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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>&#171; Brosser l'histoire &#224; rebrousse-poil &#187; &#8211; sur la cancel culture</title>
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		<dc:date>2022-01-18T15:57:57Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thomas Franck</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-01-18</dc:subject>

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&lt;p&gt;Aux pourfendeurs d'une pr&#233;tendue &#171; cancel culture &#187; craignant l'av&#232;nement d'un &#171; remplacement culturel &#187;, il faut opposer une th&#233;orie critique de l'histoire. Car les perspectives matrimoniales, sociales et d&#233;coloniales se positionnent justement &#224; contre-courant d'une conception fig&#233;e et anhistorique du patrimoine, fantasme de l'identitarisme immuable, en invitant &#224; mettre au jour nos impens&#233;s collectifs. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de AOC M&#233;dia. &#171; Tout vainqueur des temps pass&#233;s a sa place dans le cort&#232;ge (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-antiraciste-" rel="directory"&gt;Mouvement antiraciste&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Debats-515-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-01-18-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-01-18&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH150/arton51083-c6ed2.jpg?1781036960' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aux pourfendeurs d'une pr&#233;tendue &#171; cancel culture &#187; craignant l'av&#232;nement d'un &#171; remplacement culturel &#187;, il faut opposer une th&#233;orie critique de l'histoire. Car les perspectives matrimoniales, sociales et d&#233;coloniales se positionnent justement &#224; contre-courant d'une conception fig&#233;e et anhistorique du patrimoine, fantasme de l'identitarisme immuable, en invitant &#224; mettre au jour nos impens&#233;s collectifs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://aoc.media/analyse/2022/01/12/brosser-lhistoire-a-rebrousse-poil-sur-la-cancel-culture/?loggedin=true&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;AOC M&#233;dia.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Tout vainqueur des temps pass&#233;s a sa place dans le cort&#232;ge triomphal qui, guid&#233; par les dominateurs du jour, foule aux pieds ceux qui gisent sur le sol. Comme cela a toujours &#233;t&#233; le cas, ce cort&#232;ge charrie le butin. On appelle celui-ci &#8220;patrimoine culturel&#8221;. [&#8230;] Et pas plus que du t&#233;moignage lui-m&#234;me, la barbarie n'est absente du processus qui l'a transmis de l'un &#224; l'autre &#187;[1].&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Bien souvent con&#231;u comme exempt de toute forme de tensions internes, de contradictions sociales ou id&#233;ologiques, tout discours historiographique est le fruit de la conjoncture dans laquelle il &#233;merge, de ses rapports de force et d'une tradition institu&#233;e de l'histoire marqu&#233;e par l'imaginaire d'une p&#233;riode ant&#233;rieure[2]. En ce sens, il est tout &#224; fait coh&#233;rent qu'il produise, par son historicit&#233; m&#234;me, des contre-discours mettant en lumi&#232;re ses propres points d'ombre, ses partis pris &#233;pist&#233;mologiques, voire id&#233;ologiques, et son impens&#233; collectif[3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise au jour, dans ces contre-discours, de l'asym&#233;trie de condition dans les processus historiques est souvent consid&#233;r&#233;e comme un r&#233;visionnisme historique et culturel ou, pour reprendre les termes d'un courant id&#233;ologique davantage ancr&#233; dans une pens&#233;e dominante qu'il y laisse para&#238;tre, comme une forme de &#171; cancel culture &#187;. La posture victimaire de ce courant &#171; anti-cancel &#187;, posture par ailleurs r&#233;currente lorsqu'un groupe dominant se sent menac&#233;, est fond&#233;e sur le postulat tr&#232;s classique d'une conservation patrimoniale fig&#233;e en r&#233;action &#224; de pr&#233;tendues strat&#233;gies d'effacement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peur d'un remplacement culturel rel&#232;ve bien plus souvent d'un fantasme et d'une construction de ses propres d&#233;tracteurs &#8211; d&#233;fenseurs d'une conception paradoxalement anhistorique et non axiologique du discours historique &#8211; que d'une intention av&#233;r&#233;e de groupes sociaux domin&#233;s r&#233;clamant visibilit&#233; et reconnaissance publiques. Les cas des histoires matrimoniales, sociales et d&#233;coloniales sont r&#233;v&#233;lateurs en ce qu'ils font constamment l'objet de suspicion, se voyant &#244;ter leurs dimensions critique et universaliste fondamentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne nie pas l'existence d'un discours dogmatique r&#233;clamant, sans grande coh&#233;rence historique ni id&#233;ologique, l'effacement de productions et de traces portant la marque d'une domination. Ces productions et ces traces sont pr&#233;cis&#233;ment fondamentales en ce qu'elles sont la clef d'une compr&#233;hension et d'une m&#233;moire des rapports de subalternit&#233;, mais elles ne peuvent pr&#233;server l'&#233;vidence de leur place dans un espace public oppositionnel, parcouru de tensions relatives &#224; ce qui est visible et valoris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont justement ces visibilit&#233;s honteuses dans l'espace public qui produisent, par r&#233;action, des vell&#233;it&#233;s militantes radicales. De nombreux discours critiques de d&#233;nonciation se fondent au contraire sur la n&#233;cessit&#233; d'une conservation contextuelle et contre-id&#233;ologique des dominations pass&#233;es et pr&#233;sentes, ce qu'&#201;ric Fassin appelle &#171; la m&#233;moire des assassins &#187;[4]. On renverra, &#224; propos de la dimension universaliste des luttes contre la domination, &#224; l'important ouvrage de Francis Wolff, Plaidoyer pour l'universel : &#171; [&#8230;] il est vrai que toute exp&#233;rience est particuli&#232;re, notamment toute exp&#233;rience d'oppression : la Shoah, l'esclavage, le colonialisme, la domination des femmes, etc. Cependant, au contraire de ce que supposent les d&#233;nonciateurs de l'&#8220;appropriation culturelle&#8221;, ce type de souffrance comporte n&#233;cessairement une dimension communicable &#8211; donc universalisable &#8211; sous peine de demeurer singuli&#232;re, confin&#233;e &#224; la sid&#233;ration muette des victimes, et de perdre ainsi toute port&#233;e collective &#8211; ce qui serait le comble pour un projet de lib&#233;ration ou m&#234;me pour un programme de transmission m&#233;morielle &#187;[5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le geste philosophique de Wolff vise &#224; d&#233;sid&#233;ologiser le postulat universaliste en le confrontant &#224; ses objections particuli&#232;res, sans toutefois gommer les strat&#233;gies de domination &#224; l'&#339;uvre dans le processus historique, strat&#233;gies qui s'auto-l&#233;gitiment paradoxalement par le recours &#224; une forme d'id&#233;ologie universaliste (qui n'est qu'une id&#233;ologie et donc une falsification particularisante et int&#233;ress&#233;e du paradigme universaliste). Pr&#233;cis&#233;ment, la lutte contre les dominations sociales et &#233;conomiques porte en elle une vis&#233;e universaliste de reconnaissance et de subjectivation collective (selon un principe d'&#233;galit&#233; des consciences, sinon des conditions).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;ric Fassin, dans son article &#171; La culture de l'annulation dans les m&#233;dias &#187;, juge imp&#233;ratif de sortir de la logique dualiste et particulariste qui oppose, de fa&#231;on st&#233;rile et dogmatique, partisans et d&#233;tracteurs de l'annulation historico-culturelle tout en pointant le contexte n&#233;o-fasciste &#224; l'origine de l'amalgame entre luttes contre la domination et vell&#233;it&#233;s de cancel culture. Et Fassin d'insister sur la n&#233;cessit&#233; de r&#233;&#233;crire l'histoire, non en la gommant, mais en repensant ses points d'ombre, ses partis pris axiologiques, au nom d'une exigence de v&#233;rit&#233; : &#171; r&#233;&#233;crire l'histoire est la condition n&#233;cessaire pour restaurer ou m&#234;me instaurer la m&#233;moire des assassins. C'est tr&#232;s exactement l'inverse des &#8220;assassins de la m&#233;moire&#8221;, qui enfouissent les faits : la contestation de la m&#233;moire d'&#201;tat vise &#224; les exhumer. Les r&#233;visions de l'histoire, qu'il s'agisse de Vichy ou du colonialisme, proc&#232;dent ainsi d'une exigence de v&#233;rit&#233; ; le r&#233;visionnisme, entreprise de falsification, en est la n&#233;gation &#187;[6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revalorisation d'une perspective matrimoniale (aux c&#244;t&#233;s des perspectives d&#233;coloniales, testimoniales et d'histoire sociale), entendue selon l'acception historique longue du terme matrimoine, vise &#224; adopter une perspective critique sur le discours historiographique et sur les formes subtiles de domination masculine qui peuvent &#234;tre &#224; l'&#339;uvre dans le processus historique. Ce signifiant v&#233;hicule et illustre en lui-m&#234;me toute la charge d'un fonctionnement patriarcal du XIIe si&#232;cle au XIXe si&#232;cle, suivant des modalit&#233;s bien entendu variables selon les &#233;poques[7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, apparaissant au XIIe si&#232;cle, soit en m&#234;me temps qu'un retour du syst&#232;me de la dot (consid&#233;rant l'&#233;pouse comme un fardeau &#233;conomique non rentable[8]), le signifiant matrimoine se voit progressivement int&#233;gr&#233;, dans sa s&#233;mantique, au registre du mariage, donc de l'&#233;pouse, puis effac&#233; vers le XVIIe si&#232;cle par une Acad&#233;mie fran&#231;aise qui le juge burlesque &#8211; c'est l'apog&#233;e d'un discours grammatical normatif et politique, exempt de toute scientificit&#233; linguistique, &#224; propos d'une langue jug&#233;e pure, noble et &#224; d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus de rel&#233;gation puis d'effacement est corr&#233;l&#233;, dans le discours et dans les faits, &#224; une inf&#233;odation du matrimoine au patrimoine des p&#232;res et des maris. C'est &#224; cette &#233;poque qu'un autre nom, celui d'autrice, est d&#233;laiss&#233; en raison du statut de plus en plus important conf&#233;r&#233; aux auteurs, associ&#233;s &#224; une Cour ou &#224; un acad&#233;misme strictement masculins et cl&#233;ricaux.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; L'essentialisation qui s'est op&#233;r&#233;e &#224; l'endroit du genre f&#233;minin, r&#233;duit &#224; un st&#233;r&#233;otype biologique et irrationnel, a donn&#233; naissance &#224; une condition historique ontologis&#233;e.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;investissement critique du concept de matrimoine au XXIe si&#232;cle ne postule nullement que l'histoire fut &#233;crite par les hommes et pour les hommes, mais que des logiques subtiles de domination de genre (parfois inconscientes) ont particip&#233; &#224; rel&#233;guer certains groupes consid&#233;r&#233;s comme subalternes, dont les femmes, en marge de la sph&#232;re publique et politique. Cette rel&#233;gation s'est op&#233;r&#233;e sur la base d'une opposition entre la rationalisation de la sph&#232;re publique (lieu des d&#233;cisions politiques et &#233;conomiques rationalis&#233;es) et l'irrationalisation de la sph&#232;re priv&#233;e et sentimentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rationalisation de la sph&#232;re &#233;conomique s'est accentu&#233;e au XIXe si&#232;cle &#224; travers la croissance du capitalisme industriel, qui a coupl&#233; l'exploitation de la force de travail ouvri&#232;re (avec confiscation de la sur-valeur produite par ce travail) &#224; une exploitation de la force de travail m&#233;nag&#232;re (priv&#233;e non seulement de la sur-valeur mais aussi de tout salaire). Cette corr&#233;lation entre l'exploitation dans la sph&#232;re &#233;conomique et l'exploitation dans la sph&#232;re domestique illustre la mani&#232;re dont s'est pens&#233; un mod&#232;le &#233;conomique fond&#233; sur un principe de domination int&#233;grale de classe et de genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentialisation qui s'est op&#233;r&#233;e &#224; l'endroit du genre f&#233;minin, r&#233;duit &#224; un st&#233;r&#233;otype biologique et irrationnel, a donn&#233; naissance &#224; une condition historique ontologis&#233;e (d&#233;nonc&#233;e entre autres par Simone de Beauvoir puis Genevi&#232;ve Fraisse[9]), &#224; savoir celle d'&#233;pouse, de m&#232;re, de d&#233;vote ou de sainte. La femme, jusque dans les formes d'organisation sociale r&#233;centes, ne serait qu'un &#234;tre relationnel, sans transcendance propre, li&#233; au p&#232;re, au mari, &#224; dieu ou &#224; son enfant, d&#233;pourvu de projet, de rationalit&#233; et d'autonomie morale ou juridique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme en r&#233;ponse &#224; ce st&#233;r&#233;otype, pr&#233;gnant jusqu'aux XIXe et XXe si&#232;cles dans le fonctionnement social et familial bourgeois, une autre figure de marginalit&#233; s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; partir du XVe si&#232;cle, celle de la sorci&#232;re. Consid&#233;r&#233;e comme d&#233;viante, marginale et incontr&#244;lable, la sorci&#232;re serait l'antith&#232;se de la femme soumise et d&#233;vou&#233;e au p&#232;re ou au mari &#8211; malgr&#233; la reconduction du principe d'irrationalit&#233;. Les chasses aux sorci&#232;res qui naissent alors au tournant des XVe et XVIe si&#232;cles sont une r&#233;action &#224; l'&#233;mancipation de certaines femmes de la tutelle patriarcale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette stigmatisation, consid&#233;r&#233;e par Silvia Federici comme un f&#233;minicide de masse[10], est le fruit d'un processus social et &#233;conomique complexe. En effet, la progressive enclosure[11] des terres appartenant jadis &#224; l'&#201;glise ou fonctionnant comme biens communaux dans le syst&#232;me f&#233;odal cr&#233;e une rel&#233;gation de paysans pauvres en marge des terres. Cette privatisation, coupl&#233;e &#224; l'abandon de certaines formes d'assistance publique comme l'aide aux veuves, jette une s&#233;rie de femmes dans la pauvret&#233;. Leurs r&#233;actions, souvent hostiles aux nouveaux grands propri&#233;taires qu'elles admonestent, ainsi que les pratiques de survie (notamment de soin) qu'elles mettent en &#339;uvre entra&#238;nent leur r&#233;pression sous forme de b&#251;chers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les divers modes d'organisation sociale et politique ont contraint &#224; leur mani&#232;re le corps des femmes, qu'il s'agisse d'un enfermement r&#233;el sous le christianisme des clo&#238;tres, d'une exploitation domestique non r&#233;mun&#233;r&#233;e dans le fonctionnement industriel bourgeois ou d'une rel&#233;gation condescendante en marge de la sph&#232;re publique dans les d&#233;mocraties occidentales du d&#233;but du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'obtention du droit de vote dans la foul&#233;e de la Lib&#233;ration de 1944-1945 est le fruit de luttes d&#233;velopp&#233;es &#224; l'int&#233;rieur de plusieurs sph&#232;res, au sein de mouvances lib&#233;rales la&#239;ques[12] (c'est le cas notamment, en Belgique francophone, de l'Union des Femmes de Wallonie), socialistes (les coop&#233;ratives et les syndicats, dans un premier temps hostiles au droit de vote des femmes, int&#232;grent l'&#233;mancipation f&#233;minine &#224; leurs revendications) et communistes (malgr&#233; le revirement conservateur impuls&#233; par l'URSS de Staline d&#232;s les ann&#233;es 1930 et ayant un impact sur les Partis communistes occidentaux, les militantes ouvri&#232;res sont bien souvent, sur la sc&#232;ne internationale, &#224; l'avant-garde d'une &#233;mancipation int&#233;grale de la tutelle patriarcale-patronale [13]).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette insistance montre que c'est par une politisation de l'action sociale, initi&#233;e d&#232;s la fin du XIXe si&#232;cle et accentu&#233;e dans les d&#233;cennies 1910-1920 pour &#234;tre radicalis&#233;e dans l'imm&#233;diat apr&#232;s-guerre, que se sont d&#233;velopp&#233;es les luttes pour la reconnaissance. Ce sont cette politisation et ces luttes, ces volont&#233;s de transformations sociales, qui sont pr&#233;cis&#233;ment en inad&#233;quation avec la th&#232;se du &#171; remplacement &#187; et avec la d&#233;nonciation des suppos&#233;es vell&#233;it&#233;s de &#171; cancel culture &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A contrario, la vis&#233;e conservatrice d'un &#233;tat des choses et la volont&#233; de reproduction d'un ordre du discours historiographique forment l'antith&#232;se du processus dynamique et transformationnel qui fait la contre-narrativit&#233; d'une histoire sociale d'en bas. Il ne s'agit nullement d'une histoire marginale, dans les faits, mais d'une histoire marginalis&#233;e car d&#233;rangeante, dans le discours, par sa simple existence et par son actualit&#233; (celle d&#233;voilant les dominations implicites et inconscientes).&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Cette perspective critique entend ouvrir les horizons vers des angles morts de nos impens&#233;s collectifs.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de matrimoine comprise dans sa perspective critique vise d&#232;s lors &#224; interroger l'impens&#233; d'un certain discours historiographique et &#224; op&#233;rer un d&#233;calage r&#233;flexif par rapport &#224; des formes implicites de domination, et donc d'invisibilisation, au cours du temps. Elle ne se limite toutefois pas &#224; la seule question de la visibilit&#233; et de la repr&#233;sentativit&#233; des femmes dans l'espace public et dans les discours, mais elle s'&#233;tend &#224; tout ph&#233;nom&#232;ne de confiscation de parole et de st&#233;r&#233;otypie sociale qu'un groupe dominant fait subir &#224; un groupe domin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cette raison que les concepts d'individu sexis&#233;, classis&#233; ou racis&#233;, entendus non comme une nouvelle red&#233;finition st&#233;r&#233;otyp&#233;e de caract&#233;ristiques identitaires mais comme une insistance sur la dimension historique, sociale et culturelle de ces constructions identitaires, doivent &#234;tre interrog&#233;s. Ces qualificatifs mettent particuli&#232;rement en lumi&#232;re le caract&#232;re subi et dominant du regard social pos&#233; par un groupe qui confisque &#224; ses sujets le droit d'une affirmation libre et autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mettre en lumi&#232;re le caract&#232;re subi d'une domination effective rend possible une d&#233;construction et une auscultation de la logique m&#234;me de cette domination, moment cons&#233;cutif &#224; la prise de conscience d'une in&#233;galit&#233; de fait qui n'est pas n&#233;cessairement v&#233;cue comme telle par tout individu domin&#233;. Cette inconscience est pr&#233;cis&#233;ment le fruit d'un discours anhistorique et id&#233;ologique pr&#233;sentant les processus identitaires hors de leurs d&#233;terminations sociohistoriques, discours dont le fantasme d'une &#171; cancel culture &#187; se porte garant au nom d'une immuabilit&#233;, sinon de fait, de croyance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politisation et le contr&#244;le constant des corps dans les r&#233;pressions sociales, coloniales et sexuelles, toujours &#224; l'&#339;uvre dans certaines formes contemporaines d'industrie culturelle et de conservatisme politique, tout comme leur int&#233;gration &#224; des formes de rentabilit&#233; et d'exploitation &#233;conomiques servent des int&#233;r&#234;ts autres que l'autod&#233;finition &#233;mancip&#233;e des sujets (selon une logique d'h&#233;t&#233;ronomie politique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parvenir &#224; comprendre les m&#233;canismes qui contraignent ces corps dans leur identit&#233; constitue donc le c&#339;ur d'une d&#233;marche empirique et critique devant n&#233;cessairement sous-tendre toute recherche (historiographique, sociologique ou culturelle) attentive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment le geste d'une autrice comme Monique Wittig, qui entend sortir des assignations st&#233;r&#233;otyp&#233;es &#224; une identit&#233; fig&#233;e selon des cat&#233;gories institu&#233;es, que celles-ci portent le nom de &#171; sexe &#187;, de &#171; genre &#187; ou de &#171; race &#187;[14]. Loin de pr&#233;tendre &#224; un quelconque &#171; remplacement &#187;, fantasme constant de l'identitarisme immuable, la perspective critique d'une histoire subalterne &#8211; Wittig parlerait de &#171; cheval de Troie &#187; contre la narrativit&#233; dominante &#8211; entend au contraire ouvrir les horizons vers des angles morts des impens&#233;s collectifs. Les contre-narrations, celles des corps utopiques et des h&#233;t&#233;rotopies politiques[15], visent pr&#233;cis&#233;ment &#224; repenser le r&#233;gime du discours, ses cloisonnements et son substrat id&#233;ologique. Le projet wittigien d'une narration contre-doxique, toujours aux prises avec une historicit&#233; et une discursivit&#233; contradictoires, m&#234;le une force d'imagination radicale &#224; la n&#233;cessit&#233; de dire la violence politique et sociale &#224; l'&#339;uvre dans la trame de l'histoire[16].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit l&#224;, selon les termes de Walter Benjamin, de &#171; brosser l'histoire &#224; rebrousse-poil[17] &#187; : &#171; La pens&#233;e n'est pas faite seulement du mouvement des pens&#233;es, mais aussi de leur arr&#234;t. O&#249; la pens&#233;e fait subitement halte dans une constellation toute charg&#233;e de tensions, elle lui communique aussit&#244;t un choc par lequel elle-m&#234;me se cristallise en tant que monade [structure indivisible][18] &#187;. Le projet d'une Th&#233;orie critique de la narration historique, englobant la force d&#233;territorialisante des r&#233;cits (notamment litt&#233;raires) consiste d&#232;s lors dans le fait d'induire une rupture, un choc, dans le processus historique en tant qu'il est per&#231;u, commun&#233;ment et na&#239;vement, de mani&#232;re causale, m&#233;caniste et lin&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit nullement de concevoir l'histoire comme une fable ni de nier la n&#233;cessit&#233; de l'indice, de l'archive et de la preuve, mais plut&#244;t de comprendre contre la dimension institu&#233;e, norm&#233;e et fig&#233;e de l'histoire telle qu'elle peut se dire l'ouverture des histoires plurielles racont&#233;es vers des parts d'ombre, du moins vers des interrogations historiques fondamentales. L'&#233;veil propre &#224; une philosophie critique de l'histoire se produit par une conscience de la rupture de la temporalit&#233; historique et des modes de narrativit&#233; qui lui sont inh&#233;rents. Cette rupture rend d&#232;s lors possible l'expression lib&#233;r&#233;e des temporalit&#233;s et des visions du monde institu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LINGUISTE, MA&#206;TRE DE CONF&#201;RENCES &#192; LA HAUTE &#201;COLE CHARLEMAGNE (BELGIQUE)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Walter Benjamin, &#171; Sur le concept d'histoire &#187;, in Les Temps Modernes, n&#176;25, octobre 1947, p. 627-628.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cette contribution est, entre autres choses, la cons&#233;quence de riches d&#233;bats, d'&#233;changes, tr&#232;s rarement de pol&#233;miques ayant &#233;merg&#233; &#224; l'occasion de visites de l'exposition Matrimoine. Quand des femmes occupent l'espace public organis&#233;e &#224; La Cit&#233; Miroir de septembre &#224; octobre 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Les travaux des R&#233;voltes logiques, revue fond&#233;e entre autres par Jacques Ranci&#232;re et Genevi&#232;ve Fraisse en 1975, sont en ce sens pionniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] &#201;ric Fassin, &#171; La culture de l'annulation dans les m&#233;dias &#187;, in Mediapart, le 11 novembre 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Francis Wolff, Plaidoyer pour l'universel, Paris, Fayard, coll. &#171; Pluriel &#187;, 2019, p. 33-34.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] &#201;ric Fassin, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] &#192; diff&#233;rentes &#233;poques du Moyen &#194;ge, les femmes peuvent h&#233;riter des fiefs, occuper le r&#244;le de reine et d&#233;velopper une activit&#233; &#233;conomique centrale dans le fonctionnement f&#233;odal (artisanat, commerce, agriculture).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] La dot est en effet octroy&#233;e par la famille de l'&#233;pouse &#224; destination de celle de l'&#233;poux, sous la forme d'une valeur d'&#233;change invers&#233;e. Ne pouvant en effet produire de r&#233;elle valeur marchande en raison de sa progressive rel&#233;gation dans la sph&#232;re domestique, l'&#233;pouse devient un co&#251;t &#233;conomique qu'il est n&#233;cessaire de compenser par une valeur d'&#233;change (ce syst&#232;me perdure dans les soci&#233;t&#233;s occidentales jusqu'au XIXe si&#232;cle au moins).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Simone de Beauvoir, Le Deuxi&#232;me sexe, Paris, Gallimard, 1949 et Genevi&#232;ve Fraisse, Les Femmes et leur histoire, Paris, Gallimard, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Silvia Federici, Une guerre mondiale contre les femmes. Des chasses aux sorci&#232;res aux f&#233;minicides, Paris, La Fabrique, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Dans le premier livre du Capital, Marx th&#233;orise la notion d'accumulation primitive, reprise &#224; Adam Smith, qui suppose l'existence d'une privatisation originelle et ant&#233;rieure au d&#233;veloppement du capitalisme (Karl Marx, Le Capital, Paris, Gallimard, coll. &#171; Folio &#187;, 2008, p. 715-783). Cette accumulation primitive se serait r&#233;alis&#233;e, d&#232;s la fin du Moyen &#194;ge, au travers d'un accaparement progressif des biens appartenant aux &#201;tats f&#233;odaux et &#224; l'&#201;glise, d'une conversion des terres arables en p&#226;turage et d'une enclosure des propri&#233;t&#233;s communales rendant par la suite possible l'exploitation paysanne comme prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Voir notamment Fran&#231;oise Bovy-Li&#233;naux, Marcella Colle-Michel et Myriam K&#233;nens, Comment l'instruction la&#239;que vint aux filles, Li&#232;ge, Centre d'Action La&#239;que de la Province de Li&#232;ge, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Voir Thomas Franck, &#171; La lutte pour la reconnaissance des droits des femmes dans le contexte r&#233;volutionnaire russe &#187;, in Cahiers du GRM, n&#176;17, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Voir Monique Wittig, La pens&#233;e straight, &#201;ditions Amsterdam, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Voir Michel Foucault, Le corps utopique, les H&#233;t&#233;rotopies, Lignes, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Nous prolongeons l'analyse de l'&#339;uvre de Wittig, plus pr&#233;cis&#233;ment de Virgile, non, dans un travail &#224; para&#238;tre sous la direction de Paul Dirkx. Voir Thomas Franck, &#171; D&#233;territorialisation du corps genr&#233; dans l'&#339;uvre de Monique Wittig &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Benjamin, op. cit., p. 628.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Ibid., p. 633.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>De quel vide politique le racisme et le populisme sont-ils les noms ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/De-quel-vide-politique-le-racisme-et-le-populisme-sont-ils-les-noms</link>
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		<dc:date>2020-09-29T07:35:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roger Martelli</dc:creator>


		<dc:subject>Mouvement contre le racisme</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-09-29</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le populisme est une notion commode. On ne sait pas trop ce que c'est, sauf que ce n'est a priori pas bien. &#171; Populiste &#187; est une mani&#232;re feutr&#233;e de dire &#171; raciste &#187; ou &#171; fascisant &#187;. Et de mettre dans le m&#234;me sac des opinions, des individus et des groupes que tout oppose sur le fond... &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de regards.fr &lt;br class='autobr' /&gt;
