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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>&#171; {Le soin, c'est la base qui rend la vie possible} &#187; : entretien avec LevFem sur les luttes f&#233;ministes socialistes en Bulgarie</title>
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		<dc:date>2026-04-07T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Burcu Ayan, LevFem</dc:creator>


		<dc:subject>Bulgarie</dc:subject>
		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2026-04-07</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;LevFem, collectif f&#233;ministe socialiste bulgare n&#233; en 2018 en r&#233;action &#224; la vague r&#233;actionnaire contre la Convention d'Istanbul, articule dans un m&#234;me cadre analytique patriarcat, capitalisme et racisme. Cet entretien men&#233; par Burcu Ayan pour la revue f&#233;ministe turque &#199;atlakzemin explore les tensions entre f&#233;minisme lib&#233;ral et f&#233;minisme socialiste dans la Bulgarie postsocialiste, la s&#233;paration pr&#233;occupante entre mouvements f&#233;ministe et syndical, et les r&#233;sultats d'une enqu&#234;te sur le travail (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Bulgarie-+" rel="tag"&gt;Bulgarie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-mouvement-des-femmes-dans-le-monde-+" rel="tag"&gt;Le mouvement des femmes dans le monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-04-07-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-04-07&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH113/bulgarie_26-1adc9.webp?1781210792' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;LevFem, collectif f&#233;ministe socialiste bulgare n&#233; en 2018 en r&#233;action &#224; la vague r&#233;actionnaire contre la Convention d'Istanbul, articule dans un m&#234;me cadre analytique patriarcat, capitalisme et racisme. Cet entretien men&#233; par Burcu Ayan pour la revue f&#233;ministe turque &#199;atlakzemin explore les tensions entre f&#233;minisme lib&#233;ral et f&#233;minisme socialiste dans la Bulgarie postsocialiste, la s&#233;paration pr&#233;occupante entre mouvements f&#233;ministe et syndical, et les r&#233;sultats d'une enqu&#234;te sur le travail de care.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Entre les lignes et les mots&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/03/29/le-soin-cest-la-base-qui-rend-la-vie-possible-entretien-avec-levfem-sur-les-luttes-feministes-socialistes-en-bulgarie/?jetpack_skip_subscription_popup&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/03/29/le-soin-cest-la-base-qui-rend-la-vie-possible-entretien-avec-levfem-sur-les-luttes-feministes-socialistes-en-bulgarie/?jetpack_skip_subscription_popup&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LevFem plaide pour des politiques publiques de soin redistribuant le fardeau de la reproduction sociale, et d&#233;fend une solidarit&#233; f&#233;ministe balkanique et internationale ancr&#233;e dans l'exp&#233;rience des &#171; &lt;i&gt;damn&#233;s de la terre &lt;/i&gt; &#187;. [AN]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burcu Ayan : Comment LevFem a-t-il &#233;merg&#233;, et quel contexte politique et social a fa&#231;onn&#233; ses d&#233;buts ? &#192; ce sujet, comment d&#233;cririez-vous le paysage plus large de l'organisation f&#233;ministe en Bulgarie aujourd'hui, et quelles strat&#233;gies ou tensions d&#233;finissent le travail des organisations f&#233;ministes dans le pays ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LevFem est n&#233;e en 2018 dans un moment tr&#232;s particulier d'essor et de renouveau dans l'histoire du mouvement f&#233;ministe bulgare. Ce fut l'ann&#233;e durant laquelle nous avons connu une vague r&#233;actionnaire massive et bien organis&#233;e contre l'adoption de la &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Istanbul_Convention&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Convention d'Istanbul&lt;/a&gt; [1] (alias &#171; &lt;i&gt; Convention du Conseil de l'Europe sur la pr&#233;vention et la lutte contre la violence &#224; l'&#233;gard des femmes et la violence domestique&lt;/i&gt; &#187;), que les r&#233;actionnaires d'Europe de l'Est ont accus&#233;e d'introduire une &#171; &lt;i&gt; id&#233;ologie du genre &lt;/i&gt; &#187;). Des organisations, des partis et des acteurs politiques religieux et conservateurs menaient cette campagne et, en l'espace de quelques mois seulement, ils ont r&#233;ussi &#224; faire basculer radicalement le r&#233;cit public sur la justice de genre, les droits des femmes et les droits des personnes LGBTQI+. La campagne &#233;tait profond&#233;ment homophobe, transphobe et misogyne dans sa nature, et s'attaquait sp&#233;cifiquement &#224; la d&#233;finition du genre comme construction sociale inscrite dans la Convention d'Istanbul. En cons&#233;quence, m&#234;me la Cour constitutionnelle du pays a d&#233;clar&#233; que le genre en Bulgarie est, apparemment, une dichotomie biologique, ce qui rend tr&#232;s difficile de parler de genre, de r&#244;les de genre, de division genr&#233;e du travail, de politiques sp&#233;cifiques au genre, etc. Dans la foul&#233;e de cette vague r&#233;actionnaire, les droits f&#233;ministes, et en particulier les droits des personnes LGBTQI+, ont subi une attaque massive ces derni&#232;res ann&#233;es, et les vies des personnes queer et trans ont &#233;t&#233; de plus en plus mises en danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, &#233;galement &#224; la suite de ce retour de b&#226;ton, depuis 2018, on a assist&#233; &#224; un essor de nouvelles organisations f&#233;ministes, car nous avons vu &#224; quel point les mouvements r&#233;actionnaires &#233;taient organis&#233;s et puissants, et le sont encore. LevFem fait partie de cette &#171; &lt;i&gt;nouvelle vague f&#233;ministe&lt;/i&gt; &#187; en Bulgarie, n&#233;e au lendemain de la bataille perdue pour l'adoption de la convention. LevFem a &#233;t&#233; initi&#233;e comme groupe informel comprenant quelques femmes et personnes queer issues de groupes de la nouvelle gauche qui s'&#233;taient form&#233;s autour des centres sociaux, des publications progressistes et des mouvements des ann&#233;es 2010. Sa premi&#232;re action fut une petite campagne en ligne autour du 25 novembre 2018 &#8211; la Journ&#233;e internationale contre la violence faite aux femmes. Nous avons appel&#233; les camarades &#224; &#233;crire de courts articles sur la violence envers les femmes. Notre objectif &#233;tait d'&#233;largir le d&#233;bat public sur le sujet et de th&#233;matiser la violence structurelle en tant que violence de genre : un aspect manifestement absent du d&#233;bat public. Dans l'histoire moderne du mouvement f&#233;ministe bulgare d'apr&#232;s 1989, la violence envers les femmes a &#233;t&#233; tr&#232;s &#233;troitement d&#233;finie comme la violence domestique dans le cadre d'une relation amoureuse, et la&lt;a href=&#034;https://www.iwm.at/publications/5-junior-visiting-fellows-conferences/vol-xxxiii/continuity-in-rupture&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;plupart des efforts des grandes organisations de femmes dans le pass&#233; ont port&#233; sur le lobbying et la fourniture de services sociaux aux survivantes de violences domestiques&lt;/a&gt; [2]. Pourtant, nous savons que la violence envers les femmes est bien plus large que cela. L'exploitation dans le syst&#232;me capitaliste est une forme de violence envers les femmes ; le capitalisme racial ajoute la couche des politiques racistes et des r&#233;gimes frontaliers racistes, qui sont &#233;galement des formes de violence envers les femmes ; la pauvret&#233; est une forme de violence ; et ainsi de suite. Le probl&#232;me est bien plus vaste, et nous savions que si nous voulions le r&#233;soudre, nous devions nous attaquer aux syst&#232;mes qui permettent tous les aspects de la violence de genre &#8211; patriarcat, capitalisme et racisme. Tel est le contexte de notre &#233;mergence, et le message que nous nous effor&#231;ons de transmettre depuis lors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burcu Ayan : Vous articulez dans votre travail des perspectives f&#233;ministes, socialistes et antiracistes. Dans un pays &#224; pass&#233; socialiste et soumis &#224; une transformation postsocialiste complexe, pourquoi est-il important pour vous de porter ces luttes conjointement ? Quelles tensions ou difficult&#233;s sp&#233;cifiques surgissent du travail &#224; travers ces perspectives dans un tel contexte ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous percevons notre organisation comme faisant partie d'une lign&#233;e, notamment du f&#233;minisme marxiste autonomiste, dans lequel patriarcat, capitalisme et racisme sont appr&#233;hend&#233;s comme des syst&#232;mes d'oppression qui se sont crois&#233;s historiquement, socialement et politiquement pour fa&#231;onner les formes sp&#233;cifiques de subordination que vivent les femmes et les autres groupes marginalis&#233;s. Nous voyons cette tradition comme importante au sein de la nouvelle gauche postsocialiste, car elle nous permet &#224; la fois de maintenir une analyse profond&#233;ment structurelle, de reconna&#238;tre les avanc&#233;es structurelles du pass&#233; socialiste, et de reconna&#238;tre certaines limites structurelles du &#171; &lt;i&gt;socialisme r&#233;ellement existant&lt;/i&gt; &#187;, dans lequel les politiques et pratiques concr&#232;tes n'ont pas &#233;t&#233; &#224; la hauteur du changement structurel profond n&#233;cessaire pour combattre le capitalisme, le patriarcat et le racisme. Pour nous, naturellement, dans le cadre de cette tradition politique, ne pas reconna&#238;tre les fa&#231;ons complexes dont ces syst&#232;mes interagissent signifierait que nous ne serons jamais en mesure de comprendre les racines des probl&#232;mes et d'y r&#233;pondre efficacement. Par exemple, il est impossible de lutter pour la lib&#233;ration des femmes des attentes et des st&#233;r&#233;otypes patriarcaux si l'on ne reconna&#238;t pas que le capitalisme requiert le travail gratuit des femmes (garde des enfants, cuisine, m&#233;nage, etc.) pour garantir la reproduction sociale de la force de travail, ce qui impose une double journ&#233;e sur les &#233;paules des femmes travailleuses. De m&#234;me, il est vain de lutter uniquement pour les droits des femmes sans comprendre comment le racisme institutionnel garantit l'existence d'une r&#233;serve de travailleuses et travailleurs racialis&#233;s qui ont moins de chances d'obtenir un emploi d&#233;cent et sont donc plus faciles &#224; exploiter &#8211; surtout s'ils sont des femmes [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fonder notre militantisme politique sur un tel positionnement th&#233;orique pose quelques d&#233;fis pour naviguer dans le champ f&#233;ministe bulgare contemporain. L'orientation politique dominante parmi les organisations f&#233;ministes en Bulgarie au cours des trente derni&#232;res ann&#233;es a &#233;t&#233; le f&#233;minisme lib&#233;ral. Nous reconnaissons et respectons ce que ces organisations ont accompli, notamment en mati&#232;re de r&#233;formes l&#233;gislatives contre la violence de genre. Pourtant, nous voyons aussi comment cette vision du monde limite le potentiel d'un programme f&#233;ministe plus audacieux, allant au-del&#224; de la lutte contre la violence domestique et du maintien de relations cordiales avec les d&#233;tenteurs du pouvoir en vue d'un lobbying pour des changements juridiques mineurs. De plus, nous sommes une organisation ouvertement f&#233;ministe et socialiste &#8211; cela entra&#238;ne de nombreuses associations n&#233;gatives en raison du clich&#233; r&#233;pandu selon lequel le socialisme signifie n&#233;cessairement et toujours r&#233;pression et absence d'initiative d&#233;mocratique. Les sentiments anticommunistes sont tr&#232;s r&#233;pandus parmi la classe moyenne lib&#233;rale bulgare, ce qui affecte &#233;galement certaines organisations f&#233;ministes (en particulier celles actives avant la vague f&#233;ministe de 2018 autour de la Convention d'Istanbul). Dans leur lecture, le socialisme a certes introduit certains changements positifs pour les femmes, mais ceux-ci ont &#233;t&#233; impos&#233;s par le haut ; le &#171; &lt;i&gt;vrai&lt;/i&gt; &#187; mouvement f&#233;ministe (c'est-&#224;-dire semblable au f&#233;minisme d'Europe occidentale) aurait donc commenc&#233; dans les ann&#233;es 1990. Nous osons ne pas &#234;tre d'accord. Le socialisme en Bulgarie (et ailleurs) est loin d'&#234;tre un bloc monolithique de 45 ans &#8211; il y a eu des p&#233;riodes plus lib&#233;ratrices et progressistes, ainsi que des p&#233;riodes plus conservatrices. Le processus de prise de d&#233;cision au sein du Parti communiste bulgare &#233;tait bien plus complexe et nuanc&#233;, et les femmes luttaient activement dans les rangs du parti pour telle ou telle conqu&#234;te f&#233;ministe. Effacer compl&#232;tement ces luttes est irrespectueux du travail et des r&#233;alisations de g&#233;n&#233;rations de femmes [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, notre identit&#233; socialiste ne signifie pas que nous ayons la partie facile avec les acteurs politiques de gauche contemporains non plus. Le seul parti nominalement de gauche en Bulgarie &#8211; le Parti socialiste bulgare (PSB) [5] &#8211; a pris un cap tr&#232;s conservateur depuis 2016 et &#233;tait parmi les partis qui s'&#233;taient le plus vigoureusement oppos&#233;s &#224; la Convention d'Istanbul. L'&#233;volution id&#233;ologique du PSB ressemble dans une certaine mesure &#224; celle de SMER en Slovaquie [6], m&#234;me si les r&#233;sultats &#233;lectoraux du PSB en Bulgarie sont tragiques (actuellement entre 5 et 7% des intentions de vote), tandis que SMER gouverne la Slovaquie. Il nous est plus ais&#233; de communiquer avec certains membres et courants du PSB sur l'axe anticapitaliste et sur les droits des femmes ; cependant, d&#232;s que nous mentionnons la justice LGBTQI+, les choses deviennent tr&#232;s difficiles. La gauche hors partis est petite, fragment&#233;e et peu puissante : en ce moment, LevFem est parmi les collectifs les mieux reconnus et les mieux organis&#233;s dans ce contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, comme vous pouvez l'imaginer, nous sommes une cible pour diff&#233;rents acteurs r&#233;actionnaires et conservateurs, car nous repr&#233;sentons tout ce qu'ils d&#233;testent &#8211; des f&#233;ministes conscientes des questions de classe et des antiracistes, qui luttent pour la lib&#233;ration queer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons donc &#234;tre astucieuses et ing&#233;nieuses pour naviguer dans le champ et chercher des alli&#233;&#183;es &#8211; mais ce n'est pas une mission impossible et nous avons connu nos succ&#232;s, notamment aupr&#232;s de certaines organisations f&#233;ministes plus progressistes, de politicien&#183;nes, de syndicats, de travailleuses et travailleurs, et de jeunes militant&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burcu Ayan : Comment comprenez-vous la lutte f&#233;ministe