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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
	<link>https://www.pressegauche.org/</link>
	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Le sillage du sang</title>
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		<dc:date>2013-05-21T07:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Manon Ann Blanchard</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2013-05-14</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un premier rayon de soleil perce la nuit de la grande ville, caressant la coupole qui surplombe l'Universit&#233;, o&#249; tout dort encore. Nous marchons dans l'aube, le son de nos pas est le seul &#224; troubler le silence. Sur les marches de marbre menant au Rectorat, un homme s'est &#233;tendu, a eu un geste h&#233;sitant vers les &#233;toiles p&#226;lissantes et s'est apais&#233;. Nous nous approchons maintenant, assez pr&#232;s pour remarquer la fleur de sang qui, sur sa poitrine, &#233;clot &lt;br class='autobr' /&gt; &#9679;&#9679;&#9679; &lt;br class='autobr' /&gt;
Ana mit ses pas dans ceux du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2013-05-14-+" rel="tag"&gt;Edition du 2013-05-14&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Recit-+" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un premier rayon de soleil perce la nuit de la grande ville, caressant la coupole qui surplombe l'Universit&#233;, o&#249; tout dort encore. Nous marchons dans l'aube, le son de nos pas est le seul &#224; troubler le silence. Sur les marches de marbre menant au Rectorat, un homme s'est &#233;tendu, a eu un geste h&#233;sitant vers les &#233;toiles p&#226;lissantes et s'est apais&#233;. Nous nous approchons maintenant, assez pr&#232;s pour remarquer la fleur de sang qui, sur sa poitrine, &#233;clot&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#9679;&#9679;&#9679;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ana mit ses pas dans ceux du policier. Elle ne le l&#226;cherait plus avant que le sang ne coule. Depuis des mois, elle &#233;tait sur cette piste, flairant l'air autour de celui qui avait d&#233;chir&#233; sa vie. Elle savait o&#249; il habitait, elle connaissait le visage de sa femme, elle avait entendu le rire cristallin de sa fille, contempl&#233; ce visage mutin &#224; l'ovale parfait, cette jeunesse magnifique et fragile, si facile &#224; faucher. Elle ressemblait, cette jeune Isabella, tellement, tellement &#224; son Alicia, sa fille, disparue un matin d'octobre et morte un jour de juin sous les bottes des militaires qui l'avaient enlev&#233;e et tortur&#233;e. On l'avait achev&#233;e d'une balle dans la t&#234;te. Cela, Ana ne l'avait su que l'an dernier. On lui avait &#233;galement vendu le nom de celui qui avait appuy&#233; sur la g&#226;chette, mince filet d'acier gris, et avait pr&#233;cipit&#233; sa fille vers le n&#233;ant. Depuis, elle l'avait cherch&#233;, l'avait trouv&#233;, s'&#233;tait impr&#233;gn&#233;e de la vie de celui qui l'avait transform&#233;e en survivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ana savait tout de lui. De sa d&#233;marche furtive de petite bourgeoise discr&#232;te et endeuill&#233;e, elle l'avait suivi le long des trottoirs surpeupl&#233;s de la capitale, fondue parmi les passants, invisible. Elle voulait savoir : cruaut&#233; ou mansu&#233;tude ? Pourquoi avait-il tir&#233; ? Elle l'avait vu battre les enfants des rues, bastonner des mendiants. Un matin, elle s'&#233;tait lev&#233;e, r&#233;solue &#224; le faire souffrir. Sa qu&#234;te avait pris alors une autre dimension : elle voulait conna&#238;tre l'homme, conna&#238;tre le p&#232;re, savoir qui il aimait le soir avant de sombrer dans le n&#233;ant, qui