Aucune d&#233;finition du populisme n'est satisfaisante. En fait, le terme renvoie &#224; trop de r&#233;alit&#233;s historiques diff&#233;rentes. La Russie et les &#201;tats-Unis de la fin du XIXe si&#232;cle, les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-antiraciste-" rel="directory"&gt;Mouvement antiraciste&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-09-29-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-09-29&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH96/arton44864-67c89.jpg?1781036960' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le populisme est une notion commode. On ne sait pas trop ce que c'est, sauf que ce n'est a priori pas bien. &#171; Populiste &#187; est une mani&#232;re feutr&#233;e de dire &#171; raciste &#187; ou &#171; fascisant &#187;. Et de mettre dans le m&#234;me sac des opinions, des individus et des groupes que tout oppose sur le fond...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;http://www.regards.fr/politique/article/de-quel-vide-politique-le-racisme-et-le-populisme-sont-ils-les-noms&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;regards.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune d&#233;finition du populisme n'est satisfaisante. En fait, le terme renvoie &#224; trop de r&#233;alit&#233;s historiques diff&#233;rentes. La Russie et les &#201;tats-Unis de la fin du XIXe si&#232;cle, les exp&#233;riences latino-am&#233;ricaines depuis les ann&#233;es 1940, les extr&#234;mes droites europ&#233;ennes aujourd'hui... Il en est du populisme comme du totalitarisme : la description n'est pas l'explication ; l'accumulation des caract&#232;res ne dit rien de l'essence ; le ressemblant n'est pas l'identique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Globalement, l'hypertrophie du terme d&#233;signe en creux une carence. Le &#171; populisme &#187; s'impose dans l'espace public quand le &#171; peuple &#187; n'y est pas, ou si peu. On ne parle pas de populisme quand on a l'impression que le peuple est acteur ou qu'il est bien &#171; repr&#233;sent&#233; &#187;. Le terreau de l'inflation populiste est une d&#233;mocratie limit&#233;e, maltrait&#233;e ou malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela, le populisme qui na&#238;t d'un vide peut &#234;tre l'illusion d'un plein trop ais&#233;ment accessible. Si le peuple est aux abonn&#233;s absents, c'est qu'&#171; on &#187; le tient &#224; l'&#233;cart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On &#187; : selon les options, c'est le poss&#233;dant, l'&#233;lite ou l'autre ; le puissant, le technocrate ou le migrant. Pour que tout rentre dans l'ordre, pour que la d&#233;mocratie re- trouve des couleurs, il suffit donc d'isoler les puissants, d'&#233;carter les technocrates ou de renvoyer les immigr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La souverainet&#233; populaire en panne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'option populiste est en cela une illusion, parce que le peuple n'existe pas, en tout cas comme sujet politique. Il y a certes un peuple sociologique : la somme des cat&#233;gories populaires, des exploit&#233;s, des domin&#233;s, des subalternes. Quand les composantes du &#171; populaire &#187; s'assemblent, elles forment une multitude. Mais une multitude n'est pas encore un peuple. Le peuple politique se construit, si et seulement s'il est &#224; la fois &#171; contre &#187; et &#171; pour &#187;. Moins contre d'autres groupes (les exploitants, les dominants) que contre le syst&#232;me qui produit l'opposition des dominants et des domin&#233;s ; non pas pour que ceux d'en bas deviennent ceux d'en haut, mais pour que la logique de polarisation des classes ne soit plus un principe de classement. Historiquement, le peuple ne devient protagoniste politique conscient que lorsqu'il peut opposer, &#224; l'ordre in&#233;galitaire &#171; r&#233;el &#187;, le projet d'une soci&#233;t&#233; o&#249; l'in&#233;galit&#233; n'est plus la logique dominante. Le populiste est par-l&#224; aux antipodes du populaire : il se r&#233;clame du peuple, mais ne dit rien de ce qui permet aux cat&#233;gories populaires dispers&#233;es de se rassembler autour d'un projet qui, en les &#233;mancipant, &#233;mancipe la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, si le populisme est une illusion, l'anti-populisme d&#233;clam&#233; peut-&#234;tre une impasse, d&#232;s lors qu'il nie le fait que la tentation populiste n'est que le miroir invers&#233; d'un peuple aux abonn&#233;s absents. On peut toujours vitup&#233;rer la virulence populiste ; cela n'emp&#234;che pas que la souverainet&#233; populaire soit en panne. Ce ne sont pas d'abord les &#171; populistes &#187;, mais les &#201;tats et les institutions de l'Union europ&#233;enne qui se dispensent d'&#233;couter le &#171; peuple &#187; quand ses avis ne lui conviennent pas...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Incantation populiste contre mobilisation populaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il donc accepter le parti pris &#171; populiste &#187;, le jeter &#224; la face des oligarchies dominantes, le disputer &#224; l'extr&#234;me droite ? C'est ce que sugg&#232;rent les tenants d'un &#171; populisme de gauche &#187;, &#224; l'instar de la philosophe Chantal Mouffe. On peut leur objecter que la mobilisation &#171; populiste &#187; des affects populaires peut se retourner contre ceux qui l'utilisent. &#192; vouloir d&#233;signer l'ennemi ou m&#234;me seulement l'adversaire, on court le risque de mettre au second plan les causes des maux, des col&#232;res et des peurs. On risque de laisser s'op&#233;rer le glissement qui va du responsable (que l'on ne voit pas toujours) au bouc &#233;missaire (que l'on a &#224; port&#233;e de main).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; populisme &#187; s'impose dans l'espace public quand le &#171; peuple &#187; n'y est pas, ou si peu. Le terreau de l'inflation populiste est une d&#233;mocratie limit&#233;e, maltrait&#233;e ou malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'esp&#233;rance est en panne, le ressentiment peut &#234;tre le vecteur le plus fort de rassemblement d'un peuple d&#233;sorient&#233; : l'extr&#234;me droite en fait ses choux gras. Quand la solidarit&#233; devient un vain mot, la tentation est grande de se replier : sur la communaut&#233; &#233;troite ou un peu plus large (celle des &#171; natifs &#187; ou &#171; de souche &#187;), dans le cocon rassurant d'un espace ferm&#233; (la fronti&#232;re et le mur). Alors le racisme retrouve les ferments que le long effort de solidarit&#233; populaire avait contenu dans le pass&#233;. Alors l'incantation populiste prend la place de la mobilisation populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tout cela est vrai, ni l'antiracisme ni l'anti-populisme ne sont des voies en elles-m&#234;mes porteuses. Rien ne peut remplacer le travail pers&#233;v&#233;rant de reconstruction de l'esp&#233;rance. Ce n'est pas un hasard si, aux XIXe et XXe si&#232;cles, le mouvement ouvrier ne se d&#233;finit pas d'abord par ses traits sociologistes, mais par le projet qu'il mettait au centre de son action. Ce ne fut pas le &#171; populisme &#187; ou &#171; l'ouvri&#233;risme &#187; qui furent au c&#339;ur du combat, mais le socialisme, le communisme, l'anarchisme ou la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roger Martelli&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fascisme, Fascisation, Antifascisme</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Fascisme-Fascisation-Antifascisme</link>
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		<dc:date>2020-09-29T07:29:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Ugo Palheta</dc:creator>


		<dc:subject>Mouvement contre le racisme</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-09-29</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Partout dans le monde, des &#201;tats-Unis au Br&#233;sil en passant par l'Inde, l'Italie ou la Hongrie, la question du fascisme est revenue au premier plan. Non pas simplement en raison de la progression &#8211; ou des victoires &#233;lectorales &#8211; d'organisations d'extr&#234;me droite, mais aussi du fait d'ind&#233;niables pouss&#233;es autoritaires et d'une acc&#233;l&#233;ration des politiques de destruction des droits des travailleurs&#183;ses, coupl&#233;es &#224; la mont&#233;e des nationalismes identitaires et &#224; des processus de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH101/arton44881-a2a29.png?1781036961' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Partout dans le monde, des &#201;tats-Unis au Br&#233;sil en passant par l'Inde, l'Italie ou la Hongrie, la question du fascisme est revenue au premier plan. Non pas simplement en raison de la progression &#8211; ou des victoires &#233;lectorales &#8211; d'organisations d'extr&#234;me droite, mais aussi du fait d'ind&#233;niables pouss&#233;es autoritaires et d'une acc&#233;l&#233;ration des politiques de destruction des droits des travailleurs&#183;ses, coupl&#233;es &#224; la mont&#233;e des nationalismes identitaires et &#224; des processus de radicalisation/l&#233;gitimation du racisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/fascisme-fascisation-antifascisme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dynamique est particuli&#232;rement visible en France depuis quelques ann&#233;es : qu'on pense au durcissement de la r&#233;pression polici&#232;re et judiciaire (contre les migrant&#183;e&#183;s, les quartiers d'immigration et les mobilisations sociales), au caract&#232;re syst&#233;matique (et syst&#233;matiquement impuni) des violences polici&#232;res et &#224; l'impossibilit&#233; m&#234;me pour le pouvoir de reconna&#238;tre leur existence, ou encore &#224; la banalisation m&#233;diatique et politique de l'islamophobie, jusqu'au plus haut sommet de l'&#201;tat comme on l'observe avec l'actuel pseudo-d&#233;bat sur le &#171; s&#233;paratisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ugo Palheta propose dans cet article des &#233;l&#233;ments de r&#233;flexion sur le fascisme (d'hier et d'aujourd'hui), sur les processus de fascisation et sur l'antifascisme n&#233;cessaire, en esp&#233;rant que cela puisse contribuer &#224; une compr&#233;hension commune des batailles pr&#233;sentes et &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &#8211; Du fascisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme peut &#234;tre d&#233;fini classiquement &#224; la fois comme id&#233;ologie, comme mouvement et comme r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;signe ainsi en premier lieu un projet politique de &#171; r&#233;g&#233;n&#233;ration &#187; d'une communaut&#233; imaginaire &#8211; en g&#233;n&#233;ral la nation[1] &#8211; supposant une vaste op&#233;ration de purification, autrement dit la destruction de tout ce qui, du point de vue fasciste, ferait obstacle &#224; son homog&#233;n&#233;it&#233; fantasm&#233;e, entraverait son unit&#233; chim&#233;rique, l'&#233;loignerait de son essence imaginaire et dissoudrait son identit&#233; profonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que mouvement, le fascisme se d&#233;veloppe et gagne une large audience en se pr&#233;sentant comme une force capable de d&#233;fier le &#171; syst&#232;me &#187; mais aussi de r&#233;tablir &#171; la loi et l'ordre &#187; ; c'est cette dimension profond&#233;ment contradictoire de r&#233;volte r&#233;actionnaire, m&#233;lange explosif de fausse subversion et d'ultra-conservatisme, qui lui permet de s&#233;duire des couches sociales dont les aspirations et les int&#233;r&#234;ts sont fondamentalement antagonistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le fascisme parvient &#224; conqu&#233;rir le pouvoir et &#224; se muer en r&#233;gime (ou plus pr&#233;cis&#233;ment en &#201;tat d'exception). il tend toujours &#224; perp&#233;tuer l'ordre social &#8211; et ce malgr&#233; ses pr&#233;tentions &#171; anti-syst&#232;me &#187;, et parfois m&#234;me &#171; r&#233;volutionnaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;finition permet d'&#233;tablir une continuit&#233; entre le fascisme historique, celui de l'entre-deux-guerres, et ce qu'on nommera ici le n&#233;ofascisme, c'est-&#224;-dire le fascisme de notre temps. Comme on le verra plus loin, affirmer une telle continuit&#233; n'implique pas de se montrer aveugle aux diff&#233;rences de contextes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8211; Crise d'h&#233;g&#233;monie (1)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si son ascension suppos&#233;e s'op&#232;re sur fond de crise structurelle du capitalisme, d'instabilit&#233; &#233;conomique, de frustrations populaires, d'approfondissement des antagonismes sociaux (de classe, de race et de genre) et de panique identitaire, le fascisme n'est &#224; l'ordre du jour que lorsque la crise politique atteint un tel niveau d'intensit&#233; qu'elle devient insurmontable dans le cadre des formes &#233;tablies de la domination politique, ou, dit autrement, quand il n'est plus possible pour la classe dominante de garantir la stabilit&#233; de l'ordre social et politique par les moyens ordinaires associ&#233;s &#224; la d&#233;mocratie lib&#233;rale et par un simple renouvellement de son personnel politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit l&#224; de ce que Gramsci nommait crise d'h&#233;g&#233;monie (ou &#171; crise organique &#187;), dont la composante centrale est l'incapacit&#233; croissante de la bourgeoisie &#224; imposer sa domination politique par la fabrication d'un consentement majoritaire &#224; l'ordre des choses, c'est-&#224;-dire sans une &#233;l&#233;vation importante du degr&#233; de coercition physique. Dans la mesure o&#249; l'&#233;l&#233;ment fondamental qui caract&#233;rise cette crise n'est pas la mont&#233;e imp&#233;tueuse des luttes populaires, et encore moins un soul&#232;vement qui cr&#233;erait des fissures profondes au sein de l'&#201;tat capitaliste, ce type de crise politique ne saurait &#234;tre caract&#233;ris&#233; comme crise r&#233;volutionnaire, m&#234;me si la crise d'h&#233;g&#233;monie peut, sous certaines conditions, d&#233;boucher sur une situation de type r&#233;volutionnaire ou pr&#233;-r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle incapacit&#233; proc&#232;de en particulier d'un affaiblissement des liens entre repr&#233;sentants et repr&#233;sent&#233;s, ou plus pr&#233;cis&#233;ment des m&#233;diations entre pouvoir politique et citoyens. Dans le cas du n&#233;ofascisme, cet affaiblissement se traduit par le d&#233;clin des organisations de masse traditionnelles (partis politiques, syndicats, associations), sans lesquelles la &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187; n'est gu&#232;re qu'un slogan &#233;lectoral (pensons aux fameuses &#171; personnalit&#233;s issues de la soci&#233;t&#233; civile &#187;), favorise l'atomisation des individus et les condamne ainsi &#224; l'impuissance, rendant ces derniers disponibles pour de nouveaux affects politiques, de nouvelles formes d'enr&#244;lement et de nouveaux modes d'action. Or cet affaiblissement, qui rend largement superflu pour les n&#233;ofascistes la formation de milices de masse, est le produit m&#234;me des politiques bourgeoises et de la crise sociale qu'elles ne peuvent manquer d'engendrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 &#8211; Crise d'h&#233;g&#233;monie (2)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas du fascisme de notre temps (n&#233;ofascisme), il est &#233;vident que ce sont les effets cumul&#233;s des politiques men&#233;es depuis les ann&#233;es 1980 dans le cadre du &#171; n&#233;olib&#233;ralisme &#187;, cette r&#233;ponse des bourgeoisies occidentales &#224; la pouss&#233;e r&#233;volutionnaire des ann&#233;es 1968, qui ont abouti partout &#8211; &#224; des rythmes in&#233;gaux selon les pays &#8211; &#224; des formes plus ou moins aigu&#235;s de crise politique (taux d'abstention croissants, effritement progressif ou effondrement brutal des partis de pouvoir, etc.), cr&#233;ant les conditions d'une dynamique fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En lan&#231;ant une offensive contre le mouvement ouvrier organis&#233;, en brisant m&#233;thodiquement tous les fondements du &#171; compromis social &#187; d'apr&#232;s-guerre, qui d&#233;pendait d'un certain rapport entre les classes (une bourgeoisie relativement affaiblie et une classe ouvri&#232;re organis&#233;e et mobilis&#233;e), la classe dominante s'est rendue progressivement incapable de b&#226;tir un bloc social composite et h&#233;g&#233;monique. &#192; cela doit &#234;tre ajout&#233; la tr&#232;s forte instabilit&#233; de l'&#233;conomie mondiale et les difficult&#233;s rencontr&#233;es par les &#233;conomies nationales, qui affaiblissent profond&#233;ment et durablement le cr&#233;dit que les populations peuvent accorder aux classes dirigeantes et leur confiance dans le syst&#232;me &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 &#8211; Crise d'h&#233;g&#233;monie (3)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; l'offensive n&#233;olib&#233;rale a rendu plus difficile la mobilisation sur les lieux de travail &#8211; en particulier sous la forme de gr&#232;ve &#8211; en affaiblissant les syndicats et en accroissant la pr&#233;carit&#233;, cette d&#233;saffection tend de plus en plus &#224; s'exprimer ailleurs et autrement, sous diff&#233;rentes formes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Une abstention &#233;lectorale croissante partout (m&#234;me si elle se r&#233;duit parfois lorsque telle ou telle &#233;lection s'av&#232;re plus polaris&#233;e) et atteignant des niveaux souvent jamais vus auparavant ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Un d&#233;clin &#8211; progressif ou brutal &#8211; d'une part importante des partis institutionnels dominants (ou l'apparition en leur sein de mouvements et de figures nouvelles, tels que le Tea Party et Trump dans le cas du Parti R&#233;publicain aux &#201;tats-Unis) ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; L'&#233;mergence de nouveaux mouvements politiques ou la mont&#233;e de forces autrefois marginales ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; L'&#233;closion de mouvements sociaux se d&#233;veloppant hors des cadres traditionnels, c'est-&#224;-dire pour l'essentiel hors du mouvement ouvrier organis&#233; (ce qui ne veut pas dire sans aucun lien avec la gauche politique et les syndicats).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les n&#233;ofascistes parviennent, dans certains contextes nationaux, &#224; s'ins&#233;rer dans de vastes mouvements sociaux (Br&#233;sil) ou &#224; susciter eux-m&#234;mes des mobilisations de masse (Inde) ; il arrive &#233;galement que leurs id&#233;es impr&#232;gnent certaines franges de ces mouvements. Pour autant, cela ne suffit pas en g&#233;n&#233;ral pour que les organisations n&#233;ofascistes se muent en mouvements militants de masse, du moins &#224; ce stade, et les luttes extra-parlementaires tendent davantage vers les id&#233;es d'&#233;mancipation sociale et politique (anticapitalisme, antiracisme, f&#233;minisme, etc.), que vers le n&#233;ofascisme. Bien que d&#233;pourvues de coh&#233;sion strat&#233;gique et d'un horizon politique commun, parfois m&#234;me de revendications unifi&#233;es, ces mobilisations pointent g&#233;n&#233;ralement vers l'objectif d'une rupture avec l'ordre social et font exister concr&#232;tement la possibilit&#233; d'une bifurcation &#233;mancipatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, l'ordre politique se trouve profond&#233;ment d&#233;stabilis&#233;. Or, c'est &#224; l'&#233;vidence dans ce type de situation que les mouvements fascistes peuvent appara&#238;tre &#8211; pour diff&#233;rents groupes sociaux et pour des raisons contradictoires &#8211; &#224; la fois comme une r&#233;ponse essentiellement &#233;lectorale (&#224; ce stade du moins) au d&#233;clin de la capacit&#233; h&#233;g&#233;monique des classes dominantes et comme une alternative au jeu politique traditionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5 &#8211; Crise de l'alternative&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; une id&#233;e re&#231;ue (dans une partie de la gauche), le fascisme n'est pas une simple r&#233;ponse d&#233;sesp&#233;r&#233;e de la bourgeoisie &#224; une menace r&#233;volutionnaire imminente mais l'expression d'une crise de l'alternative &#224; l'ordre existant et d'une mise en &#233;chec des forces contre-h&#233;g&#233;moniques. S'il est vrai que les fascistes mobilisent la peur (r&#233;elle ou non) de la gauche et des mouvements sociaux, c'est bien l'incapacit&#233; de la classe exploit&#233;e (prol&#233;tariat) et des groupes opprim&#233;s &#224; se constituer en sujet politique r&#233;volutionnaire, et &#224; engager une exp&#233;rience de transformation sociale (m&#234;me limit&#233;e), qui permet &#224; l'extr&#234;me droite d'appara&#238;tre comme une alternative politique et de gagner l'adh&#233;sion de groupes sociaux tr&#232;s divers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la situation pr&#233;sente, comme durant l'entre-deux-guerres, affronter le danger fasciste suppose non seulement de mener des luttes d&#233;fensives contre le durcissement autoritaire, les politiques anti-migratoires, le d&#233;veloppement des id&#233;es racistes, etc., mais aussi (et plus profond&#233;ment) que les subalternes &#8211; exploit&#233;&#183;es et opprim&#233;&#183;es &#8211; parviennent &#224; s'unifier politiquement autour d'un projet de rupture avec l'ordre social et &#224; se saisir de l'opportunit&#233; que constitue la crise d'h&#233;g&#233;monie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6 &#8211; Les deux moments de la dynamique fasciste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier stade de son accumulation de forces, le fascisme cherche &#224; donner un tour subversif &#224; sa propagande et &#224; se pr&#233;senter comme une r&#233;volte contre l'ordre existant. Il proc&#232;de en contestant &#224; la fois les repr&#233;sentants politiques traditionnels des classes dominantes (les droites) et des classes domin&#233;es (les gauches), tous rendus coupables de contribuer &#224; la d&#233;sint&#233;gration d&#233;mographique et culturelle de la &#171; Nation &#187; (con&#231;ue de mani&#232;re fantasmagorique comme une essence plus ou moins immuable) : les premiers favoriseraient le &#171; mondialisme d'en haut &#187; (pour reprendre les mots de Marine Le Pen), celui de la finance &#171; cosmopolite &#187; ou &#171; apatride &#187; (avec les relents antis&#233;mites que charrient immanquablement de telles expressions), tandis que les seconds alimenteraient le &#171; mondialisme d'en bas &#187;, celui des migrant&#183;es et des minorit&#233;s raciales (avec l&#224; toute la palette de la x&#233;nophobie traditionnelle et inh&#233;rente &#224; l'extr&#234;me droite).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant de la &#171; Nation &#187; la solution face &#224; des m&#233;faits &#8211; crise &#233;conomique, ch&#244;mage, &#171; ins&#233;curit&#233; &#187;, etc. &#8211; invariablement attribu&#233;s &#224; ce qui lui est r&#233;put&#233; &#233;tranger (en particulier tout ce qui touche &#8211; de pr&#232;s ou de tr&#232;s loin &#8211; &#224; l'immigration), le fascisme pr&#233;tend s'&#233;riger en force &#171; anti-syst&#232;me &#187; et constituer une &#171; troisi&#232;me voie &#187; : ni droite ni gauche, ni capitalisme ni socialisme. La banqueroute de la droite et les trahisons de la gauche donnent du cr&#233;dit &#224; l'id&#233;al fasciste d'une dissolution des clivages politiques et des antagonismes sociaux dans une &#171; Nation &#187; enfin &#171; r&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e &#187; parce qu'unifi&#233;e politiquement (en r&#233;alit&#233; mise sous la coupe des fascistes), unanime id&#233;ologiquement (c'est-&#224;-dire priv&#233;e de tout moyen d'exprimer publiquement une quelconque forme de contestation) et &#171; purifi&#233;e &#187; ethno-racialement (autrement dit d&#233;barrass&#233;e des groupes consid&#233;r&#233;s comme intrins&#232;quement &#171; allog&#232;nes &#187; et &#171; inassimilables &#187;, &#171; inf&#233;rieurs &#187; mais &#171; dangereux &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que, dans un second temps, pass&#233; ce qu'on pourrait nommer son moment &#171; pl&#233;b&#233;ien &#187; ou &#171; anti-bourgeois &#187; (caract&#232;re auquel le fascisme ne renonce jamais totalement, au moins en discours, ce qui fait l'une de ses sp&#233;cificit&#233;s), les dirigeants fascistes aspirent &#224; nouer une alliance avec des repr&#233;sentants de la bourgeoisie &#8211; g&#233;n&#233;ralement par la m&#233;diation de partis ou de dirigeants politiques bourgeois &#8211; pour sceller leur acc&#232;s au pouvoir, utiliser l'&#201;tat &#224; leur profit (pour des buts politiques mais aussi &#224; des fins d'enrichissement personnel, comme l'ont montr&#233; toutes les exp&#233;riences fascistes et comme l'illustrent r&#233;guli&#232;rement les condamnations judiciaires de repr&#233;sentants d'extr&#234;me droite pour d&#233;tournement de fonds publics), tout en promettant au capital l'an&#233;antissement de toute opposition. Des pr&#233;tentions initiales &#224; une &#171; troisi&#232;me voie &#187; ne reste rien, le fascisme ne proposant pas autre chose que de faire fonctionner le capitalisme sous le r&#233;gime de la tyrannie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7 &#8211; Fascisme et crise des rapports d'oppression&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise de l'ordre social se pr&#233;sente aussi comme crise des rapports d'oppression, dimension particuli&#232;rement aig&#252;e dans le cas du fascisme contemporain (n&#233;ofascisme). La perp&#233;tuation de la domination blanche et de l'oppression des femmes comme des minorit&#233;s de genre se trouve en effet d&#233;stabilis&#233;e voire mise en p&#233;ril par la mont&#233;e, &#224; l'&#233;chelle mondiale (quoique tr&#232;s in&#233;gale selon les pays), des mouvements antiracistes, f&#233;ministes et LGBTQI. En s'organisant collectivement, en se r&#233;voltant respectivement contre l'ordre raciste et h&#233;t&#233;ro-patriarcal, en parlant d'une voix propre, les non-Blanc&#183;he&#183;s, les femmes et les minorit&#233;s de genre se constituent toujours davantage en sujets politiques autonomes (ce qui n'emp&#234;che nullement les divisions, en particulier si manque une force politique capable d'unifier les groupes subalternes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus ne peut manquer, en r&#233;action, de susciter des radicalisations raciste et masculiniste, qui se d&#233;ploient sous des formes et dans des directions vari&#233;es mais trouvent leur pleine coh&#233;rence politique dans le projet fasciste. Celui-ci articule en effet la repr&#233;sentation d&#233;lirante d'un retournement en cours ou d&#233;j&#224; advenu des rapports de domination (avec ces mythologies vari&#233;es que constituent la &#171; domination juive &#187;, le &#171; grand remplacement &#187;, la &#171; colonisation &#224; l'envers &#187;, le &#171; racisme anti-blancs &#187;, la &#171; f&#233;minisation de la soci&#233;t&#233; &#187;, etc.) &#224; la volont&#233; fanatique des groupes oppresseurs de maintenir, quoi qu'il en co&#251;te, leur domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les extr&#234;mes droites s'opposent partout aux mouvements et aux discours f&#233;ministes, si elles ne rompent jamais avec une conception essentialiste des r&#244;les de genre, elles peuvent &#224; l'occasion, selon les besoins politiques et les contextes nationaux, adopter une rh&#233;torique de d&#233;fense des droits des femmes et des minorit&#233;s sexuelles. Elles vont alors jusqu'&#224; mettre en sourdine certaines de leurs positions traditionnelles (interdiction de l'avortement, criminalisation de l'homosexualit&#233;, etc.), pour enrichir la gamme des discours nationalistes de nouvelles tonalit&#233;s : ainsi rendra-t-on les &#171; &#233;trangers &#187;[2] responsables des violences subies par les femmes et les homosexuel&#183;le&#183;s. F&#233;mo-nationalisme et homo-nationalisme permettent ainsi de viser de nouveaux segments de l'&#233;lectorat, de gagner en respectabilit&#233; politique, et au passage de d&#233;tourner de toute critique syst&#233;mique de l'h&#233;t&#233;ro-patriarcat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8 &#8211; Fascisme, nature et crise environnementale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise de l'ordre existant n'est pas simplement &#233;conomique, sociale et politique. Elle se pr&#233;sente &#233;galement, notamment du fait du basculement climatique en cours, comme crise environnementale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#233;ofascisme appara&#238;t pour le moment divis&#233; par les ph&#233;nom&#232;nes morbides associ&#233;s au capitaloc&#232;ne. Une grande partie des mouvements, id&#233;ologues et dirigeants n&#233;ofascistes minimisent notamment le r&#233;chauffement climatique (voire le nient purement et simplement), plaidant pour une intensification de l'extractivisme (carbo-fascisme). &#192; l'inverse, certains courants que l'on peut qualifier d'&#233;co-fascistes pr&#233;tendent constituer une r&#233;ponse &#224; la crise environnementale mais ne font gu&#232;re que raviver et maquiller en &#171; &#233;cologie &#187; les vieilles id&#233;ologies r&#233;actionnaires de l'ordre naturel, toujours associ&#233;es aux id&#233;es de r&#244;les et de hi&#233;rarchies traditionnels (de genre notamment), mais aussi de communaut&#233;s organiques ferm&#233;es (au nom de la &#171; puret&#233; de la race &#187; ou au pr&#233;texte de l'&#171; incompatibilit&#233; des cultures &#187;). De m&#234;me utilisent-ils bien souvent l'urgence du d&#233;sastre pour en appeler &#224; des solutions ultra-autoritaires (&#233;co-dictatures) et racistes (leur n&#233;o-malthusianisme justifiant presque toujours pour eux une r&#233;pression accrue des migrant&#183;es et un emp&#234;chement quasi-total des migrations).