pour le travail en Bulgarie aujourd'hui ? Quels d&#233;fis les femmes travailleuses rencontrent-elles ? En tant qu'organisation f&#233;ministe, quel est votre engagement avec les syndicats et les organisations de travailleurs ? Comment les perspectives f&#233;ministes ont-elles &#233;t&#233; re&#231;ues dans ces espaces ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement f&#233;ministe et le mouvement syndical livrent leurs batailles s&#233;par&#233;ment, ce qui est, &#224; notre lecture, un d&#233;veloppement dangereux aux cons&#233;quences durables. C'est le r&#233;sultat direct de la vision lib&#233;rale du monde qui s&#233;pare les &#171; &lt;i&gt;droits humains &lt;/i&gt; &#187; (dans lesquels le f&#233;minisme est g&#233;n&#233;ralement positionn&#233;) des droits du travail, et qui tente de nous convaincre que l'&#233;galit&#233; est atteignable sans remettre en cause l'exploitation capitaliste. Par exemple, autour du mois de mars 2019, il y avait les manifestations f&#233;ministes du 8 mars, les infirmi&#232;res organisaient une manifestation nationale pour de meilleures conditions de travail, et les m&#232;res d'enfants handicap&#233;s descendaient dans la rue pour r&#233;clamer de meilleures structures de soins publics pour leurs enfants. Toutes ces luttes &#233;taient men&#233;es s&#233;par&#233;ment ; il n'y a pas eu de grande manifestation commune. Certes, certaines organisations f&#233;ministes ont approch&#233; les infirmi&#232;res et les m&#232;res d'enfants handicap&#233;s, mais ces derni&#232;res ont d&#233;cid&#233; de ne pas faire cause commune, car des acteurs cl&#233;s de la mobilisation des infirmi&#232;res &#233;taient &#233;galement affect&#233;s par la vague conservatrice anti-genre li&#233;e &#224; l'adoption de la Convention d'Istanbul et percevaient les f&#233;ministes comme une menace. C'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que nous plaidons pour un mouvement f&#233;ministe-et-syndical capable de voir au-del&#224; de la notion lib&#233;rale de s&#233;paration des luttes. Cependant, nous avons &#233;galement le sentiment que le puissant agenda r&#233;actionnaire contribue de plus en plus &#224; diviser la classe ouvri&#232;re et &#224; affaiblir notre pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence de lecture f&#233;ministe au sein du mouvement syndical organis&#233; contemporain en Bulgarie rend plus difficile pour les travailleuses la compr&#233;hension des fa&#231;ons sp&#233;cifiques dont le genre affecte leur exp&#233;rience au travail. Par exemple, tr&#232;s souvent, nous entendons des travailleuses dire : &#171; &lt;i&gt; Nous avons obtenu l'&#233;galit&#233;, nous avons tous les droits que les hommes ont, pourquoi se pr&#233;occuper du f&#233;minisme ?&lt;/i&gt; &#187; Derri&#232;re ces d&#233;clarations se cache pourtant la m&#234;me vieille histoire du travail invisible des femmes, sous-reconnu et faiblement r&#233;mun&#233;r&#233; : les femmes travaillent essentiellement dans des domaines mal r&#233;mun&#233;r&#233;s ; leurs salaires stagnent apr&#232;s le cong&#233; maternit&#233; ; la discrimination est omnipr&#233;sente envers les femmes avec de jeunes enfants lors de la recherche d'emploi (&#171; c'est une femme avec de jeunes enfants, ils tombent malades, elle sera constamment en cong&#233; pour s'en occuper, je ne peux pas g&#233;rer &#231;a &#187;) ; les femmes portent le fardeau du travail domestique, de garde des enfants et de soin aux personnes &#226;g&#233;es au sein du foyer, de la famille &#233;largie et du voisinage ; les retraites des femmes sont inf&#233;rieures &#224; celles des hommes en raison de l'&#233;cart salarial de genre persistant, les retraites &#233;tant calcul&#233;es sur la base de salaires plus bas per&#231;us tout au long de la carri&#232;re ; et bien entendu, le harc&#232;lement sexuel au travail est une exp&#233;rience genr&#233;e qui touche g&#233;n&#233;ralement les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, LevFem s'efforce d'agir comme l'agent politique qui introduit activement les questions du travail et la conscience de classe au sein du mouvement f&#233;ministe, et qui pousse la vision f&#233;ministe au sein du mouvement syndical. Alors que nos organisations syndicales agissent g&#233;n&#233;ralement comme des environnements ferm&#233;s, centr&#233;s uniquement sur leur programme sp&#233;cifique, nous avons r&#233;ussi &#224; &#233;tablir des liens et &#224; organiser ponctuellement des &#233;v&#233;nements et des initiatives communs avec certains syndicats plus progressistes ou plus f&#233;minis&#233;s, repr&#233;sentant des travailleuses et des travailleurs sociaux et publics, des infirmi&#232;res et du personnel m&#233;dical, et des travailleurs agricoles. Nous invitons souvent leurs repr&#233;sentant&#183;es &#224; prendre la parole lors de nos &#233;v&#233;nements, nous participons &#224; leurs manifestations, et ils ont partag&#233; certains de nos contenus et nous ont mis en contact avec des travailleuses et des travailleurs pour des entretiens. Pourtant, si nous constatons une sensibilit&#233; accrue aux perspectives f&#233;ministes chez certains membres de syndicats et parmi des travailleuses et des travailleurs, pour l'heure, les effets se situent principalement au niveau individuel. Nous reconnaissons, bien s&#251;r, qu'il s'agit d'un long processus qui requiert beaucoup de travail de construction de la confiance et d'engagement aux c&#244;t&#233;s des syndicats et des mouvements. Notre r&#234;ve est qu'un jour nous aurons en Bulgarie un grand mouvement f&#233;ministe de travailleuses et de travailleurs qui remette en cause le syst&#232;me capitaliste patriarcal. Mais la route est sem&#233;e d'emb&#251;ches si nous sommes s&#233;rieuses dans notre volont&#233; d'atteindre cet objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burcu Ayan : Votre rapport &#171; &lt;a href=&#034;https://levfem.org/who-cares-about-care/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Who Cares ? Feminised Care Labour and the Crisis of Social Reproduction in Post-Socialist Bulgaria&lt;/a&gt; &#187; [7] (&#171; Qui prend soin ? Le travail de care f&#233;minis&#233; et la crise de la reproduction sociale dans la Bulgarie postsocialiste &#187;) offre une analyse solide du travail de care r&#233;mun&#233;r&#233; dans le pays. Sur la base de ce travail, o&#249; voyez-vous aujourd'hui les principaux sites de lutte autour du care ? Et quelles mesures concr&#232;tes vous semblent n&#233;cessaires pour progresser vers un care public, accessible et digne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de ce dont nous venons de parler, notre rapport sur le secteur du care en Bulgarie, fond&#233; sur 40 entretiens avec des travailleuses du secteur, a &#233;t&#233; publi&#233; dans un vide de discours politique et public, et de prise de conscience, sur ce que nous consid&#233;rons comme des sujets absolument centraux pour le mouvement f&#233;ministe et le mouvement syndical : le travail de care et la reproduction sociale, leur d&#233;ficit et leurs conditions d&#233;plorables en Bulgarie. Tout d'abord, nous d&#233;finissons le secteur du care r&#233;mun&#233;r&#233; de mani&#232;re plut&#244;t large, en incluant les syst&#232;mes de reproduction sociale &#8211; les soins de sant&#233; pr&#233;cliniques, la petite enfance, l'enseignement primaire et les services sociaux. Tr&#232;s souvent, le travail de care est d&#233;fini, m&#234;me parmi les f&#233;ministes, comme l'acte de prendre soin physiquement de quelqu'un ; mais dans notre compr&#233;hension, le care doit &#234;tre appr&#233;hend&#233; &#224; travers le prisme de la reproduction sociale &#8211; les syst&#232;mes qui rendent la vie possible. Cette compr&#233;hension th&#233;orique est utile pour percevoir les connexions entre des secteurs en apparence tr&#232;s diff&#233;rents, mais elle rend &#233;galement tr&#232;s difficile la formulation de recommandations sp&#233;cifiques, car la situation dans le syst&#232;me de sant&#233; est diff&#233;rente de celle dans le syst&#232;me &#233;ducatif, et les soins aux personnes &#226;g&#233;es prennent de nombreuses formes formelles et informelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe n&#233;anmoins certains traits communs observables dans toutes les sph&#232;res du secteur du care en Bulgarie. Par exemple, toutes ces sph&#232;res ont une main-d'&#339;uvre tr&#232;s f&#233;minis&#233;e &#8211; et de surcro&#238;t, ce sont g&#233;n&#233;ralement des femmes plus &#226;g&#233;es (plus de 50 ans) qui trouvent principalement un emploi dans le domaine du care. Les jeunes choisissent rarement ces professions car les salaires y sont g&#233;n&#233;ralement tr&#232;s bas. De plus, de nombreuses travailleuses du care choisissent d'&#233;migrer vers l'Europe occidentale et m&#233;ridionale &#224; la recherche d'une meilleure r&#233;mun&#233;ration, o&#249; elles continuent g&#233;n&#233;ralement &#224; effectuer du travail de care et sont &#224; nouveau soumises &#224; des conditions de travail pr&#233;caires et &#224; des discriminations racialis&#233;es. Ces deux ph&#233;nom&#232;nes entra&#238;nent une p&#233;nurie massive de main-d'&#339;uvre en Bulgarie, qui cr&#233;e une pression suppl&#233;mentaire sur les travailleuses rest&#233;es dans le syst&#232;me et g&#233;n&#232;re un grave d&#233;ficit de care. En cons&#233;quence, les habitant&#183;es de Bulgarie ont de moins en moins acc&#232;s &#224; des soins d&#233;cents, tandis que les femmes travaillant dans le secteur n'ont pas, elles non plus, de conditions de travail d&#233;centes. Le manque d'acc&#232;s &#224; des soins publics d&#233;cents exerce une pression suppl&#233;mentaire sur les familles individuelles (et en particulier sur les femmes) pour qu'elles effectuent davantage de travail de care non r&#233;mun&#233;r&#233; &#224; domicile, tandis que des prestataires priv&#233;s sont &#233;galement invit&#233;s &#224; &#171; combler les lacunes &#187;, rendant ainsi l'acc&#232;s &#224; des soins d&#233;cents d&#233;pendant de la situation financi&#232;re des personnes qui en ont besoin. Ces probl&#232;mes ne sont pas propres &#224; la Bulgarie &#8211; de nombreux autres pays d'Europe orientale et des Balkans sont confront&#233;s &#224; des probl&#232;mes similaires, tandis que le d&#233;ficit de travailleuses et travailleurs du care est un ph&#233;nom&#232;ne mondial. Cependant, la Bulgarie est particuli&#232;re en ce qu'elle partage certains des vices des pays &#224; la fois du centre et de la p&#233;riph&#233;rie de l'&#233;conomie mondiale. En tant que pays p&#233;riph&#233;rique, elle envoie des travailleuses du care &#224; l'&#233;tranger. Pourtant, si elle a la population vieillissante d'un pays du centre, elle poss&#232;de &#233;galement un r&#233;gime de travail migrant particuli&#232;rement restrictif qui ne lui permet pas de combler le manque de travailleuses du care &#233;migr&#233;es par l'immigration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de cela, nous voyons deux autres d&#233;fis majeurs devant nous. Premi&#232;rement, il n'y a pas de compr&#233;hension collective du secteur du care, si ce n'est comme des &#171; professions humaines &#187; dans lesquelles l'abn&#233;gation ou m&#234;me le sacrifice de soi altruiste des femmes est consid&#233;r&#233; comme allant de soi. Tout aussi absente est une reconnaissance publique partag&#233;e du care comme droit humain et comme bien/int&#233;r&#234;t public. Par ailleurs, dans un discours de re-traditionnalisation qui a explos&#233; depuis la mobilisation conservatrice autour de la Convention d'Istanbul, les femmes sont consid&#233;r&#233;es comme poss&#233;dant des &#171; qualit&#233;s naturelles &#187; les rendant plus aptes &#224; fournir des soins. Ces notions ne sont pas que des pr&#233;jug&#233;s, mais ont un impact sur les conditions mat&#233;rielles du travail de care au travail comme &#224; la maison. Il en r&#233;sulte, premi&#232;rement, la f&#233;minisation des professions du care et un manque de travailleurs masculins ; deuxi&#232;mement, une r&#233;mun&#233;ration faible et un statut social bas, ainsi que de mauvaises conditions de travail dans ces secteurs ; et enfin, la r&#233;partition in&#233;gale du travail de care &#224; la maison, principalement effectu&#233; par les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe pas de solution miracle pour r&#233;soudre tous ces probl&#232;mes complexes, mais il faut commencer quelque part. Dans notre analyse, nous identifions un certain nombre de mesures &#224; prendre &#224; court, moyen et long terme pour parvenir &#224; des progr&#232;s sur cette situation complexe. Tout d'abord, il y a besoin d'une vaste campagne d'information qui sensibilise aux d&#233;fis auxquels font face les travailleuses et les travailleurs du care. Elle devrait porter sur les liens entre le travail de care f&#233;minin &#171; &lt;i&gt;naturalis&#233; &lt;/i&gt; &#187;, les mauvaises conditions de salaire et de travail dans le secteur, et le d&#233;ficit national de care, et formuler des revendications concr&#232;tes de r&#233;mun&#233;ration financi&#232;re et de reconnaissance publique du travail dans ce domaine. &#192; cette fin, l'une de nos unit&#233;s est d&#233;sormais engag&#233;e dans la pr&#233;sentation du rapport &#224; travers le pays et dans l'&#233;laboration de telles revendications avec des membres de groupes f&#233;ministes et de syndicats dans le secteur du care. Deuxi&#232;mement, il est imp&#233;ratif d'augmenter la r&#233;mun&#233;ration des travailleuses et travailleurs du care dans leur ensemble, mais aussi de r&#233;duire les diff&#233;rences entre les secteurs priv&#233; et public et les diff&#233;rences dans les hi&#233;rarchies d'emploi dans certains secteurs, notamment la sant&#233;. Nous trouvons inacceptable que les dirigeants votent des budgets qui subventionnent massivement la production militaire et la s&#233;curitisation, car c'est une voie directe vers l'aust&#233;rit&#233; dans tous les autres secteurs, y compris le secteur du care. Et sp&#233;cifiquement pour la Bulgarie, il y a besoin d'une r&#233;forme fiscale, car nous avons souffert d'une politique d'imp&#244;t forfaitaire pendant une bonne partie de deux d&#233;cennies. Nous avons besoin d'une fiscalit&#233; progressive qui mette le fardeau fiscal sur les &#233;paules des entreprises et des &#233;lites &#233;conomiques plut&#244;t que des travailleurs pauvres, comme c'est le cas actuellement. Ainsi, une initiative f&#233;ministe qui veut promouvoir le care comme la base qui rend la soci&#233;t&#233; possible doit &#233;galement s'engager dans des revendications politiques pour une &#233;conomie qui, au moins, mette le capitalisme militaris&#233; en &#233;chec (et le d&#233;mant&#232;le enti&#232;rement &#224; terme, bien entendu). Troisi&#232;mement, il y a &#233;galement besoin de politiques efficaces, &#233;labor&#233;es en concertation avec les personnes travaillant dans le secteur et leurs associations repr&#233;sentatives, visant &#224; lutter contre la discrimination fond&#233;e sur le genre, l'&#226;ge, l'appartenance ethnique, etc. Enfin, dans