#233;e, soign&#233;e me crispe encore la m&#226;choire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'oublierai pas. Je refuse d'oublier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; le Parti Qu&#233;b&#233;cois et sa machine &#224; r&#233;cup&#233;rer les discours se pr&#233;pare en vue d'un Sommet sur l'&#233;ducation qui est la n&#233;gation m&#234;me d'une saine n&#233;gociation, o&#249; l'embrasement du Printemps &#201;rable semble n'&#234;tre plus que cendre, il est important de ce souvenir des raisons qui ont pouss&#233; des centaines de milliers de qu&#233;b&#233;coisEs dans les rues de Montr&#233;al au printemps 2012. Les oublier serait renoncer &#224; nous-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car une part de ce NOUS n'est pas dupe. Nous savons que les riches s'enrichissent &#224; m&#234;me notre travail, que la corruption r&#232;gne en ma&#238;tresse dans les officines des gouvernements, tous paliers confondus, que l'&#233;ducation accessible est l'une des seules barri&#232;res qui ait emp&#234;ch&#233; notre assimilation, qu'elle est, en partie, garante de notre avenir comme individus et comme peuple. Nous savons que les postulats du Printemps &#201;rable sont vrais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accepter les mensonges des puissants pour avoir la paix, c'est &#231;a, renoncer &#224; soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a longtemps, j'ai accept&#233; de relever le d&#233;fi de durer. Renoncer ne fait pas partie de ma conception de l'existence. Aujourd'hui encore moins qu'hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;fi que je leur transmets sera de vivre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vivre, intens&#233;ment et donner naissance enfin &#224; ce qui ne sera pas nous, ni ce que nous r&#234;vons mais un autre multiforme qui s'appartiendra.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Les d&#233;rives de la marchandisation de la musique : comme si de rien n'&#233;tait !</title>
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		<dc:date>2013-02-12T08:31:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yves Bergeron</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Cultures, arts et soci&#233;t&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2013-02-12</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le secteur de la musique qu&#233;b&#233;coise a connu une industrialisation, une mise en forme &#233;conomique au cours de 40 derni&#232;res ann&#233;es. D'un secteur qui se qualifiait lui-m&#234;me d'artisanal, il est devenu une industrie en bonne et d&#251;e forme, parall&#232;le &#224; la marchandisation de la culture et des arts. Au cours de ce processus, le c&#244;t&#233; industriel a pris le dessus sur celui dit de la cr&#233;ation. Les auteurEs-compositeurs ont &#233;t&#233; marginalis&#233;s, les crit&#232;res de profits et de rendements ont progressivement pris (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Culture-131-" rel="directory"&gt;Culture&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Cultures-arts-et-societes-+" rel="tag"&gt;Cultures, arts et soci&#233;t&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2013-02-12-+" rel="tag"&gt;Edition du 2013-02-12&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH101/arton13112-92016.jpg?1781629744' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le secteur de la musique qu&#233;b&#233;coise a connu une industrialisation, une mise en forme &#233;conomique au cours de 40 derni&#232;res ann&#233;es. D'un secteur qui se qualifiait lui-m&#234;me d'artisanal, il est devenu une industrie en bonne et d&#251;e forme, parall&#232;le &#224; la marchandisation de la culture et des arts. Au cours de ce processus, le c&#244;t&#233; industriel a pris le dessus sur celui dit de la cr&#233;ation. Les auteurEs-compositeurs ont &#233;t&#233; marginalis&#233;s, les crit&#232;res de profits et de rendements ont progressivement pris toute la place. La semaine derni&#232;re se tenait le Forum sur la chanson qu&#233;b&#233;coise en mutation. Ce fut un exercice qui a concentr&#233; son attention sur le recul du fran&#231;ais dans la musique qu&#233;b&#233;coise. Un exercice qui a permis d'&#233;vacuer nombre d'autres probl&#232;mes que personne ne semble voir. Heureusement, il y avait Pierre Bertrand.