il adorait le matin au seuil de la conscience, avant de consommer l'&#233;veil. Elle avait observ&#233; de longs mois la petite famille dans ses sorties, dans les moments de joie au jardin, dans les grands moments &#233;galement car cette ann&#233;e-l&#224;, Isabella obtint son baccalaur&#233;at. Devant elle, s'ouvraient les portes des &#233;tudes sup&#233;rieures. Elles s'&#233;taient ouvertes, autrefois, ces portes, pour Alicia. Mais la fille d'Ana avait &#233;t&#233; noy&#233;e dans les flots obscurs de ces ann&#233;es de r&#233;volte et y avait sombr&#233;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Rapidement, Ana eut piti&#233; de cette &#233;pouse qui n'avait pas de nom, qu'il n'appelait jamais que Maman ou Ch&#233;rie. Savait-il encore comment se nommait cette longue femme p&#226;le et soumise, belle encore comme un souvenir oubli&#233; ? C'&#233;tait un spectre, une ombre adoratrice qui s'&#233;tirait derri&#232;re cet homme et sa fille. Isabella &#233;tait bien l'unique et grand amour de l'homme qu'elle traquait, qu'elle pourchassait et qui l'ignorait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tu paieras, tu hurleras de douleur, le poignard de la souffrance plant&#233; dans tes tripes, tu attendras la mort. Les vents du deuil te d&#233;vasteront, dess&#233;cheront ta peau, ravineront tes traits, t'enl&#232;veront tout d&#233;sir, jusqu'au d&#233;sir de vivre. Tu seras priv&#233; du d&#233;sir m&#234;me de survivre pour te venger : car moi, Ana, moi qui vais tuer, je rejoindrai Alicia enfin veng&#233;e &#187;. &#192; la fin, tu seras m&#234;me priv&#233; de mots, car nul mot ne d&#233;signe ceux qui sont orphelins d'enfant. Ainsi pensait Ana, en mettant ses pas dans ceux du policier qui avait tu&#233; sa fille. Elle &#233;prouvait des sentiments troubles &#224; l'id&#233;e d'exterminer la prog&#233;niture de son ennemi. Elle se sentait folle, carnassi&#232;re, fauve et, appr&#233;hendant l'ar&#244;me du sang dans sa bouche, Ana s'en enivrait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il marchait vers l'Universit&#233;, cette m&#234;me Universit&#233; o&#249; Alicia avait &#233;t&#233; ramass&#233;e lors d'une razzia. C'&#233;tait la sortie des cours. Des milliers de jeunes, souriants, heureux, pleins d'espoir se pr&#233;cipitaient vers la libert&#233;. Ana se souvint d'Alicia, de son sourire lumineux, de ses yeux verts, de la cascade de boucles ch&#226;taines qui encadraient son visage. Un instant, Ana cru l'avoir devant elle, &#224; quelques m&#232;tres d'elle et elle faillit s'&#233;lancer vers sa fille. Mais l'illusion se dissipa et la connaissance la heurta, choc d'une violence inou&#239;e ; Alicia &#233;tait morte, abattue comme une chienne et celle qui se tenait devant elle, semblable &#224; une jeune femme d'il y a dix-huit ans, &#233;tait la fille du bourreau. Autour, des dizaines d'Alicia, des dizaines d'Isabella marchaient, la t&#234;te pleine de projets, amoureuses peut-&#234;tre comme son Alicia et le jeune Xavier qui r&#234;vaient de changer le monde. Le p&#232;re accourait au-devant de son enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ana serra le petit revolver au fond de sa poche. C'&#233;tait le moment de tirer. Le p&#232;re entoura d'un bras protecteur les &#233;paules de sa fille. Elle se d&#233;gagea d'un geste brusque. Ils eurent une vive et br&#232;ve discussion, puis Isabella tourna les talons et passa devant Ana, si pr&#232;s qu'en avan&#231;ant la main, elle l'e&#251;t fr&#244;l&#233;e. Ana avait tout le temps de viser et de tirer. Elle ne le fit pas. Il y avait, dans les yeux pleins de col&#232;re et de r&#233;volte de cette jeune fille, l'expression m&#234;me de la r&#233;bellion qui un jour avait