notre analyse, au niveau international, il y a besoin d'une taxe de solidarit&#233; sur le care, pay&#233;e par les pays plus riches qui attirent les travailleuses du care des pays plus pauvres comme la Bulgarie, qui envoient des travailleuses du care en migration et connaissent un grave d&#233;ficit de care. Nous devons combler le d&#233;ficit de travail de care. Nous aimerions voir une telle campagne se d&#233;velopper d'abord au sein de l'Union europ&#233;enne, o&#249; les syndicats, les ONG et les politicien&#183;nes bulgares ont la possibilit&#233; de faire de cette question un enjeu central de leurs efforts de mobilisation et de lobbying. Cependant, si elle r&#233;ussit au niveau europ&#233;en, une telle campagne devrait &#233;galement passer &#224; l'&#233;chelle mondiale, dans le cadre d'une lutte plus large pour la r&#233;paration dans le capitalisme colonial : nous voyons grand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burcu Ayan : Lorsque vous pensez &#224; l'organisation f&#233;ministe dans les Balkans, quels d&#233;fis et possibilit&#233;s communs vous viennent &#224; l'esprit ? Et comment imaginez-vous la solidarit&#233; et la collaboration entre les mouvements dans des pays voisins comme la Bulgarie, la Turquie et la Gr&#232;ce, qui font souvent face &#224; des r&#233;actions politiques et sociales similaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Balkans constituent un endroit tr&#232;s particulier avec 12 pays (selon la fa&#231;on dont on les compte), au moins 4 groupes linguistiques diff&#233;rents, et diverses communaut&#233;s ethniques et religieuses r&#233;parties sur un tr&#232;s petit territoire. Nous ne partageons m&#234;me pas de langue commune comme le font, par exemple, les Latino-Am&#233;ricains, et la coordination et l'organisation entre nous doivent se faire en anglais. En m&#234;me temps, nous avons des pays avec des pass&#233;s politiques tr&#232;s diff&#233;rents : des projets imp&#233;riaux, des luttes anti-imp&#233;rialistes, d'anciens pays du bloc de l'Est avec des exp&#233;riences diverses du socialisme, d'anciens pays du bloc de l'Ouest, des dictatures militaires et des coups d'&#201;tat, des g&#233;nocides, des guerres et des nettoyages ethniques entre voisins, et plus r&#233;cemment des divisions selon les lignes de l'adh&#233;sion &#224; l'OTAN et &#224; l'UE. Tous les 200 km, on trouve des squelettes enfouis issus de conflits violents pass&#233;s, ce qui rend l'organisation politique incroyablement difficile et les sentiments nationalistes tr&#232;s r&#233;pandus. Cela dit, nous pouvons clairement constater que nous faisons face &#224; des menaces tr&#232;s similaires &#8211; des vagues conservatrices qui copient pratiquement les m&#234;mes discours anti-genre, de la Croatie &#224; la Bulgarie en passant par la Turquie ; des gouvernements de plus en plus droitiers, voire autoritaires ; une violence d'&#201;tat accrue aux fronti&#232;res pour contrer la migration ; des structures capitalistes oligarchiques profond&#233;ment enracin&#233;es et corrompues capturant les &#201;tats [8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Balkans sont &#233;galement un endroit qui a produit de puissantes vagues de mobilisation ces derni&#232;res ann&#233;es &#8211; les &lt;a href=&#034;https://dversia.net/8284/a-conversation-about-the-protests-in-serbia/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;tudiant&#183;es serbes et leur mouvement&lt;/a&gt; ; les manifestations anticorruption en Roumanie et en Bulgarie ; les gr&#232;ves des agriculteurs grecs ; les manifestations turques contre Erdo&#287;an, ainsi que les mobilisations de travailleuses et de f&#233;ministes autour du retrait du pays de la Convention d'Istanbul ; la campagne slov&#232;ne (et paneurop&#233;enne) &#171; &lt;i&gt;Mon corps, mon choix&lt;/i&gt; &#187; qui a d&#233;ferl&#233; sur l'Europe. Il y a eu par le pass&#233; des initiatives cherchant &#224; relier les luttes auxquelles nous faisons face, notamment la campagne de solidarit&#233; avec les migrants sur la route des Balkans, active depuis une dizaine d'ann&#233;es, et plus r&#233;cemment le r&#233;seau f&#233;ministe EAST (&lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/EASTEssentialStruggles/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Essential Autonomous Struggles&lt;/a&gt; Transnational) [9]. EAST est un projet auquel LevFem a &#233;t&#233; fortement impliqu&#233;e comme l'un des collectifs coordinateurs. Il s'agissait d'une tentative de connecter des organisations f&#233;ministes, syndicales et de d&#233;fense des migrants d'Europe de l'Est et au-del&#224;, dans la p&#233;riode qui a imm&#233;diatement suivi la pand&#233;mie de Covid-19, afin que nous disposions d'un espace d'&#233;change sur les luttes dans le secteur de la reproduction sociale auxquelles nous faisons face. C'&#233;tait une infrastructure commune gr&#226;ce &#224; laquelle nous avons pu mieux comprendre ce qui se passait dans diff&#233;rents pays de la r&#233;gion, t&#233;moigner notre solidarit&#233; mutuelle, et apprendre des exp&#233;riences strat&#233;giques des unes et des autres. Malheureusement, le r&#233;seau n'est plus actif, mais ce type d'espace de coordination et d'&#233;change commun est clairement n&#233;cessaire dans notre r&#233;gion. Nous devrions donc probablement commencer par l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, au cours des trente derni&#232;res ann&#233;es, au moins dans de nombreux pays postcommunistes, nous avons &#233;t&#233; convaincues que nous devions &#171; &lt;i&gt;rattraper&lt;/i&gt; &#187; l'Occident et &#234;tre davantage (de l'Ouest) europ&#233;ennes pour avoir une vie d&#233;cente. Cependant, les manifestations actuelles en Bulgarie montrent un changement dans cette notion. Bien que les appels &#224; faire de la Bulgarie un &#171; &lt;i&gt; pays europ&#233;en digne&lt;/i&gt; &#187; soient populaires parmi de nombreux manifestant&#183;es, il y a quelque chose de plus profond. Par exemple, nous voyons comment les manifestations sont d&#233;crites comme des manifestations de la &#171; &lt;i&gt;g&#233;n&#233;ration Z&lt;/i&gt; &#187;. Si cette description est elle-m&#234;me hautement probl&#233;matique et pas du tout repr&#233;sentative de ce qui se passe dans les rues (o&#249; la g&#233;n&#233;ration Z n'est certainement pas le groupe le plus nombreux parmi les manifestant&#183;es), c'est une tentative de cr&#233;er et de mobiliser une identit&#233; collective qui d&#233;passe le national et l'europ&#233;en, et lie la Bulgarie &#224; une vague mondiale de protestations parmi les jeunes &#8211; principalement dans le Sud global. Nous pensons que ce changement dans l'imaginaire collectif pourrait &#234;tre productif pour la r&#233;gion dans son ensemble. Peut-&#234;tre pouvons-nous commencer &#224; penser &#224; des identit&#233;s qui d&#233;passent le national et l'(blanc-)europ&#233;en, et qui nous rattachent non pas tant aux h&#233;g&#233;mons et aux puissants, mais plut&#244;t aux luttes des autres &#171; &lt;i&gt;damn&#233;s de la terre &lt;/i&gt; &#187; &#8211; de la m&#234;me fa&#231;on que l'Union sovi&#233;tique soutenait les luttes anti-imp&#233;rialistes et anticoloniales dans le monde. Peut-&#234;tre qu'une voie plus productive pourrait consister &#224; construire une identit&#233; balkanique collective ancr&#233;e dans notre exp&#233;rience des complexit&#233;s et des traumatismes historiques, mais qui va au-del&#224; du pass&#233; et cherche des connexions avec d'autres parias du monde dont nous pouvons partager la douleur et avec qui nous pouvons lutter ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burcu Ayan : En regardant vers l'avenir, quelles sont les principales priorit&#233;s de LevFem ? Sur quels types d'efforts politiques et organisationnels esp&#233;rez-vous vous concentrer dans la p&#233;riode &#224; venir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous souhaitons continuer &#224; d&#233;velopper notre travail sur l'&#233;conomie du care et mener si possible une campagne pour de meilleures conditions dans les secteurs du care autour du 8 mars, en esp&#233;rant une coordination avec une coalition plus large d'organisations. Le 8 mars est g&#233;n&#233;ralement une petite manifestation &#224; Sofia men&#233;e par des militant&#183;es urbains &#8211; c'est un bon point de d&#233;part, mais il faut que ce soit bien, bien plus grand, avec des femmes de tous horizons (travailleuses du care, employ&#233;es de bureau, travailleuses ind&#233;pendantes, femmes pauvres, etc.) rejoignant la marche et exigeant le d&#233;mant&#232;lement des syst&#232;mes oppressifs patriarcaux, capitalistes et racistes. Nous n'avons pas d'exp&#233;rience avec des campagnes plus grandes et plus reconnues, ce qui rendra la t&#226;che &#224; la fois difficile et stimulante. Nous souhaitons &#233;galement d&#233;velopper notre capacit&#233; &#224; lutter contre le mouvement anti-f&#233;ministe et anti-genre : il a toujours constitu&#233; l'une de nos priorit&#233;s, mais nous avons surtout eu une approche r&#233;active &#8211; les conservateurs nous attaquent et nous r&#233;pondons. Nous devons &#233;galement r&#233;fl&#233;chir &#224; des strat&#233;gies proactives, et une partie d'une strat&#233;gie proactive doit inclure l'&#233;ducation politique qui nous permet d'&#233;largir notre base et de convaincre davantage de personnes auparavant non politiquement actives de rejoindre le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LevFem est un collectif f&#233;ministe socialiste et antiraciste bulgare fond&#233; en 2018. L'entretien a &#233;t&#233; conduit par Burcu Ayan, chercheuse f&#233;ministe et militante turque, contributrice &#224; &#199;atlakzemin.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.redthreads.media/p/care-is-the-basis-that-makes-life&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.redthreads.media/p/care-is-the-basis-that-makes-life&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit de l'anglais et notes pour ESSF par Adam Novak&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78334&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78334&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Convention du Conseil de l'Europe sur la pr&#233;vention et la lutte contre la violence &#224; l'&#233;gard des femmes et la violence domestique, dite &#171; Convention d'Istanbul &#187;. Sur les campagnes anti-genre en Europe de l'Est ayant cibl&#233; cette convention, voir sur ESSF :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://europe-solidaire.org/spip.php?article61034&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://europe-solidaire.org/spip.php?article61034&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Mieke Verloo et coll., &#171; Continuity in Rupture &#187;, IWM Junior Visiting Fellows' Conferences, Vol. XXXIII. Disponible &#224; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.iwm.at/publications/5-junior-visiting-fellows-conferences/vol-xxxiii/continuity-in-rupture&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.iwm.at/publications/5-junior-visiting-fellows-conferences/vol-xxxiii/continuity-in-rupture&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Sur les th&#233;ories de la reproduction sociale f&#233;ministe et leur port&#233;e strat&#233;gique, voir sur ESSF : Fanny Gallot, &#171; La r&#233;volution f&#233;ministe &#187;,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article55715&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article55715&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] Sur la contribution des femmes bulgares au mouvement f&#233;ministe international durant la p&#233;riode socialiste, voir sur ESSF : &#171; Les &#171; grands-m&#232;res rouges &#187; du mouvement international des femmes &#187;,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://europe-solidaire.org/spip.php?article58967&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://europe-solidaire.org/spip.php?article58967&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] Le Parti socialiste bulgare (PSB, en anglais Bulgarian Socialist Party, BSP) est le principal parti de gauche bulgare, h&#233;ritier du Parti communiste bulgare. Depuis 2016, il a adopt&#233; une ligne tr&#232;s conservatrice, s'&#233;tant notamment oppos&#233; &#224; la ratification de la Convention d'Istanbul. Il recueille actuellement entre 5 et 7% des intentions de vote.&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] SMER (Direction &#8211; Social-d&#233;mocratie) est un parti slovaque fond&#233; par Robert Fico, qui gouverne la Slovaquie. Malgr&#233; son &#233;tiquette social-d&#233;mocrate, il a adopt&#233; des positions nationalistes et conservatrices, notamment en mati&#232;re de droits LGBTQI+ et de politique migratoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
[7] LevFem, &#171; Who Cares ? Feminised Care Labour and the Crisis of Social Reproduction in Post-Socialist Bulgaria &#187; (2025). Fond&#233; sur 40 entretiens avec des travailleuses du secteur du care, ce rapport analyse les conditions du travail de care r&#233;mun&#233;r&#233; en Bulgarie. Disponible &#224; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://levfem.org/who-cares-about-care/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://levfem.org/who-cares-about-care/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[8] Sur les mouvements f&#233;ministes dans les Balkans face aux violences et &#224; la mont&#233;e du conservatisme, voir sur ESSF : &#171; Dans les Balkans, la parole contre les violences sexuelles se lib&#232;re &#187;,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article56908&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article56908&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[9] EAST (Essential Autonomous Struggles Transnational, Luttes autonomes essentielles &#8211; transnational) est un r&#233;seau reliant des organisations f&#233;ministes, syndicales et de d&#233;fense des migrants d'Europe de l'Est et au-del&#224;, actif notamment dans la p&#233;riode post-Covid-19 autour des crises de la reproduction sociale dans la r&#233;gion. Page Facebook :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/EASTEssentialStruggles/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.facebook.com/EASTEssentialStruggles/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Banja Luka, Belgrade, Budapest, Tirana, un vent de col&#232;re au c&#339;ur de l'hiver</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Banja-Luka-Belgrade-Budapest-Tirana-un-vent-de-colere-au-coeur-de-l-hiver-38103</link>
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		<dc:date>2019-03-05T07:44:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Corentin Leotard</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Hongrie</dc:subject>
		<dc:subject>Albanie</dc:subject>
		<dc:subject>Bulgarie</dc:subject>