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les seconds demeurent largement minoritaires par rapport aux premiers et ne constituent pas des courants politiques de masse, leurs id&#233;es se d&#233;veloppent ind&#233;niablement jusqu'&#224; impr&#233;gner le sens commun n&#233;ofasciste, si bien qu'&#233;merge une &#233;cologie identitaire et que les luttes environnementales deviennent un terrain de lutte crucial pour les antifascistes. Ce clivage renvoie en outre &#224; une tension intrins&#232;que au fascisme &#171; classique &#187;, entre un hyper-modernisme qui exalte la grande industrie et la technique comme marqueurs et leviers de puissance nationale (&#233;conomique et militaire), et un anti-modernisme qui id&#233;alise la terre et la nature comme foyers de valeurs authentiques avec lesquelles la Nation devrait renouer pour retrouver son essence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9 &#8211; Fascisme et ordre social&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le fascisme veut appara&#238;tre comme alternative &#224; l'ordre existant (et y parvient au moins en partie), s'il va bien souvent jusqu'&#224; se pr&#233;senter comme &#171; r&#233;volution &#187; (nationale), il constitue non simplement la roue de secours de l'&#233;tat actuel des choses, mais le moyen de supprimer toute opposition au capitalisme &#233;cocide, racial et patriarcal ; autrement dit une authentique contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; moins de prendre au mot &#8211; et ainsi de valider &#8211; ses pr&#233;tentions &#224; se tenir du c&#244;t&#233; des &#171; petits &#187; ou des &#171; sans grades &#187;, &#224; mobiliser le &#171; peuple &#187; et &#224; constituer un programme de transformation sociale qui lui serait favorable, ou &#224; moins d'adopter une d&#233;finition purement formelle/institutionnelle du concept de &#171; r&#233;volution &#187; (devenant simple synonyme de changement de r&#233;gime), le fascisme ne saurait ainsi en aucune mani&#232;re &#234;tre d&#233;crit comme &#171; r&#233;volutionnaire &#187; : toute son id&#233;ologie et toute sa pratique de pouvoir tend au contraire vers la consolidation et le renforcement, par des m&#233;thodes criminelles, des rapports d'exploitation et d'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus profond&#233;ment, le projet fasciste consiste &#224; intensifier ces rapports de mani&#232;re &#224; produire un corps social extr&#234;mement hi&#233;rarchis&#233; (du point de vue de la classe et du genre), normalis&#233; (du point de vue des sexualit&#233;s et des identit&#233;s de genre) et homog&#233;n&#233;is&#233; (du point de vue ethno-racial). L'enfermement et le crime de masse (g&#233;nocide) n'est donc nullement une cons&#233;quence fortuite mais une potentialit&#233; inh&#233;rente au fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10 &#8211; Fascisme et mouvements sociaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, le fascisme se situe dans un rapport ambivalent vis-&#224;-vis des mouvements sociaux. Dans la mesure o&#249; son succ&#232;s d&#233;pend de sa capacit&#233; &#224; appara&#238;tre comme une force &#171; anti-syst&#232;me &#187;, il ne peut se contenter d'une opposition frontale aux mouvements de contestation et aux gauches. Ainsi les fascismes &#8211; &#171; classiques &#187; ou actuels &#8211; ne cessent-t-il d'emprunter une partie de leur rh&#233;torique &#224; ces mouvements pour fa&#231;onner une synth&#232;se politique et culturelle puissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois tactiques principales sont employ&#233;es en ce sens :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; soit la reprise partielle d'&#233;l&#233;ments de discours critique et programmatique, mais priv&#233;e de toute dimension syst&#233;mique et de toute vis&#233;e r&#233;volutionnaire. Le capitalisme n'est par exemple pas critiqu&#233; dans ses fondements, c'est-&#224;-dire en tant qu'il repose sur un rapport d'exploitation (capital/travail), suppose la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production ainsi qu'une coordination par le march&#233;, mais uniquement dans son caract&#232;re mondialis&#233; ou financiaris&#233; (ce qui permet, comme on l'a dit plus haut, de jouer sur de vieilles tonalit&#233;s antis&#233;mites du discours fasciste classique, qui a toujours son attrait dans certaines franges de la population). On comprend de ce point de vue que la critique du libre-&#233;change, et encore davantage l'appel au &#171; protectionnisme &#187;, ont toutes les chances, s'ils ne sont pas reli&#233;s de mani&#232;re coh&#233;rente &#224; l'objectif d'une rupture avec le capitalisme, de renforcer id&#233;ologiquement l'extr&#234;me droite.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; soit le d&#233;tournement de la rh&#233;torique des gauches et des mouvements sociaux pour en faire une arme contre les &#171; &#233;trangers &#187;, c'est-&#224;-dire en fait contre les minorit&#233;s raciales. C'est la logique du f&#233;mo-nationalisme et de l'homo-nationalisme &#233;voqu&#233;e plus haut, mais aussi de la d&#233;fense &#171; nationaliste &#187; de la la&#239;cit&#233; : alors que l'extr&#234;me droite s'est oppos&#233; tout au long de son histoire aux droits des femmes et des LGBTQI ou au principe de la la&#239;cit&#233;, certains de ses courants (notamment la direction actuelle du FN/RN) s'en pr&#233;tendent maintenant les meilleurs d&#233;fenseurs, ce qui dans le dernier cas a suppos&#233; une red&#233;finition compl&#232;te ou plut&#244;t une &#171; falsification &#187; de la la&#239;cit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; soit le renversement de la critique f&#233;ministe ou antiraciste, en pr&#233;tendant que les opprim&#233;&#183;es seraient devenus les oppresseurs. Ainsi un id&#233;ologue en voie de fascisation acc&#233;l&#233;r&#233;e a-t-il pu affirmer r&#233;cemment la chose suivante : &#171; Nous sommes dans un r&#233;gime communautariste et racialiste anti-blanc, autrement dit un apartheid invers&#233; &#187; (Michel Onfray). De m&#234;me voit-on r&#233;guli&#232;rement &#201;ric Zemmour ou Alain Soral affirmer que les hommes seraient aujourd'hui domin&#233;s par les femmes, et ainsi emp&#234;ch&#233;s de r&#233;aliser leur essence dominatrice. Ce type de discours est le meilleur moyen pour appeler sans le dire tout &#224; fait explicitement &#224; une op&#233;ration supr&#233;maciste de &#171; reconqu&#234;te &#187;, c'est-&#224;-dire d'affirmation blanche ou masculine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;11 &#8211; Fascisme et d&#233;mocratie lib&#233;rale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;gimes lib&#233;ral et fasciste ne s'opposent pas comme s'opposeraient la d&#233;mocratie et la domination. Dans les deux cas est obtenue la soumission des prol&#233;taires, des femmes et des minorit&#233;s ; dans les deux cas se d&#233;ploient et se perp&#233;tuent des rapports imbriqu&#233;s d'exploitation et de domination, et toute une s&#233;rie de violences associ&#233;es in&#233;vitablement et structurellement &#224; ces rapports ; dans les deux cas se maintient la dictature du capital sur l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Il s'agit en r&#233;alit&#233; de deux formes distinctes prises par la domination politique bourgeoise, autrement dit de deux m&#233;thodes diff&#233;rentes &#224; travers lesquelles on parvient &#224; soumettre les groupes subalternes et &#224; les emp&#234;cher d'engager une action de transformation r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage aux m&#233;thodes fascistes est toujours pr&#233;c&#233;d&#233; par un ensemble de renoncements, par la classe dominante elle-m&#234;me, &#224; certaines dimensions fondamentales de la d&#233;mocratie lib&#233;rale. Les ar&#232;nes parlementaires sont de plus en plus marginalis&#233;es et contourn&#233;es, &#224; mesure que le pouvoir l&#233;gislatif est accapar&#233; par l'ex&#233;cutif et que les m&#233;thodes de gouvernement deviennent de plus en plus autoritaires (d&#233;crets-lois, ordonnances, etc.). Mais cette phase de transition entre d&#233;mocratie lib&#233;rale et fascisme passe surtout par la limitation croissante des libert&#233;s d'organisation, de r&#233;union et d'expression, ou encore du droit de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sans grande proclamation que s'op&#232;re le durcissement autoritaire, qui fait reposer de plus en plus le pouvoir politique sur le soutien et la loyaut&#233; des appareils r&#233;pressifs d'&#201;tat, l'entra&#238;nant dans une spirale anti-d&#233;mocratique : quadrillage s&#233;curitaire de plus en plus serr&#233; des quartiers populaires et d'immigration ; manifestations interdites, emp&#234;ch&#233;es ou durement r&#233;prim&#233;es ; arrestations pr&#233;ventives et arbitraires ; jugements exp&#233;ditifs de manifestant&#183;es et usage croissant des peines de prison ; licenciements de plus en plus fr&#233;quents de gr&#233;vistes ; r&#233;duction du p&#233;rim&#232;tre et des possibilit&#233;s de l'action syndicale, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affirmer que l'opposition entre d&#233;mocratie lib&#233;rale et fascisme se situe entre des formes politiques de la domination bourgeoise, ne signifie en rien que l'antifascisme, les mouvements sociaux et les gauches devraient se montrer indiff&#233;rents au d&#233;clin des libert&#233;s publiques et des droits d&#233;mocratiques. D&#233;fendre ces libert&#233;s et ces droits, ce n'est pas semer l'illusion d'un &#201;tat ou d'une R&#233;publique con&#231;us comme arbitres neutres des antagonismes sociaux ; c'est d&#233;fendre l'une des principales conqu&#234;tes des classes populaires au cours des 19e et 20e si&#232;cles, &#224; savoir le droit des exploit&#233;&#183;es et des opprim&#233;&#183;es &#224; s'organiser et &#224; se mobiliser pour d&#233;fendre leurs conditions de travail et d'existence fondamentales ; base incontournable pour le d&#233;veloppement d'une conscience de classe, f&#233;ministe et antiraciste. Mais c'est &#233;galement s'affirmer comme alternative &#224; la d&#233;-d&#233;mocratisation que constitue, dans son projet m&#234;me, le n&#233;olib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;12 &#8211; Fascisme et d&#233;mocratie lib&#233;rale (2)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme proc&#232;de sp&#233;cifiquement par l'&#233;crasement de toute forme de contestation, que celle-ci soit r&#233;volutionnaire ou r&#233;formiste, radicale ou mod&#233;r&#233;e, globale ou partielle. Partout o&#249; le fascisme devient pratique de pouvoir, c'est-&#224;-dire r&#233;gime politique, il ne reste plus rien ou presque au bout de quelques ann&#233;es, et parfois de quelques mois, de la gauche politique, du mouvement syndical ou encore des formes d'organisation des minorit&#233;s, c'est-&#224;-dire de toute forme stable, durable et cristallis&#233;e de r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; le r&#233;gime lib&#233;ral tend &#224; tromper les subalternes en cooptant une partie de ses repr&#233;sentants, en incorporant certaines de leurs organisations dans le cadre de coalitions (en tant que partenaire mineur, n'ayant pas voix au chapitre) ou de n&#233;gociations (pr&#233;tendu &#171; dialogue social &#187; dans lequel les syndicats ou associations jouent le r&#244;le de faire-valoir), voire en int&#233;grant certaines de leurs revendications, le fascisme aspire &#224; d&#233;truire toute forme d'organisation inassimilable dans l'&#201;tat fasciste et &#224; d&#233;raciner jusqu'&#224; l'aspiration m&#234;me &#224; s'organiser collectivement hors des cadres organisationnels fascistes ou fascis&#233;s. Le fascisme se pr&#233;sente en ce sens comme la forme politique que prend la destruction presque compl&#232;te de la capacit&#233; d'auto-d&#233;fense des subalternes &#8211; ou sa r&#233;duction &#224; des formes de r&#233;sistance mol&#233;culaires, passives ou bien clandestines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut noter toutefois que, dans cette &#339;uvre de destruction, le fascisme ne peut s'assurer la passivit&#233; d'une grande partie du corps social par des moyens uniquement r&#233;pressifs ou par des discours ciblant tel ou tel bouc-&#233;missaire : il ne parvient &#224; stabiliser sa domination qu'en satisfaisant r&#233;ellement les int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels imm&#233;diats de certains groupes (travailleurs priv&#233;s d'emploi, petits ind&#233;pendants appauvris, fonctionnaires, etc.), du moins ceux qui, au sein de ces groupes, sont reconnus par les fascistes comme de &#171; vrais nationaux &#187;. Dans un contexte d'abandon des classes populaires par la gauche, on ne saurait sous-estimer la force d'attraction d'un discours promettant de r&#233;server les emplois et les prestations sociales &#224; ces pr&#233;tendus &#171; vrais nationaux &#187; (dont on ne dira jamais assez que, dans la vision fasciste ou n&#233;ofasciste, ils ne sont pas d&#233;finis par un crit&#232;re juridique de nationalit&#233; mais un crit&#232;re d'origine, donc ethno-racial).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;13 &#8211; Fascisme, &#171; peuple &#187; et action de masse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le fascisme est parfois d&#233;crit faussement comme &#171; r&#233;volutionnaire &#187; du fait de ses appels au &#171; peuple &#187;, ou parce qu'il proc&#233;derait par la mise en action des &#171; masses &#187; (dans une analogie superficielle avec le mouvement ouvrier), c'est parce qu'on m&#233;lange sous les termes &#171; peuple &#187; et &#171; action &#187; des choses tr&#232;s diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; peuple &#187;, tel que l'entendent les fascistes, ne d&#233;signe ni un groupe qui partagerait certaines conditions d'existence (au sens o&#249; la sociologie parle de classes populaires), ni une communaut&#233; politique incluant toutes celles et ceux qu'unifie une volont&#233; commune d'appartenance, mais une communaut&#233; ethno-raciale fix&#233;e une fois pour toutes rassemblant celles et ceux qui seraient &#171; vraiment d'ici &#187; (que le crit&#232;re d'appartenance au &#171; peuple &#187; soit ici pseudo-biologique ou pseudo-culturel) ; cela &#233;quivaut en somme au corps social d&#233;falqu&#233; des ennemis (le &#171; parti de l'&#233;tranger &#187;, disent aussi bien Drumont que Zemmour) et des tra&#238;tres (les gauches), qui auraient pris le &#171; parti de l'&#233;tranger &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant l'action proprement fasciste, elle oscille par excellence entre l'exp&#233;dition punitive men&#233;e par des escouades arm&#233;es (bandes extra-&#233;tatiques ou secteurs des appareils r&#233;pressifs d'&#201;tat autonomis&#233;s ou en voie d'autonomisation[3]), la marche de type militaire et le pl&#233;biscite &#233;lectoral. Si la premi&#232;re s'en prend aux luttes sociales et plus globalement aux subalternes (travailleurs&#183;ses en gr&#232;ve, minorit&#233;s ethno-raciales, femmes en lutte, etc.), afin de d&#233;moraliser l'adversaire et de d&#233;gager le terrain pour l'implantation fasciste, la seconde vise &#224; produire un effet symbolique et psychologique de masse, afin de mobiliser les affects en faveur du chef, du mouvement ou du r&#233;gime, tandis que la troisi&#232;me vise &#224; faire ratifier passivement par un ensemble d'individus atomis&#233;s la volont&#233; du chef ou du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le fascisme fait donc effectivement appel aux masses, ce n'est donc nullement pour stimuler leur action autonome &#224; partir d'int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques (politique de classe), en favorisant par exemple des formes de d&#233;mocratie directe o&#249; l'on discuterait et agirait collectivement, mais afin d'appuyer les chefs fascistes et de leur donner un argument de poids dans les n&#233;gociations avec la bourgeoisie pour l'acc&#232;s au pouvoir. La participation populaire aux mouvements fascistes &#8211; et encore davantage aux r&#233;gimes &#8211; est pour l'essentiel command&#233;e d'en haut, dans ses objectifs comme dans ses formes, et elle suppose la d&#233;f&#233;rence la plus absolue &#224; l'&#233;gard de ceux qui seraient vou&#233;s par nature &#224; commander.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve n&#233;anmoins des formes de mobilisation par en bas dans le cadre du premier moment du fascisme, du c&#244;t&#233; des branches pl&#233;b&#233;iennes du fascisme qui lui fournissent ses troupes de choc en prenant au s&#233;rieux ses promesses antibourgeoises et son pseudo-anticapitalisme. N&#233;anmoins, lorsque la crise politique s'accentue et que l'alliance des fascistes avec la bourgeoisie est scell&#233;e, cela ne peut manquer de susciter des tensions entre ces branches et la direction du mouvement fasciste. Cette derni&#232;re cherche alors immanquablement &#224; se d&#233;barrasser de la direction de ces milices[4], tout en cherchant &#224; les canaliser en les int&#233;grant &#224; l'&#201;tat fasciste en construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, quant &#224; l'action, le fascisme n'a jamais offert aux masses que l'alternative entre l'acquiescement &#8211; bruyant ou passif &#8211; aux d&#233;sirs des chefs fascistes, et le manganello[5], c'est-&#224;-dire la r&#233;pression (allant bien souvent dans les r&#233;gimes fascistes jusqu'&#224; la torture et au meurtre, y compris vis-&#224;-vis de certaines de ses plus fervents partisans).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;14 &#8211; Une contre-r&#233;volution posthume et pr&#233;ventive&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme constitue une contre-r&#233;volution &#171; posthume et pr&#233;ventive &#187;[6]. Posthume dans la mesure o&#249; il se nourrit de l'&#233;chec de la gauche politique et des mouvements sociaux &#224; se hisser &#224; la hauteur de la situation historique, &#224; se constituer en solution &#224; la crise politique et &#224; engager une exp&#233;rience de transformation r&#233;volutionnaire. Pr&#233;ventive parce qu'il vise &#224; d&#233;truire par avance tout ce qui pourrait nourrir et pr&#233;parer une exp&#233;rience r&#233;volutionnaire &#224; venir : organisations explicitement r&#233;volutionnaires mais aussi r&#233;sistances syndicales, mouvements antiraciste, f&#233;ministe et LGBTQI, lieux de vie autog&#233;r&#233;s, journalisme ind&#233;pendant, etc., autant dire la moindre forme de contestation de l'ordre des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;15 &#8211; Fascisme, n&#233;ofascisme et violence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est ind&#233;niable que la violence extra-&#233;tatique, sous la forme d'organisations paramilitaires de masse, a jou&#233; un r&#244;le important (quoique sans doute surestim&#233;) dans l'ascension des fascistes &#8211; &#233;l&#233;ment qui les distingue d'autres mouvements r&#233;actionnaires qui n'ont pas cherch&#233; &#224; organiser militairement les masses. Or, &#224; ce stade du moins, la grande majorit&#233; des mouvements n&#233;ofascistes ne se construit pas &#224; partir de la mise en action de milices de masse et ne disposent pas de telles milices (&#224; l'exception du BJP indien et &#224; un moindre degr&#233;, en termes d'implantation de masse, du Jobbik hongrois et d'Aube dor&#233;e en Gr&#232;ce).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut avancer plusieurs hypoth&#232;ses pour expliquer pourquoi les n&#233;ofascistes sont en incapacit&#233; ou n'aspirent pas &#224; construire de telles milices :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La d&#233;l&#233;gitimation de la violence politique, notamment dans les soci&#233;t&#233;s occidentales, qui condamnerait &#224; la marginalit&#233; &#233;lectorale des partis politiques se dotant de structures paramilitaires ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; L'absence d'une exp&#233;rience &#233;quivalente &#224; la Premi&#232;re Guerre mondiale, en termes de brutalisation des populations, c'est-&#224;-dire d'habituation &#224; l'exercice de la violence, qui mettrait &#224; disposition des fascistes des masses d'hommes dispos&#233;s &#224; s'enr&#244;ler et &#224; exercer la violence dans le cadre des milices fascistes arm&#233;es ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; L'affaiblissement des mouvements ouvriers dans leur capacit&#233; &#224; structurer, &#224; organiser et &#224; encadrer, syndicalement et politiquement, les classes populaires, qui fait que les fascistes de notre temps n'ont plus v&#233;ritablement en face d'eux d'adversaire qu'il leur faudrait imp&#233;rativement briser par la force pour s'imposer, et qui n&#233;cessiteraient de se doter d'un appareil de violence de masse ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Le fait que les &#201;tats sont beaucoup plus puissants aujourd'hui et disposent d'instruments de surveillance et de r&#233;pression d'une sophistication sans commune mesure avec les &#201;tats dans l'entre-deux-guerres, si bien que les fascistes de notre temps peuvent avoir le sentiment que la violence &#233;tatique peut tout &#224; fait suffire &#224; annihiler, physiquement si besoin, toute forme d'opposition ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Enfin le caract&#232;re crucial strat&#233;giquement pour les n&#233;ofascistes de se distinguer des formes les plus visibles de continuit&#233; avec le fascisme historique, et notamment avec cette dimension de violence extra-&#233;tatique. Il faut rappeler de ce point de vue que le FN a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; en 1972 en France &#224; partir d'une strat&#233;gie de respectabilisation &#233;labor&#233;e et mise en &#339;uvre par les dirigeants d'Ordre nouveau, une organisation ind&#233;niablement n&#233;ofasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces hypoth&#232;ses permettent d'insister sur le fait que la constitution de milices de masse &#233;tait rendue n&#233;cessaire et possible pour les mouvements fascistes dans le contexte tr&#232;s particulier de l'entre-deux-guerres. Mais ni la constitution de bandes arm&#233;es, ni m&#234;me l'usage de la violence politique, ne constitue le propre du fascisme, que ce soit en tant que mouvement ou comme r&#233;gime : non qu'il n'y soient pr&#233;sents centralement mais d'autres mouvements et d'autres r&#233;gimes, n'appartenant nullement &#224; la constellation des fascismes, ont eu recours &#224; la violence pour conqu&#233;rir le pouvoir ou s'y maintenir, parfois en assassinant des dizaines de milliers d'opposants (sans m&#234;me parler de l'usage l&#233;gitime de la violence par des mouvements de lib&#233;ration).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimension la plus visible du fascisme classique, les milices extra-&#233;tatiques sont en r&#233;alit&#233; un &#233;l&#233;ment subordonn&#233; &#224; la strat&#233;gie des directions fascistes, qui en usent tactiquement en fonction des exigences impos&#233;es par le d&#233;veloppement de leurs organisations et la conqu&#234;te l&#233;gale du pouvoir politique (qui suppose d&#232;s l'entre-deux-guerres, et encore davantage aujourd'hui, d'appara&#238;tre un tant soit peu respectable, donc de mettre &#224; distance les formes les plus visibles de violence). La force des mouvements fascistes ou n&#233;ofascistes se mesure alors &#224; leur capacit&#233; &#224; manier &#8211; selon la conjoncture historique &#8211; tactique l&#233;gale et tactique violente, &#171; guerre de position &#187; et &#171; guerre de mouvement &#187; (pour reprendre les cat&#233;gories de Gramsci).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;16 &#8211; Fascisme et processus de fascisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire du fascisme est le produit conjoint d'une radicalisation de pans entiers de la classe dominante, par peur que la situation politique leur &#233;chappe, et d'un enracinement social du mouvement, des id&#233;es et des affects fascistes. Contrairement &#224; une repr&#233;sentation commune, bien faite pour absoudre les classes dominantes et les d&#233;mocraties lib&#233;rales de leurs responsabilit&#233;s dans l'ascension des fascistes vers le pouvoir, les mouvements fascistes ne conqui&#232;rent pas le pouvoir politique comme une force arm&#233;e s'empare d'une citadelle, par une action purement ext&#233;rieure de prise (un assaut militaire). S'ils parviennent g&#233;n&#233;ralement &#224; obtenir le pouvoir par voie l&#233;gale, ce qui ne veut pas dire sans effusion de sang, c'est que cette conqu&#234;te est pr&#233;par&#233;e par toute une p&#233;riode historique que l'on peut d&#233;signer par l'expression de fascisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement au terme de ce processus de fascisation que le fascisme peut appara&#238;tre &#8211; &#233;videmment aujourd'hui sans dire son nom, et en maquillant son projet, &#233;tant donn&#233; l'opprobre universelle qui entoure les mots &#171; fascisme &#187; et &#171; fasciste &#187; depuis 1945 &#8211; &#224; la fois comme une alternative (fausse) pour des secteurs divers de la population et comme une solution (r&#233;elle) pour une classe dominante politiquement aux abois. C'est alors que, de mouvement essentiellement petit-bourgeois, il peut devenir un v&#233;ritable mouvement de masse, interclassiste, m&#234;me si son c&#339;ur sociologique, qui lui fournit ses cadres, demeure la petite bourgeoisie : petits ind&#233;pendants, professions lib&#233;rales, cadres moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;17 &#8211; Les formes de la fascisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fascisation s'exprime de multiples mani&#232;res, &#224; travers une grande vari&#233;t&#233; de &#171; sympt&#244;mes morbides &#187; (pour reprendre l&#224; encore l'expression de Gramsci), mais deux vecteurs principaux peuvent n&#233;anmoins &#234;tre soulign&#233;s : le durcissement autoritaire de l'&#201;tat et la mont&#233;e du racisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le premier a &#233;videmment pour principal terrain d'expression les appareils r&#233;pressifs d'&#201;tat (avec cet acteur sp&#233;cifique de la fascisation que constituent les syndicats policiers), il ne faut pas oublier la responsabilit&#233; premi&#232;re des dirigeants politiques, dans le cas fran&#231;ais de Sarkozy et Hortefeux &#224; Macron et Castaner en passant par Hollande et Valls. Et si les violences polici&#232;res s'inscrivent dans l'histoire longue de l'&#201;tat et de la police, c'est bien la crise d'h&#233;g&#233;monie, c'est-&#224;-dire l'affaiblissement politique de la bourgeoisie, qui rend celle-ci de plus en plus d&#233;pendante de sa police et qui accro&#238;t la force, mais aussi l'autonomie, de cette derni&#232;re[7] : le ministre de l'Int&#233;rieur n'a plus tendanciellement pour fonction de diriger (et de contr&#244;ler) la police mais de d&#233;fendre celle-ci co&#251;te que co&#251;te, d'en accro&#238;tre les moyens, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e du racisme combine &#233;galement l'histoire longue de l'&#201;tat fran&#231;ais, vieille puissance imp&#233;riale dans laquelle l'oppression coloniale et raciale a eu une place centrale, et l'histoire courte du champ politique. Face &#224; la crise d'h&#233;g&#233;monie, l'extr&#234;me droite et des secteurs de la droite &#8211; &#233;tant entendu que ces forces politiques repr&#233;sentent des fractions de classe distinctes &#8211; ont pour projet de solidifier un bloc blanc, capable de porter une forme de compromis social sur une base ethno-raciale, par une politique d'&#233;viction syst&#233;matique des non-Blanc&#183;he&#183;s ou autrement dit de pr&#233;f&#233;rence raciale. En outre, en faisant sans cesse valoir le danger que repr&#233;senteraient les migrant&#183;es et les musulman&#183;es pour l'ordre public mais aussi pour l'int&#233;grit&#233; culturelle de la &#171; Nation &#187;, ces forces justifient la licence donn&#233;e aux forces de police dans les quartiers d'immigration et contre les migrant&#183;es, l'accroissement de la r&#233;pression des mouvements sociaux, en un mot l'autoritarisme d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi peut-on pointer un ensauvagement &#8211; pour parler comme Aim&#233; C&#233;saire &#8211; de la classe dominante, qui se trahit avant tout &#224; travers des pratiques et des dispositifs de r&#233;pression visant en premier lieu les minorit&#233;s ethno-raciales puis les mobilisations sociales (gilets jaunes, syndicales, antiracistes, antifascistes, &#233;cologistes, etc.). Mais l'ensauvagement affleure &#233;galement, de plus en plus couramment, sous la forme de d&#233;clarations publiques (qu'on imagine d'ailleurs ce qui se dit en priv&#233;&#8230;) : pensons &#224; cet ancien ministre de l'&#201;ducation nationale et intellectuel m&#233;diatique omnipr&#233;sent, en l'occurrence Luc Ferry, appelant les policiers &#171; &#224; se servir de leurs armes &#187; contre les gilets jaunes ; pensons &#224; cette nu&#233;e d'id&#233;ologues, Zemmour n'&#233;tant que l'arbre masquant la for&#234;t, qui ont fait de l'islamophobie m&#233;diatique et &#233;ditoriale une industrie florissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;18 &#8211; Ce que signifie la fascisation de l'&#201;tat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fascisation de l'&#201;tat ne doit donc en aucun cas &#234;tre r&#233;duite, surtout dans la premi&#232;re phase qui pr&#233;c&#232;de la conqu&#234;te par les fascistes du pouvoir politique, &#224; l'int&#233;gration ou &#224; l'ascension d'&#233;l&#233;ments fascistes reconnus comme tels dans les appareils de maintien de l'ordre (police, arm&#233;e, justice, prisons). Elle fonctionne plut&#244;t comme dialectique entre transformations endog&#232;nes de ces appareils, du fait de choix politiques effectu&#233;s par les partis bourgeois depuis pr&#232;s de trois d&#233;cennies (tous orient&#233;s vers la construction d'un &#171; &#201;tat p&#233;nal &#187; sur les cendres de l'&#171; &#201;tat social &#187;, pour reprendre les cat&#233;gories de Lo&#239;c Wacquant), et puissance politique &#8211; principalement &#233;lectorale et id&#233;ologique &#224; ce stade &#8211; de l'extr&#234;me droite organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le dire simplement, la fascisation de la police ne s'exprime et ne s'explique pas principalement par la pr&#233;sence de militants fascistes en son sein, ou par le fait que les policiers votent massivement pour l'extr&#234;me droite (en France et ailleurs), mais par son renforcement et son autonomisation (notamment des secteurs pr&#233;pos&#233;s aux t&#226;ches les plus brutales de maintien de l'ordre, dans les quartiers d'immigration, contre les migrant&#183;es et secondairement dans les mobilisations). Autrement dit, la police s'&#233;mancipe de plus en plus du pouvoir politique et du droit, c'est-&#224;-dire de toute forme de contr&#244;le externe (sans m&#234;me parler d'un introuvable contr&#244;le populaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police ne se fascise donc pas dans son fonctionnement parce qu'elle serait progressivement grignot&#233;e par les organisations fascistes. Au contraire, c'est parce que tout son fonctionnement se fascise &#8211; &#233;videmment &#224; des degr&#233;s in&#233;gaux selon les secteurs &#8211; qu'il est si facile pour l'extr&#234;me droite de diffuser ses id&#233;es en son sein et de s'implanter. Cela est particuli&#232;rement visible &#224; travers le fait que l'on n'a pas assist&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es &#224; une progression dans la police du syndicat li&#233; directement &#224; l'extr&#234;me droite organis&#233;e (France Police-Policiers en col&#232;re) mais &#224; un double processus : la mont&#233;e de mobilisations factieuses venant de la base (mais couverte par le sommet, au sens o&#249; elles n'ont fait l'objet d'aucune sanctions administratives) ; et la radicalisation droiti&#232;re des principaux syndicats policiers (Alliance et Unit&#233; SGP Police-FO).