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Sous l'&#233;gide du Conseil des arts et des lettres du Qu&#233;bec (CALQ) et de la Soci&#233;t&#233; de d&#233;veloppement des entreprises culturelles (SODEC), se tenait les 4 et 5 f&#233;vrier dernier un forum sur la th&#233;matique &#8220;La chanson qu&#233;b&#233;coise en mutation&#8221;. L'initiative visait &#224; comprendre le chemin parcouru par la cr&#233;ation musicale qu&#233;b&#233;coise francophone, les reculs qu'elle subit face &#224; l'invasion de la culture anglophone mondialis&#233;e et les moyens &#224; prendre pour freiner ce recul. Il s&#8216;agissait de la premi&#232;re r&#233;flexion sur la chanson qu&#233;b&#233;coise depuis le rapport &#8220;Proposition d'une strat&#233;gie de d&#233;veloppement de la chanson qu&#233;b&#233;coise&#8221; de 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les participantEs au Forum provenaient de l'ensemble de l'industrie (artistes, agents, promoteurs d'&#233;v&#233;nements, repr&#233;sentantEs de compagnies de disques, etc.). Au centre des d&#233;bats, la baisse de la fr&#233;quentation des salles de spectacles o&#249; sont pr&#233;sent&#233;s des &#233;v&#233;nements de musique en fran&#231;ais (1,7 millions de spectateurs en 2007 contre 995 000 en 2011), baisse qui serait le signal que la chanson d'expression fran&#231;aise est menac&#233;e. Plus g&#233;n&#233;ralement, on s'inqui&#232;te de la marginalisation de la musique qu&#233;b&#233;coise francophone dans l'ensemble de la production offerte &#224; la population. Or, il semble que ce constat ne prenne en compte qu'une partie des probl&#233;matiques v&#233;cues par le milieu de la musique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des chiffres, des chiffres...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, il est simpliste de mettre en ligne des chiffres sur la fr&#233;quentation des salles sans tenir compte du contexte. Pour dresser une image fid&#232;le de la situation, il faut tenir compte du nombre d'artistes francophones et anglophones en tourn&#233;e lors de cette p&#233;riode, des sorties de disques, de la conjoncture g&#233;n&#233;rale (pr&#233;sence ou non d'une surabondance d'artistes internationaux, sortie de disques d'artistes &#224; la notori&#233;t&#233; forte, etc.) qui peuvent faire varier les chiffres. Par exemple, pour l'ann&#233;e 2011, les spectacles donn&#233;s par U2 &#224; Montr&#233;al repr&#233;sentent &#224; eux seuls 10% de la hausse de l'assistance aux spectacles anglophones au Qu&#233;bec (Le Devoir, 10 f&#233;vrier 2013, ,B-1). En 2012, les spectacles donn&#233;s par Madonna et Roger Water &#224; Qu&#233;bec viendront gonfler les chiffres de cette rubrique alors qu'il s'agit d'&#233;v&#233;nements uniques qui influencent marginalement l'industrie en dehors des zones g&#233;ographiques o&#249; ont lieu ces &#233;v&#233;nements. Il suffirait qu'un artiste d'importance comme C&#233;line Dion fasse une tourn&#233;e qu&#233;b&#233;coise pour que les chiffres se redressent. Et pourtant, la situation n'aurait pas vraiment chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, si l'on v&#233;rifie les chiffres de ventes des produits musicaux francophones, on constate qu'en 2012, ils repr&#233;sentaient 73% de l'ensemble des produits musicaux vendus alors qu'en 2010, cette proportion &#233;tait de 58%. Il faudrait comparer avec d'autres pays comme la France ou la Belgique mais il semble que dans le contexte actuel, une proportion qui s'approche des 3/4 repr&#233;sente une performance qui n'est pas &#224; d&#233;daigner. Et si le probl&#232;me se situe ailleurs ? Le fait de chanter en fran&#231;ais fait-il en sorte que le produit est plus int&#233;ressant artistiquement ? Le fait de chanter en fran&#231;ais permet-il aux cr&#233;ateurs et aux cr&#233;atrices de mieux vivre de leur art ? Le contexte actuel permet-il des cr&#233;ations originales et marquantes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'influence du priv&#233; ignor&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il de la place que le priv&#233; prend dans le financement de la musique qu&#233;b&#233;coise et des &#233;v&#233;nements et endroits qui la diffusent. Sur ce sujet, nous ne saurons pas grand chose. Pourtant, le financement priv&#233; des productions et de leur diffusion, la position de quasi-monopole que d&#233;tiennent les int&#233;r&#234;ts priv&#233;s dans la diffusion radiophonique en particulier font en sorte que la musique doit se conformer &#224; certains formats, que ces formats sont davantage disponibles en anglais qu'en toutes autres langues et que cette position permet au priv&#233; d'imposer aux artistes certaines conditions pour &#234;tre diffus&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour expliquer la r&#233;duction de la