		<dc:subject>Serbie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-03-05</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est un v&#233;ritable hiver que nous r&#233;serve ce d&#233;but d'ann&#233;e 2019. Il neige, et les temp&#233;ratures sont tomb&#233;es bien en-dessous de z&#233;ro. Pourtant, malgr&#233; la bise glaciale, les citoyens se rassemblent, d&#233;filent et contestent des pouvoirs honnis, &#224; Banja Luka, Belgrade comme &#224; Budapest ou Tirana. &#201;ditorial commun au Courrier des Balkans et au Courrier d'Europe centrale. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Banja Luka, c'est pour demander &#171; justice et v&#233;rit&#233; &#187; pour un jeune homme assassin&#233; la nuit du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Albanie-+" rel="tag"&gt;Albanie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Bulgarie-+" rel="tag"&gt;Bulgarie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Serbie-+" rel="tag"&gt;Serbie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-03-05-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-03-05&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton38103-6296a.jpg?1781210792' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est un v&#233;ritable hiver que nous r&#233;serve ce d&#233;but d'ann&#233;e 2019. Il neige, et les temp&#233;ratures sont tomb&#233;es bien en-dessous de z&#233;ro. Pourtant, malgr&#233; la bise glaciale, les citoyens se rassemblent, d&#233;filent et contestent des pouvoirs honnis, &#224; Banja Luka, Belgrade comme &#224; Budapest ou Tirana. &#201;ditorial commun au Courrier des Balkans et au Courrier d'Europe centrale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/edition/chroniques-deurope-centrale/article/190119/banja-luka-belgrade-budapest-tirana-un-vent-de-colere-au-coeur-de-l-hive&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Banja Luka, c'est pour demander &#171; justice et v&#233;rit&#233; &#187; pour un jeune homme assassin&#233; la nuit du 17 au 18 mars de l'an pass&#233;, David Dragi&#269;evi&#263;, que des milliers de personnes d&#233;fient le r&#233;gime autoritaire, autocratique et corrompu de Milorad Dodik. Depuis la fin du mois de d&#233;cembre, les autorit&#233;s de la Republika Srpska ont interdit tous les rassemblements, interpell&#233; des dizaines de personnes et envoy&#233; les unit&#233;s sp&#233;ciales de la police d&#233;loger ceux qui continuaient &#224; vouloir d&#233;poser des bougies dans la neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ambiance actuelle ressemble tragiquement &#224; celle qui pr&#233;valait &#224; Banja Luka en 1992 &#187;, note le journaliste Dragan Bursa&#263;. &#171; Sauf qu'&#224; l'&#233;poque, la police serbe traquait les non-Serbes, et maintenant, puisque ces derniers ont presque disparu de Banja Luka, elle s'acharne sur les Serbes &#187;. Ancien &#171; mod&#233;r&#233; &#187; longtemps soutenu par les Occidentaux, Milorad Dodik serait devenu un &#171; ultranationaliste &#187;. Mais ces mots-l&#224; ont-ils encore un sens ? La seule r&#233;alit&#233; qui int&#233;resse Dodik, c'est le pouvoir. Le pouvoir absolu, pour lequel il serait pr&#234;t &#224; sacrifier le peuple serbe tout entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Belgrade, c'est pour dire &#171; non aux chemises ensanglant&#233;es &#187;, non au tabassage d'un opposant par des nervis du r&#233;gime que les &lt;a href=&#034;https://courrierdeuropecentrale.fr/serbie-la-mobilisation-anti-vucic-samplifie-de-ville-en-ville/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;manifestations ont commenc&#233; le 8 d&#233;cembre&lt;/a&gt;. Depuis, chaque samedi, des dizaines de milliers de personnes se rassemblent pour dire qu'elles ne veulent plus du r&#233;gime autoritaire, manipulateur et liberticide d'Aleksandar Vu&#269;i&#263;. Pourtant d&#233;plore le sociologue Jovo Baki&#263;, &#171; les Occidentaux soutiennent Vu&#269;i&#263; comme ils ont soutenu Milo&#353;evi&#263; en 1996 &#187;. En effet, ils veulent voir en lui non seulement le garant de la &#171; stabilit&#233; r&#233;gionale &#187;, mais aussi l'homme qui pourrait enfin &#171; r&#233;gler &#187; la question du Kosovo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre Vu&#269;i&#263; et son r&#233;gime, il y a des partis de gauche, du centre, de droite et d'extr&#234;me droite, mais surtout beaucoup de citoyens qui n'accordent plus aucune confiance aux partis politiques, quels qu'ils soient. Non seulement ces mouvements sont souvent corrompus, mais le discours post-politique de Vu&#269;i&#263;, l'ancien ministre de Milo&#353;evi&#263; qui proposait de tuer &#171; 100 musulmans pour un Serbe &#187;, devenu chantre de l'int&#233;gration europ&#233;enne, a fait perdre toute r&#233;alit&#233; aux mots et aux concepts. La gauche, la droite, le nationalisme, les valeurs fondamentales de l'&#201;tat de droit ? Tout cela a disparu, emport&#233; par la rh&#233;torique du nouveau ma&#238;tre de Belgrade. La premi&#232;re ministre Ana Brnabi&#263; veille au grain : c'est elle qui est charg&#233;e d'appliquer les mesures ultra-lib&#233;rales qui doivent achever de transformer la Serbie en un petit atelier de fa&#231;onnage et de sous-traitance, en p&#233;riph&#233;rie proche de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contre un avenir p&#233;riph&#233;ris&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi cela, cet avenir &#233;conomique et social &#224; jamais p&#233;riph&#233;ris&#233; que refusent les Serbes comme les Bosniens, comme d'ailleurs tous les citoyens des Balkans. Depuis le mouvement des pl&#233;nums en Bosnie-Herz&#233;govine en 2014, jusqu'&#224; l'inaboutie &#171; r&#233;volution des couleurs &#187; de Mac&#233;doine en 2016, c'est la m&#234;me aspiration profonde qui s'exprimer : nous ne voulons pas partir, nous voulons vivre et travailler dans notre pays, d&#233;cemment. Pourtant, l'exode s'impose, encore et toujours, vidant tous les pays des Balkans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi contre cette r&#233;alit&#233; injuste que se sont r&#233;volt&#233;s les &#233;tudiants albanais en d&#233;cembre, d&#233;non&#231;ant les logiques lib&#233;rales et les Partenariats-Public-Priv&#233; promus comme une panac&#233;e universelle par le gouvernement &#171; social-d&#233;mocrate &#187; d'Edi Rama. Les ressortissants d'Albanie forment depuis quelques ann&#233;es la premi&#232;re nationalit&#233; parmi les demandeurs d'asile en France. Le pays pourtant est en paix, mais c'est cette violence radicale du lib&#233;ralisme tel qu'il se pratique dans la p&#233;riph&#233;rie europ&#233;enne qui pousse toute la jeunesse d'un pays &#224; s'enfuir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les citoyens d'Albanie, de Bosnie-Herz&#233;govine, du Kosovo ou de Serbie r&#234;vent bien s&#251;r d'aller en Europe occidentale, mais beaucoup s'arr&#234;tent dans les pays de la p&#233;riph&#233;rie europ&#233;enne, en Hongrie, en Slovaquie ou en Tch&#233;quie&#8230; &#192; Budapest, par un beau paradoxe, c'est une &lt;a href=&#034;https://courrierdeuropecentrale.fr/hongrie-nouveau-coup-de-boutoir-du-fidesz-contre-le-droit-du-travail/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;loi ultra-lib&#233;rale&lt;/a&gt; du r&#233;gime soi-disant &#171; illib&#233;ral &#187; de Viktor Orb&#225;n qui a d&#233;clench&#233; un mouvement de contestation &#224; la mi-d&#233;cembre. Pr&#233;voyant de flexibiliser le recours aux heures suppl&#233;mentaires pour la plus grande joie du patronat allemand, la &#171; loi esclavagiste &#187; agr&#232;ge d&#233;sormais contre elle partis politiques comme syndicats, et plus largement tous ceux qui s'opposent &#224; un pouvoir despotique qui a phagocyt&#233; l'appareil d'&#201;tat, l&#233;galis&#233; la corruption, qui gouverne par l'intimidation et attise la haine contre les groupes sociaux vuln&#233;rables (les r&#233;fugi&#233;s, les sans-abri). Et comme &#224; Belgrade, les m&#233;dias publics sont mis au pas par un pouvoir autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que la Hongrie a ouvert la voie dans la r&#233;gion, et essaime aujourd'hui ailleurs en Europe centrale. Les cl&#233;ricaux-conservateurs polonais du parti Droit et Justice, dans le collimateur de Bruxelles pour atteinte &#224; l'ind&#233;pendance de la Justice et plus largement &#224; l'&#201;tat de droit, sont emmen&#233;s par un Jaros&#322;aw Kaczy&#324;ski qui trouve l'inspiration en Viktor Orb&#225;n. La tentation autoritaire se fait aussi sentir chez le voisin slovaque. &lt;a href=&#034;https://courrierdeuropecentrale.fr/slovaquie-ce-que-on-sait-de-assassinat-de-jan-kuciak/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#8216;assassinat en f&#233;vrier 2018 du journaliste J&#225;n Kuciak&lt;/a&gt; a jet&#233; une lumi&#232;re crue sur la corruption qui gangr&#232;ne l'&#201;tat slovaque, pourtant consid&#233;r&#233; comme le &#171; bon &#233;l&#232;ve &#187; de l'Europe centrale. D&#233;boulonn&#233; par la rue, l'homme fort du pays depuis une d&#233;cennie, le pr&#233;tendument social-d&#233;mocrate Robert Fico, continue pourtant &#224; tirer les ficelles en coulisses. Particuli&#232;rement v&#233;h&#233;mentes &#224; Bratislava tout au long de l'ann&#233;e pass&#233;e, les jeunes g&#233;n&#233;rations sont d&#233;sormais aux premi&#232;res loges de l'exigence d&#233;mocratique et sociale dans la r&#233;gion. Comme &#224; Varsovie, Prague et Budapest, le message qu'elles d&#233;livrent est on ne peut plus explicite : soit on leur donne voix au chapitre, soit elles rejoignent la cohorte de centaines de milliers de leurs a&#238;n&#233;s, qui ont &#233;migr&#233; vers l'Europe du Nord et de l'Ouest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'avenir de l'Europe se joue dans ses marges&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;a href=&#034;http://courrierdesbalkans.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Courrier des Balkans&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://courrierdeuropecentrale.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Courrier d'Europe centrale&lt;/a&gt; ont d&#233;cid&#233; de se rapprocher, pour mieux vous informer de cette effervescence qui gagne la p&#233;riph&#233;rie europ&#233;enne, mais le rapprochement n'est pas que d'occasion. Les pays dans lesquels nous travaillons, qu'ils soient d&#233;j&#224; membre de l'UE ou seulement encore candidats, ont en effet en commun d'appartenir &#224; une p&#233;riph&#233;rie marginalis&#233;e, une p&#233;riph&#233;rie qui n'aurait pas d'autre destin que d'&#234;tre une banlieue manufacturi&#232;re de l'Europe &#171; riche &#187;, voire un simple r&#233;servoir de main d'&#339;uvre, tout en devant aussi une fonction de gardes des fronti&#232;res, face aux exil&#233;s qui arrivent de plus loin, d'Afrique, du Proche ou du Moyen Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rapprochement entre nos deux Courriers est donc la r&#233;ponse &#233;ditoriale &#224; une convergence politique profonde. Les deux sites d'information vont mettre en commun leurs forces pour am&#233;liorer leur offre aupr&#232;s de leurs abonn&#233;s, &#224; travers le d&#233;veloppement de nouveaux sites Internet &#224; l'horizon de fin 2019 ou d&#233;but 2020, mais &#233;galement en multipliant des initiatives &#233;ditoriales communes (enqu&#234;tes, reportages, analyses).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous partageons en effet une conviction, celle que l'avenir de l'Europe se joue dans ses marges, dans cette p&#233;riph&#233;rie d'o&#249; peut rejaillir l'hydre du nationalisme guerrier, mais o&#249; peuvent na&#238;tre aussi des alternatives nouvelles et citoyennes que nul n'est encore capable d'imaginer. L'Europe, et c'est peut-&#234;tre bien cela la singularit&#233; de son destin depuis quelques si&#232;cles, n'a pas d'autre choix que de se r&#233;inventer ou de p&#233;rir. Si nous vivons cette &#233;trange p&#233;riode de &#171; transition &#187;, ce &#171; clair-obscur o&#249; surgissent les monstres &#187; dont parlait Gramsci, nous croyons aussi, avec H&#246;lderlin, que &#171; l&#224; est le danger, l&#224; est aussi ce qui sauve &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les Inaudibles de Bulgarie l&#232;vent la voix</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-Inaudibles-de-Bulgarie-levent-la-voix</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Les-Inaudibles-de-Bulgarie-levent-la-voix</guid>
		<dc:date>2013-11-26T09:06:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Albena Dimitrova</dc:creator>


		<dc:subject>Bulgarie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2013-11-26</dc:subject>
		<dc:subject>R&#244;les des luttes &#233;tudiantes dans la remont&#233;e des mobilisations</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le mouvement contestataire enclench&#233; et maintenu sans rel&#226;che depuis 160 jours embrase la capitale de Bulgarie (lire Les inaudibles de Bulgarie : http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/250713/les-inaudibles-de-bulgarie). Apr&#232;s les &#233;tudiants, les syndicats rejoignent &#233;galement le mouvement des insurg&#233;s. La Conf&#233;d&#233;ration des syndicats ind&#233;pendants de Bulgarie (KNSB) vient de sonner l'appel pour une manifestation g&#233;n&#233;rale. &lt;br class='autobr' /&gt; Sofia trouve la retentissante puissance (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Roles-des-luttes-etudiantes-dans-la-remontee-des-mobilisations-+" rel="tag"&gt;R&#244;les des luttes &#233;tudiantes dans la remont&#233;e des mobilisations&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH75/arton15951-8de60.png?1781060467' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le mouvement contestataire enclench&#233; et maintenu sans rel&#226;che depuis 160 jours embrase la capitale de Bulgarie (lire Les inaudibles de Bulgarie : &lt;a href=&#034;http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/250713/les-inaudibles-de-bulgarie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/250713/les-inaudibles-de-bulgarie&lt;/a&gt;). Apr&#232;s les &#233;tudiants, les syndicats rejoignent &#233;galement le mouvement des insurg&#233;s. La Conf&#233;d&#233;ration des syndicats ind&#233;pendants de Bulgarie (KNSB) vient de sonner l'appel pour une manifestation g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Sofia trouve la retentissante puissance des forces citoyennes unies. Les visages des mineurs et des ouvriers, des intellectuels et de la jeunesse universitaire se m&#234;lent et d&#233;filent unanimes contre le gouvernement Orecharski, contre l'usurpation des pouvoirs politiques par la mafia et l'oligarchie. Ils rejettent les tentatives des partis politiques, de l'opposition comme ceux au pouvoir, d'exploiter leur r&#233;volte citoyenne &#224; des fins &#233;lectorales. Les manifestants se rassemblent pour une morale de la vie politique, pour une justice effective et pour une nouvelle loi &#233;lectorale qui assurerait une meilleure repr&#233;sentativit&#233; parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;volte des &#233;tudiants &#8211; les L&#232;ves t&#244;t&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudiants du pays qui s'unissent sous le nom &#171; Les L&#232;ves-t&#244;t &#187; occupent les principales universit&#233;s de Sofia et des grandes villes