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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title> &#171; Pourquoi les partis sociaux-d&#233;mocrates ne font-ils pas des politiques social-d&#233;mocrates ? &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Pourquoi-les-partis-sociaux-democrates-ne-font-ils-pas-des-politiques-social</link>
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		<dc:date>2011-12-13T08:10:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Husson</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2011-12-13</dc:subject>
		<dc:subject>social-d&#233;mocratie</dc:subject>

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&lt;p&gt;L'objet de cet article est d'apporter des &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse &#224; cette question pertinente, pos&#233;e dans un d&#233;bat public il y a quelques ann&#233;es &#224; Harlem D&#233;sir, alors d&#233;put&#233; socialiste europ&#233;en. Cela suppose au pr&#233;alable de d&#233;finir sommairement ce qu'est une politique social-d&#233;mocrate. On sait qu'elle ne vise pas &#224; d&#233;passer le capitalisme, mais &#224; le r&#233;guler. Cela implique une intervention publique forte dont les objectifs sont de garantir une r&#233;partition &#233;quitable des revenus, le plein-emploi et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-social-democratie-+" rel="tag"&gt;social-d&#233;mocratie&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH115/arton8929-690b7.png?1781282186' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='115' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'objet de cet article est d'apporter des &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse &#224; cette question pertinente, pos&#233;e dans un d&#233;bat public il y a quelques ann&#233;es &#224; Harlem D&#233;sir, alors d&#233;put&#233; socialiste europ&#233;en. Cela suppose au pr&#233;alable de d&#233;finir sommairement ce qu'est une politique social-d&#233;mocrate. On sait qu'elle ne vise pas &#224; d&#233;passer le capitalisme, mais &#224; le r&#233;guler. Cela implique une intervention publique forte dont les objectifs sont de garantir une r&#233;partition &#233;quitable des revenus, le plein-emploi et un degr&#233; &#233;lev&#233; de protection sociale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cette politique n&#233;cessite un certain degr&#233; de compatibilit&#233; avec le mode de fonctionnement du capitalisme. Or cette condition n'est plus remplie dans sa phase lib&#233;rale. La mise en &#339;uvre d'une politique social-d&#233;mocrate implique alors un degr&#233; d'affrontement avec le capitalisme que les partis sociaux-d&#233;mocrates ne sont pas pr&#234;ts &#224; assumer . Pour &#233;tayer cette analyse , il faut d'abord revenir rapidement sur les transformations du capitalisme contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La social-d&#233;mocratie n'est pas soluble dans le capitalisme n&#233;olib&#233;ral &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme a une histoire : si ses traits fondamentaux restent invariants, il est structur&#233; de mani&#232;re diff&#233;rente selon les &#233;poques. On peut distinguer deux grandes phases dans son histoire r&#233;cente. L a premi&#232;re commence au lendemain de la deuxi&#232;me guerre mondiale et s'ach&#232;ve avec la r&#233;cession g&#233;n&#233;ralis&#233;e de 1974-75 : ces ann&#233;es, souvent appel&#233;es les &#171; trente glorieuses &#187;, sont celles d'un capitalisme relativement r&#233;gul&#233;, que l'on appellera dans ce qui suit &#171; capitalisme fordiste &#187;. Ensuite, apr&#232;s une courte transition, se met progressivement en place, au cours des ann&#233;es 1980, le &#171; capitalisme n&#233;olib&#233;ral &#187; que nous connaissons et qui vient d'entrer en crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rences entre ces deux p&#233;riodes peuvent &#234;tre illustr&#233;es par une batterie d'indicateurs &#224; partir desquels on construit un indicateur synth&#233;tique.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;voir @Les courbes du capitalisme n&#233;olib&#233;ral&#034;, note hussonet, no 39, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Son &#233;volution peut &#234;tre rapproch&#233;e de celle du taux de profit (graphique 1). Jusqu'aux ann&#233;es 1980 (capitalisme &#171; fordiste &#187;) l'indicateur synth&#233;tique est &#224; peu pr&#232;s plat, ce qui illustre le caract&#232;re relativement r&#233;gul&#233; du capitalisme durant cette p&#233;riode. Mais le taux de profit se met &#224; baisser par paliers : d&#232;s 1967 aux Etats-Unis, puis dans l'ensemble des grands pays capitalistes avec les r&#233;cessions g&#233;n&#233;ralis&#233;es de 1974-1975 et 1980-1982. Intervient alors le &#171; grand tournant &#187; qui va mettre en place le capitalisme n&#233;olib&#233;ral. C'est une nouvelle p&#233;riode qui s'ouvre alors, marqu&#233;e par le r&#233;tablissement du taux de profit, en d&#233;pit de fortes fluctuations correspondant aux r&#233;cessions.