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;19 &#8211; Un processus contradictoire et instable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; il d&#233;rive en premier lieu de la crise d'h&#233;g&#233;monie et du durcissement des affrontements sociaux, le processus de fascisation s'av&#232;re &#233;minemment contradictoire et, par-l&#224;, hautement instable. Il ne s'agit en aucune mani&#232;re d'une voie royale pour le mouvement fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe dominante peut en effet parvenir dans certaines circonstances historiques &#224; faire &#233;merger de nouveaux repr&#233;sentants politiques, &#224; int&#233;grer certaines demandes provenant des subalternes et &#224; b&#226;tir ainsi les conditions d'un nouveau compromis social (qui lui permettent de ne pas avoir &#224; c&#233;der le pouvoir politique aux fascistes pour conserver son pouvoir &#233;conomique)[8] ; il est n&#233;anmoins peu probable que les classes dominantes soient amen&#233;es, dans le contexte pr&#233;sent, &#224; accepter de nouveaux compromis sociaux sans une s&#233;quence de lutte de haute intensit&#233; imposant un nouveau rapport de force moins d&#233;favorable aux classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le processus de fascisation n'aboutit pas n&#233;cessairement au fascisme, c'est aussi qu'au mouvement fasciste comme aux classes dominantes font face la gauche politique et les mouvements sociaux. Le succ&#232;s des fascistes d&#233;pend en dernier ressort de la capacit&#233; &#8211; ou au contraire de l'impuissance &#8211; des subalternes &#224; investir victorieusement tous les terrains de lutte politique, &#224; se constituer en sujet politique autonome et &#224; imposer une alternative r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;20 &#8211; Apr&#232;s une victoire &#233;lectorale des fascistes : trois sc&#233;narios&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la conqu&#234;te par les fascistes du pouvoir politique &#8211; g&#233;n&#233;ralement par voie l&#233;gale, r&#233;p&#233;tons-le &#8211; constitue pour eux une victoire cruciale, elle n'est pas le dernier mot de l'histoire. Une p&#233;riode de lutte s'ouvre n&#233;cessairement au lendemain de cette victoire qui &#8211; selon les rapports de force politiques et sociaux, selon les luttes men&#233;es ou non, selon qu'elles sont victorieuses ou d&#233;faites &#8211; peut aboutir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; soit &#224; la construction d'une dictature de type fasciste ou militaro-polici&#232;re (lorsque les mouvements populaires subissent une d&#233;faite historique et que la bourgeoisie est politiquement trop affaiblie ou divis&#233;e) ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; soit &#224; une normalisation bourgeoise (lorsque le mouvement fasciste est trop faible pour construire un pouvoir politique alternatif et que se d&#233;ploie une riposte populaire importante mais pas suffisante pour aller au-del&#224; d'une victoire d&#233;fensive) ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; soit sur une s&#233;quence r&#233;volutionnaire (lorsque le mouvement populaire est suffisamment fort pour coaliser autour de lui d'importantes forces sociales et politiques, et engager une &#233;preuve de force avec les forces bourgeoises et le mouvement fasciste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;21 &#8211; De l'antifascisme aujourd'hui (1)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'antifascisme appara&#238;t d'abord et n&#233;cessairement comme r&#233;action au d&#233;veloppement du fascisme, donc action d&#233;fensive ou auto-d&#233;fense (populaire, antiraciste, f&#233;ministe), il ne saurait pour autant &#234;tre r&#233;duit au corps &#224; corps avec les groupes fascistes ; et cela d'autant plus que la tactique de construction des mouvements fascistes fait &#224; notre &#233;poque une moindre place &#224; la violence de masse &#8211; sauf sans doute en Inde comme on l'a dit plus haut &#8211; que dans le cas du fascisme &#171; classique &#187; (voir th&#232;se 15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antifascisme fait de la lutte politique contre les mouvements d'extr&#234;me droite un axe central de son combat, mais il doit se donner aussi pour t&#226;che de favoriser l'action commune des subalternes et d'enrayer le processus de fascisation, autrement dit de saper les conditions politiques et id&#233;ologiques dans lesquelles ces mouvements peuvent prosp&#233;rer, s'enraciner et cro&#238;tre, de briser tout ce qui favorise la diffusion du poison fasciste dans le corps social. Or, si l'on prend au s&#233;rieux cette double vocation de l'antifascisme, alors celui-ci doit &#234;tre con&#231;u, non comme une lutte mono-th&#233;matique contre l'extr&#234;me droite organis&#233;e, qui fonctionnerait ind&#233;pendamment d'autres luttes (syndicale, anticapitaliste, f&#233;ministe, antiraciste, &#233;cologiste, etc.), mais comme le revers d&#233;fensif du combat pour l'&#233;mancipation sociale et politique, ou de ce que Daniel Bensa&#239;d nommait politique de l'opprim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;22 &#8211; De l'antifascisme aujourd'hui (2)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est &#233;videmment pas question de conditionner la constitution d'un front antifasciste &#224; l'adh&#233;sion &#224; un programme politique complet et pr&#233;cis, ce qui signifierait en r&#233;alit&#233; un renoncement &#224; toute perspective unitaire puisqu'il s'agirait alors pour chaque force d'imposer aux autres son propre projet politique et strat&#233;gique. Il serait encore plus malvenu d'exiger de celles et ceux qui aspirent &#224; combattre ici et maintenant le fascisme ou les dynamiques de fascisation &#233;voqu&#233;s plus haut, qu'ils ou elles pr&#233;sentent des brevets de militantisme r&#233;volutionnaire. Pour autant, l'antifascisme ne peut avoir pour seule boussole l'opposition aux organisations d'extr&#234;me droite s'il aspire &#224; faire reculer r&#233;ellement, non seulement ces organisations, mais aussi et surtout les id&#233;es et affects fascistes, qui se propagent et s'enracinent bien au-del&#224;. Il ne peut renoncer &#224; faire le lien entre le combat antifasciste, la n&#233;cessit&#233; d'une rupture avec le capitalisme racial, patriarcal et &#233;cocide, et l'objectif d'une autre soci&#233;t&#233; (que nous nommerons ici &#233;cosocialiste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire est complexe car il ne suffit pas pour l'antifascisme d'affirmer son f&#233;minisme ou son antiracisme, de faire la critique du n&#233;olib&#233;ralisme ou d'appeler &#224; d&#233;fendre &#171; la la&#239;cit&#233; &#187; pour faire appara&#238;tre le caract&#232;re r&#233;actionnaire du n&#233;ofascisme. Dans la mesure o&#249; l'extr&#234;me droite a repris &#224; son compte une partie au moins du discours anti-n&#233;olib&#233;ral, tend de plus en plus &#224; adopter une rh&#233;torique de d&#233;fense des droits des femmes, use d'un pseudo-antiracisme de d&#233;fense des &#171; blancs &#187; et s'&#233;rige en protecteur de la la&#239;cit&#233;, l'antifascisme ne peut se contenter de formules vagues en la mati&#232;re. Il doit imp&#233;rativement pr&#233;ciser le contenu politique de son f&#233;minisme et de son antiracisme, ou encore expliquer ce qu'il faudrait entendre par &#171; la&#239;cit&#233; &#187;, sous peine de laisser subsister des angle-morts dans lesquelles ne manquent jamais de s'engouffrer les n&#233;ofascistes (&#171; f&#233;monationalisme &#187;, d&#233;nonciation du &#171; racisme anti-blancs &#187; ou falsification/instrumentalisation de la la&#239;cit&#233;), mais aussi sous peine de se mettre &#224; la remorque des n&#233;olib&#233;raux (qui ont leur propre &#171; f&#233;minisme &#187;, celui des 1%, et leur &#171; antiracisme moral &#187;, g&#233;n&#233;ralement sous la forme d'un appel &#224; la tol&#233;rance mutuelle). De m&#234;me doit-il pr&#233;ciser l'horizon politique de son opposition au n&#233;olib&#233;ralisme ou de sa critique de l'Union europ&#233;enne, qui ne peut &#234;tre celui d'un &#171; bon &#187; capitalisme national enfin r&#233;gul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les derni&#232;res ann&#233;es ont fait appara&#238;tre en pleine lumi&#232;re la n&#233;cessit&#233; pour l'antifascisme de s'inscrire pleinement dans la bataille politique &#8211; n&#233;cessairement unitaire &#8211; contre la pouss&#233;e autoritaire. Que cette derni&#232;re s'exprime contre des milliers de musulman&#183;es, tra&#238;n&#233;es dans la boue, fich&#233;&#183;es, surveill&#233;&#183;es, discrimin&#233;&#183;es, disqualifi&#233;&#183;es publiquement, parfois emprisonn&#233;es, parce que soup&#231;onn&#233;&#183;es de &#171; radicalisation &#187; (donc de constituer un &#171; ennemi de la Nation &#187;, r&#233;el ou potentiel), contre les migrant&#183;es (priv&#233;&#183;es de droits et harcel&#233;&#183;es par la police), contre les habitant&#183;es des quartiers d'immigration (quadrill&#233;s par les secteurs les plus fascis&#233;s des forces de r&#233;pression, qui y jouissent d'une impunit&#233; quasi-totale), ou contre des mobilisations sociales de plus en plus s&#233;v&#232;rement r&#233;prim&#233;es par la police et la justice (mouvement contre la loi Travail, gilets jaunes, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit &#224; quel point le d&#233;fi, pour l'antifascisme, n'est pas simplement de nouer des alliances avec les militant&#183;es d'autres causes, qui laisseraient chaque partenaire inchang&#233;, mais de red&#233;finir et d'enrichir l'antifascisme &#224; partir des perspectives qui &#233;mergent au sein des luttes syndicales, anticapitaliste, antiraciste, f&#233;ministe ou &#233;cologiste, tout en nourrissant ces derni&#232;res de perspectives antifascistes. C'est &#224; cette condition que pourra se renouveler et progresser l'antifascisme, non comme un combat sectoriel, une m&#233;thode particuli&#232;re de lutte ou une id&#233;ologie abstraite, mais comme sens commun impr&#233;gnant et impliquant l'ensemble des mouvements d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N. B. Je remercie les membres de la r&#233;daction de Contretemps, en particulier Stathis Kouv&#233;lakis, pour leurs nombreuses remarques et suggestions &#224; partir de versions ant&#233;rieures de ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La civilisation &#8211; &#171; blanche &#187; ou &#171; europ&#233;enne &#187; &#8211; peut &#233;galement jouer ce r&#244;le, de m&#234;me que la race (&#171; aryenne &#187; dans l'id&#233;ologie nazie), m&#234;me si ce dernier r&#233;f&#233;rent a &#233;t&#233; rendu politiquement intenable, &#224; une &#233;chelle de masse, par le g&#233;nocide des Juifs d'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cat&#233;gorie &#233;minemment extensible puisqu'elle inclut tous ceux et toutes celles qui, ayant ou non la nationalit&#233; du pays, ne sont pas consid&#233;r&#233;s comme des autochtones v&#233;ritables (dans le cas de la France les pr&#233;tendus &#171; Fran&#231;ais de souche &#187;, &#171; vrais Fran&#231;ais &#187;, etc.). De ce point de vue, un immigr&#233; europ&#233;en de fra&#238;che date &#8211; naturalis&#233; ou non &#8211; sera consid&#233;r&#233; par l'extr&#234;me droite comme moins &#233;tranger, du moins s'il est blanc et de culture chr&#233;tienne, qu'un individu n&#233; Fran&#231;ais en France de parents eux-m&#234;mes n&#233;s en France mais dont les grands-parents seraient venus, par exemple, d'Alg&#233;rie ou du S&#233;n&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Qu'on pense, dans le cas fran&#231;ais contemporain, aux brigades anti-criminalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Qu'on relise &#224; ce propos La R&#233;sistible ascension d'Arturo Ui de Bertolt Brecht.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Nom donn&#233; en italien au gourdin avec lequel on tabassait notamment les militants ouvriers ou toute personne s'opposant aux fascistes. Le manganello et son usage ont fait l'objet d'une sorte de culte dans l'Italie fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Nous reprenons ici &#224; notre compte la formule d'Angelo Tasca dans son livre classique Naissance du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Ce qui lui permet, dans le cas fran&#231;ais, de s'en prendre &#224; pr&#233;sent directement &#224; des forces politiques (on se souvient d'une manifestation de syndicats policiers devant le si&#232;ge de La France Insoumise), et de manifester sans autorisation, avec armes et voitures de service, souvent cagoul&#233;s, sans risquer aucune sanction administrative et judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Qu'on pense au cas de Roosevelt et du New Deal dans les &#201;tats-Unis des ann&#233;es 1930, qui n'ont pas permis v&#233;ritablement de surmonter la crise du capitalisme &#233;tats-unien (il faudra attendre pour cela la guerre), mais qui ont suspendu la crise politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une allocation de revenu, sans &#233;gard du statut</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Une-allocation-de-revenu-sans-egard-du-statut</link>
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		<dc:date>2020-08-25T08:37:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (CTTI)</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Canada</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Coronavirus</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-08-25</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le gouvernement a annonc&#233; la semaine derni&#232;re qu'il offrirait des mesures de soutien au revenu, et la l&#233;gislation qui y correspond sera d&#233;battue demain. Les d&#233;tails &#8211; qui y aura droit, le montant et la dur&#233;e des prestations &#8211; seront d&#233;cid&#233;s &#224; ce moment. Il est maintenant temps de veiller &#224; ce que personne ne soit oubli&#233;. Vous devez agir imm&#233;diatement. &lt;br class='autobr' /&gt; Lorsque vous appelez, rappelez au premier ministre et &#224; votre d&#233;put&#233;.e que : *Ce sont les travailleurs et travailleuses agricoles, de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-antiraciste-" rel="directory"&gt;Mouvement antiraciste&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Canada-17-+" rel="tag"&gt;Canada&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-theme-quebec-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Coronavirus-1579-+" rel="tag"&gt;Coronavirus&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-08-25-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-08-25&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH94/arton44406-e01f3.jpg?1781036961' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le gouvernement a annonc&#233; la semaine derni&#232;re qu'il offrirait des mesures de soutien au revenu, et la l&#233;gislation qui y correspond sera d&#233;battue demain. Les d&#233;tails &#8211; qui y aura droit, le montant et la dur&#233;e des prestations &#8211; seront d&#233;cid&#233;s &#224; ce moment. Il est maintenant temps de veiller &#224; ce que personne ne soit oubli&#233;. Vous devez agir imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lorsque vous appelez, rappelez au premier ministre et &#224; votre d&#233;put&#233;.e que :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
*Ce sont les travailleurs et travailleuses agricoles, de l'alimentation, de l'entreposage, de la livraison et de l'entretien m&#233;nager, les travailleurs et travailleuses &#224; contrat, qui travaillent &#224; partir d'applications, qui conduisent des autobus et des taxis, qui &#339;uvrent dans les soins de sant&#233; et bien d'autres encore qui s'assurent de combler nos besoins de base. Il est essentiel que toutes ces personnes re&#231;oivent un soutien au revenu. Bon nombre d'entre elles sont des personnes migrantes, et les programmes annonc&#233;s pourraient les exclure.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
*Les programmes annonc&#233;s par le gouvernement ne nous permettront pas d'avoir de l'argent &#224; temps pour payer le loyer, et les montants promis sont tr&#232;s peu &#233;lev&#233;s. Nous avons besoin d'un salaire d&#233;cent pour l'ensemble des habitant.e.s du pays, y compris les personnes migrantes qui arrivent au pays et sont plac&#233;es en quarantaine, et nous en avons besoin imm&#233;diatement.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
* De nombreuses personnes ne sont pas admissibles &#224; l'assurance-emploi ou aux programmes g&#233;r&#233;s par l'Agence du revenu du Canada, comme les personnes itin&#233;rantes, sans papiers et sans emploi, les travailleurs et travailleuses migrants, temporaires et en situation de pr&#233;carit&#233;, les personnes en situation de handicap, les personnes pay&#233;es en argent comptant et bien d'autres. En ce moment, nous avons besoin d'un soutien au revenu pour tout le monde.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
*Rappelez-leur que tout le monde a besoin d'un plein acc&#232;s aux soins de sant&#233; et au soutien communautaire, y compris au logement. Une v&#233;ritable r&#233;ponse &#224; la crise doit inclure de mettre un terme aux d&#233;tentions et aux expulsions, et d'accorder un statut permanent &#224; tous et toutes. Pour en savoir plus : &lt;a href=&#034;http://www.MigrantRights.ca/Covid19&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.MigrantRights.ca/Covid19&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous incitons particuli&#232;rement les personnes migrantes, sans papiers, pauvres, racis&#233;es et en emploi &#224; faire des appels. Les politiciens et politiciennes doivent entendre les personnes les plus touch&#233;es par la situation actuelle. Chaque voix compte. Faites-nous savoir et faites savoir &#224; vos ami.e.s que vous avez appel&#233; en taguant @MigrantRightsCA sur facebook, twitter or instagram.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appelez le premier ministre Justin Trudeau : (613) 992-4211&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Appelez votre d&#233;put&#233;.e : &lt;a href=&#034;https://www.noscommunes.ca/members/fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.noscommunes.ca/members/fr&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Manifestations antiracistes &#224; Sherbrooke, Qu&#233;bec et Montr&#233;al</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Manifestation-antiraciste-a-Sherbrooke</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Manifestation-antiraciste-a-Sherbrooke</guid>
		<dc:date>2020-06-09T11:06:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Chlo&#233; Matte Gagn&#233;, Manon Ann Blanchard, Sandrine Edmee</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-06-09</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dimanche le 7 juin, se tenait &#224; Sherbrooke la grande manifestation Justice pour George Floyd, marche contre l'injustice, regroupant pr&#232;s de 3000 personnes. Cette mobilisation contre le racisme, le profilage racial, le racisme syst&#233;mique regroupait des personnes de tous les horizons, de tous les &#226;ges, uniEs dans un m&#234;me but : signifier que la s&#233;gr&#233;gation raciale, partout, dans tous les milieux, dans toutes les sph&#232;res de la soci&#233;t&#233;, c'est assez. &lt;br class='autobr' /&gt; Manon Ann Blanchard &lt;br class='autobr' /&gt;
Le silence n'est pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-antiraciste-" rel="directory"&gt;Mouvement antiraciste&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-theme-quebec-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-06-09-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-06-09&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH94/arton43948-b8215.png?1781036962' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dimanche le 7 juin, se tenait &#224; Sherbrooke la grande manifestation Justice pour George Floyd, marche contre l'injustice, regroupant pr&#232;s de 3000 personnes. Cette mobilisation contre le racisme, le profilage racial, le racisme syst&#233;mique regroupait des personnes de tous les horizons, de tous les &#226;ges, uniEs dans un m&#234;me but : signifier que la s&#233;gr&#233;gation raciale, partout, dans tous les milieux, dans toutes les sph&#232;res de la soci&#233;t&#233;, c'est assez.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Manon Ann Blanchard&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le silence n'est pas possible, ni l'indiff&#233;rence, devant les crimes dont se rendent coupables les corps de police de toutes les provinces du Canada, de tous les pays domin&#233;s par les blancs, &#224; travers le monde. C'est le message qu'ont livr&#233; les manifestants, au son de slogans tels que : plus de genoux sur nos cous, black live matter, les vies noires comptent ou no justice, no peace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la manifestation, pendant un long arr&#234;t devant le poste de police o&#249; les organisatrices et organisateurs se sont adress&#233;Es &#224; la foule, les participantEs ont &#233;t&#233; invit&#233;Es &#224; mettre un genou par terre, invitation qui a &#233;t&#233; largement suivie par toutes et tous, sauf les membres du corps policier, post&#233;s devant le poste de police, au grand d&#233;sagr&#233;ment de la foule qui a poursuivi ensuite la manifestation vers l'universit&#233; de Sherbrooke.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette manifestation sonne comme un r&#233;veil dans la vie sherbrookoise : le profilage racial existe bel et bien chez nous, et ce ne sont pas les d&#233;n&#233;gations de la police, qui affirme que cette probl&#233;matique n'est pas pr&#233;sente, arguant qu'aucune plainte en d&#233;ontologie sur cette question n'a &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;e depuis des ann&#233;es, qui vont convaincre la population qui refuse d&#233;sormais de d&#233;tourner les yeux. Il est d&#233;sormais temps d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des grands acquis de la manifestation est de mettre en lumi&#232;re le raz-le-bol de citoyenNES qui en ont trop vu, trop entendu, ici, &#224; Sherbrooke, &#224; Montr&#233;al et au Qu&#233;bec. Esp&#233;rons que cette prise de conscience perdurera et que, d&#233;sormais, la solidarit&#233; rendra visibles et odieux le profilage racial, le racisme et la violence faites aux personnes racis&#233;Es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Photos de la manifestation de Sherbrooke, 7 juin 2020&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5145 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH375/dc9a0e1866b698d9-44fb703e-fed3e.png?1781036963' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5148 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH434/bdd0509e87c3bd99-34bd08b1-f65cd.png?1781036964' width='500' height='434' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5150 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH438/cddc36606a7cbd72-c947f8da-da26a.png?1781036964' width='500' height='438' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5151 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH402/0b4824d808747955-af8a452a-26851.png?1781036965' width='500' height='402' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qu&#233;bec aussi se mobilise contre le racisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chlo&#233; Matte Gagn&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5160 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH278/e0a25c01b51f9e6c-ae0ef5a0-e4ff2.png?1781036965' width='500' height='278' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sous une belle journ&#233;e de printemps, Qu&#233;bec aussi se mobilise contre le racisme. Plus de deux milles personnes se sont regroup&#233;es devant le Parlement du Qu&#233;bec pour dire NON au racisme et aux abus policiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;noncer le racisme &#224; Qu&#233;bec&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Qu&#233;bec, c'est une vigile devant le Parlement qui &#233;tait organis&#233;e avec discours et pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fait int&#233;ressant : les jeunes autant femmes que hommes ont compos&#233; la grande majorit&#233; des personnes pr&#233;sentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Webster a fait un discours qui a soulev&#233; la foule et de jeunes femmes ont aussi pris la parole pour d&#233;noncer les conditions d'existence des personnes racis&#233;es et aussi la violence polici&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le racisme a donc &#233;t&#233; fermement d&#233;nonc&#233; et la g&#233;nuflexion en souvenir du genou sur le cou de George a aussi &#233;t&#233; un moment fort de l'&#233;v&#233;nement. La violence polici&#232;re &#233;tait ainsi symboliquement ressentie par toutes les personnes pr&#233;sentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Partout dans le monde&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout dans le monde, l'acte raciste du policier Chauvin de Minneapolis est r&#233;cri&#233;e. Les militants et militantes de Qu&#233;bec et du Qu&#233;bec (Sherbrooke, Montr&#233;al...) se sont solidaris&#233;Es avec les mobilisations &#224; travers la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'esclavage capitaliste qui a cr&#233;&#233; la notion de race et la domination de la race blanche sur la race noire. Et malgr&#233; la fin de l'esclavage, les personnes noires n'ont pas vu leur situation &#233;conomique et sociale s'am&#233;liorer. Elles sont encore, partout dans le monde, soumises &#224; des conditions de travail difficiles, sous pay&#233;es, non valoris&#233;es, vivent pauvret&#233;, sous-&#233;ducation et souffrent de maladies, d'emprisonnement et d'itin&#233;rances plus que les personnes blanches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux personnes noires se sont aussi identifi&#233;es, aux &#201;tats-Unis, les Autochtones et les latino-am&#233;ricain-e-s. Eux-elles aussi vivent dans les m&#234;mes conditions de pauvret&#233; et de d&#233;pendance. Eux et elles vivent aussi les abus policier et le profilage racial. Cette solidarit&#233; est nouvelle. Et c'est pourquoi le meurtre de Georges Floyd aux &#201;tats-Unis a mobilis&#233; partout sur la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; un moment fort apr&#232;s une p&#233;riode de deux mois de confinement.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/-FYaC9-GMVA&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Photo-reportage de la manifestation de Mont&#233;al, 7 juin 2020&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sandrine Edmee&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5161 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/fullsizeoutput_454e.jpg?5161/ef3b8d293cd383fa4fa8ab06a8845a6bc6671198208d7cbf5275caf6e5124340&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH345/ef3b8d293cd383fa-08f931b5-7de9a.jpg?1781036966' width='500' height='345' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_5162 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/fullsizeoutput_456a.jpg?5162/1b879359b8faceba22d49ba4c5645449f317c5441ed7def8b59db24d9208e249&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH333/1b879359b8faceba-8c5bb941-ba325.jpg?1781036968' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_5163 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/fullsizeoutput_4561.jpg?5163/262eb1de4ad3a747b9bdcd9d80f73b9ea0650cc7619a39c3d6e67acc56b724ac&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH333/262eb1de4ad3a747-7ba60a31-306e2.jpg?1781036969' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_5166 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/fullsizeoutput_4563-2.jpg?5166/3560af8a978a5dedd06f3d747a67f21c690ed323353eedd255c489193bd8864c&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH333/3560af8a978a5ded-57128a81-6176a.jpg?1781036970' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_5165 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/fullsizeoutput_4566.jpg?5165/4bfef97b842ec2c201e4a999296fd91bfd1bb85232ccbccb21c4b77a73e9e99b&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH333/4bfef97b842ec2c2-bcce4112-61f58.jpg?1781036971' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_5168 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/fullsizeoutput_45b1.jpg?5168/a6e6abff7ac755060563c652f61764177f041d471f51c401b4e1d89d07b09bdb&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH750/a6e6abff7ac75506-779d4d35-9014c.jpg?1781036972' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le mot race</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-mot-race</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Le-mot-race</guid>