place du fran&#231;ais dans la musique qu&#233;b&#233;coise, on pointe en direction de l'influence anglophone, du passage au num&#233;rique que tarde &#224; prendre l'industrie qu&#233;b&#233;coise, de l'absence d'initiatives de sensibilisation dans le r&#233;seau scolaire, des carences en formation et encadrement des artistes, du financement des cr&#233;ations, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La cr&#233;ation musicale s'inscrit dans la dynamique sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;De la Bolduc &#224; Vincent Valli&#232;res, de Gilles Vigneault aux Colocs, de F&#233;lix Leclerc &#224; Karkwa et de Marcel Martel aux Soeurs Boulay, les musiciens et chanteurs d'ici ont fa&#231;onn&#233; dans l'imaginaire collectif une identit&#233; qu&#233;b&#233;coise propre et distincte qui est encore aujourd'hui d&#233;fendue et revendiqu&#233;e.&#8221; (Extrait du document &#034; Un portrait de la chanson qu&#233;b&#233;coise&#034; , pr&#233;sent&#233; dans le cadre du Forum sur la chanson qu&#233;b&#233;coise organis&#233; par le Conseil des arts et des lettres du Qu&#233;bec)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ton est donn&#233;. La r&#233;flexion du Forum s'inspire des acquis des ann&#233;es suivant la r&#233;volution tranquille. Or, sur quelle base s'est construite la chanson qu&#233;b&#233;coise des ann&#233;es dites &#171; glorieuses &#187; ? D'abord sur l'identification &#224; une cause, celle de la lib&#233;ration nationale (et parfois sociale) du Qu&#233;bec. La cr&#233;ation pouvait s'appuyer sur une mobilisation populaire. Plus globalement, &#224; l'&#233;chelle internationale, le contexte cr&#233;atif &#233;tait &#224; son maximum : il fallait &#234;tre original, d&#233;passer les cadres, bousculer l'ordre &#233;tabli, se d&#233;marquer. C'est pour toutes ces raisons que des groupes comme Pink Floyd, King Crimson ou Genesis pour n'en nommer que quelques-uns ont pu s'&#233;tablir sans compagne massive de publicit&#233; ni diffusion &#224; la radio comme des g&#233;ants de cette p&#233;riode. Le m&#234;me constat peut &#234;tre pos&#233; pour les groupes qu&#233;b&#233;cois de l'&#233;poque comme Harmonium, Les S&#233;guins, Beau Dommage, Octobre ou autres qui carburaient &#224; la m&#234;me recette. Cr&#233;ations originales, complexes, sans strat&#233;gie marketing mais qui remplissaient les salles et vendaient des albums. Se pourrait-il que les formats impos&#233;s aujourd'hui par l'industrie de chansons puissent &#234;tre mis en cause ? Se peut-il qu'en r&#233;ponse &#224; une standardisation des formats musicaux &#224; la Star acad&#233;mie ou pour r&#233;pondre aux besoins de l'industrie de la radio qui veut des &#171; hits &#187;, une partie des publics regardent ailleurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'autonomie des arts&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cr&#233;ant une industrie comme toutes les autres, est-il possible que la cr&#233;ation musicale ait &#233;t&#233; vid&#233;e de sa nature m&#234;me d'&#234;tre rebelle. Il faut maintenant des musiques qui se conforment aux commanditaires, aux formats radio, qui ne soient pas trop provocantes. L'id&#233;e m&#234;me d'une industrie des arts est elle-m&#234;me une aberration car il &#233;tait encore, jusqu'&#224; r&#233;cemment affirm&#233; dans certains milieux que les arts ne doivent pas &#234;tre soumis aux imp&#233;ratifs du profits. Rappelons-nous la d&#233;fense de l'exception culturelle si ch&#232;re au PQ. Pourtant, rien n'a &#233;t&#233; fait en ce sens. Nous en sommes aujourd'hui &#224; motiver l'aide publique aux arts en invoquant sa rentabilit&#233;, son utilit&#233; pour remplir des restaurants ou des chambres d'h&#244;tels lors de festivals. Depuis une vingtaine d'ann&#233;es s'est mis en place une v&#233;ritable panoplie de produits et services qui visent la &#171; professionnalisation &#187; de la cr&#233;ation et de la diffusion des &#339;uvres. Au final, l'industrie fait montre de son avidit&#233; pour les profits les plus imm&#233;diats au d&#233;triment des auteurEs et compositeurEs et du personnel de soutien du secteur (techniciens, personnel administratifs, etc.). Cette industrie de plus en plus concentr&#233;e (il ne reste plus que 3 multinationales de la musique : Universal/EMI, Warner et Sony/BMG) est balay&#233;e par les r&#233;sultats de ses propres politiques de lutte contre les t&#233;l&#233;chargement ill&#233;gaux et voit aujourd'hui ses bases se r&#233;duire au gr&#233; des crises &#224; r&#233;p&#233;titions qu'elle