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_982 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/graphique_1.png?982/4a4bda9b42507cf58239d09d5d184df9bf6da5061ffe0830d97f165514f0698a&#034; class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PNG - 20.6 kio' type=&#034;image/png&#034;&gt;&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH110/graphique_1-2870d-2d243.png?1781096222' width='150' height='110' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette restauration du taux de profit s'accompagne d'une inflexion majeure dans l'&#233;volution de l'indicateur synth&#233;tique : alors qu'il &#233;tait &#224; peu pr&#232;s plat, il se met &#224; augmenter de mani&#232;re quasi exponentielle. Cette hausse traduit les transformations du capitalisme qui ont &#233;t&#233; n&#233;cessaires au r&#233;tablissement du taux de profit. Cette th&#232;se admet un corollaire important : on ne peut modifier le mode de fonctionnement du capitalisme n&#233;olib&#233;ral sans faire baisser le taux de profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me constat est que le taux de profit se r&#233;tablit durant la p&#233;riode n&#233;olib&#233;rale malgr&#233; des gains de productivit&#233; qui restent au niveau relativement bas par rapport &#224; la phase fordiste , mais conforme &#224; la moyenne de tr&#232;s longue p&#233;riode. Cela veut dire que le capitalisme a r&#233;ussi &#224; trouver d'autres sources de soutien du profit que les gains de productivit&#233; exceptionnels de la p&#233;riode fordiste qui appara&#238;t de ce point de vue comme une parenth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principales composantes de l'indicateur synth&#233;tique mesurent la baisse de la part des salaires, la mont&#233;e des in&#233;galit&#233;s, la financiarisation et les d&#233;s&#233;quilibres mondiaux. Les diff&#233;rentes &#171; courbes &#187; ne montent pas ensemble par hasard, car ce mouvement g&#233;n&#233;ral illustre les rapports internes qui fondent la coh&#233;rence instable du capitalisme n&#233;olib&#233;ral. La grille de lecture g&#233;n&#233;rale pourrait donc &#234;tre la suivante : toutes les courbes ne pouvant monter ind&#233;finiment, le capitalisme n&#233;olib&#233;ral ne pouvait se reproduire durablement. Mais, en m&#234;me temps, sa logique d'ensemble rendait n&#233;cessaire cette progression sans fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que les &#171; courbes &#187; du capitalisme n&#233;olib&#233;ral soient venues buter sur une sorte de plafond, d&#233;clenchant ainsi la crise, &#233;quivaut donc &#224; une crise profonde de cette configuration du capitalisme. Cela veut dire aussi que la r&#233;gulation du capitalisme impliquait une remise en cause d'ensemble de cette nouvelle logique, in&#233;galitaire et financiaris&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La social-d&#233;mocratie ne sert vraiment que quand elle renonce &#224; appliquer son programme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les objectifs du programme social-d&#233;mocrate standard &#233;taient a priori plus facilement compatibles avec le capitalisme fordiste. Pourtant, les partis sociaux-d&#233;mocrates ont rarement &#233;t&#233; au pouvoir pendant cette p&#233;riode, si l'on consid&#232;re les quatre plus grands pays europ&#233;ens : Allemagne, France, Italie et Royaume-Uni. S'il est certes difficile de construire une p&#233;riodisation politique en phase avec la p&#233;riodisation &#233;conomique, on peut constater cependant que la &#171; densit&#233; &#187; social-d&#233;mocrate atteint son apog&#233;e entre 1997 et 2002 (graphique 2).