du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des L&#232;ves-t&#244;t prend de l'ampleur en quelques semaines seulement et ceci malgr&#233; les intimidations polici&#232;res exerc&#233;es sur des jeunes. Leurs domiciles ont &#233;t&#233; visit&#233;s par des policiers en civil, des renforts policiers ont &#233;t&#233; mobilis&#233;s, des agents de s&#233;curit&#233; des quatre coins du pays ont &#233;t&#233; conduits d'urgence vers la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir politique actuel craint fortement le mouvement &#233;tudiant qui est ouvertement soutenu par les professeurs des universit&#233;s et par la majorit&#233; de la population du pays. &#171; Nous ne pouvons que leur adresser notre plus sinc&#232;re soutien et profond respect. Nous sommes reconnaissants et fiers de cette jeunesse qui ne d&#233;serte pas et qui bat le pav&#233; pour nous tous aujourd'hui &#187;. Un grand nombre de professeurs des universit&#233;s sont signataires de la lettre ouverte adress&#233;e au Premier Ministre. &#192; l'initiative des L&#232;ves t&#244;t, des cours magistraux sur des th&#232;mes comme la d&#233;mocratie, la justice sociale et les enjeux politiques du pays et de l'Europe ont lieu &#224; l'int&#233;rieur des facult&#233;s occup&#233;es. Ces cours et s&#233;minaires sont dispens&#233;s gracieusement par les professeurs et sont massivement suivis par les &#233;tudiants en mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations pacifiques des &#233;tudiants et la solidarit&#233; autour de leur mouvement (plus de 70% de la population) ont pouss&#233; le chef du gouvernement &#224; brandir publiquement des menaces de poursuites et de licenciements pour faute contre des fonctionnaires qui auraient particip&#233; &#224; des manifestations. Le toll&#233; contre cette intervention publique a &#233;t&#233; suivi du d&#233;p&#244;t au bureau du Procureur G&#233;n&#233;ral d'une plainte contre l'actuel Premier Ministre pour agissements anticonstitutionnels et contraires &#224; la loi pour la libert&#233; d'expression et la libert&#233; de manifester&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Opinion sur ordre et financement des partis politiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espoir du gouvernement que le mouvement contestataire s'essoufflerait durant les mois d'&#233;t&#233; a &#233;t&#233; vain et le premier ministre Orecharski a d&#251; chercher des moyens de plus en plus douteux pour justifier son refus d'entendre l'appel de la population. Apr&#232;s ses menaces de poursuite contre des employ&#233;s de la fonction publique, l'incoh&#233;rence d'Orecharski a &#233;t&#233; de descendre lui-m&#234;me dans la rue et de rejoindre une &#171; contre-manifestation &#187; orchestr&#233;e et ordonn&#233;e par lui-m&#234;me. Il a d&#233;fil&#233; en soutien de lui-m&#234;me avec une banderole &#171; Oui au Gouvernement d'Orecharski &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il a tent&#233; de dresser des populations les unes contre les autres en suivant l'exemple de son homologue turc et en finan&#231;ant des &#8220; contre-manifestations &#8221;. Il exploite la pauvret&#233; et la mis&#232;re dans certaines couches sociales et r&#233;gions du pays &#187;, commente un jeune qui avait fait l'objet de pressions polici&#232;res. Des cars entiers et des trains sp&#233;cialement affr&#233;t&#233;s ont transport&#233; samedi dernier quelques dizaines de milliers de personnes dont certaines ignoraient m&#234;me pourquoi elles &#233;taient ici. Lorsqu'on posait des questions &#224; ces personnes, &#171; pourquoi &#234;tes-vous venus ici, qui soutenez- vous ? &#187;, les r&#233;ponses ont &#233;t&#233; pour le moins &#233;tonnantes, &#171; on doit soutenir le Gouvernement ; on nous a dit de venir ; on ne sait pas trop mais le maire du village nous a dit que c'&#233;tait un voyage tout frais pay&#233;s, nous, on n'a pas souvent l'occasion de venir dans la capitale... &#187; Ces vieilles m&#233;thodes &#171; d'opinion sur ordre &#187; n'ont visiblement pas effray&#233; les organisateurs qui agissaient avec le feu vert du Gouvernement et avec un financement assur&#233; par les trois partis politiques au pouvoir, Parti Socialiste et coalitions (KZB), Party des Minorit&#233;s Turques (DPS) et le Parti Nationaliste (Ataka).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le financement de ces op&#233;rations a pos&#233; la question de l'utilisation des fonds publics attribu&#233;s aux partis politiques. Le contribuable bulgare exige le d&#233;compte exact du co&#251;t des transports et des &#233;ventuelles r&#233;mun&#233;rations per&#231;ues pour le d&#233;placement de la population le 16 novembre dernier &#224; Sofia. &#171; Cette mascarade de manifestation avait pour but uniquement de nous dresser les uns contre les autres, de diviser le pays et de paralyser nos mouvements spontan&#233;s de r&#233;volte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi en France l'&#233;cho de la r&#233;volte de Sofia ne trouve pas de r&#233;sonances ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Gouvernement d'Orecharski qui se maintient en place en ignorant ou en essayant de discr&#233;diter les protestations quotidiennes de la population ne devrait plus pouvoir b&#233;n&#233;ficier du silence de la part des m&#233;dias europ&#233;ens. Ce silence vient d'&#234;tre bris&#233; et personne en Europe ne peut ignorer ind&#233;finiment un mouvement d'&#233;tudiants europ&#233;ens. La BBC4 transmet en continu les &#233;v&#233;nements de Sofia, la Deutsche Welle &#233;galement, les r&#233;seaux sociaux fonctionnent de la m&#234;me mani&#232;re que pendant le printemps arabe. Au niveau du Parlement Europ&#233;en, Daniel Cohn-Bendit a &#233;t&#233; le premier d&#233;put&#233; europ&#233;en &#224; soutenir ouvertement la r&#233;volte des &#233;tudiants bulgares. Et pourtant en France les m&#233;dias de grande &#233;coute restent encore silencieux, rares sont les correspondants fran&#231;ais sur place, rares sont les articles &#233;crits. Est-ce que les Fran&#231;ais ne s'y int&#233;ressent pas ? Est-ce qu'un mouvement pacifique qui se poursuit depuis plus de cinq mois et qui revendique une politique morale et un nouveau syst&#232;me &#233;lectoral n'est pas un sujet assez int&#233;ressant pour des grands m&#233;dias fran&#231;ais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question pourrait &#234;tre adress&#233;e &#233;galement aux responsables politiques. Le seul parti politique fran&#231;ais qui a pris une position officielle pour les prochaines &#233;lections europ&#233;ennes est le FN. La seule consolation reste que Ataka, le parti d'extr&#234;me droite en coalition dans l'actuelle majorit&#233; &#233;lue et dont le leader Volen Siderov pr&#233;side la commission parlementaire de lutte anticorruption, a essuy&#233; le refus de Marine Le Pen de faire partie de l'alliance des partis nationalistes pour les prochaines &#233;lections europ&#233;ennes. Le motif &#233;voqu&#233; par le vice-pr&#233;sident en charge des recrutements et des manifestations, Louis Aliot, &#233;tait que &#171; Ataka ne correspond pas aux nouvelles aspirations de la charte de l'alliance des partis nationalistes &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni l'UMP, et encore moins, le PS n'expriment leurs positions vis &#224; vis de la profonde crise politique bulgare. Doit-on penser que leurs &#233;lecteurs ne s'int&#233;ressent pas aux alliances qu'ils peuvent avoir dans le prochain parlement europ&#233;en ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Bulgarie vit dans une d&#233;mocratie qui ne repr&#233;sente plus les populations votantes. Ses revendications pour une refondation du syst&#232;me &#233;lectoral et pour une plus large participation citoyenne dans l'exercice des mandats sont pourtant &#224; l'ordre du jour des autres peuples europ&#233;ens. De m&#234;me qu'en Bulgarie o&#249; les politiques des gouvernements se retrouvent avec un soutien d'une minorit&#233; de 15 &#224; 20 % de la population, en France, on constate que la constitution de la V&#232;me R&#233;publique permet de maintenir au pouvoir des dirigeants &#233;lus sur un programme et qui, une fois en poste, m&#232;nent de fait une toute autre politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, la soci&#233;t&#233; bulgare souffre de grandes d&#233;chirures racistes contre les tziganes (lire &#202;tre rom en Bulgarie - 1) et plus r&#233;cemment contre les r&#233;fugi&#233;s syriens. Pourtant elle a massivement soutenu la mobilisation des Fran&#231;ais contre la mont&#233;e des racismes. Cette position des bulgares passe aussi sous silence en France. La phrase de Christiane Taubira, &#171; Le Racisme n'est pas une opinion, c'est un d&#233;lit &#187; a &#233;t&#233; brandie dans les rues de Sofia ce dimanche 17 novembre o&#249; la soci&#233;t&#233; civile, encore elle, a organis&#233; une marche solidaire contre le racisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens refusent que la haine, la x&#233;nophobie et le racisme deviennent les seules solutions contre la d&#233;faillance d'un syst&#232;me avec des structures institutionnelles et &#233;lectorales obsol&#232;tes. Entre les personnes dans les rues de Sofia et les personnes qui d&#233;filent &#224; Paris il y a peut-&#234;tre plus de proximit&#233; qu'&#224; n'importe quelle autre &#233;poque. Que demandent les Bulgares aujourd'hui ? Ils demandent que les hommes et les femmes politiques repr&#233;sentent les aspirations fondamentales de nos vies et que les m&#233;dias informent librement, en restant fid&#232;les &#224; la r&#233;alit&#233;. Est-ce une demande qui doit rester inaudible ? Est-elle si &#233;trang&#232;re pour les Fran&#231;ais aujourd'hui ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bulgarie : tensions &#171; &#233;lectriques &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Bulgarie-tensions-electriques</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Bulgarie-tensions-electriques</guid>
		<dc:date>2013-04-02T09:09:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Catherine Samary</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Bulgarie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2013-04-02</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Plusieurs semaines de mobilisations populaires dans une quarantaine de villes de Bulgarie ont eu raison du Premier ministre de droite Bo&#239;ko Borissov qui a donn&#233; sa d&#233;mission le 20 f&#233;vrier. La hausse de la facture d'&#233;lectricit&#233; a fait d&#233;border le vase, dans un contexte de ch&#244;mage de pr&#232;s de 28 % de jeunes (et 12 % en moyenne, sous-estim&#233; par un fort exil), d'appauvrissement massif et de corruption ravageant tous les partis politiques depuis 1990 : il s'agit d'une crise profonde. &lt;br class='autobr' /&gt; Le 3 mars, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH87/arton13616-db8e1.jpg?1781210792' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Plusieurs semaines de mobilisations populaires dans une quarantaine de villes de Bulgarie ont eu raison du Premier ministre de droite Bo&#239;ko Borissov qui a donn&#233; sa d&#233;mission le 20 f&#233;vrier. La hausse de la facture d'&#233;lectricit&#233; a fait d&#233;border le vase, dans un contexte de ch&#244;mage de pr&#232;s de 28 % de jeunes (et 12 % en moyenne, sous-estim&#233; par un fort exil), d'appauvrissement massif et de corruption ravageant tous les partis politiques depuis 1990 : il s'agit d'une crise profonde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 3 mars, Plamen Goranov mourait &#224; Varna &#224; 36 ans. Il s'&#233;tait immol&#233; le 20 f&#233;vrier en signe de protestation politique contre la corruption des autorit&#233;s de la ville, devenant un symbole pour les manifestants de tout le pays. Depuis un mois, on a d&#233;nombr&#233; sept actes d'immolation entra&#238;nant la mort de quatre personnes &#8211; toutes d&#233;non&#231;ant la pauvret&#233;, le ch&#244;mage, l'impossibilit&#233; de nourrir une famille, la corruption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du rejet des monopoles priv&#233;s aux contestations politiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La col&#232;re populaire s'est d'abord d&#233;cha&#238;n&#233; contre les compagnies de distribution d'&#233;lectricit&#233; &#8211; notamment la CEZ tch&#232;que et l'autrichienne Energo&#173;-Pro qui d&#233;tiennent depuis 2004 l'exclusivit&#233; de la fourniture d'&#233;lectricit&#233; dans certaines r&#233;gions. Alors que le salaire moyen en monnaie bulgare index&#233;e sur l'euro (Lev) repr&#233;sente environ 360 euros, des factures m&#234;me modestes peuvent &#234;tre proches de 80 euros, pr&#232;s de la moiti&#233; d'une pension. Dans les quartiers d&#233;sh&#233;rit&#233;s, &#224; la p&#233;riph&#233;rie de la capitale bulgare, les habitants apprennent &#224; trafiquer les compteurs et interrupteurs pour capter l'&#233;lectricit&#233; de leurs voisins, faute de pouvoir payer les factures. Les compagnies d'&#233;lectricit&#233; &#233;valuent &#224; 15 % ce type de &#171; pertes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations de f&#233;vrier exigeaient notamment un moratoire sur les factures d'&#233;lectricit&#233;, la remise en cause des monopoles priv&#233;s dominant le secteur &#233;nerg&#233;tique et la renationalisation des compagnies. Rapidement les protestations se sont tourn&#233; contre le gouvernement et ont obtenu sa chute. Mais les mobilisations quotidiennes ont continu&#233;, et d&#233;but mars, &#224; Sofia comme &#224; Varna, quelques milliers de manifestants ont cherch&#233; &#224; bloquer la gare pour s'opposer &#224; la privatisation du fret de la soci&#233;t&#233; de chemins de fer bulgare (BDZ), d&#233;cid&#233;e par le gouvernement Borissov. Dans les assembl&#233;es ou les cort&#232;ges, on a aussi vu s'exprimer l'exigence d'une modification de la Constitution pour permettre le contr&#244;le des d&#233;put&#233;s, accompagn&#233;e de la d&#233;nonciation des &#171; Mafia &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une rigueur z&#233;l&#233;e mais explosive&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun parti n'&#233;tant pr&#234;t &#224; affronter la col&#232;re populaire, le Pr&#233;sident Rossen Plevniev a avanc&#233; la date des &#233;lections et fini par former un gouvernement int&#233;rimaire pr&#233;sent&#233; comme &#171; technique &#187;, mais dot&#233; de plusieurs ministres issus du gouvernement destitu&#233;. Il a pour t&#226;che de conduire le pays jusqu'aux l&#233;gislatives anticip&#233;es du 12 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actuel parti de droite au pouvoir, le GERB (Citoyens pour le d&#233;veloppement europ&#233;en de la Bulgarie) a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; en 2006 par Bo&#239;ko Borissov, alors maire de Sofia. C'&#233;tait une p&#233;riode de croissance euphorique bas&#233;e sur une baisse radicale des imp&#244;ts pour attirer les IDE (investissements directs &#233;trangers), avec plus de 80 % des nouvelles banques priv&#233;es sous capital &#233;tranger, favorisant ainsi l'endettement. Autrefois membre de la police &#171; communiste &#187;, Bo&#239;ko Borissov est devenu Premier ministre en 2009 quand une r&#233;cession d'environ 6 % a frapp&#233; le pays comme presque tous ceux de la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la crise grecque de 2010, les partis de droite en Europe de l'Est se sont vant&#233; d'&#234;tre &#171; rigoureux &#187; contrairement aux &#171; socialistes grecs &#187; : apr&#232;s une r&#233;cession de quelque 6 % en 2009, la Bulgarie avait en 2011 un d&#233;ficit budg&#233;taire de 2, 1 % du PIB et une dette publique inf&#233;rieure &#224; 20 % du PIB, bien en dessous des &#171; normes &#187;. Derri&#232;re cette apparente mod&#233;ration a eu lieu sur toute la d&#233;cennie 2000 la plus forte baisse d'imp&#244;ts directs de toute l'UE. L'&#233;quilibre budg&#233;taire impliquait donc une r&#233;duction drastique des d&#233;penses publiques : gel des salaires et des retraites dans le secteur public, et plus de 600 000 m&#233;nages bulgares vivant avec moins de cent euros par mois et par personne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections de mai conna&#238;tront sans doute une abstention massive, effet de plus de vingt-cinq ann&#233;es d'alternances &#233;lectorales sans alternatives, les ex-communistes devenus Parti socialiste de Bulgarie (PSB) en 1990 appliquant les m&#234;mes politiques que la droite. Au m&#234;me moment se tiendra &#224; Zagreb le second Forum social balkanique r&#233;sistant &#224; la fois aux impasses nationalistes et &#224; une Union europ&#233;enne socialement d&#233;sastreuse (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?page=article_impr&amp;id_article=26850&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?page=article_impr&amp;id_article=26850&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Bulgarie se soul&#232;ve !</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-Bulgarie-se-souleve</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/La-Bulgarie-se-souleve</guid>
