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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Banja Luka, Belgrade, Budapest, Tirana, un vent de col&#232;re au c&#339;ur de l'hiver</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Banja-Luka-Belgrade-Budapest-Tirana-un-vent-de-colere-au-coeur-de-l-hiver</link>
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		<dc:date>2019-01-22T12:11:46Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Corentin Leotard</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
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		<dc:subject>Bosnie-Herz&#233;govine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-01-22</dc:subject>
		<dc:subject>Serbie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est un v&#233;ritable hiver que nous r&#233;serve ce d&#233;but d'ann&#233;e 2019. Il neige, et les temp&#233;ratures sont tomb&#233;es bien en-dessous de z&#233;ro. Pourtant, malgr&#233; la bise glaciale, les citoyens se rassemblent, d&#233;filent et contestent des pouvoirs honnis, &#224; Banja Luka, Belgrade comme &#224; Budapest ou Tirana. &#201;ditorial commun au Courrier des Balkans et au Courrier d'Europe centrale. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Banja Luka, c'est pour demander &#171; justice et v&#233;rit&#233; &#187; pour un jeune homme assassin&#233; la nuit du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Hongrie-+" rel="tag"&gt;Hongrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Pologne-+" rel="tag"&gt;Pologne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Kosovo-370-+" rel="tag"&gt;Kosovo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Republique-Tcheque-+" rel="tag"&gt;R&#233;publique Tch&#232;que&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Bosnie-Herzegovine-+" rel="tag"&gt;Bosnie-Herz&#233;govine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-01-22-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-01-22&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Serbie-+" rel="tag"&gt;Serbie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH113/arton37499-c71a1.jpg?1677097375' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est un v&#233;ritable hiver que nous r&#233;serve ce d&#233;but d'ann&#233;e 2019. Il neige, et les temp&#233;ratures sont tomb&#233;es bien en-dessous de z&#233;ro. Pourtant, malgr&#233; la bise glaciale, les citoyens se rassemblent, d&#233;filent et contestent des pouvoirs honnis, &#224; Banja Luka, Belgrade comme &#224; Budapest ou Tirana. &#201;ditorial commun au Courrier des Balkans et au Courrier d'Europe centrale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/edition/chroniques-deurope-centrale/article/190119/banja-luka-belgrade-budapest-tirana-un-vent-de-colere-au-coeur-de-l-hive&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Banja Luka, c'est pour demander &#171; justice et v&#233;rit&#233; &#187; pour un jeune homme assassin&#233; la nuit du 17 au 18 mars de l'an pass&#233;, David Dragi&#269;evi&#263;, que des milliers de personnes d&#233;fient le r&#233;gime autoritaire, autocratique et corrompu de Milorad Dodik. Depuis la fin du mois de d&#233;cembre, les autorit&#233;s de la Republika Srpska ont interdit tous les rassemblements, interpell&#233; des dizaines de personnes et envoy&#233; les unit&#233;s sp&#233;ciales de la police d&#233;loger ceux qui continuaient &#224; vouloir d&#233;poser des bougies dans la neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ambiance actuelle ressemble tragiquement &#224; celle qui pr&#233;valait &#224; Banja Luka en 1992 &#187;, note le journaliste Dragan Bursa&#263;. &#171; Sauf qu'&#224; l'&#233;poque, la police serbe traquait les non-Serbes, et maintenant, puisque ces derniers ont presque disparu de Banja Luka, elle s'acharne sur les Serbes &#187;. Ancien &#171; mod&#233;r&#233; &#187; longtemps soutenu par les Occidentaux, Milorad Dodik serait devenu un &#171; ultranationaliste &#187;. Mais ces mots-l&#224; ont-ils encore un sens ? La seule r&#233;alit&#233; qui int&#233;resse Dodik, c'est le pouvoir. Le pouvoir absolu, pour lequel il serait pr&#234;t &#224; sacrifier le peuple serbe tout entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Belgrade, c'est pour dire &#171; non aux chemises ensanglant&#233;es &#187;, non au tabassage d'un opposant par des nervis du r&#233;gime que &lt;a href=&#034;https://courrierdeuropecentrale.fr/serbie-la-mobilisation-anti-vucic-samplifie-de-ville-en-ville/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les manifestations ont commenc&#233; le 8 d&#233;cembre&lt;/a&gt;. Depuis, chaque samedi, des dizaines de milliers de personnes se rassemblent pour dire qu'elles ne veulent plus du r&#233;gime autoritaire, manipulateur et liberticide d'Aleksandar Vu&#269;i&#263;. Pourtant d&#233;plore le sociologue Jovo Baki&#263;, &#171; les Occidentaux soutiennent Vu&#269;i&#263; comme ils ont soutenu Milo&#353;evi&#263; en 1996 &#187;. En effet, ils veulent voir en lui non seulement le garant de la &#171; stabilit&#233; r&#233;gionale &#187;, mais aussi l'homme qui pourrait enfin &#171; r&#233;gler &#187; la question du Kosovo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre Vu&#269;i&#263; et son r&#233;gime, il y a des partis de gauche, du centre, de droite et d'extr&#234;me droite, mais