		<dc:date>2019-10-01T07:49:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Eric Fassin</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-10-01</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans les m&#233;dias fran&#231;ais se multiplient les couvertures et les articles, mais aussi les tribunes et les manifestes, au nom de l'antiracisme, non pas tant contre le racisme que contre le mot race, accus&#233; d'en faire le jeu. Il importe donc &#224; la fois de d&#233;finir les usages actuels du mot, pour &#171; l'antiracisme politique &#187; comme pour les savoirs critiques, et de comprendre les enjeux de cette r&#233;action. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est tr&#232;s exactement la r&#233;alit&#233; de la &#8220;race&#8221;. Cela n'existe (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-antiraciste-" rel="directory"&gt;Mouvement antiraciste&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Debats-515-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-10-01-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-10-01&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton40481-5cb01.jpg?1781036972' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans les m&#233;dias fran&#231;ais se multiplient les couvertures et les articles, mais aussi les tribunes et les manifestes, au nom de l'antiracisme, non pas tant contre le racisme que contre le mot race, accus&#233; d'en faire le jeu. Il importe donc &#224; la fois de d&#233;finir les usages actuels du mot, pour &#171; l'antiracisme politique &#187; comme pour les savoirs critiques, et de comprendre les enjeux de cette r&#233;action.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/eric-fassin/blog/260919/le-mot-race&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est tr&#232;s exactement la r&#233;alit&#233; de la &#8220;race&#8221;. Cela n'existe pas. Cela pourtant produit des morts. [&#8230;] Non, la race n'existe pas. Si, la race existe. Non certes, elle n'est pas ce qu'on dit qu'elle est, mais elle est n&#233;anmoins la plus tangible, r&#233;elle, brutale, des r&#233;alit&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Colette Guillaumin, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-le-genre-humain-1981-1-page-55.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#8220;Je sais bien mais quand m&#234;me&#8221;&lt;/a&gt;, ou les avatars de la notion de race &#187;, Le Genre humain n&#176;1, &#171; La Science face au racisme &#187; (Paris, &#233;ditions Fayard, automne 1981), p. 55-65 (citation p. 65).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sexe ou race&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'unanimit&#233;, les d&#233;put&#233;s fran&#231;ais ont vot&#233; le 12 juillet 2018 un &lt;a href=&#034;http://www.assemblee-nationale.fr/15/amendements/0911/AN/199.asp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;amendement&lt;/a&gt; qui supprime le mot &#171; race &#187; dans le premier article de la Constitution. Celui-ci stipule en effet que la France &#171; assure l'&#233;galit&#233; devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion &#187;. L'expression remonte au &lt;a href=&#034;https://www.conseil-constitutionnel.fr/le-bloc-de-constitutionnalite/preambule-de-la-constitution-du-27-octobre-1946&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pr&#233;ambule&lt;/a&gt; de la Constitution de 1946 : &#171; Au lendemain de la victoire remport&#233;e par les peuples libres sur les r&#233;gimes qui ont tent&#233; d'asservir et de d&#233;grader la personne humaine, le peuple fran&#231;ais proclame &#224; nouveau que tout &#234;tre humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, poss&#232;de des droits inali&#233;nables et sacr&#233;s. &#187; Faisant fi de ce contexte historique, l'Assembl&#233;e nationale ne veut entendre aujourd'hui, dans le mot race, que le racisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti communiste est depuis longtemps engag&#233; dans ce combat : apr&#232;s une &lt;a href=&#034;http://www.assemblee-nationale.fr/12/propositions/pion0623.asp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;premi&#232;re tentative qui a &#233;chou&#233; en 2003&lt;/a&gt; face &#224; l'opposition de la majorit&#233; de droite, il a r&#233;ussi en 2013, avec le Front de gauche, &#224; faire adopter par l'Assembl&#233;e nationale une &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/politique/article/2013/05/16/l-assemblee-nationale-supprime-le-mot-race-de-la-legislation_3272514_823448.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de loi&lt;/a&gt; effa&#231;ant le mot race de la l&#233;gislation fran&#231;aise &#8211; ou plus pr&#233;cis&#233;ment le qualifiant (&#224; la diff&#233;rence de l'amendement de 2018) : &#171; la R&#233;publique combat le racisme, l'antis&#233;mitisme et la x&#233;nophobie &#187;, stipule son &lt;a href=&#034;http://www.senat.fr/leg/ppl12-584.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;premier article&lt;/a&gt; ; mais &#171; elle ne reconna&#238;t l'existence d'aucune pr&#233;tendue race &#187;. En tout cas, ce texte n'allait jamais &#234;tre inscrit &#224; l'ordre du jour du S&#233;nat. Il n'est pas certain que le texte de 2018, port&#233; par la droite, connaisse un sort diff&#233;rent. Du moins a-t-il une valeur symbolique forte, et d'autant plus qu'en l'absence des d&#233;put&#233;s d'extr&#234;me droite, il a &#233;t&#233; adopt&#233; &#224; l'unanimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre le nouveau consensus contre le mot race ? Rappelons d'abord que cet &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/07/12/l-assemblee-supprime-dans-la-constitution-le-mot-race-et-interdit-la-distinction-de-sexe_5330615_823448.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;amendement a une double vis&#233;e&lt;/a&gt; : il s'agit, non seulement de supprimer, mais aussi d'ajouter. Si la r&#233;vision constitutionnelle aboutit, l'article proclamera d&#233;sormais l'&#233;galit&#233; &#171; sans distinction de sexe &#187;, un mot rempla&#231;ant l'autre. Comme le rappelle Jean-Christophe Lagarde, d&#233;put&#233; UDI porteur du texte, lors du &lt;a href=&#034;http://www.assemblee-nationale.fr/15/cri/2017-2018-extra/20181012.asp#P1366681&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;bat parlementaire&lt;/a&gt; : &#171; En commission, un tr&#232;s large consensus s'est d&#233;gag&#233;, d'une part pour supprimer le mot &#8220;race&#8221; de notre Constitution, puisqu'il n'existe pas de races diff&#233;rentes au sein de l'humanit&#233;, et, d'autre part, pour int&#233;grer le fait qu'il ne peut pas y avoir de distinction selon le sexe dans notre corpus l&#233;gislatif. &#187; La &#171; race &#187; (avec guillemets) c&#232;de la place au sexe (sans guillemets).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, c'est donc pour combattre le racisme que l'Assembl&#233;e nationale refuse de nommer la &#171; distinction de race &#187; (je renvoie sur ce point &#224; l'&lt;a href=&#034;http://www.vrin.fr/book.php?code=9782711624676&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;analyse critique de Magali Bessone&lt;/a&gt; en 2013), et en m&#234;me temps, c'est pour lutter contre le sexisme qu'elle choisit d'introduire la &#171; distinction de sexe &#187; : dans les deux cas, pourtant, distinguer reviendrait &#224; discriminer. Qu'importe : d'un c&#244;t&#233;, comme l'explique la Garde des Sceaux, Nicole Belloubet, &#171; l'esp&#232;ce humaine est unique et indivisible &#187; ; mais de l'autre, l'humanit&#233; est sexu&#233;e, comme l'atteste la loi sur la parit&#233;. Autrement dit, invoquer la v&#233;rit&#233; du sexe sert au premier chef &#224; r&#233;cuser la fausset&#233; du terme race, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.assemblee-nationale.fr/15/amendements/0911/AN/199.asp.&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;scientifiquement infond&#233;&lt;/a&gt; &#187;. La Constitution ne ferait donc que refl&#233;ter un savoir biologique cens&#233; s&#233;parer le bon grain de l'ivraie &#8211; soit le vrai du faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V&#233;rit&#233; ou pouvoir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que la suppression du mot race est ainsi, pour la premi&#232;re fois, articul&#233;e &#224; l'introduction du mot sexe. Il est certes paradoxal d'affirmer la v&#233;rit&#233; biologique du sexe pour d&#233;fendre l'&#233;galit&#233; entre les sexes au moment m&#234;me o&#249; les opposants &#224; la (suppos&#233;e) &#171; th&#233;orie-du-genre &#187; en font un argument contre la remise en cause des st&#233;r&#233;otypes qui fondent un ordre sexuel in&#233;galitaire. Serait-ce le prix &#224; payer pour &#233;carter la race ? En tout cas, cette op&#233;ration revient &#224; d&#233;politiser la question raciale : le discours sur la v&#233;rit&#233; occulte un r&#233;gime de pouvoir. Comme le d&#233;clarait en 2015 un d&#233;put&#233; communiste, Andr&#233; Chassaigne, pour convaincre la droite de soutenir la d&#233;marche du Front de gauche : supprimer le mot race, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.20minutes.fr/politique/1700303-20151001-suppression-mot-race-loi-politique-scientifique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ce n'est pas politique, c'est scientifique.&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pareil argument soul&#232;ve d'embl&#233;e deux questions. En premier lieu, peut-on r&#233;duire le racisme &#224; une th&#232;se scientifique erron&#233;e ? De fait, il s'agit l&#224; d'un biais intellectualiste dont il faut se garder : la race n'est pas tant fausse que dangereuse. Car cette &#171; erreur &#187; est efficace ; elle valide ce qu'il faut bien appeler la domination raciale. S'il faut la combattre, ce n'est pas par amour de la v&#233;rit&#233;, mais par haine de l'injustice. Certes, le racisme scientifique a pu, dans le pass&#233;, &#234;tre utilis&#233; pour l&#233;gitimer un racisme juridique. Toutefois, apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, le discr&#233;dit de l'un et de l'autre n'a manifestement pas permis d'en finir avec le racisme ; et si l'&#233;ducation contre le racisme demeure n&#233;cessaire, il s'av&#232;re qu'elle n'est jamais suffisante. En outre, si l'extr&#234;me droite a &#233;vit&#233; de voter l'amendement, n'est-ce pas la preuve que l'enjeu est bien politique ? Si le racisme peut effectivement s'autoriser de la science, il convient donc de penser ce savoir, ins&#233;parablement, comme une forme de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, le droit peut-il &#234;tre d&#233;fini par la science ? Et si demain la science devait changer de discours, faudrait-il r&#233;viser la Constitution, soit pour r&#233;tablir la race, soit pour supprimer le sexe ? Cette hypoth&#232;se n'a rien d'absurde. Les &#233;tudes de genre contre lesquelles se d&#233;cha&#238;nent, un peu partout dans le monde, les ennemis (religieux ou non) de la &#171; d&#233;mocratie sexuelle &#187;, ont effectivement accompagn&#233;, voire contribu&#233; &#224; un &#171; trouble &#187;, non seulement dans le genre, mais aussi dans le sexe. Bien s&#251;r, il ne s'agit pas de nier le fait biologique, comme le pr&#233;tendent ses d&#233;tracteurs ; l'enjeu, c'est de rappeler avec la &lt;a href=&#034;https://www.google.com/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=&amp;esrc=s&amp;source=web&amp;cd=1&amp;cad=rja&amp;uact=8&amp;ved=2ahUKEwix2OTj2LnhAhXa6OAKHVubBh4QFjAAegQIARAC&amp;url=http%3A%2F%2Fsyndromedebenjamin.free.fr%2Foms%2Ffausto-sterling-1993the_five-sex.pdf&amp;usg=AOvVaw2aaTLVXSrQzKf4aGaM62LX&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;biologiste Anne Fausto-Sterling&lt;/a&gt; que le sexe est une cat&#233;gorie du savoir (et non de la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me). D'ailleurs, inscrit dans l'&#233;tat civil, n'est-il pas institu&#233; par l'&#201;tat ? Celui-ci a le pouvoir de le red&#233;finir en reconnaissant d'un c&#244;t&#233; la possibilit&#233; du changement de sexe, de l'autre l'existence de personnes intersexu&#233;es, soit deux mani&#232;res de remettre en cause l'&#233;vidence d'un ordre binaire r&#233;put&#233; &#171; naturel &#187;. Autrement dit, dans le champ scientifique, le sexe peut d&#233;sormais &#234;tre appr&#233;hend&#233; comme une construction &#8211; non seulement sociale mais aussi politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Racisme scientifique vs. savoirs critiques de la race&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sym&#233;triquement, loin d'avoir &#233;t&#233; d&#233;finitivement &#233;cart&#233;e par la science, la race revient en force &#8211; mais dans d'autres disciplines, et avec un sens radicalement diff&#233;rent. C'est qu'on est pass&#233; des sciences de la nature &#224; celles de la soci&#233;t&#233;. Lorsque, dans le monde universitaire, on parle aujourd'hui de race, ce n'est pas, bien entendu, pour revenir &#224; la race biologique ; c'est pour nommer une pratique de pouvoir : la racialisation. Ce concept r&#233;sume l'ensemble des m&#233;canismes, sociaux et politiques, qui ont pour effet de trier et classer les populations en assignant certains groupes &#224; des places inf&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire de personnes qu'elles sont &#171; blanches &#187; (ou &#171; non-blanches &#187;), ce n'est donc nullement revenir &#224; la race biologique. Au contraire, c'est les caract&#233;riser, non par leur couleur de peau, mais par leur position sociale. Ainsi, quand on &#233;tudie la &#171; blanchit&#233; &#187;, l'abstraction du concept prot&#232;ge d'une vision substantialiste (&#171; les Blancs &#187;) : la question centrale de ce champ d'&#233;tudes n'est-elle pas &#171; comment on devient blanc &#187; ? De m&#234;me, parler de personnes &#171; racis&#233;es &#187; signifie que leur condition r&#233;sulte d'un processus social, et non d'une donn&#233;e physiologique. Le racisme ne pr&#233;suppose donc pas une r&#233;alit&#233; empirique de la race : il la produit. Aussi la racialisation peut-elle concerner des groupes d&#233;finis au premier chef, non par la couleur de peau, mais par la religion (comme les juifs ou les musulmans). C'est l'alt&#233;rit&#233; naturalis&#233;e (et non pas naturelle) qui est principe de hi&#233;rarchisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, le discours actuel des sciences sociales, internationales davantage que fran&#231;aises d'ailleurs, plut&#244;t que d'opposer le sexe &#224; la race comme le vrai au faux, les rapproche dans une m&#234;me logique de construction sociale. Par exemple, l'historienne et anthropologue &lt;a href=&#034;https://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-La_chair_de_l_empire-9782707175595.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ann Laura Stoler&lt;/a&gt; a bien montr&#233; comment le monde colonial utilise le sexe pour tracer des fronti&#232;res raciales. Car la race n'est pas donn&#233;e a priori. Le contr&#244;le obsessionnel de l'intimit&#233; dans le dispositif colonial r&#233;v&#232;le la pr&#233;carit&#233; d'un ordre racial qu'on ne peut produire et reproduire qu'&#224; la condition d'un travail social permanent. C'est ce rapprochement entre sexe et race qui rend possibles les analyses qu'on regroupe commun&#233;ment sous le nom d'intersectionnalit&#233; &#8211; terme emprunt&#233; &#224; &lt;a href=&#034;https://www.google.com/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=&amp;esrc=s&amp;source=web&amp;cd=2&amp;ved=2ahUKEwilkdqW27nhAhVVAWMBHfftAwYQFjABegQIBBAC&amp;url=https%3A%2F%2Fedisciplinas.usp.br%2Fmod%2Fresource%2Fview.php%3Fid%3D2211782&amp;usg=AOvVaw00dI6lLiL-C-xYkvJvFN8b&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Kimberl&#233; Crenshaw&lt;/a&gt;, juriste qui s'inscrit dans la mouvance du &#171; f&#233;minisme noir &#187;. Au lieu d'enfermer les personnes dans des cases identitaires, au risque de les essentialiser, les approches intersectionnelles partent du fait que les cat&#233;gories sociales sont le produit d'une cat&#233;gorisation politique pour mieux analyser l'articulation de formes de domination plurielles &#8211; en particulier sexe et race, au m&#234;me titre que classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche critique de la race, qui caract&#233;rise aujourd'hui ce champ d'&#233;tudes au sein des sciences sociales, est ainsi la figure invers&#233;e du racisme scientifique. C'est d'ailleurs pourquoi elle conna&#238;t un &#233;cho important dans les milieux militants d'un antiracisme qui se revendique &#171; politique &#187;. Beaucoup s'inqui&#232;tent cependant, y compris dans d'autres cercles antiracistes &#8211; les uns et les autres s'accusant mutuellement de racisme : utiliser le m&#234;me mot, m&#234;me si c'est &#224; des fins oppos&#233;es, n'est-ce pas entretenir une &#233;quivoque dangereuse ? On sait pourtant que le racisme actuel est d'ordinaire un &#171; racisme sans race &#187; : comme l'avait montr&#233; Pierre-Andr&#233; Taguieff d&#232;s 1988, dans La force du pr&#233;jug&#233;. Essai sur le racisme et ses doubles, pour naturaliser des diff&#233;rences et les constituer en hi&#233;rarchie, la culture fait fort bien l'affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le racisme continue parfois de mobiliser la race, mais nulle confusion n'est possible avec les savoirs critiques. Ainsi, quand le pol&#233;miste &#201;ric Zemmour utilise l'expression &#171; &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/eric-fassin/blog/040814/lantisemitisme-pour-la-bonne-cause&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dolichoc&#233;phales blonds&lt;/a&gt; &#187;, il ne fait que reprendre le vocabulaire d'un Vacher de Lapouge dans L'Aryen. En r&#233;alit&#233;, les racistes d'aujourd'hui sont des ennemis d&#233;clar&#233;s des approches critiques : on le voit par exemple lorsque s'agit d'accr&#233;diter l'existence d'un &#171; racisme anti-blanc &#187;, notion fond&#233;e sur le d&#233;ni des rapports de domination racialis&#233;s. Dans son essai de 2018 justement intitul&#233; Le mot race, Renaud Camus, qui alimente les fantasmes de la droite identitaire sur le &#171; Grand remplacement &#187;, illustre bien l'incompatibilit&#233; radicale entre les discours critique et raciste sur la race : &#171; &lt;a href=&#034;https://twitter.com/RenaudCamus/status/1012289592177905664&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le mot &#8220;race&#8221;&lt;/a&gt; a &#233;t&#233; introduit dans la Constitution en 1946 en r&#233;action au g&#233;nocide. Quand l'antiracisme est devenu lui-m&#234;me g&#233;nocidaire, comme le portait son nom, tr&#232;s logiquement il le supprime. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La race vs. les races&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;quivoque n'est gu&#232;re possible, cette objection n'en est pas moins l'occasion de clarifier un point de vocabulaire. Le racisme scientifique, d'une part, et l'antiracisme critique des sciences sociales, d'autre part, ont en commun le mot race ; mais ils l'utilisent de mani&#232;re radicalement diff&#233;rente. Le racisme traite des races, et l'antiracisme de la race. Pour le premier, il existe des races au pluriel, d&#233;finies par des adjectifs comme &#171; noir &#187; ou &#171; blanc &#187;, &#171; juif &#187; ou &#171; aryen &#187;. Pour le second, il y a de la race, au singulier &#8211; et sans qualificatif. Autrement dit, il s'agit de la diff&#233;rence entre une r&#233;alit&#233; empirique (telle ou telle race) et un concept (le dispositif de racialisation). C'est une distinction que sugg&#233;rait d&#233;j&#224; &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-mouvements-2007-2-page-162.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;tienne Balibar en 2007&lt;/a&gt; : &#171; Je parle du retour de la race et non pas des races. Autrement dit, ce qui m'int&#233;resse, plut&#244;t que des groupes &#8220;concrets&#8221; (ou suppos&#233;s tels, comme les &#171; races &#187; de l'anthropologie physique et culturelle du XIXe si&#232;cle), c'est une id&#233;e, derri&#232;re laquelle se profile une structure. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, malgr&#233; les malentendus possibles, s'exposer encore &#224; utiliser le mot race aujourd'hui ? C'est que l'antiracisme ne peut plus se d&#233;finir seulement dans les termes des ann&#233;es 1980 : &#224; l'&#233;poque de la mont&#233;e du Front national, on appr&#233;hendait le racisme comme une id&#233;ologie revendiqu&#233;e, autrement dit, &#224; partir des racistes. Or, d&#232;s les ann&#233;es 1990, il a bien fallu prendre conscience d'une autre forme de racisme, non moins grave dans ses cons&#233;quences : les discriminations raciales. Celles-ci proc&#232;dent de logiques syst&#233;miques ; il s'agit d'un racisme structurel, qui d&#233;passe le racisme intentionnel. Cet &#233;largissement de la d&#233;finition, du racisme id&#233;ologique au racisme sociologique, implique un changement de perspective : partir des effets, plut&#244;t que des intentions (bonnes ou mauvaises), c'est adopter le point de vue des personnes qui subissent la domination raciale, et non de celles qui en sont, f&#251;t-ce &#224; leur corps d&#233;fendant, les b&#233;n&#233;ficiaires. C'est la m&#234;me d&#233;marche qui am&#232;ne les &#233;tudes f&#233;ministes &#224; rompre avec une vision masculine pour appr&#233;hender les violences de genre dont les femmes sont victimes du point de vue des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc &#234;tre confront&#233;, non seulement &#224; un &#171; racisme sans race &#187; (comme on l'a d&#233;j&#224; vu), mais aussi &#224; un &#171; &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/eric-fassin/blog/100511/football-un-racisme-sans-racistes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;racisme sans racistes&lt;/a&gt; &#187; : au-del&#224; des intentions individuelles ou des id&#233;ologies politiques, c'est un m&#233;canisme social qui est &#224; l'&#339;uvre. Or c'est justement cette reformulation, o&#249; le sujet raciste n'est plus central, qui nous invite &#224; penser en termes de race, autant voire plus que de racisme. Il s'agit moins de pointer des coupables que d'analyser, avec le concept de race, un fonctionnement. Et le d&#233;placement de perspective, vers les victimes du racisme, permet &#233;galement de penser la racialisation, en termes foucaldiens, &#224; la fois comme assujettissement et comme subjectivation : c'est en ce double sens d'assignation et d'identification qu'on utilise le mot &#171; racis&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; &lt;a href=&#034;https://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-La_matrice_de_la_race-9782707159052.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;matrice de la race&lt;/a&gt; &#187;, pour reprendre le titre d'Elsa Dorlin, s'entend aussi de deux mani&#232;res compl&#233;mentaires, conjuguant les g&#233;nitifs objectif et subjectif : la race a une matrice, et en m&#234;me temps elle en est une. C'est ainsi qu'on peut comprendre la &lt;a href=&#034;https://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Critique_de_la_raison_n__gre-9782707177476.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Critique de la raison n&#232;gre&lt;/a&gt; d'Achille Mbembe. Dans cet essai th&#233;orique, l'historien et politiste ne traite pas tant des Noirs ou des Blancs que, plus largement, d'un &#171; devenir-n&#232;gre du monde &#187;. En effet, &#171; la critique de la modernit&#233; demeurera inachev&#233;e tant que nous n'aurons pas compris que son av&#232;nement co&#239;ncide avec l'apparition du principe de race et la lente transformation de ce principe en matrice privil&#233;gi&#233;e des techniques de domination, hier comme aujourd'hui. &#187; Certes, les races n'ont pas d'existence scientifique, mais &#171; le principe de race &#187;, c'est-&#224;-dire la race, &#171; cela existe &#187;, comme disait la sociologue f&#233;ministe &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-le-genre-humain-1981-1-page-55.