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_983 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/graphique2.png?983/90ebc53fc2c298185b4606ed15c9c3b28c8422cfa292de50973f87f9458fd0e9&#034; class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PNG - 33.7 kio' type=&#034;image/png&#034;&gt;&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH62/graphique2-b6f4e-6b1be.png?1781096222' width='150' height='62' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On peut cependant discerner, malgr&#233; tous les d&#233;calages propres &#224; l'histoire politique de chaque pays, les diff&#233;rentes &#233;tapes du rapport entre la social-d&#233;mocratie et la gestion du capitalisme. On pourrait dire que le capitalisme fordiste n'a pas eu vraiment besoin de la gestion social-d&#233;mocrate. De m&#234;me que Nixon pouvait proclamer &#171; nous sommes tous keyn&#233;siens &#187;, les gouvernements &#233;taient en un sens tous sociaux d&#233;mocrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand tournant date de la p&#233;riode interm&#233;diaire entre les deux r&#233;cessions de 1974-75 et 1980-81 o&#249; on a constat&#233; que les recettes keyn&#233;siennes ne suffisaient plus &#224; relancer l'activit&#233; et encore moins l a rentabilit&#233;. Pire, les dispositifs qui &#233;taient jusque l&#224; consid&#233;r&#233;s comme des &#233;l&#233;ments favorables &#224; la r&#233;gulation de l'&#233;conomie apparaissent d&#233;sormais comme contre-productifs. C'est le cas de l'inflation qui a jou&#233; un grand r&#244;le dans le financement de l'accumulation du capital et des stabilisateurs automatiques qui r&#233;duisaient l'ampleur des fluctuations en soutenant la demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se trouve alors &#224; un v&#233;ritable carrefour. Soit le processus de socialisation de l'&#233;conomie franchissait un nouveau stade, soit intervenait un v&#233;ritable tournant vers une d&#233;r&#233;gulation du capitalisme. La possibilit&#233; d'une voie interm&#233;diaire assurant une compatibilit&#233; minimale entre les orientations social-d&#233;mocrates et le capitalisme r&#233;ellement existant &#233;tait en r&#233;alit&#233; bouch&#233;e, parce que les ressorts du capitalisme fordiste &#233;taient cass&#233;s. C'est l'occasion de rappeler que le fordisme reposait sur le couplage entre la forte progression des gains de productivit&#233; et celle des salaires. La premi&#232;re garantissait la rentabilit&#233;, la seconde fournissait les d&#233;bouch&#233;s. D'o&#249; la r&#233;f&#233;rence &#224; Ford qui expliquait qu'il fallait que ses ouvriers soient bien pay&#233;s pour qu'ils puissent acheter les voitures qu'ils produisaient. Or, le ralentissement de la productivit&#233; du travail est venu saper les bases de cet arrangement , qui sont aussi les bases de la l&#233;gitimit&#233; sociale-d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;tablissement de la rentabilit&#233; devait alors passer par le freinage des salaires. Cette logique est parfaitement r&#233;sum&#233;e par le th&#233;or&#232;me fameux de Schmidt (du nom du chancelier social-d&#233;mocrate allemand de 1974 &#224; 1980) : &#171; les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'apr&#232;s-demain &#187;. On sait ce qu'il en a &#233;t&#233; : les profits se sont r&#233;tablis, mais l'investissement n'a pas suivi, et encore moins les emplois. Le ch&#244;mage de masse s'est incrust&#233; et a servi de levier pour une mod&#233;ration salariale &#233;ternelle, la flexibilisation et la pr&#233;carisation du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce grand tournant n&#233;o-lib&#233;ral a &#233;t&#233; co-g&#233;r&#233; par les partis de droite et la gauche social-d&#233;mocrate qui s'est alors transforme en gauche sociale-lib&#233;rale . Au Royaume-Uni , la dame de fer a utilis&#233; l a mani&#232;r e forte ; en France, la gauche a r&#233;duit tr&#232;s brutalement la part des salaires, dans d'autres pays la sociald&#233;mocratie et une bonne partie des syndicats se sont ralli&#233;s au &#171; compromis historique &#187; ou autres &#171; pactes sociaux &#187;. Durant cette p&#233;riode charni&#232;re, la social-d&#233;mocratie a fait le choix d'accompagner la transition de la forme fordiste &#224; la forme n&#233;olib&#233;rale du capitalisme, parce que l'alternative aurait &#233;t&#233; une mise en cause du capitalisme lui-m&#234;me qui d&#233;passait son horizon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La social-d&#233;mocratie ne propose plus une alternative mais une alternance de gestion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'exp&#233;rience Jospin, marqu&#233;e notamment par le passage aux 35 heures, la campagne pr&#233;sidentielle de 2002 pouvait marquer un tournant d&#233;cisif , avec l'&#233;lectio d'un pr&#233;sident de gauche qui aurait consolid&#233; les r&#233;sultats de son quinquennat. On sait ce qu'il en est advenu : Jean-Marie Le Pen a devanc&#233; Lionel Jospin au premier tour, et Jacques Chirac