surtout beaucoup de citoyens qui n'accordent plus aucune confiance aux partis politiques, quels qu'ils soient. Non seulement ces mouvements sont souvent corrompus, mais le discours post-politique de Vu&#269;i&#263;, l'ancien ministre de Milo&#353;evi&#263; qui proposait de tuer &#171; 100 musulmans pour un Serbe &#187;, devenu chantre de l'int&#233;gration europ&#233;enne, a fait perdre toute r&#233;alit&#233; aux mots et aux concepts. La gauche, la droite, le nationalisme, les valeurs fondamentales de l'&#201;tat de droit ? Tout cela a disparu, emport&#233; par la rh&#233;torique du nouveau ma&#238;tre de Belgrade. La premi&#232;re ministre Ana Brnabi&#263; veille au grain : c'est elle qui est charg&#233;e d'appliquer les mesures ultra-lib&#233;rales qui doivent achever de transformer la Serbie en un petit atelier de fa&#231;onnage et de sous-traitance, en p&#233;riph&#233;rie proche de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contre un avenir p&#233;riph&#233;ris&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi cela, cet avenir &#233;conomique et social &#224; jamais p&#233;riph&#233;ris&#233; que refusent les Serbes comme les Bosniens, comme d'ailleurs tous les citoyens des Balkans. Depuis le mouvement des pl&#233;nums en Bosnie-Herz&#233;govine en 2014, jusqu'&#224; l'inaboutie &#171; r&#233;volution des couleurs &#187; de Mac&#233;doine en 2016, c'est la m&#234;me aspiration profonde qui s'exprimer : nous ne voulons pas partir, nous voulons vivre et travailler dans notre pays, d&#233;cemment. Pourtant, l'exode s'impose, encore et toujours, vidant tous les pays des Balkans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi contre cette r&#233;alit&#233; injuste que se sont r&#233;volt&#233;s les &#233;tudiants albanais en d&#233;cembre, d&#233;non&#231;ant les logiques lib&#233;rales et les Partenariats-Public-Priv&#233; promus comme une panac&#233;e universelle par le gouvernement &#171; social-d&#233;mocrate &#187; d'Edi Rama. Les ressortissants d'Albanie forment depuis quelques ann&#233;es la premi&#232;re nationalit&#233; parmi les demandeurs d'asile en France. Le pays pourtant est en paix, mais c'est cette violence radicale du lib&#233;ralisme tel qu'il se pratique dans la p&#233;riph&#233;rie europ&#233;enne qui pousse toute la jeunesse d'un pays &#224; s'enfuir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les citoyens d'Albanie, de Bosnie-Herz&#233;govine, du Kosovo ou de Serbie r&#234;vent bien s&#251;r d'aller en Europe occidentale, mais beaucoup s'arr&#234;tent dans les pays de la p&#233;riph&#233;rie europ&#233;enne, en Hongrie, en Slovaquie ou en Tch&#233;quie&#8230; &#192; Budapest, par un beau paradoxe, c'est une &lt;a href=&#034;https://courrierdeuropecentrale.fr/hongrie-nouveau-coup-de-boutoir-du-fidesz-contre-le-droit-du-travail/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;loi ultra-lib&#233;rale&lt;/a&gt; du r&#233;gime soi-disant &#171; illib&#233;ral &#187; de Viktor Orb&#225;n qui a d&#233;clench&#233; un mouvement de contestation &#224; la mi-d&#233;cembre. Pr&#233;voyant de flexibiliser le recours aux heures suppl&#233;mentaires pour la plus grande joie du patronat allemand, la &#171; loi esclavagiste &#187; agr&#232;ge d&#233;sormais contre elle partis politiques comme syndicats, et plus largement tous ceux qui s'opposent &#224; un pouvoir despotique qui a phagocyt&#233; l'appareil d'&#201;tat, l&#233;galis&#233; la corruption, qui gouverne par l'intimidation et attise la haine contre les groupes sociaux vuln&#233;rables (les r&#233;fugi&#233;s, les sans-abri). Et comme &#224; Belgrade, les m&#233;dias publics sont mis au pas par un pouvoir autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que la Hongrie a ouvert la voie dans la r&#233;gion, et essaime aujourd'hui ailleurs en Europe centrale. Les cl&#233;ricaux-conservateurs polonais du parti Droit et Justice, dans le collimateur de Bruxelles pour atteinte &#224; l'ind&#233;pendance de la Justice et plus largement &#224; l'&#201;tat de droit, sont emmen&#233;s par un Jaros&#322;aw Kaczy&#324;ski qui trouve l'inspiration en Viktor Orb&#225;n. La tentation autoritaire se fait aussi sentir chez le voisin slovaque. L&#8216;&lt;a href=&#034;https://courrierdeuropecentrale.fr/slovaquie-ce-que-on-sait-de-assassinat-de-jan-kuciak/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;assassinat en f&#233;vrier 2018 du journaliste J&#225;n Kuciak&lt;/a&gt; a jet&#233; une lumi&#232;re crue sur la corruption qui gangr&#232;ne l'&#201;tat slovaque, pourtant consid&#233;r&#233; comme le &#171; bon &#233;l&#232;ve &#187; de l'Europe centrale. D&#233;boulonn&#233; par la rue, l'homme fort du pays depuis une d&#233;cennie, le pr&#233;tendument social-d&#233;mocrate Robert Fico, continue pourtant &#224; tirer les ficelles en coulisses. Particuli&#232;rement v&#233;h&#233;mentes &#224; Bratislava tout au long de l'ann&#233;e pass&#233;e, les jeunes g&#233;n&#233;rations sont d&#233;sormais aux premi&#232;res loges de l'exigence d&#233;mocratique et sociale dans la r&#233;gion. Comme &#224; Varsovie, Prague et Budapest, le message qu'elles d&#233;livrent est on ne peut plus explicite : soit on leur donne voix au chapitre, soit elles rejoignent la cohorte de centaines de milliers de leurs a&#238;n&#233;s, qui ont &#233;migr&#233; vers l'Europe du Nord et de l'Ouest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'avenir de l'Europe se joue dans ses marges&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://courrierdesbalkans.