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Colette Guillaumin&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mot et la chose&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'espace public en France, il y a aujourd'hui un paradoxe fondamental. D'un c&#244;t&#233;, il n'est question que de racisme ; de l'autre, il n'est pas question de parler de race. Autrement dit, on a la chose mais pas le mot pour la penser. Mais le paradoxe redouble : quiconque utilise le mot race, m&#234;me en revendiquant des fins antiracistes, serait, sinon coupable, du moins comptable de cette pouss&#233;e raciste. Autrement dit, c'est opposer le mot &#224; la chose. On peut d&#232;s lors s'interroger : pour &#233;chapper &#224; ce pi&#232;ge, pourquoi ne pas, tout simplement, remplacer race par racisme ? En r&#233;alit&#233;, force est d'admettre que le probl&#232;me tient &#224; la d&#233;finition de la chose plus qu'&#224; l'usage du mot. Partons d'un syllogisme. Dans le monde universitaire, comme dans les m&#233;dias, tout le monde (ou presque) est antiraciste ; et pourtant, tout le monde (ou presque) est blanc. Comment conclure au racisme, sans contredire la pr&#233;misse majeure d'antiracisme ? C'est ici qu'on voit l'utilit&#233; du concept de race. Il sert &#224; penser la contradiction inscrite, non pas dans ce raisonnement, mais dans notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend d&#232;s lors la difficult&#233; actuellement rencontr&#233;e pour s'accorder &#224; juger raciste, ou non, telle pratique, tel discours ou telle repr&#233;sentation, selon qu'on aborde la question en termes de race, ou pas. Dans l'actualit&#233;, songeons par exemple aux controverses r&#233;currentes sur le blackface. Dans le d&#233;bat public, la plupart reconnaissent d&#233;sormais que cette pratique rel&#232;ve du racisme &#8211; mais en ajoutant : si et seulement si l'intention en est raciste. Autrement dit, c'est continuer d'&#233;carter la d&#233;finition du racisme par ses cons&#233;quences, dans une soci&#233;t&#233; o&#249; l'on peut jouer au Noir quand on est blanc, mais pas jouer au Blanc quand on est noir. Les protestations des activistes sont alors r&#233;cus&#233;es comme le signe de leur inculture (&#171; ils ne comprennent pas l'art ! &#187;) ou d'une intol&#233;rance qui menace la libert&#233; d'expression (&#171; ils ne respectent pas l'art ! &#187;). Tout se passe comme si, jusque dans les rangs des sciences sociales fran&#231;aises, le racisme restait un fait individuel plut&#244;t qu'un fait social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un second exemple, au c&#339;ur des d&#233;bats sur l'identit&#233; nationale : le football. Il y a bien s&#251;r consensus pour d&#233;noncer le racisme des cris de singes dans les tribunes des stades ; et beaucoup se rejoignent encore pour s'opposer aux attaques r&#233;currentes contre des joueurs racis&#233;s de l'&#233;quipe de France de football, accus&#233;s de ne pas chanter l'hymne national. Les r&#233;actions sont en revanche partag&#233;es lorsque l'humoriste sud-africain Trevor Noah, le 16 juillet 2018, s'amuse &#224; crier dans le &lt;a href=&#034;https://twitter.com/TheDailyShow/status/1019012366082723840&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Daily Show&lt;/a&gt; : &#171; L'Afrique a gagn&#233; la Coupe du Monde ! &#187; Nombre de sportifs fran&#231;ais de couleur ont vivement r&#233;agi, et jusqu'&#224; l'&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=COD9hcTpGWQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ambassadeur de France&lt;/a&gt; aux &#201;tats-Unis : le chantre du Grand remplacement, &lt;a href=&#034;https://twitter.com/RenaudCamus/status/1017171355173781504&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Renaud Camus&lt;/a&gt;, n'avait-il pas ironis&#233; en miroir sur la finale : &#171; J'aime bien les Africains mais pour le match Afrique-Europe, dimanche, ils ne m'en voudront pas de soutenir l'&#233;quipe de mon peuple, les Europ&#233;ens &#187;, soit la Croatie plut&#244;t que la France ? La plaisanterie du pr&#233;sentateur du soir serait-elle raciste de la m&#234;me mani&#232;re, ou bien plut&#244;t n'est-elle pas une fa&#231;on de retourner le discours de la race en France, en soulignant son histoire coloniale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les propos d'Alain Finkielkraut, en 2005, sur &#171; &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/evenement/2005/11/26/banlieues-finkielkraut-s-explique-et-insiste_539772&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'&#233;quipe de France black-black-black&lt;/a&gt; &#187;, ne sont d&#233;fendus que par l'extr&#234;me droite, les r&#233;actions ont &#233;t&#233; contrast&#233;es apr&#232;s les &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/290411/quotas-dans-le-foot-la-verite-au-mot-pres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;v&#233;lations par Mediapart&lt;/a&gt;, en 2011, d'un projet de quotas pour limiter le nombre, non seulement de binationaux, mais aussi de Noirs dans le football national : le but &#233;tait de favoriser &#171; les petits gabarits blancs &#187;, plut&#244;t que &#171; les grands, costaux, puissants &#187; que seraient &#171; les Blacks &#187;. Pour &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/edition/crise-la-fff/article/290411/la-facade-lezardee-du-football-francais&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pap Ndiaye&lt;/a&gt;, historien de la &#171; condition noire &#187;, &#171; pas plus que n'importe quelle autre activit&#233; humaine, le football n'est intrins&#232;quement antiraciste &#187;. La question n'est donc pas de condamner (ou d'absoudre) tel ou tel responsable (&#224; commencer par Laurent Blanc), mais de combattre des discriminations explicites qui reposent sur des repr&#233;sentations raciales ordinaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En revanche, St&#233;phane Beaud et G&#233;rard Noiriel, qui, en r&#233;action contre les &#171; porte-parole autoproclam&#233;s de la cause des Noirs &#187;, refusent de &#171; &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/sports/2011/05/06/race-classe-football-ne-pas-hurler-avec-la-meute_733760&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;hurler avec la meute&lt;/a&gt; &#187;, consid&#232;rent que le mot &#171; Black &#187;, utilis&#233; par les responsables du football national, &#171; renvoie moins &#224; une cat&#233;gorie raciale qu'&#224; une cat&#233;gorie sociale &#187;. Loin d'&#234;tre raciste, ce sport serait, pour le sociologue et l'historien, &#171; la pratique sociale qui contribue le plus &#224; favoriser le &#8220;vivre ensemble&#8221; entre les jeunes des quartiers populaires, quelle que soit leur origine. &#187; Racisme ou pas ? L'enjeu n'est-il pas, gr&#226;ce au concept de race, de pouvoir penser, au-del&#224; du racisme intentionnel, le &#171; &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/eric-fassin/blog/100511/football-un-racisme-sans-racistes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;racisme en effet&lt;/a&gt; &#187; ? En tout cas, les r&#233;v&#233;lations sont rest&#233;es&#8230; sans effet. C'est pourquoi, en 2018, on apprend sans surprise que le PSG, encore dans les ann&#233;es 2010, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/081118/le-psg-fiche-et-recrute-des-joueurs-selon-leur-origine-ethnique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;a fich&#233; et recrut&#233; des joueurs selon leur origine ethnique&lt;/a&gt; &#187;. &#171; Trop d'Africains et d'Antillais &#187; ? Cette fois, les r&#233;v&#233;lations n'en sont plus vraiment, et la controverse intellectuelle ne reprend m&#234;me pas : la &#171; meute &#187; est r&#233;duite au silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H&#233;g&#233;monie minoritaire ou panique intellectuelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut qu'&#234;tre frapp&#233; par la multiplication r&#233;cente, dans les m&#233;dias fran&#231;ais, des articles, des tribunes et des manifestes collectifs d'intellectuels, au nom de l'antiracisme, non pas tant contre le racisme lui-m&#234;me que contre le mot race, accus&#233; d'en faire le jeu, tant dans la militance de &#171; l'antiracisme politique &#187; que dans les savoirs critiques. Autour de ce vocable, c'est tout un champ lexical qui est en butte &#224; des attaques r&#233;p&#233;t&#233;es, en particulier dans le monde universitaire : race, racis&#233;, racisation, racisme d'&#201;tat, mais aussi d&#233;colonial et postcolonial, intersectionnalit&#233;, et d'autres termes encore, participeraient d'une &#171; &lt;a href=&#034;https://www.lepoint.fr/politique/le-decolonialisme-une-strategie-hegemonique-l-appel-de-80-intellectuels-28-11-2018-2275104_20.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;strat&#233;gie h&#233;g&#233;monique&lt;/a&gt; &#187;, v&#233;ritable &#171; terrorisme intellectuel &#187; dont le &#171; communautarisme &#187; serait incompatible avec &#171; l'universalisme r&#233;publicain &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est notable que ces figures m&#233;diatiques et intellectuelles mobilis&#233;es contre le &#171; politiquement correct &#187; semblent moins soucieuses de libert&#233; intellectuelle quand la censure frappe un colloque universitaire sur l'&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/051017/un-colloque-universitaire-sur-l-islamophobie-annule-sous-la-pression?onglet=full&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;islamophobie&lt;/a&gt;, ou quand elle en menace un autre sur l'&lt;a href=&#034;https://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20170518.OBS9602/comment-un-colloque-sur-l-intersectionnalite-a-failli-etre-censure.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;intersectionnalit&#233;&lt;/a&gt;. C'est dire de quel c&#244;t&#233; le danger leur para&#238;t imminent : l'h&#233;g&#233;monie aurait chang&#233; de camp. Tout se passe en effet, dans leur discours, comme si la France &#233;tait &#224; son tour soumise &#224; ce que le philosophe Philippe Raynaud avait baptis&#233; en 1992, &#224; propos des &#201;tats-Unis, la &#171; &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=DEBA_069_0048&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tyrannie des minorit&#233;s&lt;/a&gt; &#187;&#8230; Bref, &#171; &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/eric-fassin/blog/230119/le-politiquement-correct-et-les-medias&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;on ne peut plus rien dire !&lt;/a&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre cette panique intellectuelle ? Pour Stanley Cohen, dans son &lt;a href=&#034;https://infodocks.files.wordpress.com/2015/01/stanley_cohen_folk_devils_and_moral_panics.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ouvrage classique de 1972&lt;/a&gt;, il y a &#171; panique morale &#187; lorsqu'un ph&#233;nom&#232;ne ou un groupe appara&#238;t comme &#171; une menace pour les valeurs et les int&#233;r&#234;ts de la soci&#233;t&#233; &#187;. On peut faire l'hypoth&#232;se que celle qui s&#233;vit aujourd'hui dans le monde intellectuel fran&#231;ais est une r&#233;action &#224; l'irruption de &#171; &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/eric-fassin/blog/090419/contre-publics-minoritaires&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;contre-publics minoritaires&lt;/a&gt; &#187;, soit une remise en cause des fronti&#232;res de l'espace public dominant par celles et ceux qui en &#233;taient exclus : c'&#233;tait le cas, dans le monde de la culture, au moment de &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/eric-fassin/blog/291114/exhibit-b-representation-du-racisme-et-sous-representation-des-minorites-raciales&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'affaire Exhibit B&lt;/a&gt;. Les minorit&#233;s raciales ne sont pas seulement objets de discours, artistique ou autre ; de plus en plus, elles prennent la parole, se constituant ainsi en sujets politiques. Elles s'engagent, selon le titre d'un documentaire d'&lt;a href=&#034;https://www.franceinter.fr/emissions/grand-angle/grand-angle-21-decembre-2016&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Amandine Gay&lt;/a&gt; qui fait entendre les mots de femmes noires, &#224; Ouvrir la voix. Et c'est tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison que beaucoup s'emploient &#224; leur&#8230; fermer la voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Porte-parole ou universitaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la question pos&#233;e &#224; propos de l'espace public et des contre-publics minoritaires fait aujourd'hui retour dans le monde universitaire. C'est &#224; nouveau une intervention pol&#233;mique de G&#233;rard Noiriel, sur le blog qu'il venait d'ouvrir fin 2018, qui l'illustre au mieux, et d'autant plus qu'elle a rencontr&#233; un &#233;cho important, et souvent favorable, dans la profession. Si ses &#171; &lt;a href=&#034;https://aoc.media/opinion/2018/02/13/lirruption-contre-publics/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;flexions sur la &#8220;gauche identitaire&#8221;&lt;/a&gt; &#187; visent nomm&#233;ment un chercheur blanc (en l'occurrence, l'auteur de ces lignes), le plus remarquable, c'est l'attaque, en ouverture, contre d'autres qui ne sont pas nomm&#233;s, sinon, &#224; nouveau, par la fonction qui d&#233;coulerait de leur racisation, en tant que &#171; porte-parole des minorit&#233;s &#187; : &#171; Dans l'introduction de mon livre sur l'Histoire populaire de la France, j'ai affirm&#233; que &#8220;le projet d'&#233;crire une histoire populaire du point de vue des vaincus a &#233;t&#233; accapar&#233; par des porte-parole des minorit&#233;s [&#8230;] qui ont contribu&#233; &#224; marginaliser l'histoire des classes populaires&#8221;. Il suffit de consulter la bibliographie des articles et des ouvrages publi&#233;s en histoire ces derni&#232;res ann&#233;es ou de regarder les recrutements sur des postes universitaires pour &#234;tre convaincu du bien fond&#233; de cette remarque. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il faut bien admettre que l'on &#233;prouve quelque difficult&#233; &#224; partager &#171; l'optimisme &#187; affich&#233; par ce socio-historien concernant l'h&#233;g&#233;monie suppos&#233;e de la &#171; gauche identitaire &#187;, dans ou hors de l'universit&#233;, il ne s'agit pas ici d'entrer dans une pol&#233;mique qui ne ferait que redoubler l'effacement des coll&#232;gues minoritaires mis en cause. En revanche, il importe de relever un fait social significatif. Des chercheuses et chercheurs, pour la plupart minoritaires, ont pris la parole en r&#233;ponse, sans pour autant se reconna&#238;tre dans le r&#244;le de &#171; porte-parole &#187; qui leur &#233;tait assign&#233; : ce n'&#233;tait pas pour contester la d&#233;marche scientifique au nom d'une posture politique, mais au contraire en se pla&#231;ant sur le terrain scientifique. Quand G&#233;rard Noiriel d&#233;clare que le concept d'intersectionnalit&#233; &#171; est &#224; mes yeux une r&#233;gression par rapport aux principes fondateurs de la sociologie &#187;, leur r&#233;plique savante, c'est le dossier &#171; Intersectionnalit&#233; &#187;, publi&#233; sur le site de la &lt;a href=&#034;http://mouvements.info/intersectionnalite/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Mouvements&lt;/a&gt; : sous la direction d'Abdellali Hajjat et Silyane Larcher, apr&#232;s leur introduction, il comprend cinq articles regroupant au total onze autrices et auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces textes ne se contentent pas de contester l'affirmation non &#233;tay&#233;e de G&#233;rard Noiriel sur la pr&#233;sence et le r&#244;le des questions minoritaires dans la recherche en France ; ils d&#233;veloppent des analyses pr&#233;cises : &#171; N'existe-t-il pas une litt&#233;rature abondante qui depuis plusieurs d&#233;cennies articule une analyse de classe, de genre et de race ? C'est dans l'optique de tordre le coup &#224; cette fausse opposition que &lt;a href=&#034;http://mouvements.info/?p=5685&amp;preview=true&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sarah Mazouz et &#201;l&#233;onore L&#233;pinard&lt;/a&gt; rappellent les apports, les limites et les r&#233;sistances au concept d'intersectionnalit&#233;, que &lt;a href=&#034;http://mouvements.info/?p=5702&amp;preview=true&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Silyane Larcher&lt;/a&gt; revient sur l'histoire des rapports ambigus entre r&#233;publicanisme fran&#231;ais et question raciale, et que &lt;a href=&#034;http://mouvements.info/?p=5733&amp;preview=true&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lila Belkacem, Lucia Direnberger, Karim Hammou et Zacharias Zoubir&lt;/a&gt; d&#233;construisent les arguments souvent utilis&#233;s pour d&#233;l&#233;gitimer toute analyse des rapports sociaux de race. &#187; Bref, c'est tout un panorama scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, pour citer encore ce texte introductif, le billet de blog de G&#233;rard Noiriel &#171; pose la question des relations de pouvoir au sein du champ acad&#233;mique, du r&#244;le des intellectuels dans l'espace public et de leurs relations avec de pr&#233;tendus &#8220;porte-parole des minorit&#233;s&#8221;. C'est dans la perspective d'une meilleure compr&#233;hension des enjeux de la controverse sur la question raciale qu'&lt;a href=&#034;http://mouvements.info/?p=5753&amp;preview=true&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;In&#232;s Bouzelmat&lt;/a&gt; propose une analyse sociologique fine de l'espace des positions et des prises de position des chercheur.e.s concern&#233;.e.s, et qu'&lt;a href=&#034;http://mouvements.info/?p=5716&amp;preview=true&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Audrey C&#233;lestine, Abdellali Hajjat et Lionel Zevounou&lt;/a&gt; analysent la tension entre disputatio acad&#233;mique et prises de position politiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gageons que certains verront dans cette riposte organis&#233;e la confirmation de ce qu'ils d&#233;noncent (au risque de l'oxymore) comme une h&#233;g&#233;monie minoritaire. Pour ma part, je dirais plut&#244;t qu'il y a du trouble dans ce qu'on peut continuer d'appeler (au risque de la redondance) l'h&#233;g&#233;monie majoritaire. Je ferai donc l'hypoth&#232;se que la virulence de l'opposition universitaire aux savoirs critiques de la race traduit une inqui&#233;tude : et si l'aveuglement &#224; la race aveuglait au racisme structurel qui a permis &#224; l'universit&#233;, jusqu'&#224; pr&#233;sent, de rester blanche sans le voir et sans vouloir le savoir ? Quelle serait alors notre responsabilit&#233; d'universitaires, forc&#233;ment antiracistes ? N'est-ce pas la remise en cause, sinon de notre vocation, du moins de notre bonne conscience de porte-parole de l'universel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La R&#233;publique et la race&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La bataille politique de la race (&#224; la fois autour du mot et de la chose, comme on s'est employ&#233; &#224; le d&#233;montrer) ne s'arr&#234;te pas aux mondes m&#233;diatique et universitaire ; elle est pr&#233;sente aussi dans le champ politique lui-m&#234;me. On voudrait donc, dans un dernier temps, souligner l'implication des responsables politiques dans les d&#233;bats sur la race, et singuli&#232;rement de l'&#201;tat dans la controverse autour du &#171; racisme d'&#201;tat &#187;. Il convient d'abord de rappeler deux sc&#232;nes qui se sont d&#233;roul&#233;es (comme le vote unanime qui ouvre ce texte) &#224; l'Assembl&#233;e nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re a eu lieu lors de la s&#233;ance de questions au gouvernement du &lt;a href=&#034;http://www.assemblee-nationale.fr/14/cri/2015-2016/20160175.asp#P769019&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;27 avril 2016&lt;/a&gt; : Bernard Debr&#233; interpelle la ministre socialiste de l'&#201;ducation nationale sur &#171; la mont&#233;e en puissance du racisme antiblanc et de l'antis&#233;mitisme dans notre pays &#187;. &#171; J'en veux pour preuve &#187;, continue le d&#233;put&#233; Les R&#233;publicains, &#171; la r&#233;cente tenue, dans l'enceinte de l'universit&#233; Paris 8, d'une manifestation intitul&#233;e &#8220;Paroles non blanches&#8221; &#187;. En effet, ses organisateurs &#171; d&#233;fendent la non-mixit&#233; &#187;. Najat Vallaud-Belkacem lui r&#233;pond alors : &#171; je condamne absolument la tenue de ces r&#233;unions [&#8230;]. Ces initiatives sont inacceptables car, bien loin de l'objectif qu'elles pr&#233;tendent poursuivre, elles confortent une vision racialiste et raciste de la soci&#233;t&#233; qui n'est pas la n&#244;tre. &#187; Pour la ministre, &#171; la seule r&#233;ponse &#224; apporter au racisme et &#224; l'antis&#233;mitisme &#187;, &#171; c'est &#233;videmment les valeurs de la R&#233;publique dans toute leur universalit&#233;, et la loi qui combat sans faille les discriminations. &#187; Le gouvernement tombe d'accord avec son opposition : la R&#233;publique et la race s'excluent mutuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or une seconde sc&#232;ne, qui se d&#233;roule &#233;galement lors des questions au gouvernement, le &lt;a href=&#034;http://www.assemblee-nationale.fr/15/cri/2017-2018/20180064.asp#P1105510&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;21 novembre 2017&lt;/a&gt;, vient &#233;clairer d'un autre jour ce qui s'est jou&#233; en 2016. C&#233;cile Rilhac, d&#233;put&#233;e LREM, interroge le ministre de l'&#201;ducation nationale : &#171; un syndicat a programm&#233; un stage de formation destin&#233; aux enseignants avec deux ateliers &#8220;en non-mixit&#233; raciale&#8221;, c'est-&#224;-dire r&#233;serv&#233;s aux non-Blancs. Cette formation propose de d&#233;battre de probl&#233;matiques autour du racisme au sein de l'&#201;ducation nationale. &#187; Jean-Michel Blanquer d&#233;plore &#171; l'initiative d'un syndicat d'organiser ces ateliers qualifi&#233;s, j'ouvre les guillemets, de &#8220;non-racialis&#233;s&#8221;&#8230; et de &#8220;racialis&#233;s&#8221; aussi &#8211; je ferme les guillemets. &#187; (sic) &#171; On parle de &#171; non-mixit&#233; raciale &#187;, de &#171; blanchit&#233; &#187;, de &#171; racis&#233; &#187; : les mots les plus &#233;pouvantables du vocabulaire politique sont utilis&#233;s au nom d'un pr&#233;tendu antiracisme alors qu'ils v&#233;hiculent &#233;videmment un racisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le propos rebondit : &#171; C'est pourquoi, et parce que le syndicat en question a &#233;galement employ&#233; les termes de &#8220;racisme d'&#201;tat&#8221;, j'ai d&#233;cid&#233; de porter plainte pour diffamation &#224; l'encontre de SUD &#233;ducation 93. &#187; Autrement dit, le probl&#232;me, ce n'est pas seulement le racisme pr&#233;sum&#233; des d&#233;fenseurs de la non-mixit&#233; et de l'antiracisme politique ; c'est aussi, et surtout, l'accusation port&#233;e contre l'&#201;tat : opposer la race &#224; la R&#233;publique appara&#238;t ainsi comme un moyen d'occulter le racisme de l'&#201;tat. Et le ministre de conclure : &#171; Nous devons avoir l'unanimit&#233; de la repr&#233;sentation nationale contre cette vision de l'homme. &#187; L'ovation qui vient saluer cette conclusion est d'autant plus remarquable que les images montrent Marine Le Pen se levant parmi les premiers pour mieux applaudir le ministre (sur le &lt;a href=&#034;http://www.lcp.fr/la-politique-en-video/ateliers-non-mixtes-de-sud-education-93-sur-le-racisme-detat-jean-michel&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site de LCP&lt;/a&gt;, ces images ont disparu ; heureusement, elles restent visibles sur le &lt;a href=&#034;https://twitter.com/LCP/status/932984363033116673&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;compte Twitter&lt;/a&gt; de la cha&#238;ne). Et voil&#224;, contre &#171; l'antiracisme politique &#187;, le Front national au c&#339;ur du pacte r&#233;publicain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le racisme et l'&#201;tat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette unanimit&#233; politique interroge &#224; nouveau : si la d&#233;politisation de l'antiracisme conduit &#224; un nouveau (et paradoxal !) front r&#233;publicain, avec l'extr&#234;me droite, et contre les discours critiques de la race, n'est-ce pas, une fois encore, pour mieux s'aveugler &#224; la responsabilit&#233; des responsables de politiques d'&#201;tat qui contribuent &#224; la racialisation de la soci&#233;t&#233; ? Or, du traitement r&#233;serv&#233; aux migrants en M&#233;diterran&#233;e, &#224; la fronti&#232;re franco-italienne, &#224; Calais ou &#224; la Chapelle, &#224; la hausse des frais d'inscription universitaires qui visent explicitement les &#233;tudiantes et &#233;tudiants venus des anciennes colonies, sans parler du sort r&#233;serv&#233; aux outre-mer, force est de le constater, la question postcoloniale concerne au premier chef l'&#201;tat fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agit-il seulement du racisme de l'&#201;tat, ou bien peut-on parler d'un racisme d'&#201;tat en France ? Beaucoup diraient que cette derni&#232;re formulation renvoie &#224; des &#201;tats qui ont institu&#233; des lois raciales, de l'Allemagne nazie &#224; l'Afrique du Sud de l'apartheid. Ne convient-il pas plut&#244;t de renouer ici avec le crit&#232;re d'intentionnalit&#233;, qui redouble la responsabilit&#233; ? Sans doute dira-t-on qu'il ne faut pas confondre &#171; racisme institutionnel &#187; et &#171; racisme d'&#201;tat &#187;, soit le &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/eric-fassin/blog/291117/racisme-d-etat-22-politiques-de-l-antiracisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;racisme dans l'&#201;tat et le racisme de l'&#201;tat&lt;/a&gt; : le racisme dans l'&#201;tat existerait malgr&#233; l'&#201;tat. Mais qu'en est-il quand l'&#201;tat revendique son action ? Refusera-t-on cette fois de nommer ce racisme pour ne retenir que le racisme structurel ? Ne faut-il pas plut&#244;t prendre en compte les diff&#233;rentes logiques, intentionnelles ou non, de la race &#8211; qu'elles soient id&#233;ologiques, syst&#233;miques ou politiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons l'exemple des contr&#244;les au faci&#232;s, dont l'enqu&#234;te du D&#233;fenseur des droits a d&#233;montr&#233; en 2018 qu'ils touchent &lt;a href=&#034;https://www.20minutes.fr/societe/2252699-20180411-controles-facies-jeunes-hommes-percus-comme-noirs-maghrebins-20-fois-plus-risque-etre-controles&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vingt fois plus les jeunes hommes arabes ou noirs&lt;/a&gt;, ils impliquent bien s&#251;r l'&#201;tat, et d'autant plus que, &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/250216/l-etat-justifie-les-controles-au-facies?onglet=full&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;non content de laisser faire, celui-ci les justifie&lt;/a&gt;. Condamn&#233; en 2015 pour &#171; faute lourde &#187;, il a fait appel ; sans remettre en cause les faits &#233;tablis, l'&#201;tat explique que la l&#233;gislation sur les &#233;trangers suppose de contr&#244;ler &#171; les personnes d'apparence &#233;trang&#232;res &#187;, voire &#171; la seule population dont il appara&#238;t qu'elle peut &#234;tre &#233;trang&#232;re &#187;. On voit bien ici comment, en confondant l'origine et la nationalit&#233;, c'est l'&#201;tat lui-m&#234;me qui introduit le &#171; principe de race &#187; : s'il distingue des &#171; faci&#232;s d'&#233;trangers &#187; et des &#171; faci&#232;s de Fran&#231;ais &#187;, alors, on est bien dans une logique de racialisation de la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un second exemple concerne la politique men&#233;e par la France &#224; l'&#233;gard des Roms roumains et bulgares, autrement dit, europ&#233;ens. La question s'est d&#233;j&#224; pos&#233;e en 2010, sous Nicolas Sarkozy, apr&#232;s le discours de Grenoble. La commissaire europ&#233;enne Viviane Reding en charge des droits fondamentaux, en protestation contre une circulaire fran&#231;aise contre les &#171; campements &#187; visant en priorit&#233; &#171; ceux des Roms &#187;, se d&#233;clarait &#171; choqu&#233;e &#187; quand &#171; des personnes sont renvoy&#233;es d'un &#201;tat membre juste parce qu'elles appartiennent &#224; une certaine minorit&#233; ethnique. Je pensais que l'Europe ne serait plus le t&#233;moin de ce genre de situation apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale. &#187; On sait que c'est elle qui s'est retrouv&#233;e sur le banc des accus&#233;s : c'est la comparaison qui faisait scandale, et non l'antitsiganisme politique de la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique raciale men&#233;e par la France &#224; l'&#233;gard de ces populations a donc continu&#233; sous Fran&#231;ois Hollande. Et les propos de son ministre de l'Int&#233;rieur, en 2013, ont &#233;t&#233; encore plus brutaux : les Roms &#171; ne souhaitent pas s'int&#233;grer dans notre pays pour des raisons culturelles ou parce qu'ils sont entre les mains de r&#233;seaux vers&#233;s dans la mendicit&#233; ou la prostitution &#187; ; ils &#171; ont des modes de vie extr&#234;mement diff&#233;rents des n&#244;tres et qui sont &#233;videmment en confrontation &#187; ; ou encore : &#171; nous le savons tous, la proximit&#233; de ces campements provoque de la mendicit&#233; et aussi des vols, et donc de la d&#233;linquance. &#187; Et d'en conclure : &#171; les Roms ont vocation &#224; revenir en Roumanie ou en Bulgarie &#187;. Poursuivi pour incitation &#224; la haine raciale, le Premier ministre s'est d&#233;fendu : il ne faisait qu'&#233;noncer la politique de la France. Faut-il en conclure que la politique de la France ne saurait &#234;tre raciste, ou bien qu'en France on n'aurait le droit de tenir des propos racistes qu'&#224; condition qu'ils expriment la politique de l'&#201;tat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend d&#232;s lors pourquoi il est si important de rejeter le mot, qui permettrait de nommer ce que fait l'&#201;tat. De quoi le mot race est-il aujourd'hui le nom ? Notons d'abord que cette bataille, qui a lieu en France, porte sur la France. Une des caract&#233;ristiques des r&#233;actions contre la race, c'est qu'elles se placent dans une perspective r&#233;solument nationale : que ce soit dans le registre de l'universalisme r&#233;publicain ou de la classe et du peuple, il s'agit encore et toujours de la France (hexagonale). Les discussions &#233;tats-uniennes, comme la conversation anim&#233;e par le r&#233;seau des sp&#233;cialistes de l'histoire de France sur &#171; &lt;a href=&#034;https://h-france.net/h-france-salon-volume-11-2019/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;race et racisme&lt;/a&gt; &#187;, n'y figurent m&#234;me plus &#224; titre d'&#233;pouvantail. L'enjeu premier est en effet la reconfiguration de l'espace public national, et singuli&#232;rement du champ intellectuel fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conclura en r&#233;it&#233;rant l'hypoth&#232;se que le rejet virulent de ce lexique, militant ou savant, est le signe d'un trouble dans l'ordre racial. On l'a vu, on assiste &#224; une triple r&#233;action, qui r&#233;sonne &#224; grand bruit dans l'espace public en France &#8211; face &#224; l'irruption de contre-publics minoritaires, face &#224; l'&#233;mergence d'universitaires minoritaires, et face &#224; la pouss&#233;e d'une contestation des politiques de racialisation men&#233;es par l'&#201;tat. Cette forte r&#233;action est le signe ambigu du renouveau de la question raciale aujourd'hui : d'un c&#244;t&#233;, elle s'inscrit dans la continuit&#233; d'une domination raciale ; de l'autre, elle signifie que celle-ci ne va plus tout &#224; fait de soi. De fait, quelque chose a boug&#233; dans l'ordre racial. C'est pourquoi le discours majoritaire, dans un moment de panique raciale, se d&#233;cha&#238;ne contre une suppos&#233;e &#171; h&#233;g&#233;monie minoritaire &#187;. Les personnes racis&#233;es ont-elles le droit de se qualifier ainsi, c'est-&#224;-dire de nommer ce qu'on leur fait, de dire ce qu'on fait d'elles ? Ces objets des discours antiracistes peuvent-ils en devenir aussi les sujets ? Qui a voix au chapitre pour parler de racisme, c'est-&#224;-dire aussi de race ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; lu en ouverture de la journ&#233;e d'&#233;tudes sur &#171; Le mot race &#187; que j'ai organis&#233;e avec Achille Mbembe &#224; l'Universit&#233; Paris 8 le 10 avril 2019. Il a &#233;t&#233; publi&#233; simultan&#233;ment, en deux parties, sur le site AOC : &lt;a href=&#034;https://aoc.media/analyse/2019/04/10/race-existe-1-2/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le mot race (1/2) : cela existe&lt;/a&gt;, le 10 avril m&#234;me ; et &lt;a href=&#034;https://aoc.media/analyse/2019/04/11/race-chose-2-2/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le mot race (2/2) : le mot et la chose&lt;/a&gt;, le 11 avril. Je reproduis sur mon blog cette analyse qui me para&#238;t toujours autant d'actualit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Racisme anti-blancs : quand les mots rompent avec le r&#233;el</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Racisme-anti-blancs-quand-les-mots-rompent-avec-le-reel</link>