		<dc:date>2013-03-12T08:15:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>James O'Toole</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Bulgarie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2013-03-12</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous publions cet article, initialement paru sur le site du Socialist Workers Party (Irlande), qui revient sur le mouvement social de grande ampleur ayant r&#233;cemment contraint &#224; la d&#233;mission le gouvernement de droite en Bulgarie, et en tire quelques le&#231;ons politiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; du site de la revue Contretemps. &lt;br class='autobr' /&gt; Mercredi 20 f&#233;vrier, le premier ministre bulgare, Boyko Borisov, d&#233;missionne 24 heures seulement apr&#232;s avoir d&#233;clar&#233; qu'il ne d&#233;missionnerait pas. A la t&#234;te du parti de droite GERB (1), (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH96/arton13376-d4db4.jpg?1781160678' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions cet article, initialement paru sur le site du Socialist Workers Party (Irlande), qui revient sur le mouvement social de grande ampleur ayant r&#233;cemment contraint &#224; la d&#233;mission le gouvernement de droite en Bulgarie, et en tire quelques le&#231;ons politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la revue Contretemps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mercredi 20 f&#233;vrier, le premier ministre bulgare, Boyko Borisov, d&#233;missionne 24 heures seulement apr&#232;s avoir d&#233;clar&#233; qu'il ne d&#233;missionnerait pas. A la t&#234;te du parti de droite GERB (1), Borisov avait, dans les jours pr&#233;c&#233;dents, h&#233;sit&#233; entre des concessions face &#224; la r&#233;volte populaire croissante et la r&#233;pression ouverte. Il avait alors fait la promesse de baisser de 8% le prix de l'&#233;lectricit&#233;, tout en lan&#231;ant la police anti-&#233;meute dans une r&#233;pression ouverte du mouvement de rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chaque goutte de sang est une souillure pour nous &#187; d&#233;clarait-il avant d'ajouter &#171; Je ne peux pas voir le parlement entour&#233; de barricades, ce n'est pas notre but, notre philosophie, nous ne pouvons pas nous prot&#233;ger de notre propre peuple &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ministre des finances, Simeon Diankov, un officiel de la Banque Mondiale et architecte du cercle vicieux des budgets d'aust&#233;rit&#233;, avait &#233;t&#233; d&#233;mis de ses fonctions quelques jours avant la d&#233;mission totale du gouvernement, ce qui n'a fait qu'encourager les masses dans leur mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations dans 35 villes ont commenc&#233; avec l'augmentation du prix de l'&#233;lectricit&#233; de 13%, impos&#233;e par le fournisseur d'&#233;lectricit&#233; tch&#232;que CEZ et quelques autres g&#233;ants de l'&#233;nergie. Dans un pays o&#249; les retraites moyennes sont en dessous de 150 euros par mois et les salaires moyens autour de 400 euros, se profilait la possibilit&#233; de devoir payer 170 euros d'&#233;lectricit&#233; par mois. Les compagnies se mettant m&#234;me &#224; demander 25 euros pour de simples demandes d'informations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La corruption massive des partis politiques traditionnels, issus de la p&#233;riode stalinienne, enrichis par la privatisation des entreprises d'&#201;tat, avait d&#233;j&#224; cr&#233;&#233; les conditions d'une col&#232;re montante dans la soci&#233;t&#233; bulgare. S'y est ajout&#233;e l'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire, avec son cort&#232;ge de r&#233;gression sociale, de destruction des services publics, de baisses de salaire, de privatisation des derni&#232;res industries d'Etat, visant &#224; r&#233;duire le d&#233;ficit public &#224; 0,5%. L'augmentation du prix de l'&#233;lectricit&#233; a donc constitu&#233;, pour la plupart des gens, la goutte d'eau qui a fait d&#233;border le vase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des personnes ont ainsi commenc&#233; &#224; se r&#233;unir devant les locaux de la CEZ pour br&#251;ler leurs factures en masse. Dans certaines villes, les voitures de l'entreprise ont m&#234;me &#233;t&#233; br&#251;l&#233;es, les dirigeants pourchass&#233;s dans la rue avec des boules de neige et des pierres. Dans les plus petites villes, les gens ont bloqu&#233; des routes. &#192; Sofia les manifestants ont affront&#233; la police anti-&#233;meute &#224; coup de morceaux d'asphalte et de tout ce qui pouvait leur permettre de repousser les flics. On a signal&#233; deux cas d'auto-immolation &#8211; un symbole de la col&#232;re qui s'&#233;tait accumul&#233;e au sein de la soci&#233;t&#233; bulgare. Les manifestations sont mont&#233;es en intensit&#233; au fur et &#224; mesure que la mobilisation adoptait davantage d'actions directes. Des tunnels ont &#233;t&#233; bloqu&#233;s dans les montagnes par des manifestants venant de petites villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mafia ! Mafia ! &#187; est le slogan qui s'est rapidement impos&#233; apr&#232;s la d&#233;mission de Borisov. L'hostilit&#233; envers les partis politiques traditionnels s'est exprim&#233;e dans le refus de toute r&#233;cup&#233;ration politique au sein du mouvement, les gens &#233;tant largement d&#233;go&#251;t&#233;s de la droite et des r&#233;formistes de gauche. Le parti socialiste bulgare (PSB), issu du vieux parti communiste, fonctionne &#224; pr&#233;sent comme un parti travailliste Blairiste. Pour m&#233;moire, en 1997 des milliers de manifestants avaient p&#233;n&#233;tr&#233;s de force dans le Parlement pour faire tomber le gouvernement du PSB.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement r&#233;cent a commenc&#233; &#224; articuler des exigences &#224; la fois &#233;conomiques et politiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; mener les PDGs des principales entreprises devant la justice&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'organisation de forums citoyens pour l'&#233;tablissement d'une autre tarification de l'&#233;lectricit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la ren&#233;gociation des contrats des 2 derni&#232;res ann&#233;es,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une fin des privatisations&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une remise en cause compl&#232;te du syst&#232;me des partis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un contre-pouvoir aux politiciens et la possibilit&#233; de leur r&#233;vocation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une assembl&#233;e constituante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui sont les manifestants ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le marxiste italien Antonio Gramsci, qualifier un mouvement de &#171; spontan&#233; &#187; revenait simplement &#224; admettre ne pas avoir regard&#233; ce mouvement d'assez pr&#232;s pour en comprendre les causes organiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas des manifestations bulgares, certains r&#233;seaux d'activistes ayant appel&#233; &#224; la mobilisation s'&#233;taient d&#233;j&#224; form&#233;s lors de luttes des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. Bien que les Bulgares vous diraient qu'ils sont apathiques, un simple coup d'&#339;il aux nombreuses luttes dans un pass&#233; r&#233;cent suffit &#224; les d&#233;mentir. Il y a d'abord eu la &#171; r&#233;volution des tomates &#187;, une s&#233;rie de mobilisations contre l'incarc&#233;ration d'un po&#232;te dissident, puis une longue gr&#232;ve du fret qui a vu de nombreux piquets de gr&#232;ve &#224; travers le pays, luttant contre la privatisation du transport ferroviaire pendant des semaines. Les &#233;tudiants se sont par ailleurs mobilis&#233;s contre de nouvelles lois sur l'&#233;ducation, qui instauraient notamment une hausse des frais d'inscription. Enfin, en 2009, ce sont les paysans qui ont bloqu&#233; les routes &#224; travers le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux des porte-paroles du mouvement actuel les plus souvent cit&#233;s s'&#233;taient d&#233;j&#224; illustr&#233;s lors de la mobilisation contre l'ACTA (trait&#233; international pour lutter contre le t&#233;l&#233;chargement ill&#233;gal et renforcer la propri&#233;t&#233; intellectuelle) et celle contre l'exploitation du gaz de schiste. Angel Slavchev, une des figures principales des comit&#233;s d'initiatives de Sofia contre l'exploitation des gaz de schiste, et qui travaille dans l'&#233;dition num&#233;rique, a aid&#233; &#224; mobiliser des milliers de personnes dans la rue en janvier dernier. [&#8230;] Yanko Petrov, un autre activiste, a cr&#233;&#233; un r&#233;seau pour lutter contre l'ACTA. Ce sont ces r&#233;seaux de r&#233;sistance, alli&#233;s &#224; des couches d'activistes d&#233;j&#224; rompus aux luttes, qui sont entr&#233;s en action pour appeler aux rassemblements qui ont ensuite puis&#233; leur coh&#233;sion et leur ampleur dans la col&#232;re populaire contre les factures d'&#233;lectricit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, si la col&#232;re populaire constitue bien l'&#233;l&#233;ment spontan&#233; de la mobilisation actuelle, l'&#233;l&#233;ment non-spontan&#233; tient dans les r&#233;seaux militants qui ont permis de fixer des objectifs et d'indiquer un chemin pour les atteindre. Des militants ont appel&#233; &#224; un rassemblement ce week-end (2), pour d&#233;cider de la strat&#233;gie &#224; mettre en &#339;uvre &#224; pr&#233;sent, sans que soient tr&#232;s claires les raisons pour lesquelles ces d&#233;cisions ne sont pas prises au cours d'assembl&#233;es ouvertes comme en Espagne durant le mouvement des Indigados (3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des divisions au sein du mouvement ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un appel &#224; la t&#233;l&#233;vision bulgare, Daniela Pelovska (4) est apparue en tant que porte-parole du mouvement pour demander la fin des manifestations soi-disant r&#233;cup&#233;r&#233;es par des &#233;l&#233;ments violents. Yanko Petrov et d'autres ont imm&#233;diatement d&#233;nonc&#233; cette intervention, affirmant qu'elle &#171; trahissait &#187; le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, jusqu'en 2005, Pelovska &#233;tait membre de l'union des forces d&#233;mocratiques, un rassemblement de droite. Elle avait notamment &#233;chang&#233; un certain nombre de correspondances avec Borisov, en se r&#233;f&#233;rant &#224; lui en tant que &#171; cher g&#233;n&#233;ral &#187;. Son apparition &#224; la t&#233;l&#233;vision nationale &#233;tait donc un stratag&#232;me &#233;vident d&#233;ploy&#233; par l'&#201;tat, coutumier de ce genre d'initiatives, pour diviser le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; va la Bulgarie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche 24 f&#233;vrier, des dizaines de milliers de personnes ont manifest&#233; dans toute la Bulgarie. Le gouvernement a d&#233;missionn&#233; sans qu'aucun autre parti ne soit pr&#234;t &#224; assurer la transition, de peur que la col&#232;re populaire montante ne fasse de l'exercice du pouvoir un cadeau empoisonn&#233;. Les &#233;lections qui doivent se tenir en mai constituent &#224; pr&#233;sent le principal espoir du gouvernement, qui esp&#232;re que cette &#233;ch&#233;ance &#233;lectorale fera na&#238;tre des dissensions au sein du mouvement, ce qui rend d'autant plus urgent un questionnement sur la mani&#232;re de continuer la lutte. L'Etat ne manquera pas de tenter de r&#233;cup&#233;rer quelques figures embl&#233;matique du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;crivait Chris Harman &#224; propos de telles situations :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Toute mobilisation r&#233;ussie passe par deux phases. Dans la premi&#232;re, le mouvement &#233;clate &#224; la face du monde, prenant ses opposants par surprise et apportant une joie &#224; ses partisans dont l'intensit&#233; est d'autant plus grande que le temps qui s&#233;pare ce mouvement du pr&#233;c&#233;dent est important. Il semble alors que le seul moment cin&#233;tique de la lutte est suffisant pour la faire avancer, de d&#233;monstrations de force en d&#233;monstrations de force. Ceci a pour effet d'unir ses adh&#233;rents en les poussant &#224; minimiser de vieilles divergences d'opinion ou de strat&#233;gie. Mais ceux contre qui le mouvement se dresse n'abandonnent pas simplement. Une fois pass&#233; le choc initial ils rassemblent leurs propres d&#233;fenses et tentent de bloquer la marche en avant de la mobilisation. A cet instant des discussions tactiques surviennent n&#233;cessairement au sein du mouvement, m&#234;me entre ceux qui avaient jur&#233; d'enterrer leurs vieilles discordes dans l'int&#233;r&#234;t du consensus &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militants en Bulgarie doivent porter des revendications permettant de lier le mouvement aux lieux de