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Courrier des Balkans&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://courrierdeuropecentrale.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Courrier d'Europe centrale&lt;/a&gt; ont d&#233;cid&#233; de se rapprocher, pour mieux vous informer de cette effervescence qui gagne la p&#233;riph&#233;rie europ&#233;enne, mais le rapprochement n'est pas que d'occasion. Les pays dans lesquels nous travaillons, qu'ils soient d&#233;j&#224; membre de l'UE ou seulement encore candidats, ont en effet en commun d'appartenir &#224; une p&#233;riph&#233;rie marginalis&#233;e, une p&#233;riph&#233;rie qui n'aurait pas d'autre destin que d'&#234;tre une banlieue manufacturi&#232;re de l'Europe &#171; riche &#187;, voire un simple r&#233;servoir de main d'&#339;uvre, tout en devant aussi une fonction de gardes des fronti&#232;res, face aux exil&#233;s qui arrivent de plus loin, d'Afrique, du Proche ou du Moyen Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rapprochement entre nos deux Courriers est donc la r&#233;ponse &#233;ditoriale &#224; une convergence politique profonde. Les deux sites d'information vont mettre en commun leurs forces pour am&#233;liorer leur offre aupr&#232;s de leurs abonn&#233;s, &#224; travers le d&#233;veloppement de nouveaux sites Internet &#224; l'horizon de fin 2019 ou d&#233;but 2020, mais &#233;galement en multipliant des initiatives &#233;ditoriales communes (enqu&#234;tes, reportages, analyses).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous partageons en effet une conviction, celle que l'avenir de l'Europe se joue dans ses marges, dans cette p&#233;riph&#233;rie d'o&#249; peut rejaillir l'hydre du nationalisme guerrier, mais o&#249; peuvent na&#238;tre aussi des alternatives nouvelles et citoyennes que nul n'est encore capable d'imaginer. L'Europe, et c'est peut-&#234;tre bien cela la singularit&#233; de son destin depuis quelques si&#232;cles, n'a pas d'autre choix que de se r&#233;inventer ou de p&#233;rir. Si nous vivons cette &#233;trange p&#233;riode de &#171; transition &#187;, ce &#171; clair-obscur o&#249; surgissent les monstres &#187; dont parlait Gramsci, nous croyons aussi, avec H&#246;lderlin, que &#171; l&#224; est le danger, l&#224; est aussi ce qui sauve &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Tuzla, capitale ignor&#233;e de l'Europe des travailleurs et des peuples</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Tuzla-capitale-ignoree-de-l-Europe-des-travailleurs-et-des-peuples</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Tuzla-capitale-ignoree-de-l-Europe-des-travailleurs-et-des-peuples</guid>
		<dc:date>2014-03-18T19:39:29Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Besancenot</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Bosnie-Herz&#233;govine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-03-18</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est &#171; un combat d'&#233;mancipation exemplaire &#187; qui se m&#232;ne &#224; Tuzla (Bosnie-Herz&#233;govine), &#233;picentre d'une contestation qui a fait tomber le gouvernement, rapporte Olivier Besancenot, de retour d'un voyage dans l'ancienne Yougoslavie : &#171; A l'approche des &#233;lections europ&#233;ennes, (...) il est d'int&#233;r&#234;t public et internationaliste de clamer que Tuzla est la capitale de l'Europe qui nous manque &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Pourquoi la Bosnie-Herz&#233;govine inspire-t-elle donc si peu d'int&#233;r&#234;t et de curiosit&#233; dans les m&#233;dias (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Bosnie-Herzegovine-+" rel="tag"&gt;Bosnie-Herz&#233;govine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2014-03-18-+" rel="tag"&gt;Edition du 2014-03-18&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton16987-55f73.png?1680095226' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est &#171; un combat d'&#233;mancipation exemplaire &#187; qui se m&#232;ne &#224; Tuzla (Bosnie-Herz&#233;govine), &#233;picentre d'une contestation qui a fait tomber le gouvernement, rapporte Olivier Besancenot, de retour d'un voyage dans l'ancienne Yougoslavie : &#171; A l'approche des &#233;lections europ&#233;ennes, (...) il est d'int&#233;r&#234;t public et internationaliste de clamer que Tuzla est la capitale de l'Europe qui nous manque &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pourquoi la Bosnie-Herz&#233;govine inspire-t-elle donc si peu d'int&#233;r&#234;t et de curiosit&#233; dans les m&#233;dias ou dans la classe politique quand, au contraire, l'Ukraine fait la une ? Est-ce le fait de sa non-appartenance &#224; l'Union europ&#233;enne ? Est-ce parce que son nom &#233;voque la guerre qui, vingt ans plus t&#244;t, a co&#251;t&#233; la vie de centaines de milliers d'hommes et de femmes &#8211; plus de 200 000 morts et 600 000 exil&#233;s &#8211; dans la quasi-indiff&#233;rence occidentale et ce, &#224; une heure trente de vol de Paris ? Ou bien qu'elle se r&#233;veille le plus souvent &#224; l'appel du muezzin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, ces