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		<dc:date>2019-09-24T07:42:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Melusine</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;bats</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-09-24</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; l'origine, une interview de Lilian Thuram parue d&#233;but septembre dans un journal italien : questionn&#233; sur les &#171; cris de singe &#187; racistes que subissent certains joueurs dans les stades, l'ancien footballeur a estim&#233; qu'&#171; il est n&#233;cessaire d'avoir le courage de dire que les Blancs pensent &#234;tre sup&#233;rieurs et qu'ils croient l'&#234;tre &#187;. S'en est suivie une pol&#233;mique m&#233;diatique sur le &#171; racisme anti-Blancs &#187; et la validit&#233;, ou non, du concept m&#234;me. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Ballast. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un article publi&#233; sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-antiraciste-" rel="directory"&gt;Mouvement antiraciste&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-09-24-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-09-24&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH74/arton40353-a5406.jpg?1781036973' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='74' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'origine, une interview de Lilian Thuram parue d&#233;but septembre dans un journal italien : questionn&#233; sur les &#171; cris de singe &#187; racistes que subissent certains joueurs dans les stades, l'ancien footballeur a estim&#233; qu'&#171; il est n&#233;cessaire d'avoir le courage de dire que les Blancs pensent &#234;tre sup&#233;rieurs et qu'ils croient l'&#234;tre &#187;. S'en est suivie une pol&#233;mique m&#233;diatique sur le &#171; racisme anti-Blancs &#187; et la validit&#233;, ou non, du concept m&#234;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.revue-ballast.fr/racisme-anti-blancs-quand-les-mots-rompent-avec-le-reel/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ballast&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/090919/l-antiracisme-face-aux-pieges-de-la-societe-du-spectacle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article publi&#233; sur Mediapart&lt;/a&gt;, l'historien Nicolas Lebourg avance pour sa part que &#171; le discours tenu par les obs&#233;d&#233;s du &#034;racisme anti-Blancs&#034; est factuellement faux &#187;, mais qu'il n'est pas pour autant &#171; rationnel de faire de la formule &#034;le racisme anti-Blancs n'existe pas&#034; un mantra de gauche &#187;. M&#233;lusine, militante f&#233;ministe et antiraciste, a tenu &#224; r&#233;agir : le racisme est avant tout un rapport social syst&#233;mique, et ne peut &#234;tre r&#233;duit &#224; un simple syst&#232;me id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours apr&#232;s qu'a &#233;t&#233; rejou&#233;, &#224; l'universit&#233; d'&#233;t&#233; de la France insoumise, le d&#233;bat sur le sens du mot islamophobie, c'est au tour du &#171; racisme anti-blancs &#187; (1) de faire son grand retour pol&#233;mique. Col&#232;re et lassitude : ce n'est plus la droite r&#233;actionnaire qui m&#232;ne la danse, ce sont les intellectuels de gauche. 14 ans apr&#232;s la publication de l'&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/societe/article/2005/03/25/un-appel-est-lance-contre-les-ratonnades-anti-blancs_631439_3224.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;appel contre les &#171; ratonnades anti-Blancs&lt;/a&gt; &#187;, sign&#233; notamment par &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Finkielkraut&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Alain Finkielkraut&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre-Andr%C3%A9_Taguieff&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pierre-Andr&#233; Taguieff&lt;/a&gt;, la presse n'a plus besoin d'aiguillon pour s'emparer du sujet. Le 9 septembre 2019, Le Monde rediffusait une &#171; enqu&#234;te &#187; de 2012 sur la &#171; r&#233;alit&#233; peu &#233;tudi&#233;e &#187; du racisme anti-blancs &#8212; enqu&#234;te qui malm&#232;ne honteusement les r&#233;sultats de l'enqu&#234;te TeO qu'elle pr&#233;tend analyser (2). Le m&#234;me jour, Mediapart publiait une &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/090919/l-antiracisme-face-aux-pieges-de-la-societe-du-spectacle?onglet=full&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chronique de l'historien Nicolas Lebourg&lt;/a&gt; contre le &#171; dogme &#187; de la gauche antiraciste qui s'ent&#234;te &#224; refuser toute validit&#233; &#224; ce concept. Un sujet sans doute plus excitant que celui des cris de singe dans les stades de foot europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;clipse de l'&#233;v&#233;nement raciste &#224; l'origine de la pol&#233;mique r&#233;sume &#224; elle seule l'enjeu de ces d&#233;bats. On ne saurait les r&#233;duire &#224; de simples diff&#233;rends lexicaux, puisque contester le sens des mots, celui d'islamophobie et celui de racisme, c'est aussi d&#233;sarmer ceux qui s'en servent et, en l'occurrence, priver ceux qui &#233;tudient et qui combattent le racisme des outils qui leur sont n&#233;cessaires pour le dire, le d&#233;crire, l'analyser et, finalement, comprendre comment le d&#233;truire. Il s'agit bien d'une bataille de mots, mais elle n'est pas que cela, elle est tout cela : c'est une bataille &#224; propos de ce qu'il est possible de dire et de montrer de la r&#233;alit&#233; sociale dans laquelle nous vivons, et donc &#224; propos de ce qu'il est possible d'y changer. En pr&#233;tendant que l'islamophobie ne serait qu'une critique de la religion ou le racisme une id&#233;ologie de haine, on r&#233;duit la focale et le champ de lutte possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la droite r&#233;actionnaire s'emploie &#224; diluer la signification du mot &#171; racisme &#187; en inventant des concepts de toutes pi&#232;ces sans se soucier de leur rapport &#224; la r&#233;alit&#233; n'est pas surprenant : elle y a des int&#233;r&#234;ts politiques et mat&#233;riels &#233;vidents. Mais que la gauche s'obstine &#224; entretenir une obscurit&#233; conceptuelle et lexicale sur les questions de racisme, qu'elle refuse de tenir compte des travaux de recherche produits depuis des d&#233;cennies sur ce sujet, qu'elle ne discerne plus les enjeux politiques qu'il y a &#224; bien d&#233;finir le racisme et son fonctionnement pour le combattre, voil&#224; qui met en rage. Pour cette raison, il est n&#233;cessaire de faire &#224; nouveau ce qu'on n'imaginait plus devoir faire : revenir sur les d&#233;finitions fondamentales et les d&#233;monstrations &#233;l&#233;mentaires, en s'appuyant sur les travaux des chercheurs sp&#233;cialistes des questions de racisme. La chronique de Lebourg est un mat&#233;riau ad&#233;quat pour se livrer &#224; ce travail, dans la mesure o&#249; elle s'articule &#224; plusieurs falsifications conceptuelles, distordant les positions exprim&#233;es par les mondes acad&#233;mique comme militant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le racisme, un syst&#232;me social de domination&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tentative de Lebourg de donner sa chance au concept de racisme anti-blancs repose en effet sur un unique coup argumentatif : il substitue une d&#233;finition partielle et minoritaire du racisme &#224; celle qu'utilisent r&#233;ellement les chercheurs et les militants auxquels il s'attaque : le racisme serait non pas un &#171; syst&#232;me structurel de discriminations sociales &#187; mais un &#171; syst&#232;me id&#233;ologique &#187;, voire un simple &#171; projet politique &#187;, qui pourrait selon lui &#234;tre compar&#233; au communisme ou &#224; l'&#233;cologie. Il &#233;crit ainsi : &#171; les intellectuels qui d&#233;fendent l'id&#233;e que le racisme anti-Blancs n'existe pas inscrivent plus leur analyse dans le cadre des structures sociales que dans celui des projets politiques et des repr&#233;sentations culturelles au long cours &#187;. Outre le refus d'obstacle que ce glissement de d&#233;finition repr&#233;sente, il est largement contestable : d'abord, parce qu'il choisit arbitrairement d'ignorer la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle de la soci&#233;t&#233; pour s'int&#233;resser exclusivement aux id&#233;es. Ensuite, parce qu'il &#233;carte, sans le justifier, la d&#233;finition qui pr&#233;vaut aujourd'hui et depuis des d&#233;cennies dans les travaux de recherche en sciences sociales et parmi les militants antiracistes, en France et &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appliqu&#233;e au sexisme, cette red&#233;finition aurait par exemple des cons&#233;quences drastiques : le terme ne d&#233;signerait alors que les id&#233;ologies politiques qui revendiquent explicitement l'essentialisation de la f&#233;minit&#233;, l'inf&#233;riorit&#233; des femmes ou leur rel&#233;gation dans l'espace domestique. Autrement dit, il ne concernerait que des mouvements religieux conservateurs, certains partis de droite ou d'extr&#234;me droite et quelques groupes masculinistes confidentiels. Le sexisme ainsi entendu ne recouvrirait ni les repr&#233;sentations collectives, ni les normes sociales relatives aux r&#244;les sexu&#233;s. Il ne parlerait ni des habitus, ni des pratiques attach&#233;es &#224; la f&#233;minit&#233; ou &#224; la masculinit&#233;. Il ignorerait les in&#233;galit&#233;s institutionnelles, les violences, l'exploitation domestique, et finalement toute la mat&#233;rialit&#233; quotidienne et r&#233;alis&#233;e du sexisme. Il ne dirait, finalement, rien du patriarcat, de l'organisation de la soci&#233;t&#233;, de la domination v&#233;cue et entretenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour &#233;viter cette impasse id&#233;aliste que la plupart des chercheurs en sciences sociales pr&#233;f&#232;rent &#224; la d&#233;finition de Lebourg une d&#233;finition forte, qui consid&#232;re le racisme comme un principe d'organisation de la soci&#233;t&#233;, un syst&#232;me de domination, finalement un rapport social, celui qu'entretiennent des groupes distingu&#233;s et hi&#233;rarchis&#233;s par un principe racial (3). Cette d&#233;finition permet de lier la structure et la superstructure, de dire la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle et l'h&#233;g&#233;monie culturelle qui vient la justifier et l'entretenir. Elle prend au s&#233;rieux le processus d'alt&#233;risation et d'hostilit&#233; &#8212; de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Racisation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;racisation&lt;/a&gt; (4) &#8212; qui, au-del&#224; des id&#233;ologies politiques et scientifiques racistes, a fa&#231;onn&#233; les imaginaires, les corps, le langage et l'organisation sociale, au fil de plusieurs si&#232;cles d'esclavage, d'exploitation &#233;conomique, d'occupation militaire, de gestion administrative, de discriminations en droit et en fait, de d&#233;pr&#233;ciation esth&#233;tique, morale, culturelle et symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les blancs, un groupe social dominant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc sur une d&#233;finition r&#233;ductrice du racisme que s'appuie Lebourg lorsqu'il d&#233;nonce l'essentialisation raciste consistant &#224; pr&#233;tendre qu'un &#171; groupe biologique &#187; (sic) pourrait avoir le monopole d'une id&#233;ologie politique. Ce faisant, il conteste un argument que personne n'avance, sans doute parce qu'il m&#233;conna&#238;t profond&#233;ment les nombreux travaux de sciences sociales sur le groupe blanc. &#171; L'un des probl&#232;mes majeurs des pol&#233;miques actuelles est qu'elles tiennent la subdivision raciale entre Blancs et Noirs comme un fait acquis, naturel et multis&#233;culaire &#187;, affirme Lebourg. De fait, l'ensemble de la litt&#233;rature sur le sujet d&#233;montre le contraire. L'organisation raciale du monde social est toujours envisag&#233;e non comme une r&#233;alit&#233; intemporelle ou n&#233;cessaire, mais comme le produit d'une histoire longue, dont la forme actuelle est l'h&#233;riti&#232;re de l'Empire, de l'esclavage et de la colonisation europ&#233;ens (5). Les chercheurs fran&#231;ais ont d'ailleurs particuli&#232;rement &#233;tudi&#233; la constitution sociohistorique du groupe blanc, notamment en colonies, &#224; travers la cr&#233;ation administrative des cat&#233;gories raciales ou l'&#233;volution des sciences racialistes (6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, la construction du groupe blanc comme position socio&#233;conomique dont les fronti&#232;res varient dans le temps et l'espace a &#233;galement donn&#233; lieu &#224; une litt&#233;rature importante (7). Ainsi, contrairement &#224; ce que croit Lebourg, lorsque les chercheurs parlent des blancs, ils ne parlent ni d'une race sup&#233;rieure d&#233;crite par les id&#233;ologues du XIXe si&#232;cle, ni d'un groupe partageant des crit&#232;res biologiques &#8212; dont celui de la peau blanche. Les blancs sont en r&#233;alit&#233; appr&#233;hend&#233;s comme un groupe social produit par le racisme lui-m&#234;me : ils sont blancs parce qu'ils entretiennent un rapport de domination particulier avec les groupes racis&#233;s, parce qu'ils sont distingu&#233;s des non-blancs, parce qu'ils occupent, toutes choses &#233;gales par ailleurs, une position sociale et symbolique qui leur est sup&#233;rieure. Le qualificatif &#171; blanc &#187; ne d&#233;signe pas une qualit&#233; de l'&#234;tre, mais bien une propri&#233;t&#233; sociale : il ne dit pas l'identit&#233; des individus, mais leur position dans la soci&#233;t&#233;, dans le rapport de domination raciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc d&#233;j&#224; comprendre pourquoi le refus du concept de racisme anti-blancs n'a rien d'un dogme, mais est la cons&#233;quence n&#233;cessaire du fonctionnement du syst&#232;me raciste, compris comme la domination des blancs sur les non-blancs. Non pas parce que les blancs seraient par nature dominateurs et racistes, mais parce que les blancs, qui n'ont aucune existence de nature, n'existent comme groupe qu'&#224; travers la domination qu'ils exercent effectivement sur les autres groupes sociaux, et qui se traduit &#224; la fois par une h&#233;g&#233;monie culturelle et par une organisation sociale in&#233;galitaire, chacune facilement constatable. Finalement, il s'agit presque d'un probl&#232;me de logique : les d&#233;finitions pos&#233;es, l'impasse conceptuelle est claire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les non-blancs et l'id&#233;ologie raciste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, qu'en est-il du rapport des non-blancs &#224; l'id&#233;ologie raciste ? Lebourg &#233;crit en effet &#8212; et c'est une phrase qui m&#233;rite d'&#234;tre relue &#224; plusieurs reprises pour en go&#251;ter l'insulte : &#171; Penser qu'un Noir ne pourrait &#234;tre raciste devrait &#233;veiller chez les antiracistes l'&#233;cho de la phrase justement d&#233;cri&#233;e de Nicolas Sarkozy sur &#8220;l'homme africain&#8221; qui ne serait &#8220;pas entr&#233; dans l'Histoire&#8221; &#187;. &#192; nouveau, Lebourg n'entend le racisme que comme une id&#233;ologie politique et s'&#233;tonne qu'on puisse croire que les non-blancs ne seraient pas capables d'adh&#233;rer &#224; toutes les id&#233;ologies imaginables. Et &#224; nouveau, en distordant le sens des mots, il fausse les id&#233;es qu'il pr&#234;te &#224; ceux dont il se fait le contradicteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'&#233;videmment, les personnes non blanches peuvent &#234;tre racistes. Elles peuvent l'&#234;tre parce que, comme l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, elles sont perm&#233;ables &#224; l'h&#233;g&#233;monie culturelle qui fa&#231;onne depuis l'enfance leur vision du monde et d'elles-m&#234;mes. Elles peuvent l'&#234;tre en tant qu'elles partagent malgr&#233; elles l'&#233;chelle de valeurs et la grammaire symbolique du groupe dominant : elles peuvent, elles aussi, accepter la naturalit&#233; de la division raciale, la sup&#233;riorit&#233; esth&#233;tique et morale des blancs, la valorisation des traits physiques ou culturels qui les rapprochent du mod&#232;le h&#233;g&#233;monique et donc le rejet de ceux qui en paraissent plus &#233;loign&#233;s. Ainsi, elles peuvent pleinement participer &#224; la reproduction du syst&#232;me raciste et, conform&#233;ment aux cat&#233;gories dominantes de la soci&#233;t&#233; dans laquelle elles vivent et aux repr&#233;sentations qui leur sont associ&#233;es, exercer discrimination, violence et exclusion &#224; l'&#233;gard d'autres groupes racis&#233;s. Les expressions ponctuelles de haine envers le groupe dominant elles-m&#234;mes doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;es dans le cadre g&#233;n&#233;ral de l'h&#233;g&#233;monie blanche et des cat&#233;gorisations raciales qu'elle impose, comme une violence de r&#233;action &#8212; condamnable &#233;videmment &#224; titre individuel, mais r&#233;v&#233;latrice d'aucune structure politique et sociale &#224; renverser. Comme &lt;a href=&#034;https://www.revue-ballast.fr/labecedaire-de-frantz-fanon/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'&#233;crit Frantz Fanon&lt;/a&gt;, les blancs comme les non-blancs sont pris dans la toile de la domination raciste, et s'extraire de l'h&#233;g&#233;monie culturelle est, pour les non-blancs, une condition n&#233;cessaire de leur &#233;mancipation (8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette asym&#233;trie conceptuelle fondamentale n'est pas une injustice faite aux blancs, elle d&#233;rive de l'in&#233;galit&#233; sociale effectivement r&#233;alis&#233;e. Le racisme n'avait en effet pas &#224; &#234;tre, n&#233;cessairement, une h&#233;g&#233;monie blanche. Mais il se trouve qu'il l'est, parce que l'histoire contingente l'a fait ainsi, avec la construction scientifique et id&#233;ologique des races humaines qui a remodel&#233; profond&#233;ment les modalit&#233;s d'expression de la domination sur l'ensemble de la plan&#232;te ; avec la conqu&#234;te europ&#233;enne du monde, la mise en esclavage industrielle et la colonisation ; les g&#233;nocides et les massacres perp&#233;tr&#233;s sur les cinq continents ; la mondialisation imp&#233;rialiste, extractiviste et in&#233;galitaire ; l'organisation raciste actuelle des soci&#233;t&#233;s dites occidentales et l'h&#233;g&#233;monie culturelle qui s'&#233;tend bien au-del&#224; de leurs fronti&#232;res (9). Cela ne signifie pas qu'il n'existe pas d'autres rapports sociaux racistes, aujourd'hui, dans d'autres pays du monde, ni qu'il n'aurait pas pu exister dans une r&#233;alit&#233; parall&#232;le, un syst&#232;me raciste opprimant les blancs. Seulement que, dans le monde dans lequel nous vivons, l'h&#233;g&#233;monie blanche est incontestable, mat&#233;rielle, pluricentenaire et vivace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces erreurs factuelles, ces red&#233;finitions arbitraires et la m&#233;connaissance des travaux scientifiques sur le racisme qu'elle r&#233;v&#232;le, la chronique de Lebourg a eu un grand succ&#232;s dans les courants r&#233;actionnaires de la gauche r&#233;publicaine (10) : en effet, elle participe au travail g&#233;n&#233;ral de sape des mots utilis&#233;s pour dire le racisme &#8212; le racisme structurel, mat&#233;riel, institutionnel, ind&#233;boulonnable &#8212; en relativisant l'importance des structures sociales au profit d'une analyse id&#233;aliste lib&#233;r&#233;e de tout imp&#233;ratif de relations avec le r&#233;el. Il est temps de se demander pourquoi autant d'intellectuels de gauche sont si peu effarouch&#233;s de se caler sur le tempo des obsessions de l'extr&#234;me droite, &#224; une &#233;poque o&#249; l'ensemble de l'espace politique se droitise et o&#249; les politiques in&#233;galitaires et r&#233;pressives se durcissent. Pourquoi ces intellectuels, la presse progressiste et les partis politiques de gauche ne prennent pas au s&#233;rieux les travaux scientifiques sur le racisme et alimentent activement les efforts transpartisans de discr&#233;dit qui visent les mouvements militants antiracistes. Pourquoi, enfin, ils font si peu de cas de la violence raciste subie par des millions de personnes dans leur pays, cette violence &#233;conomique, physique, sociale et symbolique qui n'est ni th&#233;orique, ni potentielle, mais qu'ils n'h&#233;sitent pas &#224; relativiser &#8212; peut-&#234;tre au nom de la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts de leur propre groupe social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Note de la r&#233;daction : Nous avons respect&#233; la volont&#233; de l'autrice d'&#233;crire &#171; blanc &#187; et &#171; non-blanc &#187; sans majuscule. Celle-ci s'en explique dans d'autres articles : elle n'applique pas la r&#232;gle typographique de la majuscule aux peuples ou aux groupes ethniques puisqu'elle entend d&#233;signer, dans ce cadre de r&#233;flexion, un groupe social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	&#201;lise Vincent, &#171; Racisme anti-Blancs : la formule qui f&#226;che &#187;, Le Monde, 25 octobre 2012, republi&#233; le 9 septembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	Lila Belkacem [et al.], &#171; Prendre au s&#233;rieux les recherches sur les rapports sociaux de race &#187;, Mouvements, f&#233;vrier 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.	Colette Guillaumin, L'Id&#233;ologie raciste. Gen&#232;se et langage actuel, Mouton, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.	Nell Irvin Painter, The History of White People, W. W. Norton &amp; Company, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.	Sylvie Laurent et Thierry Lecl&#232;re (dir.), De quelle couleur sont les Blancs ?, La D&#233;couverte, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7.	Noel Ignatiev, How the Irish Became White : Irish-Americans and African-Americans in the 19th Century, Routledge, 1995 ; Karen Brodkin, How Jews Became White Folks and What That Says About Race in America, Rutgers University Press, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8.	Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, Seuil, 1952.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9.	Am&#233;lie Le Renard, Le Privil&#232;ge occidental. Travail, intimit&#233; et hi&#233;rarchies postcoloniales &#224; Duba&#239;, Presses de Sciences Po, 2019 ; recension de Mehdi Derfoufi dans Orient XXI, publi&#233;e le 6 septembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10.	Note de l'autrice : notamment au sein du Printemps R&#233;publicain, &#224; commencer par Gilles Clavreul qui en est l'un des cofondateurs, ou encore un certain nombre de militants du Parti socialiste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Festival contre le racisme - Qu&#233;bec // 29-30 mars 2019</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Festival-contre-le-racisme-Quebec-29-30-mars-2019</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Festival-contre-le-racisme-Quebec-29-30-mars-2019</guid>
		<dc:date>2019-03-26T08:29:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Festival contre le racisme de Qu&#233;bec</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvement contre le racisme</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-03-26</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le Festival contre le racisme est n&#233; &#224; l'automne 2016 d'une prise de conscience collective face &#224; la mont&#233;e du racisme et de la x&#233;nophobie dans notre milieu. D'une prise de conscience &#233;galement que la lutte contre ce ph&#233;nom&#232;ne devrait &#234;tre men&#233;e sur plusieurs fronts. La troisi&#232;me &#233;ditiion du Festival se teindra &#224; Qu&#233;bec du 28 au 30 mars 2019. &lt;br class='autobr' /&gt; L'initiative a donc &#233;t&#233; lanc&#233;e de rassembler des artistes de la sc&#232;ne musicale pour cr&#233;er un &#233;v&#233;nement combatif et rassembleur qui permette de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-antiraciste-" rel="directory"&gt;Mouvement antiraciste&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Mouvement-contre-le-racisme-+" rel="tag"&gt;Mouvement contre le racisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-03-26-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-03-26&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH145/arton38463-6372b.png?1781036973' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='145' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le Festival contre le racisme est n&#233; &#224; l'automne 2016 d'une prise de conscience collective face &#224; la mont&#233;e du racisme et de la x&#233;nophobie dans notre milieu. D'une prise de conscience &#233;galement que la lutte contre ce ph&#233;nom&#232;ne devrait &#234;tre men&#233;e sur plusieurs fronts. La troisi&#232;me &#233;ditiion du Festival se teindra &#224; Qu&#233;bec du 28 au 30 mars 2019.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'initiative a donc &#233;t&#233; lanc&#233;e de rassembler des artistes de la sc&#232;ne musicale pour cr&#233;er un &#233;v&#233;nement combatif et rassembleur qui permette de resserrer les liens de la communaut&#233; et cr&#233;er un espace antiraciste positif et inspirant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4242 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH650/0944ebd34857ee7b-c6a1d461-a1019.png?1781036974' width='500' height='650' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Merci &#224; nos partenaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Regroupement d'&#233;ducation populaire en action communautaire des r&#233;gions de Qu&#233;bec et Chaudi&#232;re-Appalaches (R&#201;PAC 03-12)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Syndicat des travailleurs et des travailleuses &#233;tudiants et postdoctoraux de l'Universit&#233; Laval (STEP)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GRIP Concordia&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; populaire Saint-Jean-Baptiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil central Qu&#233;bec Chaudi&#232;re-Appalaches de la CSN&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Regroupement des &#233;tudiant-e-s en sociologie de l'Universit&#233; Laval&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Association pour la d&#233;fense des droits sociaux Qu&#233;bec m&#233;tropolitain&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Regroupement des groupes de femmes de la r&#233;gion de la Capitale-Nationale&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marche contre le racisme, l'intol&#233;rance et la haine</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Marche-contre-le-racisme-l-intolerance-et-la-haine-38348</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Marche-contre-le-racisme-l-intolerance-et-la-haine-38348</guid>
		<dc:date>2019-03-19T08:57:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Coordination des actions &#224; Qu&#233;bec contre le racisme, R&#201;PAC 03-12</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvement contre le racisme</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-03-19</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quand : Samedi 23 mars 2019 de 11:00 &#224; 13:00 &lt;br class='autobr' /&gt;