enflamm&#233; Alicia et l'avait men&#233;e si loin dans ses r&#234;ves d'un monde nouveau qu'elle n'&#233;tait pas revenue. La jeune insoumise d'aujourd'hui &#233;tait menac&#233;e par le m&#234;me bourreau : l'expression furibonde de son p&#232;re &#233;tait claire. Il suait la haine. Sur le seuil de la libert&#233;, la jeune femme n'h&#233;sita pas, ne se retourna pas. Ana ne la mit pas en joue. Elle d&#233;visagea le tortionnaire de sa fille qui se d&#233;tourna, m&#233;prisant ; il ne l'avait pas reconnue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, elle suivit Isabella un long moment. Un jeune homme vint la rejoindre. Ils march&#232;rent ensemble dans la lumi&#232;re d&#233;clinante : c'&#233;tait le cr&#233;puscule. Au pied d'un immeuble v&#233;tuste, la jeune femme sortit des clefs. Elle &#233;tait, semblait-il, chez elle &#224; pr&#233;sent dans cet appartement. Ana poursuivit sa route, entra au caf&#233;, posa peu de questions, assez pour apprendre du patron bavard que le jeune couple emm&#233;nageait le jour m&#234;me. Lorsqu'elle sortit, elle s'arr&#234;ta au pas de la porte... &#224; la fen&#234;tre, elle vit Isabella qui soignait un g&#233;ranium rouge. Encore une fois, elle eut pu tirer : encore une fois, elle ne tira pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ana &#233;tait sereine en rentrant chez elle : la jeune fille n'allait pas mourir de sa main. Peut-&#234;tre, un jour, tuerait-elle le monstre. Ce serait sans larmes, sans r&#233;volte. Ce serait la fin logique, sa r&#233;ponse &#224; l'absurdit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans sa boite aux lettres, un document l'attendait, portant l'ent&#234;te d'une agence internationale install&#233;e au pays il y a deux ans pour retracer les disparus d'une &#233;poque chaotique o&#249; la vie d'Ana avait sombr&#233;. Le c&#339;ur dans les tempes, elle d&#233;chira l'enveloppe, puis elle revint &#224; la r&#233;alit&#233; : on lui confirmerait probablement qu'Alicia &#233;tait morte, voire qu'on avait identifi&#233; son corps parmi les milliers ensevelis dans le charnier trouv&#233; &#224; l'Est de la ville, pr&#232;s de la prison Wellington. Lorsqu'elle releva son visage bl&#234;me, reflet de la feuille blanche qui tremblait entre ses doigts, de grosses larmes coulaient sur ses joues fl&#233;tries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Madame Ana Mendez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;chantillons de sang que vous avez fournis afin de retracer le cadavre de votre fille disparue le 15 octobre 1985, ont &#233;t&#233; vers&#233;s dans les Fonds de Recherche des Parents Disparus. Gr&#226;ce &#224; l'&#233;quipe de m&#233;decins et de coop&#233;rants internationaux travaillant avec la Ligue des droits de l'homme, par recoupement d'A.D.N., nous avons &#233;tabli hors de tout doute raisonnable que Mademoiselle Isabella Lopez, n&#233;e le 2 mai 1986 &#224; la prison Wellington, est votre petite fille. Celle-ci &#233;tait d'ailleurs &#224; la recherche de sa m&#232;re naturelle. Elle vit pr&#233;sentement chez Monsieur et Madame Lopez, 2, avenue des Acacias. Monsieur aurait recueilli l'enfant d&#232;s sa naissance alors qu'il travaillait &#224; la prison Wellington. La proc&#233;dure l&#233;gale visant la restitution de l'identit&#233; v&#233;ritable de Mademoiselle Mendez sera entam&#233;e, &#224; sa demande, le 27 septembre prochain, au palais de Justice de... Votre petite fille attend que vous la contactiez. Madame Rivas, de notre organisation, vous fournira ses coordonn&#233;es ... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Manon Ann Blanchard&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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