travail et &#224; la force des travailleurs organis&#233;s, comme beaucoup l'ont fait dans la mobilisation des Indignados en Espagne, o&#249; les assembl&#233;es n'ont pas disparu : elles se d&#233;roulent &#224; pr&#233;sent dans les h&#244;pitaux et les &#233;coles, o&#249; les travailleurs se retrouvent et votent sur des probl&#232;mes qui les concernent directement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces assembl&#233;es ont &#233;t&#233; une composante cruciale permettant de mettre la pression sur les centrales syndicales, afin que celles-ci appellent &#224; des gr&#232;ves de masse, ainsi qu'un &#233;l&#233;ment cl&#233; dans l'accroissement de la confiance des travailleurs en lutte. Le mod&#232;le de mobilisation propre aux Indignados &#8211; d&#233;fiance envers les partis traditionnels, mobilisation de masse menant &#224; des occupations de places et de routes &#8211; &#233;merge de nouveau en Bulgarie, et nous serons amen&#233;s &#224; voir ce type de mobilisations se r&#233;p&#233;ter, encore et encore, dans le futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; d&#233;mocratie &#187; en r&#233;gime capitaliste fait d&#233;sormais l'objet d'un questionnement croissant dans la conscience des masses populaires. Le travail des anticapitalistes (5) consiste ainsi &#224; pointer la nature anti-d&#233;mocratique du syst&#232;me &#233;conomique qui se masque derri&#232;re la d&#233;mocratie formelle du Parlement. L'exigence de r&#233;vocabilit&#233; des politiciens constitue une revendication qu'on se doit de porter, mais n'oublions pas d'exiger aussi la r&#233;vocabilit&#233; des PDGs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte bulgare montre &#224; quel point des explosions r&#233;volutionnaires sont susceptibles d'&#233;merger. Nous devons nous tenir pr&#234;t et construire des r&#233;seaux militants permettant de donner des objectifs &#224; la col&#232;re populaire. Il importe d'apprendre du militantisme de ces protestations, de pousser sans cesse &#224; l'intensification des luttes et de ne jamais laisser le peuple sans perspectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons ainsi nous montrer plus ambitieux : il s'agirait ainsi de mettre en &#339;uvre des campagnes permettant d'impliquer de larges segments de la population dans des assembl&#233;es prenant des d&#233;cisions. Ainsi devrions-nous prendre des initiatives pour stopper toute activit&#233; en Irlande le 1er mai, en bloquant les rues et les ponts. Ce travail commence maintenant ; la Bulgarie indique le chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction : Pierre Hodel et Yann Lecrivain&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. En fran&#231;ais : &#171; Citoyens pour le d&#233;veloppement europ&#233;en de la Bulgarie &#187; (Ndlr).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le week-end du 23-24 f&#233;vrier (Ndlr).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Sur ce mouvement, voir cet article publi&#233; dans nos colonnes (Ndlr).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Femme d'affaires, celle-ci cherche &#224; surfer sur le mouvement pour satisfaire ses propres ambitions politiques (Ndlr).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Nous avons choisi de traduire &#171; socialists &#187; par &#171; anticapitalistes &#187;, de mani&#232;re &#224; ne pas entretenir la confusion avec les partis pr&#233;tendument &#171; socialistes &#187;, tels que le PS fran&#231;ais (Ndlr).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;date : 10/03/2013 - 17:48&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bulgarie : une crise politique profonde dans le pays le plus pauvre de l'UE</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Bulgarie-une-crise-politique-profonde-dans-le-pays-le-plus-pauvre-de-l-UE</link>
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		<dc:date>2013-03-05T10:35:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dancho Medarov</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Bulgarie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2013-03-05</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le Premier ministre bulgare, Bo&#239;ko Borissov, a d&#233;missionn&#233; apr&#232;s une semaine de protestations contre la mont&#233;e des prix de l'&#233;nergie. Dans la soir&#233;e du 19 f&#233;vrier, au moins 14 personnes ont &#233;t&#233; bless&#233;es lors des affrontements avec la police &#224; Sofia, la capitale du pays, ce qui a amen&#233; Borissov &#224; d&#233;clarer qu'il ne pouvait &#171; contempler les bras crois&#233;s le Pont de l'Aigle ensanglant&#233; &#187; en parlant de la principale art&#232;re de la ville. Le Parlement doit maintenant ratifier sa d&#233;mission lors d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH103/arton13292-6632e.jpg?1781210793' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='103' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le Premier ministre bulgare, Bo&#239;ko Borissov, a d&#233;missionn&#233; apr&#232;s une semaine de protestations contre la mont&#233;e des prix de l'&#233;nergie. Dans la soir&#233;e du 19 f&#233;vrier, au moins 14 personnes ont &#233;t&#233; bless&#233;es lors des affrontements avec la police &#224; Sofia, la capitale du pays, ce qui a amen&#233; Borissov &#224; d&#233;clarer qu'il ne pouvait &#171; contempler les bras crois&#233;s le Pont de l'Aigle ensanglant&#233; &#187; en parlant de la principale art&#232;re de la ville. Le Parlement doit maintenant ratifier sa d&#233;mission lors d'un vote le jeudi 21 f&#233;vrier. Dans l'attente de nouvelles &#233;lections l&#233;gislatives, qui &#233;taient pr&#233;vues en juillet, o&#249; la d&#233;faite du gouvernement du GERB &#233;tait pr&#233;visible, la Bulgarie plonge dans une profonde crise politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La situation a chang&#233; de jour en jour avec les protestations, tant en faveur que contre Borissov. La bourse bulgare s'est effondr&#233;e et les partis politiques de toutes tendances font des d&#233;clarations confuses sur leurs aspirations au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cause imm&#233;diate, tant des protestations que de la d&#233;mission de Borissov, a &#233;t&#233; l'augmentation de 13% du prix de l'&#233;lectricit&#233; qui, en plein hiver, a durement alourdie la facture de chauffage de la population. Comme cela est arriv&#233; lors des r&#233;centes massives protestations environnementales contre le &#171; fracking &#187; (exploitation du gaz de schiste) &#8211; d&#233;sormais interdit en Bulgarie &#8211; et la privatisation des bois, les manifestations se sont dans un premier temps organis&#233;es dans tout le pays au travers des r&#233;seaux sociaux. Le premier appel &#224; la manifestation lanc&#233; sur Facebook la semaine derni&#232;re a attir&#233; plusieurs milliers de personnes qui avaient confirm&#233;es leur participation par ce m&#234;me outil. Les manifestants ont exig&#233; l'expulsion des compagnies d'&#233;lectricit&#233; &#233;trang&#232;res et la renationalisation des centrales &#233;lectriques bulgares, ainsi que l'annulation des augmentations des prix de l'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la promesse des autorit&#233;s de prendre des mesures exp&#233;ditives contre les compagnies d'&#233;lectricit&#233; privatis&#233;es, y compris le retrait de la licence d'exploitation de la compagnie tch&#232;que CEZ, les protestations se sont poursuivies en exigeant la d&#233;mission de Borissov. Les tentatives ult&#233;rieures des principaux partis de l'opposition, le Parti socialiste bulgare et le Mouvement des citoyens bulgares de l'ex Commissaire europ&#233;en Meglena Koun&#233;va, de revendiquer la direction du mouvement ont &#233;t&#233; puissamment condamn&#233;es dans les r&#233;seaux sociaux. Les syndicats bulgares, qui sont relativement importants, ont &#233;t&#233; les grands absents des protestations bien que bon nombre de leur pr&#232;s de 500.000 affili&#233;s y ont particip&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il est &#233;vident que les factures de chauffage ne sont que la pointe de l'iceberg. La chute du niveau de vie, l'emploi de plus en plus rare et l'augmentation constante du co&#251;t de la vie ont pouss&#233; les gens dans les rues. La corruption et le client&#233;lisme politique ont &#233;galement suscit&#233; une indignation publique croissante. Depuis l'ann&#233;e derni&#232;re ont eu lieu plusieurs types de protestations et la popularit&#233; personnelle du Premier ministre et de son gouvernement ont subit de durs coups. Les raisons exactes de la d&#233;cision de d&#233;missionner prises par le Premier ministre (apr&#232;s avoir d&#233;clar&#233; 24 heures plus t&#244;t qu'il ne prenait m&#234;me pas en consid&#233;ration cette option) sont encore obscures et semblent ob&#233;ir avant tout &#224; des calculs politiques face aux prochaines &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, comme on si attend, le Parlement bulgare accepte la d&#233;mission de Borissov ce jeudi, la Constitution pr&#233;voit la formation d'un gouvernement int&#233;rimaire. Le Parti socialiste a d&#233;j&#224; &#233;cart&#233; sa participation dans l'administration provisoire et affirm&#233; la n&#233;cessit&#233; de convoquer des &#233;lections anticip&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Corruption&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Borissov a souffert d'une pression politique croissante cette derni&#232;re ann&#233;e. En d&#233;pit du fait qu'il conserve une grande popularit&#233; personnelle, son parti, le GERB (Citoyens pour le d&#233;veloppement europ&#233;en de la Bulgarie), form&#233; en grande partie autour de sa personne en 2006, perd de plus en plus de sympathie dans les sondages. La Bulgarie, qui ne fait pas partie de la zone euro, a &#233;vit&#233; dans une bonne mesure l'application de la rigide politique d'aust&#233;rit&#233; qui est en train de d&#233;truire le sud de l'Europe, bien que de fortes coupes dans plusieurs secteurs du budget aient provoqu&#233; une grande inqui&#233;tude. Cependant, l'augmentation du co&#251;t de la vie dans le pays le plus pauvre de l'UE a gravement &#233;rod&#233; la l&#233;gitimit&#233; de la droite au pouvoir tandis que le taux ch&#244;mage atteint les 11%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise s'est aggrav&#233;e avec les r&#233;centes r&#233;v&#233;lations sur le pass&#233; de Borissov et de ses plus proches collaborateurs. Ancien instructeur de karat&#233; et ex garde-corps du pr&#233;tendant au tr&#244;ne de Bulgarie, Sim&#233;on Saxe-Coburg, Borisov avait acquis la notori&#233;t&#233; en tant que puissant fonctionnaire du Minist&#232;re de l'Int&#233;rieur apr&#232;s l'&#233;lection de Saxe-Coburg comme Premier Ministre en 2001. Borissov a d&#233;velopp&#233; la r&#233;putation d'un lutteur infatigable contre la corruption, gagnant la mairie de Sofia en 2005 et l'utilisant comme plateforme pour lancer le GERB en 2006 quand la bonne &#233;toile politique de Saxe-Coburg s'est &#233;teinte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; (ou &#224; cause de) son image de s&#233;rieux, la carri&#232;re de Borissov a &#233;t&#233; affect&#233;e par des plaintes de corruption persistantes et des d&#233;nonciations de connexion avec la maffia. Un rapport confidentiel de l'ambassade des Etats-Unis de 2006, d&#233;voil&#233; par Wikileaks en 2011, implique Borissov dans des &#171; scandales de vol de p&#233;trole, trafic ill&#233;gal en rapport avec Lukoil et contrebande de m&#233;ta-anph&#233;tamines &#187; en utilisant son poste de chef de la police bulgare afin de couvrir ses op&#233;rations et celles de ses associ&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 2007, le &#171; Congressional Quaterly &#187; des Etats-Unis a en outre affirm&#233; qu'une enqu&#234;te confidentielle des banques suisses sur Borissov avait accumul&#233; les indices sur 30 &#171; assassinats maffieux non r&#233;solus de personnes identifi&#233;es avec des groupes criminels en Bulgarie &#187; pendant la gestion de Borissov au Minist&#232;re de l'Int&#233;rieur et soulignait que &#171; de nombreuses enqu&#234;tes dirig&#233;es par Borissov ont &#233;t&#233; class&#233;es sans suite, sans r&#233;sultats ni explications &#187;. L'entreprise priv&#233;e de s&#233;curit&#233; de Borisov, Ipon, a &#233;t&#233; accus&#233;e &#171; dans un dossier &#233;pais de 10 cm &#187; d'&#234;tre li&#233;e &#224; l'organisation maffieuse &#171; SIK &#187; de Sofia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, en f&#233;vrier de cette ann&#233;e, une enqu&#234;te r&#233;alis&#233;e par bivol.bg a affirm&#233; que, au moins depuis les ann&#233;es 1990, Borissov fut un &#171; agent Buda &#187; - un indicateur pay&#233; par la police anti-corruption afin de profiter de ses profondes connexion avec le milieu bulgare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A&lt;strong&gt;lli&#233; des Etats-Unis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Borissov et son parti ont repouss&#233; toutes ces all&#233;gations comme de pures et simples calomnies. Ses alli&#233;s internationaux ont fermement maintenus leur soutien au gouvernement du GERB, tout particuli&#232;rement les Etats-Unis. Borissov a &#233;t&#233; le premier chef d'Etat &#233;tranger &#224; &#234;tre re&#231;u par pr&#233;sident Obama apr&#232;s sa r&#233;&#233;lection en 2012 dont il re&#231;ut les &#233;loges en tant que &#171; dirigeant tr&#232;s efficace &#187;. Obama a parl&#233; de la Bulgarie comme &#171; l'un de nos alli&#233;s les plus importants dans l'OTAN &#187;. L'UE a &#233;t&#233; moins effusive dans ses &#233;loges, mais les rapports de suivis successifs (&#233;labor&#233;s depuis l'adh&#233;sion du pays &#224; l'UE) ont &#233;galement f&#233;licit&#233; Borissov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La connexion avec l'OTAN est en effet fondamentale. La chute du Mur de Berlin en 1989 a permis deux d&#233;cennies d'expansion constante de l'OTAN dans les anciens pays du Pacte de Varsovie. Le Parti communiste de Bulgarie a perdu le pouvoir au d&#233;but de 1990 et s'est reconstruit en tant que Parti socialiste bulgare pour parvenir &#224; gagner les &#233;lections de juin de cette m&#234;me ann&#233;e. Le processus de transformation du pouvoir politique en pouvoir &#233;conomique a commenc&#233; quand les principaux fonctionnaires du Parti se sont transform&#233;s en d'importants hommes d'affaires. La Banque mondiale recommanda une &#171; th&#233;rapie de choc &#187; qui commen&#231;a en 1992. L'Union des forces d&#233;mocratiques impulsa la privatisation d'une grande partie de l'industrie et de l'agriculture bulgare, en d&#233;pit du ch&#244;mage massif que cela provoqua. Ces deux processus ont permis que la corruption et les structures maffieuses deviennent un &#233;l&#233;ment permanent de la vie politique bulgare. Mais le mod&#232;le de base &#171; post-communiste &#187; de la politique &#233;conomique a &#233;t&#233; &#233;tabli par le Parti socialiste qui, quelle que soit sa rh&#233;torique, a rapidement