conna&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Bertrand, ancien auteur-compositeur-interpr&#232;te du groupe Beau Domage, a bris&#233; le mur du silence en s'indignant : &#171; L'argent public va majoritairement aux hommes d'affaires de la culture &#187;. Lynda Thali s'est insurg&#233; : &#171; Apr&#232;s les printemps arabe et qu&#233;b&#233;cois, il va falloir qu'il y ait un printemps de la culture qu&#233;b&#233;coise ! &#187; Les perspectives se replacent ainsi : plut&#244;t que la satisfaction des int&#233;r&#234;ts corporatistes du priv&#233;, une v&#233;ritable politique d'appui &#224; la chanson qu&#233;b&#233;coise doit s'arracher &#224; l'influence commerciale et tendre &#224; l'autonomie r&#233;elle de la cr&#233;ation, soutenue en cela par le secteur public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solution est dans un financement public non seulement de la cr&#233;ation mais aussi de la diffusion dans un r&#233;seau public de salles communautaires dans toutes les r&#233;gions du Qu&#233;bec. Elle est dans une v&#233;ritable r&#233;volution en mati&#232;re de droits d'auteurEs qui ferait en sorte de mettre les cr&#233;ateurs et les cr&#233;atrices au centre des pr&#233;occupations et des priorit&#233;s du secteur. Elle est dans un remodelage des m&#233;dias comme la radio qui doivent &#234;tre des outils de diffusion des arts, pas des moyens de faire des profits pour quelques conglom&#233;rats des communications. &#192; ces conditions, la cr&#233;ation musicale qu&#233;b&#233;coise se fera dans la langue de la qualit&#233;, de l'audace et du refus des cadres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>John Lennon, je me souviens !</title>
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		<dc:date>2012-12-08T11:46:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yvan Gigu&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Cultures, arts et soci&#233;t&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2012-12-04</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; chaque 8 d&#233;cembre de chaque ann&#233;e, que voulez-vous, c'est mon jour du souvenir, celui qui me rappelle malheureusement que John Lennon perdit la vie tragiquement. &lt;br class='autobr' /&gt; Je me souviens tr&#232;s bien du 9 d&#233;cembre 1980, lorsque ma jeune soeur est venue me r&#233;veiller &#224; 8h du matin, avec en main un journal o&#249; on voyait la photo de John Lennon en premi&#232;re page. (Vous savez cette fameuse photo de Lennon avec ses petites lunettes rondes, tir&#233;e de l'album Let It be.) Mais ce sont les quatre mots &#233;crits au (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; chaque 8 d&#233;cembre de chaque ann&#233;e, que voulez-vous, c'est mon jour du souvenir, celui qui me rappelle malheureusement que John Lennon perdit la vie tragiquement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je me souviens tr&#232;s bien du 9 d&#233;cembre 1980, lorsque ma jeune soeur est venue me r&#233;veiller &#224; 8h du matin, avec en main un journal o&#249; on voyait la photo de John Lennon en premi&#232;re page. (Vous savez cette fameuse photo de Lennon avec ses petites lunettes rondes, tir&#233;e de l'album Let It be.) Mais ce sont les quatre mots &#233;crits au bas de la photo qui m'ont fait tomber de mon lit : &#171; John Lennon est mort &#187;. Ma soeur savait &#224; quel point je vouais une tr&#232;s grande admiration aux Beatles et particuli&#232;rement &#224; John Lennon. Voil&#224; qu'on l'avait tu&#233; le 8 d&#233;cembre en fin de soir&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1978, j'avais &#233;crit un petit spectacle, Renaissance aux Beatles, que nous avions pr&#233;sent&#233;, des amis &#233;tudiants et moi, &#224; notre polyvalente. C'est moi qui incarnais John Lennon. Pas original sans doute, puisque bon nombre de jeunes de l'&#233;poque s'amusaient &#224; faire des spectacles dans lesquels ils faisaient semblant de chanter les chansons originales du c&#233;l&#232;bre groupe, tout en les personnifiant. Alors imaginez &#224; quel point je fus assomm&#233; par la terrible nouvelle. D'autant plus que Lennon avait fait l'objet d'un assassinat perp&#233;tr&#233; par un pauvre illumin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, la nouvelle a fait le tour du monde en quelques heures. Lennon venait tout juste d'enregistrer un nouveau disque et cela faisait des lustres qu'il ne s'&#233;tait pas commis. L'homme &#233;tait, semble-t-il, heureux et amoureux &#224; souhait de sa conjointe Yoko Ono et de leur fils de 5 ans. En fait, c'&#233;tait l&#224; une