est r&#233;&#233;lu au second. Mais, ceci expliquant peut-&#234;tre cela, il est int&#233;ressant de revenir sur le climat id&#233;ologico-politique dans lequel s'est d&#233;roul&#233;e cette campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des traits frappants aura &#233;t&#233; le sentiment majoritaire, exprim&#233; dans les sondages, selon lequel il n'existait pas de grande diff&#233;rence entre les programmes des deux principaux candidats. Apr&#232;s cinq ans d'exercice du pouvoir par la gauche, on aurait pu au contraire s'attendre des diff&#233;renciations plus marqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Jacques Chirac a renonc&#233; &#224; la th&#233;matique de la &#171; fracture sociale &#187; de sa pr&#233;c&#233;dente campagne. Dans une logique n&#233;olib&#233;rale classique, il centre sa campagne sur la proposition d'une baisse d'un tiers l'imp&#244;t sur le revenu. La r&#233;ponse de Lionel Jospin ne consiste pas &#224; critiquer le caract&#232;re socialement injuste d'une telle mesure, mais &#224; accuser par avance la droite de ne pas pouvoir tenir sa promesse. Il se place donc sur le m&#234;me terrain et c'est d'ailleurs un paradoxe suppl&#233;mentaire de constater que c'est lui qui appara&#238;t le mieux plac&#233; dans les sondages pour mener &#224; bien la baisse des imp&#244;ts. Plus g&#233;n&#233;ralement, il est possible d'&#233;tablir un tableau comparatif des programmes des deux candidats sur les principaux th&#232;mes &#233;conomiques et sociaux. Ce tableau, &#224; peine stylis&#233;, souligne l'importance de la s&#233;mantique, particuli&#232;rement dans le cas des retraites et des privatisations.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_984 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/tableau_1.png?984/74cda3003c846036db2b93a8fdc8d84950c71f9941a13ec09f7e9309fb7fbce8&#034; class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PNG - 50.2 kio' type=&#034;image/png&#034;&gt;&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L77xH150/tableau_1-6057d-538c9.png?1781096222' width='77' height='150' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'un des traits les plus frappants du positionnement de Jospin est l'enterrement des 35 heures. Il y fait r&#233;f&#233;rence dans le paragraphe introductif de son programme : &#171; depuis 1997, nous avons conduit une action volontariste, notamment &#224; travers les 35 heures et les jeunes &#187; . Ensuite , le programme n'en parle plus.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans son livre-programme, l'ancien ministre de l'Economie n'&#233;voque &#224; aucun (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;Autrement dit, on conti nu e &#224; vouloir avancer vers le plein emploi mais avec d'autres moyens que la r&#233;duction du temps de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bilan des 35 heures est positif en termes de cr&#233;ations d'emplois, mais il semble urgent d'abandonner cette excellente id&#233;e. La solution de cet apparent paradoxe, c'est que la r&#233;duction du temps de travail n'est pas con&#231;ue pour accompagner de mani&#232;re permanente les gains de productivit&#233; et cr&#233;er des emplois, et ses principaux bienfaits auront &#233;t&#233; d'un autre ordre : flexibiliser le march&#233; du travail, d&#233;centraliser la n&#233;gociation de mani&#232;re &#224; faire pr&#233;valoir une logique de contrat, et finalement p&#233;renniser des aides accord&#233;es de mani&#232;re inconditionnelle. Tout en pr&#233;sentant la r&#233;duction du temps de travail comme une mesure de gauche, on a nettoy&#233; le terrain pour laisser la place libre aux seules solutions lib&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on pour autant dire qu'il s'agit de politiques identiques ? La dialectique de l'alternance suppose &#233;videmment qu'il n'en soit pas ainsi : il faut diff&#233;rencier l'offre. C'est pourquoi, Chirac comme Jospin, consacrent une bonne partie de leur &#233;loquence &#224; se distinguer l'un de l'autre, sans y parvenir compl&#232;tement. Sur le fond, il existe un accord fondamental et les divergences portent sur les modalit&#233;s d'accompagnement et sur la n&#233;cessit&#233; plus ou moins admise de leur habillage social. Ces diff&#233;rences doivent d'autant plus &#234;tre mont&#233;es en &#233;pingle que l'accord d'ensemble est tr&#232;s large. Telle est la dialectique de l'alternance lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La social-d&#233;mocratie pi&#233;g&#233;e par l'eurolib&#233;ralisme &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La