abandonn&#233; toute intention s&#233;rieuse de contrecarrer le processus n&#233;olib&#233;ral de privatisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impopularit&#233; des deux principaux partis dans les ann&#233;es 2000 avait ouvert la voie pour le retour de Saxe-Coburg, ou &#171; Sim&#233;on II &#187;, dans son pays natal apr&#232;s presque six d&#233;cennies d'exil. Son Mouvement nationale Sim&#233;on II (NDSV) a obtenu une &#233;crasante victoire &#233;lectorale en 2001 avec la promesse d'une r&#233;novation nationale au moyen d'une politique ext&#233;rieure fermement pro-occidentale et par l'extension de la gestion &#233;conomique n&#233;olib&#233;rale &#224; tous les domaines. Membre de l'OTAN en 2004 &#8211; quand le NDSV gouvernait en coalition avec le Parti socialiste &#8211;, l'adh&#233;sion de la Bulgarie &#224; l'UE fut obtenue (avec quelques r&#233;serves de Bruxelles) en 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de 2001, le soutien aux Etats-Unis dans sa &#171; guerre contre le terrorisme &#187; a sans aucun doute aid&#233; &#224; ouvrir de nouvelles routes vers l'Occident et la Bulgarie a d&#233;ploy&#233; des troupes en Afghanistan et en Irak. Le NSDV a sign&#233; en 2006 l' &#171; Accord de coop&#233;ration pour la d&#233;fense &#187; qui permet aux troupes &#233;tatsuniennes l'utilisation des installations militaires bulgares. La base a&#233;rienne de Bezmer est aujourd'hui l'une des bases &#233;tatsuniennes les plus importantes &#224; l'&#233;tranger et la revue &#171; Foreign Policy &#187; affirme qu'il bien moins probable que la Bulgarie conditionne ou bloque son utilisation pour des op&#233;rations de combat que les pays de la &#171; vieille Europe &#187;. Les c&#226;bles diplomatiques divulgu&#233;s par Wikileaks confirment la transformation de la Bulgarie en un alli&#233; cl&#233; des Etats-Unis. Pour ces derniers, la priorit&#233; est d'am&#233;liorer la capacit&#233; de la Bulgarie &#224; &#171; d&#233;ployer des troupes et &#224; combattre de mani&#232;re int&#233;gr&#233;e avec les forces &#233;tatsuniennes et de l'OTAN &#187;. En 2011, le Ministre des affaires &#233;trang&#232;res de Bulgarie a offert le pays pour l'installation de nouveaux syst&#232;mes de missiles des Etats-Unis en cas de refus de la Turquie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la crise financi&#232;re de 2008-2009 a bris&#233; la coalition gouvernementale, ce qui a permis au GERB de Borissov d'arriver au pouvoir en juillet 2009. Si le rythme des r&#233;formes n&#233;olib&#233;rales peut avoir diminu&#233; &#8211; les projets d'un imp&#244;t unique de 10% du gouvernement ant&#233;rieur ont &#233;t&#233; postpos&#233;s, tout comme la nationalisation des fonds de pension- le positionnement ext&#233;rieur de la Bulgarie a &#233;t&#233; le m&#234;me, comme la bonne r&#233;ception de Borissov aux Etats-Unis le d&#233;montre. L'attentat contre un autobus dans la populaire localit&#233; estivale de Burgas au mois de juillet dernier &#8211; dans lequel furent tu&#233;s cinq Isra&#233;liens et un conducteur bulgare &#8211; et qui fut imput&#233; par Isra&#235;l au Hezbollah doit &#234;tre compris dans ce contexte. Pendant ce temps, selon des sources dans l'arm&#233;e bulgare, le Ministre de la d&#233;fense n&#233;gocie depuis d&#233;cembre 2012 la construction d'une base permanente de l'arm&#233;e US &#224; Novo Selo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contrepoids&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation de la Bulgarie au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie en un maillon cl&#233; de la strat&#233;gie europ&#233;enne des Etats-Unis n'est pas pass&#233;e inaper&#231;ue &#224; Moscou. Mais la Russie a d'importants avantages strat&#233;giques. La Bulgarie d&#233;pend de la compagnie russe Gazprom pour plus de 90% de son approvisionnement en gaz naturel, ce qui rend le pays particuli&#232;rement vuln&#233;rable &#224; la moindre coupure (le pays a d&#233;j&#224; souffert d'une coupure de gaz pendant la dispute &#233;nerg&#233;tique de janvier 2009 entre la Russie et l'Ukraine). La compagnie russe Lukoil raffine 70% du p&#233;trole du pays. Les Etats-Unis font pression pour que la Bulgarie r&#233;duise sa d&#233;pendance vis-&#224;-vis des sources &#233;nerg&#233;tiques russes apr&#232;s que son Parlement ait interdit l'extraction du gaz de schiste au moyen du fracking hydraulique. On pr&#233;voyait que les entreprises &#233;tatsuniennes remporteraient les contrats d'exploitation du gaz de schiste mais la licence d'exploitation de l'entreprise p&#233;troli&#232;re Chevron a &#233;t&#233; annul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les craintes exprim&#233;es dans les cercles politiques des Etats-Unis &#224; la fin des ann&#233;es 1990, l'administration Poutine a tol&#233;r&#233; l'expansion de l'OTAN en &#233;change d'avoir, du moins implicitement, les mains libres dans ce que la Russie consid&#232;re comme sa propre arri&#232;re-cour en Asie centrale. Le r&#233;alignement strat&#233;gique de la Bulgarie avec les Etats-Unis n'a pas &#233;t&#233; capable, dans la pratique, de rompre avec la d&#233;pendance envers la Russie et les liens historiques et commerciaux entre les deux pays sont consid&#233;rables. Tant que Moscou aura dans sa poche la cl&#233; du gaz, sa situation sera garantie. Dans la matin&#233;e du mardi 19 f&#233;vrier, peu avant de d&#233;missionner, Borissov a eu une longue conversation t&#233;l&#233;phonique avec Vladimir Poutine pour discuter &#8211; selon le Kremlin &#8211; de questions &#171; d'int&#233;r&#234;t mutuel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique officielle en Bulgarie, comme dans tous les Balkans, est un acte d&#233;licat d'&#233;quilibre entre des int&#233;r&#234;ts en comp&#233;tition. Dans la derni&#232;re d&#233;cennie, ces int&#233;r&#234;ts ont &#233;t&#233; d&#233;termin&#233;s par les alignements internationaux dans la mesure o&#249; l'int&#233;gration dans l'Occident a &#233;t&#233; la priorit&#233;. Mais les pr&#233;occupations nationales sont de plus en plus mises en &#233;vidence. Les promesses qui accompagnaient l'adh&#233;sion &#224; l'UE n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es, des zones importantes du pays sont toujours sous-d&#233;velopp&#233;es et la cr&#233;ation d'emploi en dehors des grandes villes est insuffisante. En m&#234;me temps, les effets combin&#233;s de la crise globale et le n&#233;olib&#233;ralisme entra&#238;nent une grave restriction des niveaux de vie de la population. La corruption est g&#233;n&#233;ralis&#233;e, ind&#233;pendamment des affirmations du gouvernement de Borissov. Mais les mouvements de protestation successifs depuis 2009 n'ont pas &#233;t&#233; capables de cr&#233;er une direction politique alternative car ils &#233;taient vuln&#233;rables &#224; la manipulation politique ou &#224; la pure confusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;centes vagues de protestations ont &#233;t&#233; victimes, en partie, de ces deux ph&#233;nom&#232;nes. Les manifestations furent relativement grandes dans tout le pays, mais la pr&#233;sence d' &#171; ultras &#187; &#8211; des bandes de hooligans, n&#233;o-nazis et &#233;l&#233;ments de la maffia &#8211; &#233;tait &#233;vidente et reconnue. Les &#171; ultras &#187;, qui sont &#224; la disposition du meilleur candidat au pouvoir, ont acquis une pr&#233;sence permanente dans les arcanes de la vie politique en Bulgarie.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre part, des figures reconnues du mouvement de protestation ont promis que les manifestations allaient continuer, avec une grande journ&#233;e de mobilisation le 24 f&#233;vrier. L'exigence d'une &#171; Grande Assembl&#233;e Nationale &#187;, comme en Islande, qui aborde la r&#233;forme de la Constitution de la Bulgarie, est pos&#233;e. Cependant, les organisateurs de la protestation sont divis&#233;s quant aux prochains pas &#224; poser &#8211; une offre de n&#233;gociation avec Borissov a provoqu&#233; un scandale cette m&#234;me semaine &#8211; et la r&#233;ponse n'est encore claire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est toujours tr&#232;s ouverte et dynamique. Les principaux partis, et les factions qu'ils repr&#233;sentent, tentent toujours de chevaucher la situation. Cependant, s'il y a une forte r&#233;ponse dans les rues et dans les lieux de travail, cet &#233;quilibre pr&#233;caire peut &#234;tre rompu. De m&#234;me que dans d'autres pays ex communistes, les ann&#233;es qui ont suivi la chute des r&#233;gimes staliniens ont vu une succession de promesses non tenues. Une br&#232;ve p&#233;riode de stabilit&#233; &#233;conomique et politique au milieu des ann&#233;es 2000 a &#233;t&#233; interrompue par la crise financi&#232;re. L'UE elle-m&#234;me n'est plus une voie cr&#233;dible vers la prosp&#233;rit&#233;. Pour briser le carcan du contr&#244;le exerc&#233; par les politiciens corrompus et les int&#233;r&#234;ts des grandes puissances, il sera indispensable de d&#233;velopper un mouvement populaire anti-n&#233;olib&#233;ral ind&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dancho Medarov est un analyste et activiste marxiste bulgare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;a href=&#034;http://www.counterfire.org/index.php/articles/international/16312-bulgaria-political-crisis-deepening&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.counterfire.org/index.php/articles/international/16312-bulgaria-political-crisis-deepening&lt;/a&gt; Traduction fran&#231;aise pour Avanti4.be : G. Cluseret.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;mission du gouvernement bulgare apr&#232;s plusieurs jours de manifestations</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Demission-du-gouvernement-bulgare-apres-plusieurs-jours-de-manifestations</link>
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		<dc:date>2013-02-26T09:03:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Vitkine</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2013-02-26</dc:subject>
		<dc:subject>Bulgarie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#034;Nous avons de la dignit&#233; et de l'honneur. Le peuple nous a donn&#233; le pouvoir, aujourd'hui, nous le lui rendons.&#034; Bo&#239;ko Borissov, le charismatique premier ministre bulgare, a th&#233;&#226;tralement annonc&#233; au Parlement, mercredi 20 f&#233;vrier, la d&#233;mission de son gouvernement de centre droit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; du journal Le Monde du 20 f&#233;vrier 2013. &lt;br class='autobr' /&gt; La Bulgarie est en &#233;bullition depuis une semaine, en raison de la hausse des tarifs de l'&#233;lectricit&#233;, qui ont atteint parfois plus de cent euros par mois et par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2013-02-26-+" rel="tag"&gt;Edition du 2013-02-26&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Bulgarie-+" rel="tag"&gt;Bulgarie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH95/arton13225-4a9ea.jpg?1781210793' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='95' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#034;Nous avons de la dignit&#233; et de l'honneur. Le peuple nous a donn&#233; le pouvoir, aujourd'hui, nous le lui rendons.&#034; Bo&#239;ko Borissov, le charismatique premier ministre bulgare, a th&#233;&#226;tralement annonc&#233; au Parlement, mercredi 20 f&#233;vrier, la d&#233;mission de son gouvernement de centre droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du journal Le Monde du 20 f&#233;vrier 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La Bulgarie est en &#233;bullition depuis une semaine, en raison de la hausse des tarifs de l'&#233;lectricit&#233;, qui ont atteint parfois plus de cent euros par mois et par m&#233;nage dans un pays o&#249; le salaire mensuel moyen, le plus faible de l'Union europ&#233;enne, est de moins de 400 euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont battu le pav&#233; dans une vingtaine de villes pour d&#233;noncer l'association &#034;mafieuse&#034; entre dirigeants politiques et compagnies &#233;nerg&#233;tiques. Il s'agissait des manifestations les plus importantes qu'ait connues la Bulgarie depuis la chute du r&#233;gime communiste, au d&#233;but des ann&#233;es 1990. Les manifestants reprochent &#224; trois entreprises &#233;trang&#232;res pr&#233;sentes sur le march&#233; de l'&#233;nergie de faire des profits faramineux sur le dos des consommateurs bulgares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Immolations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis deux jours, la situation s'&#233;tait encore tendue : lundi et mardi, &#224; Sofia, la capitale, les manifestations ont d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; en affrontements avec la police, faisant pr&#232;s de trente bless&#233;s, dont cinq membres des forces de l'ordre. A Varna, sur la c&#244;te de la mer Noire, un homme de 36 ans s'est immol&#233; par le feu mercredi matin devant la mairie. L'homme a &#233;t&#233; hospitalis&#233; dans un &#233;tat critique, avec 80 % de br&#251;lures sur le corps. Une sc&#232;ne similaire avait d&#233;j&#224; eu lieu mardi &#224; Veliko Tarnovo, dans le centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bo&#239;ko Borissov avait cru pouvoir calmer le jeu en limogeant, lundi, le ministre des finances et vice-premier ministre, Simeon Djankov. Le chef du gouvernement expliquait alors encore que sa propre d&#233;mission aurait des &#034;cons&#233;quences catastrophiques&#034;. Mardi, le gouvernement se disait pr&#234;t &#224; demander &#224; l'autorit&#233; de r&#233;gulation de l'&#233;nergie une baisse de 8 % des tarifs et promettait, surtout, la r&#233;vocation de la licence du groupe tch&#232;que CEZ, distributeur d'&#233;nergie dans l'ouest du pays, ce quitte &#224; provoquer la fureur de Prague.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;Chaque goutte de sang vers&#233; est une honte&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi matin, l'inflexible Borissov, ancien responsable d'une soci&#233;t&#233; de s&#233;curit&#233; priv&#233;e, au pouvoir depuis 2009, a fini par craquer, accul&#233;. &#034;Nous avons fait de notre mieux depuis quatre ans, mais chaque goutte de sang vers&#233; est une honte pour nous tous&#034;, a lanc&#233; le premier ministre au Parlement. &#034;Je ne veux pas faire partie d'un gouvernement sous l'autorit&#233; duquel les policiers battent le peuple&#034;, a-t-il encore dit, assurant qu'il ne participerait pas &#224; un gouvernement transitoire qui serait charg&#233; d'ex&#233;cuter les affaires courantes d'ici aux &#233;lections l&#233;gislatives pr&#233;vues en juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son parti, le GERB (Citoyens pour le d&#233;veloppement europ&#233;en de la Bulgarie), a perdu pratiquement toute l'avance dont il disposait dans les sondages sur l'opposition socialiste. M. Borissov n'a pas pr&#233;cis&#233; si les &#233;lections l&#233;gislatives seraient avanc&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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