derni&#232;res semaines, le pays se r&#233;volte lui aussi. Le peuple s'insurge contre les injustices sociales et la mis&#232;re, exprime haut et fort sa volont&#233; de changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Intrigu&#233;, et enthousiasm&#233;, par les informations donn&#233;es par nos camarades sur place, me voil&#224; parti pour un saut de puce &#224; Tuzla, le temps d'un court s&#233;jour. Fascinant de v&#233;rifier &#224; quel point le temps sait &#234;tre trompeur : les aiguilles semblent se figer lorsque les pendules politiques et sociales pr&#233;cis&#233;ment s'affolent. C'est pourtant bien connu, en p&#233;riode de r&#233;volte ou de r&#233;volution, les secondes valent des minutes, les minutes des heures, et les heures des journ&#233;es. Ce bref p&#233;riple de solidarit&#233; internationaliste m'a paru durer une &#233;ternit&#233;, riche en rencontres, discussions et en enseignements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'a&#233;roport de Ljubljana, en Slov&#233;nie, c'est Mladen, un camarade du groupe militant Iskra (l'&#201;tincelle) qui conduit la petite d&#233;l&#233;gation constitu&#233;e de deux camarades belges et moi-m&#234;me. Direction Tuzla, &#233;picentre de la contestation qui agite aujourd'hui la Bosnie. Mladen pr&#233;pare une manifestation contre la r&#233;forme universitaire, lib&#233;rale, qui menace la jeunesse &#233;tudiante slov&#232;ne. Il organise aussi activement la solidarit&#233; avec la fronde sociale parce que les nouvelles fronti&#232;res qui s&#233;parent les diff&#233;rentes nations de l'ex-Yougoslavie ne restent pas &#233;tanches &#224; cet &#233;lan de r&#233;bellion. En chemin, Mladen &#233;voque les grands d&#233;g&#226;ts provoqu&#233;s par vingt ans de lib&#233;ralisme forcen&#233; sur l'&#233;conomie des Balkans. Brid&#233;e par un syst&#232;me jusqu'alors bureaucratis&#233;, en d&#233;pit des dissidences de Tito face au r&#233;gime sovi&#233;tique, puis ruin&#233; par des ann&#233;es de guerre, l'&#233;conomie de l'ex-Yougoslavie a &#233;t&#233; litt&#233;ralement vampiris&#233;e par l'&#233;conomie marchande. R&#233;sultats : d&#233;veloppement et accroissement des in&#233;galit&#233;s, de la pauvret&#233;, du ch&#244;mage (de 40 &#224; 45 % en Bosnie), privatisations des services publics et de l'industrie au profit de groupes claniques et mafieux accol&#233;s &#224; une poign&#233;e de capitalistes occidentaux sans plus de scrupules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la guerre, Mladen est plus taiseux et insiste pour en parler au pass&#233;. Il pr&#233;cise, dans un sourire, que son passeport est slov&#232;ne, que sa m&#232;re est croate et son p&#232;re serbe. Au bout d'un moment, l'interminable for&#234;t de conif&#232;res slov&#232;nes c&#232;de sa place au bitume de la longue autoroute qui m&#232;ne en Croatie, longe Zagreb (nous restons au sein de l'Union europ&#233;enne, la Slov&#233;nie l'ayant rejointe en mai 2004, la Croatie en juillet 2013) et nous conduit jusqu'en Bosnie, pays non-membre de l'UE. Les kilom&#232;tres d&#233;filent tout comme les zones industrielles, sigl&#233;es d'enseignes mondialement connues, et les villages dont les meutes de paille rappellent des m&#233;thodes traditionnelles d'un autre si&#232;cle. Progressivement, un &#233;pais nuage de pollution annonce la proximit&#233; de Tuzla. Les chemin&#233;es et les immenses pots de yaourt de la centrale hydro&#233;lectrique au charbon apparaissent. Elles crachent une fum&#233;e continue qui distille une ind&#233;fectible odeur de soufre sur toute la ville. Le d&#233;cor est plant&#233;. Si Sarajevo est la capitale administrative, Tuzla en est la capitale industrielle. Raison pour laquelle les bombardements serbes, il y a vingt ans, prenaient soin d'&#233;pargner le patrimoine industriel, escomptant r&#233;cup&#233;rer le butin. Les tirs &#233;taient volontairement cibl&#233;s, souvent pour le pire, comme le rappelle une st&#232;le dans le centre-ville comm&#233;morant la tuerie, &#224; coups de canon, le 25 mai 1995, de soixante et onze victimes civiles, en majorit&#233; des jeunes attabl&#233;s aux terrasses des caf&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; ce jour, Tuzla m'&#233;voquait seulement le nom d'une vague destination sur la carte, associ&#233;e au projet de convoi humanitaire &#171; Secours ouvrier pour la Bosnie &#187; au d&#233;but des ann&#233;es 1990. A l'origine de cette initiative, des syndicalistes et des organisations anticapitalistes avaient sillonn&#233; plusieurs villes d'Europe occidentale, Grande-Bretagne, France, Belgique, pour collecter vivres, livres et m&#233;dicaments avant de chercher &#224; rallier Tuzla, la ville ouvri&#232;re qui osait revendiquer haut et fort sa multiethnicit&#233; &#8211; et ce en d&#233;pit de la guerre et de la haine. H&#233;las, un seul camion a r&#233;ussi &#224; atteindre son but. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur de la ville, un brouillard dense et odorif&#233;rant nous a d'embl&#233;e happ&#233;s, donnant aux rues et aux quartiers les allures d'un Londres du XIXe, si bien d&#233;peint par le romancier &#233;cossais Conan Doyle. Les maisons sont basses et souvent bancales, car le sol est instable. La jeunesse se balade en groupes, se croise dans un balai permanent o&#249; les rires et les discussions fusent sans exc&#232;s. Dans les tavernes, on boit, on danse, on drague, comme partout ailleurs dans le monde. M&#234;me apparence vestimentaire, m&#234;me d&#233;marche, la jeunesse de Tuzla ressemble &#224; la n&#244;tre. La jeunesse de Tuzla est aussi la n&#244;tre. Simplement, elle est n&#233;e du ventre de la guerre et en a conserv&#233; un air grave et mature. En discutant avec les uns et les autres, on prend vite conscience que cette terrible &#233;preuve, seulement &#233;voqu&#233;e d'un lapidaire &#171; after the war&#8230; &#187;, a fortement fa&#231;onn&#233; cette g&#233;n&#233;ration qui para&#238;t, lorsque le d&#233;bat s'enclenche, fort pr&#233;coce pour son &#226;ge. Son caract&#232;re aguerri constitue probablement un des ferments de la r&#233;volte. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les stigmates de la catastrophe sociale et de la r&#233;volte politique sont manifestes : magasins ferm&#233;s, voirie d&#233;laiss&#233;e, immeubles d&#233;t&#233;rior&#233;s dans lesquels les habitants vivent pourtant, b&#226;tisses et murs qui t&#233;moignent de l'air ambiant &#224; renforts de tags, m&#233;lange d'insultes (qu'arbore toute fa&#231;ade urbaine qui se respecte) et de &#171; tout le bien &#187; qu'inspirent l'ancien gouvernement et les politiciens &#224; la population. Le clou de ce rapide aper&#231;u, l'immeuble du gouvernement du canton de Tuzla, mis &#224; sac puis br&#251;l&#233; par des manifestants, le 7 f&#233;vrier dernier, point culminant de trois journ&#233;es de contestation rassemblant plus de quinze mille personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques heures plus tard, &#224; Sarajevo, c'est si&#232;ge de la pr&#233;sidence qui, &#224; son tour, a &#233;t&#233; incendi&#233;. Ici, les policiers passent dor&#233;navant indiff&#233;rents devant ces locaux calcin&#233;s, &#171; lointain &#187; souvenir d'un gouvernement contraint d'abdiquer face au pouvoir de la rue. Un &#233;norme graffiti proclame la &#171; r&#233;volution &#187; et pointe les &#171; nationalistes, voleurs &#187;. Et en effet, au c&#339;ur de la col&#232;re populaire se nichent la mis&#232;re et la corruption. Ces deux mots condensent le bilan des politiques lib&#233;rales men&#233;es en bonne harmonie par la social-d&#233;mocratie et le Parti nationaliste de Bosnie (fond&#233; par Alija Izetbegovic, repris par son fils Bakir) dans une alternance politique tellement imbriqu&#233;e qu'elle fait dire &#224; Mladen : &#171; Ici, l'opposition &#233;tait en permanence dans la position et vice versa. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la guerre qui a caus&#233; tout &#231;a ? &#187;. &#171; Oui, la guerre &#233;conomique ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il n'y a plus de gouvernement en Bosnie depuis un mois et cela ne semble inqui&#233;ter personne. Une vacance de pouvoir telle qu'elle donnerait des vapeurs &#224; n'importe quel politicien d'ici ou d'ailleurs, mais que n'importe quel passant de la rue peut vous expliquer patiemment, sans crainte, et avec conviction. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gordan, 35 ans, un des militants les plus anciens du groupe Lievji nous explique par exemple l'exp&#233;rience originale de d&#233;mocratie directe qui a &#233;merg&#233; &#224; Tuzla apr&#232;s les manifestations et la chute du pouvoir. En l'absence de gouvernement, un pl&#233;num, assembl&#233;e populaire ouverte &#224; toute la population de la ville, se r&#233;unit r&#233;guli&#232;rement dans une salle communale &#8211; au d&#233;but quotidiennement, aujourd'hui deux fois par semaine &#8211; pour traiter des probl&#232;mes courants et des sujets politiques. Ce pl&#233;num regroupe entre sept cents et mille personnes, pas toujours les m&#234;mes. Les interventions sont br&#232;ves et minut&#233;es, les chefs en herbe tenus &#224; distance. Seuls des m&#233;diateurs sont chaque fois d&#233;sign&#233;s pour assurer la bonne marche de la r&#233;union. Les th&#232;mes sont multiples et librement abord&#233;s : emploi, industrie, services publics, &#233;ducation, culture, corruption, violence&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Douze commissions ont &#233;t&#233; mises en place pour travailler sur les sujets jusque-l&#224; trait&#233;s par les minist&#232;res. Une autre est charg&#233;e des relations avec les travailleurs. Trois groupes de travail s'occupent des m&#233;dias, des aspects juridiques et de la logistique. Le pl&#233;num a exig&#233; du parlement qu'il nomme rapidement un gouvernement technique, s'opposant &#224; ce que le Premier ministre soit issu de sa propre assembl&#233;e et pr&#233;f&#233;rant rester ind&#233;pendant du jeu politique traditionnel pour ne pas &#234;tre instrumentalis&#233;. Le pl&#233;num se vit d'abord comme un contre-pouvoir puissant et l&#233;gitime. Son objectif : que les solutions qu'il &#233;labore soient appliqu&#233;es &#224; la lettre par le futur gouvernement, sous peine de le faire tomber une nouvelle fois en cas de non-respect du mandat. C'est une sorte de droit de veto institu&#233; par la d&#233;mocratie directe. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la commission en relation avec les travailleurs, &#224; laquelle nous assistons, la question de la remise en marche de l'usine de d&#233;tergent Dita est abord&#233;e. Cette entreprise privatis&#233;e quelques ann&#233;es plus t&#244;t a cess&#233; son activit&#233;, permettant &#224; ses dirigeants de s'enrichir copieusement et ce, de mani&#232;re frauduleuse. Le d&#233;bat est long au sein du groupe qui doit soumettre ses conclusions au pl&#233;num : faut-il aider les travailleurs &#224; acheter les actions de l'entreprise, faut-il d&#233;cr&#233;ter l'annulation des dettes de Dita vis-&#224;-vis de ses fournisseurs, comment confier la propri&#233;t&#233; de l'usine &#224; ses travailleurs ? &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mirna, salari&#233;e de l'usine et membre du groupe, nous emm&#232;ne visiter l'usine. Dans les faubourgs industriels de Tuzla, c'est l'h&#233;catombe, un v&#233;ritable cimeti&#232;re &#233;conomique. Devant les innombrables terrains vagues, les hangars laiss&#233;s &#224; l'abandon, les b&#226;timents litt&#233;ralement &#233;ventr&#233;s, je me lance na&#239;vement : &#171; C'est la guerre qui a caus&#233; tout &#231;a ? &#187;. &#171; Oui, la guerre &#233;conomique ! &#187;, r&#233;pond Mirna du tac ou tac. Ici, des usines sont n&#233;es, ont v&#233;cu et sont mortes parfois en seulement vingt ans. L&#224; o&#249; nos histoires industrielles occidentales, elles aussi ab&#238;m&#233;es, s'&#233;coulent souvent sur plus d'un si&#232;cle, la dur&#233;e de vie &#233;conomique &#224; Tuzla est &#233;ph&#233;m&#232;re. Elle se r&#233;sume &#224; un temps express d'accumulation mafieuse de capital, r&#233;duit &#224; sa plus juteuse et optimale expression o&#249; le capitalisme vient piller et repart comme il est venu : une sorte de Blitzkrieg &#233;conomique. Un profond sentiment de g&#226;chis nous gagne tous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des chiens errants nous accompagnent sur les quais et sur le site, l&#224; o&#249; la v&#233;g&#233;tation reprend ses droits. Depuis 2011, les salari&#233;s, au nombre de cent vingt aujourd'hui contre mille jadis, ne sont plus pay&#233;s et se relaient par petits groupes coordonn&#233;s pour prot&#233;ger l'usine vingt-quatre heures sur vingt-quatre contre les vols ou les tentatives de sabotage. Les ouvriers expliquent fi&#232;rement qu'avec peu d'investissements et un appui en formation professionnelle, l'entreprise pourrait red&#233;marrer rapidement si un choix politique &#233;tait fait dans ce sens. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour au centre ville, nous rencontrons quatre camarades qui arrivent de Sarajevo. Tijana rapporte que, au-del&#224; des villes de Tuzla et de Sarajevo, c'est toute la Bosnie qui s'embrase. &#192; Mostar, par exemple, la lutte a pris une tournure symbolique. D'un c&#244;t&#233; et de l'autre du fleuve se font habituellement face deux communaut&#233;s, croate et bosniaque. Cette fois, la r&#233;volte a unifi&#233; les deux groupes, n'&#233;pargnant ni les locaux gouvernementaux bosniaques ni les croates. Devant les charges des autorit&#233;s bosniaques accusant les manifestants croates d'avoir mis le feu &#224; leurs b&#226;timents, les habitants bosniaques ont bruyamment revendiqu&#233; cette action et proclam&#233; leur solidarit&#233; avec leurs &#171; fr&#232;res croates &#187;. Bien s&#251;r, les questions nationales n'ont pas disparu, elles demeurent pr&#233;sentes, sourdes et latentes. Mais pour l'heure, la question sociale les jugule et les transcende, pour la grande fiert&#233; de cette nouvelle g&#233;n&#233;ration qui dit observer avec une certaine angoisse le contre-exemple ukrainien. L&#224;-bas, le peuple qui s'est d'abord insurg&#233; contre l'injustice sociale et la corruption, se trouve maintenant pris en otage par les manigances de l'imp&#233;rialisme des Russes et de l'Otan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, si l'Ukraine focalise l'attention de tous les tenants de l'UE parce que les enjeux strat&#233;giques sont autrement plus app&#233;tissants que ceux de la Bosnie (en termes g&#233;ostrat&#233;gique, &#233;conomique, &#233;nerg&#233;tique&#8230;), Tuzla n'offre que la possibilit&#233; de se solidariser et de s'identifier &#224; un combat d'&#233;mancipation exemplaire. Cette exp&#233;rience sociale et politique se cherche &#224; haute voix et red&#233;couvre probablement une vell&#233;it&#233; autogestionnaire enfouie dans les nappes phr&#233;atiques de la m&#233;moire collective yougoslave. Elle est chaotique et rencontre de nombreux obstacles, mais elle existe, elle est l&#224; sous nos yeux pour peu que nous les ouvrions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assurer un soutien politique unitaire aux insurg&#233;s de Bosnie, mener une campagne syndicale internationaliste pour &#233;pauler la reprise de l'entreprise autog&#233;r&#233;e de Dita, voil&#224; des pistes, non exhaustives, pour rassembler les organisations de la gauche sociale et politique en France qui y sont dispos&#233;es. Printemps des Balkans, conjugaison slave du mouvement des indign&#233;s ? Peu importe la d&#233;nomination. Une chose est s&#251;re : &#224; l'approche des &#233;lections europ&#233;ennes, et alors que la classe politique est hautement discr&#233;dit&#233;e, il est d'int&#233;r&#234;t public et internationaliste de clamer que Tuzla est la capitale de l'Europe qui nous manque. Une Europe des travailleurs et des peuples &#224; construire sur les d&#233;combres de l'UE, de ses trait&#233;s et de sa repr&#233;sentation &#233;conomique et politique actuelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;volte sociale en Bosnie-Herz&#233;govine : &#171; Qui s&#232;me la mis&#232;re r&#233;colte la col&#232;re &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Revolte-sociale-en-Bosnie-Herzegovine-Qui-seme-la-misere-recolte-la-colere</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Revolte-sociale-en-Bosnie-Herzegovine-Qui-seme-la-misere-recolte-la-colere</guid>