social-d&#233;mocratie a puissamment particip&#233; &#224; la construction europ&#233;enne dans sa version n&#233;olib&#233;rale. On pourrait ici &#233;voquer un &#171; th&#233;or&#232;me Delors &#187; selon lequel peu importe la voie choisie, car le volet social suivra forc&#233;ment. C'&#233;tait une erreur fondamentale, mais la crise des dettes souveraines a r&#233;v&#233;l&#233; &#224; quel point la construction europ&#233;enne &#233;tait de toute mani&#232;re bancale, au moins sur deux points : un budget europ&#233;en notoirement sous-dimensionn&#233; et donc incapable de servir de moteur &#224; l'harmonisation &#233;conomique et sociale ; et surtout une monnaie unique assortie de l'interdiction faite &#224; la Banque centrale europ&#233;enne de venir en aide aux Etats, une &#171; idiotie totale &#187; (A complete idiocy).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon les termes de Willem Buiter, &#233;conomiste en chef de Citigroup, cit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements sont alors pi&#233;g&#233;s par les march&#233;s financiers qui font monter de mani&#232;re extravagante les taux d'int&#233;r&#234;t des titres de la dette publique, enclenchant une spirale infernale o&#249; l'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire gonfle le d&#233;ficit au lieu de le r&#233;sorber. Face &#224; une telle situation, qu'a fait le pr&#233;sident de l'Internationale socialiste, Georges Papandr&#233;ou ? D&#232;s le d&#233;part, il est pass&#233; sous les fourches caudines de la &#171; tro&#239;ka &#187; et a men&#233; une politique tr&#232;s brutale d'&#171; assainissement financier &#187;, par ailleurs parfaitement inefficace puisque deux ans d'aust&#233;rit&#233; ont port&#233; la dette grecque de 125 % du Pib en 2009 &#224; 160 % en 2011. Papandr&#233;ou aurait pu faire ce qu'a fait l'Argentine au d&#233;but des ann&#233;es 2000 : dire que la Gr&#232;ce ne pouvait plus payer et qu'il fallait donc n&#233;gocier la restructuration de la dette. En Espagne, le socialiste Zapatero a eu une attitude semblable, allant jusqu'&#224; approuver sans r&#233;serve la fameuse &#171; r&#232;gle d'or &#187; budg&#233;taire qui le condamnait &#224; une aust&#233;rit&#233; sans fin. Dans les deux cas, m&#234;me si les modalit&#233;s ont &#233;t&#233; diff&#233;rentes, cette incapacit&#233; &#224; r&#233;sister aux pressions de la finance s'est termin&#233;e de la m&#234;me fa&#231;o , &#224; savoir la perte du pouvoir au b&#233;n&#233;fice de gouvernements encore plus enclins &#224; mener des politiques d'ajustement brutal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, Fran&#231;ois Hollande a d&#233;clar&#233; qu'il fallait &#171; r&#233;&#233;quilibrer nos comptes publics d&#232;s 2013 (&#8230;) pas pour c&#233;der &#224; je ne sais quelle pression des march&#233;s ou des agences de notation mais parce que c'est l a condition pour que notre pays retrouve confiance en lui &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois Hollande, &#171; La dette est l'ennemie de la gauche et de la France &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est ne pas prendre la mesure de la crise, mais c'est surtout manquer de vision. Il aurait pu par exemple avancer l'id&#233;e qu'en cas de victoire en 2013 du SPD et des Verts en Allemagne, il n&#233;gocierait d'autres modalit&#233;s de financement des dettes en Europe, et m&#234;me avancer une sorte de programme commun de r&#233;forme de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La social-d&#233;mocratie, fusible de la crise capitaliste ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la phase fordiste du capitalisme, le stalinisme servait de repoussoir utile. Tout projet de d&#233;passement du capitalisme menait forc&#233;ment au goulag et la social-d&#233;mocratie avait en pratique renonc&#233; &#224; cette perspective. Dans la phase n&#233;olib&#233;rale, elle joue, mutatis mutandis, un r&#244;le analogue : en se rendant aux arguments en faveur du tournant n&#233;olib&#233;ral, la social-d&#233;mocratie a contribu&#233; &#224; l'id&#233;e ch&#232;re &#224; Mme Thatcher qu'il n'y a pas d'alternative. Sa pratique a pour effet de d&#233;courager l'esp&#233;rance sociale et de valider les politiques n&#233;olib&#233;rales : puisque la gauche s'y rallie, c'est qu'il n'y a d&#233;cid&#233;ment pas d'autre perspective. En ce sens, l'alternance remplit une fonction essentielle, celle de conforter la l&#233;gitimit&#233; &#233;troite du capitalisme contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, c'est