Endroit : Parc Durocher, intersection des rues St-Vallier O. et Carillon &#224; Qu&#233;bec &lt;br class='autobr' /&gt; Le R&#201;PAC et la Coordination des actions &#224; Qu&#233;bec contre le racisme s'associe au Festival contre le racisme de Qu&#233;bec et vous invite &#224; une manifestation contre le racisme, l'intol&#233;rance et la haine. La marche, qui se tiendra le 23 mars prochain, d&#233;butera &#224; 11h et partira du parc Durocher, dans le quartier Saint-Sauveur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'elle se manifeste &#224; travers les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-03-19-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-03-19&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH79/arton38348-61d12.jpg?1781034397' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand : Samedi 23 mars 2019 de 11:00 &#224; 13:00&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Endroit : Parc Durocher, intersection des rues St-Vallier O. et Carillon &#224; Qu&#233;bec&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le R&#201;PAC et la Coordination des actions &#224; Qu&#233;bec contre le racisme s'associe au Festival contre le racisme de Qu&#233;bec et vous invite &#224; une manifestation contre le racisme, l'intol&#233;rance et la haine. La marche, qui se tiendra le 23 mars prochain, d&#233;butera &#224; 11h et partira du parc Durocher, dans le quartier Saint-Sauveur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'elle se manifeste &#224; travers les pr&#233;jug&#233;s et les propos racistes dont sont quotidiennement victimes les personnes racis&#233;es ou &#224; travers le traitement insensible de 18 000 dossiers d'immigration par le gouvernement, la x&#233;nophobie est un ph&#233;nom&#232;ne bien r&#233;el au Qu&#233;bec, qui, ces derni&#232;res ann&#233;es, conna&#238;t m&#234;me une mont&#233;e alarmante. Pour s'y opposer et freiner sa croissance, il est de notre devoir d'investir collectivement l'espace public et d'unir nos voix afin d'exiger que toutes les personnes formant notre communaut&#233; puissent vivre, travailler ou &#233;tudier en s'y sentant valoris&#233;es et respect&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 23 mars prochain, mobilisons-nous en grand nombre pour clamer haut et fort que tout le monde a sa place au Qu&#233;bec. Non au racisme, &#224; l'intol&#233;rance et &#224; la haine !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Islamophobie &#187;, un mot, un mal plus que centenaires</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Islamophobie-un-mot-un-mal-plus-que-centenaires</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Islamophobie-un-mot-un-mal-plus-que-centenaires</guid>
		<dc:date>2019-03-19T08:17:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Ruscio</dc:creator>


		<dc:subject>Islamophobie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-03-19</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'hostilit&#233; syst&#233;matique &#224; l'&#233;gard de l'islam est tr&#232;s anciennement ancr&#233;e dans la pens&#233;e occidentale. D'essence chr&#233;tienne, elle prend sa source dans l'esprit de croisade, fleurit pendant l'expansion coloniale et, apr&#232;s un temps de latence, reprend vigueur avec la &#171; guerre contre le terrorisme &#187;. Le mot &#171; islamophobie &#187; qui l'illustre a, quant &#224; lui, une centaine d'ann&#233;es. Si d&#233;sormais, au nom de la d&#233;fense de la la&#239;cit&#233;, certains intellectuels fran&#231;ais tr&#232;s m&#233;diatiques ne craignent pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-antiraciste-" rel="directory"&gt;Mouvement antiraciste&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Islamophobie-+" rel="tag"&gt;Islamophobie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-03-19-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-03-19&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH60/arton38315-f1691.jpg?1781036975' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='60' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'hostilit&#233; syst&#233;matique &#224; l'&#233;gard de l'islam est tr&#232;s anciennement ancr&#233;e dans la pens&#233;e occidentale. D'essence chr&#233;tienne, elle prend sa source dans l'esprit de croisade, fleurit pendant l'expansion coloniale et, apr&#232;s un temps de latence, reprend vigueur avec la &#171; guerre contre le terrorisme &#187;. Le mot &#171; islamophobie &#187; qui l'illustre a, quant &#224; lui, une centaine d'ann&#233;es. Si d&#233;sormais, au nom de la d&#233;fense de la la&#239;cit&#233;, certains intellectuels fran&#231;ais tr&#232;s m&#233;diatiques ne craignent pas d'assumer la b&#234;tise haineuse qu'il recouvre, d'autres, heureusement, s'emploient &#224; la d&#233;noncer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://orientxxi.info/magazine/islamophobie-un-mot-un-mal-plus-que-centenaires,1155&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Orient XXI&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement, l'affrontement arm&#233; a encadr&#233; la totalit&#233; de l'histoire des rapports entre l'Occident et le monde musulman. Il fut le premier mode de contact, lors de la conqu&#234;te arabe du sud de l'Europe, puis lors des Croisades, en Orient. Et si l'on s'en tient &#224; la colonisation fran&#231;aise &#224; l'&#232;re moderne, toutes les g&#233;n&#233;rations de Fran&#231;ais depuis 1830 ont per&#231;u des &#233;chos d'affrontements avec le monde arabo-musulman au sein de l'empire : prise d'Alger (1830), guerre men&#233;e par Abd el-Kader (1832-1847), r&#233;volte de &lt;a href=&#034;https://orientxxi.info/lu-vu-entendu/la-kabylie-entre-mythes-coloniaux-et-realites-algeriennes,1052&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Kabylie&lt;/a&gt; (1871), lutte contre les Kroumirs et &#233;tablissement du protectorat sur la Tunisie (1880-1881), conqu&#234;te du Maroc et &#233;tablissement du protectorat sur ce pays (1907-1912), r&#233;volte en Alg&#233;rie (1916-1917), guerre du Rif (1924-1926), r&#233;volte et r&#233;pression en Alg&#233;rie (mai 1945), affrontements avec l'Istiqlal et le sultan au Maroc (1952-1956), avec le N&#233;o-Destour en Tunisie (1952-1954), cycle clos par la guerre d'Alg&#233;rie (1954-1962). La parenth&#232;se fut ensuite referm&#233;e...provisoirement, puisque le concept de &#171; choc des civilisations &#187; est revenu en force depuis le d&#233;but du XXIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'islamophobie, historiquement ins&#233;parable du racisme anti-arabe, a plusieurs si&#232;cles d'existence. N'est-il pas remarquable, par exemple, que certains &#233;l&#233;ments constitutifs de la culture historique des Fran&#231;ais soient intimement li&#233;s &#224; des affrontements avec le monde arabo-musulman ? Pourquoi Poitiers, bataille mineure, a-t-elle pris la dimension de pr&#233;lude &#8212; victorieux &#8212; au &#171; choc des civilisations &#187; ? Pourquoi Charles Martel, un peu barbare sur les bords, est-il l'&lt;a href=&#034;https://orientxxi.info/lu-vu-entendu/la-mediterranee-en-partage,0469&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un des premiers h&#233;ros de l'histoire de France&lt;/a&gt;, comme &#171; rempart &#187; de la civilisation ? Interrogez les &#171; Fran&#231;ais moyens &#187;, ceux en tout cas qui ont encore la m&#233;moire des dates : Poitiers (732) arrive encore dans le peloton de t&#234;te, avec le couronnement de Charlemagne en 800, la bataille de Marignan en 1515 ou la prise de la Bastille en 1789.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la bataille de Roncevaux en 778, o&#249; pas un seul musulman n'a combattu (les ennemis du preux Roland &#233;taient des guerriers basques) est-elle devenue le symbole de la fourberie des Sarrazins, attaquant en tra&#238;tres &#224; dix contre un ? Nul ancien coll&#233;gien n'a oubli&#233; qu'il a fait connaissance avec la litt&#233;rature fran&#231;aise, nagu&#232;re, par la Chanson de Roland. Et nul ne peut avoir chass&#233; de sa m&#233;moire la personnification du Bien par les chevaliers de lumi&#232;re venant d'Occident et celle du Mal par les sombres guerriers de la &#171; nation maudite / Qui est plus noire que n'est l'encre &#187;. C'est plusieurs si&#232;cles avant les th&#233;oriciens et illustrateurs de la pens&#233;e coloniale que l'auteur &#233;crit : &#171; Les pa&#239;ens ont tort, les chr&#233;tiens ont le droit. &#187; La guerre entre &#171; eux &#187; et &#171; nous &#187; commen&#231;ait sous les auspices du manich&#233;isme le plus candide. Oui, le racisme anti-arabe, longtemps (toujours ?) ins&#233;parable de l'islamophobie, a plusieurs si&#232;cles d'existence, remonte au Moyen-&#226;ge (croisades), puis &#224; la Renaissance avec, notamment, les matamores, litt&#233;ralement les tueurs de maures, de la Reconquista espagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, &#224; l'&#232;re coloniale, l'hostilit&#233; fut &#233;nonc&#233;e avec la plus parfaite bonne conscience, sur le ton de l'&#233;vidence : &#171; C'est &#233;vident : l'islam est une force de mort, non une force de vie &#187; (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Persuad&#233;s d'&#234;tre porteurs des vraies &#8212; des seules &#8212; valeurs civilisationnelles, les contemporains de la conqu&#234;te, puis de la colonisation, all&#232;rent de d&#233;boires en d&#233;sillusions : les catholiques et les missionnaires constataient, navr&#233;s, que &lt;a href=&#034;https://orientxxi.info/lu-vu-entendu/algerie-l-islam-sous-administration-coloniale,0432&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la religion musulmane &#233;tait un bloc infissurable&lt;/a&gt; ; les la&#239;ques intransigeants se d&#233;solaient, rageurs, de voir que leur conception de la Raison ne p&#233;n&#233;trait pas dans ces cerveaux obscurcis par le fanatisme&#8230; D&#232;s lors, les notions d'&#171; Arabes &#187; &#8212; la majorit&#233; des Fran&#231;ais appelaient Arabes tous les colonis&#233;s du Maghreb &#8212; et de musulmans se fondirent en une sorte de magma incompr&#233;hensible, imp&#233;n&#233;trable. Hostilit&#233; de race et hostilit&#233; de religion se m&#234;l&#232;rent en une seule &#171; phobie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il revenait &#224; Ernest Renan de synth&#233;tiser tout l'esprit d'une &#233;poque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'islam est la plus compl&#232;te n&#233;gation de l'Europe. L'islam est le d&#233;dain de la science, la suppression de la soci&#233;t&#233; civile, c'est l'&#233;pouvantable simplicit&#233; de l'esprit s&#233;mitique, r&#233;tr&#233;cissant le cerveau humain, le fermant &#224; toute id&#233;e d&#233;licate, &#224; tout sentiment fin, &#224; toute recherche rationnelle, pour le mettre en face d'une &#233;ternelle tautologie : &lt;a href=&#034;https://orientxxi.info/lu-vu-entendu/le-coran-le-capitalisme-et-les-musulmans,0568,0568&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#8220;Dieu est Dieu&#8220;&lt;/a&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La r&#233;forme intellectuelle et morale, Paris, Michel L&#233;vy Fr&#232;res, 1871.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un mot qui remonte &#224; 1910&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut nommer cet &#233;tat d'esprit ; le mot &#171; islamophobie &#187; para&#238;t le mieux adapt&#233;. Et contrairement &#224; une vulgate r&#233;pandue, il est plus que centenaire. La premi&#232;re utilisation du mot retrouv&#233;e date de 1910. Elle figure sous la plume d'un certain Alain Quellien, aujourd'hui oubli&#233;. Il proposait une d&#233;finition d'une surprenante modernit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'islamophobie : il y a toujours eu, et il y a encore, un pr&#233;jug&#233; contre l'islam r&#233;pandu chez les peuples de civilisation occidentale et chr&#233;tienne. Pour d'aucuns, le musulman est l'ennemi naturel et irr&#233;conciliable du chr&#233;tien et de l'Europ&#233;en, l'islamisme (2) est la n&#233;gation de la civilisation, et la barbarie, la mauvaise foi et la cruaut&#233; sont tout ce qu'on peut attendre de mieux des mahom&#233;tans.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La politique musulmane dans l'Afrique occidentale fran&#231;aise, Paris, &#201;mile Larose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, d&#232;s sa premi&#232;re apparition &#233;crite, le mot &#171; islamophobie &#187; &#233;tait accompagn&#233; de celui de &#171; pr&#233;jug&#233; &#187; et du concept de &#171; choc des civilisations &#187;. Suivait une liste impressionnante de citations venant de tous les horizons, multipliant les reproches hostiles : l'islam &#233;tait assimil&#233; &#224; la guerre sainte, &#224; la polygamie, au fatalisme, enfin &#224; l'in&#233;vitable fanatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me ann&#233;e, Maurice Delafosse, &#233;tudiant lui aussi l'islam, cette fois en Afrique subsaharienne, l'emploie &#224; son tour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pris en bloc, et &#224; l'exception de quelques groupements de Mauritanie encore hostiles &#224; la domination europ&#233;enne, l'&#233;tat d'esprit des musulmans de l'Afrique occidentale n'est certainement pas oppos&#233; &#224; notre civilisation (&#8230;). Quoi qu'en disent ceux pour qui l'islamophobie est un principe d'administration indig&#232;ne, la France n'a rien de plus &#224; craindre des musulmans en Afrique occidentale que des non musulmans (&#8230;). L'islamophobie n'a donc pas de raison d'&#234;tre dans l'Afrique occidentale.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Revue du Monde musulman, vol. XI, 1910.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ans plus tard, Delafosse publie son ma&#238;tre ouvrage, dans lequel il reprend mot &#224; mot son article de 1910, en rempla&#231;ant seulement les mots &#171; Afrique occidentale &#187; par &#171; Haut-S&#233;n&#233;gal-Niger &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1912, le grand savant Louis Massignon rapporte les propos de Rachid Ridha, un intellectuel &#233;gyptien, lors du congr&#232;s international des oul&#233;mas. &#201;voquant les attitudes des diff&#233;rentes puissances &#224; l'&#233;gard de l'islam, Massignon reprend le mot &#224; son compte : &#171; La politique fran&#231;aise pourra devenir &lt;a href=&#034;https://orientxxi.info/lu-vu-entendu/le-projet-imperialiste-napoleonien-en-egypte,0778&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;moins islamophobe&lt;/a&gt; &#187; (sous-entendu : que les autres puissances coloniales). De fa&#231;on significative, il titre son article &#171; La d&#233;fensive musulmane &#187; (3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a bien lu : &#171; d&#233;fensive &#187; et non &#171; offensive &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s guerre &lt;a href=&#034;https://orientxxi.info/lu-vu-entendu/etienne-dinet-peintre-francais,0637&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;tienne Dinet&lt;/a&gt;, grand peintre orientaliste converti &#224; l'islam et son ami Slimane ben Ibrahim r&#233;emploient le mot dans deux ouvrages, en 1918 puis en 1921 (4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le second, ils ex&#233;cutent avec un certain plaisir un j&#233;suite, le p&#232;re Henri Lammens, qui avait publi&#233; des &#233;crits &#224; pr&#233;tention scientifique, en fait des attaques en r&#232;gle contre le Coran et Mohammed. Dinet conclut : &#171; Il nous a sembl&#233; n&#233;cessaire de d&#233;voiler, non seulement aux musulmans, mais aussi aux chr&#233;tiens impartiaux, &#224; quel degr&#233; d'aberration l'islamophobie pouvait conduire un savant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot appara&#238;t &#233;galement dans la presse, justement dans une critique fort louangeuse du premier de ces ouvrages : &#171; Le fanatisme de Mohammed n'est ni dans sa vie ni dans le Coran ; c'est une l&#233;gende invent&#233;e par les islamophobes du Moyen &#194;ge &#187; (5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un mensonge historique qui dure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot (non la chose) va ensuite dispara&#238;tre du vocabulaire jusqu'aux ann&#233;es 1970-1980. En 2003, deux &#233;crivaines, Caroline Fourest et Fiametta Venner, publient dans leur revue un dossier au titre &#233;vocateur, &#171; Islamophobes&#8230; ou simplement la&#239;ques ? &#187; (6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le titre de l'article introductif utilise le mot &#171; islamophobie &#187; assorti d'un prudent &#8212; et significatif &#8212; point d'interrogation. Il commence par cette formule : &#171; Le mot &#8220;islamophobie&#8220; a une histoire, qu'il vaut mieux conna&#238;tre avant de l'utiliser &#224; la l&#233;g&#232;re &#187;. Certes. Mais elles se fourvoient et, exposition m&#233;diatique aidant, elles ont fourvoy&#233; depuis des dizaines d'essayistes, probablement des milliers de lecteurs. Car elles affirment que les mots &#171; islamophobie &#187; et &#171; islamophobe &#187; ont &#233;t&#233; en quelque sorte des bombes &#224; retardement d&#233;pos&#233;es par la r&#233;volution iranienne, puis repris par des obscurantistes musulmans un peu partout en Occident. Les deux essayistes affirment en effet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il [le mot &#171; islamophobie &#187;] a &#233;t&#233; utilis&#233; en 1979 par les mollahs iraniens qui souhaitaient faire passer les femmes qui refusaient de porter le voile pour de &#8220;mauvaises musulmanes&#8220; en les accusant d'&#234;tre &#8220;islamophobes&#8220;. Il a &#233;t&#233; r&#233;activit&#233; au lendemain de l'affaire Rushdie, par des associations islamistes londoniennes comme Al Muhajiroun ou la Islamic Human Rights Commission dont les statuts pr&#233;voient de &#8220;recueillir les informations sur les abus des droits de Dieu&#8220;. De fait, la lutte contre l'islamophobie rentre bien dans cette cat&#233;gorie puisqu'elle englobe toutes les atteintes &#224; la morale int&#233;griste (homosexualit&#233;, adult&#232;re, blasph&#232;me, etc.). Les premi&#232;res victimes de l'islamophobie sont &#224; leurs yeux les Talibans, tandis que les &#8220;islamophobes&#8220; les plus souvent cit&#233;s par ces groupes s'appellent Salman Rushdie ou Taslima Nasreen !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette version, qui ignore totalement l'ant&#233;riorit&#233; coloniale du mot, sera reprise sans distance critique en 2010 par l'&#233;quipe du Dictionnaire historique de la langue fran&#231;aise : &#171; Islamophobie et islamophobe, apparus dans les ann&#233;es 1980&#8230; &#187;, donnant ainsi &#224; cette datation &#8211; une &#171; simple erreur &#187; d'un si&#232;cle &#8212; un couronnement scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; erreur &#187; reste tr&#232;s largement majoritaire, malgr&#233; les mille et un d&#233;mentis. Caroline Fourest a ensuite propos&#233; en 2004 dans son essai Fr&#232;re Tariq, une filiation directe entre le khomeinisme et le penseur musulman Tariq Ramadan, qui le premier aurait tent&#233; selon elle d'importer ce concept en Europe dans un article du Monde Diplomatique de 1998. En fait, si le mot y figure effectivement, entre guillemets, ce n'est que sous forme de reprise : &#171; On peut parler d'une sorte d' &#8220;islamophobie&#8220;, selon le titre de la pr&#233;cieuse &#233;tude command&#233;e en Grande-Bretagne par le Runnymede Trust en 1997 &#187; (7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t difficile de faire de ce membre de phrase une tentative subreptice d'introduire un concept dans le d&#233;bat fran&#231;ais. D'autant&#8230; qu'il y figurait d&#233;j&#224;. Un an plus t&#244;t, dans le m&#234;me mensuel, le mot &#233;tait d&#233;j&#224; prononc&#233; par Soheib Ben Cheikh, mufti de la mosqu&#233;e de Marseille : &#171; La trentaine ardente et cultiv&#233;e, il entend &#8220;adapter un islam authentique au monde moderne&#8220;, combattre l' &#8220;islamophobie&#8220; et, simultan&#233;ment, le sentiment de rejet, de frustration et d'&#8220;enfermement&#8220; dont souffrent les musulmans de Marseille &#187; (8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#171; sanglot &#187; de l'homme blanc&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les deux &#233;crivaines d&#233;j&#224; cit&#233;es, c'est le mot m&#234;me qui est pourtant &#224; proscrire, car il est porteur de &#171; terrorisme intellectuel &#187;, il serait une arme des int&#233;gristes dans leur lutte contre la la&#239;cit&#233;, interdisant de fait toute critique de l'islam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essayiste Pascal Bruckner, nagu&#232;re auteur du Sanglot de l'homme blanc, sous-titr&#233; Tiers-Monde, culpabilit&#233;, haine de soi (1983), pourfendeur plus r&#233;cemment de la Tyrannie de la p&#233;nitence (2006), ne pouvait que partager les convictions de ses jeunes coll&#232;gues :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Forg&#233; par les int&#233;gristes iraniens &#224; la fin des ann&#233;es 70 pour contrer les f&#233;ministes am&#233;ricaines, le terme d'&#8220;islamophobie&#8220;, calqu&#233; sur celui de x&#233;nophobie, a pour but de faire de l'islam un objet intouchable sous peine d'&#234;tre accus&#233; de racisme (&#8230;). Nous assistons &#224; la fabrication d'un nouveau d&#233;lit d'opinion, analogue &#224; ce qui se faisait jadis dans l'Union sovi&#233;tique contre les ennemis du peuple. Il est des mots qui contribuent &#224; infecter la langue, &#224; obscurcir le sens. &#8220;Islamophobie&#8220; fait partie de ces termes &#224; bannir d'urgence du vocabulaire &#187;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Lib&#233;ration, 23 novembre 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sa part, Claude Imbert, le fondateur et &#233;ditorialiste historique du Point, un hebdomadaire en pointe en ce domaine, utilisa &#8212; et m&#234;me revendiqua &#8212; le mot dans une d&#233;claration sur la cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision LCI le 24 octobre 2003 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut &#234;tre honn&#234;te. Moi, je suis un peu islamophobe. Cela ne me g&#234;ne pas de le dire (&#8230;). J'ai le droit, je ne suis pas le seul dans ce pays &#224; penser que l'islam &#8212; je dis bien l'islam, je ne parle m&#234;me pas des islamistes &#8212; en tant que religion apporte une d&#233;bilit&#233; d'archa&#239;smes divers, apporte une mani&#232;re de consid&#233;rer la femme, de d&#233;classer r&#233;guli&#232;rement la femme et en plus un souci de supplanter la loi des &#201;tats par la loi du Coran, qui en effet me rend islamophobe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;claration suscita diverses critiques, qui amen&#232;rent le journaliste &#224; r&#233;pliquer, la semaine suivante, lors de la m&#234;me &#233;mission : &#171; L'islam, depuis le XIIIe si&#232;cle, s'est calcifi&#233; et a jet&#233; sur l'ensemble des peuples une sorte de camisole, une sorte de carcan &#187;. Il se disait &#171; agac&#233; &#187; par l'accusation de racisme dont il &#233;tait l'objet : &#171; L'islamophobie (&#8230;) s'adresse &#224; une religion, l'islam, non pas &#224; une ethnie, une nation, un peuple, pas non plus &#224; des individus constituant le peuple des musulmans&#8230; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il bien utile de poursuivre la liste de ces nouveaux combattants, de ces modernes &#171; &#233;craseurs de l'inf&#226;me &#187; (9) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque jour, parfois chaque heure, ils ont l'occasion de r&#233;p&#233;ter leurs v&#233;rit&#233;s, dans des hebdomadaires &#224; couvertures en papier glac&#233;, &#224; la t&#233;l&#233;vision, dans des c&#233;nacles, sans craindre des contradicteurs ultra-minoritaires&#8230; ou absents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'utilisation du concept par certains musulmans fondamentalistes, &#224; la moindre occasion, peut et doit irriter, il para&#238;t cependant difficile de contester que des islamophobes existent et qu'ils agissent. Tout acte hostile, tout geste brutal, toute parole insultante contre un(e) musulman(e) parce qu'il (elle) est musulman(e), contre une mosqu&#233;e ou une salle de pri&#232;re, ne peut &#234;tre qualifi&#233; que d'acte islamophobe. Et, puisqu'il y a des islamophobes, qu'ils constituent d&#233;sormais un courant qui s'exprime au sein de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, comment qualifier celui-ci autrement que d'islamophobe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les musulmans de France n'ont nullement besoin d'avocats. Dans leur grande majorit&#233; hostiles &#224; la mont&#233;e &#8212; r&#233;elle &#8212; de l'int&#233;grisme, ils placent leur combat sur le terrain de la d&#233;fense d'un islam vrai, moderne, tol&#233;rant, tout en restant fid&#232;le &#224; la source.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;futer la logique d'affrontement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, une forte r&#233;action s'est dessin&#233;e, par des auteurs ne se situant pas du tout dans une vision religieuse, pour r&#233;futer et d&#233;noncer la logique d'affrontement. Alors que l'usage m&#234;me du mot apparaissait &#224; beaucoup comme une concession aux terroristes (au moins de la pens&#233;e), Alain Gresh titra justement : &#171; Islamophobie &#187; un article novateur du Monde Diplomatique (novembre 2001). En 2004, le sociologue Vincent Geisser publiait aux &#233;ditions La D&#233;couverte la premi&#232;re &#233;tude synth&#233;tique sur la question, La nouvelle islamophobie. L'ann&#233;e suivante, un autre chercheur, Thomas Deltombe, d&#233;cortiquait chez le m&#234;me &#233;diteur L'islam imaginaire. La construction m&#233;diatique de l'islamophobie en France, 1975-2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les essais plus r&#233;cents d'Edwy Plenel, Pour les musulmans (La D&#233;couverte, 2013) et de Claude Askolovitch, Nos mal-aim&#233;s, ces musulmans dont la France ne veut pas( Grasset, 2013) ont entam&#233; une contre-offensive. Ce dernier affirme, dans son chapitre de conclusion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce que la France a construit depuis vingt-cinq ans &#224; gauche comme &#224; droite, &#224; force de scandales, de lois et de d&#233;nis, de mensonges nostalgiques, c'est l'id&#233;e de l'alt&#233;rit&#233; musulmane, irr&#233;ductible &#224; la raison et irr&#233;ductible &#224; la R&#233;publique ; la proclamation d'une identit&#233; en danger, nationale ou r&#233;publicaine, et tout sera licite &#8212; l&#233;galement &#8212; pour la pr&#233;server...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez les catholiques progressistes, m&#234;me r&#233;ponse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Schizophr&#233;nie. Tandis que les r&#233;volutions arabes t&#233;moignent d'une soif de d&#233;mocratie de la part des musulmans, la peur de l'islam empoisonne l'atmosph&#232;re en France et, &#224; l'approche des &#233;lections, l'&#233;pouvantail est agit&#233; plus que jamais. Sarkozy n'a-t-il pas voulu un d&#233;bat sur la place de l'islam dans la R&#233;publique ? Il reprend ainsi un des th&#232;mes favoris du Front national.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Revue Golias, n&#176; 137, mars 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre &#233;cho contemporain, sous la plume de Jean Baub&#233;rot, sp&#233;cialiste de la sociologie des religions et de la la&#239;cit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De divers c&#244;t&#233;s, on assiste &#224; la multiplication d'indignations primaires, de propos st&#233;r&#233;otyp&#233;s qui veulent prendre valeur d'&#233;vidence en &#233;tant mille fois r&#233;p&#233;t&#233;s par le moyen de la communication de masse. L'&#233;volution globale est inqui&#233;tante, et cela est d&#251; &#224; la fois &#224; la mont&#233;e d'extr&#233;mismes se r&#233;clamant de traditions religieuses (au pluriel) et d'un extr&#234;me centre qui veut s'imposer socialement comme la (non) pens&#233;e unique et rejette tout ce qui ne lui ressemble pas (&#8230;). L'Occident est le &#8220;monde libre&#8220; par&#233; de toutes les vertus face &#224; un islam monolithique et diabolis&#233;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le Monde, 6 octobre 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suit dans le m&#234;me article un parall&#232;le entre l'antis&#233;mitisme du temps de l'affaire Dreyfus et la mont&#233;e de l'islamophobie au d&#233;but du XXIe si&#232;cle : &#171; De tels st&#233;r&#233;otypes sont permanents : seuls changent les minorit&#233;s qu'ils transforment en boucs &#233;missaires. La lutte contre l'intol&#233;rance ne dispense pas de la lutte contre la b&#234;tise haineuse &#187;. En ces temps o&#249; les grands qui nous dirigent n'ont que le mot &#171; guerre &#187; &#224; la bouche ou sous la plume, il est des phrases r&#233;confortantes (10).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Arnold Van Gennep, La mentalit&#233; indig&#232;ne en Alg&#233;rie, Mercure de France, septembre-d&#233;cembre 1913.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- &#192; l'&#233;poque synonyme d'islam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Revue du Monde musulman, vol. XIX, juin 1912.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- La vie de Mohammed, Proph&#232;te d'Allah, H. Piazza &amp; Cie ; L'Orient vu de l'Occident, Piazza &amp; Geuthner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- &#201;douard Sarrazin, Journal des D&#233;bats, 6 ao&#251;t 1919.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6- Revue ProChoix, n&#176; 26-27, automne-hiver 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7- Commission pr&#233;sid&#233;e par le professeur Gordon Conway, Islamophobia : Fact Not Fiction, Runnymede Trust, octobre 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8- Cit&#233; par Philippe Pons, juillet 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9- NDLR. Surnom de Voltaire, pour qui l'&#171; inf&#226;me &#187; &#233;tait le fanatisme religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10- On notera la prise de position de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) qui a ent&#233;rin&#233; le terme d'islamophobie dans son rapport de 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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