		<dc:date>2014-02-18T13:21:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Catherine Samary</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2014-02-18</dc:subject>
		<dc:subject>Bosnie-Herz&#233;govine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le printemps est en avance sur le froid qui r&#232;gne. Nul ne sait jusqu'o&#249; ira l'explosion sociale et d&#233;mocratique [1]. Mais dores et d&#233;j&#224;, on sait qu'elle laissera des traces profondes et pourrait faire t&#226;che d'huile : les peuples de la r&#233;gion commencent &#224; voir &#171; ce qui fait syst&#232;me &#187;, tant dans les griefs que dans les aspirations exprim&#233;es. De la d&#233;nonciation des &#171; privatisations criminelles &#187; on pourrait voir &#233;merger celle des institutions euro-atlantistes qui les ont encadr&#233;es [2] &lt;br class='autobr' /&gt; La (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Bosnie-Herzegovine-+" rel="tag"&gt;Bosnie-Herz&#233;govine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH80/arton16645-644ce.jpg?1680095226' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le printemps est en avance sur le froid qui r&#232;gne. Nul ne sait jusqu'o&#249; ira l'explosion sociale et d&#233;mocratique [1]. Mais dores et d&#233;j&#224;, on sait qu'elle laissera des traces profondes et pourrait faire t&#226;che d'huile : les peuples de la r&#233;gion commencent &#224; voir &#171; ce qui fait syst&#232;me &#187;, tant dans les griefs que dans les aspirations exprim&#233;es. De la d&#233;nonciation des &#171; privatisations criminelles &#187; on pourrait voir &#233;merger celle des institutions euro-atlantistes qui les ont encadr&#233;es [2]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La Bosnie-Herz&#233;govine, v&#233;ritable mini-Yougoslavie, a &#233;t&#233; particuli&#232;re d&#233;chir&#233;e et d&#233;truite par la d&#233;composition de l'ex-F&#233;d&#233;ration, ce qui n'a pas effac&#233; des relations r&#233;gionales (voire familiales et nationales) &#233;troites. Aux ann&#233;es 1990 de &#171; transition guerri&#232;re &#187; &#8211; dont trois ans de nettoyages ethniques et quelque 100 000 morts &#8211; se sont ajout&#233;s les d&#233;sastres de la &#171; transition pacifi&#233;e &#187; &#8211; d&#233;pendance &#233;troite envers le capital &#233;tranger, avec les nouvelles banques priv&#233;es &#8211;, mais aussi d'un contr&#244;le euro-atlantiste plus visible qu'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 2003 et 2008, la d&#233;pendance croissante des Balkans de l'Ouest envers l'UE a pu &#234;tre per&#231;ue comme b&#233;n&#233;fique. Mais en Bosnie-Herz&#233;govine, il n'y avait pas m&#234;me un Etat capable de se l&#233;gitimer sur des bases nationalistes. L'unit&#233; du pays a &#233;t&#233; maintenue aux forceps. Sa constitution, r&#233;dig&#233;e &#224; Dayton (USA), en 1995, est toujours en vigueur, refl&#233;tant le d&#233;coupage ethnique par la guerre. L'Etat reste enlis&#233; dans une pseudo &#171; souverainet&#233; &#187;, sous domination internationale, incarn&#233;e notamment par le &#171; Haut-Repr&#233;sentant &#187; de l'ONU, aujourd'hui europ&#233;en, v&#233;ritable &#171; pro-consul &#187;. Les nationalistes croates et serbes menacent p&#233;riodiquement de s&#233;cession et bloquent tout d&#233;passement des divisions ethniques, ce qui se traduit aussi par des discriminations envers les citoyen-nes (notamment Roms et Juifs), qui ne font pas partie des trois peuples reconnus par la constitution (Bosno-Serbes, Bosno-Croates et Musulmans dits Bosniaques &#8211; tous citoyen-nes bosniens).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vers le d&#233;passement des clivages nationaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, l'an pass&#233;, la premi&#232;re source de mobilisations massives a d&#233;pass&#233; les clivages nationaux : la &#171; r&#233;volution des b&#233;b&#233;s &#187; [3] a dress&#233; les citoyen-nes de toutes les &#171; entit&#233;s &#187; contre l'incurie des partis au pouvoir, incapables de s'entendre sur les fiches d'immatriculation personnelle, emp&#234;chant notamment une petite fille de six mois de se faire soigner &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, le pays a plus de 40% de ch&#244;meurs-euses (plus de 60% pour les jeunes). Son appauvrissement est massif face &#224; une corruption end&#233;mique. Apr&#232;s une forte r&#233;cession (2009), il n'a connu que stagnation et reculs, jusqu'en 2013, en &#233;cho aux difficult&#233;s de ses voisins et principaux partenaires commerciaux &#8211; Slov&#233;nie, Italie et Croatie. Le FMI, qui avait conditionn&#233; ses &#171; aides &#187; &#224; la r&#233;solution