le parti socialiste qui a fait chuter la part salariale, plus brutalement que dans aucun autre pays europ&#233;en, et qui a, dans la foul&#233;e, d&#233;r&#233;glement&#233; et m&#234;me construit un march&#233; financier ex nihilo. A plusieurs reprises, la social-d&#233;mocratie a fourni sa feuille de route &#224; la droite, qui n'avait plus qu'&#224; faire les &#171; r&#233;formes &#187; pr&#233;par&#233;es par la gauche : en 1993, Balladur a ainsi traduit en lois et d&#233;crets le Livre blanc sur les retraites d e Michel Rocard de 1991, et il a privatis&#233; en suivant une liste d'entreprises dress&#233;e par Pierre B&#233;r&#233;govoy. En sens inverse, il est tr&#232;s difficile de trouver des exemples de mesures de droite abrog&#233;es par la gauche de retour au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, la pratique gouvernementale de la social-d&#233;mocratie a fortement contribu&#233; &#224; enraciner l'id&#233;e qu'il est vain d'imaginer des alternatives et a consid&#233;rablement r&#233;tr&#233;ci le champ des possibles. Pourtant, il est possible d'affirmer qu'une politique vraiment social-d&#233;mocrate (au sens d&#233;fini plus haut) dispose d'une viabilit&#233; &#233;conomique.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;voir Michel Husson, &#171; La cr&#233;dibilit&#233; du programme &#187;, chapitre 11 de Un pur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais sa viabilit&#233; politique suppose un degr&#233; de conflictualit&#233; sociale que la social-d&#233;mocratie se refuse &#224; assumer. Telle est la r&#233;ponse condens&#233;e que l'on peut faire &#224; la question d'Harlem D&#233;sir cit&#233;e au d&#233;but de cet article. On pourrait aussi s'amuser &#224; illustrer cette proposition par un pastiche de la coube de Laffer&#034;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;voir sur Wikipedia : . A noter cependant que l'humour des &#233;conomistes est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;(voir encadr&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_986 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/courbedelatransformationsociale-2.png?986/73fe25220c83f8a3789fc55910339de1e5c87588554eeb28229146e7e2363055&#034; class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PNG - 70.7 kio' type=&#034;image/png&#034;&gt;&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH120/courbedelatransformationsociale-2-4fa64-16506.png?1781096222' width='150' height='120' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;(tir&#233; du site de Michel Husson)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;voir @Les courbes du capitalisme n&#233;olib&#233;ral&#034;, note hussonet, no 39, septembre 2011, &lt;a href=&#034;http://hussonet.fre.fr/courblib.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://hussonet.fre.fr/courblib.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans son livre-programme, l'ancien ministre de l'Economie n'&#233;voque &#224; aucun moment l'effet des 35 heures sur&lt;br class='autobr' /&gt;
l'emploi. Voir Dominique Strauss-Kahn, La flamme et la cendre, Grasset, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon les termes de Willem Buiter, &#233;conomiste en chef de Citigroup, cit&#233; dans &#171; The euro deal : No big bazooka &#187;,The Economist, 29 Octobre 2011, &lt;a href=&#034;http://gesd.free.fr/nobigbaz.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://gesd.free.fr/nobigbaz.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois Hollande, &#171; La dette est l'ennemie de la gauche et de la France &#187;, LeMonde.fr, 16 juillet 2011,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://gesd.free.fr/holla711.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://gesd.free.fr/holla711.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;voir Michel Husson, &#171; La cr&#233;dibilit&#233; du programme &#187;, chapitre 11 de Un pur capitalisme, Editions Page Deux, 2008, &lt;a href=&#034;http://hussonet.free.fr/capur11.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://hussonet.free.fr/capur11.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;voir sur Wikipedia : &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Courbe_de_Laffer&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://fr.wikipedia.org/wiki/Courbe_de_Laffer&lt;/a&gt;. A noter cependant que l'humour des &#233;conomistes est assez souvent aussi &#171; sinistre &#187; que leur dismal science.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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