grande part de l'inspiration de son r&#233;cent album. Malheureusement, ce n'est qu'en janvier 1981 que les chansons de ce nouvel opus de Lennon retentirent &#224; l'&#233;chelle du monde. Cette oeuvre devenait par le fait m&#234;me un testament en soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John Lennon n'&#233;tait pas un homme parfait. Issu d'une famille modeste, il ne l'a pas eu facile dans sa jeunesse. Il n'a presque pas connu son p&#232;re. Il a &#233;t&#233; &#233;lev&#233; par la soeur de sa m&#232;re, qui elle, connut une fin tragique, frapp&#233;e par une automobile &#224; la fin des ann&#233;es 50. On comprendra qu'il fut un rebelle tout au long de sa courte vie. Un homme avec des contradictions et des faiblesses, mais aussi avec de grandes qualit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il aura d'abord &#233;t&#233; un grand auteur de chansons, qui aura apport&#233; aux Beatles toute son originalit&#233;. Le duo Lennon-McCartney aura &#233;t&#233; d'ailleurs, selon moi, le plus grand mariage musical du XXe si&#232;cle dans le monde de la chanson populaire. Paul McCartney &#233;tait le grand m&#233;lodiste du groupe et Lennon le grand parolier. On retiendra de Lennon aussi ; l'homme qui a fait la promotion de la paix &#224; sa fa&#231;on, dans ses chansons et avec sa conjointe Yoko Ono, entre autres. On se souviendra du fameux bed-in &#224; Montr&#233;al au Reine-&#201;lisabeth, l&#224; o&#249; il a &#233;crit Give Peace a Chance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, Lennon d&#233;clara qu'il voulait que l'Histoire retienne de lui qu'il aura &#233;t&#233; avant tout un homme de paix. Oui, d'accord, mais il aura surtout &#233;t&#233; un des plus grands artistes de la chanson de tous les temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;, Saguenay&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 d&#233;cembre 2012&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Entretien avec Alain Badiou</title>
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		<dc:date>2012-11-20T09:26:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Cornil</dc:creator>


		<dc:subject>Cultures, arts et soci&#233;t&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2012-11-20</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Jean Cornil nous propose une rencontre avec une grande figure intellectuelle fran&#231;aise :
&lt;br class='autobr' /&gt;
Alain Badiou.
&lt;br class='autobr' /&gt;
Philosophe, &#233;crivain, dramaturge, Alain Badiou nous parlera de l'Amour, du sens de la philosophie, de sa perception de l'id&#233;e du communisme et de l'apport de Platon dans notre soci&#233;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Entretien : Jean Cornil
&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;alisation et montage : Quentin Van de Velde
&lt;br class='autobr' /&gt;
Image et &#233;talonnage : Mehran Mir Hosseini
&lt;br class='autobr' /&gt;
Son et mixage : Jacques Nisin
&lt;br class='autobr' /&gt;
Musique : Jean Cornil
&lt;br class='autobr' /&gt;
Secr&#233;tariat de production : Marie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Culture-112-" rel="directory"&gt;Culture&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Cultures-arts-et-societes-+" rel="tag"&gt;Cultures, arts et soci&#233;t&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2012-11-20-+" rel="tag"&gt;Edition du 2012-11-20&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;iframe width=&#034;280&#034; height=&#034;157&#034; src=&#034;http://www.youtube.com/embed/eHxQ6E_lO3s&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;http://www.youtube.com/embed/eHxQ6E_lO3s&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Jean Cornil nous propose une rencontre avec une grande figure intellectuelle fran&#231;aise :&lt;br class='autobr' /&gt;
Alain Badiou.&lt;br class='autobr' /&gt;
Philosophe, &#233;crivain, dramaturge, Alain Badiou nous parlera de l'Amour, du sens de la philosophie, de sa perception de l'id&#233;e du communisme et de l'apport de Platon dans notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien : Jean Cornil&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;alisation et montage : Quentin Van de Velde&lt;br class='autobr' /&gt;
Image et &#233;talonnage : Mehran Mir Hosseini&lt;br class='autobr' /&gt;
Son et mixage : Jacques Nisin&lt;br class='autobr' /&gt;
Musique : Jean Cornil&lt;br class='autobr' /&gt;
Secr&#233;tariat de production : Marie Obolensky&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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