d'une crise gouvernementale durant 15 mois, est revenu &#224; la charge, en septembre 2012, pour exiger r&#233;formes structurelles, aust&#233;rit&#233; et privatisations, notamment dans les secteurs de l'assurance maladie et des retraites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces attaques s'ajoutent aux ann&#233;es de privatisations, aujourd'hui d&#233;nonc&#233;es comme &#171; criminelles &#187; &#8211; notamment dans la r&#233;gion la plus industrielle de Tuzla, d'o&#249; est partie l'explosion sociale : entre 2000 et 2010, d'anciennes entreprises publiques, qui employaient la majorit&#233; de la population, ont &#233;t&#233; vendues &#224; des propri&#233;taires priv&#233;s qui ont cess&#233; de payer les travailleurs-euses, d&#233;pos&#233; leur bilan et brad&#233; les actifs &#8211; sous le contr&#244;le de l'Agence cantonale pour la privatisation. Un grand nombre de salari&#233;-e-s n'ont d&#232;s lors plus b&#233;n&#233;fici&#233; de cotisations sociales. Ils sont aujourd'hui priv&#233;s de droits sociaux, notamment de la possibilit&#233; de prendre leur retraite, car ils n'ont pas le nombre minimum d'ann&#233;es de cotisation requis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Politisation de la r&#233;volte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le troisi&#232;me jour de &#171; r&#233;volte &#187;, les mots d'ordre politiques ont fait leur apparition. De Tuzla, le mouvement s'est &#233;tendu vers Sarajevo, Bihac, et d'autres villes. Les assembl&#233;es qui se multiplient &#233;laborent des cahiers de revendications. Cet exercice de d&#233;mocratie directe s'exprime sur les r&#233;seaux sociaux et suscite aussi d'autres assembl&#233;es qui r&#233;unissent jeunes et vieux &#8211; les plus &#226;g&#233;-e-s n'&#233;tant pas les moins d&#233;termin&#233;s : la presse a cherch&#233; &#224; discr&#233;diter le mouvement, parlant de hooliganisme et d'agitateurs venus d'ailleurs. La r&#233;ponse du &#171; Front &#187;, qui s'est &#233;tabli hors de tout partis politiques a &#233;t&#233; claire : &#171; qui s&#232;me la mis&#232;re r&#233;colte la col&#232;re &#187;. Et celle-ci est en train de se transformer en force auto-organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous qui sommes descendus dans la rue, nous exprimons nos regrets pour les blessures et les dommages caus&#233;s, mais nous exprimons aussi nos regrets envers les usines, les espaces publics, les institutions scientifiques et culturelles, les vies humaines d&#233;truites par les actions de ceux qui sont au pouvoir depuis vingt ans &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs et les citoyens de Tuzla appellent &#224; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; maintenir l'ordre public et la paix par une coop&#233;ration entre les citoyens, la police et la protection civile pour &#233;viter la criminalisation, la politisation et la manipulation des manifestations ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la mise en place d'un gouvernement technique, compos&#233; d'experts apolitiques, n'ayant jamais eu de poste gouvernemental [dans] le canton de Tuzla jusqu'aux prochaines &#233;lections (&#8230;). [Il] soumettra chaque semaine des rapports sur son travail et des propositions. Tous les citoyens int&#233;ress&#233;s pourront suivre [son] travail ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; [A propos des privatisations] (&#8230;) Le gouvernement pourra confisquer les propri&#233;t&#233;s acquises frauduleusement, prononcer l'annulation des accords de privatisation, rendre les usines aux travailleurs et recommencer la production d&#232;s cela sera possible ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'&#233;galisation des salaires des repr&#233;sentants du gouvernement avec ceux des travailleurs du secteur public et priv&#233;, la fin des primes de toutes sortes et l'arr&#234;t du paiement des salaires des ministres et autres repr&#233;sentants dont le mandat a pris fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Voir sur ESSF (article 31034), &#034;Tuzla, Zenica, Sarajevo et Mostar (Bosnie-Herz&#233;govine) : la r&#233;volte du d&#233;sespoir et le d&#233;but d'un nouveau &#171; printemps &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31034&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31034&lt;/a&gt; et voir le dossier de Courriers des Balkans : la r&#233;volte sociale gagne tout le pays &lt;a href=&#034;http://balkans.courriers.info/spip.php?page=dossier&amp;id_article=15933&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://balkans.courriers.info/spip.php?page=dossier&amp;id_article=15933&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31066&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31066&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Voir sur ESSF (article 28930), Bosnie-Herz&#233;govine : une premi&#232;re depuis 1995 : un mouvement r&#233;unissant tous les citoyens et citoyennes, &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article28930&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article28930&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Article &#233;crit pour &#171; solidarit&#233;S &#187; (Suisse).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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